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rD cOnGO dan gertler, l’étrange ami de Kabila

Hebdomadaire international indépendant • 53e année • no 2736 • du 16 au 22 juin 2013

jeuneafrique.com

BOuteflikA le patient algérien

intervieW exclusive

Alpha condé « la Guinée est un scandale » édition INTERNATIONALE Et AFRIQUE SUBSAHARIENNE France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1 100 MRO • Norvège 45 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1 700 F CFA • ISSN 1950-1285


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Le Groupe


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Ce que je crois Béchir Ben Yahmed • bby@jeuneafrique.com

Samedi 15 juin

Enfants d’Al-Qaïda et de la dictature

L

e 1er mai 2011 n’est pas devenu une date mémorable. C’est le jour où, il y a un peu plus de deux ans, les américains ont assassiné Oussama Ben Laden et ainsi assouvi leur soif de vengeance. ils le recherchaient plus particulièrement depuis l’attaque qu’ils ont subie, chez eux, à son instigation, le 11 septembre 2001, mais ils ont mis près de dix ans pour le retrouver : il était au Pakistan, confortablement installé dans une grande maison, avec sa nombreuse famille. Les meilleurs spécialistes de l’antiterrorisme ont alors pensé, à l’unisson, qu’al-Qaïda, l’organisation qu’il avait fondée, qu’il finançait et dirigeait, avait été, ce jour-là, frappée à mort. Le terrorisme indiscriminé dont elle avait fait sa spécialité dès les années 1980, et qui avait culminé lors de l’attaque du 11 septembre 2001, allait commencer à dépérir, ne tarderait pas à s’éteindre complètement… Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. n

La direction centrale d’Al-Qaïda n’est certes plus ce qu’elle a été : ayman al-Zawahiri, le successeur de Ben Laden, n’émet que trois ou quatre messages par an, à peine audibles, et l’encadrement supérieur d’al-Qaïda a été impitoyablement décimé, mois après mois, par les drones du président Obama : pour le seul Pakistan, trois cents frappes américaines, deux mille morts parmi les cadres de la centrale terroriste. Le terrorisme indiscriminé qu’al-Qaïda avait réinventé, qu’elle avait pratiqué à grande échelle sur presque tous les continents et qu’elle avait érigé en technique de combat, n’a cependant pas été réduit. il a seulement pris d’autres formes et conquis de nouveaux espaces. Certes, il ne s’est maintenu ni en mésopotamie ni dans la péninsule arabique, et il a échoué dans ce « Maghreb islamique » dont al-Qaïda usurpe le nom. Quant à ses incursions en europe et en asie, elles ont été sporadiques, limitées et sans lendemain. mais en Syrie et au Sahara, ces « néoterroristes » se jeune afrique

sont constitués en forces de combat qui comptent et dont il faut désormais s’occuper. n

Le successeur de Ben Laden ne les commande pas et ne les coordonne même pas. mais il les revendique comme si elles faisaient partie de l’organisation dont il a hérité. De leur côté, ces néoterroristes se réclament d’alQaïda, car sans elle ils n’auraient ni identité, ni marque distinctive, ni audience médiatique. et sans ses « franchises », comme on les a appelées, la nébuleuse dirigée par Zawahiri serait impotente. Que dire de ces « néoterroristes » inféodés – nominalement – à al-Qaïda et qui forment avec elle le plus étrange des attelages ? Quelles sont leurs cibles ? Qui doit les combattre et comment en venir à bout ou, à tout le moins, les réduire ? On leur a accolé le nom de « jihadistes » ou peutêtre l’ont-ils eux-mêmes adopté. Ces « enfants de Ben Laden » ont, en tout cas, retenu du fondateur d’al-Qaïda le concept de terrorisme indiscriminé et d’attentatssuicides, auxquels ils ont ajouté « la prise d’otages ». n

Syrie : dans ce pays en guerre civile, ils sévissent sous la bannière d’une force militaire organisée, disciplinée, ayant ses objectifs propres. Jamais auparavant al-Qaïda n’était allée aussi loin dans la militarisation et la politisation de ses structures. Forte de quelque trois mille combattants, cette brigade s’est d’ailleurs donné un nom politico-militaire : « Jabhat alNosra » (le « front de la victoire »); c’est à l’invasion de l’irak par les États-Unis et à la chute de la dictature de Saddam Hussein qu’on doit l’existence de ce « front de la victoire ». Sahara : c’est une large balafre qui sépare deux afrique, un immense no man’s land qui va de la mer rouge à l’atlantique, du Soudan à la mauritanie. Des résidus du terrorisme algérien des années 1990, issus du GSPC*, le sillonnaient sous la forme de bandes organisées autour de quelques chefs, de desperados semi-terroristes, semi-trafiquants. n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013


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Ce que je crois Ils étaient quelques dizaines, mais ils ont vu leurs rangs se gonfler et leur base s’élargir au Sud-Sahara après la chute de la dictature libyenne de Kaddafi en 2011 et l’affaissement concomitant du pouvoir du président malien Amadou Toumani Touré. Force donc est de constater que, au Moyen-Orient comme en Afrique, les succursales ou franchises d’AlQaïda prennent leur essor lorsque se présente une extraordinaire occurrence politique : la chute d’une dictature favorisée de l’extérieur, comme en Irak et en Libye. À ce titre, elles sont les enfants d’Al-Qaïda et de la dictature. n

Né il y a près d’un quart de siècle, le terrorisme islamiste ne s’est donc pas éteint. Il persiste, évolue et, d’une certaine manière, se développe. Il s’agit, en fait, d’une maladie de l’islam dont celui-ci ne peut guérir tant qu’elle n’est pas reconnue comme telle, correctement diagnostiquée et convenablement traitée. Or elle ne l’a été ni par les dirigeants des pays musulmans, qui à ce jour n’ont pas admis que c’était leur problème, ni par ceux des pays euro-américains, qui, eux, l’ont considérée comme une affaire de sécurité publique qu’on résout par la force militaire ou policière. « La guerre mondiale contre le terrorisme » de George W. Bush l’a certes contenue, mais elle l’a, en même temps, exacerbée.

Les musulmans continueront à souffrir du terrorisme islamiste et à le laisser infliger ses méfaits au reste du monde tant qu’on ne fera pas le bon diagnostic et qu’on n’administrera pas au malade les bons remèdes. n

Ce terrorisme islamiste est le produit de l’analphabétisme, du sous-développement et de l’humiliation. Il fait du bruit et des dégâts, mais il n’est le fait que de quelques milliers de révoltés et de desperados sans éducation ni travail : n’ayant pas de place définie dans la société, ils rejoignent les rangs des salafistes ; une petite partie d’entre eux franchissent un pas supplémentaire et versent dans le jihadisme. Obéir à un chef, tenir une mitraillette, tuer et se faire tuer devient pour eux, paradoxalement, une manière d’exister et de compter. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur le milliard et demi de musulmans que compte la planète, le nombre de ceux qu’on considère comme des salafistes varie d’un pays à l’autre selon sa situation économique et son niveau d’éducation pour se situer au-dessous de 5 % de la population : c’est le niveau de l’ultradroite et de l’ultragauche dans les démocraties. La proportion de ceux qui tombent dans le jihadisme doit être, elle, de l’ordre de un pour mille, voire de un pour dix mille. C’est le pourcentage de la délinquance dans les pays dits développés. l * Groupe salafiste pour la prédication et le combat.

Humour, saillies et sagesse Institution française séculaire, porte d’entrée obligatoire pour accéder à l’enseignement supérieur : le baccalauréat. Des centaines de milliers de candidats le passent en ce moment même en France et dans les pays francophones. Alors, pour vous faire sourire, je vous propose, pendant quatre semaines, une sélection des perles du bac relevées par les examinateurs dans les copies de ces candidats au bac*. B.B.Y. – Une année-lumière, c’est l’énergie que dépense un humain en une année pour s’éclairer.

– Les événements de Mai 68 sont arrivés parce que le peuple ne voulait plus faire la guerre mais l’amour.

– Une ligne peut être perpendiculaire, droite, parallèle, courbe, mais c’est pas elle qui décide.

– L’économie de l’Europe, surtout de la France, coule à cause des fonctionnaires, sauf ceux de l’enseignement qui sont mal payés et pas respectés.

– La Loir porte ce nom car elle est paresseuse comme l’animal du même nom, le loir, voir l’expression dormir comme un loir. – L’Odyssée est l’histoire du long voyage qu’a fait Ulysse qui ne supportait plus de voir sa femme Pénélope tricoter.

– Pythagore inventa la formule d’un triangle rectangle, le carré de la longueur de l’hippopotamus est égal à la somme des carrés des longueurs des côtés de l’angle droit. – Après la bataille de Poitiers les Maures étaient tous morts.

– Les satires sont des personnes vicieuses. La poésie satirique n’est pas recommandée car ses auteurs écrivent des trucs sales. – Léonard de Vinci a paint la vénusse de milo. – Les accords d’Évian : À Évian ont été conclus des accords concernant l’exploitation des sources d’eau. – La Corée est une dictature avec son cruel président King Kong. – C’est à Luc Ferry que l’on doit l’obligation d’aller à l’école même si on n’en a pas envie.

* Source : Brèves de copies de bac, éditions Chiflet & Cie n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

jeune afrique


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Éditorial

Marwane Ben Yahmed

phoTos de CouverTures : ÉDITION INTerNATIONALe eT AfrIqUe SUBSAhArIeNNe : VINCENT FOURNIER POUR J.A. ÉDITION MAGhreB & MOYeN-OrIeNT : HAssAN OUAzzANI POUR J.A. ; DR ÉDITION TUNISIe : HICHEm

Benflis, Mokri et les robots américains

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écidément, l’hydre des Frères musulmans ne recule devant rien. il n’est point ici question de l’instauration d’un sixième califat, ni de l’inscription de la sacro-sainte charia dans la constitution, ni même de l’embastillement de « sextrémistes » Femen. non, il s’agit ici d’un simple sondage internet mis en ligne sur notre site jeuneafrique.com, entre le 3 et le 12 juin. Principale question posée : « Qui souhaiteriez-vous voir accéder à la présidence algérienne après Bouteflika, dont le mandat expire en avril 2014 ? » Personnalités proposées : d’anciens Premiers ministres (Abdelaziz Belkhadem, Ahmed Benbitour, Ali Benflis), l’actuel détenteur du poste, Abdelmalek sellal, et deux islamistes, Amar Ghoul et le nouveau patron du mouvement de la société pour la paix (msP, ex-hamas), Abderrazak mokri. résultat : un duel, Benflis versus mokri. rien d’illogique, le premier nommé dispose de nombreux atouts dans la course au fauteuil présidentiel, dont le moindre n’est pas sa réputation d’ouverture et d’intégrité. Quant au second, issu du courant des Frères musulmans, il incarne à lui seul la rupture de son parti avec la stratégie de l’entrisme chère à son prédécesseur à la tête du msP, Bouguerra soltani. et puis un Frère, en Afrique du nord, normalement, ça gagne… sauf en Algérie, chat échaudé craignant l’eau froide.

Notre sondage a suscité un engouement sans précédent. de quoi faire sauter les serveurs de la national security Agency (nsA). nombre de votants : 314 297. du jamais vu de mémoire de jeuneafrique.com. Bizarrement, l’audience explose en pleine nuit. évidemment, malgré une fierté certaine que nous peinons à dissimuler, celle d’être aussi suivis et consultés, nous tiquons. Vérification faite, nous nous apercevons que nos gentils islamistes, qui prônent pourtant le strict respect des valeurs édictées par le coran, quitte, souvent, à confondre et à cumuler les rôles de législateur, policier, juge et bourreau, n’ont pas hésité à tricher pour permettre à leur champion de l’emporter. rappelons qu’il ne s’agit pas là du scrutin présidentiel mais d’un simple sondage internet… Une fraude massive, représentant plus de 190 000 votes, dont une petite partie en faveur des autres concurrents de Benflis, émis à partir de quatre adresses iP (internet Protocol) correspondant… à des robots situés aux états-Unis ! Plus précisément en Floride, au texas, dans le michigan et en californie. le pire, dans l’affaire, c’est qu’en dépit de l’entourloupe mokri n’arrive même pas à écraser son adversaire. il recueille 35 % des voix, derrière Benflis (37 %), qui, les votes frauduleux retranchés, atteint 87 % des suffrages. morale de l’histoire : les Frères sont prêts à tout, mais, pour l’instant, ne réussissent pas grand-chose… l n o 2736 • Du 16 au 22 juin 2013

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algérie la preuve par l’iMage On n’avait pas vu Abdelaziz Bouteflika depuis quarante-sept jours. Pour couper court aux rumeurs, les premières images du chef de l’État ont été diffusées le 12 juin.

29 ColonisaTion MéMoires de nos pères Londres a fini par céder. Des milliers de rescapés de l’insurrection Mau Mau au Kenya, dans les années 1950, vont être indemnisés.

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Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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l a seM a in e d e j eu n e a f riq u e

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algérie Bouteflika, la preuve par l’image Marcel niat njifenji Surprise du chef jean-Bosco Kazura Tête de liste Mali Tombouctou libérée, mais Tombouctou brisée agroalimentaire Une com bien huilée Maroc À l’école de la triche Madagascar Brouhaha de bottes Côte d’ivoire Le règlement, c’est le règlement Tour du monde

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g ra n d a n g l e

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interview Alpha Condé : « La Guinée est un scandale »

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a f riq u e su Bsa h a rien n e

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Colonisation Mémoires de nos pères jeune afrique


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

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granD angLe

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éConoMIe L’eMbarraSSant Dan gertLer Présent en RD Congo depuis seize ans, l’Israélien y est devenu une figure incontournable et controversée. Les critiques pleuvent sur ce proche du président Kabila.

aLpha ConDé « La guinée est un scandale » Élections, contrats miniers, gouvernance… Au pouvoir depuis novembre 2010, le chef de l’État est sur tous les fronts.

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SyrIe L’enfer et L’eSpoIr À la barbarie du régime répond la sauvagerie des guerriers fous d’Allah. Pourtant, les idéaux initiaux de la révolution ne sont pas morts.

étatS-unIS attentIon, vouS êteS éCoutéS ! La NSA, l’agence fédérale chargée du renseignement électromagnétique, intercepte des milliards de conversations téléphoniques et d’échanges internet.

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Société Pour les veuves, la double peine Cameroun Carton rouge ! Côte d’Ivoire Les cerveaux sont de retour

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Maghreb & M oye n - o r I e n t

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Maroc Tempête dans un verre de thé tunisie L’armée dans la ligne de mire Syrie L’enfer et l’espoir

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europe, aMér I q u e S, aS I e

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états-unis Attention, vous êtes écoutés! turquie Erdogan, le père Fouettard argentine Qu’as-tu fait Cristina? Chine L’âge de glace parcours Marie Théophane Nang, l’énergie de bâtir brésil Agenda doré

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éCon oMIe

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rD Congo L’embarrassant Dan Gertler Les indiscrets

jeune afrique

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Spécia l 12 pag es

DoSSIer énergIe Le paraDoxe afrICaIn Alors que son potentiel est immense, le continent souffre toujours d’un manque criant d’infrastructures.

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Côte d’Ivoire Sotici, sauvé par l’export algérie La grande distribution cherche ses marques Côte d’Ivoire Jihad Badredine, la franchise avant tout tunisie Ezzedine Khoja veut réveiller Banque Zitouna bourse Pourquoi l’action Ecobank repart Commerce Afreximbank sort de l’ombre baromètre

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D o SSIer

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énergie

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C u Lt u re & MéD Ia S

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Littérature Le roman d’une diva Cinéma Miriam Makeba toujours « so alone » roman Héraut du désert Musique Pépites kényanes La semaine culturelle de Jeune afrique

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vouS & nouS Le courrier des lecteurs post-scriptum n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013


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Centrafrique Ziguélé aux abonnés absents

PATRICK FORT/AFP

P p Buste abandonné du président déchu, à Bossembélé.

Bozizé SDF?

I

ndésirable en Afrique du Sud, où il comptait se rendre depuis le Kenya, l’ancien président François Bozizé n’était toujours pas de retour à la mi-juin dans la villa louée à Yaoundé, au Cameroun, où il a entamé son exil après son renversement, le 24 mars. La perspective de son arrivée à Johannesburg a suscité un tollé au parlement sudafricain, obligeant Maite Nkoana-Mashabane, la ministre des Affaires étrangères, à préciser que, à la demande des chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), l’ancien maître de Bangui n’y serait pas accueilli. Autre raison pour laquelle Bozizé n’est plus persona grata chez son ami Jacob Zuma : les services de renseignements sud-africains surveillent attentivement l’activité de petits groupes d’exilés centrafricains qui ont prévu d’organiser à Durban le congrès fondateur d’un « mouvement politique à caractère révolutionnaire » destiné à lutter contre « les fondamentalistes musulmans au pouvoir à Bangui ». Reste à savoir où est passé celui dont le portable camerounais est désormais injoignable. « Il a quitté Nairobi pour rentrer à Yaoundé via Kampala ; sachez que le président Museveni, lui, ne l’a jamais lâché », assure un membre de la famille Bozizé. Voire. l

CAMEROUN LEs AdiEUx dE MOULiN-FOURNiER

Enlevée par la secte nigériane Boko Haram et libérée le 19 avril après soixante jours de captivité, la famille de Tanguy Moulin-Fournier ne retournera pas vivre au Cameroun, comme le chef de famille en avait exprimé le vœu. Ni GDF-Suez, son employeur, ni le Quai d’Orsay n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013

n’y étaient favorables. Début juin, Moulin-Fournier a bien regagné le Cameroun, mais pour y faire ses valises. Le groupe énergétique a même déjà procédé à son remplacement sur le chantier où il travaillait à la construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel, à une trentaine de kilomètres au sud de la ville de Kribi.

résident de la transition centrafricaine, Michel Djotodia conserve la haute main sur le gouvernement formé le 13 juin. Tous les postes clés (Mines, Sécurité, Défense, Communication) et cinq portefeuilles de ministres d’État sur six restent détenus par des membres de la coalition Séléka, dont il est le chef. Autres caractéristiques de l’équipe dirigée par le Premier ministre, Nicolas Tiangaye: la nette surreprésentation des musulmans par rapport à leur pourcentage dans la population centrafricaine: 14 sur 34 ministres (Djotodia est luimême musulman); et la présence de trois anciens partisans de François Bozizé, le président déchu. Curieusement, cette dernière tendance est mieux servie que le parti de Martin Ziguélé, qui ne compte qu’un seul portefeuille. L’ancien Premier ministre, qui observe un mutisme remarqué sur les exactions commises depuis trois mois par les ex-rebelles de la Séléka, a pourtant été le principal soutien politique du nouveau pouvoir. l

GABON COUp dE BALAi à LiBREviLLE

Les poubelles débordent à Libreville et le président Ali Bongo Ondimba, qui a modérément apprécié de trouver la capitale aussi sale à quelques jours de la tenue de plusieurs événements internationaux (dont un sommet des chefs d’État de la Communauté économique et

monétaire de l’Afrique centrale), n’a pas, le 11 juin, caché son mécontentement à Raymond Ndong Sima, son Premier ministre. En octobre 2012, l’État gabonais a acquis 70 % du capital de la Société de valorisation des ordures ménagères du Gabon (Sovog), sans parvenir à améliorer la collecte des ordures. Paradoxalement, le gouverjeune afrique


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Politique, économie, culture & société nement ne s’estime pas concerné par le problème, les administrateurs de la société étant proches de la présidence. Du coup, il a fallu faire intervenir d’urgence le génie militaire pour nettoyer la ville. SÉCURITÉ FoRCe aFRICaIne CheRChe volonTaIReS l’afrique du Sud, le Kenya, le nigeria, l’angola, l’Éthiopie et l’ouganda se sont portés volontaires (tandis que l’algérie manifestait son intérêt) pour participer à la future Capacité africaine de réponse immédiate aux crises (Caric), la force militaire intérimaire qui sera mise en place en attendant la création, sans doute pas avant 2015, de la Force africaine en attente (Faa). « l’idée est de mutualiser les contributions des principales puissances militaires du continent », explique un haut responsable de l’Union africaine. les experts militaires étudient actuellement avec les États

algérie-France Bouteflika sous l’œil de hollande Les images du président abdelaziz Bouteflika filmées le 11 juin dans l’ancienne apothicairerie de l’hôtel des invalides, à paris, en compagnie de son premier ministre et de son chef d’étatmajor, ont été montées au siège de la télévision nationale avant d’être diffusées, le lendemain, dans les journaux du soir. sur la vingtaine de minutes de rushs rapportés par deux cameramen, les responsables de l’entV ont décidé de

membres la définition de cette force, ainsi que la répartition des responsabilités en son sein. De son côté, le général Sékouba Konaté, haut représentant de l’Ua pour l’opérationnalisation de la Faa, continue sa prospection. après le Kenya (le 7 juin), il prévoit de se rendre au mois de juillet en angola, au Tchad, en ouganda et au Congo-Brazzaville. l’objectif est d’entériner la création de la Caric lors du prochain sommet panafricain, début 2014.

n’en diffuser que 2min 46s. Ces images n’ont fait l’objet d’aucune manipulation, assure à Jeune Afrique un cadre de la télévision. manque de vigilance ou étourderie? La séquence où l’on distingue, accroché au mur de l’apothicairerie, le portrait officiel du président Hollande n’a pas été coupée au montage. résultat: le cliché fait le buzz sur les réseaux sociaux et provoque moqueries et consternation chez les algériens. l

TUnISIe - ÉTaTS-UnIS CoopÉRaTIon mIlITaIRe

Selon une source proche de l’ambassade américaine à Tunis, de nouveaux accords de coopération militaire ont été conclus, qui prévoient l’octroi d’une importante aide logistique des États-Unis à l’armée tunisienne dans le sud du pays. L’objectif est de sécuriser la frontière avec la Libye dans la perspective d’un démantèlement des camps d’entraînement de Derna, dans le nord-est de ce pays. Cette décision fait suite à la libération par les autorités libyennes du meurtrier présumé de Chris

TUnISIe Jebali tisse sa toile Dans la perspective de l’élection présidentielle qui doit se tenir à la fin de l’année, l’ancien premier ministre Hamadi Jebali ne cache pas ses ambitions et multiplie les voyages à l’étranger. après les États-Unis, début juin, où il a notamment été reçu par William Burns, le secrétaire d’État adjoint, le secrétaire général d’ennahdha se rendra prochainement dans le Golfe. au programme: arabie saoudite, Koweït, Émirats arabes unis, Oman et Bahreïn. il n’est pour l’instant pas question du Qatar. Une manière de se démarquer de rached Ghannouchi, le président de son parti et son adversaire supposé? l

jeune afrique

LE CHIFFRE

30 %

le taux de chômage chez les jeunes Gabonais. Dans l’ensemble de la population, le taux est de 16 %, soit quelque 150 000 personnes privées d’emploi, selon la représentante de la Banque mondiale au Gabon. C’est la preuve que l’emploi n’a nullement bénéficié de la croissance économique, dont le taux devrait atteindre 6 % en 2013.

CameRoUn alTIT, noUvel avoCaT D’aTanGana

Ons Abid

u probable candidat à la présidentielle, l’ancien premier ministre voyage beaucoup.

Stevens, l’ambassadeur américain tué à Benghazi en septembre 2012.

Me Emmanuel Altit, l’avocat français de Laurent Gbagbo, fait son entrée dans le dossier du Franco-Camerounais Thierry Michel Atangana, incarcéré depuis 1997 à la prison du secrétariat d’État à la Défense, à Yaoundé. Il souhaite faire bouger les choses et travailler de concert avec les diplomates français, mobilisés depuis que, fin mai, le président François Hollande a jugé la situation du détenu « inadmissible ». n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013


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La semaine de Jeune afrique

aLgérIe

La preuve par On n’avait pas vu Abdelaziz Bouteflika depuis quarante-sept jours. Pour couper court aux rumeurs, les premières images du chef de l’État ont été diffusées le 12 juin. Retour sur les dessous de cette opération. CherIf OuazanI

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l aura fallu attendre quarante-sept jours après l’évacuation, le 27 avril, du président Abdelaziz Bouteflika vers l’hôpital parisien du Val-deGrâce puis son transfert à l’Institution nationale des Invalides à la suite d’un accident vasculairecérébral(AVC)pourquelatélévision algérienne diffuse, le 12 juin, les premières images (filmées la veille) du patient le plus célèbre du pays. La situation était en effet devenue ingérable. La communication gouvernementale, qui se voulait rassurante sur l’état de santé du chef de l’État, perdait sa crédibilité au fil des jours, et l’absence d’images du convalescent alimentait les propos les plus alarmants. n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

De plus en plus de voix s’élevaient à Alger pour exiger l’application de l’article 88 de la Constitution, qui prévoit les situations d’empêchement du président de la République. Pis: des médias français annonçaient tantôt qu’il avait sombré dans le coma, tantôt son décès. Comment les démentir, faute d’images? Dans un premier temps, Bouteflika, entouré de ses deux frères, Saïd et Nasser – qui sont aussi ses conseillers –, refuse de se faire filmer. De dévoiler sa douleur, de se montrer diminué. Mais, la pression se faisant plus forte, il finit par céder. « CastIng ». L’idée d’une adresse à la nation,

filmée depuis son lit de convalescent, est toutefois vite écartée. « Je ne suis pas tout à fait un grabataire », trouve-t-il la force de plaisanter quand Saïd lui suggère cette idée. Il ne joue pas les coquets : sa voix est quasi inaudible et les séquelles de son AVC sont plus importantes qu’on ne l’a dit. La démarche la plus appropriée semble être de le montrer avec des hôtes : ne reçoit-il pas chaque jour des visiteurs, jeune afrique


L’événement Bouteflika. L’information fait le tour des rédactions parisiennes et algéroises. « Paris nous met la pression », lâche un ministre proche du cercle présidentiel. Le même jour, le quotidien Le Soir d’Algérie publie un appel de Mohamed Mechati – dernier survivant du groupe des « vingt-deux » qui décidèrent d’engager la lutte pour l’indépendance le 1er novembre 1954. Il demande à l’armée d’intervenir pour faire constater l’incapacité du président. Même si Mechati est peu connu du grand public, son passé illustre donne à son initiative un aspect solennel. Le calendrier de l’opération « Images des Invalides » t Le président algérien est bousculé. Vers 18 heures, avec Abdelmalek Sellal les ministres reçoivent une (à dr.) et Ahmed Gaïd Salah, note sibylline: « Le Conseil du à l’Institution nationale des gouvernementprévumercredi Invalides, le 11 juin. 12 juin est reporté à une date ultérieure ». Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major, avait prévu ce jour-là de faire une tournée d’inspection du dispositif de surveillance des frontières méridionales, notamment celles avec le Niger, où la situation sécuritaire se dégrade. En fin de journée, il informe ses collaborateurs que la tournée est différée.

l’image comme Tamim Ibn Hamad Al Thani, le prince héritier du Qatar ? Cette idée retenue, reste à choisir le « casting ». Nasser Bouteflika est dépêché à Alger pour organiser l’opération. Pas question, dans un premier temps, de ramener des responsables politiques puisque, selon la version que donnent Abdelmalek Sellal, le Premier ministre, et Mourad Medelci, le chef de la diplomatie, « le président se tient au courant de l’évolution des grands dossiers et donne quotidiennement ses instructions ». On s’achemine donc vers l’idée de le filmer en compagnie d’une personnalité « à la notoriété indéniable et à la neutralité politique incontestable ». Comme il l’avait fait en décembre 2005, en recevant au Val-de-Grâce le chanteur populaire Cheb Mami. C’est avec cette idée que Nasser se rend à Alger le 1er juin, précédé de Missoum Sbih, l’ambassadeur d’Algérie en France. Deux nouvelles vont changer ce plan. Le 10 juin, en France, l’hebdomadaire Valeurs actuelles, réputé proche des milieux militaires français, annonce sur son site électronique le décès d’Abdelaziz jeune afrique

aps

en déLiCAtesse. Le 11 juin, Abdelmalek Sellal,

Convalescent, il avait d’abord refusé de se laisser filmer. Avant de céder sous la pression…

AhmedGaïdSalahetuneéquipedeprisesdevuesrelevantdelacelluleaudiovisuelled’El-Mouradiamontent à bord du Falcon présidentiel. Selon le quotidien El-Khabar, la délégation inclut « un officier supérieur du renseignement ». S’agit-il du général Mohamed Mediène, alias Tewfik, patron du Département du renseignement et de la sécurité ? Cela eût été dans l’ordre des choses, mais l’on murmure que l’intéressé serait en délicatesse avec le président, ce dernier lui imputant des attaques répétées contre son frère Saïd par presse interposée. Aucune source française ne confirme la présence de Tewfik parmi les visiteurs du 11 juin. Son absence confirmerait cette mésentente au sommet de l’État : en temps normal, les deux hommes se voyaient quasi quotidiennement. Un ancien collaborateur du chef de l’État écarte cette hypothèse: « La présence de Tewfik aurait conféré à la rencontre des allures de Haut Conseil de sécurité [auquel participent, outre le président, le Premier ministre, le chef d’état-major et le chef des services de renseignements]. Cela aurait fait tache dans l’histoire des institutions de la République [algérienne], dans un endroit où trône le portrait officiel du président François Hollande. » Si la diffusion des images du convalescent a tordu le cou aux rumeurs de décès, elle n’a pas dissipé les incertitudes qui planent sur l’avenir de l’Algérie. L’annonce de la tenue d’un Conseil des ministres avec un ordre du jour chargé et un calendrier imprécis ajoute à la confusion. Toutefois, en insistant sur la préparation de la loi de finances complémentaire, qu’il est le seul habilité à signer, et en ne disant mot du projet de nouvelle Constitution, Bouteflika fait passer un message. Il se charge du premier dossier, mais laisse le second chantier à son successeur, en 2014. l n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

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La semaine de J.a. Les gens

Marcel Niat Njifenji surprise du chef Personne ne l’imaginait prendre la tête du Sénat camerounais. Pourtant, ce Bamiléké de 79 ans, retiré de la vie publique, est désormais le deuxième personnage de l’État. u Le 12 juin, jour de son élection.

jean-pierre kapseu

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L

hommequiaétéportéle12juin à la tête du nouveau Sénat camerounais n’est pas celui qu’on attendait. Pas un article de presse n’avait cité comme possible numéro deux du pays Marcel Niat Njifenji, un apparatchik de 79 ans, retiré de la vie publique mais toujours proche du parti au pouvoir. Il faisait déjà figure de revenant quand son nom est apparu, le 8 mai, sur la liste des trente sénateurs (sur cent) nomm��s par Paul Biya. Personne, à part lui-même, ne le voyait donc en président de la Chambre haute. Mais Niat est de ceux qui sont convaincus qu’en politique rien n’est impossible. « Je suis candidat », a-t-il confié à quelques jours du vote à Ibrahim Mbombo Njoya, le sultan des Bamouns, lui aussi en lice. Le défi semblait insurmontable pour cet homme tombé dans l’oubli après la privatisation, en 2001, de

la Société nationale d’électricité (Sonel). Une entreprise que Niat, ingénieur formé à l’École supérieure d’électricité de Paris, a dirigée pendant près de deux décennies, cumulant un temps cette fonction avec celle de vice-Premier ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie. Pour les connaisseurs de la géopolitique ethno-régionale camerounaise, en effet, il n’était pas imaginable de confier les clés de la transition en cas de vacance du pouvoir à un Bamiléké natif de Bangangté (ouest du pays). Un peuple considéré comme trop riche, trop nombreux et soupçonné d’hégémonie par les tenants de l’équilibre régional. Encore une fois, les « camerounologues » se sont trompés. Pressé d’adouber son successeur constitutionnel, dont le rôle est crucial dans l’éventualité d’une transition, Paul Biya,

80 ans, a attendu plusieurs semaines pour choisir son favori. La liste des prétendants qui circulait à Yaoundé comptait l’ancien Premier ministre anglophone Peter Mafany Musonge, l’ancien ministre René Zé Nguélé et Ibrahim Mbombo Njoya. Pourtant, par goût du contre-pied et par souci de préserver l’image du chef qui décide en toute indépendance, Paul Biya a choisi le plus improbable des profils. Brûlant de connaître le dessous des cartes, les Camerounais se perdent en conjectures : est-ce une volonté d’apaiser les tensions avec les ressortissants de l’Ouest qui se disent discriminés ? « Oui, mais en trompe-l’œil, avertit un politologue camerounais. Le président du Sénat organisera l’élection mais ne pourra en aucun cas se présenter. Ainsi Biya instille-t-il dans l’opinion l’idée qu’à défaut d’être un acteur l’Ouest aura un rôle d’arbitre dans la confrontation annoncée entre les Beti-Bulu – ethnie à laquelle il appartient –, qui souhaitent conserver le pouvoir, et le Grand Nord, dont était issu l’ancien président Ahmadou Ahidjo, qui veut le reconquérir. » réseau. Pour occuper ce fauteuil

convoité, Biya a en outre privilégié un homme loyal. Un de ceux qui se sont battus dans les années 1990 pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), alors que le parti au pouvoir faisait face dans la province de l’Ouest à l’essor du Social Democratic Front (SDF) de John Fru Ndi. Celui, aussi, qui parvint à constituer un réseau de cadres dans son département à travers le Cercle de réflexion et d’action pour le triomphe du renouveau (Cratre), mis au service de Biya. Ancien député, ancien maire de sa ville natale, Niat est enfin de ceux qui, même retirés – dans sa ferme de Nkafen (Ndé) –, n’écrivent pas leurs Mémoires par culture du secret et continuent de soigner leurs liens avec le pouvoir. Ils ont raison d’attendre, à l’instar de Marcel Niat Njifenji, car tout est possible en politique. l GeorGes DouGueLi

NoMiNatioNs

Martin Kobler Monusco À 60 ans, le diplomate allemand est devenu, le 10 juin, le représentant spécial des Nations unies en RD Congo et le chef de la mission pour la stabilisation du pays. n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013

babacar Gaye binuca Le 12 juin, ce général de corps d’armée sénégalais a été nommé représentant spécial et chef du Bureau intégré de l’ONU en Centrafrique. jeune afrique


En haUssE

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ngozi oKonJo-iweala

À

50 ans, le général major Jean-Bosco Kazura est pressenti pour diriger les 12600 Casques bleus de la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), qui seront déployés à partir du 1er juillet. Une nomination qui n’a pas encore été confirmée par les Nations unies mais qu’a annoncée, le 10 juin, Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, sur Twitter. « Fière de ses frères des forces de défense », elle semble avoir révélé une confidence de Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, à Paul Kagamé, le chef de l’État rwandais. Auditionné récemment par les Nations unies, Jean-Bosco Kazura aurait convaincu les experts. Formé successivement au Defence Services Command and Staff College (Zambie) et au War College (Nigeria), cet officier jouit d’une solide expérience et d’une bonne réputation, acquise notamment au Darfour, au sein de la Mission de l’Union africaine au Soudan (remplacée depuis par la Minuad – Opération hybride de l’Union africaine et des Nations unies au Darfour), dont il a été le commandant adjoint de 2005 à 2007. Il figurait en bonne place dans la liste établie par le Département des opérations de maintien de la paix, à New York.

VINCENT FOURNIER/J.A.

Boualem sansal L’écrivain algérien a reçu, le 13 juin, le Grand Prix de la francophonie – doté de 20 000 euros. Une récompense décernée par l’Académie française à une personnalité contribuant à l’épanouissement de la langue française.

VINCENT FOURNIER/J.A.

Ce général major rwandais pourrait diriger les 12 600 Casques bleus de la Minusma au Mali.

Selon la ministre nigériane des Finances, le nouveau système de contrôle biométrique des fonctionnaires qu’elle a instauré a permis de débusquer 46 821 agents fictifs. Le Nigeria a ainsi économisé plus de 738 millions de dollars.

Kinee diouf Le mannequin sénégalais, 26 ans, sera en couverture du numéro de juillet de l’édition néerlandaise du magazine Vogue. Une première pour ce titre, souvent critiqué pour le peu de place qu’il accorde aux top-modèles noires.

dR

Jean-Bosco Kazura Tête de liste

En BaIssE

Ballon rond. Né au Rwanda dans une famille tutsie, il a

AbIdJAN.NET

Justin Koua

jeune afrique

Le DG de l’Office des ports et rades du Gabon serait impliqué dans le meurtre rituel d’un transporteur camerounais. Il a été inculpé, le 7 juin, pour « incitation à l’assassinat avec prélèvement d’organes ». Rafael nadal

MYSTY/SIPA

Pascal aIraUlT

t À 50 ans, il jouit d’une bonne réputation.

Arrêté le 7 juin, le leader de la jeunesse du Front populaire ivoirien (FPI) a été inculpé pour « offense au chef de l’État [Alassane Ouattara] », « atteinte à la défense nationale », « complot » et « participation à une bande armée ». RigoBeRt iKamBouayat ndeKa

dR

bEATRICE MATEgwA/REUTERS

grandi en exil au Burundi. Bilingue français-anglais, il a rejoint au début des années 1990 les maquis du Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion dirigée par Paul Kagamé, qui a renversé le pouvoir extrémiste hutu en 1994. Son ascension au sein de l’armée rwandaise a été très rapide. Il en a été le porte-parole, puis est devenu le conseiller de Paul Kagamé et, enfin, le responsable d’opérations de maintien de la paix. Il dirige actuellement l’École d’infanterie de Gabiro. Passionné de ballon rond, il a aussi présidé la Fédération rwandaise de football association avant d’en démissionner, en 2011. Kazura devrait être secondé par un général nigérien et avoir comme chef d’état-major un officier français. Il sera aussi amené à coopérer avec Grégoire de Saint-Quentin, général de brigade français et patron de l’opération Serval au Mali, qui devrait rester quelques mois encore pour appuyer le déploiement des Casques bleus. Ironie de l’histoire, ce dernier a servi au Rwanda comme conseiller technique du commandant du bataillon paracommando des ex-Forces armées rwandaises, devenu le principal acteur du génocide. Il a aussi été témoin de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. C’était le 6 avril 1994, dans la soirée… l

Le 10 juin, le tennisman espagnol a rendu un hommage posthume à Nelson Mandela, sur Twitter. « Repose en paix », a-t-il écrit, avant qu’on lui signale que l’ancien président sud-africain était toujours en vie. n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013


La semaine de J.a. décryptage

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ERIC FEFERBERG/aFp

ville a aussi souffert des combats. » Sur les 16 mausolées inscrits au patrimoine mondial, 9 ont été anéantis et les 2 qui se dressaient dans l’enceinte de la mosquée de Djingareyber, également classée, ont connu le même sort. La « ville aux 333 saints » compte des dizaines de ces tombeaux monumentaux, mais ceux qui ont subi les foudres salafistes étaient parmi les plus beaux et les plus prestigieux. Senghor voyait dans cette cité l’expression de « la civilisation africaine la plus riche, sinon la plus brillante, parce que la plus humaine » ; Tombouctou a été meurtrie dans sa chair d’argile sèche.

p Quatorze mausolées ont été rasés (ici, celui de Sidi Mahmoud).

Mali tombouctou libérée, mais tombouctou brisée Selon une mission d’enquête de l’Unesco, la « ville aux 333 saints » a davantage souffert de l’occupation jihadiste qu’on ne l’avait redouté.

U

ncrimecontrelepatrimoinede l’humanité. Lazare Eloundou Assomo, le chef de l’équipe d’experts qui s’est rendu sur les lieux, l’a constaté : « La destruction infligée au patrimoine de Tombouctou est encore plus alarmante que ce que nous pensions. » Le 2 avril 2012, les jihadistes d’Ansar Eddine et d’AlQaïda au Maghreb islamique (Aqmi) s’étaient emparés de l’antique cité. Ces militants de l’islam le plus rigoriste ont décrété que la vénération des saints de Tombouctou était un grand sacrilège. À coups de pioche et de marteau, ils ont commencé à abattre les mausolées où les sages du Sahara devaient reposer pour

l’éternité. La libération de la ville par les troupes françaises, le 28 janvier 2013, a permis à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) d’aller évaluer les dégâts. « Nous avons été atterrés par le nombre et l’ampleur des destructions qui dépassaient nos estimations, explique Bandiougou Diawara, du Centre du patrimoine mondial de l’Unesco. Nous pensions que 11 biens avaient été touchés, ce sont en fait 14 mausolées qui ont été intégralement rasés. Nous avions prévu la destruction de 2 000 à 3 000 manuscrits, il en manque en réalité 4 200. Les trois musées ont été totalement pillés, nous ne nous y attendions pas, et la vieille

générosité. « L’Unesco a sauvé les temples d’Égypte et reconstruit le pont de Mostar. L’Unesco reconstruira les mausolées du Mali », a déclaré sa directrice générale, Irina Bokova. Un plan d’action évalué à plus de 8 millions d’euros, budget exceptionnelauquell’institutionnepourra contribuer que modestement. Sa situation financière est en effet critique depuis que les États-Unis ont interrompu le versement de leur cotisation à la suite de l’admission de la Palestine comme État membre. L’Unesco en appelle donc à la générosité des États et des institutions : l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’Union européenne, la France et la Norvège se sont déjà engagées. Ainsi que le Qatar, qui avait été soupçonné de soutenir les jihadistes sahéliens. La nécessité de lever des fonds explique-telle l’alarmisme de l’organisation ? « Si nous devons sensibiliser l’opinion et mobiliser la solidarité internationale, le ton de notre communiqué reflète les préoccupations des experts, réplique Diawara. Et il y a des dommages qu’on ne répare pas avec des millions de dollars : le patrimoine immatériel a été atteint, la population a été traumatisée par ce vandalisme et il y a un vrai travail de reconstruction morale à effectuer. » l LaUrent de saint Périer

à sUivre La seMaine Prochaine

22-29

juin 9e édition du festival Ciné droit libre, à Ouagadougou (Burkina Faso), autour du thème « Où va l’Afrique? ». Au programme, des films de Jean-Pierre Bekolo, Kim Nguyen,Thierry Michel, etc.

