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Économie Pourquoi la côte d’ivoire doit chaNger No 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013

Hebdomadaire international indépendant • 53e année

maroc Nouvelle scèNe, mêmes coulisses ?

jeuneafrique.com

Gabon JeaN PiNg, la vie d’aPrès

Algérie

Saïd Bouteflika

monsieur frère

On prête une influence considérable au benjamin de la famille et conseiller du chef de l’État. enquête dans l’ombre du pouvoir. édition INTERNATIONALE ET MAGHREB & MOYEN-ORIENT France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1 100 MRO • Norvège 45 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1 700 F CFA • ISSN 1950-1285


Publirédactionnel

LE PARIS-SAINT-GERMAIN FACE AUX GIRONDINS DE BORDEAUX

TROPHÉE DES CHAMPIONS

Le meilleur du football français au Gabon.

Crédit photo : David Ignaszewski –

GABON ÉMERGENT – CHIFFRES CLÉS 6% CROISSANCE SUPÉRIEURE À 6 % DEPUIS 2010

7,1% CROISSANCE DE 7,1 % EN 2013

4,5

4,5 MILLIARDS DE DOLLARS D’INVESTISSEMENTS PRIVÉS DEPUIS 2010

1er

1er

Mrd USD

PAYS D’AFRIQUE SUBSAHARIENNE DANS LE CLASSEMENT DE L’IDH 2013 DE L’ONU 1er

PAYS D’AFRIQUE CENTRALE DANS LE CLASSEMENT SUR LA BONNE GOUVERNANCE 2012 DE LA FONDATION MO IBRAHIM 1er

Le Paris-Saint-Germain face aux Girondins de Bordeaux devant les 40 000 spectateurs du stade de l’Amitié à Libreville : c’est l’affiche exceptionnelle d e l a 1 8 e é d i t i o n d u Tro p h é e d e s Champions disputée ce samedi 3 août. Ce match de haut niveau, qui oppose le champion de France au vainqueur de la Coupe de France, se déroule depuis cinq ans à l’étranger afin de promouvoir le football français à l’international.

LE GABON, HUB SPORTIF Le choix de l’Afrique subsaharienne est l’occasion pour la Ligue 1 de rendre hommage à cette région d’où sont issus tant de talents. Et pouvait-on imaginer pays plus qualifié que le Gabon pour accueillir une compétition sportive de cette envergure ? Coorganisateur de la CAN 2012, mais aussi de la Tropicale Amissa Bongo, de la Coupe du monde de taekwondo par équipes et, bientôt, de la première édition du Marathon du Gabon, le pays s’impose comme une destination sportive par excellence.

LE GABON PAYS D’OPPORTUNITÉS

Retrouvez-nous sur :

www.gabon.org www.gabonexperiences.com Gabon Experiences


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Ce que je crois Béchir Ben Yahmed • bby@jeuneafrique.com

Samedi 27 juillet

Sortir du cercle vicieux

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eux grands pays arabo-africains de près de quarante millions d’habitants chacun, dissemblables car l’un est une vieille monarchie dirigée par un assez jeune roi et l’autre une jeune république dont le président achève à 76 ans un troisième mandat de cinq ans. Voisins pour l’éternité, ils ont la sagesse de ne plus s’agresser militairement, mais continuent, depuis un demi-siècle, à se comporter en adversaires potentiels : ils s’arment l’un contre l’autre et ont transformé leur frontière commune en mur de séparation. Le Maroc et l’Algérie. J’observe d’aussi près que je le puis ce qui se passe dans ces deux pays et voudrais vous faire part des réflexions que m’inspirent leur évolution récente et l’avenir de leurs relations. n

Lorsqu’il s’est levé à la fin de 2010 en Tunisie, le vent du Printemps arabe a soufflé vers l’est, où se trouvaient, il est vrai, les dictatures. L’Algérie et le Maroc, qui sont situés à l’ouest, ont été l’une et l’autre épargnés. On a expliqué ce phénomène par le fait que les deux pays avaient déjà engagé une transition démocratique: multipartisme réel, élections contradictoires et transparentes, partis islamistes reconnus… Mais sont-ils pour autant à l’abri d’un contrecoup ? n

S’agissant de l’Algérie, c’est la santé de son président, Abdelaziz Bouteflika, qui suscite le plus d’interrogations. En 2005, il avait déjà été hospitalisé en France où il avait subi dans l’urgence une opération chirurgicale dont on dit qu’elle lui a sauvé la vie. Mais depuis il a réduit le rythme de ses activités et l’on a noté que ses absences devenaient fréquentes et prolongées. Nouvel accident de santé à la fin d’avril 2013 et nouvelle hospitalisation en France, qui aura duré trois longs mois ; le retour en Algérie, à la mi-juillet, débouche sur une « période de repos et de rééducation » de durée indéterminée. On s’est posé la question de savoir s’il n’était pas préférable, pour le pays et pour Abdelaziz Bouteflika lui-même, de constater qu’il était allé jusqu’au bout jeune afrique

de ses forces mais que sa santé ne lui permettait pas d’assurer ses fonctions jusqu’en avril, terme de son mandat. Le système algérien et Abdelaziz Bouteflika semblent avoir donné une réponse négative à cette question : l’actuel président algérien fera de son mieux pour assurer l’essentiel de sa fonction pendant les huit derniers mois de son troisième mandat. Une telle réponse a sa logique et ses avantages. Et d’ailleurs, un précédent de poids : en France, il y a vingt-cinq ans, en 1988, François Mitterrand brigua un second mandat de sept ans alors qu’il se savait miné par un cancer de la prostate, tenu secret. Son mal s’aggrava après sa réélection et devint voyant. Lui et son entourage tinrent tout de même à ce qu’il achève son mandat en 1995 : il le fit, diminué et souffrant le martyre. Personne en France ni ailleurs n’y trouva à redire et, à ce jour, aucun historien n’a critiqué ce grand homme politique qui a pourtant trompé ceux qui l’ont élu et réélu en leur cachant son mal… n

En Algérie, le président étant en fonction mais malade, c’est le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui est chargé du gouvernement et des affaires publiques. Par chance, il ne veut pas être président et n’aspire qu’à bien accomplir sa mission jusqu’en avril prochain. Les affaires de défense et de sécurité sont gérées par le haut commandement militaire ; à moins d’un nouvel accident de santé du président, le pays peut fonctionner ainsi plusieurs mois et préparer la succession de l’homme qui a dominé sa vie publique tout au long des quinze dernières années. L’Algérie qu’il laisse est, selon l’excellent observateur qu’est le Pr Ali Mebroukine, « l’un des pays au monde les plus dépendants de la manne pétrolière : 92 % des recettes d’exportation proviennent de la vente des hydrocarbures, 72 % des recettes servant à alimenter le budget de l’État sont issues de la fiscalité pétrolière. Les hydrocarbures contribuent pour 60 % à la formation du PIB, cependant que les exportations hors hydrocarbures n’ont pas dépassé 1,4 milliard de dollars en 2012. » n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


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Ce que je crois Entre 2000 et 2012, le pétrole a donné à l’Algérie 600 milliards de dollars de recettes. On a parlé de corruption à la Sonatrach et au ministère de l’Énergie : c’était inévitable, mais il reste que l’essentiel de l’argent du pétrole et du gaz algériens est resté en Algérie où il a servi à désendetter le pays, à lui procurer 200 milliards de réserves de change et à lui permettre de se doter d’une infrastructure développée et moderne. Mais, malheureusement, pas de la base industrielle qui en aurait fait l’un des grands pays émergents. n

Le roi du Maroc, Mohammed VI, est arrivé au sommet du pouvoir dans son pays presque en même temps qu’Abdelaziz Bouteflika. Mais lui a tout juste 50 ans. Le roi et le président ont hérité des mauvaises relations entre leurs deux pays que leur ont léguées leurs prédécesseurs. En près de quinze ans, ils ne sont pas parvenus à apurer ce passif, et l’on ne sait même pas si l’un et l’autre l’ont vraiment voulu. En guise de contre-feu au Printemps arabe, Mohammed VI a doté le Maroc d’une nouvelle Constitution, plébiscitée le 1er juillet 2011 par référendum. Les élections, qui étaient notoirement et sciemment truquées jusqu’à la fin du siècle dernier, sont devenues transparentes, fiables et crédibles. Les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) les ont gagnées et c’est leur chef, Abdelilah Benkirane, qui exerce depuis près de deux ans la fonction de Premier ministre.

Il se garde d’aller jusqu’au bout de son pouvoir, d’utiliser toutes les prérogatives que lui donne la Constitution et de se poser en challenger du souverain. Sans rien renier de son credo et du programme de son parti, il a la sagesse-habileté d’éviter de heurter la majorité non islamiste de ses concitoyens. Par conviction, par patriotisme et par intérêt bien compris de son mouvement, Abdelilah Benkirane et la direction de son parti ont choisi une stratégie différente de celle de leurs homologues tunisiens d’Ennahdha et opposée à celle des Frères musulmans d’Égypte. Eux et le Maroc y gagnent beaucoup. Même si la croissance économique du pays est insuffisante pour résorber le chômage, la grande popularité du souverain, la sage modération des islamistes et le dynamisme des entrepreneurs prémunissent le Maroc contre les chocs qui secouent d’autres grands pays émergents comme le Brésil ou la Turquie. n

Le Maroc et l’Algérie ont, comme on le voit, d’énormes atouts. Mais un problème les handicape depuis un demi-siècle, obère leur avenir et pollue le monde arabo-africain auquel ils appartiennent : les mauvaises relations qui se sont instaurées entre eux. Il faut souhaiter que la prochaine campagne présidentielle algérienne soit le moment d’une prise de conscience dans chacun des deux pays : rien de plus important pour eux que de sortir du cercle vicieux où ils se sont enfermés depuis cinquante ans.

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. u On parle peu quand la vanité ne fait pas parler. François de La Rochefoucauld

u Aimer une personne pour son apparence, c’est comme aimer un livre pour sa reliure. Laure Conan

u La faiblesse des démocraties, c’est qu’il leur faille, trop souvent, se renier pour survivre. Jean Rostand

u Les sans-papiers, même si c’est des Chinois, je les renvoie à Dakar ! Les Nouvelles Brèves de comptoir

u Elle était belle comme la femme d’un autre. Paul Morand

u Les animaux ont été créés par Dieu pour donner aux hommes une impression de supériorité. Philippe Bouvard

u On t’enviera pour ton succès, ton argent, ton intelligence, ton allure, ton statut – mais rarement pour ta sagesse. Nassim Nicholas Taleb u Quand un philosophe vous répond, on ne comprend même plus ce qu’on lui avait demandé. André Gide n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

u Ce n’est pas avec ma bouche que tu vas manger ton piment. Joseph Andjou u Tout arrive à qui sait attendre. La mort, par exemple. Bradley

u Le sexe entre un homme et une femme, ça peut être absolument merveilleux – à condition que l’homme et la femme te conviennent bien. Woody Allen u En tout homme résident deux êtres : l’un éveillé dans les ténèbres, l’autre assoupi dans la lumière. Khalil Gibran u Une rengaine, c’est un air qui commence par vous entrer par une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux. Raymond Devos u Passé trente ans, le corps n’en fait qu’à sa tête. Bette Midler jeune afrique


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Éditorial

Marwane Ben Yahmed

PhoTos de CouverTures : ÉDITION AFRIQUE SUBSAHARIENNE : Vincent Fournier/J.A. ÉDITION INTERNATIONALE ET MAGHREB & MOYEN-ORIENT : rYAD KrAMDi

L’Égypte entre ombre et lumière

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écidément, le phare du monde arabe fait alterner ombre et lumière. après la radieuse euphorie née de la chute de hosni moubarak, puis les sombres heures du mandat de mohamed morsi, puis l’éclatant retour de l’angélisme révolutionnaire lors de la destitution par l’armée du chef de l’état, voici que l’égypte replonge dans les ténèbres : l’impasse politique est totale, la violence omniprésente, les lois peu respectées. et l’on ne peut dire que l’exemple vienne d’en haut : arrestations en masse des Frères musulmans, répression féroce et meurtrière, mise en place d’une justice aux ordres… le nouvel homme fort du pays, le général abdel Fattah al-Sissi, qui n’aime apparemment rien tant qu’exhiber ses médailles à la télé, joue un jeu très dangereux en appelant les égyptiens à s’emparer de la rue, ce 26 juillet, pour lui exprimer son soutien et lui donner « mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme ». attitude virile, sans doute, mais surtout choquante, irresponsable. elle consiste, en somme, à faire signer une pétition pour obtenir les pleins pouvoirs. et se faire délivrer un permis de tuer. Singulière conception de la démocratie ! Du général Mohamed Naguib, qui déposa le roi Farouk avant d’être évincé par nasser quelques mois plus tard, à hosni moubarak, en passant par anouar al-Sadate, les militaires égyptiens se sont surtout signalés dans l’histoire par une forte propension à étouffer toute velléité démocratique et à organiser des parodies d’élections. tout le monde ou presque, et notamment les intellectuels, se réjouit aujourd’hui de l’intervention de l’armée. il est permis de s’étonner de ce concert de louanges. destituer le seul président civil et régulièrement élu de l’histoire du pays – même si les procès en incompétence et en dérive autocratique qui lui ont été faits étaient justifiés – peut difficilement passer pour un acte anodin. encore moins salvateur. au moins pourrait-on faire preuve de la plus élémentaire prudence. Ceux qui acclament aveuglément l’armée, pilier de tous les régimes autoritaires depuis plus de soixante ans, et veulent croire à sa conversion miraculeuse à la démocratie seraient bien inspirés de méditer le précédent algérien des années 1990, quand, sur le point d’aboutir à la victoire du Front islamique du salut (FiS), le processus électoral fut brutalement interrompu. non que l’exclusion puis la radicalisation des islamistes égyptiens soient susceptibles de provoquer une guerre civile aussi longue et meurtrière. les temps – et les circonstances – ont changé, l’égypte ne devrait pas être abandonnée par la communauté internationale comme le fut naguère l’algérie. mais ceux qui, libéraux, nationalistes, républicains ou simplement « de gauche », s’étaient réjouis à l’époque de l’intervention de l’armée – on les surnommait les éradicateurs – attendent toujours, vingt ans plus tard, l’émergence de cette algérie démocratique et libérale qu’ils appelaient de leurs vœux. l n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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rd Congo Kinshasa Pousse son avanTage Dans le Nord-Kivu, l’armée loyaliste prend sa revanche sur le M23. En parallèle, le gouvernement déploie une intense activité diplomatique.

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MaLi Pour qui voTenT Les iMaMs ? Officiellement, les leaders religieux se tiennent à l’écart du scrutin présidentiel. Mais certains ont choisi leur poulain.

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Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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L a seM a in e d e j eu n e a f riq u e

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rd Congo Kinshasa pousse son avantage Tzipi Livni et saeb erekat La dame de fer et le grognon Morgan Tsvangirai Encore raté ? Tunisie Permis de tuer Chasse au trésor Sésame, bluffe-moi ! football À fond le Gabon union européenne Hezbollah non grata drogue Senegalese Connection Tour du monde

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g ra n d a n g L e

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algérie Mister mystère

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a f riq u e su Bsa h a rien n e

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Mali Pour qui votent les imams ? afrique du sud Zuma et les prétendants angola Marcolino Moco, ex-Premier ministre : « Dos Santos doit partir » jeune afrique


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

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GRand anGLe

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aLGÉRie mister mystère

tRanspoRt maRitime • manutention Ports à prendre

on prête à saïd Bouteflika une immense influence sur son frère. Fantasme ou réalité ?

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maRoC nouVeLLe sCène, mêmes CouLisses Depuis deux ans, les têtes ont changé. Les règles du jeu politique aussi. Même si les anciennes élites n’ont pas renoncé à conserver les rênes du pouvoir.

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Rwanda Kigali desserre l’étau Éthiopie Je pointe ou je tire ? Burundi Ponctionner pour mieux combler Gabon Ping, la vie d’après

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maGhReB & m oye n - o R i e n t

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maroc Nouvelle scène, mêmes coulisses ? Égypte Petits arrangements avec la révolution tribune Le crépuscule des Juifs de Tunisie tunisie Houcine Laabidi, l’irréductible imam mise au point Les Moudjahidine du peuple iranien réagissent

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• sécurité Couverture antipirate • Formation, conjoncture, focus…

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FRanCe FiLLon-saRkozy : Le matCh L’affrontement entre l’ancien président et celui qui fut son Premier ministre pendant cinq ans a déjà commencé.

GouVeRnanCe une « pRioRitÉ » iVoiRienne, VRaiment ? Plus de deux ans après l’arrivée au pouvoir de Ouattara, les pratiques délictueuses demeurent.

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tunisie Interview de Wided Bouchamaoui, présidente de l’Utica spiritueux Pernod Ricard s’installe au comptoir de l’Afrique Cameroun Splendeurs et mystères de Baba Ahmadou Danpullo France Réveil difficile pour Tunisian Foreign Bank Baromètre

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d o ssieR

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transport maritime

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euRope, amÉR i q u e s, a s i e

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C u Lt u Re & mÉd ia s

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France Fillon-Sarkozy: le match États-unis Samantha Power en première ligne Russie L’opposant, le pipeline et le crapaud parcours Luc Mbah a Moute, le haut du panier allemagne Quel casse-pieds, ce Snowden!

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presse L’Afrique à la une Visite guidée Accords et désaccords à Fès La semaine culturelle de Jeune afrique musique À la recherche du tempo perdu

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ÉCon omie

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Gouvernance Une « priorité » ivoirienne, vraiment ? Les indiscrets

jeune afrique

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spécial 16 page s

Vous & nous Le courrier des lecteurs post-scriptum

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union africaine offensive diplomatique égyptienne

A

dly Mansour, le nouveau président égyptien par intérim, a dépêché des émissaires dans une quarantaine de pays africains. Ces envoyés spéciaux sont porteurs d’un message clair : « Ce qui se passe en Égypte n’est pas un coup d’État, mais un soulèvement populaire qui ne remet pas en question les fondements de la Constitution. » Le 5 juillet, la participation de ce pays aux instances de l’Union africaine (UA) a été suspendue en raison du « changement anticonstitutionnel » dont il aurait été le théâtre. Mais ses dirigeants s’efforcent de faire abroger rapidement cette sanction. C’est d’ailleurs ce qu’a demandé Mona Omar, l’ambassadrice dépêchée le 22 juillet à Addis-Abeba, à Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission. L’UA va envoyer prochainement au Caire une mission conduite par Alpha Oumar Konaré (ancien président du Mali et de la Commission de l’UA), Festus Mogae (ancien président du Botswana) et Dileita Mohamed Dileita (ancien Premier ministre djiboutien). Son rapport conditionnera une éventuelle normalisation des relations entre les deux parties. l

GRANDS LACS PAS De Sommet à LuANDA

Dans une lettre datée du 12 juillet et adressée aux m i n i s t re s d e s A f f a i re s étrangères de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), Ntumba Luaba, le secrétaire exécutif de cette institution, avait annoncé la tenue à Luanda du prochain sommet des chefs d’État, le 31 juillet. Contre toute attente, alors que les travaux préliminaires devaient commencer le 27 juillet, l’Angola a soudain n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

renoncé à l’organisation de la rencontre. Pour sauver les meubles, le Kenya s’est alors porté volontaire… FRANCe-AFRIQue AyRAuLt RéNove LA CooPéRAtIoN

Cela faisait plus de quatre ans que le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (Cicid) ne s’était pas réuni. Jean-Marc Ayrault a donc invité les ministres concernés (Affaires étrangères, Économie et Finances, Commerce

KHaled deSOuKi/afP

t Adly Mansour, président égyptien par intérim.

extérieur, Développement, Francophonie, Éducation, Défense, Écologie) à se réunir à Matignon le 31 juillet. Au menu des discussions : la rénovation de la politique d’aide française et l’adoption d’une stratégie « genre et développement » censée apporter un soutien accru aux femmes des pays du Sud. ALGéRIe PAS De vACANCeS PouR LeS mINIStReS

Contrairement à 2012, où ils avaient pris vingt et un jours de congé, les membres

du gouvernement sont cette année privés de vacances. Instruction leur a été donnée de préparer pendant tout l’été la rentrée scolaire et sociale, ainsi qu’une importante réunion, début septembre, avec l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et les organisations patronales. À moins d’un changement de dernière minute, Abdelmalek Sellal lui-même ne devrait prendre aucun repos et poursuivre ses visites de terrain. La prochaine le conduira dans la région de Tiaret, à 340 km à l’ouest d’Alger. jeune afrique


Retrouvez notre rubrique « Les indiscrets », consacrée aux informations confidentielles économiques, en page 59.

Politique, économie, culture & société

tUnIsIE LE tEnnIs, c’Est PoLItIqUE ?

Grand espoir du tennis tunisien, Ons Jabeur, qui, en un petit mois, venait de gagner

CÔTE D’IVOIRE Les raisons d’un remaniement

PhiliPPe Montigny/abaCaPreSS.CoM

ALGÉRIE Un coLonEL En chAssE Un AUtRE Directeur depuis douze ans du centre de communication et de diffusion, qui dépend du Département du renseignement et de la sécurité (DRs), le colonel « Fawzi » a été écarté début juillet de cette très sensible cellule chargée du contrôle de la presse et de la publicité. Parmi les raisons invoquées, en tout cas officieusement, pour justifier son limogeage: sa gestion de la maladie et de l’absence du président Abdelaziz Bouteflika. Il cède la place à un autre colonel, « okba » – Bouzidi, de son vrai nom –, qui vient pour sa part de la Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDsE). originaire de Khemis Miliana (à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Alger), cet arabophone de 56 ans réputé pieux et intègre a longtemps servi comme chef d’antenne du DRs en Arabie saoudite, au soudan ou en Irak.

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p ons Jabeur, grand espoir du tennis tunisien, en juin 2011 à roland-Garros.

près de cent places au classement mondial, menait 6-3 4-1 en quart de finale de tournoi WTA de Bakou (Azerbaïdjan) contre la Polonaise Magda Linette quand elle a brusquement abandonné. Officiellement, en raison d’une blessure à la cheville… que personne n’a vu venir. Bizarre. D’autant que son adversaire programmée en demi-finale était l’Israélienne Shahar Peer. Injonction du ministère tunisien de la Jeunesse et des Sports, dit-on dans l’entourage de la joueuse… Dans le monde arabe, seul le Maroc, sauf rares exceptions, autorise ses sportifs à affronter des Israéliens. Or un forfait déclaré avant le match avait toutes les

chances d’être sanctionné par la Fédération internationale de tennis. Vive le sport ! LE CHIFFRE

1,5 milliard

de litres par an : la quantité de carburant algérien introduite illégalement à l’étranger, essentiellement au Maroc et en tunisie, selon Youcef Yousfi, le ministre algérien de l’Énergie et des Mines.

Peu de changements, mais quelques grincements de dents au gouvernement après le remaniement technique du 25 juillet. Privé du portefeuille des mines, adamatoungara n’est plus chargé que du Pétrole et de l’Énergie. Il paie, dit-on, ses difficultés à mettre en œuvre une réforme du secteur minier à laquelle les groupes étrangers sont opposés, ce qui bloque les investissements. c’est Jean-claude Brou, le ministre de l’Industrie, un proche parmi les proches de daniel Kablan duncan (dKd), le Premier ministre (les deux hommes travaillent ensemble depuis le temps de Félix houphouët-Boigny), qui récupère le secteur des mines. certains à la primature y voient la preuve de la volonté du président Ouattara de renforcer le chef de son gouvernement… l q Jean-claude Brou, le ministre de l’industrie, hérite aussi des mines.

TCHAD-FRANCE Le fantôme d’Ibni

jeune afrique

dr/abidjan.net

les relations franco-tchadiennes sont actuellement plutôt fraîches, et ce n’est pas l’ordonnance de non-lieu rendue le 25 juillet à n’djamena dans l’affaire ibni oumar mahamat saleh qui va contribuer à les réchauffer. d’autant que, selon les autorités judiciaires tchadiennes, ce non-lieu est la conséquence directe des réticences à coopérer de la france, peu désireuse de s’associer à une procédure dans laquelle les éventuels accusés encouraient la peine de mort. n’djamena soupçonnant des « éléments égarés de l’armée » d’avoir enlevé ibni le 3 février 2008, il comptait pour les identifier sur le témoignage de sa famille. raté. installés à Paris, la veuve et le fils de l’opposant ont refusé de parler. le 7 février 2012, ils ont en revanche déposé plainte devant la justice française et confié leur défense à me William Bourdon, un avocat proche du Parti socialiste. il n’y aura donc pas de procès ibni au tchad, mais il y en aura peut-être un à Paris. l n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


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La semaine de Jeune afrique

RD Congo

Kinshasa pousse Dans le Nord-Kivu, l’armée loyaliste prend sa revanche sur le M23. En parallèle, le gouvernement déploie une intense activité diplomatique pour gagner un maximum de pays à sa cause. Au détriment de Kigali. TshiTenge Lubabu M.K., avec PieRRe boisseLeT

D

epuis la reprise des combats dans la province du Nord-Kivu entre l’armée loyaliste et les rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23), en ce mois de juillet, les lignes bougent. Pour la première fois depuis longtemps, les observateurs notent un « comportement inhabituel » de la part des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Entendez : elles sont beaucoup plus offensives. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

Et parallèlement, l’ensemble des pays qui, en février, ont signé l’accord-cadre d’Addis-Abeba ne considèrent plus la RD Congo comme un obstacle au retour à la paix dans la région des Grands Lacs. « La main du Rwanda derrière le M23 était devenue tellement visible que Kinshasa a réussi à rallier beaucoup d’États à sa cause », affirme Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique centrale à l’ONG International Crisis Group. Le fait que le Rwanda ait toujours démenti apporter le moindre soutien aux rebelles « n’a pas empêché un changement d’attitude, des Anglo-Saxons notamment, à l’égard de Kigali, poursuit le chercheur. Avoir réussi à desserrer l’étreinte des rebelles sur Goma marque une évolution très importante pour les Congolais ». jeune afrique


p Soldats indiens de la Monusco, à Munigi, près de Goma, mi-juin.

son avantage La prise de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, par le M23 en novembre 2012 a en effet été un tournant. « Après la chute de la ville, la hiérarchie militaire s’est retrouvée sous le feu des critiques. On lui a reproché son manque de savoir-faire. Et ces critiques ont porté… » estime Juvénal Munubo Mubi, député et rapporteur de la sous-commission forces armées à l’Assemblée nationale. Quelques jours à peine après la perte de Goma, le gouvernement congolais avait suspendu le général Gabriel Amisi Kumba, chef d’état-major de l’infanterie, et nommé François Olenga à sa place. Jusque-là, cet officier de 64 ans se consacrait davantage à ses affaires commerciales qu’à la guerre: rien d’étonnant à ce qu’il ait été perçu, lors de sa nomination, comme un général d’opérette de plus. « C’était un jugement hâtif, indique un cadre de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco) à Kinshasa. jeune afrique

Olenga a changé le visage de l’armée de terre en apportant un surcroît de combativité, de motivation et de discipline à la troupe. Aujourd’hui, après la mise à l’écart des brebis galeuses, la chaîne de commandement est claire. Les militaires reçoivent régulièrement leurs soldes et des primes. La logistique ne fait plus défaut et les trahisons ne sont pratiquement plus possibles. » endormir. En même temps, comme le souligne

olenga passait pour un général d’opérette. erreur !

François Muamba Tshishimbi, coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord d’AddisAbeba, « la RD Congo a soigneusement évité de se mettre à dos la communauté internationale ». Elle a accepté notamment d’ouvrir des négociations avec le M23 à Kampala (Ouganda). Cette initiative, dont les autorités congolaises savaient dès le départ qu’elle ne servirait à rien, a permis d’endormir le mouvement rebelle et de le mener à n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

PHil MOOre/afP

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la semaine de J.a. l’événement l’impasse. « Pendant ces six mois de “distraction”, la RD Congo s’est renforcée politiquement et diplomatiquement, a réorganisé son armée et pris un avantage tactique », confie un observateur. De son côté, le M23 s’est beaucoup affaibli, surtout en mars, lors des combats fratricides qui ont vu les troupes de Bosco Ntaganda se réfugier au Rwanda et le chef rebelle se livrer aux Américains pour être transféré à la Cour pénale internationale, où il doit répondre de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Enfin, en se tournant vers l’ONU, les Congolais ont amené Ban Ki-moon, son secrétaire général, à s’engager personnellement dans la création de la brigade d’intervention en passe d’être déployée dans le Nord-Kivu. Estimant que les échanges sont à la fois propices à la paix et au développement régional, Kinshasa a également insisté pour qu’un volet économique soit inclus dans ce plan d’ensemble. Message reçu par Ban Ki-moon, qui s’est rendu en RD Congo, en mai, en compagnie de Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale. Résultat : 1 milliard de dollars (près de 757 millions d’euros) seront débloqués pour des projets économiques dans la région des Grands Lacs. Simultanément, Kinshasa a lancé toute une série d’offensives diplomatiques dans plusieurs pays clés, notamment aux États-Unis. Objectif : faire reconnaître que la guerre était attisée de l’extérieur. La visite d’Augustin Matata Ponyo à Washington, en février, s’est inscrite dans ce cadre. Le Premier ministre congolais s’est entretenu entre autres avec Susan Rice, à l’époque ambassadrice des États-Unis aux Nations unies et considérée comme un soutien important du Rwanda. « L’attitude de Washington envers Kigali a aussi beaucoup évolué grâce au lobbying de la France »,

L’accordcadre d’Addis-Abeba

suggère une source proche du gouvernement de Kinshasa. En juin 2012, Susan Rice avait retardé la publication du rapport du groupe d’experts sur la RD Congo, qui dénonçait déjà la responsabilité des Rwandais. Le 23 juillet dernier, les États-Unis ont, à l’inverse, paru prendre la tête des critiques contre Kigali en l’appelant « à cesser immédiatement tout soutien au M23 ». hostile. Si cette déclaration du département

DATE 24 février 2013 SIGNATAIRES Afrique du Sud, Angola, Burundi, Centrafrique, Congo, Mozambique, Ouganda, RD Congo, Rwanda, Tanzanie, Zambie PARRAIN Nations unies OBJECTIF Ramener la paix dans l’est de la RD Congo PRINCIPES CLÉS •Réforme des institutions congolaises •Interdiction de toute ingérence et de soutenir un mouvement rebelle

d’État américain a réjoui Kinshasa, au Rwanda, en revanche, on s’emploie à en relativiser la portée. D’abord, parce qu’elle a été faite par la porte-parole du département d’État lors d’un briefing très général. Ensuite, parce que ce n’est pas la première fois que Washington tance Kigali. Quoi qu’il en soit, le Rwanda a effectivement perdu des partisans à Washington : Susan Rice n’a pas succédé à Hillary Clinton à la tête du département d’État, comme elle l’espérait (elle a été nommée conseillère de Barack Obama à la sécurité nationale). Et John Kerry, qui a hérité du poste, n’a pas tardé à procéder à des changements d’importance. Johnnie Carson, le secrétaire d’État adjoint à l’Afrique, a été remplacé par Linda Thomas-Greenfield. Et Russ Feingold, que Kigali perçoit comme plutôt hostile à sa cause, a été nommé envoyé spécial pour la région des Grands Lacs. Ce qui n’empêche pas les Rwandais de continuer à se féliciter de « l’excellence » de leurs relations avec le Pentagone. En dépit de la suspension, plutôt symbolique, de 200 000 dollars d’aide pour le financement d’une académie militaire, en juillet 2012, les États-Unis ont maintenu l’essentiel de leur assistance au Rwanda : 200 millions de dollars sont prévus pour 2013. l

MaMadou ndala, héros de goMa

i

l passe pour le « commandant des opérations » des Forces armées de la RD Congo (FARDC, loyalistes) contre les rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23) au Nord-Kivu. Aux yeux de la population locale, le colonel Mamadou Ndala incarne le renouveau du succès des FARDC sur le front. L’officier trentenaire, natif de Watsa (Province orientale), ne dirige pourtant que l’une des unités commandos de la nouvelle force de réaction rapide de l’armée régulière. « Il fait partie de ces soldats n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

plus mobiles, formés par les instructeurs belges, angolais, américains, voire chinois, capables de se déployer rapidement sur les zones de combats », commente Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais. Avec ses hommes, Ndala est parvenu à déloger les rebelles du M23 de certaines de leurs positions dans le territoire de Kibati, notamment à Kanyaruchinya, localité située à une dizaine de kilomètres au nord de Goma. « Nous avons perdu un peu de terrain », concède Amani Kabasha, chargé de la

communication du M23. Pour la première fois depuis le début du conflit, en avril 2012, la rébellion est en difficulté. Ndala, lui, se taille une belle réputation. Ce 18 juillet, lorsque de folles rumeurs évoquant son rappel à Kinshasa se propagent sur les réseaux sociaux, toute la ville de Goma – motards, étudiants, jeunes et vieux – descend dans les rues de la capitale du Nord-Kivu. « Mamadou ou rien ! » scandent les manifestants à l’unisson. Des épouses de militaires se dirigent même, seins nus,

dr

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p Le colonel dirige une unité commando des FARDC.

jusqu’à l’aéroport pour tenter d’empêcher un éventuel départ de leur héros. Il n’en est rien, s’empresse de rassurer Kinshasa. Le colonel Ndala reste à son poste. l trésor Kibangula jeune afrique


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janvier

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1

er

février

2014

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aBiDjan

fOrUM inTernaTiOnaL DeS inveSTiSSeMenTS en CÔTe D’ivOire Le premier rendez-vous économique international pour les acteurs du renouveau ivoirien.

Partagez le nouvel élan économique de la Côte d’Ivoire Sous le haut patronage de Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire


la semaine de J.a. les gens

tzipi livni et saeb erekat la dame de fer et le grognon L’Israélienne et le Palestinien sont les acteurs clés du processus de paix remis sur les rails par John Kerry, le secrétaire d’État américain. Tous deux sont pragmatiques… et pas vraiment commodes.

EMILIO MORENATTI/AP/SIPA

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p Leur mission : relancer le dialogue, en panne depuis quatre ans.

D

e l’avis des observateurs, c’est à l’opiniâtreté de John Kerry que l’on doit l’heureuse nouvelle d’un retour à la table des négociations au Proche-Orient. En se rendant à six reprises dans la région en l’espace de trois mois, le secrétaire d’État américain n’a certes pas ménagé sa peine ni lésiné sur les moyens pour atteindre ses objectifs. Bien que le plus dur reste à faire, il peut d’ores et déjà s’en remettre à l’entregent de Tzipi Livni, la ministre israélienne de la Justice, et de l’incontournable Saeb Erekat, négociateur en chef de l’OLP, à qui il incombe désormais d’animer, à Washington, des réunions préparatoires intensives en vue d’une reprise officielle des discussions. À 58 ans, Saeb Erekat est un vétéran du dialogue de sourds avec Israël. Depuis

1991, cet ancien journaliste a participé, pour la partie palestinienne, à toutes les négociations, à l’exception notable de celles, secrètes, qui précédèrent les accords d’Oslo de 1993. Grâce à son anglais parfait, il s’est imposé comme l’interlocuteur privilégié des Américains, et plus généralement des chancelleries occidentales, dont il maîtrise les arcanes. « Palestine PaPers ». En dépit de ses

nombreux rendez-vous manqués avec Israël et de son caractère difficile, Erekat a su rester l’homme de confiance des Palestiniens. Ces trois dernières années auront pourtant été bien délicates pour ce partisan invétéré d’une « solution à deux États ». L’ancien protégé de Yasser Arafat a été abondamment cité dans les « Palestine Papers » – ces quelque

1 700 documents secrets sur le conflit israélo-palestinien divulgués par la chaîne de télévision Al-Jazira en 2011, qui dépeignent le pouvoir de Ramallah comme faible et disposé à faire d’importantes concessions territoriales. Accusé par le Hamas de « tenter de liquider la cause palestinienne », Erekat s’était replié dans son bastion de Jéricho. Hasard de l’Histoire, il retrouve aujourd’hui Tzipi Livni, à qui il aurait, lors des discussions passées, proposé « la plus grande partie de Jérusalem ». Fine tacticienne, l’ancienne chef de l’opposition israélienne a fait un retour au premier plan à l’issue des élections législatives de janvier. Ses six sièges obtenus à la Knesset avec la formation centriste Hatnouah (« le mouvement ») lui ont permis d’entrer dans le gouvernement de Benyamin Netanyahou, qu’elle avait pourtant qualifié durant la campagne de « désastre pour Israël ». PruDente. Au sein d’une coalition large-

ment dominée par la droite nationaliste, Livni, 55 ans, fait figure de modérée. Nommée ministre de la Justice et, surtout, chargée de la conduite du processus de paix, elle ne cesse d’appeler à une amélioration des conditions de vie des Palestiniens en Cisjordanie, jugeant la création d’un État indispensable à la survie de son propre pays. « Irresponsable », avaient bougonné les ténors du Likoud, son parti d’origine, qui ont finalement échoué à obtenir sa mise à l’écart. Ancienne agente du Mossad issue d’une famille adepte du Grand Israël, Livni impressionne par sa détermination. Ses proches voient en elle une nouvelle « dame de fer », à l’instar de Golda Meir, Premier ministre de 1969 à 1974. L’intéressée se veut prudente: « Il y a eu de longs mois de scepticisme et de cynisme de part et d’autre, a-t-elle commenté après l’annonce d’un accord de principe sur la reprise des négociations. À présent, quatre ans de marasme diplomatique touchent à leur fin. » l MaxiMe Perez, à Jérusalem

noMinations

Saïdou ouédraogo Boad Le Burkinabè a été nommé directeur de la communication, du marketing et des relations publiques de la Banque ouest-africaine de développement, dont il était directeur du patrimoine. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

MohaMed NejiB MraBet CoMpagNie deS phoSphateS de gafSa Le directeur général adjoint de la Compagnie des phosphates de Gafsa (Tunisie) a été nommé PDG de ladite entreprise et du Groupe chimique tunisien (GCT), le 22 juillet. jeune afrique


En haussE

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anthony obaMe

Sa position ambiguë de Premier ministre et d’opposant à Robert Mugabe risque de lui coûter la présidence du Zimbabwe. Une fois de plus…

Francesca chaouqui

dupE. Mais au moment de la prendre au scrutin prési-

dentiel du 31 juillet prochain, il paraît usé par les années passées au pouvoir. Il a certes obtenu de bons résultats, à commencer par le redressement d’une économie en totale décomposition. Mais son image s’est troublée. « En 2008, c’était un homme neuf et les électeurs plaçaient tous leurs espoirs en lui », rappelle Macdonald Lewanika, directeur de l’association Crisis in Zimbabwe. Compromis après compromis, il a goûté au pouvoir et perdu une partie de son aura. Quant à sa vie personnelle instable – depuis qu’il a perdu Susan, son épouse, dans un accident de voiture en 2009 –, elle n’en finit plus de défrayer la chronique, en particulier dans les médias tenus par les pro-Mugabe. D’après une étude réalisée par l’ONG Freedom House, son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), est devenu moins populaire que la Zanu-PF de Mugabe. Et Tsvangirai a déjà perdu la première manche en acceptant que le scrutin se déroule avant que les réformes qu’il réclamait – dont l’ouverture des médias et la dépolitisation de l’appareil sécuritaire – n’aient été mises en œuvre. Résultat : il fait campagne pour une élection dont il ne cesse de clamer à l’avance qu’elle sera truquée et dont il risque d’être à nouveau la dupe. l piErrE BoissElEt

Dr

Chargée de communication au cabinet de conseil Ernst & Young, cette Italo-Marocaine fait partie des huit personnes choisies par le pape François pour former une commission visant à améliorer les structures économiques du Vatican. DonalD kaberuka Le 25 juillet, le président de la Banque africaine de développement a reçu un Development Award décerné par leTrésor américain à son institution. Celle-ci a été récompensée pour ses projets en Ouganda et en Côte d’Ivoire.

vinCEnT FOurniEr/J.a.

était il y a cinq ans. Morgan Tsvangirai, chef du principal parti d’opposition au président Robert Mugabe, déplaçait les foules à chaque meeting de campagne. La ferveur était telle que certains de ses militants se disaient prêts à sacrifier leur vie. Si bien qu’il était arrivé en tête du premier tour de la présidentielle devant l’indéboulonnable Mugabe. En 2008, pour protester contre les violences exercées à l’encontre de ses partisans, Tsvangirai avait boycotté le second tour. Puis accepté un accord de partage du pouvoir, se satisfaisant du poste de Premier ministre en attendant sa revanche.

En BaissE

Joseph Mapakou

Dr

C

Le 19 juillet, le Gabonais a remporté le titre de champion du monde de taekwondo (catégorie plus de 87 kg), au Mexique. À 24 ans, il est le seul médaillé olympique de son pays, grâce à sa seconde place lors des JO de Londres en 2012.

ng han guan/aP/siPa

Morgan tsvangirai Encore raté?

Le président de l’Observatoire anticorruption du Congo et quatre de ses collaborateurs ont été emprisonnés le 20 juillet à Brazzaville pour détournement de deniers publics, trafic d’influence et abus de pouvoir. l’hippopotaMe Fugueur

Dr

q Le chef du MDC, candidat au scrutin du 31 juillet.

Le 24 juillet, après plusieurs mois de cavale, le pensionnaire de la réserve naturelle du Cap a enfin été capturé. Il s’était enfui et avait élu domicile dans le réservoir d’une station d’épuration de la ville…

sTEPhEn JaFFE/iMF

Tsvangirayi Mukwazhi/aP/siPa

DoMinique strauss-kahn

jeune afrique

Les juges chargés de l’affaire du Carlton de Lille ont renvoyé en correctionnelle l’ancien directeur du FMI pour proxénétisme aggravé en réunion. Le parquet avait pourtant requis un non-lieu, le 11 juin. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


La semaine de J.a. décryptage Suivez toute l’actualité tunisienne en direct

tunisie permis de tuer

L’assassinat de l’opposant Mohamed Brahmi plonge le pays dans une nouvelle crise politique. Le processus de transition, qui devait mener à des élections législatives et présidentielle, est-il menacé ?

U

n peu moins de six mois après l’assassinat du leader de gauche Chokri Belaïd, quatorze balles ont fauché le 25 juillet, en plein ramadan, Mohamed Brahmi, 58 ans, élu du parti Echaab (« le peuple ») puis fondateur du Courant populaire. Cet homme pieux avait œuvré pour que cette formation nationaliste arabe rejoigne, début juillet, le Front populaire, une alliance de partis de gauche. Il s’était aussi distingué en approuvant le soulèvement égyptien qui a abouti à la destitution du président Morsi, faisant un parallèle avec la situation en Tunisie. Natif de Sidi Bouzid – d’où est partie la révolution en décembre 2010 – et député de cette circonscription à l’Assemblée nationale constituante (ANC), Brahmi n’était pas le plus virulent des opposants à la troïka au pouvoir dominée par le parti islamiste Ennahdha. Mais, manifestement, il dérangeait cette formation. « Notre ancrage arabo-musulman ne peut être mis en doute ; aussi, notre rapprochement avec le Front populaire

ne permet plus aux islamistes de traiter la gauche de mécréante. Or Ennahdha est persuadée que son avenir serait assuré si elle parvenait à écarter ce rival très gênant », expliquait-il le 20 juillet.

d’un certain Boubaker el-Hakimi, déjà recherché pour trafic d’armes depuis la Libye. Toujours selon le ministre, le revolver 12 mm qu’il a utilisé pour tuer Brahmi est le même que celui qui a tué Chokri Belaïd – abattu, lui, par un autre membre du groupe.

Mode opératoire. Pourtant, de toute

évidence, le meurtre de Brahmi ne profite pas aux islamistes, déjà soumis à une forte contestation populaire et que la chute de Mohamed Morsi, en Égypte, met encore plus sur la défensive. Embarrassés, ils ont d’ailleurs été les premiers à condamner cet assassinat dont le mode opératoire est en tous points semblable à celui de Chokri Belaïd : attiré hors de chez lui par un appel téléphonique, Brahmi a été abattu devant son domicile par deux hommes qui ont pris la fuite en Vespa. Lors d’une conférence de presse le 26 juillet, le ministre de l’Intérieur a mis en cause un groupe d’extrémistes salafistes proche d’Ansar el-Charia et dont les membres auraient été liés dans le passé au groupe Soliman, qui avait projeté des attentats en 2006. Le tireur, en fuite, a été identifié. Il s’agirait

réaction. Le moment a été savam-

KHalil/afP

16

p Des manifestants brandissent le portrait du leader du Courant populaire, devant le ministère de l’Intérieur, à Tunis, le 25 juillet. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

ment choisi : assassiner un démocrate le 25 juillet, jour de la fête de la République, a une portée d’autant plus symbolique que le pouvoir se refuse à la célébrer. De l’avis général, ceux qui ont éliminé l’opposant cherchent, à travers lui, à écraser dans l’œuf le processus de transition démocratique. Les assassins sont passés à l’acte alors que l’ANC venait de parvenir à un accord sur les articles litigieux de la Constitution. Mieux, Ennahdha avait fait machine arrière et accepté tous les amendements proposés par l’opposition, y compris l’abrogation de l’article 141 conférant un caractère religieux à l’État. Le résultat des dernières discussions devait être ratifié le 26 juillet, tout comme le choix définitif des membres de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie). Ce qui revenait à dire que l’ANC, dont le bilan est très controversé, s’apprêtait enfin à donner le coup d’envoi à l’organisation des élections législatives et présidentielle. Cet acte rebat les cartes : Ennahdha est isolée ; ses amis d’hier, comme Al-Joumhouri d’Ahmed Néjib Chebbi, exigent la chute de l’exécutif, la dissolution de l’ANC, la mise au point de la Constitution par des experts et l’instauration d’un gouvernement de salut public. La réaction populaire ne s’est pas fait attendre : des manifestations spontanées et pacifiques, réprimées par la police à coups de gaz lacrymogène, ont eu lieu dans la nuit du 25 au 26 juillet dans les principales villes du pays, immédiatement suivies par une grève générale. L’enterrement de Mohamed Brahmi, le lendemain, au côté de Chokri Belaïd, s’accompagne déjà de démissions en cascade d’élus de l’ANC issus de différents partis. l Frida dahMani, à Tunis jeune afrique


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chasse au trésor sésame, bluffe-moi!

jeuneafrique.com

adoc-photos

p La dépouille du conquérant est-elle à Alexandrie ou en Jordanie ?

