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REPORTAGE OÙ VA LA TUNISIE ? jeuneafrique.com

de Je

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2684 • du 17 au 23 juin 2012

RIO+20 LES VRAIS ENJEUX

MAROC EL YAZAMI : MAO, M6 ET LUI

ALGÉRIE CRISE DE NERFS POSTÉLECTORALE

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Spécial 26 pages

FRANCE-

AFRIQUE

Ce que

prépare

Hollande

De la crise malienne à l’aide au développement, en passant par le style et les hommes du président, enquête sur les premiers pas « africains » du nouveau pouvoir. Et sur ses projets pour le continent.

ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1100 MRO • Norvège 41 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1700 F CFA • ISSN 1950-1285


SÉRIE D’ ÉVÉNEMENTS MARQUANT LA

19e ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES ACTIONNAIRES DE LA BANQUE AFRICAINE D’IMPORT-EXPORT (AFREXIMBANK) PEKIN, CHINE, 11 - 14 JUILLET 2012

CIMENTATION DE LA COOPERATION SUD - SUD

SEMINAIRE

ASSEMBLEE ANNUELLE D’ AFREXIMBANK SE TIENDRA EN CHINE

Mercredi, 11 Juillet 2012

Thème: «Un Sud Dynamique dans un Monde Incertain – La Prospérité peut-elle être Universalisée?»

EXPOSITION COMMERCIALE/SALON ET FORUM SUR L’INVESTISSEMENT

Jeudi, 12 – 14 Juillet 2012

Thème: «Partenariat Afrique-Chine pour la Croissance Economique et la Prospérité à Long Terme» DU RAPPORT DU COMMERCE AFRICAIIN ! LANCEMENT 2011 SUR LE

Thème: «Les Produits de Base peuvent-ils Conduire au Développment de l’Afrique au 21e Siècle?» Mercredi, 13 Juillet 2012

FORUM SUR: LA COOPERATION FINANCIERE AFRIQUE-CHINE Vendredi, 13 Juillet 2012

Thème: Réflexions sur le Succès Economique de la Chine et Leçons pour l’Afrique LIEU: CHINA NATIONAL CONVENTION CENTER (CNCC), PEKIN POUR LES INSCRIPTIONS, ALLEZ A: http://bit.ly/afreximbank

QUELQUES INVITES & PANELISTES - S.E. Chief Olusegun Obasanjo, Ancien Président de la République Fédérale du Nigéria - S.E. M. Joaquim Chissano, Ancien Président du Mozambique - S.E. M. Zhou Xiaochuan, Gouverneur - People’s Bank of China - S.E. M. Supachai Panitchpakdi, Directeur Général, UNCTAD - M. Li Ruogu, Président de la China Eximbank - S.E. Dr. Mohamed Ibn Chambas, Secrétaire Général, ACP Group - S.E. M. Christopher Edordu, Ancien Président d’Afreximbank

- S.E. M. Jean-Louis Ekra, Président d’Afreximbank - S.E. M. Abdoulie Janneh, Secrétaire Exécutif - UNECA - Dr. Donald Kaberuka, Président de la Banque Africaine de Développment - Ms. Susan Lund, Directeur de Recherche, McKinsey & Co., USA - S.E. M. Jaime Rivera, Officier Exécutif en Chef, BLADEX - S.E. M. Enrique Rodriguez, Président Exécutif, CAF - S.E. M. Sanusi Lamido Sanusi, Governeur - Banque Centrale du Nigéria

ORGANISE CONJOINTEMENT PAR AFREXIMBANK ET CHINA EXIM BANK Pour plus d’information, contactez

BANQUE AFRICANE D’IMPORT-EXPORT

La Banque de F inancement du Commerce pour l’A frique

Dr. Francis Mbroh Directeur du Département de la Recherche, de la Plannification et de la Coopération Internationale AFREXIMBANK Tel.: +202-245-64-100 Email: fmbroh@afreximbank.com www.afreximbank.com

Ms. Tian Tian Institutions Financières Multilatérales, Département des Affaires Internationales CHINA EXIM BANK Tel.: +86-10-8357-9051 Email: tiantian@eximbank.gov.cn www.eximbank.gov.cn


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Ce que je crois BÉCHIR BEN YAHMED • bby@jeuneafrique.com

SAMEDI 16 JUIN

Sur des sièges éjectables…

L

es historiens l’ont déjà relevé : tout au long des siècles passés, dans (presque) toutes les guerres, les généraux ne sont pas ceux qui mettent leurs vies en danger. À de très rares exceptions près, ils ne meurent pas, ne risquent même pas d’être blessés ou d’être faits prisonniers. Leurs quartiers généraux ne sont pas au front, ni même à proximité des terrains de combat. Ils sont très loin à l’arrière : à l’abri de tout danger et dotés au surplus de tous les conforts. Cela leur permet d’avoir une vue d’ensemble en regardant des cartes parsemées de petits drapeaux et de déplacer des divisions de soldats encadrés d’officiers et de sous-officiers qui, eux, se font tuer, blesser ou capturer par l’ennemi… Les commandants en chef et les généraux sortent presque tous de la guerre vivants et en bonne santé. En cas de victoire, ils sont de surcroît auréolés de gloire ; les plus chanceux accèdent à la dignité de maréchal. ■

Cela pour les militaires et, plus particulièrement, les généraux. Mais quid de leurs homologues civils, et plus précisément de ces autres « commandants en chef » que sont les présidents ou Premiers ministres, chefs des exécutifs des États ? Jusqu’à il y a quelques années, eux aussi étaient prémunis contre (presque) tous les risques. Rien ou presque ne pouvait se produire qui soit susceptible d’affecter sérieusement leur condition ultraprotégée. Eh bien, sachez-le : depuis le début de ce siècle, ce n’est plus du tout le cas ; le plus souvent, c’est l’inverse qui tend à se produire… Désormais, tout se passe en effet comme si le métier de président ou de chef de gouvernement était devenu celui de tous les dangers. À l’examen de la situation, vous allez être, comme je l’ai été, surpris par l’hécatombe qui a frappé cette catégorie sociale tout au long des dernières années. Elle continue d’ailleurs de la décimer et semble même être devenue la norme sur tous les continents. ■

Sauf erreur ou omission, dans les dernières années, plus de cinquante chefs d’État ou de gouvernement ont perdu leur poste, la vie ou la liberté. JEUNE AFRIQUE

Dans un accident aérien Lech Kaczynski (Pologne, 2010) À la suite d’un coup d’État (spécialité africaine, sauf exception) Ange-Félix Patassé (Centrafrique, 2003) ; Kumba Yala (Guinée-Bissau, 2003); Raimundo Pereira (Guinée-Bissau, 2012) ; Maaouiya Ould Sid Ahmed Taya (Mauritanie, 2005) ; Sidi Ould Cheikh Abdallahi (Mauritanie, 2008) ; Thaksin Shinawatra (Thaïlande, 2006); Mamadou Tandja (Niger, 2010) ; Amadou Toumani Touré (Mali, 2012). Par l’effet d’une révolution Edouard Chevardnadze (Géorgie, 2003); Jean-Bertrand Aristide (Haïti, 2004); Leonid Koutchma (Ukraine, 2004) ; Askar Akaïev (Kirghizistan, 2005) ; Kourmanbek Bakiev (Kirghizistan, 2010) ; Zine el-Abidine Ben Ali (Tunisie, 2011) ; Hosni Moubarak (Égypte, 2011) ; Mouammar Kaddafi (Libye, 2011) ; Ali Abdallah Saleh (Yémen, 2012). Après une guerre d’invasion Saddam Hussein (Irak, 2003) Sur décision de la justice internationale Charles Taylor (Liberia, 2006) ; Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire, 2011). Du fait de la crise économique Tony Blair (Royaume-Uni, 2007) ; Gordon Brown (Royaume-Uni, 2010); Romano Prodi (Italie, 2008); Silvio Berlusconi (Italie, 2011) ; Bertie Ahern (Irlande, 2008) ; Brian Cowen (Irlande, 2011); Geir Haarde (Islande, 2009); Kostas Karamanlis (Grèce, 2009) ; Georges Papandréou (Grèce, 2011) ; José Sócrates (Portugal, 2011) ; Nicolas Sarkozy (France, 2012). Pour d’autres raisons Laurent-Désiré Kabila (RD Congo, 2001, assassiné) ; José María Aznar (Espagne, 2004, désavoué par l’opinion qu’il avait tenté de manipuler) ; Thabo Mbeki (Afrique du Sud, 2008, poussé à la démission par son parti) ; Marc Ravalomanana (Madagascar, 2009, contraint de céder le pouvoir à l’armée); João Bernardo Vieira (Guinée-Bissau, 2009, assassiné) ; Abdoulaye Wade (Sénégal, 2012, défait dans les urnes). ■

Il faut le reconnaître : ni vous ni moi, qui pensions que ce métier était difficile mais protégé, ne nous étions aperçus qu’il était devenu celui de tous les dangers. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


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Ce que je crois Tout se passe comme si, au tournant de ce siècle, nous avions changé d’époque. Ce que nous vivons depuis près de dix ans est d’ailleurs si nouveau qu’il n’est, pour le moment, ni bien perçu ni a fortiori analysé. Pourquoi est-il désormais si risqué d’être chef d’État ou de gouvernement? Pourquoi met-on en danger jusqu’à sa vie beaucoup plus qu’auparavant dès qu’on accède à ces fonctions ? À ces questions, il n’y a pas encore de réponse assurée. La mienne, pour ce qu’elle vaut, est celle-ci : ■

1) La crise économique et financière qui s’est abattue, il y a cinq ans, sur les pays développés – régis par des démocraties – a emporté l’un après l’autre presque tous les présidents ou Premiers ministres en place. On l’a assez dit, cette crise est la première de cette ampleur depuis 1929 ; elle s’est prolongée en se muant en crise de l’endettement excessif. Sa dernière victime est Nicolas Sarkozy, « remercié » il y a un mois par les électeurs français : comme avant eux les Britanniques, les Grecs, les Portugais, les Espagnols, les Irlandais, etc., les Français ont tout simplement voulu changer de cavalier… dans l’espoir que le nouveau leur permettra de respirer. ■

2) N’ayant pas (encore) la possibilité d’écarter leurs présidents par le bulletin de vote, les pays qui ne sont pas (encore) des démocraties ont eu recours soit au traditionnel coup d’État, pas toujours justifié et libérateur, soit à un moyen plus noble et plus difficile : la révolution. Depuis près de dix ans, il y a eu plus de révolutions

que de coutume. On leur a donné des noms de fleurs : révolution des Roses ici, révolution des Tulipes là, celle du Jasmin ailleurs. On a parlé aussi de Révolution orange et de Printemps arabe. Exotisme ? Tendance à l’utopie ? Un proche avenir nous fixera. Qu’ils soient à la tête d’États démocratiques ou d’États qui ne le sont pas encore, présidents et Premiers ministres sont donc, depuis le début du siècle, sur des sièges éjectables. ■

Plusieurs facteurs ont conjugué leurs effets pour qu’il en soit ainsi. La mondialisation a fait de notre planète un grand village ; le développement inouï des techniques de l’information nous a permis d’être instantanément en contact visuel avec le dernier coup d’État ou la moindre révolution. En outre, il a fait en sorte que, par mimétisme, ce qui a été tenté et a réussi aujourd’hui dans un pays se répète demain dans un autre, pas nécessairement sur le même continent. Dernier facteur et non des moindres: la naissance d’une justice internationale. Ses premiers pas suscitent des interrogations et même des réactions de prévention. Mais, croyez-moi, elle fera demain partie de notre paysage, jouera un rôle qui nous apparaîtra à tous éminemment positif. Dans dix ou vingt ans, on se demandera comment le monde a pu vivre si longtemps sans disposer de cet inégalable instrument de lutte contre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. ●

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. Ì Qui domine les autres est fort. Qui se domine est puissant. Lao-tseu Ì L’action politique, à certaines heures, est comme le scalpel du chirurgien, elle ne laisse pas de place à l’incertitude. François Mitterrand

Ì Les riches qui pensent que les pauvres sont heureux ne sont pas plus bêtes que les pauvres qui pensent que les riches le sont. Mark Twain Ì La solitude est l’aphrodisiaque de l’esprit, comme la conversation celui de l’intelligence. Cioran

Ì C’est important, la musique… La seule chose qui fédère les jeunes gens. Une sorte d’espéranto. Françoise Giroud

Ì Les vedettes de la télé, on les voit vieillir en direct, peut-être qu’un jour on les verra mourir. Les Nouvelles Brèves de comptoir

Ì L’homme se distingue de l’animal en ceci qu’il est doué d’arrièrepensées. Antoine Blondin

Ì La violence, sous quelque forme qu’elle se manifeste, est un échec. Jean-Paul Sartre

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Ì Quand à propos d’une idée, on dit qu’on est d’accord sur le principe, cela signifie que l’on n’a pas la moindre intention de la mettre à exécution. Otto von Bismarck Ì Si une femme ne sait pas cultiver Si une femme ne veut pas cultiver Pourvu qu’elle sache faire l’amour Elle produira des cultivateurs Pensées moghos ou l’Empire des Mossés Ì De tous les plaisirs, quand il n’en reste plus, il reste toujours celui de se lever de table après un repas ennuyeux. Paul Claudel JEUNE AFRIQUE


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Éditorial François Soudan

Winnie et Valérie

A

U MOMENT OÙ DALLAS, LA SÉRIE TÉLÉVISÉE LA PLUS CONNUE DE LA PLANÈTE, ressuscite aux États-Unis après vingt années d’hibernation, son avatar a envahi les écrans français tout au long de la semaine écoulée. Avec Valérie Trierweiler dans le rôle de la méchante Sue Ellen et Ségolène Royal dans celui de l’adorable Lucy, l’adaptation ne pouvait être que calamiteuse : elle a tourné au jeu de massacre. Certes, François Hollande aura attendu trente-cinq jours avant d’affronter sa première tempête médiatique, alors qu’il avait suffi d’une nuit, celle du Fouquet’s, pour plomber les chances de réélection de Nicolas Sarkozy. Certes, à la différence de ce dernier, il ne saurait être tenu pour responsable de ce qui lui arrive, ce « tweetweilergate » de boulevard lui ayant sauté sans prévenir à la figure entre deux réunions. Il n’empêche : l’incident laissera des traces durables dans l’opinion française, à moins que François Hollande, dont l’aptitude à dire non, à choisir, à trancher et parfois à blesser n’a jamais été le point fort, démontre qu’il gère son couple comme il entend gérer son pays. Un homme normal peut-il vraiment exercer un métier anormal ? À lui d’en apporter la preuve.

Une fois pourtant, l’épouse d’un homme d’État déjà au faîte de sa gloire est passée au travers de ce miroir d’hypocrisie. Malheureusement pour elle, le sort a voulu que son mari soit une icône, la rejetant ipso facto du mauvais côté de l’Histoire sans que l’on prenne la peine de l’écouter. Comme Valérie et Ségolène, Winnie Madikizela ex-Mandela, 75 ans aujourd’hui, était une femme fantasque, intenable, dissidente, rebelle, insoumise. Comme elles, elle n’était pas faite pour être une première dame… ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

RIO+20 LE VRAI DÉFI Les représentants africains au cinquième Sommet de la Terre plaideront la cause d’une région qui veut protéger son environnement sans sacrifier sa croissance.

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FRANCE-AFRIQUE CE QUE PRÉPARE HOLLANDE Crise malienne oblige, le président français a multiplié les contacts avec les chefs d’État africains.

François Hollande

PHOTOS DE COUVERTURES : OSNOWYCZ AUDE/SIPA ; WITT/SIPA

Bien sûr, ce n’est pas en Afrique qu’un chef d’État connaîtrait pareille avanie. D’abord parce que les premières dames n’y tweetent pas : trop risqué. Ensuite parce que, contrairement à Valérie Trierweiler, elles n’ont pas d’états d’âme déplacés, ne sont pas du genre à cracher dans la soupe, préféreraient se faire occire que d’abandonner leur statut et font tout en général pour que leur époux demeure en poste le plus longtemps possible. Enfin, parce que le chef d’État africain, c’est bien connu, ne laisse à personne, et surtout pas à sa femme, le privilège de porter la culotte présidentielle. Tout du moins en public. Car, une fois refermées les portes du Palais, c’est une tout autre histoire qui se joue, le plus souvent avec son lot de crises de nerfs, de chantages affectifs, de jeux d’influence néfastes ou bénéfiques, de népotismes subtils ou caractérisés, d’adultères en série et de maraboutages occultes. En France, Courteline n’est jamais loin. En Afrique, cela a une autre classe : Shakespeare revisité par Soyinka.

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Boni Yayi

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Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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L A SEM A IN E D E J EU N E A F RIQ U E

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Rio+20 Le vrai défi Blaise Compaoré Dans le bourbier malien Aung San Suu Kyi Droit de visite Littérature Maalouf est immortel Tunisie-Libye Baghdadi Mahmoudi, un hôte encombrant Sondage Obama moins séduisant Cen-Sad Opération résurrection Cinéma Bob et Pascaline Tour du monde

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G RA N D A N G L E

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Où va la Tunisie ?

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A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E

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France-Afrique Ce que prépare Hollande Sénégal Pape Diop dans la fosse aux requins Témoignage Le jour où j’ai rencontré Mokhtar Belmokhtar Maurice Le jeu des six familles

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JEUNE AFRIQUE


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs GRAND ANGLE

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ARTS PLASTIQUES MONOPOLY MAROCAIN Après un séjour dans le royaume, l’artiste américain Alec Monopoly, figure mondiale du graffiti, présente son travail à Casablanca.

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Où va la Tunisie?

Incertitudes politiques, ralentissement économique, crispation on religieuse… Les lendemains de la révolution chantent faux.

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ALGÉRIE CRISE DE NERFS POSTÉLECTORALE Au lendemain des législatives du 10 mai, les tensions latentes au sein des partis ont éclaté au grand jour.

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LE CAMEROUN SORT DE SES FRONTIÈRES

Le pays prospecte de nouveaux marchés dans la zone Cemac, en Afrique de l’Ouest, au Maghreb… A-t-il les moyens de ses ambitions ?

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MATIÈRES PREMIÈRES C’EST L’AVALANCHE Depuis mars 2011, le prix du coton s’est effondré. La faute à une production importante et à une demande en berne.

Spécial 26 pages

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MAGHREB & M OYE N - O R I E N T

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Algérie Crise de nerfs postélectorale Maroc Driss El Yazami, de Mao à M6 Israël-Palestine Une colonie de perdue, dix de retrouvées Golfe Recherche nationalité désespérément Mauritanie Interview d’Ahmed Ould Daddah : « Aziz n’a aucune légitimité »

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EUROPE, AMÉR I Q U E S, ASIE

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Corruption L’Europe, aussi! États-Unis Remember Rodney King Parcours Pouria Amirshahi, engagé volontaire Défense Obama, Seigneur des drones Chine Liaisons dangereuses

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LE PLUS DE JEU N E A FR I Q U E

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Le Cameroun sort de ses frontières

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ÉCON OMIE

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Informatique Intraitable Sage Produits pharmaceutiques La tradition malgache s’impose en beauté Hôtellerie Interview de Hassan Ahdab, vice-président de Starwood Hotels & Resorts Notation Lydie Boka, analyste multicritère Afrique de l’Ouest Les PME auront-elles la cote ? Construction La surprise Bernabé Baromètre C U LT U RE & M ÉD IA S Arts plastiques Monopoly marocain Télévision Dr Murray et Mr Conrad Musique Ismael Sankara, au nom du père La semaine culturelle de Jeune Afrique Témoignage Joséphine Baker, ma mère, cette héroïne VOUS & NOUS Le courrier des lecteurs Post-scriptum

Matières premières C’est l’avalanche Banques Comme on se retrouve… PME françaises À la reconquête des marchés perdus

JEUNE AFRIQUE

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France-Rwanda De Juppé à Fabius

L

E DÉPART D’ALAIN JUPPÉ du ministère des Affaires étrangères et l’arrivée de Laurent Fabius n’y ont rien fait : depuis quatre mois et le rappel de Laurent Contini, la France n’a plus d’ambassadeur au Rwanda. Et personne n’a encore été pressenti pour occuper ce poste. Même si Fabius lui-même s’est récemment intéressé au dossier franco-rwandais après la publication dans le quotidien Libération d’un rapport sur la présence de missiles Mistral à Kigali en avril 1994, la nécessité pour Paris de disposer d’un poste d’information et de coopération opérationnel dans ce pays clé de la région des Grands Lacs n’est manifestement pas une priorité. Un nouveau nom d’ambassadeur, après celui d’Hélène Le Gal, récusée par les autorités rwandaises parce qu’elle avait été proposée par Alain Juppé (elle est aujourd’hui la « Madame Afrique » de l’Élysée), ne devrait pas être soumis à accréditation avant le prochain mouvement diplomatique de septembre. ● MUSIQUE TIKEN ET ALPHA S’AIMENT DE NOUVEAU

Brouillés depuis bien longtemps, Tiken Jah Fakoly et Alpha Blondy, les deux stars du reggae ivoirien, ont définitivement enterré la hache de guerre. Le 28 juillet à Cajarc (sud-ouest de la France), ils se produiront sur la même scène lors du festival Africajarc. Dernièrement, ils

ont composé ensemble une chanson évoquant la réconciliation en Côte d’Ivoire. Au cours du festival, un hommage à Frantz Fanon, le penseur algéro-martiniquais de la décolonisation, est également prévu. MAURITANIE VALL DE RETOUR

Ely Ould Mohamed Vall,

l’ancien président mauritanien (2005-2007), confirme la rumeur suscitée par sa participation à la grande manifestation de l’opposition, le 12 mars. Depuis sa défaite à la présidentielle de 2009 face à Mohamed Ould Abdelaziz, son cousin germain et ennemi intime, il se tenait à l’écart de la vie publique. Désormais, son pays étant, dit-il, plongé

dans le « chaos », il estime ne plus avoir d’autre choix que de prendre ses responsabilités. Pour le moment, il coopère avec les leaders de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), à qui il rend régulièrement visite pour tenter de sortir pacifiquement le pays de l’impasse. L’EXODE DES SOMALIENS

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et même un peu plus : c’est le nombre de réfugiés somaliens recensés dans le camp de Dadaab, au Kenya, devenu, en vingt ans, l’un des plus importants au monde.

RFI-FRANCE 24 UNE FUSION QUI NE PASSE PAS

Une grève à RFI en plein sommet social à Paris, les 9 et 10 juillet prochain… C’est ce que veut éviter le nouveau gouvernement français. Pour gagner du temps, Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, et Aurélie Filippetti, sa collègue de la Culture et de la Communication, ont décidé un moratoire sur la fusion en cours entre la « radio mondiale » et la chaîne de

TUNISIE

Ma part de vérité, le livre de Leïla Ben Ali, l’épouse de l’ex-président tunisien, sortira le 21 juin aux Éditions du Moment, à Paris. Il s’ouvre par une évocation de la journée fatidique du 14 janvier 2011 qui accrédite la thèse d’un coup d’État préparé de longue date. Il se poursuit par le récit des arrestations de plusieurs membres de la famille Trabelsi, de la fuite de Belhassen (son frère) et des tractations menées à Paris par Syrine (sa fille) avec Bernard Squarcini, l’ancien chef du renseignement intérieur français (DCRI). Elle affirme au passage n’avoir jamais été coiffeuse ni n’avoir jamais eu l’intention de gouverner la Tunisie à travers son mari. Quant aux affaires politico-financières imputées à sa famille, elle jure qu’elle en ignorait (presque) tout et estime qu’il s’agissait avant tout d’un « mensonge médiatique » destiné à renverser le régime. Le livre s’achève par une évocation de la nouvelle vie, presque clandestine, de la famille Ben Ali en Arabie saoudite. La prière semble y tenir une grande place. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

HICHEM

Leïla Ben Ali dit tout… enfin presque


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Politique, économie, culture & société télévision France 24 au sein de l’Audiovisuel extérieur de la France (AEF). Et ils ont confié à Jean-Paul Cluzel, lui-même ancien PDG de Radio France Internationale, la mission d’évaluer ce rapprochement. Remise du rapport le 22 juin. Dans leur grande majorité, les journalistes de RFI s’opposent à la fusion de leur rédaction avec celle de France 24.

JEUNE AFRIQUE

Les deux filières pakistanaises des islamistes

Q

ui sont les « djihadistes afghans et pakistanais » qui entraîneraient des groupes terroristes au Nord-Mali, comme l’affirme le président nigérien Mahamadou Issoufou ? Entre le Pakistan et le Mali, il existe deux filières. Depuis une dizaine d’années, des prêcheurs pakistanais du courant Jamaat al-Tabligh (ou Dawa) enseignent l’islam dans de nouvelles mosquées construites à Kidal et à Bamako. Parmi leurs disciples, Iyad Ag Ghali, le chef d’Ansar Eddine, et Abdelkrim, un autre dirigeant touareg. Depuis quelques mois, Mokhtar Belmokhtar, l’un des leaders d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), a mis en place une seconde filière, beaucoup plus terre à terre. Lors d’un séjour de plusieurs mois en Libye, fin 2011-début 2012, l’Algérien y a retrouvé Abdelhakim Belhadj, ancien dirigeant du Groupe islamique combattant libyen (GICL) devenu l’un des chefs militaires du nouveau régime de Tripoli. Tous deux ont combattu en Afghanistan et ont gardé de nombreux contacts au Pakistan. ● ! LE PREMIER MINISTRE (à g.) AVEC DIONCOUNDA TRAORÉ, LE PRÉSIDENT DE TRANSITION, le 14 juin à l’hôtel Pullman-Montparnasse, à Paris.

DR

GABON-FRANCE RENCONTRE ALI-HOLLANDE EN JUILLET Le chef de l’État gabonais se rendra à Paris dans la première semaine du mois de juillet afin de rencontrer François Hollande. Initialement, la rencontre devait avoir lieu juste avant le sommet Rio+20 sur le développement durable, mais l’agenda du président français était surchargé. Au menu des discussions : le rôle que peut jouer la France pour aider le Gabon, où elle a d’importants intérêts économiques, à atteindre ses objectifs de développement. L’occasion aussi, pour le Gabon, de normaliser une relation historiquement marquée par les déviances de la Françafrique et d’expliquer que la diversification en cours de ses partenaires ne remet nullement en cause le caractère privilégié de ladite relation. Le Gabon (5,7 % de croissance) a attiré depuis deux ans plus de 4 milliards de dollars d’investissements étrangers. Or les entreprises françaises n’ont pas brillé par leur dynamisme. La plupart des contrats signés l’ont été avec des entreprises américaines, asiatiques (Chine, Singapour, Malaisie), européennes, voire australiennes.

SPÉCIAL MALI

Diarra à Paris: visite de crise IL S’AGISSAIT D’UNE VISITE privée à Paris. Pourtant, Cheick Modibo Diarra, le Premier ministre malien, a, du 14 au 16 juin, enchaîné les rendez-vous officiels. Première escale, le Pullman-Montparnasse, où il a rencontré Dioncounda Traoré, le président de transition, qui, peu de temps auparavant, avait reçu Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères. « Ils s’appellent tous les jours, mais rien ne vaut un tête-àtête », confie un membre de la délégation du Premier ministre. Le retour de Traoré à Bamako a-t-il été évoqué ? « Bien sûr, mais le président attend le feu vert de ses médecins. » Le lendemain, Diarra a rencontré Fabius au Quai d’Orsay, puis Hélène Le Gal, la « Madame Afrique » de l’Élysée, qui s’est déplacée à l’hôtel de Crillon. Son objectif ? Obtenir le soutien de la France au Conseil de sécurité des Nations unies. Le Mali compte en effet présenter une demande

de résolution en s’appuyant sur le chapitre 7 de la Charte, qui autorise l’usage de la force pour protéger les populations et recouvrer l’intégrité d’un territoire. L’option militaire se précisant, le Premier ministre s’efforce de s’assurer le plus grand nombre possible de soutiens, surtout au Sahel. Le 13 juin, il était à Alger pour rencontrer Abdelaziz Bouteflika. « Nous ferons tout pour vous aider », lui a répondu celui-ci, ce qui laisse augurer une assistance militaire. L’armée algérienne est la mieux équipée et la plus performante de la région. ●

Sous haute surveillance EN CAS D’OFFENSIVE militaire de plus en plus probable contre les islamistes du nord du Mali, les forces maliennes et celles de la Cedeao engagées sur le terrain devraient bénéficier au minimum de l’appui aérien d’une demi-douzaine d’appareils d’attaque au sol Super Tucano de fabrication brésilienne, récemment acquis par les aviations mauritanienne et burkinabè. C’est vraisemblablement l’un de ces appareils équipés de caméras qui, le 14 juin, a survolé la ville de Tombouctou, déclenchant les tirs des groupes islamistes. Par ailleurs, des drones américains stationnés à Nouakchott et à Ouagadougou surveillent la région. ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


La semaine de Jeune Afrique

RIO+20

Le vrai

défi Plus de cent vingt chefs d’État se retrouvent à Rio du 20 au 22 juin pour le cinquième Sommet de la Terre. La trentaine de représentants du continent plaidera la cause d’une région qui veut protéger son environnement sans sacrifier sa croissance.

LA POPULATION URBAINE

JEAN-MICHEL MEYER

C

omme tous les dix ans à l’entrée de l’été, 120 chefs d’État, accompagnés de 50 000 personnalités du monde de l’économie, de la politique et de la société civile, se retrouvent au chevet de la planète pour participer à un Sommet de la Terre sous l’égide des Nations unies. Après Stockholm (1972), Nairobi (1982), Rio de Janeiro (1992) et Johannesburg (2002), tout ce beau monde est de retour vingt ans plus tard dans la mégalopole brésilienne pour Rio+20 jusqu’au 22 juin. Un hommage au sommet de 1992 qui avait abouti à la « déclaration de Rio » et ses 27 principes, lesquels avaient débouché, en 1997, sur le protocole de Kyoto, l’unique traité international de lutte contre l’effet de serre. Le document n’a cependant jamais été ratifié par les États-Unis, avant d’être dénoncé par le Canada fin 2011… Toutefois, comme l’affirme Denis Sassou Nguesso, le président du Congo, « la bonne nouvelle vient d’Afrique. Les Africains font partie de ceux qui marchent en première ligne sur le chemin nouveau. L’Union africaine considère Rio+20 comme une occasion supplémentaire de placer réellement, concrètement et définitivement le développement durable au cœur de ses priorités ». C’est d’ailleurs l’un des deux thèmes majeurs du N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

sur le continent devrait passer de 414 millions à plus de 1,2 milliard d'habitants d'ici à 2050.

PÉNURIE D’EAU En 2025,

1,8 milliard

SOURCES : CNUCED, BAD

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de personnes vivront dans des pays ou des régions touchés par une pénurie d’eau et soumises à un fort stress hydrique, dont 75 millions à 250 millions de personnes en Afrique.

« Les Africains sont en première ligne », se réjouit Sassou Nguesso.

sommet avec « l’amélioration de la coordination internationale ». Une trentaine de chefs d’État africains, emmenés par le président congolais, font le déplacement pour plaider la cause de l’Afrique et éviter le scénario du pire. « L’Afrique n’a pas contribué au problème du changement climatique, mais elle sera la région du monde la plus affectée », déplore Bineswaree Bolaky, économiste de la division Afrique à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). Déforestation, montée des océans, désertification, épuisement des ressources naturelles, disparition de terres agricoles, insécurité alimentaire, urbanisation galopante, manque d’accès à l’énergie et à l’eau, augmentation du chômage, creusement des inégalités… Le changement climatique peut entraîner un effet domino aux conséquences dévastatrices pour l’Afrique si rien n’est fait pour l’enrayer. Cette épée de Damoclès qui pèse sur le continent et s’abattra d’ici à vingt ou trente ans sur JEUNE AFRIQUE


! PANNEAUX SOLAIRES destinés à alimenter en électricité des pompes d’irrigation, à PortoNovo, au Bénin.

CONSOMMATION D'ÉLECTRICITÉ PAR HABITANT (en KWh)

Afrique Asie Amérique latine Moyenne mondiale

la tête de 2 milliards d’Africains sera évoquée lors de l’« Africa Day » qui se tient le 19 juin à l’initiative du Congo-Brazzaville lors de Rio+20, à la veille de la réunion des 120 chefs d’État. PRESSION. L’un des principaux défis du continent est de préserver l’environnement et les ressources naturelles pour les générations futures sans sacrifier la croissance soutenue indispensable au développement. « À mesure que les économies africaines se développent, la pression sur l’environnement augmente et l’exploitation des ressources s’intensifie », s’inquiète Bineswaree Bolaky, l’une des auteures de « Transformation structurelle et développement durable en Afrique », le rapport de la Cnuced publié le 13 juin. « Aujourd’hui, poursuit-elle, l’Afrique consomme 5 milliards de tonnes de matières premières issues de son sol (énergie fossile, minéraux, biomasse…) par an. Si la croissance annuelle du continent se poursuit à un rythme annuel de 7 %, le PIB de l’Afrique ● ● ● JEUNE AFRIQUE

PRODUCTION DE DÉCHETS

561 741 1 884 2 730

169 119 173 545

(en tonnes) L’Afrique subsaharienne produit 169 119 tonnes de déchets par jour, et la région Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord) 173 545. Soit respectivement 5 % et 6 % de la production mondiale de déchets solides.

QUAND LES CHEFS S’EN MÊLENT À COPENHAGUE, en décembre 2009, lors du Sommet sur le climat, le représentant de l’Union africaine était le Premier ministre éthiopien, Mélès Zenawi. Deux ans plus tard, la Conférence de Durban était présidée par l’hôte sud-africain, Jacob Zuma. Cette fois, à Rio, le président congolais, Denis Sassou Nguesso, sera la voix du continent. Son atout, c’est la forêt du bassin du Congo, le deuxième poumon vert dans le monde après l’Amazonie. « Ce poste est très convoité et fait l’objet d’une intense

bagarre, explique un haut diplomate africain. Car les questions d’environnement sont très positives en termes d’image. » À cela s’ajoute une réelle prise de conscience. L’économie verte, le marché du carbone, l’exploitation durable des forêts, la défense de la diversité ont fait leur apparition dans les discours politiques. D’autres chefs d’État l’ont bien compris, comme Ali Bongo Ondimba au Gabon ou le roi Mohammed VI au Maroc… Une liste qui est appelée à s’élargir. ● PHILIPPE PERDRIX N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

JEAN CLAUDE MOSCHETTI/REA

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La semaine de J.A. L’événement sera multiplié par quinze d’ici à 2050 et la consommation de matières premières s’élèvera à 72 milliards de tonnes. » Depuis dix ans, explique en substance le document de la Cnuced, le continent connaît une forte croissance, mais elle n’est pas durable et repose sur l’exploitation de ressources naturelles épuisables, sans création de valeur ajoutée ni d’emplois. L’Afrique dispose cependant « d’une marge de manœuvre pour éviter les erreurs des pays industrialisés et ne pas suivre leur schéma de développement peu durable », assure l’organisation. Une analyse partagée par la Banque africaine de développement (BAD). « L’Afrique a le choix. Adopter une approche plus durable de développement peut procurer des avantages en termes de sécurité de l’environnement et de bien-être, ainsi qu’une compétitivité accrue », affirme Donald Kaberuka, le président de la BAD, qui a présenté le 1er juin un rapport sur « l’empreinte écologique de l’Afrique ». ●●●

DÉCOUPLAGE. Plusieurs pistes pour une crois-

sance verte sont esquissées. Elles reposent sur deux piliers : l’agriculture et l’industrie. « On ne peut pas demander à l’Afrique de renoncer à exploiter ses matières premières, elle en a impérativement besoin pour son développement. Mais elle peut

recourir à des technologies qui lui permettront de les économiser pour produire plus avec moins », estime Bolaky. Ce que la Cnuced appelle le « décou12 000 plage relatif ». En clair, il s’agit pour l’agriculture d’obtenir de meilleurs rendements en utilisant moins d’intrants et d’eau. Pour l’industrie, cela consiste à prendre des mesures qui limitent les 10 000 pollutions (efficacité énergétique, recours aux énergies renouvelables et aux technologies propres, recyclage, réduction des déchets…). La défense de l’environnement n’est donc plus uniquement un problème de pays riche. L’Éthiopie ÉMISSIONS semble l’avoir compris. Sous l’impulsion de Mélès DE GAZ Zenawi, son Premier ministre, le pays a adopté À EFFET le Climate-Resilient Green Economy (CRGE). DE SERRE Présenté à Rio, il sera mis en œuvre à partir de 2013 et prévoit de multiplier par cinq la production (en millions de tonnes) hydroélectrique pour couvrir 90 % des besoins en 2030. Reste à trouver les moyens financiers. 975 « Placer l’Afrique sur une trajectoire de croissance 928 à faibles émissions de carbone » demandera entre 9 et 12 milliards de dollars (entre 7 et 9,5 milliards d’euros) par an jusqu’en 2015, a calculé la BAD. Reste à savoir si l’appel sera entendu à Rio. Rien Afrique Asie n’est moins sûr. Et c’est sans doute le principal défi que vont devoir relever les représentants Amérique Pays de latine l’OCDE africains présents sur place. ●

SOURCES : CNUCED, BAD

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INITIATIVES

Tout le monde se met au vert! De Rabat à Nairobi, de Yaoundé à Durban, les autorités commencent à prendre la mesure des enjeux écologiques. En témoignent les nombreux projets qu’ils mettent en œuvre.

D

epuis un peu plus de cinq ans, les initiatives liées au développement durable, à la préservation de l’environnement et à la lutte contre le réchauffement climatique se multiplient sur le continent. Impulsés par les États, la société civile ou le secteur privé, avec le soutien financier ou technique des ONG et des bailleurs de fonds, des projets voient le jour dans les secteurs de l’énergie et de l’agriculture, de la gestion des eaux et forêts, dans le retraitement des déchets ou la protection des écosystèmes. Premier de la classe en 2012, selon le classement annuel des performances environnementales établi par l’université américaine Yale, le Gabon se positionne comme l’un des pionniers de l’économie verte. Décidé à protéger le bassin du Congo, le pays a transformé 11 % de son territoire en parcs nationaux. À l’instar des Comores et de la Mauritanie, il s’est N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

aussi lancé dans la chasse aux sacs plastique, ouverte depuis 2006 au Rwanda, en Afrique du Sud et au Kenya.

20 000 MW, tout comme le Cameroun, qui a confirmé début juin la réalisation de deux unités de 35 MW chacune. Yaoundé, avec le Gabon et le Congo, va ÉOLIEN. Nairobi a annoncé, en juin, aussi mettre un terme au torchage pour la création d’une ferme éolienne de valoriser son gaz. 300 MW, qui couvrira 20 % des besoins Toujours au niveau énergétique, électriques du pays à l’horizon 2014, l’Afrique du Sud a ouvert en 2007 la première centrale électrique africaine à base de méthane L’Algérie s’est lancée dans la fermenté, recyclant ainsi ce gaz création d’un parc solaire de vingt fois plus polluant que le 20 000 MW d’ici à 2030. CO2, tandis que Maurice s’est lancée dans le retraitement de pour un investissement de 585 millions la bagasse de son industrie sucrière. d’euros. Mais le premier producteur D’autres pays, comme la Tanzanie, le éolien du continent devrait rester le Malawi, l’Ouganda et l’Éthiopie, ont fait Maroc, avec une capacité de producle choix de la biomasse. Enfin, moins tion de 2 200 MW attendue pour 2020, onéreux mais tout aussi essentiels, complétée par 2 000 MW d’origine d’importants programmes de reboisesolaire. L’Algérie a choisi la même source ment ont été lancés pour lutter contre d’énergie en annonçant, en 2011, la la désertification au Niger, au Burkina création d’ici à 2030 d’un parc solaire de Faso et en Mauritanie. ● OLIVIER CASLIN JEUNE AFRIQUE


La semaine de J.A. Les gens

Blaise Compaoré Plus dure est la médiation Ses précédents arbitrages en Guinée et au Niger plaident en sa faveur. Mais alors qu’au Mali la crise s’enlise, la mission de conciliation du chef d’État burkinabè rencontre quelques obstacles.

U

ne médiation pour quoi faire? Dans l’entourage du président du Burkina Faso, la question ne seposepas.ÀKosyam,leshauts et les bas inhérents à une telle entreprise, on connaît. Mais ailleurs, dans quelques Palais de la région, un léger doute s’est installé. Blaise Compaoré médiateur dans la crise malienne, était-ce une bonne idée? « Oui », répond Ablassé Ouédraogo. L’ancien ministre burkinabè des Affaires étrangères a mené plusieurs médiations pour le compte de l’Union africaine. Pour lui, Compaoré était, au début de la crise, le mieux placé pour mener celle-ci. Les succès de ses récents arbitrages en Guinée et au Niger plaidaient en sa faveur. « Il dispose de l’expérience nécessaire, mais aussi d’hommes de qualité à ses côtés, affirme un diplomate en poste à Ouagadougou. Quel chef d’État de la région est en mesure de fournir une équipe compétente, bien renseignée, et de faire en sorte que son ministredesAffairesétrangèresseconsacre exclusivement à une médiation? » De fait, Djibrill Bassolé, nommé représentant de Compaoré dans la crise malienne, ne ménage pas sa peine pour tenter de sortir le pays voisin de ce bourbier. Charge lui est donnée de résoudre la première des équations : aider à la mise en place, à Bamako, d’un pouvoir institutionnel reconnu et accepté. Compaoré peut également compter sur son conseiller spécial, le Mauritanien Moustapha Chafi, pour garder le contact avec le front nord. Celui qui est devenu, au fil des enlèvements d’Occidentaux dans le Sahel, un interlocuteur incontournable

dans la libération des otages, connaît parfaitement la zone : ses codes, ses interdits et, surtout, ceux qui la gouvernent aujourd’hui. Malgré ces atouts, des erreurs ont été commises ! Contrairement aux présidents béninois et nigérien, ces derniers mois, juge un IL EST RÉSERVÉ QUANT À L’ENVOI DE TROUPES AU NORD-MALI. expert de la région. « La médiation nécessite d’avoir la confiance de tous les protagonistes, ditexercice l’Union africaine, d’impliquer il. Ce n’est plus tout à fait le cas. » Depuis cette dernière et l’ONU. la nomination d’un gouvernement dirigé La prise de position du président bénipar un ami de longue date de Compaoré nois est peut-être guidée par un désir de (Cheick Modibo Diarra) et comprenant revanche, après que Ougadougou a reml’un de ses plus proches conseillers (Sadio porté la présidence de la Commission de Lamine Sow, ministre des Affaires étranla Communauté économique des États de gères), des critiques se font entendre à l’Afriquedel’Ouest(Cedeao),queCotonou Bamako. Quant à la junte, depuis qu’elle convoitait. Mais il faut y voir aussi une a été pressée de signer un accord début divergence d’appréciations : Boni Yayi et avril, elle se méfie. « Les putschistes ont eu son homologue nigérien, Mahamadou l’impression de s’être fait forcer la main », Issoufou, sont favorables à une intervenconfie un diplomate. tion militaire rapide dans le nord du Mali sous la forme d’une opération africaine DIVERGENCE D’APPRÉCIATIONS. Dans avec un soutien occidental. Sur ce point, plusieurs capitales de la région, et notamCompaoré est plus modéré. « Envoyer des ment à Cotonou et à Niamey, on estime troupes dans le Nord ne résoudra rien si que Compaoré est allé un peu trop vite. une solution politique n’est pas trouvée. « Chaque fois que des accords ont été Cela ne fera qu’envenimer la situation », trouvés, on est revenu dessus par la suite », estime un de ses collaborateurs. note Ablassé Ouédraogo. « Blaise n’a Va-t-en-guerre contre négociateurs ? pas encore eu les résultats escomptés, La réalité est peut-être plus nuancée. estime un ministre ouest-africain des Les positions opposées pourraient aussi Affaires étrangères. Il a agi rapidement être les deux volets parallèles – militaire et diplomatique – d’une seule et même en pensant qu’il pourrait gérer au fur et à mesure. Il pensait que son aura suffistratégie, et la médiation du Burkinabè rait à calmer les putschistes. » D’où le finalement porter ses fruits. ● souhait de Boni Yayi, le président en RÉMI CARAYOL

NOMINATIONS

FATOUMATA NAFO TRAORÉ SANTÉ L’ex-ministre malienne de la Santé est, depuis le 14 juin, la nouvelle directrice exécutive du partenariat Roll Back Malaria lancé en 1998 par l’OMS, l’Unicef, le Pnud et la Banque mondiale. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

PARFAIT ONANGA-ANYANGA ONU Le 7 juin, le Gabonais a été nommé représentant spécial et chef du bureau des Nations unies au Burundi. Depuis 2007, il était directeur de cabinet de la vice-secrétaire générale de l’ONU, laTanzanienne Asha-Rose Migiro. JEUNE AFRIQUE

NYABA LEON OUEDRAOGO

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EN HAUSSE

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MANGWASHI PHIYEGA

Aung San Suu Kyi Droit de visite

Ex-membre du conseil d’administration de la Fondation Nelson Mandela et ex-directrice de l’autorité de surveillance des entreprises publiques, la Sud-Africaine est devenue, le 12 juin, la première femme chef de la police de son pays.

Après vingt-quatre ans d’interdiction de sortie du territoire, la célèbre opposante birmane et Prix Nobel de la paix est en tournée en Europe.

JAMES MWANGI

E

Le patron kényan d’Equity Bank, la plus grande banque d’Afrique de l’Est en nombre de clients, a reçu le 9 juin à Monaco le prix de l’Entrepreneur mondial de l’année 2012, décerné par le cabinet Ernst &Young.

ncore une fois, « la dame de Rangoon » aura fait preuve d’abnégation. Pour la première étape de sa tournée européenne, Aung San Suu Kyi a choisi Genève, en Suisse, pour évoquer la question du travail forcé au siège de l’Organisation internationale du travail (OIT). « Je voudrais faire de mon mieux dans l’intérêt de la population », expliquait-elle, avant son départ de Birmanie, au sujet de ce voyage historique. Le 14 juin, ovationnée par les 4 000 délégués de l’OIT, la frêle présidente de la Ligue nationale pour la démocratie est apparue rayonnante. Ce n’est que le lendemain qu’elle s’est rendue à Oslo, pour y rencontrer le Premier ministre norvégien puis recevoir – enfin ! – le prix Nobel de la paix qui lui avait été décerné en 1991. Cette semaine, Aung San Suu Kyi prononcera un discours devant le Parlement britannique (le 21 juin), puis elle sera reçue à l’Élysée par le président français François Hollande (le 26). Son voyage sera aussi l’occasion de revoir ses deux fils, installés au Royaume-Uni. Et peut-être même de fêter en famille son 67e anniversaire, le 19 juin.

MAHMOUD SARSAK Sepp Blatter, Michel Platini, Ken Loach et Éric Cantona, entre autres, ont signé le 12 juin une lettre appelant à la libération du jeune footballeur palestinien en grève de la faim et incarcéré en Israël depuis 2009. ZACHARIE TCHOUNDJEU Le 11 juin, ce Camerounais, directeur Afrique de l’Ouest et Afrique centrale du World Agroforestry Centre, a remporté le prix National Geographic Society-Buffet Award qui récompense les meilleurs protecteurs de l’environnement.

n’était pas revenue en Europe, où elle a vécu une vingtaine d’années, depuis 1988. Régulièrement assignée à résidence après son retour en Birmanie pour se tenir au chevet de sa mère mourante, Aung San Suu Kyi n’a été libérée qu’en novembre 2010. Depuis, elle a accepté d’accorder sa confiance au gouvernement du général Thein Sein. Arrivé au pouvoir en février 2011, ce dernier multiplie les réformes dans le but d’alléger les sanctions économiques qui pèsent sur le pays. Mais celle qui a été élue députée en avril continue d’appeler à la prudence. « L’optimisme c’est bien, mais ce devrait être un optimisme prudent. Un peu de scepticisme salutaire est de rigueur », expliquait-elle en mai, lors du Forum économique mondial sur l’Asie de l’Est organisé en Thaïlande, premier pays à avoir été honoré de sa visite. C’était quelques semaines seulement après qu’elle eut reçu son tout nouveau passeport, le premier en vingt ans. ● TONY GAMAL GABRIEL

DR

PRUDENTE. La plus célèbre des opposantes politiques

EN BAISSE

LAURYN HILL La chanteuse américaine a été inculpée pour fraude fiscale : elle aurait omis de payer 1,6 million de dollars d’impôts entre 2005 et 2007. Elle risque un an de prison et près de 100 000 dollars d’amende par année « oubliée ».

LAURENT GILLIERON/AP/SIPA

REUTERS/CHARLES PLATIAU - DR

! Le 14 juin, À GENÈVE (Suisse), au siège de l’OIT.

JEUNE AFRIQUE

BAFÉTIMBI GOMIS ET YOHAN BENALOUANE Les footballeurs de Lyon (France) et de Cesena (Italie) ont été retenus en garde à vue, les 14 et 15 juin, à la suite d’une plainte pour viol en réunion. Ils ont été libérés mais l’enquête reste ouverte. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


La semaine de J.A. Décryptage

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TONY EL HAGE/TOROMORO

ð AMIN MAALOUF (au centre) en habit vert, entouré de deux de ses pairs, Jean-Christophe Rufin (à g.) et Erik Orsenna.

Littérature Maalouf est immortel Élu il y a un an à l’Académie française, l’écrivain franco-libanais – et ancien rédacteur en chef à Jeune Afrique – a été reçu sous la Coupole le 14 juin.

A

«

près les roulements de tambours,lesroulements de la langue ! » C’est avec humour qu’Amin Maalouf, très ému, a commencé son discours de réception à l’Académie française le 14 juin, sous la coupole du Quai Conti, devant ses nouveaux pairs – d’Erik Orsenna à Valéry Giscard d’Estaing en passant par Jean d’Ormesson – et un parterre d’invités de marque. Parmi lesquels on pouvait reconnaître, outre de nombreuses personnalités libanaises venues de leur pays, Michel Barnier, ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac et actuel Commissaire européen, Jean Daniel, le fondateur du Nouvel Observateur, JeanDavid Levitte, l’ex-conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, ou Peter Sellars, le metteur en scène américain.

S’amusant de son accent, Maalouf a pris un malin plaisir à rappeler qu’il partage ce roulement de « r » avec d’illustres écrivains français – Ronsard, Rabelais, La Bruyère… – et qu’« il revient donc du Liban plus qu’il n’en vient ». Une façon de saluer la politique d’ouverture de l’Académie qui, depuis quelques années, accueille des auteurs d’origine étrangère : Hector Bianciotti – qui vient de mourir –, né en Argentine et élu en 1996, François Cheng, né en Chine et élu en 2002, Assia Djebbar, née en Algérie et élue en 2005. Mais aussi un rappel du combat que mène l’ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique à travers son œuvre (Les Croisades vues par les Arabes, Léon l’Africain, Les Identités meurtrières) pour inviter au dialogue entre les civilisations.

Un combat auquel il n’entend pas renoncer, même si les temps ne sont guère propices : « Un mur s’élève aujourd’hui en Méditerranée entre les univers dont je me réclame. Ce mur, mon ambition est de le démolir. Telle a toujours été ma raison de vivre, d’écrire. » C’était aussi l’objectif de Claude LéviStrauss, montrera-t-il en faisant l’éloge de ce grand ethnologue qui joua un rôle pionnier pour proclamer « l’égale dignité de toutes les civilisations humaines », et dont il occupe désormais le siège. MÉTISSAGE. Choisi pour prononcer le

discours de bienvenue, l’écrivain JeanChristophe Rufin – qui fut ambassadeur de France au Sénégal – a dit pour sa part, au terme d’une brillante exploration de l’œuvre de Maalouf, à quel point celui-ci était prédestiné par son histoire familiale – qui est le sujet d’Origines – à rechercher cet « équilibre instable » entre « enracinement et appel au monde ». Et, aussi, à célébrer le métissage culturel, tout en renvoyant dos à dos Orient et Occident quand le premier verse dans le fanatisme et le second transforme sa conscience morale en instrument de domination. Son arrivée est une bonne nouvelle pour l’Académie, a conclu Rufin, car « rares sont ceux qui sont venus avec autant de mondes différents ». Cette volonté de confronter des mondes différents sera encore au cœur du prochain livre d’Amin Maalouf, à paraître en septembre, et dont le personnage principal revient au Liban après avoir passé vingt-cinq ans en Occident. Les Désorientés marqueront son retour très attendu au roman, après dix ans consacrés à l’écriture d’essais ou de livrets d’opéra. ● RENAUD DE ROCHEBRUNE

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

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JUIN Verdict dans le procès de l’opposante Victoire Ingabire, jugée à Kigali pour, notamment, « complicité de terrorisme » et « propagation de l’idéologie du génocide ». N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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JUIN Départ du 99e Tour de France : un prologue et vingt étapes, soit 3 497 km au total. Arrivée à Paris, sur les Champs-Élysées, le 22 juillet.

30

JUIN-7 JUILLET 16e Festival écrans noirs, àYaoundé et Douala. Thème de cette édition, Th « Le développement de la télévision africaine: at atout ou frein pour le cinéma du continent? » JEUNE AFRIQUE


ILS ONT DIT

«

Tunisie-Libye Baghdadi Mahmoudi, un hôte encombrant RECLUS DANS LA PRISON de la Mornaguia, près de Tunis, Baghdadi Mahmoudi doit suivre attentivement le bras de fer qui oppose les deux branches de l’exécutif tunisien, dont il est devenu le sujet de discorde. Depuis que la cour d’appel de Tunis a émis un avis favorable à son extradition en Libye, où le Conseil national de transition (CNT) souhaite qu’il rende compte de ses agissements pendant la guerre civile, le sort du dernier Premier ministre de Kaddafi semble suspendu à la décision du président Marzouki. Ce dernier avait reçu de Mustapha Abdeljalil, son homologue libyen, des assurances sur le respect de l’intégrité physique de Baghdadi et sur la tenue d’un procès équitabledanssonpays.Maisl’hostilité des militants des droits de l’homme, dont il est resté

La vie est devenue plate, comme on dit chez nous. Au point que nous envions ces foules arabes auxquelles on s’assimile, oubliant qu’elles vivent sous la di dictature, alors lo qu’en démocratie la rue a le droit de s’exprimer, mais qu’elle ne peut renverser le gouvernement en lieu et place de l’élection. »

proche, fait hésiter Marzouki. En se déclarant « opposé par principe » au transfert de Baghdadi, il a provoqué l’ire de Hamadi Jebali, son Premier ministre. « L’extradition est irrévocable. Elle aura lieu, même sans la signature du président », a menacé ce dernier, rappelant que la Constitution est suspendue. Une interprétation « fausse et dangereuse, s’insurge M e Béchir Essid, membre du comité de défense de Mahmoudi. Dans tous les cas, la loi stipule que l’extradition doit faire l’objet d’un décret présidentiel signé et publié au Journal officiel ». « M. Mahmoudi est très malade, alité en permanence, ajoute l’avocat. Il risque la torture, de mauvais traitements et la peine de mort en cas de transfert. Aujourd’hui, il n’y a pas de justice en Libye. » ●

DENISE BOMBARDIER Romancière québécoise (à propos du « printemps érable », qui agite la province canadienne)

« Je suis un RSA – un réalisateur sans argent –, un réalisateur tortue Ninja, caméra sur le dos. » RACHID DJAÏDANI Écrivain et réalisateur franco-algérien

« J’ai été ambassadeur des Nations unies en Afrique. J’arrivais dans des voitures climatisées, je restais quelques heures et je repartais. Je ne suis pas un exemple, juste une petite merde par rapport à ceux qui se sacrifient pour rester auprès des populations. »

YOUSSEF AÏT AKDIM

Sondage Obama moins séduisant

JEUNE AFRIQUE

JULIO IGLESIAS Chanteur espagnol

« Certains quartiers de France sont à l’image du Yémen ou des côtes africaines, où des populations sont endormies par l’usage généralisé de drogues. » YPBO/NEWSCOM/SIPA ; MANUEL BALCE CENETA/AP/SIPA

QUATRE ANNÉES DE POUVOIR ont érodé la popularité de Barack Obama, révèle une étude publiée le 13 juin par le Pew Research Center, un institut américain de sondages spécialisé dans l’analyse de l’opinion mondiale. Le désamour est général, mais inégal selon les régions. Obama reste très populaire en Europe et au Japon, où respectivement 80 % et 74 % de la population lui fait confiance. En revanche, les opinions favorables n’atteignent que 38 % en Chine (en recul de 24 points depuis 2009), et la défiance a crû dans les pays musulmans, où sa cote se traîne à 24 %. Même méfiance dans les pays les plus touchés par la crise : seulement 22 % des Grecs et 17 % des Égyptiens croient qu’Obama est en mesure de traiter les problèmes économiques mondiaux. Mais c’est dans le domaine diplomatique que le désenchantement est le plus perceptible. Nombre de pays, Pakistan et Turquie en tête, ne croient plus au multilatéralisme prôné par le président américain au début de son mandat. La guerre des drones, rejetée par 89 % des Égyptiens et 72 % des Tunisiens, a effacé les bénéfices du retrait d’Irak. Et la nouvelle politique arabe des États-Unis a profondément déçu : seules 18 % des personnes interrogées à l’échelle mondiale pensent qu’Obama traite équitablement Israéliens et Palestiniens, contre 46 % qui l’espéraient en 2009. Cette étude assez complète n’est pas exempte de lacunes. Ainsi, l’opinion des populations subsahariennes a été, hélas, négligée. ● LAURENT DE SAINT PÉRIER

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GÉRARD LONGUET se Ancien ministre français de la Défense

« Parfois, j’ai l’impression

que Barack ne m’aime plus, mais il suffit que je me confie à lui pourr être immédiatement rassurée : évidemment, il m’adore ! » MICHELLE OBAMA Première dame des États-Unis


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La semaine de J.A. Décryptage

Cen-Sad Opération résurrection Depuis la mort de Kaddafi, son fondateur et principal bailleur de fonds, l’organisation sahélo-saharienne dépérissait. Un traité révisé vise à la remettre sur pied.

L

e 11 juin, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de la Communauté des États sahélosahariens (Cen-Sad), réunis à Rabat, ont adopté un projet de « traité révisé ». Une manière de relancer une organisationcrééeen1998parMouammar Kaddafi et qui stagne depuis le décès du dirigeant libyen. Ce traité sera soumis à l’approbation des chefs d’État lors d’un sommet dont la date n’est pas encore fixée. « Il redonne à la Cen-Sad sa mission première », indique Moussa Faki Mahamat, le ministre tchadien des Affaires étrangères, qui est également le président du conseil exécutif de la Communauté. Trois modifications significatives ont été apportées à ce texte. Tout d’abord, l’espace géographique sahélo-saharien

est désormais clairement défini. Ce qui devrait pousser ceux des 28 États membres qui n’appartiennent pas à cette aire (notamment le Bénin, les Comores, le Ghana, le Kenya ou le Togo) à se retirer de l’organisation. L’Algérie, que le Conseil national de transition libyen (CNT) accueillerait volontiers, pourrait en revanche être invitée à la rejoindre. L’établissement de la liste définitive des États membres sera le principal thème abordé lors du prochain sommet. Ce qui devrait donner lieu à de vifs débats (le Sénégal souhaiterait que la Gambie reste, le Maroc ne veut pas entendre parler de l’Algérie, etc.). BONNE FOI. Ensuite, les objectifs ont été

reprécisés : œuvrer en faveur de la paix

LE DESSIN DE LA SEMAINE

et de la sécurité, favoriser l’intégration économique. Les Libyens ont déclaré que cette nouvelle vision, qui ne fera plus de l’organisation un instrument à la gloire de Kaddafi, leur convient parfaitement. Pour prouver sa bonne foi, le CNT a restitué à la Cen-Sad le siège de Tripoli, qui avait été occupé par les miliciens, ainsi que les archives, confisquées pendant la guerre. Le personnel de l’organisation qui n’avait pu quitter la Libye a finalement été payé. « Depuis quelques semaines, le travail a repris au siège », confirme un diplomate burkinabè. Enfin, le mode de fonctionnement – et donc la contribution de chacun – sera revu. « Pour que tout le monde parle à voix égale, il faut être au même niveau de cotisation », estime Moussa Faki Mahamat. Ce pourrait aussi être le talon d’Achille de la Cen-Sad relookée. Kaddafi la finançait pour assouvir son ambition continentale contrariée à l’Union africaine. Aujourd’hui, le nouveau pouvoir de Tripoli et les autres États membres, qui n’ont pas les mêmes moyens qu’avait le « Guide », pourront-ils maintenir l’organisation en vie ? ● MADJIASRA NAKO, à N’Djamena

Glez • Radio Nederland Wereldomroep • Pays-Bas

UNION AFRICAINE LE BOULET EL-BÉCHIR

« NE RIEN VOIR, NE RIEN ENTENDRE, NE RIEN DIRE. » Cette maxime des trois singes de la sagesse venue d’Asie traduit l’embarras des chefs d’État africains. Comment gérer « le cas el-Béchir » ? Joyce Banda, la présidente du Malawi, avait prévenu : si le dirigeant soudanais, poursuivi par la Cour pénale internationale, venait chez elle, il serait arrêté. Résultat : le sommet de l’Union africaine, initialement prévu à Lilongwe, mi-juillet, a été déplacé à AddisAbeba. Omar el-Béchir s’y rendra-t-il ? Si oui, lesquels de ses homologues lui serreront la main devant les caméras ? N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

JEUNE AFRIQUE


GENÈVE, 19-21 NOVEMBRE 2012

LE FORUM DES DIRIGEANTS DES GRANDES ENTREPRISES AFRICAINES

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JEAN-LOUIS BILLON PDG de Sifca (Côte d’Ivoire)

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NGOZI OKONJO-IWEALA Ministre des Finances (Nigeria)

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Partenaires médias

Coorganisateurs

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La semaine de J.A. Décryptage JEUNEAFRIQUE.COM

FOCUS

INTERNET Le monde arabe, nouvel eldorado des réseaux sociaux ?

Cinéma Bob et Pascaline Dans Marley, un documentaire sur la star du reggae, ses anciennes amours livrent leurs souvenirs du rastaman. Parmi elles, la fille de l’ancien président gabonais.

Nombre d’utilisateurs actifs de Twitter en mars 2012

■ Moins de 20 000 ■ Entre 20 000 et 150 000 ■ Entre 150 000 et 300 000 ■ Plus de 300 000

LE TWEET « La compagne présidentielle est finie » @GADELMALEH L’humoriste francomarocain (à propos du tweet controversé de Valérie Trierweiler, la concubine de François Hollande).