24-27

juin Aviation Outlook Africa 2013, salon de l’aéronautique africain, à Johannesburg: 90 exposants, 2500 participants et, parmi les conférenciers, des dirigeants de Boeing, Ethiopian Airlines,Turkish Airlines…

DR

20-23 juin À Essaouira (Maroc), 16e Festival Gnaoua-Musiques du monde, dont J.A. est partenaire. Parmi les stars conviées, le Camerounais Richard Bona, la Marocaine Oum, la Nigériane Nneka. n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013

jeune afrique


ils ont dit

«

Youssef Ait Akdim JEUnE aFRiqUE

Église riche, l’Église vieillit, n’a pas de vie. Saint Pierre n’avait pas de compte en banque. » PAPE FRANÇOIS

« Nous, les Belges, avons le sens de l’autodérision. Il n’y a qu’ici qu’une émission de la télévision publique peut s’intituler sans problème “Tout ça ne nous rendra pas le Congo”. » PHILIPPE GELUCK Auteur belge de bande dessinée

« Nous faisons pâle figure à côté des Russes. Un journaliste anglais qui a vécu en Russie expliquait à quel point il est difficile de s’y faire une réputation de gros buveur. » MARTIN AMIS Écrivain britannique

/ s iP

a

« De George Bush à Barack Obama en passant par Beyoncé, tous demandent la même chose quand l’interview est finie : “C’était bien ?” En réalité, les gens veulent être compris et rassurés. » i/ a P

Les affaires de fraude pendant les épreuves du baccalauréat n’ont décidément pas fini de faire parler d’elles au Maroc. empruntant les habits du père fouettard, l’istiqlalien Mohamed el Ouafa, ministre de l’Éducation nationale, a dénoncé sur toutes les ondes du pays ces « réseaux et ces bandes qui organisent la triche ». Le 13 juin, au troisième et dernier jour de l’examen, un candidat a été pris en flagrant délit alors qu’il communiquait, via une oreillette, avec l’un des animateurs de la page facebook Tasribate (« fuites » en arabe). depuis trois ans, cette plateforme propose des corrigés quelques minutes après le début des épreuves. Cette année, ce sont les épreuves d’anglais et de physique qui étaient concernées. seulement une quinzaine de candidats ont été mis en cause, mais le nombre important de commentaires sur les réseaux sociaux laisse entendre que le phénomène est loin d’être marginal. La pratique de la triche à grande échelle se poursuit, d’ailleurs, jusqu’au sein de l’université, dans les grandes écoles et même dans certains concours prestigieux, comme celui du barreau. avec, souvent, la complicité de professeurs las de jouer aux gendarmes ou menacés de représailles par les tricheurs. Tout un système… l

« Quand nous voulons faire une

s t in

maroc À l’école de la triche

OUSMANE SOW Sculpteur sénégalais

OPRAH WINFREY Animatrice américaine de télévision

n ag o

Julien Clémençot, envoyé spécial à Abidjan

Je n’aime pas l’agressivité, mais c’est aussi cela, l’Afrique : on lutte pour conquérir de l’espace, pour conquérir la femme que l’on aime. On lutte tout le temps. C’est une façon d’exister et aussi de rencontrer l’autre. »

E va

l’huile de palme, organisé du 10 au 13 juin à abidjan. experts et industriels s’y sont relayés pour redorer l’image du palmier, mettant en avant son rendement – bien supérieur à celui du soja ou du colza –, la haute teneur en vitamines de ses fruits, son intérêt économique pour les populations, et contestant tout lien entre sa culture et la dégradation de l’environnement. La contreattaque se poursuivra en décembre à Yamoussoukro avec la création de l’alliance des pays africains producteurs d’huile de palme. À court terme, l’horizon est cependant dégagé pour la filière, dont les débouchés en afrique de l’Ouest ne semblent pas près de s’amenuiser. dans la région, les besoins en huile de palme croissent de 3 % à 4 % chaque année alors que le déficit annuel atteint 800 000 t. l

vinCEnt FoURniER/J.a.

Agroalimentaire une com bien huilée fin 2012, La presse parisiennel’avaitbaptisél’amendement nutella. Ce texte discuté au sénat français proposait d’augmenter de 300 % les taxes sur l’huile de palme en raison de ses méfaits supposés sur la santé et du rôle que la filière est accusée de jouer dans la déforestation. en Côte d’ivoire, il a provoqué un électrochoc chez les industriels. « Le risque, c’est que cette mauvaise image détourne les bailleurs et les communautés villageoises, dont nous avons besoin pour nous développer », s’inquiète abdoulaye Berte, secrétaire exécutif de l’association interprofessionnelle de la filière palmier à huile. « nous n’avions peut-être pas assez communiqué. il était temps que nous transmettions d’autres messages », explique Bertrand Vignes, directeur général du groupe sifca et instigateur du premier Congrès africain de

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la semaine de J.a. Décryptage

madagascar Brouhaha de bottes Le processus électoral étant dans l’impasse, certains espèrent une intervention de l’armée. Mais rien ne va plus entre les officiers supérieurs et la troupe…

B

o u g e ra ? B o u g e ra p a s ? Alors que les candidatures d’Andry Rajoelina, de Lalao Ravalomanana et de Didier Ratsiraka paralysent le processus électoral, tous les regards se tournent vers l’armée. « Ce ne serait pas la première fois qu’elle sortirait des casernes pour mettre fin à un blocage politique », note un candidat à la présidentielle qui se dit favorable à cette issue. Il n’est pas le seul. Quelques-uns des 41 concurrents au scrutin le souhaitent, et il se dit, dans le quartier des ambassadeurs, que la communauté internationale ne s’en offusquerait pas bien longtemps, à condition que les hommes en treillis s’engagent à organiser des élections au plus vite. « Nous sommes très sollicités pour prendre le pouvoir », confie un colonel. première étoile. Selon des sources

concordantes, certains des plus hauts gradés de l’armée et de la gendarmerie avaient envisagé, début juin, d’instaurer un directoire militaire pour un temps limité, dans l’optique d’une présidentielle excluant les trois candidats controversés. le Dessin De la semaine

RijAsolo/RivA PRess

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p Lors du défilé de l’indépendance, à Antananarivo, le 26 juin 2012.

Ils se sont heurtés à un mur : des colonels et des sous-officiers, qui refusent de voir ceux qu’ils traitent de « vendus » prendre le contrôle du pays. Depuis, « l’armée est paralysée»,souligneAlainRamaroson,qui préside la commission défense et sécurité au Congrès supérieur de la transition (CST). « Si les officiers s’emparent du pouvoir, ils savent que, le lendemain, les sous-officiers contre-attaquent », indique un gradé de la gendarmerie. « L’armée est comme les Églises et la presse : elle est traversée de multiples dissensions », constate un conseiller du Premier ministre. Il y a ceux qui soutiennent Rajoelina, parmi lesquels

beaucoup de généraux fraîchement promus. En moins de quatre ans, près de 50 colonels ont obtenu leur première étoile. Les officiers supérieurs sont en surnombre et, surtout, un fossé les sépare du reste de la troupe, source d’une rancœur tenace. Beaucoupdesous-officiers,notamment, désespèrent de leur sort. Surnommés CST (colonels sans travail), ils sont des dizaines à ne pas avoir d’affectation et sont surveillés comme le lait sur le feu. Nul n’a oublié qu’en 2009 c’est grâce à une mutinerie de sous-officiers que Rajoelina a pris le pouvoir. l rémi Carayol, envoyé spécial

Dilem • La Liberté • Algérie ALGÉRIE LE chAnt dEs sIRènEs

En moins dE trEntE ans, 100 000 diplômés algériens seraient allés tenter leur chance de l’autre côté de la méditerranée. alors que le taux de chômage des jeunes a atteint 21 % en 2012, le pays peine à convaincre ses bacheliers de résister au chant des sirènes européennes. illustration de ce malaise : les graves débordements survenus en algérie le 4 juin lors des épreuves de philo du baccalauréat. n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013

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La semaine de j.a. Décryptage

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Retrouvez l’interview de Juvénal Munubo, député et rapporteur de la sous-commission forces armées à l’Assemblée nationale de RD Congo

p Parmi les journaux suspendus, Le Nouveau Courrier et L’Intelligent d’Abidjan.

Côte d’ivoire Le règlement, c’est le règlement

LE TWEET

@T_drame

« La logistique de guerre doit rester monopole de l’État. Il ne saurait y avoir plusieurs armées dans un même pays. » Tiébilé Dramé, conseiller spécial pour le Nord-Mali de Dioncounda Traoré, le président de la transition

Pour assainir le secteur du journalisme, l’organe de régulation de la presse ne lésine pas sur les moyens. Résultat : 34 entreprises suspendues et 26 mises en demeure.

L aPaNEWS

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WEBdoCUMENTAiRE Tombouctou après le jihad La ville aux 333 saints, un an après sa prise par les islamistes

À LiRE AUssi En France, près du tiers des médecins étrangers sont d’origine maghrébine

N o 2736 • du 16 au 22 juiN 2013

e 10 juin, le Conseil national de la presse (CNP), organe de régulation en Côte d’Ivoire, a annoncé la suspension de 34 entreprises éditant près d’une quarantaine de journaux et de magazines. Parmi ces derniers figurent L’Intelligent d’Abidjan (titre indépendant) et Le Nouveau Courrier (proche de l’opposition). En cause ? Le non-respect de la réglementation en vigueur. Celle-ci impose notamment la détention d’une carte de journaliste par le rédacteur en chef et son adjoint ainsi que l’instauration d’une grille de salaires conforme à la convention collective. À la suite d’un audit réalisé par le CNP entre octobre 2012 et mars 2013, tous les organes avaient jusqu’au 31 mai pour se conformer aux règles. Rappelant « l’autonomie et l’indépendance » de son organisation, Raphaël Lakpé, président du CNP, assure : « Ce n’est pas une répression. Ce sont des mesures qui visent à professionnaliser le secteur. Les suspensions ne sont ni définitives ni sans recours. » Un point de vue que partage Venance Konan, directeur général du quotidien d’État Fraternité Matin, dont l’éditeur a été déclaré « en règle », ainsi que huit

autres. « C’est une manière d’assainir le secteur, dit-il. Beaucoup de journaux fonctionnaient en marge des réglementations, certains ne payant même pas leurs journalistes. » Dans Le rang. Alafé Wakili, directeur général de L’Intelligent d’Abidjan, défend lui aussi le bien-fondé de la mesure tout en émettant quelques réserves sur la méthode. « Notre suspension, immédiatement applicable, nous a été signalée à 16 heures, alors que nous étions prêts à paraître le lendemain. Nous aurions pu être prévenus au moins vingt-quatre heures à l’avance pour prendre nos dispositions », explique-t-il, assurant que son journal va bientôt déposer les documents manquants. Vingt-six autres entreprises ont été mises en demeure, sans être suspendues. Répondant à 75 % des critères, elles ont jusqu’au 25 juin pour rentrer totalement dans le rang. L’Éléphant déchaîné, journal satirique, en fait partie. « Nous sommes les premiers à critiquer le fonctionnement de l’État. Si nous ne nous conformons pas nous-mêmes à la loi, nous ne pouvons pas être crédibles », assure Tiémoko Antoine Assalé, son patron. l Haby niakate jEuNE afriquE


La semaine de J.A. Tour du monde

LOUISA GOULIAMAKI/AFP

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€ Écran télé factice pendant une manifestation devant l’ERT, le 13 juin. AUDIOVISUEL

Écran noir dans la nuit grecque

D

accord, l’audiovisuel public grec était une dispendieuse usine à gaz sous la coupe des syndicats et des partis au pouvoir. D’accord, l’Union européenne et le FMI exercent d’irrésistibles pressions pour amener le gouvernement à remettre de l’ordre dans la fonction publique. D’accord, ramener à la raison ce monstre tentaculaire de 2700 salariés en grève presque un jour sur deux (onze semaines depuis le début de l’année) exigeait de vigoureux moyens. Mais à ce point-là? Le 18 juin, sans crier gare, le principal émetteur d’Ellinikí Radiofonía Tileórasi (ERT, trois chaînes télé et des dizaines de stations de radio) a été neutralisé par la police. Aussitôt, toutes les émissions se sont arrêtées. Elles ne reprendront pas. Un nouveau groupe devrait être constitué en septembre, allégé d’un millier de salariés. Reste à espérer qu’il ne ressemble pas à l’Hydre de Lerne, cet antique dragon grec terrassé par Hercule. Et que les neuf têtes désormais tranchées de la gabegie et de la corruption ne repoussent pas de sitôt. ● VENEZUELA-COLOMBIE

Maduro excédé

LA TENSION NE CESSE de monter entre le Venezuela et la Colombie depuis la réception par le président Juan Manuel Santos, le 29 mai, de Henrique Capriles, le chef de l’opposition vénézuélienne – lequel, deux mois après, continue de contester l’élection de Nicolás Maduro à la présidence. Furieux, ce dernier accuse son voisin de l’Ouest de N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

fomenter un coup d’État et menace de se retirer des négociations de paix entre le gouvernement Santos et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). CORÉES

Encore raté

CENSÉS S’OUVRIR le 12 juin, les pourparlers intercoréens ont été annulés in extremis, le Nord n’acceptant pas le choix, insuffisamment neutre

à ses yeux, du chef de la délégation du Sud. Dommage, c’eût été la première rencontre de ce niveau depuis six ans. Mais cet échec est logique. Il témoigne du climat d’extrême défiance qui règne entre les frères ennemis après des mois de tensions militaires. L’agenda des discussions ne concernait pourtant que la réouverture de projets industriels et touristiques communs – qui auraient permis à Pyongyang d’engranger un joli paquet de devises étrangères. LE MOT

Lobby gay « ON EN PARLE, et c’est vrai, il existe au sein de la curie, il faut voir ce que nous pouvons faire. » Le pape François s’est laissé aller à ce stupéfiant aveu devant un groupe de religieux latino-américains qu’il recevait en audience privée le 6 juin. Cinq jours plus tard, l’information a été ébruitée par Reflexión y liberación, un site catholique progressiste. Selon ses hôtes, le Saint-Père a également évoqué l’existence d’un « courant de corruption » au sein du gouvernement de l’Église. BRÉSIL

Dilma en baisse

POUR LA PREMIÈRE FOIS depuis l’arrivée de Dilma Rousseff au pouvoir, en janvier 2011, la popularité de la présidente est en baisse : 57 % d’opinions favorables, contre 65 % en mars, selon l’institut Datafolha. Les analystes attribuent cette bouffée de mauvaise humeur à la dégradation de la situation économique (envol de l’inflation et du déficit public). Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un premier avertissement sérieux avant la présidentielle d’octobre 2014. FRANCE

Du vent dans les voiles LES DERNIERS ÉPISODES de l’interminable feuilleton du voile islamique se concentrent, curieusement, à Argenteuil, dans la banlieue nord de Paris. Le 13 juin, une jeune femme ainsi JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

Yuya Shino • Reuters

JAPON

Apocalypse now? Pas vraiment CE N’EST PAS UN EFFET DE LA PERSPECTIVE. Cet hélicoptère de la marque Nano-Falcon est bel et bien le plus petit au monde. Enfin presque. Inutile de mettre à fond la chevauchée des Walkyries en vous imaginant dans le film de Francis Ford Coppola. Car il ne s’agit en réalité que d’un jouet télécommandé présenté dans un salon spécialisé, à Tokyo, le 13 juin. Mais on pourrait s’y tromper, non ?

vêtue affirme y avoir été agressée par deux hommes « au crâne rasé », qui lui auraient arraché ses pieux atours avant de la rouer de coups. Deux jours auparavant, la tentative de policiers locaux d’interpeller conformément à la loi l’une de ses coreligionnaires avait dégénéré en affrontements avec les habitants du quartier. Le 20 mai, une autre amatrice de hijab avait été molestée en pleine rue. Tout cela n’est-il pas un peu… gonflant ? ITALIE

Petit séisme municipal APRÈS SON DEMIÉCHEC aux législatives du mois de février puis sa capitulation en rase campagne lors de la présidentielle deux mois plus tard, le Parti démocrate (gauche) a pris sa revanche lors du second tour des municipales partielles, le 10 juin. Il l’emporte dans les seize chefs-lieux de province JEUNE AFRIQUE

soumis à renouvellement (dont Sienne, Brescia et Trévise), et surtout à Rome, où son candidat, le chirurgien Ignazio Marino, écrase le maire sortant, Gianni Alemanno, pourtant soutenu par Silvio Berlusconi: 63,9 % des voix, contre 36,1 %. JAPON

Chirac, reviens!

PAS FACILE POUR François Hollande, en visite au Japon du 6 au 8 juin, de rivaliser avec Chirac San – un « ami véritable du peuple japonais », lui. Au cœur du problème : la livraison par la France de grilles d’appontage pour hélicoptères destinées à équiper les navires de surveillance maritime chinois. En totale infraction avec l’embargo européen mis en place depuis Tiananmen. Et en pleine période de tensions sino-japonaises à propos d’îlots revendiqués par les deux pays. « Ce n’est qu’une simple application civile », a plaidé Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense. « Qui

alimentera les tensions en mer de Chine », a répliqué son alter ego nippon. RUSSIE

Homos et blasphémateurs, tremblez CHAMBRE BASSE du Parlement, la Douma a adopté le 11 juin une loi qui partout ailleurs (ou presque) aurait déclenché une tempête, mais qui, en Russie, n’a suscité que quelques vaguelettes. Il est donc désormais interdit, sous peine de lourdes amendes, de blasphémer (pardon : d’« offenser les sentiments religieux » de ses concitoyens) et de faire la promotion de l’homosexualité (pardon : des « relations sexuelles non traditionnelles ») en présence de mineurs. Un récent sondage montre que 5 % des Russes sont favorables à l’élimination physique des gays, ce qui marque un net progrès : ils étaient 35 % en 1989. N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

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Grand angle

INTERVIEW

Alpha Condé «La Guinée est un scandale »

Élections, opposition, contrats miniers, gouvernance… Au pouvoir depuis novembre 2010, le chef de l’État est plus que jamais sur tous les fronts. Et entend bien briguer, en 2015, un second mandat.

Propos recueillis à Conakry par

E

FRANÇOIS SOUDAN

n Guinée, c’est quand toutes les portes du dialogue semblent closes que s’ouvre enfin l’issue de secours. On redoutait, pour les premières élections législatives depuis onze ans, un scrutin sous haute tension sur fond de violences et de crispations identitaires, et voici qu’à trois semaines du jour J la très laborieuse négociation entre le pouvoir et l’opposition vient enfin de déboucher sur une éclaircie. Le 9 juin, sous le regard soulagé des médiateurs de la communauté internationale, les deux camps ont élaboré les contours d’un compromis équitable. Les quatre Premiers ministres de l’époque des militaires (Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Lansana Kouyaté, Jean-Marie Doré), opposants plus ou moins résolus au président Alpha Condé, ont ainsi accepté de faire inscrire leurs militants respectifs sur les listes électorales révisées par l’opérateur sud-africain Waymark, levant de facto leur menace de boycottage. Pour sa part, le gouvernement a cédé sur la participation des Guinéens de l’étranger, qui pourront donc voter dans les dix-sept circonscriptions consulaires que compte le pays, ainsi que sur la date du scrutin, initialement fixée au 30 juin, mais qui sera très vraisemblablement reportée de plusieurs semaines. EXAGÉRATION. Un climat d’apaisement bienvenu donc, tant est cruciale pour la Guinée

la bonne tenue d’une consultation électorale dont dépend une grande partie de l’aide des bailleurs de fonds, ainsi que l’arrivée des investisseurs. Rigueur budgétaire et financière, justice, droits de l’homme, lutte contre la corruption, réforme de l’armée : beaucoup a été fait depuis novembre 2010 et, vus de Conakry, les risques de déstabilisation, voire de guerre civile souvent évoqués à l’étranger apparaissent comme des exagérations délibérées. Le terreau est prêt, donc. Reste à recevoir la semence : les financements extérieurs. Pour Alpha Condé, 75 ans, ancien combattant de la démocratie, devenu chef de l’État par la grâce du premier scrutin présidentiel libre qu’ait connu la Guinée, l’enjeu personnel est de taille : parvenir enfin à sortir son pays de ce qu’il qualifie lui-même de « triple scandale » : scandale politique et moral, mais aussi scandale économique à la mesure de ses immenses potentialités géologiques inexploitées. L’entretien qui suit a été recueilli au moment où se déroulait le dialogue pouvoir-opposition. On verra qu’il en anticipe les principales conclusions… ● N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

VINCENT FOURNIER/J.A.

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Grand angle Interview JEUNE AFRIQUE : Depuis votre accession au pouvoir, pas moins de quatre dates ont été fixées pour la tenue d’élections législatives et aucune n’a été respectée. Cette fois, c’est enfin la bonne? ALPHA CONDÉ : Soyons clairs. La Commission

électorale nationale indépendante, la Ceni, propose une date, mais c’est au président qu’il revient de la fixer. Or je n’avais jusqu’ici jamais signé de décret convoquant les législatives, pour une raison simple : j’estimais que la Ceni, malgré toute sa bonne volonté, n’était pas prête. Cette fois, elle l’est, en principe. Mais j’insiste : juridiquement parlant, les législatives n’ont jamais été repoussées.

La campagne vient de commencer sans la participation de l’opposition. Est-il trop tard pour envisager un report afin que ces élections soient réellement inclusives ?

Tout dépend de la Ceni. Je n’ai pas le fétichisme des dates. Si j’ai pris la décision de signer le décret pour le 30 juin, c’est parce qu’en mon âme et conscience j’ai estimé que les conditions de transparence et de sécurisation du scrutin étaient réunies. Maintenant, si la Ceni juge que le calendrier doit être légèrement modifié, afin de résoudre un problème technique de dernière minute ou pour inclure une ou des listes de candidats supplémentaires, c’est à elle de se prononcer. Mon souhait n’a pas changé : je veux que tout le monde participe aux législatives. Mais je ne peux pas amener à l’abreuvoir celui qui refuse, à tort, de boire. Pourquoi à tort ?

Boycotter est souvent une erreur. Alassane Ouattara l’a fait en 1995 et il m’a confié qu’il s’était trompé, qu’il ne le referait plus. Macky Sall s’y est refusé l’an dernier, malgré la pression de certains de ses partisans, et il a eu raison. D’autant qu’en Guinée les motifs m’échappent : l’Union européenne, l’ONU, l’Organisation internationale de la francophonie, les chancelleries, tout le monde est d’accord sur le fait que des garanties solides d’équité sont là, incontournables. Du reste, si j’avais voulu passer en force, comme certains le prétendent, je l’aurais fait depuis longtemps. Je n’aurais d’ailleurs pas été le premier : d’autres chefs d’État ont suivi cette voie et ne s’en sont pas trouvés mal. Ils me le disent, et certains me conseillent même de les imiter. Mais je ne mange pas de ce pain-là. Je suis viscéralement un démocrate, même si certains ont tendance à en profiter pour me nuire. N’est-il pas risqué d’organiser des élections dans un climat tendu, sur fond de manifestations violentes, où les victimes se comptent par dizaines?

Ces marches dont vous parlez n’ont touché que deux quartiers de Conakry, le reste de la capitale et du pays est calme. Ne soyez donc pas myope. N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

Quand viendra le jour du scrutin, l’État sera là pour faire respecter le droit de chacun à voter. La frange radicale de l’opposition prétend que vous mobilisez en secret des milices malinkées, les fameux chasseurs traditionnels dozos. Ce à quoi vos partisans rétorquent que des armes circulent dans les rangs de vos adversaires. N’est-ce pas inquiétant ?

Laissez les Dozos là où ils sont : en HauteGuinée. Personne n’en a vu à Conakry au cours des manifestations. En revanche, oui, la police a trouvé lors de perquisitions dans le quartier de

Certains de mes pairs m’ont conseillé de passer en force. Mais je ne mange pas de ce pain-là. Bambeto des fusils de chasse, des cartouches, des grenades offensives et même une kalachnikov cachée sous un toit. Des individus mal intentionnés venus de Guinée-Bissau ont été arrêtés avec des munitions, et tout le monde sait que certains marcheurs utilisent des frondes et des armes blanches contre les forces de l’ordre. Ils le font de nuit, en général après la fin des manifestations, ce qui est évidemment intolérable dans n’importe quelle JEUNE AFRIQUE


Alpha Condé remplacé par un homme de terrain qui connaît Conakry comme sa poche. Il ne s’agit pas d’une sanction. Parallèlement, j’ai mis en place un pool de juges d’instruction chargé de déterminer l’origine exacte des décès enregistrés. Qui a tiré ? Qui a tué qui ? Il faut être clair : nul n’est au-dessus de la loi, qu’il soit gendarme, policier, militant de la mouvance présidentielle mais aussi de l’opposition. La Guinée depuis trop longtemps est un pays de violence où l’on tue, où l’on lynche pour un rien. Cela doit cesser. Les morts étaient tous de l’ethnie peule. Pourquoi?

CELLOU BINALI/AFP

Faux. Enquêtez: il y a eu des victimes malinkées, soussoues, forestières, peules. Et ne vous laissez pas intoxiquer : quand des grands bandits se font abattre par la brigade anticriminalité lors d’un braquage, ne les confondez pas avec des militants politiques, même si certains utilisent sans pudeur leur origine pour gonfler leurs statistiques.

démocratie. Mais ne me parlez pas des Dozos ! Si je m’interdis, par principe et parce que la Guinée a changé, de faire sortir l’armée de ses casernes, contrairement à mes prédécesseurs, ce n’est pas pour la remplacer par des milices. Le maintien de l’ordre est l’affaire exclusive de policiers et de gendarmes que nous sommes seulement en train d’équiper de casques et de boucliers – ce qui explique qu’il y a eu des victimes dans leurs rangs – et qui n’ont pas d’armes à feu. Il y a eu tout de même une cinquantaine de morts parmi les manifestants depuis dix mois. Qui les a tués si ce n’est les forces de l’ordre ?

Je conteste formellement et ce chiffre et cette accusation. Allez dans les hôpitaux interroger les médecins et vous serez surpris: beaucoup de gens ont été tués par des armes blanches, à la suite de jets de pierres ou par balle de calibre 12. Or ni la police ni la gendarmerie n’utilisent des machettes, des frondes ou des fusils de chasse. Toute ma vie, je me suis battu contre la répression sauvage, ce n’est pas à mon âge que je vais m’y livrer. Vous me connaissez mal. Vous venez de limoger votre ministre chargé de la Sécurité. N’est-ce pas la reconnaissance implicite qu’il avait eu la main trop lourde ?

Non. Le ministre sortant est un administratif venu d’Interpol afin de réformer la police. Je l’ai JEUNE AFRIQUE

€ Sidya Touré (à g.) et Cellou Dalein Diallo (à dr.), deux des principaux leaders de l’opposition, lors d’une manifestation à Conakry, le 2 mai 2013.

Parmi les points de discorde entre vous et l’opposition, il y a bien sûr la révision du fichier électoral et cet opérateur, Waymark, qui doit s’en charger. Pourquoi l’avez-vous choisi sans appel d’offres ?

Encore une fois, rétablissons les faits. Ce n’est pas moi qui ai introduit Waymark en juin 2010 puisque je n’étais pas aux affaires, mais le premier président de la Ceni, Ben Sékou Sylla, qui est un proche de l’ancien chef de gouvernement Sidya Touré. Waymark a ensuite participé à la sécurisation informatique du second tour de la présidentielle, et j’ai conservé cet opérateur, qui avait correctement travaillé, pour procéder à l’indispensable révision du fichier en vue des législatives. Sans appel d’offres ? Et alors ? Le choix d’un opérateur dépend du pouvoir en place, regardez ce qui se passe ailleurs. Laurent Gbagbo avait choisi la Sagem sans appel d’offres, et cela n’a pas empêché Ouattara de le battre. Et puis ce contrat est public, tout comme ont été publiés les paiements effectués par la Ceni à Waymark. Waymark est une société sud-africaine, et il se dit qu’en échange de sa partialité vous vous seriez engagé à favoriser les intérêts miniers de Pretoria en Guinée…

Ridicule ! C’est vrai que les dirigeants de l’ANC sont mes camarades depuis l’époque où je dirigeais la Fédération des étudiants d’Afrique Noire en France [Feanf]. Mais depuis que je suis président, une seule société sud-africaine, celle de Patrice Motsepe [African Rainbow Minerals], qui est une référence dans le domaine minier, a obtenu un permis de recherche. C’est tout récent. Pour le reste, où sont les intérêts sud-africains en Guinée? Quant à la prétendue partialité de Waymark, il faut croire que l’ONU, l’Organisation internationale de la francophonie et l’Union européenne, qui a imposé avec mon accord sa propre structure de N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

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Grand angle Interview monitoring pour contrôler le travail de cet opérateur, sont sourdes, muettes et aveugles. Aucune ne remet en cause le choix de cette société. Deuxième point de litige : la Ceni. Vous la contrôleriez en sous-main. Est-ce exact ?

C’est le type même du faux procès. La composition paritaire de la Ceni est inchangée depuis la présidentielle de 2010, et, lorsque l’opposition a exigé que son président soit remplacé, je l’ai accepté. Dire que je contrôle les trois représentants de la société civile au sein de la commission est une insulte à leur égard : la société civile n’est pas un parti politique ! Je ne me mêle pas du fonctionnement de la Ceni. Les Guinéens de la diaspora ont voté lors de la présidentielle de 2010. Pourquoi seraient-ils exclus du scrutin ?

Les Guinéens de l’extérieur n’ont jamais voté pour des élections législatives, c’est un fait. Mais là encore, je ne fais pas de fixation : si la Ceni estime qu’ils doivent participer cette fois-ci, pourquoi pas ? Elle est indépendante. Vous savez ce que l’on dit : il s’agit là d’un électorat très largement acquis à l’opposition, particulièrement au parti de Cellou Dalein Diallo, d’où votre réticence…

D’abord, je n’ai pas de réticence. Ensuite, vous faites erreur : tous les Guinéens de l’extérieur ne sont pas avec Cellou. Tous ne sont pas peuls, loin de là, et tous les Peuls ne sont pas des opposants, c’est une caricature.

Un scrutin transparent ne dépend pas que de la Ceni, il repose aussi sur la neutralité de l’administration. Or, là aussi, les reproches ne sont pas rares. Commandements territoriaux, délégations spéciales, cadres de l’Intérieur : vous auriez tout « malinkisé », ou presque. Qu’avez-vous à répondre ?

Que vous vous faites l’écho d’accusations malhonnêtes. Pour les intégristes qui se livrent à ce genre de décompte ethnique, tout ce qui ne porte pas le nom de Diallo, Bah ou Barry est automatiquement malinké. Or il existe dans le Fouta-Djalon des Peuls du nom de Touré, Sylla, Camara ou Tounkara ! Ne vous laissez pas abuser, c’est de la manipulation pure et simple à l’usage de ceux qui ne connaissent pas la sociologie complexe de ce pays. Maintenant, si vous voulez dire par là que le gouvernement nomme les préfets et les souspréfets de son choix, vous énoncez une évidence. Tous les pays au monde le font, à commencer par la France. La coalition Arc-en-Ciel qui vous a porté au pouvoir en novembre 2010 a depuis pris du plomb dans l’aile. Lansana Kouyaté et quelques N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

autres vous ont quitté pour rejoindre l’opposition, soit 10 % de l’électorat environ. Pourquoi cette érosion ?

Il n’y a pas d’érosion, mais un phénomène auquel je m’attendais : ma gestion du pays n’allait pas faire que des heureux. Ma politique minière par exemple, avec la remise à plat des contrats et leur négociation, dérange certains de mes anciens alliés. Je suis venu au pouvoir pour que

Je ne pratique pas la préférence ethnique, je laisse cela à mes adversaires. les richesses de la Guinée profitent enfin aux Guinéens. Nous avons les deux tiers des réserves de bauxite connues et le deuxième gisement de fer le plus riche de la planète, nous sommes le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest et pourtant rien n’a été fait ici depuis Sékou Touré. La Guinée, au fond, c’est un triple scandale. Scandale géologique, mais aussi scandale moral et politique dont se sont rendus coupables tous ceux qui ont cogéré ce pays sous les régimes militaires. Je le dis et je le répète. Alors, forcément, oui, il y a des mécontents parmi ces derniers. Lansana Kouyaté vous a-t-il déçu ?

C’est son droit, c’est son choix. Mais c’est aussi un frère et je pense que nous nous retrouverons.

Il y a à votre encontre un ressentiment persistant de la part de la communauté peule, qui estime que vous vous attelez à détruire sa base économique. Le comprenez-vous ?

Écoutez. J’ai dit dès mon accession au pouvoir : pas de favoritisme, pas de monopoles, libre concurrence, libre entreprise. J’ai ajouté, à l’endroit des commerçants et des hommes d’affaires : payez la douane, payez les taxes. C’est limpide ! Quand l’armée commande du riz ou de la farine, elle procède par appel d’offres. Où est le problème ? Bien sûr, cela change des pratiques passées, mais la bonne gouvernance est à ce prix. Je ne discrimine personne, je place tout le monde sur un pied d’égalité. Et le résultat est là : en trois ans, le prix du riz a baissé de 40 %. N’est-il pas plus facile désormais de dédouaner des marchandises pour un commerçant malinké que pour un commerçant peul ?

Non. D’abord, il y a très peu de Malinkés importateurs de riz, d’huile ou de farine. Ensuite, je ne pratique pas la préférence ethnique, qui est contraire à tout ce pourquoi je me suis battu pendant quarante ans. Je laisse cela à mes adversaires. JEUNE AFRIQUE


Alpha Condé

BSGR

ANDREW PARSON/ZUMA/REA

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Qui visez-vous ?

Ils se reconnaîtront.

La réforme de l’armée guinéenne est-elle achevée ?

Elle se poursuit avec l’aide de l’ONU. Il faut du temps, cinq ans au minimum, car nous venons de très loin. Mais le premier objectif est atteint: l’armée guinéenne est désormais une armée républicaine. On dit que vos relations avec votre prédécesseur, le général Sékouba Konaté, sont plutôt fraîches. Est-ce exact ?

Le général Konaté occupe, comme vous le savez, de hautes fonctions au sein de l’Union africaine à Addis-Abeba. Je n’ai personnellement aucun problème avec lui. Mais les gens sont libres de dire ce qu’ils veulent… Les investisseurs attendent les élections législatives pour venir en Guinée, les fonds de l’Union européenne aussi, et vous êtes déjà à mi-mandat…

Tout à fait. Et c’est pour cela que, si quelqu’un a intérêt à ce que les élections se tiennent le plus vite possible, c’est bien moi. A contrario, vous comprendrez que certains de mes adversaires font tout pour les retarder, quitte à pénaliser les Guinéens. Que dites-vous aux habitants de Conakry qui se plaignent des délestages quotidiens d’électricité?

La situation en ce domaine s’est beaucoup améliorée par rapport à 2010, mais elle est loin d’être parfaite. Notre problème n’est pas la capacité JEUNE AFRIQUE

ð Le groupe minier BSGR, du Franco-Israélien Beny Steinmetz (ci-dessus), est soupçonné d’avoir obtenu, en 2008, un permis sur le mégagisement de fer de Simandou dans des conditions troubles.

de production d’électricité, mais la distribution ainsi que la gouvernance d’Électricité de Guinée, notre société nationale. Il y a un vrai déficit de cadres, les ressources humaines sont un cassetête permanent. Nous recherchons donc un partenaire stratégique en mesure de nous aider à restructurer l’ensemble du secteur énergétique. J’ai songé aux Français d’EDF, mais Henri Proglio nous a fait savoir qu’il ne voulait plus travailler en Afrique. Nous sommes en train de voir ailleurs. Vous êtes en conflit avec le groupe BSGR du Franco-Israélien Beny Steinmetz à propos de

Si un contrat minier a été obtenu par la corruption, il sera aussitôt annulé. l’attribution d’une partie du gisement de fer de la mine de Simandou. C’est une affaire rocambolesque qui dure depuis deux ans et au sein de laquelle le FBI est intervenu. Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est assez simple. Dès mon arrivée, j’ai établi un nouveau code minier ainsi qu’un comité technique chargé de réévaluer tous les contrats passés dans ce secteur clé. L’objectif, c’est la transparence, et il va donc de soi que, si nous parvenons à prouver qu’un contrat a été obtenu par une société grâce à la corruption, ce contrat sera annulé. Par ailleurs, tout permis de recherche N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013


Grand angle Interview non exploité dans les trois ans qui suivent son attribution doit revenir automatiquement à l’État. Nous avons ainsi récupéré plus de 800 permis que leurs détenteurs étaient parfois allés jouer en Bourse, sans rien faire d’autre. En ce qui concerne BSGR, des enquêtes sont ouvertes aux États-Unis et en Guinée, il y a eu des arrestations, le FBI est venu à Conakry et nous collaborons étroitement. J’attends les résultats. Dans l’entourage de Steinmetz, on dit ne pas comprendre pourquoi vous voulez évincer le groupe de Guinée.

Je ne cherche à évincer personne, mais les temps ont changé. Je constate simplement que BSGR, qui était en possession d’un permis de recherche à Simandou, l’a revendu aux Brésiliens de Vale en violation du code minier, qui stipule qu’un permis n’est pas transférable. Je constate aussi que les conditions dans lesquelles BSGR a obtenu ce permis donnent lieu à des enquêtes judiciaires. Il faut être clair: la Guinée a besoin des sociétés minières, et il va de soi que ces dernières doivent pouvoir gagner de l’argent, sinon elles ne viendront pas. Mais le peuple guinéen doit aussi en profiter. Nous ne demandons que le juste prix de nos minerais, rien de plus. Et nous sommes des intégristes de la transparence : tous nos contrats miniers sont publiés sur internet. Rejoignez-vous les autres chefs d’État africains dans leurs critiques à l’encontre de la Cour pénale internationale ?

Je suis contre l’impunité et contre les chefs d’État qui écrasent leur peuple. Cela a été le sens et l’essence de mon combat. Mais je constate comme tout le monde que, curieusement, la CPI ne poursuit que des Africains, comme s’ils étaient plus criminogènes que les autres. Je comprends donc l’agacement de mes pairs. Moi-même, je me pose des questions.

VINCENT FOURNIER POUR J.A.

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€ À la sortie de l’entretien, au palais présidentiel de Sékoutoureya, à Conakry, le 9 juin.

Guinée vient de très loin et je n’ai pas de baguette magique pour changer du jour au lendemain le comportement et la mentalité des forces de l’ordre. J’ai hérité d’un vide, j’ai hérité de décennies d’abus de toutes sortes, d’habitudes détestables. J’ai pris à bras-le-corps et au même moment la réforme de l’armée, la refonte du secteur minier et la lutte contre la corruption. Ce n’est pas facile, les résistances sont multiples, j’y parviendrai. Mais que l’on n’exige pas de moi que la Guinée devienne le Danemark en trois ans.

Et lorsque vos adversaires politiques de passage à Paris sont reçus à l’Élysée ou au Quai d’Orsay, cela vous agace aussi ?

Vous continuez de tout vérifier, de tout contrôler et finalement de tout décider. Pourquoi cette hyperconcentration du pouvoir ?

Dans son rapport 2013, qui vient de paraître et qui porte sur l’année 2012, Amnesty International écrit ceci à propos de la Guinée : « Les forces de sécurité se sont rendues coupables de violations des droits humains, de recours excessif à la force, d’exécutions extrajudiciaires et de torture. » Comment l’ancien militant Alpha Condé accueille-t-il ces accusations ?

La prochaine élection présidentielle, c’est pour 2015, dans un peu plus de deux ans, et vous serez bien sûr candidat à votre succession…

Pas du tout. J’ai été opposant. Et j’étais alors reçu aux mêmes adresses.

Avec étonnement et perplexité. Il n’y a jamais eu d’exécutions extrajudiciaires sous ma présidence. Le droit de manifester est respecté. Je n’ai aucun problème avec les droits de l’homme. Cela dit, la N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

Je n’ai pas le choix. J’incarne le changement, et les partisans d’un vrai changement sont encore minoritaires. Quand ils ne le seront plus, alors je pourrai prendre du champ. En attendant, je me bats chaque jour pour sauvegarder les intérêts et les finances de l’État. Quitte à ce que l’on dise dans la rue : « Alpha, c’est un Blanc ! »

Comme l’on dit, le premier mandat pose les jalons. Mais nous avons déjà fait bien plus que cela : une autre interview ne suffirait pas pour énumérer tout ce que nous avons déjà réalisé. ● JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne

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COLONISATION

Mémoires

de nos pères

€ Vétérans Mau Mau, à Nairobi, le 6 juin.

PHIL MOORE/AFP

Londres a fini par céder. Plusieurs milliers de rescapés de l’insurrection Mau Mau au Kenya, dans les années 1950, vont être indemnisés. Une décision qui rouvre le dossier sensible des crimes commis par les anciennes puissances coloniales. MEHDI BA

JEUNE AFRIQUE

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Afrique subsaharienne Colonisation

C

heveux et colliers de barbe sont devenus grisonnants. Et le sourire de satisfaction qui se dessine sur leurs visages ravinés ne parvient pas à effacer la gravité de leur regard. Assis côte à côte dans une salle comble de l’hôtel Hilton de Nairobi, les derniers témoins du martyre Mau Mau – ce mouvement qui, de 1952 à 1960, se souleva contre le joug britannique – sont venus savourer leur improbable victoire contre l’ancienne puissance coloniale. Le 6 juin, après avoir longtemps nié l’évidence, Londres leur a finalement donné gain de cause. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, William Hague, l’ancien empire reconnaît « que des Kényans ont été victimes de tortures et de mauvais traitements aux mains de l’administration coloniale » et annonce une indemnisation de plus de 23 millions d’euros. Paradoxalement, la nouvelle de cette victoire provoque plus de vagues dans la presse internationale et chez les historiens européens que sur le continent africain. Comme si les revendications visant à obtenir reconnaissance et dédommagement concernaient davantage la Grande-Bretagne, la France ou la Belgique que leurs anciennes colonies. « C’est une décision tardive mais salutaire », insiste Alioune Tine, le président du Comité sénégalais des droits de l’homme. Mais à Dakar, Kigali, Kinshasa ou Yaoundé, le dernier combat des Mau Mau est passé presque inaperçu. Le Royaume-Uni n’en est pas à son premier acte de repentance coloniale. En 1995, la reine Élisabeth II avait présenté des excuses à la plus grande tribu maorie de Nouvelle-Zélande pour l’accaparement de ses terres, au XIXe siècle. Vingt ans plus tôt, un tribunal avait été chargé d’arbitrer les litiges découlant des revendications autochtones, ce qui avait conduit à la restitution d’une large partie des territoires revendiqués et au versement d’un dédommagement aux populations spoliées. La stratégie judiciaire, déjà, s’était montrée payante. En 2004, c’est l’Allemagne qui allait accomplir un pas encore timide mais tout aussi symbolique. Pour la première fois depuis l’insurrection des

Hereros dans l’actuelle Namibie, qui avait donné lieu à une campagne de répression tellement féroce qu’elle est souvent considérée comme le premier génocide du XXe siècle, la ministre allemande de la Coopération participait à la célébration du centième anniversaire du soulèvement. « Je suis ici pour témoigner des excuses et de la reconnaissance de la culpabilité du gouvernement allemand », avait-elle déclaré. Pour un État, reconnaître Berlin avait tout de même opté pour une certaine retenue dans un crime c’est s’exposer le choix des termes car, trois ans à des poursuites. plus tôt, des Hereros avaient saisi la justice américaine pour exiger une indemnisation financière. « Ce sont des crimes qu’on ne peut réparer, ajoute Alioune Tine. Mais de telles déclarations représentent des gestes symboliques importants. »

23 millions d’euros, cela fait près de 4 500 euros par personne. C’est peu, au regard des années de souffrance et de privations endurées par les Mau Mau kényans, mais le geste est hautement symbolique

INEXCUSABLE. Et la France dans tout ça ? « Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas à l’avant-garde en matière de reconnaissance des pages sombres de son passé colonial », estime l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, auteur du livre Coloniser, exterminer. De fait, à Paris, les aveux sont aussi rares que timides. Le 27 février 2005, c’est par la bouche de son ambassadeur à Alger que la France s’est fendue d’une déclaration que l’on n’attendait plus: « Je me dois d’évoquer une tragédie qui a particulièrement endeuillé votre région. Je veux parler des massacres du 8 mai 1945 […] : une tragédie inexcusable. » Pour la première fois, un officiel français reconnaissait la responsabilité de la République dans la répression de Sétif. Quelques mois plus tard, à Madagascar, c’est le président Jacques Chirac en personne qui admettait la responsabilité de la France dans la violente campagne contre-insurrectionnelle conduite en 1947 sur la Grande Île. « Il faut avoir conscience du caractère inacceptable des répressions engendrées par les dérives du système colonial », déclarait-il. Quant à François Hollande, moins de six mois après son élection, il allait rompre l’omerta sur une autre page sombre de l’histoire franco-algérienne : « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont

QUAND L’ITALIE DÉDOMMAGEAIT LA LIBYE DE KADDAFI EN MATIÈRE DE CONTRITION et d’indemnisation postcoloniales, l’un des précédents les plus édifiants à la victoire obtenue par les Mau Mau est le fait d’un improbable duo. En août 2008, le « Guide » libyen Mouammar Kaddafi et le président du Conseil italien Silvio Berlusconi annoncent avoir conclu un accord historique au terme duquel l’ancienne puissance coloniale N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

(de 1911 à 1942) s’engage à verser à la Libye l’équivalent de 3,4 milliards d’euros. Une somme dont le versement doit s’échelonner sur une période de vingt-cinq ans, sous forme d’investissements annuels dans des projets d’infrastructures. « Il est de mon devoir, en tant que chef du gouvernement, de vous exprimer au nom du peuple italien notre regret et nos excuses pour les

blessures profondes que nous vous avons causées », lançait le Cavaliere à Benghazi, après s’être incliné devant le fils du héros de la résistance libyenne contre l’occupant italien, Omar al-Mokhtar. Quant à Mouammar Kaddafi, il saluait « un moment historique durant lequel des hommes courageux attestent de la défaite du colonialisme ». ● M.B. JEUNE AFRIQUE


Mémoires de nos pères

ULLSTEIN BILD/ROGER-VIOLLET

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été tués lors d’une sanglante répression [à Paris]. La République reconnaît avec lucidité ces faits. » MYTHOLOGIES. Mais pour le reste, aucune consé-

quence ne sera tirée de ces aveux officiels. « Si la reconnaissance de ces crimes se faisait trop explicite, on s’exposerait à des poursuites judiciaires », analyse l’historien Pascal Blanchard, spécialiste du fait colonial. Au-delà de cette épée de Damoclès, il semble bien que le blocage tienne aussi à une spécificité française : « Ce sont des forces républicaines qui se pensaient progressistes qui ont rétabli la France comme grande puissance impériale, analyse Olivier Le Cour Grandmaison. La reconnaissance de ces crimes remet en question de grandes mythologies nationales ou partisanes, de Jules Ferry à de Gaulle en passant par Mitterrand. » Une « mythologie républicaine » spécifiquement française, qui expliquerait la gêne qui s’empare des plus hautes autorités de l’État sitôt que sont évoquées les exactions commises dans l’ex-empire. « On professe encore que la France a apporté les lumières à des civilisations qui vivaient dans les ténèbres, alors que d’autres puissances coloniales se sont abstenues de vanter cette mission civilisatrice », poursuit Pascal Blanchard. JEUNE AFRIQUE

€ Hereros faits prisonniers par les Allemands, en 1904, dans l’actuelle Namibie. La répression de leur soulèvement est considérée comme le premier génocide du XXe siècle.

