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CÔTE D’IVOIRE OUATTARA, LES 100 JOURS jeuneafrique.com

LE PLUS

de Jeune Afrique

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 51e année • N° 2643 • du 4 au 10 septembre 2011

RWANDA

Il a tout d’un grand

TUNISIE KAMEL MORJANE : « NOUS DEVONS NOUS RÉCONCILIER »

Spécial écial 20 pages

MALI APRÈS LA MORT D’AG BAHANGA SYRIE QUE PÈSE L’OPPOSITION ?

KADDAFI

L’Afrique libérée

• Pourquoi le continent doit se réjouir de la chute du tyran • Qui sont vraiment les nouveaux dirigeants et ce qui les attend • Algérie, Tunisie, Tchad, Mali… Des voisins inquiets mais soulagés • À la poursuite des avoirs du clan Spécial 10 pages

Cet exemplaire vous est offert et ne peut être vendu.

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Document :JA26XXPXXX TPCI.ps;Format :(195.00 x 270.00 mm);Date :30. Aug 2011 - 10:01:12

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Éditorial François Soudan

L’Afrique humiliée, mais l’Afrique libérée…

A

«

U SECOURS, KADDAFI ARRIVE !  titrait J.A. à la une lors de l’accession du « Guide » à la tête de l’Union africaine (UA), en février 2009. « L’Afrique libérée », écrivons-nous cette semaine, alors que le même vient d’être balayé du pouvoir par son propre peuple. On ne le répétera jamais assez : pour l’image, la respectabilité, la crédibilité de l’Afrique et de son organisation fédératrice, pour la sérénité des débats et la tranquillité de son président de Commission – Jean Ping ne me contredira pas sur ce point –, la chute de Kaddafi est une bénédiction. Tout comme l’Europe ne pouvait se construire avec Franco, Caetano et les colonels grecs, l’Afrique ne peut qu’être soulagée de voir son plus grand commun diviseur débarrasser enfin ses sommets de sa smala de dromadaires, de tentes caïdales et de roitelets bouffons. Cette opinion, même si elle est pour nous une évidence et pour nos lecteurs une banalité tant nous l’exprimons dans ces colonnes depuis des décennies, choque, agace et irrite encore certains d’entre vous. Parmi ceux qui nous l’ont fait savoir et qui ont constitué sur la Toile nombre de groupes de soutien au « Guide éternel, militant et martyr du panafricanisme », c’est l’intervention de l’Otan, incarnée par Sarkozy, Cameron et Obama, qui tient lieu de catalyseur. Derrière le « Kaddafi forever » posté sur notre page Facebook apparaît très vite un profond ressentiment à l’encontre de l’Occident, perçu comme recolonisateur et prédateur. Hier Gbagbo, aujourd’hui Kaddafi : ce sont les mêmes internautes qui se manifestent, avec la même constance, aux côtés des mêmes hommes. Et ces intellectuels, démocrates sincères le plus souvent, suscitent de notre part la même question : combien d’entre eux accepteraient que dans leur propre pays, à l’instar de la Libye d’hier, les élections, les partis, les syndicats, les ONG et les médias indépendants soient interdits, qu’y règne à vie un leader et demain son fils ? Aucun. Et puis, il y a ceux pour qui Kaddafi n’a jamais été un héros. Son départ ne les chagrine pas, mais la manière avec laquelle l’Afrique a été dans cette affaire marginalisée par les puissances « blanches » les a blessés. Mis devant le fait accompli, consultés pour la forme alors que les décisions stratégiques étaient prises, accueillis avec condescendance quand ils pensaient tenir une solution de compromis, l’UA et les chefs d’État impliqués n’ont jamais eu leur mot à dire – même si ce mot était déjà dépassé par l’accélération de l’Histoire. Pour eux, « l’année des progrès majeurs de la démocratie en Afrique », célébrée par un Nicolas Sarkozy triomphant, aura été celle de l’impuissance et de l’amertume. Nous aurions certes préféré que la révolution libyenne ressemblât à ses sœurs tunisienne et égyptienne, et que l’idole fût déboulonnée sans que les ex-colonisateurs y prissent la part déterminante que l’on sait. Mais un homme, par son comportement criminel et provocateur, en avait décidé autrement. Si cette libération a pour certains un arrière-goût d’humiliation, la responsabilité en incombe à Kaddafi. Fort heureusement, ce mauvais coup porté à l’Afrique par son mauvais génie aura été le dernier. ●

JEUNE AFRIQUE

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Vous retrouverez Ce que je crois de Béchir Ben Yahmed dans le no 2644 du 11 septembre 2011.

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Confidentiel

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L A SEM A IN E D E J EU N E A F RIQ U E

8 10 12 15 17 17 18 20 21

Syrie Les fronts du refus Tour du monde Liberia C’est raté ! Afrique-France Sarkozy avance ses pions États-Unis Le 11 Septembre, du coloriage à la caricature Swaziland Frasques et satrape Maroc Le diable et le code de la route Jacques Chirac Dernière embrouille Habiba Ghribi La femme aux semelles de vent

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G RA N D A N G L E

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Libye La chute du roi Ubu

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A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E

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Ouattara Cent jours après Mali La rébellion orpheline Tribune Pour que l’Afrique puisse nourrir ses enfants Sénégal-Gambie Lune de miel préélectorale Madagascar Camille Vital : « J’en veux à la SADC ! » Présidentielle au Cameroun Une date, enfin !

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M AG H REB & M OY EN - O RIEN T

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Interview Kamel Morjane : « La démocratie ne s’invente pas » Palestine Notre dame de Ramallah Égypte-Israël Après la tempête, l’accalmie ? Maroc OCP, à la recherche du temps perdu

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Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

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MALI

LA RÉBELLION ORPHELINE

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Le chef de guerre Ibrahim Ag Bahanga est mort, le 26 août, sur une piste du nor nord du pays.

CÔTE D’IVOIRE

OUATTARA, CENT JOURS APRÈS Le temps presse pour le chef de l’État : épuisé par la crise postélectorale, le pays est à reconstruire. Il faut aussi ramener la sécurité et remettre au pas les forces armées.

LE PLUS ique

de Jeune

Afr

A R WA N D t

Il a tound d’un gra

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SPÉCIAL SPÉC SP ÉCIA ÉC IAL 20 PAGES

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CONSTRUCTION LA BATAILLE DES CIMENTIERS

La rentabilité du secteur suscite les convoitises.

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TUNISIE

KAMEL MORJANE : « LA DÉMOCRATIE NE S’INVENTE PAS »

PHOTOS DE COUVERTURES : JEROEN OERLEMANS/PANOS-REA ; AP PHOTO/CLIFF OWEN

L’ex-ministre des Affaires étrangères de Ben Ali estime qu’il a un rôle à jouer sur la nouvelle scène politique tunisienne. Et s’en explique. 51

EUROPE , A M É R I Q U E S, ASIE

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France Le PS en mode primaire Japon Un poisson nommé Noda Chine Quand le dragon montre les dents Parcours Fouad Boussouf, danseur épicé Antiterrorisme Google contre Al-Qaïda États-Unis Une vitrine au rabais

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LE PLUS DE JE U N E A FR I Q U E

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Rwanda Il a tout d’un grand

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ÉCON OM I E

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Construction La bataille des cimentiers Agrobusiness Olam en tournée Télécoms Le Tchad se met au haut débit Mines Jackpot en demi-teinte Aéroports Brasília aussi privatise Bois précieux Fausse note pour Gibson ? Analyse Le vrai patron de l’Europe

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Éducation Alfred Gbaka au chevet du Cesag Égypte Samih Sawiris a rendez-vous avec la justice Investissement Citadel renforce ses défenses Maghreb Abraaj se développe Baromètre C U LT U RE & M ÉD IA S Musique Questlove, les racines de la lutte Photographie Témoin oculaire Médias Ondes de liberté Littérature Identités virtuelles Lu et approuvé Ce père que j’aime toujours La semaine culturelle de J.A. VOUS & NOUS Le courrier des lecteurs Post-scriptum

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Document :PAGE GE 1.ps;Format :(195.00 x 270.00 mm);Date :19. Oct 2009 - 11:49:59

Destination

GUINÉE ÉQUATORIALE

investir au coeur du Golfe de Guinée Une situation unique en Afrique Centrale. Un potentiel pétrolier et gazier exceptionnel.

© Les Éditions du Jaguar - R. Vandermeeren

Les plus grands projets d’infrastructures de la sous-région. Des marchés en pleine croissance dans les secteurs de l’agro-industrie, de la construction, de l’immobilier, de la finance, des transports et du tourisme.

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Destination GUINÉE ÉQUATORIALE

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ABDELHAK SENNA/AFP

CÔTE D’IVOIRE À QUAND LA RÉOUVERTURE DE L’HÔTEL IVOIRE ?

 MOSTAFA RAMID, DU PARTI DE LA JUSTICE ET DU DÉVELOPPEMENT, devant le Parlement, en 2010.

Confiés à l’entreprise Pierre Fakhoury Operator (PFO) mais suspendus en raison de la crise postélectorale, les travaux de rénovation de l’hôtel Ivoire, à Abidjan, reprendront prochainement. Une partie du complexe (la grande tour, le Palais des congrès, les restaurants, la piscine) devrait rouvrir dès le mois de novembre. Sa gestion sera assurée par Hôtel Ivoire gestion et exploitation (Hige), filiale de PFO, en attendant qu’un grand groupe reprenne la concession. Les discussions avec l’américain Intercontinental sont au point mort. Le français Sofitel paraît tenir la corde.

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Maroc À quoi joue le PJD?

LE CHIFFRE QUI FÂCHE

MOINS DE TROIS MOIS des élections législatives anticipées du 25 novembre, le climat politique s’est brusquement tendu au Maroc. En témoigne ce communiqué gouvernemental du 29 août fustigeant « certaines parties et personnes » non spécifiées, lesquelles s’évertueraient « de manière inacceptable et avec des desseins inavoués » à « propager des thèses irresponsables mettant en doute l’honnêteté et la crédibilité » des prochaines échéances. Directement visés par ce dur rappel à l’ordre : les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), dont plusieurs dirigeants, Mostafa Ramid et Mustapha Khalfi notamment, se sont illustrés, fin août, par des déclarations et des écrits à la fois complémentaires et fort peu démocratiques. Alors que les uns affirment que le PJD ne peut que remporter les élections pour peu qu’elles soient « libres et transparentes », ce qui ouvrirait la voie à un Premier ministre issu de ses rangs, les autres expliquent que le pouvoir s’emploie à rendre cette perspective impossible en concevant une loi électorale inique « qui ne peut et ne pourra pas » être acceptée. « En clair, le PJD fait savoir à l’avance qu’un scrutin qui ne le proclamerait pas vainqueur serait ipso facto truqué, avec les conséquences à l’algérienne que cela implique : c’est inquiétant et cela donne du crédit à ceux qui soutiennent que ce parti, malgré les apparences, n’a pas encore admis toutes les règles de la démocratie », commente un diplomate européen en poste à Rabat. ●

Tel est le montant, dérisoire au regard des besoins, des promesses de dons annoncées par les États africains pour lutter contre la famine en Somalie (près de 30 000 morts en trois mois), lors du sommet d’Addis-Abeba, le 25 août. Soit quatre fois moins que ce qu’ont récolté des organisations caritatives auprès de la seule population turque ! Il est vrai que plus de la moitié des pays membres de l’UA n’avaient envoyé aucune délégation. Et que l’Afrique du Sud, qui se veut le chantre de la solidarité panafricaine, n’a promis qu’un petit million de dollars. En rajoutant 300 millions de dollars au pot, la Banque africaine de développement n’a que très partiellement masqué cet échec.

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millions de dollars

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Politique, économie, culture & société

Tunisie Alliance stratégique SELON UNE SOURCE à l’ambassade des États-Unis à Tunis, les Américains seraient prêts à soutenir une coalition entre les islamistes et les destouriens, seules forces politiques capables, selon eux, de diriger efficacement le pays après l’élection d’une Assemblée constituante (prévue le 23 octobre). Ils devraient donc se pencher avec attention sur la candidature du cheikh Abdelfattah Mourou. Cofondateur du parti islamiste Ennahdha, avec lequel il a nettement pris ses distances, ce dernier se présentera sur une liste indépendante aux côtés, entre autres, du destourien Mustapha Filali, du militant des droits de l’homme et ancien ministre (au début du règne de Ben Ali) Hammouda Ben Slama, qui a toujours revendiqué sa proximité avec les dirigeants islamistes, et de l’écrivain Slaheddine Jourchi, spécialiste des mouvements intégristes. ●

ÉDITION LA VEUVE ET LE PHILOSOPHE

FRANCE-RWANDA JUPPÉ AUX ANTIPODES Dans une interview à J.A., le président rwandais, Paul Kagamé, avait fait savoir à Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, qu’il ne serait pas le bienvenu au Rwanda. Ce dernier avait rétorqué qu’il n’avait pas l’intention de lui serrer la main. Or le premier est attendu en visite officielle à Paris, les 11 et 12 septembre. Que va-t-il se passer ? Rien. Fort opportunément, Juppé sera

Odile Biyidi Awala, l’épouse de l’écrivain camerounais Mongo Beti, préfacera Échos de mes silences, le prochain livre de Titus Edzoa, à paraître avant la fin de l’année chez Karthala, à Paris. Elle poursuit ainsi l’« œuvre » de son mari, décédé en 2001, qui, en son temps, dirigea le comité de soutien à l’ancien bras droit de Paul Biya (il était secrétaire général de la présidence), emprisonné depuis bientôt quinze ans. LIBYE LOBBY BERBÈRE

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ONU TOGO ET MAROC AU CONSEIL DE SÉCURITÉ ?

En octobre, l’Assemblée générale des Nations unies élira cinq nouveaux membres non permanents du Conseil de sécurité (pour 2012-2013). L’Afrique du Sud restant membre jusqu’en décembre 2012, trois pays africains sont en lice pour les deux sièges africains restants. Seul candidat de la circonscription Ouest, le Togo est assuré de l’un d’eux. En revanche, le Maroc et la Mauritanie sont au coude à coude pour la circonscription Nord. La seconde dispose du soutiendel’Unionafricaine. Le premier aurait obtenu celui de la France, des États-Unis et de plusieurs pays africains. RD CONGO UNE ARMÉE D’OBSERVATEURS

Pendant que l’opposition continue d’exiger un accès au fichier central afin d’éviter les fraudes lors des élections

présidentielle et législatives du 28 novembre, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) ne ménage pas ses efforts pour s’assurer une certaine respectabilité. Elle a ainsi invité à Kinshasa une série d’observateurs étrangers, qui, pour la plupart, représentent soit la Fondation Carter, soit l’Union européenne. Des observateurs de la Conférence des Églises de toute l’Afrique (Ceta) sont également attendus. RD CONGO (2) EMBROUILLES DANS LES MINES

Dansunelettredatéedu31mai, l’entrepreneur belgo-congolais George Forrest avait proposé à l’entreprise EGMF de lui vendre les participations (60 %) qu’elle détient dans CMSK, qui exploite le gisement de cobalt de Luiswishi, près de Lubumbashi (l’autre actionnaire est l’entreprise publique Gécamines). EGMF a refusé l’offre. Surprenant, puisque cette société est la propriété du…holdingfamilialdeForrest, GFI. Gécamines, s’appuyant sur ce courrier, a engagé une procédure devant le tribunal de commerce de Lubumbashi en vue de récupérer ces 60 % du capital de CMSK. Nouveau refus d’EGMF, qui, le 24 août, a saisi la Cour internationale d’arbitrage, à Paris.

C’EST UNE VIEILLE CONNAISSANCE D’ADO

Georges Serre à Abidjan ?

DR

Les représentants de la communauté berbérophone libyenne sont en pleine opération de lobbying pour assurer la reconnaissance de leurs droits. Début août, Abderrezak Madi, le représentant de Yefren au Conseil national de transition, a rencontré Belkacem Lounès, le président du Congrès mondial amazigh (CMA), dans le djebel Nefoussa. Des représentants de la région ont également pris contact avec des responsables marocains et algériens, pour s’informer notamment des politiques d’enseignement de l’amazigh.

du 8 au 14 septembre en voyage à l’autre bout du monde : Nouvelle-Zélande, Australie et Chine. Un déplacement prévu de longue date, assure-t-on au Quai d’Orsay. Comme quoi le hasard (si c’en est un) est une donnée de la diplomatie…

Directeur adjoint de la mondialisation au ministère des Affaires étrangères, Georges Serre est pressenti pour remplacer Jean-Marc Simon comme ambassadeur de France à Abidjan. Ce dernier, qui a 64 ans, partira à la retraite au début de l’année prochaine. Très bon connaisseur de l’Afrique, Serre a été ambassadeur au Cameroun et en RD Congo. Il a aussi travaillé à la cellule africaine de l’Élysée auprès de François Mitterrand (1992-1994). C’est à cette époque qu’il a fait la connaissance d’Alassane Ouattara, alors Premier ministre. S’il rejoint Abidjan, il devra notamment piloter la mise en œuvre du « contrat désendettement développement » (C2D). Autrement dit, les 2 milliards d’euros de remise de dette consentis par la France à la Côte d’Ivoire. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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La semaine de Jeune Afrique

Les fronts du refus SYRIE

Alors que les manifestations contre le régime et la répression se poursuivent, l’opposition tente de s’organiser. Mais ces mouvements hétéroclites et dispersés en sont-ils capables ?

y voient l’œuvre des services de renseignements pour semer la confusion », s’inquiète Samir Aïta, lui aussi syrien et rédacteur en chef des éditions arabes du Monde diplomatique.

DÉSERT POLITIQUE. Alors qu’à Paris le sociologue LAURENT DE SAINT PÉRIER

A

près cinq mois de révolte, l’opposition présenterait-elle enfin une voix et un front unis ? C’est ce qu’a laissé espérer l’annonce, le 29 août, sur Al-Jazira, de la formation d’un Conseil national de transition (CNT) rassemblant quatre-vingtdouze personnalités de tous bords. « Ce “Conseil de la précipitation” est mort-né », assène Haytham Manna, Syrien exilé en France et porte-parole de la Commission arabe des droits humains, une ONG indépendante. « Personne ne connaît l’origine de cette annonce et qui se cache derrière. Certains

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Burhan Ghalioun tombe des nues en apprenant qu’il a été désigné président de ce conseil mais en salue l’initiative, en Syrie, Michel Kilo, autre figure éminente de l’opposition, prend ses distances. Cette affaire en dit long sur la difficulté de ces mouvements à s’organiser et à se coordonner… Partis traditionnels et nouvelles formations, opposition de l’intérieur et de l’extérieur, militants et intellectuels indépendants, idéologues et apolitiques : le mouvement est hétérogène et sa ligne, peu cohérente. Seuls points communs, la volonté d’en finir avec le régime, et les « trois non »: non à la violence, au confessionnalisme et à l’intervention militaire étrangère. Près d’un demi-siècle de monopartisme du Baas a transformé le paysage politique en désert JEUNE AFRIQUE

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L’événement Ý « DÉGAGE, BACHAR ! » chantent ces manifestants à Hama, le 16 juillet. Plus de 2 200 Syriens ont été tués en cinq mois.

et condamné les opposants au ralliement, à l’exil, à la clandestinité ou à la prison. En 2000, lorsque Bachar al-Assad succède à son père et ouvre une ère de dialogue qualifiée de « printemps de Damas », de timides espoirs se font jour. Mais, sous la houlette d’un aréopage de faucons, le jeune héritier revient vite aux bonnes vieilles méthodes paternelles. En 2005, nouvelle tentative des opposants : la Déclaration de Damas pour une transition démocratique vise à engager un processus de réformes en accord avec le régime. Elle ne provoque que l’arrestation de ses initiateurs.

Bien plus préoccupants que la dispersion de l’opposition, l’islamisation croissante de la rue et le recours aux armes, que certains groupes envisagent désormais, menacent de faire basculer une situation jusque-là sous contrôle. L’échec de cinq mois de résistance pacifique, la rage suscitée par les massacres et l’exemple libyen incitent à la radicalisation du mouvement et à faire appel à une intervention étrangère. Un tel basculement de la révolte viendrait appuyer la théorie assadienne d’un complot ourdi de l’étranger, fournissant un argument supplémentaire au pouvoir et amenant la majoritésilencieusedupaysàrejeterlemouvement. « Maintenant, tout le monde sait que le régime est perdu, souligne Samir Aïta. Il faut une transition pacifique organisée par le pouvoir. Des gens pressés veulent le renverser tout de suite. Mais qui assurera l’ordre ? Et puis, il y a ceux qui défendent l’option armée, très coûteuse en vies et très néfaste pour la souveraineté de la future Syrie. » ●

Ghalioun tombe des nues en apprenant qu’il a été nommé président d’un Conseil national de transition.

Bachar ne joint jamais la parole aux actes…

21 AVRIL • Abolition de l’état d’urgence et de la Cour de sûreté de l’État • Droit de manifester accordé

• Intensification des opérations militaires • Arrestations arbitraires Seules manifestations tolérées : celles des loyalistes

31 MAI ET 21 JUIN • Amnisties générales pour les prisonniers politiques

• Poursuite des rafles Prisons saturées

4 AOÛT • Proclamation du multipartisme

• Traque des opposants jusqu’à l’étranger

17 AOÛT • Fin des opérations militaires

28 AOÛT • Liberté de la presse élargie par décret

• Celles-ci ont fait depuis des dizaines de morts • Passage à tabac du caricaturiste Ali Farzat

ERIC FEFERBERG/REUTERS

MOISES SAMAN/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

MÉFIANCE RÉCIPROQUE. À partir de mars 2011,

pourtant, la donne change. L’engagement intrépide d’une jeunesse largement apolitique ranime les ardeurs des militants et des intellectuels qui, jusque-là, doutaient que la vague de contestation atteignelaSyrie.Àl’instardesautresmanifestantsdu Printemps arabe, ils rejoignent le mouvement, fortss de leur détermination, mais faibles de leurs diver-gences. Comme le déplore Ghalioun, leurs chefs fs se méfient les uns des autres. Les conservateurs rs perçoivent le discours laïc comme antireligieux ; pour la raison inverse, leurs projets sont tenus en n suspicion par les partisans d’un État neutre. Less Kurdes (10 % de la population) exigent que la Syriee se définisse comme une nation arabe et kurde, ce que la majorité leur refuse. Les opposants en exil,, à qui leurs compatriotes de l’intérieur reprochent nt de s’être trop longtemps tenus à l’écart et de n’avoir ir pris aucun risque, craignent de se voir écartés dess postes à responsabilité dans la Syrie de demain. n. Enfin, si tous veulent la chute du régime, certainss souhaitent son renversement immédiat tandis quee d’autres préfèrent une transition progressive. Face à ces difficultés, les tentatives de fédérerr les oppositions se multiplient. Le 2 juin, à Antalya ya (Turquie), un premier congrès rassemblant plus dee trois cents opposants aboutit à la formation d’un n Conseil national multipartite. Suivent les réunionss de Damas, de Doha, d’Istanbul et d’Ankara, qui ui débouchent sur des déclarations de principe vite te caduques et voient se multiplier des comités aussi si fragiles qu’éphémères. « L’unité n’a jamais été mécaniquement un éléément de progrès et de victoire. Elle doit se réaliserr sur la base d’un programme », souligne Haytham am Manna. C’est justement ce qu’ambitionnee un grand nd rassemblement prévu à Damas le 16 septembree avec toutes les tendances politiques, de l’intérieur ’intérieur ur et de l’extérieur. Plus de trois cents militants ilitants ett intellectuels tenteront de se retrouver pour ur élaborerr un programme de transition et une déclaration aration de principes supraconstitutionnels posant les bases es d’un futur régime.

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JEUNE AFRIQUE

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La semaine de J.A. Tour du monde

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SINGAPOUR

ADNAN ABIDI/REUTERS

Tony Tan, d’un souffle

 ANNA HAZARE EXAMINÉ PAR DES MÉDECINS, le 23 août, pendant sa grève de la faim. INDE

Le jeûneur et les corrompus

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LE MOT LE PLUS CLASSE

ES GRÈVES DE LA FAIM, il connaît. Celle à laquelle Anna Hazare (74 ans) a mis fin au bout de treize jours, le 28 août, est sa seizième depuis 1980! Et ce ne sera sans doute pas la dernière, comme il en a averti son entourage avant de recommencer à s’alimenter (avec un jus de noix de coco mélangé à du miel). Car le vieil activiste est résolu à mener contre la corruption une croisade implacable. Dans la grande tradition gandhienne. Il qualifie son combat de « second mouvement pour l’indépendance ». Tous ceux qui ont un jour été victimes de la corruption, cette maladie qui, en Inde, gangrène la vie quotidienne, lui apportent leur soutien. Pendant sa grève de la faim, beaucoup lui ont rendu visite à son QG, au cœur de New Delhi. D’autres ont manifesté pour soutenir ses revendications. Sous la pression, le gouvernement a fini par céder. Un projet de loi a été adopté par le Parlement afin de sanctionner sévèrement les fonctionnaires corrompus. C’est une première victoire. Mais Hazare le sait : il y aura d’autres batailles. ● GUATEMALA - ÉTATS-UNIS

Cobayes malgré eux La Commission présidentielle de bioéthique, créée par Barack Obama en novembre 2010, a rendu ses premières conclusions, le 29 août : les expériences médicales menées au Guatemala entre 1946 et 1948 ont fait au moins 83 morts. Financés par des instituts de santé américains, ces tests visaient à étudier la pénicilline, qui commençait à N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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TONY TAN, 71 ANS, a été élu le 27 août président de la République de Singapour. Un scrutin sans surprise pour cet ancien ministre et brillant mathématicien. Sa faible avance (7 269 voix) sur son principal adversaire, le populaire Tan Cheng Bock, confirme néanmoins la progression régulière de l’opposition. Lors des législatives du mois de mai, cette dernière avait déjà réalisé une percée historique.

l’époque à être utilisée. Au total, 5 500 Guatémaltèques – malades mentaux, prostituées ou orphelins – ont servi de cobayes à leur insu. On leur a sciemment transmis des maladies sexuellement transmissibles (syphilis, blennorragie) afin d’en observer l’évolution. La commission remettra ses conclusions définitives en septembre.

« Pays de merde » Silvio Berlusconi n’aime plus, mais alors plus du tout l’Italie – où quatre procès lui sont actuellement intentés. Le président du Conseil souhaite donc la quitter « dans quelques mois » afin de « cultiver ses oignons ». Cette conversation téléphonique avec l’un de ses proches a été enregistrée le 13 juillet dans le cadre d’une enquête judiciaire, puis publiée le 1er septembre par l’agence Ansa. RUSSIE

Il s’évade… par l’écriture SERGUEÏ ET NIKOLAÏ croupissent en prison. Le premier est un toxicomane à la dérive ; le second, condamné pour un vol qu’il n’a pas commis, proteste « contre ce système impitoyable » en se faisant harakiri. L’auteur de cette chronique intitulée « Les prisonniers », parue le 29 août dans la revue d’opposition Novoïé Vremia, n’est autre que Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-magnat du pétrole emprisonné depuis 2003. Il a écrit ce texte dans un camp de Carélie, près de la frontière finlandaise, où il a été transféré en juin après un long séjour à Tchita, en Sibérie. JEUNE AFRIQUE

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ARRÊT SUR IMAGE

Lionel Bonaventure • AFP

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FRANCE - ÉTATS-UNIS

Comédie à l’Élysée THÉÂTRALE, la secrétaire d’État Hillary Clinton arrive à l’Élysée et se jette dans les bras de son hôte. De concert avec David Cameron, le Premier ministre britannique, Nicolas Sarkozy était en effet, ce 1er septembre, le grand ordonnateur de la conférence des « amis de la Libye ». Hélas ! Dans son discours, le président français oubliera d’évoquer le rôle, pour une fois pas décisif, joué dans l’opération par les ÉtatsUnis. Ingrat, va !

TURQUIE

Biens mal acquis restitués  UNE ERREUR HISTORIQUE est réparée », s’est réjoui le patriarche Bartholomée, primat de l’Église orthodoxe de Constantinople. Le 27 août, le gouvernement turc a publié un décret restituant aux minorités non musulmanes les biens confisqués depuis 1936. Juifs et chrétiens ont un an pour faire valoir leurs droits sur les églises, écoles, hôpitaux, orphelinats ou cimetières dont ils avaient été spoliés. HAÏTI

Les oubliées

LES FEMMES sont les grandes oubliées de l’aide humanitaire en Haïti. Un rapport de Human JEUNE AFRIQUE

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Rights Watch (30 août) révèle que la faim contraint nombre d’entre elles à se prostituer. Alors que près de 260 millions de dollars sont alloués par les ONG aux soins médicaux, elles n’ont que rarement accès aux services de santé et ne peuvent ainsi éviter grossesses non désirées et maladies sexuellement transmissibles. Plus d’un an et demi après le séisme, elles sont encore 300 000 à vivre dans des camps. NÉPAL

La revanche du paria

NUMÉRO DEUX DU PARTI communiste du Népal (maoïste), Baburam Bhattarai a été nommé Premier ministre le 28 août. Après deux ans de troubles, il va devoir s’attaquer aux deux problèmes que ses prédécesseurs ont été incapables de résoudre : la rédaction d’une nouvelle

Constitution et l’intégration dans l’armée régulière de 19 000 anciens rebelles maoïstes. Très actif pendant la guerre civile, il fut longtemps l’homme le plus recherché du pays. ÉTATS-UNIS

Gabegie au Pentagone UNE PRISON INACHEVÉE de 40 millions de dollars en Irak, une centrale électrique de 300 millions de dollars qui ne fonctionne pas en Afghanistan… Selon une commission d’enquête du Congrès américain, 30 milliards de dollars auraient été gaspillés par le Pentagone lors des conflits dont ces deux pays ont été – et restent – le théâtre. Principal accusé : le suivi des contrats conclus avec les sociétés de sécurité privées. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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La semaine de J.A. Décryptage

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OLIVIER DOULIERY/ABACAPRESS

Ý ELLEN JOHNSON-SIRLEAF, LA PRÉSIDENTE SORTANTE, sort fragilisée de ce scrutin.

Liberia C’est raté!

Johnson-Sirleaf, la présidente sortante, rentrée au pays en 2005, mais aussi la plupart des candidats de l’opposition, sont installés au Liberia depuis moins de dix ans… Winston Tubman, du Congress for Democratic Change, le principal parti d’opposition, pourrait, lui aussi, être concerné, même s’il soutient que son statut de haut fonctionnaire des Nations unies en Somalie (20022005) lui permettait d’élire résidence à Monrovia. « On peut penser qu’au bout du compte la Cour suprême, proche du gouvernement, validera malgré tout la candidature des seize personnalités déjà enregistrées », note un diplomate européen en poste dans la capitale. DÉLAI INTENABLE. Autre inconnue, la

date de la présidentielle. L’amendement qui reportait la consultation au 8 novembre n’ayant, lui non plus, pas été ratifié, celle-ci devrait avoir lieu le 11 octobre – un délai qui semble impossible à tenir. « Je ne vois pas comment on pourra Exit donc la mesure phare du référenimprimer tous les bulletins alors que dum : l’abaissement de dix à cinq ans la liste officielle des candidats ne sera de la durée de résidence pour pouvoir pas annoncée avant la mi-septembre, être candidat à la présidentielle, alors soit moins d’un mois avant le scrutin », que la guerre a exilé la plupart des éliobjecte un journaliste libérien. tes jusqu’en 2003. En attendant que la Reste que, pour la Commission élecCour suprême valide les candidatures, torale nationale, ce référendum est un échec patent. « Elle a failli dans son rôle de sensibiliAucun amendement n’a été sation de la population, se adopté, faute d’avoir obtenu contentant de diffuser des messages dans la presse les deux tiers des votes. ou à la radio au lieu d’aller l’opposition et la majorité se déchirent sur le terrain », s’indigne Mohammed sur les modalités de calcul de ces dix Kpoghomu, professeur à l’Université années. Pour les premiers, qui avaient du Liberia. Ellen Johnson-Sirleaf, dont appelé à boycotter le scrutin, il s’agit le Parti de l’unité avait fait la promod’une durée de résidence continue. tion du référendum, est aujourd’hui Pour les seconds, on peut cumuler les fragilisée. ● périodes. L’enjeu est de taille : Ellen CHRISTOPHE LE BEC

Destiné à simplifier le jeu politique, le référendum du 23 août a fait un flop. Résultat : la Constitution ne change pas d’un iota et chacun interprète les textes à sa manière…

C

ensé clarifier les règles du jeu politique, le référendum du 23 août les aura, au contraire, embrouillées. Appelés à se prononcer sur quatre amendements à leur Constitution, les Libériens ont massivement boudé les bureaux de vote : la participation n’a atteint que 34,2 %. Pis, aucune des propositions n’a séduit les deux tiers des 615 703 votants – or c’était le seuil requis pour qu’elles soient ratifiées. L’une d’elles, portant sur le report de l’âge de la retraite des juges de la Cour suprême (de 70 à 75 ans), mal imprimée sur le bulletin de vote, a même rebuté la majorité des électeurs. Résultat : la Constitution adoptée en 1986 sous le régime – de sinistre mémoire – du président Samuel Doe reste inchangée.

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

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SEPTEMBRE Coup d’envoi de la Coupe du monde de rugby en Nouvelle-Zélande. Finale le 23 octobre. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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AU 30 SEPTEMBRE Lors de la 66e assemblée générale annuelle de l’ONU, le président Mahmoud Abbas déposera la demande d’adhésion de la Palestine.

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SEPTEMBRE Un an de captivité pour les quatre otages français d’Aqmi enlevés au Niger. Ils seraient en bonne santé, a déclaré un médiateur le 28 août. JEUNE AFRIQUE

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Afrique-France Sarkozy avance ses pions

sommet de Cannes, en novembre, pour promouvoir les thématiques africaines. Le 26 septembre, Henri de Raincourt, le ministre de la Coopération, animera une réunion ministérielle où l’on reparlera des Lors de la conférence des ambassadeurs, le 31 août, à Paris, financements innovants et de la hausse de l’aide publique au développement. le président français a mis l’accent sur l’avenir du continent. Pour Sarkozy, le décollage économique de l’Afrique doit devenir une priorité un peu de temps à trouver le bon tempo. européenne. Doublement de la populauréolé de ses succès en Côte Le tandem fonctionne bien aujourd’hui tion d’ici à 2050, croissance supérieure à d’Ivoire et en Libye, Nicolas et, depuis qu’il est à la tête du ministère Sarkozy renoue avec la politi5 % par an, sécurisation des approvisionque africaine de rupture qu’il de l’Intérieur, Guéant ne s’immisce plus nements pétroliers, nouveaux accords de dans les affaires africaines », commente défense avec des perspectives de contrats promettait avant son élection en 2007. Lors d’une visite au Bénin, en 2006, il avait un diplomate. pour les industries de l’armement, juteux annoncé « une relation nouvelle, assainie, marchés de la reconstruction en Libye, en Côte d’Ivoire ou en Guinée… De la décomplexée, équilibrée, débarrassée des DÉCOLLAGE. Juppé, qui entend notamrealpolitik au business, la stratégie scories du passé ». mentrelancerl’UnionpourlaMéditerranée (UPM), fera des propositions en ce sens élyséenne est avant tout pragmatique À l’occasion du traditionnel discours dans les prochaines semaines. Il compte alors que la concurrence chinoise et de politique étrangère qui a ouvert la conférence annuelle des ambassadeurs, américaine se fait de plus le 31 août, à Paris, le chef de l’État français en plus agressive. Objectif du chef de l’État : que s’est montré volontaire : « Cette Afrique Paris n’entend pas pour ses succès diplomatiques aient en mouvement, la France veut être à ses autant précipiter le « princôtés. Elle veut l’accompagner dans sa temps africain » là où les des prolongements économiques. marche vers la démocratie et le dévelopdirigeants affichent une pement. » De quoi faire oublier les prosurlenouveausecrétairegénéraldel’UPM, longévité record. L’Élysée dispose de pos de Michèle Alliot-Marie, l’ancienne leMarocainYoussefAmrani,pourdynamipièces maîtresses comme Paul Biya au ministre des Affaires étrangères, qui avait ser les projets et devrait obtenir sans peine Cameroun, Blaise Compaoré au Burkina proposé au Tunisien Ben Ali « le savoirla coopération de la Libye, seul pays de la ou Denis Sassou Nguesso au Congo, indisrive sud qui n’y participe pas encore. pensables relais de sa diplomatie. Dans faire des forces de sécurité françaises » Dans les pays au sud du Sahara ces pays, la France préférerait des transipour canaliser les manifestations. Ou la diplomatie parallèle des émissaires Robert considérés comme des démocraties, tions politiques où les présidents en exerBourgi et Patrick Balkany, et, surtout, de la France promet une aide multiforme cice préparent la relève – à l’image de la via son ministère de la Coopération et Claude Guéant, l’ancien secrétaire général réforme engagée par le roi Mohammed VI de l’Élysée. Une redistribution des rôles son bras financier, l’Agence française au Maroc –, préservant l’avenir des relafacilitée par le retour d’Alain Juppé au de développement (AFD). Elle profitera tions bilatérales et la stabilité régionale. ● Quai d’Orsay. « Les deux hommes ont mis également de sa présidence du G20 et du PASCAL AIRAULT

A

LE DESSIN DE LA SEMAINE

Glez SÉNÉGAL DUR, DUR D’ÊTRE PRÉSIDENT

65 MILLIONS DE F CFA (près de 100 000 euros), c’est le montant de la caution exigé pour présenter sa candidature à la présidentielle de 2012 au Sénégal. Une somme qui, selon le ministère chargé des Élections, est conforme aux standards africains. Vraiment ? La barre est moins haute au Cameroun et au Burkina (5 millions de F CFA), en Côte d’Ivoire (20 millions) et au Liberia (environ 1,15 million de F CFA, soit 2 500 dollars). JEUNE AFRIQUE

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ILS ONT DIT

«

JUSTINE SPIEGEL

Swaziland Frasques et satrape PETIT PAYS de 1,1 million d’habitants enclavé dans l’Afrique du Sud, le Swaziland, dernière monarchie absolue du continent, n’intéresse personne. Sauf quand son roi, Mswati III, défraie la chronique. Chaque année, il organise la célèbre fête des roseaux, durant laquelle de jeunes filles aux seins nus viennent, par dizaines de milliers, danser devant lui le shimmy. Au terme de cette séance de repérage, il désigne celle qui sera appelée à compléter son harem déjà riche d’une dizaine d’élues. Dans le choix royal, l’âge ne compte pas. Et celles qui sont à peine pubères sont les plus appréciées. Débauche ? Non, répond Mswati, qui prétend remettre au goût du jour une tradition ancestrale. Mais il y a un hic. Pour cet unique moment palpitant de la vie des Swazis, le monarque dépense sans compter. Or les caisses de l’État sont vides, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque africaine de développement (BAD) ayant refusé de lui prêter le moindre kopek pour cause de gabegie. Qu’à cela ne tienne : Mswati s’est tourné vers son puissant voisin sud-africain, qui lui a prêté quelque 240 millions d’euros. S’attribuant tout le mérite de cette négociation, le souverain a, selon ses opposants, demandé à l’Afrique du Sud de lui verser une commission en récompense de ses fructueux efforts. La nouvelle a fait le tour de Mbabane, la capitale. Mswati n’en a cure : tout travail mérite salaire ! ● TSHITENGE LUBABU M.K. JEUNE AFRIQUE

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Gamin, les autres enfants me surnommaient “le zèbre”, ils appelaient mes parents “M. Jour” et “Mme Nuit”. J’étais fier de cette double culture. Je fêtais Hanoukkah et Noël, je fréquentais le quartier chic de l’Upper East Side et le ghetto noir de Brooklyn. » LENNY KRAVITZ Musicien américain

« Notre économie a eu une crise cardiaque, le patient vit toujours, il va mieux, mais guérit trop lentement. » BARACK OBAMA Président des États-Unis

«

Cet homme a visiblement une maladie mentale et des difficultés à maîtriser ses pulsions. C’est dommage, il avait un vrai talent. » MICHEL ROCARD Ancien Premier ministre français (à propos de DSK)

« Je vais faire appel aux dirigeants de nos grandes entreprises, principalement à ceux dont la fortune dépasse le milliard de dollars, et leur dire d’aller donner des cours dans ns les écoles. » DMITRI MEDVEDEV Président de la Russie e

« Être une sorte de reine à la britannique, je n’aime pas ça. Même si je l’admire. »

FRÉDÉRIC LANCELOT/SIPA

ultimes heures de l’opération Geronimo. Au-dessus des dessins, des textes particulièrement virulents rappellent la chronologie des événements. Dans la communauté musulmane, c’est la consternation. Pour Dawud Walid, l’un des dirigeants du Conseil pour les relations américanoislamiques (CAIR), ces illustrations ne peuvent que favoriser l’amalgame entre islam et terrorisme. Il en veut pour preuve la répétition à dix reprises de l’expression « extrémistes musulmansradicaux»,quipeut conduire de jeunes enfants à penserquetouslesmusulmans sont responsables de ce drame. L’éditeur, lui, estime avoir publié un « outil à l’usage des parents pour expliquer à leurs enfants les événements liés au 11 Septembre sans crainte de montrer la vérité ». ●

STEVE MACK/FILMMAGIC

États-Unis Le 11 Septembre, du coloriage à la caricature ALORS QUE les États-Unis s’apprêtent à célébrer le dixième anniversaire des attentats du 11 Septembre, un livre de coloriage destiné aux enfants vient jeter de l’huile sur le feu. Il s’agit ni plus ni moins de mettre en couleur les tours du World Trade Center en flammes, l’assassinat de Ben Laden, caché derrière une femme en niqab, ou encore un homme en pleurs devant les portraits des victimes. Ce type d’images jalonne les trentesix pages de We Shall Never Forget 9/11 – The Kid’s Book of Freedom (« N’oublions jamais le 11 Septembre – Le livre de la liberté des enfants »). Publié par la maison d’édition américaine Really Big Coloring Books au début du mois d’août, l’album retrace la longue traque d’Oussama Ben Laden, des attentats du 11 Septembre jusqu’aux

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LE DALAÏ-LAMA Chef spirituel des Tibétains bétains N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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La semaine de J.A. Décryptage

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Maroc Le diable et le code de la route

JEUNEAFRIQUE.COM

Le recours à des alcootests pour diminuer le nombre des accidents de la circulation n’a pas l’heur de plaire aux islamistes. Notre collaborateur Fouad Laroui leur répond sobrement mais fermement !

Retrouvez l’interview vidéo de Madani Tall, conseiller présidentiel et homme politique malien : « J’espère que la voix d’ATT sera pour moi »

L

e nouveau code de la route adopté au Maroc a donné lieu à un festival de mauvaise foi sur certains sites internet. Il s’agit de ces sites animés par des types dont la devise semble être : « Il n’y a que moi qui suis proche de Dieu, vous êtes tous des mécréants. » C’est ainsi que l’un d’eux estime que ce nouveau code est l’œuvre du diable. Suivez le raisonnement, il vaut le détour : « Dès septembre, fulmine le site, la gendarmerie royale sera équipée d’alcootests. Tout conducteur ayant un taux d’alcool supérieur à 0,2 g par litre de sang se verra verbalisé. On peut donc en déduire que les automobilistes ayant un taux d’alcool inférieur à 0,2 g seront épargnés. » Ah, ce « épargnés »… Tant de regrets dans ce terme… On imagine la vision idéale qui se forme dans l’esprit

À LIRE AUSSI : • Sur le net, c’est « Kaddafi forever » • Libye, Syrie… les entreprises occidentales, artisans de la censure dictatoriale ?

SONDAGE DE LA SEMAINE Présidentielle en RD Congo : l’opposition peut-elle vaincre Joseph Kabila ?

TAUX ZÉRO. Ce raisonnement bizarre signifie en gros que toute mesure qui va dans le bon sens est inepte tant qu’elle n’atteint pas la limite extrême. Il aurait été plus intelligent d’applaudir l’introduction de l’alcootest et ensuite de s’interroger sur le taux à partir duquel on est en infraction. Après tout, la Suède a abaissé progressivement ce taux jusqu’à zéro sans traiter personne de diable. C’est bien ce qui ne va pas au Maroc : il semble impossible de mener une discussion sans faire intervenir le ciel et les enfers. Comme s’il n’y avait pas assez de problèmes sur la terre des vaches. Un de ces problèmes, c’est justement le fait que les accidents de la route tuent chaque année plus de 4 000 personnes et coûtent à l’État plus de 1 milliard d’euros. Cela ne semble pas trop émouvoir nos salafis. Non : c’est l’introduction de l’alcootest qui mobilise leur fureur. On peut être pour le taux zéro, comme en Suède, mais sans faire de cette question pratique une occasion d’anathème, d’excommunication, de takfir. Sinon, allons jusqu’au bout du salafisme : puisqu’il n’y avait pas d’automobiles à Médine ou à La Mecque il y a quatorze siècles, pourquoi ne pas carrément les interdire ? ● FOUAD LAROUI

Ý TOUT AUTOMOBILISTE ayant un taux d’alcool supérieur à 0,2 g par litre de sang sera verbalisé. DR

PHOTOS : VINCENT FOURNIER/J.A.

• Tshisekedi : Interview de l’opposant historique. « En RD Congo, le régime de Mobutu a moins volé que celui de Kabila »

du taliban internaute : des gardiens de la vertu se tenant quelques pas derrière les gendarmes, prêts à n’épargner personne, prêts à fouetter tous ces impies. Et pourquoi pas des pelotons d’exécution ? Au moins, cela résoudrait le problème démographique.

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La semaine de J.A. Les gens

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Jacques Chirac Dernière embrouille

ASLAN-SAM/PAPIX/BUREAU233

Le procès de l’ancien président français dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris s’ouvre le 5 septembre.

 À LA TERRASSE DE CHEZ SÉNÉQUIER, le 9 août, à Saint-Tropez.

J

acques Chirac n’a jamais été aussi populaire en France que depuis qu’il est à la retraite. Son image de papy dragueur, amateur de bière et de bonne chère, plaît aux Français. À quelques jours de l’ouverture de son procès dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, il ne semblait pas vraiment inquiet, à en croire l’hebdomadaire VSD, qui le montre lors de ses vacances, à SaintTropez et à Dinard, en août, attablé en terrasse, avec comme en-cas de 17 heures une belle portion de moules-frites et un demi.Enfacedelui,safemme,Bernadette, pas très souriante, et ses amis François et Maryvonne Pinault. Outre l’ex-président du groupe PinaultPrintemps-Redoute, Jacques Chirac, 79 ans en novembre, a des amis plus que généreux. Il vit depuis 2007 dans un

appartement de 180 m2, quai Voltaire, à Paris, appartenant aux Hariri, la famille du Premier ministre libanais assassiné en 2005. Même si son agenda s’est fortement allégé depuis 2007, Chirac ne reste pas inactif. De par son ancienne fonction, il siège au Conseil constitutionnel, où il a retrouvé son rival de toujours, Valéry Giscard d’Estaing. Il a aussi eu le temps d’écrire les deux tomes de ses Mémoires. Mais l’essentiel de son occupation se situe quai Branly, avec sa fondation, créée en 2008 pour agir en faveur de la paix. Grâce à elle, Chirac voyage beaucoup, essentiellement en Afrique et en Asie. Depuis 2007, il s’est rendu en Mauritanie, au Mali, au Sénégal, au Burkina, et a lancé, en 2009, l’appel de Cotonou, prélude d’une campagne de mobilisation contre les

médicaments falsifiés. Cette même année, il a assisté aux obsèques du Gabonais Omar Bongo Ondimba au côté de Nicolas Sarkozy. Chirac ne veut pas commenter la vie politique française ni les décisions de son successeur. « Ils ont une relation institutionnelle », dit-on, à son bureau parisien. Les deux hommes ne s’apprécient pas et ce n’est pas sa sortie de juin dernier, en Corrèze, au côté de François Hollande, qui a dû arranger les choses. « Moi, je voterai pour lui, certainement, lance Chirac en parlant du socialiste. Sauf si Juppé se présente, parce que j’aime bien Juppé. » Un communiqué de son bureau expliquera qu’il s’agissait d’une plaisanterie. Il faut dire que Hollande, président du Conseil général de Corrèze, continue de faire financer par le département, à fonds perdus, le musée Chirac, ouvert en 2000 à Sarran et qui rassemble les cadeaux officiels reçus par l’ex-président. Selon la chambre régionale des comptes du Limousin, le musée coûte plus de 30 euros aux contribuables du département pour chaque visite. INCONTRÔLABLE. L’ex-président reste toujours un enjeu politique. Mais on en revient souvent à ses démêlés judiciaires, puisqu’il a déjà dû se soumettre à cinq auditions assez longues, entre ses mises en examen en 2007 et ses renvois en 2009. Après avoir épuisé tous les recours possibles, Chirac sera bien jugé, et il devrait être présent le deuxième jour de son procès, qui débute le 5 septembre pour une durée de trois semaines. L’un de ses avocats, Jean Veil, a affirmé que l’exprésident « souhaite que ce procès aille à son terme ». Cependant, sa présence risque d’être très limitée, et chacune de ses apparitions dans la première chambre civile du tribunal de grande instance de Paris sera décortiquée et analysée. Tout ce que redoute son entourage, de plus en plus présent, qui le sait fatigué et difficilement contrôlable. ● NICOLAS VAUX-MONTAGNY

NOMINATIONS

RAYMOND LOUW PRESSE Le journaliste sud-africain a été nommé, le 29 août, « héros de la liberté de la presse dans le monde » par l’Institut international de la presse, avec le reporter américain Daniel Pearl. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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ALAN KRUEGER ÉTATS-UNIS Barack Obama a annoncé, le 29 août, la nomination de ce spécialiste du chômage au poste clé de président du Conseil économique national.

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EN HAUSSE

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ARASH ALAEI

LEE JIN-MAN/AP/SIPA

Ce médecin iranien spécialiste du sida a été libéré, avec son frère et confrère Kamiar, par les autorités deTéhéran après avoir passé trois ans en prison pour conspiration présumée contre le régime. GÉNÉRAL SIAKA SANGARÉ

Habiba Ghribi La femme aux semelles de vent

Le délégué général aux élections du Mali est devenu le premier président du Réseau des compétences électorales francophones (RCEF), dont l’objectif est de favoriser des scrutins libres, fiables et transparents.

Au terme d’une course épique, la jeune Tunisienne décroche la médaille d’argent du 3 000 m steeple aux Mondiaux d’athlétisme.

INGVAR KAMPRAD Via la Fondation suédoise Ikea, le fondateur de la célèbre marque de meubles a offert 43 millions d’euros au HautCommissariat pour les réfugiés afin d’aider le camp de Dadaab (Kenya). Le plus gros don privé jamais reçu par le programme.

A

TÉNACITÉ. Cette jeune mariée, spécialiste de demi-fond, qui

établit régulièrement des records nationaux, revient pourtant de loin. Blessée à Thessalonique, en 2009, lors du grand prix final de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF), elle a fait preuve d’une grande ténacité pour revenir dans la compétition, sous l’égide de son entraîneur, Constantin Nourescu. « J’étais alors l’outsider ; maintenant, je suis une tout autre personne; j’ai engrangé de l’expérience et me suis forgé un mental d’acier », souligne cette native de Kairouan, formée au Club sportif sfaxien et qui évolue, depuis 2009, au club de Franconville, en France. De Daegu, la vice-championne du monde a dédié sa victoire à la Tunisie libre. Son sourire rayonnant lorsqu’elle a endossé le drapeau national et fait un tour de piste a ému tout un pays. Ce 30 août 2011, Habiba Ghribi est entrée dans l’histoire de l’athlétisme féminin maghrébin en « courant » sur les pas de Nawal el-Moutawakil et Hassiba Boulmerka. ●

La sprinteuse botswanaise de 28 ans a décroché, le 29 août, la première médaille d’or de l’histoire de son pays en athlétisme en battant sur 400 m l’Américaine Allyson Felix aux Mondiaux de Daegu, en Corée du Sud. EN BAISSE

GEORGES KORDAHI Le présentateur vedette libanais du groupe audiovisuel arabe MBC a vu l’émission de jeu télévisé qu’il devait animer à partir du 10 septembre annulée en raison de ses positions en faveur du régime de Bachar al-Assad. DOMINIQUE PAILLÉ Rallié au centriste Jean-Louis Borloo, l’ancien porte-parole de l’UMP et ex-conseiller de Nicolas Sarkozy a été évincé par l’Élysée de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, qu’il présidait depuis sept mois. DR

FRIDA DAHMANI, à Tunis

AMANTLE MONTSHO

DR

vec trois Kényanes et la favorite russe sur la ligne de départ, on ne donnait pas cher des chances de médaille de Habiba Ghribi, 27 ans, dans la finale du 3000 m steeple des Mondiaux d’athlétisme, en Corée du Sud. Pourtant, ce 30 août, à Daegu, celle qui avait réalisé la cinquième meilleure performance mondiale de l’année sur la distance, en mai, à Rome, va plus vite et plus haut sur les obstacles. Pendant 9 minutes, 11 secondes et 97 centièmes, la concentration, le doute, la détermination, puis la rage de vaincre se succèdent sur le visage de l’athlète tunisienne. Noyée dans le peloton de tête, Habiba finit par se détacher. C’est l’instant de grâce, elle ne voit plus ses adversaires, elle court, tout simplement, allongeant ses foulées jusqu’à ne presque plus toucher terre, volant littéralement vers la médaille d’argent sur les talons de la championne, Yuliya Zaripova. « Lorsque je suis en forme, je donne tout et je me bats au-delà de mes limites pour m’imposer », avait déclaré, avant la compétition, Habiba, médaillée d’argent sur la même distance aux Championnats d’Afrique de 2006 et sixième aux Mondiaux de Berlin, en 2009.