ÉVÉNEMENT

Découvrez les résultats des candidats de la diversité au second tour des élections législatives françaises.

À LIRE AUSSI

Mali - Bilal Ag Achérif (MNLA) : « Ansar Eddine peut obtenir qu’Aqmi quitte l’Azawad » N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

DR

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! BOB MARLEY ET PASCALINE BONGO, vers 1980.

C

est une histoire d’amour entre une groupie africaine et une icône mondiale de la musique. En 1979, Bob Marley, 34 ans, a déjà enregistré ses mythiques No Woman No Cry, Exodus, Kaya… Pascaline Bongo en a 23 et son père, Omar, président du Gabon, ne lui refuse rien. À la fin d’un concert aux États-Unis, elle se faufile dans la loge de son idole. Mais, raconte l’intéressée, ça commence mal : « Qu’est-ce que tu es vilaine ! » grimace le Jamaïcain. « C’est parce j’avais les cheveux défrisés », sourit aujourd’hui Pascaline Bongo Ondimba, 56 ans, apaisée, devant la caméra de Kevin MacDonald, le réalisateur et documentariste à qui l’on doit notamment Le Dernier Roi d’Écosse. Cette séquence intervient vers la fin de Marley, un documentaire sorti en salles le 13 juin, en France. Invité au Gabon par sa belle, « Bob » apprend à son arrivée que le pays est, lui dit-on, sous la férule d’un « dictateur ». Trop tard pour tout annuler… Dans le même temps, une mauvaise langue informe le président que la bande de musiciens dépenaillés issus du bidonville de Trench Town prône la révolution. C’est décidé, Bongo ne rencontrera pas Marley.

Gros plan sur une photo noir et blanc : Ali, le fils du président, est visiblement heureux de représenter son père. Né dans les Caraïbes, Marley, le métis au mal-être existentiel et en quête de repères, était venu trouver ses racines en Afrique, terre d’origine de Jah, le dieu rastafari à qui il vouait un culte. Mais rien ne se passe comme prévu. Sur les plages de Libreville, précédés par leur réputation de consommateurs de drogues douces, les Wailers sont accueillis par de sarcastiques « Ganja ! Ganja ! ». En coulisses, le producteur a surfacturé le concert que la star souhaitait offrir, déclenchant sa fureur. JETÉES. Restent les amours de Marley,

que MacDonald fait revivre à travers les témoignages d’une demi-douzaine de ses conquêtes. Ils montrent son curieux rapport aux femmes, qu’il disait aimer sans « peintures de guerre ». Bafouées, jetées, reprises, plusieurs de ses ex-petites amies évoquent le musicien avec une étonnante indulgence, sans le moindre regret, voire avec une pointe de nostalgie. Seule Cedella, sa fille, s’offusque des infidélités qu’il fit subir à Rita, son épouse, au vu et au su de tous. ● GEORGES DOUGUELI JEUNE AFRIQUE


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La semaine de J.A. Tour du monde

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CORÉE DU NORD

NOSSANT/SIPA

PIERRE ANDRIEU/AFP

Donnant-donnant

! SÉGOLÈNE ROYAL (À G.) ET VALÉRIE TRIERWEILER. Personne ne peut plus l’ignorer : les ancienne et nouvelle compagnes du président se détestent cordialement. FRANCE

Guerre des dames

L

A CAMPAGNE pour les élections législatives fut d’un ennui si pesant qu’on se réjouirait presque des pulsions tweeteuses de la première dame – pardon, de « l’atout cœur de France », comme elle suggère, modestement, qu’on la désigne désormais. À l’inverse de François Hollande et de l’état-major socialiste pour une fois (presque) unanime, Valérie Trierweiler a soutenu Olivier Falorni, un dissident opposé au second tour à Ségolène Royal, l’ex-compagne du président et la mère de ses enfants, dans la circonscription de La Rochelle où cette dernière a cru habile de se faire parachuter pour briguer plus commodément le perchoir de l’Assemblée. Mme Trierweiler aurait pu garder pour elle l’animosité recuite que lui inspire sa rivale, mais non, elle n’a pu s’empêcher de l’exhiber, en 140 signes, sur le réseau social, au risque de provoquer la première fausse note du quinquennat. Dans l’opposition, les socialistes dénonçaient la confusion opérée par Nicolas Sarkozy entre ses activités publiques et privées. Ils avaient bien raison. À peine arrivés au pouvoir, ils font à peu près la même chose. Signe des temps, sans doute. ● BIRMANIE

Violences interreligieuses APRÈS UNE FLAMBÉE de violences religieuses qui aurait fait au moins trente-cinq morts, l’état d’urgence a été décrété dans l’État de Rakhine. À l’origine, le viol d’une bouddhiste, le 3 juin, par des musulmans rohingyas. Depuis, représailles, pillages et émeutes se N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

succèdent. Des centaines de Rohingyas, une minorité apatride non reconnue par les autorités birmanes, tentent de fuir vers le Bangladesh voisin, qui les refoule, craignant un exode massif. Plus de trois cent mille Rohingyas y vivent déjà dans des camps.

KIM JONGUN L’A RECONNU dans l’organe officiel du Parti des travailleurs : la Corée du Nord est frappée par la plus terrible sécheresse depuis un demi-siècle. Du coup, elle ne procédera pas dans l’immédiat à un nouvel essai nucléaire : priorité à la résorption de la crise sociale. Un accès de fièvre contestataire serait en effet malvenu, six mois après l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un. Et puis, il faut bien que Pyongyang lâche du lest pour espérer obtenir de la communauté internationale une aide alimentaire d’urgence. C’EST LE MOINS QU’ON PUISSE DIRE

TROPÉTROITES..

… les relations entre la classe politique britannique et le groupe de presse de Rupert Murdoch. C’est ce que le Premier ministre David Cameron a avoué à la commission chargée d’enquêter sur le scandale des écoutes « sauvages » pratiquées par les journalistes de News Corp. CHINE

Baiser spatial

LA CHINE LANCERA à la mi-juin depuis la base de Jiuquan, dans le désert de Gobi, son quatrième vol spatial habité: le Shenzhou-9 s’amarrera au vaisseau inhabité Tiangong-1 en orbite autour de la Terre. Ce n’est pas le premier « baiser spatial » de ce type: en septembre 2011, un autre vaisseau, inhabité celui-là, s’était déjà amarré à Tiangong-1. Cette fois, trois taïkonautes (deux hommes et une femme) seront à la manœuvre. La Chine ambitionne de se doter d’une station orbitale d’ici à 2020. ESPAGNE

Au secours!

APRÈS LA GRÈCE, l’Irlande et le Portugal, l’Espagne a été à son tour contrainte d’accepter un JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

ChinaFotoPress/maxppp

ARTS MARTIAUX

La retraite des Dix Mille ON CONNAISSAIT GRÂCE À XÉNOPHON la retraite à travers l’Arménie de dix mille mercenaires grecs recrutés par le roi de Perse Cyrus le Jeune, en 400 av. J.-C. Voici encore des guerriers. Ils sont, eux aussi, au nombre de dix mille, mais c’est d’une autre forme de retraite qu’il s’agit : retirés du monde tels des moines, les élèves de l’école de kung-fu de Tagou, à Zhengzhou, dans l’est de la Chine, se perfectionnent dans leur art fort martial.

plan d’aide européen destiné à sauver ses banques : 100 milliards d’euros. Mais les marchés ne sont pas apaisés pour autant. Le 13 juin, l’agence Moody’s a abaissé de trois crans (à Baa3) la note de sa dette à long terme. Désormais cataloguée comme emprunteur à risque, ou peu s’en faut, l’Espagne se voit presque interdire l’accès aux marchés financiers. VENEZUELA

Chávez condamné… à la candidature ATTEINT D’UN CANCER dans la région pelvienne, il a déjà subi deux opérations et de multiples séances de chimiothérapie, à Cuba. Pourtant, Hugo Chávez sera bien candidat à la présidentielle du 7 octobre. Le 11 juin, escorté par une foule de partisans en chemises rouges, il a déposé son JEUNE AFRIQUE

dossier de candidature auprès du conseil électoral. La veille, Henrique Capriles, son principal opposant, avait fait de même. Selon les sondages, ce dernier l’emporterait face à tout autre candidat que Chávez. Mais il s’inclinerait nettement face à lui.

toutes les manières imaginables entre 1996 et 2011, a engagé une procédure contre lui et cinq de ses collaborateurs. Si elle aboutit, le septuple vainqueur du Tour de France sera déchu de tous ses titres. RUSSIE

CYCLISME

Plus dure sera la chute PENDANT UNE DÉCENNIE, il fut le parrain du peloton. Tous ceux qui tentèrent de briser l’omerta qu’il imposait sur ses pratiques inavouables (et celles du cyclisme en général) furent réduits au silence. Tous les contrôles pratiqués par les officines spécialisées échouèrent. On avait fini par croire Lance Armstrong invulnérable. Mais le 13 juin, l’Agence américaine antidopage (Usada), qui l’accuse d’avoir triché de

Poutine contesté

C’ÉTAIT LA PREMIÈRE FOIS que l’opposition manifestait depuis la récente réélection de Vladimir Poutine à la présidence. En dépit des tracasseries policières visant les leaders de la contestation, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Moscou, le 12 juin. Les marcheurs ont dénoncé le pouvoir « des voleurs et des escrocs » et appelé de leurs vœux « une Russie sans Poutine ». Celui-ci a jugé « inacceptable » leur volonté « de diviser la société et d’affaiblir le pays ». N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Grand angle

Où va la Incertitudes politiques, ralentissement économique… et crispation religieuse. Les lendemains de la révolution sont hasardeux. Voire périlleux. Enquête sur un pays sous haute tension.

ALAIN FAUJAS , envoyé spécial

L

a Tunisie ne va pas bien. Pour l’observateur qui n’y est pas revenu depuis la révolution, le contraste est saisissant. À la chape de plomb et aux satisfecit staliniensdel’èreBenAliasuccédéunesorte de Mai 68 prenant au pied de la lettre le vieux slogan « Demandez l’impossible! ». Pas un groupeconstituéouinformelquin’exprimesacolère et ses revendications, pas une région qui ne clame ses urgences et ses frustrations… Ce n’est donc pas uneallégresseetundynamismefoisonnants,comme on aurait pu s’y attendre, qui ont succédé à la réelle mais inéquitable réussite économique d’avant le 14 janvier 2011. À ce jour, les fruits de la révolution sontamers,etlemécontentement,général.Certes,la TunisieneconnaîtpaslechaoscommelaLibye,une menace militaire comme l’Égypte ou une violence sauvage d’État comme la Syrie. Maislatroïkaaupouvoirestincertaine.Constituée du président Moncef Marzouki (Congrès pour la République, CPR, centre gauche), du chef du gouvernement Hamadi Jebali (Ennahdha, islamiste) et du président de l’Assemblée constituante Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol, social-démocrate), elle est jugée lente et incohérente de tous côtés. Bientôt six mois qu’elle est en place, et les régions oubliées par l’ancienrégimenevoientrienvenir,saufdesministres dont les projets de développement sont contestés et qualifiés par leurs opposants « d’inventaire à la Prévert » ou « de resucée de l’ère Ben Ali ». La Constituante n’a guère dépassé la rédaction de l’article1.Legouvernementtardeàchoisirdanstous les domaines, peut-être alourdi par ses 78 membres ayant rang de ministre, peut-être embarrassé par des personnalités islamistes sorties depuis peu de la prison politique et ignorantes de la chose publique, peut-être obsédé par la crainte de faire des bêtises avant les élections du printemps 2013. Trois partis au pouvoir, eux-mêmes traversés de courants hétéroclites, cela donne beaucoup de zigzags. Un jour, le ministère de la Justice révoque sans jugement 81 magistrats pour collaboration N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

avec la dictature ou corruption; le lendemain, il fait savoir que les intéressés peuvent faire appel de cet oukase. Un jour, le gouvernement refuse à tous les fonctionnaires une prime mensuelle de 76 dinars (37,50 euros) accordée l’an dernier à leurs collègues de la primature; un autre, les Constituants se votent une hausse de plus de 70 % de leur rémunération; pour finir, le chef du gouvernement annonce une baisse du salaire des ministres et des députés. Un jour, un député islamiste réclame l’inscription de la charia dans la Constitution ; un autre, Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahdha, déclare qu’il n’en est pas question. Commentaire de Mahmoud Ben Romdhane, consultant et opposant de toujours : « Les islamistes ne reculent que sous la pression de la société civile. » INSÉCURITÉ. L’incertitude prend un autre visage, celui de l’insécurité. Il y a les sit-in des chômeurs qui asphyxient l’activité minière de Gafsa, dans le centre du pays, et les blocages des entreprises par les employés exigeant des revalorisations salariales. Il y a surtout l’agitation des salafistes qui brûlent, par exempleàJendouba,lesbarsservantdel’alcooletqui cassent la figure des intellectuels et des artistes qu’ils traitent de « mécréants », sans que le gouvernement fassepreuveàleurégarddelafermetéexigéeparl’élite laïque et éduquée (lire p. 26). Commentaire de ● ● ●

Ü MANIFESTATION ORGANISÉE PAR UN COLLECTIF D’ARTISTES,

le 24 avril, à Tunis.

ILYES/CORBIS

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JEUNE AFRIQUE


Tunisie?

JEUNE AFRIQUE

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


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Grand angle Wided Bouchamaoui, patronne des patrons tunisiens (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, Utica): « Nous ne savons pas si nous allons ou pas vers un État islamique. » De son côté, l’opposition se trouve en état de décomposition avancée, avec une kyrielle de partis impuissants. Elle n’a pas digéré la victoire des islamistes lors des législatives du 24 octobre 2011, et n’a pas compris que ceux-ci lui étaient préférés – et pour longtemps – parce qu’ils étaient « purs », organisés,àl’écoutedespauvres,etqu’ils«craignent Allah », qualité première pour un peuple maintenu dans l’obscurantisme par la dictature. Aujourd’hui, cette opposition ne se manifeste que pour accuser sans nuances la troïka de tous les maux. Explication de Khaled Zribi, intermédiaire en Bourse et proche du Parti démocratique progressiste (PDP) d’Ahmed Néjib Chebbi: « Nous n’avons pas la culture de la concession et du juste milieu. » «FaceàEnnahdha,quireprésentelefondsconservateur tunisien brimé depuis toujours, l’opposition ●●●

Le prix de la révolution Un net ralentissement de l’économie en 2011… Exportations de biens et services variation annuelle, en %

0

* Projections

Croissance

variation annuelle, en % 2005

2006

2007

2008

2009

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2011

2012*

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2014*

2015*

a été incapable d’avancer des idées », explique Cyril GrislainKarray,ancienassociédeMcKinsey,revenu dans sa patrie comme business angel et consultant. « Sa réflexion, poursuit-il, est aussi légère que celle d’une université d’été d’un parti politique français. Elle ne connaît pas le peuple et ne l’aime pas. Il lui faudra fusionner ses partis, changer leurs “têtes” et revenir sur terre: pour la première fois, des analphabètes sont entrés dans l’isoloir pour voter, et la taille des problèmes à résoudre dans ce pays est

CULTURE

Le temps des autodafés

La montée du salafisme et l’attentisme du pouvoir face aux agressions répétées contre les artistes menacent la liberté de création. FATMA SLIMANE,

L

à Tunis

a culture serait-elle la grande martyre de la révolution ? C’est ce que pense un jeune poète, Adel Maïzi, invité sur un plateau de télévision, avant de nuancer son propos: « Mais je me réjouis d’être là. Sous l’ancien régime, nous avions rarement l’occasion de passer à la télé et de parler de nos problèmes. » « Aujourd’hui, explique le cinéaste Moncef Dhouib, il y a une cacophonie généralisée. Ceux qui occupaient la scène culturelle se sont tus, et il n’y a de place que pourlespartis,lessyndicalistes, les avocats et les blogueurs. » Pis. Les intellectuels et artistes sont désormais la cible d’agressions récurrentes. Depuis les manifestations, en octobre dernier, qui ont suivi la diffusion du film Persepolis sur la chaîne Nessma et la projection de Ni N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Allah, ni maître ! de Nadia elqui aurait provoqué l’ire des Fani, puis les violences perpébarbus et qui a circulé sur le trées contre des artistes devant Net n’a jamais été exposée ! Il lethéâtremunicipaldeTunis… n’empêche, le Palais Abdellia a un vent de haine contre la été attaqué, des toiles lacérées, culture souffle sur le pays. Le des œuvres saccagées, comme 25 mai, l’acteur Rejeb Mogri l’installation de Faten Gaddes a été molesté dans la ville du représentant des visages de Kef. Plus grave encore, les On parle maintenant derniers évéde « crime intellectuel » nements qui et de « police sociale ». ont conduit le gouvernement à décréter un couvre-feu nocfemmes juive, chrétienne, turne. Est-ce en rapport avec musulmane dessinés sur des punching-balls. l’appel du leader d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, à se souSACRÉ. D’aucuns peuvent se lever pour imposer la charia en Tunisie ? En tout cas, poser la question : la culture une déferlante salafiste s’est n’était-elle pas mieux lotie abattue sur le pays. Tribunal sous Ben Ali ? Pour nombre incendié, postes de police pris de créateurs, l’ancien régime d’assaut, maisons de la culture fermait volontairement les ravagées… et encore une fois, yeux sur la transgression de artistes pris à partie. En cause, certains tabous tels que la « Le Printemps des arts », à La nudité, le sexe ou la critique Marsa, dans la banlieue de sociale, l’essentiel était de ne la capitale, jugé « offensant » pas toucher à la politique, la pour l’islam. Pourtant, la toile famille et certains corps de

métier comme la police. Et la Tunisie postrévolutionnaire ? Il existe « une volonté politique visant à occulter le rôle de l’intellectuel et à passer un contrat sur la culture la soumettant aux délits, puisqu’on parle maintenant de “crime intellectuel” et de “police sociale” », affirme la journaliste Selma Jelassi. Cette menace n’est pas brandie par des voix officielles, mais par la rue. « La révolution a porté au pouvoir un parti religieux dont la base militante se fiche des lois et des institutions », déclare l’écrivain et universitaire Mansour M’henni. Si la liberté d’expression est un fait dans la Tunisie actuelle, la liberté de création est loin d’être assurée. « On est passés d’une censure exercée par l’État, qui fixait seul des lignes rouges, à une censure devenue l’affaire de tous, de l’avocat au journaliste en passant par l’association coranique qui entend remplacer la loi séculière par des lois divines », affirme Boubaker Ben Fraj, ancien directeur de cabinet au ministère de la Culture. Comment réagissent les institutions de tutelle? Interrogé JEUNE AFRIQUE


Où va la Tunisie ? … et une détérioration des finances publiques (déficit en % du PIB) 2005

2006

2007

2008

– 0,6 – 2,8

– 2,6

–2

2009

2010

– 1,5

– 1,3

2011

2012*

2013*

– 3,5 – 5,6

– 4,6

2014*

– 4,1

2015*

– 3,5

* Projections

Les Tunisiens ont payé l’addition Après une progression constante sur plusieurs décennies, le PIB par habitant a connu un fléchissement. Il est passé de 4951 dinars en 2010 à 4859 dinars en 2011. Il devrait être de nouveau en hausse cette année. Situation identique sur le marché de l’emploi. Le taux de chômage avoisinait les 13 % avant la révolution, il a atteint 18,9 % en 2011, avant un repli espéré à 17 % cette année. Quant au taux d’inflation, il devrait atteindre les 5 % en 2012, contre une moyenne de 3,9 % sur les cinq années précédentes.

SOURCE : FMI

phénoménale. » Effectivement, le panorama est sombre. Aujourd’hui, il y a seulement en réserves de change de quoi assurer cent jours d’importations, contre 140 en 2010. Sur la même période, le nombre de personnes sans emploi a bondi de 490 000 à 742 000 ; le taux de chômage a frôlé les 19 %, et même les 50 % chez les jeunes diplômés. En avril, le rythme de l’inflation était de 5,7 %, et le prix des tomates et des poivrons a été multiplié par trois en dix-huit mois parce que les négociants

trouvent plus juteux de les exporter vers la Libye. Une étude de la Banque africaine de développement (BAD) a fait apparaître que la cassure entre la côte (développée) et l’intérieur (oublié) ne cessait de s’aggraver. Une fragmentation calamiteuse de la sociététunisienneestàl’œuvre,avecdesdommages irrémédiablespourl’avenirdesjeunesdubled.Faut-il s’étonner si les gouvernorats de Kasserine, Gafsa ou SidiBouzidbrûlentderecommencerlarévolutiondu 14janvierpourenfiniravecleurdésespérance? ● ● ●

auxvaleursdusacré».Unepremière, pour un ministre de la Culture!

NICOLAS FAUQUÉ/IMAGES DE TUNISIE

AUTOCENSURE. Sur le ter-

€ LES EXTRÊMISTES S’EN SONT NOTAMMENT PRIS À CETTE ŒUVRE DE L’ARTISTE TUNISIENNE FATEN GADDES, lors du « Printemps des arts », près de Tunis.

sur sa décision de bannir des festivals des interprètes telles quelesLibanaisesNancyAjram et Haïfa Wahbe, jugées trop sexy, le ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk, a déclaré: « Il faudra passer sur mon corps avant de me faire accepter leur venue. » Avant d’ajouter qu’il voulait « rompre avec le conditionnement culturel qui avait cours jusqu’ici ». Le mettrait-on en garde contre JEUNE AFRIQUE

la prétention de juger du bon goût, le ministre n’en démord pas. Un communiqué officiel publié début mai prévient que seront bannis les spectacles « libidineux ». Étonnante trajectoire pour ce sociologue de formation qui affirmait qu’il ne fallait pas remettre en question « la liberté de création » et qui a refusé l’octroi d’une salle au prédicateur égyptien salafiste WajdiGhanim,enavrildernier.

« Donnons à Mehdi Mabrouk le bénéfice du doute, lance un observateur de la scène politico-culturelle. Dans le casting du gouvernement actuel, c’est l’un des rares ministres qui tentent de coller à leur fonction.»Hélas!Ilvientd’ordonner la fermeture du Palais Abdellia etaannoncésonintentiond’engagerdespoursuitesjudiciaires contre les organisateurs de la manifestation pour « atteinte

rain, les acteurs culturels en appellent à la vigilance et à la résistance face à la diffusion pernicieuse d’une pensée radicalisée à travers des lieux d’éducation comme certaines crèches réquisitionnées pour devenir des écoles coraniques gratuites, ou le délaissement d’anciennes structures telles que les maisons du peuple ou les maisons de laculture. Après l’initiative lancée par El Teatro pour créer un collectif des artistes libres, un « Manifeste des intellectuels tunisiens » recueilleactuellementdescentainesdesignatures.Beaucoup, comme le cinéaste Ridha Béhi, rejettent « l’autocensure » et se refusent à devenir les « portevoix du gouvernement ». « Nous allons lutter pour que la Constitution nous protège. Le rapport avec l’État providence doit changer à la faveur d’une révolution, qui, pour le moment, il faut le reconnaître, esttoutsaufunprojetculturel.» Un défi supplémentaire pour les Tunisiens. ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Grand angle Lepatronat,dontplusde400membresseraient interdits de voyages à l’étranger, sent que le chef du gouvernement a besoin des entrepreneurs, mais aussi qu’il les juge comme des profiteurs de l’ancien régime. Le secteur bancaire est très mal en point, et sa capacité à financer l’économie est en panne (lire p. 31). Pas de quoi pousser les entrepreneurs tunisiens, par nature frileux, à investir ni à embaucher! Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’en mai l’agence Standard & Poor’s ait abaissé le crédit de la Tunisie de deux crans, à « BB stable », soit le niveau des investissements dits spéculatifs, parce qu’elle doute de la capacité du gouvernement à surmonter ces difficultés. D’autant que l’Europe, vers laquelle se dirigent 80 % des exportations tunisiennes, est malade de sa dette et freine ses achats de textiles, d’électronique, et de sous-ensembles mécaniques et électriques.

●●●

HANDICAPS. Cette rétrogradation n’a pas de conséquences sur les comptes de la Tunisie, qui n’emprunte pas sur les marchés internationaux, mais elle donne de son économie une image peu attractive aux investisseurs étrangers, dont le pays a un besoin urgent, notamment pour financer ses projets de partenariat public-privé, tels un port en eau profonde, une raffinerie pétrolière ou des

NACER TALEL/WWW.IMAGESDETUNISIE.COM

Houcine Abassi Secrétaire général de l’UGTT

OSNOWYCZ AUDE/SIPA

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« Notre but n’est pas de prendre le pouvoir » Quelles augmentations salariales demandez-vous ?

Le gouvernement Essebsi avait accordé une prime de 76 dinars (37,50 euros) par mois aux fonctionnaires de la primature, en 2011. Tout naturellement, le reste de la fonction publique a demandé la même chose, et les grèves se sont multipliées. Le gouvernement a d’abord dit qu’il n’avait pas les moyens en 2012. Puis, il en a accepté le principe, mais il a proposé une application en deux étapes. Nous maintenons le principe d’une hausse de 76 dinars en une seule fois. Quand nous aurons bouclé ce dossier, il nous faudra N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

ouvrir des négociations dans les entreprises publiques. Ensuite viendra le tour du privé. N’est-il pas malsain que les grèves se multiplient ?

Il y a des grèves légitimes pour défendre des droits légitimes. Quand un patron du textile ne paie pas pendant trois mois le salaire de ses 600 ouvriers, on comprend que ceux-ci bloquent toute activité dans leur zone. Nous ne sommes pas partisans de l’anarchie et nous avons contacté les ministères de l’Intérieur et des Affaires sociales pour obliger ce patron à trouver une solution.

D’autres grèves ne sont pas sous notre contrôle. Les sit-in et les barrages de routes ou de voies ferrées sont le fait de jeunes chômeurs. Nous ne les encourageons pas, bien au contraire, car nous sommes lésés par la paralysie qui en résulte, par exemple dans le bassin minier. Nos salaires s’en trouvent diminués. Nous avons condamné ces blocages et appelé le gouvernement à dialoguer avec les chômeurs pour remettre l’économie en marche. Pouvez-vous travailler avec un gouvernement en majorité islamiste ?

Noussommesl’organisation

syndicale la plus puissante, et nos adhérents forment inévitablement une mosaïque politique.Nousnousefforçons de créer un environnement où leurs différences peuvent cohabiter. Notre indépendance est une ligne rouge. Nous avons soutenu la révolution et contribué à abattre la dictature. Notre objectif est désormais de protéger cette révolution et de concrétiser les attentes en matière de développement des régions abandonnées, de justice sociale et de distribution équitable des richesses. Pas de prendre le pouvoir. ● Propos recueillis par ALAIN FAUJAS JEUNE AFRIQUE


Où va la Tunisie ? ! GRÈVES À RÉPÉTITION, SIT-IN INCESSANTS… LA COLÈRE SOCIALE EST VIVE. Ici, le blocage d’une route à Gafsa, dans le bassin minier, le 27 mars.

Port en eau profonde, raffinerie pétrolière, infrastructures touristiques… Les besoins de financements sont immenses, et urgents.

infrastructures touristiques dignes de ce nom dans la partie orientale du pays. Malgré ses incontestables handicaps, la Tunisie montre des signes non moins incontestables de renaissance.Aprèsunerécessionen2011,l’économie tunisienne est de nouveau en croissance en 2012. De janvier à avril, les arrivées de touristes ont progressé de 51,8 %, la Bourse de 5,6 %, les entrées de devises de 34,1 % et les intentions d’investissements des industriels de 15 %. Les grèves sont en recul de 52 %, et le nombre des personnes qui y participent de 56 %. Le verre est redevenu à moitié plein. Sur le plan politique aussi les choses sont plus engageantes.Leconseillerduchefdugouvernement pourlesAffairespolitiquesavecrangdeministre,Lotfi Zitoun,estdétestédesmédiaspoursabrutalité,mais il tient des propos impeccablement démocratiques sur la manière de s’opposer aux salafistes: « On ne doit pas isoler leur noyau dur par la force, dit-il, mais par le dialogue, car il en existe des modérés. Nous appliqueronslaloisansexception.Nousnefermerons pas les yeux sur leurs actes. » Ou sur l’alternance au pouvoir: « L’opposition est faible actuellement, et ce n’est pas bon pour la démocratie, déclare-t-il. Il nous faudrait trois ou quatre grands partis pour réussirl’alternanceetnousrapprocherdumodèlede démocratie qu’est la Grande-Bretagne. » N’est-il ● ● ●

Wided Bouchamaoui Présidente de l’Utica

Comment va l’économie tunisienne ?

La situation n’est pas si catastrophique que certains le pensent. La liberté d’expression constitue un vrai progrès, tout comme celle d’entreprendre et de travailler. Pour que nous fassions fructifier notre proximité avec l’Europe et nos acquis sociaux, comme l’émancipation de la femme ou le niveau d’éducation de nos jeunes, il faut que nous soyons plus agressifs à l’international et que nous diversifiions nos marchés extérieurs en direction du Maghreb, du Golfe ou de l’Afrique subsaharienne. Avec l’Europe, pratiquons JEUNE AFRIQUE

des partenariats plutôt que d’y expatrier nos travailleurs. Il nous faut aussi changer la mentalité trop familiale de nos entreprises et introduire celles-ci en Bourse. La nouvelle génération y est prête, mais ces mutations demandent du temps. Est-il vrai que 400 patrons sont en prison en raison de leur collaboration avec le régime Ben Ali ?

À ma connaissance, il n’y en a qu’un. Mais nombreux sont ceux qui ont interdiction de voyager. On a tout mélangé : les corrompus, les fraudeurs du fisc et les proches de la famille Ben Ali.

HICHEM

« Écoutons enfin la population! » De grâce, que le gouvernement nous dise ce qu’il en est vraiment. Qu’on sanctionne les coupables, mais qu’on ne maintienne pas quelqu’un en prison sans jugement ! Et que l’on rende au chef d’entreprise sa liberté de voyager sans laquelle il ne peut travailler ! Qu’attendez-vous gouvernement ?

du

D’abord un signal fort sur la sécurité afin de recadrer ceux qui se croient tout permis en matière de blocages de routes ou de brimades religieuses, tout en respectant la liberté et la religion. Je crois aussi qu’il est urgent de répondre

à la détresse des populations de l’intérieur, qu’il ne faut plus marginaliser. Pour leur redonner confiance, il faut leur dire quand, où et avec quel responsable le premier coup de pioche d’un équipement ou d’une infrastructure sera donné. Tout ne doit plus passer par Tunis, et les populations ont besoin d’une réelle autonomie afin qu’elles puissent déterminer les routes, les zones industrielles et les connexions internet dont elles ont besoin et sans lesquelles aucun investisseur ne viendra créer des emplois dans ces contrées. Écoutons enfin la population ! ● Propos recueillis par ALAIN FAUJAS N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Grand angle

SAMUEL ARANDA/CORBIS

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qu’un Raminagrobis charmant la belette avec de belles promesses pour mieux la croquer, comme le prétendent les laïques? ●●●

€ FORCES DE L’ORDRE DÉPLOYÉES DEVANT LE

MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR,

le 10 avril, à Tunis.

ESPOIRS. Bonne nouvelle, un mouvement d’unifi-

cation est enfin en cours dans l’opposition. « Nous avonscrééunecoordinationdeseptpartisdesouches destourienne et réformiste, explique Mohamed Sahbi Basly, ancien ambassadeur, secrétaire général du Parti national tunisien. Ce front sera coordonné par Béji Caïd Essebsi, l’ancien Premier ministre de la transitionen2011,pourallerauxélectionslégislatives et présidentielle de 2013. C’est notre seule chance de limiter le pouvoir d’Ennahdha, qui ne devrait pas peser plus de 20 % des voix. » Béji Caïd Essebsi n’aime guère la posture d’opposant, mais « les acquis de la modernité sont menacés, affirme-t-il. Nous comptons 250000 diplômés sans emploi. Standard & Poor’s a dégradé la note de notre crédit. Les investisseurs ne sont pas au rendez-vous. Nous ne pouvons continuer sur cette pente descendante, et Ennahdha, qui fait partie désormais du paysage politique, doit accepter des avis différents des siens ». Il ne sait pas encore si le « processus » qu’il a initié débouchera sur un parti ou sur un mouvement. Il penche pour une formule souple qui respecte les différences – y compris celles des destouriens n’ayant rien à se reprocher –, mais dotée d’une plateforme électorale à laquelle il travaille et qui visera le juste milieu, parce que « le Tunisien, tout comme l’islam, n’aime pas les excès ». Et comme le chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, prône de son côté « consensus » et « réconciliation », bien des espoirs sont permis! BONS POINTS. D’autres signes semblent de bon

augure. Malgré les envies du pouvoir de chasser Mustapha Kamel Nabli, le gouverneur de la Banque centrale, qui leur tient tête, celui-ci est toujours le gardien de l’orthodoxie monétaire. Il ne s’inquiète N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

« Ennahdha, qui fait partie du paysage politique, doit accepter des avis différents. » BÉJI CAÏD ESSEBSI, l’ancien Premier ministre

pas trop de la dégradation de Standard & Poor’s en raison des créances non performantes des banques tunisiennes. « Nous connaissions ce problème qui existait avant la révolution, déclare-t-il. Nous avons mis au point un programme de recapitalisation et d’amélioration de la gestion, des règles prudentielles et de la supervision des banques. Il nous faut seulement mieux le faire savoir. » Il conclut à propos de ses relations avec le pouvoir : « À court terme, il est dans la nature des choses que les intérêts politiques ne soient pas en symbiose avec les impératifs de la politique monétaire, mais, à long terme, ce pays a un potentiel pour trouver un consensus. » Bonspointsaussi:l’affirmationdusyndicatmajoritaire, l’Union générale tunisiennedu travail (UGTT), comme force équilibrant le patronat comme le gouvernement, hors de toute implication partisane ; ou encore la présence des femmes en tête des manifestations et au cœur des associations qui épaulent les jeunes créateurs d’entreprise dans les zones déshéritées, à l’instar d’Olfa Khalil Arem, qui ne croit plus aux partis mais à l’action sur le terrain; et enfin la certitude que les institutions financières internationales prêteront 3 ou 4 milliards de dollars quandlaTunisieauramisdel’ordredanssespriorités. Nombreux sont les Tunisiens à esquisser des solutions pour remettre leur pays sur pied. « Il faut introduire chez nous la finance islamique car elle n’est pas génératrice de dettes puisqu’il y a partage despertesetdesprofitsentrel’apporteurdecapitaux et l’entrepreneur », préconise Ridha Chkoundali, universitaire et coordinateur du modèle macroéconomiqued’Ennahdha.Unefaçonderéformeren douceur ce qu’il appelle « une prétendue économie de marché ». Autre façon de trouver des capitaux, l’entrée en Bourse des sociétés « mal acquises ». « J’ai dit à plusieursministres:“L’Étatnepeutpasresterpropriétaire des quelque 360 entreprises que vous avez confisquées aux proches de la dictature, raconte Fadhel JEUNE AFRIQUE


Où va la Tunisie ? FINANCES

Banques essoufflées Trop éclaté et sous-capitalisé, le secteur bancaire ne joue pas le rôle moteur qui devrait être le sien. décrypte un financier tunisien. Ce statu quo pourrait engendrer in fine ace à une économie atone un coût économique et social bien et à un taux de chômage plus important qu’une réforme du secteur. jamais atteint, la faiblesse et l’immobilisme du secteur De leur côté, les banquiers bancaire tunisien sont devenus un mettent en avant les efforts consensujet d’inquiétude majeur. « Les tis pour aider les entreprises en banques ne jouent pas leur rôle de difficulté et les progrès réalisés ces moteur de l’économie », tempête cinq dernières années pour réduire l’économiste Dhafer Saidane. En leur niveau de créances douteuses, raison de fonds propres insuffipassées de 20 % il y a cinq ans à sants, et ce malgré 12 % aujourd’hui. Certains les augmentations D’ailleurs, les créde capital effecdits consentis au pourvoyeurs tuées ces dernières clan Ben Ali ont d’argent frais années, elles sont été largement puisent dans leur dans l’incapacité provisionnés. d’augmenter leurs Des évolutions bas de laine. volumes de prêts. insuffisantes, EnTunisie,lepaysagebancairereste estime Dhafer Saidane. « Les atomisé. Quatre grandes banques banques n’ont pas compris que la gèrent 51 % des actifs, mais onze Tunisie vit un moment historique. petits établissements se partagent Il faut absolument qu’elles fassent 15 %, et le reste est disséminé. plus d’efforts pour augmenter « Il serait souhaitable de prol’épargne et la transformer en crécéder à des fusions, comme celle dit », explique-t-il. Problème, après qui était annoncée entre STB et avoir connu une évolution à deux la Banque de l’habitat avant la chiffres, la croissance des dépôts révolution. Mais je doute que s’est ralentie, et certains gros pourl’État [actionnaire des deux étavoyeurs d’argent frais, affaiblis par blissements] veuille le faire, car les grèves à répétition, ont tendance cela aboutirait à un plan social », à puiser dans leur bas de laine. ● JULIEN CLÉMENÇOT

F

6,2

2005

TOURISME COUP D’ARRÊT

6,4

2006

6,7

2007

7,1

2008

6,8

2009

6,9

2010

4,7

2011

PILIER DE L’ÉCONOMIETUNISIENNE, le tourisme a été éprouvé par la révolution. Mais l’année 2012 doit être celle de la reprise, avec 6 millions de visiteurs annoncés, soit 25 % de plus qu’en 2011. « Les réservations d’été ont bien démarré, surtout à Djerba, mais on ne retrouvera pas les niveaux de Nombre de visiteurs par an, en millions 2010 », constate Rachel Picard, l’ex-directrice générale de Thomas Cook en France. Les professionnels ciblent donc de nouveaux marchés – ils espèrent attirer 350000 visiteurs russes – tout en tentant de renouer avec la clientèle européenne traditionnelle (France, Allemagne, Italie…). Sur ce segment, le groupeTUI-Marmara prévoit une hausse de 20 % et Club Med de 35 %. Les tour-opérateurs jouent toujours gagnants, car l’augmentation excessive des tarifs aériens et hôteliers freine le tourisme individuel. Autres obstacles cette année: le ramadan en juillet-août, l’agitation politico-religieuse du pays et la hausse des prix. Dans ces conditions, la clientèle maghrébine, essentiellement algérienne, hésite à revenir enTunisie. ● FRIDA DAHMANI, à Tunis JEUNE AFRIQUE

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

SOURCE : OFFICE NATIONAL DU TOURISME TUNISIEN

Abdelkefi, directeur général de Tunisie Valeurs et président du conseil d’administration de la Bourse de Tunis. Introduisez-les à la Bourse; ce ne sera pas uneprivatisationsauvagemaisunredéploiementde la puissance de l’État. Car vous pourriez en tirer de 7 à 8 milliards de dinars [3,5 à 3,9 milliards d’euros, NDLR],qui,associésauxleviersdeladetteetdespartenariatspublic-privé,permettraientdemobiliserde 20à25milliardsdedinars.Décidezcecoupdepouce qui vous donnera les moyens de votre politique.” » Etpourlaréductionduchancreduchômage?«Les Tunisiens sont débrouillards et travailleurs: qu’on les laisse créer leur propre emploi, explique Ikbel Bedoui, directeur général de Fitch Ratings Afrique du Nord. Supprimons les monceaux d’autorisations nécessaires pour créer une activité et qui ont poussé le vendeur à la sauvette Mohamed Tarek Bouazizi à s’immoler par le feu. Cette situation kafkaïenne a maintenu des rentes indues, favorisé la corruption et empêché une saine concurrence, les fléaux de notre pays. » Alors,faut-ilcroireàlaTunisie?Oui,répondLamia Zribi, directrice générale des prévisions au ministère du Développement et de la Planification, car, « pour la première fois, nous avons identifié les besoins régionaux, et notre ministre veut établir une clé de répartition des crédits favorable aux zones les plus défavorisées ». Elle ajoute: « Mais nous apprenons la démocratie, et ce n’est pas facile! » Faut-il vraiment y croire? À terme, oui, déclare Norbert de Guillebon, administrateur de la CompagniegénéraledessalinesdeTunisie(Cotusal) et président de la section tunisienne des conseillers du commerce extérieur de la France. Il raconte : « Les responsables de Bic hésitaient entre le Maroc et la Tunisie pour investir 12 millions d’euros dans une usine de fabrication de stylos à bille. Ils m’ont demandé de leur donner une bonne raison, et une seule, pour choisir la Tunisie. J’ai répondu que la Tunisie, elle, avait déjà fait sa révolution… » Bic fabriquera des millions de stylos par jour à Bizerte, sansattendrelafind’unepériodepostrévolutionnaire forcément « pas facile » pour tous les Tunisiens. ●

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Afrique subsaharienne

FRANCE-AFRIQUE

Ce que prépare À peine installé à l’Élysée, le président français a multiplié les contacts avec les chefs d’État africains, crise malienne oblige. Il en a profité pour imposer son style, réaliste et prudent.

FRANÇOIS SOUDAN

Q

uatreoucinqentretiensautéléphone avecdeschefsd’État,troisréceptions de travail à l’Élysée pour un roi et deux présidents, le tout en quarante jours: les premiers pas « africains » de François Hollande, placés sous les auspices d’une crise majeure – le Mali –, sont à l’imagedesadémarche,rustique,piedsbienécartés, à grandes enjambées mais les pas comptés. Nicolas Sarkozy, en 2007, avait démarré plus rapidement son initiation au continent, où il s’était rendu en précampagne électorale, avant de se fourvoyer du côté de Dakar. Son successeur, lui, a déjà atteint son rythme de croisière : un mois et demi après son arrivée à l’Élysée, les lignes de ce que sera sa relation avec l’Afrique apparaissent. Et elles sont sans surprises: prudentes, réalistes, normales. CELLULE OU PAS CELLULE ? En théorie, il n’y

a pas plus de « cellule Afrique » de l’Élysée sous Hollande qu’il n’y en avait sous Sarkozy. Les deux préposés aux dossiers subsahariens, Hélène Le Gal et son adjoint Thomas Melonio, relèvent du conseiller Paul Jean-Ortiz, lequel dépend du secrétaire général Pierre-René Lemas. En réalité, on joue sur les mots. Hélène Le Gal occupe le grand bureau en rez-de-chaussée du 2, rue de l’Élysée, avec vue sur jardinet, qui fut celui de tous les « Messieurs Afrique » successifs depuis Guy Penne. Et son rayon d’action n’est en rien parasité par le jeu personnel du secrétaire général : Pierre-René Lemas n’est pas Claude Guéant, lequel recevait volontiers visiteurs du soir africains, porteurs de messages et autres intermédiaires. Qu’on se le dise, d’ailleurs : les réseaux ou néoréseaux trouveront porte close à l’Élysée. Pour le reste, Hélène Le Gal, diplomate de carrière très peu portée sur la connivence, nommée pour sa connaissance des dossiers africains et sa sensibilité de gauche N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

même si elle n’avait jamais rencontré François Hollande avant son arrivée sous les lambris de l’Élysée, et Thomas Melonio, économiste proche de Pierre Moscovici, ancien de l’Agence française de développement, reçoivent beaucoup depuis le 1er juin. Une dizaine de rendez-vous par jour, conseillers de chefs d’État, émissaires, opposants, investisseurs, ambassadeurs: le tandem ne chôme pas. Tous deux assistent par ailleurs aux audiences et coups de fil « africains » de François Hollande, avec qui ils communiquent d’ordinaire par notes. Ils assistent mais, contrairement à certains de ses prédécesseurs qui le faisaient aisément, pas

€ AVEC LE NIGÉRIEN MAHAMADOU ISSOUFOU, à Paris, le 11 juin.

JEUNE AFRIQUE


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Hollande

STEPHANE LEMOUTON/ABACAPRESS.COM

Pas de tutoiement intempestif, de tapes dans le dos ou de visiteurs reçus en catimini, les échanges, même téléphoniques, donnent lieu à un communiqué officiel.

question pour Hélène Le Gal d’appeler ou de prendre elle-même au téléphone un chef d’État africain. Les présidents ne parlent qu’au président, c’est la consigne. Tout au moins pour l’instant. MÉTHODE OU PAS MÉTHODE ? Un style, plutôt qu’une méthode. Avec Hollande, pas de tutoiement intempestif ni de tapes dans le dos, pas de visiteurs reçus en catimini dans le bureau du secrétaire général, ni d’appels téléphoniques entre chefs d’État copains pour humer l’air du temps. Depuis son entrée à l’Élysée, François Hollande s’est entretenu au téléphone avec Abdelaziz JEUNE AFRIQUE

Bouteflika, Alassane Dramane Ouattara, Macky Sall, Mohamed Ould Abdelaziz : ces échanges ont tous été soigneusement préparés et ont donné lieu à un communiqué officiel. « On se parle si on a quelque chose d’important à se dire et ce quelque chose doit être notifié à l’avance », résume un proche. Même ligne de conduite pour les personnalités africaines reçues au Château (trois jusqu’ici, Mohammed VI, Boni Yayi, Mahamadou Issoufou) : si Hollande n’est pas avare du temps qu’il leur consacre, une heure en moyenne – alors qu’il arrivait à son prédécesseur d’expédier un homologue en dix minutes –, les dossiers priment sur le bavardage mondain. Cela risque d’ailleurs de poser problème à la fin de ce mois de juin, puisqu’une dizaine de chefs d’États francophones, de retour du sommet de Rio sur l’environnement, ont prévu de faire escale à Paris pour y être reçus par un homme que la plupart ne connaissent pas encore. Il va falloir gérer la bousculade. Qu’ils se rassurent pourtant: contrairement à ce que certains d’entre eux ont pu craindre, François Hollande n’a formulé aucune exclusive. « Il rencontrera tout le monde, sauf ceux qui sont poursuivis par la justice, en particulier la CPI [Cour pénale internationale, NDLR] », confie-t-on. Quant au premier voyage du président en Afrique subsaharienne, rien ne presse et rien n’est prévu pour l’instant. DOCTRINE OU PAS DOCTRINE ? « Ni tabous ni donneurs de leçons », dit-on à l’Élysée. En d’autres termes : on ne s’interdira rien, mais on y mettra les formes. Trois principes en guise de feuille de route : bonne gouvernance et démocratie, pacte de croissance et de développement, attachement à la stabilité et à la sécurité du continent, mais sans ingérence. Le cadre est vaste, reste à le décliner au cas par cas, surtout le premier point. Il va de soi que ni François Hollande ni Laurent Fabius ● ● ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


Afrique subsaharienne Les premiers hôtes africains à l’Élysée sous…

… NICOLAS SARKOZY EN 2007 24 mai Ì Ellen Johnson-Sirleaf (Liberia) 25 mai Omar Bongo (Gabon) DOMINIQUE FAGET/AFP

4 juin John Kufuor (Ghana) 11 juin Abdoulaye Wade (Sénégal)

… FRANÇOIS HOLLANDE EN 2012 29 mai Ì BoniYayi (Bénin) 11 juin Mahamadou Issoufou (Niger)

WITT/SIPA

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● ● ● ne sauraient être en retrait par rapport aux dernières déclarations d’Alain Juppé, lequel s’était prononcé contre les modifications constitutionnelles destinées à pérenniser certains pouvoirs en place. Il va de soi aussi que rien ne sera entrepris pour entraver d’éventuelles enquêtes judiciaires en cours, notamment sur les fameux « biens mal acquis ». « Aucune immixtion de l’Élysée ou du ministère de la Justice dans ces dossiers n’est envisageable », assure un conseiller.

INTERVENIR OU PAS? Les six premières semaines

« africaines » de François Hollande auront été celles d’une quasi-gestion de crise. La situation

malienne a été au cœur de ses entretiens, tant à l’Élysée qu’au téléphone, avec les présidents Boni Yayi, Alassane Dramane Ouattara, Mohamed Ould Abdelaziz et Mahamadou Issoufou. Ce sujet a également été largement abordé par le chef de l’État avec Barack Obama, David Cameron et le Premier ministre canadien Stephen Harper, lors du sommet de l’Otan à Chicago. L’Élysée est catégorique : la France n’interviendra pas militairement et elle n’est pas médiatrice sur ce dossier, mais l’inquiétude est vive. L’évolution, sur le terrain, du rapport de force entre les groupes islamistes et les Touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) est suivie de très près, Paris estimant toujours qu’il est possible et même tactiquement recommandé de parler avec ces derniers pour dissocier leurs forces de celles d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et d’Ansar Eddine. Parallèlement, les efforts de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de la présidence de l’Union africaine pour obtenir l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU à une opération militaire conjointe sont encouragés, voire suscités. Autre sujet sensible – à un degré moindre évidemment – et symbolique : la présence ou l’absence de François Hollande au XIVe Sommet de la Francophonie qui se tiendra du 12 au 14 octobre à Kinshasa. Mi-juin, cette question était toujours en débat à l’Élysée, où l’on estime que les élections générales de novembre 2011 en RD Congo ne sont pas loin de mériter le qualificatif de « calamiteuses ». Entre l’idée de se rendre à Kinshasa au nom du rayonnement de la France, afin d’y prononcer un discours ferme sur la gouvernance, la démocratie et les droits de l’homme, et la tentation du boycott presque annoncé par celui qui était encore candidat à la présidence, François Hollande hésite encore. Décision vraisemblablement à la mi-juillet. « La Francophonie, cela dépasse la France et ne lui appartient pas. Que Hollande vienne ou non, dans le fond, cela n’a guère d’importance », confiait il y a peu un proche collaborateur du président Kabila. On n’est pas obligé de le croire… ●

FABIUS : PRIORITÉ SAHEL LA POLITIQUE AFRICAINE, c’est dorénavant le Quai d’Orsay et l’Élysée. Laurent Fabius, d’ailleurs, multiplie les consultations. Priorité : le dénouement de la crise au Sahel. Le 15 juin, il devait recevoir le Premier ministre malien, Cheick Modibo Diarra. La veille, il avait rencontré le président intérimaire, DioncoundaTraoré. Et le 11 juin, il a déjeuné avec Mahamadou Issoufou N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

avant d’avoir un entretien avec son homologue du Burkina Faso, Djibrill Bassolé. Les contacts sont aussi réguliers sur le sujet avec le secrétaire général des Nations unies et ses partenaires américains. Le patron du Quai prévoit de se rendre prochainement dans la région. Depuis son entrée en fonction, il a également rencontré à Paris le président de l’Union

africaine, BoniYayi, et la ministre sud-africaine des Relations internationales et de la Coopération, Maite NkoanaMashabane.Très apprécié en Afrique du Sud pour avoir participé à l’imposition d’un régime de sanctions contre l’apartheid en 1985, Fabius souhaite renforcer la concertation entre Paris et Pretoria. ● P.A. JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne INTERVIEW

Pascal Canfin « Le temps de la “coopé” est révolu » Le nouveau ministre délégué au Développement, ancien député européen, définit son périmètre d’intervention et les principes directeurs de ses relations avec le continent.

R

ue de la Convention à Paris, les plaques du ministère de la Coopération n’ont pas encore été remplacées par celles du ministère du Développement, et les masques africains sont toujours exposés dans les couloirs. Mais le pedigree et les prérogatives du nouveau ministre, Pascal Canfin, 37 ans, ne ressemblent en rien à ceux de certains de ses prédécesseurs (Michel Roussin, Charles Josselin, Alain Joyandet…). Il n’est pas franc-maçon, ne possède aucun réseau sur le continent, et ne souhaite pas s’immiscer dans les affaires du village franco-africain. Il n’a d’ailleurs pas de « conseiller Afrique ». « Il va falloir vous y habituer », plaisante le nouveau locataire, qui reçoit, décontracté, ses visiteurs en bras de chemise. Son périmètre d’intervention ? L’aide publique, les négociations internationales, les stratégies de développement et une tutelle, partagée avec Bercy et le ministère des Affaires étrangères, qu’il entend bien affirmer sur l’Agence française de développement (AFD). Ancien journaliste, écologiste, parlementaire européen depuis 2009, il entend aussi faire entendre sa voix sur la lutte contre l’évasion fiscale, les questions agricoles, le changement climatique et la conservation de la diversité. En bonne place sur son bureau, le dernier livre de Jean-Michel Severino, Le Temps de l’Afrique.

développement, j’ai eu durant la campagne présidentielle des discussions régulières avec Jean-Pierre Jouyet et Michel Sapin [deux très proches amis du président François Hollande, NDLR]. Après, comme pour toute composition de gouvernement, il y a eu des arbitrages :

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parité hommes-femmes, équilibres régionaux et politiques… Avez-vous une expérience africaine ?

À titre personnel ou professionnel, je suis allé au Mali, au Cameroun, en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Cela ne fait pas de moiunspécialistedesquestionsafricaines. Mais je connais bien les dimensions financières du développement: aide publique, lutte contre l’évasion fiscale, transferts des migrants… que j’ai portées au Parlement européen. En tant qu’écologiste, j’ai travaillé sur le partage des ressources, et sur les nouveaux modes de production et de consommation. Ces questions feront l’objet de discussions avec les pays émergents et africains lors du sommet sur le développement durable, Rio+20. ●●●

JEUNE AFRIQUE : Pour les écologistes, on attendait plutôt Eva Joly, Yannick Jadot ou Jean-Vincent Placé dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Êtes-vous l’invité-surprise ? PASCAL CANFIN : Au jeu des pro-

VINCENT FOURNIER/J.A.

nostics, mon nom circulait également. Parlementaire européen ayant travaillé sur les questions financières et de

Ì L’ANCIEN JOURNALISTE ne possède aucun réseau africain. JEUNE AFRIQUE

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


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Afrique subsaharienne ● ● ● Depuis votre entrée en fonction, il y a eu un intense ballet diplomatique africain à Paris : Boni Yayi, Jean Ping, Mahamadou Issoufou, Djibrill Bassolé. Avez-vous été associé à ces visites durant lesquelles on a beaucoup parlé du Mali?

Non. Le ministère du Développement n’est plus un sous-ministère des Affaires étrangères comme du temps de la « coopé ». Dans la nouvelle architecture institutionnelle, la politique étrangère est menée exclusivement par le Quai d’Orsay et la présidence de la République. Je participe cependant à la réunion hebdomadaire sur l’Afrique avec la cellule diplomatique de l’Élysée et les Affaires étrangères, et suis, bien sûr, informé de la situation. Mais mon action ne porte que sur les questions de développement. Pour le Sahel, la priorité est la sécurité alimentaire. Vous ne rencontrerez donc pas, comme vos prédécesseurs, les présidents africains, leurs conseillers, les chefs de gouvernement…

Non. Il n’y a plus de raisons à cela. Je rencontre les officiels chargés des questions de développement comme récemment le ministre colombien des Finances ou le ministre afghan du Développement.

Depuis votre arrivée, avez-vous reçu des spécialistes, des émissaires, des conseillers officiels ou officieux pour un briefing « françafricain » ?

Non, aucun.

Quels seront vos premiers voyages sur le continent ?

Avec Laurent Fabius, nous réfléchissons à un déplacement au Sahel. Je compte aussi me rendre en Tunisie, au Sénégal, au Ghana et en Afrique du Sud. D’autres voyages sont à l’étude, pour les sommets de l’Union africaine en juillet et de la Francophonie en octobre. J’envisage également un séjour en Afrique de l’Ouest avec le commissaire européen au Développement, Andris Piebalgs. À propos du sommet de la Francophonie à Kinshasa, quel sera le niveau de représentation de la France ?

Rien n’a encore été décidé.

Dans cette énumération de pays, ceux qui sont cités dans l’affaire des biens mal acquis (BMA) n’apparaissent pas. Hasard ou signal politique ? N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Sur ce dossier, comme pour toutes les affaires judiciaires, la position du président de la République est très claire: pas d’immixtion. Pour autant, il n’y a aucune raison de faire de l’ostracisme en sanctionnant quiconque. Donc, je me rendrai également dans ces pays. Quel a été votre sentiment lorsque les biens accumulés par certaines familles présidentielles ont été révélés ?

Vu le niveau de développement de ces pays, je ne peux pas vous dire que ce n’est pas choquant. Au-delà de mon jugement moral, la justice doit faire son travail. La France doit-elle aider des pays très mal classés par Transparency International où il n’y a pas d’alternance politique et où les droits de l’homme ne sont pas respectés ?

Doit-on stopper les projets de développement quand nous avons des doutes sur des résultats électoraux ou lorsqu’on soupçonne des atteintes aux droits de l’homme ? Non. Ce serait appliquer la

rencontré plusieurs fois, m’a affirmé que cela ne posait pas de problème. Vous prêterez-vous au jeu de la diplomatie économique comme certains de vos prédécesseurs ?

Je n’ai rien contre le lobbying à partir du moment où il est transparent. Laurent Fabius et moi-même avons la volonté d’exporter le savoir-faire de nos entreprises, notamment dans le domaine des services urbains et de l’énergie renouvelable. Mais il n’y aura plus de mélange des genres. Le candidat Hollande a promis d’augmenter l’aide publique au développement (APD). Les caisses de l’État sont vides, est-ce possible ?

Les arbitrages budgétaires pour 2013 ne sont pas encore rendus, mais nous voulons à terme atteindre l’objectif des 0,7 % du revenu national brut (RNB). Nous nous sommes également engagés à doubler le financement public des ONG [en 2011, elles ont reçu 40 millions

Les entreprises françaises devront publier leurs comptes dans les pays où elles opèrent. Elles n’auront pas le choix. double peine aux populations. Et si sanction il doit y avoir, ce seront dorénavant les États de l’Union européenne qui en décideront, au cas par cas. À Strasbourg, vous étiez à la pointe de la lutte contre les paradis fiscaux. Aujourd’hui aux affaires, vous allez devoir passer à la pratique. Cela concerne certains dirigeants africains, mais aussi des entreprises opérant en Afrique…

La transparence financière est un engagement de François Hollande. C’est aussi une volonté européenne. Michel Barnier, le Commissaire chargé du marché intérieur et des services, a proposé une directive afin d’assurer la transparence des comptes des entreprises européennes. Elles devront publier leurs résultats dans chaque pays où elles opèrent. Les ÉtatsUnis ont pris cette décision depuis un an. Total, Bolloré, Air France, Bouygues… vont-ils devoir s’y soumettre ?

Ils n’auront pas le choix. Le directeur des affaires publiques de Total, que j’ai

d’euros de l’AFD]. Et puis, ces dernières années, les bailleurs et notamment la France ont surtout délivré des prêts pour défendre leurs intérêts et « doper » les chiffres de l’APD. Cela n’a pas de sens. En augmentant les dons [moins de 300 millions d’euros pour l’AFD en 2011 sur près de 7 milliards d’euros d’activités], on peut cibler les pays et les populations qui ont le plus besoin d’aides. Mais il faut être clair, cela peut également entraîner une diminution de la part de l’APD dans le RNB. Doit-on baisser ce ratio et soutenir en priorité les pays les plus pauvres, ou bien l’augmenter et se rapprocher de 0,7 %, mais en travaillant davantage dans les pays émergents ? Votre position personnelle ?

Je préfère réduire l’APD et faire plus de dons, là où les besoins sont les plus importants. Je ne suis pas un adepte du fétichisme comptable. ● Propos recueillis par PASCAL AIRAULT et PHILIPPE PERDRIX JEUNE AFRIQUE


© 2012 NBA ENTERTAINMENT. PHOTO BY EVAN GOLE NBAE/GETTY IMAGES.

4 VICTOIRES POUR 1 SACRE

www.canalplus-afrique.com Le meilleur du sport est sur  et SPORT. En juin, retrouvez les Finales de la NBA qui opposeront les deux meilleures équipes de chaque Conférence. Un choc qui s’annonce explosif où chaque équipe donnera le maximum pour être sacré champion NBA 2012. +33 (0)1 41 22 11 55* - Côte d’Ivoire : 20 31 99 99 Sénégal : 338 89 50 50 - Cameroun : 33 50 33 50 Madagascar : 020 22 394 73

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Afrique subsaharienne SÉNÉGAL

Pape Diop dans la fosse aux requins

En présentant sa liste aux législatives, le président du Sénat affronte la fureur de Wade. Mais essuie aussi la polémique sur les audits de l’ancien régime.

A

u cœur du quartier de Fann Résidence à Dakar, dans la villa qui sert tout à la fois de demeure à Abdoulaye Wade et son épouse, Viviane, et de quartier général à ce qu’il reste du Parti démocratique sénégalais (PDS), on en a fait l’homme à abattre. Macky Sall, le nouveau maître du Sénégal ? Non, Pape Diop. « Un traître dévoré par l’ambition », peste un proche de Wade. « L’élection de Macky l’a rendu fou. Il s’est dit: “Si Macky est président, moi aussi je peux l’être.” » Jamais cet homme de 58 ans, membrehistoriqueduPDS(depuis 1974) discret et courtois, n’avait bravé l’autorité du patron. En pre€ L’EX-MAIRE DE DAKAR, 58 ans, en avril (à dr.). nant la tête d’une liste dissidente du parti libéral, pour les élections législalaquelle Diop aurait ordonné le sacrifice tives du 1er juillet, le président du Sénat s’est d’un albinos. Et Samuel Sarr, un proche attiré les foudres de Wade et des derniers de Wade, porte plainte pour faux et lui réclame 300 000 euros. lieutenants qui lui restent fidèles. Première riposte fin mai: Pape Diop et sesamissontexclusduPDS.Lelendemain, « SELF-MADE-MAN ». Celui qui fait aucoursd’uneconférencedepresse,Wade encore office de dauphin constitutionnel attaque sous la ceinture. « Il paraît que de Macky Sall, en sa qualité de président Pape Diop s’appelle en fait Moustapha du Sénat, n’est pas pour autant épargné Diop et qu’il a fait de la prison. C’est un par le nouveau pouvoir. Diop figure en délit d’usurpation d’identité », déplore bonne place sur la liste des dignitaires l’ancien président, qui feint de le découvrir de l’ancien régime soupçonnés de s’être maintenant. L’histoire est pourtant connue enrichis de manière illicite. Sa fortune, depuis longtemps (J.A. l’avait racontée en que l’on dit colossale, interroge. « Je suis 2008) et remonte, selon le principal intéun homme d’affaires et j’ai connu “le milressé, à sa prime jeunesse. Quelques jours liard” avant qu’Abdoulaye Wade n’accède plustard,Wadevéhiculeunerumeurselon au pouvoir », se défend-il.

