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ENQUÊTE CES AFRICAINS QUI RÉUSSISSENT AU MAROC No 2699 • du 30 septembre au 6 octobre 2012

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année

jeuneafrique.com

Interviews exclusives

ABDOU DIOUF

Secrétaire général de la Francophonie

MUSTAPHA BEN JAAFAR

Président de la Constituante tunisienne

PIERRE MOSCOVICI

Ministre français de l’Économie et des Finances

rmée Comment l’a forces malienne, les et leurs de la Cedeao identaux soutiens occ entendent reconquérir le Nord.

ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1100 MRO • Norvège 41 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1700 F CFA • ISSN 1950-1285


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3

Éditorial

Marwane Ben Yahmed

Vous retrouverez Ce que je crois de Béchir Ben Yahmed dans le numéro de la semaine prochaine

Mauvaise foi

A

MALGAMES ET RACCOURCIS font florès : en Occident, l’islam est de plus en plus perçu comme une religion de fanatiques. Tout est bon pour alimenter la machine à clichés : la vision distordue de la deuxième phase du Printemps arabe, qui a conduit au pouvoir – en Tunisie, en Égypte ou au Maroc – des partis islamistes dont le discours suscite parfois l’inquiétude ; les crises libyenne, syrienne ou malienne, qui charrient leur lot de fous d’Allah kalachnikov au poing et charia aux lèvres ; les réactions antiaméricaines violentes en Libye, en Tunisie ou au Pakistan après la diffusion sur internet d’un navet anti-Prophète qui aurait dû rejoindre, comme tant d’autres « œuvres » du même acabit, les poubelles de la Toile ; les réactions, aussi, aux caricatures de (très) mauvais goût d’un journal satirique français soucieux de réaliser un énorme coup de com’ dans un contexte tendu ; et même un documentaire réalisé par une jeune Belge pour dénoncer la misogynie et le harcèlement dont sont victimes les jeunes femmes dans les quartiers populaires de Bruxelles et qui fait apparaître que la plupart des auteurs de ces comportements odieux sont issus de l’immigration africaine et/ ou sont musulmans. Intégristes et musulmans, c’est souvent, pour beaucoup, bonnet blanc et blanc bonnet.

Les musulmans ont bien évidemment leur part de responsabilité. La majorité d’entre eux, qui pourtant rejette les fanatiques, demeure silencieuse. Leurs autorités morales, pas seulement religieuses, sont aux abonnés absents. Leurs nouveaux dirigeants, hérauts prétendus d’un islam politique modéré, rechignent à dénoncer l’intolérable, à faire respecter l’ordre et la loi quand des salafistes, forts d’un sentiment d’impunité, se comportent comme des criminels et se plaisent à jeter de l’huile sur le feu, créant ainsi un environnement chaotique, terreau de leur puissance. Quant aux élites, fragilisées et déresponsabilisées par les précédents systèmes dictatoriaux, elles ne pèsent guère dans un débat prisonnier, hélas, d’une vision manichéenne du monde. Malgré les prismes déformants qu’aime à utiliser l’Occident pour brouiller l’image de l’islam – que ce soit par calcul politique, par paresse ou par méconnaissance –, il est grand temps que la majorité silencieuse musulmane fasse sa part d’un travail désormais urgent. Avant qu’il ne soit trop tard… ● JEUNE AFRIQUE

Confidentiel LA SEMAINE DE JEUNE AFRIQUE

8

MALI

Une intervention internationale dans le Nord paraît inéluctable. Frappes ciblées ou guerre conventionnelle ? Enquête. 12

17 18 18 20

Diam’s La rappeuse française heureuse sous son voile Justin Koné Katinan Gbagbo boy Iran - États-Unis Les yankees, la secte et les mollahs Guinée Un poids en moins Pèlerinage Mille Nigérianes et pas un seul chaperon Humeur Racisme « anti-Blancs » Djibouti Révolution de velours Exposition Cire et argentique Tour du monde

22

G RA N D A N G L E

13 14

PHOTOS DE COUVERTURES : ONS ABID ; VINCENT FOURNIER POUR J.A. ; VINCENT FOURNIER POUR J.A.

Cultures et points de vue antagonistes s’affrontent entre un Occident largement laïcisé et un monde musulman où la religion demeure l’une des rares valeurs communes, voire refuges. Aucun des deux camps ne fait un pas vers l’autre, chacun se calfeutrant dans ses certitudes. Les extrémistes de tous bords en profitent pour souffler sur les braises, bien aidés par des médias qui ne s’intéressent la plupart du temps qu’aux événements qui choquent, provoquent la peur et le repli. Rien, pas une ligne, sur tous ces anonymes – et ils sont nombreux – qui œuvrent à la paix, au rapprochement, à la compréhension mutuelle ou à la tolérance.

6

16 17

Maroc Réussites africaines

Étudiants, cadres supérieurs, jeunes entrepreneurs, journalistes… Le royaume est devenu une destination pour des milliers de Subsahariens.

30

A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E

30

Francophonie Interview d’Abdou Diouf : « Un sommet sans François Hollande était impensable » RD Congo Pris au piège Ghana Mahama, l’héritier candidat En vérité Mesure et démesure de la Justice Madagascar Gendarmes et voleurs

33 34 35 36

N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


4

Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

Interviews exclusives ABDOU DIOUF

30

FRANCOPHONIE « UN SOMMET SANS FRANÇOIS HOLLANDE ÉTAIT IMPENSABLE » Le secrétaire général de la Francophonie se félicite de la venue du président français à Kinshasa en octobre.

MUSTAPHA BEN JAAFAR

46

PIERRE MOSCOVICI

58

TUNISIE « LE CONSENSUS EST UNE NÉCESSITÉ » Le président de la Constituante appelle, entre autres, à une réorganisation de la troïka au pouvoir.

ÉCONOMIE « EN AFRIQUE, LA CHINE NE NOUS FAIT PAS PEUR » Le ministre français de l’Économie et des Finances livre sa vision des relations entre Paris et le continent. Et revient sur la crise de l’euro.

82

MUSÉE DU LOUVRE ISLAM EN SEINE Après neuf années de travaux, le musée le plus visité au monde inaugure un département consacré aux arts d’une civilisation ouverte sur les autres.

70

DOSSIER SANTÉ « BIG PHARMA » PASSE À L’OFFENSIVE Les laboratoires occidentaux lorgnent le continent et son énorme potentiel de croissance. Spécial 10 pages

40

MAGHREB & M OYE N - O R I E N T

40 43 46

Syrie La guerre de cent ans Algérie TAJ, une machine à gagner ? Tunisie Interview de Mustapha Ben Jaafar, président de la Constituante

68

Guinée L’État reprend la main Algérie Hassen Khelifati, assureur militant Sénégal Aminata Niane glisse d’une présidence à l’autre Nigeria Access Bank sonne la retraite

50

EUROPE, AM É R I Q U E S, A SIE

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D O SSIER

50 54 55 56 57

Venezuela Chávez peut-il perdre? Turquie Justice à grand spectacle Football Platini serre la vis Parcours Eva Doumbia, tigresse de papier Indonésie Un chrétien à Jakarta

70

Santé

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C U LT U RE & M ÉD IA S

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ÉCON OMIE

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Musée du Louvre Islam en Seine En kiosque « La revue » La semaine culturelle de Jeune Afrique

58

France Interview de Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances Maritime Modernisé, Marsa Maroc vogue vers le sud Tunisie One Tech esquive la crise

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VOUS & NOUS

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Le courrier des lecteurs Post-scriptum

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N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

64 66 67

JEUNE AFRIQUE


VOTRE PORTE D'ENTRÉE SUR L'AFRIQUE DE L'OUEST Plateforme d’échanges avec les pays voisins, le Bénin est un marché en plein essor (10 millions d’habitants). Les transports, l’agriculture, l’énergie, l’hydraulique et le tourisme offrent de multiples débouchés modernes et prometteurs. STRATÉGIE DE TRANSPORT INTÉGRÉE Les grands travaux prioritaires concernent l’« Épine dorsale » du Bénin, un réseau routier et ferré qui s’étend du Port de Cotonou, dont la capacité atteindra bientôt 14 millions de tonnes, et du nouvel aéroport international de Tourou, jusqu’à l’extrémité nord du pays, vers les pays enclavés voisins.

DIFCOM Creapub / © D.R. / Réa / Fotolia

POSITION GÉOGRAPHIQUE IDÉALE Voisin du Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, le Bénin offre également des connexions directes depuis le Golfe de Guinée jusqu’au Niger et au Burkina Faso. Par mer, route ou voie ferrée, il vous donne accès à un marché de plus de 200 millions de personnes.

Centre de Promotion des Investissements benin.eregulations.org FORTE VOLONTÉ DE DÉVELOPPEMENT Stabilité politique se conjugue avec objectifs économiques assumés et bien définis : résolument engagé sur la voie de l’émergence, le Bénin a su convaincre ses partenaires internationaux qui investissent et accompagnent sa croissance.

CLIMAT DES AFFAIRES PERFORMANT Lutte effective contre la corruption, guichet unique compétitif, fonction publique dynamique, main d’œuvre jeune et qualifiée, facilités fiscales et zones économiques prioritaires : le Bénin a mis en place un environnement particulièrement favorable aux investissements.


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économiques. C’est l’Ivoirien Patrice Kouamé, un ancien cadre de la BCEAO nommé secrétaire exécutif de l’organisation en janvier, qui pilote cette réflexion.

DUFOUR SEBASTIEN/SIPA

CPI LE SORT DE GBAGBO EN SUSPENS

! COMBATTANTS D’AL-QAÏDA AU MAGHREB ISLAMIQUE, quelque part entre Kidal, dans le Nord-Mali, et la frontière algérienne.

Sécurité Un maître espion de la CIA en Afrique du Nord

A

lger, Rabat, Tripoli… Le chef du bureau Moyen-Orient -Asie du Sud de l’agence de renseignements américaine (qui couvre tous les pays arabo-musulmans, du Maroc au Pakistan) a effectué du 23 au 26 septembre une tournée en Afrique du Nord. Le 23, à Alger, à l’occasion d’une réunion de l’Unité de fusion et de liaison (UFL), qui coordonne les opérations antiterroristes dans la région, il a rencontré, outre le chef de la sécurité algérienne, le général Mohamed Mediène, les responsables des services de renseignements du Mali, du Burkina, du Niger et du Tchad. À l’ordre du jour : la lutte contre les jihadistes du Nord-Mali. ● HUILE DE PALME PRODUCTEURS IVOIRIENS VS SYSTÈME U

Le début des audiences devant le tribunal de commerce de Paris dans le différend qui oppose l’Association ivoirienne des producteurs de palmier à huile (AIPH) à Système U est prévu le 22 octobre. Représentés par le cabinet parisien BCTG & Associés, les producteurs ivoiriens contestent la campagne N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

publicitaire entreprise par le réseau de distribution (plus de mille surfaces de vente en France) contre la consommation d’huile de palme. Il s’agit à leurs yeux d’une entreprise de « dénigrement » sans analyse scientifique sérieuse. CONSEIL DE L’ENTENTE DES IDÉES NEUVES

Le sommet des chefs d’État du Conseil de l’entente (Bénin, Burkina, Côte d’Ivoire,

Niger et Togo) se tiendra le 17 décembre à Niamey. Alassane Ouattara et Blaise Compaoré, notamment, souhaitent relancer cette organisation de coopération régionale et lui faire jouer un rôle d’impulsion en matière d’intégration. Le Conseil s’est notamment fixé comme objectif de fournir un appui aux entreprises en favorisant la mobilisation bancaire et la création de fonds

Que s’est-il passé, les 24 et 25 septembre, lors de l’audience à huis clos de Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale (CPI) ? Les juges ont cherché à évaluer l’état de santé de l’ancien président ivoirien sur la base des rapports rédigés par les experts médicaux. Ils ont aussi écouté les arguments de la procureure Fatou Bensouda et de l’équipe de défenseurs dirigée par M e Emmanuel Altit. Ces derniers ont tenté de démontrer que Gbagbo avait été maltraité lors de sa détention à Korhogo. La procureure souhaite que l’audience de confirmation des charges se tienne en toute occurrence : que l’accusé soit présent ou pas. Selon nos informations, la décision des juges a été mise en délibéré. Elle pourrait être rendue dans une dizaine de jours. NATIONS UNIES L’AUSTRALIE DRAGUE L’AFRIQUE

Julia Gillard, la Première ministre australienne, dont le pays brigue un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies en 2013-2014, a profité de son séjour à New York à l’occasion de l’Assemblée générale pour multiplier les rencontres avec les représentants des pays africains susceptibles de faire la différence à l’heure du vote, le 18 octobre. Elle s’est entretenue avec les partenaires traditionnels de l’Australie (Afrique du Sud, Égypte, Liberia, Malawi), mais aussi avec quelques francophones : Mali, Mauritanie et Niger. JEUNE AFRIQUE


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Politique, économie, culture & société

28 %

des femmes égyptiennes seraient victimes de violences conjugales, selon un rapport du Conseil national pour les femmes, au Caire, établi sur la base d’une enquête réalisée entre 2007 et 2012. Soit 150 par jour.

FRANCOPHONIE LES PETITS PLATS DANS LES GRANDS

À moins de deux semaines de l’ouverture du 14e sommet de la Francophonie (1214 octobre), les préparatifs vont bon train. La réfection de la route de l’aéroport est achevée et la piste de Ndjili a été réhabilitée – sa longueur a été portée à 5 km. Les délégations seront logées à la Cité de l’OUA et au Fleuve Congo Hôtel, l’ex-Centre de commerce international du Congo désormais transformé en cinq-étoiles (237 chambres, 30 suites). Coût estimé des travaux: 35 millions de dollars (27 millions d’euros). MALI MÉDIATION OUEST-AFRICAINE

Trois médiateurs de la République ouest-africains, Albert Tévoédjrè (Bénin), Diango Cissoko (Mali) et Serigne Diop (Sénégal), s’efforcent d’impliquer les instances islamiques internationales dans la résolution de la crise malienne. Au préalable, les 24 et 25 septembre à Bamako, ils ont rencontré Dioncounda Traoré, le président de transition, l’exputschiste Amadou Haya Sanogo, et Mahmoud Dicko, le président du Haut Conseil islamique. À Abidjan, le 27 septembre, ils ont été reçus JEUNE AFRIQUE

par le président Alassane Ouattara. Au premier rang de leurs objectifs : obtenir de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), actuellement présidée par Macky Sall, qu’elle prenne publiquement position contre « le pseudo-projet religieux des jihadistes qui manipulent le Coran », explique Tévoédjrè. Les médiateurs soutiennent fermement le forum de concertation qui doit se tenir à Bamako dans les prochaines semaines, avec la participation de toutes les composantes de la société malienne. FRANCE - RD CONGO TÊTE-À-TÊTE HOLLANDE-TSHISEKEDI L’Élysée le confirme : François Hollande et Étienne Tshisekedi se rencontreront le 13 octobre en marge du sommet de la Francophonie, sans doute dans la résidence de l’ambassadeur de France à Kinshasa. « Le principe d’un tête-à-tête est acquis », précise l’entourage du président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), premier parti

de relancer la construction européenne. Au moment où la plupart des économies africaines émergent, la France souhaite faire la démonstration de l’intérêt persistant du franc CFA. Et préserver ainsi ses liens avec ses anciennes colonies (lire aussi pp. 58-61).

d’opposition en RD Congo. Cette demande a été portée (dans J.A. no 2698) par Samy Badibanga, le président du groupe parlementaire de l’UDPS. En septembre à Paris, ce dernier a eu des entretiens au ministère des Affaires étrangères, puis à Kinshasa, avec Luc Hallade, l’ambassadeur de France, lequel a rencontré Tshisekedi le 26 septembre.

TUNISIE POURQUOI LE VIAGRA A ÉCHAPPÉ À L’EMBARGO

Après avoir attendu pendant plus de six ans son autorisation de mise sur le marché, le Viagra fait une entrée en fanfare en Tunisie. Pourtant, dans un contexte économique difficile, le gouvernement s’efforce de limiter au minimum ses importations. Cela concerne aussi les produits pharmaceutiques dont un générique est fabriqué localement, ce qui est le cas du Viagra. Si Pfizer, son fabricant, a échappé à l’embargo, c’est grâce à l’intervention de Gordon Gray, l’ancien ambassadeur américain à Tunis, qui a négocié pied à pied avec les autorités. Celles-ci ont quand même obtenu une concession : que le prix du Viagra demeure le même que celui proposé en 2006.

FRANCE-AFRIQUE PARIS MILITE POUR L’INTÉGRATION RÉGIONALE

Pour le 40 e anniversaire des accords de coopération monétaire avec ses partenaires africains, la France rendra public le 5 octobre un rapport que le Pr Patrick Guillaumont, du Centre d’études et de recherche sur le développement international, a consacré à l’intégration régionale des zones Cemac et UEMOA. Selon Pierre Moscovici, le ministre de l’Économie et des Finances, cette étude pourrait avoir un impact aussi déterminant que celui du rapport Cecchini, qui, en 1988, avait permis

Cameroun Eto’o patauge dans les télécoms RIEN NE VA PLUS CHEZ SET’MOBILE, l’opérateur virtuel de téléphonie mobile lancé le 21 juillet par le footballeur camerounais Samuel Eto’o (qui partage le pouvoir de décision avec l’avocat Gabriel Parfait Kaldjob). Six cadres de l’entreprise ont été licenciés le 24 septembre. Le directeur général, le Français Charles Gueret, et le directeur de la communication, le Camerounais Patrick Epée, l’avaient été au début du mois. Pour ne rien arranger, l’intérim de Gueret est assuré par le directeur financier, au grand dam du directeur général adjoint… La jeune entreprise, qui compte une soixantaine de salariés, loue le réseau mobile du groupe français Orange pour vendre à ses abonnés des cartes prépayées. Mais Orange et MTN, ses concurrents, qui monopolisaient le marché depuis une vingtaine d’années, se sont empressés de baisser leurs tarifs: 50 F CFA (7 centimes d’euro) par minute pour le premier, 60 F CFA/min pour le second. Du coup, avec 70 F CFA/min, Set’Mobile est en fâcheuse posture. ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

THEMBA HADEBE/AP/SIPA

LE CHIFFRE


La semaine de Jeune Afrique

MARCO GUALAZZINI GUALAZZINI/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

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MALI

rme de dra-t-elle la fo n re P . le ab ct u en œuvre, ord paraît inél moyens mis ale dans le N s n le io t at n rn so te in ls tion onnelle ? Que ée malienne ? Une interven erre conventi n-forte à l’arm gu ai e m n r ’u te d rê u p o r u es o frappes ciblé volontaires p es et les pays gé sa vi en es les stratégi N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

JEUNE AFRIQUE


L’événement français: « Pour la mise en place de cette force, il faut compter entre quatre et six mois. » Le premier écueil, c’est l’armée malienne. Depuis le putsch du 21 mars à Bamako et la déroute du 31 mars à Gao, d’où elle s’est enfuie sans combattre, cette armée est en mille morceaux. De nouveaux équipements sont attendus. La vingtaine de blindés qui étaient bloqués dans le port de Conakry doivent enfin être acheminés dans la capitale malienne. « Mais le vrai problème, c’est celui du commandement », confie le conseiller militaire. « La junte n’est pas l’élite de l’armée, ajoute un expert malien. Elle a écarté beaucoup de personnes compétentes, uniquement parce qu’elle n’avait pas d’affinités avec elles. » LUCIDE. La restructuration de cette armée est

CHRISTOPHE BOISBOUVIER et MALIKA GROGA-BADA

C

e 26 septembre, à l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, ils ont sonné la charge. « Nous sollicitons l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité pour la mise en place d’une force militaire internationale », a déclaré Cheick Modibo Diarra, le Premier ministre malien, tandis que François Hollande, le président français, reconnaissait que «lasituationdansleNord-Mali[était]insupportable, inadmissible, inacceptable », qu’il n’y avait « pas de temps à perdre ». Si les négociations échouent, la guerre se profile donc. À quelle échéance? Dans le scénario express, le Conseil de sécurité vote un texte d’ici à la mi-octobre et la force internationale se déploie fin 2012. Dans le scénario au long cours – relayé par un diplomate américain à New York –, l’intervention militaire met « des mois, voire un an » à se matérialiser. Pronostic d’un conseiller militaire JEUNE AFRIQUE

! ÉLÉMENTS DE L’ARMÉE malienne à Mopti, en août.

donc prioritaire. Premiers concernés: les quelque 2000soldatsregroupésàSévaré,souslecommandement du colonel Didier Dacko. Jusqu’à présent, les experts militaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) n’ont pas eu accès à cette base toute proche de l’aéroport de Mopti – doté d’une piste de 3000 mètres. Quatre officiers supérieurs de la « Force en attente » de la Cedeao espèrent être autorisés à s’y rendre début octobre pour évaluer l’état des troupes. Le deuxième écueil, c’est le financement de l’opération. Aboudou Touré Cheaka, le représentant spécial de la Cedeao à Bamako, est lucide. « La France, l’Europe, les États-Unis et tous les autres contributeurs traditionnels ont besoin de temps pour mobiliser les moyens. Il ne faut pas oublier que c’est la crise. Si les Maliens n’avaient pas tergiversé, on aurait pu gagner plusieurs mois », assure-t-il. Le troisième écueil, c’est bien sûr la constitution d’une force africaine d’environ 3100 hommes, la future Mission de la Cedeao au Mali (Micema). À l’origine, il y a quatre mois, tout le monde était partant. Mais, depuis, la Côte d’Ivoire et le Liberia se sont désistés – il est vrai qu’ils font face à de sérieux problèmes intérieurs. Restent surtout trois pays, le Niger, le Nigeria et le Togo, qui sont prêts à fournir 600 hommes chacun (500 pour un bataillon d’infanterie, 100 pour une force de police). Le Bénin, le Burkina et le Sénégal promettent également d’envoyer chacun une unité – 100 à 500 hommes, selon les pays. Hors Cedeao, le Tchad semble d’accord pour contribuer à cette force. Analyse du conseiller militaire français: « L’armée tchadienne est solide. Elle a l’habitude de combattre dans le désert. Et n’oubliez pas son potentiel aérien [six avions bombardiers Soukhoï et trois hélicoptères d’attaque MI-17 et MI-24, NDLR]. Il peut être précieux. » La Mauritanie, en revanche, renonce. Pour les stratèges de l’opération, c’est évidemment une mauvaise nouvelle, mais le président Mohamed Ould Abdelaziz juge prioritaire le contrôle de son propre territoire. Si les jihadistes tentent de se réfugier ● ● ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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La semaine de J.A. L’événement Zone controlée par les jihadistes

Comment l’intervention militaire se déroulerait

MAROC Forces jihadistes

(Ansar Eddine, Aqmi, Mujao)

Reggane

Filières de ravitaillement jihadistes

Forces de la coalition Axes probables de l’offensive conjointe

Hommes

Aéroport

(carburant, munitions)

ALGÉRIE

Matériel

Forces de la Cedeao

Tamanrasset

Forces maliennes

e iby aL l rs Ve

Tessalit

Atar MAURITANIE

Kidal NOUAKCHOTT

Arlit Tombouctou

Agadez

Néma

Gao

SÉNÉGAL

Mopti

NIGER Sévaré

Niamey

Koulikoro

GAMBIE

BAMAKO GUINÉE-BISSAU

BURKINA

OUAGADOUGOU

GUINÉE Océan Atlantique

BÉNIN GHANA

SIERRA LEONE

dans le désert mauritanien, il bouclera sa frontière. Pour la Micema, c’est déjà une bonne chose. L’Algérie soulève beaucoup plus d’interrogations. Selon les services de renseignements occidentaux, le carburant et la nourriture des jihadistes viennent en très grande partie de Tamanrasset. « C’est la source d’une totale incompréhension, souffle un diplomate français. C’est presque de labienveillance et du soutien. En cas de conflit, nous espérons que les Algériens maintiendront un dispositif fort à leur frontière pour faire barrage aux islamistes. » Que feront les Occidentaux ? « Notre soutien s’effectuera sur le plan logistique, simplement sur le plan logistique », affirme François Hollande. Pas si simple. Bien sûr, les avions gros-porteurs nigérians ne suffiront pas à acheminer toutes les troupes. L’US Air Force et l’armée de l’air française seront mises à contribution.LesAméricainsetlesFrançaisjoueront aussi un rôle capital dans le renseignement et les attaques ciblées. À côté du satellite et du gros avion Breguet Atlantic, le drone est un vecteur efficace pour espionner l’adversaire. C’est aussi une arme redoutable pour procéder à des assassinats ciblés, comme on le voit au Pakistan et au Yémen. Depuis quelques mois, les Américains déploient des drones et des petits avions de reconnaissance de type Pilatus – une vingtaine au total – dans la sous-région, ●●●

N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

CÔTE D’IVOIRE

TOGO

400 km

notamment à Ouagadougou. Et les Français? Dans leur arsenal, ils n’ont que quatre drones – « Nous avons un trou capacitaire », reconnaît un officier de l’état-major à Paris. Et, à la différence de leurs cousins américains, les drones français ne sont pas équipés d’armes et ne font que de la surveillance. « Nous n’avons pas du tout l’intention d’avoir des troupes au sol », jure Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères. Il n’empêche. Quelque 80 membres des forces spéciales équipés d’hélicoptèresdecombatcirculent entrelaMauritanie,leBurkinaetle Deux options : lancer des Niger. Leur priorité: les six otages français aux mains d’Al-Qaïda drones tueurs contre des au Maghreb islamique (Aqmi). chefs jihadistes, ou les Depuis 2010, ces forces sont déjà prendre en tenaille au sol. intervenues à trois reprises pour tenter de libérer des otages dans le Nord-Mali. A priori, elles ne participeront pas aux opérations antijihadistes. Mais qui sait? Frappescibléesouattaqueconventionnelle?C’est la question. Pour reconquérir le Nord, les stratèges ont deux options : lancer des drones tueurs sur quelqueschefsjihadistes–«ÀGaoetàTombouctou, on sait où ils logent ; quand ils se déplacent, on les suit à la trace car, dans le désert, tout est apparent… » –, ou bien mener une triple offensive pour JEUNE AFRIQUE


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prendre l’adversaire en tenaille. Dans cette seconde option,deux«colonnesDacko»partiraientdeSévaré vers Gao et Tombouctou. Sur leur flanc gauche, la « colonne Ould Meidou » – du nom du colonel dont les quelque 600 hommes se sont réfugiés un temps en Mauritanie et stationnent aujourd’hui au camp de Nkorobougou, près de Koulikoro – roulerait vers Tombouctou. Et sur leur flanc droit, la « colonne Ag Gamou » – du nom du colonel réfugié au Niger avec400hommes–marcheraitsurGao.Lesbataillons étrangers interviendraient en appui. À vrai dire, les deux options peuvent se compléter. Pronostic de l’expert malien : « Si on arrive à infiltrer des hommes à Gao et à Tombouctou et si on peut éliminer deux ou trois têtes jihadistes, ça peut changer beaucoup de choses. Qui sait si les islamistes d’Ansar Eddine ne changeront pas de camp? Dans ce cas, il n’y aura peut-être pas besoin de tous ces bataillons pour reconquérir le Nord. Cela dit, il faudra des effectifs pour tenir ensuite le terrain reconquis. »

MARCO GUALAZZINI/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

DÉGÂT. Quelle est la capacité de riposte des jiha-

distes? « Leur principale force, c’est la mobilité », estimeunmembredel’état-majordelaMicema.Les 3000 à 4000 hommes qui occupent le Nord-Mali, dont un noyau dur de 400 combattants fanatisés, disposent de nombreux pick-up équipés de mitrailleuses 12.7 et 14.5. « Une 14.5, quand ça vous prend une colonne, ça fait du dégât », note le conseiller militaire français. En revanche, les jihadistes ont curieusement des problèmes de munitions. « C’est parce qu’ils tirent à tout bout de champ, commente une source proche d’un service de renseignements occidental. En ce moment, dans le Nord-Mali, les prix des munitions montent en flèche. » Ont-ils des Ü LE COLONEL DIDIER DACKO au milieu de ses hommes, dans la région de Sévaré.

missiles sol-air? « Sans doute. Après le pillage des arsenauxdeKaddafi,onaretrouvébeaucoupdeSA-7 surles“marchés”delasous-région.Enrevanche,les SA-18 ont disparu. Ce n’est pas bon signe. Aqmi se serait procuré aussi quelques missiles Anza MK-II de fabrication pakistanaise. » Surtout, les groupes jihadistes du Nord-Mali représententunemenaceterroristepourlesgrandes villesduSahel,quisontvulnérables.Enjanvier2011, Aqmi a enlevé deux Français à Niamey. En février de la même année, elle a failli faire exploser une voiture piégée devant La crainte des services l’ambassadedeFranceàNouakchott. de renseignements : Dans quelques jours, à la fin de la un raid kamikaze sur un saison des pluies, les routes vont redevenir praticables, et beaucoup bâtiment public ou un redoutent un raid kamikaze sur un hôtel de la sous-région. bâtiment public ou un grand hôtel de la sous-région. C’est pourquoi, parmi ses 3 100 hommes, la Micema comptera plusieurs centaines de policiers chargés de protéger les arrières de la force multinationale – en priorité le QG stratégique et le pôle de soutien logistique de Bamako, ainsi que le QG de théâtre de Sévaré, « hub » de l’opération. « On n’est pas dans un scénario conventionnel, estime l’expert malien. Ce qui compte le plus, c’est la formation d’unités spéciales et un travail d’infiltration chez l’ennemi, d’autant que le fanatisme des occupants et l’arrivée de jihadistes égyptiens et pakistanaisbraquentdeplusenpluslespopulations maliennes ». Quel rôle joueront les habitants dans le conflit? « Mariages, trafics… Beaucoup de gens ont tissé des liens avec les islamistes. J’ai peur qu’ils ne se rangent à leurs côtés », s’inquiète un notable de Tombouctou.«LediscoursdeFrançoisHollande asuscitélajoieici,jevousledis!Lesislamistes nesontpastranquilles,onlesent.Ilsdoivent être en réunion quelque part, parce qu’ils ne sont plus aussi nombreux à patrouiller le soir », se réjouit un transporteur de Gao. ●


La semaine de J.A. Les gens ! UNE DE SES DERNIÈRES APPARITIONS, au festival des Vieilles Charrues, à Carhaix (France), en juillet 2010.

URMAN LIONEL/SIPA

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Diam’s Heureuse sous son voile

Elle était hantée par son enfance et vivait mal sa célébrité. Elle a trouvé l’apaisement dans la foi. La rappeuse française publie une autobiographie dans laquelle elle évoque sa conversion à l’islam.

E

n guise de come-back, elle a choisi un style que son public ne lui connaissait pas. Après avoir délaissé la scène musicale en 2011, Diam’s passe au genre littéraire. À l’écriture à la première personne. Dans un livre sobrement intitulé Autobiographie*, l’artiste décrit un cheminement qui pourrait se résumer en trois mots : ascension, dépression, conversion. L’évocation d’une existence nouvelle et apaisée, consacrée à l’islam, occupe une large place dans cet ouvrage, qui retrace un parcours piégé par une enfance solitaire et, surtout, par une célébrité difficile à gérer. « Ce livre est l’ultime moyen de rétablir des vérités, mes vérités, car, depuis trois ans, j’écoute… », écrit la rappeuse – Mélanie Georgiades de son vrai nom. Allusion aux nombreux commentaires qui ont suivi la publication en 2009, dans Paris Match, d’une photo d’elle entièrement voilée, sortant d’une mosquée. Dans un

contexte de stigmatisation croissante des musulmans de France, cette image volée « d’instants intimes » a donné prise à des interprétations qu’elle réfute. « J’ai tout entendu dire, que c’était un acte politique, de la rébellion », déplore-t-elle. Manque de chance pour Diam’s, son livre paraît au moment où les relations entre l’islam et l’Occident connaissent une nouvelle poussée de fièvre. PAILLETTES. Au-delà de sa conversion, Diam’s fait le récit d’une évolution qui l’a conduite à renoncer au strass et aux paillettes. Née en 1980, d’un père chypriote grec – éternellement absent – et d’une mère française, Mélanie grandit, ballottée entre plusieurs villes de la banlieue parisienne. Sa mère travaillant pour une maison de disques, elle baigne très tôt dans le milieu du show-biz. Embarquée dans des tournées à travers la France, elle côtoie les plus grands en anonyme. En

1988, elle est au nombre des petits danseurs qui accompagnent Michael Jackson sur scène pour la prestation de Bad. Parmi la multitude de disques qui traînent à la maison, elle fait la découverte du rap. « Je crois que [cela] m’a confortée dans un certain mal-être qui donnait sens à mes combats intérieurs », confie-t-elle. Dès le milieu des années 1990, l’adolescente, qui commence à rapper, s’est créé un personnage : Diam’s. « Selon la légende, il ne peut être brisé que par un autre diamant. C’était court, clair et ça me correspondait bien. » La célébrité ne tarde pas à venir. Sa rencontre avec l’humoriste Jamel Debbouze, qui la prend sous son aile, y contribue. Son deuxième album, Brut de femme (2003), se vend à 200000 exemplaires et décroche le prix du meilleur album hip-hop 2004. Le single DJ, extrait de l’opus, quadruple ce chiffre. En 2006, l’essai est transformé avec Dans ma bulle, disque de… diamant l’année suivante. SPIRALE DÉPRESSIVE. Mais sitôt promo-

tionettournéeachevées,ledésœuvrement fait place à un mal de vivre latent. Diam’s vit la réussite et les critiques – inévitable revers de la médaille – comme une violence morale. Elle qui avait déjà fait une tentative de suicide en 1995 sombre dans une spirale dépressive qui la conduit en hôpital psychiatrique en 2008. L’année suivante, elle sort un ultime album, S.O.S., en forme de rédemption. « Je ne courais ni après la gloire ni après l’argent », assure-t-elle, mais après une vie normale. Ce qu’elle semble avoir trouvé. Depuis, l’épouse devenue mère mène une vie rangée et s’investit dans l’humanitaire. Sans que les commentaires entourant sa conversion à l’islam ne cessent pour autant. ● ABDEL PITROIPA * Éd. Don Quichotte, 310 p., 19,90 euros.

NOMINATIONS

MOHAMED MEDDEB TUNISIE Le 26 septembre, il a été nommé directeur général des Douanes, après le limogeage de son prédécesseur Mehrez Ghediri, pour remédier aux « nombreuses défaillances » observées par le Premier ministre, Hamadi Jebali. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

CHARLES RICHARD MONDJO CONGO Le chef d’état-major des Forces armées congolaises a été nommé ministre de la Défense par le président Denis Sassou Nguesso. Sept autres personnalités font leur entrée dans le nouveau gouvernement annoncé le 25 septembre. JEUNE AFRIQUE


EN HAUSSE

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HADIA TAJIK

Justin Koné Katinan Gbagbo boy

Cette Norvégienne d’origine pakistanaise, 29 ans, a été nommée ministre de la Culture. Elle devient ainsi la plus jeune ministre de l’histoire de la Norvège et la première musulmane au sein du gouvernement.

Le porte-parole du président déchu fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour crimes économiques. Mais, pour le moment, le Ghana refuse de le livrer à Abidjan.

HAWA ADEN MOHAMED

S

Le HCR a décerné son prix Nansen 2012 pour les réfugiés à cette Somalienne, fondatrice du Centre d’éducation pour la paix et le développement de Galkayo, pour son combat en faveur des femmes victimes de viols et de violences. TARIK CHAOUFI Le coureur cycliste marocain, 26 ans, est le lauréat du classement de l’UCI Africa Tour 2012. Il a notamment battu, dans la quatrième étape de laTropicale Amissa Bongo (Gabon), les championsThomas Voeckler et Anthony Charteau.

DR

es amis jurent, la main sur le cœur, qu’il n’est pas capable de voler 500 F CFA. Le camp Ouattara lui reproche d’en avoir dérobé 300 milliards à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest lors de la crise postélectorale… En exil à Accra depuis le 11 avril 2011, Justin Koné Katinan est aujourd’hui au centre d’une querelle ivoiro-ghanéenne. Visé par un mandat d’arrêt international pour crimes économiques émis par Abidjan, le dernier ministre du Budget de Laurent Gbagbo a été arrêté le 24 août dernier par la police ghanéenne alors qu’il revenait de Johannesburg. Mais la justice de ce pays sursoit toujours à la demande d’extradition. Elle l’a même libéré sous caution le 25 septembre, au grand dam des autorités ivoiriennes. Car l’actuel porte-parole de Laurent Gbagbo est très actif. Il pourfend le régime de Ouattara auprès des dirigeants africains, entretient la flamme de ses partisans dans les camps de réfugiés, remobilise les cadres du Front populaire ivoirien (FPI) et s’oppose à tout dialogue avec le pouvoir qui exclurait son chef bien-aimé.

EN BAISSE

ÉCURIE. Issu d’un milieu modeste – ses parents sont des

JEUNE AFRIQUE

du Budget.

PASCAL AIRAULT

NOUREDDINE BHIRI Le ministre tunisien de la Justice a confirmé les poursuites pour atteinte à la pudeur contre une femme violée par des policiers. « La victime ne peut revendiquer l’immunité si elle est accusée […] d’autres actes sanctionnés par la loi », a-t-il dit. EHOUD OLMERT Reconnu coupable de corruption, l’ex-Premier ministre israélien a été condamné le 24 septembre à un an de prison avec sursis et à une amende de 75 300 shekels (14 900 euros). Une peine qui ne l’interdit toutefois pas d’activité politique. NAKOULA BASSELEY NAKOULA

DR

IVOIRIEN

DAVID ADADEVOH/AFP

paysans sénoufos –, Koné Katinan est né il y a quarante-six ans à Niakaramandougou, dans le nord de la Côte d’Ivoire. Il grandit entre son village et Katiola, chef-lieu du département du même nom, où il fait ses études secondaires. Puis opte pour l’université et l’École nationale d’administration à Abidjan, et entre aux impôts. En septembre 1989, à l’âge de 23 ans, il rejoint le FPI, qui sort de la clandestinité. Il est alors parrainé par Lia Bi Douayoua, futur ministre de la Communication. Il y gravit tous les échelons, devient secrétaire national chargé de l’Intégration et fait partie de la jeune écurie de Pascal Affi Nguessan, le président du parti. E n d é c e m b re 2 0 1 0 , Gbagbo veut injecter du sang neuf dans un gouvernement engagé dans le combat postélectoral. Directeur du cadastre depuis 2005, l’énarque est promu ministre du Budget. Chargé d’organiser la résistance d’un régime étranglé financièrement, il se bat pour contourner l’isolement bancaire et payer les fonctionnaires. Des faits qui lui valent aujourd’hui d’être poursuivi pour « crimes économiques ». ● ! L’ANCIEN MINISTRE

L’Américano-Égyptien, producteur présumé du film Innocence of Muslims, a été arrêté à Los Angeles pour violation de sa liberté conditionnelle. Il avait été condamné en 2010 pour fraude bancaire. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


La semaine de J.A. Décryptage ð MARYAM RAJAVI est vénérée comme une déesse par ses partisans.

REVELLI-BEAUMONT/SIPA

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Iran–États-Unis Les yankees, la secte et les mollahs Washington compte retirer le mouvement des Moudjahidine du peuple iranien de sa liste des organisations terroristes. Un énième moyen d’accentuer la pression sur Téhéran…

L

a subversion, dernière arme soft déployée par Washington dans sa guerre froide contre Téhéran? En annonçant,le21septembre,quele départementd’Étatcomptaitretirerl’Organisation des Moudjahidine du peuple iranien(OMPI)desalistedesorganisations terroristes, Hillary Clinton semble en effet tenter une nouvelle méthode de pression à l’encontre des dirigeants iraniens. Pour Bertrand Badie, expert en relations internationales, « c’est un volet de la “guerre symbolique” que mènent les Occidentaux et, peut-être aussi, la menace d’aider, à l’avenir, la seule opposition iranienne structurée ». Qualifié de mouvement islamomarxiste, l’OMPI a joué un rôle crucial dans la révolution qui a renversé le chah

en 1979. Un temps alliés avec les religieux, ses membres sont contraints à l’exil en 1981 après qu’un attentat non revendiqué a décapité la direction du parti des mollahs. Massoud Rajavi, le leader du parti, s’installe en France, tandis qu’en 1986 une armée de libération se forme avec la bénédiction de l’Irakien Saddam Hussein. Basée dans le camp d’Ashraf, au nord de Bagdad, elle prend part au combat contre la théocratie durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). En vase clos, son trotskisme teinté de mysticisme chiite finit par faire de l’OMPI une véritable secte. Massoud Rajavi a disparu depuis quinze ans sans que l’on sache s’il est vivant ou mort, et Maryam, son épouse, est vénérée comme une déesse. Culte de la personnalité, contrôle des

consciences, collectivisme et abstinence sexuelle sont érigés en dogmes. Mais d’autresraisonsavaientpousséWashington à inscrire l’OMPI sur sa liste noire en 1997, comme l’explique Bernard Hourcade, spécialiste de l’Iran: « Les Moudjahidine avaient tué des militaires américains avant 1979, puis ils ont développé une organisation paramilitaire qui pouvait être utilisée contrelesintérêtsdesÉtats-Unisdansl’Irak de Saddam. Dernière raison, on ne peut cautionner le terrorisme contre un État souverain, fut-il l’Iran des mollahs. » En outre, en 1997, Washington cherchait à se rapprocher du gouvernement réformiste de Mohamed Khatami, tentative avortée avec l’élection du conservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2005. SUBVERSION. Depuis une dizaine d’années, l’OMPI dit avoir renoncé à l’action violente. Un lobbying forcené – et de très convaincants moyens financiers – ont amené l’Union européenne à la retirer de sa propre liste des organisations terroristes en 2009 et convaincu des responsables politiques américains comme Howard Dean, Rudolph Giuliani et Wesley Clark de s’en faire les avocats. Selon Hourcade, « le geste du département d’État est une concession faite à Israël qui veut intensifier sa collaboration avec l’OMPI pour ses actions secrètes en Iran ». Abattre le régime des mollahs: l’objectif commun de l’OMPI, du Mossad et de la CIA ? « C’est une maladresse colossale de la part de Washington, poursuit Hourcade. L’OMPI représente un danger de mort pour les Iraniens, qui, pour la première fois, se sont assis à la table des négociations sur le nucléaire. Elle les conforte dans leur conviction que le nucléaire n’est qu’un prétexte et que les Américains cherchent la chute du régime. Avec raison… » ● LAURENT DE SAINT PÉRIER

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

6-13

OCTOBRE Festival international de la bande dessinée (FIBDA), « Alger 50 bulles ». Au menu, une exposition retraçant 50 ans de BD algérienne, des ateliers décentralisés à Adrar… N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

9-14

OCTOBRE Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale àTokyo (Japon). Le FMI veut revoir à la baisse ses prévisions de croissance mondiale 2013 (3,9 % pour le moment).

