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HISTOIRE JOSEPH S. BLATTER ENQUÊTE JOSE DÉBAT Les légendes Pourquoi l’Afrique Où va le football Le ras-le-bol des « Po mérite méri cette Coupe » maghrébin? entraîneurs africains du continent

MONDIAL 2010

www.jeuneafrique.com

SPÉCIAL No 2

30

pages

GUIDE PRATIQUE LES 32 ÉQUIPES À LA LOUPE

Spécial

AVEC: JACOB ZUMA DANNY JORDAAN PAPE DIOUF SALIF KEITA RABAH MADJER ROGER MILLA JUST FONTAINE ABDELMAJID CHETALI

JEUNE AFRIQUE • SPÉCIAL No 2

Mondial 2010

France 5 € • Afrique du Sud 45,95 ZAR • Algérie 250 DA • Allemagne 5,50 € • Autriche 5,50 € • Belgique 5,50 € • Canada 7,50 $ CAN Danemark 55 DKK • DOM 5 € Espagne 5,50 € • Finlande 5,50 € • Italie 5,50 € • Maroc 30 DH • Mauritanie 1700 MRO • Norvège 65 NK Pays-Bas 5,50 € • Portugal cont. 5,50 € • Suisse 10 FS • Tunisie 6 DT • USA 7,50 $ US • Zone CFA 2700 F CFA • ISSN 1950-1285


ÉDITORIAL 3

À l’Afrique de jouer

Marwane Ben Yahmed

T

ous les quatre ans, le monde entier adopte un étrange comportement dès le mois de juin. Les hommes et (certaines) femmes d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des Amériques ne sont plus les mêmes : injoignables à certaines heures de la journée, fous de joie ou au contraire de fort mauvaise humeur quand, ô miracle, ils daignent répondre au téléphone, rassemblés autour d’un écran, petit ou grand, chez eux, dans la rue ou au café, parfois même sur leur lieu de travail, ils vibrent au rythme de la Coupe du monde de football, de ses exploits, de ses déceptions, des rires et des larmes qui inondent nos télés, nos radios et nos journaux. En Afrique, un Mondial de football, où qu’il se déroule, c’est déjà suffisant pour « scotcher » devant postes de télévision, écrans d’ordinateur et transistors les trois quarts de la population en âge d’ouvrir un œil ou de tendre une oreille, alors une Coupe du monde de la Fifa sur ses terres, pour la première fois, imaginez ce que cela peut donner… Au pays de Nelson Mandela, icône parmi les icônes, qui plus est. Il faut le reconnaître et savoir ne pas verser dans l’afro-optimisme béat : c’est une pression énorme qui pèse sur les Sud-Africains. À la moindre anicroche, au moindre coup de sang, c’est l’Afrique tout entière qui en prendra pour son grade. « On vous avait prévenus, cela ne pouvait que déraper », pourra-t-on lire ou entendre à Paris, Londres, Milan, New York ou Buenos Aires. Organisation, hébergement, transport, sécurité… Quatre mots qui, associés à l’Afrique, peuvent parfois sembler antinomiques. Et ce serait franchement faire preuve de mauvaise foi ou d’aveuglement que de nier les lacunes continentales en la matière… Naïveté et méthode Coué ne résolvent rien. Mais l’Africa bashing, le dénigrement systématique de l’Afrique, non plus. Il serait tout aussi stupide de ne pas imaginer une seconde que l’Afrique, dont le sens de l’honneur et de l’hospitalité n’est plus à démontrer, ne puisse mettre tout en œuvre pour réussir ce test planétaire. Et s’il est une nation capable d’organiser un tel événement, c’est bien l’Afrique du Sud. On a entendu beaucoup de choses négatives ces derniers temps au sujet du pays de Jacob Zuma. Nombreux sont ceux qui doutent de sa capacité à se hisser au niveau requis. L’assassinat du leader extrémiste

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4 ÉDITORIAL Eugène Terreblanche, le 3 avril, n’a fait que raviver le spectre de tensions raciales – et sociales – qui couvent comme le feu sous les braises. Un tragique épisode qui aura, hélas, servi de bref révélateur médiatique en Occident, avec son inévitable corollaire de clichés et de raccourcis. Ceux qui pensent que la nation Arc-en-Ciel avait définitivement chassé ses vieux démons se sont trompés. Mais ceux qui imaginent qu’elle n’est que violence et inégalités également. L’Afrique du Sud d’aujourd’hui est une nation jeune, encore en construction. Elle apprend en marchant, sans repères, trébuche, et peine à tracer une ligne droite et sans écueil, entre son passé écrit dans le sang et les larmes de l’apartheid, et un futur que nous lui souhaitons radieux. Panser les plaies, dont certaines sont encore béantes, d’une Histoire marquée par une indescriptible violence et des discriminations extrêmes ; se reconstruire, rééquilibrer une société où la majorité peut légitimement, compte tenu des souffrances qu’elle a eu à endurer des décennies durant, rêver de revanche, voire de vengeance, et où la minorité jadis au pouvoir vit parfois dans l’acrimonie et la peur, souffre chaque jour de la perte de ses privilèges et de l’inversion brutale d’un rapport de forces qu’elle n’appelait pas franchement de ses vœux… Tout cela ne se fait pas en un jour. C’est un long cheminement, le travail de plusieurs générations de Sud-Africains toutes origines raciales confondues, comme d’autres peuples sont parvenus à le faire ailleurs dans le monde, malgré un passé parfois tout aussi délicat à… dépasser. N’exigeons donc pas de l’Afrique du Sud plus qu’elle ne peut et qu’elle ne doit. Comportons-nous avec honnêteté et compréhension. Demandons-lui de tenir les engagements qu’elle a pris pour pouvoir organiser cette Coupe du monde et de mettre tout en œuvre pour remplir les objectifs qu’elle s’est elle-même fixés. Ni plus ni moins. D’autres nations, pourtant elles aussi appelées à organiser des événements de cette envergure n’ont pas à subir un tel acharnement médiatique. Ces préjugés irritent jusqu’au président de la Fifa, Joseph S. Blatter, grand artisan du Mondial africain (voir l’interview p. 18). Le Brésil, qui accueillera le Mondial 2014 est-il un havre de quiétude ? L’Ukraine, coorganisatrice avec la Pologne de l’Euro 2012, est loin d’être prête. Mais qui en parle ? Une chose est sûre : en cette année symbolique commémorant les cinquantenaires des indépendances de dix-sept nations africaines, Jeune Afrique – qui fêtera lui-même ses cinquante ans en octobre prochain – souhaite de tout son cœur que la fête soit belle et que le continent, du nord au sud, puisse, le 12 juillet, démontrer que les oiseaux de mauvais augure n’ont pas toujours raison, que la volonté, le travail, l’abnégation et la réussite sont aussi des qualités africaines. Ainsi, comme tous les quatre ans, nous pourrons suivre avec ferveur l’événement sportif le plus populaire de la planète, rire, pleurer, partager, échanger, s’amuser, chanter, danser… L’Afrique mérite cette Coupe du monde et c’est désormais à elle de jouer. Pour notre plus grande fierté. ●

Faisons preuve d’honnêteté et de compréhension. L’Afrique du Sud doit tenir ses engagements et tout mettre en œuvre pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés. Ni plus ni moins.

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003 010 028 ÉDITORIAL

LE RÊVE RÉALISÉ

LA BELLE HISTOIRE

Marwane Ben Yahmed À l’Afrique de jouer ............................. 3

INTERVIEW

Joseph S. Blatter « Ma mission n’est pas terminée » ..................... 12

Onze artistes de légende ..................................................... 30

COUVERTURE : CORBIS/FOTOSPORTS INTERNATIONAL/ICON SPORT/UMA/MONTAGE ZH AVEC P. MARTIN

Les secrets de la victoire .... 16 Danny Jordaan « L’enjeu ? Ériger une Afrique du Sud pour tous » .......................... 20 INTERVIEW

Jacob Zuma « Nous sommes prêts » .......... 23 Portfolio ............................................................ 24

Roger Milla « 1990, l’apothéose de ma carrière » ................................... 31

INTERVIEW

Salif Keita « Le jeu avant l’enjeu » ............ 43 TRIBUNE

Saga Africa ................................................... 44 Rabah Madjer « On a perdu la CAN, mais gagné une bonne équipe » 52

INTERVIEW

Une jeune dame de 80 ans ......................................................... 54

■ Direction de la rédaction François Soudan, Marwane Ben Yahmed, Amir Ben Yahmed

■ Rédaction en chef Gérard Marcout

Rédaction en chef exécutive Cyril Petit ■

Ont collaboré à ce hors-série Jean-Michel Aubriet, Stéphane Ballong, Emmanuel Barranguet, Alexis Billebault, Georges ■

Dougueli, Alex Duval Smith, Samy Ghorbal, Faïza Ghozali, David Giraud-N’tentembo, Bernard Marcout, Jean-Marie Miny, Leïla Slimani

Maquette Zigor Hernandorena (directeur artistique), avec Stéphanie Creuzé et Virginie Bourgery ■

Iconographie Dan Torres (directrice photo), avec Vincent Fournier ■

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010

AFP

FRANCK FIFE/AFP

BRAM LAMMERS/HH-REA

6 SOMMAIRE


060 081 114

LA LONGUE MARCHE

GUIDE DU MONDIAL

L’AVENIR EN QUESTIONS

La Fifa croit en l’Afrique ........ 62

Bienvenue en Afrique du Sud ............................. 82

Où va le foot maghrébin ? ............................................. 116

Neuf villes qui valent le détour ............................................................ 84

L’énigme des Pharaons ....... 120

Dix années qui ont tout changé ....................... 66 Très chère Coupe du monde 2010 ...................................... 70 Cette Chine qui bétonne ........ 74 Quand football rime avec politique ........................................... 78 TRIBUNE Pape Diouf « Faire confiance aux entraîneurs africains » ............ 80

Vestiaires ........................................................ 86

Nzolo, l’arbitre qui sourit ...................................................... 122

Les 32 équipes en compétition ....................................... 88

Les entraîneurs africains se rebiffent .............. 125

La sélection de rêve de « Jeune Afrique » ................. 110

INTERVIEW

Abdelmajid Chetali « Un peu trop d’étrangers » 127

Les nouveaux académiciens ....................................... 128

Just Fontaine « Heureux si mon record était battu ! » .......................................... 113 TRIBUNE

POST-SCRIPTUM

L’Afrique du Sud et nous 130 Calendrier des matchs

Révision Alexis Gau, Vladimir Pol, Colin Porcile ■

Diffusion Philippe Saül, avec Sandra Drouet et Caroline Rousseau ■

■ Publicité DIFCOM Coordination : Florian Serfaty

Fabrication Philippe Martin, Christian Kasongo ■

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010

Imprimeur Siep

Depôt légal mai 2010

Commission paritaire 1011C80822

■ Groupe Jeune Afrique,

57, bis rue d’Auteuil, ■

ISSN 1950-1285

Tél. : 33 1 44 30 19 60 Fax.: 33145200967 www.groupeja.com

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YASUYOSHI CHIBA/AFP

IMAGE SOURCE

KHAYA NGWENYA/CITY PRESS

SOMMAIRE 7


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FRANCK FIFE/AFP

Zurich (Suisse), 15 mai 2004. L’archevêque Desmond Tutu (à g.) et l’ancien président Nelson Mandela après l’annonce par Joseph S. Blatter, le président de la Fifa, de l’attribution de l’organisation du Mondial 2010 à l’Afrique du Sud.

LE RÊVE RÉALISÉ

12 JOSEPH S. BLATTER : « Ma mission n’est pas terminée »


16 LES SECRETS DE LA VICTOIRE

20 DANNY JORDAAN : « L’enjeu? Ériger une Afrique du Sud pour tous »

23 JACOB ZUMA : « Nous sommes prêts »

24 PORTFOLIO

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12 LE RÊVE RÉALISÉ

Joseph S. Blatter « Ma mission n’est pas terminée »

Le président suisse de la Fédération internationale de football association (Fifa) rappelle pourquoi l’Afrique mérite d’accueillir enfin la Coupe du monde. À 74 ans, il explique les raisons qui l’incitent à briguer un quatrième mandat en 2011.

JEUNE AFRIQUE : Vous vous êtes beaucoup investi pour apporter le Mondial à l’Afrique. Quel est votre sentiment profond à l’approche de ce grand rendezvous ? JOSEPH S. BLATTER : Une grande satisfaction. Et une grande fierté aussi qu’on ait réussi à convaincre le monde du football que les Africains étaient, comme les autres, capables d’organiser une Coupe du monde. Je me sens maintenant comme un acteur avant l’entrée en scène, qui connaît son texte par cœur et qui a hâte de commencer. On est prêt, on n’attend plus, on y va !

les stades seront pleins. Et à la fin de la compétition, que diront les mêmes journalistes ? « On a toujours dit que ça se passerait très bien… » Je dis aux médias européens : « Vous êtes des jaloux. »

La Fifa a beaucoup œuvré pour le développement du football en Afrique. Quelle est la mesure dont vous êtes le plus fier ? Il y en a beaucoup. En juillet 2007, Jeune Afrique a publié la liste des nouveaux projets spéciaux pour le continent, intitulée « Gagner en Afrique avec l’Afrique ». Car il ne s’agit pas seulement de donner quelque chose à l’Afrique ; elle Qu’avez-vous envie de dire à tous ceux doit travailler aussi et il y a encore beau« À quoi servent qui, dans le monde entier, sont préoccoup à faire. l’alphabétisation cupés par la question de la sécurité en Les terrains sont enfin là. La pelouse Afrique du Sud ? artificielle – la surface du futur – s’imet la lutte Les responsables de la sécurité des pose. Le jeu y est fluide, sans problème, contre la différentes fédérations nationales ont personne ne s’en plaint. pauvreté rencontré les responsables sud-africains. Les Africains doivent encore se donC’est Interpol qui gère la coordination. ner les moyens et montrer leur volonté si on ne fait On a d’abord parlé de la sécurité, et de mettre en place des championnats rien pour maintenant on raconte qu’on ne vend pas professionnels et semi-professionnels la santé ? » les billets. Savez-vous d’où ça vient ? D’un afin que les joueurs puissent gagner décertain monde occidental qui ne voulait cemment leur vie, et ainsi éviter l’exode pas que l’Afrique ait la chance d’organivers l’Europe. ser un Mondial et qui mise maintenant sur un échec. Grâce à cet te Coupe du monde, les investisDepuis le début, les médias européens cherchent la s eu r s vont s ’i nté r e s s e r au x p e r f or m a nc e s de s petite bête, avec comme arrière-pensée : « Nous, les équ ipes nat iona les a f r ic a i nes. Même si la pluanciens colonialistes, savons mieux faire. Quelle idée par t des joueurs évoluent en Europe, ils seront d’organiser une Coupe du monde en Afrique ! » Mais désormais identifiés par leur nationalité. Ce sera vous verrez, ce Mondial sera un très grand succès, u ne pr omot ion f or m idable p ou r le c ont i ne nt . J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


GIAN VAITL POUR J.A.

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Et celle qui pourrait être considérée comme l’héritage de la Fifa et de son président ? Ce qui me tient le plus à cœur, ce n’est pas le sport en lui-même, mais l’aspect social et culturel du football, dans son action caritative. Nous avons commencé avec notre initiative « Football for Hope », « L’espoir par le football ». On a ouvert en décembre 2009 un premier centre à Khayelitsha, près du Cap. Ces centres accueillent de jeunes garçons et filles, qui y suivent une scolarité laissant une large place au football et, surtout, à la santé, un sujet essentiel pour la Fifa. À quoi sert de lutter contre J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010

l’analphabétisme et la pauvreté si on ne fait rien pour la santé ? On manque de personnel médical et paramédical formé. C’est un chantier gigantesque auquel nous sommes attachés depuis des années. On a commencé à y travailler en Afrique du Sud, une tâche de longue haleine dans un immense pays de 50 millions d’habitants, où les écarts sociaux entre riches et pauvres sont très importants. Nous collaborons également avec les autorités sanitaires de nombreux autres États subsahariens, et avons obtenu des ministres de la Santé et de l’Éducation de l’Union africaine de pouvoir continuer


14 LE RÊVE RÉALISÉ après le Mondial. On ne s’arrêtera pas en 2010 ; notre objectif, c’est 2015. Nous voulons laisser un héritage utile à cette jeunesse défavorisée. C’est pour moi beaucoup plus important que de se dire : « On a fait une belle Coupe du monde ! »

désignées par l’administration de la Fifa. La plupart des résultats sont très bons. Nous avons dû passer quelques « savons » à des fédérations, dont deux en Afrique, une pourtant très sérieuse en Europe, et plusieurs sur d’autres continents. L’argent est-il toujours judicieusement dépensé ? Les fédérations l’utilisent essentiellement pour la formation ou les déplacements de leurs juniors. Il y en a qui ont acquis des minibus pour transporter les gens, et je trouve cela très bien, tant qu’elles n’achètent pas de Mercedes pour le président ! Il y a désormais une très bonne discipline, grâce au contrôle. Vous savez, les trois C dans le domaine militaire sont également valables dans la vie : commander, contrôler, corriger…

La qualité du football africain est reconnue, le talent de ses joueurs aussi. Que lui manque-t-il alors pour parvenir au sommet et remporter le titre de champion du monde ? Si les joueurs africains connaissent déjà leur valeur individuelle, ils doivent aussi prendre conscience de leur valeur réelle sur le plan collectif. C’est important. Cette prise de conscience devrait conduire les équipes africaines aussi loin que les autres. Car elles ont en effet de super footballeurs, époustouflants physiquement Issa Hayatou, le président très contesté de la CAF, et techniquement. Ils ont tout… sauf cette conscience notamment pour sa gestion du drame togolais collective. Il faut un chef pour cela. L’entraîneur national lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations, a est naturellement l’homme clé, mais comme il faut aussi indiqué en avril qu’il ne se présenterait pas à la une continuité dans le jeu et dans la tactiprochaine élection présidentielle de la que des équipes nationales, il doit respecFifa, prévue en 2011. Quelle réflexion ter la culture du pays. Le Nigeria doit jouer cela vous inspire-t-il ? « Le football avec le système nigérian, onze joueurs qui I l a dit au der n ier cong rès de la est beaucoup veulent aller à l’attaque ! Le Cameroun, qui Fifa qu’il ne se présenterait pas, et que a une autre vision du jeu, doit pratiquer le l’Afrique soutenait le président actuel. plus qu’un jeu. sien. Chaque pays doit préserver l’identité Cela corrobore exactement ce qu’il a Phénomène de son football. Par ailleurs, on n’obtient dit publiquement et ce qu’i l m’a dit social, culturel, pas des résultats en changeant continuellepersonnellement. ment les directeurs techniques nationaux, éducatif, les coachs ou les managers. Certains sont Vous vous représenterez donc en 2011 c’est l’école même renvoyés à deux ou trois mois d’une pour un quatrième mandat ? de la vie. » grande compétition… Je n’ai pas terminé ma mission qui est justement de préparer un bel héritage. Le Cela est de la responsabilité des fédéfootball est beaucoup plus qu’un jeu. Phérations nationales. Êtes-vous satisfait de leur nomène social, culturel, éducatif, c’est l’école de la vie. action ? En plus, il donne les émotions dont on a besoin dans ce Le travail effectué avec elles sur l’organisation, l’admonde, et l’espoir qu’il soit un jour un peu meilleur. ministration et la direction des opérations porte ses C’est ma philosophie footballistique de la vie, basée fruits. En sachant que l’équipe nationale a une autre sur les émotions et l’espoir. Si vous avez les deux, vous valeur en Afrique, où, dans pratiquement tous les pays, êtes heureux. On ne peut pas lutter pour la paix car, elle est prise en otage par le gouvernement, qui lui vous le savez, on tue pour la paix. On ne peut pas créer alloue des subventions spéciales. Mais les fédérations un meilleur monde non plus. Mais on peut préparer un sont en train de changer. Il y a maintenant une certaine meilleur futur pour la jeunesse. Le football est un rassemcontinuité : des présidents qui sont réélus, des associableur formidable, sans frontières culturelles ni raciales. tions qui ont une suite logique dans leur organisation. Telle est ma mission. Savoir si Lionel Messi va marOn travaille main dans la main avec la Confédération quer trois ou quatre buts, même si c’est beau à voir, africaine de football [CAF, NDLR], et je sais que son n’en fait pas partie. Le football est maintenant orgaprésident, Issa Hayatou, a pris conscience que la stabinisé, je n’ai pas besoin de m’en occuper. À part, évenlité des fédérations a une importance considérable. On tuellement, revoir certaines règles du jeu, ou stopper est vraiment sur le bon chemin. l’entrée de la technologie sur le terrain. En revanche, ce que je veux encore faire bouger un peu plus, c’est Les fédérations africaines reçoivent des aides de la confiance des autorités et de notre société dans un la Fifa. Avez-vous le sentiment qu’elles sont bien jeu basé sur la discipline et le respect, qui puisse nous utilisées, que tout est clair, transparent ? donner les émotions dont on a besoin. Comme disait le Cette question ne se pose pas uniquement en Afrigrand écrivain français Albert Camus : « Ce que je sais que, mais dans tous les pays du monde qui reçoivent de plus sûr à propos de la moralité et des obligations nos aides. Nous donnons de l’argent sur des budgets des hommes, c’est au football que je le dois ! » Si on le dont l’utilisation est prévue. sort de son environnement économique, de ce contexte Depuis 1999 et la mise en place du Programme d’asde la victoire à tout prix, le football devient alors quelsistance financière, nous effectuons chaque année des que chose de tellement essentiel. ● contrôles sur vingt associations, dix tirées au sort et dix Propos recueillis par GÉRARD MARCOUT

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16 LE RÊVE RÉALISÉ

Enquête Les secrets de la victoire

En juillet 2000, elle avait dû s’incliner de justesse face à l’Allemagne pour l’organisation de la Coupe du monde 2006. Tirant les leçons de son échec, l’Afrique du Sud l’a brillamment emporté quatre ans plus tard. Voici comment.

P

our Abedi « Pelé » Ayew, la date du 15 mai 2004 est un jour glorieux au même titre que ses plus belles victoires à l’Olympique de Marseille. Le jour où Joseph S. Blatter, à la tribune du World Trade Center de Zurich, a ouvert une enveloppe blanche en prononçant la phrase : « Ce sera l’Afrique du Sud ! » L’ancien international ghanéen, aujourd’hui âgé de 47 ans, s’est impliqué à fond dans l’aventure sudafricaine. Il en garde de grands moments d’émotion : « Après notre terrible défaite lors de la candidature pour 2006, notre délégation avait mis tous les moyens. La veille

du vote, nous étions rassemblés dans une chambre d’hôtel à Zurich pour répéter nos discours. Trois lauréats du prix Nobel de la paix étaient présents – les anciens présidents sud-africains Frederik De Klerk et Nelson Mandela, ainsi que l’archevêque Desmond Tutu – et le président Thabo Mbeki. On était avec un avocat qui nous guidait à la virgule près. Il se permettait de dire à Mandela : “Stop ! Vous avez dépassé vos sept minutes, il faut raccourcir votre discours !” Je me souviendrai de cette scène toute ma vie. » Le lendemain, la délégation sud-africaine, accompagnée de ses ambassadeurs – Abedi Pelé, ainsi

que le Camerounais Roger Milla, le Libérien George Weah et le Zambien Kalusha Bwalya –, fait un « sansfaute » à l’oral de la Fifa. L’explosion de joie qui suit l’annonce de Blatter est connue de tous, mais on a oublié que la campagne sud-africaine pour accueillir la Coupe du monde remonte pratiquement aux débuts de la démocratie dans ce pays. C’est en 1994 que Stix Morewa, alors président de la South African Football Association (Safa), la nouvelle fédération sud-africaine, se rend aux États-Unis pour assister au Mondial américain. Sa présence met officiellement un terme aux années sombres du boycottage sportif de

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Johannesburg, 15 mai 2004. La joie du peuple sud-africain à l’annonce du vote de la Fifa.

l’apartheid, qui avait exclu l’Afrique du Sud du football international. C’est l’année de l’élection de Mandela à la présidence, et chaque Sud-Africain souhaite apporter sa touche à l’euphorie ambiante. Descendant de l’avion à son retour à Johannesburg, Morewa s’enthousiasme : « Nous aimerions postuler pour 2006. »

DES MÉDAILLES ET DES MAILLOTS

Irvin Khoza, l’actuel président du Comité d’organisation local de la Coupe du monde 2010, se souvient des réactions : « Pour la plupart des gens, l’idée que l’Afrique du Sud puisse accueillir le Mondial était ridicule. On riait de nous. » Mais tandis que la dérision va bon train, Nelson Mandela, lui, ne croit pas à une blague. Il convoque les responsables et leur demande de se mettre au travail. Danny Jordaan, alors député de Port Elizabeth, sa ville natale, avait su, à travers son parcours de mili-

tant, marier sport et politique en Blatter déclare que « le moment est véritable visionnaire. Surtout, c’est venu pour l’Afrique ». La Confédéun acharné, que Mandela juge caration africaine de football (CAF) pable d’entreprendre cette « mission se montre aussi enthousiaste, sans impossible ». pour autant se rassembler derrière Abedi Pelé se la seule candidasouv ient de ses ture sud-africaine. L’idée d’organiser premiers contacts Le Maroc, le Nigela Coupe du monde avec Jordaan : « Il ria, l’Égypte et le me disait que cette Ghana se lancent a fait rire beaucoup Coupe du monde aussi dans la course de gens. Pas Mandela. ne serait pas sudpour 2006. af ricaine, mais Jordaan se met africaine. Il portait en lui cette à démarcher les capitales africaines conviction, venue de Mandela, que une par une, en commençant par nous devions nous battre ensemble Ouagadougou lors de la CAN 1998. en tant qu’Africains. Mais ce n’était A rmé d’un sac de médailles en pas du tout dans nos habitudes ! » bronze et de douzaines de cartons En 1995, l’Afrique du Sud, orgade maillots Bafana Bafana, le voilà nisatrice de la Coupe du monde de parti en campagne, tel un disciple rugby, qu’elle gagne, prouve ses de Mandela, pour unir l’Afrique. capacités d’organisation. L’année Après des centaines d’heures de vol, suivante, elle accueille la Coupe il obtient le retrait des candidatures d’Afrique des nations, suite au déde l’Égypte, du Ghana et du Nigeria. sistement du Kenya, et remporte la Reste le Maroc, toujours en lice, ainfinale contre la Tunisie. De son côté, si que l’Angleterre et l’Allemagne. Le

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JUDA NGWENYA/REUTERS

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18 LE RÊVE RÉALISÉ Brésil, dont le dossier est considéré comme faible, se retire trois jours avant la réunion du comité exécutif à Zurich, le 7 juillet 2000.

DOUZE VOIX CONTRE ONZE

Pour la première fois dans l’histoire de la Fifa, il va falloir plus d’un tour pour désigner le pays hôte de 2006. Le Maroc et l’Angleterre sont éliminés, l’un au premier tour, l’autre au deuxième. Alors que les Sud-Africains sont favoris, l’Allemagne l’emporte au troisième tour avec 12 voix contre 11. Charles Dempsey, un membre néo-zélandais du comité exécutif de la Fifa, qui avait voté aux deux premiers tours pour l’Afrique du Sud, selon les instructions de la Confédération océanienne de football, s’est abstenu au dernier. S’il avait choisi l’Afrique du Sud au dernier tour, les deux pays se seraient retrouvés à égalité et la désignation serait revenue au président Blatter, qu’on savait favorable à la candidature africaine.

Plus tard, Dempsey, décédé en Tunisie, la Libye, le Maroc et, briè2008, a expliqué que le stress des vement, le Nigeria déclarent leur trois tours lui avait brouillé l’esprit. intention de concourir. « Le Maroc Irvin Khoza met en cause les Allereprésentait la plus grande menace mands : « Franz Beckenbauer, qui pour nous, explique Khoza. Avec le menait la candidature allemande, désistement du Nigeria, nous étions est venu nous voir le seul pays subsaà l’hôtel. Avec ces harien en lice. Nous mots : “Vous n’avez av ions neuf voix Les candidatures qu’à faire vos bagasûres. » pour 2010 étaient ges.” Ce fut notre Danny Jordaan réservées à l’Afrique. pire moment après reprend l’avion. Destant d’années de tination : les vingtt rava i l. » Néa nquatre membres du moins, les Sud-Africains ne font pas comité exécutif de la Fifa. « J’avais déde vagues. « Rentrés de Suisse, nous cidé de rendre visite à chacun d’entre avons été immédiatement convoqués eux, dans son pays, au moins deux à la résidence de Mandela. Il nous a fois », se souvient le directeur exécudit simplement : “Allez-y, je compte tif du Comité d’organisation local. « Il sur vous pour la revanche.” Nous m’est arrivé d’être dans un aéroport avons eu aussi, tout de suite, l’appui européen, devant le tableau des déde Blatter, qui nous a assuré que les parts, et de me demander si je devais candidatures pour 2010 seraient réprendre l’avion pour Stockholm pour servées à l’Afrique », affirme Khoza. aller voir Lennart Johansson ou New Mais, une fois encore, la CAF laisYork pour rencontrer Chuck Blazer, se la porte ouverte à la concurrence : et s’il fallait passer par Zurich rendre hormis l’Afrique du Sud, l’Égypte, la visite à “Sepp” Blatter. »

DANNY JORDAAN L’HOMME DE TERRAIN et au football, évoluant une année en semi-professionnel au club de Port Elizabeth. Devenu professeur en 1974, il joue les médiateurs pendant des émeutes estudiantines. Membre du United Democratic Front (UDF) et plus tard du Congrès national africain (ANC), il marie sport et lutte antiapartheid. À la tête de la SASF, il mène des délégations à Lusaka, en Zambie, en 1987, et à Harare, au Zimbabwe, en 1990, pour des réunions clandestines avec l’ANC. « Ces réunions ont été cruciales. L’ANC avait compris que le sport aussi devait subir une transformation radicale », explique-t-il. Élu député de l’ANC en 1994, il rêve de Jeux olympiques au Cap en 2004 ou d’une Coupe du monde dans son pays en 2006. Nommé en 1997 directeur général de la nouvelle South African Football Association (Safa) multiraciale, il croit davantage au Mondial qu’aux Jeux. La candidature sud-africaine échoue, mais les administrateurs du ballon rond, Joseph S. Blatter en tête, sont impressionnés par sa dignité. Jordaan démissionne alors de la Safa pour se concentrer sur la campagne pour 2010. Homme de terrain efficace, c’est un politicien dans l’âme, au meilleur sens du terme : il sait garder la tête froide, identifier les problèmes et agir à travers ses réseaux pour mettre en place des solutions. Avec la réussite que l’on connaît. ● A.D.S. G.GUERCIA/AFP

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i la Fifa croit en l’Afrique du Sud, c’est parce que Joseph S. Blatter, son président, fait confiance à Danny Jordaan. Issu d’une famille modeste de Port Elizabeth, Jordaan a su se faire apprécier pour sa capacité à résoudre les problèmes. « Appelle Danny, il trouvera une solution », a-t-on l’habitude d’entendre dans le monde du ballon rond sud-africain (voir pp. 20-21). Aujourd’hui, Jordaan demeure à l’écoute. Il gère son emploi du temps sans dépendre de sa secrétaire. Ses deux téléphones portables sautillent sans arrêt. « Avec dans le dos deux candidatures pour la Coupe du monde, j’ai pris l’habitude des calendriers et des échéances accélérées », assure-t-il. Daniel Alexander Jordaan est né en 1951, la même année que la South African Soccer Federation (SASF), qui cherchait à briser l’apartheid a travers des rencontres entre équipes de différentes couleurs. Sport « noir », négligé par le gouvernement au profit du rugby et du cricket, le football s’inscrivait parfaitement dans la lutte contre la ségrégation raciale. Il explique: « Jouer en club ou assister à des matchs permettait de passer outre les interdictions de rassemblements. » Classé métis, Jordaan échappe à certaines règles de l’apartheid pour mieux se faufiler dans ce militantisme. À l’université, au début des années 1970, il joue au cricket

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LES SECRETS DE LA VICTOIRE 19

MANDELA À TRINIDAD

Quinze jours plus tard, le vote se déroule à Zurich. Après la confirmation que les candidatures conjointes ne sont plus autorisées par la Fifa, la Libye et la Tunisie se retirent. L’Afrique du Sud bat le Maroc au premier tour par 14 voix contre 10. Aujourd’hui, Jordaan refuse qu’on lui attribue la victoire : « Nous devons tout à Mandela, qui s’est battu pour une Afrique du Sud la tête haute face au monde entier. Cette vision nous inspire pour faire toujours mieux. C’est donc à lui que nous devons notre réussite. » Abedi Pelé remercie aussi Nelson Mandela : « Il m’a appris à croire en les capacités de notre continent. Je ne suis pas plus sud-africain que marocain. J’aurais pu être partagé entre les deux. Mais le Maroc n’a pas son Mandela. Cet homme a donné de la valeur à l’Afrique et c’est bel et bien le continent entier qui doit se sentir fier d’accueillir la phase finale de 2010. » ● ALEX DUVAL SMITH, au Cap

* Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes.

LE MAROC A OUVERT LA VOIE Les Marocains ont toujours soutenu la candidature de leur pays à l’organisation du Mondial.

ABDELHAK SENNA/AFP PHOTO

Khoza identifie le vote antillais comme crucial : « Il fallait convaincre le Trinidadien Jack Warner, alors vice-président de la Fifa et président de la Concacaf*. Or, pour obtenir son soutien, il exigeait une visite personnelle de Mandela. Nous avons demandé la permission à la Fondation Mandela de l’emmener aux Caraïbes. Lui voulait bien, mais ses médecins refusaient. Nous avons alors affrété un avion spécial, mais cette fois, c’est le gouvernement qui m’a convoqué à Pretoria pour nous interdire de partir. » Sur l’autoroute qui le ramène à Johannesburg, Khoza prend son portable et appelle Tokyo Sexwale, un proche de Mandela, aujourd’hui ministre du Logement. Il lui demande de contacter directement Graça Machel, l’épouse de l’ancien président. Pari gagné, Mandela prend l’avion pour Trinidad le 30 avril 2004.

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es enfants, le visage déconfit, pleurent devant leur poste de télévision. Leurs larmes font couler la peinture rouge et vert dont ils ont coloré leurs joues. Les rues de Casablanca sont vides, des confettis jonchent le sol, le Maroc semble en deuil. Dans cette scène centrale de Wake Up Morocco, la réalisatrice marocaine Narjiss Nejjar raconte la déception ressentie par tout un peuple le 15 mai 2004, lorsque Joseph S. Blatter a annoncé que l’Afrique du Sud allait organiser la Coupe du monde 2010. Les Marocains devraient pourtant s’être endurcis. Quatre fois candidats à l’organisation de la grand-messe du football, ils ont été quatre fois déboutés malgré un soutien sans faille de la population et de sérieux atouts. En 1986, la Fédération royale marocaine de football postule pour la première fois à l’organisation d’une Coupe du monde, celle de 1994. Le royaume récolte 7 voix, contre 10 pour les États-Unis. Ce score honorable conduit Abdellatif Semlali, le ministre de la Jeunesse et des Sports, à remonter un deuxième dossier de candidature, pour le Mondial de 1998. La désignation du pays hôte a lieu le 2 juillet 1992 et le dossier marocain obtient 7 voix, contre 12 pour celui de la France. Décidément tenace, le royaume se porte de nouveau candidat pour 2006, mais n’obtient cette fois que 3 voix. « Ce petit nombre s’explique par le fait qu’il y avait plus de candidats cette année-là. N’oublions pas que l’Angleterre, pays de naissance du football, n’a obtenu que 2 voix ! » tient à souligner le commentateur sportif Najib Salmi. Le Mondial 2010 représente cependant un tournant pour le Maroc. Pour la première fois, la Fifa décide d’organiser la Coupe du monde en Afrique. Le Maroc, premier pays africain à poser sa candidature, qui a toujours argumenté en faveur d’une meilleure reconnaissance du continent par les instances du football, se sent en droit de croire que la victoire est proche. Le dossier monté par le ministère et la fédération est, de l’avis de tous, extrêmement complet. Par rapport à l’Afrique du Sud, son principal concurrent, le Maroc a trois principaux atouts. Il peut garantir des conditions de sécurité exceptionnelles. La tranquillité dans laquelle s’était déroulé l’enterrement de Hassan II en 1999, en présence de nombreux chefs d’État, avait impressionné. Le Maroc est plus proche de l’Europe, d’où sont originaires la majorité des fans du football. Enfin, il offre en juin un climat très clément, alors que l’Afrique du Sud entre dans l’hiver austral. Mais en 2004, c’est le dossier du pays Arc-en-Ciel qui obtient le plus de voix. « On a reproché au Maroc de présenter un dossier de maquettes et pas assez de projets finis », rappelle Najib Salmi. Aujourd’hui, le pays s’apprête à lancer sa campagne pour organiser la CAN en 2016. S’il l’obtient, cela lui donnera peut-être l’occasion de prouver ses qualités d’organisateur et de convaincre la Fifa que le Maroc LEÏLA SLIMANI est lui aussi une patrie du ballon rond. ●

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20 LE RÊVE RÉALISÉ

Danny Jordaan À en croire le directeur exécutif du Comité d’organisation local, la Coupe du monde va beaucoup contribuer à la consolidation de la nation Arc-en-Ciel.

Jeune Afrique : Quel message souhaitez-vous transmettre à la planète à travers cette première Coupe du monde sur le sol africain ? DA NN Y JOR DA A N : Je veux montrer que nous sommes capables d’organiser efficacement une manifestation aussi importante, que nous avons les infrastructures requises et le savoir-faire. Je souhaite aussi montrer qu’il existe une solide base commerciale pour accueillir un tel événement. Seize ans après les premières élections multiraciales, le rêve de la nation Arc-en-Ciel est peut-être en train de s’estomper. Voyez-vous aussi en cette Coupe du monde un élément unificateur pour les SudAfricains ? Une de nos campagnes en préparation à la Coupe du monde a été « Football Fridays » [les « Vendredis du foot », NDLR]. Nous demandons à tout le monde de porter le maillot national chaque vendredi. Cet appel a été si bien entendu que les magasins ont vite connu une rupture de stock. Je pense que la Coupe du monde

CARL DE SOUZA/AFP

« L’enjeu ? Ériger une Afrique du Sud pour tous »

aura un énorme impact sur la consolidation du sentiment patriotique. Pour rattraper la décevante vente de billets dans plusieurs pays de l’hémisphère Nord, la Fifa met en place, comme en Allemagne en 2006, des Fan Parks dans une douzaine de capitales. Mais aucun pays africain hormis le vôtre n’a son Fan Park. N’est-ce pas injuste? Les Fan Parks ont des contraintes. Par exemple, vous n’êtes pas autorisé à prendre des sponsors non agréés par la Fifa. Mais les villes africaines peuvent installer des grands écrans sans Fan Park. Si vous disposez d’un espace public propice à la projection à Lagos ou à Accra, il y a une grande flexibilité pour les sponsors locaux. Comment expliquez-vous le faible taux d’achat de la part des Européens? Est-ce à cause du coût élevé des billets d’avion, de la récession ou de la peur liée à l’insécurité dans votre pays ? Je pense que cela est dû à la crise économique et à l’idée que les coûts du transport aérien et du logement

ne sont pas raisonnables. Les supporteurs sont aussi influencés par les chances de leur pays. Je pense que nous en verrons arriver beaucoup à partir des huitièmes de finale. L’Afrique du Sud a dépensé 4 milliards de dollars en préparatifs. Est-ce viable économiquement d’organiser un tel événement, pour un pays qui demande un crédit de 3,75 milliards de dollars à la Banque mondiale afin de moderniser son approvisionnement en électricité? Absolument. De 1994 jusqu’à la crise, les recettes perçues par l’État sud-africain ont toujours été supérieures à ses dépenses. Ce surplus a couvert les investissements exigés pour développer les infrastructures. Quand est survenue la crise, le montant des impôts perçus a diminué. Mais le programme d’extension des aéroports, les routes, le train à grande vitesse [reliant l’aéroport de Johannesburg à la ville et Pretoria, NDLR] et l’investissement dans les télécommunications sont des acquis qui resteront après la Coupe du monde. Ce que nous attendons maintenant,

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21 c’est la croissance de l’économie. Nous tablons sur la venue de 15 millions de touristes d’ici à 2014 et sur d’importants investissements attirés par la nouvelle infrastructure.

MANDELA, SPORT ET APARTHEID

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«

Quelle a été votre principale motivation pour accepter cette immense responsabilité d’organiser le Mondial ? Répéteriez-vous cette expérience ? Je ne sais pas ! J’ai relevé ce défi parce que cela fait partie de mon parcours, d’abord avec la guerre de libération du pays et la lutte pour l’ordre démocratique, pour garantir le succès du pays. Nous avions une société divisée. L’enjeu de cette Coupe du monde est d’ériger une Afrique du Sud pour tous, Blancs et Noirs, où chacun, de manière patriotique, peut se sentir fier et marcher la tête haute dans le concert des nations. Sans une telle motivation, s’il m’était encore demandé d’organiser un tel événement, je n’aurais probablement pas l’énergie de le faire. Avant de lancer la campagne pour la Coupe du monde, vous avez travaillé sur la candidature du Cap aux Jeux olympiques d’été. Si celle-ci devenait effective, quel rôle pourriez-vous jouer ? Je soutiendrais ce genre d’initiative, mais je n’en prendrais pas la direction. Qu’allez-vous faire après la Coupe du monde ? Retourner à la politique, rester dans le football ou dans l’administration du sport ? Je n’ai pas décidé. Avant tout, je vais m’accorder un long repos, disparaître, changer mon numéro de téléphone et méditer. ● Propos recueillis par ALEX DUVAL SMITH

JEAN-PIERRE MULLER/AFP

Les bénéfices au profit du comité local d’organisation pourraient s’élever à 1 milliard de rands – environ 100 millions d’euros. Que comptez-vous faire de cet argent ? L’hôte de la Coupe du monde est la South African Football Association, et l’argent sera consacré au développement du football. Mais il est trop tôt pour parler de bénéfices dans la mesure où tout dépend de la vente des billets. Nous ne pouvons donc pas connaître à l’avance le chiffre final.

our briser les barrières raciales, le sport est plus puissant que tous les gouvernements », s’exclama Nelson Mandela en 2002 lors d’une cérémonie en l’honneur du Brésilien Pelé, le meilleur joueur de tous les temps. Mais l’Afrique du Sud a connu des moments bien amers dans ses relations avec le monde du ballon rond. Comme en 1952, quand la Fifa a admis en son sein l’association des joueurs blancs sud-africains et refusé l’adhésion de la fédération noire et métisse, pourtant plus importante. Suspendue en 1964 pour sa politique ségrégationniste, puis exclue de la Fifa en 1976, elle a été privée de contacts extérieurs jusqu’à sa réintégration en 1992 avec la fin de l’apartheid. À l’intérieur du pays, le football a évolué d’une façon bien particulière. Encouragé dans les années 1920 par les patrons des mines qui souhaitaient distraire les travailleurs de toute activité syndicale, le football a progressivement servi de moteur politique: les matchs permettaient de passer outre les lois de l’apartheid interdisant les rassemblements. Le premier secrétaire général de la South African African Football Association, la fédération noire, fut Albert Luthuli, président de l’ANC, et plus tard lauréat du Prix Nobel de la paix. À Robben Island, les prisonniers politiques se sont acharnés à revendiquer le droit de jouer au football, pour finalement en obtenir la permission dans les années 1970. Ils ont créé une ligue, la Makana Football Association (MFA). Prisonnier du quartier de haute sécurité, Mandela n’avait pas la possibilité d’y participer. De toute façon, il préférait la boxe. « Ils nous ont donné la permission de jouer uniquement dans le but de pouvoir nous ôter ce privilège à leur gré, se souvient Sedick Isaacs, ex- secrét aire de la Nelson Mandela félicite François Pienaar, MFA. Mais nous avons le capitaine de l’équipe sud-africaine de été plus intelligents rugby, le 24 juin 1995 à Johannesburg. qu’eux. Nous avions nos propres statuts. À une époque où les Noirs n’avaient pas le droit de vote, les prisonniers de Robben Island ont pour la première fois connu des élections libres lorsqu’ils élisaient leurs représentants à la MFA! » Depuis leur exil en Zambie dans les années 1980, les dirigeants de l’ANC ont demandé à leurs militants, comme Danny Jordaan, de faire progresser la cause du sport non racial parallèlement à la lutte contre l’apartheid. Simultanément, les batailles idéologiques au sujet de l’Afrique du Sud ont consacré le rugby et le cricket comme sports « blancs ». L’image d’un Mandela vêtu du maillot des Springboks à la finale de la Coupe du monde de rugby de 1995, gagnée par l’Afrique du Sud, pouvait paraître un geste spontané de réconciliation. En fait, par sa compréhension de la puissance de l’image, Mandela faisait passer le message que le voyage compliqué vers la création d’une nation était entamé. ● A.D.S.

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Jacob Zuma

GIANLUIGI GUERCIA/AFP

Président de la République sud-africaine

« Nous sommes prêts »

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e moment que nous attendions tous est enfin arrivé. Il ne reste que quelques semaines avant la Coupe du monde de la Fifa 2010 et nous sommes tous très impatients d’y être. L’Afrique a longtemps attendu pour accueillir cette compétition. Pendant de nombreuses années, elle n’a pu qu’observer de loin ce grand rassemblement des nations du football. Pour cette raison, l’événement est bienvenu, autant pour le pays hôte que pour le continent tout entier. L’Afrique du Sud est prête. Nous sommes déterminés à ce que cette Coupe du monde surpasse toutes les précédentes. Nous sommes prêts à prendre notre place parmi les pays auxquels le monde fait confiance pour accueillir n’importe quelle manifestation sportive. D’autres pays africains devraient bénéficier de cette image dans le futur. L’événement mettra en valeur les capacités et les talents de l’Afrique. Il aidera à effacer l’image négative dont souffre parfois le continent. Nos visiteurs vont rencontrer la vraie hospitalité africaine, se régaleront à connaître nos climats tempérés et à découvrir la variété de nos paysages. L’expérience devra s’étendre bien au-delà du terrain de football. Nous souhaitons que des gens du monde entier viennent s’émerveiller devant la magnificence de l’Afrique et de ses peuples. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010

En se préparant pour cette Coupe du monde, l’Afrique du Sud a pris très au sérieux l’héritage que nous léguera la compétition. Cet héritage comprend des investissements massifs en termes d’infrastructures, dans le développement sportif et l’éducation. Le Mondial donnera un nouvel élan au tourisme, non seulement dans notre pays, mais aussi dans le reste du continent. Nous verrons venir des visiteurs qui souhaiteront explorer la région, établir des relations à long terme avec l’Afrique, investir dans de nouveaux projets et découvrir l’étendue des possibilités offertes. Cet événement aura un autre impact, beaucoup plus large que les simples aspects sportifs et festifs. Un certain nombre de dirigeants, de personnalités et de footballeurs profiteront de l’événement pour promouvoir la campagne “1Goal”, qui cherche à assurer la scolarisation de chaque enfant sur cette Terre. Pendant la compétition, l’Afrique du Sud organisera un sommet de dirigeants pour soutenir cette campagne. Si le monde se rassemble pour fêter le football, il peut aussi le faire pour promouvoir cette cause importante. Tout le monde en Afrique du Sud se réjouit. Nous avons tout fait pour que l’événement soit une réussite. Nous souhaitons la bienvenue aux amoureux du football venus d’Afrique et du monde entier pour vivre une expérience joyeuse, pleine d’amitié et inoubliable. » ●

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PAUL SPIERENBURG/LAIF-REA

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BRAM LAMMERS/HH-REA

1. Bloubergstrand, 30 mars 2009. Une partie de football sur une plage voisine du Cap, avec vue sur la montagne de la Table.