Issu d’une famille modeste, ce fils de marabout élevé par une tante est un « self-made-man qui a beaucoup de mérite », indique le juriste Babacar Gueye. Il a fait fortune dans la vente des produits halieutiques. Son ascension au sein du PDS, un parti qu’il a financé, il ne la doit qu’à lui-même. « Contrairement à Sall ou à Idrissa Seck, il n’a pas été façonné par Wade », explique un proche. Élu et réélu député de Dakar dans les années 1990, il n’a connu que des succès. En 2002, il gagne la mairie de la capitale (qu’il quitte en 2009) et hérite de la présidence à l’Assemblée nationale. En 2007, il devient président du Sénat. Il est alors de ceux qui participent à la curie contre Sall – « il n’a jamais supportél’ascensiondeMacky»,se souvientunamidesdeuxhommes. Avecuntelcursus,ilpensaitlogiquement hériter du parti. En 2008, ses déclarations de non-intention n’avaient trompé personne : « Je n’ai d’autre ambition que de servir Wade, la politique est un métier dans lequel je n’excellerai jamais », prétendait-il. Après la défaite du « Vieux » à la présidentielle, il croyait son heure venue. Mais Wade a gardé les rênes du parti. Pis: il lui a préféré, pour mener la bataille des législatives, Oumar Sarr, un figurant qui n’a rejoint le PDS qu’à la fin des années 1990. Sa liste, Bokk Guiss Guiss, peut-elle l’emporter? Certainement pas. On devrait assister, le 1er juillet, à une large victoire de l’alliance Benno Bokk Yakaar, qui a porté Sall au pouvoir en mars dernier. Mais l’enjeu, pour Diop, est ailleurs. « Son objectif, glisse un proche, c’est d’être devant le PDS. Ce serait une victoire symbolique qui lui permettrait de reprendre les rênes du parti. » Et de porter l’estocade fatale à Wade. ● RÉMI CARAYOL ASSANE GUEYE /APANEWS

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Afrique subsaharienne

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TÉMOIGNAGE Baba Ahmed

Le jour où j’ai rencontré Mokhtar Belmokhtar

Entouré de ses lieutenants, le kalachnikov au pied, Mokhtar Belmokhtar me fixe de son unique œil valide. L’un des trois émirs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) est là, assis au pied d’un pick-up, face au fleuve. J’ai toujours eu envie de rencontrer celui qu’on appelle parfois le Borgne, mais m’adresser à lui à l’improviste n’est probablement pas la meilleure garantie de réussite de l’interview. Aucun journaliste – fût-il malien – travaillant

SIFAOUI MOHAMED/SIPA

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N M’AVAIT POURTANT PRÉVENU. Ces jours-ci à Gao, dans le nord du Mali, il ne fait pas bon avoir le teint clair. À l’entrée de la ville, un soldat du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) s’était déjà mépris sur la couleur de ma peau. « Si vous êtes blanc, m’avait-il mis en garde, attention. Sachez qu’il y a Al-Qaïda dans la ville. » Je l’avais écouté avant de reprendre la route, incertain de la réalité du danger encouru. Les islamistes, je les avais déjà vus àTombouctou, quelques semaines plus tôt. J’avais rencontré certains de leurs responsables locaux, silhouettes poussiéreuses et enturbannées. Rien de très rassurant. Rien de très alarmant non plus. À Gao, je ne me suis pas contenté de quelques vagues sous-chefs. Ce 6 juin au soir, je me promène le long du fleuve Niger. Surnommé « la plage », l’endroit est couru : les habitants de la ville aiment venir y admirer les couchers de soleil. Quelques pêcheurs, des hommes (les femmes, depuis que les islamistes ont pris le contrôle de la ville, sont moins nombreuses), des jeunes qui se baignent. L’un d’eux d’ailleurs me fait des signes, me conseille de ne pas poursuivre plus avant. Quand je comprends ce qu’il cherche à me dire, il est déjà trop tard.

! « ENTOURÉ DE SES LIEUTENANTS, le kalachnikov au pied, il me fixe de son unique œil valide. »

serait impliqué dans plusieurs rapts effectués dans la région (les Espagnols en 2009 ou encore les deux jeunes Français morts début 2011). Sa biographie sanglante se bouscule dans ma tête alors que, le cœur battant, je poursuis ma route. Quelques mètres plus loin, le groupe me rattrape et me questionne en hasaniya, un dialecte parlé par les Arabes du Mali, de la Mauritanie et du Sahara occidental. Comment je m’appelle ? Qu’est-ce que je fais là ? De qui suis-je le parent? Le cousin qui m’accompagne se charge de répondre pour moi, en évitant de mentionner ma profession. Belmokhtar reste muet, me jauge, puis me serre la main. Je n’en mène pas large. Plus tard, on me dira que j’ai eu de la chance que ça n’aille pas plus loin, que « je vaux des euros » et que j’ai « failli être enlevé ». Est-ce vrai ? Impossible à dire. Mais ainsi va Gao. Une ville où les gens du Nord aimaient passer leurs vacances pour profiter de la relative fraîcheur du fleuve, et où le grand jeu des enfants est désormais de demander aux soldats de tirer en l’air à l’arme automatique. Une ville où votre couleur de peau suscite la convoitise. Une ville dont la rébellion touarègue rêve de faire sa capitale, mais que seuls les islamistes contrôlent vraiment. Une ville où l’on peut croiser, au détour d’une paisible promenade, l’un des hommes les plus recherchés au monde. ●

L’émir d’Aqmi, dit le Borgne, traîne une réputation de djihadiste violent et cruel. pour un média basé à Paris ne tiendrait vraiment à s’attarder. Belmokhtar, 40 ans cette année, traîne une triste réputation de djihadiste violent et cruel, acquise dans le maquis algérien pendant les années 1990. Fasciné par les moudjahidine afghans depuis sa plus tendre enfance, il les a rejoints à l’âge de 19 ans, avant de rentrer dans son pays, en Algérie, et de devenir l’un des chefs des Groupes islamiques armés (GIA), puis du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), devenu depuis Aqmi. Le Sahel n’a que peu de secrets pour lui dorénavant et il JEUNE AFRIQUE

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Afrique subsaharienne MAURICE

Le jeu des six familles

Dans l’île, on retrouve toujours les mêmes patronymes au pouvoir. À quelques rares exceptions près…

N

euf ans qu’il occupait la très honorifique fonction de président de la République dans un pays, Maurice, où le détenteur du pouvoir est le Premier ministre. Certains, surtout à son âge (82 ans), auraient pu y perdre leur faculté à redescendre dans l’arène politique. Ce n’est pas le cas de sir Anerood Jugnauth, communémentappeléSAJ.Ilyadeuxmois, cette figure de la politique mauricienne, qui possède le record de longévité à la primature (treize ans entre 1982 et 1995, puis trois ans de 2000 à 2003), a frappé un grand coup en démissionnant de la présidence. Depuis,ilcourtlesmeetingsdel’opposition (lire encadré), où il se livre à un véritable réquisitoire à l’encontre du gouvernement de Navin Ramgoolam (64 ans). Cette subite montée d’adrénaline, SAJ la doit peut-être aux ennuis de son fils. Il y a un an, Pravind Jugnauth (50 ans) était l’homme le plus important du gouvernement après Ramgoolam. Il était son ministre des Finances et faisait office de vice-Premier ministre. Mais l’Alliance de l’avenir, que tous deux avaient mise sur pied en 2010 à l’occasion des législatives, n’a pas résisté à un scandale politicofinancier mettant en cause des ministres issus du Mouvement socialiste militant (MSM). Depuis la démission collective de ces derniers en août 2011, ils sont dans le viseur de la justice. DESTIN. Anerood Jugnauth, qui a fondé le

MSM en 1983 avant de le léguer à son fils vingt ans plus tard, et qui a tout fait pour lui assurer un destin national, « ne pouvait pas rester passif », note un éditorialiste.

Il faut dire que la famille, dans cette île, c’est sacré. Surtout en politique… « Le paysage politique mauricien est extrêmement complexe, sauf sur un point: on retrouve toujours les mêmes noms. C’est un peu comme si on jouait au bridge avec un jeu de sept familles », ironise un diplomate européen qui a officié à Port-Louis. Dans ce jeu vieux de cinquante ans, il y a donc les Jugnauth père et fils, mais aussi l’oncle, Ashok, qui doit son principal fait d’armes en politique à Anerood, son aîné dont il fut le ministre de ! ANEROOD JUGNAUTH (au centre), en décembre 2007, la Santé de 2000 à 2003. en Inde. C’était bien avant qu’il démissionne de la Il y a les Duval. Le père, présidence. Gaëtan (1930-1996), a participé à la création du Parti mauricien social démocrate (PMSD), qui 70 ans, fille d’un des fondateurs du Parti prônait l’adhésion au Royaume-Uni avant travailliste (PTr), a succédé à Jugnauth l’indépendance, puis il a occupé divers à la présidence), les Mohamed, où l’on postes ministériels après 1968. Un de ses compte pas moins de trois générations de fils, Xavier-Luc (54 ans), a créé son propre ministres…EtilyabiensûrlesRamgoolam. parti qui semblait ne pas devoir échapLe père et le fils cumulent, à eux deux, trente-troisansdeprimature.Seewoosagur, per à la mainmise familiale, au vu de son appellation: Parti Mauricien Xavier Duval considéré comme le père de la nation, (PMXD). Le fils et le père se sont battus, a mené son île à l’indépendance et l’a dans les années 1980, pour savoir lequel dirigée sans discontinuer jusqu’en 1982. desdeuxgarderaitlecoqcommeemblème. Il s’est éteint trois ans plus tard, à l’âge Aujourd’hui, le PMXD s’est dissous dans de 85 ans. Son fils, Navin, a pris la relève. le PMSD, Xavier-Luc en a pris la tête, mais D’abord au sein du Parti travailliste, que le Gaëtan n’est plus là pour le constater. paternel avait fondé dans les années 1960, IlyaaussilesBoolell(Arvin,lefils,59ans, puis à la tête du pays (de 1995 à 2000, et estl’actuelministredesAffairesétrangères), depuis 2005). « À la différence de Pravind les Ohsan (Monique Ohsan Bellepeau, Jugnauth ou de Xavier-Luc Duval, Navin NARINDER NANU/AFP

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MAUVAIS REMAKE ? LA DÉMISSION DE PRAVIND JUGNAUTH, ministre des Finances jusqu’en août 2011, puis celle de son président de père, sir Anerood Jugnauth, en mars dernier, a sonné le glas de l’Alliance de l’avenir, qui avait brillamment remporté les législatives en mai 2010. Place désormais à Remake 2000 : une alliance MMM-MSM déjà victorieuse il y a douze ans. À l’époque, après leur victoire électorale, les patrons des deux partis (Anerood Jugnauth et Paul Bérenger) s’étaient partagé les postes. « Nous avons passé N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

le même type d’accord », indique aujourd’hui Bérenger. Reste à conquérir le pouvoir par les urnes, et donc à mettre le Premier ministre en minorité à l’Assemblée avant les législatives, prévues en 2015. Pour l’heure, Ramgoolam conserve la majorité, mais sa marge (37 députés contre 32) est faible dans un pays habitué aux alliances de circonstances, miné par la crise économique et secoué par plusieurs scandales politico-financiers. ● R.C. JEUNE AFRIQUE


Coulisses

Afrique subsaharienne

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Ramgoolam a fait son nid tout seul, note l’historien et politologue Jocelyn Chan Low. Seewoosagur ne voulait d’ailleurs pas qu’il s’engage en politique. » L’actuel Premier ministre a tout de même bénéficié de l’aura de son père, reconnaît l’analyste. partis politiques, seul le Mouvement militant mauricien (MMM) n’a pas cédé à la tentation du fils. Une question de temps, peut-être. L’ancien Premier ministre Paul Bérenger (67 ans) affirme qu’il n’a jamais poussé son fils, Emmanuel (33 ans), à s’engager en politique, et encore moins à militer au sein du parti qu’il a cofondé en 1969, mais il reconnaît subir bien des pressions pour l’introniser. « Certains cadres du parti pensent qu’Emmanuel serait le meilleur des successeurs à Paul, indique un proche du MMM. Mais d’autres ne s’y plieront pas. » Comme pour anticiper la polémique, Bérenger ne cesse de clamer que son fils et lui ne « cro[ient] pas dans la politique des dynasties ». Pour autant, il n’est pas de ceux qui la condamnent. « Ce n’est pas un problème », dit-il. Tout juste « une anomalie ». L’historien Seteeanunb Peerthum n’est pas de cet avis. Pour lui, « les dynasties sont la négation de la démocratie, une insulte à la méritocratie ». Selon Chan Low, la

L’absence de contrepouvoirs dans les formations politiques explique ces dérives. raisond’unetelledériveestàchercherdans l’absence de contre-pouvoirs au sein des formationspolitiques.«Lefonctionnement interne des partis n’a rien de démocratique, explique-t-il. Les leaders dirigent en autocrates. » Le mal trouve aussi sa sourcedanslesystèmeélectoralmauricien, basé sur le communautarisme. « Il n’y a aucune différence programmatique entre les partis, dit-il. On ne débat que sur les représentations. Au fil du temps, le nom est devenu une marque et une garantie de représentation ethnique. Garder le nom, c’est garder l’électorat. » Tout cela choque les jeunes Mauriciens, estime le politologue, mais bien peu s’en émeuvent. Peut-être attendent-ils que le temps fasse son œuvre, comme le prédit Paul Bérenger. Après tout, Navin Ramgoolam n’a pas d’enfant, et Pravind Jugnauth, pas de fils… ● RÉMI CARAYOL JEUNE AFRIQUE

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

DYNASTIES. Sur les quatre principaux

MALI AFFICHER SES PEURS Il a fallu plus d’un mois pour que les Bamakois découvrent l’identité des auteurs de la campagne d’affichage sauvage soudainement intervenue sur les panneaux publicitaires de la capitale. C’est le CollectifActionVérité (CAV), composé d’une quinzaine de jeunes Maliens, pour la plupart musiciens ou artistes, qui a créé ces posters représentant une carte du Mali en noir sur fond jaune, avec une moitié Nord qui pleure et un Sud marqué d’un gros point d’interrogation. Meurtris

par les chutes de Gao,Tombouctou et Kidal, blessés par les querelles politiciennes autour de la transition, ces jeunes gens ont discrètement rassemblé 7 000 euros pour imprimer leurs affiches et les ont placardées grâce à la générosité d’un afficheur local. Il s’agissait dans un premier temps de marquer les esprits, a expliqué Ander Baba Diarra, musicien et membre du collectif. Avant de continuer les actions militantes pour encourager les comportements citoyens, en incitant, par exemple, à refuser de payer des pots-de-vin. ●

BURUNDI DANS DE BEAUX DRAPS

TOGO SIT-IN ET VILLES MORTES

Le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête sur Rukara, l’ombudsman burundais. Il aurait déposé en avril une importante somme sur un compte en Belgique, et la justice cherche à savoir s’il s’agit de blanchiment d’argent. Contacté par J.A., il parle d’une « campagne de mensonges ». Et précise: « J’ai des affaires personnelles. Mon compte a été ouvert en 1994. » La société civile appelle à sa démission.

Deux votes du Parlement ont servi de prétexte: une modification du code électoral et l’augmentation du nombre de députés. Via le collectif « Sauvons leTogo », neuf organisations de la société civile, proches de l’opposition, et sept partis politiques sont décidés à faire annuler ces dispositions. Au programme: sit-in et journées « ville morte ». La marche du 12 juin s’est achevée en affrontements avec les forces de l’ordre.

ANGOLA LE PRÉSIDENT ET SON DAUPHIN Le 14 juin, José Eduardo dos Santos et Manuel Vicente ont été désignés têtes de liste du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) pour les élections législatives prévues le 31 août. Vicente, l’ex-patron de Sonangol, poursuit donc son ascension. Dos Santos, au pouvoir depuis 1979, semble décidé à l’imposer comme dauphin, malgré l’opposition déclarée des vieux requins de son parti. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


COMMUNAUTÉ ÉCONOMIQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST

Relever les défis

COMMUNIQUÉ

L’espace communautaire ouestafricain, qui fête cette année le 37e anniversaire de sa création, entend poursuivre avec vigueur les idéaux des pères fondateurs tout en participant à la résolution des crises. OBJECTIF : une intégration pleine et entière grâce à une mutation qui vise à « passer d’une CEDEAO des États à une CEDEAO des Peuples » à l’horizon 2020. La Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’a pas tardé à réagir face aux événements survenus au Mali et en Guinée-Bissau. Peu après avoir pris ses fonctions, en février dernier, le président de la Commission de la CEDEAO, le Burkinabè Kadré Désiré Ouédraogo, a déploré ces crises. « Ce sont autant de facteurs d’aggravation de la pauvreté et de fragilisation de nos États, a-t-il regretté. Ce sont des situations néfastes à la paix, à la sécurité, à la libre circulation des personnes et des biens, à la stabilité et à l’intégration régionales, bref au développement économique. Nous espérons qu’une issue sera rapidement trouvée afin de consacrer notre temps et nos énergies au développement socio-économ socio-économique ». Conférence Sous l’impulsion de la Co onférence des chefs d’État Ét ett de gouvernement, et de so son p président Alassane en exercice, Alassan ane an e Ouattara, Côte président de Côt ôte d’Ivoire, ôt la Commission de la l CEDEAO célérité fait montre de cél élér él érité et de sommets fermeté. Cinq somm mmets extraordinaires ont été té cconsacrés à la situation au u Ma Mali et en Guinée-Bissau en q quelques abouti, semaines. Ils ont ab abou outi, noretrait tamment, au retr trait des

putschistes maliens du pouvoir au profit d’autorités civiles en avril dernier. Si nécessaire, la Force en attente de la CEDEAO (FAC) est en mesure d’être déployée au Mali et en Guinée-Bissau.

Un cadre juridique solide La CEDEAO mettra alors en œuvre les dispositions de son Traité révisé en 1993 et de ses différents protocoles. Ce dispositif institutionnel est fondé sur un Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits ainsi que de maintien de la paix et de la sécurité (lutte contre la criminalité, la prolifération et la circulation des armes légères). Adopté en 1999 à Lomé, au Togo, ce mécanisme est venu combler le vide juridique qui avait valu de nombreuses critiques à l’intervention de l’Ecomog (ECOWAS Monitoring Group) au Liberia au début des années 1990. L’Ecomog constituait le premier acte d’une coopération régionale dans la gestion des conflits. L’adoption du Mécanisme de prévention donne désormais à la CEDEAO les moyens juridiques de son action en faveur de la paix et de la sécurité.

Promouvoir l’intégration socio-économique L’ambition première de la CEDEAO reste de promouvoir l’intégration socio-économique, en s’appuyant sur des programmes fondamentaux tels que la libre circulation des personnes et des biens, la libéralisation du commerce, le développement de l’agriculture ou encore la coordination des infrastructures communes. Dans tous ces domaines, les divers départements qui composent la Commission de la CEDEAO mènent leurs programmes sans faillir, enregistrant d’importants et indiscutables succès. Voici quelques-unes des réalisations de l’année écoulée.

Libre circulation des personnes et des biens Une approche pragmatique a été adoptée pour la réalisation et l’application rigoureuse du Protocole sur la libre circulation adopté en 1979. La mise en place d’unités de suivi devra permettre l’élimination des contraintes,

t KADRÉ DÉSIRÉ OUÉDRAOGO, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE LA CEDEAO.


actuels et travailler à un meilleur avenir réduire les cas de harcèlements, d’extorsions de fonds et autres violations des droits des migrants, commerçants et citoyens. La 2e réunion du comité sur la libre circulation des personnes et des biens, tenue à Lagos, au Nigeria, a ainsi permis d’élaborer un guide ainsi que les termes de référence d’un programme pour les unités de suivi. Par ailleurs, la Commission a poursuivi ses actions visant à développer et promouvoir le tourisme ainsi que la coopération transfrontalière.

Agriculture Dans le cadre de la Politique agricole de la CEDEAO (Ecowap), le Conseil des ministres a adopté, en août 2011, la création d’une Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation, d’un Fonds régional pour l’agriculture et d’un Comité de veille pour l’agriculture et l’alimentation. Leur mise en œuvre vise à accélérer le développement agricole de la région. Pour leur part, les ministres de l’Agriculture ont validé la Charte régionale de l’aide, de prévention et de gestion des crises alimentaires, qui permettra une meilleure organisation de l’aide internationale en cas de besoin. Il a aussi été élaboré et adopté une stratégie pour le développement de l’élevage et son plan d’action, ce qui constitue un aspect important dans la mise en œuvre d’Ecowap.

paix et de sécurité. Il s’agit, notamment, de la réunion du Comité des chefs d’état-major (CCEM), tenue en janvier 2011 avec la planification du déploiement d’une force d’intervention de la CEDEAO. Une réunion entre quelques États (Ghana, Nigeria, Liberia, Sénégal et Côte d’Ivoire) a été organisée à Monrovia, au Liberia, pour le déploiement d’une mission de sécurité en soutien aux élections de novembre 2011 dans ce pays. Une troisième rencontre s’est déroulée en octobre à Abuja, au Nigeria, sur le processus de développement de la Force en attente. Enfin des experts militaires ont été dépêchés à diverses reprises auprès des autorités de la Guinée-Bissau dans le cadre de l’assistance de la CEDEAO au programme de réforme du secteur de sécurité du gouvernement de ce pays.

Commerce

Maintien de la paix De nombreuses concertations ont eu lieu entre les principaux acteurs impliqués dans les questions de

p SIÈGE DE LA COMMISSION DE LA CEDEAO.

En dépit de circonstances parfois déplorables, l’avenir de l’Afrique de l’Ouest peut être envisagé avec optimisme. La croissance économique est restée robuste, renforcée par la relance en Côte d’Ivoire, tandis que sur le plan politique, les élections qui ont eu lieu dans la plupart des États membres, notamment au Sénégal, ont été jugées crédibles, transparentes et démocratiques.

COMMUNAUTÉ ÉCONOMIQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST - CEDEAO www.ecowas.int

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR.

La Commission a mis l’accent sur la formulation d’une politique commerciale commune à la CEDEAO. Plusieurs rencontres ont permis d’établir une feuille de route. L’organisation à Lomé, au Togo, de la 6e Foire commerciale de la CEDEAO (25 novembre - 2 décembre 2011) a donné aux opérateurs économiques et aux commerçants des opportunités d’établir et/ou de renforcer leurs relations d’affaires. Les négociations avec l’Union européenne sur les accords de partenariat économiques (APE) se sont poursuivies, mais elles n’ont pas encore abouti aux résultats escomptés. Sur ce plan, la Commission maintient un cap de fermeté.


Maghreb & Moyen-Orient

JULIEN DANIEL/MYOP

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ALGÉRIE

Crise de nerfs postélectorale Directions contestées, guerres de leadership, démissions collectives, opérations de « redressement »… Au lendemain des législatives du 10 mai, les tensions latentes au sein des partis ont éclaté au grand jour.

CHERIF OUAZANI, envoyé spécial à Alger

V

ainqueur et vaincus, anciens et nouveaux, importants et modestes, les partis politiques algériens, à quelques rares exceptions près, traversent depuis les législatives du 10 mai une zone de turbulences. Directions contestées, lignes politiques remises en question, guerres de leadership, démissions collectives, opérations de « redressement », les tensions internes sont légion et essentiellement liées aux deux

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

importantes échéances qui se profilent : les municipales d’octobre 2012, dont les forts enjeux locaux attisent les ambitions et nourrissent les rivalités, et la présidentielle d’avril 2014, avec à la clé un changement générationnel annoncé et la délicate succession d’Abdelaziz Bouteflika. LE SCALP DE BELKHADEM. Le triomphe électoral du Front de libération nationale (FLN, ancien parti unique) n’a pas prémuni son secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem, contre la fronde d’une JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

€ De toutes les dissensions que connaissent les formations politiques, CELLES AU SEIN DU TRÈS CONSTANT

FRONT DES

FORCES SOCIALISTES SONT LES PLUS INATTENDUES.

€ À LA UNE DU QUOTIDIEN LIBERTÉ, la contestation qui a secoué le RND d’Ahmed Ouyahia lors de son conseil national du 1er juin. JEUNE AFRIQUE

partie de l’encadrement, qui déplore la rupture grande partie de son comité central, laquelle s’est juré de se payer le scalp du ministre d’État et avec l’exécutif après quinze années de participation représentant personnel du président. Les contesgouvernementale (le MSP détenait des ministères tataires lui reprochent sa gestion chaotique des depuis 1995). La contestation est portée par de instances du parti et, dixit un communiqué, un grandes figures du mouvement, notamment son vice-président, Hadj Hamou Megharia, et la « star « dangereux glissement idéologique faisant le lit d’une islamisation du FLN en vue d’assouvir ses absolue » des Frères musulmans, Amar Ghoul, ministre des Travaux publics sortant, surnommé ambitions présidentielles ». Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, secrétaire « Monsieur Autoroute ». général du Rassemblement national démocratique (RND), a beau avoir réussi à conserver à son parti PENAUDS. Les autres partis islamistes ne sont pas le statut de deuxième force politique, cela n’a pas mieux lotis. Abdallah Djaballah, qui avait promis empêché le vent de la contestation de souffler au de « casser la baraque », n’a obtenu que 8 sièges sein d’une formation qui se caractérisait jusquesur 462, soit 1,73 % de la représentation nationale. là par sa cohésion et son centralisme démocraInsuffisant pour être calife. Il a menacé de boytique. Si les « perturbateurs » du conseil national, cotter la législature, mais ses élus refusent de le réuni à Alger le 1er juin, ont été contenus par suivre. Trois mois après avoir reçu son agrément, le Front pour la justice et la gouaille d’Ouyahia, ils le développement (FJD) affichent leur déterminaParmi les islamistes tion à déloger le secrétaire traverse déjà une mauvaise frondeurs : Amar Ghoul, général. Emmenée par le passe. Quant au Front pour maire d’Alger-centre, Tayeb star des Frères musulmans. le changement (FC, d’AbZitouni, une militante du delmadjid Menasra), une « féminisme officiel », Nouria Hafsi, et le sénateur dissidence du MSP, il envisage sérieusement de Belkacem Ben Hassir, la dissidence a créé un revenir, penaud, dans le giron de la maison mère Comité de salut pour le RND. Objectif déclaré : pour espérer quelques strapontins dans les insfaire capoter l’investiture d’Ahmed Ouyahia pour tances de l’Alliance de l’Algérie verte. la présidentielle de 2014. De toutes les crises qui secouent les partis Autre parti nationaliste dans la tourmente, le politiques, la plus inattendue est celle que traverse Front national algérien (FNA, de Moussa Touati). le Front des forces socialistes (FFS). Plus ancien Mais si les problèmes des deux grands frères – FLN parti d’opposition (il a été créé en 1963 et n’a été et RND – sont liés à l’échéance de 2014, les soucis agréé qu’en 1989), réputé pour la constance de du FNA sont plus terre à terre et concernent la ses positions à l’égard du système, dirigé par le gestion de la cagnotte du parti. « Le scrutin du charismatique Hocine Aït Ahmed, grande figure 10 mai nous a laminé », déplore Lamine Osmani, du mouvement national, le FFS a du mal à digérer secrétaire national chargé de l’organique. Pourtant, sa première participation à un scrutin législatif, le FNA n’a perdu que 6 sièges, passant de 15 à 9 : malgré un résultat honorable (27 sièges, ce qui « Cette mauvaise performance nous prive de la en fait la quatrième force politique du pays). En possibilité de constituer un groupe parlementaire contestant ouvertement le choix d’abandonner [10 députés au minimum, NDLR] et, par voie de l’option du boycott systématique des institutions, conséquence, consacre la perte d’influence de son secrétaire national sortant, Karim Tabbou, a notre parti au sein de la représentation natiojeté un pavé dans la mare, provoquant une crise nale. » C’est en fait une nette baisse des revenus interne sans précédent. qui mine le FNA, seule formation à reconnaître Le président-fondateur du FFS, qui vit depuis qu’elle a négocié la position de tête de liste avec une vingtaine d’années en exil en Suisse, dirige des hommes d’affaires véreux contre la chkara, le parti à travers un secrétaire national, qu’il « le sac », autrement dit, le pot-de-vin. nomme pour une durée de cinq ans. À la veille des législatives, Aït Ahmed décide de désigner DIVERGENCES TACTIQUES. Défaits contre toute Ali Laskri à la place de Karim Tabbou. Ce dernier attente, les islamistes ont du mal à s’en remettre. ne peut s’attaquer de front à l’icône Aït Ahmed, Contestant la régularité du scrutin, ils avaient promais il s’en prend à son successeur, qu’il accuse mis de bloquer les institutions par un mouvement « d’avoir passé un deal avec le pouvoir ». Dans la de protestation. Faute de mobilisation populaire, foulée, il annonce la création d’un mouvement ils ont dû revoir à la baisse leurs ambitions et se dissident au sein du FFS et promet un bras de contenter d’une perturbation de la session inaufer pour le prochain congrès, prévu en 2013. gurale de la nouvelle législature. Mais le choix de Infatigable militant du parti, Messaoud Taarabt l’Alliance de l’Algérie verte – Ennahda, El-Islah et déplore, des trémolos dans la voix : « Si le FFS, les Frères musulmans du Mouvement de la société parti le plus cohérent de la classe politique, est pour la paix (MSP, de Bouguerra Soltani) – de atteint par le syndrome du redressement, c’est s’inscrire dans l’opposition est contesté par une que le pays est au plus mal. » ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Maghreb Moyen-Orient MAROC

Driss El Yazami, de Mao à M6 Ancien gauchiste, le président du Conseil national des droits de l’homme s’est converti au réformisme au début des années 2000. Et multiplie depuis les missions réussies.

À

la fin de mai, le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) s’est trouvé embarqué dans une polémique classique sur l’immunité accordée aux militaires. En débat devant la Chambre des représentants, le projet de loi 01.12 sur les garanties accordées aux militaires commençait à chauffer les oreilles du ministre délégué à l’Administration de la Défense nationale, notamment à cause de l’article 7, qui prévoit une immunité absolue aux soldats exécutant les ordres de leurs supérieurs hiérarchiques. Saisi par l’opposition socialiste pour avis, ce que le ministre avait refusé de faire, le CNDH a préparé sa réponse en organisant un atelier d’experts marocains et internationaux, puis une journée d’études ouverte aux politiques, le 31 mai. Ce jour-là, tous les chefs de groupe parlementaire étaient présents, sauf ceux du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) et de l’Istiqlal, les deux principales formations de la majorité. Non pas qu’ils défendent l’impunité des militaires, mais parce que, disent certains de leurs dirigeants à mots couverts, ils n’ont pas été traités équitablement lors de la nomination des membres du CNDH, en septembre dernier. Ce genre de considération a le don de faire sortir de ses gonds le président du Conseil, Driss El Yazami. L’histoire se répète. « Depuis la création, à la fin de 2007, du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger [CCME, également présidé par El Yazami, NDLR], les critiques les plus acerbes de cette institution consultative émanent de personnes déçues de ne pas y siéger », confie un collaborateur d’El Yazami. En tout cas, ces critiques n’ont pas entamé la boulimie de missions que le « Monsieur Droits de l’homme » du royaume mène en parallèle : président du CCME depuis 2007 et du CNDH, également membre – de droit – du Conseil économique et social (CES) depuis 2011 et de la toute nouvelle Haute Instance du dialogue national sur N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

la réforme de la justice, après avoir été membre de la Commission consultative de révision de la Constitution (CCRC). Bref, El Yazami est partout. Ce qui n’a pas l’heur de plaire à tous. PRAGMATIQUE. Rien ne prédestinait

ce fils de bonne famille fassie à cumuler autant de responsabilités. Né en 1952 dans la « capitale spirituelle » du Maroc, terre d’oulémas, de riches com-

BIO EXPRESS 1952 Naissance à Fès 1970 Part étudier à Marseille 1975 Expulsé vers le Maroc à cause de son engagement syndical, détenu trois mois à Rabat. 1977 Condamné à la prison à perpétuité au Maroc. S’enfuit vers la France 1979 Lance la revue Sans frontière 1987 Crée l’association Génériques dédiée à l’histoire de l’immigration 1995 Rentre d’exil avec sa famille 2004 Membre de l’Instance Équité et Réconciliation (IER) 2007 Président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) 2011 Président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) et membre de la Commission consultative de révision de la Constitution (CCRC)

merçants et de hauts fonctionnaires, Driss El Yazami tombe très jeune dans le chaudron du gauchisme. Quand il quitte, en 1970, son pays pour poursuivre des études en France, le mouvement marxiste-léniniste marocain est en pleine éclosion. Un autre fils de Fès brille alors sur la scène politique et culturelle : Abdellatif Laabi, cofondateur de la revue Souffles et, plus tard, dirigeant, aux

côtés d’Abraham Serfaty, d’Ilal Amam (« En avant ! »), l’organisation emblématique du gauchisme marocain. Après le lycée Moulay Driss, il rejoint Sup de Co Marseille tout en s’intéressant à la pensée du grand timonier. Premier paradoxe. Maoïste, comme l’était une bonne partie de l’intelligentsia post-68 et antistalinienne, il est déjà pragmatique. « J’étais inscrit à l’Idhec [Institut des hautes études cinématographiques, à Paris], j’avais une bourse, raconte-t-il à l’hebdomadaire marocain Actuel. Mais le conseiller culturel de l’ambassade de France, Robert Charasse, qui m’avait octroyé la bourse, m’a appelé après le bac pour me dire : “Avec le cinéma, vous ne pourrez pas faire vivre votre famille.” Or j’étais l’aîné. Il était assez fin pour savoir que l’aîné, c’était la retraite des parents. Il m’a conseillé de faire l’école supérieure de commerce. » Dans l’Hexagone, le jeune Driss cultive sa curiosité, organise des actions pour la Palestine et s’intéresse à la condition des immigrés. Il rejoint le Mouvement des travailleurs arabes, syndicat mêlant étudiants et ouvriers du Maghreb et du Machrek, à l’initiative des premières grèves générales de 1973. Ses engagements lui valent de premiers ennuis avec la police, puis l’expulsion, en janvier 1975, vers le Maroc après une grève de la faim des sans-papiers. À Rabat, il est placé en détention trois mois, mais reprend son activisme à gauche à sa sortie. Harcelé par la Direction de la surveillance du territoire (DST), enlevé, libéré, recherché, il bascule dans la clandestinité et écope d’une peine de prison à perpétuité par contumace. À la fin de 1977, il prend la décision de s’exiler. Il s’enfuit à bord d’un voilier (« Un des plus beaux souvenirs de ma vie »). À Paris, où il s’installe, il se lance dans le journalisme avec Sans frontière, puis Baraka. El Yazami développe aussi un vaste réseau d’amitiés militantes et intellectuelles, avant de fonder l’association Génériques, consacrée à l’histoire de l’immigration. Cet investissement dans JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

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€ Depuis le déclenchement du Printemps arabe, IL PEUT SE TARGUER DE PLUSIEURS RÉALISATIONS IMPORTANTES : conseil des droits de l’homme aux prérogatives élargies, libération de détenus politiques, apaisement de conflits sociaux…

sa nouvelle vie française va de pair avec son engagement pour la liberté au Maroc. Surtout après que son frère, condamné à vingt-deux ans de prison, est arrêté et détenu à la centrale de Kenitra. ENTRISTE . El Yazami relaie, à partir de 1979, les nouvelles de cette prison emblématique des années de plomb auprès de la Ligue française des droits de l’homme et d’Amnesty International. Il continue, après son retour d’exil en 1995, à militer, notamment à la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), dont il fut le secrétaire général. En 2004, il est membre de l’Instance Équité et Réconciliation (IER), chargée de faire la lumière sur les exactions du règne de Hassan II et de fixer des réparations pour les victimes. Une période de grandes divisions au sein du mouvement droit-de-l’hommiste au Maroc. Driss El Yazami pense qu’il faut faire bouger les choses de l’intérieur, JEUNE AFRIQUE

législation, notamment dans la batterie de lois organiques prévues par le texte suprême. « Si Driss El Yazami accepte toutes les missions qui lui sont confiées par le roi, que ce soit au CCME, au CNDH ou ailleurs, c’est qu’il est convaincu que la garantie d’indépendance doit être éprouvée. Son atout, c’est qu’il prend les promesses qu’on lui fait pour argent comptant, explique l’un de ses amis. Peu lui importe les persifleurs, les jaloux, les « Il est convaincu que la garantie d’indépendance doit être éprouvée », empêcheurs de tourner en rond, Driss travaille. » explique l’un de ses amis. Depuis le déclenchement du Printemps arabe, il la nouvelle Constitution de 2011. Membre peut se targuer de quelques réalisations : de la commission de dix-neuf experts un conseil des droits de l’homme aux chargée de la rédiger, El Yazami y veille prérogatives élargies, la libération des personnellement. Au final, une bonne détenus politiques et des cheikhs salavingtaine d’articles renvoient directement fistes, l’apaisement des conflits sociaux au corpus des droits humains, univerà Khouribga, une nouvelle Constitution. sellement reconnus. Aujourd’hui, l’enjeu Pas mal pour un ancien maoïste ! ● est d’inscrire ce référentiel dans toute la YOUSSEF AÏT AKDIM, envoyé spécial convaincu que l’idéologie des droits humains n’est pas seulement un combat d’opposants. Des auditions de victimes sont retransmises à la télévision publique, des centaines d’entre elles seront indemnisées par l’État, et l’IER présente un rapport avec une série de recommandations à Mohammed VI. Ces recommandations, endossées par les militants, sont reprises en partie dans

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Maghreb Moyen-Orient ISRAËL-PALESTINE

Une colonie de perdue, dix de retrouvées Véritable obstacle au processus de paix, l’épineux dossier des implantations juives agite la coalition de Benyamin Netanyahou. En cause, le démantèlement d’un quartier illégal en Cisjordanie. Qui pourrait n’être que de la poudre aux yeux…

la droite nationaliste redoutent que le cas d’Oulpana ne fasse jurisprudence et ne provoque un effet domino. « C’est de l’expulsion de 70000 Juifs dont il pourrait s’agir, de l’anéantissement de communautés entières, sur un territoire dix fois plus grand que le Gush Katif [anciennes colonies juives de la bande de Gaza, NDLR], s’alarme Yaakov Katz, le chef du parti de l’Union nationale. Ce serait un mégadésengagement. » FORT ALAMO. Plusieurs députés

ARIEL SCHALIT/AP/SIPA

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errière sa sonorité exotique, Oulpana est à l’origine d’une crise politique majeure au sein du gouvernement israélien. Ce nom renvoie à cinq bâtiments résidentiels érigés en 2006 sur les hauteurs de Beit El, une colonie juive située aux portes de Ramallah. Rien que de très banal en Cisjordanie. Sauf que ce quartier en devenir a pris place sur des terres privées palestiniennes. Après une plainte des propriétaires de la parcelle relayée par des ONG israéliennes, l’État hébreu s’était engagé à démolir les immeubles au 1er mai 2012, avant de demander, à la veille de l’échéance, un ultime délai. Après avoir accordé au gouvernement soixante jours supplémentaires pour s’exécuter, la Cour suprême vient de rejeter toute nouvelle prolongation. Elle exige l’évacuation, avant le 1er juillet prochain, de la trentaine de familles juives installées à Oulpana. Dansunpremiertemps,legouvernement a envisagé leur relogement à Beit Hanina, un quartier palestinien de JérusalemEst, où des colons tentent vainement de N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

€ MANIFESTATION DE COLONS opposés à l’évacuation de l’implantation juive d’Oulpana, aux portes de Ramallah, le 4 juin.

frondeurs du Likoud, la formation de Netanyahou, ont tenté de porter la bataille à la Knesset en proposant une loi qui autorise, a posteriori, la construction de maisons ou d’avant-postes sur des terres palestiniennes. Plus précisément, elle limiteàquatreanstoutprocessusjudiciaire engagé contre la légalité d’une colonie, un délai bien trop court. Craignant une levée de boucliers de la communauté internationale, le Premier ministre a menacé de limoger tout ministre qui voterait en faveur d’une telle législation. Sa mise en garde s’est révélée dissuasive : le 6 juin, le texte a été rejeté par le Parlement à une large majorité de 69 voix contre 22. « Aucun gouvernement ne soutient l’entreprise de colonisation comme celui que je dirige », s’est défendu dans la foulée Netanyahou, annonçant, comme pour joindre la parole aux actes, la construction de851nouveauxlogementsenCisjordanie. « Trente appartements évacués contre 850, c’est le meilleur deal possible », s’est réjoui le ministre du Logement, Ariel Attias. Mais les colons restent mobilisés. Après une marche à Jérusalem émaillée

s’implanter depuis plusieurs années. Mais, pour écourter le bras de fer engagé par son aile droite, hostile à toute destruction de maisons, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a finalement proposé de déplacer les 150 habitants d’Oulpana sur un autre terrain de Beit El, jouxtant une zone militaire Le Premier ministre annonce dans abandonnée.«Mêmesicette la foulée la construction de mesure ne nous réjouit pas, 851 logements en Cisjordanie. nous devons honorer les décisions de notre système judiciaire. Mais la communauté de Beit El d’incidents avec la police le jour du vote va s’agrandir. Les 30 familles seront bientôt à la Knesset, des milliers d’entre eux se rejointes par 300 autres », a promis le chef préparent à défendre Oulpana, nouveau du gouvernement. Fort Alamo. Leur irrédentisme inquiète Ses propos n’ont pas suffi à rassurer le les responsables israéliens et fait ressurgir puissant lobby des colons. Car, à ce jour, le spectre de la violence. D’autant qu’une ce sont près de 9000 maisons construites autre bataille se profile: celle de Migron, un illégalement en Cisjordanie qui font l’obavant-poste dont l’évacuation est prévue jet d’un litige devant la Cour suprême. avant le 1er août. ● Concrètement, de nombreux ténors de MAXIME PEREZ, à Jérusalem JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

YASSER AL-ZAYYAT/AFP

! RASSEMBLEMENT DE BIDOUN, à Jahra, à 50 km au nord-ouest de Koweït City, le 6 janvier 2012.

GOLFE

Recherche nationalité désespérément Connus sous le nom de Bidoun, ils sont plusieurs dizaines de milliers à être privés de la citoyenneté des pays où ils sont nés. Mais certains ont trouvé une parade inattendue pour recouvrer leurs droits.

A

hmed a un passeport des îles Comores. Mais il n’y a jamais mis les pieds et peinerait à les situer sur une carte. Né et résidant aux Émirats arabes unis (EAU), il fait partie des apatrides qui ont acquis la nationalité de cet archipel d’Afrique orientale avec lequel ils n’ont aucun lien pour s’assurer une nationalité officielle afin de pouvoir voyager et accéder aux services de base. Cette histoire insolite illustre la situation ubuesque de centaines de milliers de Bidoun, ces résidents de longue date dont les ancêtres ont négligé de demander des papiers d’identité officiels. Privés de ces documents essentiels, ils doivent se débrouiller tant bien que mal, sans garantie d’accès aux soins médicaux, à l’éducation et à l’emploi. En 2011, au Koweït, où leur nombre est estimé à 105 000, certains d’entre eux ont été arrêtés après avoir manifesté contre le refus du gouvernement de leur accorder la citoyenneté. Les manifestations des Bidoun du Koweït n’ont pas été suivies ailleurs, mais on trouve des apatrides dans tout JEUNE AFRIQUE

long terme, un passeport émirati. Difficile de savoir qui finance l’achat de ces passeports. Deux des quatre Bidoun interrogés par le Financial Times déclarent que le gouvernement des EAU a payé les leurs. Une affirmation que l’ambassadeur Ahdal nie, tandis que les autorités émiraties se refusent à tout commentaire. Des militants des droits de l’homme estiment cependant que, depuis le début des soulèvements arabes, de larges zones d’ombre entourent les démarches des apatrides pour s’assurer une nationalité étrangère. Échaudés par l’agitation politique, notamment entretenue par les islamistes, les Émiratis ont commencé à utiliser la nationalité comme une arme juridique, à l’instar du Qatar, qui avait révoqué celle de 6 000 personnes en 2005. L’an dernier, les EAU ont retiré la citoyenneté à sept membres d’Al-Islah, une organisation islamiste, faisant d’eux des Bidoun. Plusieurs d’entre eux ont ensuite été arrêtés pour avoir refusé de s’engager par écrit à prendre un nouveau passeport.

le Golfe. Ils seraient, selon l’ONU, 70 000 en Arabie saoudite, et entre 30 000 et MENACES D’EXPULSION. « Partout où 100 000 aux EAU. elle est exclusive, la citoyenneté peut L es soulèvements arabes ont être utilisée comme une arme », observe creusé le fossé entre les Bidoun et les Michael Stephens, expert au Royal United citoyens – généralement aisés – de la Services Institute de Doha. Human Rights région, d’autant que les subventions étaWatch rapporte ainsi que, le mois dertiques et les hausses de salaires pour nier, Ahmed Abd al-Khaleq, né aux EAU, enrayer les risques d’agitation ont rendu la citoyenLe Printemps arabe a creusé le neté encore plus attrayante. fossé entre ces apatrides et les Le Printemps arabe les a citoyens de la région. également fragilisés. Ils sont souvent assimilés par des gouvernements aux abois à des étrangers craignait d’être expulsé pour avoir pris la infiltrés d’Irak ou de Syrie. nationalité comorienne. Il est l’un des cinq militants démocrates incarcérés en ZONES D’OMBRE. Aux EAU, le cas singu2011 pour avoir insulté les dirigeants du lier des passeports comoriens a remis la pays, avant d’être graciés. Les autorités ont question sous les feux de l’actualité. Selon refusé de commenter son cas, rappelant Zoubert A. Soufiane al-Ahdal, ambassaque des milliers de Bidoun s’étaient vu deur des Comores aux EAU, au moins un accorder la nationalité émiratie après que millier de résidents apatrides s’en sont le président de la confédération, Cheikh procurés, ce qui leur permet de remplir Khalifa Ibn Zayed Al Nahyan, se fut engagé les formalités administratives, de plus en en 2006 à résoudre le problème. ● plus strictes, pour obtenir, par exemple, CAMILLA HALL ET MICHAEL PEEL les documents nécessaires à l’achat d’un © Financial Times et Jeune Afrique 2012. véhicule, voire, paradoxalement et à plus Tous droits réservés. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Maghreb Moyen-Orient MAURITANIE

Ahmed Ould Daddah « Aziz n’a aucune légitimité » Neuf mois après le lancement du Dialogue national, auquel il a refusé de participer, le chef de file de l’opposition durcit le ton.

A

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour parvenir à vos fins ?

Nous sommes un parti démocrate qui n’utilise que des moyens pacifiques. La COD est allée dans toutes les régions du pays pour s’expliquer et prendre contact avec les autorités locales, les représentants des partis, les notables, ainsi que les différentes forces sociales et économiques. Quelle alternance proposez-vous ?

près avoir décidé – avec dix autres partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) – de boycotter le Dialogue national lancé en septembre dernier, Ahmed Ould Daddah, 69 ans, est passé à la vitesse supérieure. Le chef de file de l’opposition mauritanienne réclame désormais le départ inconditionnel du président Mohamed Ould Abdelaziz. Installé dans son vaste bureau, au siège du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), qu’il préside, il peine à masquer sa nervosité. Il faut dire que les tensions sont vives à Nouakchott et que l’alliance fragile des détracteurs du pouvoir a volé en éclats ; l’Alliance populaire progressiste (APP), de Messaoud Ould Boulkheir, ainsi que les partis El-Wiam et Sawab ont quitté la COD pour former la Convention pour l’alternance pacifique (CAP). Fidèle à son tempérament, Ahmed Ould Daddah n’en a cure et ne veut surtout pas entendre parler de compromis.

Que lui reprochez-vous ?

L’ensemble de son bilan, qu’il soit politique, économique ou social. Il s’est présenté durant la campagne comme « le président des pauvres », mais il a appauvri plus d’un Mauritanien ; 75 % de la population a moins de 29 ans et n’a ni formation ni perspectives. En outre, il n’a pas, contrairement à tous ses prédécesseurs, pris de dispositions pour atténuer les conséquences de la sécheresse. Si cette année a été catastrophique pour le bétail, c’est parce qu’aucune mesure valable n’a été prise concernant l’agriculture.

Le RFD a élaboré un programme de gouvernement en deux cents points. Mais aujourd’hui,l’ensembledelaCODréfléchit à un projet commun. Je ne peux pas en révéler les grandes lignes, car il n’est pas encore prêt. Mais il le sera rapidement, car il y a entre nous une grande confiance. Vous n’avez plus aucun contact avec le président ?

Non, aucun.

Pourquoi contestez-vous la nomination des sept membres de la Commission

JEUNE AFRIQUE : Pourquoi appelez-vous au départ du chef de l’État ? AHMED OULD DADDAH : Nous avons

toujours prôné le dialogue. Mais il y a eu une accumulation de frustrations. La COD est donc parvenue à la conclusion que Mohamed Ould Abdelaziz ne fait pas partie de la solution, car il est lui-même le problème. Alors il doit partir. N’est-il pas antidémocratique de demander le départ d’un président élu ?

Il n’est pas démocratiquement élu. Après son coup d’État, il s’est fait « élire » dans des conditions contestables. Vous aviez pourtant reconnu son élection…

J’ai fini par dire que je la reconnaissais, car je souhaitais donner davantage de chances à une cohabitation pacifique. Mais il n’a aucune légitimité, ni originelle, ni acquise. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

DR

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Mais il a concrétisé certains de ses engagements, en lançant de grands chantiers ou en modernisant Nouakchott.

N’était-il pas plus important de relier entre elles nos régions plutôt que de poser un mauvais goudron à Nouakchott? Franchement, je ne vois rien de significatif qui mérite d’être signalé. La priorité est de désenclaver certaines régions du pays, afin de leur garantir un approvisionnement plus rapide et meilleur marché.

électorale nationale indépendante ?

Le mandat des députés a expiré en novembre 2011. Or la législature n’a pas été renouvelée, car Mohamed Ould Abdelaziz ne le veut pas. Par conséquent, la Ceni est illégitime. Envisagez-vous de boycotter les élections législatives et municipales ?

Nous n’avons encore pris aucune décision. JEUNE AFRIQUE


Coulisses

Maghreb & Moyen-Orient

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Messaoud Ould Boulkheir, le patron de l’APP, vous invite à la réconciliation. Allez-vous accepter sa main tendue ?

On se connaît, on peut toujours se voir. Je traiterai ça avec lui. Ely Ould Mohamed Vall fait-il partie de la COD ?

Le 10 juin, l’ex-commissaire aux droits de l’homme Mohamed Lemine Ould Dadde a été lourdement condamné. Est-il un prisonnier politique ?

Nous avons toujours dénoncé sa détention, que nous jugeons arbitraire. Nous en aurions fait de même avec n’importe qui d’autre victime du même traitement. Il a certes fait partie du gouvernement d’Ould Abdelaziz, mais nous estimons que chacun a droit à un procès équitable. Selon le président français, François Hollande, la Mauritanie doit être « aidée » dans la lutte contre le terrorisme. Ce soutien est-il indispensable ?

Nous sommes tout à fait favorables à ce que la Mauritanie et les pays de la sous-région soient appuyés dans ce combat. Mais ce dernier passe surtout par une bonne gouvernance et par une lutte acharnée contre la corruption et la gabegie. Cela n’est possible qu’avec des gouvernements légitimes. Nous souhaitons que la France favorise pacifiquement la démocratisation dans nos pays, afin que puissent être organisées des élections honnêtes, libres et transparentes. Êtes-vous favorable à une intervention militaire au Mali ?

Une action commune pourra être envisagée plus tard, mais il faut d’abord tenter de rétablir la paix. Il est nécessaire de soutenir les Maliens, mais sans ingérence, afin qu’ils trouvent eux-mêmes des solutions pacifiques durables. Nous soutenons le maintien de nos frontières communes. Serez-vous candidat à la prochaine présidentielle ?

Je l’ignore. ●

Propos recueillis à Nouakchott par JUSTINE SPIEGEL JEUNE AFRIQUE

PATRICK BAZ/AFP

Actuellement, il en est proche, mais il n’en fait pas partie. Il nous a rendu visite, il a participé aux manifestations à nos côtés. Je ne vois aucun inconvénient à ce qu’il nous rejoigne, s’il le désire. D’ailleurs, son ralliement est la preuve que la COD est devenue la seule alternative au régime. ! Ex-conseiller financier d’Arafat, MOHAMED RACHID accuse le président Mahmoud Abbas et ses deux fils d’enrichissement personnel.

PALESTINE CORRUPTION AU SOMMET ? Ambiance délétère à Ramallah, capitale de l’Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie. Alors que le gouvernement est confronté à une grave crise de liquidités, une affaire de corruption sans précédent jette le doute sur la probité de ses plus hauts dirigeants. Ex-conseiller financier deYasserArafat qui a quitté le territoire palestinien après la mort de ce dernier, Mohamed Rachid accuse le président Mahmoud

BAHREÏN SILENCE, ON TIRE La répression se poursuit à Bahreïn, fermé aux journalistes étrangers. Ahmed Nasser al-Neham, 4 ans, a été blessé à l’œil le 13 juin par un tir de carabine à plombs. Selon la militante Zainab al-Khawaja, qui rapportait les faits sur son compteTwitter @angryarabiya, la police a violemment réprimé une manifestation d’opposants. « Ils nous ont ordonné de partir en menaçant de tirer. J’ai à peine eu le temps de prendre mon fils. Je n’imagi-

Abbas et ses deux fils,Yasser etTarek, de s’être enrichis aux dépens de leurs concitoyens. Il estime la fortune du dirigeant de l’AP à 80 millions d’euros et révèle l’existence d’un fonds secret du Fatah (le parti d’Abbas) de 31 millions d’euros. Lui-même a écopé le 7 juin de quinze ans de prison par contumace et d’une amende de 12 millions d’euros pour détournement de fonds et blanchiment d’argent. Il devra en outre rembourser la somme de 27 millions d’euros qu’il aurait dérobée au Fonds d’investissement palestinien. ●

nais pas qu’ils nous viseraient », raconte le père, un vendeur de poisson de 51 ans, lui-même blessé. YÉMEN ZINJIBAR LIBÉRÉE Tenue pendant près d’un an par des djihadistes d’Al-Qaïda, Zinjibar, dans le sud duYémen, a été reprise par l’armée au cours d’une vaste offensive lancée le 12 mai. L’affaiblissement du pouvoir central après la révolution avait permis aux islamistes de s’emparer de territoires dans l’est et le sud du pays.

ÉGYPTE « NE PARLE PAS AUX INCONNUS » « Il s’immiscera dans vos cœurs comme si vous le connaissiez depuis longtemps », prévient un spot diffusé pendant quelques jours sur la télévision nationale égyptienne. Présentant un étranger qui collecte des informations auprès de jeunes l’ayant invité à leur table, la vidéo visait à mettre en garde les Égyptiens contre la curiosité des touristes, parmi lesquels pourraient se cacher des espions. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


Europe, Amériques, Asie

CORRUPTION

L’Europe, aussi!

Le Vieux Continent n’aime rien tant que donner des leçons de morale au monde entier. Dans vingt-cinq des pays qui le composent, l’ONG Transparency International est allée y regarder d’un peu plus près. Verdict ? Peut mieux faire. ALAIN FAUJAS

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

COMMENT ILS JUGENT LEURS PARTIS POLITIQUES (en % des personnes interrogées dans chaque pays)

Très corrompus...

Irlandais

Italiens

Espagnols

Roumains

87,9 81,7 80,8 80,8 80

Grecs

... ou pas trop 47,8 18,4

Danois

Néerlandais

Norvégiens

29 26,3 23,4

Suisses

L

Europe se croit protégée contre les méfaits de la corruption parce que ses institutions fonctionnent sur des bases légales, démocratiques et, en principe, transparentes. Voire! lui répond l’organisation non gouvernementale Transparency International (TI), dont le secrétariat se trouve à Berlin. Durant toute l’année 2011, l’ONG a ausculté dans vingt-cinq pays européens* les institutions destinées à prévenir et à combattre la corruption. Or le rapport intitulé « Argent, politique, pouvoir: les risques de corruption en Europe », qu’elle a publié le 6 juin à Bruxelles, souligne bien des anomalies. On s’en doutait un peu, puisque le Conseil de l’Europe avait déjà estimé à 120 milliards d’euros par an le coût de ces malhonnêtetés en tout genre, preuve de l’existence de failles dans les dispositifs itifs mis en place. D’ailleurs, 74 % des Européens interer rogés considèrent que la corruption constitue un grave problème dans leur pays (19 % au Danemark et 98 % en Grèce). Le Forum économique mondial, cité par TI, a classé chaque nation en fonction de son comportement éthique. Les Nordiques arrivent évidemment en tête, le Danemark étant le plus irréprochable. En Norvège et en Suède, secteurs public et privé travaillent la main dans la main avec la société civile pour combattre les pratiques délictueuses. Le Royaume-Uni (7e), l’Allemagne (8e) et la France ance (9e) figurent au milieu du peloton. Les mauvais élèves se trouvent en Europe centrale et orientale, ainsi que sur le pourtour méditerranéen – sans surprise, la Grèce ferme la marche. L’Europe du Sud, indique le rapport, connaît des déficits graves dans sa comptabilité publique et

Polonais

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sa politique de prévention. Les pays d’Europe centrale avaient en revanche fait de gros progrès en la matière, mais ils sont en train de rechuter. TI va plus loin et pointe les faiblesses des gardefous dont se glorifient les Européens. « Aucun pays ne sort totalement indemne de cette radioscopie de leur intégrité », souligne-t-il. Des scandales ont éclaté au Royaume-Uni concernant les dépenses anormales de certains parlementaires. Et en Norvège, à cause de fraudes en matière de pensions de retraite. Pis,ajouteFinnHeinrich,directeurdelarecherche au sein de l’ONG, il y a coïncidence « entre les pays qui sont les plus exposés à la corruption et ceux qui rencontrent les plus graves difficultés avec leur dette publique ». Le financement des partis politiques – que la moitiédesEuropéensinterrogésjugentcorrompus– n’est nullement, selon TI, sous contrôle. Seuls dix JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie aux données indispensables pour vérifier, en cas de mouvement d’argent entre une entreprise et un homme politique, les montants, les noms et les dates. Seuls la Norvège et le Royaume-Uni protègent efficacementceuxquidonnentl’alarmeetinforment les autorités de l’existence d’actes délictueux. Ils sont trop souvent considérés comme des traîtres et des délateurs par leur employeur ou leurs camarades de parti. Même au Danemark, il apparaît que 30 % des fonctionnaires ayant dénoncé le versement de pots-de-vin ou l’existence d’actes de corruption active ont eu des ennuis.

KEVIN CURTIS/GETTY IMAGES

Dénoncer un acte de corruption n’est pas sans risque. On passe pour un traître ou un délateur.

pays interdisent les contributions financières non déclarées aux différentes formations. La France et la Slovénie sont les seuls à ne pas rendre publiques les déclarations de patrimoine et d’intérêts des parlementaires, ce qui permet pourtant de détecter un éventuel enrichissement illicite. Dix-neuf pays n’ont toujours pas réglementé les activités de lobbying, profession apparue d’abord dans les pays anglo-saxons pour tenter d’influencer le législateur dans un sens favorable aux intérêts privés qu’elle représente. Les registres répertoriant les agences de lobbying sont facultatifs, inexistants ou difficilement consultables. Rappelons qu’il en existe au moins trois mille à Bruxelles, qui s’efforcent de peser sur les décisions des institutions européennes. Les dispositifs garantissant la transparence des comportements ne servent pas à grand-chose, dès lors que vingt pays limitent l’accès du public JEUNE AFRIQUE

Dans dix-neuf pays, le lobbying n’est toujours pas réglementé.

« L’Europe a besoin d’une culture politique de la transparence pour sortir de la crise économique dans laquelle elle se débat », commente Cobus de Swardt, directeur de TI. Le rapport avance donc une série de propositions que l’on peut regrouper en cinq chapitres. 1. Le financement des partis. Institution de règles contraignantes concernant la divulgation des dons et l’interdiction de toute forme d’échappatoire. Une certaine homogénéisation serait en outre souhaitable, puisque aujourd’hui la Belgique fait obligation de rendre publics les dons aux partis d’un montant supérieur à 125 euros par an, contre 10000 euros en Allemagne et 50000 euros en Italie. 2. La réglementation du lobbying. Établissement de registres publics obligatoires des organismes de lobbying,cetteactivitédevantinclurelesconsultants en relations publiques, les lobbyistes d’entreprise, les membres des ONG et ceux des think-tanks. 3. Le code de conduite des parlementaires. Établissement dans chaque pays d’un code de bonne conduite qui permette aux élus d’éviter les conflits d’intérêts et de résoudre au mieux les dilemmes moraux. Rappelons que les marchés publics représentent au sein de l’Union européenne un montant annuel de 1 800 milliards d’euros. 4. L’accès à l’information. Suppression de toutes les barrières, y compris techniques, qui, dans vingt pays, font obstacle à la libre consultation des documents publics. 5. La protection de ceux qui dénoncent la corruption. Mise en place, partout, de législations assurant l’immunité aux fonctionnaires et aux salariés du privé qui informent les autorités de l’existence de comportements délictueux. ● * Allemagne, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Républiquetchèque,Roumanie,Royaume-Uni,Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Europe, Amériques, Asie ÉTATS-UNIS

Remember Rodney King En 1991, il fut passé à tabac par quatre policiers. L’année suivante, l’acquittement de ses tortionnaires provoqua de sanglantes émeutes à Los Angeles. Vingt ans après, il vient de publier un livre autobiographique. Rencontre.

C

était il y a un peu plus de un mois à Harlem, dans un centre culturel noir américain. Rodney King présentait The Riot Within, un livre tiré de l’histoire de sa vie. Une vie irrémédiablement marquée par le terrible passage à tabac que lui infligèrent quatre policiers de Los Angeles, en 1991. Une vidéo prise par un témoin avait fait le tour du monde… Un an plus tard, le scandaleux acquittement des quatre accusés provoqua de sanglantes émeutes (53 morts), les plus graves qu’aient connues les États-Unis depuis les années 1960. Vingt ans plus tard, beaucoup de choses ont changé. Rodney King s’efforce de surmonter le démon de l’alcool, la police de Los Angeles est désormais citée en exemple, et les ex-quartiers noirs de Los Angeles, théâtre des émeutes, sont majoritairement peuplés de Latinos. Mais une chose est restée la même. Comme le montre la récente affaire Trayvon Martin – un adolescent noir tué par un vigile blanc en Floride –, il est toujours aussi difficile d’être un jeune homme noir aux États-Unis. Malgré l’élection de Barack Obama et les discours apaisants de Rodney King. JEUNE AFRIQUE : Pourquoi avoir écrit ce livre, plus de vingt ans après le drame dont vous avez été la victime ? RODNEY KING : Le monde évolue. Les

générations futures seront les témoins de changements encore plus profonds, qui vont, je crois, dans la bonne direction. J’ai écrit ce livre pour apporter quelque chose de positif. Je voulais raconter, avec mes mots, ce qui m’était arrivé. Pour les jeunes générations, mes enfants et mes petits-enfants. Je ne voulais pas qu’ils découvrent mon histoire au détour d’un article de journal. L’accueil réservé à ce livre est, pour l’instant, très chaleureux. Vingt ans après, quelles traces gardezvous de cette nuit du 3 mars 1991 ? N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Des traces physiques, des cicatrices sur mon visage et sur ma jambe brisée cette nuit-là. J’ai encore des migraines, mais je n’y pense plus autant qu’avant. J’ai guéri, j’ai surmonté ce traumatisme, même s’il m’arrive encore de faire des cauchemars. Il faut savoir pardonner pour aller de l’avant et grandir. La haine n’apporte rien de bon. S’appesantir sur le passé non plus. Que pensez-vous de l’affaire Trayvon Martin ?

