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Librairie LARDANCHET


Librairie Lardanchet 100, rue du Faubourg-Saint-Honoré 75008 Paris Tél. : 01 42 66 68 32 - Fax : 01 42 66 25 60 E-mail : meaudre@online.fr www.lardanchet.fr

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Photographies : © Studio Baraja Impression : Drapeau-Graphic © 2004 - Librairie Lardanchet

Un détail du n° 11 est reproduit en couverture


Beaux livres Anciens et Modernes


8 - SAVIGNY (C. de).


Beaux livres Anciens et Modernes

Paris 2004


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1. AUGUSTINUS (S.). Confessiones. Milan, Johannes Bonus, [21 VII] 1475, in-4° de 164 ff. sign. a-u8 et x4, vélin, dos lisse, tranches lisses (reliure du XVIIIe siècle). Seconde édition. Les Confessions est l'un des textes majeurs, avec La Cité de Dieu, du théologien latin SaintAugustin (354-430). Natif de Souk-Ahras, petite ville de Numidie, l'auteur demeure l'initiateur et l'animateur de la pensée catholique et de la philosophie chrétienne. Dans cette œuvre, Saint-Augustin raconte sa jeunesse jusqu'à sa conversion. Elle est la première grande autobiographie qui nous soit parvenue et constitue l'archétype de ce genre littéraire. Imprimé en caractères romains, l'ouvrage sort des presses de Jean Bono, typographe d'origine allemande sur lequel nous avons peu de renseignements. Il imprima trois livres ; celui-ci est le premier. La première impression milanaise date du 3 août 1471, elle est donnée à Pamfilo Castaldi. Exemplaire aux marges équilibrées, avec traces de témoins, dans un bel état de conservation. Petits trous de vers en début et fin de volume et légères traces de mouillures en marge de quelques feuillets. Deux exemplaires sont mentionnés par ABPC depuis 1975, l'un mesurait 201 par 147 mm. Dimensions : 214 x 148 mm. Pro v e n a n c e : Herculis de Silva (ex-libris). Bibliothèque nationale, Catalogue des Incunables, I, A-693 ; HC, 2031 ; GW, 2894 ; Pell., 1537 ; IGI, 984 ; Goff, A-1251 ; IDL, 480 ; BMC, VI, 728 (Dim. : 199 x 143 mm.) ; Fumagalli, Lexicon Typographicum Italiae, p. 214. 4


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2. [...]. MESSAGIER D'AMOUR (Le). S.l.n.d. [Lyon, Martin Havard, circa 1500], in-4° de 16 ff., sign. a-b6, c4, cartonnage à la Bradel, tranches mouchetées (reliure de la fin du XVIIIe siècle). Edition fort rare de cette œuvre qui connut une fortune enviable. Elle fit l'objet de plusieurs éditions, présentant toutes de petites variantes de textes et dont on ne connaît pour chacune d'entre elles que quelques exemplaires. La première fut imprimée à Lyon en 1489, par l'imprimeur du Champion des Dames. 632 vers constituent ce poème en forme de dialogue entre un homme et une femme, un acteur et un messager. Ecrit sur un ton badin, il annonce Clément Marot avec près d'un demi-siècle d'avance et se démarque du style alors en vogue des réthoriqueurs moralisants. Son auteur a campé la situation parmi les dieux et les personnages mythiques, Vénus, Cupidon, Hélène et Pâris. Bien que le poète se soit désigné à la dernière strophe par un acrostiche [Pilvelin], son attribution reste incertaine. A sa suite figure une Ballade joyeuse pour les nobles pasteurs de France. 3 gravures sur bois, dont l'une répétée, parcourent l'ouvrage. Exemplaire relié avec un goût très sûr. Il est à marges généreuses. Etiquette de rangement en pied du dos. Dimensions : 178 x 135 mm. Pro v e n a n c e : Bibliothèque ducale de Gotha, avec son cachet sur le feuillet de titre ; Général Jacques Willems (1879-1937). Pellechet-Polain, 9310 ; Claudin, IV, 212 ; Gay, III, 211 . 5


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3. ROJAS (F. de). Celestine en laquelle est traicte des deceptions des serviteurs envers leurs Maistres et des Macquerelles envers les Amoureux. Paris, à l'enseigne de l'Elefant [Imprimé par Nicolas Barbou], 1542, in-8°, maroquin bleu, filets dorés autour des plats, dos à nerfs orné, roulette dorée intérieure, tranches dorées (Joly R.D.). La Célestine est le texte de la littérature hispanique le plus largement diffusé et célébré après Don Quichotte. Cervantès le définissait comme un livre divin... Fruit d'une expérience psychologique formée autour d'une observation aiguë de la réalité, cette composition dramatique est à l'origine du théâtre moderne. Elle fut traduite dans toutes les langues européennes. Publié pour la première fois à Burgos vers 1499, le texte fut remanié, portant définitivement le nombre d'actes à un total de vingt-deux. Une première traduction italienne vit le jour à Milan en 1514, puis une version française en 1527. Anonyme, cette traduction fidèle, réimprimée en 1529 et 1542, fut fort goûtée à la cour de François Ier. Quelle qu'en soit sa version, toutes les éditions sont devenues rares de nos jours. Partagée entre Pierre Sergent, Maurice de La Porte et Madeleine Boursette, veuve de François Regnault, à l'adresse duquel est cet exemplaire, cette édition, imprimée en caractères gothiques, est parcourue de 8 figures interprétées sur bois. Sept sont composées de deux bois accolés, elles représentent les personnages de la tragédie. Exemplaire de qualité, à bonnes marges. Dimensions : 143 x 95 mm. Pro v e n a n c e : Willems (Cat., 1914, n° 362) ; Foulché Delbosc (Cat., 1936, n° 107). Brunet, I, 1721 ; [...], Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, aux femmes, au mariage..., I, 5 11-514 (“ Cette traduction, qui est très fidèle, était estimée de Clément Marot ”) ; E. Picot, Catalogue des livres composant la bibliothèque de Feu M. Le Baron James de Rothschild, IV, n° 3059 (éd. de 1527) ; Jacob, Bibliothèque dramatique de Monsieur Soleinne, IV, 4811.

4. DE L'ORME (P.). Nouvelles inventions pour bien bastir et a petits fraiz, trouvees nagueres par Philibert de L'orme Lyonnais, Architecte, Conseiller & Aulmonier ordinaire du feu Roy Henry, & Abbé de S. Eloy Lez Noyon. A Paris, Frederic Morel, 1561, in-folio, réglé, maroquin rouge janséniste, dos à nerfs, roulette dorée intérieure, tranches dorées (Belz-Niedrée). Edition originale du premier traité de l'architecte lyonnais, Philibert de L'Orme (15141570), dédié à Charles IX. L'ouvrage fut réédité trois fois au cours du seizième siècle (1568, 1576 et 1578). Les deux livres, qui forment les Nouvelles Inventions pour bien bastir et à petits frais, décrivent l'invention de la charpente à petit bois appliquée aux combles (Livre I) et aux planchers (Livre II). Cette technique ingénieuse qui consiste à utiliser des petits éléments plats, incurvés, assemblés comme des claveaux en lieu et place de grandes pièces rectilignes de section carrée, semble répondre à une sorte de logique industrielle permettant d'abaisser les coûts, de 6


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3 - ROJAS (F. de).

rationaliser la fabrication et d'utiliser une main-d'œuvre peu qualifiée. Elle ne sera vraiment exploitée qu'à l'âge industriel. L'invention peut être datée vers 1555, elle fut éprouvée en présence d'Henri II. Ce dernier incita alors l'architecte à publier ses travaux qui suscitaient une curiosité susceptible de faire perdre à de L'Orme les bienfaits de sa découverte. Publié par Frédéric Morel, qui donnera six ans plus tard le Premier tome de l'architecture, l'ouvrage, à la mise en page soignée, est illustré d'une vignette de titre et de 34 bois gravés dont 23 à pleine page. Le dernier feuillet (M4) est ici blanc, comme l'est celui des exemplaires décrits par Mortimer, Fowler et Millard, alors que celui de la British Architectural Library est illustré d'une vignette. Exemplaire réglé, à très belles marges, avec la marque de Morel joliment mise en couleur à l'époque. Petites épidermures à la reliure. Dimensions : 317 x 217 mm. Fowler, 98 ; Millard, French Books, 104 ; British Architectural Library, II, 1954 ; Mortimer, French Books, 354 ; Perouse de Montclos, Philibert de l'Orme, Architecte du Roi, (15141570), pp. 107-108. 7


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Voir reproduction en page de titre

5. CAROSO (F.). Il Ballarino. Venise, F. Ziletti, 1581, in-4°, veau fauve marbré, dos à nerfs orné, tranches rouges (reliure du XVIIIe siècle). Edition originale du premier traité imprimé sur l'art des danses de société. Dédié à la célèbre et scandaleuse Bianca Capello, grande duchesse de Toscane, l'ouvrage témoigne de l'épanouissement de la danse italienne qui a essaimé sur toute l'Europe par l'intermédiaire de ses Maîtres. L'auteur posa ici les nouvelles règles de la danse. Fabritio Caroso (av. 1527 - ap. 1605), danseur, compositeur, théoricien et maître à danser, vécut et travailla principalement à Rome sous la protection des Caetani. Mais il se produisit également devant les Médicis, Farnese, Gonzague, d'Este, Sforza… Caroso fut si célèbre que Le Tasse lui composa un sonnet. Comme les précédents traités, que l'on connaît uniquement sous forme de manuscrits, Il Ballarino comporte deux parties ; l'une concerne les principes et la technique, l'autre décrit un certain nombre de danses. Ainsi Caroso répertorie 50 pas, la révérence, la cabriole, l'entrechat, la pirouette… Cette nomenclature, qui sera reprise et complétée par Negri, témoigne du haut niveau atteint par cette discipline où à des pas à terre compliqués, rapides, s'ajoutent des sauts en tout genre. L'auteur n'omet pas les rythmes, qu'il semble désigner à travers certaines danses : pavaniglia (pavane) pour les formes lentes, gagliarde (gaillarde), tordiglioni (tordion) et canarie pour les rapides. La seconde partie passe en revue 81 danses dont Caroso est le plus souvent l'auteur. Chaque danse, dédiée à une noble Dame (duchesse de Mantoue, d'Urbun, de Gonzague…), fait l'objet d'une description suivie de sa musique avec tablature pour luth. 51 sont désignées sous le terme de balletto et 21 sous celui de cascarda. Toutes ces danses se font à un ou plusieurs couples, par opposition aux balli du quinzième siècle. Le couple est devenu la cellule de base obligatoire : plus de fantaisie dans le nombre de participants. Importante illustration, en premier tirage, comportant 22 figures, à pleine page, certaines répétées, et un portrait de l'auteur alors âgé de 46 ans ; elle est due à un élève de Carache, Giacomo Franco. Les figures représentent la position de départ des danseurs. Ces positions, étant connues à un nombre limité, ont contraint l'éditeur à les répéter. Outre leur intérêt chorégraphique, elles constituent un document intéressant pour l'histoire du costume. Finis les vêtements légers, les hommes ont des pourpoints rigides bombant la poitrine, des culottes ou hauts de chausses gonflées, des capes et ils portent l'épée. Les femmes ont des robes jusqu'à terre, une de dessous et une de dessus, ouverte devant pour laisser voir l'autre, les bras étant couverts par la robe de dessous, l'ensemble donnant une silhouette en cône. Séduisant exemplaire d'un ouvrage rare en belle condition, dans une reliure française du dixhuitième siècle. La page de titre porte la marque d'imprimeur de Ziletti. Un mors fendillé sur la moitié du caisson supérieur. Pro v e n a n c e : Mention manuscrite d'achat au bas du titre, de l'année même de la publication du livre, accompagnée de l'inscription Bon (B) ; Dr. Güttler (?) dont la marque de collection est frappée au verso du premier feuillet de garde ; comtesse de Chambure (Cat., 26 mai 1993, 8