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2. Prison de Zonderwater (Afrique du Sud), 29 mai 2009. Des détenus pendant la finale du tournoi organisé pour les prisonniers d’établissements pénitentiaires de Johannesburg et de Pretoria. 3. À l’image de cette jeune Sud-Africaine, le 29 mai 2009, la nation Arc-en-Ciel s’apprête à accueillir avec ferveur la 19e Coupe du monde.


JEAN-MARC CAIMI/REDUX-REA

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1. Nkowankova, près de Polokwane, 22 février 2010. Une joueuse remplaçante de l’équipe des grandsmères, le Limpopo Footbold Club (moyenne d’âge : 70 ans), est prête à entrer sur le terrain.

2. Pretoria (Afrique du Sud), 19 janvier 2010. L’Argentin Diego Maradona en visite à la Kgotlelelang School de Winterveldt.

3. Bloemfontein (Afrique du Sud), 20 juin 2009. Un supporteur local lors du match de poule Espagne-Afrique du Sud (2-0) de la Coupe des confédérations.

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GALLO IMAGES/PRESSE SPORTS

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GUY JEFFROY/FLASH PRESS

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LA BELLE HISTOIRE

30 ONZE ARTISTES DE LÉGENDE


31 ROGER MILLA: 43 SALIF KEITA: « 1990, l’apothéose « Le jeu avant de ma carrière » l’enjeu »

44 SAGA AFRICA

52 RABAH MADJER: 54 UNE JEUNE « On a perdu la CAN, mais DAME gagné une bonne équipe » DE 80 ANS

Guadalajara (Mexique), 11 juin 1986. Le défenseur marocain Mustapha el-Biyaz et son gardien Badou Zaki, après la victoire (3-1) contre le Portugal, qui les qualifie pour la première fois pour les huitièmes de finale.

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30 LA BELLE HISTOIRE

Onze artistes de légende

Depuis 1934 et les premiers pas hésitants de l’Égypte en Coupe du monde, que de chemin parcouru ! Grâce à leurs qualités sportives, mais aussi humaines, nombre de footballeurs africains sont entrés dans l’Histoire du jeu. Jeune Afrique en a retenu onze, avec pour chef de file Roger Milla l’Indomptable. Mais il va de soi que bien d’autres avaient leur place dans ce palmarès*.

Roger Milla ÉTERNEL AMOUREUX DU FOOTBALL

IL A JOUÉ dans dix clubs, porté le maillot des Lions Indomptables de 1973 à 1994, remporté deux Coupes d’Afrique des nations (1984 et 1988), une Coupe des coupes avec le Tonnerre Yaoundé, participé à trois Coupes du monde et été élu deux fois Ballon d’or africain. Mais Roger Milla est entré pour toujours dans la légende lors du Mondial 1990 en Italie, où il a marqué quatre buts. L’image gravée dans les mémoires reste celle d’un joueur de 38 ans, hilare, une dent manquant à son sourire, qui se déhanche près d’un poteau de corner. Un doublé contre la Roumanie et un autre contre la Colombie, après un duel inoubliable avec son gardien Higuita, ont emmené le Cameroun en quarts de finale d’une Coupe du monde, une grande première pour une équipe africaine. Milla a même marqué un nouveau but en 1994, à 42 ans, plaçant hors de portée l’âge record d’un buteur en Coupe du monde. Seuls quelques gardiens, l’Italien Dino Zoff, l’Anglais Peter Shilton et le Mexicain Antonio Carbajal, ont joué aussi longtemps au niveau international. Milla doit sa longévité exceptionnelle à

une hygiène de vie impeccable et un profond amour du football. Sait-on que Roger CAMEROUN a déjà pleuré pour une défaite de l’équipe A’ des Lions Indomptables lors d’un tournoi régional? Reconnu depuis le début des années 1970, buteur du Tonnerre Yaoundé quand ce club figurait parmi les meilleures équipes du continent, il a tenté l’aventure européenne à 25 ans. Il n’a joué que dans de modestes clubs français, à une autre époque du football mondial, quand les grands clubs européens ne s’arrachaient pas les meilleurs joueurs africains, comme aujourd’hui Didier Drogba (Chelsea), Samuel Eto’o (Inter Milan) ou Yaya Touré (FC Barcelone). En France, Milla a connu Valenciennes (1977-1979), Monaco (1979-1980), Bastia (1980-1984), Saint-Étienne (1984-1986) et enfin Montpellier (1986-1989). Ce dernier club est d’ailleurs le premier où la grande star africaine a perçu un salaire comparable à ceux des meilleurs pros français. « Louis Nicollin, le président, m’a bien payé, c’est vrai », se souvient Roger Milla. En ajoutant avec son bon sourire : « Mais des joueurs moins forts que moi touchaient quand même plus ! » Pourtant, Roger Milla n’a « pas d’aigreur ». Il s’est « bien amusé » et a vu son immense carrière couronnée du titre honorifique d’ambassadeur itinérant du Cameroun. Il restera aussi et surtout un éternel amoureux du E.B. football. ●

* Ont aussi obtenu des voix (par ordre alphabétique) : Joseph-Antoine Bell (Cameroun), Lakhdar Belloumi, Mustapha Dahleb (Algérie), Tarek Dhiab (Tunisie), Hossam Hassan (Égypte), Rachid Mekhloufi (Algérie), Thomas Nkono (Cameroun), Jomo Sono (Afrique du Sud). Badou Zaki (Maroc). Également cités (par pays): Theophilus Khumalo, Lucas Radebe (Afrique du Sud), Theophile Abega, François Omam-Biyick, Rigobert Song (Cameroun), Ndaye Mulamba (RD Congo), Laurent Pokou (Côte d’Ivoire), Mohamed Aboutrika (Égypte), Titi Camara (Guinée), Frédéric Kanouté (Mali), Stephen Keshi (Nigeria), Mohamed Ali Akid, Khaled BenYahia, Lahzami Temime (Tunisie) et… Eusebio (Portugal-Mozambique). J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


LANDRAIN/L’ÉQUIPE/PRESSESPORTS

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MICHAEL PROBST/AP/SIPA

INTERVIEW

« 1990, l’apothéose de ma carrière »

ROGER MILLA JEUNE AFRIQUE: Pensez-vous que votre légende doive beaucoup à l’épopée du Mondial 1990? ROGER MILLA : Non, ce n’est pas seulement le coup d’éclat de 1990. Ceux qui ont suivi le football africain savent que j’étais déjà une « star » du football, que l’Italie était ma deuxième Coupe du monde après celle de 1982. J’avais déjà inscrit mon nom dans l’histoire du jeu. Sans une erreur de l’arbitre, j’aurais marqué un but en Espagne [un but refusé pour un hors-jeu discutable, NDLR]. J’avais joué et marqué lors des Coupes d’Afrique des nations. J’avais déjà explosé ! Pour moi, 1990 a été la consécration de tout le travail abattu en Afrique et en Europe pendant toute ma carrière. Qu’en reste-t-il pour le Cameroun? Nous resterons la première équipe africaine en quarts de finale de la Coupe du monde. Nous avons bien représenté notre pays, notre continent. Il reste aussi de très bons souvenirs. Comme s’ils avaient senti notre potentiel, les Italiens nous avaient très

bien accueillis. Nous avons toujours été soutenus. Peut-être parce que nous étions une équipe africaine. C’était comme si nous avions déjà gagné une Coupe du monde, nous étions acclamés! Cela nous a mis beaucoup de baume au cœur. Et ensuite, au fur et à mesure que nous gravissions les échelons dans la compétition, nous prenions de la grandeur. Personnellement, que gardez-vous de cette Coupe du monde? C’est l’apothéose de ma carrière. J’avais confiance en moi, en mon football, en mon physique. Je n’ai fait que continuer le travail de toute ma carrière. Marquer quatre buts dans une Coupe du monde à cet âge, je ne pense pas que ça puisse être égalé. Qu’espérez-vous des équipes africaines lors de ce Mondial 2010, qui joueront pour la première fois « à domicile » ? Je ne fais pas de pronostic, attendons les premiers matchs. Mais elles peuvent réaliser de grandes choses. Le danger, c’est nous-mêmes. La petite guéguerre qu’il peut y avoir entre joueurs et dirigeants fait que les équipes africaines se noient parfois dans les problèmes. Il faut être unis par un même langage, ne pas jouer pour un

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individu mais pour tout un peuple. Je prends l’exemple du Cameroun : le peuple a donné sa vie, son amour pour les Lions Indomptables, pour qu’ils obtiennent de bons résultats. C’est aux joueurs de conclure et de lui donner satisfaction, ils seront alors accueillis comme il faut. Nous sommes tous derrière eux. Le Cameroun peut-il gagner cette Coupe du monde? Peut-être pas la gagner, mais faire mieux qu’en 1990, aller en demi-finale. Et si on y va, il faudra alors faire très attention. Mais je suis confiant. Ensuite, si l’équipe est bien préparée… Ne regrettez-vous pas d’avoir joué à une époque où les stars ne gagnaient pas les sommes actuelles ? Aujourd’hui, je serais peut-être l’attaquant de Chelsea, et sans doute le mieux payé de tout le continent africain (rires) ! Mais je ne regrette rien. J’ai fait ce que j’avais à faire pour mon pays, je n’ai pas d’aigreur. On s’est bien amusés, on a montré la voie à nos petits frères. À chacun son époque. ● Propos recueillis par EMMANUEL BARRANGUET


Larbi Ben Barek

PRESSESPORTS

32 LA BELLE HISTOIRE

MAROC

LA PERLE NOIRE

« SI JE SUIS LE ROI DU FOOTBALL, alors Ben Barek en est le dieu. » Pour le Brésilien Pelé, qui prononça cette phrase, comme pour les spécialistes du football, le milieu offensif marocain Larbi Ben Barek fut l’un des meilleurs joueurs de tous les temps. Personne ne connaît sa date de naissance exacte. Selon les historiens, il l’aurait modifiée et serait né en 1914 et non en 1917 comme il l’affirmait. Il grandit dans un quartier modeste de Casablanca, et joue dès son enfance dans les terrains vagues de la ville. Après El Ouatane, un petit club de quartier où il restera deux ans, il intègre l’Idéal Club de Casablanca et se fait remarquer lors d’un match de la Coupe du Maroc, au cours duquel il marque deux buts contre le Raja Casablanca. Au milieu des années 1930, il est engagé par l’Union sportive marocaine, avec laquelle il gagne le championnat d’Afrique du Nord en 1937.

Repéré par la presse française, i l est rac heté pa r l’Oly mpique de Marseille (OM) en 1938 pour 44 000 francs de l’époque. Son style « brésilien », l’élégance de son jeu et ses dribbles virevoltants en font vite une vedette. De 1938 à 1954, il joue 17 fois en équipe de France, battant ainsi un record de longévité.

« VENDEZ LA TOUR EIFFEL, MAIS PAS LUI ! »

Pendant la Seconde Guer re mondiale, Larbi Ben Barek rentre au Maroc et retrouve l’Union sportive marocaine. À son retour en France en 1945, il porte le maillot du Stade français sous la direction de l’Italien Helenio Herrera. En 1948, celui que l’on surnomme la Perle Noire est recruté par l’Atlético Madrid. Un journaliste aurait écrit alors: « Vendez l’arc de Triomphe, vendez la tour Eiffel, mais ne vendez pas Ben Barek ! » Il remporte deux fois le championnat d’Espagne en 1950 et 1951.

En 1953, Larbi retrouve Marseille et l’OM, avec lequel il disputera en mai 1954 la finale de la Coupe de France, perdue (2-1) contre Nice. En octobre de la même année, il joue pour la dernière fois en équipe de France lors d’un match amical contre l’Allemagne de l’Ouest (RFA). Il a plus de 37 ans, et il met un terme à sa carrière professionnelle quelques semaines plus tard. Adulé par son public en France, en Espagne et au Maroc, il a été aussi victime du racisme et confronté aux difficultés de l’intégration. En 1938, lors de son premier match en équipe de France, contre l’Italie, à Naples, il est violemment hué par le public italien. La fin de sa vie fut également douloureuse. Isolé, presque oublié par le monde du football, il meurt dans l’anonymat le 16 septembre 1992. Son corps ne sera découvert qu’une semaine après sa mort. ● LEÏLA SLIMANI

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ONZE ARTISTES DE LÉGENDE 33

Abedi Pelé

GHANA

PICHON/PRESSESPORTS

C’EST PEUT-ÊTRE LA PLUS BELLE des victoires du Ghanéen, même si elle n’est matérialisée par aucun trophée : avoir été à la hauteur du mythe. S’être montré digne de ce surnom de Pelé dont il avait été affublé par ses copains des rues d’Accra. Abedi Ayew, dit Abedi Pelé, né en 1962, à Dome, aurait pu, s’il avait écouté les conseils de son père éleveur, ne jamais devenir professionnel. Mais ce spécialiste des dribbles chaloupés, ce bourreau des défenses, doté d’une stupéfiante vision du jeu et capable d’accélérations sidérantes, est aussi un entêté. Sociétaire du Real Tamale United, il intègre, à seulement 20 ans, le Black Star et participe comme remplaçant à la conquête du dernier titre continental de la sélection ghanéenne, en 1982. Sa carrière est lancée. D’abord en dents de scie, elle le mène au Qatar, en Suisse et au Bénin. En 1986, il se fixe finalement en France, à Niort, puis à Lille, avant d’exploser à l’Olympique de Marseille, avec lequel il remporte trois titres de champion de France et participe aux grandes campagnes européennes de l’ère Tapie. Vainqueur de la Ligue des champions 1993 – grâce à une passe décisive sur corner pour Basile Boli –, il connaît moins de réussite avec sa sélection nationale, dont il est le leader emblématique. Il échoue en finale de la CAN en 1992, et regrettera toujours de n’avoir pu disputer une phase finale de Coupe du monde. Le triple Ballon d’or africain (1991, 1992, 1993) raccroche les crampons en 2000 après deux saisons dans le Calcio au Torino, deux autres en Bundesliga (Munich 1860) et un dernier SAMY GHORBAL contrat à Abou Dhabi. ●

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LECOQ/PRESSESPORTS

DIGNE DU MYTHE

Rabah Madjer

ALGÉRIE

UN GESTE D’ANTHOLOGIE SON NOM RESTERA à jamais associé à un geste technique : c’est un privilège rare pour un footballeur. Vienne, stade du Prater, le 28 mai 1987, finale de la Coupe d’Europe des clubs champions : le FC Porto, dans la peau de l’outsider, défie le grand Bayern Munich. Rabah Madjer gagne le match à lui tout seul. Une passe décisive, et surtout un but d’anthologie, une talonnade, qui assurent la victoire 2-1 pour le club portugais. Le geste de l’international algérien fait le tour du monde. Il devient immédiatement une « Madjer ». Cette inspiration magique marque le sommet d’une riche carrière commencée à la fin des années 1970, du côté du Nasr athlétique de Hussein Dey. Ailier véloce et élégant, Rabah Madjer, né en décembre 1958 à Alger, a à peu près tout gagné, en club comme en sélection. Même si la reconnaissance, en Europe, lui est venue sur le tard. La faute à un passage raté au Racing Club de Paris entre 1984 et 1986. Vedette de la grande équipe d’Algérie avec Lakhdar Belloumi, il avait créé la sensation à Gijón, pendant la Coupe du monde 1982, en ouvrant le score contre l’Allemagne de l’Ouest, participant ainsi à un des plus retentissants exploits des footballeurs africains (victoire 2-1). Un exploit mal récompensé, du reste, l’Algérie ayant finalement été éliminée au terme d’un match sur lequel pèsent des soupçons de trucage entre ces mêmes Allemands et les Autrichiens. Madjer a fini sa carrière à Porto en 1991, un an après avoir décroché avec l’équipe nationale, brassard de capitaine au bras, sur ses terres et devant son public, le Graal continental : la Coupe d’Afrique des nations. ● S.GHO.


34 LA BELLE HISTOIRE

Samuel Eto’o

CAMEROUN

RICHARD SELLERS/SPORTSPHOTO

BUTEUR HORS NORME « FUORICLASSE » (« incomparable » en italien) et individualiste, mégalomane et généreux, intelligent et caractériel, génial et imprévisible. Samuel Eto’o est un peu tout cela à la fois. C’est sans doute ce qui le rend si atypique. Le gamin de Nkom parle souvent de lui à la troisième personne, mais cela n’a pas dissuadé Paul Le Guen, sélectionneur du Cameroun depuis juillet 2009, de le nommer capitaine des Lions Indomptables. Aujourd’hui, l’attaquant de l’Inter Milan est l’un des meilleurs joueurs du monde, après avoir vécu dans la peau d’un clandestin à son arrivée en France à 14 ans, en 1995. Reparti au Cameroun au bout de plusieurs mois d’errance entre Carpentras et Paris, il revient plus fort, armé d’une inoxydable foi en lui-même. Le Real Madrid le prête à Leganés, puis le vend à Majorque, où il commence à se faire un nom. La suite est barcelonaise. Eto’o s’y bâtit un beau palmarès (deux Ligues des champions, trois titres de champion d’Espagne et deux Coupes d’Espagne) et une réputation de grand buteur. À l’aube de la trentaine, le symbole de la politique de changement voulue par Le Guen rêve d’un Cameroun qui gagne de nouveau. En Afrique du Sud, il disputera son troisième Mondial, après ceux de 1998 et 2002. Deux fois vainqueur de la CAN (2000 et 2002), Eto’o est devenu après l’édition 2008 le joueur le plus efficace de l’histoire de la compétition avec 14 buts. ● ALEXIS BILLEBAULT

George Weah

LIBERIA

FRANCK FIFE/AFP

PREMIER BALLON D’OR SA FIN DE CARRIÈRE chaotique entre Chelsea, Manchester City, Marseille et Abou Dhabi ne reflète pas sa véritable valeur. C’est injuste pour l’élégant et efficace attaquant libérien, dont le seul tort fut d’appartenir à une sélection trop moyenne pour espérer jouer les premiers rôles. Il a été ainsi privé de Coupe du monde. Lors des deux phases finales de CAN qu’il a disputées (1996 et 2002), George Weah n’a jamais pu voir audelà du premier tour. Mais il s’est consolé avec une carrière dans des clubs grand format. À Monaco d’abord, où les réseaux africains du club princier l’avaient conduit après une seule saison au Tonnerre Yaoundé (Cameroun). En principauté, où il

est resté quatre ans, « Mister George » n’a mis que quelques mois à vaincre certaines réticences. Au Paris SaintGermain, il remportera son premier titre de champion de France (1994), mais c’est au Milan AC que Weah vivra ses meilleurs moments de footballeur. Premier et seul joueur africain Ballon d’or mondial, à 29 ans, en 1995, Joueur mondial de la Fifa la même année, l’enfant de Monrovia gagne deux titres italiens (1996 et 1999), avant de s’envoler pour l’Angleterre, de revenir en France et de s’offrir un dernier contrat lucratif aux Émirats arabes unis. De retour au pays, il se lance dans la politique, qui le conduira en 2005 à se présenter sans succès à l’élection A.B. présidentielle. ●

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36 LA BELLE HISTOIRE

Mahmoud al-Khatib ÉGYPTE

SEIGNEUR DES SURFACES

GILLES MONTGERMONT/PRESSESPORTS

BEAUCOUP D’ÉGYPTIENS assurent qu’il est le plus grand joueur de l’histoire des Pharaons. Sans faire de l’ombre à ses illustres prédécesseurs (Salah Salim, El-Fanaguili, AlGohari, Abugreisha) ou à ses successeurs (Abouzid, Aboutrika, Hossam Hassan), Mahmoud al-Khatib, Ballon d’or africain en 1983, est à coup sûr l’un des plus populaires, comme l’atteste son surnom, « Bibo » (« le bien-aimé »). Né en 1954 dans une famille de onze enfants, le petit Cairote apprend sa partition de maestro dans les rues. À 16 ans, il est recruté par le grand club du Caire, AlNadi al-Ahly, avec lequel il va tout gagner (dix championnats, deux Coupes des champions d’Afrique, trois Coupes des vainqueurs de coupe). Un grand artiste qui caresse le cuir avec délice et fend les défenses adverses avec une redoutable efficacité. Bibo reste à ce jour le meilleur buteur des compétitions continentales de club. Performant des deux pieds, excellent joueur de tête et doté d’une remarquable vision du jeu, ce milieu très offensif participe à sa première CAN en 1974. Après plusieurs échecs dont celui de 1980, où il marque pour tant un but inoubliable contre l’Algérie, il obtient la consécration avec la victoire de l’Égypte chez elle en 1986. Un an plus tard, Al-Khatib arrête sa carrière et se lance dans les affaires, sans pour autant négliger son club de toujours, dont il est aujourd’hui le vice-président. ● DAVID GIRAUD-N’TENTEMBO J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


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Kalusha Bwalya

ZAMBIE

SANS K ALUSHA BWALYA, la réputation des Chipolopolos n’aurait peut-être pas dépassé les côtes africaines. Les Zambiens, qui portent cet étonnant surnom, n’avaient jamais connu avant lui un joueur de dimension internationale, récompensé par le Ballon d’or africain en 1988. En 1985, le Cercle Bruges, un modeste club belge, a eu la bonne idée de le sortir de son pays pour une poignée de dollars. À 22 ans, Bwalya, attaquant au pied gauche redouté, commençait à tourner en rond à Mufulira Wanderers, l’équipe de sa ville natale. En trois saisons et une trentaine de buts en première division belge, il en fera assez pour intéresser le PSV Eindhoven, le puissant club néerlandais, et s’y imposer. Il restera six ans aux Pays-Bas avant d’entamer un étonnant périple dans plusieurs clubs mexicains. Remarqué aux Jeux olympiques de Séoul pour ses trois buts contre l’Italie, laminée 4-0 par la Zambie, Kalusha Bwalya,

FABLET/PRESSESPORTS

ROI DES CHIPOLOPOLOS

qui compte une centaine de sélections, a participé à six phases finales de Coupe d’Afrique des nations. Il a pris part à la finale de 1994 en Tunisie, un an après le crash aérien qui avait décimé la sélection au large du Gabon. Ce jour-là, devant rejoindre le Sénégal depuis l’Europe, il avait échappé à la catastrophe. À la fin de sa carrière, Bwalya est devenu sélectionneur-joueur de la Zambie avant d’être élu président de la Fédération zambienne de football au printemps 2008, bouclant ainsi un parcours exceptionnel. ●

Salif Keita

ALEXIS BILLEBAULT

MALI

PRESSESPORTS

LA GRIFFE DU CHAMPION NÉ EN 1946 À BAMAKO, Salif Keita, fils de camionneur, a atterri très vite sur la planète football. Engagé par le Real de Bamako, « Domingo », son surnom, débute en sélection nationale à 17 ans après quelques matchs seulement en club. Très remarqué pendant la Coupe des clubs champions d’Afrique, le Malien termine meilleur réalisateur de l’épreuve en 1966 (14 buts) grâce à sa technique exceptionnelle et à sa grande polyvalence. Il décide alors de tenter sa chance en France et débarque en 1967 à Saint-Étienne après avoir voyagé en taxi depuis Paris. Son club paiera la note. Bientôt, ce sont ses adversaires qui feront les frais de sa classe et de son efficacité. Il est insatiable : 120 buts en 149 matchs, récompensés par un Soulier d’argent européen et trois

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titres de champion. Il reçoit logiquement le premier Ballon d’or africain en 1970. En 1972, « la Panthère Noire », comme on l’appelle aussi, pose sa griffe à Marseille, où il va former un duo explosif avec le Yougoslave Josip Skoblar. Cette année-là, il échoue avec le Mali en finale de la CAN contre le Congo. En 1973, Il part au FC Valence avant de jouer au Sporting Portugal, à Lisbonne. Il termine sa carrière aux États-Unis où il apprendra la gestion. De retour au pays, Salif Keita va créer un centre de formation, le CSK (Centre Salif Keita), qui a notamment formé son neveu Seydou Keita, actuellement milieu de terrain au FC Barcelone. Domingo sort d’un mandat de quatre ans à la tête de la fédération malienne. ● D.G.-N.


38 LA BELLE HISTOIRE

Augustine «JayJay»Okocha

NIGERIA

LE VIRTUOSE

ICONSPORT

SES INCROYABLES gris-gris ont fait les délices des aficionados du beau geste et donné des migraines aux défenseurs qui croisaient son chemin. Né le 14 août 1973 à Enugu, Augustine « Jay Jay » Okocha, le fantasque numéro 10 de la sélection nigériane, savait tout faire sur un terrain : dribbler, accélérer, tirer au but à 25 ou 30 mètres, ou encore porter l’estocade sur coup franc. Un joueur hors du commun, un régal pour les yeux. Un personnage attachant aussi, adulé par les publics des clubs par où il est passé, à Francfort, en Allemagne, au Fenerbahçe d’Istanbul, au Paris Saint-Germain ou à Bolton, en Angleterre. Champion d’Afrique 1994, champion olympique en 1996, huitième de finaliste des Coupes du monde 1994 et 1998, vice-champion d’Afrique en 2000 : Okocha a écrit certaines des plus belles pages du football africain. Aurait-il pu faire encore mieux ? Poser la question, c’est déjà un peu y répondre. En effet, « Jay Jay » n’aura jamais réussi à devenir en club, où son palmarès est étrangement vierge, l’égal du joueur qu’il fut en sélection avec les Super Eagles : bien plus qu’un leader technique, un patron. Il restera malgré tout un artiste hors norme et universel (il est naturalisé… turc). Et un symbole de la virtuosité technique africaine. ● SAMY GHORBAL

Didier Drogba

CÔTE D’IVOIRE

BEN RADFORD/GETTY IMAGES

AU BONHEUR LONDONIEN À CHELSEA depuis cinq ans, il n’y a pas toujours été heureux malgré la relation quasi filiale qu’il entretenait avec José Mourinho, l’entraîneur actuel de l’Inter Milan. Didier Drogba était à Marseille et s’y sentait bien, mais il n’avait rien pu faire contre les 55 millions de dollars proposés à l’OM par Roman Abramovitch, le propriétaire russe du club anglais. Drogba apprécie enfin la vie londonienne. Levallois, Le Mans et Guingamp, ses premiers clubs français, sont loin. Le neveu de Michel Goba, international ivoirien exilé en France qui l’a recueilli en 1981, à l’âge de 3 ans, est devenu chez les « Blues » l’un des attaquants les plus en vue de la planète. Meilleur buteur de la Premier Lea-

gue en 2007, Ballon d’or africain en 2009, il a également accroché à son palmarès deux titres de champion d’Angleterre et deux Cups. Mais Didier rêve aussi en orange. International depuis septembre 2002 et une première sélection offerte par le Français Robert Nouzaret, l’attaquant de Chelsea a approché deux fois la consécration suprême avec la Côte d’Ivoire, qui n’a plus rien gagné depuis la CAN 1992. Finalistes en 2006 et demi-finalistes deux ans plus tard, les Éléphants sont devenus l’une des principales puissances du continent. Leur deuxième qualification d’affilée pour la Coupe du monde en atteste. Et Drogba y est sûrement pour quelque chose. ● ALEXIS BILLEBAULT

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® Aldo Liverani / Icon Sport

CAMEROUN

PUBLI-INFORMATION

RETROUVER LA RAGE DE VAINCRE Depuis l’exploit inoubliable réalisé lors de la Coupe du monde 1990 en Italie, les LIONS INDOMPTABLES du Cameroun appartiennent à l’élite du football mondial. Leur palmarès fait d’eux la meilleure équipe africaine et l’une des plus redoutées de la planète. Après une petite baisse de régime, les LIONS ont bien l’intention de sortir leurs griffes en Afrique du Sud.


CAMEROUN

PUBLI-INFORMATION

À la peine au début de la phase éliminatoire CAN /Coupe du monde 2010, les LIONS INDOMPTABLES ont dû attendre leur sixième et dernier match pour enfin tenir leur septième participation à une phase finale de Coupe du monde. Avant d’arriver à leurs fins, les Lions auront fait trembler les Camerounais jusqu’au bout. Après avoir repris la tête de leur groupe, il leur fallait encore gagner leur dernier match contre le Maroc, faire match nul ou perdre en espérant que le Gabon en fasse autant contre le Togo. À part une défaite contre le Togo et un match nul contre le Maroc, les LIONS ont tout balayé sur leur passage. 9 buts marqués et 2 encaissés, les Camerounais ont vaillamment tiré leur épingle du jeu. Voici du reste leur parcours en éliminatoires de la Coupe du monde 2010 : TOGO - CAMEROUN

1-0

CAMEROUN - MAROC

0-0

GABON - CAMEROUN

0-2

CAMEROUN - GABON

2-1

CAMEROUN - TOGO

3-0

MAROC – CAMEROUN

0-2

T

ous le ou les amoureux du football footbal se souviennent, fo comme si c’était hier, de ce jour jou our d’été 1990 où l’équipe du Cameroun Cam ameroun de football avait fail fa failli ililli li se se qualifier qualifi pour les demiqu fina finales nale na less de la Coupe du monde. le Oppo Op Opposé, posé, par la vertu du tirage po au sort, à l’équipe l’é d’Argentine (alors championne du monde en titre) pour le match d’ouverture de la compétition, le Cameroun avait provoqué un coup de tonnerre sur le Mondial en jouant crânement sa chance et en gagnant par le score d’un but à zéro.Les Camerounais avaient poursuivi sur leur lancée, se qualifiant pour le second tour et bousculant tout sur leur passage, jusqu’à cette historique soirée de quart de finale où ils s’inclinèrent devant l’Angleterre.

RUGISSEMENTS SUR LE MONDE Depuis que la bande à Roger Milla a écrit la plus belle histoire du football africain, les LES LIONS INDOMPTABLES du Cameroun appartiennent à l’élite du football mondial. C’est grâce à leur succès en 1990 que l’Afrique a pu bénéficier d’une augmentation du nombre de ses représentants en phase finale de Coupe du monde, passant de deux équipes à l’époque à cinq aujourd’hui. Le

palmarès des LES LIONS INDOMPTABLES fait d’eux une référence dans le domaine du sport mondial. Quatre fois vainqueurs de la Coupe d’Afrique des nations (1984, 1988, 2000 et 2002), ils ont participé déjà six fois à la phase finale de la Coupe du monde (1982, 1986, 1990, 1994, 1998 et 2002). Grâce à leurs performances, le Cameroun a occupé le 1er rang africain et le 14e au niveau mondial, dans le classement FIFA du mois d’octobre 2009. Ses plus grandes vedettes sont internationalement connues. Qu’il s’agisse des anciens comme Roger Milla, ou des jeunes comme Samuel Eto’o-Fils, tous les amateurs de ballon rond connaissent par cœur leurs exploits. Et à chaque match remporté, c’est la liesse générale dans les villes du pays où, un accueil triomphal leur est réservé au retour. « Les LIONS INDOMPTABLES c’est l’opium du peuple camerounais. Les pouvoirs publics en ont une conscience aiguë. Dans ce pays où chaque match de l’équipe nationale est un événement majeur, les victoires sportives sont utilisées

Roger Milla lors de la rencontre Cameroun - Roumanie, le 16 juin 1990.

® LANDRAIN pour L’ÉQUIPE

QUALIFICATION AU BOUT D’UN LONG SUSPENSE


UNE ÉQUIPE EN PLEINE RECONSTRUCTION

Le Président de la République du Cameroun, Paul Biya se fait le porte-parole de toute une nation et transmet aux LIONS INDOMPTABLES, bénédiction et encouragements.

comme un outil de marketing politique et servent à réguler les tensions sociales », souligne un sociologue cam erounais. À la veille de prestigieuses compétitions, les LIONS sont régulièrement reçus par les plus hautes autorités du pays. C’est alors l’occasion de leur transmettre les bénédictions et les encouragements de la nation toute entière. Au lendemain de la victoire au Maroc à Fès, qui a permis à l’équipe nationale de se qualifier pour la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, le chef de l’État a comme à son habitude clairement exprimé sa satisfaction. « Grâce à votre esprit lion, vous avez, une fois de plus, su étaler votre savoir-faire et justifier votre rang de première nation africaine de football dans le classement FIFA. Cette belle performance et l’élan conquérant qui n’a cessé de vous animer me font espérer que vous saurez défendre votre réputation mondiale et rester les dignes ambassadeurs de votre pays et pour notre jeunesse un exemple de discipline, d’endurance et de combativité », a déclaré Paul Biya à l’endroit des joueurs.

Il ne fait aucun doute que la prestation des LIONS INDOMPTABLES à la CAN 2010 en Angola a laissé des séquelles au sein de la sélection nationale. Paul Le Guen, le sélectionneur des LIONS, est depuis engagé dans un vaste chantier de reconstruction. La sortie du Cameroun en match amical face à l’Italie, le 3 mars 2010 au stade Louis-II à Monaco, le démontre à souhait. Le public camerounais a découvert un onze entrant inédit : Souleymanou, Mbia, Nkoulou, Bassong, Assou Ekotto, Alexandre Song, Enoh, Mandjeck, Emana, Eto’o, Kouemaha. Même si l’équipe a été rajeunie à 70 % lors de ce match, force est de reconnaître que les fruits ne tiennent pas encore la promesse des fleurs. Il est clairement apparu, comme lors de la CAN 2010, que tous les compartiments de l’équipe ont besoin de sang neuf. Une attaque muette malgré la présence d’Eto’o-Fils, un milieudeterrainsansrepèresetunedéfensechancelante.Ducoup, à quelques semaines du début de la compétition, Paul Le Guen est encore à la recherche d’une véritable équipe pour la grand-messe prévue en Afrique du Sud au mois de juin. Les candidatures ne manquent pourtant pas. La défense enregistre au moins une dizaine de postulants, le milieu en compte une vingtaine, et l’attaque une dizaine. C’est pour y voir plus clair que Le Guen publiera, mi-mai 2010, une liste élargie de 30 joueurs censés prendre part au stage préparatoire à la Coupe du monde.

ACHILLE EMANA

SAMUEL ETO’O-FILS

ALEXANDRE SONG

CALENDRIER DU GROUPE DES LIONS INDOMPTABLES DATE - HEURE, VILLE DU MATCH

RENCONTRE

14 JUIN - 13 H 30 JOHANNESBURG 14 JUIN - 16 H 00 BLOEMFONTEIN 19 JUIN - 16 H 00 DURBAN 19 JUIN - 20 H 30 PRETORIA 24 JUIN - 20 H 30 RUSTENBURG 24 JUIN - 20 H 30 LE CAP

PAYS-BAS – DANEMARK JAPON – CAMEROUN PAYS-BAS – JAPON CAMEROUN – DANEMARK DANEMARK – JAPON CAMEROUN – PAYS-BAS


CAMEROUN INFRASTRUCTURES FRA ASTRUCTURES SPORTIVES OR RTIVES : UN PROJET PR ROJET ÉTALÉ ÉTALÉ SUR R DIX DIIX A ANS NS Depuis puis la signature, signatur ure, ur e, lle e 7 mai 2008 à Yaoundé, des documents contractuels du Programme national de développement des infrastructures sportives (PNDIS) avec des partenaires chinois, le Cameroun est en train de se doter d’aires de jeu en qualité et en quantité. Le PNDIS devrait permettre de pallier le déficit en

qu’u qu ’un stad ’u qu’un stade d’entraînement de foot fo otball et d’ ot football d’athlétisme. À Douala, il est quest question de bâtir une arène 0 000 places, un palais des de 3 30 spor sp orts or ts de 3 000 places et une pissports cine olymp cine olympique. À Bafoussam et Li st Limbé, un stade de 20 000 places, de sports pouvant acun palais des cueillir 2 000 personnes.

de Bertoua, Ebolowa, Bamenda, Ngaoundéré, Maroua et Kumba, d’un stade omnisports de 15 000 à 20 000 places et d’un palais des Sports de 2000 places dans les villes de Buea et de Sangmelima. Cette phase coûtera 117 403 362 euros, soit 77,02 milliards FCFA.

Maquette du futur stade omnisport de 20 000 places de Bafoussam

infrastructures sportives en faisant construire à terme, dans tous les chefs-lieux de régions et grandes villes du pays, des structures adaptées à la pratique du sport en général et du sport d’élite en particulier. Il va aussi permettre au Cameroun d’accueillir à court terme, des évènements sportifs de haut niveau. Le coût de la première phase du PNDIS, prévue pour la période 2008-2011, est de 427 643 526 euros, soit 272,45 milliards FCFA. Ce budget sera investi dans la construction à Yaoundé-Olembé d’un nouveau stade omnisports couvert de 60 000 places dénommé « Grand Stade Paul Biya » ainsi

Afin d’encourager les jeunes Camerounais qui s’intéressent particulièrement au sport de compétition, le président Paul Biya a promis, dans son traditionnel discours à la jeunesse le 11 février dernier, de mettre à l’étude la création d’une École supérieure de formation en football. En liaison avec le ministère des Sports et de l’Éducation physique et le ministère de la Jeunesse ainsi qu’avec la Fédération et les académies existantes, ladite école aura pour mission d’encadrer et de perfectionner les jeunes qui manifesteront des dispositions exceptionnelles pour le football. DIFCOM/DF - PHOTOS : D.R. SAUF MENTION.

PUBLI-INFORMATION

Maquette du futur stade omnisport de 60 000 places de Yaoundé.

La deuxième phase, de 2011 à 2014, concerne la construction à Yaoundé-Olembé d’une piscine olympique de 3 000 places, du nouveau campus de l’Institut national de la Jeunesse et des Sports (Injs) et d’un hôtel 3 étoiles. Une aire de jeu de 20 000 places et un palais des Sports sortiront de terre à Garoua, ainsi qu’une piste pour courses de chevaux pour une valeur de 142 380 040 euros, soit 94 milliards FCFA environ. La troisième phase s’étalant entre 2014 et 2018 mettra l’accent sur la construction dans les villes

Maquette du futur stade omnisport de 30 000 places de Douala.


43 T RIBUNE

« Le jeu avant l’enjeu »

Technicien hors pair, l’ancien attaquant malien de Saint-Étienne et de l’Olympique de Marseille reste un amoureux inconditionnel du beau geste.

«

PRESSESPORTS

L’artiste Salif Keita était aussi un redoutable chasseur de buts.

E

n Afrique du Sud, j’ai envie de voir du beau football. Pour moi, football rime avant tout avec spectacle, comme le pratiquent souvent les joueurs de mon continent. J’attends beaucoup de buts, des une-deux, des talonnades, des dribbles. J’aimerais voir des matchs dont on se souviendra longtemps. Moi, je n’ai pas oublié les parties fabuleuses disputées lors du Mondial mexicain de 1970. La finale Brésil-Italie, bien sûr, mais aussi le match Allemagne-Italie. Je souhaite que plusieurs équipes pratiquent un football digne de cette Coupe du monde 1970, de l’Ajax Amsterdam de Cruyff ou du FC Barcelone, vainqueur de la dernière Ligue des champions européenne, qui m’a enchanté. Je n’aime pas trop les équipes qui ne construisent pas ; je préférerai toujours un défenseur qui dribble, qui relance bien, à un gars qui dégage à l’emporte-pièce. Il peut y avoir des erreurs, mais à terme, c’est payant.

LE FOOTBALL, C’EST D’ABORD LA TECHNIQUE

C’est ma philosophie du jeu, celle que j’essaie de mettre en pratique avec le CSK de Bamako, que ce soit avec les jeunes pousses ou avec l’équipe première. J’adore la technicité, le dribble, que j’affectionnais déjà particulièrement en tant que joueur. C’est bien de parler de cœur, d’engagement, d’agressivité, mais je pense que le football, c’est d’abord la technique. On a beau être engagé, fort physiquement, quand on ne sait pas jouer au football, caresser le cuir, on n’y arrive pas. De Di Stefano à Messi, ce sont des techniciens qui ont gagné. En tout cas, il ne faut pas que les équipes africaines se mettent trop de pression. Oui, bien sûr, c’est la première Coupe du monde organisée sur le continent. C’est formidable, mais les joueurs ne doivent pas se dire que l’on doit forcément l’emporter. Pour aller loin et éventuellement vaincre, il faudra qu’ils expriment leurs qualités techniques, ne pas se brider et se contenter de jouer derrière. Quasiment toutes les équipes africaines peuvent franchir au moins un tour. Certaines comme la Côte d’Ivoire, sélection très talentueuse, ont la possibilité d’aller plus loin. Pour réussir, et ce fut un credo dans ma carrière, il faut de l’amour dans ce que l’on fait, l’amour du jeu. Le jeu doit primer sur l’enjeu. Les joueurs ont les moyens de nous faire rêver, car aujourd’hui on protège davantage les artistes que par le passé. » ●

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P. GRIPE/PRESSESPORTS

SALIF KEITA


44 LA BELLE HISTOIRE

Saga Africa

De l’Égypte 1934 au Ghana 2006, en passant par la Tunisie 1978, l’Algérie 1982, le Maroc 1986, le Cameroun 1990, le Nigeria 1994 et le Sénégal 2002, le football africain a écrit quelques-unes des plus belles histoires sportives et humaines de la Coupe du monde. En rêvant de brandir un jour la statuette d’or. BERNARD MARCOUT Pourquoi ne pas y croire ?

1934

Les onze Égyptiens titulaires contre la Hongrie. Au premier rang, de gauche à droite : Masoud, Ragab, Fawzy, Al-Far, Rafa At ; au second rang, de gauche à droite : Mansour, Moukhtar, Taha, Latif, Al-Sayyed, Helmy.

À la mode écossaise

Q

uatre ans plus tôt, invitée à la première édition de la Coupe du monde, organisée en Uruguay, l’équipe égyptienne a renoncé à l’interminable voyage en bateau. Cette fois, après des qualifications sans gros problème, l’équipe dirigée par James McRea, l’ancien joueur écossais de Manchester United, monte sans hésitation à bord du Helwann pour une traversée méditerranéenne de quatre jours vers l’Italie.

Première et unique rencontre le 27 mai 1934. Menée 2-0 après moins d’une demi-heure par la Hongrie, l’une des meilleures formations de l’époque, l’Égypte prouve qu’elle a bien sa place à ce niveau en revenant à égalité en neuf minutes, avant la mi-temps, grâce à un doublé du gaucher Abdel Fawzi, le premier Africain à inscrire un but en Coupe du monde. Ce n’est pas suffisant. Les Égyptiens s’inclinent 4-2 et, éliminés, doivent rentrer chez eux trop vite à leur gré.

HO/AFP

ÉGYPTE

Un souvenir douloureux pour les joueurs de McRea. « Nous étions à 2-2 face à la Hongrie, quand Fawzi a pris le ballon au centre du terrain et dribblé tous les Hongrois pour inscrire le troisième but. Et là, l’arbitre italien Rinaldo Barlassina l’a refusé pour hors-jeu ! » rappelait Mustapha Kamel Mansour, le gardien de but, quelques mois avant son décès en juillet 2002. Mansour, qui avait entamé sa carrière au sein du grand club cairote Al-Ahly, avait ensuite rejoint l’Écosse pour évoluer au Queen’s Park FC de Glasgow. C’est ainsi qu’il avait attiré l’attention du nouveau patron de l’équipe égyptienne. Sa colère restait intacte soixante-huit ans après la mésaventure du stade GiorgioAscarelli de Naples : « En plus, le quatrième but hongrois est marqué après une faute sur moi. J’avais attrapé le ballon quand l’attaquant adverse m’a percuté les deux genoux en avant. Il m’a fracturé le nez avec son coude, et l’arbitre n’a rien vu ! » Le gardien égyptien, qui jouera quatre ans en Écosse, retournera dans son pays après la Seconde Guerre mondiale pour y entraîner le club Al-Ahly et devenir ensuite ministre. Entre 1958 et 1961, il occupera le poste de secrétaire général de la Confédération africaine de football (CAF), créée en 1957. ●

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SAGA AFRICA 45 TUNISIE

1978

Sans complexe

A

près s’être débarrassée en qualifications – au terme d’un véritable marathon – de l’Algérie, de la Guinée, du Nigeria, du Maroc (à l’issue d’un second match gagné aux tirs au but) et de l’Égypte après une ultime victoire 4-1, la Tunisie enlève de haute lutte la place attribuée à l’Afrique pour le Mundial argentin. Pour leur première phase finale, les Aigles de Carthage ne sont pas gâtés par le tirage au sort. Ils tombent d’entrée dans l’un des groupes les plus difficiles, avec l’Allemagne de l’Ouest (RFA), championne du monde en titre, la Pologne, troisième en 1974, et le Mexique de Hugo Sánchez. C’est pourtant sans aucun complexe que les partenaires de Témime Lahzami entament la compétition sous le soleil argentin et l’emportent 3-1 face à des Mexicains impuissants. « C’est le premier match

SCHEIDEMANN/AFP

Ali Kaabi (à dr.) , qui s’oppose à Raúl Isiordia, marquera le premier but en Coupe du monde de la Tunisie, qui entame la compétition avec une victoire face au Mexique.

nul (0-0) aux géants de RFA – parmi lesquels Sepp Maier, Berti Vogts, Rainer Bonhof et Karl-Heinz Rummenigge. Leur entraîneur n’a jamais cessé de Coupe du monde remporté par de les galvaniser depuis le bord de une équipe africaine », rappelle la touche : « Soyez solidaires, restez Tarek Dhiab, Ballon d’or africain concentrés, osez, osez, osez! En foot1977, l’un des meilleurs joueurs ball, tout est possible ! » Une formule tunisiens. « Nous étions menés 1 à reprise sur le site de l’Étoile sportive 0 à la mi-temps. Mais du Sahel, club où il a les “Tunisie ! Tunisie !” effectué l’essentiel de scandés dans les tribusa carrière. En Argentine, nes nous ont donné le La Tunisie manque dans un groupe courage de tenir et de la qualification pour l’emporter. » le tour suivant, mais relevé, les « La Pologne est elle a prouvé qu’il fauTunisiens venue à bout, très difdra compter avec elle réussissent ficilement (1-0), d’une à l’avenir. Et Chetali très bonne équipe de d’avouer plusieurs anun parcours Tunisie », écrit le quonées plus tard : « Je très honorable. tidien sportif français me suis fait plaisir et L’Équipe au lendemain je crois avoir donné du du s e u l é c h e c d e s plaisir. » joueurs dirigés depuis janvier 1975 Les performances tunisiennes et par Abdelmajid Chetali, 70 sélections le passage pour l’édition 1982 de seien équipe nationale et un seul carton ze à vingt-quatre équipes, dont deux jaune. désormais réservées à l’Afrique par Ils terminent leur campagne sudla Fifa, vont faire naître de nouvelles américaine en arrachant un résultat ambitions sur tout le continent. ●

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46 LA BELLE HISTOIRE ALGÉRIE

1982

Du rire aux larmes

«

L

Allemagne et l’Autriche se sont mises d’accord pour nous ba r rer la r oute . O n s ’e s t f a it avoir ! » Presque trente ans après, Rachid Mekloufi, l’entraîneur algérien, n’a pas oublié l’un des plus gros scandales de la compétition. Débarquée en Espagne avec l’espoir fou de battre la RFA, championne d’Europe en titre, la formation dirigée par l’ancien Stéphanois commence par un incroyable exploit sur la pelouse de Gijón. Après une première période indécise, Rabah Madjer – « Monsieur Talonnade », comme on le surnommera après son but extraordinaire en finale européenne en 1987 – ouvre la marque. Treize minutes plus tard, Karl-Heinz Rummenigge égalise. Mais les Algériens, euphoriques ce 16 juin 1982, repartent à l’attaque pour inscrire, une minute plus tard, le but du succès par Lakhdar Belloumi, Ballon d’or africain 1981. L’artiste algérien en devient lyrique :

PRESSESPORTS

L’Algérie de Mustafa Dahleb (à g.), prêt à dribbler Hans-Peter Briegel, méritait d’aller plus loin dans la compétition après son succès contre la RFA.

de RFA-Autriche qui, disputé un jour après, sera une parodie de match. Les Allemands, qui ont besoin d’un succès, gagnent au ralenti (1-0) de« C’est la victoire de l’Algérie, le plus vant des Autrichiens peu combatifs, beau souvenir du football algérien en laissant place à toutes les supputagénéral, de toute l’histoire du pays tions. L’Algérie est éliminée à la difet de tout le public. On a marqué férence de buts. les esprits et le monde du football. « Je suis désolé et présente L’exploit que nous avons réalisé, en mes exc uses à l’A lgér ie, pa rce donnant du bonheur au qu’el le mér it a it de public algérien, restera se qualifier après ses « L’exploit que à jamais gravé dans ma prestations de quamémoire. Nous avons lité », reconnut l’Alnous avons écrit une page de l’hislemand Hans-Peréalisé en 1982 toire du football et de te r Br ieg e l qu i n z e est le plus la Coupe du monde. » a n s a p r è s . To u t Encore sous le coup en insistant : « Il n’y beau souvenir de sa performance, l’esava it pas d’accord, du football prit ailleurs, l’Algérie et nous n’avons pas algérien. se fait battre (2-0) par parlé avec les joueurs l’Autriche. « Pour mes autrichiens pour marOn a marqué joueurs, la Coupe du quer un seul but. Nous les esprits. » monde était déjà termiavons simplement née ! » regrette Rachid stoppé notre ef for t Mekloufi. après le premier but car nous avions Le scandale survient le 25 juin. atteint notre objectif. » Le sort de l’Algérie, confiante en Les derniers matchs de chaque ses chances de qualification pour poule sont désormais disputés le le deuxième tour après son dernier même jour et à la même heure pour succès (3-2) contre le Chili, dépend éviter tout soupçon de tricherie. ● J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


SAGA AFRICA 47

STAFF/AFP

Abdelmajid Dolmy (à g.) et les Marocains sont les premiers représentants africains en huitièmes de finale, grâce à l’exploit réalisé face au Portugal.

