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EXCLUSIF SUR LA PISTE DU CLAN KADDAFI N° 2647 • du 2 au 8 octobre 2011

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 51e a année nnée nn ée

FRANCE SARKOZY FACE AUX AFFAIRES

jeuneafrique.com

LE PLUS

de Jeune Afrique

RD CONGO CASSE-TÊTE ÉLECTORAL

Où va le Mali Spécial 34 pages

CAMEROUN

Biya

jusqu’à quand ?

78 ans, 29 années au pouvoir, 5 élections (et une sixième programmée pour le 9 octobre) : ni le temps ni le sens de l’Histoire n’ont de prise sur lui. Enquête sur un chef inusable qui s’apprête, pour la dernière fois, à vaincre sans péril. ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE

France 3,50 € • Algérie 170 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 Birr • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1100 MRO • Norvège 41 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1 700 F CFA • ISSN 1950-1285


Le 14 Octobre 2011 à Yamoussoukro

11 eme reunion des ministres de la CEDEAO en charge des telecommunications et des tic THÈME Harmonisation des politiques sectorielles et de développement des infrastructures régionales large bande dans la zone CEDEAO.

OBJECTIFS @ Examiner le rapport et la recommandation des Experts sur la suppression des taxes de terminaison entre les Etats Membres de la CEDEAO sur le trafic entrant ; @ Présenter le rapport sur l’état de la transposition des textes communautaires sur les Télécommunications/TIC adoptés par les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO ; @ Examiner et adopter les documents de stratégie de mise en œuvre des projets prioritaires identifiés pour les 5 prochaines années ; @ Adopter le Règlement sur l’accès aux câbles sous-marin en Afrique de l’Ouest.

La Côte d’Ivoire au cœur de l’évolution technologique

www.telecom.gouv.ci


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Ce que je crois BÉCHIR BEN YAHMED • bby@jeuneafrique.com

SAMEDI 1 ER OCTOBRE

Deux miracles, trois Turquie…

L

E CONTINENT AFRICAIN a donc entrepris, à son tour, sa longue marche vers le développement. Mieux vaut tard que jamais ! Les premiers pas avaient coïncidé, il y a dix ans, avec le début du nouveau siècle, et nous prétendons aujourd’hui, à juste titre, à un (ou deux) postes de membre(s) permanent(s) du Conseil de sécurité de l’ONU. Trois pays africains, ceux qui pèsent le plus économiquement, sont en compétition : l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte. S’étant débarrassé de son dictateur, en passe d’accéder à la démocratie, ce dernier pays s’est ainsi donné, en 2011, une carte supplémentaire. La création de nouveaux postes de membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU n’est certes pas pour demain. Mais on en parlera de plus en plus jusqu’à ce qu’elle advienne. Il est donc temps de regarder le problème ainsi posé à l’Afrique et d’évaluer les chances respectives des trois pays qui postulent à cette distinction. ■

Assez comparables par la superficie, ils se distinguent par la population. La superficie d’un pays n’est d’ailleurs un facteur important que par la densité de peuplement qu’elle peut induire. En termes de superficie, les trois pays sont presque équivalents : autour du million de km2, soit deux à trois fois moins que le Soudan, l’Algérie, la Libye ou la République démocratique du Congo, qui se situent, eux, un peu au-dessus ou au-dessous de 2 millions de km2, tout en étant – du moins les trois premiers – beaucoup moins peuplés. Cela étant, avec plus de 160 millions d’habitants, le Nigeria est deux fois plus peuplé que l’Égypte, et il y a un peu plus de trois Nigérians pour un SudAfricain. JEUNE AFRIQUE

Est-ce un avantage pour le Nigeria? Rien n’est moins sûr, car ce pays, trop dépendant du pétrole, ressource dominante, a un PIB (produit intérieur brut) légèrement inférieur à 200 milliards de dollars (194 milliards), contre 220 milliards pour l’Égypte et 370 milliards, presque le double, pour l’Afrique du Sud. Il en découle un revenu annuel de 1 200 dollars pour le Nigérian ; celui de l’Égyptien est de 2 400 dollars, soit le double ; tandis que le Sud-Africain dispose (en moyenne) de plus de 6 000 dollars par an : cinq fois plus que le Nigérian. À titre indicatif, le PIB de l’Afrique dans son ensemble est de 3 000 milliards de dollars, répartis à raison de 1 850 milliards au sud du Sahara et 1 150 milliards au nord. ■

Si l’on regarde les autres indicateurs socioéconomiques des trois pays (taux d’alphabétisation, de natalité, de mortalité infantile, de chômage, ou l’espérance de vie à la naissance), on note que le Nigeria est à la troisième place et l’Afrique du Sud à la première. Mais ces grands pays africains sont encore, tous les trois, à un stade de sous-développement caractérisé. On le sait, un peuple émerge du sous-développement quand l’éducation est généralisée ou en voie de l’être, le système de santé assez performant et la majorité de la population convenablement logée, avec l’électricité et l’eau courante. À ce stade de développement, le revenu annuel par habitant se rapproche, en règle générale, de 10000 dollars, ou dépasse ce chiffre. Aucun des 54 pays du continent africain n’en est là ; une petite vingtaine seulement peut parvenir à ce niveau ou s’en approcher dans les dix ans qui viennent. J’ai abordé ce sujet parce qu’il nous faudra, dans un proche avenir, arbitrer entre les prétentions N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


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Ce que je crois croisées de ces « trois grands » d’Afrique. Nous avons besoin, pour cela, de garder à l’esprit leurs forces et leurs faiblesses respectives. ■

Mais, en vérité, j’ai une autre raison de le faire et, en tête, une autre idée que je vous soumets ci-dessous. Nous avons eu la chance de vivre, au cours des vingt dernières années, deux miracles politiques qui ont illuminé la scène du Tiers Monde. Le premier est intervenu en Afrique en 1991 : sur les décombres de l’apartheid est alors née cette nation « arc-en-ciel » qu’est encore aujourd’hui l’Afrique du Sud. Façonnée par Nelson Mandela, elle a maintenu jusqu’à ce jour l’orientation démocratique et le développement économique raisonnable qu’il a voulus. Ce miracle persiste depuis vingt ans et ne paraît pas menacé. Le second a eu lieu une décennie plus tard : c’est la renaissance, à partir de 2001, de la Turquie. Fondée en 1923 par Atatürk, héritière d’un empire, la République turque a trouvé avec Recep Tayyip Erdogan, et son parti librement maintenu au pouvoir par les électeurs, le second souffle dont elle avait besoin : elle connaît depuis dix ans un développement

économique accéléré, « à la chinoise », avec, simultanément et année après année, la consolidation de la première grande démocratie musulmane, dotée d’une politique étrangère indépendante de l’Europe comme des États-Unis. La Turquie compte 76 millions d’habitants et a un PIB – 1 116 milliards de dollars en 2010 – presque égal à celui de toute l’Afrique du Nord, de l’Égypte au Maroc, et qui donne à chaque citoyen turc un revenu annuel de 14 600 dollars. ■

Mon idée, ce dont je rêve, c’est de voir les trois grands pays africains candidats au poste de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour y représenter l’Afrique se fixer pour objectif de donner au continent, en dix ou vingt ans, trois Turquie : plus démocratiques encore, plus développées et plus prospères que ne l’est ce pays aujourd’hui. Ils mériteraient alors pleinement tous les trois d’accéder à ce poste de membre permanent du Conseil de sécurité auquel ils postulent. Si, pour une raison ou une autre, ils ne l’obtenaient pas, ils seraient tout de même passés, à une vitesse supérieure, du XXe au XXIe siècle, entraînant dans leur sillage le reste du continent. ●

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. Ð Les principes sont des préjugés de grande taille, c’est tout ! Hervé Bazin Ð Je pense qu’il n’est pas bon de trop économiser ce bout de chandelle qu’est la vie et que, si on a tort de le brûler par les deux bouts, il faut en garder au moins toujours un allumé. Robert Escarpit Ð Il vaut mieux faire l’information que la recevoir ; il vaut mieux être acteur que critique. Winston Churchill Ð Tout homme aime deux femmes : l’une est création de son imagination, l’autre n’est pas encore née. Khalil Gibran N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

Ð Nous demandons « pourquoi est-il riche (ou pauvre) ? » et non « pourquoi n’est-il pas plus riche (ou plus pauvre) ? », « pourquoi la crise est-elle si profonde ? » et non « pourquoi n’est-elle pas plus profonde ? » Nassim Nicholas Taleb Ð Un vieux assis voit plus loin qu’un jeune debout. Maxime africaine Ð Le champignon le plus vénéneux, c’est celui qu’on trouve dans les voitures. Coluche Ð Celui qui sait se satisfaire aura toujours le nécessaire. Lao-tseu

Ð L’Égypte ancienne, c’est que des pyramides, vous n’avez pas des vieilles fermes ou des moulins comme chez nous. Les Nouvelles Brèves de comptoir Ð L’homme a la conscience d’être Dieu, et il a raison, puisque Dieu est en lui. Il a conscience d’être un cochon et il a également raison parce que le cochon est en lui. Mais il se trompe cruellement quand il prend le cochon pour un Dieu. Léon Tolstoï Ð Soyez polis. Écrivez diplomatiquement. Même une déclaration de guerre doit observer les règles de la politesse. Otto von Bismarck JEUNE AFRIQUE


TOUS LES SAMEDIS À 12H

*

* heure de Paris

Denise Époté Assane Diop

Photo © Julien Knaub/TV5MONDE

www.tv5monde.com/afriquepresse

L’actualité du continent décryptée par la presse francophone. En coproduction avec


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Éditorial

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François Soudan

LE CHÂTEAU EN ÉTAT DE SIÈGE D’affaires en mallettes, plusieurs proches de Nicolas Sarkozy se retrouvent sur la sellette. Des rumeurs qui tombent au plus mauvais moment.

Indignés

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L Y A LES AMIS D’UN PARCOURS et les amis de toujours. Robert Ménard et nous fûmes proches, du temps où cet emmerdeur sans frontières était le cauchemar d’une cohorte d’autocrates censeurs et l’éveilleur de consciences de toute une génération de journalistes africains indépendants. Nous ne le sommes plus – comment pourrions-nous l’être ? – depuis que le pourfendeur de Ben Ali et des assassins de Norbert Zongo, le compagnon de Pius Njawe et de Mohamed Benchicou a publié, il y a six mois, son « Vive Le Pen ! », avant de fréquenter les think-tanks de l’extrême droite. La lente dérive autocentrée de ce pied-noir iconique l’a conduit en des marécages pour nous infréquentables. Le fondateur de Reporters sans frontières défend Dieudonné à propos des Juifs, Zemmour sur les « immigrés délinquants », Péan sur les « Tutsis menteurs », la peine de mort, les néocons, les théoriciens du complot, peutêtre Gbagbo et pourquoi pas Kaddafi, je ne sais pas, tout est possible tant l’éclectisme de ses combats le conduit à dessiner sa propre caricature.

AMIS DE PARCOURS, AMIS DE TOUJOURS… Stéphane Hessel, 94 ans le 20 octobre, est de ces derniers. Cet homme rare et droit dont l’opuscule Indignez-vous !, traduit en 34 langues, s’est vendu à plus de trois millions d’exemplaires depuis un an, dit de J.A. que c’est « le seul hebdomadaire » qu’il lit. Hessel, l’ancien résistant devenu militant des droits de l’homme, et Ménard, l’ancien militant devenu insolent professionnel : ils ont si peu de choses en commun qu’on s’excuserait presque de cette cohabitation éditoriale. Si peu, sauf, justement, la capacité d’indignation. Mais là où le premier s’indigne pour les autres, le second le fait avant tout pour lui-même. En d’autres termes : on peut perdre Robert Ménard – avec l’espoir ténu, car dans le fond on l’aime bien, de le retrouver un jour. Mais s’il arrive à Stéphane Hessel de s’éloigner de nous, c’est que nous aurons failli. ●

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GRAND ANGLE

Cameroun

Paul Biya, l’inoxydable 78 ans, 29 années au pouvoir… Ni le temps ni le sens de l’Histoire n’ont de prise sur le chef d’État camerounais.

PHOTOS DE COUVERTURES : LUDOVIC/REA ; AFP PHOTO JACK GUEZ ; TORRIONE STEFANO/HEMIS.FR

IL A UNE LIGNE, ROBERT, une grille d’explication : il n’est ni fasciste ni raciste – jusqu’ici, on le suit –, mais il se bat pour que tous, y compris les fascistes et les racistes, puissent s’exprimer. Est-ce un mal s’il n’aime rien tant que le débat, quitte à dîner avec le diable, comme Jacques Vergès, dont il partage l’ego ingérable ? Et d’ailleurs, le diable n’a-t-il pas lui aussi le droit à la parole ? Derrière l’apparente limpidité d’un ayatollah de la liberté d’expression qui revendique la licence de discuter de tout se cache une terrible confusion des valeurs. Où se situent ses limites ? C’est parce qu’il existe un minimum de police de la pensée – l’ennemie absolue selon Ménard – que les petits Goebbels rwandais de la radio des Mille Collines ont été condamnés. Et c’est parce que nous nous appelons Jeune Afrique, avec l’ADN et les convictions qui sont les nôtres, que personne n’a lu ni ne lira dans nos colonnes d’interviews des Le Pen père ou fille.

FRANCE

03 08

Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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L A SEM A IN E D E J EU N E A F RIQ U E

10 12 13 14 15 16 16 18 20

France Le Château en état de siège Yémen Ali Abdallah Saleh, ruse de guerre Conrad Murray Mort sur ordonnance Guinée Le match continue États-Unis Black Panther prise au piège Francophonies Tous au diapason Algérie Que les gros salaires lèvent le doigt ! Tunisie Session de rattrapage Tour du monde

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G RA N D A N G L E

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Cameroun Paul Biya, le président inoxydable

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A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E

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Zambie La revanche du Cobra Élections en RD Congo Course contre la montre Kenya Wangari Maathai, des racines et des ailes Centrafrique Et pour quelques carats de plus AfriqueduSud L’hommequivoulaitstériliserlesNoirs Burundi Le compte est bon JEUNE AFRIQUE


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

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ZAMBIE

LA REVANCHE DU COBRA Michael Sata a été élu, le 20 septembre, à la tête du pays. Portrait d’un homme imprévisible mais populaire.

OÙ VA LE MALI

Sécurité, grands travaux, économie, tourisme… Quelques mois avant la présidentielle et le départ d’Amadou Toumani Touré, le pays s’apprête à changer d’ère.

LE PLUS

de Jeune

Afriqu e

Où va le Mali

couvPlus Vignette. indd 3

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ENQUÊTE

SUR LA PISTE DU CLAN KADDAFI La famille et les affidés du dictateur déchu ont quitté la Libye en catastrophe. Récit d’une fuite mouvementée.

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ÉTATS-UNIS - MOYEN-ORIENT GEORGE W… OBAMA Dans son discours du Caire, en 2009, le président américain avait promis de tendre la main aux pays musulmans. Mais il n’en est toujours rien. Bien au contraire.

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INTERVIEW

BOUALEM SANSAL Non, il n’est pas exilé en France ! Non, il n’a pas la langue dans sa poche ! L’écrivain algérien porte sur son pays un regard critique sans équivalent.

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France-Rwanda Pas d’extraditions Giscard-Bokassa Les diamants sont éternels

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

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Enquête Sur la piste du clan Kaddafi Tribune Nouvelle Tunisie, nouveau modèle économique Arabie saoudite Vote et tais-toi ! Maroc Dessine-moi une fatwa États-Unis - Moyen-Orient George W… Obama

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EUROPE, AMÉRIQUES, ASIE

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Russie Chassé-croisé Grèce Visite guidée aux enfers Allemagne Crise de foi Parcours Adek, des tuiles et des toiles Chine La dictature du bistouri France L’étrange « Monsieur Alexandre »

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LE PLUS DE JEUNE AFRIQUE

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Où va le Mali

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ÉCONOMIE

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Maroc Avis de tempête sur le groupe Charaf

JEUNE AFRIQUE

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Aéroports Quand l’Afrique décolle Mines Conakry dicte sa loi Tourisme Le plan d’Abidjan Agro-industrie Le cacao camerounais renoue avec sa renommée Sénégal Les challenges d’Ababacar Seck Maroc Saïd Aouita change de crampons Tunisie Il faut sauver la STB Baromètre CULTURE & MÉDIAS Littérature Interview de Boualem Sansal Médias Essaimer dans le Sud Lu et approuvé Il n’est jamais trop tard pour apprendre Musique Repose-toi, Cesaria ! Bande dessinée L’ami américain La semaine culturelle de J.A. En kiosque La revue VOUS & NOUS Le courrier des lecteurs Diagnostic Sportifs et tabac Post-scriptum

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MINISTÈRE DES MINES

LE MALI FONDE DE GRANDS ESPOIRS SUR SES RESSOURCES REPUBLIQUE DU MALI

SITUATION DES BLOCS PETROLIERS 1:3 000 000

MINISTERE DES MINES

04/08/2011

AUTORITE POUR LA PROMOTION DE LA RECHERCHE PETROLIERE

Operateurs et opportunités d'exploration

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Cooperation avec PDVSA (16) Blocs libres (3,6,9,14,15,19, 21,22,23,24,26,27,28,29)

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Capitale Capitale Régionale Chef lieu de Cercle Limite de Region

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Superfici e. km² 55009 29843 23162 43260 59909 23620 39804 35112 42869 37544 32810 53625 63977 36263 19997

Bloc

Superfici e. km²

16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29

32792 19972 19529 15009 117808 21834 19856 10301 29368 37594 19602 20550 8253 7490

C O T E D' I V O I R E

LE MALI EST UN PAYS MINIER PAR EXCELLENCE. Les résultats des travaux de recherche effectués ont permis de mettre en évidence des ressources géologiques d’or dont la valorisation et l’exploitation permettront de freiner la chute de la production et même d’augmenter celle-ci. Dans la même dynamique, l’exploitation de gisements de substances autres que l’or permettra d’accroître la contribution du secteur à l’économie nationale. LE DÉCOUPAGE GÉOLOGIQUE FAIT APPARAÎTRE DANS LE PAYS TROIS GRANDES RÉGIONS MINIÈRES. Le répertoire minier concentre le potentiel minier dans les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso et Kidal, quatre grandes régions administratives qui représentent l’ouest, le centre et le nord du Mali. PREMIÈRE RÉGION administrative du Mali, la Cité des rails comme on appelle communément la ville de Kayes, constitue la plus forte concentration minière du Mali. Elle abrite, à elle seule, d’importants gisements d’or exploitées à travers quatre grandes mines industrielles du pays : Sadiola, Yatela, Loulo, Tabakoto. A ces gisements, s’ajoutent ceux de Tintiba, Dioulafoudou, Wili-wili Mamoudouya, Kome et Dandogo sur lesquels sont actuellement effectués des travaux de développement.

PUBLI-INFORMATION

LA SECONDE ZONE MINIÈRE est constituée des Régions de Koulikoro et de Sikasso (2e et 3e Régions administratives du pays. Le potentiel minier découvert dans celle zone est reparti entre les communes rurales de Syama, Kalana, Kodérian, Balé, Misseni, Morila. Aussi des indiques sérieux d’or se trouvent à Sagala et Kékoro (Morila), Foulaboula, Pitiangoma, Nampala et Darabougou, Kalaka, Kobada, Banancoro ENFIN POUR LA TROISIÈME ZONE MINIÈRE, c’est à dire Kidal, l’essentiel du potentiel minier est constitué par le gisement d’or de In Darset. En dehors de l’or, le sous-sol du pays regorge d’indices et de gisement de substances, tels que l’Uranium dans la Commune rurale de Faléa environ 800 km au sud-ouest de Bamako, dans les Régions de Gao, Kidal et Tombouctou au Nord du Mali.

LE PAYS REGORGE ÉGALEMENT UN IMPORTANT POTENTIEL DIAMANTIFÈRE, notamment dans la Région de Kayes où les recherches ont mis en évidence un potentiel de trente (30) pipes Kimberlitiques, dont huit (08) sont minéralisées. Des diamants ont été ramassés dans certains endroits du pays, notamment à Sikasso et à Kéniéba. Les résultats des travaux du Projet Sysmin financé par la FED, ont montré l’existence d’anomalies circulaires qui sont des signes de présence du diamant dans cette même région administrative du pays. LES GRENATS ET MINÉRAUX MAGNÉTIQUES RARES, DE PEGMATITES, DE CORINDONS, DE QUARTS, DE CARBONATES ET AUTRES MINÉRAUX métamorphosant sont autant d’indices miniers répertoriés dans le pays. Le sous-sol recèle selon les dernières estimations, d’un potentiel de 5,2 milliards de tonnes de minerai de fer localisé dans divers gisements. Tienfata, Région de Koulikoro bientôt en exploitation, les réserves de Talari dans le Cercle de Bafoulabé dont les d’exploration sont menés par la société ERTHSTONE, ceux de Djidian-Kéniéba (10 MT), Diamou (150 MT) et Balé dans le Cercle de Kita (1200 MT). QUANT À LA BAUXITE, les réserves sont estimées à environ 1200 millions de tonnes découvertes à Kita, Bamako-Ouest et Bafing-Makana. Des traces de manganèse ont été trouvées à BafingMakana et à Tondibi. Les principales réserves en manganèses sont situées dans la zone Ansongo, dont le principal est le gisement de Tassiga avec un potentiel de 30 millions de tonnes. Le calcaire (42 MT), le cuivre, le marbre (10,6MT), le gypse (35,37 MT), le Kaolin (3MT), le phosphate (20 MT), le plomb et le zinc (1,7 MT), le lithium (4 MT), les schistes bitumineux (870 MT), des indices des terres rares, du nickel, de barytine, de fluorine augurent un avenir minier prometteur pour le pays. AUJOURD’HUI, LES ESPOIRS SONT FONDÉS SUR UNE ÉVENTUELLE DÉCOUVERTE DU PÉTROLE AU MALI. Des recherches sismiques et des forages sporadiques effectués depuis 1970 ont révélé des indications probables de pétrole. Le pays a accéléré ces dernières années la promotion et la recherche pétrolière à travers la création de


l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière (AUREP). L’interprétation des données géophysiques et géologiques sont en cours dans cinq grands bassins sédimentaires du nord du pays, Taoudeni, Tamesna, Ilumenden, fossé de Nara et graben de Gao. L’OBJECTIF DU GOUVERNEMENT MALIEN EST DE FAIRE DU SECTEUR MINIER, LE MOTEUR DE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE. Pour cela, le Mali entend valoriser ses ressources. Le Ministère des Mines a initié une politique de diversification des ressources. Dans cette optique, une version stratégique a été élaborée d’un programme de développement du secteur. Celle-ci intègre les mines dans l’économie nationale, assure le développement durable des communautés locales et prend en compte l’après-mine. A la date du 30 octobre 2010, ce sont plus de 300 permis de recherche et d’exploitation de diverses ressources qui ont été délivrés. EN TERMES D’IMPACTS ÉCONOMIQUES, LE SECTEUR MINIER A INJECTÉ PLUS DE 970 MILLIARDS DE FCFA DE 2002 À 2010 au titre des recettes fiscales douanières et du domaine et du cadastre. A cela s’ajoutent les contributions à l’INPS (Institut National de Prévoyance Sociale) et les transactions avec les fournisseurs locaux. Le démarrage prochain de la production de la mine de Kodiéran et de Gounkoto (16 T d’or/an). Production et l’exploitation de 600.000 T de concentré de minerai de fer, la mise en œuvre de la composante mine du projet d’appui à la croissance (PAC) sont autant de projets en perspectives du gouvernement malien pour le développement et la promotion du secteur minier. Les opérations de relecture du code minier sont en phase finale. Le projet de code est déjà approuvé par le Gouvernement et déposé sur la table de l’Assemblée Nationale et espérons que ce code attractif pour les investisseurs sera programmé pour la session parlementaire jugé par les acteurs, d’octobre 2011.

Amadou Cissé est ingénieur des travaux publics Titulaire du diplôme de l’Ecole Nationale des Ingénieurs de Bamako (ENI). Il se spécialise en mangement de l’entretien routier à Berlin en Allemagne et poursuit Le nouveau ministre nommé à la tête par une formation de du Département des Mines, Monsieur Amadou Cissé dirigeant à Bamako à l’Institut Africain de l’Entreprise. Toujours en quête de performances, il se perfectionne sans cesse grâce à de multiples formations au Mali et à l’Etranger. Négociateur hors-pair des contrats avec les institutions internationales comme la Banque Mondiale, le Fonds Européen de Développement, la Banque Islamique de Développement ou encore de l’Agence Française de Développement. Il est membre fondateur de l’Ordre des Ingénieurs Conseils du Mali (OICM) dont il a présidé le Conseil de 2003 à 2007. Membre du Conseil Economique, Social et Culturel CESC, Amadou CISSE a présidé la Commission Science Technique et environnement de l’institution. Membre du Comité Technique sur la mobilité en milieu urbain.

Autorité pour la Promotion de la Recherche Pétrolière au Mali (AUREP) Après seulement 7 ans de recherche pétrolière, les études ont res favorables à l’accumulation des hydrocarbures au niveau des prouvé que le Mali recèle d’énormes potentialités pétrolières. prospects infracambriens et paléozoïques. Ainsi la Joint Aventure Ceci a été possible grâce au climat favorable des affaires dans le ENI-SONATRACH s’atèle activement à réaliser en début d’année secteur dû à un code pétrolier flexible et attractif et surtout à la 2012 un forage d’exploration d’au moins 4 000 m dans le bassin de Taoudéni. stabilité du pays. Cette situation a permis à bon nombre de sociétés multinationales de signer Les offres techniques et commerciales relatives Le MALI, des contrats de recherche au Mali parmi lesquelaux travaux de génie civil ont été finalisés et à les la Société Nationale Italienne d’Hydrocarbure ce jour deux forages d’eau de débit moyen de une nouvelle (ENI), la Société Nationale de Transport, de Raf15 m3 / h ont été déjà réalisés. Les autres travaux finage et de Commercialisation d’Hydrocarbures notamment la construction des routes d’accès, destination (SONATRACH), la Société canadienne Heritage la construction du camp de base vie, d’une piste Oil. pour la recherche d’atterrissage de 1500 m vont démarrer bientôt. Le Mali dispose de 29 blocs parmi lesquels quinMalgré le contexte économique difficile de ces pétrolière ze blocs sont libres de tout engagement. Une dernières années marquées par une grave crise société angolaise, Petroplus en partenariat avec financière internationale, d’importantes nouvelles données ont été acquises par les sociétés d’exploration; en la compagnie nationale chinoise d’hydrocarbures, vient de signer gravimétrie et magnétométrie aéroportées avec plus de 375 568 deux (2) Conventions de Concession pour l’exploration pétrolière kilomètres linéaires et en sismique 2D avec plus de 11 248 kilo- portant sur les blocs 1A et 1B dans le bassin de Taoudéni. mètres linéaires. Le pays dans sa politique de promotion des investissements inLe traitement et l’interprétation des nouvelles données acquises ont permis de mettre en évidence de nombreuses structu-

vite les acteurs du secteur amont pétrolier à s’intéresser à l’exploration au Mali qui offre de réelles opportunités.


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MARCO CASTRO/ONU

LIBYE DUEL JIBRIL-GHOGA ?

 ANDRY RAJOELINA devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 23 septembre à New York.

Madagascar Rajoelina, Ravalomanana et les élections

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A FEUILLE DE ROUTE élaborée par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) enfin signée, le 17 septembre, par dix des onze entités politiques malgaches (dont celle de Marc Ravalomanana), deux questions restent en suspens. D’abord, la tenue des élections, seul moyen de sortir définitivement d’une crise qui dure depuis mars 2009. Elles ne pourront finalement pas se tenir avant… sept mois, en mai 2012. Une disposition du code électoral adoptée pendant la transition interdit en effet d’organiser un scrutin pendant la saison des pluies (de fin novembre à fin avril). Ensuite, le cas de Marc Ravalomanana. La feuille de route prévoit le retour « sans condition » de tous les exilés politiques, mais une annexe précise que cela n’implique nullement une « exonération de poursuites judiciaires », a fortiori dans le cas de crimes de sang (Ravalomanana a été condamné pour la tuerie du 8 février 2009, qui fit près de quarante morts). Prendrat-il malgré tout le risque de rentrer à Madagascar, comme il l’a annoncé ? « Impossible, répond Andry Rajoelina, président de la Haute Autorité de transition (HAT) et ennemi juré de son prédécesseur. Il a fui alors qu’il disposait encore d’hommes et de moyens pour tenir. Il sait désormais qu’il sera mis sous les verrous dès qu’il posera le pied sur le sol malgache. Il n’est pas fou. » Le feuilleton est donc loin d’être terminé. ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

En difficulté avec ses collègues du Conseil national de transition (CNT), Mahmoud Jibril n’arrive pas à remanier le bureau exécutif, qu’il préside. Après avoir une nouvelle fois repoussé la formation d’un gouvernement, il a, le 29 septembre, annoncé – ce qu’il n’avait jamais fait aussi explicitement – qu’il ne jouerait aucun rôle dans le futur exécutif, lequel doit entrer en fonction, pour une période transitoire de huit mois, après la « déclaration de libération ». Soupçonné de vouloir recaser d’anciens kaddafistes, Jibril est détesté par les islamistes, qui exagèrent volontiers ses penchants libéraux. À Benghazi, où siège encore le CNT, le vice-président Abdel Hafiz Ghoga est déjà pressenti pour le remplacer. LES KADDAFISTES RÊVENT DU MAROC

Si plusieurs dizaines d’anciens kaddafistes se trouvent bloqués au Niger, il semble que ce pays ne soit qu’une étape, la destination finale de leur choix étant le Maroc. C’est ce que plusieurs d’entre eux ont laissé entendre après leur interception par l’armée nigérienne dans le massif de l’Aïr, près de la frontière algérienne. Le Maroc présente pour eux l’avantage d’être… éloigné de la Libye. Le 7 septembre, quand un autre ancien compagnon de route du « Guide » déchu, le commandant Khouildi Hamidi,a été interpellé à l’aéroport de Tunis-Carthage, c’est d’ailleurs p ou r Ca s ab l a n ca q u ’ i l s’apprêtait à s’envoler. MAROC ELLES VEULENT TOUT SAVOIR !

Women’s Tribune, une association militant pour la parité entre les sexes qu’anime Fathia Bennis, avait sollicité les principaux partis en lice pour les élections du JEUNE AFRIQUE


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Politique, économie, culture & société 25 novembre afin d’en savoir plus sur leurs programmes. Dans un premier temps, seul le PJD a répondu à l’invitation, ce qui a permis à Abdelilah Benkirane, son leader, de rencontrer le 16 septembre au domicile rbati de Bennis une assemblée de femmes parmi lesquelles plusieurs figures de la société civile. Depuis, les autres partis se sont ravisés. Une rencontre est prévue, le 4 octobre, avec Nizar Baraka (Istiqlal), un ministre proche d’Abbas El Fassi, le chef du gouvernement. Viendra ensuite le tour de l’USFP, représentée par un jeune député : Khalid Hariri. Bien qu’il boycotte le scrutin, le Mouvement du 20 février a également été contacté. FORMATION LES FRANÇAIS S’EN MÊLENT

L’Institut de l’Afrique, dont le siège est à Ouagadougou, débutera ses activités au début de l’an prochain. Ses principaux créateurs : Medef International, HEC et l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2IE). Son ambition : former une main-d’œuvre africaine

Algérie Coûteuse sécurité La décision du gouvernement d’Ahmed Ouyahia de fermer la frontière algéro-libyenne au lendemain du débarquement, le 29 août, d’une partie de la famille Kaddafi (lire pp. 38-42) se révèle compliquée à mettre en œuvre: comment surveiller quelque 1000 km de désert en l’absence de toute autorité de l’autre côté de la frontière? C’est pourtant une nécessité: l’enquête balistique entreprise après l’attentat contre la base aérienne de Jijel, dans la nuit du 26 au 27 septembre, a démontré que les armes utilisées provenaient des arsenaux libyens pillés au cours des derniers mois. Mais le dispositif à mettre en place est coûteux, tant sur le plan matériel que sur le plan humain (40000 hommes, plus 20000 autres pour assurer les rotations). C’est l’une des raisons pour lesquelles le projet de loi de finances 2012 prévoit une augmentation de 30 % du budget de la défense. ●

qualifiée. L’Institut se veut un réseau qui labellisera des formations avec l’appui de professionnels dans les secteurs de la mécanique, des travaux publics et, bientôt, des télécoms. À Brazzaville, une antenne régionale spécialisée dans les métiers de l’eau et de l’énergie a déjà été inaugurée, le 3 octobre. EDF et Veolia comptent parmi les membres de l’Institut. Total et d’autres grands groupes

ont été sollicités. La mise de départ est de… 5 000 euros par an. FINANCE UN SÉNÉGALAIS À LA TÊTE DE DANGOTE CAPITAL

Le milliardaire nigérian Aliko Dangote met en place une structure d’investissement baptisée Dangote Capital pour le conseiller sur la gestion de sa fortune personnelle. C’est un Sénégalais, Amadou Hott,

INQUIÉTUDES NIGÉRIENNES

Ce que Bazoum a dit à l’Élysée

VINCENT FOURNIER/J.A.

En visite à Paris, Mohamed Bazoum, le ministre nigérien des Affaires étrangères, s’est entretenu le 28 septembre avec André Parant et JeanDavid Levitte, respectivement Monsieur Afrique et conseiller diplomatique de l’Élysée. L’occasion pour Niamey d’exprimer son inquiétude quant au manque de cohésion du Conseil national de transition libyen. Début juillet, déjà, Bazoum s’était rendu à Paris pour préparer la rencontre de son président, Mahamadou Issoufou, avec Nicolas Sarkozy, le 6 juillet. À cette occasion, l’un et l’autre avaient mis en garde leurs interlocuteurs français contre l’effet déstabilisateur de la guerre en Libye dans toute la région. Levitte, Parant et le Quai d’Orsay leur avaient prêté une oreille attentive, mais pas Sarkozy, résolu à en découdre coûte que coûte avec Mouammar Kaddafi. JEUNE AFRIQUE

qui en assurera la direction. À partir de Dubaï et de Lagos, ce banquier d’affaires, qui fut le patron d’UBA Capital jusqu’à fin 2010, est déjà à pied d’œuvre : il s’apprête à signer une première opération en Afrique centrale. TUNISIE UN LOBBYISTE À BRUXELLES Ancien homme d’affaires devenu lobbyiste au sein de l’Observatoire européen du Maghreb, à Bruxelles, Ghazi Mabrouk (neveu de feu Hédi Mabrouk, qui fut ministre des Affaires étrangères sous Bourguiba) a été nommé le 28 septembre haut représentant du Parti démocrate progressiste (PDP) auprès de l’Union européenne. En intégrant ainsi la formation de Nejib Chebbi, Mabrouk entend bien transformer l’essai et devenir, après les élections du 23 octobre, le premier ambassadeur de Tunisie auprès de l’UE. Jusqu’à ce jour, c’est en effet l’ambassadeur de Tunisie en Belgique qui remplit cette fonction. Pour Mabrouk, la dissociation est indispensable si l’on veut que la Tunisie gère réellement ses intérêts auprès de Bruxelles et obtienne le statut de pays le plus avancé, actuellement en attente.

ÉNERGIE GRAND RETOUR D’EDF EN 2012

L’électricien français EDF, qui s’était un peu éloigné de l’Afrique, prépare son grand retour, essentiellementdanslesecteur de l’hydroélectricité. En 2012, il s’impliquera dans un mégaprojet d’environ 1 000 MW en Afrique australe. Et il étudie quatreautresprojetsdedimension comparable en Afrique australe et centrale. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


FRANCE

Le

DOVIC/JBV NEWS

VERNIER/JBV NEWS

La semaine de Jeune Afrique

VERNIER/JBV NEWS

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Château les affaires d’argent « sale » se rapprochent de l’Élysée. Et elles risquent d’achever de persuader la France profonde, celle qui a fait basculer le Sénat à gauche le 25 septembre, que la droite et son futur candidat à la présidentielle ne font pas partie de cette « République irréprochable » qu’appelait de ses vœux le candidat Sarkozy en 2007. Il y a toujours l’affaire Bettencourt qui mijote sur le fourneau judiciaire et déborde de temps à autre. Par exemple, le quotidien Libération a publié, le 28 septembre, une interview de Claire Thibout, l’ex-comptable de Mme Bettencourt, dans laquelle elle confirme avoir préparé une enveloppe de 150 000 euros remise, le 19 janvier 2007, à Éric Woerth, alors trésorier de l’UMP et de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, en violation des règles sur le financement des partis politiques. Elle dénonce aussi les pressions exercées par les policiers chargés de l’enquête pour qu’elle revienne sur ses Des enveloppes, des déclarations.«Lorsdemesinterrorétrocommissions et gatoires, chaque page de mes prodes épouses bavardes… cès-verbaux était immédiatement transmise dans les bureaux des supérieurs, affirme-t-elle. Les policiers revenaient avec de nouvelles questions. Je pense que des gens très haut placés étaient à la manœuvre. »

De l’affaire Bettencourt au « Karachigate », plusieurs proches de Nicolas Sarkozy se retrouvent sur la sellette. Alors que le président avait réussi à améliorer sa cote de popularité, ces rumeurs d’argent sale tombent au plus mauvais moment.

ALAIN FAUJAS

N

icolas Sarkozy ne décolère pas. Auprixd’effortsméritoires,ilétait parvenu à « se représidentialiser », comme l’en conjuraient ses proches : pas de riposte verbale ou judiciaire quand il est bousculé par un protestataire à Brax (Lot-et-Garonne), un bébé à naître, un beau discours à l’ONU pour faire la leçon à l’Amérique sur son immobilisme en Palestine, une victoire militaire en Libye sur un dictateur de la pire espèce, un projet de budget pour la première fois en diminution depuis 1945… Cettebelleimagedeprésidentmoderneetefficace était censée contraster avec les errements des socialistes, plombés par les affaires de mœurs de DSK et l’inculpation de Jean-Noël Guérini, le président PS du conseil général des Bouches-du-Rhône, pour association de malfaiteurs. Sans oublier les valises de millions d’euros que Robert Bourgi, conseiller officieux pour l’Afrique, confessait opportunément avoir ramenées à Dominique de Villepin et à JeanMarie Le Pen, de Libreville ou d’Abidjan. Tous discrédités, et lui remis en selle ! Malheureusement, c’est raté : jour après jour, N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

« FADETTES ». S’il fallait une autre preuve qu’ils

étaient « à la manœuvre », l’inculpation prochaine du procureur de Nanterre, Philippe Courroye, un ami du président de la République, pour violation des lois sur la protection de la presse en constituerait une belle. Il lui est reproché une « atteinte au secret des correspondances par personne dépositaire de l’autorité publique » pour avoir demandé et obtenu JEUNE AFRIQUE


 DE G. À DR.: mis en cause, trois politiques (Éric Woerth, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert), deux policiers (Bernard Squarcini et Frédéric Péchenard), un procureur (Philippe Courroye) et un homme d’affaires (Ziad Takieddine).

en état de siège les « fadettes » – les relevés des communications téléphoniques – de deux journalistes du Monde, afin de savoir qui les informait si bien au ministère de la Justice sur les rebondissements de l’affaire Bettencourt. Deux autres amis de Nicolas Sarkozy devraient être bientôt interrogés par la juge d’instruction Sylvia Zimmermann à propos de l’enquête qu’ils ont menée sur ces « fadettes » : Bernard Squarcini, le directeur central du renseignement intérieur (DCRI), et son supérieur, Frédéric Péchenard, le directeur général de la police nationale (DGPN).

ces contrats. Selon Me Olivier Morice, l’avocat des victimes de l’attentat de Karachi, « il est certain que s’il n’était pas président de la République, il serait entendu [par la justice], parce que les pistes mènent vers sa responsabilité ». Car les rétrocommissions sur l’achat de sous-marinsetdefrégateslivrésauPakistanontdébouché,en 2002, à Karachi, sur un attentat-suicide. Les enquêteurs pensent que cet attentat visant des Français – onze employés de la Direction des constructions navales, qui construisait lesdits sous-marins, ont été tués – n’était pas l’œuvre d’islamistes, mais un acte de représailles contre Paris, Jacques Chirac, élu en 1995, ayant fait cesser les versements des commissions à des intermédiaires inconnus.

PÉTRIN JUDICIAIRE. D’autres proches du président

JEUNE AFRIQUE

COMBATIFS. Pour mettre fin à ce qu’il qualifie de

« calomnie et manipulation », l’Élysée a publié, le 22 septembre dernier, un communiqué où l’on peut lire : « À l’époque où il était ministre du Budget, le président [Sarkozy] avait manifesté son hostilité à ce contrat » d’armement. Le 27 septembre, lors du petit-déjeuner de la majorité organisé chaque mardi, Nicolas Sarkozy s’est exprimé avec gravité. « Tout cela, c’est pour me salir, moi. Cela fait trente-cinq ans que je fais de la politique. S’il y avait le moindre fondement à ce qu’on me reproche, cela se saurait », a-t-il déclaré en invitant les siens à se montrer « combatifs ». Le président sur la défensive, c’est rare. ● HÉLÈNE DE YOUGOSLAVIE VILLARD/SIPA

se retrouvent dans un drôle de pétrin judiciaire, celui de l’« affaire Karachi ». Le 21 septembre, le juge Renaud Van Ruymbeke a mis en examen pour recel d’abus de biens sociaux Ziad Takieddine, le négociateur des ventes de sous-marins et de frégates au Pakistan en 1994, Thierry Gaubert, collaborateur de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly et au ministère du Budget, et Nicolas Bazire, ex-directeur de cabinet d’Édouard Balladur. Comme l’a dit Brice Hortefeux, l’ancien ministre de l’Intérieur, la princesse Hélène de Yougoslavie, l’épouse de Gaubert, a « balancé » celui-ci aux policiers. Tout comme l’ex-Mme Takieddine, qui a plongé dans l’embarras l’homme d’affaires franco-libanais dont elle a divorcé avec fracas. L’objectif de ces mises en examen ? Découvrir si la campagne électorale de Balladur pour la présidentielle de 1995 a été financée par l’argent sale des rétrocommissions de ces contrats d’armement. On parle de 3 millions d’euros. À l’époque, Nicolas Sarkozy était le porte-parole de Balladur et, en tant que ministre du Budget, contrôlait forcément tous

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COUTIER/NOUVELOBS/SIPA

MARTIN BUREAU/AFP

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BORIS HORVAT/AFP

L’événement

Épouse de Thierry Gaubert

« Mon mari revenait avec des sacoches. Il y avait de l’argent, mais je ne sais pas d’où cet argent venait. » N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


La semaine de J.A. Les gens

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Ali Abdallah Saleh Ruse de guerre

HO NEW/REUTERS

Rentré au pays à l’insu des Américains et de ses hôtes saoudiens, le président yéménite continue de miser sur la stratégie du chaos.

le soulèvement populaire. En huit mois, celui-ci a fait des centaines de morts et plongé un État déjà très pauvre dans un marasme économique inquiétant. Voyant là l’occasion de s’emparer d’un pouvoir qu’ils convoitent de longue date (comme l’a révélé un câble américain d’août 2009 diffusé par WikiLeaks), les frères Hamid et Sadek al-Ahmar, chefs de la puissante confédération tribale des Hached, et le général Ali Mohsen, qui dirige la première division blindée, ont retourné leurs armes contre les troupes fidèles au président, transformant la contestation pacifique en guerre civile. La semaine précédant le retour de Saleh, de violents combats ont ainsi fait plus de 170 morts dans la capitale. Dans la nuit du 25 au 26 septembre, une caserne loyaliste était prise d’assaut. Le lendemain, le ministre de la Défense échappaitdejustesseàunattentat-suicide. Le 28 septembre, un avion de l’armée de l’air était abattu par des insurgés. IMPASSE. « Pour sortir le pays de cette

«

J

 LORS DE SON

eunes frères, ALLOCUTION TÉLÉVISÉE, la consternation et les observateurs dans la stupéfaction. vous n’êtes que le 25 septembre. Selon un haut fonctionnaire des victimes américain cité par le Financial Times du poussées par l’opposition à l’Holocauste. » C’est en ces termes que 27 septembre, il n’a informé de son départ le président, Ali Abdallah Saleh, a haranni ses hôtes saoudiens ni ses alliés amégué son peuple, le 25 septembre, à la ricains. Saleh aurait « détalé du royaume télévision yéménite. « Boucher, nous ne [saoudien] en prétendant aller faire tout autre chose à l’aéroport ». Le maître des baisserons pas les bras », lui ont répliqué, dès le lendemain, des dizaines de milliers ruses aurait-il réussi à berner l’Amérique? de manifestants rassemblés sur la place Car Washington et Riyad ne semblaient du Changement, à Sanaa, épicentre de la pas disposés à le laisser filer avant qu’il ait contestation qui, depuis le 15 janvier, vise signé l’initiative proposée par le Conseil à mettre un terme à trente-trois ans d’un de coopération du Golfe (CCG) pour metrègne machiavélique et corrompu. tre fin à la crise politique. Trois fois, ce Grièvement blessé le 3 juin dans un roi de la volte-face avait annoncé qu’il attentat, Saleh était parti se faire soigner s’y soumettrait et, au dernier moment, en Arabie saoudite, suscitant l’espoir de s’était défilé. l’opposition. « Je reviendrai », avait-il proDéjà en proie à une insurrection chiite mis. « Au défi, je répondrai par le défi », dans le Nord, aux velléités sécessionnistes avait-il menacé. Il a, pour une fois, tenu du Sud et à la menace omniprésente d’Alparole : son retour surprise, le 23 sepQaïda, le Yémen disputait à l’Irak la place tembre, a plongé ses opposants dans d’État le plus défaillant de la région avant

grave impasse, il faut que tout le monde se tourne vers le dialogue, la compréhension mutuelle, la transmission pacifique du pouvoir par les urnes et une élection présidentielle anticipée », a affirmé Saleh dans son allocution du 25 septembre. Se disant une nouvelle fois prêt à accepter l’initiative du CCG, il pose comme condition à sa signature la reddition des frères Ahmar et du général Mohsen, qu’il accuse de tirer sur les manifestants pour envenimer la situation. « Si nous transférons le pouvoir et qu’ils restent en place, cela mènera à la guerre civile », déclare-t-il, le 29 septembre, au Washington Post. S’obstinant à promouvoir la voie légale pour résoudre une crise politique exceptionnelle, Ali Abdallah Saleh ne propose en fait aucune solution pour sortir le Yémen de l’impasse et semble vouloir jusqu’au bout jouer sa carte préférée : la stratégie du chaos, par laquelle il est parvenu à se maintenir au pouvoir depuis 1978. ● LAURENT DE SAINT PÉRIER

NOMINATIONS

ÉDOUARD COURTIAL FRANCE Le jeune député de l’Oise (région parisienne) a été nommé, le 28 septembre, secrétaire d’État chargé des Français de l’étranger, en remplacement de David Douillet. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

O L U W OL E C O K E R CEDEAO Le diplomate nigérian a été nommé, le 27 septembre, représentant spécial de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) en Côte d’Ivoire. JEUNE AFRIQUE


EN HAUSSE

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JACQUELINE MOUDEÏNA

Conrad Murray Mort sur ordonnance

L’avocate tchadienne a reçu, le 29 septembre, à Stockholm, avec deux autres lauréats, le prix Livelihood, ou « Nobel alternatif », doté d’un chèque de 150 000 euros, pour son action en faveur des victimes de Hissène Habré.

Le procès du médecin soupçonné d’avoir tué involontairement Michael Jackson s’est ouvert le 27 septembre.

MARGUERITE BARANKITSE Le 27 septembre, cette enseignante burundaise a reçu le prix 2011 de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits pour son engagement dans la défense des orphelins de guerre, toutes ethnies confondues.

S

alle d’audience 312, au neuvième étage de la Cour supérieure de Los Angeles, le 27 septembre. Un frisson parcourt l’assistance à la vue d’un cliché de Michael Jackson, intubé et allongé sur un brancard, puis à l’écoute d’un document audio où l’on entend un filet de voix à peine reconnaissable, celle de la star assommée par les médicaments qui discute avec son médecin personnel de ses futurs concerts à Londres. Ce dernier, le docteur Conrad Murray, assis au premier rang, essuie une larme d’une main tremblante. Lors de l’ouverture de son procès pour homicide involontaire, l’homme de 58 ans, d’ordinaire impassible, a craqué. Difficile pourtant d’imaginer cet homme élégant au parcours sans tache administrer involontairement au chanteur insomniaque une dose fatale de Propofol, un puissant anesthésiant. Né à la Grenade (Antilles), Murray ouvre son premier cabinet en 2000 à Las Vegas puis, six ans plus tard, un institut de cardiologie dans un quartier défavorisé de Houston (Texas). En mai 2009, Jackson lui propose de veiller à sa préparation physiqueavantlasériedeconcertsqu’ildoitdonner àLondres. Salaire : 150 000 dollars par mois. Le médecin, alors endetté jusqu’au cou, accepte.

SIA TOLNO

DR

Le 30e prix Découvertes RFI a été attribué, le 23 septembre, à Paris, à la jeune chanteuse guinéenne, qui se produira en décembre à Libreville (Gabon) à l’occasion du concert RFI Découvertes. EN BAISSE

ROY PADAYACHEE Le ministre sud-africain de la Communication a été sommé de s’expliquer sur des dépenses douteuses de son ministère s’élevant à 2,4 millions d’euros, dont une facture de 1 000 euros pour des soins de beauté.

IMAGE ÉCORNÉE. Mais, lors des audiences préliminaires,

des témoignages ont sérieusement écorné l’image du cardiologue. Quelques heures avant la mort de Jackson, il aurait passé plus de temps au téléphone avec ses amis qu’auprès de son patient. Le soir du décès du chanteur, il aurait demandé à un de ses gardes du corps de cacher des médicaments avant d’appeler la police. Et, une fois à l’hôpital, pris de panique, il aurait insisté auprès de l’assistant personnel de Jackson pour qu’il le ramène chez la star, afin de récupérer de mystérieuses crèmes qu’il voulait dissimuler. Le procès, qui devrait durer Ð IL A ÉTÉ quatre semaines, contriGRAVEMENT MIS EN buera sans doute à lever CAUSE lors des le voile sur la personnaaudiences préliminaires. lité trouble de Murray. En liberté sous caution depuis son inculpation en février 2010, il risque quatre ans de prison. ●

JEUNE AFRIQUE

L’AGA KHAN Le 29 septembre, la justice française a prononcé le divorce le plus cher de son histoire à l’encontre du milliardaire et chef des ismaéliens, qui devra verser 60 millions d’euros à son ex-épouse et régler la totalité des frais fiscaux. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

DR ; ONU

SPIEGEL

Le 26 septembre, à la tribune des Nations unies, le ministre syrien des Affaires étrangères a accusé les Occidentaux de semer le « chaos » dans son pays en vue de le « démanteler ».

POOL NEW/REUTERS

JUSTINE

WALID AL-MOUALLEM


La semaine de J.A. Décryptage de faire notre protestation », avait même prévenu Cellou Dalein Diallo à la veille d’une rencontre avec Mohamed Saïd Fofana. Lors de cette concertation, le 26 septembre, Sidya Touré, un autre ténor de l’opposition, Ý CELLOU DALEIN avait exigé – en vain DIALLO, le – une nouvelle date 27 septembre, « consensuelle » des à Conakry. législatives, la resLors de cette tructuration de la marche, quelque 322 opposants Commission électoont été arrêtés. rale nationale indépendante (Ceni) et la suspension du recensement. Au lendemain de la marche, alors que l’opposition réclamait la démission du gouverneur de Conakry et du ministre de la Sécurité, la justice annonçait l’ouverture prochaine des procès des 322 opposants arrêtés lors des manifestations.

SOUMARE/APANEWS

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Guinée Le match continue

BALLE AU BOND. L’heure est aussi à

l’autosatisfaction. L’opposition se réjouit d’avoir paralysé la capitale ; le pouvoir s’enorgueillit de voir s’affirmer l’autorité du président sur l’armée, dont certains éléments ont tenté de l’assassiner le 19 juillet. Chacun a crié victoire, comme après un match nul. Un match suivi de près par la qui s’y sont déroulés il y a deux ans. Bilan officiel des confrontations de rue : deux France, l’Union européenne et les Étatsmorts et une quarantaine de blessés, Unis, qui ont mis la pression sur les deux camps. « Nous verrons comment, avec dont trente-deux gendarmes. l’aide de la communauté internationale Alors que le pouvoir mettait tout en œuvre pour éviter la manifestation (feret de tous les Guinéens, renouer les fils du dialogue », a indiqué Sidya Touré, qui a saisi au bond la Les uns se targuent d’avoir balle de la discussion relanparalysé la capitale, les autres de cée, le 28 septembre, par tenir bon. Bref, chacun crie victoire. Alhassane Condé, ministre de l’Administration du termeture du stade, déploiement de forces ritoire et de la Décentralisation. de l’ordre, appel au dialogue…), l’opAprès s’être mesurés dans la rue, l’opposition et le pouvoir, auxquels se sont joints position radicale tentait de le pousser la société civile et le Conseil national de la à la faute (ni itinéraire, ni meneur de transition (CNT), devraient se retrouver cortège…). « Par discipline, nous allons écouter le Premier ministre, mais nous ne sur le terrain de la négociation. La partie n’est pas finie. ● ANDRÉ SILVER KONAN voyons pas ce qui pourra nous empêcher

Le 27 septembre, la manifestation de l’opposition a tourné à la confrontation avec le pouvoir. À l’approche des législatives, dont la date est contestée, la tension monte.

L

e match s’est joué à Conakry, le 27 septembre. Passant outre l’avis de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (opposition modérée) et bravant l’interdiction de manifester décrétée par le gouverneur de Conakry, l’équipe du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition (opposition radicale) a maintenu sa manifestation contre la tenue des législatives du 29 décembre. L’opposition se plaint en effet de ne pas avoir été associée au choix de cette date. Les militaires, qui jouaient les hooligans sous Lansana Conté et Moussa Dadis Camara, ont été appelés par le chef d’étatmajor à rester dans leurs casernes, et le match s’est disputé hors du stade du 28-Septembre, célèbre par les massacres

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

9

OCTOBRE En France, les électeurs de gauche sont appelés à voter lors de la primaire du Parti socialiste pour N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

la présidentielle de 2012. Un second tour est prévu le 16 octobre.

11

OCTOBRE Scrutin présidentiel au Liberia. Élue en

2005 avec 59,4 % des voix, Ellen Johnson-Sirleaf brigue un second mandat. Les législatives et les sénatoriales ont également lieu ce 11 octobre.

14-15

OCTOBRE Réunion des ministres des Finances du G20, à Paris, préparant le sommet des chefs d’État qui se tiendra à Cannes, en novembre. Objectif : rééquilibrer l’économie mondiale. JEUNE AFRIQUE


15

PRUDENCE NGOM/CHAKA

JEUNEAFRIQUE.COM

Activiste africain-américain, condamné pour meurtre, George Wright a été capturé au Portugal, après quarante et un ans de cavale.

HO NEW/REUTERS

D

ans sa coquette villa de la côte ans de prison (dont quinze incompresportugaise, José Luis Jorge sibles), il s’évade en 1970 de la prison de Dos Santos, 68 ans, vivait tranLeesburg (New Jersey) avec trois autres détenus. Il refait surface à Detroit, où il quillement avec sa femme et ses deux enfants. Aussi, le 26 septembre, s’engage dans l’Armée de libération des lorsque des policiers débarquent pour Noirs. Composé en majorité d’ex-Black l’arrêter, ses voisins, qui le trouvaient Panthers, ce groupe clandestin prône la lutte armée au nom de la « libération du charmant et le présumaient d’origine angolaise, tombent des nues. L’examen peuple noir aux États-Unis ». La cellule des empreintes digitales est formel : il prépare un gros coup : en 1972, en sous’agit de George Wright, un criminel, ancien activiste En 1972, en soutane et sous une et pirate de l’air en cavale fausse identité, il détourne depuis quarante et un ans. Le FBI, qui travaillait en colun avion, avant de fuir pour Alger. laboration avec la police portugaise, avait ressorti ce dossier tane et sous une fausse identité, Wright poussiéreux en 2002, pour reprendre et ses acolytes détournent un avion, qui l’enquête au début. assurait la liaison Detroit-Miami. Pour En 1962, Wright a 19 ans et déjà quellibérer les 86 passagers, ils réclament une ques vols à main armée à son actif. Mais rançon de 1 million de dollars et, afin un soir, tout dérape : lors du braquage de s’assurer qu’ils ne seront pas armés, d’une station-service dans le New exigent que les policiers l’apportent en maillot de bain. Les compères s’envolent Jersey, le jeune Africain-Américain abat le gérant, un vétéran de la Seconde ensuite pour Alger. Guerre mondiale. Condamné à trente EXTRADITION. À l’époque, l’Algérie de Houari Boumédiène abritait Eldridge Cleaver,undirigeantdesBlack Panthers, ainsi qu’une dizaine de membres du mouvement, traqués par le FBI et la CIA. En 1976, les complices de Wright sont arrêtés à Paris, mais ce dernier s’est une nouvelle fois évanoui dans la nature. La suite de ses péripéties est mal connue. En 2002 et pendant neuf ans, une force spéciale conjointe de la police de New York et du New Jersey mène une enquête minutieuse, qui les conduit près de Lisbonne. Les États-Unis ayant demandé son extradition, Wright pourrait finir de purger sa peine à l’ombre d’une prison américaine, loin du soleil portugais. ●  L’ANCIEN MEMBRE de l’Armée de libération des Noirs, en 1963. Il est aujourd’hui âgé de 68 ans. JEUNE AFRIQUE

JUSTINE SPIEGEL

Meïssa Ngom Fondateur de Money Express : « Être introduit en Bourse permet d’obtenir la confiance des investisseurs. »

SONDAGE Selon vous, le Conseil national de transition libyen est-il capable d’assurer l’après-Kaddafi ? 1

2

3

1. Oui, le soutien de la communauté internationale va l’aider 35,80 % 2. Non, les divisions au sein du CNT sont trop fortes 45,48 % 3. Non, Mouammar Kaddafi l’en empêchera 18,72 % (497 votes*) CETTE SEMAINE :

Selon vous, quel serait le meilleur candidat socialiste français pour l’Afrique ? À LIRE AUSSI : Cameroun : les grands absents de la présidentielle Les « camouflettes » de Brazzaville : un « Sex in the City » à la congolaise N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

* SONDAGE RÉALISÉ AUPRÈS DES INTERNAUTES DE JEUNEAFRIQUE.COM ENTRE LE 23 ET LE 29 SEPTEMBRE 2011

États-Unis Black Panther prise au piège


ILS ONT DIT

« L’économie des ÉtatsUnis est très innovante. Rien à voir avec le Vieux Continent, où les politiciens ne nous ont franchement pas donné assez confiance, à nous investisseurs. »

C. BIBBY/FINANCIAL TIMES-REA

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TIDJANE THIAM Dirigeant du groupe Prudential, principale compagnie d’assurances du Royaume-Uni

« Mouammar Kaddafi est pauvre et honnête. » MOUSSA IBRAHIM Porte-parole de l’ex-“Guide” libyen

« On ne peut pas se passer du nucléaire. Il fournit déjà 14 % de l’électricité mondiale, et ce sera 24 % en 2050. Un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’électricité. Et sans elle, il n’y a pas de développement. » MOHAMED EL-BARADEI Prix Nobel de la paix 2005, ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique

« Je suis responsable du destin du seul et unique État juif. Je tiens à ériger un mur contre les crocodiles insatiables de l’islamisme, avant qu’ils ne nous dévorent au petit déjeuner. » BENYAMIN NETANYAHOU Premier ministre israélien

«

HAMILTON/REA

À la maison, dans l’eau, ma philosophie, c’est zéro vêtement. J’aime être nue, libre de mes mouvements. C’est mon côté direct. Et ça évite de se faire tailler des costards ! » CHRISTINE BOUTIN CHR Ancienne ministre française Ancien N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

Francophonies Tous au diapason UNE TROUPE DE DANSEURS emmenée par un chorégraphe burkinabè, une pièce de théâtre inspirée par la vibrionnante Brazzaville, un conteur comorien faisant revivre Moroni, un trompettiste intercalant son Métamorphise entre un concerto de Nino Rota et la symphonie no 41 de Mozart… Le festival des Francophonies en Limousin, qui se tient à Limoges (France) jusqu’au 8 octobre, résiste à toute classification. S’il fallait pourtant le qualifier en deux mots, « métissage » et « dialogue » lui conviendraient parfaitement. Certes, les invités – auteurs, metteurs en scène, danseurs, chanteurs, acteurs, musiciens… – conviés par la directrice Marie-Agnès Sevestre ont le français en partage, comme il sied à toute manifestation se référant à la francophonie, mais c’est surtout leur manière de faire fi des frontières qui les unit.