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6 - BODIN (J.).

n° 194) ; H. P. Kraus. Beaumont (C.W.), A Bibliography of Dancing, p. 24 ; Gamba, 1294 ; Mortimer, Italian 16 th Century books, I, 106 ; G. Prudhommeau, Histoire de la danse, II, pp. 29-43 ; Sutton (J.), International Dictionnary of Ballet, Vol. I, pp. 237-239 ; Library of Congress, An American Ballroom Companion, Dance Instruction Manual, Ca. 1490-1920, Caroso ; Lugt, 2807b.

6. BODIN (J.). De la demonomanie des sorciers... Paris, J. Du Puys, 1580, in-4°, vélin ivoire doré à rabats, au centre grand fer azuré de forme ovale, filet doré autour des plats, dos lisse orné, tranches dorées, traces de lacets (reliure de l'époque). Edition originale dédiée à Christophe de Thou, premier président du Parlement. L'ouvrage est considéré comme le meilleur texte que l'on ait sur la sorcellerie au XVIe siècle. 9


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Une prétendue multiplication des sorciers intensifia leur répression, entreprise dès le début du XVIe siècle. Catholiques et protestants s'accordèrent dans les années 1570-1580 pour lutter contre eux, l'ouvrage de Bodin s'inscrivant dans ce courant.

“ La Démonomanie, écrit Bodin, doit servir à l'instruction de ceux qui "pourraient tomber en la fosse par les piperies de Satan". Il envisage la sorcellerie en fonction de ses implications sociales, danger qui est la conséquence du principal : renoncer à toute forme de religion alors qu'elle est le ciment des Républiques. ” Prestiges et sortilèges relevant uniquement de Satan, selon Bodin, il est conduit à démontrer la réalité du Sabbat, du transport, de la Lycanthropie... La sorcellerie relevant selon lui de l'ordre, l'ouvrage est donc placé sous le signe de la justice. La Démonomanie sera condamnée par Rome et Bodin accusé de magie. Exemplaire de goût, habillé d'une reliure de l'époque en vélin doré ivoire. Les cahiers SS, DDD et SSS sont un peu roussis. Le haut des premiers feuillets est légèrement maculé par des reports de colle. Dimensions : 227 x 167 mm. Pro v e n a n c e : Pottiée-Sperry. Tchemerzine, II, p. 243 ; Caillet, 1269 ; Dorbon, Bibliotheca Esoterica, 387 ; Yves Plessis, Bibliographie française méthodique et raisonnée, 843 ; Bibliothèque nationale, Les Sorciers, n° 187 ; Actes du Colloque d'Angers, Jean Bodin, 1984 ; S. Houdard, Les Sciences du Diable, ch. 2 ; Fred & Anne Max, Démonologie - Inquisition, n° 17-18 (éd. de 1587 et 1604).

7. [...]. INSTRUCTIONS données par la République de Venise à Sebastiano Malipiero nommé en la charge de Podestat de Sacile. Venise, [ca. 1581], in-4°, maroquin rouge, plats ornés de caissons en creux compartimentés, couverts de rinceaux peints en rouge et vert sur fond or, au centre sur le premier plat est doré en relief l'emblème de Venise : Lion de SaintMarc, avec de part et d'autre, un caisson en creux orné d'un fer floral polychrome, sur le deuxième les armes du destinataire avec ses initiales (S.M.), dos à nerfs orné de filets dorés obliques, tranches antiquées polychromes (reliure de l'époque). Te x t e : Manuscrit en italien de 144 ff. sur parchemin, réglés, d'une élégante écriture en lettres cursives, à 23 lignes par page, à l'encre brune. Nombreuses initiales calligraphiées dans le texte. Ces instructions étaient délivrées par le doge au fonctionnaire nommé en une charge dans un Etat. Elles contiennent généralement la lettre de nomination et les lois et décrets régissant cette charge. Une fois le document reçu, le destinataire le faisait relier selon son goût. Ici, elles concernent Sébastian Malipiero (f.1 v. : “ A te nobil homo Sebastian Malipiero... ”), en qualité de podestat de Sacile, petite ville du Frioul, membre d'une célèbre famille vénitienne qui compta dans ses rangs deux doges. Reliure : Bien que d'esprit persan, ces reliures à caissons compartimentés ont été réalisées à Venise, et ce depuis 1560 et jusqu'au début du dix-septième siècle. Il semblerait que seuls quelques ateliers 10


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7 - […]. INSTRUCTIONS …

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vénitiens aient été spécialisés dans ce type de réalisation. Elles présentent toutes quelques différences. La nôtre est semblable à une reliure datée de 1570, décrite par Paul Needham (Twelve centuries of Bookbinding, 400-1600, 1979, n° 75), appartenant à la Pierpont Morgan Library. Merveilleux exemple de reliure dogale à caissons compartimentés dont le décor simple lui confère une grande élégance. Malgré quelques habiles restaurations, elle est très fraîche. Dimensions : 230 x 160 mm. Pro v e n a n c e : Sebastian Malipiero ; Amadeo Svajer ; Feltrinelli.

8. SAVIGNY (C. de). Tableaux accomplis de tous les arts liberaux contenant brievement et clerement par singuliere méthode de doctrine, une generale et sommaire partition des dicts arts, amassez et reduicts en ordre pour le soulagement et profit de la jeunesse. Paris, Jean et François de Gourmont, 1587, in-plano de (38) ff., vélin de l'époque. Édition originale, très rare, de la première tentative en français de classement du savoir. Dédiée à Louis Gonzague, duc de Nivernais et de Rethelois, prince de Mantoue, elle a été imprimée par Jean II de Gourmont et son frère François, installés rue Saint-Jean de Latran, à l’Arbre Sec, qui avaient obtenu, le 27 juillet 1584, un privilège de dix ans sur l’ouvrage de Christophe de Savigny (v. 1530-1608). L’un des chefs-d’œuvre de la gravure sur bois du XVIe siècle. Le livre s’ouvre sur la monumentale planche de dédicace, elle représente l’auteur offrant son livre au duc de Nevers avec, en fond, sur une tapisserie, les armes du prince et, sur une porte, celles de l'auteur. Puis suit une planche générale intitulée : “ Encyclopédie, ou la suite & liaison de tous les Arts et Sciences ” ; viennent ensuite 17 planches présentant des tableaux scientifiques conçus à la manière des arbres généalogiques. Ils sont placés dans de beaux encadrements. Papillon et Didot attribuaient ces gravures à Jean Cousin. Mais il y a plus de raisons de penser qu’elles sont l’œuvre des Gourmont, qui étaient non seulement imagiers mais également tailleurs d’histoires en bois. L’ouvrage est divisé en dix-sept sections, chacune de deux feuillets, consacrées aux arts libéraux : grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, optique, musique, cosmographie, astrologie, géographie, physique, médecine, éthique, jurisprudence, histoire et théologie. Chaque section comprend un schéma dans une bordure rectangulaire, avec des bois gravés dans un cadre ovale et un schéma suivi par un feuillet de texte intitulé “ Partitions de ” ; ce terme étant emprunté à La Ramée. Le tableau de la géographie porte en son centre un planisphère en projection ovale d’après celui de Benedetto Bordone. Premiers tableaux de classification raisonnée et encyclopédique des arts et des sciences. “ Quand, en 1587, Christophe de Savigny, édite ses Tableaux Accomplis de tous les art s libéraux, “ l'encyclopédie des arts et des sciences ” qu’il propose revêt l’aspect d’une vaste arborescence : elle est comme l’organigramme général de l’administration de la science, où chaque discipline a sa place marquée au sein d’une hiérarchie à laquelle rien n’échappe. Ainsi le sous-ensemble des sciences de la nature se construit par une cascade de distinctions successives : entre le corporel et l’incorporel, entre physique de la qualité et physique de la quantité, qualité des sens et qualité des corps, corps simple et corps composé, composé inanimé et composé animé, ainsi jusqu’à descendre à l’endroit où la distinction permet de circonscrire exactement une science. La théologie elle-même n’est qu’une subdivision de l’ensemble des arts, c’est-à-dire de l’encyclopédie… ” (Bnf, Tous les savoirs du monde, pp. 156-159 et 183, n° 15). 12


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Bel exemplaire, remarquablement préservé dans son vélin d’époque. On ne connaît qu’une petite douzaine d’exemplaires de ce livre, dont trois seulement aux ÉtatsUnis : à la Newberry Library de Chicago, à la Folger de Washington et à Harvard. Dimensions : 437 x 330 mm. Brun, Le Livre français illustré de la Renaissance, p. 290. - Mortimer-Harvard, French Sixteenth Century Books, n° 484. - La Gravure française à la Renaissance, Bnf, 1995, n° 149. - Jean Adhémar, Inventaire du fonds français, graveurs du XVIe siècle, II, p. 339. - Henri-Jean Martin, Classements et Conjectures, Histoire de l’édition française, I, pp. 428-432. Voir reproduction en frontispice

9. DANFRIE (Ph.). Déclaration de l'Usage du graphomètre... Paris, Danfrie, 1597, in-8°, maroquin rouge, filets dorés autour des plats, dos lisse orné d'un décor avec titre en long, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure du XVIIIe siècle). Edition originale de la première description du graphomètre, instrument inventé par l'auteur. Sous ce nom, Danfrie décrit en réalité deux instruments complémentaires : l'observateur, qui seul conservera le nom de graphomètre, et le rapporteur, le premier servant à effectuer des relevés de terrain ou à mesurer des hauteurs et des profondeurs, le second permettant de reporter sur le papier les visées faites au moyen de l'observateur. Avec les arpenteurs, le graphomètre connaîtra une carrière de deux siècles. 13


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Non seulement pensé par son auteur, l'ouvrage fut entièrement conçu par ce dernier. Danfrie se fit à la fois typographe et illustrateur pour l'occasion. Le livre est entièrement imprimé en caractères de civilité, spécialement gravés pour l’occasion par ce dernier. Il occupa la charge de graveur général des monnaies de France, après avoir été en 1558 l'associé de Richard Breton pour l'exploitation des caractères de civilité dessinés par Robert Granjon. L'illustration qui lui est également donnée, se compose de 14 figures gravées sur cuivre et de vignettes interprétées sur bois. Exemplaire de qualité, du premier tirage, dans une reliure du XVIIIe siècle, qui n'est pas sans rappeler la main de Derome. Au moment de cette dernière, le feuillet de titre a été doublé. Dimensions : 191 x 122 mm. Mortimer, French Books XVIe, 163 ; Brun, p. 180 ; Daumas, Instruments scientifiques aux XVIIe et XVIIIe siècles, pp. 24-25 ; Honeyman, 820 ; Wellcome, 1707 ; Carter & Vervliet, Civilité types, p. 65.