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Grand angle

LIBYE

La chute du

roi Ubu L’effondrement du régime de Mouammar Kaddafi, après quarante-deux années de pouvoir implacable et grotesque, est une immense libération. Pour les Libyens et pour l’Afrique tout entière. FRANÇOIS SOUDAN

À

l’heure où ces lignes sont écrites, Mouammar Kaddafi est devenu, au sens figuré du terme, un rat. « Un rat qui va de trou en trou, de repaire en repaire, de trottoir en trottoir », ainsi qu’il qualifia lui-même les rebelles aux premières heures de l’insurrection. Un rongeur traqué et souterrain comme le fut, pendant neuf mois, Saddam Hussein, son frère en tyrannie. Il y a une vingtaine d’années, dans un livre tragicomique signé de son nom et intitulé Escapade en enfer, ce dictateur tourmenté avait écrit – ou fait écrire – ceci : « Ces foules inclémentes, même envers leurs sauveurs, je sens qu’elles me poursuivent… Comme elles sont affectueuses dans les moments de joie ! Comme elles seront cruelles dans les moments de colère! » En ce 1er septembre 2011, quarante-deux ans, jour pour jour, après son accession au pouvoir, l’heure est venue de voir s’accomplir cette prophétie dont l’auteur ignorait qu’elle serait autoréalisatrice. Soit Kaddafi met en application le conseil qu’il prodigua un jour à Yasser Arafat : le suicide, les armes à la main, face à l’ennemi. Soit il connaîtra tôt ou tard la fin ignominieuse qu’au sommet de Damas, en 2008, il prédisait aux chefs d’État arabes : celle du despote irakien « déterré sous une décharge publique » avant de se balancer au bout d’une corde. Soit, dans l’hypothèse peu probable où il échapperait à la loi de Lynch promise par certains dirigeants du Conseil national de transition, l’attend le banc d’infamie d’une Cour pénale internationale devant laquelle, disait-il il y a deux ans à la tribune de l’ONU, « seuls comparaissent ceux dont vous avez détruit les pays ». Ironie de la petite histoire pour un homme qui avait imposé à son peuple un « calendrier révolutionnaire » reformulé par son génie, c’est au N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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« mois de la Lumière » (février) que la rébellion a éclaté et c’est au « mois de Hannibal » – l’un des héros de son panthéon – qu’elle a triomphé. Cette tempête-là, aucun météorologue ne l’avait prévue. Les meilleurs observateurs de la réalité libyenne, tels le Français Luis Martinez ou l’Américaine Lisa Anderson, décrivaient certes une population épuisée par une révolution dévoyée, écœurée par la corruption, minée par le racisme, l’oisiveté

La haine du « Guide » et de sa famille aura été jusqu’au bout le principal moteur de la révolution. et la honte d’être dirigée par une marionnette grotesque, vivant dans un monde d’hypocrisie, de peur, de frustrations et d’intrigues tribales. Mais trop individualiste et privée d’estime de soi pour être capable de se soulever. La communauté internationale, y compris et en premier lieu ceux qui aujourd’hui semblent ne plus toucher terre tant ils se rengorgent de leur image de vainqueur d’une « guerre juste » gagnée d’avance au regard de l’extrême disproportion des forces en présence, JEUNE AFRIQUE

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paraissait se satisfaire de ce statu quo. Mieux : s’en réjouir. Le « Guide » n’avait-il pas négocié sa propre immunité contre une coopération antiterroriste que la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice n’hésitait pas à qualifier d’« excellente » et d’« exemplaire » ? Certes, au moment où il livrait aux Occidentaux son carnet d’adresses, la clé de ses arsenaux d’armes chimiques, le pétrole de son sous-sol et des promesses de fabuleux contrats, Kaddafi noyait dans le sang la rébellion islamiste du Djebel el-Akhdar. Mais les droits de l’homme barbu, comme chacun le sait, n’ont jamais mobilisé les belles âmes ni empêché le business. AVEUGLEMENT. Le premier à s’aveugler de ce troc

passé entre un peuple en apparence amorphe, décervelé, dont les valeurspurement consuméristes ne faisaient que renforcer l’émiettement tribal, et un régime aussi opaque qu’une raffinerie était évidemment Kaddafi lui-même. Il n’a, lui, strictement rien vu venir pour une raison très simple : depuis longtemps déçu par des compatriotes incapables de comprendre ses lubies, il vivait sur une JEUNE AFRIQUE

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 Le « Guide » OBSÉDÉ PAR SA PROPRE IMAGE lors du sommet AfriqueAmérique du Sud, au Venezuela, chez son ami Hugo Chávez, en septembre 2009.

planète qui n’était plus la leur. Une planète dorée et archaïque où le luxe inouï côtoyait l’irrésistible appel du désert auquel ce Bédouin a toujours été sensible. Comment, dès lors, aurait-il pu percevoir qu’au sortir d’une décennie de sanctions internationales sa propre image était devenue à ce point répulsive aux yeux des 80 % de Libyens qui, depuis leur naissance, étaient forcés de l’ingurgiter jusqu’à la nausée ? Comment aurait-il pu prévoir l’ampleur des trahisons au sein de son entourage, de la part de collaborateurs qui lui devaient tout, à commencer par leur fortune, mais qui nourrissaient en secret à son encontre la haine des soumis quotidiennement humiliés ? Comment, surtout, aurait-il pu se rendre compte que la perspective d’une succession héréditaire en faveur de son fils Seif el-Islam, perpétuant la mainmise totale du clan familial sur les revenus pétroliers, figurait un point de non-retour pour tous les Libyens, à l’exception peut-être des membres de sa propre tribu, les Gueddafa de Syrte et de Sebha ? L’extrême concentration des pouvoirs et des ressources entre les mains du dictateur à vie était N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Grand angle Libye certes la condition fondamentale de sa survie au pouvoir, mais elle avait son revers létal. Les Libyens avaient fini par faire de lui la source unique de tous leurs problèmes, éducatifs, sanitaires, judiciaires. Les inégalités, la corruption, la morgue des comités révolutionnaires, la quasi-impossibilité pour le citoyen lambda d’obtenir un visa pour voyager, l’immigration incontrôlée d’Africains traités comme du bétail, et jusqu’aux dépôts d’ordures qui jonchaient les rues et les autoroutes, tout cela lui était attribué. Être libyen n’était plus depuis longtemps une fierté, mais un stigmate entretenu par la peur et la dissimulation. C’est ce sentiment d’autodépréciation, alimenté par les déclarations hallucinantes de mépris éructées à l’encontre des rebelles par Kaddafi, son fils Seif et sa fille Aïcha au début de l’insurrection, qui explique pourquoi la haine du « Guide » et de sa famille aura été jusqu’au bout le principal moteur de cette révolution. Et qui explique également pourquoi cette dernière demeurera inachevée tant que le despote n’aura pas été débusqué. Pour que la Libye chasse ses démons du passé, le besoin d’exorcisme collectif est tel que, à tout prendre, mieux vaudrait que le tyran soit jugé à Tripoli plutôt que dans le cadre aseptisé de la CPI – même si ce procès risque d’être dévastateur pour certains. SOLITUDE. Aujourd’hui, Ubu est nu. Dans son immense solitude, peut-être égrène-t-il la liste amère de ces étrangers, chefs d’État, Premiers ministres, députés, hommes d’affaires, consultants,

Reconnaissance progressive du Conseil national de transition France 10 mars Qatar 28 mars Sénégal 28 mai Émirats arabes unis 12 juin Turquie 3 juillet États-Unis 15 juillet Gabon 12 août Tunisie 21 août Égypte et Maroc 22 août Nigeria 23 août Burkina, Éthiopie et Tchad 24 août Niger, Togo 27 août

avocats, publicistes, écrivaillons, universitaires, pétroliers qui défilèrent sous sa khaïma bédouine, après parfois des semaines d’attente, pour lui baiser les babouches, s’extasier de ses folies et de ses propos incohérents, subir l’arrogance de son menton levé et de ses leçons de maître d’école, lui rebaiser les babouches, puis passer à la caisse auprès de l’un de ses affidés. Peut-être se remémore-t-il ses visites à Paris, Rome, Vienne ou ailleurs, reçu avec les honneurs que les vieilles démocraties réservent aux dictateurs solvables, donc fréquentables. Tous lui ont tourné le dos, à moins qu’ils ne l’aient poignardé. Seules quelques consciences africaines en plein désarroi, mais actives sur internet, s’apprêtent à faire de lui un martyr de l’impérialisme prédateur, amnésiques de ce qu’il fut : un Idi Amin Dada des sables, les pétrodinars en sus. Qui ne s’aperçoit pourtant que l’Afrique, et singulièrement l’Union africaine, enfin débarrassée d’une telle pollution, se portera mieux sans lui ? En ce 1er septembre 2011, où qu’il se cachât encore, entre fuite et fin, Mouammar Kaddafi n’avait pour unique consolation que le souvenir fielleux d’une phrase qu’il prononça d’une voix ferme, au petit matin du 1er septembre 1969, sur les ondes de Radio Benghazi quand le potentat empâté qu’il est devenu était un officier putschiste jeune, beau, mince et populaire. « Nous avons renversé un régime corrompu et rétrograde. Nous avons détruit l’idole… » Quarante-deux ans plus tard, ceux qui l’ont abattu pourraient la reprendre mot pour mot. ●

LIONEL BONAVENTURE/AFP

Æ UNE SOIXANTAINE DE DÉLÉGATIONS étaient présentes à la conférence de Paris sur la Libye, le 1er septembre.

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 À Tripoli, LA PLACE VERTE EST DEVENUE CELLE DES « MARTYRS », où les habitants sont venus nombreux le 30 août.

Les nouvelles autorités au pied du mur

retrouve ses frères de la Cyrénaïque, fait défection et rejoint la « révolution du 17 février ». Benghazi devient le bastion de la résistance. Objectif : libérer le pays. Mission réussie. La victoire acquise, le Conseil national de transition s’efforce À 59 ans, Abdeljalil est donc un « libéd’asseoir son pouvoir sur les différents groupes d’insurgés. rateur », mais aussi le « sage » capable Sa feuille de route : réconciliation, stabilité et démocratie. de se placer au-dessus de la mêlée. Conservateur, il rassure les composantes islamistes de la rébellion. Transfuge du régime déchu, il est à même d’assurer ABDELAZIZ BARROUHI une certaine forme de continuité pour ls sont le nouveau visage de la Libye. pieuse. Ministre de la Justice sous Kaddafi éviter le pire : la somalisation du pays. Il Et ont tout à prouver en très peu de à partir de 2007, cet ancien président fait ainsi figure de garantie pour encadrer temps. La quarantaine de membres de la cour d’appel a eu le courage, à une transition à haut risque et mener les du Conseil national de transition plusieurs reprises, de critiquer les abus Libyens vers la liberté. « Nous voulons (CNT) ne s’est donné que huit mois pour du régime. Il a notamment dénoncé le un gouvernement démocratique, une remettre le pays sur les rails selon la maintien en détention de centaines de Constitution honnête, et nous voulons prisonniers politiques embastillés dans feuille de route présentée mi-août depuis être ouverts au monde et non plus isolés Benghazi. Les 7 000 frappes aériennes de la sinistre prison d’Abou Salim, le cachot comme c’était le cas », promet-il. l’Otan ont été essentielles à la victoire, À ses côtés, Mahmoud la coalition internationale est au chevet Djibril, lui aussi de l’Est, Le président Mustapha Abdeljalil de la transition, mais les rebelles sont à est le président du Conseil est un « libérateur », mais aussi présent face à leurs responsabilités. Cette exécutif du CNT. Une sorte structure constituée, voire improvisée, fin de Premier ministre à qui on le « sage » capable de rassembler. février pour offrir au plus vite un déboua ajouté le portefeuille des ché politique à l’insurrection est au pied de la Jamahiriya. Bref, cet homme, bien Affaires étrangères. Cinquante-neuf ans, du mur. « Nous savons très bien que nous qu’aux affaires durant la parodie de justice diplômé en sciences politiques, ancien enseignant à l’université américaine de manquons d’institutions et que nous sur le dossier des infirmières bulgares, Pittsburgh, Djibril gère les affaires coupartons de zéro, mais grâce à l’aide de tout était un modéré. Kaddafi, qui a refusé sa le monde, nous ferons de notre mieux », démission en janvier 2010, le savait. Et rantes dans les zones libérées et voyage à assure Mahmoud Chamman, l’un des c’est lui qu’il envoie, à Benghazi, quatre l’étranger. Beaucoup. Sa mission: obtenir porte-parole du CNT. À la manœuvre, jours après les premières manifestations la reconnaissance des capitales étrangères Mustapha Abdeljalil, le président du du 15 février. Mais au lieu de convaincre et des soutiens financiers, notamment le CNT. Il représente la quintessence d’une les insurgés de rentrer à la maison, ce dégel des avoirs libyens bloqués à l’étranLibye majoritairement conservatrice et ger depuis février et mars (voir p. 31). natif de Beida (dans l’est du pays), qui

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Grand angle Libye « Il est très apprécié par la coalition, qui l’appuie et fait tout pour qu’il monte en puissance », reconnaît un haut fonctionnaire français. Ce technocrate libéral a été adoubé par l’Otan. À Abdeljalil la synthèse nationale, à Djibril la communauté internationale. Ces deux-là sont complémentaires. Avec eux: Ali Tarhouni, ex-professeur d’économie à l’université de Seattle (États-Unis), est le Monsieur Pétrole ; après vingt-quatre années d’exil aux États-Unis, Khalifa Hifter fait office de chef d’état-major de la nébuleuse militaire rebelle ; et l’avocat de formation qui a notamment défendu les familles de détenus d’Abou Salim, Abdel Hafiz Ghoga, vice-président et porte-parole du CNT, doit jeter les bases démocratiques de la future Libye.

Leur principal défi: conjurer les risques de partition d’un pays morcelé en tribus et divisé en deux grandes entités – la Tripolitaine dans l’Ouest, choyée pendant quarante-deux ans par Kaddafi, et la rebelle Cyrénaïque dans l’Est. Leur atout: la résurgence d’un « patriotisme » libyen depuis février. Par ailleurs, si le tribalisme demeure une réalité, les appartenances communautaires sont moins figées qu’il n’y paraît, par le jeu des alliances et parentés familiales. Aux nouvelles autorités de savoir rassembler, mais les possibilités d’un consensus national existent. Un risque toutefois, que les derniers partisans de Kaddafi exacerbent les rivalités tribales et sanctuarisent la région de Sebha – l’un des fiefs des Gueddafa – pour en faire le foyer de la contre-insurrection.

Une fois le pays libéré, les islamistes se sont engagés à déposer les armes, selon le CNT.

Ð L’ISLAMISTE AU PARCOURS a parfait sa formation militaire au Qatar.

KARIM JAAFAR/AFP

EMBLÉMATIQUE

ABDELHAKIM BELHADJ, DU DJIHAD À LA RÉVOLUTION IL A ÉTÉ LE PREMIER avec sa brigade à entrer dansTripoli puis dans Bab el-Azizia, la citadelle de Kaddafi, entre le 21 et le 23 août. Abdelhakim Belhadj, 44 ans, est devenu le président du conseil militaire des révolutionnaires deTripoli. Un héros. Cet ingénieur civil a émigré en Afghanistan en 1988, où il rejoint les moudjahidine en lutte contre les Soviétiques. La guerre finie, on le retrouve ensuite au Pakistan, enTurquie, puis au Soudan. Il est l’un des fondateurs du Groupe islamique libyen pour le combat (GILC) en 1995. Emprisonné en Malaisie en 2004, il est transféré enThaïlande pour y être interrogé par la CIA, qui le livre, la même année, à Kaddafi. Après des négociations avec Seif el-Islam Kaddafi, les djihadistes emprisonnés, estimés à 1800, révisent leurs conceptions idéologiques et sont libérés en 2009, sauf une dizaine de leurs chefs, dont Belhadj, qui ne le seront qu’en mars 2010. Une fois l’insurrection lancée depuis Benghazi, Belhadj et bien d’autres vont parfaire leur expérience militaire au Qatar et aux Émirats. Selon les experts, la campagne aérienne de l’Otan n’aurait pas atteint ses objectifs sans AZ.B. le combat au sol de ces unités rebelles endurcies. ● N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Dans les territoires libérés, le chantierest immense. La société civile est embryonnaire et les institutions politiques sont quasi inexistantes. Les partis d’opposition contraints à l’exil, rentrés au pays, sont encore divisés et atomisés. Seuls les mouvementsislamistes,répriméssousKaddafi, font figure d’exception en étant les mieux organisés. Le plus important est celui des Frères musulmans. Mais il y a également les salafistes. Certains sont des djihadistes qui ont combattu en Afghanistan et parfois en Irak. Outre leur chef, dont le rôle a été essentiel dans la prise de Tripoli, Abdelhakim Belhadj (voir encadré), citons égalementMehdiHarrati,unLibyenvivant depuis vingt ans en Irlande et qui a rejoint les rebelles en février. Auréolés de leur victoire, vont-ils être tentés de poursuivre

le djihad, ou, tout du moins, réclamer leur part de l’héritage révolutionnaire? « Ils se sont engagés à déposer les armes lorsque lepaysseraentièrementlibéré[…], l’accord a été entériné il y a trois mois », assure le CNT. « Il n’existe aucune preuve d’une affiliation à Al-Qaïda », ajoute Nooman Ben Othman, un spécialiste libyen du djihadisme. ARMÉE. Autre défi, la constitution d’une

nouvelle armée pour rétablir la sécurité. Un peu sur le modèle ivoirien, il va s’agir de trier parmi les insurgés les hommes prêts à servir pour les mêler avec les éléments récupérables des forces de sécurité du régime déchu. Pas simple. Pour ceux qui souhaitent abandonner les armes, des programmes de démobilisation et de réinsertion dans la vie civile sont prévus. Au volet institutionnel, le CNT s’est engagé à se retirer dans huit mois, après l’élection sous supervision internationale d’une Conférence nationale composée de 200 membres. Ce sera la fin de la période de transition. Une nouvelle Constitution sera alors rédigée puis adoptée par référendum. Viendront ensuite des élections législatives et présidentielle, prévues d’ici à vingt mois. Les Libyens sont décidément appelés à découvrir les secrets de l’isoloir. ● JEUNE AFRIQUE

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La chute du roi Ubu

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Des voisins inquiets mais soulagés Le renversement de Kaddafi bouleverse la donne régionale. Certaines fidélités ont du mal à être effacées.

LOURDEMENT ENTACHÉES par des suspicions réciproques, les relations entre l’Algérie et le Conseil national de transition (CNT) se sont davantage compliquées depuis l’entrée sur le territoire algérien d’une partie de la famille du « Guide » libyen. Ce 28 août, tard dans la soirée, Safia Kaddafi, matriarche du clan, sa fille Aïcha, son fils Hannibal, son beau-fils Mohamed (né d’un premier mariage de Mouammar) et une quinzaine d’enfants arrivent à Tinalkoum, poste-frontière entre l’Algérie et la Jamahiriya, dans la région de Djanet. Panique de l’officier de permanence qui en réfère à sa hiérarchie. Abdelaziz Bouteflika est réveillé en pleine nuit. Que faire ? Les passagers sont exténués. Enceinte, Aïcha s’apprête à accoucher. La décision d’accueillir ces encombrants visiteurs est prise. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, est informé. Jusque-là récalcitrante à reconnaître le CNT, la diplomatie algérienne informe tout de même son numéro deux, Mahmoud Djibril. Les fugitifs sont finalement admis, le 29 août, sous conditions. Les membres de la garde rapprochée sont refoulés. Tous les téléphones, cellulaires et satellitaires, sont saisis. Safia et sa suite ont l’interdiction de prendre contact avec le « Guide » et de s’exprimer publiquement. Face à la volée de bois vert venant de Benghazi et Tripoli, Alger fait le dos rond et justifie sa décision par des considérations humanitaires. Aïcha Kaddafi a accouché au poste de Tinalkoum, « sans l’assistance d’un médecin », précisera quelques jours plus tard le département d’État américain.

KHALED DESOUKI/AFP

Algérie Ambiguïté non levée

 ABDELAZIZ BOUTEFLIKA et MOUAMMAR KADDAFI, en octobre 2010 à Syrte, en Libye.

Si Washington se félicite qu’Alger ait respecté les procédures en informant les Nations unies, Paris relève l’ambiguïté de la position algérienne. Un jugement que balaie de la main Mourad Medelci. « Il n’y a aucune ambiguïté dans notre approche, explique le chef de la diplomatie algérienne. Nous avons émis des réserves sur la décision de la Ligue arabe de cautionner une intervention militaire étrangère, nous n’avons jamais caché notre hostilité aux bombardements de l’Otan car nous étions convaincus qu’il y avait de la place pour une solution politique. »

Quid des accusations d’envois de mercenaires ou de livraisons d’armes au régime déchu de Tripoli? Accusations « non fondées », selon Washington, « qui restent à vérifier », pour Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères. « Une fois la paix revenue, la vérité sur le comportement de l’Algérie sera révélé », promet Medelci.

Maroc Realpolitik discrète

MEMBRE DU GROUPE de contact sur la Libye,leMarocalogiquementreconnu ● ● ●

L’UNION AFRICAINE À CONTRETEMPS MALGRÉ LES ATERMOIEMENTS DE L’INSTITUTION, profondément divisée sur le devenir du « Guide », la feuille de route de l’Union africaine (UA) – solution politique, transition inclusive et consensuelle – faisait sens. Jusqu’à la bataille deTripoli. « Car aujourd’hui, il s’agit de préparer l’après-Kaddafi avec le Conseil national de transition [CNT, NDLR] », explique un diplomate ouest-africain. Sauf que, à ce jour, l’UA n’a toujours pas reconnu les nouvelles autorités libyennes. « Nous ne pouvons pas dire qu’elle est la force légitime », a déclaré Jacob Zuma, le président sud-africain, après quatre heures de délibération à JEUNE AFRIQUE

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Addis-Abeba, le 26 août. Le rapport de forces en Libye, la mise hors jeu de Kaddafi, le consensus international autour du CNT pour solder quarante-deux années d’un régime effrayant… Au nom de la realpolitik, cette position est à terme intenable. Certains pays l’ont déjà compris (Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina, Nigeria, Rwanda, Niger,Tchad, Éthiopie…): ils ont reconnu le CNT. D’autres – des anciens obligés de Kaddafi – ont, semble-t-il, du mal à tourner la page… Et puis il y a Zuma, « très ancré sur son positionnement antioccidental », explique un haut fonctionnaire français. ● PH.P. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Grand angle Libye le Conseil national de transition (CNT) comme « représentant unique et légitime » du peuple libyen, dès l’annonce de la chute de Tripoli. Au lendemain de cette reconnaissance, le ministremarocaindesAffairesétrangères,TaïebFassiFihri,s’estmêmeenvolé, le 23 août, à Benghazi, porteur d’un message du roi Mohammed VI au président du CNT, Mustapha Abdeljalil. Par ce geste, le Maroc rattrape évidemment une attitude jusque-là prudente et grille la politesse aux voisins, Algérie en tête. Présent à toutes les réunions de la coalition depuis celle de Londres en mars, Fassi Fihri n’avait jamais franchi le pas de la reconnaissance du CNT, arguant de la « souveraineté libyenne ». Réussite diplomatique, donc, mais aussi coup politique en interne contre les séparatistes sahraouis, dont Kaddafi a été longtemps un allié. Ces derniers mois,  Manifestation de JOIE ET DE SOLIDARITÉ, à Tunis, Rabat s’était ému, en off, de la présence le 21 août. de « mercenaires » du Polisario parmi les troupes restées fidèles au colonel. Au plan économique, le Maroc pourrait avoir été solidaire – quand on sait que lever rapidement le gel des avoirs libyens l’arrivée en France de quelques centaines au Maroc, décidé par le Conseil de sécude malheureux a failli menacer l’espace rité de l’ONU en mars dernier. Tripoli a Schengen–se mêleàun soulagement bien récemment investi ses pétrodollars dans légitime. L’accueil de plus de 430000 réfule royaume, dans le tourisme et les hydrogiés était un acte humanitaire, mais il carbures, comme lors du rachat de Mobil commençait à peser au quotidien. Outre Oil Maroc, en 2008. les combats aux abords de la frontière, les risques d’instabilité (des échanges de tirs ont fait des victimes en Tunisie) et le poids Tunisie Ouf ! économique que représente la gestion C’EST L’HEURE du retour pour les des camps de réfugiés, l’ensemble des 100 000 familles libyennes reconnaisTunisiens a subi le « coût » de la guerre santes à la Tunisie de les avoir accueillies en Libye. Le prix des denrées alimentaires dès le début des hostilités, en février. Du a augmenté en moyenne de 15 %, des côté tunisien, le sentiment de fierté pour pénuries de sucre ont été par exemple

constatées et, dans certaines grandes villes, le prix des loyers a triplé. Ce retour progressif à la normale devrait également entraîner une reprise des échanges économiques entre les deux pays, accélérer le retour de touristes mais aussi de patients libyens qui fréquentaient assidûment les cliniques tunisiennes, et offrir une nouvelle destination aux chômeurs. Mais le renversement du « Guide », c’est aussi un risque avec l’arrivée probable de pro-Kaddafi se mettant au vert. À surveiller de très près.

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VU D’ISRAËL COMME POUR L’ÉGYPTE, où l’après-Moubarak pourrait favoriser l’avènement politique des Frères musulmans et l’ouverture d’un front sud, Israël observe avec prudence la fin du règne de Mouammar Kaddafi. Dès le début de la révolte, ce qui reste de l’arsenal chimique du régime a constitué le principal motif d’inquiétude de l’État hébreu. Une crainte justifiée par la dislocation des forces armées libyennes, mêlée à l’intrusion d’éléments djihadistes au sein de la rébellion. Ces derniers mois, les services de renseignements israéliens disent avoir identifié à plusieurs reprises le passage d’armements depuis le sud de la Libye vers la bande de Gaza – via le Sinaï –, en particulier des roquettes RPG et des missiles antiaériens de fabrication soviétique. Pour aboutir à une reconnaissance mutuelle, la question du contrôle des armes libyennes serait au cœur des discussions entre Israël et le CNT. Grâce à une médiation du philosophe français Bernard-Henri Lévy, une délégation libyenne s’est récemment rendue à Jérusalem. Un accord serait en bonne voie. ● MAXIME PEREZ, à Jérusalem N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Égypte Communauté de destin

FETHI BELAID/AFP

IL AURA FALLU l’entrée des rebelles dans la ville de Tripoli, le 21 août, pour que les autorités égyptiennes reconnaissent le Conseil national de transition (CNT), le lendemain. Une décision approuvée par la très grande majorité des Égyptiens, qui a accueilli avec joie la défaite de Kaddafi – certains éditorialistes allant jusqu’à composer des poèmes pour l’occasion. Mahmoud Djibril, numéro deux du CNT, en visite officielle au Caire le 27 août, a tenu à souligner l’importance du rôle de l’Égypte dans la reconstruction de son pays. Les chantiers ne manquent pas : déminage de la zone frontalière, aide médicale, approvisionnement en énergie et en électricité… Mais surtout, pour ses réformes politiques, la Libye souhaite faire appel à l’expertise juridique et constitutionnelle de l’Égypte, qui vit actuellement les difficiles lendemains de sa révolution. Dans une région où l’autoritarisme reste la norme, les futures démocraties se serrent les coudes. Les « services » des deux pays, qui s’échangeaient informations et se rendaient de fiers services dans la lutte contre l’islamisme, vont devoir revoir leurs manuels des relations de bon voisinage.

Mali Lendemains incertains

MALGRÉ LES INCERTITUDES liées aux investissements libyens, l’opinion malienne n’a pas versé de larmes après la prise de Tripoli par les insurgés. Les largesses du « Guide » déchu n’ont pas occulté aux yeux du quidam le rôle néfaste du « roi des rois d’Afrique » dans les meurtrières rébellions touarègues au cours des deux dernières décennies. Les centaines de JEUNE AFRIQUE

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La chute du roi Ubu morts, les efforts de développement économique renvoyés aux calendes grecques et les malentendus durables entre les communautés vivant dans le nord du Mali ont laissé des traces. Mais si Bamako ne pleure pas le sort de Kaddafi, sa chute provoque des craintes légitimes. Dans la foulée de l’effondrement de la Jamahiriya, des centaines de combattants touaregs sont revenus – récents mercenaires pour certains, membres de la Légion verte depuis plusieurs années pour les plus nombreux. S’ils affirment avoir tout perdu en Libye, ils ne sont pas revenus les mains vides. Armés jusqu’aux dents, ces desperados constituent à coup sûr une nouvelle menace dans la bande sahélienne. Du côté du palais de Koulouba, on redoute plusieurs scénarios : brusque réveil de l’irrédentisme touareg, jonction entre les défaits de Libye et les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), développement de la criminalité et des actes de banditisme. Un vrai cauchemar.

Niger, Tchad et Mauritanie Allégeance remisée

 LE NIGER N’EST ni du côté du colonel Kaddafi ni de celui du CNT [Conseil national de transition, NDLR]. Nous ne soutenons personne », déclarait en juillet dernier dans nos colonnes (voir J.A. no 2636)MahamadouIssoufou,lenouveau président du Niger, qui reconnaissait l’évidence : avoir « eu des relations » avec Kaddafi. « Tous les hauts responsables politiques de la région ont eu affaire au “Guide” », assure un diplomate ouestafricain qui explique ainsi la lenteur avec laquelle les pays du continent ont lâché celui qui s’était intronisé, en 2008, le « roi des rois d’Afrique ». Avec ses largesses en espèces sonnantes et trébuchantes et son aptitude à déstabiliser les régimes en place, Kaddafi s’était constitué un réseau d’obligés, avec notamment des États tremblant devant son pouvoir de nuisance. Rébellion touarègue, opposition armée, trafic d’armes, présence de ressortissants en Libye… Les leviers ne manquaient pas. « Mais aujourd’hui, le principe de réalité s’est imposé : Kaddafi appartient au passé », analyse le même diplomate. Le Niger a ainsi reconnu le CNT le 27 août. Le Tchad avait pris les devants dès le 24 août. Deux jours auparavant, le président Idriss Déby Itno avait reçu, pour JEUNE AFRIQUE

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la troisième fois, des émissaires du CNT. De quoi a-t-on parlé ? Officiellement, de coopération et de sécurité, notamment des Tchadiens vivant en Libye. Peut-être aussi des voix et moyens pour normaliser les relations. Cela va être difficile. Le CNT soupçonne N’Djamena d’avoir fourni des mercenaires au dictateur déchu. N’Djamena dément, mais la présence de combattants tchadiens parmi les loyalistes est confirmée par les chancelleries de la coalition. À l’inverse, Kaddafi n’avait pas ménagé ses efforts pour soutenir son homologue (livraison d’armes et de munitions) lors de l’attaque rebelle et la bataille de N’Djamena, en février 2008. « Le CNT a tout intérêt à mettre la main sur les nombreux investissements libyens au Tchad, et Déby est soucieux d’entretenir de bonnes relations avec son voisin direct du Nord », ajoute Acheikh Ibn

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Oumar, ex-ministre tchadien des Affaires étrangères et ancien chef de mouvement armé soutenu par Kaddafi durant les années 1980. Et puis, il y a le cas de la Mauritanie. Le président Mohamed Ould Abdelaziz, membredupaneldechefsd’Étatdel’Union africaine (UA), s’était rangé parmi les proKaddafi en février. Progressivement, les lignes ont bougé. Lors du mini-sommet de l’UA, les 25 et 26 mai, Abdelaziz a été l’un de ceux qui affirmaient que le départ du « Guide » était devenu « une nécessité ». Le 1er septembre, la Mauritanie n’avait toujours pas reconnu le CNT, mais le chef de l’État faisait le déplacement de Paris pourassisteràlaconférenceinternationale sur la transition libyenne. ● YOUSSEF AÏT AKDIM, FRIDA DAHMANI, TONY GAMAL GABRIEL, CHERIF OUAZANI et PHILIPPE PERDRIX

Le Qatar mise et gagne Le petit émirat espère tirer bénéfice de son implication politique et militaire. Une première dans son histoire.

À

l’avant-garde de la soixantaine de délégations réunies à Paris, le 1er septembre, pour la conférence internationale de soutien de la Libye nouvelle, le Qatar a savouré son triomphe. Deuxième État à avoir reconnu le Conseil national de transition (CNT) après la France, le 28 mars, il a été le seul pays arabe avec les Émirats arabes unis à se joindre aux opérations militaires de la coalition. Cet engagement résolu a conféré une légitimité régionale et arabe indispensable au vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 17 mars. Coincé entre l’Arabie saoudite et l’Iran, cet État du Golfe, grand comme la Gambie, privilégiait jusqu’alors, avec son chéquier, une diplomatie d’influence en coulisses. Liban, Soudan… les médiations ont été nombreuses ces dernières années. Mais cette fois, l’émirat a changé de braquet avec l’usage de sa puissance de feu. Ses Mirage ont bombardé les forces loyalistes et ses conseillers militaires ont participé à la formation express des insurgés, dans le Djebel Nefoussa libyen et les dunes qataries. Pour Christopher Davidson, politologue spécialiste du Golfe de l’université anglaise de Durham, « c’était l’occasion de dynamiser sa

stratégie diplomatique en se présentant comme une puissance active et non inféodée aux Saoudiens, comme un État neutre mais pas indifférent ». BUSINESS. Pour le CNT, le Qatar n’a

pas ménagé ses efforts : aides financière et humanitaire, envoi d’armes, organisation de conférences internationales de soutien, sans oublier l’action décisive de la chaîne qatarie Al-Jazira. « Le Qatar y a beaucoup gagné en termes d’image. Il devrait aussi y gagner de nombreux contrats », poursuit Davidson. Le CNT compte en effet favoriser ses protecteurs pour l’attribution des marchés de l’après-guerre. Qatar Oil et Qatar Gas pourraient rapidement signer leurs premiers contrats, et l’émirat, qui a très tôt choisi de diversifier son économie, devrait également démontrer en Libye ses compétences en matière de construction, d’industrie, de tourisme ou encore de finance. Parfois qualifié de visionnaire, l’émir Al Thani a certes fait la preuve de sa clairvoyance. Bachar al-Assad, en Syrie, devrait y voir un mauvais augure. Le Qatar a été le premier pays arabe à rompre avec Damas… ● LAURENT DE SAINT PÉRIER N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Grand angle Libye

TÉMOIGNAGE

Opinions & éditoriaux Qui a assassiné Mansour Kikhia?

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DR

Q

UE D’ANCIENS PILIERS du régime Kaddafi désertent, pour passer à l’ennemi, en espérant ainsi sauver leur peau, soit. Cela s’appelle de la trahison, mais disons que c’est humain. On regrette que certains s’achètent ainsi une forme de virginité – c’est le cas, en particulier, de Moussa Koussa, que les services spéciaux occidentaux ont, en échange d’on ne sait quoi, accueilli et absous, bien que ce monsieur ait été le mauvais génie et l’exécuteur des basses besognes de son maître Kaddafi –, mais invoquons ici, pour se consoler, la raison d’État. Que le général AbdelfattahYounès, proche compagnon de Kaddafi, ait rejoint le camp des opposants au régime après l’avoir si longtemps servi, y compris par des massacres de grande ampleur, c’est assez surprenant – mais l’intéressé, on le sait, a payé de  L’ANCIEN MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ABDERRAHMANE CHALGAM (à g.) sa vie cet étrange comportement. avec l’ambassadeur Brahim Bshari (à dr.), en 1993 au Caire. Aujourd’hui, le premier accuse le second (décédé depuis) de la Qu’Abderrahmane Chalgam, ancien ministre disparition de l’opposant libyen. des Affaires étrangères de Kaddafi et plus récemment représentant de la Libye aux Nations unies, (le 26 juin 2011), Chalgam affirme, au cours d’une interview ait à son tour décidé, après tant d’autres, de faire défection serait juste un peu pitoyable et négligeable s’il s’en était tenu publiée elle aussi par Al-Hayat (le 16 juillet 2011), que le véritable là: à un « poète », n’est-ce pas, on peut tout pardonner. auteur de l’enlèvement, en décembre 1993, du célèbre opposant Mansour Kikhia n’est autre que ce même personnage dont il Plus rimailleur que diplomate, Abderrahmane, en effet, était avait fêté quelques années plus tôt le passage à Rome: Brahim connu àTripoli pour ses prétentions littéraires. Pas une journée, Bshari. À l’appui de cette assertion gravissime, il n’apporte pas un dîner, pas une réunion sans qu’il ne produise un poème, aucune preuve, pas même le moindre indice ou élément nouquelques versets et trois ou quatre aphorismes, souvent obscurs, veau. Pourquoi s’en faire puisque la personne qu’il accuse n’est mais qui faisaient s’esclaffer d’aise ses obligés, ses invités et, plus là pour le démentir : Brahim Bshari a été tué dans un obligatoirement, ses collaborateurs. accident de voiture, quelque part entreTripoli et Syrte, le 13 sepJ’ai personnellement assisté à l’une de ces pantalonnades. tembre 1997. Chalgam était à l’époque ambassadeur de la Jamahiriya libyenne en Italie. Il nous avait invités, mon ami Brahim Bshari (qui, à J’étais très ami avec Brahim Bshari (voir J.A. no 1918 du 8 l’époque, n’occupait pas de très hautes fonctions) et moi, de au 14 octobre 1997). Nous entretenions des relations fraternelles. passage à Rome, à une soirée à sa résidence. Jovial, disert, Je lui avais souvent parlé de l’affaire Mansour Kikhia, troublé par le fait que l’enlèvement de cet opposant emblématique manifestement heureux de vivre et satisfait de lui, l’ambassadeur s’était déroulé au Caire au moment où, justement, lui, Brahim n’avait pu s’empêcher, à la fin du banquet, de composer quelques odes à ses invités – et à son « Guide » bien-aimé, Mouammar Bshari, y était ambassadeur auprès de l’État égyptien et de la Ligue arabe.Troublant, en effet! Kaddafi. La défection de ce diplomate poète aurait été anodine si, à Chaque fois que je remettais la question sur le tapis, Brahim peine sa trahison consommée, il ne s’était mis, l’incorrigible, me répondait, de façon un peu énigmatique, mais facile à à bavarder. À « balancer », comme on dit dans le milieu des comprendre: « Adresse-toi à Moubarak! Demande aux services flics et des voyous. égyptiens! » Reprenant les accusations proférées quelque temps plus tôt Devant mon insistance, Brahim, vexé que je puisse à mon par un certain Abdelmonem el-Houni, ancien « compagnon de tour le soupçonner, bien que ce genre de sale opération ne fût la révolution libyenne » ayant plusieurs fois retourné sa veste, vraiment pas son genre, s’était un peu fâché, avant de me lâcher parues dans le journal saoudien édité à Londres Al-Hayat puis quelques bribes de ce qu’il avait de son côté fini par développées dans le principal quotidien égyptien, Al-Ahram apprendre. JEUNE AFRIQUE

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La chute du roi Ubu

Jean-Louis Gouraud

Mansour Kikhia avait été approché au cours de son exil, afin d’envisager son retour au bercail, par divers intermédiaires, en particulier par un certainYoussef Nejm qui, après avoir été dans l’opposition à Kaddafi, avait fini par rallier son régime. Sachant que Kikhia devait se rendre au Caire pour participer à la réunion d’une organisation militant pour le respect des droits de l’homme dans le monde arabe, Kaddafi ordonna à ses services les plus spéciaux d’en profiter pour reprendre langue avec Mansour et lui proposer un arrangement: sa nomination comme ambassadeur de Libye auprès de l’Unesco (à Paris), accompagnée d’une confortable « indemnité » contre son ralliement au régime. En cas de refus, pschitt! En décembre 1993, des spécialistes débarquent donc de Tripoli, dirigés, semble-t-il, par un certain Mohamed Salem Naama (colonel des services spéciaux), et s’installent à l’hôtel Marriott, sans en avertir l’ambassade libyenne en Égypte. Ce qui mit Brahim Bshari en fureur, lorsqu’il finit par apprendre la présence au Caire de cette étrange délégation. Arrivé au Caire le 8 décembre, Mansour Kikhia, lui, descendit à l’hôtel Ambassador. Selon un témoignage recueilli à la réception de cet hôtel, il en serait sorti le 10 décembre, vers 21h30, en compagnie d’un homme non identifié (peutêtreYoussef Nejm).Tous deux allaient à pied, et paraissaient se rendre tranquillement en ville. Là se perd la trace de Mansour Kikhia. Ce qu’affirme Abderrahmane Chalgam, c’est qu’on aurait alors amené le pauvre Mansour à la résidence de Brahim Bshari, où il aurait été kidnappé et expédié en Libye. Quand on sait que Brahim habitait à l’époque une villa avenue du Nil, fort mal protégée des regards extérieurs, située juste en face d’une station d’essence et d’un casino très fréquentés, y compris la nuit, on se dit que l’endroit était bien mal choisi pour y mener une opération nécessitant la plus grande discrétion. Quand on sait que, de plus, Salma, l’épouse de Brahim, était elle aussi présente au Caire ce 10 décembre 1993 au soir, on se dit que ce n’était pas une très bonne idée de faire assister une femme – fût-elle l’épouse de l’ambassadeur – à ce genre d’enlèvement violent. La vérité, me dit Brahim, c’est que l’affaire a été conçue et réalisée à son insu par les services libyens en coopération avec les services égyptiens, qui ont facilité l’exfiltration de Mansour Kikhia, mort ou vif. Compte tenu de tout ce que je sais de lui, je tiens pour ma part Brahim Bshari pour absolument innocent dans cette sinistre affaire – dont il est devenu, du fait des propos inconsidérés de quelques-uns, une victime posthume. ● JEUNE AFRIQUE

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À la poursuite du pactole Les avoirs libyens à l’étranger dépassent les 150 milliards de dollars. Les nouvelles autorités du pays cherchent à récupérer cette manne.

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ù se trouve le magot du clan Kaddafi ? À combien s’élève-t-il vraiment ? Deux questions qui risquent à jamais d’être sans vraie réponse. « Avec Kaddafi, il n’y avait aucun compteur. Il est impossible d’évaluer exactement les revenus pétroliers et les dépenses du régime déchu », souligne Hasni Abidi, le directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen de Genève. Pour le FMI, les réserves libyennes s’élèvent à 104 milliards de dollars (près de 72 milliards d’euros). « On peut estimer que le total des investissements à l’étranger a dépassé 150 ou 170 milliards de dollars », surenchérit Mahmoud Badi, le nouveau directeur du Libyan Investment Authority (LIA), le fonds souverain créé en 2006. Selon un rapport validé par le cabinet KPMG et révélé en mai par l’ONG Les États qui ne Global Witness, le LIA détenait 53,3 milliards de sont pas membres dollars d’actifs à l’étranger du Conseil de au 30 juin 2010. sécurité de l’ONU « Il y a beaucoup de comptes bancaires sous ne sont pas obligés énormément de noms. de jouer le jeu. Et c’est très facile, avec internet, de transférer de l’argent », tempère le nouveau limier financier de Tripoli. De plus, le LIA n’est que la partie émergée du pactole Kaddafi and Co. Selon l’ex-gouverneur de la Banque centrale de Libye, Farhat Bengdara, les actifs mis sous séquestre par les Nations unies, en février et mars 2011, se montent à 168 milliards de dollars. COMPTE-GOUTTES. Le dégel de cette manne s’effectuera

au compte-gouttes, en fonction de la prise de contrôle progressive de l’État libyen par le Conseil national de transition (CNT). Les installations pétrolières et portuaires, la compagnie aérienne Afriqiyah pourraient bénéficier en priorité de la levée des sanctions. Lors de la conférence internationale de Paris, le 1er septembre, les Nations unies ont débloqué 15 milliards de dollars d’avoirs gelés. Et dans le reste du monde : à Hong Kong, Singapour, Dubaï, Oman… ? « Les pays qui ne sont pas européens ou membres du Conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas tenus d’agir. En général, les biens mal acquis le restent », tempère Éric Vernier, auteur de Techniques de blanchiment et Moyens de lutte (Dunod). D’après les ONG, de 1 % à 4 % des biens mal acquis sont restitués aux États spoliés. La traque des avoirs du clan Kaddafi démentira-t-elle cette règle ? ● JEAN-MICHEL MEYER N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Afrique subsaharienne

CÔTE D’IVOIRE

Ouattara, À peine plus de trois mois qu’il a été investi, mais le temps presse pour le chef de l’État : épuisé par la crise postélectorale, le pays est à reconstruire et la sécurité à ramener. Et les forces armées à remettre au pas.

ANDRÉ SILVER KONAN,

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cent j

à Abidjan

anslequartierd’Adjamé,àAbidjan, les trottoirs du boulevard NanguiAbrogoua ont été débarrassés de leurs immondices. Pistolet sur la hanche, un homme en treillis monte la garde devant un magasin d’électroménager du Forum des marchés. Un peu plus loin, des policiers, impeccables dans leur uniforme kaki, font la circulation pour éviter un engorgement du carrefour emprunté par des fonctionnaires pressés d’arriver avant 7h30 à leurs bureaux du Plateau. La scène paraît banale, mais, quelques mois plus tôt, l’endroit était encore jonché de détritus et surveillé par des miliciens prompts à racketter les automobilistes. Bienvenue dans la capitale économique ivoirienne, cent jours après l’investiture du président Alassane Ouattara. Le 21 mai dernier, alors que le nouveau chef de l’État prêtait serment à Yamoussoukro, personne ne doutait qu’il était face à une situation inédite. Cinq mois de crise postélectorale avaient profondément affecté le pays. Administration disloquée, système bancaire paralysé, graves problèmes de sécurité, infrastructures publiques saccagées, régies financières vides… La Côte d’Ivoire était à l’image du palais présidentiel : partiellement détruite et avec un besoin urgent de réhabilitation. Le maçon est aujourd’hui au pied du mur.

Alassane Ouattara voulait une équipe solide pour régler des problèmes aussi nombreux que difficiles, mais la répartition des portefeuilles ministériels, rendue publique le 1er juin, a fait des déçus jusque dans les rangs de la coalition qui l’a porté au pouvoir : le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). La presse proche du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié) N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Politique Main de fer, gant de velours

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t jours après

s’est inquiétée du nombre de postes confiés à des membres du Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara. Amer, le plus petit des partis du RHDP, le Mouvement des forces d’avenir (MFA) d’Innocent Anaky Kobena, a critiqué la domination des cadres du Nord dans le gouvernement, où le Front populaire ivoirien (FPI, ancien parti au pouvoir) n’a pas souhaité siéger. Début de crise désamorcé par le chef de l’État, qui s’est rendu, mi-juin, à Daoukro pour s’entretenir avec Bédié, qui est aussi le président de la conférence des présidents du RHDP.

En sous-main, ce qui se négocie depuis quelques semaines, ce sont bien les législatives. Mais en sous-main, ce qui se négocie, ce sont bien les élections législatives, qui devraient avoir lieu avant la fin de l’année. Le FPI, occupé à se battre pour une hypothétique libération de Laurent Gbagbo, n’a pas commencé à préparer ses troupes, mais Liberté et démocratie pour la République (Lider), le parti de Mamadou Koulibaly, ex-FPI et président de l’Assemblée nationale, va présenter des candidats. Il y a par ailleurs fort à parier que le PDCI et le RDR, les deux poids lourds du RHDP, iront en rangs dispersés. Enfin, le sort de Guillaume Soro alimente, lui aussi, les spéculations. Certains de ses proches assurent qu’il s’apprête à quitter la primature pour laisser la place à un cadre du PDCI, comme convenu avant le second tour de la présidentielle. D’autres qu’il devrait être candidat à Ferkessédougou, sa ville natale, située dans le Nord, et qu’il vise le perchoir. Le plus probable étant tout de même qu’il conserve son poste encore quelques mois : il donne satisfaction et demeure indispensable pour « tenir » les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). La Commission électorale indépendante (CEI) a besoin de 8 milliards de F CFA (12,2 millions d’euros) pour organiser les élections. Son président, Youssouf Bakayoko, doit rapidement proposer une nouvelle liste électorale intégrant les nouveaux majeurs et ceux qui figuraient sur la « liste Ý DÉFILÉ LORS DE grise » (les informations qu’ils LA CÉRÉMONIE DU avaient données n’ayant pas 51 ANNIVERSAIRE pu être vérifiées, ils n’avaient DE L’INDÉPENDANCE, pas obtenu de carte d’électeur le 7 août, à pour la présidentielle). ● ● ● Abidjan. E

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PATRICK ROBERT

XINHUA/ZUMA/REA

Premiers jalons d’une route encore longue

21 mai 2011

1er juin

15 juin

Alassane Ouattara est investi à Yamoussoukro en présence de Nicolas Sarkozy, Ban Ki-moon et une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement africains.

Le président ivoirien annonce la composition de son premier « vrai » gouvernement, avec 36 ministres et Guillaume Soro comme chef d’orchestre.

Création d’une commission d’enquête nationale sur les violences postélectorales (elles ont fait au moins 1012 morts, selon l’Onuci).

Reste Alassane Ouattara. Depuis le premier ●●● Conseil des ministres, qui s’est tenu le 4 juin, le chef de l’État s’est montré ponctuel, soucieux du détail et ouvert aux observations. « On sent, chez Ouattara et son gouvernement, une volonté de travailler », affirme Doumbia Major, président du Congrès panafricain pour le renouveau démocratique (CPR, proche de Ouattara). Le chef de l’État se montre ferme avec ses collaborateurs. Le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, arrivé avec cinq minutes de retard en Conseil des ministres, en a pris pour son grade (même s’il reste très proche du président). Le message est passé. Certains ministres et directeurs généraux éprouvent presque de la crainte devant le nouvel homme fort du pays. Voilà pour la méthode. Les ministres, eux, se sont attelés à reconstituer les mémoires saccagées de leur administration, tout en tenant à distance les anciens pro-Gbagbo, qui pourraient saper leur action. Bruno Koné, le porte-parole du gouvernement, chargé de la Poste, des Technologies de l’information et de la communication (TIC), dit avoir mis au moins un mois à retrouver une équipe opérationnelle. Gnamien Konan, à la tête de la Fonction publique, a joué de fermeté pour remettre les fonctionnaires au travail, et obtenu – à la surprise générale – qu’ils commencent leur journée à 7 h 30. « C’est un miracle, se réjouit un homme d’affaires ivoirien. Auparavant, pour trouver un fonctionnaire dans son bureau, il fallait attendre 10 heures. » N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Ouattara a dit vouloir des « institutions fortes et indépendantes ». Il a pris soin de remplacer les personnalités réputées proches de Gbagbo. Ainsi Marcel Zadi Kessy et Francis Wodié ont été nommés respectivement à la tête du Conseil économique et social et à celle du Conseil constitutionnel. Mais certains pouvoirs peinent à s’affranchir de la tutelle de l’exécutif. L’appareil judiciaire tarde ainsi à être réformé et est soupçonné d’appliquer une justice des vainqueurs : les 128 civils et militaires inculpés jusqu’à présent dans le cadre des enquêtes sur les violences postélectorales appartiennent tous au camp Gbagbo. De quoi compliquer la tâche de Charles Konan Banny, nommé début mai à la tête d’une Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation qui n’a toujours pas été officiellement installée.

Sécurité Le casse-tête

Le dossier brûlant du moment. Avec son Premier ministre, Ouattara évoque régulièrement le cas de ces 10 000 anciens combattants qu’il faut démobiliser. Il s’est évertué, ces dernières semaines, à jeter les bases de la nouvelle armée et à ramener la sécurité en Côte d’Ivoire. Le général Soumaïla Bakayoko, jusque-là à la tête des FRCI, a été fait chef d’état-major, et Ouattara a su nommer à la tête des unités et des camps militaires à la fois des ex-FAFN (Forces armées des Forces nouvelles) et des ex-FDS (Forces de défense et de sécurité, sous Laurent Gbagbo). JEUNE AFRIQUE

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SIA KAMBOU/AFP

ISSOUF SANOGO/AFP

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27 juin

7 juillet

5 août

9 août

L’Union européenne lève les dernières sanctions qui frappaient des entreprises ivoiriennes. Le 8 juillet, le FMI reprend le décaissement de ses aides.

Nomination des principaux chefs de l’armée. Soumaïla Bakayoko devient le nouveau chef d’état-major. Le général Deto Leto est fait chef d’état-major adjoint.

La rue Princesse à Yopougon (Abidjan) est rasée dans le cadre de l’opération Pays propre.

Adoption d’une charte d’éthique des membres du gouvernement.