MAROC

1986

L’épopée mexicaine

L

a Colombie étant forfait pour des raisons économiques, c’est le Mexique, pourtant frappé l’année précédente par un terrible séisme (20 000 victimes), qui accueille la compétition. D’entrée, les surprenants Marocains, dirigés par le Brésilien José Faria, font sensation. Seize ans après un premier et modeste Mondial, les

Lions de l’Atlas retrouvent la Coupe du monde en compagnie des Algériens, les autres représentants maghrébins du continent africain, de retour après leur performance espagnole de 1982. Mais si l’Algérie de Salah Assad, en proie à des querelles internes, est éliminée au premier tour, l’équipe d’Abdelmajid Dolmy, Mohamed el-Haddaoui et Mohamed

Timoumi réussit l’exploit de se qualifier pour les huitièmes de finale sans connaître de défaite. Une grande première pour un pays d’Afrique. Dans le groupe tristounet (seulement neuf buts inscrits en six matchs) de Monterrey, ville industrielle sans charme du nord du Mexique, l’équipe de Faria apporte une grande bouffée d’air pur. Sous la baguette du technicien Aziz Bouderbala et du capitaine Badou Zaki, intraitable dans sa cage, les Marocains commencent par se rassurer avec deux matchs nuls (0-0) contre la Pologne et l’Angleterre. Le 11 juin 1986, sur la pelouse du stade du 3-Mars de Guadalajara battu par la pluie et le vent, ils étonnent le monde entier en sortant des Portugais qui se voyaient déjà qualifiés depuis leur succès aux dépens des Anglais. En sept minutes et deux tirs terribles, le gaucher Abderazzad Khairi, devenu héros national, donne à son équipe un avantage décisif, confirmé plus tard par un troisième but de Krimau. Le Maroc entre dans l’histoire de la Coupe du monde. « On avait une bonne équipe et un entraîneur de qualité », explique Aziz Bouderbala, l’un des héros de l’épopée mexicaine. « En fait, nous avons créé la surprise, car à notre arrivée au Mexique, les médias ne parlaient même pas de nous. » En huitièmes de finale, il n’y a plus de surprise. La RFA, future finaliste, se méfie. À trois minutes de la fin d’un match crispant, Badou Zaki, qui entraînera par la suite l’équipe nationale, plonge en vain sur un coup franc de Lothar Matthaüs. Le rêve est passé, mais le Maroc peut être fier de son équipe. ●

SAÏD BELQOLA EN FINALE

JACQUES DEMARTHON

I

l aura fallu attendre 199 8 pour voir le premier arbitre du continent africain diriger une finale de Coupe du monde de la Fifa. C ’est sans doute son autorité et sa clairvoyance manifestées quelques jours plus tôt lors des matchs du pre-

mier tour Allemagne-ÉtatsUnis et Argentine-Croatie qui lui ont valu l’honneur exceptionnel d’arbitrer le match France-Brésil (3-0) le 12 juillet 1998 au Stade de France, à Saint-Denis. Saïd Belqola, natif de la ville de Tiflet, au Maroc, promu arbitre international en 1993, a dirigé de nombreuses rencontres importantes,

dont la finale de la Coupe d’Afrique des nations Égypte-Afrique du Sud (2-0) en 1998. Il est décédé le 15 juin 2002 à Rabat d’une longue maladie, à l’âge de 45 ans, en laissant le souvenir d’un arbitre irréprochable et d’un homme chaleureux qui a aussi consacré sa vie à la lutte contre la pauvreté. ●


48 LA BELLE HISTOIRE 1990

Grâce à l’irrésistible Roger Milla, 38 ans, qui a subtilisé le ballon à Higuita, le gardien colombien (à droite), le Cameroun s’envole vers les quarts de finale.

Le jour de la « makossa »

E

n 1982, les Lions Indomptables emmenés par Roger Milla, 30 ans à l’époque, étaient repartis invaincus d’Espagne pour leur première Coupe du monde. Ils franchissent un nouveau cap en Italie grâce à l’enfant de Yaoundé, sorti de sa retraite à la Réunion sous la pression des supporters camerounais. Valeri Nepomniachi, l’entraîneur soviétique, a décidé de jouer avec un seul attaquant, François OmamBiyik. Milla patiente sur le banc de

touche. Lors du match d’ouverture, il joue les huit dernières minutes alors que son équipe crée la surprise en battant (1-0) l’Argentine de Diego Maradona, tenante du titre, sur un coup de tête d’Omam-Biyik. Roger est encore remplaçant contre la Roumanie. Son équipe piétine jusqu’à son entrée. En dix minutes de folie, il marque deux fois et envoie les Verts en huitièmes de finale grâce à son engagement et à sa promptitude. À 38 ans et 20 jours, le numéro 9 camerounais devient le

LECOQ/PRESSESPORTS

CAMEROUN

buteur le plus âgé de l’histoire. « Je ne suis qu’un “officier de réserve”, fier de servir mon pays depuis vingt ans », affirme-t-il après un match qui a séduit le monde entier. Et pas seulement pour la makossa, sa fameuse danse autour d’un poteau de corner. « Elle était totalement improvisée. Et je suis surpris que ce coup de hanche ait fait le tour du monde, copié par d’autres joueurs. Quand j’étais sur le terrain, je ne me posais pas la question de savoir s’il y avait des caméras fixées sur moi. Et quand j’ai marqué face à la Roumanie, j’étais tellement heureux pour l’équipe que j’ai fait comme si j’étais à la maison. En improvisant un moment de très bonne humeur. C’est venu spontanément, inconsciemment », assure Milla. Le 23 juin, à Naples, il affronte la Colombie de René Higuita, son fantasque gardien, pour une place en quarts de finale encore jamais atteints par un pays africain. Pendant la prolongation, Roger Milla fait hurler deux fois en quatre minutes le public qui l’adore. La première en prenant de vitesse la défense adverse pour battre Higuita, la seconde quand il vole le ballon au gardien colombien mal sorti pour marquer le but d’un succès historique (2-1). « Il a voulu me dribbler, mais on ne dribble pas Milla ! » expliquera-t-il… Éliminés ensuite par l’Angleterre (3-2 après prolongation), les Camerounais pleurent, mais ils se sont montrés dignes des plus grands. Roger Milla, lui, est devenu une légende. ●

MARC-VIVIEN FOÉ, LE LION ENDORMI

L

ancien international camerounais Marc-Vivien Foé est décédé le 26 juin 2003, à l’âge de 28 ans, terrassé par une crise cardiaque survenue lors de la demi-finale de la Coupe des confédérations entre son pays et la Colombie, disputée à Lyon (France). Cet accident dû, selon les médecins, à une hypertrophie cardiaque a provoqué une immense émotion dans le monde entier, et notamment dans le milieu du football, où il comptait de nombreux amis depuis ses débuts au Canon Yaoundé en 1994 et jusqu’à son dernier club, Manchester City, en Angleterre, où il avait joué également pour West Ham. Il a porté aussi le maillot des équipes françaises de Lens et de Lyon, avec lesquelles il a gagné deux titres nationaux. Avec 65 sélections, il était l’un des meilleurs joueurs de l’équipe des Lions Indomptables, victorieuse de la CAN en 2000 et en 2002. Il a également disputé les Coupes du monde 1994 et 2002. Le 28 juin 2009, un hommage public lui a été rendu à Johannesburg à l’occasion de la finale Brésil-États-Unis de la Coupe des Confédérations, organisée un an avant le Mondial 2010. ● J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

BOUTROUX/PRESSESPORTS


SAGA AFRICA 49 1994

Uche Okechukwu (au premier plan), intraitable face au Bulgare Kostadinov et symbole de l’efficacité de l’équipe nigériane, qui atteint les huitièmes de finale dès son premier Mondial.

À deux minutes du bonheur

L

e continent américain accueille l’édition 1994 et trois équipes africaines : le Cameroun, le Maroc et le Nigeria. Les Camerounais, malgré Roger Milla – qui confirme son statut de buteur le plus âgé de l’épreuve avec un but contre la Russie à 42 ans, 1 mois et 8 jours –, et les Marocains, derniers de leur groupe (3 défaites), font oublier leurs exploits passés. Champion d’Afrique en titre, le Nigeria fait ses premiers pas

au Cotton Bowl de Dallas en s’imposant 3-0 grâce à son trio d’attaquants, Rashidi Yekini, Daniel Amokachi et Emmanuel Amunike. Yekini (Vitória Setubal), numéro un africain en 1993, et Amokachi (FC Bruges) jouent à l’étranger, comme la plupart des joueurs de l’équipe nigériane. Les Super Eagles, qui allient technique et puissance physique, pratiquent un football à l’anglosaxonne, rapide et direct, sédui-

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VINCENT AMALVY

NIGERIA

sant pour le public américain. Les nouveaux venus apprennent vite et s’imposent ensuite (2-0) face à la Grèce, avec notamment un exploit d’Amokachi. « Ce but marqué contre la Grèce est mon plus beau souvenir en équipe nationale », affirme ce dernier, qui ajoute fièrement : « Même l’arbitre m’a félicité ! » Et le Nigeria, malgré une courte défaite face à l’Argentine (2-1) bientôt privée de Diego Maradona (convaincu de dopage), finit en tête de son groupe et s’envole pour les huitièmes de finale. Au tour suivant, l’équipe nigériane, très confiante, affronte l’Italie, le 5 jui l let à Boston. L es pronostiqueurs se frottent les mains quand Amunike, l’attaquant le plus percutant, ouvre le score à la 25e minute. Malheureusement, alors qu’ils ont les moyens de creuser définitivement l’écart grâce à un potentiel offensif impressionnant, « Jay Jay » Okocha et ses coéquipiers ne pensent plus qu’à conserver leur maigre avance, même quand l’Italie joue à dix après l’expulsion de Zola dans le dernier quart d’heure. Une erreur tactique qui coûte au Nigeria son billet pour les quarts de finale. Les joueurs dirigés par le Néerlandais Clemens Westerhof sont rejoints à deux minutes de la fin sur un but de Roberto Baggio, puis éliminés pendant la prolongation sur un penalty de la star italienne. Les applaudissements nourris du public du Foxboro Stadium ne consolent pas les Nigérians, qui ont pris aux États-Unis une rude leçon de réalisme dont ils sauront tirer profit. En 1998, en France où, pour la première fois, 32 pays dont 5 africains (Afrique du Sud, Cameroun, Maroc, Nigeria et Tunisie) sont présents, les Super Eagles du Serbe Bora Milutinovic échoueront encore aux portes des quarts de finale contre les Danois (4-1), après avoir démarré par un surprenant succès (3-2) sur les Espagnols. Néanmoins, quatre ans après ses débuts, le Nigeria aura encore montré qu’il avait sa place au plus haut niveau. ●


50 LA BELLE HISTOIRE SÉNÉGAL

2002

KIM JAE-HWAN/AFP

Salif Diao (à g.) tire malgré le tacle de Patrick Vieira. Le Sénégal fête sa première participation en surprenant la France, tenante du titre, lors du match d’ouverture.

gardais la Coupe du monde à la télévision. Maintenant, c’est moi qui la joue et, encore mieux, je marque trois buts. C’est fabuleux ce qui m’arrive. Et tout cela contre ment les contrer. » Et d’expliquer de grandes équipes et de grands avec un petit sour ire : « Je sajoueurs. Je remercie Dieu et ma vais que le défenseur Lizarazu, famille. » qui monte beaucoup, avait dit : “Les Le huitième de finale contre la Sénégalais, on va les calmer d’enSuède fait encore battre le cœur du trée.” J’ai alors prévenu Moussa peuple sénégalais. Les deux équiNdiaye : “Si ‘Liza’ fait pes ne pa r v ien nent deu x cent re s, je te pas à se départager. sors. Com me ça, le Dans la prolongation, Les Sénégalais troisième ne sera plus He n r i C a m a r a , qu i atteignent de ta faute.” En enav a it déjà m a r qué , les quarts trant sur le terrain, il r é a l i s e l ’e x ploit e n était comme un fou ! » inscrivant le fameux de finale. Seul Et de fait, ce sont les but en or. le Cameroun Français qui ont été Le 22 juin à Osaka, avait fait calmés. Un beau pied en quart de finale, on de nez aux champions attend beaucoup d’un aussi bien. sortants. S é nég a l qu i a déjà Pour la sélection déjoué tous les prosénégalaise, le rêve nostics. Mais face à la se poursuit. Un nul (1-1) face au Turquie, surprenante elle aussi, les Danemark, un autre (3-3) contre partenaires de Camara, fatigués, l’Uruguay, et c’est la qualification. s’inclinent 1-0 après prolongation. Bouba Diop inscrit deux nouveaux Ils peuvent tout de même repartir buts contre les Uruguayens. chez eux la tête haute. « Je réalise un véritable rêve Jusque-là, seul le Cameroun de gamin. Il y a quatre ans, je reavait fait aussi bien. ●

Un sacré pied de nez !

C

inq représentants en 1998, autant en 2002 pour le long voyage asiatique. L’Afrique du Sud dispute sa deuxième phase finale, accompagnée du Nigeria, du Cameroun, de la Tunisie et du Sénégal. C’est ce dernier qui, pour ses débuts, crée la sensation en atteignant les quarts de finale après avoir ridiculisé (1-0) la France, championne en titre, lors du match d’ouverture à Séoul. Premier match pour les hommes de l’entraîneur français Bruno Metsu contre ses compatriotes, et premier succès inattendu grâce à Bouba Diop, auteur du seul but du match au bout d’une demi-heure. Euphorie dans le camp sénégalais, impuissance chez leurs adversaires, qui ne s’en remettront pas. Des années après, Bruno Metsu n’a rien oublié : « Dans mon plan de jeu, je savais qui placer f ace au x élément s i mpor t a nt s de l’équ ipe de Fra nce et com-

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SAGA AFRICA 51 2006

L’équipe du Ghana contre le Brésil. Au premier rang, de gauche à droite : PAPPOE, DRAMAN, GYAN, MUNTARI, SHILLA Auretourné second rang, de gauche droite : APPIAH, PANTSIL, ADDO, KINGSON, MENSAH, AMOAH. Le du buteur SulleyàMuntari (à dr.), semble effrayer Zdenek Grygera, surpris comme toute l’équipe tchèque par l ‘engagement du Ghana.

Le carton de trop

E

n Allemagne, l’Afrique est représentée par l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et la Tunisie. Conduite par une nouvelle génération ambitieuse, qui n’hésite pas à s’expatrier, avec seulement quatre éléments évoluant dans leur pays sur les vingttrois sélectionnés par le Serbe Ratomir Dujkovic, l’équipe ghanéenne, symbolisée par Stephen Appiah (Fenerbahçe, Turquie), participe à sa première phase finale. Malgré un départ difficile et une défaite (2-0) devant l’Italie, la future championne du monde, les Black Stars passent le premier tour contre toute attente. Car un succès sur le même score aux dépens de la solide formation tchèque, grâce à Sulley Muntari, relance bien le Ghana. Essien, le meilleur joueur sur le terrain, est parfaitement conscient de la portée d’un tel succès : « Je suis très heureux que nous ayons décroché notre premier succès en Coupe du monde et inscrit deux buts. C’est

le match suivant. Celui qu’il ne fallait pas manquer, contre le Brésil. Les Ghanéens prennent la direction de Dortmund, privés de l’un de leurs meilleurs atouts, pour un huiune victoire très importante pour tième de finale qui semblait inespéré tout le football africain. Petr Cech, le en débarquant en Europe. Mais cette gardien tchèque, mon coéquipier en fois, l’adversaire sud-américain, pourclub, a pourtant été excellent, comtant pas au mieux – il sera éliminé par me je lui ai dit après le match. Mais la France au tour suivant –, est vrainous n’avions aucune crainte avant ment trop fort pour un Ghana affaibli le coup d’envoi. » au milieu du terrain, et Le troisième match qui a laissé beaucoup contre des Américains d’énergie dans ses trois Malgré leur accrocheurs bascule précédents matchs. élimination sur un penalty décisif Deux buts en preface au Brésil, de Stephen Appiah, mière période, de Rocapitaine exemplaire naldo et Adriano, et le les Ghanéens pour une victoire (2-1) dernier en fin de partie ont beaucoup synonyme de qualifide Zé Roberto assurent appris en cation. Une belle preune large victoire au mière pour l’équipe Brésil et une place en Allemagne. ghanéenne, qui sera quarts de finale. malheureusement hanLes Ghanéens, qui dicapée en huitièmes ont vécu un après-midi de finale. Michael Essien, surnommé difficile sur la pelouse du stade de « le Bison » pour la vigueur de ses inDortmund, quittent l’Allemagne déterventions et l’efficacité de ses tacles, çus, mais en ayant beaucoup appris. a en effet reçu deux cartons jaunes, En tout cas, ils n’ont pas manqué leur le premier contre les Tchèques et le rendez-vous avec la Coupe du monde second face aux Américains, qui le et peuvent songer déjà au suivant, en suspendent automatiquement pour 2010, sur leur continent. ●

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LAURENCE GRIFFITHS/GETTY IMAGES

GHANA


52 LA BELLE HISTOIRE IN T ERVIE W

RABAH MADJER

« On a perdu la CAN, mais gagné une bonne équipe »

L’ancien capitaine et sélectionneur algérien est convaincu que les Fennecs ont su tirer les leçons de la dernière Coupe d’Afrique des nations et qu’ils vont réussir leur retour au Mondial, après vingt-quatre ans d’absence.

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Depuis l’éviction surprenante du Nigérian Shaibu Amodu, remercié après la CAN, il n’y aura donc qu’un seul entraîneur africain, votre compatriote Rabah Saadane, aux commandes d’une sélection au Mondial 2010. Alors que six équipes du continent seront présentes. Qu’en pensez-vous ? C’est insuffisant. On a toujours l’impression que nos entraîneurs ne savent rien faire et qu’il faut absolument aller chercher ailleurs pour obtenir de bons résultats. C’est une mauvaise p o li ti q u e , d o n t o n voit les conséquences dans cer t ains pays . C’est un message que je lance à toutes les fédérations africaines : nos entraîneurs sont capables de faire aussi bien que les autres . Il faut savoir les mettre en valeur. ● OQ

L’Algérie disputera sa troisième Coupe du monde dans quelques semaines. Que peut-elle espérer après une CAN qui s’est mal terminée ? Notre équipe a fourni beaucoup d’efforts en Angola et réalisé un trè s grand match contre la Côte d’Ivoire. En demi-finale, le « match de toujours » contre l’Égypte avait bien commencé, mais avec trois expulsés et le manque d’expérience internationale de nos joueurs, l’élimination était inévitable.

Cependant, si on a perdu la CAN, on a gagné une bonne équipe. Il y a beaucoup à apprendre de cette épreuve pour le Mondial, où nous jouerons contre de grandes équipes comme l’Angleterre. Même bien préparés, en jouant comme un seul homme sur le terrain, avec volonté et détermination, ce ne sera pas facile. Mais après vingtquatre ans d’absence du pays, l’équipe et le staff technique sont conscients que le peuple algérien sera derrière eux. L’Algérie a besoin de victoires pour travailler dans la stabilité et la continuité.

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JEUNE AFRIQUE : Le 16 juin 1982, à la 54 e minute, vous marquez le premier but de l’Algérie dans un Mondial, contre l’Allemagne de l’Ouest (RFA). Votre équipe remporte ce match à la surprise générale. Est-ce votre meilleur souvenir des deux Coupes du monde que vous avez disputées, en 1982 et 1986? RABAH MADJER : Ce fut surtout un grand moment pour toute l’équipe. Le principal était de battre les Allemands, et nous avons réussi (2-1). Malheureusement, sans pouvoir nous qualifier pour le tour suivant pour les raisons que l’on connaît. Mais j’ai inscrit d’autres jolis buts dans ma carrière, comme, bien sûr, celui avec Porto en 1987 contre le Bayern Munich, en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions (photo ci-contre). C’est mon plus grand souvenir. J’ai marqué aussi un magnifique but, celui de la victoire, sur un lob de loin face aux Uruguayens de Peñarol en finale intercontinentale. Et je n’oublierai jamais la Coupe d’Afrique des nations (CAN) gagnée en 1990 devant notre public. Quelle fierté ! Trois ans plus tôt, j’avais été élu Ballon d’or africain. J’ai été très chanceux. Le Bon Dieu est avec moi.

Propos recueillis par GÉRARD MARCOUT


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France 2010


54 LA BELLE HISTOIRE

Une jeune dame de

80 80ans

Treize équipes invitées en 1930, 193 pays au départ des éliminatoires 2002, 32 nations, dont 6 africaines pour une première édition sur leur sol à partir du 11 juin 2010. De Montevideo à Zurich, retour sur les grandes étapes de l’histoire extraordinaire de la Coupe du monde, créée par la Fifa et Jules Rimet, son président français.

Le Brésil, qui a fait le déplacement, devient l’équipe à battre après son extraordinaire succès sur la Pologne (6-5 après prolongation), grâce à 3 buts de Leônidas. Les Italiens vont y parvenir en demi-finale, « le Diamant Noir », comme on surnomma plus tard l’attaquant carioca, ayant été laissé au repos… en prévision de la finale. L’Italie enlève pour la deuxième fois de suite, contre la Hongrie (4-2 après prolongation), une Coupe du monde qui se met à l’abri pendant douze ans en raison du conflit mondial.

1930 L’ÉPOPÉE PREMIÈRE Coupe du monde et premiers balbutiements. Treize nations seulement, quatre européennes, huit sud-américaines et l’étonnante équipe des États-Unis, future demifinaliste, toutes invitées, participent à l’événement, boudé par de nombreuses équipes, effrayées par le voyage jusqu’à Montevideo. L’Uruguay, sacré champion olympique deux ans plus tôt, ne rate pas la célébration du centenaire de son indépendance. Cent mille spectateurs sont entassés dans le stade Centenario pour la finale contre l’Argentine, qu’il avait défait aux Jeux de 1928. Les Uruguayens s’imposent encore (4-2) et le capitaine José Nasazzi reçoit des mains de Jules Rimet la « Victoire aux ailes d’or », une statuette en or de 30 cm de haut et pesant 4 kg, sculptée par un autre Français, Abel Lafleur.

1938 ET DE DEUX POUR L’ITALIE

QUATRE ANS après l’édition de 1934, dominée par l’Italie chez elle

AFFICHES : © FIFA

URUGUAYENNE

et marquée par l’absence de l’Uruguay, champion sortant, ainsi que par les débuts de l’Égypte, premier pays africain à participer à l’épreuve, l’ombre de la guerre plane sur cette troisième Coupe du monde. La France, organisatrice, et l’Italie, détentrice du titre, sont qualifiées d’office. L’épreuve est boycottée par certains Sud-Américains. Ils estiment que la compétition aurait dû avoir lieu en Argentine, et non encore sur le Vieux Continent.

1950 UN MARACANÃ EN PLEURS

SI LE RETOUR des fédérat ion s br itanniques, absentes depuis 1929 au sein de la Fifa, est bien accueilli, cette édition ressemble en revanche à un simulacre de compétition. Des nations déjà qualifiées déclinent l’invitation du Brésil, alors que des pays éliminés sont invités. Treize équipes seulement sont finalement au rendez-vous, comme en 1930.

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


La finale RFA-Hongrie (3-2) a clos en apothéose une très belle Coupe du monde 1954.

La phase finale de la compétition est disputée sous forme d’un minichampionnat opposant le Brésil, la Suède, l’Espagne et l’Uruguay. Dans le duel décisif, un nul suffit aux Brésiliens pour conquérir la couronne mondiale, appelée désormais Coupe Jules Rimet, mais la Seleção s’incline contre l’Uruguay (2-1) devant les 174 000 spectateurs du stade Maracanã à Rio. Tout un peuple sanglote.

1954 DÉCEPTION HONGROISE

LA COMPÉTITION prend sa dimension planétaire avec la création, la même année, de la Confédération asiatique de football et la participa-

tion du Japon et de la République de Corée. L’Égypte, représentant l’Afrique pour la deuxième fois, est sortie par l’Italie en éliminatoires. Seize équipes jouent la phase finale en Suisse. Le nombre de qualifiés ne bougera plus jusqu’en 1982, en Espagne, où il passera à 24 pays. Le niveau du jeu pratiqué est remarquable, 140 buts sont marqués en 26 rencontres, soit une moyenne de 5,4 buts par match, un record. La finale se termine en apothéose. Invaincue depuis 1950, la Hongrie au football de rêve de Ferenc Puskas et Sandor Kocsis, qui avait submergé la RFA (8-3) au premier tour, retrouve le même adversaire. À la surprise générale, les artistes hongrois, qui mènent vite 2-0, sont dépassés (3-2) en fin de match par des Allemands jamais découragés, au terme d’une des plus belles Coupes du monde.

1958 PELÉ ET FONTAINE DEUX ANS après le décès de Jules Rimet, son père fondateur, l’épreuve passe un nouveau cap avec 55 pays au départ des éliminatoires. Grâce à la télévision, le monde peut assister à l’avènement d’un génial gamin brésilien. Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, a seulement 17 ans quand il débarque en Suède. Celui qui deviendra le plus grand joueur de tous les temps en repart après de multiples exploits et six buts marqués, dont deux en finale contre les J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010

hôtes scandinaves. Une première couronne pour le Brésil, qui n’a pas fini d’étonner. Le football entre dans une nouvelle ère. Le public apprécie aussi l’équipe française, troisième de l’épreuve et meilleure attaque (23 buts), avec Raymond Kopa, le meneur de jeu, et l’efficace avant-centre Just Fontaine, toujours détenteur du record de buts marqués lors d’une phase finale de Coupe du monde (13 en six matchs).

1966 FORFAITS AFRICAINS ET BUT CONTESTÉ

L’ÉDITION 1962 au Chili, une nouvelle fois dominée par le Brésil – malgré la rapide défection du roi Pelé, victime d’une blessure musc u la i re – et marquée par un climat de violence sur la pelouse, est déjà oubliée. Retour en Europe et en Angleterre. Soixante-dix équipes prennent part aux éliminatoires, mais un vent de contestation vient du Sud : 16 pays africains déclarent forfait pour protester contre le nouveau règlement de la Fifa obligeant le vainqueur de la zone Afrique à battre celui de la zone Asie ou Océanie pour atteindre la phase finale. Cette règle édictée en 1964 sera finalement supprimée quatre ans plus tard.

PRESSESPORTS

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56 LA BELLE HISTOIRE Le Brésil de Pelé veut un troisième titre d’affilée, mais sort au 1er tour, vite privé de son célèbre numéro 10, cible de toutes les brutalités. La finale Angleterre-RFA, gagnée 4-2 (après prolongation) par Bobby Moore et les siens, suscite l’une des plus vives controverses de l’histoire de l’épreuve. Le ballon de Geoff Hurst a-t-il franchi ou non la ligne de but allemande après avoir frappé la barre transversale ? On ne le saura sans doute jamais.

AU MEXIQUE, où l’exploit technique l’emporte sur l’affrontement physique, avec un football d’une qualité exceptionnelle, c’est le troisième titre pour le Brésil. Devant des millions de téléspectateurs, Pelé – qui dispute sa dernière Coupe du monde –, Rivellino, Jairzinho ou encore Gérson et Tostão donnent la leçon. Pour la première

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Le roi Pelé remporte au Mexique sa troisième Coupe du monde.

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STAFF/AFP

1970 LE RETOUR DU BEAU JEU

En finale, le Brésil surclasse l’Italie (4-1), fatiguée par son duel avec la RFA, qu’elle a éliminée 4-3 à l’issue d’un match inoubliable, avec cinq buts en prolongation, inscrits en à peine plus d’un quart d’heure.

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UNE JEUNE DAME DE 80 ANS 57 1978 L’ARGENTINE MALGRÉ LA POLITIQUE

1982 L’ITALIE REJOINT LE BRÉSIL V INGT- QUAT R E équipes, au lieu de seize, participent en Espagne à la 12e Coupe du monde. Cette évolution permet de qualifier deux pays africains : l’Algérie et le Cameroun. Le déroulement du tournoi est modifié, avec deux tours sous forme de mini-championnats donnant accès au dernier carré. Les Pays-Bas, finalistes en 1974 et 1978, sont absents de la compétition, éliminés par la France de Michel Platini, qui perd aux tirs au but contre la RFA en demi-finale, au terme de l’un des matchs les plus dramatiques de l’épreuve. Des Allemands déjà heureux d’avoir franchi le premier tour malgré une défaite (2-1) contre l’Algérie, qui méritait de poursuivre sa route. Après le Brésil, qu’elle a éliminé au deuxième tour, l’Italie devient la deuxième nation à remporter trois titres, en dominant la RFA en finale (3-1).

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EN 1974, leur football « total » a conduit Johan Cruyff et les Néerlandais jusqu’en finale contre la RFA, victorieuse à domicile (2-1). Le Zaïre, premier pays d’Afrique subsaharienne à se qualifier, a fait ce qu’il a pu contre des adversaires plus aguerris. En 1978, les Pays-Bas, l’un des grands favoris, entament une campagne argentine placée sous le signe de la politique. Malgré de nombreux appels à boycotter l’épreuve pour protester contre le régime totalitaire du général Videla, le Mundial a lieu. Sans l’Angleterre et l’Union soviétique, qui n’ont pu se qualifier, mais avec la Tunisie pour une première participation. Devant leurs supporters, qui oublient un moment leurs soucis, Mario Kempes et les Argentins s’imposent (3-1 après prolongation) face à l’équipe batave, battue en finale pour la deuxième fois de suite. Sans Cruyff, qui n’a pas voulu prendre part à la compétition.

JOÃO HAVELANGE FAIT LES COMPTES uand on demande à João Havelange, 94 ans, président brésilien de la Fédération internationale de football association (Fifa) de 1974 à 1998, et prédécesseur de Joseph S. Blatter, quel a été le grand tournant de l’histoire de la Coupe du monde, il n’hésite pas une seconde : c’est la progression du nombre de pays qualifiés pour la phase finale de l’épreuve, de 16 à 24 en 1982, puis de 24 à 32 en 1998. Deux étapes cruciales vers l’universalisation du football à travers son épreuve reine. L’Afrique, par exemple, n’a pas été la dernière à en profiter en passant de un à cinq représentants. Le président Havelange se souvient : « Après la Coupe du monde 1978 en Argentine, où la Fifa avait présenté 16 équipes en phase finale, avec 38 matchs et une recette d’environ 80 millions de dollars, nous avons modifié le nombre des équipes participantes, le portant de 16 à 24, avec 52 matchs, pour celle jouée en Espagne en 1982. La durée de la compétition, qui se déroulait sur vingt-quatre jours, est passée à vingt-huit, sans aucun problème pour les équipes, et a généré une recette brute de 500 millions de dollars. Après la Coupe du monde 1994 aux États-Unis, nous avons augmenté le nombre d’équipes, de 24 à 32, avec 64 matchs pour celle de 1998 disputée en France. La recette est montée à presque 3 milliards de dollars. » Et de conclure : « C’est la preuve que l’administration de la Fifa à cette époque, sous ma présidence et avec M. Joseph S. Blatter comme secrétaire général, a apporté des ressources financières et techniques supplémentaires à la compétition. » ● B.M.

1986 LA MAIN DE DIEU

1994 À LA SAUCE

M A LGR É LE SÉISME qui a fait près de 20 000 victimes en septembre 1985, le Mexique accueille pour la deuxième fois l’épreuve, remplaçant au pied levé la Colombie initialement choisie mais forfait pour des raisons économiques. Comme en Espagne, 24 équipes y prennent part. Le Maroc devient le premier pays africain à se qualifier pour un deuxième tour à élimination directe, avant de céder contre la RFA, future finaliste battue par l’Argentine. En dehors du match passionnant gagné aux tirs au but par la France face au Brésil, cette édition est celle de l’Argentin Diego Maradona, qui subjugue le public et les téléspectateurs du monde entier par ses dribbles et ses accélérations. Mais l’Angleterre ne lui pardonnera jamais « la main de Dieu » qui la privera de la demi-finale.

L’ÉDITION 1990, remportée par la RFA (1-0 en finale contre l’Argentine) en Italie, n’a pas laissé de grands souvenirs en dehors des exploits de Roger Milla et des Lions Indomptables camerounais. En 1994, la Coupe du monde part aux États-Unis. Les éliminatoires sont disputées par 147 nations, nouveau record. Parmi elles, l’Afrique du Sud, réintégrée en 1992 par la Fifa après avoir mis fin à sa politique d’apartheid. La victoire passe de deux à trois points au premier tour. Cette belle Coupe du monde de « soccer » séduit le public américain, même si elle s’achève par une finale décevante, avec un score nul et vierge, et pour la première fois l’épreuve des tirs au but, qui sourit aux Brésiliens, moins maladroits que les Italiens (3 à 2). L’équipe sud-américaine inscrit de nouveau son nom au palmarès après 1958, 1962 et 1970.

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

AMÉRICAINE


58 LA BELLE HISTOIRE

STAFF/AFP

France-Afrique du Sud (3-0), le 12 juin 1998.

1998 UNE PREMIÈRE POUR LA FRANCE

LA 16E COUPE DU MONDE est disputée en France par 32 équipes (au lieu de 24) dont l’Afrique du Sud, qui fait ses débuts, et quatre autres africaines. Il y a 64 matchs au programme. Le Français Laurent Blanc marque le premier « but en or » de l’histoire de l’épreuve, qui élimine le Paraguay en prolongation. Le Brésil veut un cinquième titre, mais à la surprise générale, c’est le pays organisateur qui gagne (3-0) sa première Coupe du monde après une finale orchestrée par Zinedine Zidane, auteur de deux buts. Les Brésiliens ont oublié leur football, à l’image de leur vedette Ronaldo. L’ultime coup de sifflet, libérant la joie des supporters français, est donné par le Marocain Saïd Belqola, premier arbitre africain à diriger une finale de Coupe du monde.

2002 LA REVANCHE DE RONALDO

L’ É PR E U V E R E I N E e s t ac cueillie pour la première fois conjointement par deux pays, la Corée du Sud et le Japon. Un pari osé et tenu sans pro-

blème. La France, tenante du titre, se fait battre d’entrée (1-0) par le Sénégal, qui atteindra les quarts de finale, comme le Cameroun en 1990. Le Brésil et l’Allemagne sont opposés pour la première fois en finale. Vainqueurs 2-0 grâce à un doublé de Ronaldo, qui efface son échec de 1998, les Brésiliens remportent leur cinquième Coupe du monde. La Corée du Sud, 4 e, confirme les progrès du football asiatique. Battue en match de classement par la Turquie, elle encaisse le but le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde, marqué à la 11e seconde par Hakan Sükür.

2006 L’ITALIE FAIT LA FÊTE TRENTE MILLIARDS de téléspectateurs en audience cumulée assistent pendant un mois au « Rendez-vous de l’amitié » promis par les organisateurs de la 18e Coupe du monde aux 32 pays qualifiés. La jeune équipe allemande, chez elle, participe à la fête en terminant sur le podium. L’Italie, intraitable en défense, avec seulement deux buts encaissés par son gardien Gianluigi Buffon, est sacrée pour la quatrième fois. La finale, remportée 5 tirs au but à 3 (1-1 après prolongation) contre la France, laissera un souvenir amer aux amoureux du football, choqués par le coup de tête inadmissible de Zinedine Zidane à l’Italien Marco Materazzi, en fin de rencontre, qui justifiera son expulsion par l’arbitre argentin Horacio Elizondo.

2010 L’AFRIQUE, ENFIN « Le vainqueur est l’Afrique. Le vainqueur est le football. » Le 15 mai 2004, au World Trade Center de Zurich, Joseph S. Blatter, le président de la Fifa, félicite d’abord les cinq pays (A f rique du Sud, Égypte, Libye, Maroc et Tunisie) qui, un an plus tôt, ont confirmé leur candidature à l’organisation du Mondial 2010, prévu en Afrique depuis l’instauration en 2000 d’une rotation de la Coupe du monde entre les continents. Puis il annonce les résultats du vote : l’Afrique du Sud gagne au premier tour avec 14 voix contre 10 au Maroc et zéro à l’Égypte. La Tunisie avait retiré sa candidature et la Libye ne remplissait pas tous les critères du cahier des charges. Les Sud-Africains crient leur joie, l’Afrique chante sa fierté de recevoir enfin le plus grand événement sportif de la planète avec les Jeux olympiques. Quat re-v i ng t s a ns après sa naissance sur les rives du Rio de la Plata, la Coupe du monde, jeune dame en pleine forme, va découvrir la nation Arc-enCiel, baignée par l’Atlantique et l’océan Indien. ● BERNARD MARCOUT

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


UNE JEUNE DAME DE 80 ANS 59

Le palmarès 1930-2006 ORGANISATEURS

RÉSULTATS

LES PAYS AFRICAINS

1930 URUGUAY

Uruguay b. Argentine 4-2 Pas de match pour la 3e place

Pas d’équipe africaine en phase finale

1934 ITALIE

Italie b. Tchécoslovaquie 2-1 ap (1-1) 3e place : Allemagne b. Autriche 3-2

Égypte battue 4-2 par la Hongrie lors du tour éliminatoire

1938 FRANCE

Italie b. Hongrie 4-2 3e place : Brésil b. Suède 4-2

Pas d’équipe africaine en phase finale

1950 BRÉSIL

1. Uruguay, 2. Brésil, 3. Suède, 4. Espagne NB : tour final disputé

Pas d’équipe africaine en phase finale

1954 SUISSE

RFA b. Hongrie 3-2 3e place : Autriche b. Uruguay 3-1

Pas d’équipe africaine en phase finale

1958 SUÈDE

Brésil b. Suède 5-2 3e place : France b. RFA 6-3

Pas d’équipe africaine en phase finale

1962 CHILI

Brésil b. Tchécoslovaquie 3-1 3e place : Chili b. Yougoslavie 1-0

Pas d’équipe africaine en phase finale

1966 ANGLETERRE

Angleterre b. RFA 4-2 ap (2-2) 3e place : Portugal b. URSS 2-1

Pas d’équipe africaine en phase finale

1970 MEXIQUE

Brésil b. Italie 4-1 3e place : RFA b. Uruguay 1-0

Maroc éliminé au 1er tour

1974 ALLEMAGNE

RFA b. Pays-Bas 2-1 3e place : Pologne b. Brésil 1-0

Zaïre éliminé au 1er tour

1978 ARGENTINE

Argentine b. Pays-Bas 3-1 ap (1-1) 3e place : Brésil b. Italie 2-1

Tunisie éliminée au 1er tour

1982 ESPAGNE

Italie b. RFA 3-1 3e place : Pologne b. France 3-2

Algérie et Cameroun éliminés au 1er tour

1986 MEXIQUE

Argentine b. RFA 3-2 3e place : France b. Belgique 4-2 ap (2-2)

Maroc battu 1-0 par la RFA en 1/8 Algérie éliminée au 1er tour

1990 ITALIE

RFA b. Argentine 1-0 3e place : Italie b. Angleterre 2-1

Cameroun battu 3-2 ap (2-2) par l’Angleterre en 1/4 Égypte éliminée au 1er tour

1994 ÉTATS-UNIS

Brésil b. Italie 3 tab à 2 (0-0 ap) 3e place : Suède b. Bulgarie 4-0

Nigeria battu 2-1 ap (1-1) par l’Italie en 1/8 Cameroun et Maroc éliminés au 1er tour

1998 FRANCE

France b. Brésil 3-0 3e place : Croatie b. Pays-Bas 2-1

Nigeria battu 4-1 par le Danemark en 1/8. Afrique du Sud, Cameroun, Maroc et Tunisie éliminés au 1er tour

2002 CORÉE/JAPON

Brésil b. Allemagne 2-0 3e place : Turquie b. Corée du sud 3-2

Sénégal battu 1-0 ap (0-0) par la Turquie en 1/4. Afrique du Sud, Cameroun, Nigeria et Tunisie éliminés au 1er tour

2006 ALLEMAGNE

Italie b. France 5 tab à 3 (1-1 ap) 3e place : Allemagne b. Portugal 3-1

Ghana battu 3-0 par le Brésil en 1/8 Angola, Côte d’Ivoire, Togo et Tunisie éliminés au 1er tour

sous forme de championnat.

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


60

LA LONGUE MARCHE

Inauguré en novembre 2009, le Moses Mabhida Stadium, à Durban (Afrique du Sud), surplombé par deux arches culminant à plus de 100 m de hauteur, peut contenir jusqu’à 70 000 spectateurs.

62 LA FIFA CROIT EN L’AFRIQUE


78 QUAND 80 PAPE DIOUF: FOOTBALL RIME «Faire confiance aux AVEC POLITIQUE entraîneurs africains»

61

KHAYA NGWENYA/CITY PRESS/GAL

70 TRÈS CHÈRE 74 CETTE 66 DIX ANNÉES COUPE DU CHINE QUI QUI ONT MONDE 2010 BÉTONNE TOUT CHANGÉ


62 LA LONGUE MARCHE

Fifacroit en l’Afrique

La

Longtemps chasse gardée de l’Europe et de l’Amérique du Sud, le football s’est peu à peu universalisé. Convaincue de son importance pour le développement économique, social, culturel et même politique, la Fédération internationale a joué un rôle déterminant dans cette évolution.

I

l s’est passé beaucoup de choses entre 1934 et l’invitation fa ite à l’ Ég y pte, prem ière équipe africaine à prendre part à la Coupe du monde, et 2010 qui verra débuter dans quelques semaines l’épreuve reine disputée pour la première fois sur le continent, représenté par six nations,

dont l’Afrique du Sud organisatrice de l’événement. Le Français Robert Guérin, le premier président de la Fédération internationale de football association (Fifa) née en 1904, et ses successeurs jusqu’en 1974 ont surtout œuvré à consolider leur édifice (passé de sept à deux cent huit fédérations

affiliées aujourd’hui), plutôt qu’à soutenir techniquement et financièrement les continents « pauvres ». L’Afrique a pu se sentir parfois quelque peu délaissée pendant cette longue période, alors qu’ellemême faisait de gros efforts pour se structurer et se développer sur le plan sportif.

DES OUTILS POUR PROGRESSER

E

N LANÇANT OFFICIELLEMENT le 7 juillet 2006 le programme « Gagner en Afrique avec l’Afrique », doté de 70 millions de dollars, la Fifa, soutenue par l’Organisation des Nations unies et l’Union européenne, a estimé « qu’il était de son devoir d’aider l’Afrique dans plusieurs autres domaines dépassant le cadre du sport ». En précisant qu’il ne s’agissait pas d’assister le continent mais de « lui donner les outils pour progresser et de lui transférer les compétences pour lui permettre de se développer par lui-même ». Cette initiative repose sur trois axes majeurs : « développer le jeu, toucher le monde et bâtir un avenir meilleur ». Améliorer les conditions de jeu en Afrique passe notamment par l’installation de terrains artificiels permettant de jouer toute l’année sans se préoccuper des

conditions climatiques. Aide au développement des ligues nationales, formation des futurs managers, établissement de camps de préparation pour le Mondial et développement de la médecine du sport sont aussi prévus. Sur le plan sportif, pour « toucher le monde », a été confiée à l’Afrique l’organisation de plusieurs grandes compétitions, comme la Coupe des confédérations 2009 en Afrique du Sud. Par ce vaste plan, la Fifa veut soutenir les organisations locales qui travaillent dans les domaines du développement social et humain, de la santé, des communautés et de la promotion de la paix. Elle veut également s’assurer que tout le continent bénéficiera des retombées de la Coupe du monde sur le long terme et transmettre au monde entier des messages positifs sur l’Afrique. ● B.M. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


Dans les environs de Clarens (Afrique du Sud), le 26 juillet 2009.

La création, en 1957, de la Confédération africaine de football et le rôle prépondérant de l’Éthiopien Ydnekatchew Tessema, son président entre 1972 et 1987, auquel a succédé le Camerounais Issa Hayatou, l’un des vice-présidents actuels de la Fifa, en sont la preuve. Absent de la Coupe du monde de 1934 à 1970, le football africain a dû être très patient avant d’avoir une petite place garantie en phase finale. Pour que sa situation évolue, il a fallu attendre le forfait pour les éliminatoires de l’édition 1966 de seize pays du continent, qui protestaient contre le nouveau règlement décidé en 1964 par la Fifa (présidée par l’Anglais Stanley Rous), stipulant que le vainqueur de la zone africaine devrait ensuite battre le vainqueur de la zone asiatique ou océanienne pour se qualifier. Soit une place seulement pour trois continents… Cette règle inacceptable allait être supprimée quatre ans plus tard en faveur de l’Afrique et permettre au Maroc de faire ses premiers pas au Mexique en 1970. Le Zaïre (en 1974) et la Tunisie (1978)

suivront, mais après des marathons d’une cinquantaine de matchs de qualification.