Ainsi le chorégraphe burkinabè Salia Sanou travaille-t-il avec des danseurs amateurs venus de différentes disciplines (capoeira, salsa, hip-hop, danse orientale) comme avec le plasticien français Daniel Buren. Ainsi l’acteur et metteur en scène Dieudonné Niangouna, qui sera artiste associé à Avignon en 2013, crée-t-il à Limoges une pièce se déroulant à Brazzaville. Ainsi le trompettiste francolibanais Ibrahim Maalouf, neveu de l’académicien, se promène-t-il entre jazz, musique orientale et musique classique (lire p. 127). Ce n’est pas tout : la vidéo et la danse s’invitent au théâtre, l’énergie de la musique et des corps est présente partout. Le message est clair : l’idée d’un clash des civilisations est une invention perverse ; l’humanité ne parle qu’une seule langue. ● NICOLAS MICHEL, envoyé spécial à Limoges

Algérie Que les gros salaires lèvent le doigt! SERAITCE UN EFFET INDIRECT du Printemps arabe? Réunie les 29 et 30 septembre à Alger, la quinzième tripartite – entre le gouvernement, le patronat et le syndicat UGTA – a tenu ses promesses. Annoncée comme l’événement de la rentrée, elle a donné lieu, les jours précédents, à un grand déballage sur les salaires des hommes politiques. Un pavé dans la mare destiné à faire pression sur l’État et les patrons pour qu’ils augmentent le salaire national minimum garanti (SNMG). Pari réussi, puisque Ahmed Ouyahia, le Premier ministre, a confirmé le 30 septembre qu’il passerait de 15 000 dinars algériens (150 euros) à 18 000 dinars à partir du 1er janvier 2012. Selon des fuites du ministère des Finances relayées par le quotidien El Watan, Ahmed Ouyahia et le président, Abdelaziz Bouteflika, perçoivent respectivement 500 000 et 800 000 dinars nets mensuels (5 000 et 8 000 euros), soit 34 fois et 54 fois le SNMG actuel. Le président de l’Assemblée populaire nationale touche, lui, 600 000 dinars par mois et un secrétaire d’État, 270 000 dinars. Des rémunérations qui sont assorties d’avantages non négligeables, comme la gratuité du logement ou les voitures de fonction. ● JEAN-MICHEL MEYER JEUNE AFRIQUE


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La semaine de J.A. Décryptage

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Tunisie Session de rattrapage

Juppé de débloquer une aide de 350 millions d’euros, les Tunisiens ont du mal à pardonner à Paris son attitude au début de la révolution. Quant à l’ambassadeur, le jeune et controversé Boris Boillon, Protestations d’amitié, promesses de dons… L’Union européenne il peine à reconquérir les cœurs. « La France a pris beaucoup de retard. Avant et les États-Unis se livrent à une offensive de charme. la révolution, elle n’avait pas de relais dans la société et était mal informée. Elle n’a plus la cote », explique le consultant par exemple, Afif Chelbi, alors ministre a révolution tunisienne n’a pas seulement fait tomber un régime, Cyril Ghislain Karray. de l’Industrie, avait qualifié de « ridielle a aussi rebattu les cartes du Un désamour dont pourraient proficules » les 17 millions d’euros qu’elle jeu diplomatique. Symbole du ter les États-Unis. Le 7 octobre, Barack proposait. Printemps arabe, la Tunisie suscite un Obama doit recevoir Béji Caïd Essebsi vif intérêt chez les pays occidentaux, TEMPO. Jugée bureaucratique et en proie à Washington. Décidés à gagner du à la crise, l’UE suscite peu d’enthousiasme terrain, les Américains ont été les plus bien décidés à en faire une vitrine de la démocratie au Maghreb. prompts à saluer la révolution, et Jeffrey dans l’opinion tunisienne. Beaucoup ont Feltman, sous-secrétaire d’État chargé Le 28 septembre, Catherine Ashton, été déçus qu’elle ne leur accorde pas le du Proche-Orient, a été le premier haut la chef de la diplomatie européenne, « statut avancé » qu’avait obtenu le Maroc était à Tunis pour présider au côté de responsable occidental à se rendre à en 2008. « On a vécu une accélération de Tunis après la chute de Ben Ali. Avec Béji Caïd Essebsi, le Premier ministre, l’Histoire, mais nos partenaires, eux, sont la première réunion du groupe de trarestés dans le même tempo », déplore WikiLeaks, les Tunisiens ont par ailleurs vail Union européenne-Tunisie. « Nous découvert que, sous son règne, voulons que vous réussissiez. Je suis ici l’administration américaine Malgré la visite de nombreux pour relancer l’économie et créer des préférait diversifier ses interministres à Tunis, la France emplois », a-t-elle affirmé. Lors de cette locuteurs en finançant lobbies, réunion, qui s’est tenue en présence de n’a plus vraiment la cote. think-thanks et blogueurs. « Pour représentants d’institutions financièce qui est des promesses de dons, res (FMI, BEI, BERD, BAD), mais aussi un ancien diplomate. En juillet, l’UE a les Américains restent très vagues », ajoute de l’Union pour la Méditerranée et du nommé l’Espagnol Bernardino León Karray. Prudents face à une opinion soupartenariat G8 Deauville, la Tunisie a représentant spécial pour le sud de la vent hostile à leur égard, ils tiennent à rasobtenu une aide de 157 millions d’euros, Méditerranée. Ce diplomate de carrière, surer contre toute tentative d’ingérence. destinée à dynamiser son économie et à qui a une très bonne connaissance du « La transition démocratique tunisienne développer son agriculture. monde arabe, est chargé de redorer le ne sera pas “made in America”. Nous À moins d’un mois des élections, l’UE blason de l’Europe dans la région. respectons une totale neutralité sur le Mais la véritable déception vient de envoie un signal fort. Sans doute estplan politique », a assuré le parlemenla France. Malgré la visite de nombreux elle désireuse de rattraper les erreurs taire républicain David Dreier, en visite ministres à Tunis et la promesse d’Alain à Tunis le 27 septembre. ● LEÏLA SLIMANI commises en début d’année. En février,

L

LE DESSIN DE LA SEMAINE

Yalo • Sowetan • Afrique du Sud LIBYE QUAND TWITT RIME AVEC FUITE

THE NEW YORK TIMES SYNDICATION

OÙ DONC SETERRE l’insaisissable Kaddafi ? Au fond d’un bunker à Syrte ? Dans un douar algérien, une villa au Venezuela, une grotte du désert libyen ? Le tyran déchu court toujours, et personne ne lui a encore mis la main au collet. Ceux qui le pourchassent n’arrivent pas à le suivre, ceux qui le soutenaient ne veulent plus le suivre : il n’a plus personne derrière lui – pas même les « twitternautes » ! Quarante et une années de règne s’achèvent, dans la solitude et la clandestinité. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

JEUNE AFRIQUE


La semaine de J.A. Tour du monde BOLIVIE

Indiens en colère

CHAPPATTE

20

FRANCE

La vengeance des « territoires »

P

OUR LA PREMIÈRE FOIS depuis l’instauration de la Ve République, en 1958, le Parti socialiste et ses alliés sont, de justesse, majoritaires au Sénat. En un sens, le scrutin du 25 septembre n’est que le prolongement de ceux qui se sont succédé depuis 2004 – tous perdus par la majorité, à l’exception de ceux de 2007 – puisque les sénateurs sont élus par un collège de grands électeurs : députés, conseillers régionaux, cantonaux et municipaux, etc. Les effets de la crise financière et l’impopularité persistante de Nicolas Sarkozy ont assurément joué un rôle, mais ce qui a fini de faire basculer la Haute Assemblée, c’est la réforme territoriale en cours, qui devrait se traduire par une simplification de l’inextricable écheveau des juridictions administratives françaises – et donc par la suppression d’un nombre non négligeable de postes électifs. À l’évidence, cette réforme s’impose. Qu’elle fasse des mécontents, c’est inévitable. Mais la manière brutale dont elle est conduite ulcère beaucoup d’élus locaux pas forcément hostiles à la majorité. Comme le dit l’impayable Jean-Pierre Raffarin, « les territoires grondent ». On se croirait en 1788, non ? ● MEXIQUE

Journaliste décapitée RÉDACTRICE EN CHEF du quotidien mexicain Primera Hora, María Elizabeth Macías (39 ans) a été retrouvée décapitée le 24 septembre à Nuevo Laredo (Nord-Est). Elle est la quatrième journaliste assassinée dans ce pays depuis le début de l’année. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

Et la quatre-vingtième en dix ans. Son crime ? Elle avait tenté de s’informer sur les activités des narcotrafiquants via les réseaux sociaux. Selon l’ONG Reporters sans frontières, le Mexique est, pour les journalistes, le pays du continent américain le plus dangereux.

ILS MARCHAIENT vers La Paz depuis la mi-août pour protester contre la construction d’un axe routier à travers un parc naturel où vivent 50 000 d’entre eux. Le 26 septembre, les Indiens amazoniens ont obtenu gain de cause : le projet a été suspendu par le président Evo Morales. La veille, la police avait brutalement dispersé plusieurs milliers de personnes campant près du village de Yucumo, à 300 km de la capitale. Et provoqué la démission de trois ministres, dont ceux de la Défense et de l’Intérieur. LE CHIFFRE QUI ACCUSE

975

milliards de dollars C’EST LE COÛT DU BLOCUS imposé par les États-Unis à son pays depuis 1960, s’il faut en croire Bruno Rodríguez Padilla, le chef de la diplomatie cubaine, qui s’exprimait le 26 septembre devant l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. THAÏLANDE-MALAISIE

L’attentat de trop  UN BON MUSULMAN ne fréquente pas les bars à karaoké ni les prostituées », explique un habitant de la ville thaïlandaise de Sungai Golok, près de la frontière malaise. Le 18 septembre, un attentat revendiqué par la guérilla islamiste a fait 6 morts et 110 blessés, dont 4 ressortissants malaisiens, dans le quartier des bars. Pour la première fois, la Malaisie s’est dite prête à travailler avec son voisin du Nord à la restauration de la paix dans la région. Depuis 2004, le conflit entre indépendantistes musulmans et forces thaïlandaises et bouddhistes a fait plus de 5 000 victimes. JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

ANDRE DUSEK • AFP

BRÉSIL

La stratégie du balai CINQ MINISTRES NOMMÉS PAR DILMA ROUSSEF après son accession à la présidence, il y a neuf mois, ont déjà été mis en cause pour corruption et contraints à la démission. Des opposants ont trouvé un moyen original de manifester leur exigence d’une moralisation de la vie publique. Devant le siège du gouvernement, à Brasilia, des centaines de balais vert et jaune, les couleurs du pays, ont été disposés. Faut-il vraiment traduire ? CHILI

Le coup de la panne PANNE D’ÉLECTRICITÉ géante, le 24 septembre à Santiago et dans plusieurs régions du Chili. Dix millions de personnes (sur 17 millions) sont restées dans le noir près de trois heures durant – ce dont certains ont naturellement profité pour piller un supermarché. Selon Rodrigo Álvarez, le ministre de l’Énergie, des problèmes sur deux lignes à haute tension et une défaillance du système informatique de récupération seraient à l’origine de la panne. ITALIE

Encore Lampedusa FAUTE DE PLACE dans les centres de rétention, 700 sans-papiers tunisiens, dont beaucoup de mineurs, sont enfermés depuis le 21 septembre JEUNE AFRIQUE

dans trois ferrys à quai dans le port de Palerme. Parfois menottés, entassés dans des cabines gardées par des militaires, ils ont l’interdiction de se déplacer à bord et de communiquer avec l’extérieur. Les associations antiracistes ayant, le 27 septembre, saisi le parquet de Palerme, une enquête a été ouverte pour détention illégale de mineurs et violation des normes constitutionnelles. CHINE

Après le TGV, le métro LE 23 JUILLET, un terrible accident entre deux TGV avait déjà fait 40 morts près de Wenzhou – conséquence d’incroyables malfaçons dans les installations. Un nouveau drame frappe aujourd’hui le réseau ferré chinois. Le 27 septembre, à la

suite d’une panne de signalisation, deux rames sont entrées en collision sur la ligne 10 du métro de Shanghai, inaugurée il y a un an. Bilan : au moins 270 blessés. ÉTATS-UNIS

Grosse claque GRAND FAVORI (avec Mitt Romney) pour l’investiture du Parti républicain à la présidentielle de 2012, l’ultraconservateur Rick Perry a reçu une gifle retentissante lors du débat télévisé réunissant les candidats déclarés de son parti, le 22 septembre à Orlando (Floride) : il n’a séduit que 15,4 % de son auditoire, ce qui pourrait plomber la suite de sa campagne. Le grand vainqueur (57,1 %) est un parfait inconnu : l’Africain-Américain Herman Cain, ancien patron d’une chaîne de pizzerias. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

21


Grand angle

CAMEROUN

Le président

inoxydable Le 9 octobre, Paul Biya, 78 ans, chef de l’État depuis 1982, briguera sans risque un nouveau septennat. Cet homme énigmatique, que la stabilité de son pays obsède au point de défier l’usure du temps, en est convaincu : les Camerounais ne sont pas encore mûrs pour le changement. Une certitude discutable, qui dissimule une angoisse bien réelle : celle de devoir un jour quitter le pouvoir…

L’unique pourcentage que l’on guettera au soir de ce scrutin à un tour sera donc celui des abstentionnistes: combien d’électeurs camerounais auront-ils choisi l’« exit option », celle de l’impuissance et de la défection, sachant que ce qui légitime un acte électoral, c’est d’abord la participation ? Après la vague des élections sans choix de l’époque Ahidjo et les débuts de l’ère Biya, le Cameroun vit à l’heure des élections sans enjeux, avec candidat hyperdominant et casting de figurants. Celle qui vient ne devrait rien changer à la règle.

FRANÇOIS SOUDAN

STABILITÉ. Il faut être honnête. Une fois, une

D

epuis trente ans, la « camerounologie » – néologisme réservé aux rares observateurs étrangers de la vie politique camerounaise – s’apparente à la scrutation de l’horizon depuis la proue d’un navire encalminé en pleine mer des Sargasses. Rien ne bouge, et de cette uniformité naît un insondable ennui. De temps à autre, rarement, un coup de tonnerre : 1984, tentative de putsch ; 1991, « villes mortes » ; 2006, opération Épervier ; 2008, émeutes contre la cherté de la vie. Et puis, à nouveau, le calme plat, l’encéphalogramme de comateux, l’océan d’huile. Pas plus que ses dix devancières depuis l’indépendance (dont cinq sous Paul Biya), l’élection présidentielle du 9 octobre ne dérogera à ce constat désespérément terne. À peine une brise à la surface des eaux dormantes, tant la campagne est ici une pure formalité, et les perspectives d’alternance au pouvoir, aussi ténues qu’étaient les chances (ou les risques) de voir l’hôte du palais d’Etoudi renoncer à briguer sa propre succession. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

Le pays en bref ● Population:

20,4 millions d’habitants

● Poids économique

(chiffres 2010): Produit intérieur brut: 22,48 milliards de dollars Taux de croissance: 3,2 %

● Taux de croissance

démographique: 2,3 %

● Électeurs inscrits

(en août 2011) : 7 525 122

SOURCES : FMI, ELECAM

22

seule, le Cameroun a connu une présidentielle vraiment concurrentielle. C’était en octobre 1992, dans la foulée d’un printemps démocratique et contestataire comme le pays n’en avait jamais connu. Elle se déroula sur fond de violence frôlant la Ð PAUL BIYA guerre civile et dans un cli(au centre) lors de l’ouverture mat d’exaltation des identités du congrès communautaires qui faillirent du RDPC, bien renverser un Biya temà Yaoundé, le porairement affaibli. À l’issue 15 septembre. de ce 11 octobre, plus de 60 % des Camerounais avaient voté contre lui, et il ne dut son salut qu’au sésame de l’élection à tour unique. Traumatisé par cette expérience presque autant que par le coup d’État manqué d’avril 1984, Paul Biya referma brusquement le couvercle et se coucha dessus, tel les lions endormis, mais vigilants, du parc de Waza. Ce grand corps atone qu’est devenu le Cameroun est le produit direct de l’homme de 78 ans qui préside à ses destinées depuis près de trois décennies. Biya a une obsession : la stabilité à tout prix. Dans un pays mosaïque, qui a connu son lot de déchirements au cours des années 1950 ● ● ● JEUNE AFRIQUE


MABOUP

23

JEUNE AFRIQUE

N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


Grand angle Cameroun ● ● ● et 1960, la réforme est un risque, la révolution une catastrophe et le conservatisme l’unique moyen de maintenir ensemble les pièces du puzzle. Ainsi pense Paul Biya. « S’il pouvait vitrifier le Cameroun, il le ferait », lâche un baron du régime, qui ajoute : « Au fond, c’est un grand angoissé. » Avoir maintenu son pays à l’écart des tourments qu’ont connus le Tchad, le Nigeria, la RD Congo ou la Côte d’Ivoire est d’ailleurs, avec l’instauration du multipartisme et de la liberté de la presse, le principal motif de fierté du président camerounais. Chacun de ses interlocuteurs étrangers y a droit, et tous sont priés de se servir de cette grille de lecture pour déchiffrer les principales décisions de ce personnage énigmatique et imprévisible. Début 2008, un Paul Biya affable explique ainsi à l’ambassadrice des États-Unis, Janet Garvey, venue lui rendre visite, les raisons pour lesquelles il convient de supprimer la limitation constitutionnelle du nombre des mandats, ouvrant par là la voie à sa propre candidature en 2011. Il faut, dit-il, mettre un terme aux épuisantes rumeurs sur sa succession, qui divisent le pays, paralysent le gouvernement et risquent de faire le lit des militaires. Pour lui, la classe politique camerounaise n’est pas encore mûre pour assumer une transition et se passer de sa personne. Même dictionnaire pour comprendre le vaste coup de balai donné aux écuries du régime qu’est l’opération Épervier. « C’est à moi de le faire, confie Biya, car il sera impossible pour celui

qui me succédera de commencer par cela. » En réalité, le président a pendant deux décennies considéré la corruption des élites comme une sorte de mal nécessaire parce que stabilisateur. La gangrène étant devenue hors de contrôle, donc déstabilisatrice, l’amputation devenait indispensable… PRUDENCE. L’osmose entre cette phobie du

désordre et le style de gouvernance de Paul Biya est frappante. Cet homme intelligent, éduqué, urbain a fait de l’absence de communication une technique de gouvernement. Ses décisions sont prises à l’issue d’un processus lent, délibératif et réactif, marqué du sceau d’une extrême prudence et d’une méfiance de tous les instants. Les signaux qu’envoie le sphinx d’Etoudi sont « S’il pouvait vitrifier toujours à double le Cameroun, il le ferait. Au fond, ou triple sens, au c’est un grand angoissé. » point de dérouter, UN BARON DU RÉGIME voire de tromper, ses plus proches collaborateurs. La plupart d’entre eux, comme le démontrent les télégrammes récemment rendus publics par WikiLeaks, estimaient ainsi qu’il ne se représenterait pas en 2011. Et encore s’agit-il du petit cercle de privilégiés que Biya consulte régulièrement, lui qui avouait récemment ne pas connaître tous ses ministres, ni même leur curriculum vitæ. Rarement, comme saisi d’un prurit d’activisme et peut-être pour démontrer

LES PRINCIPAUX OUTSIDERS John Fru Ndi, 70 ans,

d’imposition. Cet ancien étudiant de l’École supérieure de commerce de Lille a été de tous les combats de l’opposition depuis l’avènement du multipartisme. Seul représentant du courant de la mythique Union des populations du Cameroun (UPC), il espère faire mieux que le résultat de 1 % obtenu en 2004.

homme d’affaires, candidat du Social Democratic Front (SDF) L’éternel challengeur de Paul Biya se dit prêt pour un nouveau défi. L’ancien chantre du « Biya must go » a fait la paix avec son rival, qu’il a rencontré plusieurs fois depuis leur premier entretien de décembre 2010. Seulement, le Chairman semble ne plus avoir le feu sacré. Après avoir appelé au boycottage des inscriptions sur les listes électorales, il a changé d’avis avant de déposer sa candidature. Pour lui, ce devrait être l’ultime élection présidentielle.

N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

responsable politique, candidat du Manidem Ekanè peut remercier la Cour suprême, qui a annulé le rejet de sa candidature par Elecam pour défaut de présentation du certificat

MABOUP POUR J.A.

Anicet Ekanè, 60 ans, NICOLAS EYIDI POUR J.A.

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JEUNE AFRIQUE


Le président inoxydable

Paul Ayah Abine, 61 ans, magistrat, candidat du People’s Action Party (PAP) Quelle mouche a donc piqué ce député RDPC sans histoires ? Abine a refusé de voter en mars 2008 la modification constitutionnelle qui permettait au chef de l’État de briguer un nouveau mandat. L’élu anglophone de la Manyu (Sud-Ouest) ne s’est pas arrêté là : il a coupé les ponts avec le parti de Paul Biya, dont il dénonce la mauvaise gouvernance. Il milite pour le retour au fédéralisme à dix États. Esther Dang, 66 ans, économiste, candidate du Bloc pour la reconstruction et l’indépendance économique du Cameroun (Bric) Elle a claqué la porte du parti au pouvoir en janvier 2010. Docteur en économie à Paris-I, la native du Mbam-et-Inoubou (Centre), un département favorable à Paul Biya, JEUNE AFRIQUE

des Forêts intitulé Le Bavard : l’histoire d’un mutique à qui il n’arrive que des malheurs dès qu’il se risque à prononcer un mot… HÉRITAGE. Conforté dans ses multiples frilosités

par des décennies de politique camerounaise de la France – dont les ambassadeurs à Yaoundé se comportent tous comme s’ils évoluaient dans un magasin de porcelaine, ce qui explique d’ailleurs le ton volontiers agressif de l’opinion à l’égard de « Quelle fierté aurais-je l’ancienne puissance à laisser le Cameroun tel coloniale –, cet homme qu’il est aujourd’hui ? » de précautions nourrit, PAUL BIYA à l’ambassadeur américain, mai 2006 aux côtés de son tropisme stabilisateur, deux autres obsessions. Celle de son héritage, tout d’abord, comparativement à celui de son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo. Il sait, lui qui par nature répugne à l’usage de la force brute (sauf en 1991 et en 2008), qu’il aura été meilleur que son mentor sur le plan des avancées démocratiques, mais moins bon dans le domaine du développement économique et social. « Quelle fierté aurais-je à laisser le Cameroun tel qu’il est aujourd’hui ? » reconnaissait, lucide, Paul Biya, un jour de 2006, devant le diplomate américain Niels Marquardt. C’était il y a cinq ans, et sans doute cette conscience de l’image en demi-teinte qu’il offrirait aux générations futures s’il quittait le pouvoir explique-t-elle encore et en partie sa décision de « rempiler » pour la cinquième ● ● ●

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

qu’il est toujours aux commandes, Paul Biya semble se souvenir du jeune quadra qu’il fut lors des deux premières années de son règne, quand il tenait des conférences de presse et prenait une décision par jour. Fin 2009, on a cru qu’il remplirait le vide régional laissé par la disparition d’Omar Bongo Ondimba. Espoir déçu : la politique étrangère, avec son cortège de voyages, de discours et de spasmes diplomatiques à gérer, ce n’est pas sa tasse de thé. En octobre 2007, il accorde à France 24 une rarissime interview dans laquelle il dévoile ses projets constitutionnels et annonce que l’opération Épervier ira jusqu’à son terme. Au Cameroun, le choc est immédiat, et Biya regrette aussitôt de s’être ainsi livré. « Ce n’était pas prévu », confie-t-il à un interlocuteur américain, avant de se refermer comme une huître. L’auteur de ces lignes en fera d’ailleurs les frais ; alors que le rendez-vous avait été pris pour un entretien, il se verra tout à coup stoppé à la porte même du bureau présidentiel avec ces mots : « Le Chef s’excuse, il a changé d’avis, ce n’est plus opportun. » Pour Paul Biya, la parole publique aussi peut être déstabilisatrice, et mieux vaut en user avec parcimonie. Au chargé d’affaires de l’ambassade de France qui le presse de donner ses impressions au retour d’une visite à Paris en 2009, Biya lâche dans un sourire : « On ne m’a pas lancé de tomates. » Rien de plus. On jurerait que le chef de l’État camerounais a sur sa table de chevet le récit de l’écrivain français Louis-René

a été, de 1990 à 2003, la patronne de la Société nationale d’investissement (SNI). Pour sa première compétition électorale, la discrète Dang pourrait surtout pâtir d’un déficit de notoriété.

Garga Haman Adji, 67 ans, administrateur civil, candidat de l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD) Classé au quatrième rang à l’issue de N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Grand angle Cameroun

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fois. Moins « dicible » sans doute, mais tout aussi prégnante dans l’esprit de Paul Biya : la préoccupation permanente de protéger sa famille à la fois restreinte (il est père de jeunes enfants) et élargie (le grand groupe beti où plongent ses racines) de tout ce qui pourrait, après lui, apparaître comme une volonté de revanche, contre laquelle aucune garantie ne lui paraît de trop. Lui qui a de la géographie politique de son pays une science d’arpenteur sait très bien que son successeur sera issu d’une autre ethnie que la sienne, d’où l’extraordinaire secret qui entoure ses réflexions sur l’identité d’un dauphin qu’il entend se choisir de son vivant. S’il est une chose à laquelle doit servir ce qui devrait être son ultime mandat (il aura 85 ans à la prochaine échéance, en 2018), c’est bien celle-là. ●●●

SUCCESSION. D’aucuns lui prêtent d’ailleurs l’in-

tention de démissionner dès que son choix aura été arrêté. Une vaste villa cossue l’attend, à deux encablures d’Etoudi, à l’ombre de l’ambassade des États-Unis. La Constitution lui assure l’immunité, et il lui arrive d’être saisi d’une immense envie d’aller se reposer. Mais l’homme est sans illusions sur la vraie nature de ses courtisans. Il sait d’expérience qu’un dauphin finit toujours par asseoir sa légitimité sur le meurtre, symbolique et obligé, du père – n’est-ce pas le chemin qu’il emprunta lui-même après le départ d’Ahidjo, dont les cendres, vingt-deux ans après sa mort, gisent toujours en exil ? Or, de cette logique-là, aucun la présidentielle de 2004 (3,73 % des suffrages), l’éruptif ancien ministre de la Fonction publique, héraut de la lutte anticorruption, qui avait démissionné du gouvernement en août 1992, n’a pas

grand maître du kong – la magie des Betis – ne peut le protéger. Le problème, en définitive, est que tout cet entrelacs de prudences, de précautions, d’attentisme tissé autour de lui-même par un homme dont on sent en permanence le besoin d’être rassuré est devenu pour les Camerounais un puissant facteur anxiogène. Plus le chef tente d’évacuer ses propres angoisses de l’avenir en additionnant les mandats électifs, plus la population se demande de quoi demain sera fait – demain pouvant très bien être, au regard de l’âge du capitaine, le jour d’après. Posons la question au citoyen lambda et répétons-la mille fois à Douala, Bafoussam, Garoua ou Yaoundé, la réponse sera toujours la même: si Dieu le rappelle à Lui, c’est le saut dans l’inconnu, le scénario indéchiffrable. Le fait que la compétition pour la succession du prince se déroule non pas avec des partis d’opposition, que la « politique du njangui » (l’échange, le troc avec le régime) a décrédibilisés, mais à l’intérieur même du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) au pouvoir ajoute à cette opacité et à cette absence totale de repères. Trente années de biyaïsme n’ont pas donné aux Camerounais la confiance en leurs institutions indispensable pour envisager l’avenir avec sérénité. À cet égard, l’élection du 9 octobre apparaît comme un soin palliatif pour un malade relevant d’une thérapie de choc. Car les eaux sur lesquelles flotte, immobile, le navire Cameroun ne sont pas celles de la mer des Sargasses. Ce sont celles du lac Nyos. ●

renoncé. Cet homme à poigne, natif de Maroua (Extrême-Nord), est un personnage ambigu, à la fois détesté par les opposants et surveillé par le régime pour son caractère imprévisible.

Bernard Muna, 71 ans, avocat, Alliance des forces progressistes (AFP) « Paul Biya doit des comptes aux chômeurs trentenaires nés alors qu’il s’installait au pouvoir. » L’ancien procureur duTribunal pénal international pour le Rwanda, transfuge du SDF, ne ménage pas le président sortant. Si sa stature internationale et son fort potentiel sont unanimement reconnus, ses détracteurs rappellent que, en dépit de son patronyme, il a perdu les seules élections auxquelles il a participé, les législatives, dans son fief de Mbengwi, dans le Nord-Ouest. Édith Kah Walla, 46 ans,

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

chef d’entreprise, Cameroon People’s Party (CPP) Dynamique et pur produit des médias, l’activiste Kah Walla est à la pointe des manifestations contre le régime. Originaire de Bali-Nyonga par son père et de Pinyin (Nord-Ouest) par sa mère, mais née au Nigeria, N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

JEUNE AFRIQUE


Le président inoxydable REPORTAGE

Douala la frondeuse

La plus grande ville du pays, épicentre historique de la contestation politique, court après son lustre perdu. GEORGES DOUGUELI,

envoyé spécial

D

ouala,le18septembredernier.À l’entrée de l’aéroport, plusieurs centainesdejeunessontagglutinés derrière des barrières de sécurité gardées par des policiers visiblement désabusés. En dépit du filtrage, on compte presque autant de personnes à l’intérieur du bâtiment qu’à l’extérieur. Les espacesréservésauxvoyageursfourmillent d’unmondedépenaillévaguementinquiétant, d’une masse grouillante qui discute, s’égosille, s’apostrophe, va et vient sans but sous la chaleur poisseuse. Ici, tout se vend et s’échange sous le manteau, de la joaillerie aux devises, en passant par des cadenas de bagagerie, des cartes à puce destinées aux téléphones mobiles… L’économie de la débrouille, qui a proliféréaprèsles«villesmortes»durantlacrise politique des années 1990, a eu raison du lustre de cette belle infrastructure, rongée par l’humidité, avec ses murs noircis, ses

crée pas assez d’emplois, tandis que sa démographie croît à un rythme soutenu. Ainsi, 22 % des jeunes sont au chômage. Les centaines de diplômés formés par son université d’État, créée en 1993, vivent d’expédients, la majorité enfourchant une moto-taxi pour survivre. Avecsondéveloppementanarchique,ses routes sans trottoirs, ses façades lépreuses, ses bars qui vendent du whisky frelaté en sachets, ses prostituées, ses nombreux guichets de paris équestres… Douala souffre, Doualas’enivre,Doualas’oublie.Ledernier cinéma, lui, a fermé en janvier 2009. Et sans soutien, les deux musées pourraient bien subir le même sort. Un hôpital de 750 lits, spécialisé dans la prise en charge

passerelles branlantes et désaffectées… Destravauxderéhabilitationsontencours, mais ils aggravent l’inconfort des lieux. Ancienne handballeuse dont la carrière s’est prématurément arrêtée pour cause de grave blessure, Armelle passe une bonne partie de ses journées dans cette cour des miracles.Plusjeune,ellerêvait de jouer dans un championSur leurs motos-taxis, les nat professionnel européen. centaines de diplômés formés à Mais, à 30 ans, elle n’a jamais l’université vivent d’expédients. exercé d’activité salariée et vend des bijoux fabriqués par un associé sénégalais qui la rémunère à la de la mère et de l’enfant, est en cours de commission.«Jefaispartiedelagénération construction,maislesservicessociauxsont sacrifiée », se plaint-elle, fataliste. globalement miséreux. En août dernier, Avec plus de 2,5 millions d’habitants, l’unité d’hémodialyse de l’hôpital général dont la moitié est âgée de moins de 20 ans, de la ville a annoncé qu’elle ne recevrait la plus grande ville camerounaise – et de plus de patients. Sa capacité d’accueil est toutelasous-région–estenpleinedéprime. saturée. Certes, le gouvernement a accordé au Douala court après une prospérité qu’elle désespère de retrouver. Son économie ne groupenigérianDangotel’autorisation ● ● ●

Adamou Ndam Njoya, 69 ans, universitaire, Union démocratique du Cameroun (UDC) Écrivain et membre de diverses organisations internationales, le prince bamoun est connu au Cameroun. Vice-ministre des Affaires étrangères à 33 ans, en 1975, membre de tous les gouvernements jusqu’en 1982, il est l’actuel maire de Foumban (Ouest). Candidat de la coalition de l’opposition pour la présidentielle de 2004, il avait obtenu 4,7 % des voix. Jean-Jacques Ekindi, 66 ans,

polytechnicien, Mouvement progressiste (MP) Bien que connu pour ses coups de gueule contre le régime, la rumeur le donne souvent entrant au JEUNE AFRIQUE

JJEWONG/APANEWS

elle bénéficie d’un réel capital sympathie, en particulier auprès des jeunes. Mais elle doit aussi sa notoriété à un parti qu’elle a quitté en 2010, le SDF de Fru Ndi.

gouvernement. La faute sans doute à son passé au RDPC, qu’il a quitté en 1991. Son principal reproche à Paul Biya, qu’il affronte pour la troisième fois : ne pas en faire assez pour lutter contre la corruption et ne pas être

suffisamment présent. À l’image de Bernard Muna, ce natif de Douala est un candidat à fort potentiel, mais desservi par un parti dont il est le seul député et qui n’a que quelques conseillers régionaux. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Grand angle Cameroun ● ● ● de construire dans la zone industrielle une cimenterie de 52 milliards de F CFA (environ79millionsd’euros)etd’unecapacité de production de 1,2 million de tonnes par an. Le projet d’un deuxième pont sur le Wouri, dont les eaux limoneuses séparent le centre-ville de la zone industrielle, est également sur le point de démarrer. Mais lesvéritablesgrandsprojetsminiers,infrastructurelsetagro-industrielsannoncéssont localisés dans d’autres régions du pays. Le port en eau profonde de Kribi (Sud), dont les travaux devraient s’achever en 2013, va fatalement détourner l’essentiel du trafic de marchandises traitées aujourd’hui sur les quais de Douala, asphyxiant davantage le futur ex-poumon économique du pays. Même la compagnie Aluminium du Cameroun (Alucam), contrôlée par Rio Tinto Alcan, basée dans la ville voisine d’Édéa, va bientôt se détourner du port de Douala pour celui de Kribi. Pour l’instant, la trésorerie générale de Douala, qui centralise les recettes publiques de la région, expédie chaque jour un peu plus de 1 milliard de F CFA (1,5 million d’euros) dans les coffres du ministère des Finances, à Yaoundé. Jusqu’à quand?

ED OU/GETTY IMAGES

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 L’ABSENCE DE DÉBOUCHÉS PROFESSIONNELS pour la jeunesse de Douala explique en partie la frustration des habitants.

et président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), qui soutient la candidature d’Anicet Ekanè. Pis, l’antienne du « tous pourris»estdevenuelemoteurdel’abstention: plus de 70 % des personnes inscrites ne sont pas allées voter lors des législatives et municipales de 2007, faute d’alternative crédible. Incapable de régler ses querelles de leadership, l’opposition se présente une fois encore en rang dispersé à la présidentielle du 9 octobre. Albert Dzongang, représentant de la Dynamique pour la renaissance nationale, s’était dit prêt à se désister pour un concurrent mieux placé. Finalement, il y est allé. Au final, combien deprétendantsnarcissiquesontacceptéde renoncer? PasJohn FruNdi, qui n’envisage de candidature unique de l’opposition qu’autour de sa personne.

OPPOSITION. Chômage, sous-emploi, pauvreté, mal-vie sont les ingrédients qui ont déclenché les émeutes de la faim en février 2008, dont la répression a fait quarante morts, selon le décompte du gouvernement. Épicentre historique de la contestation politique au Le candidat rêvé, c’était le Cameroun,«Doualalafrondeuse» cardinal Christian Tumi, pourrait encore mériter sa réputation en cette année électorale. populaire et charismatique. « Une seule étincelle et vous verrez Les divisions de l’opposition sont l’une des hordes de moto-taximen en colère mettre à sac les services publics, incendier des causes de la démobilisation de l’électorat. Aux législatives de 2007, la ville ne des entreprises, tout casser… », prévient Alphonse, huissier de justice à Bonanjo, le comptait « que » 621000 personnes inscriquartierdesministères.Defait,lescoupsde tes sur les listes électorales. Pour cette préfeu tirés par un groupe armé, le 29 septemsidentielle, Elections Cameroon (Elecam) bre, sur le pont du Wouri, micro-incident a enregistré quelque 200 000 nouvelles qui a déclenché une véritable psychose inscriptions. Pourtant, au moins six des dans la capitale économique, témoignent vingt-trois candidats sont de Douala, dont de cette tension palpable à l’approche de le député Jean-Jacques Ekindi, l’UPCéiste la présidentielle. marxisant Anicet Ekanè, le dissident Albert « Quand Yaoundé respire, le Cameroun Dzongang, la femme d’affaires Édith Kah Walla, mais aussi l’avocat Jean de Dieu vit », avait lancé Paul Biya au visage de ce Momo, qui se battit en vain pour faire fief de l’opposition lors de la campagne condamner une dizaine de militaires présidentielle de 1992. Depuis, le fossé a soupçonnés en 2001 d’avoir exécuté sans semblé se creuser entre les deux métrojugement neuf jeunes du bidonville de poles rivales. « La fracture entre l’élite Bépanda. politique ou administrative fortunée et Le candidat rêvé, c’était le cardinal le pays réel est frappante », estime Pierre AbandaKpama, chefd’entreprise à Douala Christian Tumi, dont la popularité et le N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

charisme auraient pu susciter l’engouement des foules. L’archevêque émérite de 81 ans a résisté à ceux qui, depuis des années, le pressent de ranger sa mitre d’ecclésiastique engagé pour se lancer à la conquête de l’orgueilleux palais d’Etoudi. Il n’a pas cédé aux appels pressants et a même refusé de siéger au conseil d’Elecam, gardant ses distances avec l’ensemble du processus électoral. Paul Biya joue donc sur du velours. Avantage du sortant, il a longtemps tenu secrète la date du scrutin, avant d’accélérer brutalement le tempo, laissant à ses rivaux moins d’une semaine pour confectionner et déposer leurs dossiers de candidature. Néanmoins, « rien n’est gagné d’avance », veut croire Abanda Kpama car « les millions de diplômés de moins de 40 ans qui sont au chômage à travers le pays ne voteront pas Biya ». GRIMACE DES PATRONS. De fait, le pré-

sident sortant sait qu’il ne peut compter sur les voix de la métropole économique. Aussi dans cette élection à un seul tour a-t-il intérêt à faire carton plein dans les régions qui lui sont favorables, à savoir le Centre, le Sud, l’Est, mais aussi les trois provinces du Grand Nord, fief de son allié Bello Bouba Maïgari, de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP). Pour éviter un émiettement des

Un poumon économique à bout de souffle

2,5 millions d’habitants moins de 20 ans 22% (12 % de la population totale)

La moitié a

Le chômage des jeunes est officiellement de

JEUNE AFRIQUE


jeune afrique .com

JEUNE AFRIQUE

l’intégralité de l’interview de la journaliste sur jeuneafrique.com

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Fanny Pigeaud « Le besoin de dire les choses » Au Cameroun de Paul Biya, le livre de cette journaliste, suscite un vif débat. Il faut dire que la charge est sévère.

L

es ouvrages politiques consacrés au pays de Paul Biya n’étant guèrefréquents,leurpublication ne passe pas inaperçue. Avec Au Cameroun de Paul Biya (éd. Karthala), qui a immédiatement fait débat dans les colonnes des journaux camerounais, la journaliste française Fanny Pigeaud – ancienne correspondante de l’AFP et du quotidien Libération – a écrit un livre à charge. À ses yeux, Biya, qui représentait l’espoir du changement en 1982, s’est mué en manipulateur immobile, qui divise les élites et exacerbe les sentiments ethniques. Non sans un certain schématisme et quelques dérapages culturalistes, elle pointe aussi du doigt le défaitisme ambiant et une opposition dont les leaders « n’ont jamais pu incarner une alternative ». Le livre dérange, mais il marche. Le premier tirage, en août, arrive à épuisement, alors que, au Cameroun, une seule librairie privée de Yaoundé l’a mis en vente. JEUNE AFRIQUE : Vous attendiez-vous à une telle polémique après la sortie de votre livre ? FANNY PIGEAUD : Pas vraiment. Je

savais qu’il n’allait pas plaire, mais je ne m’attendais pas à ce qu’on en parle autant, ni à ce que les critiques soient aussi violentes. Mes détracteurs s’emploient surtout à en discréditer le contenu. Au début, ils ont affirmé qu’il n’apportait rien. Leur colère, dans ce cas, est étrange. Ensuite, ils ont laissé entendre que j’étais payée soit par Nicolas Sarkozy, soit par des victimes de l’opération Épervier, soit par l’opposition. Enfin, des journaux proches du RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais, NDLR] ont prétendu que je n’étais qu’un prêtenom. C’est la même rhétorique depuis Ahidjo : on joue sur la fibre patriotique des Camerounais pour atteindre la crédibilité des opposants ou des critiques venant de l’extérieur. À Paris, des Camerounais se sont rués dans les librairies, certains repartant même avec

VINCENT FOURNIER/J.A.

voix, il a demandé et obtenu que Bello, ministre d’État sans discontinuer depuis décembre 1997, renonce à se présenter. « L’épidémie de choléra qui a causé plusieurs centaines de morts en 2010 dans ces trois provinces a cristallisé un profond ressentiment des populations à l’égard du pouvoir », explique Saïdou Maïdadi, vice-président de l’Alliance des forces progressistes (AFP), qui soutient la candidature de Bernard Muna. « Pas question ! Nous devons présenter un candidat face à Biya », a tonné, lors du congrès tenu début septembre, une partie de l’UNDP, troisième parti du pays en nombre de suffrages exprimés tous scrutins confondus. Confronté à la fronde de ses camarades, le leader peul a alors appeléàlarescousseRenéEmmanuelSadi et Grégoire Owona, les dirigeants du parti présidentiel, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Ils ont pris la parole pour calmer les esprits et assurer que l’accord de gouvernement liant les deux formations politiques serait reconduit après l’élection. Au sein des grandes entreprises, majoritairement basées à Douala, les patrons font aussi la grimace. Pour eux, ces petits arrangements politiciens n’augurent pas d’une nouvelle dynamique, car ils sont la principale cause de l’inertie qui grippe l’activité économique. L’idée communément admise, qui se murmurait même jusque dans les couloirs du congrès du RDPC, les 15 et 16 septembre dernier, est que Biya va rempiler pour un ultime septennat, mais qu’il n’ira pas au bout de son mandat. Dans la perspective de cette succession attendue, les places sont chères. Coup de tonnerre, Françoise Foning, la puissante maire du 5e arrondissement de Douala, a ainsi été recalée du bureau politique. On a soupçonné René Emmanuel Sadi d’avoir manœuvré pour placer ses fidèles. « Le président Biya nous a demandé de conforter les personnalités déjà en poste et de récompenser et promouvoir celles qui ont travaillé. Notre travail n’a d’autre finalité que la victoire de Paul Biya », assure Dieudonné Oyono, universitaire et conseiller de Sadi. Cette agitation politicienne n’a pas l’air de concerner Armelle, qui veut coûte que coûte quitter le pays. « Cette année, ils ont promis de recruter 25 000 jeunes dans la fonction publique. Avec 300 000 candidatures enregistrées, quelles sont mes chances ? Il n’y a pas d’avenir ici. » ●

Ý Retrouvez

 À JEUNE AFRIQUE, le 22 septembre.

cinq à dix exemplaires. Cela prouve bien qu’il y avait un besoin de dire les choses ou de les voir écrites. Comment avez-vous travaillé ?

Je me suis appuyée sur les enquêtes que j’avais réalisées sur place pendant mes quatre années camerounaises et sur un rapport que j’avais fait pour l’ONG International Crisis Group. Depuis mon départ, en 2009, je suis retournée à plusieurs reprises au Cameroun, la dernière fois en février 2011. Mes interlocuteurs sont des acteurs de la vie politique, des personnalités du premier cercle du pouvoir comme des membres de l’opposition. La plupart n’ont pas été cités, non seulement pour respecter le pacte de confiance que nous avions scellé – ils ne devaient pas être identifiés –, mais aussi parce que l’écriture du livre n’était pas l’objectif premier de nos échanges. Je me suis également plongée dans des livres traitant des périodes que je n’avais pas connues. ● Propos recueillis par CLARISSE JUOMPAN-YAKAM N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


Afrique subsaharienne

THOMAS NSAMA/AFP

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ZAMBIE

revanche

La du Cobra La quatrième tentative aura été la bonne. Après trois échecs successifs, Michael Sata a été élu, le 20 septembre, à la tête du pays. Portrait d’un homme imprévisible mais populaire, grand défenseur de Robert Mugabe, dont les diatribes enflammées inquiètent les investisseurs.

N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

PIERRE BOISSELET

U

n caractère bien trempé, une langue acérée et un surnom, King Cobra (« le roi cobra »)… Le tout nouveau président zambien n’a pas peur de se faire des ennemis. Dernière victime en date : Rupiah Banda, candidat malheureux à sa propre succession à la tête du pays. « Il est l’ami des voleurs, avait vitupéré Michael Sata pendant la campagne, et les voleurs sont en liberté ! » Rien de moins. Comme le cobra, Sata aura prouvé en ce mois de septembre sa capacité à se faufiler jusqu’à sa cible. JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne

Et de quatre

2001

Mwanawasa

28,7 Sata

3,3

2006

Mwanawasa

43 Sata

29,4

2008

Banda

40,1 Sata

38,1

2011

Banda

36,1 Sata

43 En pourcentage des suffrages exprimés lors des dernières présidentielles

JEUNE AFRIQUE

À 74 ans, cet homme dont la carrière politique a rouge et crée son propre parti pour se présenter. débuté avant l’indépendance (1964) a appartenu Premier échec. à trois partis politiques différents, servi les deux Sata se retrouve dans l’opposition et se fait le premiers chefs d’État zambiens, combattu les champion du peuple. Ses partisans, parmi lesdeux suivants, et s’est présenté à trois présidenquels de nombreux jeunes sans emploi dans les tielles, avant de finalement l’emporter, lors de sa villes et les régions minières, se montrent prêts à quatrième tentative. en découdre à chaque élection. Les entreprises Ý MICHAEL SATA C’était le 20 septembre. chinoises, très présentes en Zambie, deviennent (au centre), Aidé par la forte hausse sa cible préférée. Pour Sata, les Chinois sont « des CANDIDAT DU des cours du cuivre, dont la envahisseurs » et les Zambiens qui travaillent FRONT PATRIOTIQUE, en campagne le pour eux le font dans des conditions proches de Zambie est le premier pro16 septembre. ducteur en Afrique, le pré« l’esclavage ». Au point que lorsqu’il se présente sident sortant avait pourtant de nouveau à la présidentielle, en 2006, un respropulsé le pays à 7,6 % de croissance en 2010. ponsable chinois fait savoir que Pékin est prêt Sonné, Banda a rapidement reconnu la vicà rompre les relations diplomatiques s’il devait l’emporter. Il n’en sera rien. Depuis, Sata a appris toire de son adversaire, permettant au pays de connaître la deuxième alternance pacifique de à lisser son propos. « Mes discours sur les Chinois son histoire, vingt ans après la défaite du père sont là pour leur assurer un futur ici, affirme-t-il de l’indépendance, Kenneth Kaunda, face à dans un entretien à The Africa Report, en avril Frederick Chiluba. dernier. Car s’ils traitent mal les gens, ils n’en La biographie offiauront aucun. » cielle de Michael Sata Sonné, ému aux larmes, Le tempérament volest avare de détails. Sur canique de cet homme le sortant, Rupiah Banda, a sa première vie, son à la voix abîmée par des parti, le Front patrio- rapidement reconnu sa défaite. années de tabagisme tique (PF), indique intensif ne lui a pas valu seulement qu’il a fait ses classes dans l’admique des amis. Prenant la défense de Mugabe, nistration coloniale de ce qui était encore la il a traité son opposant et Premier ministre, Rhodésie du Nord. Sata en sera « l’officier africain Morgan Tsvangirai, de marionnette « financée le plus haut gradé de la police », puis suivra « une pour causer des problèmes au Zimbabwe ». Avec formation de pilote en Russie ». Le PF ajoute le président du Malawi, Bingu wa Mutharika, il tout de même une ligne à son CV, début 2010, est à couteaux tirés depuis qu’il a été arrêté et lorsqu’une révision de la loi électorale oblige les expulsé, en 2007, alors qu’il essayait de rencontrer candidats à la présidentielle à être titulaires d’un son prédécesseur et opposant, Bakili Muluzi. À diplôme du supérieur : le jeune Michael Sata a peine élu, le nouveau président zambien annonce étudié les sciences politiques à Londres. C’est qu’il boycottera le sommet du Marché commun aussi dans la capitale anglaise qu’il fut employé d’Afrique orientale et australe (Comesa), qui doit par le British Rail pour balayer les quais de la se tenir à Lilongwe à la mi-octobre. gare Victoria. « Je veux nettoyer mon pays plus profondément que j’ai nettoyé vos gares », lanLUNATIQUE. L’autoritarisme dont il fait preuve cera-t-il à un journaliste britannique, en 2008, au sein de son parti « est de mauvais augure alors qu’il se lance une nouvelle fois dans la pour un possible gouvernement sous sa direccourse à la présidentielle. tion », jugeait l’ambassadeur des États-Unis en Le détail de son entrée en politique est mieux 2009, selon un câble dévoilé par WikiLeaks. connu. Sata gravit les échelons sous le régime Dans une autre note, le même diplomate décride Kenneth Kaunda jusqu’à devenir gouverneur vait Sata comme un homme « lunatique mais de la capitale, Lusaka, en 1985. Six ans plus populaire ». tard, son mentor est contraint d’organiser les Pour le rester, l’imprévisible Sata a du travail premières élections pluralistes, et Sata rejoint tant sont grandes les attentes des Zambiens resle Mouvement pour la démocratie multipartite tés en marge de la croissance. Les investisseurs (MMD). Peut-être est-ce la rancœur qui, plus étrangers, eux, sont méfiants. Le jour de l’annonce tard, fera dire à un Kaunda alors retraité : « Sata de sa victoire, les actions des entreprises minières ne peut pas être un bon président parce qu’il présentes dans le pays ont chuté, et le cours du n’en a pas du tout l’étoffe. » kwacha (la monnaie locale) a atteint son plus En 1991, Kaunda perd donc la présidentielle bas niveau depuis plus d’un an face au dollar. face à Chiluba, dont Sata sera plusieurs fois Sûr de lui, Michael Sata s’est donné quatre-vingtministre (des Gouvernements locaux, du Travail, dix jours pour changer la vie des Zambiens. Il de la Santé, et, pour finir, ministre sans portelui faudra plus que des déclarations mordantes feuille). Mais lorsqu’en 2001 Chiluba fait de Levy pour y parvenir… À moins que, une fois de plus, Mwanawasa son dauphin, Michael Sata voit il ne surgisse là où on ne l’attend pas. ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Afrique subsaharienne

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Ý UN ÉLECTEUR VÉRIFIE SON BULLETIN DE VOTE lors de la présidentielle de juillet 2006, dans un bureau de Kinshasa.

MICHEL EULER/AP/SIPA

réception du matériel est une chose. Mais il faut ensuite le répartir sur l’ensemble du territoire. Nouveau casse-tête. « La logistique est un goulet d’étranglement et les moyens aériens sont insuffisants », estime Thierry Vircoulon, directeur Afrique centrale d’International Crisis Group (ICG). D’abord étrangement silencieuse devant l’étendue de ce chantier hors norme, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo, la Monusco, a musclé sa communication. Pour apaiser la colère sourde de l’opposition qui dénonce l’opacité du fichier électoral ? Sans doute. Pour rassurer les bailleurs de fonds qui financent à hauteur de 84 millions de dollars un processus électoral chaotique ? Certainement.

ÉLECTIONS EN RD CONGO

Course contre la montre

DES TONNES DE MATÉRIEL. « La tempé-

Des élections de la démesure… Organiser une présidentielle et des législatives sur toute l’étendue du territoire pour le 28 novembre est un véritable casse-tête logistique !

«

S

’il n’y a pas d’urnes, il n’y a pas d’élections. » Avant de s’envoler, le 22 septembre, pour l’Allemagne, où il a passé commande d’environ 62000 urnes, soit le nombre de bureaux de vote, Daniel Ngoy Mulunda, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), a eu le mérite de la clarté. Problème, les élections présidentielle et législatives sont fixées au 28 novembre, dans moins de deux mois ! Même en misant sur le savoir-faire industriel germanique, ce délai est serré. Et le défi logistique ne s’arrête pas là. Dans un pays grand comme quatre fois la France, comptant de nombreuses localités reculées, uniquement accessibles à pied ou en bateau, organiser ce double scrutin est un casse-tête à la dimension du « Grand Congo » : démesuré et gigantesque. Surtout que le législateur siégeant à Kinshasa semble s’être donné une règle : pourquoi faire simple et peu coûteux quand on peut faire cher et compliqué. Pour la présidentielle comme pour les législatives, les bulletins de vote devront mentionner le nom, la photo, l’appartenance politique et le numéro d’identification de chaque candidat, sans N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

compter la case vide sur laquelle chacun des 32 millions d’électeurs signifiera son choix. Les bulletins seront donc forcément imprimés sur du papier grand format ! Si 11 candidats briguent la magistrature suprême, pour l’élection des 500 députés, l’imprimeur sud-africain est prié de ne pas se tromper dans la programmation de ses rotatives : les 11 provinces ont été morcelées en 169 circonscriptions, soit, au final, 14 000 candidats ! Du coup, l’isoloir en taille XL fabriqué au Liban doit naturellement offrir l’espace requis, tout comme l’urne made in Germany. À l’aéroport Ndjili de Kinshasa, le ballet des avions-cargos a débuté. La

rature monte dangereusement ; l’opposition radicalise son discours et prépare le terrain pour éventuellement contester le déroulement du scrutin et les résultats s’ils sont défavorables. La tentation d’envoyer ses militants dans la rue, notamment à Kinshasa, est déjà perceptible », prévient un expert international. « Tout est fait pour que le calendrier électoral soit respecté. […] Des centaines de tonnes de matériel sont convoyées à l’intérieur du pays. Malgré quelques difficultés, tout se déroule de manière rassurante », a déclaré Roger Meece, le chef de la mission onusienne, le 22 septembre, lors d’une rencontre avec la presse. La Monusco dispose déjà de 50 avions et hélicoptères. Et prévoit de porter sa flotte à 75 appareils. La course contre la montre ne fait que commencer. ● PHILIPPE PERDRIX

Deux scrutins en un

32 d'inscrits 14 000 pour 500 sièges millions

candidats aux législatives

Coût total :

221

millions de dollars JEUNE AFRIQUE


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KENYA

Des racines et des ailes

Elle fut la première – et pour l’instant la seule – africaine à recevoir le prix Nobel de la paix. Wangari Maathai est morte, le 25 septembre, à Nairobi.

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JEUNE AFRIQUE

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MICHELINE PELLETIER/CORBIS

«

ne femme, une femme noire est un arbre / Qui tiendra tête à toutes les pluies / Affrontera averses, orages et ouragans / En restant bien enracinée. / Un arbre qui regardera en face le soleil rageur / Et le laissera avaler le peu d’eau / Qu’elle peine à extraire du plus profond lit d’eau », écrit la poétesse ougandaise Susan Kiguli dans The Resilient Tree. Le 25 septembre 2011, à Nairobi (Kenya), c’est un arbre encore jeune qui est tombé. Elleavaitrésistéàtouteslesaverses,mais à 71 ans, Wangari Muta Maathai a plié face à un ennemi tenace: le cancer. Les forêts d’Afrique la pleurent. Et avec elles celles et ceux qui se sont reconnus dans un long combat pour la paix et la protection de l’environnement. Son sourire était radieux, ses toilettes hautes en couleur, sa détermination farouche. Pionnière dans bien  C’EST SON COMBAT POUR LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT qui l’avait rendue célèbre. des domaines – diplômée en biologie du Mount Saint Scholastica College (Kansas, de jaune vêtue au milieu des costumesForte de son Nobel et de sa gouaille, 1964) et de l’Université de Pittsburgh cravates, l’encourage vivement. l’infatigable militante était devenue une (Pennsylvanie, 1966), elle décroche à interlocutrice incontournable pour tous 31 ans le titre de docteure à l’Université LA PEAU D’UN ÉLÉPHANT. Pour en arriver les hommes politiques, dirigeants d’ende Nairobi (1971), où elle deviendra la là, il fallait avoir l’écorce solide ! Sous le treprises et autres sommités de passage première chef du département règne autoritaire de Daniel arap Moi, la vétérinaire en 1976 –, elle a connu forte tête a connu la prison pour s’être Souvent insultée, menacée, la consécration en obtenant, en opposée à la construction d’un immeuparfois même emprisonnée, 2004, le prix Nobel de la paix. Le ble de 62 étages dans le parc Uhuru de premier venant couronner l’œuelle avait refusé de se taire. Nairobi (1989). Elle fut tabassée pour vre d’une femme africaine. s’être faite le porte-voix des prisonniers Cette œuvre, c’est le Green Belt politiques (1992) et traitée de « folle », de à Nairobi. Ainsi, en mars 2010, quand Movement (le Mouvement de la ceinture « pantin ignorant et lunatique à la solde celui qui dirigeait alors le Fonds monéverte), qui s’appuie sur une idée simple et d’intérêts étrangers ». Inébranlable sur ses taire international, Dominique Straussgéniale. Pour lutter contre la déforestation, Kahn, décide d’annoncer la création d’un racines, elle répondait en souriant : « Ils dont les conséquences écologiques et « fonds vert » permettant de financer la pensent qu’ils peuvent m’embarrasser humaines sont catastrophiques, Wangari lutte contre le réchauffement climatique, et me faire taire avec des menaces et Maathai propose, dès 1977, de planter c’est en présence de Wangari Maathai des noms d’oiseau ? Mais j’ai une peau des arbres. Elle commence en plantant qu’il le fait. Juste avant de se soumettre d’éléphant ! Et quelqu’un doit élever la à l’exercice symbolique de rigueur: il met neuf pousses dans son propre jardin et, voix ! Autant ne rien faire si je ne dois en terre un Warburgia ugandensis, arbre quinze ans plus tard, son mouvement rien dire. » Obstinée, elle parlait et agisconnu dans la région pour ses propriétés compte 50 000 femmes ayant planté plus sait pour semer le futur – notre futur. ● médicinales… Wangari Maathai, toute de dix millions d’arbres. NICOLAS MICHEL


Afrique subsaharienne CENTRAFRIQUE

Et pour quelques carats de plus Deux rébellions s’affrontent pour le contrôle du très lucratif trafic de diamants, dans l’Est. Bilan : près de 60 morts en un mois.

À

Bangui, le gouvernement compte les morts – probablement une soixantaine depuis le 11 septembre, affirme-t-on de source diplomatique. Difficile d’être plus précis. « Les combats ont éclaté dans la ville de Bria, dans la préfecture de la Haute-Kotto [dans l’Est, NDLR], poursuit la même source. C’est une région troublée, que les autorités n’ont de toute façon pas les moyens de contrôler. » Plusieurs témoignages ont fait état de la mort du sous-préfet d’Ouadda, une localité située au nord de Bria. Les affrontements ont opposé deux anciens groupes rebelles : l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) et la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP). En 2008, l’UFDR a signé un accord de paix avec le gouvernement, à Libreville. Quant à la CPJP d’Abdoulaye Hissène, elle a accepté un cessez-le-feu, en juin dernier, et souhaiterait à son tour parapher l’accord de paix global.

Théoriquement, ni Ð LE COMMERCE ILLÉGAL DE l’UFDR ni la CPJP ne PIERRES sont donc en rébellion REPRÉSENTE active contre les autori30 % DES tés, mais elles n’ont pas EXPORTATIONS désarmé et s’affrontent du pays, pour le contrôle des selon le gisements de diamants processus de de la région (selon les Kimberley. chiffres du processus de Kimberley, qui tente de mettre fin au commerce des diamants des conflits, le trafic illégal de pierres représente 30 % des exportations centrafricaines). BRUTALITÉ. « À cette rivalité quasi ter-

ritoriale, explique Thierry Vircoulon, directeur Afrique centrale d’International Crisis Group (ICG), se greffent des relents ethniques, l’UFDR étant majoritairement composée de Goulas et la CPJP de Rongas. » L’UFDR, notait déjà ICG dans un rapport publié en décembre 2010, est depuis au moins 2006 une source d’insécurité dans la région ; elle rançonne les

JAMES P. BLAIR/NATIONAL GEOGRAPHIC/GETTY IMAGES

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collecteurs et est, de fait, devenue une milice goula ; la CPJP s’est formée en réaction à sa brutalité, avant de devenir une rébellion à part entière. Accusé par la presse centrafricaine d’avoir manqué de réactivité (une trentaine d’hommes ont été – tardivement – envoyés à Bria), le président François Bozizé a affirmé qu’il n’était « en rien responsable de ces combats ». Le gouvernement s’est par ailleurs voulu rassurant et a annoncé, le 29 septembre, la signature prochaine d’un cessez-le-feu entre les deux factions rebelles. ● ANNE KAPPÈS-GRANGÉ

AFRIQUE DU SUD

L’homme qui voulait stériliser les Noirs Après la justice, qui l’avait acquitté en 2002, c’est au tour du Conseil de l’ordre des médecins de se pencher sur le cas de Wouter Basson.