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OCTOBRE Proclamation du prix Nobel de la paix, à Oslo (Norvège). En 2011, Ellen Johnson-Sirleaf, Leymah Gbowee etTawakkul Karman avaient été distinguées. JEUNE AFRIQUE


STEG International Services STEG International Services (STEG-IS) est une société anonyme, filiale de la Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz (STEG), partiellement exportatrice, créée en Octobre 2006. Sa création est le résultat d’une politique ciblée et valorisante de l’expérience, du savoir faire et du capital confiance acquis par les différents corps de métier de l’entreprise mère STEG en matière d’études, de travaux et d’assistance dans les domaines de la production, du transport, de la distribution de l’électricité et du gaz et de la maîtrise de l’énergie. Certification ISO 9001 : 2008 STEG INTERNATIONAL SERVICES à été évaluée et jugée conforme aux exigences requises.

Supervision et contrôle des travaux de construction d’une Centrale électrique au Mali.

Grâce à un choix stratégique de partenaires, STEG-IS est pourvue :

• D’une assise financière solide, • D’un savoir-faire établi dans son domaine d’activités, à travers l’expérience de plus de 50 ans de la société mère (STEG), • D’une vocation à l’international, avec plus de 80 % de son chiffre d’affaires réalisées sur le marché international (Afrique et Moyen Orient).

Vision

A travers son expertise STEG-IS, entend : • Valoriser d’une manière structurée et professionnelle, l’expérience et le savoir-faire acquis par les différents corps de métier de l’entreprise mère (la STEG) au service du développement régional (Afrique, Moyen Orient); • Créer des convergences et de réelles stratégies d’investissement et de partenariat; • Participer à la mise en place d’une dynamique internationale de développement et de coopération.

Objectifs de STEG-IS

• Répondre, de manière plus souple et conviviale, à la demande de coopération Internationale attendue de la STEG ; • Contribuer au développement national et régional en offrant un savoir-faire compétitif et de haut niveau. Chez STEG-IS, nous reconnaissons que la confiance qui règne entre nous et nos clients est le résultat de notre dévouement pour la réalisation de nos engagements, avec la capacité et les performances requises, conformément aux normes et standards internationaux les plus élevés et selon les règles fondamentales de l’éthique. Nous sommes profondément engagés à répondre aux attentes de nos clients en étant proche d’eux pour mieux les écouter, satisfaire ou même surpasser leurs attentes, créant ainsi un environnement professionnel adéquat alliant la transparence, la crédibilité, l’ouverture, l’honnêteté et la compétence. Projet d’électrification rurale clé en main au Rwanda.

DOMAINES DE COMPÉTENCES Forte de son expérience dans les domaines de la production, le transport et la distribution de l’électricité et du gaz et prouvées sur le terrain par des performances citées comme référence à l’échelle internationale, STEG-IS offre une expertise pluridisciplinaire pour toutes les phases des projets et couvre les domaines suivants : PLANIFICATION

• Etude stratégique • Plan directeur • Schéma d’investissement ETUDE

• Etude de préfaisabilité • Etude de faisabilité • Etude technico-économique • Audit technique d’ouvrages • Tracé et étude des réseaux CONCEPTION

• Etude de détails • Etude d’exécution • Elaboration des Cahiers des Charges Fonctionnels REALISATION

• Construction • Fourniture de matériel • Inspections de fin de montage • Mise en service • Exploitation MAINTENANCE

• Des ouvrages de production de l’électricité • Des postes de transformation • Des chaudières de récupération • Des systèmes de protection

Communiqué

(+216) 71 948 314 (+216) 71 948 390 (+216) 71 948 388 (+216) 71 948 356

E.mail : sis@steg.com.tn

www.steg-is.com

Difcom - F.C. Photos : DR

Tél. : Tél. : Tél. : Fax :

STEG INTERNATIONAL SERVICES Siège social : Centre Urbain Nord Immeuble Assurances Salim Bloc B 1082 Menzeh – Tunis – Tunisie


La semaine de J.A. Décryptage

jeune ð Lire l’interview d’Alpha Condé afrique .com en marge du forum économique de Conakry

JEUNEAFRIQUE.COM

INTERVIEW VIDÉO

SONDAGE L’Algérie a-t-elle raison de ne pas vouloir participer à une intervention ouest-africaine au Mali ?

VINCENT FOURNIER/J.A.

Sidiki Kaba, président d’honneur de la FIDH, fait le point sur l’enquête concernant le massacre du 28 septembre 2009 en Guinée. ERICK-CHRISTIAN AHOUNOU/AFP

€ Pour le chef de l’État, « C’EST UNE ÉTAPE IMPORTANTE, mais pas une fin en soi ».

Guinée Un poids en moins

En atteignant le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, Conakry se libère de 66 % de sa dette extérieure.

L

Avec son propre internet « halal », l’Iran nettoie la Toile

es conseils d’administration du accroître le bien-être de la population », Fonds monétaire international affirmait le « Professeur ». (FMI) et de la Banque mondiale ontvalidéle26septembrel’atteinte FARDEAU. L’incertitudesurladatedesélecpar la Guinée du point d’achèvement de tions législatives – constamment reportées l’Initiative en faveur des pays pauvres très depuis 2011 – n’a pas pesé sur la décision endettés (PPTE). Résultat: le pays va bénéd’allègement de la dette. « L’organisation ficierd’uneréductiondesadetteextérieure du scrutin est cruciale, nous ne manquons de 1,6 milliard d’euros, ce qui reprépas de le répéter au gouvernement, mais nous n’en fais sente 66 % de ses emprunts faisons pas un préériode à l’étranger sur une période requis à notre not coopération », Bons points expliqua de quarante ans. Conakry akry expliquait le même jour ue Ousm économisera chaque Ousmane Diagana, (évolution de 2010 à 2012) année 141 millions directeur des opéradi ti d’euros de son budtions de la Banque • Réduction du déficit public : get public, utilisés mondiale pour la de 14 % à 6,7 % auparavant pour Guinée. • Inflation jugulée : de 20,8 % à 12 % payer ses traites. Lancée en Interrogé par 1996, l’initiative • Retour de la croissance : Jeune Afrique le PPTE concerne de 1,9 % à 4,7 % 15 septembre, le 39 pays (dont 33 • Baisse des dépenses militaires : af président Alpha africains) se troumise à la retraite de 3 800 soldats Condé se réjouis-vantfaceàunfardeau vant • Stabilisation du ette d’en sait à l’avance de cette d’endettement jugé taux de change insouten décision attendue : « Nous insoutenable. La Guinée ir les criavons réussi à remplir est le 34e à aatteindre son point tèresdelaBanquemondialeetduFMI d’achèvement, qui entraîne un effapour valider cette étape en seulement dixcement définitif des emprunts publics huit mois, alors que les précédentes tentaidentifiés par le FMI et la Banque montives avaient toutes échoué depuis douze diale. Cinq pays doivent encore faire leurs ans. C’est une étape importante, mais ce preuves pour bénéficier de la même décin’est pas une fin en soi. Nous devons contision, en respectant les critères de bonne gouvernance des deux institutions : les nuer à rester rigoureux. Les ressources gagnées par l’allègement de la dette iront Comores, le Tchad, le Soudan, la Somalie à des dépenses d’investissement pour et l’Érythrée. ● CHRISTOPHE LE BEC

N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

JEUNE AFRIQUE

FOCUS

SOURCE : FMI

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L’exploitation de la faune, nouvelle manne des rébellions africaines

À LIRE AUSSI :


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Pèlerinage Mille Nigérianes et pas un seul chaperon Parties faire le hadj à La Mecque, un millier de croyantes se sont retrouvées parquées dans un centre de rétention. Motif : elles n’étaient pas accompagnées par un homme.

HUMEUR

Opiiniions & éditoriau ux Trésor Kibangula

Racisme « anti-Blancs »

AMINU ABUBAKAR/AFP

S

! PÈLERINS NIGÉRIANS de retour d’Arabie saoudite, à l’aéroport international de Kano.

E

lles croyaient que leur voyage dans leur pays. Cinq cents d’entre elles ont en Arabie saoudite, où elles été rapatriées le 27 septembre. comptaient faire le pèlerinage de La Mecque, les rapproEXAMEN. Moins chanceuses, celles qui cherait du paradis. Las ! Un millier de sont restées sur place se plaignent de Nigérianes ont vécu l’enfer. Elles rêvaient conditions de détention particulièrement de gravir le célèbre mont Arafat, elles se pénibles. « Nous sommes traitées comme sont retrouvées en prison. La cause ? Elles avaient eu « Nous sommes traitées l’outrecuidance d’arriver, le comme des animaux », se plaint 22 septembre… seules. Ou, plus exactement, non accoml’une des jeunes femmes. pagnées d’un tuteur. Orunerègleimposeàtoutecandidateau des animaux », raconte Mariya Ahmed, pèlerinage, qu’elle soit jeune fille ou grandcitée par la BBC. mère, riche ou pauvre, analphabète ou Le gouvernement saoudien rejette la superdiplômée,laprésenceàsescôtésd’un responsabilité de l’incident sur les autopère, d’un conjoint, d’un frère ou même rités nigérianes, qui ont « oublié » de se d’un fils. Pour ne pas avoir observé cette plier à la règle du tuteur. Pourtant, ce sont règle,certesnoncoraniquemaisconnuede les missions consulaires des Al Saoud qui tous et en vigueur depuis la Révélation, ces accordent les visas après examen d’un malheureuses prétendantes au hadj, cindossier de pèlerinage dûment complété, quième pilier de l’islam, ont été parquées comportant notamment la filiation du dans le centre de rétention de l’aéroport tuteur et surtout son lien de parenté avec de Djeddah, en attendant d’être renvoyées la postulante. ● CHERIF OUAZANI JEUNE AFRIQUE

I DE LA « droite décomplexée » à l’extrême droite il n’y a qu’un pas, JeanFrançois Copé l’a allègrement franchi. Dans son Manifeste pour une droite décomplexée, à paraître le 3 octobre, le secrétaire général de l’UMP dénonce, comme les frontistes avant lui, le « racisme anti-Blancs ». Parce qu’en France, paraît-il, dans certains quartiers, « des individus – dont certains ont la nationalité française – méprisent des Français qualifiés de“Gaulois” au prétexte qu’ils n’ont pas la même religion, la même couleur de peau ou les mêmes origines qu’eux ». Le député-maire de Meaux voudrait donc briser un « tabou »: les Blancs sont victimes de racisme dans les banlieues françaises. Avec les Arabes apparemment – même s’ils sont blancs de peau – et les Noirs évidemment, dans le rôle des bourreaux. Certes, tout n’est pas fantasme dans ce que dit Copé et ne cesse de répéter Marine Le Pen. Il arrive effectivement que des Blancs soient, en France, dans certains quartiers, la cible d’actes ou de propos racistes. Le relever n’a en soi rien de scandaleux, à une condition: éviter l’amalgame. Car qu’y a-t-il de commun et de proportionné entre des réflexes communautaristes, certes condamnables, dus à la ghettoïsation, mais épisodiques et limités dans l’espace, et le racisme quasi structurel dont les Noirs et les Arabes de France sont victimes dans presque tous les domaines – de l’accès au logement et au travail, en passant par les contrôles au faciès, etc. Mettre sur le même plan l’un et l’autre n’est pas acceptable. C’est pourtant ce qu’a fait M. Copé. ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


ILS ONT DIT

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VINCENT FOURNIER/J.A.

Djibouti Révolution de velours

«

L’hypocrisie sur le droit de vote [des étrangers] me choque. Les étrangers ne le réclament pas. C’est une fumisterie, la mauvaise conscience de la gauche depuis trente ans. » RAMA YADE Ex-secrétaire d’État française aux Droits de l’homme

« Si ce gouvernement [Jebali] devait poursuivre cette politique, il nous conduirait vers l’abîme. » BÉJI CAÏD ESSEBSI Ancien Premier ministre tunisien

« Une de mes priorités est d’exterminer les extrémistes en Libye. Il est hors de question qu’ils nous volent notre révolution ! » MOHAMED AL-MEGARYEF Président du Parlement libyen (et de facto chef de l’État par intérim)

« Je suis un être humain, mais

REX FEATURES/REX/SIPA

je n’ai jamais été perçu comme un être humain. » ð MIKE TYSON Ancien boxeur américain

«

J’étais mieux préparé à gouverner que cette bande de manchots. » JEAN-LUC MÉLENCHON Coprésident du Parti de gauche, en France (à propos du gouvernement Ayrault)

MAL REMIS de sa défaite lors des élections municipales et régionales de janvier, le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP) a réuni son Comité central en session extraordinaire le 22 septembre. Le parti que préside Ismaïl Omar Guelleh, le chef de l’État, avait chargé une commission ad hoc d’identifier les dysfonctionnementsauseinde l’appareil pouvant expliquer cette défaite. Lors de la lecture du rapport de la commission – qui était l’unique point à l’ordre du jour –, Nasser Mohamed Ousbo, son président, a établi un diagnostic implacable : carences de la direction du RPP, « effet d’usure après trois décennies d’engagement politique »… Bref, il est urgent de « redynamiser les organes du parti et d’en définir les missions fondamentales ». Une démarche approuvée par

acclamation… et aussitôt mise en œuvre. À l’issue de débats à huis clos, la liste des nouveaux membres de la direction politique a été divulguée. On s’attendait à une mue du RPP, il vit une révolution de velours. Les deux tiers du bureau politique, qui compte quinze membres, sont renouvelés et, surtout, rajeunis. Si Ismaïl Omar Guelleh reste à la tête du parti, le Premier ministre, Dileita Mohamed Dileita (54 ans), cède la vice-présidence au ministre de la D é f e n s e, A b d o u l k a d e r Mohamed Kamil (45 ans). Et IdrissArnaoudAli(66ans)–par ailleurs titulaire du perchoir – est remplacé au secrétariat généralparleministredel’Économie et des Finances, Ilyas Moussa Dawaleh (42 ans). Objectif de la nouvelle équipe: préparer les législatives, prévues pour le premier trimestre 2013. ● CHERIF OUAZANI

Exposition Cire et argentique FIGÉ. AUSSI PERÇANT QU’ÉTRANGEMENT VIDE, le regard de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade intrigue et captive à la fois. En réalité, ce n’est pas l’homme mais sa statue de cire qui a été fixée sur la pellicule argentique. Afin de rendre éternel ce que l’on a cherché à rendre le plus réaliste possible, le plasticien français Bertrand Lavier a demandé en 2002 au Studio Harcourt, maître du noir et blanc, d’intervenir au musée Grévin afin de portraiturer quelques modèles célèbres, parmi lesquels le président russe Vladimir Poutine, l’ancien footballeur français Fabien Barthez ou le cinéaste italien Roberto Benigni. Deux de ces photographies, celles de Wade € ABDOULAYE WADE, par le et de l’acteur américain plasticien Bertrand Lavier. Arnold Schwarzenegger, sont présentées jusqu’au 7 janvier 2013 au Centre Pompidou à Paris, dans le cadre d’une exposition retraçant, à travers une cinquantaine de pièces majeures, l’ensemble de l’œuvre de l’artiste depuis 1969. ● JUSTINE SPIEGEL

N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

JEUNE AFRIQUE


Halk El Menjel, Km 17 - Chott Mariem - 4042 Sousse, Tunisie Tél. : (+216) 73 248 188 / 611 / 962 - Fax : (+216) 73 248 187 E-mail : atu.driss@planet.tn - www.aquaculturetunisienne.com

La qualité est le secret de notre succès

DIFCOM / DF - PHOTOS : DR

L

orsque Monsieur M’Hamed Driss, pionnier de l’industrie hôtelière, a eu l’idée du projet de l’aquaculture en Tunisie à la fin des années quatre vingt, le pari était réellement risqué compte tenu des enjeux socio-économiques d’une part et des handicaps que connaissait le génie génétique d’autre part. Bien des gens affichaient un scepticisme notoire quant à la viabilité du projet. C’était sans compter sur la pugnacité et le sérieux de l’homme. Aujourd’hui, deux décennies plus tard, L’Aquaculture Tunisienne, brillamment dirigée par M. Karim Garnaoui au savoir faire indéniable acquis dans les universités américaines, est une entreprise florissante qui a su relever le défi et s’imposer comme le leader incontesté dans le domaine de la pisciculture en Tunisie. Basée sur un cordon du littoral de la région du Sahel et affranchie de toute proximité néfaste pour l’environnement, L’Aquaculture Tunisienne a pour vocation la production, l’élevage et la commercialisation des deux types de poisson connus pour la noblesse de leur chair et leur qualité gustative : le loup de mer ou bar et la daurade royale. Tous les bassins de même que l’écloserie sont alimentés par l’eau de mer grâce à un système de pompage permanent d’une capacité de 10 m3 seconde. La parfaite maîtrise des technologies les plus récentes et la rigueur observée pour le maintien constant d’une hygiène irréprochable, à toutes les étapes de la production, de la larve aux alevins, jusqu’aux aires de conditionnement et à l’exportation proprement dite, a valu à l’entreprise d’être primée par L’ISO 9001/2008 et L’ISO 22000/2005. De ce fait une traçabilité sans faille de tous les produits est garantie. Quant à leur fraicheur, l’Aquaculture Tunisienne peut se targuer d’être la plus performante en la matière, puisqu’elle veille à ce que les délais entre la pêche des produits, de leurs conditionnements et jusqu’à la livraison, ne dépassent guère 24 heures pour l’Europe et 30 heures pour les Etats-Unis et le Canada. Tout au long de ce processus, que se soit pour les opérations de tri effectuées manuellement ou pour le calibrage automatique et la mise en boite, la chaîne de froid est maitrisée et contrôlée rigoureusement. Avec une capacité de production de 1.500 tonnes/an, L’aquaculture Tunisienne exporte actuellement vers des destinations diverses telles que : L’Afrique du Nord, l’Europe, le Moyen Orient, les États-Unis, le Canada.

Si l’aquaculture mondiale est une extraordinaire réussite et représente une fabuleuse source de protéines pour le futur, elle devra, toutefois, être impérativement plus soucieuse de l’environnement.


La semaine de J.A. Tour du monde CHINE-JAPON-TAIWAN

ð JEAN-MARC AYRAULT AVEC CÉCILE DUFLOT, sa ministre du Logement, le 25 septembre.

Vers l’apaisement?

F. LEPAGE/SIPA

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FRANCE

Lézardes gouvernementales

L

a promesse de François Hollande de renégocier le traité budgétaire européen n’ayant pas été tenue – mais pouvait-elle l’être? –, il n’est pas illogique que, quelques mois plus tard, la ratification dudit traité, début octobre, suscite de gros remous dans sa majorité. L’aile gauche du Parti socialiste traîne ostensiblement les pieds, et Europe Écologie-Les Verts (EELV), à l’issue de son conseil fédéral du 22 septembre, a annoncé son intention de s’y opposer. Décision que Daniel Cohn-Bendit, éminente figure du mouvement, s’est empressé de juger « dramatiquement nulle ». Quant à Cécile Duflot, ministre du Logement et ancienne patronne d’EELV, sa position pourrait être plus confortable : elle est d’accord avec son parti, bien qu’elle se garde soigneusement de l’avouer, mais elle est aussi, à l’évidence, très attachée à son maroquin. Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, qui sait bien qu’en toute occurrence le traité sera ratifié puisque la droite y est favorable, a donc pu se montrer magnanime : les deux ministres écologistes resteront au gouvernement. Pour combien de temps ? ● ISLAMOPHOBIE

Pamela et les sauvages « Dans toute guerre entre un sauvage et un civilisé, soutenez le civilisé. Soutenez Israël, faites échec au jihad », peut-on lire sur les murs du métro new-yorkais depuis le 24 septembre. Cette étrange campagne d’affichage a été autorisée par la justice au nom de la liberté d’expression. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Pamela Geller, sa promotrice, qui dirige l’Initiative américaine pour la défense de la liberté (Afdi), se défend de tout message raciste, puisque, faitelle observer, le « sauvage » n’est pas nommé. L’ennui est qu’elle dirige un autre groupe au nom plus explicite : « Halte à l’islamisation de l’Amérique » !

Après l’incursion le 24 septembre de navires chinois dans les eaux territoriales japonaises au large de l’archipel des Senkaku, des dizaines de bateaux de pêche taïwanais sont à leur tour arrivés dans la zone contestée. Pékin et Taipei semblent s’être mis d’accord pour exercer une pression conjointe sur Tokyo dans ce conflit qui ne cesse de s’envenimer depuis la décision du gouvernement japonais de nationaliser les îles. La rencontre à Pékin, le 25 septembre, des vice-ministres chinois et japonais des Affaires étrangères semble toutefois témoigner d’une volonté d’apaisement. LE CHIFFRE

60 % C’EST LE POURCENTAGE des prisons mexicaines passées sous le contrôle du crime organisé, à en croire la Commission nationale des droits de l’homme, un organisme public et autonome qui a enquêté dans une centaine d’établissements. SUISSE

Riches étrangers, restez! QU’ON SE RASSURE, l’illustre village de Gstaad continuera d’accueillir ses riches exilés fiscaux. Lors d’un référendum organisé le 23 septembre, les électeurs du canton de Berne ont refusé à une large majorité (66,5 %) d’abolir le forfait fiscal, système d’imposition particulièrement avantageux pour les étrangers. Le même jour, le canton voisin de Bâle-Campagne a fait le choix inverse. À ce jour, cinq cantons ont aboli le forfait fiscal. JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

Bobby Yip • Reuters

HONG KONG

Gigi l’Amorosa CECIL CHAO (76 ANS) EST UN RICHISSIME homme d’affaires de Hong Kong. Tant mieux pour lui. Gigi, sa ravissante fille, est lesbienne. Tant pis pour les hommes. Mais Cecil ne se laisse pas aisément démonter. Refusant la fatalité, il offre l’équivalent de 50 millions d’euros à l’intrépide séducteur qui parviendra à prendre place au côté de sa fille sur le canapé. En attendant mieux. Les volontaires, paraît-il, se bousculent au portillon…

ARGENTINE

Le FMI se fâche

LE FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL menace de brandir un « carton rouge » synonyme d’expulsion si l’Argentine ne change pas ses instruments de mesure de l’inflation. En 2011, cette dernière était officiellement de 9,5 %. Mais divers organismes privés l’évaluent à 23 %. Christine Lagarde a accordé à Buenos Aires trois mois supplémentaires pour remédier à cette incongruité statistique. Piquée au vif, Cristina Kirchner a rétorqué devant l’Assemblée générale de l’ONU que son pays « n’est pas une équipe de football ». CHINE

L’étau se resserre

WANG LIJUN, l’ancien bras droit de Bo Xilai, l’étoile déchue du Parti communiste, a été condamné le 24 septembre à quinze ans de JEUNE AFRIQUE

réclusion. Sans doute l’ancien « superflic de Chongqing » doit-il cette relative clémence à ses aveux, qui ont permis la condamnation à mort avec sursis de Gu Kailai, l’épouse de Bo, reconnue coupable du meurtre d’un Britannique. À la veille du 18e congrès du PCC, l’étau se resserre autour de Bo Xilai, qui pourrait à son tour être inculpé de complicité de meurtre. ÉTATS-UNIS

Gardez-moi de mes amis… … MES ENNEMIS, JE M’EN CHARGE. En découvrant les récentes déclarations de Madonna, Barack Obama a-t-il médité cette phrase attribuée, à tort ou à raison, à Voltaire ? Lors d’un concert à Washington, le 24 septembre, la chanteuse, sans doute surmenée, a apporté au président en quête de réélection – qui, comme chacun sait,

est chrétien – un soutien aussi enthousiaste qu’encombrant : « Il est extraordinaire et incroyable de penser que nous avons un musulman noir à la Maison Blanche… » C’était de l’humour, paraît-il. Mitt Romney n’a pas encore fini de rire. BIÉLORUSSIE

Farce électorale

LES LÉGISLATIVES du 23 septembre en Biélorussie n’ont, comme d’habitude, servi à rien : 109 des 110 sièges mis en jeu ont été remportés par des fidèles du président Loukachenko au terme d’un scrutin d’une totale opacité. Les observateurs européens de l’OSCE n’ont même pas pu valider le décompte des bulletins. Quant à l’opposition, dont les principaux partis avaient appelé au boycott, elle estime que le taux officiel de participation au vote (74 %) a été grossièrement falsifié. Il serait inférieur à 38 %. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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Grand angle

MAROC

Réussites africaines Après avoir été un pays d’émigration et une terre de transit vers l’Europe, le royaume chérifien est devenu une destination pour des milliers de Subsahariens. Étudiants, cadres supérieurs, jeunes entrepreneurs, journalistes… Ils sont de plus en plus nombreux à s’y installer.

CLARISSE JUOMPAN-YAKAM, envoyée spéciale HASSAN OUAZZANI pour J.A.

Photos :

U

n vendredi de mi-septembre en gare de Marrakech. Chemise bleue, col entrouvert sous un costume gris clair, il déboule dans le grand hall, visiblement pressé. Bama Barro a dû écourter une réunion. La foule des heures de pointe le bouscule. Poignées de main rapides mais chaleureuses. Et, immédiatement, une discussion à bâtons rompus. Il y a une semaine, il était encore au Gabon, dans la mine d’or à ciel ouvert de Bakoudou (HautOgooué). Ce Burkinabè dirige le site depuis six mois pour le compte du leader minier et hydrométallurgique marocain Managem Group, qui affiche un chiffre d’affaires qui avoisine les 300 millions d’euros et emploie 5 000 personnes. Ancien élève de la très prestigieuse École Mohammadia d’ingénieurs de Rabat, le jeune trentenaire représente, avec quelques autres, l’autre face de l’immigration subsaharienne au Maroc. Celle de jeunes cadres qui s’installent dans le pays à l’issue de leur formation, intègrent des multinationales, créent des entreprises et progressent dans la société marocaine, contredisant le cliché du migrant clandestin en mal d’Europe. Vivant désormais entre le Gabon, le Maroc et le Burkina Faso, où résident son épouse et sa fille de 4 ans, ce natif de Bobo-Dioulasso a d’abord été embauché comme ingénieur avant de rapidement gravir les échelons. Une politique de ressources humaines pour conquérir le marché africain ? Certains affirment que oui. Bama Barro, lui, veut voir dans ces multiples promotions la seule reconnaissance de son mérite. Mais, ne lui en déplaise, il compte clairement parmi ces moutons à cinq ● ● ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


! LA CITÉ UNIVERSITAIRE INTERNATIONALE DE

RABAT accueille chaque année de nombreux étudiants subsahariens.


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Maroc pattes du sud du Sahara que les entreprises privées marocaines s’arrachent et bichonnent. Une voiture de fonction, deux semaines de vacances tous les deux mois : « Il existe un rêve marocain à l’image du rêve américain », assure-t-il. ●●●

ÉCOLES. Bama Barro n’est pas un cas isolé. Plus

ouverts et plus modernes, les groupes marocains recrutent de plus en plus de quadras subsahariens diplômés de grandes écoles pour leurs filiales sur le continent. C’est le cas notamment des établissements bancaires tels qu’Attijariwafa Bank, qui les intègrent afin de les muter plus tard dans leurs pays d’origine. Responsable régional pour l’Afrique centrale chez Western Union à Casablanca, l’Ivoirien Arnaud Yao, 39 ans, estime que les sociétés du royaume prennent exemple sur les multinationales étrangères. De nombreux Camerounais, Nigériens, Béninois, Congolais ou Kényans expatriés occupent ainsi des postes à responsabilité chez Dell, MoneyGram, Nokia, Nestlé ou encore OiLibya… Dans son bureau à la décoration minimaliste du centre JacquesBerque, à Rabat, calé dans son fauteuil, le sociologue Mehdi Alioua confirme : « Une immigration subsaharienne “qualitative” commence en effet à poindre, mais reste encore marginale. » Les Subsahariens en situation régulière (plusieurs milliers) restent moins nombreux que, par exemple, les Algériens. Mais qu’importe : leur présence pourrait progressivement transformer le pays en une plateforme offrant le meilleur en termes d’études, de business, de tourisme ou de soins de santé. Un bon compromis entre le monde occidental et le continent. BOURSES. Pour ce qui est des études, c’est presque

Il existe un rêve marocain à l’image du rêve américain. BAMA BARRO, Burkinabè, ingénieur dans le secteur des mines

Principaux pays d’origine des titulaires d’une carte de séjour

Sénégal

2 897

Mauritanie

1956 1618

Congo-Braz. Côte d’Ivoire

1429

Guinée

1 314

Mali

1 273 801

Cameroun Gabon

477

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Nombre de boursiers AMCI

7 000

Estimation des clandestins entre 10 000 et 15 000, selon les autorités marocaines 20 000, selon l’Organisation internationale des migrations

SOURCES: MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR, RECHERCHES UNIVERSITAIRES, OIM

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fait. Le Maroc est devenu en deux décennies un grand pôle universitaire, avec chaque année près de 1 500 nouveaux inscrits étrangers. La Cité internationale de Rabat à elle seule réunit quelque 56 nationalités, contre 85 dans l’ensemble des facultés et grandes écoles du pays. Au total, ils sont environ 15 000 étudiants subsahariens attirés par la qualité et les coûts des formations, et près de 7 000 bourses d’études leur sont octroyées par l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI) dans le cadre d’accords bilatéraux. Teint sombre, voix de ténor, fine barbichette et non boursier, le Malien Souleymane Coulibaly y a vu une belle alternative à l’Europe. Son école d’ingénieurs en informatique lui a coûté 3 000 euros annuels, sur trois ans, contre 6 000 euros annuels sur la même période dans un établissement français, hors frais d’hébergement. Aujourd’hui, il apprécie son parcours : « Après avoir été recruté avant même la fin de mon cursus, j’ai ensuite créé un centre de formation et vis confortablement. » Réunis au Bao Night-Club, la discothèque des Subsahariens à Casablanca, en bordure de la ● ● ● JEUNE AFRIQUE


ABDELJALIL BOUNHAR/AP

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POLITIQUE

Amitié bien ordonnée…

Le royaume a depuis longtemps développé une stratégie d’accueil des dirigeants subsahariens. De quoi tisser des relations privilégiées.

V

illégiature de luxe, La grande amitié entre tourisme médical ou le président gabonais Ali exil doré, le séjour à Bongo Ondimba et le roi la carte semble enchanter les Mohammed VI est notoire. puissants du continent qui Elle reproduit la bonne entente qui régnait entre leurs vont au Maroc. Le royaume « prédécesseurs » de pères. Un chérifien a cessé de compter, depuis bien longtemps, éclairage historique plus loinles illustres hôtes qu’il reçoit tain montre que ces relations régulièrement, parfois à ses étroites trouvent leur source frais. Dans bon nombre de dans l’élan nationaliste des pays d’Afrique de l’Ouest indépendances. À l’alliance ou d’Afrique centrale, tout objective se sont superposés se passe comme si avoir un des rapports personnels. pied-à-terre aux confins de L’inclinationguinéennepour l’Atlas venait nécessairement le Maroc l’illustre à merveille: en complément du statut préde Sékou Touré, dont la veuve sidentiel. C’est ainsi qu’au et les enfants ont été recueillis hasard d’une promenade par Hassan II (sa fille, Aminata, dans le quartier chic des ambasDepuis son accession au sades à Rabat la trône, Mohammed VI visite peut mener privilégie une diplomatie devant la résid’influence. dence des Bongo Ondimba, à un jet de pierre de la maison… réside toujours à Rabat), au Mobutu. On peut aussi y croigénéral Sékouba Konaté, pour ser des membres de la famille raison médicale. Sans oublier Sassou Nguesso, voire le préMoussa Dadis Camara, évacué sident de l’Assemblée natiod’urgence à Rabat après la tentative d’assassinat dont il a été nale ivoirienne, Guillaume l’objet en décembre 2009. Et Soro, familier du Maroc. JEUNE AFRIQUE

quand il s’agissait de soigner son diabète, Lansana Conté privilégiait également cette destination. WADE. Côté sénégalais, les Wade, père et fils, sont connus pour apprécier le royaume. Karim Wade et Mohammed VI sont très proches. Cette année, au lendemain de l’éprouvante campagne électorale, l’ancien président sénégalais a été gracieusement accueilli par le royaume chérifien. Invitation renouvelée après la défaite des législatives. Le Maroc, lieu de retraite pour ex-dirigeants usés par le pouvoir : une réputation forgée par l’Histoire. On se souvient notamment de l’arrivée en 1997 d’un maréchal Mobutu à l’agonie. Le Léopard du Zaïre y décédera le 7 septembre, laissant ses veuves, Bobi et Kosia, qui résident toujours à Rabat. Le volet militaire de ce partenariat s’observe au travers des générations d’officiers subsahariens formés à l’Académie royale de Meknès.

! Le souverain marocain recevant le président gabonais, Ali Bongo Ondimba, À TANGER, LE 15 MARS 2010.

La sécurité personnelle des présidents Bongo et Obiang Nguema est également assurée par des Marocains. Reste enfin le volet économique, qui nécessite souvent des arbitrages politiques. Les dessertes africaines de la compagnie Royal Air Maroc (RAM), la plongée au sud des groupes financiers Attijariwafa Bank et BMCE (qui tous deux ont des fondations très actives en Afrique subsaharienne), les ambitions de l’Office national d’eau potable (Onep) et les percées du champion dans le BTP, la Somagec, méritent d’être accompagnées au plus haut niveau. Depuis son accession au trône, Mohammed VI privilégie une diplomatie d’influence à l’égard du sud du continent et a effectué six grandes tournées en Afrique, au cours desquelles il a visité une douzaine de pays. Aujourd’hui, il voyage moins dans cette partie du monde, mais le souverain veille personnellement à l’entretien de cette amitié bien ordonnée. ● ABDEL PITROIPA N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


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Grand angle

Maroc

Abdou Souleye Diop Directeur associé chez Mazars

« Les migrants jettent l’ancre ici » À 43 ans, ce Sénégalais est arrivé lorsqu’il était adolescent. Pour un parcours d’excellence. JEUNE AFRIQUE : Y a-t-il un vademecum de la réussite au Maroc ? ABDOU SOULEYE DIOP: Il faut une

réelle capacité d’adaptation, ce qui n’est pas aisé car les barrières sont nombreuses : la langue, la couleur de la peau et la tentation communautariste. Mon avantage est d’avoir vécu, très jeune, dans de nombreux pays étrangers, dont l’Inde, où mon père a été en poste. Arrivé au Maroc à l’adolescence, je me suis adapté très facilement. Cette précoce intégration m’a permis d’être accepté. Quand vos interlocuteurs se demandent si vous êtes vous aussi marocain parcequevousparlezcouramment leur langue, c’est qu’une étape d’intégration a été franchie. Pourquoi le Maroc séduit-il ?

Le Maroc vit la même situation que les pays européens il y a trente ou quarante ans. Il est en pleine croissance, de nombreux chantiers sont en cours, les besoins de maind’œuvre sont élevés… Et, dissuadés

corniche, un carré d’entrepreneurs semblent lui donner raison. Autour de la table : le Béninois Christian Adda, 35 ans, diplômé de l’École nationale de l’industrie minérale et fondateur de DSID Group (Développement économique, développement durable) ; François Eliéser Nzié, 48 ans, directeur général d’Aritafric, une société d’ingénierie, qui nous invite dans son restaurant, Bouf Ivoire, qu’il a ouvert avec une Ivoirienne ; et le Camerounais Olivier Jan Sokeng, 43 ans. Poussé hors de son pays par les troubles politiques des années 1990, il est à la tête de Kavaa Global Services, une société spécialisée dans le conseil aux entreprises et dans l’édition de logiciels. Celui qui assure être le principal partenaire de Microsoft au Maroc a également décidé de se lancer à l’assaut du marché africain via sa filiale française basée à Paris. Des signes extérieurs de réussite assumés sans complexe. Pourtant, la conversation dérive rapidement sur les tracasseries que ces cadres affrontent au quotidien en tant qu’immigrés. Il y a d’abord les crédits auprès des banques, sur lesquels ils font une croix : en l’absence de garanties ou de famille pour se porter caution, elles se montrent particulièrement frileuses. D’autant que le titre de séjour doit être renouvelé chaque année, même pour les résidents les plus anciens. Certaines communautés, à l’instar des Sénégalais – déjà privilégiés par une convention de libre installation –, se sont mobilisées dans le but d’obtenir une durée de validité de cinq ans au minimum. Et quand on évoque leur avenir, la plupart de ces cadres africains insistent sur les liens qui les unissent à leur pays d’origine. Le Maroc est donc un tremplin. C’est le cas du couple ivoirien d’ingénieurs agronomes Nathalie et Yves Hervé Assi, qui veulent créer leur ferme chez eux après avoir bénéficié de l’expertise marocaine et réuni les fonds nécessaires.

●●●

par les pays européens de rejoindre leurs côtes, les migrants subsahariens jettent l’ancre ici. Il ne s’agit plus simplement d’une zone de transit, mais d’un pays dans lequel il est possible de trouver du travail. D’autres se laissent également séduire par la proximité du Maroc avec l’Europe et par la perspective d’y trouver, à moindre coût, tous les avantages du monde occidental. Assiste-t-on à une évolution de l’immigration subsaharienne ?

Lenombred’étudiantsoudepersonnes formées qui s’installent au Maroc augmente et le phénomène des naufragés du désert s’estompe. Cependant, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, pour 20 cadres subsahariens expatriés, il y a 2000 immigrés peu ou pas du tout qualifiés. Plus généralement, de terre d’émigration, le Maroc devient progressivement une terre d’immigration. ● Propos recueillis par CLARISSE JUOMPAN-YAKAM

MÉDIAS. Une autre catégorie brise les codes: celle

des journalistes, très demandés dans la presse écrite. Pour Nadia Salah, directrice de rédaction du quotidien L’Économiste, « ils sont issus de systèmes éducatifs performants pour la maîtrise de la langue française ». La presse est d’ailleurs, avec les centres d’appels, l’un des premiers secteurs à s’être ouverts aux Subsahariens. Quelques-uns s’y sont fait un nom: le Congolais Abachi Shamamba, chef de rubrique à L’Économiste, le Sénégalais Adama Wade, directeur de la rédaction du journal Les Afriques, ou encore son compatriote Bachir Thiam, rédacteur en chef d’Atlantic Radio, ravi qu’on « ne [lui] dénie pas la légitimité de présenter une émission de politique marocaine ». Il s’amuse de se voir ainsi cité parmi les « grands » et précise que la médecine marocaine aussi a ses illustres Subsahariens. Exemple avec le Sénégalais Macoumba Gaye, ex-chef d’un département ● ● ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

JEUNE AFRIQUE


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Après mon expérience ici, je retournerai chez moi, avec mon épouse, pour créer une ferme. YVES HERVÉ ASSI, Ivoirien, ingénieur agronome

Richard Foh Chef d’entreprise « Pas de véritables échanges » Camerounais de 42 ans, il vit dans le royaume depuis plus de vingt ans. Pour lui, les barrières ne sont pas toutes tombées. JEUNE AFRIQUE : Comment vivent les Subsahariens entre eux ? RICHARD FOH : Lorsqu’ils sortent le

soir, tout se passe comme s’il n’y avait plus de barrières entre les gens. Mais dans la vraie vie, les chefs d’entreprise, les étudiants et les sans-papiers ne vivent pas ensemble. Il n’y a pas de véritables échanges. Bien qu’il existe des patrons militants, je n’en connais pas un seul qui fréquente assidûment des sans-papiers.

Il n’y a donc pas de solidarité…

L’Association camerounaise des hommes d’affaires – dont je fais partie – est régulièrement sollicitée. Nous avons d’abord répondu positivement avant de nous rendre compte que ce n’était pas la bonne solution, car les JEUNE AFRIQUE

aides ne parvenaient jamais à leurs destinataires. En fait, les solidarités sont généralement intracommunautaires. Là où le bât blesse, c’est que ces aides sont plutôt d’ordre social et à court terme : intervenir pour une admission à l’hôpital, organiser le rapatriement d’une dépouille… Il me semble que des actions sur le long terme seraient plus pertinentes. Quelle perception les Marocains ont-ils des Subsahariens ?