En tout cas, ce fut un gros coup de pouce donné à l’Afrique, dont la représentation est passée d’un pays (1970) à deux (1982), puis à trois en VIVE LA ROTATION ! 1994 pour la récompenser du beau C’est sous la présidence du Brésiparcours du Cameroun en 1990, et lien João Havelange, élu en 1974 et à cinq depuis 1998. convaincu de son importance comme Cette année, ils seront cinq plus moyen de développement économil’Afrique du Sud, et c’est sans aucun que, social, culturel, voire politique doute à Joseph S. Blatter, devenu dans le monde, que le président à la veille du football s’est véritableMondial français, que Au temps de ment universalisé. Pour le continent africain le bonheur de l’Afrique doit cet acquis. « Del’apartheid, et de l’Asie, pas vraiment puis trente-quatre ans une équipe gâtés jusque-là. Entre que je suis à la Fifa, il brésilienne 1982 et 1998 – avec la y a pratiquement toucollaboration de son fujours eu un candidat n’avait pu tur successeur, Joseph africain à l’organisadébarquer en S. Blatter, directeur tion de la Coupe du Afrique du Sud: du développement de monde . M a i s, c h ala Fifa de 1975 à 1981 que fois, il perdait. Il elle comptait des avant d’en devenir le fallait faire quelque joueurs noirs. secrétaire général –, le chose et c’est pourprésident Havelange va quoi nous avons mis doubler le nombre des pays qualifiés la rotation des continents en place. (qui passe de 16 à 32) pour la phase Sans quoi, l’Afrique n’aurait jamais finale de la Coupe du monde. Ce qu’il eu la Coupe du monde. Trop de gens considère comme le véritable tourne lui font pas confiance. Je ne sais nant de l’épreuve depuis sa création pas pourquoi. Ce continent nous a il y a quatre-vingts ans (voir p. 57). tant donné, il fallait lui rendre. Nos

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DAVID ROGERS/GETTY IMAGES

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partenaires économiques ont eu confiance, les médias télévisés aussi, ils seront là en 2010. Ce n’est que justice. Je crois que c’était une responsabilité morale de donner la Coupe du monde aux Africains », expliquaitil en juin 2009 lors d’une conférence de presse à Johannesburg. Début 2009, le président Blatter confiait : « C’est un projet auquel je pense depuis 1976, lorsque j’ai commencé ma carrière à la Fifa en tant que responsable du développement. À l’époque, je me suis rendu à AddisAbeba (Éthiopie) et j’ai alors compris ce que le football représentait pour l’Afrique. » Selon le même principe de rotation intercontinentale, le Brésil a été choisi pour accueillir le prochain Mondial en 2014.

CONTRE L’APARTHEID

Une immense satisfaction pour João Havelange, président de la Confédération brésilienne des sports (CBD) pendant vingt-cinq ans avant de diriger la Fifa et de tenir aussi un rôle important dans la lutte contre l’apartheid sud-africain. « Une équipe du Brésil s’est rendue en Afrique du Sud et fut empêchée de débarquer en raison de la présence de joueurs de couleur. À l’époque, cela m’avait

DEAN TREML/AFP

64 LA LONGUE MARCHE

João Havelange (à g.) et Joseph S. Blatter, deux présidents pour une continuité dans la politique africaine de la Fifa.

causé une grande tristesse et une amertume qui ont duré plusieurs années, se souvient-il. J’ai alors fait en sorte que l’équipe rentre immédiatement au Brésil, et aussi longtemps que j’ai présidé la CBD, je n’ai permis à aucun athlète de mon pays de participer à une compétition en Afrique du Sud. » En 1976, João Havelange va plus loin et exclut de la Fifa la Fédération sud-africaine de football, déjà suspendue depuis 1964 pour sa

politique ségrégationniste. Elle ne sera réintégrée qu’en 1992 lorsque la législation ségrégationniste sera démantelée. « Je me suis rendu à Johannesburg, où j’ai eu un entretien très important avec Nelson Mandela. La Fifa a pris immédiatement la décision de reconnaître la fédération de football de ce pays », rappelle-t-il. Personne ne semble l’avoir oublié, non seulement en Afrique du Sud, mais aussi sur tout le continent. ● BERNARD MARCOUT

Ydnekatchew Tessema (à dr.), membre du comité exécutif de la Fifa, avec Abdelaziz Mustafa, président de la CAF, en octobre 1966.

C

ofondateur en 1957 de la Confédération africaine de football (CAF), qu’il a présidée de 1972 à 1987, Ydnekatchew Tessema a aimé passionnément le sport. Le football, d’abord, qu’il a pratiqué au plus haut niveau jusqu’à l’équipe nationale d’Éthiopie, dont il a porté quinze fois le maillot,

COP. FIFA

DE LA CAF AU CIO, TESSEMA AU SERVICE DU SPORT avant d’en devenir le sélectionneur et de gagner la Coupe d’Afrique des nations en 1962. Féru également d’athlétisme et de boxe, il devient à 46 ans président de la Confédération nationale des sports d’Éthiopie, qui se transforme un an plus tard en Comité olympique éthiopien. En 1971, il est le premier Éthiopien élu membre du Comité international olympique. Cette fonction ainsi que sa place au sein du Comité exécutif de la Fifa de 1966 à 1972 permettront à ce militant tiers-mondiste de se battre aussi énergiquement contre l’apartheid en Afrique du Sud. Durant ses quatre mandats à la tête de la CAF, il va s’attacher à négocier les droits des retransmissions télévisées et du marketing sportif afin de donner au football africain son autonomie financière et politique. Il ralliera les pays africains derrière la candidature du Brésilien João Havelange à la présidence de la Fifa en 1974. Atteint d’un cancer en 1984, Ydnekatchew Tessema poursuivra son action près de trois années, avant de s’éteindre en août 1987 à l’âge de 66 ans. Il sera remplacé par le Camerounais Issa Hayatou. ● B.M. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


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66 LA LONGUE MARCHE

Dix années qui ont tout changé J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


DIX ANNÉES QUI ONT TOUT CHANGÉ 67 Depuis le début du siècle, le football made in Africa a beaucoup évolué, surtout en matière financière. Désormais, le marketing est roi.

JIRO MOCHIZUKI/SHOT/ICON SPORT

J

La CAN a été rebaptisée Coupe d’Afrique des nations Orange à partir de l’édition 2010.

uin 1998. L’Afrique du Sud participe pour la première fois à la Coupe du monde de football. 2010, autre grande première sud-africaine: le pays de Nelson Mandela est le premier du continent à accueillir le Mondial. Entre-temps, le football africain a changé, gagnant en notoriété… et en argent sonnant et trébuchant. Le business du ballon rond africain n’est certes pas à l’échelle de celui que drainent les grands championnats européens. Mais il grandit. Plus tardive, son inflation se fait aussi plus rapide. Signe notable de cet essor, les droits de diffusion radio et télé des rencontres de la CAN ont flambé ces dix dernières années, dopés par la multiplication des diffuseurs et des intermédiaires. La barre de la centaine de millions d’euros a été allègrement franchie. Selon le quotidien français L’Équipe, ce business devrait drainer quelque 350 millions d’euros entre 2008 et 2012. Un record. Doublé d’une polémique: la société LC2 Afnex et la chaîne Al-Jazira sont accusées de surenchère depuis qu’elles détiennent les droits de diffusion en Afrique (voir p. 69). « Ça n’est pas l’effet d’un marketing sauvage », assure le Français Christophe Bouchet, président de l’Olympique de Marseille de 2002 à 2004 et actuel directeur général de Sportfive, mandataire exclusif de la Confédération africaine de football (CAF) pour gérer l’ensemble de ses droits marketing et médias jusqu’en 2016. « Aujourd’hui, les épreuves africaines ont plus de valeur, ajoute-t-il. Les télévisions et les radios doivent payer pour ça. » Tant pis pour celles qui n’en ont pas les moyens ? « On est là pour trouver les meilleures opportunités financières au bénéfice de la CAF », tranche-t-il. Autrement dit, en faveur du football du continent. Depuis dix ans, sponsors et partenaires se font plus nombreux à pousser

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la porte de la CAF : Samsung, Pepsi, Standart Bank et Nàsuba Express (une société de transfert d’argent et filiale du holding LC2). En juillet 2009, Orange, filiale mobile de France Télécom, est devenu le partenaire titre de la CAF sur huit ans. Prix : 80 à 100 millions d’euros. Pour en être l’équipementier officiel, l’allemand Adidas aurait aligné 46 millions d’euros. Des chiffres difficiles à confirmer. Veut-on les vérifier ? « C’est confidentiel », répond-on chez Orange, comme chez la plupart des autres sponsors. Les chiffres ne sont lâchés qu’en off. Séverine Legrix de la Salle, directrice de la marque Orange, concède seulement : « La CAN, voilà deux ans qu’on en parlait. Nous avions dit qu’en cas d’appel d’offres nous serions intéressés. » Présent dans quinze pays africains, Orange en a profité pour déployer une vaste offensive de charme. Panneautique, billboards, offres mobiles dédiées…

ETO’O, MENSAH, ZIANI ET LES AUTRES…

« On a un déficit d’image quant à notre dimension panafricaine », reconnaît-elle. En ajoutant: « Pour nous, il y a un avant et un après-CAN 2010. » Cerise sur le gâteau marketing, la compétition a été rebaptisée Coupe d’Afrique des nations Orange. Avant de devenir pour 65 millions de dollars la première entreprise du continent sponsor officiel de la Fifa pour ce Mondial « à domicile », le sud-africain MTN, un autre opérateur mobile, avait payé 25 millions de dollars son partenariat de 2004 à 2008 avec la CAF. Le sponsoring des fédérations et des sélections nationales est un autre filon. Puma ne s’y est pas trompé depuis 1997, date de sa première signature avec une équipe africaine, le Cameroun. Une initiative qui a coïncidé avec le repositionnement marketing de l’équipementier


68 LA LONGUE MARCHE Puma est fidèle à Samuel Eto’o depuis qu’il a 18 ans.

Le recours à la diaspora pour étoffer les équipes nationales s’est accentué. « Il y a dix ans, après l’échec des Éléphants à la CAN, la fédération a fait le tour de l’Europe pour attirer les internationaux d’origine ivoirienne », se souvient Alfred Obrou, un agent de joueurs qui a notamment négocié le transfert de Kader Keita à l’Olympique lyonnais pour 18 millions d’euros. C’est le cas de Didier Drogba qui, s’il n’a jamais joué dans un club ivoirien, met ses talents et son image au service des Éléphants. En 2009, les trois quarts des Fennecs évoluaient ailleurs qu’en Algérie. Au 1er mars 2010, Puma avait déjà versé à la Fédération algérienne de football (FAF) 300000 euros de royalties sur la vente des maillots des Verts.

NOUVEAUX RECORDS

ZM/PANORAMIC

allemand: s’imposer non plus comme une marque de sport traditionnelle, mais comme un style de vie, explique Filip Trulsson, à la tête du département International Teamsport Business. « Les Lions Indomptables, les Éléphants, les Black Stars… Ces noms se prêtent à une créativité graphique fabuleuse », soulignet-il. Signés fin 2009, les Fennecs algériens portent à treize les pays africains aux maillots siglés Puma. Non des moindres: « Les six dernières CAN ont été remportées par l’une de nos équipes partenaires. En 2010, Puma était le sponsor de 10 des 16 équipes en présence », se félicite Trulsson. Les six autres se répartissant entre Airness, l’équipementier sportif du Franco-Malien Malamine Koné (trois), Adidas (deux) et Nike (une). Ratissant plus large, Puma s’attache aussi l’image de joueurs vedettes: Samuel Eto’o, le Camerounais de l’Inter Milan, sous contrat depuis ses 18 ans, l’Ivoirien Emmanuel Eboué, le Ghanéen John Mensah, l’Algérien Karim Ziani, le Nigérian Chinedu Obasi, l’Égyptien Mohamed Zidan… « Au total, compte Trulsson, nous avons 30 joueurs africains. » Les plus cotés sont ceux qui évoluent dans les clubs européens.

Les clubs locaux, délaissés par les sponsors, demeurent le parent pauvre du football africain. « Les Navétanes sénégalaises sont l’exception », relève Gabriel Bartoloni, coassocié d’African Football Factory, jeune agence de marketing sportif. Créés dans les années 1950, ces championnats de quartier ne cessent de prendre de l’ampleur, drainant autant de ferveur populaire que d’argent. Quelques hommes d’affaires locaux s’offrent le luxe de supporter, voire de diriger un club. Toutefois, rares sont ceux qui peuvent rivaliser

LES FENNECS ET LEURS SPONSORS

L

’année 2009 a été faste pour le football algérien : double qualification des Fennecs pour la phase finale du Mondial 2010 et pour la CAN angolaise en janvier dernier, et qualification pour la Coupe du monde des moins de 17 ans. Le succès venu, les sponsors affluent. Dépourvue de partenaire en 2001, la Fédération algérienne de football (FAF) compte « huit sponsors officiels en 2009 », précise Kader Berdja, conseiller du président de la FAF, Mohamed Raouraoua. L’opérateur mobile Nedjma, l’équipementier Puma, la firme Coca-Cola et le constructeur automobile Peugeot sont les plus importants. Le business généré a bondi de 30 millions de dinars (environ 300000 euros) en 2000 à 1,24 milliard (12,4 millions d’euros) l’an passé. Grisé par le succès des Fennecs, dont il est aussi devenu le sponsor officiel au début 2009, Nedjma n’a pas lésiné sur la dépense. L’opérateur, qui a reconduit son partenariat avec la FAF pour la saison 2010, a déboursé 6,3 millions d’euros au total pour sa lune de miel avec le football. En plus de 65 millions de dinars (650000 euros) annuels pour

la Ligue nationale et quelque 20 millions (200000 euros) par an pour chacun des six clubs qu’il sponsorise. « Un montant inouï, jamais atteint dans l’histoire algérienne du sponsoring », assure Riad Aït Aoudia, patron de MediAlgeria, agence marketing qui officie pour la FAF. Qui aurait parié, début 2009, sur les performances des Fennecs, privés depuis bien longtemps des honneurs de la victoire? « Nedjma a eu une chance incroyable », reconnaît Aït Aoudia. L’opérateur a surtout terrassé Djezzy, son concurrent et leader sur le marché du mobile algérien. Pourtant présent dans le football depuis bien plus longtemps que Nedjma, Djezzy a connu la descente aux enfers du marketing. La faute à la nationalité égyptienne de sa maison mère, Orascom, et à l’hystérie nationaliste soulevée lors de la CAN 2010, à l’occasion des matchs qui ont opposé l’Algérie à l’Égypte, frères ennemis du football nord-africain. Locaux saccagés, appels au boycottage, campagnes diffamatoires… Djezzy n’a pas fini de payer la facture, notamment marketing. ● F.G. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


DIX ANNÉES QUI ONT TOUT CHANGÉ 69

PROBLÈME DE TRANSPARENCE

Un constat qui peut être élargi à l’ensemble du continent, même si les situations sont contrastées. Au Nigeria, la Pepsi Football Academy compte quatorze centres, qui forment plus de trois mille talents. L’Égypte, dont les clubs phares sont fort bien dotés, aligne des joueurs tous formés au pays. L’Asec Mimosas, le plus gros club d’Abidjan, a créé son centre de formation. Un à-côté qu’il a pu s’offrir grâce aux revenus obtenus de la vente de joueurs à des clubs européens. A contrario, des clubs comme les dakarois Jeanne d’Arc et Jaraaf sont déficitaires, alors qu’eux aussi vendent plusieurs joueurs chaque année. Mauvaise gestion ? Amateurisme, assurément. La majorité a le statut d’association. L’Algérie a décidé une réforme pour professionnaliser son championnat. La Fédération royale marocaine de football s’est dotée d’un programme de remise à niveau, dont une formation au management des entreprises destinée aux dirigeants de club. De son côté, « la CAF joue son rôle », insiste Christophe Bouchet. Elle a lancé trois centres régionaux

d’excellence, à Dakar, Addis-Abeba et Yaoundé. Elle a mis aussi en chantier la licence CAF d’entraîneur : « L’implémentation d’un vaste programme [visant à] promouvoir et fixer des repères en matière d’entraînement », se réjouit Hicham el-Amrani, secrétaire général adjoint de la CAF.

Mais celle-ci répugne tout autant à la transparence que les professionnels du marketing. Comment gèret-elle et redistribue-t-elle la manne financière croissante? Mystère. Le risque est grand, à la mesure des enjeux croissants, de se voir bientôt réclamer des comptes. ● FAÏZA GHOZALI

CAN 2010 : POLÉMIQUE ET ÉCRANS NOIRS

Al-Jazira a demandé 1 million de dollars par match.

J

anvier 2010. Tandis que s’ouvre la phase finale de la 27e Coupe d’Afrique des nations (CAN), des millions de téléspectateurs et d’auditeurs africains sont privés du spectacle. L’Union africaine de radiodiffusion (UAR) monte au créneau. LC2 Afnex, la société détentrice des droits de diffusion de toutes les compétitions de la CAF pour l’Afrique subsaharienne, réclame aux chaînes nationales 1,5 million d’euros (1 milliard de F CFA),soit 500 000 de plus que pour la CAN 2008 au Ghana ! Le prix varie en fonction de l’intérêt marketing du marché. Fort de ses 150 millions d’habitants et du potentiel publicitaire qui en découle, le Nigeria a aligné 3,5 millions d’euros. Le Togo et le Tchad renoncent. Le Burkina, disposé à débourser 300 millions de F CFA, selon Yacouba Traoré, patron de la Radiotélévision du Burkina (RTB), a négocié pied à pied avec le Béninois Christian Enock Lagnidé, propriétaire de LC2 Afnex, pour faire réviser les prix à la baisse. Dans le nord du continent, c’est 1 million de dollars par match qu’a exigé la chaîne qatarie Al-Jazira, détentrice des droits pour la région depuis qu’elle a absorbé la saoudienne ART. « C’est ce que nous avons payé en 2008 pour avoir les droits de diffusion hertzienne de tous les matchs de la CAN! » fulmine le directeur des droits sportifs de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT) du Maroc. Qui a dit non, comme la Tunisie. À l’inverse, l’Algérie aurait réglé quelque 7 millions d’euros, selon certaines sources. Un investissement davantage politique qu’économique, à dire vrai : impossible pour l’ENTV, la chaîne publique, de le rentabiliser par la publicité, pas assez développée. Le constat vaut d’ailleurs pour une grande partie des chaînes de télévision du nord au sud du continent. C’est l’État qui a endossé la facture, loin, le plus souvent, de toute stratégie marketing. Si elle est tracée, la route marketing du football africain reste à paver. Un rôle dévolu, cette fois, au secteur privé. ●

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F.G.

FEVRE

avec ces mécènes milliardaires qui s’offrent de prestigieux clubs en Europe pour des sommes qui donnent le vertige. Patrice Motsepe, magnat sud-africain dans les mines, est le propriétaire du Mamelody Sundowns, le club le plus riche du pays. Il compte à son actif le transfert du joueur le plus cher de l’histoire sud-africaine, avec le rachat à l’Ajax Cape Town de l’attaquant international Franklin Cale, 27 ans, pour 5 millions d’euros l’an passé. « Avant ça, un transfert n’avait jamais franchi le million d’euros », confie un spécialiste. Calquée sur la ligue anglaise, la Premier Soccer League (PSL) a signé voilà deux ans un contrat de 1,5 milliard de rands (environ 150 millions d’euros) avec le bouquet de chaînes Multichoice. Malgré ces nouveaux records marketing, « la qualité du football sud-africain souffre toujours, déplore un journaliste sportif local. Depuis dix ans, le business s’est beaucoup développé, mais le problème de formation des joueurs et des entraîneurs demeure ». Idem pour les infrastructures et équipements, encore insuffisants, et le management des clubs, défaillant.


70 LA LONGUE MARCHE

chère 2010

Très Coupe du monde Le coût de la grande fête du football sera sensiblement plus élevé que prévu. Pourtant, l’Afrique du Sud entend bien profiter de l’occasion pour relancer son économie durement frappée par la crise.

L’

annonce, le 15 mai 2004, du choix de l’Afrique du Sud comme pays hôte de la Coupe du monde de football 2010 avait entraîné au sein de la nation Arc-en-Ciel, au-delà de la fierté d’accueillir la compétition la plus populaire au monde, de grandes attentes économiques. Dans la foulée de cette désignation, Danny Jordaan, le directeur exécutif du Comité d’organisation local, euphorique, avait tablé sur 159 000 créations d’emplois, grâce à des investissements publics de plus de 7,2 milliards de rands (autour de 720 millions d’euros). Six ans et une sévère crise économique mondiale plus tard, l’enthousiasme et l’optimisme sont, semblet-il, restés intacts. Et l’Afrique du Sud affirme être fin prête à accueillir la première édition du Mondial sur le continent. Mais le défi s’est révélé plus difficile à relever que prévu, et la facture beaucoup plus salée pour le contribuable sud-africain.

La Coupe du monde, qui se déestimés à 1,6 milliard d’euros enroulera du 11 juin au 11 juillet, aura viron, soit une addition deux fois coûté au pays 33 milliards de rands moins élevée que celle du Mondial (environ 3,3 milliards d’euros) au sud-africain. total, selon les chiffres officiels. Les dépenses prévues initialement pour « LE MONDIAL LE PLUS la construction et la rénovation des RENTABLE DE L’HISTOIRE » stades ont presque doublé, pour atOutre les installations sportives teindre 13 milliards de rands (enviet autres infrastructures, la sécuron 1,3 milliard d’euros). rité aura été un important poste de Selon Pravin Gordhan, le minisdépenses en Afrique du Sud. Pour tre sud-africain des Finances, le budconvaincre les visiteurs, inquiets get pour l’ensemble des stades a été du taux de criminalité élevé dans déficitaire de 211 millions d’euros. le pays, les autorités ont déployé « Nous avons été confrontés à une de gros moyens pour assurer le escalade des coûts », a expliqué bon déroulement de la compétiDanny Jordaan. « Il y a eu beaucoup tion. Plus de 1,5 milliard de rands de flou autour des chif(150 millions d’euros) fres, des suspicions de ont été investis dans Une addition corruption et de surl’acquisition de matédeux fois facturation », précise riels, la formation et un observateur local. l’accroissement des plus salée À titre de compaeffectifs des services que celle du raison, les coûts de la de police… Mondial 1998 16 e Coupe du monde, « Lorsque nous diorganisée par la Fransons que nous sommes organisé ce en 1998, ont été prêts pour le Mondial, en France. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


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HANDOUT/GETTY IMAGES

La rénovation du stade Soccer City de Johannesburg a dépassé de 97 millions d’euros le budget initial.

PRIORITÉ AUX STADES

S

il est un secteur qui a le plus profité des investissements réalisés pour l’organisation de la Coupe du monde, il s’agit indéniablement du bâtiment. Outre les infrastructures de transport, l’Afrique du Sud a construit, au total, six nouveaux stades et en a rénové quatre anciens. Parmi ceuxci, l’ultramoderne Soccer City de Johannesburg, qui accueillera le match d’ouverture de la compétition ainsi que sa finale. En forme de calebasse pouvant accueillir près de 95000 personnes, cet ouvrage réalisé par le groupe sud-africain Aveng Group a coûté 311 millions d’euros au lieu des 214 millions initialement prévus. Cette surenchère aurait davantage

retombées attendues seront-elles à la hauteur des investissements ? Danny Jordaan n’a aucun doute à ce sujet. « Le Mondial 2010, a-t-il affirmé en mars, sera le plus rentable de toute l’histoire. » Le président du comité local d’organisation

S.B.

avait alors une nouvelle fois tablé sur des recettes dépassant les 3 milliards de dollars. De quoi donner un sérieux coup de pouce à une économie durement taclée par la crise mondiale, et entrée en récession en 2009 (– 2,2 %).

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nous incluons la sécurité », a indiqué en mars 2010 le président Jacob Zuma, soutenant que la criminalité avait déjà baissé dans le pays. Si les coûts de préparation de la première Coupe du monde organisée en Afrique se sont envolés, les

bénéficié aux compagnies internationales. Selon un observateur basé au Cap, « les autorités ont voulu favoriser les sociétés locales grâce à la loi Black Economic Empowerment [“Le pouvoir économique noir”, NDLR]. Mais en réalité, derrière les sociétés locales qui ont décroché les marchés, se trouvent des groupes internationaux ». Le groupe français Bouygues, par exemple, qui avait quitté l’Afrique du Sud en cédant sa participation dans Basil Read, y est revenu via une coentreprise avec la même société, pour réaliser le Mbombela Stadium (46000 places), à Nelspruit, avec un contrat juteux de plus de 150 millions d’euros. ●


72 LA LONGUE MARCHE

L’AÉRIEN ET LE TOURISME VISENT HAUT

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Les dernières prévisions de croissance des Nations unies pour 2010 sont, elles aussi, optimistes et avancent le chiffre de 3,1 %. Et la contribution du Mondial à cette embellie devrait se situer entre 0,5 et 0,7 point de pourcentage. Cet optimisme est partagé par des cabinets d’études spécialisés qui tombent parfois dans la surenchère. « Chacun y va de ses pronostics, avec des chiffres aussi fantaisistes les uns que les autres », dénonce Éric Barget, économiste du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges (France), qui a participé à Johannesburg, en février 2010, à une rencontre d’experts sur les retombées économiques du Mondial en Afrique du Sud. Il affirme que l’expérience a montré que les bénéfices de court terme des grands événements sportifs, comme la Coupe du monde de football, sont toujours surestimés.

VÉRITABLE DÉFI

À quelques semaines du coup d’envoi de la compétition, la situation semble lui donner raison. Le chiffre de 450 000 à 500 000 visiteurs qui devaient, selon les prév isions initiales, dépenser plus de 2 milliards de dollars durant

P

lus de 120 000 vols. C’est le trafic que prévoient les services aéroportuaires sud-africains durant le Mondial. Un gâteau dont toutes les compagnies aériennes rêvent de se tailler la plus grande part possible. Emirates Airlines semble être la mieux placée dans cette bataille. Partenaire officielle de la Fifa, la compagnie de Dubaï propose en exclusivité des packages incluant transport, hôtel et billets pour assister aux matchs allant de 2 800 euros à 14 000 euros. Mais le transporteur du Golfe devra compter avec les autres compagnies, occidentales, panafricaines et locales, qui, elles aussi, mettent les bouchées doubles pour tirer leur épingle du jeu. Le 18 février 2010, Air France a affecté son deuxième gros-porteur A380 à la liaison Paris-Johannesburg. Un troisième était prévu sur la même ligne en avril. Toutes les compagnies (notamment British Airways, Lufthansa…) augmentent leurs capacités à destination des principales villes d’Afrique du Sud. Et les tarifs s’envolent, atteignant des niveaux de saison haute : plus de 2 000 euros l’aller-retour sur certaines compagnies. La South African Airways (SAA), espère accroître considérablement ses bénéfices nets, qui devraient se situer au-dessus des 398 millions de rands (environ 40 millions d’euros) sur son exercice clos fin mars 2009. Outre les compagnies aériennes, les groupes hôteliers se frottent eux aussi les mains dans la perspective d’affaires juteuses. « L’une de nos maisons à quatre chambres avec un serviteur est proposée à 7000 rands la nuit et une autre à environ 6 000 rands. Ce sont des tarifs que nous n’avions jamais vus auparavant », explique un agent du groupe Seeff. Reste que la demande doit suivre l’offre. ● S.B. l’événement ne sera pas atteint, a récemment reconnu la Fifa. La vente des billets s’est pour sa part accélérée ces dernières semaines. Mais Éric Barget est clair : « Ce ne sont pas ces bénéfices à court terme qui comptent. On ne pourra

juger de la réussite de la Coupe du monde 2010 que sur le long terme, quand on aura plus d’éléments sur son rôle dans l’amélioration du paysage économique du pays. » Le véritable défi pour l’Afrique du Sud, selon les analystes, se situe

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

AIRBUS INDUSTRIE/LUDOVIC/REA

La South African Airways attend de gros bénéfices du Mondial 2010.


TRÈS CHÈRE COUPE DU MONDE 2010 73 da n s sa c apac ité à c apit a l i ser l’après-Coupe du monde en tirant profit des infrastructures qui ont été construites pour la compétition, et à ne pas se retrouver avec des « éléphants blancs ». « L’Afrique du Sud doit anticiper un levier pour impulser le développement, et une stratégie pour gagner en crédibilité aux yeux des investisseurs étrangers », ajoute Éric Barget. Rien n’est donc encore gagné pour la nation Arc-en-Ciel. Toutefois, les résultats financiers 2009 de la Fifa publiés à la mi-mars donnent de bonnes raisons d’espérer. La Fédération, qui a organisé l’année dernière trois de ses cinq compétitions sur le continent, a atteint pour la première fois des recettes records (1,06 milliard de dollars). Il s’agit là, selon le président Joseph Blatter, de la preuve que « les investisseurs ont fait confiance à l’Afrique ». Sur l’ensemble de l’année 2009, le résultat net de la Fédération a été de 196 millions de dollars,

contre 184 millions l’année précécédentes éditions, les retombées de dente. Grâce à la Coupe du monde cette compétition se feront partisud-africaine, la Fifa prévoit des culièrement ressentir un an après recettes de 3,8 milliards de dollars la tenue de l’événement grâce aux pour la période 2011-2014. L’essennouvelles infrastructures. Exemtiel de ce montant (2,2 milliards ple : en France, le CAC 40 a fait de dollars) proviendra des droits un bond de 33 % un an après la TV du Mondial 2010. Et le reste, Coupe du monde. Idem pour Kospi des droits marketing (Corée du Sud) et le payés par les sponNik kei (Japon), qui Joseph sors et les partenaires ont prog ressé resS. Blatter officiels. La Fifa indipectivement de 29 % que dans son rapport et 39 % en 2003 par en est f i na nc ier 20 09 que rapport à 2002. Et le convaincu : 74 % de ces revenus DA X (A llemag ne) a les investisseurs seront réinvestis noenregistré une hausse tamment dans le déde 36 % après le Monfont confiance veloppement du footdial 2006. à l’Afrique. ball sur le continent. A i n si, la Bou r se Autre raison qui de Johannesburg, qui laisse entrevoir de bonnes persreprésente 80 % des capitalisapec t ives pou r l’économ ie sudtions du continent, s’attend à un africaine, mais aussi pour tout le réel effet Coupe du monde qui fera continent : l’impact des précédend’elle l’une des principales portes tes Coupes du monde sur les places d’entrée – si ce n’est la plus imporfinancières des pays hôtes. Selon tante – des investissements étranle groupe financier allemand DWS, gers en Afrique. ● qui se base sur les chiffres des préSTÉPHANE BALLONG

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74 LA LONGUE MARCHE

Cette

Chine qui bétonne

Face à la grande misère de leurs infrastructures, l’une des plaies du sport continental, de nombreux pays africains n’hésitent pas à faire appel aux Chinois depuis plusieurs décennies. Une politique qui n’est pas sans risques. Enquête.

S

tade de Tamale, nord du Ghana, janvier 2008. En pleine Coupe d’Afrique des nations (CAN), dans la salle de presse agitée par les conférences d’après-match de Tunisie-Sénégal (2-2), trois Chinois chargés de l’entretien du stade nettoient le sol, les vitres et même les pieds de micro, indifférents au brouhaha ambiant. Le choc culturel qui traverse tout le continent, où Chinois et Africains apprennent lentement à se connaître, n’épargne pas le sport. D’Alger à Maputo, de Conakry à Dar es-Salaam, les stades construits par les Chinois ou avec leur aide se multiplient. Selon Xinhua (Chine nouvelle), l’agence de presse officielle, la Chine en a déjà érigé 52. Un moyen de séduire les populations, qui adorent le football, et une possibilité pour l’Afrique de se doter d’infrastructures qui lui font cruellement défaut dans le sport comme dans d’autres domaines. « Porteur d’un discours idéal et d’une politique du chéquier généreuse, Pékin a réussi une percée foudroyante sur le continent africain », explique Philomène Robin, chercheuse en relations internationales pour l’association Terra Nova. Après les constructions de stades, souvent baptisés « de l’Amitié » (beaucoup ont changé de nom depuis), dans les années 1970-1980,

quand elle mettait un pied timide sur le continent, la Chine a lancé une deuxième vague au tournant des années 2000. Beaucoup des dernières Coupes d’Afrique se sont disputées dans des stades chinois, sur les six terrains de la CAN 2002 au Mali, sur deux nouveaux et deux rénovés lors de la CAN 2008 au Ghana, et sur les quatre de la CAN 2010 en Angola. « La CAF (Confédération africaine de football) ne regarde pas qui construit, explique Issa Hayatou, son président. Ce qui nous importe, c’est que les stades respectent notre

cahier des charges. C’est au gouvernement de chaque pays de choisir qui construit les stades. »

LES JUMELLES DU GHANA

Symboles des enceintes made in China, celles de la CAN ghanéenne sont des sœurs jumelles parfaites. L’une est à Sekondi-Takoradi, au bord de l’Atlantique, l’autre à 500 km vers le nord, dans la savane de Tamale, mais elles sont exactement semblables. Question de rationalisme, d’économies d’échelle. L’Essipong Stadium (Sekondi-Takoradi) et le

CINQUANTE PELOUSES SYNTHÉTIQUES

L

a Fifa aide aussi l’Afrique à s’équiper: elle s’est engagée à offrir un terrain synthétique de standard international à chacune des fédérations du continent, l’Afrique du Sud exceptée. Certains climats ne facilitent pas l’entretien d’une belle pelouse, indispensable à la pratique d’un beau football. Le projet « Terrains artificiels » de 38 millions de dollars a été lancé en 2006 dans le cadre du programme de la Fifa « Gagner en Afrique avec l’Afrique ». Sur 58 prévus au total, 50 ont déjà été réalisés, indique la Fifa. Au Tchad, en Mauritanie ou à Djibouti, en zone sahélienne, l’état des terrains est désastreux, et il n’y a pas d’eau pour leur entretien, explique-t-on à Zurich. Dans les pays tropicaux, il pleut tellement qu’on ne laisse pas les gamins jouer, alors qu’on peut jouer dix heures par jour sur les pelouses artificielles. Elles sont en outre équipées de système de drainage : une heure après la pluie, elles sont praticables. Les footballeurs eux-mêmes s’y retrouvent, ils peuvent progresser sur ces surfaces régulières. C’est ainsi que quinze équipes nationales africaines ont pu disputer les qualifications pour la CAN et pour le Mondial 2010 sur une pelouse artificielle. L’exemple de la Fifa a servi, et E.B. plusieurs États ont décidé de le suivre. ● J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


Travailleurs chinois et africains sur un chantier de construction à Dakar, en février 2009.

Tamale Stadium ont coûté 38,5 millions de dollars chacun, pour des stades de 20 000 places construits en moins de deux ans par Shanghai Construction. Avec piste d’athlétisme, toutes les tribunes couvertes, 40 chambres d’hôtel et loges VIP. En 2008, tout n’était pas parfait. Rien n’avait été prévu pour les équipements de télévision et les pancartes étaient en mandarin. Une coupure d’électricité avait retardé d’un quart d’heure le coup d’envoi de Mali-Bénin à Sekondi-Takoradi. Un incident minime, mais mauvais pour les relations entre électriciens locaux et constructeurs chinois. D’une manière générale, les méthodes de travail chinoises surprennent. « Ils travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre », s’étonne Celso Mabjaia, directeur du projet de construction du nouveau stade de Maputo, au Mozambique. Sur ce chantier, 500 Chinois et 1 000 Mozambicains se sont activés pour qu’il soit terminé avant le coup d’envoi du Mondial et qu’il ait une chance d’être la base arrière lusophone du Brésil pendant la compétition.

Sur le chantier du stade de Luanda, 700 Chinois et 250 Angolais ont travaillé ensemble, a montré un reportage de la BBC. À la question de savoir si les stades seraient prêts pour la CAN, l’un des ouvriers locaux avait répondu: « J’en suis sûr, puisque ce sont les Chinois qui le construisent. » Les infrastructures sportives ne représentent pas un énorme marché, mais « une forte dimension symbolique, dans un contexte où le rapport à la Chine est en train de se dégrader », explique le professeur William Leday, spécialiste de la géopolitique de l’Afrique de l’Ouest. La Chine étend son influence sur le continent, où elle est toutefois encore loin de concurrencer en valeur absolue les partenaires historiques, la France, la Grande-Bretagne et plus généralement l’Union européenne. Le partenariat Afrique-Asie est basé sur un credo différent, une nouvelle coopération « gagnant-gagnant », comme l’ont répété les Chinois au Forum sur la coopération sino-africaine organisé en 2006 à Pékin, où ils avaient, par exemple, noué des accords pour la bauxite ghanéenne.

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010

Un des principes fondateurs de la coopération chinoise est de ne pas se mêler des affaires intérieures. Certains autocrates africains se satisfont pleinement de ce partenaire qui ne pose pas de questions.

DES MÉTHODES CRITIQUÉES

« Beaucoup d’intellectuels qui saluent au fond l’ascension de la Chine (…) jugent de manière critique [son] mode opératoire », note dans un rapport la Fondation FriedrichEbert-Stiftung (FES), qui promeut des projets de développement politique et social. « Ils considèrent que la construction de stades, tout en étant une bonne chose, n’apporte pas pour autant le développement. » L’exemple du Cameroun illustre la coopération à la chinoise et ses aléas. Depuis longtemps, Yaoundé, capitale d’un des pays rois du football africain, n’a plus de stade digne de ce nom. Le Canon Yaoundé, trois fois champion d’Afrique (1971, 1978 et 1980), n’a pas d’enceinte adaptée à son public, pas de stade en propre, pas même de terrain d’entraînement! Il doit jouer dans l’immense et vé-

SEYLLOU/AFP

CETTE CHINE QUI BÉTONNE 75


76 LA LONGUE MARCHE tuste stade omnisports AhmadouAhidjo, rempli seulement quatre ou cinq fois par an par les Lions Indomptables, ainsi que pour la finale de la Coupe du Cameroun. Pour y remédier, le pays a lancé en 2006 le Programme national de développement des installations sportives. « Il s’agit d’arrimer les infrastructures aux performances », selon le document de travail gouvernemental, qui s’interroge : « Comment le pays des Roger Milla, Thomas Nkono, Théophile Abega, Samuel Eto’o… peut-il être autant à la traîne? »

Ce programme prévoyait la construction de deux grands stades à Yaoundé-Olembé (60 000 places) et à Douala (30 000 places), de deux autres de 20 000 places à Bafoussam et à Limbé, et du Palais omnisports de Warda (5 000 places), inauguré en juin 2009. Un projet très ambitieux d’environ 600 millions de dollars, rendu possible grâce à un prêt négocié auprès de la China Exim Bank, banque d’État et « bras financier » de la Chine en Afrique, selon l’expression de Terra Nova. Mais à la fin de 2009, les discus-

ALAIN MOUNIC/PRESSESPORTS

DE L’ALGÉRIE À LA ZAMBIE

Le stade de Cabinda (Angola), construit pour la CAN 2010.

LISTE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE des principaux stades réalisés par les Chinois sur le continent africain depuis les années 2000 et des projets en cours (entre parenthèses leur capacité et l’année de leur livraison) : ANNÉES 2000 ANGOLA: les 4 stades de la CAN 2010 (2009): Luanda (40000), Benguela (25000), Cabinda (25 000) et Lubango (25 000) CENTRAFRIQUE : Complexe sportif Barthélemy-Boganda à Bangui (20 000/2006) CONGO-BRAZZAVILLE : Stade omnisports Marien-Ngouabi à Owando (13 000/2009), stade municipal de Pointe-Noire (13 000/2007), stade Denis-SassouNguesso à Dolisie (6 000/2008) GHANA : 2 stades de la CAN 2008 à Sekondi-Takoradi et Tamale (20 000) MALI : les 6 stades de la CAN 2002 : Bamako (55 000), Gao, Kayes, Mopti, Ségou, Sissako (15 000 chacun) MOZAMBIQUE : Stade de Maputo (42 000/2010) OUGANDA : Stade national Mandela de Namboole à Kampala (42 000/1997) TANZANIE : Benjamin Mkapa National Stadium à Dar es-Salaam (60 000/2009) TOGO : Stade de Kégué, Lomé (30 000/2000) EN CONSTRUCTION OU EN PROJET ALGÉRIE : Alger-Baraki (40 000/2010), Oran (40 000/2010) CAMEROUN : Limbé (15 000/2013), Bafoussam (15 000/2013), Yaoundé (60 000), Douala (30 000) GABON : Stade de l’Amitié à Libreville (45 000/2011) GUINÉE : Stade de Nongo à Conakry (50 000/2010) MALAWI : Civo Stadium à Lilongwe (40 000) ZAMBIE : Ndola Stadium à Ndola (40 000/2011) E.B.

sions avec leur partenaire traînant en longueur, le gouvernement camerounais semblait décidé à se limiter dans un premier temps à la mise en chantier des stades de Bafoussam et de Limbé, réduits à 15 000 places et devant être livrés au début de 2013. Par ailleurs, la Chine a signé au Cameroun des accords économiques concernant notamment l’exploitation des gisements pétroliers à Zina et à Makary pour 80 millions de dollars.

BEAUCOUP DE PROJETS DANS LES CARTONS

Tout n’est pas facile dans la coopération sino-africaine. Certaines réalisations de la première vague d’implantation des Chinois ont duré, comme le stade de l’Amitié de Yoff, près de Dakar, inauguré en 1985, rebaptisé Léopold-Sédar-Senghor. Mais d’autres sont déjà vétustes, à l’image du stade de l’Amitié de Cotonou, construit au Bénin en 1982. En Algérie, le modèle chinois a pâli. À Oran, les travaux du stade de 40 000 places, réalisés par MCC Chine, ont pris du retard. Tandis que la construction de celui de TiziOuzou (50 000 places) a échappé à l’entreprise chinoise, qui s’est montrée fort mécontente d’avoir perdu cet appel d’offres en juillet 2009 au profit d’un consortium hispano-algérien. Mais l’empire du Milieu conserve tout de même un pied dans le pays, qui l’intéresse fortement pour son pétrole et son gaz. Le China Railway Construction Engineering Group (CRCEG) construit un stade de 40 000 places à Alger (commune de Baraki) pour plus de 143 millions de dollars. Avec l’engagement pris fin 2007 de le livrer dans un délai de vingt-neuf mois. La Chine a encore bien d’autres projets d’infrastructures sportives dans ses cartons. À Libreville, elle doit édifier l’un des stades de la CAN 2012, coorganisée par le Gabon et la Guinée équatoriale. « Le groupe Shanghai Construction a envoyé ses ingénieurs et techniciens, explique Ren Yaqiu, correspondant local de l’Agence Xinhua, mais il a embauché sur place des ouvriers gabonais. C’est important pour la Chine de faire travailler des locaux… » Des emplois, du football : tout pour séduire l’Afrique. ● EMMANUEL BARRANGUET

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LEADER

N.m. (mot anglais) 1. Qui occupe la place principale. 2. Qui prend la tête d’un mouvement.

Distribué dans plus de 80 pays et lu, chaque semaine, par près de 500 000 personnes, Jeune Afrique est le premier hebdomadaire panafricain par sa diffusion et son audience.

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78 LA LONGUE MARCHE

football rime avec politique

Quand

En Afrique plus qu’ailleurs, ce jeu suscite une passion telle que, presque inévitablement, il se trouve mêlé aux luttes pour le pouvoir. À leurs risques et périls, nombre de dirigeants s’en servent comme d’un tremplin. Il arrive même qu’un ancien footballeur se prenne à rêver de diriger son pays!

rance a été couronnée de succès par le triomphe des Corbeaux (ils jouent en noir et blanc) en finale de la dernière Ligue des champions d’Afrique. Le TPM a même eu le plaisir de soulever la coupe que le gouverneur avait promise au peuple dans son stade de la Kenya, après sa victoire 1-0 (1-2 à l’aller) contre le Heartland FC (Nigeria) en finale retour. Quelques années plus tôt, le gouverneur de l’État nigérian d’Abia, Orji Uzor Kalu, s’était fait un nom en investissant massivement dans l’équipe d’Enyimba, double championne d’Afrique (2003 et 2004).

comme Didier Drogba, dont la jeunesse a été partagée entre Abidjan et la Bretagne. Il a su capitaliser leur expérience de l’excellence des championnats européens pour bâtir une équipe qui a qualifié pour la première fois la Côte d’Ivoire à une Coupe du monde (2006). »

GBAGBO ET LES ÉLÉPHANTS

Aux sommets du pouvoir, le football peut jouer un rôle crucial. En 2002, le président ivoirien Laurent Gbagbo a confié la destinée des Éléphants à un brillant manager, Jacques Anouma, nommé président de la fédération ivoirienne. Gbagbo lui a donné alors carte blanche pour bâtir une structure très professionnelle autour de l’équipe nationale. « Anouma, écrivent Paul Dietschy et David-Claude Kemo-Keimbou dans leur somme Le Football et l’Afrique (éd. EPA, 2008), n’a cessé d’attirer en sélection les Ivoiriens d’Europe

SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

U

n footballeur président ? Le Liberia a failli le vivre. George Weah, seul joueur africain à avoir reçu le ballon d’or France Football, en 1995, a été suivi par 40,6 % des électeurs dans un pays meurtri par quatorze années de guerre civile. Habituellement, ce sont plutôt les hommes de pouvoir qui se servent de l’immense popularité du football comme tremplin. À l’image de Silvio Berlusconi, président de l’AC Milan puis président du Conseil en Italie, ou de Bernard Tapie, qui offrit à Marseille sa Ligue des champions et fut ministre de la Ville en France. « Partout dans le monde, le football joue un rôle important dans la vie sociale et politique », explique le géopolitologue Pascal Boniface, spécialiste des liens entre politique et ballon rond, directeur de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) à Paris. « C’est le cas en Amérique latine, moins en Europe, et c’est très prégnant en Afrique. » Moïse Katumbi, le gouverneur de la province du Katanga (RD Congo), a solidifié sa stature d’homme d’État en consacrant beaucoup d’argent à son club du Tout-Puissant Mazembe (TPM) de Lubumbashi. Sa persévé-

L’affiche électorale de Mister George.

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EMILE KOUTON/AFP

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Faure Gnassingbé (à dr.), le président togolais, aux obsèques des deux victimes de l’attentat du 8 janvier 2010.

