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LIBYE ABDELJALIL, L’HOMME QUI A FAIT TOMBER KADDAFI 51e année • N° 2645 • du 18 au 24 septembre 2011

SÉNÉGAL-GUINÉE HAUTE TENSION ENTRE WADE ET CONDÉ RD CONGO LES VÉRITÉS DE MUZITO

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de Jeune Afrique

Le Cameroun au banc d’essai

CRÉDIT PHOTO

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT ENDA EN DANT DA NT

Spécial 24 pages

TURQUIE ERDOGAN CHEZ LES ARABES

FRANCE

La République bananière Proche de Sarkozy après l’avoir été de Chirac et de Villepin, Robert Bourgi dénonce le versement d’argent liquide à des personnalités politiques françaises par des chefs d’État africains. Que valent ces accusations explosives ? Quelles sont les vraies motivations de leur auteur ? Qui sont ses prochaines cibles ? Enquête et révélations

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PANORAMA Le temps de l’éveil

59

INTERVIEW Louis-Paul Motaze, ministre de l’Économie TENDANCE Kribi, côté investisseurs et côté VIP FINANCES Un marché de plus en plus « bankable »

Le Cameroun au banc d’essai

CRÉDIT PHOTO JEUNE AFRIQUE

N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

LAURENT SAZY/FEDEPHOTO.COM

Premier PIB de la zone Cemac, leader régional dans de nombreux secteurs, le pays a le potentiel pour devenir un champion économique continental. S’en donne-t-il les moyens ?


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61

Le Cameroun au banc d’essai

Prélude

Marwane Ben Yahmed

Au pays des mille et une questions

D

RÔLE D’AMBIANCE,pourunpays qui s’apprête à élire son président dans moins de trois semaines. Beaucoup pensaient que les révoltes arabes se prolongeraient en Afrique subsaharienne, a fortiori dans les pays où le chef est au pouvoir depuis plusieurs lustres et les inégalités sociales criantes. Au Cameroun, il n’en a rien été. Paul Biya, 78 ans, en poste depuis 1982, s’apprête à être réélu sans coup férir, dans une atmosphère surréaliste : date du scrutin fixée à la dernière minute, morne campagne, opposition désunie, peu structurée et, semble-t-il, résignée, programmes flous… quand ils existent. L’inertie

PANORAMA Le Cameroun peut-il changer ? p. 62

calendes grecques, on se demande toujours quand et comment la locomotive de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) exploitera à plein son formidable potentiel humain et naturel, libérera les énergies d’entrepreneurs dynamiques mais empêtrés dans les méandres d’une administration tatillonne et trop souvent corrompue, ou améliorera de façon substantielle le quotidien de Camerounais qui ne peuvent décemment se serrer davantage la ceinture. Car, malgré de récents signes encourageants (croissance et investissements en hausse légère mais régulière, inflation

jusqu’ici en vigueur et les oligopoles qu’elle défend pourront-ils être mis à bas ?

Il est loin le temps où l’opposition mobilisait les foules, notamment à Douala, pour exiger puis obtenir le multipartisme. Oubliée aussi, la superbe de John Fru Ndi, qui talonnait Paul Biya dans les urnes en 1992. Les émeutes de la faim, en 2008, ou, cette année, la naissance du mouvement du 23 février, organisé par la Nouvelle Opposition camerounaise (NOC), n’y ont rien changé : le second souffle annoncé se fait toujours attendre, et les cadres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), véritable parti-État, ne connaissent pas les nuits agitées de certains de leurs homologues africains.

