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EXCLUSIF LE « MONSIEUR AFRIQUE » DE LA CHINE PARLE

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2654 • du 20 au 26 novembre 2011

RD CONGO KINSHASA DANS TOUS SES ÉTATS

ALGÉRIE BOUTEFLIKA ENTRE ISLAMISTES ET NATIONALISTES

jeuneafrique.com

TRANSPORT AÉRIEN EMBOUTEILLAGES À L’HORIZON Spécial 12 pages

Le roi règne, mais il ne dirige plus seul. Les législatives du 25 novembre détermineront qui conduira à ses côtés le train des réformes. Spécial 10 pages

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Le goût du monde

54 escales dans le monde dont 16 en Afrique. Le goût du monde pour Servair c’est – hier, aujourd’hui et demain – beaucoup celui du continent africain. Le goût d’y tisser des partenariats respectueux des normes internationales et des spécifi cités locales. Le goût des métiers de la restauration et aussi de ceux des services aéroportuaires. Et bien sûr, le goût du service pour répondre aux attentes quotidiennes et événementielles de nos clients : compagnies aériennes, entreprises et collectivités.

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Ce que je crois BÉCHIR BEN YAHMED • bby@jeuneafrique.com

SAMEDI 19 NOVEMBRE

La Libye? Ce n’est pas fini

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ICHE EN ÉVÉNEMENTS, dont certains très positifs pour des peuples africains et arabes, l’année 2011 est entrée dans ses dernières semaines. Au cours de cette année qui s’achève, contre l’opinion d’une partie de nos lecteurs et des citoyens de ces deux pays, nous avons accueilli favorablement – et soutenu – les changements de régime survenus au forceps dès le mois d’avril en Côte d’Ivoire et tout récemment en Libye. Les deux nations sont sorties de la crise et de la guerre civile, ont commencé à se reconstruire. Les avantages du changement seront, n’en doutez pas, plus apparents et mieux perçus en 2012 dans les deux pays et, au-delà, dans leurs régions respectives ; peu à peu, on verra se dissiper les réserves suscitées par les deux changements. ■

Cette année 2012 qui s’annonce sera celle de tous les dangers pour les régimes de deux autres pays tout aussi importants. Ils ne sont pas en Afrique, cette fois, mais au Moyen-Orient, et ont pour noms la Syrie et l’Iran. Leurs dirigeants sont depuis plusieurs mois dans la tourmente, et l’on ne voit pas comment ils pourraient en sortir. Ils sont devenus impopulaires chez eux, synonymes de sectarisme et de répression. Ils ont perdu l’un après l’autre presque tous leurs soutiens extérieurs et coalisé contre eux la plupart de leurs voisins, ainsi que les grandes puissances occidentales. S’ils étaient abandonnés par la Russie et par la Chine, leur isolement serait total et les sanctions économiques qu’on a prises contre eux les étrangleraient. Mais peu d’observateurs jugent une telle éventualité possible. On ne prévoit pas non plus que les manifestations de rue, aussi courageux soient ceux qui s’y exposent, conduisent à la chute de l’un ou l’autre des deux régimes. On pense généralement que, vieillis sous le harnais, ils succomberont à leurs propres contradictions et JEUNE AFRIQUE

que c’est de l’intérieur que viendra la cassure, dans les tout prochains mois. ■

Un jour de 2012, ou peut-être même avant, à Téhéran ou à Qom, éclatera au grand jour le différend qui couve depuis des mois entre Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique, et le président qu’il a fait « élire », a intronisé et protégé depuis sa réélection dans des conditions très contestables en juin 2009 : Mahmoud Ahmadinejad, qui devra sans doute partir. Par qui et comment sera-t-il remplacé ? Le régime saisira-t-il l’occasion de son départ pour annoncer une réconciliation, à l’intérieur avec ses opposants, à l’extérieur avec l’Europe et les États-Unis ? Un autre jour, à Damas, un général ou un colonel syrien brandira l’étendard de la révolte contre son président nominal et les siens, tentera de les éliminer. C’est probablement ainsi et pas autrement que, dans l’un et l’autre pays, la donne sera changée ; sur les décombres de régimes déconsidérés se reconstruiront alors de nouveaux pouvoirs… Personne ne pense, en tout cas, que les voisins arabes, turc ou israélien interviendront directement, car ils prendraient ainsi le risque de consolider des régimes vacillants. Quant aux puissances occidentales, leur situation financière leur interdit désormais toute initiative coûteuse, même si elle devait être victorieuse, comme celle qui a eu raison de Kaddafi : elles ne sont pas partantes pour une nouvelle Libye… ■

C’est d’ailleurs le lieu et le moment d’observer que, pour moi, l’affaire libyenne n’est pas encore terminée. En tout cas, elle ne devrait pas être considérée comme achevée, car elle s’est arrêtée trop tôt, avant de livrer ses secrets. Nous savons tous que la Cour pénale internationale (CPI), qui siège à La Haye, souhaitait entendre Mouammar Kaddafi et le juger. Ce n’est plus possible et c’est dommage, parce que nous ne saurons jamais ce qu’il avait à dire pour sa défense et ne connaîtrons pas N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


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Ce que je crois la vérité sur ses relations tortueuses avec les maîtres de l’Occident ou les dirigeants arabes et africains. Tous l’ont flatté, cajolé, traité en partenaire avant que les plus puissants d’entre eux ne retournent leurs armes contre lui pour l’écarter et le faire disparaître. J’observe d’ailleurs que lesdites puissances ont procédé très exactement de la même manière avec deux autres personnages arabes qu’elles ont utilisés pendant des années et dont elles n’ont pas accepté la révolte ou les dérives : Saddam Hussein et Oussama Ben Laden. À la fin des fins, l’un et l’autre ont été éliminés sans qu’on leur ait laissé le loisir de dire leur vérité, de raconter les dessous de leur longue liaison avec l’Occident et du « divorce sanglant » sur lequel elle s’est achevée. ■

Dans le cas de Kaddafi et de la Libye, tout n’est pas encore perdu. La mort de l’homme qui s’est proclamé « Guide de la révolution », « frère colonel » ou « roi des rois d’Afrique » ne supprime pas toute possibilité de savoir ce qui s’est passé entre lui et ceux qui ont succombé à ses avances – et au poids de ses milliards de dollars. Il y a encore une petite chance d’en apprendre un peu, ou même beaucoup, sur le dessous des cartes. Il suffit, en effet, que des Africains le veuillent et fassent ce qu’il faut pour que les deux coïnculpés de Mouammar Kaddafi, son fils aîné, Seif el-Islam, et le directeur depuis toujours de ses opérations secrètes,

Abdallah Senoussi, ne soient pas tués à leur tour pour les faire taire, mais livrés à la CPI. Celle-ci avait lancé contre eux aussi, en même temps que contre Kaddafi, un mandat d’amener : elle veut les entendre et les juger. Ils ont fui la Libye il y a un mois et se trouvent très certainement au Mali voisin, cachés dans le vaste nord du pays, dotés de moyens financiers, entourés de quelques gardes armés. Nombreux sont ceux, africains et non africains, qui ont le pouvoir et les moyens de « sauver » la vie de ces deux précieux survivants de l’équipée kaddafienne. Ils devraient avoir à cœur de le faire. ■

Seif el-Islam et Abdallah Senoussi méritent peutêtre de mourir, et bien des gens, en Libye et ailleurs, voudraient les voir morts ou leur souhaitent même le sort atroce qu’a connu Mouammar Kaddafi. Pas moi, car ils sont les derniers grands témoins de la période qui s’est achevée avec la mort de Kaddafi et détiennent des secrets que beaucoup d’intérêts voudraient perdus à jamais. Leur disparition aurait pour la vérité sur l’histoire de la Libye et de ses relations avec le reste du monde au cours des trente dernières années l’effet d’une bibliothèque qui brûle. À l’inverse, leur survie et leur procès à la CPI éclaireraient les coins sombres d’une dictature à nulle autre pareille et mettraient à nu les complicités qui lui ont permis de durer et de prospérer. ●

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. Ì Le silence est un ami qui ne trahit jamais. Confucius Ì On considère le chef d’entreprise comme un homme à abattre ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char. Winston Churchill Ì Électeurs : heureux mortels qui sont à l’image de certaines femmes malchanceuses. On leur fait la cour pendant six mois et, quand elles ont dit oui, on les cocufie pendant six ans. Jean Amadou Ì Il faut savoir joindre l’agréable à l’agréable et se contenter de beaucoup. Jean-Claude Carrière N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Ì Il est beaucoup plus facile pour un philosophe d’expliquer un nouveau concept à un autre philosophe qu’à un enfant. Pourquoi ? Parce que l’enfant pose les vraies questions. Jean-Paul Sartre Ì L’espérance de vie, si c’est pour finir centenaire aveugle plein de pisse, je vois pas l’espérance. Les Nouvelles Brèves de comptoir Ì Je suis agnostique. Ce qui ne veut pas dire que je ne crois pas, mais que je ne sais pas si je crois. François Mitterrand Ì Un journaliste, c’est quelqu’un qui a manqué sa vocation. Otto von Bismarck

Ì Combien de gens se croient tout permis dans leur mariage sous le prétexte qu’ils sont fidèles ! Sacha Guitry Ì Quand une fourmi soulève un grain de riz, toute la fourmilière applaudit. Proverbe africain Ì Je ne regrette jamais mes silences, mais je regrette trop souvent des paroles vite prononcées. Pensée maghrébine Ì Quand tu donnes de l’argent à une femme, elle t’aime moins ; quand tu lui en donnes beaucoup, elle t’aime beaucoup moins. Patrick Besson JEUNE AFRIQUE


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LA PASSION DʼENTREPRENDRE


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Éditorial François Soudan

Nous n’irons pas à Kinshasa

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OLITICIENS ET JOURNALISTES: les deux espèces n’ont jamais fait bon ménage. Surtout quand les premiers ont de la liberté de la presse une conception tout droit surgie du temps des machettes. Qui n’est pas avec nous est contre nous. Soit on lèche, soit on lynche. Parce qu’il refuse de se plier à ce chantage, parce qu’il n’est pas domptable, Jeune Afrique vient donc de se voir signifier par les autorités de la République démocratique (?) du Congo l’interdiction de fait de venir couvrir sur place les élections générales du 28 novembre. L’histoire, subtile, est la suivante. Début octobre, J.A. désigne un envoyé spécial, en l’occurrence Philippe Perdrix, qui connaît la RD Congo, où il s’est déjà rendu à plusieurs reprises, pour rendre compte de la campagne électorale jusqu’au jour J inclus. Il lui faut pour cela un visa, lequel est conditionné à une lettre, mi-invitation, mi-accréditation, délivrée par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, lettre elle-même soumise à une requête écrite de notre part. La procédure n’est pas spécialement agréable, mais c’est la règle,etnosconfrèresquis’ysontpliésontobtenuleursésamesans encombre. Pas nous. Les deux e-mails que nous avons adressés en ce sens au directeur de cabinet du ministre puis le courrier officiel adressé à Lambert Mende lui-même le 20 octobre sont à ce jour restés sans réponse. Ce n’est pas faute d’avoir relancé, ni même, histoire d’en avoir le cœur net, frappé à la porte du cabinet présidentiel. Jamais, bien sûr, on ne nous a notifié une interdiction formelle – les censeurs ne sont plus si primaires –, mais des « c’est à l’étude », des « c’est sur le bureau du ministre », lequel « est en déplacement », et même un « c’est en bonne voie » totalement fictif.

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30 RD CONGO KIN DANS TOUS SES ÉTATS La violence s’est installée dans la capitale à l’approche de la présidentielle du 28 novembre.

PHOTOS DE COUVERTURES : AFP PHOTO/SEYLLOU DIALLO ; DR

Suivrelevoleurjusquedanslachambre…L’adage est éprouvé car, à force d’insister, ce que nous soupçonnions a fini par apparaître. Si le pouvoir congolais ne veut pas de notre envoyé spécial, c’est pour nous punir d’avoir osé publier, en janvier dernier, une «Coverstory»intitulée«Kabila:Mobutulight»,assimiléeàl’époque par le même Lambert Mende à une tentative de déstabilisation du chef de l’État. En vertu de la loi très mobutuesque selon laquelle le mal provient non pas de celui qui commet des erreurs mais de celui qui les rapporte, J.A. doit donc expier. Pour ce faire, dans leur grande magnanimité, la présidence et le ministre nous ont suggéré la voie à suivre. Qu’un membre de la direction de notre groupe se rende à Canossa (pardon: à Kinshasa), si possible en robe de bure, pour y faire amende honorable, et le précieux visa sera accordé à notre collaborateur. Hélas, si certains goûtent de ce pain, ce n’est pas notre cas. J.A., qui en a vu bien d’autres, continuera donc de couvrir à distance et avec ses correspondants sur place cette élection de tous les dangers, en espérant que pour le futur vainqueur, quel qu’il soit, demain soit un autre jour. Piqûre de rappel en guise de conclusion: le dernier pouvoir à avoir interdit à nos journalistes l’entrée sur son territoire était celui de… Kaddafi. Disons que cela ne lui a pas porté chance. ●

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LIGUE ARABE LE RÉVEIL A SONNÉ Sous l’effet des crises libyenne et syrienne, l’organisation panarabe sort de plusieurs décennies de léthargie. Et prend des décisions !

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Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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L A SEM A IN E D E J EU N E A F RIQ U E

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Ligue arabe Le réveil a sonné Andrea Riccardi Nouvelle profession de foi Rafael Marques Sans peur et sans reproche Santé publique Besoin pressant Cocaïne La ligne Alger-Bamako Énergie solaire Pleins feux sur le Maroc Classement « Forbes » L’Afrique et les quarante nababs Guinée Journée portes ouvertes Tour du monde

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G RA N D E A N G L E

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Chine-Afrique La grande interview de Lu Shaye, le « Monsieur Afrique » de Pékin

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A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E

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RD Congo Kinshasa dans tous ses états Sénégal Après eux, le déluge Humeur Les sales gosses du foot camerounais

JEUNE AFRIQUE


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs LE

P de Je une AfLUS rique

GRANDE INTERVIEW « Les Africains sont contre l’ingérence. Les Chinois aussi. »

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Lu Shaye, le « Monsieur Afrique » de Pékin, accorde son premier long entretien à la presse internationale. Et explique en détail la stratégie de Pékin sur le continent. GRAND ANGLE

40 ALGÉRIE AL ALLIÉS D’HIER, AL RIVAUX DE DEMAIN RIV Islamistes et nationalistes Isla s’entredéchirent dans s’e la perspective des élections de mai 2012… et de l’après-Bouteflika.

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Mali Soumaïla Cissé : « Le président ATT n’est pas là pour soutenir qui que ce soit » Côte d’Ivoire Sur la route du retour Liberia Election blues

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MAGHREB & M OYE N - O R I E N T

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Algérie Alliés d’hier, rivaux de demain Syrie Rifaat al-Assad, tonton flingueur Tribune Nessma TV n’est pas « Charlie Hebdo » Iran L’ombre du Mossad Libye Baha Kikhia : « Je veux enfin connaître la vérité sur la disparition de son mari »

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EU ROP E, AM ÉR IQ UE S, ASIE

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France Le syndrome Giscard Parcours Karima Delli, un fruit encore vert Chine Haro sur le cybersexe ! Grèce-Italie Pères la Rigueur

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L E P L U S DE J E UNE AFR IQ UE

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Élections Le Maroc en campagne

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ÉCON OM I E

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Audiovisuel Tarak Ben Ammar, de Hollywood à Doha

JEUNE AFRIQUE

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LE MAROC OC EN CAMPAGNE À quelques jours des législatives du 25 novembre, comment les politiques s’organisent-ils ? Quels sont les scénarios possibles ? Et qu’en pensent les citoyens ? Spécial 10 pages

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TAR AK , AMMAR N E B OD O W Y L DE H O L À DO H A n o -Tunisie ra Le F nc e ir p m e a bâti un ans le unique d is rabe. Ma monde a re iè c n a fin la santé es ntrepris e s e s e d n e est mise . question

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TRANSPORT AÉRIEN EMBOUTEILLAGES À L’HORIZON En 2011, plusieurs compagnies ont pris leur envol. D’autres lancements sont prévus en 2012. Un émiettement qui fragilise les opérateurs.

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Analyse L’Europe en crise, un exemple à ne pas suivre Automobile L’Afrique du Sud passe à la vitesse supérieure Catering Accra au menu de Servair Pétrole Total dans les abysses angolais UEMOA Hadjibou Soumaré rafle la mise Télécoms Avec Campbell, Tunisiana fait jouer son réseau Bourse de Casablanca La pépite Managem teste les marchés Maroc Jet alu lève des fonds

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L E D O SSIER

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Ciel africain Embouteillages à l’horizon

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C ULTURE & MÉDIAS Histoire Vive la France nègre ! Médias Medi 1 TV, la p’tite marocaine qui monte Cinéma Un ultime crime colonial ? La semaine culturelle de Jeune Afrique V OUS & N OUS Le courrier des lecteurs Post-scriptum N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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AMMAR ABD RABBO/ABACAPRESS.COM

MALI MODIBO DIARRA ACCÉLÈRE

Candidat à la prochaine présidentielle au Mali (avril 2012), Cheick Modibo Diarra entamera le mois prochain « une grande tournée » à travers le pays. En mars dernier, il a installé à Bamako ses bureaux de président Afrique-MoyenOrient de Microsoft. Beaucoup ne croient pas à ses chances face aux poids lourds de la politique locale, mais il ne se démonte pas : « J’irai au bout », jure-t-il, persuadé que ses actions en faveur de l’éducation, de l’agriculture et de la microfinance finiront par faire la différence.

€ DERRIÈRE MOUAMMAR KADDAFI, lors d’un sommet de la Ligue arabe, en mars 2008.

Libye Où est passé Béchir Salah?

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ERTAINS LE DISENT RÉFUGIÉ À NIAMEY, au Niger, mais les autorités de ce pays le démentent. D’autres prétendent l’avoir vu à Doha, au Qatar. Et les nouveaux dirigeants libyens, qui affirment tout ignorer de son sort, ont discrètement demandé à Paris de vérifier si d’aventure il ne se terrerait pas dans sa luxueuse propriété de Prévessin-Moëns, non loin de la frontière suisse. Sans résultat. Ancien directeur de cabinet de Kaddafi et l’un des rares francophones de son entourage proche, Béchir Salah Béchir a disparu des écrans radars depuis la chute de Tripoli, il y a trois mois. « Tout ce que l’on sait, c’est qu’il n’a pas suivi le dictateur dans son réduit de Syrte », confie une source gouvernementale à Tripoli. Jusqu’au bout, le dernier patron du Libya Africa Investment Portfolio (LAP), cette véritable pompe à finances du régime, aura été l’homme de confiance de son maître, multipliant en août les missions secrètes à N’Djamena, Nouakchott, Bamako et Djerba. Jouait-il double jeu, comme avant lui Moussa Koussa ? La même source au sein du Conseil national de transition (CNT) en est convaincue : « Il connaît bien Dominique de Villepin, Claude Guéant et Alexandre Djouhri. Il est bien protégé. » Pas suffisamment cependant pour empêcher son épouse, Kafa Kachour Béchir, qui possède la double nationalité, d’être poursuivie en France pour avoir fait travailler abusivement (et illégalement) des immigrés tanzaniens dans la villa du couple. Placée sous contrôle judiciaire, elle sera jugée en mars prochain. ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

LE CHIFFRE QUI CHOQUE

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milliards

C’est le coût de dollars par an pour l’Autorité palestinienne de l’occupation de ses territoires par Israël, selon une récente étude. Ce chiffre inclut le ralentissement de l’activité économique à Gaza, conséquence du blocage israélien, la diminution des revenus tirés de l’exploitation des ressources naturelles et les dépenses supplémentaires induites par les tracasseries infligées aux Palestiniens.

FRANCE-ALGÉRIE LE SPECTRE DU 17 OCTOBRE

Députés d’Europe ÉcologieLes Verts, Noël Mamère, Anny Poursinoff, Yves Cochet et François de Rugy ont, le 8 novembre, déposé un projet de loi visant à reconnaître la responsabilité de la France dans le massacre par la police de plusieurs centaines d’Algériens lors de la manifestation du 17 octobre 1961, à Paris. Le texte propose de créer un lieu JEUNE AFRIQUE


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Politique, économie, culture & société

Algérie-Maroc Boutef fait le forcing MOURAD MEDELCI, le chef de la diplomatie algérienne, l’a confié à l’issue de sa rencontre, le 16 novembre à Rabat, avecTaïeb Fassi Fihri, son homologue marocain: c’est sur instruction formelle du président Bouteflika qu’Abdelkader Messahel, le ministre délégué aux Affaires africaines et maghrébines, a été du voyage, preuve de l’importance accordée par le chef de l’État à la reprise du dialogue algéro-marocain. Pour se rendre à Rabat, Messahel a d’ailleurs dû s’abstenir de participer à la réunion, à Alger, du Forum global de lutte contre le terrorisme (FGLT), créé en septembre à l’initiative de l’Algérie et des États-Unis, alors qu’il préparait cette rencontre depuis plusieurs semaines. À l’issue de la rencontre du 16 novembre, décision a été prise de convoquer au plus vite un Conseil des ministres de l’Union du Maghreb arabe (UMA) et de réactiver le dialogue politique bilatéral, en prenant acte des divergences existantes, notamment sur le dossier du Sahara. ●

à la mémoire des victimes et préconise de donner toute sa place à l’événement dans les programmes scolaires.

UNION AFRICAINE PING BIEN NOTÉ PAR L’ONU « Nous avons travaillé en bonne intelligence, Jean Ping a été très présent lors des crises ivoirienne et libyenne », explique un diplomate onusien, convaincu que le président de la Commission de l’Union africaine décrochera un second mandat, en février 2012, face à Nkosazana Dlamini-Zuma, l’ex-épouse de l’actuel chef de l’État sud-africain. Les raisons de cet optimisme ? L’unité du bloc francophone (exception faite, semble-t-il, de l’Algérie), le fait que le Gabon, son pays, siège actuellement au Conseil de sécurité et le soutien de la France.

UEMOA QUI VEUT LA PEAU DE SAKHO ?

JEUNE AFRIQUE

Pour contrer les attaques répétées des lobbies du soja contre les producteurs d’huile de palme, le groupe agro-industriel Sifca envisage de redynamiser l’Association des industriels de la filière oléagineuse (AIFO) des pays membres de l’UEMOA. Un congrès des producteurs devrait se tenir entre juin et octobre 2012, à Abidjan. Objectif : redorer l’image des productions locales (huile de palme et coton). CÔTE D’IVOIRE OUATTARA À BRUXELLES

En visite à Bruxelles les 23 et 24 novembre, le président ivoirien s’entretiendra avec José Manuel Barroso, le président delaCommissioneuropéenne,

OMAN LE SULTAN VOIT GRAND

Qabous Ibn Saïd a de grandes ambitions africaines. En décembre, les banques omanaises et dubaïotes annonceront le financement d’une centrale thermique à Accra (coût: 600 millions de dollars; capacité : 400 MW), qui sera alimentée par le gaz produit au large des côtes ghanéennes. Uneusinedeproductiond’urée devraityêtreadjointe.Du14au 17 novembre, le sultan a par ailleurs reçu une délégation sud-africaine conduite par le président Zuma. Souhaitant mettre en place un hub fruitier régional dans le port de Sohar, ilcherchedesfournisseursafricains. La création d’un fonds d’investissement conjoint (500 millions de dollars) est à l’étude.

BÉNIN

Benoît XVI superstar

ISSOUF SANOGO/AFP

La révocation, le 21 octobre, du Sénégalais El Hadj Abdou Sakho,commissairedel’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), et son remplacement par Hadjibou Soumaré, nommé président de la Commission le 16 novembre (lire p. 76), sont-ils légaux ? Saisie le 15 novembre par le commissaire déchu, la Cour de justice de l’UEMOA devra trancher. La lettre de licenciement signée par le président de l’Union en exercice, le Togolais Faure Gnassingbé, est explicite: « Sur proposition du gouvernement du Sénégal, […] Cheikh Hadjibou Soumaré est nommé membre de la Commission, en remplacement d’El Hadj Abdou Sakho. » Or cette même Cour de justice avait, en 2006, estimé qu’« aucune disposition du traité [de l’Union] ne prévoit que la conférence des chefs d’État et de gouvernement détient le pouvoir de révoquer un commissaire ». En poste depuis 2002, Sakho devait achever son mandat en août 2015. S’il obtient gain de cause, la Commission se retrouvera de nouveau sans président.

AFRIQUE DE L’OUEST HUILE DE PALME CONTRE SOJA

Herman Van Rompuy (celui du Conseil), Jerzy Buzek (celui du Parlement) et Philippe Maystadt (celui de la Banque européenned’investissement). Les Européens devraient lui accorder une nouvelle aide de 125 millions d’euros, mais attendent avec impatience l’amélioration du climat politique et de celui des affaires. Le 24, Ouattara s’entretiendra avec Yves Leterme, le Premier ministre belge, avec le roi Albert II et avec des représentants du patronat.

€ LE PRÉSIDENT BONI YAYI ACCUEILLANT LE PAPE, le 18 novembre, à l’aéroport de Cotonou.

LES AUTORITÉS et l’Église catholique béninoises n’ont pas fait les choses à moitié pour accueillir le pape Benoît XVI, le 18 novembre, à Cotonou. Au moins 500 millions de F CFA (760 000 euros) ont été débloqués par le gouvernement et un imposant dispositif de sécurité mis en place, trois jours durant : plus de 5 000 policiers, militaires et gendarmes déployés sur les différents itinéraires empruntés. Sans compter les policiers en civil mêlés à la foule pour prévenir tout débordement. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


La semaine de Jeune Afrique

LIGUE ARABE

Le réveil a sonné

On ne la reconnaît plus. Sous l’effet des crises libyenne et, surtout, syrienne, l’organisation panarabe sort de plusieurs décennies de léthargie. Et prend des décisions ! LEÏLA SLIMANI

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a donné trois jours à Bachar al-Assad pour mettre fin à la violence, le menaçant d’appliquer des sanctions économiques s’il n’obtempérait pas. « J’ai été stupéfait. J’étais persuadé qu’on se contenterait une fois de plus d’une déclaration incantatoire », s’étonne un ambassadeur de la Ligue. Au-delà de cette prise de position inédite, ce sont les méthodes et la réactivité de l’organisation qui surprennent. Le 2 novembre, elle a été la première à proposer à Bachar al-Assad un plan de sortie de crise, prévoyant le retrait de l’armée des villes insurgées, la libération des détenus politiques et l’envoi d’observateurs sur place (membres d’organisations humanitaires, médecins, avocats, journalistes). Elle qui a toujours refusé de s’ingérer dans les affaires intérieures de ses États membres, a été aux avant-postes pour établir un dialogue entre le pouvoir et l’opposition. Basma Kodmani, porte-parole du Conseil national syrien (CNS), se réjouit de ce réveil : « La Ligue se projette déjà dans l’après-Assad, puisqu’elle a prévu d’organiser très bientôt une conférence réunissant toutes les composantes de l’opposition syrienne pour discuter d’un scénario de transition. »

n soixante-six ans d’existence, la Ligue arabe, dont beaucoup avaient fini par désespérer tant elle semblait amorphe et inefficace, n’aura jamais montré autant de réactivité dans une crise touchant l’un de ses membres. Le 12 novembre, l’organisation a surpris en votant la suspension de la Syrie, dont les ministres et les ambassadeurs ne pourront plus participer à ses réunions. Habituellement minée par des divisions internes et écrasée sous le poids de sa propre lourdeur bureaucratique, la Ligue est apparue unie, puisque 18 pays sur 22 ont voté en faveur de cette décision. DÉCISION « ILLÉGALE ». « Les pays arabes sont Seuls le Yémen, en proie à une forte contestation, à bout de patience. Ils ont eu le sentiment d’être et le Liban, qui craint de subir des dommages menés en bateau par Assad, qui a multiplié collatéraux, ont voté contre. L’Irak, dont beaucoup mensonges et manœuvres dilatoires », explique de réfugiés ont été accueillis par la Syrie pendant l’ambassadeur précité. Car si le raïs a accepté le la guerre, s’est abstenue. Même l’Algérie, d’ordiplan du 2 novembre, il ne naire conciliante à l’égard du l’a jamais appliqué. Un milrégime frère de Damas, a voté « Nous avons donné une lier de détenus ont été libépour. Volontiers affublée du dernière chance à Assad, rés, sans que les violences surnom de « club des dictacessent pour autant. teurs », la Ligue a fait preuve il ne l’a pas saisie. » Wa l i d M o a l l e m , l e d’une fermeté inhabituelle à Le Premier ministre du Qatar ministre syrien des Affaires l’égard d’un régime contesté étrangères, a immédiatement fustigé la suspendepuis huit mois et dont la répression a déjà fait sion de son pays, la qualifiant d’« illégale ». À la plus de 3 500 morts. « La décision de la Ligue est mi-novembre, des missions diplomatiques ont été d’autant plus importante qu’elle s’applique à l’un attaquées à Damas et Lattaquié par des manifesde ses États fondateurs, chantre du nationalisme tants prorégime, dont celle du Maroc, qui a rappelé arabe. C’est une première historique », explique son ambassadeur. « Cette décision a été prise par Joseph Bahout, chercheur à Sciences-Po Paris et Mohammed VI, pour protester contre un régime spécialiste du Moyen-Orient. qui n’arrive pas à se renouveler », souligne Taïeb Le 16 novembre, lors d’une réunion de ses Fassi Fihri, le ministre des Affaires étrangères. ministres des Affaires étrangères à Rabat, la Ligue N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

ABDELHAK SENNA/AFP

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€ LE SIÈGE VIDE DE LA SYRIE, le 16 novembre, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, à Rabat. Le pays a été suspendu de l’organisation quatre jours plus tôt.

JEUNE AFRIQUE


L’événement

La Ligue en quelques chiffres

66 ans

son âge (fondée le 22 mars 1945)

Même lassitude de Hamad Ibn Jassem Al Thani, le Premier ministre du Qatar : « Nous avons donné une dernière chance à Assad, il ne l’a pas saisie. Les efforts de la Ligue touchent à leur fin », a-t-il déclaré le 17 novembre. COQUILLE VIDE. Après le Printemps arabe, les pays de la région ne peuvent se permettre d’assister, impuissants et silencieux, au massacre d’un peuple. « Les dirigeants, qui avaient été très indécis pendant les événements de Tunisie ou d’Égypte, craignent aujourd’hui la réaction de leur rue », note Bahout. De là à dire que la Ligue serait passée d’une coquille vide à une organisation dynamique et soucieuse du respect des droits de l’homme, il y a un pas que beaucoup se refusent à franchir. « C’est un bon début, mais la prise de décision est avant tout politique et soumise au “deux poids, deux mesures”, comme on l’a vu dans le cas du Yémen ou de Bahreïn, où la Ligue est restée silencieuse. Ses structures doivent être réformées pour que cette pratique s’ancre durablement », conclut un diplomate. En réalité, des considérations géopolitiques guident les décisions de la Ligue. Depuis plusieurs JEUNE AFRIQUE

mois, les monarchies du Golfe, et en particulier le Qatar, ont gagné en influence. Fort de ses immenses ressources financières et de sa stabilité politique, Doha a doublé les pays en pleine tourmente, et en particulier l’Égypte, le leader naturel. Si la Ligue est toujours présidée par un Égyptien, Nabil al-Arabi (lire p. 12), c’est le Qatar qui dirige, de main de maître, le comité ministériel arabe chargé du dossier syrien. « Après avoir tenté un rapprochement avec Damas ces dernières années, Doha n’est pas mécontent de pouvoir affaiblir l’axe chiite SyrieIran-Hezbollah, dont il redoute l’influence et qui est la bête noire des Occidentaux », précise Bahout. Le petit émirat peut compter sur la collaboration de l’Arabie saoudite, qui n’a pas hésité, le 14 mars, à envoyer des chars pour mater la révolte chiite à Bahreïn. Les monarchies du Golfe ne veulent pas non plus laisser à la Turquie, qui a accueilli la première conférence du CNS à Istanbul, tout le bénéfice moral de cette initiative. On s’oriente vers une division des tâches : ainsi, un sommet turcomarocain a eu lieu en marge de la réunion de Rabat. Ankara a notamment évoqué avec ses homologues arabes la création d’une zone de sécurité à sa frontière, pour protéger les civils syriens. ●●●

30

sommets organisés depuis 1946 (dont 12 en urgence)

22

membres (dont 7 fondateurs)

7

secrétaires généraux (6 Égyptiens et 1 Tunisien)

1

exclusion (l’Égypte, de 1979 à 1989, parce qu’elle avait signé les accords de paix avec Israël) N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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La semaine de J.A. L’événement

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●●● Une diplomatie arabe serait-elle en train d’émerger ? Basma Kodmani veut y croire : « Il en va de la crédibilité de la Ligue. Elle doit prouver qu’elle est capable de gérer une crise régionale, sans ingérence des puissances occidentales. » Félicitée par Ban Ki-moon, qui a salué une « décision forte et courageuse », et par Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, qui a invité Nabil al-Arabi à participer à la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, le 1er décembre, la Ligue s’affirme comme un acteur responsable sur la scène internationale.

CHEVAL DE TROIE. Forts du soutien des pays

arabes, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni comptent d’ailleurs présenter une résolution à l’Assembléegénéraledel’ONU,dontlevoteestprévu le 22 novembre. Reste que la suspicion demeure,

Depuis plusieurs mois, les monarchies du Golfe, Qatar en tête, ont gagné en influence.

de nombreux observateurs craignant que la Ligue ne devienne un cheval de Troie de l’Occident. Le précédent libyen est dans tous les esprits : le 12 mars, l’organisation s’était prononcée en faveur d’une zone d’exclusion aérienne, donnant ainsi une légitimité arabe à l’intervention étrangère. L’Algérie, l’Égypte et le Liban sont hostiles au principe. Même l’opposition syrienne est divisée. Le 17 novembre, Mohamed Riad Shakfa, le leader en exil des Frères musulmans syriens, a été le premier à se dire favorable à une intervention de la Turquie « plutôt que de l’Occident ». On croyait la Ligue à l’agonie, mais elle bouge encore : les dirigeants de la région ont prouvé leur capacité à se mettre d’accord et à agir en situation de crise. Ce grand corps malade serait-il en passe de guérir ? Décidément, le Printemps arabe n’a pas fini de nous étonner. ●

Nabil, es-tu là?

ABDELHAK SENNA/AFP

Loué comme ministre des Affaires étrangères, Nabil al-Arabi est un secrétaire général très, très effacé.

À

76 ans, Nabil al-Arabi avait prévu de prendre sa retraite dans le quartier huppé de Zamalek, au Caire, auprès de sa femme, de leurs trois enfants et de leurs petits-enfants. Mais après avoir dirigé le ministère égyptien des Affaires étrangères, il a hérité de responsabilités difficiles à assumer à l’heure où le monde arabe est en pleine effervescence. Issu d’une famille de juristes (son père a été le doyen de la faculté de droit de l’université du Caire), ce spécialiste du droit internationaldisposaitaudépartd’unsolide capital sympathie. Nommé ministre des N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

€ NABIL AL-ARABI (à g.) et Hamad Ibn Jassem Al Thani, le Premier ministre qatari, le 16 novembre.

Affaires étrangères le 6 mars, le révolutionnaire enthousiaste réussit, en l’espace de quelques semaines, à bouleverser la diplomatie égyptienne. Il se fait remarquer en déclarant que l’Iran n’est pas l’ennemi de l’Égypte, promet le 29avrillaréouvertureduterminalfrontalier de Rafah et scelle le 4 mai la réconciliation historique du Hamas et du Fatah, les frères ennemis palestiniens. De quoi inquiéter IsraëletlesÉtats-Unis,alliésdelonguedate dupouvoirégyptien,etréjouirlespartisans

d’une réforme de la Ligue arabe. À la mimai, ces derniers accueillent avec joie la nomination de ce secrétaire général dont le patronyme – qui signifie « l’Arabe » – semble prédestiné à sortir l’organisation régionale de sa léthargie. MALADRESSES. Mais ses débuts déçoivent. Même s’il a fait partie de toutes les négociations menées par son pays avec Israël, les affaires régionales constituent le talond’Achilledecediplomatequiaacquis une grande partie de son expérience en Occident, notamment aux Nations unies ou à la Cour internationale de justice. Les déclarations maladroites se succèdent. En juillet, après une visite chez Bachar al-Assad, il explique à des journalistes médusés que le raïs syrien lui a « promis de s’atteler aux réformes nécessaires ». De quoi conforter l’idée que la Ligue arabe est un organe sclérosé, contrôlé par les autocrates de la région. « Arabi a été un remarquable ministre des Affaires étrangères. Mais il doit faire preuve de davantage d’autorité à la Ligue, qu’il s’agisse de la Syrie, du Yémen ou de Bahreïn. Les pays du Golfe ont plus d’influence que lui. Il est bien trop timoré », commente Salman Shaikh, directeur du centre de recherche Brookings à Doha. L’institution passe pour être archidominée par les pays du Golfe, Qatar et Arabie saouditeentête.ToutestdiscutéauConseil de coopération du Golfe, puis imposé à la Ligue, admettent certains diplomates en poste au Caire, qui en arrivent à regretter « la poigne » d’Amr Moussa et déplorent que le nouveau secrétaire général fasse de la figuration. ● TONY GAMAL GABRIEL JEUNE AFRIQUE


La semaine de J.A. Les gens

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INA FASSBENDER/REUTERS

ð À Aix-la-Chapelle, en Allemagne, en 2009, lors de la remise du PRIX CHARLEMAGNE.

Andrea Riccardi Nouvelle profession de foi

Célèbre pour ses médiations internationales et son action en faveur des plus déshérités, le fondateur de la communauté de Sant’Egidio rejoint le gouvernement italien en tant que ministre de la Coopération.

«

C

ette fois, il faut y aller… » C’est par cette formule laconique qu’Andrea R iccardi a justifié auprès de ses amis de la communauté de Sant’Egidio son choix d’accepter le poste de ministre de la Coopération internationale et de l’Intégration. Sollicité à plusieurs reprises dans le passé par le centre droit et la gauche, l’historien des religions à la barbe poivre et sel avait toujours décliné l’offre. Mais cette fois, l’ampleur de la crise italienne l’a conduit à s’engager « dans l’espoir d’œuvrer au redressement national ». Surpris d’avoir été appelé par le nouveau président du Conseil, Mario Monti, ce passionné d’Afrique a négocié le titre de son ministère,auquelilauraitbienaiméaccoler une référence continentale. « Pour la premièrefois,notrepayssedoted’unministère à part entière pour mener les actions de développement », se félicite Mario Giro, le « Monsieur Afrique » de Sant’Egidio.

Mais, dans un contexte de restrictions budgétaires–l’enveloppeallouéeàl’Afrique subsaharienne est en forte baisse depuis la crise financière (908 millions d’euros en 2010) –, le nouveau ministre devra faire preuve d’imagination. Le continent sera au centre de ses préoccupations, notamment les programmes d’état civil, d’éducation, de santé publique, de réconciliation nationale, pour lesquels la communauté a développéunréel«savoir-faire».Sonautre grand défi sera de réconcilier les Italiens avec eux-mêmes et avec leurs immigrés, que Berlusconi et ses alliés de la Ligue du Nord avaient voués aux gémonies. Adepte du dialogue interreligieux, intercommunautaire et intergénérationnel, il devrait mener des actions concrètes en matière de cohésion sociale, d’intégration et d’aide à la jeunesse. La grande aventure de Riccardi a débuté en février 1968, quand ce fils de banquier réunit des ex-camarades de lycée pour mener une réflexion sur le thème de la

solitude. Imprégnée des Évangiles et des ouvrages des grands philosophes, mais jugeant l’Église trop lointaine, la troupe va aider les habitants des borgate, les quartiers populaires de la banlieue romaine. C’est ainsi que naît Sant’Egidio. Encouragés par leur ami Jean-Paul II, Riccardi et ses « frères » engagent des combats planétaires pour l’abolition de la peine de mort, l’aide aux enfants des rues, aux drogués, aux malades du sida, aux immigrés. Dans les années 1990, ils se font connaître en désamorçant des crises en Europe de l’Est, en Amérique latine et en Afrique. On leur doit notamment l’accord de paix au Mozambique, arraché en 1992 après plus de deux ans de négociations. Au cours de sa vie, Riccardi a serré les mains des pires chefs de guerre comme des plus grands de ce monde, qu’il a cherché à sensibiliser aux règlements des conflits. Il a notamment rencontré George W. Bush, Madeleine Albright, Mikhaïl Gorbatchev, Hubert Védrine et bien d’autres Occidentaux. Le Rwandais Paul Kagamé, le Congolais Denis Sassou Nguesso et son ancien voisin LaurentDésiré Kabila, les Ivoiriens Guillaume Soro et Simone Gbagbo sont passés par le couvent de Trastevere le temps d’une messe pour la paix ou d’un repas. RÉSEAU. À 61 ans, Andrea Riccardi n’est peut-êtrepasaussiconnuqueleSaint-Père, mais certains lui attribuent l’influence d’un chef d’État. Président d’honneur de la communauté Sant’Egidio, il peut compter sur un réseau de 60 000 membres (religieux, universitaires, cadres et employés) dans plus de 70 nations, dont 20 000 en Afrique. Il pourra s’appuyer sur eux pour meneràbiensanouvellemission.Depuisle 15 novembre, les messages de félicitations ont afflué au siège de Trastevere, dont ceux de Nicolas Sarkozy, Alassane Ouattara, AlphaCondé,FaureGnassingbé,Armando Guebuza et Mahamadou Issoufou. ● PASCAL AIRAULT

NOMINATIONS

ALGÉRIE ABDELHAMID ZERGUINE Cadre dirigeant du groupe pétrolier algérien depuis 1990, il a été nommé, le 17 novembre, PDG de Sonatrach en remplacement de Noureddine Cherouati. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

FRANCE ALEXANDRE DE JUNIAC À 49 ans, l’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère français de l’Économie a été nommé PDG d’Air France, le 16 novembre. JEUNE AFRIQUE


EN HAUSSE

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BOUKARY KABORÉ

Rafael Marques Sans peur et sans reproche

L’ex-compagnon de lutte – dit le Lion – de Thomas Sankara a été réhabilité avec reconstitution de carrière par un décret du président burkinabè, Blaise Compaoré. À 61 ans, il devient ainsi colonel.

Le journaliste angolais porte plainte contre sept généraux de l’entourage du président Eduardo dos Santos pour « crimes contre l’humanité ».

OLUFUNKE IYABO OSIBODU La directrice générale d’Union Bank of Nigeria est la seule Africaine figurant dans le classement « Women at the Top » du Financial Times, paru le 15 novembre, qui recense les 50 femmes chefs d’entreprise les plus performantes.

JEUNE AFRIQUE

RAFAH NACHED BALKIS PRESS/ABACAPRESS - DR

La célèbre psychanalyste syrienne, 66 ans, fait partie des 1 180 détenus libérés par le régime de Bachar al-Assad le 16 novembre. Plusieurs milliers d’opposants ont été arrêtés depuis le 15 mars. EN BAISSE

HERMAN CAIN Le candidat à la primaire du Parti républicain pour la présidentielle américaine s’est ridiculisé par son ignorance du dossier libyen. Lors d’une interview filmée, il n’a pas su dire si Obama avait – ou non – soutenu la rébellion. GLORIA MACAPAGAL-ARROYO Le 15 novembre, l’ex-présidente des Philippines, 64 ans, a été empêchée d’embarquer sur un vol vers Singapour, où elle voulait se faire soigner, avant de faire l’objet d’un mandat d’arrêt pour fraude électorale. CHEB MAMI

DR

LUSA FOTO

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n dicton angolais assure que « les gens de Malanje sont colériques ». Il va comme un gant à Rafael Marques, né dans cette province du Nord il y a quarante ans, mais ne suffit pas à résumer le personnage, qui est aussi et surtout réputé pour sa détermination et son courage, comme il l’a encore démontré le 14 novembre en déposant une plainte auprès de la justice angolaise contre sept généraux parmi les plus proches du président José Eduardo dos Santos pour « crimes contre l’humanité ». En septembre, ce journaliste-militant avait publié Diamants de sang: torture et corruption en Angola, sa dernière enquête sur les violations des droits de l’homme dans les régions diamantifères des Lundas (Nord-Est). Marques y recense plus de cinq cents cas de torture et la mort d’une centaine de personnes (dont probablement de nombreux ressortissants de la RD Congo voisine), victimes de « la promiscuité entre le pouvoir politico-militaire et le commerce des diamants ». Face à l’inertie du Palais, le journaliste décide de lancer une procédure lui-même. Ce n’est que le dernier épisode d’un combat engagé € En septembre, il avait dès 1999 avec la publication publié un livre-enquête sur d’un article intitulé « Le LES VIOLATIONS DES DROITS DE maquillage d’une dictature ». L’HOMME dans le Nord-Est. Le président dos Santos y était décrit comme responsable de la culture du détournement et de la corruption qui ronge le pays. Ce texte lui vaudra une condamnation de six mois de prison (commuée en peine avec sursis), mais aussi une aura internationale. « Mon incarcération a été une révélation, confiait-il à une étudiante en journalisme l’année dernière. C’est comme ça que je suis devenu un militant des droits de l’homme. » Ce parfait anglophone (il collabore épisodiquement au quotidien britannique The Guardian) est ainsi devenu la référence des médias occidentaux désireux de recueillir un avis critique sur le pouvoir angolais. À l’heure où le président est défié dans la rue par de jeunes manifestants, Marques espère par sa plainte « détruire la barrière de la peur ». Le 17 novembre, dos Santos a laissé entendre qu’il pourrait se représenter à la présidentielle, prévue fin 2012. Le bras de fer n’est pas terminé. ● PIERRE BOISSELET

Le 11 novembre, le chanteur de raï algérien s’est vu retirer sa décoration de l’ordre national du Mérite (français) à cause de sa condamnation à cinq ans de prison pour des violences infligées à son excompagne, en 2009. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


La semaine de J.A. Décryptage

Santé publique Besoin pressant

ð POMPE À EAU à Patongo, dans le nord de l’Ouganda.

vulnérablesauxinfections. En tête de ce sinistre palmarès : le Nigeria, l’Éthiopie, la RD Congo, la Tanzanie, le Soudan, le Kenya, le Mozambique et le Ghana.

Le 19 novembre, on a célébré la Journée mondiale des toilettes. L’occasion de rappeler que l’installation de services d’assainissement de l’eau reste un défi majeur en Afrique subsaharienne.

LE DESSIN DE LA SEMAINE

QUELLESARMESNUCLÉAIRES?!!!

reçoit chaque année. Quatre personnes sur dix n’ont pas accès à une eau propre et sept sur dix ne disposent pas de toilettes, ce qui favorise la propagation de toutes sortes de maladies. Les inégalités sont flagrantes: les pauvres ont cinq fois moins accès aux services d’assainissement que les riches et sont quinze fois plus obligés de déféquer en plein air. Les femmes, qui transportent l’eau et soignent les bébés atteints de diarrhée, sont particulièrement

MARIE VILLACÈQUE

Tom • Trouw • Pays-Bas IRAN PARTIE DE CACHE-CACHE

LA RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE tente de la nier, mais l’évidence a sauté aux yeux des gouverneurs de l’AIEA, qui ont lu le dernier rapport de l’organisation: l’Iran poursuit son programme nucléaire militaire. Selon des experts, quelques mois lui suffiraient pour assembler une bombe (mais beaucoup plus pour que cette dernière soit opérationnelle). Une arme idéologique pointée vers l’Occident? Plutôt l’argument géopolitique d’une puissance régionale de plus en plus agissante. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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THE NEW YORK TIMES SYNDICATION

P

lus de 2,6 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à des services d’assainissement dignes de ce nom, et 884 millions (soit une personne sur huit) doivent se contenter d’une eau insalubre, s’alarme l’ONG WaterAid dans son rapport « Offtrack, off-target », publié à l’occasion de la Journée mondiale des toilettes, le 19 novembre. À l’échelle planétaire, souligne le rapport, le nombre de personnes ne bénéficiant pas de ces services de base est aujourd’hui plus élevé qu’en 1990. L’Afrique subsaharienne est de loin la région la plus concernée. L’on estime même que ses carences dans ce domaine lui coûtent près de 5 % de son PIB annuel, soit l’équivalent de l’aide que le continent

Selon WaterAid, les pays concernés devraient consacrer au moins 3,5 % de leur PIB annuel à améliorer ces infrastructures. Mais seuls vingt États africains semblent en mesure de réduire leur retard de moitié d’ici à 2015, date butoir des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ce programme, signé en 2000 par plus de cent chefs d’État réunis à New York, s’était également fixé pour but de combattre l’extrême pauvreté, la faim, le sida, les discriminations à l’égard des femmes et la mortalité infantile, qui reste un problème majeur. Chaque jour, en Afrique subsaharienne, 2000 enfants meurent après avoir été au contact d’une eau souillée. La diarrhée, principale cause de cette mortalité, est due pour 88 % à des infrastructures inadaptées. ● DIARRHÉE.