Laurent Gbagbo espérait bien en tirer profit en étant associé aux succès des Orange d’Afrique. « Cela peut se retourner contre Gbagbo, estime Pascal Boniface ; ça n’a pas servi que ses intérêts. Les Nordistes et les Sudistes de l’équipe se sont rassemblés et ont lancé un appel public à la paix. Eux étaient capables de s’unir pour le pays, ils donnaient l’exemple. Dire que la qualification pour le Mondial a permis l’accord de paix serait exagéré, mais il a permis de faire pression pour mettre fin aux affrontements en Côte d’Ivoire. » Le football est « légitime, il joue souvent un rôle

positif », poursuit le géopolitologue. Et les hommes politiques peuvent parfois trébucher à trop jouer avec le ballon. « Le président Ali Bongo Ondimba, dont l’élection a été contestée, s’est montré avec les Panthères du Gabon, mais l’équipe a raté la qualification pour le Mondial. Au pays, on a dit qu’il avait porté malchance. » « Quand, au Togo, le président Faure Gnassingbé a voulu tirer parti des événements tragiques vécus par la sélection nationale avant le début de la dernière CAN en Angola – son bus a été mitraillé et deux personnes de l’encadrement ont été tuées – et empê-

WEAH, LE FOOTBALLEUR (PRESQUE) PRÉSIDENT

L

exemple le plus spectaculaire reste l’aventure presque aboutie de George Weah, 39 ans à l’époque, battu en finale de l’élection présidentielle au Liberia, en novembre 2005, avec 40,6 % des suffrages, Ellen Johnson-Sirleaf, sa rivale du second tour étant élue avec 59,4 %. L’ancien attaquant était arrivé en tête du premier tour. « Les stars du football ont gagné une légitimité: ils ne doivent leur carrière qu’à eux-mêmes, ils sont incontestables, bien plus que nombre de politiques », explique le géopolitologue Pascal Boniface. Au Liberia, un pays déchiré par la guerre, « Weah était une sorte de garantie par sa notoriété internationale. Le Liberia se serait doté d’un président connu, considéré comme candidat légitime ». « Comme joueur, Weah a fait preuve de civisme, poursuit le directeur de l’Iris. Il payait de sa poche les déplacements de l’équipe nationale. De tels personnages prennent un grand poids parce qu’ils s’engagent. Ils luttent avec leur club pour aller en équipe nationale. D’habitude, les hommes politiques se servent du football ». Mais est-il vraiment sérieux d’envisager un président footballeur? « Le président Taylor n’avait pas non plus une grande formation universitaire, souligne Pascal Boniface, avec une ironie amère s’agissant d’un chef de guerre jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Weah fait preuve de sincérité et de générosité, les autres dirigeants avaient montré E.B. leur appétit du pouvoir, il ne pouvait que faire mieux… » ● J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010

cher les joueurs d’y participer, il s’est ensuivi un ressentiment dans le pays. Le pouvoir a voulu bénéficier maladroitement des faveurs de l’opinion, et cela a échoué », ajoute-t-il.

BWALYA ET MILLA ENGAGÉS

Au Cameroun, deux dictons disent que « la seule chose qui marche dans ce pays, ce sont les Lions Indomptables » et que « une grande victoire achète un an de paix sociale ». « C’est la théorie du pain et des jeux. Mais je ne pense pas que la joie provoquée par les succès d’une équipe de football empêche la contestation, les gens reviennent vite aux réalités », tempère Pascal Boniface. Roger Milla rappelle cependant que « le président Biya a donné beaucoup d’argent à l’équipe pour qu’elle rende le peuple heureux. Aux joueurs de réussir, maintenant ». Dans le mariage enflammé entre pouvoir et football, de plus en plus de grands joueurs jouent un rôle au moins social sinon politique dans leur pays. Ce phénomène touche l’Afrique, où « les partis traditionnels sont moins puissants, et les responsables politiques moins légitimes, car ils ne naissent pas toujours d’élections incontestables », explique Pascal Boniface. Kalusha Bwalya, en Zambie, est président de la fédération nationale. Salif Keita a été ministre des Sports au Mali, et Roger Milla est ambassadeur itinérant du Cameroun. Et d’autres pourraient s’en inspirer et consacrer une deuxième carrière à leur pays. ● EMMANUEL BARRANGUET


80 LA LONGUE MARCHE

PAPE DIOUF

«Faire confiance aux entraîneurs africains»

J.P.THOMAS/ICON SPORT

T RIBUNE

L’ex-président de l’Olympique de Marseille, agent de joueurs et journaliste, milite pour que les sélections du continent soient enfin dirigées par des techniciens locaux.

A

«

près Vahid Halilhodzic, c’est à Sven-Göran compris, et à en tenir compte. Puis, dans un deuxième Eriksson que la Côte d’Ivoire a fait appel temps, à susciter fortement avec les mots l’attention, pour conduire les Éléphants en phase finale la concentration et la motivation de tous. de la Coupe du monde. Halilhodzic n’a pas survécu à Or, comment ramener à l’unité un groupe de “l’échec” de l’équipe ivoirienne dans sa conquête du plus de vingt éléments dont on ne parle ni ne comtitre africain, en janvier dernier en Angola. prend la langue, comme c’est souvent le cas avec les Un Suédois succède à un Bosniaque. Et ainsi, les entraîneurs étrangers ? Il reste, bien sûr, le recours mondialistes africains – à la notable exception de l’Alà des interprètes. Mais, selon le mot de l’écrivain gérie – font le plein d’entraîneurs étrangers. Le Ghana Jean Grosjean, “traduire, c’est long et c’est toujours a son Serbe, le Nigeria son Suédois, l’Afrique du Sud raté”. Le risque est alors de prêcher dans le désert son Brésilien et le Cameroun son Français. et de nourrir le culte du flou. Les dirigeants du football africain manquent-ils Certes, en 2002, Bruno Metsu a amené le Sénégal à ce point d’imagination, de bon sens ou de disceren quart de finale de la Coupe du monde. En quanement pour croire que la solution réside forcément lifiant le Cameroun pour l’Afrique du Sud, Paul Le en dehors de l’Afrique ? Guen, lui, a redressé une situation bigrement comTout d’abord, il convient de soupromise. Et le Ghana a obtenu une inatligner que ce genre de choix relève tendue deuxième place lors de la der« Le Ghana a son rarement d’un projet d’avenir. C’est nière CAN avec son entraîneur serbe. Serbe, le Nigeria même souvent la réponse ultime à un Pourtant, la Côte d’Ivoire fut grande désarroi et à une inquiétude générale et victorieuse en 1992, à Dakar, lorsque son Suédois, qui ont gagné à la fois l’opinion et le son équipe était dirigée par un Ivoirien, l’Afrique du Sud pouvoir politique. Cette sorte de saule sage et compétent Yao Martial. La son Brésilien et ve-qui-peut, même si ses effets ont été seule ligne significative dans le palmabénéfiques au Cameroun avec l’engarès des Éléphants. L’Égypte est l’inconle Cameroun son gement de Paul Le Guen, n’est pourtestable championne toutes catégories Français. » tant pas la panacée. en Afrique et son long règne sur le Voyons les choses de plus près. C’est continent a le nom d’un souverain de la quoi un bon entraîneur? De nos jours, les méthodes profession, Hassan Shehata, Égyptien pure souche. de préparation se sont uniformisées. Sur les plans Preuves que les entraîneurs africains pourraient faire technique, tactique, physique, athlétique et médical, aussi bien, sinon mieux, que leurs pairs européens on s’y prend à peu près de la même manière sur tous recrutés, eux, à prix d’or et placés dans des conditions les continents, les seules différences pouvant venir d’absolu confort matériel. de l’importance des moyens financiers et matériels Encore faut-il que dans chaque pays le corps dont on dispose. des entraîneurs soit plus solidaire et moins envieux On a beau modeler, construire, bâtir une équipe, de l’élection de l’un des siens, souvent victime de on n’invente rien. Il est un domaine cependant qui cabales ou d’intolérables peaux de banane. échappe à la maîtrise technique et tactique, mais où Faut-il enfin taire les complexes qui nous conduil’entraîneur peut démontrer sa supériorité et son effiront bientôt à faire diriger nos armées, nos adminiscacité. C’est le domaine psychologique et mental. Là trations ou nos ministères par des étrangers. Quel où il tire le maximum de ses joueurs, et partant, de triste retour en arrière! » ● son équipe. L’exercice consiste en premier lieu à mesuLire aussi « Le fabuleux destin de Pape Diouf », rer la capacité de réception et de compréhension de Jeune Afrique no 2501 (14 au 20 décembre 2008) . chaque membre de l’effectif, titulaires et remplaçants J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


GUIDE DU MONDIAL

GUIDE DU MONDIAL 81

82 BIENVENUE EN AFRIQUE DU SUD 84 NEUF VILLES QUI VALENT LE DÉTOUR 86 VESTIAIRES

IMAGE SOURCE

88 LES 32 ÉQUIPES EN COMPÉTITION Zoom sur les 6 équipes africaines Les pronostics de Jeune Afrique 110 LA SÉLECTION DE RÊVE DE « JEUNE AFRIQUE » 113 JUST FONTAINE: « Heureux si mon record était battu! »

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B. DECOUT/REA

PER-ANDRE HOFFMANN

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UWAMULEKILE E BIENVENUE EN Du 11 juin au 11 juillet, la planète entière aura le regard fixé sur la nation Arc-en-Ciel, premier hôte africain de la Coupe du monde de football. Au programme, 64 matchs, 32 pays représentés, dont l’Algérie, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et, bien sûr, l’Afrique du Sud. Pour tout savoir sur ce Mondial inédit, suivez le guide.

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mp o s s i ble d ’at t e r r i r au Cap sans être frappé par le contraste. L’Afrique du Sud, avec ses infrastructures modernes et ses vastes galeries marchandes, c’est l’Amérique en Afrique. Pourtant, à 500 mètres de l’aéroport, la bretelle d’autoroute fait une boucle sur un panorama de bidonvilles à perte de vue. Les contrastes sont devenus la force de l’Afrique du Sud. Depuis la libération de Nelson Mandela en février 1990 le pays a convaincu les sceptiques à maintes occasions, d’abord par sa transition pacifique d’un nationalisme blanc nommé apartheid à un nationalisme noir

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83 REPÈRES Population : 49 millions. Répartition : 79 % noirs, 9,6 % blancs, 8,6 % métis, 2,5 % asiatiques. Religions : majoritairement chrétiens, 1,5 % de musulmans. Langues : 11 officielles, dont les plus courantes sont, dans l’ordre : isizulu, isixhosa, afrikaans, sepedi, anglais, setswana, sesotho, xitsonga. Devise: le rand. 1 rand vaut 0,135 dollar.

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PNB par habitant : 10 000 dollars. Ressources minières : première source mondiale de platine, d’or et d’oxyde de chrome. Industries : automobile (Mercedes, Volkswagen, Nissan-Renault), textile (Daniel Hechter), chimie, engrais. Marchés d’exportation (dans l’ordre): États-Unis, Japon, Allemagne, RoyaumeUni, Chine, Pays-Bas.

NINGIZIMU AFRICA! AFRIQUE DU SUD assorti d’élections libres. Sur le terrain sportif elle a séduit aussi, en accueillant notamment la Coupe du monde de Rugby en 1995, que Mandela a rendue historique en revêtant le maillot des Springboks en signe de réconciliation avec les Blancs.

UNE VITRINE POUR TOUT LE CONTINENT

En vingt ans, le pays s’est doté d’infrastructures lui permettant de recevoir des conférences mondiales. Ses politiciens ont su faire de Pretoria une halte incontournable dans les négociations entre pays africains. L’ex-président Thabo Mbeki, en particulier, a mis les revendications du

continent entier à l’ordre du jour des instances internationales. Une politique économique prudente a su maintenir l’inflation à une moyenne de 6 % entre 1998 et 2007, tout en assurant une croissance du PNB d’une moyenne de 3,2 % entre 1995 et 2002. Les bénéficiaires de l’aide sociale ont grimpé en nombre, de 2,6 millions en 1993 à 11,9 millions de personnes en 2007. En décembre 2009, plus de 400 000 Sud-Africains – dont presque la moitié sont noirs, asiatiques ou métis – gagnaient plus de 80 000 dollars par an. Pourtant, selon l’historien Francis Wilson, auteur de Dinosaurs, Diamonds and Democracy, des millions

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de Sud-Africains sont exclus de cette belle transformation. « Dans l’ombre de la nouvelle Afrique du Sud, on trouve un chômage qui avoisine les 40 %, une pauvreté grandissante, des faiblesses de gouvernance, un système d’éducation qui n’a pas su rattraper les retards du passé, la corruption, une criminalité qui bat des records mondiaux (18 500 meurtres par an) et un taux d’infection du VIH qui affecte jusqu’à une femme sur quatre. Nous pouvons être fiers des progrès, mais le futur proche nous présente d’énormes défis. » On dit que Mandela fut le président de la réconciliation et Mbeki celui de la croissance. Le grand


84 GUIDE DU MONDIAL défi du président Jacob Zuma, élu en 2009, sera de s’atteler à « l’ombre de la nouvelle Afrique du Sud » qu’évoque Wilson. Jusqu’ici, les résultats sont prometteurs. Et voilà que la nation Arc-enCiel a gagné son pari d’accueillir le plus grand événement sportif de la planète. Tout est prêt. Le gouvernement a dépensé plus de 1 milliard de dollars pour les infrastructures et dix stades, dont celui de Soccer City à Johannesburg, qui est désormais le plus grand du continent (95 000 places). Depuis belle lurette, on ne parle plus de plan B pour remplacer le pays… Et un budget important a été consacré aux mesures de sécurité (voir encadré) afin de rassurer les supporters. Cette Coupe du monde sera une vitrine pour l’Afrique, car elle sera suivie par des milliards de téléspectateurs en audience cumulée. Elle devrait amener des centaines de milliers de touristes qui, sans le Mondial, n’auraient jamais mis les pieds sur le continent. C’est la plus grande chance que l’Afrique ait jamais eue de convaincre définitivement ceux qui doutent d’elle. ● ALEX DUVAL SMITH, au Cap

Neuf villes

qui valent le détour Du Cap, baigné par l’Atlantique, à Johannesburg, à 2000 m d’altitude, et de Pretoria, la capitale fleurie, à Durban, au bord de l’océan Indien, en passant par Bloemfontein, Nelspruit, Polokwane, Port Elizabeth et Rustenburg, découvrez les sites du Mondial.

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rganisée dans neuf villes d’Afrique du Sud pendant l’hiver austral, la Coupe du monde 2010 présente des particularités climatiques qui sont plus familières aux Suisses, aux Mexicains et aux Australiens qu’aux équipes africaines. En juin, JOHANNESBURG, à 2 000 m d’altitude, connaît des températures nocturnes autour de 0 °C. La plupart des matchs à Ellis Park et à Soccer City – désormais le plus grand stade d’Afrique, qui recevra la finale le 11 juillet – seront joués en soirée. Johannesburg (Joburg ou

SÉCURITÉ : LES GRANDS MOYENS

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our rassurer les supporters et les visiteurs qui vont débarquer dans un pays où l’on enregistre près de 18 500 meurtres par an, soit plus de 50 par jour en moyenne, 150 millions d’euros ont été dépensés par les autorités sud-africaines. Caméras, hélicoptères, véhicules et équipements antiémeutes ont été mis à la disposition de 41 000 policiers, en partie formés par la gendarmerie française, dont l’unique tâche sera d’assurer la sécurité autour des matchs. À la demande de la Fifa, les stades sont pour la plupart situés à bonne distance des townships où règne la criminalité. Selon Jeff Radebe, le ministre de la Justice, les touristes n’ont aucune crainte à avoir. « Nous installons 54 tribunaux spéciaux pour s’occuper rapidement de tout incident criminel durant la Coupe du monde. Depuis 1994, nous avons organisé de nombreuses grandes manifestations sportives – athlétisme, football, rugby et cricket – et jamais la criminalité n’est venue gâcher la fête », affirme-t-il. Néanmoins, les autorités cachent mal leur inquiétude. Par peur de voir l’image de leur Coupe du monde ternie par la violence criminelle – des mesures ont été également prises pour faire face au hooliganisme pouvant venir de l’étranger –, elles pourraient être tentées d’isoler cet événement exceptionnel dans une sorte de quarantaine sécuritaire qui nuirait à l’ambiance festive souhaitée par tous. ● A.D.S.

Jozi pour les habitués) est une vaste métropole de 6 millions d’habitants, allant de Soweto dans le sud-ouest à Sandton et Fourways au nord. On y trouve le musée de l’Apartheid, proche du centre, mais les bureaux, la Bourse et le shopping se sont délocalisés à Sandton. Soweto comprend des quartiers aisés, des hôtels et de nombreuses chambres d’hôtes. PRETORIA, la capitale, appelée aussi Tshwane, est également située en altitude mais moins que Johannesburg et jouit donc de températures légèrement plus élevées. Le Loftus Versveld Stadium, qui date de 1923, a été rénové et accueillera notamment le Ghana, le Cameroun et l’Algérie pour leurs matchs de poule. Dans cette ville, resplendissante par ses jacarandas en fleurs, se trouvent les représentations diplomatiques et les monuments les plus chers à la population afrikaner. L’équipe d’Angleterre, confiante dans ses chances de gagner sa deuxième Coupe du monde, s’installera en altitude à RUSTENBURG, connue pour ses mines de platine et dirigée par la tribu des Royal Bafokeng, fortunée et propriétaire du stade de 40 000 places. Non loin se trouve Sun City, un parc d’attractions avec quatre hôtels de luxe, des casinos et des terrains de golf. Plus au nord, à trois heures de route de Johannesburg, la petite ville de POLOKWANE se situe près du tropique de Capricorne, la limite sud du baobab. L’équipe d’Algérie jouera son match d’ouverture au tout nouveau Peter Mokaba Stadium et appréciera le climat doux de la région.

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GALLO/FOTO24/CAMERAPRESS

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Vue du Cap et ses alentours, avec au premier plan le stade de Green Point.

À deux pas du gigantesque Kruger Park, NELSPRUIT s’est offert le Mbombela Stadium (46 000 places), dont les lampadaires ressemblent à des cous de girafe. Le climat est agréable, subtropical ; c’est la région des mangues et des papayes. BLOEMFONTEIN, la ville du Free State Stadium, est une grande ville universitaire. Le Cameroun, le Nigeria et la France, championne 1998, sont parmi les équipes qui subiront ses températures nocturnes glaciales tout en bénéficiant de l’ambiance chaleureuse qui y règne lors des matchs de football.

BOTSWANA

Le Moses Mabhida Stadium de DURBAN (70 000 places) est l’une des plus épatantes créations architecturales de cette Coupe du monde. Une télécabine installée le long de sa grande arche offre des vues splendides de la troisième ville du pays et de son port. Durban est connu pour ses plages et la convivialité de sa population, majoritairement zouloue mais aussi asiatique. Durban accueillera une demi-finale à la même époque où l’on attend le spectaculaire « Sardine Run », un courant chaud de l’océan Indien qui porte vers la côte des millions de sardines, suivies de phoques et de dauphins qui s’en délectent.

MOZAMBIQUE

Polokwane

Rustenburg NAMIBIE

Nelspruit uit Johannesburg

Océan Atlantique

AFRIQUE DU SUD

Pretoria

LESOTHO Bloemfontein

Durban Océan Indien Ind

Le Cap Port Elizabeth

300 km

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Le tirage au sort de la Coupe du monde a offert à PORT ELIZABETH une belle série de matchs pour inaugurer son Nelson Mandela Bay Stadium (46 000 places). La Côte d’Ivoire, le Portugal et l’Angleterre joueront dans la ville natale de Danny Jordaan, le patron du Comité d’organisation local. Malgré sa pluviosité impressionnante, elle accueillera aussi le match pour la troisième place. Une pénurie de chambres d’hôtel en centre-ville pourrait poser problème, mais il existe des solutions, notamment des chambres d’hôtes dans le proche et splendide parc naturel de Tsitsikamma. Le stade du CAP devait s’appeler African Renaissance Stadium, mais on ne cite plus ce nom depuis le départ du président Thabo Mbeki, peu apprécié du gouvernement actuel. La France disputera son premier match, contre l’Uruguay, dans ce beau stade tout blanc doté de 68 000 places où un toit protège une grande partie du public. Le Cap a beau être l’une des plus belles villes du monde, l’hiver, le vent et la pluie font tout de même équipe de façon redoutable. Mais il fait autour de 15 °C le soir. Pour les Français, ce sera un peu Marseille en hiver. ● A.D.S.


86 GUIDE DU MONDIAL

Vestiaires

AFP

Dans les coulisses de la Coupe du monde

AMBIANCE

Gare aux oreilles !

LES SUPPORTEURS SUD -AFRI CAINS sont très fiers de souffler dans leur vuvuzela, mais beaucoup prennent discrètement la précaution de se mettre des protège-tympan dans les oreilles avant le début d’un match. Les spécialistes ont salué leur prudence. Une étude du D r De Wet Swanepoel, du département de la pathologie de la communication à

SÉCURITÉ

l’université de Pretoria, a montré en effet que le bruit de ces trompettes en plastique pouvait provoquer une perte de l’ouïe. L’étude, publiée dans l’édition de mars 2010 du South African Medical Journal, a établi que la puissance sonore des vuvuzelas peut atteindre 131 décibels. Pour exemple, les normes sud-africaines prescrivent une protection obliga-

toire pour les travailleurs exposés à 85 décibels ou plus dans leur environnement professionnel. Les experts de l’oreille ont déjà prévenu que les résultats de leur propre étude, menée en octobre 2008 lors d’un match de première division disputé au stade d’Atteridgeville, près de Pretoria, devant 30 000 spectateurs, étaient sans doute en dessous de la réalité. ●

Prête pour les hooligans

L’AFRIQUE DU SUD a de réels problèmes de sécurité mais son football est pour le moment épargné par le hooliganisme. Cela n’empêche pas les autorités de se préparer à faire face à des « supporteurs » voyous venus d’ailleurs, notamment d’Europe, pour soutenir leur équipe. La police locale – avec la participation de la gendarmerie française, chargée de l’entraînement physique et technique des forces de l’ordre sud-africaines – a testé au printemps le dispositif de sécurité prévu autour des stades qui accueilleront les 64 matchs de

la compétition. Un dispositif qui mobilisera près de 41 000 personnes pendant la Coupe du monde. « Cet entraînement nous permettra de faire face à des situations similaires », affirme Bheki Cele, le patron de la police, qui collabore avec Interpol et d’autres agences internationales afin de partager leurs informations et de limiter l’arrivée des individus les plus dangereux sur le territoire. Neuf pays et plusieurs matchs, notamment Angleterre - ÉtatsUnis, le 12 juin 2010 à Rustenburg, ont été identifiés comme à haut risque. ● J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


VESTIAIRES 87 GADGETS SUPPORTEURS À LA MINE

ROGER LEMOYNE/REDUX-REA

AVEC LA VUVUZELA, l’autre gadget très populaire du supporteur sud-africain, également accepté dans les stades du Mondial, est sans doute le célèbre makarapa, une sorte de casque de mineur, personnalisé à la main par une décoration pour chacune des 32 équipes du Mondial. Une idée revendiquée par Alfred « Magistrate » Baloyi, qui a commencé à concevoir un tel casque en 1979 en l’honneur de son club favori, le Kaizer Chiefs. Il vit désormais de son invention, vendue 27 dollars pièce, depuis qu’il s’est associé pour la Coupe du monde au promoteur sportif Grant Nicholls. Papapi, leur société, produit désormais des makarapas par milliers. ●

LUTTE ANTIDOPAGE

SELON JIRI DVORAK, le médecin-chef de la Fifa, 320 contrôles antidopage seront effectués de manière aléatoire dans les camps d’entraînement des 32 équipes qualifiées pour le Mondial 2010 et à l’occasion des matchs amicaux qu’elles disputeront avant le coup d’envoi le 11 juin. Puis, pendant la compétition, qui s’achèvera le 11 juillet, des contrôles sont prévus sur quatre joueurs (deux par équipe) pris au hasard après chacune des 64 rencontres (soit 256 tests au minimum). C’est le laboratoire de Bloemfontein qui aura la responsabilité de ces contrôles. À l’occasion d’une conférence médicale organisée par la Fifa en février 2010 à Sun City, le Dr Dvorak a rappelé que la fédération internationale avait déjà pratiqué plus de 33 000 tests, avec un taux de 0,03 % de résultats positifs… Lors de la Coupe des confédérations qui s’est déroulée en 2009 en Afrique du Sud, aucun des 131 contrôles effectués n’a révélé un résultat positif. ●

GRANDS ABSENTS

Les équipes devant leur télé

SI L’ITALIE, VICTORIEUSE EN 2006, a dû, selon le nouveau règlement, passer par les qualifications pour gagner son billet et défendre son titre en Afrique du Sud, beaucoup d’équipes qui avaient pris part à l’une des trois dernières Coupes du monde (1998, 2002, 2006) n’ont pas franchi le cap des éliminatoires. Parmi les sélections privées de la fête, et donc obligées de regarder le Mondial à la télévision, on note en Afrique des absents de marque : l’Angola, organisateur de la Coupe d’Afrique des nations 2010, le Maroc, le Sénégal, le Togo (qui a déjà raté la CAN cette année à la suite du drame de Cabinda), la Tunisie, et, une fois encore, l’Égypte, la reine de la Coupe d’Afrique des nations (sept victoires dont les trois dernières à la suite), sortie en barrage par l’Algérie. En Europe, la Belgique, la Croatie, l’Eire, la Pologne, la Russie, la Suède, la République tchèque et la Turquie sont notamment restées en route. Elles n’auraient pas dépareillé le plateau sudafricain. ● J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

LEFTY SHIVAMBU/GALLO IMAGES/GETTY IMAGES

Contrôles tous azimuts

JUSTICE COUP D’ACCÉLÉRATEUR SUR LA PROCÉDURE LES SUPPORTEURS de football qui commettront un délit ne devront pas compter sur la lenteur du système judiciaire sud-africain, avant, pendant et après la Coupe du monde. Cinquante-quatre tribunaux et plus de mille juges, avocats et clercs, seront chargés de juger les crimes et délits commis par ou contre les spectateurs, et les cas où un supporteur étranger est impliqué. Ces tribunaux spéciaux travailleront chaque jour non-stop de 8 h 30 à 23 heures. ●


88 GUIDE DU MONDIAL GROUPE A CALENDRIER DES MATCHS 11 JUIN À JOHANNESBURG AFRIQUE DU SUDMEXIQUE

11 JUIN AU CAP URUGUAYFRANCE

16 JUIN À PRETORIA AFRIQUE DU SUDURUGUAY

17 JUIN À POLOKWANE FRANCEMEXIQUE

22 JUIN À RUSTENBURG MEXIQUEURUGUAY

22 JUIN À BLOEMFONTEIN FRANCEAFRIQUE DU SUD

Afrique du Sud COUPE DU MONDE 1998 et 2002 : 1er tour COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS 1996 : vainqueur ; 1998 : finale ; 2002 : quarts de finale COSAFA CUP Vainqueur 2002 et 2007 LES 23 JOUEURS POSSIBLES GARDIENS Itumeleng Khune, 22 ans, Kaizer Chiefs Shu-Aib Walters, 28 ans, Maritzburg Utd Moeneeb Josephs, 30 ans, Orlando Pirates DÉFENSEURS Aaron Mokoena, 29 ans, Portsmouth (Angleterre) Nasief Morris, 29 ans, Racing Santander (Espagne) Siboniso Gaxa, 26 ans, Mamelodi Sundowns Bryce Moon, 24 ans, PAOK Salonique(Grèce) Siyabonga Sangweni, 28 ans, Lamontville Golden Arrows MILIEUX DE TERRAIN Surprise Moriri, 30 ans, Mamelodi Sundowns Teko Modise, 27 ans, Orlando Pirates Steven Pienaar, 28 ans, Everton (Angleterre) MacBeth Sibaya, 32 ans, Rubin Kazan Elrio Van Heerden, 26 ans, Sivassport (Turquie) Daylon Claasen, 20 ans, Ajax Amsterdam (Pays-Bas) Siphiwe Tshabalala, 25 ans, Kaizer Chiefs Thanduyise Khuboni, 24 ans, Lamontville Golden Arrows Lebohang Mokoena, 23 ans, Mamelodi Sundowns ATTAQUANTS Siyabonga Nomvete, 32 ans, Moroca Swalows Benedict McCarthy, 32 ans, West Ham (Angleterre) Katlego Mphela, 25 ans, Mamelodi Sundowns Thulani Serero, 20 ans, Ajax Cape Town Bernard Parker, 24 ans, Étoile rouge Belgrade (Serbie) Thembinkosi Fanteni, 26 ans, Maccabi Haïfa (Israël)

Les Bafana Bafana espèrent un miracle

S

I LES PAYS HÔTES de la Coupe du monde étaient choisis pour leurs récents résultats, l’Afrique du Sud n’aurait même pas été candidate! Mais les Bafana Bafana (les « Garçons ») sont aussi l’équipe qui, pour sa première participation, a remporté la CAN 1996 à la surprise générale, devant son public, deux ans après les premières élections multiraciales. L’équipe de Neil Tovey puisait alors autant dans son talent indéniable que dans « l’effet Mandela » de l’époque. En 2010, c’est une équipe en panne de performances qui recevra les grands du football, en rêvant de réaliser encore des miracles à la maison. Notamment contre l’Uruguay et la France, deux anciens champions du monde, dans un groupe très difficile. Les craintes sont grandes que l’Afrique du Sud, tête de série, devienne le premier pays organisateur d’une Coupe du monde éliminé dès le premier tour. Revenu aux commandes en octobre 2009, le Brésilien Carlos Alberto Parreira, 67 ans, n’a pu compter pour sa préparation sur la majorité de ses joueurs évoluant en Europe. Il a hérité d’une équipe démoralisée qui n’avait gagné que 9 matchs sur 21 sous la direction de son prédécesseur et compatriote Joel Santana.

DES JOUEURS EXPÉRIMENTÉS

Parreira a beau avoir mené le Brésil à la victoire au Mondial 1994, il n’a pas encore convaincu l’Afrique du Sud. Sa période précédente aux commandes (2007-2008) a montré sa compétence, mais pas vraiment de génie.

ICONSPORT

PALMARÈS

PAYS ORGANISATEUR

Steven Pienaar.

Le football sud-africain, dont la fédération est présidée depuis septembre 2009 par Kirsten Nematandani, souffre toujours d’une administration chaotique : elle néglige par exemple régulièrement de payer les primes des joueurs et, en février 2010, elle avait même oublié de réserver le camp de base pour l’équipe nationale pendant le Mondial. Ce manque d’organisation aurait poussé Benni McCarthy, la vedette de l’équipe, à boycotter les sélections de Santana, en prétextant des blessures.

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GROUPE A 89

PRENDRE DES RISQUES

En 2009, l’Afrique du Sud, boudée par son public, avait atteint, contre toute attente, la demi-finale de la Coupe des confédérations et cédé de justesse (1-0) devant le Brésil, futur vainqueur. Le commentateur sud-africain Mark Gleeson estime que les Bafana Bafana devront jouer beaucoup mieux que l’an passé pour atteindre chez eux les quarts de finale, leur objectif avoué. Il espère que les stages et matchs amicaux des derniers mois auront au moins permis de leur redonner un esprit conquérant: « Souhaitons que Parreira aura su guérir l’équipe de la terrible “maladie” de Santana, qui consistait à passer le message que “c’était bien si on ne perdait pas”… » Selon lui, l’Afrique du Sud doit s’inspirer, non pas du Brésil comme le veut Parreira, mais de la Corée du Sud 2002, pays coorganisateur avec le Japon et demi-finaliste de son Mondial, après avoir surmonté son inexpérience et l’absence de vedettes. « Les Coréens avaient perfectionné un jeu rapide qui leur donnait des ailes pour planer sur la vague d’émotion dont peut jouir un pays organisateur. Nous pouvons aussi être portés par l’émotion, mais seulement si notre jeu excite les foules. En fait, on n’a pas le choix. Il faudra prendre des risques pour éviter la catastrophe. » ● ALEX DUVAL SMITH, au Cap J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

L’ENTRAÎNEUR

CARLOS ALBERTO PARREIRA Vainqueur du Mondial 1994, l’entraîneur brésilien, 67 ans, est en poste depuis octobre 2009, après une première expérience à la tête de l’Afrique du Sud de janvier 2007 à avril 2008.

« Une place en quart »

L’

Afrique du Sud, 81e au classement mondial, est le pays organisateur le moins bien placé de l’histoire de la compétition. Comment donner aux Bafana Bafana la confiance nécessaire pour atteindre leur objectif? La pression est énorme. Les supporters pensent avec leur cœur. Mon but est une place en quart de finale. Durant leur préparation, j’ai expliqué aux joueurs que chaque geste était important. J’ai souhaité leur faire comprendre l’ampleur de leur tâche, mais aussi l’énorme émotion que représente l’honneur de jouer une Coupe du monde. Cette émotion n’a pas de prix. Il faut la vivre pour la comprendre. Pour votre stage principal de préparation, vous avez choisi de passer un mois à Teresópolis (État de Rio de Janeiro), le centre d’entraînement de la sélection brésilienne. Pourquoi emmener l’équipe si loin? La pression sur les joueurs aurait été trop forte en Afrique du Sud. Il y a aussi le fait que Teresópolis est un lieu mythique, le berceau du football mondial. C’est une inspiration pour eux. Comment décririez-vous le style sud-africain ? Le football sud-africain n’a pas d’image précise. Les entraîneurs des clubs viennent du monde entier. La grande qualité de l’équipe nationale du Brésil est de savoir jouer avec la balle à terre. C’est ce style que je souhaite pour mon équipe, car il est imbattable. ● Propos recueillis par A.D.S.

LUTTIAU/PRESSESPORTS

Parreira, lui, compte bien sur McCarthy. « Nous en avons besoin pour son expérience », explique-t-il. En vérité, avec ou sans l’attaquant de West Ham, le coach brésilien ne manque pas de joueurs expérimentés, avec Nasief Morris, Steven Pienaar, Aaron Mokoena et Teko Modise. Ce qui lui fait défaut, c’est le flair, la jeunesse et, problème permanent, une attaque efficace. La défense reste le point fort des Bafana Bafana, même si le gardien Andre Arendse n’a pas été vraiment remplacé. Le polyvalent Lance Davids est l’un des piliers du milieu du terrain avec Pienaar, la star d’Everton, et Modise. L’Afrique du Sud peut rêver à des exploits de ses attaquants Siyabonga Nomvete, Bernard Parker et « Terror » Fanteni. Katlego Mphela s’entend bien devant avec McCarthy, mais si celui-ci fait faux bond, on voit mal l’ailier des Mamelodi Sundowns assumer seul la responsabilité de marquer des buts.

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AFRIQUE DU SUD | FRANCE | MEXIQUE | URUGUAY


90 GUIDE DU MONDIAL GROUPE A > LES CHANCES DE QUALIFICATION POUR LES HUITIÈMES DE FINALE URUGUAY

FRANCE

50 %

50 %

AFRIQUE DU SUD

50 %

MEXIQUE

50 %

LE PRINCIPAL ADVERSAIRE

France

Thierry Henry.

PALMARÈS COUPE DU MONDE 1998 : vainqueur; 2006 : finale; 1958, 1986 : 3e ; 1982: 4e CHAMPIONNAT D’EUROPE DES NATIONS 1984, 2000 : vainqueur SÉLECTIONNEUR Raymond Domenech, 58 ans, en poste depuis 2004; finaliste de la Coupe du monde 2006 COMMENT ELLE S’EST QUALIFIÉE 2e du groupe 7, zone Europe; barrage contre l’Eire (1-0, 1-1 ap) LES JOUEURS À SUIVRE Hugo Lloris 23 ans, Lyon, William Gallas 32 ans, Arsenal (Angleterre), Franck Ribéry 27 ans, Bayern Munich (Allemagne), Yoann Gourcuff 23 ans, Bordeaux, Thierry Henry 32 ans, FC Barcelone (Espagne), Karim Benzema 22 ans, Real Madrid (Espagne), Nicolas Anelka 31 ans, Chelsea (Angleterre), Hatem Ben Arfa 23 ans, Marseille

Q

ualifiée en barrage aux dépens de l’Eire à la faveur d’un but litigieux (marqué grâce à une main de son capitaine, Thierry Henry), l’équipe de France, championne du monde 1998 et finaliste en 2006, continue d’inquiéter ses supporteurs. Et ce n’est pas l’affaire des frasques tarifées de trois d’entre eux (Ribéry, Benzema et Govou) qui va les rassurer… Quand elle débarquera en Afrique du Sud, elle sera déjà un peu tournée vers l’avenir. Son sélectionneur Raymond Domenech, très contesté, bouclera alors un cycle de six ans à la tête des Bleus. Une situation pas facile, ni pour lui ni pour des joueurs ayant besoin de sérénité pour réussir. Domenech a promis de faire son travail jusqu’au bout, et si possible en emmenant son équipe en finale pour la deuxième fois de suite. Mais il y a quatre ans, la France pouvait compter sur Zinedine Zidane, revenu en août 2005 un an après avoir renoncé à la sélection. Aujourd’hui, il n’est plus là. Barthez, Thuram et Makelele non plus. Après un Euro 2008 épouvantable et une campagne qualificative poussive, les Bleus ne font plus peur à

GLYN THOMAS/OFFSIDE/PRESSE SPORT

Des Bleus en plein doute

grand monde. Pourtant, la France a du talent et de l’expérience à revendre. Avec Gallas, Gourcuff, Ribéry, Henry, Benzema, Anelka ou Ben Arfa, elle dispose dans toutes ses lignes de joueurs de niveau international. Mais les résultats ne sont pas en phase avec son potentiel, loin s’en faut. Les Bleus ont souvent déçu, certains choix tactiques n’ont pas toujours été bien compris, et l’équipe n’a pas souvent donné l’impression d’être équilibrée. Les supporters français disent pour se rassurer qu’elle n’est jamais aussi forte que lorsque plus personne (ou presque) ne croit en elle… ● ALEXIS BILLEBAULT

LES AUTRES ÉQUIPES URUGUAY Absent en 2006, il a gagné sa place en barrage face au Costa Rica (1-0, 1-1). La sélection entraînée par Oscar Washington Tabárez a tourné le dos à sa réputation d’équipe physique pour privilégier le jeu court. Elle dispose d’un gros potentiel offensif avec Suárez et Lodeiro (Ajax Amsterdam) et Diego Forlán (Atlético de Madrid).

MEXIQUE Il disputera en Afrique du Sud son cinquième Mondial d’affilée. Javier Aguirre, le sélectionneur, s’appuie sur une ossature locale, la plupart des internationaux jouant dans les meilleurs clubs du pays. Avec Márquez, Blanco, Palencia et Bravo, c’est une équipe à la fois joueuse et expérimentée. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


GROUPE B 91 GROUPE B

NIGERIA | ARGENTINE | CORÉE DU SUD | GRÈCE

CALENDRIER DES MATCHS 12 JUIN À JOHANNESBURG ARGENTINENIGERIA

12 JUIN À PORT ELIZABETH CORÉE DU SUDGRÈCE

17 JUIN À BLOEMFONTEIN GRÈCENIGERIA

LES 23 JOUEURS POSSIBLES

Les Super Eagles rêvent toujours

ou Daniel Amokachi. « Le Nigeria ira en Afrique du Sud avec une équipe très moyenne, soupire Samm Audu, un journaliste nigérian qui suit les Super Eagles depuis plus de quinze ans. La plupart des joueurs luttent pour une place de titulaire dans leurs clubs en Europe. »

John Obi Mikel.

DES ATOUTS EN ATTAQUE

Dans les buts, parmi les trois gardiens potentiels, qui jouent tous en Israël, Vincent Enyeama (Hapoël Tel-Aviv) et Austin Ejide (Maccabi Petach-Tikva) se disputent la place de titulaire. Que la hiérarchie ne soit pas tranchée à ce poste n’est pas bon signe. Mais le nouveau sélectionneur, le Suédois Lars Lagerbäck, embauché pour cinq mois jusqu’au Mondial, aura eu plusieurs matchs de préparation pour faire son choix. La défense, sans stars, tourne autour du Niçois Onyekachi Apam et de Danny Shittu (Bolton), et se cherche des latéraux. Le Marseillais Taye Taiwo n’est pas toujours titulaire. Au milieu joue l’unique vedette des Super Eagles, John Obi Mikel, le « nettoyeur » de Chelsea, le seul de l’équipe à évoluer dans un grand club. À l’attaque, Peter Osaze Odemwingie, qui joue en pointe au Lokomotiv

À

l’image du Cameroun, le Nigeria court après son âge d’or, les années 1994-1998, précisément, durant lesquelles les Green Eagles sont devenus les Super Eagles en décrochant deux huitièmes de finale de Coupe du monde d’affilée (1994 et 1998), la CAN 1994 et la médaille d’or aux Jeux olympiques d’Atlanta (1996). Mais l’équipe actuelle n’est pas aussi forte ; elle n’a plus de joueurs de la trempe de Rashidi Yekini, Jay-Jay Okocha, George Finidi, Emmanuel Amunike

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

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GARDIENS Dele Aiyenugba, 26 ans, Bnei Yehuda (Israël) Austin Ejide 26 ans, Maccabi Petach-Tikva (Israël) Vincent Enyeama, 27 ans, Hapoël Tel-Aviv (Israël) DÉFENSEURS Onyekachi Apam, 24 ans, Nice (France) Chinedu Obasi, 23 ans, Hoffenheim (Allemagne) Obinna Nwaneri, 28 ans, Sion (Suisse) Yusuf Mohammed, 26 ans, Sion (Suisse) Chidi Odiah, 26 ans, CSKA Moscou (Russie) Danny Shittu, 29 ans, Bolton Wanderers (Angleterre) Taye Taiwo, 25 ans, Marseille (France) Joseph Yobo, 29 ans, Everton (Angleterre) MILIEUX DE TERRAIN Yusuf Ayila, 25 ans, Dynamo Kiev (Ukraine) Dickson Etuhu, 27 ans, Fulham (Angleterre) Sani Kaita, 24 ans, Alania Vadikavkaz (Russie) John Obi Mikel, 23 ans, Chelsea (Angleterre) Seyi Olofinjana, 29 ans, Hull (Angleterre) Kalu Uche, 27 ans, Almeria (Espagne) ATTAQUANTS Yakubu Aiyegbeni, 27 ans, Everton (Angleterre) Michael Eneramo, 24 ans, Espérance Tunis (Tunisie) Nwankwo Kanu, 33 ans, Portsmouth (Angleterre) Obafemi Martins, 25 ans, Wolfsburg (Allemagne) Victor Obinna, 23 ans, Malaga (Espagne) Peter Odemwingie, 28 ans, Lokomotiv Moscou (Russie)

22 JUIN À POLOKWANE GRÈCEARGENTINE

ALAIN MOUNIC/PRESSESPORTS

COMMENT IL S’EST QUALIFIÉ 1er du groupe B, zone Afrique

22 JUIN À DURBAN NIGERIACORÉE DU SUD

Nigeria

PALMARÈS COUPE DU MONDE 1994 et 1998: huitièmes de finale. 2002: 1er tour COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS 1980 et 1994 : vainqueur JEUX OLYMPIQUES 1996 : médaille d’or

17 JUIN À JOHANNESBURG ARGENTINECORÉE DU SUD


92 GUIDE DU MONDIAL GROUPE B

LEFTY SHIVAMBU/PRESSESPORTS

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Moscou. « C’est le meilleur en ce moment, estime Samm Audu. Il est transcendé sous le maillot national. C’est un combattant, surtout en regard de l’attitude de certains de ses coéquipiers. » D’une manière générale, c’est en attaque que le Nigeria aligne ses meilleurs atouts, mais il ne peut pas les jouer tous en même temps. Lagerbäck pourra choisir entre Obafemi Martins (Wolfsburg), Victor Obinna (Malaga), qui a marqué des buts décisifs en qualifications, ou Yakubu Aiyegbeni (Everton). Et le groupe peut toujours compter sur son vieux leader, Nwankwo Kanu (33 ans), sorte de Roger Milla longiligne du Nigeria, pour entrer en fin de partie et la faire basculer sur un geste. L’équipe semble un peu légère pour aborder le Mondial, et le premier match contre l’Argentine pourrait doucher des supporters qui attendent monts et merveilles de leurs joueurs. La mission assignée au technicien suédois ? Le dernier carré, qu’aucune équipe africaine n’a jamais atteint.

L’ENTRAÎNEUR

À 61 ans, le successeur scandinave de Shaibu Amodu, après avoir été sélectionneur de la Suède de 2000 à 2009, entame sa troisième Coupe du monde, après celles de 2002 et 2006.

« Objectif demi-finale »

V

ous avez signé pour emmener le Nigeria en demi-finale. N’est-ce pas trop ambitieux ? Je me demande pourquoi les gens sont pessimistes quand on leur parle de viser les demi-finales. Chaque pays qui participe à une compétition majeure ne doit penser qu’à la victoire. Je crois que le Nigeria a les joueurs pour réussir quelque chose de très intéressant dans ce Mondial. Avez-vous une recette pour atteindre votre but ? Beaucoup m’ont demandé si nous ne rêvions pas, mais je leur réponds que nous pouvons y parvenir si nous travaillons tous ensemble, les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants et les supporters.

Vous avez pris vos fonctions deux mois et demi avant le début du Mondial. Quel a été votre premier objectif? J’ai voulu rencontrer le plus grand nombre possible de joueurs évoluant en Europe. Mon but était de m’assurer que les meilleurs joueraient pour les Super Eagles au Mondial. ● Propos recueillis par E.B.

PPG/ICONSPORT

LARS LAGERBÄCK

INSTABILITÉ CHRONIQUE

Cette déraison, qui aveugle les Nigérians sur le réel potentiel de leur équipe, ne promet rien de bon. Au premier mauvais résultat, tout sélectionneur des Super Eagles est accueilli en conférence de presse par la question: « Will you resign? » (« Allez-vous démissionner ? »). Médias et opinion se déchaînent. Et les têtes tombent, comme celle du local Shaibu Amodu, qui avait encore été appelé au secours de la patrie à la tête des Verts et qui a fini à la porte pour la… deuxième fois, après avoir pourtant atteint une demi-finale à la CAN angolaise. Conscients de l’instabilité chronique dans laquelle ils évoluent, les joueurs essaieront, plus modestement, de sortir de leur groupe. La qualification devrait se jouer contre la Grèce et la Corée du Sud. Ironie du sort, les Super Eagles se retrouvent dans un groupe qui ressemble aux trois quarts à celui du Mondial 1994 (Argentine, Nigeria, Bulgarie, Grèce), à l’époque de leur gloire. La génération 2010 pourra se regarder dans ce drôle de miroir. ● EMMANUEL BARRANGUET J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


GROUPE B 93 >

LES CHANCES DE QUALIFICATION POUR LES HUITIÈMES DE FINALE ARGENTINE

NIGERIA

80 %

60 %

CORÉE DU SUD

30 %

GRÈCE

30 %

LE PRINCIPAL ADVERSAIRE

Argentine

PALMARÈS COUPE DU MONDE 1978 et 1986 : vainqueur COPA AMERICA 14 victoires JEUX OLYMPIQUES 2004 et 2008 : vainqueur SÉLECTIONNEUR Diego Maradona, 49 ans ; en poste depuis octobre 2008 ; entraîneur de Mandiyú Corrientes (1994) et du Racing Avellaneda (1995) ; vainqueur de la Coupe du monde 1986 en tant que joueur COMMENT ELLE S’EST QUALIFIÉE 4e de la zone Amsud LES JOUEURS À SUIVRE Lionel Messi (22 ans, Barcelone, Espagne), Carlos Tévez (26 ans, Manchester City, Angleterre), Diego Milito (31 ans, Inter Milan, Italie), Kun Agüero (22 ans, Atlético Madrid, Espagne), Javier Mascherano (26 ans, Liverpool, Angleterre), Lisandro López (27 ans, Lyon, France), Gabriel Heinze (32 ans, Marseille, France), Walter Samuel (32 ans, Inter Milan, Italie)

A

MAGNIEN/ALPACA/ANDIA.FR

À la mode Maradona

vec Lionel Messi, l’un des meilleurs footballeurs de la planète, et une armée de grands joueurs, Carlos Tévez, Kun Agüero, Javier Mascherano, l’Argentine fait, comme touLionel Messi (au centre) et Diego Maradona. jours, partie des favoris. Mais la personnalité très forte de son sélectionneur peut-elle la guider jusqu’à titulaire aux côtés de Gabriel Heinze et la finale ? Ou, au contraire, troubler la Walter Samuel. tranquillité d’esprit des joueurs sud-améAu milieu, le vétéran Juan Sebastián ricains, qui espèrent une troisième couVerón (35 ans) a été ressuscité par son ronne après celles de 1978 et 1986? sélectionneur pour faire la paire avec Diego Maradona risque de capter Mascherano. En attaque, la place près toutes les attentions en Afrique du Sud. de Messi est pour l’instant occupée par L’Argentine, c’est lui. Mais est-il toujours Gonzalo Higuaín, mais il y a de la rémagique? Sur le terrain, le Pibe de Oro, serve. Maradona aura le plus beau banc le « gamin en or », a en tout cas tardé du Mondial en la matière (Agüero, Diego à trouver une formule qui marche. Les Milito, Carlos Tévez, Lisandro López…) derniers matchs de qualification ont été Et puis il y a le génie de Lionel Messi. souffreteux, et l’Argentine est passée Sauf que le Barcelonais n’a pas le même d’extrême justesse. Depuis, elle s’est rerendement en club et en sélection. Les fait une santé. Elle a gagné en Allemagne critiques sont de moins en moins discrèdébut mars (1-0). Après avoir essayé plus tes. Pour gagner en Afrique du Sud, l’Arde cent joueurs, Maradona a trouvé un gentine a besoin de Messi. Et d’un Marasemblant d’équipe, avec Sergio Romero dona sublime, comme à chaque Coupe dans les buts, derrière une défense où du monde, mais sur le banc cette fois. ● Nicolás Otamendi a gagné ses galons de E.B.