Tout dépend s’il s’agit de Marocains éduqués ou non. Pour l’homme de la rue, immigré rime avec clandestinité et mendicité. Un ami m’a raconté que parfois, lorsqu’il se dirige vers un Marocain pour demander un renseignement, la première réponse qui fuse est : « Je n’ai rien à vous donner. » C’est gênant. Il est regrettable également de voir des immigrés, parfois diplômés, contraints de mendier. Ils découvrent une réalité marocaine dont ils n’avaient pas conscience. Il n’y a pas du travail pour tout le monde. ● Propos recueillis par C.J.-Y. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


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Maroc

● ● ● à l’Hôpital militaire de Rabat. À noter que les ressortissants du pays de la Teranga peuvent intégrer la fonction publique jusqu’au rang de chef de cabinet de ministre. D’autres ont également effectué leur spécialisation au Maroc, notamment en oncologie et en cancérologie. Ainsi, par ricochet, un tourisme médical en provenance du continent s’est organisé. Des cliniques de standing, comme la clinique des Nations-Unies, se sont lancées dans cette activité réputée lucrative. Des entreprises sénégalaises ont signé des conventions permettant à leurs salariés d’aller se soigner au royaume. Selon un médecin qui a requis l’anonymat, les interventions les plus courantes concernent la

ROYAL AIR MAROC LUI A DONNÉ DES AILES ! IBRAHIMA NDIAYE a rejoint la compagnie marocaine en 2005.

EN NOVEMBRE 2000, ROYAL AIR MAROC (RAM) et l’État sénégalais s’unissaient pour donner naissance à Air Sénégal International (ASI). En juin 2009, désenchantée, la RAM, actionnaire à 51 %, se retirait du capital d’ASI. À 31 ans, le Sénégalais Ibrahima Ndiaye fait partie, avec onze autres pilotes, des « enfants » du divorce. Des enfants pour la plupart épanouis, mieux payés, ravis de faire leurs armes au sein de la deuxième compagnie aérienne africaine. L’idylle entre Ibrahima et la RAM débute en 2005, lorsqu’il N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

est admis à suivre sa formation de pilote à la RAM Academy. Il fait partie de la deuxième promotion de personnel naviguant destiné à intégrer Sénégal Airlines. Lorsque cette dernière fait faillite, la RAM récupère hôtesses, stewards et pilotes, en attendant qu’ASI prenne son envol. Mais l’attente s’éternise. Les pilotes, qui n’ont pas signé de contrat avec leur pays d’origine, savent qu’ils peuvent quitter la RAM s’ils le souhaitent, leur diplôme étant reconnu par de nombreuses compagnies. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM

chirurgie esthétique, en particulier les implants mammaires et fessiers. TOURISME. Autre secteur porteur, le tourisme. Le tourisme religieux, notamment, se porte bien, avec de nombreux musulmans de la confrérie sénégalaise des tidjanes qui viennent en pèlerinage à Fès. Les Ivoiriens n’ont pas besoin de visa. Selon la direction du Morocco Mall, l’immense centre commercial de 250 000 m2 sur la corniche à Casablanca, les visiteurs subsahariens font partie de sa clientèle ciblée. Paysage idyllique… Alors que la nuit s’étire sur la corniche, le syndicaliste congolais (RD Congo) Marcel Amiyeto nous informe qu’il a renoncé à nous rejoindre. Pour lui, ces expériences heureuses ne concernent qu’une minorité. Le plus grand nombre peine à trouver sa place. Il tient à revenir sur la forte mobilisation du 1er juillet dernier, lors du premier congrès national constitutif des travailleurs immigrés du Maroc. Plus de 250 travailleurs africains, légaux et illégaux, s’étaient rassemblés sur un slogan explicite : « Nous aussi nous avons des droits ». Il s’agissait de dénoncer la marginalisation et l’exploitation des travailleurs migrants. Pour les associations de défense des droits de l’homme, il faut revoir les textes réglementant la présence des étrangers, qui n’ont pas évolué depuis cinquante ans. Or le Maroc est devenu une terre d’immigration, alors qu’il n’était il y a dix ans qu’un poste de transit. Les familles de sans-papiers espèrent par exemple obtenir un libre accès aux soins médicaux et l’inscription de leurs enfants dans les écoles. En cette rentrée 2012, une petite dizaine d’enfants seulement ont été accueillis dans le public. Les combats restent nombreux. Pour renouveler son titre de séjour annuel, il faut par exemple un contrat de travail. Mais avant tout recrutement un employeur doit présenter une attestation prouvant que son offre n’a pas trouvé preneur auprès de Marocains. Pour contourner cet écueil, beaucoup ont recours au travail clandestin. Marcel Amiyeto signale également que, dans certains centres d’appels, un Subsaharien perçoit 350 euros mensuels, contre 500 pour un Marocain. Dans la restauration, il est payé moitié moins. Et peut être licencié à tout moment. « Le Maroc, qui noue des accords de coopération avec des pays africains “frères”, se doit de mieux traiter leurs ressortissants, indique Mehdi Alioua. Une vraie politique migratoire est indispensable. Avec certes un volet sécuritaire, mais aussi un pendant plus social impliquant une politique d’intégration. » En attendant, une réalité plus positive s’impose. Le Maroc offre des débouchés à toute une génération de Subsahariens. Un nouvel eldorado ? Pas encore. Une chance pour le royaume et ses ambitions africaines ? Assurément. ● JEUNE AFRIQUE


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J’ai été recruté avant la fin de mon cursus, et aujourd’hui je vis confortablement. SOULEYMANE COULIBALY, Malien, ingénieur en informatique

JEAN-CLAUDE MEYOUPO: LES HASARDS D’UNE VIE HEUREUSE

U

ne heure à peine s’est écoulée depuis notre coup de fil surprise. D’un pas alerte autorisant tous les paris sur son âge, il a traversé le patio de l’hôtel pour se joindre à nous. Volubile, le sexagénaire a l’enthousiasme communicatif. Résidant à Rabat depuis quelque quarante ans, Jean-Claude Meyoupo est le témoin privilégié des arrivées, par

! En compagnie de son épouse, Naïma.

JEUNE AFRIQUE

vagues successives, des Subsahariens au Maroc. Ses camarades de promotion sont bien repartis, mais lui dit avoir été « happé, rattrapé » à plusieurs reprises par des circonstances hasardeuses. Il a bien tenté plusieurs fois de plier bagage, « mais le Maroc cherchait des ingénieurs statisticiens, et ses propres ressortissants, liés par un engagement de

huit ans à la fonction publique, avaient interdiction de postuler dans le privé. Les étrangers s’arrachaient à prix d’or ». Jean-Claude Meyoupo est donc resté, lui qui voulait travailler quatre ans « pour s’équiper avant de repartir ». C’est avec une bourse des Nations unies que cet originaire de Batoufam (ouest du Cameroun) débarque dans les années 1970 à Rabat, en compagnie de sept autres compatriotes, pour des études de statistiques. Les Subsahariens se comptaient alors sur les doigts de la main. L’ingénieur d’État raconte qu’il a ensuite fallu attendre le début des années 1990 pour voir arriver une deuxième vague. Selon lui, cela coïncide avec la décision du roi Hassan II de quitter l’Organisation de

l’unité africaine (OUA) et de développer les relations bilatérales avec différents pays du continent. Cela se traduit par l’octroi d’une trentaine de bourses par an aux Subsahariens. Mais le vrai boom se situe à partir des années 1980. « Au début, les bourses étaient essentiellement accordées aux francophones. Puis elles se sont élargies aux lusophones et aux anglophones. La création ensuite d’écoles privées a favorisé l’arrivée de non-boursiers », se souvient ce père de trois enfants converti à l’islam depuis son mariage avec une Marocaine. Mais pour ses vieux jours, Mekki (son nom musulman) se verrait bien retourner au Cameroun. Après avoir vécu quarante belles années loin des C.J.-Y. siens. ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


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Afrique subsaharienne

FRANCOPHONIE

ABDOU DIOUF

« Un sommet sans François Hollande était impensable » Habituellement discret, le secrétaire général de la Francophonie se félicite de la venue du président français à Kinshasa en octobre.

Propos recueillis par DOMINIQUE MATAILLET et PHILIPPE PERDRIX

L

homme parle rarement et mesure avec la précision d’un horloger chacun de ses propos. À la veille du sommet de la Francophonie, du 12 au 14 octobre à Kinshasa, Abdou Diouf a toutefois accepté de se livrer… un peu. Si l’ancien chef de l’État sénégalais refuse de l’admettre, son rôle a été déterminant pour convaincre François Hollande d’aller serrer la main à son homologue congolais, Joseph Kabila. La crise au Mali ? Diouf hausse le ton. L’impasse à Madagascar ? Il place Marc Ravalomanana devant ses responsabilités. Le contentieux électoral en Guinée ? Il interpelle son vieil ami de l’Internationale socialiste Alpha Condé… Bref, Diouf se lâche. Un peu.

opposants, des responsables de la société civile et des militants des droits de l’homme qui considèrent que ce sommet permet de tirer la démocratie vers le haut. Enfin, la Francophonie, c’est une solidarité. La RD Congo affronte une situation grave dans l’Est qui peut avoir des conséquences extrêmement néfastes sur son intégrité territoriale et sa souveraineté. Ce sommet doit être l’occasion de créer un climat de confiance entre la RD Congo et ses voisins, notamment le Rwanda.

JEUNE AFRIQUE : Après quelques incertitudes, le XIVe sommet de la Francophonie se tiendra bien à Kinshasa et à la date prévue. Êtes-vous soulagé ? ABDOU DIOUF : Oui, mais je me réjouis surtout

La présence de François Hollande était-elle indispensable ?

pour la Francophonie, la RD Congo et l’Afrique centrale. Depuis la première édition du sommet de la Francophonie, en 1986, c’est la première fois qu’il se tient dans cette région. Je suis heureux que ce projet aboutisse. La présence du président français, François Hollande, n’était pas acquise. Quel a été votre rôle pour le convaincre ?

! L’ANCIEN CHEF DE

L’ÉTAT SÉNÉGALAIS DANS

SES BUREAUX PARISIENS,

le 24 septembre.

François Hollande est un grand militant de la Francophonie et ce sommet lui tenait à cœur. Ce n’est pas moi qui lui ai forcé la main. Avez-vous remarqué que presque tous les chefs d’État africains qui l’ont rencontré lui ont demandé d’aller à Kinshasa ? Il a par ailleurs envoyé sur place sa ministre déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui, qui a fait la même recommandation. Autre point, s’il y a une opposition congolaise radicale hostile à ce sommet, il y a aussi d’autres

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Avez-vous entrepris des démarches pour que le président rwandais, Paul Kagamé, soit à Kinshasa?

J’ai reçu sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. J’ai insisté pour que Paul Kagamé fasse le déplacement. Nous verrons bien.

Peut-onimaginerunsommetduCommonwealth sans la reine d’Angleterre et le Premier ministre britannique? Il était impensable de faire un sommet de la Francophonie sans le chef de l’État français. Paris avait posé ses conditions pour une venue de François Hollande, notamment dans les domaines des droits de l’homme et de la transparence électorale. A-t-on avancé ?

Je ne parlerai pas de conditions quand il s’agit d’un État souverain. Mais il y a des signes positifs : l’Assemblée nationale a commencé à étudier la réforme de la Commission électorale nationale indépendante[Ceni,NDLR].Elletravailleégalement sur la création d’une commission nationale des droits de l’homme. Nous espérons que le Parlement votera ces deux lois avant le sommet. Mais il y a également le report sine die du procès en appel de l’affaire Chebeya…

Je le regrette.

●●●

JEUNE AFRIQUE


VÉRONIQUE BESNARD POUR J.A.


Afrique subsaharienne La réforme de la Ceni doit-elle conduire au départ de son président, Daniel Ngoy Mulunda ? ●●●

Je ne demande rien, mais, dans le cadre d’une nouvelle Ceni, on peut procéder à des renouvellements internes.

Concernant la crise au Mali, dans une tribune signée en juillet avec Jacques Chirac, vous demandiez la mise en œuvre de « voies légales » pour rétablir la sécurité dans le Nord. Vous ne parliez pas d’opération militaire. Êtes-vous contre ?

Je privilégie toujours les voies pacifiques, mais pour dialoguer il faut être deux. La mort dans l’âme, je me résous donc à une opération militaire pour rétablir l’intégrité territoriale du Mali. Lorsque les éventuels interlocuteurs s’attaquent au patrimoine culturel et religieux et qu’ils agressent les populations au nom de la charia, il n’y a pas de dialogue possible. Qui peut accepter une République islamiste au Mali ? Je ne me contredis pas, j’ai évolué et perdu patience.

La crise au Mali est un cancer qui risque de métastaser dans toute la région. Quel doit être le rôle de l’Algérie ?

Compte tenu de sa position géographique et de sa puissance militaire, elle a un rôle fondamental à jouer. Elle doit nous aider. La situation au Mali est un cancer qui peut métastaser dans toute la région et menacer la paix et la sécurité internationales. Autre crise : Madagascar, où l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) est intervenue après la chute de Marc Ravalomanana, en 2009, avant que l’Afrique australe prenne le relais, sans succès pour l’instant. Avez-vous des regrets ?

Au nom du principe de la subsidiarité, toute la communauté internationale a estimé que la sous-région devait s’occuper de Madagascar. Malheureusement, cela fait bientôt plus de trois ans et demi et ça n’avance pas. Au niveau de l’OIF, nous avons apporté notre expertise électorale et aidé à la mise en place de la Commission électorale nationale indépendante pour la transition [Cenit]. Nous allons encore la soutenir et l’aider à établir un calendrier pour aller aux élections. Pour le reste, nous souhaitons que l’Afrique australe réussisse dans la mission qui lui est impartie.

retirer de la course. Marc Ravalomanana a refusé. Si le plus jeune accepte de se retirer, pourquoi son aîné ne fait-il pas preuve de la même sagesse ? En faisant ce genre de déclaration, n’empiétezvous pas sur la médiation en cours ?

Je ne fais que traduire mon exaspération. Beaucoup de transitions se sont déroulées plus rapidement. C’est assez !

Autre pays dans lequel l’OIF est intervenue : la Guinée. Pour l’élection de 2010, le fichier électoral avait été élaboré par Sagem. Depuis, le président Alpha Condé a révoqué la société française au profit d’un opérateur sud-africain, Waymark, contesté par l’opposition. L’OIF ne pourrait-elle pas jouer un rôle d’expert-arbitre pour ramener la confiance ?

Lorsque la nouvelle Ceni sera mise en place, il lui appartiendra de décider de la suite des opérations. Va-t-elle transférer les données de Sagem à Waymark, ou va-t-elle décider que Waymark ne fait pas l’affaire et qu’il faut passer un nouvel appel d’offres ? Si on a besoin de notre soutien, nous serons là. Mais nous voulons que les choses se fassent dans un climat apaisé. Ce qui est regrettable, ce sont les manipulations et les procès d’intention. Je le dis comme je le pense : nous détestons ce climat de diabolisation, de suspicion, ces arrière-pensées venant de gens qui nous connaissent et savent très bien que nous ne ferons jamais quelque chose qui manque d’objectivité. V. BESNARD POUR J.A.

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Alpha Condé a-t-il eu tort de jeter la suspicion sur le fichier électoral élaboré par Sagem ?

Ce sont des données techniques sur lesquelles je ne peux pas me prononcer. Je ne suis qu’un modeste secrétaire général de la Francophonie. Depuis votre départ du pouvoir, en 2000, vous ne vous êtes jamais exprimé publiquement sur le Sénégal. Une seule exception, en février, à la veille du premier tour de la présidentielle. Vous avez déclaré: « Je prie pour mon pays. » Avez-vous craint le pire alors que la situation était tendue?

Non. Je connais mon pays et j’ai traversé des crises. Chaque fois, cela s’est bien terminé. Mes prières ont été exaucées !

Quand allez-vous commencer à parler du Sénégal?

Pensez-vous que la présidentielle, prévue entre mai et juillet 2013, pourra se tenir ?

J’ai tellement été déçu… Les ambitions politiques de deux hommes ne valent pas qu’on laisse un peuple mourir. Andry Rajoelina a proposé de se N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Tant que je serai à ce poste, c’est-à-dire, si Dieu me prête vie, jusqu’au 31 décembre 2014, il me sera impossible de parler de toutes ces questions. De toute façon, je ne parlerai que du Sénégal de Senghor et de Diouf. ●

JEUNE AFRIQUE


€ FORMÉS PAR D’ANCIENS COMMANDOS BELGES, les rangers congolais sont parmi les éléments les mieux entraînés du pays. RD CONGO

Pris au piège Dans l’Est, la guerre fait rage. Elle menace les gorilles et les gardes forestiers jusqu’au cœur du parc national des Virunga.

G

ilbert Dilis s’émeut à peine lorsqu’un appel le prévient du pillage de l’un de ses camions. Cet ancien commando belge dirige la sécurité du parc national des Virunga, où vivent certains des derniers gorilles des montagnes, et il a des problèmes plus importants à régler. Sous ses ordres, près de 300 gardes forestiers qui, chaque jour, risquent leur vie. « La plupart du temps, ce sont des embuscades tendues par des groupes rebelles. Mes hommes savent se battre, mais personne n’est invincible », explique-t-il. Le parc se situe dans l’est de la RD Congo, dans une région occupée par endroits par des groupes rebelles depuis de nombreuses années. Les touristes commençaient tout juste à revenir quand la guerre a repris, en début d’année, forçant le parc à fermer et mettant en danger aussi bien les animaux que les rangers qui sécurisent la réserve. « En vingt ans au Congo, c’est de loin la période la plus violente que j’ai connue », témoigne Emmanuel de Merode, le directeur belge du parc. Il ajoute que les visites étaient censées doubler pour atteindre les 6 000 entrées cette année et générer 2 millions de dollars de revenus. JEUNE AFRIQUE

Les mutins de l’armée congolaise qui se sont rassemblés sous la bannière du M23 contrôlent aujourd’hui la plus grande partie du territoire de Rutshuru, au nord de Goma. Dans les zones du parc passées sous leur commandement vivent près de 200 gorilles ; on y trouve également un lodge luxueux d’une valeur de 1,2 million de dollars, dont la cave à vin a fait office de bunker pour les civils quand les combats faisaient rage. Une relation fragile s’est construite entre les défenseurs de l’environnement qui dirigent les Virunga et les rebelles accusés d’exécutions sommaires, de viols et d’enrôlement d’enfants-soldats. Emmanuel de CAM. CAM

SOUDAN DU SUD

CENTRAFRIQUE Kisangani Goma

Océan Atlantique

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO ANGOLA

400 km

OUGANDA OUGAND OUG Parc des Virunga TANZAN TA NZANIE

Lubumbashi ZAMBIE

Merode explique ainsi que le leader du M23, le colonel Sultani Makenga, accepte sa présence et celle de ses collaborateurs. « Il est venu nous voir. Nous ne sommes pas une menace pour lui et nous devons continuer à faire fonctionner le parc. Nous ne pouvons pas partir, et ça, il l’a compris. » Le M23 et Emmanuel de Merode affirment que le parc ne paie pas pour être protégé. « Nous devons rester le plus neutre possible, parce qu’à ce petit jeu-là nous risquons de tout perdre. »

Mais la présence des rebelles complique la surveillance des grands singes. Merode explique ainsi avoir été averti, à plusieurs reprises, que des touristes étaient amenés par des mutins directement depuis l’Ouganda,moyennant300dollarschacun, soit deux fois moins que le prix habituellement pratiqué. Le nombre des visites devrait pourtant être limité afin de ne pas perturber les animaux. « Nous leur avons dit que c’était dangereux, extrêmement irresponsable et potentiellement très néfaste pour les gorilles… Mais tout ce qu’ils veulent, c’est de l’argent. » LANCE-ROQUETTES. Pourlesgardesfores-

tiers, armés de kalachnikovs, de lanceroquettes et de mitrailleuses, les risques sont importants. Depuis 1996, plus de 130 d’entre eux ont été tués, que ce soit en luttant contre les braconniers ou contre les groupes armés. Les derniers éléments recrutés ont passé six mois à s’entraîner avec d’anciens commandos belges. Ils sont aujourd’hui parmi les hommes les mieux formés dans un pays que se disputent des milices brutales, des rebelles et des militaires très peu disciplinés. « Nous sommes organisés comme une armée », déclare Désiré Sekibibi, 35 ans, l’un des 273 rangers. Son collègue, André Bauma, conclut: « Nous sommes entièrement dévoués à la préservation de la nature. J’ai peur d’être tué, mais c’est ma vocation. Regardez un peu comme nous avons élevé ces bébés gorilles depuis que leur mère a été tuée et vous comprendrez facilement qu’ils sont comme nos enfants. » ● KATRINA MANSON © Financial Times et Jeune Afrique 2012. Tous droits réservés. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

LUANNE CADD/AFP

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Afrique subsaharienne a été élu député à trois reprises depuis 1996, a occupé le poste de ministre de la Communication, avant d’en être le responsable au sein du NDC. Son ascension rapide le propulse colistier d’Atta Mills à l’élection présidentielle de 2008. Il sera son vice-président. « C’est un homme qui a donné satisfaction à tous les postes gouvernementaux qu’il a occupés et qui maîtrise les dossiers importants », explique Franklin Cudjoe, directeur du think-tank ghanéen Imani. Faire de lui le candidat du parti en décembre apparaît comme un choix pragmatique. « À trois mois de la présidentielle, nous ne pouvions pas risquer une nouvelle bataille au sein du parti. Mahama, par son expérience et sa légitimité, était le meilleur choix », explique un proche du NDC.

GHANA

Mahama, l’héritier candidat

Il portera les couleurs du parti au pouvoir à la présidentielle de décembre. Portrait d’un homme que le décès de John Atta Mills a propulsé à la magistrature suprême.

DIVISIONS. Pragmatique, John Mahama

l’est aussi. Conscient d’avoir hérité d’un parti miné par les divisions, il se sait dans l’obligation d’inverser un rapport des forces pour l’instant favorable au Nouveau Parti patriotique (NPP, principale formation d’opposition), tout en respectant la mémoire du président défunt. Et s’il est considéré au sein du NDC comme un homme intègre, fidèle à la ligne sociale-démocrate du parti, « il doit encore affirmer son autorité sur les € CHRÉTIEN MAIS ORIGINAIRE DU NORD MUSULMAN, le président par intérim est réputé nombreux faucons et les personnages pragmatique. hauts en couleur qui le composent », poursuit Franklin Cudjoe. e 24 février 1966, quand les Ses premiers pas ont semblé Propulsé président par intérim le 24 juillet hommes du Conseil de libération dernier, à la mort de John Atta Mills, il a séduire Jerry Rawlings, dont Mahama nationale (CLN) renversent le preété désigné un mois plus tard a été le ministre de mier président du Ghana, Kwame candidatduCongrèsnational la Communication Lorsqu’on évoque Nkrumah, John Dramani Mahama est démocratique(NDC,aupouentre 1998 et 2001. Le fonles critiques, sévères, encore un enfant. Aujourd’hui, à 53 ans, voir) pour la présidentielle dateur du NDC, qui s’était de ses détracteurs, il en garde un souvenir toujours aussi de décembre. publiquement opposé à il répond : précis: le jour même, son père, Emmanuel Chrétien originaire du Atta Mills, n’a pas encore Adama Mahama, alors ministre d’État, est nord du Ghana (à dominante officialisé son soutien à Je ne pense emprisonné. Il le restera pendant plus musulmane),ilagrandientre un parti au sein duquel pas aux requins. de un an. le pensionnat Achimota il reste très influent. Pas L’événement marque le début d’une d’Accra, fréquenté par l’élite sûr qu’il le fasse, d’ailleurs, Je nage, époque qui va forger la conscience ghanéenne, et Damongo, la puisque sa femme, Nana c’est tout. politique et l’identité de John Dramani petite ville natale de sa mère. Konadu Rawlings, a partiMahama. Cette époque, c’est celle des lost Au cours de son long cursus cipé à la création d’un parti decades, ces décennies perdues qui ont vu, universitaire (études d’histoire, dissident (le Parti démocrasur le continent africain, « les démocraties de communication et de psychologie), tique national) et pourrait balbutiantes céder la place aux dictatures » Mahama passera un an en Russie se lancer dans la course à jusqu’à la fin des années 1980. en 1988, puis s’occupera des relala présidentielle. Mais après Ces désillusions postindépendances, tions publiques à l’ambassade du avoir assisté à l’investiture de Mahama les évoque dans son livre Mon Japon au Ghana entre 1991 et 1995. Mahama, Rawlings a déclaré le premier coup d’État (paru en juillet 2012). S’il est venu assez tard à la politique, 20 septembre que sa présence « ravivait Elles ont fait de lui un homme nourri par le nouveau président ghanéen connaît les chances du NDC de remporter les l’Histoire et le respect de la démocratie. néanmoins les arcanes du pouvoir. Il élections ». ● VINCENT DUHEM STEVE ABABIO

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JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne EN VÉRITÉ François Soudan

Mesure et démesure de la Justice frustrations quotidiennes. À la limite, les peines infligées sont jugées trop clémentes tant est grande la soif de vengeance contre des hommes (et des femmes) dont la fortune rimait souvent avec une forme d’arrogance. Mais à trop chercher l’exemplarité, la justice camerounaise n’échappe pas au soupçon d’instrumentalisation politique, et à frapper trop lourdement, elle s’expose à ce que les justiciables – en l’occurrence, le peuple camerounais – exigent toujours plus de têtes sur l’air bien connu du « tous pourris ». De ce jeu pervers, la fragile démocratie camerounaise pourrait ne pas sortir vainqueur. Bien sûr, au Cameroun comme ailleurs, ce n’est pas la justice qui rend la justice. Ce sont des juges, femmes et hommes sensibles aux pressions, à l’air du temps et capables

Si la justice, en tant qu’institution, fonctionne à plein régime au Cameroun à en juger par le nombre des condamnations, elle a, en tant ! Yaoundé, le 16 juillet dernier. AUTREFOIS MEMBRE INFLUENT DU GOUVERNEMENT, que concept, pris beaucoup de plomb MARAFA HAMIDOU YAYA (deuxième à dr.) a été condamné à vingt-cinq ans de prison pour détournement de fonds. dans l’aile. Comment expliquer autrement qu’aucun sursis, aucune remise de peine, aucune mise en liberté provisoire et aucune de commettre des erreurs. À cette nuance près que, lorsqu’il grâce présidentielle n’ait jamais été accordé dans le cadre s’agit de prison, l’erreur est forcément inhumaine. Raison de cette opération ? Le tableau de chasse de l’épervier, qui de plus pour que, après six années de justice d’exception a pris dans ses serres un ancien Premier ministre, deux et de justice-spectacle, on en revienne à un fonctionnement ex-secrétaires généraux de la présidence, une demi-douserein, équitable et ordinaire de cette institution. Ferme zaine de ministres en disgrâce et une cohorte de directeurs certes avec les puissants, tous les puissants, mais mesurée généraux de sociétés d’État, est certes impressionnant. dans ses sentences. L’opération Épervier doit laisser la place Chaque arrestation, chaque condamnation se fait sous les à un fonctionnement dépassionné de l’État de droit. Faute vivats d’une partie de l’opinion, qui a trouvé dans le specde quoi, à force de réclamer toujours plus de chair, le rapace tacle de la déchéance des puissants un exutoire à ses changera de nature. Il deviendra vautour. ● JEUNE AFRIQUE

REINNIER KAZE/AFP

S

I LA JUSTICE CONSISTE à mesurer la peine et la faute puis à adapter la première en fonction de la seconde, il n’est pas sûr qu’elle ait trouvé au Cameroun sa meilleure illustration. La condamnation le 22 septembre à l’aube par le tribunal de grande instance du Mfoundi de l’ancien ministre de l’Administration territoriale Marafa Hamidou Yaya et de l’ex-patron de la Camair Yves Michel Fotso à vingt-cinq ans de prison ferme pour détournement de fonds publics laisse pantois tant le verdict apparaît disproportionné au regard de la jurisprudence appliquée en la matière par les États de droit. À titre de comparaison, aucun des condamnés de l’affaire Elf en France n’a écopé de plus de cinq ans de détention. Depuis le début de l’opération de lutte anticorruption Épervier, une forme de justice extrême, parfois proche de l’extrême injustice, est à l’œuvre au Cameroun, avec des verdicts couperets où les peines de dix, vingt, trente, quarante ans, voire la perpétuité, tombent comme une lame de guillotine à l’issue de procès systématiquement contestés tant par les avocats des prévenus que par les organisations de défense des droits humains. Le plus souvent, l’appel alourdit la sentence et les maintiens en détention après exécution de la peine – sous prétexte de l’ouverture d’une autre procédure – ajoutent au malaise et au côté absurde de l’affaire.

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! ICI, ON COMPTE 10 MILLIONS de têtes de bétail, soit une pour deux habitants.

MADAGASCAR

Gendarmes et voleurs

Depuis la mi-septembre, les forces spéciales traquent les dahalos, ces bandits qui se sont emparés de centaines de zébus. Et qui sèment le chaos dans le sud de l’île.

L

heure est grave à Madagascar. Et comme souvent en de pareilles circonstances, c’est à René Lylison que les autorités font appel. Depuis la chute de Marc Ravalomanana en mars 2009 et l’avènement du régime de transition, ce lieutenant-colonel a été de toutes les batailles. À la tête de la Force d’intervention spéciale (FIS), une structure rattachée à la présidence, il a maté deux tentatives de coup d’État en 2010. Cette fois, l’ennemi n’est plus un frère d’armes, du moins n’en porte-t-il plus l’habit, mais il est tout aussi redoutable. Depuis la mi-septembre, Lylison se trouve dans le sud du pays, en terrain hostile, chaud et broussailleux. Avec deux cents soldats d’élite, des gendarmes et les faibles moyens aériens dont dispose l’armée (quelques hélicoptères Alouette II et des avions d’observation), il traque les dahalos – ces bandits de grand chemin spécialisés dans le vol de zébus. Sa mission : mettre fin à un trafic qui a pris une ampleur inédite. En quelques mois, plus de 14 000 têtes de bétail ont été volées. Dans un pays où le zébu est partout (on en compte environ 10 millions, soit près de un zébu pour deux habitants, pour une valeur totale estimée à 4,5 milliards d’euros) et représente bien souvent la seule richesse d’une famille, de telles razzias ne passent pas inaperçues. Surtout que, dans le même temps, près de trois cents N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Malgaches ont perdu la vie : des paysans qui tentaient de s’opposer aux voleurs, des dahalos tués en pleine action (fin août, quatre-vingt-dix d’entre eux ont péri au cours d’un seul week-end, massacrés par des villageois), mais aussi des gendarmes et des soldats pris en embuscade. En juin, douze sont tombés sous les balles des hommes de Remenabila, un chef de gang dont la tête a été mise à prix par les autorités. Il vaut 35 000 euros, « mort ou vif ». C’est le far west ! VÉNÉRÉ. Certains observateurs n’hé-

sitent plus à parler de « guerre civile ». Évidemment,l’oppositions’estemparéedu sujet et dénonce l’inaction du pouvoir. Le 11 septembre, Andry Rajoelina s’est rendu sur place pour lancer la contre-attaque.

Dans le district de Betroka, épicentre du trafic, le président de la Transition a tenu un discours de fermeté. Il s’agit d’« éradiquer le phénomène des dahalos ». Et pour cela il a promis une enveloppe de 600 millions d’ariary (210 000 euros) « pour démarrer ». Bientôt, a-t-il ajouté, il se rendra en Europe et aux États-Unis pour acquérir « de nouveaux matériels de haute technologie permettant la traque par satellites des mouvements de zébus ». Àl’origine,ledahalo,quel’onrencontrait dansleSuddésertique,enpaysbara,n’était qu’un valeureux adolescent désireux de gagner le respect de sa communauté en volant cet animal vénéré. Son acte d’éclat – un rite de passage à l’âge adulte – faisait certes des malheureux, mais il répondait à un ancestral code d’honneur. « C’était

« DANS LES CAMPAGNES, IL N’Y A PLUS D’ÉTAT » « LE VOL DE ZÉBUS, c’est un phénomène cyclique qui revient à chaque fois que l’État est défaillant », souligne l’historien et journaliste DenisAlexandre Lahiniriko. La crise politique, la paupérisation et la corruption qui en découlent, et au final la faillite de l’État sont

autant d’éléments qui ont permis la radicalisation des dahalos. « Il n’y a plus d’État, à la campagne encore moins qu’en ville », se désole l’ancien Premier ministre Monja Roindefo. « On s’est focalisés sur la défense du régime, àTana, et pas sur la sécurité

de la population sur l’ensemble du territoire », constate un diplomate. « Depuis quatre ou cinq ans, Madagascar devient la plaque tournante de la drogue, des pierres précieuses, du bois de rose, de l’or… », dénonçait récemment La Gazette de la Grande Île. ● R.C. JEUNE AFRIQUE

D. KASHI/VII

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Coulisses un phénomène restreint et non violent », ajoute Monja Roindefo. Originaire du Sud, l’ancien Premier ministre de Rajoelina, aujourd’hui dans l’opposition, connaît bien la question : récemment, sa famille a déploré la perte de trois cents bœufs. Son père, le nationaliste Monja Jaona, a été à l’avant-garde de la lutte contre ce fléau dans les années 1980. De folklorique, le phénomène est devenu mafieux. Des bandes se sont organisées pour procéder à des vols en masse. À la fin de son règne, Didier Ratsiraka s’y était attaqué en lançant plusieurs opérations coup-de-poing. « Il y a toujours eu des vols, mais de cette envergure ça date du début de l’année », indique Guillaume Venance, chef de la région Anosy, où se concentrent la plupart des exactions. « On n’a jamais vu ça! Comme les trafiquants de bois de rose, les dahalos sentent que c’est le moment ou jamais », estime Roindefo.

Afrique subsaharienne

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SOUDANS L’AU REVOIR AUX ARMES Ce n’est pas la première fois qu’un accord est conclu entre le Soudan et le Soudan du Sud. Et s’il restait lettre morte, ce ne serait pas la première fois non plus. Mais soyons optimistes. À Addis-Abeba, les présidents Omar el-Béchir et Salva Kiir sont tombés d’accord, le 26 septembre, pour mettre en place une zone démilitarisée d’une largeur de 10 km de part et d’autre de la frontière. Économiquement asphyxiés par la fermeture des puits de pétrole du Soudan du Sud, en janvier, les deux pays avaient désespérément besoin de s’entendre sur le transport du brut, qui passe pour l’heure par le Nord. Apparemment, c’est chose faite, mais la remise en service des installations devrait prendre plusieurs mois, et de nombreux points de tensions demeurent. Aucun accord n’a été trouvé, par exemple, pour la région disputée d’Abyei et les autres zones frontalières litigieuses. ●

dahalo ne vole plus pour la gloire mais pour l’argent; il ne s’attaque plus à la bête avec son courage pour seule arme, mais avec l’un des innombrables kalachnikovs qui circulent à Madagascar depuis la crise politique de 2002; il ne se déplace plus en bande de dix, mais de cent. « Il n’a même plus peur de tuer », se désole un porteparole de l’armée. Si l’on devait dresser son portrait-robot à partir des rares éléments dont disposent les autorités, il prendrait les traits d’un jeune homme ayant fini son service militaire. Un gars du Sud sans perspectives, à qui un notable, un colonel ouunhommed’affairesaproposéd’utiliser l’un de ses rares savoirs (l’utilisation d’une arme) pour gagner sa croûte. Selon une source militaire, « les groupes les plus puissants fournissent des fusils d’assautàtousleursmembres.Ilsescortent des troupeaux en plein jour sur plusieurs centaines de kilomètres, les exportent vers les pays de la région. Ils prennent en otages des civils et tendent des embuscades aux forces de l’ordre ». Ils bénéficient aussi de complicités parmi les populations, et plus haut encore, dans l’administration et dans l’armée. Plusieurs sources admettent ainsi que le fameux Remenabila a pu compter sur le soutien d’un colonel. « Tout cela est très symptomatique de la situation dans laquelle se trouve notre pays livré à la misère, à la corruption et aux trafics en tout genre, déplore un ancien ministre de Rajoelina. Il faut en finir avec cette crise politique. » ● RÉMI CARAYOL JEUNE AFRIQUE

MULUGETA AYENE/AFP

PORTRAIT-ROBOT. Aujourd’hui, le

! LES PRÉSIDENTS SALVA KIIR (deuxième à g.) et OMAR EL-BÉCHIR (à dr.), en négociation le 25 septembre à Addis-Abeba.

JUSTICE LES GRANDS MOYENS C’est devant la Cour internationale de justice (CIJ) que la Guinée équatoriale a décidé d’attaquer la France. Dans sa requête, déposée le 25 septembre à La Haye, Malabo reproche à Paris son « ingérence » dans le cadre de l’affaire dite des biens mal acquis, et estime que la France a violé l’immunité pénale de plusieurs dignitaires équatoguinéens. En juillet, deux juges français avaient délivré un mandat d’arrêt contre le fils du président Teodoro Obiang Nguema. CAMEROUN COMPLÈTEMENT POIVRÉ ! Il est blanc, plutôt doux, très prisé, et bientôt il sera aussi protégé… Le ministre de l’Agriculture a annoncé, le 21 septembre, que le poivre de

Penja, cultivé sur les terres volcaniques du littoral camerounais, allait être labellisé. En clair, on ne pourra plus faire passer n’importe quel poivre pour un poivre du Penja, très réputé à l’étranger. Une bonne nouvelle pour les producteurs locaux. AFRIQUE DU SUD DANS LE PÉTRIN Julius Malema a été inculpé de blanchiment d’argent, le 26 septembre. Expulsé du parti au pouvoir il y a six mois, l’ex-chef de la Ligue de la jeunesse de l’ANC comparaissait devant un tribunal de Polokwane. Laissé libre moyennant une caution, il a expliqué à ses partisans qu’il n’avait rien à se reprocher et qu’il ne devait ses ennuis qu’à un seul homme: le président Jacob Zuma, dont il est devenu un farouche opposant. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


§

MESSAGE

République centrafricaine

EN FINIR AVEC L’INSÉCURITÉ L’adhésion de toutes les parties à l’Accord Global de Paix

© V. Fournier / JA

Le dernier des mouvements rebelles centrafricains encore en activité, la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP) vient enfin d’adhérer, le 28 août 2012, à l’Accord Global de Paix (AGP) conclu à Libreville, le 21 juin 2008, entre le gouvernement de Bangui et les diverses rébellions politico-militaires. Certes, dès le 12 juin 2011, un Cessez-le-feu avait bien été signé entre le gouvernement et la CPJP, mais des tensions s’étaient fait jour au sein du mouvement et avaient retardé son adhésion définitive à l’AGP. Aujourd’hui, ainsi que l’a finalement déclaré le conseiller politique du mouvement, cette adhésion est la seule à

même « d’aplanir les difficultés dans un esprit de réconciliation et de consensus dans l’intérêt supérieur du pays ». De fait, les combattants de la CPJP peuvent désormais bénéficier de la Loi d’Amnistie promulguée par le président Bozizé le 3 octobre 2008, ainsi que du Programme de Réinsertion et de Réintégration mis au point avec la participation et le soutien de la Communauté internationale. De son côté, le gouvernement centrafricain peut sereinement envisager de mener à bien les opérations de désarmement des ex-rebelles dans le nord-est du pays, prélude à la démobilisation, à la réinsertion et à la réintégration de ceux-ci dans la communauté nationale. La représentante spéciale du Secrétaire général des Nations-Unies en Centrafrique, Madame Nation Margaret Vogt, Vo a dit sa confiance dans l’évolution favorable de la situation sécuritaire. Elle a notamment apprécié la présence de femmes dans la délégation de la CPJP et en a déduit que délé celle-ci « témoignait de la prise en considération tém de leurs préoccupations, et, plus largement, de pré celles des catégories les plus affectées par les c conflits ».

FRANÇOIS BOZIZÉ, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE.


LA FORCE MULTINATIONALE EN AFRIQUE CENTRALE (FOMAC).

La reddition du chef de guerre tchadien Baba Laddé Ancien sous-officier de la gendarmerie tchadienne, Abdel Kader Baba Laddé était entré en rébellion, en 1998, contre le régime d’Idriss Déby Itno. C’est en Centrafrique, pourtant, qu’il installa son groupe armé et c’est au détriment des villageois centrafricains qu’il vécut, dès lors, d’extorsion et de pillages. Pourchassé par des forces conjointes tchadiennes et centrafricaines, attaqué, en janvier et en mars 2012, jusque dans ses bases de Ouandago, dans le nord du pays, Baba Laddé a du abandonner ses hommes et s’enfuir au Soudan du Sud. Dépourvu, dès lors, autant de moyens de nuisance sur le terrain que de perspectives d’avenir politique, l’homme s’est finalement résigné, à la fin août 2012, à déposer les armes. Pris en charge par la Force Multinationale en Afrique Centrale (FOMAC), il a été raccompagné au Tchad. Il y est entré en négociation avec les autorités tchadiennes et centrafricaines pour le rassemblement et le retour chez eux des 3 000 hommes qu’il affirme avoir eus sous ses ordres, mais que les combats de janvier et de mars 2012 ont dispersés. Selon un accord intervenu le 9 septembre 2012, ses miliciens ont un mois pour rentrer au Tchad, après être passés par une période de cantonnement à Sido, une localité centrafricaine située sur la frontière avec le Tchad.

Contre les hors-la-loi de Joseph Kony, dont les victimes se comptent par milliers, notamment en République centrafricaine et en Ouganda, la coalition des forces armées de Bangui et de Kampala, assistée, depuis décembre 2011, de militaires américains, marque des points : le 24 août 2012, la base de Dominic Ongwen, numéro 2 du mouvement, a été découverte et détruite. Même si Ongwen lui-même n’a pas été tué, comme on l’a cru d’abord, du moins est-il en fuite, après que ses éléments aient été dispersés en forêt. Pour autant, l’organisation criminelle demeure active : le 1er septembre 2012, plusieurs villages ont été attaqués dans la circonscription de Bangassou II et 52 otages enlevés. Ceuxci ont bien été relâchés le 8 septembre, après avoir subi des sévices, mais les villages attaqués ont été désertés par leurs habitants. Autant de perturbations apportées aux travaux agricoles qui aggravent, malheureusement, la crise alimentaire qui sévit déjà dans l’est de la République centrafricaine. Il reste que l’étau se resserre autour de Joseph Kony et de Dominic Ongwen, également recherchés par la Cour pénale internationale (CPI), et qu’une opération comme celle du 24 août laisse entrevoir la fin du cauchemar.