S

ymboledescrimesdurégimede l’apartheid, Wouter Basson fut l’un des accusés les plus célèbres des procès qui ont suivi la chute du régime ségrégationniste en Afrique du Sud. Acquitté en 2002, celui que la presse avait surnommé Docteur la Mort avait argué qu’il ne faisait qu’appliquer les ordres. Il exerce, aujourd’hui encore, comme cardiologue dans une banlieue tranquille du Cap. À l’issue de sa comparution N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

devant le Conseil des professions médicales d’Afrique du Sud (HPCSA), qui a débutéle26septembre,ilpourraittoutefois écoper desapremièrecondamnation et risque… de se voir retirer sa licence de médecin pour avoir enfreint l’éthique de la profession. Et c’est le moins que l’on puisse dire au regard de la liste de crimes dont il fut accusé. Ý L’EX-CHEF DU PROGRAMME BACTÉRIOLOGIQUE

du régime de l’apartheid. JUDA NGWENYA/REUTERS

Ancien docteur personnel du président Pieter Willem Botha, il est recruté en 1981 pour diriger Project Coast, le programme bactériologique et chimique de l’armée sud-africaine. Au cours des douze années passées à sa tête, il supervise la mise au point de poisons pour éliminer les opposants les plus gênants et mène des recherches pour diminuer la fertilité des femmes noires. Basson avait refusé d’être entendu par la Commission Vérité et Réconciliation et n’a jamais exprimé aucun remord. « J’ai fermé ce chapitre il y a vingt ans, a-t-il redit à la presse à l’issue de la première audience. Tout ce que je veux, c’est continuer de servir le pays en tant que professionnel médical. » ● PIERRE BOISSELET JEUNE AFRIQUE


Coulisses

Afrique subsaharienne

BURUNDI

Le compte est bon C’EST BIEN CONNU : les bons comptes font les bons amis. Mais ce n’est pas tous les jours qu’un État rembourse une partie de sa dette en… fournitures scolaires. C’est pourtant ce qui s’est passé à Bujumbura, le 26 septembre. Un représentant de l’entreprise ougandaise Picfare Industries Ltd a remis au ministre burundais de l’Enseignement primaire et secondaire un lot de cahiers de plus de 60 pages pour une valeur de 2 millions de dollars (environ 1,5 million d’euros) ! L’Ouganda doit près de 8 millions de dollars au Burundi: dans les années 1980, l’actuel président, Yoweri Museveni, menait une rébellion contre Kampala, et des sociétés burundaises avaient, à l’époque, fourni des équipements et des boissons à ses hommes. Ces entreprises ayant été payées par l’État burundais, la dette est devenue bilatérale. Le gouvernement compte donner cinq à six cahiers à chaque écolier. ● TSHITENGE LUBABU M.K.

FRANCE-RWANDA

Pas d’extraditions Y AURAITIL à nouveau des nuages dans le ciel franco-rwandais ? Deux décisions de la justice française sonnent comme un douloureux rappel pour Kigali, un mois tout juste après la visite du président Paul Kagamé à Paris. La première est celle de la cour d’appel de Paris, qui a rejeté, le 28 septembre, la demande d’extradition formulée par le Rwanda contre Agathe Habyarimana. Passablement irrité, le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga, a laissé entendre qu’il y aurait bien un problème si la France ne faisait rien, c’est-à-dire si elle n’organisait pas de procès sur son sol. Soupçonnée d’être impliquée dans le génocide de 1994, la veuve du président Juvénal Habyarimana est l’objet d’un mandat d’arrêt international, émis en octobre 2009, mais devrait bientôt obtenir un titre de séjour. La seconde contrariété pour Kigali vient de la remise en liberté d’un ancien ministre du gouvernement intérimaire de 1994, Hyacinthe Nsengiyumva Rafiki, lui aussi visé par la justice de son pays pour sa participation présumée au génocide. Il avait été interpellé début août à Paris à la suite d’une demande d’extradition du Rwanda. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM JEUNE AFRIQUE

BURKINA DES SUJETS QUI FÂCHENT Les 25 et 26 septembre, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, au pouvoir) a tenu sa réunion de rentrée sur le thème « La jeunesse, une nouvelle responsabilité citoyenne pour un Burkina émergent ». Un thème fort à propos puisque la mort d’un jeune de Koudougou, le 20 février, avait déclenché une vague de contestation parmi les étudiants. L’article 37, qui limite à

ZIMBABWE HORS LA LOI Un acte de « décolonisation économique » et, peut-être, des retombées politiques… En dépit des critiques de l’opposition, le Zimbabwe a réaffirmé son attachement à la loi sur l’indigénisation des entreprises – le but est que les sociétés soient contrôlées par des Zimbabwéens noirs. Selon les chiffres rendus publics par le gouvernement fin septembre, 700 sociétés ne sont pas en règle et s’exposent à des

deux le nombre de mandats présidentiels, a en revanche été soigneusement évité. « La question cristallise peut-être l’attention de la société civile et de l’opposition, mais n’était pas à l’ordre du jour », explique-t-on dans la majorité. La prochaine présidentielle est prévue pour 2015. Le CDP n’a jamais caché qu’il était contre la limitation du nombre de mandats et ne verrait pas d’un mauvais œil une nouvelle candidature de Blaise Compaoré, lequel s’est bien gardé de se déclarer. ●

sanctions. Il y a onze ans, la réforme agraire a conduit à des expropriations – parfois violentes – de fermiers blancs.

le Bénin soit en mesure de surveiller lui-même ses eaux.

PIRATERIE MAIN DANS LA MAIN

C’est l’Afrique du Sud qui organisera la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2013. Ainsi en a décidé la Confédération africaine de football (CAF), le 27 septembre, face à l’instabilité politique qui prévaut en Libye. L’Algérie et le Nigeria s’étaient également portés candidats, mais l’Afrique du Sud, qui a accueilli le Mondial en 2010, dispose déjà des infrastructures nécessaires.

Le Bénin et le Nigeria ont mené, le 28 septembre, leur première patrouille maritime conjointe dans le golfe de Guinée. Depuis le début de l’année, le Bureau maritime international a recensé 19 actes de piraterie au large des côtes béninoises, contre aucun en 2010. L’opération doit durer six mois, le temps que

FOOTBALL JOKER SUD-AFRICAIN

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Afrique subsaharienne Bonnes feuilles

GISCARD-BOKASSA

Les diamants sont éternels médiatique qui s’étend ? Tout porte à le croire. Le 11 octobre, Hunt déclare avec hauteur à la presse qu’il « ne serait pas digne pour la fonction présidentielle d’avoir à se justifier ou à donner des répliques sur des informations qui relèvent davantage de la diffamation ou d’une campagne orchestrée que d’une information véritable ». Et le 12, dans un discours sur le « nouvel état du monde », Giscard condamne avec mépris « tous ceux qui, trop nombreux, entrent dans l’avenir en regardant le passé. Pendant que certains discourent, s’agitent, dissertent, d’autres minimisé la chose au maximum, mais ça conduisent les hommes ». n’a pas suffi. Le feu a pris. » […] Enguisederéponse,LeCanardenchaîné La « faible indication » que Giscard avait publie le 17 octobre de nouveaux docudonnée à Pierre Hunt était: « Dites la vérité ments sur d’autres cadeaux empoisonnés aux journalistes : que Bokassa m’a remis de Bokassa. L’orgueilleux silence présides cadeaux, comme il le faisait à tous ses dentiel est intenable. Le soir même, Pierre visiteurs. Que je n’y ai pas attaché d’imporHunt annonce sur TF1 que « le président tance. Et que cela n’a pas pesé dans mes de la République fera justice de ce sujet le décisions. D’ailleurs, on l’a bien vu, puismoment venu et dans des conditions qui que j’ai fait tomber Bokassa. » répondent à la confiance que Lecommuniquéabscons,eten lui font les Français ». Mais deçà de ces directives, délivré rien ne vient et les Français par l’Élysée à l’AFP à 19 h 50 s’impatientent. […] Giscard se soumettra à l’exercice le sera : « L’Élysée, en réponse à une question concernant la 27 novembre, soit sept lonpratique des cadeaux diplogues semaines après le prematiques, a indiqué que “les mier article du Canard […]. échanges de cadeaux de caracLe 27 novembre au soir, Giscard répond le plus rapitère traditionnel, notamment lors de visites de membres de dement possible aux questions posées sur le sujet par gouvernement dans les États VGE, une vie, étrangers, n’ont en aucun cas, les trois intervieweurs : que Flammarion, ni le caractère ni la valeur qui fait-il des cadeaux qu’il reçoit 600 pages, 25 euros ont été mentionnés par ceret la plaquette de diamants tains organes de presse à proa-t-elle la valeur qui lui a été prêtée ? Le ton de Giscard est sec, oublié pos de Centrafrique”. » C’est mieux que la phrase laconique cavalièrement lancée le communicant de charme du temps du par Hunt aux journalistes à l’issue de la « monopole du cœur » : « Je vais d’abord vous dire pourquoi je n’ai pas répondu tout réunion du gouvernement : « Le Conseil n’a évoqué que des affaires sérieuses. » de suite… Je suis le premier président de […] la République à n’avoir jamais poursuivi Le pouvoir pense-t-il que cette mise un journal… Par contre, je ne suis pas à la au point suffira à éteindre l’incendie disposition de ceux qui utilisent vis-à-vis

Le 10 octobre 1979, il y a trente-deux ans, éclatait en France une affaire dont le président Valéry Giscard d’Estaing ne devait jamais se remettre : celle des diamants de l’empereur Bokassa. Dans la biographie qu’il publie le 19 octobre, VGE, une vie (Flammarion), l’ancien journaliste de L’Express Georges Valance revient sur l’épisode qui vit le chef de l’État s’enfermer dans sa superbe et perdre le contact avec les Français. Extraits, en exclusivité.

WAHL [Jacques, secrétaire général de la présidence, NDLR], Sérisé [Jean, conseiller du président], Hunt [Pierre, porte-parole de la présidence] ont beaucoup insisté pour que Giscard réagisse très rapidement à l’attaque. Ils ont même proposé une intervention télévisuelle, une opération vérité consacrée à la pratique des cadeaux officiels qui aurait pu mettre un terme à l’affaire. En vain. Giscard a accusé d’abord le coup, mais s’est ensuite très vite irrité. Plus ils insistaient pour qu’il se défendît, plus Giscard semblait penser qu’ils le suspectaient d’avoir commis une indélicatesse. C’est alors que débute la plus mauvaise contre-attaque médiatique du septennat, une contre-attaque qui s’étalera sur six semaines, mais ne viendra pas à bout de la suspicion née d’une manchette du Canard enchaîné et d’un éditorial du Monde. […] Mercredi matin 10 octobre. […] À l’issue du Conseil, Giscard se retire dans son bureau en compagnie de Sérisé, Wahl, Combret et Hunt de plus en plus anxieux: « Je demandai au président ce que je devais dire à la presse qui allait fatalement me questionner. Mais il ne voulait absolument pas en parler. J’ai fini par faire une déclaration à partir d’une très faible indication qu’il m’avait donnée. J’ai N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne

AFP

l’affaire des diamants, sans qu’il me donne une explication directe. Il considérait comme au-dessous de lui de se justifier et je ne connais aucun de ses collaborateurs avec qui il l’ait fait […]. » Tous ses proches le confirment : Giscard refusait de se défendre. Son frère Olivier : « Je lui ai dit : “Arrête cela immédiatement.” Il m’a dit : “Je ne réponds pas au Canard. – Mais il y a aussi Le Monde !” Il m’a répondu : “De Gaulle a toujours dit qu’il ne fallait pas répondre aux insultes.” » Jean Riolacci : « Sérisé et moi nous avons fait son siège pour l’inciter à réagir. Il nous a répondu : “Je ne mange pas de ce pain-là.” » Sa secrétaire Marguerite Villetelle : « Plusieurs de ses collaborateurs le pressaient de s’expliquer, mais il s’est fermé comme une huître. Ce  LES DEUX qui le blesse l’enferme sur lui-même. Cette CHEFS D’ÉTAT Jacques et François a sans affaire a dû le freiner durant la campagne À L’AÉROPORT doute beaucoup joué. Et électorale. » DE BANGUI, le la preuve en est la violente Jean-Claude Casanova raconte com5 mars 1975. altercation téléphonique ment le Premier ministre lui-même et qu’il eut avec Jacques Fauvet après avoir son équipe de Matignon furent totalu Le Monde. Lui qui d’ordinaire se fait lement tenus en dehors de l’affaire des un point d’honneur de se maîtriser est diamants : « Nous posions des questions hors de lui, comme lors des colères de à nos interlocuteurs à l’Élysée, Wahl, son enfance. À tel point que le directeur Sérisé, Riolacci, mais ils ne nous répondu Monde lui écrira quelques jours plus daient pas. Un jour, comme nous insistard : « Si un chef d’État perd son sangtions, Wahl nous dit seulement: « Ce n’est froid comme vous l’avez fait, c’est l’État rien. » Si Mitterrand s’était accroché avec lui-même qui est menacé. » A pu être le directeur du Monde, il aurait organisé une réunion pour en étudier les conséquences. Avec Désagréable et agressif, il répond Giscard, rien. […] » aux journalistes avec mépris. Et on ne voit pas comment cette affaire aurait pu ne pas également un facteur d’inhibition le fait influer sur la campagne électorale, et qu’il a entretenu si longtemps d’exceldonc sur l’issue du scrutin. Un cercle vicieux semble s’être mis en place : la lents rapports avec Bokassa et a toujours bénéficié des plus grandes facilités pour propension monarchique de Giscard, aller chasser en République centrafrison management compartimenté de caine, alors même que le pays devenait l’équipe élyséenne, son indifférence au un empire tragicomique. Son éducation sort de ses collaborateurs et partisans, son « économisme » qu’encouragent ses aussi a pu l’inhiber, qui lui interdisait non pas d’aimer l’argent mais d’en parler. Et grandes discussions en tête-à-tête avec encore plus de se justifier d’une accusaRaymond Barre expliquent pour une part tion portant sur une question de cette la mauvaise gestion de l’affaire des dianature. Pierre Hunt raconte : « J’ai eu une mants qui, elle-même, n’a fait qu’aggraver ou deux conversations avec Giscard sur l’isolement du président. ● © Flammarion

de moi l’attaque et la calomnie. À partir du moment où ils savent pouvoir le faire sans que le président de la République utilise les moyens de condamnation dont il dispose, il ne faut pas s’attendre en plus à ce que, tous les matins, je réponde aux attaques et aux calomnies. » La voix devientfranchementdésagréableetleport de tête agressif lorsque Giscard aborde la question de la valeur des diamants : « Enfin, à la question que vous m’avez posée sur la valeur de ce que j’aurais reçu comme ministre des Finances, j’oppose un démenti catégorique et j’ajoute méprisant ! » […] En fait, le président a échoué à clore le débat par une prestation télévisée efficace où il aurait donné avec précision les coordonnées des musées ou des organismes caritatifs auxquels les plaquettes étaient, paraît-il, destinées. […] Pourquoi Giscard, ce fin politique et cet habile communicant, a-t-il si mal géré l’affaire ? On a souvent mis en avant que c’était la première fois qu’il affrontait ce genre de situation, que cet enfant gâté de la politique n’avait jamais connu une « affaire de l’Observatoire » comme François Mitterrand […]. Que Le Canard et surtout Le Monde aient attaqué la famille enmettantencausesonpèreetsescousins

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Maghreb & Moyen-Orient

ENQUÊTE

Sur la piste du clan Tunisie, Algérie, Niger… La famille et les affidés du dictateur déchu ont quitté la Libye en catastrophe quelques heures à peine avant l’entrée des rebelles dans Tripoli. Récit de la fuite mouvementée des anciens maîtres de la défunte Jamahiriya.

CHERIF OUAZANI,

L

envoyé spécial à Alger

a scène se passe au poste-frontière de Tahat, au pied du Tassili N’Ajjer, à quelque 100 km à l’est de la ville algérienne de Djanet. En ce 29 août, après plus de vingt heures de conciliabules et de valses-hésitations, Safia Kaddafi, seconde épouse du « roi des rois d’Afrique », ses enfants Aïcha et Hannibal, leurs conjoints et enfants, son beau-fils Mohamed et une nuée d’accompagnateurs sont admis en territoire algérien (seuls Mouammar, Seif el-Islam et Moatassim étaient restés en Libye). Le périple avait débuté une semaine auparavant, le 21 août, jour de la vraie fausse arrestation de Seif el-Islam lors de la bataille de Tripoli. Appelons-le Djoumaa. Chauffeur des Kaddafi depuis une Bouteflika accepte dizaine d’années, il a 35 ans, de les accueillir, mais est originaire de Sebha, fief des Guedadfa, la tribu du « Guide ». À à plusieurs conditions. Tahat,pendantquesesemployeurs négociaient avec le général-major Athamnia, chef de la VIe région militaire (Tamanrasset, chef-lieu régional selon le découpage territorial militaire), il s’est longuement confié à un jeune conscrit de l’armée algérienne. « La décision de fuir Tripoli a été prise alors que les rebelles frappaient aux portes de Tripoli. Cette nuit-là [du 21 au 22 août,

NDLR], pendant que Seif el-Islam paradait sur la place Verte pour démentir l’information – donnée par Al-Jazira – selon laquelle il avait été arrêté, la capitale était plongée dans le noir, frappée par un curieux black-out, alors qu’aucune centrale n’avait été touchée par les bombardements de l’Otan. La décision de quitter Bab el-Azizia avait été prise

ARRAÏ OU LA VOIX DU « GUIDE » DEPUIS LA CHUTE DETRIPOLI, Kaddafi diffuse ses messages audio sur la télévision privée Arraï, devenue le refuge des derniers partisans du leader libyen déchu. Installée dans un quartier résidentiel de la périphérie de Damas, cette chaîne appartient à Michane al-Joubouri, 54 ans. Ancien député irakien, il est connu pour ses coups d’éclat sur Al-Jazira. En baasiste convaincu, il y dénonce régulièrement le complot américano-israélien contre la nation irakienne. Joubouri n’en est pas à son premier projet de télé puisqu’il avait déjà créé la chaîne N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

Al-Zawra, interdite de diffusion en 2007 par le CSA français pour « incitation à la haine » : l’antenne diffusait alors en continu des clips faisant l’apologie des attentatssuicides en Irak. Aujourd’hui, Kaddafi est la nouvelle cause de ce riche homme d’affaires lié au régime de Damas. Arraï, qui tourne sans publicité et avec un budget officiel de 1,5 million de dollars, se veut « ouverte à toutes les opinions », mais n’évoque jamais la brutale répression des manifestations en Syrie. ● YOUSSEF AÏT AKDIM JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

FRANÇOIS MORI/AP/SIPA

Kaddafi

dans la journée. Tout le monde quitte le navire, y compris le “Guide”. Notre convoi s’ébranle vers 2 heures du matin. Selon le dispositif mis en place, Saadi n’est pas du voyage, en tout cas pas du nôtre. » Une précision s’impose à ce niveau du récit. CHEMIN DE CROIX. Si le président Abdelaziz Bouteflika ne prend plus Kaddafi au téléphone depuis quelques semaines, il lui avait auparavant assuré qu’il veillerait sur les siens en cas de malheur. À une condition : « Je ne pourrai rien du tout pour les personnes sous le coup de poursuites ou de sanctions internationales. » Le 21 août, Kaddafi tente à trois reprises de joindre Bouteflika : Saadi insiste pour accompagner sa mère en Algérie. Mais le président ne décroche pas. Kaddafi essaie de passer par son ambassadeur à Alger, son cousin et homme de confiance, qui est l’un des rares diplomates étrangers à disposer d’un canal direct pour accéder au président algérien. Il lui explique JEUNE AFRIQUE

 Itinéraire retenu pour rejoindre l’Algérie : TRIPOLI-SEBHATINALKOUM-TAHAT.

la situation, mais Bouteflika est inflexible : « Pas question, Saadi est sous le coup d’une interdiction de voyager décidée par le Conseil de sécurité de l’ONU. » C’est ainsi que Saadi et quelques généraux libyens prendront une autre route, celle qui mène au Niger et le plateau du Djado. « La première contrainte était de récupérer la matriarche, Safia, poursuit Djoumaa. Depuis la mort de son plus jeune fils, Seif el-Arab, le 1er mai, lors d’un bombardement de l’Otan, elle a décidé de rester auprès de celui qui était devenu son petit dernier : Khamis. Celui-ci, à la tête des troupes d’élite, était basé à Bani Walid. Pour y accéder, il fallait emprunter une route non sécurisée, c’està-dire que l’on pouvait tomber sur un check-point des insurgés. Je jure sur la tête de mes enfants [il en a trois, tous du voyage, car représentant une sorte d’assurance vie pour les augustes passagers] que le véhicule qui transportait les précurseurs et éclaireurs a été intercepté par un barrage de rebelles, immédiatement levé après la remise d’une mallette contenant 200 000 dollars à celui qui faisait office de chef. « Arrivé à Bani Walid, le cortège s’arrête quelques heures, le temps de récupérer des femmes et enfants de certains accompagnateurs [toujours l’assurance vie !] et bien sûr Safia et quelques proches. Nous avons attendu la nuit pour repartir. Prochaine étape : Sebha. La route était moins dangereuse, mais au-delà de Sebha, où nous avons passé deux nuits, nous n’avions aucune garantie. L’option Ghadamès [plus proche de Sebha] et Debdeb l’algérienne est très vite abandonnée pour celle de Tinalkoum et Tahat, plus au sud et donc plus éloignés. Pourquoi quarante-huit heures à Sebha ? Nous avions un autre problème : le risque de tomber nez à nez avec les salafistes d’Al-Qaïda. L’aide de camp de Hannibal avait donc sollicité l’expertise de l’un de ses affidés, un contrebandier touareg réputé pour sa parfaite connaissance du terrain et ses multiples complicités avec les djihadistes du Sahel. Nous avons donc dû l’attendre. Il en coûtera 100 000 dollars et quatre jours de route supplémentaires à cause des pistes empruntées dans le désert pour éviter les mauvaises rencontres. Le tout sur fond de cris d’enfants, de crises de nerfs et d’angoisse. Un vrai chemin de croix. » LES LARMES DE SAFIA. Le convoi arrive à des-

tination dans la nuit du 27 au 28 août. La famille a droit à un traitement VIP. Du moins ce que permet le confort sommaire de l’austère Tahat : ● ● ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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 « MOHAMED (5) m’a paru le plus nerveux, HANNIBAL (4) est le plus hautain, SAFIA (1) n’arrête pas de pleurer et AÏCHA (2) est la plus la résidence d’État du Club des pins, à Alger. Quant à SAADI (3), il s’est réfugié au Niger, où il a été placé en résidence surveillée.

des raisons strictement humanitaires, une partie de la famille Kaddafi. » Et de lui décliner l’identité de ces réfugiés « spéciaux ». À 2700 km du Caire, Alger prépare les conditions d’accueil des Kaddafi. À Tahat, l’identification des accompagnateurs, armés pour la plupart, s’éternise. Aïcha est enceinte de huit mois. L’émotion et les conditions du voyage ont accéléré les contractions. Mais les militaires algériens restent intransigeants. Outre l’identification des personnes armées, les consignes de sécurité imposent de séparer les membres de la délégation en plusieurs convois. « Pour leur propre sécurité, explique notre officier. Nous avons reçu pour instruction de ne pas les transporter dans leurs véhicules libyens. Il fallait attendre la vingtaine de 4x4 venant de Djanet. » La famille refuse d’être séparée. « Nous mourrons ensemble », lance en pleurant Safia.

● ● ● quelques chaises en plastique et des lits de camp. Les officiers supérieurs et les autorités civiles de Djanet sont dépêchés sur place par hélicoptère. Plus au nord, le tarmac de l’aéroport militaire de Boufarik est le théâtre d’une intense activité, et les rotations des gros-porteurs Iliouchine et autres Hercule C130 se multiplient. Si la décision politique d’accueillir la famille Kaddafi est déjà prise, la vérification de l’identité des accompagnateurs, des gardes du corps et du petit personnel prend du temps. Au plan diplomatique, Alger informe Ban Ki-moon et le Conseil de sécurité. Washington est aussi averti, mais il dispose déjà de l’information. « Le Pentagone ne le crie pas sur tous les toits, mais il apprécie la coopération d’Alger et notre souci de la légalité internationale », raconte un officier supérieur. Le Caire, dimanche 28 août. Les chefs de la diplomatie de la Ligue arabe sont en conclave. Mahmoud Jibril, numéro deux du CNT, demande à rencontrer Mourad Medelci. « Cela tombe bien, j’ai une importante communication à vous faire, dit en préambule le chef de la diplomatie algérienne. Mon pays a décidé aujourd’hui d’accueillir, pour

POURBOIRES DE 100 DOLLARS. La cadence des

PENDANT CE TEMPS, AU NIGER… LE NIGER ABRITE plus de 200 Libyens en cavale. Le plus connu est Saadi Kaddafi, contre lequel Interpol a émis une notice rouge le 29 septembre. Escorté par des combattants touaregs, ce fils du « Guide » déchu est arrivé début septembre par la route. Aujourd’hui, il loge à la villa A4 d’un lotissement de luxe, le « Conseil de l’entente ».Télévision, téléphone satellitaire, maître d’hôtel… Il ne manque de rien. Étroitement surveillé, il est invité à ne pas sortir du lotissement, mais a déjà fait deux fois le tour de Niamey. Selon l’un de ses derniers visiteurs, il commence à déprimer… Autres fugitifs : le général Rifi, chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Ali Kana, patron de la sécurité à Sebha, et le colonel Abdallah Mansour, officier traitant des rebelles touaregs. Ils vivent dans une résidence d’État, près de la présidence, et leur suite – officiers, agents du protocole, hommes de main… – loge dans une villa d’un quartier résidentiel. ● ALAIN FAVERIE N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

contractions de la jeune femme va accélérer les choses.Àl’aubedu29août,Safia,Aïchaetleurssuivantes sont transférées par hélicoptère vers une clinique de Djanet. L’ancienne avocate de Saddam Hussein donne le jour, le lendemain, à une petite fille qu’elle nommera,selonlarumeur,AmelDjanet,(Espérance de Djanet). L’heureux (ou malheureux, c’est selon) père, les fils Kaddafi, les nombreux enfants qui les accompagnent et le reste de la délégation sont acheminés, par voie terrestre, jusqu’à la base aérienne de Djanet où un C130 les emmène à Boufarik. Aïcha et Safia les rejoindront quarante-huit heures plus tard, après une escale à l’hôpital militaire d’Aïn Naadja, dans la banlieue d’Alger, en compagnie de la sagefemme qui a assisté Aïcha pour l’accouchement. Seloncertaines sources,outreles voitures,lesarmes, les moyens de télécommunications sophistiqués, l’or et l’argent en liquide n’ont pas été acceptés en territoire algérien. « Une légende, assure un habitant de Djanet. Jamais le personnel de la maternité où a accouchéAïchan’avuautantdebilletsde100dollars distribués en pourboires. Une infirmière aurait reçu l’équivalent de deux années de smic! » JEUNE AFRIQUE


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courageuse », rapporte un militaire algérien qui les a rencontrés lors de leur installation dans un minicomplexe de quatre villas de

La famille et les accompagnateurs (une soixantaine de personnes, en grande majorité des femmes et des enfants, sur la centaine qui a fait le voyage Tripoli-Tinalkoum) se retrouvent réunis le 31 août. Ils sont regroupés dans un minicomplexe de quatre villas dans la partie la plus protégée, quasi inaccessible aux riverains, de la résidence d’État du Club des pins. Un véritable no man’s land surveillé par une compagnie de gendarmerie pour dissuader badauds et curieux de s’approcher. Rares sont les personnes qui peuvent se targuer d’avoir rencontré les nouveaux hôtes. Le conscrit qui nous a rapporté le récit de Djoumaa en fait partie. Il nous décrit l’état d’esprit des réfugiés. « Mohamed [ex-patron des télécoms libyennes] m’a semblé le plus nerveux. Hannibal est le plus hautain. Son épouse, Aline [Skaf, de son nom de jeune fille], une ancienne actrice libanaise, a sombré dans la dépression. Safia n’arrête pas de pleurer et Aïcha est la plus courageuse. » Notre témoin n’est pas le seul à être sous le charme de la « Madone » de la Jamahiriya. Pour nombre de ses concitoyens, Aïcha n’est plus perçue comme la fille du dictateur déchu, mais comme l’icône de la résistance à l’agression militaire occidentale. C’est

Si Aïcha rompt à nouveau son devoir de réserve, Alger pourrait reconsidérer l’asile qui leur a été accordé.

pourquoi son intervention, le 25 septembre, sur la chaîne de télévision syrienne Arraï (lire encadré p. 38), appelant à « chasser les traîtres et les valets de l’Otan de Tripoli » a embarrassé le pouvoir algérien. « Non seulement elle l’a fait le jour où Mourad Medelci avait annoncé, depuis New York, la reconnaissance du CNT, mais son intervention médiatique a perturbé l’opinion nationale, explique un diplomate algérien sous le couvert de l’anonymat. Elle nous met en porte-à-faux avec notre passé de résistants et de soutiens indéfectibles aux mouvements de lutte contre l’oppression étrangère. Le 28 septembre, l’officier traitant des « réfugiés du Club des pins » les informe qu’une nouvelle sortie médiatique d’Aïcha conduirait les autorités algériennes à reconsidérer l’asile qui leur a été accordé. « Une menace difficile à mettre en œuvre, assure Miloud Brahimi, ancien bâtonnier et militant des droits de l’homme, car l’article 68 de la Constitution sacralise le droit d’asile. En outre, une convention algéro-libyenne, signée en novembre 1995, interdit toute extradition entre les deux pays pour des motifs politiques. » Aïcha et consorts ? Un nouveau casse-tête pour le pouvoir algérien. ●

Deux gros poissons dans la nasse Le dernier Premier ministre de Kaddafi et l’un des coauteurs du coup d’État de 1969 ont été interpellés en Tunisie.

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vant la chute de Tripoli, la Tunisie était en quelque sorte « complice » de tous les Libyens, qui ont eu droit indistinctement à la politique traditionnelle de la porte ouverte, avec dispense de visa. On a ainsi compté pas moins de 700 000 visiteurs libyens durant les huit premiers mois de l’année. Les palaces de JEUNE AFRIQUE

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l’île de Djerba sont devenus des annexes du gouvernement et de ses diplomates. Par familles entières, les plus argentés vivent dans des hôtels quatre et cinq étoiles en attendant la fin de la guerre. Les autres, pour la plupart démunis, ont été installés dans des camps de réfugiés ou hébergés par des familles tunisiennes. Depuis la libération de Tripoli,

presque tous sont repartis. Et les règles ont changé. Le 22 août, jour de l’entrée des rebelles dans la capitale libyenne, le gouvernement tunisien a officiellement reconnu le Conseil national de transition (CNT), ce qui signifiait ipso facto la rupture avec l’ancien régime. Simultanément, il a annoncé qu’il ne tolérerait plus l’entrée illégale de « fugitifs » pro-Kaddafi sur son territoire. Car pour Tunis, le risque est double : de tels mouvements favorisent l’entrée de saboteurs (y compris des ● ● ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


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 Tripoli a demandé à Tunis l’extradition de l’ex-Premier ministre AL-BAGHDADI AL-MAHMOUDI (à g.), arrêté le 21 septembre et maintenu en détention. KHOUILDI HAMIDI, lui, a été laissé en liberté par les Tunisiens. Peut-être en raison de son état de santé. ● ● ● djihadistes) et de trafiquants d’armes, et peuvent provoquer des représailles contre les anciens dignitaires en fuite de la part des prorebelles. Le 3 septembre, les deux Premiers ministres provisoires, Béji Caïd Essebsi pour la Tunisie et Mahmoud Jibril pour la Libye, se sont mis d’accord à Tunis pour que chacun des deux pays protège l’autre tout le long de leur frontière commune, longue de 459 km. Parallèlement, Mohamed Allagui, ministre libyen de la Justice, a évoqué avec son homologue tunisien l’extradition des fugitifs recherchés par Tripoli. Depuis, l’armée tunisienne et les forces de l’ordre ont intensifié les patrouilles pour intercepter les fuyards entrés illégalement, faisant deux grosses prises : Al-Baghdadi al-Mahmoudi, dernier Premier ministre de Kaddafi, et le général Khouildi Hamidi, l’un des coauteurs du coup d’État de 1969. Mahmoudi a été interpellé le 21 septembre près de Tameghza, une oasis du Sud-Ouest tunisien, au moment où, à bord

d’un véhicule 4x4 dernier cri aux vitres teintées, il tentait de passer en Algérie en compagnie de son neveu et d’un loueur de voitures. Un tribunal de la ville de Tozeur le condamne une première fois à six mois de prison ferme pour entrée illégale sur le territoire. Il est d’abord détenu à la prison de Gafsa, dans le Sud, puis transféré, « pour des raisons de sécurité », à la prison centrale de Mornaguia, à 15 km de Tunis, où il apprend, le 27 septembre, qu’il a bénéficié d’un non-lieu prononcé en appel. Mais il est maintenu en détention. ENTRÉE ILLÉGALE. Alors que les défec-

tions dans l’entourage de Kaddafi se multipliaient, ce médecin obstétricien, ancien ministre de la Santé puis, à partir de 2006, Premier ministre, est resté fidèle au « Guide » déchu jusqu’à la fin, avant de disparaître. Selon ses avocats, il s’était déjà réfugié en Tunisie au moment où les rebelles entraient dans Tripoli et n’est réapparu qu’au moment de sa fuite vers l’Algérie.

TROIS « VIEUX CHEVAUX » HORS COURSE LORSQUE ABDESSALAM JALLOUD, 70 ans, ancien numéro deux du régime, s’est réfugié enTunisie avec l’aide des rebelles, on a cru qu’il jouerait un rôle dans la nouvelle Libye. N’a-t-il pas publiquement soutenu, le 25 août, à Rome, l’intervention de l’Otan ? Mais des voix se sont aussitôt élevées pour s’opposer au retour de tous les « vieux chevaux ». Ali AbdessalamTriki, ex-ministre des Affaires étrangères, l’avait senti. Il a quitté Kaddafi à temps, s’est installé au Caire et s’est retiré de la politique. « Je ne veux plus m’en mêler », confie-t-il. Le Monsieur Afrique du « roi des rois d’Afrique » n’en a pas moins tenu à préciser qu’il n’était chargé que de « diplomatie avec les chefs d’État africains. Les questions d’argent, je n’y ai jamais été mêlé. Ce sont d’autres hommes qui s’en occupaient ». Ahmed Kaddaf Eddam n’a pas eu à quitter son cousin Mouammar puisqu’il était depuis longtemps basé au Caire pour superviser les relations avec feu le régime Moubarak. « Je suis resté à égale distance entre Kaddafi et les rebelles », dit-il aujourd’hui. ● AZ.B. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

L’interpellation de Hamidi a eu lieu le 7 septembre à l’aéroport international de Tunis-Carthage alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Casablanca, au Maroc. Son passeport diplomatique ne portait pas non plus de tampon d’entrée. Jugé pour entrée illégale par un tribunal de Tunis, mais laissé en liberté (il a en fait été hospitalisé à l’hôpital militaire de Tunis), il a bénéficié d’un non-lieu, confirmé en appel le 22 septembre. Deux poids, deux mesures pour sanctionner le même délit? Le tribunal de Tunis, apprend-on, aurait été sensible à l’état de santé de Hamidi, qui souffre depuis plusieurs années d’un cancer. La maladie avait forcé cet ancien chef de la sécurité militaire à prendre sa retraite. Au début de la révolution du 17 février, Kaddafi (dont l’un des fils, Saadi, est marié à une fille de Hamidi) l’a néanmoinsappeléàlarescoussepourmobiliser en sa faveur les tribus de sa ville natale, Sormane, à 70 km à l’ouest de Tripoli, et de l’ensemble de l’Ouest libyen proche de la frontière tunisienne. Tripoli a déclaré avoir lancé un avis de recherche international contre l’ex-Premier ministre, alors que Mohamed Allagui a entamé la procédure pour demander à la Tunisie son extradition. « Mahmoudi est directement lié aux opérations destinées à tuer des Libyens », a-t-il plaidé. C’est la troisième demande d’extradition du CNT depuis la libération de Tripoli. Les deux précédentes sont restées lettre morte. La première concerne l’épouse et trois enfants de Kaddafi (Aïcha, Mohamed et Hannibal), qui se sont réfugiés en Algérie. La seconde concerne Saadi Kaddafi, en résidence surveillée dans une villa de Niamey, au Niger, qui refuse de le livrer. ● ABDELAZIZ BARROUHI, à Tunis JEUNE AFRIQUE


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TRIBUNE

DR

Éd Moncef Guen Ancien secrétaire général du Conseil économique et social tunisien, consultant international

À nouvelle Tunisie, nouveau modèle économique

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E MODÈLE ÉCONOMIQUE tunisien d’avant la révolution du 14 janvier était loin d’assurer un développement rapide, équilibré et soutenu du pays. Quand on compare, sur le long terme, l’évolution économique de laTunisie avec celle de quelques pays asiatiques comme la Corée du Sud,Taiwan, la Malaisie et Singapour qui, au milieu du siècle dernier, étaient à son niveau, on s’aperçoit du gouffre qui les sépare. D’après les statistiques du Fonds monétaire international (FMI), le produit intérieur brut (PIB) de la Corée du Sud en 2010 était de 1 007 milliards de dollars, celui deTaiwan de 430 milliards, celui de la Malaisie et de Singapour, respectivement de 237 milliards et 223 milliards, contre seulement 44 milliards pour la Tunisie. Singapour a réalisé un taux de croissance de 14,5 % en 2010, alors que celui de laTunisie n’était que de 3,5 %. Le PIB par tête de Singapour était de 43 117 dollars, soit dix fois plus que celui de laTunisie. Voilà ce que cinquante ans de dictature ont engendré ! Les raisons de cet énorme retard sont claires : un faible taux d’investissement, l’accent mis sur la sous-traitance et les secteurs à basse valeur ajoutée, le déséquilibre entre la frange côtière et l’hinterland, l’exode rural massif, aggravé par une négligence totale du développement agricole, les écarts de revenus accentués par une politique libérale outrancière, la corruption rampante qui a gangrené le système politico-économique, un enseignement de bas niveau, un chômage croissant, surtout celui des jeunes diplômés… Un autre modèle économique est possible, capable d’assurer un développement rapide, équilibré et soutenu. Tout d’abord, le taux d’investissement doit grimper à 26 % du PIB dès 2012, 31 % en 2013, 35 % en 2014, 41 % en 2015 et 42 % en 2016. Cela entraînera des taux de croissance s’échelonnant entre plus de 6 % en 2012 et plus de 10 % en 2015 et 2016. Le taux de chômage, estimé à 20 % pour le début de 2012, baisserait de 4 points en moyenne annuelle entre 2012 et 2016, ce qui conduira au plein-emploi au terme de cette période. Les investissements doivent être orientés en priorité vers les secteurs à haute valeur ajoutée, ce qui aurait le double avantage de fournir des emplois aux jeunes diplômés et d’accroître la

valeur de la production et des exportations. En outre, une formation adéquate de la main-d’œuvre permettrait d’assurer un gain de productivité et d’améliorer la compétitivité. Les produits pourraient être écoulés dans le monde entier, surtout en Afrique et en Amérique (avec laquelle un accord commercial doit rapidement être négocié et conclu). Mais une meilleure qualification de la main-d’œuvre nécessite une réforme profonde de l’enseignement pour l’orienter vers les sciences, la technologie et la recherche. Les jeunesTunisiens devraient être capables d’absorber les nouvelles technologies, puis d’innover à leur tour en créant leurs siennes propres, comme l’ont fait avant eux les Japonais, les Sud-Coréens, les Chinois et les Indiens. Un rôle plus important devrait être accordé à la langue anglaise, langue de la technologie et du commerce international. Autre poste d’investissement prioritaire : les régions défavorisées, où il faut créer les infrastructures nécessaires au déploiement des activités génératrices d’emploi. À ce titre, il conviendrait de mettre en place des zones franches dans lesquelles les investisseurs jouiraient d’avantages fiscaux et financiers. Le développement rural doit être une priorité dans toutes les régions, garantissant

Postes d’investissement prioritaires : les secteurs à haute valeur ajoutée, la formation et les régions défavorisées.

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au moins cent vingt jours de travail par an à tout demandeur d’emploi en zone rurale. Il est nécessaire par ailleurs d’opérer une réforme fiscale permettant d’encourager l’épargne, l’investissement et l’exportation. Une telle réforme devra contribuer à favoriser les classes moyennes et s’accompagner d’un programme de transferts conditionnels dans lequel, à l’image du Bolsa Família (programme brésilien de lutte contre la pauvreté), les familles modestes obtiendraient des aides en espèces contre des engagements en matière d’éducation et de santé de leurs enfants. Enfin, une lutte implacable doit être engagée contre la corruption, dont le coût économique est extrêmement élevé. La justice mérite une attention toute particulière. La protection de l’État de droit par un système judiciaire intègre et indépendant est la condition sine qua non d’un développement rapide, équilibré et soutenu. ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Ý Les Saoudiennes

ARABIE SAOUDITE

Vote et tais-toi!

Sur décision du roi Abdallah, le royaume wahhabite a enfin accordé aux femmes le droit de vote et l’éligibilité. Mais la condition féminine laisse encore beaucoup à désirer…

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évolution de satin au royaume des Saoud : le 25 septembre, le roi Abdallah a octroyé aux femmes le droit de vote et l’éligibilité aux élections municipales – le seul type de scrutin que connaît le pays –, et celui de siéger au Majlis al-Choura, le Conseil consultatif. « Une modernisation équilibrée, conforme à nos valeurs islamiques, qui défendent le droit, une exigence importante de ce siècle », a plaidé le souverain saoudien. La mesure était attendue, l’ultraconservatrice Arabie saoudite étant le dernier État au monde – si l’on excepte le Vatican, où l’on ne vote pas – à exclure les femmes des suffrages. Lors des municipales de 2005, de nombreux intellectuels et membres de l’élite libérale avaient réclamé la participation de leurs concitoyennes, mais les autorités avaient prétexté l’absence de bureaux de vote séparés pour différer la décision, laissant toutefois entendre qu’elles seraient autorisées à participer aux élections suivantes, qui se sont tenues le 29 septembre… sans elles. Malgré la campagne nationale engagée à cet effet en mars 2010 par des associations

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et des militants, les isoloirs féminins – ou les esprits – n’étaient toujours pas prêts et les Saoudiennes devront donc patienter encore quatre ans.

se marier, se faire soigner, si bien que DOIVENT DEMANDER l’amélioration de UNE PERMISSION leur condition est à leurs tuteurs devenue l’un des pour pouvoir étudier, grands enjeux des travailler, réformes sociales voyager… entreprises à partir du début des années 2000etrenforcéesparleroiAbdallahaprès son accession au pouvoir en 2005. En 2001, l’Arabie saoudite avait en effet ratifié la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes. En 2008, une loi ouvre le monde du travail aux Saoudiennes. L’année suivante, une femme, Noura al-Fayez, est nommée vice-ministre de l’Éducation, tandis que le monarque inaugure l’Université des sciences et technologies du roi Abdallah, seule institution éducative mixte du royaume, provoquant l’ire des conservateurs. Pour les observateurs, ces maigres concessions sociales étaient surtout un gage donné à la communauté internationale et une diversion pour faire oublier ceux qui, à l’intérieur,réclamentdevéritablesréformes politiques. Avec les distributions de primes et de rentes prélevées sur les revenus pétroliers, elles sont un autre moyen de calmerlacontestationquiavaitcommencé à poindre au début de l’année dans l’est du royaume à la faveur du Printemps arabe. Le seul mouvement de la société civile à avoir perduré et touché la capitale était d’ailleurs une initiative féminine : sur Facebook, des Saoudiennes avaient lancé lacampagneWomen2Drivepourréclamer le droit de conduire, appelant même leurs concitoyennes à passer à l’acte. Certaines d’entre elles, prises sur le fait, ont écopé de quelques jours de prison. Le 26 septembre,

ÉTERNELLES MINEURES. Bouleversement politique ou concession symbolique? « La portée du droit de vote des Saoudiens est limitée : les conseils municipaux sont consultatifs, seule la moitié des membres est élue et les partis politiques sont interdits », rappelle Amélie Le Renard, spécialiste de Bouleversement politique ou l’Arabie saoudite à l’Insticoncession symbolique tut d’études politiques de Paris. La faible participation pour plaire aux Occidentaux ? au scrutin de 2005 avait du reste démontré le peu d’intérêt suscité par au lendemain de l’annonce historique du ce nouveau droit. Mais, dans un pays où monarque, l’une d’elles a été condamnée à recevoir dix coups de fouet. Une condamle rigorisme wahhabite régente depuis nation opportunément annulée par le roi le XVIIIe siècle tous les aspects de la vie Abdallah deux jours plus tard. Dès 2005, ce religieuse, politique et sociale, ce geste dernier s’était d’ailleurs déclaré favorable à constitue un réel progrès. Considérées la levée de l’interdiction faite aux femmes comme des éternelles mineures, traide conduire. Peut-on espérer qu’en 2015 tées en citoyens de seconde catégorie, les Saoudiennes pourront se rendre aux les Saoudiennes doivent demander une permission à leurs tuteurs masculins pour urnes au volant de leur voiture ? ● se déplacer, étudier, travailler, voyager, LAURENT DE SAINT PÉRIER JEUNE AFRIQUE


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Dessine-moi une fatwa Tolérés par les autorités pour contrecarrer les prédicateurs orientaux, les avis religieux sauvages – et parfois saugrenus – prolifèrent, créant un véritable « marché des biens de salut ».

sur les fatwas, qu’elle distille au comptegoutte. Ne sont d’ailleurs du ressort exclusif de cette instance officielle que les avis relatifs aux affaires politiques. Selon le militant laïc Ahmed Aassid, membre de l’ONG Bayt al-Hikma, « la fatwa doit être institutionnalisée afin justement d’éviter la prolifération des avis personnels et individuels ». Zemzami, qui siège au Parlement depuis septembre 2007, développe un discours tout en nuances : « La fatwa doit rester libre. Sujets politiques mis à part, rien ni personne ne peut limiter l’expression d’avis religieux. » RUSE. Les prétentions de l’État à repren-

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epuisleprintempsdernier,une fatwa en apparence loufoque alimente débat public et bruits de salon dans le royaume chérifien. Le controversé cheikh Abdelbari Zemzami y explique que « l’islam autorise l’acte sexuel sur un cadavre quelques heures après la mort », pour peu que cette « relation » nécrophile soit du fait d’un veuf qui vient de perdre son épouse. Réactions horrifiées des médias, tollé dans la société civile, mais Zemzami persiste et signe. Interrogé, le cheikh n’en démord pas : « Les gens s’étonnent de choses qu’ils ignorent. Quand je dis que l’époux veuf a le droit, selon la charia, d’avoir une relation intime avec son épouse défunte, je ne fais qu’appliquer la tradition islamique. Le Coran explique que le mariage ne s’interrompt pas avec la mort et promet aux époux des retrouvailles au paradis. » Et le cheikh de dérouler sa casuistique à toute épreuve : « La femme doit obéissance à son époux en matière sexuelle, sinon le mariage n’a plus de fondement. » Comment recueillir le consentement d’une personne défunte, JEUNE AFRIQUE

dreenmainlaproductiondesensreligieux se heurtent à la pratique quotidienne d’un islam mondialisé, où les biens et services religieux s’échangent comme sur un marché. En outre, en transformant les diplômés détenteurs d’un savoir religieux « légitime » en fonctionnaires, il a réduit leur prestige aux yeux de la population, qui s’est tournée, technologie aidant, vers les prédicateurs orientaux. Il y a trente ans, on échangeait sous le manteau les cassettes du cheikh égyptien Abdelhamid Kichk. De même, Youssef al-Qaradawi, prédicateur vedette d’Al-Jazira, méconnaît aujourd’hui totalement les frontières quand il se prononce sur la licéité du crédit à la consommation pour les Marocains. En 2006, la commission de l’Ifta réagit d’ailleurs très vivement en accusant Qaradawi d’avoir « outrepassé les limites de la bienséance, et commis de grossières erreurs en matière de savoir et d’éthique, et en premier lieu celle qui

honorablecheikh?Laréponsefuse:«Vous appliquez là des jugements occidentaux sur une loi qui est islamique. Dans notre tradition, le consentement n’est pas une condition des rapports conjugaux. » Et d’ajouter, malicieux : « Là où vous vous offusquez d’une attitude immorale, je préfère voir Pour le cheikh Zemzami, l’islam une preuve d’amour conjuautorise l’acte sexuel entre gal. » Zemzami concède un homme et son épouse défunte. que ce comportement est anormal mais excusable : consiste à empiéter sur le droit des oulé« Vous savez, ces questions ne sont pas mas du Maroc à émettre des fatwas au très complexes. La solution est souvent service de leurs compatriotes ». toute trouvée dans le Coran ou la Sunna Pour Abdelhakim Aboullouz, chercheur [tradition du Prophète, NDLR]. » associéaucentreJacques-BerquedeRabat, Pareilles affirmations sembleraient anecdotiques si la fatwa n’était un enjeu la tolérance des autorités marocaines vispolitique. Au Maroc, les avis religieux ont à-vis des fatwas « sauvages » participe de un statut officiel : depuis avril 2004, une la tentative de relocaliser, sous la bannière commission de l’Ifta (consultation canodu rite malékite, la diffusion du savoir nique) a été instituée par dahir (décret religieux. Ce spécialiste du salafisme y voit royal). Cette instance émane du Conseil une ruse qui consiste à « noyer les muftis supérieur des oulémas, lui-même présidé intégristes sous un flot d’avis divergents par le roi, en sa qualité de Commandeur pour limiter l’influence des prédicateurs des croyants, et réactivé en 2000. Or cette orientaux ». Une stratégie du fou plutôt instance n’exerce pas de monopole strict risquée… ● YOUSSEF AÏT AKDIM N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Maghreb Moyen-Orient de retrait anticipé ? Le sujet est d’autant plus brûlant que la stratégie américaine de contre-insurrection vire au fiasco. En juillet, Ahmed Wali Karzaï, l’influent Dans son discours du Caire, en 2009, le président américain avait frère du président, a été abattu à Kandahar. En août, les talibans ont attaqué le consulat annoncé une politique de la main tendue à l’égard des pays britanniqueàKaboul.Le10septembre,l’exmusulmans. Mais il n’en est toujours rien. Bien au contraire. plosiond’uncamionpiégéafaitcinqmorts et soixante-dix-sept blessés américains dans une base militaire de l’Otan – les talibans ne souhaitaient pas monopoliser ur au moins trois dossiers cruciaux pour la paix dans le monde le pouvoir et que toutes les ethnies seraient pertes les plus lourdes enregistrées par associées à « un véritable régime islamique et pour les intérêts américains les forces étrangères au cours d’un seul – le conflit israélo-arabe, l’Afghaqui serait acceptable pour toutes les comincident.Le13septembre,desinsurgésont nistan-Pakistan et le Yémen-Somalie –, assiégé pendant vingt heures l’ambassade posantes du pays ». Les États-Unis et leurs le président des États-Unis s’est montré des États-Unis et le QG de l’Otan au cœur alliés auraient été bien avisés de répondre favorablement à ce message. de Kaboul, dans un périmètre censé être pour le moins imprudent. le plus sécurisé du pays. Enfin, le 20 sepSa capitulation face à Israël sur la quesFIASCO. Une conférence est convoquée tembre, Burhanuddine Rabbani, chef du tion palestinienne a choqué une grande à Bonn, en décembre, pour faire le point Haut Conseil de paix, a été assassiné dans partie de la communauté internationale sur la guerre de l’Otan en Afghanistan. un attentat-suicide. Ce Tadjik avait été et a gravement terni l’image de son pays Ayant perdu confiance dans la capacité du chargé par le président Karzaï de cheraux yeux des Arabes et des musulmans. gouvernement Karzaï à les protéger, eux et cher un terrain d’entente avec les talibans. Pour s’assurer le vote juif à la prochaine présidentielle, Obama mène désormais à leursfamilles,vingt-cinqmillehommesont Cadre des moudjahidine lors de la guerre l’égarddumondemusulmanunepolitique désertélesforcesarméesafghanesaucours contre les Soviétiques dans les années diamétralement opposée à celle qu’il avait du premier semestre de 2011. Et le retrait 1980, il a été président entre 1992 et 1996, éloquemmentannoncéedanssondiscours destroupesdelacoalitionestprévu pourla avant d’être renversé par les talibans. Il du Caire, en 2009. S’il devait user du droit fin2014.N’est-ilpastemps,danscescondidevient alors une figure de l’Alliance du de veto américain au Conseil de sécurité tions, de lancer immédiatement une offre Nord – composée de Tadjiks, d’Ouzbeks et de l’ONU pour faire obstacle à l’adhésion de négociation, assortie d’une promesse de Hazaras –, qui a combattu les islamistes de l’État de Palestine, c’est qu’il jusqu’à leur chute au lendemain aura cédé face au racisme, à l’islade l’invasion américaine de 2001. mophobie, aux néoconservateurs Personne n’a revendiqué l’assasbelliqueux et à l’appétit expansinat, mais des soupçons pèsent sionniste du Grand Israël. sur le réseau Haqqani, soutenu EnAfghanistan,Obamasemble par le Pakistan. vouloir ouvrir des négociations Islamabad a des intérêts vitaux avec les talibans, alors que ses en Afghanistan, qui lui offre une chefs militaires et ses diploprofondeur stratégique pour mates veulent d’abord tuer les contrer l’influence indienne. talibans. Ce n’est certainement Les Pakistanais, qui soupçonpas le meilleur moyen de faire nent Karzaï de frayer avec les venir les insurgés à la table des Indiens, préfèrent apparemment négociations. C’est à se demander avoir affaire aux talibans plutôt qui pilote la politique étrangère qu’à un régime soutenu par les américaine… Américains. La mort de Rabbani Dans un message envoyé à l’ocprive en tout cas le président casion de l’Aïd el-Kébir, le mollah afghan d’un allié clé et pourrait Omar, leader des talibans, a laissé déboucher sur une guerre civile si entendre qu’il serait disposé à aucune tentative de dialogue n’est participer à des négociations. amorcée avec les talibans. « Je n’exclus aucune option qui Entrée dans sa onzième année, permettrait d’aboutir à l’instaula guerre d’Afghanistan a ruiné les ration d’un régime islamique États-Unis, gravement déstabiindépendant en Afghanistan », lisé l’État pakistanais et menace a-t-il écrit. Il a appelé les puisde briser l’alliance américanosances étrangères à retirer leurs pakistanaise. À la mi-septembre, troupes « immédiatement » afin devant le Sénat, l’amiral Mike de trouver une solution durable. Mullen, chef d’état-major interÀ l’intention de ses opposants armées des États-Unis, a accusé le  Au premier rang des déçus, LES PALESTINIENS, qui n’ont pas manqué de le faire savoir à l’intéressé. locaux, il a souligné le fait que les Pakistan et ses puissants services ÉTATS-UNIS - MOYEN-ORIENT

George W… Obama

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CHRIS HUBY/LE DESK

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JEUNE AFRIQUE


Coulisses

Maghreb & Moyen-Orient

Même l’allié pakistanais s’est rebiffé. Et menace ouvertement de soutenir les ennemis de l’Amérique. Pakistan devait soutenir les ennemis des États-Unis en Afghanistan si ces derniers continuaient à lancer des attaques aux drones sur le territoire pakistanais. TRAQUE SANS MERCI. Pendant ce temps,

lesforcesspécialesaméricainescontinuent de traquer les talibans et leurs partisans, multipliant les raids nocturnes, comme celui du 2 septembre, au cours duquel Sabar Lal, un Afghan prospère, a trouvé la mort à son domicile, à Jalalabad. Selon la presse, les Américains sont entrés par effraction, ont menotté le maître des lieux et ses invités, leur ont bandé les yeux, avant de conduire Sabar sur la véranda et de l’exécuter. Ce dernier avait combattu les Soviétiques en Afghanistan, passé cinq ans à Guantánamo et tenté de refaire sa vie avec sa famille. Cela n’a manifestement pas suffi à dissiper les soupçons des Américains à son égard… Au Yémen et dans la Corne de l’Afrique, le recours croissant des États-Unis aux attaques de drones, avec leurs inévitables dégâts collatéraux, a provoqué la colère de la population. Selon le Washington Post, l’administration Obama a utilisé des drones pour frapper Al-Qaïda en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Pakistan, en Somalie et au Yémen. Depuis 2001, ce programme a tué deux mille activistes et civils. Ne faut-il pas se demander si la politique américaine n’a pas créé davantage de terroristes que la CIA n’en a tué ? Les États-Unis ne feraient-ils pas mieux de clamer tout simplement leur victoire en Afghanistan – et partout où leurs forces spéciales sont engagées – et de rapatrier leurs troupes aussi vite que possible pour se concentrer sur les maux qui rongent leur propre société ? ● PATRICK SEALE JEUNE AFRIQUE

J.B. RUSSELL/COSMOS

secrets, l’Inter-Services Intelligence (ISI), d’être de connivence avec le réseau Haqqani. En « instrumentalisant l’extrémisme violent », a-t-il déclaré, Islamabad sape l’effort militaire de Washington et menace le partenariat stratégique américano-pakistanais. La réponse des intéressés n’a pas tardé : le 22 septembre, le général Asad Durrani, ex-patron de l’ISI, a évoqué « un conflit de faible intensité » entre les deux alliés. Pis, il a estimé que le

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 LES NÉGRO-MAURITANIENS jugent le recensement discriminatoire.

MAURITANIE « TOUCHE PAS À MA NATIONALITÉ ! » La colère des Négro-Mauritaniens contre un recensement qu’ils jugent discriminatoire gronde chaque jour davantage. Les 24 et 25 septembre, de violents affrontements ont opposé la police à de jeunes manifestants dans le Sud.À Maghama, un jeune de 19 ans a été tué d’une balle dans la poitrine, neuf autres ont été blessés par balle et une trentaine arrêtés, puis relâchés. Mais le ministre de

ÉGYPTE CALENDRIER ÉLECTORAL Le Conseil suprême des forces armées égyptien a arrêté au 28 novembre la date du premier tour du scrutin législatif. L’élection de la Choura (Sénat) aura lieu le 29 janvier. Mais une coalition d’une trentaine de partis, dirigée par les Frères musulmans, a menacé de les boycotter si l’article 5 de la loi électorale était maintenu. Celui-ci prévoit qu’un tiers des sièges du Parlement seront occupés par des indépendants.

l’Intérieur a indiqué vouloir poursuivre le recensement. « C’est une provocation, déplore Haimout Ba, représentant de l’Union des forces de progrès (opposition) en France. Il faut stopper ces opérations d’enrôlement qui sont vouées à l’échec. » « Le jeune décédé est devenu un martyr, prévient Ibrahima Diallo, délégué des Forces de libération africaines de Mauritanie à Paris. Les jeunes souhaitent le départ du président Ould Abdelaziz et ils n’ont plus rien à perdre. Nous sommes à un tournant. » ●

LIBYE LOCKER(BIS) ? Le 26 septembre, le procureur général d’Écosse, Frank Mulholland, a demandé au Conseil national de transition (CNT) libyen de lui transmettre les éléments pouvant permettre l’ouverture d’un second procès de l’attentat contre le vol 103 de la Panam qui avait fait 270 morts à Lockerbie, en 1988. Lors du premier procès, seul le Libyen Abdel Basset el-Megrahi avait été jugé coupable. Condamné en 2001 à vingt-sept ans

de prison, il a été libéré en 2009 pour raisons de santé. SYRIE MOBILISATION DES ÉCOLIERS Depuis le 18 septembre, des écoliers syriens expriment leur hostilité au régime en arrachant les pages de leurs manuels à la gloire de Bachar al-Assad et en scandant: « On étudiera quand le régime tombera! » Selon le militant des droits de l’homme Haytham al-Maleh, la répression aurait coûté la vie à 225 d’entre eux depuis février. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


Europe, Amériques, Asie

RUSSIE

CHASSÉCROISÉ En 2008, Dmitri Medvedev avait succédé à la présidence à Vladimir Poutine, nommé Premier ministre. En 2012, les rôles seront inversés. Un scénario impeccablement réglé. Et une parodie de démocratie.