Au Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), Louis-Georges Tin estime lui aussi que « la France est un cas à part ». Après l’élection de François Hollande, l’association qu’il préside avait reçu l’assurance que le gouvernement était prêt à envisager un aggiornamento. En vain. Le Cran s’est donc tourné vers les tribunaux. À l’occasion de la dernière journée de commémoration de l’esclavage, en mai 2013, l’association a assigné en justice la Caisse des dépôts et consignations et deux de ses filiales. Au moment de l’indépendance d’Haïti, la banque s’était en effet chargée d’encaisser la « rançon » (estimée à 17 milliards d’euros) versée par les anciens esclaves de Saint-Domingue pour dédommager les planteurs, leurs anciens maîtres. Une perspective d’indemnisation qui devait pourtant être balayée d’un revers de main par François Hollande dans le discours prononcé à l’occasion de la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage. S’abritant derrière Aimé Césaire, le chef de l’État prétextait une « impossible réparation » des souffrances induites par la traite négrière et l’esclavage. La démarche du Cran aura au moins eu le mérite de poser la question de la reconnaissance des crimes coloniaux par voie de justice. Selon N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013


Afrique subsaharienne Colonisation Jacques Morel, auteur du Calendrier des crimes de la France outre-mer, « la démarche judiciaire n’est pas répandue dans les milieux anticolonialistes français, que leur culture porte davantage à des prises de position politiques ». Le Cran réfléchit désormais au dépôt d’une plainte contre la société Spie Batignolles, dont l’ancêtre fut chargé de la construction du chemin de fer Congo-Océan, au Congo-Brazzaville, dans les années 1920. Sur ce chantier de 510 km, 17 000 personnes perdirent la vie. En leur temps, André Gide comme Albert Londres avaient alerté leurs concitoyens sur cette effroyable hécatombe. « Je trouve très positif que la justice soit utilisée pour faire reconnaître la vérité historique tout en accordant un dédommagement aux victimes, estime le journaliste Manuel Domergue, coauteur

3 QUESTIONS À

de Kamerun !, une enquête de référence sur la répression des maquis de l’Union des populations du Cameroun (UPC) avant et après l’indépendance de ce pays. Même si l’indemnisation ne saurait être à la hauteur du préjudice subi, c’est une reconnaissance symbolique importante. » Concernant La construction du chemin cette guerre secrète que Paris de fer Congo-Océan coûta n’a jamais assumée officiella vie à 17 000 personnes. lement (en 2009, le premier ministre, François Fillon, la qualifiait encore de « pure illusion »), la route semble toujours longue. Même si des rescapés sont encore vivants, les héritiers de l’UPC peinent à organiser une démarche politique et judiciaire semblable au combat entrepris par les Mau Mau kényans. ●

BOUBACAR BORIS DIOP

Écrivain sénégalais

Le crachat et l’infamie L’indemnisation ne fait pas tout et ne saurait suffire à se faire pardonner. Il faut un vrai travail de mémoire. JEUNE AFRIQUE : Quelle est la portée de la reconnaissance par la GrandeBretagne des crimes commis contre les Mau Mau ? BOUBACAR BORIS DIOP: Ce qui rend

cette décision inédite, c’est le fait d’indemniser les victimes. Jusque-là, d’anciennes puissances coloniales avaient ponctuellement reconnu leur responsabilité dans certains crimes, mais sans pour autant s’aventurer à envisager des compensations financières. Il semble que dans le monde anglo-saxon on cultive plus facilement ces formes de contrition.

le président Jacques Chirac pour regretter cet « événement tragique et choquant ». Ce n’est qu’en 2012 que les plus hautes autorités de l’État, en la personne du président François Hollande, ont reconnu à Dakar la « répression sanglante » commise à Thiaroye, tout en divisant par deux le nombre des victimes! La France ne nie pas Thiaroye, mais elle minimise cet épisode. Il est vrai qu’au Sénégal la flamme de la mémoire a considérablement décliné. Pendant longtemps, ce massacre a fait l’objet de débats passionnés dans les rangs des organisa-

Au Sénégal, la France ne nie pas le massacre de Thiaroye, mais elle le minimise. Au Sénégal, la violente répression menée par l’armée française contre des tirailleurs regroupés dans un camp de transit à Thiaroye, en décembre 1944, a-t-elle donné lieu à une reconnaissance et à une indemnisation ?

Il aura fallu attendre 2005 pour entendre un officiel français reconnaître ce crime pour la première fois. Un ancien ministre de la Coopération quasiment inconnu avait été dépêché par N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

tions sénégalaises d’extrême gauche. J’y ai moi-même consacré une pièce de théâtre, tandis que Sembène Ousmane en faisait un film. Depuis, les tombes des victimes ont été laissées à l’abandon et recouvertes par des détritus, ce qui est significatif. En Afrique, chaque communauté de victimes devra-t-elle demander justice pour elle-même? Ou bien les organisations sous-régionales et continentale

TEMPE /PICTURETANK ANTOINE TEMPÉ/PICTURETANK

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ont-elles un rôle à jouer pour obtenir réparation auprès des anciennes puissances coloniales ?

Cela pourrait en effet offrir un cadre cohérent afin d’éviter des actions isolées qui pourraient, à la longue, dévaloriser ce type d’initiatives. Ce serait positif qu’une structure mène une réflexion collective sur ces enjeux, en plaçant au cœur de sa démarche la mémoire et la dignité des victimes. Si de petits groupes de plaignants se multiplient, cela risque de finir par provoquer un chaos qui permettra d’autant plus facilement aux anciens colonisateurs de les discréditer. Le principal danger, selon moi, serait de revendiquer des compensations déconnectées du devoir de mémoire. L’indemnisation des victimes ne saurait valoir quitus aux criminels. Cela reviendrait à ajouter le crachat à l’infamie. ● Propos recueillis par M.B. JEUNE AFRIQUE


ð Au Rwanda, les veuves du génocide ne sont plus seules. SOCIÉTÉ

Pour les veuves, la double peine Des associations se battent pour la défense des droits des femmes après le décès de leur mari. Pas facile quand on est peu éduquée et que la belle-famille s’en mêle.

L

a Journée internationale des veuves, le 23 juin ? À Abidjan, en Côte d’Ivoire, même les femmes ignorent son existence. « Pour tout vous dire, c’est notre association qui a attiré l’attention des autorités sur cette date », s’amuse Namizata Sangaré, présidente de l’Organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire (Ofaci), qui recense tous les textes nationaux et internationaux votés en faveur des femmes. La Côte d’Ivoire fait pourtant partie des 56 États qui ont coparrainé la résolution instaurant cette journée et qui l’ont fait adopter à l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2010. Une résolution portée par le Gabon, dont la première dame, Sylvia Bongo Ondimba, est à la tête d’une fondation qui fait du statut des femmes et des orphelins son cheval de bataille. Estimées à 245 millions dans le monde, 115 millions de veuves vivent dans une extrême pauvreté. Et si la résolution gabonaise a fait l’unanimité en Afrique, c’est parce que la situation des conjointes survivantes est aussi chaotique dans le nord que dans le sud du continent. JEUNE AFRIQUE

« Pour mieux les spolier, on les accuse de tous les maux, témoigne Marie-Berthe Coulibaly », qui milite au sein de l’Association des veuves et orphelins de Côte d’Ivoire. « Votre belle-famille vous traite de profiteuse, de sorcière, de femme adultère ; elle vous injurie, vous humilie pour mieux vous jeter dehors, témoigne cette femme qui a dû retourner chez ses parents avec armes et bagages après la mort de son mari, en 2005. Avant même qu’il soit enterré, la maison avait été vidée, des vêtements aux ustensiles de cuisine. Sa famille m’a promis de prendre soin des enfants, mais jusqu’à aujourd’hui, j’attends. » TROMPERIE. Cette situation aurait tout

aussi bien pu se produire à Ouagadougou ou à Douala, et le mariage légal ne garantit pas aux veuves d’hériter des biens de leur mari. « La loi camerounaise protège les veuves, oui. Mais tout se complique si elles sont illettrées, fait valoir Georges Wamba, avocat au barreau de Yaoundé. Elles peuvent être victimes de la tromperie de leur belle-famille, qui leur dit qu’elle s’occupera de tout. Résultat des courses :

la succession est gérée selon le droit local et non le droit civil. Et les traditions ne jouent pas en faveur des femmes. » Bien souvent, ce sont les hommes qui font les partages et qui s’arrogent les biens du défunt – et l’épouse éplorée fait parfois partie du lot. C’est aussi contre le poids des traditions qu’il faut se battre au Gabon. « Nous essayons de faire de la sensibilisation dans les campagnes, mais ce n’est vraiment pas facile », explique Carmela Ngayis, directrice du centre Mbandja de la fondation Sylvia Bongo Ondimba. Ouvert en juin 2011, ce centre a mis en place une cellule d’assistance psychologique, financière et juridique aux veuves. Dans la foulée, elle a créé un numéro court et gratuit qui leur permet de s’informer sur leurs droits. « On reçoit de plus en plus d’appels des campagnes, preuve que les femmes font passer le message, qu’elles savent qu’on est là et qu’on peut les aider », se réjouit Carmela Ngayis. Sa cellule a reçu plus de 148 000 appels en 2012, contre 3 222 en 2011. « La clé de tout cela réside dans l’éducation, analyse Namizata Sangaré, qui organise le 23 juin, à Abidjan, une conférence sur le sujet. Plus les femmes seront éduquées et informées, moins elles seront victimes d’abus. » ● MALIKA GROGA-BADA N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

MARIE DORIGNY/SIGNATURES

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Afrique subsaharienne

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Cameroun

Carton rouge! À la tête de la Fecafoot et de la Sodecoton, Mohammed Iya s’était fait de nombreux ennemis mais se croyait intouchable. Le 10 juin, il a été arrêté pour détournement de fonds.

C

était peut-être l’homme le plus détesté du Cameroun. Depuis quinze ans à la tête de la Fédération camerounaise de football (la Fecafoot), Mohammed Iya disait n’avoir peur de rien ni de personne, et surtout pas de ceux qui le rendaient responsable des contre-performances des Lions indomptables. Le 10 juin pourtant, et alors que la veille ses joueurs venaient une nouvelle fois de se faire étriller (2-0 face au Togo), il a été arrêté et placé en détention à la

Jean-Pierre KePseu

q Originaire de Garoua, il voulait rempiler à la tête de la fédération pour un troisième mandat.

n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013

prison du secrétariat d’État à la Défense (SED), à Yaoundé. Officiellement, la justice soupçonne Mohammed Iya, 62 ans, d’avoir détourné des fonds de la Société de développement du coton (Sodecoton), qu’il dirige en parallèle depuis 1984. Mais ses proches soutiennent que la vraie raison de sa descente aux enfers tient autant aux mauvais résultats de l’équipe nationale qu’à son obstination à s’accrocher au gouvernail de la Fecafoot. Ces derniers mois, ils ont tenté de le dissuader de postuler pour un troisième

mandat. Mais ce Peul natif de Garoua (Nord), formé au Nigeria et en GrandeBretagne, n’a pas résisté à l’envie de rempiler. Il se croit intouchable et le foot est sa grande passion. N’a-t-il pas aidé à lancer le Coton Sport de Garoua, l’un des plus célèbres clubs camerounais ? Pendant quinze ans, il a fait mordre la poussière à tous ceux qui ont essayé de lui ravir la Fecafoot, cette structure dotée, en 2013, d’un budget de 2,5 milliards de F CFA (3,8 millions d’euros) et dont les actifs sont estimés à 5,5 milliards de F CFA. guerre ouverte. Pour son malheur, Iya cultive l’art de se faire des ennemis. Il s’est mis à dos la presse, qu’il dédaigne quand elle ne lui est pas favorable. Il s’est opposé à presque tous les ministres des Sports et, partant, au gouvernement au sujet de la gestion de l’équipe nationale. Son credo ? « L’État n’a rien à y faire. Les Lions peuvent s’autogérer. » Roger Milla, débarqué de son poste de président d’honneur en 2012, Joseph-Antoine Bell, tenu à distance, et d’autres anciens footballeurs sont en guerre ouverte contre lui. Samuel Eto’o, la star de l’équipe, suspendu en 2012 pour avoir été à l’origine d’une grève puis réhabilité sur ordre du chef de l’État, le critique sans ménagement. Une ribambelle d’anciens collaborateurs le poursuivent de leur vindicte. Ancien directeur général de la Fecafoot licencié en février 2007, Jean-Lambert Nang lui a consacré un pamphlet, Desperate Football House, six mois dans l’enfer de la Fecafoot (aux éditions Inter Press). On l’accuse de tous les maux ? « Je n’ai rien à me reprocher », se défend-il. Et le voilà, il y a un mois, qui dépose sa candidature. Il est impopulaire ? Peu lui chaut. Il est membre du parti au pouvoir, mais n’a aucune ambition politique. Lui et le président Biya se connaissent peu et ne se parlent pas. Avec une assemblée générale de la Fecafoot acquise à sa cause, il est quasi sûr d’être réélu sans difficulté. Pour lui faire barrage, le Premier ministre, Philémon Yang, n’a pas d’autre choix que de suspendre les travaux de l’assemblée générale de la Fecafoot, prévue le 25 mai et au cours de laquelle Mohammed Iya allait être reconduit. Pendant des années, le gouvernement a eu les mains liées. À la moindre immixtion, la Fifa menaçait de suspendre le Cameroun de toutes ses compétitions. Mieux valait, pour le neutraliser, chercher jeune afrique


Afrique subsaharienne ailleurs… Restait donc la Sodecoton, cette ancienne filiale de la Compagnie française pour le développement des textiles (CFDT), rebaptisée Geocoton (78 milliards de F CFA de chiffre d’affaires en 2012). En juin 2011, Cavaye Yéguié Djibril, le président de l’Assemblée nationale, est le premier à épingler sa gestion de l’agro-industrie la plus puissante du nord du pays. Le 27 mars 2013, le Conseil de discipline budgétaire et financière de l’État enfonce le clou en imputant à Mohammed Iya vingt fautes de gestion, pour un préjudice de 9 milliards de F CFA. Plus grave, l’organe de contrôle de l’État lui inflige une déchéance « valant interdiction, pour une durée de sept ans, d’être responsable de l’administration ou de la gestion des services publics ou des entreprises d’État, à quelque titre que ce soit ». Dans les jours qui suivent, on attend en vain une réunion extraordinaire du conseil d’administration destinée à débarquer le patron épinglé et à nommer un nouveau directeur général. Problème :

Geocoton n’est pas convaincu par les conclusions du Conseil de discipline. Et avec ses 30 % du capital de la Sodecoton, il dispose d’une minorité de blocage. Ses ennemis avaient jubilé trop tôt, Iya n’est pas mort. Pis, il rebondit. Le 23 mai, le conseil d’administration de la Sodecoton se tient et lui apporte son soutien. En 2012, le bénéfice net de la société n’a-t-il pas grimpé à 5,6 milliards

de F CFA, contre 5,4 milliards en 2011 ? Les administrateurs n’ont-ils pas distribué 1,6 milliard de dividendes à l’État, Geocoton et la Société mobilière d’investissements du Cameroun (11 %)? Si, mais ces bons résultats n’auront pas suffi à sauver le chef d’entreprise. Son destin était scellé, même s’il courait encore, tel un saint Denis, sa tête sous le bras… l GeorGes DouGueli

et si le norD prenait son parti ? Yaoundé n’est pas le Cameroun, et mohammed Iya reste très populaire dans les régions cotonnières du Grand nord. le 26 avril, la Confédération nationale des producteurs de coton (250000 agriculteurs) se réunissait et lui apportait son soutien: « depuis que vous êtes à la tête de la sodecoton, le coton-graine produit par nos mains a été acheté en totalité, quelle que soit sa qualité. aucun kilogramme de coton-graine n’a été abandonné en brousse, même pendant les périodes les plus difficiles vécues par la filière. » mise en place par Iya, cette politique est soutenue par un mécanisme de fixation du prix d’achat et par un fonds de gestion du risque-prix, doté de 12 milliards de F CFa. À quelques mois des législatives, le parti au pouvoir prend donc le risque de perdre des électeurs qui votent G.D. traditionnellement pour lui. l

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Afrique subsaharienne CÔTE D’IVOIRE

Les cerveaux sont de retour Ils ont fait carrière en Europe ou en Amérique du Nord, et les voilà à la tête d’entreprises publiques à Abidjan. Rencontre avec ces cadres venus participer à la reconstruction du pays.

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as facile de rentrer au pays quand on a un job en or à l’étranger. C’est pourtant le choix de plusieurs cadres ivoiriens portés récemment à la tête d’entreprises publiques. Leurs points communs ? Ils veulent participer à la reconstruction du pays après avoir bénéficié de bourses de l’État pour étudier en France, aux États-Unis ou au Canada. Ils y ont poursuivi de brillantes carrières dans des groupes privés. Et ils sont passés par la même procédure de sélection du cabinet Deloitte qui, mandaté par les autorités, a lancé des appels à candidature entre juillet et décembre 2011.

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« J’étais directeur du développement investissements de Côte d’Ivoire (Cepici), à Canal+ Afrique, indique Ahmadou était quant à lui directeur associé du cabiBakayoko, nommé fin mai directeur net Amsey’s International Consulting. général de la Radio Télévision ivoirienne Après plusieurs années passées comme [RTI]. On m’a demandé de fournir un directeur de Coca-Cola pour plusieurs dossier complet pour le lendemain à pays d’Afrique de l’Ouest, il faisait du la première heure. J’ai travaillé toute la conseil en entreprise. Basé à Paris, il effecnuit pour mettre à jour mon CV et prétuait de nombreux voyages en Afrique senter un projet de modernisation de quand un ami l’a prévenu de l’opportunité l’institution. » Une fois sa candidature de revenir en Côte d’Ivoire. Il a recruté une retenue, les discussions salariales n’ont équipe de jeunes cadres dont la mission pas été faciles. « C’était un pari sur l’avenir, explique-t-il. Je ne On retrouve aussi beaucoup souhaitais pas trop perdre finand’anciens de la diaspora cièrement. » Ce polytechnicien dans les cabinets ministériels. de 36 ans, qui a aussi participé à la restructuration de la Société nationale des chemins de fer (SNCF) en est d’attirer les investisseurs, d’accomFrance, axe son travail sur la formation et pagner les entreprises étrangères et de la refonte de la grille de programmes, et participer à la réflexion sur l’amélioration introduit progressivement de nouvelles de l’environnement des affaires. méthodes de management. Le temps Ayant fait toute sa carrière au Canada, presse. La libéralisation de l’audiovisuel Philippe Pango a le profil du manageur est programmée pour 2015. à l’américaine. Titulaire d’un doctorat Esmel Emmanuel Essis, 45 ans, direcen télécoms, rompu à la recherche de fonds et de partenaires, il entend faire teur général du Centre de promotion des

jeune afrique


du Village des technologies de l’information et de la biotechnologie (Vitib), zone franche basée à Grand-Bassam, un nouveau hub technologique. Édouard Fonh-Gbei a lui aussi fait ses preuves en Amérique du Nord. Secrétaire général du Comité national de télédétection et d’information géographique (CNTIG) depuis novembre 2011, il sensibilise les entreprises et les administrations aux nouvelles applications cartographiques et systèmes liés. Dans leurs premiers mois d’exercice, tous ces manageurs ont été confrontés à des problèmes comme le manque de formation du personnel, le poids de la bureaucratie, la politisation des esprits… Progressivement, ils tentent d’insuffler un nouvel esprit, davantage de réactivité et une culture du résultat. « Le pays regorge d’opportunités, estime Nongolougo Soro, directeur général de la Société nationale de développement informatique (SNDI) après avoir fait toute sa carrière chez Motorola aux États-Unis. Mais il faut savoir que les habitudes de travail et la culture ne sont pas les mêmes qu’en Amérique du Nord. » BOUCHE À OREILLE. On retrouve aussi de

nombreux cadres de la diaspora dans les cabinets ministériels, à la présidence et à la direction de grands départements dans l’Administration. C’est le cas d’Abdourahmane Cissé, ancien trader de Goldman Sachs, actuel directeur de cabinet de Kaba Nialé, ministre chargée de l’Économie et des Finances auprès du Premier ministre. Diplômé de l’École polytechnique (France), il a d’abord travaillé sous la supervision d’Amadou Gon Coulibaly, secrétaire général de la présidence. « Le chef de l’État souhaite aller vite, confie Masséré Touré, sa conseillère en communication. On recrute des compétences locales et les profils qui nous manquent à l’étranger. » À chacun de ses déplacements, Alassane Dramane Ouattara rencontre la diaspora ivoirienne, estimée à plus de 2 millions de personnes. Un recensement est en cours. En attendant, les autorités utilisent le bouche à oreille, les cabinets de recrutement et les cadresnationauxpourdénicherdestalents dans les associations d’anciens élèves (HEC, Polytechnique, etc.). Elles ne désespèrent pas de faire revenir de plus gros poissons comme Tidjane Thiam, patron de l’assureur britannique Prudential. l PasCaL aIRaULt jeuNe AfrIque

Afrique Subsaharienne

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SIMON MAINA/Afp

Coulisses

p Manifestants dans les rues de Nairobi, le 11 juin.

Kenya par iCi la mOnnaie ! Ils se sont fait prier, mais ils ont finalement cédé. Le 12 juin, les 416 parlementaires kényans (Members of Parliament, MPs) ont accepté de baisser leur salaire. Ils ne toucheront « plus que » 75 000 dollars par an, alors qu’en mai dernier c’est un traitement annuel de 120 000 dollars qu’ils s’étaient fort généreusement voté, faisant fi de l’opposition du président Uhuru Kenyatta et de celle de la Commission des salaires et rémunérations (SRC). Ils travaillaient dur, avaient-ils argumenté, et ils le méritaient. Les élus ont donc fini par plier, mais qu’ils se rassurent : la SRC veillera à ce qu’ils perçoivent chacun une indemnité de déplacement de 58 000 dollars… Leur entêtement leur avait valu la colère de la rue kényane. « MPs ? scandaient encore des manifestants à Nairobi, le 11 juin. MPigs ! » l

Zimbabwe C’est pas gagné Robert Mugabe a toujours aimé jouer sur les mots. Il n’a donc pas fixé de date pour l’élection présidentielle, dont la tenue est – en vertu d’un accord passé avec l’opposition – conditionnée à toute une série de réformes, mais il a dit qu’il ferait ce que dit la Cour constitutionnelle. Et que dit la Cour ? Que le scrutin doit avoir lieu avant le 31 juillet. Le Premier ministre, MorganTsvangirai (opposition), ne s’y est pas trompé et a dénoncé, le 13 juin, une « décision unilatérale » et « inconstitutionnelle » du chef de l’État.

afrique du sud OdOrant Beaucoup avaient fait le voyage depuis les townships des environs du Cap, le 11 juin, pour protester

contre le manque de toilettes dans les quartiers défavorisés, bien décidés qu’ils étaient à déverser leur colère (et des sacs remplis de déjections humaines) à proximité des bureaux du gouvernement. La police a promptement réagi et a arrêté 180 personnes.

sOudan d’aCCOrd, pas d’aCCOrd Ce sont neuf accords qui avaient été signés fin mars après des mois de laborieuses négociations et au soulagement de la communauté internationale. Destinés à normaliser les relations entre le Soudan et le Soudan du Sud, ils encadraient notamment le transit du pétrole et la circulation des biens et des personnes. Mais le 9 juin, Khartoum a décidé de les annuler, accusant Djouba de soutenir des groupes rebelles actifs dans la province du Sud-Kordofan. N O 2736 • du 16 Au 22 juIN 2013


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Maghreb & Moyen-orient

Maroc

Tempête dans La guerre ouverte entre le Premier ministre et son allié de l’Istiqlal débouche sur un statu quo inédit. Décryptage d’une vraie fausse crise. Youssef aïT akdiM

V

oilà un mois que l’Istiqlal est démissionnaire du gouvernement, tout en y gardant six ministres, dont le très sollicité Nizar Baraka, ministre des Finances, chargé de redresser la barre d’une économie en pleine crise de confiance. Un mois que les observateurs, les éditorialistes et une partie de l’opinion publique attendentlecoupd’après.UnmoisqueHamidChabat, patron de l’Istiqlal, multiplie les apparitions publiques pour dénoncer l’amateurisme et l’incurie d’un gouvernement dont il est pourtant encore l’allié. Un mois que le Premier ministre, Abdelilah Benkirane, tout en affichant une sérénité de façade, peste en privé contre les « crocodiles » et les « esprits » qui affaibliraient son pouvoir. Un mois, enfin, que Mohammed VI, dont l’Istiqlal a sollicité l’arbitrage d’une manière ambiguë et pour le moins maladroite, a quitté le royaume sans trancher le différend entre les deux têtes de la majorité. Après cette accélération exagérément dramatique du tempo politique, le statu quo a tout aussi brusquement fait retomberl’adrénaline.Avouonsque,del’extérieur,cette situation est incompréhensible. Tous les médiasqui se sont précipités pour parler de crise gouvernementale ont été démentis par les faits. « Il n’y a pas de crise politique puisque l’Istiqlal n’a pas mis sa menace à exécution », tempère le politologue Mohamed Tozy. Sage analyse qui refuse de céder au sensationnalisme, même si on peut s’interroger sur les conséquences à plus long terme de ce qui apparaît comme un coup de bluff raté.

À qui profite le blocage?

Ce qui était censé être une crise gouvernementale a lentement dérivé vers un statu quo inédit. Au-delà de l’intervention de Mohammed VI, qui s’est limitée à un « royal » coup de fil à son fidèle sujet, c’est l’attitude prudente de Benkirane qui semble avoir circonscrit l’incendie. Le chef de la majorité n’a pas répondu officiellement à l’affront de son allié récalcitrant, en prenant prétexte du formalisme juridique: « Nous n’avons reçu ni communication officielle ni liste de n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

jeune afrique


Maghreb Moyen-Orient

un verre de thé revendications. » Comprenez: « Nous ne sommes pas concernés. Si l’Istiqlal veut se retirer, qu’il prenne ses responsabilités. » Toutes les voix autorisées au sein de saformation,lePartidelajusticeetdudéveloppement (PJD), ont relayé ce discours. Avec comme corollaire: « Nous, islamistes, n’avons pas peur d’éventuelles législatives anticipées. » La fâcherie avec l’Istiqlal leur a d’ailleurs permis de tenter leur propre bluff, plus discret, mais qui semble avoir porté ses fruits. Depuis les législatives de novembre 2011, qui les ont propulsés au pouvoir, les cadres du PJD labourent leur pré électoral. Ils ont ainsi regagné les sièges remis en jeu lors de législatives partielles, maintenant leur total à 107 députés sur 395, tout en se permettant d’offrir un député à leurs partenaires du Parti du progrès et du socialisme (PPS), quibataillentpourmaintenirungroupeparlementaire (20 députés au minimum). Le PJD est en position de force électorale, ce qu’accréditent les sondages sur la popularité intacte de Benkirane. Un député de l’opposition penche pour une logique d’attente. « Rien ne sert de courir vers des législatives anticipées. Nous nous préparons pour 2016 [date de la fin de la législature actuelle]. »

t Abdelilah Benkirane (à dr.) et Hamid Chabat, le 26 novembre 2011, au ministère de l’Intérieur, à Rabat. jeune afrique

aic presse

Que veut (vraiment) Chabat?

Après avoir tiré à vue sur Benkirane et sur ses ministres – avec une préférence pour ceux du PPS –, réclamé à cor et à cri une remise à plat de la coalition gouvernementale,multipliélesattaquesverbalesaussi violentes que vaines, exigé un duel télévisé avec le chef dugouvernement,Chabatafinalementacceptéderevenir à la table des négociations. C’est la dernière posture du zaïm de l’Istiqlal qui était d’ailleurs en filigrane de son coup de poing sur la table. Ce syndicaliste madré, arrivé à la tête de son parti à la faveur d’un véritable putsch contre la famille El Fassi, n’a jamais entériné leschoixdesonprédécesseur–etex-Premierministre, de septembre 2007 à novembre 2011. Chabatveutdesministresàsamain.Etpourimposer lessiens,ilestprêtàsacrifierceuxquineluiprêtentpas allégeance. Aussi bien Nizar Baraka, gendre d’Abbas El Fassi et bien en cour, que le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Louafa, un temps candidat à la tête de l’Istiqlal. Pour faire plaisir à sa base, Chabat réclamesurtoutplusdeportefeuilles,s’estimantlésépar larépartitionactuelle.L’Istiqlal(60siègesauParlement) a hérité de 6 ministères seulement, tandis que le PPS (18 sièges) gère les ministères relativement importants de l’Habitat et de l’Urbanisme, de la Santé, de la Culture, et de l’Emploi. n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

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Maghreb Moyen-Orient Maroc Benkirane est-il un chef de gouvernement partisan?

arbitrage formel du roi. Mais il n’a pas tranché en faveur de Chabat. « Le roi a réaffirmé sa confiance au gouvernement », a rappelé son porte-parole, Mustapha El Khalfi. Match nul. Dans les faits, le souverain peut très bien user de son autorité morale pour peser sur les protagonistes. D’un autre côté, de nombreuses voix, tant dans la majorité qu’en dehors de celle-ci, ont analysé le recoursauroicommeunerégressiondémocratique, peu compatible avec l’esprit d’une Constitution qui accorde formellement une autonomie au gouvernement. « Nous ne pouvons pas réclamer plus de prérogatives et nous réfugier, à la première fâcherie, dans le bureau de Sidna [« Monseigneur », formule désignant le roi]. »

Selon ses détracteurs, Benkirane serait un chef de gouvernement ouvertement partisan et donc injuste. C’est l’argument préféré de Chabat, et c’est celui qui porte au-delà de la majorité. L’opposition, qui a boycotté par exemple la séance des questions au chef du gouvernement le 31 mai, lui reproche un style autoritaire. Il est vrai que le style Benkirane privilégie une forme d’« exercice solitaire du pouvoir », selon la formule du politologue Mustapha Sehimi. Le PJD a beau mettre en avant sa direction collégiale, son chef n’hésite jamais à affirmer son autorité. Il l’a d’ailleurs fait dès le 11 mai au soir en publiant un communiqué rappelant que le secrétaire général du parti cumule la casquette de porte-parole officiel. Pourtant, le leader islamiste est plutôt généreux avec ses partenaires. Certes, le PJD se taille la part du lion dans le gouvernement avec douze ministres, mais il a concédé sans rechigner le portefeuille régalien de l’Intérieur à Mohand Laenser, chef du Mouvement populaire (MP). « Le PJD assume d’être aupouvoiretdeplacersespions»,avanceMohamed Tozy. C’est plutôt l’Istiqlal qui semble privilégier ses questions internes, dont la loyauté au zaïm, au bon fonctionnement de la coalition. « Lors du gouvernement d’alternance [1998-2002], les istiqlaliens se sont montrés des alliés peu commodes », souligne un ancien ministre socialiste.

Que dit la Constitution?

Le roi doit-il intervenir?

En demandant à Chabat, le soir de la décision du Conseil national, de maintenir « ses » ministres au gouvernement, Mohammed VI a semblé intervenir dans une brouille institutionnelle. Pourtant, la suite des événements éloigne la perspective d’un

Youssef Amrani Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération n o 2736 • Du 16 au 22 juin 2013

Mohamed El Ouafa Éducation nationale

Les ministres Istiqlal

Fouad Douiri Énergie, Mines, Eau et Environnement

L’article 42 de la Constitution donne au roi des pouvoirs considérables. Il est « garant de la pérennité et de la continuité de l’État et arbitre suprême entre ses institutions ». En soi, la brouille entre deux chefs de parti au sein de la majorité ne concerne pas directement les institutions. Un éventuel remaniement peut survenir à l’initiative du roi ou du chef du gouvernement, qui demande au roi de « mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du gouvernement du fait de leur démission individuelle ou collective » (article 47). Par ailleurs, le roi a le pouvoir de dissoudre « les deux Chambres ou l’une d’elles seulement » (article 96). Le chef du gouvernement peut aussi dissoudre la Chambre des représentants. L’application de cette nouvelle Constitution, approuvée par référendum en juillet 2011, ne pose pas encore de problèmes d’interprétation, mais la pratique est encore récente, ce qui explique la frilosité des uns et des autres. l

Nizar Baraka Économie et Finances

Abdellatif Maazouz Ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé des Marocains résidant à l’étranger

DR ; hassan ouazzani pouR j.a. ; aic pRess

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Abdessamad Qaiouh Artisanat jeune afRique


Maghreb Moyen-Orient

hichem

43

p Unité canine lors d’une opération de ratissage, en mars.

Tunisie

L’armée dans la ligne de mire Infructueuse et meurtrière, la traque des jihadistes dans le Jebel Chaambi suscite des tensions politiques et de nombreuses interrogations.

S

ur la piste caillouteuse de Doghra, dans le Jebel Chaambi, récemment dégagée par l’armée, la mine antichar qui a explosé le 6 juin n’a laissé que peu de traces, mais tué deux militaires. Autour de l’ornière jonchée d’éclats de métal fusent les commentaires d’une population remontée contre le pouvoir et l’armée. « Depuis plus de un mois, on nous dit que la zone est sécurisée, mais voilà la preuve du contraire ; à qui le tour ? »

Des moyens limités… budget 2013 défense nationale : 616,5 millions d’euros intérieur : 1,071 milliard d’euros éducation : 1,753 milliard d’euros santé : 725 millions d’euros

peste Belgacem, ouvrier dans une ferme voisine. Il ne croyait pas si bien dire ; le 11 juin, c’est un berger et son troupeau qui étaient victimes d’une mine artisanale. L’opération Chaambi, qui aura fait à cette date sept morts et plusieurs blessés, s’est révélée plus complexe que prévue. Fin avril, les forces de sécurité localisaient dans cette région frontalière de 100 km² des jihadistes recherchés depuis décembre 2012. Aussitôt, la zone est circonscrite. Mais ce qui aurait dû être un déploiement stratégique de routine tourne à la mission de tous les périls en raison d’un terrain difficile, qui plus est truffé de mines, essentiellement artisanales. Les jihadistes jouent les filles de l’air; on trouve trace de leurs campements mais on peine à déterminer leur nombre et à les localiser. La traque s’essouffle. Les ministères de la Défense et de l’Intérieur assurent avoir

identifié certains combattants, mais, au bout du compte, le bilan est maigre : une quarantaine d’arrestations seulement. « L’affaire était mal partie dès le départ. La frontière avec l’Algérie est poreuse, et ces gens-là connaissent bien le terrain et ont leurs réseaux », explique un infirmier de Kasserine, chef-lieu de la région. La question des complicités locales alimente la rumeur. « Ici, personne n’a jamais vu de terroriste », note l’épicier du douar de Charayaa, lequel rappelle qu’« en Tunisie, celui qui est étranger à une région est tout de suite repéré ». On dénonce un instituteur qui achèterait trop de pain ou un chauffeur de taxi multipliant les va-etvient. La suspicion est générale, y compris à l’égard de l’armée. La famille de Lazar Kadhraoui, 23 ans, l’un des deux militaires morts le 6 juin, crie à une « mise en scène de la menace terroriste », tandis que les proches de l’adjudant-chef Mokhtar Mbarki, tué par un tir ami, mettent en doute la version officielle et parlent d’un règlement de comptes interne. « On ne nous dit pas tout », s’emporte le frère du défunt.