Il y a évidemment des ressemblances avec ce qui m’est arrivé. Quand, pour la première fois, j’ai entendu le cri terrifié de Trayvon sur les bandes audio de la police, il m’a paru étrangement familier. C’était le même cri que j’ai poussé il y a plus de vingt ans [l’enquête n’a pas encore permis d’établir avec certitude si la voix en question est celle de Trayvon Martin ou celle de George Zimmerman, son meurtrier, NDLR]. Cette nuit-là, j’ai vraiment cru que j’allais mourir. J’ai eu beaucoup, beaucoup de chance de m’en sortir. Malheureusement, cela n’a pas été le cas pour Trayvon. Comment jugez-vous l’évolution des rapports raciaux aux États-Unis ?

Ils s’améliorent, mais lentement, très lentement. Nous avons fait du chemin, mais beaucoup reste à faire. Regardez les progrès réalisés dans le domaine des technologies. Eh bien, dans celui des relations humaines, nous sommes très en retard. La ségrégation raciale perdure, même si les choses s’améliorent. Il faudra encore

KATY WINN/AP/SIPA

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! RODNEY KING, au mois d’avril à Los Angeles. Photo du haut : une image prise par un témoin de son tabassage par des policiers, le 3 mars 1991. JEUNE AFRIQUE


AFP

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du temps pour que cette ségrégation cesse complètement.

ICÔNE MALGRÉ LUI

Qu’est-ce que l’élection de Barack Obama a changé, de ce point de vue ?

C’est évidemment un progrès. Un hommenonblancpourlapremièrefoisàla MaisonBlanche…Lepaysvadanslabonne direction. Mais je trouve Obama absent, lointain. Il ne parle pas assez des sujets qui comptent pour les Africains-Américains. La justice critique de plus en plus ouvertement les arrestations musclées (« stop and frisk ») pratiquées par la police new-yorkaise à l’encontre, en premier lieu, des jeunes Noirs et Latinos…

Ce genre de pratiques policières est, par nature, discriminatoire envers les minorités. Ce qui fait qu’il est toujours aussi difficile d’être un jeune homme noir aux États-Unis. Aujourd’hui comme en 1991, nous sommes toujours regardés différemment. ● Propos recueillis à New York par JEAN-ÉRIC BOULIN JEUNE AFRIQUE

The Riot Within : My Journey from Rebellion to Redemption par Rodney King et Lawrence J. Spagnola, HarperOne 2012, 256 pages, 18,30 dollars

NÉ D’UN PÈRE ALCOOLIQUE, Rodney King, 47ans, fut élevé à Pasadena, en Californie, par une mère témoin de Jéhovah.Très tôt, il eut maille à partir avec la justice. Jusqu’à cette nuit du 3 mars 1991, où, ivre, il tenta d’échapper à la police alors qu’il était en liberté conditionnelle. On connaît la suite. Son visage tuméfié fut l’une des images-chocs des années 1990. De même que l’appel désespéré qu’il lança pendant les émeutes de Los Angeles: « Ne pouvons-nous pas simplement vivre ensemble? » Cette phrase, il souhaite qu’elle soit gravée sur sa tombe… Dans The Riot Within, King revient sur ce drame et ne cache pas les erreurs qu’il commit par la suite, notamment la dilapidation des 4 millions de dollars de dommages et intérêts obtenus lors de son procès civil. Ruiné, aux prises avec des problèmes d’alcool, il a participé en 2008 à une émission de téléréalité consacrée aux célébrités en cure de désintoxication. De temps en temps, la police de Los Angeles le sollicite pour animer des ateliers avec des jeunes J.-E. B. de la ville. Maigre consolation… ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

Pouria Amirshahi Engagé volontaire Syndicaliste, travailleur social et journaliste de bande dessinée, ce militant PS d’origine iranienne gravit la dernière marche vers le Palais-Bourbon.

C

ASQUE DE SCOOTERAU BRAS, cheveux ébouriffés, bouille d’éternel étudiant, il s’excuse de son léger retard au rendezvous donné au siège du Parti socialiste (PS), rue de Solférino: « Un visa à retirer à l’ambassade d’Algérie », les salamalecs, le thé. C’est le mois de janvier, la campagne des législatives vient de commencer. Quelques jours avant l’entrée en piste de François Hollande au Bourget, début de son ascension vers l’Élysée, Pouria Amirshahi préparait le casse-tête de sa campagne à lui. Investi par le PS dans la 9e circonscription des Français de l’étranger, il est préféré à Faouzi Lamdaoui, un proche de François Hollande, et couvre un territoire vaste de près de 10 millions de kilomètres carrés, comprenant seize pays d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest. Sur le terrain, il s’appuie sur un réseau croissant d’amis et de sympathisants PS. Depuis 2008, il est secrétaire national à la coopération, à la francophonie et aux droits de l’homme. « L’Afrique, il connaît », souligne un de ses soutiens à Casablanca. Un siège de campagne au Maroc, une suppléante installée enTunisie, de nombreuses amitiés au Niger, au Sénégal, Amirshahi veut porter un projet de rupture après cinq années de sarkozysme. « La droite est sur la mauvaise pente de l’Histoire. Son repli nationaliste sur fond de xénophobie et de peur de l’islam a laissé une profonde marque sur notre société », juge-t-il. Convaincu que les Français attendent « un discours positif », le candidat socialiste a bien senti dans ses déplacements « l’impact désastreux du discours de Dakar ».

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! ISSU D’UNE FAMILLE ENGAGÉE, ce passionné a été investi par le Parti socialiste dans la 9e circonscription des Français de l’étranger, qui comprend 16 pays africains.

Engagement. « Je n’ai pas vécu de conflit interne. Je suis français. Je sais d’où je viens et d’où viennent mes parents. » En 1976, Pouria Amirshahi débarquait d’Iran, avec ses parents. Son souvenir le plus ancien est français: « Un tourniquet à l’aéroport. J’avais 4 ans. » Opposante de gauche, sa mère a connu la torture de la Savak, la police politique du Shah. La révolution khomeyniste de 1979 rend l’exil permanent. Dans le petit appartement de sa grand-mère, dans le XVe arrondissement de Paris, on se serre à neuf, et la politique n’est jamais loin. Militante communiste, Mouloud Khanlari accueille de prestigieux visiteurs, dont

Jean-Paul Sartre, qui anime un comité de défense des prisonniers politiques. « J’ai des souvenirs de Bernard Kouchner et Lionel Jospin dans le petit salon! » Le jeune homme fait ses premières armes dans cette famille de lettrés militants avant de choisir sa propre voie. Précoce, le camarade Amirshahi a passé plus de la moitié de sa vie à militer. En commençant par l’Unef-ID, dont il devient président à 22 ans, en 1994. Avant de décrocher sa maîtrise de sciences politiques et de devenir papa, un an plus tard. Mais après avoir grillé les étapes, il doit temporiser pour mener de front son engagement syndical, son rôle de JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

Idéalisme. Cette fougue, il la partage en politique. De janvier à juin, il a parcouru la circonscription avec plaisir, dormant chez l’habitant, tissant sa toile jusqu’au Palais-Bourbon. Notamment au Maroc, où vit la plus importante communauté de Français en Afrique. Rien ne lui a été épargné au cours de la campagne. Les commentaires de certains camarades qui jugent risquée une candidature « chiite » dans des pays majoritairement sunnites. Une « polémique absurde », balayée du revers de la main par Amirshahi. Les coups bas des rivaux, dont les allusions au scandale de la Mnef, dans lequel il était partie civile, le font réagir sans perdre son calme. Il fait campagne sur des thématiques de proximité: scolarité, délocalisation et fermeture des services publics, etc. Promis, il plaidera à l’Assemblée nationale pour le « passeport culturel de la francophonie » afin de permettre aux étudiants, chercheurs et artistes de faire des allers-retours entre leurs pays respectifs et la France. Idéaliste? « Optimiste! Nous n’avons jamais eu autant de connaissances susceptibles de faire le bien commun. Construire un monde meilleur est possible. » Et ça commence maintenant. « Attendez-vous à un geste fort, dès cet été, pour la réconciliation avec l’Algérie. » Inch’Allah! ● YOUSSEF AÏT AKDIM Photo : BRUNO LEVY pour J.A. JEUNE AFRIQUE

DÉFENSE

Obama, Seigneur des drones Deux articles du New York Times le révèlent : c’est le président américain en personne qui commande l’élimination des djihadistes d’Al-Qaïda. Et supervise la cyberguerre déclenchée contre l’Iran.

I

l rêvait de changer le pouvoir, c’est le pouvoir qui l’a changé. Deux récents articles du New York Times, consacrés l’un à la cyberguerre en cours contre l’Iran, l’autre à l’élimination des djihadistes d’Al-Qaïda au moyen de drones Predator, révèlent que Barack Obama a repris à son compte, accéléré et modernisé deux « programmes » engagés par son prédécesseur – à la demande expresse de ce dernier. L’opération de communication visant à le mettre en scène, danslaSituation Room de la Maison Blanche, en chef de guerre avisé, dur, pugnace mais néanmoins soucieux de la vie humaine dès lors que la sécurité de l’Amérique n’est pas menacée – lui dont on a si souvent critiqué la pusillanimité –, est trop évidente pour qu’on y insiste. Nous sommes à cinq mois de la présidentielle, c’est, si l’on peut dire, de bonne guerre. Il y a plus grave.

la centrale de Natanz. En modifiant la vitesse de rotation de leurs moteurs, ce drôle d’insecte endommagea irrémédiablement un grand nombre d’entre elles. Depuis, une nouvelle version d’Olympic Games a été mise au point. Son nom ? Flame. Elle a déjà permis de détruire un millier de centrifugeuses ultramodernes. Et semé une sacrée pagaille dans l’industrie nucléaire iranienne. « Jamais depuis Lyndon Johnson lors de la guerre du Vietnam, écrit David Sanger, l’auteur de l’article, un président n’avait été impliqué aussi directement dans des attaques contre les infrastructures d’un pays étranger. » Pas mal pour un Prix Nobel de la paix ! De même, tous les mardis, Obama, dont Sanger loue « l’approche décomplexée du recours à la force », participe par visioconférence à une étrange séance de brainstorming au cours de laquelle OLYMPIC GAMES. Car le New York est mise à jour la Kill List (avec photos Times officialise en somme ce que l’on et notices biographiques) des terroristes ne faisait que soupçonner: les États-Unis islamistes, ou supposés tels, à éliminer. ont, depuis 2006, déclenché contre la En dernier ressort, c’est lui qui prend la République islamique, en étroite colladécision d’expédier un missile sur quelque boration avec Israël, une cyberoffensive tête enturbannée au Pakistan, au Yémen, baptisée Olympic Games – quel humour! – en Somalie ou ailleurs. C’est bien simple, dont l’objectif avoué est de retarder de Charles Krauthammer, du Washington plusieurs années le programme nucléaire Post, le surnomme désormais le Seigneur iranien.En2010, parexemple,unver infordesdrones.Depuislemoisd’avril,quatorze matique dénommé Stuxnet fut djihadistes présumés ont introduit dans les contrôleurs ainsi été abattus au Yémen, ! BARACK OBAMA informatiques qui font foncet six au Pakistan. ● changé par tionner les centrifugeuses de le pouvoir. JEAN-MICHEL AUBRIET

WITT/SIPA

père et son DEA de sciences politiques. Ce Parisien ressent pourtant un besoin de grand air. Fin 2005, il débarque en Charente, aux confins du Limousin. Fort de son expérience à la Mutuelle nationale des étudiants de France (Mnef), il supervise dans le département le travail de trois centres médico-sociaux: son « établi » en prise directe avec les problèmes de l’enfance, la violence conjugale et la gestion du RMI. « J’ai été marqué par la dignité des gens, très loin des discours de culpabilisation sur les mauvaises mères, les profiteurs. » En 2008, il est chargé de mission à la Cité de l’image et de la bande dessinée dans ce département qui accueille le Festival d’Angoulême. Il rappelle volontiers qu’il a été le rédacteur en chef passionné de la revue Neuvième Art.

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ð L’ACTRICE CHINOISE lors de la cérémonie des Chinese Film Media Awards, à Haikou, dans le sud du pays, le 30 mai.

Pourquoi persécuter ainsi cette jeune femme dévouée et responsable ? Nos amis nous ont conseillé de ne pas prendre ces propos au sérieux. Mais un innocent est un innocent. Nous disons à ceux qui ont diffusé cette rumeur que nous allons donner notre version des faits et faire appel à la justice. Nous allons les retrouver et nous ne les lâcherons pas. » Des plaintes ont en effet été déposées. Mais un éventuel procès servirait-il la réputation de l’actrice ?

CHEN KANG - IMAGINECHINA

SCÉNARIO DE L’ANNÉE. C’est la presse

CHINE

Liaisons dangereuses

Dans Tigre et Dragon, elle jouait une experte en arts martiaux. Au cœur d’un scandale politico-sexuel impliquant Bo Xilai, la belle Zhang Ziyi fait aujourd’hui vaciller la classe politique.

I

nvitée au Festival de Cannes pour son dernier film, Dangerous Liaisons – ça ne s’invente pas ! –, Zhang Ziyi avait brillé par son absence. Depuis, la jeune femme (33 ans) ne s’exprime plus que par communiqués de presse et avocats interposés. C’est que l’actrice vedette de Mémoires d’une Geisha et de Tigre et Dragon est au cœur d’un nouvel épisode du feuilleton Bo Xilai. La presse l’accuse de prostitution. Elle aurait reçu en échange de ses faveurs quelque 110 millions de dollars d’une cohorte d’hommes d’affaires et de responsables politiques, parmi lesquels, justement, l’ancien ministre du Commerce, l’étrange M. Bo. Exclu du bureau politique, celui-ci N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

est accusé de corruption, tandis que son épouse est fortement soupçonnée d’avoir empoisonné son associé britannique. Tous deux dorment en prison depuis le mois de mars. On espère que les prestations de la jeune femme étaient à la hauteur, car, toujours selon la presse chinoise, elle exigeait pour chaque rencontre l’équivalent de 1,5 million de dollars. C’est un proche de Bo, un homme d’affaires de Dalian, qui servait, paraît-il, d’intermédiaire. Des accusations que l’intéressée réfute avec véhémence. « Nous avons lu dans la presse des propos diffamatoires à l’encontre de Ziyi, s’indigne son agent dans un texte rendu public le 31 mai.

de Hong Kong qui, la première, a révélé le scandale, vite relayée par des journaux chinois aux États-Unis. Certains affirment même que l’actrice serait visée par une enquête et aurait interdiction de quitter la Chine. Il est vrai que ce n’est pas la première fois que l’actrice se retrouve au cœur d’un scandale sexuel. En 2010, déjà, elle avait eu beaucoup de mal à faire taire la rumeur selon laquelle elle était la maîtresse d’un homme d’affaires marié. Pendant près d’un mois, les journaux chinois et hong-kongais s’en étaient donnés à cœur joie, avant que, brutalement et sans explication, l’affaire disparaisse de la une des tabloïds. Mais la rumeur avait porté un sérieux coup à la réputation de l’actrice, désignée en 2001 « plus belle femme du monde » par le magazine américain People. Après quelques tentatives avortées à Hollywood, elle avait depuis peu entrepris de faire son come-back en Chine et termine actuellement The Grandmasters, de Wong Kar Wai. Ce nouveau scandale pourrait porter un coup fatal à sa carrière. Bo Xilai ne risque pas de donner de sitôt sa version des faits. Il est toujours emprisonné à Pékin, et le gouvernement réfléchit au sort qui lui sera réservé. Un procès public pourrait en effet tourner au grand déballage et jeter le discrédit sur toute la classe politique, à quatre mois du plénum du Parti communiste. Quoi qu’il en soit, entre le meurtre d’un Britannique, les relations tarifées d’une star de la politique et de persistantes rumeurs de coup d’État, l’affaire Bo Xilai pourrait bien devenir le scénario de l’année. ● SÉBASTIEN LE BELZIC, à Pékin JEUNE AFRIQUE


LE PLUS

de Jeune Afrique

ÉCONOMIE Sur la ligne de départ

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INTERVIEW Luc Mbarga Atangana, ministre du Commerce TENDANCES Points forts et maillons faibles par secteurs PORTRAITS CROISÉS Business et bilinguisme

Le Cameroun

sort de ses frontières Le pays prospecte de nouveaux marchés dans la zone Cemac, en Afrique de l’Ouest, au Maghreb… A-t-il les moyens et les compétences nécessaires pour miser sur cette stratégie de développement continental ?

JEUNE AFRIQUE

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Le Plus de Jeune Afrique

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Prélude Georges Dougueli

Plus loin et plus grand

I

L EN VA DE LA CONQUÊTE des marchés en Afrique centrale comme de l’ascension du mont Cameroun, un volcan qui culmine à 4 070 m d’altitude sur la façade Atlantique du pays : pour franchir la ligne d’arrivée, il faut se préparer à une course d’obstacles et d’endurance. Devant l’ampleur de la difficulté, l’athlète Cameroun a longtemps hésité à prendre la ligne de départ tant le parcours est escarpé. Les six États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) sont encore loin de constituer un bloc uni par un idéal politique commun. L’union économique et monétaire

était temps que les projets sortent des cartons, que démarrent enfin les chantiers routiers, portuaires et ferroviaires, que la fibre optique fonctionne et irrigue les pays de la Communauté. L’histoire des changements économiques et sociaux enseigne qu’ils sont toujours précédés par l’apparition de moyens de communication susceptibles d’accélérer la circulation des hommes, des biens et des informations. Aux entreprises camerounaises de s’adapter à cette vision supranationale. Aux cadres de mettre en œuvre des stratégies de développement. Aux écoles d’ajuster leurs offres de formation. Quelques pionniers, notamment en matière de Le « made in Cameroon » gagne services financiers, ont déjà des points en zone Cemac. Reste pignon sur rue dans d’autres à s’attaquer au marché nigérian. pays de la région, voire audelà. À l’export, le « made in n’est pas parvenue à éliminer toutes les Cameroon » semble gagner des points barrières. Dans certains pays de la zone, en zone Cemac. Reste à s’attaquer au commerçants et entrepreneurs travaillent marché nigérian. encore avec la peur de tout perdre au gré des sautes d’humeur de la police aux La stabilité politique du pays est l’autre frontières. La méfiance mutuelle conduit atout majeur de cette offensive. Les tranles décideurs à se traiter en rivaux plusactions commerciales n’aiment ni le tôt qu’en partenaires. Le libre-échange bruit ni la fureur des troubles sociopolireste donc un chantier inachevé, que les tiques. Assuré de la sécurité du pipeline dirigeants devront pourtant faire aboutir qui évacue le pétrole de Doba (sud du s’ils espèrent vraiment rejoindre le club Tchad) vers la côte camerounaise de des pays émergents. Kribi, N’Djamena peut dormir tranquille. Pays stable, certes, mais dont les ambiEn dépit de ces entraves, le Cameroun tions de croissance pourraient paraa des atouts dont il serait bien avisé de doxalement être contrariées par le fracas profiter. Sa position centrale fait de lui de l’opération de lutte anticorruption en le voisin de l’ensemble des pays de la cours. Censés rassurer les investisseurs, Cemac. À l’Ouest, il partage en outre les procès en cascade de hauts commis plus de 2 000 km de frontière avec le de l’État tendent plutôt à les détourner mastodonte démographique nigérian. du Cameroun, d’autant qu’ils mettent Dans cet écosystème plus que favorable incidemment au jour les insuffisances vivent 250 millions de consommateurs. de la justice. Cet assainissement au Il était temps de voir plus loin et plus long cours tétanise les fonctionnaires grand. Il était temps de mettre en œuvre et mine le climat de confiance nécessaire une vision susceptible de libérer la force aux affaires. Mais, en sport comme en créatrice des jeunes dans un espace souséconomie, seule la préparation fait les régional qui ne leur est pas étranger. Il vainqueurs. ● JEUNE AFRIQUE

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

ÉCONOMIE Sur la ligne de départ

p. 62

INTERVIEW Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce p. 66 FINANCE La Bourse de Douala défie Libreville p. 72 Afriland First Bank vise la première place p. 74 CHANTIERS Gros plan sur les transports

p. 78

Des complexes pour mettre les voisins sous tension p. 84 Les projets dans le pipe de l’aval pétrolier p. 88 AGROALIMENTAIRE Bras de fer chez les brasseurs p. 92 SANTÉ Un pays très hospitalier p. 96 FORMATION Des campus de plus en plus ouverts p. 101 BILINGUISME Business is business, paroles de patrons p. 106


Le Plus de Jeune Afrique

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JEAN PIERRE KEPSEU

Ì LE TRANSCAMEROUNAIS, QUI RELIE YAOUNDÉ À NGAOUNDÉRÉ (NORD), pourrait être prolongé jusqu’à N’Djamena, au Tchad. Un projet dévoilé en mai par le groupe français Bolloré.

ÉCONOMIE

Sur la ligne de

départ

La locomotive de la Cemac se remet enfin en marche et mise, très visiblement, sur le développement à l’export. Au-delà des marchés voisins, leurs premières cibles, les entreprises publiques et privées prennent position en Afrique de l’Ouest et au Maghreb. Et certaines prospectent déjà plus loin. GEORGES DOUGUELI, envoyé spécial N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

L

e Cameroun a le dos large, et les critiques ne l’ont jamais épargné. Elles blâment ce géant régional de plus de 20 millions d’habitants en désespérant de le voir un jour faire décoller l’économie de l’Afrique centrale. Elles fustigent le catalogue de promesses non tenues d’un pays où les chantiers sont restés trop longtemps inachevés. Elles regrettent le train des JEUNE AFRIQUE


63

TCHAD

NIGERIA NIGE

Garoua

200 km

CAMEROUN

RÉP. CENTRAFR.

Douala Golfe de Guinée

GUINÉE ÉQU.

Yaoundé

GABON

CONGO

réformes enterrées de ce leader débonnaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), s’agacent de voir cette locomotive à la puissance entrepreneuriale prometteuse se complaire dans les douceurs molles de l’inertie. Son orgueil national à fleur de peau, sa diplomatie discrète, voire hésitante, et ses mauvaises mœurs clientélistes ne lui valent pas non plus l’admiration de ses voisins. Cependant, dans le concert des détracteurs les plus virulents, la voix des Camerounais, souvent sévères à l’égard de leur propre pays, porte souvent plus loin que celles des autres Africains.

Les indicateurs frémissent

DIAGNOSTIC. Mais voilà, en dépit de cette ritour-

PIB (en milliards de dollars,

Croissance (variation du PIB

en prix courants, éch. de gauche)

en %, en prix constants, éch. de droite)

30 * PRÉVISIONS FMI

4,2

20

4,5

4 3

2,9

15

2

10

5

2 1

5 0

22,2

22,5

25,8

25,5

27,5

2009

2010

2011

2012*

2013*

Investissements directs étrangers

Investissements

(en millions de dollars) 500 400

425

300 200

270

337

15

16,1

18,4

19

2011

2012

PIB/habitant

1 190 $

10 5

100 0

en % du PIB

20

2008

JEUNE AFRIQUE

2009

2010

0

Inflation

2010

2,9 %

0

SOURCES : FMI (AVRIL 2012 ET MISSION PAYS DE MAI 2012), CNUCED

25

4,7

nelle, le pays bouge. Pour que cela se sache, encore faudrait-il que les dirigeants, qui sont pourtant les principales cibles des critiques accablant leur pays, se donnent la peine de communiquer. Car il y a de quoi rassurer les plus sceptiques. À commencer par les experts de la mission du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par Mario de Zamaróczy, qui, du 2 au 16 mai, sont venus prendre le pouls du champion au réveil et tester sa capacité à quitter le banc de touche pour se lancer, enfin, dans la course au développement en entraînant ses voisins dans son sillage. Une fois n’est pas coutume, même si la croissance reste très en deçà de son potentiel et que certains indicateurs inquiètent encore (lire p. 69), le diagnostic est plutôt bon. Il relève notamment que depuis 2009 la croissance de l’économie camerounaise, habituée aux soubresauts, se fait régulière. Le FMI revoit même ses prévisions à la hausse, avec un taux de croissance attendu à 4,7 % en 2012 (au lieu de 4,1 %) grâce à un rebond de la production et des exportations pétrolières, mais aussi « à une augmentation des investissements publics dans les grands projets d’infrastructures ». Pour « libérer véritablement N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


64

Le Plus de J.A. le potentiel de croissance du Cameroun, il est vital de réduire les obstacles […] en continuant de corriger les contraintes en matière d’infrastructures, en augmentant la qualité et l’efficience des dépenses publiques et en améliorant la gouvernance et le climat des affaires », sans oublier « d’accélérer l’intégration régionale », conclut le premier rapport publié à l’issue de la mission.

le réseau national tchadien de fibre optique (lire p. 79). Belle opportunité pour Camtel, qui gère le réseau au Cameroun : l’opérateur à capitaux publics a signé, fin décembre 2011, avec la Société d’infrastructures de transmission des communications électroniques par câble à fibre optique du Tchad (Sitcom) une convention commerciale et technique d’interconnexion des réseaux terrestres de transmission à fibre optique, dont Camtel INTÉGRATION. En l’occurrence, les projets structudevient l’opérateur technique. rants sont sortis des cartons. Ils devraient montrer Le Cameroun s’ouvre également un peu plus à quel point le pays s’est tourné vers ses voisins. vers son voisin congolais. Le bitumage des 650 km Quelle place Si l’intégration régionale (qui passe par la facide la route Sangmelima-Ouesso (dont 340 km au au sein litation de la libre circulation des personnes et Congo et 310 km au Cameroun) Cameroun), en cours, devrait de la Cemac ? des biens) est en panne au sein de la Cemac, faciliter la liaison entre le sud du Cameroun et le nord du Congo. Ce dernier devrait d également depuis quelques mois, le Cameroun et ses partenaires sous-régionaux font avancer les projets bénéficier de la création d’un d’une ligne de chemin de fer reliant la mine de d fer de Mbalam d’infrastructures, notamment en matièree de transports. (est du Camerou Cameroun) au complexe C’est le cas de la réhabilitaindustrialo-po industrialo-portuaire de Kribi TCHAD pays, lire pp. 78-79). tion de la route Maroua-Mora(sud du pays PIB e 9,9 781 22,5 183 (en milliards de dollars) 2014, le port en eau Kousseri-N’Djamena. Très D’ici à 2014 dégradé, cet axe est névralprofonde pourra accueillir Investissements directs étrangers gique pour le Tchad, des bâtime bâtiments d’un tirant (en millions de dollars) enclavé : il constitue d’eau de 15 à 16 m et d’une Investissements (en % du PIB) un tronçon du corricapacité allant jusqu’à capaci dor reliant sa capitale 100 000 tonnes. Climat des affaires (Rang sur 183 pays classés au port de Douala. Le Enfi Enfin, par mi les dans le rapport « Doing président Idriss Déby autres grands projets Business » 2012) Itno est venu en disd’intégration d’intégr régionale, Rang sur cuter à Yaoundé avec Yaoundé milite pour la Yaound les 6 pays de la Cemac son homologue cameréalisation d’un corriréalisat CENTRAFRIQUE rounais, Paul Biya, en dor de transport et de 250 km CAMEROUN 2,2 72 14e 182e décembre 2011. Il suit par dévelo développement entre e 25,5 425 19 161 ailleurs avec intérêt le proKribi (Cameroun), jet annoncé mi-mai par le Bangui (Centrafrique) et Bangu 1er 4e 5e 3e groupe français Bolloré, Kisangani (RD Congo), Kisang qui prévoit des bretelles vers actionnaire de référence GUINÉE ÉQU. la Guinée équa équatoriale, le Gabon de Cameroon Railways 22,3 695 33,7 155e (Camrail), de prolonger et le Congo Congo. GABON la voie de chemin de fer du célèbre Transcamerounais OFFENSIVE. S’il part au OFFENSIVE 18 170 27,3 156e service et à la conquête du de Ngaoundéré (Nord) jusqu’à CONGO N’Djamena. marché africain, africai le Cameroun 15 2 816 28,2 181e Le Tchad a des ressources pétrolières res et s’ouvre aussi un peu plus aux minières, le Cameroun lui ouvre ses débouchés bouchés entreprises étra étrangères. Cela se portuaires et ses voies de communication tion pour vérifie dans tous les secteurs, de SOURCES : FMI (AVRIL 2012 ET MISSION PAYS DE MAI 2012), les exporter. L’exemple du pipeline reliantt les deux l’énergie aux matériaux et au BTP, en passant BANQUE MONDIALE, CNUCED pays, exploité par l’américain ExxonMobil, inspire par l’agroalimentaire et les services. Ainsi de d’autres projets. Le Cameroun exporte aussi vers l’offensive des banques africaines, de plus en son voisin des produits agroalimentaires, propose plus nombreuses à s’installer. Le groupe gabole raccordement de leurs réseaux électriques (lire nais BGFI Bank a obtenu en 2010 l’agrément de pp. 84-85) et offre ses compétences techniques. la Commission bancaire de l’Afrique centrale AES-Sonel et la Société nationale d’électricité (Cobac) pour s’implanter à Douala et a lancé son (SNE) du Tchad ont ainsi signé en décembre une activité en mars 2011, dans un marché où d’autres convention de formation et d’échanges permettant acteurs continentaux comme Attijariwafa Bank, à des techniciens tchadiens d’être accueillis sur Banque Atlantique, Ecobank ou United Bank for plusieurs installations d’AES-Sonel. Africa (UBA) collectent déjà l’épargne publique. Autre exemple d’intégration, le 16 mars derLes frontières s’ouvrent et les pays voient grand. nier, Idriss Déby Itno a inauguré à N’Djamena Le Cameroun ne fera plus exception. ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

JEUNE AFRIQUE


Définition et conduite de la politique monétaire

Émission de la monnaie

Conduite de la politique de change

Promotion de la stabilité financière

Gestion des réserves officielles de change

Promotion des systèmes de paiement et de règlement

La Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) est la Banque Centrale de la CEMAC, pilier de la coopération monétaire, fleuron et socle de l’intégration dans la CEMAC.

Communiqué

La BEAC est la Banque centrale commune des six États qui constituent la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale, la CEMAC : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad.

semble des pays de l’UMAC et en garantit la stabilité. Sans préjudice de cet objectif, elle apporte son soutien aux politiques économiques générales élaborées par les États membres. Chargée à ce titre de définir et de conduire la politique monétaire de l’UMAC, de conduire la politique de Les 22 et 23 novembre 1972, furent signés à Brazzaville au change, de gérer les réserves officielles de change des ÉtatsCongo les accords de coopération monétaire, qui portèrent membres, de veiller au bon fonctionnement des systèmes la BEAC sur les fonds baptismaux. de paiement et de promouvoir la stabilité Précieux héritage de leurs liens 1972-2012 : Quarante ans au financière, la BEAC est un organe essenhistoriques et privilégiés noués tiel de l’intégration économique en Afrique service de l’Afrique Centrale Centrale. avant les indépendances, la BEAC témoigne de la ferme volonté des États membres de poursuivre une coopération monétaire Grâce, d’une part, à l’esprit de solidarité et de discipline mutuellement bénéfique, pilier de l’intégration dans la de ses États membres et, d’autre part, à la capacité d’adapsous-région de l’Afrique Centrale. Ce, au service de leurs tation à son environnement en perpétuel mouvement, la Peuples respectifs. BEAC continue de donner satisfaction à tous les acteurs du développement économique et social des États de la La BEAC est un établissement public international afri- CEMAC. Son efficacité, son indépendance et son autorité cain régi par ses statuts, la Convention instituant l’Union sont le gage de la confiance des populations et des entreMonétaire de l’Afrique Centrale (UMAC) ainsi que la prises, africaines ou internationales, en la monnaie émise Convention de coopération monétaire passée entre la par la BEAC. En effet, le franc de la Coopération FinanFrance et les États membres de l’UMAC. cière en Afrique Centrale (franc CFA) est l’une des monnaies africaines les plus stables depuis les indépendances, La BEAC émet la monnaie unique, le franc CFA, ayant du fait, en particulier, d’une politique monétaire rigoureuse cours légal et pouvoir libératoire sur le territoire de l’en- et clairvoyante.

BEAC, Banque des États de l’Afrique Centrale BP 1917, Yaoundé, Cameroun - Tél. : (+237) 22 23 40 30, Fax : (+237) 22 23 34 68 - www.beac.int

MABOUP

Banque des États de l’Afrique Centrale


Le Plus de J.A. STRATEGIE

Luc Magloire Mbarga Atangana « Nous avons une très belle carte à jouer aux États-Unis » Tout en confortant ses exportations sur un marché régional de 250 millions de consommateurs, le pays met le cap sur l’Afrique du Sud et le Maghreb. Le ministre du Commerce explique comment il peut et doit, aussi, prendre des positions en Amérique du Nord.

L

e juste prix… Depuis près de huit ans qu’il occupe les fonctions de ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, 58 ans, a fait de la stabilisation des prix son principal cheval de bataille. Parfois bien seul dans son combat, ce négociateur habile et rompu à l’exercice par une longue pratique au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – où il prend part aux discussions agricoles en tant que porte-parole des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) – multiplie les concertations avec les opérateurs économiques pour améliorer la compétitivité des produits locaux. Promoteur du « made in Cameroon », l’ancien secrétaire exécutif de l’Association bananière du Cameroun (Assobacam) souhaite voir son pays limiter ses importations alimentaires, tout en augmentant la valeur de ses exportations vers la sous-région afin de rééquilibrer la balance commerciale du pays. JEUNE AFRIQUE : Malgré la bonne tenue de ses exportations, le Cameroun affiche une balance commerciale globale déficitaire depuis 2006. Faut-il s’en inquiéter? LUC MAGLOIRE MBARGA ATANGANA :

BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

66

€ À 58 ANS, CE PROMOTEUR DU « MADE IN CAMEROON » occupe ses fonctions depuis près de huit ans.

Nous plaidons auprès de Washington pour la création d’un hub commercial à Douala. On peut le déplorer, mais ce déficit confirme aussi un regain certain de l’activité économique dans le pays, qu’il faut replacer dans la perspective du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi [DSCE, pour la période 20102020, NDLR], visant à faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035. Nous importons essentiellement des N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

carburants, du ciment, des machinesoutils ou encore des équipements électriques, et électroniques car ce sont des produits nécessaires au développement de l’appareil industriel du pays. Le déficit se creuse un peu plus chaque année. Comment inverser la tendance ?

Pour rééquilibrer notre balance

commerciale,nousdevonsexporterencore davantage. L’arrivée de nouvelles unités de production dans l’industrie lourde, notamment, va contribuer à doper nos exportations.Nousdevonségalementnous limiter à l’essentiel, en veillant à répondre surtout aux besoins de notre outil de production. Environ 16 % de nos importations sont encore liées aux produits alimentaires. Dans ce domaine, il faut que le pays atteigne un niveau d’autosuffisance. Cela a été le cas sur la filière avicole: en cinq ans, le Cameroun a arrêté d’importer de la volaille.Cela peutdoncêtrefaitsurd’autres produits, comme le riz ou les céréales. JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières

Rien n’est prévu avec l’Union européenne, qui représente un tiers des échanges dans les deux sens et reste le premier partenaire commercial du Cameroun ?

Nous voulons bien sûr renforcer nos relations traditionnelles avec l’Europe. Les négociations ont été ouvertes pour la création d’un véritable partenariat économique à l’échelle de la Cemac, qui, à terme, devrait également soutenir nos exportations.Enattendantqu’untelaccord se concrétise, nous regardons également vers l’Amérique du Nord, et plus spécialement les États-Unis. Le processus de l’Agoa [African Growth and Opportunity Act] ouvrelepaysauxpartenaireséligibles,dont le Cameroun, qui sont alors exonérés de droitsdedouane.Nousavonsdanscecadre une très belle carte à jouer, notamment sur le secteur des produits alimentaires. Les possibilités existent et nous voudrions désormais bénéficier de l’assistance technique nécessaire pour nous installer sur le marché américain, très complexe et exigeant en matière de normes. Nous plaidons d’ailleurs en ce sens pour la création JEUNE AFRIQUE

+11,8

+ 7,8

Évolution

+ 7,3 + 5,4

du volume de biens et services importés (en %)

+ 4,6

+ 4,1

– 1,2

2013*

2012*

+1

(* prévisions)

d’un hub commercial sur Douala, afin de ne plus dépendre d’Accra, comme c’est le cas actuellement.

rions en exporter tr trois fois plus ; même cons constat pour nos 50 000 t de café. Le gougo vernement est par ailleurs très attentif attent à l’évolution de la filière fruits et légumes, légume à commencer par la banane [dont le Cameroun est le premier exportateur des pays ACP] : nous en expédions 270 000 t/ an, quand le seuil de rentabilité nous imposerait d’en sortir le double.

Comment doper vos montants à l’export et quels sont les secteurs à dynamiser?

Sur quelles autres filières pensez-vous qu’il faut miser ?

– 2,7

– 6,6 2009

2011

2010

Évolution du volume de biens et services exportés (en %)

Pour commencer, nous devons veiller à apporter de la valeur ajoutée à nos produits. L’objectif pour ces prochaines années est donc de développer la transformation locale, en amont des exportations. Sur le bois, il faut poursuivre nos efforts pour transformer sur place les essences rares et nobles. Nous ne transformons que 4 % des 200 000 tonnes de coton que nous produisons chaque année; la marge est, 30,2 % là aussi, importante. Il faut également améliorer la productivité de nos filières classiques, comme le cacao et le café, qui, selon moi, ont un bel avenir : nous exportons 250 000 t de fèves de cacao par an, alors que nous pour-

Le Cameroun a la chance de disposer d’un tissu économique très diversifié. Nous devons en profiter, en nous appuyant sur le cadre stratégique que nous donne le DSCE. Les produits agricoles ont un vrai potentiel. Je pense notamment à l’ananas, à l’avocat et, surtout, à la mangue, déjà très appréciée en Allemagne et dans de nombreux pays d’Asie. La fleur dispose aussi d’un potentiel non négligeable, même si c’est une niche très concurrentielle. Enfin, le poivre de Penja peut également très bien voyager. Ses volumes restent encore confidentiels, avec une trentaine de tonnes exportées par an, mais je suis persuadé que nous pouvons multiplier ce chiffre par dix ou par vingt. En outre, l’intérêt de ces filières est de pouvoir créer et

PRINCIPAUX PRODUITS À L’EXPORT (en % des recettes, hors pétrole)

12,6 % 7,6 %

4,2 %

Bois

Cacao

SOURCE : FMI (AVRIL 2012)

Il faut tout d’abord renforcer notre intégration régionale. C’est l’un des axes prioritaires définis par le chef de l’État, notamment en direction du marché de la Cemac [Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale], élargi aux pays de la Ceeac [Communauté économique des États de l’Afrique centrale], dont le potentiel est estimé à près de 110 millions de consommateurs. Le Cameroun a également la chance d’avoir à l’Ouest un voisin puissant, le Nigeria, qui compte 150 millions d’habitants. Nous sommes donc au cœur d’un marché régional de 250 millions de consommateurs, proche par la taille de celui des États-Unis et sur lequel les produits camerounais trouvent déjà leur place. Nous portons aussi notre attention vers les pays émergents : la Chine, avec laquelle nous échangeons déjà beaucoup, et les autres Brics [acronyme désignant les pays émergents les plus avancés: Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud], comme le Brésil et l’Inde. Une véritable stratégie de diversification de nos marchés à l’export a été mise en place, illustrée par la tenue des Journées économiques et commerciales du Cameroun, dont les éditions 2012 auront lieu au Maroc, aux États-Unis, au Brésil et au Nigeria.

LES EXPORTATIONS PROGRESSENT DE FAÇON CONTINUE

Aluminium

Coton

3,5 %

Café

3,2 %

Caoutchouc naturel

2,7 %

Bananes

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

SOURCE : INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE

Quels marchés le pays vise-t-il pour augmenter ses volumes d’exportation ?

67


68

Le Plus de J.A. fixer des emplois en milieu rural. Je peux également vous parler des matières énergétiques et industrielles. Nos barrages vont avant tout alimenter en électricité le marché domestique, mais aussi celui de nos voisins, comme le Nigeria ou le Tchad.

d’échelle importantes, ce qui est essentiel dans le contexte concurrentiel actuel.

La réalisation d’infrastructures majeures à l’échelle sous-régionale va-t-elle faciliter la conquête de nouveaux marchés ?

Nous mettons en place des politiques incitatives en direction de nos interlocuteurs privés dans le cadre de la Charte des investissements au Cameroun, qui a justement pour but de protéger les investisseurs. Par ailleurs, l’un des

Sans infrastructures, aucun échange n’est possible. Avec l’aide de ses partenaires internationaux, le Cameroun

Quels sont les dispositifs créés pour soutenir les exportateurs et pour attirer les investissements directs étrangers, chroniquement faibles au Cameroun ?

Le port en eau profonde de Kribi nous permettra de densifier nos échanges. est relié à l’ensemble des capitales de la région, et cette toile devrait s’étendre, notamment en direction du Nigeria. La construction du port en eau profonde de Kribi va également renforcer notre compétitivité. Il nous permettra de densifier nos échanges et de faire des économies

grands chantiers du gouvernement est d’élaborer les codes sectoriels destinés à encadrer [les filières] et à rassurer les investisseurs nationaux et étrangers. Nous bénéficions d’une stabilité politique exemplaire dans la région, que nous allons renforcer avec une meilleure

Partager g le sourire e de millions de planteurs planteu urs En tant que leader international et Chef de file mondial dans la gestion de la « Supply Chain », Olam a engagé des partenariats avec les planteurs en Afrique et dans les pays émergents. Nous nous basons sur notre Charte de Développement Durable « Livehood Charter » pour créer un partenariat gagnant avec les planteurs, basé sur la transparence et la confiance. Nous

renforçons les capacités des planteurs en mettant à leur disposition du financement de campagne, en leur fournissant des formations d’outils et des techniques pour améliorer les rendements et la qualité des récoltes et en les mettant en relation avec les principaux marchés mondiaux. Au travers de ces démarches, Olam a contribué à l’amélioration des revenus de plus de 1,5 million d’agriculteurs en Afrique en apportant à nouveau le sourire sur le visage de ceux qui en ont le plus besoin.

Olam est présent en :

Afrique du Sud, Algérie, Angola, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Égypte, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée Conakry, Liberia, Mozambique, Nigeria, Soudan, Tanzanie, Togo, Uganda, Zambie, Zimbabwe. Olam International Limited

9, Temasek Boulevard #11-02, Suntec Tower 2, Singapore 038989 Tel: (65) 63394100 - Fax: (65) 63399755

www.olamonline.com

gouvernance économique en luttant contre le phénomène de corruption. C’est un signal fort que nous voulons envoyer aux investisseurs. Enfin, j’ajoute que le Cameroun a ratifié l’ensemble des conventions internationales d’arbitrage, ce qui constitue une autre mesure incitative importante. Que pensez-vous de l’annonce faite lors de la conférence de l’Union africaine, en janvier dernier, de la création d’une zone de libre-échange sur l’ensemble du continent dès 2017 ?

Le Cameroun y adhère pleinement. À nous de nous tenir prêts quand il le faudra, afin d’assurer la promotion de nos produits avant les autres. Les discussions sont très politiques, mais vont dans le bon sens. Il est en effet important de se rassembler au niveau régional et continental avant de partir à la conquête du marché mondial… La mondialisation est un processus par étapes, qui démarre forcément par la régionalisation. ● Propos recueillis à Yaoundé par OLIVIER CASLIN


Le Cameroun sort de ses frontières DÉCRYPTAGE

Opinions & éditoriaux Alain Faujas

Enfin le réveil?

A

U ROYAUME DE LA BELLE AU BOIS DORMANT qu’est le Cameroun, une mauvaise nouvelle prépare la voie à une bonne : le déficit de la balance commerciale s’est dégradé et a atteint 800 millions de dollars (626 millions d’euros) en 2011… Ce qui veut dire que le pays s’est mis à importer massivement les engins de chantier qui vont lui permettre de réaliser, enfin, les grandes infrastructures qui lui manquent cruellement, à commencer par le fameux barrage hydroélectrique de Lom Pangar, dont le projet remonte à plus de vingt ans ! Le port en eau profonde de Kribi devrait suivre, et l’on peut espérer que le Cameroun commencera dans les prochaines années à corriger le déficit en investissements et à supprimer les goulets d’étranglement qui ligotent son économie.

Ça bouge aussi du côté du comportement du gouvernement vis-à-vis des entreprises, comme le constate André Fotso, président deTAF Investment Group et patron du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam). « La volonté de dialogue affichée par la plupart des administrations, notamment depuis le dernier remaniement ministériel de décembre 2011, est le principal acquis sur lequel nous tablons, déclare-t-il. Nous disposons aujourd’hui de deux plateformes de concertation: le Cameroon Business Forum, rattaché au Premier ministre [Philemon Yang, NDLR], qui travaille à gommer les entraves au développement des entreprises en améliorant le climat des affaires, et le Comité de suivi créé par le ministre de l’Économie [Emmanuel Nganou Djoumessi], dont la mission est de veiller à la mise en œuvre des recommandations pour accélérer la croissance. » Restent quelques obstacles de belle taille. Malgré une croissance de 4,2 % en 2011 et de 4,7 % annoncée pour 2012, le Fonds monétaire international (FMI) a publié le 17 mai un communiqué assez raide à l’issue de sa revue annuelle de l’économie camerounaise, qui déclare que « les dépenses courantes ont dépassé les crédits budgétaires et [que] de nouveaux impayés se sont accumulés ». Pourquoi ? À cause des subventions aux carburants que les autorités ne veulent pas baisser pour ne pas susciter des révoltes telles que celles qui ont agité le Nigeria au début de l’année. On voit mal comment le gouvernement, réputé pour son immobilisme – même par temps calme et quels que soient ses membres – pourrait suivre les

recommandations hardies du FMI préconisant « l’élimination progressive de ces subventions, [qui] pourrait s’accompagner du déploiement d’un dispositif de protection sociale ciblé en faveur des couches les plus vulnérables de la population ». Autre épine dans le pied, la faible intégration régionale. Certes il semble que, d’une part, le commerce se développe avec le Nigeria, et pas seulement en matière de carburants. Et que, d’autre part, les projets routiers et énergétiques auxquels travaillentYaoundé et N’Djamena les relieraient plus étroitement, desservant au passage un Nord camerounais où la pauvreté progresse, selon la Banque mondiale. Mais tout cela est encore dans les cartons, et la médiocrité de l’action de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) en matière de développement des échanges régionaux attire beaucoup de critiques. « Il

On voit mal comment le gouvernement pourrait suivre les recommandations hardies du Fonds monétaire international.

JEUNE AFRIQUE

ne serait pas exagéré de dire que le processus d’intégration en Afrique centrale semble patauger », souligne André Fotso, dont les revendications se limitent pour l’instant à « la mise en œuvre effective du passeport Cemac et à la libre circulation des personnes et des biens dans la sous-région ». Et puis il y a le chancre persistant de la corruption. Le Cameroun a gagné douze places dans le classement 2011 de l’ONGTransparency International, mais il demeure 134e sur 183 pays analysés. Un rang pas vraiment rassurant pour les investisseurs, comme le prouve la triste histoire des baskets Sawa (vendues chez Dover Street Market à Londres, Comme des Garçons àTokyo,WoodWood à Berlin et au Printemps à Paris), qui ont quitté l’an dernier le Cameroun pour l’Éthiopie. Le quotidien économique français Les Échos raconte dans son numéro du 2 mai que toutes les matières premières venaient d’Afrique et que les cordonniers camerounais faisaient merveille. Mais il fallait négocier pied à pied toutes les taxes sur le port de Douala et, au final, leur montant ne permettait plus à la société d’être rentable. C’est donc en raison de la corruption que ses fondateurs ont dû quitter le pays, « la mort dans l’âme ». ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Ministère de l’Eau et de l’Énergie du Cameroun

Centrale thermique de Limbé salle de commande.

Centrale Hydro Metche.

Le Ministère de l’Eau et de l’Énergie est en première ligne dans la stratégie qui doit faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035. Engagé à la fois dans des programmes d’urgence et des projets structurants, il doit améliorer les ressources énergétiques du Cameroun avant d’en faire un pays exportateur.

L’eau, l’énergie, l’émergence

L

e Ministère de l’Eau et de l’Énergie joue une partition décisive dans le cadre du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE). Il contribue activement à faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035. Chargé de concevoir les modalités de mise en œuvre de la politique du gouvernement dans les domaines des ressources en eaux et en énergie, le nouvel organigramme, créé le 9 décembre 2011, met plus en avant le secteur de l’eau. Le MINEE est en train de faire du Cameroun un véritable chantier d’avenir.

française de développement (AFD) et le gouvernement du Cameroun. Le débit accru de la Sanaga va permettre aux deux centrales hydro-électriques présentes sur son bassin versant d’améliorer leur production. La production sera encore augmentée par la centrale en cours de construction par une entreprise chinoise. Près de 5 millions de Camerounais vont bénéficier de ce projet dont le coût intégré est estimé à 200 milliards de francs CFA. Des particuliers, mais aussi des entreprises dont la productivité ne sera plus entravée par les délestages.

Délestages électriques ou pénuries d’eau, sa mission est d’abord d’améliorer le plus vite possible l’accès des citoyens et des entreprises à ces deux ressources. À plus long terme, le MINEE est en charge de projets qui doivent redynamiser l’économie en accélérant son industrialisation. Il est appuyé dans cette tâche par les pouvoirs publics, représenté par le Ministre qui a en charge des sociétés sous tutelles, et par ses nombreux partenaires internationaux.

Du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest

Lom Pangar, la pièce maîtresse

Le 12 avril dernier, le contrat de construction de la centrale hydro-électrique de Memve’ele, sur le fleuve Ntem, dans le sud du Cameroun, a été signé par Monsieur le Ministre. D’une capacité de 201 MW, sa réalisation a été co-financée par l’Exim Bank of China. Sa mise en service est prévue entre 2015 et 2016.

C’est sans doute le projet le plus important sur lequel le MINEE est engagé : la construction d’un barrage d’une capacité totale de 7 milliards de m3 d’eau à Lom Pangar, sur le fleuve Sanaga, à l’est du pays. Son plan de financement a été approuvé en mars dernier par la Banque mondiale, en partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD), la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), la Banque européenne d’investissement (BEI), l’Agence

C’est tout le pays qui est concerné par les grands travaux, à commencer par la capitale, Yaoundé, où la station de la Mefou est en construction. De même la première phase de l’usine d’eau de Yatto est achevé depuis juin 2010. La réhabilitation de nombreuses stations va procurer 200 000 m3 d’eau supplémentaires par jour à la population de la ville. Également en cours : le projet d’alimentation en eau potable de 52 centres dans plusieurs régions, sur financement de la banque belgo-française Dexia.

Barrage Songloulou.

Usine de traitement d’eau.

Usine de traitement d’eau.

Salle des groupes électriques.


INTERVIEW Atangana Kouna Basile, Ministre de l’Eau et de l’Énergie

« Combler le déficit actuel entre l’offre et la demande » Quelles sont les grandes lignes du plan d’action de votre département ministériel ? Le MINEE a d’abord opté pour une stratégie de rattrapage de notre déficit dans les secteurs qu’il gère. Nous mettons un accent particulier sur l’approvisionnement en eau potable dans les milieux urbains et ruraux, à travers la concrétisation des projets d’adduction et de construction de forages. Pour relever le défi énergétique, nous devons aussi concrétiser nos nombreux projets structurants simultanément avec la réalisation du programme d’électrification rurale. Nous nous attelons également à améliorer notre programme de promotion et de diversification des sources d’énergie nouvelles et renouvelables afin de tenir compte des exigences du développement durable. Le MINEE continue par ailleurs d’assurer l’approvisionnement du pays en produits pétroliers et en gaz, en qualité et en quantité. C’est enfin à lui qu’il revient d’élaborer les projets de textes d’application de la nouvelle loi qui régit le secteur de l’électricité. Peut-on espérer voir s’étendre la couverture du territoire en eau et électricité, en 2012, en zone urbaine et rurale ? La réforme du secteur de l’hydraulique, basée sur le partenariat public-privé, s’est concrétisée par la mise en place de deux principaux acteurs : Cameroon Water Utilities Corporation (CAMWATER) et la Camerounaise des eaux (CDE), qui travaillent sous le contrôle des pouvoirs publics. Pendant la période que les pouvoirs publics ont passé à chercher la meilleure formule pour réformer le secteur, il n’y a pas eu d’investissement d’envergure. Or, les villes se sont agrandies et la population urbaine a augmenté. Face à cette situation, la CAMWATER a conçu et mis en place un programme d’investissements prévisionnels sur dix ans dont le coût est estimé à 400 milliards de F CFA, fortement appuyé par les bailleurs de fonds et les pouvoirs publics. Cet ambitieux programme vise à augmenter la production en réhabilitant les réseaux existants, et en les étendant, par de nouvelles constructions, pour atteindre les nouveaux quartiers. Le but est d’ajouter 350 000 abonnés d’ici 2015 au 265 000 actuels. Un certain nombre

Poste de transformation Oyom Abang.

INVEST’ELEC : LES PRIVÉS APPELÉS À CONTRIBUER Lancé en avril par M. Atangana Kouna Basile, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Invest’Elec veut promouvoir les investissements privés dans l’électrification rurale et les énergies nouvelles et renouvelables. Mis en place avec l’Union européenne, il « vise, dans un délai de 36 mois, à renforcer les capacités des entreprises camerounaises en vue d’en faire des opérateurs des services électriques en zone rurale », indique le ministre.

de projets structurants sont en cours de réalisation, ou à un stade de négociation avancé dans tout le pays. En attendant, nous avons lancé un programme hydraulique d’urgence qui vise à apporter de l’eau aux quartiers périphériques et hors réseau CDE de la ville de Yaoundé. La première phase d’implantation de ces structures palliatives, lancée en 2010, est opérationnelle et gérée par les populations elles-mêmes. Et concernant l’énergie ? La volonté du président Paul Biya est de transformer le Cameroun dans le domaine de l’énergie. Il nous faut combler le déficit actuel entre l’offre et la demande des entreprises et des ménages, puis résoudre le défi de la qualité et du coût, avant de penser enfin à l’exportation de l’électricité vers les pays voisins. Depuis novembre 2009, la mise en service de la centrale thermique à fuel lourd de Yassa, à Dibamba, et l’achat ou la location de groupes électrogènes nous a permis de parer au plus urgent. À plus long terme, plusieurs projets structurants sont à des stades avancés de réalisation : on peut citer la construction de la centrale thermique au gaz naturel de Kribi, le barrage-réservoir de Lom-Pangar ou encore l’aménagement hydroélectrique de Memve’ele, sur le fleuve Ntem. Leur répercussion sur le terrain sera visible entre 2013 et 2015.

Ministère de l’Eau et de l’Énergie BP 70 Yaoundé, Cameroun Tél : 00237 22223400 http://www.minee.com

DIFCOM/FC - PHOTOS : R. VAN DER MEEREN / JAGUAR

Lagdo Barrage Hydroélectrique.

COMMUNIQUÉ


Le Plus de J.A.

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ð LA CAPITALISATION DU DSX dépasse les 533 millions d’euros.

investissements dans la sous-région, une grande partie des marchandises à destination de l’hinterland (Tchad et Centrafrique) transitant par le port de Douala. « Le tissu économique et industriel au Cameroun de même que le secteur privé sont, de fait, parmi les plus dynamiques de la sous-région », poursuit le cad cadre du DSX. Au-delà de ce constat, L’État compte les défenseurs de la place le mobiliser financière camerounaise, dont la capitalimillions d’euros sation boursière tourne au Douala Stock actuellement autour de Exchange en 2012 350 milliards de F CFA (533,6 millions d’euros), (5 estiment qu’elle est surtout estime mieux structurée que sa rivale de Libreville. Alors qu’à la BVMAC, seul BOURSE le compartiment obligataire est actif (l’introduction d’une société privée est cependant prévue pour le troisième trimestre de 2012), le DSX dispose en Avec trois sociétés cotées et une succession d’émissions obligataires plus d’un compartiment actions, avec trois entreprises cotées – la Société afriprévues cette année, la place financière camerounaise est bien caine forestière et agricole du Cameroun décidée à s’imposer face à sa rivale gabonaise. (Safacam), la Société des eaux minérales du Cameroun (SEMC) et la Société es chefs d’État de la Communauté deuxième piste propose de déplacer le camerounaise de palmeraies (Socapalm). économique et monétaire de siège de la Bourse régionale à Douala, en « Entre mars 2011 et février 2012, environ l’Afrique centrale (Cemac) avaient créant des antennes nationales dans cha4 millions de titres ont été échangés au donné leur feu vert en 2010. Mais cun des six pays membres de la Cemac, Douala Stock Exchange, pour un montant depuis, le rapprochement entre la Bourse et d’installer le siège de la Cosumaf à global de 40 milliards de F CFA, ce qui des valeurs mobilières d’Afrique centrale Libreville. représente un taux de rotation d’environ (BVMAC, active depuis 2008 et basée à 30 % », précise un courtier, estimant qu’il Libreville, au Gabon) et sa rivale cameACTIONS. « Il est évident que cette ders’agit là d’un résultat honorable. nière option est celle à laquelle nous rounaise, le Douala Stock Exchange (DSX, Pour permettre au DSX de peser qui a démarré ses activités en 2006), est adhérons, car elle est politiquement encore un peu plus face à sa concurau point mort. Le Cameroun et le Gabon plus équilibrée », indique un cadre de rente de Libreville, qui elle aussi s’active se livrent une silencieuse guerre de leala Bourse de Douala, pour dership pour accueillir l’entité régionale lequel nombre d’arguments Avalisé en 2010, le rapprochement censée naître de cette fusion. plaident en faveur d’une entre les deux Bourses régionales Depuis fin 2011, les deux parties ont centralisation des cotations est au point mort. entamé des concertations sous les ausau DSX. À l’instar de la Côte pices de la Banque africaine de dévelopd’Ivoire, qui abrite le siège pement (BAD), appelée à la rescousse de la Bourse régionale des valeurs mobi(la BVMAC s’est recapitalisée à hauteur par la Commission de surveillance du lières (BRVM) en Afrique de l’Ouest, le de 3 milliards de F CFA fin 2011), les marché financier de l’Afrique centrale Cameroun est le poids lourd économique autorités camerounaises multiplient les (Cosumaf ) pour débloquer la situade la sous-région. Avec 21 millions d’habiémissions obligataires. Sur la seule année tion. Les travaux de la BAD ont permis tants, il représente près de la moitié de 2012, 285 milliards de F CFA doivent être de dégager deux options. La première la population et quelque 30 % du PIB mobilisés au DSX par l’État camerounais, préconise le maintien des deux Bourses, de la Cemac, ainsi qu’environ 45 % des dont 20 milliards de F CFA ont déjà été avec une spécialisation de Libreville crédits octroyés par la Banque des États levés en février pour financer les projets d’infrastructures. ● dans la cotation de titres obligataires de l’Afrique centrale (Beac). Il constitue et de Douala dans celle des actions. La l’une des principales portes d’entrée des STÉPHANE BALLONG

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

434,5

Douala défie Libreville

L

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

JEUNE AFRIQUE


Société camerounaise des dépôts pétroliers TOUJOURS PLUS PERFORMANTE POUR VOUS SERVIR

Depuis 1979, la Société camerounaise des dépôts pétroliers met à disposition des Camerounais les produits pétroliers nécessaires à l’exercice de leurs activités. Elle continue d’améliorer ses capacités et ses services à travers un ambitieux plan d’investissement.

L

a Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) a été créée le 1er juillet 1979 pour faire face aux problèmes alors fréquents d’approvisionnement en hydrocarbures au Cameroun. Sa principale mission est de satisfaire les consommateurs camerounais en mettant à leur disposition, sans ruptures, des produits pétroliers en quantité et qualité suffisante à travers ses treize dépôts. Son montage orignal, qui en fait une société anonyme à participation publique et privée (51 % État, 49 % partenaires étrangers), lui permet de dégager les moyens nécessaires à sa constante modernisation à travers des règles managériales modernes. La SCDP exécute actuellement un plan d’augmentation de ses capacités de stockage à l’horizon 2016.

Un ambitieux plan d’investissement à l’horizon 2016 • Réhabilitation de bacs L’augmentation des capacités de stockage à la SCDP passe d’abord par la réhabilitation de ses bacs placés hors service pour travaux. Ces travaux de réhabilitation concernent principalement le dépôt de Bessengué, à Douala.

• Construction de nouveaux bacs Elle passe aussi par la construction de nouveaux bacs pour produits blancs - gazole, super et DPK (Dual Purpose Kerosene) - dans cinq dépôts, à Yaoundé (deux dépôts), Bélabo, Ngaoundéré et Bafoussam. Il est également la construction à Bonabéri et à Yaoundé de deux sphères de stockage de GPL.

• Le terminal hydrocarbures de Kribi La construction du terminal hydrocarbures au port en eaux profondes de Kribi comprend : - un appontement pétrolier pouvant recevoir deux tankers en même temps ; - un dépôt terminal d’une capacité

nominale de 300 000 m3 de produits pétroliers ; - un réseau de pipeline reliant l’appontement pétrolier au dépôt terminal et aux différents quais du port.

• Dépôt de Nsam Suite à la catastrophe mortelle survenue le 14 février 1998, à Nsam, la SCDP et le gouvernement camerounais se sont engagés dans un programme de modernisation et de sécurisation des treize dépôts nationaux. À Nsam a été construite en 2010 l’une des plus grandes platesformes de stockage et de distribution de la SCDP, ainsi qu’une stèle à la mémoire des disparus.