À Abidjan, les commissariats et brigades de gendarmerie, occupés par les FRCI, ont été rétrocédés (non sans difficulté, il est vrai) aux policiers et aux gendarmes. Mais les mêmes FRCI font toujours la loi dans le reste du pays. Le processus se complique encore dans l’Ouest, terreau des milices favorables à l’ancien président, et la porosité de la frontière avec le Liberia n’arrange rien. L’Organisation des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) y a d’ailleurs installé huit nouvelles bases courant juillet. Pas de réelle amélioration dans le Nord non plus. « Ici, c’est le statu quo, résume un journaliste de Bouaké. Les dix comzones, qui ont acquis de nouvelles responsabilités dans le Sud, règnent en maîtres. Leurs hommes continuent de tout contrôler en dépit de la dissolution officielle de la centrale, la caisse noire des FN. » Récemment, des camionneurs ont observé un arrêt de travail à Bouna pour protester contre les taxes officiellement supprimées mais toujours prélevées par les hommes du commandant Morou Ouattara. D’une manière générale, la sécurité est loin d’être revenue sur l’ensemble du territoire ivoirien. « C’est véritablement le talon d’Achille de Ouattara, observe un responsable de l’Onuci. Le président est face à un dilemme : il ne doit pas se mettre à dos les ex-FAFN, dont les méthodes sont expéditives, mais il doit agir contre elles, et vite, pour ne pas subir le courroux de la population. » Rien qu’en juillet, l’Onuci a dénombré 28 exécutions sommaires, « la plupart commises par les JEUNE AFRIQUE

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FRCI », selon Guillaume Nguefa, responsable de la division des droits de l’homme de l’Onuci. Et puis il y a la propre sécurité d’Alassane Ouattara. La résidence présidentielle de Cocody, détruite par les bombardements, n’est pas encore habitable. Le chef de l’État a donc entrepris quelques travaux pour sécuriser son domicile, installé non loin du Golf Hôtel : clôtures plus hautes, maison mitoyenne annexée, route bloquée, et des Casques bleus et des FRCI pour monter la garde.

Diplomatie Côte d’Ivoire is back

« Alassane Ouattara a très vite opté pour la diplomatie de proximité, qui est en réalité la diplomatie sécuritaire », souligne Émile Kouassi, diplomate ivoirien, spécialiste de la coopération au développement. De fait, il a beaucoup voyagé. Le 12 mai, il était au Sénégal chez son « père spirituel », Abdoulaye Wade, Rien qu’au mois de juillet, qui l’a soutenu contre Laurent l’Onuci a dénombré Gbagbo. Quatre jours plus tard, direction Ouagadougou chez 28 exécutions sommaires. son « frère », Blaise Compaoré, puis Monrovia, le 16 juillet, pour rencontrer Ellen Johnson-Sirleaf. Le 1er août, enfin, il était au Nigeria chez Goodluck Jonathan. Objectifs de ces voyages à répétition : rétablir les relations de confiance entre la Côte d’Ivoire et ses voisins, et remercier ceux qui ont pris fait et cause pour lui pendant la crise. Mission accomplie. Ouattara a même N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Afrique subsaharienne réussi à rallier à sa cause le Ghanéen John AttaMills, soutien traditionnel de Laurent Gbagbo, qui était lui aussi à Yamoussoukro le 21 mai. Atta-Mills a joué un rôle décisif dans le retour en Côte d’Ivoire d’officiers favorables au président déchu qui, comme le colonel-major Boniface Konan, avaient trouvé refuge à Accra. Ouattara lui a demandé de garder un œil sur les 3 000 soldats pro-Gbagbo qui, pour la plupart, sont au Ghana et que la presse ivoirienne accuse régulièrement de fomenter des coups d’État. Le président ivoirien a pardonné à l’Union africaine (UA) ses hésitations à trancher en sa faveur. Fin juin, il a été l’une des « stars » du sommet organisé à Malabo (Guinée équatoriale). Les tractations en vue de la normalisation des relations avec le Sud-Africain Jacob Zuma et l’Angolais José Eduardo dos Santos, soutiens affichés de Laurent Gbagbo, sont en cours. Petit nuage dans le ciel bleu des succès diplomatiques : le malaise croissant entre l’Onuci et des organisations internationales de défense des droits de l’homme d’une part, et le gouvernement de l’autre. Au centre de la tourmente : les exactions répétées et le racket auquel se livrent encore des éléments des FRCI. Interrogé, le ministre des Droits de l’homme, Gnénéma Coulibaly, ne cache pas son agacement face aux accusations : « Nous ne sommes pas dans une situation normale ou totalement normalisée. Ceux qui portent des treillis ne sont pas tous des FRCI, tout comme tous les corps retrouvés ne sont pas des victimes des FRCI. Il faut traiter avec beaucoup plus de prudence ces accusations. »

Économie Du carburant pour relancer la machine

La fine pluie de 360 milliards de F CFA (près de 550 millions d’euros) tombée du ciel français et européen après la chute de Laurent Gbagbo a permis de financer des projets urgents : enlèvement des ordures ménagères, réhabilitation des routes, gratuité de certains soins médicaux, paiement d’une partie de la dette intérieure… Les fonctionnaires, qui cumulaient des arriérés de salaire, ont pu être payés ; l’électricité et l’eau courante ont été rétablies dans certains quartiers d’Abidjan. La levée des sanctions de l’Union européenne (UE) a permis d’oxygéner des entreprises au bord de l’asphyxie. Et puis une bonne surprise en matière de recettes fiscales: l’État, qui ne pensait pouvoir tabler que sur 213 milliards de F CFA, a finalement pu mobiliser 284 milliards de F CFA au deuxième trimestre de cette année. Une performance obtenue notamment grâce aux efforts de l’équipe emmenée par Charles Diby Koffi, ministre de l’Économie et des Finances. Madani Tall, directeur des opérations à la Banque mondiale, estime que « les faits sont là pour rappeler à tous ceux qui ont foi en la Côte d’Ivoire que l’espoir n’est pas mort ». Pour sortir N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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ALEX WEBB/MAGNUM PHOTOS

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 PENDANT LES CINQ MOIS QU’A DURÉ LA CRISE POSTÉLECTORALE, les activités du port d’Abidjan étaient quasiment à l’arrêt.

Au chevet de la Côte d’Ivoire (aides ou promesses d’aide, en milliards de F CFA) AGENCE FRANÇAISE DE DÉVELOPPEMENT

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UNION EUROPÉENNE

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FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL

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BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT ET BANQUE MONDIALE

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le pays de la récession (– 7 % au premier trimestre 2011), Ouattara a présenté sa feuille de route : exonération de 32 milliards de F CFA d’impôts au bénéfice du privé ; aide aux petites et moyennes entreprises à hauteur de 40 milliards de F CFA et création de un million d’emplois en cinq ans. Résultat: même si les investisseurs hésitent encore à s’engager, plusieurs entreprises occidentales ont mené des missions d’exploration dans le pays. Les grands bailleurs de fonds internationaux ont tous recommencé à aider la Côte d’Ivoire, et les efforts croisés devraient permettre au pays d’atteindre le point d’achèvement de l’Initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) dès mi-2012. En attendant, certains projets emblématiques, commelaconstructiondutroisièmepontàAbidjan, devraient débuter avant la fin de l’année, tandis que ceux lancés par Laurent Gbagbo (comme la construction d’un Sénat, qui n’existe pourtant pas dans la Constitution ivoirienne, ou la construction d’un palais présidentiel à Yamoussoukro) ont été stoppés. Symbolique également, la fermeture pour réhabilitation des cités et campus universitaires, temples de la très gbagboïste Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), et l’interdiction des syndicats d’élèves. Cinq mois après la chute de Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire est au milieu du gué. L’administration est retournée au travail, l’activité économique a repris et la situation sécuritaire s’est, par endroits, améliorée. Mais dans le même temps, des nominations à la tête de l’État et des entreprises publiques ont été faites sur la base du remerciement partisan et hypothèquent pour l’instant les chances d’une réconciliation sincère. Au final, la Côte d’Ivoire espère la fin de l’impunité dont jouissent les FRCI mais redoute que, à l’approche des législatives, le climat politique dégénère de nouveau. ● JEUNE AFRIQUE

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MALI

La rébellion orpheline Longtemps financé par Kaddafi, le chef de guerre Ibrahim Ag Bahanga s’est tué, le 26 août, sur une piste du nord du pays.

ce qui lui vaudra la rancune tenace du médiateur algérien. Après une déconvenue militaire (l’armée démantèle sa base de Tigharghar, en novembre 2009, provoquant la débâcle de ses troupes et son exil tripolitain), Ibrahim Ag Bahanga était revenu à Tin-Essako, attendant l’opportunité de rameuter ses troupes.

C

DOMINIQUE DERDA/FRANCE 2/CORBIS

était le 26 août, trois jours après la chute de Tripoli et la déchéance ARSENAUX LIBYENS. La chute de de son parrain, Kaddafi coïncide avec le retour au Mouammar Kaddafi. Ce jour-là, Mali d’un grand nombre des fidèles Ibrahim Ag Bahanga, 41 ans, enfant de Bahanga, partis sur le front libyen terrible de l’Azawad (région sahécombattre aux côtés des loyalistes. lienne du Mali), rebelle depuis un Ils sont revenus avec des dizaines de pick-up récupérés dans les arsequart de siècle, se tue au volant naux de la défunte Jamahiriya et une d’un pick-up sur une piste de la région de Tin Essalak (Nord-Est). partie des armes parachutées par C’est là qu’il s’était établi depuis la France sur le Djebel Nefoussa. qu’il était rentré de ses deux années Qui va hériter de cet armement ? d’exil libyen. Servira-t-il à une nouvelle rébellion Mais sa disparition ne fait pas ou sera-t-il revendu aux djihadistes que des malheureux, y compris d’Al-Qaïda au Maghreb islamique dans les trois grandes régions (Aqmi) ?  APRÈS L’ATTAQUE DE SA BASE DE TIGHARGHAR il y a deux du nord du Mali (Gao, Kidal et Traditions musulmanes et chaans, Ag Bahanga avait trouvé refuge en Libye. Tombouctou). Là-bas, même les leur caniculaire obligent, le défunt Touaregs s’étaient lassés des sautes a été enterré dans les heures qui d’humeur de l’imprévisible Bahanga et l’armée malienne, en 1996, à celui de ont suivi son décès, ce qui a alimenté les de ses rébellions successives. Cet ancien lieutenant après une mutinerie avec prise spéculations autour des circonstances de de la Légion verte (bataillon de l’armée d’otages, en décembre 2000. En 2002, il sa mort. Toutefois, l’essentiel est ailleurs : libyenne composé de Touaregs aspirant à obtient que Tin-Essako, son village natal, Bahanga sera difficile à remplacer pour la nationalité libyenne) exerçait en outre devienne officiellement une commune l’irrédentisme touareg. Les autorités ne une emprise sur les jeunes de Kidal et de malienne et se fait élire conseiller munitiennent pas à faire étalage de leur satisMénaka, qu’il abreuvait d’un discours cipal sur une liste de l’Alliance pour la faction, mais, pour Bamako, la disparition démocratieauMali(Adema, indépendantiste, farouchement hostile parti proche de la majorité aux Noirs. « Les Bambaras ont envahi Il s’était attiré le courroux du notre espace, Bamako nous étouffe », présidentielle et soutien au médiateur algérien en refusant de aimait-il à répéter. présidentAmadouToumani Il est vrai que la bohème révolutionTouré). signer les accords de paix en 2006. naire avait plutôt profité à cet ancien Armé et financé par berger de l’Adrar des Ifoghas, région située Kaddafi, Bahanga rallume la flamme de la de cet interlocuteur imprévisible, qui avait aux confins du Mali, près de la frontière rébellion en mai 2006. Il se démarque des la mort de nombreux soldats maliens sur avec l’Algérie. Elle lui avait valu de nomautres mouvements rebelles touaregs en la conscience, n’est pas forcément une breuses gratifications : passer du grade refusant d’apposer sa signature au bas des mauvaise nouvelle. ● de caporal lors de son intégration dans accords d’Alger, conclus en juillet 2006, CHERIF OUAZANI

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Afrique subsaharienne

TRIBUNE

VINCENT FOURNIER/J.A.

Éd ABDOULAYE BIO-TCHANÉ Président de la société de conseil ACI et ancien président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD)

Pour que l’Afrique puisse nourrir ses enfants

L

E MONDE EST UNE FOIS ENCORE interpellé pour éviter une tragédie humaine en Afrique. Plus de 20 millions de personnes sont en danger de mort dans l’est du continent. En 2008, le monde et l’Afrique avaient déjà été secoués par une crise alimentaire – jamais résolue d’ailleurs, puisque, depuis, tous les experts sont unanimes pour dire que les prix des produits alimentaires ne baisseront plus à leur niveau d’avant la crise. De même, il est maintenant avéré que, tous les cinq ou six ans, des sous-régions entières seront frappées par des sécheresses ou des inondations. Et si l’aide est nécessaire, elle n’est pas la solution. Malgré des millions d’hectares de terres arables disponibles, un potentiel hydrique incroyable, une main-d’œuvre jeune et abondante et un climat en général favorable, notre production agricole ne suffit pas à nourrir nos populations. L’Afrique importe encore pour 33 milliards de dollars (près de 23 milliards d’euros) par an de produits alimentaires, notamment du blé, du riz et du maïs. Si la tendance reste inchangée, les perspectives iront en empirant. Selon des statistiques récentes, l’Afrique devra, dans les années à venir, nourrir près de 20 millions de personnes supplémentaires par an, soit environ 1 milliard d’habitants en plus à l’horizon 2050. Une véritable révolution agricole s’impose donc et devra reposer sur cinq piliers.

est réduite de plus de 40 % et les populations ont très peu accès à l’eau, aux transports et à l’énergie. Seuls 10 % des ressources énergétiques sont exploitées en Afrique alors que le potentiel du continent est immense. Les autres énergies renouvelables (la biomasse, la géothermie et l’éolien) restent peu explorées. Pour rattraper son retard et atteindre ses objectifs de développement au cours des dix prochaines années, l’Afrique devra chaque année dépenser 93 milliards de dollars en infrastructures, dont près de la moitié seront électriques.

1. La réforme foncière. L’un des maillons essentiels du potentiel agricole de l’Afrique est la terre. La réforme foncière à opérer impose aux 54 États africains d’adopter une législation rurale fondée sur le recensement des terres, leur immatriculation, leur sécurisation face aux prédateurs fonciers. Il y a lieu alors d’harmoniser les textes législatifs afférents aux expropriations.

tructures, de la recherche agronomique et les réformes sont plus facilement réalisables à l’échelle d’une sous-région ou du continent.

4. L’accroissement des ressources budgétaires. L’émergence d’une volonté manifeste d’accroître les ressources à allouer à l’agriculture devient peu à peu une réalité et mérite d’être soutenue. Il faut accroître les allocations budgétaires du secteur agricole pour les porter des 5 % actuels aux 10 % décidés depuis 2004 par les chefs d’État de l’Union africaine, à Maputo. 5. La mutualisation des efforts. Tout ce qui précède sera réalisé plus efficacement et à moindre coût si cela est fait dans un cadre plus intégré, au sein duquel les États unissent leurs efforts et leurs ressources. Le développement des infras-

Le continent comptera 1 milliard d’habitants en plus en 2050. Une véritable révolution agricole s’impose.

2. La modernisation de l’agriculture. Il faut moderniser ce secteur rapidement en généralisant la motorisation et la mécanisation, en introduisant de meilleures semences, en vulgarisant l’utilisation des engrais et des intrants, et en facilitant l’accès au crédit rural. 3. L’amélioration des infrastructures. Le mauvais état des équipements coûte chaque année deux points de croissance à l’Afrique. La productivité N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Évidemment, rien de tout cela n’est nouveau, irréalisable ou utopique. Ces pistes sont, au moins pour partie, régulièrement évoquées dans les discours des dirigeants africains et recommandées par les experts. Mais nous avons pour cela besoin d’un vrai leadership. Il faut que nous ayons le courage de nous libérer des arbitrages de court terme et des contraintes électoralistes pour avancer résolument vers la fin de cette tragédie. L’Afrique, les États africains, les citoyens africains sont face à leur destin. Ils doivent l’assumer pour que, au moment où nous célébrons l’an un de ce nouveau cinquantenaire, le continent commence enfin à nourrir ses populations. ● JEUNE AFRIQUE

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SEYLLOU DIALLO/AFP

Ý ABDOULAYE WADE (ici en 2005, à dr.) a longtemps soupçonné Yahya Jammeh de soutenir les rebelles hostiles à son régime.

SÉNÉGAL-GAMBIE

Lune de miel préélectorale

Autrefois difficiles, souvent tendues, les relations entre Dakar et Banjul sont aujourd’hui au beau fixe. Retour sur un rapprochement inattendu, à quelques mois des scrutins présidentiels.

A

bdoulaye Wade a perdu un ami en lâchant Mouammar Kaddafi. Mais il en a retrouvé un autre en se rappelant au bon souvenir de Yahya Jammeh. Alors que les relations entre leurs deux pays ont oscillé, depuis onze ans, entre fortes tensions et timide coopération, les présidents sénégalais et gambien ont récemment effectué un spectaculaire rapprochement. Il y a d’abord eu cet intense ballet diplomatique : le séjour à Dakar de la viceprésidente gambienne, en février ; les missions à Banjul de plusieurs ministres sénégalais, en avril et en mai… Puis il y a eu l’annonce de la mise en place d’un secrétariat permanent sénégalo-gambien destiné à « booster » la coopération entre les deux États. Et enfin la venue de Wade en personne à Banjul, le 16 août. Cejour-là,aupalaisdeYahyaJammeh,le président sénégalaisn’apas caché la raison de sa visite : « J’ai fait ma part pour mettre fin à la crise en Casamance, en vain. Le Sénégal et la Gambie sont un seul peuple, c’est pourquoi je veux que mon frère, le président Jammeh, intervienne pour qu’il JEUNE AFRIQUE

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y ait la paix en Casamance. » À ses côtés, le président gambien pouvait pavoiser. Pour celui qui avait été écarté comme un malpropre des négociations avec le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) dès l’arrivée de Wade au pouvoir, en 2000, c’est une belle revanche. CARGAISONS D’ARMES. Ce rapproche-

la politique intérieure des deux pays. À un moment où les deux présidents remettent en jeu leur mandat – le 24 novembre pour Jammeh, le 26 février pour Wade –, la question casamançaise devient en effet urgente. Depuis deux ans, les attaques rebelles se sont multipliées et la stratégie de Wade est un échec. « Il a écarté la Guinée-Bissau et la Gambie des pourparlers, explique le politologue Babacar Justin Ndiaye, spécialiste du conflit casamançais. Aujourd’hui, il est obligé de revoir sa stratégie. Il a besoin des voisins pour trouver la paix et entrer dans l’Histoire. » Le temps presse. La Casamance pourrait peser sur les résultats de l’élection présidentielle. Depuis plusieurs mois, les rebelles menacent d’empêcher les électeurs de se rendre aux urnes le 26 février. Or, pour « Gorgui », la Casamance, un des rares bastions du Parti démocratique sénégalais (PDS), est un pion essentiel. En 2009, Ziguinchor est la seule grande ville à avoir élu un de ses hommes – et pas n’importe lequel : Abdoulaye Baldé, qui fut secrétaire général de la présidence durant huit ans et qui est un proche de Karim Wade. À Dakar, de nombreux observateurs s’irritent de cette soudaine collaboration. « Comment peut-on faire confiance à Jammeh ? dénonce un ancien diplomate sénégalais. Tout le monde sait qu’il aide la rébellion. » Dans l’entourage de Wade, on rappelle cependant que, depuis son rapprochement avec Jammeh, les troupes de Salif Sadio – que le président gambien est accusé d’héberger – se font plus discrètes. « Normal, explique un spécialiste. Jammeh

ment s’est accéléré à la suite de l’affaire des armes iraniennes. L’histoire avait défrayé la chronique en octobre 2010, après que les autorités portuaires du Nigeria avaient « Wade a besoin de ses découvert des cargaisons voisins pour ramener la paix d’armes en provenance en Casamance. » d’Iran et destinées à la State House Kanilaye – le palais BABACAR JUSTIN NDIAYE, politologue de Jammeh. Cette nouvelle aurait pu entraîner le gel des relations aussi, à l’approche de l’élection, a besoin diplomatiques entre Dakar – où l’on croit d’un retour au calme. » Pour lui, qui règne dur comme fer que ces armes étaient desd’une main de fer sur le pays, la victoire tinées aux rebelles du MFDC – et Banjul. ne fait guère de doute. « Mais il a besoin Mais c’est finalement avec Téhéran que de la reconnaissance de la communauté les deux États « frères » ont rompu. internationale, poursuit un diplomate. Il doit montrer patte blanche pour obtenir Paradoxalement, l’enjeu de ce réchauffement diplomatique est à chercher dans leur imprimatur. » ● RÉMI CARAYOL N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Ý NOMMÉ FIN 2009, LE CHEF DU GOUVERNEMENT avoue être plus à l’aise en treillis qu’en politique.

qui n’a rien à voir, on traîne. J’en veux à la SADC ! Pourquoi ne pas accepter le retour de Ravalomanana, puisque c’est le point d’achoppement ? GRÉGOIRE POURTIER/AFP

En tant que citoyen, c’est son droit de revenir dans son pays. Mais on dit que le moment n’est pas opportun pour son retour. Il pourrait y avoir des dérapages. On vous dit « indispensable » à Andry Rajoelina…

Camille Vital « J’en veux à la SADC! » Le Premier ministre malgache en est convaincu : c’est à cause de la médiation de la Communauté pour le développement en Afrique australe (SADC) que la transition s’éternise. Interview.

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amille Vital n’est pas des plus bavards.Anciencolonelrécemmentfaitgénéral,ilaendosséles habits de Premier ministre il y a vingt mois. Depuis, celui qui a la main sur lesforcesarméesestconsidérépardenombreux observateurs comme indispensable à Andry Rajoelina, le président de la Haute Autorité de la transition (HAT). Il avoue toutefois ne pas se sentir très à l’aise dans ce marigot politicien. « Je suis mieux en treillis », confie-t-il. Guidé par sa mission, il acependantacceptédejouerlesdiplomates ces derniers jours. Après un séjour à New York, où il s’est entretenu avec le secrétaire général adjoint aux affaires politiques des Nations unies, Lynn Pascoe, il s’est rendu à Paris, où il a été reçu par le conseiller Afrique de Nicolas Sarkozy, André Parant, et par le ministre de la Coopération, Henri de Raincourt, avant de faire un détour par Bruxelles pour y rencontrer le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. « On fait un peu de lobbying », reconnaît-il, tout en constatant que Marc Ravalomanana, le président déchu, est dans ce domaine bien plus actif. JEUNE AFRIQUE: Pourquoi tous ces déplacements ? CAMILLE VITAL : Pour accélérer le pro-

cessus. Notre souhait est d’organiser N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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des élections cette année. On l’a promis à la population. Malheureusement, la médiation de la Communauté pour le développement en Afrique australe est un obstacle. Cela va faire trois ans que nous sommes en crise. Les retombées sont lourdes et les Malgaches sont fatigués.

Je suis mal placé pour répondre à cette question. On m’a confié une mission, je l’assume tant bien que mal. Ce n’est pas facile. Quels sont les termes de cette mission ?

Je ne vous dirais pas que j’ai un savoirfaire exceptionnel en la matière. Je suis là pour gérer la transition, assurer la sécurité et arriver à des élections et à la mise en place de la IVe République. Quel regard portez-vous sur les acteurs politiques ?

Lapolitiqueestunesciencecompliquée, mais je n’irai pas plus loin. Je ne voudrais pas énerver les hommes politiques

Un retour de l’ex-président Ravalomanana n’est pour l’instant pas opportun. Est-ce uniquement la faute de la SADC si la feuille de route, paraphée en février par huit entités politiques qui constituent aujourd’hui votre gouvernement, n’a toujours pas été validée officiellement ?

Nous avons signé une feuille de route selon laquelle un Premier ministre de consensus devait être désigné. J’ai été retenu. On a suivi les procédures. Il fallait désigner des membres de gouvernement d’union. On y trouve toutes les entités politiques, dont des anciens partisans de Ravalomanana. Il ne manque que les trois mouvances [des anciens présidents Marc Ravalomanana, Albert Zafy et Didier Ratsiraka]. Mais la feuille de route n’est toujours pas signée ! En Libye, on commence à reconnaître le Conseil national de transition alors que dans le cas malgache,

malgaches. Ils ne sont déjà pas contents quand je leur dis qu’ils devraient faire passer l’intérêt de la nation avant leurs propres intérêts… Comment sont vos relations avec Rajoelina ?

Elles sont très bonnes. On dit que la valeur n’attend pas le nombre des années. Il en est la preuve. C’est un homme très déterminé. Quand je lui ai dit que je pensais qu’il faudrait limiter à deux le nombre de mandats présidentiels, il m’a dit : « Deux ? C’est trop. Un suffit. » Vous voterez pour lui ?

Je le soutiendrai. C’est lui qui m’a sorti du trou. ● Propos recueillis par RÉMI CARAYOL JEUNE AFRIQUE

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Coulisses

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PRÉSIDENTIELLE AU CAMEROUN

Une date, enfin!

Après de longues semaines d’incertitude, l’élection a été fixée au 9 octobre prochain.

IRRITÉS. Le décret indique par ailleurs

que les candidats ont cinq jours pour se faire enregistrer auprès d’Elections Cameroon (Elecam), chargé d’organiser le scrutin. Certains candidats risquaient fort de ne pas obtenir leur certificat de dépôt de dossier, car rien n’indiquait que les administrations resteraient effectivement ouvertes le samedi et le dimanche. Mais les plus mécontents restent les militants du Social Democratic Front (SDF), obligé de désigner un candidat dans l’urgence, le 3 septembre. Ce calendrier a au moins le mérite de lever le mystère autour de la candidature du président Paul Biya, 78 ans, dont près de vingt-neuf au pouvoir. Son mandat à la tête du parti ayant été prorogé en juillet, il demeure le candidat naturel du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Et le congrès du parti se tiendra les 15 et 16 septembre, soit après la clôture du dépôt des candidatures. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM JEUNE AFRIQUE

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HENRY CHUKWUEDO/AFP

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ls ne décolèrent pas, les leaders de l’opposition, depuis la convocation de la présidentielle pour le 9 octobre prochain. Alors qu’ils réclamaient depuis plusieurs semaines une date pour ce scrutin à un seul tour visant à désigner pour sept ans le nouveau président de la République, les circonstances de l’annonce et les problèmes qu’elle pose en irritent plus d’un. D’abord, la convocation du corps électoral est survenue le 30 août, un des deux jours fériés marquant la fin du ramadan. Or cette convocation marque également la fin du processus d’inscription sur les listes électorales. Dans certains bureaux, les inscriptions ont pris fin le jour même, comme l’exige la loi, alors que le décret indiquait qu’elles se poursuivraient jusqu’au 31. Et même quand les bureaux sont restés ouverts, nombreux sont ceux qui n’ont pas pu s’inscrire.

NIGERIA AL-QAÏDA CONNECTION Longtemps, le Nigeria a sous-estimé Boko Haram. Écarté la possibilité que la secte islamiste, installée dans le nord du territoire, ait des liens avecAl-Qaïda. Pensé qu’une répression violente suffirait à stopper les attaques, en recrudescence depuis 2010. Mais l’attentat perpétré le 26 août contre le siège des Nations unies à Abuja (23 morts, plus de 80 blessés) et l’identification de son cerveau présumé (Mamman Nur, un

KENYA LA CPI N’Y CROIT PAS La Cour pénale internationale (CPI) a rejeté, le 30 août, le recours du Kenya, qui se disait prêt à juger les responsables soupçonnés d’avoir joué un rôle dans les violences postélectorales de 2007. Nairobi n’ayant pas apporté la preuve qu’une véritable enquête était en cours, les présidentiables William Ruto et Uhuru Kenyatta, le journaliste Joshua Arap Sang, le député Henry Kosgey, l’ex-chef de la

élément de Boko Haram récemment revenu de Somalie) ont de nouveau mis à mal les certitudes nigérianes, déjà ébranlées par l’attentat qui avait visé, en juin, le QG de la police dans la capitale. Cinq jours plus tôt, deux suspects présentés comme de hauts responsables de Boko Haram avaient été arrêtés. Les services secrets ont affirmé qu’ils avaient « fait des déclarations de valeur » et que « la sécurité avait de nouveau été relevée àAbuja et dans ses environs ». Cela n’aura pas suffi. ●

Fonction publique Francis Muthaura et le major général Hussein Ali doivent être entendus à La Haye en septembre. SOUDAN FRÈRES ENNEMIS Le Soudan a annoncé, le 30 août, avoir déposé plainte contre le Soudan du Sud auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. Il accuse son tout nouveau voisin de soutenir des mouvements rebelles dans le Sud-Kordofan, où de violents incidents ont éclaté en juin. Cette province située à la lisière des

deux États est la seule qui dépende du Nord et qui soit productrice de pétrole. BÉNIN POUR EN FINIR AVEC LA CORRUPTION Réunis en session extraordinaire, les députés ont adopté, le 30 août, une loi anticorruption. Le texte patientait depuis des mois sur le bureau de l’Assemblée nationale, mais l’opposition s’inquiète des amendements qui pourraient être apportés. Est prévue la création d’une Autorité nationale de lutte contre la corruption. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Maghreb & Moyen-Orient

INTERVIEW

Kamel Morjane

« La démocratie ne s’invente pas » Bien que contesté en raison de ses liens avec l’ancien régime, l’ex-ministre des Affaires étrangères de Ben Ali estime qu’il a un rôle à jouer sur la nouvelle scène politique tunisienne. Et s’en explique.

passant par Kinshasa, mais également à Genève, où il a représenté la Tunisie auprès de l’office de l’ONU et présidé l’organe de règlement des différends et le comité des affaires administratives et financières de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Rappelé à Tunis en 2005, il est nommé ministre de la Défense, puis prend la tête des Affaires étrangères en janvier 2010. Après la révolution du 14 janvier 2011, il est reconduit à son poste dans le gouPropos recueillis à Tunis par FRIDA DAHMANI vernement provisoire de Mohamed Ghannouchi, mais est contraint à la uriste de formation, diplômé démission sous la pression de la rue. Sicediplomatedecarrièreestunefigure de l’Institut de hautes études internationales de Genève appréciée sur la scène internationale, où (IHEI), de l’université du il compte de nombreux soutiens, il est Wisconsin et de l’Académie plutôt contesté en Tunisie, où certains de droit international de lui reprochent une lointaine parenté avec La Haye, Kamel Morjane revendique Ben Ali – il a épousé la fille d’un cousin ses racines destouriennes et revient sur de l’ex-raïs –, ses liens avec les ÉtatsUnis et, surtout, d’avoir siégé au bureau la scène politique à la tête d’un nouveau politique du Rassemblement constiparti, El-Moubadara (« l’initiative »), qu’il tutionnel démocratique (RCD, ex-parti au pouvoir). Fédérateur, il veut rassembler les À 63 ans, ce père de deux Tunisiens autour d’un projet enfants tente aujourd’hui de se positionner dans le d’inspiration destourienne. nouveau paysage politique du pays. Se disant fédérateur, Kamel a fondé avec des jeunes des régions, entre autres. Ses fonctions à l’ONU, notamMorjane veut rassembler autour d’un ment au Haut-Commissariat pour les projet d’inspiration destourienne, un réfugiés (HCR), qu’il a intégré dès 1977, courant auquel beaucoup de Tunisiens l’ont conduit de Djibouti au Caire en sont sensibles. Bien qu’étant inéligible,

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il contribue, par sa personnalité et son expérience, à donner de la crédibilité à son parti dans la perspective de l’élection de la Constituante, le 23 octobre. JEUNE AFRIQUE : Où en êtes-vous huit mois après le 14 janvier ? KAMEL MORJANE : En tant que démo-

crate convaincu, je suis heureux des mutations que vit le pays, des débats qui s’installent. Le parti El-Moubadara, dont je suis le fondateur, travaille à partir des données et des demandes de cette nouvelle Tunisie, tout en étant ancré dans JEUNE AFRIQUE

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Maghreb Moyen-Orient

ONS ABID POUR J.A.

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 Diplomate de carrière, KAMEL MORJANE est très apprécié dans les instances internationales, où il compte de nombreux soutiens.

un terreau destourien progressiste. Beaucoup pensent que le 14 janvier a été le fruit d’un concours de circonstances. Croyez-vous en la révolution tunisienne ?

J’y crois dans la mesure où le peuple s’est exprimé et a enclenché une dynamique irréversible ; la Constitution, fondement de la République, a été abrogée, et les institutions opèrent leurs réformes. Ce sont là des éléments propres JEUNE AFRIQUE

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à une révolution, d’autant que le RCD, la Chambre des députés et celle des conseillers ont été dissous. Vous avez été membre du RCD. Quels étaient vos liens avec ce parti ?

Tout d’abord, je m’inscris, comme mon père, dans une tradition destourienne, et c’est à elle que je me réfère. Je ne suis revenu en Tunisie qu’en 2005, pour mettre mes compétences au service du pays. J’ai longtemps travaillé à l’étranger, loin

des couloirs du RCD et des pressions. Certes, comme l’immense majorité des Tunisiens, j’ai une part de responsabilité, ne serait-ce que par mon silence, mais il ne faut pas occulter l’impuissance, surtout dans les dernières années, des hauts responsables face à l’ancien régime. Quant au RCD, il faut que cela soit dit : cela faisait longtemps qu’il n’était plus l’ogre que l’on décrit ; c’était une coquille vide, dans la mesure où il n’était plus le centre de décisions. Tout se décrétait entre quelques personnes au palais de Carthage. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Maghreb Moyen-Orient La révolution a révélé de profondes fractures sur les plans politique et social. Une réconciliation nationale est-elle possible ?

Quelle que soit la responsabilité des uns et des autres, si on veut la démocratie, on ne peut rester dans l’exclusion. Certes, on doit demander des comptes et laisser la justice accomplir sereinement sa tâche. Mais on ne peut ignorer les avertissements et appels d’intellectuels, de militants des droits de l’homme, de juristes quant à la nécessité d’une réconciliation nationale. Les hommes politiques, même les plus modérés, ont

Les islamistes doivent clairement expliciter leurs orientations. fait l’expérience de l’exclusion, en ont souffert, savent l’impact qu’elle peut avoir et les fissures qu’elle crée dans une société. Construire un avenir n’est possible qu’en réunissant toutes les forces et les compétences du pays. Un parti implique une vision et un programme. Que proposez-vous pour la Tunisie ?

Notre avenir réside dans la compétition et dans la compétitivité afin d’atteindre le niveau de pays émergents tels que le Brésil et l’Argentine. Nous pouvons faire la différence avec l’élément humain, mais il est clair que le capital n’a pas de sentiment et que nous devons cesser de nous appuyer sur l’État-

Bio express 9 mai 1948

Naissance à Hammam Sousse 1977

Intègre le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés 1990

Directeur du HCR pour l’Asie du Sud-Est, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient 1996

Représentant permanent de la Tunisie auprès de l’office de l’ONU, à Genève 1999

Représentant spécial du directeur général de l’ONU pour la RD Congo 2005

Ministre de la Défense 2008

Siège au comité central du RCD 2010

Ministre des Affaires étrangères, intègre le bureau politique du RCD 27 janvier 2011

Démissionne du gouvernement provisoire 1er avril

Son parti, El-Moubadara, voit officiellement le jour

providence, bien que le rôle de ce dernier soit toujours stratégique. Sur le plan économique, nous ne pouvons faire moins que de nous inscrire dans une économie de marché avec une approche régionale et continentale soutenue et le

DANS LA LIGNÉE DE KHEIREDDINE « J’AURAI CERTAINEMENT UN RÔLE, mais pas nécessairement de premier plan », déclarait Kamel Morjane en quittant le premier gouvernement Ghannouchi, le 27 janvier. C’est donc fort logiquement qu’il fonde El-Moubadara (« l’initiative »), qui a obtenu son visa le 1er avril 2011. Son parti se positionne comme réformiste, dans la lignée de Kheireddine Pacha (XIXe siècle), à qui la Tunisie doit ses institutions ainsi que le cadre juridique protégeant les individus en tant que citoyens à part entière. El-Moubadara affirme soutenir toute action visant l’unité des forces et des compétences pour mener le pays à bon port : « Nous sommes prêts à coopérer avec n’importe qui et n’importe quel parti, souligne Morjane, à condition qu’il partage les valeurs républicaines. Il n’est pas normal que la situation politique en Tunisie soit aussi segmentée. Il faut bien que nous nous accordions sur les points essentiels et formions des coalitions. » ● F.D. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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développement de technologies à forte valeur ajoutée. Par expérience, je suis convaincu que le dialogue Sud-Sud et l’ouverture sur l’Afrique seraient porteurs pour l’économie. L’Europe reste un partenaire privilégié, mais la Tunisie en est trop dépendante, puisqu’elle réalise avec elle 75 % à 80 % de ses échanges. À ce fait économique, on peut ajouter la déception par rapport au statut avancé avec l’Union européenne [UE]. Depuis le 14 janvier, on s’attendait à un progrès sur ce dossier puisque la révolution a enclenché la mise en place d’un processus démocratique et que les conditions de l’UE étaient ainsi remplies. L’émergence des islamistes a abouti à une redistribution des cartes. Quel est votre avis sur la montée en puissance du parti Ennahdha ?

Les idéologies extrêmes n’apportent rien de bon. Les partis islamistes ne sont pas convaincants sur l’essence même d’un islam d’ouverture et d’avenir. Par ailleurs, il est bien difficile de traiter avec des personnes ou un parti qui ne se réfèrent qu’à un seul livre. Cela dit, il ne faut pas non plus tomber dans l’exclusion, mais demander aux responsables islamistes d’expliciter clairement leurs orientations en évitant le double langage. Il s’agit de construire la Tunisie. C’est une responsabilité collective. Chacun doit jouer son rôle, mais aussi travailler avec les autres. Une démocratie ne s’invente pas, elle se pratique dans le respect d’autrui et des lois. Les institutions ont été ébranlées par la révolution et certaines sont dans l’obligation de se réformer. Quelles sont les priorités ?

Les réformes sont nécessaires et même urgentes, mais il s’agit d’abord de retrouver un équilibre. La période de remous que nous traversons est une étape obligatoire, mais on met en péril nos institutions en nous éternisant dans le provisoire. Il faut que le gouvernement retrouve une légitimité au plus vite, pour sa crédibilité tant nationale qu’internationale, car il n’y a pas que la politique. Aujourd’hui, les États sont comptables de leurs réalisations et performances économiques. Aussi devons-nous veiller à ce que la Constituante ne s’installe pas dans la durée et aboutisse rapidement à l’instauration de la IIe République, afin d’aller vers des élections essentielles. ● JEUNE AFRIQUE

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Maghreb Moyen-Orient

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AMMAR ABD RABBO/FFM

Ý À Paris, le 14 juin, lors du LANCEMENT DE LA FONDATION DES FEMMES POUR LA MÉDITERRANÉE.

PALESTINE

Notre dame de Ramallah

Élue en 2005 maire de la ville cisjordanienne, Janet Mikhaïl fait aujourd’hui l’unanimité parmi ses administrés. Portrait d’une Palestinienne chrétienne qui n’a pas froid aux yeux.

«

E

lle a fait un travail exceptionnel, s’enthousiasme Sam Bahour, un homme d’affaires palestinien. Elle a mené à bien de grands projets. Tout cela sans l’aide financière américaine, ce qui est d’autant plus admirable. » Car lorsque Janet Mikhaïl remporte les élections municipales de Ramallah en 2005, certains donateurs internationaux, comme l’Usaid, refusent de travailler avec elle. Motif : elle aurait noué des alliances avec des organisations dites « terroristes ». À la tête d’une liste indépendante, Ramallah pour tous, sur laquelle figurent des membres du controversé Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), Janet Mikhaïl a en effet été élue grâce aux voix du Hamas. Elle n’a pourtant rien d’une terroriste. Cheveux courts, regard serein, assurance tranquille, elle tient toujours un discours mesuré et se montre extrêmement courtoise avec ses interlocuteurs. Janet Mikhaïl, 66 ans, a réussi à transformer Ramallah, qui abrite le siège de la présidence (Mouqataa), en un endroit JEUNE AFRIQUE

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palestinienne a veillé à ce que les villes d’origine chrétienne gardent un maire chrétien. Ça a été codifié en 2005 par un décret présidentiel », explique-t-elle. Celle qui a longtemps dirigé l’école secondaire pour jeunes filles de la ville était déjà une célébrité locale appréciée pour son implication dans la vie associative. « Dans sa jeunesse, elle faisait partie des mouvements scouts et elle était membre des Young Women’s Christian Association », ajoute Sonia Dubourg-Lavroff, adjointe au maire de Bordeaux, ville française jumelée avec Ramallah. Car le sort de la femme palestinienne est l’un des chevaux de bataille de Janet. « Nous devons encore fournir des efforts, reconnaît-elle, pour que la femme soit formée et éduquée comme les hommes et pour qu’elle accède à des postes élevés. L’action politique a besoin d’être structurée pour encourager la participation des femmes. J’ai assisté cette année à la remise de diplôme des étudiants de l’université de Bir Zeit ; 53 % de la promotion étaient des filles. » UNITÉ. Mais pour la maire de Ramallah, la priorité reste l’union du peuple palestinien. C’est donc avec une grande satisfaction qu’elle a accueilli la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, en mai. « C’est un retour à l’ordre naturel des choses, se félicite-t-elle. L’opposant israélien nous suffit. L’union nous aidera à libérer la Palestine. » Tout comme elle juge essentielle la reconnaissance de l’État palestinien à l’ONU, prévue en septembre. « Tout ce que nous demandons, martèle-

où il fait bon vivre. C’est une ville « libérale, cosmopolite et ouverte sur l’extérieur », se réjouit-elle. Un constat partagé par Sam Bahour, qui ajoute qu’elle « a conduit plusieurs projets d’infrastructures, les routes et le tout-à-l’égout par exemple, mais surtout [que], grâce à elle, de nombreuses initiatives ont vu le jour dans les domaines culturel et artistique ». Nicholas Marouf, fondateur du site d’information « La réconciliation entre Ramallah Online, relatile Fatah et le Hamas est un retour vise cependant : « La mairie manque quelque peu de à l’ordre naturel des choses. » transparence, et il n’y a pas de véritable politique de long terme. » t-elle, c’est un État dans les frontières de Mais, reconnaît le journaliste, « ils font 1967, avec comme capitale Jérusalemce qu’ils peuvent et Janet Mikhaïl a un Est. Mais Israël continue de rejeter les lourd fardeau sur les épaules. Elle a résolutions du Conseil de sécurité. La une très bonne réputation. Les gens colonisation se poursuit, et il y a ce mur l’apprécient énormément et ils sont fiers qui empêche la libre circulation et rend de l’avoir pour maire ». la vie dans les territoires palestiniens tout simplement impossible. » Des propos FÉMINISTE. Ancienne professeure de que Janet Mikhaïl voudrait pouvoir ne plus répéter indéfiniment… ● chimie, Janet est issue d’une vieille famille chrétienne de Ramallah. « L’Autorité TONY GAMAL GABRIEL N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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APAIMAGES/ZUMA-REA

Ý Depuis la bavure de Tsahal qui a coûté la vie à cinq militaires égyptiens, PLUSIEURS RASSEMBLEMENTS

ont été organisés devant l’ambassade d’Israël au Caire. ÉGYPTE-ISRAËL

Après la tempête, l’accalmie? Au lendemain des incidents meurtriers à la frontière du Sinaï, le 18 août, la tension était montée crescendo entre les deux pays. Qui jouent désormais la carte de l’apaisement.

L

es attaques terroristes du 18 août dans la région d’Eilat, dans l’extrême sud de l’État hébreu, n’ont pas eu pour seul effet de déclencher une nouvelle escalade de violences autour de la bande de Gaza. Elles sont à l’origine de la première crise diplomatique israélo-égyptienne de l’après-Moubarak. Le Caire reproche en effet à l’armée israélienne d’avoir tué cinq de ses militaires – dont un officier – en se lançant à la poursuite des assaillants. L’incident se serait produit le long de la frontière entre les deux pays, tout près d’une position égyptienne qui semble avoir été prise dans un échange de tirs. Mais d’après un rapport de la Force multinationale d’observateurs (FMO), stationnée dans le Sinaï depuis 1982, Israël s’est rendu coupable d’une double violation des accords de cessezle-feu en permettant à ses hommes de pénétrer sur le territoire égyptien et d’y faire usage de leurs armes. Furieux, les responsables égyptiens ont aussitôt émis une protestation officielle, sommant l’État hébreu de leur fournir une explication. Occupé à mener des consultations sécuritaires, le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, se contente d’exprimer des « regrets » pour la bavure, suggérant toutefois l’ouverture d’une enquête conjointe avec l’armée N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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égyptienne. « Insuffisant », répond sèchedonné au peuple le 9 septembre, place Al-Tahrir, où une dizaine de formations ment Le Caire, bien décidé à ne pas passer l’éponge. La télévision d’État s’emballe et, politiques ont appelé à un grand rasà plusieurs reprises, annonce le rappel de semblement anti-israélien aux côtés des l’ambassadeurégyptienàTel-Aviv«jusqu’à Frères musulmans. Les protestations la présentation d’excuses israéliennes ». ne s’arrêtent pas là : quatre candidats à Danslacapitale,plusieursrassemblements l’élection présidentielle, parmi lesquels figure Amr Moussa, exhortent le Conseil sont organisés devant la chancellerie israélienne, provoquant à chaque fois un facesuprême des forces armées à suspendre à-face tendu avec la police antiémeute. les exportations de gaz vers l’État hébreu Galvanisée par des slogans nationaliset à interdire à la marine israélienne de tes, la foule réclame une rupture totale des relations Washington a averti Le Caire avec Israël, allant même qu’il suspendrait son aide en cas jusqu’à brandir des portraits de Nasser, symbole d’une de rupture du traité de paix. fierté arabe retrouvée. Mais comme l’a montré la « manifestation du franchir le canal de Suez. Pour éviter le million », le 26 août, qui n’a attiré que pire, les Américains viennent de dépêcher au Caire Jeffrey Feltman, adjoint quelques centaines de personnes, la mobide la secrétaire d’État Hillary Clinton. lisation a été éphémère. Le diplomate, qui jusqu’à la bataille de Tripoli servait de médiateur entre les RÉCUPÉRATION. Il n’empêche, cette surenchère patriotique semble largement rebelles libyens et les ultimes représenalimentée par une classe politique soutants de Mouammar Kaddafi, s’est efforcé cieuse de sauver l’esprit du 25 janvier. « Le de convaincre les autorités du Caire de sang égyptien est trop précieux pour être ne pas enterrer trop vite le traité de paix versé sans réponse, martèle le Premier avec Israël. Si un tel scénario devait se ministre, Essam Charaf. Notre glorieuse produire, la sénatrice du Congrès Kay révolution a eu lieu pour que l’Égyptien Granger a averti que l’aide américaine puisse recouvrer sa dignité à l’intérieur accordée à l’Égypte – 2 milliards de dollars comme à l’extérieur. » Rendez-vous est par an – serait suspendue sine die. JEUNE AFRIQUE

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Reste que pour Nabil al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe, les accords de Camp David, signés en 1978, ne sont plus « sacrés ». Ce brusque changement de ton a de quoi surprendre les responsables de l’État hébreu, habitués à bien plus de complaisance sous l’ère Moubarak. Mais depuis la chute du raïs, l’attitude égyptienne révèle une certaine défiance à l’égard d’Israël. En témoigne la décision du Caire, en mai, de rouvrir sa frontière avec la bande de Gaza sans concertation avec son voisin. Dans la presse israélienne, les commentateurs s’inquiètent autant des risques d’escalade que de l’incapacité des forces égyptiennes à déjouer des attentats dans la péninsule du Sinaï. « Nous n’avons d’autre choix que de nous préparer à la poursuite d’une situation désagréable, et espérer que quiconque dirigera l’Égypte dans les prochaines années respectera le traité de paix », résume l’ancien diplomate Moshe Arens dans les colonnes de Haaretz.

Coulisses

Maghreb & Moyen-Orient

JORDANIE-MAROC CAP SUR LE GOLFE

Bahreïn, Émirats et Oman). L’actuelle présidence émiratie souhaite accélérer les négociations d’adhésion. La Jordanie, qui avait demandé à rejoindre le CCG, semble très proche d’un accord, plus avancé qu’une simple association. Les deux parties insistent sur l’échange de main-d’œuvre et étudient une période d’essai de deux ans. Le Maroc, lui, aurait rejeté une première proposition qui n’offrait pas suffisamment d’avantages à ses ressortissants en matière de séjour et d’accès à la propriété. ●

Nasser Judeh et Taïeb Fassi-Fihri, chefs des diplomaties marocaine et jordanienne, assisteront à une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), les 11 et 12 septembre, à Riyad. Les deux royaumes avaient été invités en mai à rejoindre ce club très fermé, jusque-là réservé aux six pétromonarchies du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Qatar,

du pessimisme ambiant et des incertitudes pesant sur l’avenir de leurs relations bilatérales, l’Égypte et Israël sont bien loin d’une veillée d’armes. À deux reprises au mois d’août, Tsahal a autorisé l’entrée de centaines de blindés égyptiens dans le désert du Sinaï, une région pourtant démilitarisée depuis la guerre de 1973. Mais aujourd’hui, la péninsule échappe totalement au contrôle du Caire : elle abriterait au moins neuf camps d’entraînement de groupes djihadistes, tandis que les tribus bédouines imposent leur loi à El-Arish et Cheikh Zoueid. Ces derniers mois, le pipeline alimentant la Jordanie et Israël a été la cible de multiples attaques. Les troupes de Mohamed Tantawi ont donc engagé une vaste opération visant à rétablir l’ordre et la sécurité. Répondant à une préoccupation commune, la coopération israélo-égyptienne dans le Sinaï s’accompagne aussi de gestes d’apaisement. Soucieux de ne pas déstabiliser le pouvoir égyptien, le gouvernement de Benyamin Netanyahou vient de renoncer à une offensive terrestre à Gaza, malgré des tirs nourris de roquettes contre le territoire israélien. De son côté, résolue à gêner la contrebande d’armes à destination du Hamas, l’Égypte pourrait approuver la création d’une zone tampon de 5 km à sa frontière avec l’enclave palestinienne. ● MAXIME PEREZ, à Jérusalem JEUNE AFRIQUE

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LOUAFI LARBI/REUTERS

COOPÉRATION SÉCURITAIRE. En dépit

 Les listes électorales pourraient désormais compter 33 % DE CANDIDATES.

ALGÉRIE LA RÈGLE DU TIERS Le gouvernement algérien a proposé la mise en place d’un système de quotas pour inciter les partis à améliorer la représentativité des femmes dans les assemblées élues. Selon le projet de loi adopté le 28 août, toute liste électorale aux législatives dans les assemblées départementales et les municipalités de plus de 20 000 habitants devra comporter au moins 33 % de candidates. Si les

partis ne respectent pas cette règle du tiers, la liste sera tout simplement rejetée. L’Assemblée nationale, qui ne compte actuellement que 8 % de députées, devrait examiner le projet courant septembre. PRINTEMPS ARABE PERFIDE ALBION Au plus fort du Printemps arabe, entre février et juin, les ventes d’armes du Royaume-Uni au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont augmenté de 30 %, révèle le quotidien

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anglais Times dans son édition du 29 août. Il s’agirait surtout d’armes légères qui ont pu servir à réprimer la contestation. Les armuriers britanniques ont facturé 85 000 euros à Bahreïn en janvier, 68 000 euros à la Libye en février et 50 000 euros en avril-mai à l’Égypte. Les achats yéménites, saoudiens et émiratis ont aussi significativement augmenté durant cette période. ÉGYPTE SURENCHÈRE ISLAMISTE Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), aile politique des Frères musulmans égyptiens, réclame de nouvelles lois pour réglementer le tourisme. Il souhaite l’interdiction des bikinis et de l’alcool dans la rue, et la fin de la mixité sur les plages. Il a cependant ajouté que les touristes seraient libres de faire ce que bon leur semble dans certaines zones. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Maghreb Moyen-Orient Enquête

OFFICE CHÉRIFIEN DES PHOSPHATES

À la recherche du temps perdu

Face à la grogne sociale qui s’est emparée des principales villes minières du Maroc, l’OCP lance un vaste plan de recrutement et de formation des jeunes. Sous le regard approbateur mais passif de l’État.