D

ans la lumière tamisée d’une salle louée à l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, le 25juillet:bouchebée,médusés par les photos d’incroyables joyaux qui défilent sur un écran géant, les quelque trente amateurs et journalistes intrigués qui composent le public écoutent, incrédules et fascinés, les révélations de Bagdad Djillali Difallah. Ce Franco-Algérien aux allures d’Indiana Jones prétend avoir découvertleplusformidabletrésorarchéologique de tous les temps. rubis. Les richesses de

sarcophage. Éclairé par une simple

lampe à LED, il parcourt des dizaines de mètres de corridors et d’escaliers truffés de pièges jusqu’à deux vastes salles inondées d’or. Dans l’une d’elles gît le conquérant, entouré des sarcophages de 18 dignitaires, dont Ptolémée et sans douteCléopâtreetMarc-Antoine.Cetrésor, Jiji l’a confié au roi Abdallah de Jordanie

Djillali a parcouru des mètres et des mètres de corridors et d’escaliers truffés de pièges.

Babylone et de Persépolis, des centaines d’ouvrages rescapés de la bibliothèque d’Alexandrie, des bassins d’or massif remplis de rubis gros comme des œufs, des sarcophages ciselés, des forêts, des troupeaux tout d’or et de pierreries… Ils accompagnent dans son repos éternel la dépouille d’Alexandre le Grand, le roi des rois,leconquérantlégendairequiasoumis le monde de l’Adriatique à l’Indus et s’est éteint à Babylone en 323 av. J.-C. Mille jeune afrique

hypothèses sur la mythique sépulture se sont bousculées au cours des siècles, mais Djillali dit avoir le fin mot de l’histoire. Il l’a découverte, là, dans les entrailles d’un mont de calcaire, quelque part en Jordanie. Il en exhibe les « preuves authentifiées par un expert international » : des photographies maladroites où l’on voit dans la pénombre scintiller statues et mobilier dorés. L’archéologue autodidacte poursuit son conte digne des Mille et Une Nuits. Après avoir longtemps mais en vain suivi la piste de l’arche d’alliance, « Jiji » s’est lancé, il y a une dizaine d’années, dans la quête du fabuleux tombeau. Ses investigations l’ont amené sur une colline jordanienne où, avec deux ouvriers agricoles du coin, il met au jour l’entrée de ce qu’il conclut être « la banque où Ptolémée, devenu roi d’Égypte à la mort d’Alexandre, a entreposé tous ses trésors. Et le premier d’entre eux : la dépouille d’Alexandre ». Depuis des siècles, la sépulture est restée inviolée, protégée – il en est quasi persuadé – par une société secrète.

pour qu’il le livre à l’humanité quand il le jugera bon. Ministères, instituts et musées ont été informés. Mais dans les officines évoquées, personne ne connaît l’archéologue et son invention. À l’IMA, le département commercial concède: « Il arrive que nous louions parfois nos locaux à des farfelus… » l

dr

Découvrir le tombeau d’Alexandre le Grand : c’est le rêve de tous les archéologues du monde. Un mystérieux Franco-Algérien semble l’avoir réalisé. Trop beau pour être vrai ?

VIDÉO

Augustin Thiam, gouverneur de Yamoussoukro « Le transfert de la capitale pourra se faire dans deux ou trois ans. »

LE TWEET @UKenyatta « Aucun Kényan ne sera victime de discrimination en raison de son origine, de sa religion ou de ses idées politiques. » Uhuru Kenyatta, président du Kenya

?

QUIZ

Testez vos connaissances sur les indépendances africaines

À LIrE AUssI Israël : une Falacha victime de racisme dans l’émission de téléréalité HaAh HaGadol, version locale de Big Brother

Laurent De saint périer n o 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013


la semaine de J.a. Décryptage

Football À fond le gabon Pour la première fois depuis sa création en 1995, le Trophée des champions se déroulera en Afrique subsaharienne. Ce sera à Libreville, le 3 août.

D

es stars parisiennes, dont Ibrahimovic et Cavani, une politique tarifaire adaptée (le prix des billets varie de 2 à 15 euros), un stade de l’Amitié tout neuf (inauguré en 2011)… La 18e édition du Trophée des champions, qui doit se dérouler le 3 août à Libreville, promet d’être un succès. Quelque 40 000 personnes devraient assister en direct au coup d’envoi de la saison. Mieux, sans conteste, que l’an dernier à New York, où l’affiche proposée avait fait un bide (15 100 spectateurs). En délocalisant son trophée au Gabon, la Ligue de football professionnel (LFP) a voulu éviter un second flop. Cette édition 2013 n’est pas la première à se dérouler sur le continent. En 2010, le public s’était massivement déplacé à Radès, en Tunisie, puis en 2011 à Tanger, au Maroc. Le Gabon, qui s’était porté candidat à l’organisation de l’événement à la mi-2012, a été préféré au Brésil et à la Chine. Lorsque le choix de Libreville a été validé, au mois de janvier suivant, l’accord de la LFP – qui devrait récupérer 1 million d’euros dans l’affaire – a été

Thierry BreTon/Panoramic

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p À l’affiche de cette 18e édition, PSG-Bordeaux (ici, lors d’un match en janvier).

perçu comme « un hommage rendu au football africain », selon Frédéric Thiriez, son président. image. Pour le Gabon, ce trophée n’est

qu’une première étape. Car, depuis deux ans, le pays, qui soigne son image à l’étranger, mise à fond sur le football. Il a coorganisé la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2012 avec la Guinée équatoriale et fait venir à Libreville deux des meilleures équipes du monde (le Brésil en 2011, le Portugal en 2012). L’État sponsorise à hauteur de 1 million d’euros par an

le Dessin De la semaine

le championnat national professionnel. Et le palais présidentiel tente toujours de convaincre le Français Paul Le Guen –ancienentraîneurdeLyonetduPSGetexsélectionneur du Cameroun – de s’asseoir sur le banc des Panthères du Gabon. Cet activisme s’étend à d’autres sports. Un Automobile Club a été inauguré en avril. Libreville accueillera le 30 novembre le premier marathon international du Gabon. Enfin, en janvier 2014, ce sera au tour du cyclisme, avec la 9e Tropicale Amissa Bongo. l alexis BilleBault

Joel Pett • Lexington Herald-Leader • États-Unis Royaume-uni c’est un gaRçon !

NON-ÉVÉNEMENT : 380 000 BÉBÉS NAISSENT CHAQUE JOU R

n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

Le 22 juiLLet, notre planète a accueilli des milliers de Farid, d’Aïssata, de Piotr, de Chan, de Luis, de Camille, de Shimon… Mais il n’y en a eu que pour George, George et encore George. C’est peu dire que la venue au monde de ce royal baby – car oui, il s’agit bien du fils du prince William et de Kate Middleton, of course –, en attirant les objectifs des médias internationaux, aura éclipsé tous ceux qui n’ont pas eu la décence de naître avec une couronne en or sur la fontanelle. De là à ce que la terre s’arrête de tourner… jeune afrique


iLS ont dit

« Je n’ai pas peur. Je suis derrière les barreaux, mais je me sens plus libre que beaucoup de gens à l’extérieur. »

drogue Senegalese Connection Les pLus hauts cadres de la police sénégalaise auraientils partie liée avec des narcotrafiquants ? Le scandale a éclaté dans la presse mi-juillet à dakar. cheikhna cheikh sadibou Keïta, l’ancien directeur de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants, accuse abdoulaye Niang, son prédécesseur, d’avoir mis en place un système de revente d’une partie des substances saisies par son service à un réseau mafieux. en prenant ses fonctions, Keïta se serait vu proposer de l’argent par un Nigérian impliqué dans ce trafic. Il a alors alerté sa hiérarchie, en janvier et juin, à travers deux rapports transmis au général pathé seck, le ministre de l’Intérieur. pourtant, aucune vérification ne semble avoir été entreprise. Qualifié de « vulgaire trafiquant de drogue » par Keïta, Niang a même été promu directeur général de la police nationale (dGpN) en mai. au lendemain de ces révélations, une enquête administrative a été confiée à la direction de l’inspection des services de sécurité. selon abdou Latif coulibaly, le porte-parole du gouvernement, elle n’a révélé « aucune faute » imputable à Niang. Il a tout de même été relevé de ses fonctions – pour, officiellement, « lui permettre de se défendre ». Quant à son accusateur, il devrait faire l’objet de « mesures conservatoires et de sanctions disciplinaires », la thèse d’une manipulation étant privilégiée. un blanchiment express qui laisse sceptique une large frange des médias sénégalais. l Mehdi Ba jeune Afrique

« Les vélos représentent beaucoup. La liberté de circulation, être maître de sa destinée… Quand ils ont été introduits en Occident, l’habillement des femmes a changé. » HAIFAA AL-MANSOUR Réalisatrice saoudienne

« Après seulement un an d’expérience du nouveau régime, tout le monde s’accorde à constater que le pays est en pleine régression démocratique, économique et sociale. » ABDOULAYE WADE Ancien président du Sénégal

« J’ai eu un don, je sais que je suis propre, je ne suis pas inquiet. » USAIN BOLT Sprinteur jamaïcain (à propos de la découverte de plusieurs cas de dopage parmi ses pairs)

« J’ai horreur des gens qui veulent changer le monde, parce que souvent ils ne sont pas prêts à changer euxmêmes. Le génie, c’est de s’adapter à la réalité qui nous entoure. » OLIVIER DE KERSAUSON Navigateur français

Bruno BeBert/SipA

LaUrent de Saint Périer

AMINA SBOUI Femen tunisienne (poursuivie pour diffamation de fonctionnaire après avoir dénoncé de mauvais traitements dans la prison de Zeramdine)

crédit photo

24 juillet, hassan Nasrallah, son secrétaire général, a déploré que les européens « donnent une façade légale à toute attaque israélienne contre le Liban, l’état hébreu pouvant désormais faire valoir qu’il combat le terrorisme ». Les responsables de l’ue, eux, justifient cette mesure en invoquant l’attentat de juillet 2012 en Bulgarie (6 morts, dont 5 Israéliens), et la tentative déjouée le même mois à chypre. Mais leur motivation essentielle et inavouée est probablement de réagir à l’intervention massive de la milice libanaise en syrie. ce choix, politique, viserait à faire pression sur l’Iran et le « parti de dieu », alliés les plus engagés de Bachar alassad, pour amener ce dernier à négocier. l

Ap/SipA

Union européenne hezbollah non grata téhéraN peste, Beyrouth regrette, mais Washington applaudit et Jérusalem jubile: en décidant, le 22 juillet, de classer sur sa liste des organisations terroristes l’aile militaire du hezbollah libanais (soutenu par l’Iran), l’union européenne (ue) adopte une ligne diplomatique inédite… et ambiguë. car en précisant que l’aile politique du mouvement reste un interlocuteur légitime, l’ue réduit singulièrement la portée de sa sentence : comment distinguer le militant du milicien au sein d’une organisation décrite comme un état dans l’état ? À la fois mouvement politique et formation armée, le hezbollah est la bête noire d’Israël qui, depuis des années, fait pression – avec les états-unis – pour que l’ue « blackliste » l’organisation. Le

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La semaine de J.A. Tour du monde BRÉSIL

ROYAUME-UNI

À Rio, le carton du pape

P

our son premier voyage à l’étranger depuis son élection, en mars, le pape François a choisi le Brésil, où, du 23 au 28 juillet à Rio de Janeiro, se sont tenues les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), avec la participation de près de 2 millions de catholiques venus de cent cinquante pays. Le Saint-Père a participé à la cérémonie d’ouverture sur la plage de Copacabana, puis au traditionnel chemin de croix, puis à la veillée du samedi et la messe de clôture du dimanche. Mais le 24 juillet, il a aussi tenu à se rendre au sanctuaire marial d’Aparecida, à 250 km de Rio, où la dévotion à une Vierge noire symbolise les souffrances des esclaves noirs. C’est d’ailleurs le plus grand sanctuaire du monde : 12 millions p L’arrivée du Saint-Père à la basilique de pèlerins chaque Notre-Dame d’Aparecida, le 24 juillet. année. La pluie et les basses températures des premiers jours n’ont apparemment pas douché l’enthousiasme des participants, parmi lesquels les Africains n’ont guère brillé par leur nombre. La délégation du Sénégal ne comptait qu’une vingtaine de membres ; celle du Burkina, une dizaine ; et celle des Coptes d’Égypte, soixante-cinq. l CHRISTOPHE SIMON/AFP

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BELGIqUE

Royal gros kiss on Se Souvient peutêtre de l’objurgation baudelairienne à l’adresse des Belges : « parlez le flamand ou le français, mais gardez-vous, nous vous prions, de parler ces deux langues ensemble. » Les temps ont changé. Les Belges parlent désormais le flamand ou n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

le français, rarement les deux, ensemble ou successivement, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’unité de leur royaume. Mais tous n’en ont apparemment pas fini avec les errements du bilinguisme. Écoutons le roi Albert ii, lors de la cérémonie de son abdication au profit de philippe, son fils, le 21 juillet : « Quant à la reine paola, je voudrais simplement lui dire merci. et un gros kiss. » Lui dire un gros kiss, Majesté, vous êtes sûre ?

Royal gros baby

Son père s’appelle William, et sa mère, Kate. Lui a hérité de trois prénoms : George, Alexander et Louis. et d’un titre : prince de Cambridge. Le royal baby figure en troisième position dans l’ordre de succession au trône d’Angleterre. né le 21 juillet à 16 h 24 sous le signe du Cancer, il pèse 3,8 kg et est apparemment en parfaite santé. « C’est un baby merveilleux, un beau baby », a commenté Marcus Setchell, le royal docteur. So what? JAPON

Abe a les mains libres

Le 21 juiLLet, lors des élections sénatoriales, les japonais ont conforté Shinzo Abe à la tête de leur pays. Avec son allié du centre, le parti libéral-démocrate a en effet obtenu la majorité absolue à la Chambre haute du parlement (121 sièges étaient en jeu). Cette victoire assure au premier ministre trois années de tranquillité pour poursuivre ses « Abenomics », son programme de relance de l’économie. il devrait maintenant lancer sa « troisième flèche » : une série de réformes structurelles nettement plus impopulaires, comme la refonte du droit du travail.

Le mot

Hitler « COMME qUOI, il [le führer du IIIe Reich] n’en a peut-être pas tué assez » : c’est ce qu’aurait déclaré, selon un journaliste présent, le dénommé Gilles Bourdouleix, député et maire centriste de Cholet, dans l’ouest de la France, lors d’une tentative d’installation illégale d’un camp de « gens du voyage » – autrement dit de Roms – sur le territoire de sa commune.

ÉTATS-UNIS

Attention, Danger!

ÉtoiLe MontAnte de la politique américaine, Anthony Weiner, 48 ans, avait été contraint en 2011 de démissionner de la Chambre des représentants après avoir posté par erreur sur twitter une photo de lui fort suggestive jeune afrique


ArrêT Sur iMAge

AP/SIPA

ESPACE

Sept milliards de Terriens sur une tête d’épingle CEttE ExtRAoRdINAIRE PHoto diffusée par la Nasa, l’agence spatiale américaine, a été prise le 19 juillet par la sonde spatiale Cassini-Huygens, qui, depuis 2004, étudie la planète Saturne, ses innombrables lunes et ses sept anneaux connus. Regardez à présent le minuscule point scintillant et bleuté désigné par la petite flèche. Il s’agit d’une autre planète du système solaire située à environ 1,5 milliard de kilomètres de Saturne. Son nom? La terre.

adressée à une étudiante de Seattle. Son épouse et ses électeurs avaient fini par lui pardonner cette incartade. On parlait même de lui pour la mairie de New York. Las, le site The Dirty – tout un programme! – vient de publier les propos sexuellement explicites, accompagnés de photos qui ne le sont pas moins, que l’infatigable ex-parlementaire, mal dissimulé sous le pseudonyme de Carlos Danger, a tenus en 2012 à une jeune femme de 22 ans. Incorrigible. BIRMANIE

Moine pris pour cible

UNe bOmbe De faIbLe puissance a fait cinq blessés le 21 juillet à mandalay, dans le centre du pays. L’engin a explosé à proximité d’une cérémonie religieuse animée par le moine bouddhiste Wirathu, leader du très radical mouvement 969. Ce dernier, jeune afrique

qui se présente comme le « ben Laden birman », est souvent accusé d’attiser la violence contre la minorité musulmane (4 % de la population). Il ne doute pas une seconde que l’attentat, non revendiqué, était dirigé contre lui. Ce qui lui permet d’accuser les musulmans d’en être les auteurs. ESPAGNE

Été pourri

TOUT va maL pour mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol. Impliqué dans un scandale de corruption présumée, il va être contraint de s’expliquer, le 1er août, devant le Parlement, tandis que sa popularité s’effondre. Plus grave, un terrible accident ferroviaire a fait quelque quatre-vingts morts à Saint-Jacques-de-Compostelle, sa ville natale, le 24 juillet. Seule lueur d’espoir dans ce ciel de suie : pour la première

fois depuis deux ans, le chômage a légèrement baissé au deuxième trimestre. Il reste néanmoins stratosphérique : 26,26 % de la population active. CHINE

Descente aux enfers

aNCIeN membRe du bureau politique du Parti communiste chinois, tenant de la ligne néomaoïste et patron de la mégapole de Chongqing (33 millions d’habitants), bo Xilai avait été démis de ses fonctions l’an dernier, tandis que Gu Kailai, son épouse, était condamnée à mort avec sursis pour le meurtre de Neil Heywood, un ressortissant britannique. Le 25 juillet, l’agence officielle Chine nouvelle a fait savoir que le hiérarque déchu avait été formellement inculpé de corruption, versement de pots-de-vin et abus de pouvoir. À qui se fier ! n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Grand angle

p Saïd Bouteflika (ici à Oran, le 24 février 2012) a vingt ans de moins que son illustre aîné.


Algérie

Mister mystère Depuis des années, Saïd Bouteflika se tient dans l’ombre de son frère. On lui prête de l’ambition, le goût de l’intrigue et une immense influence sur le président, encore accrue par la maladie de ce dernier. Fantasme ou réalité ?

O

n le qualifie volontiers de vice-président, de vizir ou de président bis. Plus jeune frère du chef de l’État, conseiller spécial à la présidence, Saïd Bouteflika exerce une influence considérable. Dernière illustration de cette proximité, le black-out médiatique qu’il a imposé tout au long de l’hospitalisation d’Abdelaziz Bouteflika en France (du 27 avril au 16 juillet) pour un accident vasculaire cérébral (AVC), à 76 ans. Depuis le Val-de-Grâce, les Invalides, l’hôtel George V – où il a pris ses quartiers – ou encore une célèbre brasserie parisienne, Saïd filtrait l’information, prodiguait recommandations et instructions au gouvernement, aux cadres de la présidence, aux directeurs des médias publics ou privés, aux élus du Front de libération nationale (FLN)… Bref, le conseiller se substituait presque au président. Obscur enseignant à l’université HouariBoumédiène de Bab-Ezzouar jusqu’en 1999, année de l’élection d’Abdelaziz Bouteflika, cet homme à la silhouette frêle est aujourd’hui le maillon fort de la famille et le pivot du clan présidentiel. À tel point qu’on lui prête, au « pays des mille et une

rumeurs », l’intention de désigner le successeur de son frère, voire de lui succéder lui-même. La vie de cet homme aussi mystérieux que puissant au palais d’El-Mouradia comme à la ville est une énigme. Si bien que le département d’État américain luimême, à en croire les câbles secrets du site WikiLeaks, a demandé entre 2008 et 2009 à ses diplomates basés en Algérie, en France, au Maroc et en Tunisie d’enquêter sur cet homme « secret et discret ». Si les journalistes le côtoient régulièrement, rares sont ceux qui osent pousser plus loin leurs investigations. Saïd Bouteflika n’accorde jamais d’entretien, ses amis craignent de parler et refusent de témoigner. Ses détracteurs ne disent que du mal de lui. « Ne vous fatiguez pas, nous conseille l’un de ses intimes. Il ne parlera jamais. » La paranoïa est si grande que l’on vous explique parfois qu’il serait préférable de ne pas trop s’intéresser au personnage. Ce qui épaissit davantage le mystère autour de ce conseiller dont le destin, quoi qu’on en dise, reste intimement lié à celui du président. Issu d’une fratrie de neuf (cinq frères, une sœur et trois demi-sœurs), Saïd naît en 1957 – vingt ans après Abdelaziz – à Oujda, ville marocaine frontalière. Le père, mandataire

RyaD KRamDi

FArid AlilAt


Grand angle Enquête de marché de gros, meurt un an plus tard. Le garçon est alors élevé par sa mère, Mansouriah, qui tient un bain maure, le Hammam Jerda. « C’était une véritable “mamma à l’italienne”, se rappelle un ami de la famille. Elle couvait ses enfants autant qu’elle se montrait sévère envers eux. En l’absence du père, c’est Abdelaziz qui a pris Saïd sous son aile comme s’il était son fils. Plus tard, Saïd a eu un autre protecteur, Houari Boumédiène [proche de la famille, NDLR], qui s’est pris d’affection pour lui. » élève moyen. À l’indépendance, en juillet 1962,

la famille s’installe en Algérie. Abdelaziz est d’abord député de Tlemcen, puis devient ministre des Affaires étrangères sous la présidence d’Ahmed Ben Bella. Les Bouteflika s’installent alors dans une résidence à Poirson, sur les hauteurs d’Alger. Saïd profite des meilleurs établissements de la capitale : primaire et secondaire chez les Pères blancs à l’école Saint-Joseph, lycée chez les Jésuites. « Il y a été scolarisé au même titre que les enfants des membres du Conseil de la révolution [cabinet noir né après le putsch du 19 juin 1965 contre Ben Bella] ou que la progéniture de la nomenklatura, se souvient un camarade de classe. C’était un élève moyen, plutôt effacé, qui ne faisait pas le fier bien que son grand frère ait été alors considéré comme le numéro deux du régime. » Après un baccalauréat et une licence à l’université scientifique de Bab-Ezzouar, il gagne Paris en 1983 pour préparer un doctorat en informatique. Dans le même temps, la roue tourne du mauvais côté à Alger. Successeur putatif de Boumédiène, décédé le 27 décembre 1978, Abdelaziz Bouteflika est mis sur la touche par les militaires, qui lui préfèrent le colonel Chadli Bendjedid. Écarté du comité central du FLN en décembre 1981, l’ex-ministre choisit de s’exiler. Paris, Damas, Genève, les Émirats – où il monnaie ses services comme consultant international. Il boudera son pays pendant des

nacerdine zebar/gamma

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p Nacer Bouteflika, le 9 avril 2009, jour de la réélection d’Abdelaziz pour un troisième mandat.

années. De son éviction, il gardera longtemps un goût amer : « J’aurais pu prétendre au pouvoir à la mort de Boumédiène. Mais la réalité est qu’il y a eu un coup d’État à blanc et l’armée a imposé un candidat imprévu », affirme-t-il le 8 juillet 1999 à la radio française Europe 1. Sa famille n’est pas non plus épargnée par cette opération de « déboumédiénisation » : elle est contrainte de quitter la villa qu’elle occupe. À l’époque, on entend souvent la mère, les frères et les sœurs se lamenter de cette disgrâce: « Hagrouna! » (« ils nous ont humiliés »). L’acharnement ira plus loin : après une instruction entamée début 1979, la Cour des comptes l’accuse le 8 août 1983 de détournement de fonds. Chef de la diplomatie à l’époque des faits – entre 1965 et 1978 –, Abdelaziz Bouteflika aurait demandé aux consulats et ambassades d’Algérie de verser leurs excédents budgétaires sur deux

Saïd, la preSSe et leS ScandaleS

L

a charge, d’une violence rare, serait dit-on à l’origine de l’accident vasculaire cérébral (AVC) d’Abdelaziz Bouteflika le 27 avril. Trois jours plus tôt, le 24, le quotidien algérien El Watan publiait à sa une un brûlot intitulé : « Affaires de corruption : Saïd Bouteflika est-il impliqué ? » Sans avancer le moindre début de preuve pour appuyer ses allégations, le journal francophone laissait entendre que le frère et conseiller du président n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

aurait trempé dans des affaires de corruption liées à des contrats de plusieurs milliards de dollars, accordés notamment par Sonatrach et Sonelgaz. « En réalité, est-il écrit, Chakib Khelil [ex-ministre de l’Énergie et des Mines] n’est que l’arbre qu’il faudra protéger pour qu’il puisse continuer à cacher la forêt, ou plutôt le clan présidentiel. » Décodage : Saïd Bouteflika soutient Chakib Khelil, également cité

dans ces scandales, pour mieux se préserver luimême ainsi que son entourage. Corrompu et protecteur, Saïd ? Certes, le sérail bruit de rumeurs concernant les affaires, la fortune ou les biens supposés du conseiller spécial… Et sa proximité avec certains hommes d’affaires (Ali Haddad et les frères Kouninef, entre autres) qui ont obtenu de nombreux marchés publics est bien connue. Mais jusque-là, aucun média

n’avait osé attaquer de front le frère du chef de l’État. Le fait que cette charge survienne dans un contexte particulier – la guerre pour la succession de Bouteflika – n’est sans doute pas anodin. Si l’objectif était de fragiliser le clan présidentiel, il est peut-être atteint. En prenant connaissance de l’article d’El Watan, Bouteflika est entré dans une colère noire, et les murs de sa résidence ont résonné de ses échanges houleux avec son frère. l Farid alilat jeune afrique


Samir Sid

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comptes personnels ouverts en Suisse. Montant total : 60 millions de dinars (environ 570 000 euros actuels). L’accusation et, surtout, la volonté de le salir le marquent à jamais. « Contrairement à ce que dit et croit la vox populi, ni Abdelaziz ni Saïd ne roulaient sur l’or durant ces années d’exil, confie une vieille connaissance qui les fréquentait à Paris. Certes, Abdelaziz était pris en charge par ses amis des pétromonarchies et gagnait bien sa vie, mais il était loin d’être millionnaire. Quant à Saïd, s’il vivait dans le quartier du Cherche-Midi (6e arrondissement), il habitait un studio et avait des difficultés à boucler ses fins de mois. »

p Saïd (à g.) et Abdelaziz, législatives de mai 2012.

manœuvrier. Le retour de Saïd à Alger, en 1987,

coïncide avec la fin de la disgrâce de son frère aîné. Après six années passées hors du pays, Abdelaziz retrouve une certaine respectabilité en réintégrant le comité central du FLN. Dans la foulée, sa famille se voit restituer la villa de Sidi Fredj, confisquée par le gendre de Chadli Bendjedid, et en obtient même une autre dans le quartier d’El-Biar, sur les hauteurs de la capitale. Les deux frères ne sont jamais loin l’un de l’autre: dans l’immeuble, l’aîné occupe le 6e étage, le cadet le 5e. Mais Saïd se tient à l’écart de la politique. Enseignant à l’université, marié à une médecin biologiste, il se contente de militer comme syndicaliste au sein du Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes). « Saïd en était un membre mineur, tempère un ancien camarade. Il participait aux réunions et aux grèves, mais il était discret. Il était plutôt manœuvrier, dans la mouvance trotskiste. » En septembre 1998, le président Liamine Zéroual annonce sa démission et l’organisation d’élections anticipées. C’est le début d’une nouvelle ère pour la famille : alors qu’il avait décliné leur offre en jeune afrique

il devient les yeux et les oreilles d’un président de plus en plus méfiant.

janvier 1995, Bouteflika est de nouveau sollicité par les militaires pour se présenter. « Candidat du consensus », il fédère autour de lui le ban et l’arrière-ban du régime. Durant cette période, son frère est déjà à ses côtés, mais demeure discret. « Saïd a joué un rôle insignifiant dans la campagne électorale, se souvient un ancien ministre. Dans la villa de Hydra [Alger] qui servait de QG, il connaissait très peu de monde et ne figurait même pas dans l’organigramme de l’équipe du candidat Bouteflika. » Vingt ans après avoir été évincé, Abdelaziz Bouteflika est élu président, le 15 avril 1999. Au palais d’El-Mouradia, le nouveau chef de l’État s’entoure de sa famille: Saïd devient son conseiller spécial, et Zhor, sa sœur, naguère sage-femme, prend soin de lui et mitonne les petits plats dont il raffole. Mustapha, spécialiste en ORL, devient son médecin personnel (il décédera en juillet 2010). Tous sont nommés par décrets non publiables. Les deux autres frères restent à l’écart. Abdelghani est avocat à Paris et Nacer garde son poste de secrétaire général du ministère de la Formation professionnelle. Au siège de la présidence, Saïd s’occupe officiellement du service informatique. S’il accompagne le chef de l’État dans tous ses déplacements, son pouvoir est limité. « Durant ce premier mandat, on comptait plus de vingt conseillers au palais, explique l’un d’eux. Saïd se mêlait rarement des affaires du protocole ou de la sécurité. De plus, la présidence était tenue par des hommes chevronnés tels qu’Ali Benflis [directeur de cabinet puis chef du gouvernement entre août 2000 et mai 2003] ou Larbi Belkheir [directeur du cabinet présidentiel après Benflis]. » Mais une année avant la fin du premier quinquennat, le pouvoir du benjamin de la famille croît n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


Grand angle Enquête subitement. Il devient « les yeux et les oreilles du chef de l’État, juge un ex-conseiller à la présidence. Il est le seul à entrer dans son bureau sans être annoncé. Il jouit de la confiance absolue du président, réputé méfiant et soupçonneux ». Saïd tisse des liens étroits avec certains ministres qu’il côtoie le soir dans les restaurants ou les villas privées, cajole les associations et les organisations civiles de masse qui bénéficient des subventions de Sonatrach ou du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale. Il sait aussi se faire menaçant, et pousse hommes d’affaires et industriels à financer la campagne du président sortant. Toujours en coulisses, il participe au limogeage d’Ali Benflis en mai 2003 et prend part à la campagne qui aboutira quelques mois plus tard à sa destitution du poste de secrétaire général du FLN. Il est vrai

que ni Bouteflika ni son clan ne pardonnent à l’ancien Premier ministre de s’être porté candidat. « Si Benflis reste au gouvernement, il installera ses relais partout et nous mangera tout crus », susurre un jour Saïd au président. Confident. Si la réélection de Bouteflika en 2004

q Législatives 2007, le fils de Nacer, au premier plan, attend son oncle Abdelaziz, dans l’isoloir.

FAYEZ NURELDINE/AFP PHOTO

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renforce l’ascendant de Saïd, il lui reste néanmoins à évincer Larbi Belkheir (aujourd’hui décédé), alias le Cardinal, l’homme fort du cabinet présidentiel – celui à qui, entre autres, Bouteflika doit son retour aux affaires. De notoriété publique, Saïd et Larbi ne s’entendent pas. Alors, comment faire ? Réponse : mettre en minorité le Cardinal. « Belkheir avait un impressionnant carnet d’adresses, du tact, l’expérience des arcanes du pouvoir et une vraie influence sur l’armée, explique un diplomate. Bref, tout ce qui manquait ou presque à Saïd. Belkheir lui faisait de l’ombre, il fallait donc le pousser vers la sortie. » Un ex-cadre d’El-Mouradia renchérit : « Le frère a manœuvré habilement pour monter le président contre Belkheir, si bien que les deux hommes ont fini par ne plus communiquer. L’atmosphère était viciée par les rumeurs, les intrigues et les complots… » Le président finit par se séparer de son directeur de cabinet en août 2005 et le nomme ambassadeur au Maroc. Moulay Mohamed Guendil prend sa place, mais la plupart de ses prérogatives sont transférées à Mohamed Rougab, le secrétaire particulier du président, et à Mokhtar Reguieg, son directeur général du protocole. Deux hommes totalement dévoués au président, donc à son frère… Un autre événement majeur, en novembre 2005, conforte encore un peu plus l’influence de Saïd. Victime d’un « ulcère hémorragique », Abdelaziz

GénéaloGie

Une grande famille Mansouriah Ghezlaoui

ahMed Bouteflika

Ancienne gérante du Hammam Jerda à Oujda (Maroc). Le président lui vouait une telle admiration qu’il la consultait régulièrement. Décédée en juillet 2009.

Né à Nedroma, à 58 km au nord-ouest de Tlemcen. Parti vivre au Maroc dans sa jeunesse, il avait deux épouses, Rabia Belkaïd et Mansouriah Ghezlaoui. Mort en 1958 à Oujda.

aBdelaziz

nacer

aBdelGhani

Né le 2 mars 1937 à Oujda (Maroc). Premier enfant de sa mère et deuxième enfant de son père. Il est célibataire.

Également surnommé Abderrahim. Secrétaire général du ministère de la Formation professionnelle, il est aussi discret que ses frères.

Avocat en France. Il s’est fait connaître en travaillant pour le milliardaire algérien Rafik Khalifa.

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jeune afrique


afP PHOtO/aPS

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Bouteflika est hospitalisé en France. Le président frôle la mort. Lorsqu’il reprend ses activités, il est contraint de lever le pied. Son rythme de travail se ralentit, ses voyages se raréfient, les Conseils des ministres s’espacent. Comme un retournement du destin, c’est désormais son frère qui veille sur lui. « La maladie du président a ouvert un boulevard à Saïd, analyse un habitué du sérail. Il tient l’agenda du chef de l’État, intervient dans les nominations de ministres, de diplomates, de walis [préfets], de patrons d’organismes publics, et influe sur la vie interne du FLN. Devenu incontournable pour accéder au président, le conseiller spécial prend de facto la direction des affaires à El-Mouradia. »

p Mustapha Bouteflika (à g.) Zinédine Zidane et le président, à Alger, le 3 mars 2010.

convaincant. Une prise de contrôle qui permet

à Saïd de préparer le terrain au chef de l’État pour un troisième mandat… Car il le sait, son propre maintien aux affaires dépend de l’avenir de son aîné. Les proches ne se montrent pas unanimement favorables à la réélection d’Abdelaziz ? Saïd se charge de les convaincre et incite ce dernier à modifier, en 2008, la Constitution de 1996, qui

limitait le nombre de mandats du président. Mieux qu’en 2004, Saïd met au pas hommes d’affaires et organisations patronales, qui contribuent à hauteur de 40 % au financement de la campagne électorale. « Certains ont versé des milliards de dinars pour le candidat-président, confie un entrepreneur. Ceux qui rechignaient à mettre la main à la poche redoutaient d’être privés de marchés. » Mission accomplie : avec la victoire d’Abdelaziz, Saïd s’assure cinq années de plus à El-Mouradia. Reste à savoir s’il veut maintenant peser sur la succession. Et s’il dispose, comme en 2009, de relais suffisants. « La donne a changé, décrypte un connaisseur. Le président ? Affaibli. Les hommes qui ont constitué l’ossature de son pouvoir ? Tous évincés. Le FLN et le RND [Rassemblement national démocratique], qui servaient de majorité ? En crise. Aujourd’hui, Saïd tient sa puissance de son statut de frère et conseiller spécial d’un président encore en exercice. Le jour où Abdelaziz annoncera officiellement qu’il ne briguera pas de quatrième mandat, les cartes seront redistribuées. » l

Zhor

Mustapha

saïd

Sage-femme de formation. Jamais apparue en public, elle s’occupe du bien-être d’Abdelaziz. Nommée à la présidence par décret.

Médecin spécialiste en ORL (voir photo ci-dessus). Aussi proche que Saïd du chef de l’État, il en était le médecin personnel. Décédé d’un cancer en 2010.

Le plus jeune de la fratrie. Ancien universitaire, il devient conseiller spécial à la présidence en 1999. Il suit le chef de l’État comme une ombre. Marié à une médecin biologiste.

jeune afrique

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afrique subsaharienne

MalI

Pour qui votent Officiellement, les leaders religieux se tiennent à l’écart du scrutin présidentiel. Mais certains ont choisi leur poulain. Avec l’espoir que ce champion, s’il est élu, suive leurs recommandations.

première sélection de 4 candidats sur les 27 engagés, explique le président de Sabati 2012. IBK n’y ouyé a parlé. Les musulfigurait pas, mais le chérif a décidé de l’y inclure. C’est lui qui correspond le plus à nos critères. » mans du Mali sont appeLes quatre éconduits par la confrérie ? Cheick lés à voter le 28 juillet pour El Hadj Ibrahim Modibo Diarra, l’ancien Premier ministre; l’avocat Boubacar Keïta. Objectif, Mountaga Tall ; Choguel Maïga, le président du le takokelen [victoire Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR); et Moussa Mara, jeune expert-comptable, maire électorale dès le premier tour]. » Ces propos, tenus le 19 juillet à Nioro du Sahel, sont ceux de Moussa d’une commune du district de Bamako. Quant aux critères, il s’agit d’une liste de revendications souBoubacar Bah, président du mouvement citoyen des musulmans du Mali, Sabati 2012, une assomise aux 27 postulants à Koulouba, énumérant « les ciation de jeunes se réclamant du leader religieux conditions à remplir pour obtenir le soutien des musulmans maliens », précise Moussa Boubacar Chérif Mohamed Ould Cheicknè, alias Bouyé ou le chérif de Nioro. Chef de la confrérie religieuse Bah. Cela va de l’octroi de subventions publiques destinées aux associations religieuses à l’égal des hamalliste, Bouyé a vu son influence politique partis politiques à l’interdiction s’étendre au-delà de ses seules de toute publicité sur le tabac et ouailles quand, en mars 2012, il De tous les est devenu le marabout en titre du candidats, IBK est l’alcool en passant par l’adoption capitaine Amadou Haya Sanogo, d’une législation favorisant davancelui qui inclut le chef de la junte qui a renversé le tagelesystèmefinancierislamique. président Amadou Toumani Touré plus de versets (ATT). « La bénédiction de Bouyé POlIChInelle. Si Bouyé et coraniques dans Sabati 2012 ont choisi vaut quasiment élection, s’enthouses discours. siasme Rokiya, frêle jeune fille IBK, cela ne signifie aucunement voilée de noir croisée à la mosquée de Badalabougou, un quartier de la rive gauche du que la totalité des leaders religieux Djoliba. Les musulmans respectent les consignes maliens s’est ralliée à lui. D’ailleurs, Mahmoud Dicko, président du Haut de vote des imams. » Une certitude tempérée par un précédent : lors de la présidentielle de 2002, Conseil islamique du Mali (HCIM), a tenu à prendre ses distances. Il le même Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), soutenu estime que sa vocation n’est pas de sans réserve par les chefs religieux, avait été éliminé dès le premier tour, devancé par ATT et donner des consignes de vote, mais d’éclairer « le croyant pour en faire un Soumaïla Cissé. L’argument développé par le chérif de Nioro citoyen ». Sa proximité avec IBK est un secret de polichinelle, mais il dément le fait pour soutenir son candidat est le suivant : « Nous que sa « structure » soit mêlée à une campagne devons faire barrage à ceux qui ont mis le Mali dans cette situation [crise dans le Nord, coup d’État…] électorale, fût-elle au profit de son ami. Autre leader religieux à se refuser à toute en soutenant celui qui respecte les valeurs de notre pays. » De fait, de tous les hommes politiques immixtion politique : Chérif Ousmane Madani en campagne, IBK est celui qui inclut le plus de Haïdara, leader d’Ansar Eddine (qui n’a rien à voir avec l’organisation du même nom du rebelle versets coraniques dans ses discours. Comment l’ancien Premier ministre d’Alpha Oumar Konaré touareg Iyad Ag Ghali). « Ma crainte, affirme Haïdara, est que les contentieux entre partisans l l l a-t-il convaincu Bouyé ? « Nous avions fait une CherIf OuazanI,

«

envoyé spécial à Bamako

B

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Afrique subsaharienne

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t Au village de Koa, près de Mopti.

RĂŠmi Benali/Getty

les imams?


Afrique subsaharienne Mali des différents candidats fassent une intrusion dans la maison de Dieu. Faire du minbar [piédestal d’où l’imam fait son sermon] une tribune politique peut mener à toutes sortes de dérives. » Quant aux réactions des autres candidats au lendemain du soutien de Sabati 2012 à leur concurrent IBK, ni

panique ni cris d’orfraie à propos de « menaces pesant sur la laïcité ». Chacun a son leader religieux et son imam au sein de son équipe de campagne…

lll

discorde. La parole d’un chef religieux relevant

q Mahmoud Dicko, au stade omnisports de Bamako, en 2012.

EmmanuEl Bakary DaOu

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quasiment du sacré, que se passera-t-il si celui qu’il soutient échoue ? « Si notre candidat perd, nous serons les premiers à féliciter son adversaire victorieux », assure Moussa Boubacar Bah. Chérif Ousmane Madani Haïdara évoque quant à lui le spectre de la discorde qui menacerait la cohésion de la Oumma [communauté musulmane] du Mali. Ce qui ne l’empêche pas de faire campagne. Pas à la mosquée, mais à la télévision. Le leader religieux met son aura et son image au service de l’action civique en appelant à une plus grande implication de ses fidèles dans le processus électoral, du retrait de leur carte d’électeur au vote. Si les imams partisans de Bouyé et de Sabati 2012 ont mis leur mosquée au service exclusif d’IBK, il s’agit d’une exception. Le plus grand nombre continue, dans un climat exclusivement spirituel, à animer les soirées religieuses du ramadan, qui coïncide avec la campagne électorale. Loin des clivages politiques et des querelles entre colleurs d’affiches. l

questions à MAhMoud dicKo Président du Haut Conseil islamique du Mali (HCIM)

« jamais personne ne critique l’intégrisme laïque » L’imam assure ne soutenir aucun candidat, mais il somme les politiques de tenir compte de la sensibilité religieuse du pays. jeune Afrique : Pourquoi votre instance a-t-elle donné, le 19 juillet, une consigne de vote au profit du candidat ibrahim Boubacar Keïta? MAhMoud dicKo: Ce n’est

pas vrai. Le Haut Conseil islamique du Mali n’émet aucune consigne de vote. L’appel que vous évoquez émane d’une association de jeunes musulmans soutenue par quelques prédicateurs. Il n’engage en rien notre structure. quelle place occupe le hciM dans le processus électoral?

Nous souhaitons sensibiliser et convaincre le croyant d’être un bon citoyen qui n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

exerce son devoir le jour du scrutin. L’engouement que nous percevons dans les mosquées pour cette élection balaie toutes nos craintes quant à la participation, même si nous sommes conscients des difficultés qui entoureront les opérations de vote à Kidal. comment expliquer l’influence grandissante des imams dans la vie politique?

Le coup d’État du 22 mars et les événements qui ont suivi ont mis à nu le discrédit qui frappait l’ensemble de la classe politique. Les vrais leaders d’opinion n’étaient plus les patrons de parti mais

les chefs religieux. Pendant deux décennies, notre modèle démocratique a été factice. Des sacrifices ont été consentis pour chasser la dictature, mais le régime démocratique a été pris en otage par une élite qui a pris le contrôle des institutions pour s’enrichir sans jamais se soucier du quotidien difficile des populations. Les politiques ont alors incarné la corruption, la mauvaise gouvernance et le clientélisme. Résultat: cette élite a été conspuée par le peuple, qui s’est tourné vers la mosquée. En quoi est-ce une régression démocratique ? Si la démocratie est réellement universelle, elle doit s’adapter à nos réalités et à nos valeurs. Certaines voix en Occident, souvent relayées chez nous, crient à

l’intégrisme religieux, mais nul ne souffle mot sur l’intégrisme laïque. celui-ci sévit-il au Mali?

Nous sommes dans un pays à 90 % musulman et à 100 % croyant. Au nom de quoi devrait-on ignorer le fait religieux ? Pourquoi autant de suspicions si les Maliens ont davantage confiance en un imam qu’en un homme politique? Notre pays doit s’inventer un mode de gouvernance qui accorde plus de place à nos valeurs et à nos réalités. Nous ne pouvons faire abstraction de notre vécu, de nos traditions et de notre organisation sociale. À sa manière, l’intégrisme laïque nourrit l’intégrisme religieux. l Propos recueillis à Badalabougou par cherif ouAzAni jeune afrique


31

Jordi Matas/deMotix/Corbis

q L’opposant Julius Malema (au centre), à Johannesburg, le 1er juillet.

Afrique du Sud

Zuma et les prétendants À l’approche des élections générales de 2014, l’impopularité croissante du président encourage de nouveaux candidats à tenter leur chance.

E

n février, Mamphela Ramphele lançait Agang (« construire », en langue sotho) ; en juillet, c’était au tour de Julius Malema de présenter ses « Combattants de la liberté économique ». L’ancienne compagne de Steve Biko – martyr de la lutte contre l’apartheid – et l’ex-trublion du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, ne partagent pas les mêmes idées, mais ont le même objectif : attirer les déçus du président Jacob Zuma. À moins de un an des élections générales, ils sont de plus en plus nombreux. Selon des sources internes, l’ANC redouterait de passer, pour la première fois, sous la barre des 60 % des suffrages. L’enthousiasme des syndicats et de la Ligue des jeunes de l’ANC (à l’époque emmenée par Julius Malema) pour Jacob Zuma lors de son accession au pouvoir en 2009 est aujourd’hui un lointain souvenir. À l’origine de cette désaffection, un monceau d’affaires de corruption et un taux de chômage trop élevé (plus de 25 % officiellement). La réélection de Zuma à la tête du parti, en décembre 2012, a repoussé les espoirs de changements à 2018 et ouvert la voie à de nouvelles formations. FratricidE. Ce n’est pas la première fois

que l’ANC se voit disputer son électorat jeune afrique

naturel. En 2008, des proches de l’ancien président Thabo Mbeki, alors engagé dans une guerre fratricide avec Zuma, avaient fondé le Congrès du peuple (Cope). Ce mouvement, qui avait recueilli 7,4 % des voix en 2009, reste depuis miné par d’interminables divisions internes. Pas de quoi ravir à l’Alliance démocratique (DA) le statut de principal parti d’opposition. Mais ce dernier peine à se défaire de l’image de « parti de Blancs » qui l’a, jusqu’à présent, empêché d’élargir sa base. Les 24 % des voix remportées lors des municipales de 2011 restent en effet son meilleur score.

et le monde des affaires, aurait été une prise de guerre plus consensuelle. Mais, après avoir été longtemps courtisée, elle a finalement décidé de se lancer seule dans la bataille. « Nous sommes en désaccord, non pas au niveau politique, mais parce qu’à la DA ils ne comprennent pas les profondes blessures psychologiques que nous a infligées le racisme », a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse, le 18 juin. La candidate, qui pourrait séduire une classe moyenne noire, lente à émerger, axe son discours sur la compétence et l’intégrité, mais son programme se différencie peu, sur le fond, de celui de l’ANC. vErvE. Tout le contraire de Malema, qui,

bien qu’exclu de l’ANC et poursuivi pour blanchiment d’argent, parvient à séduire, grâce sa verve, une partie de la jeunesse frustrée. Lors de l’annonce du lancement de son parti, le 11 juillet, il a confirmé sa volonté de saisir terres agricoles et mines toujours aux mains des Blancs. « Si vous ne voulez pas partager, Mamphela ramphele et Julius vous serez forcés à le faire ! » a-t-il Malema ont le même objectif : lancé à leur intention. «Malemaparvientàtoucherun attirer les déçus de l’aNc. segment de la population à qui Consciente de ses faiblesses, la formapersonne ne parle, analyse Fiona Forde, tion dirigée par Helen Zille, une ancienne auteure de Malema. An Inconvenient journaliste blanche qui fut hostile à Youth. Dans la ligne de mire du jeune l’apartheid, ne ménage pas ses efforts. tribun : la génération « born free » (« née Mi-juillet, elle a été ralliée par Buyelekhaya libre ») qui n’a connu que l’ANC au pouvoir Dalindyebo, le roi des Thembu (la tribu et entretient avec elle une relation moins de Nelson Mandela) au passé sulfureux affective. Cette jeunesse votera pour la pre– il a fait appel d’une condamnation mière fois l’année prochaine et, selon les sondages – peu fiables en Afrique du Sud –, pour kidnapping, agression et incendies volontaires. plus du quart des 18-34 ans pourraient Mamphela Ramphele, ancienne figure porter leur choix sur le leader populiste. l de la lutte, passée par la Banque mondiale PiErrE BoissElEt n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


Afrique subsaharienne ANGOLA

Marcolino Moco « Dos Santos doit partir » Corruption, népotisme… L’ancien Premier ministre est le seul au sein du parti au pouvoir à dénoncer ouvertement ces fléaux et à réclamer que le président prenne sa retraite.