LES AUTRES ÉQUIPES CORÉE DU SUD Son équipe n’est pas du niveau de celle de 2002, surprenante demi-finaliste du Mondial asiatique. Mais elle dispute sa septième Coupe du monde d’affilée, avec deux joueurs de haut niveau, Park Ji-sung, star évoluant à Manchester United, et l’intraitable défenseur Hwang Jae-won, capitaine du club de Pohang Steelers.

GRÈCE Avant chaque grande compétition, on se demande si les Grecs seront capables de rééditer leur succès de l’Euro 2004, gagné grâce à leur discipline et une défense de fer. L’entraîneur allemand Otto Rehhagel (71 ans) est encore là, avec quelques rescapés, Katsouranis, Charisteas et Karagounis. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


94 GUIDE DU MONDIAL GROUPE C CALENDRIER DES MATCHS 13 JUIN À POLOKWANE ALGÉRIESLOVÉNIE

18 JUIN À JOHANNESBURG SLOVÉNIEÉTATS-UNIS

COUPE DU MONDE 1982 et 1986 : 1er tour COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS 1990 : vainqueur

LES 23 JOUEURS POSSIBLES GARDIENS Lounès Gaouaoui, 32 ans, ASO Chlef Amin Zemmamouche, 25 ans, MC Alger Faouzi Chaouchi, 25 ans, ES Sétif DÉFENSEURS Madjid Bougherra, 27 ans, Glasgow Rangers (Écosse) Nadir Belhadj, 27 ans, Portsmouth (Angleterre) Anthar Yahia, 28 ans, VfL Bochum (Allemagne) Rafik Halliche, 23 ans, Nacional Madeira (Portugal) Abdelkader Laïfaoui, 28 ans, ES Sétif Mohamed Meftah, 25 ans, JS Kabylie Khaled Lemmouchia, 28 ans, ES Sétif MILIEUX DE TERRAIN Yazid Mansouri, 32 ans, FC Lorient (France) Chadli Amri, 25 ans, FSV Mayence (Allemagne) Mehdi Lacen, 26 ans, Racing Santander (Espagne) Karim Ziani, 27 ans, VfL Wolsburg (Allemagne) Hassan Yebda, 25 ans, Portsmouth (Angleterre) Djamel Abdoun, 24 ans, FC Nantes (France) Mourad Meghni, 26 ans, Lazio Rome (Italie) Ryad Boudebouz, 20 ans, FC Sochaux (France). ATTAQUANTS Abdelkader Ghezzal, 25 ans, AC Sienne (Italie) Rafik Djebbour, 26 ans, AEK Athènes (Grèce). Karim Matmour, 24 ans, Borussia Mönchengladbach (Allemagne) Kamel Ghilas, 26 ans, Hull City (Angleterre) Rafik Saïfi, 35 ans, FC Istres (France)

23 JUIN À PORT ELIZABETH SLOVÉNIEANGLETERRE

23 JUIN À PRETORIA ÉTATS-UNISALGÉRIE

Algérie

PALMARÈS

COMMENT ELLE S’EST QUALIFIÉE Barrage contre l’Égypte (1-0), groupe C, zone Afrique

18 JUIN AU CAP ANGLETERREALGÉRIE

Une si longue attente

L

a passion doit-elle tout emporter sur son passage et absoudre les comportements les plus excessifs? À leur manière, les dirigeants de la fédération algérienne ont répondu à cette question après avoir pris la mesure d’une situation devenue explosive lors de la rencontre amicale Algérie-Serbie (0-3) disputée le 3 mars dernier à Alger. Lors du rassemblement des Fennecs dans un grand hôtel de la capitale, des supporters avaient poussé l’outrance jusqu’à accéder aux chambres des joueurs. Et la présence de 100 000 personnes dans un stade qui peut en contenir 70 000 a définitivement convaincu la Fédération algérienne de football (FAF) de délocaliser, probablement en Italie, le dernier match de préparation, contre les Émirats arabes unis, prévu le 4 juin à Alger.

Karim Ziani.

SAADANE LE SAUVEUR

En manifestant avec autant d’excès leur amour pour l’équipe nationale, les Algériens semblent vouloir oublier deux décennies de frustration. Ils ont vécu longtemps sur les souvenirs de la génération de 1982, privée d’une qualification pour le second tour de la Coupe du monde espagnole par une entente austro-allemande. La dernière participation des Fennecs à un Mondial, au Mexique en 1986, s’était achevée par une nouvelle élimination au premier tour. Depuis, hormis une CAN remportée à Alger en 1990 et un quart de finale perdu en 2004 face au Maroc (1-3), l’Algérie s’était égarée en route, usant les sélectionneurs et la patience de ceux qui avaient fini de croire en elle.

LMS/PPG/ICONSPORT

12 JUIN À RUSTENBURG ANGLETERREÉTATS-UNIS

En octobre 2007, la FAF a rappelé Rabah Saadane, 64 ans, déjà entraîneur adjoint au Mondial espagnol en 1982, et surtout patron de la sélection qu’il avait conduite au Mexique en 1986. Avec lui, l’Algérie s’est d’abord qualifiée pour le deuxième tour des éliminatoires de la Coupe du monde, grâce notamment à une victoire face

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


GROUPE C 95

MANQUE DE REPÈRES

La cohabitation entre ces deux mondes, facilitée par les résultats, pourrait voler en éclats en cas de désillusion en Afrique du Sud, où l’Algérie disputera la seconde place qualificative aux ÉtatsUnis et à la Slovénie dans un groupe C promis à l’Angleterre. La CAN angolaise, utile répétition avant le retour sur la scène mondiale, aura servi à cerner les problèmes d’une équipe en manque de repères internationaux. « Nous sommes une équipe jeune, qui a disputé en Angola son premier grand tournoi. On a produit du jeu, et contre la Côte d’Ivoire en quart de finale (3-2), le groupe a trouvé les ressources physiques et mentales pour revenir au score et aller chercher la qualification », reprend Bougherra, qui demande un peu d’indulgence après les critiques essuyées à la suite des défaites face au Malawi (0-3) et contre une Égypte survoltée en demi-finale (0-4). La quatrième place obtenue en Angola, malgré un parcours inégal et ces deux gros trous d’air, a prouvé que l’Algérie commençait à digérer son nouveau statut. Mais la gifle (0-3) reçue à Alger en match amical contre la Serbie a poussé Saadane à écarter cinq joueurs (Raho, Babouche, Zaoui, Bezzaz et Ousserir), qui savent désormais que la Coupe du monde ne sera qu’un mirage pour eux. Le sélectionneur algérien, lui, n’aura pas perdu son temps au cours des derniers mois. ● ALEXIS BILLEBAULT J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

L’ENTRAÎNEUR

RABAH SAADANE L’expérimenté Rabah Saadane, 65 ans, sera le seul entraîneur local à diriger l’une des six équipes africaines. Après 1982 et 1986, il a envie d’aller beaucoup plus loin.

« Pour la seconde place »

Q

ue peut espérer l’Algérie en Afrique du Sud ? Cela dépendra de l’effectif et de son état physique. D’ici à la fin des championnats, il faut espérer que nous n’aurons pas de blessés. Mais depuis la CAN, nous avons pas mal prospecté pour trouver des joueurs. Nous avons besoin de doublures de haut niveau. Après la CAN, j’ai décidé d’écarter certains joueurs en vue de la Coupe du monde. Dans votre groupe, l’Angleterre semble au-dessus du lot… C’est une équipe très forte, avec beaucoup de grands joueurs. Mais je pense sincèrement que nous pouvons disputer la seconde place. Même si les États-Unis, qui ont acquis beaucoup d’expérience ces dernières années, sont logiquement favoris. La Slovénie a réussi une belle campagne qualificative. Elle ne possède pas de stars, mais c’est une équipe solide. Votre sélection manque d’une réelle expérience internationale. Est-ce un handicap ? Elle a disputé une CAN, ce qui constitue un vécu intéressant, et certains de mes internationaux jouent dans de bons clubs européens. Nous sommes heureux de disputer la Coupe du monde, mais le football algérien ne doit pas s’en contenter. Il faut voir bien au-delà. Et c’est ce à quoi nous travaillons depuis un certain temps. ● Propos recueillis par A.B.

THEMBA HADEBE/AP/SIPA

au Sénégal (3-2), le 5 septembre 2008 à Blida. Une rencontre que Madjid Bougherra définit comme « le match référence, l’acte fondateur du groupe », qui ira au bout de son rêve. « On a pris conscience ce jour-là qu’on pouvait espérer quelque chose », poursuit le défenseur des Glasgow Rangers, qui est aussi un des piliers de la sélection avec Belhadj, Ziani, Saïfi et Matmour. « Il n’y a pas de star dans cette équipe, seulement de bons joueurs. Et le coach a su tirer le meilleur de chacun. » L’Algérie, qui a validé son billet pour l’Afrique du Sud aux dépens de l’Égypte (1-0) au terme d’un barrage irrespirable disputé à Omdurman (Soudan), a beaucoup avancé en deux ans. Les tensions qui existaient entre « locaux » et « européens », lesquels constituent le socle de la sélection, se sont atténuées au nom de l’intérêt supérieur de la nation.

LMS/PPG/ICONSPORT

ALGÉRIE | ANGLETERRE | ÉTATS-UNIS | SLOVÉNIE


96 GUIDE DU MONDIAL GROUPE C > LES CHANCES DE QUALIFICATION POUR LES HUITIÈMES DE FINALE ANGLETERRE

ALGÉRIE

80 %

50 %

ÉTATS-UNIS

50 %

SLOVÉNIE

20 %

LE PRINCIPAL ADVERSAIRE

Angleterre

PALMARÈS COUPE DU MONDE 1966 : vainqueur 1990 : demi-finaliste SÉLECTIONNEUR Fabio Capello (Italie), 63 ans, en fonctions depuis décembre 2007 ; précédent poste : Real Madrid COMMENT ELLE S’EST QUALIFIÉE 1re du groupe 6, zone Europe LES JOUEURS À SUIVRE John Terry 29 ans, Chelsea, Frank Lampard 31 ans, Chelsea, Steven Gerrard 28 ans, FC Liverpool, Jermaine Defoe 27 ans, Tottenham Hotspur, Wayne Rooney 24 ans, Manchester United, Peter Crouch 28 ans, Tottenham Hotspur, Theo Walcott 21 ans, Arsenal

L

Angleterre n’est plus à un paradoxe près. Mais elle le cultive avec beaucoup de suite dans les idées depuis le titre conquis à Wembley en juillet 1966 face à la RFA (4-2 ap). Depuis cette date, le palmarès de la sélection nationale anglaise est resté aussi vierge que celui de ses clubs s’est étoffé. Pendant que Liverpool, Manchester United et d’autres équipes pourtant moins réputées collectionnaient les trophées européens, l’équipe aux Trois Lions n’a plus jamais passé le stade des demi-finales de la Coupe du monde, comme en Italie il y a vingt ans. L’image de la Premier League, avec ses stars, ses salaires mirobolants et ses clubs qui flambent au-delà de la Manche, contraste avec les résultats décevants de son équipe nationale. Pour tenter d’y remédier, la fédération anglaise a embauché Fabio Capello, en décembre 2007, juste après l’élimination pour l’Euro 2008. L’Italien, qui a presque tout gagné partout où il est passé, bénéficie des largesses de son employeur, qui le rémunère grassement (6 millions d’euros par an). Mais à ce tarif, la fédération attend des résultats. L’Angleterre, qui a brillam-

MARK LEECH/OFFSIDE/PRESSE SPORTS

De l’ambition à revendre

Steven Gerrard.

ment bouclé son parcours qualificatif, a également terminé avec la meilleure attaque de la zone Europe (34 buts). En Afrique du Sud, l’Angleterre n’a pas été trop mal servie par le tirage au sort. Et elle dispose sur le papier d’une équipe largement capable non seulement de franchir sans trop de mal l’écueil constitué par ses trois adversaires du groupe C, mais aussi de se mêler à la lutte pour le titre mondial. Quand on compte dans ses rangs des joueurs comme Terry, Lampard, Gerrard ou l’explosif Rooney, et même si Beckham, blessé, ne sera pas là, peut-on vraiment manquer d’ambition ? ● A.B.

LES AUTRES ÉQUIPES ÉTATS-UNIS Les Américains vont disputer leur sixième Coupe du monde d’affilée, avec des chances réelles d’atteindre les huitièmes de finale. L’équipe de Bob Bradley, finaliste de la Coupe des confédérations en 2009, a fait de réels progrès ces dernières années. Elle n’a perdu que trois de ses dix-huit matchs de qualification.

SLOVÉNIE Ce pays de 2 millions d’habitants s’est qualifié en sortant la Russie en barrage (1-2, 1-0). Il disputera son deuxième Mondial, après celui de 2002. Les meilleurs Slovènes (Birsa, Koren, Novakovic, Zlogar) évoluent dans des clubs de seconde zone, mais leur défense de fer n’a encaissé que 4 buts au cours des qualifications. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


GROUPE D 97 GROUPE D

GHANA | ALLEMAGNE | AUSTRALIE | SERBIE

CALENDRIER DES MATCHS 13 JUIN À DURBAN ALLEMAGNEAUSTRALIE

13 JUIN PRETORIA SERBIEGHANA

18 JUIN À PORT ELIZABETH ALLEMAGNESERBIE

1er du groupe D, zone Afrique LES 23 JOUEURS POSSIBLES

Les Black Stars croient en leur étoile quelques mois plus tôt au Caire (In koom, Ayew…).

Stephen Appiah.

L’EFFICACITÉ D’ABORD

Sans ses meilleurs joueurs, le Ghana a pourtant fait taire tous ceux qui lui prédisaient un séjour de courte durée dans l’ancienne colonie portugaise. Mais ce parcours presque inespéré n’a pas empêché Rajevac de subir l’assaut des médias ghanéens, guère emballés par la qualité du jeu produit par une équ ip e conve r t ie au dogme du froid réalisme à l’européenne. L’austère Serbe a balayé en quelques phrases les critiques en répétant que « seul le résultat compte » et qu’il ne « voyait pas l’intérêt de faire tourner le ballon pendant des heures pour ne pas marquer », assurant que ses joueurs « partageaient sa philosophie ». Le Ghana, qui a toujours incarné une certaine idée du football, n’est pas devenu sous le règne de l’ancien entraîneur de l’Étoile rouge de Belgrade une équipe ennuyeuse. Mais à la fantaisie et à l’improvisation africaines, Rajevac privilégie une circulation rapide du ballon, une présence physique de tous les instants et une recherche constante de l’efficacité maximale. En Angola, le Ghana n’a marqué

A

vec le recul, la performance du Ghana en Angola lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations est presque miraculeuse. Sans Muntari, écarté pour des raisons disciplinaires, Appiah, Mensah, Paintsil et Essien, tous blessés, les Black Stars, même privés de la moitié de leurs vedettes, ont atteint la finale de la compétition face à l’Égypte (0-1). Et pour faire face à cette avalanche de forfaits, le sélectionneur, le Serbe Milovan Rajevac, n’a pas hésité à aller piocher dans l’effectif de l’équipe sacrée championne du monde des moins de 20 ans

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

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GARDIENS Isaac Amoako, 26 ans, Asante Kotoko Daniel Adjei, 20 ans, Liberty Professionnals FC Richard Kingson, 31 ans, Wigan (Angleterre) DÉFENSEURS John Mensah, 27 ans, Sunderland (Angleterre) Samuel Inkoom, 20 ans, FC Bâle (Suisse) Hans Sarpei, 33 ans, Bayer Leverkusen (Allemagne) Isaac Vorsah, 21 ans, Hoffenheim (Allemagne) John Paintsil, 28 ans, Fulham (Angleterre) Eric Addo, 31 ans, Roja JC (Pays-Bas) Lee Addy, 20 ans, Bechem Chelsea FC MILIEUX DE TERRAIN Michael Essien, 27 ans, Chelsea (Angleterre) Sulley Muntari, 25 ans, Inter Milan (Italie) Anthony Annan, 29 ans, Rosenborg (Norvège) Kevin-Prince Boateng, 23 ans, Portsmouth (Angleterre) André Ayew, 20 ans, Arles-Avignon (France) Stephen Appiah, 29 ans, Bologne (Italie) Emmanuel Agyemang-Badu, 19 ans, Udinese (Italie) ATTAQUANTS Manuel Agogo, 30 ans, Apollon Limassol (Chypre) Eric Bekoe, 23 ans, Petrojet Suez (Égypte) Kwadwo Asamoah, 21 ans, Udinese (Italie) Asamoah Gyan, 24 ans, Rennes (France) Matthew Amoah, 29 ans, NAC Breda (Pays-Bas) Prince Tagoe, 23 ans, Hoffenheim (Allemagne)

23 JUIN À NELSPRUIT AUSTRALIESERBIE

DAVID RAWCLIFFE/PROPAGANDA/UMA

COMMENT IL S’EST QUALIFIÉ

23 JUIN À JOHANNESBURG GHANAALLEMAGNE

Ghana

PALMARÈS COUPE DU MONDE 2006 : huitièmes de finale COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS 1963, 1965, 1978, 1982 : vainqueur

19 JUIN À RUSTENBURG GHANAAUSTRALIE


98 GUIDE DU MONDIAL GROUPE D

PPG/ICONSPORT

▲ ▲ ▲

que quatre buts en cinq rencontres, et cette statistique résume à elle seule le manque d’audace d’une équipe privée de ses cadres les plus influents. En Afrique du Sud, le Ghana se présentera – sauf blessure grave de dernière minute – avec toutes ses forces vives. Bien sûr, Mario Balotelli, le turbulent attaquant italien d’origine ghanéenne de l’Inter Milan, a fait savoir que l’idée de jouer pour les Blacks Stars ne le séduisait pas. Mais Stephen Appiah, si son corps le laisse en paix, sera là, et Muntari, qui a fait la paix avec un Rajevac très à cheval sur la discipline, a réintégré le groupe lors du match amical disputé en BosnieHerzégovine (1-2) au début du mois de mars. Reste le mystère Michael Essien et les doutes qui entourent sa présence. Le sélectionneur du Ghana n’a pas cherché à minimiser leur importance à l’approche d’une compétition comme la Coupe du monde. « Ils sont indispensables. Sans eux, nous n’avons rien à espérer. Évidemment, les jeunes ont fait forte impression en Angola, mais on ne va pas bien loin en Coupe du monde sans cadres », a-t-il expliqué. Ces retours de compétiteurs expérimentés vont permettre aux Black Stars de revoir leurs ambitions planétaires à la hausse.

L’ENTRAÎNEUR

LMS/ICONSPORT

MILOVAN RAJEVAC

Un maître tacticien

U

n jour peut-être, quand il sera temps de partir, Milovan Rajevac, 56 ans, ressortira quelques dossiers, juste pour rafraîchir la mémoire à ses détracteurs d’une époque pas si lointaine. C’était en août 2008, et la fédération ghanéenne, un peu déroutée par la démission du Français Claude Le Roy parti vivre une nouvelle aventure au sultanat d’Oman, avait jeté son dévolu sur ce Serbe peu connu qui venait de quitter Borac Cacak. Il se souvient encore des commentaires acides sur sa méconnaissance abyssale du football africain, son CV seulement rehaussé par une expérience à l’Étoile rouge de Belgrade et sa pratique approximative de l’anglais, langue pourtant utile pour travailler au Ghana. En deux ans, cet ancien international olympique yougoslave, entraîneur plutôt coté dans son pays et qui s’était déjà expatrié (Suède, Qatar, Chine), a mis les pessimistes de son côté. Réputé fin tacticien, il a fait adhérer les joueurs à ses méthodes assez strictes et à son plan de jeu, qui varie entre le 4-2-3-1 et le 4-5-1. « Il sait lire le jeu », répètent souvent les internationaux ghanéens, qui ont su admettre que le collectif passait avant les ego. À la différence de ses homologues nigériane ou ivoirienne, la fédération ghanéenne n’a pas cédé à la tentation de changer de sélectionneur à quelques mois de la Coupe du monde. En Afrique du Sud, Rajevac essaiera de faire au moins aussi bien que son compatriote Ratomir Dujkovic, qui avait conduit le Ghana jusqu’en huitièmes de finale en 2006. ● A.B.

PLACE À PRENDRE

Il y a quatre ans, le Ghana avait été la seule des cinq sélections africaines – Togo, Angola, Côte d’Ivoire et Tunisie étaient aussi en Allemagne – à franchir le premier tour, en sortant d’un groupe où figuraient pourtant l’Italie, la République tchèque et les États-Unis. L’aventure ghanéenne s’était brutalement interrompue en huitièmes de finale face à un Brésil plus réaliste que réjouissant (0-3). Cette fois-ci encore, rien n’interdit au Ghana d’envisager un parcours au moins équivalent à celui accompli en 2006 lors de sa première apparition mondiale. Dans un groupe plutôt homogène, derrière une Allemagne naturellement favorite, les Blacks Stars, entre des Serbes toujours imprévisibles et des Australiens solides mais sans génie, eux aussi en huitièmes de finale lors de l’édition précédente, il y a peut-être une petite place à prendre… ● ALEXIS BILLEBAULT

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


GROUPE D 99 > LES CHANCES DE QUALIFICATION POUR LES HUITIÈMES DE FINALE ALLEMAGNE

GHANA

80 %

50 %

SERBIE

AUSTRALIE

50 %

LE PRINCIPAL ADVERSAIRE

Allemagne

20 %

Michael Ballack.

Jamais trois sans quatre ? COUPE DU MONDE 1954, 1974 et 1990 : vainqueur CHAMPIONNAT D’EUROPE 1972, 1980, 1996 : vainqueur SÉLECTIONNEUR Joachim Löw, 50 ans ; en poste depuis juillet 2006 ; poste précédent : sélectionneur adjoint ; finaliste de l’Euro 2008 COMMENT ELLE S’EST QUALIFIÉE 1re du groupe 4, zone Europe LES JOUEURS À SUIVRE René Adler 25 ans, Bayer Leverkusen, Philipp Lahm 26 ans, Bayern Munich, Thomas Hitzlsperger 27 ans, Lazio Rome (Italie), Bastian Schweinsteiger 25 ans, Bayern Munich, Michael Ballack 33 ans, Chelsea (Angleterre), Lukas Podolski 24 ans, FC Cologne, Miroslav Klose 31 ans, Bayern Munich.

L

a Coupe du monde débute bientôt, et l’Allemagne n’est pas au mieux. Le contrat de son sélectionneur Joachim Löw, aux prétentions salariales jugées inacceptables par la fédération allemande, n’a pas été renouvelé, alors que cette dernière souhaite paradoxalement le conserver. Cette situation ubuesque est venue assombrir un tableau déjà noirci par le suicide en novembre 2009 de Robert Enke, le gardien de but de Hanovre et de la sélection. Le 3 mars dernier, en s’inclinant face à l’Argentine (0-1) à Munich lors du premier de ses quatre matche de préparation, l’Allemagne n’a pas vraiment rassuré ses supporters. Löw a donné l’impression de chercher la bonne formule, même s’il a définitivement intronisé René Adler au poste de gardien. Le sélectionneur allemand a des problèmes dans presque toutes les lignes. En défense, où aucun latéral ne s’impose vraiment et où Löw cherche le complément idéal de Mertesacker dans l’axe. Au milieu, dans un secteur défensif où Frings, mis à l’écart, n’a pas été remplacé, mais aussi dans le couloir droit. Ces lacunes sont nettement apparues face aux Ar-

MAURIZIO GAMBARINI/EPA

PALMARÈS

gentins, après un parcours qualificatif pourtant brillamment bouclé (huit victoires, deux nuls et aucune défaite). Mais l’Allemagne, triple championne du monde et d’Europe, sait le plus souvent surmonter ses difficultés. Elle ne joue pas toujours très bien, ses matchs amicaux ne sont pas souvent emballants, mais c’est une grande compétitrice. En seize participations (elle était absente en 1930 et 1950), la Nationalmannschaft a toujours franchi le premier tour, sauf en 1938. En Afrique du Sud, même si le groupe D est farci de pièges, on l’imagine mal rentrer à Berlin dès le 24 juin. ● A.B.

LES AUTRES ÉQUIPES AUSTRALIE Huitièmes de finaliste en 2006, les Socceroos, qui ont rejoint depuis la Confédération asiatique, ont décroché sans grosse difficulté leur troisième qualification pour une Coupe du monde. Le sélectionneur (néerlandais) Pim Verbeek s’appuie sur la diaspora, notamment Schwarzer, Chipperfield, Neill, Kewell et Cahill.

SERBIE La Serbie dispose d’un arsenal offensif intéressant avec Stankovic, Pantelic et Zigic. Très bons techniciens, ses footballeurs ont parfois du mal à supporter la pression des grands événements. La dernière apparition de la Serbie (encore unie au Monténégro) en 2006 s’était soldée par un fiasco retentissant. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


100 GUIDE DU MONDIAL GROUPE E CALENDRIER DES MATCHS 14 JUIN À BLOEMFONTEIN JAPON CAMEROUN

COMMENT IL S’EST QUALIFIÉ 1 du groupe A, zone Afrique er

LES 23 JOUEURS POSSIBLES GARDIENS Idriss Carlos Kameni, 26 ans, Espanyol de Barcelone (Espagne) Hamidou Souleymanou, 36 ans, Kayserispor (Turquie) Guy-Roland Ndy Assembe, 24 ans, Valenciennes (France) DÉFENSEURS Rigobert Song, 33 ans, Trabzonspor (Turquie) Geremi Njitap, 31 ans, Ankaragükü (Turquie) Henri Bedimo, 25 ans, Lens (France) André Stéphane Bikey, 25 ans, Burnley (Angleterre) Benoît Assou-Ekotto, 26 ans, Tottenham (Angleterre) Aurélien Chedjou, 24 ans, Lille (France) Nicolas Nkoulou, 20 ans, Monaco (France) MILIEUX DE TERRAIN Alexandre Song, 22 ans, Arsenal (Angleterre) Jean II Makoun, 26 ans, Lyon (France) Stéphane Mbia, 23 ans, Marseille (France) Georges Mandjeck, 21 ans, Kaiserslautern (Allemagne) Joël Matip, 18 ans, Schalke 04 (Allemagne) Enoh Eyong, 24 ans, Ajax Amsterdam (Pays-Bas) Landry Nguemo, 24 ans, Celtic Glasgow (Ecosse) Achille Emana, 27 ans, Betis Séville (Espagne) Somen Tchoyi, 27 ans, Salzbourg (Autriche) ATTAQUANTS Paul Alo’o Efoulou, 26 ans, Nancy (France) Achille Webo, 28 ans, Majorque (Espagne) Mohammadou Idrissou, 30 ans, Fribourg (Allemagne) Samuel Eto’o, 29 ans, Inter Milan (Italie)

19 JUIN À PRETORIA CAMEROUNDANEMARK

24 JUIN À RUSTENBURG DANEMARK JAPON

24 JUIN AU CAP CAMEROUN PAYS-BAS

Cameroun

PALMARÈS COUPE DU MONDE 6 participations : 1982, 1990, 1994, 1998, 2002 et 2010 ; 1990 : quart de finale COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS 1984, 1988, 2000 et 2002 : vainqueur JEUX OLYMPIQUES 2000 médaille d’or

19 JUIN À DURBAN PAYS-BAS JAPON

La machine à remonter le temps

Q

UART DE FINALISTE de la Coupe du monde 1990, le Cameroun n’a plus retrouvé depuis vingt ans le souff le de l’épopée héroïque de la bande de Roger Milla. Après le raté de 2006, les Lions Indomptables reviennent sur la scène mondiale en portant l’espoir de tout un peuple : atteindre le dernier carré. Mais ils arrivent en Afrique du Sud avec une équipe vieillissante, autour de l’étoile Samuel Eto’o, chargée des doutes nés d’une CAN angolaise manquée. Tous les Camerounais se souviennent de ce qu’ils faisaient en juin 1990. L’envol d’Omam-Biyick contre l’Argentine, les doublés de Milla contre la Roumanie et la Colombie, l’ivresse de mener 2-1 contre l’Angleterre à sept minutes de la fin du quart de finale, avant les deux penalties de Lineker qui ont mis fin au rêve. L’équipe de Paul Le Guen est-elle capable de redonner le vertige au Cameroun ? Tout le pays en parle et cherche les nombreuses nuances de « oui » pour répondre à cette question.

SIXIÈME PARTICIPATION À LA COUPE DU MONDE

Sûr de ses forces, notamment celle de l’habitude (c’est sa sixième Coupe du monde), le quadruple champion d’Afrique doit se pencher sur ses faiblesses. L’équipe est moins forte que celle du Mondial italien, même si elle conserve dans ses rangs un joueur de classe mondiale, Samuel Eto’o (Inter Milan), et quelques éléments de haut niveau comme Alexandre Song (Arsenal) et Stéphane Mbia (Marseille).

Alexandre Song.

ALAIN MOUNIC/PRESSESPORTS

14 JUIN À JOHANNESBURG PAYS-BAS DANEMARK

Le problème des Lions Indomptables est synthétisé dans la formule (clin d’œil à l’année de leur première victoire en CAN) « 1984 », comme les quatre joueurs qui cristallisent leurs

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


GROUPE E 101

MILLA DÉFEND LES ANCIENS

Même Eto’o, le capitaine et seule star mondiale de l’équipe, pose problème. Ce n’est pas son niveau qui inquiète, il reste l’un des meilleurs attaquants du monde. Mais il lui est reproché d’engendrer un certain désordre tactique parce qu’il ne joue pas en pointe. C’est pourtant bien en pur numéro 9 qu’on compte sur lui, pour marquer ! Rigobert Song caricature, hélas, de plus en plus le cliché du vieux lion. Il semble fatigué, et l’image de son erreur en finale de la CAN 2008, qui a causé la défaite du Cameroun (0-1), reste attachée à ses rastas. Au cours d’une cérémonie, le ministre des Sports, Michel Zoah, a même demandé qu’on le sorte de l’équipe. Comme « Rigo », Njitap paraît usé, et son erreur sur le deuxième but égyptien en Angola le poursuit comme celle de Song deux ans plus tôt. « Le “1984” n’est pas un problème, martèle Roger Milla, qui avait 38 ans en 1990. Il faut emmener à la Coupe du monde des joueurs expérimentés comme Rigobert Song et Geremi Njitap. Ils ont commis des erreurs, mais qui n’en commet pas dans sa carrière ? Ce sont des piliers de la sélection. » Le Cameroun espère surtout que son « 1984 » lui racontera un futur radieux en Afrique du Sud. ● EMMANUEL BARRANGUET J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

L’ENTRAÎNEUR

PAUL LE GUEN

DIENER/LEENA MANHART

difficultés : le gardien Idriss Carlos Kameni (qui porte le numéro 1), Samuel Eto’o (le 9), et les deux anciens, Geremi Njitap (le 8) et Rigobert Song (le 4). Il ne s’agit pas forcément des points faibles du onze camerounais, mais des quatre sujets sur lesquels le sélectionneur français doit bûcher. Fini l’école des grands gardiens camerounais, brillants sur la ligne, autoritaires avec leur défense et dotés d’une forte personnalité (Nkono, Bell, Songo’o…). Kameni a coulé en quart de finale de la CAN contre l’Égypte (1-3 ap). Coupable sur deux buts des Pharaons, il a terminé la quinzaine sur une prestation catastrophique. Mais ses premiers matchs dans la compétition avaient déjà suscité le doute sur son niveau. Contre l’Italie en amical, en mars (0-0), Paul Le Guen a confié les cages à Hamidou Souleymanou.

ICONSPORT

CAMEROUN | DANEMARK | JAPON | PAYS-BAS

Le Français, 46 ans, est en poste depuis juillet 2009. Entraîneur de Lyon (champion de France 2003, 2004, 2005), des Glasgow Rangers, du PSG (Coupe de la ligue 2008), il fera ses débuts en Coupe du monde.

«Sortons d’abord du groupe»

A

vec cette participation au Mondial en tant qu’entraîneur, réalisez-vous un rêve ?

C’est un vrai plaisir, un privilège de diriger une équipe comme le Cameroun. Avoir participé à sa qualification pour le Mondial 2010 est une fierté. C’est très différent de ce que j’ai connu auparavant. On ne peut pas comparer. L’attachement aux Lions Indomptables est très fort au Cameroun. Le championnat n’est pas aussi puissant que dans d’autres pays mais le Cameroun, lui, s’arrête quand la sélection joue. Quel est votre objectif en Afrique du Sud ? La première ambition, c’est de sortir du groupe. Après, on verra. La phase à élimination directe, c’est très compliqué. Déjà, on revient de très loin. L’équipe s’est qualifiée après des débuts très difficiles dans les éliminatoires. L’attente au pays est plus exigeante encore, mais soyons modestes. Essayons d’abord de sortir de ce difficile groupe E. Comment faites-vous face aux pressions de toutes sortes ? Depuis ma prise de fonctions, j’ai une bonne relation avec le ministre des Sports ainsi qu’avec le président de la fédération. J’ai une totale indépendance dans mes choix. Je suis préservé ; il n’y a aucune tentative d’obstruction. C’est très précieux. ● Propos recueillis par E.B.


102 GUIDE DU MONDIAL GROUPE E

> LES CHANCES DE QUALIFICATION POUR LES HUITIÈMES DE FINALE

PAYS-BAS

CAMEROUN

80 %

50 %

DANEMARK

50 %

JAPON

20 %

LE PRINCIPAL ADVERSAIRE

Pays-Bas

Arjen Robben.

Dans la peau des vainqueurs COUPE DU MONDE 1974 et 1978 : finaliste CHAMPIONNAT D’EUROPE DES NATIONS 1988 : vainqueur SÉLECTIONNEUR Bert Van Marwijk, 57 ans ; en poste depuis 2008 ; vainqueur de la Coupe de l’UEFA (2002) ; vainqueur de la Coupe des Pays-Bas (2008) COMMENT ILS SE SONT QUALIFIÉS 1ers du groupe 9, zone Europe LES JOUEURS À SUIVRE Arjen Robben 26 ans, Bayern Munich (Allemagne), Wesley Sneijder 26 ans, Inter Milan (Italie), Dirk Kuyt 30 ans, Liverpool (Angleterre), Robin Van Persie 26 ans, Arsenal (Angleterre), Mark Van Bommel 33 ans, Bayern Munich (Allemagne)

P

armi les prétendants à la couronne mondiale, les Oranje misent sur un collectif très solide, vainqueur de ses huit matchs de qualification, emmené par deux artistes, Wesley Sneijder (Inter Milan) et Arjen Robben (Bayern Munich). Ces deux pistons animent le jeu d’attaque de leur équipe grâce à leur inventivité et à leur parfaite technique. Les Pays-Bas peuvent toujours espérer que Sneijder ou Robben déverrouillent sur une action de génie, sur un seul geste, une défense fermée à double tour. Les lignes défensives paraissent moins brillantes. Elles n’alignent aucun grand nom, ni dans la surface ni dans la cage gardée par Stekelenburg (Ajax Amsterdam). Mais l’une des fortes personnalités de l’équipe, le récupérateurrelayeur Mark Van Bommel, n’est pas loin de cette zone. Dur sur l’homme, aboyeur, il sait galvaniser les siens. Et défendre est surtout une affaire collective. Justement, le sélectionneur Bert Van Marwijk, qui a succédé à l’ancien grand attaquant Marco Van Basten, a perfectionné une équipe qui avait im-

ICONSPORT

PALMARÈS

pressionné à l’Euro 2008 en gagnant de trois buts contre les deux derniers finalistes de la Coupe du monde, l’Italie (3-0) et la France (4-1). Son jeu a gardé sa redoutable vitesse d’exécution et s’est solidifié à mesure que les victoires sur la route de l’Afrique du Sud renforçaient la confiance du groupe. Forts de cette foi en eux et guidés par leurs deux stars, les PaysBas sont logiquement favoris de ce groupe. Le Cameroun devra sans doute batailler avec les Danois et les Japonais pour un second ticket pour les huitièmes de finale, et n’affrontera les PaysBas qu’au dernier match. ● EMMANUEL BARRANGUET

LES AUTRES ÉQUIPES DANEMARK Avec une équipe homogène qui lui a permis de se sortir aisément d’un groupe où figuraient la Suède et le Portugal, le Danemark pimente son jeu grâce à son trio d’attaque Tomasson (Feyenoord), Rommedahl (Breda) et Bendtner (Arsenal). Il devrait disputer au Cameroun la 2e place du groupe.

JAPON Pour sa quatrième Coupe du monde d’affilée, le Japon peut se prévaloir d’une certaine expérience et s’appuyer sur ses vedettes Nakamura, l’ex-idole du Celtic Glasgow, et Honda, la révélation du CSKA Moscou. Mais l’essentiel de la sélection évolue dans la faible J.League et pourrait manquer de puissance. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


GROUPE G 103 GROUPE G

CÔTE D’IVOIRE | BRÉSIL | CORÉE DU NORD | PORTUGAL

CALENDRIER DES MATCHS 15 JUIN À JOHANNESBURG BRÉSILCORÉE DU NORD

20 JUIN À JOHANNESBURG BRÉSILCÔTE D’IVOIRE

COUPE DU MONDE 2006 : 1er tour COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS 1992 : vainqueur COMMENT ELLE S’EST QUALIFIÉE

LES 23 JOUEURS POSSIBLES

25 JUIN À DURBAN PORTUGALBRÉSIL

Les Éléphants doivent faire leurs preuves

l’Amérique du Sud. Ce ne sera pas une catastrophe si les Ivoiriens ne passent pas le premier tour, puisque le sort a placé sur leur route le Brésil (quintuple champion du monde, grandissime favori du tournoi avec l’Espagne) et le Portugal, qui lui ressemble un peu, et la coriace Corée du Nord. Mais le temps passe, et les Éléphants pourraient un jour finir dans le vaste cimetière de ceux qui n’ont jamais rien gagné alors qu’ils promettaient tant.

UN IMMENSE POTENTIEL

Didier Drogba.

E

t si cette brillante génération devait ne jamais rien gagner ? Et si le destin d’une des meilleures sélections jamais engendrées par l’Afrique se résumait à regarder l’Égypte rafler les titres et les honneurs ? Et si la Côte d’Ivoire, avec ses stars et son potentiel vantés à l’infini, n’était qu’une étoile filante ? La Coupe du monde en Afrique du Sud la placera face à ses responsabilités. Personne ne demande aux Éléphants de la remporter et, comme tous les quatre ans, les sept kilos d’or s’envoleront sans doute vers l’Europe ou

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

Pourtant, l’aventure avait bien com mencé. E n oc to bre 2005, la Côte d’Ivoire s’offrait son premier aller simple pour le rendez-vous mondial, à la faveur d’un succès au Soudan (3-1) et d’un penalty raté à la dernière minute par le Camerounais Pierre Womé contre l’Égypte (1-1) au même moment à Yaoundé. Quatre mois plus tard au Caire, elle atteignait la finale de la CAN 2006 face au pays organisateur, pour finalement s’incliner aux tirs au but. À cette époque pas si lointaine, tous les spécialistes du football international voyaient dans cette formation débordante d’individualités la nouvelle terreur venue d’Afrique. Et tant pis si la Coupe du monde 2006 s’acheva pour elle à la fin du premier tour malgré le succès sur la Serbie-Monténégro (3-2) :

▲ ▲ ▲

GARDIENS Boubacar Barry Copa, 30 ans, Lokeren (Belgique) Aristide Zogbo, 28 ans, Maccabi Netanya (Israël) Vincent Angban, 25 ans, Asec Mimosas DÉFENSEURS Souleymane Bamba, 25 ans, Hibernian Édimbourg (Écosse) Emmanuel Eboué, 26 ans, Arsenal (Angleterre) Guy Demel, 28 ans, Hambourg SV (Allemagne) Siaka Tiéné, 28 ans, Valenciennes (France) Abdoulaye Meïté, 29 ans, West Bromwich Albion (Angleterre) Arthur Boka, 27 ans, VfB Stuttgart (Allemagne) Benjamin Angoua, 23 ans, Valenciennes (France) Kolo Touré, 28 ans, Manchester City (Angleterre) MILIEUX DE TERRAIN Didier Zokora, 29 ans, FC Séville (Espagne) Yaya Touré, 26 ans, FC Barcelone (Espagne) Emerse Faé, 26 ans, Nice (France) Cheik Tioté, 23 ans, FC Twente (Pays-Bas) Koffi Ndri Romaric, 26 ans, FC Séville (Espagne) Gervais Yao Gervinho, 22 ans, Lille (France) Jean-Jacques Gosso, 27 ans, AS Monaco (France) ATTAQUANTS Aruna Dindane, 29 ans, Portsmouth (Angleterre) Didier Drogba, 32 ans, Chelsea (Angleterre) Bakari Koné, 28 ans, Marseille (France) Salomon Kalou, 24 ans, Chelsea (Angleterre) Kader Keita, 28 ans, Galatasaray (Turquie)

25 JUIN À NELSPRUIT CORÉE DU NORDCÔTE D’IVOIRE

Côte d’Ivoire

PALMARÈS

1er du groupe E, zone Afrique

21 JUIN AU CAP PORTUGALCORÉE DU NORD

LMS/ICONSPORT

15 JUIN À PORT ELIZABETH CÔTE D’IVOIREPORTUGAL


104 GUIDE DU MONDIAL GROUPE G

DARKO BANDIC/AP/SIPA

▲ ▲ ▲

les adversaires proposés (PaysBas et Argentine) étaient trop forts pour que les joueurs du Français Henri Michel envisagent de prolonger leur séjour en Allemagne. Mais la CAN 2008, achevée à une quatrième place assez éloignée de ses aspirations, n’a fait que confirmer tout ce que le monde pense de la Côte d’Ivoire. Son potentiel est immense, certains de ses joueurs – Drogba, Eboué, Kalou, Yaya Touré, Koné – évoluent dans des clubs qui font partie du gratin européen, mais l’individualisme semble prendre le dessus sur le collectif. En Angola, lors de la dernière CAN, les lacunes de ce groupe peut-être trop fort pour être uni ont sauté aux yeux. L’équipe ivoirienne a étalé au grand jour son manque de cohésion, et les rumeurs sur une équipe scindée en clans sont trop récurrentes pour n’être pas prises au sérieux. Évidemment, la défaite concédée en quart de finale face à l’Algérie (2-3 après prolongation) a eu des conséquences inévitables pour Vahid Halilhodzic.

L’ENTRAÎNEUR

Le vieux routier

L

e Suédois Sven-Göran Eriksson, 62 ans, ancien sélectionneur de l’Angleterre et du Mexique, a été préféré à une armée de postulants (Philippe Troussier, Bernd Schuster, Guus Hiddink) pour prendre la succession du Bosniaque Vahid Halilhodzic. Jacques Anouma, le président de la fédération ivoirienne, s’est offert pour quelques mois les services d’un vieux routier du football européen. Avec un objectif plutôt modeste, selon la fédération ivoirienne : « une participation honorable » de l’équipe en Afrique du Sud. L’entraîneur scandinave venait juste de quitter son poste de manager général de Notts County, une modeste équipe de quatrième division du championnat d’Angleterre, quand il a été contacté par les dirigeants ivoiriens. Sven-Göran Eriksson s’est surtout forgé une belle réputation dans un certain nombre de clubs européens (IFK Göteborg, Benfica Lisbonne, Sampdoria Gênes, Lazio Rome) avec lesquels il a tout gagné, sauf la Ligue des champions, dont il a tout de même été finaliste en 1990 avec l’équipe lisboète. Premier étranger à diriger la sélection anglaise (2001-2006), Eriksson n’a jamais fait l’unanimité, d’autant plus que ses résultats n’ont pas répondu aux attentes, avec deux éliminations en quart de finale de Coupe du monde, en 2002 et en 2006. Il est resté moins d’un an à la tête du Mexique (juin 2008-avril 2009) à cause de résultats notoirement insuffisants. Le Suédois, qui n’a jamais entraîné d’équipe africaine, A.B. partira quoi qu’il arrive à la fin du Mondial. ●

BPI/PANORAMIC

SVEN-GÖRAN ERIKSSON

NETTOYAGE DU SOL AU PLAFOND

Engagé en mai 2008, le sélectionneur bosniaque avait pourtant qualifié les Éléphants pour la CAN et la Coupe du monde après un parcours impeccable (huit victoires et quatre nuls, avec vingtneuf buts inscrits), et il semblait recueillir l’adhésion des joueurs. Son successeur, le Suédois Sven-Göran Eriksson, nommé fin mars, va devoir nettoyer la maison orange du sol au plafond. Il n’aura eu que quelques semaines pour faire le tour du propriétaire, consulter les (nombreux) cadres qui peuplent l’équipe nationale, s’habituer aux mœurs africaines et à l’omniprésence du politique dans les affaires sportives et donner une nouvelle impulsion à une sélection où rien ne semble facile. Il devra également régler les problèmes d’ego et de clans pour réussir, puisque, comme le disait récemment Didier Drogba, le Ballon d’or africain 2009, figure de proue en sélection comme à Chelsea, « on n’a pas besoin de s’aimer pour y arriver ». Il ne reste plus qu’à le prouver… ● ALEXIS BILLEBAULT J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


GROUPE G 105 >

LES CHANCES DE QUALIFICATION POUR LES HUITIÈMES DE FINALE BRÉSIL

CÔTE D’IVOIRE

80 %

50 %

PORTUGAL

50 %

CORÉE DU NORD

20 %

LE PRINCIPAL ADVERSAIRE

Brésil

Kaká.