Si l’atonie politique camerounaise n’est donc pas en voie de disparition, les interrogations demeurent légion. Au-delà des inconnues relatives au niveau de la participation des électeurs à un scrutin sans véritable enjeu ou encore à l’épineuse question de l’après-Biya, repoussée aux

JEUNE AFRIQUE

contenue, dette allégée, multiplication de projets d’infrastructures, vision économique et de lutte contre la pauvreté élaborée sur dix ans, etc.), le doute n’a pas disparu. Ces bonnes intentions résisteront-elles à la fin de la campagne présidentielle ? La gouvernance suivra-t-elle ? Les plans élaborés sont-ils cohérents et adaptés aux réalités du pays ? L’inertie jusqu’ici en vigueur et les oligopoles qu’elle défend pourront-ils être si facilement mis à bas ? Les anciennes élites peuvent-elles comprendre les aspirations d’une population dont la moitié a moins de 25 ans ? Si, hélas, ces questions ne sont pas au cœur du débat politique actuel, elles n’ont pas fini de tourmenter des Camerounais qui se demandent, en résumé, si un « système » aussi ancien est capable de faire son aggiornamento… ●

N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

TRIBUNE Roger Tsafack Nanfosso p. 65 INTERVIEW Louis-Paul Motaze, ministre de l’Économie

p. 68

TRANSPORTS Camair-Co face à ses concurrents p. 73 GRANDS CHANTIERS Course contre la montre p. 76 HYDROCARBURES Un peu plus de raffinage dans un monde de brut p. 80 ÉLECTRICITÉ La tension monte enfin à Lom Pangar p. 81 AMÉNAGEMENT Kribi, côté investisseurs et côté VIP p. 82 MATIÈRES PREMIÈRES L’âge de l’aluminium p. 84 AGROALIMENTAIRE À la santé de la filière café-cacao p. 88 FINANCES Un marché de plus en plus « bankable » p. 92 MÉDIAS La presse privée entre en zone rouge p. 95


62

Le Plus de Jeune Afrique

Le

PANORAMA

Cameroun

Les chantiers ne manquent pas pour conduire la locomotive de la Cemac vers un vrai décollage économique. À trois semaines de la présidentielle, le point sur ses atouts et ses faiblesses.

GEORGES DOUGUELI,

L

envoyé spécial

es Camerounais s’apprêtent à élire, le 9 octobre prochain, leur président de la République (en un seul tour). Bien mené, le processus électoral donnera un coup d’accélérateur au redressement économique en cours, en dépit d’un taux de croissance à la traîne. Mal négocié, il pourrait précipiter la locomotive de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) dans le chaos de la contestation postélectorale. Pour l’instant, rien ne laisse présager un dérapage. Mais qui peut garantir une tranquillité absolue dans un pays où les équilibres ethniques sont fragiles, les disparités sociales importantes et le chômage élevé ?

 LA PLACE AHMADOU AHIDJO, à Yaoundé.

VINGT ET UN CANDIDATS. Comme un signe d’apaisement, l’ensemble de la classe politique a accepté de participer au scrutin, surmontant les querelles relatives à la composition et aux prérogatives d’Elections Cameroon (Elecam),

Sa démographie

LES

ZO N E Cameroun

48,7 % 20,4

Son poids économique

(population, en millions d'habitants) Cameroun Cam

CEMAC

Centrafrique Cen Congo

(PIB 2010 en milliards de dollars, en prix courant) Cameroun Cam

20,4

Tchad

10,2 4,6 3,9

Gabon 1,5 Guinée équato. 1,3

l’organe chargé d’organiser le scrutin. Même s’il a un temps prôné le boycott, estimant que « le système électoral tel qu’il se présente jusqu’ici n’est pas fiable », l’éternel challengeur John Fru Ndi, du Social Democratic Front (SDF), a changé d’avis et sera bien candidat, parmi une opposition dispersée et loin d’être portée par une lame de fond. Au soir du 9 septembre,

ZO NE Cameroun

31,5 % CE AC M

22,48

BOI BOIS (grumes, sciages et dérivés)

2,5 5 millions de tonnes

Guinée équato.