JUSTINE SPIEGEL

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P

ersonne ne doute que Poutine sera réélu président pour les quatre ans à venir. Certains soupçonnent qu’il le restera éternellement. » En 2004, la journaliste Tatiana Chtcherbina écrivait (dans La Revue) ce qu’intellectuels et opposants russes pensaient tout bas. Vladimir Poutine président, Dmitri Medvedev Premier ministre : la redistribution des rôles entre les deux hommes forts du pays, lors du congrès de Russie unie, le parti au pouvoir, le 24 septembre, n’a donc surpris personne. Avec le sourire, le second a accepté de s’effacer devant le premier lors de l’élection présidentielle de mars 2012. Et de conduire la liste de Russie unie aux législatives du 4 décembre. « Nous avons tout prévu il y a déjà plusieurs années, a confirmé Poutine au début de son discours devant onze mille partisans, à Moscou. Nous sommes habitués à ce que tout soit écrit à l’avance, mais nous avons tout de même l’ambition de la démocratie»,arépliqué,suruntongrinçant,Mikhaïl Gorbatchev, le dernier numéro un soviétique. Novaïa Gazeta, le journal d’opposition dont il est actionnaire, a par ailleurs publié, à la une, une caricature évoquant la Russie de demain – ou d’après-demain. On y voit Medvedev et Poutine, vieillis, des médailles rappelant l’époque soviétique épinglées sur la poitrine… N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

Arrivé au pouvoir en 1999, à titre intérimaire après la démission surprise de Boris Eltsine, Poutine a été élu l’année suivante, puis de nouveau en 2004. La Constitution russe limite à deux le nombre des mandats ? Qu’importe, l’ingénieux Poutine trouve la solution : en 2008, il fait élire à sa place le très consensuel Medvedev, et devient lui-même Premier ministre. Très vite, le mandat présidentiel est porté de quatre à six ans. JUSQU’EN 2024 ? En 2012, Poutine, 58 ans aujourd’hui,pourradoncreprendrelatêteduKremlin etlaconserver,sitoutvabien,jusqu’en2024.Ildispose pour cela de deux atouts maîtres: une popularité stratosphérique (70 % d’opinions favorables dans les sondages) et une vraie crédibilité auprès de l’appareil d’État. Au cours de ses deux mandats, il a desurcroîtprissoindelaminerl’opposition.Aumois de juin dernier, par exemple, les autorités ont refusé d’enregistrer le nouveau parti de Boris Nemtsov, qui fut vice-Premier ministre à l’époque d’Eltsine. « Même si les élections étaient honnêtes, Poutine serait élu, commente une intellectuelle russe. Medvedev sait qu’il n’avait aucune chance en 2012, car il est moins populaire. Durant la présidence du ca premier, on était dans une période d’essor éconopr mique, alors que le second a dû affronter la crise. mi Medvedev a essayé, mais il a échoué. » Me Un temps, l’éventualité d’une candidature Medvedev a pu, de l’extérieur, paraître plausible. Me JACQUES JACQUE QUE SAPIR

ULF ANDERSEN

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Économiste et historien

« Il n’est pas certain que Medvedev reste très longtemps Premier ministre. Au mois de juin, il se montrait très intéressé par la création d’un think-tank sur l’avenir de la Russie. » JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie ne s’est jamais opposé de front à son mentor. Poutine et lui n’ont d’ailleurs jamais cessé de s’afficher comme les meilleurs amis du monde. On les a vus dévaler de conserve des pistes de ski, disputer une partie de billard, boire une bière devant un match de foot, pêcher sur les rives de la Volga ou dîner en tête-à-tête dans un restaurant de Saint-Pétersbourg. OBJET DE DÉSIR. En réalité, il n’y a

RIA NOVOSTI/REUTERS

jamais eu de duel politique. Tout au plusunedifférenced’images.Pendant que le lisse Medvedev, avec ses allures de comptable compassé, feignait d’incarner une Russie plus libérale afin de rassurer les investisseurs occidentaux, Poutine cultivait son image d’homme fort, sportif, amoureux de la nature et proche des gens simples. Aussi à l’aise sur une moto que sur un tatami (il est ceinture noire de judo). Aux commandes d’un minisous-marin que derrière un piano. Posant torse nu devant les objectifs, il n’a rien négligé pour s’imposer en objet de désir. Pour son cinquante-huitième anniversaire, il s’est vu offrir un calendrier érotique par douze étudiantes moscovites. Quelques mois plus tard, une « soirée Poutine » lui a été consacrée dans une discothèque de la capitale. Seule fausse note à cette belle unanimité, la démission d’Alexeï Koudrine, le populaire ministre des Finances, qui, au lendemain du congrès de Russie unie, a déclaré qu’il refusait de travailler dans un gouvernement dirigé par Medvedev. « Tant que je suis président, c’est moi qui prends ces décisions; libre à vous de démissionner », lui a publiquement répliqué ce dernier.  LE COUPLE POUTINE-MEDVEDEV Proche de Poutine, Koudrine EN ASIE CENTRALE, EN 2007 : plaide pour la rigueur budgétaire pas de duel politique, et désapprouve la récente annonce une simple différence d’images. d’une augmentation des dépenses militaires. Mais nombre d’opposants ne prennent pas ce clash très au sérieux. Sergueï Mitrokhine, le chef du parti Iabloko, estime ainsi que tout cela n’est qu’« une manœuvre de Poutine pour faire de Koudrine son Premier ministre ». Alors que la Russie fait face à d’immenses défis (infrastructures vieillissantes, crise démographique, forte corruption, chute du rouble), la mise à l’écart du ministre des Finances, plutôt bien vu en Occident, risquerait en effet d’effaroucher les investisseurs étrangers… ●

Dès son arrivée au pouvoir, il s’est efforcé de marquer sa différence. Juriste de formation, il incarne une nouvelle génération de dirigeants, alors que Poutine, ex-lieutenant-colonel du KGB, est un nostalgique de l’époque soviétique. Medvedev a mis l’accent sur la nécessité de moderniser le pays, de redorer son image auprès des Occidentaux et de le remettre sur les rails de la démocratie. Alors que l’essentiel des revenus de l’État provient du pétrole, et non de la production industrielle, il s’est engagé dans une lutte acharnée contre la corruption – avec un succès, il est vrai, très relatif. Mais, excepté sur la question du soutien à l’intervention de l’Otan en Libye, qu’il n’a pas désapprouvée, il JEUNE AFRIQUE

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Ý FEMME

permettant d’emprunter à bon marché, les gouverÀ LA BOURSE nements conservateurs D’ATHÈNES, ont laissé enfler le nomen juillet. bre des fonctionnaires : + 10 % entre 2004 et 2009. Un quart de la population active appartient aujourd’hui à l’administration – à la fois pléthorique et inefficace. Le problème est que, tandis que les dépenses explosent, les impôts ne rentrent pas. Les Grecs sont les champions incontestés de la fraude. Par exemple, ils prennent soin de ne jamais achever la construction de leur maison pour ne pas être soumis à l’impôt foncier. Chez le commerçant du coin comme chez le dentiste, on paie de la main à la main pour échapper à la TVA. Au mois de mai, Georges Papaconstantinou, l’ancien ministre des Finances socialiste, déplorait que, « sur 8 500 contribuables déclarant des revenus, 5 500 ne paient aucun impôt ». Ces exemptions amputent les recettes budgétaires de quelque 15 milliards d’euros par an.

YANNIS BEHRAKIS/REUTERS

DE MÉNAGE

GRÈCE

Visite guidée aux enfers

Dans ce pays jadis béni des dieux, tout le monde, dirigeants comme contribuables, triche depuis trop longtemps. La facture a fini par arriver. Et elle est terrifiante.

A

entrepris pour éviter la catastrophe. C’était fin de lui éviter la faillite et bien le moins. lui permettre de payer ses 730000 fonctionnaires, 8 milPour comprendre l’origine de ce drame, liards d’euros devraient être il faut remonter au début des années 2000. Pour réussir à se faire admettre dans la accordés à la Grèce, vers le 3 octobre, zone euro, le gouvernement conservapar la « troïka » composée de l’Union européenne (UE), de la Banque centrale teur a maquillé ses déficits. Alors que le déficit budgétaire représentait, en 2000, européenne (BCE) et du Fonds moné4,1 % du PIB, il a froidement annoncé à taire international (FMI). Ce sauvetage Bruxelles le chiffre hautement fantaisiste est assorti d’un plan d’économies d’une de 2 %. Même chose en 2001 (1,4 % au rare dureté. Baisses de salaires, augmentations d’impôts, licenlieu de 3,7 %) et les années ciements « provisoires » de suivantes. Cette faute n’a pas fonctionnaires… Les Grecs été sanctionnée lorsqu’elle a vont souffrir. été rendue publique en 2004, Toute la semaine dernière, et pour cause : tous les États milliards les grèves se sont succédé de l’eurozone ont peu ou d’euros prou triché. L’Allemagne et dans les transports et les services publics. Les manila France, par exemple, ont obtenu de leurs opérateurs festations pour empêcher, le Le coût annuel 27 septembre, le Parlement téléphoniques des contribude la fraude fiscale de voter la création d’une taxe tions exceptionnelles qui leur immobilière ont exprimé le ont permis de respecter, en ras-le-bol général. Les Grecs vivent une apparence, les normes de Maastricht. Par la suite, la Grèce a poursuivi dans descente aux enfers dont ils ne se sentent pas responsables. Même Angela Merkel, la voie catastrophique où sa culture la chancelière allemande, leur a témoigné du clientélisme l’avait fait s’aventurer. son « absolu respect » pour les efforts Son appartenance à la zone euro lui

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MASCARADE. À l’automne 2009, Georges

Papandréou, le nouveau Premier ministre socialiste, décide d’arrêter la mascarade. Il annonce que le déficit budgétaire ne sera pas de 6 %, comme annoncé, mais de plus de 12 %. Panique immédiate sur les marchés, qui découvrent le montant vertigineux de la dette grecque: 300 milliards d’euros, soit 140 % du PIB. Chacun prend conscience que ce pays vit au-dessus de ses moyens, que son économie n’est pas du tout compétitive. Elle n’exporte pas grand-chose et, comme elle est membre de la zone euro, elle ne peut dévaluer sa monnaie pour regagner en compétitivité et relancer ses exportations. UE, BCE et FMI comprennent qu’il faut sauver la Grèce, qui risque de provoquer l’effondrement de la zone euro en faisant douter de sa solidarité. Mais les chamailleries entre Européens vont retarder le sauvetage et alourdir son coût, qui passe de 30 milliards d’euros au printemps 2010 à plus de 200 milliards aujourd’hui.

TOU T E S L E S M U S IQU E S D’A F R IQU E

AFRICA SONG Robert Brazza 19h10 -21h TU et sur

www.africa1.com


Europe, Amériques, Asie

GARE À LA CONTAGION. Ce tour de

vis produit des effets spectaculaires. Le déficit budgétaire passe de 15,4 % du PIB en 2009 à 9,4 % en 2010. Mais la dette continue de croître, et l’objectif de 1,1 % en 2015 semble hors de portée. Le chômage culmine en effet à 17 %, et la demande domestique s’effondre sous l’effet de la suppression du treizième mois dans la fonction publique et du rabotage de 10 % des retraites. L’activité s’étouffe : – 4,5 % en 2010, – 3 % cette année. Les marchés sont de plus en plus persuadés que la

Baisses de salaires, augmentation des impôts, licenciements… Les Grecs vont souffrir. Grèce ne parviendra jamais à rembourser ses dettes. À chaque hésitation de la « troïka », ils redoutent sa faillite et la contagion qui mettrait en péril les banques européennes qui ont acheté de la dette grecque. Les Bourses mondiales et l’euro plongent. Et l’inquiétude gagne du terrain concernant le Portugal, l’Espagne et, depuis deux mois, l’Italie. Après le déblocage des 8 milliards d’euros salvateurs, la Grèce ayant accepté de se serrer la ceinture d’un nouveau cran (création d’un impôt immobilier, diminution de 20 % de la masse salariale des fonctionnaires, nouvelle réduction des retraites), l’Europe devrait se doter à la mi-octobre d’un Fonds européen de stabilité financière doté de 450 milliards d’euros et capable de racheter la dette des pays en difficulté. Le peuple grec supportera-t-il ce traitement de cheval ? Plus que de la confiance des spéculateurs, c’est de son stoïcisme que dépendent le redressement du pays, la survie de l’euro et la croissance de l’économie mondiale. ● ALAIN FAUJAS JEUNE AFRIQUE

ALLEMAGNE

Crise de foi Indignés par le conservatisme de l’Église catholique et les scandales de pédophilie dans le clergé, nombre de fidèles se détournent de la religion.

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n centre-ville totalement bloqué et 6000 policiers mobilisés. Le 22 septembre, pour la première visite officielle du pape Benoît XVI dans son pays natal, Berlin était en état de siège. La manifestation organisée par les associations hostiles à sa venue – et à son discours très critiqué devant le Parlement – avait été reléguée loin du parcours. Le divorce est de plus en plus patent entre les Allemands et le catholicisme. À l’origine de cette rupture, l’écœurement suscité, en 2010, par le scandale des prêtres pédophiles. Le nombre des victimes reste difficile à évaluer, mais, selon certaines associations, il serait supérieur à 2 000. En outre, sous l’influence du protestantisme, deuxième religion du pays avec 24 millions de fidèles (presque autant que de catholiques), nombre de croyants souhaitent que l’Église s’adapte aux évolutions de la société en matière de mœurs : ordination des femmes, tolérance accrue envers les divorcésremariés et les homosexuels, etc. En début d’année, un mémorandum signé par 143 théologiens intitulé « Un renouveau indispensable » avait apporté un soutien remarqué à ces revendications.

De manière assez plaisante, au cours de son séjour berlinois, le pape a eu l’occasion de rencontrer le président de la République, Christian Wulff, qui est divorcé et remarié, et le maire de Berlin, Klaus Wowereit, qui n’a jamais caché son homosexualité. COMPASSION. Il paraît urgent de réagir,

car l’Église subit une véritable hémorragie. En 2010, 181 000 fidèles ont entrepris des démarches officielles pour la quitter (47 % de plus qu’en 2009). Cette désaffection a aussi des conséquences financières. Tout Allemand se déclarant croyant a en effet l’obligation de verser un impôt cultuel, prélevé à la source, représentant9%del’impôtsurlerevenu. Avec seulement 170 000 baptêmes et 3 500 conversions (dont une majorité d’anciens protestants) l’an dernier, le déclin est amorcé. Pour tenter de l’enrayer, Benoît XVI avait donc l’obligation de réagir. « Je peux comprendre ceux qui, face à de telles informations [la pédophilie, NDLR], se disent: “Ce n’est plus mon Église” », a-t-il déclaré dans l’avion qui le menait de Rome à Berlin. Une rencontre-surprise a également été organisée à Erfurt avec trois hommes et deux femmes victimes d’abus sexuels. Il leur a exprimé sa « compassion » et les a assurés que « ceux qui ont des responsabilités dans l’Église sont sérieusement engagés pour faire face aux crimes pédophiles ». Les victimes perçoivent actuellement une indemnisation de 5000 euros. Mais elles réclament des gestes forts qui ne soient pas seulement financiers. ● GWÉNAËLLE DEBOUTTE, à Berlin

MAX ROSSI/REUTERS

Deux camps s’opposent. Les « moralistes » d’un côté ; les « pragmatiques » de l’autre. Les premiers (l’Allemagne et les pays d’Europe du Nord) jugent qu’il faut punir la Grèce pour ses dérives et ne l’aider qu’au compte-goutte. Les seconds (Belgique, France et BCE) estiment que l’aide à ce pays doit être massive pour dissuader les spéculateurs de miser sur sa faillite. On finira par s’entendre pour mettre Athènes sous tutelle et lui imposer des économies drastiques.

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 CARDINAUX ET ÉVÊQUES ATTENDANT, sous la pluie, l’arrivée de Benoît XVI au stade olympique de Berlin, le 22 septembre. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

Adek Des tuiles et des toiles Né à Aix-en-Provence, le jeune peintre qui se dit d’origine « nubienne et tunisienne » tente de se faire une place dans le monde de l’art avec des couleurs explosives et acidulées. Déçu par la France, il rêve d’Amérique.

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IRIEZ-VOUS que vous êtes désabusé ? – Je pense avoir perdu la foi en l’Homme. » Alors qu’un air de musique s’échappe de la radio, dans son atelier parisien, Adek livre ses désillusions. Plutôt en retrait au début de l’entretien – moins par timidité que par appréhension de l’exercice –, l’artiste de 35 ans se révèle, en fin de compte, peu avare de confessions et d’anecdotes. Installé sur une chaise, tout au fond de la petite pièce éclairée par des néons, il avait opté d’emblée pour la distance. Désormais, il fait face à ses toiles, sur lesquelles les couleurs acidulées se détachent des vastes fonds noirs. Pour la plupart peuplées de superhéros ou de personnages hollywoodiens, on pourrait les penser naïves. Sur l’une d’elle, un Superman, visage et poing rose fuchsia, s’élance dans les airs. Mais, à force de la regarder, on remarque qu’il porte une cravate. « Je vois tous les jours des mecs se prendre trop au sérieux, explique-t-il. Ces Superman à cravate doivent redescendre sur terre. » Là réside toute la finesse de l’art d’Adek : grâce à des détails subtils, il transmet avec sympathie ce qui le chagrine ou lui semble illogique. Jamais de politique. « Lorsque j’ai peint deux femmes voilées, la toile ne s’est pas vendue, se justifie-t-il. Or une Minnie portant la burqa a très vite trouvé acheteur. Quand la forme est trop brusque, cela dérange les gens, comme si je leur imposais un point de vue. Pourtant, c’était davantage le regard que le voile

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 DANS SES TOILES, Ramzi « Adek » détourne souvent les codes hollywoodiens.

qui m’intéressait. » souriant. Le graffiti s’est présenté à moi Cet atelier, Ramzi lorsqu’il a fallu que je trouve une échap– Adek, abréviation patoire. » Il débarquait alors d’Aix-end’« adéquat », est son Provence, où il est né en 1976 – « Mon nom d’artiste – le père est nubien, ma mère, tunisienne ». loue depuis un an, Il a deux frères, qui ont aujourd’hui peu après avoir décidé de consacrer la 18 ans et 15 ans. Il n’est pas bavard sur son enfance, esquive parfois les quesmajorité de son temps à la peinture, qu’il pratique depuis dix-huit ans (ses peintres tions. Adek pense s’être réfugié dans de référence sont les pères de l’art optile dessin après son placement en famille que,YaacovAgam etVictor Vasarely). Un jour, l’un de « Le métier de peintre est une ses tableaux s’est bien souffrance, d’autant qu’en France vendu, alors il en a refait un deuxième, puis un il n’y a pas de place pour l’art. » troisième… « J’ai professionnalisé ma peinture sur toile, car elle d’accueil, suite aux soucis de santé de me permet d’apporter mon propre regard, sa mère. Il se souvient aussi qu’on lui avec des sentiments et de la sincérité. a trouvé du talent, après qu’il eut dessiné Je ne pouvais pas développer cela dans une fourmi à l’école maternelle. la rue, là où le graff est davantage une Pourtant, à Paris, il a commencé à performance. » chercher du travail dans la musique. Directeur artistique dans une discothèSes débuts dans le graffiti, sur les que, à 20 ans, il était à la tête de deux labels indépendants à succès. Figurent murs du 8e arrondissement de Paris, sur son CV : relations publiques pour coïncident avec son arrivée dans la capitale au début des années 1990. « Je David et Cathy Guetta ; physionomiste suis parti d’une grande maison, pour à Nanterre et Montparnasse. Au Gibus me retrouver dans une chambre de – un club branché –, il avait son DJ bonne, comme dans le dessin animé résident, Paul Johnson, qui venait de Princesse Sarah, se souvient-il en Chicago, comme les trois quarts des JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

Revenu dans l’Hexagone en 2005 (il habite avec sa femme en banlieue parisienne), il tire un trait sur la musique parce qu’il ne retrouve pas de travail après un problème de santé. Loyer du local à payer, prix de revient des toiles, incertitudes sur les fins de mois… « Le métier de peintre est une souffrance, d’autant qu’en France il n’y a pas de place pour l’art. Pourtant, je travaille six jours sur sept, de 10 heures à 19 heures, et je continue chez moi, le soir. » En 2003, il est repéré par le présentateur téléThierry Ardisson, alors qu’il graffe hors plateau. Tournant : chaque samedi soir, il peint en direct dans l’émission Tout le monde en parle. Il a depuis fait beaucoup d’apparitions à la télévision, dans des programmes consacrés à l’art ou à la décoration. Mais la médiatisation suscite les médisances, et il se fait désormais discret. « Tout cela, c’est de la poudre aux yeux, ce ne sont pas les plateauxTV qui me font vivre. En France, les gens sont jaloux. Si t’es riche, tu le caches, alors qu’aux États-Unis t’en es fier. Comme dit Oxmo Puccino, les gens sont jaloux de mon insuccès. » Avec une cote à 2000 euros et des collectionneurs qui lui achètent des tableaux par lots de dix, on pourrait le penser débarrassé des galères. Ses œuvres se vendent bien dans les ventes aux enchères consacrées au street art, et il a même été l’invité d’honneur de la biennale des jeunes artistes d’art contemporain de Moscou en juillet 2010. « Je ne m’en sors pas trop mal, mais il manque encore ce petit truc pour que je bascule et que la galère soit enfin derrière moi. » Avec sa femme, il projette d’aller s’installer définitivement aux États-Unis, à Miami. « J’ai envie de vivre, pas de survivre. Je ne remettrai plus les pieds ici. » ●

CHINE

La dictature du bistouri

Un récent sondage révèle que 80 % des jeunes filles envisagent de subir une opération de chirurgie esthétique pour… trouver un emploi. Sois belle et travaille !

M

ressembler à une Occidentale. La mode ei Li n’a que 21 ans, mais, vient de Corée du Sud, où toutes les jeudans la salle d’attente de l’hôpital Badachu, elle est nes filles ont recours à la chirurgie. Elles déjà une habituée. « C’est pensent que cela leur permettra de sortir du lot et de réussir dans la vie. » ma troisième opération, explique cette Problème : une opération des paupièjeune Pékinoise en minijupe et talons res, par exemple, coûte 400 euros. « Ce hauts. Je me suis déjà fait refaire le nez sont mes parents qui paient, confie Mei et les yeux. Maintenant, je voudrais une Li. Ils veulent que je me sente bien. » poitrine plus jolie. » Mei Li a déjà dépensé Résultat : malgré la crise, la chirurgie l’équivalent de 1 000 euros. « Il faut être esthétique est déjà le quatrième poste belle pour réussir », estime-t-elle. de dépense des foyers chinois. À Badachu, plus de 500 patients consultent quotidiennement. « Ce sont surtout des étudiantes, Une opération des paupières explique un responsable coûte 400 euros. Pas grave, de l’hôpital. Mais on reçoit de plus en plus de jeunes « ce sont mes parents qui paient ». garçons. » Il existe en Chine plus de 50 000 cliniques pratiquant la Ce business rapporte plus de 2 millions chirurgie esthétique. Officiellement, d’euros par an. Et attire toutes sortes de 3 millions de Chinois se sont fait opérer margoulins. L’an dernier, le décès d’une en 2009 – chiffre en constante augmentastarlette, Wang Bei, sur une table d’opération. Un récent sondage révèle que 80 % tion a jeté une lumière crue sur les pratides jeunes filles souhaitent se faire opérer ques douteuses de certaines cliniques. Le pour trouver un meilleur emploi. « Cette gouvernement souhaite faire le ménage, génération née dans les années 1980-1990 mais les contrôles sont rares. Dans les est composée d’enfants uniques. Leurs magazines ou sur les sites internet pour parents ont beaucoup investi en eux. adolescents, les publicités se multiplient. Elles proposent des opérations à prix Ils veulent être les meilleurs, les plus beaux, les plus riches, explique le sociocassés, photos de nymphettes en bikini logue Jiang Yan, de l’Université de Pékin. à l’appui. En Chine, la dictature du look a encore de beaux jours devant elle ! ● Subir une opération est ici parfaitement naturel. On se fait débrider les yeux pour STÉPHANE PAMBRUN, à Pékin Ð « ILS VEULENT

ÊTRE LES MEILLEURS, les plus beaux, les plus riches. »

SANDRA ROCHA/KAMERAPHOTO/PIC

artistes qu’il produisait. Alors, au début des années 2000, il s’est installé là-bas pour un an et demi. Il y a été profondément marqué par le décalage avec la culture française. « Aux ÉtatsUnis, le travail parle pour soi, il suffit d’un peu de culot. Les mecs sont milliardaires à 20 ans ! En France ? On n’a rien sans piston. »

JUSTINE SPIEGEL Photo : CAMILLE MILLERAND pour J.A. JEUNE AFRIQUE

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Europe, Amériques, Asie FRANCE

L’étrange « Monsieur Alexandre » Dans La République des mallettes, Pierre Péan évoque les peu transparentes activités d’Alexandre Djouhri, cet ex-« sauvageon » de banlieue devenu un personnage incontournable du monde des affaires et de la politique. Morceaux choisis.

confie : “Je ne comprends pas pourquoi Nicolas Sarkozy s’est acharné contre moi. De tous les chefs d’État français que j’ai connus, c’est celui que j’ai le plus aidé…” Un conseiller de la délégation décrypte dans les propos du Libyen la suggestion que l’argent du Qatar [452 millions d’euros avancés à Bruxelles à la demande de Sarkozy] n’aurait pas servi qu’à indemniser les familles des victimes de Benghazi. »

A

DOS SANTOS

PIQUE UNE COLÈRE lexandre Djouhri « L’histoire est si énorme – Ahmed de son qu’elle en est difficilement crév é r i t a b l e p ré dible. Alexandre Djouhri aurait nom – est, avec convaincu le président angolais l’affairiste Ziad Takieddine, Dos Santos qu’avec beaucoup récemment mis en examen d’argent il était en mesure dans « l’affaire Karachi », l’un des personnages principaux du d’empêcher que Pierre Falcone dernier livre de notre confrère – l’homme qui l’avait aidé, à un Pierre Péan. Ancien loubard moment décisif, à gagner son de banlieue devenu, à force combat contre Jonas Savimbi, le d’intrigues, un intermédiaire chef de l’Unita – ne retourne en de tout premier plan entre le prison dans le cadre de l’affaire monde des affaires et celui dite de l’Angolagate. Dos Santos  ALEXANDRE DJOUHRI AVEC L’ANCIEN PREMIER MINISTRE de la politique, l’énigmatique aurait fait confiance à Djouhri, DOMINIQUE DE VILLEPIN, à Monaco, en août 2009. « Monsieur Alexandre », qui fut le croyant missionné et parrainé un intime de Dominique de Villepin avant Cécilia “dans la peau”, m’est-il raconté. par Claude Guéant, le secrétaire général de se rapprocher de Nicolas Sarkozy, de l’Élysée. […] Dans les premiers mois de S’il valorisait Cécilia par une opération est aujourd’hui mêlé à (presque) toutes 2009,Djouhriauraitreçuunecinquantaine qui la ferait briller aux yeux du monde les affaires qui empoisonnent l’atmoentier, peut-être le président réussirait-il de millions de dollars (ou d’euros, selon sphère dans cette « principauté de nonà la retenir. […] les versions) pour “acheter” un jugement droit » qu’est devenue, selon Péan, la « Le 10 avril [2011], une délégation de de relaxe. Toujours selon les rumeurs cirRépublique française. Comment a-t-il l’Union africaine composée de Denis culant tant à Paris qu’en Afrique centrale, réussi à s’imposer au cœur de l’appareil il aurait gardé l’essentiel de la somme Sassou Nguesso, président du Congod’État ? La réponse, c’est Djouhri luiBrazzaville, Jacob Zuma, sur ses comptes. […] Mais le même qui la donne : « Je les tiens tous président d’Afrique du Sud, 27 octobre 2009, [Falcone] est par les couilles ! » Amadou Toumani Touré condamné à six ans d’empri(ATT), président du Mali, sonnement ferme et arrêté SARKO, LE « GUIDE » et Henry Oryem Okello, à l’issue de l’audience, pour ET LES INFIRMIÈRES ministre des Affaires étran“vente illicite d’armes”, “abus « Depuis le début de cette enquête, je gères d’Ouganda rencontre de biens sociaux”, “fraude fisl’ai dit, l’entourage d’Alexandre Djouhri Kaddafi à Tripoli et réclame cale”, “trafic d’influence actif” attire mon attention sur le rôle imporune cessation immédiate des et “blanchiment”. Inutile d’intant que ce dernier aurait joué dans la hostilités entre les troupes sister sur la rage de Dos Santos libération des infirmières bulgares [acculoyalistes et celles des insur[qui] a le sentiment d’avoir été sées d’avoir volontairement inoculé le gés, l’acheminement de l’aide berné par le président, par La République virus du sida à des centaines d’enfants humanitaire et l’ouverture son secrétaire général et par des mallettes, de Benghazi, NDLR]. Il aurait songé à Alexandre Djouhri, auquel il d’un dialogue. Lors d’un têtepar Pierre Péan, monter ce “coup”, constatant le désarroi à-tête avec l’un des membres aurait donné pas mal d’argent Fayard, 484 pages, du nouveau président, qui avait toujours de la délégation, le “Guide” se 23 euros pour régler cette affaire. » ● DR

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LE PLUS

de Jeune Afrique

ÉLECTIONS Comment s’organisent les partis et les candidats

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TRIBUNE Ousmane Sy, ancien ministre ÉCONOMIE Agriculture, BTP, services… La nouvelle donne ITINÉRAIRE Magique Bamako, capitale revisitée

Où va le Mali JEUNE AFRIQUE

PHILIPPE MERLE/AFP

Quelques mois avant la présidentielle d’avril 2012 et le départ d’Amadou Toumani Touré, le pays s’apprête à changer d’ère. Sécurité, grands travaux, économie, tourisme… Les défis ne manquent pas pour la classe politique, qui se prépare à une élection historique.

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LE PLUS

Le Plus de Jeune Afrique

de Jeune Afrique

Prélude

Où va le Mali

Pierre-François Naudé

Au-delà des scrutins

L

A QUESTION AGITE les grins de Dans tous les domaines, les défis restent Bamako. Pour qui Amadou Toumani en effet nombreux. Touré va-t-il voter en 2012 ? Même ses plus proches collaborateurs ATT a certes multiplié les routes, mais le racket pratiqué par les corps habillés y est avouent ne pas le savoir. Le chef de l’État, issu de la Grande Muette, sait tenir sa toujours monnaie courante. La dynamique des initiatives privées est encourageante, langue. Et sa parole. N’a-t-il pas affirmé mais le pays continue de souffrir d’une mulà plusieurs reprises qu’il n’aurait pas de tidépendanceaiguë:duclimatpoursonagridauphin ? Une promesse que la classe culture, de l’aide extérieure pour son budget politique a bien du mal à prendre pour et ses investissements… Quant au risque argent comptant. d’instabilité dans le nord du pays, il met à Depuis quelques semaines, elle est l’épreuve la cohésion de la nation, sinistre tenue en haleine par ce qui semble être le tourisme et accélère l’exode rural. une légère inflexion du positionnement Comble de l’ironie : la croissance, stable présidentiel. De plus en plus souvent, et solide, est au rendez-vous, mais la paulors de ses apparitions publiques, ATT convie l’un des favoris de la présidentielle vreté ne recule pas, ou si peu. La faute à de 2012. Dioncounda Traoré, Soumaïla une transition démographique qui tarde à Cissé, Ibrahim Boubakar Keïta – pour ne citer Comble de l’ironie : la croissance qu’eux – se disputent est au rendez-vous, mais la pauvreté ses faveurs de plus en ne recule pas, ou si peu. plus ouvertement. De-ci de-là, innocemment, ils se hâtent pour figurer sur la photo en sa se réaliser et qui hypothèque douloureusement l’avenir. Les écoles privées poussent compagnie et glissent de petites phrases louant son bilan ou son rôle de « soldat de d’ailleurs comme des champignons pour la démocratie ». C’est bien le moins… accueillir les rejetons des classes moyennes naissantes, mais l’enseignement public, à Car le scénario aurait pu être radicalela dérive, est totalement sclérosé. ment différent. ATT a-t-il été tenté, comme beaucoup de ses pairs, par une modiC’est donc aux jeunes Maliens que les fication constitutionnelle qui lui aurait candidats doivent parler en priorité. C’est permis de « faire durer le plaisir » avec un pour eux qu’ils devront poursuivre, après troisième mandat ? Beaucoup de Maliens l’élection, la lutte contre la corruption engagée par ATT. C’est encore pour eux le pensent, y compris parmi les personnalités les mieux informées de Koulouba. qu’ils devront consolider la démocratie Et c’est tout à l’honneur du tombeur de malienne, en la dotant notamment d’une Moussa Traoré d’avoir fait, malgré tous ses opposition digne de ce nom. « visiteurs du soir », le bon choix. Celui Le Mali a l’avantage d’incarner un de la sagesse et de la raison. modèle de civilisation millénaire. Il ne Une crise politique comme en ont connu tire cependant sa force, au final, que de la de nombreux pays de la sous-région aurait transmission de ses valeurs à ses propres sans doute fait voler en éclats les fragiles enfants. Alors, 2012 ? Non, c’est au moins progrès réalisés ces dix dernières années. 2022 qu’il faut viser. Et au-delà. ●

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ÉLECTIONS Le retour des partis

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INTERVIEW KassoumTapo, président de la commission des lois de l’Assemblée nationale p. 62 CANDIDATURES En lice pour Koulouba p. 64 RÉFORMES Ce qu’ATT veut laisser en héritage p. 68 DIPLOMATIE L’effet Boubèye

p. 70

TRIBUNE Un embargo qui ne dit pas son nom Par Ousmane Sy, ancien ministre p. 73 CARNET DE ROUTE Les malheurs de Mopti

p. 74

AGROALIMENTAIRE Dynamique d’exploitations p. 80 BTP Un secteur livré à la concurrence

p. 86

ENTREPRENEURS L’art de revenir patron

p. 90

ASSURANCES Protection rapprochée p. 98 MÉDIAS Africable devient grande

p. 101


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Le Plus de Jeune Afrique

EN ROUTE POUR 2012

Le retour des partis

Fini le consensus. Conscient des enjeux d’une année électorale déterminante, le pays tout entier redécouvre la politique. Des nombreuses formations diluées dans la mouvance présidentielle aux quelques leaders d’opposition, chacun reprend ses marques. Pendant que le chef de l’État peaufine son bilan.

suivie, quelques mois plus tard, de législatives qui devraient redessiner les équilibres. Décrite sommairement, la classe politia jeune démocratie malienne, qui fête cette année ses 20 ans, s’apprête à que malienne est constituée d’un quatuor de vivre un moment crucial: les élections mastodontes, d’une dizaine de partis moyengénérales de 2012. La présidentielle nement implantés et d’une nuée de formations tout d’abord, dont le premier tour est représentant autant de coquilles vides, le tout équivalant à une centaine de partis politiques à prévu en avril, marquera la fin de l’ère « ATT », acronyme dont les Maliens affublent par l’existence légale. commodité, ou affection, leur président, Amadou Les quatre premières formations politiques, Toumani Touré. Lequel a confirmé depuis plus selon leur poids dans les institutions élues, sont d’un an que, conformément à la Constitution, il l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), ne briguerait pas de troisième mandat. l’Union pour la République et la démocratie (URD), Sa personnalité, son style de gouvernance et son le Parti pour le développement économique et bilan, plutôt positif (lire p. 68), font de l’alternance social (PDES, regroupant personnalités et organisations qui se réclament du programme présidentiel) annoncée un enjeu capital pour le Mali, modèle de stabilité politique et de croissance économique et le Rassemblement pour le Mali (RPM). dans une région traumatisée, au cours des dix Conscients des dérives que peut provoquer dernières années, par une succession de crises une échéance politique porteuse de tels enjeux et au Togo, en Guinée, au Niger pour mieux la préparer, trois et en Côte d’Ivoire. des quatre cadors – l’Adema, Actuellement, l’URD et le RPM – ont initié 144 députés sur 147 font CADORS ET SUIVEURS. un processus de dialogue partie de la majorité. pour l’élaboration d’une L’arrivée d’une nouvelle équipe aux commandes sorte de charte de bonne du pays signifie également le retour de couleurs conduite, ainsi qu’une plateforme sériant les plus marquées sur l’échiquier politique, après valeurs et principes communs pouvant servir un quinquennat de consensus (« Tous derrière de critères à une gouvernance commune, le cas échéant. Bref, un prélude aux alliances politiques ATT ! »), puis un autre caractérisé par une écraqui ne manqueront pas de se dessiner. sante majorité présidentielle (144 députés sur 147) et une opposition réduite à sa plus simple ALTERNANCE ANNONCÉE. Avant de quitter expression – symbolique. Deux quinquennats Koulouba, le 8 juin 2012, ATT aura balisé le terqui ont privé les partis politiques de leur vitalité, rouillé leurs appareils et démobilisé leurs militants. rain politique pour son successeur. Le pays devra Mais la perspective de la présidentielle en 2012 être doté d’une Constitution largement revisitée les a sortis de leur torpeur. D’autant qu’elle sera (lire p. 68) et d’une législation profondément CHERIF OUAZANI,

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envoyé spécial

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 LES MILITANTS

SE REMOBILISENT.

Ici, ceux de l’URD, le 18 septembre, pour l’investiture de leur candidat.

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1960

Indépendance, le 20 juin, de la Fédération du Mali, qui regroupe le Sénégal et le Soudan français. Le 22 septembre, ce dernier proclame son indépendance et devient la République du Mali, présidée par Modibo Keita.

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

19 novembre 1968

dépoussiérée, avec, notamment, un nouveau code de la personne et de la famille. Le dispositif électoral sera rénové par la suppression de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et de la Délégation générale aux élections (DGE), remplacées par l’Agence nationale des élections, une structure autonome qui sera dorénavant chargée d’organiser les opérations de vote et de veiller à leur bon déroulement ainsi que d’actualiser annuellement le fichier électoral, si controversé (lire pp. 62-63). En menant ce profond remaniement au sein de l’édifice institutionnel, ATT aura, une nouvelle fois, remporté un pari singulier : s’être assuré que ses réformes ne seront pas remises en cause par son successeur. Le processus lui a pris ses trois dernières années au palais présidentiel, mais il l’a mené avec l’appui « sans réserve » des quatre grands partis. Nul besoin d’être grand clerc pour deviner que le prochain locataire de Koulouba sera certainement issu de l’une de ces formations, JEUNE AFRIQUE

avec un léger avantage pour le moment en faveur du candidat de l’Adema (lire pp. 64-67). Sur le plan économique, le successeur d’ATT devrait trouver une situation financière confortable, avec des projets et des chantiers en cours au financement assuré (lire p. 86-89). Toutefois, le tarissement de la manne libyenne pourrait compliquer l’élaboration du budget de l’État. C’est dire l’importance de l’appui que la Jamahiriya apportait à la République du Mali ces dernières années. La crise en Libye va influer sur la loi de finances, mais aussi sur l’irrédentisme touareg, et ses effets s’annoncent catastrophiques. L’instabilité des trois grandes régions du Nord – Gao, Kidal et Tombouctou – n’est pas pour arranger un secteur touristique sinistré (lire pp. 73-75). Mais à quelque chose malheur est bon : résultat de la crise financière internationale, le cours de l’once d’or est au plus haut. Une bénédiction pour le Mali, qui, après l’Afrique du Sud et le Ghana, en est le troisième producteur africain. ●

Coup d’État. MoussaTraoré devient président du Comité militaire de libération nationale puis chef de l’État. En 1979, il instaure un parti unique. 26 mars 1991

Coup d’État d’AmadouToumani Touré, qui met en place un Comité de transition pour le salut du peuple. 26 avril 1992

Victoire d’Alpha Oumar Konaré à la présidentielle. Réélu le 17 mai 1997. 12 mai 2002

AmadouToumani Touré est élu président et investi le 8 juin. Il est réélu le 29 avril 2007, dès le premier tour.

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Société Immobilère et Foncière du Mali

« Faire l’immobilier autrement » Une vue des 350 logements de Sicoro - Sananfara (Kati)

MESSAGE

La Société immobilière et foncière du Mali (Sifma-sa) voit le jour le 22 octobre 2002 avec un capital de 120 millions de F CFA entièrement libéré et est détenu par les nationaux. Sa priorité est l’accès à la propriété foncière par un plus grand nombre de Maliens. Deux ans seulement après sa création, elle crée 2000 titres fonciers (donc 2000 parcelles) en 2004. Aujourd’hui, la société a un patrimoine foncier évalué à près de 600 hectares dans Bamako et ses environs. Elle a, de toute évidence, atteint sa vitesse de croisière en 2010 malgré une conjoncture nationale et internationale pas très favorable. Ceci se traduit par deux projets phares qui portent le Bamako de demain : La Zone d’habitat et d’affaires (Zhaf) à Bamako ouest sur 260 hectares et le Ceafhart (Centre d’affaires, d’habitats résidentiels et de tourisme, futur pôle de développement de la ville de Bamako sur 200 hectares. La Sifma-sa totalise à ce jour plus de 1 500 milliards sur ses différents sites. Et, en droits et taxes, elle a payé à l’État malien près de 600 millions F CFA, en plus des frais d’enregistrement d’actes de vente et autres droits.

PHILOSOPHIE DE LA SIFMA-SA Agir proprement, en toute conscience, et légalement. Un point d’honneur qui a toujours présidé à sa démarche : ne travailler que sur les titres fonciers (Tf) comme le veut la loi ; ne jamais commencer les travaux d’un chantier qu’après avoir obtenu toutes les autorisations administratives et après le bouclage du financement. Sécuriser le remboursement en domiciliant les recettes dans des comptes-séquestres cogérés par elle et le partenaire financier ; dédier donc toutes les recettes dans ces comptes ; enfin, s’adresser à une couche intermédiaire, notamment les syndicats des ouvriers, à travers des parcelles sociales.

« Les ressources premières de la Sifma-sa, ce ne sont pas ses produits immobiliers, mais ses compétences humaines ». La société est dirigée par une équipe plusieurs disciplinaire qui a une haute vue sur toutes les questions de l’immobilier et du foncier au Mali. Tout agent de la Sifma-sa doit être attentif aux exigences du client, être à son écoute et à sa disposition pour pouvoir lui donner satisfaction. Il s’agit donc de travailler dans la transparence. Le grand tournant de son existence a certainement été la rencontre en 2004 avec Shelter Afrique, banque africaine basée à Nairobi (Kenya) spécialisée dans le fi-

nancement de l’immobilier et du foncier sur le continent. Cette institution lui prête, dans un premier temps, 250 millions pour aménager les parcelles assainies à côté de l’aéroport de Bamako-Sénou (Cité aviano). Elle ne tardera pas à lui octroyer un deuxième prêt d’un deuxième montant de 390 000 F CFA, soit 255 millions. Cette confiance renouvelée dans le cadre dans le cadre du partenariat PP (Public-Privé) qui est désormais la locomotive de l’habitat au Mali.

L’AVENIR EST PROMETTEUR La Sifma-sa a deux grands projets de création de villes nouvelles (Pôles économiques) qui vont assurer l’équilibre urbanistique de Bamako. Ce sont la ZHAF (Zone d’Habitat et d’Affaires de Bamako ouest) de Sikoro- Sananfara (Kati) et le CEFHART (Centre d’Affaires, d’Habitat résidentiel et de Tourisme) de Sirakoro-Méguétana. Ces deux Pôles seront des pôles de développements socio-économiques de la capitale malienne à partir de 2015- 2025, sur la Colline du Méguétan qui surplombe Bamako Est et le Stade du 26 Mars, situé à cinq minutes de l’Aéroport International de Bamako- Sénou. En plus des ministères et des grands services de l’État, que la Sifma cherchera a attiré, la zone s’embellira davantage en accueillant des cliniques médicales de haut standing et des chaînes d’hôtels de luxe qui auront un impact positif sur le volet touristique du projet. Ceci s’accom-


pagne, de l’aménagement du site autour de Bamako où des Immeubles et maisons seront construit. Une attraction pour les Maliens de l’extérieur qui constituent 60% de sa clientèle.

environ 750 parcelles pour l’habitat à Bamako et ses environs. D’où la conviction à la Sifma-sa que le partenariat public/privé est une opportunité qui mérite d’être saisie par le plus grand nombre de citoyens.

PARTENARIAT FÉCOND

QUELQUES CHIFFRES

En menant la politique de sécurisation du remboursement en domiciliant ses recettes dans des comptes-séquestres cogérés, la Sifma-sa a su établir entre elle et les institutions de financement un partenariat fécond qui se consolide d’année en année. Ainsi, Shelter Afrique, Ecobank et la BOA l’accompagnent régulièrement dans le cadre du partenariat public/privé. A ce jour, 350 logements sociaux ont pu être réalisés. Ces opérations ont mobilisé des prêts importants qui ont été remboursés. En effet, Ecobank- Mali a octroyé 4050 milliards de F CFA et Shelter Afrique 1025 milliards avec lesquelles sommes la Sifma-sa a pu rembourser déjà deux prêts de 250 millions chacun ; ce qui lui a permis d’aménager

La forte courbe de progression du chiffre d’affaires sur ces trois années est très significative. Dans cette période de grands programmes ont vu le jour et sont en voie de réalisation. Entre autres, la construction de 350 logements sociaux à Sicoro (Kati Sananfara) pour un montant de 5 500 000 000 de F CFA avec les fonds propres de la Sifmasa et les concours financiers notoires d’Ecobank et de Shelter Afrique. Il y a aussi en cours, pour 3 382 500 000 F CFA la production et la recherche de financement pour la réalisation d’un programme immobilier de 350 logements économiques pour le compte de la Coopérative de l’habitat des mines (CHM), projet soutenu par Ecobank Mali. En 2009, l’Unicef et l’Association des

UNE SOCIÉTÉ : UN HOMME

La Sifma-sa, fleuron de l’immobilier et du foncier au Mali, c’est surtout un homme : Mamadou Guédiouma Coulibaly, son promoteur et non moins Président Directeur Général qui s’est révélé être un grand manager depuis ces 20 dernières années. Sorti en 1989 de l’Eni (Ecole Nationale des Ingénieurs de Bamako) avec le diplôme d’Ingénieur des Constructions Civiles, il est aussi titulaire d’un Mastère en infrastructures de transports de l’Ecole Nationale de Ponts et Chaussées (ENPC) de Paris, d’un certificat supérieur en Economie de transports obtenu à Lyon II, d’un certificat de conception en géotechnique des ouvrages et routes obtenu toujours à l’ENPC et d’un certificat en Aménagement Urbain de l’Institut Supérieur d’Architecture et d’ Urbanisme de la Communauté française obtenu à Bruxelles. Mamadou Guédiouma Coulibaly est - on ne le sait pas assez- membre de l’Ordre des ingénieurs du Mali, de l’Association Mon-

diale de la Route (AIPCR), du TRB (Transportation Research Board, USA), de la Société Internationale de Mécanique des sols et de la géotechnique (Sissg) et membre du SITRASS (Société Internationale pour le Transport en Afrique au sud du Sahara). Puisque qu’il révèle vite une connaissance profonde des études techniques et de la conception d’ouvrages (Avant- projet sommaire (APS), d’Avant- projet détaillé (APD) et d’élaboration de Dossier d’Appel d’offres (DAO), il est, en effet, appelé partout où la présence de l’ingénieur est nécessaire. C’est alors qu’il crée en 1991 son propre bureau d’études : MGCI (Mali Génie Civil et Ingénierie). Superviseur de grands travaux, celui-ci ne tarde pas à s’imposer. On lui confie l’étude, le contrôle et la surveillance des travaux de viabilisation des sites des 1008, 520 et 320 logements sociaux de Yirimadio, quartier nouveau, lesquels ont fait le bonheur des centaines de ménages. La viabilisation des sites des logements sociaux de Bamako, Kayes, Kita et Nioro (tranche 2003-2005), c’est lui. Encore lui le contrôle et la surveillance des travaux d’entretien périodique et de construction des pistes rurales et des routes non revêtues de Konobougou-Baraouéli-TamaniZambougou-Bani-Falo. Ce n’est pas tout : les nouveaux quartiers qui ont changé le visage de Bamako (ACI 2000, Baco-Djicoroni ACI, 300 logements de Garantiguibougou, lotissement de Sotuba,...) lui doivent beau-

travailleurs ont pu bénéficier, grâce au soutien de la BIM-sa, de 80 parcelles assainies. En 2008, ce sont les travailleurs de l’Office du Niger qui ont bénéficié, à travers la Coopérative Djiguiya, de 120 parcelles assainies grâce à l’appui de la BOA- Mali pour un montant de 180 000 000 de F CFA. Les travailleurs de Transrail et de Sytrailont obtenu 140 parcelles assainies en 2007 à travers leur syndicat et grâce au concours financier de la BICIM- Mali. L’année 2006 a, quant à elle, a vu les travailleurs de la CMDT, grâce au syndicat de la filière coton et à l’appui de la BOA-Mali, obtenir 266 parcelles assainies pour un montant de 558 000 000 F CFA. Ces opérations en disent long sur l’engagement des banques au côté de la Sifma-sa. ■

coup. Mamadou Guédiouma Coulibaly est aussi le chef de mission pour le contrôle et la surveillance des travaux d’entretien des ouvrages dans les communes de Kayes, Ségou, Gao et Kidal. L’homme, qui ne manque donc pas de savoir-faire et d’atouts, participe aussi à des travaux utiles hors des frontières du Mali. Ainsi, il a contribué à la réalisation d’importantes routes au Sénégal, comme les 286 km de route de terre des trois lots désenclavant Tambacounda-Kédougou-ThièsDjourbel-Fatick. Bref, MGCI est devenue une grosse pointure de l’ingénierie malienne et africaine. Preuve : MGCI a mené avec un succès remarquable la mise en deux fois deux voies la route de Sébénikoro, premier tronçon urbain de la route Bamako-Conakry dont les travaux financés par la BAD (Banque Africaine de Développement) viennent de débuter. Cerise sur le gâteau et qui sonne comme une consécration, M. Coulibaly, c’est imposé comme maître d’œuvre lors de la construction de la voie d’accès reliant le nouvel Hôpital du Mali au nouveau Pont de Bamako, troisième du genre, inauguré avec solennité à l’occasion de la célébration du 51e anniversaire de l’indépendance nationale, le 22 septembre dernier. L’on comprend alors que le ministre de l’Equipement et des Transports et le président de la République lui-même aient saisi cette belle occasion pour rendre à MGCI et à son promoteur un hommage mérité.


Le Plus de J.A.

Kassoum Tapo « Équité ne veut pas dire parité » La composition de la Ceni suscite une polémique toute sémantique. Entretien avec le président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, député de la majorité.

JEUNE AFRIQUE : Depuis l’annonce de sa composition, le 7 septembre, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) pour les scrutins présidentiel et législatif de 2012 est contestée (lire p. 63). Qu’en est-il au juste ? KASSOUM TAPO : Il faut d’abord pré-

ciser que le projet de réformes institutionnelles initié par le président ATT [Amadou Toumani Touré, NDLR], dont la refonte de la loi électorale, ne sera pas mis en œuvre avant les élections de 2012. L’Agence nationale des élections, appelée à remplacer l’actuel dispositif administration-Délégation générale aux élections (DGE)-Ceni, ne verra donc le jour qu’à l’issue de l’actuelle législature. La mission de la Ceni se limite à la supervision du processus et au contrôle de la régularité des opérations de vote. En 2004, son règlement interne a subi un toilettage qui a ramené sa composition de trente à vingt membres, qui s’organisent comme suit : cinq pour l’administration, cinq pour la société civile et dix pour la classe politique, la loi imposant pour cette dernière catégorie une « répartition équitable » entre majorité et opposition.

Ð L’EXBÂTONNIER DIRIGEAIT

CENI pour les scrutins de 1997.

LA

égalitaire et obtenu le même nombre de sièges que la majorité. À partir de 2002, les deux mandats du président ATT ont été caractérisés par un consensus qui a cristallisé la quasi-totalité de la classe politique autour du programme présidentiel. Ce qui a réduit l’opposition à la portion congrue. Et nul leader politi-

Si l’opposition boycotte, ce sera son choix de ne pas jouer le jeu. La polémique est d’ordre sémantique : « équitable » signifie-t-il pour autant paritaire, voire égalitaire ? Peut-on parler d’équité quand l’opposition ne sera représentée que par un membre, contre neuf pour la majorité ?

Lorsque j’ai présidé la Ceni en 1997, l’opposition avait imposé une répartition N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

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que ne s’est offusqué quand, en 2004, le terme « égalitaire » a été remplacé par « équitable ». Cela dit, la réponse à votre question est oui : aujourd’hui, l’opposition est incarnée par le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance [Sadi, d’Oumar Mariko, lire p. 63]. Il a trois députés, contre cent quarantequatre pour la majorité, soit moins de 2 %

de la représentation nationale. Serait-il équitable de le gratifier d’une représentation de 50 % au sein de la Ceni comme il le réclame ? Quand bien même disposerait-il d’un siège supplémentaire, la faiblesse de son implantation nationale ne lui permettrait pas de trouver suffisamment d’agents pour être présent dans les différentes circonscriptions électorales : au niveau régional (8 régions en plus du district de Bamako), au niveau local (54 cercles ou sous-préfectures) et au niveau municipal (797 communes)… Lorsque je présidais la Ceni, j’ai vécu une situation cocasse : dans certaines localités où l’opposition était totalement absente, la majorité choisissait des membres de la société civile pour remplacer cette dernière. Cela pourrait-il se reproduire en 2012 ?

Je ne l’exclus pas, au regard du poids politique de l’opposition. Encore une JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali fois, « équitable » est plus proche de « proportionnel » que d’« égalitaire ».

des cartes d’électeur, elle est du ressort et de l’administration et de la DGE.

Où en est-on aujourd’hui ?

Une Ceni boycottée, une polémique sur le fichier électoral: cela ne risque-t-il pas de nuire à la crédibilité du scrutin ?

Le chantage et les pressions de l’opposition peuvent gêner le processus, mais en aucun cas le bloquer. La mission de supervision de la Commission électorale n’empêche aucunement les opérations de révision du fichier électoral, qui doivent avoir lieu en ce mois d’octobre 2011. Quant à la distribution

tenu. Aucun fichier électoral au monde ne peut se targuer de la perfection. Nous avons eu à le vérifier dans de grandes démocraties comme les États-Unis ou la France. Quant à la menace formulée par l’opposition de boycotter la Ceni, la loi a prévu un tel cas de figure. Si elle boycotte, le processus se fera sans elle. Ce sera son choix de ne pas jouer le jeu démocratique. ●

La question du fichier a été tranchée : on utilisera le Recensement administratif à caractère électoral (Race), élaboré en 2002, et non le Recensement administratif à vocation d’état civil (Ravec), qui n’est pas achevé. À l’impossible nul n’est

Propos recueillis à Bamako par CHERIF OUAZANI

Mariko contre vents et marées c’est Moussa Konaté, président du Parti social démocrate (PSD), qui ne dispose pas d’élu au Parlement, mais qui a eu la bonne idée de participer aux ateliers consacrés à la Ceni organisés par l’administration, en collaboration avec les partis politiques.

Seule voix dissonante des deux dernières législatures, le leader altermondialiste réclame plus de place pour l’opposition.

EMMANUEL DAOU BAKARY

TRISTE SADI. « Dans sa stratégie d’obs-

 LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL de Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance.

S

i, au cours du premier mandat du chef de l’État Amadou Toumani Touré, le député Oumar Mariko, secrétaire général du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi, gauche altermondialiste), avait obtenu la présidence de la prestigieuse commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, ce statut ne lui avait pas pour autant cloué le bec. Et c’est parce que l’opposition est désormais très faiblement représentée au sein des instances élues qu’il revendique une parfaite parité entre majorité et opposition, « par simple bon sens démocratique ». JEUNE AFRIQUE

truction, affirme un collaborateur du général Koné, le Sadi avait refusé de communiquer un nom pour la Ceni. Deux listes de l’opposition nous avaient été soumises, celle du candidat Cheikh Modibo Diarra et celle de Moussa Konaté. C’est cette dernière qui a été retenue. » Du côté de la majorité, on ne pleure pas sur le sort d’Oumar Mariko, mais l’on déplore son attitude, qui vise à attaquer la crédibilité du processus électoral. « Tout cela est une histoire de per diem et de gros sous, se lamente un baron de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema). Le budget de la Ceni est de 4 milliards de F CFA (6,1 millions d’euros), cela attire les convoitises. La volonté d’y compter plusieurs membres n’obéit pas au désir de mieux contrôler les opérations de vote, mais de gagner plus. » Quant au Rassemblement pour le Mali (RPM) d’Ibrahim Boubacar Keita, il se

Le gouvernement a passé outre cette revendication. Le 7 septembre, le général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale, a rendu publique la composition La majorité déplore que de la future Commission le député s’attaque à la crédibilité électorale nationale indépendante (Ceni). Sans du processus électoral. surprise, elle ne comprend qu’un seul membre de l’opposition. Cette mure dans un silence prudent, pendant nouvelle provoque le courroux d’Oumar que l’Union pour la République et la Mariko, qui fulmine. « Non seulement démocratie (URD) du candidat Soumaïla elle n’a eu droit qu’à un seul siège sur Cissé préconise l’octroi d’un second siège dix, mais l’administration l’a confié à à l’opposition. ● un inconnu. » L’inconnu en question, CH.O. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Le Plus de J.A.

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CANDIDATURES

Un trio de choc en lice pour Koulouba

Une vingtaine de prétendants se sont déclarés pour la présidentielle de 2012. Parmi eux, trois poids lourds, entre lesquels la compétition promet d’être sans merci. Et qui ne devront négliger ni le charisme ni le soutien de certains outsiders.

À

sept mois du scrutin qui désignera le successeur d’Amadou Toumani Touré (ATT) à la présidence, la fièvre électorale s’est emparée du Mali. Des états-majors des partis à ceux des candidats déclarés, des salons cossus de la capitale aux arbres à palabre en brousse, sans oublier les togonas (cases destinées aux affaires de la communauté) des villages dogons…, partout, un seul sujet de conversation : qui sera le prochain locataire de Koulouba ? La présidentielle de 2012 a deux particularités. La première est qu’elle consacrera immanquablement l’alternance au pouvoir. ATT, qui achève son second et ultime mandat, devra passer le témoin

36,2 %

le 8 juin prochain, date préprétendre à un score à deux chiffres au premier tour. Dans vue de l’investiture du nouvel de participation l’ordre des pronostics : un synélu. Seconde particularité : lors de la le scrutin marquera le retour dicaliste (Dioncounda Traoré), présidentielle de 2007 un technocrate (Soumaïla de la classe politique, les deux mandats d’ATT (qu’il a chaque fois Cissé) et un diplomate (Ibrahim Ci remportés en candidat indépendant) Boubacar Keïta). Aujourd’hui dans des partis difféayant été caractérisés par la démocratie du consensus, durant laquelle la quasirents, les trois hommes sortent du même totalité des partis s’est cristallisée autour moule : l’Alliance pour la démocratie au du programme présidentiel, créant une Mali (Adema), qui porta la révolution situation inédite, celle d’une démocratie démocratique du 26 mars 1991. Sur quels sans majorité ni opposition. hommes comptent-ils ? Quels dispositifs ont-ils mis en place ? Quels sont leurs Portés par des partis de poids très atouts, leurs points faibles ? Portraits, divers, une vingtaine de postulants s’apprêtent à se lancer dans la course à en précampagne, des trois candidats les Koulouba. Seuls trois d’entre eux, cepenplus en vue. ● dant, font figure de favoris et peuvent CHERIF OUAZANI Ý LE LEADER DE L’ADEMA, lors de son investiture, le 23 juillet 2011.

de l’armée préparant la révolution qui, le 26 mars 1991, emporte le régime du parti unique. Parmi ces officiers, un certain lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.