YOUSSEF AÏT AKDIM

F

in août. Sur la page Facebook consacrée au programme OCP Skills, les candidats à l’embauche échangent conseils, rumeurs et blaguespourdétendrel’atmosphère. Ilssontplusde6700abonnés,etcertains s’inquiètent de l’avancement de la procédure depuis qu’ils ont déposéleursdossierspourrejoindre la première entreprise du pays. Mais lamajoritéestrassuréeparlerespect des délais annoncés. La prochaine échéance est fixée au 7 septembre. À cette date, les jeunes seront fixés sur leur sort professionnel. L’Office chérifien des phosphates (OCP) s’est en effet mis en ordre de bataille pourtraiterplusde90000demandes d’embauche, là où son plan prévoit 5 800 recrutements et 15 000 stages de formation. Un effort sans précédent dans l’histoire de l’entreprise, qui emploie déjà près de 20 000 personnes dans tout le royaume. Surtout, une réponse à la hauteur de la crise inédite qui affole le leader mondial du secteur des phosphates depuis l’explosion de mars. COLÈRE. Comment un banal sit-in

de fils de retraités OCP a-t-il dégénéré en affrontements? Le 15 mars, le face-à-face avec les forces de l’ordre à Khouribga, dans le centre du pays,tourneàl’émeute.Accrochages, dégradations, arrestations, la violence urbaine s’invite dans le Maroc N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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profond. Il y a des blessés des deux côtés,etlebruit–démentiplustard– d’un décès parmi les manifestants attise le feu. Plusieurs bâtiments de l’OCP sont mis à sac, puis incendiés. Des bidons d’essence retrouvés par les pompiers accréditent la thèse de la préméditation. Or la

MATRICULE. Dans la capitale du

Le respect des délais annoncés a rassuré une majorité de candidats et calmé les esprits. version officielle tend à disculper les contestataires : « Je ne fais pas d’amalgame entre les casseurs et les fils de retraités », plaide Mostafa Terrab,présidentdel’OCP.Surplace, les militants sont moins catégoriques. « Le mouvement de révolte est porté par les diplômés-chômeurs et les employés des sociétés de soustraitance », détaille Hajjaj Assal, président de la section de Khouribga de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Pour ses camarades syndicalistes de l’Union marocaine du travail (UMT), les incidents du 15 mars, suivis par une réplique le 13 mai, traduisent une défiance à l’égard de l’OCP et des autorités. En 2009 déjà, la grève des employés de la Smesi (filialedesous-traitancedétenuepar l’OCP) avait tendu le climat social. Lespremièreséchauffouréesdémarrent dans le quartier de Labiout, où vivent de nombreux chômeurs

qui ont vu leurs pères vieillir à la mine. « Chômage, exclusion, rancœur sociale, ce sont les mêmes causes qui expliquent la violence à Khouribga, en Seine-Saint-Denis ou à Birmingham », ose le blogueur Larbi, observateur attentif des événements qui secouent sa ville de naissance (lire encadré p. 50).

À pourvoir

5 800

emplois et

15stages 000

phosphate, les jeunes, diplômés ou non, ont un seul rêve: le matricule OCP. Comprendre: la titularisation au sein de la première entreprise publique. À Khouribga, l’OCP, créé en 1920, est presque le seul pourvoyeur d’emplois, avec plus de 800 millions de dirhams (environ 70 millions d’euros) de salaires chaque année. Une charge sociale alourdie depuis la fermeture des portes de l’émigration (en Italie). Ville moyenne de 170 000 habitants, Khouribga est implanté dans une région agricole sinistrée, et les infrastructures sont presque exclusivement prises en charge par l’entreprise, pour un coût annuel estimé à 200 millions de dirhams. Caricature de ville minière à l’ancienne, avec ses quartiers ouvriers d’un côté et la cité pavillonnaire (le «village»)pouringénieursdel’autre, Khouribga est coupé en deux par une voie ferrée surnommée le Mur de Berlin par les autochtones. Pour Marouane, chômeur sans diplôme, l’équation est simple: « L’OCP, c’est l’État.»L’affirmationrésumele paradoxe de la situation ; coupable de tous les maux, l’Office est sommé de trouver des emplois pour tous. C’est ce qui explique que les jeunes émeutiersd’aujourd’huisontceux-là mêmes qui chercheront demain à rejoindre les locaux de l’OCP. « Nous JEUNE AFRIQUE

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ALEXANDRE DUPEYRON

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avons compris que certains jeunes avaient toujours envie d’en découdre, raconte Taha Balafrej, directeur du développement durable à l’OCP. Ça s’est calmé quand nous avons expliqué qu’en tant qu’entreprise nous ne pouvions pas embaucher des casseurs. » Renouer le lien de confiance, apaiser les tensions, un travail de déminage social auquel les cadres de l’Office n’étaient apparemment pas préparés. Car la forme de grève classique consistant à occuper les voies ferrées ou à bloquer l’accès aux sites a fait des émules parmi les jeunes sans emploi. Jusqu’en juillet,lesopérationscoup-de-poing, menées par des petits groupes de 40 à 50 costauds, ont touché les sites de production à Khouribga et dans les villages voisins de Hattane et de Boujniba. Après l’accalmie dans ces localités, la fièvre s’est déclarée en août à Youssoufia et à Benguerir. Dans la première ville, située entre Safi et Marrakech, les 65000 habitants dépendent exclusivement de la mine. Youssoufia a en effet été créé ex nihilo en 1931, et les jeunes y rencontrent les mêmes problèmes. À Benguerir, troisième site minier, JEUNE AFRIQUE

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à une cinquantaine de kilomètres au nord de Marrakech, les sit-in, piquets de grève et blocages de voies se sont poursuivis durant le mois d’août.

 Beaucoup n’ont qu’une obsession : la titularisation au sein de la PREMIÈRE ENTREPRISE PUBLIQUE DU

RÉPONSE. Des régions pauvres,

un chômage endémique, un tissu économique fragile. Face à cette situationapparemmentdésespérée, l’État s’accroche à l’OCP comme à une planche de salut. Des sources indiscrètes font état de demandes appuyées du ministre de l’Intérieur, Taïeb Cherkaoui, pour que l’OCP trouve unesolutionentermes d’embauche pour les diplômés contestataires. Et l’exemple des émeutes de 2008 dans le bassin minier de Gafsa, en Tunisie, a même été cité dans l’évaluation des risques. « La haine s’étaitextériorisée,expliquececadre de l’OCP, notre réponse ne pouvait pas s’appuyer sur la force. » Maisavantderebâtirlaconfiance, il a d’abord fallu écouter. Dès le mois d’avril, les cadres de l’OCP enchaînentlesréunions.Entregouverneur, élus, partis politiques, syndicats, associations locales et représentants des jeunes chômeurs, il faut briser la glace, et vite. Au départ,

ROYAUME.

les contestataires sont méfiants, les réunions se font discrètes. Comme danstoutenégociation,leshabituels mouchards sont de la partie. Ceux qui tapent du poing sur la table, aussi: « Vous avez pris nos terrains! Nous voulons notre part de l’OCP! Donnez-nous un wagon de marchandises sur seize ! Je n’irai pas dans la mine, je veux un bureau! » À cause de ces revendications délirantes, le dialogue met du temps à se structurer. Sur son BlackBerry, ce cadre de l’OCP exhibe sa vidéo YouTube favorite ; elle montre un manifestant de Hattane mimant le discours de Kaddafi à Bab el-Aziziya. « Nous allons nettoyer Beni Idir [principale mine de Khouribga, NDLR] machine par machine, chef par chef, ingénieur par ingénieur. » Ambiance. Le ressentiment des fils de zones minièresnetrouveraderéponseque par l’emploi. C’est ce que décide l’OCP en annonçant rapidement la mise en place d’OCP Skills. Ce programme permettra, après sélection, de recruter, dès 2011 et 2012, de nouveaux salariés et de former des milliers de jeunes afin de les aider à trouver un emploi ailleurs. ● ● ● N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Maghreb Moyen-Orient Enquête UN MÉDIATEUR PRÉNOMMÉ LARBI SIMPLE RÉFLEXE D’ADEPTE DETWITTER? En tout cas,Taha Balafrej, directeur du développement durable à l’OCP, a été bien inspiré de contacter le blogueur Larbi au début de la crise. Aujourd’hui installé à Paris, où il a monté une entreprise de conseil en réglementation bancaire, Larbi est un blogueur appliqué qui a joué les intermédiaires avec les jeunes chômeurs, au départ plutôt rétifs au dialogue. Discret, chaleureux, il refuse de se donner le beau rôle dans cette affaire, mais, en réalité, il est déjà une star du web marocain depuis la création de son site larbi.org, actif depuis 2004. Fils d’ouvrier OCP, il a grandi à Khouribga aux côtés des actuels jeunes chômeurs. « Son parcours a une forte valeur exemplaire », souligneTaha Balafrej. Voilà en effet un jeune Khouribgui qui aurait pu se retrouver dans une association de diplômés-chômeurs. Sauf qu’il a poussé ses études supérieures, créé une boîte et qu’il songe même à retourner s’installer au Maroc, où il participe très Y.A.A. activement au Mouvement du 20 février. Un modèle militant. ● ● ● ● Enfin, un fonds d’appui à la création d’entreprise est également annoncé. Alors que les responsables tablaient sur 20000 demandes, leur nombre atteint au final quelque 90000. Mais certaines candidatures sont fantaisistes, dont celles d’un moqaddem (auxiliaire de l’État au sein de l’administration territoriale), d’un gendarme, voire d’un habitant de Paris. « À Khouribga, l’OCP n’a presque pas recruté depuis dix ans, explique Marouane. Ils ne font que rattraper le temps perdu. » Courant juillet, OCP Skills a commencé à envoyer des lettres d’acceptation aux 20800 bénéficiaires, choisis sur des critères d’âge, de compétences etgéographiques.D’aprèsunpostier de Khouribga, la distribution n’a pas été de tout repos, certains facteurs ont même été attaqués.

TEST. « L’opération OCP Skills doit

réussir », se rassure Taha Balafrej. Depuis le 8 août, les bénéficiaires

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ont accès à un compte sécurisé qui leur permet de suivre les démarches à entreprendre pour la suite. Un dispositif conçu par l’OCP et des cabinets de ressources humaines pour se passer de toute intermédiation étatique. Car le contrôle de la transparence du processus est jugé

Les responsables tablaient sur 20 000 demandes. Il y en a eu quelque 90 000 ! essentiel. « À Gafsa, la colère des émeutiers avait été aggravée par les soupçons de fraudes dans les recrutements », souligne cet expert. « Un matricule OCP peut être monnayé entre 10000 et 20000 dirhams par un caïd [représentant local de l’autorité, il coiffe les moqaddems] », explique une source locale. Rabat s’est vraisemblablement défaussé, prétextant les marges financières de l’entreprise publique, seule à même de gérer durablement ce

problème social. « Au printemps, certains gouverneurs ont tenté de prendre le contrôle du processus », confie cette source proche de la direction de l’OCP. Les différentes attitudes des commis de l’État illustrent les chocs de culture au sein de la haute administration. Ingénieur formé par l’excellent Meziane Belfqih, ex-conseiller de Mohammed VI, le gouverneur de Khouribga a laissé faire l’OCP, de peur peut-être qu’un échec lui soit reproché. Dans l’autre ville du phosphate, l’équipe du nouveau gouverneur de Youssoufia, pur produitdel’écoleDrissBasri,aperturbé le processus. Le 17 juin, le secrétaire généraldelaprovinceavaitétépiégé parunecaméraamateurquilemontrait promettant des bakchichs à des manifestants recrutés pour faire la claque avant le discours royal. Depuis, les jeunes chômeurs ont accusé les moqaddems d’avoir promisdutravailàtoutlemonde.Enfin, à Benguerir, le gouverneur a d’abord toisé de haut le plan de l’OCP, qu’il a jugé dérisoire comparé au projet de ville nouvelle qu’il est chargé de piloter. Résultat : Khouribga se porte bien mieux que Youssoufia ou Benguerir. Si l’expérience réussit, ce sera une bonne nouvelle pour tous, pas seulement pour les jeunes de la région qui auront gagné un emploi ou une formation. Société la plus prospère du pays, l’OCP est scruté parl’ensembledespatrons.Selonun sondage réalisé fin août par le site web amaljob.com, l’OCP est l’entreprise préférée des jeunes Marocains pour démarrer leur carrière. ●

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Europe, Amériques, Asie

XAVIER LÉOTY/PHOTOPQR/SUD-OUEST

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PS

 LORS DE L’UNIVERSITÉ DU PARTI SOCIALISTE, à La Rochelle, le 28 août.

FRANCE

Le en mode primaire Officiellement, ils sont unis comme les doigts de la main. Dans les faits, les hostilités sont déclarées entre les six candidats à l’investiture socialiste pour la présidentielle de 2012. Surtout, bien sûr, entre les deux favoris : François Hollande et Martine Aubry.

ALAIN FAUJAS

M

anuel, Ségolène, Martine, François, Jean-Michel et Arnaud. Sur la photo de clôture de l’université d’été du Parti socialiste (PS), à La Rochelle le 28 août, ils étaient main dans la main. Les six candidats à la primairepourlaprésidentiellede2012ontvoulutémoigner que leurs joutes ne briseraient pas l’harmonie

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dans leurs rangs. Parce que c’est la condition pour pouvoir l’emporter sur Nicolas Sarkozy. Tous unis, donc, pour convaincre le plus grand nombre possible de Français de voter aux côtés des adhérents socialistes, les 9 et 16 octobre, lors des deux tours de la primaire. En 2006, lors de la précédente consultation, réservée aux adhérents, 250000 votants avaient été recensés. Ils rêvent de multiplier ce score par deux, trois ou même quatre. Pourquoi pas 1 million de votants? Président de la Haute Autorité de la primaire, l’avocat Jean-Pierre Mignard a douché cet enthousiasme en demandant que les candidats « n’oublient pas d’expliquer ce qu’est cette primaire » s’ils veulent que les Français se déplacent pour voter…

RIEN N’EST JOUÉ. Les sondages volent bas. À en croire celui que l’Ifop a réalisé du 23 au 26 août, selon la méthode des quotas, auprès de 854 sympathisants de gauche pour Le Journal du dimanche, deux candidats se détachent: François Hollande (41 % des intentions de vote) et Martine Aubry (31 %). Ségolène Royal, la candidate de 2007, est distancée (13 %), mais pas autant que Manuel Valls N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Europe, Amériques, Asie (6 %), Arnaud Montebourg (5 %) et Jean-Michel patron du parti à Marseille. Motif? « Prise illégale Baylet, du Parti radical de gauche (1 %). d’intérêts, trafic d’influence et association de malLe duel Hollande-Aubry semble inévitable. Sauf faiteurs ». La justice le soupçonne d’avoir toléré que personne ne croit à des sondages qui se fondent les immixtions de son frère Alexandre, à des fins sur les 10 % d’électeurs qui se déclarent sûrs d’aller clientélistes, dans le règlement d’affaires relevant voter. Autrement dit, rien n’est joué, comme le claidu conseil général. ronne Royal, qui, avec son inoxydable assurance, Le contre-feu a été allumé par Harlem Désir, le annonce: « Cette fois, le PS sera derrière moi. » premier secrétaire du PS par intérim: « Si Guérini En fait, il y a deux façons d’évaluer la situation était mis en cause pour des faits de la gravité de ceux dans le camp socialiste. La première, très en vogue à quisontévoqués,jeluidemanderaisimmédiatement droite, consiste à mettre l’accent sur les deux boulets de se mettre en retrait de sa fonction de président judiciaires qui plombent le PS. Même si l’affaire du conseil général et de ses responsabilités au sein Strauss-Kahn s’est terminée en queue de poisson du Parti socialiste. » Guérini a répliqué qu’il n’acdevant la justice pénale new-yorkaise, la plainte cepterait pas d’être « un bouc émissaire ». au civil de Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel, et celle de Tristane Banon au pénal, en BALLADUR DE GAUCHE? Autre handicap du PS: France, l’une et l’autre pour agression sexuelle, sont son refus d’inscrire dans la Constitution une « règle d’or » imposant de voter le budget de l’État en équiun rappel permanent des comportements « inaplibre. Les socialistes ont beau dénoncer le culot de propriés » (dixit son avocat) de l’ancien candidat Sarkozy,quiaaccrulesdéficits virtuel à la présidence. Mêmes’ilprésentesesexcupar ses cadeaux fiscaux aux Strauss-Kahn, Guérini… ses à ses camarades, voire aux plus fortunés ou aux restauCes boulets judiciaires Français, après son retour des rateurs, les Français ne les États-Unis (annoncé pour le qui plombent le PS. suivent pas. À 78 % (sondage CSA du 25 août), ces derniers 4 septembre), DSK et les millions de dollars mobilisés pour sa défense peuvent sontpartisansdel’instaurationdecetterègledesaine encore servir de cibles à l’adversaire. Martine Aubry, gestion. Le candidat du PS risque donc d’apparaître qui avait pleuré à l’annonce de son arrestation, le à une majorité d’électeurs comme irresponsable. 14 mai, prend désormais ses distances: « Je pense À la grande satisfaction du président. la même chose que beaucoup de femmes sur son Mais il y a une autre façon d’évaluer le rapport attitude vis-à-vis des femmes. » des forces. Finalement, les Français se fichent que La seconde affaire, c’est la possible mise en exaSarkozy ait gagné la guerre en Libye, mais ils s’énermen du sénateur Jean-Noël Guérini, président vent de la montée du chômage (plus de 9 % de la du conseil général des Bouches-du-Rhône et vrai population active) et acceptent difficilement que le budget 2012 leur impose des mesures d’austérité pourpréserverletripleAquelesagencesdenotation PRIMAIRE, MODE D’EMPLOI attribuent à la France. QUI SERA AUTORISÉ À VOTER lors de l’élection primaire qui, les 9 LasituationestfavorablepourHollande.Campant et 16 octobre, désignera le candidat du Parti socialiste et du l’homme d’État qui entend gérer le plus doucement Parti Part radical de gauche à la présidentielle de 2012? Réponse: possible l’inévitable cure d’austérité qui se profile à to le monde, ou presque. Il suffit en effet: l’horizon, il ne veut pas trop en dire pour l’instant: tout il réserve ses attaques et ses propositions pour l’affrontement avec le président Sarkozy, lorsqu’il ● d’être inscrit sur une liste électorale à la date du 31 décembre 2010; aura remporté la primaire. Cette prudence lui vaut ● de s’acquitter d’une participation aux frais le surnom de « Balladur de gauche » de la part du d’organisation de 1 euro minimum; camp Aubry, qui tente ainsi de le déporter vers la ● de signer une charte d’adhésion aux valeurs de la droite. Le député de la Corrèze n’en persiste pas gauche. moinsdansdeuxthèmesarides,maisquiluitiennent à cœur: l’éducation et la justice fiscale. Les adhérents mineurs des partis et mouvements Moquée pour son « retard à l’allumage », Aubry coorganisateurs pourront également voter. co s’est réveillée pour attaquer la majorité sur son terrain de prédilection: la sécurité. À Marseille, le En dépit des obstacles disséminés çà et là par certaines 29 août, elle a contré Claude Guéant, le ministre préfectures et certaines mairies de droite, qui affirment redouter la de l’Intérieur, venu installer un nouveau préfet constitution de fichiers d’opinions politiques, les électeurs seront pour enrayer la montée de la délinquance. Elle a accueillis dans quelque 9500 bureaux de vote. promis 10000 emplois de policiers et de gendarmes. On ne peut exclure que des électeurs de droite s’avançant « Cela coûtera 350 millions d’euros, le tiers de ce masqués tentent de participer à la primaire pour en fausser le qu’a finalement coûté la réforme de l’impôt sur la résultat, mais le phénomène, s’il a lieu, restera à coup sûr fortune », a-t-elle persiflé. On l’aura compris: le PS marginal. ● est enfin en campagne. ● N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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JAPON

Un poisson nommé Noda Les biographies d’hommes politiques abondent en références animalières. Mais se comparer à une loche, il fallait oser. Le nouveau Premier ministre l’a fait !

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FACTIONS. D’abord élu local du Nouveau

Parti du Japon, aujourd’hui disparu, il a rejoint le PDJ en 2000. Neuf ans plus tard, lors des législatives, ce dernier est parvenu à écarter du pouvoir le Parti libéral-démocrate (PLD), qui le monopolisait depuis un demi-siècle. L’alternance avait suscité beaucoup d’espoir. On voulait croire que la vie politique allait enfin s’émanciper de la toute-puissance de la bureaucratie et des lobbies. Hélas, minés par le jeu des factions, les démocrates n’ont pas su proposer un leadership stable et cohérent. Pas plus que le PLD, d’ailleurs. Depuis 2005, aucun gouvernement n’est resté aux affaires plus d’un an et demi. JEUNE AFRIQUE

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TOMOHIRO OHSUMI/BLOOMBERG/GETTY IMAGES

«

e ressemble à une loche [un poisson proche de l’anguille, NDLR], avait estimé Yoshihiko Noda pendant sa campagne pour la présidence du Parti démocrate du Japon (PDJ). Je vais puer la boue à plein nez, suer sang et eau pour améliorer le sort de mes concitoyens. » Le propos prête à sourire? Oui, mais il a plutôt porté chance à son auteur : le 30 août, Yoshihiko Noda (54 ans) a été nommé Premier ministre par le Parlement. Une victoire surprise pour cet homme politique peu connu du grand public. Il lui a fallu deux tours pour s’imposer à la tête du PDJ, face à quatre concurrents. Il avait contre lui les caciques du parti, mais il a bénéficié à plein de la bourrasque antiestablishment qui balaie actuellement l’archipel. Contrairement à nombre de ses pairs, Noda, qui est d’origine modeste (son père était militaire), n’appartient pas à l’une de ces dynasties qui dominent depuis des lustres la vie politique locale. Il est néanmoins diplômé du célèbre institut Matsushita,crééparKonosukeMatsushita, le fondateur de Panasonic, dans le but de former les futurs dirigeants.

 YOSHIHIKO NODA pendant une conférence de presse à Tokyo, le 29 août.

population et l’enchérissement du yen. Danscecontexte,l’électiondeYoshihiko Noda, qui n’appartient à aucune faction, Sous l’effet conjugué de ces facteurs, le Japon est entré en récession, ce qui a semble être le choix de la dernière chance pour le PDJ, qui doit impérativement entraîné l’abaissement de sa note de crésurmonter ses divisions s’il veut regagner dit par l’agence de notation Moody’s. les bonnes grâces de son électorat. Les défis sont donc immenses. Pour y Naoto Kan, le prédécesseur de Noda, faire face, Noda souhaite constituer une n’avait réussi ni à galvaniser ses compacoalition avec l’opposition de droite. Son triotes après la catastrophe de Fukushima, profil nettement conservateur pourrait en mars, ni à redresser les comptes de la favoriser les rapprochements. Partisan de la rigueur fiscale, il séduit aussi les nation. Au bout de quinze mois, sa cote milieux économiques, auxquels il a de popularité était tombée à moins de 16 %. D’aucuns prédisent le même sort au nouveau Peu connu du grand public, il a surfé Premier ministre, qui, sur la vague antiestablishment n’étant pas issu du sérail, ne maîtrise pas forcément qui balaie le pays. très bien l’art du comprodonné des gages lorsqu’il était ministre mis. Or il va lui falloir composer avec des Finances. Sa volonté affichée de ne un Parlement dont la Chambre haute pas laisser filer le déficit budgétaire, de est contrôlée par l’opposition… Noda hérite d’un pays traumatisé par réduire la dette et de respecter l’indépenle séisme et le tsunami du 11 mars, suivis dance de la Banque centrale rassure. « La de l’accident de la centrale nucléaire de loche n’est pas dépourvue de qualités, Fukushima-Daiichi. À cela s’ajoutent la même si elle ne nage pas comme un poisson rouge », a-t-il prévenu lors de crise de la dette, qui représente le double sa prise de fonctions. ● du PIB, l’explosion des dépenses sociales provoquée par le vieillissement de la TIRTHANKAR CHANDA N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Quand le dragon montre les dents

La République populaire modernise son armée et ne s’en cache (presque) plus. À la mi-août, elle a lancé son premier porte-avions. Pour les États-Unis et leurs alliés asiatiques, c’est une provocation.

I

Shi Lang n’est qu’un coup d’essai. Deux l porte le nom de Shi Lang, un célèbre amiral du XVIIe siècle commandant autres porte-avions – à 100 % made in l’armada ming qui défit la famille China, ceux-là – seraient en effet en Zheng, des félons de Taiwan – ce construction dans le chantier naval de qui en dit long, sans doute, sur la vocaJiangnan, près de Shanghai. tion du premier porte-avions chinois. Racheté pour 20 millions de dollars en GUERRE DES ÉTOILES. Ce grand bond en avant des forces aéronavales chinoises a 1998, cet ancien navire ukrainien de été esquissé il y a trente ans par l’ancien 60 000 tonnes et 300 m de long mouille président Deng Xiaoping, qui sabra dans désormais dans le port de Dalian, dans les effectifs militaires (6 millions d’homle nord-est du pays. mes en 1990, 3 millions dix ans plus tard) Longtemps tenu secret, le réarmetout en augmentant sensiblement le ment du Shi Lang a été officiellement budget de la Défense. En 2011, celui-ci reconnu par l’état-major de l’Armée a officiellement atteint le chiffre symbopopulaire de libération (APL), au mois lique de 100 milliards de juin. Le navire de dollars (+ 12,7 % par a fait une première Géant économique, sortie en mer du 10 rapport à 2010). Selon la Chine veut devenir au 14 août, avant de les spécialistes, il serait un géant tout court. rejoindre son arseen réalité au moins cinq nal pour y achever fois supérieur. Elle en a les moyens. son rééquipement. Car, en Chine, la Dès qu’il sera opérationnel, il prendra Grande Muette porte bien son surnom : la direction de la base de Hainan (Sudses secrets sont bien gardés. « On sait Est), où il servira de navire-école pour la simplement que l’APL modernise ses formation des pilotes. Relooké, moderéquipements et qu’elle a acheté de nisé et doté d’un système de défense nombreux armements, notamment en FL-3000N à courte portée, le Shi Lang Russie et dans les anciennes Républiques peut embarquer une quinzaine d’avions soviétiques, explique un spécialiste des Sukhoï et quelque 3 000 hommes. Il fait questions militaires et stratégiques à peur à tous les voisins de la Chine. Et Pékin. Ses destroyers et ses sous-marins inquiète les Américains. ont été modernisés. Elle développe un Le président Hu Jintao a fait de la programme spatial militaire type “guerre marine le fer de lance de la modernisades étoiles”, avec des lasers capables tion de l’APL. Dans cette perspective, le de détruire des satellites en plein vol,

L’ESPACE, NOUVELLE FRONTIÈRE EN MATIÈRE SPATIALE, les progrès de l’armée chinoise sont fulgurants. Elle investit dans un programme ultrasecret de type « guerre des étoiles », dont l’objectif est de faire pièce aux Américains. En 2007, la Chine avait réussi à détruire en vol un satellite avec un rayon laser. L’année suivante, elle avait envoyé un homme dans l’espace. En 2010, elle a entrepris des essais de destruction en vol de missiles intercontinentaux. Aujourd’hui, elle développe des satellites de surveillance ultraperfectionnés capables de suivre en temps réel la progression des troupes américaines en cas d’intervention àTaiwan ou dans le Pacifique. Cette constellation servirait également au guidage des missiles balistiques, un domaine qui est encore la chasse gardée des États-Unis. ● S.P. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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mais aussi un programme de guerre électronique sur internet. Elle serait même en passe de mettre la touche finale à son premier chasseur furtif, le J20. Certes, l’APL a encore dix ans de retard sur l’armée américaine, mais il n’empêche : tous les pays de la région s’inquiètent des visées expansionnistes chinoises. » MISSION « SACRÉE ». Depuis plusieurs

mois, les incidents, parfois graves, se multiplient: poursuite d’un avion-espion américain dans le détroit de Taiwan, violation de l’espace aérien taïwanais, contentieux avec les Philippines et le Vietnam pour le contrôle des îles Spratleys et Paracels, échange de tirs avec les gardes-côtes japonais en mer de Chine… Comme le dit Geng Yansheng, le porte-parole du ministère de la Défense, « la mission sacrée des forces armées est de protéger les côtes et les eaux territoriales de la République populaire ». Longtemps cantonnée à l’intérieur de ses – immenses – frontières, celle-ci commence à prendre ses aises. Elle a JEUNE AFRIQUE

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Ý LE PORTE-AVIONS SHI LANG, en cours de réarmement dans le port de Dalian, dans le nord-est du pays.

Le Japon voit lui aussi d’un fort mauvais œil l’augmentation du budget militaire de la République populaire. Dans un livre blanc sur la défense publié début août, il y voit même « une menace pour la stabilité régionale ». Des critiques fort mal reçues par les autorités chinoises qui ont exigé, en vain, des excuses et répliqué par la publication de leur propre livre blanc. Dans ce document, on apprend que l’objectif de la marine chinoise ne se limite plus à la protection des 32 000 km de côtes que compte le pays. Et qu’elle a désormais vocation à intervenir en haute mer.

LI GANG/AFP

UN PIVOT STRATÉGIQUE. « Ce nouveau

notamment entrepris la reconquête de sa « Mare nostrum » : la mer de Chine, que lui disputent Taiwan, la Corée du Sud, le Japon, les Philippines, le Vietnam et l’Indonésie. L’arrivée d’un sous-marin chinois fait donc grincer quelques dents et risque de relancer une course aux armements dans la région. Même si, officiellement, l’APL n’a qu’une vocation défensive. Le problème est de savoir où s’arrête la protection des intérêts vitaux du pays. De la recherche de gisements d’hydrocarbures en mer de Chine à la protection des navires marchants dans le détroit de Malacca ou au large de la Somalie, la marine chinoise est aujourd’hui présente sur tous les fronts. Tôt ou tard, elle va se trouver confrontée à l’armée américaine, longtemps toute-puissante dans la région. Avec des dizaines de milliers de GI déployés au Japon (Okinawa) et le long de la frontière entre les deux Corées, sans parler de la Ve flotte (celle du Pacifique), qui protège le détroit de Taiwan ainsi que les côtes philippines et indonésiennes, JEUNE AFRIQUE

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cette dernière est en effet la seule à pouvoir contenir l’expansion chinoise. Dans l’immédiat, elle devrait y parvenir sans trop de peine, mais le péril se précise. Dans un récent rapport, Tim Huxley, un expert militaire auprès de l’Institut international des études stratégiques, à Singapour, estime que la marine chinoise ne sera pas pleinement opérationnelle avant 2020. « Il faut du temps pour apprendre à se servir d’un porte-avions », dit-il. Mais l’Amérique va devoir s’habituer à composer avec une Chine résolue à passer du statut de géant économique à celui de géant tout court.

porte-avions est davantage qu’un bâtiment de guerre, lit-on dans un éditorial du Quotidien du peuple. C’est le pivot stratégique de notre force navale, qui lui permettra de prolonger son action jusqu’en haute mer. Toute la stratégie du combat en mer va en être révolutionnée, qu’il s’agisse des systèmes de commandement, de la formation des flottes ou même de la théorie militaire. » « Les porte-avions peuvent être utilisés dans ce cadre comme une force de dissuasion stratégique et contrecarrer les ingérences extérieures dans les affaires régionales, souligne de son côté Wang Baokun, professeur à l’Institut pour la sécurité économique et la défense nationale (université Renmin). Ils sont désormais indispensables à une marine digne de ce nom. À preuve, les États-Unis envisagent d’en construire dix nouveaux. De son côté, la Chine manque encore de certains armements cruciaux : bombardiers stratégiques à longue portée, avions de transport et porte-avions. » Un retard que la République populaire est à l’évidence résolue à combler au plus vite ● STÉPHANE PAMBRUN, à Pékin

L’Armée populaire de libération, c’est :

Un budget d’officiellement

2,3 100

millions d’hommes milliards de dollars

(sept fois moins que celui de l’armée américaine)

Plusieurs

centaines

d’ogives nucléaires pointées sur les États-Unis, l’Europe de l’Est, la Russie et Taiwan N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

 À SON AISE EN FRANCE COMME AU MAROC, le jeune créateur suit de près l’évolution du Printemps arabe.

Fouad Boussouf Danseur épicé Né au Maroc, le chorégraphe pédagogue de la compagnie hip-hop Massala prêche le dialogue avec le public… et entre les deux rives de la Méditerranée.

P

AR LA FENÊTRE de l’Hôtel du Nord, Fouad Boussouf regarde le ballet urbain qu’improvisent les Parisiens.Y puisera-t-il le suc de son prochain spectacle? À condition, Zoom, Déviation: depuis une décennie, ce jeune homme de 35 ans, chorégraphe de la compagnie hip-hop Massala, jette un regard singulier sur le monde qui l’entoure: « Je pars du concret pour aller vers l’abstrait. Chaque création se nourrit de faits qui me questionnent. » Parmi ces faits : les émeutes des banlieues françaises, en novembre 2005, ou encore les questions liées à l’intégration. La sienne se fit sans encombre. S’il garde de son enfance marocaine pléthore de souvenirs familiaux baignés de soleil et de senteurs, son arrivée à l’âge de 7 ans dans l’Hexagone se déroule dans la plus grande sérénité. À l’époque, un

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certain Michael J. terrorisait les téléspectateurs en dansant sur un Thriller d’anthologie pendant que, surTF1, Sidney faisait « breaker » des jeunes découvrant une drôle de danse: le hip-hop. Accompagné de deux potes, le jeune Fouad Boussouf se jette à corps perdu dans le street art. Un coin de bitume et un bout de carton font alors l’affaire. L’apprentissage est âpre mais payant ; très vite, le petit collectif remporte de nombreux concours. Le temps de la professionnalisation sonnant, c’est dans le Paris des centres de formation à la danse contemporaine que Boussouf se perfectionne. « La danse, les répétitions, les concours n’ont jamais été officiels, jusqu’au jour où un journal local a fait paraître un article sur mon travail avec ma photo. J’y ai gagné une certaine

forme d’estime », se souvient le jeune chorégraphe, qui, pour rassurer un entourage inquiet de le voir embrasser une carrière « atypique », décroche un DESS en ingénierie de la formation. Il soutient même un mémoire intitulé « La danse hip-hop : vecteur d’intégration sociale ou repli identitaire? » Aujourd’hui, à l’heure où le hip-hop intègre des réseaux de diffusion toujours plus étatiques, Fouad Boussouf poursuit son objectif originel : le dialogue avec le public. « C’est un devoir. Être d’accord ou pas n’est pas grave, il faut discuter avec son prochain, produire sainement de la pensée », dit-il. Depuis 2001, année de la création de sa compagnie, qui porte le nom d’un mélange d’épices indiennes, le chorégraphe-pédagogue diffuse son hip-hop hybride dans toute l’Île-de-France, cherchant coûte que coûte à sensibiliser les publics à ce parent pauvre des arts vivants : « Je me suis toujours demandé pourquoi les spectacles de danse contemporaine sont boudés dans certaines banlieues. Pour JEUNE AFRIQUE

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Europe, Amériques, Asie contrecarrer ce constat, Déviation s’est déplacé, in situ et gratuitement. » Ce spectacle met en scène quatre danseurs autour d’une voiture, symbole d’évasion trop souvent cramé dans les cités. Un acte pyromane qui interpelle le chorégraphe: « Pourquoi les jeunes brûlent-ils cet outil qui leur permet de s’extraire de la cité ? J’apparente cela à un suicide collectif… »

ANTITERRORISME

Google contre Al-Qaïda

Rap, sites internet branchés… La nébuleuse islamiste ne ménage pas ses efforts pour séduire les jeunes Américains. Mais la riposte s’organise. À l’initiative du célèbre moteur de recherche.

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ien de plus doux / Que le sond’uneroquette/Mais ce n’est rien comparé aux smart bombs / Qui, elles, ne ratent jamais leur cible… » Comme souvent dans le rap, la voix est lancinante, le rythme simple. « Rien de plus heureux qu’un martyr / Il a tout et il revient / Pour tuer et tuer / Et être tué si Allah le veut. » Malgré soi, on se laisse porter par les tonalités R’nB du refrain : « Envoie-m’en des tonnes [de missiles, NDLR], comme pour Zarqaoui / Envoie-moi un drone, comme pour Abou Laith al-Libi. » « Envoie-moi un missile », la nouvelle version du morceau de jihad rap, fait froid dans le dos. Son auteur se nomme Omar Hammami. C’est un Américain de l’Alabama, aujourd’hui commandant du mouvement Shebab aux États-Unis. « Les clips de jihad rap se sont récemment multipliés sur YouTube, commente Jessica Stern, ancienne consultante de l’administration Clinton aujourd’hui spécialiste du contre-terrorisme à l’université Harvard. Les méthodes de recrutement d’Al-Qaïda se sont modernisées de façon à séduire les jeunes Américains et à les

Après un été à écumer les festivals, la compagnie s’affaire aujourd’hui sur une nouvelle création, avec pour point de mire la culture arabe. « L’histoire mouvementée de cette région du monde m’interpelle. Teintée de nostalgie, la musique de mon enfance me renvoie à cet imaginaire arabe, construit de souvenirs aussi doux qu’innocents, en contraste avec mon adolescence, rythmée par la musique américaine et la danse hip-hop. Cette dualité reflète une apparente contradiction culturelle: l’une perçue comme traditionaliste mais passéiste et l’autre considérée comme progressiste mais décadente. Je souhaite tirer le meilleur de ces deux cultures qui m’habitent. » Comme de nombreux chorégraphes d’origine maghrébine, Fouad Boussouf veut créer des liens entre la France et cette Afrique bousculée par un Printemps arabe salvateur pour la liberté d’expression. Intarissable et bienveillant quand il évoque son pays d’origine, Fouad Boussouf analyse ainsi la tourmente actuelle : « C’est une réelle avancée pour le monde arabe. Le peuple mérite qu’on s’intéresse à sa richesse culturelle, souvent éclipsée par le religieux et le politique dans les médias occidentaux… Le Maroc, c’est un pays qui, à mon sens, évolue très vite pour une certaine catégorie de personnes et beaucoup moins pour d’autres. Il va s’agir de trouver un équilibre. » Pour le jeune artiste, le moment est venu de « faire danser, ensemble, entre musique électronique et instrumentale, sonorités arabo-andalouses et break beat », les deux côtés de la Méditerranée. Contemplant le ballet impromptu des Parisiens, l’insatiable voyageur songe déjà à son prochain spectacle. Épicé, métissé… forcément. ● CÉDRIC CHAORY

inciter à passer à l’acte. Pour nombre de ces derniers, le djihad apparaît comme un moyen plutôt cool d’exprimer son mécontentement et ses frustrations. Le magazine web Inspire est un autre exemple de cette stratégie. La mise en pages, l’emploi des couleurs, le style en font un site web tout à fait capable de séduire les adolescents. » SURDOUÉ. Jessica Stern était l’un des

experts invités, au mois de juin à Dublin, au Summit Against Violent Extremism organisé par Google Ideas, le dernier-né des think-tanks de Google. Google Ideas est dirigé par Jared Cohen, le jeune surdoué du départementd’État américain qui permit à Twitter de fonctionner pendant la révolte iranienne de 2009. Objectif de ce sommet : réunir en un même lieu victimes, experts et terroristes repentis venus de tous les horizons (Al-Qaïda, Farc de Colombie, néonazis) afin de réfléchir aux moyens d’empêcher les jeunes de se laisser séduire par les extrémistes. « C’est une initiative privée vraiment innovante, se réjouit Jessica Stern. Al-Qaïda exploite la psychologie adolescente. Nous devons répondre avec des méthodes similaires. Cohen maîtrise parfaitement les codes de communication actuels. Et surtout, il est extraordinairement réactif. Le 24 juillet, quarante-huit heures après les attentats de Norvège, il a envoyé aux participants du sommet un e-mail leur donnant vingt-quatre heures pour poster sur YouTube des vidéos “branchées” dénonçant les théories d’Anders Behring Breivik. Il n’y a pas de mystère : Cohen a 29 ans et nos meilleurs conseillers à la Maison Blanche ont dépassé la cinquantaine ! » ● JULIETTE MORILLOT

DR

Photo : YOURI LENQUETTE pour J.A.

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Ý UNE PAGE DU SITE ISLAMISTE « Plutôt cool », vraiment ? WEB INSPIRE.

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Europe, Amériques, Asie

JONATHAN FICKIES/LANDOV/MAXPPP

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ÉTATS-UNIS

Une vitrine au rabais

Une mosquée finira-t-elle par voir le jour près de Ground Zero, à New York ? Dix ans après les attentats du 11 Septembre, le projet, pourtant revu à la baisse, ne fait toujours pas l’unanimité.

L

es fidèles viennent du sous-continent indien, d’Afrique ou du Moyen-Orient. L’un d’eux porte un gilet fluorescent avec, dans le dos, la mention « NYPD ». Pour New York Police Department. Dans un hangar éclairé par des néons et sous le regard des passants – la salle de prière est visible de la rue –, ils s’apprêtent à rompre le jeûne du ramadan. Bienvenue sur le site de la future mosquée de New York, à deux pas de Ground Zero. « Provocation inacceptable… » « Insulte à la mémoire des victimes du 11 Septembre… » Début 2010, l’acquisition par Sharif el-Gamal (37 ans), un promoteur d’origine égyptienne, de cette ancienne fabrique de manteaux située 51 Park Place, dans le sud de Manhattan, en vue de l’aménagement d’une mosquée de quinze étages avait suscité un tollé. En dépit de l’hostilité de l’opinion, Barack Obama et Michael Bloomberg, le maire de New York, étaient, avec d’autres, montés au créneau pour défendre la liberté de culte. À quelques jours du dixième anniversaire des attentats du 11 Septembre, la tension est un peu retombée. Il est vrai que Gamal n’a pas ménagé ses efforts pour rassurer les Américains. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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pas être en contradiction avec « les valeurs américaines ». « À deux pas de l’endroit où notre foi a été profanée, nous avons l’occasion de montrer au monde ce que nous sommes et ce en quoi nous croyons », commente Sharif el-Gamal. La conjoncture américaine n’est guère favorable aux musulmans, objets de toutes les suspicions. De nombreuses personnalités ont Ý LA SALLE appelé à manifesDE PRIÈRE DU ter le 11 septembre 51 PARK PLACE, prochain devant le DANS LE SUD DE futur centre. Parmi MANHATTAN. Aujourd’hui, un elles, Pamela Geller, simple hangar. une pasionaria Demain, un a nt i - i s l a m d o nt centre culturel se réclame ouverislamique de tement Anders cinq étages ? Behring Breivik, l’auteur de la récente tuerie en Norvège. À la Chambre des représentants, une commission a été mise en place à l’initiative de Peter King, un républicain de New York, pour enquêter sur le danger représenté par la radicalisation supposée des musulmans américains. Comme si, au pays de Jared Loughner, le forcené qui, en janvier, tua froidement six personnes en Arizona, ces derniers avaient le monopole de l’extrémisme !

Reconnaissant que, jusqu’ici, tout avait été fait « à l’envers », il a, début août, annoncé que le projet Cordoba House allait être débaptisé (il se nomme désormais « Park 51 »). Et que la mosquée LOYAUTÉ. Un récent sondage témoigne ne compterait finalement que quatre pourtant que l’écrasante majorité des ou cinq étages. La tante d’une victime musulmans se montre loyale à l’égard des attentats a en outre été recrutée des États-Unis. Et optimiste quant à comme conseillère, tandis que les riveson avenir dans ce pays. Neuf sur dix rains et les leaders d’autres religions affirment être opposés à Al-Qaïda. Si la étaient activement consultés. Surtout, Gamal s’est Le promoteur connaît son affaire. résolu à se séparer – pour Il a recruté comme conseillère « divergences philosophiques majeures » – de la tante d’une victime du 11/9. l’initiateur de l’opération, l’imam Abdul Rauf, à qui la presse repromoitié d’entre eux estiment avoir subi che notamment son refus de reconnaître des discriminations (20 % des juifs et des le Hamas palestinien comme une orgacatholiques et un tiers des mormons sont nisation terroriste… dans le même cas), deux tiers affirment s’identifier aussi fortement à leur religion DANS CINQ ANS. Ouvert à tous, le projet qu’à leur pays. Park 51, qui s’inspire des centres cultuLes commémorations du 11 Septembre rels juifs, comprendra une galerie, une seront l’occasion d’un grand débat sur la piscine, un centre interconfessionnel, place de l’islam. Gamal n’a pas encore et donc, accessoirement, une mosquée. décidé quel type d’événement aura lieu Sa vocation a déjà été définie : rapproà cette occasion à Park 51. Il fera ce qui cher l’islam des Américains. Mais il ne lui paraîtra « le plus approprié et le plus sera pas mené à bien avant cinq ans. respectueux ». Nul doute que sa démarSon coût ? Dix millions de dollars, au che sera scrutée à la loupe. ● bas mot. L’origine des fonds ne devra JEAN-ÉRIC BOULIN, à New York JEUNE AFRIQUE

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LE PLUS

de Jeune Afrique

PANORAMA L’envol du phénix

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SOCIÉTÉ Signes extérieurs de croissance ÉNERGIE Comment apprivoiser le méthane du lac Kivu REPORTAGE Big bang à Kigali

RWANDA

Il a tout d’un grand

ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

Il ne laisse pas d’étonner par sa capacité à se reconstruire et à changer. Et par ses performances économiques. Voyage au cœur du petit pays des Mille Collines.

JEUNE AFRIQUE

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Le Plus de Jeune Afrique

LE PLUS

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de Jeune Afrique

RWANDA

Il a tout d’un grand

Prélude François Soudan

Un Rwandais à Paris

D

met directement en cause une demiU 12 AU 13 SEPTEMBRE, Paul douzaine de personnalités politiques Kagamé effectuera sa première visite officielle à Paris depuis françaises toujours en activité, ainsi son accession au pouvoir. Si qu’une belle brochette de hauts gradés le président rwandais dirigeait un pays de l’armée. C’est ce cocktail détonant comme les autres, ce déplacement dans qui, alimenté par une enquête judiciaire la capitale française ne serait pas en soi bâclée, menée entièrement à charge un événement. Tout juste remarquecontre Kagamé et ses proches, explique rait-on qu’il met un terme à une sorte pourquoi les deux pays ont un moment d’anomalie. rompu leurs relations diplomatiques. Les deux précédents séjours en France de cet ancien chef de guerre parvenu à la D’un commun accord, Nicolas gouvernance suprême sur les décombres Sarkozy et Paul Kagamé ont décidé de d’un épouvantable génocide se sont mettre ce contentieux entre parenthèses en effet mal déroulés. Le premier, en – mais il demeure réactivable à tout pleine lutte armée, sous la présidence moment. Le Rwandais, qui n’est pas d’un certain François Mitterrand alors non plus un président africain comme ouvertement hostile à la rébellion tutles autres, est un pragmatique sans états sie, valut à l’intéressé d’être interpellé d’âme. Anglophone, dénué de toute par la police puis quasi expulsé du territoire. Le « Entre les deux pays, la tranquille second, lors du somnormalité d’une relation banale met franco-africain de février 2003, se solda par ne sera sans doute jamais de mise. » une rencontre glaciale de dix minutes avec un Jacques Chirac attache sentimentale avec la France, peu disposé à l’écouter. tourné vers l’Afrique de l’Est et les dragons asiatiques, proche des États-Unis, Ce voyage de Paul Kagamé, voulu, voire imposé à une partie de ses collacet adepte du développement autoritaire borateurs, par Nicolas Sarkozy – qui s’est et de la démocratie surveillée ne vient lui-même rendu à Kigali – remet donc pas à Paris en position de demandeur, les choses à leur place. Reste que, entre même s’il entend bien vanter auprès la France et le Rwanda, la tranquille des investisseurs les mérites de l’une normalité d’une relation banale ne sera des économies les plus performantes et sans doute jamais de mise. les mieux dirigées du continent. Absente du Rwanda dans tous les Les comptes et mécomptes du passé, domaines – économique, culturel, éduet notamment le rôle trouble que joua catif et même diplomatique, en dépit des Paris avant, pendant et après le génoefforts méritoires de sa micro-ambascide de 1994, sont loin d’être réglés. sade –, la France a depuis longtemps Circonstance aggravante : la relation laissé la place à d’autres. À elle de savoir de cet épisode tragique vu de Kigali réagir. ●

PANORAMA L’envol du phénix CONFIDENCES DE Pierre Rwanyindo Ruzirabwoba, directeur de l’IRDP

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CONSOMMATION Fièvre acheteuse

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STRATÉGIE Pragmatique, mais pas trop…

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URBANISME Big bang à Kigali

p. 72

HYDROCARBURES Kibuye Power joue avec le feu

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AGRICULTURE Vivrier ou export, faut-il choisir ?

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INTERNATIONAL Partenariats à géographie variable p. 80 INTERVIEW Laurent Contini, ambassadeur de France à Kigali p. 82 ENSEIGNEMENT L’école de la gagne

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MÉDIAS Albert Rudatsimburwa, un patron touche-à-tout p. 88 BUSINESS La fine fleur et la jeune pousse

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Le Plus de Jeune Afrique

PANORAMA

L’envol du

phénix Objet de curiosité et d’analyse pour les économistes et sociologues, dix-sept ans après le génocide, le pays étonne par ses performances. Il invente un modèle.

PIERRE BOISSELET,

1er juillet 1962

Indépendance 5 juillet 1973

Putsch de Juvénal Habyarimana 6 avril 1994

Habyarimana meurt dans un attentat. Début du génocide, qui tuera plus de 10 % de la population 17 juillet 1994

Victoire du Front patriotique rwandais, qui proclame la fin de la guerre civile 17 avril 2000

Paul Kagamé est élu président par l’Assemblée nationale. Il est réélu au suffrage universel direct le 25 août 2003 et le 9 août 2010 N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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O

envoyé spécial

Le pays fait preuve d’une singulière faculté d’adaptation et d’intégration, notamment, depuis 2004, au sein du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), le plus grand bloc économique régional du continent, et, depuis 2007, de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC). Tout en continuant à accroître la productivité de son agriculture, activité qui représente 32 % de son PIB (lire pp. 76-77), le Rwanda développe son secteur tertiaire et se rêve désormais leader régional des services à haute valeur ajoutée (finance, TIC, commerce, transport aérien, loisirs, tourisme), tel un Singapour africain.

n ne peut qu’être séduit par ses reliefs verdoyants, plongeant PARANGON DE RIGUEUR. Rien de tout cela n’aurait dans le majestueux lac Kivu, et sa petite capitale (1 million d’haété possible sans l’engagement et la discipline de bitants tout de même) propre ses habitants. À Kigali, on porte le casque à moto, et ordonnée, enveloppée dans on met sa ceinture en voiture, on garde les rues une chaleur agréable. Mais la véritable beauté propres et on se vante de dénoncer à des forces de du Rwanda est ailleurs. Elle se trouve dans les l’ordre omniprésentes quiconque contreviendrait à bras des paysans qui cultivent leurs terrasses à ces règles communes. Appliquée à l’appareil d’État, flanc de colline, dans les jambes des femmes qui cette rigueur fait merveille. La corruption est rare (le pays arrive huitième du continent et premier arpentent, balai à la main, les trottoirs de Kigali au d’Afrique de l’Est dans le petit matin, dans le sourire classementdeTransparency des expatriés croisés à l’aéLe Rwanda se rêve en roport, qui reviennent pour Singapour africain, leader International), chaque corps de bon… Sa richesse réside administratif doit mettre en régional des services dans la détermination inéœuvre des objectifs précis et branlable de l’ensemble des est soumis à une évaluation à forte valeur ajoutée. des plus strictes. Rwandais. Alors qu’au sortir du génocide, il y a dix-sept ans, le pays, foudroyé, Il faut au moins cela pour bien gérer l’impresinspirait compassion et pitié, il force désormais sionnant flux d’aides que reçoit le Rwanda, et qui l’admiration de la communauté internationale. représente près de 40 % de son budget. En dépit Portés par une croissance économique remarde sa volonté d’autonomie, Kigali ne peut pas s’en quable et une jeunesse avide d’apprendre et passer pour l’instant. Sans compter que sa stratégie de s’ouvrir au monde, les Rwandais ont repris de développement repose en grande partie sur sa confiance en l’avenir. Ils adoptent massivement capacité à attirer les investissements étrangers (lire pp. 80-81). L’image du pays est à cet égard l’anglais, se mettent aux technologies de l’informaun enjeu stratégique, notamment vis-à-vis des tion et de la communication (TIC) et construisent à tour de bras. bailleurs. Selon la Banque mondiale, Kigali doit JEUNE AFRIQUE

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ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

Il a tout d’un grand

 À KIGALI, CAPITALE qui s’est dotée d’un plan directeur d’aménagement courant jusqu’en 2050 (lire pp. 72-73).

donc prendre en compte les critiques émises sur la limitation des libertés et de l’espace démocratique liée à l’application des lois contre l’idéologie du génocide. Le gouvernement reconnaît d’ailleurs qu’il est peut-être temps de les modifier. Il est aussi des Rwandais qui attendent davantage d’efforts de leur gouvernement : les plus démunis. Le pays progresse dans la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement mais accuse des retards sur les plans de la réduction de la pauvreté et de la santé maternelle. Sa performance, mesurée par l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies

EN MUTATION

En bref

OUGANDA

TANZANIE

● Superficie 26340 km2 ● Population 10,7 millions

Lac Kivu Kiv

d’habitants

● Indice de développement

humain (IDH) 0,385 (152 e rang sur 169 pays classés)

JEUNE AFRIQUE

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RÉP. DÉM. DU CONGO

Gisenyi

Kibuye

Kigali

R WANDA Butare BURUNDI

50 km

pour le développement (Pnud), a considérablement progressé grâce aux avancées en matière de santé (90 % des habitants sont couverts par une assurance maladie) et d’éducation (le taux de scolarisation au primaire dépasse 95 %). Et le rythme de croissance du PIB, supérieur à 7 % en moyenne entre 2006 et 2010, devrait, s’il est maintenu, permettre de réduire la pauvreté extrême de 20 % d’ici à 2015. Mais les inégalités de revenus restent fortes. Elles sont susceptibles d’entraver les avancées et de raviver les tensions sociales. Le programme Vision 2020 ambitionne de porter le PIB par habitant à 900 dollars (620 euros) d’ici à dix ans, ce qui semble réaliste (il est passé de 220 dollars en 2000 à 540 dollars en 2010). Toutefois, dix ans après le lancement de ce plan, plus de la moitié de la population ne vit qu’avec 0,43 dollar par jour. Des ombres au tableau rwandais qui ne doivent pas masquer l’essentiel. Après le cauchemar des années 1990, le pays a su se remettre sur pied en une décennie. Tant et si bien que, pour la prochaine, tous les rêves de grandeur lui sont permis. ● N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Le Plus de J.A. Rwanda CONFIDENCES DE | Pierre Rwanyindo Ruzirabwoba

« La cohésion sociale reste un défi » Ð L’Institut de recherche et de dialogue pour la paix (IRDP), à Kigali, associe chercheurs et acteurs sociaux

JEUNE AFRIQUE : Quelle est, selon vous, l’évolution la plus marquante depuis le génocide de 1994 ? P. RWANYINDO RUZIRABWOBA : C’est celle des mentalités des Rwandais: leur manière de penser, d’agir et de se comporter les uns envers les autres. L’an dernier, nous avons fait un sondage sur la cohésion sociale. Parmi les deux mille personnes interrogées, qui venaient de toutes les provinces du pays, 53 % ont jugé que la cohabitation se passait bien ou très bien. Pour 41 %, elle était assez bonne. Seuls 6 % affirment que cela n’allait pas. C’est dû à l’éducation: la durée de l’enseignement de base est passée de six à neuf ans, et nous prévoyons de la porter à douze ans. La plupart des Rwandais sont donc en passe d’être lettrés. L’évolution des technologies d’information et de communication a également été considérable (lire aussi p. 67). Le téléphone mobile concerne désormais toutes les couches de la population. Il y a aussi eu des changements physiques : l’amélioration des infrastructures routières, et le développement de l’industrie et des exportations qui permettent aux paysans d’avoir de l’argent. Mais, j’insiste, le plus important changement est dans les têtes. Désormais, quels sont les principaux défis du pays? La cohésion sociale des ethnies reste l’un d’eux. Le processus est amorcé, mais nous n’y sommes pas encore totalement. Un autre défi est d’harmoniser le taux de croissance économique avec la démographie.