14,49

Gabon

13,06

60 m millions de tonnes

11,53

COT COTONCOTON-GRAINE 158 000 tonnes 15

Congo Tchad Cen Centrafrique

7,85 2,02

Le Cameroun est exportateur net vers les 5 autres pays de la zone Cemac et vers la RD Congo N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

Son rang de premier producteur prod pr régional

LATEX LAT

BAN BANANE BANANES

24 241 800 tonnes ALU ALUMINIUM (brut et dérivés)

81 000 tonnes

JEUNE AFRIQUE


63

peut-il changer ?

le conseil électoral d’Elecam a annoncé qu’il retenait vingt autres candidatures – sur 52 déposées –, dont celle du président Paul Biya, 78 ans, au gouvernail depuis novembre 1982, et dont on connaît déjà le projet de société. Parmi les dossiers invalidés figure notamment celui d’Augustin Frédéric Kodock, de l’Union des populations du Cameroun (UPC), habitué des

Une croissance à la traîne

LES

(évolution du PIB, en prix constants)

Afrique subsaharienne

Cemac Cameroun

6 5 4 3

4,9 %

5,5 % 5,2 %

5,9 % 5,3 %

3,8 %

JEUNE AFRIQUE

2011

(en dollars, en 2010)

2012

11 033

Gabon

8 724

Congo Cameroun Tchad

3,2 %

2010

Un PIB par habitant faible Guinée équato.

4,4 %

4,3 %

POSTURE POSTCRISE. Le chef d’État sortant se propose de remédier à la faible productivité, au déficit énergétique, aux effets de la crise financière, à l’insécurité alimentaire, à la pauvreté et au taux de chômage élevé, pour hisser le Cameroun au rang de pays émergent d’ici à 2035. Dans cet objectif, le gouvernement a élaboré en 2009 un Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) pour la période 2010-2020. Tirant les leçons de deux décennies de crise, les dirigeants ont choisi de Objectif: atteindre miser sur les points forts de l’école statut de pays nomie nationale. Il s’agit d’aider les émergent d’ici à 2035. secteurs à fort potentiel, qui apportent le plus de points de croissance – notamment les industries agroalimentaires (lire pp. 88-89), extractives (lire pp. 84-85) et les services (lire pp. 92-95) –, à décoller. Sur le front du chômage, les résultats sont mitigés, avec un taux d’emploi de 59 % (parmi les 15-64 ans), selon le rapport 2010 du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) ; seuls 21 % de la population active sont employés dans le secteur formel. Les perspectives sont cependant prometteuses compte tenu de la mise en œuvre des grands projets structurants (lire pp. 76-77) dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures routières, socioéconomiques et culturelles. La construction des complexes hydroélectriques de Lom-Pangar (lire p. 81), ● ● ●

Centrafrique

2 983 1 100 768 436

Pas assez d'investissements (en % du PIB, en 2010)

Guinée équato.

48,3

Tchad

39,7

Gabon Congo

25,7 20,8

Cameroun

16,4

Centrafrique

13,86 N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

SOURCES : BEAC, MARS 2011 – FMI, AVRIL 2011

Y. SOULABAILLE/URBA IMAGES SERVER

scrutins présidentiels. On ne verra pas non plus de bulletins à l’effigie de Bello Bouba Maïgari, de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) – qui a annoncé son soutien à Paul Biya –, ni à celle de Dakolé Daïssala, du Mouvement pour la défense de la République (MDR).


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Le Plus de J.A.

EXTRÊMENORD Maroua

Garoua NIGERIA

NORD

TCHAD

2020 ». Quant à Esther Dang, ex-directrice générale de la Société nationale d’investissement (SNI) et candidate à la présidentielle du 9 octobre, elle déplorait notamment, lors de sa démission du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, parti présidentiel) en janvier 2010, « une dégradation économique, financière et sociale sans précédent […] malgré les importants allègements des dettes internationales ». PROGRÈS ET MISÈRE. Pour la plupart des patrons,