JOSEPH KONY, CHEF DU GROUPE DE REBELLES OUGANDAIS, LORD’S RESISTANCE ARMY (LRA).

© Eric Miller / Galbe.Com

© rfi.fr

La traque de l’Armée de Libération du Seigneur (LRA)


40

Maghreb & Moyen-Orient

L

a bataille sanglante et sans pitié qui fait rage en Syrie n’a rien de nouveau ni d’inattendu. Elle n’est pas un simple sous-produit du Printemps arabe, bien que celui-ci ait contribué à créer dans la région un climat insurrectionnel. Le soulèvement syrien, du moins la tournure qu’il a prise au bout de dix-huit mois, doit être considéré comme le dernier et le plus violent épisode de la longue guerre que se livrent islamistes et partisans du Baas depuis la création de ce parti laïque dans les années 1940. Non que la rébellion actuelle soit uniquement animée par des mobiles religieux. Si cette dimension est bien réelle, d’autres griefs s’y sont ajoutés : le fléau du chômage des jeunes, la brutalité des services de sécurité, la mainmise de la minorité alaouite sur les postes clés de l’économie, de l’armée et du gouvernement, le consumérisme éhonté d’une élite privilégiée qui s’est enrichie avec la complicité de l’État, alors qu’une grande partie de la population vit dans la misère, notamment dans les « ceintures de pauvreté » qui entourent Damas, Alep et d’autres villes. Ces périphéries déshéritées sont essentiellement peuplées de ruraux

N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

! COMBATTANTS REBELLES, le 25 septembre, à Alep.

qui ont été contraints de quitter les campagnes, trop longtemps négligées et sévèrement frappées ces dix dernières années par une sécheresse sans précédent.

LEGS EMPOISONNÉ. Mais derrière tout cela ressurgit la vieille hostilité des islamistes à l’égard d’un régime dominé par le Baas. Parti laïque et socialiste fondé peu après la Seconde Guerre mondiale par deux enseignants damascènes, le Baas avait pour objectif l’avènement de l’unité arabe. Régulièrement, des affrontements éclataient entre les jeunes du parti et les Frères musulmans conservateurs. Quand, en 1963, le Baas s’est emparé du pouvoir, le conflit avec les islamistes a éclaté au grand jour. Les dirigeants civils du parti ont alors été écartés par des officiers – parmi lesquels Hafez al-Assad, père de Aux mobiles religieux l’actuel président – issus pour l’essense sont ajoutées la tiel de communautés minoritaires. misère et l’injustice. Ces officiers baasistes ont passé une alliance avec Akram al-Haurani, le meneur charismatique d’une révolte paysanne contre les grands propriétaires terriens de la plaine centrale, dont la plupart résidaient à Hama. JEUNE AFRIQUE


SYRIE

La guerre de Derrière le conflit armé qui oppose le pouvoir à la rébellion ressurgit la vieille hostilité des islamistes sunnites à l’égard d’un régime dominé par un parti laïque et dont les dirigeants sont issus de communautés minoritaires. PATRICK SEALE

Aujourd’hui, le monde se souvient de Hama comme de l’épicentre du soulèvement armé des Frères musulmans contre Hafez al-Assad, qui l’a écrasé dans le sang en 1982, léguant à la Syrie l’héritage empoisonné de la haine confessionnelle. Mais on oublie souvent que, dix-huit ans plus tôt, en avril 1964, des émeutes de rebelles musulmans contre le régime baasiste avaient tourné à la guerre interconfessionnelle. Financés par les grands propriétaires fonciers traditionnels furieux d’avoir été dépossédés et galvanisés par l’imam de la mosquée Al-Sultan de Hama, les rebelles dressèrent des barricades, stockèrent des vivres et des armes, saccagèrent des débits de boissons pour répandre dans le caniveau les liqueurs sacrilèges et passèrent à tabac tout membre du Baas qui leur tombait sous la main. Après deux jours de combats de rue, le régime pilonna la mosquée Al-Sultan d’où les rebelles faisaient feu. L’effondrement du minaret tua et blessa nombre d’entre eux. Ce bombardement scandalisa l’opinion musulmane, déclenchant une vague de grèves et de manifestations. La guerre civile actuelle, parce qu’il s’agit bien maintenant d’une guerre civile, s’enracine dans JEUNE AFRIQUE

l’histoire de la Syrie moderne. La rébellion se teinte d’une couleur de plus en plus islamiste, comme l’explique le Suédois Aron Lund dans un rapport de 45 pages intitulé « Le Jihadisme syrien », publié en septembre par l’Institut suédois des relations internationales. Et il est frappant de constater, avec Lund, que la quasi-totalité des membres des divers groupes Alaouites, Druzes et insurgés sont des Arabes sunnites, chrétiens sont passifs, que les combats se limitent, pour l’essentiel, aux zones sunnites, alors ou soutiennent Bachar. que les régions peuplées d’Alaouites, de Druzes ou de chrétiens restent passives ou soutiennent le régime, que les transfuges sont presque à 100 % sunnites, que l’argent, les armes et les combattants volontaires viennent d’États ou d’organisations islamistes, et qu’enfin la religion est le plus important dénominateur commun de l’insurrection. Ces derniers mois, le Conseil national syrien (CNS), l’opposition « politique » civile basée en Turquie, a été relégué au second plan par les combattants. La majorité de ces rebelles s’est regroupée en neuf conseils militaires (majalis askariya) de l’Armée syrienne libre (ASL), chacun N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

SEBASTIANO TOMADA

cent ans


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Maghreb Moyen-Orient de ces conseils étant lui-même constitué d’un certain nombre de brigades (kataeb). Mais ils ne semblent pas disposés à recevoir leurs ordres du colonel Riad al-Asaad, le commandant de l’ASL.

Principaux bataillons jihadistes engagés dans la rébellion

CYCLE INFERNAL. Aron Lund souligne que, à de rares exceptions près, l’ASL est une organisation entièrement sunnite et que la plupart de ses brigades ont recours à une rhétorique religieuse, se référant à des héros ou à de grands faits de l’histoire sunnite. On estime que 2000 étrangers combattent en Syrie – certains étant liés à Al-Qaïda –, soit 10 % des rebelles, dont le nombre est évalué à 20 000 (40 000 selon certaines sources). Mais ces derniers semblent, pour la plupart, n’avoir pris les armes que pour défendre leur région d’origine. Sur cette kyrielle de groupes armés, trois importantes unités combattantes – la Jabhat alNosra, les brigades Ahrar al-Sham et la division Suqur al-Sham – sont des bataillons salafistes particulièrement radicaux. La première serait à l’origine d’attentats-suicides ou à la voiture piégée, ainsi que de l’assassinat de personnalités prorégimes. La deuxième tend des embuscades et recourt aux bombes télécommandées et aux

Jabhat al-Nosra

(attentats-suicides, assassinats de personnalités prorégime)

Brigades Ahrar al-Sham

(embuscades, attentats à la bombe et recours aux snipers)

Division Suqur al-Sham

(attentats-suicides et propagande jihadiste) Les chefs des deux derniers groupes ont déclaré leur intention d’instaurer un État islamique en Syrie. Et tous trois ont vraisemblablement accueilli dans leurs rangs des combattants d’Al-Qaïda.

snipers contre les patrouilles de l’armée. La troisième pratique les attentats-suicides et fait grand usage de propagande jihadiste. Les chefs des deux derniers groupes ont déclaré leur intention d’instaurer un État islamique en Syrie. Et tous trois ont vraisemblablement accueilli dans leurs rangs des combattants d’Al-Qaïda. Ces groupes armés ont réussi à déstabiliser le régime, mais, sans intervention militaire étrangère, il semble peu probable qu’ils parviennent à le renverser. Le pouvoir a riposté en lançant des offensives terrestres et aériennes, déterminé à écraser toutes les poches de rébellion armée. C’est donc à un véritable casse-tête qu’est confronté Lakhdar Brahimi, l’émissaire de l’ONU. Sa mission est de convaincre la communauté internationale d’imposer un cessez-le-feu et de conduire les deux camps à la table des négociations. Mais les belligérants ne répondront à cet appel qu’à condition d’être assurés que la victoire de leur adversaire est impossible. D’ici là, il y aura des milliers de nouvelles victimes et de déplacés, et le pays sombrera un peu plus dans le chaos, rendant de plus en plus infranchissable le gouffre entre les islamistes et le président Assad. ●


BILLELZ

Maghreb Moyen-Orient

! Discours d’AMAR GHOUL lors du congrès inaugural du TAJ, les 20 et 21 septembre, à Alger. ALGÉRIE

TAJ, une machine à gagner? Rassembler nationalistes, islamistes et démocrates dans la perspective de la présidentielle de 2014, telle est l’ambition d’Amar Ghoul, dont le parti vient de tenir ses assises constitutives.

D

epuis l’entrée en vigueur, en décembre 2011, de la nouvelle loi sur les partis, le paysage politique algérien s’est enrichi d’une trentaine de nouvelles formations, agréées par le ministère de l’Intérieur. Mais de tous ces nouveaux venus, un seul fait vraiment parler de lui : le Tajamou Amal el-Jazaïr (TAJ), le Rassemblement Espoir de l’Algérie, dont le sigle signifie « couronne » en arabe. Un parti plutôt populiste si l’on décrypte le discours consensuel de son principal promoteur, Amar Ghoul, 51 ans, ministre des Travaux publics depuis une décennie, transfuge du Mouvement de la société pour la paix (MSP, d’obédience Frères musulmans), pour qui « le TAJ œuvre à mobiliser les forces vives du pays, au-delà des clivages idéologiques. Islamistes, nationalistes et démocrates s’y retrouvent afin de semer l’espoir et de construire une Algérie unie, prometteuse et pionnière ». Rien de moins. JEUNE AFRIQUE

Mais l’inflation du langage ne s’arrête pas là. Amar Ghoul affirme que sa démarche s’inspire de celle… du FLN du 1er novembre 1954 qui « avait rassemblé l’ensemble des courants nationalistes en vue de la guerre d’indépendance. Nous voulons agglomérer tous les courants de pensée qui traversent la société en vue de la réalisation d’un seul objectif : faire de l’Algérie un pays prospère et leader ». De quoi caresser dans le sens du poil l’Algérien d’en bas. Mais si le TAJ intéresse chancelleries et médias et alimente les conversations dans les salons et cafés, il ne le doit pas à ce discours consensuel mais à un faisceau d’éléments qui le démarquent du reste de la classe politique. Le parcours et la personnalité de son fondateur, Amar Ghoul, sont, sans doute, les plus significatifs. Natif de la région d’Aïn Defla (140 km à l’ouest d’Alger), le patron du TAJ est titulaire d’un doctorat en génie nucléaire obtenu en France. Ministre des Travaux

publics au moment où l’État investit des sommes considérables (quelque 300 milliards de dollars, soit 232 milliards d’euros, entre 2002 et 2012) pour mettre à niveau les infrastructures du pays, Amar Ghoul acquiert sa notoriété avec la réalisation du chantier du siècle : l’autoroute est-ouest, 1 200 km de bitume reliant les confins tunisiens à la frontière marocaine. Sa présence permanente sur les chantiers, ses colères télévisuelles contre les entrepreneurs, algériens ou étrangers, en retard sur les échéances, lui valent deux surnoms : « Monsieur Autoroute » et, moins affectueux, « Auto-Ghoul ». RALLIEMENTS. Étoile montante des Frères musulmans du MSP – dont il a été l’une des têtes de liste lors des législatives du 10 mai 2012, à Alger, où il a enregistré le meilleur résultat de l’Alliance de l’Algérie verte (AAV, islamiste) –, il a pris ses distances avec son parti quand ce dernier a décidé de se retirer de la coalition gouvernementale. Il lance alors l’initiative TAJ avec un surprenant succès. Une quarantaine de députés fraîchement élus rejoignent la N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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Maghreb Moyen-Orient nouvelle formation. Principales victimes de ce nomadisme politique, le MSP, qui voit fondre son groupe parlementaire, et le Front national algérien (FNA, de Moussa Touati), en butte à un vent de dissidence interne. « SHORT LIST ». Le TAJ ne recrute pas uni-

quement dans la classe politique : « 70 % de nos militants sont des jeunes n’ayant aucune appartenance politique antérieure », assure Mohamed Djemaa, grand maître de cérémonie lors du congrès constitutif du TAJ, les 20 et 21 septembre. Autre cible de choix d’Amar Ghoul : la société civile. Sa prise la plus prestigieuse est, sans conteste, l’Union générale des étudiants libres (Ugel). Ce syndicat estudiantin parmi les plus influents dans les campus universitaires compte près de 120 000 adhérents. Difficile cependant de brosser le portrait-robot du militant du TAJ tant le recrutement cible diverses catégories. On y retrouve l’entrepreneur et le haut fonctionnaire, l’ouvrier

Le congrès constitutif du TAJ a rassemblé

2 000 personnes

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dont les représentants des wilayas (préfectures) et de la diaspora (Europe et Amérique du Nord)

Son conseil national est composé de

350

membres

Après le ralliement de

40

députés, le TAJ est d’ores et déjà la

3e

force politique du pays

et le commerçant, et si le cœur de cible demeure la jeunesse, les femmes, elles, n’auront vraisemblablement qu’un rôle marginal au vu de leur faible participation aux assises constitutives.

Un discours populiste, d’importants moyens financiers, un soutien de moins en moins discret de la part du pouvoir, un leader issu de la génération postindépendance… Autant d’ingrédients significatifs à l’heure où l’Algérie entame une étape délicate : la succession de Bouteflika prévue en 2014. En réussissant à se doter d’un appareil aux allures de machine électorale, Amar Ghoul fait désormais partie de la very short list des prétendants à cette succession. Pour avoir largement remporté les législatives de 1997, trois mois après sa création, le Rassemblement national démocratique (RND, d’Ahmed Ouyahia) avait été surnommé le « bébé né avec des moustaches ». Les gènes fondamentalistes de son géniteur et les succès électoraux que lui prédisent ses militants ont valu au TAJ ce bon mot de Fawzi Rebaïne, chef du parti d’opposition AHD 54, rival malheureux de Bouteflika en 2004 et en 2009 : « Le TAJ est un bébé né avec une barbe. » ● CHERIF OUAZANI

Coulisses ! LA GRANDE MOSQUÉE DE STRASBOURG, inaugurée le 27 septembre.

LIBYE MILICES HONNIES

PATRICK HERTZOG/AFP

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MAROC-FRANCE ZELLIGES SUR LE RHIN Le ministre marocain des Habous et des Affaires islamiques, AhmedToufiq, s’est rendu en France pour l’inauguration, le 27 septembre, de la grande mosquée de Strasbourg. La salle de prière, qui pourra accueillir 1 500 fidèles, a été décorée N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

par des artisans de Fès. Le Maroc, qui a financé la construction à 38 % (4 millions d’euros), en est le premier contributeur. Le projet avait pris corps en 1992, porté par Abdellah Boussouf, aujourd’hui secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, également présent à l’inauguration.

Après que les habitants de Benghazi ont mis en fuite, le 22 septembre, le groupe salafiste Ansar al-Charia, soupçonné d’avoir organisé l’assaut contre le consulat américain qui a coûté la vie à l’ambassadeur Chris Stevens, les autorités veulent mettre au pas les factions armées. Le soir même, le président du Parlement, Mohamed al-Megaryef, annonçait que toutes les milices n’ayant pas fait allégeance seraient démantelées. Mais William Lawrence, de l’International Crisis Group (ICG), reste sceptique : « L’initiative est bonne, mais il ne faut pas

espérer de succès à court terme. Il faudra entre trois et dix ans pour faire disparaître les milices et doter le pays de véritables forces de sécurité. » IRAN TCHADOR NINJA Trois jours d’hospitalisation : voilà ce qu’a récolté l’imam iranien Hojatoleslam Ali Beheshti pour avoir, sur le chemin de la mosquée, sommé une jeune femme de mieux se couvrir la tête. « Couvre-toi plutôt les yeux ! » a lâché la récalcitrante, avant de rouer le religieux de coups et de l’agonir d’insultes. Selon l’agence iranienne Mehr, trois autres religieux s’étaient déjà fait tabasser par des femmes pieusement admonestées. JEUNE AFRIQUE


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Maghreb Moyen-Orient Entretien

TUNISIE

Mustapha Ben Jaafar

« Le consensus est une nécessité »

Le président de la Constituante appelle à une réorganisation de la troïka au pouvoir et à un élargissement du cercle de concertation pour sécuriser les prochaines étapes de la transition.

Propos recueillis à Tunis par

T

FRIDA DAHMANI

ensions sociales, difficultés économiques, perte de confiance, violences des extrémistes religieux… L’exécutif tunisien peine à stabiliser le pays. Confronté à de multiples défis, le gouvernement, légitime mais provisoire, a une faible marge de manœuvre, d’autant que les islamistes d’Ennahdha, qui forment la troïka au pouvoir avec le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, plaident pour un désengagement de l’État en matière sociale et entrepreneuriale, ajoutant à la confusion. Cette absence de lisibilité politique et le retard pris par la rédaction de la Constitution ont fait perdre du terrain aux trois partis alliés. Sous la pression conjuguée du mécontentement populaire et de l’opposition, le gouvernement est désormais à la recherche d’un consensus en matière de gouvernance mais également sur le contenu de la loi fondamentale. Un consensus qu’a toujours appelé de ses vœux le très N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

démocrate Mustapha Ben Jaafar, leader d’Ettakatol et président de la Constituante, qui revient pour J.A. sur le sens de son alliance avec Ennahdha et sur les prochaines étapes de la transition. JEUNE AFRIQUE : Comment évaluez-vous l’action gouvernementale au moment où l’insatisfaction monte chez les Tunisiens ? MUSTAPHA BEN JAAFAR : Les

attentes sont fortes et le passif est important. Le taux de chômage

Fruit d’un travail collectif, le brouillon de la Constitution est prêt. est si élevé qu’un gouvernement provisoire ne peut y faire face ; les solutions sont sur le long terme. Mais on ne peut que constater un mieux sur le plan sécuritaire, un retour à plus de stabilité sociale, la disparition des grèves et des

! À L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE (ANC), le 25 septembre. JEUNE AFRIQUE


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sit-in. Un réveil de la croissance se profile. On nous annonce un taux entre 3 % et 3,5 %, et il y a un frémissement positif du tourisme. L’impact négatif des récents événements (notamment l’attaque contre l’ambassade américaine) sur ce début de relance va-t-il rejaillir sur les relations au sein de la troïka ?

Ces événements graves appellent tout le monde à la vigilance et à l’humilité. Nous devons en déterminer les causes et y remédier. Mais ils n’auront aucune incidence sur le fonctionnement de la troïka, pour laquelle je préfère le terme de « coalition », base d’un vrai partenariat, qui implique une sorte de visite et de régulation périodique, un suivi et un réajustement régulier de la situation du pays. L’expérience de la troïka est originale car nous n’avions connu, jusqu’à la révolution, que le régime du parti unique. Mais une réorganisation au sein de la troïka sera nécessaire pour gagner en efficacité dans la gestion des affaires. De même faudra-t-il élargir le cercle de concertation pour sécuriser les prochaines étapes.

ONS ABID POUR J.A.

Vous avez appelé, il y a quelques m o i s, à u n g o u v e r n e m e n t d’union nationale. Aujourd’hui, tous les partis qui siègent à la Constituante s’accordent sur cette nécessité. Est-ce l’amorce d’un nouvel équilibre ?

JEUNE AFRIQUE

Mieux vaut tard que jamais. Au départ, nous avons appelé à la formation d’un gouvernement d’intérêt national, pensant qu’il n’y avait pas d’autre solution vu les difficultés du moment. Nous avions vécu une révolution, la croissance était négative et la situation sécuritaire très précaire ; il fallait affronter ces problèmes et y mettre bon ordre. Durant ces quelques mois de pratique politique, les partis ont gagné en maturité et commencent à réfléchir dans ce sens. Rien ne nous empêche de travailler ensemble pour trouver des terrains d’accord. Le consensus est la meilleure manière de mener à bien la transition. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


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Maghreb Moyen-Orient Entretien Beaucoup s’interrogent sur votre choix de rallier la troïka ; certains pensent qu’il a été sans effet sur l’action gouvernementale et n’a fait qu’apporter une caution démocratique à Ennahdha au sein de l’ANC (Assemblée nationale constituante)…

Au lendemain des élections, il n’existait pas d’autre possibilité que le rassemblement sous forme de troïka pour éviter le chaos. L’opposition était émiettée, et il fallait assurer une certaine stabilité et

un délai raisonnable. Je rappelle que les travaux de la Constituante n’ont débuté qu’en février dernier. Au préalable, il a fallu mettre en place l’organisation des pouvoirs publics et le gouvernement.

consensus, car tout le monde est conscient que la réussite ou l’échec serait l’affaire de tous. Mais si jamais les principes démocratiques devaientêtreécornés,jeprotesterais de la manière la plus ferme.

Le mandat de la Constituante arrive à son terme le 23 octobre. Que se passera-t-il après cette date ?

Certains réclament un référendum autour de la Constitution ; qu’en pensez-vous ?

La Constituante est souveraine et le fera valoir, même si la plupart des partis s’étaient engagés sur ce délai. Le 23 octobre, il n’y aura pas

Nous devons établir au plus vite une feuille de route à même de rassurer les Tunisiens. conduire les affaires de l’État dans de bonnes conditions. Ettakatol a enregistré de nombreuses défections. Quelle est aujourd’hui la stratégie du parti ?

C’est vrai, beaucoup de militants n’ont pas compris l’importance des enjeux ni la nécessité de prendre des risques au nom de l’intérêt général. Alors que la restructuration d’Ettakatol est en préparation, certains reviennent, et les nouvelles adhésions sont nombreuses avec un rajeunissement des cadres. Les horizons sont plus cléments pour le parti. Quel bilan tirez-vous des travaux de la Constituante dix mois après sa mise en place ?

Une masse de travail importante a été abattue, notamment par les commissions, comme en convient d’ailleurs l’opposition. Les avancées sont réelles. À preuve, le brouillon de la Constitution, issu d’un travail collectif, est prêt. Le comité mixte de coordination et de rédaction doit l’examiner une dernière fois avec les commissions avant le débat général, en plénière, prévu au début d’octobre. Nous sommes dans la dernière ligne droite, et s’il y a un retard par rapport aux échéances, il ne sera pas significatif. Le pouvoir use; aucun élu ne souhaite occuper son siège indéfiniment. Plus généralement, il est de notre intérêt de nous acquitter de notre tâche dans N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

de vide institutionnel, mais il est évident que nous devons tous faire montre de bonne volonté, travailler ensemble et établir au plus vite une feuille de route à même de rassurer les Tunisiens.

Vous avez insisté sur le fait que la Constitution devait être celle de tous les Tunisiens. Les pressions exercées par Ennahdha pour lui donner une coloration islamiste le permettront-elles ?

Ennahdha défend ses idées, mais le mouvement n’est pas homogène, les avis sont nombreux et il y a toujoursmatièreànégocier.Finalement, Ennahdha a tenu compte de l’avis général à plusieurs reprises; nous en avons fait l’expérience lors des débats des commissions.

Quelles sont vos lignes jaunes s’agissant du contenu de la Constitution? Comment réagiriezvous si le projet de Constitution adopté ne respectait pas les principes que vous défendez ?

Plus on avance, plus je suis optimiste, malgré les difficultés et l’âpreté des débats. Il existe une volonté générale d’aboutir à un

Est-ce que l’avis des experts constitutionnalistes est pris en considération ?

LA POPULATION SÉVÈRE AVEC LA MAJORITÉ ET L’OPPOSITION

(évolution par rapport à août 2012)

Très satisfait

Assez satisfait

Êtes-vous satisfait de l'action gouvernementale?

Pas très satisfait

Pas du tout satisfait

Sans opinion

10 % (– 4 %)

La Constitution doit être intériorisée et portée par tous ; les experts, mais aussi des personnalités publiques et de la société civile, ont été consultés. Les experts auront encore leur mot à dire au terme de la rédaction.

30 % (– 5 %) 19 % (+ 1 %) 36 % (+ 6 %) 5 % (+ 1 %) 3 % (– 5 %)

Êtes-vous satisfait de l'action de l'opposition ?

Certes, c’est une forme évoluée de l’expression populaire, mais j’espère que nous n’en arriverons pas là. Cela signerait l’échec de la classe politique, qui n’aura pas réussi à dégager un consensus, étant entendu que le projet de Constitution doit être avalisé par les deux tiers des élus.

18 % (– 2 %) 20 % (=) 42 % (+ 5 %) 17 % (+ 1 %)

SOURCE : 3C ÉTUDES (ENQUÊTE CONDUITE DU 17 AU 21 SEPTEMBRE AUPRÈS D'UN ÉCHANTILLON REPRÉSENTATIF DE 1009 PERSONNES)

La charia serait-elle sortie par la porte pour revenir par la fenêtre?

C’est de l’ordre du fantasme. Le texte constitutionnel doit être précis avec des référents clairs. La charia est déjà la source de nombreuses lois, mais elle n’a pas à être celle de la loi fondamentale. En définitive, c’est un faux problème. Contrôle des médias, harcèlement des artistes, rôle « complémentaire » de la femme, quelle est votre position sur ces reculs ? JEUNE AFRIQUE


NICOLAS FAUQUÉ/WWW.IMAGESDETUNISIE.COM

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Il ne faut pas interpréter cela comme un recul ; c’est un accès de fièvre. Quant à la question du rôle complémentaire de la femme, qui a provoqué un tollé, il s’agissait d’un brouillon de brouillon. J’ai exprimé ma ferme désapprobation [le point a finalement été retiré du projet de Constitution le 24 septembre, NDLR]. Ce couac est de l’ordre de l’accident plus que d’une stratégie concertée. À cette étape de la transition, la raison d’État et les objectifs partisans auraient-ils pris le pas sur la volonté du peuple?

Où se situe la volonté du peuple? Nous sommes tenus d’assurer le changement, de tourner la page de la dictature et de faire entrer le pays dans la démocratie. Il n’y a aucune contradiction entre ces objectifs, ceux de la Constituante et des partis et ce que souhaite le peuple. Certes, nous pouvons commettre des erreurs, effectuer des évaluations à réajuster, mais rien ne nous a éloignés de la ligne générale. Vous vous exprimez assez peu publiquement. D’aucuns interprètent votre silence comme un consentement; qu’en est-il?

Jem’exprimerégulièrementquand c’est nécessaire; je ne crois pas aux coups médiatiques permanents et me refuse à tout populisme. Nous ne sommes pas en campagne électorale, même si certains le croient. JEUNE AFRIQUE

Justement, à quand les élections?

Raisonnablement, on peut envisager de les organiser au deuxième trimestre 2013. Il nous faut relancer l’Instancesupérieureindépendante pour les élections [Isie] et réunir les conditions garantissant l’indépendance des médias. Quels sont vos rapports avec le Premier ministre Hamadi Jebali et le président Moncef Marzouki?

Ils sont bons et empreints de respect réciproque. Chacun a son tempérament et une façon différente de voir et de gérer les choses, mais nous sommes tous dans le même bateau avec les mêmes responsabilités. Quel rôle joue réellement Rached Ghannouchi ?

Il est le président du premier parti du pays ; il a donc son mot à dire et joue son rôle de leader. Cependant, il faut rendre justice à l’homme; grâce à son influence sur sa formation, nous avons évité plusieurs écueils. Il est intervenu dans des moments critiques et a facilité les accords en se posant comme médiateur. Il faut reconnaître qu’il existe un vrai débat démocratique au sein d’Ennahdha. Que pensez-vous de l’initiative de Béji Caïd Essebsi ?

L’émiettement de l’opposition n’est pas une bonne chose. Aussi, toutcequicontribueàconstituerun paysage politique est le bienvenu.

! Avec MONCEF MARZOUKI (au centre) et HAMADI JEBALI, lors de la célébration du 55e anniversaire de la République, le 25 juillet, à l’ANC.

Mais il est à craindre que l’initiative de Béji Caïd Essebsi ne conduise à recycler les anciens caciques de Ben Ali et ne soit un appel au retour du Rassemblement constitutionnel démocratique [RCD, ex-parti au pouvoir]. La Tunisie se sent-elle menacée par la poussée de l’extrémisme, voire par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ?

L’extrémisme est là ; il est minoritaire mais spectaculaire. La mobilisation et la vigilance restent nos pr incipaux atouts pour le contenir. Que pensez-vous des événements de Benghazi (l’attaque meurtrière du consulat américain) et plus largement de la réaction de la rue musulmane à la diffusion sur internet d’un film islamophobe ?

On peut comprendre le sentiment de révolte. L’offense est réelle, mais je suis également choqué par la fragilité de nos sociétés qui s’enflamment aussi facilement. Si c’était à refaire, que changeriez-vous ?

Rien s’agissant des choix fondamentaux ; peut-être aurions-nous dû nous montrer plus persuasifs. Ces dix mois d’expérience nous permettent en tout cas d’envisager avec optimisme les prochaines étapes de la transition démocratique. ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


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Europe, Amériques, Asie

VENEZUELA

Chávez peut-il perdre? Depuis presque quatorze ans, El Comandante monopolise tous les pouvoirs. Le 7 octobre, il briguera un troisième mandat présidentiel. Or les sondages ne lui accordent qu’une courte avance sur le candidat unique de l’opposition.

D

epuis son accession au pouvoir, en 1999, jamais Hugo Chávez (58 ans) n’avait envisagé l’éventualité d’une défaite électorale. Or les derniers sondages ne lui accordent qu’une faible avance sur Henrique Capriles Radonski, le candidat unique de l’opposition. Le président sortant recueille entre 43 % et 49 % des intentions de vote, et son rival entre 34 % et 46 %. L’institut Consultores 21 octroie même la victoire à Capriles avec 48,1 % des suffrages. Pour contradictoires qu’elles soient, les enquêtes d’opinion s’accordent toutes sur un point : les indécis représentent environ 15 % des 18 millions d’électeurs – ce qui est beaucoup. « Certaines personnes interrogées hésitent à exprimer leur opinion par crainte des agents de l’État », explique María Teresa Romero, professeure de sciences politiques à l’université centrale du Venezuela, à Caracas. Selon une étude publiée en avril 2011 par la fondation Centro Gumilla, un centre de N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

recherche et d’action sociale créé par les Jésuites, 42,6 % de la population serait dans ce cas. Les deux prétendants ne ménagent donc pas leurs efforts pour séduire les indécis. Casquette sur la tête et sourire aux lèvres, Capriles (40 ans) multiplie les sorties médiatiques et sillonne le pays en tous sens. Son objectif numéro un est de mordre sur l’électorat populaire, le bastion chaviste. Le président est pour sa part beaucoup moins présent sur le terrain qu’à l’accoutumée. Le cancer qu’il a développé Deux homicides par et qu’il prétend avoir surmonté heure ! L’insécurité est grâce au traitement suivi à Cuba l’en empêche. Il se contente donc le problème numéro un. d’apparitions télévisées. « Cette élection est pleine d’incertitudes, insiste María Teresa Romero. Chávez reste très populaire, c’est un leader charismatique. En même temps, il y a un fort rejet de sa politique. » Son bilan est en effet désastreux. L’économie s’effondre (chômage, inflation, coupures d’électricité fréquentes, etc.), tandis que la criminalité grimpe en flèche. Porte MARIE VILLACÈQUE

JEUNE AFRIQUE


LEO RAMÍREZ/AFP

d’entrée de la drogue colombienne, Caracas est désormais la ville la plus dangereuse de la planète. C’est là, tous les sondages en témoignent, la préoccupation essentielle de plus de 70 % des électeurs. Selon l’Observatoire vénézuélien de la violence, 19 336 homicides ont été commis dans le pays en 2011. Soit deux par heure. « MISIONES ». Deux événements récents ont accru

les difficultés auxquelles le président sortant est confronté. Le 25 août, l’explosion de la principale raffinerie du pays a mis en lumière la vétusté des installations pétrolières (lire pp. 52-53). Quelques jours plus tard, des indigènes ont reproché au gouvernement de ne pas avoir suffisamment enquêté sur le massacre de 80 d’entre eux par des mineurs clandestins brésiliens, en Amazonie, en juillet. « Pour un gouvernement qui s’est toujours posé en défenseur des droits des Indiens, cette tragédie pose problème. Il veut à tout prix la cacher pour ne pas gêner la campagne de Chávez », commente l’analyste international Tony De Viveiros. JEUNE AFRIQUE

! MEETING MONSTRE D’ENRIQUE CAPRILES, le 24 septembre à Barinas, dans l’ouest du pays.

Le point fort de la politique du leader « bolivarien » reste évidemment la mise en place de nombreux programmes sociaux, les misiones : dispensaires gérés par des médecins cubains dans les bidonvilles, augmentation du salaire minimum, réduction de la durée de travail hebdomadaire… Entre 2002 et 2010, la pauvreté a diminué de 21 % et des millions de Vénézuéliens ont été alphabétisés. Mais le système s’essouffle et l’insatisfaction grandit. « Les misiones ne fonctionnent plus qu’en période de campagne électorale, explique María Teresa Romero. Les opérations théâtrales du président accaparent l’actualité pendant quelques jours, puis ceux qui en ont bénéficié retombent dans l’oubli. Il n’y a aucune gestion derrière. » GAUCHE « MODERNE ». Capriles, qui est avocat

et fut le gouverneur de l’État de Miranda, prône une politique de « gauche moderne » qui n’est pas sans évoquer celle du Brésilien Lula da Silva. Il se garde bien de rejeter en bloc les initiatives chavistes en faveur des classes populaires mais N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


Europe, Amériques, Asie estime nécessaire de les améliorer. Une tactique habile qui devrait lui permettre de gagner des voix dans cet électorat mais aussi dans les classes moyennes, qui se sont beaucoup développées grâce au président sortant. Chávez se montre moins circonspect et tire à boulets rouges sur son rival, ce « nul », ce « fayot » au service des États-Unis, dont la victoire plongerait le Venezuela dans la guerre civile et le chaos. « Ce scénario reste très improbable, c’est une stratégie électorale », nuance Romero. Reste que la révélation par le quotidien espagnol ABC de l’existence d’un plan destiné à empêcher

coûte que coûte la victoire de Capriles par le recours à des milices armées a jeté un froid. L’opposition réclamedesexplications,maisl’essentielestailleurs: siceplanexiste,ildémontresimplementqueChávez sait désormais qu’il peut perdre. En cas de victoire, son rival ne disposerait pourtant que d’une marge de manœuvre réduite. L’Assemblée nationale, qui ne sera renouvelée qu’en 2015, resterait en effet contrôlée par le très chaviste Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). « Quel que soit le résultat de l’élection, la transition sera difficile, pronostique Tony De Viveiros. D’autant que le mystère demeure quant à l’état de santé réel de Chávez. » ●

À Caracas, le pétrole est rouge Tout le système chaviste repose sur PDVSA, le groupe public qui dispose des plus importantes réserves d’hydrocarbures au monde. Or la gestion erratique et ultrapolitisée de celui-ci commence à poser problème.

C

ertains ont cru à l’explosion d’une bombe. D’autres n’ont pas eu le temps de se poser la question. Le 25 août, juste après 13 heures, 42 personnes sont mortes dans une explosion provoquée par une fuite de gaz. Sur la péninsule de Paraguaná éternellement battue par les vents, Amuay, la deuxième plus grande raffinerie du monde, s’est retrouvée plongée en enfer. Il a fallu trois jours pour éteindre l’incendie. Cet accident jette une lumière crue sur les difficultés auxquelles Petróleos de Venezuela SA (PDVSA), le gigantesque groupe public qui possède les plus importantes réserves pétrolières du monde, est confronté. Certains commencent à envisager l’hypothèse que la compagnie puisse s’effondrer. Ce qui tombe au plus mauvais moment pour Hugo Chávez. Henrique Capriles, son rival pour la présidentielle du 7 octobre, ne se prive pas de dénoncer l’incompétence et la mauvaise gestion de l’équipe au pouvoir. « Le gouvernement n’assumera pas la responsabilité de l’explosion. Il passe son temps à régler les problèmes des autres pays et se moque de ce qui se passe ici », s’indigne-t-il. Roi autoproclamé de la gauche latinoaméricaine, Chávez a, depuis son élection il y a quatorze ans, noué des liens étroits N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

! Après l’explosion de la raffinerie D’AMUAY, LE 25 AOÛT.

CHINE NOUVELLE/SIPA

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avec tout ce que la planète compte d’États parias, de la Biélorussie à l’Iran. Il promeut aussi la révolution chez ses voisins et vend plus du tiers des exportations vénézuéliennes de pétrole à des régimes idéologiquement proches, comme Cuba. Le tout à des prix subventionnés, et grâce à PDVSA. Depuis 1999, la compagnie a engrangé des revenus supérieurs à 1 000 milliards de dollars (773 milliards d’euros) dans lesquels Chávez puise allègrement pour financer « le socialisme du XXIe siècle ». En 2011, elle y a contribué à hauteur de 17,7 milliards de dollars sous forme d’impôts, de royalties et de dividendes, 30 milliards étant par ailleurs affectés à des programmes sociaux et à de très opaques « fonds hors budget ». Cette manne a également été utilisée pour rembourser des prêts octroyés par la Chine et acheter des armes à la Russie.

PDVSA soutient presque à lui seul le marché des changes national. Le nombre de ses employés – 121000 aujourd’hui – a triplé depuis 2003. Le critère de recrutement numéro un, c’est la loyauté envers la « révolution bolivarienne ». Rafael Ramírez, son président, s’en flatte : ses salariés sont, dit-il, « très, très rouges ». DÉCLIN. « La catastrophe d’Amuay est

la conséquence de la transformation de cette entreprise efficace qu’était naguère PDVSA en une institution ultrapolitisée, dénonce Diego González, président du Centre d’orientation énergétique, à Caracas. C’est à l’image de ce qui se passe dans le reste du pays. » Avec des ressources qui s’amenuisent et une moindre attention prêtée à la filière pétrolière, la production est tombée en dix ans de 3,1 millions à 2,7 millions de JEUNE AFRIQUE


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ÉPICERIE. Les Vénézuéliens redoutent-

Réserves prouvées 300

20

Barils (en milliards, éch. de gauche) % du total mondial (éch. de droite)

200

15

100

0

10

1998

2000

2005

2011

5

Production 3 500

5 Nombre de barils par jour (éch. de gauche) % du total mondial (éch. de droite)

3 000

4

2 500 1998 2000

3 2005

2011

Destination des exportations En avril 2012 (en % du total des exportations)

SOURCES : BP, THOMSON REUTERS DATASTREAM

barils par jour, selon British Petroleum. La hausse des prix du pétrole a masqué ce déclin. Quand Chávez est arrivé au pouvoir, le baril coûtait moins de 10 dollars ; il atteint désormais environ 100 dollars. La majeure partie de cette manne a été affectée à des projets sociaux, ce qui a contribué à réduire la pauvreté de 44 % à 27 % entre 1998 et 2011, à en croire les statistiques officielles. Tout cela s’est fait au détriment des investissements. Le Venezuela dispose peut-être des plus importantes réserves de pétrole au monde (près de 300 milliards de barils), mais elles sont sous-exploitées « en raison d’une multitude de contraintes technicofinancières, conséquence de la rigide idéologie étatiste imposée à ce qui ne devrait être qu’une entreprise commerciale », souligne Gustavo Coronel, un ancien membre du directoire de PDVSA. « Ses réserves souterraines s’élèvent à 30 000 milliards de dollars. C’est plus que le PNB de l’Union européenne », rétorque Fernando Travieso, directeur de l’Observatoire socialiste du pétrole.

ils de voir leur président tuer la poule ÉTATS-UNIS CHINE aux œufs d’or ? On le saura lors du scru11% tin du 7 octobre. À l’étranger, la cote du Comandante est au plus bas. Selon un 39% sondage latino-américain de 2011, il est l’homme politique le plus impopulaire – 7,9 % par rapport + 7,7 % par rapport de la région après Fidel Castro. Tout a à avril 2008 à avril 2008 basculé en décembre 2002, quand, après l’échec du coup d’État du mois d’avril de la même année, ses opposants ont débuté peinture, tout est rouillé. On ne remplace une grève qui a paralysé l’économie penles pièces que lorsqu’elles cassent. » dant deux mois. Après quoi Chávez a fait Même si Chávez est arrivé au pouvoir le ménage et renvoyé 20 000 employés de en surfant sur un rejet massif de la corPDVSA, parmi lesquels nombre d’excelruption, beaucoup sont convaincus que la lents gestionnaires et techniciens. situation a empiré. L’ancienne élite éconoDe cette radicalisation est né le noumique a été remplacée par une « bolivaroveau PDVSA, qui a étendu ses activités à des secteurs n’ayant « Ils peignent les installations rien à voir avec le pétrole, comme en rouge pimpant. Mais l’épicerie, le BTP ou la fabricaen dessous, tout est rouillé. » tion de chaussures de sport. Il y a dix ans, c’était la compagnie la mieux gérée du continent. Depuis bourgeoisie ». Si la réputation personnelle 2003, inefficacité et incompétence sont du président n’est pas remise en question, la norme. Conséquence : une série de il n’en a pas moins été confronté, en graves accidents qui ont fait 77 morts 2010, à un accident très embarrassant, avant l’explosion d’Amuay. Le manque lorsque la plateforme de forage offshore d’investissements nuit gravement à la Aban Pearl a coulé quelques jours après maintenance. « Ils peignent tout en rouge son inauguration. Gustavo Coronel a pour que tout semble pimpant, s’insurge démontré que PDVSA avait payé un interun syndicaliste. Mais sous la couche de médiaire 730 000 dollars par jour pour JEUNE AFRIQUE

des prestations qui n’en valaient que 358 000. L’intermédiaire en question est, selon l’opposition, un homme d’affaires vénézuélien proche du gouvernement… Toujoursen2010,plusde100000tonnes de nourriture avariée ont été découvertes dans des conteneurs importés par une filiale de PDVSA. Très fâcheux, au moment où le gouvernement s’efforçait d’imputer au secteur privé les pénuries alimentaires. En 2011, près de 500 millions de dollars ont disparu des caisses d’un fonds de pension de PDVSA : ils avaient été investis dans une pyramide de Ponzi, une arnaque à la Madoff montée par un ancien conseiller financier de l’entreprise. Il y a aussi le scandale Guido Antonini Wilson, du nom de cet homme d’affaires américano-vénézuélien qui, en 2007, s’était enfui à Buenos Aires avant de se faire pincer à la douane : il avait « oublié » de déclarer une valise contenant 800 000 dollars en liquide. Selon des juges américains, cette somme était destinée au financement de la campagne de Cristina Kirchner. Chávez nie tout en bloc et accuse « l’empire américain » de tenter de le discréditer. Quoi qu’il en soit, personne n’a été poursuivi. Pendant des années, grâce aux investissements considérables consentis dans le passé, à la hausse du prix du pétrole et à l’importance des réserves d’hydrocarbures, la compagnie a pu être maintenue à flot. Ce qui a permis au pays d’obtenir une aide financière massive de l’étranger, mais… a décuplé sa dette. L’opposition accuse PDVSA d’avoir ainsi hypothéqué son avenir. OPAQUE. Cet avenir dépend d’abord de

l’élection présidentielle. Pour le moment, la plupart des compagnies étrangères s’en tiennent à une prudente expectative. « Nous vivons avec Chávez depuis si longtemps que nous savons à qui nous avons affaire, confie le responsable de l’une d’elles. S’il l’avait voulu, il aurait pu nous nationaliser depuis longtemps. » Capriles l’a promis: s’il gagne, il mettra fin à « l’utilisation arbitraire et opaque » des revenus de PDVSA et n’enverra pas « une goutte de pétrole de plus » à des alliés étrangers. S’il perd, Diego González craint que, en matière énergétique, le Venezuela ne manque définitivement le coche. ● BENEDICT MANDER © Financial Times et Jeune Afrique 2012. Tous droits réservés N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


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TURQUIE

! ARRIVÉE DES PRÉVENUS AU TRIBUNAL de Silivri, le 21 septembre.