MÉLANIE FREY/RESERVOIRPHOTO

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ILS ONT DIT

L’ARRESTATION d’un steward de la compagnie Air Algérie en possession de 205 grammes de cocaïne, le 12 octobre, à son retour de la desserte Alger-Bamako, a permis de remonter l’une des filières qui alimentent la jet-set algéroise en poudre blanche. Ce vaste réseau est composé de huit stewards, du représentant syndical du personnel navigant commercial (celui-là même qui avait provoqué, en juillet, la grève sauvage qui avait perturbé les départs en vacances de la forte communauté algérienne de France) et d’un chanteur de musique populaire. Le juge d’instruction du pôle criminel auprès du tribunal d’Alger, spécialisé dans les affaires liées au terrorisme et au trafic de stupéfiants, les a tous inculpés et a également mis en examen trois agents de la police aux

frontières soupçonnés de complicité. Ce coup de filet est le résultat d’une longue enquête menée par le Département du renseignement et de la sécurité (DRS, services secrets de l’armée) sur la base d’informations venues de la capitale malienne selon lesquelles une partie du personnel navigant recevait d’étranges colis ou des visites suspectes à son hôtel lors de ses séjours bamakois. Filatures et écoutes ont abouti à la prise du 12 octobre, puis à la reconstitution de l’ensemble de la filière. Mieux : les aveux circonstanciés des inculpés ont permis d’identifier les gros consommateurs, qui se recrutent surtout parmi les enfants de la nomenklatura. Des noms qui, selon le quotidien El Watan, auraient disparududossierd’instruction. ● CHERIF OUAZANI

Énergie solaire Pleins feux sur le Maroc LE 17 NOVEMBRE, la Banque mondiale a indiqué qu’elle accordait un prêt record de 297 millions de dollars (219 millions d’euros) au Maroc pour contribuer au financement du projet de centrale solaire à concentration de Ouarzazate, dans le sud du pays. « Il s’agit d’une avancée historique vers la réalisation de l’une des premières centrales nord-africaines à grande échelle de ce type », a expliqué la Banque. D’une capacité de 500 MW – soit la moitié de la puissance d’une centrale nucléaire classique –, le site occupera la surface de plusieurs terrains de football. Une première tranche de 160 MW sera d’abord mise en route. Puis la centrale, opérationnelle en 2014, alimentera en électricité l’équivalent de 90 000 habitations. Le projet repose sur une technologie récente, plus chère mais plus performante : des centaines de miroirs mobiles concentrent les rayons solaires vers un capteur qui alimente une turbine produisant l’énergie. La centrale de Ouarzazate s’inscrit dans le cadre du Plan national marocain, qui prévoit d’atteindre une capacité de production d’énergie solaire de 2 000 MW d’ici à 2020, pour un coût de 9 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros). « La première phase du projet de Ouarzazate est décisive pour le succès du programme d’ensemble », a indiqué Mustapha Bakkoury, le président du directoire de la Masen, l’Agence marocaine de l’énergie solaire. ●

ÉDOUARD BERNAUX/GAMMA/RAPHO

Cocaïne La ligne Alger-Bamako

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« Je suis rationnelle et assez terrienne. Son destin, on se le fabrique. » SALIMA SAA Présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (et nouvel atout de charme de Nicolas Sarkozy pour sa campagne de 2012)

« Dans le contexte de la crise actuelle,

l’austérité a été un échec partout où elle a été tentée. » PAUL KRUGMAN Universitaire américain, Nobel d’économie 2008

« Mes frères, vous vivez un moment historique, un moment divin, une nouvelle étape civilisationnelle, si Dieu le veut, dans un sixième califat, inch’Allah ! » HAMADI JEBALI Secrétaire général du parti tunisien Ennahdha

« Avec Berlusconi, c’était le carnaval

tous les jours. Avec Monti, c’est le carême qui commence. » MARCO FOLLINI Sénateur italien de centre gauche

« La solution pour renforcer le gouvernement et le régime, et répondre aux aspirations du peuple, c’est d’organiser des élections libres. » MOHAMED KHATAMI Ancien président réformateur iranien DR

JEAN-MICHEL MEYER JEUNE AFRIQUE

N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


La semaine de J.A. Décryptage

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JEUNEAFRIQUE.COM

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Classement «Forbes» L’Afrique et les quarante nababs

MIKE HUTCHINGS/STEFAN WERMUTH/REUTERS – MEIGNEUX/SIPA

PIUS UTOMI EKPEI/AFP

C’est une première. Le magazine américain publie sa short list des plus grosses fortunes du continent. On y trouve essentiellement des entrepreneurs… et pas une seule femme !

Retrouvez notre diaporama sur la visite du pape Benoît XVI au Bénin SONDAGE Syrie : Les Occidentaux doivent-ils soutenir l’Armée syrienne libre et chasser Bachar al-Assad du pouvoir ?

DR

À VOIR Rencontre avec Makhtar Thioune, footballeur sénégalais et champion de Norvège : « Tout le monde m’a aimé après mon premier match »

À LIRE AUSSI Sénégal : la maison de Senghor va devenir un musée Côte d’Ivoire : le « black market » d’Adjamé sort du noir Guinée : les ONG dénoncent la pratique de la torture dans les prisons N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

€ SUR LES TROIS PREMIÈRES MARCHES DU PODIUM (de g. à dr.) : le Nigérian Aliko Dangote, le Sud-Africain Nicky Oppenheimer et l’Égyptien Nassef Sawiris.

D

ans son premier classement des 40 personnalités les plus riches du continent africain, publié le 16 novembre, parmi lesquels 15 Sud-Africains, 9 Égyptiens, 8 Nigérians et 5 Marocains, le magazine américain Forbes dénombre 16 milliardaires en dollars. Sans surprise, le Nigérian Aliko Dangote arrive en tête : avec un patrimoine de 10,1 milliards de dollars (7,4 milliards d’euros), le self-made-man du ciment et de la minoterie a de quoi nourrir ses ambitions d’expansion sur le continent. Tirée du sous-sol sud-africain, la fortune de la dynastie Oppenheimer, estimée à 6,5 milliards de dollars, les place au second rang du classement. La vente récente de leurs parts dans la compagnie De Beers, leader mondial du diamant, pour la « modique » somme de 5,1 milliards de dollars devrait encore accroître leur surface financière. Autre dynastie, égyptienne et copte : celle des Sawiris, fondée par Onsi, le patriarche (81 ans), qui « pèse » 2,6 milliards de dollars, dépassé par ses fils Nassef, troisième fortune du continent (4,75 milliards), et Naguib (2,9 milliards). Pour Nassef, patron d’Orascom Construction, l’année 2011 aura toutefois été difficile : alors qu’il était, en 2010,

l’homme le plus riche du continent, son patrimoine, affecté en Bourse après le Printemps arabe et la crise financière, a fondu de 1,15 milliard de dollars. La bonne fortune n’a pas oublié le royaume chérifien : sixième du classement, c’est Miloud Chaâbi, 82 ans, alias « le capitaliste rouge » – il a participé aux manifestations du 20 février –, qui est le Crésus marocain (3 milliards de dollars). Le banquier Othman Benjelloun, classé onzième, affiche lui aussi une santé florissante (2,4 milliards). Il est talonné par un autre grand patron marocain, Anas Sefrioui (1,75 milliard), qui dirige le groupe immobilier Addoha. TERRES AGRICOLES. Si les entrepreneurs

dominent, certaines fortunes viennent de la politique. Uhuru Kenyatta, actuel ministre kényan des Finances et fils du premier président du pays, a fait fructifier les terres agricoles acquises par son père. Il dispose d’un patrimoine de 500 millions de dollars. Quant à Cyril Ramaphosa, ancien numéro deux de l’ANC, il occupe la 36e place, avec 275 millions de dollars. Grandes absentes du classement : les femmes. En 2011, aucune Africaine ne disposait des 250 millions de dollars nécessaires pour intégrer le club des riches de Forbes. ● CHRISTOPHE LE BEC JEUNE AFRIQUE


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La semaine de J.A. Décryptage

Guinée Journée portes ouvertes Le chef de l’État a convié une douzaine de leaders de l’opposition à la présidence, dans une ambiance cosy. À quelques semaines des législatives, l’heure est enfin au dialogue.

STRINGER/AFP

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T

apes amicales, accolades, mots gentils… Le 15 novembre, le président Alpha Condé a tout fait pour que cette première rencontre avec ses principaux opposants se déroule sans la moindre anicroche. Dans la salle de réunion de Sékoutoureya, le palais présidentiel, le protocole avait créé une ambiance propice à la discussion : aucune table ne séparait Condé de ses hôtes, qui ont pris place sur des chaises disposées en rectangle. Très vite, le chef de l’État a planté le décor, s’excusant auprès d’eux de n’avoir pas instauré plus tôt un

cadre de dialogue, et promettant de les consulter plus souvent, à l’avenir, sur les questions d’intérêt national. L’humilité du président a tout fait basculer. « Cette attitude est Au menu des discussions : la nouvelle », note avec satislibération des militants arrêtés et faction Sidya Touré, patron la relance du processus électoral. de l’Union des forces républicaines (UFR). soient enfin engagées. Il compte en À l’image de Cellou Dalein Diallo, le même temps donner des gages de bonne leader de l’Union des forces démocravolonté à la communauté (financière) tiques de Guinée (UFDG), le principal internationale, qui commençait à s’imparti d’opposition, tous se disent prêts patienter de la lenteur du processus à soutenir le Comité de dialogue créé électoral. ● ANDRÉ SILVER KONAN par le président et dont le mode de

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

1

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DÉCEMBRE Journée mondiale de lutte contre le sida. Thème choisi, jusqu’en 2015 : « Objectif zéro : zéro nouvelle infection, zéro discrimination, zéro décès lié au sida ».

SOU S LE HAU T PAT RON

AGE DE SA MAJ EST

2-10

DÉCEMBRE Festival du film de Marrakech. Emir Kusturica présidera le jury des longs-métrages. L’Amante du Rif, de la Marocaine Narjiss Nejjar, sera présentée en ouverture.

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11e ÉDIT ION - 2 AU

DÉCEMBRE Élections législatives en Russie. Sept partis sont en lice, mais il n’y a aucun suspense : Russie unie, le parti de Poutine et de Medvedev, est assuré de l’emporter. 10 DÉCEMB RE 2011

www.fest ivalm

N 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011 o

fonctionnement devrait être rapidement défini par Mohamed Saïd Fofana, le Premier ministre, et Alhassane Condé, le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Les discussions – qui ne devraient être ni difficiles ni trop longues – porteront sur les principales revendications de l’opposition : la libération des militants arrêtés à la suite des ð ALPHA CONDÉ manifestations de la (à dr.) reçoit fin septembre, et la Cellou Dalein relance du processus Diallo à la présidence, électoral. Sur le preà Conakry, mier point, Condé a le 15 novembre. promis d’user de son droit de grâce une fois les procédures judiciaires terminées. Ce qu’il a fait pour vingt-cinq d’entre-eux le 17 novembre. Sur le second point, les deux parties sont favorables à un report des législatives, qui devaient théoriquement se tenir le 29 décembre. Reste la question qui fâche, celle du fichier électoral que Condé souhaitait réviser intégralement avant le scrutin, ce que l’opposition refuse, jugeant cette mesure trop précipitée. La résolution de ce différend constituera donc l’enjeu majeur des négociations. Condé espère parvenir à un accord avant le premier anniversaire de son investiture, le 21 décembre, et redonner ainsi confiance aux Guinéens, qui attendent que les grandes réformes (armée, justice, code minier, réconciliation nationale, infrastructures…)

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€ L’ARRIVÉE DU PRÉSIDENT VIETNAMIEN TRUONG TAN SANG à Séoul, le 8 novembre. ASIE-PACIFIQUE

Le Grand Jeu

É

TONNANT SPECTACLE, la semaine dernière à Séoul, que l’étoile jaune sur fond rouge du drapeau vietnamien flottant au côté du drapeau sud-coréen ! Trentesix ans après la fin de la guerre du Vietnam, les présidents Lee Myung-bak et Truong Tan Sang ont affirmé leur volonté de resserrer leurs liens économiques. Objectif : porter le montant des échanges commerciaux bilatéraux à 20 milliards de dollars avant 2015. À la demande du Vietnam, les deux présidents ont aussi promis d’étudier la livraison par la Corée à l’ex-ennemi communiste de deux réacteurs nucléaires civils. Cette surprenante coopération, qui fait suite au récent rapprochement du Vietnam avec les États-Unis et l’Inde, intervient dans un climat d’affrontement entre Pékin et Hanoi, dont le différend territorial en mer de Chine implique en réalité neuf pays. Face à la montée de la puissance maritime militaire chinoise, tous les pays de l’Asie-Pacifique, à commencer par les États-Unis, s’inquiètent. C’est donc à un bouleversement des alliances régionales traditionnelles que l’on assiste actuellement. ● CHINE-RUSSIE

Poutine, héros de la paix! NON, CE N’EST PAS UNE BLAGUE. Le Premier ministre russe est l’heureux lauréat du prix Confucius de la paix, sorte de réplique chinoise du Nobel, décerné par un aréopage d’universitaires manifestement impressionnés par son opposition au « bombardement de la Libye par l’Otan ». Et les innombrables N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Libyens massacrés par Kaddafi ? Et la Tchétchénie, où au moins 20 % de la population a été victime de la répression russe ? Passons. Face à un tel bilan, la chancelière allemande Angela Merkel, le président sudafricain Jacob Zuma et l’inventeur du riz hybride, Yuan Longping, n’avaient à l’évidence aucune chance.

HÉRITIER du trône britannique, le prince William envisage de participer à partir du mois de février prochain, six semaines durant, à des manœuvres militaires « de routine » dans les îles Malouines (Falklands en anglais, Malvinas en espagnol), archipel de l’Atlantique sud qu’en avril-juin 1982 se disputèrent par les armes le Royaume-Uni et l’Argentine. À la veille du trentième anniversaire du conflit, l’initiative princière n’est sans doute pas du meilleur goût. En tout cas, Buenos Aires, qui n’a nullement renoncé à sa souveraineté sur les Malvinas, y voit « une provocation ». LE CHIFFRE PERDANT

4,9

millions

de chômeurs dûment recensés en Espagne au troisième trimestre, soit 21,52 % de la population active. Une très mauvaise nouvelle pour le gouvernement de José Luis Zapatero à la veille des législatives du 20 novembre. Tous les sondages prévoient une large victoire du Parti populaire de Mariano Rajoy. CORÉE DU SUD

Hystérie nationale

LE 10 NOVEMBRE, plus de sept cent mille lycéens sudcoréens ont passé leur examen d’entrée à l’université. Un jour d’hystérie nationale au pays du Matin (très) calme : afin de préserver la quiétude des mille cent centres d’examen et d’assurer l’arrivée à bon port de chacun, le pays tout entier a commencé à travailler une heure plus tard. Pour éviter les embouteillages, la fréquence des bus et du métro de Séoul a été doublée, tandis que des dizaines de vols étaient annulés ou détournés. Quant à la police, elle a été réquisitionnée pour accompagner les retardataires. JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

Oliviero Toscani • UNHATE FOUNDATION BENETTON/AFP

MÉDIAS

De l’art (douteux) de vendre des pull-overs DEPUIS PLUS DE VINGT ANS, la marque de prêt-à-porter Benetton multiplie les campagnes de pub provocatrices sur des thèmes de société sensibles. La dernière vise, paraît-il, à inciter les dirigeants de la planète à surmonter la haine. Abbas, Netanyahou, Kim Jong-il, Lee Myung-bak, Merkel, Sarkozy, Hu Jintao, Obama et quelques autres ont été mobilisés pour l’occasion. La Maison Blanche a officiellement protesté. Et le Vatican obtenu le retrait d’un photomontage mettant en scène le pape en compagnie de l’imam Ahmed el-Tayyeb.

COLOMBIE

Médecin et terroriste SANS SURPRISE, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont désigné Timoleón Jiménez (52 ans), alias Timochenko, pour succéder à Alfonso Cano, abattu le 4 novembre par l’armée. Médecin de formation, Jiménez est l’un des plus anciens dirigeants de l’organisation terroriste. Sa nomination ne devrait rien changer à la ligne des Farc. PÉROU

Corruption au sommet LE PRÉSIDENT Ollanta Humala a fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités. Apparemment, JEUNE AFRIQUE

ce ne sont pas des paroles en l’air. Soupçonné de trafic d’influence (il aurait favorisé une entreprise privée), Omar Chehade, son vice-président, refuse de démissionner au nom de la présomption d’innocence mais s’est mis en retrait pendant toute la durée de l’enquête. ALLEMAGNE

Équipée sauvage

ENTRE 2000 ET 2007, trois sympathisants néonazis ont pu assassiner neuf immigrés (huit Turcs, un Grec) et une policière sans éveiller le moindre soupçon des forces de l’ordre. Après le braquage d’une banque, ils ont été cernés par la police et deux d’entre eux se sont suicidés dans leur camping-car. Les enquêteurs ont retrouvé un DVD dans lequel ils se félicitent de leurs actes. Ces crimes « inimaginables »

sont une « honte pour l’Allemagne », a réagi la chancelière Angela Merkel. Les néonazis jugés dangereux seront désormais fichés. BRÉSIL

Les Noirs majoritaires SELON LES RÉSULTATS préliminaires du dernier recensement, rendus publics le 16 novembre, le Brésil compte 191 millions d’habitants, dont l’âge moyen est de 31,2 ans. Pour la première fois, les Blancs (47,7 %) sont devancés par les Noirs et les métis (50,7 %), le reste étant constitué d’Asiatiques et d’indigènes. C’est un tournant démographique, mais nullement social : le revenu des Blancs et des Asiatiques reste deux fois supérieur à celui des Noirs et des indigènes. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Grand angle

ZHAO YINGQUAN/XINHUA PRESS/CORBIS

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€ STATION DE FORAGE DE LA SOCIÉTÉ PÉTROLIÈRE CHINOISE

CNPC AU KENYA, en septembre 2011.

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JEUNE AFRIQUE


Lu Shaye

EX CL US IF

« Les Africains sont contre l’ingérence. Les Chinois aussi. » Le « Monsieur Afrique » de Pékin accorde sa première longue interview à la presse internationale. L’occasion de présenter la stratégie de son pays, mais surtout de répondre aux critiques des Occidentaux, qui dénoncent une « Chine prédatrice » et peu soucieuse des libertés sur le continent.

Propos recueillis à Pékin par

I

JEAN-LOUIS GOURAUD

mposante bâtisse située sur l’une des principales artères de Pékin, l’immeuble du ministère chinois des Affaires étrangères fait face au siège, presque aussi imposant, de Sinopec, l’une des deux grandes compagnies pétrolières et gazières de Chine. Faut-il y voir un signe ? La politique étrangère de l’empire du Milieu n’est-elle pas principalement guidée par la nécessité d’assurer les approvisionnements énergétiques ? De fait, au terme d’une inexorable poussée, la Chine est devenue en vingt ans le premier partenaire commercial de l’Afrique, devant les États-Unis et la France. De quelques centaines de millions en 1990, les échanges ont atteint 129 milliards de dollars (97 milliards d’euros) l’année dernière. Pékin a troqué ses habits d’idéologue pour revêtir ceux de commerçant. Le Palais des congrès de Yaoundé, le nouvel hôpital de Bangui, le Sénat à Libreville, le gazoduc du Mozambique, le barrage d’Imboulou, au Congo-Brazzaville, le grand théâtre de Dakar… Les raisons du succès sont manifestes. Non-ingérence, réciprocité des intérêts, aide sans conditionnalité, projets fournis clés en main…

JEUNE AFRIQUE

avec

CLARA ARNAUD

La recette fait des merveilles. Mais elle agace et inquiète, aussi. Cette féroce compétitivité est surtout guidée par un appétit insatiable en pétrole et s’accompagne d’une diplomatie peu regardante, dénoncent en cœur les Occidentaux, adeptes depuis peu de la bonne gouvernance et qui constatent, amers, une perte d’influence indexée sur les parts de marché. Mardi 18 octobre, nous avons rendezvous avec l’un des principaux décideurs de cette politique chinoise sur le continent. Lu Shaye, 47 ans, est à la fois directeur général du département Afrique du ministère et secrétaire général du Forum de coopération Afrique-Chine (Focac, conférence ministérielle qui se tient tous les trois ans et dont la dernière édition a eu lieu au Caire en 2009). Un jeune diplomate nous attend à la porte principale du ministère, gardée par des militaires figés dans un impeccable garde-à-vous. Il nous fait pénétrer dans un monumental hall d’entrée décoré d’un relief représentant quelques œuvres emblématiques de la culture chinoise, avant de nous installer dans une élégante salle de

réunion – le salon no A 0218 – située au rez-de-chaussée. À 14 heures précises, Lu Shaye nous y rejoint escorté de deux de ses collaborateurs, qui ne desserreront pas les dents mais prendront beaucoup de notes au cours de l’entretien. Bien que parfaitement francophone, le haut diplomate préfère – par souci, dit-il, de précision – s’exprimer en chinois, quitte à reprendre, à deux ou trois reprises, son interprète. Lu Shaye se plie à l’exercice avec bonne volonté, précisant d’emblée qu’il acceptera de répondre à toutes les questions, y compris les plus gênantes ou les plus personnelles, et acceptant d’être enregistré – fait qui mérite d’être souligné. Plus surprenant encore de la part d’un haut dirigeant, il ne demande pas à relire l’entretien avant publication. Entre deux gorgées de thé vert, il s’offre à nos questions. JEUNE AFRIQUE : Avec quels pays d’Afrique la Chine n’entretient-elle pas de relations ? LU SHAYE : Aujourd’hui, cinquante

pays, y compris le Soudan du Sud, entretiennent des relations avec la République populaire de Chine. Seuls quatre pays n’en ont pas : le Swaziland, la Gambie, São Tomé e Príncipe et le Burkina. En refusant d’avoir des relations avec ces quatre pays qui ont reconnu Taiwan, la Chine ne remet-elle pas en question le principe de non-ingérence ?

En ayant des relations avec Taiwan, ce sont ces pays qui s’ingèrent dans les ● ● ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


Grand angle

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Chinafrique

DR

africaines attendent peut-être de la Chine qu’elle intervienne davantage face à leurs dirigeants.

€ LORS DE L’ENTRETIEN AU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, à Pékin, le 18 octobre.

affaires intérieures de la Chine. Selon le principe d’une seule Chine, nous ne pouvons pas avoir de rapports avec eux.

en est-il de Kaddafi : il n’était pas l’allié de la Chine, en revanche il était l’ami de beaucoup de dirigeants occidentaux.

Peut-on encore parler de non-ingérence lorsque les relations avec la Chine deviennent un enjeu électoral majeur dans certains pays ? La Chine a par exemple menacé de se retirer de Zambie si le candidat Michael Sata était élu en 2006…

À propos de la Libye, lorsque les troubles ont éclaté, le principe de non-ingérence a empêché la Chine de prendre une position claire. Lors du vote de la résolution de l’ONU, en mars, elle n’a ni approuvé ni mis son veto. Qu’attendait-elle pour se déterminer ?

●●●

En effet, j’ai lu des reportages réalisés par des médias occidentaux. Ils ont vu une menace de retrait du pays sans en voir la cause. En 2006, le candidat Sata menaçait de renouer des relations avec Taiwan, la Chine a donc répondu que dans ce cas elle serait obligée de se retirer de Zambie. Ajoutons que Michael Sata est à présent le nouveau chef de l’État, après sa victoire en septembre dernier, et qu’il a renoncé lui-même à cette idée de relations avec Taiwan. Laissez-moi vous rappeler ce que nous appelons « non-ingérence ». Tous les pays sont en principe souverains et égaux. En réalité, il est facile pour les grandes puissances de s’ingérer dans les affaires des pays pauvres, faibles, petits, et de les malmener. Voilà pourquoi elles fustigent le principe de non-ingérence. On a accusé la Chine de maintenir des liens avec des autocraties africaines en fermant les yeux sur les droits de l’homme et la démocratie. Mais cette année on a vu des pays occidentaux disqualifier des régimes, ceux de Moubarak et de Ben Ali, par exemple, dont ils étaient pourtant les alliés. Ainsi N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

La Chine prend position selon sa propre appréciation des choses : nous considérons que c’est le peuple libyen qui doit décider de son avenir. La Chine

Je pense que les pays africains ne souhaitent pas que l’on intervienne dans leurs affaires, que cela soit la Chine ou n’importe qui d’autre. Certes, et on l’a vu cette année lors des événements dans le monde arabe, il existe dans chaque pays des factions qui demandent une aide occidentale pour renverser des gouvernements. Mais une fois au pouvoir, ces factions-là ne souhaitent plus du tout que le monde extérieur s’ingère dans leurs affaires. Cette année, les Occidentaux ont subitement soutenu certaines d’entre elles alors qu’elles demandaient le changement depuis bien longtemps déjà. Aujourd’hui, les Occidentaux se targuent de soutenir les revendications des peuples d’Afrique du Nord, mais où étaient-ils avant ? La Chine a-t-elle renoncé à apporter au monde un modèle de société ? Ses motivations sont-elles devenues exclusivement commerciales ?

Les relations entre la Chine et l’Afrique ne sont pas exclusivement commerciales, elles englobent des questions politiques, économiques, sociales et même culturelles. Il faut reconnaître cependant que notre diplomatie a beaucoup évolué ces cinquante dernières années. Dans les années 1950-1960, la Chine pensait que son modèle pouvait

Les Occidentaux se targuent de soutenir les peuples d’Afrique du Nord, mais où étaient-ils avant? n’a pas approuvé la résolution de l’ONU, car elle craignait qu’elle soit source d’abus de la part d’autres puissances qui auraient cherché à s’imposer en Libye. Ce genre de scénario était d’ailleurs sous-jacent dans le texte proposé. Nous n’avons pas mis notre veto pour autant, car cette résolution était parrainée par la Ligue arabe. Mais la Chine s’oppose toujours à l’ingérence dont font preuve certains pays, notamment au moyen de la force. Ne devient-on pas finalement complice de gouvernements ayant des agissements criminels? Certaines populations

s’exporter en Afrique. Elle a donc accordé un soutien aux pays du continent dans leur quête d’indépendance ainsi qu’une aide économique unilatérale afin qu’ils réalisent des projets productifs tels que des sucreries, des usines de textile, des brasseries, et qu’ils mettent sur pied un système d’économie nationale. Avec le lancement de la politique de réforme et d’ouverture, en 1979, le développement rapide de notre économie et le besoin en ressources naturelles, le commerce s’est accru rapidement. La Chine a mis en place un nouveau système où elle tient compte des besoins de ses partenaires et réalise des projets ● ● ● JEUNE AFRIQUE


L’interview de Lu Shaye Portrait | Lu Shaye

Un destin africain Rien ne destinait ce haut fonctionnaire à une carrière de diplomate. C’est sa francophilie qui l’a conduit sur le continent.

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EVENU EN MARS 2010 directeur général du département Afrique du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, Lu Shaye est né en 1964 dans la ville de Nankin, connue tant pour sa montagne pourpre, où repose SunYat-sen, et son passé de capitale de la dynastie Ming que pour le terrible massacre qui y fut perpétré par les Japonais en 1937. La Révolution culturelle est lancée un an après sa naissance, événement tragique dont il dit avoir été relativement épargné : « Quand je suis entré au collège, la Révolution culturelle était finie, je n’en ai donc pas vraiment souffert. » Il échappe en effet, à quelques années près, au séjour en camp de rééducation pour jeunes instruits. Ses parents, médecins au sein de la compagnie du chemin de fer de Nankin, sont cependant touchés par les événements. Le père séjourne même en prison. Le jeune Lu Shaye n’en conçoit pas d’animosité pour le Parti et entre dans la Ligue de la jeunesse communiste, comme « tous les jeunes Chinois motivés en ce temps-là ». Les études propulsent cet enfant de la classe moyenne – la Chine a inventé la méritocratie avec les concours mandarinaux – dans les hautes sphères de la diplomatie chinoise. Tout commence par hasard, dit-il, avec l’apprentissage du français au collège des langues étrangères de Nankin, où il est envoyé par ses instituteurs. Les langues européennes constituent une première lucarne vers le monde extérieur. Il a quinze ans, en 1979, lorsque Deng Xiaoping lance les réformes d’ouverture qui bouleverseront l’histoire du pays. La politique ne l’intéresse cependant pas encore : ce qui l’intéresse, c’est la littérature. Aussi tente-t-il, à l’issue de son baccalauréat, d’intégrer le département

€ IL A ÉTÉ AMBASSADEUR À DAKAR de 2005 à 2009.

de littérature européenne de la prestigieuse Université de Pékin. Il échoue, mais est admis à l’Institut de diplomatie, un autre établissement de prestige: encore un hasard, responsable selon lui de son destin africain. De l’Afrique, il ne sait rien ou presque à l’époque, mais il est marqué par un cours sur l’histoire de la colonisation et des indépendances. À l’issue de ses études, il est envoyé en Guinée-

Lu a compris la nécessité de communiquer, de rompre avec l’hermétisme.

JEUNE AFRIQUE

Conakry par le ministère des Affaires étrangères, en raison de sa maîtrise du français. Sa carrière de diplomate est lancée. Elle le conduira à visiter une trentaine de pays, à occuper des fonctions à Pékin et à Paris, avant de devenir en 2006 ambassadeur de Chine à Dakar, à la suite du renouvellement

des relations diplomatiques entre les deux pays. De retour à Pékin, c’est la consécration: il prend ses fonctions de directeur du département Afrique du ministère des Affaires étrangères. Lu Shaye incarne une diplomatie en plein renouvellement, de style et de ton. Il a bien compris la nécessité de communiquer, de rompre avec l’hermétisme qui caractérisait les hommes d’État chinois. Il s’exprime avec verve, sourit avec économie et, soucieux de rassurer, fait face avec aplomb aux questions les plus gênantes. Offensif mais pas agressif, il use volontiers de la critique de l’Occident, colonisateur et moralisateur, pour dédouaner la Chine de ses erreurs. On sent chez lui la détermination et l’ambition qui, selon les Chinois, caractérisent les individus nés sous le signe du Dragon – ce qui est son cas –, et une farouche volonté de convaincre plus que de plaire. ● CLARA ARNAUD N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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● ● ● d’infrastructures en échange d’un accès aux matières premières. Les deux parties sont gagnantes dans cet échange. En dépit de l’attrait qu’exerce aujourd’hui le modèle chinois, nous ne pensons plus qu’il soit universel. Nous pensons désormais que chaque pays doit choisir son modèle de développement en suivant les conditions nationales et la tendance de l’époque.

Les investissements chinois en Afrique sont très concentrés sur quelques pays et secteurs. Contribuent-ils vraiment au développement du continent ?

Seuls les Occidentaux font ces remarques. Quand je rencontre des Africains, dirigeants, chercheurs, gens ordinaires, ils se montrent plutôt favorables à la coopération sino-africaine. Ils savent que les bénéfices apportés sont plus nombreux que les inconvénients. Vous évoquez notamment la concentration des investissements dans les pays riches en matières premières. Certes, mais tous les pays vont là où il y a des ressources naturelles. Et la Chine n’a pas oublié pour autant les pays pauvres. Il n’existe pas un endroit en Afrique où la Chine n’ait pas investi et réalisé des projets. Nous avons même des projets aux Seychelles. Prenons aussi l’exemple du Sénégal, qui a peu de ressources naturelles. Après le rétablissement des relations diplomatiques entre Pékin et Dakar en 2005, nous y avons

déloyale faite aux entreprises africaines et occidentales.

La Chine est compétitive car elle propose des projets à bas prix. Ces conditions sont avantageuses pour les gouvernements africains. Cela peut-il porter préjudice aux entreprises locales ? Cette question commence à nous préoccuper, même si nous pensons que la concurrence chinoise peut, à moyen terme, aider les entreprises locales à devenir plus compétitives. Quant aux accusations à l’encontre des conditions de travail, elles sont injustes. Nul doute que les ouvriers chinois sont traités de façon plus dure que les occidentaux, car ils n’ont pas peur de travailler sans relâche pour nourrir leur famille. Ils travaillent en relais, afin que les projets avancent très vite. C’est à ce prix que nos entreprises sont compétitives. Elles dépensent très peu d’argent pour la main-d’œuvre : 95 % des budgets sont affectés aux travaux, tandis que les sociétés occidentales en dépensent 80 % pour le confort de leurs équipes. Malgré tout, les groupes chinois respectent le droit du travail et les minima salariaux dans les pays où ils sont implantés. Il se peut que certaines petites entités dérogent à la réglementation du travail, mais cela n’est pas le résultat d’une volonté politique. Ce sont des dérives individuelles que nous ne pouvons contrôler.

Nous sommes compétitifs car nous proposons des projets à bas prix. bâti le plus beau théâtre du continent africain, rénové le réseau électrique de la capitale, réaffecté onze stades régionaux. Nous avons aussi envoyé deux groupes d’agronomes pour aider à cultiver du riz et des légumes, ainsi qu’une équipe médicale. Voilà ce que nous avons fait en cinq ans ! Aucun autre partenaire n’en a fait autant. On peut aussi prendre le cas de la Centrafrique, qui n’a pas de ressources connues à part la forêt. Ces dernières années, nous y avons construit un stade et le plus gros hôpital de Bangui, entre autres. On a beaucoup dénoncé les salaires et les conditions de travail sur vos chantiers en Afrique, ainsi que la concurrence N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Par ailleurs, nos entreprises rémunèrent moins que celles des pays développés car leurs réalités nationales diffèrent. La Chine est encore un pays en développement. Reprenons le cas de la Zambie, où les employés des mines réclamaient une hausse de salaire. Ils gagnent près de 800 dollars par mois si l’on compte les primes, soit l’équivalent de 5 000 yuans. Ils demandaient à être augmentés de 400 dollars. En Chine, 5000 yuans, c’est le salaire moyen à Shanghai, la ville la plus développée du pays, ou encore le salaire d’un col blanc. Pour un ouvrier du bâtiment à Shanghai, le salaire est plutôt de 2 000 yuans. Et si on ajoutait les 400 dollars revendiqués, on arrivait à mon salaire de diplomate! Vous

pensez vraiment que c’était réaliste ? Il est naturel d’améliorer les conditions des travailleurs dans le monde, mais tous les gouvernements doivent le faire en prenant en compte leurs conditions nationales. Autre accusation, on dit que des Chinois seraient à la tête de réseaux de prostitution, que le gouvernement envoie des détenus pour travailler sur les chantiers en Afrique…

Ces inquiétudes attirent toute mon attention mais sont infondées. Prenons la question de la prostitution : il y a peutêtre des cas, mais ils ne reflètent pas la coopération sino-africaine. Ce sont des activités délictueuses dont des ressortissants de nombreux pays sont coupables. Quant aux détenus qui seraient envoyés en Afrique en cours de peine, c’est un mythe !

On reproche aussi au « made in China » d’être bon marché mais de mauvaise qualité…

Chacun sait que certains produits chinois exportés sont jolis mais pas JEUNE AFRIQUE


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ð Pour aller plus loin :

Chinafrique, mode d’emploi

produire des biocarburants. C’est le cas du Royaume-Uni, par exemple. La Chine ne fait pas de biocarburant. Notre coopération agricole repose sur trois points : la construction d’infrastructures, la formation du personnel et le renforcement technique, accompagné d’un transfert de technologie.

SEYLLOU DIALLO/AFP

Les ventes chinoises d’armement demeurent opaques et on accuse Pékin d’inonder le marché africain d’armes légères. Le cas du cargo An Yue Jiang * accrédite ces accusations…

€ LE 14 FÉVRIER, À DAKAR (Sénégal), lors d’une visite du président chinois Hu Jintao.

durables. Il ne faut pas en conclure de façon simpliste que tous les produits chinois sont de mauvaise qualité, mais plutôt se demander pourquoi nous en sommes arrivés là. Les Africains ont un pouvoir d’achat encore très bas, et ils aiment les produits bon marché. Or le prix reflète bien la qualité… Les marchands africains veulent les produits les moins chers pour leurs clients, au détriment parfois de la qualité. Le gouvernement chinois, qui accorde une grande importance à ces questions, a lancé une vaste campagne d’inspection de la qualité pour les produits d’exportation. Nous avons cependant besoin du soutien des États où ces produits sont exportés. Or les douanes africaines et autres autorités gouvernementales ne sont pas assez efficaces et ne font pas toujours leur travail. L’agriculture est en train de devenir une priorité pour la Chine en Afrique. Certains s’inquiètent de l’impact de JEUNE AFRIQUE

vos investissements sur les structures agricoles locales, et donc sur la sécurité alimentaire.

L’objectif de la Chine est de contribuer à l’amélioration des rendements et de la sécurité alimentaire. La Chine n’a jamais pris un seul grain de céréale à l’Afrique ! Au Malawi, nous avons par exemple développé un projet cotonnier qui a permis d’assurer la survie de 50 000 familles. Au Sénégal, au Burkina, au Mali, nous avons des entreprises spécialisées dans les céréales. Certains médias accusent les fermes chinoises d’occuper le marché local. Certes, elles sont très compétitives, mais elles répondent aux besoins alimentaires de la population locale. Les Occidentaux accusent aussi la Chine d’accaparer des terrains sur le continent ; c’est faux. Les pays occidentaux, eux, ont obtenu trente millions d’hectares, soit l’équivalent de la moitié de la superficie de la France. Ils ne se servent pas de ces terrains pour l’alimentation des Africains, mais pour

Le commerce d’armes entre la Chine et l’Afrique obéit à des logiques très transparentes et répond à trois critères : il doit favoriser l’augmentation des capacités d’autodéfense du pays bénéficiaire, ne pas porter atteinte à ce pays et répondre au principe de non-ingérence. Nous œuvrons donc avec une grande prudence. Toutes les exportations d’armes se font en conformité avec les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, la loi chinoise et les règlements internationaux. Nous demandons aux pays acheteurs de s’engager à nous fournir des certificats d’utilisation finale. Le cas An Yue Jiang est simple : une vente normale d’armes est devenue un sujet de tapage à cause des Occidentaux. Ils cherchent à désorienter l’opinion publique. La Chine n’est pas responsable de la quantité importante d’armes légères que l’on trouve en Afrique. La plupart d’entre elles sont de fabrication occidentale. Les jeeps conduites par les rebelles libyens sont de marque Toyota ; avez-vous vu un seul véhicule chinois ? Combien de Chinois résident en Afrique aujourd’hui ?

Nous n’avons pas de statistiques précises : il est très difficile de recenser les Chinois, car beaucoup ne se déclarent pas auprès de nos ambassades. Nous savons seulement qu’il y en avait 30 000 en Libye : en effet, nous avons dû tous les rapatrier cette année, avec l’aide de l’armée ! En dehors de ce cas, nous ne disposons d’aucun chiffre fiable. ● * En avril 2008, les dockers sud-africains du port de Durban refusent de décharger la cargaison du cargo An Yue Jiang, transportant des armes chinoises à destination du Zimbabwe. On craint en effet que celles-ci ne soient utilisées par Mugabe pour réprimer ses opposants à la suite d’élections contestées. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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RD CONGO

Kinshasa dans Tensions et déclarations enflammées. La violence s’est installée dans la capitale à l’approche de la présidentielle du 28 novembre. Voyage au cœur d’une ville où le visage du chef de l’État est omniprésent… mais qui vibre pour l’opposition.

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MURIEL DEVEY,

B

correspondance

âtiments saccagés, bagarres rangées entre partisans de la majorité présidentielle et de l’opposition, batailles d’affichage, dérives verbales, répression policière, interpellations… Depuis plusieurs semaines, la violence s’est installée à Kinshasa, avec son lot de morts et de blessés. Même les appels au calme lancés par les dirigeants politiques et les leaders de la société civile, notamment de l’Église catholique, peinent à calmer le jeu. JEUNE AFRIQUE


€ AFFICHE EN FAVEUR JOSEPH KABILA, candidat à sa propre succession.

DU PRÉSIDENT

tous ses états Une violence qui va crescendo à l’approche du scrutin présidentiel, prévu le 28 novembre prochain, qui verra notamment s’affronter le président sortant, Joseph Kabila, soutenu par le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), et Étienne Tshisekedi, le leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), et qui pourrait dégénérer à l’annonce des résultats. Dans cette configuration, Vital Kamerhe, Léon Kengo wa Dondo ou FrançoisJoseph Nzanga Mobutu, également candidats (ils sont onze au total), risquent fort de jouer les seconds rôles. JEUNE AFRIQUE

Ici, tous ont encore en mémoire les affrontements de l’entredeux-tours en 2006.

À Kinshasa, tous ont encore en mémoire les affrontements sanglants qui avaient opposé les miliciens de Jean-Pierre Bemba, le leader du Mouvement de libération du Congo (MLC), à la garde de Joseph Kabila entre les deux tours de la présidentielle de 2006. Pour ne rien arranger, les kulunas (« brigands », en lingala) et les sheges (« enfants de la rue »), que certains partis instrumentalisent pour se défendre ou pour attaquer, sont de la partie. « C’est dangereux. La situation peut se retourner contre ceux qui utilisent ces gamins qu’ils pourraient ne plus pouvoir contrôler. On espère que la Monusco ● ● ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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GWENN DUBOURTHOUMIEU/AFP

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En 2006, dans la capitale, 68 % des électeurs avaient préféré voter Bemba plutôt que Kabila. Télévision(RLTV, proche de l’UDPS), dont le signal a été coupé, et réitérés pour partie cinq jours plus tard à Kisangani n’ont fait que la raviver. Se déclarant déjà « président », le leader de l’UDPS a exhorté ses militants à « s’organiser pour défoncer les prisons où sont détenus ses partisans, si ces derniers ne sont pas libérés ». Des propos très commentés dans les médias et largement condamnés, tant en RD Congo qu’à l’étranger. Daniel Ngoy Mulunda, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), réputé proche du chef de l’État, a pour sa part appelé la Cour pénale internationale (CPI) « à venir se saisir de toute personne qui fait ce qui est contraire à la loi ». En réponse, le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, a averti qu’il engagerait des poursuites contre tous ceux qui se rendraient coupables de violations graves des droits humains. ÉLECTRIQUE. C’est dans cette atmosphère électrique que se déroule la campagne électorale. À Kinshasa, les affiches du candidat Joseph Kabila sont partout, avec deux slogans principaux: « Tous avec et pour Joseph Kabila. Majorité présidentielle » et « 5 chantiers de la République. Avec Raïs 100 % N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

DIDI JUNIOR KANNAH/AFP

● ● ● [Mission des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo, NDLR] fera bien son travail, car on ne pourra pas compter sur la police pour sécuriser les scrutins », s’inquiète un candidat de l’opposition à la députation (des élections législatives sont également organisées le 28 novembre). Loin de faire tomber la tension, les propos tenus depuis l’Afrique du Sud, le 6 novembre dernier, par Tshisekedi sur les ondes de la Radio Lisanga

€ HEURTS VIOLENTS, LE 6 OCTOBRE, entre les forces de l’ordre et des partisans de Tshisekedi.

sûr ! ». Les candidats de la majorité présidentielle aux législatives se font en revanche plus discrets. « Ils se contentent de faire des déclarations à la radio ou à la télévision, mais ils organisent rarement des meetings dans les quartiers pour ne pas avoir à répondre aux questions de la population. Où sont les réalisations – eau, assainissement, électricité et autres – qu’ils avaient promises en 2006 ? » interroge Gabriel, un militant de la Convention des démocrates chrétiens. Rares sont les banderoles qui mentionnent le nom de leur parti ou même leur appartenance à la majorité présidentielle. Les candidats du Parti lumumbiste unifié (Palu, rallié à la majorité présidentielle) d’Antoine Gizenga sont également peu actifs sur le terrain. Le Palu avait raflé 22 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2006 dans la capitale. A-t-il toujours la même popularité? « Parmi ses supporteurs traditionnels, le mythe Gizenga ne fonctionne JEUNE AFRIQUE


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plus comme avant depuis que ce dernier a été aux affaires, explique Gabriel. Quant au bilan d’Adolphe Muzito, son successeur à la primature, il n’est guère plus brillant. Un fossé s’est creusé entre la base électorale du Palu, qui vit dans la misère, et ses dirigeants, qui vivent très confortablement. » Dans le camp de l’opposition, les candidats à la députation organisent des débats appelés « face au peuple » dans les quartiers, mais c’est bien l’UDPS et ses groupes de soutien, dont le SET (Soutien à Étienne Tshisekedi), que l’on voit le plus. En témoignent les marches de leurs militants et partisans, mais aussi les affiches placardées dans la ville, et ces macarons qui se vendent comme des petits pains, au prix de 1 000 francs congolais (0,77 euro), où l’on peut lire : « Étienne Tshisekedi président, le peuple d’abord ». Sur les banderoles, les candidats ont souvent plaqué la photo de Tshisekedi à côté de la leur. À l’évidence, Kinshasa n’est guère favorable au régime. La capitale n’avait-elle pas déjà voté à 68 % pour Bemba au second tour de la présidentielle en 2006 ? Depuis, le mécontentement n’a fait qu’augmenter, et ce ne sont pas les discours sur les cinq chantiers qui peuvent inverser la tendance. « À part la réfection des boulevards du 30-Juin et Triomphal et de l’avenue Lumumba, qu’est-ce que le pouvoir a fait pour améliorer nos conditions de vie ? Pour offrir des logements décents et favoriser l’emploi ? Que les dirigeants osent venir dans nos quartiers et ils verront comment nous vivons ! » tempête le jeune Patrick. PRUDENCE. Si Kinshasa vibre plutôt pour l’opposition, qui a sa faveur? Léon Kengo wa Dondo, leader de l’Union des forces du changement? Pas sûr. Vital Kamerhe, le président de l’Union pour la nation congolaise ? Prudence. « On l’observe. N’oublions pas qu’il a été proche de Kabila », déclare Brigitte, qui fustige au passage son impatience. Et de citer JEUNE AFRIQUE

€ IMAGES DE CAMPAGNE DE TROIS DES CANDIDATS

(de g. à dr.) : Léon Kengo wa Dondo, Vital Kamerhe et Étienne Tshisekedi. L’opposition n’est pas parvenue à s’unir avant le scrutin. Elle risque d’en payer le prix.

un passage de la Bible qui circule dans les milieux chrétiens de la capitale : « Le nouveau membre de la cité ne peut prétendre devenir de suite son président. » Seul le vieil opposant Tshisekedi pourrait-il donc se prévaloir de cette légitimité ? Tous les Kinois ne partagent sûrement pas cet avis, et la capitale a aussi ses pro-Kabila. Néanmoins, même s’il est jugé sectaire, celui qui a pris, de fait, la place de Bemba à la tête de l’opposition semble cristalliser des valeurs qui ont la faveur de bien des Kinois. « Même s’il ne devait pas rester longtemps au pouvoir s’il était élu, Tshisekedi mettra en place de nouvelles règles de gestion, basées sur la rigueur et l’honnêteté. Après lui, ce sera difficile de revenir en arrière », prétend Gabriel. Reste à voir si la violence qui ne cesse de monter dans chaque camp, au point que des Kinois commencent à faire des réserves de nourriture, et si les récents propos de Tshisekedi ne vont pas bouleverser la donne. Au profit de qui ? Réponse le 28 novembre. ●

SOUS HAUTE SURVEILLANCE À SCRUTIN HORS NORMES (32 millions de votants, 11 candidats à la présidentielle, 18 855 candidats à la députation), mesures de sécurité exceptionnelles. Des contingents de la police ont été formés par la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco), la France et l’Afrique du Sud au maintien de l’ordre et à l’usage de moyens non létaux. Les États-Unis ont, quant à eux, fourni à la RD Congo un lot de garnitures destiné à la police d’intervention rapide (PIR). À Mbuji-Mayi, dans le KasaïOriental, c’est une unité sénégalaise qui va prêter main-forte à la police. Pendant la campagne électorale et le scrutin, 25 policiers ont été mis à la disposition de chaque candidat à la présidentielle, tandis que 4 ou 5 autres seront chargés de sécuriser chacun des 63 865 bureaux de vote. Et dans les provinces de l’Est, où opèrent toujours des groupes armés, les autorités congolaises ont déployé 13 régiments de l’armée dans le Sud-Kivu. ● TSHITENGE LUBABU M.K. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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ÉLISE FITTE-DUVAL POUR J.A.

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€ PENDANT PLUS DE VINGT ANS, Omar Mbodj a travaillé sur la base aérienne de Ouakam. Comme beaucoup, il était logé dans le quartier de la cité Claudel. SÉNÉGAL

Après eux, le déluge

Les militaires français ont commencé à se retirer des bases qu’ils occupaient à Dakar. Avec un vrai impact sur l’économie locale.