Un appétit intact COUPE DU MONDE (5, record) 1958, 1962, 1970, 1994, 2002 : vainqueur 8 COPA AMÉRICA 3 COUPES DES CONFÉDÉRATIONS COMMENT IL S’EST QUALIFIÉ 1er de la zone Amsud LES JOUEURS À SUIVRE Daniel Alves 27 ans, FC Barcelone (Espagne), Lúcio 32 ans, Inter Milan (Italie), Luís Fabiano 29 ans, FC Séville (Espagne), Robinho 25 ans, FC Santos, Nilmar 25 ans, Villarreal (Espagne), Kaká 28 ans, Real Madrid (Espagne), Pato 20 ans, Milan AC (Italie)

L

a mission de reconnaissance en terre sud-africaine s’est achevée par un sans-faute et une ligne de plus à l’impressionnant curriculum vitae de la Seleção. La Coupe des confédérations, répétition générale pour le pays organisateur, est repartie au Brésil, ce qui a un peu plus renforcé son statut quasi permanent de favori. En place depuis juillet 2006, Carlos Dunga, 46 ans, le sélectionneur brésilien, qui a annoncé qu’il ne poursuivrait pas l’aventure au-delà de cette Coupe du monde, n’a pas grand-chose en commun avec certains de ses illustres prédécesseurs, Telê Santana en tête. Dunga était un joueur besogneux, plutôt fruste techniquement. Et depuis qu’il est aux commandes, son équipe joue de manière beaucoup trop frileuse aux yeux de l’opinion publique brésilienne. Bien sûr, l’ancien milieu de terrain de la Fiorentina et de Stuttgart a calmé ses opposants en remportant la Copa América en 2007 et la Coupe des confédérations l’année dernière. Pourtant, Dunga n’a pas hésité à écarter d’abord Ronaldo, puis Ronaldinho, dont la présence en Afrique du Sud, malgré

ANTON DE VILLIERS/SASPA

PALMARÈS

la pression qui pèse sur les épaules du sélectionneur, est loin d’être assurée. Mais malgré l’absence d’au moins l’un de ces deux grands footballeurs, le réservoir dont dispose le sélectionneur brésilien reste suffisant pour lui permettre d’envisager la conquête d’un sixième titre mondial. Il y a Daniel Alves, le très offensif latéral droit du FC Barcelone, bien sûr Robinho et ses sautes d’humeur, et Kaká et sa simplicité technique. Une bonne nouvelle : le Brésil a trouvé avec Luís Fabiano (FC Séville), qui a marqué neuf fois en qualifications et cinq lors de la Coupe des confédérations, le buteur qui lui manquait. ● A.B.

LES AUTRES ÉQUIPES PORTUGAL Les Portugais n’ont toujours rien gagné alors qu’ils disposent d’une des équipes les plus talentueuses d’Europe. Autour de Cristiano Ronaldo, la star, elle a les moyens d’aller loin en Afrique du Sud. Mais sa difficile qualification après barrage a prouvé que le Portugal restait une sélection aussi fragile que douée.

CORÉE DU NORD Quarante-quatre ans après sa seule apparition à ce niveau, la Corée du Nord retrouve le Portugal, qui l’avait sortie en quart de finale du Mondial 1966. Avec quelques joueurs évoluant à l’étranger (Corée du Sud, Russie, Japon), elle a réalisé un parcours étonnant en qualifications en devançant l’Iran et l’Arabie saoudite. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


106 GUIDE DU MONDIAL GROUPE F

ITALIE | NOUVELLE-ZÉLANDE | PARAGUAY | SLOVAQUIE

CALENDRIER DES MATCHS 14 JUIN AU CAP ITALIEPARAGUAY

15 JUIN À RUSTENBURG NOUVELLE-ZÉLANDESLOVAQUIE

LE FAVORI

20 JUIN À BLOEMFONTEIN SLOVAQUIEPARAGUAY

20 JUIN À NELSPRUIT ITALIENOUVELLE-ZÉLANDE

24 JUIN À JOHANNESBURG SLOVAQUIEITALIE

24 JUIN À POLOKWANE PARAGUAYNOUVELLE-ZÉLANDE

Italie

PALMARÈS COUPE DU MONDE 1934, 1938, 1982, 2006 : vainqueur CHAMPIONNAT D’EUROPE DES NATIONS 1968 : Vainqueur SÉLECTIONNEUR Marcello Lippi, 62 ans, en poste depuis 2008 ; sélectionneur de 2004 à 2006 ; palmarès : Coupe du monde 2006, Ligue des champions et Coupe intercontinentale 1996 (Juventus Turin) COMMENT ELLE S’EST QUALIFIÉE 1re du groupe 8, zone Europe LES JOUEURS À SUIVRE Gianluigi Buffon 32 ans, Juventus Turin, Andrea Pirlo 31 ans, Milan AC, Daniele De Rossi 27 ans, AS Roma, Alberto Gilardino 28 ans, Fiorentina

Le champion a pris des rides

À

l’image de son capitaine, Fabio Cannavaro, 36 ans, l’Italie tenante du titre a pris des rides et perdu sa vitesse d’exécution. Mais pas encore son sens de la compétition, qui lui a permis de tenir jusqu’aux tirs au but et de remporter la finale 2006 aux dépens de la France, alors qu’elle était épuisée. Elle se présentera en Afrique du Sud parmi les favoris, mais au second rang, derrière le trio Brésil-EspagneAngleterre, sur la même ligne que les Pays-Bas et l’Argentine. Cette Nazionale ressemble un peu trop à ces grandes équipes trop sûres de leurs forces qui ne se sont pas vues vieillir, comme l’Allemagne en 1998 ou la France en 2002. L’équipe de 2010 est construite autour des champions du monde de 2006 : Gianluigi Buffon, Gianluca Zambrotta, Fabio Cannavaro, Mauro

Camoranesi, Daniele De Rossi, « Rino » Gattuso et Andrea Pirlo sont toujours peu ou prou titulaires. Une expérience irremplaçable, certes, mais le noyau dur a vieilli de quatre ans.

LIPPI RAPPELÉ

La fédération italienne a même rappelé le sélectionneur champion du monde, Marcello Lippi, après un intermède de deux ans de Roberto Donadoni, pour tenter le même coup qu’en 2006. « Il Maestro » avait promis de rajeunir les cadres, mais que la jeune génération l’ait déçu ou qu’il ait oublié sa promesse, le résultat est le même : guère de changement dans les rangs. Giorgio Chiellini a gagné ses galons de seconde moitié de la charnière centrale au côté de l’inamovible Cannavaro, chez les Azzurri comme à la Juventus. Le Florentin Riccardo Montolivo ou

LES AUTRES ÉQUIPES PARAGUAY Avec leur quatrième participation de suite, les Guaranis sont des habitués. Ils se sont brillamment qualifiés dans un groupe Amsud où ils n’ont jamais tremblé. Solide en défense, le Paraguay a un bon attaquant, Valdez, et fait figure de favori derrière l’Italie pour le second billet.

NOUVELLE-ZÉLANDE Sans doute la plus faible équipe du plateau. La sélection néo-zélandaise survole la zone Océanie depuis que l’Australie a rejoint la Confédération asiatique, et doit à un barrage victorieux contre Bahreïn sa présence au Mondial, vingt-huit ans après sa première apparition, en 1982.

SLOVAQUIE Pour sa première participation, la Slovaquie possède une équipe assez solide pour inquiéter le Paraguay et l’Italie. Même si elle n’aligne que deux stars, Hamsik, le meneur de jeu du Napoli, et Skrtel, l’intraitable défenseur central de Liverpool, elle peut se mêler à la lutte pour la qualification. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


UWE SPECK/WITTERS/PRESSE SPORTS

GROUPES F-H 107 d’un joueur, ce n’est pas seulement l’âge ou la technique, il y a l’enthousiasme, l’expérience, le charisme, la sagesse, l’habitude des rencontres internationales. Il s’agit d’un mois et de 7 matchs au maximum. On n’a pas besoin d’avoir forcément des joueurs de 24 ans. »

PAS DE JEUNES

Gianluigi Buffon.

Giuseppe Rossi alias « l’Américain » (il a grandi dans le New Jersey) ont marqué quelques points, mais les anciennes gloires de 2006 tiennent toujours la baraque. Davide Santon (19 ans), le latéral de l’Inter, n’a pas confirmé les espoirs placés en lui. En attaque, personne ne s’est détaché pour reprendre le rôle ingrat de pointe tenu par Luca Toni au dernier Mondial. Antonio Di

Natale (Udinese), Fabio Quagliarella (Naples), Marco Borriello (AC Milan), Giampaolo Pazzini (Sampdoria) ou Alberto Gilardino (Fiorentina) ont tous réussi des choses, mais aucun ne s’est imposé. « Si je devais faire toute une saison avec cette équipe, je ferais probablement d’autres choix, explique Marcello Lippi. Mais pour un mois, ce n’est pas un problème. La qualité

GROUPE H

La Coupe des confédérations, en juin 2009, devait servir de banc d’essai, mais Lippi n’en a guère profité pour aligner des jeunes. Et la Nazionale a lamentablement été éliminée dès le premier tour après un sec 3-0 contre le Brésil, même si c’était il y a un an, et si, comme se consolait Cannavaro, « ce n’était que la Coupe des confédérations ». Mais son art subtil de la tactique et sa science des grands événements peuvent permettre à l’Italie de contrer n’importe quelle équipe, jusqu’à la finale. Elle ouvre son tournoi contre le Paraguay, a priori son adversaire le plus relevé dans le groupe. De quoi se motiver. Car là, c’est la Coupe du monde. ● E.B.

CHILI | ESPAGNE | HONDURAS | SUISSE

CALENDRIER DES MATCHS 16 JUIN À DURBAN ESPAGNESUISSE

LE FAVORI

16 JUIN À NELSPRUIT HONDURASCHILI

21 JUIN À JOHANNESBURG ESPAGNEHONDURAS

21 JUIN À PORT ELIZABETH CHILISUISSE

25 JUIN À BLOEMFONTEIN SUISSEHONDURAS

25 JUIN À PRETORIA CHILIESPAGNE

Espagne

Maintenant ou jamais

P

arfois, le football s’est laissé abuser par le froid réalisme de ceux qui ont écrit son histoire. La mémoire collective se souvient encore du nom de ces équipes devenues reines d’un continent ou du monde, mais aussi de la façon dont elles y sont parvenues. Il y eut la RFA de 1974, l’Italie de 1982, l’Argentine de 1986 et l’Italie (encore) de 2006, avec sa victoire mondiale sans éclat ni émotion, succès de l’efficacité à

tout prix. Il y eut aussi la Grèce, championne d’Europe en 2004 après qu’elle eut réinventé le marquage individuel. Depuis 2008, le Vieux Continent a une nouvelle référence. C’est l’Espagne. Et à la Bourse des valeurs, la Roja a tout pour s’installer sur le toit du monde en juillet prochain. Pour elle, ce serait une première. Pour ceux qui aiment le beau jeu, son couronnement serait la plus belle des

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

publicités. L’Espagne a montré qu’il était possible de (très) bien jouer et de gagner. Depuis la Coupe du monde 2006 et son élimination en huitième de finale par la France (1-3), elle a disputé 51 matches, en a gagné 43, fait quatre fois match nul et ne s’est inclinée qu’à quatre reprises, dont une seule fois (0-2 contre les ÉtatsUnis en demi-finale de la Coupe des confédérations 2009) après son sacre européen, en 2008 à Vienne.


108 GUIDE DU MONDIAL PALMARÈS COUPE DU MONDE 12 participations ; 1950 : 4e 1934, 1986, 1994, 2002 : quarts de finale CHAMPIONNAT D’EUROPE DES NATIONS 1964 et 2008 : vainqueur SÉLECTIONNEUR Vicente del Bosque, 59 ans, en poste depuis juillet 2008 ; poste précédent : Besiktas (Turquie)

Ces statistiques impressionnantes s’accompagnent d’un constant souci d’esthétisme. Vicente del Bosque, qui a remplacé Luis Aragonés après la conquête du deuxième titre européen de l’Espagne (le premier remontait à 1964), n’a rien changé à la philosophie de son prédécesseur. L’Espagne est une équipe qui base son jeu sur la possession du ballon, lequel doit circuler le

COMMENT ELLE S’EST QUALIFIÉE 1re du groupe 5, zone Europe LES JOUEURS À SUIVRE

L’UN DES PLUS SÉRIEUX CANDIDATS

Pour faire fonctionner un tel système, Del Bosque peut s’appuyer sur des joueurs qui ont pris l’habitude d’évoluer ensemble dans les sélections de jeunes, où la ligne est la même. L’Espagne dispose avec Iniesta, Fàbregas, Silva et Xabi Alonso d’un des milieux de terrain les plus complémentaires du monde. Et la paire d’attaquants formée par Fernando Torres et David Villa pèse à elle seule 65 buts en 140 sélections. La qualité technique des champions d’Europe se retrouve également en défense, notamment avec ses deux latéraux Sergio Ramos et Joan Capdevila, capables de se transformer en ailiers voire en buteurs. L’équipe espagnole est logiquement considérée comme l’une des plus sérieuses candidates au titre suprême en Afrique du Sud. Même si la Coupe du monde a rarement été son terrain d’expression favori : en douze participations, elle s’est classée quatrième en 1950 et n’a plus jamais dépassé les quarts de finale. Son heure est peut-être arrivée. ● AGENZIA ALDO LIVERANI SAS

Iker Casillas 28 ans, Real Madrid, Sergio Ramos 24 ans, Real Madrid, Andrés Iniesta 25 ans, FC Barcelone, Xavi Hernández 30 ans, FC Barcelone, Xabi Alonso 28 ans, Real Madrid, Cesc Fàbregas 22 ans, Arsenal (Angleterre), Fernando Torres 26 ans, Liverpool (Angleterre), David Villa 28 ans, Valence

Fernando Torres.

plus rapidement possible et de préférence vers l’avant.

ALEXIS BILLEBAULT

LES AUTRES ÉQUIPES SUISSE Entraînée par l’Allemand Ottmar Hitzfeld, la Suisse peut raisonnablement viser une qualification pour les huitièmes de finale. Cette sélection, qui compte dans ses rangs des joueurs d’origine africaine (Nkufo, Fernandes), espère pouvoir récupérer à temps son buteur Frei, qui s’est fracturé le bras droit en février.

HONDURAS Ce petit pays d’Amérique centrale revient sur la scène mondiale vingt-huit ans après sa première et unique apparition. En Espagne, en 1982, il avait récolté deux points, dont un face au pays organisateur. Entraîné par le Colombien Reinaldo Rueda, le Honduras va tenter de refaire parler de lui en Afrique du Sud.

CHILI Réputé pour son football offensif, le Chili de l’Argentin Marcelo Bielsa a fait bonne impression lors des éliminatoires, terminées à la deuxième place. Emmenée par ses attaquants González (CSKA Moscou) et Suazo (Saragosse), le Chili sera le principal adversaire de la Suisse pour le second billet. J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


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110 GUIDE DU MONDIAL NADIR BELHADJ 27 ANS, ALGÉRIE

La sélection de rêve de « Jeune Afrique » Imaginer poste par poste la sélection idéale des 23 meilleurs joueurs africains (avec trois gardiens de but) parmi plusieurs dizaines de ESSAM EL-HADARY noms, qu’ils soient qualifiés 37 ANS, ÉGYPTE ou non pour la Coupe du Le gardien monde 2010 : c’est le défi d’Ismaily est devenu lancé par jeuneafrique.com, cet hiver que ses internautes fans de champion d’Afrique football ont parfaitement pour la troirelevé. Grâce à leur travail, sième fois consécution peut former deux belles GARDIEN ve avec les Ismaily SC équipes. Celle des titulaires, Pharaons. El-Hadary, conduite par l’Ivoirien Didier qui est considéré comme Drogba et le Camerounais le meilleur gardien du continent, n’aura effectué Samuel Eto’o, et celle des qu’un bref séjour en Europe, dans le club suisse de remplaçants, qui a aussi Sion (2008-2009). Cette fière allure, emmenée par le saison, il est en course pour une qualification en Togolais Emmanuel Adebayor Coupe de la CAF avec son et le Marocain Marouane club. Chamakh. Ces deux peuvent REMPLAÇANTS : se consoler ainsi de n’avoir FAWZI CHAOUCHI e pu se qualifier pour cette 19 | Algérie | ES Sétif Coupe du monde, la première RICHARD KINGSON sur le sol africain. Si vous | Ghana | Wigan Athletic n’êtes pas d’accord avec ces choix, vous pouvez toujours voter pour vos favoris sur www.jeuneafrique.com/concours/enquete-africa-all-stars

Heureux en sélection, malheureux en club. Si tout va bien avec l’Algérie – même s’il s’est fait remarquer en se faisant DÉFENSEUR expulser face à l’Égypte Portsmouth (0-4) en demi-finale de la CAN –, Belhadj vit une saison noire avec son club de Portsmouth, criblé de dettes et dernier relégable de la Premier League. Où il joue peu… REMPLAÇANT : EMMANUEL MBOLA | Zambie | Pyunik Erevan

JOHN MENSAH 27 ANS, GHANA

Blessé, le défenseur de Sunderland n’a pas participé à la CAN 2010. L’ancien joueur de Rennes et Lyon n’a pas beaucoup DÉFENSEUR joué avec son club cette Sunderland saison. Puissant et fragile à la fois, John Mensah disputera en Afrique du Sud sa deuxième phase finale de Coupe du monde. REMPLAÇANT : WAEL GOMAA | Égypte | Al-Ahly

MADJID BOUGHERRA 27 ANS, ALGÉRIE

Bougherra est en train de vivre sa plus belle saison de footballeur. Qualifié pour la Coupe du monde et quatrième de la CAN, DÉFENSEUR l’Algérien est devenu pour Glasgow Rangers la deuxième année consécutive champion d’Écosse avec les Glasgow Rangers. Il a également été élu meilleur joueur algérien en 2009 et Rabah Saadane a fait de lui un des patrons de sa sélection. REMPLAÇANT : EMMANUEL EBOUÉ | Côte d’Ivoire | Arsenal

MICHAEL BASSIR 25 ANS, MAROC

Le Maroc ne s’est qualifié ni pour la CAN ni pour la Coupe du monde. Et avec son club, Michael Bassir a vécu une saison contrasDÉFENSEUR tée. Titulaire indiscutable, Nancy l’international marocain a souvent été perturbé par des blessures. Mais Éric Gerets, le nouveau sélectionneur des Lions de l’Atlas comptera sans doute beaucoup sur lui. REMPLAÇANT : SAMUEL INKOOM | Ghana | FC Bâle J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


111 JOHN OBI MIKEL

23 ANS, NIGERIA

Grand et puissant, le jeune Nigérian n’est pas un titulaire indiscutable aux yeux de Carlo Ancelotti, son entraîneur à Chelsea, MILIEU où la concurrence est impiChelsea toyable. Lars Lagerbäck, le nouveau sélectionneur du Nigeria devrait en revanche beaucoup s’appuyer sur lui en Afrique du Sud, en en faisant le meneur de son milieu de terrain. REMPLAÇANT : SULLEY MUNTARI | Ghana | Inter Milan

SAMUEL ETO’O

29 ANS, CAMEROUN

SEYDOU KEITA 30 ANS, MALI

De plus en plus souvent titulaire à Barcelone, le Malien pourrait prolonger son séjour dans le club catalan. Guardiola apprécie MILIEU ce joueur discret et traFC Barcelone vailleur. Avec le Mali d’Alain Giresse, Keita va tenter de faire oublier une CAN 2010 achevée dès le premier tour en se qualifiant pour l’édition 2012. REMPLAÇANT :

En passant de Barcelone à L’Inter Milan, Eto’o a amélioré son pouvoir d’achat, mais ses statistiques sont en baisse. Le Camerounais joue ATTAQUANT dans un système nettement Inter Milan moins offensif qu’en Espagne, et cela se ressent. Avec sa sélection, Eto’o disputera sa troisième phase finale de Coupe du monde en Afrique du Sud. Et il n’a jamais dépassé le premier tour… REMPLAÇANT : MAROUANE CHAMAKH | Maroc | Bordeaux

AHMED HASSAN | Égypte | Al-Ahly

YAYA TOURÉ

27 ANS, CÔTE D’IVOIRE En 2009, Yaya Touré a tout remporté avec le FC Barcelone, le meilleur club du monde. Joueur important du système Guardiola en CaMILIEU talogne, le milieu de terrain FC Barcelone ivoirien espère conquérir d’autres titres cette saison. Afin d’oublier une CAN décevante et mieux préparer une Coupe du monde où la Côte d’Ivoire aura beaucoup à se faire pardonner.

DIDIER DROGBA

32 ANS, CÔTE D’IVOIRE

REMPLAÇANT :

En vieillissant, l’Ivoirien semble se bonifier. Actuel deuxième meilleur buteur de la Premier League, il peut devenir champion d’Angleterre ATTAQUANT cette saison avec Chelsea. Chelsea Son nom circule du côté du Milan AC, qui souhaite le faire venir depuis quatre ans. Mais en sélection, la réalité est moins idyllique, après une CAN ratée.

ALEXANDRE SONG | Cameroun | Arsenal

REMPLAÇANT : EMMANUEL ADEBAYOR | Togo | Manchester City

MICHAEL ESSIEN

27 ANS, GHANA

À l’heure qu’il est, personne n’est capable de dire si le milieu de terrain ghanéen pourra disputer la Coupe du monde. Blessé depuis le MILIEU mois de décembre au geChelsea nou, Essien n’a quasiment pas joué depuis. Lui-même s’avoue pessimiste. Son absence serait un coup dur pour le Ghana. REMPLAÇANT : KARIM ZIANI | Algérie | VfL Wolfsburg J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

PHOTOS : ICON SPORT/REUTERS/AFP


ABONNEZ-VOUS ÉCONOMIE Pourquoi l’Afrique va se relancer

ALGÉRIE Que sont devenus les repentis ?

CAN 2010 Cinq mondialistes au banc d’essai

12 FOCUS

FOCUS 13

www.jeuneafrique.com

MAROC La réforme qui vient du Sud

26

Objectif : éviter que des matières fissiles tombent dans les mains de terroristes.

JIM WATSON/AFP

NUCLÉAIRE OBAMA, OU LA DIPLOMATIE DE LʼAUDACE

l’unique superpuissance. Pas un mot rante sites dans le monde – de quoi sur le déclin de l’Amérique ou sur fabriquer 100 000 bombes et détruire l’émergence d’un monde multipolaire. l’humanité plusieurs fois. Le principal Oubliées, les critiques qui pleuvaient défi, a répété Obama, consiste à metsur Obama avant l’adoption de la réfortre ces dangereux composants hors de me du système de santé. Il n’est plus portée des terroristes, et d’Al-Qaïda en faible ou inefficace : il est l’homme le particulier. plus puissant de la planète, et la soluMais en réalité, c’est deux par deux, tion à tous ses problèmes. et à huis clos, que l’on a abordé les Aux yeux de tous, la conférence a questions essentielles. Obama a solmarqué un progrès significatif vers licité le soutien du président chinois un monde débarrassé de l’arme Hu Jintao pour imposer des sanctions nucléaire, un objectif qu’Obama avait à l’Iran. Il a discuté, séparément, avec défendu dans un discours fondateur Manmohan Singh, le Premier ministre prononcé à Prague, il y a un an. Avant indien, et avec Asif Ali Zardari, le prél’ouverture du sommet, Washington sident pakistanais, car le règlement du a annoncé un changement majeur de conflit afghan dépend de la paix entre stratégie. Rendue publique le 6 avril ces deux pays. 2010, cette nouvelle doctrine stipule que « les États-Unis ne recourront pas NETANYAHOU? ABSENT! à l’arme nucléaire et ne menaceront Obama a également rencontré pas de l’utiliser contre les États qui Nursultan Nazarbaïev, le président du n’en sont pas dotés et qui, signataires Kazakhstan, qui lui a confirmé qu’il du traité de Non-Prolifération [TNP], se autorisait l’aviation américaine à survoler le territoire kazakh pour rejoindre montrent respectueux de ses règles. » Le « rôle fondamental » de l’arsenal la base de Bagram, en Afghanistan. Il s’est aussi entretenu avec Viktor nucléaire américain est de dissuader, non d’agresser, est-il précisé. Ianoukovitch, le président ukrainien, qui a promis d’éliminer, d’ici à 2012, les Même une attaque chimique ou bactériologique contre les États-Unis stocks d’uranium enrichi hérités de la ou leurs alliés ne déclenchera pas de guerre froide. Et il a reçu de nombreux riposte nucléaire, mais « une réponse autres dirigeants, y compris le roi militaire conventionTout au long de l’année, QU’AVEZ-VOUS FAIT DE VOS 50 ANS ? L’ENQUÊTE nelle dévastatrice », affirme Robert Gates, le secrétaire à la Défense. Les États-Unis se sont é gale me n t e n ga g é s à ne pas développer À Washington, le 12 avril. d’ogives nucléaires de nouvelle génération. Abdallah de Jordanie, ce qui montre PATRICK SEALE sa détermination à résoudre le conflit En se fixant ces limites, les ÉtatsUnis espèrent montrer l’exemple et israélo-palestinien. uels qu’en soient les Benyamin Netanyahou a, lui, choisi persuader les puissances qui n’ont résultats immédiats, pas la bombe atomique de renoncer à de ne pas participer à ce sommet. le Sommet sur la sécuL’antipathie que le Premier ministre l’acquérir. Le seul bémol, c’est qu’ils ne rité nucléaire qui s’est s’interdisent pas de faire des entorses israélien éprouve pour Obama, et que tenu à Washington les à la règle. « Notre message en direccelui-ci lui rend bien, a pu jouer dans 12 et 13 avril a sans tion de l’Iran et de la Corée du Nord est cette décision. Peut-être a-t-il craint conteste renforcé le prestige des Étatsclair, explique Gates. Si vous ne jouez de subir le même affront que lors – et celui du président Obama. pas le jeu, si vous contribuez à la prolide sa visite à Washington, quelques DepuisUnis lʼindépendance, en 1960, les présidents Senghor, Diouf et Wade ont su construire On se souviendra de cette réunion de fération, alors nous nous autoriserons semaines auparavant, lorsque Obama un Étatquarante-sept et mener un véritable leurtous pays. Lesde styles et la n’avait conception chefs d’État et deprojet gou- pour à employer les types réponses pas souridu unepouvoir seule fois pour vernement comme du plus grand est ras- mitigé, à notre mais disposition. Indigné, l’Iran a les photographes diffèrent, le bilan économique tous»trois ont préservé lʼessentielet: qu’aucune la paix, confésemblement de dirigeants mondiaux répliqué en accusant les États-Unis de rence de presse commune n’avait été la stabilité la démocratie. depuisetque Franklin D. Roosevelt a se livrer à un « chantage nucléaire » et prévue. convoqué ses pairs à San Francisco, Surtout, Netanyahou a voulu évia annoncé qu’il déposerait une plainte en 1945, pour créer l’Organisation des officielle auprès des Nations unies. ter que la communauté internatioFRANÇOIS SOUDAN Nations unies. nale demande des comptes à son L’objectif affiché de la conférence Le message tacite de ce sommet était de sécuriser, d’ici à quatre ans, pays. Israël refuse de signer le TNP peut :se voir avec un est leÉtrange démesure dans un pays le plus ouvert, le plus était leela suivant Barack Obama et decomme se soumettre aux inspections plus de 1500 tonnes d’uranium enrichiparaître regard d’Occidental où toutetou depuis 1960,sur estqua-accessible et le internationale plus profondément leader mondial, les États-Unis:restent de presque, plutonium éparpillées de l’Agence de remake Stalino-nègre acté sous le signe de la mesure. Pas un mondialisé – au sens positif de ce der! ) * 6 ) 0en ' / "bronze, 3 * ) 6 2 - %copie $. 5 +* .# 0 * - & seul 0( / " 8 coup - 1 .1 d’État – une singularité en tropinier critère – parmi les ex-possessions calisée de « L’Ouvrier Afrique de l’Ouest –, une liberté d’exde l’« empire » français, c’est aussi et la Kolkhozienne », pression pionnière, une alternance et avant tout à trois hommes qu’il le cet archétype du réalisme socialiste exemplaire, une élite et un rayonnedoit. Léopold Sédar Senghor le fondaqui régnait il y a un demi-siècle sur le ment uniques en Afrique francophone teur, Abdou Diouf le grand commis et monde soviétisé, de Berlin-Est à Pyonet dans les organisations internationaAbdoulaye Wade l’opposant. Trois prégyang. Cela peut s’admirer aussi avec les, une stabilité politique à l’épreuve sidents, trois modèles politiques, trois les lunettes 3D de celui qui l’a voulu, des tensions sociales, un multiparconceptions, trois exercices, trois facetdessiné et conçu, pas peu fier d’offrir tisme jamais remis en question depuis tes également sénégalaises du pouvoir à son pays pour le cinquantenaire plus de trente ans, un équilibre et une personnel – intellectuel, technocrate de son indépendance cette allégorie maturité en somme qui ont jusqu’ici et populiste. Trois hommes d’État qui d’une Afrique « sortant des entrailles voué à l’échec les pulsions autoritaires chacun à sa manière se sont fait une de la terre », libérée des chaînes de auxquelles, régulièrement, les régicertaine idée du Sénégal, sans jamais « l’obscurantisme » (et du discours de mes en place ont été tentés de sacricéder au vertige de la dictature. Vaille Dakar), symbole monumental conçu fier. Certes, le clientélisme n’a jamais que vaille, la leçon de Dakar mérite pour durer 1 200 ans face aux houles cessé de demeurer au Sénégal le mode toujours d’être entendue, et ce n’est atlantiques du non-retour, résolument de construction politique privilégié, pas une statue, aussi controversée soitelle, qui empêchera les Africains d’en tourné vers le Nord-Ouest, l’Amériet le bilan économique global d’un que et la mondialisation. Le 3 avril, demi-siècle d’indépendance est très être fiers. ■ veille du jour où le Sénégal célébrera loin d’être à la hauteur de son bilan l’anniversaire de son entrée dans la démocratique. communauté des nations, AbdouMais si ce pays a su intégrer le laye Wade inaugurera cet incroyable meilleur de son héritage colonial et monument de la Renaissance dont on préserver la paix civile, au point d’apne sait encore s’il sera considéré dans cinquante ans par les Africains comme la folie d’un chef ou comme l’œuvre d’un visionnaire.

88 LE PLUS ALGÉRIE

Réélu pour un troisième mandat il y a tout juste un an, le président Abdelaziz Bouteflika poursuit sa politique dʼinvestissements publics, soutenue par une large majorité de la classe politique. Mais, sur le front économique et social, les tensions se font jour.

A

CHERIF OUAZANI, envoyé spécial à Alger

bdelaziz Boutef lika et un terrorisme islamiste certes forn’a pas démarré son tement réduit, mais constituant touJ.A. célèbre le demi-siècle de souveraineté à l’indépendance t r o i s des i è m17 e pays m a n ayant d a t accédé jours une menace pour en la 1960. stabilité du sous le s mei l leu r s au s p i c e s . C ’e s t l e moins que l’on puisse dire. Il n’a pu fêter sa brillante victoire à la présidentielle (plus de 90 % des suffrages exprimés) en avril 2009, contraint à un déplacement à Genève pour rencontrer l’équipe médicale d’une clinique où avait été admis en urgence son frère et médecin personnel, Mustapha. Trois mois plus tard, le 5 juillet, il enterre sa mère, Mansouriah Ghezlaoui, au cimetière de Ben Aknoun, loin des caméras et des objectifs des paparazzis.

SÉNÉGAL LA QLEÇON DE DAKAR

! ) * 6 ) 0 ' / " 3 * ) 6 2 - % $ . 5 + * .# 0 * - & 0( / " 8 - 1 .1

◗ Riche en analyses,

enquêtes et reportages

27

pays et entravant les efforts de développement.

ACQUIS ET INQUIÉTUDES

Un tableau bien noir, donc, d’autant plus que l’Algérie sortait d’une décennie – les deux quinquennats d’Abdelaziz Boutef lika – marquée par de nombreuses performances. Qu’on en juge : le produit intérieur brut (PIB) par habitant a été multiplié par trois, passant de 1 380 dollars par an en 1999 à 4 300 dollars en 2009. Sur la même période, le taux de chômage est tombé de 33 % à 10,2 % de la population active, la det te e x tér ieu re est passée de 33 milliards de dollars à moins de 600 millions. Quant aux réserves de change, el les ont at tei nt la somme astronomique de 149 milliards de dollars au 31 décembre 2009. En termes d’investissements publics, les chiffres donnent également le tournis. Le volume des dépenses publiques au cours de la décennie 1999-2009 est évalué à 300 milliards de dollars. On a beau dire que comparaison n’est pas raison, cet effort d’investissement représente néanmoins le triple du montant affecté au plan Marshall (15 milliards de dollars en 1948, soit 100 milliards de dollars actuels). À cette nuance près que le plan Marshall, destiné à la reconstruction de seize pays européens après la Seconde Guerre mondiale, s’étalait sur qua-

Les revendications se sont muées en une succession de jacqueries dans tout le pays. À ces épreuves personnelles s’ajoutait une conjoncture économique catastrophique : crise financière internationale et effondrement des cours du brut, la principale source de revenus du pays. Sans oublier l’enchaînement de « crises diplomatiques » avec l’Égypte, la France ou le Mali (voir p. 92). Le front intérieur n’est pas plus brillant : une inquiétante mutation de la revendication sociale en succession d’émeutes et de jacqueries n’épargnant aucune région du pays, un paysage politique morose, des institutions et une administration ankylosées par les lourdeurs bureaucratiques, une fonction publique en perpétuelle fronde

! ! !

C

Quarante-sept chefs dʼÉtat et de gouvernement ont participé au Sommet sur la sécurité nucléaire, à Washington. Le président américain a saisi lʼoccasion pour aborder en coulisses les questions essentielles : Iran, Moyen-Orient, Afghanistan...

LE PLUS 89

POLITIQUE VIRAGE À GAUCHE

Le chef de l’État, à l’issue de la cérémonie d’ouverture de la nouvelle année académique ique à Sétif, le 12 novembre 2009.

issement ments tre ans, alors que le investissements engagés par Abdelaziz Bouteflika uteflika ne s, sur un une concernent qu’un seul pays, période de dix ans. uoi ni les le « Vous comprenez pourquoi tinépreuves personnelles ni less contin contingences internationales, et encor encore core es, n’enta ’entamoins les difficultés internes, n’enta-

! ) * 6 ) 0 ' / " 3 * ) 6 2 - % $ - 4 - % $ , 5 + * - % 0( / " 8 0 * # 7 0 " - 1 .1

Le monument de la Renaissance africaine, à Dakar, sera inauguré le 3 avril, à la veille des célébrations du cinquantenaire.

meront la détermination du chef de l’État, explique un proche collaborateur du président algérien. Quant aux tensions avec certaines capitales, elles sont gérées avec calme, sang-froid et sérénité. » Candidat à sa réélection, en avril 2009, Abdelaziz Bouteflika avait

promis à ses concitoyens de maintenir le rythme des investissements publics, c’est-à-dire 30 milliards de dollars par an, sur la période 2010-2014. À l’occasion du 54 e anniversaire de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), le 24 février 2010, le président Bouteflika annonce un program-

me d’investissements de 141 milliards de dollars, dont quatre secteurs se partagent à eux seuls la moitié : l’habitat et l’urbanisme (1 million de logements et une dizaine de nouvelles villes), les ressources hydriques (une vingtaine de barrages à réaliser), les travaux publics et les transports.

! ) * 6 ) 0 ' / " 3 * ) 6 2 - % $ - 4 - % $ , 5 + * - % 0( / " 8 0 * # 7 0 " - 1 .1

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GUIDE DU MONDIAL 113

JUST FONTAINE

« Heureux si mon record était battu ! » Originaire de Marrakech, l’ancien attaquant français a dirigé la sélection marocaine de 1979 à 1981. À 76 ans, il détient toujours le record du nombre de buts marqués dans une Coupe du monde : treize avec la France, en 1958 !

E

nfin une Coupe du monde de football va avoir lieu sur le continent africain ! Je suis fier d’être né en Afrique, à Marrakech. J’ai aidé le Maroc, qui voulait aussi organiser ce prochain Mondial, mais par solidarité africaine, j’espère que cet événement se passera de la meilleure des manières afin que l’Afrique puisse en accueillir une autre dans un futur proche. Avec, pourquoi pas, une victoire d’une sélection africaine. Je crois sincèrement qu’une équipe africaine peut réussir. Physiquement, techniquement et tactiquement, les Africains sont au même niveau que les footballeurs des autres continents. Pour les aider, il serait bon que la Fifa fasse disputer la Coupe d’Afrique des nations les années impaires pour éviter de jouer CAN et Coupe du monde la même année. Je crois que le Cameroun et la Côte d’Ivoire, de superbes équipes, feront une belle carrière en Afrique du Sud. J’espère que le jeu sera agréable, avec beaucoup de buts, et que Samuel Eto’o et Didier Drogba

seront parmi les meilleurs réalisateurs de ce tournoi. Mon record sera-t-il battu ? J’entends cette question depuis cinquante-deux ans. En 1958, le Soulier d’or n’existait pas officiellement. Terminer meilleur buteur de la Coupe du monde, même avec un record, cela rapportait de la notoriété et rien de plus.

DUR PSYCHOLOGIQUEMENT

Lors du match de classement contre l’Allemagne de l’Ouest (6-3), un penalty a été sifflé en notre faveur. Personne ne m’a demandé de le tirer, alors qu’en marquant un cinquième but j’aurais battu le record de mon prédécesseur*, le Hongrois Kocsis, dit Tête d’Or, un joueur de la grande équipe de Hongrie 1954. Cela n’avait aucune importance, et je n’ai même pas pensé à demander à le tirer… Je pense que, psychologiquement, ce sera dur de battre ce record cette année. Même s’il y a un match de plus qu’en 1958, sept au total, pour les quatre demi-finalistes, il faudra marquer en moyenne deux fois par match pour arriver à 14 buts. Si les buteurs commencent à se poser la question, ils se diront “c’est impossible”, car ils y penseront trop et auront trop de pression sur les épaules. Je souhaite bonne chance à tous les compétiteurs. Et si mon record était battu, je féliciterais mon successeur. Cela prouverait que cette Coupe du monde 2010 en Afrique aura été une phase finale offensive. Tous les vrais amoureux du football, dont je fais partie, en seraient heureux. » ●

Just Fontaine porté en triomphe par Yvon Douis, André Lerond et Jean Vincent (de g. à dr.) après ses quatre buts contre les Allemands, le 28 juin 1958, à Göteborg (Suède). J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

AFP

«

* Le 20 juin 1954, à Bâle (Suisse), Sandor Kocsis avait déjà marqué 4 buts en un seul match, également contre la RFA, battue 8-3 au premier tour.

RONDEAU/PRESSESPORTS

T RIBUNE


114

L’AVENIR EN QUESTIONS

Soweto (Afrique du Sud), 23 juin 2009. De jeunes footballeurs à proximité du stade Soccer City de Johannesburg, édifié en 1987 et rénové pour accueillir, avec ses 95 000 places, le match d’ouverture et la finale du Mondial 2010.

116 OÙ VA LE FOOT MAGHRÉBIN?


122 NZOLO, L’ARBITRE QUI SOURIT

125 LES ENTRAÎNEURS AFRICAINS SE REBIFFENT

127 ABDELMAJID CHETALI « Un peu trop d’étrangers »

128 LES NOUVEAUX ACADÉMICIENS

115

YASUYOSHI CHIBA/AFP

120 L’ÉNIGME DES PHARAONS


116 L’AVENIR EN QUESTIONS

Où va le foot

maghrébin?

L’Algérie fête sa troisième qualification pour le Mondial, après vingt-quatre ans d’absence. Mais la Tunisie et le Maroc – quatre participations chacune – resteront à la maison.

L’Algérie est bien seule

L

e football maghrébin, qui a écrit quelques-unes des plus belles pages du football continental (voir « Saga Africa », pp. 44-52), sera représenté par un seul pays à la Coupe du monde 2010. Comme en 2002 et en 2006. Mais cette fois, il ne s’agira pas de la Tunisie, qui a participé aux trois derniers Mondiaux, ni du Maroc, présent en 1994 et en 1998, mais de l’Algérie, qui a quitté la scène en 1986 à l’issue d’un Mondial mexicain très moyen (un point en trois matchs). Les Fennecs, qui avaient raté les CAN 2006 et 2008, étaient donnés pour moribonds il y a encore deux ans. Ils se sont pourtant qualifiés en novembre 2009 pour la troisième fois de leur histoire au terme d’un incroyable mano a mano avec l’Égypte. Seul représentant du football arabe en Afrique du Sud, le onze algérien est une équipe compacte, sans génies ni stars. Une sélection de baroudeurs éparpillés dans les championnats européens et arabes qui fonctionne à l’orgueil. Un groupe de guerriers, comme on les aime au pays des Aurès.

Les Fennecs, ambassadeurs du Maghreb, prêts à assumer leur rôle.

Ce qu’ a réalisé l’entraîneur Rabah Saadane relève de l’exploit. Après avoir vécu des années fastes entre 1982 et 1990, le football algérien avait sombré, à l’image de la nation. Sa résurrection tient du miracle. Mais ce qui interpelle avec les coéquipiers de Karim Ziani, ce sont moins les circonstances de leur qua lif ication que le comportement qu’i l s ont a ffiché au cours de s p r e m ie r s mois de l’année 2010. Les Algériens ont abordé la CAN angolaise avec dilettantisme. Après une préparation bâclée,

ils sont entrés dans le tournoi de la pire des façons, en chutant lourdement contre le Malawi. Ils ont réussi à s’extirper péniblement d’un groupe faible au terme de deux matchs d’un


OÙ VA LE FOOT MAGHRÉBIN ? 117 En 1982, les héros du Mondial espagnol étaient revenus au pays de manière quasi clandestine, et l’équipe avait été obligée d’atterrir sur la base militaire de Boufarik pour ne pas se faire lapider par un peuple versatile. » La passion qui entoure la sélection algérienne est bénéfique, mais jusqu’à un certain point seulement. Illustration contre la Serbie le 3 mars 2010. Le match amical, disputé dans un stade du 5-juillet en fusion, devant 100 000 spectateurs alors que l’enceinte ne pouvait théoriquement en contenir que 70 000, vire au désastre. Tétanisés par l’ambiance, les Fennecs concèdent trois buts. Dans la foulée, pour calmer les esprits et permettre aux joueurs de préparer plus sereinement le Mondial, la fédération a décidé de délocaliser en Italie le dernier match de préparation, prévu le 4 juin contre les Émirats. La pression populaire et les attentes, immenses et irrationnelles, qu’a fait naître cette qualification inespérée, risquent-elles de compromettre les chances des footballeurs maghrébins en juin en Afrique du Sud ?

Rien n’est sûr, mais on peut le craindre. Les joueurs algériens n’ont malheureusement pas le vécu international de leurs adversaires d’un groupe C très relevé. Ils savent que tout autre résultat qu’une qualification pour les huitièmes de finale sera assimilé à un échec. Quel visage montrera l’Algérie? Celui qu’elle a proposé contre la Côte d’Ivoire ou celui qu’elle a montré devant le Malawi? Les Algériens sont capables de tout. Même de battre l’Angleterre et de perdre contre

les Américains et les Slovènes. Le football est heureusement tout sauf une science exacte.

La Tunisie en fin de cycle

L

es Tunisiens sont bien placés pour le savoir. Alors qu’ils avaient pratiquement validé leur billet pour l’Afrique du Sud, les Aigles de Carthage se sont pris les pieds dans le tapis lors de leur ultime match de poule, en perdant contre le Mozambique (1-0), pour le plus grand bonheur des Nigérians en embuscade. Cette élimination sans gloire a coûté son poste au sélectionneur portugais Humberto Coelho. Mais elle marque surtout la fin d’un cycle. L’équipe de Tunisie est entièrement à repenser. Elle manque cruellement de fond de jeu. Ses carences ont longtemps été masquées par sa solidité défensive, son organisation rigoureuse, des individualités talentueuses à la pointe de l’attaque, comme Santos ou Jaziri, et par des patrons comme Badra, Bouazizi ou encore Chedli. Elles sont devenues rédhibitoires depuis le départ à la retraite des héros de la CAN 2004, remportée sur le sol nata l sous la houlette du Français Roger Lemerre. La Tunisie, depuis deux ans, manque cruellement de c a r ac tè r e . Indisponible depuis 2008 après une rupture de s l ig a me nt s croisés, Yassine Chik haoui, le puissant joueur du F C Zu r i c h , plus grand espoir du football tunisien, que certains MOUNIC ALAIN/PRESSES SPORTS

ennui mortel contre le Mali et le pays hôte. Avec un seul but marqué en trois rencontres, un niveau de jeu consternant, et l’absence pour blessure du gardien titulaire, Gaouaoui, le héros du match d’appui contre les Égyptiens à Khartoum, personne ne donnait cher de la peau des Fennecs avant leur quart de finale contre les redoutables Éléphants ivoiriens. Et pourtant, les Algériens, impressionnants de solidarité, ont réussi un match de classe mondiale, revenant deux fois au score, grâce à une superbe frappe de Matmour, puis sur une tête rageuse de Bougherra, dans le temps additionnel, et l’emportant d’un autre coup de tête de Bouazza au début de la prolongation. Exit les stars Drogba, Kalou, Gervinho, Kader Keita… Un exploit sensationnel, avec la finale de la CAN 2010 qui tendait les bras aux Verts. Restait à franchir un dernier obstacle : l’Égypte. Qui s’est avéré infranchissable. Revanchards (et un peu aidés par l’arbitre, ont estimé les Algériens), les Pharaons ont infligé un sévère 4 à 0 aux Fennecs. La compétition africaine s’est mal terminée, mais personne n’a semblé en tenir rigueur aux coéquipiers de Ziani, finalement 4 es de la CAN. Car une idylle est née. Les Algériens sont tombés amoureux de leur équipe, et sont sortis dans les rues par centaines de milliers pour remercier leurs footballeurs de les avoir fait rêver. « C ’est la première fois que des joueu r s a lgériens sont accueillis en vainqueurs malgré la défaite, note A k ram Belkaïd, dans sa “Chronique du blédard” (Le Quot idien d’Oran).


n’hésitent pas à comparer à Zinedine Zidane, a seulement repris à la mimars 2010. Oussama Darragi, le meneur de jeu, possède une bonne vista mais il est encore trop tendre. Les autres nouveaux, plutôt inconstants, n’ont pas confirmé et ne jouent pas à fond. Avec un mental terriblement friable. Le pays, qui a énor mément investi dans le football en organisant deux CAN à dix ans d’intervalle, en 1994 et 2004, possède les meilleures infrastructures sportives du continent avec l’Afrique du Sud. Ses clubs sont puissants, compétitifs, professionnels et prospères. Les fondamentaux sont sains. Le problème est avant tout technique. « La Tunisie pratique un football peureux, calculateur et contre nature, imposé par les convictions tactiques des entraîneurs qui se sont succédé au chevet de l’équipe nationale depuis 1994, et qui tournent le dos aux qualités intrinsèques de nos joueurs, estime Hakim Ben Hammouda, chroniqueur au magazine tunisien Réalités. Voir un match de l’équipe nationale est devenu un calvaire que seul notre nationalisme nous permet encore de supporter. » Faouzi Benzarti, le nouvel entraîneur, confirmé dans ses fonctions malgré une calamiteuse campagne angolaise (zéro victoire, élimination au premier tour), sait ce qu’il lui reste à faire : tout reconstruire et redonner une âme à son équipe.

Le Belge Éric Gerets a succédé à Roger Lemerre, limogé à l’été 2009.