10. ERRARD (J. de). La Fortification réduicte en art et desmonstré... A Paris, 1600, in-folio, vélin ivoire, filets dorés autour des plats, couronne de lauriers au centre, dos lisse orné d'une fleur de lys plusieurs fois répétée, tranches dorées, lacet (reliure de l'époque). Edition originale du premier véritable traité d'architecture militaire français. Dédiée à Henri IV, elle est très rare et manque à beaucoup de grandes bibliothèques publiques. Le XVIe siècle est marqué par une véritable évolution en matière de fortification. Apparaissent notamment pour la première fois, en Italie (1525), puis en France (1530), les bastions et les citadelles. L'œuvre d'Errard s'inscrit dans ce courant, elle annonce celle de Vauban. Il est le père de la fortification française. Protestant, Errard (1554-1610), natif de Bar-le-Duc, après de bonnes études de mathématique et de géométrie, entra en 1580 au service de Charles III, duc de Lorraine. En 1583, il reçoit de ce dernier une somme d'argent pour publier des livres. Ainsi paraît le Premier livre des instruments mathématiques méchaniques... Son protecteur se ralliant à la Ligue, Errard dut quitter la Lorraine en 1584, pour se réfugier dans la principauté calviniste de Sedan où il reçoit le titre d'ingénieur du prince de Sedan. Très vite, il acquiert une juste réputation. Errard poursuit les travaux de l'enceinte urbaine bastionnée, puis part en 1587 à Jametz, les Sedanais ayant décidé de mettre la place en état de défense. Assiégés par les troupes lorraines de Charles III à la fin de 1587, les Sedanais, après un conseil de guerre auquel assista l’ingénieur, signent la capitulation le 24 juillet 1589, et se réfugient à Sedan. Par sa longue défense de Jametz, la réputation d'Errard parvint à Henri IV, nouvellement couronné, qui l'appela à son service. Il accompagne alors son souverain dans les différentes campagnes menées pour reconquérir son royaume, s'occupe des opérations de siège, construit des bastions et édifie de nouvelles fortifications. En 1599, Henri IV, pour le remercier, le nomme ingénieur ordinaire de fortifications des provinces de Picardie et Ile-de-France, et ainsi, il poursuit son œuvre jusqu'en 1610, date de son décès. Son ouvrage repose sur les données de la géométrie, l'auteur nous explique tous les procédés qui permettent de tracer sur le terrain les différents polygones, réguliers ou irréguliers, indispensables pour bien fortifier une place. Véritable somme sur le sujet, cité par ses successeurs, le livre a servi de référence à tous les auteurs de traités ultérieurs, et connut des rééditions, des contrefaçons et des traductions. Une partie des frais d'impression de l'édition originale fut prise en charge par Henri IV, à la 14


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10 - ERRARD (J. de).

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demande de Sully, qui était alors surintendant des fortifications de France. L'exemplaire de dédicace est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale. D'un format royal, l'ouvrage est encore par sa mise en page, sa typographie et son ornementation, un livre comme seul le XVIe siècle a su en produire. Il s'ouvre sur un magnifique titre gravé, puis suivent des diagrammes interprétés sur bois et 3 8 gravures sur cuivre, la plupart occupant les deux tiers de page. Superbe exemplaire dans un beau vélin ivoire de l'époque, soigneusement réglé. Il est parfaitement conservé. Dimensions : 414 x 227 mm. Pro v e n a n c e : ex-libris manuscrit de l’époque que nous n’avons pas pu lire. Brunet II, 1050 (Cite les éditions de 1604 et 1620) ; Mark Millard, Architectural Collection, French Books, 68 (Cite l'édition de 1620) ; Berlin Catalogue, 3518 (Cite l'édition de 1622) ; Gaber, Jean Errard de Bar-le-Duc, Ingénieur des fortifications du roi de France Henri IV, pp. 105-118 ; Pouillon (Cat., 1985, n° 45 pour l'édition de 1603).

11. [CHINE]. “ Peintures de la Chine ”. [1662-1722]. In-4°, maroquin rouge, dos à nerfs orné, tranches dorées (reliure du XVIIIe siècle). 16


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Précieux témoignage apporté par la Chine et ses arts sur la France à la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle. 12 peintures à la gouache, à l’aquarelle et au lavis, sur papier de riz monté sur papier fort, d’époque de K’ang-Hsi, 1662-1722. Elles mettent en scène le “ Si-Siang-Fsi ” (Mémoires du pavillon occidental), pièce de théâtre de Wang She-Fou (XIIIe s.) d’après le conte “ Tsrwei Yng-Yng ” de Yuann-Tchenn (VIIIe s.). Dimensions : 298 x 254 mm. Second plat de reliure maculé. Quelques épidermures. Pro v e n a n c e : Chandon de Briailles.

12. ALPINI (Pr.). De plantis exoticis libri duo... Venice, Giovanni Guerigli, 1629, in-4°, maroquin rouge, filets dorés autour des plats, dos à nerfs orné, tranches dorées (reliure de l'époque). Seconde édition. Publié après sa mort par son fils en 1627, Prospero Alpini (1553-1616) décrit dans ce livre 145 plantes, dont une grande partie sont d'origine crétoise. Il était alors directeur du jardin botanique de Padoue. 17


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Un titre et 145 planches finement gravées forment l'illustration. Exemplaire provenant de la bibliothèque de Colbert (1619-1683) avec la mention manuscrite sur la page de titre : “ Bibliotheca Colbertinae ”. L'ensemble fut dispersé en 1728. Très tôt, le ministre de Louis XIV comprit la nécessité des cercles de réflexion. Ainsi, il est l'un de ceux qui sont à l'origine de l'Académie des sciences, dont la première séance fut tenue le 22 décembre 1666. Exemplaire à bonnes marges. Dos plus clair. Quelques feuillets atteints en angle par une légère mouillure. Dimensions : 200 x 142 mm. Hunt, 213 ; Nissen, 21 ; Marianne Tsioli-Ray-Martin Morger, Ouvrages botaniques anciens, Bibliothèque des Conservatoire et Jardin Botanique de la ville de Genève, 140 ; Dictionnary of Scientific Biography, I, pp. 124-125 (“ Atotal of 145 plants... formed a notable contribution to Mediterranean floristics. This is especially true of the flora of Crete ”) ; Wellcome, 236 (éd. de 1627) ; Krivatsy, Seventeenth Century Printed Books in the national Library of Medecine, 241.

13. MARIEL (J.). La Methode des princes, nouvelle et facile, pour apprendre en très peu de temps la langue latine. Avec les règles pour la conjugaison des verbes françois, tant réguliers qu'irréguliers. Paris, Veuve Cl. Thiboust & P. Esclassan, 1687, in-12, maroquin 18


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rouge, filets dorés autour des plats, armes au centre, fleurons dorés en angles, dos à nerfs orné d'un petit motif floral plusieurs fois répété, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure de l'époque). Edition originale rare, de ce traité grammatical, dédiée au duc de Bourgogne dont le père, le Grand Dauphin, avait eu pour précepteur l'évêque de Meaux, Jacques-Bénigne Bossuet. Au XVIIe, le latin était encore une langue vivante dont l'enseignement était assuré par les universités et, à partir de 1603, par les collèges de jésuites. Les cours étaient destinés dès l'enfance aux fils de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie. Exemplaire en belle condition aux armes de Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704). Quatre petites notes manuscrites ont été portées en marge du volume, dont l'une à l'encre. Elles seraient du célèbre orateur, selon un petit commentaire porté sur le dernier feuillet de gardes, laissant supposer que l'ouvrage a été lu par son premier possesseur. La bibliothèque de Bossuet était essentiellement constituée d'ouvrages sur la théologie, le droit canonique et les conciles. A sa mort, il la légua à son neveu, l'évêque de Troyes, qui continua à l'enrichir. L'ensemble fut dispersé le 3 décembre 1742. Olivier, 2298, n° I ; Blechet, Les Ventes publiques de livres en France, 1630-1750, p. 111.

14. [...]. Renversement de la morale chrétienne par les désordres du Monachisme. Enrichi de figures. Première Partie. Seconde Partie. S.l.n.d. [Amsterdam, circa 1695), 2 parties en un petit vol. in-4°, maroquin rouge, filets dorés autour des plats, dos lisse orné, tranches dorées 19


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(reliure du XVIIIe siècle). Première édition. Ce violent pamphlet protestant dirigé contre la Cour de France, les jésuites et les moines, fut publié à la suite de la Révocation de l'Edit de Nantes. Le texte, bilingue, est en français et hollandais. Intéressante illustration gravée à la manière noire. Un frontispice, non signé, de Romeyn de Hooghe et 50 figures, ici en premier tirage, placées dans des médaillons, forment l'iconographie. D'après Landwehr, elles sont de la main de Cornelis Dusart, l'élève d'Adrian van Ostade. Aucune d'entre elles n'est reprise des Héros de la Ligue, publié en 1685. Traitées sur le ton de la satire et de la caricature, ces allégories, chacune suivie d'un quatrain, figurent : Louis XIV, Jacques II d'Angleterre, le P. Lachaise... Exemplaire à belles marges, d'un beau tirage. Dimensions : 196 x 147 mm. Pro v e n a n c e : A. Danyau (Cat., 1872, n° 163) Landwehr, R. de Hooghe, n° 77 ; Drujon, Les Livres à Clef, II, 841-842 ; Du Rouvre, Analectabiblion... de divers livres rares, oubliés ou peu connus,..., II, pp. 392-393.