U

ne barrière levée aux couleurs délavées, un poste de vigie sans vigie… Les vestiges d’une époque pas si lointaine où il fallait montrer patte blanche pour pénétrer dans l’enceinte sont encore là. Mais ils n’impressionnent plus. C’est tout juste si les chauffeurs de taxi marquent – vieux réflexe – un temps d’arrêt devant la grille. Car, aujourd’hui, entre qui veut à la cité Claudel. Il y a moins de six mois, l’endroit, niché sur la corniche en face de l’océan Atlantique, à cinq minutes du centre de Dakar, grouillait de vie. À l’entrée flottait un drapeau français : depuis 1956, avant même l’indépendance du Sénégal, le site servait de quartier résidentiel à l’armée française. Pendant plus d’un demi-siècle, des milliers de soldats français et d’employés civils sénégalais s’y sont mélangés. Récemment encore, une cinquantaine de famillesvivaientlà,certainesdansdesvillas confortables, d’autres dans des immeubles à trois étages sans charme. Le 15 juillet, tout ce beau monde est parti, d’un coup d’un seul. Il ne reste plus que six familles sénégalaises, dont celle d’Omar Mbodj. Embauché dans l’armée française en 1978, à l’âge de 25 ans, ce menuisier a emménagé à la cité Claudel il y a vingtdeux ans. Ses dix enfants ont grandi ici. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Aujourd’hui, il ressent le vide comme un immense gâchis. « C’est dommage, lâchet-il dans la cour de sa maison. Fallait-il qu’ils partent ? Si ça n’avait tenu qu’à nous, ils seraient restés. » SOUVERAINETÉ. Fruit d’un accord trouvé

entre les présidents Abdoulaye Wade et Nicolas Sarkozy, et d’une réorganisation générale de l’armée tricolore, qui a notamment vu la Légion étrangère quitter Djibouti pour Abou Dhabi ces derniers mois, les effectifs français ont été divisés par quatre à Dakar en quelques jours seulement. Sur les 1 200 militaires que

comptait la France, 800 sont partis. Les 400 qui restent (ils ne seront plus que 300 en 2014) n’appartiennent plus aux Forces françaises du cap Vert (FFCV), dont l’acte de décès a été signé le 1er août, mais aux Éléments français au Sénégal (EFS), le nouveau nom donné à cette force allégée en nombre et en missions (lire encadré). De nombreux Sénégalais ont applaudi ce départ, qui rime, selon eux, avec leur souveraineté, mais beaucoup s’en sont plaints aussi. Car l’armée française, c’était 370 emplois directs, près de 2000 emplois indirects et une source de revenus considérable pour de nombreuses entreprises. Au début, quand la France a annoncé le départ de ses troupes, Omar Mbodj ne faisait pas le fier. « Nous étions inquiets. Nous ne savions pas quel sort nous serait réservé. » Le Syndicat national des personnels civils des armées (Synpas), auquel appartient Omar, s’était alarmé : « Les conséquences économiques et sociales pourraient être catastrophiques! » Elles le sont en effet, mais pas pour tout le monde. Omar en convient: le plan social négocié avec la France pendant cinq mois est satisfaisant pour les travailleurs civils sénégalais. Sur les 370 emplois civils (des menuisiers, des mécaniciens, des cuisiniers, etc.), 166 seront conservés. Pour les autres, un plan de départ volontaire est en cours d’exécution. Les partants bénéficient de mesures d’accompagnement et d’indemnités confortables (entre 2 millions et 6 millions de F CFA, soit entre 3 000 et 9 000 euros), dignes du salaire enviable qu’ils touchaient dans l’armée (694 euros en moyenne). Dans le silence de la cité Claudel auquel il doit se faire, Omar Mbodj, qui compte parmi les futurs partants volontaires, doit chercher une nouvelle maison. « Quand

NOUVELLE MISSION, NOUVELLES AMBITIONS APRÈSTRENTE-SEPT ANNÉES D’EXISTENCE, les Forces françaises du cap Vert sont devenues le 1er août les Éléments français au Sénégal (EFS). Un nouveau nom pour de nouvelles missions. Fini les opérations militaires de choc. Le 23e bataillon d’infanterie de marine (23e BIMa), qui a notamment participé à la force Licorne en Côte d’Ivoire, a ainsi été dissous. Désormais, cette entité interarmées qui dispose de moyens aériens, maritimes et terrestres est « une force qui a pour vocation la coopération régionale ». Elle accompagnera ainsi « la montée en puissance de la brigade de la Cedeao », formera les contingents africains mis à disposition des opérations de maintien de l’ordre, et poursuivra sa coopération avec le Sénégal, notamment en matière de sauvetage en mer. Pas question d’intervenir dans un pays de la zone en proie aux troubles ou de participer à la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique. « Nous n’en avons plus R.C. les moyens », confie un officier. ● JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne je quitterai l’armée, je devrai déménager. J’irai peut-être au village. » Mais il ne s’en fait pas trop. Ceux qui l’inquiètent, ce sont « les autres »: les quelque 2000 personnes qui, parce qu’elles avaient un contrat privé avec les militaires et non avec l’armée, n’ont pas bénéficié du plan social. Il y a là des cuisiniers, des jardiniers, des femmes de ménage. « Tous ceux-là n’ont rien eu, si ce n’est quelques meubles et appareils donnés par l’armée. Jamais ils ne retrouveront un travail aussi bien payé. » Il y a notamment Anne-Marie Dione. Pendant plus de vingt ans, cette femme de 41 ans a vécu grâce à l’armée: dix années à vendre des objets d’art devant le camp de Bel-Air, onze à faire le ménage pour des

L’armée tricolore, c’était 2 000 emplois indirects et des revenus pour de nombreuses entreprises. militaires français. « Je n’ai plus d’argent. Deux de mes enfants ne vont plus à l’école. Je n’ai pas les moyens de leur payer la scolarité », dit-elle, en pleurs. Depuis le départ du gros des troupes (et de son employeur), elle fait le pied de grue à l’entrée de la base aérienne de Ouakam. À ses côtés, des vendeurs de cigarettes, de tissus, d’objets d’art. Tous sont accablés. « Avant, ici, j’avais trente clients par jour. Aujourd’hui, même pas dix », se désole Boubacar Diallo, 41 ans dont dix-huit passés à vendre des cigarettes devant la base aérienne. Tous en veulent terriblement à Abdoulaye Wade, le seul responsable à leurs yeux du départ des troupes. RÉINSERTION. Le Synpas, conscient de leur situation précaire, a élaboré pour eux plusieurs projets de réinsertion. Son secrétaire général, Ndiouga Wade, dit n’attendre qu’une réponse du gouvernement pour les financer. « Pour l’instant, il n’a rien fait pour toutes ces personnes. » Rien non plus pour accompagner les écoles privées de la capitale qui ont perdu de nombreux élèves français, les hôtels de la région de Saly, pour lesquels les militaires représentaient une part importante du chiffre d’affaires, ou encore les entreprises qui travaillaient en sous-traitance avec l’armée… Abdoulaye Wade s’est contenté de visiter la cité Claudel et de promettre d’y loger des enseignants de l’université voisine et des soldats sénégalais. ● RÉMI CARAYOL, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE

HUMEUR

Opiniion ns & édito oriaux Georges Dougueli

Les sales gosses du foot camerounais

I

L S É TA I E NT AT T E N D U S l e 15 novembre à Alger pour un match amical contre la sélection algérienne. Mais prétextant le non-paiement d’une « prime de présence » de 500 000 F CFA (762 euros), les footballeurs camerounais, dont la plupart ont des revenus élevés, ont refusé d’embarquer dans l’avion que la fédération algérienne de football leur avait affrété. Le capitaine de la sélection, Samuel Eto’o, le footballeur le mieux payé de la planète avec près de 20 millions d’euros par an, a été le premier à quitter Marrakech, où le groupe séjournait. Ils s’en sont allés, sans un mot d’excuse, ni à l’égard des organisateurs, ni pour le public algérien. Le mauvais spectacle continue. Le temps des gladiateurs qui descendaient dans l’arène prêts à mourir avec panache pour le public des stades est révolu. Les héros se sont

avenir proche, la marque « Lions indomptables » signifiera: peu fiable, versatile et dilettante. L’indécision des politiques face à la décrépitude du football est étonnante. À moins que celle-ci ne tire son origine de la trop grande place que le gouvernement s’est octroyée dans la gestion de cette sélection à scandales. Au Cameroun, pas question de laisser la fédération s’en occuper. C’est bien connu: le football est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des footballeurs… La sélection est donc cogérée par le ministère des Sports et par la Fédération camerounaise de football, deux institutions en conflit permanent au nom d’intérêts mesquins. L’argent, qui coule à flots, a déglingué le meccano. Dans ce flou savamment entretenu, les responsabilités sont difficiles à établir. Recruté comme « préparateur psychologique » des Lions en 2005, l’ancien tennisman franco-camerounais Yannick Noah a mis un doigt dans l’engrenage et l’a vite regretté dans les colonnes du quotidien français Le Parisien: « Je viens bénévolement, je paie mon avion, mon hôtel. […] On manque la qualif’ pour le Mondial 2006 sur un penalty raté. Là-dessus, il y a la CAN. J’étais en concert. Il y a un truc qui sort comme quoi pendant la CAN j’avais pour 125000 euros de frais. Je n’y étais pas. En fait, mon cousin avait pris de l’oseille sur mon dos. Il n’est plus ministre… » L’indélicat a été limogé, mais rien n’a changé. Pas besoin d’opposants pour ternir l’image du Cameroun à l’étranger. Les dirigeants du football s’en chargent avec application, et les Lions indomptables assurent le service après-vente. ●

Les héros d’hier se sont mués en une bande d’histrions égocentriques. mués en une bande d’histrions égocentriques, dont il faudra attendre, patiemment, qu’ils quittent définitivement la scène. Les Lions indomptables ajoutent aussi une ligne d’indignité au long palmarès des scandales qui débordent de l’armoire à trophées. Dans ce registre, 2011 aura été encore pire que 2010. Cette année, le Cameroun a déjà annulé, pour diverses raisons, ses matchs contre la Chine (février), le Gabon (mars), le Salvador (août) et le Mexique (septembre). Il n’a pas non plus réussi à se qualifier pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2012. Encore un effort et, dans un

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Soumaïla Cissé « Le président ATT n’est pas là pour soutenir qui que ce soit » Au Mali, ils seront nombreux à se disputer la succession du chef de l’État, le 29 avril 2012. Parmi les favoris, l’ex-patron de l’UEMOA, convaincu que cette nouvelle tentative sera la bonne.

R

arement élection présidentielle au Mali n’aura aiguisé autant d’appétits. En 2007, conscients de ne pas peser bien lourd face au président sortant, beaucoup avaient jeté l’éponge. Au premier tour, ils n’avaient été « que » huit à prendre le risque d’affronter Amadou Toumani Touré (ATT) dans les urnes. Le 29 avril 2012, il en sera tout autrement tant les candidatures – déjà officialisées ou attendues – sont nombreuses depuis que le chef de l’État a confirmé qu’il ne tenterait pas d’aller au-delà de deux mandats. « Grands » ou « petits » candidats, ils devraient être une vingtaine à se lancer dans la bataille. Parmi eux, Soumaïla Cissé, 61 ans. Jusqu’en mars dernier, il présidait la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). En 2002, lâché par son parti de l’époque, l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), il avait dû s’incliner face à ATT au second tour. Cette fois-ci, il portera les couleurs de l’Union pour la République et la démocratie (URD) – une formation qu’il a créée en 2003. JEUNE AFRIQUE:Vos fonctions à l’UEMOA vous ont éloigné du Mali pendant huit ans. N’est-ce pas un handicap quand on brigue la magistrature suprême ? SOUMAÏLA CISSÉ : Pas du tout ! J’ai

acquis une expérience internationale et j’ai eu des contacts riches et variés dans tous les pays que j’ai sillonnés. Pour diriger le Mali, il faut bien connaître les peuples qui nous entourent et leurs dirigeants. De toute façon, je suis resté proche du Mali et des défis auxquels il est confronté. Vous êtes le candidat de l’URD. Pouvezvous compter sur sa fidélité ? En 2002, si vous aviez échoué, c’est aussi parce que votre parti de l’époque ne vous avait pas suffisamment soutenu… N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Nous avons connu des crises au sein de l’URD, mais nous les avons surmontées. Notre parti est aujourd’hui la deuxième force politique du Mali [derrière l’Adema, NDLR]. Il est bien structuré et dynamique. C’est vrai que l’on n’est jamais à l’abri de surprises, mais il n’y a qu’à voir la façon dont ma candidature a été proposée et acceptée à l’unanimité par le bureau exécutif et par l’ensemble des sections et des militants pour être optimiste. Que diriez-vous du bilan d’ATT ?

Qu’il est globalement positif. On peut mettre au crédit du président d’avoir su préserver la paix sociale et développé les infrastructures. Toutefois, il y a eu un certain nombre d’affaires de détournement de fonds et il y a des progrès à faire en matière de gouvernance publique. La justice s’est

Mali le grenier de la sous-région, mais ce doit être fait en préservant les intérêts des populations locales. Le développement du secteur, combiné au développement du secteur des services et à une amélioration de la gouvernance économique, nous permettra de créer des emplois. La présence d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) dans le nord du Mali n’est-elle pas un échec d’ATT ?

Je ne pense pas. Les régions sahéliennes sont très vastes et aucun des pays concernés n’a les moyens de faire face seul à la menace terroriste. Je comprends que le président veuille fédérer tout le monde autour d’une solution : partir en guerre demande des moyens humains et techniques que nous n’avons pas forcément. Êtes-vous de ceux qui affirment que le prochain président du Mali sera le candidat qui aura le soutien d’ATT ?

De fait, on peut présumer que son engagement pourrait orienter des votes. Mais

Depuis dix ans, il n’y a plus vraiment de débats contradictoires à l’Assemblée nationale. saisie de la plupart des dossiers, mais elle tarde à conclure. Il faut faire en sorte que les enquêtes ouvertes soient traitées avec diligence. On peut aussi regretter que, pendant ces dix dernières années, il n’y ait pas vraiment eu de débats contradictoires à l’Assemblée nationale.

je pense qu’il va rester équidistant des candidats, parce qu’il a un rôle d’arbitre et qu’il va s’efforcer d’organiser des élections le plus transparentes possible. C’est dans cette démarche-là que nous devons le soutenir, au lieu de l’inclure dans des petits calculs politiciens !

Les performances économiques du Mali sont-elles satisfaisantes ?

Vous l’aviez soutenu en 2007. N’attendezvous pas qu’il fasse de même ?

Le pays affiche depuis quelques années un taux de croissance supérieur à la moyenne ouest-africaine [environ 5 % par an], mais il ne permet pas de réduire significativement la pauvreté. Il nous faudrait au moins 7 % de croissance, et nous pouvons le faire en investissant davantage et en exploitant mieux nos ressources. Dans l’agriculture, par exemple, nous devons attirer plus d’investissements privés dans l’Office du Niger pour faire du

Je n’attends rien. Je l’ai soutenu parce quej’estimaisqu’ilfallaitl’aideràcontinuer le travail qu’il avait commencé.

On vous reproche d’être un technocrate coupé des réalités des Maliens. Que répondez-vous à cela ?

Ce n’est pas juste! Je pense pouvoir dire que je suis un de ceux qui connaissent le mieux le Mali. J’ai commencé ma carrière à la CMDT [Compagnie malienne pour le JEUNE AFRIQUE


VINCENT FOURNIER/J.A.

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! Le 19 octobre, à Paris. EN 2002, LÂCHÉ PAR SON PARTI, il avait échoué au second tour face à Amadou Toumani Touré.

développement des textiles]. J’ai été, pendant une dizaine d’années, directement en contact avec le monde rural. Je connais ses problèmes. En tant que ministre des Finances puis de l’Équipement, je ne me suis pas contenté d’aller à Paris ou à New York, j’ai sillonné le pays en entier à la rencontre des populations. Un cadre de votre parti, l’ancien ministre de la Santé Oumar Ibrahima Touré, est inculpé dans une affaire de détournement de fonds. Quelle est votre position par rapport à cette affaire ?

Inculpé ne veut pas dire coupable. Il y a une présomption d’innocence qu’il faut respecter. Nous faisons confiance à la justice, mais nous donnons aussi crédit à la bonne foi de notre camarade.

Dans le passé, vos relations avec Dioncounda Traoré, de l’Adema, et Ibrahim Boubacar Keïta, également candidats

à cette présidentielle, ont souvent été conflictuelles. Qu’en est-il aujourd’hui?

Nous entretenons de bons rapports. Nous nous parlons très souvent et nous nous voyons en cas de besoin. Cela dit, nous restons des concurrents, et chacun va fourbir ses arguments pour essayer de conquérir le maximum d’électeurs. Mais tout cela n’empêchera pas la courtoisie, car, après, nous serons amenés à travailler ensemble. Comment voyez-vous les relations entre la nouvelle Libye et le Mali ?

Il faut savoir que les investissements libyens sont nombreux au Mali. Ils ont permis de financer des projets qui sont soit achevés, soit sur le point de l’être. Pour ce qui est des projets dont les financements n’avaient pas encore été débloqués, nous engagerons des négociations avec les nouvelles autorités libyennes et, en cas de difficultés, nous pourrons être amenés

à chercher d’autres sources de financement. Mais la question la plus importante concerne les Maliens de Libye. Certains ont acquis la nationalité libyenne et se sont engagés dans l’armée de ce pays. Aujourd’hui, ils reviennent au Mali avec, parfois, des armes très sophistiquées. Ceux-là, il faut trouver un moyen de les aider à reprendre une nouvelle vie pour que la paix ne soit pas menacée. Pour ceux qui travaillent et vivent en Libye, nous devons veiller à ce qu’ils soient bien traités. Vous avez travaillé pendant plusieurs années avec les présidents des États de l’UEMOA. Certains vous ont-ils apporté leur soutien ?

Il ne s’agit pas de me faire adouber, mais on peut dire que je n’ai pas senti d’hostilité particulière lorsque je leur ai annoncé mes ambitions, et c’est ce qui compte. ● Propos recueillis à Bamako par STÉPHANE BALLONG

TOU T E S L E S M U S IQU E S D’A F R IQU E

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www.africa1.com


38

Afrique subsaharienne d’Abidjan, et notamment du quartier de Yopougon, autrefois fidèle à l’exprésident Gbagbo. « Nous allons tenter de convaincre le maximum de personnes de regagner leur pays, explique Ibrahima En visite à Lomé, le président Ouattara a encouragé les Traoré, représentant du HCR au Togo. 5 000 Ivoiriens qui avaient trouvé refuge au Togo à rentrer chez eux. Mais certains jeunes ont déjà choisi de s’exiler en Europe et ont pris la route du Maroc à la recherche d’une filière par adulte et de 100 dollars par enfant. À Lomé, Alassane Ouattara ce jour, près de 700 Ivoiriens ont d’ores de passage pour le Vieux Continent. » s’est voulu rassurant. Les et déjà demandé à rentrer. D’autres personnalités de l’ancien violences qui ont accomrégime ne souhaitent pas rentrer, de pagné la crise postélectorale ne sont plus qu’un lointain souvenir, et JEUNES PATRIOTES. La plupart des peur d’être arrêtées. La plupart résident les 5 000 Ivoiriens encore réfugiés au 5 000 réfugiés vivent à Lomé ou dans au Ghana, mais effectuent de fréquents Togo peuvent rentrer chez eux, a-t-il les villes environnantes. Environ 3 000 déplacements au Togo et au Bénin. Le insisté. En visite dans la capitale togosont hébergés dans le camp du HCR. Il y député William Attéby ou l’ex-ministre laise les 14 et 15 novembre, il a, avec de la Défense Moïse Lida son homologue Faure Gnassingbé et Kouassi ont ainsi été aperParmi les exilés pris en charge par avec le Haut-Commissariat des Nations çus à Lomé. Les forces l’ONU, beaucoup d’habitants unies pour les réfugiés (HCR), supervisé togolaises sur veillent la signature d’un accord qui pose les du quartier de Yopougon, à Abidjan. ces allées et venues, et le modalités de leur retour. chef de l’État ivoirien a Résultat, le 30 novembre, une cinquana là des Jeunes patriotes, des artistes, des demandé à Faure Gnassingbé d’exécutaine d’Ivoiriens quitteront définitiveétudiants, des éléments des anciennes ter les mandats d’arrêt internationaux ment le Togo. À Abidjan, ils recevront Forces de défense et de sécurité (FDS) et délivrés par la Côte d’Ivoire. ● une aide à la réinstallation de 150 dollars PASCAL AIRAULT leur famille. Beaucoup sont originaires CÔTE D’IVOIRE

Sur la route du retour

À

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Coulisses

Afrique subsaharienne RD CONGO LE GRAND FRISSON

LIBERIA

Election blues

Spectaculaire éruption dans les Virunga, dans l’est de la RD Congo – un parc national autrefois connu pour ses gorilles et plus récemment pour les nombreux groupes rebelles qui y sont présents… Les quelques rares touristes qui s’y aventurent encore sont désormais invités à venir admirer les jets de lave (projetés à plus de 200 mètres de haut!) du volcan Nyamulagira, entré en éruption le 6 novembre.

Pour Ellen Johnson-Sirleaf, réélue, commence une difficile période de négociations avec l’opposition.

CHRISTOPHE LE BEC JEUNE AFRIQUE

CAI TJEENK WILLINK/AP/SIPA

D

ans les semaines qui viennent, Ellen Johnson-Sirleaf devra montrer qu’elle mérite bien le Nobel de la paix, qui lui a été attribué juste avant les élections. Officiellement réélue à la tête du Liberia avec 90,7 % des voix face à Winston Tubman (9,3 %), elle aura fort à faire, après une période électorale calamiteuse. Les Libériens ont été marqués par la violence de la répression d’une manifestation de l’opposition, qui a fait au moins deux morts, le 7 novembre, à la veille du second tour. Inquiets, ils ont massivement suivi l’appel au boycott lancé par Tubman et son parti, le Congrès pour le changement démocratique (CDC) : avec un taux de participation de seulement 38,7 % (contre 74 % au premier tour), la position de Sirleaf est fragile. À la Chambre des représentants, renouvelée en même temps, son parti a gagné des positions (22 sièges sur 64, contre 8 sous la précédente législature), mais il n’a pas la majorité. Il devra composer avec le CDC, mais aussi avec l’Union nationale pour le progrès démocratique de Prince Johnson, ex-chef de guerre, et avec les députés indépendants. Pour Sirleaf commence une période de négociations compliquée. Sa marge de manœuvre va dépendre essentiellement de l’attitude du CDC, dont les leaders sont divisés. En témoignent les atermoiements deTubman:le11novembre,ilsedisaitprêt à collaborer avec Sirleaf, mais se rétractait le lendemain, rappelé à l’ordre par l’aile dure du parti, menée par George Weah, son colistier. Toutefois, la nomination de Leymah Gbowee, colauréate du Nobel avec Sirleaf, à la tête de la nouvelle commission de réconciliation et celle de sœur Mary Laurene Browne pour enquêter sur les dérivespolicièresdu7novembredevraient apaiserlesesprits.CertainscadresduCDC, et Tubman lui-même, pourraient alors se montrer ouverts à des propositions de postes ministériels. ●

ALIMENTATION MANIOC EN DANGER Essentiel, mais menacé. Dans les Grands Lacs ou en Afrique de l’Est, où il fournit le tiers des apports caloriques des populations, le manioc est touché par un virus particulièrement agressif. Il s’agit d’une nouvelle variante de la maladie de la striure brune du manioc, qui menace de se transformer en épidémie, prévient l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Déjà très touchés: le Rwanda et le Burundi. Aucune des variétés

de manioc consommées en Afrique n’est pour l’instant résistante à la maladie.

couleurs les plus rares et les plus convoitées.

VENTE RECORD JOLI CAILLOU

Les victimes de l’attentat perpétré en septembre 1989 contre le DC-10 d’UTA ont désormais leur monument auTchad. Il a été inauguré le 16 novembre, à N’Djamena. L’appareil avait quitté Brazzaville et devait rallier Paris, via la capitale tchadienne, mais avait explosé au-dessus du Niger. L’enquête avait révélé que l’attentat, qui avait coûté la vie à 170 personnes, avait été organisé par le régime du colonel Kaddafi.

C’est l’un des plus gros diamants au monde. Mis en vente à Genève par la maison Sotheby’s, le Sundrop (« Goutte de soleil »), avec ses 110,3 carats, a été adjugé, le 15 novembre, pour plus de 8 millions d’euros. Originaire d’Afrique du Sud, ce diamant jaune a été certifié comme le plus grand « Fancy Vivid Yellow » jamais découvert – l’une des

TCHAD IN MEMORIAM

N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Maghreb & Moyen-Orient

ALGÉRIE

Alliés d’hier,

rivaux de demain Coalisés depuis plus de dix ans, islamistes et nationalistes s’entredéchirent aujourd’hui dans la perspective des élections législatives de mai 2012… et de l’après-Bouteflika.

CHERIF OUAZANI

L

e Printemps arabe semble avoir fait une victime collatérale en Algérie: l’Alliance présidentielle. Créée en février 2004, cette coalition islamo-nationaliste, qui détient une confortable majorité à l’Assemblée populaire nationale (APN), est en voie d’implosion. De sérieuses divergences de fond à propos des réformes politiques préconisées par le président Abdelaziz Bouteflika en matière de gouvernance et de pratique démocratique ont eu raison de cet improbable attelage. Selon le règlement intérieur de l’Alliance, les leaders des trois formations qui la composent doivent se réunir en sommet tous les trois mois, avec une présidence tournante à un rythme également trimestriel. Mais le dernier sommet remonte à décembre 2010, et Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), en assure depuis la présidenceenexercice.«Celarappellelamoribonde Union du Maghreb arabe [UMA, NDLR], ironise un député islamiste. Kaddafi n’était-il pas président en exercice de l’UMA depuis plus de dix ans, date du dernier sommet de l’organisation régionale ? » Composée des islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP, de Bouguerra Soltani) et des nationalistes du FLN et du Rassemblement national démocratique (RND, du Premier ministre Ahmed Ouyahia), cette coalition est antérieure à l’arrivée au pouvoir de Bouteflika, en avril 1999. Elle avait déjà servi de base politique à son prédécesseur, le général Liamine Zéroual (1995-1999). À l’époque, elle comprenait, outre le trio FLN-RND-MSP, les N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

laïques du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, de Saïd Sadi, aujourd’hui dans l’opposition) et les réformistes du Parti du renouveau algérien (PRA, de Noureddine Boukrouh). En février 2004, la coalition devient une Alliance dont l’objectif est de faire réélire Bouteflika, « menacé » par une fronde au sein du FLN, qui avait investi son secrétaire général, Ali Benflis, à la présidentielle d’avril 2004. Benflis est alors débarqué par un « mouvement de redressement » emmené par Abdelaziz Belkhadem, et le FLN est neutralisé par sa « dilution » au sein d’une coalition sous contrôle. Depuis, l’Alliance a prospéré, fournissant la quasi-totalité des membres de l’exécutif, servant de porte-voix à la présidence et Tour à tour, les élus militant pour une révision de la édulcorent les réformes Constitution en novembre 2008 lancées par le président. pour permettre à Bouteflika de briguer un troisième mandat et de « parachever son œuvre », dixit Bouguerra Soltani. Pourquoi cet alliage islamo-conservateur n’a-t-il pas résisté au Printemps arabe ? L’intrusion des révolutions tunisienne et égyptienne dans l’actualité mondiale a bouleversé l’agenda politique en Algérie. Pour répondre aux demandes insistantes de changement, Bouteflika a annoncé, le 15 avril dernier, son intention d’introduire des « réformes politiques profondes ». Et le bel unanimisme qui caractérisait jusque-là l’Alliance de voler en éclats. En Conseil des ministres, les discussions autour des projets de loi sur les partis, les élections ou la participation des femmes dans la vie politique tournent à l’affrontement idéologique entre alliés. Pis : les débats parlementaires JEUNE AFRIQUE


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COMBIEN PÈSENT-ILS ?

FLN

9 ministres, dont 1 ministre d’État

Président de l’Assemblée

136 députés

RND

Président du Sénat

(2e personnage de l'État)

Premier ministre

5 ministres

62 députés

MSP 51 députés SAMIR SID

4 ministres

aggravent la fracture, au point que les députés de l’Alliance affichent leur hostilité aux réformes de Bouteflika. « Il n’y a plus d’“alliance”, s’amuse un député du Parti des travailleurs (PT, de Louisa Hanoune), quant à “présidentielle”, l’adjectif est de moins en moins approprié. » En effet, tour à tour, les élus de l’Alliance édulcorent les textes soumis par le président au Parlement. L’obligation faite aux ministres qui se présentent à la députation de démissionner trois mois avant le scrutin ? Elle est purement et simplement rejetée par les groupes parlementaires du FLN et du RND. Le quota de 30 % de femmes sur les listes électorales lors des législatives ou des municipales? Les islamistes du MSP réussissent à le ramener à 20 %. L’interdiction du nomadisme politique ? Les trois groupes parlementaires se donnent en spectacle en affichant leurs divergences, parfois entre élus du même bord. Bref, une image affligeante. GUERRE DES EGO. L’Alliance pâtit aussi de la

proximité des législatives de mai 2012. Rivaux chassant sur les mêmes terres, les trois alliés sont amenés à s’entredéchirer, la logique électorale les conduisant à se dénigrer les uns les autres. Convaincus d’être la première force politique JEUNE AFRIQUE

€ De g. à dr. : ABDELAZIZ BELKHADEM (FLN), BOUGUERRA SOLTANI (MSP) et AHMED OUYAHIA (RND).

du pays – victime de fraudes lors des dernières législatives –, les Frères musulmans du MSP, sur un nuage depuis la victoire d’Ennahdha en Tunisie et l’avènement du Conseil national de transition (CNT) en Libye, multiplient les sorties hostiles à l’égard de leurs partenaires. Pour masquer la dissidence qui mine le FLN, Belkhadem attaque volontiers le RND en s’en prenant ouvertement au gouvernement que dirige Ahmed Ouyahia et dont il est lui-même membre (certes à la tête d’un maroquin spécial de représentant personnel du président de la République). Mais plus encore que les divergences idéologiques (les lignes de séparation étant si ténues) et les rivalités électorales, ce sont les ego et les ambitions des trois leaders qui ont conduit à l’implosion de l’Alliance. Autre conséquence du Printemps arabe : Abdelaziz Bouteflika ne briguera sans doute pas un quatrième mandat en 2014. D’autant qu’au nouveau contexte régional est venu s’ajouter l’état de santé précaire du président, révélé au grand jour le 15 avril lors de son adresse à la nation. Le chef de l’État y était apparu très affaibli. Dès lors, aux yeux des patrons de l’Alliance, sa succession était ouverte. Les alliés d’hier ont pris conscience qu’ils sont devenus les rivaux de demain. ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


Maghreb Moyen-Orient

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PAUL WHITE/AP/SIPA

LE PETIT FRÈRE DE FEU HAFEZ AL-ASSAD, dans son bureau de Marbella, en Espagne, en 2005.

SYRIE

Tonton flingueur

Exilé depuis 1998, Rifaat al-Assad, oncle de Bachar, appelle son neveu à quitter le pouvoir et se dit prêt à assurer l’intérim. Une ambition pour le moins incongrue…

B

achar al-Assad avait raison : à l’étranger, des plans sont ourdis pour précipiter sa chute. Par sa propre famille… Le 13 novembre, lors d’une conférence de presse à Paris, où il est réfugié depuis 1998, son oncle Rifaat, petit frère de feu le président Hafez, a lancé sa propre coalition, le Conseil national démocratique, et appelé son neveu à engager la transition sous l’égide de la communauté internationale. À l’écouter, il est l’homme de la situation, prêt à assurer l’intérim, puis à laisser le pouvoir au plus légitime. Mais comment croire celui dont l’éternelle obsession a été de s’installer dans le fauteuil présidentiel ? « Il veut sa revanche et accomplir son rêve de pouvoir : il serait prêt à tout pour cela », explique Violette Daguerre, présidente de la Commission arabe des droits humains. Il semble prêt, en tout cas, à une fulgurante conversion pour retrouver le chemin de Damas. Avant de tomber en disgrâce après avoir manqué un coup d’État en 1984, cet opposant désormais pétri d’humanité fut en effet, pendant près de quinze ans, l’exécuteur des N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

basses œuvres de son frère. En Syrie, il a été le symbole honni de la violence et de la corruption du régime. Jeune capitaine de 33 ans quand Hafez s’empare du pouvoir en 1970, il se voit alors confier l’organisation des Brigades de défense, un corps d’élite autonome et dévoué à son chef et qui comptera jusqu’à 55 000 hommes.

ville et tuent près de 20 000 civils. Pour les Syriens, Rifaat sera toujours « le boucher de Hama ». En 1983, quand son frère fait une crise cardiaque, il croit son heure venue et déploie ses brigades à Damas. Mais il se heurte à l’opposition des autres chefs militaires : Hafez n’est pas mort, et Rifaat doit quitter le pays. Ses brigades sont dissoutes. Nommé vice-président, en guise de réhabilitation de façade, quelques mois plus tard, il ne rentrera en Syrie qu’en de rares occasions. Depuis ses exils dorés de Genève, Marbella, Londres et Paris, il guette l’occasion de revenir en force. Sa fortune, estimée à plusieurs milliards d’euros, lui permet de lancer des journaux et une chaîne satellitaire, Arab News Network, tout à sa gloire. Encore dangereux pour Hafez, qui prépare son fils Bachar à la succession, il est déchu de ses fonctions pour trahison en 1998. Depuis 2000 et l’avènement de Bachar, Rifaat ne cesse de discréditer son neveu. En 2005, alors que la Syrie est soupçonnée d’avoir orchestré l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri, il appelle le peuple à « se soulever pacifiquement contre le régime ». Les événements de 2011 lui donnent l’occasion de se remettre en scène. « Il tente sa chance, mais ses handicaps pèsent beaucoup plus lourd que ses atouts », commente Karim Bitar, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Un autre ex-pilier du régime s’est présenté pour la curée. Ennemi intime de Rifaat, ex-viceprésident, Abdel Halim Khaddam a lancé à Paris son propre Comité national de

« LE BOUCHER DE HAMA ». Ce corps est en première ligne dans la lutte contre les Frères musulmans, qui tentent à l’époque de Les Syriens n’ont pas oublié qu’il s’imposer par la violence. a longtemps été l’exécuteur Une sale guerre au cours de laquelle Rifaat se taille des basses œuvres du régime. une sinistre réputation. En juin 1980, son frère échappe à un soutien à la révolution syrienne, une attentat. Ses brigades vont le venger : semaine avant son concurrent. Lui aussi un détachement est envoyé à la prison avait cru en sa bonne étoile à la mort de Palmyre pour mitrailler cellules et de Hafez. Mais, comme Rifaat, il a dû dortoirs. Selon Amnesty International, prendre le chemin de l’exil en 2005. « Ils « le nombre de victimes oscille entre viennent semer le trouble au sein d’une 500 et 1 000, pour la plupart des Frères opposition déjà divisée », se désole Violette Daguerre. Et la discréditent musulmans ». Deux ans plus tard, quand Hama se soulève à l’appel des Frères, un peu plus. ● les Brigades de défense pilonnent la LAURENT DE SAINT PÉRIER JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

TRIBUNE

HICHEM

Éd

NABIL KAROUI Patron de la chaîne privée tunisienne Nessma TV

Nessma TV n’est pas « Charlie Hebdo »

L

ABSURDE ACCOMPAGNE SOUVENT ce que les réactionnaires considèrent comme leur lutte, le combat contre ceux qui, selon eux, bafouent les croyances et les valeurs morales. On serait tenté de faire un parallèle entre la publication de caricatures du Prophète par Charlie Hebdo et la diffusion de Persepolis sur notre antenne. Mais le seul point commun entre ces deux affaires se résume à des images et à un discours qui dérangent et que certains ont pris comme prétexte à un déchaînement de violence extrême. On condamne des images par des actes criminels. Charlie Hebdo est un journal satirique ; l’insolence est intrinsèque à sa ligne éditoriale. Dans l’espace démocratique, cela ne pose aucun problème. Les médias sont totalement affranchis des pouvoirs, et la liberté d’expression est un principe intangible. L’usage qui en est fait, parfois discutable, n’est jamais remis en question. Au pire, les tribunaux tranchent. La provocation est aussi le fonds de commerce de Charlie Hebdo ; quand on fait de Mohammed le rédacteur en chef du magazine, on doit s ’attendre à des réactions. Ce n’est pas dans ce registre que s’inscrit Nessma TV. La provocation délibérée n’est pas dans notre modus operandi. Persepolis était à sa vraie place. Nous ne cherchions pas à faire scandale mais à susciter le débat autour d’une question essentielle : est-ce qu’une révolution faite par un peuple peut déboucher sur une tyrannie islamiste ? Il fallait qu’elle soit posée, mais l’instrumentalisation de cette diffusion par des mouvances religieuses a transformé un combat d’idées en une querelle identitaire, ce qui a permis aux dites mouvances de faire prévaloir leur point de vue.

malveillance et de la calomnie, aussi bien sur les réseaux sociaux que sur la télévision nationale. Les modernistes nous ont accusés de tous les maux et nous ont, paradoxalement, traités comme des parias. On sait bien que celui qui veut tuer son chien dit qu’il a la rage. Pourtant, nous ne souhaitions pas heurter les sensibilités et nous avons engagé notre responsabilité sans nous défausser sur qui que ce soit. Cette erreur d’appréciation, que nous assumons comme une erreur humaine, nous a mis dans la position d’« hérétiques » désignés à la vindicte des réactionnaires. Or la polémique du « Persepolisgate » est d’une autre nature que celle de Charlie Hebdo. C’est une vraie déflagration dans un espace qui tenait pour acquise l’une des revendications de la révolution tunisienne : la liberté d’expression. Nul n’aurait pu imaginer les proportions prises par la diffusion du film de Marjane Satrapi, d’autant qu’il avait déjà été projeté en Tunisie sans susciter de réaction et que certains feuilletons religieux ont un contenu bien plus subversif. La diffusion de Persepolis

Nous tenions pour acquise l’une des revendications de la révolution tunisienne : la liberté d’expression. À tort…

Dans tous les cas, Charlie Hebdo est la victime et a reçu le soutien de la profession et de l’opinion publique. Alor s que pour Nessma TV, la dynamique a été celle d’une boule de billard. Nous avons été marginalisés et traités comme des criminels, avec en face une monstrueuse machine à produire de la JEUNE AFRIQUE

est un non-événement qui a été récupéré politiquement. Mais le plus grave est que les valeurs sont finalement dictées par les islamistes. Une erreur d’évaluation a pris les allures de tragédie grecque ; victimes sur le plan professionnel et personnel, nous sommes en outre poursuivis pour troubles à l’ordre public, comme si c’était nous qui avions incité à la violence, suscité les manifestations, passé le mot d’ordre de lynchage aux imams de 2 400 mosquées et fait distribuer 2 millions de pamphlets diffamatoires. Personne ne se demande qui est derrière tout cela, d’autant que tous les agresseurs ont été relâchés après avoir écopé… d’une amende de 4,50 euros ! Qui aura désormais, en Tunisie, le courage d’aborder les vrais sujets ? Un système politique dont le principal référentiel est Dieu peut conduire à une dictature encore plus terrifiante que celle de Ben Ali. ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Maghreb Moyen-Orient

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ð Le Guide suprême, ALI KHAMENEI, lors des obsèques des victimes, le 14 novembre.

AP PHOTO/OFFICE OF THE SUPREME LEADER

États-Unis sur la liste des organisations terroristes. Mais, depuis sa retraite parisienne, la porte-parole du mouvement, ShahinGhobadi,démentcatégoriquement: « Le MEK n’a rien à voir, ni directement ni indirectement, avec cette explosion. Je crois que ces accusations fallacieuses ont été propagées par le régime clérical. » ENDIGUEMENT. Difficile de dénouer cet

IRAN

L’ombre du Mossad

Selon certaines sources, l’explosion qui a coûté la vie à dix-sept Gardiens de la révolution, dont un haut responsable du programme de missiles à longue portée, porte la signature de Tel-Aviv.

L

a déflagration a résonné jusqu’en plein cœur de Téhéran. Le 12novembre,uneexplosionsecoue la base militaire de Bigdaneh, à 40 km de la capitale. Les autorités militaires encerclent le périmètre, les sites web relayant les photos des lieux sont immédiatement bloqués. Le bilan est lourd : 17 Gardiens de la révolution sont tués, dont le général Hassan Moghaddam. Haut responsable du programme de missiles à longue portée, Moghaddam est réputé

proche d’Ali Khamenei. Confirmant la rumeur, le Guide suprême assiste, deux jours plus tard, aux obsèques. Des funéraillesdemartyrs,retransmisesparlatélévision d’État. « Ne croyez pas les Iraniens. Ce n’estpasunaccident»,confieundiplomate occidental au magazine Time. Pour lui, l’attentat porte la signature de Tel-Aviv. Plus précis encore, le New York Times évoqueuneopérationconjointeduMossad et des Moudjahidine du peuple (MEK), un groupe d’opposition inscrit par les

écheveau d’accusations anonymes et de dénégations suspectes. Le 16 novembre, le président du Parlement, Ali Larijani, ajoute au mystère en qualifiant de « fictions » toutes les pistes évoquées, les Iraniens rechignant à reconnaître leur impuissance face aux assassinats ciblés. En novembre 2010, le physicien Majid Shahriari meurt dans un attentat à la bombe ventouse alors qu’il se rendait à l’université de Téhéran. À peu près au même moment, son collègue Fereydoun Abbassi Davani échappe de peu à une attaque similaire. Entre la menace d’une guerre brandie par Israël et l’impasse diplomatique, une troisième voie semble aujourd’hui explorée : une politique d’endiguement menée par les États-Unis, avec leurs alliés du Conseil de coopération du Golfe (CCG), couplée à des actes de sabotage contre le programme nucléaire iranien. Ni guerre ni paix. ● YOUSSEF AÏT AKDIM

Coulisses ISRAËL-FRANCE BAVURE À GAZA Majdi Shakoura, consul de France à Gaza, sa femme et sa fille de 13 ans ont été blessés, dans la nuit du 13 au 14 novembre, lors d’un raid israélien contre un commissariat de police situé à 200 m de la résidence du diplomate. Le souffle a projeté des éclats de verre sur le consul et sur sa fille, et causé une hémorragie à son épouse, qui, enceinte de deux mois, a perdu son N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

bébé. Le Quai d’Orsay, qui a convoqué l’ambassadeur d’Israël le 16 novembre, « déplore vivement » l’incident, sans toutefois demander d’excuses. QATAR DIALOGUE DES CULTURES La capitale du Qatar accueille, du 11 au 13 décembre, le 4e forum de l’Alliance des civilisations-ONU (Unaoc). Créé en 2005, cet organisme vise à jeter des ponts entre les civilisations

et à favoriser l’émergence d’une culture universelle de la paix. L’événement rassemblera gouvernants, organisations internationales et sociétés civiles autour de thèmes tels que « Le rôle du sport dans le dialogue interculturel » ou « Les minorités religieuses ». KOWEÏT INVASION CITOYENNE Des milliers de manifestants ont brièvement envahi les

bâtiments du Parlement koweïtien, le 16 novembre, pour réclamer la démission du Premier ministre. Celui-ci est accusé depuis plusieurs semaines d’avoir versé des centaines de millions de dollars de pots-de-vin à des députés progouvernementaux. Ce scandale a déjà conduit le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères à démissionner, le 18 octobre. JEUNE AFRIQUE


CAMILLE MILLERAND POUR J.A.

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€ « Comme j’interpellais Kaddafi hier, je m’adresse aujourd’hui à MUSTAPHA ABDELJALIL pour poser la même question : “Où est mon mari ?” »

LIBYE

Baha Kikhia

« Je veux enfin connaître la vérité » L’épouse de Mansour Kikhia, l’ancien opposant du « Guide » ne désespère pas de savoir ce qui est arrivé à son mari, enlevé en 1993 au Caire. Et demande aux nouvelles autorités de faire la lumière sur les circonstances de sa disparition.

Propos recueillis par

M

HAMID BARRADA

ansour Kikhia, alors âgé de 63 ans, a disparu le 10 décembre 1993 au Caire et n’est jamais réapparu. Il setrouvaitdanslacapitaleégyptiennepour participer à un colloque sur les droits de l’homme dans le monde arabe. Ancien ministre libyen des Affaires étrangères, il avait rompu avec Kaddafi en 1980. Depuis, vivant en exil avec sa femme et JEUNE AFRIQUE

leurs enfants, il militait pour un régime démocratique dans son pays, tout en se tenant à l’écart des entreprises de déstabilisation de la Jamahiriya téléguidées par des services extérieurs. L’enlèvement de l’opposant libyen rappelle immanquablement l’affaire Mehdi Ben Barka. On y retrouve les mêmes ingrédients. À ceci près: il n’y a pas eu d’affaire Mansour Kikhia. Hosni Moubarak, chez

qui le forfait a été accompli, était à l’évidence coupable, ou à tout le moins responsable. Mais il n’y a pas eu de rupture diplomatique fracassante entre l’Égypte et la Libye. De même, point de mobilisation de l’opinion internationale. J.A. avait été presque seul à l’époque à avoir révélé le scandale et suivi les démarches de la famille pour retrouver la trace du disparu. Ahmed Ben Bella fut sans doute l’unique personnalité à intervenir en ce sens auprès de Kaddafi, lequel avait réagi par une rafale d’insultes sur le « traître ». Mais l’ex-président algérien n’avait pas apprécié qu’on évoque sa démarche, soucieux de ne pas s’aliéner son « ami Kaddafi ». Aujourd’hui que le « Guide » n’est plus là pour corrompre les États et les consciences, on devrait connaître enfin la N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


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Maghreb Moyen-Orient Libye vérité sur l’affaire Mansour Kikhia. C’est ce que n’a cessé de réclamer sa famille depuis dix-huit ans. On attend des dirigeants de la nouvelle Libye qu’ils répondent à cette exigence. Comme le dit son épouse, Baha Kikhia, il y va de leur honneur et de leur crédibilité.

a dit encore que des enquêtes menées sur les instances du Conseil national de transition [CNT] n’ont pas confirmé ces assertions contradictoires, qui restent des rumeurs.

déclarations. » « Moi aussi! » ai-je répondu, avant d’enchaîner : « Combien avez-vous d’enfants? — Cinq. — Que Dieu veille sur eux. Vous savez, il n’y a rien de plus terrible pour un père que d’être privé de son enfant ou pour un enfant que d’être privé de son Que sont devenus les personnages qui père… » Il écoutait, impassible. J’ai pouront été mêlés à l’enlèvement au Caire ? suivi : « Vous êtes un Bédouin et, comme Je n’ai aucune nouvelle de Youssef Salah tous les Bédouins, vous devez placer les JEUNE AFRIQUE : Comment avez-vous Nejm. Mais Ahmed Salim Naama, lui, qui valeurs d’honneur et de noblesse au-desréagi à la mort de Mouammar Kaddafi ? sait tout de l’affaire, vit confortablement sus de tout. Si, au nom de ces valeurs, un BAHA KIKHIA : Je l’ai appris immédiaà Paris. homme se met sous votre protection, vous tement en regardant Al-Jazira. ne pouvez lui faire, fûtil votre pire ennemi, le J’ai été surprise par une fin aussi rapide. On croyait qu’il moindre mal. Imaginez donc que Rachid, le allait résister, qu’il avait les fils de Mansour, vous moyens – les hommes, les armes et l’argent – pour tenir demande: “Où est mon longtemps, et voilà qu’il père ?” » Ici, le colonel est attrapé dans une sorte a consenti à répondre. € En 1997, des membres du DÉPARTEMENT D’ÉTAT AMÉRICAIN et de la CIA d’égout… Ironie du sort ou Exactement ceci : « Il annoncent à Baha que Mansour a été exécuté au début de 1994 et justice divine, lui qui assimiest vivant, si Dieu lui remettent une note informelle reprenant leurs conclusions. lait son peuple à des « rats » et le veut. » J’ai bondi : ses opposants à des « chiens « Comment le savezerrants » a connu une fin d’animal traVous aviez été reçue par Kaddafi à Tripoli. vous ? — Comme vous m’avez demandé d’imaginer la question, je me suis exécuté qué. Pour autant, les scènes de son lynComment la rencontre avait-elle été et j’ai imaginé également la réponse. » chage diffusées à la télévision ne m’ont organisée et que vous avait-il dit ? Kaddafi me dira encore : « Mansour pas du tout réjouie et m’ont même paru C’était en juin 1994, sept mois après est mon frère. Nous avons mangé dans insupportables. la disparition de Mansour. J’habitais en la même guessaa [plat en terre dans France, et le colonel m’avait adressé une lequel mangent ensemble les paysans]. Il est quand même l’assassin de votre invitation par le truchement de l’ambasJe l’aime et il m’aime. Il n’a jamais été un mari… sade de la Jamahiriya à Paris. Son initiative Qu’il ait commandité et organisé l’assasopposant… » Je l’ai interrompu : « Non, intervenait après la publication de mon sinat de Mansour, il n’y a aucun doute Mansour est un opposant, parce qu’il n’est interview dans Jeune Afrique, parue en là-dessus. Il est clair également que la pas d’accord avec vous sur la manière de couverture sous le titre : « Kaddafi, où disparition du tyran est une délivrance conduire le pays et plaide pour des instituest mon mari ? » [no 1725, du 27 janvier pour la Libye et les Libyens. Mais elle ne tions démocratiques… » Il m’interrogea à au 2 février 1994]. J’avais accepté de me me réjouit pas, car je suis incapable de me son tour : « Combien avez-vous d’enfants rendre à Tripoli accompagnée de ma réjouir de la mort de quelqu’un. Ma fille avec Mansour? — Rachid et Jihane. — Le sœur et de Tamara Kohns, une militante Jihane [24 ans, NDLR] a réagi de la même choix du prénom de la fille, c’est bien sûr américainedesdroitsdel’homme,amiede manière. Rachid [son fils, 28 ans], plus en hommage à la femme de Sadate… Mansour. Une Mercedes de l’ambassade traumatisé que nous tous par le drame qui — Détrompez-vous, c’est le prénom de était venue nous chercher à Garches, où a frappé notre famille, se tenait à l’écart de ma mère ! » je résidais, pour nous conduire à Orly. tout ce qui concerne la Libye. Ses premiers Le colonel était flanqué de À l’époque, la Libye était mots à l’annonce de la mort de Kaddafi : plusieurs personnages, dont soumise à des sanc« Enfin, on va connaître la vérité ! » Abdallah Senoussi [le patron tions internationales, et des services de renseignec’est dans un avion de ment] et Mohamed Hijazi, Avez-vous reçu des informations sur Tunisair que nous avons le sort de votre mari après la chute du ministre de la Justice. Il a fait gagné Djerba, où nous régime de Kaddafi ? un signe à Senoussi, qui a attendait une escadre de On nous a rapporté des versions sur apporté un paquet de phoquatre limousines pour l’enlèvement qui varient plus ou moins tos qu’il a étalées sur une nous amener à Tripoli. avec ce qu’on nous avait raconté à l’époque table. On y voyait Kaddafi et Nous sommes descendues du drame, ainsi que des spéculations sur Mansour au milieu d’autres à l’hôtel Mehari, et c’est le sort de Mansour. Un ancien prisonnier dignitaires : « Qu’en penle surlendemain dans la l’auraitrencontrédansuneprisonàShahat, sez-vous? » m’interrogea le soirée que le colonel nous € Elle avait été reçue à proximité d’El-Beïda. Un autre aurait colonel. J’ai répondu: « Vous a reçues sous sa tente, à par Kaddafi après la assuré qu’il s’était trouvé avec Mansour allez vous mettre en colère: Bab el-Aziziya. Il a engagé publication de son jusqu’en 2001. Plus d’un affirment que de vous tous, Mansour est le la conversation par ces interview dans J.A. mon mari serait encore en vie. On nous plus beau ! » Il a souri. mots : « Je suis toutes vos (N 1725), en 1994. O

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JEUNE AFRIQUE


L’interview de Baha Kikhia

CAMILLE MILLERAND POUR J.A.