Justice à grand spectacle Plus de trois cents officiers putschistes ont été lourdement condamnés au terme d’un procès en forme de règlement de comptes. Mais les militaires sont loin d’être les seuls dans le collimateur de l’AKP.

L

ascènesedéroulefinmars,dansle hall de la 13e chambre criminelle du tribunal de Silivri (près d’Istanbul). Et elle a quelque chose de surréaliste. Profitant d’une suspension d’audience, le général Ilker Basbug, expatron de l’armée (2008-2010) accusé d’avoir participé à un complot contre le gouvernement islamo-conservateur de l’AKP, laisse éclater son amertume : « Où sont passés mes anciens chefs de corps d’armée ? Si l’un d’eux était jugé ici et que je n’étais pas en prison, je serais venu le soutenir. » Même s’ils le voulaient, en seraient-ils capables? Des palanquées de hauts gradés sont derrière les barreaux ou comparaissent en effet devant la justice pour des affaires similaires. AGENTS D’INFLUENCE. « Masse de

forgeron », « Plan antiréactionnaire »… Entre 2002 et 2009, on a recensé pas moins de sept tentatives de putsch. Dans leur grande majorité, leurs instigateurs présumés étaient des militaires. S’y sont ajoutés parfois des journalistes, avocats ou universitaires censés avoir été leurs agents d’influence. Le 21 septembre, 331 prévenus ont été lourdement condamnés. Parmi eux, les anciens chefs de l’armée de l’air, de N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

la marine et de la Ire armée de terre ont écopé de vingt ans de prison. On leur reproche – entre autres – d’avoir projeté des attentats afin de déstabiliser l’AKP et de justifier une intervention « salvatrice ». INCOHÉRENCES. Ces verdicts sans pré-

cédent dans un pays longtemps dominé par l’establishment laïque ont fait l’effet d’un coup de tonnerre. Face aux succès électoraux de l’AKP, l’armée, auteure de quatre putschs, réussis ceux-là (1960, 1971, 1980 et 1997), et ennemie jurée de la mouvance islamiste, a dû se résigner à faire marche arrière et à consentir à un partage du pouvoir. Sans que la démocratie en sorte gagnante, car l’institution judiciaire a été instrumentalisée : alors que les hautes cours ferraillaient pour empêcher la mainmise de l’AKP sur les rouages de l’État (essayant même, en 2008, d’interdire ce parti), le gouvernement a mobilisé des juridictions d’exception pour traiter d’affaires où la sécurité de l’État était en jeu. Il en résulte une série de procès à grand spectacle où procédures confuses et incohérences factuelles laissent une délétère impression de règlement de comptes. Ce ne sont plus seulement les putschistes anti-AKP qui sont sur le

banc des accusés, mais ceux de 1980 – en l’occurrence, deux vieillards malades, dont les crimes ne sont pas pour autant excusables – et ceux de 1997, qui poussèrent à la démission Necmettin Erbakan, le Premier ministre islamiste de l’époque. Certes, on fait à travers eux le procès des années noires. Mais l’opération mani pulite a dérapé. Elle vise tous les contradicteurs qui déplaisent au gouvernement, notamment des membres du Parti pour la paix et la démocratie (BDP, prokurde), qui s’est taillé de beaux succès aux municipales de 2009 au détriment de l’AKP. Intellectuels libéraux, élus du BDP, journalistes et même une étudiante francoturque encourent de lourdes peines de prison en vertu de lois antiterroristes jadis utilisées par l’armée. LES KURDES AUSSI. Aujourd’hui, 8 000 personnes appartenant à des organisations politiques kurdes ou plaidant pour une solution politique du problème kurde seraient incarcérées. Ces excès sont devenus criants avec l’inculpation de deux figures unanimement respectées, l’universitaire Büsra Ersanli et l’éditeur Ragip Zarakolu, qui doivent être jugées le 2 octobre avec 205 coaccusés. Ces atteintes aux droits de l’homme préoccupent ONG et instances européennes. La Commission de l’UE, qui évalue chaque année les progrès réalisés par les candidats à l’élargissement, doit publier son rapport sur la Turquie le 10 octobre. Il s’annonce comme le plus critique depuis 1998. ● JOSÉPHINE DEDET JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie FOOTBALL

Platini serre la vis Le président de l’UEFA veut imposer à partir de 2013 des règles de saine gestion aux clubs européens. Vaste programme ! Mais déjà, les sanctions tombent.

M

des compétitions continentales à partir de la saison 2014-2015. D’ores et déjà, les primes de participation à la Ligue des champions ou à la Ligue Europa de 23 clubs (dont l’Atlético Madrid, Málaga, le Sporting Lisbonne et le Fenerbahçe Istanbul) ont été gelées. Les intéressés accusaient d’importants retards dans le versement des salaires (joueurs, staffs techniques, employés), mais aussi dans celui des sommes dues aux organismes fiscaux et/ou sociaux, voire à d’autres clubs dans le cadre de transferts. LOGICIEL. Pour se familiariser avec les

nouvelles règles, 40 clubs ont accepté de tester un logiciel qui permet de traiter les

ALEXIS BILLEBAULT

DDB SA 36762/F

ichel Platini est un homme de convictions. L’ex-star française, qui préside l’Union des associations européennes de football (UEFA) depuis 2007, a déclaré la guerre à la gestion erratique des clubs européens. Il faut dire qu’en 2010 les pertes cumulées de ces derniers ont avoisiné 1,6 milliard d’euros! Platini veut donc imposer un retour à l’équilibre d’ici à 2015. Son principe est simple: les clubs ne pourront plus dépenser davantage d’argent qu’ils n’en gagnent. Pour la période 2013-2015, les pertes ne pourront excéder 15 millions d’euros par saison. Le barème des sanctions va du simple avertissement à l’exclusion

données financières conformément aux exigences de l’UEFA. La tâche s’annonce rude. Si les finances des clubs français ou allemands, par exemple, sont relativement transparentes, tel n’est pas le cas partout. D’où viennent les fonds investis dans certains clubs ? Personne n’en sait trop rien. Des voix s’élèvent donc pour que toutes les Directions nationales du contrôle de gestion (DNCG) adoptent les mêmes règles, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. D’autres, comme l’Allemand Karl-Heinz Rummenigge, président du Bayern Munich et de l’Association européenne des clubs (ECA), s’émeuvent des sommes colossales englouties récemment sur le marché des transferts par le Paris SG (144 millions d’euros), Chelsea (100) ou Manchester United (59). Ces clubs, qui font face à des pertes importantes, ne pourront par éternellement se remettre à flot grâce aux chèques signés par leurs actionnaires ou de très généreux sponsors. L’UEFA ne le tolérera pas. ●

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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

! « EN TANT QU’ARTISTE NOIR, on n’a pas le droit de dire que le problème de la couleur est réglé. »

Eva Doumbia Tigresse de papier Cette metteuse en scène d’origines malienne et ivoirienne milite, sans cacher ses doutes et ses blessures, pour un théâtre engagé… au féminin.

C

ÉTAIT L’ANNÉE DERNIÈRE, sous le doux soleil d’octobre, à Limoges (France). Eva Doumbia, 44 ans, présentait alors, à l’occasion des Francophonies en Limousin, Moi et mon cheveu, le cabaret capillaire, un spectacle mis en scène autour de textes de la Congolaise Marie-Louise Bibish Mumbu. Arrivée tendue au lieu de rendez-vous, curieuse et inquiète de ce que l’on avait pensé de sa pièce, elle s’était peu à peu laissée aller, ne faisant aucun mystère de ses doutes de créatrice – comme de ses certitudes. À l’inverse d’un Dieudonné Niangouna prompt à autoproclamer son génie, la metteuse en scène d’origines malienne et ivoirienne hésite, cherche, se remet en question. Si elle est parfois cassante, c’est – semble-t-il – plus par fragilité que par mauvais caractère. Fêlures,

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blessures intimes et cicatrices affleurent au gré des phrases, à peine camouflées. En évoquant Moi et mon cheveu: « La petite fille noire se déprécie très tôt, dit-elle. Je lui ressemble, mais en métisse. J’ai des souvenirs de moi me regardant et me détestant. » En parlant de son père, d’abord ouvrier dans le bâtiment puis conducteur de bus: « À partir de 10 ans, il fallait se lever pour faire le ménage. Pour moi, mon père était un dictateur, et nous on était des Cosette. » Sur la question du racisme: « Nous étions la seule famille noire à plusieurs kilomètres à la ronde, mais je n’ai pas subi le racisme de manière très violente. Il y a des choses qui passaient par le biais de l’intime, des choses blessantes qui n’étaient pas faites pour être blessantes. » Sur la question du racisme (bis) en Afrique : « En Côte d’Ivoire ou au Mali, où je suis une sœur,

on peut m’en vouloir plus que si j’étais totalement blanche. Pour certains, être né de l’autre côté, c’est une chance, et faire un travail sur le retour peut être mal pris. » Pourtant, celle qui a « rencontré le théâtre à l’âge de 14 ans » a réussi à s’imposer dans un milieu professionnel où la tendresse n’est pas la règle. « Tout s’est remis en place quand j’ai recollé les morceaux de ma famille africaine et accepté de vivre entre deux mondes », confie-t-elle. À l’âge de 26 ans, elle s’est rendue à Abidjan, où tout s’est « magnifiquement » passé. « À partir de ce premier voyage, il y en a eu un tous les six mois. Les racines ont à nouveau creusé la terre. Il était essentiel pour moi d’être reliée à une généalogie. » Le théâtre, bien sûr, reste le fil directeur de sa vie. Études de lettres à la faculté d’Aix-en-Provence, rencontre avec le théâtre des Bernardines à Marseille, création de la compagnie La Part du pauvre en 2000, intégration de l’Unité nomade de formation à la mise JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie en scène en 2001, naissance de la compagnie Nana Triban à Abidjan en 2002, ateliers en Afrique, etc. Mais là encore, rien de linéaire, plutôt une succession de remises en cause et de questionnements. « Assez vite, j’ai voulu être comédienne, racontet-elle. Mais je me suis rendu compte que je n’arrivais pas à atteindre le niveau d’authenticité que j’espérais. Je suis devenue metteuse en scène à une époque où il n’y avait pas de rôles pour les Noirs et où il fallait donc faire les choses par nousmêmes. » Une voie difficile, surtout quand rien ne vous rapproche des réseaux établis. « J’ai le sentiment d’une inadéquation entre le monde du théâtre et le circuit professionnel, affirme-t-elle. Il y a un mépris du public par les décideurs qui, par exemple, imposent un théâtre hyperélitiste en plein cœur des cités. Je crois dans la recherche d’un théâtre populaire. » Quoiqu’un peu décoiffé – elle nous pardonnera l’expression –, le spectacle Moi et mon cheveu obéit à cette exigence, en mêlant danse, théâtre, cirque et musique. « Ce qui me plaît, c’est le mélange de plusieurs disciplines, sans que l’une l’emporte. » La critique qui l’agace le plus? Celle qui lui reproche de faire un théâtre didactique, puisqu’elle revendique son engagement pédagogique et politique. En particulier en faveur des femmes noires auxquelles elle veut « donner confiance » et « enseigner la souveraineté ». La voilà d’ailleurs qui s’enflamme: « En tant qu’artiste noir, on n’a pas le droit de dire que le problème est réglé! J’en veux à certains qui jouent ce jeu, disant qu’on a dépassé la question de la couleur! On a le devoir de construire la France brésilienne! » Elle s’emploie d’ailleurs à le faire, à sa manière, en mettant aujourd’hui en scène des textes de la Camerounaise Léonora Miano (Blues pour Élise et « Femme in a City ») qui sont déjà « tels qu’elle les a rêvés ». « Si les Noirs de France ne vont pas au théâtre, c’est qu’ils ne s’identifient pas, soutient Eva Doumbia. On avait vraiment besoin d’un auteur qui parle d’eux! » ●

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INDONÉSIE

Un chrétien à Jakarta En dépit des exhortations des responsables religieux, un non-musulman d’origine chinoise a été élu vice-gouverneur de la capitale, fief de l’islam conservateur.

«

À

insalubrité… Sans même parler d’une Jakarta, nous sommes catastrophe annoncée : à force de puiser pragmatiques, peu importe que notre noudans les nappes phréatiques, Jakarta s’est veau vice-gouverneur enfoncé de 25 cm à 70 cm en une quasoit chrétien, et non musulman ! Ce qui rantaine d’années. Et même de 2 m dans compte, explique Partimin, dont la famille certains quartiers du bord de mer. Mais habite la capitale indonésienne depuis au-delà, le vote des Jakartanais a valeur d’avertissement à l’échelle nationale. six générations, ce sont les résultats ! » Le Réélu triomphalement en 2009 pour 20 septembre, le second tour de l’élecun deuxième et dernier mandat, le prétion du gouverneur opposait l’équipe sident Susilo Bambang Yudhoyono a dirigeante sortante conduite par Fauzi « Foke » Bowo à un duo improbable dans déçu. Si Jokowi réussit son pari, il pourrait ce bastion de l’islam conservateur : Joko bien se retrouver colistier de son prin« Jokowi » Widodo, élu en 2010 meilleur maire du pays Embouteillages, inondations, pour son travail dans la ville pollution, insalubrité… La vie provinciale de Solo, et un parlementaire réputé incordans la mégapole est un enfer. ruptible, Basuki Tjahaja « Ahok » Purnama, un chrétien d’origine cipal appui, le très populaire Prabowo chinoise. Les leaders musulmans ont Subianto, pour la présidentielle de 2014. eu beau exhorter leurs fidèles – 90 % de Ex-général réputé pour sa brutalité lors la population indonésienne – à ne pas de la répression des dissidents dans les voter pour un chrétien, les Jakartanais, années 1990 et honni par les associaexcédés par la corruption et l’inefficacité tions de défense des droits de l’homme, des classes dirigeantes, ont élu le duo ce dernier pourrait en effet profiter de d’opposants avec 54 % des suffrages. l’insatisfaction générale pour revenir sur Mais le plus dur est à venir. le devant de la scène. L’élection de Jokowi Au fil des ans, la vie dans la mégapole pourrait ainsi avoir pour résultat parajavanaise (plus de 10 millions d’habitants) doxal de favoriser le retour de l’ancienne est devenue un enfer : embouteillages élite autoritaire et nationaliste. ● monstrueux, inondations, pollution, JULIETTE MORILLOT ! BASUKI TJAHAJA « AHOK » PURNAMA : une réputation d’incorruptible.

NICOLAS MICHEL, envoyé spécial à Limoges DR

Photo : PATRICK FABRE JEUNE AFRIQUE

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Économie

MARITIME

Modernisé, Marsa Maroc vogue vers le sud

! À 55 ANS, L’ÉNARQUE, ancien directeur de campagne de François Hollande, est l’un des ténors du gouvernement.

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JEUNE AFRIQUE


TUNISIE

One Tech esquive la crise

GUINÉE

L’État reprend la main

INTERVIEW

PORTRAIT

NIGERIA

Hassen Khelifati

Access Bank sonne la retraite

PDG d’Alliance Assurances

Pierre

Moscovici

« En Afrique, la Chine ne nous fait pas peur »

Coopération monétaire au sein de la zone franc, situation ivoirienne, montée en puissance des Chinois, aide au développement : le ministre français de l’Économie et des Finances livre sa vision des relations entre Paris et le continent. Et revient sur la crise de l’euro. Propos recueillis par JULIEN CLÉMENÇOT et STÉPHANE BALLONG

A VINCENT FOURNIER/J.A.

lors qu’une tempête d’austérité souffle sur la France et l’Europe, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, prépare avec son cabinet la réunion de la zone franc CFA prévue à Bercy le 5 octobre. L’événement marquera le 40e anniversaire des accords de coopération monétaire entre Paris et ses partenaires africains. À 55 ans, l’ancien directeur de campagne de François Hollande est l’un des ténors du gouvernement socialiste. Et même accaparé par la crise de la zone euro, il demeure convaincu de l’importance de renforcer les liens qui unissent la France au continent au moment où celui-ci commence à révéler son potentiel. Pour autant, cet ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), où sa rencontre avec son professeur Dominique Strauss-Kahn sera décisive, entend aussi incarner une rupture avec les habitudes de la Françafrique. Pour J.A., il dévoile en exclusivité les contours de sa stratégie.

JEUNE AFRIQUE

JEUNE AFRIQUE : Le 5 octobre, la France et ses partenaires africains vont marquer le 40e anniversaire de la zone franc. Qu’y aura-t-il à célébrer ? PIERRE MOSCOVICI : Ce sera un anniversaire

très amical. Il y aura beaucoup de personnalités présentes, un colloque, un livre, une exposition et l’inauguration d’une salle du centre de conférences de Bercy. Tout cela pour manifester l’importance que nous accordons, quarante ans après, à notre

coopération. Mais ce ne sera pas une réunion passéiste. Le présent et l’avenir, c’est une Afrique en pleine croissance qui reste très liée à la France. Les pays africains ont diversifié leurs partenariats. Ne devrait-on pas arrimer le franc CFA à un panier de monnaies plutôt qu’à l’euro ?

Si on fait le bilan des accords monétaires des zones franc, on constate qu’il n’y a pas de tutelle de la France. Ce sont des monnaies souveraines. C’est aussi un cadre de coopération qui a offert stabilité, faible inflation et croissance à nos partenaires. Cela a également favorisé leur intégration régionale. Ces traités ont déjà évolué, avec la création des unions économiques[UEMOAetCemac,NDLR]en1994ou la révision des accords monétaires en 2005 et 2007. Si nos partenaires veulent aller plus loin, c’est à eux de le décider et nous les accompagnerons. Et puis la zone franc va au-delà de l’union économique et monétaire, c’est une communauté pour renforcer la gouvernance et la croissance en Afrique. Pourquoi avoir proposé à Alassane Ouattara d’être l’invité d’honneur de la réunion du 5 octobre ?

Il incarne notre volonté de faire le lien entre le passé, le présent et l’avenir. Ancien gouverneur de la BCEAO [Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest], il a aussi été directeur du département Afrique du FMI [Fonds monétaire international] et est aujourd’hui à la tête de la Côte d’Ivoire, un pays qui joue un rôle important sur le continent et dans les relations entre la France et l’Afrique. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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Entreprises marchés Nous sommes amicaux, disponibles, nous sommes en interdépendance, mais nous ne sommes pas dans l’ingérence.

Depuis quelques mois, la situation est à nouveau tendue en Côte d’Ivoire. Êtes-vous inquiet ?

Je préfère insister sur ce qui avance. En 2011, le PIB a reculé, mais dans des proportions moindres qu’attendu. Et cette année, le rebond devrait être très fort, avec une croissance de plus de 8 %. La France a été le premier bailleur à intervenir en Côte d’Ivoire avec un appui budgétaire de plus de 350 millions d’euros. J’ai moi-même annoncé, en juillet dernier, une très importante annulation de dette de près de 4 milliards d’euros. Quand des tensions réapparaissent, on les surveille. Je souhaite que la reconstruction se poursuive et la France est prête à l’aider fortement, tout comme nous soutenons la réconciliation nationale autour du président légitimement élu. D’une manière générale, quel regard portez-vous sur les économies africaines ?

Il y a eu longtemps des stéréotypes négatifs: le continent oublié, le continent qui ne sortait pas de la misère. Il y a eu des discours plus que malheureux, à Dakar par exemple. Mais tout cela est derrière nous. L’Afrique a démarré et l’enjeu aujourd’hui est de réaliser tout son potentiel. Cette semaine [entretienréaliséle25septembre],jevaisprésenterle budget de la France en me basant sur une prévision de croissance de 0,8 %, et certains vont trouver ce chiffre trop optimiste. L’Afrique subsaharienne, c’est plus de 5 % de croissance par an. Cela fait rêver. À l’occasion de la réunion du 5 octobre, vous comptez aussi lancer une initiative pour des contrats équitables. De quoi s’agit-il ?

Il faut renforcer les capacités juridiques des États africains pour qu’ils puissent mieux négocier leurs contrats, en particulier dans le domaine de l’exploitation de leurs matières premières. Makhtar Diop, le premier francophone vice-président Afrique de la Banque mondiale, sera là pour en parler. Ainsi que Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement [BAD], qui a ouvert la voie sur ce sujet majeur. François Hollande a maintes fois annoncé son intention de rompre avec la Françafrique. Au-delà de la disparition symbolique de la cellule de l’Élysée, comment allez-vous procéder ?

Effectivement, François Hollande a une volonté claire d’en finir avec la Françafrique, ses mécanismes pervers et ses influences occultes. C’est un fait, il n’y a plus de cellule Afrique. Bien sûr il y a des conseillers. Mais ces conseillers ne sont pas des personnages sulfureux ou mystérieux, ce sont des diplomates, des professionnels comme Thomas Mélonio. Ils ne sont pas les héritiers de Foccart ou de Bourgi. Sortir de la Françafrique, c’est considérer qu’il n’existe pas de « pré carré » que nous piloterions de l’extérieur. Nous sommes tout sauf indifférents. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Compte tenu de la crise européenne, vous avez sans doute peu de temps à consacrer à l’Afrique?

Tout est relatif. Il n’y a pas de visiteur africain de haut niveau qui ne souhaite me voir. C’est un symbole de ces liens. Un président africain qui vient à Paris voit le président, le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et, en général, le ministre de l’Économie et des Finances. Je n’ai jamais refusé un rendez-vous. J’ai provoqué, au contraire, des rencontres et je prends des initiatives.

40 ans

de zone franc 1972 Signature des accords de coopération monétaire entre les États d’Afrique centrale (22 novembre) et avec la France (23 novembre)

Tous les chefs d’État du continent sont-ils les bienvenus à Paris ?

Je peux avoir des préférences. Mais il n’y a pas beaucoup de ministres qui, comme moi, ont une conseillère d’origine africaine – Safia Otokoré – et un directeur de cabinet – Rémy Rioux – qui, le jour où je lui ai proposé le poste, partait à Tunis comme vice-président de la BAD ! Par ailleurs, je compte bien me rendre en Afrique prochainement.

1973 Création de l’Union monétaire ouestafricaine (14 novembre) et signature de l’accord de coopération monétaire avec la France (4 décembre)

Grâce à ses investissements massifs, la Chine est devenue un interlocuteur incontournable des États africains. La France peut-elle rivaliser ?

1977 Transfert du siège de la Beac de Paris à Yaoundé

1978 Transfert du siège de la BCEAO de Paris à Dakar

1994 Dévaluation du franc CFA : 1 F = 100 F CFA (au lieu de 50 F CFA). Le passage à l’euro, en 1999, ne modifie pas la parité : 1 € = 655,957 F CFA

SOURCE : MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE ET DES FINANCES

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La France est encore le deuxième exportateur vers l’Afrique subsaharienne, derrière la Chine mais devant les États-Unis et l’Allemagne. Nous sommes aussi le quatrième importateur derrière les États-Unis, la Chine et l’Italie. Ce n’est pas si mal. En même temps, il ne faut pas s’en contenter. L’Afrique subsaharienne ne représente que 3 % des exportations et des importations françaises, avec à peu près 14 milliards d’euros d’importations et 12 milliards d’exportations. C’est trop peu. Je ne veux pas critiquer la Chine, je trouve cela désuet. C’est en réorientant le partenariat entre la France et l’Afrique vers l’investissement que nous trouverons de meilleures réponses. En aidant nos entreprises à mieux appréhender le risque, qu’elles tendent à surévaluer;àallerdel’avant,endonnantunepriorité au secteur de l’énergie où nous avons une grande expertise.Nousn’avonspasàavoirpeurdesChinois. Pour faciliter l’essor des entreprises françaises en Afrique, faut-il les inciter à nouer des partenariats en offrant leur expertise à des sociétés chinoises?

Je n’ai pas spécialement envie que la France soit le conseiller technique d’autres pays. Je n’exclus pas la possibilité de partenariats, mais ils doivent être équilibrés. Avant tout, je souhaite qu’on investisse et nos entreprises en ont les moyens.

Renault a ouvert une usine au Maroc cette année et en implantera peut-être une demain en Algérie. Que pensez-vous de ces délocalisations ?

L’essentiel, c’est que l’emploi en France reste

JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés préservé. C’est toute la différence entre une délocalisation et une colocalisation. Ce que je souhaite, c’est que sur le territoire français, les constructeurs conservent tout leur potentiel. Il s’agit d’être capable d’organiser une bonne répartition entre ce qui est produit en France et ce qui peut être produit ailleurs. Ne soyons pas frileux par rapport à cela. En revanche, lorsque des délocalisations sont des affaiblissements réels du tissu économique français, je suis alerté.

L’opposition dit que vous n’avez pas les moyens de votre politique…

Nous avons les moyens qu’ils nous ont laissés.

On ne peut pas toujours se tourner vers le passé pour justifier son action.

On ne peut pas non plus présenter le premier budget d’une législature et faire comme si c’était sur une feuille blanche. Je me passerais bien d’un budget où il faut passer en dix-huit mois de 5 % du PIB de déficit à 3 %. C’est très dur et ça, c’est un héritage qu’ils nous ont laissé, un héritage de chômage élevé, de croissance faible, de compétitivité affaiblie. Par ailleurs, nous avons toute légitimité pour agir. Le président de la République a été élu pour cinq ans, pas pour quatre mois. Il a fixé un calendrier: deux ans de redressement et trois ans de développement, d’expansion et de redistribution.

! LORS DE L’ENTRETIEN, au ministère de l’Économie et des Finances, le 25 septembre.

VINCENT FOURNIER/J.A.

Pour boucler son budget 2013, la France devra trouver 37 milliards d’euros. L’aide publique au développement (APD) ne va-t-elle pas en pâtir ?

Concernant la crise européenne, aviez-vous anticipé une situation aussi dégradée ?

Je connaissais la profondeur de la crise. Ce que je ne mesurais peut-être pas tout à fait, c’est le temps que cela prend. Il faut déployer une énergie très forte. Moi qui ai été ministre des Affaires européennes il y a quinze ans, je vois à quel point les mécanismes d’intégration se sont renforcés, pas toujours pour le meilleur car ils se sont aussi beaucoup complexifiés. Mais je suis persuadé que la politique poursuivie par François Hollande et le gouvernement porte ses fruits et j’affirme que l’élection du 6 mai a fait bouger les lignes en Europe. Mon sentiment est que l’Europe, petit à petit, est en train de sortir de cette crise, de retrouver des perspectives. Les décideurs africains s’inquiètent néanmoins encore d’une possible explosion de la zone euro.

Ce sera un des sujets dont nous parlerons lors de la réunion du 5 octobre. Je mentirais si je disais que l’Europe a retrouvé la croissance, qu’il n’y a plus d’incertitude, de spéculation. En revanche, mon sentiment, c’est qu’elle est en train de sortir des questions existentielles et que les Européens sont en train de surmonter ce choc collectif. C’est lent, c’est dur, mais j’ai une très grande confiance dans la pérennité de la zone euro.

JEUNE AFRIQUE

Petit à petit, l’Europe est en train de sortir de cette crise, de retrouver des perspectives.

Dans le cadre de ce budget très tendu, l’objectif a étédepréserverunniveaud’APDcomparableàcelui de 2012, avec des crédits globalement maintenus. Nous avons aussi décidé de dégager de nouvelles sources de revenus pour investir dans les domaines de l’environnement, de la santé et du changement climatique, avec l’affectation d’une partie de la taxe française sur les transactions financières. L’Afrique reste évidemment la principale zone d’engagement de l’Agence française de développement, prêts et dons confondus, avec 40 % de ses engagements. Ce sont des signes forts pour un secteur sur lequel on ne peut pas désarmer. Nicolas Sarkozy avait noué des relations économiques et diplomatiques avec le Qatar, votre gouvernement vient d’avaliser la création d’un fonds franco-qatari. Vous poursuivez dans cette voie ?

Je ne vais pas me prononcer sur l’aspect géopolitique. Concernant le fonds, dès lors que le Qatar, avec les ressources qui sont les siennes, veut investir en France sur des intérêts stratégiques que nous pouvons définir ensemble, je ne vois pas pourquoi nous nous en priverions. Donc je suis ouvert sur cette dimension de coopération. Ce qui m’intéresse, c’est l’essor de nos entreprises et l’emploi associé. Vous êtes l’un des hommes forts du gouvernement, le président vous prête une oreille attentive… Vous sentez-vous « premier ministrable » ?

Je m’efforce d’être un ministre efficace. J’ai avec le président des relations fortes. Cela suffit totalement à mon bonheur. Il y a un Premier ministre, JeanMarc Ayrault, je lui suis d’une loyauté totale. Cela fait quatre mois que je suis ministre de l’Économie et des Finances, c’est une tâche passionnante et écrasante. Permettez que j’en profite sans penser à la suite. ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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Entreprises marchés

VINCENT FOURNIER/J.A.

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MARITIME

! L’entreprise vient d’être présélectionnée pour la réalisation et l’exploitation du DEUXIÈME TERMINAL À CONTENEURS D’ABIDJAN.

Modernisé, Marsa Maroc vogue vers le sud En quelques années, l’ex-monopole public des ports a fait sa mue. Après avoir très bien résisté à la libéralisation du marché national, il est candidat à une concession en Côte d’Ivoire.

A

u Maroc, personne ne croyait que l’ex-Office d’exploitation des ports (Odep) allait tenir le coup après la libéralisation du secteur portuaire, en 2008. Créé après l’indépendance du royaume pour gérer les ports du pays, l’Odep était à l’image de nombre de monopoles publics : pas très bien géré et plutôt nonchalant… Et pourtant. En quelques années, les choses ont vite changé sous la baguette de l’ex-ministre des Transports, Karim Ghellab, aujourd’hui président de la première chambre du Parlement. Dans le sillage de la grande réforme portuaire menée par son département, le ministre a confié à l’un de ses cadres, Mohamed Abdeljalil, la préparation de l’ouverture du marché et la mise aux normes. Avec comme objectif explicite de survivre à l’entrée de nouveaux opérateurs. Diplômé des Ponts et Chaussées (Paris), N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Mohamed Abdeljalil a fait carrière dans le cabinet international Arthur Andersen et chez le groupe français Bouygues. Il a été nommé en 2005 à la tête de l’Odep. Depuis, la société publique a mué très rapidement. Elle est d’abord transformée en société anonyme, Marsa Maroc, répondant à toutes les exigences de bonne gouvernance. Cette évolution juridique s’accompagne d’une vaste opération de « dégraissage » : une offre de départs volontaires fait passer le nombre de salariés de la nouvelle firme de 3 600 à 2 800 – un effectif qui a encore baissé depuis. L’organisation générale est refondue dans la foulée. Marsa Maroc se prépare en parallèle à la nouvelle donne concurrentielle. Programmée pour 2008, la libéralisation du secteur portuaire signe la fin de son monopole et le passage à une nouvelle logique de marché. Aujourd’hui,

En chiffres

10

ports exploités

175

millions d’euros de chiffre d’affaires

2 183

collaborateurs

35,4

millions

de tonnes de trafic global

sept opérateurs se disputent le créneau. De toute évidence, Marsa Maroc y a laissé des plumes : son chiffre d’affaires est passé de 3 milliards de dirhams (270 millions d’euros) en 2008 à 1,95 milliard de dirhams fin 2011. « Mais avec quelque 50 % de part de marché, Marsa Maroc a bien résisté », estime un professionnel du secteur. Mieux, l’opérateur national reste le leader incontesté du trafic conteneurisé, avec une part de marché de 77 % au Maroc, contrebalançant ainsi la perte de vitesse sur l’activité de transport international routier, où sa part de marché a fondu, passant de plus de 80 % fin 2008 à 44 % aujourd’hui. MÉGAPROJET. La recette de Marsa

Maroc est très simple. Plutôt que de rester sur la défensive, il passe à l’offensive. Plusieurs projets ont ainsi été lancés, pour des montants d’investissement colossaux. À Jorf Lasfar, troisième port du royaume, Marsa Maroc pilote la mise en marche d’un nouveau quai pétrolier. À Tanger, l’entreprise est retenue pour l’exploitation du quatrième terminal à conteneurs (TC4) de Tanger Med 2, la deuxième phase du complexe portuaire. Pour mener à bien le chantier, Marsa Maroc s’est doté d’une structure ad hoc, baptisée Marsa International Tangier Terminals, dont les missions couvrent la structuration du financement du projet, la réalisation des études de marché, l’acquisition des équipements et enfin l’exploitation du terminal. Ce mégaprojet, auquel l’entreprise se prépare depuis l’obtention de la concession en 2009, sera mis en service en 2014. Mais désormais, Marsa Maroc entend aussi aller chercher la croissance ailleurs en Afrique. En groupement avec PSA Singapore, il vient ainsi d’être présélectionné pour la réalisation et l’exploitation du deuxième terminal à conteneurs du port d’Abidjan. Ce premier pas au sud du Sahara ouvrira-t-il la voie à d’autres ? Malgré nos sollicitations, l’ex-Odep n’a pas souhaité répondre à cette question. ● MEHDI MICHBAL, à Casablanca JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

! L’ACTIVITÉ DE FABRICATION DE COMPOSANTS

a chuté de plus de 18 %.

HICHEM

ÉLECTRONIQUES

TUNISIE

One Tech esquive la crise Affecté par les difficultés du marché automobile européen, le fabricant de câbles et de composants électroniques investit au Maroc et cherche de nouveaux débouchés outre-Atlantique pour préparer la reprise.

E

n première ligne face à la crise, les constructeurs automobiles européens marquent le pas. Sur les huit premiers mois de l’année, leurs ventes ont reculé de 7,1 %. La situation semble même se dégrader, avec des baisses de 7,8 % et 8,9 % respectivement en juillet et en août. Si l’Allemagne résiste bien (– 0,6 %), les marchés français (– 13,4 %) et italien (– 19,9 %) plongent. Spécialisé dans la fabrication de câbles et de composants électroniques,notammentpourl’industrie automobile, le groupe One Tech est directement affecté par le ralentissement économique du Vieux Continent, où il compte de nombreux clients. Son patron, Moncef Sellami, ne cède cependant nt pas à la panique. « Les entreprises ses qui souffrent le plus sont celles qui travaillent avec un ou deux donneurs onneurs d’ordre. Nous avons un portefeuille tefeuille de clients suffisammentt 2008 large pour passer le cap et attendre une reprise dans six mois ou un an, comme nous l’avons fait en 2008 », explique-t-il. Avec 230 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011, réalisés à hauteur de 80 % à l’export, One Tech a en effet les reins solides. À preuve,

156,3

JEUNE AFRIQUE

pas un jour de chômage technique n’a été imposé à ses 2 500 salariés depuis le début de l’année, même si l’activité mécatronique (fabrication de composants électroniques), qui représente environ 35 % du chiffre d’affaires de la société, a baissé de plus de 18 %. Sur le marché du câble, la tendance est meilleure: les commandes progressent d’environ 7 %, tirées par la demande africaine dans les domaines de l’énergie et des télécommunications. DIALOGUE. Pourlepatron,lastraté-

gie par gros temps consiste d’abord à impliquer davantage ses salariés. « Pour gagner en productivité, il faut jouer la carte de la transparence. Une approche encore rare dans les entreprises tunisiennes », regrette-t-il. S’il est un adepte du dialogue, c’est sans doute parce qu’il a déjà pu mesurer les avantages de cette méthode avec ses 2009

155,3 partenaires industriels. « Avec eux, nous partageons une vision à trois ou quatre ans. Si la confiance est là, ils peuvent nous aider à acquérir les dernières technologies essentielles

En pleine expansion Chiffre d’affaires en millions d’euros

2010

184,7 SOURCE : ONE TECH

pour préparer l’avenir », estime le chef d’entreprise. Maisplusquedel’affaissementde la demande, Moncef Sellami s’inquiète de la dégradation du climat social tunisien sous la pression de la mouvance salafiste. Des tensions qui expliqueraient selon lui le recul (– 3 %) des investissements directs étrangers au premier semestre 2012 par rapport à la même période en 2010,annéederéférencepourl’économie nationale. « Pour préparer la reprise, il faut développer son outil industriel. Actuellement, nous mettons en œuvre un plan d’investissement de 25 millions de dollars [plus de 19 millions d’euros, NDLR], dont 55 % ont déjà été réalisés. Mais nous sommesuneexception.Lesgroupes étrangers présents en Tunisie préfèrent attendre », explique-t-il. Une situation dont profiterait selon lui le royaume chérifien, où plusieurs fournisseurs du secteur automobilesontpartiss’installer.«Il y a un regain d’intérêt des constructeurs et équipementiers allemands pour le Maroc, notamment à cause du facteur politique », confirmait en maiàJeuneAfriqueAdelBenKhaled, directeur général de l’équipementier Leoni dans le royaume. « À la demandedenospartenaires[Valeo, Continental, Siemens, Bosch], nous allons nous aussi ouvrir fin 2013 à Kenitra[aunorddeRabat]uncentre de production de composants électroniques»,expliqueSellami,quine précise pas le montant de ce nouvel investissement. Autre piste explorée par le groupe tunisien pour contourner les difficultéseuropéennes:misersur ur 2011 le marché automobile américain. Au

230

mois de juillet, les ventes y ont progressé de 9 %. « Nous revenons d’un voyage aux États-Unis. La reprise est là et les constructeurs expriment un certain ras-le-bol par rapport aux sous-traitants chinois, se réjouit Moncef Sellami. Nous développer outre-Atlantique est maintenant une priorité. » ● JULIEN CLÉMENÇOT N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

63


Entreprises marchés GUINÉE

L’État reprend la main Avec la fin de la collusion entre pouvoir et affairistes, la bonne gouvernance vernance est de retour à Conakry. Mais ais pour mener ses réformes, Alpha Condé ndé dispose de peu de relais dans le secteur ur privé.