15. COFFRET. Premier tiers du XVIIe siècle. Ame de bois, maroquin rouge, soie, cuivre doré. H : 11 cm ; L : 29 cm ; Pr. 21 cm. Très proche des reliures par la composition du décor, la partie supérieure est ornée des symboles de fidélité traditionnels : fermesse et double phi enlacés. Répétée, cette dernière composition, frappée au centre, est ici sertie d'une couronne de lauriers. Cette marque (double phi) est celle que les jésuites firent apposer sur un ensemble de volumes acquis à l'aide d'un fonds légué à ces derniers par François Fouquet (1587-1640), le père du surintendant des finances de Louis XIV. Le présent coffret présente dans sa partie supérieure deux casiers, chacun muni d'un couvercle, l'un fermant, et, à la partie inférieure, un tiroir de côté dissimulé par une partie coulissante. Guigard, II, pp. 178-179.

16. LA FONTAINE (J. de). Fables choisies, mises en vers. Paris, [Jean-Louis Regnard de Montenault] chez Desaint & Saillant, et Durand, 1755-1759, [1760], 4 vol. in-folio, maroquin rouge, plats ornés d'une fine et élégante dentelle à “ l'oiseau ”, l'ensemble serti d'une roulette et filet dorés, dos à nerfs ornés du fer à “ l'oiseau ” plusieurs fois répété et d'une pièce d'armes frappée postérieurement (couronne traversée par trois flèches), roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure de l'époque). L'un des premiers “ livres de peintres ”, qui constitue probablement le projet le plus ambitieux au XVIIIe siècle pour l'illustration d'un texte littéraire, dont l'esprit s'accorde si bien avec celui de cette période. L'iconographie de l'édition originale n'était plus alors très goûtée, celle de Fessard, plus tardive, ne fut que modérément appréciée. Précédée d'une “ Vie de la Fontaine ” par Montenault, le texte est illustré de 276 planches dont un frontispice d'après les dessins de Jean-Baptiste Oudry. 20


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16 - LA FONTAINE (J. de).

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Réalisés entre 1729 et 1733, ces dessins (plume et pinceau, encre noire et lavis gris et noir, avec des rehauts de gouache blanche) inspirés des Fables, étaient destinés par le peintre à une série de cartons de tapisserie. Acquis une vingtaine d'année plus tard par Jean-Louis Regnard de Montenault, ce dernier décida de les éditer avec le soutien du banquier Darey. Il tenta de rallier à son projet le plus grand nombre de personnes, dont le Roi, qui accorda une subvention de quatre-vingt mille livres, somme qui permit la publication du quatrième volume, mettant ainsi un terme à neuf ans d'aventures. Impropre à la gravure à cause de la technique employée, ces esquisses furent redessinées – sans ombrer – à la mine de plomb par Charles-Nicolas Cochin (1715-1790), puis interprétées sur cuivre par 42 graveurs choisis par le protégé de Madame de Pompadour, qui travaillèrent sous la direction de ce dernier. La partie typographique fut confiée à Jombert, et les 203 culs-de-lampe à motifs floraux ou allégoriques, furent gravés sur bois par Le Sueur et Papillon. Exemplaire du premier tirage, dont les planches sont en belles épreuves. Il est sur papier moyen de Hollande, format qui avait été retenu par Rahir pour sa collection personnelle. Ces quatre volumes ont été habillés de maroquin rouge vif orné d'une fine et élégante dentelle, frappée de main de maître. Le dessin équilibré du décor et l'emploi de certains fers, dont le fameux “ fer à l'oiseau ”, qui n'était pas que l'exclusivité de Nicolas-Derome Le Jeune (1731-1790), permettent d'attribuer ces reliures à ce dernier, le plus célèbre praticien de son époque. Reçu maître en 1760, seule une partie de sa production était signée au moyen d'étiquette (Pascal Ract-Madoux, B. du B., 2, 1989, p. 384). Habile restauration en pied du second plat du premier volume. Filigrane : C & I Honig. Dim. : 457 x 320 mm. Pro v e n a n c e : Fawlde (fin XVIIIe) ; de Hemricourt (XIXe) ; Librairie Lardanchet (Cat., 1960, n° 206). E x p o s i t i o n : Lucerne, Dix Siècles de livres français à Lucerne, 1949, n° 164. Cohen, 548-549 ; Michel, Charles Nicolas Cochin et le livre illustré au XVIIIe siècle, n° 198 ; Cl. Lesage, La Fortune des Fables au XVIIIe siècle, BNF-Seuil, 1995, pp. 160-165 (“ Les deux cent soixante-quinze dessins de Jean-Baptiste Oudry… ” vont donner naissance à l'édition la plus prestigieuse et la plus copiée du siècle et à de très nombreuses déclinaisons dans les Arts décoratifs…) ; Seymour de Ricci, Mortimer & Schiff Collection, I, n° 38 (“ with Derome's bird-tool ”) ; Devauchelle, La Reliure en France, pp. 55-59.

17. RACINE (J.). Œuvres... Paris, Imprimerie de Louis Cellot, 1768, 7 vol. gr. in-8°, maroquin rouge à grains longs, plats ornés en encadrement de filets droits ou perlés, dos à nerfs ornés d'un motif à la grecque plusieurs fois répété, petite grecque dorée intérieure, gardes et doublure de tabis bleu, tranches dorées (reliure de l'époque). Premier tirage. Hubert François Gravelot (1699-1773) est l'un des illustrateurs les plus féconds du XVIIIe siècle. Fils d'un maître tailleur d'habits, frère du géographe d'Anville, il abandonna très tôt ses études pour se consacrer au dessin. Après un séjour à Lyon, il accompagna le chevalier de la Roche22


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17 - RACINE (J.).

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Allard, qui partait en qualité de gouverneur général à Saint-Domingue. Sous les ordres de Frézier, il réalisa une carte de l'île. De retour en France, il entra chez Restout et suivit des cours prodigués par Boucher, puis il partit s'établir à Londres dans les années 1730, où il reçut un accueil favorable. Les éditeurs anglais lui confièrent l'illustration des Fables de Gay, de l'Histoire d'Angleterre, du Théâtre de Shakespeare... Après la défaite des Anglais à Fontenoy, il retraversa le détroit. Auréolé de son séjour anglais, amateurs, libraires et éditeurs français firent une belle place à son talent. On lui confia alors l'iconographie du Décamero n (1757), du Théâtre de Pierre Corneille (1764), des Œuvres de Voltaire (1768-1774), de la Gerusalemme Liberata de Tasse (1771), et des Œuvres de Racine (1768) avec les commentaires de Luneau de Boisjermain (1732-1801). Né à Issoudun, Boisjermain se fit très tôt reconnaître par ses talents de pédagogue. Il fit paraître un cours, ou Journal d'éducation, très prisé. Publiée par Panckoucke, cette édition, la plus complète qui avait été alors imprimée, est illustrée d'un portrait par Santerre et de 12 figures de Gravelot, interprétées par Duclos, Flipart, Lemire, Lempereur, Rousseau... Selon Luneau de Boisjermain, elle doit une partie de son lustre aux dessins de Gravelot. L'un des rares exemplaires sur papier de Hollande, avec les figures avant la lettre. Élégante reliure, soignée, dont le décor rappelle les productions de la fin du XVIIIe siècle. Elle se rapproche de certaines couvrures réalisées par Bozerian (Seymour de Ricci, Mortimer L. Schiff Collection, II, p. 163). Tchemerzine, IX, p. 361 ; Cohen, II, 848-849 ; Ray, The art of the french illustration Book, 1700 to 1914, n° 20 ; Portalis, Les Dessinateurs d'illustration au dix-huitième siècle, pp. 270294. 24


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18. NERCIAT (A. de). Le Diable au corps, œuvre posthume du très-recommandable docteur Cazzone, membre extraordinaire de la joyeuse Faculté Phallo - coïro - pygo glottononique. S.l. [Paris], 1803, 6 tomes en 3 vol. in-12, veau vert, roulette et filet à froid autour des plats, dos lisses ornés, tranches dorées (reliure romantique). Edition originale de ces dialogues érotiques d'Andrea de Nerciat (1739-1820), dernier représentant du roman érotique tel que le connut le XVIIIe siècle. Les acteurs de ces dialogues sont : la marquise, “ une superbe brune ” ; la comtesse de Mottenfeu, un “ laideron ” ; Philippine, “ soubrette matoise ” ; Hector, qui est “ Adonis pardevant, Ganymède par-derrière ”... L'édition fut publiée sous deux types de format, l'in-12, imprimé pour le texte sur papier vergé et pour les gravures sur vélin blanc épais, et l'in-8°, sur papier superfin et papier vélin, avec les figures avant la lettre et encadrées. 20 figures libres non signées, dans la manière de Bonnet. Exemplaire de qualité dans une charmante reliure romantique. Il présente deux particularités : - le tome I s'ouvre sur un frontispice, non décrit dans les bibliographies spécialisées. Tiré sur papier fort, il est avant la lettre, et sans mention de pagination et de tomaison. - les 20 figures sont avant la lettre ; elles sont, par contre, paginées et tomées. Elles sont imprimées sur papier vergé, ainsi que le texte, comme l'un des exemplaires de même format de la Bibliothèque nationale. Dos très légèrement plus clairs, et petites usures aux mors. Dimensions : 124 x 74 mm. Pro v e n a n c e : ex-libris lithographié (Juliot, Tours), Marius Herail, n° 2188. Pia, Livres de l'Enfer, I, 316 (Cite deux exemplaires, l'un est incomplet) ; Cohen, 750 ; Pia, Dictionnaire des œuvres érotiques, pp. 137-138 (“ Cet ensemble de dialogues est attrayant au possible ”) ; Peyrefitte (Cat., 1977, n° 179 pour un exemplaire de format in-8° relié par Lortic).

19. CLÉRY [Hannet (J.B.A.), dit]. Journal de ce qui s'est passé à la Tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI, roi de France. Londres, Baylis, Se vend chez l'auteur, N° 29 Great..., 1798, in-8°, maroquin rouge à grains longs, jeux de filets dorés en encadrement sur les plats, dos lisse orné d'un décor à fond criblé, tranches dorées (reliure anglaise de l'époque).