SÉBASTIEN RIEUSSEC

RASSEMBLEUR. Le natif de Kati entame

Dioncounda Traoré Favori malgré lui Président de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema)

C

e fort en thème de 69 ans, docteur en mathématiques, formé dans les universités de Moscou et d’Alger avant une post-graduation à Nice, est entré en politique en passant par la case syndicat. Pendant le règne de Moussa Traoré, il fréquente aussi N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

la case prison, son engagement pour les libertés publiques lui ayant valu de nombreuses interpellations avec tortures à la clé. Il adhère à l’Adema, alors dans la clandestinité. Sa discrétion et son savoir-faire lui permettent de devenir l’interlocuteur privilégié des officiers

alors une longue carrière ministérielle, occupant les maroquins régaliens de la Défense puis les Affaires étrangères, tout en assurant la vice-présidence de l’Adema. En 2000, une grave crise éclate au sein du parti, qui tenait alors sa conférence nationale. Vexé de ne pas avoir été désigné comme candidat naturel à la succession d’Alpha Oumar Konaré à Koulouba, le président de l’Adema, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), claque la porte du parti. Dioncounda quitte la tribune pour tenter de le raisonner. En vain. Dioncounda retourne penaud dans la salle pour annoncer aux militants qu’ils viennent de perdre leur président. La salle bouillonne : « Nous n’avons pas perdu de président, nous en avons gagné un! » scande-t-elle à l’unisson. C’est ainsi que Dioncounda devient le président de JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali l’Adema – héritant du sobriquet de « président par défaut ». Dix ans et deux crises plus tard, l’Adema demeure la première force politique du pays avec 51 députés (sur 147) et près de 500 communes (sur 797). Un succès qui vaut à Dioncounda Traoré d’être, depuis 2007, président de l’Assemblée nationale et donc, de fait, le deuxième personnage de l’État. MACHINE ÉLECTORALE. Choisir un

candidat pour une présidentielle a toujours été vécu comme un traumatisme par les militants de l’Adema. Grâce à la

personnalité de Dioncounda et à ses qualités de rassembleur, cette épreuve leur a été épargnée, le 23 juillet 2011, lors de l’investiture pour le scrutin de 2012. Sa candidature a très vite fait consensus. Depuis, le président de l’Adema semble être le favori à la succession d’ATT. Ses atouts ? Redoutable machine électorale, l’Adema jure désormais fidélité à son candidat. Une première depuis la réélection d’Alpha Oumar Konaré, en 1997. En 2002, une partie des cadres et militants avaient choisi de soutenir le candidat indépendant ATT plutôt que

celui de l’Adema, et, en 2007, le parti n’a même pas envisagé de présenter un candidat à lui opposer. « Les militants ont forcément envie de voir leur parti revenir au pouvoir. Ils ont hâte de retrouver ce statut », assure Ousmane Sy, secrétaire politique de l’Adema, pressenti pour assurer la direction de campagne du candidat Dioncounda. Autre atout de ce dernier : sa bonne réputation auprès du personnel politique, qui lui ouvre moult possibilités d’alliances pour le second tour de scrutin. ● CH.O.

Soumaïla Cissé L’international de l’étape Fondateur de l’Union pour la République et la démocratie (URD)

Ý LE 15 SEPTEMBRE, IL QUITTE LA TÊTE COMMISSION DE L’UEMOA. Le 18, il est officiellement candidat.

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

DE LA

et élu, en 2004, à la présidence de la Commission de l’UEMOA. Depuis Ouagadougou (siège de l’UEMOA), Soumaïla Cissé enregistre avec satisfaction le triomphe de l’URD, qui Son résultat devient la deuxième force politique avec au 2d tour en 2002 : des centaines de conseillers municipaux et 34 députés élus (sur 147)lorsdeslégislatives contre ATT, de juillet 2007. Pendant vainqueur avec ce temps-là, il peaufine 65,01 % des son carnet d’adresses, suffrages exprimés étoffe son réseau en matière de stratégie de développementetd’intégrationrégionale. est nommé secrétaire général du gouvernement avant de devenir grand Une expérience qui nourrit le destin argentier du pays. En 2002, il obtient national auquel il aspire. l’investiture de l’Adema pour succéder Son second mandat à la tête de à Alpha Oumar Konaré. Mais les dés l’UEMOA s’achève en janvier 2011. Le timing parfait pour se consacrer au scrutin sont pipés : une partie de l’Adema le trahit et soutient son concurrent ATT, de 2012. Mais il y a un contretemps. Les l’indépendant. Cela ne l’empêche pas chefs d’État de l’Union n’arrivent pas à s’entendre sur le nom et la nationalité de de contraindre ce dernier à un second son successeur. Le mandat de Soumaïla tour où il parvient à réunir 34,99 % Cissé est prorogé de trois mois, puis de six. des suffrages. Finalement, il annonce début septembre « CHAMPION SOUMI ». Fort de ce résultat qu’il ne peut plus assurer la présidence et désappointé par l’attitude de son parti, et quitte Ouaga le 15. Trois jours plus il crée sa propre formation : l’Union pour tard, il est investi comme candidat à la la République et la démocratie (URD). présidentielle par l’URD. Dans la foulée, il est nommé commisA priori, la logique arithmétique (et saire au sein de l’Union économique les inclinaisons) voudrait que Soumaïla et monétaire ouest-africaine (UEMOA) Cissé, 62 ans, soit le mieux soutenu pour

34,99 %

N

atif de Niafunké, dans la région de Tombouctou, Soumaïla Cissé est un technocrate accompli. Après de brillantes études en France, il décroche un diplôme d’ingénieur en informatique, travaille dans de grands groupes mondiaux (IBM, Pechiney) avant de revenir au Mali en 1984. Il a alors 45 ans et intègre le joyau de l’économie nationale : la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT), qui gère la fort rentable filière cotonnière. Discrètement, le gestionnaire se met au service de la révolution qui se prépare. Il rédige documents et tracts contre le régime de Moussa Traoré, élabore le programme économique de l’Adema quand l’association devient parti politique. Après la révolution, il JEUNE AFRIQUE

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65


Le Plus de J.A.

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le cas où il se maintiendrait au second tour de scrutin, la plupart de ses militants estimant pour le moment que la présence d’un candidat de l’Adema exclut toute idée de victoire dès le premier tour. Tout dépendra donc, le cas échéant, des négociations entre les deux tours.

Autre souci : le choix du directeur de campagne. En 2002, c’est Sy Kadiatou Sow, la dame de fer de l’Alliance, qui avait admirablement bien coordonné l’action de l’équipe de Soumaïla Cissé. Elle avait ensuite refusé d’abandonner le navire Adema pour le rejoindre à l’URD.

Pour 2012, il est probable que Soumaïla Cissé fasse confiance à Younoussi Touré, l’ancien Premier ministre qui a si bien gardé la maison URD durant l’absence du « champion Soumi » – doux surnom donné à Cissé par ses militants. ● CH.O.

Ibrahim Boubacar Keïta Jamais deux sans trois Président du Rassemblement pour le Mali (RPM)

Cissé et 28,71 % à ATT). Un résultat qu’il conteste, sans faire de vagues. « Nous ne sommes pas des casseurs », se plaît-il à répéter. IBK apporte son soutien à ATT et devient faiseur de rois. Renvoi d’ascenseur : Son résultat ATT lui assure le perchoir de l’Assemblée en 2007 : nationale.

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

19,15 %

FRICTIONS. L’idylle avec ATT prend fin des suffrages en mai 2006. IBK exprimés, contre reproche au président ATT (71,20 %), une gestion laxiste de er élu dès le 1 tour l’irrédentisme touareg. En 2007, il se lance une seconde fois dans la course à Koulouba. ATT la remporte dès le premier tour (71,20 %), loin devant IBK (19,15 %), deuxième, qui accuse son rival  LE PROGRAMME D’IBK : restaurer l’autorité de l’État. de fraudes, mais accepte sa défaite dès la confirmation des résultats par le Conseil ancien Premier ministre, actuelleParis, où il obtient une maîtrise d’histoire constitutionnel. Son retour à l’opposition mentprésidentduRassemblement et un DEA en relations internationales, ne lui réussit pas, et son parti laissera pour le Mali (RPM), quatrième n’y est sans doute pas étranger. des plumes aux législatives suivantes. force politique du pays (avec 11 députés De 46 députés élus en 2002, le RPM n’en sur 147), s’apprête à livrer sa troisième DIPLOMATE. Technocratedelarévolution, compte plus que 11 à l’issue des législabataille pour la conquête de Koulouba. il est l’adjoint du directeur de campagne tives de 2007, à peine de quoi constituer S’il n’est pas encore investi (il devrait du candidat Alpha Oumar Konaré lors un groupe parlementaire. l’être en janvier 2012, à l’occasion du de la présidentielle d’avril 1992. Une fois Après deux tentatives, IBK, à 66 ans, est troisième congrès ordinaire de son parti), élu, ce dernier en fait son porte-parole et convaincu que la troisième sera la bonne. il a déjà accepté « avec humilité » l’appel conseiller diplomatique. Quelques mois Son slogan de campagne ? « Restaurer des militants à défendre les chances plus tard, IBK est nommé au stratégique l’autorité de l’État », qu’il estime « lardu parti pour la présidentielle d’avril posted’ambassadeurenCôted’Ivoire,puis gement entamée par les deux mandats prochain. d’ATT ». Le RPM est déjà en campagne, est rappelé à Bamako, en novembre 1993, Pourquoi le président de la quatrième pour prendre la tête de la diplomatie. Dans organisant des séminaires régionaux force politique figure-t-il dans notre tiercé la foulée, il devient Premier ministre, poste pour former les scrutateurs et ses repréde tête ? Cela tient à la fois à la personqu’il occupera durant six ans. sentants dans les commissions électonalité, au charisme d’Ibrahim Boubacar En janvier 2000, il a le tort d’afficher rales locales. un peu trop ses rêves de destin national. Conscient du potentiel de ses deux Keïta (IBK), et à la situation particulière de la deuxième force politique du pays, le Alpha Oumar Konaré en prend ombrage, principaux rivaux, IBK a entamé un diaParti pour le développement économique et il est limogé. Il quitte ensuite la présilogue politique avec l’Adema et l’URD. et social (PDES), traversé par une bataille dence de l’Adema. IBK crée le RPM, en fait Objectif : élaborer une plateforme comde leadership (lire p. 67). alors la deuxième force politique du pays, mune de gouvernance, histoire de ne pas Natif de Koutiala (dans le nord-est de mais n’arrive que troisième au premier oblitérer l’avenir. Si l’on n’est pas sur le la région de Sikasso), IBK parle comme tour de la présidentielle de 2002 (21,03 % trône, autant être le faiseur de rois. ● un livre. Son passage par la Sorbonne, à des suffrages, contre 21,31 % à Soumaïla CH.O.

L’

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JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali

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Et les autres… Si leurs scores risquent d’être anecdotiques, certains auront une influence majeure.

UN PDES DIVISÉ. En dehors des cham-

pions portés respectivement par l’Adema, l’URD et le RPM, qui commencent la course en tête, deux candidatures, surtout, alimentent les spéculations. La première émane du Parti pour le développement économique et social (PDES), regroupant personnalités et organisations se réclamant du président ATT. Considéré comme la deuxième force politique du pays depuis sa création, en juillet 2010, le PDES ne s’est pourtant pas encore clairement positionné par rapport au scrutin. Faut-il y aller ou soutenir un candidat en course ? La majorité des cadres du parti milite pour la première option, mais avec quel candidat ? JEUNE AFRIQUE

EMMANUEL DAOU BAKARY

EMMANUEL DAOU BAKARY

I

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

 HAMED SOW (à g.) ET JEAMILLE BITTAR (à dr.) se disputent le statut de candidat du Parti pour le développement économique et social (PDES).

VINCENT FOURNIER/ J.A.

ls étaient 24 lors du scrutin de 2002, 8 après le premier quinquennat d’ATT, en 2007, en plein âge d’or du consensus. Comme le chef de l’État sortant ne se représente pas et que tous les garde-fous envisagés – tel le doublement de caution, qui passe de 10 millions à 20 millions de FCFA (de15245à30500euros)–semblent s’avérer insuffisants pour décourager les candidatures fantaisistes, une vingtaine de postulants devraient faire campagne pour la présidentielle de 2012. Il y a évidemment les traditionnels chefs de parti, vétérans des campagnes présidentielles : Tiébilé Dramé, du Parti pour la renaissance nationale (Parena), Oumar Mariko, de Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi, lire p. 63), Mountaga Tall, du Congrès national d’initiative démocratique (Cnid). De nouveaux candidats se sont positionnés, comme Madani Tall, président d’Avenir et développement du Mali (ADM), l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra, qui a créé son parti, le Rassemblement pour le développement du Mali, ou encore son beau-frère, Cheick Boucadry Traoré, du parti Convergence africaine pour le renouveau (Care), fils du général Moussa Traoré. Deux candidatures qui troublent d’ailleurs quelque peu le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR, de Choguel Maïga), qui revendique lui aussi l’héritage de Moussa Traoré.

 MADANI TALL, le président du jeune parti Avenir et développement du Mali.

 L’EX-PREMIER MINISTRE, Modibo Sidibé, remercié en mars dernier par ATT.

Deux barons du parti sont en lice : Hamed Sow, ancien ministre des Mines, PDG d’Amic-Invest et conseiller spécial d’ATT, et Jeamille Bittar, homme d’affaires, président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, du Conseil économique, social et culturel, et premier vice-président du PDES. La querelle de leadership risque d’emporter la cohésion du parti. Pis, elle le menace d’implosion. Jeamille Bittar a ainsi annoncé son intention de le quitter s’il n’est pas investi. Le président du PDES, Hamed Diane Sémégua, aurait fait un candidat naturel, évitant au parti les dissensions actuelles, mais il est ministre en exercice de l’Équipement, et ATT est formel : aucun membre de l’exécutif ne se présentera à la présidentielle. « Ils s’y sont tous engagés avant d’accepter de faire partie du gouvernement », confirme le chef de l’État.

(membre du gouvernement durant vingt ans) à sa proximité avec ATT, dont il était le directeur de cabinet pendant sa première présidence, lors de la période de transition (1991-1992). Le divorce avec ATT, le 30 mars, a pris une tournure dramatique. Modibo Sidibé a été remercié, son gouvernement a été dissous et l’encadrement de l’administration qu’il avait patiemment mis en place, déconstruit par le chef de l’État. En outre, ATT répète à l’envi qu’il n’a pas de dauphin… Bref, si Modibo Sidibé, 59 ans, qui s’apprête à rendre publique sa candidature, constitue une véritable inconnue dans l’équation électorale de l’an prochain, certains observateurs l’envoient déjà au second tour. Et ses partisans, eux, pronostiquent une réédition du scénario de 2002, où ATT, candidat indépendant, a été élu envers et contre la classe politique. À la différence près que Modibo Sidibé n’a pas sillonné le pays profond ces dix dernières années, à l’inverse du numéro un du pays durant les années 2000, alors qu’il était en réserve de la République. ●

L’INCONNUE SIDIBÉ. La seconde candi-

dature qui suscite les passions n’est pas encore déclarée. C’est celle de Modibo Sidibé, ex-Premier ministre – jusqu’en mars dernier –, qui doit toute sa carrière

CH.O. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


Le Plus de J.A. RÉFORMES

Ce qu’ATT veut laisser en héritage

Dernier chantier d’envergure du chef de l’État sortant: le projet de révision de la Constitution. Il pourrait être soumis à référendum en décembre ou janvier.

D

fondamental pour briguer un troisième es milliers de kilomètres de mandat, ATT a fait taire ses détracteurs : routes bitumées, des cenl’article limitant à deux le nombre de mantaines de milliers d’hectadats présidentiels demeure inchangé. res de terres mis en valeur, Cependant, si la classe politique se des dizaines de milliers de logements range unanimement derrière le président sociaux (les fameux « ATT Bougou » ou actuel, il en va autrement de la société « cités ATT »), des centaines de centres civile. Un collectif « Touche pas à ma de santé, une capitale transformée, avec ses quartiers d’affaires, des centres comConstitution », regroupant une vingtaine merciaux fonctionnels et un urbanisme de partis, de syndicats et d’associations, maîtrisé… Amadou Toumani Touré (ATT) dénonce « la nette “présidentialisation” aurait pu se contenter d’entrer dans l’Hisdu régime ». À la tête de ce mouvement, toire comme le bâtisseur du Mali moderne. Mais cela ne Les amendements introduits suffit pas, car le dirigeant sont le fruit d’une concertation nourrit d’autres ambitions pour son pays. « Construire de près de trois ans. des ponts et désenclaver l’arrière-pays, améliorer le quotidien du Ali Nouhoum Diallo, l’un des barons de Malien et son pouvoir d’achat ne sauraient l’Alliance pour la démocratie au Mali être suffisants si l’on ne consolide pas (Adema), ancien président de l’Assemblée les fondements de l’État, martèle-t-il. Et nationale et ex-président du Parlement un État, c’est d’abord la Constitution, et de la Communauté économique des États ensuite, l’édifice institutionnel. » de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Afin de ne pas être en porte-à-faux avec son parti, ADOPTION, RÉACTION. Le projet de réviqui soutient sans réserve la démarche sion de la Constitution, dernier chantier d’ATT, Ali Nouhoum s’est engagé dans d’envergure du chef de l’État sortant, a été ce combat à titre individuel. Pour lui, adopté, le 3 août, par le Parlement, avec « le nouveau texte codifie la pratique 141 voix pour, 3 contre et 3 abstentions. antidémocratique en concentrant tous Soupçonné de vouloir retoucher le texte les pouvoirs entre les mains du locataire

de Koulouba, au détriment des prérogatives des élus de la nation ». Les amendements introduits sont pourtant le fruit d’une concertation de près de trois ans, sanctionnée par le rapport Daba Diawara – qui pilotait le comité chargé de la « réflexion sur la consolidation de la démocratie au Mali » et a été nommé ministre de la Réforme de l’État en avril. ATT a ensuite mis en place la Commission d’appui aux réformes institutionnelles (Cari), qui a apporté des modifications à une trentaine d’articles. CONTRE LA MONTRE. « Mon prédéces-

seur [Alpha Oumar Konaré, NRLR] avait constaté les dysfonctionnements de nos institutions, mais n’a pas eu le temps d’y remédier, explique le président Touré. Je suis le mieux placé pour le faire, pouvant légitimement revendiquer une part de paternité de l’actuelle Constitution, élaborée par la Conférence nationale que j’ai présidée en 1992. » ATT aura-t-il assez de temps, lui-même, pour organiser un référendum avant le premier tour de la présidentielle ? « Oui, assure un constitutionnaliste membre du Cari, ce sera d’ailleurs une excellente opportunité pour tester notre dispositif électoral avant les scrutins de 2012. » La révision du fichier électoral a débuté le 1er octobre et s’achèvera le 30 novembre. Dans les délais pour tenir un référendum en décembre 2011 ou janvier 2012. ● CHERIF OUAZANI

DES INDICATEURS PLUTÔT POSITIFS PIB (en milliards de dollars, en prix courants, éch. de gauche)

12

Croissance (variation

10 8

10,7 6,1

6

6,1

4 5,5 2 0

8,8

5,3

9

11,4 8

9,3

7

7,2 5,4

5 4,3

4,4

5,3

4,5

2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012*

6 5 4

PIB par habitant (en dollars)

1 036

Côte d’Ivoire Sénégal Mali Bénin Burkina Guinée-Bissau Togo Niger

du PIB, en %, en prix constants, éch. de droite)

* Prévisions

68

Le Mali est le 3e producteur d’or du continent, après l’Afrique du Sud et le Ghana. Le secteur aurifère représente 70 % des exportations, devant le coton.

981 692 690 598 509 459 381 0

400

800

INFLATION : 1,4 % ALPHABÉTISATION : 26,2 %

1200

Niger Sénégal Burkina Mali Bénin Togo Guinée-Bissau Côte d’Ivoire

Investissements (en % du PIB) 41,5

29,8 20,3 19,2 17,7 16,9 9,8 9,6 0

PIB PAR SECTEUR : - primaire : 36 % - secondaire : 28,4 % - tertiaire : 35,6 %

10

20

30

40

50

INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS : 2,1 milliards de dollars

SOURCES : BAD, OCDE, CEA, mars 2011 ; FMI, avril 2011 ; instituts nationaux de statistiques

N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

JEUNE AFRIQUE


les Employeurs et les Travailleurs. Le Conseil d’Administration est présidé alternativement par les Employeurs et lesTravailleurs. La Caisse Nationale d’Assurance Maladie est chargée de : • centraliser les cotisations du régime ; • identifier et immatriculer les employeurs ainsi que les assurés et bénéficiaires ; - passer des conventions avec les formations de soins ;

Entretien avec

M. Nouhoum SIDIBÉ, Directeur Général de la CANAM

© Fotolia

1. Qu’est-ce que la Caisse Nationale d’Assurance Maladie ? La Caisse Nationale d’Assurance Maladie est l’organisme de gestion du régime d’assurance maladie obligatoire. La Caisse Nationale d’Assurance Maladie, CANAM en abrégé, a été créée par la Loi N°09-016 du 26 juin 2009 à la suite de l’institution du régime d’assurance maladie obligatoire. Etablissement Public à caractère Administratif, la CANAM est administrée par un Conseil d’Administration et dirigée par un Directeur Général. Le Conseil d’Administration est composé paritairement par les Pouvoirs Publics,

2. Depuis le 1e mai 2011, les prestations de l’AMO ont démarré. Quel bilan pouvez-vous en tirez ? Il est trop tôt pour parler de bilan mais il faut signaler que par rapport aux objectifs majeurs d’accessibilité financière et d’accessibilité géographique il y a des effets très significatifs qui sont déjà perceptibles. En effet, depuis le démarrage, le 1er mai 2011, de la prise en charge des prestations garanties par l’AMO, les bénéficiaires ont accès aux soins de santé à moindres coûts du fait de la mutualisation des risques et des revenus. La notion selon laquelle chacun «paie en fonction de ses moyens et utilise en fonction de ses besoins » est la règle fondamentale ; c’est dire que la solidarité joue. 3. Le caractère solidaire de ce régime est incontestable, cependant, nous constatons une vague de protestations contre l’assurance maladie obligatoire. Qu’en est-il ? Une partie des personnes assujetties à la loi sur l’assurance maladie obligatoire a réagi négativement sans, toutefois, remettre en cause le bien-fondé de l’assurance maladie au Mali. L’essentiel des arguments des protestataires portait principalement sur le point du prélèvement de la cotisation sans information préalable.

C’est pourquoi, sur instruction des autorités, la CANAM a renforcé sa communication à l’adresse de ces personnes ; renforcement qui a porté fruits. 4. Comment s’effectue la prise en charge d’un assuré de l’assurance maladie obligatoire ? La prise en charge d’un assuré de l’assurance maladie obligatoire est basée sur le système du tiers payant qui est un mécanisme de facilitation de paiement des frais de soins par lequel la CANAM, par le biais des organismes gestionnaires délégués que sont la CMSS et l’INPS, paye directement au prestataire de soins de santé les frais de soins du bénéficiaire à l’exclusion du ticket modérateur. Les taux de prise en charge par l’assurance maladie sur ses tarifs de responsabilité est de : • 80% des frais de soins pour l’hospitalisation (tous les soins effectués lorsque le bénéficiaire est hospitalisé) ; • 70% des frais de soins pour l’ambulatoire (tous les soins effectués hors hospitalisation). 5. Quelles sont les structures sanitaires concernées par les prestations de l’assurance maladie obligatoire ? Les structures sanitaires concernées par les prestations de l’assurance maladie obligatoire sont : • les formations de soins publiques, communautaires, privées à but non lucratif ; • les officines pharmaceutiques privées ; • les formations privées de soins dès lors que les tarifs qu’elles pratiquent sont jugés acceptables. Ce qui fait un total de structures conventionnées d’un peu plus de 1000. 6. Quel est le taux de cotisation et le mode de financement du régime ? Le régime d’assurance maladie obligatoire est financé par les contributions de ses adhérents. En matière de contribution, le prélèvement social s’effectue à la source, sous forme de cotisations obligatoires assises sur les revenus d’activité et les revenus de remplacement. Les cotisations sont liées aux gains et non aux risques qui pèsent sur la santé. Avenue du Mali - Quartier Hamdallaye ACI 2000 - Immeuble Salia Daou Bamako - MALI -Tél. : (+223) 20 72 91 95

www.canam-mali.org COMMUNIQUÉ


Le Plus de J.A.

FAROUK BATICHE/AFP

70

INTERNATIONAL

L’effet Boubèye L’arrivée à la tête des Affaires étrangères de l’ex-chef des renseignements, en avril dernier, a décomplexé la diplomatie malienne. Un nouvel élan bienvenu.

«

L

es premières années de l’ère ATT [Amadou Toumani Touré, NDLR] ont été marquées par d’incontestables succès diplomatiques. » Deux exemples illustrent parfaitement ces propos d’un haut fonctionnaire international malien: l’élection du prédécesseur d’ATT, Alpha Oumar Konaré, en juillet 2003, à la présidence de la commission de l’Union africaine (UA) et celle, en janvier 2004, de Soumaïla Cissé – rival d’ATT à la présidentielle de 2002 – à la tête de la commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). « Pour chacune decescompétitions,poursuitlediplomate, ATT a mouillé son boubou, sillonnant les capitales africaines et poursuivant ses pairs par téléphone pour mieux vendre ses candidats. » Au début de son premier mandat, il a enregistré un autre succès : la libération, en août 2003, d’une trentaine d’otages occidentaux kidnappés en Algérie par les djihadistes du Groupe salafiste pour la prédication et le combat N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

(GSPC, devenu depuis Al-Qaïda au Maghreb islamique, Aqmi). SOUPÇONS. Reçus à Koulouba après leur

libération, les otages sont officiellement remis à leurs ambassadeurs respectifs accrédités à Bamako. Cependant, ce qui devait être un triomphe s’est transformé en cauchemar. À la place des lauriers qu’elle était en droit d’attendre, la médiation malienne s’est vu soupçonner d’une forme de complicité avec les preneurs d’otages. « Depuis cet épisode, l’image de notre diplomatie a été durablement brouillée, confirme un ancien ambassadeur malien, et la personnalité quelque peu effacée de notre ministre, Moctar Ouane [aux Affaires étrangères de mai 2004 à avril 2011], l’a rendue encore plus discrète. » Une autre crise va achever de discréditer au niveau régional l’action extérieure du Mali. Le 26 mai 2006, l’irrédentisme touareg prend à nouveau la forme d’une rébellion armée. La gestion pacifiste prônée par ATT, au grand dam de l’ensemble

 LE 11 SEPTEMBRE 2011, avec son homologue algérien Mourad Medelci.

de la classe politique qui privilégiait l’envoi de la troupe, contraste avec celle que préconisent le voisin nigérien et son président Mamadou Tandja. Quant à la crise ivoirienne, un pays où résident près de 2 millions de Maliens, elle contraint le dirigeant à une prudence qui laisse toute la place au dynamisme de la diplomatie burkinabè, Blaise Compaoré s’érigeant en médiateur attitré en Afrique de l’Ouest. Côte d’Ivoire, Togo, Guinée… autant de crises dans lesquelles le Mali brille par son absence. En avril dernier, à un an de la fin de son second et ultime mandat, ATT veut éviter que son bilan, plutôt positif sur les plans socioéconomique et politique, soit entaché par la médiocrité de son action diplomatique. Pour cela, il fait appel à une personnalité hors norme, Soumeylou Boubèye Maïga. Et lui confie donc le portefeuille des Affaires étrangères et de la Coopération. L’ŒIL DU TIGRE. À 57 ans, ce membre

influent de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema, mouvance présidentielle), surnommé « le Tigre », est un ancien journaliste et militant de la démocratie. Après la révolution du 26 mars 1991, le natif de Gao (Nord) sera conseiller spécial d’ATT pendant la transition démocratique, chef JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali Tamanrasset, en Algérie) entre Bamako, de cabinet du président Alpha Oumar Alger, Nouakchott et Niamey est redyKonaré (1992), puis directeur général de namisée. Une fois apaisés les rapports la sécurité d’État (DGSE) pendant huit avec Paris, la France et l’Union euroans, avant de prendre le portefeuille des péenne réapprennent à faire confiance Forces armées en 2002. au Mali. Les contentieux avec les voisins Rival malheureux d’ATT à la préaplanis, les accusations de laxisme envers sidentielle de 2007, « le Tigre » se met les djihadistes d’Aqmi oubliées, la réhaen retrait de la scène politique. Un repli bilitation de la diplomatie malienne est qui, loin d’être une traversée du désert, enfin en marche. lui permet d’étoffer encore son énorme Le président malien donne aussi de sa carnet d’adresses à travers l’ONG qu’il personne dans cette réhabilitation. Il fait crée en 2008, l’Observatoire sahélopartie du panel de chefs d’État chargés par saharien de géopolitique et de stratégie l’UA de la gestion du conflit libyen et vient (OSGS), exclusivement consacré à la crise sécuritaire dans la bande sahélienne. Un sujet et une Les contentieux avec les voisins expertise qui intéressent au sont aplanis, les accusations plus haut point les chancelleries occidentales, les capitales de laxisme envers Aqmi oubliées. de la sous-région et les services de son puissant voisin du Nord, l’Algérie, par ailleurs de se délester du boulet que incontournable partenaire dans la lutte traînaitladiplomatiemalienneconcernant la Côte d’Ivoire : la neutralité d’ATT dans contre Aqmi au Sahel. la guerre qui a opposé Laurent Gbagbo REDONNER DU TONUS. L’arrivée de à Alassane Dramane Ouattara (ADO) lui Boubèye à Koulouba (le siège du ministère avaitvalulesfoudresdecedernier.UnallerdesAffairesétrangèressesituesurlacolline retour, le 7 septembre, à Yamoussoukro, et qui abrite le palais présidentiel) redonne un discours bien senti ont ému Alassane du tonus à la diplomatie malienne. Les Ouattara, son gouvernement et l’opinion relations bilatérales sont relancées avec publique ivoirienne. Le même jour, ADO les voisins du Nord (Algérie, Mauritanie) a promis de se rendre le plus vite possible et du Sud (Sénégal, Guinée, Burkina, à Bamako, en visite officielle. Elle est pas Niger), et l’action du Comité d’état-major belle, la diplomatie ? ● opérationnel conjoint (Cémoc, basé à CHERIF OUAZANI 300 km

MAROC

Ville Chef-lieu Capitale Taoudenni ALGÉRIE TOMBOUCTOU

Tessalit KIDAL Kidal

MALI MAURITANIE Tombouctou

Niger

GAO Gao

SÉNÉGAL

KOULIKORO

KAYES

Ségou Koulikoro SÉGOU Bani

Bamako GUINÉE SIERRA LEONE JEUNE AFRIQUE

Mopti MOPTI Bandiagara Djenné

Kayes

SIKASSO

NIGER

BURKINA FASO

NIGERIA

Sikasso

BÉNIN GHANA

CÔTE D’IVOIRE

TOGO N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


La SOMaPEP-Sa Et La SOMaGEP-Sa, dEux nOuvELLES SOciétéS d’Eau iSSuES dE La réfOrME dES SEctEurS dE L’éLEctricité Et dE L’Eau POtabLE au MaLi

Le Gouvernement de la république du Mali, dans le cadre de sa politique d’amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’électricité a mis en œuvre une réforme institutionnelle ayant conduit à la séparation, en août 2010, de ces deux secteurs avec la création d’une Société de patrimoine dénommée Société Malienne de Patrimoine de l’Eau Potable (SOMaPEP-Sa) et d’une Société d’exploitation dénommée Société Malienne de Gestion de l’Eau Potable (SOMaGEP-Sa). La société énergie du Mali (EdM-Sa) qui conserve sa personnalité morale, reste concessionnaire du service public de l’électricité. La SOciété MaLiEnnE dE PatriMOinE dE L’Eau POtabLE (SOMaPEP-Sa) : est une Société d’État créée par Ordonnance N°-10-039 /P-RM du 5 août 2010 et ses statuts ont été approuvés par le décret n°10-462 /P-RM du 20 septembre 2010. Elle est concessionnaire des biens ou infrastructures d’eau potable en milieu urbain. à ce titre, elle devra assurer les investissements, la gestion du patrimoine de l’Hydraulique urbaine de l’État et le contrôle de la qualité de l’exploitation du service public d’eau potable (production, transport, distribution et commercialisation).

www.justinecreation.fr / Photos : D.R.

La SOciété MaLiEnnE dE GEStiOn dE L’Eau POtabLE (SOMaGEP-Sa) : est une Société d’État qui a été créée par Ordonnance N°10-040 /P-RM du 5 août 2010 et ses statuts ont été approuvés par le décret n°10-463 /P-RM du 20 septembre 2010. Elle est chargée de l’exploitation technique et commerciale du service public d’eau potable dans le périmètre concédé en milieu urbain. Ces deux nouvelles sociétés, au regard de leurs missions, auront à jouer un rôle déterminant pour le développement et l’amélioration du service public d’eau potable en milieu urbain.

MESSaGE

Station de traitement d’eau potable pour la ville de bamako

Mr. adaMa tiéMOkO diarra PréSidEnt dirEctEur GénéraL dE La SOMaPEP-Sa

Mr. bOubacar kanE PréSidEnt dirEctEur GénéraL dE La SOMaGEP-Sa


Où va le Mali

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

TRIBUNE

Éd

Ousmane Sy Ancien ministre, conseiller municipal de Bandiagara

Un embargo qui ne dit pas son nom

L

ES ACTIVITÉS LIÉES AU TOURISME alimentent l’économie locale dans plusieurs régions du Mali, principalement à Ségou, Mopti et Tombouctou. Parmi ces régions, Mopti, avec les sites de Djenné et du plateau dogon inscrits au patrimoine de l’humanité de l’Unesco, attirait chaque année de nombreux touristes venant des pays d’Europe de l’Ouest, principalement de France. Depuis près de deux ans, les prises d’otages occidentaux (aucune en territoire malien, dois-je préciser) par les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont installé, dans tous les pays de la région sahélienne, singulièrement au Mali, en Mauritanie et au Niger, un climat d’insécurité. Conséquence : les autorités des pays ciblés et les organisations internationales ont pris des mesures préventives et déconseillent, voire interdisent à leurs ressortissants tout séjour dans cette zone. Depuis, Mopti vit une sorte d’embargo qui ne dit pas son nom. Le tourisme au Mali est essentiellement culturel et, pour des raisons historiques, les visiteurs sont européens, les plus nombreux étant les Français. Ils affluent chaque année de novembre à février dans le pays dogon et représentent près d’un touriste étranger sur trois au Mali. Faible pluviométrie, rareté des terres cultivables dans l’environnement rocheux… Le secteur demeure la principale source de revenus pour les populations locales du plateau dogon, en milieu rural comme urbain.

(205 millions), des transporteurs (71 millions) et des agences de voyages (67 millions) se partageant le reste. Je fais partie de ceux qui pensent que le développement du Mali passera forcément par la redynamisation des économies locales à travers la création d’un tissu socioéconomique fort et stable. En ce qui concerne la région de Mopti en général, et particulièrement le plateau dogon, au cœur duquel se trouve ma ville, Bandiagara, le tourisme est l’une des grandes filières porteuses pour l’avenir. Cependant, l’actuelle crise sécuritaire se traduit par une réduction drastique du nombre de visiteurs européens dans la région (en 2010, 25 % de moins que lors d’une saison normale, et les chiffres de 2011 n’incitent pas à l’optimisme), menaçant gravement l’activité économique de ma ville, de ma région, de mon pays. La baisse du flux de touristes n’est pas sans avoir de lourdes conséquences sur la stabilité de la région et le niveau de vie des populations, en particulier les plus vulnérables. Cette situation, qui porte en elle les germes de graves crises sociales, interpelle la capacité des gestionnaires locaux à trouver des alternatives.

Il faut aussi s’attacher à cibler une clientèle nationale et ouest-africaine. Et adapter notre offre en conséquence.

Une étude réalisée par la SNV Mali, une organisation de coopération technique néerlandaise, a estimé les retombées financières du tourisme en pays dogon à près de 2 milliards de F CFA (3 millions d’euros) en 2009. Les tour-opérateurs sous-évaluant, en règle générale, le volume de leur chiffre d’affaires, ce montant devrait être sérieusement revu à la hausse. Les deux principaux secteurs bénéficiaires de cette manne sont la restauration, qui a enregistré 731 millions de F CFA, dont 256 millions dépensés au profit des produits alimentaires locaux, et l’hébergement, avec 564 millions de F CFA. Des artisans (313 millions de F CFA, dont 104 millions en matières premières locales), des guides JEUNE AFRIQUE

La grande dépendance, directe ou indirecte, de nombreux acteurs de la zone aux revenus liés au tourisme nous oblige, en tant que décideurs locaux, à rechercher, en partenariat avec tous les professionnels du secteur, des réponses immédiates et des alternatives à moyen et long terme. En conséquence, il importe, dans un premier temps, d’entreprendre des actions pour gagner la confiance des touristes étrangers, pour lesquels la zone n’est pas considérée comme dangereuse. Ensuite, il faudrait s’attacher à la cible de visiteurs nationaux et de la région ouest-africaine. Ce qui impliquera un grand travail sur des produits touristiques qui puissent les attirer en nombre et, forcément, une adaptation des tarifs (transport et hébergement), mis à la portée de visiteurs sans doute moins nantis, mais qui auront foi en l’hospitalité malienne. ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

73


OLIVIER FÖLLMI/FOLLMISPIRIT

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 Vue imprenable sur LE PLATEAU DOGON. CARNET DE ROUTE

Les malheurs de Mopti Victime collatérale de la crise sécuritaire, la région s’est vidée de ses touristes occidentaux. De la légendaire cité de Djenné à l’époustouflante falaise de Bandiagara, voyage en pays sinistré.

À

la confluence du fleuve Niger etduBani,Mopti,laVenisedu désert, est au cœur du triangle touristique malien, qui compte deux sites classés au patrimoine de l’humanité : Djenné et sa majestueuse mosquée d’architecture soudanienne, et le plateau dogon, ses falaises aux maisons troglodytiques et ses villages atypiques. Sur l’une des nombreuses corniches de Mopti (115 000 habitants), l’hôtel Kanaga. Désespérément vide. De l’autre côté du fleuve, des dizaines de pirogues attendent des touristes qui ne viendront pas. « Deux mois que je n’ai pas fait la moindre sortie sur les îlots, déplore Issa, 32 ans, qui a investi toutes ses économies dans l’achat de trois pirogues aménagées à grands frais. Sans compter qu’entre octobre et mars dernier, je n’ai même pas enregistré quarante passagers… Cinquante fois moins qu’il y a deux ans. » Pour Issa, si la situation ne change pas rapidement, c’est la faillite assurée.

son personnel. Ceux qui sont restés ne font que de l’entretien, en attendant des jours meilleurs. » Selon l’Association malienne des professionnels du tourisme (AMPT), le secteur accuse une baisse d’activité de 60 % par rapport aux années fastes,

de 2006 à 2008. Le pays accueillait alors 85 000 visiteurs par an, pour un séjour moyen de sept nuitées, dont trois dans la région de Mopti, chaque touriste dépensant quotidiennement 80 euros. Ce qui générait des recettes annuelles de l’ordre de 20 millions d’euros pour Mopti et sa

Æ DJENNÉ ET SA MOSQUÉE sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.

N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

FLORENCE LEBERT/PICTURETANK

MIS SUR LA PAILLE. « On s’approche dangereusement du point de rupture, confirme Thiémoko Dembélé, 38 ans, président-directeur général du Bambara African Tour et propriétaire du Kanaga. La chute de fréquentation m’a contraint à fermer l’hôtel du Cheval Blanc, à Bandiagara, ce qui a mis sur la paille plus d’une trentaine d’employés. Le Kanaga a dû se séparer de la moitié de JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali

GRENIER VIDE. À Djenné, relié au reste

du monde par un bac traversant le fleuve Niger, la situation n’est pas moins dramatique. La présence d’étrangers se limite aux employés occidentaux et chinois des groupes internationaux opérant dans les grands projets lancés par le chef de l’État dans le cadre du Programme de développement économique et social (PDES), chantiers qui maintiennent autant que faire se peut l’activité économique dans la région. Sur plus de deux cents guides agréés par l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (Omatho) à Djenné, il en reste à peine une vingtaine. Les autres, découragés, sont partis chercher leur pain quotidien à Bamako, grossissant le nombre de vendeurs à la sauvette de la capitale. Une régression sociale et économique difficile à vivre. Les centres urbains (Mopti, Bandiagara et Djenné) ne sont pas les seuls à payer la lourde facture de la crise sécuritaire. « Dans les villages, c’est grenier vide », résume Moussa Sangaré, chauffeur pour

Les recettes touristiques ont chuté de 20 millions à 5 millions d’euros en deux ans. un loueur de véhicules. Si, touristes ou pas, la production agricole locale trouve toujours preneur, les prix de vente ont connu une baisse vertigineuse. « Un restaurateur paie plus cher que le chaland d’une foire hebdomadaire. Or, ledit restaurateur ne nous achète presque plus rien », se lamente Djibril Sow, qui a monté une entreprise de distribution de produits maraîchers à Mopti. Quant aux pêcheurs et artisans, ils n’écoulent plus qu’une portion congrue de leur production. ZONE INTERDITE. À Bandiagara (qui compte 15 000 habitants), capitale du pays dogon, les établissements hôteliers et les camps sont à l’agonie. Pour Ousmane, 29 ans, enfant du village de Djiguibombo et guide touristique, le « plateau » (terme désignant les falaises du pays dogon) « est sans doute la région la plus sûre du monde. Cela n’empêche pas des patrouilles de l’armée française [dans le cadre de la coopération militaire JEUNE AFRIQUE

entre les deux pays, NDLR] de faire la traque aux touristes français qui ont bravé l’interdit, c’est-à-dire la recommandation de leurs autorités d’éviter la région. Elles les chassent des villages et des camps, les obligeant à retourner à Bamako. De quoi décourager le plus hardi des amoureux de la culture et des paysages dogons ». Et pourtant, ils sont à couper le souffle.

Mais Bandiagara veut encore y croire. Jeune investisseur, Papa Napo, 28 ans, vient de racheter à ses associés suisses leurs parts dans l’hôtel La Falaise. « La situation est critique, mais nous devons tenir. Je fais partie des gens qui veulent être là quand l’activité redémarrera. » Seule note d’optimisme au cours d’un voyage dans un pays dogon bien sinistré. ● CHERIF OUAZANI, envoyé spécial à Mopti

QUESTIONS À | Souleymane Coulibaly EMMANUEL DAOU BAKARY

périphérie. En 2010, ce chiffre est tombé à moins de 5 millions d’euros.

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Président de l’Association malienne des professionnels du tourisme

« Ce n’est plus de la prudence, c’est de l’acharnement » JEUNE AFRIQUE : Qui tenez-vous pour responsable de l’importante baisse de la fréquentation touristique ? SOULEYMANE COULIBALY : Certainement pas la rébellion touarègue, qui n’a jamais constitué une menace pour nos visiteurs internationaux. Ni les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique [Aqmi, NDLR], phénomène étranger à notre pays, où le seul enlèvement a été celui de Pierre Camatte, avec un dénouement heureux [le retraité français enlevé fin novembre 2009 a été libéré en février 2010]. Nos malheurs ont débuté avec le « travel warning » émis en 2008 par le Quai d’Orsay. Avertissement de l’ex-métropole qui a évidemment influencé la politique des autres membres de l’Union européenne. Si les autorités françaises ont fait preuve d’une prudence légitime, elles ont à nos yeux considérablement exagéré la menace. Ce n’est plus de la prudence, c’est de l’acharnement. Quelles mesures avez-vous prises face à cette situation ? S’agissant d’une crise de confiance entre États, le rôle des opérateurs ne peut être que consultatif. En janvier 2011, nous avons saisi le président malien et son Premier ministre pour

que cette confiance soit restaurée à travers une révision drastique de la communication officielle. Nous désirons être associés à l’élaboration de cette nouvelle stratégie. Et si les directives de prudence ne sont pas levées… Ce serait une catastrophe pour des milliers d’emplois directs et des dizaines de milliers d’emplois indirects. Nous réfléchissons à des alternatives au tourisme occidental, en ciblant les pays d’Europe de l’Est, par exemple. Nous essayons également de promouvoir le tourisme national pour améliorer le taux d’occupation de nos établissements hôteliers, tombé de 70 % en 2007 à moins de 10 % en 2010. Nous envisageons aussi de sortir du seul tourisme culturel. Personnellement je mise sur le tourisme sanitaire: construire un centre de santé ultraperformant, importer un équipement médical de pointe et faire appel aux plus grands spécialistes et chirurgiens pour convaincre les patients ouest-africains de venir se faire soigner chez nous plutôt qu’en France ou en Afrique du Sud. Nous avons signé de nombreux accords avec des établissements tunisiens et occidentaux pour mener à bien ce projet. ● Propos recueillis à Bamako par CHERIF OUAZANI N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


ENERGIE DU MALI SA Proximité et innovation au service de la clientèle Dans le cadre de sa démarche continue d’amélioration de la fourniture d’électricité et d’autres prestations à sa clientèle, la société EDM-SA a identifié deux axes majeurs pour le développement de son activité commerciale : proximité avec la clientèle et mise en œuvre de technologies innovantes.

M. Sékou Alpha DJITEYE Directeur Général

Une plus grande proximité avec la clientèle Avec le développement rapide des centres urbains et l’extension de la desserte, EDM SA a entrepris le développement d’un réseau de Points d’Accueil Clientèle (PAC) permettant de se rapprocher des usagers, et de leur épargner de longs parcours vers les agences traditionnelles. En plus des agences, la capitale Bamako compte désormais près d’une quinzaine de PAC. Par ailleurs, depuis 2 ans, EDM-SA a mis à contribution ses partenaires traditionnels que sont les banques, aux guichets desquelles les clients peuvent désormais payer les factures d’électricité.

Impact Média 2011

« I Sago », au service de la maîtrise des consommations La nouvelle offre de compteurs à prépaiement « I Sago », qui signifie en langue nationale bamanan « à ta convenance », propose à la clientèle une autre façon d’acheter l’électricité, en fonction de ses besoins et de ses revenus. Ce service permet ainsi une plus grande souplesse dans le mode d’achat de l’énergie, et permet grâce à un affichage en temps réel du rythme de consommation, de mieux gérer son budget. Avec une meilleure maîtrise de la consommation, ce service est profitable au client, mais aussi à EDM-SA, qui peut ainsi mieux répartir l’énergie. Après Bamako, où le compteur « I Sago » est en service depuis février 2009, la société a initié son déploiement à l’intérieur du pays. Le défi de l’accès au plus grand nombre L’amélioration de la desserte en électricité des populations est l’un des grands volets de la politique du Gouvernement du Mali. La construction des centrales thermiques Sirakoro-Méguétana et Balingué, le projet de réaménagement du barrage de Markala en ouvrage hydroélectrique, ainsi que l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire et avec le Ghana via le Burkina Faso, contribueront, entre autres, à une hausse des capacités de production à court-moyen terme.

Square Patrice Lumumba – BP 69 Bamako – MALI Tél. : (223) 20 22 30 60 / 20 22 30 61 Fax: (223) 20 22 84 30 www.edm-sa.com.ml


Où va le Mali

DÉCRYPTAGE Alain Faujas

Une belle croissance menacée par la démographie

P

OUR L’ÉCONOMIE MALIENNE, tous les feux sont au vert ou presque. « La croissance y est stable à 5,7 % en moyenne depuis 2005, constate Jan Walliser, responsable gestion macroéconomique pour le Nigeria, le Sahel et l’Afrique centrale à la Banque mondiale. Le déficit budgétaire est soutenable. Bien utilisées, les réserves d’or peuvent permettre de diversifier l’économie.Toutefois, le Mali demeure très dépendant de l’aide extérieure. » Même optimisme mesuré pour Hervé Bougault, directeur de l’antenne bamakoise de l’Agence française de développement, qui constate que « l’État paie impeccablement sa dette extérieure », que « le pays va redevenir cette année le premier producteur de coton d’Afrique subsaharienne grâce à une météo favorable », et conclut : « Le Mali peut se targuer d’avoir la meilleure et la plus stable des croissances de la zone UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine, NDLR], mais il demeure l’un de ses pays les plus pauvres. » L’année 2011 devrait effectivement être excellente, avec une croissance qui pourrait friser les 6 % grâce à la reprise des ventes d’or et aux 500 000 tonnes de coton attendues, contre 240 000 t lors de la dernière campagne. Les pluies

représentant la moitié de la population actuelle, c’est une marée de jeunes qui arrivera sur un marché du travail anémique, lequel devra accueillir 300 000 demandeurs d’emploi supplémentaires par an en 2030. Cet afflux nécessiterait d’abord d’énormes efforts budgétaires en matière de scolarisation et de formation que le Mali n’est pas en état de fournir. Il faudrait une croissance économique de 8 % l’an au minimum pour absorber ce bond démographique. Autre défi : l’urbanisation débridée (Bamako comptera 5 millions d’habitants en 2030), qui empêche les pouvoirs publics de suivre le mouvement avec des infrastructures adaptées en matière d’assainissement, d’eau et de transport. Des problèmes d’insécurité du même type qu’au Nigeria pourraient résulter du cocktail explosif de la montée de la pauvreté urbaine et du chômage des jeunes. Dans ces conditions, on voit mal comment le Mali pourrait se passer des aides multilatérales et bilatérales massives qui représentent un quart du budget de l’État et 80 % des investissements publics. Proportions malsaines, car elles anesthésient les capacités d’initiative gouvernementales. Si les autorités maliennes veulent éviter une catastrophe économique et sociale annoncée, il est temps qu’elles se projettent sur vingt ans, tant leur marge de manœuvre est étroite par manque de moyens. Le développement des cultures vivrières et d’exportation est incontournable. L’agriculture occupe toujours les deux tiers de la population active. Or le Mali exploite seulement 3,2 millions d’hectares, alors que les terres cultivables recensées sont treize fois plus étendues. Les investissements devront en priorité aller à une utilisation plus intense et plus rationnelle des ressources en eau. Par ailleurs, au moment où la Chine voit ses coûts de main-d’œuvre augmenter rapidement, la Banque mondiale étudie la possibilité pour le Mali de se substituer à celle-ci pour la fabrication de biens de consommation requérant des technologies simples, comme l’habillement ou les chaussures. De la multiplication de ces réalisations modestes dépend une création de richesse sans laquelle ni le marché de l’emploi ni les services publics ne seront à la hauteur des besoins. Faute de quoi, l’émigration pourrait être le seul exutoire à la désespérance. ●

Le marché du travail devra accueillir 300 000 jeunes supplémentaires par an à l’horizon 2030. abondantes ont fait bondir de 16,1 % la production agricole totale. Inflation sage fluctuant autour de 3 %, dette contenue à 27 % du PIB (après avoir connu un taux de 100 %), déficit budgétaire en partie compensé par la privatisation de la compagnie de télécoms Sotelma pour 180,3 milliards de F CFA (275 millions d’euros), amélioration des rentrées fiscales par la mise en place d’une taxe sur les plus-values foncières au second semestre 2011, balance des paiements excédentaire à partir de 2012 selon les prévisions… Les signes de bonne santé sont nombreux. Mais ils ne suffisent pas à rassurer sur l’avenir du Mali, qui risque fort d’être asphyxié par sa démographie galopante. Sous l’effet d’un taux de croissance de 3,6 % de 1998 à 2009, sa population devrait passer de 15,2 millions d’habitants à 30 millions en 2030. Les moins de 15 ans JEUNE AFRIQUE

N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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80

Le Plus de J.A. La loi de finances 2010 consacrait environ 16 % du budget de l’État au secteur agricole (contre 11,5 % en 2009). Le gouvernement a poursuivi ses efforts via l’« Initiative riz » élargie aux autres La production agricole a augmenté de 16 % en 2010. céréales (maïs, blé) et dans les réformes Un succès qui tarde à se répercuter du côté des industriels, du secteur coton. en quête de financements. Rien qu’en 2010, les pouvoirs publics ont aménagé près de 12 000 ha de base Mali, puissance agropastorale fixés par les autorités : produire 10 milfonds et 965 ha de plaines inondables, de l’Afrique de l’Ouest ? Pourquoi lions de tonnes de céréales à l’horizon augmenté les subventions aux intrants pas ! En votant la loi d’orienta2013 et aménager plus de 100 000 ha, agricoles, passées de 13 milliards de tion agricole (LOA) en 2006, les F CFA (20 000 euros environ) en 2009 à dont 60 000 ha en maîtrise totale. parlementaires maliens donnaient le Les cultures maraîchères plus de 21 milliards de F CFA en feu vert à la mise en œuvre de l’un des 20 vont bien également : oignons 2010, et accru le soutien à la piliers du Projet pour le développement (260 000 t par an), échalotes filière coton, qui a dépassé économique et social (PDES) du prési(100 000 t), pommes de terre les 26 milliards de F CFA en seulement de dent Amadou Toumani Touré : placer 2010, contre 10,3 milliards (95 000 t), tomates (64 000 t), la surface irrigable pois sucrés (6 500 t) abondent, l’agriculture malienne parmi les plus de F CFA en 2009. sont exploités performantes de la sous-région. dont une grande partie destiCinq ans plus tard, redynamisé, divernée à l’exportation. Les fruits ne MOB MOBILISATION. Les acteurs sifié, le secteur agricole se porte mieux. sont pas en reste. Chaque année, e, du privé p se mobilisent eux aussi. Notamment le groupe Tomota, qui a La production céréalière avoisine les le pays produit 200 000 t de mangues, 7,5 millions de tonnes pour la campagne racheté l’Huilerie cotonnière du Mali mais aussi des agrumes, de l’anacarde, 2010-2011 (contre 6,3 millions pour la (Huicoma) en 2005 et investi 15 milliards du gingembre… Sans oublier, bien sûr, précédente), se rapprochant des objectifs le coton (lire p. 81). de F CFA pour la production d’oléagineux AGROALIMENTAIRE

Dynamique d’exploitations

L

10 %


Où va le Mali

PER-ANDERS PETTERSSON/COSMOS

Ý L’« INITIATIVE RIZ », lancée en 2008, a porté la production à plus de 2 millions de tonnes en 2010.

(tournesol, arachide, coton) sur 14000 ha dans la zone de l’Office du Niger, dont 2 000 ha sont en expérimentation. BANQUES FRILEUSES. L’État a procédé

au dépoussiérage du code des investissements pour aider à la valorisation de toutes ces productions et mis en œuvre,

en 2005, l’Agence pour la promotion des investissements (API). Ce guichet unique facilite la création des entreprises, mais ne règle pas l’épineuse question des financements. Très frileuses, les banques soutiennent bien peu l’investissement industriel, ce qui contraint les entrepreneurs maliens à toutes sortes de

Le match Bamako-Ouaga reprend Les cotonculteurs maliens redressent la barre. Mais ont encore du chemin à parcourir pour rattraper leurs concurrents burkinabè.

JEUNE AFRIQUE

(En milliers de tonnes)

urkin

M ali 700 600

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243

201

2 0-2 011-2 011 012 *

201

* Prévisions

de 620000 t en 2003-2004, la cotonculture malienne a perdu de sa superbe, plombée par la chute des cours mondiaux et les problèmes structurels. La privatisation de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT)

Production de coton-graine

a

PLOMBÉE. Depuis sa production record

n’a pas encore abouti. Par ailleurs, la chute du prix du kilo de coton premier choix de 210 F CFA (en 2004) à 160 F CFA (en 2006), quand les coûts des intrants (engrais et pesticides) restent identiques, la complique. Conséquence : les cotonculteurs ont préféré des cultures plus lucratives, notamment les céréales.

B

P

remiers producteurs de coton en Afrique subsaharienne : le Mali et le Burkina. Avec un net avantage pour le champion burkinabè, qui affiche une production de 600 000 tonnes de coton-graine pour la campagne 20102011, alors que son challenger malien ne lui oppose que 243 000 t (en hausse de 7 %), pour une valeur totale de plus de 45 milliards de F CFA (69 millions d’euros, en hausse de 16 %). Deux écoles s’affrontent : le Burkina a introduit le coton transgénique, tandis que le Mali, malgré le vote d’une loi autorisant les organismes génétiquement modifiés (OGM), se heurte à la résistance de la société civile et des producteurs.

2 0-2 011-2 012 011 *

contorsions pour parvenir à financer leur développement ou le démarrage de leur activité. C’est ainsi que Fitina-SA (Fils et tissus naturels d’Afrique), unité de production de textiles à partir de fibres de coton créée en 2004, n’a pu reprendre sa production qu’en juin dernier, après cinq ans d’arrêt. Un contrat de performance signé avec le ministère de l’Industrie lui a permis de redémarrer son activité. À présent, Fitina-SA souhaite arriver à 3500 t de fils par an, destinés aux marchés africains et européens. Enfin, en matière de transformation fruitière, la Comafruit, entreprise à capitaux franco-maliens fondée en 2009, prépare l’entrée en production de son usine de concentré de fruits. Première expérimentation : la mangue (dont le Mali produit 200 000 t par an), avec pour objectif de transformer 10 000 t de fruits par saison dès 2012. ● MALIKA GROGA-BADA, envoyée spéciale

Pourrelancerlafilière, legouvernement malien a engagé un vaste programme de développement et augmenté les subventions aux cotonculteurs (de plus de 26 milliards de F CFA en 2010). Des efforts qui portent leurs fruits : la filière coton est désormais la plus mécanisée du pays et 243 000 t de coton ont été récoltées en 2010-2011. Le plan de campagne 2011-2012 est revu à la hausse. Les acteurs de la filière, dont la CMDT, tablent sur une production de 500000 t (qui semble très ambitieuse), grâce au maintien de la subvention des engrais par le gouvernement, à l’apurement des dettes internes des coopératives (évaluées à plus de 3 milliards de F CFA) et à l’augmentation du prix d’achat aux producteurs, de 255 F CFA le kilo de coton-graine premier choix (contre 245 F CFA au Burkina), au lieu de 185 F CFA pour la campagne 2010-2011 (contre 200 F CFA au Burkina). Quant au Burkina, il veut atteindre, pour la même période, une production record de 700000 t, avec l’ensemencement de 80 % des surfaces cultivées en coton transgénique. Reste à développer l’aval de la filière, les deux pays ne transformant sur place que moins de 2 % de leur production de coton. ● M.G.-B. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Le Plus de J.A.

EMMANUEL BAOU BAKARY POUR J.A.

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INITIATIVE

Le ventre de l’architecte Quand Amadou Sidibé pose papier et crayons, c’est pour travailler la terre. Ses fermes sont devenues des modèles d’un genre très particulier.

À

le voir chaussé de godillots, plongeant les mains dans la tourbe ou parcourant sa ferme à grandes enjambées, on a du mal à l’imaginer coincé dans un bureau à dessiner des plans. Pourtant, depuis 2002, Amadou Sidibé mène de front ses deux activités d’architecte et d’agriculteur, avec, avoue-t-il, une nette préférence pour la seconde. Il n’a aucune formation en agronomie, mais

ses yeux s’illuminent lorsqu’il raconte son enfance dans les champs de son père, où il passait beaucoup de temps. « C’est de là que me vient ce besoin d’être en contact avec la terre », et de parcourir tous les jours la vingtaine de kilomètres qui séparent son cabinet d’architecte, à Bamako, de ses exploitations situées à Samaya et Kalibougou. L’agronome amateur aime tenter de nouvelles expériences, prouver aux

 Raisin, papayes, melons, agrumes… L’AGRICULTEUR EN PRODUIT TOUTE L’ANNÉE.

gens que « c’est possible ». « Cela fait des années qu’on parle d’augmenter la productivité et de moderniser l’agriculture malienne. Mais les initiatives en la matière restent timides, explique-t-il. Je veux prouver à tout le monde qu’on peut à la fois améliorer les techniques agricoles et la production, tout en diversifiant les cultures sur une petite surface. » Ses 5 hectares ne représentent pas grand-chose en termes d’exploitation agricole. Pourtant, les succès d’Amadou Sidibé attirent des visiteurs d’autres pays africains qui viennent découvrir ses installations.