M

arcolino Moco est l’une des rares personnalités à faire autorité en Angola. Celui qui fut Premier ministre entre 1992 et 1996 reçoit chez lui, dans une spacieuse maison du quartier Alvalade, dans le centre-ville de Luanda. Ex-secrétaire général du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), dont il est toujours membre mais non actif, il est le seul au sein du parti au pouvoir à critiquer ouvertement le président José Eduardo dos Santos, à la tête du pays depuis trente-trois ans. Sur un ton calme mais ferme, il explique être affligé par l’autoritarisme et la corruption du régime, dirigé par un homme omnipotent. Son engagement n’est pas politique mais éthique et social, dit-il. À 60 ans, cet avocat originaire de Huambo, ville située à environ 600 km au sud-est de Luanda, appelle le président à faire preuve de courage en renonçant à ses fonctions. jeune Afrique : Vu de l’extérieur, l’Angola semble sur le chemin du développement. Le pays vit en paix depuis onze ans et connaît une forte croissance économique. qu’en est-il sur les plans politique et social ?

EstEllE maussion

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p À son domicile de Luanda, en mai.

des manifestations ne peuvent durer indéfiniment. Si rien ne change, il y aura aussi un printemps bantou. comment éviter cette explosion sociale?

Au XXIe siècle, un pays ne peut pas conserver le même chef de l’État pendant plus de trente ans. José Eduardo dos Santos doit partir. Il a fait du bon travail en assurant la paix et la reconstruction du pays. Mais en restant au pouvoir, il met en péril l’avenir du pays. Il y a suffisamment de personnes compétentes

si rien ne change, après le Printemps arabe, il y aura un printemps bantou. MArcoLino Moco: Nous vivons dans un climat de tension très proche de celui qui régnait en Égypte et en Tunisie avant le Printemps arabe. L’Angola souffre des mêmes maux : un président au pouvoir depuis des décennies et qui ne veut pas le quitter, entouré d’un groupe d’une vingtaine de proches qui s’enrichissent de manière éhontée. Mais la manipulation, le contrôle des médias et la répression n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

au sein du MPLA pour lui succéder, que ce soit parmi les anciens ou les plus jeunes. Beaucoup de membres du parti pensent comme moi, et sont préoccupés par la situation. Mais ils n’osent pas aborder le sujet publiquement par peur de représailles. Dans ce contexte, les partis de l’opposition parviennent-ils à jouer un rôle ?

La pression exercée par l’opposition ne cesse de croître et n’a jamais été aussi forte. Elle se traduit par des plaintes déposées devant la justice, des critiques acerbes sur les inégalités sociales et, récemment, par des offensives médiatiques à l’étranger. Tout cela a d’ailleurs conduit dos Santos à accorder une interview à une télévision portugaise. Reste le problème fondamental de l’opposition aujourd’hui : son incapacité à être entendue dans le pays en raison du contrôle qu’exerce le pouvoir sur l’ensemble des médias. La libération totale de la société, à commencer par la presse, devrait être son premier combat. Mais sans moyens financiers, en proie à des divisions internes et à des difficultés organisationnelles, il est très difficile de mener cette bataille. Sans parler de l’absence d’une société civile, qui pourrait défendre les libertés individuelles et obliger les hommes du régime à travailler pour la nation, et non pour leurs intérêts propres. entre la rébellion historique de l’unita (union nationale pour la libération totale de l’Angola) et le jeune parti casa (convergence ample de sauvetage de jeune afrique


Afrique subsaharienne

L’Unita d’Isaías Samakuva est la seule à pouvoir le faire, grâce à son implantation nationale et ancienne. Le charismatique Abel Chivukuvuku a certes changé la donne en créant sa coalition Casa, mais il rencontrera des difficultés sur le terrain. Le blocage total auquel procède le parti au pouvoir empêche par ailleurs d’évaluer l’importance des autres acteurs politiques. Est-il possible de s’attaquer à l’enrichissement illicite des caciques du régime et faut-il punir les coupables?

C’est une exigence éthique qui devrait faire l’objet de discussions entre les responsables nationaux. Je suis convaincu qu’il ne faut pas entamer de poursuites pour les faits passés et actuels. Il faudrait déclarer une sorte d’amnistie, puis imposer une véritable tolérance zéro face à la corruption à partir de ce moment-là. Beaucoup de capitaux angolais sont investis à l’étranger. Les partis de l’opposition et les organisations anticorruption dénoncent cette pratique, qui alimente des soupçons de blanchiment d’argent. La communauté internationale doit-elle agir dans ce domaine ?

Cette situation est intolérable, et pourtant l’Europe, et notamment le Portugal, l’acceptent avec un naturel déconcertant. L’argent de l’État, qui devrait être investi en Angola, part massivement au Portugal. Isabel dos Santos, la fille du président, détient près de 20 % de la banque portugaise BPI, entre autres. Kopelipa [Manuel Hélder Vieira Dias, ministre d’État et chef de la « Maison militaire »], Leopoldino [Leopoldino Fragoso do Nascimento, chef du renseignement auprès de la présidence] et Manuel Vicente [vice-président] sont présentés comme des chefs d’entreprise angolais à Lisbonne. Pour préserver ses intérêts économiques avec l’Angola, l’Europe ferme les yeux sur toutes ces malversations. Elle dit par ailleurs tenir au respect des libertés, mais elle ne cesse de réduire ses aides à la société civile angolaise. l

Rwanda

Kigali desserre l’étau La loi sur l’idéologie du génocide, qui a valu à plusieurs opposants et journalistes d’être inculpés, est en passe d’être réformée.

t

rois ans après avoir pris l’engagement de réformer la loi controversée sur « l’idéologie du génocide », Kigali met un coup d’accélérateur. La Chambre des députés a approuvé, le 15 juillet, un nouveau texte de 13 articles brefs, qui se substituera au précédent. Il doit entrer en vigueur après avoir été validé au Sénat et promulgué, ce qui devrait intervenir « avant la fin de cette législature » [fin août], selon Pascal Ruganintwali, secrétaire permanent du ministre de la Justice. Votée en 2008, cette loi condamne tout propos remettant en cause le génocide tutsi de 1994 ou incitant à de nouveaux massacres. Elle était critiquée par les organisations de défense des droits de l’homme pour sa formulation vague et son utilisation fréquente à l’encontre de dissidents et de journalistes. L’opposante Victoire Ingabire, avait été inculpée notamment sur la base de cette loi, au moment de son retour au Rwanda alors qu’elle projetait de participer à l’élection présidentielle de 2010.

AMéLiorAtion. Pour l’ONG Human Rights Watch (HRW), qui pointe régulièrement du doigt le pays, cette nouvelle législation qui raccourcit les peines encourues (le maximum passe de vingt-cinq ans à neuf ans de prison)

représente « une nette amélioration ». « La justice devra désormais prouver que les propos ont été prononcés intentionnellement et en public, indique Carina Tertsakian, responsable de la recherche sur le Rwanda pour HRW. Néanmoins, il reste des points inquiétants, comme l’acception très large du « lieu public », défini, selon le projet, comme « tout lieu accessible à plus d’une personne ». Pascal Ruganintwali assure, cependant, que cela n’inclura pas les domiciles privés. Un autre texte controversé, relatif au « sectarisme » devrait, lui aussi, être réformé. Une nouvelle mouture sera présentée au gouvernement dans les prochains jours. Pour autant, il y a peu de risques que des nostalgiques du Hutu Power réapparaissent dans le débat public. Le 30 juin, le président Paul Kagamé a, au contraire, encouragé les proches de génocidaires (y compris leurs enfants) qui le souhaitent, à « s’excuser » pour soulager leur conscience. Une approche qui n’a pas reçu le soutien de Jean-Pierre Dunsinzemungu, président de l’association des rescapés du génocide Ibuka (« souviens-toi », en Kinyarwanda), pour qui l’on ne peut pas inciter tous les Hutus à demander pardon pour un crime que certains d’entre eux n’ont pas commis. l PiErrE BoissELEt

q Le mémorial de Gisozi, près de Kigali, le 6 février 2008.

WOLFGANG KUMM/AFP

l’Angola), qui peut incarner l’avenir de l’opposition ?

Propos recueillis par EstELLE MAussion, à Luanda jeune afrique

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n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


VIENT DE PARAÎTRE

Jeune Afrique, 50 ans Une histoire de l’Afrique aux Éditions de La Martinière

288 PAGES ( 1,6 KG ) FORMAT : 21 X 28 ,90 0 PRIX FRANCE : 39,90

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Fondé en octobre 1960 par Béchir Ben Yahmed (aujourd’hui encore à la tête du Groupe qui édite l’hebdomadaire), Jeune Afrique a vécu et accompagné les indépendances africaines au nord comme au sud du Sahara. À en feuilleter la collection (plus de 2 500 numéros), c’est toute l’histoire de l’Afrique contemporaine qui se déroule. Couvertures emblématiques, textes historiques, inédits, témoignages de collaborateurs éminents ou de compagnons de route, portfolios des photographes et illustrateurs de renom qui ont participé à l’aventure… Ouvrage dirigé par Jean-Louis Gouraud et Dominique Mataillet. Avec la collaboration de Lakhdar Brahimi, Jean Daniel, Abdou Diouf, Amin Maalouf et François Soudan, ainsi que des journalistes de Jeune Afrique.

CONTACT : 50ans@jeuneafrique.com om


Afrique subsaharienne Éthiopie

Je pointe ou je tire? Construite par les Français, la ligne reliant Addis-Abeba à Djibouti a été fermée en 2008. Aujourd’hui, les ouvriers du rail continuent à faire vivre le lieu grâce à un sport bien hexagonal : la pétanque.

e

n ce dimanche matin, les tables ont été nettoyées et les verres astiqués. Il est 9 heures, et aujourd’hui c’est tournoi de pétanque au club des cheminots d’Addis-Abeba. Les sexagénaires scrutent le terrain, un bac à sable de 200 m2. En attendant le tirage au sort des équipes, certains inspectent chaque millimètre tandis que d’autres se prennent à rêver du premier prix. « Ce soir, il sera remis par madame Son Excellence l’ambassadrice de France à Addis-Abeba en personne », explique fièrement un papi, dans un costume tiré à quatre épingles. Pour rien au monde, la petite centaine de membres du club ne raterait ça. Ce sont les Français qui, entre 1897 et 1917, ont construit la ligne de chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti. « Pour avoir une bonne place, il fallait parler la langue de Molière », explique Getachew, le président de l’amicale de pétanque. Ce père de cinq enfants a occupé tous les postes, de la gestion du trafic au guichet, en passant par la maintenance des voies. Dans ce temple de la francophilie, les plus âgés parlent tous le français. « Aujourd’hui, les Chinois ont pris la relève et construisent de nouvelles lignes », soupire Getachew. Depuis 2008, la gare d’Addis, ou « lagahar » comme on l’appelle ici, a fermé ses portes, laissant à ses retraités tout le loisir de s’adonner aux boules, dernier héritage français en terre abyssine.

un quartier flambant neuf. Des vestiges de la ligne de chemin de fer, les autorités ne garderaient que le bâtiment de la gare. Depuis 2008, la décision reste en suspens. « On ne sait pas quand tout cela sera détruit. Mais quand ça arrivera, je ne veux pas être là pour le voir », soupire Salomon, un ancien cheminot. Du haut de ses 68 ans, dont « trente-sept dans le chemin de fer », son ami Sisay ne peut qu’acquiescer, plein d’amertume. L’ambassadrice n’a pas fait faux bond. Elle est venue remettre les prix et surtout

écouter les doléances. Cette dernière, qui n’a pas été informée du projet de démolition, estime que « la municipalité d’Addis est seule responsable de la modernisation de la ville. » Et qu’il revient « au club d’en discuter avec elle ». Modestement, Paul, l’un des finalistes français ayant participé au tournoi, fera don de ses gains : 500 birrs (20 euros). La retraite mensuelle d’un cheminot s’élève, elle, à 800 birrs. Le club cherche surtout de nouveaux fidèles. « Nous avons besoin des Français », martèle Getachew. Ce dimanche, ils étaient une petite dizaine. Le lieu se vide tandis que les derniers détachent du mur une affiche sortie pour l’occasion. « Le club des cheminots d’Addis s’est bien distingué par ses jeux de pétanque. Venez nous rejoindre ! » peut-on y lire. En français, bien sûr. l AnToine GAlindo eT JusTine Boulo, à Addis-Abeba

arrivent enfin, et la compétition peut commencer. Chaque triplette (équipes de trois) compte un tireur (qui cherche à dégager la boule d’un joueur adverse) et deux pointeurs (qui cherchent à marquer des points en se rapprochant d’une bille de bois de 25 millimètres de diamètre). Plus la journée avance, plus on pinaille. On en vient presque aux mains. Mais on applaudit aussi les beaux coups, par des « konjo ! » et des « bravo ! ». Si le lieu vivote encore, le quartier est menacé de finir sous un bulldozer, afin de faire place à une route à quatre voies et à jeune afrique

PHOTOS : AnTOine GAlindO eT juSTine bOulO

TripleTTe. Les derniers retardataires

p Dernier héritage français en terre abyssine, le jeu de boules est l’animation principale du site, aujourd’hui menacé de destruction. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Afrique subsaharienne Burundi

Ponctionner pour mieux combler Confronté à des problèmes de trésorerie, le gouvernement a fait adopter une loi qui revoit la TVa à la hausse. Au grand dam de la population.

F

ace au bras de fer qui s’était engagé entre les autorités burundaises et les quelque 470 associations décidées à empêcher toute hausse de la TVA en dénonçant la vie chère, les observateurs avaient cru que l’exécutif allait céder. Il n’en a rien été : la loi portant sur la révision de celle qui, en février 2009, instaurait la TVA a été votée à une écrasante majorité par les députés le 23 juillet. Le gouvernement n’avait pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout, le déficit budgétaire pour l’année 2013 s’élevant à 100 milliards de francs burundais (48,6 millions d’euros), au lieu des 18 milliards prévus. Pour expliquer cette situation, beaucoup pointent du doigt les exonérations à tout-va qui ne profitent pas à l’État, l’inadaptation du code des investissements dont le gouvernement ne tire pas assez de dividendes et les faibles recettes provenant des produits miniers exportés… Mais le problème principal reste la crise de confiance qui s’est installée depuis deux

Esdras NdikumaNa/aFP

36

p Le déficit budgétaire du pays s’élève à 48,6 millions d’euros pour l’année 2013.

mois entre le gouvernement et ses partenaires extérieurs. En octobre 2012, une conférence s’était tenue à Genève pour mobiliser les amis du Burundi. Le pays comptait bénéficier d’un appui financier de 2,6 milliards de dollars pour relancer

son économie. Alors que tout semblait être sur la bonne voie, l’adoption, fin avril, d’une loi sur la presse, jugée liberticide par plusieurs ambassadeurs accrédités au Burundi, a tout compromis. l TshiTenge Lubabu M.K.

Coulisses Côte d’IvoIre MutInerIe sanglante

barres de fer s’en sont pris aux gardes.

La maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), la plus importante unité carcérale du pays avec 5 000 détenus, a été le théâtre d’une tentative d’évasion le 23 juillet. Bilan : six prisonniers tués et de nombreux blessés parmi les mutinés et les gardes pénitentiaires. À l’origine des affrontements, un transfert qui a mal tourné. Des prisonniers armés de

CaMeroun nouvelle offensIve hoMophobe

n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

Moins de une semaine après l’assassinat sauvage du militant homosexuel Éric Lembembe, un tribunal deYaoundé a déclaré Joseph Omgba, détenu depuis bientôt deux ans, « coupable d’outrage sur mineur suivi de rapports sexuels et d’homosexualité ». Le 22 juillet, il a été

condamné à deux ans de prison ferme. Le mineur, lui, a écopé de un an avec sursis pour homosexualité. Un troisième accusé, majeur et également détenu depuis presque deux ans, a été acquitté « au bénéfice du doute ».

soudan les deux zones déstabIlIsées Salva Kiir, président du Soudan du Sud, a décidé de suspendre son gouvernement alors que son homologue du Nord,

Omar el-Béchir, a dû faire face à de violents affrontements avec le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE). Les rebelles ont attaqué un convoi militaire et se sont emparés, le 24 juillet, de la garnison de Sidrah, tout en indiquant vouloir poursuivre sur Khartoum. À Djouba, aucune date n’a été fixée pour la constitution d’un nouvel exécutif. Les relations difficiles de Salva Kiir avec son vice-président, Riek Machar, seraient à l’origine de ce remaniement. jeune afrique


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Gabon

Vincent Fournier/J.A.

Ping,

la vie d’après L’ancien président de la Commission de l’Union africaine s’est reconverti dans les affaires. Fini la politique ? GeorGes DoUGUeLi

jeune afrique

D

e la politique, Jean Ping ne veut plus entendre parler. Les coups tordus, les trahisons, le stress des joutes politiciennes. « Je ne me vois plus vivre comme ça », résume l’ancien président de la Commission de l’Union africaine (UA). Après son départ du siège de

l’UA à Addis-Abeba en août 2012, on le voyait rebondir au Sénat ou à la vice-présidence du Gabon. Début 2013, alors qu’à Libreville le pouvoir se demandait encore ce qu’il allait faire de Ping, âgé de 70 ans et désormais libre de tout mandat, l’ancien diplomate a pris tout le monde de court en n o 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013


afrique subsaharienne Gabon officialisant sa reconversion dans les affaires. En février dernier, il lance son cabinet Ping&Ping Consulting avec ses deux fils et deux autres associés membres de la famille. Le virage est peu courant dans le pays ? Tant pis, le globetrotteur ne perd pas de temps et accélère. Ces six derniers mois, on l’a davantage vu dans les aéroports et les hôtels du Moyen-Orient, de Chine et des capitales africaines qu’à son domicile de Libreville. Dès qu’il s’agit de négocier, de mettre en relation les investisseurs et les gouvernants, de conseiller les entrepreneurs ou de ficeler des projets, le nouveau businessman sent son adrénaline monter. Dans certains dossiers, sa notoriété lui ouvre des portes. Ainsi en est-il de ce chef d’État d’Afrique de l’Ouest anglophone qui a sollicité le cabinet pour le conseiller dans son projet de construction d’un barrage. Mais c’est en Côte d’Ivoire que Ping&Ping a eu le meilleur accueil, avec un autre projet de barrage, à Soubré – dont le maître d’ouvrage est Sinohydro, le géant chinois du BTP. Dans le même temps, il constitue un réseau de représentants déjà présents au Cameroun, au Nigeria et au Sénégal…

« Il faut les démarcher là où ils se trouvent, obtenir leur confiance, leur tenir la main dans nos dédales administratifs pour les aider à investir chez nous », expliquet-il. Encore faut-il savoir négocier avec Chinois, Indiens ou Qataris, réputés difficiles en affaires…

lâché. Mais que s’est-il passé pour qu’un homme qui baignait dans la politique depuis près de quarante ans décide de tourner la page ? Il n’a aucune amertume, assurent ses proches. Il semble avoir fait le deuil de la présidence de la commission de l’UA et ne paraît même pas épuisé par les longues semaines de dispute électorale qui l’ont opposé à Nkosazana Dlamini-Zuma, sa rivale sudafricaine, finalement victorieuse en juillet 2012. On comprendrait que Ping soit dépité après avoir été lâché par ses soutiens, même en Afrique centrale, sa région d’origine. L’appui tardif des autorités de son pays reste encore aujourd’hui un mystère, commenté dans les couloirs de l’organisation à Addis-Abeba. « Il s’est lancé dans la course au renouvellement de son mandat sans prévenir la présidence », tance un conseiller d’Ali Bongo Ondimba. « Faux ! s’insurge l’entourage de pétromonarchies. Pour lancer Ping. Il s’est porté candidat après en les activités de sa société, l’entreavoir discuté à deux reprises avec preneur ne s’est pas économisé. le président. » La vérité importe L’ancien président de l’Organipeu, le fait est qu’il a perdu. Le natif sation des pays exportateurs de d’Omboué (Ogooué-Maritime) a pétrole (Opep) a effectué cette dû déménager d’Addis-Abeba, où annéebonnombredevoyagesdans il bénéficiait du protocole et d’un traitement digne de celui d’un chef d’État. touché mais pas coulé, Désormais, seul Claude il semble avoir fait le deuil Alain Djally, son fidèle aide de camp, l’accomde sa carrière politique. pagne. Après ce coup dur, il lui a fallu retrouver une vie les pétromonarchies du Golfe : normale. Ses proches craignaient Qatar, Bahreïn, Koweït, Dubaï… de le voir déprimer. Son absence Son engagement dans ce domaine se fonde sur ce constat : l’Europe au 20e sommet de l’Union africaine étant en difficulté, le centre de graen janvier dernier, alors qu’il y était vité de l’économie mondiale s’est invité, a fait courir la rumeur que déplacé en Asie. C’est donc sur les Jean Ping boudait. Touché mais marchés émergents asiatiques qu’il pas coulé, semble-t-il vouloir dire quand il débarque au sommet du va chercher les capitaux. Ses clients sont principalement des investiscinquantenaire en mai, coupant court aux spéculations. seurs chinois ou moyen-orientaux. n o 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013

Imago/PanoramIc

38

p Avec Nkosazana Dlamini-Zuma, qui lui a succédé à l’UA, en 2012.

Sa décision de tout plaquer était déjà prise. Avoir été soupçonné de préparer une candidature lors de la présidentielle de 2009 a peut-être cassé un lien avec Ali Bongo Ondimba (ABO). Le Palais le considère comme un rallié de dernière minute. On l’accuserait d’avoir été de ceux qui, à la mort de Bongo père, ont pris l’avion pour aller demander le soutien de la France en vue de lui succéder. Selon des proches d’Ali, il se serait présenté à Paris comme étant un possible recours susceptible d’éviter un face-à-face périlleux entre le nord et le sud du pays. Il serait donc un rival potentiel dont se méfierait l’actuel locataire du Palais du bord de mer. « Ping n’a jamais mis les pieds à l’Élysée pour être président. Il n’a même jamais eu l’intention d’être candidat, dément son entourage. Ces médisances sont sans fondement. » Le problème de Ping avec le Palais jeune afrique


Ping, la vie d’après

du bord de mer est que plus il jure qu’il ne veut pas être président, moins on le croit. À l’évidence, l’ancien patron de l’UA n’est pas dans les petits papiers d’ABO. Ni même de certains de ses proches.

Que le nouvel homme d’affaires populaire auprès du personnel ait décidé d’exclure le Gabon de de l’UA. Même auprès de certains chefs d’État, le séducteur Ping a son champ d’activité n’y change encore la cote. Ses amis et même rien. Son pays est peu coutumier ceux qui n’ont pas voté pour lui des fortunes qui se bâtissent hors demandent à le voir. À la fin du du contrôle du pouvoir… Son cas sommet du cinquantenaire, le est d’ailleurs traité au vitriol dans Soudanais Omar el-Béchir a exigé certains journaux locaux qui susun détour par Khartoum pour lui pectent par avance d’éventuels décerner une médaille. Même les conflits d’intérêts. Comme si la hommes d’affaires lui tendent la volonté d’émancipation de cet main : mi-juin, il était à Lagos chez enfant gâté de l’ancien régime était une forme d’ingratitude et de défiance Plus il jure qu’il ne veut pas envers le pouvoir. être président du Gabon, Miche l Ess ongh é, insubmersible conseilmoins on le croit, au Palais. ler politique d’ABO qui fut aussi la plume de Bongo père, Aliko Dangote, le magnat nigéne manque aucune occasion de rian du ciment. Son désir d’indél’égratigner en privé ou dans les pendance ne l’a pas transformé médias qu’il contrôle. en loup solitaire, d’autant que ce Gabonais marié à une Ivoirienne Lassitude. Son renoncement originaire de Grand-Bassam (sudpeut également avoir pour raison est du pays) a parallèlement été la « lassitude qui gagne parfois ceux admis au conseil de gestion du qui, comme lui, ont travaillé toute West Africa Emerging Market leur vie sous l’ombre tutélaire d’un Growth Fund, le fonds régional chef d’État », hasarde un ancien de capital-investissement lancé Premier ministre. En effet, Ping a par la société de gestion Phoenix occupé pendant six ans le poste Capital Management (PCM), basée de directeur de cabinet d’Omar à Abidjan et dirigée par l’Ivoirien Bongo Ondimba avant de prendre Michel Abrogoua. Avec son docles commandes de plusieurs ministorat en sciences économiques, sa tères, comme celui des Affaires longue expérience de diplomate et étrangères qu’il dirigea durant son éternelle bonne humeur, Ping neuf ans… semble taillé pour son nouveau job. Il dit vouloir servir son continent S’il n’est guère prophète en son pays, en tout cas en tout autrement. Mais peut-il empêcher lieu, il apprécie d’être redevenu la politique de le rattraper ? l

Jamais assez Gabonais…

d

ans la géopolitique électorale du pays, Ping cumule de sérieux handicaps. Le premier tient à ses origines: fils d’un immigré chinois venu de Wenzhou, une ville portuaire située à 400 km de Shanghai, il est issu par sa mère de la minorité nkomi, un sousgroupe myéné établi près de la lagune Fernan Vaz, au sud de Port-Gentil. Au regard des réflexes identitaires qui se sont manifestés lors de la présidentielle de 2009, « Mao » – son surnom – avait jeune afrique

plus de chances d’être élu à la tête de la Commission de l’Union africaine qu’au Palais du bord de mer. À moins de se présenter en homme du consensus susceptible de recueillir les suffrages d’autres communautés du pays. Décédé en 2005, son demi-frère, Pierre-Louis Agondjo Okawé, opposant charismatique, fondateur du Parti gabonais du progrès (PGP) et maire de Port-Gentil, s’est heurté au même obstacle. En 1993, Agondjo

se présente à l’élection présidentielle de décembre mais n’obtient que 4,7 % des voix. S’ensuit une crise politique qui aboutira aux accords de Paris signés en octobre 1994.Tout en demeurant proche de son demi-frère malgré leurs divergences politiques, Ping est toujours resté loyal à Omar Bongo Ondimba lorsqu’il était son ministre. Ses liens directs avec la famille du président n’y sont peut-être pas pour rien: il est le père des deux enfants de

Pascaline, la fille aînée d’Omar. Après le décès de ce dernier, il a fait campagne à la présidentielle de 2009 en faveur d’Ali dans son Ogooué-Maritime natal, une terre majoritairement acquise à l’Union du peuple gabonais (UPG) de l’opposant Pierre Mamboundou, aujourd’hui décédé. Sans se laisser influencer par ses anciens collègues du gouvernement, dont André Mba Obame, qui a tenté de le rallier à son projet de conquête du G.d. pouvoir. l n o 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013

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Maghreb & Moyen-orient

Maroc

Nouvelle scène

mêmes coulisses? Dans l’hémicycle comme au gouvernement, depuis deux ans, les têtes ont changé. Les règles du jeu politique aussi. Même si les anciennes élites n’ont pas renoncé à conserver les rênes du pouvoir.

u Le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, le 12 décembre 2012, à Casablanca.


Maghreb Moyen-Orient et il a été acclamé à travers tout le pays pour son pragmatisme, même lorsque le Parlement a e Maroc a échappé au sort des autres adopté des politiques libérales qui ont contribué États arabes qui subissent des soulèveà creuser le fossé entre riches et pauvres. Malgré la croissance économique, après ments cataclysmiques ou se révèlent quelques années, les réformes politiques se sont de plus en plus répressifs depuis la essoufflées. Comme dans d’autres pays arabes, vague de changements politiques les hommes de l’ombre de l’État profond et de qui a balayé la région en 2011. Ce l’establishment sécuritaire ont craint que leurs pays de 32 millions d’habitants vit en effet une privilèges soient mis à mal. Le zèle dont a fait expérience singulière, que certains considèrent preuve le roi pour mener les réformes a menacé comme un modèle possible pour les monarchies le Makhzen. De grandes tours ont été construites, du Moyen-Orient confrontées aux revendications révolutionnaires. Cependant, d’autres analyses mais les salaires ont continué de stagner et des tout aussi crédibles montrent que le Maroc n’est régions entières du pays sont restées embourbées qu’un exemple de plus de la rigidité de ces pays dans la pauvreté et l’analphabétisme. Les factures face aux réformes fondamentales. Tout comme du carburant, des subventions alimentaires et de la celle de l’Égypte, où un coup d’État soutenu par paie des fonctionnaires se sont accumulées, tandis les forces armées et le système judiciaire vient que le tourisme baissait et que les investissements de renverser un gouvernement islamiste élu, chutaient. Après les attentats de Casablanca en l’expérience marocaine met en évidence la per2003, les autorités ont renforcé les mesures contre sistance de ce que l’on appelle « l’État profond » les islamistes, y compris ceux du PJD. au sein des nations arabes. Les révolutions arabes de 2011, qui ont fait En apparence, un gouvernement élu, dirigé par tomber trois gouvernements en Afrique du Nord, un parti politique islamiste, partage le pouvoir ont également ébranlé les instances dirigeantes avec la descendance d’une dynastie monarchique du Maroc. Les protestataires du Mouvement du qui remonte au Moyen Âge. Le roi, le Palais et 20-Février – lequel comprenait des libéraux, des les forces de sécurité – le Makhzen – conservent partis de gauche et des islamistes – ont commencé à défiler dans les rues. « Ils ont manifesté dans toutefois une influence sur les questions éco53 villes le même jour à la même heure, explique nomiques et politiques essentielles. Mais les Karim Tazi, homme d’affaires et militant, proislamistes jouent un match en plusieurs manches. Loyal envers la monarchie, Abdelilah priétaire de l’hebdomadaire TelQuel. Le Makhzen Benkirane, chef du gouvernement C’était la première fois dans l’histoire du pays. L’image dorée du roi était et leader du Parti de la justice et du est confronté ternie. Les gens ont commencé à développement (PJD), est aussi un à un chef de parler. Les Marocains ont découvert homme politique talentueux, mû gouvernement qu’ils étaient en réalité incroyablepar ses propres objectifs. Pour l’instant, le Makhzen et le ment téméraires. » populaire issu PJD sont engagés dans un étrange d’un parti qu’il pas de deux, un partenariat forcé BÉNÉFICIAIRE. Plutôt que de avait tenté et quelque peu accidentel. « Nous réprimer la contestation à coups nous trouvons dans une situation de matraque et de gaz lacrymogène, d’éradiquer. de cohabitation entre le Palais et les autorités ont préféré laisser les le gouvernement islamiste, explique Abdellah jeunes manifester. Quelques semaines après le Tourabi, rédacteur en chef du mensuel Zamane. début de la révolte, le roi a annoncé une révision Les tensions ne sont pas uniquement dues au de la Constitution. Le document octroyait, entre pouvoir et à l’argent, les deux parties ont égaleautres, davantage de pouvoir au Parlement, une ment des programmes politiques très différents. » plus grande indépendance aux tribunaux et de nouvelles responsabilités au Premier ministre. PRAGMATISME. La trajectoire politique du Maroc L’une des clauses fondamentales du document s’est différenciée de celle des autres monarchies prévoyait que le roi devait choisir le chef du arabes avec l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI gouvernement au sein du parti majoritaire au en 1999. Il a mis fin au despotisme de son père, Parlement. Il conservait par ailleurs son autorité Hassan II, sous le règne duquel les violations sur les principales institutions de sécurité nationale et concernant les questions de politique des droits humains étaient monnaie courante. étrangère. Si le texte n’a pas forcément satisfait Le souverain, qui aura 50 ans le 21 août, a ouvert tous les manifestants du 20-Février, il a malgré le jeu politique, libéralisé en partie la presse et tout été adopté par référendum à une écrasante mis sur pied une commission vérité [l’Instance majorité (98,5 %) et salué par les partenaires Équité et Réconciliation, en 2004-2005] pour se occidentaux du Maroc, notamment la France, pencher sur les crimes commis sous Hassan II. l’Espagne et les États-Unis. Ses conseillers l’ont surnommé le roi des pauvres, BoRzou DARAGAHI

AIC press

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Maghreb Moyen-Orient Maroc Comptant sur la popularité du roi, les partis proches du Palais ont fait front commun lors des élections législatives destinées à renouveler le Parlement et le gouvernement, conformément à la nouvelle Constitution. Mais ils ont été battus par le parti de Benkirane, qui, bien qu’il ait fermement refusé de soutenir le Mouvement du 20-Février, en est soudainement devenu le premier bénéficiaire. « Même le PJD n’aurait jamais pensé gagner », déclare Mehdi Bensaïd, membre du Parti Authenticité et Modernité (PAM, parti d’opposition, proche du Palais). Le roi a préféré désigner comme chef du gouvernement Abdelilah Benkirane – personnage volubile mais constant dans son soutien à la monarchie – plutôt que les dirigeants de factions plus à gauche du PJD. Ne détenant pas la majorité des sièges à la Chambre des représentants (avec 107 sièges sur 395), le PJD a formé un gouvernement avec le parti de l’Istiqlal (60 sièges) et deux autres petites formations.

u Manifestation du Mouvement du 20-Février, à Rabat, devant le Parlement, le 8 avril 2011.

Querelles. Les tensions entre Benkirane et

l’ordre établi ont émergé immédiatement. Le gouvernement a édicté de nouvelles règles relatives à décisions] doivent être prises par la majorité, la télévision publique et à son contenu, exigeant, entre autres, que les contrats soient soumis à explique la députée Mounia Rhoulam, du groupe parlementaire de l’Istiqlal. Mais Benkirane a pris des appels d’offres. Il a renforcé les mesures à l’encontre des juges, des fonctionnaires, des édula décision d’augmenter les prix [des produits cateurs et du personnel médical, qui touchaient de base] sans nous consulter. » Le 22 juillet, le un salaire malgré leur absentéisme récurrent. Ou roi a accepté ces démissions. Il a demandé à Benkirane de constituer une nouvelle majorité. encore interdit aux médecins payés par l’État de travailler dans le secteur privé. Avec Abdelilah Benkirane, le Makhzen se trouve Manœuvres. De nombreux Marocains y voient confronté à un chef de gouvernement populaire, un stratagème pour faire endosser au PJD la issu d’un parti qu’il avait tenté d’éradiquer et responsabilité des réformes impopulaires sur qu’il avait décrit en 2003 comme un ennemi du les subventions aux produits de grande consommation sans que les partis centristes, fidèles au royaume. Les discours du leader islamiste, prononcés dans un registre populaire, voire rustique, roi, en sortent ternis. « Certains disent qu’il s’agit ont séduit les classes pauvres et moyennes du d’un moyen d’affaiblir le gouvernement, voire pays. Orateur de talent, il passe de le faire tomber, pour que le habilement des rugissements peuple estime qu’il a échoué et Les cinq piliers du cabinet royal qu’il perde les élections », estime d’indignation, parlant de la (et leur domaine de compétences) Slimane El Amrani, numéro trois détresse des plus défavorisés, aux piques d’humour corrosif du PJD. Pour d’autres, ces supà l’adresse de ses détracteurs. posées manœuvres au sommet Depuis, le roi a contrebalancé de l’État rendent le parti de la montée du PJD en mettant sur Benkirane encore plus populaire. pied une équipe de conseillers « Benkirane est un habile rhéteur. royaux faisant office de cabinet Il se positionne simultanément de l’ombre. comme chef du gouvernement Début juillet, après des et chef de l’opposition », comsemaines de querelles byzanmente William Lawrence, directines, Abdelhamid Chabat, leateur du projet Afrique du Nord der de l’Istiqlal, a annoncé la au sein de l’International Crisis démission du gouvernement Group (ICG) et ancien diplomate des ministres de son parti, en américain. raison de l’attitude unilatérale S’il est probable que le Fouad Ali Zoulikha Omar Yassir Taïeb d’Abdelilah Benkirane. « Une Makhzen ait tenté de se montrer El Himma Fassi Fihri Nasri Azziman Zenagui charte prévoit que toutes [les plus habile que le PJD, il ne fait Diplomatie Investissements Social Politique Justice n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

jeune afrique


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centre de Rabat, où le mouvement a vu le jour. Les forces de l’ordre ont évacué vigoureusement les manifestants et en ont arrêté certains. Les tentatives de transformer le mouvement en fête ont été annihilées.

Tiana Markova-Gold/redux-rea

aMErTuME. « Nous avons essayé de fonder une

en revanche aucun doute qu’il a essayé de briser le Mouvement du 20-Février. Au cours d’une manifestation organisée en mai (comme chaque mois pour entretenir les braises du 20-Février), la police a envahi la place Bab-El-Had, située au

L’effet PJD

association, mais nous en avons été empêchés. Nous n’obtiendrons aucune autorisation pour tout ce qui est en rapport avec le 20-Février », explique Zineb Belmkaddem, une militante. De nombreux activistes du mouvement se sont retirés de la vie politique, certains déplorant avec amertume que leur révolte ait eu pour conséquence l’ascension d’un parti islamiste qui refusait de s’exprimer dans la rue lorsque la situation l’exigeait. « L’actuel clivage ne se situe pas entre le Palais et le PJD, mais entre ceux qui œuvrent en faveur de la démocratie et ceux qui veulent le statu quo », fulmine Larbi Hilali, blogueur et militant du 20-Février. Bien que les piliers du mouvement refusent de reconnaître tout résultat positif, le processus qu’ils ont initié a engendré des changements qui échappent à tout contrôle. « On assiste, certes, à un petit retour en arrière, explique Karim Tazi. Mais à long terme, la situation va s’améliorer. » Et d’ajouter après une pause : « Elle s’est déjà améliorée. » l © The Financial Times Limited 2013

Porté par son leader Abdelilah Benkirane, le parti islamiste a dépoussiéré les usages. Et redonné une certaine vigueur à la vie politique.

L

a politique est enfin au centre des préoccupations au Maroc, en grande partie grâce à l’ascension du Parti de la justice et du développement (PJD). « Auparavant, personne ne faisait attention au gouvernement, explique l’historien Abdellah Tourabi. Maintenant, tout le monde s’en soucie. » Malgré les tentatives visant à faire passer son programme pour inefficace et voué à l’échec, le parti continue de se battre avec succès et a enregistré de bons scores auprès du peuple, qu’il a réussi à séduire village par village, quartier par quartier au cours des trente dernières années. Le PJD et ses partenaires de la coalition ont ainsi remporté 3 sièges sur les 4 vacants à Tanger et à Marrakech lors des législatives partielles d’octobre, ainsi que les 5 sièges à pourvoir lors des partielles de février. jeune afrique

286 millions d’euros] destiné à fournir des soins aux populations rurales, celle d’un fonds de 160 millions de dirhams pour aider les femmes divorcées dont les ex-maris refusent de payer les pensions Le parti a créé une université virtuelle alimentaires, ou encore la hausse de 50 % des allocations consacrées aux indemdu leadership pour ses jeunes cadres. Pendant deux ans, ils consacrent trois nités de repas des étudiants à l’univerjours par mois à l’étude de différents sité. « En tant que gouvernement, nous travaillons en coopération avec d’autres aspects de la gouvernance (le droit, la politique…), avant de présenter un travail institutions politiques, sous la direction du roi et non dans l’opposition », explique Mustapha La formation met en avant les El Khalfi, l’un des dirigeants projets entrepris en coopération du PJD et actuel ministre de la Communication. avec le roi dans le domaine social. « Benkirane est un final et d’effectuer un voyage à l’étranexcellent orateur. Et la scène politique ger pour étudier d’autres démocraties compte désormais de plus en plus de parlementaires. personnages comme lui », remarque Bien que l’opposition ne cesse de souMohamed Tozy, professeur de sciences ligner les échecs du PJD, le parti met en politiques à l’université Hassan-II de avant les projets entrepris en coopération Casablanca. l avec le roi, notamment la création d’un Borzou Daragahi, fonds de 3,2 milliards de dirhams [environ © The Financial Times Limited 2013 n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


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Maghreb Moyen-Orient Égypte

Petits arrangements avec la révolution tristement connus pour bafouer les droits de l’homme et pratiquer la torture. « La philosophie du ministère n’a pas évolué », estime Alaa al‑Din Arafat, chercheur asso‑ cié au Centre d’études et de documenta‑ Parti de la liberté et de la justice [PLJ, des tion économiques, juridiques et sociales Frères musulmans], mais ils ont refusé. » (Cedej). Pour le moment, le sujet n’a pas Et d’ajouter que les ministres « n’ont été abordé. Et aujourd’hui le peuple et pas été choisis pour leur appartenance les forces de l’ordre semblent encore politique mais pour leurs compétences marcher main dans la main, après que concernant les portefeuilles qu’ils ont les policiers ont été accueillis en héros sur la place Al‑Tahrir lors des manifesta‑ à gérer ». tions du 30 juin. « Mohamed Morsi et les ORDRE. Alors que dans le Sinaï les Frères musulmans ont poussé le peuple attaques visant les forces de et les différentes institutions de l’État à sécurité sont quasi quo‑ s’allier », explique Alaa al‑Din Arafat. tidiennes et que dans Avant de préciser que cette union les rues du Caire ne devrait pas durer indéfini‑ continuent d’éclater ment et que le débat ne man‑ des affrontements querait pas d’être ouvert meurtriers entre prochainement. Le gouvernement doit également faire face à Parmi les la polarisation de la rue portefeuilles égyptienne, qu’est censée sensibles résoudre la création d’un ministère de la Justice transi‑ p Ahmed Galal, tionnelle et de la Réconciliation ministre des nationale. Sa tâche s’annonce Finances délicate.

Réconcilier les Égyptiens, sortir du marasme économique, amender la Constitution: les défis à relever d’ici à novembre sont énormes… Une mission à haut risque pour les nouvelles autorités.

S

ilestunequalitédontlesnou‑ velles autorités égyptiennes ne semblent pas dépourvues pour le moment, c’est l’effi‑ cacité. Il faut dire qu’elles n’ont guère le choix. Moins de deux semaines après la destitution du président Mohamed Morsi, le 3 juillet, le pays s’est doté d’un président par intérim désigné par l’armée, Adly Mansour, d’une déclaration consti‑ tutionnelle détaillant les étapes de la transition à venir, et d’un gouvernement de technocrates qui a prêté serment le 16 juillet. Quatre jours plus tard, lors de son premier entretien à la télévision publique, le Premier ministre, Hazem al‑Beblawi, ne manquait pas de souligner: « Ce gouvernement a la plus dangereuse des missions, il doit conduire le pays d’un ancien à un nouveau régime. » Certains n’ont toutefois pas manqué de faire remarquer que plusieurs person‑ nalités, parmi ses 33 ministres, étaient liées au régime de Hosni Moubarak, notamment la ministre de l’Infor‑ mation, Dorreya Sharaf Eddine, qui faisait partie du bureau politique du Parti national démocratique (dissous en avril 2011) du dicta‑ teur déchu, ou encore le ministre des Finances, Ahmed Galal, proche de Gamal Moubarak, l’un des fils de l’ancien président. Le parti sala‑ fiste Al‑Nour estime quant à lui que le nouveau gouvernement réitère les erreurs commises par Mohamed Morsi et ses Frères, en ce qu’il est « tota‑ lement biaisé » au profit d’une seule formation politique : le Front du salut national (FSN). Principale coalition des partis libéraux et de gauche, le FSN est dirigé par des chefs de file de l’opposi‑ tion, tel que l’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique Mohamed el‑Baradei. Selon Chehab Waguih, porte‑parole du Parti des Égyptiens libres, membre du Front, ces propos sont exagérés : « Les ministères ont été proposés à tout le monde, avec une totale ouverture pour accueillir des candidats d’Al‑Nour ou du n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

SACRIFICES. Inflexibles,

les Frères refusent toute négociation tant que leur président ne revient pas au pouvoir. Les médias, eux, livrent une guerre ouverte aux partisans de Morsi, auxquels la p Dorreya Sharaf majorité de la popu‑ Eddine, ministre de lation est hostile. Un l’Information sondage publié le 22 juil‑ partisans et opposants du let par le Centre égyptien p Nabil Fahmi, ministre des Affaires président Morsi, la priorité pour la recherche sur l’opi‑ étrangères du nouveau gouvernement nion publique (Baseera) est sans aucun doute de res‑ révèle que seuls 20 % des taurer l’ordre et la stabilité. Car tant que Égyptiens éprouvent de la sympathie pour l’insécurité durera, il sera impossible les manifestations des Frères. Ces derniers d’attirer les investisseurs, les touristes, jours, l’exaspération populaire envers eux et de relancer l’économie, qui est au s’est accrue, avec les rassemblements plus mal. récurrents organisés par la confrérie sur Cette priorité implique que les nou‑ des axes et carrefours stratégiques de la velles autorités se penchent sérieusement capitale pour en paralyser la circulation. sur une revendication majeure faite lors Sur le plan économique, les chantiers de la révolution : la réforme du ministère ne manquent pas et sont pharaoniques. de l’Intérieur et des appareils de sécurité, Selon l’agence statistique égyptienne jeune afrique


FAYEZ NURELDINE/AFP

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p Pro-Morsi poursuivi par des partisans de l’armée, dans le centre du Caire, le 22 juillet.