Edition originale d'un des documents les plus importants sur l'épisode de la captivité du roi Louis XVI. Il existe deux tirages du titre, à la même date. Seule les différencie l'adresse de l'auteur ; la première porte : Chez l'auteur, n° 29 Great Pulteney-street, Golden square, et le second : Chez 25


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l'auteur, n° 6, Lisle-street, Leicestersquare. Témoignage sincère et concis, le Journal de M. de Cléry, valet de chambre du roi, relate la captivité de Louis XVI et de sa famille à la Tour du Temple. Très dévoué, Cléry obtint de Pétion, maire de Paris, de remplacer M. de Chantilly transféré à la prison de Force le jour même de l'internement de la famille royale. Il partagea, vingt jours durant, son service avec M. de Huë, lequel finit par être arrêté par la Commune en sa qualité de valet de chambre du Dauphin. Cléry devint alors le témoin privilégié des derniers instants du roi, qu'il consigna fidèlement, jour après jour, jusqu'au 21 janvier 1793, date à laquelle Louis XVI fut guillotiné sur la place Royale. D'un remarquable intérêt historique, ces Mémoires participent aussi à une nouvelle étape de l'écriture autobiographique et du témoignage, jusque-là nettement aristocratique et exclusivement portée sur l'histoire officielle et publique. Imprimé à Londres en 1798 en anglais et français, le Journal connut un grand succès. Il fut réédité plusieurs fois l'année de sa parution, et, par la suite, publié sous plus de trente titres divers. Le texte est accompagné de 2 planches gravées en taille-douce : une vue de la Tour du Temple, sans légende, signée à la pointe sèche Audinet Sculpt., un plan du deuxième et troisième étage de la Tour ; et d'un fac-similé de deux billets de Marie-Antoinette. A la fin de l'ouvrage, une note de l'auteur précise dans quelles circonstances lui ont été remis ces autographes. Adressés au Comte de Provence, le premier est signé par la reine, ses deux enfants et Madame Elisabeth, le second fait allusion à l'envoi d'un anneau ayant appartenu à Louis XVI. Exemplaire historique, en premier tirage, portant un envoi autographe de l'auteur :

Lorsque la Convention mit Louis XVI en jugement, le gouvernement de Charles IV d'Espagne

intervint maladroitement pour sauver à prix d'or le gouvernement français. Intimidation et tentatives de corruption aboutirent à une guerre dont on vit la fin en 1795, grâce aux accords et au traité de Bâle qui cédait à la France la partie espagnole de Saint-Domingue. La reliure a probablement été réalisée par Staggemeier, relieur d'origine allemande, qui s'associa en 1790 avec Welcher pour former l'un des ateliers londoniens les plus importants de l'époque. Pro v e n a n c e : Charles VI ; ex-libris gravé du XIXe siècle du Duc d'Hijar. A. Fierro, Mémoire de la Révolution, pp. 111-112 et Histoire et Dictionnaire de la Révolution Française, pp. 639 et 653 ; M. Tourneux, Bibliographie de l'Histoire de Paris pendant la Révolution française, pp. 300-301 ; A. Monglond, La France révolutionnaire et impériale, 1976, p. 775. 26


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20. STENDHAL (H.). Histoire de la peinture en Italie, par M. Beyle, ex-auditeur au Conseil d'Etat. Paris, P. Didot, 1817, 2 vol. in-8°, demi-maroquin havane clair à coins, dos à nerfs, couverture muette et dos sur papier gris vert, tête dorée, non rogné (Durvand). Edition originale. L'un des très rares exemplaires portant sur les titres le nom de l'auteur et sa qualité. En outre il présente, comme l'exemplaire de Mérimée, des cartons dont le feuillet supplémentaire 212 bis, 212 ter au tome I, et les pp. 21-24 en un feuillet unique au T. II. Précieux volume offert par Stendhal à la famille Cabanis. On connaît l'infinie rareté des dédicaces de l'auteur. Celle-ci est importante car elle évoque Pierre Jean Cabanis, le célèbre médecin philosophe, l'un des maîtres à penser de Stendhal. En effet ne s'est-il pas présenté en 1829 comme un disciple de l'école de Cabanis ? Après une relecture attentive des Rapports du physique et du moral de l'homme (1802), Stendhal s'attachera tout particulièrement à la description précise de la théorie des tempéraments, qu'il transposera dans le chapitre XLI de l'Histoire de la Peinture en Italie. Ainsi pour prouver son admiration, il adresse son livre à ses descendants avec ce bel envoi autographe : A la p. 49 du tome II, figure cette mention manuscrite de l'auteur, copié de Cabanis, exemple frappant de l'honnêteté intellectuelle qui l'anima durant sa vie. 27


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Pro v e n a n c e : Cabanis ; J. Guérin (Cat., 1986, n° 5 0). Dictionnaire de Stendhal, Paris, Champion, 2003, p. 125.

21. LAPOSTOLLE (A.). Traité des parafoudres et des paragrêles en cordes de paille, précédé d'une météorologie électrique... Amiens, Imprimerie de Caron-Vitet, 1820, in-8°, maroquin rouge, filet et roulette dorés autour des plats, armes au centre, dos lisse orné d'un motif floral plusieurs fois répété, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure d'époque). Edition originale. Contemporain de Franklin et de l'invention encore récente du paratonnerre, Lapostolle (17491831) observa que le chaume avait un degré de conductibilité électrique que ne possédait ni le fer, ni le cuivre. Il tira profit de cette découverte pour élaborer un parafoudre de conception économique. Ce simple appareil ne devait pas seulement conjurer la foudre, mais aussi empêcher la formation de la grêle. À sa sortie, l'ouvrage fut favorablement accueilli, aussi bien en France qu'à l'étranger, en Italie, Suisse, Allemagne, Prusse et Etats-Unis ; seule l'Académie des Sciences réfuta sa position, Lapostolle s'appuyant sur des théories en opposition avec les doctrines de la savante compagnie. L'ouvrage connut, l'année suivante, une traduction en italien. Une planche lithographiée (“ Vue d'une plaine armée de Paragrêles et d'un Village armé de Parafoudres ”), et un tableau (“ Parallèle des expériences qui constatent les divers degrés de conductibilité des subtances métalliques, et de la paille, dans les phénomènes électriques ”). Exemplaire aux armes de François II, neveu de Marie-Antoinette, père de Marie-Louise, qui fut empereur d'Autriche sous le nom de François Ier (1804-1835). Pro v e n a n c e : François II (1768-1835) ; Fernand J. Heitz ; Grandpierre. Wheeler Gift, Catalogue of the wheeler gift of books... in the library of the Américan Institute of Electrical Engineers, 771 ; Courtillier, Société de médecine d'Amiens, 1859, pp. 16-22 ; Dugast-Rouillé, Les Maisons souveraines de l'Autriche, Paris, 1967, p. 149 (“ Cette combinaison héraldique date d'avant la Révolution Française. C'est un “ vieux ” fer réemployé ”).

22. PICHOT (A.). Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Ecosse. Paris, Ladvocat et Ch. Gosselin, 1825, 3 vol. in-8°. Vues pittoresques de l'Ecosse dessinées d'après nature par F. A. Pernot, exécutées sur pierre par H. P. Lauters... Avec un texte explicatif extrait en grande partie des ouvrages de Sir Walter Scott. Bruxelles, A. Wahlen et Dwasme, 1827, in-folio. Ensemble 3 volumes in-8° et un volume in-folio, demi-maroquin rouge à coins, chiffre entrelacé couronné au centre des plats pour les volumes de texte, au dos pour l'atlas, dos lisses ornés, tranches lisses (Reliure de l'époque). Edition originale. Médecin de formation, Amédée Pichot vint par goût aux lettres et étudia plus particulièrement l'histoire littéraire anglaise. Après deux ou trois séjours en Angleterre, il publia ce Voyage historique en Angleterre... et un Essai sur Lord Byron. En 1843, il fut nommé rédacteur en chef à la Revue britannique. 28


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23 - DELACROIX (E.) & GOETHE (J.W).

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14 planches hors-texte sur chine appliqué et 8 planches de fac-similé accompagnent le texte. L'Atlas, ici dans sa contrefaçon belge publiée un an après l'originale, est constitué de 6 0 lithographies hors-texte de A. Lauters, dessinées d'après nature par F.A. Pernot. Elles figurent Glasgow, Berwick, Smallhome, Edimbourg, les châteaux de Stirling, Campbell, Dourne, Loch Lomond... La réunion des volumes de texte à l'atlas est peu fréquente. Exemplaire au chiffre de l'Impératrice Marie-Louise (1791-1847), qui lors de l'exil de Napoléon, devint en 1815 Duchesse de Parme, tout en conservant son titre. Quelques rousseurs éparses principalement au volume de texte. Quérard, VII, (“ L’on y trouve des documents précieux sur la Grande-Bretagne ”).

23. DELACROIX (E.) & GOETHE (J.W). Faust. Tragédie de M. de Goethe, traduite en français par M. Albert Stapfer. Paris, Motte, 1828, in-folio, maroquin prune à grains longs, sur les plats, double encadrement, l'un alternant chaînettes dorées et roulette dorée sur fond de maroquin rouge et bleu, le second, formé de filets dorés avec motifs mosaïqués en angle de veau de diverses couleurs, au centre, grand motif selon la même technique, dos à nerfs orné et mosaïqué, doublure et gardes de soie moirée vert tilleul, couverture, tranches dorées sur témoins, étui (Rel. E. Maylander, Dor.). Premier t i r a g e . Un portrait de l'auteur et 17 lithographies originales d'Eugène Delacroix. Un des livres les plus célèbres du dix-neuvième siècle, considéré comme le premier livre de peintre de l'époque moderne. Excepté Goethe et quelques novateurs qui l'encensèrent, l'ouvrage fut attaqué par les conservateurs lors de sa sortie. Il se vendit fort mal et la publication fut considérée comme un désastre financier. C'est après avoir vu la série d'ébauches de gravures de Fr. A. Moritz Retzch (1779-1857) que Delacroix eut l'idée d'illustrer Faust. Mais cette suite qu’il appréciait, nécessitait une provocation de l'imagination pour s'exprimer pleinement. Ce fut chose faite après que Delacroix eut assisté en mai 1825 à une adaptation de Faust, par Georges Soane, au Théâtre Royal de Londres, Drury Lanes. Ainsi il s'inspira du décor général de la pièce et du jeu des acteurs, plus spécialement de celui de Terry qui interprétait le rôle de Méphistophèles, pour composer ses lithographies. Imprimé sur beau papier vergé, l'exemplaire comporte le rare tirage des lithographies sur chine collé. Elles sont ici en épreuves des premier, deuxième ou troisième états, selon la séquence normale des planches, conforme à Delteil. Chacune d'elles est à l'adresse du lithographe Motte, qui sera remplacée par celle de Vayron dans les tirages postérieurs. La couverture, illustrée par Deveria, est également en premier tirage, avec la remarque caractéristique de la double mention, au second plat, des noms de Motte et Sautelet. Exemplaire bien conservé et parfaitement établi par Emile Maylander (1866-1959). Alsacien d'origine, il travailla chez Dormont, puis dans l'atelier du grand Cuzin où il devint premier doreur. Ala mort de son maître, l'officine fut reprise par Emile Mercier qui décéda à son tour en 1910. Ce n'est qu'en 1920 qu'il fonda son propre atelier. Trois bas de lettres dans la légende des planches “ Méphistophélès dans la taverne des Etudiants ” et “ Duel de Faust et Valentin ” ont été repris à la plume. Dimensions : 415 x 282 mm. 30


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L. Delteil, Ingres & Delacroix, 57-74 ; Lochnan, Nouvelle de l'Estampe, 87.