le président élu devra impérativement améliorer l’environnement des affaires (lire p. 65). Trop de formalités administratives, trop de corruption Ngaoundéré 200 km et d’insécurité judiciaire continuent de freiner l’enthousiasme des investisseurs. Pourtant, des ADAMAOUA NORDefforts ont été consentis, tels que l’institution d’un OUEST RÉPUBLIQUE guichet unique pour la création d’entreprises, Bamenda OUEST CENTRAFRICAINE la mise en place de centres de gestion agréés, la SUD- Bafoussam facilitation des procédures d’octroi des permis OUEST CENTRE de bâtir à Douala et à Yaoundé, qui ont permis au pays quelques progrès en la matière. Une fois LITTORAL Bertoua n’est pas coutume, il gagne d’ailleurs cinq places Buea Douala Édéa dans le dernier rapport « Doing Business » de la Yaoundé EST Banque mondiale, passant du 173e rang en 2010 GUINÉE ÉQU. Kribi au 168e en 2011 (sur 183 pays classés). SUD Ebolowa « J’attends de voir la stratégie de chacun des Golfe de Guinée candidats pour me décider. En particulier, comment ils envisagent de combattre l’insécurité GUINÉE ÉQUATORIALE alimentaire et de réduire la pauvreté », promet GABON CONGO Adolphe, employé de banque à Douala. Malgré un frémissement de la croissance et l’émergence d’une classe moyenne urbaine qui ● ● ● de Memve’ele et de Mekin, et de la centrale à gaz de Mpolongwé (près de Kribi), celle du port en tire la consommation vers le haut (lire p. 93), le eau profonde de Kribi, le bitumage d’axes routiers quotidien des Camerounais est encore loin d’être majeurs (comme Ebolowa-Kribi ou Bamendaaisé. L’indice de développement humain (IDH), de Kumbo) ou encore la construction de logements 0,46, qui place le pays au 131e rang sur 169 dans le sociaux… Pour ses partisans, ces projets, dont la rapport 2010 du Pnud, semble bien en deçà de ce réalisation est en cours ou imminente, devraient qu’il pourrait être. Si la réduction de la pauvreté raisonnablement pousser les électeurs à reconest l’un des objectifs centraux du DSCE 20102020, pour le moment, un tiers de la population duire le bail du président sortant. – soit plus de 6,5 millions de personnes – vit avec « HYPERCENTRALISÉ ». La bataille n’est pas moins de 1,25 dollar (0,9 euro) par jour, 53 % des gagnée pour autant. Ses opposants lui reprochent Camerounais n’ont pas encore accès à des services sa longévité au pouvoir – vingt-neuf ans – et critid’assainissement, et la couverquent son bilan. Pour Jean-Jacques Ekindi, député ture médicale reste indigente : Le Cameroun a gagné de Douala sous les couleurs du Mouvement pro2 médecins et 15 lits d’hôpital cinq places dans le pour 10 000 habitants. gressiste (MP), il s’agit de moraliser la vie publique et de réformer les institutions pour revenir au L’approvisionnement en den« Doing Business » 2011 fédéralisme car, dans « un pays hypercentralisé, rées reste également précaire. La un État où l’exécutif est hypertrophié, les capacités hausse de l’indice des prix à la consommation de résistance des autres pouvoirs sont limitées des ménages et la forte reprise des importations […] dès lors qu’un parti assure son hégémonie alimentaires depuis une quinzaine d’années sur les deux pouvoirs de base que sont l’exécutif confirment les performances mitigées de la proet le législatif ». duction agricole concernant les denrées de base Le magistrat et député anglophone Paul Ayah (céréales, poissons, produits d’élevage). Une Abine estime, lui, que « l’émergence du Cameroun situation qui empêche de réduire durablement la pauvreté et sur laquelle les Camerounais, comme en 2035 n’est qu’un rêve dans le contexte des gaspillages actuels. Mais, avec une gestion saine de la communauté internationale, seront de plus en nos ressources naturelles, cela peut se réaliser en plus intransigeants. ● N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun au banc d’essai