… et des effectifs insuffisants et peu formés armée de terre 27 000 hommes, dont 23 000 conscrits

armée de l’air 4 000 hommes, dont 700 conscrits

marine 4 800 hommes, dont 700 conscrits

Forces déployées dans le Jebel chaambi 280 experts et près de 1 000 hommes 70 % des militaires assurent des missions de maintien de l’ordre

jeune afrique

n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013


Maghreb Moyen-Orient Mise en cause, la Grande Muette sort de sa réserve et tente de communiquer. Le colonel Mokhtar Ben Nasr, porte-parole du ministère de la Défense, confirme que les terroristes bénéficient d’une aide locale extérieure, mais, pour l’opinion publique, il n’en a pas dit assez. Nul ne sait ce qui se passe réellement dans le Jebel Chaambi. Les autorités se retranchent derrière le secret-défense. Ce qui est sûr, c’est que, faute de coordination avec les différents services de renseignements, l’armée a d’emblée été prise au dépourvu. Bien que cette région montagneuse soit toute

s’interrogent, rappelant que la lutte contre le terrorisme ne devient l’affaire de l’armée qu’en dernier ressort, lorsque le danger arrive sur le terrain. Elle est d’abord celle de services de renseignements opérationnels. Or ceux-ci ont été partiellement démantelés par l’ex-ministre de l’Intérieur Farhat Rajhi au lendemain de la révolution sans qu’aucun département ne puisse assurer efficacement le lien entre les institutions. « La seule arme efficace face au danger terroriste, c’est le renseignement et rien que le renseignement », martèle Boubaker Ben Kraïem, ancien sous-chef d’état-major de l’armée de terre. En outre, un appareil sécuritaire très il ne s’agit pas seulement affaibli par le démantèlement de débusquer les jihadistes mais aussi de déminer le terdes services de renseignements. rain pour sécuriser la zone. désignée pour abriter des camps, nul Désormais, l’armée utilise des blindés n’a envisagé que les jihadistes puissent pour les opérations de ratissage plutôt la truffer de mines. Personne n’a songé que l’infanterie et les unités canines. La non plus à contrôler les ventes de nitrate garde nationale et la brigade antiterroriste, d’ammonium, composant essentiel, avec du ressort du ministère de l’Intérieur, lui le trinitrotoluène, des mines artisanales, prêtent main-forte. Les combattants du couramment utilisé par les agriculteurs. groupuscule Okba Ibn Nafaa, branche armée d’Ansar el-Charia, forment le gros « Ce sont des pros ; au lieu de clous, qui du contingent des suspects. Les portraits pourraient être détectés, ils mettent des cailloux tranchants. C’est tout aussi dande certains ont même été publiés. La gereux. Ce sont des techniques utilisées chasse à l’homme est ouverte mais aussi la en Irak et en Afghanistan », précise un traquedescellulesdormantesquiassurent le soutien logistique sans lequel les termédecin colonel de la protection civile. roristes n’auraient pu tenir quarantecinq jours dans la clandestinité. « C’est leurres. Au bout de six semaines de probablement trop tard. Les jihadistes traque infructueuse, certains observateurs

hichem

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p Rachid Ammar, chef d’état-major interarmées, est sur le gril.

ont détourné l’attention en provoquant des incendies et en laissant des traces, mais ce n’était qu’un leurre pour assurer leur repli », analyse le général à la retraite Mohamed Sellami. Mobilisées aussi par l’état d’urgence, les forces militaires sont sur tous les fronts. « Depuis 2011, même les réservistes ont été rappelés, mais le contingent est épuisé. Dire que nous manquons d’effectifs et de moyens est un euphémisme, sachant que 70 % de nos hommes assurent aussi bien des missions aux frontières libyenne et algérienne que la protection d’institutions

cabale sans précéDent

«

L

’armée ne cédera pas à la pression politique. Elle a toujours été neutre et ne faillira pas à sa mission. Dans cette période difficile, l’ingérence dans ses affaires n’est pas souhaitable », commente Mokhtar Ben Nasr, porte-parole du ministère de la Défense. Lequel rappelle que la décennie noire algérienne avait débuté par une campagne de dénigrement de l’institution militaire. L’enlisement de l’armée dans le Jebel Chaambi est prétexte à une cabale sans précédent contre son commandement. Amorcée par les islamistes sur les réseaux sociaux début

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juin, elle a été relancée par Mohamed Abbou, exsecrétaire général du Congrès pour la République (CPR) et président du Courant démocratique. Les uns et les autres demandent le départ de Rachid Ammar, chef d’état-major interarmées et héros de la révolution. L’affaire devient aussitôt politique. Mohsen Marzouk, cadre de NidaTounes, accuse les détracteurs de l’armée de faire le jeu d’Ennahdha. Rached Ghannouchi, président de la formation islamiste, n’avait-il pas déclaré à des salafistes, dans la fameuse vidéo fuitée en novembre 2012, que « le

soutien de l’armée [à Ennahdha] n’était pas garanti »? « Chaque mine qui saute signe l’échec de la troïka, qui n’a pas su gérer le problème salafiste et prévenir le terrorisme », assure le Front populaire, tandis que les autres partis s’en tiennent à un silence prudent. Pourtant, en mars, les démocrates avaient largement défendu l’indépendance du ministère de la Défense et souhaité le maintien de l’ancien ministre, Abdelkrim Zbidi, avant qu’il ne jette l’éponge en raison de tiraillements avec la présidence. C’est au tour de Rachid Ammar. Si beaucoup

rappellent que des zones d’ombre entourent le rôle de l’armée pendant la révolution, d’autres estiment que le chef d’état-major n’aurait pas dû rempiler à l’heure de la retraite. Des proches du commandement militaire considèrent, eux, que certains mouvements voient d’un mauvais œil la coopération militaire avec l’Algérie et cherchent à provoquer une déstabilisation à laquelle l’armée fait rempart. La Grande Muette reste déterminée, mais elle sait que « le pouvoir, enTunisie, s’est toujours défié de l’armée », explique Fayçal Cherif, expert F.D. militaire. l jeune afrique


publiques partout sur le territoire », lâche, amer, Lotfi, un caporal de la garnison de Kasserine, qui considère pourtant que l’augmentation de sa prime à 100 dinars est une motivation aussi forte que son patriotisme. Populaire pour s’être rangée aux côtés du peuple, l’armée est cependant sous le feu des critiques (lire encadré). « Nous ne sommes pas devant une défaillance technique et logistique, nous sommes devant un manque flagrant de préparation. Voilà au moins deux ans que les jihadistes ont commencé à mettre au point leur stratégie et à s’armer. Qu’avonsnous fait pour les localiser ? Qui sont-ils ? D’où viennent-ils? Avons-nous seulement tenté une évaluation géostratégique pour protéger nos frontières et notre sécurité nationale? » se demande l’expert militaire Fayçal Cherif. diversion ? Pour certains, les événe-

ments du Chaambi ne seraient qu’une tentative de diversion au moment où le débat autour de la future Constitution fait rage. Pour d’autres, il s’agit des prémices d’une guérilla urbaine. À l’appui de leur thèse, ils invoquent l’appel à la vigilance lancé par Rachid Sabbagh, ministre de la Défense, d’autant que le chef d’Ansar el-Charia, Abou Iyadh, ne cache pas qu’il attend le retour des jihadistes partis combattre en Syrie pour mettre le feu au pays. « L’armée ne peut régler à elle seule le phénomène terroriste. Lutter contre l’internationale jihadiste nécessite l’appui des forces internationales et une coopération étroite avec les Algériens », analyse Jamil Sayah, président de l’Observatoire tunisien de la sécurité globale. De fait, l’action commune avec l’Algérie – qui a abouti à l’identification de 80 points de passage à contrôler, à l’établissement de 20 zones militaires et au déploiement de 10000 militaires algériens aux frontières – n’est pas du goût de tous. « Une surveillance accrue aux frontières revient à tronquer les circuits de contrebande, lesquels financent en partie le jihadisme », explique un officier de la garde nationale de Foussana. « Il ne faut pas s’en prendre à l’armée ; elle est fidèle à ses engagements. Mettre en cause les forces de l’ordre républicaines, c’est porter atteinte à l’unité nationale. Le gouvernement a fait preuve de laxisme. La troïka n’a pas pris de décision politique pour juguler le terrorisme, par exemple en relançant le développement », assène, péremptoire, Lotfi Raissi, un agriculteur de Chaambi. l Frida dahmani, à Tunis jeune afrique

Maghreb & Moyen-Orient

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Hassan ammar/aP/sIPa

Coulisses

ÉgypTe TAmArrod bAT Son pLein Face aux violences, au harcèlement des voix libres et des rivaux politiques et au cavalier seul du président Mohamed Morsi, l’opposition égyptienne a pris date. Le 30 juin, tout juste un an après l’investiture du premier raïs issu des rangs des Frères musulmans, une grande manifestation est prévue pour lui adresser un vibrant « irhal ! » (« dégage ! »). Ce défi pourrait paraître banal, mais cette fois, les opposants commencent à mobiliser. La campagneTamarrod (« rébellion ») bat son plein depuis la fin avril pour rassembler 15 millions de signatures contre le président. Et ce n’est pas une nouvelle lubie des mouvements sociaux. Partout dans le pays, les militants deTamarrod font du porte‑à‑porte. Soutenue notamment par le Front de salut national et le parti El‑Dostour de Mohamed el‑Baradei, l’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la campagne compte remettre formellement la pétition populaire à la Haute Cour constitutionnelle. l

Libye Au bord de LA guerre civiLe Des affrontements entre des miliciens et des manifestants, pour certains armés, ont fait 31 morts et plus de 100 blessés le 8 juin à Benghazi. Ce bilan accrédite le glissement vers la guerre civile qui guette la Libye depuis le déclenchement du soulèvement contre Kaddafi.Youssef el-Mangoush, chef d’état-major décrié, a rendu son tablier. Le Premier ministre, Ali Zeidan, refuse l’épreuve de force avec les milices et réclame l’aide de l’Europe et des États-Unis. Le Parlement est sans tête depuis la démission forcée de Mohamed el-Megaryef. Dur, dur…

LibAn-Syrie Trêve deS civièreS Ennemis sur le front d’Al-Qusayr, en Syrie, les blessés du Hezbollah libanais et de la Jabhat al-Nosra

jihadiste voyagent en bonne intelligence vers les hôpitaux libanais une fois passée la frontière. Début juin, le chef politique libanais Walid Joumblatt avait effectué une médiation auprès du Hezbollah, qui contrôle les zones de passage, pour évacuer 400 rebelles. Le puissant parti chiite, soutien majeur d’Assad, aurait même accompagné 35 rebelles dans ses ambulances pour traverser des territoires hostiles à l’insurrection.

KoweïT en cAge LeS gAzouiLLeurS Après le Qatar, qui a condamné un poète à quinze ans de prison pour quelques vers désobligeants, c’est au tour de la justice koweïtienne d’envoyer une jeune utilisatrice de Twitter passer onze ans à l’ombre pour insulte envers l’émir, appel à renverser le régime et mauvaise utilisation de son cellulaire. n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013


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&

Maghreb Moyen-Orient

Syrie

l’enfer l’espoir

À la barbarie institutionnelle du régime répond désormais la sauvagerie des guerriers fous d’Allah. Pourtant, les idéaux initiaux de la révolution ne sont pas morts.

laurent de Saint Périer

l

e gavroche d’Alep n’est pas tombé sur une barricade. Le 9 juin, Mohamed Qataa, 14 ans, a été exécuté de deux balles dans la tête devant sa mère, ravagée de douleur, par ceux qui prétendaient avoir libéré sa ville de la tyrannie de Bachar al-Assad. « Même si le prophète Mohammed descendait du Ciel, je ne te ferais pas crédit », avait-il lancé au milicien barbu qui voulait lui réquisitionner un café. Un petit juron coutumier en Syrie. Mais pour les jihadistes étrangers, un blasphème méritant la mort. Deux nouvelles balles ont crevé le cœur de la révolution. Combien de fois, dans les manifestations, Mohamed avait-il hurlé sa haine de Bachar et sa soif de liberté ? Ils avaient à peu près le même âge que Mohamed, ces quinze jeunes dont la fanfaronnade impitoyablement sanctionnée a battu, en mars 2011, le tambour du soulèvement. Ils avaient eux aussi commis un sacrilège suprême, écrivant « Liberté », « Bachar dégage » et « Syrie libre » sur les murs de leur école. Raflés par la police. Torturés. Deux d’entre eux, Hamza et Omar, n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

exécutés. Plus que l’inhumanité des autorités, c’est l’audace des adolescents qui a déclenché la révolution : sur les murs de leur école, les gamins de Deraa avaient enseigné le dépassement de la peur à leurs aînés. trou noir. Une révolution pro-

méthéenne où, pendant de longs mois, des milliers de manifestants ont bravé pacifiquement la répression brutale du régime, offrant leurs poitrines nues aux balles des snipers, distribuant des fleurs aux soldats venus les matraquer, risquant quotidiennement la prison, la torture et la mort. Leur détermination surhumaine avait forcé l’admiration du monde. Mais vingt-sept mois plus tard, la contestation a pris pour beaucoup le visage hideux de ce rebelle faisant mine de dévorer le cœur arraché d’un soldat loyaliste. « On exige des Syriens qu’ils soient des anges. Ils l’ont longtemps été, mais ils ne pouvaient pas se battre indéfiniment à mains nues contre la machine de mort du régime. Et tant de gens ont vu leurs parents et leurs enfants violés ou tués sous leurs yeux que la soif

p À Alep, le 7 avril 2013. de vengeance est devenue irré-

pressible », explique l’intellectuel franco-syrien Farouk Mardam-Bey, éditeur chez Actes Sud. En août 2011, la contestation s’est militarisée. Et comme un trou noir, la violence qui s’intensifiait a aspiré toutes les animosités, les rivalités d’intérêts, les idées noires. « Toutes les aberrations d’une révolution se produisent en Syrie, comme cela a été le cas en France dans les années 1790 et en Russie dans les années 1910 », poursuit Mardam-Bey. jeune afrique


Aref HretAni/reuters

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À la barbarie institutionnelle du régime répond maintenant l’inhumanité des guerriers fous d’Allah. La banalisation de la haine et de la violence a endurci les plus doux, comme ce commandant rebelle qui avouait ne plus rien ressentir en exécutant ses ennemis après avoir longtemps éprouvé de la pitié pour ceux qu’il capturait. Quittant début juin son Damas natal, la correspondante de la BBC Lina Sinjab écrivait : « J’ai soudain réalisé que je ne pleurais plus, que mes sentiments s’étaient taris il y a jeune Afrique

longtemps. Mais j’aimerais pleurer chaque mort, je veux retrouver mon humanité et mon âme. » inhumanité. Pour l’homme poli-

tique libanais Walid Joumblatt, c’est « la fin de l’humanité » : « Ce qui se déroule depuis plus de deux ans déjà en Syrie n’a pas son équivalent dans la littérature moderne. L’être humain y est vraiment kaputt : brisé, fini, réduit en miettes », écrit-il dans une tribune publiée le 8 juin. Innocentes victimes de cet enfer, 6 500 enfants

Lire aussi l’interview de Rhodi Mellek, représentante du Parti de l’union démocratique kurde

ont été fauchés sur les 93000 morts qu’a déjà faits le conflit. Combien de milliers d’autres ont été emprisonnés, torturés, violés, utilisés comme boucliers humains par le régime? Et ceux qui en réchappent deviennent des cibles faciles pour les prosélytes jihadistes qui les envoient au front avec la bénédiction divine. Terrifiante vidéo où l’on voit un gamin haut comme trois pommes couper une tête à la machette sous les vivats des « combattants de la foi »… Il y a un an, la représentante spéciale n o 2736 • du 16 Au 22 juin 2013


maghreb moyen-orient Syrie de l’ONU pour les enfants dans les conflits armés, Radhika Coomaraswamy, reconnaissait n’avoir jamais rien vu de tel depuis la Bosnie-Herzégovine. Dans ce monde sans foi ni loi, les haines ancestrales se réveillent, les vieux comptes sont réglés, les kidnappings répondent aux enlèvements, les meurtres aux assas-

Partout dans le pays, des cellules de militants civils poursuivent leur mobilisation. sinats et la crapule se déchaîne sans entraves dans tout le pays. Des mères accablées tentent en vain d’empêcher un fils de passer à l’insurrection après en avoir vu un autre partir au service militaire. Le clan devient l’ultime refuge, et le communautarisme le dernier repère idéologique. Début mai, dans la ville côtière de Banias, au moins 145 civils sunnites sont

massacrés par l’armée et les milices alaouites, branche de l’islam chiite à laquelle appartient la famille Assad. Le 11 juin, ce sont 60 chiites qui sont tués par les rebelles dans l’assaut de leur village. détermination. Cette spirale de la violence, le clan Assad l’a voulue et provoquée, libérant des dizaines de jihadistes, rendant des suppliciés à leurs familles pour semer la peur et la soif de vengeance, cherchant à attiser les animosités communautaires alors même que, dans les manifestations, la croix et le croissant étaient brandis côte à côte. Un régime défini dès les années 1980 par le chercheur Michel Seurat comme un État de barbarie qui a détruit les derniers liens cimentant la communauté pour mieux se présenter en restaurateur de l’unité et de l’ordre. Sa plus grande victoire est celle qu’il est en train de remporter sur l’opinion internationale, qui ne voit

Un état émietté

SOURCE : FABRICE BALANCHE, MAI 2013

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N O 2736 • dU 16 AU 22 jUIN 2013

plus tant une révolution en marche qu’une guerre civile qui s’enlise dans une violence inhumaine. Jeune militant franco-syrien dans l’association Souria Houria (« Syrie liberté »), Omar Ennayeh s’insurge face à un tel retournement de l’opinion. Pour la troisième fois depuis le début de la crise, il s’est rendu en février dans le Nord, tenu par les rebelles, pour un projet humanitaire et témoigne que la révolution est vivante et que l’espoir continue de scintiller sous les amoncellements de douilles: « J’avais peur que les gens viennent me dire : “On déteste ce qu’on fait”, mais partout je n’ai rencontré que des Syriens infiniment fiers de s’être libérés et qui n’ont jamais envisagé un retour en arrière. Les révolutionnaires ont supporté 20 000 morts avant de prendre les armes, c’est dire leur degré de conviction et de détermination. » Premier geste, très symbolique, des habitants libérés: repeindre en couleurs vives les maisons longtemps condamnées au gris de la dictature. Contre les missiles balistiques, l’action artistique des révolutionnaires exprime des idéaux que le régime ne peut abattre. « Le soir, les jeunes se réunissent pour discuter pendant des heures, ils rêvent ensemble, ils construisent un avenir qu’il leur était impossible d’envisager sous Assad », raconte Ennayeh. Partout dans le pays, des cellules de militants civils sont actives, jusqu’à Damas, étroitement contrôlé par le régime, où, par exemple, les jeunes femmes qui avaient défilé en robes de « mariées de la paix » en décembre 2012 poursuivent leur mobilisation clandestinement. Les vendredis, des manifestations ont toujours lieu, certes bien moins importantes et en moins grand nombre. L’action est maintenant devenue essentiellement médiatique. Des dizaines de titres sont diffusés dans les zones libres et la Toile vibre de débats d’idées. Ces derniers temps, les offensives conquérantes du régime et surtout l’entrée en scène du Hezbollah libanais ont jEUNE AFRIqUE


l’enfer et l’espoir pu refroidir les ardeurs. Mais, selon Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie, « si un certain pessimisme se manifeste, il est simplement lié au fait que tous, et depuis longtemps d’ailleurs, admettent que la victoire n’est pas acquise, et que si elle survient, cela prendra des années ».

HuMour désarMant

Majid alMustafa/deMotix/Corbis

l’œil de Moscou. Car les enjeux de la guerre de Syrie ont très largement débordé les intérêts de son peuple. Elle est aussi devenue ce qu’avait été le conflit libanais : une guerre pour les autres. Le trou noir a aspiré les ambitions régionales et les concurrences internationales : aide massive de Téhéran à Damas, intervention du Hezbollah, c’est l’axe chiite contre l’alliance sunnite animée par la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, qui arment les brigades islamistes. Et quand Washington ne cesse de tracer, sans crédibilité maintenant, des « red lines », Moscou fait de sa fidélité à l’allié Assad une question d’orgueil national. Représentés sur la scène internationale par une opposition désunie, impuissante et désavouée sur le terrain, les révolutionnaires ne comptent plus sur une solution diplomatique. Pour chaque camp, c’est vaincre ou mourir. Mais, dans ce chaos d’inhumanité, la liberté, la dignité et la démocratie restent les objectifs d’une grande majorité d’insurgés. Écrasée sous les bombes, noyée dans la violence, la belle Syrie d’hier n’existe plus, mais, pour la première fois depuis des décennies, des millions de Syriens peuvent envisager celle de demain. l

p À Kafranbel (Nord-Est), des jeunes se rassemblent chaque vendredi en brandissant des messages de dérision et des dessins satiriques.

« Obama !Ta demande aux terroristes de l’Iran et du Hezbollah de quitter la Syrie les a fait mouiller leurs frocs de frayeur. merci ! » Le président aux mille et une « red lines » a-t-il reçu le message que lui ont adressé les habitants de Kafranbel, le 7 juin ? Ironie et parodie, humour noir ou égrillard, dans ce petit bourg du nord-est, tout l’arsenal

du comique est déployé pour terroriser le monstre froid qui règne à damas. Chaque vendredi, une centaine de jeunes se rassemblent en brandissant sous les yeux numériques de l’opinion internationale des messages de dérision et des dessins satiriques réalisés par les deux artistes en chef. Jamais bien longtemps,

car Kafranbel reste à portée des canons d’assad. Sur la place centrale, un monument aux morts rend hommage aux victimes d’un bombardement aérien. désapprouvant les caricatures parfois très osées, les salafistes du coin n’osent pas dire grand-chose. Vox populi, vox Dei : à Kafranbel, le rire est le propre du l.s.P. Syrien libre. l

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ÉTATS-UNIS

Attention, vous

Tel Big Brother, la NSA, l’agence fédérale chargée du renseignement électromagnétique, intercepte des milliards de conversations téléphoniques et d’échanges internet. Sur le territoire américain et ailleurs. JeAN-ÉrIc BoULIN , à New York

L

e NSAgate, ce scandale provoqué par la révélation des très opaques activités de la National Security Agency, l’agence fédérale chargée du renseignement électromagnétique et de la sécurisation des systèmes de communication de l’administration, ne pouvait tomber plus mal – ou mieux, tout dépend du point de vue. Il concerne plus spécialement deux programmes. L’un, depuis 2006, permet à la NSA d’intercepter les appels n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013

téléphoniques passés aux États-Unis par l’intermédiaire de Verizon, l’un des principaux opérateurs du pays. L’autre, baptisé Prism, autorise l’interception hors des États-Unis des communications des internautes étrangers transitant par neuf grands du web, parmi lesquels Facebook, Microsoft, Apple, Yahoo! et Skype. Les Américains découvrent ainsi, bien tardivement, que les pratiques dignes de Big Brother mises en place par l’administration Bush sont, à l’exception de la torture, poursuivies sans sourciller par l’administration actuelle. D’ailleurs, en dehors jeune afrique


êtes écoutés! de quelques réfractaires comme le démocrate Al Gore ou le républicain « libertarien » Rand Paul, la classe politique dans son ensemble y souscrit. Apparemment, Barack Obama lui-même y voit le moyen de maintenir un équilibre entre les exigences de la sécurité nationale et le nécessaire respect de la vie privée. La légalité – sinon le bien-fondé – de ces programmes n’est pas discutable. Leur base juridique estlePatriotAct,adoptéaprèslesattentatsdu11septembre 2001. Leur application est donc placée sous le contrôle théorique du Congrès. Ils « empiètent modestement » (Obama dixit) sur la liberté individuelle des Américains – et des autres ! –, mais ils ont paraît-il permis d’éviter plusieurs attentats jeune afrique

p Le quartier général de la National Security Agency, à Fort Meade, dans le Maryland.

terroristes. En septembre 2009, par exemple, un e-mail envoyé depuis Peshawar, au Pakistan, aurait été intercepté grâce à Prism et permis l’arrestation à New York d’un immigré afghan qui s’apprêtait à faire exploser des bombes dans le métro. « Pour trouver une aiguille dans une botte de foin, il faut d’abord disposer d’une botte de foin », commente froidement Leon Panetta, l’ancien secrétaire d’État à la Défense. Même son de cloche chez John McCain, l’ancien candidat républicain à la présidentielle, qui juge lesdits programmes « totalement justifiés ». « traître ». Certains responsables ne cachent

pas le mépris que leur inspirent les deux hommes à l’origine du scandale: Glenn Greenwald, le blogueur

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europe, amériques, asie États-Unis du Guardian (le quotidien britannique qui, avec le Washington Post, a levé les deux lièvres), et Edward Snowden, l’ancien employé de la NSA à l’origine des fuites. John Boehner, le speaker de la Chambre des représentants, n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, Snowden est un « traître » qui doit être traduit en justice. Les responsables politiques, qui, en 2012, ont renouvelé pour cinq ans la législation en la matière, rappellent que ces deux programmes ne permettent pas d’écouter les communications des Américains.

Et que la surveillance d’internet ne concerne que le reste du monde. De nombreuses questions restent pourtant en suspens auxquelles la classe politique ne semble pas pressée de répondre. Au moins le scandale a-t-il permis de jeter un coup de projecteur sur cette très mystérieuse institution qu’est la NSA. Ne dit-on pas, par manière de plaisanterie, que même les menus des cantines mises à la disposition de ses quelque 35 000 employés sont classés secret-défense ?

Ewan Macaskill/aP/siPa

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L’homme à aBattre Le visage d’edward snowden (photo), 29 ans, fait la une de tous les journaux américains. Comme Bradley Manning, le soldat responsable de la divulgation de milliers de documents confidentiels et dont le procès vient de s’ouvrir (voir J.A. no 2735), c’est un jeune homme frêle, geek jusqu’au bout des ongles, qui a fait le choix téméraire de partir seul en guerre contre son gouvernement. Les informations qu’il a rendues publiques ont permis d’ouvrir un débat utile, a reconnu obama. Pourtant, snowden, qui s’était réfugié à Hong Kong et est aujourd’hui introuvable, est bel et bien traité comme un criminel. Le département de la Justice vient d’annoncer l’ouverture de poursuites judiciaires contre lui. on sait peu de chose de lui. sauf que c’est un enfant de divorcés, que son père est un n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013

ancien garde-côtes, et qu’il est plutôt républicain – tendance libertarienne, donc très hostile à l’État fédéral. en 2004, il a tenté de rejoindre l’armée, mais a dû y renoncer après s’être cassé les deux jambes lors d’un entraînement. Fou d’ordinateurs, il a occupé plusieurs postes dans le renseignement avant d’être recruté par un sous-traitant de la nsa, à Hawaii, pour la bagatelle de 200 000 dollars (146 000 euros) par an. il a fait le choix de renoncer à ce train de vie confortable pour se rendre à Hong Kong et soulager sa conscience auprès de journalistes du Guardian. « Lorsque vous réalisez que ce que vous faites renforce l’oppression, cela vaut la peine de prendre des risques », dit-il. Pour edward snowden, une drôle de vie vient de commencer. Celle d’un fugitif. l J.-É.B.

forteresse. Le but essentiel de l’agence est d’analyser la masse faramineuse des informations interceptées sur internet. Selon IBM, 90 % de ces données ont été créées depuis moins de deux ans. D’ici à 2020, elles devraient doubler de volume tous les deux ans. Au mois de mars dernier, la NSA a analysé 97 milliards de données collectées auprès de différents réseaux à travers le monde. Quatorze pour cent d’entre elles provenaient d’Iran, beaucoup du Pakistan, et seulement 3 % des États-Unis. Au même titre que le programme de drones, la NSA et ses sous-traitants ont bénéficié de la vertigineuse augmentation (+ 250 %) du budget du renseignement depuis 2001. Elle a ainsi pu construire dans les montagnes de l’Utah une formidable forteresse de 1 million de mètres carrés censée être opérationnelle cette année. L’objectif est de se donner les moyens de stocker indéfiniment des volumes colossaux de données personnelles. Mais le NSAgate a permis de mettre en évidence une autre tendance préoccupante : la privatisation en cours depuis 2001 de la sécurité nationale. Basé à Hawaii, Snowden n’était en effet qu’un employé subalterne travaillant pour Booz Allen Hamilton, un sous-traitant de la NSA. Ce n’est nullement un cas isolé. Depuis plusieurs années, 70 % du budget du renseignement sert à rémunérer ces prestataires privés, auxquels l’administration confie désormais des tâches aussi sensibles que le recrutement d’espions ou la vérification des antécédents de candidats. De facto, elle leur donne accès aux secrets les mieux gardés. Sur les 4,2 millions d’employés du secteur du renseignement, plus de un tiers auraient ainsi accès à des données confidentielles. Pour Obama, déjà fragilisé par une série de scandales, le timing de cette nouvelle affaire est fâcheux. Elle a en effet éclaté deux jours avant sa rencontre avec le président chinois, Xi Jinping, au cours de laquelle il a beaucoup été question des cyberattaques massivement lancées par la Chine contre les États-Unis – et les entreprises privées américaines (le préjudice est évalué à plusieurs milliards de dollars). Comment, dans ces conditions, Obama aurait-il pu convaincre son hôte d’y mettre un terme ? Xi n’a donc pas bougé d’un pouce sur ce dossier et s’est fait un malin plaisir de rappeler que les Américains menaient eux aussi une cyberguerre. Contre l’Iran et son programme nucléaire. l jeune afrique


Europe, Amériques, Asie

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TURQUIE

erdogan, le père Fouettard Confronté à un vaste mouvement de contestation populaire, le premier ministre a choisi l’affrontement plutôt que le dialogue. Une tactique qui, à terme, pourrait lui coûter cher. d’embraser le pays. Alors que le bilan provisoire est de 4 morts, 5 000 blessés et plus de 1 800 arrestations, le secrétaire général de l’ONU, les États-Unis et l’UE le pressent d’engager le dialogue. Quelle mouche a donc piqué Erdogan? Certes, il a toujours été d’une nature colérique. Mais sa dérive autoritaire s’est accentuée depuis deux ans. Grisé par sa revanche sur le camp laïque, le chef incontesté de l’AKP, grand distributeur de postes et de prébendes, n’est plus entouré que de courtisans. Deux graves opérations

concertation, comme le remodelage d’Istanbul et autres chantiers pharaoniques conçus dans la perspective du centenaire de la République, en 2023. rivaux. Même si, pour l’heure, l’inanité

des partis d’opposition ne menace pas la prééminence de l’AKP, la stratégie de la confrontation sur laquelle Erdogan compte pour remobiliser sa base inquiète ses amis. À commencer par Abdullah Gül, l’actuel chef de l’État, qui passe pour plus conciliant.

gouaiLLe. Militant islamiste dès son jeune âge, Erdogan se convertit à la démocratie après un séjour en prison (1998). Sa gouaille populiste et son bilan à la mairie d’Istanbul (il a amélioré les transports, la distribution d’eau et l’aide sociale) en font l’étoile montante d’une classe politique à bout de souffle. Il fonde l’AKP en 2001, se décrit comme un « démocrate musulman » et, devenu Premier ministre en p Recep Tayyip Erdogan le 11 juin devant le Parlement, à Ankara. 2003, se fixe un cap: l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE). de l’intestin en 2011-2012 ont peut-être Les deux « frères » seront-ils rivaux en Mais, aujourd’hui, son absence de contribué à assombrir son humeur. 2014 ? Erdogan, qui ne peut briguer un culture démocratique saute aux yeux. Pour les manifestants, venus d’horiquatrième mandat de Premier ministre zons très divers, pour une société civile Le 31 mai, alors qu’une poignée d’écoloau-delà de 2015, rêve d’instaurer un qui vit à l’heure de Twitter, pour cette gistes étaient venus protester contre l’un régime présidentiel taillé à sa mesure. moitié de la population qui ne vote pas de ses projets d’urbanisme à Istanbul, sa Las, la réforme constitutionnelle traîne. police s’en est prise à eux violemment, pour lui, Erdogan est un père Fouettard Si le mouvement de contestation dérapait moralisateur et cassant. Presse muselée, suscitant l’indignation d’une partie de et qu’il sortait trop affaibli de cette affaire, la population, qui est allée les rejoindre. opposants incarcérés, vente d’alcool proil pourrait devoir se contenter du poste, Loin de faire amende honorable, il traite hibée, directives natalistes, censure cultuessentiellement protocolaire, de Gül. les manifestants de « pillards » à la solde relle, islamisation de l’enseignement… Ils Voire se retirer du jeu. Une option que ce de « l’étranger » et appelle ses partiétouffent sous le carcan des interdits et ne lutteur-né n’envisage pas une seconde, mais qui sait ? l Joséphine DeDet sans à descendre dans la rue, au risque supportent plus les décisions prises sans jeune afrique

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aP/SiPa

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a modestie n’a jamais été son fort. En 1994 déjà, lorsqu’il avait remporté la municipalité d’Istanbul, Recep Tayyip Erdogan avait comparésavictoireàlaprisedeConstantinople par Mehmet II le Conquérant, en 1453. Le nouvel édile ne régnait alors « que » sur 12 millions d’âmes. Aujourd’hui âgé de 59 ans, il dirige un pays de 76 millions d’habitants. Et, de l’aveu de ses propres conseillers, dix années de pouvoir lui sont montées à la tête. Depuis 2002, il a porté son Parti de la justice et du développement (AKP) à des sommets, lui faisant frôler les 50 % aux législatives de 2011. Il a réduit le rôle de l’armée, qui lui était hostile ; hissé son pays au rang de seizième puissance économique mondiale ; permis à la classe moyenne de s’enrichir ; multiplié les gestes en faveur des plus pauvres.


Europe, Amériques, Asie ARGENTINE

Qu’as-tu fait cristina? Tant que la croissance économique a été forte, tout le monde a fermé les yeux sur l’origine de la fortune du couple Kirchner, qui monopolise le pouvoir depuis une décennie. Ce n’est plus le cas.

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our rien au monde les télé­ spectateurs argentins ne man­ queraient l’émission télévisée hebdomadaire Periodismo para todos (« journalisme pour tous »), de Jorge Lanata. Depuis mi­avril, le journaliste dévoile avec force détails, et témoignages à l’appui, comment Cristina Kirchner et son défunt mari, Néstor, se sont enrichis de façon illicite, avant et après l’arrivée

de ce dernier à la présidence. Depuis 2003, en effet, le patrimoine du couple a été multiplié par dix. La famille Kirchner possède plusieurs hôtels de luxe, ainsi qu’une vingtaine de maisons et d’appar­ tements. Lanata a peu à peu mis au jour dans l’entourage présidentiel un véritable réseau de blanchiment d’argent. Anciens secrétaires, responsables de campagne électorale, parents et amis sortent de

l’ombre et, face à la caméra, évoquent longuement « La route de l’argent K », titre de la série de Lanata. Tout commence à Santa Cruz, la pro­ vince que Néstor gouverna onze années durant avant de briguer la présidence. C’est à cette époque qu’il s’associe avec l’homme d’affaires Lázaro Báez, propriétaire de nombreux ranchs, de terres immenses et de la majorité des entreprises de construction de la région. C’est l’origine de la fortune familiale. Car, selon de nombreux témoignages, les Kirchner ne dédaignaient pas per­ cevoir d’appréciables rémunérations en échange de l’attribution de travaux publics à leur ami. Selon certains, celui­ ci se chargeait aussi de faire sortir du pays d’importantes sommes d’argent dûment blanchi – 50 millions d’euros au total – via une quarantaine de sociétés au Panamá et dans divers paradis fiscaux. Autre technique de blanchiment : l’achat par Néstor de joueurs destinés au Racing Club d’Avellaneda, un célèbre club de football. Son interlocuteur était alors un certain Julio Alak, qui se trouve être aujourd’hui… le ministre de la Justice de Cristina! Décidément très serviable, Báez a aussi fait construire – gratuitement – l’énorme mausolée familial où repose aujourd’hui le corps du président défunt (il est mort en 2010).

q Lors du 10e anniversaire de l’élection de son mari, le 25 mai, à Buenos Aires.

Fracassant. Le 14 avril, au lendemain

Natacha PisareNko/aP/siPa

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de ces révélations fracassantes, Báez, désormais l’homme de confiance de Cristina, a été surpris par la presse en train de transférer des valises pleines d’argent, d’armes et de documents de sa maison de Río Gallegos (capitale de l’État de Santa Cruz) vers l’une de ses propriétés au nord de la ville. Depuis, d’autres « kirchnéristes » ont été mis en cause, comme Daniel Muñoz, l’ancien secrétaire particulier de Néstor, qui, au palais présidentiel, remettait à Báez des sacs de billets, ou Amado Boudou, le vice­président, qui, le 17 mai, aurait transporté en Uruguay de mystérieux « sacs » à bord d’un vol privé affrété par l’homme d’affaires. jeune afrique


Europe, Amériques, Asie « Il y a toujours eu des soupçons de corruption visant le couple présidentiel. Leur train de vie était sans rapport avec les revenus normaux de deux fonctionnaires, ce qu’ils furent pendant plus de trente ans, explique l’économiste Gustavo Lazzari. Mais le pays, grâce à leur politique, était en pleine période d’essor économique, alors tout le monde a préféré fermer les yeux. » sans scrupule. Pourtant, avant même

l’élection de Néstor, un journaliste d’investigation, Daniel Gatti, avait dénoncé dans un livre (El amo del feudo, « le maître de la province ») les étranges pratiques du gouverneur de Santa Cruz, décrit comme un opportuniste, autoritaire et sans scrupule. Il y expliquait comment celui-ci avait réussi à faire taire la presse et l’opposition, à affaiblir les syndicats et à mettre dans sa poche les entreprises de construction de la province. Cette fois, les révélations sont d’une telle ampleur et les témoignages si concordants qu’une enquête judiciaire

a été ouverte. Par ailleurs, deux députés d’opposition, Graciela Ocaña et Manuel Garrido, ont présenté une requête devant un tribunal pénal de Montevideo après avoir démontré qu’une dizaine de sociétés uruguayennes avaient contribué aux opérations de blanchiment des Kirchner. Jusqu’où iront ces investigations ? Beaucoup redoutent qu’elles ne tournent court. Cristina Kirchner s’efforce en effet de réformer la justice en la politisant. Si

s’interroge un analyste. Depuis le début de la diffusion de « La Route de l’argent K », la popularité de la présidente est passée de 33,8 % à 26,3 %, les opinions négatives passant de 39 % à 43 %. Le 25 mai, le dixième anniversaire de l’arrivée au pouvoir des Kirchner a eu un goût fort amer. Le gouvernement a d’abord tenté de minimiser l’affaire en la réduisant à une histoire de « jet-setteurs ». Un peu court. Les télévisions et les radios publiques ont alors commencé à retransmettre de grands matchs de football à l’heure son homme de confiance est pris de l’émission de Lanata. en flagrant délit : il déménage Cristina, qui d’ordinaire tweete plus vite que son des valises d’armes et de billets. ombre (elle a inauguré son son projet aboutit, les partis seront charblog personnel le 30 mai), n’a pas daigné réagir aux accusations ni apporter gés d’organiser l’élection des membres la moindre précision sur l’origine de la du Conseil de la magistrature, ce qui fortune familiale. Tout cela n’est évidemn’est pas le meilleur moyen de garantir l’indépendance de la justice. « Dans ment pas très bon pour elle et son Parti ces conditions, comment croire que justicialiste à l’approche des législatives l’enquête contre le couple présidentiel du mois d’octobre. l puisse aboutir à des inculpations ? » Marie Villacèque

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Europe, Amériques, Asie CHINE

L’âge de glace En moins de cinq ans, la République populaire est devenue le premier exportateur mondial de méthamphétamines et autres drogues de synthèse. Les fameuses ice drugs.

A

cheter de la drogue en Chine? Rien de plus simple. Il suffit de se connecter sur internet et, moyennant une somme comprise entre 30 et 100 euros, vous recevrez directement chez vous quelques cristaux de méthamphétamines, des cachets d’ecstasy, voire de la cocaïne. « Nous livrons dans tout le pays en moins de vingt-quatre heures. Vous pouvez commander sur internet ou par téléphone », annonce un site internet local. Les photos qui accompagnent le texte montrent clairement des sachets de drogue, essentiellement des méthamphétamines(droguedesynthèse). La police du Net fait périodiquement le ménage dans les sites défendant les droits de l’homme. Ou ceux qu’elle juge pornographiques. Mais les dealers de la Toile prospèrent en toute impunité. On estime qu’un quart des accros chinoisprennentdesméthamphétamines. Ils n’étaient que 8 % en 2008. L’héroïne régresse face à ces drogues de synthèse, moins chères et plus faciles à fabriquer (il suffit d’un laboratoire de quelques mètres carrés). Soixante-dix pour cent

L’empire de la défonce

130 000

personnes arrêtées pour trafic de drogue par la police chinoise en 2012

% 15 L’augmentation annuelle des condamnations liées au trafic de drogue

80 % des drogues de synthèse vendues en Europe sont produites en Chine

46%

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des stupéfiants saisis en Chine sont de nouvelles drogues de synthèse

des consommateurs ont moins de 35 ans. La plupart habitent dans une grande ville. En Chine, on consomme des cristaux de bingdu (littéralement: « drogue de glace ») dans les boîtes de nuit et les karaokés. Pour moins de 1 euro la dose. « C’est une drogue que beaucoup de jeunes consomment de façon récréative, explique Zhang Yongan, directeur du centre antidrogue de l’universitédeShanghai.Onprenddubingduentre amis. Rien à voir avec l’héroïne, qui reste une drogue de marginaux, venus souvent des campagnes. » « Il nous arrive d’acheter du bingdu en discothèque, confirme un jeune Pékinois. Ce n’est pas très cher, et ça nous permet de danser toute la nuit. » La police? « Ça dépend des endroits. Les clubs ont, en général, de bonnes relations avec les autorités. Sauf dans le cas de gros trafics, les descentes sont rares. » De leur côté, les gérants de discothèques jurent qu’ils font le ménage parmi leurs clients. « Pas de drogue chez nous », fanfaronne l’un d’eux à Sanlitun, le quartier chaud de Pékin. La réalité est très différente. Pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène, il faut se rendre dans la banlieue de Shanghai. Là, entre les exportateurs de tee-shirts et de médicaments, sont installés de petits chimistes aux grandes ambitions. La plupart vendent sur internet des cristaux certifiés purs à 99,9 %. Méthylméthcathinone, dérivés de la méphédrone, naphyrone, pentedrone… Des drogues de synthèse qui échappent à toute répression puisqu’elles ne sont pas encore répertoriées. Des molécules aux noms barbares, couramment utilisées en pharmacie, mais dont le mélange peut se révéler détonant. « Il est très facile pour ces laboratoires de s’informer sur les drogues interdites en Chine et dans le reste du monde. Puis d’en inventer de nouvelles et de les commercialiser sans craindre ni la police ni les douanes », explique un agent de la lutte antidrogue à l’ambassade du RoyaumeUni à Pékin. Des laboratoires de ce type, on en trouve des milliers sur la côte entre Shanghai et Canton. Certaines drogues

ChinaFotoPress/Getty imaGes/aFP

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p Incinération de sachets de bingdu saisis par la police à Shenyang, en juin 2012.

arrivent de Corée du Nord (voir encadré) ou de Birmanie, puis sont reconditionnées et prises en charge par les triades de Taiwan et de Hong Kong, parfois par les yakuzas japonais. Mais, de plus en plus, le trafic échappe aux mafias traditionnelles au profit des producteurs de « médicaments » eux-mêmes. OVERDOsEs. Ainsi, 80 % des drogues

de synthèse consommées en Europe proviendraient de ces filières. Aux PaysBas et au Royaume-Uni, les sachets de bingdu arrivent directement par la poste ou s’achètent en club. La presse se fait régulièrement l’écho de la mort par overdose d’adolescents ayant consommé ces substances, produites à l’autre bout du monde. « Il y a quelques mois, j’ai découvert une drogue dont la structure moléculaire était toute nouvelle : la 3-MMC, écrit ainsi un consommateur sur un site britannique en libre accès, sur lequel on s’échange bons plans et dernières découvertes. Jusque-là je prenais de la 4-MMC, c’est-à-dire de la méthamphétamine. Quand j’ai ouvert la pochette, j’ai tout de suite reconnu l’odeur âcre si particulière de cette drogue. Depuis, j’en commande régulièrement par pochettes jeune afrique


Europe, Amériques, Asie partir duquel les produits sont expédiés. Et pas davantage ceux où se trouvent les serveurs informatiques. Ce système d’une rare complexité brouille la traçabilité des circuits de production et de distribution. » Les douanes estiment qu’une trentaine de sites internet en français vendent des NPS. Mais les sites en anglais se comptent par centaines. Ils proposent des produits à des prix compris entre 8 et 20 euros. filières. Le marché est si rentable que,

de 2 grammes. » Son fournisseur est un laboratoire de Shanghai, qui, chaque mois, tient la gageure de proposer plusieurs nouveaux produits. En moins de cinq ans, grâce à ces chimistes à l’imagination débordante, la Chine est devenue le plus gros dealer de la planète. Longtemps, lesdits chimistes ont eu recours à la méphédrone. Depuis 2010, celle-ci est interdite sur le territoire de l’Union européenne, mais qu’importe : il suffit de changer une molécule pour que, de nouveau, un vide juridique soit créé. Selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), une soixantaine de nouvelles substances en circulation ne sont pas encore reconnues comme des drogues.

depuis peu, les organisations criminelles ont créé leurs propres filières. Selon un agent chargé de la lutte antidrogue aux Nations unies, le bingdu représente aujourd’hui un risque majeur, au même titre que l’héroïne ou la cocaïne. Les autorités chinoises semblent enfin résolues à réagir. La pseudoéphédrine, une molécule utilisée dans la fabrication du bingdu et de ses dérivés, pourrait être bientôt interdite. Problème: c’est aussi un puissant décongestionnant nasal. Distinguer la vente de médicaments de celle de drogues de synthèse n’est pas simple. Entre 60 % et 80 % des matières pharmaceutiques concourant à la fabrication des médicaments vendus en Europe sont On les appelle les NPS, pour nouveaux aujourd’hui produits hors du continent, produits de synthèse. contre moins de 20 % il y a vingt ans. « Le « La plupart des NPS vendus en Europe paracétamol, par exemple, vient exclusont produits en Chine, explique un rapsivement de Chine et d’Inde », note port de l’OEDT. Ils entrent dans l’UE via Marie-Christine Belleville, de l’Académie nationale de pharmacie, à Paris. L’institution recomil suffit de modifier une molécule mande donc aux Européens pour transformer un médicament de rapatrier leur production et de renforcer les contrôles en drogue ou en poison. aux frontières. La Chine les pays qui n’ont pas encore décidé de compte officiellement plus de cinq mille leur statut juridique, avant d’être redisunités de fabrication de médicaments. tribués ailleurs. Les matières premières Impossible de toutes les contrôler. Or sont alors mélangées et, éventuellement, il suffit de changer une molécule pour conditionnées de différentes manières. transformer un médicament en drogue Les pays où sont implantés les sites de ou en poison. l vente sur internet ne sont pas ceux à sébastien le belzic, à Pékin

la corée du nord, dealer de l’asie

S

elon certains analystes, près de la moitié des Nord-Coréens consommeraient du bingdu, drogue de synthèse massivement fabriquée dans leur pays et non moins massivement exportée, en Chine et ailleurs.Toutes les occasions sont bonnes pour jeune afrique

les adolescents: on en offre lors d’une fête d’anniversaire ou d’une soirée entre amis… Les médias sud-coréens évoquent à ce propos un véritable « carnage ». Mais, bien sûr, ce trafic rapporte gros, très gros à ce narco-État qu’est en passe de devenir la Corée du Nord.

Le long des 1400 km de la frontière avec la Chine, des milliers de laboratoires ont été installés. Ils écoulent leur production dans les provinces du Liaoning, du Jilin et du Heilongjiang, en République populaire, où le montant des saisies de drogue nordcoréenne a atteint 60 millions

de dollars l’an dernier. Dans la ville frontalière de Dandong, sur le fleuveYalu, les descentes de police sont quotidiennes. Mais Pékin préfère dénoncer les dealers « étrangers » plutôt que d’accuser ouvertement son voisin et protégé nords.l.b. coréen. l n O 2736 • du 16 au 22 juin 2013

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parcours | D’ici et d’ailleurs

p Pour cette Camerounaise d’origine, son métier permet d’allier « l’art et la technique, le rêve et le concret ».