PIERRE BOISSELET/J.A.

Ð Son directeur souligne le changement survenu dans les mentalités de ses compatriotes

 CET ENSEIGNANT DE L’UNIVERSITÉ NATIONALE DU RWANDA note les effets positifs de l’allongement de la scolarité obligatoire, passée de six à neuf ans.

ne sont parfois pas exactement transposés, c’est pour éviter le retour des conflits. Prenez le partage du pouvoir, par exemple. Il se fait en fonction d’un objectif : réconcilier les Rwandais. Ainsi, un parti politique ne peut pas obtenir plus de 50 % des postes ministériels. De plus, il est interdit pour les partis de discriminer, ou de ressusciter

Je suis optimiste, je compte sur la jeunesse pour transformer la société.

Le Rwanda a-t-il vu l’avènement d’une véritable démocratie? Nous sommes dans l’apprentissage de la démocratie. Comme dans tous les pays, elle doit être adaptée. Nous avons toujours la hantise du génocide et si certains principes démocratiques N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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les idéologies qui ont mené au génocide. Quant à la liberté d’expression, depuis la création de l’Institut de recherche et de dialogue pour la paix (IRDP), il y a dix ans, personne n’a été inquiété pour avoir exprimé poliment – je dis bien poliment – ce qu’il pensait du pouvoir. L’essentiel est de le faire dans des termes courtois et dans un sens constructif.

L’évolution de certains pays africains vous inquiète-t-elle? Oui, car les conflits ont changé de nature. Pendant longtemps, lesAfricains ont lutté pour l’indépendance. Ensuite, il y a eu des luttes entre pays, notamment lors du démantèlement des anciens empires coloniaux. Mais aujourd’hui, les conflits sont internes : ce sont les composantes de la société qui se battent pour les richesses ou le pouvoir. Nous avons assisté à une série de conflits postélectoraux, notamment en Côte d’Ivoire, au Kenya et au Zimbabwe. Dans ces pays, le problème des individus a été réglé mais les causes de conflit perdurent. C’est inquiétant. Pour autant, je reste optimiste car notre jeunesse est instruite et a accès à la technologie. Je compte sur elle pour transformer la société africaine, ce qui devrait réduire les tensions à l’intérieur de chaque pays. ● Propos recueillis à Kigali par PIERRE BOISSELET JEUNE AFRIQUE

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MESSAGE

RÉPUBLIQUE DU RWANDA

MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION

En cinq ans, le Rwanda a quasiment doublé le nombre de ses enfants scolarisés. Prochain objectif : les former selon les besoins du pays, en termes d’emploi, de façon à en faire le véritable moteur du développement national. Le ministre de l’Éducation, Pierre Damien Habumuremyi, explique comment.

Le Rwanda a réalisé depuis dix ans des progrès considérables dans l’accès des enfants à l’école élémentaire. Comment ? Le ministère rwandais de l’Éducation a pour mission de transformer le citoyen rwandais de façon à lui permettre de participer au développement économique et social du pays et à lui-même s’émanciper. Notre système éducatif se veut équitable en matière de qualité et d’accès. Il souhaite par ailleurs particulièrement faire la promotion des sciences et de la technologie. Sa réhabilitation a commencé en 1994 par sa revue et son harmonisation. En 2006, nous avons adopté un programme important mis en place deux ans plus tard, celui de « l’Éducation de base de neuf ans » : six ans pour le primaire et trois ans pour le secondaire. Durant ce cycle de neuf ans, l’enseignement est gratuit et obligatoire. Dans sa première phase, 3 072 salles de classe et 9 175 latrines ont été construites en cinq mois. Pour cela, il a fallu adopter une méthode non conventionnelle en impliquant les communautés locales, la police, l’armée, mais aussi les institutions publiques et privées. Les locaux sont en matériaux durables et respectent les standards de l’Unicef au Rwanda. Dans la deuxième phase de l’année scolaire suivante, 2 936 salles de classe et 5 714 latrines ont été construites. Au cours de l’année scolaire 2012 commencera « l’Éducation de base de douze ans », cela permettra aux jeunes Rwandais de terminer leur scolarité gratuitement. Dans cette troisième phase, il est prévu la construction de 2 679 salles de classe dont les travaux prendront fin vers la mi-janvier 2012, c’est-à-dire au début de l’année scolaire. Grâce à nos efforts, le taux de scolarisation a atteint 95 % en 2010.

Avec quels moyens et quels partenaires principaux le Rwanda parvient-il à relever ces défis ? Pour appliquer le « Plan d’action en matière d’éducation pour tous », le système éducatif rwandais bénéficie de plusieurs appuis, dont le plus important est celui de Fast Track Initiative (initiative multilatérale lancée en 2002 pour permettre l’accès de tous les enfants à l’éducation). Plusieurs politiques ont été mises sur pied, notamment la politique sectorielle de l’éducation, la politique de l’enseignement supérieur, la politique de l’éducation spécialisée, la politique des TIC, la politique de l’alphabétisation ou encore la politique de la vocation professionnelle (« TVET », Technical and Vocational Education and Training). Quelles sont les priorités actuelles du ministère ? L’enseignement rwandais voudrait mettre un accent particulier sur les métiers et l’enseignement professionnel. Une politique à cet effet a été développée en 2008 et son application effective se réalisera avec l’Enseignement de base de douze ans. En 2009, il a été créé un organe, WDA (Workforce Development Authority), qui s’occupe déjà de la régulation et de la qualité dans ces écoles techniques et professionnelles. L’enseignement supérieur se développe considérablement : de 6 institutions scolarisant 3 000 étudiants en 1994, nous sommes passés à 30 institutions (17 publiques et 13 privées) et plus de 31 500 étudiants au cours de l’année académique 2010. Ministère de l’Éducation - BP 622 -.Kigali - Rwanda Tél. : +250 252 583 051 - www.mineduc.gov.rw

www.justinecreation.fr / Photo D.R.

De l’enseignement de base à la préparation de la vie active


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CONSOMMATION

Fièvre acheteuse

 OUVERT VINGT-QUATRE HEURES SUR VINGT-QUATRE, Nakumatt propose nombre de produits importés. Malgré les prix élevés, c’est un succès.

SurlemontRebero,collinesurplombant Kigali, un quartier de loisirs est en projet. Il doit accueillir un parc d’attractions, des bars, restaurants et cinémas capables d’aimanter cette classe aisée naissante.

Restauration, distribution, high-tech, loisirs… La nouvelle classe moyenne urbaine ne lésine pas sur les moyens pour se faire plaisir. Stimulant l’économie mais creusant les inégalités sociales.

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*SOURCES : UI T,

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plus en plus de consommateurs capables de s’offrir des repas à 10 000 francs rwandais (près de 12 euros) par personne. Les grands groupes hôteliers internationaux estiment que la tendance va s’accentuer. Radisson Blu, Marriott ou encore Hilton prévoient ainsi d’ouvrir des établissements dans la capitale rwandaise dans les prochaines années.

CENTRES COMMERCIAUX. On la croise

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P

atrick Knipping est un directeur heureux. Ce Belge à la chevelure grisonnante, ancien responsable du célèbre Hôtel des Mille Collines, gère désormais le Lemigo Hotel. Depuis son ouverture, en octobre 2010, il fait le plein. Les touristes américains, hommes d’affaires ougandais ou kényans, mais aussi rwandais, se pressent dans ses restaurants, dirigés par un chef français. « La nourriture et les boissons nous rapportent presque autant que les chambres, note Patrick Knipping. Beaucoup de clients consomment en marge des conférences, mais il y en a aussi qui viennent juste pour un repas et pour découvrir l’hôtel. Les Rwandais ais R A . aiment beaucoup millions la nouveauté ! » d’habitants seront Après une abonnés à la décennie de téléphonie mobile croissance éconoen 2015, selon les prévisions* mique soutenue, Kigali compte de

déjà dans les allées de l’Union Trade Center (UTC) de Kigali, scotchée à son smartphone connecté à internet. Dans ce centre commercial de 6 étages, on trouve 70 boutiques (tous les emplacements ont trouvé preneur) et un supermarché de la chaîne kényane Nakumatt, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. « L’exploitation n’est pas encore rentable la nuit, concède Paul Mutunga, le directeur adjoint du magasin. Mais nous sommes en train d’y habituer les Rwandais. » Pour cette enseigne, qui pratique pourtant des prix élevés (la plupart des produits sont importés), le succès est au rendez-vous: elle prévoit déjà d’ouvrir un deuxième supermarché avec le même concept dans la future Kigali City Tower, qui se construit à deux pas. « Il y a les entrepreneurs, les fonctionnaires de l’État, les employés des grandes entreprises… On voit vraiment une classe moyenne se dessiner », remarque Charles JEUNE AFRIQUE

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Il a tout d’un grand

PAUVRETÉ PERSISTANTE. Pour l’instant,

cette ébauche de protection sociale n’est pas parvenue à effacer le point noir du modèle de développement rwandais : la pauvreté, qui reste le lot commun de ses habitants, en particulier dans les campagnes. « Selon les dernières données que nous avons, 56,9 % de la population vivait encore en dessous du seuil de pauvreté en 2006 », indique Nicolas Schmids, économiste au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) à Kigali. Dans ce domaine, le Rwanda a redressé la barre par rapport aux statistiques catastrophiques de l’après-génocide (elles étaient alors les pires au monde). Mais il n’a pas encore retrouvé le niveau qui était le sien à la fin des années 1980. « Avec les efforts du gouvernement, on s’attend à une amélioration lors de la prochaine enquête, anticipe Nicolas Schmids. Mais on sait déjà que les Objectifs du millénaire pour le développement ne seront pas atteints sur ce point en 2015. » Entre une classe aisée qui émerge et entre de plain-pied dans la société de consommation, et la majorité de la population qui en reste en marge, le fossé n’est pas encore près de se refermer. ●

Tout pour la technologie Les réseaux de fibre optique et de téléphonie mobile sont en place. Objectif : développer les applications.

K

igali a fait du développement des prendre rendez-vous pour l’examen du technologies de l’information et permis de conduire et recevoir les résulde la communication (TIC) une tats par simple SMS. Une application priorité. Leur ministère est d’ailleurs similaire est reliée à la base de données rattaché directement à la présidence. nationale des cartes d’identité pour l’inscription sur les listes électorales. L’objectif du troisième plan quinquennal consacré aux TIC (2011-2015) est d’acSANTÉ EN LIGNE. Géré par le Centre célérer leur utilisation dans tous les secteurs. Et les choses vont bon train grâce de traitement et de recherche sur le au réseau haut débit mobile (3G), qui sida, TracNet recueille et traite les inforcouvre une grande partie du territoire, et mations concernant les patients et la au maillage de 2300 km de fibre optique, distribution de médicaments contre le achevé en mars, qu’exploitent les trois VIH. Le pays a par ailleurs mis à l’essai opérateurs de téléphonie mobile MTN, (avec le Ghana, le Kenya et le Nigeria) Rwandatel et Tigo. Pour répondre à la On peut s’inscrire au permis demande croissante d’acde conduire ou sur les listes cès internet à haut débit, des télécentres reliés au électorales par simple SMS. réseaudefibreoptiquefont leur apparition. Quant à la téléphonie unsystèmedecontrôle,MPedigree,pour mobile, selon l’Union internationale lutter contre la contrefaçon de médicades télécommunications, si le nomments. L’utilisateur envoie un code par bre d’abonnés n’était en 2010 que de SMS et reçoit un message indiquant si le 3,5 millions (33 % de la population), traitement répond aux normes. il devrait passer à 6 millions en 2015. Les éleveurs et cultivateurs peuvent Parmi les principaux freins, le retard du aussi s’informer des cours des produits réseau électrique, auquel seuls 8 % des agricoles grâce à eSoko (« eMarché »), un programme accessible par SMS et Rwandais sont raccordés. Pour pallier cette lacune, les opérateurs installent des internet qui élimine les intermédiaires centres où leurs clients peuvent recharet leur permet d’augmenter leur marge. ger les batteries de leurs appareils. Enfin,début2011,MTNs’estassociéavec En matière d’applications, l’adminislaBanquecommercialeduRwandapour tration donne l’exemple. On peut utiliser lancer un service d’opérations bancaires celle du ministère des Transports pour par téléphone mobile. ● P.B. et C.M. Æ Les cybercafés sont essentiels : SEULS 8 % DES RWANDAIS ONT ACCÈS À L’ÉLECTRICITÉ.

ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

Mporanyi. Le président du groupe d’assurances Soras est bien placé pour observer la tendance. Flairant l’émergence de cette demande solvable, il a lancé les premiers contrats d’assurance maladie privée en 2006. « C’est ce type de produit qui connaît la croissance la plus forte. Il est déjà en deuxième position derrière les assurances automobiles ! » s’étonne-t-il. Ce succès est d’autant plus significatif que le pays dispose en parallèle d’assurances maladie publiques très bon marché : les mutuelles de santé. Avec des cotisations de 1 000 francs rwandais par personne et par an, elles couvraient 90 % de la population fin 2010, selon les chiffres du gouvernement. L’immense majorité des Rwandais a donc maintenant accès aux hôpitaux, qui seront à terme installés dans chacun des trente districts du pays. Mais le système est entré dans une nouvelle phase : les cotisations doivent augmenter pour atteindre 3000 à 7 000 francs rwandais, en fonction des revenus, tandis que la gratuité est instaurée pour les ménages les plus modestes. Ces derniers bénéficient aussi sans frais de l’école primaire obligatoire.

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NOTRE MÉTIER : PRODUIRE LE MEILLEUR THÉ Rwanda Mountain Tea SARL, société privée, a vu le jour en Août 2006, suite à la volonté politique de privatisation des entreprises théicoles en vue de les rendre plus performantes et de mobiliser les ressources financières nécessaires à leur développement. Rwanda Mountain Tea a progressivement acquis des actions dans plusieurs unités, dont notamment Rubaya et Nyabihu en 2006, Kitabi en 2009, Mata et Gisakura en 2010. Nos objectifs, en accord avec la vision du Gouvernement Rwandais, sont d’accroitre la capacité de transformation des usines théicoles, d’augmenter la zone de plantation du thé à travers des pratiques culturales garantissant une meilleur rentabilité de l’hectare, de fournir un encadrement technique aux théiculteurs villageois et de produire un thé de la meilleure des qualités. A cet effet Rwanda Mountain Tea a : - respectivement doublé et triplé la capacité de transformation des usines de Rubaya et Nyabihu en augmentant leur taille pour l’installation de machines plus performantes - lancé un processus d’expansion des plantations théicoles et des forêts attenantes productrices de bois de chauffe, avec le recours à l’expertise nationale et internationale pour le développement de pratiques culturales améliorant le rendement par hectare et protégeant l’environnement - aidé les théiculteurs villageois à améliorer leurs performances par le biais d’encadrements techniques ponctuels et de dispositifs de prêts pour l’achat de différents intrants agricoles - investi dans le conditionnement et la création d’une société chargée de la production et de la commercialisation de boites de thé. Rwanda Mountain Tea s’est aussi attelé à répondre aux normes internationales de production et de commercialisation des produits alimentaires et a souscrit aux certifications internationales pour les unités théicoles (Iso 22000 et Rain Forest Alliance). Ses produits ont été souvent primés durant les conventions théicoles et expositions nationales et internationales auxquelles la société participe régulièrement. Dans un avenir proche, Rwanda Mountain Tea procédera à l’installation d’un barrage hydro électrique pilote à Giciye (un cours d’eau en aval de Rubaya), en vue de permettre un accès à l’électricité propre et à moindre coût à ses usines de Rubaya de Nyabihu et aux populations environnantes. Rwanda Mountain Tea a également répondu à l’appel du Gouvernement Rwandais afin d’éradiquer la pauvreté dans les zones environnant ses usines à thé en offrant un meilleur accès des travailleurs à la sécurité sociale et médicale, en aidant à la réhabilitation des écoles et en souscrivant au programme d’apprentissage des enfants jusqu’à l’âge de 16 ans.

NOTRE DÉTERMINATION : CONTRIBUER AU DÉVELOPPEMENT DU PAYS. Rwanda Mountain Tea Ltd - Avenue des Poids Lourds - BP 1576 - Kigali - Rwanda Tél. : (+250) 252 577 870 / 252 571 935 / 252 571 936 - Fax : (+250) 252 577 815 - www.rwandamountaintea.com


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Le Plus de J.A. Rwanda STRATÉGIE

Pragmatique, mais pas trop… Les réformes engagées au début des années 2000 ont amélioré la productivité et le climat des affaires. L’économie rwandaise est en excellente santé. Sa dépendance à l’égard de l’aide et des investissements étrangers reste cependant son talon d’Achille. l’industrie et de la construction, l’expansion des activités de services, notamment dans la finance et les télécommunications, ainsi que sur l’accroissement des exportations. SERVICES EN TÊTE. Banque et assurances, nouvelles technologies, commerce… Ce sont désormais les services qui contribuent le plus fortement au PIB du pays (47 %). Ils ont enregistré une croissance de 10 % en 2010, notamment grâce à la relance du secteur de la finance et des assurances (dont les activités affichent une hausse de 24 %, après un recul de 4 % en 2009), du transport et de la logistique (en hausse de 9 %), du commerce de gros et de détail (8 %). La part de l’agriculture dans le PIB du pays reste centrale (32 %). Elle a enregistré un taux de croissance de 5 % en 2010 (5 % dans la production vivrière et 14 % dans les cultures d’exportation, qui avaient accusé un déclin de 15 % en 2009). Toutefois, le secteur peine encore à trouver les capitaux d’investissement et manque de produits diversifiés pour l’exportation.

INDICATEURS

8

MONNAIE Franc rwandais (FRW) Parité au 31.8.2011 : 1 euro = 853,311 FRW 1 dollar = 589,804 FRW

INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS 118,7 millions de dollars

PIB PAR HABITANT 540 dollars

EXPORTATIONS 193 millions de dollars

PIB 5,7 milliards de dollars dont primaire 32 %, secondaire 15 %, tertiaire 47 %, ajustements (services bancaires et taxes) 6% TAUX D’INFLATION 2,3 % N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Enfin, les activités industrielles ont augmenté de 8 % en 2010, portées surtout par la hausse des activités dans le secteur de l’électricité et de l’eau (15 %, contre 14 % en 2009), de l’industrie agroalimentaire (9 %) et de la construction (9 %, contre 1 % en 2009). En revanche, les exportations minières continuent de chuter (– 11 % en 2010 et – 18 % en 2009). Dans le même temps, l’inflation a poursuivi sa chute, avec une moyenne annuelle établie à 2,3 % en 2010, contre 10,3 % en 2009, quand les prix alimentaires avaient augmenté de plus de 20 % dans le sillage de la crise alimentaire mondiale. Elle devrait légèrement repartir à la hausse en 2011 (aux alentours de 3 % selon les estimations), compte tenu de l’augmentation des cours mondiaux du pétrole.

6 4

INITIATIVE PRIVÉE. Lancée en 2001, la

stratégie du Rwanda a connu un coup d’accélérateur en 2007 grâce à l’aboutissement de ses réformes structurelles. Le pays se place en 58e position sur 183 pays classés (il occupait le 70e rang en 2010) dans le classement « Doing Business » 2011 de la Banque mondiale. Premier

ÉVOLUTION DU PIB (en milliards de dollars, en prix courants)

3,1

3,8

4,7

5,2

5,7

6,1

2 0

2006

12

IMPORTATIONS 1,2 milliard de dollars

2007 200

2008 200

11,2

2009 200

2010* 201

2011* 201

CROISSANCE

10

(en %, en prix constants)

8 6

CLIMAT DES AFFAIRES 58e rang sur 183 pays classés dans le rapport « Doing Business » 2011

4

4,1

2 0

2006

2007

2008

2009

2010* 2011* * Estimations

SOURCES : PNUD, BAD, OCDE, MINECOFIN, NISR, MARS 2011

D

epuis l’engagement de sa stratégie Vision 2020, en 2001, l’économie rwandaise continue de progresser. Outre l’accroissement de la productivité, ce succès est dû aux investissements publics soutenus dans les transports aériens, et désormais routiers (lire p. 71), dans le développement des technologies de l’information et de la communication (lire p. 67) – notamment appliquées à l’administration en ligne – et dans l’amélioration des capacités de production d’électricité (lire p. 75). Après une insolente croissance en 2008 (plus de 11 %), et passé les turbulences liées à la crise financière et économique mondiale qui l’ont fait retomber à 4,1 % en 2009, l’économie rwandaise s’est rapidement redressée, progressant de 7,4 % en 2010. Et les perspectives à court et moyen termes (6,5 % pour 2011, 7 % pour 2012) s’annoncent solides, portées par l’augmentation des investissements dans les secteurs clés. Ce rapide rebond s’appuie sur le développement continu du secteur agricole, la reprise soutenue des secteurs de

JEUNE AFRIQUE

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Il a tout d’un grand

FRAGILITÉS. En pleine croissance, l’éco-

nomie rwandaise est cependant fragile, en raisondesafortedépendanceàl’extérieur: la majorité des investisseurs est d’origine étrangère et l’aide internationale représente encore un cinquième des revenus du pays. Pour 2011-2012, cette dernière devrait s’élever à 455,5 milliards de francs rwandais (plus de 517 millions d’euros, en hausse de 22,3 % par rapport à l’exercice

Kigali peut s’enorgueillir de sa faible dette extérieure : moins de 5 % du PIB en 2010. précédent). Et, tant qu’il n’est pas parvenu à diversifier son offre à l’exportation, le Rwanda reste dépendant de la demande mondiale : le thé et le café assurent la moitié de ses recettes à l’export. Le pays peut cependant s’enorgueillir d’avoir l’un des plus faibles niveaux d’endettement en Afrique subsaharienne, notamment grâce à l’allègement d’une grande partie de sa dette en 2005 (de près de 1,5 milliard de dollars), suivi d’une gestion rigoureuse. Selon le rapport « Perspectives économiques en Afrique », publié par la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la dette extérieure du pays représentait moins de 5 % du PIB en 2010, contre une moyenne de 23 % en Afrique subsaharienne et de 26 % dans les pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est. ● CÉCILE MANCIAUX JEUNE AFRIQUE

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Mille collines à traverser Enclavé, le pays pâtit de son relief accidenté. De nouveaux projets d’infrastructures routières, ferroviaires et aéroportuaires sont en cours de développement.

ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

pays réformateur en matière de climat des affaires en 2010, il prend cette année la deuxième place dans ce domaine. Parmi les principales réformes touchant les entreprises : la réduction du délai requis pour créer une société à vingt-quatre heures (c’est le plus court au monde), pour un coût équivalent à 8,9 % du revenu par habitant (contre 223 % en 2005), et celle du délai pour obtenir un permis de construire à trente jours (contre deux cent trente en 2005). Résultats : dans les différentes filières, de nombreuses entreprises privées se sont développées et ont été créées. Quant aux flux d’investissements directs étrangers (IDE), ils ont été plus que décuplés entre 2004 et 2009, passant de 10,9 millions à 118,7 millions de dollars (de 8 à 83 millions d’euros d’alors).

71

Ð LES TRAJETS ENTRE seront de plus en plus faciles. PROVINCES

Q

uarante pour cent… Au Rwanda, devrait s’étoffer de nouvelles liaisons qui c’est la proportion exorbitante favoriseront lestrajetsprovince-province que peut atteindre le coût du et les flux internationaux. Une route est transport dans le prix des produits déjà en construction le long du lac Kivu importés. Conséquence de l’enclaveentre Gisenyi (ville frontalière de Goma ment du pays et de son relief accidenté en RD Congo) et Ruzizi, carrefour sur (il faut tout faire venir du Kenya ou de le chemin de Bukavu (RD Congo) et la Tanzanie par des routes pas toujours Bujumbura (Burundi). directes), ce surcoût pèse lourdement sur son économie. HUB RÉGIONAL. Le Rwanda prévoit L’amélioration des infrastructures est enfin de construire un nouvel aéroport donc une priorité. Au cours de la prointernational à Bugesera (à une quaranchaine décennie, le pays devrait ainsi se taine de kilomètres au sud de la capitale) doter de sa première ligne de chemin de pour pallier l’engorgement de celui de fer,quirelieraKigali,ainsiqueMusongati, Kigali. C’est un projet stratégique : son au Burundi, au réseau ferroviaire tanzaambition de devenir un hub régional des nien et donc au port de Dar es-Salaam. services et une destination touristique Le coût de l’ouvrage est estimé à près s’appuie essentiellement sur le transport de 4 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros), Le coût du transport peut plus 1 milliard pour représenter jusqu’à 40 % du prix réhabiliter les lignes en Tanzanie. « Nous recherdes produits importés. chons un partenariat aérien. L’aéroport de Bugesera devrait public-privé pour le financer, indique comporter à terme deux pistes dotées Alexis Nzahabwanimana, secrétaire de voies de circulation, mais il pourrait d’État chargé des Transports. Si on ne voir le jour en deux temps pour alléger le trouve pas, les États s’en chargeront la facture (estimée à 635 millions de seuls : c’est indispensable. » Les études détaillées ont commencé et les travaux, dollars). RwandAir, la compagnie publiqui pourraient durer cinq ans, doivent que, accompagne déjà le mouvement : débuter en 2013. elle s’est fait livrer, le 26 août, le premier Entre-temps,leréseauroutierasphalté, appareil neuf de son histoire, un Boeing qui pour l’heure relie essentiellement 737-800, et en attend un second avant Kigali aux principales villes du pays, la fin de l’année. ● PIERRE BOISSELET N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

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 La ville est calme mais LES CHANTIERS SONT PARTOUT.

URBANISME

Big bang à Kigali Afin de faire face au doublement de la population de la capitale d’ici à 2020 et de la rendre plus attractive pour les investisseurs, l’État et la municipalité ont adopté un plan directeur ambitieux. Et ne reculent devant rien pour le mettre en œuvre.

A

u premier abord, Kigali ressemble à une belle endormie. Une jolie ville posée sur les collines, sage et modeste, avec ses boulevards plantés de palmiers et ses pelouses tondues de frais. Mais les apparences sont trompeuses. La capitale rwandaise se prépare en réalité à un bouleversement. Sous l’effet de sa croissance économique, de l’exode rural et d’une démographie vigoureuse, elle devrait atteindre les 2 millions d’habitants avant la fin de la décennie, soit deux fois plus qu’aujourd’hui. Çà et là, de grands chantiers rendent déjà ce changement visible. Comme celui du Kigali Convention Center, un complexe d’un coût de 200 millions d’euros qui devrait regrouper dès 2012 une salle de conférences de 2 600 places, un centre commercial,unhôteldeprèsde300chambres (opéré par The Rezidor Hotel Group, baséàBruxelles),unmuséeetdesbureaux. Dans le quartier des affaires, la Kigali City Tower, en construction, semble encore bien isolée. Plus pour longtemps. « D’ici à quatre ans, une vingtaine d’immeubles N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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de 15 à 30 étages seront construits dans le central business district », explique le maire, Fidèle Ndayisaba, qui a pris ses fonctions en mars. « Et je ne parle que des projets déjà approuvés… » « RATIONALISER L’ESPACE ». S’il peut

être aussi sûr de la hauteur des futurs bâtiments, c’est que les promoteurs n’ont pas le choix : la ville a adopté en 2008 un plan directeur qui doit organiser s o n d é ve l o p p e ment jusqu’à l’horizon 2050. Celui-ci découpe Kigali en zones, au sein desquelles l’ensemble desimmeublesdevra répondre à certains critères. Dans le futur quartier hôtelier, tout proche du centre d’affaires, la hauteur minimale a ainsi été fixée à 8 étages. Le

but ? « Rationaliser l’espace en densifiant la ville », répond le maire. Du coup, la modélisation 3D du futur visage de Kigali donne le tournis : immeubles élancés, espaces verts bordés par des cours d’eau, quartiers commerçants survolés par des passerelles piétonnes… Les petites échoppes qui prospèrent autour du rond-point du centre-ville devront donc laisser place à des constructions plus ambitieuses. Leurs propriétaires actuels, s’ils ne veulent pas s’impliquer dans un nouveau projet, seront expropriés moyennant dédommagement. « La plupart des commerçants sont enthousiastes,affirme Fidèle Ndayisaba. Ils Toujours se mettent en complus haut mun pour atteindre Nombre d’étages la surface minimum minimal des requise, et nous les nouveaux immeubles accompagnons. » Mais il arrive que cela se passe moins bien, comme dans certains quartiers résidentiels. Invités à s’exprimer sur ce thème lors d’un forum de l’Institut de recherche et de dialogue pour la paix, en mars,deshabitantsde

15 8

Quartier des affaires

Quartier hôtelier

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Il a tout d’un grand

LAC ARTIFICIEL. C’est aussi pour favoriser la croissance que la municipalité, qui prévoit de recevoir de plus en plus d’étrangers, veut créer un quartier des loisirs sur le mont Rebero, qui surplombe la ville. Le 12 août, elle a conclu un accord avec des investisseurs pour la cession de trois parcelles. Celles-ci accueilleront la Kigali Tower (un projet de 8,7 millions d’euros mené par Kigali Real Estate), l’Appartement Hôtel (10,3 millions d’euros, Génimmo) et le Chic Shopping Complex (28,4 millions d’euros, Chic Champion Investment Corporation).

« Je n’hésiterai pas à aller sous une tente pour permettre de lancer les travaux au plus vite ! » FIDÈLE NDAYISABA, maire de Kigali

Plus ambitieux encore: la création d’un lac artificiel est à l’étude pour accueillir des activités nautiques. Mais l’Office rwandais de gestion de l’environnement est déjà vent debout contre le projet. « Ce serait de l’eau stagnante, s’inquiète sa directrice, Rose Mukankomeje. Or les déchets sortent de partout et cette ville n’a pas de système de traitement des eaux usées ! Les concepteurs ont voulu nous mettre devant le fait accompli sans faire les études d’impact obligatoires. Nous nous y sommes donc opposés. » Pas de quoi entamer la détermination de la mairie. Pour montrer l’exemple, elle a fait raser son ancien hôtel de ville pour construire un nouveau city hall. Réfugié au dernier étage d’un vieux bâtiment administratif adjacent, Fidèle Ndayisaba prévient : « Si le terrain sur lequel nous sommes installés intéresse quelqu’un, je n’hésiterai pas à aller sous une tente pour permettre de lancer les travaux au plus vite. » ●

Des mètres carrés très prisés Le marché de l’immobilier – résidentiel et commercial – a le vent en poupe. Et les prix montent.

L

e nouveau maire de Kigali n’a et incite à construire en hauteur dans qu’une obsession : construire certains quartiers. La Générale de l’impour faire face à une demande qui mobilier (Génimmo) vient ainsi d’acparaît insatiable. « En ce qui concerne quérir une parcelle auprès de la ville de Kigali pour construire l’Appartement les bureaux, les immeubles construits dans le centre-ville sont occupés à 100 %, Hôtel, d’un coût estimé à 10,3 millions indique Fidèle Ndayisaba. Et ceux qui d’euros. Mais ce n’est pas le créneau que la sont en cours de construction sont déjà société souhaite privilégier. « La pluentièrement vendus. » À tel point que, selon les professionnels du secteur, les part des Rwandais préfèrent les petites surfaces commerciales les mieux plamaisons individuelles, confie un de ses responsables. En appartement, on cées peuvent se louer jusqu’à 25 dollars (17,30 euros) par mois le mètre carré. Avec le retour de la diaspora et « Les prix restent l’apparition d’une classe aisée, la globalement raisonnademande en logements augmente. bles, estime toutefois le maire. L’inflation n’est est obligé de cuire à l’électrique : les pas beaucoup plus forte dans l’immogens n’en ont pas l’habitude et c’est bilier qu’ailleurs. » Elle est en tout cas extrêmement coûteux. » Du coup, la suffisante pour attirer les investissements dans le secteur: selon le Rwanda société prévoit de se lancer dans la Development Board, ceux-ci sont passés construction de lotissements de 100 de 80 millions à 335 millions d’euros à 200 maisons individuelles, ce qui entre 2003 et 2009. devrait lui permettre de les vendre à des prix très compétitifs. « Nos études de DES MAISONS PAR CENTAINES. Avec marché nous montrent que la demande le retour de la diaspora et l’apparition est là pour ce genre de biens », poursuit d’une classe aisée (lire pp. 66-67), la le promoteur. Sa seule crainte n’est pas demande en logements augmente aussi. que les maisons ne se vendent pas, mais Le plan directeur de Kigali prévoit la que ses concurrents commencent à construction prochaine d’appartements profiter du boom avant lui. ● de grand standing dans la zone hôtelière P.B. Æ Les Rwandais préfèrent LES PAVILLONS INDIVIDUELS (ici sur la colline de Gacuriro).

ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

Kigali ont ainsi estimé que « les intérêts des expropriés ne sont pas pris en compte, surtout en ce qui concerne leur relogement » – les locataires ne se voient pas proposer de solution –, ou encore que la valeur donnée aux terrains ne correspond pas au prix du marché. « Ce n’est pas toujours facile, concède Fidèle Ndayisaba. Il faut les préparer psychologiquement, les convaincre. Mais c’est pour le bien commun : cela crée une activité économique dont ils sont aussi bénéficiaires. »

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Kibuye Power joue avec le feu

Le lac Kivu regorge de méthane, dont l’extraction pourrait combler les besoins en électricité de la région. Un seul projet est entré en production, mais d’autres acteurs sont sur les rangs.

75

L’exploitation du méthane est aussi une question de sécurité. Le Kivu est, avec les lacs camerounais Monoun et Nyos, l’un des trois « lacs explosifs » de la planète, les seuls à contenir une telle proportion de gaz… Et donc à présenter un risque d’éruption, comme celle qui, en 1986, avait causé la mort de plus de 1 700 habitants des berges du Nyos. Plus de 2 millions de personnes vivent au bord du Kivu : de quoi frémir.

ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

MOINS DE RISQUES. « Exploité, ce gaz

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epuis les collines du Rwanda, le bleu du lac Kivu s’étend à perte de vue. Difficile d’imaginer qu’une énergie à la fois fabuleuse et monstrueuse sommeille dans les profondeurs de cette immensité paisible. Sauf peut-être à Gisenyi, près de la frontière avec la RD Congo. Depuis la rive, on s’interroge sur cette forme bleue et jaune qui émerge des flots. À mesure que le Zodiac s’en approche, une véritable usine à gaz se dessine. C’est la plateforme flottante Kibuye Power 1 (KP1) : deux imposants réservoirs, reliés entre eux par des pompes et tuyaux, sont surmontés d’une torchère et reliés par un gazoduc à la rive, où trois générateurs produisent de l’électricité. Sous les pieds des techniciens, un tube s’enfonce pour pomper l’eau 300 m plus bas. Dioxyde de carbone (CO2), diazote, hydrogène sulfuré et, surtout, méthane : à cette profondeur, les eaux du lac sont chargées d’un cocktail de gaz piégé par les fortes pressions qui s’exercent. On y trouve aussi les bactéries, uniques au monde, à l’origine de ce trésor. Elles s’attaquent aux sédiments reposant au fond et accélèrent une réaction chimique qui produit du JEUNE AFRIQUE

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méthane à partir du CO2 issu de l’activité volcanique de la région. On estime que 300 milliards de m3 de CO2 et 60 milliards de m3 de méthane, remontés dans le lac Kivu par des cheminées volcaniques, s’y sont accumulés au fil des siècles. MANNE ÉNERGÉTIQUE. Une manne pour

est une richesse. Sinon, il devient une menace », résume Majuné Laurent, ingénieur électronicien sur KP1. La dangerosité du méthane pourrait donc accélérer les projets rwandais. Plusieurs investisseurs privés s’intéressent en effet au potentiel du Kivu. L’américain ContourGlobal a ainsi décroché une concession à Kibuye. Son projet Kivuwatt, d’un montant de 140 millions de dollars (96,5 millions d’euros), a été lancé le 25 août. À l’issue de la première phase, Ý LA PLATEFORME qui devrait être PILOTE KP1 opérationnelle en pompe l’eau 2012, l’entreprise à plus de 300 m prévoit de produire de profondeur. 25 MW. Le français Data Environnement, qui dégaze déjà le Nyos et le Monoun dans un but sécuritaire, a conçu une seconde plateforme expérimentale à Gisenyi pour la société privée Rwanda Electricity Company (REC). L’usine se trouve sous l’eau et utilise la pression ambiante pour économiser sur le pompage. Mais la production est à l’arrêt du fait d’un défaut de conception ; l’ossature, incapable de résister aux vagues du lac

le Rwanda, qui pourrait ainsi remédier à son déficit énergétique : seuls 8 % des Rwandais ont accès à l’électricité et le pays a aujourd’hui une capacité de 85 MW (un peu plus de « Exploité, ce gaz est une la moitié de sa consommarichesse. Sinon, il devient tion). Il s’est donné jusqu’à une menace. » 2017 pour porter ce chiffre MAJUNÉ LAURENT, ingénieur pour Kibuye Power Ltd à 1 000 MW. Avec son projet pilote, dans lequel ont d’ores et déjà été investis Kivu, doit être changée. Malgré ce contreplus de 15 millions d’euros, la compagnie temps, REC affirme que le procédé est nationaleKibuyePowerLtdproduitactuelau point. « La phase de recherche et développement est presque terminée lement 3,6 MWh. « Mais en exploitant les et nous n’attendons plus que les invesréserves, nous pourrions générer 700 MW pendant cinquante ans », calcule Alexis tisseurs », indique Ivan Twagirishema, Kabuto,directeurgénéraldelasociété.Àce le directeur général de l’entreprise, qui rythme, le pays devrait parvenir à combler cherche donc quelque 136 millions de dollars pour atteindre une capacité de les besoins croissants de sa population et 50 MW. ● de son économie, et même exporter le PIERRE BOISSELET surplus dans la sous-région. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Le Plus de J.A. Rwanda

ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

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 LES PLANTATIONS DE THÉ ne cessent de s’étendre.

AGRICULTURE

Vivrier ou export, faut-il choisir?

Le pays parvient à nourrir sa population tout en augmentant sa production pour l’étranger. Reste à savoir si ce miracle peut durer.

L

BO

RGE

A U D P O U R J. A .

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les filières agricoles sont en hausse. La production vivrière a augmenté de 5 % en 2010, année où le pays est parvenu à l’autosuffisance alimentaire pour la première fois, tandis que les productions à l’exportation croissaient de 14 %, après une chute de 15 % en 2009 liée à la crise internationale. Depuis 2007, Kigali a mis AN T en place un programme d’intensification des cultures. Des ingénieurs agronomes sont envoyés aux quatre coins du pays, à commencer par les zones céréalières (riz, maïs, blé…). « Le but est N

N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

INTENSIFICATION. Pourtant, toutes

NI

32 %assuré du PIB national est par l’agriculture

ajouter que le Rwanda n’a pas de terres en réserve pour accroître la surface agricole exploitée.

O

e défi semble proche de la recherche de la quadrature du cercle. Pays le plus densément peuplé du continent (407 habitants/ km 2), le Rwanda garde en outre une croissance démographique de 2,8 %, plus vigoureuse que la moyenne subsaharienne. Il se prépare donc à nourrir 3 millions de bouches supplémentaires d’ici à 2020 (il compte 10,7 millions d’habitants en 2011). Parallèlement, Kigali doit compenser le déficit de sa balance commerciale (lire pp. 70-71) en augmentant le volume et la valeur de ses exportations. Or ses meilleures ventes à l’étranger ne sont autres que des produits agricoles : le thé et le café. Pour compléter cette délicate équation, il faut

de former nos paysans à bien préparer leurs terres, à utiliser les semences qu’on leur fournit et les engrais qu’on subventionne », détaille Raphaël Rurangwa, directeur de la planification au ministère de l’Agriculture. Dès 2008, l’effet est visible : les rendements à l’hectare, déjà traditionnellement forts, ont presque doublé par rapport à 2004. Et l’effort se poursuit. « La première année, le programme concernait 27 000 ha. Aujourd’hui, nous en sommes à 500 000 ha, sur un total d’environ 1,3 million, poursuit Raphaël Rurangwa. Et nous sommes en train de l’étendre à d’autres cultures: patates douces, haricots, bananes, manioc, etc. » L’intensification a un autre avantage, celui d’amortir les effets du fractionnement des parcelles, un des problèmes structurels de l’agriculture rwandaise qui empire de génération en génération : leur taille moyenne est passée sous la barre de 1 ha par foyer. Pour bénéficier de l’accompagnement des agronomes, les agriculteurs doivent s’unir et former des exploitations de 50 à 100 ha. Ils réalisent ainsi des économies d’échelle. En outre, pour les familles les plus démunies, le gouvernement a lancé le programme Girinka : « une vache par famille ». En plus de sa forte valeur symbolique dans JEUNE AFRIQUE

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Il a tout d’un grand les campagnes, ce bétail fournit du lait, une force de traction précieuse et des engrais naturels. ÉROSION. Tout n’est pas gagné pour

autant. Le Rwanda est condamné à perpétuellement augmenter ses rendements: les plantations de thé et de café s’étendent, tandis que l’érosion fait perdre des centaines de milliers d’hectares de terre chaque année. Par ailleurs, la préservation de l’environnement est devenue

Kigali veut encourager la culture en terrasses et accroître les surfaces irriguées jusque sur les collines. un objectif prioritaire pour le pays, qui mise sur le tourisme écologique : pour respecter les Objectifs du millénaire pour le développement, il devrait rendre plus de 10 % de son territoire à la forêt d’ici à 2015… Il n’y parviendra vraisemblablement pas. Mais les pistes d’intensification ne manquent pas. Le gouvernement se lance dans la mécanisation, veut encourager l’agriculture en terrasses et augmenter les surfaces irriguées jusque sur les collines. « Cela peut être fait grâce à des réservoirs pour les eaux de pluie ou grâce à l’utilisation de l’eau retenue par les barrages », indique Raphaël Rurangwa. La révolution verte n’est pas terminée. ● PIERRE BOISSELET

Une croissance soutenue dans toutes les filières

(PIB agricole en milliards de francs rwandais, en prix courants) 1 100

880

Cultures vivrières Cultures d’exportation Élevage Sylviculture Pêche 000 Total agriculture

1 012

1 057

834

729

660

660 553

SOURCES : NISR, MARS 2011

440

220

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JEUNE AFRIQUE

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Le Plus de J.A. Rwanda

PRAKASH SINGH/AFP PHOTO

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INTERNATIONAL

Partenariats à géographie variable

Pour devenir la première plateforme régionale de services, Kigali multiplie ses échanges et diversifie ses relations. Avec ses voisins, vers l’est et le sud du continent. Et bien au-delà.

M

arché commun de l’Afrique orientale et l’Afrique australe (Comesa, le plus grand bloc économique régional du continent) en 2004, relance de laCommunautééconomiquedespaysdes Grands Lacs (CEPGL) et, surtout, entrée dans la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) en 2007… À défaut de pouvoir faire venir l’océan Indien aux pieds de ses collines, le Rwanda s’ouvre au monde par un impressionnant activisme en matière d’intégration sous-régionale. De petite taille, enclavé, pourvu d’un relief accidenté, il a longtemps été handicapé par sa géographie, qu’il s’évertue désormais à transformer en avantage. Si ses frontières n’ont pas bougé, le pays, de plus en plus anglophone (lire p. 81), les regarde différemment. Il a quasi oublié celles qui le séparent de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Burundi et, au-delà, du Kenya, membres comme lui de l’EAC, un marché commun avec libre circulation des biens et services, des personnes et des capitaux, qui prévoit N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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de mettre en place une monnaie unique prochainement.

 PAUL KAGAMÉ ET PRANAB MUKHERJEE (À G.), LE MINISTRE INDIEN DES FINANCES (alors aux Affaires étrangères), lors d’un sommet économique à New Delhi en 2009.

vers Libreville a enregistré des réservations plus importantes que toutes les autres destinations lancées dans un passé récent », indiquait Rwandair peu après l’ouverture de la liaison. Brazzaville a quant à elle accueilli une délégation d’hommes d’affaires rwandais au mois de juin. « Le ministre s’est déplacé, et nous avons constaté que le pays importait de France de nombreux produits sur lesquels nous voulons nous positionner », indique Jean-Louis Uwitonze, directeur de la planification du ministère rwandais du Commerce et de l’Industrie. Lestatutdelanguesofficiellesdufrançais et de l’anglais, en plus du kinyarwanda, se révèle donc un atout pour le Rwanda dans

FRONTALIERS. Pour autant, le Rwanda n’oublie pas qu’il conserve une frontière avec la RD Congo, les nombreux rwandophones qui y vivent et ses immenses ressources. Entre Gisenyi (au Rwanda) et Goma (en RD Congo), nombreux sont les frontaliers à faire le trajet quotidiennement pour travailler. Et les échanges de marchandises se portent encore mieux: produits Les échanges avec la Chine pétroliers en provenance explosent. Ils ont augmenté des ports de l’océan Indien, ou minerais congolais à de 89 % entre 2008 et 2010. destination du reste du monde, même si les nouvelles exigences son ambition de devenir le Singapour de en matière de traçabilité ont beaucoup l’Afrique.Kigaliveuts’imposercommeune ralenti ce dernier commerce. plaque tournante des services (finance, Mais le Rwanda veut aussi survoler commerce, technologies de l’informala RD Congo – littéralement – pour se tion et de la communication, transport rapprocher d’autres pays francophones. aérien, tourisme…) entre l’Atlantique et Depuis mars, la compagnie nationale l’océan Indien. Rwandair a ouvert des liaisons vers le Mais il lorgne aussi du côté des pays Congo-Brazzaville et le Gabon. « Le vol émergents, comme l’Inde, la Thaïlande JEUNE AFRIQUE

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Il a tout d’un grand et, en particulier, la Chine. Les échanges avec cette dernière explosent (+ 89 % entre 2008 et 2010), et elle est devenue un partenaire indispensable pour construire ses infrastructures. Pour la seule année 2009, les entreprises chinoises ont réalisé des projets pour près de 500 millions de dollars (345 millions d’euros). Avec l’Inde, les échanges sont davantage tournés vers la formation, le Rwanda espérant bénéficier de son expertise dans les nouvelles technologies : elle y envoie des étudiants et y recrute des professeurs. DÉSÉQUILIBRES. Cette ouverture n’est pas

sans conséquences. Depuis son adhésion à l’EAC, en 2007, les exportations rwandaises ont sensiblement augmenté, mais les importations ont littéralement explosé. Du coup, le déficit de la balance commerciale a dépassé le milliard de dollars en 2010 (contre moins de 500 millions en 2005). « Les autres pays membres de l’EAC sont plus avancés que nous, donc nous savions qu’il y aurait des pertes au début, assure Jean-Louis Uwitonze. C’est une stratégie de long terme: nous espérons qu’il y aura convergence des technologies et de la connaissance. » Un déséquilibre que l’on retrouve dans ses relations avec les États-Unis. Éligible dès octobre 2000 à l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), qui exonère de droits de douane des produits venant d’unequarantainedepayssubsahariens,le Rwandaaexporté7,4millionsdedollarsde marchandisesverslesÉtats-Unisen2010… pour des importations de 42,9 millions de dollars. Quant au Canada, s’il ne figure pas parmi les vingt premiers partenaires commerciaux du Rwanda, il a noué avec lui de solides relations, notamment en matière universitaire. ● PIERRE BOISSELET

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Double culture

Le pays se tourne de plus en plus vers le monde anglophone. Un choix qui n’est pas sans conséquences sur la vie quotidienne.

«

H

ello, I would like a coffee, please. – Sorry? – Vous préférez parler français? – Je le comprends mieux. – Alors, un café s’il vous plaît. – Okay. Do you need anything else? » La scène peut paraître incongrue, mais, à Kigali, rien de plus banal. Alors que le français reste très parlé au Rwanda, dans la capitale, presque tout le monde s’évertue à s’exprimer dans la langue de Shakespeare. Y compris face à des francophones. Dans l’administration, c’est encore plusfrappant.Dumanagementintermédiaire au sommet, il n’y a quasiment que des anglophones, souvent trentenaires, qui ont grandi et étudié à l’étranger. Le constat se vérifie particulièrement au Rwanda Development Board – comme son nom l’indique –, où sont centralisés tous les guichets nécessaires pour créer une entreprise. Dans ce temple du capitalisme à la rwandaise, il n’y en a que pour l’anglais. « Bien sûr, c’est la langue du business! » lance Dianne, une jeune employée, formée au Canada. LE FRANÇAIS SUPPLANTÉ. Autrefois bastion de la francophonie, et longtemps soutenu comme tel par Paris, le Rwanda aamorcésonvirageverslemondeanglophone au lendemain du génocide. De nombreuses familles réfugiées dans les pays anglophones voisins (Ouganda, Tanzanie…), parfois depuis les premiers pogroms anti-Tutsis des années 1960, sont revenues. Les liens tissés avec ces pays ont évidemment subsisté.

La rupture diplomatique avec la France, entre 2006 et 2009, n’a fait qu’accélérer le processus. Kigali a successivement adhéré à la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), majoritairement anglophone, en 2007, décidé que l’anglais remplacerait le français dans ses écoles publiques et intégré le Commonwealth en novembre 2009 (tout en restant, à l’instar du Cameroun, membredel’Organisationinternationale de la Francophonie). Pas étonnant, dès lors, que l’on retrouve les traits du monde anglosaxon dans la gestion du pays. Ainsi, de l’énergie aux transports, en passant par le logement et les télécoms, le gouvernement fait systématiquement appel aux investisseurs privés pour développer les infrastructures et les services. L’organisation et le fonctionnement mêmes de l’État ne sont d’ailleurs pas sans rappeler ceux d’une entreprise, avec pour principal souci celui d’être performant et d’évaluer ses employés. « Chaque année, tous les ministères mettent en place un plan d’action, avec des objectifs chiffrés, validé par les services du Premier ministre, explique un haut fonctionnaire rwandais. À la fin de l’exercice, nous présentons nos résultats point par point. Mais ça ne s’arrête pas là: la primature et la présidence se chargent de vérifier ce que nous déclarons. » Bref : si, de passage à Kigali, vous entendez parler du chief ou du boss, il y a de fortes chances qu’il s’agisse du président. ● P.B.

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Le Plus de J.A. Rwanda

Laurent Contini « Au Rwanda, la France peut et doit mieux faire »

JEUNE AFRIQUE: Comment avez-vous été accueilli à votre arrivée, début 2010 ? LAURENT CONTINI : Nous avons reçu

Le passage à l’anglais dans l’enseignement public a été décidé il y a maintenant trois ans. Où en est-on ?

un accueil comme j’en ai rarement vu. Dans la rue, comme lorsque nous sommes allés évaluer les dégâts au Centre d’échanges culturels franco-rwandais, les gens étaient manifestement très contents de nous voir. Je connais bien ce pays, et je ne m’attendais pas à une réaction aussi positive. D’autant que c’était pareil du côté des autorités. À l’époque de la visite de Nicolas Sarkozy [en février 2010, NDLR], je n’avais que deux collaborateurs pour tout organiser. Heureusement, les Rwandais m’ont aidé d’une façon remarquable : discrète et efficace. De même, les autorités ont facilité le retour de Radio France Internationale (RFI) sur les ondes. C’est une radio très écoutée : les francophones restent plus nombreux que les anglophones.

Le passage au forceps à l’anglais sacrifie une génération d’étudiants et de professeurs. Mais le bilinguisme coûte cher, et les autorités ont des priorités. Si la France proposait une aide de quelques dizaines de millions d’euros pour l’enseignement, nous sauverions le français. Aujourd’hui, il est en danger et, si on ne fait rien, il deviendra une langue étrangère dans les années à venir. À Paris, certains semblent penser que les Rwandais ne veulent plus du français. Mais c’est faux.