ð Avec ses filles JIHANE (à g.) et MAYA (à dr.), née d’un premier mariage, devant les locaux de Jeune Afrique, le 10 octobre, à Paris.

Il n’était pas loin de minuit. Dehors, la pleine lune dans toute sa splendeur. Il m’a demandé : « Comment avez-vous trouvé Tripoli ? » Comme je n’avais rien à dire, j’ai désigné la lune : « Elle est magnifique, elle est plus belle qu’en Syrie… — Mais nous ne saurions jamais vous égaler dans les belles paroles ! » Je suis revenue à la charge : « Où est Mansour ? — Demandez-le à la CIA et aux Égyptiens ! » J’ai insisté : « Mansour est un citoyen libyen, et, au moins à ce titre, vous devez vous enquérir de ce qu’il est devenu auprès des responsables égyptiens. » Il est revenu sur mes enfants pour me demander s’ils n’avaient besoin de rien. J’ai répondu que je m’en occupais et qu’on aimerait seulement disposer des biens de Mansour bloqués en Libye avant même sa disparition. J’ai ajouté que j’avais effectué des demandes auprès de la représentation libyenne en France pour que Rachid et Jihane aient leurs papiers, comme l’a toujours souhaité leur père. Mais que j’avais essuyé un refus au motif qu’« un tel droit ne pouvait profiter aux enfants des chiens errants »… Kaddafi a aussitôt ordonné à Senoussi de nous donner des passeports. La rencontre a duré une bonne heure. Avez-vous demandé à revoir Kaddafi ?

À plusieurs reprises, sans résultat. Et chaque fois, c’est Moussa Koussa [patron des services extérieurs, puis ministre des Affaires étrangères] qui me recevait et se chargeait de transmettre au « Guide » mes JEUNE AFRIQUE

messages. Il m’a reçue successivement les étés 1994, 1997, 1998 et 1999, et se montrait toujours d’une grande courtoisie. Au cours de l’une de ces rencontres, je lui avais remis une lettre contenant les questions sur des personnages, dont Nejm, qui avaient cherché à voir mon mari le jour de son enlèvement. Koussa

lui-même m’avait écrit au lendemain de l’enlèvement, puis m’avait reçue avec les enfants en 1995. En 1997, deux fonctionnaires appartenant, m’ont-ils déclaré, au département d’État et à la CIA se sont présentés à mon domicile, à Washington. Ils venaient m’annoncer que Mansour avait été « malheureusement tué au début de 1994 et son corps détruit ». Puis ils m’ont remis un simple papier sans en-tête ni aucune mention officielle reprenant ces conclusions. J’ai immédiatement réclamé des preuves, en vain. J’ai téléphoné alors à Anthony Lake, sans résultat. Pensez-vous connaître enfin la vérité aujourd’hui ?

Une chose est sûre: la vérité sur le destin de Mansour Kikhia se trouve en Libye. Et aujourd’hui toutes les conditions sont réunies pour qu’on sache s’il est vivant ou s’il a été assassiné. Dans ce dernier cas, nous avons de fortes chances de découvrir dans quelles circonstances et où se trouve sa dépouille. De nombreux responsables du régime ont fait défec-

Le colonel me montra une photo. « De vous tous, Mansour est le plus beau », ai-je lâché. avait aussitôt transmis ma lettre, et j’avais dû le revoir parce que Kaddafi réclamait des précisions : pourquoi Nejm ? Qui le met en cause ? Etc. Que vous avait dit Moussa Koussa sur le sort de Mansour ?

D’emblée, il m’avait assuré qu’il ne connaissait rien de l’affaire. Qu’ont donné vos démarches aux ÉtatsUnis ?

Grâce à Tamara, j’avais obtenu le concours [gracieux] d’un grand avocat, William Rogers, ancien secrétaire d’État, aujourd’hui disparu. Arguant de ma qualité de citoyenne américaine, il avait saisi tous ceux qui étaient susceptibles de fournir des informations sur le sort de mon mari ou d’enquêter sur sa disparition. J’avais été reçue par Anthony Lake, le patron du Conseil de sécurité nationale sous Clinton. Le président

tion. Le CNT a les moyens de savoir et a toute latitude pour diligenter les enquêtes nécessaires. Il y va de sa crédibilité. C’est en matière de droits de l’homme que le monde jugera si le nouveau régime est différent du précédent, et il sera sur la bonne voie s’il commence par faire la lumière sur les graves violations qui ont jalonné les années Kaddafi. L’affaire Mansour Kikhia est emblématique à cet égard. Plus qu’une victime, Mansour était un précurseur. Il s’était totalement investi dans la lutte pour les droits de l’homme et pour les valeurs démocratiques qui ont fini par s’imposer en Libye. Ce n’est pas un hasard s’il a été enlevé alors qu’il allait assister à un colloque sur les droits de l’homme dans le monde arabe. Comme j’interpellais Kaddafi hier, je m’adresse aujourd’hui à Mustapha Abdeljalil, le président du CNT, pour poser la même question : « Où est mon mari ? » ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Europe, Amériques, Asie

FRANCE L’ancien président rêvait de moderniser la démocratie et d’imposer un style de gouvernement en rupture complète avec celui de ses prédécesseurs : en 1981, il échoua à obtenir un second mandat. À certains égards, son aventure n’est pas sans évoquer celle de Nicolas Sarkozy…

Le syndrome

HENRI MARQUE

I

l aura suffi que Jean-Pierre Chevènement annonce sans surprise sa candidature à la présidentielle pour réveiller la crainte à gauche, et l’éventualité dans les médias, d’une finale de 2002 à l’envers, avec Nicolas Sarkozy dans le rôle de Lionel Jospin. Conjecture aventureuse. Si Marine Le Pen demeure à un niveau jamais atteint par son père, elle ne progresse plus et perd même des points dans certaines enquêtes. Quant à Chevènement, peu assuré de retrouver le million et demi de voix qui priva les socialistes de second tour, le PS ne désespère pas de le récupérer, comme Nicolas Sarkozy l’a fait avec Jean-Louis Borloo. Une autre comparaison semble plus actuelle, en tout cas plus riche d’enseignements : celle du septennat de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) et de la défaite du leader de la droite libérale « avancée » face à l’union de la gauche requinquée, comme aujourd’hui, par ses victoires locales et sénatoriales.

LE PROGRAMME. Giscard et Sarkozy accèdent au pouvoir sur la même promesse non seulement de changer la politique, banalité de toute campagne, maisaussidemoderniserladémocratie.«Décrisper, pacifier, transcender les clivages par le dialogue républicain » sont les maîtres mots de VGE. Quitte à passer pour « un incorrigible idéaliste », selon ses propres termes, il entrouvre les portes de l’Élysée à l’opposition en invitant les dirigeants socialistes et communistes à s’entretenir avec lui des grandes affaires du moment. Et il est le premier chef d’État à faire entrer au gouvernement des personnalités de la société civile (Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud) connues pour leur sensibilité de centre gauche. Sarko confesse lui aussi sa « détestation de la haine en politique », promet « écoute, concertation,débat,pédagogie»,accentuelaféminisation du gouvernement commencée sous Giscard, N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

! L’ANCIEN ET LE NOUVEAU. Giscard et Sarkozy à l’hôtel de la Marine, à Paris, le 19 septembre.

et va beaucoup plus loin dans l’ouverture – « le débauchage », selon le PS – en réservant d’importants portefeuilles à des socialistes. LES POUVOIRS. Les deux hommes se rejoignent

également dans leur pratique de la gouvernance, malgré des différences de conception qu’estomperont très vite les difficultés de l’action quotidienne. Giscard attache une telle importance au choix du Premier ministre qu’il le compare à « l’engagement d’une opération militaire ». Après le départ de Matignon de Jacques Chirac, il désigne Raymond Barre pour « mettre de l’ordre dans les finances », selon la formule de Colbert. JEUNE AFRIQUE


Giscard

Europe, Amériques, Asie

prérogatives qui seront retirées par Sarkozy à François Fillon. Quelle que soit la configuration des pouvoirs, le chef de l’État, sous la Ve République, est tenu pour seul responsable, par l’opposition comme par l’opinion, des résultats de la politique qu’il incarne et assume. Une différence majeure, toutefois : Sarkozy a pu compter à tout moment sur l’appui d’un Premier ministre qui réussit cette performance de rester plus populaire que lui tout en appliquant loyalement sa politique. Barre n’a cessé au contraire de tirer Giscard vers le bas en se targuant de son impopularité et en s’employant à l’aggraver, qu’il fustige « les porteurs de pancartes » pendant les grèves ou dénonce les revendications des « nantis » de la fonction publique. En vain Giscard le met-il en garde contre ses prophéties alarmistes: « Vous risquez de pousser les électeurs au mauvais choix. » Barre n’en a cure, annonceàcinqmoisencoredel’élection«lesannées les plus dures pour la France depuis la Seconde Guerre mondiale », assure à son interlocuteur qu’il sera réélu mais avec une majorité réduite, tout en lui conseillant d’utiliser la campagne pour dire la vérité aux électeurs sur l’urgence du redressement financier. Cœur à gauche, portefeuille à droite… Trente ans après, le dilemme est plus actuel que jamais.

WITT/SIPA

LE STYLE. Si dissemblables soient-ils dans leur personne et leur personnage, VGE et Sarkozy ont en commun d’avoir compris l’importance du style pour à la fois se démarquer de leurs prédécesseurs et se singulariser aux yeux de l’opinion. Rien n’est assurément plus opposé que la façon dont ils s’y prennent, quand par exemple Giscard tend la main aux détenus d’une prison lyonnaise et que Sarko tend le poing à un pêcheur en colère du Guilvinec, défié d’en découdre avec lui dans l’instant. Mais l’intention est la même : aller sur le terrain pour retrouver la proximité des gens. Et le résultat l’est aussi, malheureusement: Sarkozy ne sera pas moins critiqué pour la vulgarité de ses manières et son manque de dimension présidentielle que Giscard l’avait été pour la superficialité de ses gadgets et Quand l’un tendait la main la dérive aristocratique à des détenus, l’autre tend de ses comportements. le poing à un pêcheur en colère. « Il a fait perdre nos idées sur sa personne », écrira cruellement Jean d’Ormesson. De quoi faire siffler les oreilles de Sarko.

On ne reviendra pas ici sur la doctrine sarkozienne de la redistribution des pouvoirs, qui allait installer à l’Élysée une hyperprésidence officiellement reconnue sans être institutionnellement validée. Dans les faits, l’évolution ne change guère le fonctionnement du régime. VGE est à peine installé à l’Élysée que toute une partie de sa majorité gaulliste retourne contre lui l’accusation d’exercice solitaire du pouvoir qu’il avait lancée contre de Gaulle. Chirac démissionnera en expliquant rageusement à la télévision qu’il n’a jamais disposé des moyens de gouverner. L’autonomie laissée à Barre ne changera rien à ce procès de fond, pas plus, à l’inverse, que les JEUNE AFRIQUE

LES SONDAGES. Giscard a été battu alors que

le nombre de Français satisfaits de son action l’emportait largement depuis le début de son N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Europe, Amériques, Asie Giscard et Sarkozy vus par l’Ifop septennat sur celui des exception peut-elle chasser l’autre, et la crise de l’euro, mécontents (baromètre Le baromètre Ifop-JDD retrace l’évolution de la cote par un autre paradoxe, vaIfop). À la fin de 1980, 51 % de popularité de Valéry Giscard d’Estaing (septennat) t-elle sauver Sarkozy grâce d’entre eux déclarent faire et celle de Nicolas Sarkozy (quinquennat). Dates clés. au sévère programme de confiance à un « assez bon redressement qui devrait président » dont le bilan est jugé par 43 % « plutôt positif ». logiquement achever de Sarkozy gagne 1 point par rapport au mois Il faudra attendre le soixantel’abattre ? précédent dans le «tableau de bord» quinzième mois de son règne Qu’on se rappelle les Ifop de Paris Match. Miélyséen pour que la situation contorsions de langage des mandat se renverse d’un coup, avec chefs de la droite pour éviter Résultat % Le 65 de lesmotsdiaboliquesde«rigu1 point de plus de méconretournement ret ent l'élection eur » ou d’« austérité » malgré tents. Elle ne cessera de se % 52 % 48,24 ,24 ,2 4% 47 détériorer jusqu’à la veille de les pressions des médias pour % 48,2 45% 43 l’élection, malgré une tromles leur arracher. Or voilà que 38% peuse remontée-rémission le chef de l’État en revendique % soudain l’inévitable urgence de 5 points en avril dans une 37 Début Début Début Début À six six et demande aux Français d’en fourchette toujours négative du Midu mois moi mandat mandat du mandat mandat partager avec lui l’indispenqui achève cependant de le man mandat scrutin scruti scr utin uti sable courage, au nom de rassurer. Car pas plus que la bonne vieille stratégie du Sarko aujourd’hui il n’a douté À six Mai Déc. Nov. Mai Mai Janv. Oct. de sa réélection. capitaine dans la tempête. Et 1974 1978 1980 1981 2007 2008 2009 mois du scrutin Ce dernier présente au parce que de toute façon ils n’ont, pas plus que lui, d’autre contraire un cas d’impopuchoix. « Merci les Grecs ! » s’exclame un ministre larité unique dans l’histoire de la Ve : son état de grâce postélectoral n’aura duré que sept mois. à la pensée que la fameuse épée de Damoclès, rebaptisée « agences de notation », n’a jamais Dès janvier 2008, les mécontents l’emportent sur mieux justifié son emploi. les satisfaits avec une soudaineté littéralement Conscient de la « violence » du désir de chanrenversante, puisque le ratio passe d’un coup de 52,47 % à 47,52 %. S’ensuivront, autre phénomène gement, VGE s’accordait une ultime chance de inédit, quarante-six mois de dégringolade dans les gagner s’il réussissait à lui substituer dans l’esprit sondages, avec traduction automatique dans les des Français un désir non moins impérieux de « mouvement ». Il n’y parviendra pas, fragilisé par intentions de vote, qui le donnent perdant quel les séquelles de la lamentable affaire des diamants, que soit son adversaire socialiste, jusqu’à son affaibli surtout par l’opposition déclarée de Chirac déficit record de 14 (Ifop) à 22 points (BVA) face et le lâchage de quelque 20 % d’électeurs gaullistes à François Hollande. C’est d’ailleurs une sorte de loi du régime que dûment incités à voter pour son rival. seuls les présidents victimes d’une cohabitation Sarkozy n’a pas à redouter une aussi mortelle – Mitterrand d’abord, Chirac ensuite – en aient division de son camp. Tardivement bénéficiaire paradoxalement bénéficié pour se faire réélire. Une de la métamorphose de son style et de son image – que n’a-t-il toujours été ce qu’il est enfin devenu! –, dopé par sa surexposition médiatique tout au MALCHANCE long du G20 et son duo de congratulations réciproques avec Barack Obama, il opère dans les EN DÉPIT DES REPROCHES qui peuvent leur être légitimement sondages une remontée de faible ampleur (+ 1 adressés, force est de reconnaître que ni Giscard ni Sarkozy %), mais encourageante par ses motifs (+ 4 pour n’ont été servis par les circonstances : leur action à la tête de l’État la défense des intérêts de la France à l’étranger) a très vite été plombée par des crises économiques planétaires. sans toutefois déloger Hollande de sa position Le premier encaissa de plein fouet les conséquences de deux en tête. Son pari est autrement plus audacieux chocs pétroliers – augmentation des prix et contingentement et incertain que celui de Giscard en 1981 : faire de la production – qui se traduisirent par une spectaculaire d’une obligation nationale de sacrifices un devoir envolée du nombre des chômeurs dits « structurels » : 1 million de morale politique pour le chef de l’État afin d’en en 1977, 2 millions en 1982, 3 millions en 1993… obtenir un ultime bénéfice électoral; et empêcher Dès l’automne 2008, le second fut pris dans la tourmente d’une surtout qu’après quatre années de constant rejet crise financière à rebondissements qui rendit vain tout espoir l’opposition anti-Sarko-pro-Sarko ne prenne le pas de relèvement du pouvoir d’achat, qu’il était pourtant résolu sur l’affrontement gauche-droite. C’est tout l’enjeu à arracher « avec les dents ». On appelle ça la déveine, la poisse, de ce risque calculé, à supposer qu’il y ait encore le guignon… À l’inverse, Lionel Jospin bénéficia à Matignon une place pour le calcul dans cette période hors de 1997 à 2002, lors de la troisième cohabitation, d’une forte normes, sans perspectives ni repères, où tout peut relance de la croissance venue des États-Unis. S’il n’en tira pas le être à tout moment remis en question. ● profit électoral escompté, la malchance n’y est pour rien. ● J.-M.A. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

JEUNE AFRIQUE


PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

LAURENT HAZGUI/FEDEPHOTO

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€ PROCHE DES ACTIVISTES de Jeudi noir et de Génération précaire, l’eurodéputée ne rechigne pas aux actions coup-de-poing.

Karima Delli Un fruit encore vert La députée écologiste européenne d’origine algérienne est entrée en politique par la petite porte. Et n’a pas renoncé à ses combats militants.

D

ROITE DANS SES SANDALETTES de cuir, la militante altermondialiste devenue eurodéputée écologiste l’affirme : elle n’a pas changé. En 2009, lorsqu’avec ses colistiers Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et Pascal Canfin elle prend ses quartiers à Bruxelles, Karima Delli le promet joliment : « J’aurai une jambe dans les institutions, une dans le mouvement social, et je marcherai plus vite pour faire bouger les choses. » C’est par cette même formule qu’elle débute l’entretien aujourd’hui. Si le mantra d’hier a pris avec le temps des allures de slogan de campagne, que le discours est désormais celui d’une femme politique pleine d’assurance, au moins n’at-elle pas menti. En janvier dernier, elle apparaissait, guitare en bandoulière, dans un clip du collectif Jeudi noir défendant les mal-logés. Parodiant une

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chanson de Carla Bruni, la députée reprenait en cœur: « Il est Apparu [secrétaire d’État chargé du Logement, NDLR] qu’il fait pas son boulot, le nombre de sans-abri est loin d’être à zéro. Pourtant quelqu’un m’a dit que tu promets encore. » Les images étaient tournées dans un immeuble squatté, avec vue sur l’Élysée. Bien sûr, lorsqu’elle revêt son costume d’eurodéputée – qu’elle veut décontracté, veste et châle colorés –, elle distille les éléments de langage choisis par les communicants d’Europe Écologie-Les Verts, évite de parler d’elle et préfère aborder la campagne de 2012. Mais elle le fait avec un sourire communicatif. « Je suis persuadée qu’on peut changer le monde avec un sourire », explique cette brune dynamique qui répète à l’envi qu’elle est « dé-ter-mi-née ».

À 32 ans, Karima Delli est l’un des plus jeunes députés français du Parlement européen. Convaincue qu’on peut faire de la politique « autrement », elle imprime à sa fonction la marque subversive des « joyeux activistes », comme elle qualifie ses comparses de Jeudi noir et de Génération précaire. C’est Manuel Domergue qui l’a introduite dans le milieu. « Elle a un caractère joyeux, de la bonne humeur. C’est la seule à chanter à peu près bien, donc elle est devenue la coqueluche de collectifs », plaisante ce militant d’Europe Écologie-LesVerts. Ils se sont connus en 2005, dans les couloirs du Sénat, chacun était l’assistant parlementaire d’un sénateurVert. Karima Delli venait d’intégrer l’équipe de MarieChristine Blandin, son mentor en politique, rencontrée lors de recherches menées par l’étudiante à Sciences-Po Lille qu’elle était. « Je voulais passer des concours, devenir prof, mais son discours m’a séduite. Je lui ai écrit une lettre pour qu’elle m’engage. » En 2007, Delli prend la tête des Jeunes Verts et veut croire aux promesses d’une JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

Pendant la campagne pour les européennes de 2009, elle fonde avec ses amis le collectif Sauvons les riches. Ils remettent à Jean Sarkozy un diplôme de « fils à papa » et réclament l’instauration d’un revenu maximal. À son arrivée au Parlement quelques mois plus tard, la voilà qui proteste contre la reconduction du président de la Commission, avec un tee-shirt « Stop Barroso »… « Elle apporte sa légitimité, mais n’est pas juste une caution morale à nos combats », explique Manuel Domergue. « Être à l’intérieur des institutions permet de faire bouger l’appareil », confirme l’intéressée. Pas du genre à mettre de l’eau dans son vin, elle ne souhaite pas entrer à tout prix dans le moule bruxellois. « Je siège en jean-baskets, je n’ai pas de carrière derrière moi, mais je suis respectée car j’ai beaucoup bossé. » Une discipline qui lui vient de parents « très attentifs » à son éducation. « En dépit de leur analphabétisme, ils ont su nous donner goût à l’école, à la lecture. » Fille d’immigrés algériens, Karima Delli a grandi à Tourcoing (Nord) et se dit fière de son accent (imperceptible), mais surtout de son père, ouvrier dans le textile, et de sa mère, femme au foyer. Et même si elle regrette de ne pas mieux connaître l’Algérie, où elle n’est pas retournée depuis quatre ans, elle assure avoir ses racines chevillées au cœur. « J’ai toujours avec moi un petit foulard kabyle ! » Si elle soutient Eva Joly pour la présidentielle de 2012, c’est parce qu’elle incarne l’ouverture. « Eva n’est pas du sérail, elle symbolise la réconciliation entre citoyens et politiques. » Et d’ajouter, en réponse aux attaques contre l’ex-juge franco-norvégienne : « Avoir une candidate binationale est une richesse, soyons fiers de nos origines ! » ● LAURANNE PROVENZANO JEUNE AFRIQUE

CHINE

Haro sur le cybersexe! De très nombreux jeunes ont pris l’habitude de filmer leurs ébats amoureux, puis de diffuser les vidéos sur internet. Soixante mille sites ont déjà été fermés. Et deux mille personnes arrêtées.

LI XIN BJ - IMAGINECHINA

écologie « sociale et populaire ». « L’écologie est pour tout le monde, et surtout pour les précaires. J’ai toujours vécu ainsi. Dans une famille de treize enfants, il faut récupérer les vêtements des frères et sœurs, faire attention à tout. Dans le Nord, on dit “faut pas gâcher”.Ça rejoint le message écolo: “Stop au gaspillage.” »

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E

€ LA PROLIFÉRATION DU PORNO AMATEUR SUR LE WEB : un pied de nez à la censure.

n Chine, la révolution sexuelle passe d’abord par internet. C’est ce que révèle une très sérieuse étude menée par Katrien Jacobs, de l’université de Hong Kong, qui dans un livre récent (People’s Pornography) met en lumière la prolifération du porno amateur sur le web. « De plus en plus de jeunes Chinois réalisent leurs propres vidéos dans des endroits discrets, raconte-t-elle. Ce qui plaît dans ce porno made in China, c’est le côté amateur des productions. Le mouvement est certes très éparpillé, et en même temps très juvénile, mais c’est un signe de changement évident. » Un signe de changement, mais surtout un pied de nez à la censure. Car les vidéos et les sites pornographiques sont ici interdits. Tapez les mots « sexe » ou « érotisme » sur un moteur de recherche chinois, vous tomberez immanquablement sur une page blanche ou bloquée. Pourtant, une étude menée par l’université Renmin montre que plus de la moitié des adultes surfent sur des sites coquins – soit une augmentation de 12 % en dix ans –, tandis qu’un quart des adolescents admettent regarder des films X. La vérité est qu’en voulant interdire le sexe sur internet le gouvernement n’a

fait que le rendre plus attractif. Violer un interdit, c’est tellement excitant ! Les gens ont le sentiment d’enfreindre la loi en regardant ces sites et, plus encore, en postant sur internet leurs propres photos et vidéos. C’est d’autant plus intéressant que les jeunes Chinois ne parlent jamais de sexe en public. Dans ce pays, on ne montre pas volontiers ses émotions… Bref, une évolution des mentalités est en cours. « Lorsque les jeunes réalisent des vidéos, le fait d’avoir des rapports sexuels dans un endroit dérobé, de se filmer, de télécharger et de partager la vidéo alors que c’est totalement interdit leur donne un sentiment de grande puissance. Attention, toutefois : le phénomène n’a rien de politique, ces gens ne font après tout que s’amuser. Mais ils enfreignent la loi, et leur excitation se nourrit de cette rébellion », assure Katrien Jacobs. Quoi qu’il en soit, le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille. L’opération Poison jaune a déjà conduit à la fermeture de soixante mille sites pornographiques et à l’arrestation de plus de deux mille personnes. Mettre ses vidéos coquines en ligne peut coûter très, très cher : jusqu’à dix ans de détention. ● STÉPHANE PAMBRUN, à Pékin N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


Europe, Amériques, Asie GRÈCE-ITALIE

Pères la Rigueur Victimes des marchés, Papandréou et Berlusconi ont passé la main. Monti et Papademos l’ont reprise. Et ça risque de faire très mal !

RAIDE COMME UN ALLEMAND. La

ressemblance entre les deux hommes s’arrête là. À Bruxelles, de 1994 à 2004, l’Italien a fait montre d’une raideur toute N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

STEFANO RELLANDINI/REUTERS

E

n s’effondrant inexorablement depuis deux semaines, les marchés ont fini par avoir la peau des chefs de gouvernement grec et italien, incapables de faire face à la crise de la dette, et imposé leur remplacement par des experts de l’économie. Exit le sévère socialiste Georges Papandréou, remplacé par Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), dont le Parlement grec a adoubé le gouvernement de coalition le 16 novembre. Exit Silvio Berlusconi, le patron de la droite italienne et d’une constellation d’entreprises – par ailleurs grand amateur de « parties fines » –, remplacé le même jour par Mario Monti, un ancien commissaire européen à la Concurrence, qui prend la têted’ungouvernementdetechniciens.Au menu de l’un et de l’autre, un seul plat : la rigueur, la rigueur, la rigueur. C’est le seul moyen de retrouver la confiance perdue. Tous deux semblent taillés pour la tâche. Ils ont à peu près le même âge (68 ans pour Monti, 64 ans pour Papademos), connaissent sur le bout des doigts les arcanes économiques européens, sont rigoureux, libéraux et peu politiques. En prenant les rênes du pouvoir, ils ont tenu à peu près le même discours. Monti, qui s’est aussi adjugé le ministère de l’Économie, a reconnu que les Italiens devaient s’attendre « non à du sang ou à des larmes, mais à des sacrifices, peut-être ». Un plan d’économies de 30 milliards d’euros serait à l’étude. Quant à Papademos, il a appelé ses compatriotes à « poursuivre l’effort » qui leur est imposé depuis un an et demi et annoncé « un nouveau programme d’ajustement budgétaire ».

ARIS MESSINIS/AFP

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€ LUCAS PAPADEMOS, ancien vice-président de la BCE (à g.), ET MARIO MONTI (à dr.), ancien commissaire européen à la Concurrence : le temps des eurocrates.

germanique quand il s’est agi de contrer au nom de la libre concurrence les monopoles, fussent-ils General Electric ou Microsoft, et avec un tel entêtement, notamment contre Schneider Electric, que la Cour de justice européenne fut contrainte de censurer plusieurs de ses décisions. À l’inverse, le Grec est généralement décrit comme un universitaire social-libéral, proche de son prédécesseur socialiste, adepte du consensus et peu enclin à trancher dans le vif. Les défis auxquels l’un et l’autre sont confrontés ne sont de toute façon pas comparables. Même si sa dette est tout bonnement colossale (1 900 milliards

qu’aucune institution multilatérale de sauvetage n’y résisterait. Et c’est justement cette menace qui affole les marchés, par ailleurs déjà résignés à l’idée d’un défaut partiel de la Grèce. VENTS CONTRAIRES. L’un et l’autre vont

affronter des vents politiques contraires. Monti a, en apparence, les coudées plus franches puisque aucun parti italien n’a accepté d’entrer dans son gouvernement de techniciens, préférant que celui-ci subisse seul les foudres d’un électorat exaspéré par la rigueur annoncée. Mais déjà la Ligue du Nord (droite) et le centre gauche appellent à des élections législatives anticipées, sans attendre le terme de la Montant vertigineux de législature, au printemps la dette italienne : 1 900 milliards 2013. Quant à Papademos, il d’euros. Too big to fail ? se trouve confronté à sa d’euros), l’Italie semble quand même première crise, le parti conservateur d’Antonis Samaras refusant de s’engager mieux lotie que la Grèce, dont la dette par écrit à respecter le plan de sauven’excède pas 370 milliards. « Too big to tage du 27 octobre et les sacrifices qu’il fail », disent les Anglo-Saxons. L’Italie est trop grosse pour que l’Europe la laisse implique. Faute de cette garantie, l’Union tomber, alors que, depuis quinze jours, de européenne, la BCE et le FMI ne déblonombreuses voix suggèrent que la zone queront pas la nouvelle tranche d’aide de euro pourrait fort bien se passer du boulet 8 milliards d’euros. Or, à la mi-décembre, la Grèce n’aura plus d’argent en caisse. grec. Le problème est que la taille de la Le suspense continue. ● ALAIN FAUJAS troisième économie de la zone est telle JEUNE AFRIQUE


LE PLUS

de Jeune Afrique

ÉLECTIONS L’heure des comptes

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PARTIS De nouvelles règles du jeu INTERVIEW MohamedTozy, politologue SOCIÉTÉ Quand les jeunes donnent de la voix

Le Maroc en campagne

À quelques jours des législatives anticipées du 25 novembre, comment les politiques s’organisent-ils ? Quels sont les scénarios possibles ? Et qu’en pensent les citoyens ?

JEUNE AFRIQUE

AFP

€ LE ROI MOHAMMED VI face aux membres des deux Chambres du Parlement. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


LE PLUS

Le Plus de Jeune Afrique

de Jeune Afrique

Prélude

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Le Maroc en campagne

François Soudan

Vivement vendredi! POLITIQUE L’heure des comptes p. 58 Qui peut être le prochain chef du gouvernement ? p. 61 Nouvelles règles du jeu p. 62 INTERVIEW Mohamed Tozy, politologue

p. 64

SOCIÉTÉ Quand les jeunes donnent de la voix

p. 66

HASSAN OUAZANI

L

ES LÉGISLATIVES du 25 novembre la monarchie en renforçant sa légitimité au royaume du Maroc ont quelque et sa popularité. chose d’historique pour une raison Il y avait donc une dynamique en cours simple: elles sont les premières dans et, en ce sens, on peut dire que le 20 Février l’histoire de ce pays dont nul, à commena beaucoup plus servi le pouvoir qu’il ne l’a réellement inquiété. Avec finesse, M6 cer par le pouvoir, ne saurait prévoir les a surfé sur la vague pour introduire sans résultats. Non pas que les précédentes, en douleur une réforme constitutionnelle 2007, aient été manipulées par le ministère qui mijotait sur les feux du Palais. « J’ai de l’Intérieur – la quasi-totalité des acteurs fait ma part, dit-il aujourd’hui à la classe s’accordant à souligner le caractère sain et politique, à vous de faire la vôtre. » professionnel de leur déroulement –, mais parce qu’elles constituent le premier test d’un paysage politique nouveau au sein D’où l’importance de ces législatives, duquel le roi n’est plus le deus ex machina, puisque ce sont les prochains élus qui mais l’arbitre éclairé. auront à décider de l’esprit avec lequel la Ce rôle de souverain garant des inténouvelle Constitution sera mise en œuvre et de la lettre de son application, libérale rêts supérieurs du pays, au-dessus des pulsions partisanes, est le produit direct ou restrictive. de la nouvelle Constitution, adoptée en juillet dernier, Dans ce paysage politique nouveau, laquelle donne en outre au le roi n’est plus le deus ex machina, futur Premier ministre issu des urnes les pouvoirs d’un mais l’arbitre éclairé. vrai chef de gouvernement et met en place des instances indépenÀ cet égard, tous les observateurs guettedantes responsables de la protection des ront le score que réaliseront les islamistes droits des citoyens. du Parti de la justice et du développement, formation étroitement conservatrice dont Le fameux Printemps arabe et son aval’histoire, la légitimité et la qualité d’évotar marocain, le Mouvement du 20 février, lution intellectuelle n’ont rien à voir avec ont certes eu leur part dans cette évolution celles des Tunisiens d’Ennahdha, mais capitale, mais pas forcément celle que l’on qui entend bien profiter de leur victoire. croit. S’il n’y eut jamais de « M6 dégage ! », Pour s’y opposer, les autres formations tout au plus des « M6 autrement », c’est comptent sur la grande inconnue de ce que la situation n’avait rien de commun scrutin : le taux de participation, très avec le climat délétère qui prévalait au faible en 2007 (37 %) et dont on espère même moment en Tunisie, en Égypte ou qu’il atteindra cette fois la barre des 50 %. ailleurs. Le jeu institutionnel et partisan Parviendront-elles à mobiliser l’électorat, n’y était pas bloqué depuis l’intégration, alors que l’implication personnelle du roi à la fin des années 1990, de l’opposition dans le domaine social a accru la défiance historique au sein du gouvernement, les des Marocains vis-à-vis de partis usés, « lignes rouges » rigides étaient devenues incapables à leurs yeux d’apporter des flottantes, et, en plaçant le développesolutions à leurs problèmes quotidiens ? ment humain au cœur de son règne, le Ce vendredi 25 novembre sera celui de roi avait réussi à modifier la perception de tous les jugements… ●

jeune afrique .com JEUNE AFRIQUE

N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

ð Pour suivre l’actualité de la

campagne et du scrutin : jeuneafrique.com


Le Plus de Jeune Afrique

OUGHANAME

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POLITIQUE

L’heure des Les élections anticipées du 25 novembre représentent le premier test depuis l’adoption de la nouvelle Constitution. Au-delà des calculs des politiciens et de l’identité des futurs vainqueurs, la participation dira si les réformes engagées paraissent crédibles.

N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

YOUSSEF AÏT AKDIM,

T

envoyé spécial

rès exactement 13 626 357 inscrits. C’est le nombre officiel et définitif de Marocains convoqués aux urnes, le vendredi 25 novembre, pour renouveler une Chambre des représentants élargie à 395 sièges, contre 325 jusqu’à présent. Au terme d’une énième révision exceptionnelle des listes d’électeurs, le ministère de l’Intérieur enregistre donc un corps électoral à peu près équivalent à celui qui avait été arrêté en juin dernier, avant le référendum constitutionnel. Si l’on se rapporte aux statistiques démographiques du Haut-Commissariat au plan, plus JEUNE AFRIQUE


Le Maroc en campagne

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Composition de la Chambre des représentants sortante (325 sièges)

46

32

52

67

41 55

22 10 Groupes parlementaires (principaux partis)

Regroupement constitutionnel unifié (Rassemblement national des indépendants, RNI, et Union constitutionnelle, UC) Groupe Haraki (Mouvement populaire, MP) Groupe de la justice et du développement (Parti de la justice et du développement, PJD) Groupe istiqlalien de l’unité et de l’égalité (Parti de l’Istiqlal, PI) Groupe socialiste (Union socialiste des forces populaires, USFP) Groupe de l’Alliance démocratique (Parti du progrès et du socialisme, PPS; Front des forces démocratiques, FFD; Parti des travailleurs, PT; El Ahd) Autres (Alliance de la gauche démocratique, 4; Annahda wal Fadila, 1; sans appartenance, 4; vacant, 1)

comptes de 21,5 millions de Marocains sont âgés de plus de 18 ans, l’âge légal du vote. Déduction : quatre Marocains à même de voter sur dix ne sont pas inscrits. Par la voix de leur secrétaire général adjoint, Lahcen Daoudi, les opposants islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) ont beau jeu de Le rajeunissement des rappeler qu’ils avaient réclamé, élus est réduit à une dès le printemps dernier, une simple affaire de quotas. « remise à plat complète de ces listes héritées de 1992 », du temps où Driss Basri, ministre de l’Intérieur sous Hassan II, déployait encore ses talents d’organisateur d’élections. De quoi fausser la lecture des chiffres de la participation, un enjeu de communication réel après l’épiphanie tunisienne du JEUNE AFRIQUE

23 octobre. Les résultats du scrutin pourraient bien affoler tous les petits calculs. Campagnes d’affichage, publicité dans les journaux, débats à la télévision, la mobilisation pour réussir le test électoral du 25 novembre est bien au rendez-vous. La campagne officielle, commencée le 12 novembre, durera jusqu’à la veille du scrutin à minuit. Mais c’est sur le terrain que les élections se jouent. Notamment pour les notables qui entretiennent une clientèle électorale, fidélisée après un premier mandat local ou une implantation législative de longue date. DISCRIMINATION. L’exemple le plus frappant

de cet immobilisme reste le cas de l’actuel premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP, gauche) et président de la Chambre des représentants, Abdelouahed Radi, candidat à sa réélection dans sa circonscription rurale du Gharb, dans le Nord. Radi y a été élu sans discontinuer depuis les premières élections de 1963. Faites le calcul : même en ôtant les dix années de vacance du pouvoir législatif (1965-1970, puis 1972-1977), le patron du principal parti de gauche aura passé trente-huit ans N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

SOURCE : MINISTÈRE DES RELATIONS AVEC LE PARLEMENT

Groupe Authenticité et Modernité (Parti Authenticité et Modernité, PAM)


Le Plus de J.A.

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sur les bancs du Parlement. L’équivalent de la durée du règne de Hassan II. Forte demande de la société, le rajeunissement des élus est réduit à une simple affaire de quotas. Une liste nationale, en vigueur depuis 2002, vient d’être élargie de 30 à 90 sièges : 60 iront aux femmes et, nouveauté, 30 à des hommes âgés de 21 à 40 ans maximum à la date du scrutin. Un coup de pouce qui cache une régression juridique, puisque cette discrimination (positive?) est inscrite dans la loi organique relative à la Chambre des représentants, adoptée à la hâte le 14 octobre dernier. En 2002, la liste nationale avait été instituée et réservée aux femmes par un accord tacite entre les partis. Pas par la loi. Le calcul fait aujourd’hui ne s’embarrasse pas de principes constitutionnels. Derrière le totem de la représentation, toujours l’obsession du chiffre. ALLIANCES. Dans son discours du 6 novembre, le roi Mohammed VI explique que le scrutin « constitue le principal indicateur à l’aune duquel se mesure la mise en œuvre démocratique de la nouvelle loi fondamentale ». Et d’expliquer que « ces élections devraient déboucher sur une majorité gouvernementale assumant de façon cohérente, courageuse, audacieuse et résolument engagée la responsabilité de gérer les affaires publiques ». C’est la Le changement, formule cohérence qui manque dans un magique tant répétée, paysage politique éclaté. Lors des législatives de 2007, se transforme en mirage. le parti de l’Istiqlal, arrivé en tête avec 52 élus sur 325 députés, ne totalisait que 16 % des sièges de la Chambre basse. Le mode de scrutin et le découpage électoral vont empêcher, cette fois encore, la formation d’une majorité absolue dans un paysage politique éclaté. Le système de la représentation proportionnelle au plus fort reste, d’abord, limite les gains des grands

Pourcentage de femmes dans les Parlements maghrébins

SOURCES : UNION INTERPARLEMENTAIRE – ISIE DE TUNISIE

Hommes

Femmes

22,58 %

22,11 %

Tunisie (Assemblée constituante)

Mauritanie

10,46 %

7,71 %

partis. Le découpage des circonscriptions (92 circonscriptions locales pour 305 sièges, auxquels s’ajoutent les 90 réservés de la liste nationale) et le seuil très bas requis pour participer à la répartition des sièges (6 % pour les listes locales et 3 % pour la liste nationale) favorisent les petits partis. En 2007, l’Istiqlal a ainsi dû dépasser le cadre de la Koutla, son alliance traditionnelle avec l’USFP et le Parti du progrès et du socialisme (PPS), pour s’assurer une majorité gouvernementale. Or, aujourd’hui, le Rassemblement national des indépendants (RNI) et le Mouvement populaire (MP), membres du gouvernement actuel – dirigé par l’Istiqlal depuis 2007 –, ont décidé de former leur alliance avec deux partis de l’administration – l’Union constitutionnelle (UC) et le Parti Authenticité et Modernité (PAM) – et quatre minuscules partis (des « hizbicules », dans le jargon politique marocain). Ces huit partis de l’Alliance pour la démocratie, surnommée G8, ont déjà concocté un programme de gouvernement commun, où la priorité est donnée à l’économie. Compte tenu du nombre de sièges détenus par le trio fort de cette coalition (RNI-UC, PAM, MP) dans l’actuelle Chambre des représentants (voir infographie p. 59), ainsi qu’à la Chambre des conseillers, il est vraisemblable que ce G8, même s’il n’obtient pas une victoire nette, aura un poids déterminant au sein du nouvel échiquier politique. Et qu’aucune coalition gouvernementale ne pourra se faire sans tout ou partie des composantes du G8. BOYCOTT OU PJD ? En tout cas, pour s’assurer

Maroc N 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011 o

Algérie

une majorité au lendemain du vote, les stratèges ont intérêt à sortir les calculettes. Condamnant en bloc ce jeu politique, les opposants irréductibles JEUNE AFRIQUE


Le Maroc en campagne

AIC PRESS

ð LES REPRÉSENTANTS DES HUIT PARTIS de l’Alliance pour la démocratie, surnommée « G8 », ici le 2 novembre, ont déjà concocté un programme de gouvernement commun.

au Makhzen ont choisi le boycott, une stratégie déjà éprouvée – sans succès – lors du référendum constitutionnel de juillet dernier. Les islamistes de l’association Al Adl wal Ihsane (interdite par les autorités), les gauchistes d’Annahj Addimocrati (« La voie démocratique »), mais aussi les réformistes du Parti socialiste unifié ou PSU (trois députés dans la Chambre sortante) rejettent d’emblée le scrutin. Le processus de consultation des partis depuis la réforme constitutionnelle, la division au sein du gouvernement sortant, les attaques via la presse entre Istiqlal et RNI, RNI et PJD, les rumeurs

220

millions de dirhams (19 millions d’euros). C’est le montant alloué par l’État au financement de la campagne électorale. Soit 10 % de plus que pour les législatives de 2007.

d’alliance entre la Koutla et le PJD, bref, cette politique politicienne nourrit la déception. Le risque : revigorer tous les indignés du Mouvement du 20 février, en perte de vitesse, qui réclament encore le changement. Ce mot enchanteur, formule magique répétée à cor et à cri par la rue, se transforme en mirage. Or le boycott, stratégie de la chaise vide, peut être une politique du pire, si l’abstention entache le scrutin. En 2007, le taux de participation avait atteint un record historiquement bas de 37 %. Pis, près d’un cinquième des votes exprimés (19 %) étaient blancs ou nuls. Une tendance que les partis espèrent inverser le 25 novembre, en se fixant un objectif minimal de 50 % de participation. Les racines du mal sont profondes et le désaveu à l’égard des partis n’en épargne aucun, sur le thème du « tous pourris ». Pour l’heure, seul le PJD (opposition) peut tirer parti de sa virginité politique, les autres grandes formations ayant toutes été associées au gouvernement depuis des décennies. La véritable énigme du 25 novembre reste le score des islamistes. Si le PJD arrivait en tête, il risquerait de se retrouver incapable de composer, ou du moins de garder, une majorité parlementaire assez large. Une crise politique majeure paraîtrait alors inévitable. Au risque de blasphémer, la formule de Lyautey est déjà dépassée. Au Maroc, gouverner c’est compter. ●

Qui peut être le prochain chef du gouvernement? Bientôt, le roi ne gouvernera plus seul. Après le scrutin, il lui faudra désigner un successeur à Abbas El Fassi.

L

es candidatures sont déclarées, les paris ouverts. Mais bien malin qui pourrait deviner le visage du prochain chef du gouvernement. Deux raisons à cela : l’incertitude réelle autour des résultats de ces législatives et la lettre même de la Constitution, qui laisse au roi une marge de manœuvre appréciable. Car Mohammed VI désignera le successeur d’Abbas El Fassi « au sein du parti arrivé en tête des élections des membresdelaChambredesreprésentants,

JEUNE AFRIQUE

et au vu de leurs résultats », ainsi que le dispose le nouveau texte. Cette précision, placée par des rédacteurs malicieux, ouvre la voie aux interprétations les plus folles. Le roi pourrait-il présumer de l’isolation d’un parti pour nommer un chef du gouvernement parmi les partis coalisés ? Y aura-t-il des négociations entre partis, comme dans un régime d’assemblée? Les alliances annoncées ne permettent pas encore d’identifier un scénario préétabli. Si le Parti de la justice et du développement

(PJD, opposition islamiste) arrive en tête, il n’est pas certain de pouvoir former une majorité, à cause de l’hostilité affichée par un grand nombre d’autres partis à son égard. Et le caractère fougueux d’Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD, déplaît. On pourrait lui préférer son prédécesseur à la tête du parti islamiste, le docteurSaadeddineElOthmani,candidat à Mohammedia, un homme de consensus plus conforme à l’image d’un parti se réclamant de l’AKP turc. CHOIX ROYAL. DucôtéduRassemblement

national des indépendants (RNI), la cause semble entendue. Les centristes ont déjà forméunecoalitionpréélectoraleavecsept autres partis, l’Alliance pour la démocratie, et voient déjà leur patron, Salaheddine Mezouar,en chef du gouvernement. Mezouar se veut le candidat d’un ● ● ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Le Plus de J.A.

XAVIER LEOTY/AFP

ABDELHAK SENNA/AFP

HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

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€ SALAHEDDINE MEZOUAR, ministre de l’Économie et des Finances, préside le RNI.

€ SAADEDDINE EL OTHMANI, ex-secrétaire général du PJD, est un homme de consensus.

€ KARIM GHELLAB, ministre de l’Équipement et des Transports, pourrait porter les couleurs de l’Istiqlal.

bloc moderniste, ouvert aux technocrates, aux jeunes, à tous ceux pour qui les mots de « Koutla » et de « mouvement national » n’évoquent plus rien. Ils sont nombreux. En cas de victoire de l’Istiqlal, parti nationaliste historique, le choix du futur patron de l’exécutif est ouvert : le nom du ministre de l’Équipement et des

Transports, Karim Ghellab, est sur toutes les lèvres, mais ses camarades du gouvernement sortant Nizar Baraka (Affaires économiques et générales), Yasmina Baddou (Santé) ou Ahmed Taoufiq Hejira (Habitat et Urbanisme) sont des candidats sérieux. Le roi doit désigner le chef du gouvernement, et non plus le « Premier ministre »,

au sein du parti en tête aux législatives, sans être tenu de choisir son leader : une seconde chance pour le « tout sauf Abbas El Fassi », secrétaire général de l’Istiqlal, nommé Premier ministre en octobre 2007, comme un mauvais tour joué à la logique démocratique. ●

●●●

Nouvelles règles du jeu Fini le nomadisme, bonjour les pouvoirs… Avec la neuvième législature, parlementaires et partis vont étrenner un statut et des prérogatives revus et corrigés.

L

e 25 novembre, les Marocains auront 70 députés de plus (395 au lieu de 325), mais, surtout, ils éliront des députés d’un nouveau genre. La Constitution, en précisant leurs droits et devoirs, accorde à ces derniers plus de pouvoirs mais moins de privilèges. Afin de moraliser la vie politique, elle interdit désormais la « transhumance » d’un parti à un autre au cours de la législature. Pratiqué massivement, ce nomadisme a creusé le déficit de confiance des citoyens vis-à-vis des institutions et des élus. La Constitution (art. 61) dispose que tout parlementaire qui change de formation au cours d’une même législature se verra déchu de son mandat par la Cour constitutionnelle. La nouvelle loi fondamentale réduit par ailleurslechampdel’immunitéparlementaire (art. 64), qui n’est plus valable qu’en cas de poursuites pour délit d’opinion : un membre du Parlement ne peut être poursuivi pour une position ou un vote N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

émis dans l’exercice de ses fonctions, sauf si cela remet en question la monarchie, la religion musulmane, ou porte atteinte à la personne du roi. Quant à la déclaration patrimoniale,toujoursobligatoireendébut et en fin de mandat, elle est désormais examinée par la Cour des comptes, qui peut, le cas échéant, diligenter des enquêtes. CONTRÔLE ÉLARGI. Lescompétencesdela

Chambredansledomainelégislatifetdans le contrôle de l’action gouvernementale sont élargies. Les procédures sont facilitées, et le pouvoir d’initiative des députés renforcé. Pour qu’une motion de censure soitrecevable,ellenedoitplusréunirqu’un cinquièmedesvotesdesdéputés,contreun quart auparavant. Il en va de même pour l’ouverture de commissions d’enquête, le contrôle de constitutionnalité, ou pour contraindre le chef du gouvernement à présenter un bilan d’étape. Enfin, pour la première fois, la Constitution (art. 10) légalise le statut

YOUSSEF AÏT AKDIM

et garantit les droits de l’opposition. La loi organique no 29-11 introduit quant à elle des changements majeurs dans le fonctionnement des partis, notamment en matière de transparence financière. TRANSPARENCE. Pour fonder un parti,

l’âge requis est désormais abaissé de 23 à 18 ans. Toute formation politique est tenue de préciser dans son règlement intérieur la proportion de jeunes à intégrer dans son appareil dirigeant et doit également mettre en place, dans ses directions, régionales et nationales, un quota de femmes de un tiers. « C’est une mesure temporaire, car l’horizon reste la mise en œuvre du principe de parité, comme l’indique l’article 19 de la Constitution », précise le constitutionnaliste Benyounes Merzouki. Outre les subventions attribuées par l’État (basées sur leur participation, le nombre de suffrages et de sièges obtenus aux législatives), les partis ne peuvent tirer leur financement que des cotisations de leurs membres, des revenus de leurs activités sociales et culturelles, ou des dons et legs plafonnés à 100000 DH (8800 euros) par an et par donateur. Ces ressources étant soumises au contrôle de la Cour des comptes. ● LEÏLA SLIMANI, envoyée spéciale JEUNE AFRIQUE


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Le Plus de J.A.