Capmas, le déficit public a atteint plus de 29,2 milliards de dollars (soit 11,8 % du PIB) sur les onze premiers mois de l’année fiscale 2012-2013. En juin, l’inflation était de 10,9 % et les réserves en devises du pays étaient tombées à 14,9 milliards de dollars. Un niveau inférieur au seuil de sécurité fixé par le Fonds monétaire international (FMI) pour assurer trois mois d’importations. Il y a bien sûr les quelque 12 milliards de dollars d’aide promis par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït, immédiatement après la chute de Morsi. Mais, comme le souligne Nagla Rizk, professeure d’économie à l’université américaine du Caire : « Les aides étrangères sont salutaires, mais on ne peut pas en dépendre indéfiniment. On ne peut pas non plus toujours dépendre des ressources extérieures, que ce soit via le tourisme, les revenus du canal de Suez ou les travailleurs immigrés ; il faut donc développer les secteurs de production. » Elle estime qu’aujourd’hui la priorité du gouvernement est de gagner la confiance de la population. « Il y a des défis économiques importants et la population va devoir faire des sacrifices. Mais pour qu’elle puisse supporter la rigueur, il faut l’inclure dans la prise de décision jeune afrique

et faire preuve de transparence, partager avec elle les informations disponibles et montrer ce qui peut être accompli et ce qui ne peut pas l’être. »

par le chef de l’État. « Mettre en place une Constitution avant l’arrivée d’un nouveau pouvoir permet de la protéger de toute influence que pourrait vouloir exercer ce pouvoir », affirme Raafat Fouda, directeur du département de droit constitutionnel VICES DE FORME. Enfin, autre principal défi à relever : l’amendement de la de l’université du Caire. Constitution, adoptée en décembre 2012 Cependant, la voie choisie pour former par les Frères musulmans et leurs alliés le comité d’experts soulève des interromalgré la levée de boucliers suscitée au gations. Le général Mamdouh Chahine, sein de l’opposition. Le 20 juillet, le préspécialiste des questions constitutionnelles et juridiques au sein du Conseil suprême des forces le peuple marche encore main armées, aurait ainsi joué un dans la main avec la police. Mais rôle important dans le choix des personnalités désignées. cette union ne devrait pas durer. « En tant que directeur du sident par intérim Adly Mansour annondépartement de droit constitutionnel, je çait la formation d’un comité composé n’ai pas été consulté, alors que légalement de dix experts, juristes et représentants j’aurais dû l’être. Et trois des quatre experts représentant le domaine universitaire au des principales institutions judiciaires du pays. sein du comité n’ont légalement pas le droit d’y siéger car ils sont à la retraite », Ce premier comité dispose de trente jours pour apporter des modifications au affirme Raafat Fouda, qui met en garde texte. Un second comité de 50 membres contre les conséquences que peuvent (représentants des partis politiques, des avoir de tels vices de forme : « Ce comité syndicats et de la société civile) devra aura le même sort que la précédente examiner les amendements proposés Constituante. Elle a été dissoute par la Haute Cour constitutionnelle à cause du dans un délai de soixante jours, avant mode de désignation de ses membres. » l que le nouveau projet de Constitution TOny GaMal GabRIEl, au Caire soit soumis à un référendum populaire n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


maghreb moyen-orient

Tribune

Opinions & éditoriaux

Le crépuscule des Juifs de Tunisie

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Frank nouma Journaliste indépendant

es Juifs tunisiens ont toujours gardé des liens étroits avec leur terre natale. Des milliers de touristes, et parmi eux des « tunisraéliens », consacraient leurs vacances estivales à retrouver la nostalgie d’une terre qu’ils n’ont jamais oubliée. Aujourd’hui, la tunisie compte environ 1500 Juifs dont une partie réside à tunis et l’autre sur l’île de Djerba, cette dernière étant sans conteste le lieu où la communauté demeure le plus ancrée dans les traditions judaïques. Djerba fut aussi la seule à résister à l’assimilation française, et il y existe encore des écoles talmudiques ainsi que plusieurs synagogues. La plus célèbre d’entre elles, la Ghriba, accueille chaque année un pèlerinage qui permet aux Juifs tunisiens de la diaspora de renouer avec leur terre natale. Paradoxe difficile à comprendre d’une communauté à la fois si intensément juive et si parfaitement intégrée dans son environnement musulman.

Pourtant, la Tunisie nouvelle, sous influence islamiste, a fait naître de sérieuses craintes en ce qui concerne sa minorité juive. en effet, au lendemain de la « révolution du jasmin », des salafistes défilèrent bruyamment devant la grande synagogue de tunis en exigeant le départ des tunisiens de confession juive. L’an dernier, lors d’une visite officielle entunisie, ismaïl Haniyeh, l’un des dirigeants du Hamas, a été accueilli à l’aéroport par des manifestants scandant « Mort aux Juifs » et autres « il faut tuer les Juifs, c’est notre devoir »… Des propos tardivement condamnés par les autorités tunisiennes de l’époque, qui conduisirent silvan shalom, alors vice-Premier ministre de l’État hébreu et natif de Gabès, à « inviter » les Juifs de tunisie à venir d’urgence s’installer en israël. Les dirigeants communautaires tunisiens et, parmi eux, Perez trabelsi, qui dirige la communauté juive de Djerba, refusèrent l’appel à émigrer et insistèrent sur leur statut de citoyens tunisiens vivant en bonne intelligence avec leurs compatriotes musulmans. néanmoins, le même Pereztrabelsi demandera la protection de l’armée en novembre 2012, à la suite du projet d’enlèvement de Juifs issus de familles aisées dans le but d’obtenir une rançon et de créer la panique au sein de la communauté

locale, composée d’une poignée de commerçants, de rabbins et de retraités viscéralement attachés à leur terre et à leurs coutumes. en début d’année, plusieurs cimetières juifs ont été profanés. Celui du Kef a été ravagé par des fanatiques qui ont détruit des dalles et des pierres tombales. Les stèles de grands sages et de rabbins ont été renversées et brisées. À la même période, des salafistes ont vandalisé le cimetière juif de sousse. Au-delà des violations de sépultures et des dégradations matérielles de tombes, les policiers finiront par trouver des ossements humains jetés dans la rue ! Le silence du gouvernement face à ces actes ignobles et à certains discours judéophobes participe à l’enracinement du fléau de la haine dans la société tunisienne. Dans les mosquées et lors des prêches du vendredi, les Juifs sont décrits comme des « traîtres », accusés de « haïr la religion islamique ». Raison pour laquelle ils subissent insultes, violences, attaques de synagogues et profanations de leurs cimetières. enfin, que peut espérer untunisien de confession juive qui a consacré l’essentiel de sa vie à la promotion touristique de son pays ? René trabelsi, fils du dirigeant de la communauté juive de Djerba, œuvre depuis une vingtaine d’années à la promotion de la tunisie et de son île en particulier. unanimement reconnu par ses pairs, son dévouement sera maintes fois récompensé

Une partie de la communauté s’est dirigée vers Israël, l’autre vers la France.

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par les autorités tunisiennes. Pressenti pour devenir ministre dutourisme avec l’assentiment de la quasi-totalité de la classe politique, il fera l’objet d’un veto sans appel de la part des dirigeants islamistes. Ces derniers estimant qu’un Juif n’a pas vocation à devenir ministre dans un pays d’essence musulmane… La population juive detunisie se réduit comme peau de chagrin. une partie de ceux qui constituèrent autrefois une imposante communauté s’est dirigée vers israël, les autres immigrant essentiellement en france. Partagés entre ces deux pays où ils se sont donné une nouvelle vie, ils restent liés à la tunisie par deux mille ans d’histoire commune. l jeune afrique


Maghreb Moyen-Orient Tunisie

Houcine Laabidi, l’irréductible imam Le cheikh autoproclamé de la Zitouna, la plus ancienne et plus grande mosquée de la capitale, est en guerre contre le ministère des Affaires religieuses. Auquel il ne reconnaît aucune autorité.

respect, a un avis sur tout: il demande aux célibataires de proscrire le Viagra, considère le mouvement extrémiste d’Ansar al-Charia comme malsain, provoque un tollé en priant qu’« Allah bénisse Rached Ghannouchi » (le président d’Ennahdha), une formule exclusivement réservée au prophète Mohammed… Tout est bon pour qu’on parle de lui.

hichem

RAZZIA SUR LES « HABOUS ». Pour

p Le 12 mai, lors de la reprise des cours de l’enseignement zeitounien.

I

l aurait pu se contenter de cultiver l’art d’être grand-père. Pourtant, à 86 ans, Houcine Laabidi s’est découvert une vocation : redonner à la Zitouna son prestige d’antan. Disciple des maîtres de la plus ancienne et plus vaste mosquée de Tunis dans les années 1950, il a été le témoin du rayonnement de l’institution et de son déclin, symbolisé par les scellés apposés,en1958,surleslocauxconsacrésà l’enseignement. Il ne s’en est jamais remis. Jusqu’alors inconnu de la sphère religieuse, en janvier 2012, le petit électricien à la retraite s’est proclamé imam de la mosquée, dont il s’est empressé de changer toutes les serrures, comme pour s’assurer de l’inviolabilité d’un territoire reconquis. Il en a même interdit l’accès aux chercheurs de l’Institut national du patrimoine. Il n’a pas non plus cessé de défier son ministère de tutelle, celui des Affaires religieuses, auquel il ne reconnaît aucune autorité. Alors que les activités cultuelles et l’enseignement relèvent de l’État, lui soutient que la Zitouna doit être indépendante et gérer directement les fonds jeune afrique

qui lui sont destinés. Il refuse tout droit de regard sur le contenu pédagogique de ses programmes et, depuis la mi-juillet, multiplie les déclarations et appels à manifester devant le ministère. Lequel essaie en vain de l’évincer. Il a bien tenté de faire interdire les prêches de l’imam, en juin 2012, après que celui-ci eut appelé à condamner à mort les artistes (qualifiés de « blasphémateurs et mécréants »). Mais dès le vendredi suivant, le cheikh avait repris son prône, assurant qu’il aurait bien voulu se démettre mais que, dans un rêve, « le Prophète [l]’en a empêché ». Tout en peaufinant son personnage d’irréductible, Laabidi avance ses pions. Son objectif : relancer l’enseignement zeitounien et faire de son institution une autorité spirituelle pour le monde musulman, capable de rivaliser avec l’université égyptienne Al-Azhar. Pas moins. Et force est de constater que rien ne l’arrête dans ses velléités d’expansion. Désormais, la Zitouna a un chef et il le fait savoir, quitte à paraître fantasque, alors que chez lui tout est calculé. Le patriarche, qui exige qu’on lui donne du « sidi cheikh » en signe de

installer et financer ses projets, Laabidi tente de faire une razzia sur les habous (terrains et immeubles dits « de mainmorte ») de la Zitouna. Ce statut foncier n’existe plus depuis les années 1960, et les biens ont été réattribués, mais il n’en a cure. Mi-2012, il a annexé la bibliothèque de la Khaldounia (dont la municipalité a récupéré la propriété, par jugement, en mars), et désormais il tente de mettre la main sur près de 500 commerces de la médina, jadis gérés par la Zitouna. En un an, le vénérable cheikh a fait l’objet de seize plaintes déposées par la Ville de Tunis et le ministère des Affaires religieuses, qui le poursuivent, entre autres, pour récupérer leur patrimoine immobilier. Dans un contexte où la gestion de la question religieuse est particulièrement sensible, Houcine Laabidi indispose. À tel point que le ministère des Affaires religieuses le soupçonne de vouloir créer une enclave confessionnelle à Tunis et que le cheikh Abdelfattah Mourou, membre du bureau exécutif d’Ennahdha, affirme que la Zitouna est devenue un repaire salafiste. Électron libre pour les uns, marionnette téléguidée par les extrémistes pour les autres,lepetitimamdelagrandemosquée ne déplaît pourtant pas à tout le monde. Il aurait notamment l’appui de dirigeants islamistes, dont l’ultraconservateur Sahbi Atig, chef du groupe parlementaire d’Ennahdha. l FRIDA DAHMANI, à Tunis

Rectificatif

Dans notre précédente édition (no 2741, du 21 au 27 juillet), p. 44, en encadré de l’article sur la libération d’anciens proches de Ben Ali, le texte relatif à Abdelwahab Abdallah était illustré par la photo d’Abdallah Kallel. Nous les prions l’un et l’autre, ainsi que nos lecteurs, de nous excuser de cette erreur. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Maghreb Moyen-Orient

MISE AU POINT

les Moudjahidine du peuple iranien réagissent

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p La page du no 2739 de Jeune Afrique (du 7 au 13 juillet 2013).

n article paru dans le numéro de Jeune Afrique du 7 juillet, ainsi que sur le site internet de l’hebdomadaire, intitulé « Notre Dame d’Auvers-surOise » et signé par M. Laurent de Saint Périer, proclame que le glas aurait sonné pour le mouvement d’opposition qu’est l’Organisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI). Il oublie cependant que, déjà avant lui et à de multiples reprises, la dictature religieuse au pouvoir en Iran avait fait la même annonce enjouée, pour se détromper rapidement. L’article reprend une fois de plus les propos de quelques personnes connues pour leur hostilité envers l’OMPI et leur indulgence envers le régime des mollahs, pour prétendre que les Moudjahidine du peuple seraient « détestés » en Iran ! Il est grand temps de mettre fin à cette supercherie. L’événement de Villepinte [le 22 juin, NDLR], justement considéré comme le plus grand rassemblement des Iraniens à l’étranger, révèle non seulement l’étendue du soutien dont bénéficie l’OMPI parmi les Iraniens, mais également auprès de milliers de parlementaires et de personnalités venus de plus de quelque 50 pays différents. M. Laurent de Saint Périer, comme dans son article d’octobre 2012 [« Les yankees, la secte et les mollahs », J.A. no 2699, du 30 septembre au 6 octobre 2012, p. 14], taxe une fois de plus l’OMPI de marxisme islamique. Je souhaite rappeler le caractère mensonger de cette

étiquette et souligner que l’OMPI défend une conception démocratique et tolérante de l’islam, cherchant à promouvoir une république laïque et pluraliste, basée sur le suffrage universel, l’égalité entre les hommes et femmes, le respect des minorités, l’abolition de la peine de mort et un Iran non nucléaire. l AfChine AlAvi, Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), Auvers-sur-Oise, France

Réponse Cet article est le fruit d’une enquête sérieuse, menée auprès de multiples sources, en Iran et ailleurs, spécialistes ou acteurs de ce pays. Une enquête au cours de laquelle, ne vous en déplaise, l’OMPI apparaît comme une organisation militante et militaire, dont les prétentions démocratiques sont loin d’être avérées. Certes, l’OMPI a dû accorder son discours à l’air du temps, édulcorer son radicalisme idéologique et renoncer à certaines formes d’action : tel était le sens de l’adjectif « protéiforme » employé pour qualifier la doctrine qui a été à l’origine de la fondation du mouvement. Pour conclure, je citerai l’un de mes interlocuteurs, Karim Pakzad, de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris): « Tous ceux qui émettent la moindre critique à l’égard de l’OMPI sont invariablement qualifiés d’“agents de l’Iran”. » Ultime précision : j’ai tenté à plusieurs reprises de vous contacter par courriel et par téléphone, comme vous m’y aviez invité dans votre précédente mise au point en octobre dernier, mais ce fut en vain. l lAuRent de SAint PéRieR

Coulisses Israël Un grand rabbInat Ultra Les partis ultraorthodoxes conservent leur hégémonie sur l’autorité religieuse suprême de l’État d’Israël pour les dix prochaines années. Le 24 juillet, les deux candidats qu’ils soutenaient ont été élus grands rabbins. Pour les séfarades,YitzhakYossef, fils d’OvadiaYossef, fondateur et dirigeant spirituel du parti ultraorthodoxe Shass (opposition, 12 députés), succède à Shlomo Amar. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

David Lau, fils de l’ex-grand rabbin ashkénaze Israel Meïr Lau, succède àYona Metzger. Grands perdants: les candidats du courant sioniste religieux, soutenus notamment par le ministre des Cultes, Naftali Bennett.

lIbye les amazIghs se fâchent Pour dénoncer leur marginalisation au sein de la commission chargée de rédiger la Constitution, les Amazighs de Libye ont

lancé le 23 juillet une campagne de désobéissance civile et menacent de bloquer des complexes administratifs et industriels. Les 6 membres amazighs de la commission ont démissionné après un vote entérinant le fait que les questions liées aux droits culturels soient adoptées par une majorité des deux tiers. Ils rejettent en outre la proposition de faire du tamazight la deuxième langue du pays, ce qui en éliminerait l’usage dans les actes officiels.

Koweït gUerre et compensatIon Le 25 juillet, la commission d’indemnisation de l’ONU a versé 1,07 milliard de dollars (809 millions d’euros) au gouvernement koweïtien dans le cadre des dédommagements liés à la première guerre du Golfe (1990-1991). Sur les 52,4 milliards de dollars dus, la commission en a déjà versé 42,3. Les fonds sont prélevés sur les exportations pétrolières irakiennes (5 % par an). jeune afrique


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FRANCE

Fillon-Sarkozy

Certains jugent que c’est prématuré, mais les champions de la droite avaient trop envie d’en découdre. L’affrontement entre l’ancien président et celui qui fut son Premier ministre pendant cinq ans a commencé.

À

ALAiN FAujAS

ma droite, Nicolas Sarkozy. C’est lui, l’ancien président de la République, qui a ouvert les hostilités. Choisissant de transformer une défaite en victoire, il s’est invité à la réunion de crise qui s’est tenue le 8 juillet au siège parisien de l’UMP pour faire le point sur la situation des finances du parti, amputées de 11 millions d’euros par le rejet de ses comptes de campagne présidentielle par le Conseil constitutionnel. Ignorant ce grave pépin – dont il est quand même le premier responsable –, il a sauté sur l’occasion pour faire son retour en politique. Des militants hystériques l’ont accueilli rue de Vaugirard au cri de « Nicolas ! Nicolas ! » tandis que, pour la première fois depuis sa défaite du 6 mai 2012, son compte Twitter était réactivé. Le « lion en cage » décrit par ses amis est revenu dans l’arène. Devant trois cents parlementaires et cadres de l’UMP, il a annoncé sa décision de « rompre » avec son projet de se « retirer de la vie politique ». Le message qu’il a délivré est sans ambiguïté. D’abord, il a martelé qu’il n’avait pas vraiment été battu : « Il faut être fier de ce que nous avons fait ensemble, François [Fillon]. » Pas la moindre autocritique, pas la moindre allusion aux élections (toutes) perdues depuis son arrivée à l’Élysée en 2007. Ensuite, il s’est posé en rassembleur, car « se diviser, c’est s’affaiblir », allusion à la guéguerre qui a opposé Fillon à Jean-François Copé pour le contrôle du parti. Mieux, il a refusé d’être classé à droite : il n’est, estime-t-il, « pas conservateur ». Enfin, il a disqualifié par avance d’éventuels rivaux issus de son camp en s’exclamant qu’il y aurait « quelque chose d’indécent à parler du rendez-vous de la présidentielle de 2017, alors que les Français souffrent ». Aucun doute, donc, Sarkozy sera candidat à la primaire de l’UMP de 2016. Il veut prendre sa revanche sur François Hollande. La standing ovation qui a salué la fin de son intervention n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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u François Fillon (à g.) et Nicolas Sarkozy : prochain round dans un mois.

confirme que les militants en sont ravis. Mais que trois anciens Premiers ministres de droite, Édouard Balladur, Alain Juppé et François Fillon, se soient abstenus de se lever pour participer à cette liesse laisse à penser que l’ancien président rencontrera quelques obstacles dans son camp. jeune afrique


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DAVID BUIMOVITCH/NEWSCOM/SIPA

le match

À ma gauche, François Fillon. L’ancien Premier ministre est sorti de la réunion du 8 juillet en grommelant : « Nicolas nous a donné une leçon, mais il nous a dit de faire tout ce qu’il nous a empêchés de faire pendant cinq ans. » Ou encore : c’est Sarkozy qui a « foiré sa campagne et planté les finances jeune afrique

du parti ». Mais son silence en assemblée a laissé croire qu’il n’avait pas le courage d’affronter celui qui le traita un jour de « collaborateur ». La riposte est venue le 11 juillet à La GrandeMotte, près de Montpellier, où il avait réuni six cents de ses partisans. Devant eux, il a martelé que « l’UMP ne peut pas vivre immobile, congelée, au garde-à-vous dans l’attente de l’homme providentiel ». Quand on perd des élections, on ne se cherche pas d’excuses et on se livre à une autocritique. Exercice auquel l’ancien Premier ministre, lui, ne rechigne pas. « Notre économie n’a pas été suffisamment modernisée, a-t-il reconnu. Notre modèle social n’a pas été repensé en profondeur, et notre pacte républicain est resté fragile malgré nos efforts pour faire reculer la délinquance. » IrréconcIlIable. Bref, il présente Sarkozy comme un homme du passé qui n’a pas eu le courage de réduire les déficits, d’en finir avec les 35 heures ou de réformer l’organisation territoriale de la France. Mais il va plus loin et met en garde ceux qui veulent faire de l’UMP un « parti protestataire », voire populiste, qui épouserait « toutes les démagogies » et s’allierait « avec n’importe qui pour promettre n’importe quoi ». La stratégie à adopter face au Front national est la « différence d’approche irréconciliable » avec son concurrent. Ce qui lui permet de prendre une posture centriste délaissée par ce dernier : « Je hais la xénophobie, qui est une dégradation de l’âme, mais je dénonce l’angélisme qui la nourrit. » Conclusion : « L’UMP n’a pas vocation à ramper devant l’extrême droite. » On ne s’étonnera pas qu’Éric Ciotti, député des Alpes-MaritimesetsoutiendeFrançoisFillon,crédite celui-ci de trois atouts: « La sincérité, la vérité et la réforme. » On ne s’étonnera pas davantage qu’Henri Guaino, député des Yvelines et chantre de Sarkozy, ne voie dans le discours de La Grande-Motte que « perfidie » et « trahison affective ». Pas de surprise non plus de la part d’Alain Juppé – qui se verrait bien candidat de recours – quand il ironise: « Au moment où l’UMP a plus que jamais besoin d’unité et de solidarité, les meilleurs d’entre nous ne trouvent rien de mieux que d’échanger quelques gracieusetés et d’engager la bataille de 2017. Supergénial! » Prochain round dans un mois. François rassemblera ses amis dans la Sarthe le 28 août. Et Nicolas les siens à Arcachon le 1er septembre. Le match s’annonce indécis. Car si Nicolas l’emporte chez les militants, qui, pour les trois quarts d’entre eux, le veulent comme candidat à la présidentielle, 62 % des personnes interrogées par l’institut BVA pour Le Parisien souhaitent qu’il ne se représente pas. Pis, 53 % de celles que l’Ifop a sondées pour Paris Match ont de François un avis favorable, et seulement 42 % de Nicolas. Comme l’a reconnu un partisan de ce dernier : « L’UMP, c’est fait ; reste à reprendre la France. » Ce n’est pas gagné. l n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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États-Unis

Samantha Power en première ligne Journaliste et passionaria des droits de l’homme, elle dénonçait l’inaction des politiques face aux génocides. Dès sa confirmation par le Sénat comme ambassadrice à l’onu, ce sera à elle de jouer.

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Karen BLeIer/aFP

ressentie pour devenir l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Samantha Power, 42 ans, connaît mieux que personne le sens de l’injonction « plus jamais ça ! » rituellement lancée après un génocide : elle en a fait le leitmotiv de toute sa vie. Née en Irlande, où sa mère était championne de squash, cette rousse flamboyante s’est installée aux États-Unis avec sa famille à l’âge de 9 ans. Elle devient vite une fan des Red Sox, l’équipe de baseball de Boston, entreprend une carrière de journaliste et, en 1993, est chargée de couvrir la guerre dans les Balkans. Elle a 23 ans, sa vie bascule. Dans cette Europe où, après la Seconde Guerre mondiale, de telles atrocités étaient censées être proscrites à jamais, elle est confrontée à l’horreur. À Srebrenica notamment, 8 000 musulmans sont massacrés par les Serbes de Bosnie… En 2002, hantée par cet épisode, cette diplômée de Yale écrit un livre, A Problem from Hell, récompensé par le prix Pulitzer, dans lequel elle dénonce la frilosité des ÉtatsUnis face aux génocides. Que ce soit au

Cambodge, en Bosnie ou, bien sûr, au Rwanda. Ainsi, pendant les trois mois que dura le génocide des Tutsis, l’administration Clinton ne consacra à la tragédie aucune réunion de haut niveau… Le livre s’ouvre d’ailleurs sur les vains efforts de l’ambassadeur américain en Turquie, en 1915, pour tenter de mettre un terme au génocide des Arméniens. En 2004, elle fut aussi l’une des premières journalistes à couvrir le nettoyage ethnique au Soudan. Partie du Tchad, elle parvint à gagner les zones du Darfour tenues par les rebelles…

oreille. Indiscutablement, Power a

l’oreille du président. Aux côtés de Rice et de Clinton, elle est par exemple parvenue à le convaincre d’intervenir en Libye, en 2011. Puis de créer un Bureau pour la prévention du génocide et des atrocités criminelles, qui se réunit une fois par mois à la Maison Blanche. C’est ce bureau qui a notamment incité Obama à évoquer avec Thein Sein, le président birman, les persécutions qui se multiplient dans son pays contre les musulmans. Et à renforcer la traque de l’Ougandais Joseph Kony, chef sanguinaire de l’Armée de résistance du Seigneur. en 2008, elle est débarquée du Si elle est confirmée par staff d’obama : elle avait traité le Sénat, cette passionaria des droits humains va donc hillary clinton de « monstre » ! se retrouver propulsée en brutal. Mariée depuis 2008 à un première ligne. Notamment en Syrie, professeur de droit, Samantha Power où la guerre civile a déjà fait plus de est désormais à la place de ceux dont 100 000 morts, et où, plus qu’ailleurs, elle fustigeait naguère l’inaction : elle rôdent les spectres du Rwanda et de la est depuis 2009 la conseillère pour les Bosnie. Pour l’instant, elle s’est abstedroits de l’homme du président Obama. nue de s’exprimer publiquement, ce qui, sans doute, reflète le malaise qui Après l’avoir débarquée un peu brutalement de son staff de campagne en 2008 prévaut à la Maison Blanche à ce propos. – n’avait-elle pas qualifié Hillary Clinton L’administration s’est récemment résolue à acheminer des armes aux rebelles, mais semble avoir renoncé à toute intervention d’envergure. Le Pentagone vient d’ailleurs d’exposer devant le Congrès le coût – exorbitant – de toutes les options envisagées en Syrie : formation des rebelles, zone de non-survol, frappes aériennes, etc. Power, qui en 2003 s’était opposée à la guerre en Irak, saura-t-elle faire bouger les lignes au Conseil de sécurité, toujours paralysé par les veto russe et chinois ? Elle devra en tout cas se familiariser avec les mœurs policées de la diplomatie. Lors de son audition au Sénat, Power a affirmé son intention de combattre la mise au pas de la société civile dans certains pays comme le Venezuela, suscitant aussitôt l’ire du président Nicolás Maduro et portant un coup d’arrêt au timide réchauffement des relations entre les deux pays. Pour madame l’ambassadrice, c’est un autre métier qui rentre. l

p Devant la commission des affaires étrangères du Sénat, le 17 juillet. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

de « monstre » ? –, ce dernier est résolu à en faire son ambassadrice à l’ONU, en remplacement de Susan Rice, nommée conseillère pour la sécurité nationale.

Jean-Michel aubriet jeune afrique


Europe, Amériques, Asie RUSSIE

L’opposant, le pipeline et le crapaud

dmitry lovetsky/aP/siPa

Chantre de la lutte anticorruption, alexeï navalny a été condamné à cinq ans de camp, le 18 juillet, au terme d’une parodie de procès. Si la peine est confirmée en appel, il ne pourra briguer la mairie de Moscou en septembre. Et encore moins la présidence en 2018. fortune derrière une nébuleuse de sociétés offshore. Certes, la candidature de Navalny à la mairie de Moscou a été passée sous silence par les médias, quasiment tous à la botte du pouvoir. Mais, relayé par Twitter et la blogosphère, l’activisme de ce trublion perce le filtre de la censure : alors que seuls 6 % des Russes avaient entendu parler de lui en avril 2011, ils étaient, en mai dernier, 37 % dans ce cas, selon un sondage de l’institut Levada. Et, alors que Poutine voit sa cote de popularité (50 %, tout de même) s’effriter en raison de la crise économique, 44 % des Russes (et 57 % des Moscovites) estiment que Navalny est victime d’un règlement de comptes politique. Passe-Passe. « Ne soyez pas résignés ! Le crapaud ne tombera pas tout seul de son pipeline », a lancé l’opposant à ses partisans après l’énoncé du verdict, faisant p Accueilli par ses partisans à la gare ferroviaire de Moscou, le 20 juillet. allusion au président et à la manne pétrolière qui nourrit et perpétue le système. est l’histoire d’un gaillard ont éclaté dans les grandes villes au Sera-t-il entendu au-delà des classes de 37 ans, blond aux yeux lendemain des législatives truquées de moyennes urbaines, exaspérées par les bleus, qui vit avec Ioulia, décembre 2011, n’hésitant pas à qualifier tours de passe-passe du binôme Poutinesa femme, et leurs deux Russie unie, le mouvement du président Medvedev?Rienn’estmoinssûr.L’emprise bambins dans un quartier de la périVladimir Poutine, de « parti des escrocs du pouvoir sur des campagnes gavées d’alphérie de Moscou. S’il n’était devenu et des voleurs » – l’expression a fait florès. locations diverses reste forte. L’opposition un chantre de la lutte anticorruption, Enfin, crime impardonnable, cet avocat est décrédibilisée par ses divisions et par Alexeï Navalny aurait pu mener une exisd’affairesforméàl’universitédeYale(Étatsl’absence de leaders compétents. Surtout, tence bien tranquille. Las, le 18 juillet, au Unis) a créé RosPil, un site web recensant échaudé par le Printemps arabe et effrayé terme d’une mascarade de procès, il a été par la puissance déstabilisacondamnépouravoirdétourné16millions trice des réseaux sociaux, À l’en croire, Russie unie, le parti de roubles (375 000 euros) au détriment le régime s’est lancé dans de Vladimir Poutine, est celui d’une exploitation forestière publique, en une surenchère répressive. 2009, alors qu’il conseillait le gouverneur Il multiplie les procès « pour « des escrocs et des voleurs ». de la région de Kirov. Verdict : cinq ans de l’exemple»contrelescontescamp. Une peine qui, si elle était confirles malversations des entreprises d’État et tataires (comme le groupe punk féministe mée en appel, l’empêcherait de briguer les turpitudes des caciques d’un « régime des Pussy Riot) et ne cesse de durcir la la mairie de Moscou le 8 septembre puis féodal » qui, dit-il, permet à « 0,5 % de la législation, qu’elle porte sur les sit-in, la la présidence en 2018, comme il en avait population d’accaparer 83 % des richesses diffamation, internet ou les ONG, consil’intention. nationales ». dérées comme des « agents de l’étranCar Navalny a commis l’erreur d’entrer Parmi ses victimes ? Transneft, le ger » dès qu’elles reçoivent des fonds ne en politique sous la bannière de l’oppogéant de l’énergie, qu’il a accusé d’avoir venant pas de Russie. Navalny, certes, sition libérale : d’abord au parti Iabloko, détourné 2,9 millions d’euros à la faveur de montre l’exemple. Mais la société civile qui puis chez Parnas, qui l’a adoubé pour laconstructiond’unoléoducenSibérie.Ou s’éveille aura bien du mal à déverrouiller les municipales. Il a aggravé sa faute en Vladimir Iakounine, le patron des chemins un système de plus en plus nerveux… l de fer, qui dissimulerait son immense prenant la tête des manifestations qui JoséPhine DeDet

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parcours | D’ici et d’ailleurs

p À 26 ans, le Camerounais touche plus de 4 millions de dollars par an.

Luc Mbah a Moute Le haut du panier Installée aux États-unis depuis dix ans, la nouvelle recrue des Kings de sacramento est l’un des rares basketteurs africains de la NBa.

a

près avoir servi cinq ans au poste d’ailier chez les Bucks de Milwaukee, Luc richard Mbah a Moute prend la route de l’ouest pour rejoindre l’équipe de basket de sacramento, en Californie. Le Camerounais (2,03 m, 104 kg) a été opéré en mai 2012 pour des douleurs au tendon rotulien qui l’ont contraint, la saison dernière, à ne jouer que 43 matchs, dont 22 inachevés. Mais il se sent d’attaque. La voix, émue et saccadée, trahit l’humilité de ce basketteur professionnel de 26 ans, l’un des rares africains à évoluer en NBa, la ligue la plus courue au monde. avec des contrats aux sommes rondelettes (17 millions de dollars – près de 13 millions d’euros – sur quatre ans chez les Kings), il pourrait prétendre à la notoriété d’un samuel eto’o. Mais il préfère mesurer le chemin

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qu’il lui reste encore à parcourir, affirmant avoir commencé sa carrière sans objectif précis. « Je comptais surtout travailler dur, me donner à fond et voir venir », nous a-t-il confié lors d’une visite à Jeune Afrique. pour l’instant, la stratégie a porté ses fruits et il compte profiter de son transfert, annoncé au début de juillet, pour améliorer ses qualités offensives tout en restant le leader défensif qu’il a toujours été. se considérant béni des dieux, Luc richard Mbah a Moute n’oublie pas d’où il vient. Comme nombre de jeunes africains, il a d’abord commencé par jouer au football, « son » sport, jusqu’à 13 ans. il s’est ensuite essayé au volleyball et au tennis avant de venir au basket-ball, guidé par son mentor, frère jumeau, premier supporteur et conseiller, emmanuel Bidias a Moute, lui aussi

basketteur de haut niveau installé aux États-Unis. Luc se pique au jeu au bout d’une année et intègre l’onyx de Yaoundé, un club de la capitale camerounaise. son père, ex-footballeur du Canon deYaoundé, contribue à encourager cette vocation en rapportant régulièrement à la maison des magazines spécialisés. Le natif de Bia Messe (proche de Yaoundé) se rêve alors en Michael Jordan, « [son] idole absolue en dépit de la présence, en NBa, de prodiges comme LeBron James, Kevin Garnett ou Kobe Bryant, [qu’il] respecte mais place un cran en dessous ». Pour leur ressembler, il ne compte pas les heures d’entraînement. en 2003, à 17 ans, il participe à la première édition du Basketball without Borders, alors dénommé africa 100, qui réunit en afrique du sud les 100 meilleurs joueurs continentaux. remarqué, il obtient une bourse sport-études et rejoint la Montverde academy, en Floride. Une première année d’adaptation concluante jeune afrique


Europe, Amériques, Asie

Pour se motiver, il pense aux Africains qui l’ont précédé, comme son compatriote Ruben BoumtjeBoumtje, pivot à Portland, Cleveland puis Orlando. Mbah a Moute croit devoir à ses camarades d’université d’appartenir au cercle très fermé des 450 meilleurs basketteurs du monde. Ils l’ont certes bizuté – durant sa période rookie, il faisait leurs courses, portait leurs sacs… –, mais ils lui ont donné de précieux conseils pour s’améliorer. Aujourd’hui, il se sent redevable et tente d’aider d’autres jeunes à émerger. Depuis trois ans, il organise chaque été au Cameroun le Mbah a Moute Basketball Camp, qui prépare 50 jeunes joueurs aux sélections du NBA’s Basketball without Borders. Il n’est pas peu fier de rappeler que six des dix Camerounais sélectionnés dans le cadre de ce programme sont passés par son centre d’entraînement. « Peu importe qu’ils deviennent plus tard de grands professionnels. L’essentiel, c’est qu’ils se servent du basket pour suivre de bonnes études. » Lui-même a su faire les sacrifices qui s’imposent : ses proches le disent bon vivant, mais ses quatre matchs hebdomadaires et ses entraînements ne laissent en réalité que peu de place aux loisirs. À ceux qui lui reprochent de « vider » le Cameroun de ses talents, Mbah a Moute, qui joue toujours dans l’équipe nationale et reconnaît avoir fréquemment le mal du pays, oppose son « devoir civique », regrettant que les infrastructures et les moyens alloués ne soient pas à la hauteur du potentiel des joueurs. « Le plus important, c’est de pouvoir changer la vie des gens autour de soi », préfère-t-il penser. l

ALLEMAGNE

Quel casse-pieds, ce snowden!

Les révélations de l’ancien consultant de la NSA sont en train de pourrir les vacances de la chancelière !

À

deux mois d’élections fédérales dont elle est la grande favorite, Angela Merkel avait prévu de passer des vacances tranquilles avec son mari dans le Tyrol italien. Patatras! Un invité-surprise, et passablement encombrant, est en train de lui pourrirlavie.Sonnom?EdwardSnowden. Oui, oui, l’ex-consultant qui révéla l’ampleur de l’espionnage du web pratiqué par la National Security Agency (NSA), l’agence de renseignements américaine. Début juillet, l’hebdomadaire Der Spiegel a révélé que ladite NSA a collaboré avec le BND, le service fédéral de renseignements, grâce à un logiciel américain de surveillance en ligne baptisé XKeyscore. La moyenne mensuelle des communications – par téléphone, mail ou SMS – ainsi interceptées avoisinerait 500 millions. Ce qui place l’Allemagne, censée être une alliée proche de l’Amérique, au même niveau que la Chine, l’Irak ou l’Arabie saoudite ! Dans un pays encore traumatisé par la folie de fichage des nazis et l’espionnage d’État pratiqué par la Stasi, l’information a déclenché un énorme scandale. L’argument selon lequel il s’agissait d’une nécessité de la lutte antiterroriste ne tient pas une seconde. Entreprises, politiques ou simples citoyens, tout le monde était visé. Les intérêts économiques allemands n’ont-ils pas eu à pâtir de cette collaboration avec les Américains ? De nombreux analystes se posent la question.

Pressée de s’expliquer, Merkel s’en tient pour l’heure à une ligne de défense simple: son gouvernement ignorait l’ampleur du phénomène. « L’Allemagne n’est pas un pays qui espionne ses citoyens, c’est un pays de liberté. Sur son sol, c’est le droit allemand qui prévaut, pas celui du plus fort », a-t-elle expliqué. À en croire les sondages, deux tiers de ses compatriotes n’en sont pas convaincus. D’autant que les preuves s’accumulent. L’armée elle-même aurait eu vent des écoutes dès 2011. À la ramasse. La chancelière va-t-elle

perdre des plumes dans l’aventure? Ou le scandale finira-t-il par s’estomper dans la torpeur de l’été ? Une commission d’enquête mise en place le 22 juillet devrait rendre rapidement ses premières conclusions. À la ramasse dans les sondages, Peer Steinbrück, le candidat des sociaux-démocrates du SPD, voudrait bien profiter de l’occasion pour grappiller quelques points, mais la manœuvre s’annonce compliquée. Aujourd’hui président du groupe SPD au Bundestag, Frank-Walter Steinmeier fut, au temps de Gerhard Schröder (1998-2005), chargé de coordonner l’action des services secrets. C’est lui qui, au nom de la lutte antiterroriste, aurait autorisé le BND à coopérer avec la NSA ! l Gwénaëlle Deboutte, à Berlin

t Le « Merkel bashing », nouveau sport à la mode.

john fisher

qui s’achève avec l’arrivée de chasseurs de têtes des grandes équipes du championnat universitaire. Les propositions se succèdent. Lui hésite, mais finit par choisir l’UCLA (University of California, Los Angeles), en 2005. Bonne pioche: son équipe atteint trois fois les demi-finales, le NCAA Basketball Final Four… Il se souvient encore d’une défaite contre l’équipe de Joakim Noah, que leurs origines communes ont rapproché. Il est sacré révélation du championnat en 2006.

clarisse Juompan-Yakam Photo : Vincent Fournier/J.a. jeune afrique

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n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


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Économie

indiscrets

Mali, Algérie, Cameroun…

interview

Wided Bouchamaoui Présidente de l’Utica

GOUVERNANCE

Une « priorité »

ivoirienne, vraiment? Le président Ouattara l’affirme : l’émergence demeurera un vœu pieu tant que le climat des affaires ne sera pas assaini. Or, plus de deux ans après son arrivée au pouvoir, corruption, favoritisme et pratiques délictueuses demeurent.


spiritueux

Pernod Ricard s’installe au comptoir de l’Afrique

décideurs

Baba Ahmadou Danpullo Homme d’affaires camerounais

Julien Clémençot,

a

ISSOUF SANOGO/AFP

t À Abidjan, une affiche appelle à davantage de civisme.

avec

france

Réveil difficile pour Tunisian Foreign Bank

Baudelaire mieu à Abidjan

mbassade des États-Unis, du 8 résultat vers la maison mère. Il est clair que, si elle au 11 juillet. La mission diploavait été mise au courant plus tôt, la présidence aurait matique américaine organise bloqué l’opération sans réelle justification. Mais quel pour une vingtaine d’« éveilleurs message veut-on faire passer aux multinationales de consciences » un séminaire qui s’apprêtent à faire des bénéfices ? » consacré au journalisme d’invesLa mauvaise gouvernance pourrait aussi reprétigation. L’objectif est à peine voilé : renforcer la senter un obstacle à la diversification des partenaires mécanique démocratique en poussant quelques économiques.«Deplusenplusdegroupescherchent enquêteurs à fouiner pour révéler les informations àprévenirlerisquepénalliéàlacorruption.Certaines qui dérangent… Après avoir soutenu sans réserve le situations, si elles sont identifiées en amont, peuvent nouveau pouvoir ivoirien, les partenaires d’Abidjan justifier l’abandon d’un projet d’investissement », necachentplusleursinquiétudesfaceàlapersistance confirme Bénédicte Graulle, avocate au sein du cabide la corruption et de la mauvaise gouvernance. net Jones Day. L’administration ivoirienne figure bien L’ambassade de France a ainsi envoyé un rapport souvent au premier rang des accusés (lire encadré au ministère de l’Économie et des Finances, à Paris, p. 58). Même les décisions de justice sont remises pour attirer l’attention sur ce phénomène. Et l’État en cause par des entreprises publiques. Reconnu français aurait alerté le président, Alassane Dramane propriétaire d’une forêt de 23000 ha, Adou Nioupin Ouattara, sur ce sujet. se bat par exemple toujours contre la Société de Certaines multinationales haussent elles aussi le développement des forêts (Sodefor), qui tente par ton. Le groupe pétrolier Chevron, entré en négociatous les moyens d’en prendre possession. tion en 2012 pour obtenir des permis d’exploration, a par exemple fait part de ses difficultés au Congrès hiC. Pourtant, l’assainissement du climat des affaires américain. Les autorités ivoiriennes elles-mêmes et l’amélioration de la gouvernance sont des prioreconnaissent le problème. D’après rités, comme le rappelait le 21 juin les ambassades le Secrétariat national à la gouverle président Ouattara à l’occasion du quatrième Forum des marchés nance et au renforcement des capas’inquiètent, cités (SNGRC), 85 % des Ivoiriens émergents d’Afrique, organisé à les groupes sont confrontés quotidiennement Abidjan. « Des avancées ont été étrangers à la corruption, au népotisme et réalisées, notamment avec l’insau favoritisme. Début juillet, l’ONG haussent le ton… tauration d’un guichet unique pour Human Rights Watch dénonçait à la création d’entreprise et l’entrée son tour un racket à grande échelle imposé par les en fonction du tribunal de commerce », observe Jean-Noël Amantchi Gogoua, économiste au bureau forces de sécurité dans l’Ouest. Et d’après Méïté Sindou, secrétaire général du SNGRC, la Côte d’Ivoire abidjanais de la Banque mondiale. « Le hic, c’est que figurerait parmi les 50 pays les plus corrompus du ce tribunal peut être contourné, car il n’y a pas, en monde. appel, de juridiction spéciale chargée des affaires commerciales », nuance Laurent Ehounou Malan, mauvais signal. Classique en Afrique? Peut-être, président de l’association Transparency Justice. mais alors que la Côte d’Ivoire, grâce au soutien des Principal moteur de la croissance, les investissebailleurs, tutoie les 10 % de croissance, ces errances ments publics font l’objet de nombreuses interrogalaissent planer le doute sur sa capacité à devenir tions. Dernière grosse affaire : l’attribution, en avril, une économie émergente. Si beaucoup de chefs de la concession du second terminal à conteneurs d’entreprise ont appris à s’accommoder de cette du port d’Abidjan au consortium conduit par Bolloré situation, cela reste un très mauvais signal envoyé aux – alors que le groupe français exploite déjà le preinvestisseurs potentiels, estime un avocat d’affaires: mier terminal. Non seulement le gouvernement a « Les avions et les hôtels sont pleins, pourtant les ainsi entériné la constitution d’un monopole, mais nouveaux projets sont rares. J’ai été approché par il a sélectionné sur la base d’une offre financière des entreprises espagnoles, françaises, brésiliennes, avantageuse le dossier ayant obtenu la moins bonne mais rien ne s’est concrétisé. Il y a trop de décisions note technique. Selon Jean-Louis Billon, ministre arbitraires. » Pour étayer ses propos, le juriste raconte du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion lacolèreduchefdel’Étataprèslaventeparl’opérateur des PME, l’absence de clarté dans le processus de MTN de ses tours télécoms, en octobre 2012 : « Le sélection serait en outre à l’origine du retrait du directeur des Finances extérieures a dû expliquer singapourien PSA, l’un des premiers opérateurs lll illico pourquoi il avait autorisé le transfert de ce portuaires mondiaux. N O 2742 • dU 28 jUIllet AU 3 AOût 2013

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olivier pour j.a.

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Bien avant l’affaire Bolloré, l’attribution, en 2011, du marché de la rénovation des universités avait alimenté les premiers soupçons quant à la survivance de mauvaises pratiques. Désigné vainqueur sans mise en concurrence, l’homme d’affaires Sidi Kagnassi était complètement étranger au secteur du bâtiment. In fine, l’enveloppe budgétaire a explosé: plus de 168 millions d’euros contre une estimation initiale de 72 millions. Depuis, d’autres contrats passés dans les mêmes conditions, comme celui remporté en 2012 par Port Sécurité (entraînant une hausse de plus de 1 000 % des redevances de sécurité et de sûreté portuaires à Abidjan), ont nourri la polémique. Dénoncée par tous les observateurs, de la Banque mondiale à l’Union européenne, l’inflation des marchés octroyés de gré à gré est devenue phénoménale. L’an dernier, ils représentaient 40 % du montant des contrats publics et ont même atteint 60 % au premier trimestre 2013. Dans une économie saine, cela ne dépasse pas 10 % à 15 %, lll

p En 2011, le marché de la rénovation des universités avait été attribué de gré à gré. De quoi alimenter les doutes.