Agence pour l’aménagement et la gestion des zones industrielles &"#!$%

Structure d’Appui à l’Investissement Industriel

AZI-SA - Quartier du Fleuve - 319, Rue 114 - BP 239 - Bamako - MALI Téléphone : +223 20 23 72 93 / 65 52 71 12 - Fax : +223 20 23 72 93 - Email : azi@azi-sa.com - Site Web : www.azi-sa.com


Où va le Mali Fort de ses succès, l’agriculteur s’est Depuis 2008, il cultive du raisin de table sous serre. Une idée qui lui vient d’un lancé un nouveau défi: produire des tomaséjour en Tunisie. « Personne n’y croyait, tes – fruit que le Mali doit importer une se souvient-il. On me disait qu’il faisait bonne partie de l’année en raison du clitrop chaud et humide pour que les ceps mat–douzemoissurdouze.«Ellespousses’adaptent chez nous. » Et pourtant ses ront en serre, dans des substrats de noix de 2 hectares de vigne donnent chacun coco posés sur des filets. L’atmosphère sera 50 tonnes d’un raisin de table « sucstérile et la température maintenue autour culent », disponible toute l’année sur le marché local, Bénin, Tchad, Niger, Guinée… puisque Amadou Sidibé On vient de loin pour découvrir échelonne sa production. Aujourd’hui, il élève des ses techniques innovantes. vaches et produit des agrumes, de la papaye solo, de l’ail, des de 20 °C, avec un système d’irrigation au oignons ainsi que des melons. goutte à goutte dont l’eau sera recyclée. » Coût de l’investissement: 150 millions de UN NOUVEAU DÉFI. Chaque aire de F CFA (presque 229 000 euros), en partie culture est arrosée grâce à un procédé financés par le Programme compétitivité de goutte à goutte très élaboré et les et diversification agricoles (PCDA), une engrais sont directement injectés dans initiative du gouvernement malien et de l’installation hydraulique. Des panneaux la Banque mondiale pour accompagner solaires alimentent les pompes à eau la modernisation du secteur et soutenir et fournissent la ferme en électricité, les projets innovants. mettant un terme à l’épineuse question « Cette façon de produire commence des factures électriques. à intéresser de jeunes entrepreneurs

qui veulent se lancer dans l’agriculture. Ils visitent les sites et posent beaucoup de questions sur l’investissement et la rentabilité », raconte l’architecte qui, en vient même à réaliser des exploitations « clés en main ». « Vous avez l’espace, vous savez plus ou moins ce que vous voulez produire, et moi je m’occupe d’installer les serres, le système d’irrigation, les panneaux solaires… » Le modèle est si séduisant que des ministres béninois, tchadiens, nigériens, guinéens et congolais ont fait le déplacement pour étudier la possibilité de l’importer chez eux. S’il en est fier, Amadou Sidibé déplore un manque d’intérêt dans son propre pays. « Je ne fais même pas partie de l’association des maraîchers de Bamako », raille-t-il. Alors que, à deux minutes de son exploitation, une zone de 100 hectares aménagée pour la production maraîchère en zone périurbaine, mise en place par le gouvernement pour près de 2 milliards de F CFA, reste désespérément vide. ● MALIKA GROGA-BADA

M. INHAYE AG MOHAMED, COORDINATEUR DU PROJET

-*4+. 5*,%7'03*!1. 21 "6#).3 2$7""1* / '7 46#*557%4. ("74& Ministère de tutelle

Ministère de l’Industrie, des Investissements et du Commerce (MIIC)

Agence d’exécution

Unité de Coordination du Projet (UCP)

Coordinateur du Projet

Inhaye AG MOHAMED - Tél : (+223) 20 29 11 07 / (+223) 66 74 79 30

Chargé du Projet à la Banque Mondiale

Lorenzo BERTOLINI - Tél. : (+225) 22 40 04 17

Responsable du Projet à Bamako

Youssouf Diame THIAM - Tél. : (+223) 20 70 22 00 / (+223) 20 70 22 09

Coût total du Projet

34,1 milliards de F CFA (soit 65 millions USD au taux de 1$ = 525 F CFA)

Montant du crédit et du don IDA

28,8 milliards de F CFA (soit 55 millions USD au taux de 1$ = 525 F CFA)

Montant de la contrepartie nationale

5,3 milliards de F CFA (soit 10 millions USD au taux de 1$ = 525 F CFA)

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Date d’approbation

15/02/2005

Date d’entrée en vigueur

28/09/2005

Date de démarrage

30/09/2005

Date de clôture

30/09/2012

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H1450-MLI

Projet d’Appui à la Croissance (PAC) - ACI 2000 - Hamdallaye - BP E1314 - Bamako - Mali Tél. : (+223) 20 29 11 07 / 20 29 56 18 - Fax : (+223) 20 29 56 19 - Cell : (+223) 66 74 79 30 - E-mail : coordinateur@pacmali.org / iagmohamed@yahoo.fr

www.justinecreation.fr / Photo : D.R.

DONNÉES DE BASE DU PROJET

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Le Plus de J.A. PROFIL D’ENTREPRISE

Bientôt à plein régime L’usine de la Famab-SMO, qui fabrique des aliments pour bétail et des oléagineux, se modernise. Elle se prépare à subvenir aux besoins du marché local, loin d’être comblés.

K

blanc, des entreprises comme la FamabSMO sont contraintes de recourir à l’importation de graines béninoises, burkinabè ou ivoiriennes. Au Mali, les besoins sont énormes. « Tous les jours, 3 500 à 4 000 t d’huile raffinée sont vendues sur nos marchés », affirme Touré. Quant à l’alimentation pour le cheptel, elle augmente de façon exponentielle. Premier éleveur d’Afrique de l’Ouest avec 9 160 000 bovins, 28 400 000 ovins et caprins, 922 000 camélidés, le pays réclame environ 40 000 t d’aliment pour bétail chaque mois, ce que la production locale ne peut toujours pas garantir,

avant de changer son fusil d’épaule. « La outiala, à 400 km à l’est de nourriture pour le cheptel à base de maïs Bamako. Le site qui abrite est trop chère pour les éleveurs, alors on la Fabrique malienne d’alis’est tournés vers le coton-graine, qui est ments pour bétail (Famab) et la Société malienne d’oléagineux (SMO) tout aussi nutritif pour les animaux », a des allures de ville morte. On est en relate le directeur de l’usine. Nourriture plein hivernage, et les premiers sacs de pour engraissement, compléments aligraines de coton n’arriveront pas avant mentaires pour vaches laitières, aliments quelques mois. En attendant, on procède de transition, l’usine produit de tout et à des réaménagements. Sous un hangar, peut même exécuter des commandes les techniciens mettent la dernière main à précises pour l’aviculture ou une minicentrale électrique d’une capala pisciculture, actuellement « En une campagne, nous avons cité de 100 MW qui alimentera l’usine en plein boom. « En 2002, traité 30000 tonnes de coton. Il en cas de coupure de courant. Centrale nous traitions 150 tonnes de coton-graine par jour. En qui fonctionnera en récupérant l’eau à nous en faudrait 40000 t par mois. » haute pression rejetée par les chaînes 2012, nous devrions passer contraignant les éleveurs à acheter des de production. Plus loin se construit un à 600 t, grâce aux nouvelles chaînes de aliments importés, donc plus chers. nouvel entrepôt. « Il faudra plus d’esmontage que nous venons d’acquérir, pace pour stocker le coton et les produits détaille Daouda Touré. On compte sur la Une hausse de la production cotonnière finis, explique, enthousiaste, le directeur prochaine campagne coton, qui devrait résoudrait l’équation. Du propre aveu de Daouda Touré. L’usine est en être de l’ordre de 500 000 t au son directeur, l’usine ne fonctionne qu’à pleine modernisation ! » Mali. » (Lire p. 81.) 50 % de ses capacités. « On a travaillé au Æ LE PDG, El Hadj Seydou Créée en 2002, la FamabRien ne dit pourtant que maximum six mois dans l’année depuis N’Diaye, a investi le début de nos activités. Et nous n’avons SMO, propriété de la Société cela suffira à couvrir les 27 millions N’DiayeetFrères(SNF),devait pas traité en tout plus de 30 000 t de besoins des industriels. Le d’euros dans produire des aliments pour pays a beau être le deuxième coton », avoue-t-il. l’usine de le bétail à partir de céréales, producteur africain d’or Koutiala. S’AMÉLIORER. Cependant, SNF, qui a investi 18 milliardsdeFCFA(27millions d’euros) sur fonds propres danslaFamab-SMOdepuis sa création, est optimiste. El Hadj Seydou N’Diaye, le PDG, voit d’un bon œil le chiffre d’affaires annuel de 8 milliards de F CFAréalisé alorsquel’usinefonctionne en deçà de ses capacités. « L’agro-industrie à 100 % malienne n’en est qu’à ses débuts, analyse-t-il. Compte tenu des besoins du marché local, elle ne peut que s’améliorer. » Raison pour laquelle SNF se lance cette année dans la production du savon en poudre et en morceaux. Un tout autre genre! ●

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

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N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

MALIKA GROGA-BADA JEUNE AFRIQUE


Le Plus de J.A.

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

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BTP

Un domaine livré à la concurrence Les chantiers s’enchaînent. Beaucoup sont confiés à des groupes étrangers. De leur côté, les professionnels locaux gagnent en crédibilité.

D

e ses bureaux situés dans le quartier de Sotuba, à Bamako, Abidine Yattara, PDG de la Société d’exploitation de sable et de gravier (SESG), a une vue imprenable sur le pont de l’Amitié sino-malienne, cadeau du gouvernement chinois au Mali. Ironie du sort, l’entreprise qu’il dirige, à l’instar de ses compatriotes, n’a pas participé à ce grand chantier censé sceller les bonnes relations entre les deux pays. « C’est triste, n’est-ce pas ? » commentet-il sobrement. Le Mali est l’un des pays de la sousrégion qui, ces dix dernières années, a le plus investi dans ses infrastructures, en particulier routières : « Environ 700 milliards de F CFA [1,07 milliard d’euros, N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

NDLR] depuis le début du second quinquennat du président Amadou Toumani Touré », en 2007, précise le ministre de l’Équipement et des Transports, Hamed Diane Séméga. Deuxième pays d’Afrique de l’Ouest par sa superficie, enclavé, le Mali avait du retard en matière de transports terrestres. À partir de 2002, la crise politico-militaire ivoirienne a contribué à accélérer le mouvement. Le pays étant très dépendant de la Côte d’Ivoire pour ses importations, notamment des ports d’Abidjan et de San Pedro, il a fallu trouver d’autres voies d’acheminement, depuis le Sénégal et le Togo. Les chantiers routiers se sont donc succédé et se poursuivent. Le plus

important, celui de l’autoroute BamakoSégou (227 km), est financé par l’État chinois et la Banque ouest-africaine de développement (182 milliards de F CFA). Lancés en octobre 2010, les travaux sont réalisés par la Société nationale chinoise des travaux de ponts et chaussées. PRÉFÉRENCE INTERNATIONALE. Du

côté des infrastructures aéroportuaires, l’entreprise chinoise Chercec est chargée de l’extension de l’aéroport international de Kayes (10 milliards de F CFA), tandis que la modernisation de l’aéroport international de Bamako-Sénou (21 milliards de F CFA), financée par les États-Unis via la Millennium Challenge Corporation, a été confiée au groupement d’entreprises internationales Razel (Allemagne) et Sogea-Satom (France). Le constat est similaire concernant la réalisation des complexes hydroélectriques. Après celui de Félou (120 milliards de F CFA), près de Kayes, réalisé par Sino Hydro Corporation (constructeur du mythique barrage des Trois-Gorges, en Chine), le chantier du barrage de Taoussa (142 milliards de F CFA), entre Tombouctou et Gao, a été confié à la China JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali Ý LE PALAIS DES SPORTS de la capitale (ci-contre et à g.) est réalisé par la multinationale China Overseas Engineering Company, la Covec.

de grands travaux exécutés par des firmes étrangères, dont l’expérience, les références et les ressources en trésorerie vont bien au-delà de leurs capacités. EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

FRILOSITÉ. « Il nous est impossible d’en-

Autre exemple : le Palais des sports de Bamako (9 milliards de F CFA), en cours de construction, est réalisé par la multinationale China Overseas Engineering Group Company (Covec). Rien d’étonnant à ce que nombre d’entrepreneurs maliens soient amers au regard de la longue liste

© Fotolia

Gezhouba Group Company (CGGC). Et c’est la China Geo-Engineering Corporation (CGC) qui livrera d’ici à trois ans celui de Djenné (19,4 milliards de F CFA, en partie financé par la Banque africaine de développement), dont le chantier a débuté mi-septembre.

trer en concurrence avec des multinationales européennes ou des entreprises chinoises qui, elles, sont soutenues par leurs banques et leur gouvernement, déplore Ibrahim Sako, directeur d’Entreprise Sud Services et vice-président de l’Organisation patronale des entrepreneurs de la construction du Mali (Opecom). Ici, les banques sont frileuses : elles ont peur de faire des prêts aux entreprises, sachant qu’elles mettront du temps à les recouvrer en raison des délais de paiement de l’État, qui sont souvent très longs. » Selon le député Baba Haïdara, luimême patron d’une entreprise de ● ● ●

pour un mieux être ! L’année 2010 a été marquée par le cinquantenaire d’indépendance du Mali et, aussi par les 20 ans d’opérations de la première caisse Nyèsigiso implantée en 1990 dans le village de Pétesso, région de Ségou. L’occasion était bonne de faire le bilan des 20 ans écoulés et de se tourner vers l’avenir. L’accessibilité du plus grand nombre de la population favorisant l’inclusion !nancière, le plan d’affaires 2010-2014 en a fait un « enjeu majeur » dans les axes stratégiques d’intervention de Nyèsigiso. Intervenant dans cinq régions du Mali et le District de Bamako, Nyèsigiso demeure sur le bon chemin de la concrétisation de son ambition à savoir: « Etre l’institution de micro!nance de référence au Mali, s’appuyant sur des entités de base fortes, pérennes et bien enracinées dans leur milieu ».

Avec un actif de plus de 15 milliards de Fcfa et une capitalisation de 23,85 %, Nyèsigiso se positionne dans le secteur de la micro!nance au Mali et ambitionne toujours d’augmenter ses parts de marché. Les résultats enregistrés par Nyèsigiso ses vingt dernières années sont le fruit de la con!ance de ses milliers de sociétaires, des initiatives prises par les instances délibérantes et mises en application par les instances opérationnelles. Nyèsigiso continuera d’attacher une imion de sa portance particulière à la satisfaction clientèle à travers des produits et services ité du adaptés à leurs besoins et à la qualité service offert. Directeur Général, Modibo Coulibaly

Dravela Bolibana - BP: 03 BP 19 Bamako 03 - MALI / Tél: (+223) 20 23 31 95 / 97 04 Fax: (+223) 20 22 96 40 Email : nyesigiso@nyesigiso.org Site : www.nyesigiso.com

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Le Plus de J.A.

SÉBASTIEN RIEUSSEC

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

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 LE TROISIÈME PONT DE BAMAKO et, à sa sortie, la nouvelle route vers Sabalibougou et l’Hôpital du Mali.

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

● ● ● construction, qui s’était élevé mi-2010 contre la « concurrence déloyale » de la vingtaine d’entreprises chinoises de BTP présentes au Mali dans le seul secteur des routes et ouvrages de génie civil, entre 2002 et 2010, ces dernières auraient remporté des marchés pour un montant de 885 milliards de F CFA, contre 14 milliards pour les entreprises nationales. Certains professionnels estiment cependant que la présence chinoise a du bon. Elle contraint les entreprises locales à se remettre en cause, à mieux former leurs collaborateurs pour se positionner sur le marché et, même si le niveau des rémunérations est faible, elle permet aux sous-traitants et employés de ces chantiers d’apprendre des ingénieurs et techniciens chinois. La majorité des ouvriers maliens du bâtiment a été formée sur le tas et manque de notions théoriques, aussi, faute de main-d’œuvre qualifiée, les maîtres

d’œuvre préfèrent recruter des ouvriers nous faisons jouer la clause de préférence d’autres pays de la sous-région, ivoiriens, nationale du code des marchés publics. » sénégalais, togolais et burkinabè en parClause qui permet à des entreprises locales de remporter quelques marchés ticulier. Au-delà des multinationales et publics, mais qui met aussi en évidence des compagnies chinoises, qui ont raflé une bonne partie du marché des grands les problèmes de la profession. travaux auparavant dominé par les groupes français La présence chinoise a du bon, (dont Bouygues et Vinci), elle incite les constructeurs les entreprises maliennes maliens à être plus compétitifs. sont aussi concurrencées par les entreprises de la sous-région (notamment burkinabè Car, de tous les secteurs d’activité, celui et sénégalaises) et par les entreprises du bâtiment reste le plus informel, malinformelles. gré les efforts des pouvoirs publics et de l’Opecom pour le professionnaliser et le TAILLE CRITIQUE. « Quand le Mali recourt structurer. Ainsi, sur les 3 000 entreprises de BTP que compte le pays, moins a des investissements étrangers pour financer son développement, cela l’oblige d’une centaine dispose du matériel et des à lancer des appels d’offres internationaux, compétences nécessaires pour exécuter explique par ailleurs le ministre Séméga. des travaux d’envergure. Certaines ont En revanche, quand il s’agit de marchés recours à des sous-traitants locaux ou publics financés à 100 % par l’État malien, étrangers pour sous-missionner lors des appels d’offres, ce qui gonfle leurs factures au-delà d’un seuil acceptable. « C’est pour cela que nous les encourageons à se regrouper pour être plus compétitives », conclut le ministre de l’Équipement et des Transports. Les entrepreneurs maliens tentent aussi de s’épanouir hors des gros marchés publics, au Mali et dans la sous-région. Ainsi, la Société d’équipement du Mali (Sema) se concentre sur des programmes immobiliers, qu’elle est même parvenue à vendre à l’État. Quant à la SESG, elle a remporté pour la première fois un appel d’offres international au Mali: l’aménagement de 2 172 ha de terres dans la zone de l’Office du Niger pour le compte de l’Union économique et monétaire ouestafricaine (UEMOA). ●

 Les sociétés locales sont très actives dans L’IMMOBILIER RÉSIDENTIEL ET TERTIAIRE. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

MALIKA GROGA-BADA JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali

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Mamadou Konaté

58 ans, PDG d’Entreprise générale Konaté (EGK)

I

l est à la tête de la plus importante société de BTP du pays. « C’est une chose à laquelle je ne fais pas attention. Il y a encore tellement à faire… » Si Mamadou Konaté semble insensible à l’évolution du chiffre d’affaires de son entreprise, qui est passé de 8 millions de F CFA (12 000 euros) en 1994 à quelque 6 milliards de F CFA en 2010, il parle volontiers des défis du BTP et des difficultés des acteurs du secteur pour s’imposer dans leur propre pays. « C’est une lutte de tous les jours, et il est hors de question de baisser les bras, car le secteur emploie un nombre incalculable de personnes au Mali », explique-t-il. Ingénieur en génie civil, Mamadou Konaté fait ses armes à la Société nationale de travaux publics, puis à HydroSahel. En 1994, profitant de la libéralisation du secteur, il crée son entreprise: « Avec zéro

franc. Au début, la société a surtout réalisé des travaux de sous-traitance dans le cadre de projets de communes pour des écoles, des dispensaires, de petits ponts. Puis je me suis tourné vers les routes parce qu’il y avait moins de monde sur ce créneau », raconte-t-il. En 1996, il acquiert du matériel plus professionnel et s’attaque aux marchés publics. Quinze ans plus tard, EGK est l’une des rares entreprises qui participent aux grands chantiers de l’État. « Pour la réalisation de la voie d’accès à l’Hôpital du Mali, non seulement EGK était en avance sur les délais de livraison, mais le travail était soigné », témoigne-t-on au ministère de

SÉBASTIEN RIEUSSEC POUR J.A.

Un patron engagé

l’Équipement. Cette route d’1,6 km, entre le troisième pont de Bamako et l’Hôpital du Mali, est l’un des plus gros marchés publics routiers obtenus par un acteur local, avec un budget de 4,8 milliards de F CFA. EGK travaille aussi dans les régions: l’entreprise a livré l’an dernier un tronçon de 6 km de voirie à Bandiagara. Nouvel objectif de Mamadou Konaté : exécuter plus de travaux dans la sousrégion et « prouver que le savoir-faire malien peut s’exporter ». ● M.G.-B.

CHIFFRES CLÉS :

La mobilisation de l’épargne au profit de l’économie malienne Crée en septembre 1994 dans le cadre des 37 mesures de sortie de crise après la dévaluation du F CFA, le PMU MALI est aujourd’hui un acteur économique majeur en République du Mali. D’année en année le PMU MALI continue d’entretenir la bonne croissance de son activité en af!chant plus de 28 milliards de F CFA pour l’année 2010. De sa date de création en septembre 1994 à avril 2011 le PMU MALI a réalisé un chiffre d’affaires de plus 320 milliards de F CFA malgré un nombre de courses plus limité qu’ailleurs. Il se classe parmi les dix plus grandes entreprises du Mali, emploie 129 travailleurs permanents, utilise plus de 500 agents de traitement, près de 800 revendeurs. Il a aussi permis la création de 500 emplois indirects dans l’imprimerie et les journaux hippiques. Dans les domaines scolaire et universitaire, dans ceux de la sécurité, de la justice, de l’assainissement des villes du Mali, de la communication, de la lutte contre la pauvreté, de la formation des jeunes et de l’appui à la création d’emploi, le PMU MALI a fait, de 1994 à 2010, d’importantes réalisations socio-économiques d’une valeur de près de 15, 140 milliards de F CFA Idrissa Haïdara, PDG du PMU MALI

• Plus de 320 milliards de chiffre d’affaires ; • État 47,972 milliards de FCFA ; • Parieurs 224,042 milliards de FCFA ; • Actionnaires privés 3,582 milliards de FCFA • Revendeurs 10,704 milliards de FCFA • 12 643 832 gagnants dont 8 688 millionnaires

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Le Plus de J.A.

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JEUNES ENTREPRENEURS

L’art de revenir patron

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

Ils ont entre 30 ans et 45 ans. Expatriés pour un temps, ils sont rentrés au pays pour créer leur activité.

 LA JEUNE FEMME multiplie les projets à Bamako, Abidjan et Cotonou.

Sirandou Diawara

37 ans, PDG du cabinet SO-DA Architecture

Bâtisseuse dans l’âme

A

u début, elle multipliait les allersretours entre Paris et l’Afrique. En 2010, elle a fini par poser ses valises à Bamako. « Ce n’était juste pas possible, explique-t-elle en riant. Sur les chantiers, si on veut que le travail soit fait à la perfection, il faut être là en permanence, tout vérifier, tout suivre pas à pas. » Et ces chantiers, c’est surtout au Mali et dans les pays voisins qu’elle voulait les obtenir et les réaliser. Aussi Sirandou Diawara a-t-elle mis sa vie parisienne entre parenthèses pour se consacrer à son cabinet bamakois, dont le chiffre d’affaires a atteint 100 millions N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

de F CFA (152 500 euros) en 2010. Et depuis un an, le carnet de commandes de SO-DA Architecture ne désemplit pas. Architecte-conseil du groupe hôtelier Azalaï, de la Banque internationale pour le Mali (BIM), elle est aussi intervenue sur la décoration de la nouvelle Cité administrative du Mali ou encore sur celle de la résidence de l’ambassadeur du Japon à Bamako. Sans parler des projets de particuliers, de logements ou de locaux administratifs, y compris à Abidjan et Cotonou. Fille de diplomate, Sirandou Diawara a quitté le Mali à l’âge de 10 ans. Elle a

toujours voulu être architecte. Petite, elle comparait déjà les volumes et les espaces des maisons que la famille occupait au gré de ses escales. Celles-ci ne lui ont jamais fait perdre le contact avec la vie malienne: « Nous parlions bambara à la maison et passions toutes les vacances ici. » Le nom de son cabinet, SO-DA – qui signifie « le seuil », « la transition » en bambara –, témoigne de cette double culture. Son objectif à très long terme : ouvrir un centre de formation. « Au Mali, on manque cruellement d’expertise. J’aimerais pouvoir transmettre le b.a.-ba aux manœuvres : lire correctement un plan ou mettre du scotch sur des plinthes pour que la peinture ne bave pas, cela peut sembler simple, mais cela doit s’apprendre. » ● MALIKA GROGA-BADA JEUNE AFRIQUE


LES DÉFIS RELEVÉS

Mme Aya THIAM DIALLO Président Directeur Général de l’Aéroport du Mali

L’ÉTABLISSEMENT PUBLIC « AÉROPORTS DU MALI » (ADM), de sa création en 1970 à nos jours a connu plusieurs phases d’évolution. Mais les cinq dernières auront enregistrés des performances économiques remarquables. ADM a relevé les défis majeurs auxquels les aéroports africains sont confrontés : le financement des infrastructures aéroportuaires, le développement des capacités et la sûreté.

La confiance acquise sur le marché lui a conféré une notoriété certaine, ainsi qu’en atteste les grands événements de l’industrie du transport aérien organisés par ADM tels que : l’UGAACO (Union des Gestionnaires d’Aéroports d’Afrique du Centre et de l’Ouest regroupant 16 pays), Routes Africa 2011qui a vu la participation de 138 délégués ; 17 aéroports et 16 compagnies aériennes. Elle a participé activement à tous les grands événements (OACI, ACI, Routes etc.) des gestionnaires d’aéroports et leurs partenaires à travers le monde. C’est ainsi que de nouvelles compagnies desservent Bamako Sénou: Spanair, Tap Portugal et Brusels Airlines. La consolidation de la situation financière de l’entreprise ces dernières années, illustrée par la progression de son chiffre d’affaires et du montant des investissements réalisés, a joué un rôle prépondérant dans le montage financier de la réhabilitation de son aérogare de passagers et la construction d’une nouvelle aérogare de fret. Cet important investissement a permis de moderniser les installations et équipements des aéroports majeurs (Bko, Mopti, Gao, Tombouctou, Kayes). Bko Sénou a radicalement changé de visage : augmentation des surfaces (commerce +127%, salle d’attente +130%, salle Arrivée +77%, toilettes +28%, restauration +31%, salons VIP) ; circuit passager harmonisé par la combinaison d’ascenseurs et d’escalators ; la mise en service du circuit correspondance ; améliorant du coup la qualité des prestations. La sûreté est une condition sine qanun du transport aérien. Des efforts ont été consenti pour se conformer aux normes de l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale) en la matière notamment la mise à jour des textes et procédures, le déploiement d’équipements modernes (X-Ray, Système de détection d’explosifs, détecteurs de métaux, caméras de surveillance) ; la formation des agents chargés de l’application des mesures de sureté, le renforcement de la supervision par la création d’un service chargé du contrôle qualité de la sûreté ; les cadres de concertation de la sûreté ont été dynamisés. A l’instar des entreprises les plus évoluées, ADM s’est engagé dans le processus de certification ISO 14001. Dans cette démarche volontariste il s’agira de concilier développement aéroportuaire et développement durable afin de faire de Bamako Sénou un « aéroport vert ».

MESSAGE

En contrepartie des nouvelles exigences de qualité introduites par l’équipe dirigeante, une batterie d’initiatives a été mise en place, à l’endroit du personnel pour le motiver et l’encourager.

Aéroports du Mali, Bamako sénou Tél. : +223 20 20 46 26 - Fax : +223 20 20 65 62

Tout cela a été rendu possible par une refondation courageuse de l’organisation et le changement de culture de l’entreprise.


Le Plus de J.A. Ý LE CABINET ÉLARGIT SES ACTIVITÉS à l’audit et à la formation.

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

Bacary Diarra 40 ans, PDG de Proveqtüs Afrique

Du recrutement à la formation

B

acary Diarra aime bien parler de son parcours. Non pour se vanter, mais pour expliquer que c’est possible. Fils d’éboueur, il est diplômé de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec, France). Puis il a travaillé dans des entreprises

de premier plan – CIC, Alstom Power, Grant Thornton et KPMG – avant de rentrer à Bamako en 2010 dans l’objectif de développer sur le continent Proveqtüs, le cabinet en ressources humaines qu’il a créé avec un ami en 2007 en région parisienne.

« On croyait qu’on allait se casser la figure. Et pourtant, tout se passe bien, très bien même », déclare-t-il, satisfait. L’un des plus gros problèmes au Mali, ce sont les compétences. Et c’est là que nous intervenons : trouver localement ou parmi les Maliens de la diaspora des personnes qualifiées. » Depuis, Proveqtüs Afrique compte parmi ses clients les plus grosses entreprises privées du Mali et quelques institutions. Avec un chiffre d’affaires de 700 millions de F CFA (1 million d’euros) en 2010 et des perspectives de 1 milliard de F CFA pour 2011, tout va si bien que l’entreprise se diversifie en s’attaquant, d’une part, aux audits d’entreprises et, d’autre part, à la formation professionnelle en créant le Centre africain de formation professionnelle continue pour adultes (Cafpa) : « Notre objectif est de former environ 10 000 jeunes et de les insérer dans la vie active, avec le soutien de l’État et des entreprises privées qui financent les formations. » ● MALIKA GROGA-BADA

Amadou Sangaré 39 ans, PDG de Sangaré Partners

Un cabinet qui compte

L

ycéen, il rêvait d’entrer dans un cabinet d’expertise comptable d’envergure mondiale. Vingt ans plus tard, Amadou Sangaré a fait le tour des « Big Four ». PricewaterhouseCoopers (1997-2001), Andersen France (20012002), Ernst & Young USA-Canada (20052007), Deloitte France (2007-2010). Luxe suprême, alors que Deloitte lui propose de monter le cabinet malien, Amadou Sangaré préfère quitter la maison et se mettre à son compte. Depuis 2010, année de création de Sangaré Partners où son chiffre d’affaires s’élevait déjà à 100 millions de F CFA (152500 euros), l’expert est toujours entre deux avions et cumule des jours entiers de décalage horaire. Tellement sollicité qu’il a décidé de sauter le pas et d’ouvrir des bureaux en dehors du Mali : Hong Kong depuis septembre – pour accompagner les investisseurs asiatiques en Afrique – et, dans les six mois à venir,

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Conakry, Ouagadougou, Abidjan et Paris. Son chiffre d’affaires attendu pour 2011 va l’y encourager : 500 millions de F CFA. Mais qu’est-ce qui fait courir Amadou

Sangaré ? La sensation qu’« il est peutêtre temps que l’Afrique ait son cabinet de renommée mondiale ». ● M.G.-B.

DR

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 L’EXPERT-COMPTABLE ouvre déjà des bureaux à l’international. JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali

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Daouda Coulibaly 31 ans, PDG de Trainis

L’informatique au bout des doigts

D

SÉBASTIEN RIEUSSEC POUR J.A.

aouda Coulibaly devait reprendre le commerce de pièces détachées de son père à Sikasso (Sud). Mais, son bac avec mention en poche, il décide de se réorienter et, via une bourse du programme « 300 jeunes » de l’ex-président Alpha Oumar Konaré, il s’envole pour la France. Cinq ans plus tard, il obtient un master en aménagement du territoire et un DEA de géographie. En attendant de trouver un travail dans ses cordes, le jeune homme fait du commerce d’ordinateurs portables… Jusqu’à ce que le plan débrouille se transforme en plan de carrière. « Énormément de gens nous achetaient des portables, racontet-il, et ils nous rappelaient deux, trois fois parce qu’ils ne savaient pas s’en servir. C’est comme ça que ma compagne et moi avons eu l’idée de lancer des formations. On a commencé par des logiciels de bureautique. » En 2008, il organise sa première formation, avec de petits moyens. Un an plus tard, Trainis naît Ð PRESQUE officiellement et son catalogue devient plus ambiPAR HASARD, tieux: comptabilité, management, gestion de projets, l’ancien administration… Il s’élargit aussi vite que l’entreprise étudiant en géographie grandit. En 2009, le chiffre d’affaires s’établit déjà a monté une à 350 millions de F CFA (environ 533 000 euros). entreprise Et Trainis ouvre des bureaux à Conakry en 2010, devenue l’un à Brazzaville en 2011 et lorgne maintenant vers des leaders Abidjan et Dakar. ● M.G.-B. du marché.

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Le Plus de J.A.

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

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 LES DEUX SŒURS DANS LEUR RESTAURANT, l’African Grill.

Kady et Fatou Sylla 44 ans et 42 ans, cogérantes de Syfa

Affaires de famille

L

a première, Kady, est assistante de direction, la seconde, Fatou, est traductrice. Nées au Congo, les inséparables ont tout vécu ensemble. Les déménagements successifs dus au métier de diamantaire de leur père, la pension en Belgique puis en Suisse, les études supérieures en France. Mais, en 1994, leurs chemins se séparent. Fatou

Le goût du monde

part en Indonésie où elle travaille dans le transport maritime tout en gérant la petite fabrique de vêtements qu’elle a montée. Kady, lassée de la France, revient au Mali en 1998 et ouvre un magasin de vêtements. Alors, en 2001, lorsque Fatou rentre définitivement au Mali, les deux sœurs ouvrent l’African Grill. « À l’époque, il n’y avait qu’un seul vrai restaurant à Bamako,

alors on s’est dit : “Pourquoi pas ?” » Dix ans plus tard, l’établissement, situé dans le Musée national de Bamako, est l’une des meilleures tables de la capitale, et la petite entreprise des sœurs Sylla ne cesse de grandir. Leur SARL, Syfa – pour Sylla famille –, chapeaute Malibâche, traiteur et spécialiste en événementiel, ainsi qu’Azzara, un magasin de prêt-àporter. Et très prochainement, un autre restaurant va ouvrir ses portes. ●

Le goût du monde pour Servair Mali, c’est d’être respectueux des normes internationales et des spécificités locales. Le goût des métiers de la restauration aérienne et aussi de ceux des services aéroportuaires. Et bien sûr, le goût du service pour répondre aux attentes quotidiennes des passagers de l’aéroport international de Bamako-Sénou: Restaurant d’aérogare, boutique de produits hors taxes, sallons d’aéroport et restauration pour les entreprises et collectivités.

M.G.-B.


Le Plus de J.A.

EMMANUEL BAOU BAKARY POUR J.A.

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 LE NOUVEAU CAMPUS a été inauguré fin 2010. ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

De bien hautes études

Management, langues étrangères, commerce… Le pôle AmadouHampâté-Bâ offre déjà un large choix de formations. Avec une nouveauté pour cette rentrée : l’Institut d’études politiques.

Q

uelques jours avant la rentrée académique, Abdoullah Coulibaly, président-directeur général du pôle universitaire Amadou-Hampâté-Bâ, surveillait en personne l’avancement des travaux dans son établissement. Situé dans le quartier Hamdallaye, le nouveau campus a été inauguré en novembre 2010. Il offre déjà bien des facilités à ses étudiants et enseignants : une agence bancaire avec un guichet Western Union, des chambres d’hôtes pour les professeurs invités, une terrasse couverte sur le toit… auxquelles viennent de s’ajouter une vaste cafétéria pourlesquelque200étudiantsducampus, ainsi qu’une salle de fitness. Ce ne sont pourtant pas ces nouveaux locaux qui procurent le plus de fierté à Abdoullah Coulibaly. « Plus le temps passe, plus le pôle universitaire AmadouHampâté-Bâ gagne en crédibilité. Aussi bien au Mali qu’à l’étranger », se félicite-t-il. Par exemple, pour la rentrée 2011-2012, l’établissement propose un master en géopolitique en partenariat avec l’Institut des études politiques d’Aixen-Provence (France). Une première en Afrique subsaharienne. Et une pierre de plus au pôle d’excellence dont il rêve. « Mon ambition est de faire en sorte que des étudiants, au lieu d’aller en France, N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

aux États-Unis ou même dans les pays du Maghreb, viennent étudier ici, au Mali. » Le campus accueille déjà des étudiants et professeurs burkinabè, guinéens, ghanéens, ivoiriens et même chinois. EXCELLENCE. Ancien consultant international en gestion d’entreprise, Abdoullah Coulibaly, 60 ans, a parcouru le monde pendant vingt ans avant de rentrer au Mali, en 2001. Son objectif : participer au développement de son pays par l’éducation. Le système éducatif malien souffrant de malaise chronique depuis une quinzaine d’années, il constate chaque

jour l’inadéquation de l’enseignement supérieur public aux besoins d’un pays en quête de modernité. Son curriculum vitæ lui ouvre les portes d’établissements d’enseignement supérieur occidentaux cotés et ses économies lui permettent de trouver des locaux pour y installer un centre de formation universitaire. C’est ainsi qu’en 2001 naît l’Institut des hautes études en management (IHEM), le premier établissement privé d’enseignement supérieur dont le programme est établi en partenariat avec une université de renommée internationale – l’Université du Québec à Montréal (Uqam) – et qui propose un double diplôme. En dix ans, trois autres établissements seront créés : le Centre d’excellence de formation en langues (Cefla), l’École supérieure de commerce (Sup de Co) et, pour cette rentrée académique d’octobre 2011, l’Institut d’études politiques. Déjà, Abdoullah Coulibaly planche sur la création d’une formation en journalisme. Les partenariats aussi se multiplient, avec des universités françaises (Paris OuestNanterre-LaDéfense,Évry-Val-d’Essonne) et américaine (Georgia State University), ainsi qu’avec les milieux économiques, comme l’Association des contrôleurs, inspecteurs et auditeurs du Mali (Aciam). Seul bémol : les frais de scolarité, loin d’être à la portée de tous. Ils oscillent entre 1 million de F CFA (1 525 euros) l’année pour une licence et 8 millions de FCFAl’annéepourunExecutiveMBA.Des sommes élevées qu’Abdoullah Coulibaly explique parlaqualitédes enseignements: « La plupart des formateurs viennent de France, du Canada. Les étudiants ont un confort et une qualité de travail comme nulle part ailleurs. Tout cela a un coût. » ● MALIKA GROGA-BADA

UNE COPIE À REVOIR SÉRIEUSEMENT SURPOPULATION SCOLAIRE, grèves à répétition… Le système éducatif malien souffre depuis des années, incapable de s’adapter au nombre croissant de jeunes. La société civile dénonce le manque d’anticipation des autorités, mais aussi la politisation du milieu scolaire par l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM). Elle était en première ligne lors de la révolution de 1991 et constitue aujourd’hui une force dont les politiques veulent garder le soutien. Mais la mainmise de l’AEEM sur l’université et les grandes écoles complique les tentatives de restructuration. « Ils contrôlent tout : les jours de cours, d’examen, l’octroi des chambres, les diplômes… », raconte un étudiant en droit. Alors, une fois de plus, le gouvernement a fermé l’université et les grandes écoles publiques le 14 juillet dernier. Et la rentrée, traditionnellement prévue en octobre, M.G.-B. ne semble pas près d’avoir lieu. ● JEUNE AFRIQUE


MINISTÈRE

de la

Culture

MALI

COMMUNIQUÉ

Festival sur le Niger

Cérémonie d’ouverture de la Biennale Artistique et Culturelle

Dans le cadre de la mise en œuvre d’une politique de décentralisation et de déconcentration, en plus du Musée National, des musées régionaux et locaux ont étés créés à Sikasso, Bandiagara, Djenne, Gao et Yanfolila, ainsi qu’une multitude de Centres de Lectures et d’Animations Culturelles (CLAC), sans oublier les missions culturelles de Djenné Bandiagara, Tombouctou... Ministère de la Culture - Cité Administrative Mouammar Kadhafi Tél :+223 20 79 40 98 - Bâtiment N°10 - BP E4075 - Bamako Rép. du Mali - www.culture.gouv.ml

Visite du Ministre de la Culture au Centre Senoufo de Sikasso

www.justinecreation.fr / Photos : MALLÉ – DNAC / MC

C La Biennale Artistique et Culturelle qui constitue un rendez vous de toute la jeunesse malienne à travers pièces de théâtres, chants et danses. C Les Rencontres Africaines de la Photographie, espace d’expression biennale de talentueux photographes, faisant ainsi de Bamako la capitale de la photographie mondiale. C Le Festival sur le Niger, véritable randonnée sur le fleuve Niger à travers les cultures et les âges, est désormais inscrit dans les agendas culturels et touristiques au mois de février. C Le Triangle du Balafon à Sikasso, né autour d’un instrument commun a trois pays (Mali, Burkina et Cote d’Ivoire), ce festival est aujourd’hui l’espace d’expression et d’intégration sous- régionale, voire continentale à travers la participation de pays comme l’Angola et le Congo Brazzaville.

D.R.

D

ès les premières années de son accession à l’indépendance, le Mali a initié une politique nationale de protection et de promotion de son l’héritage culturel. Le Président de la République du Mali Amadou Toumani TOURE, dans son Projet pour le Développement Economique et Social (PDES), a affirmé la nécessité de donner au patrimoine culturel un nouveau souffle. Durant le demi - siècle écoulé, l’objectif de cette politique a été sou- tendu par une constance : édifier une culture nationale authentique ; dynamique Le Musée national et ouverte aux autres cultures du monde, avec comme toile de fond la préservation de la diversité des expressions culturelles. L’avènement de la démocratie en mars 1991, a favorisé l’éclosion de talents artistiques avérés et l’ouverture d’établissements culturels privés d’envergure internationale au nombre desquels : Blonba , Espace Culturel de Sabalibougou – Karim Togola, le Cocotie à Bamako ; le Centre Textile le N’Domo, l’Espace Kore, Sinignesigui, Badjidala à Ségou etc... En plus de célébrités comme Amadou Hampathé Ba, Fily Dabo Sissoko, Seydou Badian Kouyaté , Djely Baba Sissoko, Ali Farka Touré, Cheick Oumar Sikasso, Souleymane Cissé, aujourd’hui viennent s’ajouter des écrivains et artistes non moins célèbres comme Moussa Konaté, Aida Mady Diallo, Amadou et Mariam Rokia Traoré, Toumani Diabaté, Cheick Tidiane Seck, Habib Koité, Bassekou Kouyaté, Salif Keita, le Maestro Boncana Maiga... La richesse et la diversité de l’industrie culturelle désormais légendaires ont trouvé leur credo d’expression à travers des événements comme :


Le Plus de J.A.

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ASSURANCES

Protection rapprochée

De plus en plus de Maliens prennent conscience de la nécessité de se prémunir contre les coups durs. Une bonne nouvelle pour les compagnies, qui, de leur côté, adaptent leur offre.

A

ssurance maladie, responsabilité individuelle, complémentaire retraite… Des termes nouveaux dans le vocabulaire des Maliens. « Les choses sont en train de bouger. Lentement, mais elles avancent, estime Mamadou Fofana, secrétaire général du Comité des compagnies d’assurance du Mali (CCAM). Les produits d’assurance intéressent de plus en plus de particuliers et, de leur côté, les compagnies adaptent leurs offres au grand public. » Conséquence directe, les neuf compagnies présentes au Mali ont réalisé un chiffre d’affaires cumulé de 23 milliards de F CFA (35 millions d’euros) en 2010, contre 20 milliards en 2009 (soit une hausse de 15 %) et 15 milliards en 2005

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 LA LOI RELATIVE À L’AMO prévoit une couverture allant jusqu’à 80 % pour certains actes médicaux.

F CFA en 2009 à 2,938 milliards en 2010) et les perspectives pour 2011 sont du même ordre, d’autant que la compagnie, qui compte près de 19 000 assurés en complémentaire retraite, commence à capter la clientèle du secteur informel. De même, Sabunyuma et la Nouvelle société interafricaine d’assurance – dont les deux filiales, NSIA Mali et NSIA Vie Mali, sont arrivées sur le marché en 2010 – se tournent vers les zones rurales et les coopératives villageoises pour recruter de nouveaux affiliés.

(+ 53,3 % en cinq ans). Si ce résultat est encore modeste comparé à celui de la Côte d’Ivoire (plus de 120 milliards de F CFA), sa progression suffit à convaincre les professionnels de l’intérêt du marché. « Les mentalités ont changé, confirme Mamadou Touré, directeur général de la Société nationale d’assurance-vie (Sonavie). Le Le chiffre d’affaires de la branche système communautaire maladie a doublé en deux ans ne marchant plus, tout le monde a vu un frère ou chez Colina Mali. un cousin connaître de Chez Colina Mali, numéro un du margraves difficultés financières une fois ché avec un chiffre d’affaires de plus de arrivé à la retraite, et cela pousse les 6 milliards de F CFA en 2010, celui « de gens à penser à se protéger. » En un la branche assurance maladie a doublé an, le chiffre d’affaires de la Sonavie a en deux ans pour atteindre 432 millions grimpé de 15 % (de 2,540 milliards de JEUNE AFRIQUE


Où va le Mali de F CFA en 2010. Il a déjà dépassé les 685 millions entre le 1 er janvier et le 31 août 2011… et il reste encore un trimestre », précise Alou Tall, directeur technique et commercial du groupe. MIEUX INDEMNISER. Pour mieux attirer

les particuliers, les assureurs maliens adaptent leur offre. Ainsi, la Sonavie propose des cotisations d’épargne retraite à partir de 10 000 F CFA. Colina Mali a, quant à lui, élaboré un système de tiers payant, avec une carte d’assuré valable auprès d’un réseau de professionnels de santé (hôpitaux, centres de soins, médecins, pharmacies…). L’entrée en vigueur prochaine du régime d’assurance maladie obligatoire (AMO) devrait aussi bénéficier aux assureurs privés. Adoptée en 2009 et promulguée en 2010, la loi prévoit de garantir la couverture santé des Maliens jusqu’à 80 % pour certains actes médicaux. Ce qui devrait favoriser le développement des complémentaires santé, analyse Mamadou Touré. « Sur le long terme,

cette mesure devrait profiter aussi bien aux assurés qu’aux assureurs, dans la mesure où les 20 % d’actes médicaux que le patient doit régler pourraient être pris en charge par l’assureur », explique le directeur de la Sonavie. Pour l’avenir du secteur, les professionnels s’inquiètent de la crédibilité

des compagnies. « Certains assureurs, peu rigoureux dans l’indemnisation des sinistres, entament la réputation de toute la profession, déplore Mamadou Fofana. Le défi de notre corporation, c’est de faire en sorte que ce genre de comportement disparaisse. » ● MALIKA GROGA-BADA

NOTABLE PROGRESSION DE LA BANCARISATION LE MARCHÉ BANCAIRE SE DÉVELOPPE à un bon rythme, selon l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF) du Mali. D’ici à la fin 2012, le taux de bancarisation devrait atteindre les 20 %. En 2010, il s’est établi à 13,33 % (contre 9,21 % en 2004), institutions de microfinance comprises, et à 6,6 % pour les seuls établissements classiques, ce qui place le Mali au deuxième rang de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), derrière le Togo et devant le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire. Cette évolution a été portée par la loi sur la bancarisation de 2004 – qui rend obligatoire le paiement des salaires de l’administration par des moyens scripturaux –, par la simplification des démarches pour obtenir des moyens de paiement modernes et, enfin, par la multiplication des agences, dont le nombre est passé de 143 en 2006 à 286 en 2010. ● M.G.-B.

RAZEL, plus de 60 ans d’expérience de construction en Afrique Dans le cadre du renforcement de sa présence au Mali, Razel a démarré en 2010 l’exploitation industrielle d’une carrière de roche massive (gisement de dolérite) à 25 km au nord de Bamako. Grâce à une production de plus de 1 500 tonnes par jour, des chantiers de toutes tailles sont approvisionnés en sables et graviers concassés. La qualité de la production ce cette installation, contrôlée de manière régulière par un laboratoire, est en cours de certification et répond aux normes environnementales modernes. Cette nouvelle installation s’ajoute à celles déjà exploitées par Razel au Cameroun (Nkometou près de Yaoundé et Logbadjeck près d’Edea) qui produisent 1 000 0000 de tonnes par an et sont certifiées ISO 9001. Razel Mali SARL - Avenue Cheick Zayed - ACI 2000 ”Bourou D.T.“ - BP 2058 Bamako - Tél. : 00 223 20 29 48 48

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EMMANUEL DAOU BAKARY POUR J.A.

Où va le Mali

 CE SONT SES ÉMISSIONS 100 % AFRICAINES qui expliquent sa réussite. MÉDIAS

Africable devient grande

Elle couvre désormais tout le continent, le Moyen-Orient et l’Europe, et produit plus de la moitié de ses programmes. Sept ans après son lancement, son PDG lui donne une petite sœur, Maisha TV, destinée aux femmes.

L

a discussion est très animée dans et les votes aussitôt envoyés par SMS au le petit salon de coiffure de Faladié, numéro affiché sur l’écran. quartier populaire de Bamako. Au bureau, au restaurant, à la maison, Habiba, la gérante, ses trois coifla télévision occupe une grande place dans le quotidien des Maliens, qui, avec la feuses et les clientes venues se faire une démocratisation des antennes MMDS, ont beauté débattent de l’émission en cours accès à la plupart des chaînes africaines et sur le petit écran vissé au mur. C’est la occidentales. L’une d’elles leur plaît beautroisième saison de Mini-Star, cru 2011, coup – fierté nationale, sans doute : c’est l’un des rendez-vous phares d’Africable. Ce concept de télé-crochet est simple: des Africable, justement, première chaîne de enfants de 7 à 15 ans imitent des stars de la musique Ismaïla Sidibé espère toucher africaine, principalement prochainement l’Amérique malienne, et c’est au public du Nord et sa diaspora africaine. d’élire le ou la meilleure d’entre eux. Un jeu auquel se prêtent volontiers les adultes, si l’on en télévision privée du pays et aussi première croit la recherche des vêtements portés par chaîne panafricaine diffusée en clair dans ces stars en herbe et l’ardeur avec laquelle une quinzaine de pays du continent. les femmes du salon critiquent les prestations, commentent les coiffures et tenues DES SUCCÈS D’AUDIENCE. « On n’allait vestimentaires des jeunes concurrents… pas ingurgiter toute notre vie des proTrès vite, quelques portables sont dégainés grammes qui viennent d’ailleurs, déclare

JEUNE AFRIQUE

le PDG de la chaîne, Ismaïla Sidibé, une lueur amusée dans le regard. Je voulais démontrer que c’était possible en Afrique, et c’est fait. » Cela n’a pourtant pas été simple. Après une première et vaine tentative en 2000, il a réessayé, deux ans de préparation plus tard, empruntant en son nom les 650 millions de F CFA (presque 1 million d’euros) nécessaires pour lancer la machine. Le 26 juin 2004, la nouvelle chaîne panafricaine émettait officiellement, en clair et par satellite, depuis la capitale malienne. Sept ans plus tard, elle a bien grandi. Ce qui fait son succès ? Ses programmes « 100 % afro-africains ». Notamment les séries ivoiriennes, comme Ma famille et Class’A, ou burkinabè, comme Marc et Malika. Également très regardés, les programmes d’information occupent 43 % de la grille. Parmi eux, Le Débat du dimanche, où des éditorialistes analysent et commentent des sujets d’actualité, et le N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


Le Plus de J.A.

TÉLÉSPECTATRICES. Diffusée sur tout le continent, au Moyen-Orient et en Europe, Africable, dont le chiffre d’affaires a atteint les 4 milliards de F CFA en 2010, produit désormais plus de 50 % de son contenu et en coproduit une autre grande partie en partenariat avec des maisons de production privées de la sous-région et de France. « Elle va encore grandir », promet Ismaïla Sidibé, qui espère pouvoir toucher, dans ns un proche avenir, l’Amérique du Nord rd et son importante diaspora africaine. En plus du siège bamakois, la chaîne dispose de huit bureaux nationaux (Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Niger, Sénégal, France) et s’apprête à en ouvrir un neuvième, au Maroc.

Part d’audience des principales télévisions à Bamako

Africable étant désormais sur les rails, son président-directeur général lui donne, en ce mois d’octobre, une petite sœur : TV natio Mais Maisha TV (« la vie » en swahili), dont M n RT les programmes sont exclusivement le consacrés aux domaines qui préoccupent les femmes, à l’exception des informations, qui devraient intéresser les deux sexes. Dotée d’un budget de 680 millions de F CFA, elle el est installée, avec sa quarantaine d’employés, à quelques mètres seulement d’ du siège d’Africable. « L’essentiel des émissions concernera la vie quotidienne, la cuisine, la santé, M o n 5 d e TV etc., les sujets qui touchent particuet lièrement les femmes », explique IsmaïlaSidibé,avantdesedéfendre de toute dérive misogyne. « Loin de moi la pensée que la place des femmes est à la cuisine. Elles sont à la base de plus de 60 % des actes d’achat. » Sans oublier, comme ac l’a confirmé un récent sondage TNS Sofres-Omedia Côte d’Ivoire, qu’à Dakar, Conakry et Kinshasa plus de la moitié des téléspectateurs d’Africable sont des AUDIENCES DU LUNDI AU VENDREDI. téléspectatrices. ● SOURCES : CANAL FRANCE

41,2 % Africable

e al

magazine économique quotidien Ecomag, dont la Bourse des valeurs des produits de grande consommation (lait, huile, riz) est très appréciée. Par ailleurs, grâce à ses partenariats avec d’autres chaînes africaines, Africable propose de larges plages d’information composées de journaux télévisés de différents pays, destinées ées en particulier aux diasporas.

O

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24,7 %

17,8 % RTL9

2,3 %

INTERNATIONAL ET PAN-AFRICAN FIELD FORCE, 2010.

MALIKA GROGA-BADA

SÉBASTIEN RIEUSSEC

Æ L’ÉMISSION ARTISTE À LA UNE, animée par Pamela Badjogo (à dr.), d’origine gabonaise, ici avec la chanteuse Antoinette Sallany.

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JEUNE AFRIQUE


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La deuxième chaîne publique en ligne de mire Ça bouge enfin à l’ORTM. Longtemps dans les cartons, le projet se concrétise.

PLUS DE JEUX. Un projet qui depuis

SÉBASTIEN RIEUSSEC

É

tudes, réunions, propositions, contre-propositions, nouvelles discussions et « re-concertations ». Depuis sa nomination à la tête de l’Office de radiodiffusion-télévision du Mali (ORTM) en mai dernier, Baly Idrissa Sissoko n’a pas une minute à lui. L’ex-conseiller à la communication de l’ambassade du Mali en France a une mission de première importance : redynamiser la chaîne de la télévision nationale (qui a commencé à émettre en 1983) et activer le lancement de la seconde chaîne, sur laquelle travaillait son prédécesseur, Sidiki N’Fa Konaté, nommé ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement en avril.

 « L’OBJECTIF EST D’AVOIR UNE CHAÎNE PLUS JEUNE, qui vise une cible urbaine, tournée vers le monde, la modernité, les nouvelles technologies. »

couvrir progressivement tout le territoire national. En attendant son lancement, la cinquantaine d’agents de l’ORTM qui vont être affectés à la future chaîne suivent des formations intensives orga-

longtemps tient à cœur au chef de l’État, lequel a manifesté à maintes reprises son désir de la voir émettre avant la fin de son second et dernier mandat, en 2012. Elle émettra dans un premier « L’objectif est d’avoir temps sur Bamako, avant une chaîne plus jeune, qui s’adresse à un public de couvrir tout le territoire. urbain, tourné vers le monde, la modernité, les nouvelles nisées en partenariat avec Canal France technologies. Il y aura plus de divertisInternational, tandis que l’équipe dirisements et de jeux que sur la première geante multiplie les missions à l’étranger, chaîne », explique Baly Idrissa Sissoko. en particulier dans la sous-région, pour La nouvelle chaîne émettra dans un voir comment cela se passe dans les premier temps sur Bamako, avant de autres pays.

Côté matériel, deux cars-régies de quatre et douze caméras ont été commandés (le premier vient d’être livré) et la construction des nouveaux locaux a commencé le 21 septembre. La perspective de libéralisation du paysage audiovisuel – qui sera probablement mise à l’étude lors de la prochaine session parlementaire – n’effraie pas le directeur de l’ORTM. « Un peu de concurrence n’a jamais fait de mal, plaisante-t-il. Ce sera comme avec l’arrivée des radios privées : la Chaîne 2 de la radio nationale [station FM du district de Bamako, NDLR] est toujours numéro un en termes d’audience parce qu’elle fait du bon travail. » ● M.G.-B.

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Le plus de J.A.

SÉBASTIEN RIEUSSEC POUR J.A.

Ð LE BYBLOS, incontournable de la vie nocturne, et la nouvelle CITÉ ADMINISTRATIVE.

ITINÉRAIRE URBAIN

EMMANUEL DAOU BAKARY

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Magique Bamako La capitale grandit et se modernise à la vitesse grand V. Sans perdre de son esprit d’ouverture.

D

euxheuresdumatin,30°Csous la lune. Manœuvrant d’une main sa Mercedes poussiéreuse, Adama s’improvise guide, le temps du trajet entre l’aéroport international Bamako-Sénou et le quartier d’Hamdallaye. « Ça, c’est la nouvelle cité administrative ; c’est Kaddafi qui l’a financée », dit-il en montrant de sa main librelesimposantsbâtimentsd’inspiration soudanaise qui se reflètent dans le fleuve Niger. « Bamako, c’est joli, non ? » TOURBILLON. Quelques heures plus tard,

passant devant un policier justement en train de tancer une amazone motorisée. Les autorités ont en vain tenté d’imposer cette mesure de sécurité aux utilisateurs de deux-roues, pour finir par abdiquer. Aux avant-postes de la contestation : les femmes, horrifiées à la seule perspective d’abîmer leur coiffure. Profondément ancrée dans l’islam (plus de 90 % des Maliens sont musulmans), Bamako n’en surprend pas moins par la liberté de ses habitants. Mosquées, centres islamiques et sobhas (chapelets de prière musulmans) font autant partie du décor que les affiches vantant la

de part et d’autre du Djoliba, plus connu sous le nom de fleuve Niger, la cité des caïmans s’étire. Inauguré le 22 septembre 2011, Dès l’aurore, elle grouille le pont de l’Amitié sino-malienne de l’intense activité de va changer la vie des Bamakois. ses (presque) 2 millions d’habitants. Dans un enchevêtrement de taxis, de fraîcheur des bières locales. Ainsi, dans Sotrama (des minibus), de mobylettes et le centre d’affaires ACI 2000 – quartier de 4x4 grand luxe, la circulation devient d’Hamdallaye –, la toute nouvelle ambassade des États-Unis fait face au centre très vite chaotique. Le troisième pont, islamique. inauguré le 22 septembre, va changer la vie des Bamakois. Juchées sur des Jakarta – les mobylettes chinoises à la mode –, MUSIQUE DE NUIT. La capitale revendes femmes en boubou, pagne, pantalon dique son statut de ville laïque, libre ou jupe, cheveux au vent, défient le code et moderne, et cultive sa réputation de de la route à chaque accélération. « Le carrefour culturel et musical d’Afrique de port du casque était obligatoire, mais les l’Ouest. Les lignes ont bougé, poussées femmes ont tué la loi », raille Adama en par l’esprit d’ouverture et la convivialité N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

malienne, mais aussi par chaque allerretour de membres de l’importante diaspora (estimée à 4 millions de personnes). Sans compter les milliers de ressortissants de pays voisins et européens qui y ont élu domicile. Outre l’incontournable Byblos, symbole de la vie nocturne à Bamako, dans le quartier de l’Hippodrome, les bars et clubs ont fleuri, où la musique mandingue cohabite avec le hip-hop et le coupé-décalé. « Les Maliens ne cachent plus leur bière sous la table depuis longtemps ! » plaisante Seiba Keïta, le propriétaire du Bla Bla Bar. Qui est aussi un restaurant et une galerie d’art à ses heures. C’est l’un des points de ralliement préférés de la jeunesse dorée bamakoise. Artistes, hommes d’affaires, journalistes, expatriés se donnent aussi rendez-vous dans ce lieu iconoclaste, où les abat-jour sont des assiettes en plastique coloré et dont la terrasse, « déconstruite », fait dire à un habitué qu’elle est « dans le style Le Corbusier ». À nouveau, le soleil pointe derrière les collines qui entourent Bamako. Au loin, le chant du muezzin. C’est l’heure de l’al fadjr, la première prière du jour. Des silhouettes emmitouflées dans d’immenses voiles croisent les jupes ultracourtes et les lunettes démesurées des noctambules. Ainsi va Bamako la moderne. ● MALIKA GROGA-BADA JEUNE AFRIQUE


EMMANUEL DAOU BAKARY

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Invitation au voyage Ici, le temps suspend son vol, les bruits de la ville s’adoucissent. À la Villa Soudan, tout n’est que design, calme et volupté.

I

l y règne une atmosphère particulière. Aussitôt franchies les lourdes portes en ogive, on se sent en paix, serein. Construite dans le plus pur style soudanais, dans le quartier résidentiel de Badalabougou, au bord du fleuve Niger, la Villa Soudan offre un point de vue saisissant sur Bamako et voile les bruits sourds de la capitale. Sérénité oblige, ici, la tradition taquine la modernité dans la plus parfaite harmonie. Les fauteuils du designer malien Cheick Diallo effleurent les chaises savamment ouvragées d’artisans locaux. Les tissages en vétiver et fibres d’ortie d’Aïda Duplessis s’accordent à l’étoffe rugueuse des bogolans. Depuis son ouverture, en 2007, la maison d’hôtes ne désemplit pas, donnant à l’aventure de son propriétaire, Djimé

Kanté, des allures de success-story. L’histoire de la Villa Soudan est indissociable de celle de son patron. TOUT SIMPLEMENT. Né au Mali, expatrié

en France à l’âge de 3 ans, Djimé a longtemps vécu ses retours au pays, pendant les vacances, comme une punition. Des années plus tard, le « petit Français » devenu grand redécouvre le Mali, seul, des falaises de Bandiagara aux mosquées de Tombouctou et de Djenné. Et succombe : « Je suis tombé fou amoureux de ce pays, de sa culture, de son architecture, de son histoire. J’ai décidé de revenir m’y installer. » En 2004, il achète un terrain à Badalabougou, vend son appartement parisien pour financer les travaux de sa

SPÉCIALITÉ LOCALE

 CHEZ DJIMÉ KANTÉ, les dix chambres sont réservées des mois à l’avance.

nouvelle demeure bamakoise. « Elle était assez grande pour accueillir des amis, pas mal d’amis. Et à force de m’entendre dire “tu devrais louer des chambres”, j’ai tenté le coup », raconte-t-il. Résultat, les dix chambres d’hôte sont réservées des mois à l’avance,aupointqueDjiméKantéaouvert une annexe, juste en face de la Villa. Quant à ceux qui n’ont pas la chance d’y trouver une chambre, ils peuvent toujours s’y rendre pour discuter autour d’un verre au bord de la piscine subtilement éclairée, manger une carpe braisée ou écouter, certains soirs, le célèbre Toumani Diabaté pincer les cordes de sa kora. ● M.G.-B.