TRIBUNE

Éd ROGER TSAFACK NANFOSSO Économiste, professeur à l’Université de Yaoundé II

Un climat des affaires plus clément

L

E 16 JUIN a été lancé le Business Climate Survey (BCS), une enquête nationale sur la perception du climat des affaires par les entreprises camerounaises. Lors d’une précédente enquête, menée en 2009 par l’Institut national de la statistique auprès des 93000 sociétés du pays, une majorité de dirigeants (52,4 %) avait manifesté une opinion défavorable et pointé les principales entraves à la volonté d’entreprendre (voir infographie). L’« Indice global des libertés économiques » 2011, publié par le Wall Street Journal et la Heritage Foundation, classe le Cameroun au 136e rang sur 179 pays évalués, avec un indice de 51,8 sur une échelle comprise entre 100 (liberté) et 0 (répression). Mais le rapport « Doing Business » 2011 de la Banque mondiale donne aux investisseurs quelques raisons d’espérer, puisque le Cameroun y passe du 173e rang (en 2010) au 168e, sur 183 pays. Ces classements doivent être lus en lien avec les efforts entrepris ces dernières années pour améliorer l’environnement des affaires. Sur le plan de la réglementation, la Charte des investissements, adoptée en 2002 et révisée en 2004, institue des instruments d’accompagnement et d’orientation de l’investisseur désormais fonctionnels, tels que le Conseil de régulation et de compétitivité, l’Agence de promotion des investissements et l’Agence de promotion des exportations. Sur le plan législatif, outre l’application des règles de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), différents textes ont changé la donne : lois sur le partenariat public-privé, sur le commerce électronique, sur la promotion des PME, sur le crédit-bail ; codes

Principaux obstacles à l’entrepreneuriat selon les patrons (en 2009) FISCALITÉ

58,8 %

CORRUPTION

50,5 % 37,6 %

SOURCE : INS, 2010

ACCÈS AU CRÉDIT

JEUNE AFRIQUE

FORMALITÉS

ADMINISTRATIVES

CONCURRENCE DÉLOYALE

35,2 % 25,8 %

gazier, minier et pétrolier, création de chambres spécialisées auprès des juridictions d’instance, etc. Sur le plan des institutions, la création du Prime Minister Business Council et, surtout, celle du Cameroon Business Forum (CBF), intervenue après la signature d’un protocole d’accord entre le gouvernement, le secteur privé et la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale), ont donné du corps à cette interface tripartite en affichant trois ambitions : améliorer le climat des affaires, promouvoir l’investissement privé et renforcer la compétitivité des entreprises. Parmi les actions concrètes menées à cette fin, on peut souligner, entre autres, la création des centres de gestion agréés, la rationalisation des procédures d’octroi des permis de bâtir à Douala et àYaoundé, ou encore la réduction du nombre d’étapes (de 12 à 3) et du délai (de 34 à 3 jours) nécessaires pour créer une entreprise, grâce à la mise en place de guichets uniques, et qui aurait permis la naissance de 1 365 sociétés en huit mois. Sur le plan commercial, le Cameroun lance – après l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire et le Nigeria – une Bourse des produits de base de l’Afrique centrale, basée àYaoundé. Celle-ci a pour ambition de ramener à la production quelque 900000 petits planteurs de café et de cacao découragés, en leur permettant de vendre directement leurs produits et de se faire payer dans un délai de vingt-quatre heures, mais aussi en favorisant la transparence et la prévisibilité sur le marché national avec des prix plus justes et plus équitables. Sur le plan du financement, la création de la Banque camerounaise des PME et de la banque agricole Cameroon Rural Financial Corporation (Carfic), en juin, va permettre d’apporter des solutions aux côtés de la Bourse de Douala, qui a réalisé avec succès quelques opérations d’envergure (obligations de la SFI, de l’État du Cameroun…) même si seules trois sociétés y sont cotées pour l’instant. Enfin, l’adoption du service bancaire minimum garanti, qui rend gratuites de nombreuses prestations, devrait accélérer la bancarisation et, à terme, induire quelques innovations qui permettront de libérer des capacités de financement pour l’heure prisonnières d’un système congestionné par la surliquidité. ● N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

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Le Plus de J.A.

Louis-Paul Motaze « Il y a encore du travail pour être compétitifs » Tirant les enseignements d’une trop longue crise de croissance, la « Vision 2035 » est lancée. Entretien avec le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire.