Mohamed Tozy « Le PJD voulait être le parti du roi! » Quels sont les scénarios possibles pendant et après le scrutin ? Le système et la classe politique changent-ils ou peuvent-ils faire semblant ? Le politologue marocain nous livre son analyse.

JEUNE AFRIQUE : Avec la nouvelle Constitution, peut-on s’attendre à un fort taux de participation aux législatives, supérieur en tout cas aux 37 % de 2007 ? MOHAMED TOZY: C’est l’un des grands

enjeux de ces élections. Pour trois raisons au moins. Tout d’abord, une participation de 73 % au référendum constitutionnel fixe un seuil très élevé de crédibilité. Un taux de 10 % inférieur apparaîtrait comme un échec politique. La deuxième raison vient de la Tunisie et de ses 90 % de participation aux élections à la Constituante, le 23 octobre. On en déduit que les Arabes sont politisés dès lors qu’ils sont libres. A contrario, une faible participation signifierait absence de liberté ou défiance à l’égard du pouvoir. Le troisième motif de l’importance attachée à la participation est qu’on a affaire pour la première fois à un camp du boycott structuré autour d’acteurs qui

existent, restent secondaires. La classe politique, toutes tendances confondues, a recours aux vieilles recettes d’implantation clientéliste. Ce qui donne des maux de tête aux responsables des partis chargés d’établir les listes de candidats dans chaque circonscription. Ils ont du mal à arbitrer entre les nouvelles élites susceptibles de porter des projets et les notables installés de longue date. Par sécurité, on a tendance à reconduire les anciens, quitte à sacrifier les velléités de réformes. La future Chambre sera-t-elle constituante ?

Sa première mission est de produire les lois organiques. Il s’agit de procéder à ce qu’on appelle tanzil, littéralement « faire descendre » dans la réalité, c’est-à-dire donner une interprétation à un texte qui offre une lecture aussi bien archaïque que moderniste.

Les politiques ne pourront plus se défausser et devront prendre leurs responsabilités. comptent et qui ont changé de stratégie : le Parti socialiste unifié (PSU), qui avait toujours participé, et Al Adl wal Ihsane, qui trouve intérêt depuis le 20 février à revenir dans le jeu politique. Jusqu’à présent, l’organisation de Cheikh Abdessalam Yacine disait ne pas être concernée par les élections, tout en s’en appropriant les résultats : la forte abstention, c’est nous, la victoire des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), c’est encore nous, l’échec du même PJD, c’est toujours nous! En appelant au boycott, Al Adl fournit une mesure de son influence plus proche de la réalité. À la veille du scrutin, la mobilisation ne semble pas intense…

C’est une fausse impression. Partout les aspirants à la candidature sillonnent le terrain. Les programmes, quand ils N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Ce sont les lois organiques qui vont préciser les attributions et le mode de fonctionnement des principales institutions : Conseil des ministres, Parlement, Conseil supérieur de la magistrature, mais aussi toutes les institutions consacrées à la régulation et à la nouvelle gouvernance (Haute Autorité de communication audiovisuelle, Conseil national des droits de l’homme, Conseil de la concurrence, etc.). Estimez-vous que la classe politique est à la hauteur de cette mission ?

De toute façon, les partis sont obligés de faire le travail ! Ils ne pourront plus se défausser sur autrui et devront prendre leurs responsabilités. Ils auront à se prononcer sur les grandes questions qu’implique la mise en œuvre de la Constitution : rapports entre religion et politique, indépendance de la justice,

rôle de chef du gouvernement, parité dans les postes à responsabilités… À la lumière du Printemps arabe, la recomposition et le renouvellement de la classe politique marocaine deviennent plus que jamais indispensables. Après les révolutions de la région, tous les régimes ont ressenti le besoin impérieux de connaître les rapports de force réels dans leurs pays respectifs, pour s’adapter et survivre. Or seules des élections libres et crédibles sont à même de les dévoiler. L’exigence de vérité à cet égard est encore plus forte pour la monarchie marocaine, qui a appris, au fil des siècles, à cultiver l’anticipation et l’adaptation en tenant compte de ces rapports dans toute leur réalité. Tout le monde s’attend à une victoire du PJD…

Ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Les élections se jouent dans un mouchoir de poche. Cinq partis seraient au coude à coude : PJD, Istiqlal, Mouvement populaire (MP), Rassemblement national des indépendants (RNI) et Parti Authenticité et Modernité (PAM). Normalement, aucun d’entre eux ne devrait dépasser 20 % des suffrages. Verra-t-on un chef du gouvernement issu du PJD ?

Oui, s’il arrive en tête.

Aura-t-il la majorité requise pour avoir la confiance du Parlement et gouverner ?

C’est une autre affaire, qui dépend de sa capacité à conclure des alliances. Ce qui est sûr, c’est que huit partis (G8) d’inégale valeur se sont coalisés autour du RNI avec l’intention proclamée de refuser toute alliance avec le PJD. Reste une autre alliance potentielle ou théorique : avec la Koutla (Istiqlal, Union socialiste des forces populaires, Parti du progrès et du socialisme). Or, ici, rien n’est joué pour le moment. Apparemment, les dirigeants de la Koutla attendent le verdict des urnes pour se prononcer sur leur participation au gouvernement et sur les alliances qui leur conviennent. Et si le PJD, vainqueur, ne parvient pas à conclure d’alliance ? JEUNE AFRIQUE


Le Maroc en campagne ð L’UNIVERSITAIRE a fait partie de la Commission consultative de révision de la Constitution (CCRC).

R.TERZIAN / ACT/FEDEPHOTO

etc.]. Cela allait de l’acceptation implicite de la liberté de conscience [Karama, association de droits de l’homme] à une conception plus théologique du pouvoir [Mouvement Unicité et Réforme]. Or, au moment de l’arbitrage interne entre ces tendances passablement contrastées, le PJD n’a pas voulu prendre de risques et a parié sur une alliance avec les forces les plus conservatrices. Il a mis en avant sa singularité idéologique, alors qu’il avait jusqu’à présent affiché sa « banalité », se présentant comme un parti parmi d’autres. Parallèlement, il s’efforçait d’incarner une certaine modernité politique et se vantait même d’avoir inspiré les performances de l’AKP turc. La posture adoptée par le parti islamiste pendant l’élaboration de la Constitution correspondait à un calcul précis. Le PJD caressait l’espoir de devenir tout bonnement le parti du roi ! Les tractations entre les partis et le ministère de l’Intérieur sur le code électoral [découpage, conditions d’éligibilité, etc.] l’ont rapidement convaincu de son erreur. Du coup, il s’est replié sur un discours moral [intégrité des candidats, lutte contre la corruption électorale…] pour se rapprocher de la Koutla et jeter les bases d’une alliance avec celleci. Ce n’est pas suffisant semble-t-il. Le roi devrait selon toute vraisemblance faire appel au parti suivant dans le classement issu des urnes.

islamiste. Ce qui n’est pas le cas du PJD, qui a préféré, au nom du pragmatisme, jouer son va-tout sur le conservatisme.

Psychologiquement, politiquement, cela risquerait de donner une mauvaise impression, surtout après le triomphe d’Ennahdha en Tunisie…

Pendant la rédaction de la Constitution, entre mars et juillet, le PJD s’est démené…

Peut-être. Mais il ne faut pas oublier qu’en Tunisie Ennahdha était, après l’élimination du Rassemblement constitutionnel démocratique, le seul parti fort en lice. En outre, Rached Ghannouchi et ses amis avaient fait évoluer leur formation en menant une réflexion sérieuse sur l’État séculier et sa compatibilité avec l’héritage

Au cours des auditions des partis et de la société civile, organisées par la « Commission des 19 » [présidée par Abdeltif Menouni et chargée par le roi de rédiger le projet de Constitution, NDLR], le PJD a présenté une large palette de positions à travers ses différentes organisations satellites [femmes, jeunes, militants des droits de l’homme, théologiens,

Aucun scénario ne semble donc s’imposer pour l’après-25 novembre ?

Le jeu est très ouvert. Une chose est sûre : le prochain gouvernement, avec ou sans le PJD, devrait procéder à une véritable rupture quant à son programme et aux hommes et femmes chargés de l’appliquer. Le pays veut des nouvelles idées et des nouvelles têtes. Autrement, les réformes profondes issues de la Constitution resteront en rade. Et le Mouvement du 20 février, à travers ses multiples expressions, gauchiste, adliste, ou citoyenne, restera l’invité surprise des débats politiques dans le royaume. ● Propos recueillis à Casablanca par HAMID BARRADA

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ð LES MANIFESTANTS DU MOUVEMENT DU 20 FÉVRIER sont désormais courtisés par la plupart des grandes formations.

HASSAN OUAZANI

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SOCIÉTÉ

Quand les jeunes donnent de la voix On les disait peu mobilisés, indifférents… Ils ont prouvé leur engagement en descendant dans la rue. Reste à savoir s’ils seront entendus et représentés au sein du futur hémicycle.

première cause de défiance des jeunes envers l’institution parlementaire et les partis politiques.

O

LA MAUVAISE RÉPUTATION. Les députés

à jamais l’hémicycle », affirme Hicham Rahil, 33 ans et membre du Mouvement populaire (MP). Une demande légitime puisque les moins de 40 ans constituent 65 % de la population marocaine et qu’ils ne représentent que 9,2 % des députés élus en 2007, soit 30 sur 325. Preuves’ilenétaitbesoindunon-renouvellement de la classe politique, le nombre de parlementaires de moins de 40 ans, Chambre des représentants et Chambre des conseillers confondues, est en chute libre : ils étaient 71 en 1997, 41 en 2002 et 36 en 2007. Un manque de renouvellement des générations qui constitue la

PORTRAIT DE MILITANT NÉ À KSAR EL KEBIR EN 1984,Youssef Raissouni, 27 ans, est le président de la section Rabat de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et un membre actif du Mouvement du 20 février. Après avoir passé son baccalauréat en 2002, il s’installe à Rabat, où il obtient sa licence d’économie en 2006.Très tôt, il s’engage auprès des jeunesses ouvrières et côtoie les milieux syndicaux. Influencé par la lecture des textes soufistes et des écrits marxistes, il se rapproche du mouvement des diplômés-chômeurs. Aujourd’hui,Youssef plaide pour la chute du Makhzen et participe à toutes les manifestations du Mouvement. Pendant les élections, le 20 Février ne manifestera pas. « C’est une question d’éthique. Nous ne perturberons pas ceux qui ont choisi de voter. » ● L.S. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

OUGHANAME POUR J.A.

nnepourraplusfairesanselle. S’il fallait retenir une leçon des révolutions qui ont secoué le monde arabe, c’est bien que la jeunesse veut faire entendre sa voix. Longtemps décrite comme passive et peu intéressée par la « chose publique », elle a montré sa capacité de mobilisation et son désir de changement. À la veille des législativesdu25novembre,lesjeunesMarocains n’ont qu’un mot à la bouche: « rupture ». « On veut que le Parlement de demain nous ressemble, que des candidats jeunes y fassent leur entrée, et que les anciens barons et les anciennes habitudes quittent

souffrent d’une très mauvaise réputation auprès des jeunes, qui dénoncent également leur absentéisme, leur manque de contact avec la population hors des périodes de campagne et la pratique récurrente du clientélisme. Le spectacle de l’ouverture de la session d’automne, le 14 octobre, où tous les députés sont partis après le discours du roi alors que la loi organique était soumise au vote, n’a fait que confirmer leurs a-priori. Une récente étude de l’Institut Thomas More confirme d’ailleursque«lajeunesses’intéresseplusà la vie politique que les générations âgées », même s’il existe une véritable « fracture avec les partis et un éclatement de l’intérêt partisan ». Avide de démocratie directe et d’interactivité, ouverte sur le monde grâce aux nouvelles technologies et aux vols low cost, la jeune génération n’est plus en phase avec ses aînés. Il suffit de voir le mode de communication vieillot des partis pour s’en convaincre. « Les jeunes ont été longtemps les grands oubliés des politiques publiques. Il faut que les gouvernants renouent le lien avec eux », plaide Moncef Belkhayat. Âgé de 41 ans, le ministre de la Jeunesse et des Sports, par ailleurs membre du Rassemblement national des indépendants (RNI) et, au passage, tête de Turc JEUNE AFRIQUE


Le Maroc en campagne les élections n’ont pas laissé aux pardes « févriéristes », a été l’un des printis le temps d’organiser leur congrès, cipaux défenseurs de la liste nationale, de réunir leur base et de chercher de qui oblige chaque parti à présenter sur nouveaux visages. « Le calendrier n’est cette liste trente hommes âgés de 40 ans au plus lors du scrutin. La revendication, qu’une excuse. Il n’y a pas de volonté de qui dépassait les clivages politiques, changement chez les caciques des parétait portée par le Mouvement de la tis », regrette Ismaïl Balafrej, militant de jeunesse marocaine pour une représenl’USFP qui a été candidat à l’investiture à tativité politique maintenant, qui regroupe dix-sept organiAbsentéisme, élitisme, sations de la société civile et clientélisme… L’image des vingt-neufautrescomposéesde politiques est désastreuse. jeunes. Conscients de l’enjeu, les partis politiques s’agitent, communiquent autour de leurs mouRabat avant de se désister. Révolté par la vements de jeunesse et tentent de troupratique récurrente du népotisme et par ver des cadres de moins de 40 ans à la l’existence d’un système de rente au sein fois assez connus pour avoir un réseau de son parti, il a dénoncé publiquement capable de les porter et assez neufs pour l’autisme de Driss Lachgar, un de ses prouver la volonté de changement. Ceux cadres dirigeants. « S’il y a un endroit où du Mouvement du 20 février ont bien il faut un Mouvement du 20 février, c’est entendu été courtisés, notamment par à l’intérieur même des partis », plaide Moncef Belkhayat, pour qui le conflit des l’Union socialiste des forces populaires (USFP), et par le RNI, dont le président, générations est au cœur de ces élections. Salaheddine Mezouar – ministre de Dans ce contexte, difficile de parier sur l’Économie et des Finances –, a tenu le taux de participation des jeunes. Pour à s’entretenir avec des militants pour Othman, cadre dans une multinationale, « il faut voter, car pour la première fois il y mieux connaître leurs idées. Pour autant, les jeunes ne se font pas aunvraisuspense.Personnenepeutdire d’illusions. « On va retrouver les mêmes qui sera chef du gouvernement après le têtes qu’avant car les vieux barons de la 25 ». Une attitude à l’opposé de celle du politique ne sont pas prêts à laisser leur Mouvement du 20 février, qui a appelé place. Notre problème ça n’est pas le au boycott du scrutin. « Les jeunes ne roi, ce sont les partis, qui sont pourris sont pas écoutés. Notre seule voix est et de l’intérieur », regrette une jeune milirestera la rue », conclut Omar, militant tante de l’USFP. Organisées de manière du 20 Février. ● anticipée selon un calendrier très serré, LEÏLA SLIMANI SCRUTIN, MODE D’EMPLOI • C’est un scrutin de liste à un tour, à la représentation proportionnelle au plus fort reste. Sur les 395 députés, 305 sont élus sur des listes locales, au sein de 92 circonscriptions locales (qui, selon leur poids démographique, disposent de 2 à 6 sièges), et 90 sont élus sur une liste nationale, dont 60 femmes et 30 jeunes hommes âgés de 40 ans au plus. • Le seuil minimum requis pour participer à la répartition des sièges a été maintenu à 6 % des suffrages exprimés pour les listes locales et abaissé à 3 % pour la liste nationale, à la demande des petits partis. • Selon la méthode du plus fort reste, les sièges sont répartis en deux temps. Ils sont d’abord attribués aux partis qui ont atteint le quotient électoral: c’est-à-dire le nombre total de voix divisé par le nombre total de sièges. Ensuite, le quotient est soustrait du total des voix obtenues par ces partis. Puis, tous les partis ayant un nombre de voix supérieur au seuil minimum requis obtiennent des sièges suivant celui d’entre eux qui a le plus grand nombre de voix (le « plus fort reste »), jusqu’à ce que tous les sièges soient répartis. • Le système marocain est un système à liste fermée, c’est-à-dire que chaque parti fixe l’ordre dans lequel les candidats sont placés sur les listes.

JEUNE AFRIQUE

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Économie

ANALYSE

L’Europe en crise, un exemple à ne pas suivre

AUTOMOBILE

L’Afrique du Sud passe à la vitesse supérieure

AUDIOVISUEL

Tarak Ben Ammar, Le Franco-Tunisien a bâti un empire unique dans le monde arabe, entre films à grand spectacle et télévision. Alors que la santé financière de ses entreprises est mise en question, il lève le voile sur ses affaires.

JULIEN CLÉMENÇOT

L

e 23 novembre, Tarak Ben Ammar, 62 ans, aura sans doute remisé pour quelques heures son attitude décontractée de capitaine d’industrie. À partir de 14 heures, le Franco-Tunisien connaîtra les premiers chiffres du démarrageensallesdesadernièresuperproduction, Or noir, réalisée en Tunisie et au Qatar par JeanJacques Annaud. Un projet de plus de 55 millions de dollars (près de 41 millions d’euros) mettant en scène les débuts de l’exploitation pétrolière dans les années 1930 en Arabie saoudite, sur fond de rivalité tribale (lire critique p. 108). Projeté en ouverture du festival de Doha-Tribeca en octobre, le film entame sa carrière en France. Suivront ensuite, sur sept mois, la Suisse, la Belgique, la Russie, la Chine, l’Italie, l’Espagne… En tout, plus de 5000 salles dans le monde le mettront à l’affiche. « Quel que soit le succès du film, le risque est minime, affirme l’intéressé à Jeune Afrique, à quelques jours de la sortie. Je ne démarre pas un projet s’il n’est pas financé à 80 %. » Un budget bouclé grâce à la participation de l’Institut du film de Doha (30 %), mais aussi d’Universal et de Warner Bros. Une fête que Tarak Ben Ammar ne veut pas voir gâchée par un article de presse paru récemment et « cherchant à [lui] nuire » en mettant en relief les déboires de ses entreprises françaises de postproduction. Début novembre, LTC et Scanlab (voir l’organigramme p. 70) ont été placés en redressement judiciaire avec une phase d’observation de six mois. « Cela va les protéger de leurs créanciers pendant six mois. Dans l’intervalle, grâce à l’État, qui aide les entreprises à numériser leurs films en prenant en charge 70 % du coût [500 millions d’euros ont été débloqués sur dix ans, NDLR], elles auront rempli leurs carnets de commandes », assure-t-il. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

JB RUSSELL/COSMOS

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€ LE PR PRODU PRODUCTEUR ODUCTE ODU CTEUR CTE UR EST AUSSI UN AMATEUR D’ART. Il possède une grande collection orientaliste et plusieurs tableaux de Bacon.

Cela valorisera son catalogue de 500 films qui lui rapporte au moins 20 millions d’euros par an. AMI DES MILLIARDAIRES. Passé maître dans

l’art du déminage médiatique, l’homme craint-il malgré tout les effets pernicieux des rumeurs ? Tarak Ben Ammar, producteur en son temps de Michael Jackson, ami des milliardaires, de Vincent Bolloré au prince Al-Walid Ibn Talal, se défend en tout cas mordicus d’être en difficulté : « Faire croire que mes affaires vont mal est un mensonge. Mon groupe est solide. Il réalise plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires pour un bénéfice de 25 millions. Surtout, aucune de mes sociétés n’a d’endettement bancaire. D’importants fonds JEUNE AFRIQUE


CATERING

Accra au menu de Servair

DÉCIDEURS

Hadjibou Soumaré

Président de la Commission de l’UEMOA

BOURSE DE CASABLANCA

La pépite Managem teste les marchés

de Hollywood à Doha Pi Pictures (69 millions d’euros de revenus en 20 2010) y distribue une vingtaine de films par an. Les succès sont inégaux, mais des réussites an majeures comme Le Discours d’un roi (quatre ma oscars) la placent parmi les leaders du marché. os

RA RACINES ITALIENNES. C’est également du côté

d’investissements me sollicitent d’ailleurs afin d’entrer dans mon capital. Pour répondre à leurs demandes, Quinta Communications [créé en 1989 avec Silvio Berlusconi et l’homme de médias allemand Leo Kirch, décédé en 2011] consolidera toutes mes activités à partir de la fin 2012. » Membre des conseils d’administration de Mediobanca et de Telecom Italia, Tarak Ben Ammar côtoie en Italie le gotha du patronat européen. C’est aussi là-bas qu’il possède ses activités les plus rentables. La péninsule est une seconde patrie pour ce fils de diplomate, ancien élève du Lycée catholiqueaméricaindeRome,intimedeBerlusconi depuis leur rencontre en 1984. Partenaire exclusif de StudioCanal (groupe Canal +), sa société Eagle JEUNE AFRIQUE

transalpin tr qu’il faut chercher en grande partie l’ l’origine des fonds propres de Tarak Ben Ammar (1 millions d’euros pour sa maison mère). En (145 20 sur ses conseils, Rupert Murdoch rachète 2002, Telepiù, le bouquet de chaînes de Canal + en Italie. Te L’affaire conclue, le magnat australo-américain des L’ médias est contraint de céder deux fréquences m hertziennes pour respecter les lois antitrust… et he fa fait affaire, pour 110 millions d’euros, avec son ami et conseiller Tarak Ben Ammar, associé pour am l’ l’occasion à TF1. « Conformément à nos accords, j’ j’ai ensuite racheté la part de TFI, puis revendu l’l’une des deux fréquences pour plus de 200 millions d’euros à un groupement d’entreprises du secteur d’ des de télécoms », explique-t-il. L’autre fréquence lui permet pe aujourd’hui d’exploiter le bouquet payant de télévision numérique terrestre (TNT) Dfree, ree, qui qu compte près de 3 millions d’abonnés, pour un chiffre ch d’affaires d’environ 50 millions d’euros. Devenu en Italie une personnalité du monde des affaires, Tarak Ben Ammar y est, plus encore de qu’en France, sous le feu des médias. Au mois qu de mars dernier, l’homme a ainsi dû affronter les journalistes concernant la présence (10 %) danss jo le capital de son holding Quinta Communications ons du fonds souverain libyen Libyan Investment ent Au tre Authority. « Si cette participation devait être in interprétée comme le signe d’un soutien de Kaddafi, il conviendrait de joindre à la liste des Ka es protégés du dictateur déchu les sociétés Vodafone, one, BP, Royal Dutch Shell, Pfizer, Alcatel, Lagardère, ère, EDF, BNP Paribas, Nestlé… », plaide-t-il. Partenaire re encombrant pour les uns, le fonds libyen est un allié lié idéal pour Tarak Ben Ammar, désireux désormais mais de faire la promotion de la culture arabe. À preuve de son engagement, après avoir produit uit de nombreux films bibliques, il se consacre mainintenant en priorité à des projets qui intéressent le monde musulman, comme Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki ou Hors-la-Loi de Rachid id Bouchareb. Il est également conseiller de l’Institut ut du film de Doha. « Si vous voulez jouer le jeu de Hollywood, ne les laissez pas vous voir comme mme un payeur de chèques, imposez vos propres ● ● ●

Le film

OR NOIR,

en Tunisie, c’est :

15

millions d’euros dépensés

12

semaines de tournage

45 000 fi ches ch de paie

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70

Entreprises marchés

TARAK BEN AMMAR THE WEINSTEIN COMPANY LLC Production - Distribution

1.50 %

L’EMPIRE BEN AMMAR

1,5 % 95 %

52,71 %

FININVEST (Berlusconi)

22,24 %

LIBYAN INVESTMENT AUTHORITY

10 %

TF1

QUINTA COMMUNICATIONS

PRIMA TV (bouquet Dfree)

15,05 %

5%

100 % EUROPA TV (2 chaînes Sportilalia gratuites)

EUROPACORP (Luc Besson)

TECHNICOLOR 17,50 %

50 % 25 % STUDIOS DE PARIS SCI Future Cité du cinéma

42,82 % ECLAIR GROUP Postproduction

82,50 %

100 %

QUINTA INDUSTRIES Postproduction

51,14 %

LABORATOIRES ET STUDIOS CINÉMA TUNISIE

48,86 %

25 % NESSMA TV

EAGLE PICTURES Distribution

25 % 98,63 % GROUPE BOLLORÉ

DURAN Effets spéciaux 100 % AUDIS JOINVILLE

100 %

100 %

SIS Son

LTC Laboratoires

100 % SCANLAB

● ● ● histoires », lançait-il en 2010 aux élites du Golfe lors du festival d’Abou Dhabi.

SYMBOLE. Pour asseoir sa crédibilité, l’homme

n’hésite pas à étaler sa réussite en Tunisie. Propriétaire de deux studios dans son pays natal, il dirige aussi un prestataire technique de postproduction dont le service est « équivalent aux sociétés françaises ». En trente-cinq ans, il revendique surtout l’organisation de 65 tournages qui ont rapporté 650 millions d’euros en devises à la Tunisie. Parmi les grands noms du septième art passés par ses studios : Chabrol, Spielberg, Lucas, Polanski ou encore Zeffirelli. « Il n’a pas toujours bon goût, promet beaucoup, mais sans lui il n’y aurait pas d’industrie du cinéma dans notre pays », admet, un brin admiratif, un réalisateur tunisien. Pourtant, l’investissement qui excite le plus son intérêt actuellement en Tunisie, c’est Nessma TV, dont il est actionnaire depuis 2009 aux côtés de Berlusconi et de Nabil et Ghazi Karoui. « En 2011, N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

« Il n’a pas toujours bon goût, mais sans lui il n’y aurait pas d’industrie du cinéma dans notre pays. » UN RÉALISATEUR TUNISIEN

Holding (basé en France)

États-Unis

Italie

Tunisie

France

Autres actionnaires

nous réaliserons notre meilleur résultat avec 15 millions d’euros de recettes. Et l’an prochain nous ferons des bénéfices, avec deux ans d’avance sur nos prévisions », assure Tarak Ben Ammar. Une montée en puissance illustrée par le carton plein réalisé lors du dernier ramadan et que la polémique avec les islamistes après la diffusion de Persepolis (lire p. 43) ne semble pas entraver. Mais au-delà de ses performances, Nessma TV est surtout pour Tarak Ben Ammar un symbole. Celui de son engagement – récent – pour une Tunisie démocratique. Sous l’impulsion de ses actionnaires, la chaîne a été, dès le 30 décembre 2010, la première à médiatiser les événements de Sidi Bouzid. L’initiative avait d’ailleurs valu à Nessma TV une menace de fermeture. « À l’opposé d’une quelconque proximité avec Ben Ali, comme certains ont pu l’affirmer », souligne-t-il. Courageux, sans doute, mais surtout fin stratège. Ben Ali, déjà affaibli, pouvait-il véritablement s’en prendre à l’ami fidèle d’un certain Silvio Berlusconi ? ● JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

ANALYSE Alain Faujas

L’Europe en crise, un exemple à ne pas suivre

H

ORMIS QUELQUES-UNS de ses pays mis en charpie par la guerre, l’Afrique va bien. Une décennie pratiquement que sa croissance ne se dément pas et que ses dettes s’apurent sans bruit. C’est pourquoi elle regarde, avec un rien de commisération, sa marraine (sa marâtre ?) l’Europe, qui lui a tant de fois fait la leçon sur la bonne gouvernance et la tempérance budgétaire, se débattre dans les affres de la crise de ses dettes souveraines.

Qui subit les oukases du Fonds monétaire international (FMI) ? L’Europe. Qui se voit imposer mois après mois des plans d’austérité budgétaire toujours plus sévères ? Les Européens. De qui se méfient les marchés et les investisseurs ? De la zone euro. Qui se fait sermonner pour la pagaille qu’elle menace de semer dans l’économie mondiale ? L’Union européenne. Encore un peu et l’Afrique pourrait donner des conseils à son ancienne tutrice sur la manière de gérer ses sous et sur les bêtises à éviter pour ne plus les gaspiller. Le monde à l’envers !

en grande partie la propriété des grands établissements d’Europe. Enfin, les contraintes budgétaires et le ralentissement des économies développées raréfieront inéluctablement les sources de financement dont l’Afrique a un besoin vital : aide publique, investissements étrangers et envois d’argent des émigrés. Comment prévenir ces malheurs ? « En poussant la diversification du continent », répond Vinaye Dey Ancharaz, économiste au département de recherche de la BAD. « Il lui faut diversifier ses produits, afin de ne plus dépendre de quelques exportations, et surtout diversifier ses marchés, en jouant la carte des échanges régionaux, comme l’Afrique de l’Est a su le faire. Et puis il faut que le continent se tourne encore plus vers les pays émergents, dont la croissance restera bien plus élevée que celle des pays industrialisés. Les émergents représentent aujourd’hui 40 % du commerce africain et il serait souhaitable que cette proportion s’élève encore. » Shanta Devarajan, économiste en chef pour l’Afrique à la Banque mondiale, tire quant à lui deux leçons de la crise de la dette européenne. La première est que le continent africain « doit poursuivre sa libéralisation financière, contrairement à ce que l’on pourrait penser, car la catastrophe de la dette publique grecque prouve que l’État n’est pas le protecteur tout-puissant que l’on croit », et même qu’il peut être dangereux. La deuxième leçon est que, dit-il, lorsque l’Afrique développera des instruments financiers aussi sophistiqués que ceux qui ont abouti à la crise des subprimes – et cela arrivera un jour –, « elle devra se doter de la réglementation qui lui évitera les dérives de la finance américaine et européenne ».

Voici l’Afrique invitée à s’unir, à mettre le cap au sud et à trouver un équilibre entre anarchie des marchés et carcan étatique. Que l’Afrique ne se croie pas immunisée pour autant contre les microbes qui terrassent sa voisine du Nord. Selon les estimations de la Banque africaine de développement (BAD), une baisse de 1 point de la croissance du PIB européen se traduirait par une réduction de 10 % des recettes d’exportation de l’Afrique et par une baisse de 0,5 point de la croissance de son propre PIB. Car la crise européenne peut contaminer l’Afrique par trois canaux. En premier, le recul des exportations peut asphyxier les pays qui dépendent des économies développées pour leurs ventes de minéraux (Zambie, Zimbabwe, Mauritanie, Guinée), d’hydrocarbures (Nigeria, Angola, Algérie, Libye, Soudan) ou pour leur tourisme (Tunisie, Maurice, Sénégal, Maroc). Deuxièmement, un resserrement sur les marchés financiers du Nord se traduira inévitablement par un choc du crédit en Afrique, dont le réseau bancaire est JEUNE AFRIQUE

Résumons : voici l’Afrique invitée à s’unir commercialement, à mettre le cap au sud et à trouver un équilibre entre l’anarchie des marchés et un carcan réglementaire étatique. Rien de révolutionnaire dans ces préconisations. Mais leur réussite demande de dépasser bien des paresses intellectuelles et politiques. ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Entreprises marchés AUTOMOBILE

L’Afrique du Sud passe à la vitesse supérieure Doubler sa production d’ici à 2020, pour atteindre les 1,2 million de véhicules par an. C’est l’objectif ambitieux affiché par Pretoria. Et les principaux constructeurs mondiaux jouent le jeu.

P

our la fabrication du Ranger T6, son nouveau pick-up, Ford a choisi l’Afrique du Sud. Depuis le 14 octobre, son usine de Silverton, dans la banlieue de Pretoria, assemble ce modèle, qui, dès 2012, sera exporté dans 148 pays, avec une cadence de 100000 véhicules fabriqués chaque année. Alors que la compétition internationale est serrée pour accueillir des usines automobiles – toujours plus grandes, donc moins nombreuses –, la nation Arc-en-Ciel a eu les faveurs du groupe américain. Et Ford n’est pas le seul à parier sur le pays, qui compte deux pôles automobiles, l’un à Port Elizabeth, l’autre à Pretoria. L’allemand Daimler va ainsi augmenter de 20 000 véhicules la production annuelle de ses installations d’East London, qui assemblent notamment la Mercedes Classe C. De son côté, Toyota produit toute sa gamme Hilux dans la plus grande usine du continent, à Durban, avec une capacité dopée en 2009 à 220 000 véhicules par an. Depuis 2009, Renault fabrique à Rosslyn (près de Pretoria) son

modèle Sandero, aux côtés du pickup NP200 de Nissan, tous deux conçus sur la base d’une Logan. Les deux groupes alliés comptent dépasser les 50 000 véhicules produits en 2012 en Afrique du Sud. Quant à BMW, Volkswagen et General Motors, qui y assemblent respectivement leurs séries 3, Polo Vivo et Chevrolet Spark, ils ont confirmé leur intention de se servir du pays comme base d’exportation vers l’Afrique, l’Europe et l’Asie.

Made in South Africa

BMW série 3 60 000 modèles produits en 2010, dont 45 000 pour l’export

VOLONTARISME. D’après la

Naamsa, la puissante fédération des professionnels sud-africains de l’automobile, l’année 2011 aura été bonne. Fin décembre, les investissements dans le secteur auront atteint plus de 400 millions d’euros, et la production devrait avoisiner les 566 000 véhicules assemblés. Les usines sud-africaines ont fonctionné à 88 % de leurs capacités au troisième trimestre 2011, contre 77 % en 2010. « C’est la politique volontariste du gouvernement qui a permis d’atteindre ces résultats, grâce à des plans coordonnés d’aide à l’investissement sans équivalent », estime Xavier Gobille, directeur

Ford, Daimler, Toyota, Renault, Nissan… Tous augmentent la capacité de leurs usines locales.

Mercedes Classe C 51 100 modèles produits en 2008, dont 25 000 pour l’export

LE MAROC RESTE DANS LA COURSE SI LES VOLUMES SUD-AFRICAINS représentaient 80 % de la production automobile du continent en 2010, ses challengeurs égyptien (12 %) et – surtout – marocain (8 %) mettent les bouchées doubles pour lui damer le pion. Dans son plan Émergence, le royaume chérifien aligne les mesures incitatives pour attirer constructeurs et équipementiers. En s’installant dans les zones franches dévolues à l’automobile deTanger, Kenitra et Casablanca, les entreprises peuvent bénéficier d’une exonération d’impôt pendant cinq ans et d’aides à l’installation à hauteur de 10 % de leurs investissements. Si le Maroc n’a pas encore le savoir-faire sud-africain, il bénéficie en revanche d’une main-d’œuvre moins chère et d’une proximité avec les marchés européen et maghrébin. Le démarrage de la grande usine de RenaultTanger, début 2012, sera scruté à la loupe. S’il se passe bien, d’autres industriels pourraient être tentés. ● C.L.B. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

général de Renault Afrique du Sud. Dès 1995 en effet, le programme de développement de l’industrie automobile (MIDP) a su relever, à coups de subventions à l’exportation, un secteur implanté depuis les années 1920 mais affaibli par le blocus économique pendant l’apartheid. « Ils ont compris au bon moment qu’ils ne pouvaient abandonner l’automobile, essentielle pour décoller industriellement. S’appuyant sur la Naamsa, organisation professionnelle bien structurée depuis cinquante ans, le gouvernement a su se mettre à l’écoute et adopter des mesures intelligentes », ajoute le patron de Renault dans le pays, admiratif de la concertation public-privé. Après le MIDP (1995-2009), Pretoria a lancé un second plan, le programme de production et de développement automobiles (APDP), qui doit être adopté d’ici à la fin de décembre par le

Parlement. Joggie Mentz, directeur export de Nissan Afrique du Sud, participe aux discussions avec le gouvernement depuis 1997: « Nous avons dû revoir notre copie, car le MIDP n’était pas en conformité avec les réglementations de l’Organisation mondiale du commerce. L’Australie, où nous exportions beaucoup, menaçait de porter plainte pour concurrence déloyale du fait de nos subventions. Entre 2007 et 2009, le gouvernement nous a sollicités pour élaborer une seconde mouture. Nous avons voulu favoriser la hausse des volumes de production et l’intégration de composants locaux, deux voies essentielles pour améliorer notre compétitivité. » « CAROTTES ». Objectif annoncé par les autorités: passer la barre des 1,2 million de véhicules produits dans le pays à l’horizon 2020. Avec l’APDP, les constructeurs ayant des usines d’une capacité de plus de JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

VOLKSWAGEN SOUTH AFRICA

ð Chaîne d’assemblage de BMW, à Uitenhage (près de Port Elizabeth).

JEUNE AFRIQUE

l’industrie a gardé à peu près le même nombre de salariés [environ 36 000]. Avec une plus grande intégration locale, nous devrions avancer de ce côté-là. » Reste un point critique : la logistique interne. « Transnet et Portnet, opérateurs du rail et des ports, doivent faire des efforts importants pour fluidifier l’acheminement de marchandises et, surtout, diminuer 250 000

Ford Ranger T6 Objectif : 100 000 modèles produits par an, dont 70 000 pour l’export

Les exportations sud-africaines explosent (en nombre de véhicules)

200 000

150 000

100 000

Projections 50 000

0 1995 96 97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13

SOURCE : THE AFRICA REPORT

50 000 véhicules par an recevront une subvention annuelle, payée comptant, représentant 20 % de leurs investissements industriels, et une autre de 10 % supplémentaires si la production est certifiée conforme aux standards internationaux. Autre « carotte » pour les industriels: une aide étatique équivalente à 55 % de la valeur ajoutée localement pendant cinq ans. « Avec l’APDP, le pays évite l’écueil des petites usines “tournevis”, effectuant juste un assemblage final de pièces importées et permettant à des industriels de récupérer des subventions du MIDP à peu de frais », estime Xavier Gobille. « Même si ces mesures n’entreront en vigueur qu’en 2013, elles donnent une vision à long terme rassurante. Grâce à elles, BMW et Volkswagen ont déjà amené leur équipementier Faurecia à investir. Ford a fait venir ses fournisseurs indiens pour le nouveau Ranger. Et, chez Nissan, nous prospectons pour élargir notre panel de fournisseurs locaux », complète Joggie Mentz. Selon lui, l’APDP aura, contrairement au MIDP, un vrai effet sur l’emploi : « Le MIDP nous a aidés à sauver notre industrie en dopant notre productivité : nous avons augmenté nos volumes [de 357 000 à 591 109 véhicules entre 2000 et 2010, NDLR], mais

leurs tarifs. Il nous coûte plus cher d’envoyer un véhicule de l’usine au port que du port jusqu’en Europe! » s’insurge Joggie Mentz, qui trouve que les négociations avec ces deux entreprises publiques s’enlisent, du fait de leur position de monopole. De son côté, Xavier Gobille note que la fourniture d’électricité s’est améliorée: « La compagnie Eskom a beaucoup investi, nous n’avons pas connu de coupures depuis 2008. Même si les tarifs ont augmenté, l’électricité sud-africaine est encore l’une des moins chères au monde. » PAS ENCORE LOW COST. Les coûts

de production ont baissé, mais pas assez : « En 2010, ils étaient 10 % plus élevés qu’en Europe de l’Ouest ! » a regretté David Powels, président de la Naamsa, lors de la convention d’octobre dernier, inquiet après la hausse générale des salaires de 9 % enregistrée en 2011. « L’Afrique du Sud n’est pas low cost. Éloignée des grands pays consommateurs, elle ne fait pas encore le poids face à un pays comme le Mexique », juge Xavier Gobille, pour qui le gouvernement, encore peu endetté, doit continuer ses efforts dans les domaines des infrastructures et de la formation, mais aussi nouer de nouveaux accords de libre-échange, notamment en Afrique. Il sera en effet impossible à l’Afrique du Sud d’atteindre les objectifs de l’APDP sans augmenter fortement les volumes exportés vers le continent, qui représentent aujourd’hui moins de 20 000 véhicules (principalement vers l’Algérie, la Zambie et le Zimbabwe). De fait, les industriels cherchent à mettre en place une logistique commune vers le Nigeria, la RD Congo et le Kenya pour baisser les coûts d’acheminement. Objectif : faire de la nation Arc-en-Ciel la base de la production automobile pour toute l’Afrique subsaharienne. ● CHRISTOPHE LE BEC N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Entreprises marchés CATERING

Accra au menu de Servair

Le spécialiste de la restauration aérienne s’implante au Ghana. Une percée en zone anglophone pour la filiale d’Air France, déjà bien implantée sur le continent.

S

ervair, filiale d’Air France spécialisée dans le catering et la restauration aérienne, a inauguré, mercredi 16 novembre, une filiale au Ghana, à l’aéroport international de Kotoka (près d’Accra). Servair-Ghana, coentreprise réunissant la maison mère française (57 %), Ghana Airports Company Limited (GACL, 31 %) et la société forestière ghanéenne SARII (12 %), compte notamment comme clients TAP Portugal, Alitalia, Air Burkina, Air Mali et la société d’assistance aéroportuaire Menzies Aviation. Représentant un investissement de 2,5 millions de dollars (plus de 1,8 million d’euros), l’implantation ghanéenne est la troisième dans un pays anglophone, après celles effectuées il y a deux ans au Kenya, à Nairobi et à Mombasa. Avec une croissance économique attendue à 12 % en 2011, boostée par les ressources naturelles – dont un secteur pétrolier en pleine expansion –, le Ghana est devenu une destination prisée par les investisseurs. Servair y voit en outre une base incontournable pour le trafic aérien de la région. « Je salue la remarquable dynamique de la plateforme de Kotoka et sa capacité à devenir un hub incontournable de la région », a expliqué le PDG de Servair, Patrick Alexandre.

R. BLACKWELL/ABACA PRESS/SERVAIR

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€ AVEC QUINZE CENTRES DE PRODUCTION, la société est déjà présente dans dix pays d’Afrique francophone.

La plateforme de 2 000 m2 mise en place et gérée par Servair (via un contrat de management) peut produire jusqu’à 2 500 plateaux-repas par jour. Dans les prochains mois, la troisième société mondiale de catering (derrière l’allemand LSG Sky Chefs, filiale de Lufthansa, et le suisse Gate Gourmet) devrait annoncer l’ouverture d’une filiale à Abuja, au Nigeria, alors que d’autres discussions sont avancées au Cap-Vert. « VRAIE DEMANDE ». La société, déjà

présente dans dix pays d’Afrique francophone avec quinze centres de production, poursuit ainsi son expansion, portée par la forte croissance du secteur

aérien sur le continent (+ 13 % en 2010). « Nous allons dans les pays où il existe une vraie demande ou un potentiel réel en matière de catering », affirmait en juin Patrick Alexandre. L’objectif de Servair est d’atteindre vingt implantations d’ici à la fin de l’année. La société y parviendra si elle concrétise ses projets au Nigeria et au Cap-Vert. En revanche, l’ouverture en Guinée-Conakry, prévue en octobre, a été repoussée. Globalement, l’Afrique représente une part croissante de l’activité du groupe. Son chiffre d’affaires sur le continent a ainsi atteint 51,5 millions d’euros en 2010 pour un chiffre d’affaires global de 757 millions d’euros. ● MICHAEL PAURON

UN SECTEUR CONCURRENTIEL SUIVANT LA CROISSANCE de l’activité aérienne en Afrique, le marché du catering est de plus en plus concurrentiel. Parmi les acteurs, la société LSG Sky Chefs (numéro un mondial et filiale de Lufthansa) est présente au Nigeria, en Égypte, en Afrique du Sud, en Somalie et en Angola. Le français Newrest est lui aussi bien implanté. Déjà présente au Maroc, en Tunisie, en N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Mauritanie et à Madagascar, la société a signé fin 2010 une coentreprise avec le suisse First Catering. Cela lui permet d’inclure dans son portefeuille les positions africaines de cette dernière en Afrique du Sud, au Ghana, en Zambie et au Nigeria, qui ont représenté un chiffre d’affaires de 31 millions d’euros en 2010. ● M.P. JEUNE AFRIQUE


Coulisses

Total dans les abysses angolais Avec Pazflor, le groupe inaugure la plus grande plateforme de forage en eau profonde du continent.

L

e 22 novembre, le groupe Total a inauguré la barge Pazflor au large de l’Angola. Depuis le 26 août, elle exploite quatre réservoirs situés à des profondeurs comprises entre 600 et 1200 m. Sa production atteindra à terme 220000 barils par jour à partir d’un champ dont les réserves prouvées, réparties sur une surface équivalente à six fois celle de Paris, atteignent 590 millions de barils. Outre Total, détenteur de 40 % des parts, le gisement réunit Esso (20 %), Statoil-Hydro (23,33 %) et BP (16,67 %). DÉCOUVERTE. Presque unique au

monde, la plateforme impressionne parsesdimensions–120000tonnes, 325 m de long, 62 de large et 32 de haut –, mais aussi par ses prouesses technologiques. Ainsi, Pazflor remonte deux qualités de pétrole brut issues de couches sédimentaires distinctes. Et les sépare de l’eau et du gaz au fond de l’océan. Fabriquée en Corée, l’unité de production a été acheminée sur plus de 18500 km. Depuis la découverte du premier réservoir en 2000 jusqu’à sonentréeenfonction,leprojetaura coûté plus de 9 milliards de dollars. Fidèles à leur politique de promotion des compétences locales, les autorités angolaises ont négocié avec le groupe la formation de techniciens et de cadres nationaux aux technologies de pointe des forages en eau profonde. Pour Total, l’enjeu est grand, puisque la production de Pazflor lui permettra de se rapprocher d’ENI, toujours premier producteur africain avec environ 1 million de barils par jour. ● J.C. JEUNE AFRIQUE

marchés

CMA CGM UN PLAN D’ÉCONOMIES DE PRÈS DE 300 MILLIONS D’EUROS On croyait l’armateur marseillais sorti d’affaire après l’entrée, en 2010, du turc Yildirim à hauteur de 20 % dans le capital du groupe de la famille Saadé contre un chèque de 500 millions de dollars (377 millions d’euros). Après un retour aux bénéfices l’an passé, le numéro trois mondial du transport maritime conteneurisé connaît une fin 2011 délicate, alors que l’année 2012 s’annonce difficile pour la profession. Pour faire face, CMA CGM a élaboré un plan de réduction des coûts de 400 millions de dollars qui concernera toutes les filiales du groupe. Si les investissements ne sont pas touchés, le groupe compte rationaliser les services, fermer des lignes et céder

S

M

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CLAUDE ALMODOVAR/FEDEPHOTO

PÉTROLE

Entreprises

des actifs, comme les 50 % qu’il détient dans le terminal à conteneurs de Malte. CMA CGM n’est pas le seul à réduire la voilure, le danois Maersk – numéro un mondial – vient d’annoncer 297 millions de dollars de pertes au troisième trimestre 2011. ●

• EMPRUNT D’ici fin 2011, Yaoundé émettra 76 M€ d’obligations pour financer des infrastructures • TUNISIE Yadis, qui compte 7 hôtels dans le pays, va en ouvrir 4 autres • TRANSPORTS Un appel d’offres pour la 2e ligne du tramway casablancais a été lancé le 15 novembre par Casa Transports • DIAMANTS Lucara Diamond lance la construction de sa mine de Boteti (Botswana), un investissement de 130 M$

TEXTILE LA TUNISIE DÉPASSE LE MAROC À fin août, avec 1,69 milliard d’euros d’exportations de textile vers l’Union européenne, laTunisie devance le Maroc, qui affichait 1,6 milliard d’euros de ventes au nord de la Méditerranée. Alors que les principaux exportateurs du secteur, dont laTurquie, ont vu leurs coûts s’envoler de plus de 13 %, ceux de deux pays maghrébins, laTunisie et le Maroc, sont restés stables, ce qui leur a permis d’augmenter leur chiffre d’affaires de respectivement 6 % et 12 % entre août 2010 et août 2011. ● SMARTPHONES OFFENSIVE D’ORANGE EN AFRIQUE Convaincu par le potentiel commercial des échanges de données en Afrique, FranceTélécom donne un coup de pouce au marché en lançant trois

smartphones à moins de 100 euros et des offres sur mesure. Ces appareils Alcatel de la gamme OneTouch, avec application Facebook intégrée, seront disponibles à partir de 2012 au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Niger, au Sénégal, enTunisie, en Ouganda et à Maurice. ● AÉRONAUTIQUE BOMBARDIER DANS LE ROYAUME CHÉRIFIEN L’avionneur Bombardier a annoncé le 16 novembre son implantation au Maroc. La firme canadienne a prévu d’investir 200 millions de dollars (150 millions d’euros) en huit ans dans une usine d’assemblage, qui démarrera en 2013 et emploiera 850 personnes. Le géant de Montréal est le troisième du secteur, après Boeing et Airbus, à s’installer dans le royaume, choisi pour ses faibles coûts de main-d’œuvre et sa proximité avec l’Europe. ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Décideurs UEMOA

Hadjibou Soumaré rafle la mise

L’ex-Premier ministre sénégalais est le nouveau président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Une nomination qui ne fait pas que des heureux.