SÉBASTIEN RIEUSSEC pour Jeune Afrique

Les pousseurs de sable UNE PIROGUE ÉQUIPÉE d’un moteur de voiture, tractant une quinzaine de ses semblables emplies de sable. Ce transport d’un nouveau genre a fait son apparition sur le Niger depuis à peine cinq ans. Pourquoi? Pour recueillir le sable, les exploitants artisanaux doivent aller de plus en plus loin en aval, à une soixantaine de kilomètres, puis remonter le fleuve à contre-courant. Un exploit surhumain avec une perche. Alors ils ont trouvé l’astuce: ils achètent un moteur en commun, qui remorque leur farandole plusieurs fois par jour, de la frontière guinéenne à Bamako. JEUNE AFRIQUE

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Économie

AÉROPORTS

Quand l’Afrique décolle

MAROC

Avis de tempête sur le groupe

Charaf

Dissimulations, dépréciation massive d’actifs, cessions inexpliquées de terrains… Un audit a été commandé par la Banque centrale populaire, créancier et actionnaire de la PME familiale. Coup dur pour le numéro un marocain des engrais, lourdement endetté.

FRÉDÉRIC MAURY,

A

envoyé spécial à Casablanca

u siège de Charaf, boulevard d’Anfa, à Casablanca, c’est une drôle d’ambiance qui règne depuis plusieurs semaines. Chaque jour, une équipe d’experts du cabinet international Mazars épluche les comptes, vérifie les factures, répertorie les stocks, détaille les comptes clients, scrute les valorisations des biens immobiliers du numéro un des engrais marocains et de sa filiale cotée à la Bourse de Casablanca, Fertima. L’opération est placée sous le sceau scea de

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Æ À gauche, LA CLAUSE DE CONFIDENTIALITÉ

– violée par Amine Kandil, DG du groupe – entre Charaf et la BCP. À droite, UNE LETTRE DE ME AZZEDINE KETTANI, avocat de la BCP.

la confidentialité. Jusqu’à aujourd’hui, ni l’existence de cette mission d’audit ni les raisons qui ont poussé la principale banque du groupe à la commander n’ont été révélées. Pourtant, dans quelques jours, l’avenir de Charaf-Fertima sera scellé. Non par Driss ou Amine Kandil, respectivement le fondateur et le directeur général de ce qui fut jadis l’une des plus performantes entreprises familiales marocaines et qui pèse encore aujourd’hui 150 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé ; mais par l’état-major de la Banque centrale populaire (BCP). L’organe central du deuxième acteur bancaire du pays, le groupe Banque populaire, doit se sortir de cet épineux dossier : la BCP est à la fois le premier créancier et l’actionnaire d’une entreprise dont elle dénonce la « situation préoccupante » et qu’elle accuse – par écrit – de « dissimulations » et de « dépréciation massive d’actifs ». Dans les courriers adressés par Azzedine Kettani, avocat de la BCP, à Amine Kandil, le mot de « malversations » n’est nulle part précisé. Mais il est difficile de ne pas y penser…

JEUNE AFRIQUE


MINES

AGRO-INDUSTRIE

Le cacao camerounais renoue avec sa renommée

DÉCIDEURS

Ababacar Seck

DG de Money Express

TUNISIE

Il faut sauver la STB

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CÉCILE TRÉAL/MAROC IMAGES POUR J.A.

Conakry dicte sa loi

Entre la société et son principal partenaire bancaire, l’ambiance s’est rapidement dégradée, au point de devenir, ces derniers mois, franchement glaciale. Fin 2010, Amine Kandil rompt ostensiblement une clause de confidentialité qui le lie au groupe bancaire, en annonçant publiquement l’entrée de la BCP au capital de sa société. La banque gronde, mais ne pipe mot. Amine Kandil poursuit : l’incursion de la BCP au tour de table de Charaf est le signe et la preuve, selon lui, des

 LE SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, boulevard d’Anfa à Casablanca, est passé au crible par les experts du cabinet Mazars.

ROUAGE ESSENTIEL DU MONDE AGRICOLE FONDÉ PAR DRISS KANDIL EN 1989, Charaf importe, conditionne et distribue auprès du monde agricole les engrais nécessaires à la production. Un rouage essentiel dans un pays comme le Maroc. Depuis la reprise en 2008 de Fertima – une ancienne filiale de l’Office chérifien des phosphates – pour environ 30 millions d’euros, le groupe est devenu le numéro un du secteur, avec une part de marché de plus de 50 %. Charaf travaille pour les grands comptes, avec une offre sur mesure, tandis que Fertima cible une distribution plus large. Employant 400 personnes, disposant de nombreux sites de stockage et de conditionnement à travers wle pays, l’ensemble affichait en 2010 F.M. un chiffre d’affaires cumulé de 150 millions d’euros. ● JEUNE AFRIQUE

bonnes perspectives de la société dont il détient, avec son père, Driss, plus de la moitié des parts. C’est un coup de poker : le patron entend ainsi rassurer les fournisseurs, qui s’inquiètent de plus en plus bruyamment de la multiplication des retards de paiement. MENSONGE. Mais le message est mensonger : si

la banque a pris 13 % du capital de la PME, ce n’est nullement parce qu’elle croit à ses perspectives de croissance. Mais uniquement parce que Charaf, asphyxié par une dette très lourde, ne peut plus faire face à ses échéances… Pour éviter de faire une croix sur les 50 millions d’euros de crédits accordés aux sociétés du groupe Charaf, dont une grosse partie a servi à financer le rachat en 2008 de Fertima, la BCP accepte de convertir une partie de cette somme en part de capital. Dans le monde financier, la méthode est classique: elle a pour but, notamment, d’éviter d’étrangler financièrement une société en difficulté. Mais elle n’est jamais, contrairement à ce que prétend Amine Kandil, un signe de bonne santé… Charaf et Fertima ne dérogent pas à la règle. En effet, depuis 2009, les deux sociétés sont à bout de N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


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Entreprises marchés 2009, ANNÉE TERRIBLE

Chiffre d'affaires cumulé (en millions de dirhams)

plus de 17 millions d’euros auraient souffle. Elles ne bouclent leurs fins de Charaf Fertima 1 838 ainsi disparu en 2010. mois qu’à la faveur des millions d’euros 2 000 1 670 de découverts qu’elles utilisent auprès La banque se demande également 1 574 1 500 de toutes les principales banques de la pour quelles raisons la vente d’un ter766 664 692 place. Alors qu’en 2008 Charaf affiche rain d’une valeur de plus de 9 millions 1 000 d’eurosn’adonnélieuàaucunencaisseun résultat courant positif et des béné910 1 072 978 500 ment. Ou encore pourquoi des cessions fices honnêtes, à 1,9 million d’euros, la immobilières ont été réalisées en faveur baisse des revenus en 2009, associée à 0 un endettement trop lourd, fait plonger d’uneautresociétéappartenantàAmine 2009 2010 2008 la société. Le résultat courant s’effonKandil: ces ventes n’auraient pas servi Résultat courant (en millions de dirhams) dre à – 4,6 millions d’euros. En 2010, à réduire la dette, comme cela était 50 60 40 s’il progresse légèrement (– 1,4 million prévu contractuellement; de surcroît, Charaf Fertima 17 20 2010 d’euros), la BCP estime la situation bien elles auraient été faites à des conditions 33 2009 0 – 16 plus grave que ce que laissent penser les « avantageuses » pour l’acheteur. 2008 – 20 – 53 – 40 bilans comptables. Aucune explication claire n’est – 65 – 60 Fertima connaît la même évolution. donnée à la banque, qui, pourtant, – 80 – 58 Depuis son rachat par Charaf en 2008, les exige par écrit. De quoi laisser planer – 81 – 100 – 120 le titre a perdu la moitié de sa valeur le doute sur les réelles motivations des – 111 en Bourse. L’exploitation est devenue dirigeants de Charaf. Le trouble jeu déficitaire. « Fertima payait ses fournisseurs sans d’Amine Kandil ne fait qu’accentuer l’inquiétude. délai, regrette un expert du secteur. Désormais, Comment un manageur décide-t-il d’être candidat les retards s’accumulent. » Pour renflouer les caisà une opération de rachat de 200 millions d’euros ses et afficher des bénéfices, Charaf et Fertima (lire ci-dessous) alors que ses propres sociétés n’ont d’autre choix que de céder une partie de leur touchent le fond ? Mystère. Devant ce qui a déjà important patrimoine foncier, estimé à environ pris l’apparence d’une fuite en avant, tous les par35 millions d’euros. tenaires du groupe ont de quoi s’interroger. Avec eux, les petits porteurs actionnaires de Fertima FUITE EN AVANT. Pour expliquer ce déclin, Charaf ainsi que les 400 employés du groupe. Si la banque avance peu d’éléments, si ce n’est la concurrence Audit en main, la BCP semble aujourd’hui le lâche le et la fluctuation des cours des matières premières. seul recours, même si son rôle est difficile. Si elle groupe, celuiIl y a en tout cas eu une conséquence presque décide de faire une croix sur ses créances et lâche immédiate: la BCP commence à s’inquiéter de cette totalement Charaf-Fertima, le numéro un des ci n’aura plus évolution. En entrant au capital de Charaf en avril engrais n’aura pas plus de quelques semaines de qu’à payer puis en octobre 2010, la banque prend rapidement cash: de quoi payer les salaires, vendre les terrains les salaires, connaissance d’opérations plus que surprenantes. et fermer boutique. Ne restera alors plus qu’à Sur la forme, elle s’étonne d’en avoir été informée espérer un sauveur pour reprendre l’entreprise. vendre trop tard à son goût, malgré son statut d’actionnaire La BCP ira-t-elle jusqu’au bout pour faire toute la ses terrains… de premier plan et de principal créancier. Sur le lumière sur la gestion d’Amine Kandil? Les experts et fermer fond, elle fustige « des dépréciations significatives du cabinet Mazars sont à l’œuvre. Réponses dans boutique. des stocks et des comptes clients »: sans explication, quelques semaines. ●

Amine Kandil, patron modèle? Symbole d’une nouvelle génération d’hommes d’affaires, le directeur général de Charaf, 46 ans, affiche ses ambitions. Mais sa gouvernance commence à faire l’objet de critiques.

B

rillant,beauparleur,déterminé en affaires… Amine Kandil a longtemps figuré parmi les patrons modèles, symbole d’une nouvelle génération d’hommes d’affaires. L’aîné des trois enfants de Driss Kandil gagne son diplôme d’ingénieur dans une école parisienne de seconde zone, l’École internationale des sciences N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

du traitement de l’information. Il traverse ensuite l’Atlantique pour le Florida Institute of Technology, passe quelques années à la Société générale, avant de compléter sa formation par un MBA à Chicago. Il ne quittera plus, ensuite, la société familiale. Nous sommes au milieu des années 1990. La société remporte

alors de belles victoires. Le chiffre d’affaires connaît une croissance annuelle à deux chiffres. Innovante, très réactive, partisane du surmesure,lapetiteentreprisefamiliale devenue l’un des leaders du secteur des engrais décroche quelques très grands comptes, comme celui de la Compagnie sucrière marocaine et de raffinage (Cosumar). En 2003, Amine Kandil se paye le luxe d’accueillir au tour de table de sa société la fine fleur du capitalinvestissement africain, Emerging Capital Partners. Cinq ans plus tard, JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

DR

le groupe Louis Dreyfus, dont la filiale LD Commodities pèse plus de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires et qui remportera finalement l’opération? Croyait-il être en mesure de battre l’Office chérifien des phosphates, leader mondial des phosphates et autre candidat au rachat ?

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DNF 2011

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une société offshore située dans un paradis fiscal… Un style de vie qui fait jaser tant le contraste est vif avec l’état financier de Charaf et de Fertima. Peut-être l’audit de Mazars apportera-t-il là aussi quelques éléments d’explication ? ●

reprochée au directeur général ne se cantonne pas à son entreprise. Si, à Casablanca, Amine Kandil lève le piedetnesemblemêmeplusparvenir à achever la construction de sa

nouvel nou nouvelle velle vel le formule formul for mule mul

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Le train de vie de l’homme d’affaires à l’étranger reste confortable.

PARADIS FISCAL. La démesure

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maison, le train de vie personnel de l’homme d’affaires à l’étranger reste confortable. À Paris, sa deuxième « maison» , il possède ainsi deux appartements situés dans les quartiers huppés: l’un rue de Ponthieu, à deux pas des Champs-Élysées ; l’autre square de l’Avenue-du-Bois, non loin de l’avenue Foch. Son compte en banque français, lui, se garnit à un rythme régulier de plusieurs milliers d’euros de revenus complémentaires, versés par

Ý En 2003, il accueillait le gérant Emerging Capital Partners au capital du groupe. UNE ÉPOQUE RÉVOLUE…

le gérant panafricain revendra sa participation, non sans avoir doublé sa mise. Amine Kandil est alors un ami de Khalid Oudghiri, l’ex-flamboyant patron d’Attijariwafa Bank – désormais en délicatesse avec la justice marocaine. En 2009, c’est la rupture. Charaf et sa nouvelle filiale Fertima plongent dans le rouge. Mais, alors que ses entreprisesprennentl’eauetqu’ilest sous la surveillance de son principal banquier, le patron de Charaf ne réduit pas ses ambitions. Fin 2010, il seporteainsicandidatàlareprisede SCPASivexInternational,uneentreprise d’engrais plus connue sous sa marque, La Cigogne, très présente en Afrique subsaharienne. Comment comptait-il financer une opération qui lui aurait coûté plus de 200 millions d’euros ? « Il annonçait vouloir fédérer autour de lui d’autres investisseurs », souligne un conseiller intervenu sur l’opération. Pensait-il vraiment pouvoir doubler un concurrent comme

109

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Entreprises marchés

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AÉROPORTS

Quand l’Afrique décolle

Longtemps décriées pour leur vétusté et leur non-conformité aux normes internationales, les infrastructures du continent se modernisent. Et, de plus en plus, la tendance est à la privatisation de leur gestion. E

LE CAIR

Les 10 champions du trafic aérien (en millions de passagers en 2010)

CHARM IKH EL-CHE

8,7

TUNIS LANCA CASAB

16,1

ADA HURGH

4,6

8,1

7,2

I NAIROB LAGOS

SOURCE : ACI

6,2

B

amako, Conakry, Dakar, Libreville… Un vent de modernisationsoufflesur les aéroports africains. Au cours des quatre dernières années, les chantiers de construction et de rénovation de ces infrastructures stratégiques se sont multipliés sur le continent. Pas moins de 3 milliards d’euros ont été investis entre 2006 et 2010, si l’on ne prend en compte que les projets de grande envergure. Aprèsl’inauguration,enavril2010, de l’aéroport d’Enfidha en Tunisie, construit et géré par le turc TAV Airports Holding Company pour un investissement de 384 millions d’euros,c’estautourduSénégald’annoncerl’ouverture,en2012,del’aéroport international Blaise-Diagne de Diass(567millionsd’euros).Pendant ce temps, le Mali et la Guinée poursuivent la modernisation de leurs installations de Bamako-Sénou et de Conakry-Gbessia. Au Gabon, N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

en attendant la construction d’un nouvel aéroport à Libreville, l’extension de celui de Port-Gentil a démarré en août (48millionsd’euros)…Et la liste est encore longue! « Outre les pressions de l’Oaci[Organisationdel’aviation civile internationale, NDLR] pour la mise aux normes des aéroports africains et la création de la liste noire de l’Union européenne, qui ont incité les États à rénover leurs infrastructures, il faut ajouter les bonnes perspectives économiques, quidrainentdeplusenplus d’investisseurs»,expliqueAliTounsi,secrétaire régional d’Airports Council International (ACI), qui regroupe les opérateurs aéroportuaires.

5,1

Maiscesinvestissements,souvent colossaux, seront-ils tous rentables ? Car hormis l’Afrique du Sud, le Sénégal et le Nigeria, le trafic dans la majorité des pays au sud du Sahara reste sous la barre du million de passagers annuels, et le ciel est peu ouvert aux compagnies étrangères. De nombreux opérateurs internationaux hésitent à se lancer. « Nos investissements en Afrique subsaharienne restent modestes et limités à la Guinée, où notre présence remonte à la réalisation par ADP-Ingénierie du nouveau terminal international de Conakry, dans les années 1980 », indique-t-on à ADP-Management, filiale à l’international d’Aéroports de Paris (ADP) présente en Algérie et en Égypte, où le trafic est plus élevé. POTENTIEL. Toutefois, note Ali

Tounsi, « l’industrie aéroportuaire est de plus en plus rentable en Afrique, avec un potentiel de croissance nettement plus important qu’en Occident ». Ce qui devrait attirer davantage d’opérateurs privés RG NESBU et faciliter les financements. JOHAN Ainsi,dansuncontextemon18,6 dial incertain, le Sénégal a bouclé le financement de l’aéroport Blaise-Diagne grâce à un consortium de banques dirigé par BNP Paribas et Blackpearl (exP BMCE Capital), qui a réuni A C LE 404 millions d’euros. N A DURB 8,1 Cette infrastructure 4,8 devrait accueillir 3 millions de passagers par an, contre moins de 1,5 million pour l’actuel aéroport de Dakar. L’investissement devrait notamment être remboursé par la redevance de développement des infrastructures aéroportuaires, ponctionnée sur le billet des passagers au départ de Dakar. D’autres revenus sont attendus: « Il faut considérer l’aspect centre commercial des aéroports, de même que toute autre activité susceptible d’être développée alentour », affirme Ali Tounsi. Dans ce but, le Sénégal prévoit de créer un centre de maintenance aéronautique, en JEUNE AFRIQUE


C THIEMOKHO/APANEWS

111

« BUILD, OPERATE, TRANSFER ».

Là aussi, c’est une nouvelle tendance. Les institutions comme l’ACI ou l’Association des compagnies aériennes africaines (Afraa) mènent des campagnes de sensibilisation pour la privatisation des infrastructures. Le Nigeria, qui a signé en 2007 un contrat de type build, operate, transfer avec un consortium de banques et d’opérateurs aéroportuaires locaux pour le développement de l’aéroport Murtala-Mohamed de Lagos, est souvent cité comme modèle. De même que l’aéroport d’Alger, géré depuis 2006 par la Société de gestion des services et des infrastructures aéroportuaires, une coentreprise entre ADP et l’État algérien. Enquatreans,Algeravusontrafic passer de 3,5 millions à 4,5 millions de passagers. Son chiffre d’affaires, qui a atteint 50 millions d’euros en 2010, est en constante progression. « L’excédent brut d’exploitation de l’aéroport a augmenté de près de 70 % durant les quatre années de JEUNE AFRIQUE

notre premier contrat, notamment grâce à la croissance des revenus commerciaux, qui ont représenté en 2010 une proportion de revenus équivalente à celle des grands aéroports européens », affirme un porteparole d’ADP-Management, dont le contrat s’achevait fin 2010 et qui a été prolongé de quatre années.

 L’AÉROPORT INTERNATIONAL

BLAISE-DIAGNE DE DIASS, au Sénégal, devrait ouvrir en 2012.

Ces investissements, souvent colossaux, seront-ils tous rentables ? À l’opposé de ce succès, les difficultés de l’Office national des aéroports (Onda), l’organisme public chargé de gérer les aéroports du Maroc, confortent les défenseurs de la privatisation. L’Onda, qui a pourtant réalisé un chiffre d’affaires de 230 millions d’euros en 2010, est empêtré dans de sérieux problèmes de mauvaise gouvernance, révélés fin 2009 par la Cour des comptes du royaume et que l’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante n’a pas fini de régler. De fait, des projets de modernisation demeurent dans l’impasse. GUERRE DES HUBS. Mais, au-

delà de la gestion des aéroports, se pose aussi la question de leur lieu

Nombre de passagers en Afrique En 2009

56,2 millions En 2000

31,5 millions

SOURCE : AFRAA

partenariat avec le français EAS Industrie, ainsi qu’un centre d’affaires proche de l’aéroport. La gestion de l’ensemble a été confiée à l’allemandFraportAG,troisièmegestionnaire aéroportuaire européen.

d’implantation. Situé entre Tunis et Sfax, l’aéroport d’Enfidha décidé par Ben Ali fait l’objet de vives critiques, le trafic qu’il draine étant loin de sa capacité réelle. Entre janvier et avril 2010, Enfidha n’a accueilli que 28 000 passagers, pour un objectif de 2,5 millions en 2010. AuSénégal,oùl’actuelaéroportde Dakar devrait être transféré à Diass, à 45 km de la capitale, les autorités estimentqueceproblèmenesepose pas.«60%despassagersquiarrivent à Dakar se rendent dans les régions du pays. L’aéroport Blaise-Diagne permettra au contraire de résoudre un problème », a indiqué Karim Wade, ministre des Transports aériens et des Infrastructures, à Jeune Afrique. Avec ce nouvel aéroport, le Sénégal compte transformer sa capitale, à une demi-heure de route grâce à l’autoroute à péage qui sera livrée en 2013, en hub régional du tourisme d’affaires. Reste que Dakar devra rivaliser avec Accra, dont l’aéroport de Kotoka, desservi par une quarantaine de compagnies et élu en juillet meilleur aéroport africain de l’année, se positionne déjà comme un hub régional du trafic passagers et du fret. ● STÉPHANE BALLONG, avec CÉCILE SOW, à Dakar N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011


Entreprises marchés

112

MINES

Conakry dicte sa loi

Renforcement du rôle de l’État et transparence contractuelle. Tels sont les piliers du nouveau code minier guinéen. Mais il ne règle pas les dossiers hérités des régimes précédents, notamment celui du brésilien Vale.

investissements, alors que les montants à débourser pour démarrer les projets miniers guinéens sont justement énormes », regrette Me Thierry Lauriol, spécialiste des questions minières au sein du cabinet français Jeantet, qui s’interroge en outre sur la capacité financière du pays à exercer son option d’achat. « Cette disposition rajoute une incertitude néfaste à un climat des affaires déjà compliqué », estime-t-il.

AGNES RODIER

AU CAS PAR CAS. Patrick Heller

A

lpha Condé l’avait promis, c’est désormais chose faite : la Guinée a un nouveau code minier. Adopté le 9 septembre par le Conseil national de transition (CNT, organe législatif provisoire), il remplace la précédente version de 1995. Sa révision avait été initiée sous Lansana Conté par la commission minière menée par Nava Touré. Elle a été finalisée sous la supervision étroite d’Ahmed Kanté, ministre conseiller chargé des questions minières, et a bénéficié de l’appui technique du ministère des Mines, pilotéparMohamed Lamine Fofana. Avant son passage au CNT, le code a été débattu avec la société civile, dont la coalition Publiez ce que vous payez. Pour sa rédaction, des juristes internationaux, parfois introduits par le milliardaire américain George Soros, qui était à Conakry en février, ont prêté mainforte aux autorités. Notamment ceux du Revenue Watch Institute (RWI, une ONG financée par l’Open Society de Soros) et de l’International Senior Lawyers Project. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

« Ce nouveau code va ouvrir la porte aux investisseurs les plus sérieux », estime un consultant guinéen proche de la présidence. « J’ai rarement vu une réforme minière menée de manière aussi collective », confie le juriste Patrick Heller, du RWI. Au final, le texte fait la part belle à deux principes : le renforcement du rôle de l’État et la transparence contractuelle. Mesure phare: la hausse de la participation de l’État dans les sociétés minières. Conakry prendra d’office 15 % des parts, via la Société guinéenne de patrimoine minier (Soguipami), et pourra exercer une option d’achat de 20 % supplémentaires. Du côté des miniers, on grince desdents.«Ces15%obtenusgratuitement ne vont pas encourager les

 Usine de la COMPAGNIE DES BAUXITES

GUINÉE, à Kamsar. L’État veut reprendre la main sur les réserves du pays. DE

comprend en revanche la position de Conakry : « Il est normal que l’État veuille prendre la main sur les dossiers miniers. Cela fait trop longtemps que le pays est assis sur des réserves faramineuses en bauxite, fer et diamant, sans en profiter. Avec cecodeminier,laGuinées’alignesur ses voisins sierra-léonais et libérien, qui ont fait décoller leurs projets avec des mesures similaires. Des pays comme le Botswana prévoient même une prise de participation de l’État allant jusqu’à 40 %. » Mais là où le bât blesse, c’est que ce code minier n’est pas rétroactif et ne concerne donc pas les grands dossiers datant des régimes passés, qui se règlent au cas par cas. « En parallèle de la réforme, la signature rapided’avenantsàcertainsdossiers historiquesposeproblème»,regrette Thierry Lauriol. À la différence de Rio Tinto, qui a obtenu la confirmation de ses deux titres miniers moyennant le paiement de plus de 500 millions d’euros à l’État pour réévaluersonprojet,Rusal,Bellzone et surtout le brésilien Vale sont sur la sellette. Ce dernier n’a pas encore sécurisé ses permis miniers, signés en 2007 par son partenaire israélien BSGR avec l’ex-ministre des Mines Mahmoud Thiam, qui n’est plus en odeur de sainteté à Conakry. ● CHRISTOPHE LE BEC

LA RÉFORME EN SIX POINTS 1. Prise de participation gratuite de 15 % des parts des mines par l’État (7,5 % auparavant), avec option d’achat de 20 % supplémentaires au prix du marché. 2. Création de la Soguipami, qui gérera les participations de l’État. 3. Calcul des taxes minières basé sur les prix internationaux (et non plus les prix guinéens). 4. Limitation à cinq permis miniers par personne. 5. Préférence donnée aux sociétés guinéennes pour la sous-traitance. 6. Adoption des principes de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). ● C.L.B. JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés TOURISME

Le plan d’Abidjan

Le programme quinquennal Vision 2015 a pour but de doubler le nombre de visiteurs en Côte d’Ivoire. Notamment en renforçant les capacités d’accueil.

«

N

ous sommes venus dire aux professionnels du tourisme que la Côte d’Ivoire est sortie de la crise et que la destination peut désormais être reprogrammée dans leur catalogue 2012. » Au salon Top Resa, du 20 au 23 septembre, à Paris, Charles Aké Atchimon, ministre ivoirien du Tourisme, n’a cessé de marteler ce message. Il faut dire que, en raison des multiples crises traversées depuis une décennie, le pays n’a jamais retrouvé le niveau atteint en 1999, avec 376 000 touristes (voir l’infographie). Pour relancer le secteur et porter le nombre de visiteurs à 500 000 par an, le ministère du Tourisme annonce un plan quinquennal, Vision 2015. Celui-ci repose notamment sur le renforcement des capacités d’accueil (25 000 lits aujourd’hui). D’ici à 2015, le gouvernement table sur la construction de dix à quinze nouveaux hôtels, via des Un objectif partenariats avec des acteurs ambitieux privés. Déjà, la construction de deux complexes cinq étoiles, l’un (en milliers de touristes) à Yamoussoukro, l’autre à Abidjan, avec l’appui d’investisseurs dont 500 les noms n’ont pas encore été révélés, est annoncée. En outre, 376 d’ici à la mi-2012, Onomo, groupe français d’hôtellerie moyen de 250 gamme, ouvrira un établissement de 118 chambres, pour un inves100 tissement de près de 7 millions d’euros. 1999 2002 2010 2015

FORMATION. Vision 2015 entend

aussi mettre l’accent sur la formation. « Nous manquons cruellement de gouvernantes, de garçons de chambre, mais aussi de gestionnaires », explique Charles Aké Atchimon. Le français Accor devrait apporter son expertise en la matière, à travers un audit et une remise à niveau des centres de formation locaux. De même, l’Office marocain de la formation professionnelle et de la promotion du travail devrait accueillir des étudiants ivoiriens. Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement a mis en place le Fonds de développement touristique, qui sera financé par des prêts obtenus auprès d’institutions internationales. ● STÉPHANE BALLONG JEUNE AFRIQUE

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Entreprises marchés

114

SAABI/GALBE COM

partir de 2004. « Objectifs: promouvoirlamarqueCameroun,optimiser la récolte, sécuriser les revenus des producteurs, multiplier les plants et produire des intrants », égrène Pierre Etoa Abena.

 Porté par les cours mondiaux, le prix payé aux 600 000 EXPLOITANTS a augmenté.

AGRO-INDUSTRIE

Le cacao camerounais renoue avec sa renommée Le pays commence à récolter les fruits d’un plan de relance qui a réorganisé la filière et, surtout, misé sur la qualité. Prochaine étape : décrocher des certifications internationales.

N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

tempsqueleurmargedemanœuvre; les banques sont devenues frileuses; et, en définitive, la qualité s’est dégradée, la traçabilité a disparu et les organisations paysannes se sont délitées. « Les opérateurs privés ont investi pour améliorer la rentabilité et augmenter la production du pays, mais ils ne l’ont fait que dans leur propre intérêt », relève Pierre Etoa Abena, de l’Office national du cacao et du café (ONCC). En 2002, alertés par les organisations camerounaises, les pouvoirs publics ont décidé de mettre en place un plan de relance du cacao et du café, doté d’une enveloppe de 268 millions d’euros sur dix ans à PRODUCTION EN HAUSSE

350**

(en milliers de tonnes)

190

215

220*

2009-10 2010-11 2011-12 2014-15 * Prévisions ** Objectif, hypothèse haute

427millions d’euros

C’est ce que rapportent à l'État les exportations de cacao (soit 25 % des recettes à l’export)

SOURCES : ONCC ET ICCO

L

e cacao camerounais va mieux.Certes,laproduction n’a jamais vraiment baissé (voir infographie), mais le défi n’est pas tant la quantité que la qualité. Minée par dix ans de libéralisation totale, la fève camerounaise, jadis réputée, a perdu de sa superbe. Entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000, la filière a subi les effets pervers du retrait de la protection publique: fin des quotas,duprixminimumassuré,des intrants fournis aux producteurs… En compensation, le prix payé aux 600000 exploitants a augmenté, porté aussi par les cours mondiaux. Mais la filière s’est déstructurée, le nombre d’exportateurs et d’acheteurs occasionnels s’est multiplié, et le pouvoir de négociation est passé du côté de quelques majors (Cargill, ADM, Olam, Nestlé…). Conséquences: les contrats à terme (à livraison différée) sont devenus marginaux, au profit des contrats spot (au jour le jour); la visibilité des producteurs s’est réduite en même

MARCHÉ VIRTUEL. Une initiative parmid’autres:pourapprovisionner les cultivateurs, des champs semenciers et des pépinières décentralisées ont été créés. La production est aujourd’hui de 5 millions de cacaoyers par an. Coût de l’opération : 12 millions d’euros. Autre action, destinée à redonner aux producteurs les moyens d’améliorer la qualité des fèves et de négocier à terme: la fabrication d’équipements pour les traitements postrécolte, de silos et d’entrepôts. Le dispositif sera complétéparunsystèmed’information aux cultivateurs, soutenu par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced): prix, qualité, conditions climatiques… « Nous ambitionnons d’instaurer un vrai marché virtuel camerounais », assure Pierre Etoa Abena,avecàtermelacréationd’une place de marché électronique. Le pays s’oriente aussi vers de nouveaux débouchés, notamment ceux offerts par les certifications. Alors que, selon l’ONCC, 70000 exploitants en Côte d’Ivoire, 8 000 au Ghana et 2 000 au Nigeria sont aujourd’hui certifiés par des organismes tels que Rainforest Alliance, UTZ ou encore Fairtrade, aucun ne l’est au Cameroun. Ducôtédesorganisationspaysannes, si l’on admet que des efforts ont été faits, « les résultats ne sont pas encore à la hauteur des moyens mis en place », selon Bernard Njonga, président de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic). « Les traitements des vergersetlescircuitsdecommercialisation doivent encore être améliorés », assure-t-il. Jean-Marc Anga, directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao, est plus postitif: « Il y a une vraie volonté politique, le plan de relance mis en place par le pays porte déjà ses fruits. » La fève camerounaise pourrait bien retrouver sa notoriété. ● MICHAEL PAURON JEUNE AFRIQUE


Coulisses CÔTE D’IVOIRE

Vingt ans après s’être désengagé de l’exportation du cacao, le groupe français veut se faire une place.

S

ucresetDenrées(Sucden), lepuissantgroupeagroalimentaire français, revient dans la filière stratégique du café et du cacao ivoiriens. Le 23 septembre, il a obtenu un agrément d’exportation pour la campagnedecommercialisation2011-2012, qui s’est ouverte le 1er octobre. La tâcheneserapasfacilepourSucden. Une soixantaine d’opérateurs se partagent le marché, et les deux majors américaines Cargill et ADM contrôlent un tiers de la production ivoirienne de cacao. Pour la campagne 2010-2011, elles ont acheté plus de 400000 tonnes de fèves, sur une récolte de 1,4 million. LIBÉRALISATION. Tout a changé

depuis les années HouphouëtBoigny. C’était l’époque de la toute-puissante Caisse de stabilisation des produits agricoles (Caistab), et le groupe français opérait alors aux côtés de l’américain Philipp Brothers (Phibro). En 1988, le président ivoirien s’était même appuyé sur Sucden pour lancer sa guerre du cacao: l’objectif était de mettre en œuvre un embargo sur les exportations de fèves pour doper les cours mondiaux.Maislastratégienes’était pas révélée payante et avait entraîné l’effet contraire: une dégringolade des cours. L’entreprise s’était finalement désengagéedel’exportationducacao pour jouer un rôle de négociant sur laBourseducacaodeLondres.Vingt ans plus tard, Sucden, qui a ouvert une filiale en Côte d’Ivoire, veut se faire une place parmi les chargeurs du cacao. Mais, cettefois-ci, dansun environnement très différent: celui de la libéralisation. ● BAUDELAIRE MIEU, à Abidjan JEUNE AFRIQUE

marchés

de ses quatre Airbus, acquis il y a seulement cinq ans. Une décision justifiée par un plan d’économies devant permettre de lever 90 millions d’euros. « La présence de quatre A320 rend la flotte hétérogène et occasionne des surcoûts d’exploitation importants », a expliqué une source interne citée par Reuters. Toutefois, la RAM nie envisager la signature d’un contrat d’exclusivité de quinze ans avec Boeing. De son côté, Airbus ne désarme pas et réaffirme sa volonté de vendre, dans le futur, plusieurs exemplaires de ses modèles A320 et A321 Neo à la compagnie. Une étude a été lancée par la RAM pour le renouvellement de sa flotte, et les premières livraisons sont attendues pour 2016. ● ALAMY/PHOTO 12

Sucden revient

Entreprises

AÉRIEN LA RAM REMISE SES AIRBUS Même si 2011 est d’ores et déjà une année de ventes record pour Airbus, l’avionneur européen aura eu son lot de déceptions. La dernière en date : son éviction programmée de la flotte de Royal Air Maroc (RAM), plutôt adepte de Boeing. Fin septembre, la compagnie a en effet annoncé la vente

S

M

S

• MÉDICAMENTS Le portugais Tecnimede investira 11,6 M€ dans une usine au Maroc prévue en 2013 • AUTO L’équipementier français Faurecia réinjecte 3,5 M€ dans sa filiale marocaine de Kenitra • TRANSPORTS Alstom a livré le 24.9 les 2 premières rames du tramway de Constantine (Algérie) • BANQUE Les actionnaires du nigérian Oceanic Bank ont accepté l’offre de rachat de 257 M€ d’Ecobank • INFORMATIQUE Le tunisien

Telnet vient d’annoncer l’ouverture d’une filiale à Munich (Allemagne)

• INVESTISSEMENT La Chine s’engage à investir 1,8 G€ en Afrique du Sud ACCORD LE QATAR PRÊTE À TUNIS À l’occasion de la visite du ministre qatari des Affaires étrangères, Cheikh Hamad Ben Jassem Ben Jabr AlThani, le Qatar accorde un prêt à laTunisie d’une valeur de 370 millions d’euros pour investir dans le centre et le sud du pays. Un accord a été signé pour réaliser une étude sur un projet touristique à Mahdia. Enfin, deux mémorandums ont été adoptés, portant l’un sur la création prochaine d’un fonds commun d’investissement, l’autre sur la coopération dans le domaine de la métallurgie. ● BANQUE ECOBANK VEUT LEVER 2,2 MILLIARDS D’EUROS Le 28 septembre, l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires d’Ecobank a autorisé la

direction à lever 2,2 milliards d’euros, notamment sous forme d’actions et de dettes. Pour l’instant, le groupe coté à Abidjan, Lagos et Accra n’a pas précisé à quelle échéance seront sollicités les marchés financiers, ni comment seront utilisés ces fonds (financer le rachat d’Oceanic Bank au Nigeria et deTrust Bank au Ghana ?). ● ÉNERGIE CANDIDATURES CHINOISES AU CONGO Trois sociétés chinoises ont soumissionné à l’appel d’offres pour la construction d’une centrale hydroélectrique au Congo-Brazzaville : Cmec, Sinohydro et CGGC. Le projet, estimé à 150 millions d’euros, prévoit en outre la construction de lignes électriques, d’une route, d’une cité pour le personnel et d’infrastructures annexes. Les offres varient entre 125 millions et 165 millions d’euros. ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Décideurs SÉNÉGAL

Les challenges d’Ababacar Seck Avec l’introduction de Money Express à la Bourse de Paris, le 29 septembre, son directeur général concrétise un rêve. Et, déjà, il ambitionne de faire de la start-up une multinationale.

A

babacar Seck a de quoi prendre de la hauteur : du haut de ses 2,03 m, il dirige la première entreprise sénégalaise – et troisième africaine – cotée à la Bourse de Paris. « Cette cotation est comme un rêve devenu réalité », raconte-t-il. La société de transfert d’argent Money Express (315 millions d’euros transférés en 2010), filiale du groupe Chaka, de Meïssa Ngom, a introduit avec succès, le 29 septembre, 25 % de son capital sous la forme de 1 million d’actions à 14 euros. Dans un second temps, elle augmentera son capital de 2,8 millions d’euros, à travers l’émission de 200 000 titres. Promesse – qui n’engage que celui qui y croit : 25 % de croissance par an sur les cinq prochaines années… Ce rêve, Ababacar Seck, 46 ans, le mûrit depuis son arrivée au poste de directeur général, le 31 décembre 2009. « Nous avons beaucoup travaillé pour réorganiser la structure, revoir la stratégie, poursuivre le développement et renforcer les ressources humaines. » Un challenge qu’il accepte sans hésiter lorsque Meïssa Ngom fait appel à lui en 2008. « J’aime la compétition », assure l’ancien basketteur.

PASSAGE AUX ICS. Après une enfance passée dans les casernes de l’armée sénégalaise, au gré des mutations de son père militaire, il s’inscrit à l’université CheikhAnta-Diop de Dakar, puis s’investit dans l’humanitaire auprès d’ONG spécialisées dans la santé. Il crée finalement une start-up dans les N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

VINCENT FOURNIER/J.A.

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 Humanitaire, grande école, industrie, université américaine… UN PARCOURS ATYPIQUE.

télécoms… sans plus de succès. Il se dirige alors vers le Centre africain d’études supérieures en gestion (Cesag), où il obtient un MBA de finance et dont il deviendra, plus tard, professeur en gestion de trésorerie. À sa sortie en 2002, les Industries chimiques du Sénégal (ICS) lui ouvrent leurs portes. À charge pour lui de gérer les taux de change de la plus grande unité industrielle sénégalaise, qui exporte 90 % de sa production de phosphate. Un tremplin professionnel qui lui permet aussi de peaufiner ses ambitions. Destination les États-Unis, à la Boston University, où il décroche un diplôme de management des entreprises. Instable ? « Parcours atypique », corrige-t-il. Après s’être cherché, il semble enfin avoir trouvé sa voie.

C’est à cette période que les ICS commencent à toucher le fond du trou. Accusant des déficits abyssaux (jusqu’à 300 millions d’euros en 2006), empêtré dans des affaires de mauvaise gestion et de corruption, le fleuron public est au bord du dépôt de bilan. « Je regardais tout ça depuis Boston, se souvient l’ancien trésorier. Je me suis demandé si j’allais rentrer. L’envie de m’investir dans mon pays et d’aider les ICS à se sortir de ce mauvais pas a été plus forte. » Retour en 2006, donc. Alors qu’il occupe l’un des postes clés de l’entreprise, il assiste, impuissant et frustré, au rachat deux ans plus tard de l’entreprise publique par l’indien Iffco. Les ICS sont saines et sauves, mais Ababacar Seck ne peut se résoudre à devenir un simple exécutant, sans aucune marge de manœuvre, et quitte l’entreprise. Sa rencontre avec Meïssa Ngom, via le comptable de ce dernier – un ami commun –, est décisive. « UNE PÉPITE ». Il trouve chez Money Express, créé six ans plus tôt, son nouveau challenge. « J’ai tout de suite vu que Money Express était une pépite », explique-t-il. Si la taille de cette start-up est sans commune mesure avec celle des ICS, les ambitions du directeur général sont infinies. « Cette introduction en Bourse doit nous permettre de nous développer à travers le monde, assure-t-il, exalté. Nous avons toutes les cartes

« Nous avons toutes les cartes en main pour nous développer à travers le monde. » en main, dont une technologie qui nous appartient… Money Express est une entreprise africaine qui a vocation à devenir une multinationale ! » Un autre rêve qui pourrait presque donner le vertige. ● MICHAEL PAURON JEUNE AFRIQUE


Décideurs

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AFP IMAGEFORUM

Ý L’ANCIENNE VEDETTE DES STADES n’a pas encore dévoilé l’identité de ses partenaires.

MAROC

Saïd Aouita change de crampons L’icône de l’athlétisme lance une marque de sport à son nom. Principale cible : les championnats arabes… de football.

R

oi mondial du fond et du demi-fond dans les années 1980, Saïd Aouita rêvait d’une carrière dans le football. À près de 52 ans, il a enfin réussi. Le premier athlète à être descendu sous la barre mythique des treize minutes au terme d’un 5000 m de légende, en 1987 à Rome, lance sa marque de sport ; et c’est au FC Tétouan qu’Aouita Sport a décrochésonpremierclient.Ilserait en discussion avec quatre autres clubs de football marocains. Saïd Aouita refuse d’en dire plus et promet de s’expliquer dans une

campagne de communication à venir. On sait cependant qu’Aouita Sport veut équiper (chaussures, textile,produitsdérivés…)28sportsdifférents.Pourlafabrication,lasociété a négocié avec les grandes usines sous-traitantesd’AsieduSud-Estqui fournissenttouteslesmarquesmondiales. Trois chaînes de fabrication, peut-être six en 2012, sont dévolues à l’équipementier marocain. Aouita Sport aborde le marché par le biais de boutiques créées au sein des clubs sous contrat. Les prix seront, annonce la marque, de 50 % à 75 % moins élevés que ceux

des Nike, Adidas, Puma ou Reebok. « La société vise les championnats de foot algérien, tunisien, égyptien etpluslargementdumondearabe», croit savoir le journal marocain Les Échos Quotidien. Aouita Sport serait en contact avec 24 clubs arabes. Le deal : d’un côté la marque s’engage à équiper gratuitement l’équipe première, de l’autre le club prometd’acheterl’équipementpour toutes ses autres équipes. L’ancien athlète, qui a préparé un master de gestion administrative et doit conduire l’équipe nationale d’athlétisme aux Jeux olympiques de Londres 2012, ne s’est pas lancé seul. En attendant de connaître les investisseurs qui l’accompagnent, les regards se tournent vers le Qatar, organisateur de la Coupe de monde de football 2022. Saïd Aouita a en effet été consultant pour la chaîne qatarie Al-Jazira Sport de 2005 à 2008. Cela tombe bien. Qatar Sport Investment, un fonds aux énormes moyens qui appartient au prince Tamim Ibn Hamad Al Thani, multiplie les investissements et pourrait miser sur le capital image de l’icône marocaine. Surtout qu’au Maroc, Aouita, qui a un caractère trempé, s’est fait pas mal d’ennemis. « Aujourd’hui, il a de meilleurs contacts au Qatar », confie un journaliste marocain. ● JEAN-MICHEL MEYER

ON EN PARLE

JEAN-MARC SAVI DE TOVÉ CAURIS La société de capital-investissement ouest-africaine renforce son équipe dirigeante avec l’arrivée du financier togolais, jusqu’alors directeur du portefeuille Afrique à l’agence de développement britannique CDC.

SOULEYMANE DIARRASSOUBA APBEF-CI Le directeur général de Banque Atlantique Côte d’Ivoire a été élu président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI). DR

ÉRIC MBOMA BHP BILLITON Après trois ans à Singapour, au département des acquisitions minières du géant australien, il prend la tête de la direction Afrique des activités commerciales de la branche exploration. JEUNE AFRIQUE

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Marchés financiers Ý LA PREMIÈRE BANQUE PUBLIQUE DU PAYS devrait enregistrer une perte de 3,1 millions d’euros en 2011.

(BDET) et la Banque nationale de développementtouristique(BNDT). En 2010, le rendement de ces actifs n’était que de 0,3 %, quand la filiale d’Attijariwafa Bank en Tunisie atteignait 1,2 %. « L’État s’est appuyé sur lesbanquespubliquespourfinancer l’économie. Un investisseur pouvait obtenir jusqu’à 90 % du montant de son projet auprès de la STB, qui, en plus de l’octroi d’un crédit, pouvait prendre une participation d’environ 20 % dans le capital », explique Karim Mimita, analyste chez Axis, filiale de BMCE Capital à Tunis. TUNISIE

Il faut sauver la STB

MENACE DE FAILLITE. Principale

Très affaiblie par les mauvaises pratiques, la Société tunisienne de banque voit sa rentabilité s’effondrer. Mais son poids est tel que l’État devrait tout faire pour l’aider à surmonter ses difficultés.

E

touristique, dont l’activité a reculé n 2011, la Société tunide 40 % depuis la révolution. sienne de banque (STB) Résultat : la banque devrait a annoncé une provision enregistrer, d’après AlphaMena, record de 107 millions de une perte de 6 millions de dinars dinars (55 millions d’euros) pour pour l’exercice 2011, sans compcouvrir ses risques. « Insuffisant. ter le redressement fiscal Compte tenu de son exposide 31,7 millions de dinars tion, ce montant devrait pourlapériode2005-2010, atteindre 150 millions milliards cette année, 120 millions ni les mauvais résultats d’euros l’an prochain et 125 milde sa filiale, la Banque Total de bilan lions en 2013 », juge Lilia franco-tunisienne (BFT). de la STB Mzoughi, analyste du Au premier semestre, elle en 2010 cabinetAlphaMena.Preuve affichait une baisse de 7,6 % af du manque de prudence de la de son produit net bancaire STB, le taux de provision pour ses (102,9 millions de dinars) par rapcréances douteuses (environ 30,2 % port à la même période en 2010. de ses actifs) est de 50,1 %, quand la La faible qualité des actifs de la Banque centrale de Tunisie impose STB remonte en partie à sa fusion, théoriquement un seuil de 70 %. en 2000, avec la Banque de développement économique de Tunisie Première banque publique du pays, la STB paie au prix fort les dérives de l’ancien régime. Les engagements liés au clan Ben Ali sont 21,4 estimésà509millionsdedinars,dont seuls 5 % sont provisionnés. Près de 16,6 ,6 90sociétésappartenantà20groupes ontprofitédeslargessesdelabanque pour se financer, d’après un état des lieux réalisé en février. La STB doit aussi assumer les conséquences de sa forte implication dans le secteur Oct. Oct Nov Nov. Déc. Déc Janv. Fév Jan Fév.

3,5

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14 janvier Fuite de Ben Ali

menace pour l’avenir de la banque: les résultats de la BFT, qui en 2010 a accusé une perte de 170 millions de dinars. « Jusqu’à présent, ses comptes ne sont pas consolidés dans le périmètre de la STB, bien que cette dernière possède 78,18 % du capital. Mais cela pourrait changer en 2011, car cette année le commissaire aux comptes a émis des réserves », prévient Lilia Mzoughi. « Avec la BFT, on assistera peut-être à la première faillite d’une banque en Tunisie, mais il est très probable que l’État viendra à sa rescousse compte tenu des conséquences prévisibles sur les autres établissements », estime Karim Mimita. Conscient de la fragilité de la STB, l’ancien régime avait en 2010 annoncésafusionaveclaBanquede l’habitat pour constituer un champion national. Gelée après la révolution, l’opération pourrait voir le jour à moyen terme, une fois la situation des banques assainie. L’hypothèse n’est en tout cas pas exclue par le ministre des Finances, Jalloul Ayed.

Cours de l’action à la Bourse de Tunis (en dinars)

10

Mar Mars

Avril

Mai

Juin Jui

Juillet

Août

Sept. JEUNE AFRIQUE


Baromètre « Nous pouvons baliser le terrain, en commençant par harmoniser les grands principes de gouvernance et de gestion des risques, les systèmes d’information et la gestion bilantielle, qu’il y ait rapprochement ou pas », estimait-il, début septembre, dans une interview donnée au site webmanagercenter.com. PASSER L’ORAGE. Reste qu’à court

terme il convient de trouver une solution pour aider la STB à passer l’orage. D’autant qu’elle reste un des principaux acteurs bancaires tunisiens, détenant 14,6 % du marché du crédit et 14,1 % des dépôts. « La banque a besoin d’être recapitalisée à hauteur d’au moins 198 millions de dinars, selon mes estimations », insiste Lilia Mzoughi. Pour Karim Mimita, il s’agit en premier lieu de vendre les participations détenues dans de nombreuses entreprises pourredresserlescomptes:«LaSTB n’est pas une société d’investissement, elle doit se concentrer sur son cœurdemétier: labanquededétail. Une augmentation de capital devra suivre, qui gagnerait à être réservée

À moyen terme, une fusion avec la Banque de l’habitat est envisageable. ausecteur privédemanièreàce que la gestion passe à ce dernier. » Car, outre la qualité des actifs, la banque pâtit d’un manque global d’efficacité dans son fonctionnement. « Aujourd’hui, son image se dégrade, et la STB risque de perdre beaucoupdeclients»,prévoitKarim Mimita.Sisonavenirapparaîtplutôt sombre, la STB (dont lapart du capital flottant à la Bourse de Tunis est estimée entre 40 % et 45 %) reste cependant une valeur à suivre, d’après AlphaMena. « Notre modèle indique qu’elle est actuellement sous-évaluée [environ 10 dinars, NDLR]. C’est la raison pour laquelle nous invitonsnos clients à acheter », explique Lilia Mzoughi. Un avis semble-t-ilpartagésurlaplacefinancière: depuis juillet, l’action a regagné plus de 20 %. ●

Marchés financiers

BRVM : le caoutchouc en tête VALEUR

SECTEUR

COURS au 28 septembre (en dollars)

ÉVOLUTION depuis le début de l'année (en %)

SOGB

AGRO - INDUSTRIE

84,23

+ 42,5

SAPH Onatel Ecobank Palmci Nestlé CI Solibra SGBCI Sonatel Unilever

AGRO - INDUSTRIE

74,11 95 0,1 27,87 103,45 363,12 82,33 259,67 78,11

+ 30 – 1,1 – 4,3 – 5,5 – 13,5 – 13,9 – 19,2 – 20,1 – 38,3

TÉLÉCOMS BANQUE AGRO - INDUSTRIE ALIMENTATION BIÈRE BANQUE TÉLÉCOMS ALIMENTATION

MALGRÉ UN RETOUR à la normale sur le front politique ivoirien, le marché boursier régional d’Afrique de l’Ouest reste dans le rouge. La Sonatel, principale capitalisation de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM, à Abidjan), chute assez lourdement depuis le début de l’année. La compagnie sénégalaise pâtit notamment de perspectives de croissance modestes au Sénégal, son premier

marché, comme au Mali, où une troisième licence sera attribuée d’ici à la fin de l’année. Les valeurs ivoiriennes directement affectées par le pouvoir d’achat local (Solibra, Nestlé, Unilever) souffrent aussi. À l’opposé, les producteurs de caoutchouc SAPH et SOGB ont vu leurs cours s’envoler, en raison de réalisations et de perspectives financières plutôt bonnes, les cours du caoutchouc étant au plus haut. ●

Valeur en vue SAPH Les profits s’envolent BOURSE Abidjan • CA 1er semestre 2011 114,6 millions d’euros (+ 24,65 %)

COURS 35 105 F CFA (28.9.2011) • OBJECTIF 59 000 F CFA

NOUS RECOMMANDONS fortement la Société africaine de plantations d’hévéas (SAPH) à l’achat. En 2010, le chiffre d’affaires du numéro un ivoirien de la transformation du caoutchouc naturel, filiale de Sifca, a progressé de 85,5 %, à 140 milliards de F CFA. Cette hausse remarquable a été largement alimentée par l’appréciation de 81 % des prix de vente internationaux du caoutchouc. Le résultat net a atteint 32,5 milliards de F CFA, plus de cinq fois le niveau de 2009. Au premier semestre 2011, les ventes ont continué de croître, malgré une baisse de 13 % de la proJoeata Kety Analyste duction en raison de la crise politique en Côte d’Ivoire. chez Hudson & Cie À court terme, les perspectives économiques mondiales pourraient affecter négativement la demande de matières premières; cependant l’inélasticité de l’offre, déjà insuffisante, devrait soutenir le niveau élevé des cours. En 2011, grâce à une production stable et une progression de 53 % du cours du caoutchouc naturel, le chiffre d’affaires de SAPH devrait progresser de 52,37 %, et le résultat net de 56,33 %. » ●

JULIEN CLÉMENÇOT JEUNE AFRIQUE

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Culture & médias

LITTÉRATURE

Boualem Sansal

« Je suis légitime dans ce pays, c’est au pouvoir de partir! » Non, il n’est pas exilé en France ! Non, il n’a pas sa langue dans sa poche ! L’écrivain algérien, qui vient de publier un roman à la verve puissante, porte sur son pays un regard critique sans équivalent. Impossible de ne pas y voir la preuve d’un amour profond.

Propos recueillis par

B

RENAUD DE ROCHEBRUNE

oualem Sansal, ingénieur diplômé et docteur en économie, longtemps haut fonctionnaire, est devenu écrivain sur le tard, à la fin du XXe siècle, une fois la cinquantaine arrivée. Une entrée en littérature grâce à un roman envoyé par la poste chez Gallimard. Dans l’Algérie d’alors, Le Serment des barbares ne pouvait qu’avoir valeur d’engagement en ces temps où l’islamisme faisait encore régner la terreur. Le texte fut d’autant plus remarqué que la verve de l’auteur, son style puissant et ironique et sa langue volontiers truculente le hissèrent tout de suite sur le podium des écrivains algériens qui comptent. Cette gloire lui a rapidement valu des ennuis, notamment professionnels, avec les autorités. Il faut dire qu’il ne les ménage pas – c’est un euphémisme ! – dans ses écrits. Avec son sixième roman, Rue Darwin, Sansal démontre aujourd’hui qu’il n’a aucunement l’intention de s’assagir. Racontant l’histoire d’un narrateur nommé Yazid – manifestement le double de l’auteur – et de sa famille dispersée à travers toute la planète, le romancier nous fait revisiter de façon peu banale l’histoire tourmentée de l’Algérie depuis soixante ans. Il évoque des situations et, surtout, des individus hauts en couleur qui ont

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marqué l’existence d’un homme parti, après la mort de sa mère, à la recherche de ses origines et des secrets, potentiellement honteux, qui les entourent. La figure centrale de cette « saga » peu conventionnelle, c’est pourtant celle de l’étonnante grand-mère de Yazid, à la fois chef de tribu, mère maquerelle et femme d’affaires richissime capable de subjuguer les hommes de pouvoir. Tous les personnages, comme ce qu’ils vivent dans ce livre, sont à considérer comme authentiques, nous assure Boualem Sansal. De quoi, évidemment, donner plus de valeur aux propos de cet auteur qui conserve aujourd’hui une sympathique allure d’étudiant ou de professeur des années 1960, et qui, sans jamais perdre son humour quelque peu désespéré, rêve d’une Algérie qui aurait exorcisé ses démons. JEUNE AFRIQUE : En dépit de votre regard acerbe sur le régime, pouvez-vous continuer de vivre en Algérie ?

Du coup, j’en arrive souvent à me demander pourquoi je suis si peu inquiété par les autorités… BOUALEM SANSAL: J’yvistoujours.ÀBoumerdès. Cela surprend hors du pays. Mais le plus étonnant, c’est que tous les gens en Algérie même sont convaincus que je réside en France. Encore récemment, dans un blog, quelqu’un disait : oui, il critique l’islam et tout ça, mais de toute façon il vit dans un pays laïc, il peut tout se permettre. Et quand je rencontre quelqu’un, je m’entends dire régulièrement : tu es là pour quelques jours ? Quand je réponds que c’est quand je suis ailleurs que c’est pour quelques jours, on a du mal à me JEUNE AFRIQUE


Ý Retrouvez l’intégralité de l’interview

du romancier sur jeuneafrique.com

Culture médias

FRÉDÉRIC STUCIN/MYOP

jeune afrique .com

croire, on veut même vérifier. Du coup, j’en arrive souvent à me demander pourquoi je suis si peu inquiété par les autorités [rires]. Je me dis que c’est probablement parce que je les sers en les faisant passer pour tolérantes… N’avez-vous vraiment jamais songé à vous exiler ?

Tous les jours, j’y pense. Tous les jours. C’est invivable. Chaque fois que j’allume la télévision, je me dis : c’est pas possible. Et quand je sors, je me dis la même chose. Pourquoi je ne l’ai jamais fait ? D’abord, quand elle était encore vivante, je ne voulais pas laisser ma mère âgée derrière moi. Puis j’ai pensé aussi, avec mon côté orgueilleux : ce n’est pas à moi de partir ! Moi, je suis légitime dans ce pays, dans mon pays, pas ceux qui le JEUNE AFRIQUE

 L’ÉCRIVAIN ALGÉRIEN le dit et le répète : « Je n’invente rien ! tous les personnages sont réels. »

gouvernent, avec leur gestion calamiteuse. Ils nous poussent à partir, mais il n’y a pas de raison de s’y résoudre. C’est au pouvoir de partir ! Votre dernier livre porte des accusations graves contre les dirigeants algériens, jusqu’au président, qui apparaît sous le nom transparent d’Abdelaziz Ier. C’est du roman ou cela renvoie à la réalité, comme vous le laissez entendre en disant que vous n’avez pas d’imagination ?

Je n’invente rien. Bien sûr, il y a quelques rares personnages ajoutés ou transformés pour ménager les susceptibilités et brouiller un peu les pistes vis-à-vis de ma famille. Mais, à ces exceptions près, tout ce que je raconte est authentique et tous les personnages sont réels. La grand-mère Djéda, devenue chef de sa tribu à la mort de ● ● ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Culture médias avait acquis au début des années 1950 à Alger, celui de la reine Ranavalona III, la dernière qui avait régné à Madagascar et qui avait été exilée en Algérie par les Français. Elle est morte mystérieusement en 1917 alors qu’elle habitait encore ce palais, dans lequel Djéda a reçu Ben Bella et Nasser peu après l’indépendance. Ce qui a fait d’elle une héroïne de la révolution ! Maintenant, là encore je n’invente rien, ce palais est devenu la propriété de Bouteflika. On dit souvent que, après un grand traumatisme, il faut deux générations pour pouvoir passer à autre chose. En Algérie, l’indépendance date de cinquante ans, d’il y a deux générations. PIEL/ALPACA/ANDIA.FR

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son père, par ailleurs patronne de bordels dans plusieurs villes, était bien de ma famille. J’ai effectivement vécu enfant dans cette sorte de phalanstère qu’elle avait créé dans son village. Et les quintaux d’or qu’elle a donnés au gouvernement de Ben Bella quand on a créé le dinar, c’est vrai. Comme tout le reste. ●●●

 « LA JEUNESSE n’a aucune idée de ce qu’elle pourrait vouloir », déclare l’auteur de Rue Darwin à propos du Printemps arabe. ALGÉRIENNE

On peut penser aussi que le contenu de Rue Darwin, et notamment la présence centrale d’un bordel dans le récit, fonctionne pour vous de façon métaphorique…

En effet, je l’ai découvert après, mais ça fonctionne merveilleusement. Le foutoir, la présence de bâtards, comme le narrateur, dans ce pays où l’on a été sans cesse métissés depuis deux mille ans, tout fonctionne très bien. Précisons d’ailleurs tout de suite que c’est un atout, ce métissage. ge. Je suis atterré par mes compatriotes qui rêvent de pureté de la race. Il y a encore quelques jours, je discutais avec une amie, une femme très intelligente, qui me disait : « Moi, je suis une vraie Arabe. » Pourquoi « vraie », cela veut dire quoi ? Cela me fait peur. La pureté, ça se mesure ? Cela ne suffit it pas d’être arabe ou berbère ? Le fait que vous ayez été choisi comme héritier itier de votre grand-mère maquerelle par celle-ci, e-ci, comme le suggère le roman, est exact ?

Mais oui. Un jour, encore enfant, ma mère nous avait amenés chez le notaire, où je ne comprenais rien à ce qui se passait. Et on avait alors refusé l’héritage, car ma mère considérait que c’était de l’argent du malheur, du vice, dont elle ne voulait pas pour ses enfants. Djéda, je l’ai appris après, avait des biens partout. Cela a été pillé après l’indépendance. Notamment le palais qu’elle N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

À long terme, on est forcément optimiste. On voit déjà que les jeunes, ceux qui ont entre 20 ans et 30 ans, sont très loin de la guerre qui légitime encore le pouvoir actuel, celui qui nous dit : on vous a libérés, donc c’est nous les chefs! La biologie joue évidemment pour les jeunes. Ils finiront bien par être au pouvoir, au plus tard d’ici à une dizaine d’années, quand les anciens auront disparu.