Marie Théophane Nang L’énergie de bâtir Fille de diplomate, l’architecte a mis à profit le nomadisme de ses jeunes années pour se construire à travers son métier. son credo : « faire et bien faire ».

À

l’évidence, son enfance placée sous le signe du voyage n’est pas étrangère à sa vocation. « Mon père étant diplomate, nous changions souvent de pays. du coup, je ne savais jamais où j’allais être le lendemain. J’ai donc choisi d’être architecte, sachant que je pourrais exercer ce métier quel que soit l’endroit où je me trouverais. On a besoin de construire partout, et l’architecture est une technique universelle qui permet de créer une unité de lieu et un espace organisé, ce dont j’avais besoin pour concilier nomadisme et sédentarité », explique MarieThéophane nang. cette camerounaise d’origine, aînée d’une fratrie de sept enfants, a passé les vingt premières années de sa vie dans diverses capitales : d’abord à Yaoundé, où elle naît le 23 mars 1963,

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puis à Brazzaville (congo), où elle apprend le lingala, sa « première langue africaine » – elle apprendra plus tard l’ewondo, la langue de ses parents –, et Bangui (centrafrique). Retour ensuite à Yaoundé avant d’atterrir à Paris en 1979, où elle fréquente le cours Bossuetnotre-dame puis l’institut SainteThérèse, tout en étant pensionnaire chez les religieuses. de son passage dans ces écoles catholiques, « une formation exigeante, tournée vers l’excellence », elle a gardé un goût prononcé pour les églises, où elle ressent « la vie au-delà de la vie ». Un besoin de spiritualité qui la conduira, plus tard, sur les chemins de compostelle. d’autres motivations expliquent aussi son choix.Très tôt, cette douée en maths aspire à une profession où l’on peut allier « l’art et la technique, le rêve et le

concret ». Après avoir passé un bac c, elle s’inscrit à l’Unité pédagogique d’architecture (actuelle école d’architecture Paris-villemin), d’où elle sort en 1988 diplômée par le gouvernement (dPlG). ce qui lui permet de trouver un terrain d’entente avec son père, ingénieur en travaux publics, qui la voyait ingénieure. Parce qu’elle veut s’installer au Canada, pays forestier comme son cameroun natal, elle passe un deSS d’ingénieur en structure bois en 1990. Mais se sédentarise en France, après avoir rencontré Philippe, son compagnon, avec lequel elle aura deux enfants. À partir de 1989, année de la création d’ArkeTekne, son studio d’architecture, elle enchaîne les chantiers, petits et grands. en tant que sous-traitante pour des entreprises de construction et des cabinets d’architecture tels que Siporex, lobjoy & Associés, Anthony Béchu, Bouygues international, vinci immobilier… ou en direct via son agence. jeuNe afrique


Europe, Amériques, Asie

Les questions thermiques, énergétiques et acoustiques sont en effet au cœur de ses préoccupations. Ce sont d’ailleurs ses origines africaines qui l’ont amenée à s’y intéresser. « Quand je suis arrivée en France, j’avais froid. Je me suis donc préoccupée de construire des enveloppes thermiques efficaces et peu coûteuses, pour diminuer les frais de chauffage », indique-t-elle. Et son amour pour le bois ? « En vingt ans, j’ai réussi à caser du bois dans quelques projets. Ce n’est pas facile de le faire accepter à la maîtrise d’ouvrage, mais il a de bonnes performances techniques et énergétiques et permet de gérer le problème de la surcharge pour les fondations. » Enfin, la récupération et la valorisation des déchets, un des génies de l’Afrique, font partie de ses combats. Ses techniques, elle souhaite les appliquer dans des projets architecturaux en Afrique, au Cameroun notamment, où elle retourne fréquemment. En outre, depuis des années, elle milite dans des associations de la diaspora – voire en a dirigé certaines – où elle encourage les jeunes à l’entrepreneuriat. « Quel que soit l’endroit où l’on est, il faut faire et bien faire. » Un défi qu’elle relève au quotidien sur les chantiers, où le fait d’être une femme noire n’est pas un obstacle. « Les ouvriers sont à 70 % des migrants. Ils voient que je suis l’une des leurs. Réussir ensemble est pour nous une exigence. » l Muriel Devey Photo : BruNo levy pour J.A. jEuNE AfrIquE

BRÉSIL

agenda doré Journées mondiales de la jeunesse, Mondial de football, Jeux olympiques… Les événements exceptionnels vont se succéder jusqu’à 2016. Un honneur, sans doute, mais aussi un redoutable défi logistique.

l

e Brésil s’apprête à ouvrir son « agenda doré » et retient son souffle. Tout commence en cette fin du mois de juin avec la Coupe des confédérations de football. En juillet, Rio de Janeiro accueillera 2,5 millions de jeunes catholiques lors des Journées mondiales de la jeunesse. Viendront ensuite le Mondial de foot (l’an prochain), puis les Jeux olympiques (en 2016). Or des points noirs subsistent dans la logistique. sécurité. Avec 20,4 homicides pour

100 000 habitants, la criminalité reste un fléau. C’est dans les grandes villes de l’État de Bahia et dans le Nordeste que la situation est le plus difficile. À Rio, depuis la fin de 2008, l’armée et les forces d’élite ont entrepris de reconquérir les favelas, ces quartiers longtemps abandonnés aux narcotrafiquants, puis de passer le relais à l’une des 32 unités de police pacificatrices (UPP). Résultat ? La criminalité a baissé, mais ni le trafic de drogue ni la corruption des policiers n’ont été éradiqués. Et beaucoup critiquent la concentration des UPP dans les quartiers touristiques et à proximité de l’aéroport international. staDes. Six des douze stades où se dérou-

lera la Coupe du monde de foot vont être testés lors de la Coupe des confédérations. Le mythique Maracanã, à Rio, a été rénové

et inauguré une seconde fois, le 2 juin. Fin mai, de fortes pluies ont provoqué l’effondrement d’une partie de la toiture du stade de Salvador de Bahia. Pas de blessés, mais beaucoup de questions sur la sécurité des infrastructures. Et puis il y a l’envolée des budgets. D’abord évaluée à 705 millions de réaux (250 millions d’euros), la rénovation du Maracanã devrait finalement coûter près de 1,2 milliard de réaux. Mais la palme revient au stade de Brasília : 1,5 milliard de réaux, c’est le double du budget prévisionnel. HéBergeMeNt. C’est à Rio et à Recife

que le manque de lits est le plus criant. Dans la première ville, il en faudra 15000 de plus avant les JO de 2016. En attendant, le logement chez l’habitant est encouragé. Et un observatoire va être créé pour veiller à la cohérence des tarifs hôteliers. traNsports. Les métros, quand ils

existent, sont en général efficaces, mais les réseaux ne sont souvent pas très étendus, contrairement aux réseaux d’autobus. À Rio et à São Paulo, les embouteillages restent une calamité. Des couloirs réservés aux bus ont été créés dans certaines villes, mais à Brasília la livraison a été repoussée à après le Mondial. Les touristes devront donc prendre leur mal en patience. l éloDie guigNarD, à Rio de Janeiro

p L’inauguration du nouveau stade Maracanã, le 2 juin, à Rio. N O 2736 • du 16 Au 22 juIN 2013

NEWSCOM/SIPA

Quelque vingt-cinq ans plus tard, quel bilan ? « Je suis passée de l’exécution à la conception. En gros, de la technique pure à l’architecture. » Ses réalisations ? De l’architecture commerciale (commerces et entrepôts) et industrielle (usines), des bureaux, des résidences d’étudiants, des villas et des immeubles. Du neuf mais aussi de la rénovation de bâtiments classés, une de ses spécialités, dont la reconstruction d’un monument historique place Vendôme ou la restructuration de l’Olympia, à Paris. Actuellement, elle planche sur un programme de maisons passives à Créteil (Val-deMarne), dont le but est de réduire les dépenses d’énergie.

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Économie

IndIscrets

Gabon, Djibouti, Sénégal, Ghana…

RD Congo

côte d’IvoIre

Sotici, sauvé par l’export

L’embarrassant

DanGertler Présent dans le pays depuis seize ans, l’Israélien y est devenu une figure incontournable et controversée. opacité, recours aux paradis fiscaux, rachat à prix cassés d’actifs de sociétés publiques : les critiques pleuvent sur ce proche du président Kabila. ChRistophe Le BeC


Algérie

La grande distribution cherche ses marques

portrAit

Bourse

Jihad Badredine

PDG de Franchise Côte d’Ivoire

l

Pourquoi l’action Ecobank repart

Israélien Dan Gertler est une épine dans le pied des autorités congolaises. Depuis décembre 2012, la pression s’accentue sur l’homme d’affaires, proche du président Joseph Kabila. C’est le Fonds monétaireinternational(FMI)quiasonnélachargecontre ce natif de Tel-Aviv âgé de 39 ans et reconnaissable à sa barbe fournie. À cause de l’opacité entourant le rachat par une de ses sociétés du projet de cuivre Comide(auKatanga),l’institutiondeBrettonWoods a décidé d’interrompre son programme de prêts à Kinshasa. Jusqu’à présent, ni les explications données en mars et avril par le Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, ni celles du président de la compagnie minière publique Gécamines, Albert Yuma Mulimbi, n’ont convaincu le FMI de la pertinence économique de cette transaction. Il y a quelques semaines, l’Africa Progress Panel a lui aussi pointé les activités de Gertler. Dans son « Rapport 2013 sur les progrès en Afrique », il dénoncelareventeàprixcassésparlaGécaminesde parts dans cinq projets miniers katangais (Kolwezi, Kabolela,Kipese,MutandaetKansuki)àdessociétés immatriculéesauxîlesViergesbritanniques.D’après le document, ces entités – liées à Dan Gertler – ont enregistré une plus-value, réelle ou potentielle, de 1,3 milliard de dollars (environ 1 milliard d’euros)… alors même qu’elles n’avaient entrepris aucun effort financier pour développer les gisements. Seize ans après son arrivée en RD Congo, Dan Gertler est à la fois l’interlocuteur privilégié des groupes miniers et la bête noire des ONG prônant la bonne gouvernance. Depuis Ramat Gan (à l’est

CommerCe

Afreximbank sort de l’ombre

de Tel-Aviv), où se trouve le siège de son groupe, l’homme d’affaires a développé un puissant réseau d’influence (lire ci-dessous) et montré sa capacité à saisir les opportunités dans un contexte politique instable, en se fiant le plus souvent à son instinct. Lui qui ne parle pas bien français s’est risqué, en Afrique centrale, dans des secteurs éloignés de son métier initial de diamantaire – appris au côté de son grand-père Moshe Schnitzer, fondateur de la Bourseisraéliennedudiamant.L’odysséecongolaise de Gertler commence à Kinshasa. Il n’a que 23 ans. La RD Congo est en pleine guerre, et Mobutu en fuite. L’Israélien achète des diamants bruts pour le groupe familial, qui réalise alors 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. « Il souhaitait briser le monopole du géant De Beers en s’approvisionnant directement dans les mines », affirme Lior Chorev, son porte-parole. Juif ultraorthodoxe dans une famille plus libérale sur le plan religieux, il rencontre Joseph Kabila par l’entremise du rabbin de la communauté Habad-Loubavitch de Kinshasa, puis Laurent-Désiré Kabila – qui a pris le pouvoir le 28 mai 1997. exclusivité. Le nouveau président congolais

a besoin d’argent. Il propose alors à l’Israélien le monopole sur le commerce des diamants dans le pays,contreunpaiementcomptantde20millionsde dollars. Grâce aux banques israéliennes, confiantes dans la solvabilité du groupe familial, Dan Gertler s’acquitte de cette somme. Son contrat d’exclusivité sera par la suite annulé par la présidence, mais cette entrée en matière lui permettra de se lancer, en signant un accord de commercialisation (sur la l l l

t Selon une liste établie en 2011 par le député écossais Eric Joyce, et actualisée depuis, le magnat serait lié à 34 sociétés offshore actives dans l’État d’Afrique centrale.

Simon DawSon/BloomBerg/getty imageS

un homme De Réseaux en RD congo

en israël

À l’international

L’Israélien ne se cache pas de ses relations avec le président Joseph Kabila (photo), « un ami depuis plus de quinze ans », affirme son porte-parole. Autre soutien de Gertler, Albert Yuma Mulimbi, président de la Gécamines, qui voit en lui un « investisseur de long terme, prêt à prendre des risques pour le pays ». Enfin, le ministre des Mines depuis 2007, Martin Kabwelulu, a toujours défendu la légalité des transactions conclues avec l’Israélien et n’hésite pas à monter au créneau pour lui depuis la mort d’Augustin Katumba Mwanke, début 2012.

Côté politique, la famille Gertler penche vers la droite israélienne. Si son grandpère était proche de Benyamin Netanyahou, Dan Gertler lui préfère Avigdor Lieberman (photo), le leader du parti ultranationaliste Israel Beitenou, mis en cause en 2012 dans des affaires de blanchiment d’argent et de fraude. Dans plusieurs affaires en RD Congo, l’investisseur s’est associé avec un autre magnat israélien controversé : Beny Steinmetz, dont les acquisitions minières en Guinée font actuellement l’objet d’une enquête du FBI.

Aux États-Unis, Dan Gertler a joué un rôle d’émissaire pour l’ancien marxiste Laurent-Désiré Kabila. Jendayi Frazer, conseillère spéciale du président Bush, l’a jugé « sérieux et crédible ». Il a aussi rencontré à plusieurs reprises l’ex-conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice (photo). Dans le secteur minier, Ivan Glasenberg, patron de Glencore Xstrata, voit en lui un « très bon lobbyiste pour attirer les investisseurs étrangers [en RD] Congo ». Au sein d’ENRC, qui lui a racheté des actifs au Katanga, son meilleur contact était Victor Hanna, chargé de la stratégie africaine, aujourd’hui en retrait. n o 2736 • Du 16 au 22 juin 2013

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RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

entreprises marchés

Un empire congolais

Gemena

période 2002-2006) pour 88 % des diamants de la Société minière de Bakwanga (Miba), principale exploitation du Kasaï-Oriental. Gertler s’intéresse En ProvIncE orIEntalE ensuite à d’autres richesses congolaises (voir carte), avec un intérêt marqué pour les gigantesques gise• Oriental Iron Company (Orico, ments de cuivre et de cobalt du Katanga. exploration de minerai de fer) Là encore, pour acquérir les licences les plus pro• Moku-Beverendi (exploration aurifère) metteuses, Dan Gertler s’appuie sur ses bonnes relaÉQUATEUR tions avec Joseph Kabila (qui a succédé à son père Mbandaka en 2001), mais aussi avec son éminence grise, le Katangais Augustin Katumba Dans la réGIon DE KInshasa Mwanke, associé à toutes les décisions minières. C’est ce dernier (décédé en • Banque internationale de crédit (BIC) février 2012) qui aurait été à l’origine du Rachetée en 2008 par DGI International Inongo retrait au canadien First Quantum de ses avec Beny Steinmetz Group, revendue à First Bank en 2011 actifs de Kolwezi pour les revendre aux CONGO sociétés de Dan Gertler. « À un moment • Ferme de Kitoko (projet agricole) donné, Katumba et l’entourage du préBandundu KINSHASA sident ont conditionné ce dernier en lui présentant First Quantum comme un partenaire arrogant – ce qui était peut-être un peu vrai – et Batshiamba inactif – ce qui était faux », affirme un avocat proche BAS-CONGO du géant minier de Vancouver. Gertler revendra Océan Boma Matadi peu après ses parts à ENRC, aujourd’hui critiqué Atlantique BANDUNDU pour sa mauvaise gouvernance. « [Gertler] ne Tshikapa mène pas lui-même de projets miniers. Il a pris des parts minoritaires au sein de sociétés détenues Au KAsAï-OrIentAl majoritairement par Glencore et ENRC, qui sont • société minière de Bakwanga (Miba, ceux qui investissent et développent vraiment les exploitation de diamants) gisements », indique le même avocat. go

lll

Co n

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discret. Les activités congolaises de l’Israélien

sont pilotées par le Belge Pieter Deboutte, entouré de Piyush Shukla et des Congolais Yves Kabongo et Robert Mampuya. Associé avec un autre Israélien controversé, Beny Steinmetz, comme lui fils d’une grande famille diamantaire, Dan Gertler a racheté en 2006 des exploitations de cuivre de Kananga et Tilwezembe, au Katanga, rassemblées au sein de la société Nikanor, qu’ils ont introduite sur le marché alternatif londonien. Les deux hommes d’affaires ont également repris la Banque internationale de crédit (BIC, aujourd’hui le cinquième établissement de RD Congo), avant de la revendre au nigérian First Bank en 2011. Via une autre société immatriculée aux îles Vierges britanniques, Dan Gertler a aussi fait une incursion dans le secteur pétrolier en acquérant les licences d’exploration de deux blocs sur le lac Albert, associé cette fois avec le Sud-Africain Khulubuse Zuma, neveu du président Jacob Zuma. Installé entre Tel-Aviv et Lubumbashi, où il possède une villa, l’Israélien aurait préféré rester discret. Mais il déchaîne désormais les passions. « Quand on voit le même type de transactions se répéter, avec le même intervenant, on se dit que quelque chose cloche dans le pays », résume Daniel Balint-Kurti, responsable de la RD Congo pour l’ONG Global Witness, qui n’a cessé de dénoncer les risques de corruption associés aux activités de n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

Accord de commercialisation (2002-2006) avec emaxon Finance, DGI Mining

ANGOLA

en bleu : actifs revendus en gras : projets impliquant Gertler en rouge : principales sociétés offshore liées (ou supposées liées) à Dan Gertler

Une structure complexe • Fleurette Group, le fonds d’investissement de la famille Gertler, détenteur de la majorité des actifs en RD Congo • DGI, le holding personnel de Dan Gertler • Denovo, le bureau de représentation de Fleurette à Kinshasa

200 km

Gertler. « Depuis des années, Dan a joué un rôle d’ami, d’investisseur et même d’émissaire diplomatique de la RD Congo auprès des États-Unis », fait au contraire valoir Lior Chorev, le porte-parole de l’homme d’affaires. « Ce n’est pas quelqu’un qui signe un contrat, prend l’argent et puis s’en va. Il est citoyen naturalisé congolais. Ses activités et celles de ses partenaires ont entraîné la création de 15000 emplois dans le pays et apporté au Congo plus de 7 milliards de dollars », annonce-t-il. « Dan Gertler a été l’un des seuls à investir dans le pays à la fin des années 1990 et a fait venir de grands groupes,faitvaloirdesoncôtéAlbertYumaMulimbi, président de la Gécamines et patron des patrons congolais. Il a gagné beaucoup d’argent, mais c’est la juste rémunération de sa prise de risque. » Après la mort d’Augustin Katumba Mwanke dans un accident d’avion et avec la publicité négative du FMI et de l’Africa Progress Panel, Dan jeune afrique


SOUDAN DU SUD

PROVINCE ORIENTALE

Dungu

SuR LE LAC ALBERt • Bloc 1 (exploration pétrolière)

Bumba

Lac Albert

Bunia

Kisangani

Beni

Ubundu

OUGANDA

NORDKIVU

Lubutu

Société exploitante : Oil of DR Congo Racheté par Caprikat (après expropriation de Tullow Oil et Heritage Oil) • Bloc 2 (exploration pétrolière) Société exploitante : Oil of DR Congo Racheté par Foxwhelp (après expropriation de Tullow Oil et Heritage Oil)

Goma RWANDA

Bukavu

A Société minière de Kabolela et de Kipese (SMKK)

Kindu SUDKIVU

MANIEMA

BURUNDI

Uvira

Kasongo

KASAÏOCCIDENTAL

B Projet minier de Kolwezi (Camrose) Kalemie

Kananga

Part : 50 %, achetés à la Gécamines via Emerald Star début 2010 pour 15 millions de dollars et revendus à ENRC fin 2010 pour 75 millions de dollars

Mbuji-Mayi

TANZANIE Lac Tanganyika

Part : 70 %, achetés à la Gécamines (après l’expropriation de First Quantum) via le groupe Highwind en 2010 pour 63,5 millions de dollars et revendus à ENRC fin 2010 pour 685,75 millions de dollars C Kansuki

KATANGA

Moba

Kilwa

Société exploitante : Glencore Part : 37,5 %, détenus via Fleurette Holding, plus 25 % achetés à la Gécamines via Biko Invest Corp. en 2010 pour 17 millions de dollars (leur valeur estimée était de 133 millions de dollars selon l’Africa Progress Panel, APP) D Mutanda Mining

B

Kolwezi Kamoto E

Kansuki C

ZAMBIE

A

Likasi D Mutanda Lubumbashi

E Kamoto (Katanga Mining) Kasumbalesa

Gertler a perdu de sa superbe. « Jusqu’à présent, une association avec lui permettait d’être protégé des atermoiements des autorités et du harcèlement fiscal grâce à ses liens en haut lieu. Mais aujourd’hui, les groupes miniers et pétroliers y réfléchissent à deux fois avant de faire affaire avec lui », estime un avocat kinois. Et au gouvernement, ses soutiens s’effritent: « Le temps où la Gécamines pouvait disposer à sa guise et sans contrôle des gisements miniers dont elle était dépositaire est révolu », prévient un conseiller à la primature, qui travaille à l’élaboration d’un nouveau code minier encadrant mieux les cessions d’actifs publics. Même à la présidence, on affiche sa fermeté : « Personne ne peut plus être au-dessus des lois. Les sociétés pétrolières doivent rendre des comptes. Faute de preuves de l’avancée de leurs projets, Jeune Afrique

Société exploitante : Glencore Part : 20 %, achetés à la Gécamines via Rowny Assets en 2011 pour 120 millions de dollars (leur valeur estimée était alors de 634 millions de dollars selon l’APP)

Société exploitante : Glencore Part détenue via Lora Enterprise

nous nous réserverons le droit d’annuler leurs licences au bout de cinq ans, et cela vaut pour tout le monde, y compris pour Caprikat [société liée à Dan Gertler] », menace un conseiller. Pour Dan Gertler commence une autre étape de son parcours : celle de la diversification. « Il est probable qu’il cherche à sortir progressivement du secteur extractif en investissant dans d’autres domaines moins en vue, à l’image de ce qu’a fait George Forrest, très présent dans les mines, qui était aussi contesté », indique un avocat. Le secteur agricole congolais, à fort potentiel, qui a justement besoin d’investisseurs, pourrait avoir les faveurs du tycoon : après une première ferme à Kitoko, il projette d’en ouvrir une seconde près de Lubumbashi. Plein de ressources, Gertler a également un pied en Angola dans le diamant et le pétrole. l n o 2736 • du 16 Au 22 Juin 2013

sources : AfricA Progress PAnel, globAl Witness, Jeune Afrique

KASAÏORIENTAL

Au KAtAngA


Entreprises marchés

Les indiscrets AmethIs BIentôt un deuxIème deAl

BGFI Bank

Oyima reprend la main

Bruno Levy pour J.A.

Ç

a tangue au sommet du groupe BGFI Bank. Après le Bénin – où vingt cadres, dont le directeur général, ont été licenciés –, c’est au Gabon même que le vent tourne. Le directeur général, Brice Laccruche, a été remercié. Pour incompétence, laisse-t-on entendre du côté du groupe bancaire gabonais, où l’on n’a pas oublié que sa nomination avait été difficilement acceptée par la Banque centrale. Mais il y aurait plus grave: une source haut placée au ministère de l’Intérieur a confirmé à Jeune Afrique qu’un mandat d’arrêt avait été émis contre le jeune banquier gabonais, qui a été entendu par la police. En cause, une affaire de malversations et de fraudes en lien avec une entreprise détenue par Brice Laccruche dans le BTP.

Au sein de BGFI, le patron, Henri­Claude Oyima (photo), qui s’était mis en retrait pour se concentrer sur le développement africain, a du coup repris les choses en main : outre le directeur général, remplacé par Patricia Manon, le directeur de l’audit a également sauté. l

Ghana Des Génériques avec ProParco

sénéGal novasen à l’arrêt

Fortement affecté, comme son confrère Suneor, par le déferlement d’acheteurs chinois dans la filière sénégalaise de l’arachide, l’huilier Novasen fermera son usine en juillet pour quatre mois, au lieu de deux d’habitude. « Nous n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

sIFcA AllIAnce Au GhAnA

n’avons pu acheter que 30 % des arachides que nous voulions », déplore le patron de cette entreprise qui emploie 160 permanents et une centaine de journaliers. Au début de la saison de récolte, Novasen avait déjà retardé de trois mois l’ouverture de son usine. De plus en plus engagé dans la filière, le géant français Sofiprotéol a discrètement volé au secours du numéro deux de l’arachide, pour l’instant, en lui prêtant mainforte pour maintenir le site de raffinage.

Les prochaines élections pour la présidence de la Chambre de commerce de Djibouti ne sont pas attendues avant novembre, mais les postulants s’activent déjà. Selon le secrétariat consulaire, « trois ou quatre personnes ont officieusement fait acte de candidature ». Parmi eux, Houssein Mahamoud Robleh, le directeur général du groupe Kamaj, l’une des principales entreprises privées du pays, a été le premier à annoncer son intérêt pour le fauteuil occupé depuis dix ans par Said Omar Moussa. L’actuel président n’a pas encore confirmé qu’il se présenterait pour un troisième mandat. Les candidatures seront officialisées un mois avant le scrutin.

SIFCA

Après son entrée au capital du laboratoire tunisien Unimed en 2011 puis à celui de la filiale africaine du génériqueur indien Strides Arcolab l’an dernier, Proparco souhaite s’inviter au tour de table du ghanéen Danadams Pharmaceuticals Indus­ try. Objectif ? Financer une nouvelle usine précertifiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui produira des antirétroviraux et des antipaludéens au Ghana.

Le jeune fonds de capitalinvestissement créé par Laurent Demey et Luc Rigouzzo, deux anciens patrons de Proparco (filiale de l’Agence française de développement), fait feu de tout bois. En à peine six mois d’activité, Amethis est sur le point de boucler son second investissement: il devrait signer avant le 30 juin une prise de participation minoritaire dans le distributeur ivoirien de produits pétroliers, Pétro Ivoire. Le montant de l’opération se situerait aux alentours de 5 millions d’euros.

Djibouti la chambre De commerce entre en PrécamPaGne

SeyLLou/AFp

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Bertrand Vignes (photo), directeur général de l’agroindustriel ivoirien Sifca, a piloté l’entrée de son groupe (à hauteur de 49,5 %) dans le capital du ghanéen Wilmar Africa. À la clé, la société Benso Oil Palm Plantations, acquise par son partenaire singapourien Wilmar en 2011, ainsi qu’une raffinerie d’une capacité de production de 1 000 tonnes d’huile par jour, en cours de démarrage.

PrécIsIon À la suite de la publication de l’article « Fouad El Omari attend de voir » (J.A. no 2735, p. 64), Veolia précise que les 370 millions d’euros mentionnés représentent l’impact de l’opération sur le programme de cessions du groupe Veolia. Le prix de cession a été négocié à environ 125 millions d’euros. jeune afrique


Entreprises marchés

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Côte d’IvoIre

Sotici, sauvé par l’export

Pour résister aux fluctuations du marché national, l’usine de fabrication de tubes en PVc et en polyéthylène mise depuis dix ans sur la diversification géographique. Avec succès.

jeune afrique

Nabil Zorkot pour J.a.

À

Abidjan, Sotici s’affiche sans complexe. Sur le boulevard ValéryGiscard-d’Estaing, de grands panneaux lumineux proclament son statut de leader en Afrique de l’Ouest. Ses contrats l’entraînent en réalité au-delà, puisque la compagnie exporte ses tubes en PVC et en polyéthylène (PE) dans 26 pays du continent, de Johannesburg à Nouakchott. Une diversification géographique qui a sauvé l’entreprise. Plombés par la chute des commandes publiques ivoiriennes après le coup d’État de 1999, ses revenus étaient tombés à 4 milliards de F CFA (6,1 millions d’euros) en 2002, contre 12 milliards auparavant. Aujourd’hui, si Sotici affiche une production de 20000 t paran,unchiffred’affairesde17milliards de F CFA et 300 employés, c’est en grande partie grâce aux exportations, qui représentent 80 % de ses ventes et lui permettent de résister aux fluctuations du marché domestique. Ramzi Omais est depuis 1991 à la tête de la société fondée par son oncle Moustapha Khalil en 1973. Dans son bureau, au premier étage de l’usine installée dans la zone industrielle de Koumassi, il guette comme tous les matins les fluctuations des cours du pétrole et du dollar sur son ordinateur. Une forte hausse et le coût de revient de Sotici peut grimper de 10 %. « Presque toute notre matière première [produit dérivé du pétrole] vient des États-Unis », précise Ramzi Omais. Pour éviter les mauvaises surprises dans son approvisionnement, Sotici conserve en permanence quatre à cinq mois de stock. À l’entrée de l’un des hangars de l’usine, trois silos de résine de PVC servent à préparer différents mélanges en fonction des usages. Pour réaliser des tubes destinés au transport de l’eau potable, on y ajoute un peu

d’étain; pour ceux utilisés pour les eaux usées, un peu de plomb. Pour les tubes PE – plus souples que ceux en PVC –, on utilise de la résine de polyéthylène telle quelle. Les deux types de produits sont fabriqués selon un procédé dit d’extrusion. Les granulés sont chauffés pour les transformer en une pâte; celle-ci est ensuite poussée dans un moule qui lui donne la forme d’un tube, avant d’être refroidie. Rolls-Royce. « Entre 2008 et 2012,

nous avons injecté 10 milliards de F CFA pour augmenter la capacité de l’usine », explique Ramzi Omais. L’investissement a notamment permis d’acquérir des lignes de productiondetubesdegrosdiamètre(entre 400 et 630 mm). « Nous travaillons avec des machines allemandes, ce sont les Rolls-Royce de l’extrusion », seféliciteDiopMagatte,responsable delaproduction.Chaquelignecoûte entre 600 et 700 millions de F CFA. Le long d’un mur, des dizaines de rouleaux de 500 m de gaine en polyéthylène destinée à accueillir des fibresoptiquesattendentd’êtrelivrés à l’équipementier télécom chinois

p Adduction d’eau potable, transport des eaux usées, équipements télécoms : les débouchés sont multiples.

80 %

de la production est vendue hors de Côte d’Ivoire, dans 26 pays du continent

Huawei. « Nous venons de travailler pour eux pendant six mois », explique Diop Magatte. Parmi ses clients du moment, l’usine compte aussi le chinois Sinohydro, chargé de l’adduction d’eau d’Abidjan, ou le pétrolier Addax pour un projet de bioénergie en Sierra Leone. SiSoticis’estimposéenAfriquede l’Ouest, c’est notamment grâce à un contrôle qualité scrupuleux. Vitrine de l’usine dans ce domaine, son laboratoire emploie onze salariés. Écrasement, compression, allongement, résistance à l’acide et à la chaleur: la batterie de tests est presque sans limites. « Notre certification ISO 9001 [version 2008] impose une conformité réglementaire de 100 % », explique Diop Magatte. Une stratégie gagnante. La notoriété de l’entreprise ivoirienne dépasse les frontières du continent. « Nous sommes consultés pour des projets européens,maislesTurcsproposent de meilleurs prix », indique Ramzi Omais. À défaut, le patron veille à sceller son succès africain: il veut fidéliser au moins 73 % de ses clients cette année. l Julien clémençot, envoyé spécial n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013


Stéphane Lemouton/aBaCapReSS

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Algérie

La grande distribution cherche ses marques

p Le centre commercial de Bab Ezzouar, à Alger, le 4 août 2011.

immobilier. La soif de consommation des 37 millions d’Algériens est immense après la pénurie des années 1990. Période durant laquelle ceux-ci n’avaient droit qu’à de grandes surfaces Le pays est en retard par rapport à ses voisins en matière étatiques (Galeries de commerce moderne. Conscients du potentiel, les algériennes et Souk nombre el-Fellah) aux étals groupes étrangers et locaux multiplient les projets. de magasins à moitié vides. Avec 632 834 petits commerces, vec quatre entrées, une jourenmoyenne.Depuisledébutde un PIB par habisoit 1 pour 59 habitants tant passé, d’après musique d’ambiance, l’année, la fréquentation y a même 2 865 grandes surfaces, desescalators,plusieurs la Banque monbondi de 48 %. « C’est un centre soit 1 pour 12 939 habitants diale, de 1 781 dolde qualité, bien géré et judicieufast-foods, un hyper(SouRCe : CentRe nationaL du RegiStRe du CommeRCe) lars (1 340 euros) à sement agencé. Il est attractif pour marché, des dizaines d’enseignes 5 244 dollars entre 2001 les marques internationales. Il est mondialement connues (Lacoste, noté AA dans notre classement », et 2011, la grande distribuNike, Timberland…), un parking affirme Julien Garcier, directeur tion est promise à de beaux jours. au sous-sol, un espace de jeux pour général de Sagaci Research, une « Le marché est plus ou moins les enfants, le centre commercial vierge avec très peu d’enseignes. La jeune société d’analyse et d’études et de loisirs de Bab Ezzouar (CCL) a apporté une nouvelle forme de de marché focalisée sur l’Afrique. population est jeune et une classe consommation aux Algérois depuis À Mohammadia, en bord moyenne se développe. Tous les Projets son inauguration, en août 2010. de mer, près de l’hôtel ingrédients sont réunis », affirme en cours « C’est génial de pouvoir faire ses Hilton et de la Foire un acteur étranger. Ardis et CCL internationale courses en famille et d’avoir tout sont d’ailleurs littéralement pris • Inauguration simultanée à disposition au même endroit », d’Alger, le centre d’assaut, en particulier pendant prévue au mois d’août commercial raconte une mère de deux enfants. les soirées du ramadan. (Aïn Defla, Bouira, Mostaganem) • Fin 2014, le mall de Sétif Détenu par des capitaux suisses Ardis – filiale (45 000 m2 de surface locative) du groupe local Freins. De fait, la surface locative (Valartis International, Darsi, • Premier trimestre 2015, par habitant reste bien inférieure Arcofina et opéJelmoli), le CCL affiche 31 000 m2 CCL Es-Sénia à Oran (34 000 m2 de surface locative, pour un chiffre à celle des pays voisins où la disrationnel depuis de surface locative) d’affaires de 8,3 milliards de dinars tribution moderne a débuté son moins de un an – (environ 78,6 millions d’euros) en développement il y a plus de dix est la première partie 2012etplusde6,2millionsdeclients, ans. L’Algérie ne compte ainsi, selon visible du projet Alger soit quelque 17000 personnes par Sagaci Research, que 4,7 m2 par Medina, un immense complexe

A

n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

jeune afrique


Coulisses

Entreprises & marchés

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BalISer. L’absence de marché de

grosetlemanquedecentraled’achat pénalisent les circuits d’approvisionnement, indispensables au bon fonctionnement de la filière. Les difficultés d’importation des marchandisesrefroidissentlesenseignes étrangères. Le français Casino l’évoque comme l’une des causes de la faiblesse de ce secteur en Algérie. Sans oublier le poids du commerce informel, qui est un concurrent majeur. « Le seul moyen de l’éliminer est le développement de centres commerciaux. Cela permettra de baliser, de structurer et de rendre transparent le commerce », juge Rachid Khenfri, patron de Prom Bati et initiateur du plus grand mall d’Algérie (45000 m2 de surface locative), qui devrait ouvrir fin 2014 à Sétif. Ce lieu sera géré et exploité par Sierra Cevital, joint-venture entre Sonae SierraetCevital.Legroupeportugais, qui gère 70 centres commerciaux à travers le monde, et son allié algérien figurent parmi les rares acteurs structurés à avoir entamé activement leur phase de développement. En août, leurs centres commerciaux à Aïn Defla, Bouira et Mostaganem seront inaugurés. « Nous espérons en gérer une dizaine d’ici à 2017 », souligne Duarte Morais Cabral, directeur général de Sonae Sierra. De quoi offrir des milliers de mètres carrés aux grandes enseignes de la distribution. l ryadh BenlahreCh, envoyé spécial à Alger jeune afrique

Bourse CasaBlanCa n’est plus émergent Le fournisseur d’indices MsCi a annoncé le 11 juin sa décision de sortir la Bourse marocaine de son indice « marchés émergents » (MsCi emerging Markets) pour la reclasser en tant que « marché frontière » (MsCi frontier Markets). Déjà à l’étude en 2012, cette requalification de la Bourse de Casablanca a été justifiée par le non-respect, depuis plusieurs années, des critères de liquidité définis pour les marchés émergents. La liquidité sur la Place marocaine aurait en outre chuté de 60 % à 70 % au cours des trois derniers mois.Avec l’Afrique du sud et l’Égypte, le Maroc était le seul pays africain inclus dans l’indice MsCi des marchés émergents, mais avec un poids très faible et seulement trois valeurs. Maroc Télécom, Attijariwafa Bank et Addoha risquent de pâtir de ce reclassement, qui pourrait à l’inverse accentuer la visibilité internationale de la Place marocaine. selon une analyse du Groupe Banque populaire (Maroc), l’indice MsCi frontier Markets pourrait ainsi compter une dizaine de valeurs marocaines. Les nouveaux entrants seraient Banque centrale populaire, BMCe, Crédit immobilier et hôtelier, Alliances, Compagnie générale immobilière et Managem. l

S

M

S

AlexAndre dupeyron pour J.A.

habitant, contre 9 m2 en Tunisie et 12 au Maroc (et plus de 200 en Europe). Les commerces de proximité et les épiceries, qui pratiquent le crédit, dominent la sphère économique. Et les tentatives de percée d’acteurs internationaux n’ont pas toujours été couronnées de succès: Carrefour a ainsi quitté le pays en 2009. Les obstacles au développement de grandes infrastructures commerciales sont connus. En tête, les difficultés d’accès au foncier. La disponibilité de grandes surfaces en centre-ville, avec une facilité d’accès, est rare et les démarches nécessaires pour les obtenir sont complexes. D’autant plus que l’État est le premier propriétaire terrien du pays, ce qui ne facilite pas les choses.

• Côte d’IvoIre Didier Drogba prend 5 % du capital de la mine d’or d’Ity, contrôlée par le canadien La Mancha • MaroC Capital Invest lève 80 M€ pour soutenir les PME maghrébines • Sénégal Le capital-investisseur ouestafricain Cauris Management injecte 5 M€ dans la SSII Axxend • tunISIe Le FMI approuve un plan d’aide de 1 740 M$ pour soutenir la transition

HydroCarBures le Qatar monte au Capital de total Quelques semaines après la prise de participation de 15 % de Qatar Petroleum International dans la filiale d’exploration et de production deTotal au Congo-Brazzaville, l’émirat semble chercher à renforcer son partenariat avec le groupe pétrolier français. Le Qatar a en effet porté sa participation dans le capital deTotal de 3 % à 4,8 %, selon le site d’information financière WanSquare. Cette montée en puissance représenterait un investissement de l’ordre de 1,5 milliard d’euros et conforterait la place du petit État en tant que deuxième actionnaire du groupe derrière le milliardaire belge Albert Frère. pneumatiQues miCHelin Quitte l’algérie Michelin ne produira plus de pneus en Algérie à partir de 2014 et va céder

sa filiale locale à Cevital, le premier groupe privé du pays. Présent depuis 1963 et leader du marché, le fabricant français de pneumatiques a justifié son départ par le manque de compétitivité de son usine de Bachdjerrah (dans la région d’Alger). Cevital, qui récupérera la branche commerciale (80 salariés), s’est engagé à proposer aux 600 autres employés un poste dans l’une de ses nombreuses activités en Algérie. FinanCement l’aFriQue reste Centrale pour proparCo La filiale de l’Agence française de développement (AFD) consacrée au financement du secteur privé a présenté le bilan de ses interventions pour l’année 2012. Proparco a opéré 740 millions d’euros de signatures en 2012 et voit son portefeuille atteindre 3,1 milliards d’euros. L’Afrique subsaharienne a concentré 47 % de ses activités et attiré 352 millions d’euros de financements, un chiffre en croissance de 40 % par rapport à 2011. n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013


Décideurs Côte d’IvoIre

Jihad Badredine, la franchise avant tout Après avoir implanté les enseignes françaises hippopotamus et Paul dans sa ville natale, l’Abidjanais prépare l’arrivée d’une brasserie Flo. Et convoite les chaînes américaines.

A

bidjan est fier d’avoir son Hippopotamus, au cœur du quartier administratif du Plateau, et sa boulangerie Paul, à Marcory, sur le boulevard de Marseille. Derrière la présence de ces enseignes françaises dans la capitale économique ivoirienne, un homme : Jihad Badredine, 51 ans, PDG du groupe Franchise Côte d’Ivoire. Il a commencé, en juin 2011, par l’ouverture en grande pompe du restaurant grill – le premier du genre en Afrique subsaharienne –, pour un coût d’environ 3 millions d’euros. Deux ans plus tard, le bilan est mitigé. « Il est difficile de faire plus de 40 tables par jour », explique un employé de l’Hippopotamus. Mais la morosité des affaires ne décourage pas Badredine : en mars 2013, il inaugure la première franchise subsaharienne de l’enseigne française de boulangerie et pâtisserie Paul. L’homme d’affaires, qui a investi 1,5 million d’euros dans cette opération, prévoit d’ouvrir avant la fin de l’année un autre point de vente Paul au cœur du quartier résidentiel des DeuxPlateaux-Vallon, dans la célèbre rue des Jardins, et est en pourparlers pour un autre à l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan.

vAche qui rit. Pourtant, Jihad Badredine, né en 1962 à Abidjan, n’envisageait pas de se lancer dans la restauration franchisée. C’est dans la grande distribution qu’il voulait s’imposer. Après des études de sciences économiques et politiques à l’université Laval (Canada), il est ainsi entré en 1982 au sein du groupe Prosuma, qui détient plusieurs chaînes d’hypermarchés et de supermarchés en Côte d’Ivoire (Jour de marché, Casino, Cash Center, etc.), n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

en tant que directeur des achats. Un poste qu’il occupera pendant vingt-deux ans. En 2004, il quitte Prosuma et tente de prendre son envol en créant, avec l’homme d’affaires français Michel-Joseph Camus et d’autres associés, la Continentale

Après l’échec de la continentale de distribution, qu’il avait créée, il rebondit dans la restauration. de distribution (Codis). L’entreprise démarre sous de bons auspices en décrochant la distribution de la marque de beurre Président (du groupe agroalimentaire français Lactalis) et celle des fromages La vache qui rit (du français Bel). Mais des difficultés sur le terrain au niveau du circuit de distribution empêchent l’entreprise de se développer, et au bout de cinq ans l’expérience tourne court. Codis est liquidée.

q Dans la boulangeriepâtisserie Paul de Marcory, la première en Afrique subsaharienne.

Badredine rebondit alors dans la restauration. « Jihad est un entrepreneur-né. Il ne baisse pas les bras malgré les coups durs liés aux affaires », explique l’un de ses proches. La prochaine étape sera l’ouverture d’une brasserie Flo dans le quartier de Marcory zone 4, dont les habitants sont en majorité des expatriés. « La Côte d’Ivoire est davantageunedestinationd’affaires que de tourisme. Les activités ne sont pas encore au summum, mais l’émergence d’une classe moyenne ainsi que d’une classe élitiste m’incite à continuer », explique le fringant quinquagénaire. Après les marques françaises, ce businessman né de parents libanais convoite désormais les enseignes anglo-saxonnes, tels les géants américainsdelarestaurationrapide McDonald’s et Kentucky Fried Chicken (KFC). Rien n’est pour le moment acquis, mais des négociations serrées sont en cours. l BAudelAire Mieu, à Abidjan

Nabil zorkot pour j.a.