C

est officiel depuis le 16 novembre : presque huit ans après avoir laissé le poste au Malien Soumaïla Cissé, le Sénégal retrouve la présidence de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Si Hadjibou Soumaré a longtemps hésité avant d’accepter de briguer le poste – à la place du commissaire sénégalais El Hadj Abdou Sakho –, l’ancien Premier ministre (de 2007 à 2009) a finalement remporté la bataille face au Nigérien Mamane Badamassi Annou. Ce dernier n’est cependant pas inquiet, car le temps travaille pourlui.Fauted’accordentreleshuit chefs d’État lors des deux dernières réunionsdel’organisationrégionale, à Bamako en janvier et à Lomé en mai, le consensus a en effet pris la forme d’un contrat entre les deux hommes. Hadjibou Soumaré doit s’engager, par écrit, à ne faire qu’un seulmandatdequatreansetàlaisser ainsi la place au Nigérien. Labataillefutrudeetl’issueincertaine. Chacun des deux camps était sûr de son poulain. « Le Sénégal n’a aucune chance », pouvait-on entendredébutoctobredelabouche d’un diplomate nigérien. Depuis

ALIOU MBAYE/PANAPRESS

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€ CE PROCHE DE WADE entrera en fonction le 5 décembre, à Ouagadougou.

son palais de Lomé, le président togolais, Faure Gnassingbé – qui exerce actuellement la présidence de l’UEMOA –, a tranché. Hadjibou Soumaré entrera en fonction le 5 décembre à Ouagadougou. Le temps pressait. Depuis janvier et la fin théorique du mandat de SoumaïlaCissé,candidatàlamagistrature suprême au Mali qui a dû prolonger son séjour, l’organisation naviguait à vue. Le Sénégalais d’origine malienne par son père devra réveiller une administration en sommeil et

L’AFFAIRE SAKHO PEUT-ELLE DÉGÉNÉRER ? EL HADJ ABDOU SAKHO a du mal à avaler la couleuvre. Commissaire à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) depuis 2002, candidat à la succession de Soumaïla Cissé, son éviction – qu’il a apprise par un acte additionnel reçu le 21 octobre – non seulement le prive de cette perspective, mais clôt aussi sa carrière au sein de l’institution régionale. Hadjibou Soumaré devient en effet de facto le nouveau commissaire sénégalais. Sakho a décidé de demander à la Cour de justice de l’UEMOA l’annulation de cette décision. Il se base notamment sur un précédent en 2006 : un commissaire ivoirien, M.P. dont Gbagbo voulait la peau, l’avait finalement emporté… ● N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

relancer les projets. Décrit comme quelqu’un de rigoureux et de travailleur par ses amis, Hadjibou Soumaré, marié et père de deux enfants, est un affidé du président sénégalais, d’après ses détracteurs. Technocrate issu de l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam), qu’il intègre après avoir obtenu une maîtrise en sciences économiques en 1979, ses amitiés avec certains cadres du Parti démocratique sénégalais – Abdoulaye Diop, actuel ministre des Finances; Idrissa Seck, ancien Premier ministre – lui ont permis de gravir les échelons, depuis son poste de percepteur dans la région de Kaolack, en passant par la direction régionale du Trésor public, jusqu’au ministère du Budget, dont il prend la tête en 2003 aux côtés d’Abdoulaye Diop. G O U F F R E . Ce poste amène

Hadjibou Soumaré à côtoyer les institutions de Bretton Woods, dont les rouages n’ont plus de secret pour lui. « Il est devenu un pilier de l’équipequiaréorganisélesfinances de l’État, en pleine période d’ajustement structurel », confie un ami. Pourtant, sa gestion des dossiers est encore critiquée. Le ministre a recouru sans retenue aux dépassements budgétaires ayant causé un gouffre de plus de 100 milliards de F CFA (152 millions d’euros), mis au jour en 2008 par le représentant du Fonds monétaire international au Sénégal à l’époque, Alex Segura. Les dossiers de privatisation, notamment de la Sonacos (actuel Suneor), lui ont aussi valu des semonces. Le fait, enfin, qu’il ne soit pas vu comme un politique n’est pas du goût de tout le monde. D’aucuns estiment que, plus que d’être un bon technicien, la présidence de la Commission requiert avant tout des qualitéspolitiques.Enimposant l’un de ses hommes, le président Abdoulaye Wade s’assure surtout un allié, à quelques semaines du premier tour de la présidentielle. ● MICHAEL PAURON, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE


Décideurs

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DR

ð L’EXPERT a dirigé auparavant la filiale d’Orascom au Canada : Wind Mobile.

TÉLÉCOMS

Avec Campbell, Tunisiana fait jouer son réseau Le nouveau directeur général est une vieille connaissance qui rassure les actionnaires. Mais sa réussite n’est pas assurée pour autant. Premier défi à relever : l’obtention de la licence 3G.

L

a nomination d’un patron tunisien à la tête de Tunisiana ne sera pas pour cette fois. « Faute de compétences locales », c’est le Canadien Kenneth Campbell, 46 ans, qui a remplacé le 15 novembre Yves Gauthier, parti rejoindre Mobinil, filiale d’Orange en Égypte. Cette arrivée à la direction du leader du marché (55 % des abonnés) devrait néanmoins satisfaire les salariés de l’opérateur mobile comme elle a rassuré ses actionnaires qataris.

Ancien patron de la filiale d’Orascom au Canada, l’expert en télécoms titulaire d’un MBA de la London Business School connaît déjà la maison pour avoir piloté sa stratégie commerciale entre 2003 et 2004. Et son curriculum affiche une longue liste de postes à responsabilité en Égypte, en Roumanie et en Lituanie. Apprécié par ses collaborateurs, l’homme est réputé pragmatique et déterminé. Des qualités qui ne seront pas superflues, car, bien que

dominant sur son marché national, Tunisiana craint pour son avenir. En cause, la 3G, une technologie de haut débit mobile stratégique pour les opérateurs. L’État refuse d’en accorder la licence (déjà exploitée par Orange et Tunisie Télécom) à Tunisiana de gré à gré : on ne contourne pas le code des télécommunications. L’appel d’offres devrait intervenir cette année pour un prix de 65 millions d’euros environ. « Si c’est pour in fine nous donner la licence, c’est une perte de temps pour Tunisiana, et cela pénalise les Tunisiens », estime Tawfik Jelassi, président de son conseil d’administration. D’autant que, selon ce dernier, le régulateur des télécommunications indique qu’il n’y a pas de place pour un quatrième acteur sur le marché. BONS RÉSULTATS. Autre chan-

tier de Kenneth Campbell : repositionner Tunisiana sur le créneau des services aux entreprises. Un segment où il avait obtenu de bons résultats pour Vodaphone. En Tunisie, le nouveau directeur général pourra s’appuyer sur les offres du fournisseur d’accès Tunet, dont l’opérateur a acquis 49 % en septembre. À cela pourrait s’ajouter une offre fixe si Tunisiana décrochait la licence annoncée pour 2012. ● JULIEN CLÉMENÇOT

FOUAD JELLAL STEELCASE MAROC Nommé directeur général de la filiale du groupe américain de mobilier de bureau (2,4 milliards de dollars de CA en 2011 – 1,8 milliard d’euros), il quitte M2M Group, spécialiste des transactions électroniques. JEUNE AFRIQUE

DIANA NOBLE CDC Dotée d’une solide expérience dans le capital-investissement, elle prend en charge le portefeuille Afrique du Commonwealth Development Corporation – agence britannique de développement.

ABDELLATIF SEDDIQI H PARTNERS Les actionnaires de H Partners – premier fonds d’investissement marocain – l’ont choisi comme nouveau président. Il était jusque-là directeur de la rationalisation des structures d’Attijariwafa Bank. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

STEELCASE MAROC; CDC GROUP PLC; HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

ON EN PARLE


Marchés financiers ð COMPLEXE DE GUEMASSA (près de Marrakech), où l’entreprise s’est spécialisée dans l’hydrométallurgie.

marché], l’augmentation des cours au niveau mondial et, dans une moindre mesure, le gain de change réaliséaveclaparitédollar-dirham» expliquent ce dynamisme, note CFG Group. MÉTAUX PRÉCIEUX. Pour 2011, le

MICHEL TEULER/MANAGEM

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BOURSE DE CASABLANCA

La pépite Managem teste les marchés

Coté depuis 2000, le groupe minier marocain prépare la première augmentation de capital de son histoire. Celle-ci doit contribuer à financer des projets d’investissements, notamment au sud du Sahara.

L

opération risque de faire des envieux à la Bourse de Casa. Du 22 novembre au 20 décembre, Managem, filiale minière du holding d’investissement marocain SNI (80,06 % du capital),procéderaàuneaugmentation de capital de 78 millions d’euros (878,2 millions de dirhams). Mais tous les investisseurs ne sont pas conviés: 69,3 millions d’euros sont réservés aux actionnaires actuels (18,4 % de capital flottant) et 8,7 millions aux salariés du groupe. Sur une place marocaine marquée par la stagnation de l’activité au cours du troisième trimestre (chute de l’indice Masi de 0,38 %), les titres de Managem et de la Société métallurgique d’Imiter, sa filiale argentifère, se hissent aux deux premières places du podium, avec une hausse de respectivement 63,5 % et de 45 %, « en raison de l’anticipationparlemarchéderésultats semestriels probants », explique BMCE Capital Bourse. Coté depuis 2000, Managem, qui exploite une palette de minerais N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

(cuivre,zinc,plomb,fluorine,cobalt, or et argent) pour un chiffre d’affaires de 256 millions d’euros en 2010, est en passe d’acquérir son statutdepépite.Aprèsunehaussede 183,75 % en 2010, l’action a flambé de146,92%depuisjanvier,alorsque l’indice Masi est en recul de 11,38 %. Et après deux années blanches, en 2008 et en 2009, marquées par la chute des cours des métaux, le groupeminieraversé9,1millions d’eurosdedividendes(1,1euro paraction)en2010ets’apprête à en faire autant en 2011. Ces bons résultats sont nés du redressement du groupe, amorcé depuis deux ans. « Au premier semestre 2011, le chiffre d’affaires est ressorti en progression de 36 %, à 1,7 milliard de dirhams [150 millions d’euros, NDLR] », relève le cabinet CFG Group. Bonnes surprises : la hausse de 12 points de la marge opérationnelle (24 %) et de 10,4 points de la marge nette (17,3 %). « L’allègement des niveaux des engagements de couverture [ce qui permet de vendre des quantités plus importantes aux prix du

Cours à la Bourse de Casa

+ 147 %

15 nov. 2011 1 642 dirhams

31 déc. 2010 665 dirhams

chiffre d’affaires attendu par BMCE Capital Bourse est de 300 millions d’euros (400 millions pour 2012). « Managem s’inscrit dans une stratégie de croissance, avec un repositionnement sur les produits à plus forte valeur ajoutée. Le groupe entend augmenter les capacités de production et diversifier à la fois son exposition géographique et son portefeuille produits pour atteindre une taille critique », explique-t-on à CFG Group. Dans ce but, Managem a entrepris d’investir 450 millions d’euros entre 2010 et 2013, « dont 70 % seront réservés aux nouveaux projets ». Le continent contribuera largement à cette montée en puissance.Managemcompteseptfiliales africaines, regroupées dans le holding de participation Managem International, basé en Suisse et qui assure aussi la commercialisation des métaux précieux ou de base. Le groupe est ainsi présent en RDCongodanslecobalt,lecuivreet l’or,auGabonetauSoudandansl’or. Grâce au plan d’investissement, la contribution des métaux précieux passera de 28 % du chiffre d’affaires en 2010 à 45 % en 2015, avec l’exploitation de nouveaux gisements au Gabon, au Soudan et au Maroc. Dans le cuivre, les investissements se concentreront au Maroc (gisements d’Oumjrane et de Bouskour). « La mise en exploitation progressive des nouveaux projets en Afrique à partir de la fin de 2011 et l’allègement des niveaux de couverture sur les métaux précieux devraient constituer les principaux facteurs de croissance de résultats futurs », assure Attijari Intermédiation. ● JEAN-MICHEL MEYER JEUNE AFRIQUE


Baromètre

Les assureurs chahutés

MAROC

Jet alu lève des fonds La société de BTP fait son entrée à la Bourse de Casablanca pour financer son développement.

D

u 22 au 24 novembre, le spécialiste marocain de la menuiserie aluminium et des travaux de façades Jet alu (Technopolis, stade de Marrakech…) entre à la Bourse de Casablanca à travers une double opération : la cession de 416667 actions existantes – appartenant notamment à AR Corporation, qui regroupe lesactionsdelafamille Rtabi,etauxfondsCapmezzanineet Capital North Africa Venture Fund – et une augmentation de capital. Au total, 816 667 actions au prix unitaire de 288 dirhams (25,65 euros) sont proposées pour un total de 235,2 millions de dirhams. À l’issue de l’opération, 34,03 % du capital de Jet alu seront cotés. Cette introduction en Bourse doit permettre à l’entreprise de financer son plan de développement. Ce dernier prévoit notamment la construction d’une nouvelle unité industrielle qui doit regrouper l’ensemble des activités de Jet alu sur 60 000 m2. Un site opérationnel en 2014, qui nécessitera un investissement de 70 millions de dirhams. Le plan prévoit aussi l’achat de machines (31,5 millions de dirhams) et l’édification d’un centre de formation aux métiers de la façade (9 millions de dirhams). L’entreprise a réalisé en 2010 un chiffre d’affaires consolidé de 288,1 millions de dirhams (+ 7,6 %). Avec la poursuite de grands travaux d’infrastructures dans le royaume, elle « devrait continuer à […] enregistrer une croissance notable au cours des années à venir », prédit la note d’information boursière. Après Stroc Industrie, il s’agit de la seconde introduction à Casablanca en 2011. ● J.-M.M. JEUNE AFRIQUE

Marchés financiers

VALEURS

BOURSE

COURS au 16 novembre (en dollars)

ÉVOLUTION depuis le début de l'année (en %)

Wafa Assurance

C ASABLANCA

449,4

+ 30,3

Liberty Holdings Santam Sanlam MMI Holdings Guaranty Trust Assurance CNIA Saada

J OHANNESBURG J OHANNESBURG J OHANNESBURG J OHANNESBURG L AGOS

1 000,88 1 771,35 364,92 210,46 0,01

+ 11,4 + 9,6 + 5,5 + 3,5 – 1,3

C ASABLANCA

136,76

– 12,3

T UNIS C ASABLANCA T UNIS

49,61 7,41 93,68

– 15,9 – 17,6 – 28,2

Astree Atlanta Star

MALGRÉ UNE AMÉLIORATION générale depuis quelques mois, la situation boursière des principaux assureurs africains cotés reste contrastée. La bonne tenue des activités des groupes marocains n’a pas empêché deux d’entre eux, CNIA Saada et Atlanta, de voir leur cours poursuivre leur baisse. Wafa Assurance, en revanche, s’est envolé, profitant sans doute du renforcement

de sa position de leader. Les valeurs sud-africaines s’en sortent globalement bien. Les assureurs tunisiens boivent la tasse, même si leurs difficultés en termes d’activité et de primes versées ont été moindres que ce qui avait été un temps craint. L’exception notable reste Assurances Salim – une petite capitalisation –, dont le cours a progressé depuis le début de l’année.

Valeur en vue STAR Vers un avenir meilleur ? BOURSE Tunis • CA 2011 (janv.-sept.) 81,5 millions d’euros (– 6,2 %)

COURS 135 dinars (16.11.2011) • OBJECTIF 151 dinars

LA PERTE DE CONTRATS importants dans les branches transport et IARD [incendie, accidents et risques divers, NDLR] ont pesé sur le chiffre d’affaires de la Star [Société tunisienne d’assurances et de réassurance], qui a reculé de 6,2 %, à 157,208 millions de dinars, sur les neuf premiers mois de l’année. Ce recul a été compensé par une rétention plus forte par le multiassureur. Le taux de cession à fin septembre 2011 s’est fixé à 8,2 %, contre 12,7 % un an auparavant. Pour satisfaire ses clients, la société a réduit les délais de remboursement, d’où la hausse de 7,3 % Bassem Neifer des sinistres réglés, à 110,263 millions de dinars. Pour Analyste financier l’activité financière, et en dépit de sa résistance, les chez AlphaMena baisses successives du taux directeur posent des questions sur la pertinence de la stratégie de placement dans les années à venir, les produits de taux devenant de moins en moins attractifs. Pourtant, la Star continuerait à créer de la valeur, avec une valeur intrinsèque 2011 par action en légère amélioration (+ 1,3 %), à 118,874 dinars, soit un rendement de seulement 3,7 %. » ●

N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

79


Dossier Ciel africain Économie COMPAGNIES

INTERVIEW

Tewolde Gebremariam PDG d’Ethiopian Airlines

Embouteil

Depuis le début de l’année, Sénégal Airlines, Camair-Co et ECAir ont pris leur envol. Et d’autres lancements sont prévus en 2012. Un émiettement qui fragilise les opérateurs et bloque l’émergence de champions régionaux à même de profiter de l’essor du trafic continental. STÉPHANE BALLONG

«

L

’avenir du secteur aérien sur le continent ne se trouve pas dans une multitude de compagnies », affirmait Gervais Koffi Djondo dans une interview à Jeune Afrique, en août. Nombreux sont les analystes qui pensent comme le président d’Asky Airlines. Au niveau mondial, la tendance est d’ailleurs à la concentration. Les mastodontes occidentaux se rapprochent entre eux pour devenir encore plus grands et plus concurrentiels. Les américains Continental Airlines et United Airlines ont fusionné l’année dernière, donnant naissance à la plus grande compagnie au monde ; British Airways et Iberia ont fait de même, début 2011, pour créer le deuxième groupe aérien européen (en termes de valorisation boursière), avec une flotte de plus de 400 appareils et un réseau de plus de 200 destinations. Dans le ciel africain, notamment dans l’ouest et le centre du continent, on observe le mouvement inverse, avec la multiplication de nouvelles compagnies. Rien qu’en cette année 2011 qui tire à sa fin, trois nouveaux opérateurs ont été mis sur orbite dans ces deux régions. Sénégal Airlines a ouvert le bal en janvier. Moins de trois mois plus tard, fin mars, le camerounais Camair-Co a suivi. Et en septembre, Equatorial Congo Airlines (ECAir, nouvelle compagnie nationale de République du Congo) a décollé à son tour. Ces trois transporteurs viennent rejoindre un ciel où opèrent déjà Air Mali, Air Burkina, Air Mauritanie, Air Nigeria, Arik Air, Asky Airlines… Ils ne sont d’ailleurs pas réellement nouveaux, car tous trois ont été érigés sur les cendres de prédécesseurs tombés en faillite. Ainsi d’ECAir qui, après Air Congo et Lina Congo, a été lancée par Brazzaville – accompagnée par Lufthansa Consulting (lire p. 100) et avec N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Les géants du continent (chiffre d’affaires 2010)

South African Airways 3,182 milliards de $ Egyptair 1,745 milliard de $ Royal Air Maroc 1,526 milliard de $ Kenya Airways 1,03 milliard de $ Ethiopian Airlines 1 milliard de $

MABOUP

80

l’appui technique du suisse PrivatAir – pour dans un premier temps opérer des vols domestiques (entre la capitale et Pointe-Noire) avant de passer à l’échelle régionale, puis internationale. Sa flotte ne compte pour l’heure qu’un seul avion. La nouvelle compagnie sénégalaise, détenue majoritairement par des privés, prend quant à elle la relève d’Air Sénégal International, contrainte à l’atterrissage en 2009 après avoir accumulé un passif de 91,5 millions d’euros. De son côté, Camair-Co, 100 % étatique et dirigée par le Néerlandais Alex Van Elk, succède à Cameroon Airlines (Camair). Le lancement de pavillons nationaux devrait se poursuivre l’année prochaine. Ainsi, au Gabon, où se tiendra en 2012 la prochaine Coupe d’Afrique des nations (CAN), l’État s’apprête à lancer d’ici JEUNE AFRIQUE


MAROC

Cure d’austérité pour la RAM

STRATÉGIE

Emirates à tire-d’aile

TUNISIE

CONSEIL

L’ouverture attendra

Du savoir-faire à revendre

lages à l’horizon

et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) auront TRANSPORTEUR des intérêts, devrait être CAMEROUNAIS a relié doté d’un capital social Douala et Yaoundé de près de 60 millions le 28 mars. d’euros et avoir comme partenaire stratégique South African Airways. En Afrique de l’Ouest, la Société de promotion d’une compagnie aérienne régionale (SPCAR) a donné naissance à Asky Airlines, mais certains pays de la sous-région protestent : ils considèrent le nouveau transporteur comme une filiale d’Ethiopian Airlines, qui détient plus de 25 % de son capital. Ainsi, dix ans après la faillite d’Air Afrique (la compagnie panafricaine autrefois détenue par onze pays francophones a été liquidée en avril 2002), aucun acteur majeur ne parvient réellement à émerger. Et la situation du transport aérien dans la sous-région a très peu évolué depuis. Plus d’une dizaine de projets publics, parapublics et privés y ont été lancés, mais, faute de capitaux suffisants et de bonne gestion, tous ont échoué. ð LE VOL INAUGURAL

DU NOUVEAU

au début de l’année une nouvelle compagnie, après le dépôt de bilan du transporteur privé Gabon Airlines. Celle-ci « aura une dimension internationale et son réseau couvrira les liaisons domestiques, régionales et intercontinentales », explique Julien Nkoghé Békalé, le ministre gabonais des Transports. Pendant ce temps, en Afrique de l’Ouest, où Air Ivoire n’a pas survécu à la crise postélectorale qui a secoué son pays, Air Côte d’Ivoire (conjointement détenue par Air France, l’État ivoirien et des privés) s’apprête à prendre la relève en janvier prochain. Toutes ces initiatives freinent les projets de compagnies régionales. Annoncée pour 2006, la création d’Air Cemac tarde. L’opérateur, au sein duquel les États de la Communauté économique JEUNE AFRIQUE

« INGÉRENCES POLITIQUES ». Et pourtant, les besoins de liaisons aériennes, de même que le potentiel du marché, sont très grands. La naissance d’une classe moyenne, la croissance économique soutenue (près de 5 % par an en moyenne depuis quelques années) et l’essor des échanges commerciaux avec les pays émergents sont autant de facteurs devant favoriser un secteur aérien prospère en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Girma Wake, l’ancien PDG d’Ethiopian Airlines, pointe « le manque de stratégies appropriées, l’absence de coordination et, bien souvent, les ingérences politiques dans la gestion de ces compagnies ». D’après un autre consultant du secteur aérien, « de nombreux dirigeants africains

L’approvisionnement en carburant devient inabordable pour les petites structures. continuent malheureusement de considérer les compagnies nationales comme un signe de souveraineté plutôt que comme un catalyseur du développement du pays et une entreprise qui doit être bien gérée pour gagner de l’argent ». Alors qu’un accord prônant la libéralisation du ciel africain aux transporteurs du continent a N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

81


82

Dossier Ciel africain été signé en 2000 à Yamoussoukro, plusieurs pays ont encore recours à des accords bilatéraux, avec l’objectif de restreindre l’accès à leur marché. À titre d’exemple, deux ans après son lancement, Asky Airlines n’a toujours pas obtenu le droit de trafic au Sénégal. Selon l’Association internationale du transport aérien (Iata), il s’agit là d’un facteur qui empêche les compagnies africaines de profiter pleinement de la croissance du trafic passagers sur le continent, estimée à 7 % par an. Ainsi, dans son bulletin de prévisions de juin, l’Iata tablait sur une perte de plus de 73 millions d’euros pour les transporteurs africains en 2011 ; une prévision qu’elle a révisée en septembre, estimant qu’ils finiraient l’année à l’équilibre. Si l’association voit l’avenir en demi-teinte, c’est qu’ajoutés aux blocages cités plus haut les coûts d’exploitation – notamment l’approvisionnement en carburant – deviennent insoutenables pour les petits transporteurs. Avec le brut à plus de 100 dollars le baril en 2010 et 2011, ces dépenses ont représenté jusqu’à 47 % des coûts pour une compagnie comme Ethiopian Airlines (lire pp. 84-86). Conséquence : de nombreux observateurs s’interrogent sur la capacité des nouveaux

Les transporteurs les plus rentables (résultat net 2010)

venus tels que Sénégal Airlines, Asky Airlines et Camair-Co, qui ont démarré leur activité avec un capital social d’environ 80 millions de dollars, à survivre à de telles situations. ACHATS GROUPÉS. Certes, on observe une

South African Airways 109 millions de $ Ethiopian Airlines 96,737 millions de $ Kenya Airways 42,456 millions de $ Egyptair 22,374 millions de $ Air Mauritius 19,562 millions de $

Objectif: se blanchir

certaine prise de conscience de la nécessité de coopérer davantage et de développer plus de synergies entre compagnies pour réaliser des économies d’échelle. Mais il reste du chemin à parcourir. Les exemples de fusions réussies en Europe et aux États-Unis – British Airways et Iberia pourront, à terme, économiser jusqu’à 400 millions d’euros par an – commencent à inspirer les patrons de l’industrie aérienne africaine. Réunis en juillet à Bamako, les membres de l’Association des compagnies aériennes africaines (Afraa) ont décidé de lancer à partir de l’année prochaine un programme d’achat groupé de carburant pour faire face aux coûts sans cesse croissants. Il s’agit peut-être là d’un premier pas vers une plus grande coordination entre les transporteurs africains et, pourquoi pas, vers d’éventuelles fusions permettant de créer des groupes capables de rivaliser à l’échelle mondiale. ●

Sur la liste noire de l’Union européenne, les autorités et transporteurs africains figurent en nombre. Pour lever cette mise à l’index, ils s’emploient à améliorer la sécurité.

L

e 21 novembre, l’Union européenne (UE) publiera, comme tous les ans, la liste actualisée des compagnies aériennes bannies du Vieux Continent. En 2010, 126 des 270 opérateurs concernés venaient d’Afrique, ainsi que 14 pays sur les 20 épinglés. La RD Congo, l’Angola et le Bénin sont les États du continent qui comptent le plus grand nombre de compagnies interdites. Même si les dessertes européennes représentent une petite part des revenus des transporteurs montrés du doigt, nombre de patrons estiment qu’elles contribuent à leur rentabilité. Figurer sur une liste noire implique pour les entreprises des coûts supplémentaires, notamment en ce qui concerne les assurances. De fait, de plus en plus de transporteurs régionaux investissent pour obtenir des certificats de type Iosa (Iata N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Operational Safety Audit) confirmant qu’ils respectent les normes en matière de sécurité et de sûreté aérienne. C’est notamment le cas d’Air Burkina et d’Air Mali. SUSPENSIONS. Via les autorités nationales d’aviation civile, les États deviennent eux aussi plus exigeants. Ainsi, au Gabon, où plusieurs compagnies sont « blacklistées », le gouvernement a pris un train de mesures en juin dernier, après l’accident à Libreville d’un avioncargo Antonov 26. Parmi celles-ci, « l’interdiction formelle de vol et de survol de l’espace aérien gabonais par tous les avions de type Antonov 12, 24, 26, et l’obligation d’immatriculation locale de tous les appareils des compagnies aériennes de droit gabonais, en vue d’une meilleure traçabilité de la navigation aérienne », explique Julien Nkoghé Békalé, le ministre des Transports.

Après un audit réalisé auprès des transporteurs aériens gabonais, l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac) a également suspendu six compagnies domestiques qui ne répondaient pas aux normes de sécurité. Par ailleurs, pour se donner toutes les chances de sortir de la liste noire de l’UE, l’aviation civile du pays est en train de revoir le processus de délivrance des licences et des certificats de transporteur aérien (CTA). Au total, si la filière aérienne du continent fait des efforts pour relever le niveau de sécurité, elle estime que la liste noire de l’UE

Être « blacklisté » implique des coûts supplémentaires, en termes d’assurance notamment. ne sert qu’à détruire son image et à favoriser les transporteurs occidentaux. D’autant que le nombre d’accidents en Afrique est passé de plus de 7 par million de départs à environ 1,5 entre 2005 et 2010. Reste que ce chiffre est encore supérieur à la moyenne mondiale, qui se situe en dessous de 1 accident par million de départs. ● S.B. JEUNE AFRIQUE


Dossier Ciel africain INTERVIEW

Tewolde Gebremariam

PDG D ’E THIOPIAN A IRLINES

« Ethiopian Airlines misera de plus en plus sur les économies émergentes »

ETHIOPIAN AIRLINES

84

Avec un chiffre d’affaires et un trafic passagers en hausse de plus de 40 %, le transporteur a les moyens de ses ambitions. Aux commandes depuis janvier, le nouveau dirigeant détaille sa stratégie.

P

our la troisième fois consécutive, Ethiopian Airlines a été nommée en 2010 compagnie africaine la plus rentable de l’année. Malgré les prix élevés du kérosène, elle a réalisé, pour l’exercice clos au 30 juin 2010, un bénéfice net de 121,4 millions de dollars (99,4 millions d’euros). Forte de ce succès, elle nourrit de grandes ambitions et compte investir 100 millions de dollars pour financer son plan de développement Vision 2025 (lire page suivante). JEUNE AFRIQUE: Quel bilan dressez-vous de votre première année à la tête d’Ethiopian Airlines ? TEWOLDE GEBREMARIAM : Avec un brut à

115 dollars le baril en moyenne, l’année a été

N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

une succession de défis pour l’ensemble du secteur aérien, et bien évidemment pour Ethiopian Airlines. Mais elle a été aussi une année de croissance record en termes de volumes. Notre chiffre d’affaires et notre trafic passagers ont ainsi progressé chacun de plus de 40 %. Nous avons agrandi notre flotte avec onze nouveaux appareils, dont cinq Boeing B777-200LR. Notre bénéfice net a été moindre que l’année précédente en raison de l’augmentation du prix des carburants. Ceux-ci représentent désormais environ 47 % du total de nos coûts. De fait, cette première année à la tête d’Ethiopian Airlines a été difficile, mais nous avons réussi à relever les défis. Cette année, vous avez commandé plusieurs avions et multiplié les nouvelles destinations. Quelle logique suivez-vous ? Avez-vous apporté une touche personnelle à la stratégie de développement de la compagnie ?

J’ai servi Ethiopian Airlines pendant les vingtsix dernières années, à divers postes et dans ● ● ● JEUNE AFRIQUE


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Dossier Ciel africain ● ● ● différents départements. Je suis passé d’un poste d’agent de services d’aéroport à la position qui est actuellement la mienne. Je ne suis pas un étranger, je suis un pur produit de la compagnie. Et ma mission est de poursuivre la mise en œuvre de notre plan Vision 2025 pour faire en sorte qu’Ethiopian Airlines compte toujours parmi les leaders du transport aérien en Afrique. Nous ne faisons que suivre notre feuille de route stratégique sur quinze ans, qui doit faire de nous un groupe d’aviation intégré. Outre l’activité passagers, nous allons mettre un accent particulier sur le fret, la formation, le développement du centre de maintenance… Notre plan se fonde sur nos propres prévisions pour l’industrie du transport aérien, la stratégie et la politique économique de notre pays, ainsi que sur les contextes économiques régionaux.

Près de deux ans après son lancement, que pouvez-vous dire des résultats financiers d’Asky Airlines, que vous détenez à plus de 25 % ?

Asky Airlines construit progressivement une marque forte sur les marchés à vaste potentiel d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Bien sûr, la marque Ethiopian Airlines l’aide à gagner de bonnes parts de marché. Son trafic passagers

Je ne suis pas un étranger, je suis un pur produit de la compagnie. Je l’ai servie pendant les vingt-six dernières années. et son revenu croissent assez rapidement, et nous espérons qu’elle va atteindre très bientôt la masse critique pour devenir une compagnie rentable.

Dans quelles régions du monde comptez-vous croître le plus au cours des prochaines années ?

Ces dernières années, beaucoup de compagnies aériennes ont été lancées en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Que pensez-vous de ce phénomène ?

Nous allons continuer de nous développer aux États-Unis et en Europe, où nous sommes déjà bien implantés. Mais l’essentiel de notre développement se fera grâce aux liens commerciaux sans cesse croissants entre l’Afrique et les Brics [le club des puissances émergentes, qui rassemble le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, NDLR]. De façon plus générale, nous miserons de plus en plus sur les économies émergentes.

Les régions Afrique de l’Ouest et Afrique centrale sont des blocs économiques en forte croissance et pourtant insuffisamment desservis par le transport aérien. À mon avis, il y a assez de place pour les nouvelles initiatives. Mais le succès dépend du modèle économique, et est conditionné par une gestion saine.

Quelle place occupe l’activité fret dans votre stratégie ?

Nos ambitions dans l’activité cargo sont grandes. Aujourd’hui, nous disposons déjà du plus grand réseau cargo en Afrique. Cette activité représente environ 16 % de notre revenu total. Nous y consacrons six appareils (deux B747F, deux MD-11F et deux B757F), une capacité que nous complétons avec certains avions de passagers. Nous venons de commander quatre Boeing 777 [un contrat de 1,1 milliard de dollars au prix catalogue] et nous allons aussi investir dans l’expansion du terminal cargo à l’aéroport international de Bole [à Addis-Abeba]. Lufthansa, votre partenaire au sein de Star Alliance, se développe sur le continent. Quelles synergies mettez-vous en place pour éviter de vous retrouver en concurrence ?

Que ce soit avec Lufthansa ou nos autres partenaires de Star Alliance, nous respectons la stratégie africaine de l’alliance. Le partage de code [accord par lequel des compagnies peuvent commercialiser des places à bord d’un vol opéré par un partenaire], par exemple, nous permet de mutualiser de façon avantageuse nos coûts et d’accroître nos revenus. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Vision 2025 LA FEUILLE DE ROUTE PRÉVOIT D’ATTEINDRE : 90 destinations internationales, desservies par 78 appareils 27 appareils pour les liaisons régionales 16 avionscargos transportant 700 000 t de fret par an

En 2010, Ethiopian Airlines, South African Airways et Egyptair ont annoncé leur intention de créer une nouvelle compagnie en Afrique centrale. Où en est ce projet ?

C’est un projet que les trois compagnies soutiennent, mais il est porté par South African Airways. Les discussions sont toujours en cours avec les gouvernements de la région Cemac [Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale]. Comment voyez-vous l’évolution du trafic passagers sur le continent dans les années à venir ?

L’Afrique est, à mon avis, la prochaine et peutêtre la dernière frontière dans le processus de la mondialisation. Les gouvernements, les multinationales, les investisseurs privés, les fonds de capital-risque des États-Unis, d’Europe, d’Inde et de Chine focaliseront leurs investissements sur le continent et ses ressources naturelles inexploitées. L’Afrique possède 60 % des terres arables non cultivées dans le monde. Avant 2015, elle fournira 13 % de la production totale de pétrole. Je vois donc un potentiel énorme de croissance sur le continent. Et Ethiopian fait ce qu’il faut pour en bénéficier au maximum. ● Propos recueillis par STÉPHANE BALLONG JEUNE AFRIQUE


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88

MAROC

Cure d’austérité pour la RAM Recapitalisé par l’État, l’opérateur chérifien a lancé un programme de restructuration sur cinq ans, prévoyant plus de 1 500 départs volontaires. Cela suffira-t-il à assurer sa survie ?

E

lles étaient encore un peu plus d’une centaine, le 26 octobre, habillées aux couleurs de la compagnie, à manifester devant le Parlement, à Rabat.Preuvequeleplanderestructuration mis en place par Royal Air Maroc (RAM) ne suscite pas l’adhésion totale de son personnel. « Une dizaine [d’employés] seulement ont encore du mal à l’accepter », tempèrelePDG,DrissBenhima,qui assure que personne ne sera « viré ». Mais les hôtesses sont inquiètes pour leur emploi. Le plan, radical, se base sur le départ volontaire de 1 560 salariés (sur 5 352) d’ici à 2013, dont 400 hôtesses. « Pour cette année, elles seront 200 sur le départ », précise encore Benhima.

La compagnie n’avait plus le choix. Elle perdait 1,8 million d’euros par semaine, et la faillite guettait. En conséquence, l’État, actionnaire à 96,13 % (aux côtés d’Air France, avec 2,73 %, d’Iberia avec av 0,91 % et d’actionnaires privés pr pour 0,23 %), a mis la main à la poche. Via le Fonds Hassan-II pour le dévelopmillions d’euros pement économique et ont été injectés dans social, il a injecté 142 milla compagnie lions d’euros (1,6 milliard de dirhams) – le capital social était auparavant de 196 millions d’euros. « C’est un sauvetage, mais pas seulement, a expliqué Driss Benhima lors d’un entretien, le 31 octobre, sur la chaîne de télévision 2M. Car il y a un plan de

142

SÉNÉGAL AIRLINES : BIENTÔT UN AN DE LA DÉFUNTE AIR SÉNÉGAL INTERNATIONAL, lancée par Royal Air Maroc en 2001, est née, en janvier dernier, Sénégal Airlines. La compagnie, qui mixe des capitaux privés et publics, soufflera bientôt sa première bougie. Elle dessert quinze destinations en Afrique et vient d’annoncer son renforcement à partir de Libreville, d’où partent désormais trois vols par semaine à destination de Cotonou, Dakar et Abidjan. La capitale économique ivoirienne a vocation à devenir le second hub de la compagnie, d’où sont desservis Bamako, Cotonou, Libreville et Douala. Sénégal Airlines vise 300 000 passagers d’ici à la fin de l’année. ● M.P. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

développement, et, surtout, l’État précise à travers ce contrat-programme ce qu’il attend de la compagnie. » La RAM s’est engagée sur un plan d’économies drastique de 89 millions d’euros par an. En plus des départs volontaires, le groupe devrait se séparer de certaines filiales. LE TRAFIC STAGNE. Il a en effet

lancé un appel d’offres pour trouver la banque d’affaires qui l’accompagnera dans la cession de sa branche de catering. « Par contre, nous n’avons rien vu concernant l’activité hôtelière [Atlas Hospitality, NDLR], alors qu’elle pèse beaucoup sur les résultats », explique Abdou Diop, directeur associé chez Mazars Maroc. Enfin, la compagnie veut renouveler une partie de sa flotte, composée de 52 appareils. Elle prévoit de céder 10 avions et d’en acquérir 19. Un achat que son plan d’investissement de 828 millions d’euros pour 2011-2016 lui permettra notamment de financer. Si la RAM compte voir son trafic passagers augmenter d’ici à 2016, celui-ci devrait stagner cette année à 6,3 millions, loin de la hausse de 13 % prévue dans le budget 2011. Au final, la compagnie accusera des pertes pour la troisième année consécutive. « Nous ne pouvons pas augmenter le prix du billet si nous voulons rester concurrentiel, explique Driss Benhima. Nous devons donc baisser nos coûts. » JEUNE AFRIQUE


Dossier ð LA VENTE DE 10 AVIONS ET L’ACQUISITION DE 19 NOUVEAUX permettra de rajeunir la flotte.

Que s’est-il passé ? Comment la troisième compagnie d’Afrique par le chiffre d’affaires s’est-elle retrouvée au bord du gouffre ? Le prix du baril de pétrole pèse lourdement sur les comptes : alors qu’elle prévoyait un cours autour de 85 dollars (63 euros) en 2011, le brent n’est pas redescendu sous les 100 dollars. Le groupe incrimine aussi, encore, les effets des attentats du 11 septembre 2001 ; « beaucoup de compagnies ont fait faillite », rappelait ainsi Mohamed Berrada, ancien président de la RAM. Plus récemment, le Printemps arabe, l’attentat de Marrakech, la guerre en Libye, mais aussi la crise économique en Europe (qui représente 70 % du trafic, dont la moitié pour la France) ont ébranlé un opérateur confronté à l’ouverture de son ciel à

la concurrence, après la signature de l’accord Open Sky. Les transporteurs low cost comme EasyJet, Air Arabia ou Jet4You ont grignoté la part de marché de la compagnie nationale. Cette dernière, sur le Maroc, est tombée de 62 % à 47 % entre 2003 et 2010. Le patron a donc été entendu, lui qui appelait l’État à la rescousse en juillet. Si rien n’était fait, la RAM

« C’est un sauvetage, mais pas seulement, car il y a un plan de développement. » DRISS BENHIMA, PDG de Royal Air Maroc

s’acheminait, selon lui, vers une « issue fatale et inéluctable ». Si, au contraire, le transporteur « se [réajustait], dans dix ans le Maroc pourrait avoir la première compagnie africaine », espérait-il. D’Afrique, justement, il sera question. Driss Benhima devra recentrer l’activité

sur le continent, qui fut un temps une priorité. « La RAM est pilote sur l’Afrique », affirmait ainsi Mohamed Berrada. Mais le fiasco d’Air Sénégal International, coentreprise créée en 2001 avec l’État sénégalais, avait conduitl’opérateurchérifienàrevoir à la baisse ses ambitions au sud du Sahara. « L’Afrique est son marché naturel, assure pourtant Abdou Diop. La RAM doit se développer là où il y a des opportunités, en l’occurrence au sud du Maroc. » Pourcela,elledoitfairedesefforts,et ne plus traiter les Africains comme des clients de seconde zone. « Moi, en tant que client, je sais que la qualité s’est dégradée, mais la RAM en a-t-elle conscience ? » s’interroge l’analyste. Au final, Abdou Diop estime que le plan va dans le bon sens: « C’est un début de prise de décision, la compagnie avait besoin de fonds. » Mais elle devra transformer l’essai pour sortir de l’ornière. ● MICHAEL PAURON

89


Dossier Ciel africain STRATÉGIE

Emirates à tire-d’aile

Avec l’ouverture en février d’une ligne vers Lusaka et Harare, la dubaïote desservira vingt et une villes du continent. Pour poursuivre son expansion, elle cherche à nouer des partenariats régionaux.

CHINA PHOTOS/ZUMA/REA

92

C

était le 1 er octobre dernier. Sur la piste de l’aéroport O.R. Tambo de Johannesburg se posait un A380 opéré par Emirates. Après Air France et Lufthansa, la compagnie du Golfe devenait ainsi la troisième à faire voler en Afrique le géant des airs, dernier très grosporteur long-courrier d’Airbus. Tout un symbole. Parmi les grands transporteurs internationaux desservant le continent, Emirates est en effet devenue incontournable. Via son hub de Dubaï, elle offre aux passagers de 19 aéroports africains l’accès à plus de 80 destinations internationales en Asie, au MoyenOrient, en Europe et en Amérique du Nord. Emirates Airlines, ce sont aujourd’hui 250 vols en Afrique chaque semaine et un chiffre

N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

d’affaires de 1,5 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) sur le continent, en progression de 17,7 % par rapport à l’an dernier. La compagnie emploie 4000 Africains, et les postes de directeurs pays font partie du parcours de développement des cadres émiratis. CONQUÊTE DE L’OUEST. Silaliaison

avec Tripoli a été momentanément interrompue en raison de la guerre, toutes les autres se développent. En 2009, Lagos s’est ainsi vu attribuer un vol supplémentaire par jour et Nairobi un de plus par semaine. En mars dernier, c’est à destination du Cap que la compagnie a doublé ses capacités, en passant à deux vols par jour pour Dubaï. En février prochain, l’ouverture d’une ligne desservant Lusaka et Harare

€ À BORD D’UN AIRBUS A380. Le transporteur du Golfe a été le premier non-européen à faire voler le géant des airs en Afrique.

portera le nombre de destinations africainesdelacompagniedubaïote à 21. Plus important, si, pour des raisons autant historiques que géographiques, cette société née en 1985 s’est d’abord développée dans l’Est et le Sud, sa couverture du ciel africain s’homogénéise peu à peu. « Nous sommes arrivés plus tard sur l’Afrique de l’Ouest car les principales routes vers l’Europe n’y passent pas naturellement par Dubaï », explique Jean-Luc Grillet, seniorvice-presidentchargédesopérations commerciales sur la zone Afrique. Pour son décollage sur le continent, Emirates a pu s’appuyer sur sa puissance financière ou ses qualités decompagniehautdegamme,mais a surtout bénéficié du basculement global des échanges. Tant que ● ● ● JEUNE AFRIQUE


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Dossier Ciel africain l’Afrique restait très majoritairement liée à l’Europe dans ses relations commerciales, Dubaï se trouvait excentré. Depuis que l’Asie, et notamment la Chine, a pris le relais, la position de l’émirat est devenue bien plus stratégique. En 2010, selon les chiffres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Asie est le deuxième partenaire commercial de l’Afrique, avec un quart des échanges, contre 36 % pour l’Europe. Quatre ans plus tôt, l’Asie ne représentait qu’un cinquième du commerce africain et l’Europe 41 %. La tendance est lourde. Rien qu’avec la Chine, entre 2000 et 2005, les échanges ontpresquequadruplé.«Cemouvement de basculement des échanges Nord-Sud vers des échanges EstOuest a été assez rapide. Depuis 2005, c’est même une tendance très forte. Et le hub de Dubaï, qui était un handicap pour notre développement africain, est devenu un avantage! » se réjouit Jean-Luc Grillet. ●●●

ZONES VIERGES. Il serait toutefois

un peu rapide de conclure que seul ce mécanisme et la position géographique de Dubaï expliquent le développement de la compagnie en Afrique. Ses concurrentes du Golfe, pour bénéficier des mêmes avantages supposés, sont loin d’y avoir mis en place le même réseau. Qatar Airways, plus présente en Égypte avec 3 destinations (Alexandrie, Le Caire et Louxor), contre 1 pour Emirates, compte, en tout et pour tout, 15 destinations africaines, dont 1 seule dans l’Ouest (Lagos). Etihad enpropose7etaucunedansl’Ouest. Tout autant que la géographie, c’est sa stratégie d’ouvertures progressives et de partenariats locaux qui a permis à Emirates de prendre de l’avance.

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long-courrierss

B777-300

Au vu de la carte de ses dessertes, denombreuseszonesrestentcependant à couvrir. « Il y a d’un côté une sorte de diagonale de l’instabilité, des pays où il ne nous est pas possible d’aller. De l’autre, des pays comme la RD Congo, où il n’existe pasencoredemarchésuffisantentre le pays et notre plaque tournante de Dubaï. En dessous de 50000 passagers par an, il nous est impossible d’envisager une création », explique Jean-Luc Grillet. Pas question pour les Émiratis de se précipiter. Les ouvertures de lignes sont des processus longs, de deux ou trois ans en moyenne, qui se font en deux temps. D’abord une ligne desservant plusieurs destinations, puis, en fonction de l’évolution de la rentabilité, une liaison directe vers Dubaï. « Ce sera le cas pour Lusaka et Harare, avec pour objectif de séparer les routes en 2013. Actuellement, c’est aussi le cas pour Addis-Abeba et Entebbe ou Accra et Abidjan. Sur cette der-

C'est la commande passée par Emirates à Boeing, le 13 novembre, pour 18 milliards de dollars

Pas question de se précipiter. Une nouvelle route met cinq ans pour arriver à l’équilibre. nière ligne, les taux de remplissage sont déjà supérieurs à 90 %, il faudra séparer les deux destinations assez rapidement », assure Jean-Luc Grillet. Une route met cinq ans à arriver à l’équilibre, compte tenu des importants investissements

AFRICAINE DEPUIS UN QUART DE SIÈCLE C’EST AU CAIRE qu’Emirates a pris pour la première fois pied sur le continent. En 1986, la compagnie ouvre une liaison entre son hub de Dubaï et la capitale égyptienne. Il faudra ensuite attendre 1995, soit près de dix ans, pour qu’elle s’envole vers Johannesburg, puis, la même année, vers Nairobi. Suivront Dar es-Salaam (1997), Entebbe (2000),Tripoli (2001), Casablanca, Khartoum et Maurice (2002), Lagos et Accra (2004), les Seychelles (2005), Abidjan, AddisAbeba etTunis (2006), Le Cap, Durban et Luanda (2009), et enfin Dakar (2010). Prochaines destinations au programme : Lusaka et Harare, en février 2012. ● S.D. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

nécessaires. La ligne sénégalaise, ouverte en 2010, perdra donc de l’argent encore pendant trois ou quatre ans. Hors de question pour l’instant d’en ouvrir une autre dans la même région qui risquerait de plomberledécollagedelapremière. Pour Lomé, Niamey, Bamako ou Conakry, il faudra encore attendre. Ou plutôt compter sur les relais qu’Emirates essaie de se construire dans plusieurs sous-régions, en transformant certaines de ses destinations, à l’instar de Dakar, en mini-hubsrégionaux.Pourl’instant, seulelatoutejeuneSénégalAirlines, dontlespremiersvolscommerciaux ont eu lieu en janvier, joue ce rôle de relais. « Emirates nous a aidé à échafauder notre plan de développement, nous a introduit chez Airbus,aforménosagentscommerciaux et nos pilotes. Nous utilisons également leur système de réservation », détaille Christophe Leloup, le directeur commercial de Sénégal Airlines. De son côté, la compagnie ouest-africaine a construit son programme de vols autour des liaisons Dubaï-Dakar d’Emirates pour maximiser les apports respectifs de passagers. « Nous avons sans doute déjà un quart de nos passagers qui combinent un voyage sur nos lignes et sur Emirates », estime Christophe Leloup. « EMBÊTÉS ». La compagnie

dubaïote aimerait voir ce genre d’accords se multiplier pour asseoir sa présence africaine en démultipliant les connexions harmonisées. Malheureusement, la mise en place d’un tel réseau débute à peine. Les négociationsamorcéesavecArikAir, parexemple,n’ontpasdébouchésur un large accord. Et, plus généralement, les transporteurs régionaux solides font souvent défaut. « Nous sommes embêtés par la suspension de Zambezi Airlines, avec qui nous pensions développer une coopération pour desservir l’intérieur de la Zambie, reconnaît Jean-Luc Grillet. On aimerait voir davantage de compagnies comme Sénégal Airlines se créer. Le partenariat local est notre stratégie car, en Afrique, il est indispensable. » ● SÉBASTIEN DUMOULIN JEUNE AFRIQUE


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Dossier Ciel africain ð TUNISAIR REDOUTE LA SIGNATURE DE L’OPEN SKY… que la filière touristique appelle de ses vœux.