L

en France, dispose de peu de relais dans le secteur privé local. Pendant la campagne électorale, l’importateur de motos Kabiné Sylla, alias « Bill Gates », était l’un des rares à l’avoir soutenu : il est aujourd’hui l’intendant de la présidence. TRIPTYQUE. Pour piloter sa poli-

tique économique, basée sur le triptyque mines-agriculture-infrastructures, Alpha Condé compte avant tout sur l’appareil d’État. Faute d’un secteur privé structuré et d’un réseau personnel étoffé, il s’appuie essentiellement sur ses ministres, des hauts fonctionnaires et des experts internationaux. Aux ressources naturelles, les rôles sont désormais plus clairs entre Mohamed Lamine Fofana, ministre des Mines, et Ahmed Kanté, administrateur général de la Société guinéenne du patrimoine

! De g. à d., OUSMANE KABA, conseiller du président chargé notamment des relations avec la Chine, MOHAMED LAMINE FOFANA, ministre des Mines, et KERFALLA YANSANÉ, ministre des Finances.

minier (Soguipami). « Il y a désormais une séparation claire entre le ministère, qui mène la politique minière, et la Soguipami, actionnaire public des mines », assure Mohamed Lamine Fofana. Dans la négociation des contrats signés avec les multinationales, les hauts fonctionnaires sont accompagnés par des experts internationaux. Ceux du Revenue Watch Institute, missionnés par le milliardaire américain George Soros (venu à Conakry en 2011), ont notamment conseillé le ministère dans la rédaction du nouveau code minier. Les juristes de l’International Senior Lawyers Project appuient également Naba Touré, conseiller technique à la présidence, qui prépare l’audit des contrats miniers signés avant 2010. En attendant, dans le domaine agricole, pourtant priorité affichée du président, les 1

LES BARONNIES, C’EST FINI DE 2006 À 2008, Kerfalla Person Camara (1) a connu une trajectoire météoritique: ancien gérant d’une boîte de nuit, il s’est retrouvé à la tête de Guicopres, détenteur des contrats de BTP de l’armée. Depuis la fin de la transition, il fait l’objet d’une investigation du ministère de l’Économie sur les N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

conditions d’obtention de ses contrats publics. Ses affaires sont en plein déclin. Ancien proche de l’ex-président Lansana Conté, Mamadou Sylla, patron de Futurelec, s’est reconverti dans la politique. Candidat à la présidentielle, il n’a réuni que 0,5 % des suffrages mais obtenu la

MAXPPP; YOURI LENQUETTE; DR

économie guinéenne a longtemps été dominée par des « barons » proches du pouvoir. Sous Lansana Conté (président de 1984 à 2008), l’Italien Guido Santullo et l’expatron des patrons Mamadou Sylla, président de Futurelec, avaient la main sur les marchés publics grâce à leurs liens avec l’État. Sous la junte militaire (2008-2010), la situation avait empiré. Kerfalla Person Camara, proche du général Sékouba Konaté (ex-président de la transition), avait ainsi pu décrocher – sans appel d’offre – un contrat de construction des casernes de l’armée de 73 millions d’euros. Depuis l’élection d’Alpha Condé, les autorités s’efforcent de montrer que les choses ont changé. Dans les allées du Forum économique de Conakry, les 14 et 15 septembre, pas de barons à l’horizon. Dans la capitale, les anciens caciques des affaires font aujourd’hui profil bas (lire encadré). « Les contrats publics sont plus transparents », se réjouit Habib Attya, patron de Socadi Construction et membre influent de la communauté libanaise. Il faut direaussiquele«Professeur»Alpha Condé, qui a longtemps vécu en exil

vice-présidence du Conseil national de la transition (parlement), qu’il a quittée voici quatre mois. Il est actuellement en France pour soins. Sadakadji Diallo (2), figure de l’import-export et soutien de l’opposant Cellou Dalein Diallo, s’est exilé au Sénégal. En revanche, les

affaires d’Alpha Amadou Diallo, qu’on a aussi vu dans les meetings de l’opposition, continuent de prospérer. Il est notamment l’importateur de Nissan à Conakry. ● C.L.B.

2 JEUNE AFRIQUE

DR

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Coulisses

Entreprises & marchés

grands projets se font attendre et le ministre de l’Agriculture, JeanMarc Telliano, un ancien candidat à la présidentielle rallié à Alpha Condé, a encore du mal à séduire les investisseurs. Le « Professeur » a toutefois plus de succès auprès des bailleurs de fonds internationaux, grâce à Kerfalla Yansané, son ministre de l’Économie, qui a notamment été l’artisan de l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), le 26 septembre. La soixantaine alerte, il a été consultant pour le Fonds monétaire international (FMI) et le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), mais aussi à la Primature de la RD Congo, où il fut chargé des réformes économiques de 2009 à 2010. C’est lui qui a orchestré le Forum économique de septembre, auquel il avait convié des personnalités comme la Nigériane Obiageli Ezekwesili, ancienne vice-présidente de la Banque mondiale, ou Paul Collier, économiste de l’université d’Oxford spécialiste des pays émergents. PLANCHE À BILLETS. À ses côtés, le

gouverneur de la Banque centrale, Louncény Nabé, a mis un terme à la planche à billets et pacifié les relationsaveclesbanques.«En2008 il y avait six banques, aujourd’hui elles sont quatorze », se félicite-t-il. Enfin, Ousmane Kaba, conseiller du président, ancien ministre de l’Économie et proche de l’ex-Premier ministre Sidya Touré, entretient les liens économiques du pays avec la Chine. L’empire du Milieu finance ainsi, via China Exim Bank, 75 % du barrage de Kaleta, d’un coût total de 346 millions d’euros. Reste que pour faire décoller l’économie, même si la bonne gestion est de retour et de nouveaux hommes clés à la manœuvre, rien ne sera possible sans stabilité politique. De ce point de vue, l’organisation rapide d’élections législatives – sans cesse reportées depuis 2011 – sera la meilleure garantie de voir revenir les investisseurs. ● CHRISTOPHE LE BEC, envoyé spécial à Conakry JEUNE AFRIQUE

DR

Retrouvez toute l’actualité économique et financière du continent sur economie.jeuneafrique.com

MAROC BANQUE POPULAIRE EN PLEINE MUTATION L’État marocain a une nouvelle fois revu à la baisse sa présence au capital du groupe Banque populaire, dont il était encore l’année dernière l’actionnaire de référence. Déjà diluée par les augmentations de capital

réservées au français BPCE et à la Société financière internationale (SFI), la participation de Rabat représente désormais moins de 10 %. La SFI a quant à elle finalisé le 27 septembre son entrée dans le capital du groupe bancaire, prenant le contrôle de 5 % des titres pour 158 millions d’euros. Sur le front africain, la prise de participation dans le groupe ivoirien Banque Atlantique a été définitivement entérinée mardi 25 septembre, à Casablanca. L’opération s’est soldée par l’injection de 56 milliards de F CFA (85,4 millions d’euros) dans Atlantic Bank International (ABI), un nouveau holding commun mis sur pied à cette occasion. Banque populaire est, de ce fait, présent dans sept pays de l’Union économique et monétaire ouestafricaine (UEMOA). ●

• TUNISIE La Société tunisienne de banque publie un résultat net négatif

S

M

S

de 54,3 M€ pour l’exercice 2011 • RD CONGO La Gécamines détient 100 % de la Compagnie minière du Sud-Katanga, après le rachat de 60 % au belge Forrest

• MALI Swiss Bullion et PAMBC investiront 45 M€ pour construire la

première raffinerie d’or du pays • TCHAD La société pétrolière canadienne Simba Energy a signé un protocole d’accord avec le gouvernement tchadien pour trois permis d’une superficie de 25 000 km2 • ALGÉRIE L’imposition des pétroliers étrangers va baisser pour les pousser à investir dans l’exploration

HÔTELLERIE ACCOR OUVRIRA 30 ÉTABLISSEMENTS Accor a confirmé avoir lancé un vaste plan de développement continental à l’horizon 2016. Déjà leader du marché hôtelier en Afrique, où il compte 118 hôtels, le groupe a prévu l’ouverture de 30 établissements supplémentaires pour un total de 5 000 nouvelles chambres. Le Maroc, l’Algérie, le Nigeria, le Ghana, l’Afrique du Sud, l’Angola et le Kenya figurent parmi « les marchés prioritaires ». ● CROISSANCE PERSPECTIVES STABLES SELON MOODY’S « L’amélioration de la conjoncture en Afrique semble appelée à se poursuivre dans les cinq prochaines années en dépit des risques inhérents à la crise » européenne, selon l’agence de notation Moody’s. Ses analystes

tablent sur une croissance de l’ordre de 6 % pour les cinq prochaines années. Mais si le continent semble capable de résister au scénario retenu par Moody’s – une croissance de 0 % à 2 % en Europe –, des conditions plus défavorables affecteraient plus profondément son économie. ● ÉLECTRICITÉ ACWA DÉCROCHE LA CENTRALE DE OUARZAZATE Le Maroc a choisi un consortium conduit par le saoudien Acwa pour bâtir et opérer une centrale solaire de 160 MW à Ouarzazate, pour un coût estimé à un milliard de dollars (777 millions d’euros). Ce projet est le premier d’une série de cinq centrales solaires, d’une puissance cumulée de 2 000 MW, qui devraient être construites d’ici à 2020. Le coût total du programme est évalué à 9 milliards de dollars. ● N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

65


Décideurs ALGÉRIE

Hassen Khelifati, assureur militant

persévérance, seulement », affirme Hassen Khelifati. Ce quadragénaire résume sa méthode en trois points : « Croire au marché local, être dynamique et rester en permanence à l’écoute de l’environnement, la société. » La recette du succès d’Alliance Assurances ? Développer des produits à forte valeur ajoutée et innovants pour l’Algérie, comme le dépannage des véhicules, et réduire au minimum les délais de remboursement des sinistres, souvent très longs chez les assureurs publics. Confiant, le dirigeant ambitionne de faire de sa compagnie la préférée des Algériens à l’horizon 2015. « L’objectif est d’atteindre 10 % de part de marché en 2015 avec un chiffre d’affaires de 8 milliards de dinars, et 20 % en 2020 avec un chiffre d’affaires de 25 milliards de dinars. »

Le fondateur d’Alliance Assurances, la seule société privée du pays cotée en Bourse, est connu pour son dynamisme commercial. Mais aussi pour sa liberté de parole.

H

assen Khelifati incarne la nouvelle génération de patrons algériens. À bientôt 44 ans (il est né le 6 octobre 1968), il est depuis huit ans à la tête d’Alliance Assurances, le deuxième assureur privé du pays par le chiffre d’affaires, et la première – et toujours unique – entreprise privée cotée à la Bourse d’Alger (depuis 2011). « La décision d’introduire notre société en Bourse signifie que nous acceptons de travailler dans la transparence totale », explique le PDG. Dans un pays où le secteur informel représente, selon les filières, entre 30 % et 60 % de l’économie, selon le Forum des chefs d’entreprise (FCE), Alliance Assurances veut indiquer la voie à suivre. « Je voulais montrer aussi qu’il existe des chefs d’entreprise capables de prendre leurs responsabilités dans le développement du pays », insiste M. Khelifati, dont la société est l’une des success-stories de ces dernières années en Algérie.

pourtant largement dominé par le secteur public. Les performances opérationnelles ont également été au rendez-vous : son chiffre d’affaires est passé de 302,8 millions de dinars (3,1 millions d’euros) en 2006 à 3,9 milliards en 2011. « Nous avons enregis« C’est le rôle du chef d’entreprise tré un taux de croissance de d’alerter et de donner son avis 15 % en 2011 sur les questions économiques. » contre 7 % pour l’ensemble du « J’ai créé cette compagnie en secteur », précise M. Khelifati. Alliance Assurances détient décembre 2004. L’idée en est née lors d’une rencontre avec un agent désormais 5 % d’un marché dont d’assurance qui m’a proposé de le chiffre d’affaires était de 820 milcréer une société dans ce secteur », lions d’euros en 2011. Il emploie explique-t-il. 450 salariés et compte plus de 300 000 clients. P E R F O R M A N C E S. Alliance « On peut réussir en Algérie sans Assurances, qui a lancé son activité être soutenu par un général de commerciale en 2006, a réussi à se l’armée ou un baron du régime. faire une place sur le marché local, On peut réussir par le travail et la N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

STEVE JOBS. Quand il ne travaille

SAMIR SID

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Profil • Né le 6 octobre 1968 à Meftah (wilaya de Blida), marié et père de deux enfants • Diplômé de l’ESC Alger option finances, titulaire d’un DESS BanquesAssurances et d’un MBA en marketing obtenus au Québec • Fondateur et PDG d’Alliance Assurances • Candidat à la présidence de la FCE en novembre 2011

pas, ce père de deux enfants issu d’une famille d’entrepreneurs de la région de Meftah (près d’Alger) aime lire – même si les sujets restent très liés à son activité professionnelle. « Je lis beaucoup sur les expériences des grands chefs d’entreprise comme Issad Rebrab [président du conseil d’administration de Cevital, premier groupe privé du pays, NDLR] ou Steve Jobs [l’emblématique patron d’Apple]. » Diplômé en finance de l’École supérieure de commerce (ESC) d’Alger et titulaire d’un MBA en marketing décroché au Québec, membre du FCE et du Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), Hassen Khelifati intervient souvent dans le débat économique en Algérie. Parfois critique à l’égard du gouvernement, il assume : « Mes remarques sont constructives, et je pense que c’est le rôle du chef d’entreprise d’alerter et de donner son avis sur les questions économiques. J’aime aussi mon pays. » ● HAMID GUEMACHE, à Alger JEUNE AFRIQUE


Décideurs

! ELLE

N’AURA PAS LE RANG DE

et son champ d’action n’est pas clairement défini. DR

MINISTRE

SÉNÉGAL

Aminata Niane glisse d’une présidence à l’autre Figure de l’ère Wade, l’ancienne patronne de l’agence nationale des grands travaux devient conseillère de Macky Sall. Une nomination à double tranchant.

E

lle a été pendant près de une décennie l’une des femmes les plus influentes du Sénégal. Aminata Niane, 55 ans, vient d’être nommée « conseillère » auprès du président de la République, Macky Sall. Mais, contrairement aux échos publiés dans la presse locale, elle n’aura pas le rang de ministre et son champ d’action n’est pas encore défini. Elle devrait, selon

Seydou Guèye, secrétaire général du gouvernement, « s’attacher à la mobilisation de ressources pour la réalisation de grands projets ». Jusqu’en avril dernier, la Sénégalaise était à la tête de l’Agence nationale chargée de la promotion de l’investissement et des grands travaux (Apix). Un poste stratégique que lui avait confié l’ancien président Abdoulaye Wade en 2000, date de création de

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cette structure. Entre 2000 et 2010, cette scientifique de formation, diplômée d’un MBA de l’université de Birmingham (Angleterre), aura agréé 4 514 projets pour un total de 5 866 milliards de F CFA (8,9 milliards d’euros) d’investissements, dont 4 471 milliards de F CFA ont effectivement été réalisés. Certaines de ces infrastructures, dont l’autoroute à péage (580 millions d’euros) et l’aéroport international Blaise-Diagne (350 millions d’euros), seront livrées en 2013 ou en 2014. Toujours présidente du conseil d’administration du futur aéroport, Aminata Niane siège également depuis 2010 à celui de la multinationale française de services informatiques Atos. PIED DE NEZ. Mais avec le temps,

la femme à la célèbre chevelure poivre et sel est aussi devenue l’égérie de l’ère Wade… Pour une partie de la société civile et des alliés du nouveau chef de l’État, sa récente promotion est donc un véritable pied de nez. Ils rappellent en outre que sa gestion de l’Apix a été plusieurs fois épinglée par la Cour des comptes sénégalaise. Contactée, l’intéressée botte en touche et affirme limiter ses interventions publiques. « Je suis aujourd’hui dans une position officielle et non plus dans une agence autonome où l’on pouvait s’exprimer avec sa propre stratégie », déclare-t-elle. ● HABY NIAKATE

MOKHTAR MNAKRI SOTETEL Le nouveau PDG deTunisieTélécom (depuis août) est également nommé à la tête du conseil d’administration de la Société tunisienne d’entreprises de télécommunications, dont l’opérateur détient 35 %. JEUNE AFRIQUE

FUNKE FEYISITAN FBN CAPITAL Après quinze ans au sein de JP Morgan, cette diplômée des universités londoniennes Queen Mary et Brunel devient directrice exécutive de la filiale de banque d’affaires du groupe First Bank.

CLAUDE PÉRIOU PROPARCO L’ancien directeur exécutif des risques de l’Agence française de développement reprend le poste de directeur général de sa filiale chargée du secteur privé, qu’il a déjà occupé de 2002 à 2006. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

HICHEM ; DR ; FRADIN/PROPARCO

ON EN PARLE


Marchés financiers ! L’établissement a émis en juillet UN EMPRUNT EUROBOND DE 350 MILLIONS DE DOLLARS, sursouscrit de 150 millions.

Nigeria interdit aux établissements qu’elle supervise de recapitaliser leurs filiales à l’étranger avec des capitaux nigérians. Selon le régulateur, les filiales qui ne peuvent pas générer suffisamment de fonds sur leurs marchés locaux devront être fermées. » VINCENT FOURNIER/J.A.

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NIGERIA

Access Bank sonne la retraite Malgré de très bons résultats sur son marché domestique, le groupe donne un coup d’arrêt à sa stratégie panafricaine. Il veut se désengager de six filiales, dont celle de Côte d’Ivoire et celle de RD Congo.

D

epuis quelques mois, Access Bank collectionne les bonnes nouvelles. Au premier semestre 2012, le groupe a réalisé des profits nets de 161,4 millions de dollars (128,3 millions d’euros), en augmentation de 226 % par rapport à la même période en 2011. Une performance d’autant plus remarquable qu’il vient d’absorber son compatriote Intercontinental Bank, l’une des huit banques en difficulté renflouées par la Banque centrale du Nigeria. L’opération l’a propulsé parmi les quatre premiers acteurs du pays. Pour couronner le tout, il a émis un emprunt eurobond de 350 millions de dollars en juillet dernier. Sans aucune difficulté, puisque celui-ci a été sursouscrit de 150 millions. Et pourtant… Au moment où Access Bank annonçait ces bons résultats, il révélait sa décision de remettre en question quatre années d’expansion panafricaine. Dans une note aux investisseurs datée N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

du 12 septembre, la banque dirigée par Aigboje Aig-Imoukhuede évoque son repli partiel ou total de six pays d’Afrique subsaharienne. Sur les huit filiales bancaires qu’elle détient au sud du Sahara, elle a décidé d’en revendre quatre (en Côte d’Ivoire, au Burundi, en Sierra Leone et en Gambie) et de diluer sa participation dans deux autres (en RD Congo et en Zambie). Les deux seules qu’elle conserve sont au Rwanda et au Ghana. Le même jour, Access Bank mettait son plan à exécution en annonçant la réduction de sa participation dans sa filiale zambienne de 87 % à 49 %. Pour Usoro Essien, analyste chez Afrinvest, cette première opération s’explique avant tout par deux facteurs exogènes : « D’abord, la Zambie a considérablement relevé ses exigences de fonds propres, de 2,5 millions à 100 millions de dollars pour les banques étrangères. Dans le même temps, la Banque centrale du

Un excellent premier semestre Résultats sur les six premiers mois de 2012 Produit net bancaire

387,5

millions d’euros (+ 92 %), réalisés à 88 % au Nigeria

Profit net

128,3

millions d’euros (+ 226 %)

ADAPTATION. Mais ce ne sont sans

doute pas les seules raisons qui ont poussé Access Bank à signaler son intention de se recentrer sur sa base. En effet, les résultats de plusieurs de ses filiales à l’étranger laissent à désirer. Access Côte d’Ivoire, issu du rachat d’Omnifinance en 2008, est loin d’avoir rempli l’objectif annoncé à l’époque : ouvrir dix nouvelles agences par an. En 2011, il avait abandonné le projet de rééquilibrer ses activités en faveur de la banque de détail. Après avoir essuyé des pertes de 11,7 millions de dollars en 2010, il n’est pas parvenu à redresser la barre en 2011, affichant un résultat négatif de 6,6 millions de dollars. En RD Congo, les performances n’ont pas été meilleures. Non content d’avoir perdu plus de 3,4 millions de dollars en 2010 et près de 670 000 dollars en 2011, Access Congo n’a ouvert qu’une seule agence à Kinshasa en plus de sa succursale historique de Goma, dans l’est du pays. Pour reprendre les mots d’un observateur local, « la banque est en stand-by ». Si l’on en croit un ancien cadre d’Access Bank, « la stratégie du groupe n’était pas adaptée : ils ont voulu appliquer des recettes nigérianes partout où ils se sont implantés sans tenir compte des différences culturelles. Or la banque est une question de culture et on ne peut acquérir la confiance de ses clients sans un effort d’adaptation. Sans compter qu’en Afrique il y a une véritable méfiance à l’égard des Nigérians ». Outre l’échec de certaines filiales dans leur plan de développement, le retrait d’Access Bank se justifie JEUNE AFRIQUE


Baromètre par une volonté de reprendre la main sur ses activités domestiques. Comme le souligne Abiola Rasaq, analyste chez Vetiva Capital, « son coefficient d’exploitation [charges d’exploitation sur produit net bancaire, NDLR], à 59,8 %, reste derrière celui de ses concurrents [54 % en moyenne] et la rationalisation des coûts devrait prendre du temps ». Ce processus a déjà commencé : dans la foulée de l’acquisition d’Intercontinental, la banque a fermé 150 agences qui se chevauchaient ou qui n’étaient pas rentables. « De plus, le Nigeria, qui pèse 95 % de ses actifs et rassemble plus de 5 millions de clients sur un total de 5,7 millions, reste la vache à lait d’Access Bank et détermine par conséquent ses perspectives

À court terme, ce repli ne devrait que peu peser sur l’activité. à moyen terme. L’établissement doit mobiliser ses ressources de façon à mieux tirer profit de ses actifs actuels, explorer les synergies possibles et offrir une valeur optimale à ses actionnaires », poursuit Abiola Rasaq. En clair, Access doit songer à la meilleure manière de tirer le maximum de son portefeuille, élargi par l’absorption d’Intercontinental Bank. La direction aurait d’ailleurs déjà commencé à redéfinir son modèle de gestion de la relation client. DÉFINITIF ? Si ce repli paraît

devoir peser assez peu sur l’activité du champion nigérian à court terme, un coup d’arrêt définitif à son expansion panafricaine paraîtrait « peu judicieux » à long terme, selon un banquier : « Cette décision est d’autant plus regrettable qu’Access est une très bonne banque. Mais à terme, ils seront obligés de sortir de leurs frontières pour se développer. Selon moi, ils prendront un à deux ans pour digérer Intercontinental Bank avant de se redéployer. » ●

Marchés financiers

L’industrie légère en clair obscur VALEUR

BOURSE

COURS au 27 septembre (en euros)

ÉVOLUTION depuis

Lecico Egypt

L E C AIRE

1,11

+ 51

Elsewedy Electric Afric Industries Aluminium du Maroc Egypt Aluminium Tunisie Profilés Aluminium Nexans Maroc Assad Uniwax Med Paper

L E C AIRE

3,39 25,43 122,1 2,95 2,77 21,34 4,62 10,51 2,53

+ 34 + 30,8 + 8,8 – 1,9 – 5,7 – 10 – 10,5 – 13,3 – 40,9

C ASABLANCA C ASABLANCA L E C AIRE T UNIS C ASABLANCA T UNIS A BIDJAN C ASABLANCA

VENTS VIOLENTS sur l’industrie légère africaine. Les valeurs cotées du secteur qui œuvrent dans la production de matériaux pour le bâtiment ou les travaux publics continuent de progresser malgré le ralentissement qui affecte leurs clients. Les valeurs égyptiennes, notamment, s’envolent, suivant en cela l’évolution générale de la Bourse locale. En revanche, Med Paper

le début de l’année (en %)

poursuit sa descente aux enfers tant d’un point de vue financier que boursier. En quatre ans, le spécialiste marocain du papier et de l’emballage a vu son cours divisé par huit. En Côte d’Ivoire, le fabricant de textile Uniwax a connu des pertes en 2011. Depuis son rachat indirect par le capital-investisseur Actis, fin 2010, le titre baisse. Malgré les espoirs qu’avait fait naître cette opération. ●

Valeur en vue AFRIC INDUSTRIES Des réalisations conformes aux attentes LA REFONTE STRATÉGIQUE menée par Afric Industries semble porter ses fruits, comme l’attestent les résultats du premier semestre 2012 : un chiffre d’affaires en hausse de 5,7 %, à 21,1 millions de dirhams (1,9 million d’euros), et un résultat d’exploitation qui gagne 13,9 %, à 5 millions de dirhams. Le leader des papiers abrasifs, également actif dans la menuiserie aluminium, axe sa stratégie sur la diversification de son portefeuille de clients, la fidélisation Zineb Tazi de ses clients actuels et le développement des ventes Analyste à l’export, notamment en Afrique de l’Ouest. En paralchez BMCE Capital lèle, le management de la société demeure en quête de nouvelles niches. Parmi celles-ci, la commercialisation des abrasifs mécanisés, le lancement de nouvelles gammes de produits innovants pour l’immobilier de standing, la formation de partenariats avec les plus importants promoteurs pour l’immobilier économique et social, le développement (à moyen terme) de produits en aluminium pour des segments de niche et l’exploration des opportunités d’exportation vers le marché européen de produits à rupture de pont thermique. ● BOURSE

CA 2011

COURS (26.9.2012)

OBJECTIF

Casablanca

3,5 millions d’euros

283 dirhams

286,36 dirhams

NICOLAS TEISSERENC JEUNE AFRIQUE

N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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70

Dossier

Santé

INTERVIEW

Antoine Ortoli et Didier Rousselle Vice-présidents de Sanofi

LABORATOIRES

« Big Pharma » passe à l’offensive

Confrontés à un ralentissement de leur activité en Europe et aux États-Unis, les grands groupes occidentaux cherchent à s’adapter à la nouvelle donne du marché. Ils lorgnent de plus en plus vers le continent, relais de croissance au potentiel énorme. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

JEUNE AFRIQUE


PROFESSION

VRP de pointe

FORMATION

Opération sécurisation

PORTRAIT

Mohand Sidi Saïd, un Kabyle à New York

TRIBUNE

Dr Dominique Kerouedan Expert en santé internationale

longtemps, les pays développés ont été privilégiés. Mais aujourd’hui, leurs systèmes d’assurance maladie vont mal et les laboratoires y sont de plus en plus mis à contribution. Du coup, ceux-ci cherchent des relais de croissance, notamment en Asie et en Afrique. Certes, les prix doivent y être ajustés, mais c’est compensé par l’effet volume », souligne Marc Livinec, conseiller sectoriel du numéro un mondial de l’assurance-crédit. Contraints d’adapter leurs prix au marché local, les laboratoires misent sur la quantité, privilégiant une stratégie « orientée vers la prévention, notamment en ce qui concerne les maladies infantiles », souligneMarcLivinec.Signedestempsettraduction concrète de la transition démographique et épidémiologique en cours sur le continent : les ventes d’antidiabétiques ont connu l’an dernier un boom sans précédent (+ 23,7 %). Dans les dix premières ventes du marché privé figurent également les antibiotiques, les anti-inflammatoires, les analgésiques et les antiulcéreux. Les antirétroviraux, les antipaludéensetlestraitementscontrelatuberculose échappent, eux, pour l’essentiel au marché privé.

ONS ABID POUR J.A.

DYNAMISME. « Globalement, les marchés africains

FANNY REY

É

chaudés par une conjoncture mondiale morose et par l’effondrement progressif du marché pharmaceutique aux États-Unis et sur le Vieux Continent, les grands groupes mondiaux envisagent d’un œil nouveau le marché africain. Amorcée il y a une petite décennie, latendanceseconfirme.EulerHermestableainsisur une progression de 17 % par an en Afrique et en Asie d’ici à 2015 – contre seulement 1,3 % en Amérique du Nord et 0,4 % en Europe de l’Ouest. « Pendant JEUNE AFRIQUE

! UNE UNITÉ DE PRODUCTION D’ADWYA, EN TUNISIE. Les marchés maghrébins connaissent une croissance de plus de 10 % par an.

progressent de 10 % à 15 % par an, ce qui représente une croissance remarquable, en phase avec la dynamique des marchés émergents. En prenant une fourchette large, on peut estimer entre 12 et 16 milliards de dollars [entre 9 et 12,5 milliards d’euros, NDLR] le marché pharmaceutique pour 2011, et les estimations tablent sur 20 à 25 milliards de dollars pour 2015, privé et public confondus », souligne Pierre Savart, responsable des opérations internationales au Leem, organisation professionnelle qui fédère et représente les entreprises du médicament en France. « Certains marchés maghrébins pèsent déjà lourd, à l’image du marché algérien (4,5 milliards d’euros en 2011), en croissance de plus de 10 % par an », explique Robert Chu, président d’IMS Health France. Un développement comparable s’observe au Maroc, dont la consommation a augmenté de 15 % en un an (le pays a mis en place un régime universel et obligatoire d’assurance maladie dès 2005). En Afrique subsaharienne, le Bénin et le Togo affichent un taux de croissance de 13 %, et le Congo, de plus de 16 %. En volume, la Côte d’Ivoire (124 millions d’euros de ventes de médicaments l’an dernier) et le Sénégal (93 millions d’euros de ventes) figurent parmi les principaux marchés francophones de la zone. Plusieurs explications à ces taux de croissance à deux chiffres. Le dynamisme du secteur reste déterminépardesfacteurspropres:«Lacroissancedémographique et le vieillissement de la population sont N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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Dossier Santé

En quête d’un nouveau souffle

essentiels, de même que la croissance économique du continent. Il s’agit de tendances lourdes, structurelles », souligne Marc Livinec. Ce qui se répercute sur les projets industriels et les acquisitions. « Ces dernières années, malgré les soubresauts politiques, il y a eu une vraie tendance au développement des investissements sur le continent. C’est déjà une réalité au Maghreb, même si c’est moins marqué, pour l’instant, en Afrique subsaharienne », constate Pierre Savart. Certains pays concentrent l’attention des laboratoires occidentaux – notamment du français Sanofi, premier fournisseur en vaccins et médicaments du continent où ses investissements vont passer de 80 millions d’euros ces cinq dernières années à 120 millions d’euros dans les cinq ans à venir (lire l’interview pp. 74-75). Sans surprise, il s’agit des pays du Maghreb, de l’Afrique du Sud et, de plus en plus, du Nigeria, fort de ses quelque 160 millions d’habitants et de sa croissance annuelle moyenne de 7,4 %. « Tout dépend de la taille des marchés et des volumes à produire », résume Pierre Savart.

Objectifs dans les pays émergents

Doubler les ventes d’ici à 2013

Y générer 25 % de ses ventes d’ici à 2014 (contre 13 % en 2009)

Doubler le chiffre d’affaires d’ici à 2015

INVESTISSEMENTS. Sur ces deux points, l’Algérie

constitue, ces dernières années, le marché le plus dynamique. En termes de consommation médicamenteuse par habitant, elle se classe première en Afrique. Et l’an dernier, les investissements étrangers dans le secteur y ont atteint 420 millions de dollars. Les coentreprises s’y multiplient, à l’image de celle formée entre le groupe algérien Saïdal et l’entreprise koweïtienne North Africa Holding Company pour la production d’anticancéreux (près de 33 millions de dollars), officialisée mi-septembre, ou encore entre le britannique AstraZeneca et l’algérien Biopharm (plus de 50 millions de dollars), en avril. « Le phénomène est très sensible depuis 2005, du fait de la mise en place de mesures restrictives à l’importation pour les médicaments ayant des équivalents génériques produits localement, souligne Pierre Savart. De nombreux investissements industriels ont été accomplis dans le pays, les autorités favorisant, de plus, l’achat de produits fabriqués localement par les pharmaciens d’officine et par la Pharmacie centrale des hôpitaux. » Les investissements industriels ont également été renforcés au Maroc. En revanche, « peu de pays d’Afrique subsaharienne ont aujourd’hui un

SOURCE : IMS HEALTH (SEPT. 2010)

72

Y réaliser 25 % de ses ventes d’ici à 2013 (contre 17 % en 2010)

Y facturer plus de 20 % des ventes de sa division pharmaceutique

marché pharmaceutique de taille suffisante pour justifier un investissement industriel; il faut donc considérer la pertinence de cet investissement à un niveau régional. Mais une condition préalable doit être remplie: l’harmonisation de la réglementation pharmaceutique en Afrique, permettant une libre circulation des médicaments homologués selon des normes internationales et une lutte efficace contre les médicaments falsifiés », estime Pierre Savart. ASSURANCE MALADIE. Pour la consommation

de médicaments, les situations restent toutefois très disparates entre des pays structurés en termes de protection sociale comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du Sud, la Namibie et le Rwanda; d’autres où existe une prise en charge partielle, comme la Côte d’Ivoire; certains qui commencent à étudier la mise en place d’une sécurité sociale, comme le Cameroun; et ceux où rien de tout cela n’existe, comme le Tchad. L’an dernier, les 194 États membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se sont engagés à réformer les systèmes de financement de la santépour atteindre la couverture universelle, mais une poignée de pays africains seulement a franchi le pas de l’assurance maladie obligatoire (AMO). « À l’origine, celle-ci a été conçue pour une économie formelle et forte, explique Donatien Robé, spécialiste de la protection sociale et auteur de Financement de la santé en Afrique: le choix de l’assurance maladie obligatoire. C’est d’ailleurs ce qui explique que de nombreux États africains, parmi lesquels le Congo, la Côte d’Ivoire, le Burkina, le Sénégal et le Cameroun, ont du mal à amorcer sa mise en œuvre alors que la promesse a été faite aux populations. Et que d’autres, à l’instar du Mali [où elle a été mise en place en 2010], du Gabon [2008] et de la Mauritanie [2007], peinent à renforcer les capacités de l’AMO. » Si la route est encore longue avant que le milliard d’habitants que compte l’Afrique ait accès à une couverture maladie, reste qu’une « vraie dynamique dumarchépharmaceutiqueestenmarche,avecune compétition intensifiée par l’arrivée de concurrents indiens et asiatiques et l’essor de la production locale de génériques. Il va falloir composer avec ces différents paramètres », pronostique Pierre Savart. Pourleslaboratoiresoccidentaux,latâches’annonce nettement plus complexe qu’il y a dix ans. ●

UNE AUBAINE POUR LA DISTRIBUTION LES BONS RÉSULTATS des laboratoires occidentaux en Afrique se répercutent sur les comptes des distributeurs. Présent dans 20 pays et détenant 40 % de part de marché, Eurapharma a ainsi vu son chiffre d’affaires progresser de 6,8 % en 2011, à 864,5 millions d’euros, et envisage désormais de s’implanter au Nigeria. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Preuve qu’en dépit des filières illégales le secteur est porteur – le PDG d’Eurapharma, Jean-Marc Leccia, lui prédit même un « océan de croissance sur le continent ». Si la filiale de CFAO domine le secteur, les autres acteurs affichent également d’excellents résultats. Le groupe français Ubipharm a enregistré l’an

dernier un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros. Son compatriote Tridem Pharma vise en 2012 un chiffre d’affaires de 67 millions d’euros (contre 56 millions en 2011). Présente dans 21 pays francophones, la société entend, comme Eurapharma, prendre pied en Afrique anglophone; elle a choisi le Ghana. ● F.R. JEUNE AFRIQUE


Notre recherche se préoccupe de votre santé. Les maladies graves sont au cœur de nos efforts. Combattre des maladies graves comme le cancer est notre spécialité. Nos innovations permettent de traiter des millions de personnes qui souffrent, tout en améliorant leur qualité de vie. Nous leur donnons de l’espoir.

Nous innovons la santé


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Dossier Santé INTERVIEW

Antoine Ortoli et Didier Rousselle S ENIOR

VICE - PRÉSIDENT INTERCONTINENTAL CHEZ

S ANOFI

ET VICE - PRÉSIDENT

A FRIQUE

CHEZ

S ANOFI

« Nos ventes ont progressé de 11 % sur le continent » Investissements, partenariats, développement des génériques… Les deux vice-présidents de Sanofi détaillent la stratégie du laboratoire en Afrique, où il est présent depuis quarante ans.

J

EUNE AFRIQUE : Alors que 2011 y a été marquée par des investissements pharmaceutiques records, quel bilan dressez-vous de l’activité de Sanofi sur le continent ? ANTOINE ORTOLI: Nous demeu-

rons le premier partenaire pharmaceutique du continent. Sanofi est présent dans 51 pays africains, et nous avons réalisé l’an dernier 1 milliard d’euros de ventes, soit 11 % de croissance par rapport à 2010. DIDIER ROUSSELLE: Il est important de souligner que notre chiffre d’affaires a été multiplié par dix entre 2000 et 2011. La plupart des groupes pharmaceutiques ont considéré l’Afrique comme un continent d’export, secondaire. À l’inverse, nous avons investi, créé des filiales, des usines, et développé notre production localement. Quelle est la part de cette production locale ? AO : Elle représente 60 % en

volume de nos produits distribués

en Afrique, et nous avons mis en place des équipes locales – il y a très peu d’expatriés parmi nos 4 500 salariés sur le continent. À terme, l’objectif est de porter la part de la production locale à 80 %. Mais certaines technologies sophistiquées dans les domaines de l’oncologie et/ou des biotechnologies nous obligeront à continuer à importer. Avez-vous une approche spécifique du continent ? DR: Les maladies transmissibles

étant prédominantes en Afrique, nous nous focalisons sur cellesci. Face au problème d’accès aux médicaments, nous pratiquons une politique de prix différenciés. AO : Notre chiffre d’affaires en Afrique représente 4 % de notre chiffre d’affaires global, mais nous y connaissons une croissance rapide, et le poids du continent pour Sanofi s’accroît.

progressif de nos affaires, segment par segment : VIH, diabète, pédiatrie… Ces 120 millions d’euros comprennent notamment le projet d’une nouvelle usine en Algérie, qui sera pleinement opérationnelle d’ici à cinq ans. DR : Au Maroc, où nous possédons une importante usine de

La production locale représente 60 % des produits que nous distribuons. L’objectif est d’atteindre 80 %.

De 80 millions d’euros ces cinq dernières années, vos

TROISIÈME ROUND JUDICIAIRE EN ALGÉRIE LE 2 MAI DERNIER, le tribunal d’Alger condamnait Sanofi Algérie à une amende de 20 millions d’euros et son directeur général à un an de prison avec sursis pour surfacturation de médicaments et matières premières importés. Le N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

24 juin, alors que cette condamnation était réitérée en appel, le géant français annonçait son pourvoi en cassation. « Au niveau du groupe, nous n’avons fait, au travers de notre facturation à notre filiale algérienne, que respecter scrupuleusement les prix

investissements sur le continent vont passer à 120 millions d’euros dans les cinq prochaines années. Quels sont vos axes de développement prioritaires ? AO : Il y a un développement

d’importation validés par le ministère de la Santé dans le cadre d’un programme d’importation annuel », se défend Antoine Ortoli, qui dément fermement vouloir renoncer à son investissement industriel de 66 millions d’euros dans le pays. ● F.R.

traitement contre le paludisme, nous avons construit récemment un centre de distribution qui sera prochainement inauguré. Notre projet industriel algérien, qui a été validé par les autorités, est proche du dépôt du permis de construire. Le groupe a récemment été accusé de surfacturation de médicaments en Algérie. Cette actualité judiciaire n’a pas entravé votre projet d’y implanter une nouvelle usine ? AO : On nous a accusé de mena-

cer de renoncer à notre projet industriel… À aucun moment il n’y a eu de chantage de notre part [lire encadré, NDLR]. Nous nous sommes pourvu en cassation et je suis confiant en l’issue de cette affaire. Cela dit, je ne souhaite pas épiloguer sur une procédure de justice en cours. JEUNE AFRIQUE


Dossier fournisseur de traitements contre la tuberculose, maladie connexe au VIH. Pour répondre à cette demande, nous avons signé la licence du portefeuille d’antirétroviraux (ARV) de la société Hetero, un laboratoire indien de premier plan, spécialisé dans les ARV. Grâce à cet accord, Sanofi sera en mesure d’augmenter l’offre de produits antirétroviraux fabriqués en Afrique du Sud. Une telle initiative est-elle vouée à être dupliquée ailleurs ? DR : Probablement, car les pays

VINCENT FOURNIER/J.A.

africains devront être de plus en plus autonomes en matière d’approvisionnement pharmaceutique. AO : C’est un axe de développement à envisager, mais il est encore trop tôt pour en parler.

Vos sept usines sont implantées en Afrique du Nord, au Sénégal et en Afrique du Sud. Quelles sont vos perspectives sur le reste du continent ? AO : Aujourd’hui, trois pays

représentent des marchés pharmaceutiques ayant un chiffre d’affaires annuel supérieur à 2 milliards d’euros : l’Afrique du Sud, l’Algérie et l’Égypte. Certains marchés, moins stratégiques, vont prendre de l’importance : c’est le cas du Nigeria, du Ghana et du Kenya.

Outre la nouvelle usine algérienne, où comptez-vous développer vos capacités de production ? DR : Notre usine en Égypte va

augmenter ses capacités et nous allons y construire un nouveau centre de distribution. En mai dernier, nous avons inauguré un nouveau centre de distribution en Tunisie. AO : Il y a un autre type d’investissement, ce sont les acquisitions. Nous avons finalisé en juillet 2012 JEUNE AFRIQUE

notre accord avec Medreich en vue de l’acquisition d’une ligne de médicaments génériques pour un montant de près de 15 millions d’euros. Cette acquisition s’inscrit dans le cadre du développement international de Zentiva, notre branche générique. DR: En Afrique anglophone, nos parts de marché étaient plus faibles qu’ailleurs. Cette acquisition permet à Sanofi d’étendre au Nigeria et à d’autres pays subsahariens notre portefeuille de médicaments génériques dans des domaines thérapeutiques clés tels que les antibiotiques, les antalgiques et anti-inflammatoires, les antipaludéens et les vitamines. Vous avez également passé un accord en mars avec le génériqueur indien Hetero pour fournir des antirétroviraux en Afrique du Sud… AO : Les autorités de santé sud-

africaines nous ont sollicité pour ce partenariat car nous sommes

! ANTOINE ORTOLI (à g.) est responsable des pays émergents depuis juin 2003, ET DIDIER ROUSSELLE vice-président Afrique du groupe depuis douze ans.

Que représente votre activité générique sur le continent ? AO: Sanofi a l’ambition de deve-

nirrapidementunacteurimportant sur ce marché. Le partenariat signé avec Medreich doit nous permettre d’accélérer le développement de Zentiva. Aujourd’hui, notre chiffre d’affaires génériques en Afrique représente plus de 50 millions d’euros, et je serai satisfait quand un tiers de notre chiffre d’affaires sera issu de notre activité générique. Quelles sont vos autres démarches en vue de faciliter l’accès aux médicaments à des prix abordables ? AO : En dehors de notre activité

génériques, nous avons mis en place une politique d’accès aux médicaments qui s’applique au paludisme et à la tuberculose en concevantdesprixdemédicaments « no profit/no loss ». Depuis 2010, la fondation Sanofi Espoir permet également de faciliter l’accès aux traitements. Elle a pour mission de contribuer à réduire durablement les inégalités de santé en répondant aux enjeux essentiels en matière de prévention, de formation et d’accès aux soins. Ces trois dernières années, la grande majorité des projets qu’elle a permis de concrétiser l’ont été en Afrique. ● Propos recueillis par FANNY REY N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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76

Dossier Santé PROFESSION

VRP de pointe

Offrant de belles perspectives d’évolution et des débouchés pérennes, le métier de visiteur médical a le vent en poupe, sur fond de marché pharmaceutique florissant.