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jeune afrique


Décideurs

t Il a notamment fait ses armes au sein de la banque bahreïnie Al Baraka. Tunisie

Ezzedine Khoja veut réveiller Banque Zitouna

HICHEM

sogEd

on en parle

Tamsir N’Diaye sOGeD Directeur de division au haut-commissariat de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, il a pris ses fonctions de directeur général de la société de gestion des eaux de Diama, le 9 juin.

jeune afrique

Le nouveau patron n’est pas un inconnu chez Zitouna: en 2010, il a participé au comité chargé de vérifier la compatibilité des instruments financiers proposés avec les règles du Coran. Son plan vise à donner unnouveausouffleàl’établissement créé par Mohamed Sakhr el-Materi (le gendre de l’ancien président Ben Ali), puis placé en janvier 2011 sous le contrôle de la Banque centrale de Tunisie (BCT), et qui fête cette année ses trois ans.

amiNe BerraDa sOuNNi FeNaGri Le PDG de la Compagnie chérifienne de chocolaterie (Aiguebelle) a été réélu pour un second mandat à la tête de la Fédération nationale de l’agroalimentaire. Ce Marocain a notamment dirigé les Cafés Ennasr.

JoUrnées. Pour marquer l’événe-

ment,Khoja,anciensecrétairegénéralduConseilgénéraldesbanqueset institutions financières islamiques, a organisé la première édition des Journées Banque Zitouna de la finance islamique, du 11 au 15 juin, danssonsiègeauKram(banlieuede Tunis). Objectif: permettre à cette branche de la finance de trouver sa place dans le paysage bancaire tunisien. En y parvenant, ce docteur en philosophie, diplômé des Hautes Études commerciales de Tunis, fera peut-être oublier les liens qu’avait Zitouna avec le président déchu. l ryadh Benlahrech

Mtn

U

n an après sa nomination à la tête de Banque Zitouna, Ezzedine Khoja dévoile enfin ses projets pour le groupe tunisien spécialisé dans la finance islamique. Cet expert qui a fait ses gammes au sein de la banque bahreïnie Al Baraka et en tant que président d’un comité d’arbitrage en finance islamique dans le Golfe veut d’abord « étendre le réseau à tout le pays et créer, à cette fin, une dizaine d’agences par an », a-t-il déclaré, le 12 juin, sur les ondes d’Express FM. Pour 2013, cet objectif est réalisable, puisque six succursales ont déjà été ouvertes. Pour toucher une plus grande clientèle, Khoja affirme vouloir en outre développer de nouveaux produits, notamment dans le microcrédit. Cette stratégie s’inscrit dans le plan 2013-2017 qu’il a mis en place. Pour la financer, Ezzedine Khoja va procéder à une augmentation de capital. De 70 millions de dinars (plus de 32 millions d’euros), celui-ci doit passer à 100 millions de dinars. La Banque islamique de développement (BID) participera à hauteur de 25 % du capital.

dr

Ce spécialiste de la finance islamique annonce un ambitieux plan de développement pour relancer l’établissement fondé par Sakhr el-Materi.

ZuNaiD BulBulia mTN Le nouveau PDG de la filiale sud-africaine du géant de la téléphonie mobile était auparavant responsable financier chargé des opérations en Afrique du Sud et responsable en chef de la branche des affaires de MTN. n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

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Finance Bourse

Pourquoi l’action Ecobank repart

En six mois, le cours de l’action de l’établissement panafricain a augmenté de plus de moitié. Une performance qu’il doit autant à ses bons résultats qu’à une stratégie de communication tournée vers les investisseurs.

olivier pour j.a.

70

L

année 2013 s’annonce comme un bon cru pour Ecobank. Après avoir publié des résultats record pour 2012, à 286,7 millions de dollars (216,8 millions d’euros), la banque panafricaine a affiché un bénéficenetenprogressionde133% au premier trimestre, engrangeant en seulement trois mois 82 millions de dollars. Dopées par le rachat de la banque ghanéenne Trust Bank et par l’acquisition d’Oceanic Bank, au Nigeria, les performances vigoureuses du groupe se sont reflétées dans le cours de l’action sur les trois Bourses de Lagos, Accra et Abidjan. Le titre a connu une reprise soutenue depuis janvier, passant de 35 F CFA (0,05 euro) le 2 janvier à 65 F CFA le 10 juin à la Bourse régionaledesvaleursmobilières(BRVM). Une augmentation de près de 80 % en à peine plus de cinq mois ! Principalecausedecetteenvolée: l’exposition d’Ecobank au marché nigérian, particulièrement plébiscité par les investisseurs. Toutes les banques opérant dans ce pays ont vu leur cours de Bourse décoller n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

au cours des derniers mois. « La performance positive des activités nigérianes d’Ecobank a été un élément fort expliquant la hausse, confirme Muyiwa Oni, analyste à Lagos pour Stanbic IBTC. En outre, sa valorisation était significativement inférieure à celles de ses pairs au Nigeria. » Un effet de rattrapage confirmé au sein même du groupe: « Il s’est produit un mouvement haussier général auquel Ecobank n’a pas participé l’année dernière », tempère James Etherington, responsable des relations avec les investisseurs. communiquer. La tendance

positive est aussi la conséquence des priorités affichées par le nouveau patron du groupe. « Thierry Tanoh veut instaurer une nouvelle façon de communiquer auprès de la communauté financière et accorder davantage d’importance à la communication avec les investisseurs », explique James Etherington. En janvier, pour la première fois, la banque a organisé un Capital Markets Day à Lomé

p Le groupe cherche à mieux contrôler ses coûts.

pour la communauté financière, après lui avoir ouvert la veille ses sites opérationnels au Ghana. L’objectif : développer un effort de pédagogie pour expliquer la stratégie du groupe aux investisseurs. Thierry Tanoh entend aussi se concentrer sur la valorisation de la plateforme existante, tandis que certains analystes, comme la banque d’affaires Renaissance Capital (RenCap), estiment que le risque le plus important réside dans de nouvelles implantations. L’Éthiopie, le Soudan du Sud, l’Angola, le Mozambique et Madagascar restent dans le viseur d’Ecobank, mais sans annonce précise à ce stade. « Thierry Tanoh entend maximiser la valeur de ce que nous possédons déjà », confirme James Etherington, qui rappelle que la banque s’est également fixé pour objectif de ramener le coefficient d’exploitation, qui s’élevait à 72 % en 2012, à 60 % d’ici à 2015, une position « prudente » d’après RenCap. À ce sujet, James Etherington, précisequelabanqueestconsciente de l’importance de ce paramètre, mais qu’une telle décision dépend,enpremierlieu,dubénéfice par action. « À la longue, ce sont les performances qui portent le titre : si nous sommes capables de produire de bons résultats, les marchés suivront », conclut-il. De quoi

La banque a affiché un bénéfice net en progression de 133 % au premier trimestre. redorer un peu plus la réputation d’un titre longtemps malmené en Bourse et qui évolue toujours très nettement au-dessous de son cours d’avant 2009. Pour le soutenir, la politique de dividende devra être plus généreuse. En 2012 comme en 2011, 0,4 dollar par action avait été versé, une rémunération jugée « très faible » par un analyste. l nicoLas Teisserenc et Frédéric maury jeune afrique


Genève, 17-19 mars 2014

Le forum des dirigeants des grandes entreprises africaines UNE PLATEFORME EXCEPTIONNELLE DE RENCONTRES. UN OUTIL STRATÉGIQUE POUR DÉVELOPPER VOTRE ACTIVITÉ EN AFRIQUE ET À L’INTERNATIONAL.

www.theafricaceoforum.com

2E ÉDITION


Genève, 17-19 mars 2014

Le forum des dirigeants des grandes entreprises africaines UNE PLATEFORME EXCEPTIONNELLE DE RENCONTRES. UN OUTIL STRATÉGIQUE POUR DÉVELOPPER VOTRE ACTIVITÉ EN AFRIQUE ET À L’INTERNATIONAL.

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2E ÉDITION


Finance commerce

Afreximbank sort de l’ombre

Cette institution financière, peu connue, affiche 3 milliards de dollars de total de prêts destinés surtout aux financiers et entrepreneurs nigérians. Mais aussi, de plus en plus, aux privés francophones.

D

es politiques, des financiers, des entrepreneurs et quelques grandes banques chinoises. Mi-2012, près de 3 000 délégués avaient rendez-vous à Pékin pour les assemblées générales d’une banque africaine. Ils seront presque autant à Addis-Abeba, du 19 au 21 juin prochain, pour fêter les 20 ans de la même institution. Peu connue, Afreximbank n’est ni une banque de développement, ni une banque commerciale, ni une banque d’investissement. En fait, elle est tout cela en même temps. « Elle a été créée sur un modèle unique où les secteurs privé et public sont en partenariat mais à une échelle multilatérale, souligne Jean-Louis Ekra, président de l’institution depuis 2005. La Banque latino-américaine des exportations [Bladex] est la seule comparable. » Détenue à hauteur de 63 % par 34 pays africains, Afreximbank compte également à son tour de table des groupes internationaux tels que Citibank et Standard Chartered Bank et des institutions

venues de pays émergents, comme les banques d’import-export (Exim Bank) chinoise et indienne. L’idée naît, au milieu des années 1980, à la suite de la raréfaction des financements du commerce international. Les banques publiques et de développement africaines font faillite les unes après les autres. La Banque africaine de développement (BAD) porte donc un projet d’établissement hybride, associant privés et États. Ce dernier étant le seul qui soit acceptable pour les partenaires internationaux. Deux décennies plus tard, Afreximbank reste un acteur « modeste mais regorgeant d’argent à investir », souligne un consultant africain. Avec 103 employés, installés entre le siège égyptien et les bureaux nigérians et zimbabwéens, Afreximbank affiche un total de bilan de 3,7 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros), dont 3,1 milliards de prêts. Comparé aux 7,6 milliards engagés par l’IFC (Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale) en

Afrique, le niveau d’intervention d’Afreximbank reste encore limité. Mais les choses avancent vite. « Nous voulons atteindre 5 milliards de dollars de total de bilan en 2015 », déclare Jean-Louis Ekra. Pour financer cette croissance et rétablir sa solidité, l’institution a levé depuis le début de l’année plus de 900 millions de dollars auprès d’une trentaine de banques internationales et sur les marchés mondiaux. Réactivité. Pour les entrepre-

neurs, Afreximbank présente plus d’un avantage. « Notre première mission est le financement du commerce africain, mais nous

cette année, l’établissement a levé plus de 900 millions de dollars pour financer sa croissance.

q Jean-Louis Ekra, président de la banque, à Pékin, en juillet 2012.

avons également une stratégie qui vise à aider à la diversification des économies locales en permettant d’augmenter la valeur ajoutée locale dans les produits agricoles et en accentuant les retombées économiques directes dans le pétrole et les mines, explique Jean-Louis Ekra. Nous intervenons en faveur du tourisme, un secteur important pour les entrées de devises. » Sa force ? Une capacité à financer des projets intermédiaires, audessus des 5 millions de dollars,

Un total de bilan multiplié par

3,5

en quatre ans Des opérations en croissance de

36 %

par an entre 2007 et 2011 Des profits en hausse de

Zheng huansong/Xinhua Press/Corbis

72

12,3 % en 2012

40 %

du portefeuille sur le Nigeria n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

jeune afrique


Baromètre avec une plus grande réactivité que d’autres. « Les due diligences [audits d’acquisition] de l’IFC sont très longues, Afreximbank est beaucoup plus rapide pour étudier un dossier », remarque Mamadou Ismaïla Konaté, avocat malien et conseiller de l’homme d’affaires Cessé Komé dans le cadre des financements des hôtels Radisson de Bamako et d’Abidjan. « De plus, ils interviennent via une banque locale, en monnaie locale, donc il n’y a pas besoin de s’assurer contre le risque de change. Et les taux sont relativement bas, moitié moindres que dans des banques commerciales en zone franc CFA. » Enfin, Afreximbank joue le rôle d’arrangeur pour les grands financements. Kenya Airways l’a ainsi mandatée l’année dernière pour organiser l’achat de 10 Boeing et de 10 Embraer. ConVainCre. En zone franco-

phone, qui représente moins d’un quart du portefeuille, Afreximbank reste méconnue. Dans la région, la banque a dernièrement prêté 30 millions de dollars à la Société des transports abidjanais et 25 millions, avec BGFI Bank, pour la construction du Radisson Blu Abidjan. Le secteur privé du Nigeria, dont la part est passée de 72 % à 40 % du portefeuille, reste le plus gros client. Mais Afreximbank cherche à développer ses activités dans de nouveaux pays. « Tous les entrepreneurs des pays membres d’Afreximbank ont le droit de solliciter l’institution mais peu le savent », affirme un financier. La banque entend ouvrir de nouveaux bureaux sur le terrain et convaincre de nouveaux États, comme l’Afrique du Sud et la RD Congo, de la rejoindre. Elle cherche aussi à lever de l’argent auprès de nouveaux types d’investisseurs : les capital-investisseurs, les assureurs et les fonds souverains. « Elle devrait peut-être, aussi, sortir du schéma d’une organisation reposant sur une seule personne. », tempère un financier. Rare reproche fait à une institution en plein boom. l

Finance

Le Maroc en dents de scie valeur

BMce Bank

Secteur

B anque

centrale laitière a groBusiness attijariwafa Bank B anque BMci B anque BcP B anque Maroc télécom T élécoms ciments du Maroc c imenT Douja Promotion addoha i mmoBilier lafarge ciments c imenT cGi i mmoBilier Du mieux et Du moins bien. Par rapport à son plus bas de février, la bourse de Casablanca a repris des forces, tirée par certaines grandes valeurs qui ont vu leur cours se redresser largement. C’est le cas notamment de bmCe bank, dont l’amélioration des performances financières a provoqué un net rebond boursier du titre : alors qu’il abandonnait mi-février 10 % depuis le début de l’année, il enregistre

courS au 12 juin (en euros)

Évolution depuis le début de l’année (en %)

18,15

+ 25,6

142,48 28,71 73,13 17,25 9,21 54,17 4,38 83,61 51,92

+ 14,5 + 1,6 – 2,5 –3 – 3,8 – 21,4 – 23 – 26,2 – 27,2

aujourd’hui une hausse de plus de 25 %. mais tout le monde n’a pas connu le même sort : le marché semble de nouveau entré dans une tendance baissière ces dernières semaines, les promoteurs immobiliers (Addoha, CGi et Alliances) dégringolent. Conséquence d’un double phénomène : une survalorisation et des perspectives bien moins positives qu’avant dans l’habitat. l

Valeur en vue CiMents du MaroC Relativement préservé En 2012, CimEnts du maroCa fait prEuvE de résistance en termes de pertes de parts de marché, avec une baisse limitée de 1,6 point, à 23,8 %. Le chiffre d’affaires a diminué de 9,3 %, l’Ebitda de 10,1 % et le résultat net de 32,3 %, à 666 millions de dirhams (59,77 millions d’euros) – il a été affecté par la réévaluation à la baisse de la participation dans suez Cement. dans un marché morose (– 5 % en 2013), nous prévoyons une chute supplémentaire des volumes de 6,2 % cette année. En revanche, les prix devraient se Majdouline stabiliser, une certaine détente ayant été observée sur Fakih le marché. L’entrée de Ciments de l’atlas a eu moins Analyste d’impact sur Ciments du maroc, épargné par son posichez CFG Group tionnement géographique. Comme Lafarge Ciments, ce dernier reporte le lancement de son unité de production dans le nord du pays et évoque désormais 2017 au lieu de 2015. Le titre a chuté de près de 18,6 % depuis notre précédente recommandation. L’action est désormais sous-évaluée. » l Bourse

Ca 2012

Cours (12.6.2013)

oBJeCtiF

Casablanca

321,33 millions d’euros (– 9,3 %)

600 dirhams

730 dirhams

FrédériC Maury jeune afrique

n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

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74

Dossier

Énergie

IntervIew

Pascal Tirtiaux

Responsable régional chez First Solar

Le paradoxe ÉleCtriCitÉ

Alors que son potentiel énergétique est immense, le continent souffre toujours d’un manque d’infrastructures. Un frein au développement que les États tentent de surmonter en misant sur les énergies renouvelables.

C

est toute la contradiction africaine. Alors que la croissance annuelle moyenne avoisine les 5 %, que les ressources énergétiques, fossiles et renouvelables, y sont abondantes, le continent accuse un déficit énergétique préjudiciable à sa population ainsi qu’à son développement économique. Une tendance qu’exacerbe le boom démographique en cours : la population africaine doublera d’ici à 2050 pour atteindre n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

idir Zebboudj

2 milliards d’âmes, dont 40 % vivront en zone rurale. Dans un rapport publié en janvier, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) indique : « En 2010, 590 millions d’Africains (57 % de la population) n’avaient pas accès à l’électricité. Si les tendances actuelles relatives à l’énergie ne se modifient pas, l’Afrique comptera, en 2030, 655 millions de personnes (42 % de la population) dans le même cas. » Un tableau sombre, qu’il convient de nuancer. « On ne peut pas parler d’un seul et même marché, jeune afrique


maghreb

Desertec, l’utopie verte

portraits

Les aventuriers du solaire

hydraulique

Kandadji, barrage ou mirage ?

interconnexions

Le réseau électrique prend une nouvelle dimension

mais de trois marchés, indique Lynn Nahmani, conseillère indépendante en financements de projets énergétiques : l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud et le reste du continent. Ils se distinguent non seulement sur le plan des capacités installées, mais aussi sur celui des infrastructures de transport et de distribution. » Dans les régions non électrifiées d’Afrique subsaharienne, le recours à des générateurs indépendants, à moteur fioul ou diesel, induit un effort financier très lourd, lié à l’importation des équipements et des combustibles. Dans les pays maghrébins et en Afrique du Sud, les infrastructures existent bel et bien, mais souffrent d’un déficit chronique de maintenance. « On estime à 12 milliards de dollars [9 milliards d’euros] par an le montant des investissements jeune afrique

p En 2030, si la tendance ne change pas, 655 millions de personnes n’auront toujours pas accès à l’électricité sur le continent.

NASA/GSFC/DMSP/C&E PhotoS

africain

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nécessaires aux pays du continent pour rattraper leur retard en termes de transport d’électricité », indique Latsoucabé Fall, directeur régional du Conseil mondial de l’énergie pour l’Afrique. Au final, des maux d’origines différentes, mais un même résultat : l’Irena estimait en 2011 que les délestages ainsi que le recours à des générateurs « off-grid » (déconnectés des réseaux de distribution d’électricité) à base de fioul et de diesel se traduisaient par une perte annuelle de 1 à 5 points du PIB. Volontarisme politique. La situation est pourtant loin d’être insurmontable. L’Irena indique en effet qu’« étendre l’accès à l’électricité à l’ensemble de la population africaine ne requiert n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013


Dossier Énergie que 900 térawattheures (un téra signifie mille milliards) supplémentaires sur vingt ans ». De plus, nombre d’États africains ont pris conscience du caractère non durable d’une production basée sur l’importation de produits pétroliers – ces derniers ont coûté 18 milliards de dollars pour l’ensemble du continent en 2010. Signe des temps, plusieurs pays ont affiché des objectifs de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables (lire pp. 88-89). Le Maghreb est la région la plus emblématique en la matière, en classant l’énergie solaire en tête de ses priorités. À lui seul, le Plan solaire marocain prévoit d’installer, d’ici à 2020, une capacité de production en solaire thermique à concentration (concentrating solar power, CSP) de 2 GW, tandis que son équivalent algérien vise un total de 22 GW en 2030 – en CSP et en photovoltaïque. « Peu importe si ces objectifs s’avèrent très ambitieux, estime Lynn Nahmani. L’important est qu’ils manifestent une réelle volonté politique. » Dans une moindre mesure, l’Afrique du Sud se montre également bien engagée dans le solaire (sa feuille de route prévoit 8,4 GW en photovoltaïque et 1,2 GW en CSP en 2030), comme dans l’éolien (8,4 GW en 2030). De façon plus éparse, d’autres pays, moins fortunés, misent sur l’hydroélectricité. « Outre qu’elle est la moins chère des énergies renouvelables et qu’elle induit des coûts de maintenance négligeables, elle offre l’avantage de s’inscrire dans des projets à vocation régionale ou sous-régionale », note Latsoucabé Fall. La production des futurs barrages, tel le pharaonique Grand Inga (40 000 MW) en RD Congo, pourrait ainsi être mutualisée entre plusieurs pays. D’autres projets hydroélectriques, de moindre envergure, sont en gestation : en RD Congo, toujours avec Inga III (4500 MW), mais aussi en Éthiopie avec Renaissance (6 000 MW), en Angola (Medio Kwanza, 6 000 MW) ou encore au Mozambique (Mphanda Nkuwa, 1 500 MW). garanties. De leur côté, les bailleurs de fonds

tels que la Banque africaine de développement (BAD) ou la Banque européenne d’investissement (BEI) ouvrent régulièrement des lignes de crédit aux États africains pour financer des infrastructures énergétiques – ce fut le cas pour le projet d’installation solaire de 160 MW à Ouarzazate, au Maroc, qui devrait être opérationnel en 2015. Mais pour attirer les investisseurs privés, il faut leur offrir des garanties. Surtout en termes de sécurité, la prise d’otages sur le site d’In Amenas, en Algérie, ayant marqué les esprits. Plus globalement, proposer un cadre propice aux affaires rendra les économies africaines attrayantes, comme le souligne Édouard Dahomé, directeur Afrique d’EDF. « Prenons l’exemple de la Côte d’Ivoire : ce pays a traversé des périodes extrêmement difficiles. Pourtant, nous savons par des n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

JENNY VAUGHAN/Afp

76

p Gilgel Gibe III, sur la rivière Omo, en Éthiopie (22 mai 2012).

sociétés exerçant dans le secteur de l’électricité que, dans ce pays, un contrat est un contrat, et qu’il est toujours respecté. » Mais la stabilité politique et le climat des affaires ne font pas tout. « Plus qu’une question de solvabilité des États se pose le problème de l’appréhension des risques de la part des investisseurs privés étrangers, souligne Lynn Nahmani. Les pays du Maghreb ainsi que l’Afrique du Sud sont les économies les plus riches et, de fait, représentent des contreparties plus solvables. De plus, les marchés de l’électricité y sont bien établis, et l’accès aux réseaux de transport et de distribution y est bien meilleur qu’en Afrique centrale. » C’est d’ailleurs ce qui conduit EDF, dans sa stratégie commerciale, à vouloir s’allier à un ou plusieurs acteurs locaux – une compagnie nationale d’électricité par exemple – afin La production des futurs d’accroître ses chances de rembarrages tels que le porter des marchés. pharaonique grand inga Pour l’heure, la division Afrique de la société française prospecte pourra être mutualisée. le continent et s’intéresse de près au projet de barrage de Nachtigal, au Cameroun (400 MW). Selon Lynn Nahmani, certaines banques africaines pourraient également remplir ce rôle d’acteur de proximité: « Elles ont une approche des risques liés au pays différente de celle des banques étrangères et seront donc capables d’en assumer certains pour permettre l’octroi de financements. Mais toutes ne bénéficient pas forcément du savoirfaire adéquat en termes d’ingénierie financière et de techniques de financement de projet. Il faudrait là aussi un transfert de compétences, ce que les banques internationales ne sont pas enclines à faire. » C’est pourtant à ce prix que l’Afrique pourra enfin voir la lumière. l jeune afrique


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Dossier

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interview

Pascal Tirtiaux

Responsable du développement Afrique du Nord chez First Solar

« La contribution du secteur privé local est fondamentale » L’équipementier en panneaux solaires s’est lancé dans le développement de projets il y a cinq ans. Son responsable régional détaille son intérêt pour les marchés du Maghreb et de l’Afrique du Sud.

dans le solaire photovoltaïque aujourd’hui ?

En tant qu’entreprise, nous observons un certain nombre de nouvelles régions de croissance. L’Amérique latine par exemple, où notre société a racheté Solar Chile. Ou encore l’Asie et le MoyenOrient, où nous construisons le plus grand projet photovoltaïque de la région, pour la Dubai Electricity and Water Authority, dans les Émirats arabes unis. et l’afrique ?

L’Afrique du Sud constitue notre point d’entrée sur le continent : l’État y a réalisé une série d’appels d’offres bien encadrés, qui démontrent tout le potentiel de ce marché. Il y a également le Maghreb, qui regroupe clairement les conditions économiques nécessaires pour nous y développer : la demande électrique augmente, l’ensoleillement est élevé, les capacités de financement existent, et les risques restent mesurés.

firST SoLar

Le Maroc a initié, il y a quelques années, un vaste programme solaire. quelle est votre position sur ce marché ?

L

e deuxième fabricant mondial de panneaux solaires s’apprête à démarrer un projet de 13 MW à Dubaï. Mais dans le même temps, la société américaine passe à l’offensive sur le continent. Après être devenue actionnaire du consortium Desertec en mars, elle compte bien se positionner au Maghreb et en Afrique du Sud. jeune afrique : alors que first Solar est l’un des premiers équipementiers mondiaux en panneaux photovoltaïques, pourquoi avez-vous décidé de développer vous-mêmes vos projets, il y a cinq ans ? n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

PaScaL tirtiaux : First Solar a effectivement évolué au cours de ces dernières années, et nous nous sommes engagés dans toute la filière du solaire, qui inclut le développement de projets comme l’achat ou la location de terrains, la conclusion des contrats de vente d’électricité, mais aussi la construction et la maintenance… Et parce que nous avons un bilan solide, nous avons également pu organiser le financement de projets, à hauteur – à ce jour – de 9 milliards de dollars (6,77 milliards d’euros) environ. quelles sont les zones géographiques les plus dynamiques

2,55

Md€ Chiffre d’affaires 2012

2900

MW Puissance réalisée ou en cours de réalisation dans le monde

93

M€ Dépenses 2012 en R et D

Nous sommes confiants quant à l’avenir du solaire photovoltaïque au Maroc, d’autant que le royaume chérifien a lancé un programme pour accéder à une capacité électrique solaire de 2 000 MW, à l’horizon 2020. En l’absence de subventions, le solaire photovoltaïque est une alternative propre et compétitive par rapport aux moyens de production conventionnels, et ce pays a à cœur d’être une vitrine pour ses voisins. Il mettra en œuvre les moyens nécessaires. en quoi le Maroc se distingue-t-il de ses voisins ?

Dans ce pays, les financements sont facilités : les bailleurs internationaux connaissent bien le Maroc et le considèrent d’un œil jeune afrique


Énergie

79

A f r i q u e d u S u d / A l g é r i e / E g y p t e / To g o positif, tout comme les banques internationales. Et même si les établissements bancaires marocains n’ont pas encore l’expérience du photovoltaïque à grande échelle, ils disposent de moyens et ont la volonté de s’y investir. D’autres pays africains n’ont pas nécessairement toutes ces facilités, mais cela évolue, étant donné l’intérêt stratégique de l’électricité photovoltaïque dans la région. L’Algérie semble, elle aussi, prendre la bonne direction, avec des appels d’offres bien encadrés pour 25 MW sur trois systèmes. La Libye a également lancé, à la fin de l’année passée, un appel d’offres pour 14 MW. Mis à part l’ensoleillement, quels critères déterminent un projet viable ?

Il faut d’abord se poser les bonnes questions : y a-t-il une demande suffisante ? Quel est le coût de production de l’électricité dans le pays, et à quel prix peut être vendu le kilowattheure ? Informations que nous rapportons au prix du projet, qui dépend tant de sa taille et de la technique employée que du financement et du développement (étude d’impact environnemental, législation, disponibilité des terrains, réseau électrique à proximité ou non…). On considère qu’une centrale d’une puissance comprise entre 10 et 50 MW offre une bonne rentabilité. En deçà, les coûts fixes sont identiques, mais l’efficacité est moindre. Enfin, la réussite d’un projet photovoltaïque repose également sur les relais que nous pouvons trouver sur place, relais qui nous permettent d’assurer le déploiement des centrales, car nous sommes, fondamentalement, un fournisseur de technologie. La contribution du secteur privé local est donc indispensable pour donner une dynamique à ce nouveau secteur. l Propos recueillis par Michael Pauron jeune afrique

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Dossier Maghreb

Desertec, l’utopie verte

Instabilité régionale, crise économique européenne, difficultés de la filière : l’ambitieux projet européen cumule les handicaps et peine à faire émerger ses centrales solaires et éoliennes des sables du Sahara. Mais la relève s’organise.

I

l fut longtemps surnommé l’« utopie verte ». Et force est de constater que, quatre ans après son lancement, le projet Desertec a du mal à faire mentir sa réputation. Il voit, c’est vrai, les choses en grand et à long terme. Créé en 2009 par la fondation éponyme, le consortium européen Desertec Industrial Initiative (DII) regroupe 57 entreprises et institutions. Son rêve ? Installer 2 GW de centrales solaires et éoliennes en Afrique du Nord et au MoyenOrient d’ici à 2050, dont une partie doit être exportée afin de couvrir 15 % des besoins énergétiques européens. Séduisant sur le papier, ce projet pharaonique à horizon lointain se heurte cependant aujourd’hui à de nombreux obstacles sur le terrain. À commencer par le contrecoup de la crise économique en Europe. En effet, certains pays partenaires, comme l’Espagne et l’Allemagne, affichent désormais d’autres priorités. En plein marasme, Madrid a ainsi dû ajourner, en novembre 2012, sa participation au premier projet de centrale thermosolaire de 150 MW au Maroc, le faisant du coup échouer. Évalué à 600 millions d’euros – sur un total de 400 milliards d’euros pour les ambitions de Desertec –, ce programme n’a pas survécu aux discussions complexes sur le partage des coûts entre les différents pays. NégocIatIoNs. La crise de la

filière solaire, en partie due au dumping chinois, pèse également. Fin 2012, le consortium a subi le départ de Siemens et de Bosch, deux poids lourds industriels à l’origine du projet mais qui, compte tenu des pertes essuyées dans cette activité, ont préféré jeter l’éponge. « Ces deux groupes ont considéré n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

MaP

80

p Mohammed VI lance les travaux de la centrale Noor, à Ouarzazate, dans le cadre du Plan solaire marocain (10 mai 2013).

que le solaire n’était plus dans leur domaine stratégique », souligne André Merlin, président exécutif de Medgrid (lire p. 83). Pour l’image du consortium, la nouvelle est difficile à assimiler. Même si, entre-temps, la relève s’est organisée. « Aujourd’hui, DII compte vingt actionnaires et dix-sept partenaires associés. Le fabricant américain de panneaux solaires First Solar (lire p. 80), qui faisait partie de ces derniers, est devenu actionnaire au début de l’année », précise Samyr Mezzour, chef de projet chez BearingPoint, cabinet de conseil partenaire associé de Desertec. « D’autres groupes ont également fait part de leur volonté de rejoindre le consortium, poursuitil, par exemple l’entreprise gestionnaire du réseau électrique chinois State Grid Corporation of China (SGCC). Des négociations sont en cours avec des partenaires potentiels, notamment avec un groupe maghrébin. » Les actionnaires de DII devraient se prononcer sur l’entrée d’un nouveau candidat dans les prochaines semaines.

Dates clés 13 juillet 2009 Lancement de Desertec Octobre 2012 Siemens et Bosch annoncent qu’ils se retirent du consortium Novembre 2012 L’Espagne refuse de signer l’accord pour la construction d’une centrale solaire au Maroc – premier grand projet Mars 2013 L’américain First Solar devient actionnaire du consortium

Le théâtre des opérations a aussi été chamboulé par le Printemps arabe. L’instabilité en Tunisie et en Égypte a restreint, au Maroc principalement, le champ des pays réceptifs à la cause défendue par Desertec. Les bailleurs de fonds se sont d’ailleurs largement reportés surleroyaumechérifien.LaBanque mondiale soutient activement les plans solaire et éolien marocains initiés par Mohammed VI en 2010. Ces derniers visent l’installation de 4 GW de capacités de production électrique d’ici à 2020, réparties de façon égale entre les technologies éolienne et solaire, pour un investissement total de plus de 100 milliards de dirhams (près de 9 milliards d’euros). traNsItIoN. C’est dans ce cadre

qu’ont été lancés début mai les travaux de la centrale solaire marocaine de Ouarzazate, qui produira, dans un premier temps, jusqu’à 160 MW d’électricité par an. « Le saoudien Acwa Power, l’espagnol Abengoa et l’italien Enel, trois entreprises partenaires de DII, ont été finalistes pour cet appel jeune afrique


Énergie

horizon. Au-delà du Maroc, le consortium est également actif en Algérie. Des discussions sont menées avec le ministère de l’Énergie et des Mines en vue d’accélérer la mise en œuvre du programme national de développement des énergies renouvelables. Adopté en 2011, ce dernier envisage de porter à 40 % la part des énergies renouvelables dans le bilan électrique à l’horizon 2030, via l’installation d’une capacité totale de 22 GW, dont 10 GW seraient dévolus à l’export. Le consortium s’intéresse également de Lire aussi le portrait près aux ambitions de de Mustapha l’Arabie saoudite et des Bakkoury, Émirats arabes unis. président du directoire « Dans celui d’Abou de Masen, sur Dhabi, c’est également economie.jeuneafrique.com un groupe d’entreprises composé notamment d’Abengoa, Schott et Flabeg, toutes trois partenaires de DII, qui a été retenu pour Shams 1, l’une des plus grandes centrales solaires du monde (100 MW) », se félicite le chef de projet. À ce stade, le MoyenOrient apparaît comme un horizon plus prometteur que l’Afrique du Nord. Car les ambitions affichées par les programmes nationaux des pays maghrébins sont loin des 125 GW prévus par le consortium pour 2050. l Marjorie ceSSac jeune afrique

Medgrid élabore un réseau électrique transméditerranéen L’association de partenaires industriels développe des interconnexions entre l’Afrique et l’Europe.

S

i les deux rives de la Méditerranée ont développé d’importants échanges dans le domaine des hydrocarbures – 60 % des exportations de pétrole et 84 % de celles de gaz de l’Afrique du Nord sont destinés au Vieux Continent –, tout reste à faire dans celui de l’électricité. C’est à partir de ceconstatqu’aétélancéMedgrid,en 2010, un consortium dont l’objectif est de favoriser le développement des interconnexions électriques entre le nord, le sud et l’est de la Méditerranée. D’inspiration française, il réunit une vingtaine d’entre-

En novembre 2011, Medgrid a signé un accord de coopération avec Desertec Industrial Initiative (DII).L’actiondesdeuxconsortiums est complémentaire : « D’un côté, la production d’énergie, de l’autre, son transport : nous avions naturellement vocation à converger », confirmait alors André Merlin, le président exécutif de Medgrid. critiqueS. Cette coopération lui vaut cependant de faire l’objet des mêmes critiques que le consortium européen. Est-il par exemple raisonnable d’envisager d’exporter de

HAMILTON/REA

d’offres, rappelle Samyr Mezzour. Ce qui prouve bien que les entreprises faisant partie de DII sont fortement engagées dans la transition énergétique en cours dans la région Mena [Afrique du Nord et Moyen-Orient], qui offre de réelles opportunités d’affaires. » DII n’est pas pour autant un développeur de projet – au Maroc, cette tâche revient au pays, plus particulièrement à l’Agence marocaine pour l’énergie solaire (Masen) – mais un « facilitateur » dans la région Union européenneMena. Le consortium fait office de bureau d’études, qui évalue la faisabilité d’une transition énergétique dans la région et propose des moyens. Son budget est de 4 à 5 millions d’euros par an.

81

p Lors de la signature des statuts, le 9 décembre 2010 (Paris).

prises de l’Hexagone, mais aussi des sociétés allemandes, espagnoles, italiennes,marocaines,égyptiennes, syriennes et jordaniennes. Sa mission ? Fournir dès le second semestre 2014 le schéma directeur technique et économique d’un réseau transméditerranéen capable d’exporter environ 5 GW vers l’Europe en 2020. Pour l’heure, une seule interconnexion existe, entre le Maroc et l’Espagne, au niveau du détroit de Gibraltar. Elle permet à celle-ci d’exporter chaque année 5 milliards de kWh au Maroc.

l’électricité vers l’Europe alors que les besoins des pays producteurs vont augmenter plus vite que leur croissance ? Selon l’Observatoire méditerranéen de l’énergie (OME), ceux-cidevront,d’icià2030,sedoter de capacités additionnelles d’au moins 200 GW pour faire face à leur consommation électrique, en hausse de 6 % par an. La réponse de Medgrid est imparable: leurs besoins seront tels qu’il se pourrait bien que ce soient les pays du Nord qui transfèrent leur électricité à ceux du sud et de l’est de la Méditerranée. l M.c. n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013


Dossier

82

portraits

Les aventuriers du solaire

Le photovoltaïque n’est pas l’apanage des pays maghrébins : des sociétés subsahariennes misent sur le potentiel de cette filière. Avec succès, comme l’attestent les parcours de ces deux pionniers.

Jean-Claude Lutambi

Mamadou Sow

PDG de Congo Énergie Solaire (RD Congo)

PDG de la Compagnie sahélienne d’industriesMatforce (Sénégal)

C’

est lors d’un voyage en 2007 dans la province de l’Équateur que Jean-Claude Lutambi, frappé par les répercussions du manque d’électricité sur le quotidien de la population, a commencé à s’intéresser à l’énergie solaire. Après un séjour de plusieurs années en France, cet ingénieur en électromécanique décide de créer à Kinshasa Congo Énergie Solaire avec deux associés. Le matériel (panneaux, minicentrales et autres) s’avérant trop cher, il réoriente son projet en 2012. Aujourd’hui, la société, qui compte cinq associés, vend de l’énergie fournie par des minicentrales qu’elle installe chez ses clients – des particuliers, quelques ONG et organismes internationaux et, depuis peu, des banques. « Quand on signe un contrat, on demande une garantie de 500 dollars (378 euros). On facture 10 dollars par mois pour la fourniture de 500 watts par heure, ce qui correspond aux besoins de base d’une famille moyenne. On peut aller jusqu’à 30 kW, en n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

installant plusieurs centrales », précise-t-il. MoBile Banking. La minicen-

trale, composée d’un onduleur acheté en Suisse, de panneaux solaires provenant de Chine, de batteries fabriquées en France et d’un monitoring issu de Pologne, est montée dans l’atelier de l’entreprise, qui en assure aussi la maintenance. Un boîtier télémétrique (sorte de compteur) permet de contrôler le paiement, qui se fait principalement par mobile banking – grâce à un partenariat avec l’opérateur de téléphonie mobile Tigo – et par prépaiement. Quelque 1 600 minicentrales, dont 1 500 à Kinshasa, ont été installées depuis novembre 2012, date du démarrage de la vente d’électricité. Fort de son succès, Congo Énergie Solaire, seul acteur du photovoltaïque dans le pays, a créé des filiales au Burundi (Burundi Énergie), au Ghana et en Afrique du Sud (Dimona Energy). l

amadouSowdétonneparsadiscrétiondansle mondedupatronatsénégalais.«Mapersonne importe peu, glisse-t-il. Ce que réalise l’entreprise, voilà l’essentiel ! » Ce Peul est le fils d’Aliou Sow, patron de la Compagnie sahélienne d’entreprises, l’une des plus grandes sociétés de BTP de la sousrégion. CSI-Matforce, ex-filiale d’Unilever, dont Mamadou Sow contrôle aujourd’hui 82,96 % du capital, intervient dans la distribution d’équipements, le génie climatique et l’énergie. Elle a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires de 30,5 millions d’euros. Avec une prédilection pour les énergies renouvelables, sur lesquelles il a mis l’accent il y a une dizaine d’années. Il y est, d’ailleurs, leader incontesté au Sénégal, grâce à des projets tels que le premier contrat d’électrification solaire de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser) pour l’île de Mar Lodj en 2000 dansle Saloum (Centre-Ouest). Depuis, les partenariats pour des projets d’électrification rurale s’enchaînent. Le groupe s’est ainsi associé à EDF pour une concession de distribution d’électricité dans le sud-est du pays pour vingtcinq ans. « Les premiers villages sont en cours de connexion », affirme-t-il. Il s’est aussi lié à Inensus Germany, au sein de Enersa, pour développer de l’énergie hybride (éolienne et solaire), exploiter le potentiel éolien de l’ouest du Sénégal et connecter de nombreux villages, dont celui de Sine-Moussa Abdou, totalement électrifié. Fort de son expertise et de son expérience, le groupe a amorcé un développement régional pour promouvoir l’accès à l’énergie propre et renouvelable. Il est aujourd’hui présent en Côte d’Ivoire, au Mali, en Guinée-Bissau, en Gambie et au Niger. l Bintou Bathily, à Dakar

DB-Ahounou

Muriel Devey

M

Muriel Devey, à Kinshasa jeune afrique


Énergie INNOVATION

Révélateur de bonnes pratiques

Pendant près de dix mois, la mission Africa Express a sillonné le continent. À la clé : 25 initiatives étudiées à la loupe.

L

e moment était propice. Déclarée année internationale de l’énergie durable pour tous par l’ONU, 2012 offrait à Jeremy Debreu et à Claire Guilbert l’occasion d’exaucer leur rêve d’un projet africain citoyen. Forts du soutien de Schneider Electric, d’EDF et de la Banque africaine de développement (BAD), le consultant en développement durable et la spécialiste du management en projet culturel ont sillonné le continent en train, entre fin avril 2012 et janvier 2013, afin d’étudier 25 projets consacrés aux énergies renouvelables. Objectif de la mission Africa Express: identifier

les initiatives innovantes, reproductibles et durables dans la géothermie, l’hydraulique, l’éolien ou le solaire, pour les faire connaître. « En janvier 2012, les projets ont été sélectionnés par 18 experts, issus de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), l’Agence française de développement (AFD), EDF, Schneider Electric, ainsi que du Global Village Energy Partnership (GVEP) ou d’Électriciens sans frontières », précise Jeremy Debreu. Au final, une forte dominante solaire : « Le photovoltaïque se développe bien en Afrique subsaharienne,viadeskitsindividuels.»

Côté éolien, il évoque « un projet intéressant, au Sénégal, de petites éoliennes 100 % locales ». Quant à la biomasse, il retient Novacel, en RD Congo, « qui vise à replanter des arbres à croissance rapide sur 15 000 ha ». MATURITÉ. Le tandem a été

« frappé par la maturité des projets en Afrique de l’Est ». Et de citer le GVEP, qui a servi à former 4000 entrepreneurs dans la région, «cequipermetdefournirunservice énergétique à 1,5 million de personnes depuis trois ans ». L’heure est désormais à l’élaboration d’un webdocumentaire et à la rédaction d’un livre blanc sur les énergies durables en Afrique, qui sera accessible gratuitement en ligne dès septembre. ● FANNY REY

83


CÔTE D’IVOIRE PUBLI INFORMATION

A

L’électricité au cœur de la croissance

ve c u n t a u x d e croissance de 9,8 % en 2012, la Côte d’Ivoire a réussi le redressement de son économie en moins d’un an. Elle a ainsi franchi une étape décisive vers son objectif de rejoindre le groupe des nations émergentes à l’horizon 2020. La CIE (Compagnie ivoirienne d’électricité), qui gère en concession le service public de l’électricité depuis plus de vingt ans, inscrit pleinement ses actions dans la réalisation de cette ambition. Acteur du premier programme de privatisation des services publics ivoiriens, dans les années 1990, la CIE a la charge exclusive de la distribution et du transport de l’électricité sur l’ensemble du territoire de la Côte d’Ivoire.Elle dessert plus d’un million de clients (à fin 2012) contre

moins de 500 000 vingt ans plus tôt. De plus, la CIE exploite les cinq barrages hydroélectriques du pays, représentant 604 mégawatts (MW) de capacité ainsi qu’une centrale thermique à gaz de 100 MW. Des producteurs indépendants complètent la production d’électricité dans le pays, qui dispose au total d’une capacité de 1 420 MW.