Gerets au secours du Maroc

U

n travail identique attend l’ancien international belge Éric Gerets, 56 ans, successeur du Français Roger Lemerre, limogé en juillet 2009, à la tête d’une sélection marocaine démobilisée. Les Lions de l’Atlas, qui occupaient le 13e rang mondial du classement Fifa en 1998, ont dégringolé à la 70e place et n’ont même pas été capables de se qualifier pour la CAN angolaise. Malgré un important réservoir de talents, et quelques très bons joueurs confirmés comme le Bordelais Chamakh, le Nancéien Ouaddou ou El Hamdaoui, le sociétaire de l’AZ Alkmaar, le football marocain est au fond du trou. La Botola, le championnat national, malade du hooliganisme, ne fait plus recette. L’encadrement de

LES ÉQUIPES DU MAGHREB AU MONDIAL LA TUNISIE ET LE MAROC se sont qualifiés pour quatre phases finales de Coupe du monde, l’Algérie pour trois. Le Maroc a été le premier pays maghrébin qualifié à un Mondial, en 1970 au Mexique, suivi par la Tunisie en 1978 en Argentine, et par l’Algérie en 1982 en Espagne. Il n’y a eu aucun qualifié maghrébin en 1974 et 1990. Pour la première fois, deux équipes du Maghreb, l’Algérie et le Maroc, ont participé ensemble à une Coupe du monde, celle de 1986 au Mexique. Maroc et Tunisie ont fait le voyage en France en 1998, la sélection tunisienne se qualifiant trois fois de suite (1998, 2002 et 2006) avant d’échouer, comme le Maroc, pour la qualification 2010.

LES QUALIFIÉS MAGHRÉBINS DEPUIS 1970 1970 : Maroc 1974 : pas d’équipe maghrébine 1978 : Tunisie 1982 : Algérie 1986 : Algérie et Maroc 1990 : pas d’équipe maghrébine

1994 : Maroc 1998 : Maroc et Tunisie 2002 : Tunisie 2006 : Tunisie 2010 : Algérie

l’équipe nationale part à vau-l’eau. Comme si le Maroc ne s’était jamais remis du limogeage de Badou Zaki, l’entraîneur finaliste malheureux de la CAN 2004. Les Français Henri Michel, puis Roger Lemerre ont été embauchés puis débarqués à prix d’or. Et la sélection, minée par les guerres de clans et les luttes d’influence entre les joueurs évoluant en Europe et ceux qui jouent dans les pays du Golfe, ressemble à un bateau ivre sans gouvernail ni capitaine. En réalité, une dangereuse démobilisation s’est installée à tous les échelons après l’échec en 2004 de la candidature marocaine à l’organisation du Mondial 2010, le quatrième après ceux de 1994, 1998 et 2006. Le pays a perdu six ans. Le roi Mohammed VI, qui a longtemps donné le sentiment de moins s’investir dans le sport que son défunt père, Hassan II, supporter inconditionnel des Lions de l’Atlas et des FAR de Rabat, semble décidé à prendre les choses en main. Il a placé le technocrate Ali Fassi Fihri à la tête de la Fédération royale marocaine de football et insisté pour engager (pour quatre ans) l’ex-entraîneur marseillais. Cela suffira-t-il? Les prochaines éliminatoires de la CAN 2012, qui se déroulera au Gabon et en Guinée équatoriale, mettront aux prises dans le même groupe le Maroc et son grand rival algérien. Elles commenceront début septembre 2010 avec Maroc-Centrafrique et Algérie-Tanzanie. Il n’y a donc vraiment plus de temps à perdre pour remettre l’équipe marocaine sur la bonne voie. ● SAMY GHORBAL

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SEBASTIEN BOUE/PRESSESPORTS

118 L’AVENIR EN QUESTIONS


120 L’AVENIR EN QUESTIONS

L’énigme des

Pharaons Victorieuse de la CAN à sept reprises – un record –, l’Égypte est reine d’Afrique. Mais elle ne parvient pas à exister sur la scène planétaire : seulement deux qualifications pour la phase finale de Coupe du monde en soixante-dix ans. Explication d’un paradoxe.

7 1 6 4 VICTOIRES (record) 1957, 1959, 1986, 1998, 2006, 2008, 2010

FINALE 1962

DEMI-FINALES 1963, 1970, 1974, 1976, 1980, 1984

L

a détresse des Égyptiens, à l’issue du match d’appui des éliminatoires du Mondial 2010, perdu 1-0 contre l’Algérie le 18 novembre 2009 à Khartoum, fut immense. Quelques semaines avant de gagner en Angola leur 7e Coupe d’Afrique des nations, les Pharaons, dominateurs sur leur continent, ont dû en effet renoncer de nouveau à une Coupe du monde à laquelle ils n’ont participé qu’à deux reprises, en 1934 et 1990. Un événement qui leur tenait particulièrement à cœur cette année, car il se déroulera pour la première fois sur le sol africain. Pourtant, le 31 janvier 2010 à Luanda, alors que son équipe venait de battre le Ghana (1-0) pour une troisième CAN d’affilée après les succès de 2006 et 2008, Hassan Shehata, 60 ans, à la tête de la sélection depuis l’automne 2004 et habituellement peu expansif, clamait : « C’est la meilleure équipe d’Égypte de tous les temps, toutes générations confondues. Trois titres de suite, il sera difficile de faire mieux ! » Dans un tel moment d’euphorie, personne n’a osé lui poser la question qui aurait gâché sa joie : comment une sélection qui réussit aussi bien en Afrique peut-elle avoir autant de mal à gagner son billet pour le Mondial ? Un mystère pour beaucoup. L’Égypte a

une recette connue et appréciée : un entraîneur du cru, un système de jeu qui démontre son efficacité sur tous les terrains africains, et la plupart des joueurs locaux comme ossature. Sur les 23 sélectionnés pour l’Angola, seuls Abdul-Zaher Al-Saqqa (Eskisehirspor, Turquie), Hosni Abd Rabo (Al-Ahly, Dubaï) et Mohamed Zidan (Borussia Dortmund, Allemagne) étaient des expatriés. Les autres évoluent dans des équipes égyptiennes, Al-Ahly, Zamalek, ENPPI (le club des pétroliers) et Ismaily. C’est dans les années 1980 que l’Égypte met progressivement en place les éléments d’une politique sportive cohérente. Contrairement au Cameroun avec son armada de « pros » partis en Europe, elle s’appuie sur les joueurs restés au pays pour gagner la CAN en 1986. Les résultats suivent en club, Zamalek et Al-Ahly collectionnant les trophées continentaux. Dans la foulée, les Pharaons, dirigés par l’ancien attaquant Mahmoud alGohary, se qualifieront même pour la Coupe du monde 1990 en éliminant leurs éternels rivaux algériens. Après la victoire de la CAN 1998, avec Al-Gohary de nouveau aux commandes, la période faste coïncide avec le triomphe du club d’Al-Ahly, le plus titré du continent avec 6 victoires en Coupe d’Afrique des champions dont

QUARTS DE FINALES 1994, 1996, 2000, 2002

22

PARTICIPATIONS (record)

4 dans les années 2000. Le début de la gloire pour une génération d’exception, celle d’Ahmed Hassan, Essam alHadary et Mohamed Aboutrika. Malgré son dernier revers mondialiste, le modèle égyptien inspire toujours l’Afrique. Augustin Senghor, le nouveau président de la fédération sénégalaise, n’a pas hésité à citer l’Égypte comme l’exemple à suivre lors de sa prise de fonctions.

EXCÈS DE CONFIANCE

Elle doit néanmoins s’interroger sérieusement sur les raisons de son absence en Afrique du Sud, malgré une poule de qualification largement à sa portée. Le Rwanda et la Zambie ne faisaient peur à personne. Restait l’Algérie, absente de la CAN en 2006 et en 2008 et sans résultats probants en club. Hassan Shehata n’a jamais aimé affronter les équipes maghré-

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L’ÉNIGME DES PHARAONS 121 bines car les joueurs égyptiens ont presque toujours subi la loi de leurs voisins dans des situations similaires, les Tunisiens (en 1974, 1978 et 1998) et les Marocains (en 1982 et 1986). Pour certains, il n’a sans doute pas assez mis en garde ses joueurs avant le choc décisif contre l’Algérie. « Nous avons péché par excès de confiance, estime Magdi Abdelghani, 50 ans, l’ancien capitaine des Pha-

raons, 34 buts en 93 sélections, dont celui contre l’Eire au Mondial 1990. « À Khartoum, avant la rencontre, joueurs, encadrement, médias et supporters étaient tous persuadés de l’emporter », regrette-t-il. Il est incontestable aussi que la nette défaite (1-3) devant les Algériens, en juin dernier dans le chaudron de Blida, avait marqué les esprits égyptiens. Même si elle a été

compensée par une revanche (2-0) presque miraculeuse lors du dernier match des éliminatoires, disputé au Caire dans une ambiance exécrable. Le voyage au Soudan n’aura été qu’un sursis pour les Pharaons. « J’avais été effaré de voir les commentaires dithyrambiques sur cette équipe présentée comme intouchable », affirme le Français Claude Le Roy, qui l’a rencontrée à la CAN 2006 en tant que patron de la sélection congolaise. « Pourtant, j’avais le sentiment que, depuis 2006, c’était une équipe déclinante, vieillissante. Même si les Égyptiens ont globalement mérité la victoire en Angola, les Ghanéens auraient pu gagner la finale. » Pour sa part, Joseph-Antoine Bell, l’ancien gardien du Cameroun, a jugé largement mérité le succès de l’Égypte, qui a trusté cinq postes sur onze dans l’équipe type de l’épreuve.

La victoire en Angola a fait oublier un moment la désillusion du Mondial.

L’ÉGYPTE ET LA COUPE DU MONDE 1930 Invitée. Forfait.

1962 Forfait.

1934 Qualifiée après deux victoires (7-1, 4-1) contre la Palestine sous mandat britannique. Éliminée par la Hongrie (2-4) au tour préliminaire.

1966 Forfait : pas d’équipe africaine.

1938 Non engagée.

1978 Tour préliminaire (4 e phase).

1950 Non engagée. 1954 Tour préliminaire (second tour). 1958 Tour préliminaire (forfait au second tour).

1970 Forfait tour préliminaire. 1974 Tour préliminaire (1re phase).

1982 Tour préliminaire (3e tour). 1986 Tour préliminaire (3e tour). 1990 Qualifiée aux

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dépens de l’Algérie (0-0, 1-0). Dernière de son groupe avec 2 nuls (0-0 avec les Pays-Bas, 1-1 avec l’Eire) et 1 défaite (0-1) face à l’Angleterre. 1998 Tour préliminaire (2e phase). 2002 Tour préliminaire (2e phase). 2006 Tour préliminaire (2e phase). 2010 Éliminée par l’Algérie (0-1) en match d’appui.

ALAIN MOUNIC/PRESSE SPORTS

UNE ÉQUIPE DE TOURNOI?

Dans les années 1970 déjà, les Égyptiens traînaient la réputation d’une équipe talentueuse, mais fragile mentalement. Un autre Français, Gérard Gili, qui a fait un passage éclair à la tête de la sélection égyptienne en 1999-2000, affirme que « la pression mise par les médias tétanise les Pharaons à l’heure de ces matchs à quitte ou double ». Shawki Gharib, le bras droit de Shehata, est plus concret à l’heure du diagnostic: « Il est plus facile pour nous de gérer un tournoi, parce que nous avons 23 joueurs à disposition. Pour un match des éliminatoires de Coupe du monde, on ne peut pas disposer de tous les éléments dont on a besoin. Et le temps manque pour bien préparer ce type de rencontre. » « Quand nous avons un mois avec les joueurs, renchérit Abdelghani, on peut contrôler l’hygiène de vie et se concentrer sur le travail collectif. Ce n’est pas le cas avec ces matchs-là. » L’équipe qui, en Angola, c’est-àdire dans une grande compétition officielle, a battu quatre des pays qualifiés pour le Mondial (Nigeria, Cameroun, Algérie et Ghana) seraitelle donc avant tout une équipe de tournoi ? L’hypothèse, qui ne résout pas le problème, ne rassurera pas des supporters égyptiens rêvant déjà d’aller au Brésil soutenir les Pharaons au Mondial 2014. ● DAVID GIRAUD-N’TENTEMBO


122 L’AVENIR EN QUESTIONS

Nzolo, l’arbitre qui sourit Il passe pour l’un des meilleurs sifflets belges. Pourtant, ce trentenaire d’origine gabonaise devra se contenter de regarder le Mondial à la télévision. Une histoire hors du commun.

n’aura plus jamais l’occasion d’arbitrer lors d’une phase finale en Afrique, à cause du système de rotation des continents. « Quand la Coupe du monde repassera par l’Afrique, j’aurai cessé d’officier depuis longtemps. J’ai 35 ans, et il me reste encore peut-être une petite dizaine d’années à arbitrer. La première Coupe du monde sur le sol africain est arrivée trop tôt pour moi… »

Un arbitre qui aime expliquer ses décisions.

LALMAND - FAHY - KRAKOWSKI/BENELUXPIX/MAXPPP

C

e n’est pas une disgrâce, ni une sanction. Seulement la conséquence du système de classification des arbitres par l’UEFA. Jérôme Efong Nzolo, qui a dirigé le match Slovaquie-San Marin (7-0) comptant pour les éliminatoires du Mondial sud-africain le 6 juin 2009, a beau être l’un des meilleurs « sifflets » belges depuis trois ans, il ne représentera pas son pays en Afrique du Sud. « J’appartiens à la catégorie 3, mais pour espérer être retenu pour une Coupe du monde, il faut être en catégorie Top Class. Il est donc tout à fait logique que ce soit Frank De Bleeckere qui ait été sélectionné pour la Coupe du monde… » Au-delà de cette absence prévisible, Jérôme Efong Nzolo sait qu’il

LE « COLLINA NOIR »

Cet été, il la suivra à la télévision, entre la Belgique et Bitam, au Gabon, où une grande partie de sa famille vit toujours. Originaire de Bikondome, naturalisé belge, il aura peut-être un jour l’occasion d’arbitrer de nouveau en Afrique. Avant son départ pour Charleroi en 1995, il officiait en première division gabonaise et a même dirigé la finale de la Coupe du Gabon devant 40 000 spectateurs. « J’ai commencé à l’âge de 14 ans à la suite d’une blessure, car je ne pouvais plus jouer au football. Si je dois retourner sur le continent pour diriger des matchs, ce ne pourra être qu’à l’occasion d’une phase finale de Coupe d’Afrique des nations. À condition que la Confédération africaine de football demande que des arbitres appartenant à l’UEFA soient retenus, comme cela est déjà arrivé. »

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010


NZOLO, L’ARBITRE QUI SOURIT 123 QUATRE AFRICAINS, MAIS PAS CODJIA

I

ls seront quatre arbitres africains (et huit assistants) à diriger des matchs lors de la Coupe du monde 2010 : l’Algérien Mohamed Benouza, le Malien Koman Coulibaly, le Seychellois Eddy Maillet et le Sud-Africain Jerome Damon. Aucun d’entre eux n’a jamais arbitré en phase finale de Coupe du monde, même si Damon faisait partie des remplaçants en Allemagne il y a quatre ans et a dirigé des rencontres lors de la Coupe des confédérations en 2009. Mais tous possèdent déjà une solide expérience internationale. Benouza, Damon et Maillet ont officié lors de trois CAN, et Coulibaly en a arbitré quatre. Maillet a dirigé l’explosif barrage Algérie-Égypte (1-0) le 18 novembre dernier à Omdurman (Soudan).

diriger un match de première division belge. Il a ensuite poursuivi sa progression dans le monde très fermé des directeurs de jeu. Il a été élu trois fois de suite meilleur arbitre de Belgique par les joueurs eux-mêmes, en 2007, 2008 et 2009. « En juillet 2008, à Chypre, j’ai arbitré mon premier match interna-

A.B.

tional lors d’une rencontre du tour préliminaire de la Ligue des champions, entre Anorthosis Famagouste et Pyunik Erevan (Arménie) », précise Jérôme Nzolo, que l’on surnomme aujourd’hui le Collina Noir*. « Je n’ai pourtant pas son regard, qui faisait reculer les joueurs de trois mètres », s’amuse-t-il.

▲ ▲ ▲

Lui qui était venu avant tout en Belgique pour suivre une formation d’électromécanicien a continué à assouvir sa passion d’arbitre en commençant par les divisions inférieures de la Jupiler League. Le 28 janvier 2006, à l’occasion du match FC Brussels-Lokeren, Nzolo est devenu le premier arbitre noir à

Mais les confrontations entre les deux frères ennemis n’ont pas porté chance au Béninois Coffi Codjia, pourtant présélectionné pour la Coupe du monde 2010 après avoir été retenu en 2002 et 2006. Codjia a en effet payé au prix fort son arbitrage contesté lors de la demi-finale Égypte-Algérie (4-0) de la CAN angolaise. Pressenti pour arbitrer en Afrique du Sud, il a été suspendu par la Confédération africaine de football (CAF) début février, pour une durée indéterminée. Le Marocain Saïd Belqola, qui est décédé en juin 2002, est le seul arbitre africain à avoir dirigé une finale de Coupe du monde (France-Brésil en 1998). ●


124 L’AVENIR EN QUESTIONS ▲ ▲ ▲

En Belgique, sa réputation est faite. Nzolo est un homme de communication qui aime expliquer ses décisions aux joueurs, de préférence avec le sourire. « Quand je suis arrivé en Europe, j’ai compris qu’on n’arbitre pas de la même façon partout, alors que les lois sont les mêmes. Mais je considère qu’il est très important de parler. Les arbitres sont des acteurs du jeu au même titre que les joueurs. Par mon attitude souriante, j’essaie d’avoir de bonnes relations avec eux. Parfois, un sourire peut aider à évacuer le stress et la tension. » Jérôme Efong Nzolo, éducateur social dans le civil – « on s’aperçoit que le football n’est rien par rapport aux drames sociaux de tous les jours » –, s’implique beaucoup pour que l’arbitrage soit mieux perçu, notamment auprès des jeunes. « Je participe à des séminaires et à des conférences pour mieux expliquer notre rôle. Les arbitres professionnels sont aujourd’hui protégés. Mais je suis effaré quand je vais assister à certaines rencontres dans les catégories

lors des compétitions amateurs ou de jeunes. internationales parce Le comportement des « Il faut faire qu’ils viennent de pays parents qui assistent comprendre où les championnats ne aux matchs fait parsont pas très relevés, fois peur. Il faut faire aux gens que s’étonne-t-il. Mais il y comprendre aux gens l’arbitre est a eu et il y a d’excelque l’arbitre est un être un être humain lents arbitres africains humain et qu’en tant qui officient pourtant que tel il peut se tromet qu’en tant toute l’année dans des per. Aujourd’hui, nous que tel il peut championnats guère avons du mal à trouver se tromper. » réputés : le Gabonais de jeunes arbitres, qui Jean-Fidèle Diramba, n’ont pas très envie le Seychellois Eddy d’aller le dimanche se Maillet. En Europe, Lubos Michel œufaire insulter, menacer ou frapper. vre en Slovaquie, qui n’abrite pas le Mais personnellement, l’arbitrage meilleur championnat du continent. m’a servi à forger mon caractère. » Il y a sans doute des progrès à faire au niveau de l’arbitrage en Afrique, mais « IL Y A D’EXCELLENTS c’est le cas partout. On doit toujours ARBITRES AFRICAINS » penser à s’améliorer. » ● Nzolo, qui se veut lucide sur l’arALEXIS BILLEBAULT bitrage – « on doit progresser et savoir accepter la critique, à condition * L’Italien Pierluigi Collina, 50 ans, qu’elle s’adresse à l’arbitre et non à arbitre international de 1995 jusqu’à l’homme » –, s’étonne parfois des allusa retraite sportive en 2005, a reçu en sions faites sur le niveau de ses homojanvier 2010 le titre de meilleur arbitre logues africains. « Il y a des gens qui de l’histoire du football. estiment qu’ils sont parfois dépassés

« Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme...» C PRIXLEVCPTEUR*

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125

Les

entraîneurs africains

se rebiffent Face à la concurrence de plus en plus envahissante des coachs venus d’ailleurs, les techniciens locaux se posent des questions sur leur avenir.

arrivée après la qualification du Nigeria pour le Mondial 2002… Selon la Fifa, Lagerbäck est le 23e étranger à s’asseoir sur le banc nigérian depuis l’Anglais John Finch en 1949.

SHEHATA ET SAADANE EXEMPLAIRES

J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2010

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C’est une réalité africaine. Toutes les sélections ou presque ont été dirigées au moins une fois par un technicien étranger, européen de préférence. Certains y ont trouvé une reconnaissance qu’ils avaient longtemps cherchée dans leur propre pays. D’autres n’ont fait qu’entretenir le mythe peu glorieux d’un mercenariat qui a la vie dure. La mondialisation s’est arrimée depuis longtemps au continent. Combien d’entraîneurs déracinés y ont erré en quête d’un contrat pas forcément juteux, parce que personne ne les attendait chez eux? Le choix du sélectionneur étranger s’impose parfois. Il est même implicitement demandé par les joueurs eux-mêmes, surtout ceux qui évoluent dans les clubs européens. Les entraîneurs africains aimeraient pour leur part que leurs compatriotes, à commencer par les fédérations, manifestent un peu plus de confiance

DARKO BANDIC/AP/SIPA

L

a Coupe d’Afrique des nations qui s’est déroulée en Angola en janvier dernier a renvoyé à la face du monde le reflet d’une situation qui perdure depuis des décennies sans aucune véritable raison de s’inverser. Sur les seize nations qualifiées pour cette CAN 2010, dix étaient entraînées par un technicien non africain. Premier paradoxe notable : les coachs étrangers, recherchés pour leur savoir-faire, ont obtenu de moins bons résultats. Trois des quatre demifinalistes, l’Égypte (victorieuse pour la septième fois, dont les trois dernières à la suite), le Nigeria (3e) et l’Algérie (4e), avaient pour patron un entraîneur local, respectivement Hassan Shehata, Shaibu Amodu et Rabah Saadane. Le Ghana, finaliste malheureux, était dirigé par le Serbe Milovan Rajevac, recruté il y a près de vingt mois. Nouveau paradoxe, un mois après la fin de la CAN angolaise, où son équipe n’avait pas démérité, Amodu (photo), qui avait qualifié son pays pour le Mondial sud-africain à l’automne, a été licencié et remplacé par l’ex-sélectionneur suédois Lars Lagerbäck. Il aurait dû se méfier, car la même chose lui était déjà


126 L’AVENIR EN QUESTIONS ▲ ▲ ▲

à leur égard (voir l’interview de Rabah Madjer, p. 52). L’Ég y ptien Hassan Shehata, 60 ans, trois CAN à son palmarès (2006, 2008 et 2010), comme le Ghanéen « C.K. » Gyamfi (1963, 1965 et 1985) et Rabah Saadane, 64 ans, qui sera au Mondial 2010 le seul Africain à diriger une sélection du continent après avoir déjà conduit l’Algérie au Mexique en 1986, ont prouvé qu’un

entraîneur du cru pouvait réussir. Et ils ne sont pas les seuls dans ce cas. D’Abdelmajid Chetali, qui a qualifié la Tunisie pour sa première Coupe du monde en 1978 (voir interview cicontre), à Luís Oliveira Gonçalves au Mondial 2006 avec l’Angola, en passant par Mekhloufi (Algérie, 1982), Al-Gohary (Égypte, 1990), Blinda (Maroc, 1994), décédé en mars dernier, Souayah (Tunisie), Onigbinde

(Nigeria) et Sono (Afrique du Sud), tous trois en 2002, ils ont tous été mondialistes. Ce n’est pas rien. Leurs qualités et leur parcours peuvent-ils influencer ces dirigeants qui considèrent toujours les entraîneurs étrangers « comme des faiseurs de miracles », selon l’expression de Saadane, et dont la politique est contestée au plus haut niveau du football mondial? ● ALEXIS BILLEBAULT

CES TECHNICIENS QUI AIMENT TANT L’AFRIQUE Westerhof (Pays-Bas), ont été à la hauteur de leur réputation. Mais qui se souvient de Mike Wadsworth, Roald Poulsen, Mircea Radulescu, Eckhard Krautzun ou Antonio Angelillo, sélectionneurs météorites de la RD Congo, de la Zambie, de l’Algérie, de la Tunisie ou du Maroc, repartis sans avoir laissé la moindre trace? Pour leur part, les anciens sélectionneurs français Henri Michel, demi-finaliste du Mondial 1986, et Roger Lemerre, vainqueur de l’Euro 2000, ont marqué les esprits à leur façon. Le premier a dirigé trois sélections africaines en Coupe du monde (Cameroun en 1994, Maroc en 1998 et Côte d’Ivoire en 2006). Le second est le dernier étranger à avoir gagné une CAN, avec la Tunisie en 2004. Le Breton Paul Le Guen a pour sa part déjà tenu un premier pari depuis son arrivée l’été dernier en aidant le Cameroun à se qualifier pour le Mondial 2010. Les deux Suédois Sven-Göran Eriksson et Lars Lagerbäck, les nouveaux patrons de la Côte d’Ivoire et du Nigeria, n’auront pas grand-chose à perdre en Afrique du Sud dans une aventure très rémunératrice de quelques mois. Le Belge Éric Gerets, ex-entraîneur de Marseille, le dernier arrivé, devrait disposer d’un peu plus de temps avec un contrat de quatre ans pour remettre le Maroc sur les rails. Il y a encore de beaux jours pour les spécialistes venus d’ailleurs. ● A.B.

Henri Michel.

Roger Lemerre.

LUTTIAU/PRESSE SPORTS

D

epuis 1934, date de la première apparition (très courte) d’une sélection africaine en phase finale de la Coupe du monde, les entraîneurs étrangers ont la cote. L’Écossais James McRae, alors sélectionneur des Pharaons égyptiens, a inauguré une longue liste. L’absence d’une équipe africaine à ce niveau a duré jusqu’à la qualification du Maroc sous la houlette du Yougoslave Blagoje Vidinic en 1970. Huit ans plus tard, Abdelmajid Chetali, l’enfant de Sousse, a dirigé la Tunisie vers sa première Coupe du monde, en Argentine. C’est avec le Brésilien Mehdi Faria que le Maroc est devenu en 1986 la première équipe du continent à atteindre les huitièmes de finale d’un Mondial. Le Cameroun du Russe Valery Nepomniachi (quarts de finale en 1990), le Nigeria du Néerlandais Clemens Westerhof en 1994 et du Serbe Bora Milutinovic en 1998, deux fois en huitièmes de finale, le Sénégal quart de finaliste avec le Français Bruno Metsu en 2002, et le Ghana dirigé par le Serbe Ratomir Dujkovic en huitièmes également en 2006, ont fait aussi bien ou mieux. Parmi tous les entraîneurs étrangers passés en Afrique, Claude Le Roy (France), Otto Pfister (Allemagne), Philippe Troussier (Côte d’Ivoire), Blagoje Vidinic (Yougoslavie) et Clemens


127

INTERVIEW

A

bdelmajid Chetali, 70 ans, qui a qualifié la Tunisie pour sa première Coupe du monde, en 1978 en Argentine, restera aussi dans l’Histoire comme le premier sélectionneur africain à avoir gagné un match en phase finale (3-1 contre le Mexique). Aujourd’hui consultant télé dans le Golfe, il estime que le problème est plus une question de volonté et de compétences des fédérations que de moyens. JEUNE AFRIQUE: Les équipes africaines sont en majorité dirigée par un sélectionneur étranger. Est-ce un constat qui vous inquiète ? ABDELMAJID CHETALI : C’est une mode. Prenez l’Angleterre, où les quatre principaux clubs sont entraînés par des étrangers. Beaucoup de fédérations croient que la nomination d’un entraîneur venu de l’extérieur va améliorer les résultats. En Afrique, il y a peut-être un peu trop de sélectionneurs étrangers. Vous parlez de mode. Mais en Afrique, l’habitude de recruter des étrangers remonte très loin. La première équipe africaine à participer à une Coupe du monde, l’Égypte, en 1934, était entraînée par l’Écossais James McRae…

(1963, 1965 et 1982), Mahmoud alGohary a qualifié l’Égypte pour la Coupe du monde 1990 et a remporté la CAN en 1998. Vos références ne commencentelles pas à dater un peu? Actuellement, deux sélectionneurs font un excellent travail : Rabah Saadane avec l’Algérie et Hassan Shehata avec l’Égypte. Le premier faisait déjà partie du staff algérien lors de la Coupe du monde 1982 et dirigeait l’équipe en 1986 au Mexique. Il est revenu aux affaires il y a deux ans, et a su s’adapter aux mentalités actuelles des joueurs. À 64 ans, il a refait de l’Algérie une sélection ambitieuse. Shehata n’a rien à envier non plus aux meilleurs entraîneurs européens. L’Égypte vient de gagner sa troisième CAN d’affilée. Cela signifie quelque chose. Le faible pourcentage de sélectionneurs africains ne s’explique-t-il pas en partie par des insuffisances au niveau de la formation des entraîneurs? Non. L’exemple du Ghana, sacré champion du monde des moins de 20 ans en Égypte en octobre 2009, est intéressant. Sellas Tetteh, son sélectionneur, est ghanéen. Mais en Afrique, on ne laisse pas assez de temps aux techniciens pour travailler. C’est avant tout une question de volonté, pas forcément de moyens. Mais aussi de compétences à la tête des fédérations.

« Les sélectionneurs locaux aussi obtiennent d’excellents résultats ! » Depuis l’indépendance des pays africains, beaucoup de fédérations se sont tournées vers les anciennes puissances coloniales afin d’y chercher le sélectionneur qu’elles ne pouvaient pas – ou ne voulaient pas – trouver sur place. Mais si des étrangers ont très bien réussi en Afrique, il ne faut pas oublier que des locaux ont obtenu d’excellents résultats, y compris sur la durée : Charles Kumi Gyamfi a remporté trois CAN avec le Ghana

On dit souvent que la mission est encore plus délicate pour un sélectionneur local que pour un étranger, qui n’est pas directement concerné par les luttes d’influence internes. Qu’en pensez-vous? Ce n’est pas faux. En Afrique, la presse et l’opinion publique sont en général plutôt favorables à la nomination d’un local, et souvent, pour couper court, la fédération nomme

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ABDELMAJID CHETALI un étranger. En 1978, lors de la Coupe du monde en Argentine, j’avais décidé de ne pas titulariser en phase finale Atouga, le gardien, pourtant une icône au pays. Pourquoi? Je considérais qu’Atouga ne présentait pas toutes les garanties sur les coups de pied arrêtés. J’avais donc titularisé Naili, un jeune gardien. Le président de la République Habib Bourguiba était si inquiet qu’avant le premier match contre le Mexique (3-1) il avait dépêché en Argentine son ministre des Sports, qui m’a fait part des craintes du peuple tunisien. Les meilleures sélections africaines sont composées de joueurs évoluant en Europe. Est-il possible qu’ils militent pour la nomination d’un entraîneur étranger? Je ne pense pas que des joueurs influents puissent décider de la nomination d’un sélectionneur, mais qu’ils donnent leur avis ou suggèrent un nom, j’en suis convaincu. Aux yeux des expatriés, un étranger aura plus de compétences techniques et tactiques. En revanche, je sais que les joueurs locaux sont moins favorables au choix d’un étranger, qui aura tendance à convoquer surtout des « Européens ». Pourquoi n’y a-t-il pas d’entraîneurs africains en Europe? Il n’y a pas de place pour eux ! De plus, le niveau des championnats africains n’est pas assez relevé pour inciter le président d’un club anglais ou français à faire venir un Tunisien ou un Algérien. ● Propos recueillis par A.B.

HICHEM

« Un peu trop d’étrangers »


128 L’AVENIR EN QUESTIONS

Les nouveaux

Pour détecter les jeunes talents, bien les former et leur épargner les risques d’un exil précoce, les académies de football, privées ou publiques, se multiplient de Dakar à Madagascar.

«

Q

uand je serai grand, je serai Eto’o. Je jouerai à Milan. Je serai riche et j’achèterai une belle maison pour ma famille. » Le rêve de ce petit Camerounais, comme ceux de beaucoup d’autres jeunes Africains, est si fort qu’il fait tourner même les têtes de ceux qui devraient la garder froide. « J’ai connu un instituteur qui conseillait à l’un de ses élèves doué pour le ballon de plaquer l’école et de tenter sa chance dans le football professionnel… Mais quelle est la proportion de ceux qui y parviennent ? Un pour mille ? Un pour dix mille ? » L’anecdote est de Jean-Luc Muracciole, un pédagogue français qui travaille avec beaucoup de centres de formation de clubs professionnels en France (comme celui du Mans en Ligue 1) et dans de nombreuses académies en Afrique, notamment celles de l’ancien international français Jean-Marc Guillou, l’un des pionniers de ce mouvement. « En Afrique, il y a une hémorragie intellectuelle, note Issa Hayatou, le président de la Confédération africaine de football (CAF). De grands médecins, de grands universitaires partent vers l’Occident, cela ne concerne pas uniquement le

De gauche à droite: Mahamadou Diarra (Real Madrid), Yaya Touré (FC Barcelone) et André Ayew (Arles-Avignon).

football. Chacun règle son problème à son niveau. Nous, à la CAF, nous avons l’arsenal juridique de la Fifa pour réglementer les transferts de mineurs et nous avons nos académies. » Une à Dakar, une à Yaoundé et une à Addis-Abeba, qui encadrent les jeunes joueurs et dispensent également des formations en médecine ou en management pour faire progresser le football africain dans son ensemble.

RETENIR LES JEUNES

Beaucoup de jeunes Africains s’imaginent suivre la trajectoire de Yaya Touré (FC Barcelone), Baky Koné (Olympique de Marseille) ou Didier Zokora (FC Séville). Éclos à l’Académie Mimosifcom de JeanMarc Guillou (JMG), comme la majorité des Éléphants de Côte d’Ivoire, outsiders du Mondial sud-africain, ils jouent aujourd’hui dans les meilleurs clubs d’Europe. L’Académie Sol béni, fondée en 1994 à Abidjan par Guillou, n’est

pas la première chronologiquement, mais elle est l’emblème de la formation à l’africaine, pour essayer de retenir un peu les jeunes au pays, afin qu’ils ne se lancent pas trop tôt dans l’aventure européenne. Elle a été désignée par la Fifa comme « modèle d’organisation de club de football en Afrique ». JMG s’était adossé à l’Asec Mimosas, un des grands clubs d’Abidjan, qui offrait un premier débouché à ses joueurs. Si l’histoire a mal tourné en Côte d’Ivoire, pour une affaire de gros sous entre les dirigeants de l’Asec et l’Académie Sol béni, JMG a essaimé ses académies dans d’autres pays d’Afrique, en Asie et en Belgique. La recette de base (jouer pieds nus et sans gardien !) fonctionne toujours, mais n’a pas encore donné de résultat aussi spectaculaire qu’avec les Éléphants. « Dans quelques années, l’équipe d’Algérie viendra de notre académie », promet-il. Dans son centre installé près d’Alger, ses jeunes joueurs appliquent la métho-

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JIRO MOCHIZUKI/SHOT/ICON SPORT ; RICHARD SELLERS/SPORTSPHOTO

académiciens


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DE MARTIGNAC

Pour Patrick Vieira et l’institut Diambars, la scolarité est primordiale.

de Guillou, jouer pieds nus (« pour développer leur technique ») et sans gardien (« pour apprendre à défendre en avançant »). À Madagascar, l’Académie Ny Antsika JMG, née en février 2001, a remporté le titre de champion national en 2008. D’autres académies privées ont eu plus de difficultés. L’homme d’affaires camerounais Gilbert Kadji, éphémère président du FC Rouen (3e division française), a fondé la Kadji Sport Academy (KSA). « J’en avais assez d’entendre la rengaine selon laquelle les Africains ont tout pour réussir dans le sport, mais qu’il leur manque les infrastructures », expliquait-il. Un externe y débourse chaque année 400 000 F CFA (environ 600 euros), le double pour un interne. Des sommes relativement élevées. Le joyau reste Samuel Eto’o, mais depuis, la KSA ronronne. Et, surtout, elle n’est qu’une usine à champions, sans se préoccuper de leur scolarité. Souvent, de grands joueurs s’impliquent dans une académie. Eto’o a ouvert sa propre école de football, l’académie Fundesport, à Douala, qui s’est déjà distinguée dans des tournois de jeunes en Espagne, et a placé son prodige, Nelson Mandela Mbouhom, au FC Barcelone. Salif Keita a créé au Mali le Centre SK, en 1994, qui a formé l’ossature de la sélection des moins de 20 ans ainsi que l’icône Mahamadou Diarra (Real Madrid), capitaine des Aigles. Le grand Abedi Pelé a depuis longtemps ouvert son académie au Ghana, le FC Nania, né en 1999,

actuellement en 2e division. Y ont notamment été formés André et Jordan Ayew, ses propres enfants, aujourd’hui respectivement à ArlesAvignon et à Marseille, où leur père a été champion d’Europe avec l’OM.

LES DIAMBARS, UN MODÈLE

Tous les modèles n’ont pas marché. Au Burkina, Planète champion international (PCI), fondé par l’homme d’affaires français Philippe Ezri, en partenariat avec le Paris Saint-Germain, n’a vécu que dix ans (1997-2007). PCI aura au moins laissé une star en devenir : Jonathan Pitroipa, qui évolue au Hambourg SV (Allemagne).

Les fédérations mettent aussi en place des académies. Au Sénégal, il y en a une dans chaque grande ville. L’une des plus connues demeure le Centre Aldo Gentina, partenaire de l’AS Monaco, fondé il y a une dizaine d’années par El-Hadj Malick Sy, aujourd’hui président de la Fédération sénégalaise de football. Son budget dépasse les 50 millions de F CFA (environ 76 000 euros). Considéré comme l’une des meilleures académies au Sénégal, l’institut Diambars a été créé en 2003 par Saer Seck avec Patrick Vieira et Bernard Lama, anciens internationaux français, et Jean-Marc (Jimmy) Adjovi-Boco, ex-défenseur béninois de Lens (France). Diambars s’attache beaucoup à la scolarité, pour donner des bases à ceux – la grande majorité – qui ne feront pas carrière balle au pied. Sa devise : « Faire du foot passion un moteur pour l’éducation. » Un objectif exemplaire, à l’image de Génération grenat, le centre de formation sénégalais du FC Metz (France), à Pikine, près de Dakar. Mais les bonnes intentions ne suffisent pas à protéger les jeunes des marchands de rêves sans scrupules. La Fifa a donc décidé d’instaurer de nouveaux règlements qui contraignent les académies – et les clubs gérant une académie – à enregistrer et à déclarer leurs joueurs mineurs auprès des fédérations nationales.● EMMANUEL BARRANGUET

FOOTBALL, ÉDUCATION, SANTÉ

À

travers les centres Football for Hope (« L’espoir par le football »), la Fifa met « le pouvoir du football au service du développement social » pour, entre autres missions, « la défense des droits et l’éducation des enfants ». Avec l’opération « 20 centres pour 2010 », elle a profité de la Coupe du monde pour construire cinq centres en Afrique du Sud et quinze dans le reste du continent. Il ne s’agit ni d’instituts de formation ni d’académies, mais d’établissements consacrés à la santé publique, à l’éducation… et au football pour les défavorisés. Les jeunes footballeurs des deux sexes peuvent y suivre une formation scolaire aussi bien qu’une sensibilisation à la pandémie de sida, et, bien sûr, jouer au ballon. Autour d’un petit terrain (20 m x 40 m) en pelouse synthétique, des bâtiments accueillent les salles de cours et de soins, animées par les ONG partenaires de la Fifa. Six devaient être achevés avant le Mondial, en Afrique du Sud, au Ghana, au Kenya, au Rwanda, au Mali et en Namibie. Le premier centre a été inauguré le 5 décembre 2009 à Khayelitsha, près du Cap. Les autres seront opérationnels en 2012. ● E.B.

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L’Afrique du Sud et nous

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GEORGES DOUGUELI

omme de France »! C’est ainsi que l’on nommait le vénérable fruit du pommier pendant nos années d’enfance vécues au Cameroun. Ainsi mise en avant, croyions-nous alors, la mention du supposé pays d’origine était destinée à distinguer le fruit du tubercule, dit « pomme de terre ». Tromperie sur le marketing. À la fin des années 1980, en effet, nous apprîmes ahuris que la « pomme de France » était en réalité importée d’Afrique du Sud par des hommes d’affaires peu scrupuleux qui bravaient l’interdiction de commercer avec le régime d’apartheid. Ils l’avaient ainsi baptisée pour détourner l’attention et, accessoirement, se donner bonne conscience… Certains parmi nous en ont éprouvé un tel dégoût par la suite qu’ils ont mis des années à mordre de nouveau dans ce fruit délicieux. Comment oublier ce goût amer mêlé à de la culpabilité qui nous venait soudain à la bouche ? Il est vrai qu’à cette époque nos nuits tourmentées étaient peuplées de fantômes de Noirs martyrisés. Pour nous, l’Afrique du Sud, c’était comme sur la fameuse photo de Sam Nzima montrant un écolier de Soweto, Hector Pieterson, 13 ans, touché à la tête et porté par son ami Mbuyisa Makhubu, après que la police eut ouvert le feu sur les manifestants le 16 juin 1976. Enfin décidé à en finir avec l’apartheid, l’ONU a imposé un embargo sur les achats d’armes et frappé Pretoria de sanctions économiques, qui ont provoqué le départ des entreprises et accentué le boycottage des produits sud-africains. Les sportifs seront également exclus des grandes compétitions sportives mondiales. Mis dans une position intenable, le régime a fini par céder. On s’attendait à une explosion de violence vengeresse de la part des populations noires libérées de l’oppression de l’État raciste. Elle ne s’est pas produite. Négociée par Nelson Mandela et Frederik De Klerk, la transition s’est passée en douceur. La métamorphose a doté cette puissance émergente d’un atout capital dont elle était jusqu’ici dépourvue : la légitimité morale. Depuis, il n’est plus besoin de se cacher pour manger des pommes ! Nul n’a oublié le moment d’intense émotion vécu en 1993, lorsque les sages d’Oslo ont conjointement attribué le prix Nobel de la paix à ces deux personnalités pour cette belle leçon de courage, qui nous a remplis de fierté. Une autre image symbolise l’idée qu’une mosaïque composée de Zoulous, de Xhosas, d’Afrikaners, d’anglophones, d’Indiens, de Juifs peuvent constituer une « nation Arc-en-Ciel » : Mandela tendant la coupe du monde de rugby au capitaine des Springboks sudafricains, François Pienaar, victorieux de l’épreuve le 24 juin 1995. Reste à la puissance continentale à démontrer qu’elle peut organiser avec succès la Coupe du monde de football, le plus grand événement sportif planétaire après les Jeux olympiques. Qu’elle fasse mentir les afrosceptiques qui prédisent un fiasco. Qu’elle mette du baume sur nos blessures d’amour-propre, en intégrant définitivement la « cour des grands ». Et que la fête du football soit belle! ● J E U N E A F R I Q U E • N U M É R O S P É CI A L CO U P E D U M O N D E 2 010


CALENDRIER DES MATCHS

Coupe du monde Fifa 2010

1er TOUR JUIN 2010 Johannesburg Soccer City

VEN

SAM

11

DIM

12

13

Af. du Sud Mexique Gr.A

LUN

MAR

14

15

MER

Argentine Nigeria Gr. B

JEU

16

Pays-Bas Danemark Gr. E

Johannesburg Ellis Park

17

VEN

SAM

18

19

Argentine Corée du Sud Gr. B Brésil Corée du Nord Gr. G

Nelspruit Mbombela Angleterre États-Unis Gr. C

Polokwane Peter Mobaka N. Mandela Bay Port Elizabeth N. Mandela Bay Tshwane Pretoria Loftus Versfeld

Côte d’Ivoire Portugal Gr. G Serbie Ghana Gr. D

24

25

Corée du Nord Côte d’Ivoire Gr. G

1/2 FINALE 6 juillet Le Cap

8 E DE FINALE 28 juin Durban

Suisse Honduras Gr. H

1er groupe E 2e groupe F

Portugal Brésil Gr. G

1er groupe G

3 E /4E PLACE 10 juillet Port Elizabeth

2 groupe H e

Paraguay Nouv.-Zélande Gr. F

8 E DE FINALE 27 juin Johannesburg 1er groupe B

États-Unis Algérie Gr. C

1/4 DE FINALE 2 juillet Port Elizabeth

8 E DE FINALE 28 juin Johannesburg

Slovénie Angleterre Gr. C

Cameroun Danemark Gr. E

1er groupe C 2 groupe D

Cameroun Pays-Bas Gr. E

Chili Suisse Gr. H

1/4 DE FINALE 2 juillet Johannesburg

e

Nigeria Corée du Sud Gr. B

Allemagne Serbie Gr. D

26 juin Port Elizabeth

8 E DE FINALE 26 juin Rustenburg

Danemark Japon Gr. E

Grèce Argentine Gr. B

8e DE FINALE

2e groupe B

Slovaquie Italie Gr. F

Portugal Corée du Nord Gr. G

TABLEAU FINAL 26 JUIN - 11 JUILLET

1er groupe A

France Af. du Sud Gr.A

Pays-Bas Japon Gr. E

Af. du Sud Uruguay Gr.A

VEN

Australie Serbie Gr. D

France Mexique Gr.A

Corée du Sud Grèce Gr. B

23

Mexique Uruguay Gr.A

Angleterre Algérie Gr. C

Algérie Slovénie Gr. C

22

JEU

Ghana Allemagne Gr. D

Slovaquie Paraguay Gr. F

Espagne Suisse Gr. H

MER

Espagne Honduras Gr. H

Grèce Nigeria Gr. B

Allemagne Australie Gr. D

MAR

Italie Nouv.-Zélande Gr. F

Italie Paraguay Gr. F

Durban Moses Mabhida

21

Ghana Australie Gr. D

Japon Cameroun Gr. E Uruguay France Gr.A

LUN

20

Slovénie États-Unis Gr. C

Nouv.-Zélande Slovaquie Gr. F

Mangaung Bloemfontein Free State

DIM

Brésil Côte d’Ivoire Gr. G

Honduras Chili Gr. H

Rustenburg Royal Bafokeng

Le Cap Green Point

11 JUIN - 25 JUIN

Chili Espagne Gr. H

2e groupe A

1/4 DE FINALE 3 juillet Le Cap

8 E DE FINALE 27 juin Bloemfontein 1er groupe D 2 groupe C

LES GROUPES Groupe A

1/2 FINALE 7 juillet Durban

e

8 E DE FINALE 29 juin Pretoria

Groupe B

Groupe C

Groupe D

Groupe E

Groupe F

Groupe G

Groupe H

1er groupe F

AFRIQUE DU SUD

ARGENTINE

ANGLETERRE

ALLEMAGNE

PAYS-BAS

ITALIE

BRÉSIL

ESPAGNE

2e groupe E

MEXIQUE

NIGERIA

ÉTATS-UNIS

AUSTRALIE

DANEMARK

PARAGUAY

CORÉE DU NORD

SUISSE

8 E DE FINALE 29 juin Le Cap

URUGUAY

CORÉE DU SUD

ALGÉRIE

SERBIE

JAPON

NOUVELLE-ZÉLANDE

CÔTE D’IVOIRE

HONDURAS

FRANCE

GRÈCE

SLOVÉNIE

GHANA

CAMEROUN

SLOVAQUIE

PORTUGAL

CHILI

1er groupe H 2e groupe G

1/4 DE FINALE 3 juillet Johannesburg

FINALE 11 juillet Johannesburg


Mondial 2010  

Hors Série Foot

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