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TUNISIE

L’ouverture attendra

Entre hausse du prix du pétrole et crise du tourisme, le secteur subit le contrecoup de la révolution. Pour le protéger, un accord devant donner aux compagnies européennes un libre accès au ciel national a été reporté.

M

algré une fréquentation touristique qui pique du nez, l’aéroport de TunisCarthage ne désemplit pas. Mais les usagers sont mécontents : « Tunisair nous piège. Ses prestations sont insatisfaisantes, ses retards dramatiques et ses offres promotionnelles des attrapenigauds. Elle fait payer à ses clients son déficit et sa mauvaise gestion. Vivement le low-cost », assène Walid, informaticien et grand voyageur. Mais pour cela, il devra attendre; l’accord Open Sky de libéralisation du transport aérien entre la Tunisie et l’Union européenne a été reporté sine die. Salem Miladi, ministre du Transport, explique que « la conjoncture actuelle, avec notamment la hausse du prix du pétrole et les révolutions arabes, ne permet pas l’ouverture du ciel tunisien ». Officiellement, le 14 janvier n’a pas permis au pays de se préparer à l’Open Sky ; officieusement, il faut que les compagnies attachent leurs ceintures et baissent leurs charges pour être compétitives. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Après le trou d’air de la révolution et l’évaluation des ponctions opé-rées par le système Ben Ali, c’est le temps des comptes. En 2010, Tunisair a enregistré une hausse de 4,8 % de son chiffre d’affaires (CA), qui s’établit à 1051,8 millions vité acti e n de dinars (533,8 millions d’euros), U en bre mais aussi une perte de 3,8 mile li t u ch lions de dinars due à une hausse de 9,5 % de ses charges d’exploiÉvolution du CA tation. Et sur les quatre premiers entre les premiers mois de 2011, son CA a baissé quadrimestres de 26 % par rapport à l’année 2010 et 2011 dernière ; avec un recul de, respectivement, 15 % et 55 % sur la Tunisair même période, Tunisair Express Express (ex-Sevenair) et Nouvelair, dont l’activité est très dépendante du tourisme, souffrent également. Tunisair Si les trois transporteurs n’affronteront pas dans l’immédiat EasyJet ou Ryanair, ils auront affaire, dès avril 2012, à Nouvelair une concurrence locale : celle de Freejet, bientôt rejoint par Syphax Airlines. Fondé par Mohamed Frikha, patron du groupe Telnet, ce dernier opérera depuis Sfax. Il desservira la France – avec des vols

- 15 %

- 26 %

- 55 %

quotidiens pour Paris –, l’Italie, la Libye, le Maroc et la Turquie, et vise à supplanter Tunisair à partir d’une destination qu’il néglige. « Avec un service de type charter à tendance low cost », Freejet opérera depuis Tunis. Son promoteur, Khaled Benhadj Ali, se veut rassurant : « Freejet, avec son orientation hybride, contribuera à atténuer la pression concurrentielle sur nos compagnies nationales et desservira de nouvelles contrées », telles la Biélorussie et l’Ukraine. La compagnie, qui cible les marchés scandinaves, mais aussi le sud de la France et le nord de l’Italie, prévoit de collaborer avec des tour-opérateurs de petite et moyenne statures. VISIONS OPPOSÉES. Dans la

filière touristique, on déplore le report de l’accord Open Sky, dont les retombées bénéficient à des destinations concurrentes. « L’ouverture du ciel constitue un despiliersprincipauxdelapolitique d’avenir du tourisme », souligne Habib Ammar, directeur général de l’Office national tunisien du tourisme (ONTT). De son côté, Habib Ben Slama, directeur central du produit à Tunisair, affirme que « la libéralisation du ciel est un accord déséquilibré à la base ; ce sont les compagnies de l’Union européenne qui vont en bénéficier et réduire leurs coûts, aux dépens du pavillon national, qui sera lésé ». Deux visions opposées qui soulignent combien Tunisair, entre baisse de performances, revendications sociales et mutations des marchés, navigue à vue. Le groupe doit plancher sur sa stratégie, revoir son réseau et se positionner clairement comme un service public ou une société commerciale. Et composer avec les exigences de la filière touristique : il ne peut se mettre à dos un secteur qui représentait, en 2010, 7 % du PIB tunisien, et dont la relance est capitale pour l’économie du pays. ● FRIDA DAHMANI, à Tunis JEUNE AFRIQUE


Dossier Ciel africain RÉSEAUX

ð Ethiopian Airlines viendra grossir en décembre LE RÉSEAU DE LUFTHANSA.

Duel au sommet

Davantage de vols, de sièges, de partenaires : Star Alliance devance SkyTeam au niveau continental. Mais beaucoup de transporteurs n’ont pas encore choisi leur camp.

D

ans le ciel africain, la bataille fait rage entre deux des principales alliances de compagnies aériennes, SkyTeam et Star Alliance. Pour attirer les voyageurs, les standards de qualité doivent être irréprochables, les interconnexions optimisées, les lounges douillets et les programmes de fidélité avantageux. Mais c’est surtout à qui proposera le maximum de destinations. Fondée en 2000 par Air France, Delta Airlines, Aeromexico et Korean Air, SkyTeam a longtemps bénéficié de la présence historique de la compagnie française en Afrique ; une position dominante consolidée par l’entrée, en 2007, de Kenya Airways dans ce club très fermé qui compte aujourd’hui quinze

JIN LEE/BLOOMBERG

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l’Afrique. Avec près de 4000 vols par semaine décollant ou atterrissant sur le continent et 543 000 sièges, elle devance d’une bonne longueur SkyTeam, qui totalise 600 vols hebdomadaires et 112 000 sièges, avec huit compagnies connectées à l’Afrique. ÉQUILIBRE FRAGILE. Star Alliance

a frappé deux grands coups en intégrant dans ses rangs South African Airways en 2006 et Egyptair en Pour attirer les voyageurs, 2008. Et en décembre c’est à qui proposera prochain, elle recommence l’opération le maximum de destinations. avec l’arrivée d’Ethiomembres. Star Alliance, sa concurpian Airlines, dont le réseau vienrente et aînée, partait a contrario dra grossir celui de l’alliance, qui avec un retard non négligeable gagnera un troisième hub – Addissur le continent. Retard qu’elle a Abeba –, après Johannesburg et complètement rattrapé pour se Le Caire. « Nous allons passer positionner aujourd’hui en leader. de 94 à 119 destinations acces« Nous étions moins développés sibles à nos membres. Ce seront en Afrique et en Amérique latine, 600 000 sièges chaque semaine reconnaît Horst Findeisen, viceau départ de l’Afrique », se réjouit président de Star Alliance. Mais peu Horst Findeisen. à peu, nous comblons les vides. » Star Alliance n’a cependant Ce n’est rien de le dire. Star gagné qu’une bataille, sembleAlliance regroupe aujourd’hui t-on estimer chez SkyTeam. Et les quatorze compagnies desservant opportunités de développement N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

• Fondée en 2000 par Air France, Delta Airlines, Aeromexico et Korean Air • 15 compagnies dont 8 desservent le continent

sont nombreuses qui pourraient voir l’équilibre des forces en présence se modifier. « SkyTeam est aujourd’hui en tête des ventes depuis les États-Unis et l’Europe vers l’Afrique. Et avec l’intégration récente de China Eastern et de China Airlines, SkyTeam visera la première position pour les connexions entre l’Afrique et l’Asie », promet Titus Naikuni, PDG de Kenya Airways. La porte n’est pas non plus fermée à de nouvelles compagnies africaines, loin de là, pour autant qu’elles respectent les critères drastiques d’admission. SkyTeam considère ainsi qu’Air Namibia ou Air Botswana feraient des candidates potentielles sérieuses. Du côté de Star Alliance, on a bien noté qu’Ethiopian Airlines, futur membre, était financièrement impliquée dans la création de la jeune compagnie togolaise Asky Airlines. Si Horst Findeisen estime que cette dernière n’a pas vocation à intégrer automatiquement Star Alliance, il n’exclut pas d’autres développements à court terme. LE MAGHREB EN ARBITRE. « La

• Fondée en 1997 par Air Canada, Lufthansa, Thai Airways, SAS et United Airlines • 27 compagnies dont 14 desservent le continent

bataille n’est pas finie. Aucune compagnie du Maghreb, notamment, n’appartient à une alliance, alors que c’est aujourd’hui indispensable pour des compagnies de cette taille », analyse Cheikh Tidiane Camara, président du conseil de surveillance d’Ectar, un cabinet de conseil spécialisé dans le secteur aérien. Quels groupements Air Algérie, Tunisair ou Royal Air Maroc, entre autres, rejoindront-elles ? Camara ne s’avance pas : « Difficile de dire qui va gagner cette lutte. » ● SÉBASTIEN DUMOULIN JEUNE AFRIQUE


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&"(!#&) &!(+!)$' &''*#!&%!*) ASSOCIATION DES COMPAGNIES AÉRIENNES AFRICAINES

Revue panafricaine du transport aérien, publiée par l’AFRAA La voix de l’Association des compagnies aériennes africaines Ailes d’Afrique est une revue professionnelle en couleur, proposant des articles sur le personnel, la direction et les moyens techniques des compagnies aériennes africaines et de leurs partenaires, faisant part des succès de l’aviation commerciale africaine, abordant ses défis et sensibilisant la communauté aéronautique aussi bien en Afrique qu’en dehors du continent pour contribuer au développement des compagnies aériennes africaines et de l’aviation africaine en général. Publié trimestriellement en anglais et en français, Ailes d’Afrique est un outil intégral de communication du transport aérien ciblant toutes les compagnies aériennes africaines et d’autres acteurs de l’industrie. Sur sa liste de distribution figure la fine fleur du personnel de l’aviation africaine, faisant du magazine la plate-forme idéale pour les annonceurs souhaitant promouvoir leurs produits ou services. Pour de plus amples renseignements ou pour placer une annonce dans Ailes d’Afrique, veuillez contacter: Camerapix Publishers International Ltd P O Box 45048, 00100, GPO Nairobi, Kenya Telephone: +254 (20) 4448923/4/5 Fax: +254 (20) 4448818 Rukhsana: rukhsana@camerapix.co.ke Azra Chaudhry: camerapixuk@btinternet.com Julie Mubare: jmubare@afraa.org

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Dossier Ciel africain

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ð LA MISE EN CONCESSION DE POINTE-NOIRE, en 2009, a été pilotée par Lufthansa Consulting.

VINCENT FOURNIER/J.A.

L’AÉROGARE DE

CONSEIL

Du savoir-faire à revendre

Les groupes Air France et Lufthansa monnaient leur expertise auprès des gouvernements, aéroports ou transporteurs. La demande pour ces prestations lucratives est en plein développement.

C

est un aspect moins connu des activités d’Air France et de Lufthansa sur le continent. Loin de se contenter d’assurer des liaisons aériennes, ces groupes mettent à profit leur expertise pour proposer des prestations de conseil aux compagnies, aux gouvernements, aux autorités aéroportuaires ou aux organismes d’aviation civile. Une activité qui constitue une source de revenus non négligeable: la filiale Lufthansa Consulting génère 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, tandis qu’Air France Consulting annonçait 5 millions d’euros en 2008 et 3 millions en 2009. L’Afrique – où elles dominent le marché du conseil aérien – est pour les deux sociétés un terrain privilégié ; elles y mènent chacune une dizaine de projets, ce qui représente la moitié de leur activité. « Le continent a des besoins importants et nous y enregistrons une croissance de 10 % à 15 % chaque année », détaille Marco Villa, associé au sein de Lufthansa Consulting. N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Quelles sont les demandes? Pour les structures aéroportuaires, il peut s’agir de les développer, d’améliorer la qualité du service ou de participer à leur mise en concession lorsque l’État veut se désengager de leur gestion, comme ce fut le cas fin

Les compagnies les sollicitent pour augmenter leur profitabilité ou améliorer la sûreté. 2009auCongopourlesaéroportsde Brazzaville, de Pointe-Noire et d’Ollombo,dontlepassageauprivéaété géré par Lufthansa Consulting. Les compagnies aériennes sont quant à elles demandeuses de méthodes pour augmenter leur profitabilité,

améliorer la qualité de leur service ou la sûreté. La création en 2006 de la liste des compagnies aériennes interdites d’exploitation dans l’Union européenne – la fameuse liste noire (lire p. 82) – a créé un marché pour les entreprises de conseil. Sortir de la liste ou obtenir l’autorisation d’exploiter un avion loué à un autre transporteur aérien sont autant d’objectifs pour de nombreuses compagnies africaines, particulièrement quand ce ne sont pas elles qui sont pointées du doigt mais leur pays qui est banni en tant que certificateur. « C’est une activité marginale, notamment parce que nous traitons peu directement avec les autorités d’aviation civile, mais nous travaillons sur cette problématique actuellement au Congo ou en Guinée équatoriale, par exemple », explique Marco Villa. PAS ASSEZ DE SUIVI. « Un marché

très dynamique en Afrique est la création de compagnies aériennes, souligne Françoise Barrard, présidente d’Air France Consulting. Nous intervenons pour réaliser les études de marché, construire le business plan… » En 2011, les experts de Lufthansa Consulting ont ainsi assisté au premier vol de deux de leurs clients : le transporteur camerounais Camair-Co et son alter ego congolais ECAir. « Le seul vrai problème que nous ayons avec les nouvelles compagnies est que, souvent, nous sommes présents pour le lancement, pas assez sur le suivi », regrette Marco Villa. ● SÉBASTIEN DUMOULIN

ASSISTER… ET CONTRÔLER AVEC SA FILIALE QUALI-AUDIT, Air France Consulting est reconnu comme organisme d’audit officiel par l’Association internationale du transport aérien (Iata). Une grande partie de son activité africaine consiste à faire passer les tests pour l’obtention du label Iosa (pour Iata Operational Safety Audit). Une activité complémentaire au conseil, et concurrente : « Dès lors que nous intervenons comme auditeur, nous ne pouvons plus exercer d’activités de conseil auprès d’un client, et vice versa », explique Jean-Pierre Delpech, S.D. président de Quali-audit. ● JEUNE AFRIQUE


Dossier

Fly the Most Reliable Aircraft in the African Sky*

SERVICES

Petites mains de l’aérien

LUDOVIC/REA

Dans le domaine de l’assistance aéroportuaire, les monopoles publics cèdent progressivement la place au privé.

€ Manutention, approvisionnement en carburant : ces sous-traitants ASSURENT L’ENSEMBLE DES ACTIVITÉS AU SOL.

I

ls s’activent autour de l’avion : carburant, bagages, fiches de vols. Ils assurent aussi la manutention, déchargent, vérifient, accompagnent les cargaisons de fret. Ils sont les salariés de sociétés de handling ou, en français, d’assistance aéroportuaire. Sur le continent, l’activité a longtemps été dévolue à des filiales de la compagnie Air Afrique, disparue en 2002. Transformées en régies nationales, elles tombent les unes après les autres dans l’escarcelle de sociétés privées. À Dakar, Sénégal Handling Services (SHS) a ainsi « été créé sur les cendres d’Air Afrique, en 2003 », explique Patrick William, directeur général adjoint. Dotée d’un capital de 1 million d’euros, SHS est une coentreprise détenue à 80 % par le groupe sénégalais Prestige, de l’homme d’affaires Ousmane Joseph Diop ; le personnel et la société Asecna Services se partagent le reste du capital. « RELAIS DE CROISSANCE ». D’autres États ont recouru

à des appels d’offres. Groupe Europe Handling, filiale du groupe Crit basée à Paris et à Londres, a notamment remporté le contrat de l’aéroport de Brazzaville en 2003, neuf ans après sa création. Avec un chiffre d’affaires de 175 millions d’euros, le prestataire est également implanté à Libreville (depuis 2007) et à Freetown (depuis 2010). « Le continent est clairement un relais de croissance pour nous », précise Marc Lemaître, directeur général adjoint chargé du développement international. À l’échelle mondiale, Groupe Europe Handling gère 10 escales dans 7 pays, 250 000 mouvements d’appareils et 13 à 15 millions de passagers volant sur 138 compagnies aériennes. ● MICHAEL PAURON JEUNE AFRIQUE

N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Dossier RESSOURCES HUMAINES

L’emploi au compte-gouttes

La réglementation stricte et la mainmise des compagnies sur la formation verrouillent le marché du travail. Malgré le dynamisme du secteur, les débouchés sont maigres.

STEVE SCHOFIELD/CAMERAPRESS/GAMMA

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ui n’a jamais rêvé, au détour d’un vol, de devenir pilote de ligne, hôtesse de l’air ou steward ? L’industrie aéronautique jouit d’un indéniable pouvoir d’attraction à même de séduire les jeunes. Et le personnel navigant est l’arbre qui cache la forêt : le transport aérien recèle une multitude d’opportunités professionnelles. Billetterie, enregistrement des passagers, embarquement, mais aussi fret, transport de marchandises, entretien et maintenance des aéronefs, sécurité… Les possibilités sont légion. Toutefois, les débouchés ne sont pas – loin s’en faut – à la hauteur des promesses du secteur. Car la médaille a son revers : très réglementés, ces métiers requièrent des compétences spécifiques qu’on ne peut acquérir dans le cadre d’une simple formation généraliste, publique ou privée. De fait, ce sont les compagnies aériennes, sous l’égide des organisations professionnelles internationales, qui ont la main sur les filières de formation. À l’image d’Air France, cocréateur, avec l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna), de l’Institut africain des métiers de l’aérien (Iama). Fondé en 2005 à Bamako (Mali), ce centre agréé

! HÔTESSES, STEWARDS, PILOTES, BAGAGISTES, MÉCANICIENS, COMMERCIAUX… Les métiers de l’aérien sont légion, mais requièrent des compétences spécifiques.

par l’Association internationale du transport aérien (Iata) est l’un des rares d’Afrique de l’Ouest consacrés au personnel au sol. Il peut accueillir chaque année 1200 stagiaires, dont les trois quarts en formation continue. Pour les candidats à la formation initiale, il en coûtera quelque 900 000 F CFA (1 370 euros). TENDANCE HAUSSIÈRE. Malgré

l’étroitesse de l’offre sur le continent, l’Iama ne semble pas saturé de demandes. « Il est vrai que nous ne croulons pas sous les candidatures, concède Olivier Berthault,

son directeur général. Il faudrait pour cela un marché du travail un peu plus dynamique, associé à un développement plus rapide du transport aérien en Afrique. » Un constat partagé par Cheikh Tidiane Camara, président de l’Iama : « Du fait de besoins très spécialisés, ce sont les compagnies aériennes qui définissent elles-mêmes les besoins en ressources humaines, ainsi que le contenu des formations. » L’équation est simple : pas de créations d’emplois, et encore moins d’offres de formations, sans augmentation du trafic intracontinental.CheikhTidianeCamaratend néanmoins à positiver, rappelant que le trafic régional (Afrique centrale et Afrique de l’Ouest) connaît une tendance haussière « de l’ordre de 7 % à 8 % par an ». Si ce déve lopp ement s e confirme, le secteur aura besoin de techniciens, mais également de profils commerciaux. « Beaucoup de personnes titulaires d’un BTS tourisme se retrouvent employées par les sociétés de handling [ensemble des services proposés aux compagnies au sein des aéroports, dont l’enregistrement des passagers, l’embarquement et la billetterie, NDLR], quitte à suivre une formation complémentaire en interne », assure Richard Lohento, qui dirige l’Agence africaine de tourisme (AAT) à Cotonou, au Bénin. Intégrant un département de formation aux métiers du tourisme – également agréé par l’Iata –, l’AAT a ainsi ajouté des contenus calibrés à sa palette, parmi lesquels une formation au logiciel Amadeus, système international de gestion des réservations et de billetterie. ● IDIR ZEBBOUDJ

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Culture & médias

HISTOIRE

Vive la France

Amplement et magnifiquement illustrée, une somme historique dirigée par Pascal Blanchard vient rétablir quelques vérités et rendre un hommage appuyé aux Noirs de l’Hexagone.

CLARISSE JUOMPAN-YAKAM

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u’est-ce qui symbolise le mieux la France noire ? Le Code noir qui régit, à partir du XVIIe siècle, le statut des esclaves venus d’Afrique, ou le chevalier de Saint-George, brillant violoniste et compositeur, maître de musique de la reine Marie-Antoinette ? La France inégalitaire des colonies, ou celle de Joséphine Baker et de la négritude, plus ouverte en apparence, et dont se réclamaient nombre d’Africains-Américains ? La France « black, blanc, beur » championne du monde de football en 1998, ou plutôt celle des quotas dans l’équipe de football de Laurent Blanc ? Pour la vingtaine d’auteurs de La France noire, publiée aux éditions La Découverte sous la direction de l’historien Pascal Blanchard, c’est tout cela à la fois. « Être noir dans l’Hexagone, quel que soit le pays, le département ou la colonie d’où l’on vient, c’est s’inscrire dans un récit peuplé de héros, de lieux de mémoire, de mythes, de combats, de rêves et d’échecs, mais c’est s’inscrire aujourd’hui dans ces identités multiples qui font partie de la France du XXIe siècle. » Spécialistes venus d’horizons divers, les chercheurs ont croisé leurs savoirs et leurs regards pour peindre, en quelque 350 pages, la longue fresque – trois siècles ! – d’une histoire oubliée. C’est-à-dire l’histoire des Noirs de France et celle des Noirs en France. Mais aussi l’histoire des liens entre Blancs et Noirs dans les domaines juridique, politique, culturel, intellectuel… et dans le regard que les uns portent sur les autres. DIVERSITÉ. Ainsi découvre-t-on que l’Hexagone

a inventé, bien avant les autres, une société de la diversité, bien entendu percluse d’ambiguïtés et écartelée entre fascination et répulsion. Contrairement aux États-Unis, où l’acceptation des Noirs s’est faite par étapes, le pays a vécu trois siècles de flux et de reflux. Le rejet, la plupart du temps, était provoqué par la peur. Peur N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

À lire et à voir

du métissage qui pousse Napoléon à expulser les Noirs en 1802. Peur de l’envahissement au début du XIXe siècle. Peur de l’immigration et de la dilution de l’« identité nationale » sous le président Nicolas Sarkozy. L’ouvrage La France noire démontre par ailleurs que l’Hexagone est l’un des rares pays à avoir digéré les cultures noires dans le théâtre, le cinéma, la musique, le sport… Si les intellectuels, les sportifs et les écrivains des États-Unis y venaient dans les années 1940 et 1950, c’est parce qu’il était perçu comme le deuxième pays noir après les États-Unis, le seul où un Africain pouvait s’asseoir à la terrasse d’un café avec une femme blanche, devenir champion du monde de boxe ou obtenir un prix Goncourt, à l’instar du Guyanais René Maran en 1921. Un pays paradoxal, qui se referme aujourd’hui sur lui-même

Dès le milieu du XIXe siècle, des acteurs noirs interprétaient le rôle d’Othello à Paris.

La France noire, trois siècles de présences, éditions La Découverte, 360 pages, 59 euros Exposition itinérante « L’Histoire des Afro-Antillais en France, au cœur de nos diversités », à partir de décembre Trois documentaires Le Temps des pionniers (1889-1939) Le Temps des migrations (1940-1974) Le Temps des passions (1975-2011) Première diffusion à partir de janvier 2012 sur France 5

et désigne l’ex-joueur de tennis Yannick Noah comme sa « personnalité préférée ». Et comme elle n’est pas à une contradiction près, la France noire, c’est quelque vingt générations occultées par les historiens. Pour Elikia M’Bokolo, « depuis le milieu du XIXe siècle, tous parlent de la France comme s’il n’y avait que des Flamands, des Bretons ou des Marseillais. Or avec 25 000 Noirs en France en 1789, c’est la première grande communauté non française d’origine dans l’Hexagone ». L’histoire de cette présence a tant été escamotée que, aujourd’hui encore, nombre de jeunes Français cultivés ignorent que le Noir n’est pas seulement balayeur et qu’il y a eu, par le passé, des réussites et des destins exceptionnels. RÉUSSITES. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, l’un

des hommes les plus brillants de la cour, Joseph Bologne, plus connu sous le nom de chevalier de Saint-George, était issu de l’union entre une esclave noire et un planteur. Dans le domaine de la culture, on a oublié que, dès le milieu du XIXe, des acteurs noirs jouaient le rôle d’Othello à Paris. Dans les années 1920, le Malien d’origine Habib Benglia est le premier acteur noir à tenir un rôle dans un théâtre national. Il jouera dans plus de 40 films et 60 pièces de théâtre. Si tous les Français connaissent Jean Jaurès, grand homme politique socialiste, ils sont en JEUNE AFRIQUE


Culture médias

nègre!

Certains ont choisi des chemins plus ambigus. Le député antillais Henry Lémery, qui décida de soutenir Vichy en 1940, occupera même la fonction de ministre des Colonies, avant d’être évincé par les Allemands. Et puis il y a ceux que l’on oublie toujours et qui, par leur travail, ont su s’imposer : les dockers du port de Marseille, les ouvriers de Citroën arrivés en 1956 et 1960, ð SELIKA LAZEVSKI, l e s t r av a i l l e u r s écuyère de maliens et sénéhaute école, galais des années photographiée 1960… Le plus long par Nadar en mouvement social 1891. qu’ait connu le pays (1969-1974), pour l’accession à de meilleures conditions de vie, trouve son origine dans les foyers pour travailleurs sénégalais, mauritaniens et maliens.

MINISTÈRE DE LA CULTURE/SAP, DIST. RMN – ATELIER DE NADAR

MAL-AIMÉS. Au-delà de ces précisions nécessaires, les auteurs de La France noire fournissent des clés pour mieux comprendre cette histoire qui se répète dans un schéma de régression-progression. Comment se fait-il que les députés et sénateurs noirs se comptent aujourd’hui sur les cinq doigts de la main ? « Nous sommes probablement dans la période où le choc est le plus violent. Toute une génération de Noirs a le sentiment de ne pas être aimée. Il faut lui raconter cette histoire, lui rappeler que sa présence sur le territoire est légitime, lui rendre cette fierté… et retravailler le lien. » De nos jours, on ne se révolte pas en tant que Noir, mais en tant que Noir de France, pour rendre le pays conforme à ce qu’il prétend être, notamment en matière de répartition des richesses et de visibilité. La colère longtemps contenue doit permettre la transformation de la société française. Pour ressusciter la fierté d’appartenir à celle-ci, il va falloir montrer et enseigner cette histoire positive dans les écoles. Occulter le passé ne peut que provoquer des ravages chez les Français blancs comme chez les Français noirs. ●

revanche peu nombreux à savoir qu’en 1904 la vice-présidence de la Chambre des députés lui a échappé au profit d’un Guadeloupéen, Gaston Gerville-Réache… En 1940, lors de l’invasion allemande, le premier parlementaire à attaquer de front Joseph Goebbels et Hitler n’était autre que Galandou Diouf, député du Sénégal. JEUNE AFRIQUE

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HASSAN OUAZZANI

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! LE PLATEAU « NEWS » de Medi 1 TV, à Tanger en 2007.

MÉDIAS

La p’tite marocaine qui monte La chaîne Medi 1 TV devait être orientée tout-info. Face à l’échec de cette formule initiale, elle a opté pour une approche plus généraliste. Avec succès.

O

n la disait à l’agonie, croulant sous les dettes, incapable d’assumer financièrement ses ambitions de chaîne d’information pour le Maghreb. Et pourtant ! La chaîne d’information Medi 1 TV, basée à Tanger, vient de passer le cap de sa première année comme chaîne généraliste, et son bilan est plutôt prometteur. « Le 30 octobre 2010, la direction de Medi 1 Sat faisait le pari, risqué, de passer à la diffusion hertzienne et d’abandonner le tout-info pour une grille plus généraliste. Nous avons réussi à devenir un média de proximité et à acquérir une identité de chaîne locale », soutient Abbas Azzouzi, président-directeur général (PDG) de la chaîne. Enréalité,cequiestprésentéaujourd’hui commeunchoixn’enétaitpasvraimentun. Après huit années d’existence, la chaîne, née d’une ambition politique conjointe de la France et du Maroc, faisait face à de graves difficultés financières. « Aucune chaîne d’information ne gagne d’argent. Être partout, tout le temps, demande des moyens financiers considérables et nous ne sommes pas tous soutenus par un émirat richissime », ajoute Azzouzi. Medi 1 ne sera donc pas la Al-Jazira du Maghreb, mais une chaîne comme une autre. Pour opérer ce virage, la direction a d’abord misé sur la diversification des programmes. Magazines d’investigation, débats, téléréalité, fictions, émissions de N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

divertissement viennent égayer une grille où l’information occupe toujours une place de choix, avec cinq rendez-vous quotidiens. « La chaîne compte sur son cœur de métier pour offrir des magazines de grande qualité produits et réalisés par des journalistes bien formés », explique un journaliste d’une chaîne concurrente. ANNONCEURS. Cela n’aurait pas été

sur Twitter et sur Facebook, elle privilégie l’interactivité.Génération News estàcetitre un modèle du genre. Destinée aux jeunes, cette émission de débat est entièrement construite sur la Toile puisque le casting comme le choix des sujets sont d’abord débattus sur internet. Avec une part d’audience passée de 0,7 % en 2010 à 7,5 % en 2011, Medi 1 TV a réussileparidereconquérirdesMarocains habitués à zapper sur les chaînes étrangères. Mais elle s’est aussi éloignée de son objectif premier: devenir une grande télévision régionale. À l’heure des révolutions arabes, cet échec n’est-il pas frustrant ? « Oui, reconnaît Azzouzi. Mais, connaissant les relations politiques complexes qui existent avec notre voisin et sachant qu’il n’y a pas encore de marché publicitaire régional, il reste très difficile de monter une chaîne maghrébine d’information. » Medi 1 garde néanmoins une identité cosmopolite puisque la rédaction compte des journalistes de sept nationalités diffé-

possible sans les nouveaux actionnaires, qui ont permis de porter le capital à 205 millions de dirhams (18 millions d’euros). En outre, Medi 1 TV a multiplié par cinq le nombre de ses annonceurs, qui sont passés de 10 à 50 grâce à une démarche commerciale plus agressive. En un an, 45 journalistes supplémentaires ont été recrutés et des bureaux ont ouvert à Casablanca et Rabat. « Reste qu’il est très En l’absence de marché publicitaire difficile de trouver de bons régional, il est très difficile de journalistes. On les forme en interne, mais ensuite ils monter une chaîne d’information. sont contactés par d’autres chaînes d’info, qui ont plus de moyens rentes. « Ça n’est pas toujours facile à gérer que nous et contre qui nous ne pouvons et ça donne lieu à beaucoup de débats. On pas grand-chose », regrette le PDG. aparexempleuneprésentatricealgérienne Alors qu’il y a encore un an la chaîne qui est souvent prise à partie », conclut le était surtout regardée par des cadres supéPDG. En 2012, Medi 1 TV souhaite élargir rieurs masculins âgés d’environ 45 ans son ouverture au monde en s’adressant à la en moyenne, le public s’est aujourd’hui diaspora maghrébine. Un positionnement féminisé et rajeuni. Pour conquérir des qui pourrait rapporter gros, notamment téléspectateurs plus jeunes, la chaîne a grâce à de nouveaux annonceurs. ● misé sur le pouvoir d’internet. Présente LEÏLA SLIMANI JEUNE AFRIQUE


Culture médias

JEAN-FRANÇOIS MARIN/FEDEPHOTO.COM

! DESSIN D’UN ÉLÈVE de l’école populaire kanake de la tribu de Gossanah, après les terribles événements de 1988.

CINÉMA

Un ultime crime colonial?

Le réalisateur français Mathieu Kassovitz revient dans son nouveau film sur le massacre de la grotte d’Ouvéa, perpétré en Nouvelle-Calédonie par l’armée française en 1988.

A

lors des prises d’otages. Ceux-ci, dirigés par le commandant Philippe Legorjus, dont le rôle est efficacement interprété dans le film par le réalisateur, privilégient la voie du dialogue et de la négociation pour sortir de l’impasse. Avec de réels espoirs d’aboutir. Mais, de France, on envoie aussi 300 militaires. Et brutalement, le 5 mai, entre les deux tours de l’élection, à l’initiative de Jacques Chirac et de son ministre Bernard Pons, contre l’avis de Legorjus, l’armée lance l’assaut sur la grotte d’Ouvéa. Pour tenter de se concilier l’opinion publique à la veille du scrutin ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, les militaires ne sont pas préparés à de si délicates opérations. C’est un carnage : 21 morts, dont 19 Kanaks, soit la quasitotalité du commando dirigé par Dianou. Un massacre qu’expliquerait, selon plusieurs témoignages, l’exécution sommaire de preneurs d’otages qui s’étaient rendus. Un drame qui rappelle à bien des égards – situation coloniale complexe, meurtres de prisonniers – les mauvais souvenirs de la guerre d’Algérie.

vec un tel sujet, un tel metteur lieux après que les Français les eurent « conquis » au milieu du XIXe siècle. Les en scène et un tel auteur, la tensions entre ces deux populations ont sortie de L’Ordre et la Morale laissait craindre sinon le pire, pris de l’ampleur alors que se posait, à INDÉPENDANTISTES. Le film de court terme, la question du partage des Kassovitz, s’il charge plus l’armée frandu moins une grande déception. Qu’un ressources de l’archipel, riche en nickel. çaise et ses méthodes que les politiques et cinéaste amateur de scènes coup-deleurs motivations, n’élude aucun aspect de poing à l’américaine comme Mathieu Cela a conduit, le 22 avril 1988, à la mort Kassovitz raconte la prise d’otages de de quatre personnes lors de l’attaque d’une gendarmela grotte d’Ouvéa en privilégiant la verLe 5 mai 1988, entre les deux tours sion du chef du GIGN français, c’était, se rie par des indépendantistes de l’élection présidentielle, disait-on, prendre le risque de réduire à kanaks très déterminés, l’armée française lance l’assaut. un western plus ou moins simpliste une dirigés par Alphonse Dianou. Lesquels, pour affaire complexe. Le résultat, et on ne peut que s’en réjouir vu le succès populaire faire entendre leurs revendications et l’affaire. Tout en utilisant habilement les que rencontrent souvent les films dudit assurer leur sécurité, ont fini par prendre artifices du film de guerre, il entend faire Kassovitz, n’est pas celui que en otages une trentaine de comprendre la position des Kanaks. C’estl’on redoutait. Loin de là. gendarmes et les ont reteà-dire ce que l’on n’a pas voulu entendre à L’engrenage qui a conduit nus dans une grotte d’accès Paris, à l’époque, avant de changer d’avis à cet affrontement meurtrier, difficile. quelques mois plus tard. En témoignent en Nouvelle-Calédonie, En France, où se déroulait les fameux « accords de Matignon » qui s’est mis en place pendant au même moment une joute ont ramené la paix en Nouvelle-Calédonie les premiers mois de 1988. présidentielle entre François en donnant satisfaction aux indépendanCes îles très éloignées de Mitterrand et son Premier tistes sur bien des sujets. Mais ce point la métropole abritent deux ministre, Jacques Chirac, en de vue, les Calédoniens n’auront pas communautés presque aussi mauvaise posture dans les le droit de le connaître : le distributeur importantes l’une que l’autre, sondages, l’événement avait local a décidé que ce film, « qui affaiblit celle des autochtones apparfait la une des journaux. Dans les forces du consensus » – autrement tenant aux tribus kanakes un premier temps, très logidit, qui est trop compréhensif envers les L’Ordre et la Morale, qui y vivent depuis toujours, quement, les autorités ont fait indépendantistes –, ne serait pas prode Mathieu Kassovitz et celle des Caldoches, ces appel aux hommes du GIGN, grammé dans les salles de l’archipel ! ● (sorti à Paris le 16 novembre) Européens venus habiter les spécialistes des interventions RENAUD DE ROCHEBRUNE JEUNE AFRIQUE

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Culture médias En vue

■ ■ ■ Décevant

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

TÉLÉVISION

Shakespeare chez les Mossis QU’AURAIT FAIT Juliette Capulet si elle vivait de nos jours entre Ouagadougou et un village de la brousse burkinabè peuplé de magiciens dozos ? C’est la question à laquelle répond, avec originalité, Julie et Roméo, une fiction de Boubakar Diallo diffusée sur TV5 Monde le 22 novembre. Cette tragicomédie, dont les scènes, souvent prévisibles, accumulent les clichés, commence comme n’importe quel téléfilm sentimental mais finit dans un déluge de (mauvais) effets spéciaux rappelant Les Visiteurs. Kitsch, mais amusant. ● PIERRE BOISSELET Julie et Roméo, de Boubakar Diallo,TV5 Monde, le 22 novembre ■■■ REVUE

Kossi Efoui décortiqué L’ÉCRIVAIN ET DRAMATURGE TOGOLAIS Kossi Efoui est sans nul doute l’un des plus doués de sa génération. Inventeur d’une langue qui n’appartient qu’à lui, il méritait bien que quelques universitaires se penchent sur son œuvre et livrent leurs exégèses. Articles et extraits de tables rondes composent le volume intitulé Le Théâtre de Kossi Efoui : une poétique du marronnage. Rare, un peu austère, très intellectuelle avec des sujets comme « Le corps texte comme dernier palimpseste » ou « Écritures théâtrales et cérémonies du devenir-visible », la démarche mérite d’être signalée. ● NICOLAS MICHEL

Le Théâtre de Kossi Efoui : une poétique du marronnage, Africultures no 86, L’Harmattan, 248 pages, 22 euros ■■■ N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

WARNER BROS.

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CINÉMA

Oil story

Le réalisateur français Jean-Jacques Annaud s’intéresse, à sa manière, aux enjeux pétroliers du Moyen-Orient. Et démontre une fois de plus que Tahar Rahim est un grand acteur.

V

bientôt stratégique quand des prosoilà un film qui ne manque pecteurs américains y découvrent du pas d’ambition. Comme pétrole. Auda, tombé raide amoureux toujours avec Jean-Jacques de Leyla, la superbe fille de Nessib, Annaud, auteur de succès grandit dans les livres, écartelé entre planétaires comme La Guerre du feu, Le deux « pères », celui de sa « fiancée » Nom de la rose ou L’Ours. Même si l’on et son véritable géniteur. Lorsque le n’atteint pas la démesure des péplums à conflit entre les deux tribus reprend, la Cecil B. DeMille, cette histoire épique l’une voulant entrer dans le monde qui se passe dans les années 1930 en Arabie – une Arabie saoudite qui ne moderne grâce aux recettes de l’or noir dit pas son nom… et dont les paysages et l’autre se méfiant des mirages de la sont en réalité ceux du Qatar et de la consommation dénoncés par les reliTunisie – propose aux spectateurs un gieux intégristes, il est le seul à vouloir casting international, des décors et des et pouvoir s’opposer à cette guerre entre costumes somptueux, des cavaliers par progressistes et conservateurs. Ce qui le centaines et d’immenses troupeaux de conduit à devenir un guerrier intrépide chameaux qui prouvent qu’on n’a pas et implacable… lésiné sur les moyens. Ce scénario, on s’en doute, a été conçu Le héros, joué par Tahar Rahim, est pour satisfaire un maximum de specle prince Auda. Dès l’ouverture du film, tateurs, amateurs de films d’aventure et de mélodrames, tout encore enfant, il doit quitter son père, le roi Amar en proposant des clins (Mark Strong), qui vient d’œil à l’actualité. Ce qui de perdre une guerre confère à Or noir ses quacontre l’émir Nessib lités – grand spectacle, (Antonio Banderas) et belles images, émotions – doit laisser ses deux fils comme ses limites – clipartir vivre chez son chés et scènes attendues. Son atout principal reste vainqueur pour obtenir la paix. L’enjeu de l’interprétation de Tahar cet affrontement était Rahim, une fois de plus Or noir noir, de Jeanune région désertique. magistral dans un rôle difJacques Annaud Transformée en territoire ficile à rendre crédible. ● (sortie à Paris le 23 novembre)■ ■ ■ neutre, celle-ci devient RENAUD DE ROCHEBRUNE JEUNE AFRIQUE


Culture médias

Et il est comment le dernier…

… SERGE BILÉ

CINÉMA

Un film de prix DONOMA,réaliséparunjeune cinéaste originaire d’Haïti, est un véritable ovni. Autoproduit, assure-t-il, avec un budget de 150 euros, il ne s’agit pourtant pas d’une œuvre de second rang. Qu’il raconte les mésaventures sentimentales de divers personnages – une prof issue des beaux quartiers, un cancre de banlieue, un ancien skinhead séduit par le catholicisme, etc. – dans le Paris d’aujourd’hui n’a guère d’importanceensoi.Cequifait le prix de ce long-métrage fort drôle, c’est sa liberté de ton, ses questionnements audacieux, sa capacité à organiser des rencontres improbables

A

Don Donoma, de Dji Djinn Carrénard (sortie à Paris le 23 novembre) ■■■

et qui pourtant « font vrai », sa façon de décrire comme nul autre la vie quotidienne à l’heure de la crise, sans jamais être ennuyeux. ● R.R.

POLAR

Raviver la mémoire LE ROMANCIER FRANÇAIS DIDIER DAENINCKX fut l’un des premiers à revenir, en 1984, sur le massacre des manifestants algériens à Paris, le 17 octobre 1961. Son roman policier Meurtres pour mémoire lui valut alors le Grand Prix de littérature policière. Cinquante ans après les événements, grâce à la pugnacité d’intellectuels dans son genre, nul ne peut plus prétendre ignorer les exactions commises cette nuit-là par la police française. Commémoration oblige, le polar de Daeninckx est aujourd’hui réédité dans une version « luxe », illustrée par les dessins – dont certains très réussis – de Jeanne Puchol. À relire, donc ! ● N.M.

Meurtres pour mémoire, de Didier Daeninckx, Futuropolis, 248 pages, 25 euros ■■■ JEUNE AFRIQUE

ucun auteur n’avait jamais osé aborder le sujet ! Des Noirs au service du nazisme ? Le journaliste franco-ivoirien Serge Bilé, expert en histoires oubliées, a entrepris d’exhumer cette partie négligée de la Seconde Guerre mondiale. À grand renfort d’anecdotes, de témoignages, de tranches de vie, l’auteur nous raconte le parcours de quelques Africains, Antillais, Guyanais et autres basanés qui ont pris le parti de s’enrôler dans la Légion des volontaires français (LVF), quand ce n’était pas carrément auprès de la Gestapo ou des Waffen-SS, l’unité d’élite au service d’Adolf Hitler. Le fil conducteur de Sombres bourreaux, c’est l’histoire de Norbert Désirée, docker guadeloupéen qui s’engage dans la LVF pour casser du bolchevik, par opposition à ses compatriotes communistes qui aspirent à l’indépendance de l’île. Mais le livre évoque d’autres « collabos », bien trop nombreux. Comme Louis Joachim-Eugène, un autre Guadeloupéen, attaché militaire à la LVF et pour qui le racisme allemand est bien moins blessant que celui de ses compatriotes français bon teint. Il y a aussi Werner Egiomue, camerounais, admirateur du Führer, qui fit un tel esclandre à l’état-major allemand qu’il fut enrôlé dans l’armée malgré sa couleur de peau. Sans compter le Sénégalais Ahmed Fall, engagé comme propagandiste par l’armée allemande, ou encore

Peter, le tirailleur d’origine indéterminée, capturé par l’armée italienne et qui finit par prendre fait et cause pour ses ravisseurs. La narration de Bilé est complexe, multipliant les va-et-vient entre les faits et les différents protagonistes. Le contexte historique est parfois insuffisamment expliqué, et mieux vaut avoir à sa portée quelque aîné à la mémoire vive. Reste que la gravité du thème relègue au second plan les imperfections du livre. Aussi sombre que soit l’histoire de ces Noirs, elle fascine, étonne, suscite

Sombres bourreaux, de Serge Bilé, Pascal Galodé éditeurs, 150 pages, 17 euros ■■■

la colère, donne envie de comprendre pourquoi ces hommes qui auraient pu être nos grands-pères ont pactisé avec la France collaboratrice ou l’Allemagne nazie. Instinct de survie ? Patriotisme ? Quête de reconnaissance ? Les pistes sont nombreuses, mais aucune, absolument aucune, ne permet de comprendre tout à fait l’impardonnable. ● MALIKA GROGA-BADA N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition de divers pneumatiques destinés à ses véhicules de sauvetage et de lutte contre l’incendie. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros Quarante Cinq Centimes (152,45 €) à partir du 14/11/2011 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres.

Appel d’offres

La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 21 décembre 2011 à 11 heures (T.U.). L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour à 13 heures (T.U.). Le Directeur Général

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition de valises INMARSAT de type BGAN EXPLORER 700. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros Quarante Cinq Centimes (152,45 €) à partir du 14/11/2011 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 20 décembre 2011 à 11 heures (T.U.). L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour à 13 heures (T.U.). Le Directeur Général N° 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

JEUNE AFRIQUE


AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition d’équipements individuels (vestes, pantalons, casquettes) destinés à ses sapeurs-pompiers d’aérodrome. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros Quarante Cinq Centimes (152,45 €) à partir du 14/11/2011 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 19 décembre 2011 à 11 heures (T.U.). L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour à 13 heures (T.U.). Le Directeur Général

L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition de divers outillages de garage (à main, électroportatifs, etc.) destinés à ses aérodromes secondaires. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros Quarante Cinq Centimes (152,45 €) à partir du 14/11/2011 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 20 décembre 2011 à 11 heures (T.U.). L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour à 14 heures (T.U.). Le Directeur Général JEUNE AFRIQUE

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AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition d’appareils d’extinction (tuyaux, lances, etc.) destinés à ses véhicules de sauvetage et de lutte contre l’incendie. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros Quarante Cinq Centimes (152,45 €) à partir du 14/11/2011 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres.

Appel d’offres

La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 20 décembre 2011 à 11 heures (T.U.). L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour à 12 heures (T.U.). Le Directeur Général

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition d’équipements individuels (polos, gants, ceintures, chaussettes) destinés à ses sapeurs-pompiers d’aérodrome. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros Quarante Cinq Centimes (152,45 €) à partir du 14/11/2011 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 21 décembre 2011 à 11 heures (T.U.). L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour à 12 heures (T.U.). Le Directeur Général N° 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition de divers ballons météorologiques destinés au fonctionnement de ses stations météorologiques. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros Quarante Cinq Centimes (152,45 €) à partir du 14/11/2011 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 21 décembre 2011 à 11 heures (T.U.). L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour à 14 heures (T.U.). Le Directeur Général

L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres Ouvert pour l’acquisition d’émulseur et de poudres extinctrices destinés au fonctionnement de ses services de sauvetage et de lutte contre l’incendie. Le Dossier d’Appel d’Offres (DAO) peut être consulté sur le site web de l’ASECNA (www.asecna.aero) et retiré contre le paiement obligatoire d’une somme non remboursable de Cent Mille (100 000) Francs CFA, soit Cent Cinquante Deux Euros Quarante Cinq Centimes (152,45 €) à partir du 14/11/2011 au Département Ingénierie et Prospective de l’ASECNA à Dakar, BP 8163 Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal), à la Délégation de l’ASECNA à Paris – 75, Rue de la Boétie 75008 Paris Cedex 08 (France) ou dans les Représentations de l’ASECNA auprès des Etats membres. La date limite de remise des offres au Département Ingénierie et Prospective (ASECNA) à Dakar, BP 8163, Aéroport Léopold Sédar SENGHOR, Dakar-Yoff (Sénégal) est fixée au 22 décembre 2011 à 11 heures (T.U.). L’ouverture des offres en séance publique devant les soumissionnaires (ou leurs représentants) qui le désirent, aura lieu le même jour à 14 heures (T.U.). Le Directeur Général JEUNE AFRIQUE

N° 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Appel d’offres

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL


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Annonces classées RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE UNION DISCIPLINE TRAVAIL ----------MINISTÈRE DES INFRASTRUCTURES ÉCONOMIQUES ------------MAÎTRE D’OUVRAGE : PORT AUTONOME D’ABIDJAN -------------

AVIS D’APPEL D’OFFRES N°T 186 /2011 TRAVAUX DE DRAGAGE D’ENTRETIEN DES CHENAUX D’ACCÈS ET AU LARGE DES QUAIS DU PAA ARTICLE 1 : AUTORITÉ CONTRACTANTE Le présent appel d’offres est lancé par le PAA (Port Autonome d’Abidjan). ARTICLE 2 : OBJET Le présent appel d’offres a pour objet les TRAVAUX DE DRAGAGE D’ENTRETIEN DES CHENAUX D’ACCÈS ET AU LARGE DES QUAIS DU PORT AUTONOME D’ABIDJAN. ARTICLE 3 : NATURE DES PRIX ET ALLOTISSEMENT Le marché sera passé sur prix unitaire. Les travaux, objet du présent appel d’offres, seront exécutés en un lot unique. ARTICLE 4 : FINANCEMENT Le marché issu de cet appel d’offres sera financé par le Budget du Port Autonome d’Abidjan, sur la ligne 233 320.