Pressions. L’attitude de certains responsables

Lire aussi notre article sur Port Sécurité, gestionnaire controversé de la sûreté du port d’Abidjan

L’administration Peine à faire sa mue

M

inée par de mauvaises habitudes, l’administration ivoirienne n’a pas encore entamé sa mue. Les douaniers, par exemple, sont sous le feu de la critique. Selon un concessionnaire, plus de 100000 motos chinoises seraient entrées illégalement dans le pays en 2012, faussant le jeu de la concurrence, menaçant la santé du secteur et entraînant un manque à gagner pour l’État de 30 millions d’euros. Et on ne compte plus les cas de sousdéclarations sur les importations n o 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013

selon un expert du FMI. Pour le gouvernement, c’est la nécessité de relancer l’économie au plus vite qui justifie la méthode. À cela s’ajoute l’impact de l’aide de la Chine, qui impose ses entreprises pour réaliser les travaux qu’elle finance, explique un conseiller de Kaba Nialé, ministre chargée de l’Économie.

et les exportations pour faire baisser les taxes. Autant de manquements à l’éthique souvent justifiés par les faibles traitements perçus par les 100000 fonctionnaires du pays (les policiers de l’aéroport d’Abidjan ont ainsi longtemps été accusés d’arrondir leurs fins de mois en se livrant au racket). Pour changer la donne, le gouvernement songe à revaloriser les salaires dans la fonction publique, après avoir décidé de rétablir le principe de la notation J.C. au mérite. l

politiques vis-à-vis des instances ayant un droit de regard sur la passation des appels d’offres est préoccupante. Ainsi, le ministère des Transports refuse toujours de confier la manutention aéroportuaire d’Abidjan à Europe Handling, en dépit de l’avis juridiquement exécutoire de l’Autorité nationale de régulation des marchés publics (ANRMP). « Nous sommes parfois l’objet de pressions, reconnaît Non Karna Coulibaly, président de l’ANRMP. Mais c’est en prenant des décisions courageuses que nous resterons crédibles. » Avec l’adoption prochaine d’une loi sur la corruption, le gouvernement pourrait redorer son blason. À moins que l’exécutif ne continue de faire preuve de frilosité. « Si le principe de la déclaration de patrimoine des élus a été retenu, la haute autorité chargée de la lutte contre la corruption est devenue, dans le projet qui doit être soumis au Parlement, une coquille vide privée d’un pouvoir juridictionnel autonome », estime Méïté Sindou, du SNGRC. Quant au délai de prescription, il a été ramené à un an après la révélation des faits, quand il est de plus de dix ans dans d’autres pays… Faut-il faire le ménage parmi le personnel politique, dont une partie était aux affaires avant la crise postélectorale? « Le président Ouattara n’est pas du genre à régler des comptes en public, analyse un diplomate européen. Sa méthode consiste plutôt à miser sur les élections, avec l’idée qu’au bout de la deuxième ou troisième échéance, les plus mauvais seront évincés. » Au risque de retarder d’autant l’émergence ivoirienne ? l jeune afrique


Entreprises marchés

Les indiscrets

Mali Rien ne va plus

pour Abdel Karim Konaté e ministre malien des Finances a fort à faire ces derniers jours. Après que le groupe CFAO a lancé contre Bamako une procédure arbitrale à la Cour commune de justice et d’arbitrage (à Abidjan), Abdel Karim Konaté (photo) a appris le 25 juillet que l’État malien était condamné à verser environ 1,1 million d’euros au groupe de distribution contrôlé par le japonais Toyota Tsusho Corporation. L’affaire, ancienne, portait sur une arnaque aux taxes montée par plusieurs anciens dirigeants de CFAO Motors Mali avec la complicité de fonctionnaires du fisc. Quelques jours plus tôt, c’est du côté d’un autre tribunal arbitral, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi), que les oreilles du ministre ont sifflé. Le groupe Randgold Resources, piloté par Mark Bristow, conteste les nouvelles taxes collectées par Bamako sur ses mines de Loulo et de Morila, contraires selon lui à celles stipulées dans ses conventions minières. Une affaire de plusieurs dizaines de millions d’euros. l

Après trois années éprouvantes à la tête de Camair-Co, Alex Van Elk (photo), 60 ans, pensait jouir d’une retraite bien méritée. Mais six mois après sa démission, le Néerlandais a été approché par un groupe d’investisseurs désireux de lancer une nouvelle compagnie aérienne low cost basée à Lagos. Des privés nigérians ont déjà participé à la levée de fonds de 19 millions d’euros qui se déroule actuellement, tandis qu’un partenariat avec une compagnie internationale est

jeune afrique

agriculTure sim à la ferme

en cours de négociation. Résultat : Alex Van Elk s’installera bientôt à Lagos, où l’attend une équipe de quatre personnes occupées à préparer le décollage de la société, prévu pour 2014.

Aérien De CAmAir-Co Au nigeriA

Après un an de conciliation, Jack J. Grynberg n’en a pas fini avec le Cameroun. Éjecté du projet de gaz de Logbaba en faveur de son ex-partenaire Victoria Oil & Gas, le pétrolier texan et son homme de loi, Roger Jatko, ont entamé début juillet une procédure d’arbitrage contre Yaoundé au Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi). En septembre, ils connaîtront les résultats de l’autre procédure menée dans la même affaire contre Victoria et son patron, Kevin Foo. Un arbitrage mené cette fois sous l’égide de la chambre de commerce et d’industrie de Paris. Grynberg est un habitué des procédures. En mai, il a ainsi porté plainte contre la Banque mondiale et le Cirdi dans le cadre d’une procédure d’arbitrage qu’il avait remportée (mais qui lui avait peu rapporté) contre la Centrafrique…

sidaLi dJEnidi

Pétrole grynberg ne lâChe rien

nicoLas Eyidi pour J.a.

EmmanuEL daou Bakary

L

Télécoms ViVendi perd casTille Cet ancien de l’université Paris-Dauphine avait d’abord été directeur général administratif et financier de Maroc Télécom, de 2006 à 2012. Il avait ensuite rejoint la maison mère de l’opérateur, Vivendi, en tant que directeur du développement. Arnaud Castille quitte finalement le groupe français pour Orange, où il pilotera les opérations de fusionacquisition. Une conséquence de la cession annoncée de Maroc Télécom ?

Le groupe algérien Sim (agroalimentaire, construction, santé), d’Abdelkader Taïeb Ezzraïmi, vient d’être retenu pour reprendre, dans le cadre d’une concession, 66 % d’une importante ferme détenue jusqu’alors par l’État. Située à Aïn Defla (à 135 km à l’ouest d’Alger), cette ferme pilote de plus de 500 ha aura plusieurs activités : élevage, production laitière, agrumes, légumes… Elle alimentera notamment la conserverie de tomates du groupe Sim. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Entreprises marchés interview

Wided Bouchamaoui

Présidente de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica)

« L’État doit retrouver son autorité » Tensions sociales, incertitudes politiques… La Tunisie est vulnérable. Pour redresser la situation économique du pays, la patronne des patrons passe à l’offensive.

C

est dans un contexte particulièrement trouble que Wided Bouchamaoui a reçu Jeune Afrique au siège du patronat tunisien. Malgré une croissance de 3,6 % en 2012, l’économie tuni­ sienne n’a pas retrouvé son niveau d’avant la révolution, et son avenir est nettement fragilisé par l’incer­ titude politique. En 2013, ce chiffre pourrait ne pas dépasser 2 %, selon Chedly Ayari, gouverneur de la Banque centrale. Dans de telles conditions, les créations d’emplois – principale revendication de la population – s’avéreront limitées, alors que le pays compte 16,5 % d’actifs au chômage, selon les statistiques datant de fin mars. Cette situa­ tion n’est pas propice à apaiser les tensions sociales et à inciter à la consommation. D’autant plus que les ménages doivent faire face à une inflation supérieure à 6 %. Du côté des entrepreneurs, la méfiance persiste. Depuis le début de l’année, les investissements locaux n’ont pas connu d’aug­ mentation significative (+ 23,1 % dans l’industrie, – 21 % dans les services), tandis que les investisse­ ments directs étrangers baissaient de 6,6 %, selon l’Agence de promo­ tion de l’industrie et de l’innovation. Fragilisée, la Tunisie est vulnérable au moindre choc extérieur. Wided Bouchamaoui – qui est à la tête de l’Union tunisiennede l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) depuis mai 2011 – livre son point de vue sur les enjeux économiques dans le secteur privé. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

jeune Afrique: Deux ans après la révolution, l’économie tunisienne semble continuer à se dégrader. quelles sont vos attentes pour relancer la croissance ? wiDeD BOuCHAMAOui : Com­

parée à 2011, la situation s’est rela­ tivement améliorée. La Tunisie a renoué avec la croissance en 2012. En tant qu’opérateur éco­ nomique, nous demandons un agenda politique clair avec la tenue des élections et la rédaction de la Constitution. Nous souhai­ tons collaborer au plus vite avec un gouvernement élu pour cinq ans qui définira des orientations précises pour le pays. Mais pour l’instant, aucun calendrier n’est arrêté. Nous sommes encore dans l’expectative. Malgré cette attente, nous continuons à travailler afin de maintenir une économie qui a mis tant d’années à se construire à l’aide du secteur privé.

Nous avons gagné en transparence dans le milieu des affaires. Les dernières années de la présidence Ben Ali avaient été marquées par les détournements, la corruption, le favoritisme. Les choses ont-elles évolué ?

Tous ces problèmes ne peuvent pas être résolus en si peu de temps. Nous avons tout de même gagné plus de transparence dans le milieu des affaires. Nous ne craignons plus la mainmise de quelques

personnes sur les grands projets. Toutefois, nous attendons une meilleure gouvernance. En effet, pour favoriser le développement du secteur privé, il est nécessaire de rétablir la confiance dans notre pays, d’améliorer la sécurité, de trouver une solution pour réduire le commerce informel et d’accé­ lérer certaines réformes qui sont suspendues depuis le début de la période transitoire. L’État a donc un rôle important à jouer, il doit retrouver son autorité en appli­ quant les lois en vigueur. L’économie et les entreprises ont été paralysées par de nombreuses grèves en 2011 et 2012. Depuis la signature d’un contrat social en janvier, la situation s’est-elle améliorée ?

Il y a moins de grèves par rapport aux deux années précédentes. Nos relations avec l’Union générale tunisienne du travail [UGTT] sont très bonnes. Nous essayons de dis­ cuter des problèmes potentiels en amont afin de limiter au minimum les situations de blocage.

fondé après la révolution, l’autre syndicat patronal, la Confédération des entreprises citoyennes de tunisie [Conect], est monté depuis en puissance. Cette division vous paraît-elle saine ?

Nous sommes le syndicat patro­ nal le plus représentatif de Tunisie. Nous sommes l’interlocuteur du gouvernement et nous signons les accords sociaux. Après, si d’autres organisations émergent, je ne suis pas contre le pluralisme syndical, au contraire.

Alors que le sud du Sahara s’impose comme une zone à forte croissance, les entrepreneurs tunisiens sont encore peu nombreux à se développer dans cette zone. Pourquoi ?

Après la révolution, le règlement de la situation intérieure était prioritaire, tout comme l’envoi jeune afrique


Entreprises marchés

vigilance accrue est nécessaire pour combattre cette économie parallèle qui nuit aux entreprises maghrébines. Nous devons être tous unis pour que les dirigeants de la zone nous entendent. La Libye semble devenir de plus en plus un relais de croissance pour les entreprises tunisiennes. Comment analysez-vous cette situation ?

La Libye est un marché légitime pour la Tunisie. Les échanges commerciaux sont assez dynamiques. En revanche, sur le plan des investissements, nous devrions être plus agressifs. L’europe risque d’être en récession en 2013. C’est un coup dur pour la tunisie. Pourquoi le pays ne parvient-il pas à diversifier ses partenariats ?

L’Europe restera toujours notre premier client. Nous devons chercher d’autres secteurs dans lesquels nous sommes performants pour y accroître nos débouchés. Cela dit, nous devons bien évidemment attaquer d’autres marchés, et l’Afrique est une priorité.

HiCHeM

Les autorités françaises prônent désormais la colocalisation entre les deux rives de la Méditerranée. Soutenez-vous cette politique ?

de signaux rassurants à l’égard de nos partenaires traditionnels européens. Mais 2014 sera consacrée à l’Afrique. Nous sommes en cours d’élaboration de notre stratégie géographique et sectorielle pour le continent. Plusieurs rencontres seront au programme. Au Maghreb, l’absence d’intégration est frappante. Parlez-vous à vos confrères, dirigeants des autres patronats maghrébins, pour remédier à cela ?

L’absence d’intégration régionale coûte au moins deux points jeune afrique

de croissance par an. Malgré les contacts réguliers avec nos confrères maghrébins, les obstacles perdurent. L’absence de liberté de circulation des personnes et des marchandises est incompatible avec un marché commun. La récente création d’un conseil maghrébin pour l’entrepreneuriat inclusif va-t-elle accélérer les choses ?

Nous l’avons fondé car nous avons diagnostiqué une forte augmentation du commerce informel dans nos différents pays. Une

p La fondatrice de Maille Fil, une entreprise spécialisée dans les fils de coton peigné, est à la tête du syndicat patronal depuis 2011.

Oui, ce sujet a été abordé lors de la récente visite du président François Hollande. Nous recherchons évidemment des partenariats gagnant-gagnant. La Tunisie n’est pas simplement un pays où les coûts salariaux sont bas. Notre situation géographique permet également d’être un relais entre les deux continents. Le tableau est sombre, mais si l’on tâchait d’être positif, quelle serait selon vous la principale force de l’économie tunisienne ?

Notre capital le plus important, c’est notre ressource humaine. Elle est bien formée. l

Propos recueillis par ryAdh BenLAhreCh, à Tunis n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Finbarr O’reilly/reuters

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p Au bar de l’Irene Country Club, à Pretoria. La firme détient 13 % du marché sud-africain. SPIRITUEUX

Pernod Ricard s’installe au comptoir de l’Afrique

Le groupe français se déploie dans une poignée de pays jugés prioritaires. Son plus grand atout : un portefeuille de marques renommées. Son principal défi : optimiser leur distribution.

«

N

ous n’avons pas d’actu pour le moment. » Côté com, c’est silence radio quant aux ambitions africaines de Pernod Ricard… Sur le terrain, en revanche, le groupe français, numéro deux mondial des spiritueux avec un peu plus de 100 millions de caisses de 9 l (l’unité de mesure dans le secteur) vendues par an, est bel et bien passé à l’offensive. Depuis deux ans, celui qui n’était présent qu’en Afrique du Sud (et très marginalement en Côte d’Ivoire) a jeté son dévolu sur une poignée de pays jugés prioritaires, y recrutant quelques centaines de personnes : Namibie, Kenya, Maroc, Angola, Nigeria et, dans une moindre mesure, Ghana. Un pari loin d’être hasardeux : selon le cabinet McKinsey, ces pays (hormis la Namibie) font partie des dix États où se concentre 81 % de la consommation sur le continent…Dansunelettrepubliéeparle n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

groupe, Pierre Pringuet, le directeur général, ne fait pas mystère de ses ambitions: « Nous voulons faire en Afrique ce que nous avons fait en Asie, et nous avons tous les atouts pour y parvenir : nos nouveaux employés sont mus par le même esprit d’entreprise qui existait il y a vingt-cinq ans à Shanghai et à Singapour. L’Afrique est en passe de devenir l’une des premières zones géographiquesdedéveloppement.» SUR-MESURE. Aujourd’hui, chez

Pernod, le continent ne pèse pourtant pas lourd : de 1 % à 2 % des bénéfices, essentiellement grâce à ses 13 % de part de marché en Afrique du Sud. Il est probable que cette proportion monte à « 5 % ou 10 % des profits à long terme », souligne Ian Shackleton, analyste chez Nomura. Bien que largement distancé en Afrique par Diageo, numéro un mondial, Pernod a un grand avantage : sa gamme étendue de marques. Le groupe détient

Et en français ? Le Maroc est le seul pays francophone inclus dans la stratégie africaine à court terme de Pernod Ricard

quelques stars mondiales comme la vodka Absolut, le cognac Martell, leswhiskysJamesonetChivasRegal, le scotch Ballantine’s, la liqueur à base de rhum Malibu ainsi que des champagnesetdesmarqueslocales. Le plus beau des portefeuilles dans le monde des spiritueux, construit à coups de milliards d’euros au cours de la dernière décennie et dont le fardeau pèse encore un peu sur les comptes du groupe. Pernod peut donc faire du surmesure. En Angola, il a largement misé sur le whisky Passport, une marqueconnuedelonguedatedans le pays. Au Kenya, 70 % des ventes se font sur le whisky Jameson. Au Nigeria, c’est sur les grands noms – Absolut, Chivas Regal, Jameson, Martell – que le groupe parie. L’étape suivante consistera à développerdesmarquesplusabordables en termes de prix pour la majorité des consommateurs africains, en investissant massivement dans la communication. Côtédistribution,lafirmeaégalement fait le choix du pragmatisme. L’enjeu est crucial partout dans le monde pour les groupes de spiritueux, mais encore davantage en Afrique, où commerces modernes et lieux de consommation spécialisés sont encore rares. En Angola et au Kenya, le groupe travaille pour l’instant en solo, se concentrant sur jeune afrique


Coulisses

Entreprises & marchés

Retrouvez toute l’actualité économique et financière du continent sur economie.jeuneafrique.com

RECETTE. Cette alliance pourrait servir de modèle à d’autres développements africains du groupe, Pernod apportant ses marques et sa puissance de communication, le partenaire sa connaissance du marché, notamment des réseaux de vente. En s’associant avec CFAO au Nigeria, le groupe français a en outre confirmé qu’une alliance avec un brasseur n’est pas un passage obligé. « Il n’y a pas un brasseur unique qui pourrait lui donner accès à toute l’Afrique, décrypte Ian Shackleton. Heineken travaille de manière très proche avec Diageo en Afrique du Sud, et SAB Miller a peu de chances de vendre des spiritueux. Reste Castel… » Du côté des dirigeants de Pernod, on doute même que la complémentarité bière-spiritueux – la méthode qui a fait jusqu’à présent le succès de Diageo – soit forcément avantageuse. Les clients, tout comme les modes de consommation, seraient radicalement différents… La bonne recette? Difficile à savoir pour l’instant. Mais les débuts au Nigeria sont prometteurs. Et, entre juillet 2012 et février 2013, les ventes de Pernod Ricard au sud du Sahara ont bondi de 23 %. Un bon signe pour une aventure qui ne fait que commencer. l FRÉDÉRIC MAURy jeune afrique

Télécoms Ça bouge dans les Tours Les opérateurs de tours de télécommunications en afrique sont sur la brèche.alors que Helios towers, un acteur panafricain détenu par des fonds d’investissement privés, rachète à l’opérateur Vodacom son parc de tours en tanzanie pour 57 millions d’euros, le nigérian IHs towers, numéro un en afrique avec plus de 8 500 tours sous gestion, vient d’annoncer avoir levé 395 millions d’euros dans un mix de dette et de capital. parmi les contributeurs à cette levée de fonds, on retrouve notamment la société de gestion européenneWendel (qui a réinvesti 75 millions d’euros), l’investisseur en fonds propres panafricain emerging Capital partners (eCp), le sud-africain Investec et un mystérieux fonds souverain asiatique. pour ce qui concerne la partie dette, IHs a levé 212 millions d’euros auprès de la société financière internationale (sFI, filiale de la Banque mondiale dévolue au secteur privé). Cinq projets d’acquisitions de réseaux de tours sont dans les tuyaux en afrique australe et en afrique de l’est, et une autre levée de fonds serait envisagée pour l’année prochaine. l Vincent Fournier/J.A.

les cafés, les restaurants et les boîtes de nuit des capitales. Au Nigeria, Pernod a franchi un cap supplémentaire en s’associant au groupe de distribution CFAO. « Ici, environ 80 % des ventes se font sur les marchés traditionnels du secteur informel, explique Jacques Leccia, directeur général de CFAO Industries, Équipement et Location. La difficulté pour les marques internationales est donc de parvenir à atteindre le consommateur final, mais aussi de se faire payer. Au Nigeria, nous disposons d’entrepôts dans une vingtaine de villes où nous vendons déjà plusieurs autres marques de biens de consommation, comme Bic ou Cadbury. » Présents pour l’instant dans quatre grandes villes, dont Lagos et Abuja, Pernod et CFAO devraient couvrir, d’ici à deux ou troisans,de60%à70%duterritoire.

S

M

S

• TÉLÉCOMS Orange et Total ont signé un partenariat pour distribuer Orange Money dans les stations-service de 12 pays d’Afrique • INDUSTRIE Au Cameroun, le sud-coréen Posco construira une aciérie d’une capacité de 500000 t par an, dont le coût est évalué à 267 M€ • PÊCHE Rabat et Bruxelles ont conclu un accord permettant à plus de 120 navires européens d’accéder au eaux du Maroc • AGRICULTURE Guanomad, producteur malgache d’engrais organiques, a levé 2,3 M€ auprès du Fonds africain pour les PME agricoles

maroc après vivendi, eTisalaT ? Le français Vivendi a annoncé être entré en négociation exclusive avec l’émirati Etisalat pour la vente de MarocTélécom au prix de 4,5 milliards d’euros. Dans le même temps, l’opérateur marocain a publié un résultat net part du groupe en hausse de 12,6 % au premier semestre 2013. Cette performance repose notamment sur les progrès enregistrés par ses filiales africaines, dont le chiffre d’affaires a augmenté de 9,1 %.

afrique de l’ouesT sifca accélère Alors qu’il lève actuellement 35 millions d’euros via une émission obligataire à la Bourse régionale des valeurs mobilières (à Abidjan),

l’ivoirien Sifca a annoncé son intention d’investir 315 millions d’euros sur cinq ans dans des plantations et des usines au Ghana, au Nigeria et au Liberia. Le groupe est à l’affût d’opportunités dans les secteurs de l’huile de palme et du caoutchouc notamment.

algérie l’espagne, premier parTenaire L’Espagne est devenue le premier partenaire commercial de l’Algérie, avec un volume d’échanges de 6,4 milliards d’euros au premier semestre 2013, contre 5,3 milliards pour la France. Cette performance est notamment due à une hausse de près de 34 % des importations espagnoles (4,3 milliards d’euros). La France reste le premier fournisseur de l’Algérie, avec 2,6 milliards d’euros d’exportations. n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Décideurs CAMEROUN

Splendeurs et mystères de Baba Ahmadou Danpullo Il est inconnu de ses compatriotes, et pourtant… De l’agro-industrie à la téléphonie, son empire est tentaculaire. Certains voient même en lui la première fortune du pays.

L

e mois de juin aurait dû être béni pour Baba Ahmadou Danpullo. Le 25, lors d’un conseil d’administration de la Société de développement du coton (Sodecoton), l’homme d’affaires camerounais a tenté d’imposer son candidat, un ingénieur agronome attaché à la primature, comme successeur de Mohammed Iya, le directeur général, en détention depuis le 10 juin. Raté ! Le choix du gouvernement s’est arrêté sur un autre prétendant. La déception s’est aussitôt lue sur le visage des proches de Baba Ahmadou Danpullo, qui affichaient depuis le 7 juin des mines radieuses pour une tout autre raison. Ce jour-là, le président, Paul Biya, a approuvé la convention entre l’État et l’opérateur télécoms Viettel Cameroun, mettant ainsi fin à la polémique sur le processus d’attribution de la licence, accordée en décembre 2012 mais contestée par les candidats malheureux. Avec 30 % des parts, Baba Ahmadou Danpulloestleplusgrosactionnaire camerounais du troisième opérateur local de téléphonie mobile, futur concurrent des géants MTN et Orange. Selon des indiscrétions, cet anglophone originaire du nordouest du Cameroun aurait misé 5 milliards de F CFA (7,6 millions d’euros)pourentrerautourdetable.

AéroportsduCameroun.Unempire qui ne serait que la partie visible de l’iceberg. Ses intérêts au Nigeria et enAfriqueduSud,notammentdans l’immobilier,seraientconsidérables. La conviction du journaliste Guibaï Gatama, avec qui il a nourri un projet d’autobiographie aujourd’hui abandonné, est faite : « Il est, selon moi, le Camerounais le plus riche. Il m’a même avoué avoir plus de biens au Nigeria que dans son pays. » Comme de nombreux observateurs, le patron de l’hebdomadaire L’Œil du Sahel s’interroge sur l’origine et le montant de cette fortune. L’Union européenne hésite même à apporter son concours financier à la Sodecoton, du fait de l’opacité des comptes de cet actionnaire.

Inconnu de ses compatriotes, celui qui a fêté ses 60 ans l’an dernier cultive le mystère. Il partage l’essentiel de son temps entre Johannesburg et Douala, où ses apparitions publiques sont peu nombreuses. Rares sont les Camerounais qui connaissent son ranch de Ndawara, à une cinquantaine de kilomètres de Bamenda (Nord-Ouest). En fait de ranch, il s’agit plutôt d’« une ville de plus de 2 000 habitants dotée d’une seule entrée et où paissent un millier de bœufs », précise Guibaï Gatama, qui y a séjourné. « Il a tout bâti là-bas et règne en maître absolu », ajoute-t-il. CamIonnEuR. Amoureux de son

q Lors du comice agropastoral d’Ebolowa, entouré du couple présidentiel, Paul et Chantal Biya, le 18 janvier 2011.

cheptel, Danpullo accepte parfois de sortir de l’ombre pour exhiber les plus beaux spécimens de son élevage. La scène se déroule le 18 janvier 2011 lors du comice agropastoral d’Ebolowa (Sud). Paul Biya visite les stands les uns après les autres… mais évite le sien. Furieux, ce généreux donateur du parti au pouvoir se campe devant l’illustre visiteur et lui dit : « Je ne suis pas venu ici pour faire de l’argent, mais pour que tu regardes ! » Conciliant, le président fait demi-tour pour

ICEBERG. Car ce Peul musulman

qui cultive l’allure simple du commerçant en habit traditionnel est riche, très riche. Avant son entrée dans la téléphonie mobile, il était déjà présent dans l’agro-industrie, l’immobilier, l’audiovisuel… Actionnaire de la Sodecoton, il détient également des participations dans Cameroon Tea Estates et n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

Nicolas eyidi

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jeune afrique


Décideurs on en parle

autruches. La concurrence de

Youssef Baghdadi dar assafaa Le nouveau président du directoire de la filiale d’Attijariwafa Bank spécialisée dans la finance islamique était auparavant directeur du pôle risque de Wafasalaf, filiale du groupe marocain dévolue au crédit à la consommation.

omer mbadi, à Yaoundé jeune AfRique

DR

plus en plus rude dans la minoterie lepousseàdiversifiersesactivitésau cours des années 1990. La tentative de privatisation de la Sodecoton, en 1994, lui permet de donner toute la mesure de sa ruse. À travers la Société mobilière d’investissement du Cameroun (Smic), Danpullo compte acheter 48 % des actions de l’entreprise cotonnière pour 1,5 milliard de F CFA… au moment même où celle-ci s’apprête à distribuer plus de 2 milliards de F CFA de bénéfices aux détenteurs de ces parts. Pour faire passer la pilule politiquement, il prend soin de distribuer gracieusement quelques actions de la Smic à des dignitaires du Nord, zone d’intervention de la Sodecoton. Face au tollé, la présidence stoppe l’opération et charge la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures de rembourser les souscripteurs. Danpullo engage un bras de fer judiciaire avec l’État qui durera six ans et se soldera par un compromis : 11 % des parts de l’entreprise lui reviendront. Loin d’être anecdotique, cet épisode met en lumière le goût de Baba Ahmadou Danpullo pour le rapport de force, qui le mène parfois jusqu’au procès. En octobre 2012, il a ainsi attaqué en justice le ministre des Forêts et de la Faune, coupable à ses yeux de l’avoir dessaisi de huit autruches importées – illégalement, selon le ministère – du Nigeria. Investisseur infatigable, le Camerounais poursuit dans le même temps un projet qui lui tient à cœur : construire le plus grand centre commercial du Cameroun. Le terrain, situé dans la zone industrielle de Ndokoti, à Douala, a déjà été acquis. l

DR

nombre d’expatriés à quitter le pays, Danpullo saisit l’aubaine pour se constituer un riche patrimoine immobilier, achetant à tour de bras pour revendre plus tard. « C’est certainement le secteur qui l’a le plus enrichi, indique un ancien collaborateur. En dehors du Cameroun, il possède des immeubles en Afrique du Sud, où réside son unique fille, au Nigeria, en France et en Suisse. »

herBert WigWe access Bank Promu DG, il prendra ses fonctions à la fin de l’année. Ce diplômé de la Harvard Business School a rejoint la banque nigériane en mars 2002 en tant que DG adjoint, après avoir passé plus de dix ans chez GuarantyTrust Bank.

DR

contempler les taureaux issus de Ndawara. C’est à la fin des années 1970 que le destin de ce self-made-man prend forme. Issu d’une famille modeste, il n’est alors que camionneur et dispose çà et là de quelques échoppes… jusqu’à ce qu’il fasse la connaissancedeYoussoufaDaouda, le ministre de l’Économie et du Plan de l’époque. Saisi par la capacité du commerçant à mobiliser 4,5 millions de F CFA en très peu de temps, le ministre lui octroie des licences d’importation de riz et de farine. Il le met également en contact avec Sadou Hayatou, qui dirige alors la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Cameroun (Bicic, aujourd’hui disparue). « C’est ainsi qu’il a obtenu un premier prêt sans garantie de 500 millions de F CFA pour se lancer dans l’importation », explique Guibaï Gatama. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Jeanne-Irène Biya lui permet de mettre un pied dans l’industrie. La première dame (décédée depuis) l’aide à acquérir les Minoteries du Cameroun, en cours de privatisation, pour un franc symbolique. Alors que la crise économique pousse

Yanick Vernet socapalm-safacam Le nouveau DG de la Société camerounaise des palmeraies et de la Société africaine forestière et agricole du Cameroun a été nommé dans un contexte difficile pour la Socapalm, dont les résultats sont en baisse. n O 2742 • Du 28 juillet Au 3 AOût 2013

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Finance FRANCE

RéveildifficilepourTunisianForeignBank Établissement tunisien de droit français, TFBank entend sortir de sa torpeur et se développer auprès de la diaspora. Pas facile quand on vient d’être sanctionné pour mauvaise gestion des risques…

L

a sanction est sévère. En mars, l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) de la Banque de France a infligé une amende de 700 000 euros à Tunisian Foreign Bank (TFBank). Motif : celle-ci aurait « gravement manqué à ses obligations en matière de contrôle interne et d’organisation comptable, dans des conditions qui, comme elle l’a reconnu à l’audience, l’ont placée “hors des standards” exigés d’une banque », a souligné l’ACP dans un rapport. En cinquante ans d’existence, la petite banque française aux 68 employés n’avait jamais connu telle « publicité ». Une chance dans son malheur ? Ca r c o mb i e n , p a r m i l e s 625 000 Tunisiens résidant en France, connaissent l’existence de l’ex-Union tunisienne de banques (son nom jusqu’en 2010)? Peu, et pour cause: TFBank n’avait jusqu’alors jamais vraiment fait parler d’elle, affichant 10 000 clients et œuvrant surtout dans un métier plutôt technique, la confirmation de crédits documentaires. « Depuis trente ans, il y a eu beaucoup de changements de directeur et, partant, de revirements de stratégies », explique Mehdi Haddad, qui a pris les rênes de la banque en mars 2011. CHANGEMENT DE CAP. À la dif-

férence des Marocains résidant à l’étranger, qui voient se concurrencer depuis plusieurs années Chaabi Bank et Attijariwafa Bank Europe, les Tunisiens de France ont été délaissés. « Au gré des années, notre positionnement n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

Vincent fournier/J.A.

66

p L’agence du quartier de Belleville, à Paris.

sur cette clientèle n’a pas été très bon, reconnaît Mehdi Haddad. Dans les années 2000, nous nous sommes même largement retirés de ce créneau avec la fermeture d’agences, notamment à Nice et à Paris. » Changement de cap aujourd’hui. « Nous voulons être la banque de la Tunisie à l’étranger : celle des sociétés françaises qui s’implantent à Tunis et celle de la diaspora tunisienne », souligne le directeur général. TFBank compte aujourd’hui deux agences à Paris et une à Marseille, quand Chaabi Bank en dénombre dix-neuf un peu partout à travers la France. Elle entend se réimplanter à Nice et lorgne sérieusement Lyon. Au terme de son plan actuel de développement, elle espère compter une dizaine de succursales. En septembre, l’une de ses agences parisiennes, située dans le quartier de Belleville, sera fermée et remplacée par une autre, plus moderne, localisée dans une avenue proche. De quoi accompagner, enfin, l’évolution d’une clientèle qui n’est plus, comme dans les années 1970, composée uniquement d’ouvriers et d’employés, mais aussi de cadres supérieurs… La partie est loin d’être gagnée. Du côté des entreprises, TFBank

a de sérieux concurrents, notamment les français Société générale et BNP Paribas, qui accompagnent depuis de nombreuses années les firmes françaises arrivant à Tunis.

625 000

C’est le nombre de Tunisiens résidant en France Source : office deS tuniSienS à l’étrAnger, 2012

LES ALGÉRIENS VISÉS. Du côté des particuliers, la situation est plus contrastée. Largement oublié, le marché des Tunisiens résidant à l’étranger (1,7 milliard d’euros de transferts en 2012) est très peu concurrentiel. Les banques tunisiennes s’y intéressent, mais ne disposent pour la plupart ni de succursale ni de filiale en France pour le traiter correctement. Depuis un ou deux ans, le marocain Attijariwafa Bank (dont la filiale tunisienne s’appelle Attijari Bank) en a fait une priorité. Société

Après Paris et Marseille, une dizaine d’agences devraient voir le jour, notamment à Nice et Lyon. générale, avec sa filiale tunisienne, Union internationale de banques (UIB), aussi. Tous deux ont un avantage: pouvoir offrir des services bancaires de part et d’autre de la Méditerranée. Une qualité que n’a pas TFBank, qui dispose en Tunisie d’une seule jeune afrique


Baromètre

SUCRE

agence dans le cadre d’un agrément offshore. « Nous voulons en ouvrir d’autres dans les grandes villes du pays », précise Mehdi Haddad. Ses équipes, qu’il compte totalement renouveler d’ici à la fin de 2015, préparent le lancement d’un produit d’épargne islamique. De quoi séduire au-delà de la diaspora tunisienne : les Algériens, notamment, seraient dans la ligne de mire de TFBank.

« Les projets nigérians

menacent l’équilibre régional » En chutE librE depuis deux ans, le cours du sucre est victime de la surproduction du secteur à l’échelle de la planète. le surplus devrait atteindre 4 millions de tonnes en 2013. il est principalement alimenté par le brésil, qui domine le marché mondial. le risque est de voir le prix encore chuter, comme ce fut le cas en 2010. cela pose un véritable problème à l’ensemble des producteurs, car le cours est passé sous leur coût de revient, y compris dans les grandes plantations brésiliennes où il est pourtant le plus bas (environ 0,18 dollar la livre). En conséquence, on peut s’attendre à des phénomènes de concentration, avec la disparition de nombreux acteurs. On

dEs PERTEs IMPORTANTEs.

parle par exemple de 60 sucreries menacées au brésil, mais l’Asie et l’Afrique sont aussi concernées. compte tenu du niveau des échanges, les producteurs consacrent une partie croissante de leur sucre au marché plus lucratif de l’éthanol. Au brésil, cette filière a absorbé 58,1 % de la production cette année, contre 54,4 % l’an dernier. En Afrique de l’Ouest, le nigeria pourrait menacer l’équilibre régional. Après s’être doté de la plus grande raffinerie au monde, le pays entend interdire les importations de sucre brut pour développer ses propres plantations. Parallèlement, le sucre brésilien devrait dans les prochaines années venir inonder d’autres marchés, notamment la côte d’ivoire et le

Edward George

Directeur de la recherche sur les matières premières agricoles d’Ecobank

Sénégal, où les stocks sont déjà importants. Des groupes comme Mimran, Sucaf ou Sucrivoire pourraient être les grands perdants de cette nouvelle donne. Mais à plus long terme, compte tenu du déficit de production régionale, de la croissance démographique et du niveau très bas de consommation, l’industrie sucrière reste une filière d’avenir. » l

Cours à la Bourse de New York (en centimes de dollars par livre) 23 22

21,55 5.10.2012

21 20 19 18

16,08 12.7.2013

Source : leS ÉchoS

Reste à financer tout cela. En 2009 et 2010, TFBank a affiché une perte nette cumulée de près de 13 millions d’euros et n’a dégagé en 2011 qu’un maigre bénéfice de 268 000 euros. En 2012, année pour laquelle les données financières de TFBank ne nous ont pas été communiquées, la situation serait loin d’être réjouissante, avec des pertes importantes liées à des provisionnements sur certaines opérations. Du coup, TFBank ne devrait pouvoir compter que sur ses actionnaires pour financer son développement… ou pas. Car les deux principales institutions à son tour de table, la Société tunisienne de banque et la Banque de l’habitat (environ 87 % des parts en tout), sont loin d’être en bonne santé, plombées à la fois par la situation économique tunisienne et, surtout, par leur politique passée très laxiste en matière de gestion des risques. « Nous pouvons faire appel à eux pour des refinancements, mais pas pour des financements en fonds propres », concède Mehdi Haddad. Du coup, la banque au total de bilan de 272 millions d’euros étudie très sérieusement l’ouverture de son capital, sans exclure aucune hypothèse. La sanction infligée par l’ACP ne devrait pas l’aider à séduire de nouveaux investisseurs. Mais le management estime que tout est fait pour mieux gérer l’établissement : un système d’information unique et global pour toutes les opérations bancaires a ainsi été instauré. l

Finance

17 16 27 juil. 2012

13 sept.

31 oct.

18 déc.

4 janv. 2013

22 mars

9 mai

26 juin

FRédéRIC MAuRY jeune afrique

n o 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013

67


68

Dossier

Transport maritime

MANUTENTION

Ports à prendre En l’espace d’une décennie, la plupart des terminaux du continent sont passés sous le contrôle d’opérateurs privés. Parmi ceux-ci, le français Bolloré s’est taillé la part du lion, notamment en Afrique de l’Ouest.

E

n 2004, à quelques mois d’intervalle, les directions portuaires d’Abidjan et de Douala confiaient la gestion de leurs terminaux à conteneurs au groupement constitué par Bolloré Africa Logistics (BAL) et APM Terminals (APMT). En mars dernier, ce sont les mêmes opérateurs qui ont remporté la concession du deuxième terminal (TC2) prévu dans le port n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

OlIvIEr CAslIN

d’Abidjan. Entre-temps, la très grande majorité des ports africains spécialisés dans les trafics conteneurisés sont passés les uns après les autres dans le giron du secteur privé, comme avant eux ceux des autres continents. En libéralisant les ports britanniques au début des années 1980 pour casser l’influence des syndicats de dockers, Margaret Thatcher ne soupçonnait certainement pas qu’elle lançait une jeune afrique


IntervIew

Rodolphe Saadé

DG délégué de CMA CGM

sécurIté

Couverture antipirate

formatIon

Abidjan toujours sur le pont

conjoncture

Les armateurs mettent le cap sur la croissance

tous les principaux ports à conteneurs du continent sont gérés via un partenariat public-privé selon des modalités définies dans les grandes lignes par la Banque mondiale.

VINCENT FOURNIER/J.A.

URGENCE. « Nous ne pouvons pas parler de

révolution culturelle et structurelle qui allait peu à peu s’étendre aux ports du monde entier. Faute de maturité politique et de cadre institutionnel adapté, l’Afrique a commencé à suivre la tendance lors de la dernière décennie, avec vingt ans de retard. Aujourd’hui, en dehors des exceptions sudafricaine (avec les contraintes sociales héritées de la fin de l’apartheid) et kényane (essais ratés pour cause de malversations lors des appels d’offres), jeune afrique

p Le terminal à conteneurs de Doraleh, à Djibouti, exploité par Dubai Ports World.

privatisation des ports en Afrique. Ce sont des infrastructures beaucoup trop stratégiques pour que les États s’en désengagent complètement », affirme Martin Ndendé (lire sa tribune p. 95), spécialiste en droit maritime à l’université de Nantes (France). « L’objectif n’avait rien d’idéologique, il s’agissait simplement de créer les meilleurs outils de gestion portuaire possible », explique un expert de la Banque mondiale, à Washington. L’urgence était surtout de mettre un terme à un monopole public devenu aussi obsolète que les ports qu’il gérait, en attirant les financements privés capables de renforcer l’efficacité des services tout en assurant l’entretien et le renouvellement des équipements. « À l’époque, les capacités portuaires étaient clairement insuffisantes. La manutention peu mécanisée engendrait une productivité très faible, au moment même où la conteneurisation des trafics se renforçait, exigeant des investissements lourds que les autorités portuaires n’avaient pas les moyens de réaliser », se souvient Éric Melet, directeur général développement et concessions chez BAL. Même s’il n’existe pas de modèle type du fait des niveaux de développement disparates et des particularités historiques de chaque pays, le schéma généralement adopté laisse la gestion du foncier, des infrastructures et les fonctions de régulation à l’autorité publique, qui se retire des opérations menées sur les terminaux pour les transférer à des acteurs privés dans le cadre de concessions limitées dans le temps. « À l’issue du partenariat public-privé, l’État reste propriétaire des superstructures [portiques à conteneurs, grues de quai…] construites et financées par l’opérateur privé », précise Éric Melet. Résultat : les ports ont pu en quelques années rattraper les normes internationales pour améliorer leur productivité, leur rentabilité et leur compétitivité. flambaNt NEUfs. « Même s’ils restent supé-

rieurs à la moyenne internationale, les coûts de passage portuaires ont pu être comprimés, permettant aux exportations africaines d’être plus concurrentielles sur le marché mondial », constate Yann Alix, délégué général de la Fondation Sefacil, spécialisée dans les questions de transport et de logistique. En plus de moderniser les terminaux existants, l’injection de capitaux privés a permis de faire sortir du sable des ports flambant neufs à Tanger ou à Djibouti, le long des principales routes maritimes qui bordent le continent et l l l n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

69


Dossier Transport maritime 6 556 189

TOP 10 AFRICAIN*

SOURCE : CNUCED

3 924 059

(capacité de traitement portuaire en 2011, en EVP) 2 161 352

Égypte

Afrique du Sud

Maroc

730 800

638 117

630 000

539 402

489 693

461 055

366 693

Kenya

Côte d’Ivoire

Djibouti

Ghana

Tunisie

Soudan

Sénégal

* Absence de données pour le Nigeria

UN TRAFIC APPELÉ À EXPLOSER (conteneurs traités, en EVP) 1 200 000

Abidjan Pointe-Noire Lomé Dakar

1 000 000 800 000 SOURCE : MLTC/CATRAM

70

600 000 400 000 * Prévisions

200 000 2010

2013*

où l’importance des volumes justifie la création de hubs portuaires, comme prochainement à Badagry (Nigeria) ou à Lamu (Kenya). De Dakar à Pointe-Noire en passant par Abidjan, Lomé, Cotonou et les ports des différents pays anglophones, « l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale sont aujourd’hui les plus avancées en matière de mise en concession des terminaux à conteneurs », observe Yann Alix. Le Nigeria a certes un peu tardé à passer à l’acte mais, depuis l’adoption en 2005 des réformes institutionnelles nécessaires pour faire face à la croissance exponentielle de ses trafics conteneurisés – censés passer, selon les prévisions, de moins de 2 millions d’équivalents vingt pieds (EVP, unité de mesure de volume de conteneurs représentant environ 38,5 m3) à près de 10 millions dans dix ans –, le pays a rattrapé son retard. Au point de concentrer 55 % de tous les investissements privés réalisés dans les ports d’Afrique subsaharienne, selon une étude de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

2020*

lll

COURSE EN TÊTE. Pour beaucoup d’observateurs,

si la côte ouest-africaine fait la course en tête, elle le doit en grande partie au groupe Bolloré. Car « pour développer des partenariats avec le privé, encore faut-il trouver un opérateur intéressé », rappelle la Banque mondiale. De fait, malgré les troubles politiques et les difficultés économiques n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

Parmi les principaux groupes mondiaux, seul le singapourien PSA est absent du continent.

qu’a pu connaître cette partie de l’Afrique, le groupe français n’a jamais lâché le continent. En quelques années, il s’est taillé un petit empire le long des côtes ouest-africaines, où il exploite une douzaine de terminaux à conteneurs. Et si ses prises de participation portuaires suscitent régulièrement la polémique, « il a su saisir les opportunités qui lui ont permis de devenir un opérateur incontournable, encourageant au passage les États à franchir le pas de la mise en concession », estime Yann Alix. Surtout, il a attiré dans son sillage le danois APMT. La filiale portuaire du géant des mers Maersk a longtemps été l’un des rares poids lourds de la manutention mondiale à montrer un quelconque intérêt pour un continent handicapé par la faiblesse de ses volumes de marchandises conteneurisées… avant que les taux de croissance de ces dernières années – « soutenus de manière incontestable par la modernisation des ports », selon Martin Ndendé – ne viennent changer la donne. « Nous constatons un intérêt de plus en plus marqué des grands opérateurs mondiaux », confirme Michael Luguje, secrétaire général de l’Association de gestion des ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. GRANDS ABSENTS. Parmi les principaux manu-

tentionnaires mondiaux, seul le singapourien PSA manque à l’appel, après avoir été éconduit lors de l’appel d’offres du TC2 d’Abidjan. Pendant qu’APMT multiplie les implantations en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest, le hongkongais Hutchison Whampoa a débarqué à Dar esSalaam (Tanzanie) et Alexandrie (Égypte). Quant à Dubai Ports World, il rencontre de nombreux problèmes au Sénégal, en Algérie et en Égypte, mais connaît plus de succès à Djibouti où il gère l’un des terminaux les plus performants au monde. Enfin, le philippin International Container Terminal Services Inc. (ICTSI) vient de remporter la concession de Lekki, au Nigeria (lire p. 81). Les grands absents restent les opérateurs africains. « En dehors des pays anglophones et peut-être de Pointe-Noire, leur présence est négligeable, regrette Michael Luguje. Ils ne disposent ni des ressources financières ni du savoir-faire technique nécessaires. » Pour être pleinement efficace, la mise en concession des terminaux à conteneurs doit encore s’accompagner d’un volet terrestre, qui continue de se faire attendre. « Avoir des ports performants, c’est bien, encore faut-il qu’ils soient correctement reliés à leur hinterland », résume un expert de la Cnuced (lire p. 84). L’absence de transparence dans les appels d’offres est également dénoncée par la plupart des spécialistes, mais tout le monde s’accorde sur l’impact « globalement positif » de ces partenariats qui, en dix ans, auront permis de connecter les ports africains au reste du monde. l jeune afrique


PRÉSENTATION:

Depuis sa création en 1925, SEA-invest est devenu l’un des principaux opérateurs de terminaux au monde pour le vrac sec, les fruits et le vrac liquide. Expert dans les domaines de la manutention, du transport, de l’entreposage ainsi que de la consignation, le groupe est actif dans 25 ports sur deux continents. SEA INVEST manutentionne un tonnage annuel de plus de 120 millions de tonnes. Le groupe modernise les superstructures portuaires afin d’accroitre la compétitivité des ports. Ces investissements ciblés permettent ainsi de réduire le temps de planche des navires et améliorent les ratios de productivité logistique contribuant ainsi au développement du secteur maritime.