• Augmentation des capacités des dépôts existants Depuis 2010, la SCDP a lancé un programme d’augmentation de ses capacités de stockage à l’intérieur des dépôts existants. À l’horizon 2014, près de 52 000 m3 d’espace supplémentaire de produits blancs et environ 2 700 tonnes de stockage en GPL seront construits.

DIFCOM/DF - PHOTOS : RENAUD VAN DER MEEREN/ÉDITIONS DU JAGUAR

Société camerounaise des dépôts pétroliers

BP 2271 - Douala, Cameroun - Tél. : +237 342 87 54 / 342 86 94 - www.scdp.cm

< PLATE-FORME PÉTROLIÈRE AU LARGE DE LIMBÉ.

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TRAVAUX DU PORT DE KRIBI.

TRAVAUX DU PORT DE KRIBI.


Le Plus de J.A.

BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

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€ PARMI LES ACTIONNAIRES DU GROUPE DE PAUL FOKAM figure la banque de développement néerlandaise, FMO. BANQUES

Afriland First Bank vise la première place

Le groupe camerounais, deuxième opérateur du secteur en Afrique centrale, se développe désormais dans l’ouest du continent. Après le Liberia, il s’apprête à ouvrir une filiale en Guinée.

D

es filiales leaders sur leur marché en Guinée équatoriale et au Congo, sur la deuxième marche du podium au Cameroun, d’autres qui montent en puissance en RD Congo et à São Tomé e Príncipe, de nouvelles branches en Zambie, au Liberia et, bientôt, en Guinée, des représentations en France et en Chine… La petite banque née il y a près de vingt-cinq ans des Caisses de coopératives du Cameroun compte désormais parmi les principaux opérateurs du continent. Si, avec un résultat net de 22,6 millions d’euros et un total de bilan de plus de 1,7 milliard d’euros pour l’exercice 2010, elle est encore loin d’Ecobank (7,9 milliards d’euros de total de bilan pour la même année et trente implantations en Afrique subsaharienne) ou de Bank of Africa (3,2 milliards d’euros de total de bilan en 2010), Afriland First Bank Group N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

une filiale au Liberia, en mars 2011. Le groupe de Paul Fokam, qui avait déjà tenté une première expérience en Afrique de l’Ouest avec une prise de participation minoritaire dans le capital d’Access Bank Côte d’Ivoire (ex-Omnifinance), semble vouloir y faire son retour en ciblant, cette fois-ci, des marchés nettement moins concurrentiels. Pas de liste prédéfinie de pays à conquérir, explique Albert Nigri, directeur général du groupe: « Nous analysons les opportunités en nous assurant que notre modèle bancaire est adaptable au pays et décidons en fonction de notre capacité à rentabiliser rapidement l’investissement. » La banque a ainsi obtenu en janvier 2012 un agrément en Guinée-Conakry, où elle s’apprête à démarrer ses activités, Afriland First Bank Guinée étant doté d’un capital d’environ 5,1 millions d’euros. PME ET PARTICULIERS. Au-delà de son

expansion géographique, c’est surtout par sonpositionnementquelecamerounaisse distingue de la concurrence. Alors que la grande majorité des banques opérant sur le continent se tourne vers une clientèle de grandes entreprises et de particuliers aisés, Afriland First Bank cible en premier lieu les PME, les jeunes entrepreneurs et des populations ayant peu accès aux services bancaires. « Les grandes entreprises et particuliers aisés représentent environ 2 % du marché en volume ; nous, nous nous adressons à une base de clientèle plus large », explique Albert Nigri. Un positionnement qui intéresse les agences internationales de développement. Afriland First Bank a pu compter dès ses débuts sur le soutien de la banque de développement néerlandaise, FMO. C’est d’ailleurs le seul investisseur auquel le fondateur et actionnaire majoritaire a accepté d’ouvrir le capital de son groupe.

se classe cependant au deuxième rang des institutions financières d’Afrique centrale, juste derrière le gabonais BGFI Bank (2,1 milliards d’euros de total de bilan en 2010). À l’origine de ce succès, une stratégie d’expansion engagée en 1994, avec l’ouverture d’une filiale à Malabo, CCEI Bank GE, « Nous nous décidons en fonction devenue leader en Guinée de notre capacité à rentabiliser équatoriale (avec un total rapidement nos implantations. » de bilan de plus de 1 milALBERT NIGRI, directeur général du groupe liard d’euros en 2011) et première contributrice aux résultats du groupe. Après avoir ainsi En 2010, FMO a injecté près de 19,2 milposé les bases d’une solide implantation lions d’euros dans Afriland First Bank en Afrique centrale, l’institution tente Group, dont 6 millions en fonds propres et depuis 2010 d’étendre son réseau au le reste sous forme de prêt. D’autres orgareste du continent. nismes, comme le norvégien Norfund ou Elle a pris pied en Zambie en rachetant encore l’allemand DEG, suivent aussi de 80 % du capital d’Intermarket Banking près l’évolution du géant camerounais. ● Corporation et, dans la foulée, a ouvert STÉPHANE BALLONG JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières SERVICES

À l’assaut de Goliath Sur le marché du transfert d’argent, des sociétés nationales réussissent à percer face à Western Union et MoneyGram. Leurs armes : un maillage étroit du territoire et une offre diversifiée.

U

pays et ne s’interdisent rien, nouant des partenariats avec les majors du secteur et avec des banques pour leurs transactions avec l’étranger. EXCLUSIVITÉ. Dans ce cadre, leur objectif est d’obtenir la suppression de la clause d’exclusivité, qui les oblige à signer avec un seul partenaire à la fois. Denis Homsi, ancien patron de Money Flash, estime faire les frais de cette disposition : malgré les 100 millions de F CFA (152 000 euros) investis pour lancer son entreprise, il a été contraint d’en interrompre l’activité. Pour être rentable, il a choisi de s’allier avec Western Union, dont il est aujourd’hui l’un des principaux partenaires au Cameroun. Money Flash lui rapportait à peine 5 % de ce que lui procure cette association (entre 150 et 200 millions de F CFA par an). Dans ce marché encore très ouvert, les sociétés sont surtout pénalisées par le manque de fiabilité des réseaux de communication. Les opérateurs camerounais déplorent par ailleurs que l’État ne les protège pas mieux en leur accordant, par exemple, l’exclusivité de l’énorme marché intérieur. « Il n’est pas normal que le marché interne du transfert d’argent soit dominé par MoneyGram ou Western Union, auxquels l’État fait un véritable pont d’or », insiste Denis Homsi. ●

ne cinquantaine de sociétés internationales. Fier de son produit de transfert d’argent sont phare, Express Union Mobile, accesdésormais répertoriées au sible à tous les opérateurs de téléphonie, Cameroun. À travers tout le Albert Kouinche, fondateur de l’entrepays, des milliers de guichets ont fleuri, prise, se vante ainsi de couvrir les zones dans les banques, les supermarchés, les les plus reculées grâce à un partenariat agences de voyages… jusque dans les bars technique avec des ingénieurs indiens. Pariant aussi sur la diversification et les cybercafés. Leur objectif : grignoter des produits pour mieux répondre aux les parts de marché des deux leaders mondiaux, Western Union et MoneyGram. Ces besoins de ces clients souvent modestes, derniers gardent de bonnes longueurs d’avance grâce Les entreprises souffrent surtout à la confiance qu’ils insdu manque de fiabilité des pirent, à leur réseau étendu réseaux de communication. et à leurs partenariats avec d’autres organismes financiers. Mais ils souffrent aussi de quelques il propose parallèlement des services handicaps, dont l’absence de services d’épargne et de crédit de faible monannexes dans leur offre ou leur coût tant, pour le financement de microprojets. Ses concurrentes – une dizaine élevé. Une faiblesse à laquelle Western Union veut remédier : il a annoncé une de sociétés se démarquent – ont peu ou importante baisse de ses tarifs pour les prou la même démarche, notamment transferts d’argent à l’intérieur du pays. Money Express, filiale d’une entreprise Un coup porté aux sociétés locales et à sénégalaise, ou Money Cash, filiale de la première d’entre elles, Express Union. Banque Atlantique. Elles quadrillent le CLARISSE JUOMPAN-YAKAM Créée il y a une dizaine d’années avec deux agences, l’entreprise en compte GÉNÉREUSE DIASPORA aujourd’hui 415 et emploie 2 400 salariés au Cameroun. Également présente DIVERSES ÉTUDES L’ATTESTENT : les transferts d’argent de la diaspora dans les autres pays de la Communauté en direction du Cameroun ne cessent de croître. Selon la Conférence économique et monétaire de l’Afrique des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), centrale (Cemac) avec une cinquantaine si cette évolution s’est faite en dents de scie entre 1980 et 1995 – avec une chute vertigineuse en 1991 (7,3 millions de dollars, contre, d’agences, elle vient de s’implanter en RD Congo, ainsi qu’au Bénin pour pourpar exemple, 32,6 millions de dollars en 1989) –, elle se situe désormais suivre son développement en Afrique sur une courbe ascendante. La hausse a connu un coup d’accélérateur de l’Ouest (elle avait pris pied en Côte en 2003, les envois des migrants camerounais passant cette année-là d’Ivoire en 2009). de 35,4 millions de dollars à 75,5 millions, puis à 103,4 millions en 2004, jusqu’à friser 167 millions en 2008 (soit 0,8 % du PIB) et 206,2 millions Sa stratégie vise à tisser sa toile au plus près de la clientèle, en particulier en 2011 (environ 159 millions d’euros). En France, le Cameroun figure au troisième rang des pays africains destinataires de transferts, dans les zones rurales, où elle fait même circuler des guichets mobiles, prenant derrière le Maroc et le Sénégal. ● C.J.Y. le contre-pied des grosses pointures

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TRADEX

UN LEADER PÉTROLIER CAMEROUNAIS POUR L’AFRIQUE

Lancement de TRAD’CARD.

Spécialiste du négoce pétrolier et de la distribution au Cameroun et en Afrique centrale, TRADEX SA n’en finit plus d’étendre ses activités. Nouveau partenaire de la compagnie aérienne Camair-Co, elle lance la trad’CARD pour les clients de ses stations-service. TRADEX SA, Société de trading et d’exportation de pétrole brut et de produits pétroliers, a été créée en 1999 en partenariat entre la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et des investisseurs privés camerounais et étrangers. Alors spécialisée dans le négoce, elle commence en 2002 à diversifier ses activités dans l’approvisionnement, le soutage maritime puis la distribution, en 2006, dès la libéralisation de ce marché au Cameroun.

Outre vers le Tchad, elle assure les exportations de produits pétroliers vers la République du Congo, la République Centrafricaine ou encore la Guinée-Équatoriale. À l’affût des opportunités, TRADEX créé en 2006 TRADEX Centrafrique en rachetant un réseau d’une vingtaine de stations-service. Déjà leader au Cameroun dans ce secteur, elle prépare son entrée dans le marché de la distribution au Tchad avec la construction de deux stations-service cette année.

Depuis avril dernier, TRADEX est le nouveau fournisseur de carburant de la compagnie aérienne Camair-Co. La société fait son entrée dans le club des entreprises agréées pour les soutes aviation. Un mois plus tôt, elle avait remporté un contrat de fourniture de produits carburants et lubrifiants avec CWE, l’entreprise chinoise chargée de la construction du barrage hydroélectrique de Lom-Pangar, un projet stratégique pour le gouvernement. Deux projets qui sont aussi des challenges pour TRADEX.

UN LEADER DE LA DISTRIBUTION ET DE L’INNOVATION TRADEX, c’est aujourd’hui l’une des dix entreprises les plus performantes au Cameroun, avec un chiffre d’affaires de 115 milliards de FCFA en 2011, dont 94 issus de l’activité « distribution ». Elle compte dans son pays d’origine 32 stations-service et un vaste programme d’implantation de nouveaux sites. La dernière station en date a été inaugurée en décembre dernier à Yaoundé. La confiance des clients à l’égard de TRADEX se traduit par une part de marché de près de 14 %.

UN EXEMPLE D’INTÉGRATION RÉGIONALE Ambitieuse, TRADEX étend ses activités hors du Cameroun dès 2004, date de création de sa première filiale, au Tchad, pour devenir un leader de l’exportation de produits pétroliers vers les pays de la zone CEMAC. Son but : être un acteur majeur dans le secteur pétrolier africain et faire du Cameroun l’un des plus importants centres de distribution d’Afrique subsaharienne.

COMMUNIQUÉ

Avec l’innovation inscrite dans son code génétique, l’entreprise avait déjà lancé au début de l’année 2011 « TRADEX lubrifiants », une gamme d’une soixantaine de produits répondant aux normes de l’industrie avec une spécificité, insuffisamment prise en compte : l’adaptation à l’environnement africain et la résistance à des conditions sévères de circulation. Elle poursuit aujourd’hui ses efforts avec la « trad’CARD ».


« NOTRE EXPERTISE ET NOTRE SAVOIR FAIRE SONT RECONNUS » Interview de Perrial Jean Nyodog, directeur général de TRADEX Que représente pour vous la signature de contrats de fourniture avec Camair-Co et avec l’entreprise chinoise CWE, chargée de la construction du barrage de Lom-Pangar ? Perrial Jean Nyodog : C’est un honneur pour TRADEX de devenir le fournisseur de la Camair-Co, une entreprise dont l’importance n’a d’égal que la place qu’elle occupe dans le cœur des Camerounais. C’est une fierté de savoir que désormais, ses avions voleront avec du carburant fourni par une société pétrolière nationale. C’est la preuve que notre expertise et notre savoir faire sont reconnus et valorisés, puisque nous avons remporté ce contrat à la suite d’un appel d’offres passé par la compagnie. Nous éprouvons la même fierté pour avoir été retenu pour le contrat de CWE. La fourniture en carburants d’un projet de cette envergure exige une expertise particulière tant en termes de qualité de produits pétroliers et d’organisation logistique que de respect de l’environnement. TRADEX est par ailleurs heureuse de contribuer à sa manière aux grandes réalisations promises par le président de la République, Son Excellence Paul Biya.

Tradex a poursuivi l’extension de son réseau en 2011. Quels sont ses objectifs pour 2012 ? Perrial Jean Nyodog : Notre entreprise a conforté en 2011 sa position d’acteur majeur du secteur pétrolier aval au Cameroun et en Afrique centrale, avec l’activité distribution qui est devenu notre « business ». Nous avons ouvert sept nouvelles stations-service pour atteindre 32 points de vente et une part de marché de 14 %, soit 1 point de plus qu’en 2010. Nous bénéficions de la plus forte progression du marché avec11%, presque le double du marché national et de nos principaux concurrents. Alors que le taux d croissance du PIB devrait se situer à 4.5 % en 2012 au Cameroun, Tradex devra non seulement maintenir un rythme soutenu d’ouverture de nouvelles stations-service, cette année, mais aussi conforter son portefeuille d’activités au Cameroun et dans la zone CEMAC. L’activité des filiales sera renforcée et des marchés nouveaux prospectés. Il s’agit pour nous de mettre en service au moins sept nouvelles stations-service, notamment dans le grand-ouest et le septentrion camerounais.

Signature du contrat de fourniture de carburant à Camair co.

À gauche, le directeur général de TRADEX, Perrial Jean Nyodog.

Le directeur général de TRADEX, Perrial Jean Nyodog reçoit la médaille d’honneur du Travail

TRADEX SA Douala Littoral, - 1468 Cameroun (+237) 33 43 63 75 / (+237) 33 43 63 76 TRADEX@TRADEXsa.com www.TRADEXsa.com

Lancement Tradex Lubrifiants

TRAD’CARD

Yaoundé accueille 13 stations-service TRADEX. Ici à Ahala.

DIFCOM/FC - PHOTOS : DR

TRAÇABILITÉ, SÉCURITÉ, RÉDUCTION DES DÉPENSES

TRADEX a lancé en avril la trad’CARD. Cette carte à puce privative prépayée ou post-payée, véritable porte-monnaie électronique, permet de bénéficier des produits et services TRADEX sans avancer de liquidités. Elle apporte une réponse aux particuliers et entreprises qui souhaitent maîtriser leurs dépenses carburant en toute confiance vis-à-vis de leurs employés. Résultat : la traçabilité, la sécurité, la réduction des dépenses et donc la profitabilité sont assurés. Munie d’un système de suivi automatique d’utilisation (système de radioidentification, RFID), la trad’CARD offre la liberté de fixer le plafond de ses consommations en volume et en valeur. Elle donne également la possibilité de restreindre l’utilisation de la carte à des jours de la semaine, à des espaces géographiques ou à des horaires. La trad’CARD est disponible à la direction commerciale de TRADEX, immeuble Socarto, à Douala, et à TRADEX Bastos, à Yaoundé. Sa distribution s’étendra progressivement aux autres régions du Cameroun et aux pays africains où sont implantées des filiales de TRADEX SA.


RENAUD VANDERMEEREN/JAGUAR

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€ L’AXE DOUALA-N’DJAMENA-BANGUI est en cours d’aménagement (ici près de Bertoua). CHANTIERS

De l’inertie à la mobilité

Pour en finir avec sa crise de croissance, le pays doit combler son énorme retard en infrastructures. Les projets prennent enfin corps. Principal secteur ciblé, celui des transports.

C

est tout un symbole. Il est Ces derniers ont pourtant décidé de à peine 8 heures du matin passer à l’action, et le deuxième pont sur à Douala et l’unique pont le Wouri, si souvent promis, devrait être qui, depuis les années 1950, terminé en 2015. L’opacité dans l’attribuenjambe le fleuve Wouri est embouteillé. tion des marchés publics a certes retardé le Un peu plus tôt, un poids lourd a épardémarrage des travaux (initialement prévu pillé ses balles de coton sur la chaussée. en février dernier, ils commenceront début Les camions bondés de conteneurs vont 2013), mais les études de faisabilité ont mettre plus de trois heures pour parcourir été réalisées, et, plus important encore, le les 15 km qui séparent la zone indusfinancement de 185 millions d’euros a pu trielle de Bonabéri, où sont concentrées être bouclé grâce à un prêt de 100 millions les plus grandes entreprises de la ville d’euros accordé par l’Agence française de – et donc du pays –, du port de Douala, développement (AFD). Douala, qui voit porte maritime du Cameroun chaque jour 80 % de ses approvisionneet de la Communauté écocoments en tout genre traverser le fleuve, nomique et monétaire re va pouvoir respirer. Le coût de l’Afrique centrale La construction de ce pont du complexe (Cemac). Un vérifigure en bonne place dans la liste portuaire de Kribi table goulet d’étrandes grands projets structurants est estimé à glement, « qui fait identifiés dans le Document de peser une menace stratégie pour la croissance et milliards d’euros inacceptable sur les l’emploi (DSCE 2010-2020), comactivités et les échanges pl plété depuis par le plan Cameroun, commerciaux de la soususVision 2035 – car c’est en 2035 que le Visi région », s’emporte l’un des d pays compte accéder au statut de pays principaux opérateurs de la place, qui met émergent. Le gouvernement entend en cause « l’immobilisme des pouvoirs notammentfairepasserleproduitintérieur publics ». brut (PIB) par habitant de 1 200 dollars

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(926 euros) en 2011 à 3900 dollars en 2035, à un rythme de croissance moyen de 5,5 % par an… Pour y parvenir, il n’a d’autre choix que de s’équiper des infrastructures qui manquent cruellement au pays et qui, selon les projections des économistes, permettraient de gonfler le PIB de 4,5 points. Outre les grands chantiers énergétiques (lire pp. 84-85) et de télécommunications (lire ci-contre), le principal secteur ciblé est celui des transports, dans ses différents modes. TRAIT D’UNION. Coupé en deux faute d’un

réseau routier performant entre le sud et le nord du pays, mal connecté à ses voisins, le Cameroun « ne peut tenir le rôle de trait d’union entre l’Afrique centrale et l’Afrique del’Ouestauquelsapositiongéographique lui permet de prétendre », estime un expert de la Banque africaine de développement (BAD) à Yaoundé. L’institution financière fait partie des bailleurs de fonds les plus présents sur le dossier routier, avec en ligne de mire « la densification du réseau intérieur, pour notamment désenclaver les zones agricoles, ainsi que la connexion du Cameroun aux autres pays, afin de JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières renforcerl’intégrationrégionale»,explique Samba Tounkara, chargé de programme pour la BAD. Trois axes majeurs sont en cours d’aménagement, qui seront livrés à partir de 2015, pour un montant total de près de 300 millions d’euros: le premier au départ de Douala vers N’Djamena et Bangui, le deuxième vers le Nigeria et le troisième entre Yaoundé et Brazzaville. Ces corridors doivent être complétés par un réseau de routes secondaires « favorisant le développement économique et social des populations locales », précise Samba Tounkara. Parallèlement, l’État a engagé d’autres projets, parmi lesquels la construction de l’autoroute Douala-Yaoundé, dont le chantier doit démarrer avant la fin de l’année. Début mars, le gouvernement a obtenu un prêt de 367 millions d’euros de China Exim

estimé à 22,8 milliards d’euros, est assuré par la Chine et l’État camerounais à travers un partenariat public-privé. S’y ajouteront ensuite des travaux soutenus par la BAD, pour étendre le réseau jusqu’à N’Djamena et à la frontière soudanaise, puis, à plus long terme, vers Bangui. KRIBI,TÊTE DE PONT. En matière d’infras-

tructures, le grand projet camerounais reste la construction du complexe portuaire de Kribi. Le port en eau profonde prévu à l’origine est aujourd’hui devenu « le premier projet industriel de la Cemac », selon Patrice Melom, coordinateur du dossier au sein de la Société nationale d’investissement (SNI). D’un montant global de 10 milliards d’euros, selon les dernières estimations du gouvernement (en mars), le projet comprend donc un port en eau profonde – devant Selon les économistes, ces être réalisé d’ici à 2040 – qui équipements devraient permettre pourra accueillir des navires de gonfler le PIB de 4,5 points. d’un tirant d’eau de 16 m et d’une capacité maximale Bank pour le financement d’une première de 100 000 tonnes. Il comprend en outre tranche de 80 km au départ de Douala. le développement, sur 26 000 ha, d’une Deux lots restent à distribuer pour la réazone industrielle et d’une ville nouvelle lisation de cette route de 215 km (à deux de 100 000 habitants. La première phase voies dans chaque sens), dont le coût total des travaux, d’un montant de 430 milest estimé à plus de 750 millions d’euros. lions d’euros – dont 315 millions prêtés par China Exim Bank –, a été confiée à Pour le volet ferroviaire, le gouvernement camerounais a dévoilé en février son China Harbour Engineering Company nouveau plan de développement, avec la et lancée en février pour une livraison prévue en 2014. Elle porte sur le dragage réalisation en deux phases de 3500 km de voies, qui viendront compléter le réseau du chenal d’accès à 18 m de profondeur, la existant à l’horizon 2020. L’investissement, construction d’une digue de 3 km de long

pour protéger les futurs bassins et celle d’un terminal à conteneurs d’une capacité annuelle de 400000 conteneurs équivalent vingt pieds (EVP, unité correspondant à environ38,5m3),pourlequelBolloréAfrica Logistics s’est déjà positionné. Viendront ensuite un terminal pour l’aluminium, visant un trafic annuel de 1,5 million de tonnes d’alumine et dont la construction est confiée à Rio Tinto Alcan; un terminal hydrocarbures d’une capacité de 3 millions de tonnes par an, financé par l’armateur Camship et la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) ; ainsi qu’un appontement consacré au fer, pour évacuer le minerai extrait par Cam-Iron du gisement de Mbalam, situé à 450 km à l’est et qui doit être relié au port par voie ferrée. Le complexe industriel accueillera d’autres équipements structurants, dont la centrale thermique de Kribi Power Development Corporation, en cours de construction (voir p. 85), ou le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel qu’étudient la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et le français GDF Suez (lire p. 89). En tant que port minéralier et plateforme de transbordement pour la sousrégion, Kribi prendra le relais du port de Douala, régulièrement confronté à des problèmes d’ensablement de son chenal, et entrera en concurrence directe avec ceux de Pointe-Noire (Congo) et de Malabo(Guinéeéquatoriale)pour,l’espère Patrice Melom, « devenir la nouvelle porte d’entrée de la Cemac ». ● OLIVIER CASLIN, envoyé spécial

Opération haut débit Le réseau de fibre optique Central Africa Backbone se déploie. Le Cameroun et le Tchad sont désormais interconnectés.

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epuis la mi-mars, le Cameroun est chargé du projet à Yaoundé pour l’instiofficiellement relié au Tchad par tution de Bretton Woods. une connexion haut débit Il s’agit donc de déveà fibre optique. Cinq ans après son lopper un réseau de adoption par les chefs d’État de 2 660 km entre les la Communauté économique et points d’atterrissekm monétaire de l’Afrique centrale ment des différents de câbles sont (Cemac), le programme Central câbles sous-marins déjà installés au Cameroun Africa Backbone (CAB) se déploie, sur le littoral et les dix soutenu à hauteur de 165 millions pays de la Communauté d’euros par la Banque mondiale.. économique des États de ir l’Afrique centrale (Ceeac, « L’objectif est de combler le trou noir de l’Afrique », explique Jérôme Bezzina, qui regroupe l’Angola, le Burundi, la JEUNE AFRIQUE

5 500

RD Congo, São Tomé e Príncipe ainsi que les six pays de la Cemac), auxquels s’est joint le Niger, et de le raccorder, à terme, à l’Eastern Africa Submarine Cable System (Eassy) via le réseau soudanais. PIPELINE NUMÉRIQUE. Connecté

depuis Douala au câble sous-marin SAT-3, en attendant l’arrivée de l’Africa Coast to Europe (ACE) à Kribi et du West Africa Cable System (WACS) à Limbé, le Cameroun s’appuie sur les 1 000 km de câbles à fibre optique posés le long du pipeline Tchad-Cameroun, qui lui ont permis de développer son propre réseau de 5 500 km à travers les dix régions du pays. ● O.C. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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a société publique Electricity Development Corporation (EDC), créée en 2006 pour gérer le patrimoine électrique du Cameroun, met en œuvre l’un des plus grand projet infrastructurel national : le barrage de Lom Pangar. Cinq millions de Camerounais devraient en bénéficier dès 2014. Electricity Development Corporation (EDC), une société à capital public, est le gestionnaire du patrimoine national camerounais dans le secteur de l’électricité et le maître d’œuvre de tout projet d’infrastructure confié par l’État dans ce domaine. Depuis sa création, en 2006, le projet de Lom Pangar accapare une grande partie de son énergie et de ses compétences.

Lom Pangar

Lien du Cameroun avec le courant

EDC coordonne la construction de ce barrage d’une capacité totale de 7 milliards de m3 d’eau construit à Lom Pangar, sur le fleuve Sanaga, à l’est du pays. Son plan de financement a été approuvé en mars dernier par la Banque mondiale, en partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD), la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), la Banque européenne d’investissement (BEI), l’Agence française de développement (AFD) et le gouvernement du Cameroun.

5 millions de bénéficiaires Le débit accru de la Sanaga va permettre aux deux centrales hydroélectriques présentes sur ses rives d’améliorer leur production. Une production encore augmentée par la centrale en cours de construction par une entreprise chinoise. Près de 5 millions de Camerounais vont bénéficier de ce projet dont le coût intégré est estimé à 200 milliards de FCFA. Des particuliers, mais aussi des entreprises dont la productivité ne sera plus entravée par les délestages. La construction du barrage réservoir de Lom Pangar permettra de pallier la baisse tendancielle des apports de la Sanaga observée ces dernières années. Son objectif : régulariser le débit du fleuve pour le porter à 1040 m3/s durant l’étiage, contre 640 aujourd’hui. Sa mise en service, prévue en 2014, constitue la pierre angulaire des grandes réalisations du président Paul Biya.

Après Lom Pangar : Mbakaou, Bamendjim et Mapé Preuve de sa volonté, le gouvernement a financé les travaux préparatoires à la construction du barrage avant même le décaissement des fonds promis par les bailleurs internationaux. Après avoir achevé sa réalisation, EDC devra encore accueillir et gérer de manière optimale les trois barrages de régularisation de Mbakaou, Bamendjim et Mapé.

MESSAGE

POTENTIEL HYDROÉLECTRIQUE DE LA SANAGA

PROJET DU BARRAGE DE LOM PANGAR.


Théodore Nsangou, directeur général d’EDC

Comment EDC a pris en charge la réalisation du barrage de Lom Pangar, son premier grand projet ? EDC a hérité de toutes les études de préparation du projet réalisées par la Société nationale d’électricité (Sonel), dans les années 90, avant sa privatisation, l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (ARSEL) et le Ministère de l’Énergie et de l’Eau (MINEE), du début des années 2000 à 2008. Ces études ont été complétées par EDC lorsque la société est entrée en activité en 2008. Parallèlement, EDC a engagé des négociations avec la Banque Mondiale et obtenu un financement pour finaliser la préparation du projet conformément aux standards internationaux. Il faut signaler que l’Agence française de développement (AFD) a été d’un appui décisif grâce au financement qu’elle a mis à la disposition du gouvernement pour la réalisation des études. Le Cameroun a lancé les travaux avant que les bailleurs ne décaissent leurs contributions. Qu’est ce que cela dénote de la part des autorités ? Le calendrier du projet était très serré du fait de l’urgence d’alléger le déficit énergétique actuel. C’est pourquoi le gouvernement a financé dès 2010 les travaux préparatoires, notamment la construction de la cité du maître d’ouvrage et la réalisation de la route Belabo-Lom Pangar,sans attendre les fonds des bailleurs qui seront disponibles dans quelques mois. Il lui en a coûté 46,8 milliards FCFA. L’État camerounais a ainsi donné un signal fort à ses partenaires quant à sa volonté de réaliser le projet Lom Pangar, mais également quant à sa conviction sur la place centrale qu’il accorde à ce projet structurant, dans la stratégie de développement du secteur énergétique impulsée par le président de

PAUSE DES POUTRES MÉTALLIQUES DE L’OUVRAGE DE FRANCHISSEMENT.

la République, Son Excellence Paul BIYA. Le gouvernement fait évidemment confiance à tous les bailleurs qui ont déjà annoncé leur niveau de participation. À ce jour, la BAD et la BDEAC ont signé une convention de financement avec le gouvernement pour 53 milliards FCFA. Celle de la Banque Mondiale ne saurait tarder car son conseil d’administration a donné son accord le 27 mars dernier à hauteur de 65,9 milliards FCFA. L’AFD a annoncé tout récemment l’accord de financement pour un montant de 40 milliards FCFA et la BEI suivra certainement le pas très bientôt.

« Un signal fortD du Cameroun à Rses partenaires » Quelles précautions ont été prises en termes d’indemnisation et de réinstallation ? Les personnes affectées par le projet bénéficient d’indemnisations individuelles à caractère économique conformément au Plan d’indemnisation et de réinstallation (PIR) réalisé par EDC et au décret d’indemnisation relatif. Ces indemnisations concernent les cultures dont les prix ont été calculés sur la base d’une grille de prix nationale, réévaluée légèrement à la hausse et approuvée par les bailleurs de fonds du projet. De manière spéciale, le gouvernement a permis que les pêcheurs, les éleveurs et les orpailleurs soient aussi indemnisés. S’agissant de la réinstallation, la politique opérationnelle de la Banque Mondiale sur les réinstallations involontaires, qui est appliquée, préconise que les personnes affectées soient recasées par le maître d’ouvrage. On ne remet pas de l’argent, mais on construit la case. Un nouveau village de Lom Pangar a ainsi été bâti. Des actions supplémentaires en termes d’emploi et de santé, pour le soutien du niveau de vie, ont été prévues dans le PIR.

LE NOUVEAU VILLAGE LOM PANGAR PREND VIE.

Un pont pour les transhumances Sur le plan de l’environnement, le barrage de Lom Pangar a été préparé conformément aux politiques de sauvegarde de la Banque Mondiale. Le Plan de gestion environnementale et sociale du projet (PGES) est en cours de mise en œuvre. Le Parc national de Deng Deng, qui héberge des grands primates en voie de disparition, a déjà été créé, en compensation de l’occupation d’une partie de l’habitat naturel par la retenue de Lom Pangar. Autre construction prévue : le Pont de Touraké, réalisé pour pallier la coupure des voies de transhumance des éleveurs.

Electricity Development Corporation Immeuble Hibiscus, B.P. 15111 - Yaoundé, Cameroun Tél. : 00237 22 23 19 30 www.edc-cameroon.org

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR.

INTERVIEW

COULAGE DE BÉTON D’UNE PILE DU PONT DE CHANTIER.


Le Plus de J.A. MATÉRIAUX

Une croissance en béton armé Seul producteur local, Cimencam ne parvient pas à satisfaire la demande exponentielle de ciment. Pour rester numéro un et s’imposer dans la sous-région, la filiale de Lafarge va devoir batailler ferme. ð CONCURRENCÉES PAR LES IMPORTATEURS, les Cimenteries du Cameroun ne détiennent plus « que » 75 % du marché.

si, selon le directeur général de l’entreprise, « les perspectives sont suffisamment prometteuses pour qu’il y ait de la place pour tout le monde », la concurrence fourbit ses armes. DANGOTE HAUSSE LE TON. Attiré par la croissance du marché camerounais et désireux de prendre pied dans la sousrégion, le nigérian Dangote Cement a posé la première pierre de son usine (d’une capacité attendue de 1 million de tonnes par an) en septembre 2011, sur les berges du Wouri à Douala… juste en face de la station de broyage de Cimencam. Mais depuis le 1er mars, le projet est gelé pour cause de tracasseries administratives seules une demande locale et régionale relatives au choix du site, pourtant attriaffichant chaque année une croissance bué par l’État. Pendant qu’Aliko Dangote à deux chiffres », estime un distributeur. hausse le ton, le gouvernement tente de La seule solution passe donc par la débloquer la situation et de relancer le dossier, qui, en plus de créer 200 emplois, construction de nouvelles unités de production.Cimencam,quidispose,outreson injecterait 87 millions d’euros dans l’écosite de Bonabéri, d’une usine à Figuil (dans nomie locale. le nord du pays), attend les conclusions Un autre projet de cimenterie, lancé en 2002 et suspendu, revient dans l’actualité. des dernières études de faisabilité pour lancer les travaux de sa future cimenterie L’État vient en effet de donner son feu de Nomayos, au sud de Yaoundé. vert au consortium sud-coréen et singapourien d’Afko Cement La consommation nationale devrait pour la construction à Limbé d’une unité d’une passer de 70 kg à 200 kg par capacité de 800 000 t par personne et par an d’ici à 2020. an (un investissement de 40 millions d’euros). Programmé « pour la fin 2013 », cet « Les travaux devraient démarrer avant investissement de 70 millions d’euros, pris la fin de l’année », confirme Mohamadou en charge par l’opérateur, doit offrir une Dabo, consul honoraire de Corée du Sud capacité de production supplémentaire à Douala. de 700 000 t par an, « susceptible de faire Enfin, à l’issue de sa rencontre avec le face à l’augmentation des marchés locaux chef de l’État camerounais, début mai, et sous-régionaux », espère Ravi Iyer. le PDG du promoteur marocain Addoha, L’usine devrait permettre également de Anas Sefrioui, a annoncé que son groupe regagner au passage quelques-unes des allait investir entre 20 et 30 millions parts de marché grignotées ces dernières d’euros dans la construction à Douala, années par les différents importateurs. d’ici à la fin de 2012, d’une cimenterie Le temps presse pour Cimencam, qui d’une capacité de 500 000 à 1 million de ne détient plus « que » 75 % du marché, tonnes par an. ● contre plus de 90 % il y a trois ans. Même OLIVIER CASLIN BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

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as besoin d’être un expert pour voir que, chez Cimenteries du Cameroun (Cimencam), on ne chôme pas. Devant l’entrée de la principale cimenterie du pays, à Bonabéri, les files de poids lourds encombrent les routes défoncées en attendant leur chargement, pendant qu’un nuage épais s’échappe en continu des broyeurs, enfumant toute la banlieue industrielle de Douala. Pourtant, la filiale camerounaise du numéro un mondial, Lafarge, n’arrive pas à suivre la cadence nécessaire ces dernières années, « dans un pays où tout est à construire », explique Ravi Iyer, son directeur général. Seul fabricant local de ciment depuis sa création en 1963, Cimencam produit en effet péniblement 1,3 million detonnesparan,quandlademandenationale excède les 2 millions et, selon les estimations des pouvoirs publics, devrait culminer à 8 millions de tonnes par an à court terme, avec le lancement des projets structurants programmés par l’État.

PÉNURIE. Les importations de ciment en provenance de Chine, de Turquie ou du Pakistan, autorisées depuis 2008, ont permis de répondre aux pénuries tout en stabilisant les prix. « Elles ne pourront cependant pas soutenir à elles N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

JEUNE AFRIQUE


€ SEULEMENT 6 % DES RESSOURCES

sont exploitées (ici à Lagdo), mais elles fournissent 95 % de la production. HYDROÉLECTRIQUES

ÉNERGIE

son électricité (95 %) et en font le plus important producteur de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), dont seuls 35 % des 40 millions d’habitants ont accès à l’électricité. Les besoins de la sous-région sont Le pays veut devenir l’un des principaux exportateurs estimés à 13000 MW par an et augmentent d’électricité du continent alors qu’il peine encore à couvrir au rythme de la croissance économique. ses besoins. Pourtant, la mission ne semble pas impossible. Parmi les premiers clients sur les rangs figure le Tchad, avec une puissance installée de 245 MW et un taux d’accès à evenir l’un des principaux par le gouvernement que ce dernier l’électricité inférieur à 3 %. Mais aussi le géant nigérian, qui ne dispose que de exportateurs d’électricité sur n’avait plus d’autre choix. le continent : l’objectif est Son plan énergétique vise à résorber 3 000 MW de puissance installée (quinze le déficit du pays (40 GWh par an) pour fois moins que l’Afrique du Sud, pourtant lointain – pour le moment, la production des centrales camerounaises porter la puissance installée à 5 000 MW trois fois moins peuplée). Le Cameroun ne suffit pas à satisfaire la demande natiod’ici à 2020 (contre 1 337 MW actuelleveut donc valoriser son potentiel pour nale. Mais il ne semble plus inaccessible, ment) et répondre à la forte croissance approvisionner ses voisins. si Yaoundé continue de mettre les bouprévisionnelle de la consommation des L’opérateur AES-Sonel (dont le capital chées doubles pour boucler les chantiers ménages et des industriels. Le second est détenu à 56 % par le groupe amérien cours et trouver des financements, cain AES et à 44 % par l’État publics et privés, pour les projets priocamerounais) investit ainsi Un programme coûteux, mais ritaires identifiés dans son Document de massivement pour augindispensable à la politique stratégie pour la croissance et l’emploi menter ses capacités, en industrielle du gouvernement. (DSCE) 2010-2020. mettant à niveau les comLe coût global de la réalisation des plexes existants et en diverinfrastructures de production et de objectif, qui a d’ailleurs permis de mobisifiant la production via la construction transport d’électricité est estimé à plus liser un peu plus les partenaires régiode centrales thermiques. Une option de 5 850 milliards de F CFA (près de naux et internationaux, est d’exporter qui présente l’avantage de maintenir 9 milliards d’euros) sur dix ans, auxles excédents. les niveaux de production en cas d’aléas quels s’ajoutent 663 milliards de F CFA climatiques, mais aussi de nécessiter des pour le programme d’électrification PREMIERS CLIENTS. Le Cameroun disinvestissements et des chantiers beaururale. Mais la vétusté, la saturation pose du deuxième potentiel hydroéleccoup moins lourds que les complexes et le manque d’interconnexions des trique du continent (après la RD Congo), hydroélectriques. Dans la course contre infrastructures existantes freinaient à estimé à 20 GW. Si à peine 6 % de ces la montre engagée par le pays, c’est un tel point le démarrage de la politique ressources sont exploitées, elles fouraspect non négligeable. ● industrielle et de diversification engagée nissent déjà la plus grande partie de GEORGES DOUGUELI et CÉCILE MANCIAUX

Des complexes pour mettre les voisins sous tension

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JEUNE AFRIQUE

RENAUD VANDERMEEREN/JAGUAR

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Centrales tous azimuts • Lagdo (72 MW) et Warak (75 MW) Très demandeur (avec l’Adamaoua). Ce projet seulement 245 MW de est soutenu parYaoundé puissance installée), le et N’Djamena, mais Tchad espère bénéficier aussi par la Banque de la réhabilitation de la africaine de développecentrale de Lagdo et de ment (BAD). Il prévoit la construction d’un la mise en place d’une complexe hydroélecligne à haute tension trique à Warak (dans entre Ngaoundéré et

• Kpep (450 MW) Les autorités ont signé en mars un protocole d’accord avec Joule Africa (filiale de l’américain Joule Investments) pour la réalisation d’un barrage sur le fleuve Katsina-Ala, dans le Menchum. Ce projet privé, dont le coût est estimé à 500 milliards de F CFA, est développé en partenariat avec Bethel Industrievertretung (basé à Bamenda) et le groupe allemand d’ingénierie Lahmeyer International. Le Nigeria envisage déjà d’importer une partie de sa production à venir. SUDOUEST

Maroua (414 km) au Cameroun et entre Maroua et N’Djamena (250 km), qui permettra d’acheminer une partie de l’électricité produite par la future centrale de Warak jusqu’à la capitale tchadienne.

• Batchenga (330 MW) La construction de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, à Batchenga, sera rendue possible grâce au lac de retenue du barrage de Lom Pangar.

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• Mpolongwé (216 MW) D’une capacité de 216 MW (extensible à 330 MW), la centrale à gaz de Kribi Power Development Corporation (KPDC, filiale à 56 % d’AES-Sonel) devrait être livrée au premier trimestre 2013. Elle a mobilisé un investissement de plus de 190 milliards de F CFA. JEUNE AFRIQUE

• Lom Pangar (30 MW) En août dernier, le gouvernement et Electricity Development Corporation (EDC) ont signé avec China International Water & Electric Corporation (CWE) le contrat de construction de ce barrage-réservoir sur le Sanaga. Son coût est évalué à près de 75 milliards de F CFA, cofinancés par la Banque mondiale, la BAD et l’Agence française de développement. Renforcé par une petite centrale de pied (30 MW), Lom Pangar stabilisera le débit du Sanaga, garantissant ainsi la puissance installée des complexes de Song Loulou (388 MW) et Édéa (263 MW). Il devrait être opérationnel fin 2014-début 2015.

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

CENTRE LITTORAL

Go

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100 km

• Mekin (15 MW) Parmi les différents complexes entrant en chantier, le plus avancé est celui de Mekin, sur le fleuve Dja, piloté par la société à capitaux publics Hydro Mekin et dont les travaux ont été confiés à China National Electric Equipment Corporation (CNEEC). Financée à 85 % par un prêt de 22 milliards de F CFA accordé par China Exim Bank début 2010, la centrale doit être mise en service en 2015.

GUINÉE ÉQUATORIALE

PLAN THERMIQUE D’URGENCE (200 MW) • Memve’ele (201 MW) Le barrage et la centrale, sur le fleuve Ntem, doivent être opérationnels en 2016. Leur financement est assuré par un prêt de China Exim Bank, d’un montant de 243 milliards de F CFA.

ENVISAGÉ COMME une solution à court terme en attendant la livraison des grands projets, ce programme prévoit la construction de petites centrales thermiques dans plusieurs villes du pays. Celles de Bamenda (20 MW), Ebolowa (40 MW), Mbalmayo (40 MW) et Yaoundé (60 MW) sont les dernières à avoir vu le jour. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


CAC

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€ La première phase de la modernisation de LA RAFFINERIE DE LIMBÉ est réalisée à 70 %.

de produire plus que de produire mieux », ancée en 1977, l’exploitation explique Charles Metouck, précisant que pétrolière au Cameroun a atteint la Sonara récupérera 24 % de volume de son apogée en 2003. Depuis, les volumes déclinent; ils sont passés produits grâce à ce retraitement. de 39 millions de barils par an à moins de 22 millions en 2011. Le pays devrait DU LOURD. Ce nouvel outil va surtout bien connaître un soubresaut entre 2013 permettre à la raffinerie, conçue pour et 2015, avec un petit supplément de prole traitement de bruts légers, de traiter duction de 2 à 3 millions de barils par le « Kolé » camerounais, plus lourd, qui, faute d’équipements appropriés, ne repréan grâce au développement de champs marginaux, « mais, sans découverte signisente actuellement que moins de 20 % ficative, ce n’est plus sur ce secteur que des approvisionnements de la raffinerie, se jouera l’avenir du pays », avance un loin derrière les pétroles nigérians. « C’est opérateur. Si les perspectives semblent l’objet même de ce projet, qui doit nous donc limitées dans l’amont pétrolier, le permettre de valoriser 70 % des bruts Cameroun a en revanche une belle carte camerounais », précise le directeur général à jouer sur l’aval du secteur, notamment de la Sonara. en matière d’export vers la sous-région. Prévue à l’origine pour développer Dans cette stratégie, qui permettrait les capacités à l’export, l’extension de au pays de compenser la baisse de ses la raffinerie doit aujourd’hui permettre exportations de brut, la raffid’alim d’alimenter en premier lieu la nerie de Limbé fait figure de consommation domestique, co pierre angulaire. Opérée par la en hausse de 5 % par an en Société nationale de raffinage moyenne depuis 2008. c’est la croissance (Sonara), elle fait l’objet d’un Toutefois, l’augmentation annuelle moyenne programme de modernisation des volumes à l’exportade la consommation et d’extension qui doit porter tion (qui représentent domestique sa capacité de 2,1 millions de un sixième de la productonnes par an à près de 4 millions tion) ti reste une priorité, la à l’horizon 2015. Un investissement ent demande en produits pétroliers dema de 579 millions d’euros, « entièrement étant également en forte hausse dans pris en charge par la Sonara », affirme la région. L’entrée en activité, en juin 2011, Charles Metouck, directeur général de la d’une première raffinerie au Tchad, société publique. Cette première phase du jusqu’alors principal client de la Sonara, programme est réalisée à 70 %. « va certainement changer la répartition, La seconde phase permettra d’amélioreconnaît Charles Metouck. Cependant, rer le traitement des résidus de distillats il y a d’importants débouchés en Guinée lourds, qui représentent aujourd’hui 11 % équatoriale, au Congo, en RD Congo et, des volumes produits par la Sonara. « Au surtout, au Nigeria, limité par les capacités lieudevendrecesrésidus,nousproduirons de ses propres raffineries ». des volumes supplémentaires de gaz, Ces volumes supplémentaires de d’essence ou de gasoil. Il ne s’agit pas tant produits raffinés obligent le reste de la

5%

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

filière à s’adapter, à commencer par le stockage. La Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) a donc lancé un programme d’envergure pour augmenter de65%sescapacitésd’entreposagedeproduits liquides (266250 m3 aujourd’hui) et doubler celles de produits gazeux (actuellement de 2 370 t) d’ici à 2016. Le total des investissements s’élève à 85 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 115 millions pour la construction du nouveau dépôt de Kribi, d’une capacité de 450000 m3, dont la première phase doit être achevée en 2014. « Nous serons alors en mesure de suivre la croissance de la consommation camerounaise et des échanges sous-régionaux, à l’import comme à l’export », indique Blaise Avebe, responsable qualité de la SCDP. À Kribi, les volumes de brut transitant parlepipelineTchad-Camerounsontaussi appelés à s’accroître : aux 115 000 barils par jour transportés en 2011 devraient s’ajouter près de 20000 b/j en provenance du Niger. Niamey en a fait la demande officielle auprès de N’Djamena en février, et si le projet est adopté, dans deux ans, un oléoduc reliera les champs nigériens, situés le long de la frontière avec le Tchad, au pipeline existant. Les autorités camerounaises devraient se montrer favorables à ce projet susceptible d’augmenter les droits de transit, qu’elles estiment trop faibles (un sujet sur lequel elles viennent d’ailleurs d’ouvrir des négociations avec les opérateurs présents au Tchad). En outre, la confirmation, l’an dernier, de la présence de pétrole dans le bassin du Logone Birni (nord du pays) devrait achever de convaincre Yaoundé, puisque le nouvel oléoduc pourrait aussi être utilisé pour évacuer ce petit supplément de brut. ● OLIVIER CASLIN JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières

Un lion dans le moteur Spécialiste de l’import-export, Tradex s’est converti à la distribution. En cinq ans, il est devenu le troisième réseau national et s’apprête à ouvrir des points de vente au Tchad.

D

que lui avaient alors fixé ses dirigeants : « compter parmi les cinq principaux fournisseurs du pays », rappelle son directeur de la communication, JeanPaul Tchomdou. Spécialiste du négoce et de l’importexport de brut et de produits pétroliers, créé en 1999 par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) pour approvisionner les marchés tchadien et centrafricain, Tradex s’est progressivement désengagé de son cœur de métier après l’annonce du projet de construction de la raffinerie tchadienne, au moment où

BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

ifficile de rouler dans les rues de Douala ou de Yaoundé sans passer devant une station Tradex. En cinq ans, la société s’est hissée au rang de troisième distributeur de carburants du pays (après Total et MRS Corlay), avec 14 % du marché et 113 millions de litres distribués en 2011, en hausse de 15,2 % par rapport à 2010 – la plus forte progression enregistrée dans le secteur. Débarqué dans la distribution des produits blancs (essence, gazole, kérosène) en 2006, l’opérateur n’a donc pas mis longtemps à dépasser l’objectif

€ L’entreprise compte 32 STATIONS, contre 145 pour Total et 70 pour MRS Corlay.

Pleins gaz Projet d’usine de liquéfaction, nouveau code sectoriel… Le Cameroun se décide à tirer profit de ses réserves.

A

ujourd’hui, le Cameroun importe 70 % de sa consommation de gaz. Avant 2030, il devrait non seulement être autosuffisant, mais aussi avoir rejoint le club des pays exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL). Sur le complexe industrialo-portuaire JEUNE AFRIQUE

la flambée des prix du pétrole poussait les multinationales à quitter la distribution. Tradex a alors décidé de suivre le chemin inverse, « persuadé qu’il y avait des places à prendre », explique JeanPaul Tchomdou. BIEN SITUÉES. Avec raison, puisque les

activités de distribution ont représenté 85 % des 175 millions d’euros de chiffre d’affaires enregistrés par la société en

Avec la flambée des prix, les majors ont quitté l’activité. La société a suivi le chemin inverse. 2011. Un résultat qui laisse rêveur, alors que la compagnie ne dispose que de 32 points de vente, contre 145 pour Total et 70 chez MRS Corlay. « Nos stations sont stratégiquement situées, là où les autres ne sont pas », explique le directeur de la communication de Tradex, qui – de bonne guerre – insiste aussi sur la qualité des services et des carburants proposés. En tout cas, la formule, apparemment gagnante, va être étendue. Le distributeur prévoit d’ouvrir sept nouvelles stations au Cameroun cette année, tout en démarrant ses activités au Tchad. Tradex a par ailleurs signé, en avril, un contrat de partenariat avec Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co) pour la fourniture de carburant (Jet A1 Fuel) à la compagnie nationale. Après avoir lancé sa propre gamme de lubrifiants en 2010, l’entreprise compte aussi poursuivre sa diversification et suit de très près le dossier gazier. ● O.C.

de Kribi, Cameroon LNG, filiale de la code gazier qui encadre le transport, la Société nationale des hydrocarbures distribution, la vente et l’exportation du gaz et de ses dérivés autour de deux (SNH) et de GDF Suez, prépare l’implantation d’une usine de production de gaz grands axes : le caractère prioritaire des de pétrole liquéfié (GPL) pour le marché besoins énergétiques locaux et le soutien domestique et de GNL pour l’export. aux investisseurs internationaux par « L’heure est à la valorisation », explique Tanguy « L’heure est à la valorisation. » Moulin-Fournier, directeur TANGUY MOULIN-FOURNIER, GDF Suez des relations extérieures à Yaoundé pour l’opérateur français. Après une série d’exonérations fiscales. « Le en avoir torché près de 30 milliards de document renforce le rôle d’arbitre des m3 en trente ans, le Cameroun est donc pouvoirs publics », estime un observadécidé à promouvoir son gaz (dont les teur, afin que le Cameroun passe dans les meilleures conditions « du risque gaz réserves prouvées sont de 160 milliards de m3). Il a adopté en avril un nouveau à l’opportunité gaz ». ● O.C. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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MESSAGE

FEICOM

le défi de l’émergence au niveau local

GROUPE SCOLAIRE BOLE BAKUNDU (COMMUNE DE MBONGUÉ).

Tout à la fois expérimenté,

fort de ses 38 ans d’activité, et moderne, le FEICOM (Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale) s’implique avec toujours plus d’efficacité dans l’épanouissement des communes camerounaises. Développement rural, désenclavement, énergie solaire, emploi, lutte contre la corruption… il est de tous les combats.

ÉLECTRIFICATION DE DIZANGUE.

L

HÔTEL DE VILLE DE MAMFÉ.

e FEICOM (Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale), également appelé la « banque des communes », est l’instrument privilégié du développement local au Cameroun. Il a été créé en décembre 1974 pour accompagner toutes les collectivités territoriales décentralisées dans leur processus de développement en leur apportant une assistance technique et financière. Ses ressources proviennent de la fiscalité transférée par l’État et des fonds de coopération destinés aux communes. Il affiche aujourd’hui une expérience internationalement reconnue et des réalisations majeures dans le domaine des infrastructures, de l’architecture ou encore des services sociaux de base. Doté de la personnalité juridique et jouissant de l’autonomie financière, il est placé sous la double tutelle du ministère chargé des Collectivités territoriales décentralisées, qui fixe ses objectifs techniques, et du ministère chargé des Finances, qui apprécie ses opérations

financières. Le conseil d’administration, présidé par une personnalité nommée par décret du président de la République, oriente et contrôle sa gestion. Le directeur général, lui aussi nommé par le chef de l’État, applique la politique générale déterminée. Depuis 2009, le système de management du FEICOM est certifié à la norme ISO 9001 version 2008.

Les missions du FEICOM • L’entraide entre communes par des contributions de solidarité et avances de trésorerie ; • Le financement des investissements communaux ou intercommunaux ; • La couverture des frais et l’assistance à la formation des élus et du personnel communal ; • Depuis 1998, il assure la centralisation et la redistribution des centimes additionnels communaux (CAC), suite à l’instauration de la péréquation dans leur répartition ; • Depuis 2006, le FEICOM, réorganisé pour toujours mieux coller aux exigences

CENTIMES ADDITIONNELS COMMUNAUX ET AUTRES IMPÔTS RÉPARTIS AUX COMMUNES (EN MILLIARDS DE FCFA)

EXERCICE

2006

2007

2008

2009

2010

2011

TOTAL

25,76

27,08

20,1

23,43

41,8

67,2


FORAGE À DZIGUILAO.

Un acteur de l’« émergence » du développement local Le FEICOM contribue aux stratégies nationales déclinées dans le DSCE (document de stratégie pour la croissance et l’emploi), qui vise à faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035. Il désenclave les régions à travers la construction et la réhabilitation de routes et de ponts. Il équipe les communes en infrastructures de production, de stockage et de commercialisation (marchés à bétail, marchés de vivres, abattoirs, magasins de stockage), afin qu’elles puissent en tirer des revenus et qu’elles génèrent des emplois. Le FEICOM intervient aussi dans l’amélioration des conditions de vie des populations à travers le financement des projets d’approvisionnement en eau ou de construction et d’équipement d’écoles. Depuis 2006, l’organisme a mobilisé 105,9 milliards de francs CFA pour le financement des projets communaux : > 28,11 % à la construction,la réhabilitation ou l’équipement de 188 hôtels de ville ; > 18,16 % aux infrastructures d’approvisionnement en eau potable pour la réalisation de 1145 puits et forages et la

construction ou la réhabilitation de 111 réseaux d’adduction d’eau au service de près de 400 000 personnes ; > 14,40 % aux écoles pour la construction de 1140 salles de classe équipées en tables et en chaises au service de 100 000 enfants ; > 12,9 % à l’électrification rurale avec 120 projets destinés à améliorer les conditions de production,de conservation et de transforma-

en avril 2011 par décision du directeur général. Il doit traduire en acte une ambition exprimée par M. Philippe Camille Akoa, qui vise à faire du FEICOM « une île d’éthique et de bonne moralité ». Le comité est chargé de mettre en œuvre les mesures prescrites par le Plan gouvernemental de lutte contre la corruption, notamment en matière de prévention et de répression. Il doit veiller

HÔTEL DE VILLE DE SANGMÉLIMA.

tion dans le domaine agricole et artisanal ; > 5,04 % aux routes et ponts avec 137 projets réalisés pour désenclaver des zones de production et 11,80 % aux équipements commerciaux ; > 10 % de l’enveloppe globale ont permis l’acquisition d’engins, la construction d’équipements culturels, de tourisme et la réalisation de 30 centres de santé.

Un partenaire moderne Le FEICOM a accompagné les communes dans le cadre de la prise de participations à la SOCAPALM, lorsque le capital de cette société agro-industrielle, implantée dans les régions du Littoral et du Sud, a été ouvert au public. À la pointe de la modernité, il a fait entrer des communes dans l’ère de l’énergie solaire,comme Sangmelima,dans la région du Sud Cameroun.Un dispositif d’éclairage public à panneaux photovoltaïques,encore partiel,y a été mis en service depuis le 29 avril 2011.

Un rempart contre la corruption Le 9 février 2012, le FEICOM est entré dans la croisade contre la corruption, suite à l’entrée en fonction de son Comité chargé de lutter contre ce fléau, créé

à ce que les ressources du FEICOM contribuent effectivement à l’amélioration des conditions de vie de tous les citoyens des communes du Cameroun. Preuve des bonnes pratiques du FEICOM suite à un audit financier, réalisé de septembre à décembre 2011, la coopération allemande a décidé cette année de contribuer à hauteur de 10 millions d’euros dans le financement de projets communaux. Par ailleurs dans ce cadre qu’un Prix national des meilleures pratiques communales de développement local a été institué depuis 2010 avec l’appui technique d’ONU-HABITAT. Il promeut les pratiques innovantes et le partage d’informations dans les domaines de l’amélioration des recettes, de la gestion des infrastructures et de la gestion durable des ressources naturelles et de la gouvernance. FEICOM

Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale

Quartier Mimboman Chapelle BP 718 - Yaoundé, Cameroun Tél.: 00 237 22 23 51 64 E-mail : feicom@feicom.cm

www.feicom.cm

DIFCOM/ADF - PHOTOS : DR

de son temps, assure la recherche de nouvelles ressources financières à travers la coopération internationale ; • Depuis 2009, il a reçu de nouvelles missions, telles la mise à la disposition des communes et communautés urbaines de la dotation générale de la décentralisation, de 50 % de la quote-part de la redevance forestière et de 100 % des droits de timbre automobile.


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Le Plus de J.A. AGROALIMENTAIRE

Bras de fer chez les brasseurs

Premiers consommateurs de bière d’Afrique centrale, les Camerounais boivent aussi de plus en plus d’eau en bouteille. Sur ce juteux marché, les industriels locaux multiplient innovations et coups marketing.

E

ntre les Camerounais et la bière, « c’est une véritable passion », pour reprendre la manchette publiée début avril par l’un des principaux quotidiens du pays. Sur deux colonnes, l’auteur de l’article s’agaçait devant les immenses panneaux publicitaires envahissant les rues de Douala ou de Yaoundé et qui, selon lui, expliquent en partie l’alcoolisme galopant constaté notamment chez les jeunes. Montrés du doigt, les trois brasseurs du pays – la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC), Guinness Cameroun SA et l’Union camerounaise de brasseries (UCB) – préfèrent se féliciter des bons résultats enregistrés année après année sur un marché domestique où la production est passée de 4,2 millions d’hectolitres de bière en 2006 à près de 5,5 millions en 2011. « Le Cameroun est de loin le premier marché de la Cemac [Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, NDLR], voire d’Afrique ; il est donc essentiel d’y être présent », estime Norbert Eloundou, directeur de la communication de Guinness Cameroun SA, filiale du leader mondial des alcools et spiritueux, le britannique Diageo. Le groupe, qui a débarqué à Douala dans les années 1970, représente aujourd’hui 10 % à 15 % du marché brassicole national, tiré par son produit phare et ambré, la brune irlandaise Guinness, de plus en plus appréciée des consommateurs locaux. « La barrière

de l’amertume se brise », constate Norbert Eloundou, surtout depuis la commercialisation réussie, en 2005, de la Guinness Extra Smooth, une variante plus crémeuse spécialement créée pour les marchés camerounais, ghanéen et nigérian. BRUNES OU BLONDES. Les brunes comptent donc de moins en moins pour des prunes au Cameroun, au point de pousser la concurrence à s’y intéresser de plus près, « mais ils n’ont pas encore trouvé la bonne formule », sourit Norbert Eloundou. Du côté de SABC, la plus importante filiale du groupe français Castel en Afrique, l’envie de « titiller Guinness sur les brunes » est bien confirmée, mais la priorité reste de conforter ses positions sur le segment des blondes, qui représentent plus de 80 % des volumes de bière consommés au Cameroun comme dans la sous-région. Une stratégie qui a fait ses preuves pour le leader historique du secteur : SABC a écoulé près de 4,8 mil-

! Avec 4,8 millions d’hectolitres écoulés en 2011, SABC RESTE LE LEADER INCONTESTÉ DU MARCHÉ

BRASSICOLE.

qui dispose de cinq usines (à Douala, Yaoundé, Bafoussam et Garoua). La lutte reste néanmoins frontale sur le segment des bières premium, compte tenu de l’augmentation du pouvoir d’achat d’une partie de la population, cœur de cible privilégié des deux brasseurs ces dernières années. Les volumes de boissons gazeuses « En tant que généraliste, nous devons nous posivendus augmentent en moyenne tionner sur l’ensemble de de 10 % par an depuis 2008. la gamme », insiste Serge Njapoum. La même logique lions d’hectolitres en 2011 (en hausse de semble avoir motivé l’accord, effectif 4 %) et truste 85 % des parts de marché. depuis mai 2011, avec le groupe français « Chacun ses produits et ses consomPernod Ricard, qui permet à SABC de mateurs », veut croire Serge Njapoum, s’implanter sur un marché des spiritueux directeur commercial de l’entreprise, jusqu’alors bien contrôlé par les best-sellers de Guinness (vodka Smirnoff, whiskies Johnnie Walker ou J&B…). Quant au LES MEILLEURS ENNEMIS segment des boissons gazeuses, lui aussi CONCURRENTS AU CAMEROUN, les groupes Diageo et Castel sont en plein développement – les volumes en revanche partenaires dans les autres pays de la région, le britannique vendus augmentent en moyenne de 10 % n’hésitant pas à confier la recette de sa célèbre bière brune au français, par an depuis 2008 –, il est également chargé de sa production pour la Côte d’Ivoire, la Guinée équatoriale, dominé par SABC (plus de 90 % des le Gabon et, plus récemment, leTchad. Cette situation – « en effet assez parts de marché). particulière », reconnaît Norbert Eloundou, directeur de la communication Pour le champion national, qui comde Guinness Cameroun SA – permet à Guinness d’étendre sa zone mercialise également une eau minéde chalandise. Castel étant présent dans l’ensemble des pays de rale (Source Tangui) et une eau de la sous-région, sa filiale camerounaise SABC se contente pour sa part table (Aqua Belle, produite et vendue d’exporter un petit 1 % de sa production de bières et boissons gazeuses depuis deux ans à partir de son usine vers le Congo et la Guinée équatoriale. ● O.C. de Garoua, dans la région du Nord),

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JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières INTRANTS

Un fertile partenariat La première usine d’engrais chimiques pourrait ouvrir d’ici à 2014.