Dans les administrations, ce n’est pas toujours l’impression que l’on a…

La richesse linguistique est un atout pour le Rwanda dans son ambition de devenir un hub régional se concentrant sur le secteur des services. Or c’est la bonne stratégie : le pays a peu de ressources naturelles, l’agriculture est quasiment au maximum de ses capacités et l’industrie peut difficilement être

Effectivement, parce qu’il y a eu un mot d’ordre de passer à l’anglais. Les fonctionnaires sont encore inhibés sur ce sujet. Il faudrait que les autorités disent plus clairement qu’on peut aussi bien utiliser le français.

Pourquoi est-ce important pour Kigali ?

TRÈS DÉLICAT RETOUR DE LA FRANCOPHONIE

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développée. Il faut donc souhaiter qu’ils réussissent. Et, pour l’instant, nous ne les y aidons pas. En avez-vous les moyens ?

Non, les moyens de l’ambassade de France au Rwanda sont loin de ceux dont elle aurait besoin. En 2006, il y avait cinquante personnes à temps plein ici.

Dans le domaine des affaires, les liens sont rompus. Pourtant, il y a des opportunités.

L’ORGANISATION INTERNATIONALE de la Francophonie (OIF) peine à ouvrir les six centres de lecture et d’animation culturelle (Clac) prévus. L’OIF, qui fournit le matériel, attend que les autorités locales créent un poste de gérant pour chacun d’eux. Un seul a été accordé à ce jour, à Nyamagabe, mais trois autres pourraient suivre d’ici à juin 2012. Quant au Centre d’échanges culturels franco-rwandais, il est en sursis. Dans la zone où il est situé, la mairie impose la construction d’immeubles, sous peine d’expropriation. L’ambassade de France a mis sur pied un projet avec des investisseurs privés, mais Kigali ne propose qu’une concession de trente ans sur une partie des terrains, terrains pour lesquels la propriété française n’a jamais été officialisée. « Les Français doivent construire et P.B. ensuite ils obtiendront un véritable titre », explique-t-on à la mairie. ● N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

VINCENT FOURNIER/J.A.

Après trois ans de rupture diplomatique, les deux pays ont renoué fin 2009. L’ambassadeur de France à Kigali déplore cependant le manque d’investissement humain et financier de Paris.

Aujourd’hui, nous ne sommes qu’une quinzaine alors que nos attributions n’ont pas changé. L’aide publique au développement est de moins de 2 millions d’euros par an, dont 1,2 million qui correspond au désendettement du Rwanda vis-à-vis de la France. Nous comptons parmi les lanternes rouges des donateurs, derrière l’Italie, l’Espagne ou le Luxembourg. Et sur le plan économique, la France est-elle de retour ?

Non, c’est encore trop tôt. En France, le Rwanda garde une image déplorable héritée du génocide et de la caricature que l’on y fait du régime. Dans le domaine des affaires, les liens sont rompus : il n’y a plus que cinq entreprises françaises ici. Pourtant, il y a des opportunités. Une visite de patrons français était pourtant prévue dans la région au début de l’année…

Justement, elle a été reportée à une date inconnue faute d’entreprises JEUNE AFRIQUE

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Il a tout d’un grand Ý L’EX-CONSEILLER DE BERNARD KOUCHNER à la cellule Afrique du Quai d’Orsay (2007-2008) était auparavant en poste à Harare, au Zimbabwe. La visite de Paul Kagamé à Paris pourrait-elle changer la donne ?

Il doit rencontrer le Medef [principale organisation patronale française]. C’est l’une de ses demandes : il ne veut pas seulement le rétablissement des liens diplomatiques, mais aussi le retour des investisseurs. Ces derniers ne craignent-ils pas que les relations diplomatiques soient encore trop fragiles ?

intéressées: seules quatre s’étaient manifestées, alors que le voyage devait inclure aussi le Kenya et l’Ouganda. Il y a là une véritable méconnaissance : l’Afrique de l’Est est en train de décoller. Il faudrait nous inscrire dans cette dynamique.

Bien sûr, la propagande antirwandaise est telle qu’elle a sans doute des effets. Mais la diplomatie et les affaires sont déconnectées. Et puis la rupture des relations diplomatiques était une bombe atomique. Je ne pense pas que cela puisse se reproduire, même s’il peut encore y avoir des tensions.

83

La nomination au ministère des Affaires étrangères d’Alain Juppé, qui était déjà à ce poste pendant le génocide de 1994, les a-t-elle ravivées ?

Du point de vue des Rwandais, ce n’était pas une bonne nouvelle. Ils ont pu penser que les lobbies antirwandais étaient encore puissants à Paris. Mais ils connaissent la politique française et savent que ce choix n’était pas dirigé contre eux.

Qu’avez-vous pensé des déclarations de Juppé, disant qu’il n’avait pas l’intention de serrer la main de Paul Kagamé ?

Il est le ministre. Il prend ses responsabilités. Je n’ai pas à commenter.

Vous donnez l’impression d’être assez indépendant de lui…

Non. La mission que le président de la République m’avait confiée à mon arrivée était la normalisation des relations avec le Rwanda. Si je reçois un contrordre, j’aviserai. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. ● Propos recueillis par PIERRE BOISSELET

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Document :PLUSRWANDA_INFRASTRUCTURE_SIGNE.pdf;Format :(195.00 x 270.00 mm);Date :01. Sep 2011 - 17:32:54

RéPUBLIQUE DU RWANDA

MINISTÈRE DES INFRASTRUCTURES

NOTRE VISION : la réalIsatIOn Des OBJeCtIFs De la FeuIlle De rOute 2020 NOTRE MISSION : releVer le CHallenge Du DéVelOppeMent éCOnOMIque dix-sept ans après le génocide qui a détruit le peu d’infrastructures existant au rwanda, notre gouvernement est en train de réussir le défi que represente la satisfaction des besoins croissants en infrastructures urbanistiques, météorologiques, en transports terrestre et aérien, en ressources énergétiques et hydrauliques. cela a requis d’importantes injections d’investissements. Le gouvernement du rwanda en appelle aujourd’hui à la participation du secteur privé aux développements de ces différentes infrastructures. en 2010, l’organisation du ministère des Infrastructures a été modifiée pour lui permettre, en collaboration avec d’autres agences gouvernementales, de gérer le développement de 5 sous-secteurs :

éNERGIE : UNE FORCE AU SERVICE DE EAU & ASSAINISSEMENT LA PRODUCTION ET DU DéVELOPPEMENT Ayant connu une situation d’urgence en 2004 avec de sévères manques en capacité de production énergétique, notre pays a fourni des efforts pour augmenter les taux d’accès et de production d’énergie, ce qui permet aujourd’hui de soutenir le développement des activités de production aussi bien rurale qu’industrielle.

D.r.

En 2017, l’objectif est d’avoir une capacité de production de 1 000 MW et de pourvoir l’accès de 50 % de la population rwandaise à l’électricité. Dans cette perspective, diverses sources d’énergie sont en train d’être développées, notamment le gaz méthane, la géothermie, le solaire, l’hydroélectrique, le biogaz et la tourbe...

message

Un programme de réalisations d’infrastructures sanitaires, telles que des latrines décentes et la distribution d’eau en eau potable, a été mis en place pour permettre d’atteindre en 2015 un taux de 100 % de couverture du service. Une approche intégrale et plus fine est en cours pour donner accès à des latrines décentes à 100 % de la population dès 2012.

TRANSPORTS : RELIER LE RWANDA AU RESTE DU MONDE EN RéDUISANT DéLAIS ET COÛTS D’ACHEMINEMENT Notre pays est enclavé au cœur de l’Afrique, le port le plus proche est à 1 400 km de Kigali. Le transport terrestre est le moyen essentiel de déplacement des personnes et marchandises entrant et sortant du Rwanda, la densité du réseau actuel se situe autour de 14 000 km. L’actuel aéroport international est en cours d’agrandissement en vue de faire face à l’explosion du nombre de voyageurs et à l’arrivée chaque année à Kigali de nouvelles compagnies


Document :PLUSRWANDA_INFRASTRUCTURE_SIGNE.pdf;Format :(195.00 x 270.00 mm);Date :01. Sep 2011 - 17:32:54

D.r.

aériennes, en attendant la livraison en 2015 du nouvel aéroport international de Bugesera et de six autres aérodromes. L’acquisition de nouveaux appareils a permis également à Rwandair d’accélérer l’ouverture de nouvelles dessertes. Le transport fluvial est limité pour le moment au lac Kivu. Afin de réduire les délais et le coût du transport des marchandises dans la région, le Rwanda et les pays voisins (la République démocratique du Congo, l’Ouganda, le Burundi et la Tanzanie) réalisent ensemble un projet de chemin de fer régional, Isaka-Kigali/Keza-Gitega-Musongati, qui devrait finir avant 2020. Kigali se situe à deux heures de vol des côtes de l’Afrique de l’Est et de l’Ouest. Cette situation géographique au centre du continent permettra, grâce à la réalisation de ces projets d’infrastructures des transports, de faire du Rwanda un hub régional, plateforme de transit au cœur de l’Afrique.

et permettre ainsi à une majorité de la population d’accéder à la propriété. L’objectif du gouvernement est de tripler le taux d’accès à la propriété. Nous veillons à la gestion et à l’organisation de l’urbanisme, la réglementation de l’industrie du bâtiment et le développement de son professionnalisme. Plus de 300 000 logements ont été construits entre 1995 et 2010 dans le cadre des programmes de lutte contre l’habitat précaire et non réglementé. D’ici à 2020, plus de 70 % des populations rurales seront relogées dans des villages groupés, les 30 % restants vivront dans les villes.

D.r.

C Maquette De l’aérOpOrt InternatIOnal De Bugesera.

MéTéOROLOGIE : AU-DELà DES INFORMATIONS CLIMATIQUES, DES SERVICES DE POINTE AUX ENTREPRISES

D.r.

Des investissements substantiels en capital technique et humain ont été réalisés et nos efforts se poursuivront pour garantir à nos prestations météorologiques le label qualité le plus élevé. La situation géographique centrale du Rwanda, combinée à notre savoir-faire et à nos moyens, nous permet de nous positionner comme une plateforme régionale de service météorologique et aérien en Afrique de l’Est, à destination des opérateurs privés et publics. C Vue nOCturne De la VIlle De KIgalI.

Face au développement de l’urbanisation du pays, le ministère des Infrastructures a formulé les politiques et mis en place les instruments nécessaires à la promotion et à l’encadrement de l’industrie du bâtiment. Une politique est aussi en cours de préparation pour promouvoir les maisons à prix abordable

ministère des infrastructures BP 24 - Kigali - Rwanda Tél. : (+250) 252 582 619 Fax : (+250) 252 582 621 www.mininfra.gov.rw

D.r. DIFCOM / www.justinecreation.fr

HABITAT & URBANISME : UNE EXPLOSION DE LA DEMANDE AUX CONSéQUENCES MICRO & MACROéCONOMIQUES


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Le Plus de J.A. Rwanda ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

L’école de la gagne

L’Institut des sciences et technologies de Kigali forme des ingénieurs et des architectes. Ce fleuron du système universitaire national attire bien au-delà des frontières.

depuis peu, haïtiens achèvent de lui donner un esprit multiculturel et pionnier. C’est ici que sont formés les architectes, les ingénieurs et techniciens en agronomie, génie civil, informatique, ou encore électronique, dont le pays a besoin pour développer son ambitieuse économie de la connaissance. « Au niveau national, le Rwanda manque de compétences, constate Paul Mugemangango, senior manager chez MTN Rwanda, le premier opérateur télécom du marché. Mais le Kist est une bonne école : nous recrutons des ingénieurs dans chacune de ses promotions. »

L

e sommet de la colline de Kiyovu, à Kigali, est une allégorie de l’évolution du Rwanda ces deux dernières décennies. Ce vaste espace dégagé, situé à proximité de la résidence présidentielle, était encore une caserne au milieu des années 1990. Aujourd’hui, les treillis ont laissé place aux tenues de footing des étudiants et aux uniformes des chrétiens évangéliques en route pour la chorale.

PRIX FORT. Les opportuni-

VINCENT FOURNIER/J.A.

tés d’embauche à la sortie de l’Institut sont nettement plus nombreuses – et alléchantes – que dans les autres universités rwandaises. Des perspectives DU CAMP AU CAMPUS. Hors qui se paient au prix fort. Car quelques bâtiments vieillots, pour accéder à cet établis LES ÉTUDIANTS S’INQUIÈTENT DE LA SUPPRESSION DES BOURSES et de l’augmentation du coût des cursus à la rentrée prochaine. le lieu rappelle les campus sement, il faudra dès la prochaine rentrée universitaire des films américains: grandes pelouses, dortoirs, infirmerie, restauL’Institut a pu investir dans de nouvelles débourser 1,2 million de francs rwandais rant, accès à l’internet sans fil… Cela fait infrastructures (comme le très high-tech par an (1 370 euros environ), soit deux d’ailleurs bien longtemps que l’Institut des bâtiment 4 et ses salles lumineuses équifois plus qu’en 2010, alors que les bourses sciences et technologies de Kigali (Kist), pées de microscopes dernier cri). mensuelles de 25 000 francs rwandais qui occupe depuis 1997 ce village au cœur L’établissement a largement recruté seront parallèlement supprimées. « Nous de la capitale, est passé à l’enseignement voulons amener progressivement chaque au-delà des frontières : un quart des en anglais. Ces dernières années, le gouenseignants est étranger. Les nombreux établissement à s’autofinancer, explique vernement n’a pas lésiné sur les moyens. étudiants sud-soudanais, burundais, et Emmanuel Kaviziya, conseiller du ministre de l’Éducation. Donc nous leur avons coupé une partie des fonds, ce qu’ils ont Le Kist en bref dû compenser. » Certains étudiants ont profité de la Des frais de scolarité venue de Paul Kagamé, en avril dernier, étudiants pour s’en inquiéter. Si le président a assuré en 2010 que les plus nécessiteux obtiendraient un (209 en 1997) de soutien matériel, il a écarté la possibilité € de revenir sur la décision de supprimer à les bourses. « On peut vous aider à utipar an facultés : ingénierie, sciences liser votre temps libre ou vos vacances appliquées, architecture et planification pour travailler, a-t-il déclaré. Vous pouvez environnementale gagner votre argent plutôt que d’attendre centre de le recevoir. » L’armée est partie depuis Des unités de recherche de langues bien longtemps, mais, au Kist, la disciet développement, une pépinière d’entreprises pline et l’effort continuent de régner. ●

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dans le secteur de la technologie…

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PIERRE BOISSELET JEUNE AFRIQUE

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RÉPUBLIQUE DU RWANDA D.R.

MINISTÈRE DE LA SANTÉ

LA SANTÉ : POUR TOUS, PARTOUT Le Rwanda a réalisé des progrès sanitaires remarquables en menant une politique de décentralisation des soins jusque dans la plus petite unité villageoise. Mme Agnes Binagwaho, ministre de la Santé, trace les grandes lignes de cette politique. Comment le Rwanda s’y est-il pris pour améliorer son système de santé ? Mme Agnes Binagwaho : Notre première richesse au Rwanda est la population. Notre plan de santé publique est donc né avec l’objectif de faire de chaque individu un être en bonne santé, économiquement autonome et à même de participer au développement du pays. Depuis 1994, notre politique vise à apporter les soins aux individus jusque dans leurs communautés, afin que 80 % des problèmes de santé puissent y être réglés. Pour cela, nous avons demandé à chacun des 15 000 villages du Rwanda d’élire trois agents de santé communautaires. Ce ne sont pas des professionnels, mais ils doivent avoir un niveau minimum d’éducation afin d’être formés aux problèmes de santé de base tels que le paludisme, la tuberculose, le VIH ou encore les problèmes digestifs. S’ils perçoivent des signes aggravants d’une pathologie, ils décident eux-mêmes d’un transfert. Et les personnes malades n’attendent plus pour consulter. Pour compléter ce dispositif, nous avons créé une assurance santé pour les communautés, pour les fonctionnaires, et nous avons favorisé les assurances privées. 98 % des Rwandais sont aujourd’hui assurés. Nous modulons la contribution des assurés selon leurs revenus. Pour ceux qui ne peuvent réellement pas payer, l’État le fait.

Avec quels moyens le Rwanda parvient-il à mener cette politique ? Le ministère de la Santé reçoit environ 17 % du budget national. Notre principal partenaire étranger, les États-Unis, contribue à lui seul plus que tous les autres réunis (Belgique, Suisse, Allemagne, GrandeBretagne, Luxembourg, Chine…). L’appui budgétaire est selon nous la meilleure façon de nous aider, car nous l’utilisons selon nos besoins et de façon flexible, y compris dans l’adduction d’eau, l’électricité et les infrastructures, qui servent la santé de la population. Dans certains pays, les partenaires passent par la société civile. Or nous avons constaté que pour une durabilité des opérations il faut passer par le gouvernement. Cela est plus efficace que d’emprunter des canaux qui engloutissent jusqu’à 40 % de l’aide au développement.

MINISTÈRE DE LA SANTÉ BP 84 - Kigali - Rwanda Tél. : (+250) 252 577 458 www.moh.gov.rw

MESSAGE

DIFCOM / www.justinecreation.fr

Quels résultats sont les plus visibles ? Notre espérance de vie a augmenté. Autrefois, huit femmes mouraient chaque jour durant la grossesse ou l’accouchement, contre moins d’une femme aujourd’hui. La mortalité et la malnutrition ont diminué de 50 %. Tout n’est pas parfait, mais nous essayons de répartir les opportunités de façon équitable dans tout le pays, ce qui n’était pas le cas avant 1994. Toutes les personnes atteintes du sida sont traitées. Notre but est de pouvoir traiter les personnes porteuses du VIH qui n’ont pas encore déclaré de maladie. La contamination mère-enfant atteint 2 %, contre 30 % à 50 % lorsque rien n’est fait.


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Le Plus de J.A. Rwanda est devenue l’une des premières radios privées du pays : elle revendique entre 1,5 million et 2 millions d’auditeurs quotidiens. L’identité de son cofondateur, Jean Mutsar, beau-frère du président, a-t-elle joué un rôle dans cette réussite ? « Pas du tout, se défend Albert Rudatsimburwa. C’est un ami d’enfance. On a toujours tout fait ensemble et ça ne date pas de l’élection de Paul Kagamé. » Il précise ensuite : « J’ai un soutien moral des autorités, parce qu’elles veulent voir l’éclosion d’un véritable secteur privé. » Et de ce point de vue, elles ne peuvent qu’être séduites par la multiplication des initiatives de l’homme d’affaires.

MÉDIAS

Albert Rudatsimburwa, un patron touche-à-tout Le très décontracté directeur de la radio Contact FM vient d’acquérir le club de football le plus populaire du pays. Et s’apprête à créer la première chaîne de télévision privée.

ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

« À LA BERLUSCONI ». Alors que la radio

 MUSICIEN, PRODUCTEUR, JOURNALISTE… L’homme d’affaires multiplie les initiatives.

W

eek-end oblige, les locaux de Contact FM sont presque vides. Mais des rires s’échappent du bureau du directeur général. La décontraction d’Albert Rudatsimburwa ne le laisse pas deviner, mais l’un de ses présentateurs étant absent, il se prépare à animer lui-même, en direct, Crossfire, le talk-show phare hebdomadaire de la station. Derrière lui, une grande affiche du boxeur Mohamed Ali frappée de la phrase « I move fast » (« Je bouge vite »). Ce pourrait être sa devise. Musicien et producteur en Belgique, où la famille de ce métis vivait en exil, Albert Rudatsimburwa revient au Rwanda en 1994. Pendant quatre ans, il mène une carrière de journaliste indépendant, couvrant notamment la première guerre du Congo. « Avant ça, je n’avais eu aucune expérience dans la presse », raconte-t-il. Quatre ans plus N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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tard, il devient marketing and brand manager chez l’opérateur de téléphonie mobile MTN RwandaCell. Tout en continuant la musique et la production. Arrive la libéralisation des ondes rwandaises, début 2004, et Albert Rudatsimburwa décide de quitter son poste pour monter Contact FM. Il lui faudra moins d’un an. JOLIS COUPS. Un peu à

n’a pas encore tout à fait atteint son équilibre financier, Albert Rudatsimburwa vient de reprendre le Rayon Sports Football Club, pour une concession de sept ans renouvelable. « Ce club, c’est 8 millions de supporteurs ! » s’enthousiasme le nouveau président. Même s’il a perdu de sa superbe et que le championnat est dominé depuis plusieurs années par le club de l’Armée patriotique rwandaise, le Rayon Sports FC ne laisse pas, en effet, d’attirer les foules. La saison devait débuter en septembre, mais Albert Rudatsimburwa espère obtenir un report d’un mois. C’est le temps que ce touche-à-tout estime nécessaire pour finaliser un autre projet : Contact TV devrait devenir la première chaîne de télévision privée au Rwanda. Il prévoit de filmer tous les matchs du championnat et de retransmettre les plus importants – dont ceux de son équipe – en direct. « L’idée, c’est de créer une collaboration entre médias et sport pour générer des revenus jusqu’ici

« La politique ? Ce serait la pire des choses à faire ! Je préfère rester dans la société civile. »

l’image de son patron, la radio mélange décontraction, flexibilité et une relative liberté de ton, inédite dans les médias rwandais. Sans oublier quelques jolis coups. Comme lorsqu’il fait venir le président Paul Kagamé sur son plateau. « La première fois, c’était en 2005. À l’époque, personne n’avait essayé, se souvient-il. Nous lui avons juste écrit une lettre et il a dit oui. Ça nous a vraiment boostés. » Depuis, Contact FM

inexistants au Rwanda. C’est un plan à la Berlusconi ou à la Bernard Tapie ! » s’amuse-t-il. L’appétit d’Albert Rudatsimburwa pourrait-il le conduire, lui aussi, à une carrière politique ? « Non, ça ne m’intéresse pas du tout ! Ce serait la pire des choses à faire. Je préfère largement rester dans la société civile. » ● P.B. JEUNE AFRIQUE

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Il a tout d’un grand

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BUSINESS

La fine fleur et la jeune pousse Le premier dirige depuis vingt ans l’un des plus grands groupes du pays. La seconde, encore étudiante, fait une entrée remarquée dans le secteur des nouvelles technologies. Portraits.

D

ans le monde des affaires rwandais, Charles Mporanyi est une mémoire vivante. Il a survécu à tous les changements politiques. Quand il commence sa carrière dans la coopération rwando-suisse, en 1971, c’est Grégoire Kayibanda qui est au pouvoir. Lorsqu’il lance sa première affaire – une imprimerie –, en 1982, le pays est dirigé par Juvénal Habyarimana, qui décidera d’ouvrir le secteur des assurances à la concurrence deux ans plus tard. Charles Mporanyi crée alors la Société rwandaise d’assurances (Soras), première entreprise privée du secteur, avec des associés rwandais et l’Union des assurances de Paris.

DIVERSIFIÉ. Le génocide et le changement d’administration provoqueront le retrait des Français en 1995. Mais notre homme reste dans l’entreprise et en devient même l’actionnaire majoritaire. À l’époque, ces transitions sans accrocs

sont rares. « En général, les entreprises privées ont changé de mains après 1994 car elles étaient gérées par des gens du régime, explique-t-il. Quant aux sociétés d’État, elles ont souvent été reprises avant d’être privatisées. » C’est au cours de la dernière décennie que la Soras aura été le plus florissante. Elle a créé des filiales dans l’assurance vie, la microfinance (banque Agaseke), l’immobilier (Génimmo). Mporanyi mise également dans Rwanda Investment Group (l’entreprise la plus capitalisée du pays), dont il a pris la présidence. Sans compter ses multiples investissements à titre personnel – sur lesquels il ne préfère pas s’étendre. L’année dernière, la Soras a ravi la place de numéro un des assurances à la Sonarwa, l’ancienne entreprise publique, privatisée il y a trois ans. Et la croissance du secteur (près de 30 % par an) promet encore de belles années à son président. ● PIERRE BOISSELET

PIERRE BOISSELET/J.A.

Charles Mporanyi Assureur multirisque

Nadia Uwamahoro Serial entrepreneuse

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JEUNE AFRIQUE

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des Rwandais et encore moins à des étudiants pour ce genre de produit. Mais heureusement, ici tout le monde s’intéresse aux nouvelles technologies. » CONVAINCANTE. C’est sans doute

ANTONIN BORGEAUD POUR J.A.

n apparence, c’est tout le contraire d’une femme pressée. Plutôt discrète, Nadia Uwamahoro marche d’un pas tranquille sous l’élégant voile qu’elle porte pendant le ramadan. Mais ses deux téléphones portables ne lui laissent aucun répit. À 24 ans, cette étudiante a déjà fondé trois entreprises : une agence d’organisation de mariages, un restaurant et une start-up, Data Systems. Créée il y a deux ans, cette dernière, spécialisée dans la création de logiciels de gestion d’entreprises (stations essence, supermarchés, hôpitaux…) compte déjà quatre employés, et des clients jusqu’en RD Congo et au Burundi. « Au départ, ma jeunesse m’a posé des problèmes, se souvient-elle. Les clients n’ont pas l’habitude d’avoir affaire à

cette conviction qui l’a poussée à se lancer aussi dans la presse en ligne, en créant imvano.com (« la source », en kinyarwanda), un site d’information pour lequel elle vient de décrocher ses premiers annonceurs : le Rwanda Development Board et la compagnie aérienne publique RwandAir. Depuis quelques mois, elle connaît même le président rwandais en personne pour l’avoir croisé dans la rue avant d’engager la discussion. Depuis, il l’a citée en exemple lors d’un discours diffusé à la télévision. ● P.B. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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RÉPUBLIQUE DU RWANDA

MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DES RESSOURCES ANIMALES

LA TRANSFORMATION AGRICOLE : GARANTIR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE Situé au cœur de l’Afrique, le Rwanda est sorti d’un conflit dévastateur en 1994 pour devenir un modèle de développement agricole dans la région. Le Rwanda est un microcosme des défis agricoles du XXIe siècle - un univers dans lequel les pays doivent maintenir tout à la fois la production alimentaire et les revenus stables face à la décroissance des terres arables, au prix du carburant en hausse, à une population croissante et à un climat instable.

MESSAGE

La valorisation de la production agricole par la transformation, la commercialisation et la distribution est essentielle à la modernisation de l’agriculture. 45 % des revenus d’exportation du pays sont générés par l’agriculture. Le gouvernement a facilité la diversification des exportations afin d’élargir la base de l’économie. Ces actions se reflètent dans l’augmentation des vols quotidiens, régionaux et internationaux, et dans un réseau routier efficace qui facilite le commerce.

D.R.

La sécurité alimentaire a été un élément essentiel pour atteindre un climat politique et économique stable. Le programme gouvernemental d’intensification des cultures cible des zones de production « grenier à blé », pour des cultures commercialisables ayant une valeur nutritive. Par le biais de distributeurs privés, le programme a fourni des semences améliorées et de l’engrais aux agriculteurs et aux coopératives dans tout le pays. Depuis la mise en place du programme en 2007, la production agricole a augmenté de façon spectaculaire (voir graphique). Il en résulte une diminution importante de la malnutrition. Étant donné l’instabilité climatique (en témoigne la crise actuelle que traverse la Corne de l’Afrique) et la topographie non favorable du Rwanda, la gestion des terres et des infrastructures de collecte d’eau ont été organisées afin de réduire les risques des agriculteurs. L’irrigation des collines et des marais a permis aux agriculteurs d’augmenter considérablement leur rendement grâce à l’appui d’institutions internationales et privées. L’intégration d’élevage de bétail dans les systèmes agricoles augmente également la sécurité alimentaire et les revenus. Le « One Cow Programme », un projet de distribution d’une vache par foyer de plus de 0,7 hectare, a distribué plus de 125 000 vaches à travers le pays jusqu’à la mi-août 2011. Cela accroît l’apport alimentaire en augmentant la production de lait et améliore la fertilisation et la productivité de la terre grâce au fumier produit.

Le thé, produit traditionnel de l’exportation rwandaise, a été remis en valeur ces sept dernières années. Le secteur privé a joué un rôle important dans la production du thé, largement privatisée. La qualité du thé a augmenté et sa production a été diversifiée pour introduire des thés verts et non traditionnels répondant aux demandes des marchés haut de gamme. Les revenus ont augmenté de 163 % ces sept dernières années.


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ÉVOLUTION DE LA PRODUCTION ALIMENTAIRE Racines et tubercules

Céréales et féculents

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Les pluies abondantes, le climat tempéré et le sol volcanique riche du Rwanda offrent des conditions idéales pour la culture de nombreux fruits et légumes. Ce n’est que récemment que cette richesse a été exploitée. Une production de grande qualité est maintenant en cours, visant les marchés extérieurs. Les produits ciblés sont les ananas, les mangues, les avocats, les prunes japonaises, les fruits de la Passion et les noix de macadamia. Grâce à la promotion d’accès des terres aux investisseurs privés, qui peuvent potentiellement en augmenter

1998

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Céréales (blé et maïs)

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Féculents

MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DES RESSOURCES ANIMALES BP 621 - Kigali - Rwanda Tél. : (+250) 788 518 580 www.minagri.gov.rw

Food Security Research Project Data (FSRP) & Minagri

la valeur, le secteur se développe rapidement. Afin d’attirer les investisseurs étrangers et d’organiser le commerce régional, un marché de gros est actuellement en construction à Kigali, comprenant des entrepôts frigorifiques afin d’accroître le marché des produits horticoles. Le Rwanda a priorisé le secteur agricole pour atteindre la sécurité alimentaire. De plus, le gouvernement devant faire face au défi de l’agriculture moderne, le Rwanda se tourne vers l’avenir, en formulant une stratégie nationale se basant sur le changement de climat et le développement à faible émission de carbone. Le Rwanda est en position de recevoir les premiers fonds d’adaptation au changement de climat. De plus, le président est leader dans les politiques agricoles menées dans la région, comme le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Le Rwanda améliore l’agroalimentaire, l’entreposage et travaille sans répit afin que les investissements du secteur privé entraînent la future croissance du Rwanda. Avec la demande accrue pour des produits rwandais et la sécurité alimentaire soutenue, le Rwanda est un symbole d’espoir pour l’Afrique subsaharienne.

DIFCOM / www.justinecreation.fr

D.R.

En juillet 2011, la Gisovu Tea Company a remporté le premier prix parmi les 35 entreprises productrices de thé de la région lors de la première convention africaine pour le thé à Mombasa, Kitabi arrivant 3e. Le café rwandais s’est répandu dans le monde. Tout en consolidant des partenariats existants avec Starbucks et d’autres entreprises américaines, le café rwandais a pénétré de nouveaux marchés comme la Chine, le Japon et l’Australie. La qualité du café rwandais s’est beaucoup améliorée, ainsi que le reflète son prix qui a augmenté de 51 % entre 2006 et 2010. L’augmentation de la production de café transformé a joué un rôle clé, atteignant 150 % ces deux dernières années. Le programme rwandais « Cup of Excellence » attire l’attention du monde entier, faisant ainsi connaître la qualité du café rwandais.


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Économie

AGROBUSINESS

Olam en tournée

CONSTRUCTION

des

La bataille

cimentiers

La rentabilité du secteur suscite les convoitises. Le nigérian Dangote Cement a annoncé des implantations dans onze pays. Face à lui, les géants Lafarge et Heidelberg poursuivent leur expansion.

des grandes infrastructures qu’ils se sont engagés à réaliser. C’est aussi un indicateur clé pour les administrés, nombreux à construire eux-mêmes leurs maisons (le résidentiel accapare 60 % de la consommation de ciment) et prompts à reprocher à leurs élus toute hausse de prix.

CHRISTOPHE LE BEC

AUBAINE. « En Afrique subsaharienne, on peut

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multiplier le nombre de cimenteries par deux pour répondre à la demande », estime Denis Sireyjol, chargé du secteur chez Proparco, filiale de l’Agence françaisededéveloppement.HervédeVillechabrolle, directeur infrastructures chez Standard Bank, qui prépare la privatisation de la Cimenterie nationale Plus les tarifs delaRDCongo(Cinat),notequelesecteurcimentier sont élevés, plus africain«nourritsapropredemande»:«L’installation la consommation de cimenteries locales permet d’abord de combler est faible progressivement les besoins les plus essentiels. Puis, (en dollars/tonne avec la hausse de la production et de la concurrence, et en kg/hab.) les prix baissent, ce qui suscite une augmentation de la demande de la classe moyenne. » Edward George, analyste chez Ecobank et auteur d’un rapport sur le secteur, prédit quant à lui un afflux de cimentiers en Afrique centrale: « Si certains pays ouest-africains, comme le Nigeria et le Ghana, peuventarriverendeuxansàl’équilibre 38 $/t entre l’offre et la demande, la situaChine tion est encore très ouverte dans 1 140 cette région », estime-t-il.

SOURCES : ECOBANK ET STANDARD BANK

L

e ciment d’Afrique subsaharienne a la cote. D’après Ecobank, alors que la région n’en a produit que 48,6 millions de tonnes en 2010, sa capacité devrait passer en 2015 à plus de 100 millions de tonnes, avec une vingtaine de projets industriels dans les cartons (voir carte p. 94). Les sommes engagées sont à la hauteur : le nigérian Dangote Cement prévoit 1,7 milliard d’euros d’investissements en cinq ans ; le leader mondial Lafarge assure avoir dépensé 1 milliard d’euros en trois ans au sud du Sahara et entend continuer au même rythme. Derrière cet engouement : le déséquilibre abyssal entre la demande, qui progresse de 5 % à 12 % par an, et la faible production locale. Faute de cimenteries, l’Afrique subsaharienne importe 40 % de ses besoins. Conséquence ? Avec les coûts de transport élevés sur le continent – 7 euros la tonne tous les 100 km par voie terrestre – et les marges des importateurs et grossistes, le prix du sac de ciment en RD Congo ou en Côte d’Ivoire (voir infographie ci-contre) est quatre fois plus cher qu’en France… et douze fois plus élevé qu’en Chine ! Or les besoins en infrastructures et en logements – donc en ciment– n’ont jamais étéaussi importants. Mais avec ces niveaux de prix élevés, la consommation annuelle du matériau de construction numéro un stagne à une moyenne de 70 kg par habitant au sud du Sahara (hors Afrique du Sud). C’est quatre fois moins qu’au Brésil. Dans ce contexte, les gouvernements africains sont prêts à ouvrir leurs portes aux industriels pour faire baisser le prix du sac de ciment. De ce dernier dépendent les coûts

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Nigeria

Côte RD d’Ivoire Congo JEUNE AFRIQUE

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TÉLÉCOMS

INTERNATIONAL

Jackpot minier en demi-teinte

DÉCIDEURS

Alfred Gbaka

MARCHÉS FINANCIERS

Directeur général du Cesag

Assiégé, Citadel Capital renforce ses défenses

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VINCENT FOURNIER/J.A.

Le Tchad se met au haut débit

De fait, chaque acteur affine ses plans pour profiter de l’aubaine. Si le français Lafarge (15,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010), le suisse Holcim (18,5 milliards d’euros) et l’allemand HeidelbergCement (11,1 milliards d’euros) dominent encore, avec respectivement 35 %, 20 % et 10 % des parts du marché africain, c’est Dangote Cement qui mène l’offensive industrielle la plus agressive du moment au sud du Sahara. Si celle-ci est couronnée de succès, le groupe nigérian passera à une production de 46 millions de tonnes en 2015, se hissant au sixième rang mondial. Inspiré par la réussite des cimentiers brésiliens, le milliardaire Aliko Dangote, qui excellait dans l’importation de ciment depuis les années 1980 au Nigeria, a fait de la transformation de son entreprise en groupe industriel une priorité depuis 1999. S’entourant d’ingénieurs chevronnés, dont son directeur général, l’Indien Edwin Devakumar, il a implanté quatre mégacimenteries dans le pays. AprèslerachatdeBenueCementCompanyen2010, il détient aujourd’hui 50 % du marché nigérian, avec une production de 8 millions de tonnes par an, loin devant son concurrent Lafarge, qui sort JEUNE AFRIQUE

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 LES ÉNORMES BESOINS EN INFRASTRUCTURES (ici le barrage d’Imboulou, au Congo) alimentent la demande croissante de ciment.

Les États sont prêts à ouvrir leurs portes aux industriels pour faire baisser le prix du sac.

3,5 millions de tonnes des usines de ses filiales Ashaka et Wapco. À MOINDRE COÛT. Mais Dangote Cement voit plus

grand, pariant sur la continuation de la croissance dumarchénigérian,leplusimportantd’Afriqueavec un déficit de production de 7 millions de tonnes. Sa cimenterie d’Obajana, qui produit actuellement 5millionsdetonnesparan,doitpasserà10,2millions detonnesd’iciàlafinde2012,avecunealimentation au gaz naturel local qui lui garantit un fonctionnement à moindre coût. Son usine d’Ibeshe, déjà la plus grande d’Afrique, devrait fabriquer fin 2012 quelque 6 millions de tonnes de ciment. À l’extérieur du Nigeria, le groupe a annoncé une série d’ouvertures dans onze nouveaux pays. Sa cimenterie sénégalaise ouvrira ses portes début 2012. D’un coût de 350 millions d’euros pour 1 million de tonnes par an, elle constitue le plus grand investissement africain jamais réalisé dans un pays d’Afrique francophone. Fin 2012, le groupe ouvrira également une unité d’ensachage au Cameroun, vu comme un hub pour l’export vers le Tchad et la Centrafrique. Suivra ensuite, en 2014, une succession d’ouvertures d’usines en Éthiopie, en ● ● ● N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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94

Entreprises marchés GHANA

CAMEROUN

TCHAD

ÉTHIOPIE

HEIDELBERG (Allemagne)

DANGOTE CEMENT (Nigeria)

CAMCE (Chine)

HUNG SHEN (Chine)

1 Mt/an

1,5 Mt/an

AFKO CEMENT PRODUCTION (Cameroun, Corée du Sud)

SÉNÉGAL

1 Mt/an

DANGOTE CEMENT (Nigeria)

4 Mt/an

200 000 t/an RD CONGO HEIDELBERG (Allemagne)

900 000 t/an

1,5 Mt/an

MUGHER (Éthiopie)

1,5 Mt/an

DANGOTE CEMENT (Nigeria)

1,5 Mt/an

OUGANDA TORORO (Ouganda)

1,2 Mt/an

GABON

1,5 Mt/an

T

CONGO BRAZZAVILLE

TE C EM EN

20 Mt/an LAFARGE (France) 2,2 Mt/an CCNN (Nigeria) 200 000 t/an

DANGOTE CEMENT (Nigeria)

N K ET D ANGO

NIGERIA DANGOTE CEMENT (Nigeria)

DANGOTE CEMENT (Nigeria)

1,5 Mt/an

1,2 à 1,6 Mt/an

NOVA CIMANGOLA (Angola) 2 Mt/an

NAMIBIE OHORONGO CEMENT (Allemagne, Namibie)

700 000 t/an

RWANDA CIMERWA (Rwanda)

530 000 t/an

LES MÉGAPROJETS DE CIMENTERIES DOUBLERONT LA PRODUCTION D’ICI À 2015 (capacité de production en tonnes par an) Zambie, en Afrique du Sud, en Tanzanie, en RD Congo et au Gabon. « Nous voulons reproduire unmodèleéconomiquequinousaréussiauNigeria, à savoir la construction de grandes unités neuves, d’une capacité de plus de 1 million de tonnes [contre 600000 en moyenne chez Lafarge, NDLR], réalisées par notre partenaire chinois Sinoma », indique Carl Franklin, directeur de la communication de Dangote Cement, pour qui cette configuration est « plus rentable que la reprise d’anciennes usines, aux coûts d’exploitation élevés ».

●●●

CONTRÔLE QUALITÉ. Un dirigeant d’un grand

groupeeuropéenrestecirconspectfaceàcesannonces : « Dangote Cement est un acteur émergent important, mais je suis sceptique quant à la réalisation de ces ambitions dans les délais annoncés. En dehors du Nigeria, pour le moment, seul le N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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SO U RC

SOJTZ (Japon) 1,4 Mt/an PALANCE CEMENTS (Portugal, Brésil)

ES : EC O BA

ANGOLA

projet sénégalais a vraiment décollé. Son usine sud-africaine, annoncée depuis des mois, se fait attendre », remarque-t-il. De son côté, Lafarge, qui annonce 17 millions de tonnes de production en Afrique subsaharienne en 2010 et 27,4 millions en Afrique du Nord (lire interview), est présent depuis 1985 au sud du Sahara. Il y compte onze usines. Malgré un endettement qui s’élevait à 14,3 milliards d’euros en 2008 (lié notamment au rachat d’Orascom Cement), le groupe ne compte pas réduire la voilure en Afrique. « Nous avons déjà bien avancé notre désendettement en 2011. Notre stratégie repose sur les marchés émergents. Il n’est donc pas question de nous désengager de l’Afrique, où nous sommes en position de leader, mais au contraire d’y poursuivre notre expansion », indique Guillaume Roux, coprésident de l’activité ciment du géant français.

ZAMBIE

AFRIQUE DU SUD

DANGOTE CEMENT (Nigeria)

DANGOTE CEMENT (Nigeria)

1,5 Mt/an

3 Mt/an

Les « petits » sénégalais Ciments du Sahel et Socodim sont dans une position fragile. JEUNE AFRIQUE

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Entreprises marchés KENYA CEMTECH SANGHI (Inde)

1,2 Mt/an

ARM (Kenya)

650 000 t/an TANZANIE DANGOTE CEMENT (Nigeria)

1,5 Mt/an

MOZAMBIQUE CIMPOR (Portugal)

800 000 t/an

PPC, BILL WOOD (Chine, Afrique du Sud)

150 000 t/an

« En dix ans, nous avons plus que doublé notre capacité de production, avec des projets en Afrique du Sud, en Zambie et en Ouganda, revendiquet-il. Notre production au Nigeria a progressé de 2,5 millions de tonnes en 2010. Nous avons été les premiers à travailler avec les Chinois, en 2005, pour concevoir des usines économiques, mais avec un contrôle qualité et sécurité important. Nous avons aussi optimisé nos dosages [mélange de calcaire et silice, NDLR] ainsi que nos approvisionnements en énergie. Cela nous permet d’améliorer notre rendement. » Pour ses nouvelles implantations, Lafarge indique privilégier l’intérieur des terres, où son activité sera moins vulnérable aux importations asiatiques qui arrivent dans les villes côtières. À L’AFFÛT. L’allemand HeidelbergCement, présent

dans huit pays et dont les ventes ont progressé de 12,7 % en 2010 (5,2 millions de tonnes), n’est pas en reste. Il a lui aussi étendu ses activités avec, en septembre 2010, une prise de participation

majoritaire dans la branche ciment du groupe Forrest, qui détient la cimenterie de Lukala, près de Kinshasa. « Nous préparons l’ouverture d’usines au Liberia et au Ghana en 2012, puis au Burkina en 2013, ainsi qu’une augmentation de capacité en RD Congo », égrène Andreas Schaller, directeur des relations publiques, qui précise que son groupe « est à l’affût d’autres opportunités ». Face à ces mastodontes du ciment, bénéficiant d’économies d’échelle et de technologies efficaces, les«petits»sénégalaisCimentsduSaheletSocodim, jusqu’alorsflorissants,sontdansunepositionfragile. « Au Sénégal, il n’y a pas de place pour un troisième acteur»,indiquaitfinmaiMichelLayousse,directeur général adjoint des Ciments du Sahel (2,4 millions de tonnes par an), inquiet de l’irruption de Dangote Cement. Ces acteurs africains pourraient trouver des alliés en l’indien Wacem, présent au Mali et au Togo, ou le chinois Anhui Conch, qui cherchent eux aussi à s’étendre dans la région, même s’ils n’ont guère concrétisé pour le moment. ●

Guillaume Roux « L’Afrique du Nord reste prioritaire pour Lafarge » INTERVIEW

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C OPRÉSIDENT

DE L ’ ACTIVITÉ CIMENT DE

L AFARGE

Le groupe français a produit 27,4 millions de tonnes au Maghreb et en Égypte en 2010. Après le Printemps arabe, Guillaume Roux fait le point sur ses positions dans la région.

contrastée selon les pays. Au Maroc et en Algérie, où nous détenons respectivement 36,1 % et 43 % du marché, nous avons été agréablement surpris : la croissance du marché a été supérieure à nos attentes. Au Maroc, les autorités ont su anticiper les réactions politiques et ont confirmé les investissements en infrastructures. Quant au marché algérien, il est toujours aussi dynamique. En revanche, l’Égypte, où nous détenons 20 % des parts, souffre encore des incertitudes liées aux élections [les législatives sont prévues pour la fin de l’année NDLR], mais nous restons confiants : les fondamentaux du marché sont bons. À moyen terme, le secteur de la construction va repartir. En 2008, Alger avait peu apprécié la prise de contrôle par Lafarge des usines d’Orascom Cement, considérée JEUNE AFRIQUE

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Meftah, à côté d’Alger, dont nous détenons 35 % des parts, est à ce titre exemplaire. Nous avons formé 600 ingénieurs et techniciens algériens et nettement amélioré les performances environnementales de nos usines. Grâce à des gains de productivité, notre capacité de production dans le pays est passée à 8,6 millions de tonnes en 2010 [8 millions en 2008]. Nous avons aussi fait un effort pour diversifier nos produits et les adapter à la demande locale.

comme contraire à l’intérêt national. Les relations avec les autorités sont-elles toujours aussi houleuses ?

Nous avons beaucoup développé nos relations avec les responsables algériens. Le partenariat noué avec le gouvernement à l’usine de

Quelles sont les perspectives pour Lafarge dans la zone, alors que votre groupe cherche à se désendetter ? STÉPHANE DE BOURGIES/ABACAPRESS

JEUNE AFRIQUE: Quel impact le Printemps arabe a-t-il eu sur vos activités ? GUILLAUME ROUX : La situation est

Nous voulons développer notre activité ciment dans les pays émergents. L’Afrique, et notamment le nord du continent, reste prioritaire pour nous : nous sommes leader au Maroc et en Algérie et bien positionné en Égypte, avec de bons niveaux de rentabilité. Nous sommes là pour durer. ● Propos recueillis par C.L.B. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Entreprises marchés

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XAVIER BOURGOIS/AFP

Ý NURSERIE DE PALMIERS À HUILE, à Kango (Gabon). L’entreprise veut être présente de la plantation au négoce.

AGROBUSINESS

Olam en tournée

Le patron du géant singapourien se rend cette semaine à Abidjan et Libreville. Il veut confirmer la place du continent au cœur de sa stratégie, ainsi que son appétit d’acquisitions et d’investissements.

L

a visite du big boss d���Olam en Côte d’Ivoire, depuis le 2 septembre, n’est pas un hasard. Sunny Verghese entend faire du groupe singapourien, dont un tiers des activités sont localiséesenAfrique,l’undesacteurs clés du redémarrage économique ivoirien. Une audience a même été demandée au président Alassane Ouattara. Surtout, outre une visite au premier groupe industriel du pays, Sifca, dont il est l’actionnaire depuis2008,ledirigeantbritannique d’origine indienne prendra le pouls de ses autres projets, dont certains ont été mis en veille depuis le début de la crise postélectorale. Il se rendra ainsi sur le site de sa nouvelle usine de transformation

de noix de cajou à Bouaké, dont la construction, elle, n’a pas été interrompue malgré la guerre, et qui devrait être inaugurée ce mois-ci. Également, toujours en gestation, une usine de transformation de cacaod’unecapacitécompriseentre

Sunny Verghese entend faire de son groupe un acteur clé du redémarrage économique ivoirien. 40 000 et 60 000 tonnes par an, qui sera implantée à Abidjan ou à San Pedro. Sunny Verghese se rendra ensuite au Ghana, puis au Nigeria, avant de rejoindre, le 8, Libreville, où il inaugurera le lendemain une nouvelle zone économique

ACQUISITIONS EN CHAÎNE ENTRE 2007 ET MAI 2011, Olam a procédé à 24 acquisitions et opérations d’investissement à travers le monde, pour un montant total de 1,2 milliard d’euros. Son portefeuille regroupe quelque 19 produits : noix de cajou, café, cacao, lait, sucre, épices, riz, engrais, bois, huile de palme… Parmi les opérations significatives d’Olam en Afrique, citons l’entrée au capital de Sifca (Côte d’Ivoire, 2008, 120 millions d’euros), l’achat de Crown Flour Mills (Nigeria, 2010, 115 millions d’euros) et l’acquisition de TT Timber International M.P. (Gabon et Congo, 2011, 30 millions d’euros). ● N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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essentiellement consacrée à l’industrie du bois (lire ci-contre). Cette nouvelle tournée d’une semaine (Sunny Verghese s’est rendu en Afrique du Sud et au Mozambique en juillet) illustre une fois de plus l’importance de l’Afrique dans la stratégie d’Olam. Le groupe a même commencé ses activités, en 1989, avec le commerce de noix de cajou entre Lagos et New Delhi. Alors salarié du holding indien Kewalram Chanrai (actionnaire majoritaire d’Olam), Sunny Verghese est missionné pour créer une société agroalimentaire qui, vingt ans plus tard, est devenue l’un des plus gros exportateurs du Nigeria, hors pétrole, et est implantée dans 23 pays africains. DIVERSIFIÉ. Une ascension ful-

gurante : présent dans plus de 65 pays à travers le monde, diversifié dans une vingtaine de produits (coton, cacao, café, riz, bois, huile de palme…), le groupe affiche une santé financière insolente, avec un chiffre d’affaires 2011 (exercice de juillet 2010 à juin 2011) de 8,8 milliards d’euros (+ 50 % sur un an) et un bénéfice de 250 millions d’euros (+ 23,6 %). Sa capitalisation boursière était de 3,8 milliards d’euros le 31 août (– 6 % sur un an). Ces performances sont le fruit d’une diversification vers des activités plus rentables. Le groupe a annoncé il y a trois ans son intentionderemonterlachaînedevaleur et d’être présent « de la plantation à l’assiette ». Dans le négoce, les volumes sont importants, mais les marges sont de 1 % à 2 % seulement. Pour les accroître, il faut remonter la filière jusqu’à la production, où elles atteignent entre 25 % et 30 %, avant de redescendre au niveau de la transformation, où elles tournent autour de 10 % à 15 %. Legroupeentendnerateraucune opportunité d’acquisition, aidé par ses différents directeurs répartis à Dakar, Lagos, Accra, Abidjan, Dar es-Salaam, Libreville et Durban. JEUNE AFRIQUE

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Entreprises marchés

OBJECTIF COTON . Autre vaste

chantier du groupe, le coton. Principalement actif en Australie sur ce créneau, l’agro-industriel entend développer cette activité en Afrique – il est déjà présent en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Mozambique,oùilaannoncédébut août 1935 millions d’euros d’investissements. Il fait de plus partie des postulants à la privatisation de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT). Alors qu’il avait soumissionné pour le lot nord-est en décembre 2010, aujourd’hui tout est bloqué. Le changement de Premier ministre et la campagne électorale (scrutin présidentiel en 2012) ont, semblet-il, enrayé le processus, qui aurait dû se conclure en mars. Pour Olam, l’Afrique recèle un potentiel cotonnier mal exploité : les surfaces sont là, mais il faut intégrer les filières et augmenter les rendements. Pour ce faire, la firme veut fournir aux paysans les intrants nécessaires. En mars, le groupe singapourien a de fait annoncé la conclusion d’un accord avec l’État gabonais pour la construction d’une usine d’engrais (à base d’urée) de 900 millions d’euros. Une première pour Olam, qui s’est allié à l’indien Tata pour son savoirfaire. D’une capacité de 1,3 million de tonnes, l’usine sera capable d’alimenter les pays d’Afrique de l’Ouest. À l’affût, le groupe se dit même intéressé, si l’occasion se présentait, par les phosphates (utilisés dans les engrais). Un rouleau compresseur que rien ne semble pouvoir arrêter. ●

La multinationale s’allie à l’État gabonais pour relancer la filière bois Pour favoriser l’industrialisation du secteur, Libreville s’apprête à inaugurer une zone économique spéciale cofinancée par Olam.

A

ttirer près de 700 millions d’euros d’investissements privés (gabonais et étrangers) et favoriser la création de plus de 50000 emplois à terme. Tels sont les objectifs que le Gabon fixe à sa toute nouvelle zone économique spéciale (ZES), qui va être inaugurée le 9 septembre à Nkok, à près de 30 km de Libreville. Lancé en juin 2010, l’aménagement de cette zone, dont la première phase vient de s’achever (500 ha sur plus de 1 000), représente un investissement de 140 millions d’euros, financé à 70 % par le singapourien Olam et à 30 % par l’État. Le site aura une capacité de traitement de 1 million de mètres cubes par an. Selon les prévisions des autorités, une cinquantained’entreprises,essentiellement spécialisées dans la transformation du bois, seront implantées dans la ZES de Nkok, attirées par divers avantages. Ceux-ci vont de l’exonération de TVA (pendant vingt-cinq ans) ou d’impôts sur le revenu (pendant dix ans) à la liberté de transferts financiers ou d’emploi de personnes étrangères, en passant par la réduction de 50 % du coût de l’électricité… « Déjà 37 sociétés ont accepté de s’implanter », se félicite Gagan Gupta, directeur général d’Olam Gabon, qui affirme que 70 % de ces entreprises opèrent dans la transformation du bois. Pénalisée par l’interdiction brutale, à partir de 2010, de l’exportation de grumes

– à laquelle le secteur ne s’était pas préparé –, la contribution de l’exploitation forestière à la croissance du PIB du Gabon est passée de 1 point de pourcentage en 2009 à 0,3 en 2010, selon les derniers chiffres de la Banque africaine de développement (BAD). Ce dernier niveau devrait être maintenu cette année, avant de remonter à 0,4 % en 2012. Mais après, la BAD prévoit une reprise dans ce secteur (premier employeur du pays) grâce à son industrialisation effective. BRAZZAVILLE S’Y MET AUSSI. À l’instar

des pays asiatiques, notamment ceux du Sud-Est comme Singapour et la Thaïlande, qui ont réussi à diversifier leurs économies grâce à des zones de ce type, plusieurs pays africains adoptent cette stratégie. Brazzaville prévoit ainsi le développement de quatre zones économiques, dont une près du port de Pointe-Noire : en juillet 2010, le ministre congolais chargé des Zones économiques spéciales, Alain Akouala Atipault, avait entamé des discussions avec les singapouriens Jurong International et Urban Redevelopment Authority pour l’aménagement et la construction de cette ZES. Début 2011, le pays a conclu avec la Banque mondiale un accord de financement d’environ 7 millions d’euros pour soutenir ce projet. ● STÉPHANE BALLONG

ÆENCORE EN CHANTIER EN AVRIL (ci-dessous), la ZES de Nkok ouvre ses portes le 9 septembre.