J

« ’

ai raté le concours de médecine, mais je voulais quand même travailler dans ce domaine. Quand j’ai vu à la télé des publicités évoquant les visiteurs médicaux, je me suis rendue à l’École africaine de développement du Congo », raconte Gennya Okosso. À raison de 25 000 F CFA (38 euros) par mois, cette Brazzavilloise de 31 ans a suivi les deux ans de formation à la profession de visiteur (ou délégué) médical, chargé de promouvoir les médicaments du laboratoire qu’il représente. Après son stage de fin d’études, Pharm’Afrika l’a embauchée. Cette société congolaise fondée par Alain Kangoud, un ancien visiteur médical pour Sandoz et Roche, travaille pour des laboratoires indiens (Cadila, Emcure,BlissGVSPharma,Stallion, Mednext), marocain (Bottu) et, via la société de vente et location de matériel médical Horizon Médical, pour des laboratoires français (Dectrapharm, Diétacaron). Son chiffre d’affaires ? Entre 50 000 et 100 000 euros par mois. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

En Afrique, la profession de visiteur médical a le vent en poupe, surtout chez les femmes. « Entre 55 % et 60 % de nos étudiants sont des étudiantes », précise Abou Ly, directeur général de l’Institut panafricain de marketing (Ipam), basé à Dakar, au Sénégal, qui propose un cursus de sixmoisencoursdusoirmoyennant 455 000 F CFA et accueille chaque année 200 à 250 élèves, originaires pour la plupart d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

La rémunération est attractive dès la première embauche : entre 380 et 2 500 euros par mois. Des étudiants essentiellement séduitsparlesdébouchésassuréssur le long terme et par les perspectives d’évolution de ce métier. Car après une formation complémentaire en management ou marketing, un visiteur médical peut notamment devenirvisiteurhospitalier,directeur régional,chefdeproduitoudirecteur marketing.Autreatout,larémunérations’avèreattractivedèslapremière embauche: entre 250000 et plus de

1,6 million de F CFA (entre 380 et 2500 euros) par mois selon l’Ipam, qui annonce fièrement que certains de ses diplômés ont été employés chez des géants du secteur tels que Pfizer, Bayer, Novartis ou Roche. ABUS. Mais la profession n’a pas

toujours bonne presse, y compris auprès du corps médical. Les visiteurs médicaux, parfoisextra-continentaux, «déposentlesmédicaments pourqu’ontesteleurefficacité,ouviennentseulement pourprésenterleproduitet vous inciter à le prescrire. Quand ils reviennent, ils demandent combien il y a eu de prescriptions, si on a constaté des effets secondaires… », résumet-on au Syndicat national desmédecinsdeRDCongo. « En règle générale, les visiteursmédicauxsontastreints te àun àuneréglementation,indique Se Serge Barbereau, vice-président du Réseau Médicaments et Développement (Remed). Mais il y a souvent des abus, en particulier sur la distribution d’échantillons. Ceux-ci alimentent les circuits illicites:lesvisiteursmédicauxvendent ces médicaments, de même que certainsmédecinsetpharmaciens.» Certainsd’entreeuxapprovisionneraient aussi les pharmacies de rue. En outre, la pratique des cadeaux promotionnels demeure répandue. Afin de se « placer » au mieux et d’augmenter leurs ventes, certains visiteurs médicaux n’hésitent pas à offrir blocs-notes, porte-clés, ustensiles de bureau et autres stéthoscopes, voire parfois « un ordinateur ou un téléphone portable », observe Jean-Loup Rey. Cet expert indépendant en santé publique rappelle à quel point « le poids de la publicité est important dans le choix fait par les prescripteurs ». Éthique professionnelle oblige, les cadeaux ne devraient pas influencer le contenu de l’ordonnance, souligne le Dr Albert Diabeno, président du Conseil national de l’ordre des médecins de RD Congo. En théorie seulement. ● AWA DIALLO, à Kinshasa JEUNE AFRIQUE


Dossier FORMATION

Objectif sécurisation Depuis un an, l’université de Ouagadougou permet aux pharmaciens d’approfondir leurs connaissances en matière de gestion des approvisionnements.

D

ifficile d’évaluer la proportion des médicaments contrefaits en Afrique. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle serait de 30 % au Kenya, mais avoisinerait les 70 % en Angola. Premiers concernés : les antibiotiques, les antipaludéens et les antirétroviraux.Surlecontinent,l’undes obstacles majeurs à la lutte contre les trois principaux fléaux sanitaires – la tuberculose, le VIH/sida et le paludisme – réside donc dans les dysfonctionnements de la gestion des approvisionnements pharmaceutiques. Partant de ce constat, l’université de Ouagadougou (Burkina Faso) propose depuis la rentrée 2011 un diplôme interuniversitaire (DIU) de gestion des approvisionnements pharmaceutiques centré sur ces trois maladies en Afrique subsaharienne. En collaboration avec deux universités françaises, celle de Clermont-FerrandetcelledeLyon-I, bénéficiant du soutien de l’OMS et de divers partenaires techniques et financiers(dontlegéantpharmaceutique français Sanofi), cette formation recrute à travers toute l’Afrique francophone. Elle s’adresse notamment aux pharmaciens du secteur public : grossistes-répartiteurs,

hospitaliers et administratifs (responsables de zones sanitaires, directeurs de la pharmacie et du

Ce diplôme est centré sur les traitements contre la tuberculose, le VIH/sida et le paludisme. médicament, pharmaciens de district) ou travaillant dans le cadre d’ONG et d’associations. AMONT ET AVAL. Maîtrise des

Cursus, mode d’emploi

étapes du cycle d’approvisionnement, capacité à élaborer un système d’information et de gestion logistique, aptitude à évaluer les habitudes de prescription et de dispensation… Ciblé autant sur l’amont que sur l’aval de la filière, ce DIU accorde aussi une bonne

Budget global :

222 500 39

euros

1

session annuelle

participants en 2011 (14 pays)

4 61 participants en 2012 (16 pays)

place aux enjeux réglementaires. « Plus de la moitié des pharmaciens formés [l’an dernier, NDLR] occupent aujourd’hui des postes à responsabilités dans la gestion des produits de santé », indique Arsène Ouédraogo, membre du comité d’organisation du DIU. Ce diplôme permet ainsi de devenir spécialiste en gestion des approvisionnements et des stocks pour les programmes de lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose; pharmacien responsable des achats au sein de centrales d’achat; formateur en gestion des achats et des stocks; ou, du côté des autorités nationales de régulation, responsable des approvisionnements des régions sanitaires ou des districts. « Devant le succès du diplôme, la création d’une filière anglophone est en réflexion », souligne Amina Fakir-Knipiler, responsable partenariats à la direction des opérations Accès aux médicaments chez Sanofi. ● JUSTINE SPIEGEL

semaines de cours (120 heures)

7

à

9

bourses allouées chaque année (2 200 à 4 500 euros en fonction du pays d’origine de l’étudiant)

77


Dossier Santé PORTRAIT

Mohand Sidi Saïd, un Kabyle à New York L’orphelin algérien vendeur de pastèques est devenu l’un des dirigeants du groupe Pfizer. Retour sur un destin hors norme.

L

a rencontre se sera faite en deux temps. La première fois, rendez-vous est pris à l’une des tables parisiennes prisées de cet élégant septuagénaire. Avec le débit lent et posé qui le caractérise, Mohand Sidi Saïd privilégie dans un premier temps lesanecdotespolitiquesetl’actualité pharmaceutique. Une deuxième rencontre sera l’occasion de revenir sur l’incroyable parcours qu’il narre dans L’Esprit et la Molécule, paru en mars dernier. Celui d’un orphelin kabyle, vendeur de pastèques dans le village d’Aït Sidi Saïd, dont le destin tient à deux rencontres : celle d’un oncle qui l’a envoyé à l’école, puis, en 1965, celle d’un cousin qui, alors qu’il se destinait au droit, le met en contact avec le patron de Pfizer pour l’Algérie. Le point de départ d’une carrière de quarante ans au sein du laboratoire américain qui allait devenir le numéro un mondial du secteur – avec 67,4 milliards de dollars (52 milliards d’euros) de chiffre d’affaires en 2011. Pfizer, dont le nom n’est à aucun moment cité dans son livre – « il fallait éviter toute situation de subordination, d’amalgame, ou tout ce qui pourrait s’apparenter à de la publicité » – et chez qui il fait ses premières armes comme délégué médical. L e groupe compte alors 15000 employés et réalise un chiffre d’affaires inférieur à 1 milliard de dollars. Au milieu des années 1970, Mohand Sidi Saïd entame une carrière internationale à des postes dirigeants de diverses succursales. Son arrivée au siège, à New York, en 1994, marque un autre tournant. « J’étais membre du comité exécutif dans la division pharmaceutique, et la région que je présidais affichait N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Profil • 1939 Naissance en Grande Kabylie (Algérie) • 1965 Entrée chez Pfizer Algérie comme délégué médical • 1977 Directeur général Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest • 1994 Président Afrique, Moyen-Orient et Asie de l’Est (basé à New York) • 2005 Départ à la retraite

VINCENT FOURNIER/J.A.

78

• 2012 Parution de L’Esprit et la Molécule (Genèse Édition)

10 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 30 000 employés. J’ai aussi occupé des fonctions corporate ; j’étais notamment membre du groupe de sept qui supervisait les projets de R&D [recherche et développement, NDLR], acquisitions, licences et développement. Cette fonction m’a permis de faire du lobbying en faveur de l’industrie pharmaceutique,plusspécialement de la propriété intellectuelle. » Un combat qu’il mène avec conviction, persuadé que sans profit point d’innovation.

! Il vit désormais ENTRE PARIS, BRUXELLES, NEW YORK ET AIX-ENPROVENCE.

LOYAUTÉ. Mohand Sidi Saïd,

qui a œuvré à l’africanisation des cadres du groupe dès le début des années 1970, affiche son goût pour la diversité culturelle, à laquelle il a été sensibilisé par ses innombrables voyages. Tous l’ont mar-

« À une époque, le secteur a manqué à la fois de sensibilité, de pragmatisme et de décence. » qué, à l’image de l’Afrique du Sud : « J’ai été heurté par la politique du gouvernement, avec un déni du VIH très difficile à comprendre. Il a fallu attendre l’arrivée de Zuma pour mettre les antirétroviraux à la disposition de tous », souligne

cet acteur tenace de l’accès aux trithérapies pour les plus démunis. L’industrie pharmaceutique, il lui est resté loyal, ce qui ne l’empêche pas de se montrer critique. « À une époque, elle a manqué à la fois de sensibilité, de pragmatisme et de décence, estime-t-il. Dieu merci, les choses ont beaucoup changé, elle a adoptéunvisageplushumainets’est ouverteauxdifférentsinterlocuteurs de la société civile. » Plutôt que de parlerdecynisme,ilpréfèreévoquer l’arrogance du secteur qui « a pris la grosse tête, mais aujourd’hui ça va mieux ». Et demain ? « Depuis quelques années, les laboratoires ont entrepris de s’adapter à un environnement modifié. » Un univers en mutation que ce père de trois enfants continue de suivre de près, « le stress en moins ». Retiré de la vie professionnelle depuis 2005, il navigue entre Paris, Bruxelles, New York et Aixen-Provence. Investi dans d’autres activités autour de la santé, l’ancien patron s’est attelé à la rédaction de son second ouvrage, Les Maux de la santé, une « réflexion sur ce bien précieux dont les coûts vont subir une inflation importante du fait des avancées technologiques et d’une R&D toujours plus onéreuse. » CQFD. ● FANNY REY JEUNE AFRIQUE


Dossier Santé

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TRIBUNE

Opinions & édittoriaux

L’Afrique face au défi de la santé urbaine

DR

L DR DOMINIQUE KEROUEDAN Spécialiste des politiques de coopération sanitaire internationale

ES ENJEUX SANITAIRES et socioéconomiques auxquels l’Afrique est confrontée sont sans précédent, compte tenu de la très forte croissance de la population sur le continent. Alors que celui-ci est déjà peuplé de 1 milliard d’habitants, son taux de croissance est tel que sa population pourrait avoisiner 2 milliards d’habitants en 2050. Sur terre, une personne sur cinq sera alors africaine. Les débats vont bon train entre ceux qui y voient une source croissante d’instabilité politique et de conflits, et ceux, dans les milieux d’affaires, qui y voient un potentiel économique important, sur fond de ratio actifs-inactifs favorable, dans un monde multipolaire où les économies émergentes pourraient à terme souhaiter à leur tour délocaliser leurs activités. Pour nous, professionnels de santé publique, le défi consiste à continuer, avec des ressources limitées, voire diminuées en temps de crise, de contribuer à maîtriser la propagation des maladies infectieuses, à prévenir les accidents et à ralentir la vague de maladies chroniques, au premier rang desquelles le cancer, le diabète, les maladies cardiovasculaires, respiratoires et mentales, dont nous n’avons pas encore pris la mesure sur le continent. Nous devons nous assurer que les patients ont un accès équitable à des services d’eau, d’assainissement et de soins de qualité, en limitant l’impact psychologique, économique et social sur les personnes et leurs familles de maladies longues et coûteuses. Une tâche difficile dans un contexte d’urbanisation massive – la moitié des Africains vivront en ville d’ici à 2030 –, en sachant que la prévalence de l’infection à VIH est déjà plus élevée en milieu urbain qu’en zone rurale, avec la tuberculose qui va souvent de pair.

population. Au 15e sommet de l’Union africaine, en juillet 2010, les politiques ont réaffirmé la nécessité d’augmenter les budgets des services de santé maternelle et infantile, ce qu’avait rappelé le secrétaire général des Nations unies lors du sommet du G8 à Muskoka (Canada), en juin 2010. Sans revenir sur les causes bien connues des maladies qui tuent le plus les enfants, les femmes enceintes et les jeunes adultes en Afrique, il apparaît que, malgré les efforts humains et financiers que ces pays ont consentis dans le secteur de la santé ces dernières années, les indicateurs de réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement sont souvent moins bons en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. C’est particulièrement vrai pour la prévention de la transmission mère-enfant du virus du sida, la lutte contre le paludisme et la tuberculose. Les priorités sont celles-ci : améliorer la densité de personnels de santé sur le continent, qui présente les taux les plus bas au monde (0,8 médecin, infirmier et sage-femme pour 1 000 habitants, quand la norme recommandée

Le continent compte 0,8 médecin, infirmier et sage-femme pour 1 000 habitants, l’un des taux les plus bas au monde.

Directrice de l’ouvrage Santé internationale. Les enjeux de santé au Sud, éd. Les Presses de Sciences-Po, janvier 2011, 592 pages

En 2010, le Botswana, le Burkina Faso, le Liberia, Madagascar, le Rwanda et laTanzanie avaient atteint l’objectif formulé en 2001 à Abuja de consacrer 15 % de leur budget au secteur de la santé. Quelques pays ont aboli la participation financière des usagers des centres de santé pour certains groupes de

N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

par l’Organisation mondiale de la santé est de 2,5 pour 1 000) ; mobiliser ensemble les ressources financières nécessaires à la prévention et au contrôle des maladies liées à la pauvreté et à la promiscuité, en même temps que faciliter l’émergence d’environnements favorables à une moindre prise de risque vis-à-vis de l’alcool, du tabac, des autres toxicomanies et même de la sédentarité ! Les combats contre les maladies infectieuses et les maladies chroniques doivent plus que jamais être à l’ordre du jour des stratégies que nous mènerons en faveur des jeunes et moins jeunes, femmes et hommes du continent, avec eux. ● Codirectrice, avec Marc Gentilini, Éric Caumes, Martin Danis, Dominique Richard-Lenoble, Pierre Bégué et Jean-ÉtienneTouze de l'ouvrage Médecine tropicale, éd. Lavoisier, septembre 2012, 1 tropicale 1320 320 pages. JEUNE AFRIQUE


UN GROUPE AU SERVICE DE LA SANTÉ THE HEALTHCARE SERVICES GROUP

NOTRE EXPERTISE

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LOGISTIQUE CHAÎNE DU FROID TRAÇABILITÉ FIABILITÉ PROXIMITÉ ÉTHIQUE

60 ANS D’EXPÉRIENCE 20 PAYS AFRICAINS ET MADAGASCAR 7 COLLECTIVITÉS ET TERRITOIRES D’OUTRE-MER 1 790 EMPLOYÉS

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SOCIÉTÉS PARTENAIRES GroSSiSteS - répArtiteurS / DépoSitAireS • Afrique Francophone • CTOM Copharmed (Côte d’Ivoire) Sopharma (Guadeloupe) Laborex Cameroun Sopharma (Martinique) Laborex Congo E.P.DEP (Martinique / Guadeloupe) Laborex Guinée S.P.G. (Guyane) Laborex Mali Laborex Saint-Martin Laborex Sénégal Soredip (La Réunion) Laborex Tchad E.P.DEP (La Réunion) Laborex Burkina Tahitipharm Laborex Mauritanie O.C.D.P. (Nouvelle-Calédonie) Pharmagabon (Gabon) Promo-Pharma (Bénin) Somaphar (Madagascar) Laborex Niger Uniphart (Togo)

AGeNtS DiStributeurS • Afrique Anglophone / Lusophone Laborex Kenya E.P.DIS Kenya Laborex Ouganda Gokals Laborex (Ghana) Laborex Tanzanie Laborex Angola Assene-Laborex (Nigeria) • CTOM Actidis

pre-wholeSAle E.P.DIS France E.P.DIS Algérie Stockpharma (Portugal)

PrOduCTeur Propharmal (Algérie)

iNterNAtioNAl PrOCureMenT EHS (France) Missionpharma (Danemark)


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Culture & médias

MUSÉE DU LOUVRE

Islam en Seine Après neuf années de travaux, le musée le plus visité au monde ouvre un département consacré aux arts d’une civilisation ouverte sur les autres. Visite guidée.

LAURENT DE SAINT PÉRIER

S

ous les façades classiques de la cour Visconti, une dame voilée tend l’objectif de son iPhone vers la dune de verre et de métal doré qui coiffe le nouveau département des arts de l’Islam du Louvre, le musée le plus visité au monde. Une musulmane qui semble si fière de l’écrin où la République française a enchâssé les chefs-d’œuvre de ses collections arabes, turques, persanes et indiennes, illustrations de la splendeur des cultures de l’Islam. À deux pas, entraînant sa belle sous le drap d’or, un jeune homme ironise : « Elle arrive au bon moment cette inauguration ! » Mausolées détruits à Tombouctou, expositions saccagées en Tunisie, colère sans frontières N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

islam

avec une minuscule, renvoie à la sphère religieuse

Islam

avec une majuscule, fait référence à la civilisation Les arts de l’Islam englobent ainsi des œuvres d’artistes chrétiens ou destinés à des cultes non musulmans, comme des objets profanes ou pour les élites

provoquée par des représentations blasphématoires du Prophète : art et islam semblent ces jours-ci s’entendre comme l’eau et le feu. À rebours de cet iconoclasme surmédiatisé, c’est toute la délicate créativité des civilisations nées sous le signe d’Allah qu’illustre ce sanctuaire. « Dans cette profusion d’œuvres […], on comprend que les meilleures armes pour lutter contre le fanatisme qui se réclame de l’islam se trouvent dans l’islam lui-même », déclarait le président François Hollande, venu le 18 septembre inaugurer le nouvel espace. CHIMÈRES. La création du huitième département

du Grand Louvre a été décidée par Jacques Chirac en 2003, et Nicolas Sarkozy en a posé la première pierre cinq ans plus tard. Il aura ainsi fallu trois présidents, près de 100 millions d’euros d’investissements et neuf années de travaux pour que soit enfin révélée au public une des plus belles collections au monde. Pourtant, sa généalogie remonte aux temps très anciens. Délicatement ciselée dans un cristal de roche limpide, l’aiguière créée vers l’an 1000 par un artiste du Caire et offerte JEUNE AFRIQUE


Culture médias

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PHOTOS : © 2012 MUSÉE DU LOUVRE/HUGUES DUBOIS

ð de g. à dr. : LAMPES DE MOSQUÉE (Égypte et Syrie, XIIIe siècle), TÊTE PRINCIÈRE (Iran, fin du XIIe-début du XIIIe siècle), AIGUIÈRE DU TRÉSOR DE SAINT-DENIS (Égypte, v. 1000-1015), BOUTEILLE DU XIVe SIÈCLE (Syrie ou Égypte).

en 1152 à l’abbaye royale de Saint-Denis n’en est peut-être pas la première pièce. Et c’est là une caractéristique remarquable de cet ensemble dont nombre d’œuvres ont traversé les siècles dans les trésors des rois et des abbayes, comme le fameux baptistère dit de Saint Louis, splendide bassin de cuivre du XIVe siècle dans lequel étaient baptisés les enfants de la famille royale de France. Ces objets chargés d’Histoire rappellent ainsi combien étaient développés les échanges entre les mondes chrétien et musulman, quand Charlemagne envoyait la première mission diplomatique française auprès du calife de Bagdad ou quand François Ier faisait alliance avec Soliman le Magnifique. Pour abriter ces merveilles, les architectes ont dessiné les nouveaux espaces comme un grand reliquaire creusé dans la cour Visconti. Au rezde-chaussée, les œuvres des premiers siècles omeyyades et abbassides sont baignées dans un jour tamisé par la résille d’acier du toit. Au soussol, de grandes salles en béton noir retracent dans une succession de vitrines l’histoire des empires et des peuples qui ont fait les civilisations islamiques du XIe au XIXe siècle. Suivons un instant dans les méandres de cette caverne d’Ali Baba Alastair Northedge, professeur d’art et d’archéologie de l’Islam à la Sorbonne. À l’entrée, de grandes mosaïques murales aux décors de palais, de cités, de végétaux et de cours d’eau happent le regard. Il s’agit en fait de JEUNE AFRIQUE

CE NOUVEAU DÉPARTEMENT, C’EST :

98,5

un budget de millions d’euros,

57 %

financé à par mécénat

3 000 œuvres présentées sur 2 800 m² Les réserves comprennent

15 000 pièces appartenant au Louvre

3 400

et du musée des Arts décoratifs

8 888 000 personnes ont visité le Louvre en 2011

relevés faits par les archéologues français dans la Grande Mosquée omeyyade de Damas, l’un des plus vieux monuments de l’Islam. « Ces œuvres, explique le professeur, ont été faites par des chrétiens car il y avait très peu d’artisans musulmans et aucune tradition artistique islamique en 700. Ils ont exécuté les motifs qu’ils avaient l’habitude de dessiner mais en éliminant les êtres animés, que l’islam interdit de montrer. » Les canons islamiques défendent en effet de figurer le vivant, mais ce principe n’était pas un dogme, et la plupart des objets exposés, profanes, sont peuplés de personnages, d’animaux et de chimères. « La règle proscrivait ces représentations dans les enceintes religieuses et les espaces publics des palais, mais les artistes prenaient des libertés dans les appartements privés », poursuit Northedge, dont l’attention se porte à présent sur des fragments N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012


Culture médias de bas-reliefs exhumés sur le site d’une capitale abbasside d’Irak, Samarra. Ils auraient orné un palais califal, le Jawsaq al-Khaqani, l’occasion pour le professeur d’illustrer le concert des civilisations: « “Jawsaq” est en fait le même mot que le français “kiosque”: il vient du persan “koushk”, qui a donné en arabe “jawsaq” ou “gawsaq”, et “keushk” en turc. Le mot, qui veut dire “résidence fortifiée”, est devenu “chiosco” en Italie et enfin “kiosque” en France: en voyageant, le monument a rétréci! » PRINCES ARABES. À proximité, un panneau de

boissculptédeprofondsmotifsstylisés:«Cevantail de porte est aussi censé provenir de Samarra, mais on ne peut en être certain. Il a été trouvé à Tikrit, à une cinquantaine de kilomètres de là, intégré à un cercueil. Le bois de teck était importé d’Inde par les fleuves de Mésopotamie. » Dans la vitrine adjacente, un autre fragment de bois ouvragé que l’on croirait de la même main : « Ce panneauestégyptien:lesstyles sont très similaires car le gouverneur d’Égypte était né à Samarra et il a ramené le style d’Irak sur les bords du Nil. » La visite se poursuit dans les profondeurs de la cour Visconti par l’exploration des sultanats et empires turc iranien et moghol. Devant un

Ü LION DE MONZÓN, Espagne, XIIe-XIIIe siècle (bronze moulé, décor gravé).

gobelet orné de sphinx, l’expert rappelle : « Au Xe siècle, l’Iran redevient autonome, l’histoire perse est glorifiée, et on constate un retour des thèmes picturaux préislamiques. Se développe alors un genre littéraire qui dénigrait les Arabes, vus comme des barbares… Aujourd’hui, une partie de l’élite iranienne n’apprécie toujours pas l’idée que son pays ait été conquis par les Arabes ! » Au fil des vitrines, les peuples se succèdent, les dynasties triomphent et s’évanouissent. Une voix semble surgir du sol. En turc, un poème adressé à Soliman le Magnifique rappelle au visiteur la vanité des empires : « Ô toi, enchaîné au piège de la gloire et du renom / Jusqu’à quand cette agitation ? » Reconnaissant, au terme du parcours, la beauté exceptionnelle de la collection, Northedge regrette que sa présentation, dans un cadre neutre et sobre, ne contextualise pas assez les objets. Et il s’interroge: « Ce très beau département semble hélas s’adresser davantage aux princes arabes qui l’ont financé qu’aux musulmans de France. C’est pourtant fondamental, car beaucoup d’entre eux ne considèrent de la civilisation islamique que l’époque actuelle et celle du Prophète. » ●

QUESTIONS À | Sophie Makariou Directrice du département des arts de l’Islam

Le Louvre s’adresse à tous, sans communautarisme JEUNE AFRIQUE : Comment s’organise la collection ? SOPHIE MAKARIOU : L’histoire que nous avons voulu révéler est celle de la constitution d’un empire puis de son morcellement politique, celle aussi de l’émergence d’une grande civilisation fondée sur une révélation mais qui devient vite une entité politique colossale. Nous avons distingué quatre temps : celui de la fondation impériale du VIIe au XIe siècle, celui de la dislocation avec l’irruption des nouveaux peuples du XIe au XIIIe siècle, puis l’apogée des sultanats, et enfin l’âge des empires modernes, moghol en Inde, safavide en Iran et ottoman en Méditerranée. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

On vous reproche de n’avoir pas assez inscrit l’exposition dans les logiques politiques du moment… Le Louvre est un grand musée d’histoire de l’art et d’archéologie, et non un institut de sciences politiques ! Nous sommes un musée national certes, mais avec une vocation internationale : les deux tiers de nos visiteurs sont étrangers et nous nous adressons à tous, sans approche communautaire. Pourquoi l’Afrique subsaharienne musulmane n’est-elle pas présente ? Tout simplement parce que nous n’avons pas dans les collections du Louvre d’œuvres qui viennent de

pays comme le Mali, la Mauritanie ou l’Éthiopie. Et il faut distinguer deux cartes : celle de la culture matérielle du monde islamique et une carte plus large de l’expansion musulmane avec les comptoirs d’Afrique et d’Asie, où la culture matérielle est généralement de provenance extérieure. La carte de l’islam religion n’est pas la même que celle de l’Islam civilisation présenté ici. ● Propos recueillis par L.S.P.

JEUNE AFRIQUE

© 2012 MUSÉE DU LOUVRE/ANTOINE MONGODIN

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Culture médias EN KIOSQUE | La revue

DOSSIER LE QATAR, « MEILLEUR AMI » DE LA FRANCE N:3R./RDO7Q6

Larevue

Hollande sera-t-il à la hauteur?

POLITIQUES & ÉCONOMIES

SCIENCES & TECHNOLOGIES

mensuel no 26

OCTOBRE 2012

4,90 €

CULTURES & IDÉES

L’INVITÉ DU MOIS

FRANÇOIS DE CLOSETS

Ì Le numéro 26 du mensuel La revue est en vente dans les kiosques depuis le 27 septembre

D

EPUIS QU’IL EST ARRIVÉ AU POUVOIR, François Hollande déconcerte. La personnalité du président français, difficilement cernable, son équipe, dirigée par un Premier ministre peu charismatique, sa majorité, qui donne parfois l’impression de tirer à hue et à dia, ses premières mesures, disparates, ne dessinent pas encore une ligne politique bien lisible. Hier choyé par les médias, le voici attaqué de toutes parts, même par ceux qui lui sont a priori favorables. Prématurées sans doute, excessives sûrement, ces attaques sont néanmoins le signe d’un malaise de plus en plus perceptible. Est-il plus doué pour conquérir le pouvoir que pour l’exercer ? Sera-t-il à la hauteur de la crise profonde que traverse la France ? Le chômage grimpe, la croissance est en berne, les usines ferment, les déficits s’accumulent… Ce n’est pas un simple accident de parcours, mais, peut-être, si rien n’est fait, le commencement du déclin. D’où l’urgence, qui justifie une certaine impatience. D’où la nécessité, en tout cas, de changer de rythme. Ce qu’a bien compris le premier intéressé, qui ne cesse désormais de houspiller ses ministres pour accélérer le calendrier des réformes. Évidemment, rien n’est joué.Tout est encore possible. Les Français n’échapperont pas à une cure de rigueur. Ce

Ì LA REVUE NO 26, octobre 2012, 148 pages, 4,90 euros (3000 F CFA dans la zone franc CFA).

L’énigme Hollande

Sa personnalité insaisissable déconcerte. Il fait face à une situation gravissime.

Sera-t-il à la hauteur ?

INP(3OR %!, EI + INNRM:P7R !B!, - + GRNPO4/R !B!, - + F:7:S: TB!, 0 FI& + E$' ! - + C25:P7R !B!, - + ;1:12U=7O2 TB!, 0 =V + AO7N:7SR !B!, + ?1:NOR !B!, - + )/JRM96/3P !B*, - + ':368 #, E@ + "631/P:N !B!, - + X6H:/MRU=7O ! K + V/O22R WB!, AV + >/7O2OR L E> + <67R FAI % ,,, A FAI

qui n’empêche pas d’entreprendre les indispensables changements dont la France a cruellement besoin. Mais il est temps. Le président est au pied du mur. Le dossier de La revue s’intéresse ce mois-ci à un petit émirat richissime qui semble avoir fait de la France son partenaire privilégié: le Qatar. Il ne se passe pas un mois sans qu’on annonce une nouvelle acquisition ou une nouvelle implantation dans l’Hexagone. Palaces, hôtels particuliers de prestige, télévision, club de football, luxe, prises de participation dans les grands groupes français, l’appétit de la famille Al Thani, qui règne sur ce micro-État, semble sans limites. Mais que cherchent-ils au juste, ces Qataris qui déversent sans compter des milliards de dollars ? Quelle est la finalité de ces investissements tous azimuts ? Qu’ont-ils à acheter, vraiment ? La revue vous dévoile le dessous des cartes, et les ambiguïtés d’une politique et d’une diplomatie subtiles. Parfois même trop… ● HERVÉ BENTÉGEAT

À LIRE AUSSI DANS CE NUMÉRO LA PRÉSIDENCE IMPÉRIALE Au début du mois de novembre, les Américains vont ��lire leur président. Mais quel est le pouvoir réel du président des États-Unis ? Et comment cette fonction a-t-elle évolué au cours de l’Histoire ? Où l’on découvre le poids des hommes (Washington, Lincoln, Roosevelt…) qui l’ont infléchie dans une direction qui n’était pas du tout celle qu’avaient imaginée les pères fondateurs de la nation américaine…

JEUNE AFRIQUE

ITINÉRAIRE D’UN ENFANT (PAS SI) GÂTÉ Qui ne connaît pas François de Closets, journaliste de talent, pédagogue aguerri et auteur à succès ? Depuis trente ans, depuis son best-seller Toujours plus !, où il dénonçait le corporatisme de la société française, il ne cesse d’ausculter les mœurs des Français. Sans concession. Cette fois-ci, c’est de lui qu’il parle, dans un ouvrage qui révèle un homme aux antipodes de celui qu’on imaginait. Par la vie qu’il a menée comme par les doutes qui l’habitent.

ALLEMAGNE DE L’EST : LE GRAND RÉVEIL Gérard Haddad s’est promené dans ce qui était la République

démocratique allemande il y a moins de vingt-cinq ans, à travers Leipzig, Dresde, Weimar… Hier sinistrée, c’est aujourd’hui une région prospère, dynamique, où il fait bon vivre. C’est l’autre miracle allemand. N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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Culture médias En vue

■ ■ ■ Décevant

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

REVUE

Philosophe du Tout-Monde L’ÉCRIVAIN MARTINIQUAIS ÉDOUARD GLISSANT, chantre du Tout-Monde, est décédé en février 2011. Pour honorer sa mémoire, la revue Présence africaine, à laquelle il avait collaboré, lui rend hommage dans son dernier numéro. Même si cet hommage semble minimal, il éclaire malgré tout le lecteur sur la personnalité de cet anticolonialiste qui signa le Manifeste des 121 contre la guerre d’Algérie, navigua entre négritude, créolité et universalité. Glissant joua également un rôle important lors des deux congrès des écrivains et artistes noirs, à Paris en 1956 et à Rome en 1959. Auteur à la plume fulgurante, il reste, comme le dit le rédacteur en chef RomualdBlaise Fonkoua, « un intellectuel accompli : ouvert à tous les combats des opprimés du monde sans exclusive, attentif à tous les sujets de l’évolution du monde sans restriction et surtout inventeur d’une pensée sans concession ». ●

près deux films d’animation qui ont connu un immense succès – Kirikou et la Sorcière (1998) et Kirikou et les Bêtes sauvages (2005) – sur les aventures du tout petit bambin si courageux et si débrouillard, on pouvait craindre le film de trop. Il n’en est rien. Déjà parce que le passage à la 3D, plutôt réussi, renouvelle quelque peu l’intérêt du spectateur. Mais aussi parce que l’imagination de Michel Ocelot est loin d’être épuisée, et son talent de dessinateur et de coloriste reste intact. Même si les personnages principaux ne sont pas renouvelés, on suit toujours avec grand plaisir les exploits de Kirikou qui sauve de toutes les situations désespérées son village et ses habitants. À recommander aux enfants, bien sûr, mais aussi aux adultes encore capables d’émerveillement. ●

TSHITENGE LUBABU M.K.

RENAUD DE ROCHEBRUNE

Présence africaine n 184 : « Hommage à Édouard Glissant », 298 pages, 29,40 euros ■■■ o

SANS OUBLIER

Coproduite par l’Institut français et le Soweto Theatre, la 9e édition de la biennale Danse, l’Afrique danse ! se tiendra à Johannesburg du 28 septembre au 7 octobre.

DR

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JEUNESSE

Kirikou est grand…

A

… mais un peu trop présent

F

ranchement, on aime bien le petit Kirikou. Qui ne l’aimerait pas, d’ailleurs ? Mignon, gentil, intelligent, plein d’humour… Mais à force de trop tirer sur la corde du merchandising, Michel Ocelot pourrait bien nous rendre allergiques à son impertinent bambin ! La sortie du troisième épisode cinématographique des aventures du « plus vaillant des petits héros » s’accompagne en effet d’un plan médias de 3 millions d’euros et d’une ribambelle de produits dérivés. Au premier rang desquels, les livres édités par Milan (sept ouvrages en tout), l’affiche du film, la frise en papier… Bref, à partir du 3 octobre, il sera impossible d’échapper à la kirikoumania. Kirikouphobes, aux abris ! ● NICOLAS MICHEL

Kirikou et les Hommes et les Femmes, de Michel Ocelot (sortie à Paris le 3 octobre)

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CINÉMA

Partir ou mourir Ce film de fiction qui raconte l’arrivée en Palestine d’un réalisateur exilé en Europe (joué par l’excellent Mohamed Bakri) ressemble fort à un documentaire autobiographique. Car ce retour au pays, à Nazareth précisément, pour tourner un recueil de témoignages sur l’expulsion des Palestiniens de leurs terres en 1948 se passe si difficilement qu’il semble évoquer beaucoup plus le mal-être et le désespoir du cinéaste que ceux de son peuple. D’autant que la question qui le taraude – fallait-il décider, comme ses parents, de rester à tout prix en Palestine en 1948 ? – n’est jamais vraiment traitée. Un long-métrage original mais qui manque d’un véritable scénario. ● R.R.

Zindeeq, de Michel Khleifi (sortie à Paris le 3 octobre) N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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Culture médias

Et il est comment le dernier…

ARTS PLASTIQUES

L’alpha et l’oméga

… Tahar Ben Jelloun ?

POUR SON EXPOSITION inaugurale, la galerie Cécile Fakhoury croise les univers de Frédéric Bruly Bouabré et d’Aboudia, qui cosignent 12 toiles créées pour l’occasion. Le premier, à 89 ans, est l’inventeur d’un alphabet bété fréquemment exposé lors des grandes rencontres d’art africain. Le second entame à 27 ans une carrière internationale plutôt prometteuse. Déjà présent dans la collection de la galerie Saatchi ainsi que dans celle de Jean Pigozzi, le travail d’Aboudia, inspiré par les ghettos d’Abidjan, s’affranchit des carcans académiques et rappelle à certains celui de Basquiat, notamment par les graffitis et les collages dont il use à profusion. ●

C

PHOTOS : GALERIE CÉCILE FAKHOURY

BAUDELAIRE MIEU, à Abidjan

« Aujourd’hui je travaille avec mon petit-fils Aboudia », du 15 septembre au 17 novembre à la galerie Cécile Fakhoury, à Abidjan

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Ce mois-ci, zoom sur la télévision…

ÉCRAN TOTAL camerounaise

3h55

Le temps passé chaque jour devant la télévision au Cameroun. Soit 10 min de plus qu’en 2011 et 34 min de plus qu’en 2008.

ª LE PAYSAGE AUDIOVISUEL : outre la chaîne publique Cameroon Radio Television (CRTV), le pays compte une dizaine de chaînes privées basées à Douala et à Yaoundé ª LE LEADER : Canal 2 est suivi quotidiennement par plus de 70 % de la population, devant CRTV avec 46 % d’audience quotidienne moyenne ª « LA PETITE CHAÎNE QUI MONTE » : Equinoxe TV, grâce à sa nouvelle grille de programmes lancée fin 2011 Avec le concours de TNS Sofres

JEUNE AFRIQUE

asablanca. Un peintre célèbre est au sommet de son art lorsqu’il est brutalement victime d’un accident vasculaire cérébral. Cloué dans un fauteuil roulant, il rumine sa carrière ruinée et sa vie brisée. À ses yeux, une seule responsable : son épouse, Amina, jeune femme berbère aux origines modestes. Pour occuper ses journées de convalescence, il se met à l’écriture de ses Mémoires, présentant son épouse sous les traits d’une femme mauvaise et médisante, superstitieuse, jalouse de son succès. En découvrant le manuscrit, Amina revient sur les faits, éclairant d’un jour nouveau le récit du père de ses enfants. « Je sais que c’est sa version que vous croirez, pas la mienne, car c’est son œuvre qui survivra, et pas notre misérable histoire d’amour », prévient-elle. Ben Jelloun ne maîtrise pas toujours ce double procédé narratif. Le roman pèche parfois par la longueur et l’aspect répétitif de certains passages. Mais l’écriture, somme toute assez classique, est riche et soignée. En nous présentant les deux points de vue diamétralement opposés d’une même histoire conjugale, l’écrivain marocain installé à Paris oblige son lecteur à remettre en question quelques-unes de ses certitudes. Dans un pays construit sur un système de classes, deux individus issus de milieux différents peuventils rêver d’un avenir

commun ? Dans une société où le mariage reste une institution sacrée, où les apparences et le qu’en-dira-t-on priment sur le bien-être personnel, comment se construit le bonheur conjugal ? Autant de questions sans réponse que l’auteur prolifique explore dans ce dernier roman. Et qu’il avait déjà abordées par le passé. « Dans mon pays, il y a quelque chose de brisé dans les relations entre l’homme et la femme. Au sein du couple, il n’y a point d’harmonie », écrivaitil dans un recueil de nouvelles intitulé Le premier amour est toujours le dernier (Seuil, 1995). Avec ce nouveau livre, Ben Jelloun nous invite plus généralement à réfléchir sur la notion de

Le Bonheur conjugal, deTahar Ben Jelloun, Gallimard, 368 pages, 21 euros ■■■

divergence, nous amenant par la même occasion à nous interroger sur celle de l’acceptation de l’autre dans sa différence. Un sujet qui reste d’actualité, aujourd’hui plus que jamais. ● TONY GAMAL GABRIEL

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ANNONCES CLASSÉES

Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France Unité – Travail - Progrès

Ministère de l’enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation

PROJET D’APPUI À L’EDUCATION DE BASE (PRAEBASE) UNITÉ DE COORDINATION DU PROJET (U.C.P.) B.P. 49 - Tél. 666 44 56 - Email : praebase_congo@yahoo.fr - Brazzaville

Avis d’Appel d’Offres International Ouvert N° 03 Edition, impression, livraison et distribution dans les 112 inspections de l’enseignement primaire du Congo de manuels scolaires de mathématiques pour les classes de CE1 et CE2. Don IDA No H 487.CG

Le Gouvernement de la République du Congo a obtenu un Don de l’Association Internationale de Développement (IDA) pour financer le coût du Projet d’Appui à l’Education de Base (PRAEBASE). Il se propose d’utiliser une partie du montant de ce Don, pour effectuer les paiements autorisés au titre du marché d’ Edition, impression à partir de manuscrits, livraison et distribution dans les 112 inspections de manuels scolaires de mathématiques pour les classes de CE1 et CE2 de manuels scolaires de mathématiques pour les classes de CE1 et CE2. L’Unité de coordination du projet invite, par le présent avis d’appel d’offres international ouvert, les candidats remplissant les conditions requises à présenter une offre sous pli fermé cacheté, pour le marché ci-dessus cité en un lot unique indivisible et reparti comme suit .