24. [BALZAC (H. de) - CHASLES (Ph.) - RABOU (Ch.)]. Contes bruns. Paris, Canel et Guyot, 1832, in-8°, demi-maroquin rouge à grains longs, à coins, dos élégamment orné, tranches marbrées (Meslant). Edition originale, parue anonymement. Balzac dévoila le nom des trois auteurs dans la Caricature du 16 février 1832. Recueil de 10 contes dus à Philaréte Chasles, Charles Rabou, qui publiera les romans inachevés de Balzac, et Balzac lui-même, qui donne ici en édition originale, Une conversation entre huit heures onze et minuit et le Grand d'Espagne. La première nouvelle, après de nombreuses modifications, figurera sous le titre La Grande Bretèche dans Scènes de la Vie de province (Charpentier, 1839) ; le Grand d'Espagne ; sera incorporé sans titre au Tome VI des Œuvres complètes, dans la Muse du département. Une vignette de titre, non signée. Exemplaire de charme, dans une reliure signée de Meslant, praticien qui exerça pendant la première moitié du XIXe siècle. Pro v e n a n c e : Paul Muret ; Docteur André Chauveau (Cat., 1976, n° 4 9) ; Henri Dirkx (Cat., Bibliothèque d'un Amateur Balzacien, 1981, n° 131). Voir reproduction page 35 31


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25. SAND (G). Lélia. Paris, Dupuy, 1833, 2 vol. in-8°, broché, couverture, chemise à rabats et étui gainés de maroquin prune. Edition originale. Publié en 1833, remanié en 1839, ce roman appartient à la première période romantique d'Aurore Dupin (Georges Sand). Il consacra sa réputation d'écrivain, inscrivant le “ roman gothique ” selon une nouvelle perspective dans l'analyse psychologique. Superbe exemplaire dans son état originel, non lavé. Rare dans cette condition. Pro v e n a n c e : Mercier (Cat., 1937, n° 233) ; Robert von Hirsch (Cat., 1978, n° 227) ; Fleury (Cat., 1997, n° 303). E x p o s i t i o n : Lucerne, “ Dix siècles de livres français ”, 1949, n° 218. Carteret, II, p. 304 (“ C'est avec Indiana, un des ouvrages de cet auteur les plus rares et les plus estimés ”) ; Clouzot, p. 139 (Rare et très recherché).

26. BALZAC (H. de). Les Cent Contes drolatiques. Premier Dixain. Second Dixain. Troisième Dixain. Paris, Charles Gosselin - Ed. Werdet, 1832-1833-1837, 3 vol. in-8°, demi-veau blond, dos à nerfs ornés de fers romantiques, tranches jaunes (reliure de l'époque). Edition originale. “ Un des romantiques les plus rares, autant par l'importance de son texte que par la difficulté de la réunion de ces trois dixains qui ont paru de 1832 à 1837 ”, d'autant plus qu'un certain nombre d'exemplaires complets des deux premiers dixains et de feuilles du troisième ont disparu en 1835 dans l'incendie de l'imprimerie de la rue du Pot de Fer. L'ouvrage est la réunion de récits licencieux, dans la veine des vieux “ conteurs ” français depuis les auteurs de fabliaux jusqu'à Béroalde de Verville. En les composant, Balzac a dû se souvenir de Rabelais. Le quatrième dixain annoncé n'a jamais paru. Superbe exemplaire dans une élégante reliure romantique, avec le tome I en premier tirage et le tome III avec la bonne page de titre. Rare dans cette condition. Carteret, I, p. 63 ; Nicolas Felkay, Balzac et ses éditeurs, 1822-1837, p. 227 ; Dirkx (Cat. Bibliothèque d'un amateur Balzacien, n° 32 (“ Edition originale fort rare avec le Tome I en premier tirage et le tome III avec le bon titre ”). Voir reproduction page 35

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27 - STENDHAL (H.)

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27. STENDHAL (H.). La Chartreuse de Parme. Paris, A. Dupont, 1839, 2 vol. in-8°, demimaroquin orange à grains longs, à coins, dos lisses richement ornés, couverture et dos, non rogné, chemise et étui gainés de même maroquin (G. Mercier sr de son père-1913). Edition originale. D'inspiration italienne, ce roman fut composé étonnamment vite. Stendhal s'y attela dès son retour à Paris du 4 novembre au 26 décembre 1838. Ecrit sous la dictée, le manuscrit fut confié à Romain Colomb, cousin et collaborateur occasionnel de l'écrivain, afin de lui trouver un éditeur. Levavasseur n'étant pas décidé à poursuivre l'aventure du Rouge et Noir, Colomb se tourna vers Ambroise Dupont, chez qui il venait de faire paraître Mémoires d'un touriste. La vente fut conclue le 24 janvier 1839. Stendhal entreprit aussitôt les corrections et le livre parut début avril 1839 en 2 volumes in-octavo. Le manuscrit qui servira à l'impression a disparu. Seuls subsistent trois exemplaires annotés par Stendhal : deux dans des collections publiques, dont l'exemplaire Chaper, conservé à la bibliothèque Pierpont Morgan de New York et un troisième connu sous le nom d'exemplaire Royer appartenant à une collection particulière et dernièrement exposé au musée Condé. Exemplaire à toutes marges. Dimensions : 223 x 136 mm. Est relié avec le contrat autographe de la vente de La Chartreuse de Parme, signé par Romain Colomb et Ambroise Dupont et daté du 24 janvier 1839. Au recto, il est stipulé que l'éditeur a le droit, pour cinq ans, de publier l'ouvrage en échange de 2 500 francs payables en cinq billets à ordre du 10 juillet au 10 novembre. Un détail intéressant de l'article 4, rappelant que l'auteur du Rouge et Noir “ ne devra être désigné dans le titre que comme il est dit ci-dessus ” a été éclairci par Auguste Cordier. Stendhal, alors consul, ne pouvait se faire connaître publiquement sous peine de perdre sa place (V. Del Litto, Une somme stendhalienne, p. 1001). Au verso, une clause du 24 juin 1839, jour du départ de Stendhal pour Civita-Vecchia, précise que Colomb “ rentre dès ce moment dans la propriété de l'ouvrage ”. Ni le Fonds Stendhalien de Grenoble, ni la Bibliothèque nationale ne possèdent une copie de ce contrat. Pro v e n a n c e : Bibliothèque du Château de Prye (Cat., 1990, n° 262) ; collection privée. Stendhal, La Chartreuse de Parme. Paris, Cercle du Livre précieux, 1966, p. 8 ; Catalogue du fonds Stendhal, Grenoble, Bibliothèques municipales de Grenoble, 1995 ; V. Del Litto, Une somme stendhalienne, Paris, Champion, 2002, pp. 998-1001 ; H. Martineau, Apologie de Romain Colomb, Paris, Le Divan, 192, pp. 8-10 et Le Calendrier de Stendhal, 1950, p. 354 ; Martyn Lyons, Les Best-Sellers, Histoire de l'édition française, T.III, p. 392, “ Le tirage de la Chartreuse de Parme a été très modeste, 1 200 exemplaires ”. Voir la reproduction du contrat page ci-contre 34


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28. BAUDELAIRE (Ch.). Les Fleurs du Mal. Paris, Poulet-Malassis, 1857, in-12, demimaroquin rouge, dos à nerfs orné, tranches mouchetées (reliure de l'époque). Edition originale.

Exemplaire de qualité, bien complet des pièces condamnées, dans une charmante reliure de l'époque. Dimensions : 175 x 100 mm. Voir reproduction page ci-contre

29. BARBEY D'AUREVILLY (J.). Un Prêtre marié. Paris, Achille Faure, 1865, 2 vol. in12, demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs ornés, tête dorée (E. Burnier). Edition originale. “ Ce livre, écrit par amour et pour la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, condamné et proscrit de toute librairie catholique par l'archevêque ”, ainsi sont les propos manuscrits de Barbey que l'on peut lire sur l'exemplaire qu'il offrit à Georges Landry, l'ami de Huysmans. Ils résument bien l'atmosphère qui entoura l'ouvrage lors de sa sortie en librairie et la polémique qu'il suscita. Saisissant d'invention, ce roman s'impose comme l'un des textes les plus originaux de la fin du XIXe siècle. Un des deux exemplaires connus sur papier de Chine, portant bien la griffe de l'auteur. Le second a figuré au catalogue de la vente Du Bourg de Bozas. Offert par Barbey à Henri Houssaye, il était accompagné d'une très intéressante lettre autographe de l'auteur adressée à Ch. Coligny, précisant au sculpteur que le volume offert au fils de son ami Arsène Houssaye était le dernier chine qu'il avait en sa possession. Relié à l'époque par Burnier, praticien en activité à Paris durant le troisième quart du XIXe siècle, l'exemplaire est d'un goût sans faille. Quelques très légères rousseurs au tome I. Dimensions : 183 x 113 mm. Pro v e n a n c e : J. Guérin (Cat. II, 1995, n° 147) ; Bibliothèque anonyme (Cat., “ Livres ayant appartenu à des écrivains célèbres ”, 1994, n° 1 6) ; collection particulière. Voir reproduction page ci-contre

30. RIMBAUD (A.). Une Saison en Enfer. Bruxelles, Alliance typographique M. J. et Compagnie, 1873, in-12, box janséniste noir, jeux de filets à froid autour des plats, dos à nerfs orné de même, doublure de box rouge, gardes de soie moirée rouge, couverture et dos, 36


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tranches dorées sur témoins, étui gainé de box (Semet & Plumelle). Edition originale. Publiée à compte d'auteur, cette œuvre en prose, création intime et personnelle, aux ruptures de style et de ton, est la seule publication faite et corrigée par l'auteur. En dehors de quelques feuillets de brouillons conservés par Verlaine, le manuscrit de l'œuvre et les épreuves corrigées n'ont jamais été retrouvés. Seul le texte imprimé subsiste. Superbe exemplaire.

31. VERLAINE (P.). Sagesse. Paris, Société Générale de Librairie Catholique, 1881, in-8°, demi-toile grise à la Bradel, premier plat de couverture conservé, tranches lisses (reliure de l'époque). 37


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Edition originale, tirée probablement à 500 exemplaires sur papier vélin, de ce recueil capital dans l'œuvre du poète, constitué de 47 poèmes d'inspiration mystique. Sept furent écrits durant son emprisonnement à Mons. Publié à compte d'auteur, il n'y eut pas de tirage sur grand papier. D'après une confidence de Verlaine, seuls huit recueils furent vendus lors de la mise en librairie, d'où la très grande rareté des exemplaires reliés de l'époque. Exemplaire d'Henri de Régnier (1864-1936) avec sa signature autographe sur le premier plat de couverture, suivie de la date 1889. On connaît l'admiration que portait le gendre d' Heredia sur l'œuvre du poète, bien que Mallarmé ait eu une influence plus déterminante sur lui. Très tôt, Verlaine (1844-1896) avait pressenti le talent de Régnier : dès 1886, il lui adressa une lettre de félicitations pour son recueil Apaisement. Tous deux participèrent à Lutèce, revue qui succéda à la Nouvelle Rive Gauche. Pro v e n a n c e : Henri de Régnier ; ex-libris non identifié [LM]. Ch. Galantaris, Verlaine-Rimbaud-Mallarmé, 42.