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

U

le grand défi se situe désormais sur ce marché, littéralement inondé par les grands noms importés d’Europe, ainsi que par des marques locales toujours plus nombreuses. MINÉRALES. « Avec un chiffre d’affaires

qui double chaque année depuis cinq ans, le marché aiguise les appétits et devient aussi concurrentiel que celui de l’Europe dans les années 1980 », confirme le directeur commercial de SABC, encore loin d’être menacé: sa filiale, la Société des eaux minérales du Cameroun (SEMC), a vendu les trois quarts du million d’hectolitres consommé dans le pays en 2011,

enregistrant au passage une croissance supérieure à 17 %. Bien décidé à conserver son leadership face à des challengeurs très offensifs ces derniers mois, comme Semme ou Supermont, SEMC a tout de même prévu de produire 1,4 million d’hectolitres dès cette année pour suivre le rythme imposé par les consommateurs camerounais. Les ventes à l’export restent pour l’instant marginales (1,5 % des volumes), « mais le potentiel est énorme sur les pays de la Cemac et le Nigeria », souligne Serge Njapoum, qui vient justement de recruter un directeur export pour sillonner la région. ● OLIVIER CASLIN

n soupçon d’énergie écossaise et une bonne dose de partenariat germano-camerounais : c’est peut-être l’alchimie qu’il fallait pour que la première usine d’engrais chimique du pays voie enfin le jour. Un équipement annoncé depuis des décennies sans jamais être réalisé, et porté au rang de priorité dans le dernier Document de stratégie de développement du secteur rural. À L’ÉTUDE. L’industriel allemand

Ferrostaal et la Société nationale des hydrocarbures (SNH) ont conclu en octobre un accord de partenariat pour la réalisation de l’étude de faisabilité, rendue en mars, qui évalue l’investissement à 760 millions d’euros pour une unité capable de produire 600 000 tonnes d’ammoniaque et 700 000 tonnes d’urée par an, destinées aux marchés local et sous-régional. En signant, le 24 avril, un contrat d’approvisionnement en gaz naturel avec EurOil (filiale camerounaise de l’écossais Bowleven), Ferrostaal donne encore plus de poids à son projet d’usine, qu’il espère voir entrer en activité dès 2014, près de Limbé (Sud-Ouest). ● O.C.

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CAMEROUNAISE DES EAUX (CDE) Depuis son entrée en activité en 2008, la Camerounaise des Eaux (CDE) multiplie les efforts et les investissements pour assurer un service public de qualité et améliorer l’accès à l’eau potable des populations urbaines et périurbaines au Cameroun.

ASSURER UN SERVICE DE QUALITÉ DE L’EAU POTABLE

S

Brahim Ramdane, Directeur Général de la Camerounaise des eaux.

ociété anonyme de droit camerounais, la Camerounaise des Eaux (CDE) a été créée en 2007 par un consortium d’entreprises marocaines : l’Office national de l’eau potable (ONEP), Delta Holding, NOVEC et Medz. Elle est issue de la restructuration du secteur de l’eau, et plus particulièrement du secteur de l’hydraulique urbaine, mise en œuvre en 2005 par le gouvernement de la République du Cameroun.

tion, du transport, de la distribution et la commercialisation de l’eau potable dans le périmètre affermé constitué de 106 centres urbains et périurbains. Elle assure l’exploitation de 99 points de captage, 95 stations de traitement et 36 forages pour une longueur de canalisations de distribution de 4 900 kilomètres. Son laboratoire central assure un contrôle permanent de la qualité de l’eau en effectuant 5 500 analyses par an.

Par voie d’appel d’offres international, et dans le cadre d’un contrat d’affermage de dix ans, la Camerounaise des Eaux (CDE) a été choisie pour exploiter les installations et assurer le service public de l’eau potable au Cameroun. Des missions qu’elle remplie en s’appuyant sur ses valeurs : la bonne gouvernance, le professionnalisme et la qualité de service. Elle a pour principaux partenaires le Ministère de l’Énergie et de l’Eau (MINEE) et Camwater (Cameroon water utilities Corp.).

Les missions du CDE

4 900 kilomètres de canalisations

Dans le cadre de ce partenariat publicprivé, la CDE est chargée de la produc-

• Améliorer le taux d’accès par la réalisation des branchements, • Accroître les volumes vendus par la limitation des fréquences et durées des arrêts de service, ainsi que par la réduction des pertes d’eau sur le réseau, • Améliorer la continuité du service en réduisant les temps d’arrêt des installations.

L’expertise CDE se traduit au quotidien par une série de projets

• La mise à niveau des ouvrages de production et de distribution des villes de Douala et Yaoundé,

Agence de Koumassi.

Travaux de réfection des parois du château de Nkoayos.

COMMUNIQUÉ

Exécution d’un branchement.

Equipe exécutant un branchement.


CAMEROUNAISE DES EAUX (CDE) • La mise à niveau des laboratoires centraux et régionaux, • Le renforcement des moyens techniques et logistiques nécessaires à l’exploitation, • La mise en place d’un programme de formation et de recyclage du personnel, • L’élaboration d’un programme d’investissement triennal, • La réduction des charges d’exploitation, • L’amélioration de la continuité de service, • L’amélioration de la qualité des eaux distribuées, • La création d’un tissu industriel local de micros entreprises dans le secteur de l’eau potable, • La consolidation de l’expertise sur le plan technique, • L’accréditation du laboratoire central de la CDE, • Le développement de nouveaux outils permettant d’optimiser l’exploitation des installations, notamment la mise à jour des plans des réseaux de distribution, la GMAO, le SIG, la télégestion.

Les réalisations techniques

La CDE a réalisé des travaux de remise à niveau des équipements et des ouvrages de production et de distribution des deux grandes métropoles du Cameroun, Yaoundé et Douala. Financés par la Banque mondiale à hauteur de 5 milliards de francs CFA, ces travaux ont été réalisés à hauteur de 100%. Ils consistaient essentiellement dans : • La réfection et la réhabilitation des filtres de Japoma (Douala) et d’Akomnyada (Yaoundé),

• Le renouvellement et la réhabilitation des stations de pompage, • La remise à niveau des équipements de traitement et de dosage des réactifs, • La réhabilitation des réservoirs de stockage.

Une meilleure prise en compte des clients

Disponible 24h/24 La CDE met à la disposition du public un centre d’appel ouvert 24h/24. Pour toute information ou réclamation, composez le 8055. L’appel est facturé au tarif local en vigueur.

La CDE a récemment procédé au développement d’une nouvelle application de gestion clientèle. Cette application est une réponse à l’évolution technologique, aux exigences du contrat d’affermage et du contrat de performance et, bien sûr, aux attentes des exploitants et des clients. Orientée Web, cette application permet de centraliser les données et d’assurer, en cas de disponibilité du réseau, les opérations suivantes : • Identifier un client (abonné ou non) de façon unique dans l’ensemble de la structure CDE, • Payer sa (ses) facture (s) indifféremment du site de domiciliation, • Choisir, après paiement d’une facture, de se faire rembourser ou de déposer le reliquat de la monnaie sur son compte, • Recevoir un reçu indiquant les rubriques détaillées du règlement effectué, • Se renseigner sur la situation détaillée de son compte, en temps réel, dans n’importe quel (le) centre ou agence de la CDE, • Procéder à un règlement unique pour les clients possédant plusieurs installations disséminées dans l’étendue du territoire.

Direction Générale B.P.157, Douala, Cameroun Tél. : (+237) 33 43 99 80 Fax : (+237) 33 43 99 81 E-mail : la-cde@la-cde.com www.la-cde.com

DIFCOM/FC - PHOTOS : DR

Réhabilitation des équipements de production.

Point de captage d’Akomnyada.

Réhabilitation de la station de pompage de la Cité des Palmiers (Douala).


Le Plus de J.A.

SANDRA HOYN/LAIF-REA

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SANTÉ

Un pays très hospitalier

€ LES INFRASTRUCTURES MÉDICALES sont réputées à l’échelle régionale.

modeste dispensaire pour assurer le service public de santé. Avec l’aide de bienfaiteurs locaux, « Dr Ellen » est parvenue à le transformer en hôpital, avec un laboratoire équipé par la France et choléra frappe la région : le petit hôpital un centre d’ophtalmologie, ouvert en 1995 et dont la réputation a atteint le sud se retrouve engorgé, avec 1 600 cas. En revanche, 2011 fut une année tranquille, du Cameroun, pourtant mieux pourvu avec 200 cas diagnostiqués, assure Ellen en hôpitaux… Elle a pu recruter une logisticienne canadienne, Au plus fort des attaques rebelles, Myra Bates, et un chirurgien, Daniel Nkusu, venu N’Djamena évacuait ses blessés de RD Congo. de guerre vers la capitale voisine. Si cet hôpital attire des malades de quatre pays de Marie Einterz. Cette Américaine au corps la région, il est pourtant loin de disposer frêle mais d’un grand dynamisme ne de tous les équipements d’un établisses’économise pas. ment de référence. Dans une région qui compte 6 % de personnes vivant avec « DR ELLEN ». Venue d’Indianapolis le VIH, « Dr Ellen » ne désespère pas d’acquérir les appareils de comptage de (nord-est des États-Unis), elle a tout quitté pour s’installer en 1990 au CD4 et de mesure de la charge virale. Des Cameroun, dans cet arrondissement informations qui détermineront la décide 36 000 habitants qui n’avait qu’un sion de démarrer, ou non, le traitement

Le Cameroun attire de nombreux patients de la sous-région. Lesquels se pressent dans les établissements des zones frontalières comme dans ceux de Douala et de Yaoundé.

C

est un petit hôpital de campagne, dans la région pauvre de l’Extrême-Nord. Les bâtiments s’étendent à l’ombre rafraîchissante de grands arbres qui les protègent d’un soleil de plomb. L’air de rien, l’hôpital de Kolofata (à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec le Nigeria) accueille en moyenne 25000 personnes par an, dont une bonne part vient du Nigeria, du Tchad et du Niger. Ici, les frontières n’arrêtent pas l’afflux des patients, qui sont accueillis sans distinction de nationalité. Ces dernières semaines, assure le médecin-chef, Ellen Marie Einterz, « il a fallu prendre en charge les maladies infectieuses qui apparaissent pendant la saison de l’harmattan ». En 2010, une épidémie de N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières

SPÉCIALISTES. Mais les patients les plus fortunés préfèrent rejoindre Yaoundé ou Douala, à moins de deux heures d’avion de N’Djamena, pour bénéficier du meilleur plateau technique de la sous-région. Ainsi, au plus fort des attaques rebelles, l’État tchadien évacuait généralement ses blessés de guerre vers les grands hôpitaux camerounais, qui disposent d’équipements et de spécialistes en traumatologie. À Yaoundé, le Centre hospitalier d’Essos (qui dépend de la Caisse nationale de prévoyance sociale, CNPS), l’hôpital militaire, le Centre hospitalier universitaire et l’hôpital général assurent une couverture satisfaisante, ouverte aux ressortissants de la sous-région. Le Cameroun investit également dans la construction d’hôpitaux consacrés aux soins de la mère et de l’enfant. Ainsi de l’Hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (HGOPY), construit pour 5 milliards de F CFA, grâce à un prêt chinois, et inauguré en 2002. Une deuxième unité hospitalière dotée de la même mission est en chantier à Douala, toujours grâce à un concours financier chinois. L’ouvrage de 300 lits, qui va coûter 9 milliards de F CFA, sera réceptionné début 2013 et va contribuer à

désengorger les grands établissements de la capitale économique, à savoir l’hôpital Laquintinie (750 lits), l’hôpital général (300 lits) et une demi-douzaine d’hôpitaux de district. Le pays s’offre également les moyens de développer la médecine de pointe sur son territoire. C’est la mission assignée au Centre international de recherche et d’application en chirurgie endoscopique

et reproduction humaine, institution hospitalo-universitaire inaugurée en 2008. Mais aussi au Centre international de référence Chantal Biya pour la recherche sur la prévention et la prise en charge du VIH/sida (CIRCB). Cette structure à vocation pluridisciplinaire entend rayonner à l’échelle régionale et internationale. ● GEORGES DOUGUELI

BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

antirétroviral. « Pour l’instant, regrettet-elle, nous prenons des décisions sur la base de signes cliniques. » Les infrastructures médicales locales se développent progressivement. Les patients souffrant d’insuffisance rénale sévère, camerounais ou venus des pays voisins, n’ont ainsi plus à voyager jusqu’à Garoua (Nord) vers l’unique centre d’hémodialyse que comptait la région il y a encore un an. Le ministère camerounais de la Santé publique vient de doter Maroua, la grande ville de l’ExtrêmeNord, de cet équipement. D’un coût de 660 millions de F CFA (1 million d’euros), la nouvelle unité comporte huit postes de dialyse, pour une capacité d’accueil de 70 malades. Cinq autres centres de ce niveau ont été ouverts dans d’autres régions du pays.

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Coup de cœur pour le Cardiopad Mise au point par un ingénieur de 24 ans, cette tablette permet d’effectuer à distance des examens cardiovasculaires.

À

24 ans, Arthur Zang est déjà une célébrité dans son pays. Ingénieur diplômé de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, le jeune spécialiste en génie informatique a révolutionné le traitement à distance des maladies cardiovasculaires au Cameroun, en développant une tablette numérique à usage spécifiquement médical : le Cardiopad. Identique à un iPad, cette

invention – « 100 % africaine », insiste avec fierté son concepteur – permet d’enregistrer la fréquence cardiaque d’un malade, puis de la transmettre via un réseau GSM ou GPS à un cardiologue, lui aussi équipé de l’appareil, qui peut alors faire son diagnostic et, le cas échéant, prescrire la médication nécessaire. Dans un pays qui ne compte qu’une quarantaine de spécialistes, ● ● ●


Le Plus de J.A.

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● ● ● essentiellement concentrés dans les grandes villes du Sud, « le Cardiopad devrait contribuer à sauver plusieurs milliers de vies chaque année », espère

le chercheur. Les principaux centres de cardiologie du Cameroun devraient être équipés dès ce mois de juin de la tablette (dont le coût est de 1,2 million de F CFA

l’unité, soit environ 1 800 euros) et, déjà, l’Afrique du Sud ou le Burkina Faso ont manifesté leur intérêt. ● OLIVIER CASLIN

Sitraco transforme la fibre douala La jeune PME prévoit de lancer en septembre la fabrication de compresses médicales et de bandes de gaze.

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

R

obert Kemajou a travaillé quinze ans sur son projet. Il n’a plus que quelques mois à attendre. « La production devrait démarrer en septembre », confirme, impatient, le directeur de la Société industrielle de transformation du coton (Sitraco), spécialisée dans la production de consommables médicaux. Installée à Douala, dans les locaux de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), qui lui fournira 3 000 tonnes de coton par an, la jeune PME fabriquera dans un premier temps des compresses médicales et des bandes de gaze, avant de s’attaquer aux marchés du sparadrap et des protections urinaires pour adultes. Sans véritable concurrent dans la région, Robert Kemajou vise « 100 millions de F CFA [plus de 152 000 euros, NDLR] de

chiffre d’affaires annuel rien que sur le Cameroun » d’ici à deux ans. Persuadé de pouvoir être « plus compétitif que les Chinois en matière de prix », il entend, à moyen terme, étendre ses activités « à l’ensemble de l’Afrique subsaharienne ». De quoi valoriser les exportations de la filière : seuls 4 % de la production de coton du pays (180 000 t de coton-graine et 76 000 t de coton-fibre en 2011) sont actuellement transformés, le solde étant exporté brut. L’unité de production, dont la première phase de construction a coûté 1,7 milliard de F CFA, est financée en partie grâce à un prêt accordé fin 2011 par la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) et la Société générale de banques au Cameroun (SGBC). ●

inférieur de 30 % à 50 % aux médicaments sous licence », précise Gisèle Étamé, et il est devenu leader de ce marché, en plein développement malgré les contrefaçons (qui proviennent essentiellement

de RD Congo). Genemark entend désormais élargir sa gamme de produits et sa zone de diffusion, d’abord à l’ensemble du territoire camerounais, puis au Tchad et à la Centrafrique. ● O.C.

O.C.

Genemark au générique Fondé en 2003, le laboratoire est aujourd’hui leader sur le marché, avec une offre d’une vingtaine de médicaments.

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

A

utorisés depuis 2003 par le ministère de la Santé, les génériques représenteraient aujourd’hui 40 % du volume de médicaments vendus au Cameroun, selon les autorités sanitaires. Bien qu’ils ne fournissent que 4 % d’un marché domestique inondé par les productions indiennes, sept laboratoires locaux travaillent dans ce secteur, dont Genemark. Créée quelques mois après l’ouverture du marché, la société avait pour objectif « d’assurer l’accessibilité et la disponibilité de médicaments de qualité pour les plus modestes », rappelle sa directrice, Gisèle Étamé, docteur en pharmacie et ancienne cadre de Rhône-Poulenc. Huitansplustard,lelaboratoirepropose une vingtaine de références, « à un prix

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Le Cameroun sort de ses frontières FORMATION

Des campus de plus en plus ouverts

Nombre d’établissements locaux d’enseignement supérieur cherchent à émerger dans la compétition mondiale. Leurs moyens restent cependant limités.

BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

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ecrutement international des étudiants et du corps professoral, cours bilingues français-anglais, implantation sur différents sites, partenariats avec d’autres universités et grandes écoles… La plupart des établissements d’enseignement supérieur camerounais se mobilisent pour mettre à niveau leur offre de formations et se donner plus de visibilité. Si la plupart des structures concernées font partie de la sphère publique, certaines institutions privées commencent à faire leurs preuves et à émerger dans cette compétition, à l’instar de l’Université catholique d’Afrique centrale (Ucac), qui a fait du Cameroun son point d’ancrage dans la sous-région et célèbre cette année ses vingt années d’activité. Outre ses trois campus camerounais (deux à Yaoundé, un à Douala), elle dispose d’une antenne au Congo (l’Institut supérieur de technologie d’Afrique centrale, à Pointe-Noire) et s’apprête à ouvrir un institut supérieur d’agronomie à Bangui, en Centrafrique. Avec trois facultés (sciences sociales et gestion, philosophie, théologie), un département de droit canonique, une École des sciences infirmières (ESI) et, bientôt, une faculté de médecine, l’Ucac accueille

€ DANS LES AMPHITHÉÂTRES, les étudiants venus d’autres États de la sous-région restent peu nombreux.

chirurgie dentaire, médecine vétérinaire, sciences médico-sanitaires, génie biomédical, réseaux et télécommunications, informatique et réseaux) et dispose notamment d’une clinique universitaire. QUOTAS. Dans la sous-région, le

Cameroun se démarque par la mise à niveau de ses infrastructures et équipements, mais aussi par la qualité des cours et le nombre d’enseignants qualifiés, la capacité à élaborer des programmes et à les suivre. Il semble le pays le mieux doté pour le sérieux et la pertinence de ses formations, et la reconnaissance de ses diplômes. Certains plaident pour une S’il n’existe pas de statisharmonisation des frais de tiques globales relatives aux scolarité entre pays de la Cemac. étudiants étrangers, dans les écoles internationales actuellement 3 500 étudiants, dont 10 % publiques – créées en partenariat avec d’étrangers. des États voisins et accessibles sur Créée en 2000, l’Université des monconcours –, des quotas sont fixés pour tagnes, qui dispose de trois campus à chaque pays. C’est le cas à l’Institut sousBangangté (ouest du pays), propose régional de statistique et d’économie quant à elle une offre de formations appliquée (ISSEA) de Yaoundé… qui, complète dans le domaine de la santé pourtant, n’accueille qu’un nombre reset des sciences. Elle compte environ treint d’élèves non camerounais. 2 000 étudiants, dont 12 % d’étrangers, L’une des raisons pour lesquelles les dans huit filières (médecine, pharmacie, candidats étrangers de la sous-région JEUNE AFRIQUE

sont encore assez peu nombreux à intégrer les écoles camerounaises est qu’ils réussissent moins bien les concours que les nationaux. La faute, probablement, aux épisodes d’instabilité politique qui ont contribué à faire baisser le niveau scolaire, notamment au Tchad et en Centrafrique. Selon Ludovic Lado, vicedoyen de l’Ucac, cette mobilité relativement faible des étudiants s’explique aussi par le boom des instituts privés dans la plupart des pays du continent, qui fait que beaucoup choisissent de ne plus s’expatrier. Pour recruter plus d’élèves étrangers, certains responsables d’écoles ont réduit, pour quelques pays, la note requise pour être admis, la faisant par exemple passer de 13/20 à 11/20, tout en affirmant vouloir conserver leur sélection, gage de qualité. Ils conviennent aussi qu’une meilleure communication est indispensable pour dynamiser les effectifs. Ainsi, l’Ucac organise chaque année des campagnes d’information sur son offre de formations dans une dizaine de pays, où elle ouvre également des centres d’examens. Pour l’heure, la plupart de ses élèves non camerounais sont originaires du Tchad ou du Gabon ● ● ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Le Plus de J.A.

BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

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€ UN ÉLÈVE S’APPRÊTE À SE CONNECTER EN WIFI DANS LA COUR DE L’UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ-I. Le pays se démarque par ses infrastructures. ● ● ● et sont attirés en priorité par les sciences sociales, l’École des sciences infirmières et l’Institut supérieur de technologie d’Afrique centrale. Autre frein à l’arrivée en nombre d’étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur camerounais, les frais de scolarité, généralement plus élevés pour les ressortissants de pays extérieurs à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Pour Ludovic Lado, il faudrait mettre en place une politique d’harmonisation des prix

faculté, Tetanye Ekoe, l’internationalisation passe aussi par une politique de coopération et d’octroi de bourses d’études à un plus grand nombre de jeunes étrangers. PARTENARIATS. Devenir un acteur

incontournable et reconnu en matière de formation supérieure implique aussi d’améliorer sa visibilité en misant sur les partenariats internationaux. Dans ces accords de coopération, le volet le plus important est l’accueil, sur le campus camerounais, d’enseignants étrangers qui aident au renLes programmes d’échanges forcement des différentes avec des universités étrangères filières. Autre facteur d’atsont un facteur d’attraction. traction: la mise en place de passerelles de formations entre les pays ; le Malien en formation au et de programmes d’échanges avec des Cameroun s’acquitterait ainsi de droits établissements partenaires; les étudiants équivalents à ceux qu’il paierait chez lui. peuvent ainsi effectuer un stage ou leur La faculté de médecine et de sciences dernière année d’études dans le pays de biomédicales (FMSB) de l’université de l’établissement associé. Yaoundé-I a déjà consenti cet effort et Le PKFokam Institute of Excellence affiche des coûts annuels relativement (fondé par Paul Fokam, président modérés, en comparaison de ceux prad’Afriland First Bank, lire p. 74) protiqués en Occident ou dans les pays pose ainsi un programme de master d’Afrique du Nord. Pour le doyen de la dont la dernière année s’effectue aux N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

États-Unis. De même, dans le cadre de son partenariat avec l’École supérieure de commerce (ESC) Clermont-Ferrand, la dernière année du master de Sup de Co Yaoundé se déroule dans la ville française. La FMSB a quant à elle mis en place un master en épidémiologie de terrain et gestion de laboratoire et un diplôme interuniversitaire (DIU) sur la prise en charge de l’infection par le VIH en collaboration avec l’université de Montpellier-I. Elle prépare par ailleurs la création de cursus de niveau master avec le soutien de l’Union européenne et, peut-être, de la coopération allemande. Des accords se nouent également avec des établissements d’enseignement supérieur d’autres pays du continent. Ainsi, l’École pour la formation des spécialistes en équipements et aménagements ruraux (EFSEAR) de Kumba (province du Sud-Ouest) et l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2IE) de Ouagadougou (Burkina Faso) se sont rapprochés, avec à la clé la rénovation et l’extension de l’EFSEAR sur un nouveau campus à vocation sous-régionale. Autre exemple, celui de l’université marocaine Cadi-Ayyad de JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières Marrakech (Ucam), qui s’est installée à Douala et à Yaoundé, où elle propose des formations en sciences commerciales et en management. RECHERCHE. Pour émerger sur la scène internationale, les établissements entendent aussi développer leurs activités et leurs réseaux de recherche. Compte tenu du bilinguisme camerounais (le français et l’anglais sont les langues officielles, lire pp. 106-109), ils renforcent leur coopération et leurs partenariats aussi bien avec les pays francophones qu’anglo-saxons. La FMSB compte ainsi capitaliser sur le prix Kwame-Nkrumah de la meilleure femme scientifique d’Afrique centrale attribué en 2011 par l’Union africaine à l’une de ses enseignantes-chercheuses, Rose Leke, directrice du centre biotechnologique, pour promouvoir la qualité de ses formations et de ses

activités de recherche et développer ses collaborations à l’étranger. Pour les établissements camerounais, l’obstacle le plus difficile à franchir reste celui du financement. Si tous conviennent qu’il est essentiel de promouvoir les échanges d’enseignants et d’étudiants pour oser parler de campus internationaux, ils peinent à trouver les fonds nécessaires pour se mettre à niveau et s’arrimer aux centres de recherche de notoriété internationale. Publiques ou privées, la plupart des universités et écoles camerounaises ne disposent pas de ressources financières suffisantes pour recruter des enseignants étrangers permanents. Ainsi, à l’Ucac, ils ne représentent que 2 % du corps professoral. Le projet de développement des universités, qui prévoit de revaloriser les conditions d’embauche, pourrait y remédier quelque peu. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM

La jungle du privé Les écoles et instituts prolifèrent. Pour les étudiants, il est parfois difficile de séparer le bon grain de l’ivraie.

I

ls sont désormais plus d’une centaine, contre dix-sept en 2007 et seulement trois au début des années 1990. En vingt ans, le nombre d’universités et d’instituts privés agréés affiche une progression exponentielle de 3 000 %, soit 160 % en moyenne par an. Il faut dire que la demande est forte et le marché particulièrement juteux. Subventionnées par l’État, qui y voit un moyen de pallier les insuffisances de l’université publique grâce à une offre de formation plus abondante, plus diversifiée et « professionnalisante », les formations privées se révèlent lucratives pour leurs promoteurs. Entre la première et la quatrième année d’études, les frais de scolarité passent de 650 000 F CFA à 1 500 000 F CFA (990 à près de 2 300 euros) par an dans les établissements les moins onéreux, et de 3 millions à 7 millions de F CFA par an pour les plus coûteux. Selon le Pr Roger Tsafack Nanfosso, économiste, enseignant à l’université de Yaoundé-II, « le niveau des investissements généralement consentis par les propriétaires d’instituts privés laisse deviner une activité très rentable ». Avec, parfois, des dérapages. JEUNE AFRIQUE

L’aspect mercantile l’emportant sur la qualité des formations, certaines écoles s’ouvrent sans légitimité ni qualification, usant d’appellations aussi pompeuses qu’abusives, avant de se révéler être des coquilles vides, dont les diplômes ne bénéficient d’aucune reconnaissance. ÉQUIVALENCES. Si les entreprises parviennent à flairer rapidement l’arnaque et à identifier les établissements valables au bout de quelques entretiens de recrutement, il est parfois difficile pour les élèves et leurs familles de séparer le bon grain de l’ivraie. Évidemment, la renommée de l’établissement, sa sélectivité et son ancienneté constituent des critères déterminants. La meilleure solution reste de rencontrer des étudiants, d’examiner la composition du corps enseignant et l’offre de formations, de se renseigner sur la qualité des enseignements théoriques ou pratiques, la reconnaissance des diplômes auprès des professionnels, et sur les éventuelles équivalences avec les universités. ● C.J.-Y. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


CAISSE DE STABILISATION DES PRIX DES HYDROCARBURES

LE GARANT DE L’ÉGALITÉ D’ACCÈS AUX PRODUITS PÉTROLIERS AU CAMEROUN

Centre emplisseur de gaz de Maroua.

Stockage.

Depuis 1974, la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) veille à réguler les prix du carburant au Cameroun. Arbitre entre les opérateurs du secteur, elle assure la protection des consommateurs en leur offrant un accès équitable aux produits pétroliers.

Créée le 10 mai 1974 par décret présidentiel,

au lendemain du premier choc pétrolier, la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) est un Établissement public camerounais doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Il est placé sous la tutelle du ministère du Commerce, en charge des prix. Sa principale mission : réguler les prix des hydrocarbures au Cameroun. UNE STRUCTURE INDÉPENDANTE ET MODERNE

COMMUNIQUÉ

Pendant longtemps, la CSPH assure cette fonction à travers une structure légère, sous la houlette d’un comité de gestion, la direction étant sous les ordres d’un directeur des prix. Mais en 1998, au lendemain de la libéralisation du secteur pétrolier aval, elle est réorganisée en une structure moderne et autonome dont le fonctionnement obéit aux règles classiques de gestion des établissements publics. Elle est aujourd’hui gérée par un conseil d’administration de neuf membres qui joue un rôle d’orientation et de contrôle. Au quotidien, la CSPH est dirigée par un directeur général, M. Ibrahim Talba Malla, assisté d’un directeur général adjoint. Elle reste placée sous la tutelle souple du ministère du Commerce et travaille en partenariat avec le ministère de l’Énergie et de l’Eau et le ministère des Finances.

DE L’EXPLORATION À LA DISTRIBUTION La principale mission de la CSPH est d’assurer l’approvisionnement régulier des centres de distribution en hydrocarbures du Cameroun par la régulation des stocks et des prix. Elle participe en ce sens à toutes les opérations qui concernent la maîtrise de la politique énergétique nationale, par une prise de participation dans l’exploration, la production, le raffinage et la distribution des hydrocarbures. La CSPH s’apprête ainsi, aux côtés de la Société nationale des hydrocarbures, à réaliser un terminal de réception et de stockage de Gpl, à Kribi, d’une capacité de 8000 mètres cubes.

■ Réguler les prix

Dans la mesure de ses disponibilités financières, la CSPH prend en charge, partiellement ou totalement, les hausses des cours internationaux des hydrocarbures. Elle garantie l’équité d’accès des consommateurs aux produits pétroliers sur l’ensemble du territoire. Une protection du consommateur assurée à travers deux mécanismes : la stabilisation et la péréquation. • La péréquation permet de mesurer et de corriger les inégalités générées par les charges fiscales ou liées au transport. Elle permet d’uniformiser les prix dans l’espace, à travers tous les dépôts camerounais, et dans le temps.

Ibrahim TALBA MALLA Directeur général de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH)


ACTEUR DE L’ÉCONOMIE CAMEROUNAISE

Réguler les prix des hydrocarbures au Cameroun. Raffinerie.

• La stabilisation permet quant à elle de maîtriser les prix intérieurs. Grâce aux prélèvements opérés sur les consommations, des réserves sont constituées, susceptibles de faire face à des variations de prix à l’importation.

■ Réguler les stocks

L’approvisionnement des produits pétroliers au Cameroun s’effectue à travers deux canaux : la production locale, qui y contribue à hauteur de 80%, et les importations, qui y contribuent à hauteur de 20%. La production locale est assurée par la Société nationale de raffinage. Les importations se font sous l’égide de la CSPH, qui lance les appels d’offres à l’intention des sociétés pétrolières agréées. Ces importations sont réalisées exclusivement par voie maritime. Le stockage est assuré par la société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP), qui possède sept dépôts répartis sur l’ensemble du territoire national. Chacun répond à une délimitation géographique précise desservant les 570 stations services

Mini pipe line à Maroua.

du Cameroun. La CSPH assure un égal accès des distributeurs à ces capacités de stockage. Arbitre, elle maintient également une saine concurrence entre les opérateurs du secteur. Elle contrôle ainsi les zones en situation de monopole afin d’éviter tout abus de position dominante et en faisant appliquer un juste prix.

LE GAZ DOMESTIQUE AUSSI Ibrahim Talba Malla, directeur général de la CSPH, a annoncé en février dernier la mise en service, d’ici à la fin de l’année, d’un centre d’emplissage de bonbonnes de gaz domestique à Bertoua, la capitale régionale de l’Est. Objectif de l’investissement : favoriser l’équité dans l’accès des populations à ce produit incontournable. Un tel centre d’emplissage a été inauguré à la fin de l’année 2006 à Maroua, améliorant le quotidien des ménages dans la province de l’extrême nord.

Immeuble du siège.

DIALOGUE ET TRANSPARENCE Dans le but de bâtir un dialogue constructif et transparent avec tous les intervenants du secteur pétrolier aval, la CSPH tient chaque trimestre des réunions d’information avec les partenaires sociaux (syndicats de transporteurs urbains et interurbains, associations de défense des droits des consommateurs...). Ces réunions consistent généralement à présenter aux partenaires sociaux la conjoncture pétrolière internationale et ses répercussions sur les prix intérieurs et sur le budget de l’État, à travers les soutiens sur les carburants et/ou sur le gaz domestique. Il permet aussi d’arrêter des programmes d’actions de sensibilisation dans certaines régions du pays.

DIFCOM/FC - PHOTOS : DR

SA PRINCIPALE MISSION

La CSPH soutient financièrement des sociétés dans des secteurs aussi divers que le raffinage, le stockage, la construction et la réparation navale, la finance ou encore l’hôtellerie. Elle détient des parts dans la Société Nationale de Raffinage (15%), la Société Camerounaise de Dépôts Pétroliers (19%), le Chantier naval et industriel du Cameroun (6,21%), les Hôtel Sawa (5,75%) et Hilton (4,7%) ou encore dans la bourse de Douala (Douala Stock Exchange, 5,17%).


Le Plus de J.A. BILINGUISME

Business is business

Leur philosophie, leur stratégie et leurs cibles sont parfois différentes selon qu’elles sont d’origine anglophone ou francophone. En tout cas, c’est dans les entreprises que l’on maîtrise le mieux les deux langues, et les deux cultures, du pays.

JEAN-PIERRE KEPSEU POUR J.A.

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L

orsqu’en 2009 le pape Benoît XVI fait sa première visite officielle en Afrique, c’est au Cameroun qu’il choisit d’aller. « Cela lui permettait de pouvoir toucher en une seule étape l’ensembledescommunautésanglophones et francophones du continent », explique Sa’ah François Guimatsia, professeur de français et d’anglais au Centre linguistique de Douala. Pour l’auteur de Cinquante ans de bilinguisme au Cameroun. Quelles perspectives en Afrique ? (L’Harmattan, juin 2010), il n’y a aucun doute, « parler deux des principales langues internationales est une chance inouïe pour le pays ». D’autant que le bilinguisme ne génère pas de tensions trop vives entre les communautés linguistiques du pays, membre à la fois de la Francophonie (depuis 1991) et du Commonwealth (depuis 1995). Les francophones représentent toujours 78 % delapopulation.«Commetouteslesminorités, les anglophones se sont parfois sentis un peu menacés culturellement, mais la mondialisation a changé la donne », remarque Sa’ah François Guimatsia.

N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

€ FAUTE D’AVOIR FAIT DU BILINGUISME UNE PRIORITÉ, les autorités le respectent scrupuleusement.

D’ailleurs, aujourd’hui, nombreux sont lesparentsfrancophonesquienvoientleurs enfants dans des écoles spécifiquement anglophones. Les lignes de partage héritées de l’indépendance n’ont pourtant pas encore bougé. « Les politiques ont été beaucoup trop timides pour réellement mettre en place le bilinguisme, pourtant inscrit dans la Constitution », regrette le spécialiste. L’enseignementdesdeuxlanguesofficielles a bien été soutenu équitablement par les pouvoirs publics ces cinquante dernières années, « mais aucun pont n’a été mis en place entre les deux », constate Sa’ah François Guimatsia. « Cela aurait pourtant permisdedévelopperunecultureoriginale dans la région. » BIENTÔT LE MANDARIN? Faute d’avoir

fait du bilinguisme une priorité, les gouvernements successifs se contentent de leur bilan plutôt honorable sur la question,

préférant éviterle débat pour mieux ménager les susceptibilités communautaires. Avant de passer peut-être demain au multilinguisme. Toujours plus présent dans la sous-région, le mandarin l’est en particulier au Cameroun, où l’université de Yaoundé-II accueille, depuis 2007, l’un des instituts Confucius les plus actifs du continent–uneannexeamêmeétéouverte à Douala en 2009. Comme le souligne Guimatsia, « c’est davantage sur le terrain économique que le bilinguisme connaît un certain dynamisme».Auborddesroutes,onvoitdepuis longtempsdespanneauxpublicitairesdans lesdeuxlangues.Lesentretiensd’embauche se déroulent de plus en plus en anglais, même dans les entreprises francophones. «Lesecteurprivéestaujourd’huibeaucoup plus bilingue que ne l’ont jamais été les pouvoirs publics », conclut le professeur. Avec parfois, selon les domaines d’activité, quelques différences de style. Comme en témoignent six dirigeants, francophones et anglophones, de l’industrie ou des médias. ● OLIVIER CASLIN JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières

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Presse Les faits et l’opinion

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

I

l aurait pu être prêtre, il est devenu journaliste. « Dans les deux cas, il s’agit d’une vocation. » Originaire de l’ouest du Cameroun, Charly Ndi Chia a appris le métier au Nigeria, puis au RoyaumeUni, avant de rentrer au pays, dans sa ville de Buéa, où il est depuis quinze ans rédacteur en chef de la principale publication en langue anglaise, The Post. À 55 ans, avec une vingtaine de personnes sous son autorité, il sort deux éditions chaque semaine, distribuées à 3 000 exemplaires chacune – « jusqu’à 15 000 en cas de grosse information ». Beaucoup plus de faits que d’analyses ou d’opinions, « c’est ce que demande notre lectorat », contrairement à ceux des journaux de DoualaetdeYaoundé.Aucune approche communautaire dans le travail de ce reporter, qui n’a rien d’un militant de la cause anglophone : « Nous ne sommes pas Radio Mille

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

Charly Ndi Chia et Frédéric Boungou ont deux visions bien différentes de leur métier de journaliste.

Charly Ndi Chia

Frédéric Boungou

Rédacteur en chef, The Post

Collines », s’agace-t-il. Pour le titre, l’une des priorités est d’engranger des ressources publicitaires « sur un marché bien plus restreint que pour les francophones » et, pour ses journalistes, de presser les politiques « qui, lorsqu’ils ne veulent pas répondre, se retranchent derrière le français ». Son confrère Frédéric Boungou, 40 ans, rédacteur en chef du Messager depuis 2009, a une vision tout aussi claire, quoique différente, de son métier : « Il s’agit d’observer la société pour mieux la

Rédacteur en chef, Le Messager

décrire, mais également de donner son opinion pour faire bouger les décideurs. » Une double mission assurée chaque jour par la trentaine de journalistes travaillant pour le quotidien, qui tire à un peu plus de 8 000 exemplaires. Place aux commentaires, donc, afin de satisfaire un lectorat friand de débat politique. « Les anglophones sont meilleurs que nous pour relater les faits », reconnaît Boungou, expliquant qu’il n’y a rien de tel qu’un débat polémique « pour se démarquer d’une concurrence bien plus

’Air Servair, e pour Doual d n o m u d t Le goû des normes respectueux c’est d’être cités locales. et des spécifi es al n io at rienne intern stauration aé re la e d rs ie mét res. Le goût des aéroportuai x des services u ce e d i ss et au ndre e pour répo ût du servic go le r, sû en Et bi es passagers otidiennes d qu s te n te at aux de Douala. international rt o p o ér l’a de

forte dans la presse francophone ». En anglais comme en français – et ce n’est pas spécifique au Cameroun –, il faut constamment se méfier des tentatives de manipulation. Or il n’est pas toujours facile de vérifier les informations dans « un Cameroun bien plus bilingue que ne le sont les Camerounais euxmêmes » et d’interviewer des anglophones sans vraiment maîtriser la langue – « Les anglophones se débrouillent bien mieux en français que nous en anglais », reconnaît Boungou. ● O.C.

Le g o ût du m o nde

www.servair.fr


Le Plus de J.A.

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

108

Norbert Eloundou

Serge Njapoum

Directeur de la communication de Guinness Cameroun SA

Directeur commercial de SABC

Brasserie Une affaire de goût Au fil de leur carrière, Norbert Eloundou et Serge Njapoum ont travaillé dans les deux zones linguistiques.

S

erge Njapoum, 50 ans, sait de quoi il parle. Avant d’être nommé à Douala par la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC, lire pp. 92-93), le directeur commercial de la plus importante filiale du groupe français Castel en Afrique a passé quatre ans en zone anglophone pour le compte de sa société. Il a donc pu y apprécier, à Limbé ou à Buéa, « l’aspect social et associatif très développé », dans l’esprit des clubs hérités de la colonisation britannique. Il a également pu y mesurer l’importance de « respecter le cadre légal, l’ordre établi », N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

quand les francophones « sont plus désordonnés, parfois même borderline ». PROXIMITÉ. Quant à la présence d’un concurrent du poids de Guinness Cameroun SA, filiale du britannique Diageo, Njapoum estime qu’elle a « donné un coup de fouet au secteur et poussé SABC à se bouger pour mieux se développer ». Face à la stratégie marketing très agressive du numéro un mondial, il a fait d’autres choix, « axés sur la proximité et la diversité ». Pour lui, « chacun s’appuie sur ses spécificités et joue sur les particularités propres à deux cultures que

plus formel des anglophones, tout oppose, mais qui, au même si cela passe par une Cameroun, arrivent à cohaprise de décision généralebiter paisiblement ». ment plus longue ». Adepte du De son côté, le directeur business is business, Eloundou de la communication de salue « le pragmatisme très Guinness Cameroun SA, britannique » de son entreNorbert Eloundou, 46 ans, prise, capable de mettre en s’exprime dans un français place des partenariats avec impeccable. Normal : avant de travailler pour le brasseur, il a long« Deux cultures que temps été journatout oppose, mais qui, liste à la télévision ici, arrivent à cohabiter publique camerounaise, présentant paisiblement. » même « l’équivalent SERGE NJAPOUM, Société anonyme des brasseries du Cameroun local de 7 sur 7, sans le pull mohair ». Après avoir tâté du markela concurrence lorsqu’il le ting politique, il s’en est allé faut (lire encadré p. 92). Il lui reconnaît surtout un côté qui tester son sens de la formule lui tient particulièrement à dans le privé, pour British cœur, celui de ne pas hésiter American Tobacco Cameroon d’abord, puis Guinness à bousculer les habitudes Cameroun, où il a « pris tout en respectant scrupuconscience de l’image de la leusement les standards de marque » et de son esprit so gouvernance et d’éthique. ● British. Il affectionne « le côté O.C. JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun sort de ses frontières

www.onep.ma

Agro-industrie Palme universelle Henry Njalla Quan et Charles Fondjo l’assurent : cette particularité nationale n’a que peu d’impact sur leur activité.

Henry Njalla Quan Directeur général de CDC

Charles Fondjo

STATION DE TRAITEMENT D’EAU POTABLE DU BOUREGREG-RABAT (9 m3/s)

Secrétaire général de Socapalm

I

À L’AISE. CDC ne profite même pas de sa proximité

linguistique pour développer des liens privilégiés avec le Nigeria ou le Ghana. L’entreprise se concentre sur son marché national « en s’adressant à l’ensemble des Camerounais, qu’ils soient anglophones ou francophones », précise Njalla Quan. Lors des entretiens d’embauche, il laisse même les postulants choisir la langue « dans laquelle ils sont le plus à l’aise ». Pas besoin de parler anglais, donc, pour travailler au sein de l’une des plus importantes entreprises anglophones camerounaises. Reste que la grande majorité de ses 21 000 employés est tout de même issue de la minorité linguistique du pays. ●

O.C.

STATION D’ÉPURATION DES EAUX USÉES DE NADOR (capacité d’épuration : 20 600 m3/jour)

Au service du développement durable • Producteur national : plus de 901 millions m3/an • 1er distributeur d’eau potable :

plus de 1.46 million de clients

• Généralisation de l’accès à l’eau potable

en milieu rural : l’Office a porté le taux d’accès à plus de 91 %

• Acteur principal dans l’assainissement

liquide : 82 villes et localités desservies

OFFICE NATIONAL DE L’EAU POTABLE

DIRECTION DE LA COOPÉRATION ET DE LA COMMUNICATION STATION DE TRAITEMENT DU BOUREGREG

Av. Mohamed Belhassan El Ouazani Rabat, Royaume du Maroc Tél. : +212 5 37 66 74 30 Fax : +212 5 37 75 31 28 E-mail : communication@onep.org.ma

www.onep.ma

DIFCOM/D.F. - © PHOTOS : D.R.

l se souvient que les choses étaient très différentes, il y a trente ans, « lorsque chaque Camerounais ne parlait que sa langue. Aujourd’hui, le bilinguisme est vraiment un atout supplémentaire pour les milieux d’affaires du pays ». Henry Njalla Quan, 60 ans, directeur général de Cameroon Development Corporation (CDC, créé par les Britanniques dans les années 1940), sourit en ajoutant que, de toute façon, « dans « Pour parler de l’huile de palme, la nos produits, langue n’a pas tellepas besoin de ment d’importance ». Un avis que pardiscours ciblés tage Charles Fondjo, vers les 57 ans, le secrétaire différentes général de la Société camerounaise de palcommunautés. » meraies (Socapalm) : CHARLES FONDJO, « Nous proposons les Société camerounaise de palmeraies mêmesproduits,selon les mêmes techniques et auprès des mêmes marchés. » En l’occurrence, côté campagnes de communication, si la langue varie, les messages sont identiques. « Pour parler de nos produits, nous n’avons pas besoin de discours ciblés vers les différentes communautés », explique Charles Fondjo.


112

Économie

BANQUE

Comme on se retrouve…

INFORMATIQUE

Intraitable Sage

MATIÈRES PREMIÈRES

C’est l’avalanche Depuis son plus haut historique en mars 2011, le prix du coton s’est effondré. La faute à une production importante et à une demande en berne. Fragilisés, les acteurs de la filière n’espèrent pas d’embellie avant la prochaine campagne.

OLIVIER CASLIN

L

4.3.2011 1,552

es années se suivent, mais ne se resSuspectés d’avoir spéculé à New York semblent pas pour le secteur cotonpour soutenir les cours au moment où ils nier. Après avoir culminé à 2,15 dollars étaient au plus haut, les négociants sont en (1,55 euro) la livre en mars 2011 – un outre dans le collimateur de la Commodity Futures niveau inconnu depuis la guerre de Trading Commission, le régulateur américain des Sécession américaine (1861-1865) –, marchésàterme,quiaouvertuneenquêtele23 mai. l’or blanc a atteint début juin son prix le plus bas Une procédure « injustifiée » pour Georges Toby, des deux dernières années, à moins de 0,7 dollar. qui estime que toutes les conditions étaient réunies « Nous assistons à un minikrach, avec des cours pour expliquer un pic aussi soudain qu’éphémère. qui s’effondrent à une vitesse vertigineuse depuis « Alors que la production mondiale faiblissait et que 5.7.2011 quelques semaines », s’inquiète Georges Toby, les stocks étaient au plus bas, la demande restait 1,094 directeur général de Copaco, l’œil rivé sur des très dynamique », confirme Thierry Devilder, qui écrans de contrôle branchés sur la Bourse de New ne peut que constater, un an plus tard, « le renversement total des fondamentaux ». York. En direct, les chiffres s’affolent et les courbes obstinément orientées vers le bas n’indiquent Selon le Comité consultatif international du coton rien de bon : « 66 cents pour juillet, 65 cents pour (InternationalCottonAdvisoryCommittee, décembre. À ce rythme, les producteurs risquent Icac), la production mondiale a en effet de tomber sous la ligne de flottaison », redoute progressé de 8 % en 2011-2012, 9.11.2010 1,083 déjà le négociant de la filiale de Geocoton. Toby à 27,1 millions de tonnes, penn’espèreaucunretournementdetendanceavant dant que la consommation se la prochaine campagne. Un pessimisme qui contractait de 6 %, à 23,2 millions de rejoint les prévisions émises fin mai par Goldman tonnes. D’où une explosion de 43 % des stocks, qui ont dépassé 13 millions de tonnes. Ils Sachs et JP Morgan, d’accord pour craindre « une nouvelle baisse des cours au deuxième semestre devraient même peser 14,5 millions de tonnes en 2012 ». 2012-2013, soit 61 % de la consommation mondiale! Danscecontextemarquépar«unehypervolatilité C’estleplusfortratiodepuislacampagne1998-1999. sans précédent », selon un trader de Glencore, rares sont les gagnants. Les maisons de négoce souffrent. LA GUINÉE RETROUVE LA FIBRE « Elles se retrouvent avec du coton sur les bras qu’elles doivent tenter de vendre à LE 25 MAI DERNIER, le coton guinéen a signé son grand retour sur des prix dont aucun filateur ne veut », la scène internationale, avec l’expédition de 400 t de fibre vers 1.3.2010 explique Thierry Devilder, président l’Europe depuis le terminal de Conakry. En 1997, le pays produisait 0,615 du directoire de Devcot. Comme ses encore 37000 t de coton graine. Une production tombée par la collègues, il « préfère attendre pour suite à quelques centaines de tonnes, puis plus rien, « jusqu’en éviter de s’exposer davantage ». février 2011, lorsque le président Alpha Condé a décidé de relancer

Évolution du cours de la livre de coton à New York (en euros) N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

la filière, en s’appuyant sur l’expertise de Geocoton », explique Yannick Morillon, directeur général de la filiale du groupe Advens. Actuellement de 4000 ha, la surface de production devrait quadrupler pour la campagne 2012-2013. Reste à remettre l’outil industriel en état et à mobiliser les cotonculteurs pour que la Guinée retrouve à l’horizon 2020 sa production d’antan. ● O.C.

JEUNE AFRIQUE


PHARMACIE

INTERVIEW

Hassan Ahdab vice-président de Starwood

AFRIQUE DE L’OUEST

Les PME auront-elles la cote ?

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ISSOUF SANOGO/AFP

La tradition malgache s’impose en beauté

! EN 2011-2012, 27,1 MILLIONS DE TONNES ont été récoltées au niveau mondial, un chiffre en hausse de 8 %.

22.7.2011 0,695

JEUNE AFRIQUE

« Le marché déborde », fulminent les négociants, rémunératrices. Le phénomène est néanmoins qui redoutent déjà les effets de cette accumulation insuffisant pour réduire les stocks et donc relancer sur les rémunérations de la prochaine campagne. les cours, alors que l’offre devrait rester supérieure D’autant que lademande n’est toujourspasrepartie. de 50 % à la demande, selon les chiffres du Comité. « La flambée de l’an dernier, couplée au contexte de crise internationale, a plombé la consommaL’INCONNUE CHINOISE. Comme pour beaucoup tion, qui s’est reportée sur le polyester pour des d’autres matières premières, « la clé se trouve en raisons de coût », regrette Thierry Devilder, qui Chine », estime Georges Toby. Après avoir importé estime à « 500 000 t » la baisse du volume de coton massivement en 2011 (4,6 millions de tonnes, soit utilisé par les filatures en 2011-2012. Si, d’après les 52 % des échanges mondiaux) afin de reconstituer analystes, le match que livre le coton contre les ses réserves stratégiques au prix fort pour maintenir fibres synthétiques « dépend essentiellement les cours, et donc le prix d’achat à ses paysans, le de l’évolution des prix du pétrole », la part premier producteur de la planète a mis un de marché de l’or blanc s’érode depuis une terme à ses achats fin mars. Depuis, « tout le 13.6.2012 décennie, passant de 40 % à 32 %. monde se demande ce que le pays compte 0,606 La faiblesse prolongée des cours devrait faire l’année prochaine », résume Devilder. néanmoins améliorer sa compétitivité S’il est déjà établi que la Chine importera et changer une nouvelle fois la donne. moins, rien ne dit qu’elle n’exportera pas sur un L’Icac annonce une légère reprise de marché déjà excédentaire. « Avec une croissance 4 % de la consommation des filatures au ralenti, elle pourrait être tentée de vendre une 5.6.2012 l’an prochain. L’organisme s’attend partie de ses réserves pour récupérer les devises 0,539 dans le même temps à une contracqui lui permettront d’acheter les minerais dont tion de 7 % de la production mondiale son économie a besoin », redoute déjà Toby. À de coton, conséquence du désintérêt moins qu’elle n’ait regarni ses stocks dans le but constaté chez de nombreux cultivateurs de réduire ses propres superficies cotonnières au à travers le monde, qui s’orientent vers des profit des cultures vivrières, comme le pensent de cultures (céréalières, maraîchères) plus nombreux observateurs. ●●● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012


114

Quatre entreprises, ntreprises, qu quatre stratégies (chiffres 2011-2012) SOFITEX (Burkina Faso) La production de fibres est écoulée à l’international : seuls 5 % sont vendus à des filatures locales, contre 100 % des graines à des huileries du pays. Une diversification dans le tournesol et le sésame (huile) est à l’étude.

CMDT (Mali)

330 000 t

La privatisation de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) reste d’actualité malgré la crise politique. Ce processus, confié à la Mission de restructuration du secteur coton, devait initialement se conclure fin 2012.

Nombre de producteurs

Production de coton-graine

Chiffre d’affaires

Nombre de producteurs

Production de coton-graine

170 000

249,6 millions d’euros

445 303 t 161 368

Chiffre d’affaires

SODECOTON (Cameroun) L’entreprise publique mise depuis la fin des années 1970 sur la transformation de la graine et produit de l’huile raffinée et des aliments pour bétail à destination du marché local. Elle s’est diversifiée depuis 2008 dans la transformation du soja. Production de coton-graine

185 600 t

Nombre de producteurs

155 267

Chiffre d’affaires 150,3 millions d’euros

166,6 millions d’euros

Sur ce marché mondialisé et volatile, la filière cotonnière africaine peine à garder le fil. Après avoir connu des cours très bas entre 2004 et 2010, l’Afrique de l’Ouest n’a pas vraiment profité de la hausse record de mars 2011. « Dès que les cours ont atteint, début 2011, les 800 F CFA [1,20 euro, NDLR], soit le coût de revient d’un kilo de fibre, tout le monde s’est dépêché de vendre », explique Bachir Diop, directeur général de la Société de développement et des fibres textiles (Sodefitex) sénégalaise. Cette année en revanche, persuadés que les cours ne pouvaient que remonter, les opérateurs ont préféré attendre; un quart à peine des récoltes a changé de mains au premier trimestre, soit près de trois fois moins qu’à la même période en 2011.

●●●

COUP DUR. Grâce aux prix garantis et qui, malgré la SODEFITEX (Sénégal) Sodefitex s’est lancé en 2004 dans le coton équitable pour améliorer la rémunération des producteurs. Cette niche représente 25 % de sa production ; l’objectif initial de 60 % a été mis entre parenthèses avec la crise du marché international. Production de coton-graine

25 400 t

Nombre de producteurs

24 700

Chiffre d’affaires

23,6 millions d’euros

chute des cours, vont être maintenus en moyenne à 250 F CFA le kilo, les producteurs devraient pouvoir passer entre les gouttes, contrairement aux sociétés cotonnières qui, après avoir retrouvé des couleurs en 2011, « s’apprêtent à subir un nouveau coup dur », selon Bachir Diop. Dans certains cas, comme au Sénégal, les États devraient être mis à contribution, illustrant une nouvelle fois les limites des projets de libéralisation encouragés par la Banque mondiale et que la majorité des acteurs privés et publics de la filière s’accorde aujourd’hui à juger « suicidaires ». Les cours conservent encore un niveau suffisant pour permettre au coton africain d’éviter la catastrophe. À condition que l’euro ne vienne pas tout remettre en cause en se renforçant face au dollar, pénalisant les exportations de la zone franc CFA. ●

Le Burkina Faso lève le pied sur les OGM Le pays restreint l’utilisation des semences génétiquement modifiées pour mieux encadrer les agriculteurs et améliorer les rendements.

A

nnoncé sur les ondes de RFI en mai dernier, l’abandon des organismes génétiquement modifiés (OGM) par les cotonculteurs burkinabè a surpris… les intéressés eux-mêmes. « Je ne sais pas d’où est sortie cette information », s’agace Jean-Paul Sawadogo, directeurgénéraldelaSociétéburkinabè des fibres textiles (Sofitex), qui a publié un démenti le jour même. Alors que démarre la prochaine campagne, le Burkina Faso entend bien rester le fer de lance du coton génétiquement modifié (CGM) en Afrique de l’Ouest. Les semences viennent d’être distribuées aux N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

paysansetlesgermestransgéniques devraient couvrir plus de 220000 ha, soit 43 % des surfaces emblavées. Le pays réduit toutefois la voilure, puisque le CGM représentait 66 % des superficies en 2010-2011 et 53 % en 2011-2012. « Nous connaissons des problèmes de rendement », justifie Sawadogo. Les 30 % de volume supplémentaire attendus grâce aux CGM n’ont pas été atteints, « essentiellement à cause d’une mauvaise application des procédés technologiques chez les petits producteurs », explique le patron de la Sofitex. La société veut donc ramener à 5000 le nombredecultivateursdeCGMafin de mieux les encadrer.

Elle a également décidé, en concertation avec la filière et le semencier Monsanto, de mettre en œuvre dès cette campagne un plan semencier visant à améliorer la qualité de la fibre OGM, plus courte que celle du coton conventionnel. « L’introduction de nouvelles technologies nécessite toujours un suivi importantpourcorrigeretaméliorer les pratiques », explique Sawadogo, qui préfère insister sur les avantages en matière de rendement mais aussi de traitements insecticides, « passés de six [avec du coton] conventionnel à deux avec le transgénique ». Une fois que la technologie sera maîtrisée, « il est tout à fait possible d’imaginer une production 100 % transgénique au Burkina », conclut Sawadogo. ● O.C. JEUNE AFRIQUE


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En direct, toute l’actualité économique et financière du continent La vie des entreprises zone par zone et secteur par secteur Les décideurs qui comptent... et ceux qui montent L’essentiel des opérations financières, de la vie boursière et des banques en Afrique Les grands dossiers de référence (l’eau, le transport aérien, le BTP...) Les classements exclusifs de Jeune Afrique*

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BANQUE ATLANTIQUE

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BANQUES

Comme on se retrouve… En s’alliant avec l’ivoirien Banque Atlantique, BCP se renforce en Afrique de l’Ouest. Il y rejoint deux autres groupes chérifiens, Attijariwafa Bank et BMCE Bank, déjà bien implantés au sud du Sahara.

C

étaitdevenuunearlésienne! Depuis 2006, Atlantic Financial Group (AFG, groupe Banque Atlantique) cherchait à ouvrir son capital à un partenaire stratégique. Des prétendants de renom, dont le nigérian Access Bank et Intangis Holding, se sont succédé. Plusieurs accords ont été près d’être signés, mais tous ont échoué. Puis le 7 juin, à la surprise générale, l’ivoirien s’est entendu avec Banque centrale populaire (BCP), le deuxième groupe bancaire marocain par le total de bilan. Les deux parties ont annoncé la création d’un holding dénommé Atlantic Bank International (ABI) qu’elles détiennent à parité (lire J.A. n° 2683). Il chapeautera les sept filiales bancaires d’AFG réparties en Afrique de l’Ouest. La prise de participation de BCP dans ce holding se fera par une augmentation de capital de 58 milliards de F CFA (88,4 millions d’euros). Le marocain en assurera en outre la gestion N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

stratégique, opérationnelle et financière, ainsi que celle de la banque d’affaires Atlantique Finance et de la société d’ingénierie informatique Atlantique Technologies. En attendant la validation de ce mariage par les régulateurs, BCP peut d’ores et déjà se frotter les mains. Il prend pied d’un seul coup dans sept des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) – ce qui porte sa présence subsaharienne à dix pays, puisqu’il est déjà actif en Centrafrique, en Guinée et en Mauritanie. Plutôt tourné jusqu’ici vers l’Europe, où il compte sept filiales, BCP rattrape ainsi son retard sur ses compatriotes Attijariwafa Bank (le numéro un chérifien) et BMCE Bank (le troisième groupe bancaire du royaume). Le premier est implanté sur neuf marchés au sud du Sahara tandis que le second compte une quinzaine de filiales subsahariennes via Bank of Africa (BOA), qu’il détient à 59,4 %. Cette arrivée de BCP

étendra-t-elle à l’Afrique subsaharienne la concurrence à laquelle se livrent déjà les trois groupes sur le marché marocain? « A priori non, répond Widad Ouardi, analyste spécialiste du secteur bancaire chez Integra Bourse, un intermédiaire baséàCasablanca.AttijariwafaBank et BMCE Bank ont une bonne longueur d’avance sur BCP. Ils sont en phase de consolidation et de rentabilisation de leurs réseaux respectifs. » PRIVATISATIONS. Il n’empêche.

La stratégie de croissance des entreprises africaines sur le continent est un thème majeur du

AFRICA CEO FORUM GENÈVE, 19-21 NOVEMBRE

theafricaceoforum.com

Dans le sillage de l’opération de BCP, d’autres belles occasions pourraient apparaître sur les marchés ouest-africains et attirer les groupes marocains. La plupart des vingt-quatre banques ivoiriennes sont ainsi sorties fragilisées de la crise sociopolitique qu’a connue leur pays et sont confrontées à un sérieux problème de fonds propres. Certaines, notamment les établissements publics (Versus Bank, BHCI…), ont subi une décote, devenant des cibles intéressantes. Outre la Côte d’Ivoire, les banques marocaines suivent de près les privatisations lancées dans toute la sous-région. Au Togo par exemple, Attijariwafa et BMCE sont cités parmi les potentiels repreneurs de quatre banques publiques. JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés ! BERNARD KONÉ DOSSONGUI, président d’Atlantic Financial Group, ET MOHAMED BENCHAABOUN, PDG de Banque centrale populaire, le 7 juin.

avec la multiplication des agences », estimeWidadOuardi.Cequeconfirment les propos de Souleymane Diarrassouba, directeur général du groupe ivoirien. « Avec l’expertise que nous apporte BCP, nous comptons être des acteurs de premier plan dans la bancarisation de la sous-région, grâce à l’élargissement de notre offre de produits dans le financement des projets, des petites et moyennes entreprises, dans le leasing, ou encore l’immobilier », souligne-t-il.