Appel d’offres

Type de Fournitures (i) manuels de l’élève de mathématiques (CE1) (ii) manuels de l’élève de mathématiques (CE2)

Quantité - 140 000 exemplaires - 100 000 exemplaires

Bénéficiaires Unité de Coordination du Projet

Le processus se déroulera conformément aux procédures d’appel d’offres international décrites dans les Directives : Passation des marchés financés par les prêts de la BIRD et les crédits de l’IDA ; tous les candidats des pays satisfaisant aux critères de provenance énoncés dans les directives sont admis à soumissionner. Les candidats intéressés remplissant les conditions requises peuvent obtenir un complément d’information auprès de l’Unité de Coordination du Projet et peuvent examiner/acquérir le dossier d’appel d’offres à l’adresse indiquée ci-après entre 8 h 00 et 16 h (heures locales d’ouverture des bureaux). Les candidats intéressés peuvent acheter, un jeu complet du document d’appel d’offres rédigé en français, sur demande écrite à l’adresse indiquée ci-après, moyennant paiement d’un montant non remboursable de 75.000 FCFA ou d’un montant équivalent en monnaie librement convertibles. Le paiement devra être effectué par Virement au compte n° 30012 00101 182243 – 02101 28, domicilié à LA CONGOLAISE DE BANQUE, sise à Brazzaville, par Chèque de caisse ou au Comptant contre la délivrance d’un reçu de caisse. Le dossier peut être envoyé, à la demande, par courrier express ou par courrier électronique, dans les mêmes conditions. Il reste entendu que les frais d’expédition seront à la charge du soumissionnaire et non compris dans le montant de l’achat. Les offres doivent être envoyées à l’adresse indiquée ci-après au plus tard le Lundi 5 Novembre 2012 à 12 h 30. L’offre doit être accompagnée d’une garantie d’offre d’un montant de 7. 750.000 FCFA, libellée en FCFA ou dans une monnaie librement convertible sous forme de chèque certifié ou d’une caution bancaire d’une banque crédible établie ou ayant un correspondant en République du Congo. Toute soumission d’offres adressée par voie électronique ne sera pas autorisée. Les offres reçues après le délai fixé seront rejetées. Le pli devra porter la mention « AOI 03H 487.CG ; Edition, impression, livraison et distribution dans les 112 inspections de manuels scolaires et de guides pédagogiques de mathématiques pour les classes de CE1 et CE2. A n’ouvrir qu’en séance publique de dépouillement » Les plis seront ouverts en présence des représentants des soumissionnaires qui souhaitent assister à la séance d’ouverture qui aura lieu le Lundi 5 Novembre 2012 à 12 h 30 min, à l’adresse indiquée ci-après : PROJET D’APPUI À L’ÉDUCATION DE BASE (PRAEBASE) - UNITÉ DE COORDINATION DU PROJET (U.C.P.) B.P. 49 - RUE LAMOTHE (derrière le ministère de la fonction publique et de la réforme de l’état) Tél. (242) 06 951 48 86 - Email : praebase_congo@yahoo.fr - Brazzaville Le Coordonnateur N° 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

JEUNE AFRIQUE


Banque des États de l’Afrique Centrale - Services Centraux Commission ad hoc du marché - Décision n°44/GR/2012

Avis d’Appel d’Offres International Ouvert

no 10/BEAC/DGE-DIT/AOIO/Bien/2012 du mercredi 11 juillet 2012

La Banque des États de l’Afrique Centrale envisage d’acquérir, sur fonds propres, des équipements de sécurité informatique. A cet effet, elle invite, par le présent avis d’appel d’offres international ouvert, les entreprises remplissant les conditions requises à présenter une offre sous pli cacheté pour la fourniture et l’installation de matériel de sécurité informatique CHECKPOINT et IBM-ISS en deux lots indépendants. Le processus de sélection se déroulera conformément à la procédure d’appel d’offres international ouvert définie par le Code des marchés et le Manuel de procédures de gestion des marchés de la BEAC. Les entreprises intéressées peuvent examiner le dossier d’appel d’offres rédigé en français et / ou obtenir un complément d’information à l’adresse ci-dessous entre 9 heures et 12 heures les jours ouvrés. BANQUE DES ETATS DE L’AFRIQUE CENTRALE Services Centraux, 736 Avenue Mgr Vogt, 14e étage, Porte 1402 # : (237) 22 23 40 30 / 22 23 40 60 Poste 5402 @ : cgam.scx@beac.int

remboursable de FCFA un million (1 000 000) ou l’équivalent de EURO 1 525 par lot. Le paiement devra être effectué par virement bancaire ou en espèces aux guichets de la BEAC. Les soumissions, obligatoirement accompagnées d’une garantie de soumission conforme au modèle indiqué et équivalente à 5% du montant de l’offre, devront être déposées sous pli fermé à l’adresse indiquée ci-après, au plus tard le vendredi 26 octobre 2012 à 12 heures, heure de Yaoundé. BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE Services Centraux, 736 Avenue Monseigneur Vogt Bureau d’Ordre, 15e étage, Porte 15.01 " : BP 1917 Yaoundé - CAMEROUN Les offres reçues après le délai fixé seront rejetées. Les plis seront ouverts en présence des représentants des soumissionnaires, dûment mandat��s, qui souhaitent assister à la séance d’ouverture le vendredi 26 octobre 2012 à 13 heures, aux Services Centraux de la BEAC à Yaoundé.

Le dossier d’appel d’offres peut être acheté et retiré à l’adresse indiquée ci-dessus, moyennant le paiement de la somme non

Le Président de la Commission ad hoc, Jacques NSOLE

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

Le Ministère de la Défense Nationale se propose de lancer le présent appel d’offres pour l’acquisition de pneus et chambre à air. Les fournisseurs intéressés par cet appel d’offres peuvent retirer le dossier y afférent auprès de LA DIRECTION GÉNÉRALE DES MATÉRIELS ROULANTS ET DES ESSENCES – RN 1 – KM 30 – FONDOUK DJEDID – 8012 – NABEUL contre le versement de vingt cinq dinars par mandat postal au nom du régisseur des recettes du Ministère de la Défense Nationale CCP N° 616-82 et ce tous les jours ouvrables comme suit : • Du lundi au jeudi de 08H00 à 12H00 et de 13H00 à 16H30. • Vendredi de 08H00 à 12H00 et de 14H00 à 17H00. Les offres doivent être adressées au plus tard le 08 Novembre 2012 (le cachet du bureau d’ordre de l’administration faisant foi). Les candidats doivent présenter leurs offres comme suit : L’offre technique, les documents à caractère administratifs et l’offre financière doivent être placés dans deux enveloppes séparées fermées et scellées. Ces deux enveloppes seront placées dans une troisième enveloppe fermée et scellée et portant la mention « A NE PAS OUVRIR APPEL D’OFFRES N°05/2012/DGMRE relatif à l’acquisition de pneus et chambres à air » sera envoyée par la poste et recommandée ou par courrier rapide ou sera déposée directement au bureau d’ordre central de l’administration à l’adresse sus indiquée (le cachet du bureau d’ordre central de l’administration faisant foi). JEUNE AFRIQUE

N° 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Appel d’offres

APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 05/2012/D.G.M.R.E


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Annonces classées Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires Organization for the Harmonization of Business Law in Africa Organizacion parala Armonizacion en Africa de la Legislacion Empresarial Organização para a Harmonização em Africa do Direiton dos Negocios

SECRÉTARIAT PERMANENT Avis de report de la date limite de réception des offres relatives aux appels d’offres internationaux numéros AOI/003/2012/SP/OHADA et AOI/004/2012/SP/OHADA

Appel d’offres - Manifestation d’intérêt

Le Secrétaire Permanent de l’OHADA informe les soumissionnaires intéressés par les appels d’offres internationaux dont références ci-après : - AOI/003/2012/SP/OHADA relatif à la sélection d’un cabinet international pour le recrutement du personnel de l’OHADA, et - AOI/004/2012/SP/OHADA relatif au recrutement d’un cabinet international chargé de procéder à la révision du statut du personnel de l’OHADA, que la date limite de réception des offres pour les deux avis, fixée initialement au 14 septembre 2012, est reportée au 15 octobre 2012 à 14H00 GMT. L’ouverture des plis aura lieu le même jour à 15H00 GMT dans les locaux du Secrétariat Permanent de l’OHADA sis à Yaoundé (Cameroun), quartier Hippodrome, face MINREX. Fait à Yaoundé le 30 septembre 2012 Le Secrétaire Permanent

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE AVIS DE REPORT DE L’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 04/2012/D.G.M.R.E Il est porté à la connaissance des intéressés par la soumission dans le cadre de l’appel d’offres international N° 04/2012/DGMRE relatif à l’acquisition de pièces de rechange (Superstructures, Tuyaux et Marmites d’Echappements, Radiateurs et Réservoirs à Carburant) que la date limite de la réception des offres prévue pour le 18 Septembre 2012 a été reportée au 31 Octobre 2012. N° 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

RÉPUBLIQUE DU NIGER CABINET DU PREMIER MINISTRE AUTORITÉ DE RÉGULATION MULTISECTORIELLE

AVIS DE MANIFESTATION D'INTÉRÊT L’Autorité de Régulation Multisectorielle lance le présent avis de manifestation d’intérêt pour présélectionner des candidats admis à concourir pour le recrutement d’un prestataire de services chargé de l’élaboration et de la confection de l’annuaire des abonnés des réseaux de télécommunications au Niger. L’appel d’offres s’adresse aux ressortissants de tous pays. Tout candidat intéressé par le présent avis, peut acquérir gratuitement le dossier de présélection auprès de l’Autorité de Régulation Multisectorielle ou le télécharger sur le Site Web de l’ARM (www.armniger.org). Les lettres de manifestation d’intérêt rédigées en français et accompagnées des documents indiqués au dossier de présélection, doivent être déposées au plus tard, le 14 Novembre 2012 à 10 heures au secrétariat de l’Autorité de Régulation Multisectorielle, 64 Rue des bâtisseurs, BP 13 179 Niamey. L’ouverture des offres aura lieu le même jour à 10 heures dans la salle de réunion de l’Autorité de Régulation Multisectorielle en présence des soumissionnaires ou de leurs représentants qui souhaitent y prendre part. Aminata Amadou GARBA

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE AVIS DE REPORT DE L’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 08/2012/D.G.M.R.E

Il est porté à la connaissance des intéressés par la soumission dans le cadre de l’appel d’offres international N° 08/2012/DGMRE relatif à l’acquisition de pièces de rechange (Unimog, Iveco Magirus et Land-Rover). Que la date limite de la réception des offres prévue pour le 18 Septembre 2012 a été reportée au 31 Octobre 2012. JEUNE AFRIQUE


Annonces classées

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AVIS D'APPEL À MANIFESTATION D'INTÉRÊT POUR LA SÉLECTION DES AVOCATS CONSEILS DE LA BCEAO

Pour tout renseignement complémentaire, les candidats pourront s'adresser à la Direction des Affaires Administratives, par courrier électronique à l'adresse courrier.zdaad@bceao.int, au plus tard, dix (10) jours avant la date limite de dépôt des manifestations.

JEUNE AFRIQUE

N° 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Manifestation d’intérêt

I - OBJET La Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Etablissement Public International dont le Siège est situé à Dakar, Avenue Abdoulaye FADIGA, BP 3108, République du Sénégal, lance un avis d'appel à manifestation d'intérêt, en vue du recrutement, avec présélection d'avocats conseils, pour l'accomplissement des prestations de conseil juridique et d'assistance dans la gestion de ses dossiers contentieux. Cette assistance sera formalisée par la conclusion d'une convention d'assistance juridique-type entre la BCEAO et chacun des avocats retenus à l'issue de l'appel d'offres. L'appel à manifestation d'intérêt vise à permettre l'établissement de la liste d'avocats conseils à consulter pour le recrutement susvisé, à savoir un avocat pour le Siège à Dakar, un pour chaque Direction Nationale de la BCEAO située sur le territoire de chacun des Etats membres de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (Bénin, Burkina, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), un pour le Secrétariat Général de la Commission Bancaire de l'UMOA, en Côte d'Ivoire et un autre pour la Représentation de la Banque Centrale auprès des Institutions Européennes de Coopération à Paris, en France. Les principaux objectifs attachés à la mission qui sera dévolue aux avocats retenus portent notamment sur : • la défense des intérêts de la BCEAO dans toute procédure administrative ou judiciaire engagée par elle ou à son encontre ; • l'assistance à tout avocat commis par la Banque Centrale ou un ou plusieurs avocats conseils des autres sites de la BCEAO, dans toute procédure engagée par elle ou à son encontre, devant les juridictions et tout organisme juridictionnel, arbitral, disciplinaire ou de quelque nature que ce soit ; • la délivrance d'avis juridiques et l'élaboration d'études juridiques sur des questions spécifiques ; • la rédaction des actes juridiques ou l'assistance des Services de la BCEAO en la matière. II - CONDITIONS DE PARTICIPATION Le présent appel à manifestation d'intérêt est ouvert, à égalité de conditions, à tous les avocats exerçant en cabinets ou en sociétés d'avocats établis sur le territoire d'un des Etats membres de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) ainsi qu'aux avocats exerçant à Paris. III - MODALITÉS DE SOUMISSION Les candidats intéressés par le présent avis à manifestation d'intérêt doivent fournir un dossier comprenant : • une déclaration de manifestation d'intérêt signée du Représentant du cabinet ou de la société d'avocats, faisant apparaître son nom, sa qualité, son adresse, sa nationalité et précisant que le candidat a l'intention de soumissionner à l'appel d'offres s'il est présélectionné ; • une attestation de l'Administration fiscale valant quitus fiscal (impôts directs et indirects) ; • une attestation valant quitus social (cotisations de sécurité sociale) ; • une attestation de l'Ordre des Avocats certifiant que l'avocat intéressé n'a fait l'objet d'aucune sanction ou procédure disciplinaire durant les cinq dernières années (2006-2011) ; • tout document justifiant de la capacité financière et de la solvabilité de l'avocat sur les trois (3) dernières années 2008/2009/2010 (bilans annuels, déclarations fiscales des revenus professionnels, etc) ; • une note de présentation du cabinet ou de la société d'avocats (date de création, siège, dénomination, forme juridique, coordonnées, adresse, etc.) et les moyens matériels et humains qu'il compte mettre en œuvre pour la réalisation de sa mission (liste du personnel clé avec leurs fonctions respectives, cursus, ancienneté et type de contrat liant chaque membre du personnel du cabinet ou de la société d'avocats) ; • les références professionnelles du cabinet ou de la société d'avocats, ses domaines de compétence, en particulier dans la défense des organisations internationales ou sous-régionales. Les dossiers de candidature doivent clairement indiquer le site de la BCEAO pour lequel l'avocat manifeste son intérêt. Ce site doit être situé sur le territoire de l'Etat où le cabinet où la société d'avocats est implanté. En particulier, s'agissant du Sénégal, sont concernés par le présent avis, les sites du SIEGE et de la Direction Nationale de la BCEAO pour le Sénégal. Les candidats peuvent postuler pour l'un ou l'autre site, voire pour les deux (2). En tout état de cause, leur choix doit clairement apparaître dans le dossier de candidature. Il en va de même pour la Côte d'Ivoire où les candidats intéressés peuvent exprimer leurs offres, soit pour le site de la Direction Nationale de la BCEAO pour la Côte d'Ivoire, soit pour le site du Secrétariat Général de la Commission Bancaire de l'UMOA ou encore pour les deux (2). IV - CRITÈRES DE SÉLECTION Les candidats doivent justifier : • d'une excellente expertise des questions liées à la nature et au régime juridiques des organisations internationales en général. Une connaissance approfondie des missions et des opérations d'une banque centrale serait un atout ; • d'une parfaite maîtrise du droit institutionnel et communautaire de l'UMOA, de l'UEMOA, de la CEDEAO et de l'OHADA ainsi que du droit de la fonction publique internationale ; • d'une expérience professionnelle d'au moins cinq (5) ans en matière d'assistance et de défense des organisations internationales ; • d'aptitudes à réaliser les prestations attendues avec la plus grande disponibilité et justifier de leur capacité à faire preuve d'une forte réactivité et à traiter de façon diligente les dossiers qui leur sont confiés ; • d'un personnel qualifié, apte à réaliser les prestations demandées avec satisfaction ; • d'une maîtrise de la langue française à l'écrit et à l'oral. La BCEAO établira sur la base des réponses au présent appel à manifestation d'intérêt, une liste restreinte d'avocats et reprendra ultérieurement contact avec les candidats répondant aux critères susmentionnés. La sélection définitive interviendra après examen des offres qui auront été communiquées, par les candidats présélectionnés conformément aux exigences du cahier des charges établi par la BCEAO. V - DÉPOT DES DOSSIERS ET RENSEIGNEMENTS Les expressions d'intérêt, rédigées en langue française, doivent être déposées au plus tard le vendredi 19 octobre 2012, à 17 heures GMT à l'adresse ci-dessous et porter expressément la mention « APPEL À MANIFESTATION D'INTÉRÊT POUR LA SÉLECTION DES AVOCATS CONSEILS DE LA BCEAO ». BCEAO - Siège - Direction des Affaires Administratives - (5e étage de la Tour – Bureau 509) - Avenue Abdoulaye Fadiga - BP 3108 DAKAR (Sénégal) - Tél. : (221) 33 839 05 00 - Fax : (221) 33 823 93 35


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Annonces classées RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN Paix - Travail - Patrie

REPUBLIC OF CAMEROUN Peace - Work - Fatherland

INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE n° 2337/INS/DG/DCR/AT-PARFIP

NATIONAL INSTITUTE OF STATISTICS

Avis de marché N° 001/INS/PARFIP/PTA/2012

pour la fourniture, la mise en service et le service après-vente de onze (11) véhicules tout-terrain à l’lnstitut National de la Statistique du Cameroun L’Institut National de la Statistique du Cameroun envisage d’attribuer un marché pour la fourniture, la mise en service et le service après-vente pendant un an, de onze (11) véhicules tout-terrain, moteur Diesel à Yaoundé. Ce marché est financé par le Programme d’Appui à la Réforme des Finances Publiques — Volet Statistique (PARFIP) du FED.

Manifestation d’intérêt - Avis de marché

Le dossier d’appel d’offres peut être obtenu à l’adresse suivante : Institut National de la Statistique BP 134 Yaoundé Bâtiment situé à l’entrée principale des Services du Premier Ministre Rond-point Immeuble Rose Tél : +237 22 22 04 45 - Fax : +237 22 23 24 37 - Site Web : www.statistics-cameroon.org Ledit dossier d’appel d’offres sera également publié sur le site de la Délégation de l’Union Européenne au Cameroun (DUE) : http://eeas.europa.eu/delegations/Cameroon ainsi que sur le site de la Cellule d’Appui à l’Ordonnateur National du FED/ http://caonfed.org et celui de l’INS mentionné ci-dessus. La date limite de remise des offres est fixée à 12 heures le 16 novembre 2012. Des informations supplémentaires éventuelles ou des éclaircissements au dossier d’appel d’offres seront publiés sur le site de la DUE et de celui de l’INS : http://www.statistics-cameroon.org Le Directeur Général Joseph Fedou

COMMISSION SOUS-RÉGIONALE DES PÊCHES (CSRP) - SECRÉTARIAT PERMANENT

SOLLICITATION DE MANIFESTATIONS D’INTÉRÊT POUR LA SÉLECTION D’UN CABINET SPÉCIALISÉ ET INDÉPENDANT POUR LE RECRUTEMENT DU SECRÉTAIRE PERMANENT DE LA COMMISSION SOUS RÉGIONALE DES PÊCHES expérience pertinente dans le domaine, à manifester leur intérêt à fournir les services 1. La Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP) est une organisation intergouverdécrits ci-dessus. nementale de coopération halieutique regroupant sept (7) pays de l’Afrique de l’ouest Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont quali(Cap Vert, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie, Sénégal et Sierra Leone). Elle a fiés pour exécuter les services (brochures, domaine d’expertise, l’expérience dans des pour objectif l’harmonisation, à long terme, des Politiques des Etats membres en conditions similaires, les capacités techniques et de gestion, la qualification du personmatière de préservation, de conservation et d’exploitation des ressources halieutiques nel-clé, les références techniques pertinentes concernant l’exécution de contrats anaet le renforcement de la coopération pour le bien-être de leurs populations respectives. logues (avec des informations sur la mission, la période, le Maître d’ouvrage, le monLa CSRP est constituée de trois organes : la Conférence des Ministres des Pêches, le tant de la mission, le contenu des prestations, etc…). Comité de coordination et le Secrétariat Permanent basé à Dakar, au Sénégal. 5. Une liste restreinte de consultants sera établie à l’issue de l’appel à manifestation Le Secrétariat Permanent est l’organe exécutif de la CSRP. Il est dirigé par un Secrétaire d’intérêt. Un consultant sera sélectionné suivant la méthode de sélection fondée sur les Permanent nommé par la Conférence des Ministres, sur proposition des Etats Membres. qualifications des consultants (QC) conformément au manuel de procédures de la CSRP. 2. Au terme du mandat du Secrétaire Permanent sortant, la Conférence des Ministres de 6. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations complémentaires aux la CSRP compte s’attacher les services d’un Cabinet spécialisé et indépendant pour l’asdocuments de référence à l’adresse ci-dessous aux heures suivantes : sister dans le recrutement de son Secrétaire Permanent en conformité avec ses textes règlementaires. • Du lundi au jeudi de 8 heures à 13 heures et de 14 heures à 17 heures, 3. Le Consultant aura pour tâches principales : • Le vendredi de 8 heures à 13 heures et de 15 heures à 18 heures. 7. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées en trois exemplaires sous pli fermé • dépouiller les dossiers de candidature envoyés par les pays en présence d’un Comité AD HOC du Secrétariat Permanent de la CSRP ; portant la mention « Manifestation d’intérêt pour la sélection d’un cabinet spécialisé et indépendant pour le recrutement du Secrétaire permanent de la • mener les enquêtes nécessaires et procéder à l’évaluation des dossiers ; • rédiger le rapport d’évaluation des dossiers de candidature ; Commission Sous Régionale des Pêches » à l’adresse ci-dessous au plus tard le 29 octobre 2012 à 15 heures. • préparer, organiser et participer à l’entretien d’évaluation des candidats ; Secrétariat Permanent de la Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP) • assurer le secrétariat de séance et rédiger le rapport combiné de l’évaluation des dossiers de candidature et des entretiens ; Amitié 3, villa 4430 B.P. : 25 485 Dakar/Sénégal, Tél. : 221 33 864 04 75, Fax: 221 33 864 04 77 - Dakar – Sénégal • participer aux prochaines sessions du Comité de Coordination et de la Conférence des Ministres de la CSRP pour y présenter le rapport final et éventuellement fournir toute E-mail : spcsrp@gmail.com information complémentaire nécessaire à une bonne sélection ; Le Secrétaire Permanent KANE CIRE AMADOU Le démarrage des prestations est prévu pour le mois de Novembre 2012. 4. La CSRP, par ce présent avis, invite les firmes, disposant de l’expertise avérée et d’une N° 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

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JA2699p:essai nvx gab

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Annonces classées République Centrafricaine Unité – Dignité – Travail

Ministère du Plan et de l’Economie

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Direction de Cabinet

COURS INTENSIFS D’ANGLAIS

Comité de Pilotage des Projets de Renforcement des Capacités Unité Technique d’Exécution du PARCGEF

AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT (SERVICES DES CONSULTANTS)

PROJET D’APPUI AU RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE GESTION ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE (PARCGEF-RCA) N° D’IDENTIFICATION DU PROJET : P-CF-KF0-001 LETTRE ACCORD DE DON FEF DU 25 MARS 2012 Secteur gouvernance Avis à Manifestation d’Intérêt Nº : 18/PARCGEF-RCA/2012

THIS SCHOOL IS AUTHORIZED UNDER FEDERAL LAW TO ENROLL NONIMMIGRANT ALIEN STUDENTS

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Manifestation d’intérêt - Divers

1. Le Gouvernement de la République Centrafricaine a reçu un financement du Fonds Africain de Développement et de la Facilité des Etats Fragiles (FEF) afin de couvrir le coût du Projet d’Appui au Renforcement des Capacités de Gestion Economique et Financière (PARCGEF), et a l’intention d’utiliser une partie des sommes accordées au titre de ce don pour financer le contrat de services pour financer le contrat de services d’un Cabinet d’études pour le reploiement d’un pool d’Experts pour l’Assistance Technique et la formation des cadres de la Cellule de Suivi des Réformes Economiques et Financières (CS-REF). 2. Les Experts internationaux interviennent dans les domaines suivants : - Coordination et suivi de réformes dans le cas de CGAB ; - le DSRP et Programmes Sectoriels pour le suivi des Réformes Structurelles ; - Programmes d'Appuis Budgétaires pour le Secrétariat des Réunions du CGAB ; - Programme Macro-économique et Statistiques Financières pour le suivi du programme avec le FMI. 3. La durée des interventions des Experts est de six (06) mois. 4. L’Unité Technique d’Exécution (UTEP) invite les Cabinets d’études, à présenter leur candidature en vue de fournir les services ci-dessus. Les Cabinets d’études intéressés doivent produire les informations sur leur capacité et expérience démontrant qu’ils sont qualifiés pour les prestations (documentation, référence de prestations similaires, expérience dans des missions comparables, disponibilité de personnel qualifié, etc.). Les Experts peuvent se mettre en association pour augmenter leurs chances de qualification. 5. Les critères d’éligibilité, l’établissement de la liste restreinte et la procédure de sélection seront conformes aux « Règles et Procédures pour l’utilisation des services des Consultants » de la Banque Africaine de Développement (Edition de Mai 2008), qui sont disponibles sur le site web de la Banque à l’adresse : http://www.afdb.org. L’intérêt manifesté par un Expert n’implique aucune obligation de la part de l’Emprunteur de le retenir sur la liste restreinte. 6. Les Cabinets intéressés peuvent obtenir les informations supplémentaires, y compris les termes de référence et les critères de sélection, à l’adresse mentionnée ci-dessous aux heures ouvrables de bureau de 7h30’ à 15h30’, heure locale. 7. Les expressions d’intérêt doivent être déposées à l’adresse mentionnée ci-dessous au plus tard le 17/10/2012 à 15H30 (heure locale) et porter expressément la mention « PARCGEF : Avis à Manifestation d’Intérêt pour le recrutement d’un Cabinet d’études pour le reploiement d’un pool d’Experts pour l’Assistance Technique et la formation des cadres de la Cellule de Suivi des Réformes Economiques et Financières (CS-REF); AMI - N° : 18/PARCGEF-RCA/2012 : A n’ouvrir qu’en commission de dépouillement des offres ». À l'attention de Monsieur le Coordonnateur Rue Martin Luther KING B.P. 696 Bangui République Centrafricaine Tel. : +(236) 75 05 60 57 - Fax : + (236) 21 61 73 87/21 61 96 89 Email : cabinet@minplan-rca.org - parcgef.utep@minplan-rca.org web : www.minplan-rca.org

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Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris. MALI Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION ?

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2696 • du 9 au 15 septembre 2012

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! J.A. NO 2696, du 9 au 15 septembre.

Mobutu Les Deux Joseph Joseph (Mobutu), à qui vous avez récemment consacré un dossier (J.A. no 2696), a été un chef qui a suscité le nationalisme chez ses compatriotes. Il a aussi été un homme courageux, fougueux, audacieux, orgueilleux (comme Sarkozy). Un homme avec quand même un côté bling-bling, aimant festoyer en Occident, où il possédait comptes bancaires

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et demeures. L’actuel Joseph (Kabila) est plus introverti, lent à agir, timide, pas si doux ni si conciliant (comme Hollande). Mais il passe davantage de temps dans son pays et y investit, limitant ainsi la fuite de capitaux qu’occasionneraient ses nombreux déplacements à l’étranger. Afin de sortir de l’ornière, la RD Congo aurait peut-être besoin d’un leader incarnant un mélange des deux Joseph… ●

FATHI TOUNAKTI, Hammam-Lif, Tunisie

Foot Procès d’intention J’ai vu dans votre « Grand angle » intitulé « Foot, fric et frasques » (J.A. no 2697, du 16 au 22 septembre) un procès d’intention fait aux footballeurs africains, en particulier à Samuel Eto’o. Leur

KAKEL MBUMB, Lubumbashi, RD Congo

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Salafistes L’affront à l’Amérique Ceux qui ont pris à la légère l’installation du drapeau salafiste à l’université tunisienne de La Manouba doivent le regretter maintenant que les salafistes l’ont placé sur le toit même de l’ambassade des États-Unis à Tunis. L’Amérique n’oubliera jamais cet acte odieux, qui porte atteinte à sa fierté.

CARINE MAHOP, Yaoundé, Cameroun

TUNISIE ADIEU LIBERTÉS ?

PLUS HEBDOMADAIRE BDOMAD ADAIRE AD RE INTERNATIONAL INT NTER ERNA ER NATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • No 2697 • du 16 au 22 septembre 2012 NA

Liberté d’opinion et paix civile Dans l’affaire du film américain islamophobe et des caricatures de Charlie Hebdo, la liberté de la presse et d’opinion invoquée a bon dos. Aucune liberté n’est intégrale, et on ne peut pas rire de tout. Les professionnels de l’humour sont évidemment libres de leur inspiration, mais ils sont également astreints à une certaine déontologie. Sachant que leurs histoires sur le prophète Mohammed ne font pas rire le monde musulman, ils auraient dû arrêter. De même, les musulmans qui s’en prennent à des innocents sous prétexte de venger le Prophète doivent N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

Les dirigeants actuels de la Tunisie sont vraiment des amateurs. ●

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! J.A. NO 2697, du 16 au 22 septembre.

savoir qu’ils commettent là des actes contraires aux prescriptions islamiques : si leur fureur génère une énergie à investir coûte que coûte contre quelqu’un ou quelque chose, alors qu’ils l’infligent exclusivement aux agresseurs identifiés. ● AMADOU SADIO BAH, Rouen, France

La liberté de la presse comme alibi Lorsqu’une personne physique ou morale s’estime lésée par un article et s’en plaint, les journaux adoptent en général deux attitudes. Soitilsjustifientleursécritsenapportant des preuves incontestables – comme l’a fait Jeune Afrique dans l’affaire

en voulez-vous de gagner autant d’agent ? La plupart travaillent très dur et devraient le dépenser comme bon leur semble. Les frasques, d’autres en commettent de bien pires. Qu’importe, après tout, tant qu’elles n’influent pas sur leur rendement sportif. On ne va tout de même pas leur demander d’être des saints! Du reste, il s’agit de leur vie privée. Vous présentez l’engagement de Patrick Vieira comme un « contre-exemple ». Il me semble qu’il n’a pas le monopole de l’engagement humanitaire ou caritatif : la fondation de Samuel Eto’o elle aussi vient en aide à nombre de jeunes, au Cameroun et ailleurs. ●

Mali Un titre inapproprié Maire d’une commune de Bamako et fidèle lecteur de Jeune Afrique, j’ai été interpellé par le titre « Les nouveaux maîtres du Mali » (J.A. no 2698). N’aurait-il pas été plus approprié de titrer : « Les nouveaux maîtres du Nord-Mali » ? Jeune Afrique compte de nombreux amis au

Antoine Ntsimi-Cemac –, soit ils se réfugient derrière la sacro-sainte liberté de la presse, comme Charlie Hebdo. Dans ce dernier cas de figure, on est en droit de s’interroger sur la pertinence des écrits. ● JEAN-MARIE TOURÉ, Bonoua, Côte d’Ivoire

Publicité irresponsable Les caricatures du Prophète dans Charlie Hebdo, une illustration de la liberté d’expression ? « Il est beau de penser librement, mais il est encore plus beau de penser juste », disait Paul Valéry. Les caricatures du Prophète dans Charlie Hebdo, c’est un coup de pub irresponsable et ridicule. ● AHMED BEZEID OULD BEYROUCK, Nouadhibou, Mauritanie JEUNE AFRIQUE


CÔTE D’IVOIRE 2002-2012 : DIX ANS, DIX ÉNIGMES jeuneafrique.com

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2698 • du 23 au 29 septembre 2012

TUNISIE ABOU IYADH, ENNEMI PUBLIC NUMÉRO UN

TOGO LE PÉTROLIER, LE MINISTRE ET LE MILLIARDAIRE

LE PLUS

de Jeune

Afrique

le Sé Peut-il changer néga l?

Spécial 26 pages

EXCLUSIF

LES NOUVEAUX

MAÎTRES

DU MALI

Aqmi, Ansar Eddine, Mujao… D’Abdelmalek Droukdel à Iyad Ag Ghali en passant par Mokhtar Belmokhtar ou Abou Zeid, enquête sur ces jihadistes qui font trembler l’Afrique et menacent l’Occident.

ÉDITION GÉNÉRALE France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1100 MRO • Norvège 41 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1700 F CFA • ISSN 1950-1285

! J.A. NO 2698, du 23 au 29 septembre.

Mali qui pourraient être gênés par un titre ne correspondant pas à la réalité. ● MOUSSA MARA, Bamako, Mali

Réponse : C’est en effet un raccourci journalistique dont nous convenons qu’il est hâtif. Et dont nous espérons, comme vous, qu’il ne sera jamais d’actualité. LA RÉDACTION

RD CongoArrêtons de diaboliser le Rwanda Le pouvoir de Kinshasa doit en partie son existence au Rwanda, pays qu’il accuse aujourd’hui de tous les maux. En 1997, ce dernier, qui avait alors maille à partir avec les mobutistes, soutiens présumés des Interahamwes (génocidaires rwandais), l’avait aidé à s’installer, en quelques mois… Aujourd’hui, un rapport de l’ONU affirme que le M23 est soutenu par Kigali, ce que, évidemment, le Rwanda dément formellement. Et on est tenté de le croire. Car, si l’armée rwandaise était réellement engagée aux côtés

des rebelles du M23, ceux-ci seraient parvenus depuis belle lurette à Kinshasa. Souvenezvous qu’en 2007 l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) avait été capable de rejoindre Kinshasa en six mois en partant de Goma. Arrêtons donc de distraire le peuple. Prenons exemple sur ce voisin, bon élève de tous les organismes financiers. On évoque souvent la faillite de l’État congolais. À mon sens, c’est la nation congolaise ellemême qui manque de maturité politique. ●

« Il est des lieux emblématiques qui traversent l’histoire et le temps »

JEANNOT GAKUBA SHYAKA, Kinshasa, RD Congo

M23 Le traité de Berlin n’est pas un boomerang L’un de vos lecteurs, Georges Mupenzi, de Kigali, vous a adressé une correspondance intitulée « Traité de Berlin : comme un boomerang » (J.A. no 2698). Je suis au regret de lui répondre que le traité de Berlin de 1885 n’a jamais agi comme un boomerang. Pourquoi n’y a-t-il pas de revendication dans les plus de 50 autres pays africains victimes de ce traité de Berlin? Que deviendrait le continent si chaque pays africain devait réclamer arbitrairement à son voisin une partie de son territoire, et vice versa ? Une jungle, très certainement. ● PYTSHOU NIANGI, Kinshasa, RD Congo

« Au cœur de Tunis… Dans un esprit « Art Nouveau », revisité avec élégance et raf>nement, 77 chambres et suites au charme intemporel, restaurant à la carte, coffee shop , bars, salles de réunion, business corner et centre SPA. »

Rectificatif Une erreur s’est glissée dans notre article intitulé « Que sont les rebelles devenus ? », publié dans J.A. no 2698. Contrairement à ce que nous avons écrit, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) n’a jamais dit qu’il soupçonnait Losseni Fofana d’avoir participé aux massacres commis à Duékoué en 2011. Toutes nos excuses à nos lecteurs et aux intéressés. LA RÉDACTION JEUNE AFRIQUE

N o 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012

36, avenue de Paris 1000 Tunis Tél. : +216 71 332 666 - Fax : +216 71 336 908 E-mail : hotel@majestichotel.tn

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HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE

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Post-scriptum Fawzia Zouari

Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (52e année) Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com DIRECTION Directeur de la publication : BÉCHIR BEN YAHMED (bby@jeuneafrique.com) Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

Le temps des incertitudes

RÉDACTION Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com)

F

OIN DES LAMENTATIONS SUR LA CRISE, les vraies-fausses révolutions arabes, la colère des musulmans contre Sam Bacile ou Charlie Hebdo ! Parlons shopping. Je me suis toujours dit qu’une cure de produits de santé n’a pas son pareil pour tout faire oublier. Sauf que, voilà. Il m’a fallu admettre que mes espoirs de trouver les bons remèdes pour les bienfaits du corps risquent de s’évaporer à la vitesse de mon espérance pour la paix dans le monde. Tenez, au début de l’été, par exemple, je suis allée acheter des soins solaires pour « bronzer intelligent ». Après m’être ruinée en tubes de marque et en écrans à deux chiffres, j’apprends au milieu des vacances, le 14 août très exactement, que ces crèmes ne protègent pas autant qu’elles le promettent, car « la fiabilité des indices est à remettre en cause ». C’est une professeure de pharmacie de l’université de Nantes qui l’a dit. De retour à Paris, vu que je m’étais laissée aller à consommer de tout sans modération, je commençai un régime Dukan à 100 euros le forfait mensuel. Erreur ! Dès que j’arrête une journée un bourrelet repousse. Je décidai de remanger de tout, mais bio. Direction les petits maraîchers et les boutiques Naturalia où le pain au son – destiné aux animaux dans mon village – coûte 4 euros. Mon panier de ménagère rempli de carottes des champs, de frisée sans pesticides et de pommes choisies une à une en fonction de leur aspect fripé et pourri – gage de qualité –, je rentrai en fredonnant. Là, au moins, j’étais sûre d’éviter les OGM, dont on nous a montré dernièrement les effets sur des rats déformés et boursouflés à vous faire opter pour un jeûne à vie ! Seulement, là aussi, j’apprends que le bio, eh bien, ce n’est pas aussi sûr qu’on le croyait, « aucun risque diminué de mortalité ». Ce sont les Américains qui l’ont dit.

La solution ? Abandonner viande et OGM pour le poisson. La mer, c’est connu, nous fournit ce qu’il y a de plus sain, en particulier ces bancs de poissons à la chair bleue qui contiennent les fameux oméga 3 dont on nous fait tout un plat, en raison de leurs acides gras dit essentiels. Quelle ne fut pas ma surprise en lisant dans l’étude publiée le 12 septembre dernier dans le Journal of the American Medical Association (Jama) que cette histoire d’oméga, c’est du pipeau ! Que voulez-vous que je vous dise, maintenant ? Que rayon cuisine, ça ne vaut pas mieux que rayon politique, où l’on nous recommande tous les jours, là aussi, de nous défier de tout : du Printemps arabe, parce qu’il ne serait qu’un hiver déguisé; d’Obama, parce qu’il aurait menti, depuis son discours du Caire jusqu’à sa main tendue aux régimes intégristes ; de Hollande, qui revient sur ses promesses de candidat ; et de Cécile Duflot, qui n’est peut-être plus écolo depuis qu’elle est ministre… Je me demande ce que nous allons devenir. Cumuler les défiances politiques et sanitaires, souffrir dans son âme et dans son corps sans un remède fiable, c’est bien cruel de la part du bon Dieu ! À moins que ce dernier ne veuille prouver à ses fidèles la prétention qu’il y aurait à proférer des certitudes: chercheurs, mollahs, ministres, idéologues, blouses blanches, barbus et sans barbe, par Allah, taisez-vous ! ● N 2699 • DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2012 o

JEUNE AFRIQUE

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Ce numéro s’accompagne d’un encart abonnement sur une partie de la diffusion.


8th Edition GLOBAL MEETING

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Wanted: 360° growth Deauville France 10 - 11 - 12 October 2012

La 8ème édition du Women’s Forum Global Meeting aura lieu du 10 au 12 octobre 2012 à Deauville (France) sur le thème « Wanted : 360° growth ». Le crash financier international de la fin des années 2000 a provoqué bien plus qu’une récession économique mondiale. Il a également accentué les doutes sur les paradigmes de croissance sur lesquels nos économies sont fondées. Nos économies, matures, sont-elles encore en mesure de croître, faute de pouvoir rembourser les dettes accumulées ? À quoi ressemblera la croissance ailleurs dans le monde - en Asie, en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient ? La croissance se traduirat-elle par plus ou moins de stabilité, de viabilité, de pérennité, et d’égalité ? Quels modèles de leadership, au sein des gouvernements mais aussi au sein des entreprises, devrons-nous adopter en cette période difficile ? Pour construire l’avenir avec la vision des femmes, le Women’s Forum Global Meeting 2012 met l’accent sur les problématiques liées à la croissance, avec un programme intitulé « Wanted: 360° growth » (À la recherche d’une croissance à 360°). Plusieurs sessions seront dédiées à l’Afrique et à la Chine, où les problématiques liées à la croissance sont singulières. Parmi les intervenants : • Cherie Booth Blair, Fondatrice, Cherie Blair Foundation for Women • Shirin Ebadi, Avocate pour les droits de l’Homme et Prix Nobel de la Paix • Leymah Gbowee, Directrice Exécutive, Women Peace and Security Network Africa, et Prix Nobel de la Paix • Maria Ramos, PDG, Absa Group • Sarah Bloom Raskin, Membre du Board of Governors de la US Federal Reserve Bank • Bunker Roy, Fondateur, Barefoot College • Marilyn Waring, Femme politique, militante pour les droits de l’Homme et l’environnement ... Suivez l’événement en direct sur www.womens-forum.com : sessions diffusées en live, reportages et interviews sur notre Web TV, informations, videos et photos sur notre Blog ! Suivez-nous sur @Womens_Forum, #WF12 et sur /womensforum Partenaires Premium :

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