Divers - Appel d’offres

ARTICLE 5 : CAUTIONNEMENT PROVISOIRE (sans objet) ARTICLE 6 : CONDITIONS DE PARTICIPATION Peuvent participer à la concurrence, toutes personnes physiques ou morales établies ou non en Côte d’Ivoire pour autant qu’elles satisfassent aux conditions et réglementation ivoiriennes. ARTICLE 7 : RETRAIT DU DOSSIER D’APPEL D’OFFRES Le dossier d’appel d’offres peut être consulté ou retiré à l’adresse suivante : PORT AUTONOME D’ABIDJAN Direction des Marchés Département Marchés TEL: (225).21.23.83.92 / 21 23 80 11 Voir M. KACOU Sylvère

Contre paiement en espèces d’une somme forfaitaire non remboursable de 50000 FCFA. ARTICLE 8 : REMISE DES PLIS Les offres déposées au plus tard le 6 Décembre 2011 à 9 heures, à l’adresse ci-dessus indiquée à l’article 7 ou portée directement à la séance d’ouverture. Elles seront présentées sous double enveloppe fermée et dans le strict respect des prescriptions du règlement particulier d’appel d’offres. ARTICLE 9 : OUVERTURE DES PLIS L’ouverture des plis sera effectuées par la Commission d’ouverture et de Jugement des Offres en séance publique le 6 décembre 2011 à 9 heures 30 minutes, à la salle de conférence de la DPP (Direction des Participation et de la Privatisation), Tour C, 14ème étage. ARTICLE 10 : AFFICHAGE DES RÉSULTATS Les résultats du présent appel d’offres seront publiés dans le bulletin officiel des marchés publics de la République de Côte d’Ivoire et affichés à l’adresse indiquée à l’article 7. ARTICLE 11 : DURÉE DE VALIDITÉ DES OFFRES Les soumissionnaires restent tenus par leurs offres pendant un délai de 120 jours, à partir de la date limite fixée pour la réception des offres. ARTICLE 12 : DROITS D'ENREGISTREMENT Le marché issu du présent appel d'offres sera soumis aux formalités de timbres et d'enregistrement aux frais du titulaire. ARTICLE 13 : LÉGISLATION RÉGISSANT LE MARCHÉ Le présent appel d'offres est soumis aux lois et règlements en vigueur en Côte d'Ivoire, notamment au décret n°2009-259 du 06 août 2009 portant CODE DES MARCHES PUBLICS.

AVIATION GÉNÉRALE Pièces et Service • Service première classe, partout en Afrique. Pro-Export • Travail avec les clients africains depuis plus de 12 ans • Pièces de rechange, Support Technique; Piston et Turbine • Pratt & Whitney Canada, Dehavilland et Bombardier • Cessna, Piper, Beechcraft, Lycoming, Continental • Échange standard pour Hartzell, MacCauley, Dowty • Achat et vente d’avions. Pilote convoyeur. 5900 Route de l’Aéroport, St-Hubert, Québec, CANADA www.aviationzenith.com Transport Canada # 24-11 Tel : 001.450.926.9007 Email : avion@aviationzenith.com N° 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE Avis d’Appel D’offres International N° 02/2011/CMTS Le Ministère de la défense Nationale (Centre Militaire de Transfusion Sanguine), lance un appel d’offres International N° 2/CMTS/2011 pour l’acquisition de réactifs de laboratoires. Les fournisseurs intéressés peuvent retirer les dossiers d’Appel d’Offres pendant les jours ouvrables (de lundi à jeudi de 08h à 15h, vendredi et samedi de 08h à 13h) à l’adresse suivante : CENTRE MILITAIRE DE TRANSFUSION SANGUINE (Ras-Tabia, 1, Rue des Etats Unis 2000 le bardo) Contre paiement de 25 Dinars par mandat CCP au RIP 1700100000000616.82 24 au nom de Mr le Régisseur des recettes du Ministère de la Défense Nationale. L’offre sera envoyée, dans une enveloppe fermée et portant la mention « A NE PAS OUVRIR-APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 2/CMTS/2011 » à l’adresse sus indiquée, au nom de Mr le Chef du Centre Militaire de Transfusion Sanguine, dernier délai le 02/12/2011 (cachet du Bureau d’ordre du Centre Militaire de Transfusion Sanguine faisant foi). Toute offre parvenue après ce délai ou ne respectant pas les conditions sera automatiquement rejetée.

Fonds Fiduciaire BM-DFID(P101745)

Avis d’Appel d’Offres International (AAOI) - N° 012/MITPR/CI/PRO-ROUTES/2011 « FOURNITURE DE CARBURANT ET DES LUBRIFIANTS POUR LA BRIGADE DE L’OFFICE DES ROUTES DE KISANGANI, PROVINCE ORIENTALE ».

1. Cet Avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis Général de Passation des Marchés paru le 12 Février 2008 et le 21 mai 2009 dans le Dg Market. 2. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a sollicité et obtenu des dons d’un Fonds Fiduciaire (DFID) et de l’Association Internationale pour le Développement qui totalisent environ 123 millions de dollars des Etats-Unis pour financer « le Projet de Réouverture et d’Entretien des Routes Hautement Prioritaires, PRO-ROUTES », et a l’intention d’utiliser une partie de ces dons pour effectuer des paiements au titre des marchés de fourniture de Carburant et des Lubrifiants figurant au point 3 ci-après. La Passation des Marchés sera conforme aux règles et procédures d’éligibilité de la Banque mondiale et aux dispositions spécifiques des Accords de financement du projet PRO-ROUTES. 3. La Cellule Infrastructures sollicite des Offres fermées de la part des soumissionnaires éligibles et répondant aux qualifications requises pour fournir des articles suivants, repartis en lots indivisibles, chaque lot constituant un marché : 3.1. Pour la Brigade de l’Office des Routes de Kisangani avec livraison à Kisangani : - Lot 1 : 1.080 m3 de Gasoil - Lot 2 : 63.180 litres des Lubrifiants et 6.400 kg de Graisse 4. La Passation de Marchés sera conduite par Appel d’Offres Ouvert International tel que défini dans les « Directives : Passation des marchés financés par les Prêts de la BIRD et les Crédits de l’IDA », édition Mai 2004 et révisée en Octobre 2006 et Mai 2010, ouvert à tous les soumissionnaires de pays éligibles tels que definis dans les Directives. 5. Les soumissionnaires éligibles et intéressés peuvent obtenir des informations auprès de la Cellule Infrastructures ; sise avenue Roi Baudouin, n°70A, à Kinshasa/Gombe (RDC), Tél. +243.993.152.226, E-mail : celluleinfra@vodanet.cd et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse mentionnée ci-dessous de 9h00’ à 16h00’. 6. Les exigences en matière de qualification sont : la conformité aux spécifications, le délai de livraison et le montant de l’Offre (priorité au moins disant). Une marge de préférence « ne sera pas » octroyée aux soumissionnaires nationaux éligibles. Voir le document d’Appel d’Offres pour les informations détaillées.

JEUNE AFRIQUE

7. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir un dossier d’Appel d’Offres complet en français en formulant une demande écrite à l’adresse mentionnée ci-dessous contre un paiement non remboursable de 100 $ US (Cent Dollars Américains). Ce montant peut être réglé en espèces à la caisse contre un reçu, par chèque certifié et/ou par virement direct sur le compte ci-après de la Cellule Infrastructures dans les livres RAWBANK en précisant le numéro du DAO pour lequel le versement est effectué (NUMERO DU COMPTE : 0501-0100132602-20 EURO, SWIFT : RAWBCDKIXXX, IBAN : FR76 0510005101010013260220). Le Dossier d’Appel d’Offres acquis sera expédié par voie électronique ou retrait à la Cellule Infrastructures. Sur demande du soumissionnaire et moyennant un paiement complémentaire forfaitaire de 50 USD (Cinquante Dollars Américains), la Cellule Infrastructures peut se charger d’expédier ledit dossier par courrier rapide. Elle ne sera en aucun cas tenue responsable des retards ou pertes subis durant cet acheminement. Il est à noter que l’Offre de tout soumissionnaire qui n’aura pas fourni la preuve d’achat du Dossier d’Appel d’Offres (DAO) en bonne et due forme sera rejetée. 8. Les Offres devront être soumises à l’adresse ci-dessous au plus tard le 05 Janvier 2012 à 14h00’ (heure locale). La soumission des Offres par voie électronique « n’est pas » autorisée. Les Offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les Offres seront ouvertes au jour ci-dessus en présence des représentants des soumissionnaires présents en personne, à l’adresse mentionnée ci-dessous à 14h30’ (heure locale). Les Offres doivent comprendre « une Garantie d’Offre », pour le montant fixé dans le Dossier d’Appel d’Offres et par lot comme suit : - Lot 1 : 23.000 USD - Lot 2 : 7.000 USD 9. L’adresse à laquelle il est fait référence ci-dessus est la suivante : Cellule Infrastructures, 70A, Avenue Roi Baudouin Kinshasa/Gombe, République Démocratique du Congo Téléphone : +243.993.152.226 - E-mail : celluleinfra@vodanet.cd Site web : www.celluleinfra.org Kinshasa, le 17 novembre 2011. Amidou SERE Coordonnateur N° 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Recrutement - Appel d’offres

PROJET DE RÉOUVERTURE ET D’ENTRETIEN DES ROUTES HAUTEMENT PRIORITAIRES, « PRO ROUTES »


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Annonces classées AFRICAN EXPORT IMPORT BANK (www.afreximbank.com)

Recrutement

OFFRES D’EMPLOI

La Banque Africaine d’Import-Export (Afreximbank) est une Institution Financière Multilatérale Panafricaine créée en 1993, aux fins de financement et de promotion du commerce intra et extra africain, avec pour vision d'être la «Banque du Financement du Commerce en Afrique». Les actionnaires sont composés de gouvernements africains, et des institutions publiques et privées Africaines et Non-Africaines. La Banque est basée au Caire, en Égypte, avec des filiales régionales à Harare, au Zimbabwe et à Abuja au Nigéria. Afreximbank est à la recherche de personnes intelligentes, dynamiques et engagées en vue de combler les postes vacants ci-après : Cadre Supérieur, Financement d’entreprise et Services de Conseil : Sous l’autorité directe du Vice-président Exécutif (en charge du Développement Commercial et de la Clientèle Entreprises), la nature et la portée du travail consiste à aider la Direction à la création et le fonctionnement d'une unité appropriée dédiée à la banque d’investissement et aux services de conseils, pour soutenir les entrepreneurs et les gouvernements Africains dans divers activités de commerce et de facilitation de promotion commerciale. La portée du travail comprend divers aspects de conseil aux entreprises et de services de banque d'investissement. Qualifications requises : En plus de posséder au moins 10 ans d'expérience pertinente dans le financement d’entreprise/banque d’investissement, dans un environnement commercial international, un bon diplôme de base en Economie, Comptabilité, Finance, Administration des Affaires ou autres domaines connexes, et un diplôme d'études supérieures de type Maîtrise, MBA ou équivalent dans les mêmes domaines d'une université reconnue sont nécessaires. Les candidats sans diplôme d'études supérieures de type Maîtrise, MBA ou équivalent, ayant une qualification avérée dans la gestion des investissements, le domaine bancaire ou la comptabilité (p. ex. CFA, ACA et CPA) pourront postuler. Une bonne connaissance de l'environnement de la finance d'entreprise en Afrique est essentielle. Cadre, Recherche, Planification & Coopération Internationale : Sous l’autorité du Directeur chargé de la Recherche, Planification & Coopération Internationale, le titulaire du poste devra fournir un soutien en rapport aux activités de la Banque en matière de planification stratégique, d’analyses et recherches économiques, et de coopération internationale, et au suivi desdites activités sur une base permanente, avec la préparation de diverses publications de la Banque pour les besoins du public. Le poste implique également la préparation de divers rapports sur les secteurs et pays, ainsi que le développement de divers produits financiers à mettre en œuvre par la Banque. Qualifications requises : En plus de posséder un minimum de 8 années d'expérience pertinente dans les domaines de recherche économique et de planification stratégique dans un environnement commercial international, un bon diplôme de base en Economie, Econométrie, Economie Appliquée, ou autres domaines connexes, et un doctorat dans les mêmes domaines d'une université reconnue sont exigés. Exceptionnellement, les candidats non-titulaires de doctorat pourront être pris en considération le cas échéant. Cadre, Opérations Bancaires (Gestion Administrative des Facilités) : Sous l’autorité du Directeur chargé des opérations bancaires, le titulaire du poste devra fournir un soutien de backoffice dans le cadre des opérations de prêts de la Banque. Les principaux domaines d'intérêt pour ce rôle s'articulent autour de la gestion des prêts, incluant la gestion administrative des prêts et une tenue adéquate des comptes de prêt de client, des dossiers de crédit et de garanties, le traitement de crédit documentaire et de l’encaissement documentaire, et un suivi approprié des relations avec les banques de correspondant. Qualifications requises : En plus de posséder un minimum de 8 années d'expérience pertinente dans les domaines de la gestion administrative des prêts et de crédits documentaires dans un environnement commercial international, un bon diplôme de base en opérations bancaires, Administration des Affaires ou autres domaines connexes, ainsi qu’un diplôme d'études supérieures dans les mêmes domaines d'une université reconnue sont exigés. Une qualification professionnelle pertinente en matière bancaire pourrait être prise en compte en l’absence d’un diplôme d'études supérieures. Cadre, Opérations Bancaires (Agent de Facilité de Crédit et Agent de Sûretés) : Sous l’autorité du Directeur chargé des opérations bancaires, le titulaire du poste devra fournir un soutien de back-office dans le cadre des prêts syndiqués de la Banque. Les principaux domaines d'intérêt pour ce rôle évoluent autour de l’administration de facilité de crédit en tant qu’agent de la facilité, l’administration des sûretés en tant qu’agent de sûretés, et de tutelle des sûretés pour le compte de toutes les parties dans le cadre des prêts syndiqués pour lesquels la Banque est Chef de File Arrangeur, afin d'assurer une efficacité dans la distribution, la communication, l'impartialité et l'indépendance du processus. Qualifications requises : En plus de posséder un minimum de 8 années d'expérience pertinente dans les domaines de la gestion administrative des prêts syndiqués en tant qu’Agent de la Facilité, et dans la gestion des relations dans un environnement commercial international, un bon diplôme de base en Opérations Bancaires, Administration des Affaires ou autres domaines connexes, ainsi qu’un diplôme d'études supérieures dans les mêmes domaines d'une université reconnue sont exigés. Une qualification professionnelle pertinente en matière bancaire pourrait être prise en compte en l’absence d’un diplôme d'études supérieures. Cadre, crédit (projets spéciaux) : Sous l’autorité du Directeur chargé des crédits, le titulaire du poste devra apporter un soutien aux activités de crédit de la Banque par le biais de la fonction de crédit. Les principaux domaines d'intérêt pour ce rôle s'articulent autour de l'évaluation de la solvabilité et des risques associés à de potentielles transactions commerciales, à l'aide de modèles et d’outils appropriés, en vue de fournir des mesures d'atténuation aux risques identifiés. Ceci s’appliquera particulièrement aux transactions de financement de projets liées au Commerce International, telles que la Facilité de Construction et Relais-Tourisme (CONTOUR). Qualifications requises : En plus de posséder un minimum de 8 années d'expérience en évaluation du risque de crédit dans le cadre de transactions complexes de finance de projets en environnement commercial international, un bon diplôme de base en matière bancaire, Administration des Affaires ou autres domaines connexes, ainsi qu’un diplôme d'études supérieures dans les mêmes domaines d'une université reconnue sont exigés. Une qualification professionnelle pertinente en matière bancaire pourrait être prise en compte en l’absence d’un diplôme d'études supérieures. Cadre, Secrétariat du Conseil d’Administration : Rattaché au Secrétaire exécutif, le titulaire du poste devra assurer l’appui requis du secrétariat d’entreprise aux actionnaires de la Banque, au Conseil d'Administration, au Président et à la Direction en cas de nécessité. Les principaux domaines d'intérêt pour ce poste comprennent toutes les activités liées à une gestion appropriée des affaires relatives aux actionnaires, au Conseil d’Administration et à la gouvernance institutionnelle, conformément aux dispositions du Traité et de la Charte de la Banque, et aux meilleurs standards internationaux en matière de gouvernance d'entreprise. Qualifications requises : En plus de posséder un minimum de 8 années d'expérience de pratique appropriée de Secrétariat d’entreprise, un bon diplôme en Droit et ainsi qu’un diplôme d'études supérieures d'une université reconnue dans le même domaine, ou une qualification professionnelle reconnue dans la pratique de Secrétariat d’entreprise (p.ex. ICSA) sont exigés. Le candidat doit aussi être agréé à la pratique du Droit par une Juridiction reconnue. La familiarité avec le secteur des services financiers est primordiale, tandis que l'expérience dans le traitement des questions de Secrétariat liées aux organisations multilatérales ou internationales constituerait un avantage. Cadre, Communication Externe : Rattaché au Président de la Banque, le titulaire du poste devra diriger l'élaboration et la mise en œuvre d'une stratégie de communication et de plans pour appuyer le processus de communication de la Banque avec les tiers externes, y compris les actionnaires, clients, partenaires et les médias. Pour les principaux domaines d'intérêt dans ce rôle, il faudra agir en tant que diffuseur principal de l'information de la Banque, en produisant des éléments tels que les communiqués de presse, brochures d’entreprise, informations sur le site internet et mises à jour des publications, communication client, présentations, en plus de la gestion de l’image de marque de la Banque. Qualifications requises : En plus de posséder un minimum de 8 années d'expérience dans une organisation de premier ordre (de préférence internationale), et une expérience confirmée dans l’élaboration et la mise en œuvre des stratégies de communication, le candidat devra être titulaire d’un bon diplôme en communication, journalisme ou dans des disciplines connexes, et un diplôme d'études supérieures d'une université reconnue dans les mêmes domaines. Cadre (Niveau Assistant-Manager), Finances (systèmes comptables) : Rattaché au Directeur des Finances, le titulaire du poste devrait assurer le suivi de divers systèmes comptables et le développement des fonctions comptables dans SAP, en vue de la préparation de divers rapports intermédiaires et des états financiers statutaires. Dans ce rôle, le candidat sera l’intermédiaire entre les Finances et l’équipe de SAP de l’unité Informatique, et toute équipe de mise en œuvre d’un projet SAP qui pourrait être en place, ainsi que de toute l’entreprise au sens large, afin d'assurer une disponibilité parfaite de renseignements financiers requis par l'entreprise. Qualifications requises : En plus d’un bon baccalauréat et/ou un diplôme d'études supérieures dans un domaine lié à la comptabilité, ou une qualification professionnelle pertinente dans le domaine de la comptabilité, le candidat devra justifier d’un minimum d'expérience de 5 ans dans le secteur des services financiers et des connaissances pratiques des IFRS et règles comptables connexes. La Banque gère une plate-forme logicielle SAP et par conséquent une expérience dans SAP ou autres Enterprise Resources Planning (ERPs) est impérative. Conditions générales de candidature Pour tous les postes ci-dessus, les candidats doivent avoir d’excellentes aptitudes à communiquer en Anglais ou en Français avec une bonne connaissance pratique de l'autre. La maîtrise des autres langues officielles de la Banque (Arabe et Portugais) constituerait un avantage supplémentaire. Les candidats doivent justifier de qualités de travail dans un environnement multiculturel, de même, l'expérience de travail avec les grandes institutions financières en Afrique constituera également un avantage certain. Lieu d’emploi : Étant donné que le mandat de la Banque couvre le continent africain avec des partenariats à travers le monde ; les candidats devraient être prêts à travailler dans un large éventail de lieux en Afrique et en dehors de l'Afrique. Rémunération : Les emplois sont des recrutements internationaux, avec un excellent salaire exempt d'impôt, des avantages familiaux attrayants, et privilèges et immunités diplomatiques. Les candidats intéressés doivent envoyer un CV détaillé à notre Consultant, Robert Baldwin de Willis Partnership, à l'adresse Courriel : RobertBaldwin@willis-partnership.co.uk. Les demandes devront indiquer le poste recherché et être envoyées au plus tard 3 semaines à compter de la date de la présente publication. Des descriptions détaillées des conditions rattachées à chaque poste sont disponibles au www.afreximbank.com. Afreximbank est un employeur qui assure une égalité des chances

N° 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

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AVIS DE VACANCE DE POSTE VN No. : 2011/08

Spécialiste en Politiques Sociales – Niveau NO-D (H/F).

Vous êtes sensible aux problématiques de développement au TOGO. Vous avez aussi de fortes capacités opérationnelles et de négociation. Vous savez faire des propositions novatrices et prendre des initiatives. Vous avez un bon sens d’organisation et de très bonnes capacités relationnelles. Vous avez une riche expérience professionnelle, à des niveaux de responsabilité comprenant notamment : a) l’analyse des questions de développement social durable, b) la prise en compte effective des politiques sociales et les aspects de budgétisation ; et c) la conduite des activités de recherche sur les politiques de développement et/ou l’élaboration de telles politiques. Votre leadership associé à votre adaptabilité vous permettra de contribuer à l’atteinte des résultats fixés dans les domaines précités. Votre maîtrise des langues (anglaise et française) sera un atout important. Nous recherchons dans le cadre de la mise en œuvre des activités du programme de coopération signé entre le Gouvernement de la République du TOGO et le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), un/une Spécialiste en Politiques Sociales dynamique et très expérimenté(e) pour le bureau de Lomé. En nous rejoignant, vous intégrerez une équipe engagée et professionnelle, animée par un sens aigu de la qualité et de l’atteinte des résultats en faveur des enfants. Si vous êtes disponible et prêt(e) à relever tous ces défis, merci de déposer votre CV + lettre de motivation + formulaire UN P11 dûment rempli + copies scannées des diplômes à l’adresse électronique : lome@unicef.org ou d’envoyer, votre dossier, sous pli fermé par voie postale : UNICEF B.P. 80927, Lomé, TOGO ou encore de le déposer au Bureau UNICEF Lomé, TOGO sis près de la BTCI SUPER TACO, route de l’aéroport en indiquant la référence suivante avant le 19 décembre 2011, à 15 h 30, au plus tard : « VN N° 2011/08 : Spécialiste en Politiques Sociales, NO-D ». En savoir plus: Téléchargez : - Description complète du poste sur le site : www.snu.tg/eroster/public/ - Formulaire « UN P11 » sur le lien http://www.unicef.org/french/about/employ/files/P11.doc. Les femmes sont fortement encouragées à postuler. L’UNICEF est un environnement non-fumeur.

DIRECTEUR ADJOINT | Genève, Suisse Présidé par Kofi Annan, l’Africa Progress Panel (APP) est un groupe indépendant d’éminentes personnalités africaines et internationales, dont le rôle est d’encourager les progrès en Afrique ainsi que d'identifier et d’évaluer les moteurs et les barrières au développement du continent. L’APP recherche pour son secrétariat à Genève, un directeur adjoint pour (i) superviser l’équipe en charge de la stratégie politique et de l’analyse dans la préparation de rapports et de publications thématiques sur des sujets relatifs aux progrès économiques et politiques de l'Afrique, (ii) créer des réseaux et entretenir le dialogue avec des responsables de haut niveau dans les gouvernements, les organisations internationales, le secteur privé et les organisations de la société civile, et (iii) assister la directrice exécutive dans le management du Secrétariat. Le titulaire de cette fonction aura l’occasion unique de plaider la cause africaine ; et, ce faisant, d’influencer « en temps réel » des décisions déterminantes qui peuvent avoir un impact sur le développement de l’Afrique. Pour plus d’informations sur l’offre d’emploi, merci de vous rendre sur www.africaprogresspanel.org Pour postuler, merci d’envoyer une lettre de motivation d’une page accompagnée d’un CV et de trois références à l’adresse suivante : HR@africaprogresspanel.org avant le 7 Décembre 2011, 9h00 CET

AVIS DE RECRUTEMENT NO. : 2011/09

Consultant international pour l’élaboration du DSRP II (H/F)

JEUNE AFRIQUE

Recrutement

En juin 2009, le TOGO a adopté son Document Complet de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP complet) qui a servi de cadre fédérateur aux différentes actions de développement du pays sur la période 2009-2011. L’année 2011 marquera la fin de la mise en œuvre du DSRP complet. Le TOGO a décidé de se doter dès 2012, d’un nouveau DSRP : le DSRP II. Une feuille de route a été préparée pour identifier les étapes de ce nouveau processus. En vue d’assurer le suivi et la qualité des étapes de la feuille de route, le Secrétariat technique du DSRP veut s’adjoindre les services d’un expert international. Vous avez une formation universitaire en sciences économiques ou en planification du développement (diplômes universitaires de 3ème cycle), une expérience d’au moins sept (7) ans dans les domaines macroéconomique ; planification / programmation économique et sociale ; une bonne connaissance des outils de gestion du développement (GAR, CDMT…) ; une expertise avérée dans la coordination, à un haut niveau de responsabilité d’un processus participatif. Vous avez en outre de fortes capacités d’analyse, de travail d’équipe, de négociation et de transmission des connaissances. Votre connaissance des logiciels courants et du Français sont excellents. Votre maîtrise de la langue anglaise sera également un atout. Nous recherchons dans le cadre de l’élaboration du DSRP II, un/une consultant(e) international(e) dynamique et expérimenté(e) qui aura pour mission principale de : - Coordonner au plan technique la mise en œuvre de la feuille de route de l’élaboration du DSRP II - Assurer la synergie et la cohérence entre les différentes étapes - Veillez à l’assurance de qualité du produit de chaque étape - Assurer la participation des différents groupes d’acteurs - Appuyer le renforcement des capacités techniques des nouveaux membres du secrétariat du DSRP Durée de la mission : La durée initiale impartie à la mission est de six (06) mois. Si vous êtes disponible et prêt(e) à relever ce défi, merci de déposer votre dossier comprenant : offres technique et financière + CV + formulaire UN P11 dûment rempli à l’adresse électronique : lome@unicef.org ou d’envoyer, votre dossier, sous pli fermé, par voie postale : UNICEF B.P. 80927, Lomé, TOGO ou encore de le déposer au Bureau UNICEF Lomé, TOGO sis près de la BTCI SUPER TACO, route de l’aéroport en indiquant la référence suivante avant le 02 décembre 2011, à 15 h 30, au plus tard : « Consultant international pour l’élaboration du DSRP II (H/F) » En savoir plus : Téléchargez : - Description complète des termes de référence (TdR) sur le site : www.snu.tg/eroster/public/ - Formulaire « UN P11 » sur le lien http://www.unicef.org/french/about/employ/files/P11.doc. Les femmes sont fortement encouragées à postuler. L’UNICEF est un environnement non-fumeur. N° 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011


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AVIS D’OUVERTURE D’UNE DATA ROOM SUR LA COMMERCIAL BANK – CAMEROUN A L’INTENTION DES POTENTIELS INVESTISSEURS Conformément à son programme de restructuration et suivant l’autorisation par les Autorités de tutelle et de régulation de la mise en place d’une Data Room sur la Banque, La Commercial Bank-Cameroun informe les investisseurs qualifiés intéressés par l’opportunité d’investir dans le secteur bancaire, qu’elle est disposée à recevoir les offres de participation dans son capital. Ces offres à adresser à Monsieur l’Administrateur Provisoire devront être déposées au siège de la Banque dans les meilleurs délais suivant la publication du présent avis. Seuls les investisseurs jugés de qualité seront invités à réception de leurs offres, à la signature d’un accord de confidentialité visant à protéger la confidentialité des informations et échanges sur la Banque. La signature de l’accord de confidentialité sera suivie de la remise à l’investisseur agréé d’une note d’information décrivant le redressement opérationnel intervenu au cours des deux (02) dernières années et présentant l’opportunité d’investissement qui en découle. Les investisseurs agréés pourront ensuite faire usage de la Salle de Données (Data Room) mise à leur disposition sous les versions suivantes, pour faciliter leur Audit d’Acquisition : • Une salle de données physique située au siège de la Banque à l’Avenue De Gaulle- Bonanjo, boîte postale n° 4004 Douala (CAMEROUN) ; • Une salle de données virtuelle accessible par le site internet institutionnel de la Banque ; Ces deux (02) versions contiennent des informations identiques et les investisseurs agréés pourront utiliser l’une, l’autre et les deux (02) selon leur convenance. Les modalités d’accès seront indiquées dans le Règlement Intérieur de la Salle de Données (Data Room) dont copie sera remise à l’investisseur en même temps que la note d’information sus-évoquée. Les investisseurs ayant déjà manifesté leur intention d’investir à la Commercial Bank Cameroun, n’ont pas à prendre en considération la présente annonce. Martin Luther NJANGA NJOH Administrateur Provisoire.

AF RI CA N

Le Bureau Interafricain des Ressources Animales de l’Union Africaine célèbre ,&$' /$+)% *-. !(#0$ ,.."&$+*,"+$ L’UA-BIRA en bref Le Bureau Interafricain des Ressources Animales de l’Union Africaine (UA-BIRA) est un bureau technique spécialisé du Département de l’Economie rurale et de l’Agriculture de la Commission de l’Union africaine. Son mandat est de soutenir et de coordonner l’utilisation de l’élevage, de la pêche et de la faune sauvage comme ressources propres à assurer à la fois le bien-être humain et le développement économique dans les 54 États Membres de l’Union Africaine. L’UA-BIRA œuvre dans le cadre du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), et aborde des domaines tels que le contrôle et l’éradication des maladies animales transfrontalières et des zoonoses, l’amélioration de la gestion des ressources animales dans les États Membres de l’UA et l’exploration des possibilités d’investissement pour améliorer la compétitivité des produits animaux d’Afrique. Entre autres activités, l’UA-BIRA coordonne également le renforcement des capacités institutionnelles des

communautés économiques régionales (CER) africaines et des États Membres de l’UA dans le domaine des ressources animales, ainsi que l’élaboration et l’harmonisation des politiques sur les ressources animales en Afrique. Réalisations a réalisation la plus remarquable de l’UABIRA, depuis sa création, est sans doute l’issue fructueuse de sa lutte acharnée contre la peste bovine, qui a été déclarée éradiquée en 2011, faisant d’elle la première maladie animale et la seule maladie infectieuse éradiquée du monde après la variole.

africaines communes sur la santé animale au sein des organismes internationaux de normalisation.

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’UA-BIRA a également mis en place des dispositifs pour diriger les questions liées aux ressources génétiques animales en Afrique.

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5)- X2F??F<!8!@B +) X2!BL6)BTF F5!F!<) hautement pathogène (IAHP) en 2006, l’UABIRA a aidé les États Membres à relever leurs niveaux de préparation, à contenir la maladie et à arrêter sa propagation, minimisant ainsi le risque de décès humains sur le continent. Grâce à la direction technique de l’UA-BIRA et son soutien aux États Membres, la maladie a été contrôlée avec succès dans tous les foyers actifs en Afrique subsaharienne.

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ans le domaine du commerce et du marketing, l’UA-BIRA a mis en place un '@<6C +) <)B'@<-)C)B8 +) XF -@BNFB-) )B8<) X): exportateurs de bétail de la Corne de l’Afrique )8 X): !C?@<8F8)6<: +6 Q@U)BI4<!)B8 FNB d’améliorer le commerce d’exportation du bétail de la Corne de l’Afrique vers le Moyen-Orient. De plus, le Bureau appuie la réhabilitation des infrastructures de commercialisation du bétail en Somalie et coordonne, depuis 2009, les positions

n outre, les États Membres de l’UA ont adopté le premier cadre politique sur le pastoralisme en Afrique, lancé par la CUA/UA-BIRA et leurs partenaires. Ce cadre a ouvert des possibilités pour les investissements et les initiatives commerciales dans les domaines pastoraux.

es autres réalisations effectuées par l’UABIRA comprennent : l’appui aux moyens d’existence des éleveurs de bétail par la facilitation de l’accès aux pâturages et à l’eau ; la réduction +): -@BL!8: X!A: # X268!X!:F8!@B +): <)::@6<-): naturelles ; l’amélioration de l’accès aux marchés ; et le renforcement des capacités à s’adapter au changement climatique. Grâce à ces interventions, X2/;I9S1; F F->6!: 6B) )V?A<!)B-) :!%B!N-F8!5) en tant qu’organisme continental assurant le leadership dans les questions de ressources animales.

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2/;I9S1; ):8 A%FX)C)B8 N)< +2F5@!< C!: en place un mécanisme visant à soutenir l’augmentation de la contribution du secteur de la pêche au développement socioéconomique durable des États Membres de l’Union Africaine. Pour en savoir plus sur l’UA-BIRA et ses projets, consultez le site www.au-ibar.org

9@78) 3@:8FX) *E"Z$ EE.EEJ PF!<@D!J R)BUFH 0AXY K,&( O,EM *$"( EEE WFVY K,&( O,EM *$"( *(. G *$"( *(, -@6<<!)XY !DF<H@'N-)=F6I!DF<H@<%

JEUNE AFRIQUE

N° 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

Divers

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AN BUREAU F FRIC RA TE - IN


Vous & nous

Le courrier des lecteurs

exemple en traduisant dans les faits le projet de réconciliation nationale cher à mes concitoyens.

Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Kabila : inéluctable victoire ? J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le « Grand angle » consacré aux élections du 28 novembre en RD Congo (J.A. no 2653). À en croire François Soudan, la victoire de Joseph Kabila est inéluctable parce qu’il contrôle l’appareil d’État, la police, l’armée, les finances, etc. Sans nier la pertinence de RD CONGO KABILA son analyse, PEUT-IL PERDRE? que ne partage d’ailleurs pas une partie € J.A. N° 2653 de l’opinion du 13 au 19 novembre 2011 congolaise – dont je suis –, je recommanderais à J.A. de garder son rang de journal de référence pour la plupart des Africains. Attribuer d’entrée de jeu la victoire au candidat Joseph Kabila lui confère un certain avantage. Seul un sondage d’opinions peut permettre d’évaluer ses chances de l’emporter ou non. Le reste n’est que conjectures. Car si l’on gagne une élection en raison de sa mainmise sur l’administration et les moyens de l’État, c’est carrément de la tricherie. ● GAMBIE DOCTEUR YAHYA ET MISTER JAMMEH

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2653 • du 13 au 19 novembre 2011

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STANY LUKUMWENA KAPUADI, Kinshasa, RD Congo

ALSENY BARRY, Conakry, Guinée

Panafricaniste de pacotille Kaddafi le tyran tripolitain s’était promis de traquer « les traîtres à la nation » dans chaque maison, chaque rue, et de les éliminer comme des rats. Il a fini « dératisé » par la vindicte populaire, dans un tunnel crasseux et pouilleux. Une fin misérable pour celui qui a vécu quarante-deux ans dans un luxe insolent. Le panafricaniste de pacotille a dupé les naïfs qui ont cru à son prétendu combat anti-impérialiste. Qu’on arrête d’en faire un martyre. Les seuls qui méritent ce statut restent les valeureux combattants qui ont bravé sa cruauté et l’ont définitivement mis hors d’état de nuire. Ils méritent admiration et considération. ●

Questions sur la présidentielle à un tour en Afrique Alors que bien des États africains organisent avec succès des scrutins présidentiels à deux tours, le Cameroun vient d’en commettre un à un seul tour et la RD Congo s’apprête à en faire de même. Peut-on faire évoluer la démocratie en Afrique avec un tel mode de scrutin ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ? ● CHRIS ATTIOGBE, Privas, France

Réponse Si la Constitution ivoirienne prévoyait une élection présidentielle à un seul tour, Laurent Gbagbo serait aujourd’hui président élu de Côte d’Ivoire, de la même manière que l’opposant guinéen Cellou Dalein Diallo, arrivé en tête au premier tour et finalement battu au second tour, au jeu du report de voix. Les scrutins à deux tours permettent au président élu d’asseoir une autorité légitime. Les ralliements enrichissent la majorité présidentielle et font « respirer » la démocratie. En général, la coalition « s’institutionnalise » plus tard, aux législatives, pour contrôler les chambres du Parlement. ●

IBRAHIMA MEITE, Évry, France

Ouattara à Abobo : un exemple à suivre J’ai été profondément marqué par la cérémonie d’inhumation de victimes des violences postélectorales, mi-octobre à Abobo. Le président Alassane Dramane Ouattara y a officiellement demandé pardon à toutes les victimes et à leurs familles, prouvant ainsi sa qualité d’homme de paix et de dialogue. J’espère que les dirigeants de mon pays, la Guinée, s’inspireront de ce bel

LA RÉDACTION

EDIPRESSE RENAÎT DISTRIBUTEUR EXCLUSIF de la presse en Côte d’Ivoire, Edipresse reprend du service. Entièrement saccagée en mars 2011 pendant la grave crise postélectorale, la filiale du groupe Presstalis France s’installe dans ses nouveaux € ABIDJAN, 31 OCTOBRE 2003. locaux, avenue du Général-deLes anciens locaux d’Edipresse. Gaulle à Abidjan-Cocody, inaugurés le 17 novembre. Bertrand Holl, le directeur général d’Edipresse, espère rentabiliser l’activité dans un bref délai : les violences postélectorales avaient engendré pour l’entreprise des pertes de 1,3 milliard de F CFA. ● LA RÉDACTION N o 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011

AFP

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J.A. a failli Votre hebdomadaire est l’un des rares journaux du continent à aborder l’actualité africaine avec professionnalisme, tact, et sans parti pris. Pourtant, après la mort de Mouammar Kaddafi, comme les médias occidentaux, vous avez publié la photo de son cadavre, titrant par ailleurs: « La mort d’un tyran », ce qui a choqué certains de vos fidèles lecteurs. La fin de Kaddafi rappelle à bien des égards l’assassinat de nationalistes (Lumumba, Yasser Arafat) et de populations africaines et arabes (esclavage, colonisation, guerre d’Algérie, génocide rwandais, conflit israélo-palestinien) dont le tort aura été d’avoir voulu préserver leur JEUNE AFRIQUE


Vous nous

MOHAMMED YASSINE, Tunis

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Maghreb & Moyen-Orient

Maghreb Moyen-Orient

REPORTAGE

Amazighs

Portés par la révolution libyenne, les Berbères veulent désormais unir leurs voix et peser politiquement. Première tentative lors de leur sixième congrès mondial, du 30 septembre au 2 octobre, à Djerba. YOUSSEF AÏT AKDIM,

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froisse parfois les Chaouis et les Mzabis, deux autres composantes berbères du pays. Lors du congrès, des invités de ces deux régions ont contesté la répartition des délégués élus au Conseil fédéral du CMA. Les anciens statuts prévoient 10 sièges pour les Marocains, 10 pour les Algériens, 10 pour la diaspora, 3 pour les Canaries, 4 pour les Touaregs, 2 pour les Libyens. Approuvé lors de ce congrès, le nouveau dispositif ajoute 5 représentants pour la Tunisie et porte le nombre de délégués libyens à 5. Mais lors des conciliabules entre congressistes, le ton est monté entre Algériens. Les Kabyles, venus en force, proposent 2 places sur 10 aux Chaouis et Mzabis, qui en réclament 4. Niet. Les Chaouis et les Mzabis quittent le congrès, furieux. « C’est une hogra! Nous sommes autant amazighs que les Kabyles ! » s’indigne un Chaoui. En coulisses, les associations kabyles admettent qu’elles se méfient de certaines personnes, soupçonnées d’être à la solde du pouvoir algérien.

envoyé spécial à Djerba

n ce début d’automne, les établissements de l’île tunisienne ne font pas le plein de touristes. C’est donc avec bienveillance que les employés de l’hôtel Alkantara (« le pont », en arabe) accueillent les retrouvailles des militants amazighs. Bien qu’un peu intrigués au départ par cet arrivage bigarré, les locaux sont curieux de cette culture et de cette langue, qu’ils connaissent mal. « Ici, il y a bien quelques Berbères, mais ils restent très minoritaires », explique Salem, habitant de Djerba qui se dit « arabe et musulman comme tous les Tunisiens ». Or il y a bien des berbérophones à Djerba, notamment les Guellala, une population en grande partie arabisée. La généralisation de l’enseignement depuis Bourguiba a effacé progressivement les traces de la présence berbère. Un constat partagé par Khadija Ben Saïdane, présidente de l’Association tunisienne de la culture amazigh, qu’elle vient de créer. « Les Amazighs sont certes une minorité, mais ils méritent que leurs droits soient reconnus politiquement et culturellement. Sous le régime Ben Ali, nous avons fait épingler le gouvernement tunisien par l’ONU pour discrimination », se félicite cette jeune femme de 26 ans qui poursuit des travaux de recherche sur la culture amazigh. Élue vice-présidente de ce Congrès mondial amazigh (CMA), elle devra donner corps au mouvement berbère dans son pays. Aujourd’hui, la priorité est à la politique. Face à la défiance des partis et des élites de Tunis, Ben Saïdane dénonce un « négationnisme » et envisage de se porter candidate à l’Assemblée constituante pour défendre la reconnaissance de l’amazighité dans la future Loi fondamentale. Organisé à Djerba à la fois pour donner une impulsion au mouvement berbère tunisien naissant et saluer la montée en puissance réelle des « frères libyens », le CMA prend ses marques dans un hôtel discret, à l’écart de l’animation toute relative de la zone touristique. La grand-messe

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de tous les pays…

CONSENSUS. Le journaliste marocain Mounir Arjdal s’essaie à l’exégèse des statuts du CMA : « En théorie, seules les associations formées, actives depuis plus de deux ans et cooptées par des membres sont admises. En pratique, les invités du congrès ne doivent même pas se porter candidats. » Il en va ainsi entre Berbères : le consensus est systématiquement recherché, même quand le conflit paraît inévitable. Au fil du congrès, les jeunes militants présentent leurs candidatures aux responsabilités. Prudents, les sages se succèdent pour leur rappeler que « tout poste est une charge, pas une distinction ». La tradition des jamaa [assemblée tribale, NDLR] demeure, et le consensus est préservé. Juste après l’ouverture des travaux du congrès, le 1er octobre, toute la salle s’est levée pour l’hymne national libyen, en amazigh bien sûr. Debout, Fethi Benkhlifa (lire p. 48) savoure le moment. Quelques jours plus tôt, le 26 septembre, l’homme avait frappé un grand Vexés par les Kabyles, coup en organisant une conféles Chaouis et les Mzabis rence nationale amazigh à l’hôquittent la salle. tel Al-Mahary de Tripoli, où une assemblée de jeunes militants, d’étudiants, d’intellectuels et de notables était venue assister à la naissance d’un front (lobby ? futur parti ?) berbère. Impensable sous Kaddafi ! Pour marquer le coup, une foule de manifestants déploie le drapeau amazigh sur la place des Martyrs, où la sécurité est assurée par les rebelles du Djebel Nafoussa. Une véritable démonstration de force, à NICOLAS FAUQUÉ/WWW.IMAGESDETUNISIE.COM

dignité. La « justice de la communauté internationale » ne leur sera jamais rendue, contrairement aux victimes de la Shoah, dont l’évocation continue de nous émouvoir. L’invasion de la Libye ressemble à celle de l’Irak par les États-Unis, en violation du droit international. Décidée en application de la résolution 1973 des Nations unies sous le fallacieux prétexte de protéger les civils (ce qui nous rappelle l’opération Turquoise), elle sert les intérêts des pays riches. Si Kaddafi était tant haï par son peuple, pourquoi le lieu de son inhumation est-il tenu secret? Le cadavre d’un tyran fait-il peur? Kaddafi a osé défier l’Occident et est mort en héros. Dans J.A. no 2509 du 8 au 14 février 2009, vous écriviez: « Au secours, Kaddafi arrive! » Et moi, je vous dirais maintenant: « Vive la justice des plus forts, ils uniront l’Afrique à notre place! ●

! La grand-messe a réuni des délégués venus des ÎLES CANARIES, DU MAROC, LIBYE ET surtout

D’ALGÉRIE, DE

DE LA DIASPORA,

européenne.

brasse de plus en plus large, avec des congressistes venus des îles Canaries, du Maroc, d’Algérie, de Libye et de la diaspora, surtout européenne. La plupart ne se sont pas vus depuis le précédent congrès, à Meknès, en 2008. Rachid Belkhir est originaire de Aïn Touta, dans la wilaya de Batna (Est). Ce Chaoui, directeur d’une école d’infirmiers, assiste pour la première fois à un CMA. Il est venu par la route avec un ami, berbère comme lui. Chez lui, Belkhir est une mini-célébrité. En octobre 2000, il avait saisi la justice contre le refus de la mairie d’Aïn Touta d’inscrire ses jumeaux sur les registres de l’état civil. Pour les autorités locales, les prénoms de Gaïa et Macipsa « ne sont pas algériens ». Après trois ans de procédure, il obtient gain de cause. À Djerba, un militant

N o 2648 @ DU 9 AU 15 OCTOBRE 2011

JEUNE AFRIQUE

de France lui suggère de créer une association consacrée à la question des prénoms. NOUVEAU DISPOSITIF. Ce genre de rencontres est la raison d’être du CMA. Depuis sa création, en 1995, en France, le congrès garde des liens très forts avec l’Hexagone, où vit d’ailleurs une importante diaspora. Jusque-là, le français était la langue de communication principale du CMA, permettant de rallier les non-berbérophones sans utiliser l’arabe. Cette année, l’arrivée de non-francophones a posé quelques soucis de traduction, allongeant d’autant la durée des interventions. Car, en plus du protocole linguistique, il fallait aussi gérer les sensibilités régionales. En Algérie, les Kabyles mènent depuis l’indépendance le mouvement berbériste, ce qui JEUNE AFRIQUE

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nombreux que les Palestiniens, objets de toutes les attentions. Des millions d’entre eux souffrent depuis des décennies d’un déficit de représentation dans les instances internationales et dans les médias. Ne les oublions pas et osons espérer que le vent nouveau qui souffle sur notre planète ne les laissera pas sur le carreau. ●

€ J.A. N° 2648 du 9 au 15 octobre 2011

M.-H. SOMDA, Pau, France

Les Amazighs oubliés Dans J.A. no , votre reportage intitulé « Amazighs de tous les pays… » laisse entrevoir l’espoir d’une reconnaissance longtemps attendue. Toute la sous-région devrait s’en féliciter, mais ce consensus nouveau fait ressortir la paradoxale situation kurde avec autant d’éclat. Amazighs du Moyen-Orient, ils sont otages dans leur propre pays, et tellement plus

CAN Caricature Une Coupe d’Afrique des nations (CAN) sans le Cameroun, le Nigeria, l’Égypte et l’Afrique du Sud serait-elle un vrai tournoi ? Il y a quelque chose de bizarre dans les règles de sélection. Imaginons une Coupe du monde de football sans le Brésil, la France, l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Italie… ● BANJI OGUNGBEMI, Ilupeju Ekiti, Nigeria

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Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (52e année) Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com DIRECTION

Mourir comme des rats!

Directeur de la publication : BÉCHIR BEN YAHMED (bby@jeuneafrique.com) Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

ACHAR ALASSAD aurait tort de ne pas se méfier. Car le sort réservé aux chefs d’État arabes aux prises avec les révoltes aujourd’hui (ou à Saddam Hussein, hier) est identique: fuite et traque, tunnels et grottes, espoir insensé d’une victoire jusqu’à la dernière minute, jamais de mea-culpa. Même aveuglement, même défaite, mêmes images exhibées aux yeux du monde entier de corps extraits de terre et de membres sanguinolents. Dernier en date, Kaddafi. Les chefs d’État arabes se succèdent et se ressemblent. Quand ils ne fuient pas comme des lapins, on les attrape comme des rats. Le prochain, le Yéménite Ali Abdallah Saleh, est déjà sur la liste. Il a subi le pire mais ne lâche pas prise, en attendant le même dénouement probable pour le président syrien. Par conséquent, nous avons le droit de nous interroger: pourquoi ces messieurs se comportent-ils de cette façon s’ils ne sont pas sujets à un déni de réalité, comme certaines femmes souffrent de déni de grossesse ? La rébellion gronde, la déroute pointe – quand elle n’a pas déjà eu lieu. Ils savent très bien qu’ils n’ont plus de crédibilité à l’échelle nationale, ni de soutien à l’international. Ils n’ont plus que quelques branches de tribus auxquelles se raccrocher, aucun espoir de s’en sortir. Ils savent que les Américains ont appris la devise de leur ancêtre Tariq Ibn Ziyad, lequel fonçait sur l’armée adverse en criant: « Votre heure a sonné, la mer est derrière vous et devant vous l’ennemi ! » Pourtant ils ne cèdent pas. Pour les combattre, leurs ennemis peuvent compter sur les opposants, mais aussi sur les grandes puissances, au premier rang desquelles l’Amérique, et sur les organisations internationales, à commencer par l’ONU et l’Otan ; l’Occident s’invite volontiers au milieu d’une nuée de drones et de mirages, de robots armés jusqu’aux dents, et il parraine les chabab et autres rebelles nourris d’idéaux quelquefois chevillés à des envies de dictature. Nos chefs pensent malgré tout qu’ils vont s’en sortir, persuadés qu’ils sont invincibles et qu’ils reprendront le pouvoir en un tournemain. Croient-ils au miracle alors qu’ils n’ont ni l’aura ni la vertu des prophètes ?

Rédactrice en chef déléguée : Élise Colette (e.colette@jeuneafrique.com) Rédacteur en chef technique : Laurent Giraud-Coudière

RÉDACTION Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com)

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En plus du « déni de réalité », ils ont chopé un « déni d’Histoire »: ils se battent encore à coups d’épée et de torture, ils dénient au monde le droit de demander des comptes sur leurs exactions, ils brandissent leurs poignards au ciel en criant Allah akbar!, oubliant que Dieu est censé soutenir les justes et non les bourreaux, les faibles et non les puissants. Le destin des chefs d’État arabes est-il de régner comme des tyrans et de mourir dans des trous ? Moi, j’aurais tellement voulu qu’ils s’en aillent dignement, tout dictateurs qu’ils fussent. Qu’ils s’administrent un poison comme les rois et les césars, qu’ils se tirent un coup de revolver comme pour un dernier baroud d’honneur! Au moins, ils nous garderaient la face propre à l’occasion de leur mort pour nous l’avoir salie de leur vivant. Au lieu de cela, ils refusent de jeter l’éponge, sèment le chaos, poussent aux excès et dressent des tranches de leur société les unes contre les autres. Ils ouvrent la porte de la violence et de l’inconnu par laquelle risquent fortement de s’engouffrer des ogres plus gloutons et plus tyranniques encore. Et tout recommencera à l’identique… ● N 2654 • DU 20 AU 26 NOVEMBRE 2011 o

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