SOURCES : J.A., COMMUNICATION FINANCIÈRE DES GROUPES

Confrontées à un ralentissement sur leur marché domestique, qui souffre de la crise dans la zone euro, les banques marocaines cherchent des relais de croissance dans les économies en fort développement du reste du continent. En février, lors de la présentation des résultats de son groupe, Mohamed El Kettani, le patron d’Attijariwafa Bank, a clairement indiqué son intention de poursuivre son expansion en Afrique subsaharienne francophone. « Nous voulons couvrir toute la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest aussi bien que toute l’Afrique du Nord », a-t-il déclaré. D’après lui, ce développement est l’une des principales pistes pour maintenir le rythme de développement du groupe – qui a enregistré en 2011 un bénéfice net de 5,3 milliards de dirhams (475 millions d’euros, + 11,8 %). L’expansion des réseaux sera au cœur de la bagarre entre les trois acteurs marocains. Mais « être présent sur un marché ne suffit pas, explique un analyste basé à Londres. Il faut compter parmi les leaders de ce marché pour rentabiliser son investissement. Il faut savoir choisir son terrain et y être le meilleur ». À ce jeu-là, BCP se dit prêt à consacrer 1 milliard d’euros (en comptant les 88,4 millions investis dans ABI) au développement de l’activité de Banque Atlantique et « jouera sans doute la carte de banque de proximité

Face au ralentissement de leur marché domestique, les marocains cherchent des relais de croissance. Et si les trois marocains adoptent le même positionnement commercial de banque généraliste, leur réussite résidera dans leur capacité à intégrer leurs partenaires subsahariens et, « selon les pays, à s’adapter aux spécificités des marchés sur lesquels ils opèrent », indique l’analyste londonien. Dans leur manière d’aborder le marché, BMCE Bank et BCP se rejoignent. Tous deux ont racheté C’est la somme des réseaux régionaux existants que BCP injecte dans le capital et déjà bien implantés. « Cette démarche permet d’aller plus vite du nouveau holding, Atlantic Bank et de conserver la clientèle qui, de International manière générale, a plus confiance en une marque locale qu’en une marque étrangère », explique un autre financier. Cependant des différences existent. Si BCP vient d’investir dans un groupe relativement jeune et disposant d’une importante marge de progression (à condition d’assainir le bilan de Banque Atlantique et de

88,4 millions d’euros

Le trio de tête du royaume en 2011

Total de bilan (EN MILLIONS D’EUROS) Produit net bancaire (EN MILLIONS D’EUROS) Nombre de pays subsahariens investis JEUNE AFRIQUE

ATTIJARIWAFA BANK

BCP

BMCE BANK

523,7 (+ 12 %) 24,2 (+ 8,3 %)

361,9 (+ 10,3 %) 15,5 (+ 1 %)

317,1 (+ 11 %) 12,2 (+ 8 %)

9

10

14

redorer son image), BMCE Bank est entré en 2008 dans le capital du déjà mature BOA. « BMCE Bank était dans une démarche d’agrégation de chiffres. On l’a vu entre 2008 et 2009 lorsque ses résultats avaient été largement tirés par les performances de BOA », rappelle Widad Ouardi. Les dirigeants du groupe marocain maintiennent que cette contribution est toujours en hausse (environ 25 % en 2011, contre 17 % en 2010), mais de nombreux analystes sont sceptiques. Selon eux, les difficultés de certaines filiales (Côte d’Ivoire, Madagascar, Ghana et Djibouti) pèsent sur la rentabilité. En outre, alors que BCP et son partenaire ivoirien indiquent qu’ils entendent se renforcer dans les huit pays de l’UEMOA avant d’attaquer le reste du continent, BMCE Bank n’affiche pas de stratégie africaine hormis sa participation dans BOA. IDENTITÉ. Attijariwafa Bank est

dans une démarche différente. Le leader chérifien duplique son modèle domestique dans chacune de ses implantations subsahariennes, avec une volonté d’imposer son identité à ses filiales. « En matière de gestion et de maîtrise des risques, cette approche peut être payante, mais la limite est qu’elle se heurte aux différences culturelles », souligne l’analyste financier basé à Londres. De fait, le marocain a connu des débuts difficiles sur les marchés subsahariens, notamment au Sénégal. Mais il commence à bien s’en sortir : la Compagnie bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO) est leader au Sénégal et l’Union gabonaise de banque (UGB) connaît une progression constante. Mais si les banques marocaines se livrent une concurrence féroce sur leur marché domestique, des alliances de circonstance ne sont pas à exclure hors de leurs frontières pour tenir tête à leurs rivaux nigérians ou sud-africains. En 2010, BCP et Attijariwafa Bank se sont ainsi entendus pour reprendre ensemble l’activité de BNP Paribas en Mauritanie. L’avenir dira s’il s’agit d’une exception. ● STÉPHANE BALLONG N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

117


Entreprises marchés PME FRANÇAISES

À la reconquête des marchés perdus La Chambre de commerce et d’industrie de Paris lance un Comité d’échanges Afrique-France. Objectif : inciter les entreprises franciliennes à se lancer sur le continent.

C

roissance soutenue, meilleure insertion dans l’économie mondiale, hausse des importations : les bonnes perspectives du continent devraient inciter les Français à y développer leurs affaires. Car si les indicateurs économiques de l’Afrique sont au vert, ce sont avant tout les Bric qui en profitent, notamment la Chine – dont la part de marché a bondi de 3,4 % en 2000 à 12,5 % en 2010 –, au détriment de la France, qui voit sa part grignotée (16,2 % en 2000 à 8,9 % en 2010). Cette évolution, dans un contexte où le commerce extérieur français a enregistré un déficit record en 2011 (69,6 milliards d’euros), a conduit la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP) à sensibiliser davantagelesPMEfranciliennesaux opportunités commerciales qu’offre le continent. D’où le lancement du Comité d’échanges AfriqueFrance (CEAF), le 19 juin: 150 chefs d’entreprise africains y sont attendus – autant côté français –, tous secteurs d’activité confondus. À travers deux à trois grands rassemblements annuels, des ateliers, des petits-déjeuners sectoriels avec des personnalités politiques et économiques de premier plan, les adhérents joueront de l’effet réseau en

FRANCOIS DABURON

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! ALAIN TAÏEB, PDG de Mobilitas, préside le nouveau Comité.

échangeant carnets d’adresses et bonnes pratiques. PROMOTION. « L’idée n’est pas de

faire de la formation, mais de la promotion du business grâce à des rencontres B to B », souligne Alain Taïeb, président du CEAF, élu de la CCIP et PDG de Mobilitas. Le partenariat avec les Executive Clubs d’HEC – qui regroupent quelque 400 chefs d’entreprise et cadres dirigeants issus de toute l’Afrique francophone – permettra aux entrepreneurs adhérents de bénéficier d’un annuaire des membres et de rencontres sectorielles avec des

Le continent représente: 17 % des exportations de la France (sur un total de 429 milliards d’euros en 2011) 13 % des importations de la France (sur un total de 498 milliards d’euros en 2011)

ministres et des ambassadeurs africains et français, des bailleurs de fonds internationaux, des entreprises et des experts. Certes, les organisations françaises s’intéressant à l’Afrique ne manquentpas:MedefInternational, Maison de l’Afrique, Ubifrance, Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian)… Mais en Île-deFrance, il y avait un vide à combler pour soutenir les PME. « Comment aborder ce marché? Quid de la corruption,durespectdudroit?Ilmanquait une dimension pédagogique pour que le business africain ne reste pas l’apanage de happy few », indique Gilles Dabezies, directeur des actions et de la coopération internationale de la CCIP. Implantation, exportation, partenariats… Le CEAF affiche une seule ambition : aider les chefs d’entreprise français à travailler avec l’Afrique francophone, mais aussi anglophone et lusophone. Ils se rencontreront à l’occasion de séminaires, et pourront structurer en amont leur future activité à l’international. « Il faut désinhiber les entrepreneurs français non familiers du continent et favoriser le business sous toutes ses formes », martèle Alain Taïeb. Il ne s’agit pas de pallier une déficience des pouvoirs publics, mais plutôt de « donner aux chefs d’entreprise le courage de se lancer à l’international, en particulier en Afrique, encore largement méconnue. [Il faut] les informer puis les intégrer au tissu économique », explique le président du CEAF, qui déplore que les grands groupes n’entraînent pas suffisamment de PME dans leurs projets africains. ● FANNY REY

BORDEAUX EN TÊTE DE PONT PARMI LES CHAMBRES DE COMMERCE ET D’INDUSTRIE, celle de Bordeaux est l’une des plus en pointe en matière d’accompagnement des PME françaises dans le développement puis dans la réalisation sur le terrain de leur projet. À son actif : la mise en place de conventions euro-africaines en 1985, la création il y a vingt ans du Club d’entreprises Bordeaux-Afrique (CBSOA) et l’organisation N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

depuis 2009 de conventions d’affaires, les Africa France Business Meetings. Aujourd’hui, en Aquitaine, 320 entreprises travaillent avec le continent et quelque 2 000 PME régionales y exportent. Prochaine étape : le développement de l’action interrégionale en s’associant àToulouse et à Marseille, qui ont également mis en place des clubs d’exportateurs. ● F.R. JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

WILFRIED MAISY/REA

! En 2012, la société compte imposer SA NOUVELLE GAMME INCLUANT DES SERVICES EN LIGNE.

INFORMATIQUE

Intraitable Sage

L’éditeur britannique de logiciels a fait de la lutte contre le piratage une priorité. L’enjeu est de protéger son activité sur le continent, le marché le plus dynamique au monde.

M

oins violents que les flibustiers des golfes d’Aden ou de Guinée, mais tout aussi dangereux, des pirates sévissent dans le secteur informatique. Selon l’éditeur de logiciels Sage, 80 % des programmes utilisés sur le continent seraient des copies illégales. Plus question pour le groupe britannique d’accepter pareil « folklore ». Alors depuis un an et demi, il multiplie les formations pour sensibiliser les hommes de loi à ce fléau. Depuis le début de l’année 2012, quatre sessions ont eu lieu, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Gabon et au Sénégal. Comme la pédagogie seule ne suffit jamais, Sage mise aussi sur la répression, quitte à poursuivre beaucoup plus petit que lui. « Nous avons engagé des poursuites au Maroc, au Cameroun, en Algérie, ainsi qu’en Tunisie où nous espérons une décision de justice d’ici à quelques mois », explique Audrey Plantureux, responsable de la propriété intellectuelle de Sage France. Pourquoi tant d’efforts ? Parce que le continent s’est imposé, devant l’Amérique du Sud ou l’Europe de l’Est, comme l’un des principaux marchés du groupe. JEUNE AFRIQUE

Celui-ci y réalise déjà près de 9 % de son chiffre d’affaires mondial, soit un peu moins de 140 millions d’euros en 2011. Il entend doubler ce montant dans les cinq ans. Quand la croissance de son revenu plafonne à 4 % en Europe, en Afrique, elle marque les esprits avec 15 %. « Dans le classement des 500 premières entreprises du continent publié par Jeune Afrique, la moitié sont nos clientes », explique Fabien Poggi, directeur export de Sage France chargé de l’Afrique francophone et de ses 60 000 clients. CATALOGUE. Logiciels de comptabilité, de gestion commerciale ou des ressources humaines, progiciels de gestion intégrés (ERP), le groupe propose sur le continent tous les produits de son catalogue. Pour 2012, son objectif consiste à imposer sa nouvelle gamme incluant des services en ligne. « En Afrique, 93 % de nos clients sont connectés quotidiennement, presque autant qu’en Europe, et la prise en compte de la mobilité des cadres est une attente de plus en plus forte », explique Fabien Poggi.

Si le chiffre d’affaires de Sage sur le continent est réparti à parts presque égales entre les multinationales, les entreprises locales et le secteur public, l’éditeur reconnaît faire face à une forte concurrence sur le segment des grands groupes. En revanche, Fabien Poggi assure qu’il profite plus que les autres de la croissance de l’économie locale. « Contrairement à SAP [l’allemand leader mondial du secteur, NDLR], notre évolution s’est faite en proposant d’abord des logiciels par métier avant de construire une solution globale. Cela explique notre forte implantation dans les PME », rappelle-t-il. Les programmes ont été modifiés pour tenir compte des habitudes africaines, en incluant par exemple la gestion du paiement des salaires en liquide avec un comptage des billets ou la possibilité de suivre informatiquement les prêts avec intérêts accordés aux employés.

La croissance du revenu du groupe plafonne à 4 % en Europe. En Afrique, elle atteint 15 %.

80 % des programmes utilisés sur le continent seraient des copies illégales

Les pouvoirs publics constituent une autre source importante de croissance pour le groupe britannique. « Contrairement à l’Europe, où ils cherchent des produits spécifiques, en Afrique, les États sont intéressés par des solutions créées d’abord pour le secteur privé », souligne le directeur export de Sage France. Son plan de développement sur le continent passe aussi par l’ouverture de nouvelles représentations – aux côtés de celles installées en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie et au Maroc – pour renforcer sa distribution. Côté anglophone, un bureau est en cours d’ouverture au Kenya, tandis que dans la zone francophone, la Tunisie et la Côte d’Ivoire figurent en haut de la liste des points de chute envisagés. ● JULIEN CLÉMENÇOT N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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! La société, qui s’approvisionne dans ses plantations et auprès de coopératives, COMPTE TROIS DISTILLERIES.

HOMEOPHARMA

traditionnelles, en adapte la posologie, standardise la production, puis obtient l’autorisation de mise sur le marché. La société se fournit dans ses plantations de Brickaville et Moramanga (610 ha dans l’est de l’île) et auprès de coopératives. La traçabilité de sa chaîne d’approvisionnementluiapermisd’obtenirla certification bio (Europe) et le label Natiora (États-Unis). « Madagascar dispose de près de 12 000 plantes aromatiques et médicinales utilisées depuis près de deux mille ans par les tradipraticiens… Nous en avons pour le moment testé à peine 10 % », s’enthousiasme le PDG.

PRODUITS PHARMACEUTIQUES

La tradition malgache s’impose en beauté En vingt ans, le laboratoire Homeopharma est devenu une référence pour ses traitements et cosmétiques tirés de la pharmacopée ancestrale. Pour poursuivre sa croissance, il cible les marchés africains.

À

«

Madagascar,chaque famille compte des masseurs et soigneurs traditionnels qui utilisent des plantes. Nombreuxsontceuxquiyrecourent quand ils ne se sentent pas bien. Pourtant, cette médecine n’est guère reconnue. Elle est jugée opaque, car entourée de pratiques magico-religieuses », explique Jean-Claude Ratsimivony. En créant Homeopharma en 1992, ce Tananarivois a voulu démystifier la pharmacopée traditionnelle grâce à la science, pour en tirer des produitscosmétiquesetthérapeutiques distribués et administrés dans ses instituts de soins ou en pharmacie. Vingt ans plus tard, ce psychologue – héritier de trois générations de praticiens traditionnels (lire l’encadré) – a réussi son pari : l’entreprise compte 540 employés et son circuit de distribution irrigue tout Madagascar, avec 60 instituts de soins, 138 pharmacies et 2000 centres de santé. Il revendique 300000 clients pour un chiffre d’affaires « qui avoisine les 10 millions d’euros », indique le PDG. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

À Antananarivo, le fondateur de Homeopharmaetsonépouse,pharmaciennediplômée,ontétablisurla colline d’Antsakaviro un laboratoireagrééparleministèrede de laSanté.Cosmétiques,huiless essentielles de massage et de bain, suppléments nutritionnels… Plus de 400 produits y ont été élaborés, avec le concours de médecins biologistes et de pharmaciens. « Nous effectuons des tests très stricts, validés par un comité scientifique comprenant des consultants externes reconnus », précise Ratsimivony. Homeopharma observe l’effet des préparations

300000 clients malgaches utilisent les produits de Homeopharma

SOINS PRÉVENTIFS. Sur le marché intérieur, qui représente 80 % des ventes, la majorité des produits sont écoulés via les instituts Homeopharma. « Jadis, quand un Malgache voulait se faire soigner, il passait voir un tradipraticien, achetait les ingrédients nécessaires chez un vendeur de plantes, puis se re rendait chez un masseur. Nous avons voulu rendre tout ce parcours possible to en un seul lieu, moderne et sous le contrôle de ph phytothérapeutes et d’aromathérapeutesagréés, d’ explique Ratsimivony. Les ex personnes qui fréquentent pe no nos centres sont à 60 % des femmes,quiveulentprendresoinde leurbeauté.MaiscertainsMalgaches viennent aussi, car ils croient plus en ce type de soins préventifs qu’en la médecine occidentale. »

UNE AFFAIRE DE FAMILLE ENTREPRENEUR, psychologue formé à Madagascar et en France, mais aussi praticien traditionnel chevronné, Jean-Claude Ratsimivony n’a pas créé Homeopharma par hasard. Sa famille étudie et utilise les plantes médicinales malgaches depuis plusieurs générations, avec l’idée de faire reconnaître scientifiquement leurs effets positifs. Son arrière-grand-père, Emmanuel Ratsimba, inspecteur de l’Éducation, a répertorié de nombreux remèdes ancestraux. Quant à son grand-père, Michel Ratsimivony, docteur en médecine, il a expérimenté des traitements traditionnels et écrit plusieurs ouvrages sur le sujet. ● C.L.B. JEUNE AFRIQUE


Le prix est aussi un argument. «Lespremièresplantesmédicinales sont vendues 1000 ariary [0,36 euro, NDLR]. Quant à un massage, il ne coûte que 8 000 ariary. Les centres de massages facturent la même prestation 40 000 ariary », affirme le patron du laboratoire. Dans un contexte de crise politique et de baisse du pouvoir d’achat (le PIB par habitant a chuté de plus de 10 % entre 2008 et 2011), Homeopharma résiste. « Les Malgaches se tournent vers les produits traditionnels qu’ils connaissent et qui sont moins

L’entreprise a noué des accords de distribution en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Gabon. chers. Nos ventes de cosmétiques ont baissé, mais celles de nos produits thérapeutiques ont progressé, note l’entrepreneur. Au final, nous avons perdu 10 % de nos revenus, mais notre créneau reste porteur. A contrario, les cinq laboratoires malgaches qui avaient opté pour la production de génériques ont été balayés par une concurrence chinoise impitoyable. » Homeopharma exporte aussi ses cosmétiques, « principalement en France, en Belgique et en Russie. Mais depuis que l’Europe est entrée dans la crise, les commandes des grossistes ont baissé de moitié et les conditions de paiement et de préfinancement se sont durcies », regrette Ratsimivony. Pour rebondir, il veut s’attaquer aux marchés africains. « Nous avons installé des petites unités de fabrication à Mayotte et à l’île Maurice et noué des accords de distribution en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Gabon. Nous cherchons des partenaires en RD Congo et au Congo, en Tanzanie, au Malawi et en Zambie », annonce-t-il. « Dans un premier temps, nous nous contenterons d’exporter, puis nous produirons sur place, en étudiant les plantes utilisées localement », conclut ce patron, toujours curieux des médecines traditionnelles. ● CHRISTOPHE LE BEC, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE

Entreprises

LUC GNAGO/REUTERS

Coulisses

CÔTE D’IVOIRE CARGILL SE LANCE DANS L’HUILE DE PALME Cargill – l’une des premières compagnies privées américaines avec 92,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2011, devant Coca-Cola et McDonald’s – lancera avant la fin de l’année des investissements de 200 milliards de F CFA (près de 305 millions d’euros) en Côte d’Ivoire,

S

M

S

marchés

dans le cadre d’un plan de développement sur cinq ans. Il s’agit pour le groupe, acteur de la filière cacao ivoirienne depuis 1997 (commercialisation et transformation des fèves), de se diversifier dans le secteur des oléagineux, et plus particulièrement des palmiers à huile. Le Français Lionel Soulard, directeur général de Cargill West Africa, basé à Abidjan, a entamé des négociations avec l’État ivoirien pour la mise à disposition de 50 000 ha de terres agricoles afin de créer des plantations industrielles. Gilbert Kafana Koné, le ministre d’État chargé de l’Emploi, a assuré Cargill de la volonté du gouvernement d’accompagner le projet, qui pourrait créer autour de 150 000 emplois en Côte d’Ivoire. ●

• MINES Le lancement de la production à Forécariah, opéré par Bellzone, annonce les premières cargaisons de fer guinéen • HYDROCARBURES Lors d’un forage d’exploration, Tullow Oil a trouvé du pétrole au large de la Côte d’Ivoire • BTP Le marocain Anas Sefrioui (Addoha) implantera une cimenterie de 500 000 t au Gabon • ÉNERGIE La SFI (Banque mondiale) et le norvégien

Scatec Solar vont développer des centrales solaires du Bénin au Cameroun

AGROALIMENTAIRE POULINA CHANGE DE CAP Le conglomérat tunisien Poulina, qui intervient notamment dans l’aviculture, veut oublier la Libye, où il a été obligé d’interrompre ses activités. Son PDG, Abdelwaheb Ben Ayed, préfère se tourner vers le Maroc et le Sénégal, qu’il veut utiliser comme tremplin vers l’Afrique subsaharienne. Le groupe ne délaisse pas pour autant la Tunisie, où il compte investir 124 millions de dinars (61,4 millions d’euros) en 2012. Il entend aussi se diversifier dans le secteur des TIC, des cosmétiques et de la fibre de verre. ● TECHNOLOGIES UN NOUVEAU FONDS SPÉCIALISÉ Erik Hersman, un poids lourd au sein de la communauté africaine des nouvelles technologies, a créé un fonds de capital-risque consacré aux investissements dans des start-up

subsahariennes. Fort de 5 millions de dollars (près de 4 millions d’euros) à son lancement – une taille qu’il compte doubler –, Savannah prendra des participations comprises entre 25 000 et 500 000 dollars. Outre cet apport de capital, le fonds, basé à Nairobi, veut fournir aux start-up l’accès à un réseau de mentors, dans la région et dans la Silicon Valley. ● LOGISTIQUE VINCENT BOLLORÉ À ABIDJAN En visite éclair à Abidjan, Vincent Bolloré a annoncé un investissement de 50 millions d’euros pour 2012 dans les secteurs portuaire et ferroviaire, et affirmé sa volonté de se développer dans l’énergie solaire. Ce voyage intervenait alors qu’un appel à manifestation d’intérêt venait d’être lancé pour le deuxième terminal à conteneurs du port d’Abidjan. Bolloré Africa Logistics, la filiale du groupe français qui opère déjà sur le premier terminal, entend bien y répondre. ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

121


Décideurs HÔTELLERIE

Hassan Ahdab

V ICE - PRÉSIDENT

DE

S TARWOOD H OTELS & R ESORTS

« Partout où se présente une opportunité, nous la saisissons » Le groupe ouvre à Oran son troisième établissement en Algérie et accélère son développement sur le continent. Son directeur régional opérationnel Afrique et océan Indien en détaille les prochaines étapes.

O

ran, le 6 juin. Accueilli par un orchestre de musique diwane, le gratinalgériensepresse pour l’inauguration du Méridien, symbole de la prospérité retrouvée de la ville. Construit en bord de falaise et adossé au Palais des congrès dans un quartier récent, il résume le nouvel esprit que le groupeauxneufmarques(Sheraton, Le Méridien, Four Points, Westin, Aloft, The Luxury Collection, St. Regis, Element et W) veut insuffler à l’enseigne Le Méridien, rachetée en 2005. Français né en Syrie, le viceprésident et directeur régional opérationnel Afrique et océan Indien détaille la stratégie de Starwood sur le continent, où il prévoit d’ouvrir une douzaine d’établissements en quatre ans. JEUNE AFRIQUE : Pourquoi ouvrir un Méridien à Oran, qui compte déjà un Sheraton ? HASSAN AHDAB : La stratégie

de Starwood est de cibler les villes secondaires après s’être implanté dans les capitales. Après la réussite du Sheraton d’Alger, nous avons décidé d’en ouvrir un à Oran en 2005. Pour nous, Oran va rapidement devenir la capitale économique du pays : le développement des infrastructures urbaines et industrielles favorise l’arrivée d’investisseurs. On peut presque parler d’une ville nouvelle, et la construction du Palais des congrès d’Oran, le plus grand d’Afrique du Nord, est significative. Pour Starwood, qui cible avant tout une clientèle d’affaires, il fallait saisir cette N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

à s’y être implantée. L’hôtel d’Oran sera un modèle car il est le premier à ouvrir sur le continent depuis que Starwood a racheté l’enseigne, en 2005. Le Méridien s’adresse à des clients sophistiqués. À Oran, nos décorateurs se sont inspirés des traditions régionales pour les adapter au design contemporain. Les hôtels Le Méridien que nous allons ouvrir à l’aéroport du Caire en 2013 et à Lagos en 2014 seront réalisés dans le même esprit. Vos performances en Afrique du Nord ont-elles été affectées par les révolutions ?

STARWOOD HOTELS & RESORTS

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opportunité à temps et nous avons trouvé avec Sonatrach le bon partenaire local pour ce Méridien. Nous allonsconsolidercetteimplantation avec l’ouverture d’un hôtel Four Points au printemps 2014.

! ÂGÉ DE 57 ANS, CE FRANÇAIS NÉ EN SYRIE occupe ses fonctions depuis 2006.

Et pourtant Starwood n’a qu’un établissement à Alger…

Si des opportunités semblables se présentent à Alger, nous sauterons dessus, mais nous n’avons pas encore trouvé le bon partenaire ni le bon endroit. En revanche, l’ouverture d’un Sheraton est prévue pour 2014 à Annaba [sur la côte, à l’est, NDLR]. Pourquoi présentez-vous la marque Le Méridien comme un modèle en Afrique ?

Le Méridien est une marque très forte en Afrique, une des premières

Nos activités ont bien sûr connu un ralentissement, comme tous les secteurs de ces pays. C’est en Égypte que cela a été le plus difficile, la révolution y a été plus longue, mais les vacanciers retournent sur la mer Rouge. En Libye, notre seul hôtel a ouvertàTripolitroissemainesavant le soulèvement; nous l’avons fermé tout de suite. J’ai bon espoir de le rouvrir en octobre prochain. Enfin, notre Sheraton à Tunis a réalisé sa meilleure année en 2011, grâce aux nombreux Libyens qui ont fait de la Tunisie leur hub pour la santé et l’approvisionnement en produits de consommation. La croissance africaine vous incitet-elle à y investir davantage ?

11

ouvertures prévues sur le continent d’ici à 2016

Partoutoùseprésenteuneopportunité, nous la saisissons ! Nous avons 1100 hôtels dans le monde, mais seulement 61 dans 17 pays d’Afrique. Nous avons récemment mis sur pied une équipe au service de notre développement africain. Nous avons été les premiers à nous installer aux Seychelles, en Algérie etauNigeria,etnoustenonsàcontinuer sur cette lancée. ● Propos recueillis à Oran par LAURENT DE SAINT PÉRIER JEUNE AFRIQUE


Décideurs

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NOTATION

Lydie Boka, analyste multicritère

extérieurs(journalistes,économistes ou encore chercheurs), notamment basés en Afrique, et commence à être connue. Parmi ses principaux clients: Afreximbank (financement ducommerceenAfrique),laBanque ouest-africaine de développement, au moins trois gouvernements africains, des sociétés minières et, plus récemment, le groupe bancaire panafricain Ecobank.

Cette Franco-Ivoirienne a créé StrategiCo, une agence spécialisée dans l’évaluation du risque en Afrique. Sa particularité : prendre en compte des données politiques et sociales.

T

RIGOUREUSE. « StrategiCo a l’avan-

DR

out est parti d’un bref passage – six mois – en tant qu’analystedanslebureau parisien de Fitch, fin 2004. Lydie Boka s’intéresse alors aux données retenues par cette agence dans la notation des pays africains. « Je me suis dit qu’on pouvait élargir le champ de critères afin d’avoir une évaluation du risque beaucoup plus proche de la réalité », raconte cette Franco-Ivoirienne de 53 ans. Ainsi naît, en mai 2005, StrategiCo, une Profil agence spécialisée dans l’évaluationdurisqueen • Née en 1959 en Côte d’Ivoire Afrique et qui fonde son analyse sur des indices • Diplômée de la politiques (40 %), écoDiplomatische Akademie de nomiques (35 %) et Vienne (Autriche) sociaux (25 %). « Nous prenons par exemple • A été gestionnaire de portefeuille à la SFI, chef en compte des aspects de projet au Common comme le rôle de l’arFund for Commodities mée, les liens familiaux et analyste financière au sommet de l’État… », confirmée à la BAD explique Lydie Boka. La

société se targue ainsi d’avoir prédit les chutes de Ravalomanana à Madagascar (2009) et de Ben Ali en Tunisie (2011). Et d’avoir alerté certains de ses clients, avant tout le monde, sur la situation au Mali. BaséeàLille(France),aucarrefour des principaux centres financiers européens(Londres,Bruxelles,Paris et Amsterdam), StrategiCo compte une vingtaine de collaborateurs

tage d’être mieux connectée aux réalités africaines que les grandes agences internationales comme Moody’s et Standard & Poor’s, estime Paul-Harry Aithnard, directeur de la recherche d’Ecobank. Ces dernières surévaluent le poids de la stabilité politique, alors que Lydie Boka et ses équipes, tout en étant aussi rigoureuses dans leurs notations, prennent mieux en compte le tissuéconomiqueetlesdynamiques locales qui sont à l’œuvre. » Forte d’une vingtaine d’années d’expérience dans l’analyse financière, Lydie Boka a notamment été gestionnaire de portefeuille à la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale) et analyste à la Banque africaine de développement (BAD). Son objectif d’ici à cinq ans: hisser StrategiCo au rang de leader dans son domaine. ● STÉPHANE BALLONG

EZZEDINE KHOJA BANQUE ZITOUNA Nouveau PDG de la banque islamique tunisienne, il a précédemment travaillé au sein de la banque Al Baraka et a présidé un centre d’arbitrage en finance islamique dans les pays du Golfe. JEUNE AFRIQUE

RAMESH CAUSSY GOPIO Le Mauricien, figure de l’innovation numérique, vient d’être nommé à la présidence du conseil pour la science et la technologie de Gopio, une organisation qui regroupe 40 millions d’Indiens de la diaspora.

THIERNO SEYDOU NOUROU SY BNDE Il prend la tête de la Banque nationale de développement économique du Sénégal. Après avoir quitté Attijariwafa Bank pour le burkinabè Coris Bank, le Sénégalais avait pris la direction de la BIA Niger en décembre 2011. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

HICHEM ; CHRISTOPHE AUDEBERT

ON EN PARLE


Marchés financiers

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AFRIQUE DE L’OUEST

Les PME auront-elles la cote?

ISSOUF SANOGO/AFP

Quatre ans après une première tentative infructueuse, la Bourse régionale des valeurs mobilières élabore un nouveau projet de création d’un compartiment pour les petites entreprises.

D

epuis sa défaite à la présidentielle béninoise, Abdoulaye Bio-Tchané (ABT) n’a eu aucune difficulté à se reconvertir. Le fondateur d’Alindaou Consulting International, un cabinet de conseil qui met à profit son carnet d’adresses très fourni pour des opérations de lobbying, a pris son « bâton de pèlerin », pour reprendre l’expression d’un financier ivoirien. L’objectif ? Rencontrer un à un les ministres des Finances ouest-africains et les convaincre de rouvrir un vieux dossier : la création d’un compartiment pour les petites et moyennes entreprises (PME) à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM, basée à Abidjan). Un projet déjà envisagé en 2008 mais qui avait été bloqué par le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), l’autorité de régulation des marchés boursiers de l’Union économique et monétaire ouestafricaine (UEMOA). Cette fois, la BRVM a voulu mettre toutes les chances de son côté. Le choix d’ABT mais aussi celui du cabinet d’avocats CMS Bureau Francis Lefebvre en sont la N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

preuve. « Notre objectif consiste à permettre aux PME à fort potentiel d’avoir accès à la plateforme de cotation de la Bourse, de connaître leur valeur marchande et de trouver des financements sans subir les contraintes de la cotation sur le marché officiel, détaille JeanPaul Gillet, directeur général de la BRVM. Aujourd’hui, les conditions exigées par le CREPMF et l’Ohada [Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires, NDLR] sont très lourdes et tiennent à l’écart beaucoup d’entreprises des marchés de l’UEMOA. » En effet, trois PME de la sousrégion – les ivoiriens Petro Ivoire et Simat, et le sénégalais Money Express – ont finalement opté pour une cotation à Paris, sur le marché libre, plutôt que de suivre le parcours du combattant d’une introduction à la Bourse locale. CLÉS EN MAIN. Or « les politiques de la région cherchent une réponse au problème du financement des PME », explique Gabriel Fal, patron d’un des principaux courtiers de la place, CGF Bourse. La BRVM entend fournir au Conseil des ministres de

! LA PLACE D’ABIDJAN présentera son plan au Conseil des ministres de l’UEMOA en septembre.

l’UEMOA une réponse clés en main dès septembre prochain. L’idée est d’éviter les lourdeurs associées à la procédure d’appel public à l’épargne, qui nécessite l’obtention d’un visa auprès du CREPMF. Les PME cotées pourront également lever des fonds, mais seulement auprès d’un maximum de dix nouveaux actionnaires qu’elles auront sélectionnés : une sorte de placement privé fermé au grand public. N’importe quelle société anonyme pourra être cotée sous certaines conditions : mettre en circulation l’équivalent de 50 millions de F CFA (plus de 76 000 euros), produire deux exercices certifiés par des commissaires aux comptes, publier des comptes attestés tous les six mois et certifiés tous les ans. CIRCONSPECT. L’initiative divise

la communauté financière. Kadi Fadika-Coulibaly, directrice générale de Hudson & Cie, l’autre grand courtier abidjanais, explique : « C’est une bonne initiative et elle est nécessaire. Mais le projet de 2008 avait un défaut: il ne s’agissait pour les PME que de pouvoir se coter sans lever des fonds. Il ne faut pas refaire la même erreur. » Gabriel Fal, lui, reste circonspect. « La solution du financement des PME passe-t-elle vraiment par la Bourse ? Je n’en suis pas certain. Nous avons déjà beaucoup de mal à vendre des titres Sonatel, alors vendre des titres de PME… » souligne-t-il. Samuel Maréchal, le banquier d’affaires qui a réalisé les introductions à Paris, tempère : « La présence en Bourse permet aux PME d’avoir de meilleures relations avec leurs banquiers, d’obtenir des taux plus bas. Pourquoi? Parce que la cotation est un signe de bonne gouvernance. » Tous s’accordent en tout cas sur un fait : la liquidité dans la région est abondante et elle ne demande que des propositions pour s’investir au capital de PME. ● FRÉDÉRIC MAURY et NICOLAS TEISSERENC JEUNE AFRIQUE


Baromètre CONSTRUCTION

La surprise Bernabé

À la BRVM, le cours de la filiale ivoirienne de Yeshi a plus que doublé en un an.

B

ernabé, distributeur de matériaux de construction et de quincaillerie, applique l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés ». Aucune information n’a filtré avant l’assemblée générale ordinaire du 14 juin à Abidjan. Cette discrétion sembleluiréussir:entre2010et2011, son chiffre d’affaires est passé de 25,5 milliards de F CFA (près de 39 millions d’euros) à 27,8 milliards de F CFA. Une croissance presque inattendue, alors que la crise postélectorale a pesé sur l’activité économiqueetquele magasin Bernabé d’Abidjan – l’un des deux que la société possède en Côte d’Ivoire, avec San Pedro – avait été détruit aux deux tiers par un incendie en février 2010. Le résultat net s’en est ressenti, passant de 1,5 milliard de F CFA en 2009 à 1,2 milliard en 2010, avant de remonter à 1,77 milliard de F CFA l’an dernier. RECORD. Filiale de Yeshi (importa-

tion de deux-roues, de fournitures industrielles etc.), qui détient 80 % de son capital, Bernabé est coté à la Bourse régionale des valeurs mobilières(BRVM)pourles20%restants. Et y connaît depuis un an de belles performances. Son cours a plus que doublé, passant de 18 005 F CFA le 14 juin 2011 à 39 775 F CFA le 14 juin 2012. Le dividende a, de fait, atteint un niveau record en 2010 : 3500 F CFA, contre 750 en 2005. « Difficile de comparer cette valeur avec les autres, puisqu’elle est la seule de cette activité dans la classification Industries de distribution » explique Patrice N’zi, analyste chez Bici Bourse. Bernabé y côtoie en effet des sociétés aussi variées que CFAO (automobile) ou Vivo Energy (aval pétrolier). ●

Marchés financiers

Nigeria : les banques se redressent VALEURS

BOURSE

COURS au 13 juin (en dollars)

ÉVOLUTION depuis le début de l'année (en %)

First Bank of Nigeria

B ANQUES

0,07

+ 19,1

Zenith Bank Guaranty Trust Bank Nigerian Breweries Unilever Nigeria Dangote Cement Lafarge Wapco Nestlé Nigeria Guinness Nigeria Stanbic IBTC

B ANQUES B ANQUES B IÈRE C ONSUMER C IMENT C IMENT C ONSUMER B IÈRE B ANQUES

0,08 0,09 0,62 0,17 0,67 0,26 2,62 1,40 0,04

+ 10,8 + 6,3 + 5,9 – 2,4 – 2,5 – 2,8 – 4,6 – 9,2 – 27,1

Le marché nigérian est toujours dans le doute. Après un cru 2011 très difficile et un bon début d’année 2012, l’indice principal du marché a perdu près de 5 % au cours du mois de mai avant de se reprendre en juin. Au final, il ressort légèrement dans le vert (+ 2 % environ) depuis le début de l’année. Les banques, notamment First Bank of Nigeria et GuarantyTrust Bank, captent l’essentiel des volumes,

commençant à profiter de la restructuration du secteur – avec un sort plus ou moins enviable, Stanbic IBTC chutant de 27,1 % quand First Bank enregistre une hausse de 19,1 % en 2012. Mais ce n’est qu’un rattrapage : aucune des grandes banques du pays n’a encore retrouvé ses plus hauts niveaux. Union Bank of Nigeria se situe toujours 70 % en dessous de son cours le plus haut atteint depuis un an. ●

Valeur en vue NIGERIAN BREWERIES Un potentiel haussier insuffisant BOURSE Lagos • CA 2011 1,02 milliard d’euros (+ 24,3 %)

COURS 100 nairas (13.6.2012) • OBJECTIF 105 nairas

NOUSABAISSONS notre recommandation sur Nigerian Breweries (NB) d’« acheter » à « conserver » en raison de la forte progression du titre depuis notre dernier rapport (+ 25 % en neuf mois), ainsi que du manque d’éléments nous permettant d’envisager une performance au-delà de notre objectif de cours. La croissance de la consommation de bière au Nigeria ralentit et passerait, selon nos estimations, de 12,3 % par an à 11,8 % en moyenne sur les cinq prochaines années, dans un contexte d’augmentation des capacités de production et de concurrence accrue Andy Gboka, (avec l’entrée de SABMiller et le renforcement de Analyste chez Exotix Guinness sur la blonde). Par ailleurs, la communication de NB n’apporte aucune visibilité sur la croissance du bénéfice par action cette année. Les communiqués financiers ne donnent aucune indication sur les activités du groupe, ce qui est dommageable compte tenu des récentes acquisitions faites auprès de la maison mère, Heineken. L’ensemble de ces éléments nous incite donc à la prudence, même si le groupe reste bien positionné à long terme. » ●

MICHAEL PAURON JEUNE AFRIQUE

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Culture & médias ARTS PLASTIQUES

y l o p

n o Mmarocain

Après deux mois de résidence au Maroc, l’artiste américain Alec Monopoly, figure mondiale du graffiti, présente son travail à la Galerie 38 de Casablanca. Une première dans un pays où la peinture urbaine reste un art méconnu.

ALEXANDRE AUBLANC, à Casablanca

lec Monopoly a une gueule d’ange, mais comme celle de Banksy, son mentor, vous ne la verrez pas. Né en 1985, cet Américain protège jalousement son visage. Et son anonymat. À peine, au cours de l’entretien, daignera-t-il livrer son véritable prénom, Alexander. À New York, sa ville d’origine, mais aussi à Los Angeles, où il vit depuis six ans, Alec Monopoly est pourtant connu comme le loup blanc. Réalisées à Manhattan ou Beverly Hills, ses œuvres les plus emblématiques ont fait le tour d’internet, comme ces canons de M-16 d’où pointent des bouquets de fleurs ou ces portraits aux couleurs psychédéliques de Jack Nicholson et Bob Dylan. D’autres sont devenues des lieux de pèlerinage, à l’image de cette fresque de 30 m réalisée cette année pour un célèbre restaurant de Manhattan. « Ça a été un buzz monstrueux, toute la presse en a parlé, s’enthousiasme Alec Monopoly. Chaque jour, des centaines de personnes se postaient sur le trottoir pour suivre mon travail. » Coqueluche des médias et du monde de l’art – ses collectionneurs s’appellent Adrien Brody, Benicio Del Toro et Robert de Niro –, Alec Monopoly est un artiste d’une rare précocité. À 21 ans, il réalise sa première exposition dans la villa du magnat de l’immobilier Donald Trump. Quatre ans plus tard, son premier show en solo à New York fait la une des journaux et se solde par une course-poursuite N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

avec la police dont il réchappe de justesse. « Ils m’avaient repéré en train de dessiner la veille, à quelques blocs de la galerie. » Entre-temps, en réaction à la crise économique, l’artiste emprunte le nom et les traits de M. Monopoly, le bonhomme à moustache et haut-de-forme, effigie du jeu de société éponyme. « C’est une figure populaire qui symbolise Wall Street, Bernard Madoff et le pouvoir de la finance, explique-t-il. En reprenant ce personnage en 2008, j’ai voulu créer une sorte d’exutoire dans lequel beaucoup de gens se sont retrouvés. » Le succès est immédiat. Reproduit dans le monde entier, avec un cigare ou des liasses de dollars, M. Monopoly hisse le jeune homme de 23 ans au panthéon des street artists. PLACE EL-YASSIR. Alec Monopoly n’avait jusqu’à

présent jamais été exposé sur le continent africain, sa venue est un : ONOPOLY !« ALEC M événement en soi. L’idée AN », C OU Y F I E d’un show au Maroc lui est CATCH Msqu’au 5 juillet, ju 38 venue de son agent, Rachid à la Galerie . nca Kallamni, fils d’émigrés marode Casabla cains atterris aux États-Unis dans les années 1990. « Je ne connaissais pas le Maroc et le projet de résidence m’a tout de suite emballé. J’étais à Londres, et le lendemain, j’ai pris le premier vol pour Casablanca. » Pendant deux mois, en août 2011 et mai 2012, Alec Monopoly travaille dans un hangar de la place El-Yassir, dans le quartier Belvédère. Il y réalise une quarantaine de JEUNE AFRIQUE


Culture médias tableaux inspirés du Maroc. Le haut-de-forme de M. Monopoly est devenu un tarbouche, ses icônes pop dépeignent Bob Marley et Jimmy Hendrix,«deuxartistesamoureuxduMaroc». Quant aux coupures de presse qui parsèment ses toiles, elles proviennent de journaux marocains. « Je ne choisis pas n’importe lesquelles. Il faut qu’elles soient en rapport avec l’économie et la situation du pays où je suis. Le Maroc n’est pas épargné par la crise et je veux que mes œuvres reflètent le contexte dans lequel vit mon public. » ABATTOIRS. « Le travail d’Alec Monopoly

est malin, provoquant et très bien fait techniquement, souligne Simo Chaoui, directeur de la Galerie 38. Il enjambe toutes les cultures et permet de faire connaître le street art dans un pays où peu de gens s’intéressent à la peinture urbaine. » Vendues entre 2 000 et 15 000 dollars (1 600 à 12 000 euros), les œuvres d’Alec Monopoly ont créé la surprise dans un marché étroit où les collectionneurs sont majoritairement attirés par l’art abstrait. « Beaucoup de toiles ont été achetées avant le début de l’exposition, poursuit Simo Chaoui. Ce n’est pas la clientèle habituelle, les collectionneurs sont plus jeunes et moins frileux. Ça prouve que la demande existe et que le marché ne se résume pas aux modernes. » S’il a travaillé seul au cours de sa résidence, Alec Monopoly ne cache pas son envie de collaborer avec des artistes marocains. « Tout dépendra des rencontres, mais l’envie est là. On m’a parlé des Abattoirs, une friche culturelle où certaines personnes font un travail formidable. » Après le Maroc, l’artiste fera un crochet par Berlin où, avec le photographe de mode Michel Comte, il tourne un film en 3D dans lequel il prévoit de réaliser sur un barrage le plus grand graff du monde. Quant aux souvenirs qu’il ramènera du Maroc, Alec Monopoly en partage volontiers un: « Un soir, j’étais dans le quartier Bourgogne en train de dessiner sur un mur. Des policiers sont arrivés et j’ai cru qu’ils allaient m’emmener au poste. En fait, ils étaient juste curieux et voulaient savoir si j’avais assez de peinture pour terminer mon dessin! C’est une chose impensable aux ÉtatsUnis. » Une pause et il résume : « Un instant, je me suis cru au paradis du street art. » ●

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Culture médias

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TÉLÉVISION

Dr Murray et Mr Conrad

À l’occasion du troisième anniversaire de la mort de Michael Jackson, France Ô revient sur l’affaire judiciaire qui a passionné la planète : le procès du médecin personnel de la star.

aux États-Unis. Les fans de Bambi n’ont guère apprécié de voir retransmis sur une chaîne à grande écoute ce qui pourrait s’apparenter à une opération com’ de la part du responsable de la mort de Michael Jackson, alors âgé de 50 ans, le 25 juin 2009. Conrad Murray a, en effet, été jugé coupable d’homicide involontaire et purge actuellement une peine de quatre ans de prison. On lui reproche d’avoir administré du Propofol, un puissant anesthésiant, à son célèbre patient, qui avait déjà ingurgité un mélange d’anxiolytiques et de décontractants (diazépam, lorazépam, midazolam…). Un cocktail qui fut fatal.

ELIOT PRESS

« LAIT ». Alors qu’il préparait une tournée

«

C

’était David contre Goliath. Le monde entier s’est retourné contre moi. » C’est un homme apeuré, les larmes au bord des yeux, que dévoile le documentaire de Tom Roberts, Michael Jackson et le Dr Murray: une amitié fatale. Le réalisateur américain a suivi le médecin personnel du roi de la pop durant les six semaines de son procès en 2011. Muré dans le silence, refusant d’être appelé à la barre pour se défendre, Conrad Murray est davantage bavard face à la caméra de Tom Roberts. Il s’exprime enfin sur l’affaire: « Nous étions amis. Je n’aurais jamais trahi sa confiance », témoigne-t-il depuis sa maison de Las Vegas. Il raconte alors leur rencontre quelques années auparavant. En 2006, l’un des enfants de la star est malade lors d’un séjour à Las Vegas. Sur les recommandations de l’un de ses gardes du corps, Michael Jackson contacte le cardiologue, avec qui il se liera d’amitié au fil des ans. Au point de l’embaucher à temps plein pour 150 000 dollars (environ 110 000 euros à l’époque) par mois, six semaines avant son décès, afin qu’il l’aide à préparer son grand retour sur scène. N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

de cinquante dates (This Is It) à travers le monde pour l’été 2009 et le début de l’année 2010, Michael Jackson devait être au mieux de sa forme pour supporter les heures intensives d’entraînement et de répétition. Ruiné après son procès pour pédophilie en 2005, la star voyait en cette tournée le moyen non seulement de signer son grand ! DEVANT LE retour sur scène TRIBUNAL DE mais aussi d’éponger LOS ANGELES, ses dettes. Les avole 8 février 2010. cats du Dr Murray Conrad Murray n’a pas toujours connu ont dénoncé la pression que faisait subir l’opulence. Né en 1953 à Saint Andrew à Michael Jackson le promoteur de la (Grenade), le futur médecin a été élevé tournée, AEG. Or, il souffrait d’insomnie par ses grands-parents jusqu’à ses 7 ans, chronique qu’il essayait de combattre âge auquel il rejoint sa mère, qui a émigré grâce à son « lait », le Propofol. à Trinité-et-Tobago à la recherche d’un Les confidences du Dr Murray égratignent l’image de la star. Il décrit un avenir meilleur. Le père ? Un médecin américain de Houston totalement absent homme faible, perdu, qui dormait avec des premières années de sa vie. Il ne le une poupée, faisait pipi au lit, vivait rencontrera qu’à l’âge de 25 ans. reclus dans une chambre sale, M IL LI A R D sans hygiène… Ce que confirDéterminé, Conrad Murray 1 n’a jamais rechigné au ment les photographies moindre effort. Il misera prises par les services tout sur ses études qu’il du coroner. Rien d’étonpoursuivra aux Étatsnant à ce que les fans de Unis dès 1980. En 1999, la star aient abhorré ce il ouvre son propre cabidocumentaire qui montre net à Las Vegas. Lorsqu’il comment les avocats de la rencontre Michael Jackson, défense tentent de mettre sur Le nombre en 2006, sa situation financière pied une stratégie pour sauver d’albums que n’est pas des plus reluisantes. Michael Jackson leur client, qu’ils peinent à Il ne parvient plus à entretenir a vendus à travers croire innocent… ● sa luxueuse maison, ses dettes SÉVERINE KODJO-GRANDVAUX le monde sont estimées à 750 000 dollars et il est en retard dans le versement d’une Michael Jackson et le Dr Murray : une amitié pension alimentaire. fatale, de Tom Roberts, à découvrir dans le La diffusion de ce documentaire – qui magazine Investigatiôns, le 20 juin à 20 h 35 ne donne pas la parole aux proches du (GMT + 2) sur France Ô. Rediffusion le 24 juin chanteur – sur NBC a fait grand bruit à 12 h 30. JEUNE AFRIQUE


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MARC-ANTOINE TCHICOT

Culture médias

MUSIQUE

Au nom du père

Élevé aux États-Unis dans le plus grand secret, le fils de Thomas Sankara, Ismael, vient d’enregistrer un album de hip-hop à Libreville. Rencontre avec un artiste engagé.

«

J

e veux être le nouveau visage de la famille. » Élevé aux États-Unis dans le plus grand secret, Ismael Sankara a encore du mal à prononcer le nom de son père, Thomas, mais il a commencé à écrire sa propre histoire. Sorti en mai, The Rhythm of My Life, un documentaire de vingt minutes, présente ce jeune rappeur américain d’origine burkinabè. Parti visiter des proches à Libreville en 2010, il rencontre deux jeunes musiciens du pays, Mike Mef et Hokube, intéressés par son travail. Ils décident alors de produire le jeune artiste, qui enregistre fin 2011 quinze titres sous l’œil de la caméra de Franck A. Onouviet et de Marc A. Tchicot (BVKFilms). L’artiste y aborde des sujets comme la jeunesse, la maternité, l’utilisation du préservatif… L’album T.R.O.M.LIFE doit sortir dans quelques semaines. En guise d’appetizer, « Real Africans », dont le clip a été tourné dans le quartier populaire d’Abobo, à Abidjan, est déjà disponible sur internet. Le documentaire met en scène le rappeur dans un studio de répétition de Libreville et dans les décors naturels de JEUNE AFRIQUE

la métropole. Long bermuda, tee-shirt des Miami Heat, casquette de baseball, diamant vissé à l’oreille droite, l’artiste arbore toute la panoplie du rappeur africain-américain. Un large sourire ponctue tous ses gestes et paroles. « Repliés sur eux-mêmes, les Américains ne savent pas ce qui se passe à l’extérieur, précise-t-il. Je veux leur faire découvrir l’Afrique. » COUP DE FORCE. Né le 1er avril 1987,

! ISMAEL SANKARA (À GAUCHE), avec le producteur Mike Mef.

par la musique africaine, notamment celle de Pierre Claver Akendengué, de Manu Dibango ou, dans un tout autre style, de Papa Wemba. Il adore mixer les sons des deux continents. Il sort son premier single, Middle Finga, en 2006 et collabore ensuite avec Jadakiss, un rappeur new-yorkais. PATIENCE DABANY. En 2010, il retourne

au Burkina pour faire la première partie du concert du ragga man jamaïcain Sean Paul. Il découvre alors la place que son père occupe dans le cœur et la mémoire des Africains. Invité à dîner par Blaise Compaoré, le rappeur s’y rend sans hésiter. « Ma mère ne nous a pas élevés dans la rancœur », assure-t-il sans en dire davantage. Dans la foulée, il réalise un feat. (collaboration sur

Ismael Sankara a quitté le Burkina une semaine avant le coup de force du 15 octobre de la même année qui devait emporter son père. Pressentant sa fin, ce dernier avait décidé d’envoyer sa famille aux ÉtatsAu Burkina, le jeune rappeur Unis. Ismael n’a que 6 mois découvre la place que son père lorsque son père est assasoccupe dans le cœur des Africains. siné. Il grandira à Miami auprès d’une mère courage qui a vite tourné la page des événements un morceau) avec la diva gabonaise pour se consacrer à l’éducation de ses Patience Dabany (la mère d’Ali Bongo enfants. Durant sa scolarité, il montre de Ondimba) sur l’album de la chanteuse. l’engouement pour les sciences sociales, « Mon père disait toujours : la musique l’espagnol et la musique. « J’ai commencé est ce qui nous définira dans l’avenir, à coucher des mots sur un papier à l’âge de assure le rappeur. On n’a pas besoin 13 ans », explique-t-il. Nourri au hip-hop d’être politicien pour parler aux gens. » ● américain, Sankara est aussi influencé PASCAL AIRAULT, envoyé spécial à Libreville

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Culture médias En vue

■ ■ ■ Décevant

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

ROMAN

LE TON ? Sarcastique. Le thème ? L’absurde qui mène au chaos. Dans Le Rebelle et le Camarade président, Venance Konan, journaliste et romancier ivoirien, revisite l’histoire récente – et tragique – de son pays. Ses personnages, jeunes gens paumés, politiciens idiots ou mystiques calculateurs, connaissent tous des fins tragiques. Bien que plus abouti, ce livre renouvelle peu le genre esquissé avec les Catapilas, ces ingrats ou les Prisonniers de la haine. ● MALIKA GROGA-BADA

Le Rebelle et le Camarade président, de Venance Konan, Jean Picollec, 288 pages, 18,25 euros ■■■

YOURI LENQUETTE

Ubu roi

MUSIQUE

Eau rafraîchissante APRÈS UN HOMMAGE au génie de la guitare basse Jaco Pastorius, le Sénégalais Habib Faye livre un opus de 13 titres plus proche de la musique du monde que du mbalax, rythme traditionnel que le bassiste arrangea durant trente ans avec le groupe Super Étoile aux côtés de son compatriote Youssou Ndour. Ce dernier apparaît d’ailleurs sur Njeggel, une ballade acoustique de toute beauté. Les Sénégalais Idrissa Diop et Julia Sarr, le Camerounais Manu Dibango, la Béninoise Angélique Kidjo… Des participations 100 % africaines, sur des thèmes influencés tant par la pop que par le jazz, le reggae ou le funk. Steel-drum, harmonica, guitares, synthétiseurs et percussions africaines composent un album fluide et rafraîchissant. ● MICHAEL PAURON

H2O, de Habib Faye (Odaras Production)

■■■

LITTÉRATURE

Ma cité va craquer

Pour son troisième roman, l’écrivain congolais Wilfried N’Sondé évoque les travers d’une société européenne à plusieurs vitesses.

P

oursontroisièmeroman,Wilfried N’Sondé a planté le décor dans la banlieue parisienne. Il a choisi un quartier, comme il y en a des milliers : la Cité des 6000. Là vivent, pas toujours en bonne intelligence, des gens venus de partout, tels que Jason, né en Guadeloupe; Mouloud, né en métropole; Rosa Maria, dont les parents, originaires de Sicile, ne cachent pas leur racisme, de la même manière que Lucien Marchand, enfant du terroir. Les habitants de la Cité des 6000, au-delà des différences, sont gangrenés par le chômage, la précarité, la marginalisation… En somme, des vies en cul-de-sac. ÉMEUTE. Pour noyer leur blues, les jeunes

ont transformé une cave en espace de danse.RosaMaria,lycéenne plutôtmoche, est follement amoureuse de Jason, qui danse comme personne. Celui-ci n’en sait N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

rien. Pourtant, un jour, alors que le quartier est sens dessus dessous à cause d’une émeute, Rosa Maria se donne à l’objet de son amour, qui n’a rien demandé. Elle perd sa virginité et se retrouve enceinte. Son rêve: garder cet enfant pour rendre Jason heureux. Mais Jason l’envoie promener. Elle finit par avorter. Dans ce roman, Wilfried N’Sondé essaie de montrer les travers d’une société à plusieurs vitesses où ceux qui sont à la marge, ceux qu’on pointe du doigt à cause de leurs origines ou de leur condition sociale n’attendent plus grand-chose de la vie. Par moments, l’écriture s’emballe, les mots prennent des couleurs, la détresse humaine secoue le lecteur. Mais, comme pour toutes les histoires de banlieues, de racisme, de misère et de désespérance, il n’yapasdevraiesurprise.Latramedurécit conduit le lecteur à un port pressenti. ● TSHITENGE LUBABU M.K.

ACTES SUD

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Fleur de béton, de Wilfried N’Sondé, Actes Sud, 224 pages, 18 euros ■■■ JEUNE AFRIQUE


Culture médias ESSAI

ROMAN

Sensations révolutionnaires ÉDITEUR TUNISIEN et membre d’Amnesty International, Moncef Guellaty évoque en moins de 100 pages ses souvenirs des journées révolutionnaires de janvier 2011, ceux d’une « tête blanche » éblouie par le formidable élan de liberté qui a enfin amené la jeunesse tunisienne à faire basculer le destin de son pays. Un récit vivant, de l’avenue Bourguiba noire de manifestants aux barricades d’autodéfense des quartiers de banlieue ; un regard émerveillé, parfois presque candide, sur cette période de craintes et d’exaltation. ●LAURENT DE SAINT PÉRIER

Songe d’une nuit d’été

CONTE PHILOSOPHIQUE aux accents de fable populaire, influencé par les récits fondateurs des trois monothéismes, Le Ravin du chamelier, de l’Égyptien Ahmad Aboukhnegar, est pour le moins déroutant par son réalisme fantastique. Hors du temps et de l’espace, le roman raconte l’histoire d’une famille installée dans un ravin fertile, autrefois hanté par les mauvais esprits, coincé entre le désert et un petit village. Le récit, marqué par les retours en arrière incessants de l’auteur, garde une Le Ravin du certaine linéarité chamelier, par la d’Ahmad ressemblance Aboukhnegar, Actes Sud, troublante entre les « Sindbad », parcours des 208 pages, différents 22 euros personnages. ● ■■■

Tunis. Le pouvoir piégé par la Toile, de Moncef Guellaty, Michel de Maule, 96 pages, 8,30 euros ■■■

TONY GABRIEL GAMAL

JEUNESSE

Double joyau

POÉSIE

LA COLLECTION « Papagayo, la petite bibliothèque des contes du monde » rassemble un conte et un court carnet de voyages bourré d’informations sur la vie quotidienne et les cultures d’une région. Le Diamant du sultan est donc logiquement suivi d’une dizaine Le Diamant de pages pédagogiques sur le Maghreb. du sultan, C’est léger, intelligent, agréablement illustré de Catherine (par Judith Gueyfier) et vivant. À mettre Gen Gendrin entre toutes les mains, comme Le Géant et Judith du pays des glaces (Laponie) ou La grandGue Gueyfier, Rue du monde, mère qui sauva tout un royaume (Japon). ●

« ET MÊME FUSILLÉS / Les hommes s’arrachent la terre / Et même fusillés / Ils tirent la terre à eux / Comme une couverture / Et bientôt les vivants n’auront plus où dormir »: la voix du poète, romancier et dramaturge algérien Kateb Yacine (19291989) continue de résonner au présent. « Poussières de juillet » n’est qu’un des nombreux textes rassemblés et présentés par Jacqueline Arnaud dans L’Œuvre en fragments. Parus dans différentes revues et périodiques – dont Jeune Afrique –, ces écrits constituent une bonne introduction ou un complément à l’œuvre de l’auteur de Nedjma. ● N.M.

NICOLAS MICHEL

JUDITH GUEYFIER

48 pages, 12,50 euros ■■■

Morceaux d’anthologie

JEUNE AFRIQUE

L’Œuvre en fragments, de KatebYacine, Actes Sud, 450 pages, 29 euros, disponible le 20 juin ■■■ N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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Culture médias ses origines. « Cet épisode, explique l’auteur, traduisait la peur intérieure qu’elle avait de ne pas réussir son expérience de la tribu arc-en-ciel, créée de toutes pièces. Elle redoutait de vous voir renier cette fraternité, et c’est sans doute ce qui a guidé sa main. » « En cela, elle a réussi, affirme l’auteur, puisque son utopie lui a survécu. » Bien que disséminée aux quatre coins du monde, la fratrie a conservé

MAURICE ZALEWSKI/RAPHO

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! JEAN-CLAUDE BOUILLON-BAKER (À D.) avec deux de ses frères et sa mère, en 1955. TÉMOIGNAGE

Ma mère, cette héroïne

L’un des fils adoptifs de Joséphine Baker rend hommage à sa mère, une femme blessée qui s’est dressée contre les préjugés et s’est battue pour élever douze enfants aux origines diverses.

I

l est retourné au château de son enfance, les Milandes, dans le Périgord, pour des séances de dédicace. Devant Jean-Claude BouillonBaker, des lecteurs d’horizons divers. Une Haïtienne, qui lui confie être dans une démarche d’adoption. Comme pour tisser un lien. Une vieille dame, bouleversée, dit-elle, par l’histoire de Joséphine Baker, la femme, l’artiste, l’idéaliste, décédée en 1975. C’est bien un portrait intimiste que livre le sixième descendant de cette icône qui ne pouvait pas avoir d’enfant. L’ouvrage s’ouvre sur l’image terrible d’une mère de famille de douze rejetons, accablée, abattue, jetée à la rue dans un dénuement extrême, hurlant sa douleur. Loin de la star mythique qui faisait courir le ToutParis, dansant dans la Revue nègre vêtue d’une simple ceinture de bananes. JeanClaude Bouillon-Baker a tenu à raconter l’histoire de sa mère par la fin, pour mieux éclairer son rêve d’un idéal de tolérance et de fraternité qui s’est heurté au mur de la convoitise et de la cupidité humaine. Il affirme avoir voulu montrer que cette N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

femme célébrée, qui s’est donnée corps et âme à la France, n’hésitant pas à se mettre en danger pendant la Seconde Guerre mondiale, n’a pas toujours été payée en retour.