SEA INVEST CÔTE D’IVOIRE: un Hub régional

! Gestion de terminaux portuaires dédiés aux vracs solides et à la logistique pétrolière ! Industrialisation et développement des importations et exportations de vracs en Afrique de l’Ouest ! Investissement à hauteur de 70 millions d’Euros depuis 2009

! Equipement de logistique portuaire de dernière génération: - Grues Gottwald mobiles de dernière génération - Optimisation des cadences de chargement et déchargement - Trémies dépoussiérées pour la protection de l’environnement - Bandes transporteuses mobiles pour faciliter la constitution des stocks

creates an es i ocean o t i n u t f oppor

! Ensacheuses et encammioneuses pour optimiser la rotation des stocks - Mise à disposition d’entrepôts entièrement rénovés - 18 000m2 d’entrepôts rénovés bord à quai - 20 000m2 de terre-pleins bord à quai - 20 000m2 d’entrepôts proches de l’enceinte portuaire

1/3 rue Danton 92300 Levallois-Perret (Paris) France Tel : +33/1/41 05 37 34 Fax :+33/1/41 05 37 59 assistante.afrique@sea-invest.fr

www.sea-invest.com


72

Dossier intErViEw

Rodolphe Saadé

Directeur général délégué de CMA CGM

« Nous voulons à tout prix grandir avec l’Afrique » Le continent est plus que jamais dans le viseur de l’armateur français. Pour s’y imposer, CMA CGM noue des alliances avec ses concurrents en mer, sans négliger le versant terrestre.

E

ntre la réception de ses trois premiers portec o n t e n e u r s g é a n t s, l’arrivée dans son capital du Fonds stratégique d’investissement français, ses alliances passées sur mer avec les plus grands armateurs et sur terre avec le manutentionnaire China Merchants Holdings, CMA CGM n’a cessé de faire parler de lui ces derniers mois. Alors que l’ensemble du secteur fait face à un ralentissement de ses activités, la compagnie maritime française maintient le cap et place l’Afrique au cœur de son développement. Rodolphe Saadé, son directeur général délégué, revient sur la stratégie du troisième transporteur mondial de conteneurs.

jEunE AfriquE : Le fonds monétaire international vient de réduire ses prévisions de croissance pour la Chine, partenaire commercial incontournable de l’Afrique. Vous qui êtes présents des deux côtés de la chaîne de transport, avez-vous constaté une baisse d’activité ? rODOLPHE SAADÉ : Pour l’ins-

tant, la croissance chinoise reste positive, et l’Afrique continue d’importer massivement depuis la Chine. Il n’y a donc pas de motif d’inquiétude dans l’immédiat. La massification des échanges, illustrée par la mise en ligne récente de vos super-porteconteneurs, est à l’ordre du jour pour desservir la plupart des n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

continents. L’Afrique suit-elle cette tendance ?

Les plus gros navires qui travaillent aujourd’hui sur le continent sont de classe Africamax, c’est-à-dire d’une capacité de 4000 à 4500 EVP [équivalents vingt pieds], mais les nombreux projets de plateformes de transbordement lancés ces derniers temps doivent justement permettre à l’Afrique de recevoir des navires de plus grande taille. Il est évident que nous ne verrons pas des porte-conteneurs de 16 000 EVP tels que le Marco Polo faire escale en Afrique subsaharienne, comme c’est le cas en Europe et en Asie. En revanche, il est tout à fait envisageable de voir des ports en eau profonde traiter des navires de 8 000 à 9 000 EVP, peut-être même dès 2014 ou 2015. il y a de plus en plus de compagnies, avec des navires aux capacités toujours plus importantes, mais les taux de fret sont très faibles… Comment les armateurs font-ils pour continuer à gagner de l’argent ?

Notre politique a toujours été très claire. Pour offrir la meilleure qualité de service et bénéficier d’économies d’échelle, nous devons mettre en ligne les navires les plus gros possibles, notamment sur les autoroutes maritimes entre l’Asie et l’Europe, qui sont aujourd’hui des marchés matures avec de très faibles taux de croissance. Comme nous sommes dans une période où les volumes à transporter ne sont peut-être plus aussi importants

que dans un passé récent, il est difficile de déployer des navires de grande taille en les opérant seul. La solution passe donc par la mise en place d’alliances entre lescompagnies,commeCMACGM l’a fait en juin avec Maersk et MSC [Mediterranean Shipping Company]. Avec l’arrivée de compagnies asiatiques, l’axe entre l’Afrique et l’Asie est de plus en plus encombré. Comment CMA CGM se démarquet-il de cette concurrence ?

L’arrivée de ces nouveaux concurrents en Afrique est un motif de préoccupation pour nous. Au-delà du service maritime, ce qui doit faire la force de CMA CGM, c’est sa présence sur le versant terrestre. Nous disposons d’agences dans la plupart des pays africains, qui nous apportent une connaissance profonde du terrain pour être en mesure d’offrir un service de qualité à nos clients. Le rachat de Delmas en 2005 a également contribué à renforcer notre image d’expert de l’Afrique.

Le port d’Abidjan a choisi Bolloré, soit. Maintenant, il faut tourner la page. Vous vous appuyez aussi sur les réseaux portuaires et logistiques de Bolloré Africa Logistics [BAL]. quelles sont vos relations avec ce groupe ?

Elles sont très bonnes. BAL est en effet l’un des partenaires de CMA CGM en Afrique, où nous ne faisons pas les mêmes métiers. Bolloré s’occupe des terminaux et nous nous occupons des navires. jeune afrique


Transport maritime

Comment jugez-vous l’ensemble du processus de mise en concession de ce TC2 ?

Nous avons été impressionnés par la rapidité avec laquelle la direction portuaire a mis en place ce processus. Ce n’était pas gagné d’avance et celadémontre la volonté ivoirienne de maintenir la position du port d’Abidjan. Les autorités ont faitleurtravailcommeellesdevaient le faire. Elles ont choisi le groupe Bolloré, soit. Il faut tourner la page et passer à autre chose.

En dates • 1970 Naissance au Liban • 1994 Entre chez CMA CGM (fondé par son père, Jacques Saadé), à New York

Que répondez-vous à ceux qui craignent une explosion des coûts portuaires à Abidjan après que les deux terminaux ont été confiés au même opérateur ?

• 2004 Directeur général de CMA CGM

Que nous proposions une alternative qui n’a pas été retenue.

• 2010 Directeur général délégué et membre du conseil d’administration de CMA CGM

Que pensez-vous de l’évolution suivie par les terminaux africains depuis leur mise en concession ces dernières années ?

• 2012 Pilote la restructuration financière du groupe

Nous travaillons ensemble, même si cela ne nous empêche pas de réfléchir de notre côté à développer nos activités terrestres. Le projet que nous avions sur São Tomé e Príncipe a été abandonné au vu des montants importants en jeu. Par contre, nous sommes toujours en discussion avec plusieurs partenaires pour développer des plateformes de transbordement en Afrique de l’Ouest. Un de nos projets est particulièrement bien avancé, même s’il est encore trop tôt pour en parler. Nous espérons pouvoir en dire plus très prochainement. Est-ce justement pour vous développer sur terre que vous avez passé cette alliance avec China Merchants Holdings, qui détient depuis janvier 49 % de Terminal Link, votre filiale portuaire ? jeune afrique

Avec ce partenariat, nous voulons développer nos activités sur les terminaux chinois et africains, mais également un peu partout à travers le monde. Nous pouvons dorénavantnousappuyersurunpartenaire deréputationinternationaleprésent dans les plus grands ports. Dans cette optique, le dossier du port d’Abidjan et de la mise en concession de son deuxième terminal à conteneurs [TC2] était donc très important pour vous…

Oui, car la Côte d’Ivoire est en plein développement, et le terminal d’Abidjan est particulièrement intéressant : il permet de traiter à la fois des opérations de transbordement et des trafics locaux. Tout ce que nous espérons, dorénavant, c’est que le TC2 voie le jour pour que nous puissions rapidement opérer sur ce terminal.

thomas Vollaire pour j.a.

• 2008 Président de Delmas

Il y a très certainement eu une amélioration dans les ports. Mais comme certains armateurs, notamment asiatiques, ajoutent des capacités supplémentaires, les problèmes de congestion n’ont pas été réglés pour autant. Le renforcement de la qualité des installations portuaires a néanmoins contribué à réduire les difficultés dans certains cas, comme en Angola où nos navires peuvent être traités dès leur arrivée. Comment voyez-vous l’avenir du secteur maritime en Afrique ?

D’une façon très positive. L’Afrique est en plein développement, avec de vastes projets qui doivent lui permettre de devenir un pôle de croissance important pour un armateur comme nous. La seule difficulté aujourd’hui, c’est que cette croissance attire énormément d’opérateurs qui distordent encore davantage l’offre par rapport à la demande. Mais de manière générale, l’Afrique a un très fort potentiel, et CMA CGM veut à tout prix grandir avec elle. l Propos recueillis par OLiviEr CAsLin n o 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013

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PUBLI-INFORMATION

LE DÉVELOPPEMENT DU PORT AUTONOME DE POINTE-NOIRE : LA MATÉRIALISATION D’UNE VISION SOUS-RÉGIONALE

Dans son ambition légitime d’industrialiser le Congo pour en faire un pays émergent d’ici 2025, le Président Denis SassouNguesso a une large vision prévisionnelle de l’essor socioéconomique de son pays. Elle consiste à placer le Congo sur une rampe de développement économique tirant profit de sa situation géographique privilégiée au centre du Golf de Guinée. Il s’agit donc de redonner au Congo sa vocation de pays de transit en développant des chaines de valeurs autour du Port Autonome de Pointe-Noire. Et en organisant les infrastructures nationales de transport à l’échelle de la sous-région. C’est-à-dire, mailler l’ensemble du pays en infrastructures communications multimodales en partant du port. De ce fait, le Congo pourrait diversifier les sources de financement de son économie jusque là dominée par le secteur pétrolier.

Le Port Autonome de Pointe-Noire (PAPN) a été choisie par les autorités congolaises comme le point de départ du développement de l’ensemble des infrastructures de transport du pays. Pour traduire en actes concrets la vision du Président de la République, la Direction générale du Port Autonome de Pointe-Noire a mis en place un Programme d’Investissements Prioritaires (PIP). Celui-ci vise la modernisation des installations et des équipements portuaires, afin de le rendre plus compétitif et confirmer son rôle de hub d’éclatement ou de transbordement en Afrique centrale. Ce pari est en passe d’être gagné, à la satisfaction des usagers et de l’autorité politique. Ainsi, comme un maître d’ouvrage soucieux de la bonne réalisation de son œuvre, le Président Denis Sassou-Nguesso a visité trois fois de suite les chantiers de Port depuis le lancement des travaux du PIP et la mise en concession du terminal à conteneur (2009) sous gestion du Groupe Bolloré. Ces fréquentes visites du Président Denis Sassou-Nguesso traduisent l’importance que le chef d’état congolais accorde au développement du PAPN, considéré comme la tête de pont d’un ensemble de voies de transports multimodales. La dernière visite en date le 8 juin 2013. C’était en compagnie de son homologue ivoirien le Président Alassane Ouattara, à qui il a montré les transformations qualitatives du PAPN, fruits d’un partenariat public/privé gagnant-gagnant.

Les Présidents Congolais Denis SASSOU NGUESSO et Ivoirien Alassane OUATTARA en visite au Port Autonome de Pointe-Noire.

« La visite des Présidents Sassou-Nguesso et Alassane Ouattara a été pour nous une occasion propice de confirmer le respect des engagements pris et la poursuite du programme en Quai G4 d’une profondeur cours, pour placer le Congo de moins 15 mètres. et son Terminal portuaire parmi les grandes destinations du transport maritime international » a déclaré M. Jean-Marie ANIELE le Directeur général du Port Autonome de Pointe-Noire.Avec l’espoir que l’ampleur des travaux réalisés à Congo Terminal a conforté les autorités ivoiriennes d’avoir récemment choisi le Groupe Bolloré pour la gestion du deuxième terminal conteneurs du Port d’Abidjan. Le Président Ouattara a d’ailleurs exprimé sa satisfaction suite à cette visite instructive dans le cadre de la coopération sud-sud. Ce n’est pas un hasard si dans la délégation présidentielle ivoirienne on a noté la présence du Directeur Général du Port Autonome d’Abidjan. En effet, trois ans après la mise en concession, le terminal et ses équipements sont modernisés et les services offerts s’améliorent. Avec pour effets induits, un accroissement très significatif du trafic conteneurs qui est passé de 190 000 EVP (équivalents vingt pieds) en 2009 à un peu plus de 500 000 EVP en 2012. A ces travaux réalisés par le concessionnaire se sont ajoutés ceux conduits par le Port lui-même dans le cadre de son Programme d’investissements prioritaires : assainissements, adduction d’eau potable, électricité, dragage du chenal et du bassin portuaire à moins 15 mètres, prolongement de la digue de protection, etc. D’ici 2020, le trafic portuaire aura atteint environ 1 million de conteneurs EVP. Les 38 hectares de la zone de stockage du


Vue aérienne du terminal à conteneurs du PAPN.

Futur zone d’extension du port avec des profondeurs de moins 10 à moins 15 mètre.

terminal seront alors saturés. Pour pallier ce handicap, il est prévu en perspectives une extension du Port sur 1 645 hectares en troisième zone. Ce qui permettra d’envisager l’installation d’un deuxième terminal et d’autres activités portuaires. Cette extension va permettre de gagner environ 2,5 km linéaires de quai avec des profondeurs de moins 10 à moins 15 mètres.

actes, en organisant en Mars 2013 à Kinshasa (RDC) les journées portuaires du PAPN à l’attention des chargeurs de la RDC. Une occasion de leur présenter le potentiel et les atouts du PAPN avec la mise en service de la route Pointe-Noire/Brazzaville en direction de Kinshasa via le port fluvial de Ngobila ou le pont route-rail (projet) de Maloukou.

Cet agrandissement du port répond à une demande pressante des différents projets d’industries relatives à l’exploitation imminente des minerais de fer, de potasse et poly-métaux dans les régions de l’hinterland. D’où la construction à plus ou moins courts termes d’un port minéralier qui va gérer un trafic minier d’environ 65 millions de tonnes/an. Ce port minéralier sera relié au Chemin de fer Congo Océan par un embranchement ferroviaire dédié.

Ce programme routier a déjà permis d’augmenter le trafic entre le Congo et le Gabon. De même sont engagés les travaux permettant de relier Ouesso aux localités frontalières du Cameroun, dans le but de relier Brazzaville à Yaoundé. A l’extrême nord, la vision du Président Denis Sassou-Nguesso est de rallier Mbaïki en République centrafricaine grâce à la route Ouesso-Bomassa-Enyellé. Et parallèlement sont engagés actions de remise à niveau du Chemin de fer Congo-Océan et des voies et ports fluviaux. Ainsi fait, un conteneur sorti du Port Autonome de Pointe-Noire pourrait arriver facilement à l’extrême nord du pays, ou atteindre les pays voisins, sans rupture de charge. Ainsi fait, le Congo va à partir de son port en eaux profondes, devenir un pays incontournable du point de vue économique. Et partant, lui conférer une forte puissance économique et politique au niveau de la sous-région. La porte océane de l’Afrique centrale s’ouvre grandement, pour le développement économique de la sous-région. Chaque jour qui passe, le PAPN conforte son avantage de tremplin pour accéder au marché du bassin du Congo qui représente un peu plus de 100 millions d’habitants répartis sur 16 millions de km2.

Tous ces projets portuaires sont corollaires à un vaste programme de construction de routes, dont l’épine dorsale reste les nationales n°1 et 2, partant de Pointe-Noire à Brazzaville et de Brazzaville à Ouesso (2 000 km) ainsi que les routes départementales (4.211 km).

UNE OUVERTURE SUR LA SOUS-RÉGION À PARTIR DU PAPN

A termes, la préoccupation du Gouvernement congolais est de faciliter le trafic transfrontalier à partir du PAPN, dans la logique de l’intégration sous-régionale. La Direction du Port Autonome de Pointe-Noire a commencé à traduire cette préoccupation en

PORT AUTONOME DE POINTE-NOIRE Avenue de Bordeaux - B.P. 711 - Pointe-Noire, République du Congo Tél : +242 22 294 00 52 - Fax : +242 22 294 20 42 - E-mail : info@papn-cg.org


Dossier q Au large des côtes somaliennes, des pirates sont arrêtés par la marine portugaise.

afP

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SÉCURITÉ

Couverture antipirate

Détournements, kidnappings, demandes de rançon… De l’océan Indien au golfe de Guinée, les agressions se multiplient. Face à cette situation, des polices d’assurance spéciales se développent.

L

e 4 mars, l’Armada Tuah 22 disparaît au large des côtes nigérianes. Arraisonné par des pirates, le navire de maintenance reprend contact avec son armateur le lendemain, après que des flibustiers des temps modernes eurent kidnappé trois membres d’équipage afin de réclamer une rançon. Un fait divers devenu presque routinier : de l’océan Indien au golfe de Guinée, les navires sont confrontés à une recrudescence de ces attaques depuis une dizaine d’années. Des menaces auxquelles les assureurs ont su s’adapter. « Il y a cinq ans, les actes de piraterie étaient garantis dans l’assurance risque de guerre, explique Michael Sharp, souscripteur chez Beazley. Face à la multiplication des attaques, nous avons développé un contrat d’assurance adapté à ce type de risque. » En 2008, un nouveau produit a fait son apparition à la Lloyd’s n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

de Londres, première bourse mondiale d’assurance : le kidnap and ransom (K&R), c’est-àdire l’assurance antipirate. Si les assureurs préfèrent rester discrets sur le sujet, de nombreux acteurs anglo-saxons, ainsi que leurs filiales françaises depuis peu, proposent désormais cette police. Cette dernière couvre le remboursement de la rançon, les frais et honoraires du consultant chargé de négocier avec les ravisseurs, les frais annexes liés, le rapatriement, la perte de résultat net ainsi que

celle de l’exploitation de l’entreprise, etc. businessmen. Si les sinistres se

chiffrent généralement en millions d’euros,«lemontantmoyendesrançonsestenconstanteaugmentation, remarqueJeandeLavergnolle,souscripteur chez Garex, spécialiste de l’assurance risques de guerre maritime. Le butin moyen est passé de moinsde1milliondedollarsen2007 à plus de 7 millions en 2012 [environ 5,3 millions d’euros] ». Le coût global d’une détention est même estimé à 13,5 millions de dollars. « Les pirates passent souvent pour desbanditsignorants,maisenréalité ce sont des investisseurs organisés. Ilsseconsidèrentmêmecommedes businessmen », poursuit-il. Et le prix de la police est fixé au cas par cas.

L’Afrique de L’OuesT cOnTre-ATTAque Face à la croissance exponentielle des actes de piraterie, les pays d’afrique centrale et d’afrique de l’ouest ont signé un accord le 25 juin. objectif : créer un organe régional chargé de lutter contre la

piraterie dans le golfe de Guinée et d’établir un code de conduite commun. en attendant, les pays s’équipent. le sénégal vient d’acquérir une vedette rapide de 33 m construite en France pour étoffer son

arsenal antipiraterie. la côte d’ivoire aurait passé une commande de 32 vedettes pour la surveillance de ses côtes. leTogo a commandé deux unités de ce type, livrables en mars et b.T. juillet 2014. l jeune afrique


Transport maritime « S’assurer contre la piraterie peut coûter entre 0,03 % et 0,1 % de la valeur totale du navire », détaille Hubert Chazelle, courtier spécialisé en assurance transport chez Cap Marine Assurances et Réassurances. En fait, le montant dépend de facteurs précis réévalués régulièrement, tels que le niveau de risque des zones traversées, le franc-bord du navire (distance verticale entre la ligne de flottaison et le pont principal), la vitesse du bateau (l’indice 100 correspondant à 12 nœuds), et de la présence ou non de gardes armés à bord. « Par exemple, pour un gros porte-conteneurs rapide avec des hommes à bord, le K&R pourrait ne coûter que 1 500 dollars la traversée, indiquet-il. À l’inverse, la police peut atteindre plus de 100 000 dollars dans certains cas extrêmes. » Des dépenses que relativise Michael Sharp : « L’assurance K&R n’est pas

chère par rapport aux risques que nous couvrons ! » Aujourd’hui, alors qu’« il est impossible de savoir combien pèse le marché », selon un spécialiste, « plus de 50 % des navires transitant par le golfe d’Aden seraient protégés », estime le souscripteur. CORRIDOR. Selon le dernier rap-

port du Bureau maritime international (BMI), les attaques au large des côtes de la Somalie ont diminué « de manière significative » au cours du premier semestre de 2013. Embarquement de gardes armés, négociations entre les chefs pirates et le nouveau gouvernement somalien, mise en place d’un corridor de protection… « Nous constatons un ralentissement du phénomène dans l’océan Indien », confirme-t-on du côté du transporteur maritime français CMA CGM. À l’inverse, dans le golfe de Guinée, les actes

Trésor de guerre Entre 2007 et 2012, le butin moyen d’un acte de piraterie est passé de 680 000 euros à 5,3 millions d’euros

77

de piraterie sont en hausse, avec 31 incidents dans la région, dont 22 ont eu lieu au large des côtes du Nigeria. CMA CGM indique qu’à la mi-juillet « le nombre d’attaques y est déjà plus important que sur toute l’année 2012 ». Le BMI estime le coût des marchandises volées en 2012 dans le golfe de Guinée entre 34 millions et 101 millions de dollars. « L’industrie du transport maritime avait sous-estimé les risques dans le golfe d’Aden, rappelle Michael Sharp. Il ne faudrait pas que l’histoire se répète dans le golfe de Guinée. » Selon lui, à peine 5 % des navires transitant dans cette zone sont assurés contre ce type de menace. L’assureur B eazle y a donc lancé un produit spécifique en décembre 2012. Les assurances antipirates ont de beaux jours devant elles. l BRICe TahOuk

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dossier transport maritime

p En 2012, l’entreprise a traité 2,2 millions de tonnes de vrac solide sur le port ivoirien. CÔTE D’IVOIRE

Sea-Invest mise sur le filon minier

Le manutentionnaire belge investit sur le terminal minéralier d’Abidjan et multiplie les partenariats avec des sociétés de l’hinterland. Objectif : exporter en masse les minerais ouest-africains.

L

eadereuropéendelamanutention portuaire en vrac solide, Sea-Invest est décidé à renforcer sa capacité opérationnelle sur le terminal minéralier du Port autonome d’Abidjan (PAA). Fin juin, le groupe belge a acquis pour 4,6 millions d’euros (3 milliards de F CFA) une troisième grue Gottwald afin d’augmenter la cadence de ses activités. « Cette grue nous permet de réduire le temps d’escale des navires, qui était auparavant de quatre à six jours, à seulement deux jours », confie Sory Diabaté, directeur général de Sea-Invest en Côte d’Ivoire. Le groupe compte par ailleurs doubler sa capacité sur le terminal minéralier (en 2012, environ 2,2 millions de tonnes, en majorité des intrants pour la fabrication de ciment, ont été traitées). À cette fin,

quelque 15 millions d’euros seront investis cette année dans l’acquisition de nouveaux équipements (ensacheuses,camionneuses,godets de grue…). Ce qui porte les investissementssurceterminalà61millions d’euros depuis la signature de la concession de vingt ans avec le PAA, en 2008. Un chiffre certes en deçà des prévisions initiales (95 millions d’euros), mais la crise postélectorale est passée par là… ZINC, MANGANÈSE… Dans sa stratégie de développement, le groupe compte essentiellement sur le secteur minier. Sea-Invest a ainsi noué un partenariat exclusif avec la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (Sodemi) afin d’exporter le manganèse du gisement de Lauzoua, à 180 km à l’ouestd’Abidjan.«Nousavonstraité

CAp Sur LA LoGIStIquE pétroLIÈrE À AbidjAn, la stratégie de Sea-invest ne repose pas que sur l’exportation de minerais. Le groupe belge a créé en 2009 une filiale, Sea-invest Oil Services, consacrée à la logistique et aux services pétroliers. Et il est le prestataire exclusif de la Société nationale d’opérations pétrolières n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

de la Côte d’ivoire (Petroci) pour la gestion de la base logistique de Vridi. Sea-invest et Petroci ont d’ailleurs monté une coentreprise pour développer les services annexes aux activités de recherche et d’exploration pétrolière en Côte d’ivoire et dans la sous-région. Les deux

partenaires devraient faire face à la concurrence de bolloré Africa Logistics. Le groupe français a en effet annoncé son intention de faire d’Abidjan un hub pour les services pétroliers, moyennant un investissement initial de l’ordre de 30 millions B.M. d’euros. l

40000 t de manganèse en quelques semaines. Actuellement 15 000 t attendent à quai », indique Sory Diabaté. Seul bémol : les difficultés dans l’élaboration du nouveau code minier, d’une part, et le gel du renouvellement des permis de recherche et d’exploration arrivés à expiration, d’autre part, retardent la mise en exploitation de plusieurs gisements. En attendant, le manutentionnaire belge mise sur les pays de l’hinterlandcommeleBurkinaFaso, le Mali ou le Niger. Il est ainsi parvenu, en juin, à signer un accord avec le groupement composé du suisse Glencore, de l’australien Blackthorn Resources et du burkinabè Nantou Mining, qui exploite la mine de zinc de Perkoa (à 120 km à l’ouest de Ouagadougou), entrée en production en janvier. Objectif: exporter via le terminal minéralier du PAA dans les huit prochaines années. « Ce partenariat dopera notre activité. Sur toute la période du contrat, Sea-Invest exportera environ 1,44 million de tonnes de zinc », précise Sory Diabaté. Au Burkina Faso, le groupe lorgne aussi la mine de manganèse de Tambao, exploitée par Pan African Minerals, de l’homme d’affaires Frank Timis. En cas d’accord, le groupe belge pourrait exporter annuellement 1 million de tonnes de ce minerai. l BAudELAIrE MIEu, à Abidjan jeune afrique

sea-invest

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DELMAS

AU CŒUR DE L’AFRIQUE 20 SERVICES OPÉRÉS PORTE-À-PORTE, UNE PRÉSENCE DIRECTE DANS 43 PAYS, PLUS DE 1000 COLLABORATEURS À L’ÉCOUTE DES CLIENTS, UNE EXPERTISE DE 1ER RANG MONDIAL

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« Accropodes » Installé à Casablanca, ULIS est devenu un acteur de référence dans le domaine des travaux sousmarins offshore & onshore.

Ces groupes à renommée mondiale ont confié à ULIS la pose de quelques milliers (25 000) accropodesTM pour la réalisation des digues de protection.

Tanger Med et Tanger Med II, MarchicaMed Nador (Maroc), Arzew (Algérie), tels sont les plus grands chantiers de poses d’accropodesTM réalisés en Afrique ces dernières années, par des maitres d’œuvres tel que TMSA (Agence Spéciale Tanger Méditerranée), Saipem, Bouygues, Somagec…

La bonne qualité de production des scaphandriers ULIS a été validée par le bureau de contrôle et de certification français IDMer et le CLI (Concrete Layer Innovation). Actuellement ULIS est sollicité pour de nouveaux projets de poses d’accropodesTM à travers le monde.

La qualité de sa production, la constance de sa rigueur, la vigilance du respect des règles de sécurité, font d’ULIS le leader des travaux sous-marins en Afrique. Au Sultanat d’Oman, au Mozambique et au Sénégal, ULIS a mis en œuvre des technologies de pointes (soudures sous marine, mise en place de ligne d’ancrage caténaire, géotechnique…) lors de missions offshore. Autre domaine de compétences d’ULIS, la médecine hyperbare. Contribuant à son évolution au Maroc, ULIS a réalisé cette année plus de 400 traitements médicaux en caisson hyperbare. L’oxygénothérapie en caisson hyperbare permet le traitement de la gangrène, de la surdité brusque, des intoxications au monoxyde de carbone, de la sclérose en plaque…

Fort de son expérience professionnelle offshore de plus de 30 ans, Eric Molla, Directeur d’ULIS, scaphandrier classe III et pilote de ROV (Robot vidéo sousmarin), vient d’obtenir, avec son collaborateur Jérôme Vincent, l’agrément du ministère français du Travail, pour créer en France le 2 e centre de formation de scaphandriers (Centre Méditerranéen de Plongée Professionnelle).

www.ulis.ma

ulis@menara.ma


Dossier Transport maritime

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Stratégie

ICTSI plie mais ne cède pas Malgré un échec à Abidjan, l’opérateur philippin a bien l’intention d’étendre ses activités dans les ports africains au-delà de ses concessions malgache et nigériane.

de Lekki est non seulement un emplacement stratégique pour desservir un Nigeria en pleine croissance, mais aussi une occasion de développer un terminal phare, flambant neuf, qui pourra lui servir d’argument commercial pour décrocher d’autres contrats. EnquêtE En cours. Tout sem-

i

l n’est pas un nouveau venu en Afrique. Dans les années 1990, l’opérateur philippin International Container Terminal Services Inc. (ICTSI, qui se positionne aujourd’hui comme le quatorzième manutentionnaire mondial) avait déjà mis le pied en Tanzanie, avant de se replier dans la tourmente de la crise asiatique de 1998. La société veut-elle rattraper le temps perdu ? Aujourd’hui, alors que la compagnie est en plein essor et gère 22 terminaux maritimes et développe 5 projets portuaires dans 19 pays du monde pour une capacité totale de près de 5,6 millions d’EVP (équivalents vingt pieds), elle montre un intérêt prononcé pour l’Afrique dans sa stratégie de développement. « Pour ICTSI, l’Afrique représente un potentiel important. C’est pourquoi on a installé un bureau régional au Cap », explique Aneen Human, responsable financière Afrique de l’opérateur. Ce bureau ouvert il y a deux ans vient appuyer la décision stratégique prise au milieu des années 2000 d’aller à la conquête du continent africain jeune afrique

et qui a déjà valu au philippin deux beaux succès. En 2005, il s’est assuré un contrat de rénovation, opération et développement pour le terminal malgache de Toamasina – le Madagascar International Container Terminal Services – jusqu’en 2025. ICTSI comptait bien capitaliser sur ce premier succès pour réussir son intégration. Il y a un an, ses efforts ont abouti à la signature d’une concession de vingt et un ans pour exploiter le terminal à conteneurs du futur port en eau profonde de Lekki, à 65 km à l’est de Lagos, au Nigeria. Destiné à entrer en service en 2016, le futur terminal disposera de 1 200 mètres de quai, d’une profondeur de 14 mètres, potentiellement extensible à 16,5 m par la suite. Il pourra donc accueillir des navires jusqu’à 10 000 EVP et aura une capacité optimale annuelle de 2,5 millions d’EVP, ce qui en fera le plus imposant du genre en Afrique subsaharienne. Pour ICTSI, qui a mis 225 millions de dollars (171 millions d’euros) dans la balance, le projet

blait donc aller pour le mieux jusqu’au 25 mars. Dans l’appel d’offres lancé par le gouvernement ivoirien pour l’exploitation du second terminal à conteneurs d’Abidjan, le consortium formé par ICTSI, CMA CGM, Necotrans et Movis s’est fait dépasser dans la dernière ligne droite par Bolloré Africa Logistics, Bouygues et APM Terminals. Déjà opérateur du premier terminal du port ivoirien, le groupe Bolloré a finalement remporté le contrat. Aussitôt contestée par les perdants, cette victoire à l’arraché a fait l’objet d’un premier appel devant l’Autorité nationale de régulation des marchés publics (ANRMP), qui a débouté les plaignants. ICTSI et ses alliés n’ont pas baissé les bras pour autant et ont décidé de faire appel devant l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui doit déterminer si le contrat contrevient aux règles antimonopolistiques et concurrentielles en vigueur. « L’enquête est en cours », élude Aneen Human,

le groupe gère 22 terminaux maritimes et développe 5 projets portuaires dans 19 pays. pour qui il ne s’agit pas d’un revers déterminant. Parmi les potentiels prospects du philippin, le terminal à conteneurs de Port-Soudan. Mais ICTSI aimerait également rebondir en Afrique de l’Ouest et lorgne ce qui pourrait se faire au Congo ou au Cameroun, en attendant le dénouement de l’imbroglio ivoirien. l sébastiEn Dumoulin n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


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dossier transport maritime TUNISIE

Ça rame à Radès… Grève, suspension des importations de matières premières, insuffisances techniques structurelles… Le premier port commercial du pays tente de sortir la tête de l’eau.

L

e 18 juillet, dans son bureau situé dans l’immeuble de l’Office de la marine marchande et des ports (OMMP), Kheireddine Sghair, directeur du port de Radès, ne cachait pas son anxiété. Et pour cause : le terminal n o 1 (T1) a été totalement bloqué du 8 au 10 juillet. Cette grève spontanée, observée par le personnel de la Société tunisienne d’acconage et de manutention (Stam), a porté un rude coup à l’économie locale, car ce port commercial est le plus important de Tunisie. D’une superficie de 50 ha, le T1 dispose de sept quais dévolus au chargement et au déchargement de conteneurs et d’unités roulantes. À lui seul, il représente 25 % du trafic global de marchandises, 75 % des conteneurs et plus de 80 % des trafics rouliers transitant dans le pays, d’après l’OMMP. À l’origine de ce débrayage sans préavis, des rumeurs de privatisation des quais 8 et 9. Pourtant, ces derniers sont encore à l’état de projet et leur construction ne débutera pas avant 2014 dans le meilleur des cas. retard. Si aucun bilan finan-

cier n’a encore été établi, l’OMMP estime que la dizaine de navires restés en rade, dans l’impossibilité d’accoster, a cumulé vingttrois jours de retard. Par ailleurs, 3000 conteneurs et 1 000 véhicules n’ont pu être manutentionnés par la Stam. Cette société publique détient depuis 2005 un contrat de concession exclusif d’une durée de trente ans pour exploiter le T1 du port de Radès. Cet épisode houleux a provoqué des dysfonctionnements à plusieurs niveaux. Les exportations à destination des ports européens (principalement Barcelone, Gênes n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

et Marseille) ont été ralenties, alors qu’elles représentent 48 % du PIB du pays en 2012, d’après la Banque mondiale. La suspension des importations de matières premières pour les sociétés locales, qui travaillent en flux tendu sur fond de crise économique, a causé des retards et même des arrêts dans leur chaîne de production. En ce mois de ramadan, des produits alimentaires destinés à approvisionner les marchés locaux ont été bloqués quelques jours. À l’instar de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), de nombreuses voix estiment qu’il faudra des mois pour rattraper le manque à gagner. encLavé. Au-delà de cette grève

ponctuelle, le véritable problème est l’insuffisante capacité du port de Radès. Enclavé entre celui de La Goulette, le lac de Tunis et certaines agglomérations de la banlieue tunisoise, il est difficile à agrandir. Par ailleurs, le T1 a été initialement construit avec des jetées destinées à accueillir des navires rouliers équipés de rampes de déchargement des unités roulantes. Or ces quais ne sont pas adaptés au transport de marchandises se faisant par conteneurs, dont le trafic a d’ailleurs dépassé celui des unités roulantes ces dernières années. Enfin, six hangars et différents bâtiments administratifs (contrôle technique, douane, police) situés entre les terre-pleins et les quais entravent également la circulation des marchandises. « Les difficultés pour charger et décharger se ressentent ; la cadence est ralentie », précise Kheireddine Sghair. Les lourdeurs des formalités administratives, notamment le dédouanement, n’arrangent pas la situation. Quant au prix de stockage pratiqué par

p Le terminal no 1 a été complètement bloqué du 8 au 10 juillet.

le port, à peine 1 dinar par tonne de marchandises, il n’est pas assez dissuasif pour que les clients évacuent au plus vite les produits reçus. « Le port n’a jamais bien fonctionné », déplore un transitaire. Aussi, le directeur du port de Radès n’hésite pas à rappeler que « le barème tarifaire n’a pratiquement pas évolué depuis 1988. Nous souhaitons l’augmenter, mais cela prend du temps car plusieurs ministères [Commerce, Transports] sont concernés par ce dossier ». Conséquence: la congestion du port atteint des sommets. Un conteneur reste en moyenne

au 1er semestre 2013, le trafic de conteneurs a enregistré : une stagnation par rapport au 1er semestre 2012 une baisse de 3 % par rapport au 1er semestre 2011 une baisse de 16 % par rapport au 1er semestre 2010 jeune afrique


Nicolas Fauqué/www.imagesdetuNisie.com

quinze jours sur le T1 avant d’être évacué, contre quatre à cinq jours maximum dans les ports les plus compétitifs du continent. effet d’annonce. Autre fac-

teur important : le manque de profondeur du canal menant au T1 (entre 9 et 12 m) empêche les navires d’une plus grande capacité d’opérer à Radès et donc de réaliser des économies d’échelle. L’absence d’investissements explique en grande partie toutes ces difficultés. Une étude réalisée en 2012 par le cabinet local Comete Engineering pour le compte de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) souligne qu’« aucun projet significatif de développement et de modernisation des infrastructures n’a été mené. L’autorité portuaire communique depuis plus de dix ans sur des programmes de création de terminaux modernes à conteneurs, d’extension des quais ou encore de création de zones logistiques ». L’an prochain, l’OMMP projette d’étendre le quai no 7, de débuter les travaux de construction des quais 8 et 9 et de créer une zone logistique de 50 ha à proximité du T1. Encore un effet d’annonce ? l Ryadh BenlahRech, envoyé spécial jeune afrique

n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


Dossier Transport maritime BURKINA FASO

Boborinter, plateforme modèle

arrivent en nombre, ils doivent pouvoir repartir très vite. Désormais, grâceàlaconcentrationdesservices techniques et administratifs, les choses ne traînent plus comme avant ! »

Idéalement situé, le port sec de Bobo-Dioulasso a permis au pays d’attirer une partie du commerce régional. De quoi inspirer d’autres États du continent…

Desserte. AvantBoborinter,Victor

léonard bazié

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D

éjàcapitaleéconomique du Burkina Faso, BoboDioulassoestdevenuun carrefour régional digne de ce nom depuis l’inauguration, en 2010, du premier volet du port sec de la ville : la plateforme multimodale Boborinter, située sur la ligne ferroviaireAbidjan-Ouagadougouet sur plusieurs axes routiers menant en Côte d’Ivoire, au Mali, au Niger et au Ghana. Aujourd’hui, les deux tiers du fret transitant à Boborinter (essentiellement en provenance d’Abidjan) sont destinés au Mali et un tiers à Bobo-Dioulasso, le trafic vers le Niger, le Ghana voire le Togo étant plus variable et marginal. Quelque 10,7 millions d’euros (7 milliards de F CFA) ont été investis par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), des banques burkinabè et la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCIBF, qui gère Boborinter) pour donner naissance à cette infrastructure qui, depuis, n’a pas déçu. Installé sur 19 ha en pleine zone industrielle, le port sec s’étend le long du chemin de fer, à 3 km de l’aéroport et près du n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

futur boulevard périphérique. Il a permis de décongestionner le trafic dans Bobo-Dioulasso, où se trouvait l’ancienne gare routière. « Diriger un port sec, c’est identifier les besoins des opérateurs afin de concevoir des infrastructures qui permettent de les accueillir, explique Victor Fofana, directeur de Boborinter. Quels sont les produits les plus échangés et dans quelles quantités ? A-t-on besoin d’une zone dévolue aux conteneurs ou de magasins couverts pour améliorer la sécurité ? C’est une question d’organisation: quand les camions

p L’inauguration, en janvier 2010, en présence du président, Blaise Compaoré (cravate rouge).

Fofana a représenté pendant dix ans la CCIBF au Ghana. Il y a particulièrement travaillé « à préserver la desserte du Burkina Faso par le corridor ghanéen » lorsque le trafic venu d’Abidjan a basculé vers Accra en raison de la crise politique ivoirienne. C’est aussi depuis le Ghana qu’il a mesuré l’intérêt du transport par conteneurs. Quelque 1 500 « boîtes » ont été traitées à Boborinter en 2012 sur le terminal concédé à l’entreprise privée Terminaux routiers à conteneurs du Burkina (TRCB, filiale de Bolloré Africa Logistics), contre 1 000 un an plus tôt. Le trafic total a quant à lui bondi de 244 500 à 407 200 t entre 2010 et 2012. Dans l’intervalle, les recettes des douanes sont passées de 57,9 millions à 98,3 millions d’euros et celles de la CCIBF de 506 000 à 985 000 euros. Reste à réaliser le second volet du port sec de Bobo-Dioulasso, à savoir le port franc (zone non soumise aux droits de douane), pour lequel 15 millions d’euros étaient prévus à l’origine – mais des arbitrages restent à prendre en termes de financement. l saïD aït-Hatrit

et ailleurs en afrique ? Dès 2006, les Entrepôts sénégalais au Mali, équipés notamment de deux hangars frigorifiques, ont été inaugurés à Bamako en partenariat avec le port de Dakar. En 2009, le Gabon a ouvert sa plateforme multimodale à Franceville, trait d’union entre le port de Libreville et les pays

voisins. L’Algérie a étrenné un nouveau port sec en périphérie d’Alger, à Hammadi, en mars. Et au Maroc, l’Agence nationale des ports songe à faire de même à Casablanca. Alors que le Bénin a plusieurs projets sur le feu, Brazzaville a annoncé en juin vouloir construire un port sec à Dolisie, dans

le sud du Congo, en lien avec le port de PointeNoire. Le Ghana, avec l’immense projet de Boankra relancé début 2013, n’est pas en reste. Mais avec ses 1037 ha, c’est le port sec deTambo springs, en Afrique du sud, qui sera le plus grand du continent, en s.a.-H. 2017. l jeune afrique


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Maîtriser la mer Pour améliorer le transport maritime, Somagec GE a mené de front plusieurs chantiers portuaires en Guinée équatoriale...

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Dossier Transport maritime FORMATION

Abidjan toujours sur le pont l’académie régionale des sciences et techniques de la mer forme l’élite de la marine marchande ouest-africaine. Après plusieurs années de flottement, l’institution ivoirienne revient au premier plan.

arstm

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ace à la lagune Ébrié, à l’extrémité de la commune de Yopougon, l’Académie régionale des sciences et techniques de la mer (ARSTM) d’Abidjan forme depuis 1987 l’élite de la marine marchande ouest-africaine. De la Mauritanie à la RD Congo, quinze pays francophones y envoient leur contingent, quand leurs voisins anglophones se tournent vers l’institution jumelle d’Accra. Bâti sur 30 ha, le campus tranche avec les constructions anarchiques du quartier populaire qui l’entoure. Ici, l’atmosphère est quasi militaire. Tous les matins, les élèves se rassemblent pour le lever des couleurs ivoiriennes. « Rigueur et discipline sont deux composantes importantes de notre enseignement », explique le lieutenant-colonel Karim Coulibaly, directeur général de l’ARSTM depuis neuf ans. Au total, l’académie accueille plus de 700 élèves et forme au sein de trois établissements des futurs officiers supérieurs, des

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spécialistes de la maintenance, des matelots et mêmes des professions auxiliaires au transport maritime, comme des consignataires ou des transitaires. Mais la principale vitrine de l’institut reste sans conteste le cursus qui prépare au métier de capitaine au long cours: les candidats, titulaires d’un bac scientifique, doivent suivre sept années d’études.

p Fin 2012, l’école s’est dotée de simulateurs de navigation.

les capitaines (une quinzaine cette année) pourront espérer un salaire oscillant entre 1 000 et 1 500 euros par mois (de 650 000 à 980 000 F CFA) et « leurs perspectives professionnelles sont bonnes, car il y a un déficit d’officiers au niveau mondial », assure Karim Coulibaly. Tels les marins de l’antiquité, les officiers apprennent à s’orienter en observant les constellations dans le planétarium de l’ARSTM. Mais ils sont aussi rompus aux techniques les plus modernes. Fin 2012, leur école a reçu une série de simulateurs de navigation offerts par l’Organisation maritime internationale (OMI). Ce don, d’une valeur de 750 000 euros, est providentiel pour l’académie, dont le budget de 1,2 million d’euros ne permet pas de tels investissements. « Si tous les États paient la scolarité de leurs étudiants, seule la Côte d’Ivoire est à jour de ses cotisations. Les arriérés s’élèvent à plusieurs millions d’euros », déplore le lieutenant-colonel Coulibaly, qui compte sur le développement des formations destinées aux salariés des secteurs maritime et pétrolier pour équilibrer son budget.

tEmpÊtE VirtuEllE. Grâce aux simulateurs, les apprentis capitaines passent une centaine d’heures par an sur le pont d’immenses porte-conteneurs virtuels. Tempêtes, menaces de collision, pannes de moteur… Les situations les plus périlleuses sont testées dans des conditions proches du planétarium. Cette formaréel, avant de donner lieu à des tion incluant trois ans de stage débriefings avec les enseignants. en mer, « la principale difficulté Incontournable pour les élèves, consiste à trouver des engagel’arrivée de ce matériel dernier cri ments pour nos élèves, car les a également permis à l’ARSTM de pays africains n’ont plus de se conformer aux exigences internavires », indique Karim nationales, après plusieurs années pays Coulibaly. Afin de placer de flottement imputable à la crise membres ses étudiants, l’école politique ivoirienne. Autre a signé des convengage du retour de l’acaBénin, Burkina, Cameroun, tions avec les prindémie au premier plan : Centrafrique, Congo, RD Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, cipaux armateurs l’obtention en mai de la cerMali, Mauritanie, Niger, mondiaux, dont le tification qualité ISO 9001. Sénégal, Tchad, français CMA CGM, le De quoi envisager un peu plus Togo danois Maersk et le suisse sereinement l’audit programmé Mediterranean Shipping par l’OMI en janvier 2014. l Company. Une fois diplômés, JuliEn ClémEnçot, envoyé spécial jeune afrique


1er opérateur de partenariats public-privé portuaires en Afrique

Premier opérateur privé de concessions portuaires en Afrique, Bolloré Africa Logistics développe une expertise portuaire unique. Opérant 14 terminaux à conteneurs dans le cadre de partenariats public-privé,et23portssecsetplateformesmultimodalesdedésenclavement,BolloréAfricaLogistics gèreégalementtouteslesopérationsterrestresdeconteneursetledédouanementdanstoutel’Afrique. Leader dans les métiers de la manutention portuaire en Afrique, Bolloré Africa Logistics exerce, à travers ses 78 agences opérationnelles, le métier d’agent maritime et d’organisateurs d’escales pour le compte de compagnies maritimes internationales. Système de gestion Q-HSE reconnu et efficace Conformité aux normes industrielles internationales les plus exigeantes (ISO 9001, ISO 14001, OHSAS 18001) Système d’information pour maximiser les mouvements de conteneurs Retrouvez-nous sur bollore-africa-logistics.com


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Dossier Transport maritime

Jacob SILbERbERG/PaNoS-REa

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CONJONCTURE

Les armateurs mettent le cap sur la croissance

p Un navire du japonais Mitsui O.S.K. Lines, à Lagos.