32. RIMBAUD (A.). Les Illuminations. Paris, Publications de la Vogue, 1886, in-8°, box janséniste cerise, dos lisse orné, bordure intérieure de même maroquin, doublure et gardes de soie moirée filetée d'or, couverture, tranches lisses, étui gainé de maroquin (reliure ancienne). Edition originale. Composé autour des années 1875, Les Illuminations paraissent en mai-juin 1886 dans cinq livraisons consécutives de La Vogue, revue symboliste dirigée par Gustave Kahn. Les Editions de La Vogue les font ensuite imprimer en plaquette avec une préface de Verlaine. Les manuscrits de ces textes sont dispersés dans plusieurs collections, la Bibliothèque nationale en conserve deux ensembles importants. L'un des 170 exemplaires sur papier vergé de Hollande. Sobre reliure janséniste des années 1930-40. Bien que présentant certaines caractéristiques relevant de la façon de Pierre Legrain, cette reliure, portant sa signature, nous semble avoir été exécutée postérieurement à la date du décès du praticien et serait plutôt de la main de son suivant. Un mors légèrement épidermé. Petites restaurations au deuxième plat de couverture.

33. VERLAINE (P.). Amour. Paris, L. Vanier, 1888, in-12, demi-chagrin havane, dos lisse orné, couverture et dos, tête dorée, non rogné (Le Douarin). Edition originale. Publié en mars 1888, l'auteur commença à travailler à ce recueil dès 1887. Il contient des pièces composées depuis 1875. Banville le célébra : “ Vous avez fait un prodige... vous avez grandi sans cesse. ” Avec Sagesse et Bonheur, il forme un tryptique dédié à l'amour divin. L'un des 50 premiers exemplaires sur papier de Hollande, après au moins un exemplaire sur papier rose. 38


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34 - RODENBACH (G.). Exemplaire offert par Verlaine à Leconte de Lisle : Dès 1863, Verlaine assiste aux samedis de Leconte de Lisle. Ce dernier lui adresse en 1866 des éloges à la sortie des Poèmes Saturniens : “ Vos poèmes sont d'un vrai poète, d'un artiste très habile et bientôt maître de l'expression. ” Ces liens vont progressivement se relâcher, l'aîné reprochant au cadet sa sympathie pour la Commune. A la mort de Leconte de Lisle, Verlaine lui succèdera comme prince des poètes. Il lui consacra un article nécrologique (Le Journal, 20 juillet 1894) : “... de son œuvre, qu'en diraije qui n'ait été dit excellemment, sinon qu'elle marche, après celle d'Hugo, sur le même rang que celles de Baudelaire et de Banville, qui furent avec lui, nos maîtres immédiats à nous les Parnassiens – ce qui se reconnaît bien à nos premiers vers. ” Pro v e n a n c e : Leconte de Lisle (1818-1894) ; Auguste Garnier. Ch. Galantaris, Verlaine-Rimbaud-Mallarmé, 85.

34. VERLAINE (P.). Chair. Paris, Bibliothèque Artistique et Littéraire, 1896, in-12, maroquin rouge, filets à froid autour des plats, dos à nerfs orné de même, doublure intérieure de maroquin rose saumon, gardes de soie moirée, couverture et dos, tranches dorées, étui (Semet & Plumelle). 39


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Edition originale. Publié l'année de la mort du poète, ce recueil contient des poèmes écrits entre 1893 et 1894. Ils furent publiés dans le numéro du 1er février 1896 de La Plume, revue fondée par Léon Deschamps, à laquelle Verlaine collabora dès sa création. Frontispice de Rops. L'un des 12 premiers exemplaires sur japon avec trois états du frontispice. Le volume a été sobrement relié par Semet et Plumelle qui exercèrent de 1925 à 1955. Ch. Galantaris, Verlaine-Rimbaud-Mallarmé, 176.

35. RODENBACH (G.). Les Vierges. Les Tombeaux. Paris, Imprimerie Chamerot et Renouard pour Bing, 1895, 2 vol. in-8°, brochés, couverture de papier moiré blanc pour Les Vierges avec bande illustrée de papier Ingres gris et de papier moiré noir pour Les Tombeaux avec bande de papier Ingres vert Tilleul, chaque bande est illustrée d'un bois gravé de Pitcairn-Knowles. Edition originale. Composée à deux mains, Rippl-Ronai (1861-1827) et l'Écossais Knowles (1864-1927), cette illustration formée de 4 lithographies hors-texte en couleur et de 3 bois gravés en noir, reprend deux thèmes : la vie (l'été) et la mort (l'hiver). Une fois terminée, les deux amis présentèrent leurs travaux à Siegrief Bing, leur commanditaire et propriétaire de la galerie parisienne L'Art Nouveau. Ce dernier confia au poète symboliste belge, Georges Rodenbach, l'écriture du texte. Tendre et lumineuse, la série du peintre hongrois représente la quintessence de l'esprit nabi (Friches-Thory-Terrasse, Les Nabis, Paris, 1990, p. 250). Soucieux de la qualité de l'ensemble, les deux artistes portèrent une attention particulière à ces petits volumes. “ La forme du livre et l'emplacement des images sont d'une grande importance et il en est de même du travail du typographe. Tout, du commencement jusqu'à la fin, sans oublier le travail du relieur, a été contrôlé et en conformité avec mes instructions ” (L.A.S. de Rippl-Ronai à son frère Odon, 1895, doc MNG, inv. 2070811979). Brochés à la japonaise, ces deux “ cahiers d'écolier ” furent imprimés en caractères italiques pour Les Vierges et romains pour Les Tombeaux. Les Vierges passent pour avoir été imprimées à 200 exemplaires, le tirage du second volet nous est inconnu. Exemplaire en belle condition. Jozsef Rippl-Ronai, Le Nabi Hongrois, pp. 196-197 ; Annisabelle Berés et Michel Arveiller, Les Peintres graveurs, 1890-1910, pp. 152 et 176 ; Victoria & Albert Museum, From Manet to Hockney, p. 96.

36. ALAIN-FOURNIER (H.). Le Grand Meaulnes. Paris, Emile-Paul Frères, 1913, in-12, maroquin janséniste violet, dos à nerfs, doublures et gardes de box mauve, couverture et dos, tranches dorées sur témoins, chemise à rabats et étui gainés de maroquin (Alix). Edition originale. L'un des 20 exemplaires sur hollande, deuxième papier après 10 japon. 40


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37 - BONNARD (P.) & LONGUS.

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Sobre reliure janséniste doublée de Alix. Dr. G. Hermans, Recherche bibliographique sur Le Grand Meaulnes, Le Livre et l'Estampe, 6970, pp. 9-16.

37. BONNARD (P.) & LONGUS. Les Pastorales de Longus ou Daphnis et Chloé. Paris, A. Vollard, 1902, 2 tomes en un vol. in-4°, maroquin sable, plats ornés d'une composition de filets droits ou courbes, soit au palladium, soit dorés, soit dorés et mosaïqués de maroquin bleu et vert, dos lisse, bordure intérieure de même maroquin ornée de même, doublure et gardes de daim chamois, couvertures et dos, non rogné, chemise et étui (Pierre Legrain, J.A.L.). Roman grec de Longus dit le Sophiste, dont la trame se déroule à Lesbos. L'auteur se plaît à décrire les aventures sentimentales de deux bergers, Daphnis et Chloé, aventures rythmées par les saisons. C'est un roman pastoral. Il est ici dans la traduction que P.-L. Courier fit en 1810. 156 lithographies originales de Pierre Bonnard se mêlent langoureusement à l'impression en

caractères Grandjean. L'un des 40 exemplaires sur papier de chine, avec une suite des lithographies tirées en bleu. Seuls ces exemplaires contiennent l'illustration tirée dans ce ton. Exemplaire signé par Bonnard, enrichi du prospectus de parution. Il est non rogné. Edition limitée à 250 exemplaires numérotés. D'esprit Art Déco, le décor de cette reliure a été réalisé d'après une maquette de Pierre Legrain (Pierre Legrain, J.A.L.). Il reprend le thème récurrent des jeux de demi-cercles. Les tranches n'ont pas été dorées, comme aimait à le pratiquer le grand relieur. Dimensions : 328 x 246 mm. Chapon, Le Peintre et le livre, pp. 66-67 ; Castelman, A Century of Artists Books, p . 28.

38. PROUST (M.). Du côté de chez Swann. Paris, Grasset, 1913-1914, in-12, maroquin janséniste frambroise, dos à nerfs, doublure de maroquin orangé sertie d'un filet doré, gardes 42


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de soie moirée bordeaux, tranches dorées sur témoins, couverture imprimée, étui gainé de maroquin (G. Levitzky). Edition originale. Un des 12 exemplaires numérotés sur papier de Hollande van Gelder, seul grand papier avec 5 japon. Il est non cité dans la liste de Chalvet. Le texte comporte bien entendu toutes les remarques de premier tirage. Seule la coquille typographique au nom de l'éditeur a été corrigée sur la page de titre, ce qui semble montrer que les exemplaires sur grand papier ont été imprimés après un certain nombre d'exemplaires sur papier ordinaire, comme c'est bien souvent le cas. La couverture est, comme il se doit, de couleur blanche et porte au dos le nom de l'auteur écrit en majuscules (sur les exemplaires ordinaires, seule la lettre initiale est en majuscule), ainsi que la mention Hollande à la place du prix. Grégoire Levitzky, d'origine ukrainienne, après avoir fait son apprentissage chez Prouté, exerça pour son compte de 1910 à 1965. Il eut comme clients Albert Ier de Belgique et Alexandre Ier de Serbie. 43


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Parfaite condition. Dimensions : 184 x 121 mm. Pro v e n a n c e : Ragazzoni (Cat., 2003, n° 175). Chalvet, Le Livre et l'Estampe, 1956, n° 6, pp. 21-24.