DESIREY MINKOH/AFRIKIMAGES

Derniers investissements en date : Crown Flour Mills (minoterie, pâtes alimentaires…) au Nigeria et TT Timber International (1,3 million d’hectares de forêt au Congo et 300000 ha au Gabon). Biscuiteries, confiseries, industrie du lait, pâtes alimentaires, minoteries… Les prochains deals sont déjà à l’étude mais tenus confidentiels. « Nous allons investir en Afrique 1,4 milliard d’euros », rappelle Ranveer Chauhan, directeur général Afrique d’Olam.

MICHAEL PAURON JEUNE AFRIQUE

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Entreprises marchés TÉLÉCOMS

Le Tchad se met au haut débit

Raccorder le pays aux réseaux africains de fibre optique. Tel est l’objectif poursuivi par l’État pour améliorer la compétitivité de l’économie.

JOSEPH OKANGA/REUTERS

P

our développer le secteur des technologies de l’information et de la communication(TIC),leTchad procède au maillage du territoire en fibre optique. « Le réseau que nousenvisageonsdeconstruirevase connecteraucâblesous-marinàfibre optiqueSAT-3,ducôtéduCameroun et du Nigeria, et à ceux installés, à l’est, le long de la mer Rouge, du côté du Soudan », explique Haroun MahamatBadaouy,directeurgénéral de la Société des infrastructures de transmission des communications électroniques (Sitcom). Plusieurs dizaines de millions d’euros ont été mobilisés pour financerlaconstructiondeceréseau qui, à terme, sera déployé sur plus de 3 000 km. L’américain STM a d’ores et déjà réalisé la première phaseduprojetd’interconnexionen reliant la frontière camerounaise à la capitale tchadienne. « Le coût de

l’installation est entièrement pris en charge par l’État », précise Haroun Mahamat Badaouy. La mise en exploitation du réseau déjà installé se fera dans les toutes prochaines semaines, après la signature d’une

 N’Djamena sera bientôt connecté aux CÂBLES tirés sur les côtes africaines (ici au Kenya).

convention commerciale entre le Tchad et le Cameroun. La Société des télécommunications du Tchad (Sotel) pourra donc bientôt utiliser le réseau à fibre optique au lieu du système satellitaire, bien plus onéreux, qui prévalait jusqu’alors. Les opérateurs de téléphonie et les fournisseurs d’accès à internet aussi. Le raccordement au réseau sera par la suite généralisé à l’ensemble du pays, ce qui devrait faciliter et favoriser les échanges économiques. STRATÉGIE SOUS-RÉGIONALE.

C’est en 2007, à N’Djamena, que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) a décidé d’une stratégie sous-régionale de promotion des TIC et des réseaux de télécommunication. Le projet est financé à hauteur de 17 millions d’euros par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), la Banque islamique de développement et d’autres partenaires. ● VÉRONIQUE NARAME, à N’Djamena

Coulisses MAROC UN FONDS POUR LE TOURISME DOTÉ D’UN CAPITAL de 130 millions d’euros, le Fonds marocain de développement touristique (FMDT) sera financé par l’État, le fonds Hassan II et des fonds étrangers (notamment émiratis). L’objectif: encourager les investissements dans les grands chantiers du plan Vision 2020, qui vise à attirer 18 millions de touristes dans dix ans (ils étaient plus de 9 millions en 2010). Le capital du FMDT devrait être porté à plus de 850 millions d’euros d’ici à 2020. Au premier semestre 2011, 4,2 millions de touristes ont visité le Maroc (+ 6,3 %

SMS ••

sur un an) et les recettes ont atteint 2 milliards d’euros (+ 8,5 %). ● PÉTROLE TOTAL, NO 1 EN ANGOLA LE PÉTROLIER FRANÇAIS est en passe de devenir le premier opérateur en Angola devant Chevron grâce au démarrage, le 26 août, de sa plateforme en mer, Pazflor, située à 150 km de Luanda. Avec des réserves prouvées de 590 millions de barils, Pazflor a nécessité un investissement total de plus de 6 milliards d’euros pour une barge flottante unique au monde de 114000 tonnes à vide. Elle traitera à pleine puissance 220000 b/j. ●

Droit de réponse À la suite de notre article sur « les amis de Gbagbo » (J.A. no 2640/2641), Victor J. Nembelessini Silué tient à préciser : « Grande a été ma surprise de me voir cité comme un proche de l’ex-première dame, que je n’ai rencontrée qu’une seule fois, à sa demande. Vous m’apprenez en outre que, ayant refusé d’entrer au gouvernementd’AkéN’Gbo,celam’aurait “coûté la direction de la BNI”. Sachez que je n’ai jamais eu le privilège d’être un “ami” ou un “proche” de Laurent Gbagbo, que je n’ai rencontré également qu’une seule fois, dans le cadre de mes fonctions, et avec lequel je n’ai jamais eu d’entretien téléphonique. »

LOGISTIQUE Le français Bolloré a présenté un résultat opérationnel de 134 M€ (+ 27 % par rapport à 2010) DISTRIBUTION Le britannique Costcutter implantera son 1er « corner shop » à Marrakech en septembre

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JEUNE AFRIQUE

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Ý GISEMENT DE CUIVRE au Chili, opéré par BHP Billiton.

minière, qui représente seulement 5 % de son chiffre d’affaires, lui a permis de dégager 875 millions de dollars d’excédent brut d’exploitationaupremiertrimestre(grâceàun taux de marge faramineux de 54 %), soit 23,3 % du total du groupe. Signe qu’il souhaite continuer dans cette voie: sa prise de contrôle, le 31 août, duproducteurdecharbonaustralien Macarthur Coal, pour 5,2 milliards dedollars,enassociationavecl’américain Peabody Energy.

HO NEW/REUTERS

CHUTE. Pourtant, aussi impression-

MINES

Jackpot en demi-teinte

Alors que BHP Billiton, Rio Tinto, Vale ou Xstrata affichent des résultats records en 2011, leurs titres boursiers ne cessent de dégringoler. Que demandent de plus les marchés financiers ?

J

amais les mines n’avaient autant rapporté. Les cinq plus grands groupes, BHP Billiton, Vale, Rio Tinto, AngloAmericanetXstrata,totalisent ensemble 40,9 milliards de dollars (28,2 milliards d’euros) de résultat net au premier semestre 2011. C’est 84 % de plus qu’un an plus tôt. Le numéro un, BHP Billiton, affiche même un bénéfice net en 20102011 de 23,6 milliards de dollars. Soit le plus gros profit réalisé par un groupe minier, dont le montant est comparable au PIB de la seule Côte d’Ivoire. Le précédent record avait été réalisé par le brésilien Vale l’an passé: 17,3 milliards de dollars. Derrière ces résultats impressionnants, la hausse des prix du fer, qui contribue à plus de la moitié des marges des australiens BHP Billiton et Rio Tinto, au portefeuille de matières premières très diversifié, et à la quasi-totalité de celui de Vale, premier producteur mondial de ce minerai. Dopé par la forte demande venue des aciéries N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

100 ECO INTER 2643.indd 100

chinoises, le fer, qui s’échangeait en moyenne à 122 dollars la tonne en 2010, devrait, d’après les analystes, s’établir à 170 dollars en 2011. Le cuivre et le charbon, eux aussi à des sommets (+ 28 % en un an pour le charbon), ont de leur côté rapporté 2,8 milliards de dollars au bénéfice courant du suisse Xstrata. Le sidérurgiste ArcelorMittal, qui aoptépourledéveloppementdeses propres mines de fer et de charbon pour approvisionnerses usinessans souffrir des fluctuations de prix, se félicite de son choix : sa filiale

23 % 32 %

De à

La baisse des principales valeurs minières

depuis le début de l’année

nante soit-elle, cette rentabilité ne séduit pas les places financières. Les groupes miniers ne cessent de dégringoler en Bourse ces derniers mois, dansun mouvementqui semble décorrélé de la réalité, alors que le prix des minerais devrait rester à un niveau élevé: depuis le début de l’année, les titres d’Anglo American, BHP Billiton, Vale et Rio Tinto ont baissé de 23 % à 32 % (au 25 août). Cette chute des cours est surtout due à des considérations spéculatives. Certains actionnaires de BHP Billiton et de Rio Tinto s’attendaient notamment à des rachats d’actions quiauraientpufairemonterlescours et les dividendes. Comme ils n’ont pas été annoncés en début d’année, en raison des plans d’acquisitions massifs des miniers, certains investisseurs s’en sont détournés. Pour les satisfaire, la plupart des miniers ont donc distribué des dividendes exceptionnels (3 milliards de dollars pour Vale), et Rio Tinto a annoncé un rachat d’actions de 7 milliards de dollars, prévu début 2012. ● CHRISTOPHE LE BEC

EN AUSTRALIE, L’EFFET BOOMERANG ASSISE SUR D’IMMENSES RÉSERVES, l’Australie table sur une croissance de 4,25 % en 2011. Mais cette bonne santé apparente masque une économie à deux vitesses. Si l’Australie-Occidentale et le Queensland, les deux régions minières, sont en plein essor, c’est loin d’être le cas du reste du pays. Avec le boom du secteur minier, qui ne concerne que 10 % de l’activité économique, le dollar australien s’est beaucoup apprécié, ce qui handicape les exportateurs industriels et agricoles, déjà en difficulté face à leurs concurrents asiatiques. S’appuyant sur les bénéfices miniers exceptionnels, Canberra pourrait remettre sur le tapis sa « mégataxe minière », que BHP Billiton et RioTinto ont jusque-là réussi à éviter grâce à leur lobbying intense auprès des petits actionnaires australiens. ● C.L.B. JEUNE AFRIQUE

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International AÉROPORTS

ANALYSE

Opinio ons &é éditoriaux dittoria auxx

Brasília aussi privatise LE VENT DE PRIVATISATION qui souffle sur les aéroports européens serait-il en train de gagner l’Amérique du Sud ? Après la Grande-Bretagne et l’Espagne, le Brésil lance, lui aussi, un processus de cession de ses aéroports à des opérateurs privés. Les autorités du pays viennent de conclure la toute première opération de ce programme en confiant au consortium formé par le brésilien Engevix (BTP) et l’argentin Corporación América (opérateur aéroportuaire) la gestion du nouvel aéroport de Natal, situé à la pointe orientale du pays. Ces deux entreprises ont mis 74 millions d’euros sur la table pour décrocher une concession de vingt-huit ans, lors d’une vente aux enchères organisée par le gouvernement brésilien, avec un prix de départ d’environ 25 millions d’euros. Engevix et Corporación América devront aussi investir près de 300 millions d’euros pour finir les travaux de ce nouvel aéroport. Si l’allemand Fraport et le mexicain Grupo Aeroportuario del Pacífico ont, entre-temps, été intéressés, ce sont surtout des acteurs locaux qui se sont portés candidats à la reprise. D’ici à la fin de l’année, trois grands aéroports (São Paulo-Guarulhos, São Paulo-Campinas et Brasília) devraient à leur tour être privatisés via une vente aux enchères. Le Brésil, dont le trafic aérien augmente en moyenne de 20 % par an et qui accueille la Coupe du monde de football 2014, entend ainsi améliorer ses performances avant cette échéance. ● STÉPHANE BALLONG

BOIS PRÉC PRÉCIEUX

Fauss note Fausse pour Gibson? LE FBI A EFFECTUÉ, E au cours de la semaine du 22 août, une descente dans les usines du célèbre fabricant am américain de guitares Gibson Guitar Corporatio Corporation dans le Tennessee, à Nashville et à Memphis. À la clé: la confiscation d’un stock de bois exotiques po pour la fabrication de guitares et d’autres équipements… Le département américain de la équipeme Justice, à l’o l’origine de cette opération, soupçonne la société (500 millions de dollars de chiffre d’affaires par an, soit plus de 345 millions d’euros) d’importer illégalement le bois utilisé dans la fabrication de illégaleme instruments, notamment pour le modèle Les ses instrume Paul, le plus vendu de tous les temps. D’après le mandat de perquisition du FBI, D’ ce raid r rentre dans le cadre d’une enquête lancée après l’interception d’une cargaison lanc de bois d’ébène en provenance d’Inde, dont la firme américaine serait l’acheteuse. Aux États-Unis, la loi interdit le transport et la commercialisation des essences rares. Pour l’heure, aucune charge criminelle n’a été émise contre Gibson. Henry Juszkiewicz, son patron, rejette tous les soupçons et affirme que la saisie des stocks de matière première pénalise la production de l’ensemble de ses usines. ● S.B. D.R.

Ð La mythique GUITARE LES PAUL est visée par les autorités américaines.

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Fouad Laroui

Le vrai patron de l’Europe

Q

UI CONTRÔLE Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque centrale européenne (BCE) ? Réponse : personne. La BCE est indépendante, comme la plupart des banques centrales des pays développés. Elle a été conçue dès l’origine pour ne rien devoir aux États membres. Elle doit régulièrement informer le Parlement européen, mais ça s’arrête là. Bruxelles et les États membres ne peuvent rien lui imposer. Pourquoi les pays modernes ont-ils renoncé à contrôler ce qui était de tout temps le symbole même de la puissance de l’État : la monnaie ? C’est du côté de la théorie économique qu’il faut chercher l’explication. Dans les années 1970, l’école des rational expectations a montré que la politique monétaire, dans une économie sophistiquée, devenait inefficace si l’État contrôlait l’institut d’émission : les agents économiques anticipent les « entourloupes » que peut leur infliger l’État et les rendent ainsi inefficaces. L’État ne devient crédible que s’il coupe le cordon ombilical avec la banque centrale. Ce fut la première mesure que prit Gordon Brown quand il devint chancelier de l’Échiquier en 1997. Moyennant quoi le Royaume-Uni connut une belle stabilité pendant dix ans…

Un exemple frappant d’indépendance fut donné en décembre 2005, lorsque la BCE augmenta ses taux d’intérêt contre l’avis des ministres des Finances, de la Confédération européenne des syndicats et du patronat européen. Il faut avoir les nerfs solides pour affronter une telle unanimité… La stabilité des prix est son seul objectif, mais Trichet n’est pas un automate aveugle aux problèmes du moment. En toute indépendance, la BCE peut aussi prendre des décisions politiques si la conjoncture l’exige. Ses achats récents de dette italienne ou portugaise en témoignent. Récapitulons : il est indépendant, il contrôle la monnaie et il fait de la politique. Oublions HermanVan Rompuy, président du Conseil européen.Trichet est le vrai patron de l’Europe. Dommage que personne ne l’ait élu… ● N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Décideurs ÉDUCATION

Alfred Gbaka au chevet du Cesag

Nommé en janvier à la tête du Centre africain d’études supérieures en gestion, à Dakar, il veut faire de l’institution une business school incontournable.

P

MODÈLE ANGLO-SAXON. « Mon

ambition est de passer d’un modèle qui juxtaposait les formations comme autant de sources de revenus à un ensemble cohérent », explique cet agrégé en sciences de gestion. Dès la rentrée 2012, les enseignements seront recentrés autour d’un programme « grande école », calqué N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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VINCENT FOURNIER/J.A.

«

our l’heure, je suis admissible, mais il me reste encore un grand oral à passer », avance prudemment Alfred Gbaka, le directeur général du Centre africain d’études supérieures en gestion (Cesag). Cet été, le conseil d’administration de l’institution créée en 1978 à Dakar par les États ouest-africains a entériné les orientations stratégiques proposées par le nouveau patron, arrivé en janvier. Banalisée par l’émergence des écoles privées, l’offre pédagogique du Cesag a vu ces dernières années son image s’étioler. Plus grave : la qualité des enseignements, reconnue par des références comme l’université Paris-Dauphine ou l’École des hautes études commerciales (HEC), en France, aurait aussi baissé. À 54 ans, l’ex-directeur de l’École supérieure de commerce et d’administration des entreprises (Escae, à Yamoussoukro) a pour mission de redonner au Cesag une stature à part. Le 17 octobre, il sera de nouveau devant ses administrateurs, dont Jean-Louis Billon, dirigeant du groupe agro-industriel Sifca, afin d’obtenir carte blanche pour la mise en œuvre de son projet quinquennal.

 SON « GRAND ORAL » devant le conseil d’administration aura lieu le 17 octobre.

sur le modèle anglo-saxon, pouvant mener les étudiants jusqu’au diplôme de Doctor of Business Administration (DBA). D’ailleurs, Alfred Gbaka envisage déjà de nouveaux partenariats pédagogiques avec des formations britanniques, mais aussi sud-africaines, voire ghanéennes.

Plus de 30 enseignants-chercheurs devraient venir renforcer le corps professoral d’ici à cinq ans. « En complément, je souhaite également créer une école doctorale », explique-t-il. Quatre enseignants-chercheurs sont en cours de recrutement et, d’ici à cinq ans, plus de 30 autres devraient venir renforcer le corps professoral. « Des compétences indispensables pour faire du Cesag une école à part en Afrique de l’Ouest et attirer les

meilleurs professeurs », défend le directeur. Outre le cursus « grande école », l’institution misera aussi sur la valorisation et l’enrichissement des programmes qui font déjà sa réputation, dans les domaines de la finance et du management de la santé. Enfin, l’école conservera un certain nombre de licences professionnelles pour répondre aux besoins des entreprises ouest-africaines en matière d’encadrement intermédiaire. Pour financer ses ambitions, Alfred Gbaka n’est favorable ni à une augmentation significative des frais de scolarité (1,2 million de F CFA par an, soit 1 830 euros) ni à celle du nombre d’étudiants (1200). Comme il est peu probable que le conseil d’administration accepte de lui apporter le million d’euros supplémentaire (sur un budget total d’environ 6 millions) nécessaire au changement de cap du Cesag, le directeur entend trouver une solution en développant les formations proposées aux cadres en activité et aux entreprises, notamment grâce à des sessions organisées via internet. Au-delà des contenus académiques, l’institution devra aussi, pour réussir sa mue, mener une importante réorganisation interne qui pourrait faire grincer quelques dents, tant chez les professeurs que parmi les personnels administratifs. Autre chantier de taille complètement délaissé par l’ancienne équipe : le marketing et la communication. Pour relever tous ces défis, Alfred Gbaka et ses collaborateurs pourront par exemple s’inspirer de l’expérience de l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2IE). À la dérive il y a dix ans, l’école inter-États de Ouagadougou fait aujourd’hui partie des rares formations dont le diplôme d’ingénieur est reconnu en France, et donc dans toute l’Union européenne. ● JULIEN CLÉMENÇOT JEUNE AFRIQUE

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Décideurs

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ARND WIEGMANN/REUTERS

Ý Le fils d’Onsi Sawiris est suspecté d’avoir FRAUDÉ LE FISC.

ÉGYPTE

Samih Sawiris a rendez-vous avec la justice Déjà confronté à de mauvais résultats, le patron d’Orascom Development Holding a été condamné à deux ans de prison. Il fait appel.

S

imple boulette ou volonté délibérée de frauder le fisc? Le milliardaire égyptienSamihSawiris,àlatête d’une fortune de 1 milliard d’euros selon Forbes, a été condamné par un tribunal de première instance du Caire à deux ans de prison et à une amende de 5 700 euros pour violation du droit des marchés financiers. Le patron d’Orascom Development Holding (ODH), actif dans le tourisme, l’hôtellerie et l’immobilier, et basé à Altdorf, en Suisse, s’expliquera devant les juges en appel. Le 29 août, il s’est

fendu d’un communiqué pour dénoncer des accusations « sans fondement ». Concrètement, la justice reproche au groupe d’avoir indiqué, dans les documents officiels remis aux actionnaires, que la maison mère détenait 98,16 % de sa filiale égyptienne Orascom Hotels and Development, la plus importante du groupe, alors qu’elle a déclaré au fisc n’en posséder que 96,14 %. Autre grief : ODH n’a pas rempli l’obligation de laisser sa filiale cotée au Caire pendant trois ans, après en avoir pris le contrôle en 2008.

À 54 ans, le plus discret des trois fils d’Onsi Sawiris, fondateur du conglomératOrascom,n’avaitguère l’habitude de faire parler de lui. Encadré par Naguib (qui a revendu Orascom Telecom en mars pour se lancer dans la politique) et Nassef (qui s’est distingué dans le bâtiment avec Orascom Construction Industries), Samih est propulsé malgré lui sous les projecteurs de l’actualité. Germanophile, il rêve de reprendre son projet de station touristique de luxe (800 chambres, hôtels, villas, golf…) à Andermatt, dans le sud de la Suisse. Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, le groupe a annoncé de mauvais résultats. Présent dans neuf pays (Égypte, Jordanie, Émirats arabes unis, Oman,Suisse,Maroc,Royaume-Uni, Monténégro et Roumanie), ODH a accusé une baisse de 62 % du chiffre d’affaires (90 millions d’euros) au premier semestre 2011 par rapport à la même période en 2010, tandis que la marge opérationnelle a chuté de 39 % à 5 %. Dans le même temps, l’activité immobilière a plongé de 43%(45millionsd’euros),etl’immobilier de 78 % (23 millions d’euros). « Les turbulences en Égypte et un franc suisse fort ont impacté nos résultats », s’est justifié le groupe le 16août.SamihSawiriscommeODH attendent des jours meilleurs. ● JEAN-MICHEL MEYER

YVONNE IKE RENAISSANCE CAPITAL Elle vient d’être nommée à la direction des opérations en Afrique de l’Ouest de la banque d’affaires russe. Elle a débuté sa carrière comme auditrice chez Ernst &Young, puis a travaillé chez JPMorgan pendant quinze ans. JEUNE AFRIQUE

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GEOFF SKINGSLEY L’ORÉAL Vice-PDG chargé des ressources humaines depuis 2005, le diplômé d’Oxford et ancien chef de produit de Procter & Gamble devient, à 52 ans, directeur général du nouveau département Afrique et Moyen-Orient.

DR ; STÉPHANE DE BOURGIES POUR L’ORÉAL ; DR

ON EN PARLE

LAMINE MOULAHI PHARMACIE CENTRALE DE TUNISIE Âgé de 50 ans, le secrétaire d’État auprès du ministre tunisien de la Santé a été nommé PDG de l’entreprise publique de distribution pharmaceutique. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Marchés financiers ÉGYPTE

Assiégé, Citadel renforce ses défenses

C

itadel Capital espère qu’il aura retrouvé un peu d’air dans un mois jour pour jour. Le capital-investisseur égyptien, numéro un dans son pays, a lancé le 4 septembre une levée de fonds d’environ 121 millions d’euros, dans le cadre d’une émission de droits de souscription. Objectifs : maintenir sa capacité d’investissement en propre pour les mois qui viennent, mais également sauvegarder son indépendance. Capital Citadel est devenu, en quelques années, l’un des principaux capital-investisseurs du continent, avec un peu plus de 2,8 milliards d’euros sous gestion via 19 holdings. Après une année 2010 sous les meilleursauspices,lesventscontraires soufflent fort sur Citadel. Coté au Caire, le titre a chuté de 62 % depuis le début de l’année pour atteindre un plus bas historique à 3,75 livres égyptiennes (0,43 euro) le 29 août. Soit quatre fois moins que soncoursd’introduction,ennovembre 2009. De quoi ouvrir la porte à d’éventuels acquéreurs. L’émirati Abraaj Capital (lire p. 105) a ainsi, pendant quelques semaines, négocié la reprise des parts du management dans Citadel (33 % du capital), avant d’abandonner l’idée. MAÎTRISE DES COÛTS. La révolu-

tion égyptienne a largement affecté les activités de Citadel. Au premier trimestre, le capital-investisseur a réalisé une perte (hors participations) de 3,2 millions d’euros, contre un léger bénéfice de 0,2 million un an plus tôt. Plusieurs de ses sociétés en portefeuille ont été touchées N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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de ses coïnvestisseurs. En témoignent les quelque 110 millions d’euros récemment accordés par six institutions de développement, dont la Banque africaine de développement (BAD) à Rift Valley Railways, l’une des participations de Citadel qui gère le chemin de fer reliant le Kenya à l’Ouganda. « Depuis longtemps, nous espérons travailler avec eux et nous attendons impatiemment le jour où ils décideront de bâtiruneplateformepour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne », explique le directeur d’une des principales agen Le fondateur, AHMED HEIKAL, a été temporairement interdit de voyage à l’étranger à la suite d’une privatisation contestée. ces de développement occidentales. par la crise, principalement Asec Le modèle de Citadel continue à séduire. À la différence de la plupart Holding (ingénierie, construction et ciment). Le fondateur de Citadel, de ses confrères, qui se concenAhmed Heikal, a été mis en cause et trent sur la levée puis la gestion de interdit de déplacement à l’étranger er fonds pour des investisseurs extéfo rieurs, l’égyptien investit aussi son dans le cadre de la privatisation ri contestée de la société cimenpropre capital et attire en plus sur tière Helwan Portland Cement chaque opération de nouveaux millions d’euros Montant de la Company,remportéeparCitadel. coïnvestisseurs. Il peut ainsi levée de fonds Le capital-investisseur a alors prendre le contrôle capitalistique lancée le publié un démenti indiquant et opérationnel des entreprises 4 septembre qu’il acquiert, via des holdings mis qu qu’il n’avait pas acquis directement la société en question, maiss sur pied pour l’occasion. « Cette su à la suite de la reprise d’un autre méthode comporte beaucoup de groupe, Arab Swiss Engineering risques et demande énormément Company. Depuis, l’interdiction de savoir-faire, mais reste plus efficace pour créer de la valeur et, de voyager a été levée. En matière de maîtrise des coûts, au final, de la rentabilité », explile capital-investisseur a vite réagi. « En 2011, nous avons réduit les Objectifs : maintenir sa capacité dépenses opérationnelles de 52 %, d’investissement en propre et à travers la combinaison de reports de salaires et de bonus, et de cousauvegarder son indépendance. pes dans les frais de déplacements, que un financier. Mais elle a une les dépenses de communication et de marketing », explique Ahmed condition importante: Citadel doit Heikal. Face à la crise, Citadel a être en capacité d’investir pour son gelé temporairement toute cession propre compte, d’où l’importance de la levée en cours sur le marché de participations. égyptien. ● Le capital-investisseur semble néanmoins avoir gardé la confiance FRÉDÉRIC MAURY SHAWN BALDWIN/BLOOMBERG

Le cours du capitalinvestisseur a été divisé par quatre en un an et demi. Révolution, menace de rachat… Alors qu’il tente de renforcer ses fonds propres, la pression s’accentue.

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Baromètre

A

braaj Capital, principal capital-investisseur au Moyen-Orient avec 3 milliards d’euros d’actifs sous gestion, s’offre l’activité private equity Afrique du Nord d’Amundi. La société de gestion française, filiale commune du Crédit agricole et de la Société générale, n’était plus intéressée par ce métier de niche, créé en 2007. L’émirati récupère la gestion du fonds Kantara ainsi que la part d’Amundi dans ce véhicule d’environ 110 millions d’euros ciblé sur le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte. Après quatre années d’activité, le fonds Kantara ne compte que cinq investissements réalisés. « À son lancement en 2007, il a fallu constituer les équipes, explique Fabrice Callet, responsable du fonds. L’activité n’a réellement commencé qu’en 2008. Le niveau alors très élevé des valorisations nous a amenés à être prudents dans nos investissements. » STRATÉGIQUE ÉGYPTE. Kantara a

investi dans deux sociétés marocaines,dontlasociétéd’infrastructures Emteyco, et trois sociétés tunisiennes, dont le laboratoire Opalia Pharma. Sous l’égide d’Abraaj, il devrait encore réaliser entre quatre et huit investissements, pour des tickets unitaires compris entre 3,5 millions et 10 millions d’euros. « La structure locale, soit huit personnes à Tunis et Casablanca, est maintenue, souligne Fabrice Callet. Et le fonds bénéficiera désormais de la forte présence d’Abraaj en Égypte. » Ce pays, le seul d’Afrique duNordoùl’émiratiétaitjusqu’alors actif, reste stratégique pour Abraaj, qui a tenté encore récemment d’y acquérir Citadel Capital. ● F.M. JEUNE AFRIQUE

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VALEUR

BOURSE

COURS (US $) au 31.8.2011

ÉVOLUTION depuis le début de l'année (en %)

Nedbank

JOHANNESBURG

1 989,75

+ 10,2

FirstRand Absa BCP Standard Bank Attijariwafa Bank Guaranty Trust Bank Zenith Bank BMCE CIB

JOHANNESBURG

285,34 1 957,3 52,43 1 408,35 49,56 0,08 0,08 28,21 4,63

+ 5,6 + 0,9 – 3,8 – 5,0 – 6,2 – 7,1 – 15,1 – 16,7 – 42,1

JOHANNESBURG CASABLANCA JOHANNESBURG CASABLANCA LAGOS LAGOS CASABLANCA LE CAIRE

DEPUIS NOTRE DERNIER BAROMÈTRE consacré aux principales capitalisations bancaires du continent, la seule évolution notable est venue du Nigeria. Alors que les cours des grandes banques du pays étaient à peu près stables depuis le début de l’année, ils ont tous dégringolé au mois d’août. First Bank of Nigeria, première concernée, a du coup laissé sa place de deuxième capitalisation bancaire

du pays à GuarantyTrust Bank. Le secteur est toujours en pleine évolution : Access Bank a annoncé la reprise de 75 % d’Intercontinental Bank, tandis qu’Ecobank négocie une fusion avec Oceanic Bank. Ailleurs sur le continent, seules des valeurs sud-africaines affichent des performances boursières positives depuis le début de l’année, malgré le fort ralentissement économique que connaît le pays. ●

Valeur en vue ATTIJARIWAFA BANK Un modèle solide BOURSE Casa • PNB 2011 (1er semestre) 701,7 millions d’euros (+ 14,8 %)

• COURS 381,9 dirhams (31.8.2011) • OBJECTIF 427 dirhams

NOUSCHANGEONSnotrerecommandation de “conserver” à “acheter”. Au premier semestre 2011, Attijariwafa Bank a continué à enregistrer une nette croissance de ses résultats qui vient confirmer la solidité du modèle du groupe. Cette progression est le fruit d’une amélioration de l’ensemble des indicateurs d’activité et de productivité ainsi que d’une contribution significative de la filiale Wafa Assurance. Sur les prochaines années, le groupe envisage de poursuivre sa croissance organique au Maroc à travers l’ouverture de nouvelles agences, Hanane Rahali Analyste en particulier les points de vente Wafacash (transfert chez CFG Group d’argent notamment). Il compte également continuer son déploiement en Afrique de l’Ouest – via sa filiale CBAO – et en Afrique centrale. Le périmètre de consolidation s’est agrandi au premier semestre avec l’intégration de SCB Cameroun. Au second semestre s’y ajoutera ATW Mauritanie, filiale conjointement acquise avec le groupe marocain Banque populaire. » ●

DR

L’émirati récupère la gestion d’un fonds de 110 millions d’euros.

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Banques : Joburg sauve la mise

MAGHREB

Abraaj se développe

Marchés financiers

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Culture & médias

MUSIQUE

de la

Les racines

lutte

Batteur des Roots et producteur de rap américain, Ahmir « Questlove » Thompson présente à Paris Questlove’s Afro Picks, une épopée musicale engagée qui revisite l’univers de Fela, Oumou Sangaré ou Miriam Makeba. Une célébration des classiques d’hier par l’un des parrains de l’afromodernisme. THOMAS BLONDEAU

D

ans le studio new-yorkais qui sert de théâtre aux répétitions de son spectacle, Questlove s’agite en tous sens pour régler les derniers détails. Il faut dire que le pari est de taille : accompagné des pointures de la scène actuelle (Macy Gray, Tony Allen, Mamani Keïta, Amp Fiddler…), le batteur et directeur musical revisite les titres phares de Fela Kuti, Oumou Sangaré, Miriam et Bongi Makeba, modernisant le répertoire d’une période clé de la musique africaine : le tournant des années 1970, lorsque l’Afrique émergeant de l’euphorie des indépendances se confrontait aux régimes oppressants du postcolonialisme. Entre musique et politique, Questlove tente ainsi de mettre en lumière la filiation ténue liant Africains et AfricainsAméricains, entre traditions musicales ancestrales et productions modernes. Affalé dans un canapé, de l’autre côté de la pièce, le batteur nigérian Tony Allen (ancien musicien de Fela Kuti), qui partage la scène avec lui, analyse : « Il est important de voir un Africain-Américain comme Questlove réarranger l’afrobeat, car la musique africaine a influencé la musique américaine, soutient-il. Ce type fait partie de ceux qui en sont conscients et sont donc capables de réinterpréter l’afrobeat, de le pousser plus loin, d’expliciter le lien qui existe entre l’Afrique et l’Amérique. » Issu du rap, Questlove a en effet largement dépassé les frontières de ce style, le replaçant dans une longue tradition de musique et de lutte en le croisant avec le jazz, la soul et aujourd’hui l’afrobeat. Il ne fait pas de doute N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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que nul autre que cet excellent musicien, grand connaisseur des musiques noires et des combats qu’elles reflètent, ne pouvait mieux exprimer la relation aveugle qui unit la furie révolutionnaire de l’afrobeat et la contestation digitale du rap et de la soul modernes. Entre Afrique d’hier et Amérique d’aujourd’hui. FAIRE TREMBLER LE RAP. Planqué sous une coupe

Come Alive, The Roots (batteur, compositeur, producteur)

Like Water for Chocolate, Common (producteur)

Mama’s Gun, Erykah Badu (producteur)

The Philadelphia Experiment (batteur)

afro surdimensionnée, le grand Noir aux épaules extralarges qui dirige aujourd’hui le spectacle a pourtant commencé sa carrière de traviole. Lorsqu’il fonde son groupe, The Roots, au début des années 1990, Questlove n’est pas dans le coup. À une époque où le rap se radicalise sous le feu du gangsta rap, l’éthique « peace, love & unity » qu’il trimbale fait figure de sympathique hérésie. Autre défaut : à l’opposé des protocoles rap du moment, les Roots ne jouent pas sur des machines mais sur des instruments. Basse, batterie et clavier, bientôt rejoints par une guitare électrique, classent d’emblée le groupe à part dans un univers musical généralement mis en scène sur des samplers et des boîtes à rythme. Pétrie de rap, de jazz, de soul et de funk, la formule se révèle pourtant efficace, projetant le groupe jusque sur la scène du festival de jazz de Montreux. Lorsqu’en 1996 sort le deuxième album, composé, réalisé et produit par un Questlove qui prend du galon, le groupe s’impose définitivement, notamment via le single soul-rap « You Got Me ». Conforté dans sa vision d’un rap en constante évolution, confronté sans cesse à d’autres styles, d’autres techniques, d’autres esthétiques, Questlove prend son envol et révèle alors un potentiel inattendu. Au sein des Roots, c’est lui qui teste, approuve, expérimente et dirige les enregistrements, tandis qu’il multiplie les collaborations extérieures avec des groupes de rock, des musiciens de jazz, des orchestres africains. Avec sa clique de production, les Soulquarians, il est aussi à l’origine, dès 1998, d’un courant musical baptisé Nu Soul, une forme de soul vintage teintée de production électronique à laquelle il laisse libre cours sur les disques de D’Angelo ou d’Erykah Badu. Musicien, producteur, arrangeur, journaliste, homme de l’ombre d’un millier de projets, il devient la caution musicale du rap, celui que la superstar du rap Jay-Z appelle JEUNE AFRIQUE

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PHIL KNOTT/CORBIS OUTLINE

Culture médias

en 2000 quand il veut faire rejouer sa discographie « sur de vrais instruments », et celui que les médias s’arrachent. Dans les années 2000, la chaîne américaine NBC fait des Roots le groupe maison de son talk-show Late Night with Jimmy Fallon. Questlove est partout, et surtout au sommet. BLACK COMBAT. Inspiré par les intellectuels et

leaders politiques noirs plus que par les frères gangsters, Questlove a toujours conservé vis-à-vis de l’univers clinquant du rap américain une attitude de retrait. Fasciné par Sly Stone ou Nkrumah plutôt que par le milliardaire Donald Trump, il disserte en interview sur les racines de la musique noire et la lutte pour les droits civiques, analyse son époque à travers un prisme musical pointu, parle de blues et de jazz, d’Afrique et d’Amérique, tout en demeurant attentif aux combats politiques de son époque. Apprécié dans le milieu du rap comme en dehors, le grand bonhomme bourru qui cognait la batterie dans un petit groupe de rap des années 1990 est devenu en quinze ans l’ambassadeur inattendu d’un afromodernisme JEUNE AFRIQUE

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 MUSICIEN DOUÉ, Questlove est aussi un producteur engagé.

cool et conscient, parvenant à inscrire le rap, longtemps décrié, dans le flux officiel des musiques africaines-américaines, à l’égal du blues, de la soul, du jazz ou du funk. À la fois conscience politique et entertainer de génie, Questlove est l’auteur d’une œuvre conséquente qui semble n’avoir qu’une seule articulation: une esthétique de la lutte. Clausewitz disait de la guerre qu’elle est la continuation de la politique par d’autres moyens, le musicien répond que la musique Homme de l’ombre d’un africaine-américaine est la contimillier de projets, il est la nuation de la lutte africaine par d’autres moyens. Planqué derrière caution musicale du rap. le jazzman Ornette Coleman dans un club londonien, dans l’ombre feutrée d’un studio new-yorkais aux côtés des plus grands rappeurs ou sur la scène du festival Jazz à La Villette, versifiant en une colère moderne la furie des héros d’Afrique, il en est le symbole le plus éclatant. ● Questlove’s Afro Picks, représentation unique le dimanche 11 septembre 2011 à la Grande Halle de La Villette, dans le cadre du festival Jazz à La Villette. N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Culture médias violence qui a longtemps hanté les rues d’Abidjan. Un Laurent Gbagbo tirant la langue précède un portrait de sa femme, Simone, tout sourire, mais c’est avec une photo de l’investiture d’Alassane Ouattara que s’achève l’exposition. Né en 1964 à Agboville, à 80 km d’Abidjan, Issouf Sanogo a « appris la photo presque sur le tas », puis pris des cours au département photo des Beaux-Arts d’Abidjan en 1983-1984. Il a commencé à travailler comme pigiste pour plusieurs journaux locaux, dont Fraternité Matin et Ivoir’Soir, le premier quotidien du soir du pays. Ce n’est qu’en 1991 qu’il a enfin réussi à entrebâiller la porte du photojournalisme. La publication de ses images, au lendemain des soulèvements

PHOTOGRAPHIE

Témoin oculaire

Depuis dix ans, Issouf Sanogo photographie pour l’AFP les mutations de la vie politique ivoirienne. Il expose ses clichés, du 27 août au 11 septembre 2011, au festival international de photojournalisme Visa pour l’image.

BENEDICTE KURZEN/VII NETWORK POUR J.A.

« Avec le numérique, tout le monde est devenu photographe. Il y a plus de concurrents ! »

«

P

 L’ANNÉE 2011 a été bien compliquée pour le photoreporter ivoirien.

our moi, c’est important que la Côte d’Ivoire soit exposée à Perpignan cette année », lance Issouf Sanogo, photographe de l’Agence FrancePresse (AFP). La ville du sud de la France qui accueille la 23e édition du festival international de photojournalisme Visa pour l’image met l’Afrique à l’honneur, après une année riche en actualité aussi bien dans le monde arabe qu’en Afrique subsaharienne. Les clichés d’Issouf Sanogo retracent les coups d’État, élections et crises dont il est le témoin depuis 1999. « Si les Français connaissent peu l’Afrique, ils ont au moins entendu parler de la Côte d’Ivoire. Avant la crise, en bien. Ensuite, en moins bien », explique le photographe, qui participe à ce rendez-vous incontournable du photojournalisme pour la première fois. « Les conditions de travail ont été très dures pour l’agence cette année », N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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reconnaît-il. Ainsi, le 31 mars dernier, il a quitté son bureau sans savoir qu’il ne pourrait pas y remettre les pieds durant un mois. Pourtant, malgré ce contexte souvent rude, les photos sont là. VIOLENCE. Sur les murs du couvent des

Minimes de Perpignan, des tenues aux couleurs chatoyantes et des visages de femmes côtoient les images de cette

contre le président Félix HouphouëtBoigny, a attiré le regard de l’AFP et il a été embauché au bureau régional d’Abidjan. La Côte d’Ivoire n’est pas son seul terrain de prédilection car, depuis 2003, il est devenu coordinateur régional pour l’Afrique de l’Ouest et une partie de l’Afrique centrale, après avoir couvert la guerre civile au Liberia et celle au Sierra Leone. À Perpignan, ce chasseur d’images a retrouvé des confrères du monde entier avec lesquels il partage bien des préoccupations – et en premier lieu la défense du photojournalisme. « Avec le numérique, internet, tout le monde est devenu photographe. Ce n’est plus comme avant, souligne-t-il. Mais ce n’est pas un métier qui va disparaître tout de suite. Il y a plus de concurrents, c’est tout. On aura toujours besoin d’images. » ● MARIE VILLACÈQUE

PERPIGNAN, BASTION DU PHOTOJOURNALISME CRÉÉ EN 1989, Visa pour l’image accueille chaque année des photographes et journalistes du monde entier pour débattre de l’actualité de l’année écoulée. Le festival présente, durant deux semaines et en accès libre, des expositions photo dans les hauts lieux historiques de la ville. Au programme cette année (jusqu’au 11 septembre) : les enfants soldats en Somalie par Ed Ou (Getty Images), les révolutions en Égypte et en Libye parYuri Kozyrev (Noor), « L’incarcération des jeunes en Afrique » par Fernando Moleres, le Soudan du Sud par Cédric Gerbehaye (Vu), la mafia anglaise par Jocelyn Bain Hogg (VII Network), les événements au Japon par l’agence Days Japan. ● M.V. JEUNE AFRIQUE

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STÉPHANE LAGOUTTE/M.Y.O.P.

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 LE PAYSAGE AUDIOVISUEL MAURITANIEN devrait considérablement s’ouvrir.

MÉDIAS

Ondes de liberté Cinq radios et cinq télévisions privées pourront bientôt être créées en Mauritanie. Une ouverture qui met fin à 50 ans de monopole d’État.

L

a libéralisation de l’audiovisuel mauritanien est enfin en marche. Le 23 août, Hamdi Ould Mahjoub, le ministre de la Communication, a annoncé que le gouvernement allait autoriser la création, avant fin 2011, de cinq radios et de cinq télévisions privées. Il a remis très officiellement le cahier des charges au président de la Haute Autorité de la presse et de l’audiovisuel (Hapa) du pays. Parmi les mesures phares, la création d’une société de télévision indépendante, qui garantira les mêmes conditions de diffusion aux opérateurs publics et privés. L’annonce n’est pas vraiment une surprise, puisque le projet de loi avait été adopté le 2 juillet 2010 par l’Assemblée nationale mauritanienne. En mars dernier, le chef de l’État, Mohamed Ould Abdelaziz, avait annoncé la libéralisation du secteur et la fin de cinquante ans de monopole d’État sur les ondes. La Mauritanie compte deux chaînes publiques de télévision – la TVM, qui émet aussi par satellite, et TVM Plus – ainsi que deux radios publiques. Les télévisions et les radios privées diffusent pour l’heure uniquement sur internet. « Les JEUNE AFRIQUE

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médias ont été bâillonnés pendant des années, alors comment va se concrétiser cette libéralisation? » s’interroge Moussa Ould Hamed, directeur de publication du journal Biladi. CITOYENNETÉ. Officiellement, la Hapa

télévisions et les radios associatives. Pour le moment, l’autorisation concernant ces médias communautaires a été remise à plustard.«Pourforgerlaculturecitoyenne, on aurait pourtant dû commencer par là, regrette Diagana. Par exemple, la radio Kalima, en Tunisie, a joué un rôle important pendant le Printemps arabe. » Si les professionnels des médias restent prudents, c’est parce que les difficultés ont été nombreuses lorsque la presse écrite a été libéralisée, en 1991. « On pouvait censurer n’importe quel journal, sur la base d’un article de loi fourre-tout, en cas d’atteinte à l’islam, à la sûreté de l’État ou

– instance indépendante du gouvernement – lancera les appels d’offres, étudiera les dossiers et donnera son avis. Si celui-ci est favo« Autrefois, on pouvait censurer rable, le gouvernement n’importe quel journal sur la base signera alors la licence. d’un article de loi fourre-tout. » Abdoulaye Diagana, créaMOUSSA OULD HAMED, directeur de publication de Biladi teur de la webradio généraliste Kassataya il y a deux auxmœurs,prévientMoussaOuldHamed. ans, a reçu un exemplaire du cahier des charges. « Rien n’est encore définitif, mais J’espèrequeleurbatailleseramoinsdifficile nous savons déjà que les radios et téléque la nôtre! » Abdoulaye Diagana, dont la visions vont devoir s’exprimer dans les société est domiciliée en France, envisage quatre langues nationales, explique-t-il. pourtant de rejoindre son équipe installée Et, pour obtenir la licence, nous allons en Mauritanie. D’ici à début septembre, il devoir nous constituer en société de droit va déposer une demande de licence. « On mauritanien, avec plusieurs actionnaires. » ne peut pas continuer à s’asseoir sur notre Les professionnels des médias redoutent envie de s’exprimer. Nous devons rendre la déjà que les ministères n’interviennent en société mauritanienne plus citoyenne. » ● amont sur les dossiers, a fortiori pour les JUSTINE SPIEGEL N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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Culture médias

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LITTÉRATURE

Identités virtuelles

ALEXIS DUCLOS/SIPA

La romancière suisso-gabonaise Bessora signe un roman jubilatoire sur les relations amoureuses, à cheval entre le XIXe et le XXIe siècle.

Mais voilà que l’actrice de seconde zone, qui aurait dû se prénommer Cyrano, commelesouhaitaitsamère,rencontresur son chemin un beau blond affublé d’un nom à particule, Christian Belhomme de Franqueville. Et en tombe raide amoureuse. La nuit du corps à corps, elle se donneàfond.Elle croit avoir rencontré l’amour de sa vie. Mais Christian est-il amoureux ? Ou bien se contentet-il de vivre l’instant où les sens fusionnent dans un dialogue torride ? Quelques jours après les Cyr@no, de Bessora, moments inouéditions Belfond, 240 pages, 18 euros bliables passés auprès de l’amant blond, la jeune femme reçoit un courrier électronique : Belhomme de Franqueville lui annonce qu’il n’a pas ressenti d’amour pour elle. Il propose une simple amitié. Roxane se sent trahie. Afin de se venger, elle crée sur la toile un personnage virtuel, Cyr@no. Christian tombe dans le piège… SOLITUDE. Avec Cyr@no, Bessora signe

E

lle s’appelle Roxane. D’aussi loin qu’elle se souvienne, sa mère ne lui a jamais dit avec exactitude le nom de l’auteur de ses jours. Sidney Poitier ? Jean Rochefort ? Charles Bronson? Les trois à la fois? Allez savoir! Toujours est-il que Roxane n’est pas quelqu’un d’ordinaire. Déjà, sa peau « thé au lait » détonne dans le paysage français. Ensuite, elle a les yeux en amande, « un cul d’Africaine, des jambes de Teutonne, des seins de gamine ». Avec, en plus, un gros nez disproportionné. Un physique qui la rapproche plus de la transsexuelle « toute

 FINE OBSERVATRICE DU QUOTIDIEN, la romancière décortique les amours à la sauce internet…

de pièces rapportées » que de la femme « normale ». Dans la vie, elle est actrice. Une actrice frustrée dont la carrière ne décolle pas : on ne la retient jamais dans les castings. Pour survivre, elle accepte le service minimum et se contente d’être «unesaltimbanqueparintermittence»qui fait « de la pub à la radio pour le Tiercé et le Quinté + » et « de la figuration dans des réclames pour le Crédit agricole, pour des baumes dépigmentants, des shampooings ès cheveux frisés ».

le huitième roman d’une carrière littéraire commencée en 1999 avec 53 cm. Cette fois, elle s’est inspirée de Cyrano de Bergerac, pièce écrite en 1897 par Edmond Rostand (1868-1918). La romancière avoue son faible pour cette comédie en vers et en cinq actes, même si elle l’« ennuie à cause des bavardages ». Au-delà de l’intérêt pour le texte de Rostand, « revu et corrigé », Bessora pose le problème des relations humaines à l’heure des « réseaux sociaux », sur lesquels, minés par leur solitude, les hommes et les femmes fondent aujourd’hui bien des espoirs. Ce qui les contraint à avancer masqués, à se mettre en scène couverts d’oripeaux créés de toutes pièces en vue d’assouvir leurs désirs. Écartelés

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entre un individualisme exacerbé et le besoin, plus que vital, d’échapper à la solitude, ils recourent à tous les artifices pour ajouter un nouveau trophée à leur tableau de chasse. Car il s’agit bien de chasse! Une chasse qui, en fin de compte, s’avère illusoire. Roxane, la narratrice, l’exprime bien lorsqu’elle dit : « Je n’ai pas mieux réussi qu’elle [sa mère] à me faire aimer des gens qui ne nous aiment pas. Et ceux qui nous aiment, on ne les voit pas. Ils ne nous intéressent pas, ceux qui nous aiment. » Aimer et être aimé, éternelle question…

VINCENT FOURNIER/J.A.

Culture médias

Lu et approuvé

ALAIN MABANCKOU Écrivain franco-congolais

CE PÈRE QUE J’AIME TOUJOURS

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LaurenceTardieu, un haut cadre de la Compagnie générale des eaux (Vivendi), fut condamné à la prison pour une affaire de corruption à la Réunion. Cette condamnation a eu des conséquences d’autant plus néfastes sur sa famille que, à la même période, la mère de l’auteure a succombé à une tumeur au cerveau.Tardieu a alors vécu une sorte de « pacte du silence » pendant lequel elle a publié d’autres livres. Mais elle pensait toujours à celui sur son père, sans lequel son parcours serait incomplet. Ne pas l’écrire aurait ressemblé à une forme d’autodestruction: « D’année en année, quelque chose qui ressemble à la honte s’est dessiné autour de moi, comme un sillon que je creuserais de mes propres mains, de mes propres mots ; je me demande parfois si ce sillon n’est pas ma tombe… »

« Ça leur évoque la dilution des cultures ; ils préfèrent le choc des civilisations. »

ANS LE PAYSAGE LITTÉRAIRE français, Laurence Tardieu occupe désormais une place prépondérante. On se souviendra, entre autres, de Puisque rien ne dure (Stock, 2006), où la disparition de la petite Clara fait éclater un couple soudé et pousse la narratrice à un faceà-face avec elle-même, sans doute dans le dessein d’être sauvée par l’écriture. Et cela donne l’un des plus beaux chants d’amour, récompensé par les prix Alain-Fournier et Prince Maurice du roman d’amour.

Née d’un père gabonais et d’une mère suisse, Bessora aborde aussi le thème de ces identités plurielles qui suscitent si souvent l’intolérance. Roxane évoque ainsi sa mère, ancienne actrice : « Elle vit le jour au lendemain de la Libération. Je crains que son père n’ait été qu’un tirailleur sénégalais de passage […]. Dès la naissance, ma mère n’a pas eu le type européen. Mais elle n’avait pas le type africain non plus. Mauvais pour les castings. Ça leur évoque la dilution des cultures ; ils préfèrent le choc des civilisations. Alors ma mère a monté sa propre compagnie de théâtre. » Démultiplication et dédoublement des personnages, identités multiples, soif d’amour, jeu du chat et de la souris, Bessora en conclut qu’« il n’y a pas de personne finie ». Nous sommes donc des insatisfaits. Pour l’éternité. Reste, heureusement, la littérature : l’auteure a écrit ce roman avec jubilation, créant des mots déroutants, trempant sa plume dans la langue du XVIIe siècle, nous entraînant telle une enfant espiègle et malicieuse dans des dédales de sensualité. Dans Cyr@no, la pudibonderie est laissée au vestiaire… ● TSHITENGE LUBABU M.K.