La part de l’Afrique dans le commerce mondial ne cesse d’augmenter, et les compagnies l’ont compris. Confrontées à la crise partout ailleurs (ou presque), elles intensifient leurs activités en direction du continent.

Q

«

ui tient la mer tient le commerce du monde », écrivait le poète et explorateur anglais sir Walter Raleigh (15521618). Au sortir de la crise de 20082010, les trois grands armateurs mondiaux que sont Maersk, CMA CGM et Mediterranean Shipping Company (MSC) ont bien compris que le maintien de leur hégémonie passait par le renforcement de leur positionnement sur le continent, où le commerce maritime est en expansion constante. « En 2009, les 30 plus grandes compagnies maritimes de ligne ont enregistré les pires résultats de leur

jeune afrique

histoire, avec des pertes collectives estimées à 19,4 milliards de dollars [13,5 milliards d’euros], après des bénéfices de 5 milliards de dollars l’année précédente », révélait la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement

Après une perte collective record en 2009, les transporteurs ont réorganisé leur flotte. (Cnuced) dans un rapport publié en 2011. Mais en 2010, « les mêmes compagnies ont réalisé des bénéfices cumulés de 17 milliards de dollars », soit plus du double de

leurs prévisions. Entre-temps, elles se sont réorganisées en remplaçant certains de leurs navires et ont bénéficié d’une baisse providentielle des prix du carburant. ALLIANCES. Danscettedynamique,

l’Afrique est devenue une destination phare. La part du continent dans le commerce maritime mondial reste encore largement marginale, mais elle croît constamment. « En 1974, l’Afrique représentait 10,2 % des cargaisons embarquées dans le monde et 2,5 % des cargaisons débarquées. Ces pourcentages ont nettement augmenté, surtout pour les tonnages débarqués, qui ont plus que doublé », constate l’expert maritime Serigne Thiam Diop, secrétaire général de l’Union des conseils des chargeurs africains. Les principaux armateurs ont donc renforcé leur présence en Afriqueenprocédantàdesalliances et des fusions. Ils ont aussi diversifié leurs activités dans la manutention, la gestion des terminaux et la logistique. Enfin, ils ont réorganisé leurs lignes maritimes afin que leurs navires se croisent sur des n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013


Dossier Transport maritime plateformes de transbordement, réduisant ainsi les coûts d’escale. Du coup, les pays côtiers s’organisent afin d’adapter leurs interfaces portuaires aux navires de nouvelle génération. Grand rival d’Algésiras (Espagne), le port de Tanger Med, au Maroc, n’a que six années d’existence mais la ferme détermination de capter sa part des 100000 navires qui passent chaque année par le détroit de Gibraltar (20 % du trafic mondial). Il vise 8 millions de conteneurs manutentionnés par an à l’horizon 2016, en construisant une extension portuaire d’une capacité de 5,2 millions de conteneurs qui viendra s’ajouter aux 3 millions actuels. DanslegolfedeGuinée,lagrande plateforme de transit régional d’Abidjan se dote d’un second terminal à conteneurs,dontlaconcessionaété attribuée à Bolloré Africa Logistics (BAL), tandis qu’un mégaport est prévu à Badagry, au Nigeria, dont les travaux doivent débuter en

2016. Le projet de l’investisseur APM Terminals (APMT, filiale de Maersk) doit permettre au pays d’éviter une saturation de ses capacités portuaires et d’absorber un trafic de 10 millions d’équivalents vingt pieds (EVP) par an, volume que le Nigeria pourrait atteindre d’ici à trente ans. En Afrique de l’Est, la Tanzanie s’apprête à abriter le plus grand port d’Afrique à Bagamoyo (lire p. 92).

Les pays côtiers doivent adapter leurs interfaces portuaires aux navires de nouvelle génération. Objectif: devenir l’interface de référence pour toute la côte orientale, reléguant Port Louis et Djibouti (qui prévoit cinq nouveaux terminaux d’ici à 2017) au rang de destinations secondaires. Enfin, les ports sudafricains font quant à eux à l’objet d’un investissement national de 4,5 milliards d’euros jusqu’en 2019,

afin de conserver leur leadership dans la zone australe. AUBAINE. Si ces investissements devraient pallier à moyen terme l’insuffisance d’infrastructures modernes, des freins à l’activité demeurent. « Les opérateurs restent confrontés à l’existence de formalités qu’ils souhaiteraient voir simplifier et à des délais relativement longs pour récupérer les conteneurs, surtout ceux acheminés dans les pays de l’hinterland », souligne Serigne Thiam Diop. Ils se rattrapent quelque peu en maintenant les taux de fret, qui baissent partout sauf en Afrique. « L’expédition de fret à destination du continent, qui correspond en moyenne à 10,6 % du prix des produits finis, est plus coûteuse que vers les pays développés, où cette proportion est de 6,4 %, en moyenne », indique la Cnuced. Une aubaine pour les armateurs. l ABdEL PItroIPA

qUEstIoNs à AdéBAyo sAMsoN BALogoUN Chef de la division des transports maritimes à la Commission de l’UEMOA

« C’est avec la Chine que l’Afrique de l’ouest échange le plus » Le trafic entre le continent et le reste du monde croît, c’est un fait. Mais vers quelles destinations et sous quelle forme ? jeune Afrique : Observet-on une croissance du trafic ve r s l e s d e s t i n a t i o n s africaines ? A D É B AYO S A M S O n BALOGOun : Les études sur les terminaux portuaires à conteneurs en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale confirment effectivement une croissance du trafic vers les destinations africaines : près de 3 millions de conteneurs ont ainsi été acheminés en Afrique de l’Ouest en 2011. Ce chiffre remarquable pour la zone doit cependant être relativisé par n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

rapport aux 500 millions d’EVP [équivalents vingt pieds] échangés dans le monde. quels sont les pays d’Afrique de l’Ouest avec lesquels le continent échange le plus en volume ? La Chine, l’Inde, la Malaisie et la Corée du Sud. Cette situation se justifie notamment par l’émergence de nouveaux ports en Asie. À titre d’exemple, les importations provenant d’Europe par voie maritime, qui représentaient 42 % des

importations totales duTogo en 1991, sont tombées à 32 %, tandis que les importations d’Asie, qui étaient de 17 % en 1991, on atteint 49 % en 2011. quelles sont les marchandises les plus échangées entre l’Afrique et le reste du monde ? Globalement, les importations représentent une plus grande part du volume de fret que les exportations. Les produits à l’importation sont essentiellement des produits finis de consommation :

dr

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alimentation, boissons et tabac, matériaux de construction, hydrocarbures, machines et matériels de transport, articles manufacturés, pièces détachées et composants utilisés comme intrants dans les processus de production… Quant aux produits à l’exportation, ils sont composés de matières premières ou de produits semi-finis tels que le coton, les produits agricoles, les cuirs et les peaux, les produits de l’artisanat et les ressources minières. l Propos recueillis par A.P. jeune afrique


Somagec GE, expert de l’aménagement portuaire Malabo, premier port en eaux profondes de la région Un outil stratégique de développement Devenu un port international de transbordement aux standards internationaux, le port de Malabo sert d’étape sur la route maritime vers l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique australe. Lancée par Somagec GE en 2006, son extension a permis de faire face à la forte croissance du trafic, d’améliorer la qualité des services portuaires, de réduire les coûts de passage et de fret maritime. Le nouveau port de Malabo comprend 1240 mètres linéaires de quais, dont 390 mètres linéaires à -9 mètres avec un poste ro-ro pour le trafic roulier multipurpose, un terminal à conteneur international de 529 mètres linéaires de quais à -16 mètres, un terminal mixte de 339 mètres linéaires à -16 mètres, et un quai de 40 mètres linéaires. S’y ajoutent 144 mètres d’appontements flottants et plus de 100 hectares cumulés de terre-pleins gagnés sur la mer.

Le port de Malabo contribue à l’accroissement des échanges et à la diversification de l’économie équato-guinéenne. Depuis sa création en 2005, Somagec GE a mené de front plusieurs autres chantiers portuaires. Contribuant au désenclavement de la Guinée Equatoriale et à son développement économique, Somagec GE a construit ou assuré l’extension des ports de Bata (avec 2 000 mètres linéaires de quais et 50 hectares de terre-pleins), de Kogo, de Corisco, et d’Annobon…

Innovation - Confiance - Sécurité - Rentabilité

Créateur de développement


Dossier transport maritime t Les présidents chinois et tanzanien, Xi Jinping et Jakaya Kikwete, le 24 mars, à Dar es-Salaam.

Lang Hongguang/aP/SIPa

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TANZANIE

Bagamoyo, géant en devenir China Merchants Holdings veut doter le pays du plus grand port d’afrique. Coût de l’opération : pas moins de 10 milliards de dollars…

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n remontant la côtetanzanienne,à70kmaunordde Dar es-Salaam, face à l’île deZanzibar,Bagamoyoest une petite localité essentiellement fréquentée par quelques touristes venus visiter ce haut lieu de la traite négrière. Qu’ils en profitent ! Car Capacité dans quatre ans à peine, tout aura prévue changé. C’est en effet ici que le gouvernement tanzanien fait sortir de terrecequiserabientôtleplusgrand port du continent. Le projet est ancien : déjà, en millions de conteneurs par an 2007, les autorités envisageaient (contre 800 000 d’y développer de nouvelles à Dar infrastructurespourdésengorgerle es-Salaam) port de Dar es-Salaam. Mais la visite

20

Le Groupe

+850

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2

en Afrique

34

41

enTanzanieduprésidentchinois,Xi Jinping,le24mars,adonnéuncoup de fouet à l’opération. Un accord a été conclu à cette occasion avec le plusgrosopérateurportuairepublic chinois,ChinaMerchantsHoldings. pharaoniquE. Pour la Tanzanie,

il s’agit de retrouver sa place dans le commercemaritimecontinental.Le port de Dar es-Salaam, aujourd’hui le deuxième en taille de la région après Mombasa (Kenya), est sousdimensionné. Ne pouvant gérer que 800000 conteneurs par an, il estenoutreincapable d’accueillir des porte-conteneurs excédant 2500 équivalents vingt pieds (EVP),

alors que les navires de quatrième génération atteignent 10 000 EVP. Toutes ces limitations devraient voler en éclats grâce au projet pharaonique en cours. Le nouveau port aura une capacité de 20 millions de conteneurs par an – autant que Shenzhen (Chine), le quatrième port mondial, et deux fois plus que Rotterdam (Pays-Bas), le premier en Europe. « Le coût total de la construction du nouveau port, de la zone franche, du réseau ferroviaire et d’autres infrastructures est de 10 milliards de dollars [7,6 milliards d’euros] », précise Charles Tizeba, le ministre délégué au Transport. Les Chinois ont prévu d’en débourser la moitié dès cette année, et le reste en 2014 et 2015. La mise en service des nouvelles installations est prévue pour 2017. Connecté au réseau ferroviaire Tanzanie-Zambie (Tazara) par une nouvelle ligne de 65 km, Bagamoyo pourrait devenir le hub de la façade orientale africaine pour les importations depuis l’Asie et pour les exportations de ses voisins enclavés (Ouganda, Rwanda, Burundi, Zambie, Malawi et même Zimbabwe). Pour l’instant essentiellement dirigées vers Durban (Afrique du Sud) et Mombasa, marchandises et matières premières pourront alors transiter plus rapidement et à moindre coût par la Tanzanie. l SébaStiEn Dumoulin

LHM 550 à Durban, Afrique du Sud


dossier transport maritime

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tribune

Opinions & éditoriaux

Concessions en eaux troubles

dr

l Martin ndendé Professeur à l’université de Nantes (France), avocat-conseil, expert en droit des activités maritimes et des transports

a mise sous concession des terminaux portuaires africains fait régulièrement l’objet de procès d’intention ou d’accusations de positionnement monopolistique. celles-ci méritent d’être dépassionnées et scrutées à la lumière du droit. en effet, la sécurité juridique est le préalable nécessaire à tout développement économique. il s’agit aussi d’un impératif pour protéger au mieux les intérêts des investisseurs. Les profits réalisés par l’opérateur concessionnaire, les redevances versées à l’État, la qualité des services, la performance des équipements ou encore le caractère raisonnable des coûts portuaires imposés aux usagers constituent des gages de concessions prometteuses. ces contrats doivent donc être obligatoirement soumis à un régime équilibré et minutieusement réglementé, ainsi qu’à un cahier des charges fixant clairement les droits et obligations de chacun. D’où l’urgence de doter les pays africains de législations portuaires modernes, adaptées et respectées de tous. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces concessions ne constituent nullement des opérations de privatisation des ports au profit d’opérateurs étrangers. elles établissent la nécessaire libéralisation d’activités qui ont trop longtemps pâti d’un manque chronique de compétitivité dû à l’impuissance d’États englués dans des gestions portuaires bureaucratiques. Le contexte africain est également marqué par des décennies de crise et par l’insuffisance des investissements. Les équipements portuaires coûtent des centaines de milliards de F cFa. L’arrivée de grands groupes solvables et spécialisés dans l’exploitation et la logistique multimodale constitue une réelle chance pour la modernisation et la compétitivité des ports du continent. c’est pour consolider cette démarche synergique que les concessions portuaires sont désormais organisées et réglementées dans le cadre de partenariats public-privé. Les États cessent d’être de simples spectateurs et s’engagent contractuellement et financièrement aux côtés des concessionnaires. au congo-Brazzaville, l’État s’est ainsi engagé à hauteur de 80 milliards de F cFa sur les 450 milliards de l’opération (soit

environ 122 millions d’euros sur 687 millions d’euros). Plus les gouvernements africains s’impliqueront efficacement dans ces partenariats stratégiques, plus leurs ports gagneront en indépendance et en rentabilité. Comme l’ont montré la crise ivoirienne et la transition chaotique en Guinée, il n’y a point de concession portuaire durable ou rentable sans paix civile, sans le respect de la légalité républicaine et sans le jeu des « règles de police » garantissant les intérêts des investisseurs. L’autre point faible des concessions est incontestablement la tendance à une application douteuse et lapidaire des règles de concurrence. en effet, des procédures d’attribution parfois galvaudées et les pratiques de gré à gré – totalement condamnables et anachroniques – parfois guidées par des intérêts purement politiques, en témoignent. s’y ajoutent certaines violations des exigences du service public durant la concession (égalité des usagers, homologation des tarifs…) ainsi que des pratiques anticoncurrentielles. ces dernières auraient conduit à des abus de position dominante dont se saisissent de plus en plus les autorités de la concurrence, notamment au sein de l’union économique et monétaire ouest-africaine (ueoma) ou de la

Les pays africains doivent se doter d’urgence de législations portuaires adaptées et respectées de tous.

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commission de la communauté économique et monétaire de l’afrique centrale (cemac). Les conflits de conakry, d’abidjan ou de Douala ont laissé des traces, et l’on saisit mal l’intérêt de remplacer des monopoles d’État par des monopoles privés. sur fond de forte croissance économique, le contentieux de la concurrence portuaire risque donc d’aller crescendo. D’autant qu’après la bataille autour des terminaux à conteneurs viendra celle de la concession des terminaux minéraliers, pétroliers, gaziers ou même rouliers. Reste que tous les concessionnaires des ports savent que le droit est en marche en afrique et qu’ils ont tout intérêt à jouer pleinement le jeu de la transparence et de la légalité. il en va de la sécurité de leurs investissements. l jeune afrique


APM Terminals fait croitre le commerce mondial africain.

APM Terminals opère un réseau mondial de 62 terminaux portuaires dans 40 pays et 171 terminaux de services à l’hinterland dans 48 pays. Nous sommes profondément attachés à une croissance équilibrée basée sur les plus hauts standards en termes de sécurité, de pratiques commerciales éthiques, de respect de l’environnement et d’implication des communautés locales. Nous sommes l’un des premiers opérateurs portuaires en Afrique, avec onze terminaux actifs dans dix pays, y compris une présence très forte et croissante en Afrique de l’Ouest. APM Terminals fait croitre le commerce mondial africain.

apmterminals.com


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Culture & médias

PRESSE

L’Afrique à la Afri

Les magazines français et anglo-saxons consacrent de plus en plus souvent des numéros ou des dossiers spéciaux au continent. Mais quelle image en proposent-ils ?

L

«

’Afrique n’est pas celle que vous croyez », « Le réveil d’un continent », « Afrique 3.0 », « L’Afrique qui bouge »… La presse française semble frappée d’une fièvre contagieuse et d’un intérêt croissant pour le continent. Le Point (août 2012), GEO (le mois suivant), Courrier international (en mars 2013) puis Alternatives internationales (en mai) ont consacré leur couverture à une « nouvelle Afrique ». Dans un ensemble rédactionnel assez équilibré, tantôt centré sur un pays, tantôt transversal, Alternatives internationales énumère pêle-mêle des exemples qui autorisent l’espoir d’un avenir meilleur, illustrent les réussites et indiquent les nombreux défis à relever. C’est ainsi que le magazine décèle des signes de développement dans la révolution technologique du mobile banking ou dans la démocratisation du téléphone portable. Pragmatique, le hors-série subventionné par l’Agence française de développement (AFD) n’élude pas les nombreux combats qui restent à gagner çà et là : contre la corruption en Ouganda, les violences sexuelles faites aux n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

AbdEL PitRoiPA

femmes en Afrique du Sud ou le déficit céréalier au Burkina Faso. Les dynamiques sociales (mouvements de protestation, fractures religieuses et ethniques mais aussi promotion d’un esprit de création fertile) sont au menu d’« Afrique 3.0 ». En s’efforçant d’adopter une neutralité de ton, Courrier international a voulu présenter une Afrique telle qu’elle se donne à voir, entre une perception catastrophique et une vision positive, plus rare mais bien trop partielle, à l’image de ce que propose Le Point, qui a mis l’accent uniquement sur ce qui fonctionne. En couverture, la chanteuse franco-malienne Inna Modja, séduisante allégorie d’une Afrique jeune, dynamique, rayonnante, invite à la lecture d’un dossier sur les modèles de réussite économique, les élites à l’œuvre de ce miracle et les promesses que permettent ces constats. Avec un peu plus de mesure, les photoreportages de GEO commentent sur 120 pages ces perspectives d’avenir, à l’exact opposé du discours fataliste longtemps reproché aux médias occidentaux. Approche photographique semblable pour le mook Muze paru mi-juin avec l’intention de mettre en évidence un « dynamisme culturel des pays subsahariens porté par les femmes ». jeune afrique


Culture médias de la rubrique Afrique à Courrier international, à propos du hors-série publié le trimestre dernier. Il y a des Africains qui pensent leur société, et on ne perçoit pas cela dans les médias occidentaux. » C’est pourquoi le périodique français a tenté, selon sa formule bien connue (des articles sélectionnés dans la presse locale de préférence), de mobiliser des auteurs et des sources locales, se différenciant de concurrents franco-centrés. Au travers de portes d’entrée inhabituelles telles que l’architecture ou les nouvelles technologies, ce hors-série réalise une introspection africaine. Parlant d’un « succès d’estime » au sujet de cette publication, Ousmane Ndiaye est sorti convaincu de l’aventure que l’Afrique n’était pas « une matière journalis journalistique invendable ». Constat semblable pour Mireille Duteil, en charge du dossier spécial très afro-optimiste du Point. Cette journaliste passée par Jeune Afrique se réjouit du succès éditorial de la livraison. Plus de 90 000 exemplaires vendus, un chiffre légèrement au-dessus des moyennes, surtout pour un mois d’août – traditionnellement « mauvais pour les ventes », ditionnellemen in insiste-t-elle. « Nous avons eu beaucoup de re retours sur ce dossier spécial, les lecteurs so souhaitent que l’on renouvelle l’expérience. On nous demande régulièrement quand l’Afr l’Afrique fera de nouveau la une. »

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Des figures telles que la chanteuse malienne Rokia Traoré, l’Ivoirienne Marguerite Abouet on) (auteure de la BD Aya de Yopougon ou l’écrivaine d’origine camerounaise Léonora Miano sont mises à l’honneur. La presse anglo-saxonne se laisse également enchanter par « la nouvelle dynamique du continent ». Dans sa livraison du 3 décembre 2012, Time Magazine a choisi de promouvoir son dossier consacré à l’« Afrique qui s’élève » (« Africa Rising »). Un titre identique au numéro du magazine The Economist paru exactement un an plus tôt. Ce qui n’a pas empêché cet hebdomadaire britannique de vanter de nouveau « un continent plein d’espoir » dans une édition spéciale de 16 pages consacrée à « l’Afrique émergente », en mars 2013.

introspection. Bien loin du discours moralisateur des failed States (« États défaillants »), théorie géopolitique qui a longtemps imposé sa grille de lecture aux médias anglo-saxons, Time et The Economist parviennent à s’extasier sur la croissance galopante et la montée de la classe moyenne qui s’observent de façon générale. Ils n’omettent pas cependant d’examiner dans le détail les freins à cette émergence. « Il s’agissait de parler de problèmes que l’on élude souvent, considère Ousmane Ndiaye, chef jeune afrique

p Quelques-unes des couvertures que l’on pouvait trouver en kiosque ces douze derniers mois.

miLitAntisme. Quant au numéro spécial de miLit GE GEO, « il s’est vendu ni très mal ni très bien », annonce son rédacteur en chef Éric Meyer. Selon l’OJD, association professionnelle de certification de la diffusion, 239404 exemplaires certific du numéro spécial se sont écoulés, le classant neuvième parmi les douze ventes de l’année. « Les photoreportages sur l’Afrique intéressent, mais moins qu’un sujet sur la France ou l’Italie », conclut Éric Meyer. Antoine de Ravignan, maître d’œuvre du horssérie d’Alternatives internationales, évoque un choix militant à propos d’un « sujet qui n’est pas encore vendeur ». Démentant tout calcul commercial ou adhésion à une nouvelle mode, il rappelle l’inclination de son journal pour les questions de développement. « Ce regard vaut aussi pour l’Afrique. Nous avons voulu montrer ses évolutions politiques et économiques sans le faire de façon naïve », assure-t-il. Au travers des plumes de nombreux correspondants et quelques auteurs locaux, une vision assez juste transparaît. Plus qu’un afro-optimisme béat, c’est en défenseur d’un afroréalisme lucide que s’inscrit ce journalisme qui révèle une autre Afrique. « En mettant le doigt uniquement sur ce qui marche, on ne rend pas service au continent, raisonne Ousmane Ndiaye. Le parti pris optimiste ou pessimiste est à côté de la vérité. Il y a des raisons d’espérer comme des raisons de ne pas y croire. » l n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Culture médias

Visite guidée

Durant deux mois, J.A. sillonne le continent à la découverte de lieux culturels qui ont marqué l’histoire de leur pays.

accords et désaccords Avant d’être le musée des Arts et traditions populaires de Fès, Dar batha a été un palais royal. C’est là que fut signé le traité de protectorat entre la France et le Maroc en 1912. Nicolas Michel,

envoyé spécial

D

ehors, il y a la chaleur de 15 heures qui écrase tout. Dedans, l’ombre fraîche dispense une caresse salvatrice. Cette ombre, de nombreux visiteurs l’ont connue et certains sont morts depuis longtemps, comme le premier résident général du protectorat français au Maroc, Hubert Lyautey, décédé en 1934. L’arbre immense dont les frondaisons chatouillent le soleil est un chêne vert (Quercus rotundifolia) qui trône ici depuis plus de cent ans, majestueux, imposant, paisible. A-t-il été planté avant ou après la construction de Dar Batha, à la fin du XIXe siècle ? Sa présence est si intense que l’on est tenté d’imaginer que lorsque le sultan du Maroc Moulay Hassan I er décida d’édifier cette demeure non loin de la médina, à deux pas de la porte Bab Boujloud, il le fit par amour pour un arbre. Comme Saint Louis qui, dit-on, rendait la justice sous un chêne, le sultan souhaitait utiliser Dar Batha pour les audiences royales lors du séjour estival. Après sa mort en 1894, le lieu fut achevé et embelli par son fils et successeur, Moulay Abdelaziz. Mais l’Histoire devait plutôt retenir le nom de son frère, le sultan Abd al-Hafid. cobalt. Si le vieux chêne de Dar Batha

pouvait parler, il raconterait comment Abd al-Hafid, opposé aux accords d’Algésiras (1906), qui plaçaient le Maroc sous la protection de plusieurs puissances européennes, destitua son cadet avec la complicité du pacha de Marrakech, mais se retrouva, dès 1911, assiégé à Fès à la suite de soulèvements populaires hostiles – et bientôt contraint de demander N o 2742 • du 28 juillet au 3 août 2013

l’aide des troupes françaises stationnées dans la région de Casablanca. En répondant à son appel, les troupes françaises outrepassaient clairement les limites des accords d’Algésiras, et l’Allemagne réagissait vertement en envoyant le croiseur Panther mouiller au large d’Agadir. Une rude négociation permit d’éviter la guerre, l’Allemagne y gagnant le Neukamerun, le « bec de canard » ajouté au Kamerun qu’elle possédait déjà. Eugène Regnault, ministre plénipotentiaire de la France à Tanger, avait désormais les mains libres – et 5 000 hommes armés – pour acculer le sultan à signer le traité de protectorat. En France, le socialiste Jean Jaurès monta à la tribune : « Et d’abord, je vous demande : de quel droit prenons-nous le Maroc ? Où sont nos titres ? On prétend que c’est pour rétablir l’ordre… N’ajoutez pas, messieurs, que c’est pour promouvoir la civilisation… Il y a une civilisation marocaine capable de révolution et de progrès, civilisation antique et moderne. […] C’est pour cela qu’au nom du droit bafoué, moqué, mais qui est la grande réalité de demain, nous protestons contre le principe même de ce traité de protectorat. » Belle envolée qui ne suffirait pas à faire barrière aux manœuvres impérialistes de la France. Le 30 mars 1912, c’est dans le cadre idyllique de Dar Batha que fut signé le traité de Fès par Eugène Regnault et Moulay Hafid. Le premier article dit tout ou presque : « Le gouvernement de la République française et Sa Majesté le sultan sont d’accord pour instituer au Maroc un nouveau régime comportant les réformes administratives, judiciaires, scolaires, économiques, financières et militaires que le gouvernement français

Nicolas Michel

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jugera utile d’introduire sur le territoire marocain. » De nombreuses tribus se révoltèrent et le président du Conseil, Raymond Poincaré, chargea le général Hubert Lyautey de faire appliquer le traité. Ce dernier arriva à Fès en mai, s’imposa par la force, et le sultan abdiqua en août 1912. Le résident général ne s’installa pas à Dar Batha, dans l’ombre du chêne, et le palais fut transformé en musée des Arts et traditions populaires en 1915, « par la volonté du gouvernement chérifien et du protectorat français », comme le précise aujourd’hui le site du ministère de la Culture marocain. Notre bel arbre reçut à ce moment un soutien de poids, celui du fort bien nommé architecte paysagiste Jean-Claude Nicolas Forestier. Le premier jardin qu’il aménagea fut en effet celui de Dar Batha, selon le plan jeuNe afrique


Culture médias

t Un espace d’échanges diplomatiques, intellectuels et artistiques, où se produit en partie le festival des musiques sacrées.

découvrir des corans et des livres de prières, des broderies et des costumes, des instruments de musique et des bijoux… Mais aussi des astrolabes, superbes instruments d’astronomie perfectionnés par les Arabes, et surtout de superbes poteries marocaines. Le musée Dar Batha mettant logiquement à l’honneur la céramique émaillée traditionnelle de la région, en particulier celle décorée d’entrelacs floraux stylisés couleur « bleu de Fès », obtenu avec de l’oxyde de cobalt. indépendance. Parfois, les visiteurs

d’inspiration espagnole qu’il avait présenté en janvier 1914. Sur ce plan, seize parterres orthogonaux s’organisaient autour de larges vasques posées sur des socles de mosaïques multicolores, et le paysagiste avait choisi les essences végétales qu’il souhaitait y planter pour créer un espace enchanteur: des cyprès, des acacias, des magnolias, des orangers, des grenadiers… Selon Jean Giraudoux, Forestier aurait un jour déclaré : « Je suis un vrai homme des villes. J’aime l’air libre et les jardins. » Aujourd’hui, le charme du jardin andalou pensé en continuité avec l’habitation, elle aussi de style hispano-mauresque, opère toujours. Les mosaïques composées de carreaux verts, orange, blancs et noirs des galeries à colonnades renvoient aux couleurs dominantes du jardin, où l’ombre joue jeune afrique

avec la lumière, où les orangers gardent leurs fruits défendus à bonne distance de toute main gourmande sous l’abri de leurs feuilles vernissées. Panneaux de zelliges, plafonds de cèdre peint, rigueur mathématique. Palmier, hibiscus, jacarandas, folie végétale contrôlée. Ou incontrôlée, parfois : des herbes folles ont envahi, sur les toits, les tuiles vertes qui rappellent celles de l’université Al Quaraouiyine, l’une des plus anciennes du monde, construite à Fès à la fin du IXe siècle. Le calme et la sérénité du lieu ne donnent guère envie d’entrer dans les salles du musée. Il y a tant de détails à observer, tant d’essences végétales, tant de variations de lumière au gré de la course du soleil ! Mais il faut, pour

curieux ne peuvent pas entrer, les belles portes dont la peinture s’écaille leur restent obstinément fermées. Notammentlorsdufestivaldesmusiques sacrées de Fès, puisque, durant cette semaine de festivités musicales, le chêne accueillesoussesbranchesdenombreux concerts d’artistes venus du monde entier. « Dar Batha a toujours été un lieu d’échanges diplomatiques, intellectuels, artistiques, affirme Catherine Bendayan, photographe et coordinatrice Europe du festival. Durant l’année, d’autres rencontres s’y tiennent, autour des faits d’actualités ou à l’occasion de débats sur la culture. Dar Batha a même accueilli un festival d’art culinaire pendant trois ans… La force et la magie du chêne séculaire donnent une dimension spirituelle à cet espace. » Le protectorat français sur le Maroc a pris fin en 1956, quarante-quatre ans après son instauration à Fès. Étrange

« Et d’abord, je vous demande: de quel droit prenons-nous le Maroc? » Jean Jaurès (1912)

ironie de l’histoire, mais après tout guère surprenante : en sortant de Dar Batha pour s’en aller rejoindre la médina, impossible de ne pas remarquer le monument massif rappelant les termes du manifeste de l’indépendance du Maroc, rédigé en 1944. Où ? À Fès, bien entendu. l n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Culture médias En vue

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ROMAN

Gourmandise togolaise « En France… Un écrivain togolais accueilli en résidence d’écriture à Moisant, village de mille habitants », annonce la quatrième de couverture. Beaucoup auraient parié sur une succession de comparaisons entre les vies en Afrique et en Europe. À la place, Théo Ananissoh, l’auteur, raconte sous la forme d’un journal de bord à la structure aléatoire les aventures de cet écrivain, débarqué d’ailleurs et qui va, petit à petit, entrer dans le quotidien de gens ordinaires. Il s’attarde sur les petits détails de leur vie, les paysages, avec un style d’une apparente et insolente simplicité, qui de prime abord déroute. Plus qu’une « invitation », son petit livre est une tentation à laquelle on succombe, telle une gourmandise – après quelques hésitations, certes – lentement, délicieusement. l Haby Niakate

L’Invitation, deThéo Ananissoh, Éditions Elyzad, 146 pages, 15,90 euros nnn

n n n Décevant

n n n Pourquoi pas

n n n Réussi

n n n Excellent

POlAR

À l’abordage! Dans un thriller foisonnant, l’Américain Elmore Leonard entraîne le lecteur sur les traces des pirates du golfe d’Aden.

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lle, c’est Dara Barr, une jeune documentariste américaine plusieursfoisoscarisée.Unpeu tête brûlée et forcément canon, elle veut enquêter sur les pirates du golfe d’Aden. À ses côtés, Xavier LeBo, 72 ans bien tassés, un grand Noir avec une boucle d’oreille en or et du gris dans les cheveux – sexy endiable.Ancienmarin devenu caméraman, il l’a précédée à Djibouti et a dégoté le Buster, un chalutier blanc agrémenté d’un petit liseré orange (« ce n’est pas parce qu’il ressemble à un bateau pour homos qu’il ne sera pas capable de tenir la mer », promet Xavier). À eux les pirates somaliens ! En route, ils croiseront Billy, un héritier texan qui joue aux agents secrets en traquant les méthaniers, un verre

de champagne à la main ; Hélène, une jeune mannequin qui se rêve en épouse de milliardaire (et Billy ferait tout aussi bien l’affaire) ; Idriss, un flibustier des tempsmodernesquirouleenMercedesBenz décapotable et se voit plus comme un garde-côte que comme un brigand ; Jama Raisuli, une petite frappe convertie à l’islam et à Al-Qaïda dans une prison de Floride… Il y a du savoir-faire chez Elmore Leonard, au t e u r a m é r i c a i n plusieurs fois adapté au cinéma, avec Get Shorty, Rum Punch – devenu Jackie Brown à l’écran – ou Be Cool. Ses personnages, il les aime et les bichonne. Cela rattrape presque une narration un peu poussive, parce qu’inutilement compliquée. l aNNe kappès-GraNGÉ

Djibouti, d’Elmore Leonard, Rivages, 352 pages, 21,50 euros

nnn

MUSIQUE

Électro choc QUI d’AUTRE QUE lE dJ GIllES PETERSON peut dénicher l’improbable ? Sorti sur son label Brownswood Recordings, Owiny Sigoma Band est issu de la rencontre entre quatre musiciens londoniens et deux Kényans issus du village d’Owiny Sigoma. le cocktail final est détonant avec pour ingrédients musique électronique, dub jamaïcain et instruments, chants et rythmes traditionnels. Espérons que cet album permettra que l’on s’intéresse enfin à la musique kényane, bien trop méconnue, étouffée par la richesse musicale du voisin éthiopien. Mais qui, on l’entend à travers cet album, ne manque certainement pas d’audace. l JÉrôme besNault

HIM MedIa

Power Punch, d’Owiny Sigoma Band (Brownswood Recordings)

nnn

t Le groupe anglo-kényan. jeune afrIque


Culture médias

Et il est comment le dernier… Pascal GelY/rfi

… John le Carré ?

p La chanteuse congolaise Alvie Bitémo. festivAl d’AvigNON

RFi joue les prolongations pARteNAiRe de lA 67e éditiON du festivAl d’AvigNON, Radio france internationale (Rfi) a eu l’excellente idée de saluer la créativité du théâtre africain en proposant un cycle de lecture original. sous la houlette de la metteuse en scène Catherine Boskowitz, « Ça va, ça va, l’Afrique ! » a ainsi invité, du 11 au 16 juillet, Criss Niangouna, Nicolas Bouchaud, Alvie Bitémo, ou encore Marcel Mankita à donner vie notamment aux écrits du poète sony labou tansi, de l’inventive Marie-louise Bibish Mumbu, de l'explosif Artistide tarnagda (également programmé dans le in), et, peut-être moins connus, de Julien Mabiala Bissila et de fiston Nasser Mwanza. les lectures ont été enregistrées et seront diffusées tout au long du mois d’août. À retrouver également sur le site internet de la radio www.rfi.fr l séveRiNe Kodjo-GRaNdvaux

« Ça va, ça va, l’Afrique », sur RFI Monde le samedi à 22 h 10 et sur RFI Afrique le dimanche à 15 h 10TU, jusqu’au 1er septembre nnn ROMAN

horreur à oran Bienquelaplupartdespersonnages soient fictifs, comme tient à le préciser abdelkader Djemaï, auteur de nombreux romans, ce livre mérite d’être qualifié de récit. Car il rapporte, manifestement avec une grande honnêteté, ce que l’auteur, alors au seuil de l’adolescence, a vécu dans sa ville natale d’Oran à la fin de la guerre d’algérie en 1961 et 1962, alors que se déchaînaient les violences : celles des jusqu’au-boutistes locaux de l’OaS contre la population civile « arabe » mais aussi celles de membres dévoyés du Fln, souvent des « marsiens » (ceux qui ont rejoint le combat des indépendantistes… après le cessez-le-feu du 19 mars), vis-à-vis des européens à l’été 1962. plusieurs ouvrages ont paru l’an dernier sur les massacres de pieds-noirs au début de juillet 1962 à Oran – les seuls qui se sont produits au moment de l’indépendance –, et il était salutaire qu’un algérien traite de ce sujet. Sans passion ni pathos, avec le tact et le style dénué d’effets qu’on lui connaît, Djemaï restitue ici, vue à travers des yeux d’enfants et en privilégiant les « petits riens » qui en disent plus long que les événements les plus spectaculaires, cette période cruciale. l ReNaud de RochebRuNe Une ville en temps de guerre, d’Abelkader Djemaï, Seuil, 158 pages, 16 euros nnn jeune afrique

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n 1963, lors de la parution de son troisième roman, un jeune cadre du Foreign Office britannique compromettait définitivement sa carrière dans le monde du renseignement. Le succès de L’Espion qui venait du froid fut tel que l’identité de l’homme qui se cachait sous le pseudonyme de John le Carré fut rapidement révélée. David John Moore Cornwell ne deviendrait donc jamais une légende du MI6. En revanche, de la guerre froide à la guerre contre le terrorisme, de l’internationale du crime aux multinationales criminelles, il allait devenir le grand maître du roman d’espionnage. Bien entendu, le cinéma a préféré James Bond, sa chemise impeccablement repassée sous son costume sombre, sa gueule de play-boy, ses gadgets abracadabrants, ses innombrables girls et son sang-froid de tueur. Mais Ian Fleming, le créateur de 007, est mort en 1964, au moment même où le Carré faisait le choix du réalisme pour décrire le monde de l’espionnage – plus riche en antihéros qu’en surhommes, en bureaucrates qu’en aristocrates de combat. Si les gesticulations acrobatiques de 007 s’épuisent un peu, l’inspiration de le Carré ne s’est pas tarie avec la fin de la guerre froide. Bien au contraire. Aujourd’hui âgé de 81 ans et vivant quasi reclus dans sa maison de Cornouailles, il continue de se faire remarquer avec des livres denses et des articles dignes d’un jeune gauchiste, fustigeant avec talent les néoconservateurs d’ici et

d’ailleurs, avec un faible pour les très honnis George W. Bush et Tony Blair. Dernier opus en date de cet auteur engagé dont les romans dépassent bien souvent les 500000 exemplaires rien qu’au Royaume-Uni: A Delicate Truth (« une vérité délicate »). Y sont décortiquées, autour d’une pseudo-opération de contre-terrorisme à Gibraltar, toutes les compromissions du pouvoir politique avec ces

A Delicate Truth, de John le Carré, Viking, 316 pages, 16 euros nnn

multinationales du renseignement qui emploient des mercenaires véreux et des conseillers occultes, et bien sûr totalement dépourvus de morale. Avec ironie, John le Carré baptise Ethical Outcomes (« Résultats éthiques ») celle qui travaille officieusement pour le Foreign Office britannique. On l’aura compris, il n’y a là rien d’éthique et le romancier, qui n’a pas son pareil pour bâtir une intrigue haletante et camper des personnages très humains, s’en prend avec vigueur aux trahisons du New Labour. Tony Blair, qui a su faire fructifier son carnet d’adresses chez quelques autocrates, se sentira sans doute visé. Enfin, s’il lit des romans… l Nicolas Michel n O 2742 • du 28 juillet au 3 aOût 2013

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Culture médias MUSIQUE

À la recherche du tempo perdu avec le slameur d’origine comorienne Ahamada Smis), Sibongile Mbambo se sent mûre pour une aventure plus personnelle. Ce qui surprend d’abord les non-initiés, dans son chant grave, ce sont les claquements de langue caractéristiques de la langue xhosa, qui font exploser les consonnes et rythment les mélodies. Percutante, Sibongile, alias Bongi, utilise aussi une « Bongi-box », une simple poubelle en plastique (qui vient du Cap !) sur laquelle elle s’assoit et joue avec des mailloches (sortes de baguettes à bouts ronds). Elle s’accompagne aussi à l’udu, un instrument à percussion en forme de vase, et en frappant dans ses mains. Ses textes, volontiers mélancoliques, évoquent l’amour, la mort, les fantômes ou la nostalgie du pays. « There is no place like home », murmure cette déracinée qui rêve d’Afrique du Sud quand elle est en France… et se languit de Marseille lorsqu’elle visite sa famille restée au Cap.

D’origine sud-africaine, sibongile mbambo, alias Bongi, a redécouvert la musique de son pays natal… à Marseille, sa ville d’adoption. Elle défend aujourd’hui des compositions métisses.