Performances et qualité de service Décidée à honorer sa mission de service public en toutes circonstances, la CIE a tenu bon durant la décennie de troubles socio-politiques qu’a traversés le pays. Malgré les fraudes, les retards d’investissements publics, les difficultés d’approvisionnement en énergie primaire et parfois les dégradations,elle assure un

Un groupe africain de services publics La CIE (Compagnie ivoirienne d’électricité) fait partie du groupe Finagestion, qui comprend également la SODECI (Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire), la CIPREL (Compagnie ivoirienne de production d’électricité),ainsi que la Sénégalaise des Eaux.Dans le cadre de la politique de participation menée par le groupe, les collaborateurs de CIE et SODECI détiennent 9,5 % du capital de Finagestion. Des actionnaires privés – principalement ivoiriens et sénégalais – soutiennent également le groupe. Acteurs essentiels de la vitalité économique de la Côte d’Ivoire, la SODECI, la CIE et la CIPREL ont en commun une gestion de classe internationale, validée par les certifications qu’elles ont obtenues dans les domaines du management de la qualité (ISO 9001), de l’environnement (ISO 14001) et de la santé et la sécurité au travail (OHSAS 18001).

approvisionnement régulier en électricité. En maintenant sa présence dans les zones de conflit, elle a permis la sauvegarde des installations, qui font partie du patrimoine de l’État. Portée par le rebond de la croissance,la CIE a mis l’année 2012 à profit pour rétablir ses outils de travail sur des bases solides. La disponibilité du réseau de transport et de distribution, ainsi que celle des usines de production, se sont améliorées, se traduisant par une nette diminution des temps de coupure du service. Dans le même temps, la modernisation des moyens de paiement et la mise en place de nouveaux dispositifs au service des clients ont permis une hausse significative du taux de recouvrement des factures. La CIE s’est d’ailleurs vu attribuer la notation financière AA pour le long terme par l’agence internationale Bloomfield Investment pour ses bonnes perspectives de croissance et la qualité de sa gestion financière. Aujourd’hui, les 3 800 collaborateurs de la CIE œuvrent sans relâche pour l’exploitation et la maintenance des ouvrages ainsi que l’amélioration de la performance et de la qualité de service. Les mesures prises notamment par le Ministère des Mines du Pétrole et de l’Énergie permettront d’obtenir les financements pour faciliter l’accès à l’électricité, réhabiliter et renforcer les ouvrages de transport et de distribution.


Au cœur du pôle énergétique régional La Côte d’Ivoire, qui exporte depuis 1984 son électricité vers les pays voisins, est le pôle d’exportation d’énergie électrique le plus important en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui,des lignes d’interconnexion à haute tension la relient au Ghana,au Togo, au Bénin,au Burkina Faso et,depuis 2012, au Mali.Elles permettent à la CIE – et donc à la Côte d’Ivoire – d’exporter de l’électricité vers ces pays. De nouvelles lignes à haute tension sont en projet vers la Guinée, via le Liberia et la Sierra Leone. Avec la mise en œuvre progressive du West African Power Pool (WAPP) au sein des quinzepaysmembresdelaCommunauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le rôle de pôle énergétique régional de la Côte d’Ivoire prendra une nouvelle dimension.CIE,qui gère déjà un réseau de transport d’électricité de 4 500 km de lignes à haute tension, sera un maillon essentiel de la gestion de ce système régional.Elle pourra ainsi mettre à profit son expertise dans l’exportation d’énergie électrique pour accompagner le développement de la région.

Augmentation de la production d’électricité La CIE entend également jouer pleinement son rôle dans le développement économique et industriel de la Côte d’Ivoire, ainsi que dans l’amélioration des conditions de vies de la population. La pose de la première pierre du barrage

CHIFFRES-CLÉS

(au 31 décembre 2012)

de Soubré, intervenue en février 2013, témoigne de la relance des investissements dans le secteur. D’une capacité de 275 MW, la centrale de Soubré sera opérationnelle à la fin 2017. Et d’ici là, la CIPREL, premier producteur privé d’électricité en Côte d’Ivoire, aura porté sa capacité de production de 321 MW aujourd’hui à 432 MW début 2014, puis 543 MW en 2015. Créée en 1994, la CIPREL a construit et exploite la centrale thermique de Vridi, à Abidjan. Elle fournit aujourd’hui près d’un tiers de l’électricité ivoirienne à partir de cinq turbines à gaz qui utilisent comme combustible le gaz naturel extrait au large des côtes ivoiriennes. Sous l’impulsion des différents investissements dans le secteur, la capacité de production de la Côte d’Ivoire passera de 1 420 MW aujourd’hui à 2 400 MW d’ici à 2020. De quoi soutenir la croissance ivoirienne et répondre à l’augmentation des besoins des pays interconnectés, qui appuient en grande partie leur politique énergétique sur l’importation d’une électricité moins coûteuse et stable en provenance de la Côte d’Ivoire.

1, avenue Christiani, Treichville 01 BP 6923 - Abidjan 01, Côte d’Ivoire Tél. : (+225) 21 23 33 00 Fax : (+225) 21 23 63 22

www.cie.ci

Maillon essentiel de la vitalité économique de la Côte d’Ivoire, la Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE) accompagne la relance de l’activité et prépare l’avenir.

• Effectifs 3 880 personnes • Près de 1,2 million de clients – 95 points d’accueil – 12 directions régionales • 350 000 foyers d’éclairage public • Total des ventes : 4 494 GWh (+ 21,5 % par rapport à 2011) • Ventes Haute tension : 2 157 GWh (+ 26,8 %) • Ventes à l’export : 645 GWh (+ 6 %)

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR

• 2 500 localités électrifiées


Dossier HYDRAULIQUE

Kandadji, barrage ou mirage?

Imaginé dès les années 1930, ce projet pharaonique sur le Niger se fait toujours attendre. Sa construction, retardée par les défaillances de son maître d’œuvre, devrait s’achever en 2016. En théorie.

D

ébut avril, dans l’imposant ministère de l’Énergie et du Pétrole, à Niamey, au Niger. L’ascenseur ne fonctionne pas, la cage d’escalier est dans la pénombre. « Encore une coupure d’électricité », déplore un fonctionnaire. Ce qui est fréquent en cette période de grosse chaleur. « Pour l’électricité, nous dépendons à 60 % du Nigeria, explique Foumakoye Gado, le ministre de l’Énergie et du Pétrole. Mais bientôt, nous serons totalement autonomes. » Dans moins de deux ans, une centrale thermique construite par une entreprise chinoise devrait produire 100 MWh. Mais c’est surtout vers Kandadji, un village situé à 180 km au nord-ouest de Niamey, près de la frontière malienne, que tous les espoirs se portent. C’est ici qu’un immense barrage doit voir le jour. Kandadji, c’est une idée folle née au temps des expéditions coloniales,recycléedanslesannées1970 par le président Seyni Kountché et remise au goût du jour sous le gouvernement de Mamadou Tandja. À l’échelle du Niger, c’est une entreprise pharaonique : une digue de 28 m de haut et de 8,5 km de long, une capacité de retenue des eaux du fleuveNigerde1,6milliarddem3,un minimum de 10000 ha de surfaces irriguées, 38 000 personnes déplacées et une puissance de 132 MW.

Objectif: produire de l’énergie, mais aussi aménager la vallée après avoir stabilisé le débit du fleuve, grâce à un écoulement minimal de 120 m3 par seconde. PREMIÈRE PIERRE. Mais Kandadji,

c’est surtout, pour beaucoup, un mirage. « Bien sûr que ça nous fait rêver. Mais à force d’en entendre parler, on n’y croit plus », soupire Ibrahim, un artisan. Quand Tandja a posé la première pierre, le 3 août 2008, le plus dur semblait fait : le Niger avait enfin trouvé les financements. Coût des travaux : 600 millions d’euros – dont près de 20 % pour le seul barrage. Ne restait qu’à sélectionner le constructeur. La mise en service était annoncée pour 2013. Mais rien ne se passa comme prévu. Le 18 février 2010, trois sociétés restent en course, lorsque Tandja est renversé par une junte militaire. Six jours plus tard, comme si de rien n’était (et avec une précipitation suspecte), le marché est attribué à la société russe Zaroubegevodstroï. Son prix est meilleur, certes, mais son expérience sur le continent quasi nulle. Malgré tout, personne ne remet en cause ce choix. En mai 2011, peu après son élection, le président Mahamadou Issoufou, qui avait fait du barrage l’un de ses projets emblématiques, lance officiellement le chantier,

600

millions d’euros Coût total des travaux

Ü La digue de 28 m de haut et de 8,5 km de long pourra retenir 1,6 milliard de m3 d’eau.

dont il prévoit la fin pour 2016, juste avant la présidentielle. Mais le maître d’œuvre russe ne répond pas aux attentes. En avril dernier, alors que tous les habitants de la zone avaient été déplacés sans trop de casse, seuls 5,6 % des travaux étaient réalisés… « Sur place, il n’y a rien, à part une usine à béton et quelques terrassements », indique un ministre. AUDIT. Après des mois d’atermoie-

mentsetdetentativespour«accompagner » Zaroubegevodstroï, le gouvernement et ses partenaires financiers – principalement la Banque mondiale et la Banque islamique de développement – ont donc décidé de mettre un terme au contrat. « Pendant plus de un an, nous leur avons donné la possibilité de rattraper leur retard. Mais on ne peut pas continuer ainsi. Les faiblesses techniques de l’entreprise sont trop importantes. Nous devrions résilier le contrat », indiquait début juin Amadou Boubacar Cissé, le ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire. Un audit devra déterminer la nouvelle stratégie avec un objectif fixé par Issoufou: que les travaux soient finis avant la fin de son mandat. « C’est pas gagné », convient une source proche du dossier. Les Nigériens n’enontpasfiniaveclesdélestages. ● RÉMI CARAYOL, envoyé spécial à Niamey

DJIBO TAGAZA POUR J.A.

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Dossier INTERCONNEXIONS

Le réseau électrique prend une nouvelle dimension Pour lutter contre les délestages et faire baisser les coûts, le continent développe de grands programmes de liaisons interrégionales.

locaux, explique Zakou Amadou. La phase de travaux débute, avec pour objectif de mailler tous les réseaux du continent. » entement mais sûrement, Ainsi, d’ici à 2015, au sein du une gigantesque toile Système d’échanges d’énergie élecCinq pools énergétiques d’araignée s’étend sur trique ouest-africain (EEEOA), le l’Afrique. Vœu pieux il y a corridor de transmission électrique Tunisie cinq ans, l’interconnexion élecdevrait être achevé. Ce développeMaroc trique entre pays est en passe de ment exponentiel s’explique aussi devenir réalité. On est encore loin par la multiplication des centrales Algérie Libye des échanges instantanés réalisés électriques (gaz, pétrole), des parcs Égypte entre les pays européens qui éoliens et solaires, et surtout des permettent d’assurer un prix barrages. « L’augmentation de Mauritanie Niger Mali compétitif de l’électricité et Cap-Vert la capacité de production Soudan Érythrée Tchad de sécuriser le réseau par hydroélectrique dans Sénégal Burkina des secours mutuels. Mais Gambie une aire allant de la Djibouti Bénin Somalie Nigeria la tendance est là. Et heu- Guinée- Guinée RD Congo à l’ÉthioÉthiopie Sierra Côte Soudan Bissau Leone d’Ivoire reusement. Selon la Banque pie et l’interconnexion du Sud Centrafrique Togo Liberia Ghana Cameroun mondiale, seul un gros quart des grands réseaux Ouganda São Tomé e Príncipe Congo des ménages a accès à l’électricité électriques régionaux Kenya Gabon Guinée en Afrique subsaharienne, cette suscitent un engouement Rwanda équatoriale Burundi proportion tombant à 10 % dans infrastructurel sans précéTanzanie RD Congo les zones rurales. « Elle paie cette dent, qui s’exprime en Comores pénurie par une perte de croissance dizaines de milliards de Angola Réseau majeur Malawi de 1 à 3 points », affirme Lionel dollars d’investissements Zambie Réseau secondaire Taccoen,présidentdel’ONGGlobal dans la prochaine décennie, Zimbabwe Interconnexion prévue Electrification. explique Alexandre Taithe, Mozambique Namibie chargé de recherche à la Botswana CROISSANCE. Les rapports décriFondation pour la recherche UNITED NATIONS ENVIRONMENT PROGRAMME Swaziland vant les dégâts causés dans les stratégique. Rien que dans la Lesotho entreprises et le commerce par les zone de l’Eastern Africa Power Afrique pondère Zakou Amadou. coupures électriques sont légion. Pool [EAPP, un organisme interdu Sud « Permettre le développement du Mais il s’agit de lignes de petites gouvernemental régional basé à secteur privé via la baisse des coûts capacités, dites de point à point. Addis-Abeba, en Éthiopie, et qui de l’énergie est l’un des grands Désormais, ce sont des interconœuvre à la mise en commun de enjeux de ces interconnexions », nexions à l’échelle régionale qui ressources d’énergie électrique, confirme Zakou Amadou, expert se développent. » NDLR], il existe une quinzaine de en énergie à la Banque africaine Ces projets de liaisons trouvent projets d’interconnexion à l’horide développement (BAD). leur origine dans la création, zon 2020-2025, pour un montant Une croissance économique qui depuis 2003, de pools énergétiques, d’environ 6 milliards de dollars s’accompagne elle-même d’une l’Afrique étant désormais divisée (4,5 milliards d’euros). » hausse de la consommation d’élecen cinq grands réseaux régionaux tricité. Selon une étude de l’uniayant un statut d’agence spéciaSÉCURITÉ. L’Éthiopie fait figure de versité de Sherbrooke (Canada), lisée auprès de chaque commuleaderavecsonpland’électrification celle-ci aurait progressé d’envinauté économique régionale. « La sur vingt-cinq ans lancé en 2005. ron 50 % entre 2004 et 2010. « Le première phase a été la mise en Le potentiel hydroélectrique du phénomène s’amplifie, mais tout place de plans directeurs, suivis par pays (estimé à 40 GW) commence à reste à faire du côté des moyens de des études de faisabilité souvent peine à être utilisé. La production, production et des lignes de transfinancées par les bailleurs de fonds d’environ2500MW,devraitdoubler port », explique Lionel Taccoen. internationaux et réalisées par des cette année avec le barrage Gilgel « Des interconnexions électriques bureaux d’études occidentaux Gibe III, associé à une centrale existent depuis des décennies, – parfois en partenariat avec des hydroélectrique de 1870 MW. Puis

L

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Énergie

doubler de nouveau avec le barrage Renaissance (6 000 MW), en 2015. Soit des capacités de production bien supérieures aux besoins du pays. Après l’interconnexion de l’Éthiopie avec Djibouti en 2011 (qui a permis d’y diviser les prix de l’électricité par deux, selon la BAD) et avec le Soudan en 2012, c’est le

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projet de ligne à haute tension vers le Kenya qui a été lancé début mai, pour 1,26 milliard de dollars. Si, à terme, le secteur privé africain profitera de cette sécurité électrique, en attendant, ce sont les sociétés étrangères qui se frottent les mains. « À ma connaissance, il n’y a pas d’entreprises africaines

ayant la compétence technique pour développer ces projets », note Zakou Amadou. « Les grandes compagnies occidentales sont très peu présentes et ont laissé la main aux entreprises chinoises un peu partout sur le continent », tacle Lionel Taccoen. En Éthiopie par exemple, le groupe italien de BTP Salini construit le barrage Gibe III, tandis que la firme chinoise Dongfang fournit les turbines et les composants électriques. Pour ce qui est des lignes à haute tension reliant le barrage à Addis-Abeba, c’est encore une entreprise chinoise, China Electric Power Equipement and Technology Company (CET), qui a obtenu ce contrat de 1 milliard d’euros… entièrement financé par un prêt de China Exim Bank. « Nous voyons des entreprises de toutes les nationalités lorsque les financements ne viennent pas de Chine », relativise Zakou Amadou. ● BRICE TAHOUK

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Dossier Énergie

TRIBUNE

Opinions & éditoriaux

Le manque de main-d’œuvre qualifiée est criant

A CHRISTINE HEURAUX Directrice de l’appui à la formation, EDF

LORS QU’ELLE CONCENTRE 15 % de la population mondiale, l’Afrique présente le taux moyen d’électrification le plus bas de la planète et ne compte que pour 3 % de la consommation mondiale d’électricité. Première explication de ce déficit : le manque d’investissements chronique dans les infrastructures. Mais on oublie souvent de citer un facteur aggravant bien identifié par les compagnies d’électricité, celui des besoins criants en compétences pour l’ensemble des métiers de la filière, et à tout niveau de qualification. Une faiblesse à moitié résolue, du moins pour l’Association des sociétés d’électricité d’Afrique (Asea), qui s’est emparée du problème en travaillant avec l’Agence française de développement (AFD) à la création de centres d’excellence pour couvrir ses besoins en formation.

Il faut donc concevoir des politiques de qualification professionnelle qui garantissent une filière de qualité en l’inscrivant dans la durée. Engagé depuis près de vingt ans dans l’électrification rurale en Afrique, EDF a entendu cette forte demande de formation et de montée en compétences, tant des opérateurs publics que privés. À la tête d’un groupement de neuf partenaires – dont l’Agence malienne pour le développement de l’électrification rurale (Amader), le Fonds de développement de l’électrification du Burkina Faso (FDE), l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) –, l’entreprise française a lancé fin 2011, grâce au financement de l’Union européenne et au concours de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’éner-

L’électrification rurale exige une formation ciblée pour tous les métiers du secteur.

Reste malheureusement un laissé-pour-compte de taille : l’ensemble des 585 millions d’Africains qui n’ont toujours pas accès à l’électricité et dont les trois quarts vivent en milieu rural, où le taux d’électrification ne dépasse pas 12 % en moyenne. De nombreux États ont choisi de déléguer cette mission de service public à des opérateurs privés. Ils sont souvent épaulés par de grandes institutions internationales (AFD, Banque mondiale, Union européenne, etc.), qui contribuent au financement de ces programmes d’électrification. Reste que si les pays concernés – et leurs bailleurs – étudient attentivement les aspects institutionnels et réglementaires, les choix technologiques, les modèles économiques et les besoins en financement associés à tout programme d’électrification rurale n’ont pas été pensés pour structurer des filières de professionnalisation adaptées à ces métiers émergents. Lesquels s’exercent dans des conditions bien différentes de celles des compagnies nationales d’électricité, et leurs opérateurs doivent assurer simultanément des fonctions de techniciens, de commerciaux, de gestionnaires comptables, voire de formateurs auprès d’une clientèle fragile.

Or le sujet mérite qu’on s’y intéresse : apporter l’électricité aux millions de personnes qui en sont encore dépourvues suppose à l’évidence une qualification massive des différents acteurs. N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

gie (Ademe), un projet intitulé Aide à la formation initiale et continue aux opérateurs et acteurs de l’électrification rurale en Afrique de l’Ouest, qui se déroule dans deux pays pilotes, le Mali et le Burkina Faso. Au-delà de l’accès à une énergie moderne – autre que le charbon de bois, la bougie et le pétrole lampant, qui prévalent encore en milieu rural – se dessine un autre enjeu de taille : de 7 à 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail chaque année. Cette jeunesse recèle un immense potentiel qu’il faut adapter aux besoins de ce marché et du développement économique. Or le milieu rural, qui représente plus de 60 % de la population subsaharienne, reste particulièrement demandeur d’emplois. La démarche entreprise pour former aux métiers de l’électrification rurale peut se dupliquer dans quantité d’autres secteurs : services d’approvisionnement en eau ou de téléphonie, artisanat, diversification et transformation des produits et activités agricoles ou forestiers… Il y faudra bien sûr des moyens financiers, une coordination entre les nombreux acteurs concernés, mais aussi et avant tout une volonté et une vision politiques qu’il revient à chaque pays de se forger… ainsi qu’une réelle capacité à innover. ● JEUNE AFRIQUE


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Plus de 5 200 salariés déployés sur les 5 continents nouent des partenariats stratégiques, explorent de nouveaux gisements et développent des projets miniers ambitieux, pour garantir à ses clients un accès durable à l’uranium.


Dossier Énergie (200MW),ilcomptesurl’expérience du français, qui dispose de près de 4 000 MW de capacité d’origine éolienne dans le monde. « C’est aussi un moyen de mutualiser les risques », poursuit la responsable.

Ì Le site est géré par une coentreprise GDF Suez-Nareva Holding.

CONTRAT GÉANT. Le projet néces-

NAREVA HOLDING

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ÉOLIEN

Tarfaya, un nouveau souffle pour le Maroc

Ce parc, dont le chantier a démarré en décembre, fournira 6 % de la production électrique nationale.

C

e sera le plus grand parc éolien d’Afrique. Situé dans le désert côtier du sud du Maroc, le site de Tarfaya devrait bénéficier de conditions optimales et donc d’un taux d’utilisation très élevé (45 %, deux fois plus qu’en Europe), pour une capacité de 300 MW. Ce projet a été

attribué à Tarfaya Energy Company (Tarec), une coentreprise créée par GDF Suez et le marocain Nareva Holding. « Nous détenons le capital à parts égales avec notre partenaire français », précise Khadija El Hassani, responsable de la communication de Nareva. Si le marocain opère déjà trois parcs éoliens

Projets en cours 50 MW

à Bab El Oued

50 MW à Haouma 100 MW à Akhfenir 120 MW

à Jbel Khalladi

300 MW à Tarfaya

site 5 milliards de dirhams (environ 450 millions d’euros), dont 1 milliard de fonds propres des deux partenaires et 4 milliards empruntés à un consortium de banques marocaines : Attijariwafa Bank, Banque centrale populaire et BMCE Bank. Lorsque sa mise en service sera complète, en décembre 2014, le parc devrait représenter 40 % de la capacité éolienne du royaume. Tarfaya, Akhfenir, Jbel Khalladi, Babel Oued, Haouma : les 720 MW en cours de développement s’inscrivent dans le Projet marocain intégré de l’énergie éolienne (PMIEE), pour un investissement estimé à 31,5 milliards de dirhams. Celui-ci permettra en partie au Maroc de porter la puissance électrique installée d’origine éolienne de 480 MW en 2013 à 2 000 MW en 2020. À cette échéance, le royaume s’est fixé un objectif de 42 % de capacité électrique installée fonctionnant à partir de sources renouvelables. Et il s’en donne les moyens. ● BRICE TAHOUK

En bref MAURITANIE BIENTÔT UNE CENTRALE D’ÉNERGIE ÉOLIENNE Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a lancé le 9 mai les travaux de construction de la première centrale d’énergie éolienne du pays, d’un coût global de 43 millions d’euros. Financée par l’État mauritanien et par le Fonds arabe pour le développement économique et social (Fades), elle doit être mise en service en mai 2014, N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

pour une capacité de production attendue de 31,5 MW. D’ici à 2020, les énergies renouvelables devraient fournir 20 % de la production nationale d’électricité. ALGÉRIE CONDOR INVESTIT LE SOLAIRE Le leader de l’électroménager et de l’électronique a annoncé son intention de produire dès le mois de juillet des panneaux photovoltaïques pour une capacité annuelle

de 50 MW, à Bordj Bou Arreridj. L’usine de fabrication, qui a nécessité un investissement de 9 millions de dollars (6,77 millions d’euros), est en phase de montage. Dans un premier temps seront commercialisés des panneaux d’une plage de puissance comprise entre 70 W et 380 W par unité. AFRIQUE DU SUD COUP DOUBLE POUR GDF SUEZ Le groupe énergétique français a signé le 3 juin des

contrats d’achat d’électricité pour deux nouvelles centrales électriques de 335 et 670 MW, moyennant un investissement total de 780 millions d’euros. Ces deux centrales, qui entreront en service en 2015 et 2016, permettront d’alimenter la société de distribution publique Eskom Holdings dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité de quinze ans. GDF Suez développe d’autres projets dans le pays, notamment dans l’éolien et le thermique. JEUNE AFRIQUE


Publi-Information

Jouer maintenant la carte du High Tech et de la performance énergétique

La performance énergétique et les nouvelles technologies permettent de rentabiliser les investissements d’aujourd’hui et de raccorder plus vite les habitants.

©Yves CHANOIT

Energie

Pour Bouygues Energies & Services, les solutions développées pour répondre aux enjeux européens peuvent être déployées rapidement et efficacement en Afrique : la performance énergétique et les nouvelles technologies, comme les réseaux numériques, permettent de rentabiliser les investissements d’aujourd’hui et de raccorder plus vite les habitants, avec des services répondant aux nouveaux usages. Des solutions qu’elle propose en assurant un transfert de compétences vers ses filiales africaines. « L’Afrique connait un taux de croissance entre 5 et 7 % et une population qui va se multiplier par 2 d’ici 20 ans. Nous devons proposer tout de suite de nouvelles offres, du high tech, de la performance énergétique. A l’inverse de l’Europe qui a vécu une évolution progressive, l’Afrique saute les étapes, avec des enjeux sociétaux très forts », explique Claude Queyranne, DG Filiales Africaines. Entreprise française implantée au Congo, au Gabon et en Côte d’Ivoire, Bouygues Energies & Services a pour objectif d’être un acteur global des énergies et des services auprès des autorités locales, des industriels et des clients tertiaires. Et cela passe par une anticipation des besoins de ses clients, qu’elle a vu muter depuis quelques années en Europe.

©Yves CHANOIT

Bouygues Energies & Services transfère ses expertises auprès de ses 1 700 collaborateurs en Afrique, dont 98 % sont des ressources locales.

High tech

Au Congo, Bouygues Energies & Services a intégré au boulevard énergétique reliant Pointe-Noire à Brazzaville, un réseau fibre optique qui facilitera, à terme, le déploiement du haut débit. « Cela évitera, comme en France de refaire des travaux d’envergure alors que ces besoins émergent d’ores et déjà ». Le numérique s’installe aussi dans l’exploitation des réseaux d’énergie, essentielle pour fiabiliser la distribution d’électricité : des solutions innovantes telles que le Scada

(Supervisory control and data acquisition), permettent d’acquérir des données sur la consommation pour opérer le réseau. Cette solution est installée sur le Réseau Interconnecté du Gabon, dont Bouygues Energies & Services livre actuellement la première tranche.

Performance énergétique

En Afrique, il est important de consommer moins pour ne pas saturer les réseaux en cours de développement. Expert de la performance énergétique dans les villes et les bâtiments, Bouygues Energies & Services commence par ailleurs à développer ce marché en Afrique, en particulier pour des contrats en matière d'éclairage public (en Europe, elle a notamment pour référence le marché de performance énergétique du parc lumineux de Paris).

Un transfert de compétences vers les filiales africaines

Pour répondre à ces nouveaux enjeux, Bouygues Energies & Services poursuit sa démarche de transfert de compétences européennes auprès de ses 1700 collaborateurs en Afrique, dont 98 % sont des ressources locales.

Projets phares de Bouygues Energies & Services Grandes infrastructures d’énergie : • Réseau interconnecté du Gabon • Boulevard énergétique du Congo et maillage électrique du territoire Villes : • Eclairage public de Livreville (Gabon) Tertiaire : • Stade de Franceville (Gabon) livré pour la CAN 2012 : lots techniques Réseaux d’énergie pour les opérateurs pétroliers et miniers : • Mine de Tongon (Côte d’Ivoire) : alimentation électrique • Centrale à gaz d’Abidjan (Côte d’Ivoire) : Raccordement au réseau électrique


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Culture & médias

LITTÉRATURE

Le roman d’une diva

Dix ans après la disparition de Nina Simone, le Prix Goncourt 2007, Gilles Leroy, revient sur les hauts et les bas d’une carrière fascinante avec un livre délicat. NICOLAS MICHEL

C

est peut-être la chance, ou le fardeau, des plus grands : continuer à agiter le monde longtemps après leur disparition.EuniceKathleenWaymon s’est éteinte dans son sommeil, le 21 avril 2003, dans le sud de la France, au terme d’une carrière achevée dans la douleur, la maladie et la solitude. Dix ans plus tard, celle qui était plus connue sous le nom de scène Nina Simone n’a toujours pas disparu. Sa voix, ses chansons, son N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

toucher de piano restent gravés dans les mémoires, et disponibles sur CD et MP3 pour les plus jeunes. Sa fille, Lisa, après quelques années dans l’armée américaine, s’est d’abord signalée à Broadway avant de reprendre plusieurs titres de sa mère dans un disque intitulé Simone on Simone. Mieux, l’imprévisible Nina Simone parvient toujours à alimenter la polémique : le biopic dirigé par Cynthia Mort à partir de l’autobiographie de la star (I Put a Spell on You, 1992) suscite la controverse avant même d’avoir été projeté à cause de la couleur de peau – trop claire ! – de l’actrice Zoe Saldana (Star Trek, Avatar), qui incarnera la diva… En attendant de voir une Nina Simone ressuscitée sur les écrans pour le meilleur ou pour le pire, il est déjà possible de (re)découvrir son histoire belle et tourmentée. Pour le meilleur cette fois, l’écrivain français Gilles Leroy (Prix Goncourt 2007 pour Alabama Song) revient JEUNE AFRIQUE


Culture médias ð La chanteuse américaine, à Alger (1969).

ne se rendait pas compte à quel point elle pouvait mettre ses parents dans le pétrin… Peu de gamins sont capables d’une telle réaction. » L’écrivain a lu l’autobiographie, les livres et les articles de presse. « Tout cela est très lacunaire, notamment parce qu’elle a beaucoup erré dans sa vie. Il y a des ragots, il y a ce qu’elle a bien voulu raconter, rien qui ne soit sûr. Mais ces lacunes, c’est presque une chance, puisqu’elles permettent au romancier de combler les blancs. »

GUY LE QUERREC/MAGNUM PHOTOS

MIROIR. Habilementconstruit,NinaSimone,roman

sur les hauts et les bas d’une carrière fascinante avec un livre délicat : Nina Simone, roman. FÊLURES. « Je voulais faire un exercice d’admiration,

confie-t-il. Je suis un fan depuis longtemps puisque j’ai découvert sa voix dans les années 1960, alors qu’elle était très présente sur les ondes en France. » Intéressé par un personnage aux multiples fêlures, Gilles Leroy a rencontré deux ou trois personnes qui l’ont connue et a décidé d’entamer des recherches approfondies après le déclic provoqué par une scène qui se déroule alors que la petite Eunice, prodige du piano, n’a que 11 ans. « Je suis tombé sur cet épisode de son enfance au cours duquel, alors qu’elle allait jouer, on a demandé à ses parents de se déplacer vers le fond de la salle parce qu’ils étaient noirs, raconte-t-il. J’ai trouvé son refus exceptionnel de courage et d’insouciance. Elle JEUNE AFRIQUE

Nina Simone, roman, de Gilles Leroy, Mercure de France, 274 pages, 18,50 euros

se déploie à partir des dernières années – plutôt sordides – de l’artiste à Carry-le-Rouet, dans cette France de calcaire et de garrigue qu’elle a découverte grâce à son ami l’écrivain James Baldwin. Entourée de minables « petits requins » assoiffés d’argent, dure avec une domesticité contrainte d’éponger ses humeurs, la diva se débat dans les méandres de sa gloire passée, fière de ses succès mais obsédée par ses échecs les plus douloureux : être recalée, à 17 ans, à l’entrée du Curtis Institute of Music de Philadelphie alors qu’elle est persuadée d’avoir bien joué, voir son hymne refusé par le mouvement des droits civiques, auquel elle a pourtant beaucoup donné, au péril de sa carrière… Son corps lui échappe, son esprit parfois aussi, au point d’en arriver à tirer au pistolet sur un gosse trop bruyant ; le cancer la ronge, sa fille est loin et aucun amour n’est à ses côtés. Pourtant, le roman n’est pas désespéré, il s’en dégage même une formidable énergie de vie. « Je ne me voyais pas partir sur un dispositif où elle aurait été toute seule, confie Leroy. J’avais envie que dans cette fin de vie triste, sinon épouvantable, il y ait un rayon de soleil. » Ainsi apparaît Ricardo, employé de maison philippin qui ignore tout de la grande dame qu’il doit servir. Doux, contraint de travailler loin de chez lui, il devient le confident d’une femme blessée qui n’a plus confiance en personne et qui se souvient qu’elle fut elle-même, un jour, contrainte de faire des ménages chez un couple de Blancs. Miroir de ce qu’elle fut, Ricardo est aussi « une sorte de métaphore de l’esclavage contemporain ». Et au fond, en Caroline du Nord dans les années 1930, à Carry-le-Rouet au début du XXIe siècle ou aujourd’hui quand il s’agit pour une actrice d’incarner une icône, la concentration de mélanine continue de beaucoup trop compter. Et Nina aurait pu les dire, ces mots sur la « discrimination positive » que Gilles Leroy place dans sa bouche : « Si tu réussis, tu peux désormais craindre que ce ne soit non pas pour tes qualités artistiques, ou intellectuelles, ou morales, mais pour la même raison qui te faisait échouer avant, ta couleur de peau. Non seulement tu ne sais toujours pas ce que tu vaux, mais maintenant tu as peur d’être illégitime dans ton succès. Tu as peur d’être un imposteur. C’est malin, non ? Malin et vicelard. Ils sont forts, ces Blancs. » ● N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

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Culture médias CINÉMA

Miriam Makeba toujours « so alone » Le réalisateur Ramadan Suleman peine à terminer un documentaire consacré à la militante sud-africaine. Faute de financements.

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pas terminé. « Car, détaille le réalisateur, à part Alger, personne n’a voulu contribuer à sa postproduction [montage, etc.]. Pas même mon pays, pourtant on ne peut plus concerné par un tel sujet qui croise l’aventure de l’ANC. L’Histoire, apparemment, ne l’intéresse pas ! » Mais ce travail aura permis au Sud-Africain de retrouver parmi les archives algériennes des images de Miriam Makeba à l’époque où elle menait son combat contre l’apartheid, notamment à Alger. « Des documents si intéressants qu’ils m’ont immédiatement donné l’envie de consacrer mon prochain film à cette femme extraordinaire qui venait de mourir », confie-t-il. LOTO. Mais pas plus que pour le film sur

le panafricanisme Suleman, malgré sa notoriété, n’a pu mobiliser jusqu’à ce jour un véritable financement en Afrique du Sud. « Il existe certes cette fondation qui doit promouvoir le cinéma. Mais elle n’a aucune vision stratégique de ce qu’elle devrait soutenir comme projets € La chanteuse engagée et Stokely Carmichael (à dr.), à Alger, en 1969. et, de fait, elle se désintéresse totalement de tout ce qui n’est pas dans l’esprit en croire les tout récents n’était plus produit depuis. Le parcours hollywoodien. Tout comme la télévichiffres dévoilés par la de Suleman, rencontré lors du dernier sion publique, de surcroît aujourd’hui National Film and Video Festival de Cannes, où il recherchait des en faillite. » Alors, comme son film sur Foundation, l’organisme partenaires pour parachever le financeMiriam Makeba entend évoquer non pas créé après la disparition du régime de ment de son principal projet en cours, un tant la chanteuse mondialement célèbre l’apartheid pour promouvoir les activités documentaire sur la célèbre chanteuse mais surtout la femme qui paya pendant cinématographiques en Afrique du Sud, plus de trente années d’exil son combat Miriam Makeba, décédée en 2008, en tout va bien dans son secteur. L’industrie contre le régime raciste, il ne retient pas témoigne à lui seul. du film connaîtrait une croissance de l’attention de ceux qui devraient l’aider 14 % par an depuis 2008 et emploierait PANAFRICANISME. L’idée de ce film à le mener à bien. aujourd’hui 40 000 personnes, dont 66 % lui est venue lors de la seconde édition « On m’a annoncé tout récemment de Noirs. Des statistiques totalement comme une très bonne nouvelle que je du Festival panafricain d’Alger, en 2009. trompeuses, affirme le plus connu et le « Quarante ans après la première édition, pourrais disposer de 20 000 euros pour plus respecté des cinéastes sud-africains, j’ai été chargé par les autorités algériennes acheter des archives. Alors qu’il faut payer Ramadan Suleman, auteur de deux films environ 7 000 euros la minute remarquables, Lettre d’amour zoulou d’archives aux télévisions et que « L’Histoire n’intéresse pas (Tanit d’argent à Carthage en 2004) et le budget prévisionnel total du les autorités sud-africaines ». Fools (1997), le premier long-métrage de film est de 800 000 euros. » Il se RAMADAN SULEMAN fiction réalisé par un Noir après l’avèneveut pourtant optimiste, grâce ment de la démocratie. à l’appui de producteurs franCes chiffres mélangent en effet toutes de réaliser un film sur le panafricanisme, çais et parce qu’il a l’espoir d’obtenir les activités du secteur audiovisuel et ne que j’ai voulu consacrer surtout aux fondes fonds… du loto sud-africain. Afin rendent absolument pas compte de l’état dateurs de ce mouvement qui est allé de pouvoir enfin passer d’ici à la fin de déplorable du cinéma sud-africain. Et en de pair avec la libération de l’Afrique l’année à la réalisation proprement dite particulier de la réalisation issue de la du colonialisme et de l’impérialisme. » du film. Dont le titre, Oh, so Alone, celui majorité noire, sur laquelle on avait pu Le film en question devait être financé d’une chanson mélancolique de Miriam fonder beaucoup d’espoirs à la fin des également par d’autres pays et des instiMakeba, évoque surtout pour l’instant… années 1990 et au début des années 2000 tutions du continent. Mais alors qu’il est le parcours du combattant Suleman. ● avant de constater que rien d’intéressant déjà entièrement tourné, il n’est toujours RENAUD DE ROCHEBRUNE

À

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JEUNE AFRIQUE


Culture médias Ceux-ci connaissent peu l’histoire de leur pays, car elle est mal écrite. Ils la voient par le prisme de leur tribu. Ils préfèrent n’en garder que les aspects idylliques et oublier les guerres. Mais l’Histoire a aussi ses côtés sombres. » Ce petit homme au regard malicieux est habitué à présenter ses livres en France. La première fois, c’était en 2006 : il défendait son premier roman, Et le ciel a oublié de pleuvoir, satire de la société mauritanienne. Puis en 2009 il offrait de très belles Nouvelles du désert. Son succès mérite d’autant plus d’être souligné que les romanciers mauritaniens francophones – parmi lesquels Moussa Ould Ebnou et El Ghassem Ould Ahmedou – sont rares. Et pourtant, ses compatriotes connaissent davantage le Beyrouk journaliste que l’écrivain.

€ « Le pouvoir des mots et de la musique se perd », regrette l’écrivain mauritanien. ROMAN

Héraut du désert La plume fluide et poétique, Beyrouk rend hommage aux griots, gardiens d’une tradition qui tend à disparaître.

À

mesure que l’on tourne les pages du Griot de l’émir, le dernier roman de l’écrivain mauritanien Mbarek Ould Beyrouk, un monde évanoui reprend vie. Celui d’un temps ancien où le verbe et la musique, alors si forts qu’ils pouvaient peser sur l’Histoire, étaient intimement liés à la vie et à la culture orale ancestrale des tribus sahariennes. L’écriture fluide et poétique, Beyrouk (son nom de plume) redonne toute sa splendeur au griot, gardien des traditions méconnu. Son « griot de l’émir » erre dans le désert, au XIXe siècle, portant haut la voix et le luth des Oulad Mabrouk, une tribu légendaire désormais dispersée. Mais lorsque son amie, l’envoûtante Khadija, est poussée à la mort par l’émir souverain Ahmed, le griot s’exile à Tombouctou. Là, JEUNE AFRIQUE

au cœur de la cité des savoirs, il retrouve la paix et l’amour mais se languit de son désert. Alors, quand le guerrier Mehmed vient frapper à sa porte, l’exhortant à l’aider à chasser l’émir et à redonner aux Oulad Mabrouk leurs lettres de noblesse, il ne résiste pas à son appel. Au travers de cette chronique de la vie du peuple maure, Beyrouk n’a pas cherché à faire passer de message particulier mais à faire revivre un monde, des idées. « Le pouvoir des mots et de la musique se perd, regrettet-il, installé à la table d’un café parisien. J’ai souhaité restituer aux lecteurs mauritaniens une manière de penser certes révolue, mais certainement encore présente dans leurs esprits.

STEFANO TORRIONE/HEMIS.FR

SOUBRESAUTS. Né à Atar (centre-ouest

de la Mauritanie), en 1957, dans une tribu qui officie dans le commerce caravanier, Beyrouk porte en lui un riche héritage. L’aire de commerce de sa famille, originaire du sud du Maroc (Guelmim), s’étend jusqu’à Tombouctou. « Et ma grandmère est d’origine malienne ! sourit-il. Je ressens ainsi tous les soubresauts du Sahara. » Fondateur en 1988 du premier journal indépendant du pays, Mauritanie demain (il met la clé sous la porte en 1994), il est ensuite directeur des informations puis des programmes à l’Agence Nouakchott d’information (ANI). Ancien membre de la Haute Autorité de la presse et de l’audiovisuel, il officie aujourd’hui au service communication de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante. « Vivre de mes livres est impossible, glisse-t-il. Ils me permettent tout juste de voyager de temps à autre. » Auteur de la chronique à succès « Clin d’œil », publiée sur son site, beyrouk.com, il se refuse à écrire sur la politique, mais porte un regard critique sur la presse de son pays : « Elle est enfin libre, mais les journalistes manquent encore de formation et de déontologie. » Pour le moment, Beyrouk est tout à son prochain roman, qu’il écrira en juillet. Sur une plage de Nouakchott ou chez lui, à Atar. Au plus près du désert. ● JUSTINE SPIEGEL

Le Griot de l’émir, de Beyrouk, Elyzad, 168 pages, 16,90 euros, 14 DT N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

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Culture médias MUSIQUE

Pépites kényanes À Nairobi, alors que les radios et les télés se ferment aux sonorités traditionnelles locales, certains militent pour la valorisation d’un patrimoine national. Tout en le modernisant.