L’écriture, c’est justement l’enjeu de la plupart des romans deTardieu, l’intime n’étant qu’un ingrédient au service d’une esthétique dont la maîtrise surprend le lecteur. Une écriture à la fois tendre et concise, avec une économie du verbe qui laisse la magie se prolonger dans les marges. C’est à tort que l’on Or voilà le père hostile au livre : rangerait l’œuvre de Tardieu dans «Tu l’écriras quand je serai mort », la case « autofiction ». Ce qui la dit-il à sa fille. MaisTardieu est déjà distingue de cette catégorie, c’est entrée dans l’« arène » et elle cette sensibilité qui appelle son géniteur: « Je transforme la vie de veux que tu descendes l’auteure pour la faire dans l’arène. J’y suis déjà. nôtre, tandis que le Je t’y attends. Regardedoute s’installe entre moi. Je te parle. » Il ne réalité et fiction. Cette s’agit pourtant pas d’un démarche traverse de affrontement. Certains bout en bout son der« tuent » leur père pour nier roman, véritable exister. Pour que le sien hymne au père. Le livre existe,Tardieu sait qu’elle s’ouvre avec le refus doit continuer à l’aimer. que ce dernier oppose Pour le meilleur et le pire. La Confusion à sa fille lorsqu’elle Un livre bouleversant en des peines, de déclare vouloir écrire cette rentrée littéraire où Laurence Tardieu, sur lui. En effet, en le thème du père est plus Stock, 160 pages, 20 0 0, le père de que présent. ● 16 euros

PRÉCARITÉ. Les personnages de Cyr@no

sont des gens ordinaires confrontés aux problèmes de notre monde. Roxane, flanquée de son double virtuel, est en proie à la précarité sociale. Tout comme Christian, informaticien au chômage, partagé entre une vie de couple qui part à vau-l’eau et de nombreuses conquêtes sur la Toile.

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Culture médias En vue

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■ ■ ■ Décevant

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

CINÉMA

MAURICE ROUGEMONT/EPICUREANS

Une nouvelle Égypte

LITTÉRATURE

La main à la pâte

Fatéma Hal, la médiatique patronne du restaurant Mansouria (Paris), se raconte dans un livre où les mots s’allient aux saveurs.

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RENAUD DE ROCHEBRUNE

meBovary,cen’estpasmoi, manière des grands poètes, elle chavire… dirait Fatéma Hal, dont la Mais avant de « chuter », comme dirait réussite contraste claireFlaubert, Fatéma entre à l’université à ment avec la fin tragique de Vincennes, et c’est sa renaissance. l’héroïnedeFlaubert.Pourtant,sonhistoire commence comme celle d’Emma. Mariée MANSOURIA. Dans le Paris-VIII des à 20 ans à un homme qu’elle connaît à années 1970, Fatéma apprend à dire non. peine, elle s’ennuie au fond d’un jardin Non au mariage sans amour, non à l’hyde banlieue. L’époux est gentil mais n’a pocrisie, non à la résignation. Des non pas grand-chose à lui dire, et la France qui sont autant de oui : à l’autonomie, à qu’elle découvre n’est pas celle dont elle l’engagement, à l’amour et à… l’entreprise. a rêvé. Pendant son adolescence à Oujda, Elle a enfin sa vie entre ses mains. Elle elle contemplait longuement, comme conquerra sa place dans le monde : un restaurant qu’elle baptisera Mansouria, « la Emma, des images de Paris, consignait victorieuse ». Cette « petite place » est plus ses envies d’ailleurs et rêvait de prince charmant. Sans fortune, elle tâchait d’avoir qu’un restaurant, c’est une utopie. Elle y l’élégance des princesses du monde imaaccueille des événements artistiques, crée ginaire que lui décrivaient Khalti Zohra une association pour former des jeunes et les autres. C’est elle, maintenant, qui femmes à la cuisine… L’ethnologue qu’elle se penche sur notre oreille estallielesmotsauxsaveurset et nous narre des histoires aux gestes qu’on lui a légués. de répudiation, de sorcelleElle enquête, note, transmet rie, d’amours contrariées : la une cuisine millénaire, creusaga de ces femmes dont elle set de civilisations, moment est la messagère. Fluidité de de partage et d’échange, mais l’écriture, dépouillement du sans fusion intempestive : il style, c’est tout le raffinement s’agit aussi de conserver son des contes d’où le superflu identité. Défi ô combien diffiest banni. cile mais que Fatéma a relevé. Fille des Mais la Bovary n’est pas Oùqu’elleailledanslemonde, frontières, loin. Quand la jeune femme elle porte avec elle le goût de de Fatéma Hal, éditions Philippe mariéeetmèredetroisenfants son enfance. Lecteur, bon Rey, 336 pages, reçoit une lettre d’amour à la appétit! ● FOUAD LAROUI 19 euros

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DIXHUIT jours, c’est le temps qu’il a fallu aux manifestants de la place Al-Tahrir pour obtenir, au début de l’année, la chute de Moubarak. Dans l’urgence, l’ comme un acte militant, dix cinéastes égyptiens, jeunes et moins jeunes, peu connus ou célèbres, comme Yousry Nasrallah, ont chacun tourné un court-métrage évoquant cette « révolution » à l’issue incertaine. La bonne idée : ne pas proposer des documentaires, mais plutôt de courtes fictions sur des personnages ordinaires qui voient leur existence bousculée par un événement extraordinaire. ●

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18 Jours, film collectif de réalisateurs égyptiens (sortie à Paris le 7 septembre) ■■■

MUSIQUE

Rap’n’folk SMOD, le groupe malien qui monte, est de retour avec un nouvel extended play de trois titres, I Phone You. Le disque, bande originale de la comédie sino-allemande portant le même nom, est un mélange de rap en français et en bambara et de n’goni malien, saupoudré de world music par un producteur bien connu : Manu Chao. Disponibles en téléchargement légal sur les sites de la Fnac et de Virgin, « I Phone You », « Nothing Works Out » et « Dja (Ling on the Road) » démontrent que la musique métisse a encore de beaux jours devant elle. ● MALIKA GROGA-BADA

I Phone You, Smod, Because Music ■■■ JEUNE AFRIQUE

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ANNONCES CLASSÉES

Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

RÉPUBLIQUE DU TCHAD UNITÉ-TRAVAIL-PROGRÈS

PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE PRIMATURE MINISTÈRE DES FINANCES ET DU BUDGET

APPEL À MANIFESTATION D’INTÉRÊT

RELATIF À LA PRÉSÉLECTION D’UN FUTUR ACTIONNAIRE DE RÉFÉRENCE POUR LA COMMERCIAL BANK TCHAD

Manifestation d’intérêt

A la suite d’un appel d’offres lancé par l’Etat, une partie des actions de la Banque de Développement du Tchad (BDT), créé en 1962, avait été cédée à un conglomérat d’origine sous régionale qui prendra la majorité du capital en juin 2001. A l’issue de l’Assemblée Générale Extraordinaire d’octobre 2002, la dénomination a été changée en « Commercial Bank Tchad » pour marquer la vocation désormais commerciale de la banque tournée essentiellement vers le financement de l’entreprenariat privé, levier incontournable de l’économie du Tchad. Malgré sa vocation commerciale, la Commercial Bank Tchad a préservé son rôle de partenaire historique de l’Etat dans le développement du Tchad en apportant, à chaque fois qu’elle est sollicitée, sa contribution à la réalisation des projets infrastructurels et autres dépenses publiques prioritaires. En plus des relations traditionnelles avec les PME/PMI et l’Etat, la Commercial Bank Tchad jouit de la confiance de la plupart des programmes et projets financés par les partenaires au développement et bailleurs de fonds installés au Tchad qu’elle accompagne tant dans la gestion de leur trésorerie que dans le financement de leur exploitation. Sa position à travers ses actions se veut être celle d’une banque CITOYENNE, consciente de ses devoirs ainsi que de ses obligations vis à vis des règlements qui régissent la profession. Afin de permettre à la Commercial Bank Tchad de disposer suffisamment de fonds propres pour lui permettre de respecter l’ensemble des normes règlementaires édictées par l’organe de régulation bancaire, les actionnaires ont décidé, au cours de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 8 février 2011, de porter le Capital Social de la banque de FCFA 4.019.840.000 à FCFA 10.000.000.000, soit une augmentation de FCFA 5.980.160.000. Cette opération, définitivement close le 28 juin 2011, a été réalisée en application du pacte d’actionnaires portant sur le plan de redressement de la Banque, et a eu pour conséquence de porter à 62%, la participation de l’Etat tchadien au capital social de la Banque. Dans le cadre de sa politique de désengagement dans l’actionnariat qu’il détient dans le secteur bancaire, et conformément au plan de redressement de la banque élaboré dans le cadre du pacte d’actionnaires signé courant 2010, le Gouvernement de la République du Tchad, a l’intention de céder une partie de ses actions dans le capital social de la Commercial Bank Tchad. A cet effet, il est lancé un appel à manifestation d’intérêt visant à établir une liste restreinte de soumissionnaires au regard de l’expérience et des références des intéressés et suivant la politique Gouvernementale. Il est à noter que l’intérêt manifesté n’implique aucune obligation de la part de l’Etat Tchadien. Le dossier de manifestation d’intérêt devra comprendre : ➣ Une lettre d’intention ferme ; ➣ Une note de présentation de la personne ou de la société manifestante faisant ressortir son expérience dans le secteur bancaire et sa capacité financière. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées à l’adresse ci-dessous au plus tard le 5 octobre 2011 à 16 heures. « MANIFESTATION D’INTERET – CBT » S/C COMMERCIAL BANK TCHAD Rue du Colonel HASSAN MOURSAL KOURDA B.P 19 N’djamena Tél : (235) 22 52 28 29 Ou transmise par courrier électronique à : jgalibert@groupecommercialbank.com ymahamat@groupecommercialbank.com btognia@groupecommercialbank.com N’Djaména, le 25 Août 2011 JEUNE AFRIQUE

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Annonces classées UNITED NATIONS United Nations Organization stabilization Mission in the Democratic Republic of the Congo

NATIONS UNIES Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

MONUSCO

Manifestation d’intérêt

PROC/EOI- 2011/044 (SR) - August 25, 2011 DEMANDE DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT

UNITED NATIONS United Nations Organization stabilization Mission in the Democratic Republic of the Congo

NATIONS UNIES Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

MONUSCO

PROC/EOI- 2011/045 (SR) August 25, 2011 DEMANDE DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT

Manifestation d’intérêt pour la fourniture et livraison de divers articles électriques à Kinshasa en République Démocratique du Congo 1. La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) sollicite des manifestations d’intérêt de la part des entreprises dûment enregistrées et autorisées pour la fourniture et la livraison de divers articles électriques à Kinshasa en République Démocratique du Congo comme suit : 1.1 Fourniture et livraison de matériel électrique ; 1.2 Foumiture et livraison de transformateurs et de cables électriques et 1.3 Fourniture et livraison de commutateurs de tension automatique. 2. MONUSCO entreprendra un exercice d'appel d'offres pour la provision de divers articles électriques sous peu et a donc l'intention d’émettre un document de sollicitation aux sociétés qui doivent exprimer leur intérêt et fournir des informations pertinentes initiales démontrant leur capacité à satisfaire aux exigences de Ia MONUSCO. En outre, on demandera aux Sociétés intéressées de remplir Ie formulaire d’enregistrement des foumisseurs (seulement pour les nouveaux fournisseurs). Les spécifications détaillées seront fournies aux sociétés présélectionnées pour Ia réception des documents de sollicitation. Les entreprises qui sont intéressés à être considérés pour la réception des documents de sollicitation MONUSCO, sont invités à soumettre une expression écrite de l'intérêt pour tout ou partie des éléments ci-dessus. 3. Les Sociétés intéressées à être présélectionnées pour recevoir Ie dossier d’appel d’offres de la MONUSCO, sont invitées à soumettre par écrit une manifestation d’intérêt en précisant le sujet comme indiqué au paragraphe ci-dessus. Les manifestations d’intérêt devraient specifier les informations pertinentes sur la société, y compris le profil de l’entreprise, la capacité et l’expérience de l'entreprise dans la fourniture des articles électriques, actuelle ou antérieure des contrats similaires entrepris dans les douze (12) derniers mois (le cas échéant) et des copies des inscriptions et de licence(s) de l'entreprise. 4. Veuillez s’il vous plaît noter que cette demande n’est pas un appel d’offres. 5. MONUSCO garde le droit de sélectionner ceux qui devront prendre part à l’appel d’offres compétitif sur la base d’évaluations considérables et avère sur le sujet des activités. La seule soumission de la demande de manifestation d’intérêt ne garantir pas automatiquement la bonne réception des documents de sollicitation. MONUSCO se réserve le droit de rejeter les manifestations reçues après le délai ci-dessous. 6. L'expression d'intérêt peut être soumise par courriel électronique à monusco-procurement@un.org et copie à rodriguez13@un.org ou par télécopieur clairement marquée avec l'inscription “ Manifestation d‘intérêt pour la fourniture et la livraison de divers articles électriques à Kinshasa en indiquant le sujet des éléments ci-dessus c’est-à-dire La foumiture et livraison de matériel électrique, de transformateurs et de câbles électriques ou de commutateurs de tension automatique (Ref; PROC/EOI - 2011/044-SR) “ et adressée comme suit pour être reçue au plus tard le 26 Septembre 2011, 15h00 heure de Kinshasa (GMT +1) . Chief Procurement Officer MONUSCO Utex Africa Compound Avenue Colonel Mondjiba Ngaliema, Kinshasa, DRC Fax: +1 212 963 0205 or +39 0831 44 6696 or +39 0831 24 5167

1. La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) sollicite des manifestations d’intérêt de la part des entreprises dûment enregistrées et autorisées pour la foumiture et livraison de bois et en République Démocratique du Congo comme suit : 1.1 La fourniture et livraison de bois à Mbandaka 1.2 La fourniture et livraison de bois it Mbujimayi 2. MONUSCO entreprendra un exercice d'appel d'offres pour la provision de bois sous peu et a donc l'intention d’émettre un document de sollicitation aux sociétés qui doivent exprimer leur intérêt et fournir des informations pertinentes initiales démontrant leur capacité à satisfaire aux exigences de la MONUSCO. En outre, on demandera aux Sociétés intéressées de remplir le formulaire d’enregistrement des foumisseurs (seulement pour les nouveaux fournisseurs). Les spécifications détaillées seront fournies aux sociétés présélectionnées pour Ia réception des documents de sollicitation. Les entreprises qui sont intéressées à être considérés pour la réception des documents de sollicitation MONUSCO, sont invités à soumettre une expression écrite de l’intérêt pour tout ou partie des éléments ci-dessus. 3. Les Sociétés intéressées à être présélectionnées pour recevoir le dossier d’appel d’offres de la MONUSCO, sont invitées à soumettre par écrit une manifestation d’intérêt en précisant le sujet comme indiqué au paragraphe 1 ci·dessus. Les manifestations d’intérêt devraient spécifier les informations pertinentes sur la société, y compris le profil de l'entreprise, la capacité et l'expérience de l'entreprise dans la fourniture de bois, actuelle ou antérieure des contrats similaires entrepris dans les douze (12) demiers mois (le cas échéant) et des copies des inscriptions et de licence(s) de l'entreprise. 4. Veuillez s’il vous plaît noter que cette demande n’est pas un appel d’offres. 5. MONUSCO garde le droit de sélectionner ceux qui devront prendre part à l’appel d’offres compétitif sur la base d’évaluations considérables et avère sur le sujet des activités. La seule soumission de la demande de manifestation d’intérêt ne garantir pas automatiquement la bonne réception des documents de sollicitation. MONUSCO se réserve le droit de rejeter les manifestations reçues après le délai ci-dessous. 6. L'expression d'intérêt peut être soumise par courriel électronique à monusco-procurement@un.org et copie à rodriguez13@un.org ou par télécopieur clairement marquée avec l'inscription “ Manifestation d'intérêt pour la fourniture et livraison de bois en République démocratique du Congo en indiquant le sujet des éléments ci-dessus c’est-à-dire La foumiture et livraison de bois à Mbandaka ou à Mbuji Mayi (Réf: PROC/EOI 2011/045-SR) “ et adressée comme suit pour être reçue au plus tard le 26 Septembre 2011. 15h00 heure de Kinshasa (GMT +1) . Chief Procurement Officer MONUSCO Utex Africa Compound, Av Colonel Mondjiba, Ngaliema, Kinshasa, DRC Fax: +1 212 963 0205 or +39 0831 44 6696 or +39 0831 24 5167

UNITED NATIONS United Nations Organization stabilization Mission in the Democratic Republic of the Congo

UNITED NATIONS United Nations Organization stabilization Mission in the Democratic Republic of the Congo

NATIONS UNIES Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

MONUSCO

PROC/EOI-2011/046-AK - August 25, 2011 DEMANDE DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT

Manifestation d’intérêt pour la fourniture et livraison de bois en République Démocratique du Congo

NATIONS UNIES Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

MONUSCO

PROC/EOI/052-AT DEMANDE DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT

Manifestation d’intérêt pour la fourniture et livraison de climatiseurs split de type autoportant à Kinshasa en République Démocratique du Congo

Manifestation d’intérêt pour les appareils Electroménagers

1. La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) sollicite des manifestations d’intérêt de la part des entreprises dûment enregistrées et autorisées pour la fourniture et livraison de climatiseurs split de type autoportant à Kinshasa. 2. MONUSCO entreprendra un exercice d'appel d'offres pour la provision sous peu et a donc l'intention d’émettre un document de sollicitation aux sociétés qui doivent exprimer leur intérêt et fournir des informations pertinentes initiales démontrant leur capacité à satisfaire aux exigences de la MONUSCO. En outre, on demandera aux Sociétés intéressés de remplir le formulaire d’enregistrement des fournisseurs (seulement pour les nouveaux). Les spécifications détaillées seront fournies aux sociétés présélectionnées pour la réception des documents de sollicitation. 3. Les Sociétés intéressés à être présélectionnées pour recevoir le dossier d’appel d’offres de la MONUSCO, sont invitées à soumettre par écrit une manifestation d’intérêt en précisant le sujet comme indiqué au paragraphe 1 ci-dessus. Les manifestations d’intérêt devraient spécifier les informations pertinentes sur la société, y compris le profil de l'entreprise, la capacité et l'expérience de l'entreprise dans la fourniture de autoportant climatiseurs split, actuelle ou antérieure des contrats similaires entrepris dans les douze (12) derniers mois (le cas échéant) et des copies des inscriptions et de licence(s) de l'entreprise. 4. Veuillez s’il vous plait noter que cette demande n’est pas un appel d’offres. 5. MONUSCO garde le droit de sélectionner ceux qui devront prendre part à l’appel d’offres compétitif sur la base d’évaluations considérables et avère sur le sujet des activités. La seule soumission de la demande de manifestation d’intérêt ne garantir pas automatiquement la bonne réception des documents de sollicitation. MONUSCO se réserve le droit de rejeter les manifestations reçues après le délai ci-dessous. 6. L'expression d'intérêt peut être soumise par courriel électronique à monusco-procurement@un.org et copie à konate1@un.org ou par télécopieur clairement marquée avec l'inscription “ Manifestation d'intérêt pour la fourniture et livraison de type autoportant climatiseurs split à Kinshasa. (Ref: PROC/EOI2011/046-AK) ” et adressée comme doit pour être reçue au plus tard le 27 Septembre 2011, 15h00 heure de Kinshasa (GMT +1). Chief Procurement Officer MONUSCO Utex Africa Compound, Av Colonel Mondjiba, Ngaliema, Kinshasa, DRC - Fax: +1 212 963 0205 or +39 0831 44 6696 or +39 0831 24 5167

1. La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) sollicite des manifestations d’intérêt pour les appareils Electroménagers. 2. C’est pour cette raison que la MONUSCO mettra en place un appel d’offres compétitif bientôt et a aussi l’intention d’émettre une invitation à soumissionner [Invitation to Bid (lTB)] pour les entreprises qui voudraient soumissionner leur intérêt et fournir des informations pertinentes initiales pour démontrer leur capacité à satisfaire les exigences demandées par la MONUSCO. En outre, on demandera aux entreprises intéressées de remplir le formulaire d’enregistrement des foumisseurs (seulement pour les nouveaux fournisseurs). Un Cahier des Charges détaillé sera fourni aux sociétés sélectionnées sur réception des documents ITB. 3. Les entreprises intéressées à être présélectionnées pour recevoir le dossier d’appel d’0ffres de la MONUSCO, sont invitées à soumettre par écrit une manifestation d’intérêt indiquant leur capacité, expérience, et à y joindre le profil de l’entreprise, les copies de leur agrément, registre de commerce, ainsi que leurs références relatives à des contrats similaires entrepris durant les douze derniers mois (le cas échéant). 4. Veuillez s’il vous plaît noter que cette demande n’est pas un appel d’offres. 5. MONUSCO se garde le droit de sélectionner ceux qui devront prendre part à l’appel d’offres compétitif sur la base d’évaluations considérables et avérées sur le sujet des activités. La seule soumission de la demande de manifestation d’intérêt ne garantit pas automatiquement la bonne réception des documents ITB. 6. Les manifestations d’intérêt peuvent être soumises par courrier, télécopie ou sous plis fermé portant l’inscription " Manifestation d’intérêt pour les Appareils Electroménagers (Ref : PROC/EOIJ052 /AT) “ et délivrées à l’adresse suivante et reçues au plus tard le 23 Septembre 2011, à 16h00 heure de Kinshasa (GMT +1). » 7. La MONUSCO se garde le droit de rejeter les demandes de manifestation d’intérêt reçues après la date limite. Chief Procurement Officer MONUSCO Utex Africa Compound Avenue Colonel Mondjiba Ngaliema, Kinshasa, DRC - Fax: +1 212 963 0205 or + 39 0831 44 669 E-mail : monusco-procurement@un.org or temeteme@un.org

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SOLLICITATION DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT

Date début : 11/07/2011 ; Date Limite : 10/08/2011 Client : COMMISSION DE LA CEDEAO Source de financement : CEDEAO et Union européenne Titre : Recrutement d’un consultant pour identifier et établir le profil des projets et programmes de partenariats public/privé (PPP) dans la région de la CEDEAO.

1. Dans le cadre de la mise en œuvre de son programme, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a prévu de recruter un consultant pour identifier et établir le profil des projets et programmes de partenariats public/privé (PPP) dans la région de la Cedeao. 2. La mission vise à étudier et colliger les principaux projets PPP dans les Etats membres et documenter les bonnes pratiques et les défis communs à l’effet de créer une banque de données et d’informations aisément disponibles sur les compétences, le développement de projets/programmes et une politique régionale sur les PPP. 3. Pour la réalisation de la mission, le cabinet devra présenter au moins le profil suivant : • être engagé dans la recherche à caractère commercial et économique ; • s’intéresser particulièrement aux projets de partenariats public/privé dans un ou plusieurs pays de la Cedeao durant ces cinq (05) dernières années ; • disposer de la capacité à produire et à fournir les supports dans au moins deux des langues officielles de la Cedeao (anglais, français, portugais) ; • disposer d’un personnel ayant une expérience avérée dans le partenariat public/privé. 4. Le consultant sera sélectionné suivant la méthode basée sur la qualité technique et le coût conformément au Code des marchés de la Cedeao. La Commission de la Cedeao n’est pas tenue de retenir sur la liste restreinte un consultant qui aurait manifesté un intérêt pour la mission.

5. La Commission de la Cedeao invite les consultants (cabinets) admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services : • liste du personnel et compétences pour la mission ; • indication des références techniques vérifiables dans le domaine de la présente mission : liste des précédents clients pour ce type de mission précisant l’année, le coût de la mission, le nom du représentant du client, la méthodologie mise en œuvre et les résultats obtenus ; • l’adresse complète du cabinet (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Email). Les consultants intéressés peuvent se constituer en groupement en vue d’augmenter leur niveau de qualification. 6. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux adresses mentionnées ci-dessous du lundi au vendredi de 9h à 17h GMT+1 : Commission de la Cedeao, Direction de l’Administration générale, Division Procurement, 101, Yakubu Gowon Crescent, Asokoro District, P.M.B. 401 Abuja – Nigeria Courriel: nkuakor@yahoo.fr ; kabirnfr@yahoo.fr, eno.ecowasps@yahoo.com.

Manifestation d’intérêt

Les cabinets d'un même réseau international ne peuvent soumettre qu'une seule manifestation d'intérêt.

7. Les manifestations d’intérêt, rédigées en anglais, français ou portugais, doivent parvenir sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le mercredi 10 octobre 2011 à 16h précises, heure locale (GMT+1) et porter clairement la mention : « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT POUR IDENTIFIER ET ETABLIR LE PROFIL DES PROJETS ET PROGRAMMES DE PARTENARIATS PUBLIC/PRIVE (PPP) DANS LA REGION DE LA CEDEAO, à ouvrir uniquement en présence du Tender Committee » : Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest 101, YAKUBU GOWON CRESCENT, ASOKORO District P.M.B 401 ABUJA NIGERIA

Madame Halima Ahmed Directrice de l’Administration Générale

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Annonces classées AVIS PUBLIC D’APPEL D’OFFRES POUR LA PRÉSÉLECTION DES FOURNISSEURS La Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels Génériques et des Consommables Médicaux (CAMEG) du Burkina Faso, lance un Appel d’Offres International ouvert de présélection des Fournisseurs pour la fourniture de Médicaments Essentiels Génériques sous DCI, d’antiretroviraux, de produits contraceptifs, de consommables médicaux, de matériel médical, de produits dentaires, de réactifs et matériels de laboratoire. Cette procédure a pour objet de dresser une liste validée de couples « produits/fabricants », après avoir évalué les aptitudes des fournisseurs et la qualité des produits. L’agrément prononcé sera valable pour une période de 4 ans et permettra aux fournisseurs présélectionnés de participer aux consultations restreintes pour les couples produits/fabricants validés durant cette période. Les dossiers d’Appel à la Présélection des Fournisseurs, référencés sous le numéro 013/2011, peuvent être retirés à partir du Vendredi 17 Juin 2011, auprès du Secrétariat du Directeur Général de la CAMEG, à l’adresse suivante : Secrétariat du Directeur Général de la CAMEG - 01 BP 4877 Ouagadougou 01 - BURKINA FASO Tél : (226) 50 37 37 50/51/52/53/54 - Fax : (226) 50 37 37 57 - e-mail : cameg@cameg.bf contre le versement d’une somme non remboursable de 200 000 F.CFA, à payer par chèque certifié ou en espèces déposés à la caisse de la CAMEG, contre reçu. A la demande des fournisseurs, le dossier d’Appel à présélection des fournisseurs pourra leur être expédié par courrier express contre le versement d’une somme supplémentaire de 75 000 FCFA, non remboursable à payer selon les mêmes dispositions. Les dossiers de présélection seront adressés à la Direction Générale de la CAMEG, à l’adresse ci-dessus indiquée. La date limite de dépôts des dossiers de présélection accompagnés des échantillons, initialement prévue le Jeudi 15 Septembre 2011 à 9 h 00 T.U. est reportée au Mardi 04 Octobre 2011 à 9h00 T.U. L’ouverture des plis aura lieu en séance publique, dans les locaux de la CAMEG, le même jour à 10 heures T.U. Cet avis d’appel d’offres ne concerne pas les fournisseurs présélectionnés lors de l’appel d’offres N°12/2009. Toutefois ceux d’entre eux désirant élargir leur gamme de produits pour la période de validité de leur agrément pourront se procurer le dossier contre le versement d’une somme non remboursable de 100 000 FCFA. Le Directeur Général

Avis d’Appel d’offres International

Appel d’offres

RÉPUBLIQUE DU CONGO - CONSEIL NATIONAL DE LUTTE CONTRE LE SIDA (CNLS) - SECRÉTARIAT EXÉCUTIF PERMANENT (SEP) Fourniture et livraison de cinq véhicules de dépistage mobile à Brazzaville (03) et Pointe Noire (02) et d’un PCR destinés au SEP/CNLS en trois marchés distincts

1. Le Secrétariat Exécutif Permanent (SEP) du Conseil National de Lutte contre le Sida (CNLS) sollicite des offres fermées de la part des soumissionnaires éligibles et répondant aux qualifications requises pour les marchés suivants :

description

Quantité

livraison

Référence

Projet

Financement

Garantie de soumission

Banque Mondiale Fonds Mondial Fonds Mondial

2 400 000 FCFA ou l’équivalent dans une monnaie librement convertible 2 400 000 FCFA ou l’équivalent dans une monnaie librement convertible 1 200 000 FCFA ou l’équivalent dans une monnaie librement convertible

Brazzaville Pointe-Noire Marché n° 1 Marché n° 2 Marché n° 3

Fourniture et livraison des Véhicules 4X4 avec caisse pour le PLVSS Fourniture et livraison des Véhicules 4X4 avec caisse pour le PLVSS Acquisition PCR

2

1

1

3

2

1

2

2

0

AAOI n° 001/2011/PLVSS2 AAOI n° 002/2011COG-911-GO6-H AAOI n° 001/2011COG-911-GO6-H

PLVSS R9 R9

2. La passation du Marché sera conduite par Appel d‘offres international (AOI) ouvert à tous les soumissionnaires de pays éligibles tels que définis dans les Directives. 3. Les soumissionnaires éligibles et intéressés peuvent obtenir des informations auprès des Unités de Gestion Fiduciaire (UGF) du PLVSS/SEP/CNLS et du R9/SEP/CNLS et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse mentionnée ci-dessous de 8H30 à 16H00 4. Les exigences en matière de qualifications sont : disposer de fonds propre ou avoir la possibilité de bénéficier d’un crédit suffisant, expériences suffisantes en matière de vente de véhicules et du matériel de laboratoire. Voir les documents d’Appel d’offres pour les informations détaillées. 5. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir un dossier d’Appel d’offres complet en français à l’adresse mentionnée ci-dessous contre un paiement non remboursable de cinquante mille (50 000 FCFA) par marché. La méthode de paiement sera l’espèce contre la délivrance d’un reçu de caisse. Pour d’éventuels soumissionnaires étrangers, le document d’Appel d’offres pourra être adressé suivant les indications du soumissionnaire, étant entendu que les frais d’expédition qui ne sont pas inclus dans le montant d’acquisition du dossier d’appel d’offre sont intégralement à la charge du soumissionnaire. 6. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-dessous au plus tard le 10 octobre 2011 à 14 heures. La soumission des offres par voie électronique ne sera pas autorisée. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. 7. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des soumissionnaires présents en personne à l’adresse mentionnée ci-dessous, le 11 octobre 2011 à 14 heures 30 minutes. Les offres doivent comprendre une garanties de l’offre chacune (voir le tableau ci-dessus). À l’attention de : Dr MARIE FRANCKE PURUEHNCE - N° et rue : Rue des Anciens Enfants de Troupe, face CEG NGANGA Edouard Bureau : SEP-CNLS/PLVSS -Ville : BRAZZAVILLE - Pays : CONGO - Local : voir réception Téléphone : (00242) 05 558 45 04/ 06 652 49 58 - Télécopie : Néant - Adresse électronique : sep_cnlscongo@yahoo.fr La Secrétaire Exécutive du CNLS Dr Marie Francke PURUEHNCE N° 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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AMBASSADE DE FRANCE AU SÉNÉGAL

AVIS D’APPEL A CANDIDATURES CESSION D’UN IMMEUBLE DOMANIAL À VILLA - 104 AVENUE MERMOZ ÎLE SAINT-LOUIS SAINT-LOUIS Vendeur : Etat Français Ambassade de France au Sénégal – 1 rue El Hadji Amadou Assane Ndoye - Dakar Modalité de présentation des offres : Une notice décrivant les modalités de présentation des offres par les candidats peut être retirée à : Ambassade de France au Sénégal - Secrétariat général 1 rue El Hadji Amadou Assane Ndoye – BP 4035 - Dakar Tél. (221) 33 839 53 35 ou 53 13 – Fax (221) 33 839 53 49 Email : safu.dakar-amba@diplomatie.gouv.fr - (du lundi au vendredi de 9h00 à 12h00) Office Notarial Maître Tamaro SEYDI Résidence Tamaro rue Mohammed V (3e étage A et E ) - Dakar Tel : (221) 33 842 05 34 Fax : (221) 33 842 52 06 Cel : (221) 77 569 51 46 - Email : etudetamaro@yahoo.fr

ou auprès de

Agence consulaire de France M. Djiby KA 146 avenue Jean Mermoz - BP 183 - Saint Louis Tél. (221) 33 938 26 00 - Fax (221) 33 938 26 07 Email : ka.djibi@yahoo.fr direction@ifsaintlouis.org

Le cahier des charges est également accessible sur le site internet de l’Ambassade de France au Sénégal : www.ambafrance-sn.org / rubrique Actualités de l’Ambassade Les visites sont possibles uniquement sur rendez-vous à prendre auprès de : Agence consulaire de France - M. Djiby KA 146 avenue Jean Mermoz – BP 183 – Saint Louis Tél. (221) 33 938 26 00 – Fax (221) 33 938 26 07- Email : ka.djibi@yahoo.fr Les offres, sous pli cacheté, conformes au cahier des charges, seront reçues à : Ambassade de France au Sénégal - Secrétariat général 1 rue El Hadji Amadou Assane Ndoye – BP 4035 - Dakar Tél. (221) 33 839 53 35 ou 53 13 – Fax (221) 33 839 53 49 Email : safu.dakar-amba@diplomatie.gouv.fr (du lundi au vendredi de 9h00 à 12h00) JUSQU’AU : lundi 17 octobre 2011 avant 12 heures.

Appel à candidature - Recrutement

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Annonces classées Manager Tax - Afrique de l'Ouest CDI Les membres de Grant Thornton International constituent l'une des principales organisations mondiales d'audit et de conseil et regroupent à ce jour près de 30 000 collaborateurs. Nous nous positionnons sur 5 métiers : Audit, Expertise Conseil, Finance Conseil, Finance Transformation & outsourcing et Conseil Juridique, Fiscal et Social. CA 2009-2010 : 4 Mds US $ Nous recherchons pour le bureau Grant Thornton Guinée un Manager Tax expérimenté. Vous menez auprès de nos clients des missions de conseil généralistes en matière fiscale tant domestiques que dans tout l’espace OHADA et les accompagnez dans leurs choix stratégiques en prenant en compte l'ensemble des questions de fiscalité pouvant affecter leurs opérations et exploitations. Issu(e) de formation supérieure dans le domaine juridique et fiscal ou équivalent universitaire, vous avez occupé une fonction de fiscaliste pendant au moins 5 ans, en environnement international performant, idéalement dans la zone OHADA. La maîtrise de l’anglais est indispensable.

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AVIS DE RECRUTEMENT Cabinet d’audit et de conseil recrute un contrôleur de gestion pour la région Afrique francophone subsaharienne de l’ouest et l’Afrique centrale disposant d’une expérience professionnelle de 5 ans minimum à un poste similaire, d’une réelle expérience des systèmes de reporting internationaux et d’une bonne connaissance du Progiciel Sage L1000. Une bonne maîtrise de l’anglais est nécessaire. Le poste est basé à Abidjan, Côte d’Ivoire. Merci d’adresser votre candidature par courrier électronique à l’adresse suivante : recrutementrci@gmail.com avant le 11 septembre 2011.

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Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Famine : où sont les panafricanistes ?

ESKINDER DEBEBE/UN PHOTO

Union « impérialiste » africaine ? Où sont-ils, les véritables tenants de l’Union africaine ? Après la conférence de Berlin et son partage géopolitique, le continent subit une nouvelle forme de « diviser pour mieux régner » : celle imposée par une communauté internationale qui s’ingère et soutient une partie d’un même peuple contre une autre, au nom d’une démocratie qu’on veut, à tout prix, imposer à un continent où sévit la famine… La longévité de chefs d’État africains – devenus des dictateurs – finit par dégoûter ceux-là mêmes qui ont contribué à les installer à la tête de leur pays, parce qu’ils ont cessé d’être des vaches à lait. Pour s’en débarrasser, on soutient une rébellion. On utilise une population qui se soulève pour destituer un vieux chef d’État. On diabolise un président et son régime. Et on brouille les pistes des frappes meurtrières d’une communauté internationale légitimée. Après Kaddafi, l’Union africaine sera tellement fragilisée qu’elle ne tiendra que sur les béquilles d’un impérialisme qui se renouvelle encore et encore, au gré de la mondialisation, et toujours en faveur du pays colonisateur. Ce n’est pas normal ! ● JOSEPH DIEDHIOU , Dakar, Sénégal

 JEUNES SOMALIENS dans un camp de réfugiés en Éthiopie.

Les panafricanistes le répètent à l’envi : « [Ils sont] indépendants depuis 1960, et l’Occident n’a plus à se mêler de [leurs] affaires. D’ailleurs, les soldats français doivent quitter le continent, car il appartient aux Africains de résoudre leurs problèmes. » Seulement voilà : depuis un moment, nos frères et sœurs de la Corne de l’Afrique sont menacés de mort par la famine, sans que les dignes fils du continent s’en émeuvent. Et ce sont encore les Blancs, fustigés et diabolisés, qui se mobilisent sans qu’il soit question, cette fois, d’ingérence. Ils parcourent des milliers de kilomètres au péril de leur vie pour assister des milliers de Noirs affamés. Nous devrions en avoir honte. ● NAMONGO YAYA SILUE, Paris, France

Retour sur un crash Le dernier crash du Boeing 727 de la compagnie Hewa Bora Airways, survenu à Kisangani (en RD Congo), a suscité quelques passagères réactions. Les condoléances émues ayant été exprimées, les gestes de compassion à l’égard des familles éprouvées ayant été faits et le deuil national décrété terminé, il ne reste plus qu’à attendre que la lumière soit faite sur les véritables causes de la catastrophe. Mais en RD Congo, on n’est pas à l’abri de désagréables surprises, au regard de l’état de l’appareil judiciaire… Mais attendons patiemment le verdict des diverses commissions d’enquête mises sur pied. À condition, évidemment, qu’elles ne soient pas manipulées dans l’ombre. ● ALOYS SHANYUNGU MPENDA - WATU ,

RD Congo

Étienne Tshisekedi me déçoit Ces derniers temps, le président national de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Étienne Tshisekedi, a multiplié des déclarations et s’est fait élire par quelques partis politiques comme le candidat de l’opposition à la présidentielle de novembre 2011 en RDC. Il a carrément ignoré d’autres partis politiques, comme ceux de Vital Kamerhe, Jean-Pierre Bemba et Léon Kengo wa Dondo. Avec tout le respect que je lui dois, le vieux Tshitshi me déçoit profondément. Au regard de son âge et de son expérience, je m’attendais à plus de sagesse. Je m’attendais à ce

DU FOND DE MA CELLULE INCARCÉRÉ EN SUISSE, je vous lis avec un énorme plaisir, numéro après numéro. Et c’est avec respect que je découvre « l’ironie moderne », « l’œil guetteur » de Béchir BenYahmed, qui réussit toujours à surprendre le lecteur. Les sujets traités sont eux aussi agréables, tant dans leur raffinement que dans leur tendance à flirter avec les limites du blâmable. Jeune Afrique reste le magazine dont je n’ai pu me passer durant mon incarcération, et Dieu sait quelle quantité de livres, de journaux et de revues tapissent les murs de ma cellule. Cependant (il y a toujours un « mais » qui vient pimenter l’éloge), je relève un réel manque de N o 2643 • DU 4 AU 10 SEPTEMBRE 2011

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témoignages à caractère historique. Ce continent a tout de même expérimenté l’esclavage et la colonisation… Parce que l’Afrique est aujourd’hui au centre des discussions en raison de l’actualité, c’est le moment opportun pour rendre publiques nombre d’histoires classées confidentielles et laissées de côté, involontairement ou non. Cela dit, Jeune Afrique reste à mes yeux le magazine d’information par excellence. Et j’espère un jour pouvoir, comme Béchir BenYahmed, faire part de mes critiques et de mon opinion sur l’état du monde. ● KARIM NASAOUI, Thoune, Suisse JEUNE AFRIQUE

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Vous nous

qu’il se comporte en vrai rassembleur de l’opposition. Serait-il manipulé par certains de ses conseillers ? S’il avait fait montre de retenue dans ses déclarations, Kamerhe, Kengo, Bemba et les autres, en raison du respect dû aux anciens dans nos traditions, l’auraient certainement choisi comme candidat, et la victoire de l’opposition serait alors une évidence. Lui, au contraire, la divise, dans une élection à un seul tour. N’est-ce pas là une façon d’accorder cinq autres années à Joseph Kabila ? Travaillerait-il en secret pour ce dernier ? Autrement, comment comprendre qu’il hypothèque sa dernière chance de gouverner ce pays ? Par sa faute, la RDC va encore rater son rendez-vous avec l’Histoire et continuer à sombrer dans la misère, avec les mêmes gouvernants… ● ARSÈNE KAPYA , Rome, Italie

J.A. et les puissants Compte tenu du lectorat qui est le vôtre, vous devriez éviter d’afficher cette admiration béate pour les  J.A. N 2638, puissants. Vous 31 juillet au devriez aussi avoir 6 août 2011 plus de respect pour un lecteur comme moi qui, sans vous aimer – loin de là ! –, vous lit, J.A. étant l’une des principales sources d’information sur l’Afrique à Paris. Votre numéro 2638 est du même niveau que la presse que dénonce Marwane Ben Yahmed dans son éditorial. S’agissant de l’article de une, consacré à Nafissatou Diallo, vos journalistes se sont bien acquittés de leur tâche, si celle-ci consistait à hurler avec les loups et à démolir

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encore plus cette dame, dont le seul tort est d’avoir menti pour obtenir sa Green Card. Comme des millions de femmes et d’hommes : fuir la misère n’est pas reconnu comme une raison acceptable par la charte des Nations unies. ● PAP SARR, Paris, France

O

« Inch’Allah », une formule lourde de sens En visite au Mali le 13 mai 2010, l’ex-première dame ivoirienne Simone Gbagbo répondait ainsi à une question de journaliste : « Les élections en Côte d’Ivoire auront bel et bien lieu en 2010, Inch’Allah. Mon mari [les] gagnera. Et là, je ne dis même pas “Inch’Allah”. » Je voudrais rappeler à Mme Simone Gbagbo qu’« Inch’Allah » n’est pas une formule vaine… Elle l’a appris à ses dépens. ● SALIOU MBAYE, Diourbel, Sénégal

www.petro21.com Confirmed Speakers Include HE Gabriel Nguema Lima, Minister, Ministry Mines, Industry & Energy, Equatorial Guinea Jacques Marraud des Grottes, President Africa, Total Michael Blaha, Executive Chairman, Cove Energy Pedro Augusto Cortes Xavier Bastos, E&P Int’l Business Development Manager, Petrobras Babafemi Oyewole, Executive Director, APPA Fund For Technical Cooperation Ahmed Salem Ould Tekrour, Director General Petroleum, Ministere de l’Energie et du Petrole, Mauritania Tim O`Hanlon, Vice President, Africa Business, Tullow Oil Hassan Hassan, Chairman & Founder, Simba Energy Paul Welch, Chief Executive Officer, Chariot Oil & Gas BN Ghosh, Chief Operating Office, OMEL Nigeria HE Celestin Mbuyu Kabango, Minister of Hydrocarbons, Ministere des Hydrocarbures, Kinshasa, DRC 31 October - 4 November 2011, BMW Pavilion Theatre Joseph Pili Pili Mawezi, Secretary General of Hydrocarbons, Ministere des Hydrocarbures, Kinshasa, DRC Cape Town, South Africa Dr Alan Stein, Managing Director, Ophir Energy Ian Craig, Regional Executive Vice President, Africa, Shell Ebbie Haan, Chief Executive, Sasol Petroleum International Galib Virani, Associate Director, Afren, London, UK Yi Zhang, Chief Executive Officer, Addax Petroleum Corporation Francisco Pulit, Vice President, Corporate Development, Pluspetrol Eddy Belle, Deputy Chief Executive, Seychelles Petroleum Company Robert Pascoe, Vice President, New Ventures, BHP Billiton Alexander Leslie, Director, Business Intelligence, Risk Advisory David Pickard, Head Of Maritime Services, Drum Cussac Kjetil Solbraekke, Chief Executive Officer, Panoro Energy Martin Trachsel, Chief Executive Officer, South Atlantic Petroleum Ltd Dr Sam Algar, Vice President, Worldwide Exploration, Murphy Oil Ousseini Assane Boureima, Director of Exploration, Ministere des Mines de l’Energie, Niger Teklehaimanot Debretsion, Director, Hydrocarbon Division, Ministry of Energy & Mines, Eritrea Dr Duncan Clarke, Chairman & CEO, Global Pacific & Partners Mthozami Xiphu, CEO, Petroleum Agency South Africa Brian O’Cathain, Executive Chairman, Petroceltic Ketsela Tadesse, Head, Promotion Operations Dept, Ministry of Mines & Energy, Ethiopia Scott Aitken, Chief Executive Officer, Seven Energy Ltd World-Class Program:Africa’s Crème de la Crème Keith Hill, President & CEO, Africa Oil Corp Marcio Rocha Mello, Chief Executive Officer, HRT Oil & Gas Ltd With 75+ Presentations Robin Vela, Chief Executive Officer, SacOil Holdings Mwendia Nyaga, Petroleum Consultant, Ministry of Energy, Kenya Plus 55 Exhibitors Tewodros Ashenafi, Chairman & CEO, Southwest Energy HE Hussein Abdi Dualeh, Minister of Mining, Energy, & Water Resources, Republic of Somaliland Join as a Sponsor & Exhibitor Kennedy Liyungu, Director, Geological Survey Department, Zambia Join us as a Sponsor to the 18th Africa Oil Week 2011, build new presence and/or Mamadou Faye, Technical Advisor, Petrosen further establish your position in the region. Forge new business deals, network with key Thore Kristiansen, Sr.VP, Development & Production, South America & Sub-Saharan Africa, Statoil industry players and increase your companies visibility. Andrew Cochran, Chief Executive Officer, Dominion Petroleum Rob Tims, Managing Director, Corporate Advisory, Oil & Gas, Standard Chartered Bank Book Now - Exhibition limited and is always fully booked

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Phil Heilberg, President & CEO, Jarch Capital LLC Robert van der Poll, International Manager, Law of the Sea, Fugro Group Peter Ntephe, Chief Executive Officer, ERHC Energy Inc Russell Scheirman, President & COO, VAALCO Energy Senior Executive, Maersk Oil Adriano Paul Sebastiao, Chief Geophysicist, Sonangol, Angola Everton September, Vice President, New Ventures Upstream, PetroSA Haddou Jabour, Promotion & Partnership Manager, ONHYM, Morocco Dave Fassom, Director, Stellar Energy Pierre Raillard, Vice President, Infrastructure, Tanzania, Orca Exploration Fredrik Ohrn, Chief Executive Officer, Svenska Petroleum Exploration AS Imannuel Mulunga, Petroleum Commissioner, Ministry of Mines, Namibia Fafa Sanyang, Petroleum Commissioner, Ministry of Petroleum, Gambia Kevin Hart, Chief Executive, Bowleven Richard Bray, Chief Operating Officer, Afex Global Wale Tinubu, Chief Executive, Oando plc, Lagos Andrew Obaje, Director, Department of Petroleum Resources, Abuja, Nigeria Manfred Boeckmann, General Manager, New Ventures, Africa/Middle East, RWE Dea, Hamburg Ernest Rubondo, Assistant Commissioner Geology, Petroleum & Exploration Department, Kampala Daniel Gnangni, Managing Director, Petroci, Cote d’Ivoire Ian Gordon, Manager Global New Ventures, Noble Energy Christopher Neyor, President & Chief Executive Officer, National Oil Company of Liberia Mike Rego, Group Exploration Director, Aminex Ken Kuroda, Senior Vice President Energy Business, Europe, CIS, Middle Africa, Mitsubishi Corporation Halfani Halfani, Director, E&P Technical Services, Tanzania Petroleum Development Corporation Peter Landau, Executive Director, Range Resources Ltd Micheal Heslop, Director, Preng & Associates Neil Taylor, Director, SVL, Angola Sola Adepetun, Senior Partners, Adepetun, Caxton, Martins, Agbor & Segun, Nigeria Tim Zoba Jr, Managing Director, Global Business Development, IHS Cera, Houston Dr Mike Fischer, Chief Operating Officer, Ophir Energy, Perth

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13th Scramble For Africa: Strategy Briefing - 31st October 2011

Presentations By Dr Duncan Clarke, Chairman & CEO, Global Pacific & Partners

8th Africa Independents Forum - 1st November 2011 18th Africa Upstream Conference - 2nd - 4th November 2011 41st PetroAfricanus Dinner In Africa - 31st October 2011 With Guest Speaker: Galib Virani, Assocaite Director, Afren

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Post-scriptum Fouad Laroui

Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (51e année) Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com DIRECTION Directeur de la publication : BÉCHIR BEN YAHMED (bby@jeuneafrique.com) Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

L’économiste du dimanche

RÉDACTION Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com)

U

N ÉNERGUMÈNE M’ARRÊTE, rue de Belleville à Paris, dimanche dernier en fin de matinée et, prenant prétexte de ma participation à une récente émission de télévision, il m’ensevelit sous un discours englobant tous les problèmes de la planète (en général) et du Maroc (en particulier). L’homme sait tout, a tout compris, et prévoit l’avenir mieux que Madame Soleil. En vrac, voici quelques révélations :

Thomson a délocalisé deux millions (!!) d’emplois au Maroc, mais n’y paie aucun impôt. Le budget du Maroc est géré directement par Sarkozy. La solution de tous les problèmes est de décapiter l’élite et en particulier les polytechniciens (sic). Les émigrés envoient chaque année cent milliards (!!) d’euros au pays. L’or, le plomb et les phosphates du Maroc sont donnés gratuitement (re-sic) aux étrangers. L’inflation, c’est la faute aux Fassis (comprenne qui pourra). L’économie sera florissante quand on aura pendu les traîtres. Les fascistes entravent la croissance. Et d’ailleurs, la révolution arrive : c’est dans deux mois, le peuple sera dans la rue à cause du « budget » (Lequel ? On ne sait pas.) Vous me demandez pourquoi je perds mon temps à écouter les élucubrations d’un idiot, rue de Belleville. La raison en est simple : cet homme-là dispose, comme tous ses concitoyens, du droit de vote. Il est bon de savoir quelles considérations interviennent dans les choix faits dans l’isoloir. D’autre part, ce fada logorrhéique n’était pas un clochard : il était correctement vêtu et accompagné par sa femme, une Française convertie à en juger par ses yeux bleu clair et son voile « islamique ». Interrogé sur le sujet de la thèse en sciences économiques qu’il a sans doute brillamment soutenue et qui lui permet de parler d’économie avec autant d’autorité, il m’apprend qu’il n’a pas le bac. En fait, il est quasiment analphabète. Métallo sans diplôme, syndicaliste braillard, restaurateur failli, l’homme a toutes les qualifications pour confronter Keynes aux néoclassiques. Tout de même, c’est incroyable. Personne ne s’avise de traiter de médecine, d’entomologie ou de physique nucléaire sans avoir fait de solides études. Mais ils sont légion, ceux qui croient pouvoir parler d’économie mais qui sont infichus de définir le PNB. En tout cas, après avoir subi pendant un quart d’heure la mauvaise humeur et les postillons de cet hurluberlu, ma décision est prise : je quitte l’économie et m’installe neuropsychiatre. Je n’ai aucun diplôme ? Et alors ? Je serai un médecin du dimanche. ●

Rédactrice en chef déléguée : Élise Colette (e.colette@jeuneafrique.com) Rédacteur en chef technique : Laurent Giraud-Coudière Directeur artistique : Zigor Hernandorena Conseillers de la direction de la rédaction : Hamid Barrada, Abdelaziz Barrouhi (à Tunis), Aldo de Silva, Dominique Mataillet, Renaud de Rochebrune Secrétariat : Chantal Lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), Philippe Perdrix (Grand angle), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), Tarek Moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Jean-Michel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), Cécile Manciaux (Le Plus de J.A.), Jean-Michel Meyer (Économie), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), Clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Rédaction : Pascal Airault, Stéphane Ballong, Tirthankar Chanda, Julien Clémençot, Georges Dougueli, Malika Groga-Bada, André Silver Konan (à Abidjan), Christophe Le Bec, Tshitenge Lubabu M.K., Nicolas Michel, Fabien Mollon, Pierre-François Naudé, Ophélie Négros, Cherif Ouazani, Michael Pauron, Laurent de Saint Périer, Leïla Slimani, Justine Spiegel, Cécile Sow (à Dakar), Marie Villacèque ; collaborateurs : Edmond Bertrand, Christophe Boisbouvier, Frida Dahmani, Muriel Devey, André Lewin, Patrick Seale ; accords spéciaux : Financial Times RÉALISATION Maquette: Émeric Thérond (conception graphique, premier maquettiste), Christophe Chauvin, Stéphanie Creuzé, Valérie Olivier; révision: Nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir Pol; fabrication: Philippe Martin (chef de service), Christian Kasongo; service photo: Dan Torres (directrice photo), Nathalie Clavé, Vincent Fournier, Claire Vattebled; documentation: Anita Corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence Turenne, Angéline Veyret JEUNEAFRIQUE.COM Responsable éditoriale : Élise Colette, avec Pierre-François Naudé ; responsable web : Jean-Marie Miny ; rédaction et studio : Cristina Bautista, Haikel Ben Hmida, Pierre Boisselet, Camille Dubruelh, Maxime Pierdet VENTES ET ABONNEMENTS Directeur marketing et diffusion : Philippe Saül ; ventes au numéro : Sandra Drouet, Caroline Rousseau ; abonnements : Vanessa Sumyuen avec: COM&COM, Groupe Jeune Afrique 18-20, avenue Édouard-Herriot, 92350 Le PlessisRobinson. Tél. : 33 1 40 94 22 22 ; Fax : 33 1 40 94 22 32. E-mail : jeuneafrique@cometcom.fr ●

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