39. APOLLINAIRE (G). Le Poète assassiné. Paris, Bibliothèque des Curieux, 1916, in-12, box mi-chocolat, mi-crème, séparé en hauteur par un motif aux formes aiguës de box rouge, terre de Sienne, blanc, vert et tilleul, dos lisse, gardes et doublure de daim havane et vert d'eau, serties d'un listel de box soit vert d'eau, soit fuchsia, couverture et dos, tranches dorées sur témoins, chemise à rabats et étui gainés de box chocolat (P. Bonet, 1962). Edition originale, dédiée à René Dalize. Publiée en septembre 1916 par les frères Briffaut , durant la guerre, cette œuvre en prose est un recueil de contes écrits entre 1910 et 1913. Ces contes parurent d'abord séparement dans diverses revues, puis formèrent un ouvrage autonome en 1916, son titre initial devant être Le Roi Lune. Couverture dessinée par Leonetto Cappiello et un portrait de l'auteur par son ami Rouveyre. Il n'y a pas eu de tirage sur grand papier. Exemplaire offert par l'auteur à la femme de son défunt camarade André Dupont, portant cet émouvant envoi autographe : Tué en mars 1916 de plusieurs éclats d'obus à Douaumont, André Dupont collabora aux Soirées de Paris avec son ami, le poète cubiste, duquel il reçut en 1915 un exemplaire de Case d'Armon. Pro v e n a n c e : Valentine Hugo ; Jean Hugues, Picasso et l'art d'aujourd'hui, sub. n° 14 ; Sickles (Cat., Guillaume Apollinaire-Marcel Proust, n° 5 9). V. Martin-Schmets, Index des dédicaces de Guillaume Apollinaire, Le Livre et l'estampe, n° 132, p. 225.

40. VALÉRY (P.). Le Cimetière marin. Paris, Emile Paul Frères, 1920, in-8°, maroquin bleu orné sur les plats d'une succession de listels ondulés mosaïqués en creux en box bleu aux chants de box blanc avec sur le premier plat un décor par la lettre composé du titre de l'ouvrage mosaïqué en grandes capitales de box blanc, sur le second plat, décor par la lettre selon la même technique composé du nom de l'auteur et de la date d'édition, dos muet, doublure et gardes de daim bleu, couverture, tranches dorées, chemise et étui bordés de maroquin (P.L. Martin, 1973). Edition originale. Paul Valéry, méditerranéen d'origine, voua, sa vie durant, un culte à la mer, qu'il immortalisa dans le Cimetière marin. “ La mer toujours recommencée et la mort toujours victorieuse furent les deux thèmes qui lui inspirèrent ses pages et ses vers les plus beaux. ” Un passage imprimé en grec des Pythiques de Pindare, figure ici en épigraphe. 44


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44 - MASSON (A.) & BATAILLE (G.).

L'un des 49 exemplaires sur papier vélin à la forme d'Arches, second papier après 7 chine, justifiés à la main en chiffre romain. Exemplaire monté sur onglets. Cette élégante reliure est intéressante à plus d'un titre, le praticien utilisant ici deux types de décor qu'il employa durant une grande partie de sa carrière. Il mélange ainsi le décor par la lettre à celui des baguettes ou listels posés sur des fonds en creux. Karaïskakis-Chapon, Bibliographie des œuvres de Paul Valéry, 20 A.

41. PROUST (M.). A la Recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann. A l'ombre des jeunes filles en fleurs. Le Côté de Guermantes. Sodome et Gomorrhe. La Prisonnière. Le Temps retrouvé. Albertine disparue. Paris, NRF, 1918-1927, 13 vol. in-4°, maroquin bleu nuit, doublure et gardes de box gris souris, couverture et dos, tranches dorées, étui bordé de même maroquin (Alix). Edition originale, sauf pour “ Du côté de chez Swann ”. 45


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Un des 108 (à 133) exemplaires réimposés au format in-quarto tellière sur vergé Lafuma, seul grand papier, la plupart réservés aux bibliophiles de la NRF. Exemplaire spécialement imprimé pour M. P. Guastalla,, chaque partie portant le même numéro (XXXVIII ou 38), état rare. Dos légèrement plus sombres. Petits défauts (traces de plis) à la couverture de “ Du Côté de Chez Swann ”.

42. GRIS (J.) & JACOB (M.). Ne coupez pas mademoiselle ou les erreurs des P.T.T. Paris, Galerie Simon, 1921, in-4°, broché, couverture. Premier livre illustré de gravures originales par Juan Gris, et premier ouvrage publié par Kahnweiler contenant des lithographies. 4 lithographies en couleurs accompagnent ce conte philosophique ici en édition originale. Tirage limité à 110 exemplaires, tous sur vélin de Hollande, signés par l’artiste et l’auteur. Parfaite condition. D.-H. Kahnweiler, Centre Georges Pompidou, p. 180 ; Chapon, Le Livre et le Peintre, pp. 10811 0 ; A Century of Artists Books, Museum of Modern Art, New York, p. 173.

43. BRETON (A.). Nadja. Paris, NRF, 1928, in-4°, broché, couverture, chemise et étui. Edition originale. Il est des ouvrages de Breton, celui qui a sans nul doute provoqué et provoque encore chez le lecteur l'ébranlement le plus profond, où se mêlent l'admiration et une émotion complexe pouvant aller jusqu'au malaise. Le livre paraît avec quarante-quatre illustrations, photographies de lieux, de personnes, d'objets, d'œuvres d'art qui reçoivent toutes pour légende un bref extrait de texte. L'un des 109 exemplaires de tête, réimposés dans le format in-quarto tellière, imprimés sur papier vergé Lafuma-Navarre au filigrane NRF. Condition parfaite. Pro v e n a n c e : Paraf.

44. MASSON (A) & BATAILLE (G). Sacrifices. S.l. [Paris], GLM, 1936, in-folio (436 x 350 mm.), en ff., couverture imprimée avec attaches de tissu. Edition originale. 46


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47 - ELUARD (P.).

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Fruit d'une troisième rencontre entre Bataille et l'artiste après Histoire de l'œil et L’Anus solaire, l'album Sacrifices est né d'un projet que l'on doit à Jeanne Bucher. Faute de souscripteurs, elle l'abandonna, après avoir exposé en juin 1933 dans sa galerie les cinq esquisses de Sacrifices, en compagnie d'études de mouvements par le même pour le ballet “ Présage ” composé en collaboration avec Massine. L'idée fut reprise alors par Guy Levis Mano qui acheva le projet éditorial le 3 décembre 1936. Il conserva les 5 eaux-fortes originales de Masson (Mithra, Orphée, Le Crucifié, Minotaure, Osiris). Numérotées de I à V, elles sont tirées, selon les bibliographes, en brun ou en sanguine. Il existe un tirage en noir. Bien que le tirage ait été annoncé à 150 exemplaires, dont 10 sur japon, seuls 50 exemplaires complets, selon l'éditeur, furent mis dans le commerce, le nombre exact restant donc indéterminé. Exemplaire sur vélin d'Arches, avec les 5 gravures en brun. Couverture restaurée. Sans les attaches. A. Masson, Livres illustrés de gravures originales, Centre littéraire Fondation Royaumont, n° 11 ; A. Coron, Les Editions GLM, 1923-1974, n° 117 ; Derouet-Lehni, Jeanne Bucher, Une galerie d'avant-garde, 1925-1946, De Max Ernst à de Staël, n° 42, p. 64.

45. PICASSO (P) & BALZAC (H. de). Le Chef-d'œuvre inconnu. Paris, Vollard, 1931, in-4°, en ff., couverture. 17 eaux-fortes originales de Picasso et 67 dessins gravés sur bois. Dans les années 1925, Ambroise Vollard passa commande à Picasso d’une illustration pour le Chef-d’œuvre inconnu, roman où Balzac met en scène deux peintres, Nicolas Poussin et Pourbus, autour d’un troisième, maître Frenhofer, s’essayant à travers ces personnages à analyser la création artistique et ces frustrations, thème qui convenait bien au génie de Picasso. Le peintre créa alors entre 1926 et 1928 une triple illustration : une série d’énigmatiques motifs couvrant 16 pages, 12 eaux-fortes originales sur le thème du “ Peintre et de son modèle ”, et une suite de bois gravés d’esprit cubiste. Tirage limité à 340 exemplaires ; celui-ci est sur vélin de Rives. Cramer, Pablo Picasso, Les livres illustrés, n° 20.

46. BRETON (A.). L'Amour fou. Paris, NRF, 1937, in-12, maroquin janséniste ocre, dos lisse, doublure de même peau et couleur, couverture et dos, tête dorée, étui (M. de 48


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48 - MANSOUR (J.) & BELLMER (H.).

Bellefroid). Edition originale. “ Livre capital, L'Amour Fou marque une étape dans l'aventure surréaliste. ” Breton analyse les évènements les plus mystérieux de son existence, établissant donc un lien entre rêve et réalité, et par-delà, entre évènements vécus et activités de l'esprit. Ce lien qu'il définit comme “ hasard objectif ”, il l'évoque notamment à travers sa rencontre avec Jacqueline Lamba lui permettant d'exposer ainsi sa conception de l'amour exclusif et charnel. 20 reproductions de photographies par Brassaï, Man Ray, Dora Maar, Rogi André et Henri Cartier-Bresson. L'un des 4 ou 5 exemplaires de tête non justifiés sur vélin rose léger réservés à l'auteur, constituant le plus petit tirage sur grand papier. Le catalogue de mars 1956 de Maurice Bazy en proposait un sous le n° 590, suivi de ces lignes 49


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: “ Un des 4 ou 5 exemplaires sur papier rose – hors commerce – réservés aux amis de l'auteur. ” Il existe également 9 exemplaires sur japon, dont deux ont été récemment cédés aux ventes Breton et Filipacchi. Pro v e n a n c e : R. Moureau. Gérard Legrand, Dictionnaire général du Surréalisme, p. 21 ; W. Chadwick, Les Femmes dans le mouvement surréaliste, p. 103 ; A. Roth, The Book of 101 Books, p. 80 (“ Man Ray was the author of or collaborator in so many extraordinary books from his early works… to André Breton's Nadja (1928) and L'Amour fou (1937) ”) ; Sinibaldi-Couturier, Regards sur un siècle de photographies, Avant-Garde et Surréalisme, n° 50.

47. ELUARD (P.). Poésie ininterrompue. Manuscrit autographe de 38 ff. [1945]. In-4°, maroquin bleu azur, plat orné d'un décor non figuratif de lignes courbes et obliques associées à des plans ovales ou ronds, l'ensemble soit frappé à froid ou au palladium, soit mosaïqué de box ou maroquin selon une large palette de couleurs, décor inversé au second plat, dos lisse, non rogné, chemise et étui bordés de maroquin (Domela inv., Semet & Plumelle). Manuscrit autographe sur papier vergé filigrané, écrit à l'encre bleue, présentant des ratures et des corrections. Aux 37 feuillets couverts par le texte, s'ajoute une page de garde signée par Eluard avec le mention : “ Je dédie ces pages à ceux qui les liront mal et à ceux qui ne les aimeront pas. ” L'ordre des poèmes diffère de celui de l'édition originale de 1946, qui ne contient pas “ Moralité du Sommeil ”. Publiée en janvier 1946, Poésie ininterrompue marque l'abandon par Eluard du lyrisme généreux de la Résistance. “ Paul Eluard renoue par le langage maîtrisé avec la poésie de sa jeunesse ” lit-on sous la plume d'Aragon dans la revue Europe. “ Poésie ininterrompue est un livre majeur… il y souffle le vent des très hautes cîmes (...) le


NOTES



Lardanchet Catalogue 2004