Vous espérez plus de la biologie que d’une contagion du Printemps arabe pour que l’Algérie change !

Parce qu’on n’a pas de société civile en Algérie. À cause de la guerre civile et de l’émigration qu’elle a provoquée, à cause du pouvoir qui l’empêche de jouer son rôle. Il n’y a personne pour parler à la société, lui amener du sens, évoquer avec un regard critique l’Histoire, l’avenir. Ceux qui pourraient le faire sont exilés ou confinés po à la marge. La jeunesse algérienne n’a aucune idée de ce qu’elle pourrait vouloir. Il faut savoir qu’il y a beaucoup d’Algériens de 30 ans, à l’intérieur du pays, qui n’ont jamais vu un étranger, sinon à la télé ! si Quelle est votre interprétation de ce qui Que se passe dans le monde arabe aujourd’hui? Un simple rejet des dictatures ou la naissance d’un nouvel individu arabe ?

Depuis Le Serment des barbares, envoyé par la poste chez Gallimard, Sansal a publié cinq romans.

Je crois plus à cette seconde interprétation qu’à celle qui ne parle que des dictateurs. À la limite, les pouvoirs dictatoriaux, dans beaucoup de pays et en particulier en Algérie, la population a fini par plus ou moins les accepter, avec l’idée que les régimes évolueront forcément ou disparaîtront. Mais tout est différent chez les jeunes. Ils ont rompu, comme jamais auparavant, avec les générations précédentes. Les évolutions technologiques, celles des mœurs – il n’y a aujourd’hui plus une fille de 20 ans qui soit vierge dans les milieux urbains un peu évolués en Algérie –, font qu’ils sont complètement différents des vieux, avec lesquels ils n’ont même pas envie de discuter en attendant qu’ils quittent la scène. ● JEUNE AFRIQUE


Culture médias MÉDIAS

Essaimer dans le Sud Le directeur de Hit Radio, au Maroc, souhaite s’étendre en Afrique francophone.

L

a coopération entre le Maroc et les pays d’Afrique subsaharienne ne concerne pas seulement les exportations de légumes, de phosphates ou les voyages étudiants. C’est en tout cas ce que pense Younès Boumehdi, directeur de la radio rbatie Hit Radio, une station branchée à destination des jeunes. Passionné par l’ensemble du continent africain, qu’il a sillonné pendant des années, il a lancé une candidature dans 23 pays d’Afrique francophone pour y obtenir une fréquence. « Avec le Printemps arabe, on a redécouvert la place des jeunes dans la société, leur appétit pour la culture, leur envie de changer les choses. En Afrique non plus, la jeunesse ne doit pas être oubliée », explique-t-il. RACINES. Persuadé que le Maroc

s’intéresse trop peu à ses racines africaines, il veut combler ce vide. « Les jeunes Marocains sont beaucoup plus ouverts et, disons-le, moins racistes que leurs aînés », reconnaît-il. Boumehdi envisage de produire des programmes dédiés à Rabat, dans ses studios. Pour cela, il compte employer et former des étudiants venus d’Afrique subsaharienne, de plus en plus nombreux dans le royaume. Au bout de quelques années, des bureaux pourraient être ouverts sur place. Quant à la grille, elle comprendrait essentiellement de la musique et des programmes plus interactifs comme Le Morning. « Les budgets oscillent entre 100 000 et 400 000 euros mais en réalité il n’y a pas vraiment de modèle économique », conclut le directeur de Hit Radio. Pour l’instant, aucun pays n’a donné son accord formel, mais Boumehdi ne désespère pas et continue de regarder vers le sud. ● LEÏLA SLIMANI JEUNE AFRIQUE

Lu et approuvé ALAIN MABANCKOU Écrivain franco-congolais

IL N’EST JAMAIS TROP TARD POUR APPRENDRE

É

DITH ET GILLES vivent dans un quartier bourgeois de Paris avec leurs trois garçons. Le couple – plutôt bobo, diraient certains – aurait très bien pu mener une existence loin des préoccupations des « misérables ». Et Gilles se contenter de s’impliquer dans une association qui aide les chômeurs jusqu’à ce qu’ils retrouvent du travail. Quand il le faut, il donne un peu d’argent. Édith, elle, se consacre à son activité de traductrice littéraire. Elle n’a pas à quitter l’appartement pour aller dans un bureau. Elle travaillait d’ailleurs sur la table à manger lorsque quelqu’un est venu sonner. C’était Aïcha, la gardienne d’un immeuble du quartier, accompagnée de Fadila, « impassible et tendue ». Cette dernière avait perdu son boulot dans une teinturerie quelques mois plus tôt. Les temps sont durs, elle pourrait aussi perdre la petite chambre qu’elle loue dans un quartier où « y a que les gens riches ». Aïcha dévoile à Édith l’objet de cette visite inattendue : « Vous connaissez peut-être ma mère ? […] Elle repasse à la perfection, elle coud aussi, et j’ai une idée. Si quinze ou vingt familles du quartier la prenaient deux, trois heures par semaine, elle serait tirée d’affaire. Elle pourrait garder sa chambre. »

l’aider. Il n’est jamais trop tard pour apprendre. Mais Fadila n’est plus toute jeune. Mariée pendant son adolescence, elle est même arrièregrand-mère. La Marocaine se renferme de plus en plus devant les vertiges de l’alphabet. Pour se protéger, et peut-être éviter le face-à-face avec l’alphabet, « elle invoque la fatigue, l’insomnie, les soucis ». Son passé est un grand fossé. D’où son amertume vis-à-vis du pays natal.

Une écriture dont la maîtrise, à aucun moment, ne s’appuie sur la surenchère…

Gilles est partant, et le couple devient l’employeur de la vieille Marocaine. Lorsque Édith découvre plus tard qu’elle ne sait ni lire ni écrire, elle décide de

Son présent, une vie de galère dans cette pièce de « deux mètres de large sur deux mètres de hauteur ». Édith s’attache pourtant à sa Fadila. De fil en aiguille, le lecteur est pris dans la chaleur de cette complicité encore plus chargée d’émotion lorsque Édith se rend à l’hôpital pour voir Fadila victime d’un accident de la circulation.

En littérature, nous avions connu l’amitié de Manolin et Santiago dans Le Vieil Homme et la Mer ; celle de George Milton et Lennie Small dans Des souris et des hommes ; ou encore celle de Madame Rosa et Momo dans La Vie devant Les Amandes soi. Nous avons désormais amères, celle d’Édith et Fadila dans Laurence Les Amandes amères, récit Cossé, porté par une écriture dont Gallimard, 2011, la maîtrise, jamais, ne s’ap224 pages, 16,90 euros puie sur la surenchère. ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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YOURI LENQUETTE/ LUSAFRICA

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MUSIQUE

Repose-toi, Cesaria!

Après vingt ans de carrière et une reconnaissance venue sur le tard, la diva cap-verdienne renonce à la scène. En cause ? Les chips, bien sûr !

V

ingt ans de carrière, six millions d’albums vendus et une immense fatigue. Le 23 septembre, dans les colonnes du quotidien Le Monde, Cesaria Evora, 70 ans, jette l’éponge. « J’arrête tout: je n’ai pas de force, pas d’énergie. Je veux que vous disiez à mes fans: excusez-moi, mais maintenant, je dois me reposer. » Malade, épuisée, la chanteuse cap-verdienne annule dans la foulée ses concerts et confie sa hâte de retrouver son île. En 2003 déjà, elle avait dit à Jeune Afrique sa lassitude. Bien sûr, avait-elle aussitôt protesté, « j’aime les gens, la N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

scène et les studios », et puis « sans les tournées, pas de carrière ». La voix légèrement voilée (cette voix qui, si bien, portait le blues cap-verdien), les pieds nus, débarrassés de l’entrave des sandales, elle avait expliqué qu’elle avait 45 ans quand elle avait quitté son pays pour la première fois, 50 quand son talent avait enfin été reconnu hors du Cap-Vert (avec Miss Perfumado, en 1992), et que, toujours, Mindelo lui manquait. Dans une énumération décousue, elle avait dit son amour pour « ces petits bouts de rochers pelés », pour le soleil, la plage, les fruits de mer, les hommes (« Ah ! les hommes… ») et la vie nocturne. En créole d’abord, puis dans un français parfois hésitant, à mesure qu’elle prenait confiance, elle avait essayé d’expliquer la saudade, « ce sentiment intraduisible, qui dit tout à la fois le départ et l’arrivée, l’amitié, le bonheur des retrouvailles et la tristesse d’une dernière visite à l’hôpital ». Au moment de clore l’interview, elle s’était soudain détendue, avait décrit sa maison, « pleine de monde et de cadeaux », devant laquelle les autocars déversent leur flot de touristes, et nous avait conviés à une

virée sur les routes de São Vicente, l’île qui l’a vue naître, « parce qu’il faut y aller pour comprendre ». CŒUR OUVERT. C’était il y a huit ans.

Entretemps, il y a eu d’autres albums, d’autres tournées, d’autres concerts ; un premier accident vasculaire cérébral qui a failli la terrasser, en Australie, en 2008, une deuxième alerte quelques mois plus tard, à Lisbonne, et enfin cette opération à cœur ouvert qu’elle a dû subir à Paris. Verdict : un cœur fragile et un taux de cholestérol à faire peur à ses médecins de l’Hôpital américain. Il y avait pourtant longtemps que Cesaria Evora n’était plus la diva pocharde qui allait d’un bar à l’autre chanter pour quelques escudos et une poignée de clients aussi imbibés qu’elle. À l’alcool, elle avait renoncé, mais pas à la cigarette, ni aux batatinhas, ces chips portugaises dont le salé et le croquant accompagnent si bien une petite bière. Tout ça, lance-telle au Monde, espiègle, c’est la faute des batatinhas. Et en même temps, « il fallait bien que je parte un jour ». ● ANNE KAPPÈS-GRANGÉ JEUNE AFRIQUE


Culture médias BANDE DESSINÉE

L’ami américain

Le spécialiste de l’islam Jean-Pierre Filiu et le dessinateur David B. ont travaillé ensemble pour raconter, dans un album saisissant, l’histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient.

C

pas seul. David a lui aussi une importante ertaines rencontres, a priori bibliothèque ! » De l’aveu du chercheur, improbables, donnent naisqui s’est bien gardé d’intervesance à de beaux nir sur le dessin, c’est David enfants. Le couple unissantlespécialistedel’islam B. qui guidait la construction contemporain Jean-Pierre Filiu du récit. « C’est lui qui a eu et David B., auteur de bandes l’idée de l’astuce narrative de dessinées (L’Ascension du Haut départ»,souligne-t-il.Ledébut Mal), s’est formé aux Rendezde l’album s’inspire en effet de Vous de l’Histoire de Blois. l’épopée de Gilgamesh, l’une despremièresœuvreslittéraires « J’étais déjà un grand admirateur de son œuvre et lui avait lu connues, rédigée au XVIIIe ou certains de mes travaux sur les au XVIIe siècle avant J.-C. dans Les Meilleurs l’ancienneMésopotamie(l’Irak mouvements messianiques », Ennemis, de J.-P. Filiu et David B., d’aujourd’hui).Ayantbesoinde se souvient Filiu. Leur collaFuturopolis, boration s’est concrétisée avec bois, le roi Gilgamesh et son 120 pages, 20 euros l’album Les Meilleurs Ennemis. amiEnkidou«sefontforgerdes Une histoire des relations entre armeslourdesetterribles»pour s’emparer des arbres du pays des Cèdres. les États-Unis et le Moyen-Orient, Ire partie, 1783-1953,premiertomed’unesériequien N’écoutant aucun conseil, ils sèment la compteratrois.L’entreprise,quicouvreplus destruction et le paient au prix fort… Une dedeuxsièclesd’unehistoirecomplexe,est ressemblance avec l’actualité? « L’invasion ambitieuse.«Nousavonsbeaucoupdiscuté américaine de l’Irak en 2003 a plongé ce et échangé, raconte Filiu. J’ai mené un pays dans les affres de la guerre civile et important travail de documentation, mais de l’occupation. Malicieusement, nous

JEUNE AFRIQUE

avons placé dans la bouche de Gilgamesh et Enkidou des propos tenus par George W. Bush et Donald Rumsfeld en 2002 et 2003 », écrivent les auteurs. GÉOPOLITIQUE. Ainsi procèdent Jean-

Pierre Filiu et David B., par mises en perspectiveetraccourcisgraphiquessaisissants. Le récit commence véritablement en 1751, lors de la fameuse bataille de Lépante opposant la Saint Ligue chrétienne à la marine ottomane. Il se poursuit avec les campagnesetlesnégociationsoccidentales en Méditerranée, la guerre américaine contreTripoli,l’établissementdesmandats français et britanniques, le rapprochement des États-Unis et de l’Arabie saoudite, le renversement de Mossadegh en Iran par la CIA… Les partis pris des auteurs sont en général convaincants. Si l’on attend avec impatience la sortie du tome II, on peut tout de même regretter que la densité graphique et l’absence d’un narrateur identifié donnent à l’album des accents de cours magistral. Avec Gaza 1956, en marge de l’Histoire, le dessinateur américain Joe Sacco avait évité ce piège en multipliant les allers-retours entre passé et présent, et, surtout, en mettant en scène sa propre enquête de terrain. ● NICOLAS MICHEL

Æ BATAILLES NAVALES, SCÈNES DE GUERRE, le récit explore avec habileté différents registres. ESPIONNAGE,

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Culture médias En vue

■ ■ ■ Décevant

ROMAN

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

ESSAI

Déconseillé é aux machos UNE ŒUVRE D’ART RÉUSSIE ne laisse pas indifférent. M u r i e l D i a l l o, auteure jeunesse et peintre ivoirienne, doit le savoir ; dans son premier roman, elle dresse un tableau partial et parfois irritant d’une société qui met à son ban les femmes au « caractère trop fort ». Ce parti pris est incarné par une Africaine sondant les traces de sa grand-mère, compagne d’un Blanc au temps de l’AOF. Sa quête la mène à Paris, où elle recueille les histoires de « sœurs » brisées par la rumeur, le mépris et l’abandon. L’écriture est intime et inventive, le trait un tantinet forcé. Bref, les hommes ne sortent pas grandis de ce voyage au bout duquel, néanmoins, la réconciliation n’est pas exclue. Ouf ! ● FABIEN MOLLON

La Femme du Blanc, de Muriel Diallo, Vents d’ailleurs, 192 pages, 18 euros ■■■

JEUNESSE

Du marigot à la présidence QU’UN PRÉSIDENT de la République devienne crocodile, cela ne surprendrait guère. Mais qu’un crocodile veuille devenir président, c’est plus étonnant. Sur cette idée saugrenue pas dénuée de sous-entendus, le romancier Yves Pinguilly tricote une histoire faussement naïve pour les enfants (et leurs parents). Si l’on est touché par l’humanisme tendre et l’humour décalé du conte, les illustrations, elles, laissent à désirer. ●

Vous avez dit philosophie africaine?

Le nouveau numéro de la revue Critique, « Philosopher en Afrique », pose la question polémique de la contextualisation de la pensée. Et propose quelques réponses.

L

a philosophie a-t-elle une identité propre liée au milieu géographique, à l’environnement culturel, aux origines de celui qui la professe? Est-elle tributaire d’une histoire déterminée ou le fruit de circonstances? Une pensée qui ne découlerait pas de la philosophie grecque mérite-t-elle le nom de philosophie ? Et puis, s’agissant de l’Afrique, peut-on parler de « philosophie africaine », en dépit de tous les particularismes, comme si les Africains, pris globalement, avaient les mêmes schèmes de pensée ? Ces questionnements, et d’autres, ont nourri les débats de la rencontre internationale sur le dialogue interrégional Afrique-Amériques. Ce colloque, organisé par l’Unesco, a eu lieu en avril dernier à l’Université Purdue, dans l’Indiana, aux États-Unis. La somme des contributions de philosophes africains ou africanistes a servi de matière pour la réalisation de ce numéro spécial de la revue Critique intitulé « Philosopher en Afrique ». En tout, onze textes. Il est une question fondamentale à laquelle Souleymane Bachir Diagne, professeur à l’Université Columbia, à New York, répond d’emblée : « Il n’y a pas de périphérie, et donc pas de

centre. Il y a une activité philosophique des humains partout où ils se trouvent, qui va dans plusieurs directions, qui est posture herméneutique devant les œuvres d’art, distance critique devant les traditions, réflexion sur le langage, l’oralité et l’écriture. » Dans un autre texte, notre collaboratrice Séverine Kodjo-Grandvaux nous révèle qu’aucune université européenne « ne dispense de manière régulière d’enseignements consacrés à la philosophie africaine ». Pendant ce temps, aux États-Unis, les universités proposent aux étudiants des cours de philosophie africaine, et beaucoup de philosophes venus d’Afrique y enseignent. Dans un autre registre, JeanGodefroy Bidima, professeur à l’Université Tulane, à la Nouvelle-Orléans, aborde, dans « Philosophies, démocraties et pratiques : à la recherche d’un universel latéral », les conditions d’énonciation des philosophies en Afrique, la question épistémologique de la politique de la vérité et celles des réceptions de ces philosophies. En fin de compte, grâce à la clarté des énoncés, ce numéro a priori destiné aux spécialistes devient limpide pour tout lecteur curieux. ● TSHITENGE LUBABU M.K.

NICOLAS MICHEL

Un crocodile à l’école, d’Yves Pinguilly et Muriel Diallo, Planète rêvée, 48 pages, 14 euros ■■■ N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

SALAKO/APA

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 LE PHILOSOPHE PAULIN HOUNTONDJI, l’un des contributeurs de ce numéro de la revue Critique.

Critique, « Philosopher en Afrique », aoûtseptembre 2011, collectif, 120 pages, 12 euros ■■■ JEUNE AFRIQUE


Culture médias SANS OUBLIER

LITTÉRATURE

Le retour du Messie L’AUTEUR AMÉRICAIN James Frey a ses admirateurs et ses détracteurs, notamment parce qu’il se fit connaître avec une autobiographie, A Million Little Pieces, racontant un combat qui se révéla en partie fictif contre la drogue… Avec Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom, Frey opte radicalement pour la fiction, joli pied de nez à ses critiques. Imaginez : le Messie, de retour dans le New York du XXIe siècle et porteur d’un message de paix, aime à toutes les occasions, les hommes comme les femmes. Cible de Frey : toutes les religions établies. Un texte salutairement dérangeant. ● NM

Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom, de James Frey, Flammarion, 384 pages, 23 euros ■■■

MUSIQUE

Voyage en trompette AVEC DIAGNOSTIC, le trompettiste Ibrahim Maalouf propose une sorte de voyage stylistique. Il y a chez lui du Chopin, des citations tziganes, orientales, cubaines, des variations rythmiques qui vont de la valse au rock en passant par des combinaisons qui swinguent comme dans le jazz ou chaloupent comme dans les musiques d’Orient. Une qualité pour beaucoup, une volonté pour Maalouf, et un truc superficiel pour certains, au sens d’un « voyage cartes postales », où l’on veut tout voir, où l’on voit presque tout, mais en surface, parce qu’on ne s’arrête jamais nulle part. Reste le jeu de trompette, exemplaire sur le plan de l’interprétation. ● MARC ROSENFELD

YOURI LENQUETTE

Diagnostic, d’Ibrahim Maalouf, Mi’ster Productions/ Harmonia Mundi ■■■

CINÉMA

En temps réel PARMI TOUS LES FILMS sortis à la hâte sur le Printemps arabe, celui de Mourad Ben Cheikh, l’un des tout premiers, est sans doute l’un des plus achevés. Le dernier Festival de Cannes, le présentant lors d’une séance spéciale, ne s’y était pas trompé. Bien que tourné à chaud à Tunis au lendemain de la fuite de Ben

Ali, il est bien construit, rythmé, et se développe autour de trois personnages attachants et courageux – une avocate, une blogueuse et un journaliste – dont on partage en temps réel les émotions et les réactions face aux événements qui se précipitent tandis que la peur change de camp. ● RENAUD DE ROCHEBRUNE

Plus jamais peur, de Mourad Ben Cheikh (sortie à Paris le 5 octobre) JEUNE AFRIQUE

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Début octobre paraîtra pour la première fois La Revue littéraire du monde noir, mensuel consacré à la création littéraire de l’Afrique à la Caraïbe. Le numéro 1 rend hommage à Léopold Sédar Senghor et « invite » Nétonon Noël Ndjékéry. Prix de vente au numéro : 4,50 euros. Bienvenue à ce nouveau confrère. Décédée ce 25 septembre, la Prix Nobel de la paix Wangari Muta Maathai (voir p. 33) a écrit plusieurs livres. En janvier 2012 paraîtra Réparer la terre aux éditions Héloïse d’Ormesson, son éditeur français. Elle y expose les valeurs fondamentales de son Mouvement de la ceinture verte. Du 30 septembre au 30 octobre, le photographe Hans Silvester expose à Paris, dans l’Espace Dupon, ses photos sur les duels au bâton (dongas) des bergers suris de la vallée de l’Omo, en Éthiopie. L’expo accompagne la sortie d’un livre aux Éditions de la Martinière. « Voyage en Orient, de Pierre Loti à Nan Goldin » : c’est le titre de l’exposition au parfum d’orientalisme qui sera présentée du 7 octobre 2011 au 29 janvier 2012 dans la Galerie d’art du conseil général des Bouches-du-Rhône (France). La Galerie Clémentine de La Féronnière présentera à Paris, du 8 au 22 novembre prochain, une exposition intitulée « Photographies soudanaises », regroupant le travail de plusieurs artistes du collectif Elnour. Notamment Rashid Mahdi et Richard Lokiden Wani, qui tirent chacun le portrait de son pays à sa manière : l’un en studio, l’autre à l’extérieur. N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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Culture médias EN KIOSQUE | La revue

Vers une nouvelle révolution chinoise? Ð Le numéro 16 du mensuel est en vente depuis le 29 septembre

J

AMAIS, DANS L’HISTOIRE, un pays n’a connu une croissance économique aussi rapide: presque 10 % l’an pendant trois décennies. Deuxième puissance mondiale depuis 2010, la Chine devrait dépasser les États-Unis d’ici à 2020. Impossible, toutefois, que l’empire du Milieu continue dans cette voie. Fondé pour l’essentiel sur les exportations de marchandises à bas coût, son développement accéléré et les formidables excédents commerciaux qu’il génère menacent l’équilibre économique mondial. Plus inquiétants encore sont les problèmes intérieurs. Peut-on imaginer, par exemple, que les 230 millions de paysans-ouvriers, les mingong, accepteront longtemps encore d’être traités comme des esclaves ?

Tout indique qu’après l’ère de la renaissance nationale sous Mao Zedong puis celle de l’expansion économique amorcée sous Deng Xiaoping, en 1978, une troisième étape s’ouvrira d’ici peu. Elle devrait coïncider avec l’accession au pouvoir, dans un peu plus de un an, de Xi Jinping, l’actuel vice-président, appelé à succéder à Hu Jintao à la tête du Parti communiste en octobre 2012. Dans son dernier numéro, La revue passe au crible les changements qui s’annoncent, notamment sur le plan économique. Comme l’explique Alain Faujas, on assistera inéluctablement à une réorientation de la production vers le marché intérieur. Même si ses principes de base ne seront pas remis en question dans l’immédiat, la politique étrangère connaîtra elle aussi un infléchissement. Pour Zheng Ruolin, il est évident que la Chine sera de plus en plus active sur la scène internationale, ne serait-ce que pour protéger ses ressortissants, comme on a pu le voir dans l’épisode libyen quand Pékin a N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

 LA REVUE NO 16, octobre 2011, 172 pages, 4,90 euros. (3 000 francs dans la zone CFA).

dépêché une frégate et plusieurs avions de transport militaire pour évacuer une partie des 32 000 ouvriers chinois présents dans le pays. Nul doute que Xi Jinping poursuivra la modernisation du pays. Qu’en sera-t-il sur le plan politique ? Serat-il l’homme de l’ouverture démocratique ? Retracé par Renaud de Rochebrune, le parcours de ce bon vivant de 58 ans, amateur de films hollywoodiens et marié à une chanteuse très connue dans le pays, plaide plutôt en ce sens. Avec ce dossier de 36 pages, auquel ont contribué les meilleurs spécia-

listes, La revue, conformément à son ambition, tente d’aller plus loin que les autres médias. On retrouve cette ambition dans les pages sur les États-Unis, où Pascal Airault et François Soudan évaluent les chances de réélection de Barack Obama en novembre 2012. Même s’il est en mauvaise posture dans les sondages, le président sortant ne manque ni de courage ni de lucidité. Il sait qu’il ne pourra faire revivre les espoirs de 2008. Aussi cherchet-il, cette fois, à imposer l’image d’un leader responsable, opposé aux positions extrémistes, qu’elles émanent des ultras du Tea Party ou de l’aile gauche des démocrates. De même, les lecteurs de Jeune Afrique auront-ils un intérêt particulier à lire l’article d’Abdelaziz Barrouhi sur les dysfonctionnements du système judiciaire tunisien dans les affaires mettant en cause les dignitaires de l’ancien régime. En contrepoint, on pourra découvrir la position de Ben Ali sur les événements qui ont conduit à sa chute, le 14 janvier. Seuls les médias arabophones avaient jusqu’ici publié le communiqué diffusé par son avocat. Enfin, on ne saurait passer sous silence le très beau portrait que brosse de Jean Daniel son ami Hubert Védrine. Pour l’ancien ministre français des Affaires étrangères, le fondateur du Nouvel Observateur, 91 ans depuis le 21 juillet 2011, est « plus actuel que jamais ». ● DOMINIQUE MATAILLET

À LIRE DANS CETTE ÉDITION : DOSSIER CE QUE SERA LA CHINE DEMAIN. Une nouvelle ère s’ouvrira dans un an avec le changement de président ÉTATS-UNIS OBAMA PEUT-IL ENCORE L’EMPORTER ? Le président américain joue la carte du « leader responsable » TUNISIE LA JUSTICE EN ACCUSATION. Les dysfonctionnements dans le traitement des dossiers des dignitaires de l’ancien régime JEUNE AFRIQUE


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Annonces classées

Recrutement

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N° 2647 • DU 2 AU 8 octobre 2011

JEUNE AFRIQUE


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Divers - Manifestation d’intérêt

SOLLICITATION DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT Service de Consultant : PANEL CONSULTATIF ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL (PCES) DANS LE CADRE DU PROJET PRO-ROUTES. « Recrutement d’un Consultant Expert Environnementaliste, avec expérience en biodiversité, gestion des aires protégées, braconnage et commerce des viandes de brousse. » N° Avis : AMI N° 010/CI/PRO-ROUTES/2011 - Date de l’Avis : le 03 octobre 2011. 1. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a obtenu un don de l’Association dont au moins deux (2) en en Afrique centrale ; Internationale de Développement (IDA) d’un montant de $50 millions, et un don de DFID de • Avoir participé à la réalisation d’au moins trois (3) études sur la conservation de la biodiversité £36 millions ($73 millions) correspondant globalement à 123 millions de USD, pour financer le dont au moins une en Afrique centrale ; Projet Pro-Routes dont l’objectif global est de contribuer à la réduction de la pauvreté grâce au • Avoir participé à la réalisation d’au moins trois (3) études sur le braconnage et le commerce de rétablissement et à la préservation durable des infrastructures routières permettant l’accès des la viande de brousse dont au moins une en Afrique centrale ; populations aux marchés et aux services sociaux et administratifs nécessaires à la relance socio• Avoir une connaissance approfondie de la gestion des Aires protégées en Afrique ; économique et à la réintégration du pays. • Avoir une expérience d'au moins trois (3) ans dans la mise en œuvre des plans de gestion enviIl a l’intention d’utiliser une partie du montant de ces dons pour effectuer les paiements au titre ronnementale et sociale ; du Recrutement d’un Consultant Expert en Sciences Sociales avec expérience dans les • Avoir une expérience d'au moins trois (3) ans dans le suivi-évaluation environnemental et social Déplacements Involontaires des Personnes (PAR) et la Protection des Populations Autochtones de projets routiers ; (PDPA), dans le cadre d’un Panel Consultatif Environnemental et Social (PCES) comprenant trois • Avoir une grande expérience dans le processus des Consultations publiques et dans la stratégie (3) Experts de réputation internationale en matières sociales et environnementales pertinentes de communications. pour le projet, pour l’émission des avis et recommandations sur la pertinence et la mise en • Avoir une connaissance approfondie des politiques de sauvegarde de la Banque mondiale et des œuvre du programme environnemental et social, pour le projet Pro-Routes. lois de la RDC en la matière ; 2. Les Experts du Panel Consultatif Environnemental et Social (PCES) à recruter auront pour tâches • Avoir une connaissance des outils standards informatiques (World, Excel, PowerPoint, etc.) ; principales, chacun dans son domaine de prédilection, de : Un acquis des expériences de la gestion environnementale des projets PMURR (programme mul(a) Passer en revue et donner un avis en temps utile sur les TDR des EIE et des PAR qui doivent tisectoriel d’urgence de réhabilitation et de reconstruction), PUAACV (projet d’urgence d’appui à être réalisés. Il est prévu que le PCES fournisse un document unique intégrant les contributions l’amélioration des conditions de vie) et PUSPRES (projet d’urgence et de soutien au processus de de chacun dans un délai de deux (2) semaines suivant la réception des documents ; réunification économique et social) serait un atout. (b) Passer en revue et donner un avis, en temps utile, sur la préparation des TDR des EIE et des 4. La Cellule Infrastructures (CI) invite les candidats admissibles, Consultants Individuels, à maniPAR, y compris les rapports finaux provisoires en portant une attention particulière au plan de fester leur intérêt à fournir les services précités. Les candidats potentiels intéressés doivent fourgestion environnemental et au plan de gestion sociale ainsi qu’aux besoins d’amélioration de nir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter ces services (un CV détaillé indila capacité de gestion environnementale et sociale. Il est prévu que le PCES fournisse un docuquant l’exécution des contrats analogues, expériences dans des conditions semblables, disponiment unique intégrant les contributions de chacun dans un délai de deux (2) semaines suivant bilité des connaissances nécessaires, une lettre de motivation - 2 pages maximum- expliquant la réception des documents ; les motivations profondes d’intérêts pour la mission, les qualifications et expériences spécifiques (c) Passer en revue et donner un avis, en temps utile, sur la mise en œuvre du plan de gestion pertinentes et similaires à prendre en compte pour l’examen des expressions d’intérêts en vue environnemental, du plan de gestion sociale, et des PAR ; de la sélection, etc). (d) Conseiller et assister la Cellule Infrastructures (CI) dans le suivi du programme environnemental 5. Le Consultant Expert environnementaliste avec expériences en biodiversité et en gestion d’aiet social, en particulier en ce qui concerne les impacts environnemental et/ou social d’évèneres protégées, contrôle du braconnage et du commerce de la viande de brousse, membre du ments non prévus par le projet et qui pourraient survenir durant sa phase de mise en œuvre ; Panel Consultatif Environnemental et Social (PCES), Consultant Individuel, sera sélectionné, en (e) Passer en revue les consultations publiques et les actions de dissémination entreprises avant et accord avec les procédures définies à la section V des Directives : « Sélection et Emploi pendant la présence du PCES ; des Consultants par les emprunteurs de la Banque mondiale », édition Mai 2004, révi(f) Durant son travail, dialoguer avec les experts sociaux et environnementaux du gouvernement sées en octobre 2006 et en Mai 2010. et d’autres experts pays concernés, les experts de la Banque mondiale, les consultants chargés 6. Les Consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des docude la réalisation des études d’EIE et de PAR, les entreprises de travaux ; la société civile, et les ments de référence à la Cellule Infrastructures (CI) à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables de personnes et parties affectées ; lundi à vendredi de 9h00 à 16h00, heures locales. (Les Termes de référence complets (g) A la demande de la CI, passer en revue les termes de référence d’études et activités sociales et sont diponibles dans le sit de web de la Cellule Infrastructures). www.celluleinfra.org environnementales supplémentaires qui pourraient être prises en charge par le Projet ; 7. Le démarrage des prestations est prévu à partir du mois de décembre 2011 pour une pour une (h) Analyser et trancher les questions litigieuses d’ordre environnemental et social qui lui seront durée de Cent Vingt (120) jours, échelonnée sur Trois (3) ans, avec une possibilité de soumises par la CI ; et renouvellement au cas où l’évaluation de ses prestations serait jugée satisfaisante. (i) Fournir les informations et données d’ordre environnemental et social qui lui seront demandées Une période probatoire de 6 mois est prévue pour apprécier les prestations du Consultant. par la CI. 8. Les Manifestations d’Intérêts, rédigées en langue française, doivent parvenir par courrier ou par Les Experts internationaux composant le Panel Consultatif Environnemental et Social (PCES) trae-mail à l’adresse ci-dessous au plus tard le 25 octobre 2011 à 14 heures précises locales et vailleront en étroite collaboration comme une équipe soudée de telle sorte que chaque Expert porter clairement la mention: « AMI N°010/CI/PRO-ROUTES/2011 : PANEL CONSULTATIF abordera non seulement son domaine d’expertise, mais également contribuera à une perspective ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL (PCES) DANS LE CADRE DU PROJET PRO-ROUTES : multidisciplinaire et optimalisera les opportunités de développer des synergies. « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT EXPERT ENVIRONNEMENTALISTE AVEC 3. Pour répondre aux critères de sélection, l’Expert environnementaliste avec expériences en bioEXPÉRIENCE EN BIODIVERSITÉ, GESTION D’AIRES PROTÉGÉES, CONTRÔLE DU BRAdiversité et en gestion d’aires protégées, contrôle du braconnage et du commerce de la viande CONNAGE ET DU COMMERCE DE LA VIANDE DE BROUSSE » de brousse devra répondre au profil suivant : Cellule Infrastructures du Ministère des Infrastructures, Travaux Publics et Reconstruction. • Être détenteur d'un diplôme de niveau universitaire en sciences de l'environnement (bac+5) ou 70A, avenue Roi Baudouin. Commune de la Gombe. Kinshasa. équivalent ; République Démocratique du Congo. • Être un Expert environnementaliste de haut niveau avec au moins dix (10) années d'expérience Tél : +243.81.037.64.94. Email : celluleinfra@vodanet.cd globale dans le secteur ; • Avoir participé à au moins un (1) Panel Consultatif Environnemental et Social pour de projets Kinshasa, le 3 octobre 2011. routiers ; Amidou SERE • Avoir participé à au moins cinq (5) études d'impact environnement et social de projets routiers, Coordonnateur

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JEUNE AFRIQUE


Annonces classées UNITED NATIONS United Nations Organization stabilization Mission in the Democratic Republic of the Congo

NATIONS UNIES Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

MONUSCO

PROC/EOI- 2011/068 (AK) - Le 19 septembre 2011

DEMANDE DE MANIFESTATION D’INTERET

Manifestation d’intérêt pour la provision d'eau de puits de forage à l’Aéroport de N’djili, Kinshasa, République Démocratique du Congo

La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) sollicite des manifestations d’intérêt de la part des entreprises dûment enregistrées et autorisées pour le forage de puits d’eau à l’Aéroport de N’Djili, Kinshasa, République Démocratique du Congo. 2. MONUSCO entreprendra sous peu un exercice d'appel d'offres pour établir un contrat et a donc l'intention d’émettre un document de sollicitation aux sociétés qui ont exprimé leur intérêt et qui ont fourni des informations pertinentes initiales démontrant leur capacité à satisfaire aux exigences de la MONUSCO. En outre, on demandera aux Sociétés intéressées de remplir le formulaire d’enregistrement des fournisseurs (seulement pour les nouveaux fournisseurs). L'ensemble des services inclut l’étude du site et la localisation des eaux souterraines aux sites proposés, le forage des trous de forage, la fourniture et l'installation des accessoires, y compris tubages, filtres, pompes submersibles, débitmètres de la tuyauterie, échafaudage et la construction de plates-formes de béton autour des forages. Les spécifications détaillées seront fournies aux sociétés présélectionnées pour la réception des documents de sollicitation. 3. Les Sociétés intéressées à être présélectionnées pour recevoir le dossier d’appel d’offres de la MONUSCO, sont invitées à soumettre par écrit une manifestation d’intérêt. Les manifestations d’intérêt doivent spécifier les informations pertinentes sur la société, y compris le profil de l'entreprise, la capacité et l'expérience de l'entreprise dans le domaine du forage des puits d’eau, actuelle ou antérieure aux contrats similaires entrepris dans les douze (12) derniers mois (le cas échéant) et des copies des inscriptions et de licence(s) de l'entreprise. 4. Veuillez noter que cette demande n’est pas un appel d’offres. 5. MONUSCO garde le droit de sélectionner ceux qui devront prendre part à l’appel d’offres compétitif sur base d’évaluations des informations reçues. La seule soumission de la demande de manifestation d’intérêt ne garantit pas automatiquement la réception des documents de sollicitation. MONUSCO se réserve le droit de rejeter les manifestations reçues après la date limite mentionnée ci-dessous. 6. L'expression d'intérêt peut être soumise par courriel ou par télécopieur clairement marquée avec l'inscription « Manifestations d'intérêt à l’Aéroport de N’Djili, Kinshasa, République Démocratique du Congo. Réf : PROC/EOI - 2011/068 – AK) » et adressée comme suit pour être reçue au plus tard le 19 Octobre 2011, 15 h 00, heure de Kinshasa (GMT +1). Chief Procurement Officer - MONUSCO - Utex Africa Compound, Av Colonel Mondjiba, Ngaliema, Kinshasa, DRC Fax: +1 212 963 0205 or +39 0831 44 6696 or +39 0831 24 5167 E-mail : monuc-procurement@un.org or konate1@un.org or konatea@un.org

UNITED NATIONS United Nations Organization stabilization Mission in the Democratic Republic of the Congo

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NATIONS UNIES Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

MONUSCO

PROC/EOI/070 (JMM)

DEMANDE DE MANIFESTATION D’INTERET

Manifestation d’intérêt pour la fourniture des produits d’hygiène et de matériel de nettoyage.

1. La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) sollicite des manifestations d’intérêt pour la fourniture des produits d’hygiène et de matériel de nettoyage. 2. C’est pour cette raison que la MONUSCO mettra bientôt en place un appel d’offres compétitif et a aussi l’intention d’émettre une invitation à soumissionner [Invitation to Bid (ITB)] pour les entreprises qui voudraient soumissionner leur intérêt et fournir des informations pertinentes initiales pour démontrer leur capacité à satisfaire les exigences demandées par la MONUSCO. En outre, il sera demandé aux entreprises intéressées de remplir le formulaire d’enregistrement des fournisseurs (seulement pour les nouveaux fournisseurs). Un Cahier des Charges détaillé sera fourni aux sociétés sélectionnées sur réception des documents ITB. 3. Les entreprises intéressées à être présélectionnées pour recevoir le dossier d’appel d’offres de la MONUSCO sont invitées à soumettre par écrit une manifestation d’intérêt indiquant leur capacité, expérience, à y joindre le profil de l’entreprise, les copies de leur agrément, registre de commerce, ainsi que leurs références relatives aux contrats similaires entrepris durant les douze derniers mois (les cas échéant). 4. Veuillez s’il vous plait noter que cette demande n’est pas un appel d’offres. 5. La MONUSCO se réserve le droit de sélectionner ceux qui devront prendre part à l’appel d’offres compétitif sur la base d’évaluations considérables et avérées sur le sujet des activités. La seule soumission de la demande de manifestation d’intérêt ne garantit pas automatiquement la bonne réception des documents ITB. 6. Les manifestations d’intérêt peuvent être soumises par courrier, télécopie ou sous plis fermés portant l’inscription « Manifestation d’intérêt pour la fourniture des produits d’hygiène et de matériel de nettoyage » (Réf : PROC/EOI/070/JMM), délivrées à l’adresse suivante et reçues au plus tard le 10 octobre 2011, à 16 h 00, heure de Kinshasa (GMT +1) : 7. La MONUSCO se garde le droit de rejeter les demandes de manifestation d’intérêt reçues après la date limite. Chief Procurement Officer - MONUSCO Utex Africa Compound - Avenue Colonel Mondjiba Ngaliema, Kinshasa, Democratic Republic of Congo Fax: + 1 212 963 0205 or + 39 0831 44 669 E-mail: MONUC-procurement@un.org - moswala@un.org

Manifestation d’intérêt

JEUNE AFRIQUE

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Annonces classées

AVIS DE REPORT

Appel d’Offres Ouvert N°ASECNA/DGDI/DGDIM/1102/2011 L'Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) porte à la connaissance des potentiels soumissionnaires intéressés par I’appel d’offres ouvert relatif à la fourniture, d’une part, de divers équipements individuels et matériels de travail pour pompiers d’aérodrome et, d’autre part, d’outillages de garage que : • La date limite de remise des offres initialement fixée au 14 septembre 2011 à 11 heures, heure locale (GMT) est reportée au 10 octobre 2011 à 11 heures, heure locale (GMT) ; • La date d’ouverture des plis initialement fixée au 14 septembre 2011 à 12 heures, heure locale (GMT) est reportée au 10 octobre 2011 à 12 heures, heure locale (GMT) ; • Le reste de l‘appel d‘offres demeure inchangé.

Le Directeur Général

RÉPUBLIQUE TOGOLAISE - MINISTÈRE DE LA SANTÉ

PROJET DE RÉHABILITATION DES CENTRES DE DÉPISTAGE VOLONTAIRE, DES SITES PTME, DES UNITÉS DE STOCKAGE/DISTRIBUTION ET DE DISPENSATION DES MÉDICAMENTS AU NIVEAU DES SITES DE PRISE EN CHARGE, DES MAGASINS RÉGIONAUX DE LA CAMEG-TOGO AUX NORMES DE STOCKAGE DES ARV ET DES CHAMBRES FROIDES D'ATAKPAMIE ET DE KARA

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° AOI 010/2011/Rd8/UGP MS-FMSTP

1. L’Unité de Gestion de Projets du Fonds Mondial de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme du Ministère de la Santé (UGP MS-FMSTP) du Togo voudrait procéder à l'exécution des travaux de réhabilitation des centres de dépistage volontaire, des sites PTME, des unités de stockage/distribution et de dispensation des médicaments au niveau des sites de prise en charge, des magasins régionaux de la CAMEG-TOGO aux normes de stockage des ARV et des chambres froides d’Atakpamé et de Kara. 2. Le dossier d'appel d’offres est composé de dix (10) lots dont le détail peut être consulté sur le site dgMarket. 3. Les entreprises intéressées à concourir peuvent obtenir des informations complémentaires et examiner le Dossier d’Appel d’Offres au : secrétariat de l’UGP MS-FMSTP 01 BP : 1023 Lomé, Tel : (228) 22 20 38 14, E-mail : secretariat.ugpms@ugpms.tg 4. Les offres doivent être déposées au Secrétariat de l’UGP MS-FMSTP, sis dans l’immeuble qui abritait précédemment la Direction des Affaires Juridiques de TOGOTELECOM situé entre le Camp des Sapeurs Pompiers et la Direction Générale de la Société des Postes du Togo (SPT) à Nyékonakpoè à Lomé, au plus tard le mercredi 2 novembre 2011 à 15 heures précises, Temps Universel (TU). L'ouverture des offres se fera le même jour à 15 heures 45 minutes TU dans la salle de réunion du Ministère de la Santé en présence des représentants des soumissionnaires qui souhaitent être présents. 5. Le présent avis et le Dossier d'Appel d'offres peuvent être consultés dans leur intégralité sur le site dgMarket. Lomé, le 26 septembre 2011 La Coordinatrice, Dr Antoinette E. D. AWAGA

RÉPUBLIQUE DE GUINÉE

PRIMATURE

Appel d’offres

SECRÉTARIAT ÉXÉCUTIF DU CNLS

Retrouvez toutes nos annonces sur le site : www.jeuneafrique.com

N° 2647 • DU 2 AU 8 octobre 2011

AVIS D’APPEL D’OFFRES N° 03 DU 26/09/2011 POUR LE RECRUTEMENT D’UNE AGENCE DE GESTION FINANCIÈRE INTERNATIONALE. Le Secrétariat Exécutif du Comité National de Lutte contre Le Sida sur Financement du Fond Mondial sida tuberculose et paludisme pour la composante VIH/Sida, lance un Appel d’Offres pour le recrutement d’une Agence de Gestion Financière (AGF) International. La participation à la concurrence est ouverte à tous les cabinets de Gestion financière spécialisés. 1. MISSION : Recrutée pour une période de douze mois renouvelable, l’AGF aura pour mission d’assurer : i) la gestion administrative, comptable et financière du programme, (ii) le renforcement des capacités de gestion administrative, financière et comptable du PR (homologues nationaux) et des Sous Bénéficiaires et (iii) la mise en place et le paramétrage du logiciel comptable intégré (comptabilité, budget, trésorerie, et gestions des immobilisations). 2. QUALIFICATIONS REQUISES : L’AGF sera un cabinet ayant (i) une bonne connaissance des procédures de gestion comptable et financière de projet et/ou de programme financés par les Bailleurs de Fonds internationaux, (ii) et une expérience pertinente dans des missions similaires de gestion financière de projets financés par les bailleurs de fonds internationaux (Fonds Mondial, Banque Mondiale, BAD, Union Européenne, etc.) sera un avantage. 3. COMPOSITION : L’AGF devrait être constituée d’un personnel minimum (Un chef de mission, Spécialiste Sénior en gestion financière et Un comptable expérimenté) répondants aux qualifications définies dans les Termes de Références. MODALITES DE RÉPONSE : Les soumissionnaires devront adresser une proposition technique et financière contenant : a. Une proposition méthodologique pour la réalisation de cette mission ; b. Un budget d’intervention détaillant les coûts unitaires HT en Dollar US (Honoraires, per diem, transport, etc.) ; c. Un détail sur le profil et les compétences du cabinet, de l’AGF et des consultants ; d. Un CV détaillé des personnes qui constituent l’équipe d’intervention ; Les dossiers comprenant toutes les informations notées doivent parvenir au plus tard 21 jours après le début de la publication, par courrier DHL (le cachet de la poste faisant foi) à l'adresse suivante : SE/CNLS, Immeuble ex-ENIPRA Kaloum BP 3934 Conakry, République de Guinée, Tel : (00224) 63-79-93-61/64-24-33-82/64-20-46-14. Des informations complémentaires (TDR) peuvent être retiré à l’adresse suivant : E-mail : cnlsida02@yahoo.fr ; CONAKRY LE 26/09/2011 Le SECRETAIRE EXECUTIF DU CNLS Dr Abass DIAKITE JEUNE AFRIQUE


Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Kaddafi panafricain ? Les réactions de vos lecteurs dans votre édition du 18 au 24 septembre (J.A. n° 2645) me font bondir. Certes, les motivations occidentales sont pour le moins ambiguës. Mais reprendre le cliché du Kaddafi panafricain me paraît  J.A. N 2645, singulièrement du 18 au osé. Kaddafi a 24 septembre 2011. attiré en Libye nombre d’Africains subsahariens et en a fait des esclaves. Pis encore, il s’est servi de ceux qui tentaient de gagner l’Europe comme moyen de chantage, n’hésitant pas, une fois satisfait, à les relâcher en plein désert. Bien sûr, son argent lui a valu l’indulgence – pour ne pas dire plus – de dirigeants d’Afrique noire aussi peu regardants sur les droits de l’homme que lui : une vraie fraternité O

de dictateurs… Alors, qu’on cherche des arguments en sa faveur (il doit y en avoir) ou contre ceux qui l’ont renversé (il y en a), oui, mais surtout pas celui-là ! ● PATRICE CHEVY, Garches, France Laurent Gbagbo et la CPI Dans J.A. n° 2646, l’un de vos lecteurs, Douadji Gnahoré, s’interroge sur les critères permettant de traduire Laurent Gbagbo, l’exprésident ivoirien, son épouse et plusieurs de leurs proches devant la Cour pénale internationale. Une telle question laisse perplexe et les propos de votre lecteur sont quasi insultants pour la mémoire des milliers de victimes civiles foudroyées par une répression sauvage et aveugle, orchestrée et ordonnée par le chef des opérations militaires, Laurent Gbagbo. Les investigations de la Cour pénale se poursuivent et, une fois ce travail achevé, la curiosité de Douadji Gnahoré sera pleinement satisfaite. Pour ce qui est du massacre des gendarmes à Bouaké, en 2004, ces

hommes savaient, en s’engageant dans le métier des armes, qu’il y avait probablement la mort au bout. Ils sont morts en mission, sur le champ de bataille. En revanche, des crimes ont bien été perpétrés contre des populations civiles lors de la crise postélectorale, à Abidjan et Duékoué, notamment… Votre lecteur devrait avoir la décence de respecter la mémoire des victimes d’Abobo et d’ailleurs, tombées pour avoir dit non à un dictateur qui tentait de s’accrocher indûment au fauteuil de la présidence. ● IBRAHIMA MEITE, Évry, France

Ainsi, la RD Congo ne serait pas riche ? Je suis indigné par les propos d’Adolphe Muzito dans J.A. n° 2645 (du 18 au 24 septembre). J’aurais voulu le voir reconnaître, en tant que Premier ministre, les faiblesses et les échecs de son gouvernement, plutôt que de s’employer à démontrer l’incapacité du pays à exploiter son potentiel : nous le savons déjà car c’est une évidence ! Il est tout aussi évident que certains dirigeants passent leur temps à décourager les investisseurs étrangers par des demandes de commissions,

HOMMAGE À WANGARI MAATHAI, NOTRE CHÈRE PROF ON L’ATTENDAIT, la terrible nouvelle. comme des centaines de millions de femmes Depuis quelques jours, quelques africaines. Elle aurait pu être une bonne semaines. Quelques mois. Oui, on voyait venir, professionnelle, connue au Kenya, sans mais on ne voulait pas en parler ouvertement. jamais atteindre la notoriété mondiale qu’elle On fuyait la réalité. Dure et aride. Abrupte. a acquise, la sueur au front ! Tranchante. Déchirante. Wangari n’est pas morte, elle ne mourra Ainsi donc, le sourire, la discrétion, jamais. Wangari a fermé les yeux pour la l’humilité, la sagesse et la force d’inspiration dernière fois, mais elle n’en gardera pas de notre chère Prof disparaissent ? Non, en fait, moins l’œil ouvert sur ce que nous ferons du ils s’éclipsent de notre vision, mais jamais ils lourd héritage qu’elle nous laisse. Nous  WANGARI MAATHAI ne nous quitteront. avons, nous qui avons eu le privilège de la à l’ONU le Bien que j’aie écrit sur elle en 1994, avant côtoyer, la responsabilité exceptionnelle de 15 décembre 2009. même de la rencontrer, mon premier contact poursuivre son combat. avec Prof, en 1997, a été comme une lumière qui jaillit de Repose-toi, Prof. Il a fallu que tu ne respires plus pour mon cœur et de mon esprit. Nous nous sommes tout de qu’enfin tu acceptes de reposer ton corps, après 71 hivers suite mutuellement adoptés comme frère et sœur. Je l’ai de lutte pour tant de causes sociales et environnede suite intégrée comme ma source d’inspiration. À mentales. Nous ne te pleurons pas. Nous sommes fiers chaque fois que je la revoyais, c’était comme si je ne de toi et de ta vie bien remplie. Que la terre de ton Kenya l’avais jamais connue auparavant. Dieu nous a accordé la natal te soit légère. ● chance de faire la connaissance de Wangari et le privilège IBRAHIM THIAW, directeur de la division de la mise en œuvre des de la servir. Elle aurait pu être une femme ordinaire, politiques environnementales aux Nations unies, Nairobi, Kenya MARK GARTEN/ONU

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JEUNE AFRIQUE


Vous nous

des révisions de contrats miniers (qui spolient des entreprises sérieuses au profit d’organisations occultes, comme l’affaire du groupe canadien First Quantum, par exemple) et des surfacturations de marchés publics ayant pour seule visée leur enrichissement personnel. Quelles sont les actions entreprises pour remonter la RD Congo dans le classement « Doing Business » de la Banque mondiale ? Aucune. Les rares multinationales encore présentes sont rançonnées jour après jour par l’administration fiscale et les différents services gouvernementaux. Et Adolphe Muzito s’étonne que son pays n’ait pas d’argent ? Qu’il ne soit pas en mesure de saisir cette relation de cause à effet et d’élaborer des solutions pour y remédier est tout à fait regrettable. À le lire, le président Joseph Kabila a commencé à mettre en valeur les richesses du pays. Or les fonds générés par le pillage de la RD Congo sont placés sur des comptes offshore. À ce compte-là, on n’est pas prêt d’emprunter la voie du développement, ni celle de la démocratie. Il suffirait pourtant de si peu pour aller de l’avant ! Mais les dirigeants en sont apparemment incapables. ●

La Palestine mérite sa place à l’ONU Comment peut-on prétendre incarner et défendre la démocratie et refuser de concéder à la Palestine la liberté et le droit auxquels aspire tout son peuple ? « Nous sommes allés à l’ONU en portant vos espoirs, vos rêves, vos ambitions, vos souffrances, votre vision et votre désir pour un État palestinien indépendant », a dit le président palestinien Mahmoud Abbas, ovationné par des milliers de sympathisants à Ramallah, en Cisjordanie, à son retour de New York, où il a présenté une demande d’adhésion de l’État palestinien à l’ONU. Partout dans le monde, des voix s’élèvent pour que justice soit rendue à ce peuple qui subit la loi JEUNE AFRIQUE

JOSEPH DIEDHIOU, Dakar, Sénégal

VINCENT FOURNIER/J.A.

EFOE MONDELE, Lomé, Togo

israélienne du plus fort depuis des décennies. Que redoute l’administration Obama – et ses alliés –, qui a tenté, jusqu’à la dernière minute, de dissuader Mahmoud Abbas de saisir le Conseil de sécurité ? L’ONU serait-elle sa chasse gardée ? Quels que soient les intérêts en jeu, au nom de la démocratie, la Palestine mérite sa place à l’ONU ! Ce n’est que justice envers son peuple. ●

Plaidoyer pour trois pays frères Les auteurs de la tentative d’assassinat de juillet dernier contre le président guinéen Alpha Condé cultivent esprit ethnique et haine contre l’unité nationale. Au risque de plonger la Guinée dans une guerre civile, à l’image de celles qu’ont connues le Rwanda, le Liberia ou la Sierra Leone. Par mesure préventive, nous proposons donc au président Alpha Condé un grand débat national sur les dérives ethnico-politiques, avec à la clé des lois punissant ceux qui exacerbent ces tensions ethniques. Par ailleurs, nous invitons modestement les dirigeants guinéen, sénégalais et gambien à renforcer leur  ALPHA CONDÉ, pacte de bon le 16 mai 2011, voisinage. À à Conakry. s’appuyer sur le légendaire socle de fraternité liant nos trois pays pour améliorer leurs relations économique et culturelle. Le moment est venu d’envisager un marché commun régional, construit sur le dialogue, la prévention des conflits, la confiance entre nos populations et nos dirigeants politiques. Et ce n’est pas un vœu pieux. À condition que chacun y travaille : intellectuels, juristes, opérateurs économiques, artistes, jeunes, étudiants… ● LANCINÉ CAMARA, journaliste, Paris, France

DIAGNOSTIC Pr Edmond BERTRAND

Sportifs et tabac

C

EST GÉNÉRALEMENT admis, le tabac nuit aux performances sportives. Et pourtant, 24 % des sportifs français restent des fumeurs plus ou moins réguliers, même s’ils sont de moins en moins nombreux à mesure qu’ils atteignent le haut niveau. Le tabac contient au moins 4 000 substances, dont quelquesunes seulement sont connues, comme la nicotine, le monoxyde de carbone, la dioxine, des hydrocarbures et des goudrons cancérigènes. À moyen et à long terme, le sportif, comme tout fumeur, risque un cancer du poumon. Dans sa pratique, il est plus exposé aux soucis artériels (caillots et rétrécissements), à la réduction de l’apport d’oxygène aux muscles et à l’atteinte bronchique, qui diminue la capacité respiratoire. La nicotine peut créer des spasmes artériels graves avec risque d’angine de poitrine, d’infarctus, voire de mort subite. Mais elle peut avoir un effet favorable en stimulant le système nerveux central, en réduisant l’anxiété et en accélérant certains réflexes. Et même préparer le sportif à l’effort en augmentant le débit cardiaque, qui passe de 5 l/ min au repos à 25-30 l/min à l’effort. Aussi, certains sportifs fument-ils en début de compétition. Mais beaucoup d’entre eux, redoutant les effets des autres composants, utilisent des « produits nicotiniques sans tabac » (PNST), destinés à aider les fumeurs en cure de désintoxication. Ces sportifs en détournent l’usage en espérant améliorer leurs performances. De telles méthodes pourraient bientôt être considérées comme dopantes. Et la nicotine est facile à détecter… ● N o 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE

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Post-scriptum Fawzia Zouari

Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (51e année) Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com DIRECTION Directeur de la publication : BÉCHIR BEN YAHMED (bby@jeuneafrique.com) Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

Celles par qui les scandales arrivent

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A

VOUEZ qu’un vent de panique souffle sur les hommes depuis que les filles se sont mises à tout balancer aux flics. Mais qu’est-ce qui vous prend donc, les nanas? Pas un jour sans que l’une de vous ne frappe à la porte d’un tribunal pour déposer plainte ou signer des aveux, mettant dans l’embarras, parfois sous les verrous, conjoints, amants, ou agresseurs présumés. Ce n’est pas là une impression, il suffit de lire les journaux et les comptes rendus des procès pour découvrir les dépositions édifiantes faites par les Nafissatou, les Tristane, les Nicola (ex-épouse Takieddine) et les princesse de Yougoslavie – sans compter les Claire (Thibout) et les Isabelle (Prévost-Desorez) dans l’affaire Bettencourt. Elles y vont toutes, avec les noms de leurs accusés en bandoulière, les Strauss-Kahn, Takieddine et autres Gaubert, dont elles nous livrent les tractations, les commissions tout autant que les travers sexuels. Première question: pourquoi ELLES accusent? Il y a lieu de penser qu’il s’agit tout simplement d’une prise de parole féminine décomplexée, la preuve qu’ils sont révolus les temps des « Marie-couche-toi-là » et des « Tais-toi-Bécassine ». On ne peut plus contraindre les femmes au silence, ni les punir pour atteinte à l’honneur des mâles. Elles ont envie de dire ce qu’elles ont sur le cœur et sur le corps. En vain essaiera-t-on de leur faire porter le chapeau: les victimes, ce sont elles. Autre question, simple: si ce n’est pas par goût du bavardage – ce défaut qui leur colle à la réputation –, les femmes balancent-elles par goût de l’argent? Les accusatrices s’en défendent. C’est moins l’appât du gain qui aurait motivé Nicola Johnson que sa réaction contre un milliardaire d’époux qui souffrait d’avarice. C’est l’attitude d’un Thierry Gaubert qui traitait son épouse en blonde idiote, croyant la tenir hors du cercle de la politique occulte où seuls les hommes savent officier, c’est connu.

Dernière question: ces épouses ou jeunes filles mesurent-elles l’effet de leurs déclarations? Là, il faut bien réfléchir avant de répondre. Il se peut qu’elles se situent exclusivement sur le terrain du privé et que ce ne soit que les bobos du cœur. Comme il se peut que, à l’instar de Monsieur Jourdain, elles fassent de la politique sans le savoir, ou presque… Le fait est que le duo Diallo-Banon a ruiné la carrière de DSK et laissé le Parti socialiste français orphelin de son mentor. Les confessions de Mme Takieddine ont précipité dans la tourmente les financiers des campagnes électorales et, dans l’affaire Karachi, les témoignages de la princesse de Yougoslavie risquent de faire des dégâts jusqu’au plus haut sommet de l’État. Que Mmes Bourgi et Djouhri se mettent à parler et c’est la cata!

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Morale : à défaut d’occuper une place centrale dans la politique et, plus généralement, dans les affaires du monde, les femmes ont la capacité de dévier le cours des événements et de peser sur la marche de l’Histoire. Soit un scénario vieux de vingt siècles: pendant que Dieu et Adam menaient, d’homme à homme, les tractations en vue d’un paradis éternel, Ève précipita la chute. ●

Gérant commandité: Béchir Ben Yahmed; vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Directeur général adjoint: Jean-Baptiste Aubriot; secrétariat: Dominique Rouillon; contrôle de gestion: Sandrine Razafindrazaka; finances, comptabilité: Monique Éverard et Fatiha Maloum-Abtouche; juridique, administration et ressources humaines: Sylvie Vogel, avec Karine Deniau (services généraux) et Delphine Eyraud (ressources humaines); Club des actionnaires: Dominique Rouillon

N 2647 • DU 2 AU 8 OCTOBRE 2011

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