La chanteuse cherchait à oublier les humiliations infligées par la ségrégation raciale. des liens. Originaire de Côte d’Ivoire, son frère Koffi Bouillon s’est établi en Argentine, comme leur père adoptif, où il s’est marié et où il a reçu la visite de son parrain Houphouët-Boigny. Jean-Claude Bouillon-Baker estime que la démarche de sa mère n’était pas nécessairement politique. Son geste venait combler le manque qu’elle éprouvait de ne pas pouvoir avoir d’enfant et atténuait les blessurescauséesparlaségrégationraciale que cette Américaine d’origine avait vécue dans sa chair. Il revient aussi sur l’activisme de cette femme, qui revendiquait sa part d’africanité. Elle a très tôt parcouru le continent, y a été reçue par les plus hauts responsables, donnant des conférences, notamment au Gabon et au Mali. INCANTATION. L’auteur affirme qu’il

lui devait ce livre, écrit, dit-il, en totale communion avec elle : il regardait ses UTOPIE. S’il utilise cette image avilissante, photos et écoutait ses chansons en même c’est pour mieux revenir sur temps qu’il écrivait. « J’étais le parcours d’une femme dans l’incantation : j’aurais admirable, avant-gardiste. voulu qu’elle apparaisse. » Un château sur la lune est Et on comprend dès lors la un hommage à une utopie. doubledistancedecelivre,où « Si vous élevez ensemble le narrateur-enfant s’exprime, dès leur plus jeune âge des l’adulte-psychanalyste aussi. enfants d’horizons divers Ils se sont définitivement dans la tolérance de leurs quittés alors qu’il avait 21 ans différences, ils donneront, etétaitàpeinesortidesturbuplus tard, l’exemple d’une lences de l’adolescence. Il le certaine fraternité », répétait lui devait également à titre de à l’envi la danseuse. Mais c’est réparation pour l’insouciance aussi un livre sur l’enfance et la cruauté dont il a pu faire Un château sur la lune, le rêve brisé de qui nous fait découvrir une preuve. D’où cette concluJoséphine Baker, mère disponible, aimante sion qui scelle définitivement de Jean-Claude et sévère. L’auteur se souleur attachement: « Et si je ne Bouillon-Baker, vient ainsi d’une correction suis pas son enfant, je suis sûr éditions Hors d’avoir été son fils. » ● au tisonnier. Son tort : avoir Collection, 240 pages, 19,50 euros taquiné l’un de ses frères sur CLARISSE JUOMPAN-YAKAM JEUNE AFRIQUE


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Avis d’Appel d’offres (AA0)

Appel d’offres

AOI : N° 008/05/12/SPM/PNLS/DNSP/MS : Fourniture et Installation d’Equipements Médico Techniques au profit du PNLS 1. Le Gouvernement de la République du Bénin a reçu une subvention du Fonds Mondial dans le cadre du 9ème Round pour financer le coût du Projet « Accélération de l’Accès aux Services de Prévention de l’Infection à VIH, de Soins et Traitement, et de Soutien à Base Communautaire », et à l’intention d’utiliser une partie de cette subvention pour effectuer des paiements au titre du Marché relatif à la Fourniture et Installation d’Equipements Médico Techniques au profit du PNLS. 2. Le Programme National de Lutte contre le VIH/SIDA, Bénéficiaire principal sollicite des offres fermées de la part de soumissionnaires éligibles et répondant aux qualifications requises pour fournir les équipements ci-après répartis en un lot : • Quatre (4) Lecteurs de microplaques Elisa programmable • Quatre (4) Laveurs automatiques de microplaques Elisa compact et programmable • Quatre (4) Incubateurs de microplaques Elisa à air sec • Quatre (4) Cytomètres en flux robuste • Quatre (4) Minicytomètres portable • Vingt trois (23) Spectrophotomètres • Vingt trois (23) Centrifugeuses • Dix (10) Automates d’hématologie à 18 paramètres • Dix (10) Régulateurs de tension • Dix (10) Onduleurs UPS Online • Vingt et un (21) Microscopes binoculaires • Dix neuf (19) Congélateurs de – 80°C • Deux (02) Congélateurs de – 20°C 3. La participation à cet appel d'offres ouvert tel que défini dans le Code des marchés publics et des délégations de service public concerne tous les candidats éligibles et remplissant les conditions définies dans le présent Dossier d'Appel d'Offres Ouvert. 4. Les soumissionnaires éligibles et intéressés peuvent obtenir des informations auprès du Programme National de Lutte contre le SIDA et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse numéro N°1 mentionnée ci-dessous entre 8 heures à 12 h 30 mn et 15 h à 18 h 30 mn heure de Cotonou. 5. Les exigences en matière de qualifications sont : a) Condition d’ordre financier Avoir une moyenne des chiffres d'affaire des trois (03) dernières années égale au moins à deux fois le montant du Marché qu’il sera attribué ; Disposer de fonds propres ou avoir accès à des facilités de crédit au moins équivalent à trente pour cent (30%) de son offre. Le soumissionnaire doit joindre à son offre toute preuve de sa banque (celle qui lui a fournie la caution d’offre) montrant qu'il justifie du niveau de trésorerie souhaité b) Capacité Technique et Expérience • Le soumissionnaire justifiera qu’il dispose d’une expérience professionnelle d’au moins cinq (05) ans dans la fourniture et l’installation d’équipements médicaux techniques et autres prestations y afférents. • Le soumissionnaire doit prouver, documentation à l’appui, qu’il a exécuté en tant que fournisseur principal au moins deux marchés portant sur des fournitures de matériels de nature similaire au cours des cinq (05) dernières années. A cet effet, le soumissionnaire doit joindre à son offre la liste des marchés exécutés et copie de toute preuve (attestations de bonne exécution ou procès verbaux de réception) montrant qu’il a exécuté lesdits marchés. 6. Une marge de préférence applicable à certaines fournitures fabriquées localement ne sera pas octroyée aux soumissionnaires éligibles. 7. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir gratuitement un dossier d’Appel d’offres complet en Français en formulant une demande écrite à l’adresse numéro 1 mentionnée ci-dessous. Un complément de quarante mille francs (40 000) CFA est exigé pour les candidats qui désirent recevoir le jeu complet du document d’appel d’offres par courrier rapide. 8. Les offres devront être soumises à l’adresse numéro 1 ci-dessous au plus tard le mardi 31 juillet 2012 10 heures, heure de Cotonou. La soumission des offres par voie électronique ne sera pas autorisée. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des soumissionnaires présents en personne ou à distance à l’adresse numéro 2 mentionnée ci-dessous le mardi 31 juillet 2012 10 heures 30mn, heure du Bénin. 9. Les offres doivent comprendre une garantie de l’offre pour un montant de dix millions Francs (10 000 000) CFA. 10. Le délai de validité des offres est de cent vingt (120) jours à partir de la date limite de dépôt des offres. 11. Les adresses auxquelles il est fait référence ci-dessus sont : Adresse N°1 Programme National de Lutte contre le VIH/SIDA - Att : Coordinatrice du Projet d’Appui à la Lutte contre le VIH/SIDA Ministère de la Santé, Quartier Donaten Akpakpa - 01 BP 882 Cotonou, République du Bénin Tél : (229) 21 37 46 79 - Fax : (229) 21 37 46 78 - Email : pnlsbenin@intnet.bj Adresse N°2 Salle de Réunion du Programme National de Lutte contre le SIDA 2ème étage de l’immeuble abritant le PNLS - Ministère de la Santé, Quartier Donaten Akpakpa Tél : (229) 21 33 39 30 - République du Bénin

N° 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

La Coordonnatrice du PNLS Dr Evelyne AKINOCHO JEUNE AFRIQUE


RÉPUBLIQUE DU CAP VERT Ministère du Développement Rural Direction Générale de l’Agriculture, de la Sylviculture et de l’Elevage

(DGASP)

Projet d’aménagement et de valorisation du bassin versant de Ribeira Torre dans l’île de Santo Antão

Avis d'Appel d'Offres international (AOI N°001/BHSASN-RT/2012)

Le Gouvernement de la République du Cap Vert a obtenu un prêt de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA) pour le financement des travaux du Projet d’aménagement et de valorisation du bassin versant de Ribeira Torre dans l’île de Santo Antão. Les travaux y afférents, sont répartis en tranche prioritaire et en tranche conditionnelle et selon les lots suivants : TRANCHE PRIORITAIRE Lot 1 : Construction de 11 digues de captage, 15 digues de correction torrentielle et 100 ml de murs en maçonnerie. Lot 2 : Construction de 07 réservoirs d’eau, de capacité entre 50 et 1 000 m3 et 8 000 ml de conduites en PEHD de diamètre 63 à 90 mm. TRANCHE CONDITIONNELLE Les travaux de cette tranche regroupés en un lot unique comprennent la construction de 15 digues de correction torrentielle, 925 ml de murs en maçonnerie et 02 réservoirs de 100 m3. Les soumissionnaires intéressés à concourir, peuvent acquérir les Dossiers d'Appel d'Offres dans les bureaux de la DGASP (Ministère du Développement Rural), B.P. 278, Ville de Praia – Achada S. Filipe, République du Cap Vert, Tél. : (00238) 264 80 92 Fax : (00238) 264 75 44 E-mail : Ilidio.Furtado@mdr.gov.cv Le DAO pourra être acquis par les soumissionnaires, moyennant le paiement d'un montant non remboursable de 70 000 Escudos du Cap Vert ou de sa contre-valeur dans une monnaie librement convertible. Toutes les offres doivent être déposées à l'adresse indiquée ci-dessus au plus tard le 13/08/2012 à 10 H et doivent être accompagnées d’une garantie de soumission d’un montant égal à 3% du montant de la soumission dans une monnaie librement convertible. Une visite groupée de terrain sera organisée le 25 juin 2012 à l’intention des Soumissionnaires qui le souhaitent.

(DGASP)

Projet d’aménagement et de valorisation du bassin versant de Ribeira Alto Mira dans l’île de Santo Antão

Avis d'Appel d'Offres international (AOI N°002/BHSASN-AM/2012) Le Gouvernement de la République du Cap Vert a obtenu un prêt de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA) pour le financement des travaux du Projet d’aménagement et de valorisation du bassin versant de Ribeira Alto Mira dans l’île de Santo Antão. Les travaux y afférents, sont répartis en tranche prioritaire et en tranche conditionnelle et selon les lots suivants : TRANCHE PRIORITAIRE Lot 1 : Construction de 13 digues de captage, 18 digues de correction torrentielle et 01 écran souterrain. Lot 2 : Construction de 14 réservoirs d’eau de 50 à 500 m3 et 10 000 ml de conduites en PEHD de diamètre 63 à 90 mm. TRANCHE CONDITIONNELLE Lot 1 : Construction de 01 digue de captage ; 12 digues de correction torrentielle et 370 ml de murs en maçonnerie ; Lot 2 : Construction de 22 réservoirs d’eau de 50 à 500 m3 et 3 000 ml de conduites en PEHD, PN10, de diamètre 63 à 90 mm. Les soumissionnaires intéressés à concourir, peuvent acquérir les Dossiers d'Appel d'Offres dans les bureaux de la DGASP (Ministère du Développement Rural) - Direction du Service du Génie Rural, B.P. 278, Ville de Praia – Achada S. Filipe, République du Cap Vert, Tél. : (00238) 264 80 92 Fax : (00238) 264 75 44 E-mail : Ilidio.Furtado@mdr.gov.cv Le DAO pourra être acquis par les soumissionnaires, moyennant le paiement d'un montant non remboursable de 70 000 Escudos du Cap Vert ou de sa contre-valeur dans une monnaie librement convertible. Toutes les offres doivent être déposées à l'adresse indiquée ci-dessus au plus tard le 13/08/2012 à 10 H et doivent être accompagnées d’une garantie de soumission d’un montant égal à 3% du montant de la soumission dans une monnaie librement convertible. Une visite groupée de terrain sera organisée le 25 juin 2012 à l’intention des Soumissionnaires qui le souhaitent.

JEUNE AFRIQUE

N° 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Appel d’offres

RÉPUBLIQUE DU CAP VERT Ministère du Développement Rural Direction Générale de l’Agriculture, de la Sylviculture et de l’Elevage


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Annonces classées RÉPUBLIQUE DU CAP VERT Ministère du Développement Rural Direction Générale de l’Agriculture, de la Sylviculture et de l’Elevage

(DGASP)

Projet d’aménagement et de valorisation du bassin versant de Ribeira Prata dans l’île de São Nicolau

Avis d'Appel d'Offres international (AOI N°003/BHSASN-RP/2012) Le Gouvernement de la République du Cap Vert a obtenu un prêt de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA) pour le financement des travaux du Projet d’aménagement et de valorisation du bassin versant de Ribeira Prata dans l’île de São Nicolau. Les travaux y afférents, sont répartis selon les deux lots suivants : Lot 1 : Construction de 10 digues de captage ; 30 digues de correction torrentielle et 01 écran souterrain. Lot 2 : Construction de 20 réservoirs d’eau de 50 à 1 000 m3 et 11 000 ml de conduites en PEHD de diamètre 63 à 90 mm. Les soumissionnaires intéressés à concourir, peuvent acquérir les Dossiers d'Appel d'Offres dans les bureaux de la DGASP (Ministère du Développement Rural) - Direction du Service du Génie Rural, B.P. : 278, Ville de Praia – Achada S. Filipe, République du Cap Vert, Tél. : (00238) 264 80 92 Fax : (00238) 264 75 44 E-mail : Ilidio.Furtado@mdr.gov.cv Le Dossier d'Appel d'offres pourra être acquis par les soumissionnaires, moyennant le paiement d'un montant non remboursable de 70 000 Escudos du Cap Vert ou de sa contre-valeur dans une monnaie librement convertible. Toutes les offres doivent être déposées à l'adresse indiquée ci-dessus au plus tard le 13/08/2012 à 10 H et doivent être accompagnées d’une garantie de soumission d’un montant égal à 3% du montant de la soumission dans une monnaie librement convertible.

Formation - Appel d’offres

Une visite groupée de terrain sera organisée le 25 juin 2012 à l’intention des Soumissionnaires qui le souhaitent.

www.sai2000.org COURS INTENSIFS D’ANGLAIS École Commerciale Privée fondée en 1955

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 08/DAT/2012

THIS SCHOOL IS AUTHORIZED UNDER FEDERAL LAW TO ENROLL NONIMMIGRANT ALIEN STUDENTS

La Divison Achat et transit de l’Armée de mer se propose de lancer un appel d’offres international pour l’acquisition d’éléments flottants.

Comptabilité sur ordinateur Gestion de bureau sur ordinateur dBase Management® Microsoft Office Suite - Windows Traitement de texte Microsoft® Lotus Suite - (T1) Internet access

Les soumissionnaires intéressés peuvent retier les dossiers de l’appel d’offres pendant les jours ouvrables (horaire administratif) à l’adresse suivante :

• Membre accrédité du “ACICS” • Établissement reconnu par le Département d’Éducation de l’État de New York • Commence dès ce mois-ci • Cours offerts le matin, l’après-midi et le soir. Tél. (212) 840-7111 Fax (212) 719-5922 SKYPE : StudentClub SPANISH-AMERICAN INSTITUTE 215 W 43 St. (Times Square) Manhattan, NY 10036-3913

info@sai2000.org N° 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Division Achat et transit de l’Armée de mer Base Navale de la Goulette – 2060 – LA GOULETTE Le coût du dossier est fixé à la somme de 25,000 Dinars payable par mandat postal adressé au nom du Régisseur des Recettes du Ministère de la Défense Nationale CCP n° 616-82. Les offres doivent être adressées à l’adresse ci-dessus indiquée dans une enveloppe cachetée, recommandée ou remis directement au bureau d’ordre de la DAT et portant lisiblement en haut et à gauche « Ne pas ouvrir Appel d’Offres N° 08/DAT/2012 pour l’acquisition d’éléments flottants » au plus tard le 24 juillet 2012, le cachet du bureau d’ordre de la DAT faisant foi. JEUNE AFRIQUE


Annonces classées RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

AVIS DE REPORT DE L’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 11/2012/D.G.M.R.E Il est porté à la connaissance des intéressés par la soumission dans le cadre de l’appel d’offres international N° 11/2012/DGMRE relatif à l’acquisition, l’installation et mise en service d’une chaine de contrôle technique de véhicules légers que la date limite de la réception des offres prévue pour le 08 Juin 2012 a été reportée au 29 Juin 2012.

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 09/DAT/2012 La Division Achat et transit de l’Armée de Mer se propose de lancer un appel d’offres international pour l’acquisition et installation de Six (06) Tours parallèles conventionnels. Les soumissionnaires intéressés peuvent retirer les dossiers de l’appel d’offres pendant les jours ouvrables (horaire administratif) à l’adresse suivante : Division Achat et Transit de l’Armée de Mer Base Navale de la Goulette – 2060 – LA GOULETTE Le coût du dossier est fixé à la somme de 25,000 Dinars payable par mandat postal adressé au nom du Régisseur des Recettes du Ministère de la Défense Nationale CCP n° 616-82.

RÉPUBLIQUE DU MALI Un Peuple - Un But - Une Foi

CAISSE NATIONALE D’ASSURANCE MALADIE

AVIS DE SOLLICITATION DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT SERVICE DE CONSULTANTS

POUR L’ÉTUDE ACTUARIELLE DU RÉGIME D’ASSURANCE MALADIE OBLIGATOIRE DU MALI 1. Le Directeur Général de la CAISSE NATIONALE D’ASSURANCE MALADIE (CANAM) invite, par le présent Avis, les cabinets à manifester leur intérêt pour la réalisation de l’étude actuarielle du régime d’assurance maladie obligatoire du Mali. 2. L’étude vise à apporter des données pertinentes concernant l’impact des montages technique et institutionnel de l’AMO, à actualiser le coût du panier de soins et à fournir à la CANAM une visibilité réelle sur ses engagements présents et à venir. Plus qu’une quête d’équilibre financier à court terme, l’étude doit permettre de garantir la viabilité du système et la pérennité de son financement sur le long terme. Les prestations prévues dans le cadre de cette étude sont à réaliser dans un délai maximum de quatre (4) mois. 3. Les cabinets intéressés par cette mission doivent fournir des informations pertinentes indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les prestations demandées en y joignant une note de présentation du cabinet et ses références antérieures concernant l’exécution des missions similaires, les années de réalisation, les clients, ainsi que le curriculum vitae, les copies certifiées conformes des diplômes et attestations du personnel clé à affecter à la mission. 4. Sur la base de leur qualification, les cabinets seront retenus pour la consultation restreinte conformément au Décret N°08-485/P-RM du 11 Août 2008 portant procédures de passation, d’exécution et de règlement des marchés publics et des délégations de service public. 5. Les manifestations d’intérêt rédigées en langue française et portant la mention « Etude actuarielle du régime d’assurance maladie obligatoire du Mali » doivent parvenir sous pli fermé au plus tard le lundi 16 juillet 2012 à 16 heures à l’adresse suivante : Direction Générale de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CANAM) sise à Hamdallaye ACI 2000 Immeuble Salia DAOU BAMAKO près du monument de l’Obélisque en face de l’espace vert Tél : 20 72 91 95/ 20 23 01 12. 6. Pour toutes informations supplémentaires au sujet du dossier, les intéressés peuvent s’adresser à la Direction Générale. Bamako, le 11 juin 2012, LA DIRECTION GÉNÉRALE N° 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Appel d’offres - Manifestation d’intérêt

Les offres doivent être adressées à l’adresse ci-dessus indiquée dans une enveloppe cachetée, recommandée ou remis directement au bureau d’ordre de la DAT et portant lisiblement en haut et à gauche « Ne pas ouvrir Appel d’Offres N° 09/DAT/2012 pour l’acquisition et installation de Six (06) Tours parallèles conventionnels » au plus tard le 24 juillet 2012, le cachet du bureau d’ordre de la DAT faisant foi.

MINISTÈRE DE L’ACTION HUMANITAIRE DE LA SOLIDARITÉ ET DES PERSONNES ÂGÉES

JEUNE AFRIQUE

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Annonces classées RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO MINISTÈRE DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, URBANISME, HABITAT, DES INFRASTRUCTURES, TRAVAUX PUBLICS ET RECONSTRUCTION

Projet de Réouverture et d’Entretien des Routes Hautement Prioritaires « PRO-ROUTES »

SOLLICITATION DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT Service de Consultant : CONTRÔLE ET SUPERVISION DES TRAVAUX D’OUVRAGES D’ASSAINISSEMENT, DE REPRISE DE LA COUCHE DE ROULEMENT ET D’ENTRETIEN COURANT MÉCANISÉ DE ROUTE EN TERRE SUR LE TRONÇON KISANGANI-BUTA-AKETI (PK0-PK420)

Divers - Manifestation d’intérêt

N° Avis : AMI N°006/CI/PRO-ROUTES/2012 - Date de l’Avis : le 15 juin 2012

1. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a obtenu des dons initiaux de l’Association Internationale de Développement et de DFID de 123 millions de USD qui viennent d’être augmentés par une enveloppe supplémentaire des deux bailleurs équivalent à 125,2 millions USD pour financer le Projet ProRoutes dont l’objectif global est de contribuer à la réduction de la pauvreté grâce au rétablissement et à la préservation durable des infrastructures routières permettant l’accès des populations aux marchés et aux services sociaux et administratifs nécessaires à la relance socio-économique et à la réintégration du pays. Il a l’intention d’utiliser une partie du montant de ces dons pour effectuer les paiements au titre du contrat de services d’une Firme Internationale, pour le Contrôle et la Supervision des Travaux d’ouvrages d’assainissement, de reprise de la couche de roulement et d’entretien courant mécanisé de route en terre sur le tronçon Kisangani-Buta-Aketi (PK0-PK420). 2. Pour répondre aux critères de sélection, la Firme de renommée Internationale doit : a. prouver qu’elle possède des capacités professionnelles et une expérience avérée dans le domaine de l’ingénierie routière. Une déclaration prouvant que la firme a une telle expérience, en citant les missions déjà réalisées qui lui permettent de remplir ces critères (nature de la mission, pays, dates, administration responsable, bailleurs de fonds etc.) sera présentée ; b. soumettre les bilans certifiés des cinq (5) dernières années qui établissent qu’elle est dans une situation financière saine ; c. avoir réalisé au cours des cinq (5) dernières années au moins deux (2) opérations de Contrôle et de Surveillance des travaux de réouverture, d’entretien ou de réhabilitation de route en terre, par traitement de points critiques dont une des expériences en Afrique Centrale. d. être en mesure de mobiliser des Experts jouissant d’une très bonne expérience dans le Contrôle et la Surveillance des travaux de réouverture, d’entretien ou de réhabilitation de route en terre en utilisant l’approche par traitement de points critiques, dans un environnement similaire (de préférence dans des projets financés par la Banque Mondiale). La durée totale du Contrôle et de Surveillance des travaux est estimée à Trentetrois (33) mois. La firme sélectionnée devra fournir les services suivants : a) le contrôle et la surveillance des travaux, b) la maîtrise d’œuvre déléguée et la gestion du contrat passé avec l'Entreprise titulaire du marché des travaux. 3. La Cellule Infrastructures invite les candidats admissibles, firme ou groupement de

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bureaux à manifester leur intérêt à fournir les services précités. Les candidats potentiels intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter ces services (brochures, références concernant l’exécution des contrats analogues, expériences dans des conditions semblables, disponibilité des connaissances nécessaires parmi le personnel permanent ou ponctuel, une lettre de motivation - 2 pages maximum - expliquant les motivations profondes d’intérêts pour le présent projet, les qualifications et expériences spécifiques pertinentes et similaires à prendre en compte pour l’examen des expressions d’intérêts en vue de la constitution de la liste restreinte, etc.). Ils doivent fournir les éléments de justification des expériences spécifiques exigées au point 2.c ci-dessus. 4. Un Consultant sera sélectionné, en accord avec les procédures définies dans les Directives : « Sélection et Emploi des Consultants par les emprunteurs de la Banque mondiale », édition Mai 2004, révisée en Octobre 2006 et Mai 2010. 5. Les Consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence à la CI à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables de lundi à vendredi de 9 h 00 à 16 h 00, heures locales. Les termes de référence complets sont disponibles sur le site de la Cellule Infrastructures « www.celluleinfra.org ». 6. Le démarrage de la mission est prévu à partir du mois de septembre 2012. Les Manifestations d’Intérêts, rédigées en langue française, doivent parvenir par courrier ou par e-mail à l’adresse ci-dessous au plus tard le 3 juillet 2012 à 14 heures précises locales et porter clairement la mention : AMI N°006/CI/PRO-ROUTES/2012 – RECRUTEMENT DU CONSULTANT POUR LA RÉALISATION DU CONTRÔLE ET SUPERVISION DES TRAVAUX D’OUVRAGES D’ASSAINISSEMENT, DE REPRISE DE LA COUCHE DE ROULEMENT ET D’ENTRETIEN COURANT MÉCANISÉ DE ROUTE EN TERRE SUR LE TRONÇON KISANGANI-BUTA-AKETI (PK0-PK420) Cellule Infrastructures du Ministère des Infrastructures, Travaux Publics et Reconstruction Cellule Infrastructures - Avenue Roi Baudouin N° 70A, Kinshasa/Gombe République Démocratique du Congo Téléphone : +243.993.152.233 E-mail : info@celluleinfra.org - Site web : www.celluleinfra.org Pour le Coordonnateur en congé, Théophile NTELA LUNGUMBA Coordonnateur Adjoint

JEUNE AFRIQUE


Annonces classées

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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO MINISTÈRE DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, URBANISME, HABITAT, DES INFRASTRUCTURES, TRAVAUX PUBLICS ET RECONSTRUCTION

Projet de Réouverture et d’Entretien des Routes Hautement Prioritaires « PRO-ROUTES »

SOLLICITATION DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT Service de Consultant : CONTRÔLE ET SUPERVISION DES TRAVAUX D’OUVRAGES D’ASSAINISSEMENT, DE REPRISE DE LA COUCHE DE ROULEMENT ET D’ENTRETIEN COURANT MÉCANISE DE ROUTE EN TERRE SUR LE TRONÇON KALEMIE-UVIRA (PK0-PK280) N°Avis: AMI N°007/CI/PRO-ROUTES/2012 - Date de l’Avis: le 15 juin 2012

JEUNE AFRIQUE

à fournir les services précités. Les candidats potentiels intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter ces services (brochures, références concernant l’exécution des contrats analogues, expériences dans des conditions semblables, disponibilité des connaissances nécessaires parmi le personnel permanent ou ponctuel, une lettre de motivation - 2 pages maximum - expliquant les motivations profondes d’intérêts pour le présent projet, les qualifications et expériences spécifiques pertinentes et similaires à prendre en compte pour l’examen des expressions d’intérêts en vue de la constitution de la liste restreinte, etc.). Ils doivent fournir les éléments de justification des expériences spécifiques exigées au point 2.c ci-dessus. 4. Un Consultant sera sélectionné, en accord avec les procédures définies dans les Directives : « Sélection et Emploi des Consultants par les emprunteurs de la Banque mondiale », édition Mai 2004, révisée en Octobre 2006 et Mai 2010. 5. Les Consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence à la CI à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables de lundi à vendredi de 9 h 00 à 16 h 00, heures locales. Les termes de référence complets sont disponibles sur le site de la Cellule Infrastructures « www.celluleinfra.org ». 6. Le démarrage de la mission est prévu à partir du mois de septembre 2012. Les Manifestations d’Intérêts, rédigées en langue française, doivent parvenir par courrier ou par e-mail à l’adresse ci-dessous au plus tard le 3 juillet 2012 à 14 heures précises locales et porter clairement la mention : AMI N°007/CI/PRO-ROUTES/2012 – RECRUTEMENT DU CONSULTANT POUR LA RÉALISATION DU CONTRÔLE ET SUPERVISION DES TRAVAUX D’OUVRAGES D’ASSAINISSEMENT, DE REPRISE DE LA COUCHE DE ROULEMENT ET D’ENTRETIEN COURANT MÉCANISÉ DE ROUTE EN TERRE SUR LE TRONÇON KALEMIE-UVIRA (PK0-PK280) Cellule Infrastructures du Ministère des Infrastructures, Travaux Publics et Reconstruction Cellule Infrastructures Avenue Roi Baudouin N° 70A, Kinshasa/Gombe République Démocratique du Congo Téléphone : +243.993.152.233 E-mail : info@celluleinfra.org - Site web : www.celluleinfra.org Pour le Coordonnateur en congé, Théophile NTELA LUNGUMBA Coordonnateur Adjoint

N° 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Manifestation d’intérêt

1. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a obtenu des dons initiaux de l’Association Internationale de Développement et de DFID de 123 millions de USD qui viennent d’être augmentés par une enveloppe supplémentaire des deux bailleurs équivalent à 125,2 millions USD pour financer le Projet Pro-Routes dont l’objectif global est de contribuer à la réduction de la pauvreté grâce au rétablissement et à la préservation durable des infrastructures routières permettant l’accès des populations aux marchés et aux services sociaux et administratifs nécessaires à la relance socio-économique et à la réintégration du pays. Il a l’intention d’utiliser une partie du montant de ces dons pour effectuer les paiements au titre du contrat de services d’une Firme Internationale, pour le Contrôle et la Supervision des Travaux d’ouvrages d’assainissement, de reprise de la couche de roulement et d’entretien courant mécanisé de route en terre sur le tronçon Kalemie-Uvira (PK0-PK280). 2. Pour répondre aux critères de sélection, la Firme de renommée Internationale doit : a. prouver qu’elle possède des capacités professionnelles et une expérience avérée dans le domaine de l’ingénierie routière. Une déclaration prouvant que la firme a une telle expérience, en citant les missions déjà réalisées qui lui permettent de remplir ces critères (nature de la mission, pays, dates, administration responsable, bailleurs de fonds etc.) sera présentée ; b. soumettre les bilans certifiés des cinq (5) dernières années qui établissent qu’elle est dans une situation financière saine ; c. avoir réalisé au cours des cinq (5) dernières années au moins deux (2) opérations de Contrôle et de Surveillance des travaux de réouverture, d’entretien ou de réhabilitation de route en terre, par traitement de points critiques dont une des expériences en Afrique Centrale. d. être en mesure de mobiliser des Experts jouissant d’une très bonne expérience dans le Contrôle et la Surveillance des travaux de réouverture, d’entretien ou de réhabilitation de route en terre en utilisant l’approche par traitement de points critiques, dans un environnement similaire (de préférence dans des projets financés par la Banque Mondiale). La durée totale du Contrôle et de Surveillance des travaux est estimée à Trente-trois (33) mois. La firme sélectionnée devra fournir les services suivants : a) le contrôle et la surveillance des travaux, b) la maîtrise d’œuvre déléguée et la gestion du contrat passé avec l'Entreprise titulaire du marché des travaux. 3. La Cellule Infrastructures invite les candidats admissibles, firme ou groupement de bureaux à manifester leur intérêt


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Annonces classées MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DU PLAN, DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE ET DE l’INTÉGRATION PROJET D’APPUI À LA DIVERSIFICATION DE L’ÉCONOMIE (PADE) Crédit IDA : 4846

AVIS DE SOLLICITATION À MANIFESTATION D’INTÉRÊT

N° 05-/MEPATI/PADE/UCP/2012 SERVICES DE CONSULTANTS POUR LE CHEMIN DE FER CONGO OCÉAN : 1- Le Gouvernement de la République du Congo a obtenu, auprès de l’Association Internationale de Développement (IDA), un crédit de cofinancement dans le cadre du Projet d’Appui à la Diversification de l’Economie (PADE), qu’accompagne le Groupe de la Banque Mondiale, et a l’intention d’utiliser une partie du montant de ce crédit pour effectuer les paiements au titre de deux (02) contrats comprenant les services ci-après : Code expert N°

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Brèves descriptions des tâches Expert en exploitation ferroviaire (Consultant international) A- Rôles et responsabilités Les services de l’expert consisteront à aider l’équipe de gestion du CFCO à : i) préparer des prévisions de trafic et un plan de transport marchandises à l’horizon 2016, ii) identifier des aménagements d’installations terminales des marchandises, iii) déterminer des besoins en engins de manœuvre (locotracteurs) à l’horizon 2016, iv) déterminer des besoins en locomotives de ligne pour le trafic marchandises à l'horizon 2016, v) déterminer des besoins en wagons pour le trafic marchandises à l’horizon 2016, vi) déterminer un scénario d’offre de transport voyageurs à l’horizon 2016, vii) déterminer des besoins en matériels roulants (locomotives, voitures, fourgons) pour le transport voyageurs à l’horizon 2016, viii) déterminer un schéma et un mode de cantonnement des trains et de signalisation des gares et définition du système de télécommunications à l’horizon 2016, ix) déterminer l’organisation de principe de la fonction exploitation et des effectifs-cibles à l’horizon 2016 de la fonction exploitation (hors transports voyageurs), x) déterminer l’organisation de principe de l’activité de transport voyageurs et effectifs-cibles à l’horizon 2016, xi) se rapprocher de l’opérateur privé du port de Pointe Noire pour discuter des possibilités d’amélioration de l’interface port/rail, et analyser l’impact de toutes les réformes douanières qui pourraient être adoptées en termes de facilitation des procédures d’import/export de biens en transit à destination/en provenance de la RCA et de la RDC. L’expert devra aussi tenir compte et proposer des hypothèses par rapport à l’impact de la demande de marché Kinshasa sur les activités futures du CFCO ; xii) appuyer l’expert ressources humaines dans l’élaboration du scénario de gestion du personnel de la fonction exploitation ferroviaire sur la période 2012-2016, xiii) fournir aux autres experts les éléments nécessaires à la préparation des tâches placées sous leur responsabilité, et s’assurer de la cohérence des propositions et recommandations présentées par l’équipe. B- Profil (Qualifications académiques et professionnelles) - Titulaire d’un diplôme d’études supérieures de niveau BAC+4 ou Master en management, gestion et/ou dans une discipline technique. - Avoir une expérience d’au moins dix (10) années dans une fonction d’encadrement supérieur d’une direction d’exploitation de chemin de fer de taille moyenne (ou d’une structure régionale d’un chemin de fer de grande taille) ayant une activité de transport marchandises importantes, avec de préférence : - une expérience des relations avec la clientèle marchandises (relations commerciales, relations relatives à la programmation et au suivi des transports) ; - une bonne connaissance des systèmes d’exploitation des lignes à faible trafic. C- Durée mandat Six (06) mois répartis en deux périodes dont quatre (04) mois pour la mission initiale et deux (02) autres mois pour l’évaluation des recommandations de la première mission. Expert en matériel roulant ferroviaire (Consultant international) A- Rôles et responsabilités Les services de l’expert consisteront à aider l’équipe de gestion du CFCO à : i) préparer un programme d’investissements 2012-2016 relatif aux engins de manœuvre (locotracteurs), ii) préparer un programme d’investissements 2012-2016 relatif aux locomotives de ligne (parc marchandises et parc voyageurs), iii) préparer un programme d’investissements 2012-2016 relatif aux wagons marchandises, iv) préparer un programme d’investissements 2012-2016 relatifs aux matériels remorques voyageurs (voitures, fourgons), v) préparer un programme d’investissements 2012-2016 relatif aux installations d’entretien de matériels roulants, vi) déterminer l’organisation de principe de la fonction entretien de matériel roulant et effectifs-cibles à l’horizon 2016, vii) appuyer l’expert Ressources Humaines pour l’élaboration du scénario de gestion du personnel matériel roulant ferroviaire sur la période 2012-2016. B- Profil (Qualifications académiques et professionnelles) - Titulaire d’un diplôme d’études supérieures de niveau BAC+4 ou Master dans une discipline technique. - Avoir une expérience d’au moins dix (10) années d’encadrement supérieur d’une direction d’entretien du matériel roulant d’un chemin de fer de taille moyenne (ou d’une structure régionale d’un chemin de fer de grande taille) avec, de préférence, une expérience antérieure d’au moins dix (10) années dans l’entretien des locomotives diesel électriques. C- Durée mandat Six (06) mois répartis en deux périodes dont quatre (04) mois pour la mission initiale et deux (02) autres mois pour l’évaluation des recommandations de la première mission. Expert en infrastructures ferroviaires (Consultant international) A- Rôles et responsabilités Les services de l’expert consisteront à aider l’équipe de gestion du CFCO à : i) préparer un programme d’investissements 2012-2016 de remise à niveau de la ligne Pointe Noire–B/ville via le réalignement, ii) préparer un programme d’investissements 2012-2016 de sécurisation de la ligne dite « du Mayombe », iii) préparer un programme d’investissements 2012-2016 de sécurisation de la ligne Mont Belo-Mbinda, iv) préparer un programme d’investissements 2012-2016 en matière d’aménagement d’installations terminales et gares (hors bâtiments et quais voyageurs), v) préparer un programme d’investissements 2012-2016 en matière d’installations terminales voyageurs, vi) préparer un programme d’investissements 2012-2016 en installations logistiques et engins d’entretien des infrastructures, vii) déterminer l’organisation de principe de l’activité d’entretien des infrastructures de la voie et ouvrages d’art, superstructure ou voie ferrée pro-

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JEUNE AFRIQUE


Annonces classées

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prement dite et effectifs-cibles à l’horizon 2016, viii) appuyer l’expert Ressources Humaines pour l’élaboration du scénario de gestion du personnel d’entretien des infrastructures de la voie et ouvrages d’art, superstructure ou voie ferrée proprement dite sur la période 2012-2016, ix) appuyer l’expert ressources humaines pour l’élaboration du scénario de gestion du personnel d’installations de télécommunication et de signalisation sur la période 2012-2016, x) préparer un programme d‘investissements 2012-2016 en matière d’installations de télécommunication et de signalisation, xi) déterminer l’organisation de principe de l’activité d’entretien des installations de télécommunication et de signalisation et des effectifs-cibles à l’horizon 2016. B- Profil (Qualifications académiques et professionnelles) - Titulaire d’un diplôme d’études supérieures de niveau BAC+4 ou Master dans une discipline technique. - Avoir une expérience d’au moins dix (10) années d’encadrement supérieur d’une direction d’entretien de la voie ferrée d’un chemin de fer de taille moyenne (ou d’une structure régionale d’un chemin de fer de grande taille). - Avoir de bonnes connaissances en matière de télécommunications ferroviaires, avec, de préférence une expérience de gestion et d’entretien de systèmes de télécommunications ferroviaires. C- Durée mandat Six (06) mois répartis en deux périodes dont quatre (04) mois pour la mission initiale et deux (02) autres mois pour l’évaluation des recommandations de la 1ère mission d'expertise. 2- Les experts devront aussi prendre en compte dans leurs analyses et recommandations le rapport d’audit environnemental et social du CFCO et s’assurer que les aspects environnementaux et sociaux sont intégrés dans leurs rapports sectoriels. 3- La Cellule de passation des marchés du projet PADE invite les candidats à manifester leur intérêt et à fournir les services décrits ci-dessus ainsi que les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services (copies des diplômes, certificats ou tout autre document justifiant la formation, références concernant l’exécution de contrats analogues ou similaires etc). En outre, ils doivent disposer d’une excellente aptitude à communiquer oralement et par écrit en langue française, d’une expérience de terrain en Afrique subsaharienne ou dans un pays dont les caractéristiques sont semblables à celles de la République du Congo. 4- L’expert sera sélectionné en accord avec les procédures définies au chapitre V des Directives de la Banque Mondiale « Sélection et Emploi de consultants par les emprunteurs de la Banque Mondiale de Mai 2004, version révisée en octobre 2006 et Mai 2010 » 5- Les experts intéressés peuvent obtenir des informations complémentaires à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables, de 8 heures à 15 heures 30. 6- Les manifestations d’intérêt (CV+lettre de motivation) portant la mention « Avis n°5/code expert n° 01, 02 ou 03 selon votre intérêt », doivent être déposées sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le 21 juin 2012, au siège du Projet sis, Rue Isaac Locko n° 05 et 06 (dans le secteur de Blanche Gomez), Brazzaville/République du Congo : Tél : 05 522 23 66/05 568 87 06 ou par courrier électronique à l’adresse ci-après : pade.pacadec@yahoo.fr Fait à Brazzaville, le 28 mai 2012 Le Coordonnateur du Projet Joseph IBARA

IUCN, the International Union for Conservation of Nature is a world leader in developing knowledge and understanding for effective action for conservation of biodiversity and management of natural resources. The IUCN Programme for Central and West Africa, PACO, seeks to recruit : - its Regional Water & Wetlands Programme Coordinator based in Ouagadougou, Burkina Faso, - its Regional Protected Areas Programme Coordinator based in Ouagadougou, Burkina Faso. They are both senior members of the Programmes that deliver the technical program of IUCN in Central and West Africa and of the IUCN Global Programmes for Water and for Protected Areas teams that help set strategic direction and define priorities for IUCN’s broader engagement on Water conservation on one hand and on biodiversity and protected areas conservation on the other hand. The Regional Coordinators take a lead role in the development of the Regional Water and Wetlands Programme and the Protected Areas Programme through providing vision and guidance in developing a well-defined strategic focus in the short, medium and long term. They will develop, resource, and manage IUCN’s Water and Protected Areas programmes activities in the region in close collaboration with other relevant IUCN programmes, Members, Commissions and partners. They are responsible for the overall management of Regional Programmes activities, to ensuring that they are coherent and consistent with IUCN’s “one programme” approach, build on and align with IUCN’s conservation frameworks and add value to regionally and nationally defined priorities. The candidates for one or the other positions will possess an advanced degree in a natural science related fields, and at least 10 years of relevant work experience. The selection requirements for both positions are to be seen on IUCN/PACO website at http://www.iucn.org/fr/propos/union/secretariat/bureaux/paco/. Application should be sent by 06 July 2012. Expected start date: 01 September 2012 (Regional Water & Wetlands Programme Coordinator) Expected start date: 01 October 2012 (Regional Protected Areas Programme Coordinator) Type of contract: one year (renewable) Closing date for applications: 06 July2012 Location: Regional Office for West and Central Africa, Ouagadougou, Burkina Faso For more information about the position, and to apply to the job, please visit the following link: https://hrms.iucn.org/iresy/index.cfm?event=vac.show&vacId=240. The selection requirements for both positions are to be seen on IUCN/PACO website at http://www.iucn.org/fr/propos/union/secretariat/bureaux/paco/. IUCN is an equal opportunities employer JEUNE AFRIQUE

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Manifestation d’intérêt - Divers

Regional Water and Wetlands Programme Coordinator and Regional Protected Areas Programme Coordinator for Central and West Africa


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Annonces classées République de Côte d’Ivoire

MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE ET DES FINANCES CABINET PROJET DE FACILITATION DU COMMERCE ET DU TRANSPORT SUR LE CORRIDOR ABIDJAN-LAGOS (PFCTCAL)

AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT

RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT INDIVIDUEL EXPERT EN DOUANE

Recrutement - Manifestation d’intérêt

N° Avis : AMI N° 01/PFCTCAL/BPM/2012 Pays : République de Côte d’Ivoire Source de Financement : Avance N°Q 645-ci Date de publication : 16 juin 2012 Date de clôture : 02 juillet 2012 I. Contexte Le Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire est bénéficiaire d’une avance de 1,7 millions de dollars américains sur don de l’Association Internationale de Développement (IDA) pour la préparation du Projet de facilitation et du Transport sur le Corridor Abidjan-Lagos (PFCTCAL) et à l’intention d’utiliser une partie du montant de cette avance pour effectuer le paiement des honoraires du consultant. II. Mandat Le rôle du consultant consiste à rédiger les termes de références des activités de la sous composante « Appui au plan de modernisation de la douane ivoirienne », à savoir : - la certification du système de management de la qualité des procédures douanières ; - l’assistance technique pour la simplification des procédures y compris la mise en place d’un mécanisme de gestion du risque pour la douane ; - l’assistance pour le contrôle de l’exécution du service mise en place d’un manuel de procédures simplifiées pour la douane, - la formation des agents de la douane dans le domaine du contrôle après dédouanement. De manière spécifique, les termes de référence de chaque activité devront fournir des précisions sur : - le contexte et la justification de la mission ; - les objectifs (généraux et spécifiques) de l’activité du consultant ; - la description des tâches ; - les résultats attendus de la mission ; - le chronogramme et calendrier prévisionnel des activités nombre de jours ; le site de l’activité ; - les qualifications du consultant : international, régional ou national ; la description du profil du personnel-clé indispensable à la réalisation de la mission ; - les obligations de l’administration : les informations d’ordre général, y compris une liste des études pertinentes et de données de base existantes afin de faciliter aux

consultants la préparation de leurs propositions ; contacts ; mise à la disposition des outils, bureau, etc. (selon le cas) ; - les objectifs de la formation induite par la mission, les effectifs à former, etc…, pour permettre aux consultants d’estimer les moyens à mettre en œuvre ; - la période estimée de réalisation (de l’étude, assistance technique ou formation selon le cas) ; - le coût estimatif de la mission. III. Profil du Consultant Le Consultant individuel est une personne physique remplissant les conditions suivantes : - avoir un diplôme supérieur BAC +5 au minimum ; - disposant d’au moins 10 années d’expérience opérationnelle en douane ; - avoir déjà rédigé plusieurs termes de références de missions similaires ; - avoir une bonne maitrise du français ; - maîtriser l’outil informatique (Word, Excel, PowerPoint) IV. Contenu de l’offre Les dossiers de candidature devront comprendre : le CV à jour et concis sur support papier et/ou par voie électronique (Word ou pdf), une lettre (maximum 2 pages) démontrant la compréhension de la mission et justifiant les expériences pertinentes ou compétences. V. Méthode de sélection L’unité de Coordination du Projet de Facilitation du Commerce et du Transport sur le Corridor Abidjan-Lagos (PFCTCAL), invite les candidats admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. La sélection du consultant se fera en accord avec les procédures définies dans les Directives : Sélection et emploi des consultants par les emprunteurs de la Banque mondiale (Version de mai 2004 révisée en octobre 2006). Les consultants intéressés peuvent obtenir les Termes de Références de ladite mission à l’adresse ci-dessous et aux heures suivantes : de 9 h 00 heures à 12 h 30 heures et de 15 h 30 heures à 17 h 30. Les manifestations d’intérêt rédigées en langue française doivent parvenir, par courrier et par courriel, à l’adresse ci-dessous au plus tard le lundi 02 juillet 2012 à 10 h 30 et porter clairement la mention « AMI N° 01/PFCTCAL/DPM/2012 – Recrutement d’un consultant individuel – Expert en douane

Bureau Passation de Marchés - A l’attention du Coordonnateur Projet de Facilitation du Commerce et du Transport sur le Corridor Abidjan – Lagos. Unité de Coordination. Cocody les Deux-Plateaux ENA, carrefour dit « Seydou DIARRA » Rue J17. 01 BP 6643 Abidjan 01, Tél : +(225) 22 41 85 79/04 08 31 25 - Email : corridor.marche@yahoo.fr ou claudeogou@yahoo.fr

Retrouvez toutes nos annonces sur le site : www.jeuneafrique.com N° 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

Africa Rice Center (AfricaRice, ex-WARDA) wishes to recruit: • A Rice Commodity Specialist based in Cotonou, Benin • A Procurement Specialist based in Cotonou, Benin • An Accountant based in Cotonou, Benin • A Monitoring & Evaluation Specialist based in Cotonou, Benin This invitation for applications follows the general procurement notice AfDB43-04/12 for a multinationalCGIAR Project on Support to Agricultural Research for Development of Strategic Crops in Africa funded by the African Development Bank and published in UN Development Business online on 27 April, 2012. Further details can be obtained from the AfricaRice website at ‘www.AfricaRice.org’. JEUNE AFRIQUE


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EXCITING CAREER OPPORTUNITY IN TRADE AND REGIONAL DEVELOPMENT IN KENYA TradeMark East Africa (TMEA) is an organisation funded by a range of development agencies to promote regional trade and economic integration in East Africa. TMEA works closely with the East African Community (EAC), national governments, business and civil society organisations. Headquartered in Nairobi with branches in Arusha, Bujumbura, Dar es Salaam, Juba, Kampala and Kigali, TMEA seeks to support East African integration through: • A reduction in transport and related costs along the key corridors in East Africa; • Supporting EAC institutions to develop a comprehensive framework for regional integration; • Supporting partner states to substantially increase the implementation of a comprehensive framework for regional integration; and • Engaging private sector and civil society to positively influence regional integration policies and practices for growth in trade. To ensure that TMEA delivers on these strategic objectives, we seek a high calibre, resultsoriented and self-driven East African professional to provide leadership and strategic direction in implementing our programme in Kenya. COUNTRY DIRECTOR, KENYA The Country Director will manage and monitor TMEA’s Kenya programme. This includes strategy, planning, and delivery of expected results in the fields of regional trade, infrastructure development, modern customs systems, and institutional development of Government institutions. The Country Director will develop an effective programme in line with TMEA’s strategic plan, sound management information and monitoring systems, and strong working relationships with Kenyan partners including Government agencies, the private sector, civil society and other East African counterparts. The Country Director will identify opportunities for additional investments into TMEA’s Kenya Programme, co-ordinating with other key partners. S/he will source and procure technical

experts to assist in the implementation of TMEA projects and external communications. Kenya is a demanding environment requiring high personal drive, political sensitivity, initiative and leadership. The ideal candidate will possess an undergraduate degree preferably in Economics, Development Studies, International Trade, Planning, Finance or Management. In addition, s/he must have at least five years’ work experience in establishing and managing economic development programmes, preferably in trade facilitation, private sector development, infrastructure development, or institutional capacity building. The successful candidate will be a strong leader, with proven inter-personal skills in managing multi-stakeholder relationships. The post also requires strong programme cycle and procurement management skills, with proven ability in preparing project documents, and monitoring and evaluation systems. Candidates should preferably possess senior experience in Kenya, or within East Africa. Language skills in Kiswahili are desirable for this position. APPLICATION DETAILS Please send us a cover letter and detailed CV, including your qualifications, experience, present position, and current remuneration. Your application should include names and addresses of three referees, a working e-mail address, and daytime telephone contacts. The forwarding e-mail and cover letter must clearly indicate ‘Country Director, Kenya’ on the subject line. A detailed job profile for this post can be accessed on www.trademarkea.com. Send your application to recruitment@trademarkea.com by Friday, 6 July 2012 by 5.00pm East African time. Interviews will be conducted in early August 2012 in Nairobi, Kenya. Applications received after the deadline time and date will not be accepted. We reserve the right to accept or reject any application. Only short-listed candidates will be contacted.

Recrutement

JEUNE AFRIQUE

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Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Questions sur les salafistes Votre article sur les « très inquiétants fous de Dieu » de Tunisie (J.A. no 2683, du 10 au 16 juin) m’interpelle. Citant le ministre Lotfi Zitoun, vous affirmez que les salafistes sont 93 000. D’où vient ce chiffre, jugé exagéré par tous ceux à TUNISIE qui j’en parle ? Le cancer Réalisez-vous salafiste ce que cela représente ? ! J.A. N° 2683, Par ailleurs, du 10 au vous écrivez : 16 juin 2012. « Beaucoup d’intégristes sont armés. » Que signifie ce « beaucoup » ? Selon des informations concordantes, ils seraient 200, ce qui suffit pour semer le trouble. ● MALI DEMAIN, LA GUERRE ?

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JEAN FONTAINE, La Marsa, Tunisie

Réponse : Le chiffre de 93 000 nous a bien été fourni par Lotfi Zitoun, ministre chargé des Affaires politiques, qui n’a, nous semble-t-il, aucun intérêt à exagérer la réalité salafiste en Tunisie. Quant au nombre de salafistes armés, il ne peut être évalué avec précision, puisque le mouvement djihadiste est clandestin. Mais il est indéniable que, à la faveur de la révolution libyenne, quantité d’armes circulent dans le pays. Limiter le nombre des salafistes armés à 200 combattants serait hasardeux. C’est également pour pouvoir circonscrire les groupes armés que le gouvernement adopte une position d’attente. ● LA RÉDACTION

Confusion tunisienne Au regard des derniers événements en Tunisie, le parti Ennahdha ne serait-il pas débordé par son aile droite, celle à laquelle il refusait de s’opposer par calcul

Islamismes multiples, fantasme unique JE RÉAGIS AU « CE QUE JE CROIS » de BBY du no 2683 de Jeune Afrique intitulé : « Attention au “retour de bâton” ». J’ai trouvé ce texte très important, essentiel et venant à son heure. Il interroge sur l’existence ou non de plusieurs islamismes et nourrit la réflexion. En apparence, il en existe plusieurs, un par pays. Chaque pays arabe est la cristallisation de facteurs spécifiques. Dans chacun, il y aurait donc une forme différente d’islamisme. Mais dans le fond, n’y a-t-il pas un fantasme unique, à savoir que le retour à un islam strict lavera l’humiliation profonde qui est, je le crois et l’ai observé, au cœur de la subjectivité arabe actuelle ? Cet islam serait LA solution au retard historique de ces pays qui est en fait un décalage dans la maîtrise des sciences et des technologies, un retard de réformes pour être de plain-pied dans le présent. À partir de là, on pourrait isoler deux formes différentes d’islamisme: la forme dure, violente, voire terroriste ; et la forme douce, plutôt « démocratique ». La Turquie en est évidemment la forme la plus élaborée. Alors que le Parti de la justice et du développement (AKP) formait des économistes, des ingénieurs, etc., Ennahdha formait des… juristes. Enfin, un dernier point important – et même essentiel – que vous n’abordez pas, celui du comportement des forces modernistes, par exemple en Tunisie. Plutôt que de s’unir, elles se dispersent. Il me paraît indispensable de le souligner. ● G.H., Paris, France N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

électoral ? Par ailleurs, les vrais marionnettistes ne seraient-ils pas les « Clous rouillés » du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et les proches de l’ex-président encore en liberté et disposant de moyens financiers considérables ? Les attaques simultanées de postes de police, de palais de justice, de locaux de partis d’opposition ou de l’Union générale tunisienne du travail me semblent suspectes. Elles sont savamment orchestrées pour susciter des réactions violentes… Misons sur le patriotisme des Tunisiens et sur la fermeté des autorités contre tous les saboteurs, pour que la révolution reste belle. ● MONDHER KALLALA, Tunis, Tunisie

La révolution en marche Alors que la révolution tunisienne date seulement de quelques mois, des groupuscules d’horizons divers harcèlent le gouvernement balbutiant, au risque d’entraver définitivement son action. Ce jeune gouvernement n’a pas chômé : organisation sans anicroche des élections législatives, mise en place d’une Assemblée constituante, formation d’un gouvernement multicolore, élection du président de la République. Il ne faut pas oublier dans quel état était le pays dont ce gouvernement a hérité. Il lui faut un peu de temps pour remettre la machine en marche. Comme ceux qui l’ont précédé, lui aussi acquerra la technique de gestion et d’administration. ● ALI GAROUI DALLY, Gafsa, Tunisie

Lutte fratricide Sur le papier, le défi est ambitieux. L’affaire Marafa, ex-secrétaire général de la présidence de la République camerounaise, inaugure une nouvelle ère, celle des révélations des caciques du régime Biya. Sauf que, à la lecture de votre article sur René Sadi (« S’il n’en restait qu’un… », J.A. no 2683, du 10 au 16 juin), je constate que c’est la thèse du « Dauphinat » qui, une fois de plus, est utilisée pour justifier certains actes, accréditant l’existence d’une lutte JEUNE AFRIQUE


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Yaoundé, Cameroun

Les Maliens sont las J’ai lu avec intérêt l’interview du capitaine Amadou Haya Sanogo, paru dans J.A. no 2682, daté du 3 au 9 juin. S’il est, comme il le prétend, préoccupé par la situation du Mali, qu’il s’installe à Mopti, en compagnie des militaires qui ont fui le Nord. Il n’a pas le droit de maintenir dans la désolation plus de 15 millions de Maliens. Qu’il avoue avoir échoué au prytanée militaire de Kati. J’étais de ceux qui ont applaudi son coup, aujourd’hui j’en ai honte. ● OUSMANE DIARRA, Goma, RD Congo

LA FRANCOPHONIE DE CONSCIENCE NOUS SOUHAITONS ARDEMMENT la délocalisation du Sommet de la Francophonie prévu en RD Congo vers un autre pays, plus démocratique et respectueux des valeurs des droits de l’homme. Une telle décision serait conforme à la francophonie de conscience, un concept fondé sur la Déclaration universelle des droits de l’homme et qui, surtout, tient compte des aspirations des peuples et de l’intérêt général. Loin, donc, de la francophonie de séduction, de corruption et des parades. Joseph Kabila caresse l’espoir que le Sommet de la Francophonie lui serve de tribune pour asseoir à l’international la légitimité qui lui fait défaut à l’intérieur. L’occasion est donnée au président français, François Hollande, de respecter sa promesse de campagne : rejeter la fraude électorale dans quelque pays que ce soit. Pour cela, non seulement il n’ira pas à la rencontre d’un président qui a triché pour se maintenir au pouvoir, mais il devra aussi peser de tout son poids pour faire délocaliser ce sommet. Il y a d’ailleurs un précédent. En 1991, sous le régime Mobutu, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) avait transféré son quatrième sommet de Kinshasa à Paris, en raison des massacres d’étudiants sur le campus universitaire de Lubumbashi, de l’insécurité généralisée et de la violation systématique des droits de l’homme. Enfin, il nous paraît insensé de vouloir organiser la fête de la Francophonie dans un pays considéré comme la capitale mondiale du viol des femmes, en proie à une sanglante guerre fratricide dans le Nord-Kivu et dans le Sud-Kivu. Que vive la francophonie de conscience et de développement. ● MOISE MONI DELLA IDI, Président de la commission Francophonie des Forces acquises au changement (FAC), RD Congo

DR

fratricide sous-jacente. La presse privée a du grain à moudre. Des best-sellers RENÉ SADI pourraient Et si c’était lui… d’ailleurs naître de cette nouvelle affaire ! J.A. N° 2683, du 10 au 16 juin 2012 impliquant une personnalité de premier plan. Doit-on en conclure avec l’écrivaine Isabelle Ndengué Ndombé que « le Cameroun risque[ra] d’être une société qui se divise autant par l’ethnie que par le pouvoir et l’argent » ? ● SYLVAIN ÉTIENNE BAVINDI, LE PLUS

de Jeune

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2683 • du 10 au 16 juin 2012

CÔTE D’IVOIRE GBAGBO-BENSOUDA : LES DESSOUS D’UN DUEL

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Post-scriptum Tshitenge Lubabu M.K.

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (52e année) Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com DIRECTION Directeur de la publication : BÉCHIR BEN YAHMED (bby@jeuneafrique.com) Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

Lieux d’aisance

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RÉDACTION

était en 1988. Je venais d’arriver en France. Un soir, je me retrouve dans le quartier des Halles, rue Pierre-Lescot. Soudain, j’ai une envie pressante. Je me dis que je ne peux pas me soulager n’importe où, question de dignité et de savoir-vivre. Je cherche et trouve une bouche d’égout, dans un coin sombre. Ma préoccupation : ne pas polluer gratuitement l’air ambiant. À l’époque, si mes souvenirs sont bons, on n’insistait pas encore sur la protection de l’environnement. J’étais donc déjà écologiste sans le savoir. Alors que je remplis ce devoir tout à fait naturel dans la nuit parisienne, deux policiers surgissent. « Qu’est-ce que vous faites, monsieur ? » me demande l’un d’eux. Sans hésiter, je réponds : « Je pissais. » L’autre policier passe à l’offensive : « Vous croyez que c’est l’endroit approprié ? » En toute bonne foi, je rétorque : « J’ai choisi une bouche d’égout. Je n’ai donc pas souillé le sol. » Pas convaincu, l’agent de l’ordre me demande mes papiers. Je lui tends mon passeport. Il l’examine et me pose cette question inattendue : « Donc, au Zaïre, les journalistes pissent dans la rue ? » Silence gêné de ma part. Il enchaîne : « Veuillez nous suivre. » Je m’exécute et me retrouve dans un fourgon de police. Sur le procès-verbal qui est dressé, je lis cette phrase mémorable qui qualifie mon infraction : « Épanchement d’urine sur la voie publique » !

Vous vous demandez sans doute pourquoi je reviens sur cette anecdote très ancienne. La raison est claire : je n’ai pas encore vu de vespasiennes dans toutes les villes du continent dont mes pieds ont foulé le sol. Ce que j’ai vu, ce sont des femmes et des hommes, toute pudeur bue, qui retroussent leurs pagnes ou descendent leurs pantalons pour se soulager en pleine rue. Pourtant, quand on parle d’infrastructures, la construction de latrines doit figurer parmi les priorités. On ne doit pas badiner avec l’hygiène publique. Qu’en est-il de la propreté des toilettes dans les bâtiments officiels ? Comme moi, vous avez lu et relu cent fois un bout de papier affiché sur le mur où on vous demande de bien vouloir laisser les lieux dans l’état où vous les avez trouvés, c’est-à-dire propres. En réalité, cette propreté n’est que virtuelle. Je me souviens, comme si c’était hier, d’un séjour dans une capitale du continent. J’avais rendez-vous dans un ministère important. L’entretien terminé, un besoin pressant me tenaille dans le couloir. Je cherche vite une porte avec l’inscription WC. En vain. À l’instinct, j’ouvre une porte. Un cabinet est bien là, mais l’intérieur est noir charbon. Pas de papier hygiénique. Pas de savon. Je me sauve. Deuxième porte, même constat. Dans le couloir, un monsieur apparaît. Je lui pose mon problème. Il me conduit vers une jolie porte fermée à clé, ouvre une deuxième porte et me montre des toilettes acceptables. Mais la chasse d’eau ne fonctionne plus. Le robinet du lavabo est sec. Dire que c’est réservé aux cadres ! Un doute ? Vous n’avez qu’à inspecter les toilettes des bars, de certains hôtels, des stades, des sièges des parlements, des écoles, des universités – j’en passe – dans vos pays respectifs. Bien entendu, mes amis d’Afrique centrale me diront, dans leur sagesse infinie : « Les microbes ne tuent pas les nègres! » De quoi meurent-ils donc? « Ce sont les sorciers qui les mangent. » À vérifier ! ● N o 2684 • DU 17 AU 23 JUIN 2012

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