B

éret noir vissé sur la tête et lunettes fumées sur le visage, Tabu Osusa monte dans son 4×4, direction le GoDown Arts Centre, un espace consacré à la création artistique kényane. Au cœur de la zone industrielle de Nairobi, entre routes congestionnées, coups de klaxon effrénés et hangars de tôle ondulée, le centre héberge Ketebul Music. Active depuis 2007, cette maison de production demeure la seule du pays à promouvoir une musique originale et « résolument » kényane. Tabu Osusa, le producteur, a abandonné très jeune sa carrière de musicien pour laquelle, il l’avoue lui-même, il n’avait aucun talent, et se consacre aujourd’hui à la promotion de « vrais artistes », notamment ceux qui mêlent habilement sonorités traditionnelles et contemporaines. Il sillonne le Kenya à la recherche de ces trésors sonores encore largement méconnus, les enregistre, les retravaille et les diffuse. Ou du moins il essaie. Le principal critère de sélection : l’artiste doit puiser dans ses racines musicales et « les élever à un autre niveau », celui de la modernité. « Le but n’est pas seulement d’archiver la musique traditionnelle », prévient-il, mais d’inciter les compositeurs kényans à comprendre et à assimiler leur patrimoine culturel pour le transcender, à l’image de ce que fait dans son pays le fondateur de l’éthio-jazz, Mulatu Astatke. AFROFUSION. Selon lui, seul Ayub Ogada

est parvenu à acquérir une renommée internationale alors qu’il demeure quasi inconnu dans son propre pays. Découvert en 1993 à Londres par Peter Gabriel, l’artiste kényan puise dans les racines du benga. Ce style aux rythmes piqués obtenus par le pincement des cordes d’une guitare est né à la fin des années 1940 au bord du lac Victoria, en terre luo, dans l’ouest du pays. Mais le benga n’est pas le seul son traditionnel remis au goût du jour. Grâce à la musicienne japonaise Anyango, la lyre luo nyatiti a connu un regain d’intérêt depuis les années 2000. N O 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

De passage au Kenya, la jeune femme, tombée amoureuse de ce magnifique instrument à huit cordes, a décidé de passer un an dans un village à se former auprès du maître Okumu K’Orengo. Aujourd’hui, les professionnels de l’afrofusion soutenus par Ketebul Music, comme Olith Ratego, Winyo, Makadem, ou encore le groupe Gargar, commencent à multiplier les tournées internationales en Afrique et même en dehors du continent. Mais, regrette Tabu, « ils restent plus appréciés en Europe que chez eux ». À la radio, à la télévision ou encore dans les discothèques tournent en boucle les tubes hip-hop, reggae ou R’nB occidentaux. Se sentant méprisés, les musiciens traditionnels locaux se cantonnent à jouer dans leur village pour une audience restreinte et presque uniquement lors de cérémonies. Sans soutien médiatique, il est difficile de susciter l’engouement du public ou de laisser une empreinte musicale. Le manque d’équipements, de studios d’enregistrement et de relais de distribution contribue également à laisser dans l’ombre des mélodies aux teintes traditionnelles. « Aujourd’hui, les artistes kényans ressemblent à tout le monde sauf à eux-mêmes, parce qu’il y a une déconnexion totale entre l’ancienne génération et la nouvelle. Même quand ils chantent en swahili leur musique reste américaine », explique Tabu, qui déplore cette tendance à copier ce qui existe ailleurs au lieu de puiser dans un patrimoine ignoré et dénonce une absence « d’identité culturelle distincte ». Mais comme le note Suzanne Gachukia,

artiste et fondatrice du label Sub-Sahara: « Si ce n’est pas à la radio, où sommesnous supposés entendre de la musique africaine ? Nous sommes influencés par ce que nous voyons et entendons quotidiennement. » Pour la jeune génération urbanisée, faire du hip-hop, du reggae ou du R’nB représente un moyen de devenir célèbre rapidement, quitte à tomber

ENCORE UN EFFORT ! EN 2004, UN RAPPORT rédigé par la Banque mondiale révélait que l’industrie de la musique kényane générait un profit de 6 milliards de shillings (57 millions d’euros) par an, mais que 98 % de ces bénéfices restaient dans le circuit informel. Prenant conscience du formidable manque à gagner, l’État a commencé à s’investir dans le domaine. Des lois sur le copyright ont été votées, la taxation sur les instruments a été diminuée et le piratage est peu à peu combattu. Mais les progrès demeurent lents, et beaucoup reste à faire pour que se développe une réelle industrie musicale génératrice de profits pour les artistes. ● J.A. JEUNE AFRIQUE


p Ayele Mawo et Girum Mezmur, du groupe d’éthio-jazz Addis Acoustic, le 18 avril (à Nairobi).

dans l’oubli aussitôt le premier tube sorti. Tabu martèle : « Il n’existe pas d’idoles nationales qui pourraient inspirer notre jeunesse ! » « Voyage ». Surnommé le Fela Kuti

kényan, Makadem a entamé sa carrière en 1996 en jouant du reggae dans les hôtels de Mombasa. Le genre, l’un des seuls lucratifs, lui a été imposé par son producteur. Ce n’est qu’après sa rencontre avec Tabu Osusa qu’il s’est consacré à l’afrofusion et a sorti en 2006 Ohanglaman, un album qu’il décrit comme « le point de départ de [s]on véritable voyage musical ». « Mais que j’utilise un genre ou l’autre, je porte les mêmes messages : amour, politique et problèmes sociaux », nuance-t-il. Suzanne Gachukia, productrice d’artistes hip-hop essentiellement, s’insurge lorsqu’elle entend dire que le Jeune Afrique

Kenya ne possède pas d’identité musicale propre : « Devons-nous essayer de créer des mélodies particulières parce que l’industrie de la musique européenne a décrété que si nous venons d’Afrique nous

pu devenir, précise Suzanne Gachukia, mais la culture est fluide. Personne ne peut décider de son évolution, elle ne peut être imposée. » Pendant longtemps, au Kenya, les instruments, surtaxés, étaient difficilement abordables, et encore aujourd’hui il n’existe pas « L’authenticité, c’est ce qui vient d’école ou de conservadu cœur, ce par quoi on est toire où les gardiens de la influencé directement. » tradition enseigneraient. suzanne gachukia, productrice Les musiciens ont donc été habitués à utiliser ce qu’ils avaient à disposition : leur voix et leur devons utiliser des instruments traditionnels pour avoir l’air authentique ? Non, ordinateur. Ouverte aux différents styles l’authenticité, c’est ce qui vient du cœur, musicaux, Suzanne Gachukia déplore elle ce par quoi on est influencé directement. » aussi le manque de diversité et milite avec Pour elle, le simple fait que Camp Mulla, ferveur auprès du gouvernement pour un groupe kényan de rap, soit devenu imposer aux radios un quota de chansons célèbre en quelques années à travers tout locales. Un moyen de sauvegarder un le continent se révèle un gage de qualité. précieux patrimoine en danger. l Jennifer austruy, à Nairobi «Nousnesommespascequenousaurions n o 2736 • du 16 Au 22 Juin 2013

Jennifer Austruy

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Culture médias En vue

n n n Décevant

n n n Pourquoi pas

n n n Réussi

n n n Excellent

ROMAn

une saison en enfer Ancien reporter français en Afrique du Sud, Frédéric Couderc revient sur les heures sombres du pays dans un récit haletant.

I

maginez une ville: Le Cap, en Afrique du Sud. Une prouesse scientifique : la première greffe du cœur, par le professeur Chris Barnard, le 3 décembre 1967. Une icône planétaire : Nelson Mandela, alors oublié de tous – ou presque – dans la prison de Robben Island. Et son ennemi intime : le funeste « Grand Hendrik », patron de la police secrète. Évoquez, en toile de fond, la destruction du quartier de District Six, enclave de tolérance et de métissage au cœur de l’apartheid. Rappelez un épisode réel mais méconnu : le projet d’évasion de Madiba. Nouez tout cela avec autant de liens fictifs : une jeune professeure française débarquant à l’université du Cap est emportée dans la spirale de ces événements. Trajectoires croisées, rebondissements haletants, passion amoureuse… Et voici le cinquième roman de Frédéric Couderc, Un été blanc et noir.

Bram LammErS/HH-rEa

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p Musée du District Six (au Cap), enclave de métissage détruite sous l’apartheid.

Le titre fait écho au classique de l’écrivain sud-africain André Brink, Une saison blanche et sèche (1979). De fait, on retrouve ici la même transgression raciale de Blancs en lutte contre le pouvoir afrikaner; la même violence de la part de « l’État policier le plus heureux du monde », dixit, cynique, l’un des personnages ; le même malaise, la même méfiance entre des communautés gangrenées par le concept de « développement séparé ».

Ancien journaliste français, familier de l’Afrique du Sud (il y vit un quart de l’année), Frédéric Couderc signe un roman nerveux, tendu. En jouant sur les registres historique et romanesque – à tel point qu’il devient parfois difficile de démêler le vrai du faux –, il entraîne le lecteur dans une découverte captivante et révoltante de « l’âge d’or » de l’apartheid. l FaBIen mollon

Un été blanc et noir, de Frédéric Couderc, Flammarion, 324 pages, 20 euros

Ce mois-ci, zoom sur la télévision…

éCran total camerounaise*

4h15

c’est le temps moyen passé chaque jour devant le petit écran au Cameroun. une durée qui atteint 4h49 pour les 15-24 ans.

Le paysage audiovisueL En plus de la chaîne publique la Cameroon Radio Télévision (CRTV), le pays compte une dizaine de chaînes privées, basées à Douala et à Yaoundé. La plus regardée est la généraliste Canal 2, suivie quotidiennement par plus de 64 % de la population, devant la CRTV et Équinoxe TV. Les programmes qui pLaisent En dehors de l’actualité, les Camerounais sont friands de films et de séries.

*Étude TNS Sofres - Africascope 2013 réalisée auprès d’un échantillon de 1 882 individus de 15 ans ou plus résidant à Douala et Yaoundé

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MUSIQUE

nnn

Dieu tout puissant!

BIEnvEnUE à l’hôtel Univers ! Le lieu de prédilection du musicien kinois Jupiter et de son groupe, Okwess International, où le funk et la soul se marient aux musiques traditionnelles congolaises. Le premier morceau, « Bapasi », Hôtel Univers, de funk tonitruant et urbain, Jupiter & Okwess débute l’album et nous invite International (Out Here Records) n n n à découvrir chaque recoin de son univers. Ses influences européennes et congolaises ressurgissent dans chaque morceau et nous laissent au final sans voix avec une belle balade clôturant l’album et refermant ce premier opus sur la rue de Kinshasa et le bruit de la capitale congolaise. Une vraie réussite ! l Jérôme Besnault jEunE afriquE


Culture médias

Et il est comment le dernier…

ENQUÊTE

sos Mali

… Deon Meyer ?

Publiée au Profit de l’oNG freemuse, l’étude du journaliste andy Morgan, ancien manageur du groupe tinariwen, sur l’occupation par des groupes islamistes du Nord-Mali en 2012, avant l’intervention militaire française, montre quelles en sont les conséquences pour la vie culturelle du pays et la mobilisation des artistes maliens pour défendre leur héritage national. écrite à distance à partir de témoignages et de dépêches mais bien documentée, cette enquête bouclée peu de temps après le déclenchement de l’opération Serval manque sans doute de reportages de terrain. Mais elle prend le temps de l’analyse et de la réflexion, montrant l’importance centrale de la culture dans la société malienne et l’ampleur des dégâts irréversibles pour le patrimoine. l JeaN beRRy Music, Culture & Conflict in Mali, d’Andy Morgan, Freemuse, 218 pages, 16 euros nnn

CINÉMA

Téléphone arabe

JEAN CLAUDE LOTHER

FArId, qui vit depuis toujours en France, est chargé par son père, victime d’une attaque cardiaque, de se rendre en Algérie dans un village de la région de Tlemcen pour sauver la maison familiale que menacent les travaux d’un gazoduc et l’indifférence des autorités locales. Petit problème : « depuis tout petit, je dis que je viens d’Algérie alors que je n’y ai jamais mis les pieds. » Farid, d’ailleurs, ne parle même pas arabe. On imagine donc les innombrables tracasseries et autres désagréables surprises auxquelles il devra faire face. Surtout que son cousin (Jamel debbouze, irrésistible) lui vole son passeport. Une comédie au scénario très convenu, avec des gags souvent téléphonés. l ReNauD De RochebRuNe

p Jamel Debbouze, irrésistible comme presque toujours. Né quelque part, de Mohamed Hamidi (sortie à Paris le 19 juin) jeune afrique

nnn

R

ecette pour un bon polar. Prenez d’abord une victime, de préférence féminine, jeune, jolie et dotée d’une forte poitrine. Transformez-la en cadavre, par exemple en la transperçant de part en part avec une lame longue et effilée. Disposez dans sa chambre des éléments troublants, si possible de nature sexuelle, comme un godemiché surdimensionné dans un tiroir de table de nuit. Mettez sur l’affaire un vieux flic bien campé, bourré de défauts très humains mais sympathique quand même. Il peut, par exemple, être vaguement alcoolique, divorcé, asocial et adepte des méthodes à l’ancienne, ne comprenant rien ni à Facebook ni à Twitter, et plus généralement au monde dans lequel vivent ses enfants. N’en rajoutez pas trop tout de même, il faut qu’il soit intelligent, physiquement courageux, et qu’une histoire d’amour avec une belle femme reste de l’ordre du possible. Enfin, poivre sur le steak, opposez-lui un méchant digne de ce nom. Ou même plusieurs, afin de laisser planer le doute. Et si le méchant s’en prend directement au policier, c’est mieux. Imaginez par exemple un sniper qui aurait décidé de tirer sur les forces de l’ordre en leur reprochant par e-mail de ne pas vouloir résoudre le meurtre de la jeune cadre dynamique à grosse poitrine précédemment citée. Mélangez tout ça, agencez comme un compte à rebours, faites mariner dans une sauce

financière, sociologique et politique bien étudiée, saupoudrez de particularismes locaux et vous obtiendrez… un Deon Meyer. Mais soyons clair, pour réussir cette recette et ne pas transformer le plat en fade gigot du dimanche, il faut un certain doigté dans la construction, une habile maîtrise des épices, une gestion équilibrée des ingrédients. Avec 7 Jours, son dernier opus, le Sud-Africain ne rate pas l’assaisonnement, et c’est peu dire que l’on dévore à belles dents les presque 500 pages de coursepoursuite à la recherche du

7 Jours, de Deon Meyer, Seuil, 496 pages, 22 euros n n n

tueur de l’accorte blonde, tout en redoutant la menace du sniper cinglé. Notamment parce que l’écrivain n’a pas son pareil pour ausculter la nouvelle Afrique du Sud, toujours travaillée par la problématique raciale, et qu’il ose démonter, même s’il y est favorable, certains mécanismes pervers du Black Economic Empowerment. l Nicolas Michel n o 2736 • du 16 au 22 juin 2013

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VIENT DE PARAÎTRE

Jeune Afrique, 50 ans Une histoire de l’Afrique aux Éditions de La Martinière

288 PAGES ( 1,6 KG ) FORMAT : 21 X 28 ,90 0 PRIX FRANCE : 39,90

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Fondé en octobre 1960 par Béchir Ben Yahmed (aujourd’hui encore à la tête du Groupe qui édite l’hebdomadaire), Jeune Afrique a vécu et accompagné les indépendances africaines au nord comme au sud du Sahara. À en feuilleter la collection (plus de 2 500 numéros), c’est toute l’histoire de l’Afrique contemporaine qui se déroule. Couvertures emblématiques, textes historiques, inédits, témoignages de collaborateurs éminents ou de compagnons de route, portfolios des photographes et illustrateurs de renom qui ont participé à l’aventure… Ouvrage dirigé par Jean-Louis Gouraud et Dominique Mataillet. Avec la collaboration de Lakhdar Brahimi, Jean Daniel, Abdou Diouf, Amin Maalouf et François Soudan, ainsi que des journalistes de Jeune Afrique.

CONTACT : 50ans@jeuneafrique.com om


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Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT AGENCE TEMPORAIRE DE RELOCALISATION

DÉPARTEMENT DES SERVICES GÉNÉRAUX ET DES ACHATS

Division des achats institutionnels Fax: + (216) 71 83 52 49

AVIS DE PRÉQUALIFICATION DÉMÉNAGEMENT DES EFFETS PERSONNELS DES FONCTIONNAIRES ET AUTRES BIENS DE LA BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT BAD/ICBP/CGSP/2013/0075 1. La Banque africaine de Développement (la “BAD” ou la “Banque”) est une institution multilatérale de développement dont le mandat est de favoriser le développement économique et social de ses pays membres régionaux (53 pays africains). La Banque appartient à soixante-dix-huit (78) pays membres, dont 54 pays du continent africain et 24 pays d’Amérique, d’Asie et d’Europe. Son siège est à Abidjan, en Côte d'Ivoire, cependant depuis 2003, elle mène ses activités à partir de son Agence temporaire de relocalisation basée à Tunis, en Tunisie. 2. Dans le cadre de son programme de retour à Abidjan, la Banque souhaite pré-qualifier les entreprises ou groupements d’entreprises éligibles pour proposer une solution ainsi que les mécanismes et les paramètres de réalisation d’une solution de déménagement porte-à-porte des effets personnels des fonctionnaires et autres biens de la Banque.

4. Tous les dossiers de candidature doivent être déposés en cinq exemplaires (1 original + 4 copies) en mains propres ou par courrier postal à l'adresse ci-dessous, au plus tard le jeudi 25 juillet 2013 à 15h00, heure locale de Tunis, indiquant la référence de l’Avis en caractères gras, de façon bien lisible et bien en vue sur l’enveloppe : ADB/ICBP/CGSP/2013/0075 PRÉQUALIFICATION - DÉMÉNAGEMENT INTERNATIONAL DES EFFETS PERSONNELS DES FONCTIONNAIRES ET AUTRES BIENS DE LA BANQUE Division des achats institutionnels (CGSP.2) Banque Africaine de Développement Bureau 2A2 – Immeuble EPI-B, 2e étage Angle des trois rues : Avenue du Ghana, Rue Pierre de Coubertin, Rue Hédi Nouira B.P. 323 - 1002 Tunis-Belvédère - Tunisie « À N’OUVRIR QU’EN SÉANCE DE DÉPOUILLEMENT » 5. La Banque se réserve le droit d’accepter ou de rejeter un dossier de candidature reçu après la date limite de dépôt des candidatures, avec l’objectif primordial d’assurer une concurrence lors de l’étape de une demande de propositions. 6. Tous les candidats seront informés de la suite donnée à leur dossier par la Banque. A l’issue de l’évaluation des dossiers, la Banque adressera une demande de propositions aux seuls candidats répondant aux critères de qualification. BP 323 , 1002 Tunis Belvédère – Tunisie – Tel: (216) 71 10 29 71 – Fax: (216) 71 10 37 80 – Internet: www.afdb.org

JEUNE AFRIQUE

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Avis de préqualification

3. Les critères de pré-qualification ainsi que les fiches de candidature sont décrites dans le Dossier de pré-qualification téléchargeable à partir du lien : http://www.afdb.org/en/about-us/corporate-procurement/procurement-notices/current-solicitations/ . Le dossier de pré-qualification peut également être obtenu en adressant un courrier électronique à tender@afdb.org.


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Annonces classées

RÉPUBLIQUE DU BURUNDI OFFICE DES ROUTES PROJET DE DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR ROUTIER

AVIS DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT POUR LE RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT INDIVIDUEL CHARGÉ DE FAIRE L’ÉVALUATION ORGANISATIONNELLE ET FONCTIONNELLE DE L’OFFICE DES ROUTES, DE L’ANALYSE DES RÉFORMES EN COURS EN VUE DE STATUER SUR L’ATTEINTE DES OBJECTIFS INITIALEMENT PRÉVUS. N°OdR/PDSR/9/Serv/2013 DON IDA N° H684-BI Date de publication : 17 juin 2013 Date limite de dépôt des manifestations d’intérêt : 2 juillet 2013 à 17 h 30 1. Le Gouvernement de la République du Burundi a reçu un Don de l’IDA pour financer le Projet de Développement du secteur Routier. Ce dernier se propose d’utiliser une partie de ce Don pour effectuer les paiements autorisés au titre de consultation et voudrait recruter un Consultant individuel qui sera chargé de faire une étude d’évaluation organisationnelle et fonctionnelle de l’Office des Routes, de l’ analyse des réformes en cours en vue de statuer sur l’atteinte des objectifs initialement prévus.

Manifestation d’intérêt

2. L’objectif de la manifestation d’intérêt est de sélectionner un consultant individuel, spécialiste en organisation d’entreprises ou institutions publiques qui va réaliser cette mission. A l’issue de cette dernière, le Consultant fera des propositions pour une meilleure organisation de l’Office des Routes répondant au mieux aux missions qui lui sont assignées. 3. Les candidats intéressés par cette mission sont invités à manifester leur intérêt par écrit à l’Office des Routes, sis avenue Heha, Quartier KABONDO ; Tél.: 22 22 2940, E-mail : OdR@iwayafrica.com et c’est à cette même adresse qu’ils peuvent obtenir des informations supplémentaires. Ils peuvent aussi envoyer leurs dossiers par mail à l’adresse susmentionnée en prenant soin de réserver copie aux adresses suivantes : nhavyarimana@odr-pdsr.bi et à mrufyikiri@odr-pdsr.bi Ils doivent fournir des informations pertinentes indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les prestations demandées en y joignant une note de présentation du candidat et ses références antérieures concernant l’exécution des missions similaires, les années de réalisations, les clients, les copies conformes de leurs diplômes, le curriculum vitae, les attestations. 4. Le Consultant individuel recherché devra être, indépendant vis-à-vis de l’Office des Routes, de réputation internationale, de niveau Master en management et organisation d’entreprise ou Ingénieur Civil (Bac +5) avec expérience avérée en organisation et gestion des structures de planification et de mise en œuvre de grands projets de développement. Il devra avoir une expérience professionnelle dans le domaine des entreprises et des institutions publiques ou privées acquise au niveau international d’au moins 15 ans et une expérience professionnelle dans le secteur des institutions publiques liées à l’entretien routier dont au moins cinq ans en Afrique subsahérienne. Il devra également avoir réalisé deux projets similaires relatifs à l’organisation d’institution liée à la gestion de l’entretien et à la conduite des grands travaux routiers. Il aura la liberté de s’attacher d’autres compétences spécifiques au regard de sa mission mais sous sa responsabilité. 5. Les candidats seront sélectionnés conformément aux Directives ‘’Sélection et Emploi des Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale’’ édition de 2004, révisée en octobre 2006 et en mai 2010. 6. Les manifestations d’intérêt soumises en langue française doivent être déposés au Secrétariat de la Direction Générale de l’Office des Routes à l’adresse, à la date et l’heure ci-haut citée ou envoyés par courrier électronique et porter expressément la mention “ Manifestation d’intérêt pour la mission d’étude d’évaluation organisationnelle et fonctionnelle de l’Office des Routes et d’une analyse des réformes en cours en vue de statuer sur l’atteinte des objectifs initialement prévus “. LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’OFFICE DES ROUTES Ir. Désiré MASUMBUKO N° 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

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ORGANISATION POUR LA MISE EN VALEUR DU FLEUVE GAMBIE

MISSION D’APPUI CONSEIL À L’OMVG POUR LA RÉALISATION DU PROJET ÉNERGIE

AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT

L'Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Gambie (OMVG) qui comprend la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et le Sénégal, a fait une demande pour un financement du Fonds Spécial du NEPAD-IPPF du Groupe de la Banque Africaine de Développement afin de couvrir le coût de la mission d’appui conseil à l’OMVG pour la réalisation de son projet énergie, et a l’intention d’utiliser les sommes accordées au titre de ce don pour financer les services de deux (2) consultants distincts, à savoir : (i) un consultant technique/juridique/transactions et (ii) un consultant environnemental et social.

Le projet énergie de l’OMVG comprend : (i) les aménagements hydroélectriques de Sambangalou sur le fleuve Gambie au Sénégal (128 MW et 402 GWh/an) et de Kaléta sur le fleuve Konkouré en Guinée (240 MW et 946 GWh, en cours de construction sous maîtrise d’ouvrage de la Guinée) ; et (ii) une ligne d’interconnexion 225 kV, de 1677 km de longueur reliant les réseaux électriques des quatre pays membres de l’OMVG. Les services prévus au titre de cette mission comprennent : A. Consultant technique/juridique/transactions : i) Actualisation des études techniques de l’interconnexion, de l’analyse économique et financière du projet et élaboration de modèles financiers ; (ii) Structuration de l’opération et élaboration de tous les accords transactionnels et juridiques du projet (contrats de vente et d’achat d’énergie électrique, accords de services de transport d’énergie électrique, contrats d’opération des ouvrages et leurs cahiers de charges, règlements d’appel d’offres pour les sélections d’opérateurs et/ou partenaires privés et appui dans les processus de sélection, définition des modalités de cession de l’énergie électrique de l’aménagement hydroélectrique de Kaléta,…) ; (iii) Etudes institutionnelles des sociétés de patrimoine des ouvrages du projet ; (iv) Etude de restructuration institutionnelle et organisationnelle de l’OMVG et ; (v) Etudes des mécanismes de régulation et de coordination globale du projet ainsi que la définition d’un instrument de coopération autour de l’ouvrage de Kaléta. La mission se déroulera sur une durée de 27 mois.

B. Consultant environnemental et social : i) la revue des études du plan environnemental et social (EIES, PGES et PR) et la formulation du concept d’un projet de restauration et de conservation des écosystèmes des bassins versants. La mission se déroulera sur une durée de 8 mois. L'OMVG invite les Consultants à présenter leur candidature en vue de fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent produire les informations sur leur capacité et expérience démontrant qu’ils sont qualifiés pour les prestations (documentation, référence de prestations similaires, expérience dans des missions comparables, disponibilité de personnel qualifié, etc.). Les consultants peuvent se mettre en association pour augmenter leurs chances de qualification.

Les critères d’éligibilité, l’établissement de la liste restreinte et la procédure de sélection seront conformes aux « Règles et Procédures pour l’utilisation des Consultants » de la Banque Africaine de Développement, [Edition Mai 2008], qui sont disponibles sur le site web de la Banque à l’adresse : http://www.afdb.org. L’intérêt manifesté par un consultant n’implique aucune obligation de la part de l’OMVG de le retenir sur la liste restreinte. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires à l'adresse mentionnée ci-dessous aux heures d’ouverture de bureaux suivantes : de 8 à 16 heures de lundi à jeudi et de 8 heures à 13 heures le vendredi. Les expressions d'intérêt doivent être déposées à l'adresse mentionnée ci-dessous au plus tard le 16 juillet 2013 à 10 heures, heure de Dakar, et porter expressément la mention « Demande de présélection pour l’établissement d’une liste restreinte de consultants technique/juridique/transactions » pour le premier et la mention « Demande de présélection pour l’établissement d’une liste restreinte de consultants environnemental et social) » pour le second. Secrétariat Exécutif de l’OMVG A l’attention de Monsieur Justino VIEIRA, Secrétaire Exécutif de l'OMVG 13, Passage Leblanc - B.P. 2353 Dakar (Sénégal) Téléphone : (221) 33 889 51 01 - E.mail : omvg@omvg.sn

Date de référence : date de parution Pays : Sierra Leone Projet : Bio Ethanol logistique (Sierra Leone) Objet : Transport de la production de Bio Ethanol entre le site de production de Mabilafu (Northern Province, proche de Makeni) et le port pétrolier de Freetown.

La société ADDAX Bioenergy Sierra Leone Ltd lance un appel à manifestation d'intérêts pour le transport de Bio Ethanol (environ 14 camions par jour) entre le site de production de Mabilafu et le port pétrolier de Freetown (~180km). 1 - Le projet comprend la mise à disposition d'une flotte de 12 à 14 camions tracteurs neufs et de 12 à 14 semi remorques citernes neuves compatibles ADR / CSR de 45m3, 3 essieux. 2 - La société de transport devra fournir le nombre nécessaire de chauffeurs qualifiés pour le transport de carburant liquide. L'équipe de chauffeurs sera formée aux spécifications du transport d'Ethanol par ADDAX Bioenergy. 3 - Les services, les pièces détachées et l'atelier de maintenance de la flotte sont inclus dans le contrat. 4 - La durée des transports est comprise entre le mois de novembre et le mois de mai. Durée minimum du contrat : 3 à 5 ans, renouvelable selon conditions. Participation Le présent appel à manifestation d'intérêts s'adresse à toutes sociétés de transports et/ou de logisitiques ayant déjà, ou étant prête à établir une représentation en Sierra Leone. Les sociétés candidates doivent être en mesure de prouver leur capacité d'investissement dans une nouvelle flotte de véhicules neufs répondant aux dernières normes ADR / CSR / IFC. Les sociétés retenues feront l'objet d'un audit afin de vérifier leur expérience et leur dossier. Date de clôture des soumissions : 2 semaines après la publication Pour toutes questions, demande de renseignement et manifestation d’intérêt pour obtenir le dossier de soumission, veuillez contacter : Group Swiss Engineering - M. Pierre Cavin : pcavin@groupswisseng.com Steve Monnet Consulting JEUNE AFRIQUE

N° 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

Manifestation d’intérêt

AVIS D'APPEL À MANIFESTATION D'INTÉRÊTS


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AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour le remplacement des équipements « Bande de base » des stations VSAT CAFSAT de Dakar (Sénégal) & Nouakchott (Mauritanie). Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros (152 €) à partir du 10/06/2013 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 30 juillet 2013 à 11 heures GMT. Aucune offre arrivée hors délai ne sera acceptée. L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour (30 juillet 2013) à 12 heures GMT.

Appel d’offres

Le Directeur Général

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition d’équipements pour la mise en œuvre d’un sous-réseau satellite à l’ASECNA. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros (152 €) à partir du 10/06/2013 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 31 juillet 2013 à 11 heures GMT. Aucune offre arrivée hors délai ne sera acceptée. L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour (31 juillet 2013) à 12 heures GMT. Le Directeur Général N° 2736 • DU 16 AU 22 JUIN 2013

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AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL ***************

RELANCE L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition de théodolites optiques pour ballons Pilot. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros (152 €) à partir du 10/06/2013 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 25 juillet 2013 à 11 heures GMT. Aucune offre arrivée hors délai ne sera acceptée. L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour (25 juillet 2013) à 12 heures GMT. Le Directeur Général

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COMMUNIQUÉ La Caisse Nationale de Prévoyance sociale (CNPS) informe les Fournisseurs et Prestataires de Service qui désirent lui fournir des biens et services pour les exercices 2014 et 2015, qu’ils doivent se faire agréer par ladite Institution. Aussi, doivent-ils déposer un dossier de demande d’agrément au service courrier de l’immeuble de son siège, au plus tard le 15 juillet 2013, délai de rigueur. Le dossier d’agrément doit comprendre : - une fiche de demande d’agrément dûment renseignée ; NB : la fiche de demande d’agrément est à retirer auprès du service courrier du siège de la CNPS au Plateau ou à télécharger sur le site internet de l’Institution à l’adresse www.cnps.ci en suivant le lien Formulaires téléchargeables. - toutes les pièces justificatives ou éléments de preuve exigés sur la fiche de demande d’agrément. Les Fournisseurs et Prestataires de service ayant déjà déposé un dossier de demande d’agrément en 2013, sont priés de le reconstituer conformément aux indications du présent communiqué. LE DIRECTEUR GÉNÉRAL

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Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

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p J.A. no 2734, du 2 au 8 juin 2013.

Comme l’ensemble de la presse française excitée par le drapeau pourpre agité par l’émir Hamad Ibn Khalifa Al Thani, Jeune Afrique a fait sa couverture annuelle sur le Qatar (J.A. no 2734, du 2 au 8 juin). Un exercice de kiosque obligé mais une lecture finalement instructive et qui, par ses différents focus

maghreb, se démarque de l’éternel « le Qatar islamiste rachète la France ». Je regrette cependant deux grandes lacunes dans ce dossier. D’abord, pas plus qu’ailleurs le Qatar (investissements, réseaux, influence) n’est comparé avec ses voisins du Golfe, plus discrets mais souvent plus présents. ensuite, on aurait pu espérer de J.A. qu’il nous explique ce que l’on ne trouve pas ailleurs : le fonctionnement et les contradictions internes de ce royaume de l’opacité. l Habib CHammaS, Paris, France

Réponse Vous le remarquez vousmême, beaucoup de choses, vraies ou fausses, sont écrites – ou dites – sur ce petit État, notamment au maghreb. notre « Grand angle » visait précisément à décrypter les intentions et le rôle du Qatar dans la région. Y comparer la place de l’émirat à celle de ses voisins serait en effet très

intéressant mais demanderait un dossier à part entière, auquel nous songeons. La RédaCtiOn

FLORian baLLande,

édito étonnantes approximations Je lIs DAns l’ÉDITo de François soudan (« ligne rouge », J.A. no 2735, du 9 au 15 juin) des approximations sur la syrie qui me surprennent. les informations précises sur ce chaos meurtrier ne sont pas faciles à obtenir, certes, mais d’assez bonnes cartes sont disponibles pour s’apercevoir que la syrie n’est pas partagée en deux comme le Vietnam ou la Corée (« les insurgés tiennent le nord et le régime tient le sud »). À moins qu’un génie ait substitué Deraa la rebelle de l’extrême sud à lattaquié, la fidèle du nord, pour ne citer que ces deux cas. Comme il apparaît rapide, au regard de ce qu’affir ment la plupar t des

Agaciro Nécessaire éveil des consciences Lecteur assidu de Jeune Afrique, j’ai apprécié l’interview de Paul Kagamé, publiée dans votre édition datée du 19 au 25 mai (J.A. no 2732). diabolisé par les uns (ils le considèrent comme un grand dictateur), adulé par les autres (ils le citent en exemple), il aborde deux thèmes qui, moi, m’interpellent : la dignité des africains et le règlement de différends sur le continent. employant à plusieurs reprises le terme agaciro (« dignité », en kinyarwanda [« fonds agaciro »], [« opération agaciro »]), le chef de l’État rwandais nous rappelle que cette dignité n’a pas de prix. cette dignité, les africains la foulent malheureusement trop souvent N o 2736 • du 16 Au 22 juiN 2013

spécialistes, d’écrire que les forces en présence « s’équivalent », l’armée de bachar étant bien supérieure en effectifs. Avancer le chiffre de 70 000 combattants loyalistes me paraît sidérant, quand on sait que les Unités de défense populaire (paramilitaires) en compteraient 60 000 à elles seules… l

au pied, soit pour se maintenir au pouvoir, soit au profit de billets de banque. Les dirigeants, en particulier francophones, s’imaginent que la résolution de leurs conflits passe par la France. ivoiriens, Maliens, Guinéens ou togolais, tous défilent au Quai d’Orsay, confirmant leur incapacité à trouver des solutions à leurs problèmes. Qu’ils le sachent, le salut réside dans leur aptitude à combattre leurs vrais ennemis que sont, entre autres, l’instabilité, la fragilité des institutions, le chômage, les délestages, l’ignorance… en un mot, la pauvreté sous toutes ses formes. l HeRVé CHaSteL mabate, Milan, Italie

Ballancourt-sur-Essonne, France

Réponse Il s’agit bien évidemment d’un raccourci, la rébellion tenant toujours des poches de résistance dans le sud (dont Deraa) et le long de la frontière avec le liban. mais 90 % des zones contrôlées par la rébellion se trouvent bien au nord d’une ligne lattaquiéHama. Quant au chiffre de 70 000 hommes, il fait référence à l’armée syrienne « classique » et non aux milices pro-Assad. l F.S. Précision Les îles Fidji et le Commonwealth Un enTreFIleT publié dans J.A. no 2735 (daté du 9 au 15 juin) évoque « la réintégration des îles Fidji au sein du Commonwealth ». Il faut distinguer deux sortes de sanction contre des membres qui ne respectent pas les principes de démocratie : la suspension ou l’expulsion. les îles Fidji n’ont pas été expulsées en 2009 (à la suite de coups d’État), mais seulement suspendues des programmes en cours, lesquels continuent à être exécutés. la république de Fidji est donc toujours membre du Commonwealth et continue bien de figurer sur la liste des cinquante-quatre États membres (en attendant l’éventuelle admission du soudan du sud). l ViCtOR CaPROn, Bruxelles, Belgique jeuNe Afrique


Vous nous

Lauriers Déby aussi mérite un prix Pour avoir fait la guerre au Mali, le président françois Hollande a été récompensé du prix félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Normal. Sauf que les français ne sont pas les seuls à avoir mouillé la chemise. les tchadiens aussi ont vaillamment combattu et sauvé ce qui pouvait encore l’être de l’honneur africain. Curieux donc que le président tchadien, seul dirigeant du continent à avoir envoyé des hommes au Mali, n’ait pas eu le même honneur ! ils le méritaient tous les deux. Comme Nelson Mandela et frederik De Klerk en leur temps pour le Nobel de la paix.

Je propose que l’union africaine, la Cedeao ou la fondation Mo ibrahim couronne Déby du prix du meilleur leadership africain de l’année. l

par les terroristes [���] agissant sur instruction d’abassi et de Benhadj ». l WaLiD HaMaDa, Alger, Algérie

RigobeRt Mankene MfuLa, Londres, Royaume-Uni

algérie À propos d’aïn naadja DaNSvotreeNquête intitulée « aïn Naadja, le val-de-grâce algérien » (J.A. no 2733, du 26 mai au 1er juin 2013), vous parlez de 1200 lits, alors que l’hôpital en question, baptisé Docteur-MohamedSeghir-Nekkache, n’a qu’une capacité de 800 lits. Pour ce qui est de l’hospitalisation des deux hommes forts du front islamique

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p J.A. no 2733, du 26 mai au 1er juin 2013.

du salut (fiS), c’est-à-dire abassi Madani et ali Benhadj, c’était avant même la dissolution du fiS, donc avant le déclenchement de la guerre civile en algérie, contrairement à ce qu’affirme l’officier dans l’article : « […] au moment même où des dizaines de soldats et de policiers se faisaient massacrer

Réponse après vérifications, l’hôpital Docteur-MohamedSeghir-Nekkache a une capacité de 890 lits. le fiS ayant été dissous le 4 mars 1992, nous n’avons pas eu connaissance, au cours de notre enquête, d’une éventuelle hospitalisation des deux hommes politiques dans cet établissement avant la dissolution de leur parti. l’un de nos informateurs exerçant à l’époque des faits dans ledit hôpital, nous jugeons crédibles les renseignements qu’il nous a fournis. l La RéDaction

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rédaCtion

N

ousentendonsparfoisl’intelligentsiaoccidentale reprocher aux élites arabes de ne pas suffisamment mener bataille contre l’obscurantisme. elle ne décolère pas non plus face à la frilosité des femmes des pays musulmans, peu pressées, selon elle, de défendre leur propre cause. alors, l’intelligentsia occidentale monte elle-même au créneau, résolue à y mettre bon ordre. sauf qu’elle abrite bien trop de donneurs de leçons, qui échafaudent des théories, les décrètent universelles et se gargarisent du mot « révolution » sans jamais mettre les pieds sur le terrain.

Ils s’indignent haut et fort contre les « machos musulmans », ignorant que leur arrogance ne fait que dresser ces derniers contre leurs coreligionnaires démocrates. et que leurs discours ne font pas bouger le moindre poil d’un barbu. résultat, dans le monde arabo-musulman, certains de leurs pairs les supplient de se taire. J’ai entendu récemment une romancière franco-marocaine affirmer que le soutien d’un Bernard-Henri Lévy à une iranienne menacée de lapidation – ou à un écrivain sous le coup d’une fatwa – ne faisait que jeter de l’huile sur le feu et pouvait même produire l’effet contraire. faut-il pour autant que les intellectuels occidentaux cessent d’exprimer leur solidarité aux victimes de l’obscurantisme en terre arabo-musulmane ? À l’intelligentsia fortunée d’Occident, à ses démocrates qui ont la chance de cumuler salaires, droits d’auteur, jetons de présence à des conférences, postes de conseiller payés à prix d’or, je dis : plutôt que de vous indigner sur les plateaux de télévision ou à coups de tribunes dans la presse, agissez… autrement. on le sait, vous réprouvez le prosélytisme islamiste des monarchies du Golfe, de même que les ambitions religieuses des émirs. soit. Mais mieux que vous, ces derniers savent investir dans des projets et assaillir les esprits. de tunis à damas en passant par paris, ils dépensent leurs pétrodollars en princes, c’est le cas de le dire. défendent comme des diables l’idéologie islamiste qui prône l’inégalité des sexes. avec succès. Les rues arabes s’islamisent, tout comme les urnes. pendant ce temps, les pauvres partisans de la laïcité perdent du terrain ; les malheureuses militantes féministes se font tabasser, livrées à des avocats fantômes et soutenues par des partisans peu téméraires. Lesquels ont parfois le chic de prospérer sur leur dos en en faisant matière à ouvrages et tribunes. Alors, chers esprits brillants et fortunés d’Occident, agissez en finançant des projets, en aidant à publier des livres, en assurant le subside de militants démunis sur le point de déclarer forfait auprès de populations attirées par la propagande sonnante et trébuchante du wahhabisme. Ces démocrates et ces féministes arabo-musulmans ne demandent pas l’aumône. ils attendent que vous joigniez l’acte à la parole en mettant la main à la poche. Ce ne sera pas cher payé contre l’obscurantisme. l

directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) directeurs exécutifs : marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com) rédaction en chef : élise colette (éditions électroniques, e.colette@jeuneafrique.com), laurent Giraud-coudière (technique, lgc@jeuneafrique.com) Conseillers de la direction de la rédaction : Hamid Barrada, Aldo de Silva, Dominique mataillet, renaud de rochebrune Secrétariat : chantal lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), michael pauron (Grand angle), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), tarek moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Frédéric maury (Économie), Jean-michel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), cécile manciaux (Le Plus de J.A.), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine clerc, Fabien mollon, ophélie négros rédaction : pascal Airault, Youssef Aït Akdim, Farid Alilat, mehdi Ba (à Dakar), Stéphane Ballong, ryadh Benlahrech, pierre Boisselet, rémi carayol, Julien clémençot, Frida Dahmani (à tunis), Georges Dougueli, malika Groga-Bada, trésor Kibangula, christophe le Bec, nicolas michel, Haby niakate, cherif ouazani, Abdel pitroipa, Fanny rey, laurent de Saint périer, tshitenge lubabu m.K. ; collaborateurs : edmond Bertrand, christophe Boisbouvier, patrick Seale ; accords spéciaux : Financial Times responsable de la communication : Vanessa ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) réaliSation maquette : marc trenson (directeur artistique), christophe chauvin, Stéphanie creuzé, Julie eneau, Jean-philippe Gauthier, éric le mière, Valérie olivier ; révision : nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir pol ; fabrication : philippe martin (chef de service), christian Kasongo ; service photo : Dan torres (directrice photo), nathalie clavé, Vincent Fournier, claire Vattebled ; documentation : Anita corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence turenne, Angéline Veyret JeuneaFrique.Com direction éditoriale : élise colette ; chefs d’édition : pierre-François naudé, Frédéric maury (économie) ; rédaction : Vincent Duhem, Jean-Sébastien Josset, trésor Kibangula, mathieu olivier, Benjamin roger et nicolas teisserenc responsable web : Jean-marie miny ; studio : cristina Bautista, Jun Feng et maxime pierdet VenteS et abonnementS directeur marketing et diffusion : philippe Saül ; responsable des ventes adjointe : Sandra Drouet ; chef de produit : Dhouha Boistuaud, maty n’Dome ; abonnements : laetitia Banelle avec: Com&Com, Groupe Jeune afrique 18-20, avenue édouard-Herriot, 92350 le plessis-robinson. tél. : 33 1 40 94 22 22 ; Fax : 33 1 40 94 22 32. e-mail : jeuneafrique@ cometcom.fr l

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