Patrick Gherdoussi

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poLyrythmies. Sur scène, elle invite à

un véritable voyage musical, solidement encadrée par trois excellents « stewards » français. À la guitare acoustique, Frédéric Salles reproduit avec ses six cordes les polyrythmies des arcs musicaux tradip La chanteuse native du Cap signe des textes volontiers mélancoliques. tionnels xhosas (qui accompagnent par exemple Madosini), qui font entendre orsqu’elle s’avance, sur scène, on choriste, surtout, elle chante du reggae et à la fois des notes basses et des méloremarque d’abord de petits points du jazz, reprend Miriam Makeba ou Billie dies avec les harmoniques aigus. Aux blancs qui prolongent son regard, Holiday. « Au Cap, la musique et la danse flûtes, saxophone et chant diphonique une coquetterie qui rappelle le xhosas étaient partout dans les rues lors (produisant là aussi plusieurs sons en maquillage de son ethnie sud-africaine, des fêtes, mais aussi lors des mariages, même temps), Lamine Diagne livre des les Xhosas. Et puis il y a sa coiffure, des enterrements… j’ai grandi avec, mais solos jazz habités et planants. Dimitri déclinée en tresses ou chignons, selon je ne m’y intéressais pas vraiment. » C’est Reverchon, aux percussions, complète l’humeur, évoquant aussi bien la mode la pop américaine, diffusée en boucle à cette mosaïque d’influences en mêlant africaine que chinoise. Une chanson plus aux rythmes apporloin, elle virevolte, exécutant quelques pas tés par Sibongile des Un concentré d’influences éclectiques de danse zouloue dans une robe façonnée sons venus aussi bien et électriques qui donne des ailes jazz d’Europe que d’Afrique par une créatrice marseillaise. Du haut de ses 34 printemps, Sibongile Mbambo de l’Ouest (comme la à la tradition xhosa. est un concentré d’influences éclectiques calebasse). et électriques, qui donne des ailes jazz à la radio, qu’elle fredonne alors spontanéCe cocktail coloré, épicé, complexe, la musique traditionnelle sud-africaine. ment. Paradoxalement, ce n’est qu’après vous pourrez le déguster en concert « Lorsque je suis arrivée à Marseille, je son installation définitive en France, dans au festival Bastid’Art, à Miramont-dene pensais pas devenir chanteuse profesla capitale phocéenne, à partir de 2001, Guyenne (Lot-et-Garonne), le 4 août, sionnelle », explique-t-elle aujourd’hui, qu’elle redécouvre ses racines, épaulée et au festival Monte le son, à Paris, dans un français un peu hésitant. Cette par la chanteuse Madosini, grande dame le 22 novembre. Un album est égaleenfant du Cap qui a grandi sous l’aparde la musique traditionnelle xhosa. Après ment prévu pour le début de 2014 chez theid se souvient pourtant d’une jeunesse avoir multiplié les projets (Ilanga, un Colombe Records. l immergée dans la musique. En tant que groupe d’afro-soul, ou une collaboration Léo pajon

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jeune afrique


VOYAGE INSOLITE AU CŒUR DE L’AFRIQUE DU SUD

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DATE DÉBUT : 18/07/2013 ; DATE LIMITE : 21/08/2013 COMMISSION DE LA CEDEAO

SOLLICITATION DE MANIFESTATION D'INTÉRÊT

Manifestation d’intérêt

RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT (FIRME) POUR UNE ÉTUDE DE FAISABILITÉ POUR L’EXTENSION DU RÉSEAU DE GAZODUC DE L’AFRIQUE DE L’OUEST. 1. La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest regroupe quinze(15) Etats membres pour une superficie de plus de six(6) millions de kilomètres carrés avec une population estimée à environ trois cent (300) millions d’habitants. En matière d’énergie, la sous-région regorge d’importantes ressources en hydrocarbures (pétrole et gaz naturel notamment). 2. Malgré ces ressources en hydrocarbures, la sous- région connait un important déficit pour la satisfaction de ses besoins en énergie. En effet, la couverture de la demande énergétique en Afrique de l’Ouest n’est que de 54% et un taux d’électrification de 30% avec seulement moins de 10% en zone rurale. Le parc de production est constitué à 2/3 de centrales thermiques. 3. C’est prenant en compte cette réalité que, sous l’égide de la CEDEAO, le Projet Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (PGAO) a été initié au début des années 80. L’objectif de ce projet est de transporter du gaz naturel sous pression à partir des zones de production au Nigeria vers les marchés économiquement viables du Bénin, du Togo et du Ghana. 4. La mise en œuvre de ce projet se trouve actuellement dans sa phase d’exploitation. Quoique le projet n’ait pas encore répondu aux attentes des pays concernés en raison du faible niveau de gaz naturel disponible actuellement au Nigeria, au regard de l’importance de la demande exprimée dans la sousrégion, la CEDEAO estime néanmoins nécessaire d’envisager dès à présent une étude de faisabilité pour l’extension du Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (GAO) aux autres pays côtiers de la communauté. 5. Des ressources potentielles en hydrocarbures y existent et nombre d’activités d’exploration y sont actuellement menées. Cette étude de faisabilité visera à fournir une vision intégrée de l’exploitation des ressources et de leur transmission dans la sous-région en vue de la satisfaction efficiente des besoins énergétiques. Un Consultant sera ainsi recruté à cet effet. 6. L’objectif de l’étude est : - d’analyser le fonctionnement actuel du gazoduc, identifier tous les problèmes (disponibilité du gaz, sécurité du gazoduc, non respect éventuel des dispositifs contractuels) et de proposer des solutions pour l’optimisation de ce fonctionnement ; - d’analyser les conditions économiques et techniques d’extension du réseau du gazoduc vers d’autres pays de l’espace CEDEAO non parties au PGAO ; - de préparer le cas échéant un schéma directeur d’extension et d’interconnexion du réseau de gazoduc dans la région CEDEAO en tenant compte des points de consommation et des sources de production existantes ou potentielles. 7. Pour la réalisation de la mission, le cabinet devra présenter au moins le profil suivant :  être un Bureau d’Etudes ayant une grande expérience dans les études des programmes et projets d’infrastructures énergétiques ;  justifier de connaissances pratiques avérées sur l'Afrique de l’ouest acquises au cours d’expériences pertinentes dans ce secteur ;  avoir au moins le personnel clé ci après pour exécuter la mission : un Spécialiste en Ingénierie de Construction, Un Expert en Génie Chimique ou Mécanique des Fluides et Un Expert en analyse financière et/ou économique ;  disposer de la capacité à produire et à fournir les rapports dans au moins deux des langues officielles de la CEDEAO à savoir, l’Anglais et le Français. 8. Un consultant sera sélectionné suivant la méthode basée sur la qualité technique et le coût (SBQC) conformément au Code des Marchés de la CEDEAO. La Commission de la CEDEAO n’est pas tenue de retenir sur la liste restreinte un consultant qui aurait manifesté un intérêt pour la mission. 9. Une liste restreinte de six (6) cabinets présentant les meilleurs profils sera établie à partir des Manifestations d’Intérêts reçues. 10. Les cabinets d'un même réseau international ne peuvent soumettre qu'une seule manifestation d'intérêt. 11. La Commission de la CEDEAO invite les Consultants (Cabinets) admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services :  liste du personnel et compétences du consultant pour la mission ;  indication des références techniques vérifiables dans le domaine de la présente mission : liste des précédents clients pour ce type de mission précisant l’année et le coût de la mission ;  l’adresse complète du cabinet (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Email). 12. Les Consultants intéressés peuvent se constituer en Groupement en vue d’augmenter leur niveau de qualification. 13. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux adresses mentionnées ci-dessous du lundi au Vendredi de 9 heures à 17 heures 0 GMT +1:Commission de la CEDEAO, Direction de l’Administration Générale, Division Passation des Marchés, 101, Yakubu Gowon Crescent Asokoro District, P.M.B. 401 Abuja Nigeria ou par E-mail à ces adresses suivantes : procurement@ecowas.int 14. Les manifestations d’intérêt rédigées en Anglais, Français et Portugais doivent parvenir sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le Mercredi 21 Août 2013 à 16 heures précises, heure locale (GMT + 1) et porter clairement la mention : « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT (FIRME) POUR UNE ETUDE DE FAISABILITE POUR L’EXTENSION DU RESEAU DE GAZODUC DE L’AFRIQUE DE L’OUEST », « à ouvrir uniquement en présence du Comité d’Appel d’Offres » : Boîte d’Appel d’Offres située dans le bureau de l’Assistante à la Commissaire, Administration & Finance, 5ème étage, Commission de la CEDEAO, 101 YAKUBU GOWON CRESCENT, ASOKORO District, P.M.B 401 ABUJA NIGERIA. 15. Cet avis de Manifestation d’Intérêt peut être consulté sur le site web ci-après : www.ecowas.int/services. Commissaire, Administration & Finance

N° 2742 • DU 28 JUILLET AU 3 AOÛT 2013

JEUNE AFRIQUE


MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DES FINANCES, DU PLAN, DU PORTEFEUILLE PUBLIC ET DE L’INTÉGRATION PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE Crédit n° 5063-CG- Financement IDA - Unité d’Exécution du Projet B.P 2116 Brazzaville, République du Congo, Tel : 05 551 96 11, Courriel: prctg@yahoo.fr

AVIS DE SOLLICITATION À MANIFESTATION D’INTÉRÊT

N° 19/MEFPPPI-CAB/PRCTG II/13

« Recrutement d’un Consultant individuel international pour la formation de soixante dix (70) informaticiens du MEFPPPI en administration base de données et sécurité»

1. Le Gouvernement de la République du Congo a obtenu auprès de l’Association Internationale de Développement (IDA) un crédit (Crédit n° 5063-CG) du Projet de Renforcement des Capacités de Transparence et de Gouvernance (PRCTG), et a l’intention d’utiliser une partie du montant dudit crédit pour financer les services de consultants ci-après : Recrutement d’un Consultant individuel international pour la formation de 70 informaticiens du MEFPPPI en administration base de données et sécurité. 2. La formation vise de manière générale à accroitre les compétences des informaticiens du MEFPPPI en administration base de données, messagerie/outil collaboration, serveurs d’application et sécurité (MySQL et ORACLE 10g) pour permettre une production des actes administratifs. Les objectifs spécifiques sont : (i) former les agents en administration système, base de données, messagerie/outil collaboration, serveurs d’application et sécurité (MySQL et ORACLE 10g); (ii) rendre apte et compétitif le personnel informaticien. La durée de la mission est estimée à vingt un (21) jours ouvrables repartis ainsi qu’il suit : (i) administration de base ORACLE : 04 groupes de 10, soit 20 informaticiens ; (ii) administration de base ORACLE avancé: 04 groupes de 10, soit 20 informaticiens ; (iii) administration messagerie/outil collaboration : 01 groupe de 10, soit 10 informaticiens et (iv) administration des serveurs d’application: 02 groupes de 10, soit 20 informaticiens. 3. L’Unité d’Exécution du PRCTG invite les candidats intéressés à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les Consultants intéressés doivent fournir des informations pertinentes indiquant leurs capacités techniques à exécuter lesdits services. Le dossier de candidature devra comporter les renseignements suivants : • les copies des diplômes ; • les compétences du candidat pour la mission, notamment l’indication de références techniques vérifiables en matière de missions similaires (liste des précédents clients

pour ce type de mission : année, coût de la mission, nom et adresse complète du représentant du client) ; • l’adresse complète du consultant (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Courriel). Profil du Consultant : - le consultant devra être titulaire d’un diplôme BAC+5 ou plus dans le domaine du développement et de l’administration des bases de données et de gestion des projets ou une certification ORACLE ; - les expériences pratiques dans le domaine concerné par la formation sont fortement souhaitées ; - l’expérience dans la formation des adultes serait un atout. 4. Sur cette base, un Consultant individuel sera sélectionné conformément aux Directives de la Banque « Sélection et Emploi des Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale de janvier 2011». Le Consultant sera sélectionné sur la base de la comparaison des CV. 5. Les intéressés doivent s’adresser à l’Unité d’Exécution du PRCTG pour obtenir des informations supplémentaires, à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables, de 8 h 00 à 16 h. 6. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées sous pli fermé ou en version électronique à l’adresse ci-dessous, au plus tard, le vendredi 16 août 2013 : PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE UNITE D’EXECUTION DU PROJET - SECTION PASSATION DES MARCHÉS B.P 2116 Brazzaville, République du Congo - Derrière le Commissariat Central Courriel : prctg@yahoo.fr Brazzaville, le 23 juillet 2013 Le Coordonnateur p.i Jean François EKANDJA

AVIS DE SOLLICITATION À MANIFESTATION D’INTÉRÊT

N° 21/MEFPPPI/PRCTG/13

« Recrutement d'un Consultant individuel international pour l’identification des besoins et l’élaboration d’un programme de formation de l’Inspection Générale d’Etat»

1. Le Gouvernement de la République du Congo a obtenu auprès de l’Association Internationale de Développement (IDA) un crédit n° 5063-CG, pour le financement des activités du Projet de Renforcement des capacités de Transparence et de Gouvernance (RRCTG), et a l’intention d’utiliser une partie du montant dudit Don pour financer les services de consultants ci-après : Recrutement d'un Consultant individuel international pour l’identification des besoins et l’élaboration d’un programme de formation de l’Inspection Générale d’Etat. 2. Cette mission vise à élaborer un programme de formation de l’Inspection Générale d’Etat en matière de conduite efficiente des missions d’audit et de contrôle. Les objectifs spécifiques de la mission sont : (i) d’établir un état des lieux des compétences actuelles ; (ii) de définir, au regard du périmètre d’intervention de l’Inspection Générale d’Etat décliné ci-haut, les quantités et les qualifications requises pour la conduite efficiente des missions de contrôle et d’audit ; (iii) de déterminer les écarts entre les compétences actuelles et celles requises ; (iv) de proposer des modules spécifiques de formations destinés à accroitre progressivement, les capacités professionnelles des inspecteurs généraux d’Etat, des inspecteurs d’Etat et des auxiliaires de contrôle ; (v) de déterminer les coûts estimatifs des modules spécifiques de formations. La durée de la mission est de quatre vingt dix (90) jours intégrant la soumission du rapport final. 3. L’Unité d’Exécution du PRCTG, invite les candidats intéressés à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les Consultants intéressés JEUNE AFRIQUE

doivent fournir des informations pertinentes indiquant leurs capacités techniques à exécuter lesdits services. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services (brochures, références concernant l’exécution de contrats analogues, expérience dans des conditions semblables, etc.). 4. Sur cette base, un consultant individuel sera sélectionné conformément aux Directives de la Banque « Sélection et Emploi des Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale de janvier 2011». Le Consultant sera sélectionné suivant la comparaison des CV. 5. Les intéressés doivent s’adresser à l’Unité d’Exécution du PRCTG pour obtenir des informations supplémentaires, à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables, de 8 h 00 à 16 h 00. 6. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées sous pli fermé ou en version électronique à l’adresse ci-dessous, au plus tard, le vendredi 16 août 2013 : PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE UNITE D’EXECUTION DU PROJET - SECTION PASSATION DES MARCHÉS B.P 2116 Brazzaville, République du Congo Derrière le Commissariat Central Courriel : prctg@yahoo.fr Brazzaville, le 23 juillet 2013 Le Coordonnateur p.i Jean François EKANDJA N° 2742 • DU 28 JUILLET AU 3 AOÛT 2013

Manifestation d’intérêt

MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DES FINANCES, DU PLAN, DU PORTEFEUILLE PUBLIC ET DE L’INTÉGRATION PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE Crédit n° 5063-CG - Unité d’Exécution du Projet B.P 2116 Brazzaville, République du Congo, Tel : 05 551 96 11, Courriel : prctg@yahoo.fr


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Annonces classées

MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE SECRÉTARIAT GÉNÉRAL CELLULE D’EXÉCUTION DES PROJETS SANTÉ - PALMT

AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT MADAGASCAR PROJET D’APPUI À LA LUTTE CONTRE LES MALADIES TRANSMISSIBLES (VIH-SIDA, IST, TUBERCULOSE) Accord de Don n° 2100155003674 - Accord de crédit n° 998P N° d’Identification du Projet : P-MG-IBE-001 Le Gouvernement de la République de Madagascar a reçu un financement du Groupe de la Banque Africaine de Développement afin de couvrir le coût du Projet d’appui à la lutte contre les maladies transmissibles (VIH-SIDA, IST, TUBERCULOSE), et a l’intention d’utiliser une partie des sommes accordées au titre de ce don pour financer les prestations de Consultants individuels chargé de l’élaboration du rapport d’achèvement du PALMT.

Manifestation d’intérêt

Les services prévus au titre de ce contrat comprennent l’élaboration du rapport d’achèvement du Projet sur la base d’une analyse des documents clé du Projet, l’examen des réalisations du Projet en fonction des objectifs qui étaient fixés, et l’étude du processus d’exécution et du fonctionnement du Projet. Le Ministère de la Santé Publique. représenté par la Cellule d’Exécution du Projet d’appui à la lutte contre les Maladies Transmissibles (VIH-SIDA, IST, TUBERCULOSE) invite les Consultants à présenter leur candidature en vue de fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent produire les informations sur leur capacité et expérience démontrant qu’ils sont qualifiés pour les prestations (documentation, référence de prestations similaires, expérience dans des missions comparables, disponibilité de personnel qualifié, etc.). Les consultants peuvent se mettre en association pour augmenter leurs chances de qualification. Les critères d’éligibilité, l’établissement de la liste restreinte et la procédure de sélection seront conformes aux « Règles et Procédures pour l’utilisation des Consultants » de la Banque Africaine de Développement, Edition mai 2008, qui sont disponibles sur le site web de la Banque à l’adresse : http://www.afdb.org. L’intérêt manifesté par un consultant n’implique aucune obligation de la part de l’Emprunteur de le retenir sur la liste restreinte. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires à l’adresse mentionnée ci-dessous aux heures d’ouverture de bureaux suivantes : de 8h00 à l6h00 (heures locales). Les expressions d’intérêt doivent être déposées à l’adresse mentionnée ci-dessous au plus tard le 12 août 2013 à neuf (09) heures (heure locale) et porter expressément la mention « Manifestation d’intérêt pour le recrutement d’un Administrateur du PALMT ». Projet d’appui à la lutte contre les Maladies Transmissibles (VIH-SIDA, IST, TUBERCULOSE) à l’attention : Madame le Directeur National du PALMT Tsaralalàna, près du Service des infrastructures, de la Logistique et du Patrimoine - MINSAN 101 - Antananarivo - Madagascar e-mail : cepsante@fadsante.mg Antananarivo, le 27 juillet 2013. Administrateur du PALMT Monsieur ANDRIANASOLO Heritsimba Antoine N° 2742 • DU 28 JUILLET AU 3 AOÛT 2013

Directeur du PALMT Dr RAMIHANTANIARIVO Herlyne JEUNE AFRIQUE


Annonces classées

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Avis dʼAppel dʼOffres International N° 16/2013 « REMPLACEMENT DES ONDULEURS DES SALLES TELECOM ET DISPATCHING NATIONAL » Le candidat doit fournir la preuve écrite que les fournitures qu’il propose remplissent les conditions d’utilisation tel que renseigné dans la section IV point 2 (cahier des clauses techniques) (Voir le document d’Appel d’offres pour les informations détaillées). 7. Les candidats intéressés peuvent obtenir un dossier d’Appel d’offres complet auprès du Secrétariat du Département Approvisionnements sis au 28, rue Vincens Dakar, 4ème étage, téléphone : (221) 839-32-92 après formulation d’une demande écrite, contre un paiement non remboursable de vingt-cinq mille (25 000) CFA en espèces dans nos caisses. Les candidats qui le souhaitent pourront consulter gratuitement le dossier d’appel d’offres prévu à cet effet à la même adresse. Le document d’appel d’offres pourra être acheminé par la poste avec accusé de réception à la demande du candidat. 8. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-après Commission des Marchés sis au 28, rue Vincens Dakar, téléphone : (221) 33 839-32-92 au plus tard le Mercredi 04 Septembre 2013 à 09 heures 30 mn TU. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des candidats à l’adresse ci-après : Salle de la Commission des Marchés au 28, rue Vincens Dakar le Mercredi 04 Septembre à 09 heures 30 mn TU. Les candidats qui souhaitent déposer leurs offres avant la date d’ouverture des plis les remettront au secrétariat de la Direction des Affaires Juridiques et Passation des Marchés, sise au 28, rue Vincens – Dakar, 5ème étage. 9. Les offres doivent comprendre une garantie de soumission d’un montant d’un million (1 000 000) FCFA. La garantie de soumission devra demeurer valide pendant cent dix huit (118) jours après la date limite de dépôt des offres. Les offres devront demeurer valides pendant quatre vingt dix (90) jours après la date limite de dépôt des offres. Le Directeur Général

Le Gouvernement du Burkina Faso a obtenu un prêt de la Banque Islamique de Développement (BID) pour financer le projet de construction et d'équipement d'une cité universitaire à Bobo-dioulasso. Il est prévu qu'une partie des sommes accordées au titre de ce crédit sera utilisée pour effectuer les paiements autorisés au titre des fournisseurs chargés des équipements. Les décaissements de fonds par la BID sont entièrement assujéttis aux termes et conditions de l'accord de financement aux présentes directives relatives à l'acquisition des biens et services dans le cadre du financement de la BID. Sauf accord explicite de la BID, aucune partie autre que le Gouvernement du Burkina faso ne peut se prévaloir des dispositions de l'accord de financement ni avoir quelques prétentions que ce soit sur le produit du financement. 1. Le Directeur des Marchés Publics du Ministère des Enseignements Secondaire et Supérieur lance un appel d’offres international pour l'acquisition d'équipements d'hébergement, de cuisine, de restauration et de bureaux et de matériels informatique, audiovuisuel et médical au profit de la Cité Universitaire de Bobo-dioulasso. 2. La participation à la concurrence est ouverte à toutes les personnes physiques ou morales ou groupements desdites personnes agréés pour autant qu’elles ne soient pas sous le coup d’interdiction ou de suspension et pour les candidats établis ou ayant leur base fixe dans l'un des pays membres de la BID, être en règle vis-à-vis de l’Autorité contractante de leur pays d’établissement ou de base fixe. Les acquisitions (ou service) se décomposent en cinq (5) lots réparties comme suit : Lot 1 Mobilier des pavillons d'hébergement Lot 2 Mobilier des bâtiments annexes Lot 3 Matériels informatique et audiovisuel Lot 4 Equipement de cuisine Lot 5 Matériel médical pour l'infirmerie Les soumissionnaires ont la possibilité de soumissionner pour un, plusieurs ou l’ensemble des lots. Dans le cas où ils soumissionnent pour plusieurs ou l’ensemble des lots, ils devront présenter une soumission séparée pour chaque lot. 3. Le délai de livraison ou d’exécution ne devrait pas excéder : 03 mois pour les lots 2, 3 et 5, 04 mois pour les lots 1 et 4.

4. Les soumissionnaires éligibles, intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires et consulter gratuitement le dossier d’appel d’offres dans les bureaux de la Direction des Marchés publics du Ministère des Enseignements Secondaire et Supérieur_ 01 BP 7130 Ouagadougou 01. 5. Tout soumissionnaire éligible, intéressé par le présent avis, doit retirer un jeu complet du dossier d’appel d’offres à la Direction des marchés Publics du Ministère des Enseignements Secondaire et Supérieur sis 2e étage de l’Immeuble ZONGO, Avenue Houari Boumedienne, Tél. : 50 30 55 79 moyennant paiement d’un montant non remboursable de cinquante mille (50 000) F CFA à la Direction Générale du Contrôle des Marchés Publics et des Engagements Financiers (DGCMEF) sise au rez de chaussée de l'immeuble du Ministère de l'Economie et des Finances. 6. Les offres présentées en un (1) original et quatre (4) copies, conformément aux Instructions aux soumissionnaires, doivent être accompagnées d’une garantie de soumission dont le montant par lot est mentionné dans le tableau ci-après : - Pour les lots 1 et 2 : deux millions (2 000 000) de francs CFA ; - Pour le lot 3 : un million (1 000 000) de francs CFA ; - Pour le lot 4 : quatre millions cinq cent mille (4 500 000) francs CFA ; - Pour le lot 5 : cinq cent mille (500 000) francs CFA. Ces offres devront parvenir ou être remises à l’adresse la Direction des Marchés publics du Ministère des Enseignements Secondaire et Supérieur sis 2e étage de l’Immeuble ZONGO, Avenue Houari Boumedienne, Tél. : 50 30 55 79_ 01 BP 7130 Ouagadougou 01, avant le 23 septembre 2013, à 9 heures. L’ouverture des plis sera faite immédiatement en présence des soumissionnaires qui souhaitent y assister. En cas d’envoi par la poste ou autre mode de courrier, le Directeur des Marchés Publics ne peut être responsable de la non réception de l’offre transmise par le soumissionnaire. 7. Les soumissionnaires resteront engagés par leurs offres pour un délai maximum de quatre vingt dix (90) jours, à compter de la date de remise des offres. Ouagadougou, le 16 juillet 2013 le Directeur des Marchés Publics du MESS Issa GARANE

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Appel d’offres

1. Cet Avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis Général de Passation des Marchés paru dans le journal Le Soleil du 07 mars 2013. 2. Senelec a obtenu des fonds de la Bank Of Africa (BOA) afin de financer le programme « Plan d’Urgence Prioritaire du Transport », et a l’intention d’utiliser une partie de ces fonds pour effectuer des paiements au titre du Marché relatif au « Remplacement des onduleurs des salles télécom et Dispatching National ». 3. Senelec sollicite des offres sous pli fermé de la part de candidats éligibles et répondant aux qualifications requises pour l’acquisition d’onduleurs pour les locaux Télécom répartis en un seul lot. 4. La passation du Marché sera conduite par Appel d‘offres ouvert tel que défini dans le Code des Marchés publics, et ouvert à tous les candidats éligibles. 5. Les candidats intéressés peuvent obtenir des informations auprès du Secrétariat du Département Approvisionnements et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres aux jours et heures ouvrables à l’adresse mentionnée ci-après : 28, rue Vincens Dakar 4eme étage, téléphone : (221) 839-32-92. 6. Les exigences en matière de qualification sont : a. Capacité financière : i. Fournir les états financiers des trois dernières années (2009, 2010 et 2011) qui reflètent une situation financière équilibrée de leurs entreprises dûment certifiés par un Commissaire aux comptes agréés. b. Capacité technique i. Le candidat doit prouver, document à l’appui, qu’il a eu à exécuter deux (2) marchés similaires durant les cinq (5) dernières années (2008, 2009, 2010, 2011 et 2012) fourniture et installation. ii. Le candidat doit avoir dans son équipe d’installation un agent certifié sur le produit proposé.


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Annonces classées SOCIETE NIGERIENNE D’ELECTRICITE

AVIS DE SELECTION D’UN INTEGRATEUR POUR LA FOURNITURE DE MATERIELS ET LOGICIELS INFORMATIQUES

INVITATION FOR BIDS Procurement Number: 31/PBFA/13 REQUEST FOR PROPOSAL FOR IPSAS IMPLEMENTATION TECHNICAL SUPPORT SERVICES The African Union Commission has reserved some funds towards the procurement of the above mentioned services. The African Union Commission now invites bids from interested bidders for the provision of IPSAS IMPLEMENTATION AND SUPPORT SERVICES for the African Union. More details on the above requirements are provided in the bid document. Interested firms can collect the bid documents from the African Union website: http://www.au.int/en/bids. The closing date for the submission of bids shall be 23rd August 2013. For further inquiries please use Tel: +251-11-5517700, Ext 4305. Or e-mail: Tender@africa-union.org

Groupe de la Banque Islamique de Développement Prix de la BID en ”Banques/Finance Islamiques ” 1435H (2014)

Dans le cadre de la modernisation de son système d’information, la Société Nigérienne d’Electricité (NIGELEC) compte sélectionner, sur financement propre, un intégrateur informatique pour la fourniture et le déploiement des matériels et services suivants : • Des équipements serveurs • Des ordinateurs de bureau (PC) et portables • Des onduleurs de grandes capacités • Des logiciels informatiques (systèmes d’exploitation, bureautique, messagerie, collaboration, antivirus, sauvegarde) • Des équipements réseaux (routeurs et commutateurs) • Le câblage réseau de différents sites de la NIGELEC • Tous les services liés à l’installation et à l’utilisation des matériels et des logiciels fournis. Par le présent avis, la NIGELEC invite les candidats disposant de l’expertise requise, à présenter une offre sous pli fermé pour la fourniture des matériels et services précités, en un lot unique. La participation à concurrence est ouverte à toutes personnes physiques ou morales ou groupement des dites personnes, de toute nationalité, et légalement constitués, pour autant qu’elles ne soient pas sous le coup d’interdiction, ou de suspension d’activités. Les candidats intéressés peuvent obtenir un jeu complet du dossier d’appel d’offre en Français, moyennant paiement d’un montant non remboursable de cinq cent mille (500.000) FCFA, au Service Achats Commandes et Marchés (SACM) de Nigelec sis en zone industrielle. Les offres doivent être remises à l’adresse ci-dessous indiquée, au plus tard le lundi 09 septembre 2013 à 09 heures GMT : Société Nigérienne d’Electricité (NIGELEC) 201, Avenue Charles de Gaulle (PL30) – Plateau I BP 11202 Niamey (NIGER) Tél: (+227) 20 72 26 92 / 93 / 94 / 95 / 96 Horaires de travail : Lundi au jeudi, de 8h à 13h et de 14h30 à 17h30 - Vendredi : de 8h à 13h. L’ouverture des plis se fera le même jour à 09 heures 30mn GMT en présence des représentants des soumissionnaires qui le désirent. Les offres reçues après le délai fixé seront rejetées.

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

Divers

DIVISION ACHAT ET TRANSIT APPEL AUX NOMINATIONS Le Groupe de la Banque Islamique de Développement a le plaisir d’inviter les universités, les institutions à .,/,.+'/) -.&)$+&%!()* #)- &$-+&+(+&"$- %$,$.&'/)-* #)organisations islamiques et les particuliers, de par le monde, à proposer la candidature de ceux qui leur paraissent dignes d’obtenir le Prix de la BID pour l’année 1435H (2014) en « Banques/Finance Islamiques ». L’objectif du Prix est de récompenser et encourager les contributions exceptionnelles (théorique et/ou pratique) d’individus ou d’institutions dans ce domaine. Le prix comprend une citation portant l’emblème de la Banque et une récompense de 30.000 Dinars islamiques (environ 45.000 $EU). Le dernier délai de réception des nominations est le 01 Safar 1435H (04 décembre 2013). Pour des informations détaillées sur la procédure de nomination, veuillez consulter le site web: www.irti.org ou envoyer un email au secrétariat du prix: idbprize@isdb.org

N° 2742 • DU 28 JUILLET AU 3 AOÛT 2013

AVIS DE REPORT DE LA DATE LIMITE DE REMISE DES OFFRES RELATIFS A L’APPEL D’OFFRES N° 04/2013

Le Ministère de la Défense Nationale Tunisienne informe les soumissionnaires intéressés par l’appel d’offres n° 04/2013 réservé aux entreprises italiennes, pour l’acquisition des équipements et de matériel de plongée pour le centre de formation professionnelle de plongée de ZARZIS, que la date limite de remise des offres est reportée jusqu’au 30 Juillet 2013, dans les mêmes conditions. JEUNE AFRIQUE


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EXCITING CAREER OPPORTUNITY IN TRADE AND REGIONAL DEVELOPMENT IN BURUNDI TradeMark East Africa (TMEA) is funded by a range of development agencies with the aim of growing prosperity in East Africa through trade. We believe that enhanced trade contributes to economic growth, a reduction in poverty and subsequently increased prosperity. TMEA works closely with East African Community (EAC) institutions, national governments, the private sector and civil society organisations to increase trade by unlocking economic potential through: • Increased market access; • Enhanced trade environment; and • Increased product competitiveness. TMEA has its headquarters in Nairobi with branches in Arusha, Bujumbura, Dar es Salaam, Juba, Kampala and Kigali. TMEA is seeking to recruit a high calibre, results-oriented and self-driven experienced Burundi national to join our team in the position below.

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APPLICATION DETAILS This is a demanding environment and requires a candidate with strong organisational and interpersonal skills with the ability to prioritise, multi-task and work under pressure amidst competing demands. The position is available on an initial 2-year contract with attractive salary and benefits packages, and is based in Bujumbura, Burundi with occasional travel around East Africa. Please send us your cover letter and detailed CV (in English), including your qualifications, experience, present position and current remuneration. Your application should also include names and addresses of three referees, a working e-mail address and daytime telephone contacts. The forwarding e-mail and cover letter must clearly indicate the position title on the subject line. The detailed job profile for this post can be accessed on www.trademarkea.com. Send your application to recruitment@trademarkea.com by Friday, 9 August 2013 by 5.00pm East African time. Interviews will be conducted by the end of August in Bujumbura, Burundi. Applications received after the deadline time and date will not be accepted. We reserve the right to accept or reject any application. Only short-listed candidates will be contacted. TradeMark East Africa is an equal opportunity employer and is committed to open and transparent recruitment processes.

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Recrutement

The Programme Manager will support the Country Director in managing the country programme. This will include developing and maintaining work plans and budgets; rolling out programmes and developing appropriate project planning and implementation mechanisms and systems for all projects; preparing analytical reports on developments by Ministries, Departments and Agencies (MDAs), Private Sector and Civil Society Organisations in response to regional integration; supporting key stakeholders in critically examining capacity needs and developing proposals in line with TMEA’s strategic objectives; liaising with the Regional Trade and Integration Director to analyse national strategies for regional integration, developments at the East African Community (EAC), Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA) and Southern African Development Community (SADC), and their implications and advising accordingly; liaising with the Knowledge and Results Director to monitor and evaluate TMEA activities; and supporting media and communications activities to ensure visibility of TMEA at the national level. The ideal candidate will possess a first degree in Business

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Les gens se battent toujours pour leurs droits, mais pas comme par le passé. En Asie de l’Est, en Afrique de l’Est, de l’Ouest et en Afrique australe, par exemple, des personnes se regroupent de diverses manières pour revendiquer des libertés fondamentales et défier l’oppression. C’est la raison pour laquelle nous ouvrons les premiers bureaux régionaux du Secrétariat International à Johannesburg et à Nairobi, et que nous renforçons notre présence à Hong Kong et à Dakar. Nous voulons augmenter notre influence dans ces régions par un travail de recherche optimal, de solides dispositifs de campagne et des équipes de renforcement des capacités, avec le soutien d’un leadership stratégique expert et d’autres postes logistiques. Notre façon de travailler évolue, et nous avons besoin de vous. Pour vous informer sur les postes régionaux du Secrétariat International, recevoir des alertes sur les postes vacants, etc., rendez-vous sur careers.amnesty.org. Pour les dernières mises à jour, suivez-nous sur Twitter @AmnestyCareers

Directeur Général WWF International Genève, Suisse Le WWF est l’une des organisations de protection de l’environnement les plus influentes dans le monde. Depuis 1961 le WWF est un défenseur reconnu du comportement et des actions durables pour la préservation de la biodiversité. Il a aujourd’hui un réseau de 6,000 employés, est actif dans plus de 100 pays sur cinq continents et fort du soutien de presque 6 millions de membres. Dans de nombreux pays, le WWF forme une part intégrante de la société civile et influence le secteur privé, les politiques et la législation en plus de mener des actions concrètes de conservation de l’environnement. Le WWF a entrepris de devenir un réseau plus mondialement présent – s’engageant à renforcer ses bureaux pour avoir davantage d’impact dans les régions du Sud, tout en consolidant sa capacité à agir aussi bien au niveau régional que global pour atteindre ses objectifs de protection de l’environnement. Le Directeur Général va diriger le réseau du WWF dans ce processus. Il/elle assurera la vision stratégique, la rigueur intellectuelle et la coordination des efforts au sein de l’organisation. Il/elle sera le représentant global de l’organisation avec ses partenaires auprès des gouvernements, du secteur privé et de la société civile. Il/elle dirigera le secrétariat du WWF International, avec la collaboration du conseil de fondation du WWF International et mènera sa campagne de mobilisation des ressources. Les candidats auront une compréhension du secteur de la protection de l’environnement et la capacité de communiquer à tout niveau. Ils auront fait leurs preuves en tant que dirigeant(e) au sein d’organisations internationales complexes, et auront une expérience dans des pays du Sud. WWF International a engagé Russell Reynolds Associates pour l’assister dans cette recherche. Pour plus d’information sur ce poste, les qualifications requises ainsi que la procédure de candidature, veuillez visiter: www.rraresponses.com Le délai pour le dépôt des candidatures est le 9 septembre 2013.

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vous & nous

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le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Gorée Une mort suspecte Lecteur fidèle depuis plusieurs années, je réagis pour la première fois, à la suite d’un article consacré au fort de Gorée (J.A. no 2740, du 14 au 20 juillet). Évoquant le décès d’Omar

Blondin Diop, vous affirmez qu’il est décédé « des suites d’un violent passage à tabac ». Vous relayez la version de sa famille et de ses proches. La version officielle reconnue à ce jour par la justice sénégalaise est celle du suicide. l Talla DUponT, Le Havre, France

SYLVAIN CHERKAOUI pOUR J.A.

Réponse

p Le fort de Gorée, au Sénégal.

La version officielle, qui prétend qu’Omar Blondin Diop s’est pendu dans sa cellule, était mentionnée dans l’article. Divers éléments incitent toutefois à la remettre en question. La main courante rédigée ce jour-là par l’infirmier de l’île de Gorée préconisait l’évacuation immédiate du jeune homme vers l’hôpital Le Dantec, ce qui n’a pas été fait. Le premier magistrat chargé de l’enquête avait d’ailleurs inculpé trois agents pénitentiaires. Dans la semaine qui a suivi, il a été relevé de ses fonctions et son remplaçant s’est

Cameroun Le calvaire des homosexuels L’articLe de GeorGes douGueLi (J.A. no 2741, du 21 au 27 juillet) sur la mort atroce et barbare d’Éric Lembembe doit, bien sûr, être salué. il honore, une fois de plus, Jeune Afrique. La réaction du président Biya, qui botte en touche, n’est pas surprenante. Lui-même a trop instrumentalisé l’homophobie, comme exutoire aux fantasmes et aux peurs contre une société profondément corrompue, pour qu’il renonce à garder « sous le pied » un bien commode bouc émissaire. J’ai été très intéressé par le dialogue entre les présidents Barack obama et Macky sall sur le même sujet. il me faut reconnaître que la réponse du sénégalais, dont on connaît la très grande intelligence, a été remarquable, en rappelant à son hôte que, pour des raisons « culturelles », en amérique on exécute encore de façon affreuse des condamnés (ceux qui n’ont pas d’avocat assez riche, du moins). on pourrait ajouter, comme dans le même numéro de J.a., le verdict ignoble du N O 2742 • dU 28 JUILLEt AU 3 AOût 2013

tribunal de Floride et son fameux « permis de tuer ». Quelles leçons peuvent donc donner les américains dans ce domaine ? Pourtant, si je puis me permettre, le problème n’est pas le même. comme vous le dites, la pénalisation de l’homosexualité en afrique est due aux religions importées et aux législations coloniales. de quoi sont-ils coupables, ces millions d’homosexuels africains ? d’être nés. ils n’ont, pourtant, rien choisi. ils ne menacent en rien le modèle de la famille africaine. Les dirigeants vraiment épris de justice, s’ils existent (et je pense vraiment à Macky sall), doivent commencer, lentement, résolument, à combattre les préjugés insensés et à remonter cette pente très dangereuse. L’afrique du sud a été très loin sur cette voie. on n’en demande pas autant. Mais il faut vraiment montrer un nouveau visage. Vous, vous connaissez la vérité. Faites-la circuler. l paTRice chevy, Garches, France

empressé de rendre un non-lieu général. une demande de réouverture du dossier pour faits nouveaux a été déposée par la famille. la RéDacTion

pharo Regrets éternels en tant qu’ancien directeur de l’Institut de médecine tropicale du service de santé des armées (IMtSSa) au Pharo et au nom de tous, élèves, anciens enseignants et directeurs de cet institut, je vous remercie d’avoir, avec le « silence choquant » que souligne le professeur edmond Bertrand (J.A. no 2739, du 7 au 13 juillet, p. 88), inséré un article sur la disparition du Pharo. nous ne pouvons que regretter le désintérêt politique, les contraintes de la Défense et l’inertie des édiles marseillais qui ont abouti à la clôture de ce fleuron national, mieux connu en afrique, à Madagascar ou en asie du Sud-est qu’en France. cet établissement, qui avait su s’adapter à notre époque, n’avait pas d’équivalent. l pRofesseUR BeRnaRD MaisTRe, Marseille, France

avion le retard n’est pas une fatalité Je SOuhaIte réagir au  Postscriptum » de Fouad Laroui (J.A. n o 2740). ce n’est pas sérieux de se moquer ainsi du Maghreb. ce n’est pas le seul endroit au monde où les passagers sont « en retard » sur leurs vols. toutes les compagnies aériennes connaissent ce problème. Quand cela arrive, les compagnies aériennes, en amérique du nord ou en europe, prennent le temps d’attendre et d’appeler les passagers retardataires. air algérie le fait aussi. ne considérez pas toujours le Maghreb comme le mauvais élève de la classe. certes, il est en construction démocratique. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Mais le monde occidental n’a pas de leçons à donner. Il est, lui, en pleine crise financière. l aicha DjeBaBRa, Lyon, France

Réponse

certes. Mais nous ne pouvons pas nous dérober à l’autocritique sous prétexte que « cela arrive aussi ailleurs ». l foUaD laRoUi JEUNE AfRIqUE


Vous nous

Édition Les titres en question Guidé par l’amour de la réflexion et par la volonté de donner tort à ceux qui disent (avec ironie) que « ce sont les journalistes qui rendent la justice et les juges qui écrivent les journaux », je vous adresse ces quelques lignes. Sans remettre en question l’objectivité de vos informations et analyses, je constate que certains de vos titres méritent le point d’interrogation (J.A. no 2740 : Égypte, « Anges ou démons ? » ; J.A. no 2741 : « Un autre Maroc ? »), alors que d’autres sont des « affirmations sèches » et sans nuances (J.A. no 1865: « Netanyahou : cet homme est dangereux »; J.A. no 2720: « Laurent Gbagbo, présumé coupable »). la justice internationale appliquerait-elle la présomption de culpabilité au lieu de la présomption d’innocence ? l

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Police. Fiction ou réalité ? Je n’ai Jamais été un adepte des « Post-scriptum » de tshitenge Lubabu. Dans le numéro 2741 de J.a. (du 21 au 27 juillet), il m’a donné des raisons supplémentaires de ne pas me convertir. Jugez-en donc. L’auteur est à l’arrêt sur le boulevard Lumumba, à Kinshasa, à bord d’un 4x4 conduit par un chauffeur. soudain, une escouade de policiers « ripoux » surgie de nulle part encercle le véhicule. « L’une des roues avant [laquelle ?] est percée à l’aide d’une chaîne cloutée » parce que, selon les policiers, « à cet endroit le stationnement est interdit ». Le chauffeur « démarre brusquement » avec l’un des policiers accroché « à l’une des portières [laquelle ?] ». L’auteur le convainc de revenir au point de départ. Le chauffeur dit au chef des policiers : « si vous voulez voir mes papiers, montez à bord… » et l’agent accepte… alors, « le conducteur démarre en trombe, le pick-up des policiers à [ses] trousses… ». Voilà un récit truffé d’invraisemblances ! il y a déjà trop de choses réelles à reprocher à nos policiers des tropiques pour qu’on en invente de si mauvais goût sur leur compte ; sauf à vouloir à tout prix les couvrir de ridicule. mais pour plaire à qui ? l youssouF konÉ, Abidjan, Côte d’Ivoire réponse : Vous avez le droit de ne pas aimer mes écrits. mais pas celui de rejeter en bloc une réalité qu’apparemment vous ne connaissez pas. Le récit auquel vous faites allusion est conforme à ce que j’ai vécu le 6 juillet. Vous le savez bien, certaines réalités dépassent la fiction. l tshitenge Lubabu M.k.

Patrick tchicayat, Sevran, France

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Post-scriptum Fawzia Zouari

Fondé à tunis le 17 oct. 1960 par béchir ben Yahmed (53e année) édité par SiFiJa Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 pAriS tél. : 01 44 30 19 60 ; télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com direCtion directeur de la publication : BécHir Ben YAHmeD (bby@jeuneafrique.com) directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

Athéisme sans frontières

rédaCtion directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) directeurs exécutifs : marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com)

A

près  le mariage pour tous , pourquoi pas « l’athéisme pour tous » ? C’est ce que suggérerait l’intitulé de la dernière-née des associations des musulmans de l’Hexagone. pardon, des « ex-musulmans », puisque ce collectif se fait appeler ex-musulmans athées de France. De mon point de vue, une telle initiative a le mérite d’exister pour plusieurs raisons. elle dénonce le fait que l’athéisme soit considéré en terre d’islam comme un crime et que la liberté de conscience y reste bannie. elle remet en question le postulat selon lequel toute personne née d’un père musulman est musulmane d’office et ne peut s’affranchir de cette foi ni se convertir à une autre religion. elle dépasse la peur de parler en dehors de la religion et de réfléchir contre elle.

rédaction en chef : élise colette (éditions électroniques, e.colette@jeuneafrique.com), laurent Giraud-coudière (technique, lgc@jeuneafrique.com) Conseillers de la direction de la rédaction : Hamid Barrada, Aldo de Silva, Dominique mataillet, renaud de rochebrune Secrétariat : chantal lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), michael pauron (Grand angle), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), tarek moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Frédéric maury (Économie), Jean-michel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), cécile manciaux (Le Plus de J.A.), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine clerc, Fabien mollon, ophélie négros, louisa Yousfi rédaction : pascal Airault, Youssef Aït Akdim, Farid Alilat, mehdi Ba (à Dakar), Stéphane Ballong, ryadh Benlahrech, pierre Boisselet, rémi carayol, Julien clémençot, Frida Dahmani (à tunis), Georges Dougueli, trésor Kibangula, christophe le Bec, nicolas michel, Haby niakate, cherif ouazani, Abdel pitroipa, Fanny rey, laurent de Saint périer, tshitenge lubabu m.K. ; collaborateurs : edmond Bertrand, christophe Boisbouvier, patrick Seale ; accords spéciaux : Financial Times responsable de la communication : Vanessa ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) réaliSation

Toutefois, l’association a tort sur plusieurs points. son intitulé, d’abord. pourquoi « ex-musulmans » ? on peut rompre avec la foi islamique sans cesser d’être musulman par l’histoire et la culture. Confondre croyance et identité culturelle, réduire les musulmans à leur religion, c’est faire le jeu des islamistes. et pourquoi « athées de France », alors que l’athéisme est un droit en république et une philosophie admise et reconnue ? il aurait été plus cohérent de préciser que le combat est à mener dans les pays musulmans en particulier. en formulant officiellement une revendication qui a trait au rapport intime à la foi, le collectif fait passer la religion du domaine du privé à l’espace de la cité. et, là encore, il risque d’abonder dans le sens des religieux. enfin, proclamer ostensiblement la sortie de l’islam peut laisser entendre qu’il s’agit non seulement de rompre avec cette religion, mais aussi d’en faire un ennemi et de flirter avec l’islamophobie. Voilà mon sentiment personnel. pour ce qui est des réactions qui ont accueilli l’association dans les médias et sur le Net, elles ont été nombreuses et contrastées, on s’en doute. il y a eu les félicitations des amoureux de la liberté de penser. les bravos saluant le courage des premiers musulmans de l’Histoire à se fâcher avec allah sans avoir un verre dans le nez, ni la raison qui chavire. les craintes des sympathisants pour la vie de ces héros rebelles : « est-ce que leurs parents sont au courant ? », comme si ces derniers s’apprêtaient à se faire hara-kiri ou à afficher leur homosexualité (sic). À l’opposé, les critiques ont vu en ces militants des apostats, bien sûr, des mécréants, des frustrés, des fanatiques, des agents d’israël, des suppôts de l’occident… la théorie du complot, quoi ! les sceptiques, quant à eux, ont dit déceler dans cette entreprise un mélange de courage et de désinvolture, d’honnêteté et de provocation, d’esprit de liberté et de tentation du pugilat. enfin, il y a les ex-frères de ces athées, adeptes d’un islam tolérant qui, au lieu de leur jeter la pierre, ont choisi de prier pour qu’allah remette ces brebis égarées dans le droit chemin et fasse qu’ils réintègrent un jour le giron de la communauté au sein d’une association des ex-athées musulmans. l

maquette : marc trenson (directeur artistique), christophe chauvin, Stéphanie creuzé, Julie eneau, Jean-philippe Gauthier, Valérie olivier ; révision : nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir pol ; fabrication : philippe martin (chef de service), christian Kasongo ; service photo : Dan torres (directrice photo), nathalie clavé, Vincent Fournier, claire Vattebled ; documentation : Anita corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence turenne, Angéline Veyret JeuneaFrique.Com direction éditoriale : élise colette ; chefs d’édition : pierre-François naudé, Frédéric maury (économie) ; rédaction : Vincent Duhem, Jean-Sébastien Josset, trésor Kibangula, mathieu olivier, Benjamin roger et nicolas teisserenc responsable web : Jean-marie miny ; studio : cristina Bautista, Jun Feng et maxime pierdet VenteS et abonnementS directeur marketing et diffusion : philippe Saül ; responsable des ventes adjointe : Sandra Drouet ; chefs de produit : Hélène constant, maty n’Dome ; abonnements : laetitia Banelle avec: Com&Com, Groupe Jeune afrique 18-20, avenue édouard-Herriot, 92350 le plessis-robinson. tél. : 33 1 40 94 22 22 ; Fax : 33 1 40 94 22 32. e-mail : jeuneafrique@ cometcom.fr l

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président : Danielle Ben Yahmed ; directeur général : Amir Ben Yahmed ; direction centrale : christine Duclos ; direction du développement : Florian Serfaty ; secrétariat : chantal Bouillet ; chef de studio : chrystel carrière ; gestion et recouvrement : pascaline Brémond ; service technique et administratif : carla de Sousa réGieS : direction de la publicité : laure nitkowski, avec catherine Weliachew, Virginie Vatin, Zehia Yahiaoui (directrices de clientèle), nsona Kamalandua (chef de publicité), assistées de patricia malhaire ; annonces classées : Fabienne lefebvre avec Blandine Delporte, richelle Abihssira, assistées de Sylvie largillière Chargées de mission : nisrine Batata, Zine Ben Yahmed, Fatoumata tandjan repréSentationS extérieureS maroC SiFiJa, nabila Berrada. centre commercial paranfa, Aïn Diab, casablanca. tél. : (212) (5) 22 39 04 54 Fax : (212) (5) 22 39 07 16. tuniSie SapCom, mourad larbi. 15-17, rue du 18-Janvier-1952, 1001 tunis. tél. : (216) 71 331 244 ; Fax : (216) 71 353 522. SoCiété internationale de FinanCement et d’inVeStiSSement

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Gérant commandité: Béchir Ben Yahmed; vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed directeur général adjoint: Jean-Baptiste Aubriot; secrétariat: Dominique rouillon; contrôle de gestion: charlotte Visdeloup; finances, comptabilité: monique éverard et Fatiha maloum-Abtouche; juridique, administration et ressources humaines: Sylvie Vogel, avec Karine Deniau (services généraux) et Delphine eyraud (ressources humaines); Club des actionnaires: Dominique rouillon imprimeur Siep - FrAnce. commiSSion pAritAire: 1016c80822. DépÔt léGAl: à pArution. iSSn 1950-1285.

n O 2742 • du 28 juillet Au 3 AOût 2013

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