JEUNE AFRIQUE : Pourquoi les Camerounais devraient-ils voter pour Paul Biya le 9 octobre ? LOUIS-PAUL MOTAZE: Certaines raisons

sont directement économiques, d’autres beaucoup plus générales. Parmi les raisons économiques, la première est que le président a quand même mis sur pied un programme volontariste de développement, « Cameroun, Vision 2035 ». Une vision qui a été modelée par toutes les forces vives de la nation et qui n’est contestée par personne. Même l’opposition l’a approuvée, ce qui est une prouesse, ainsi que les partenaires bilatéraux et multilatéraux au développement. C’est une raison valable pour reconduire le chef de l’État dans ses fonctions. Ce programme pourrait impulser la croissance et créer des emplois. Ce qui est l’ambition de tout gouvernement. Justement, l’opposition brandit des programmes qui ont la même ambition…

Je ne pense pas que l’opposition ait un programme aussi convaincant. Je voudrais d’ailleurs insister sur le fait que l’opposition l’a validé. Ils devraient sur ce point nous rejoindre. Et même appeler à voter pour le président. Et quelles sont les raisons plus générales que vous évoquiez ?

Elles tiennent au fait que le président Biya est un homme de paix. Pourquoi est-ce que j’en parle alors que je suis ministre de l’Économie ? C’est parce que je suis très bien placé pour savoir qu’aucun développement économique ne peut être impulsé dans le désordre et l’instabilité. N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

L’ex-directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale, 52 ans, A INTÉGRÉ LE GOUVERNEMENT

MABOUP

68

EN SEPTEMBRE

2007. Ð

Nous sommes en Afrique, et nous connaissons des pays qui sont au même niveau que le Cameroun, mais, entrés dans les affres de la guerre civile, ils sont retardés dans leur développement pour des années. Il ne faut pas que les Camerounais galvaudent cette notion de paix en pensant que c’est une chose acquise. Oui, mais la paix n’est pas quantifiable dans un bilan…

En tant que ministre de l’Économie, je sais ce qui arrive du côté des investisseurs lorsqu’ils sentent que la paix est menacée. Ils retardent leurs projets. Entre 2010 et 2011, notre pays a bénéficié de presque 1 300 milliards de F CFA [près de 2 milliards d’euros, NDLR] d’investissements étrangers. C’est de l’argent frais. Il faut aussi augmenter l’afflux des nouveaux partenaires, notamment des Vietnamiens, des Singapouriens ou des Coréens, qui n’iraient pas dans un pays en crise. Ils viennent au Cameroun

parce qu’ils peuvent y investir en toute confiance et en toute sécurité. Pourquoi le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) publié en août 2009 situe-t-il l’émergence du pays à l’horizon 2035 ?

Certes, 2035 peut sembler loin. Mais notre démarche est pragmatique et divisée en étapes de dix ans, avec l’élaboration de cadres de dépenses à moyen terme, à l’horizon de trois ans. L’émergence est l’aboutissement de différentes étapes. Nous devons d’abord parvenir au stade de pays à revenu intermédiaire, ce sera déjà une très bonne chose. Ensuite, il nous faudra accéder au niveau des nouveaux pays industrialisés, encore une étape avant d’atteindre l’émergence. Bref, ce n’est pas parce que l’on aura construit un barrage ou un port en eau profonde dans trois ans que l’on deviendra un pays émergent. Cela améliorera significativement notre situation. Mais il faudra encore travailler JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun au banc d’essai pour améliorer la compétitivité de l’économie camerounaise, encore handicapée par un certain nombre de travers, dont le déficit énergétique. Quand des investisseurs viennent pour installer des usines ou agrandir celles qui existent déjà, comme pour Alucam, et constatent qu’il y a un problème d’énergie, ils vont voir ailleurs. Comment expliquez-vous les retards dans l’exécution de nombreux projets, notamment miniers ?

On peut en effet penser que les choses ne vont pas assez vite. Cette perception est liée aux procédures. S’agissant de l’exploitation minière, il faut d’abord explorer et ensuite évaluer la teneur en minerai, parce qu’il ne faut pas non plus se lancer dans l’exploitation pour découvrir a posteriori que les ventes ne vont pas couvrir les charges de production. Lorsqu’un minerai est si abondant que ses cours se traînent et font perdre de l’argent, autant le laisser sous terre. Quant au temps pris pour l’évaluation, nous sommes en train de négocier avec la Banque mondiale pour qu’elle nous aide à élaborer la cartographie minière du pays, où, Dieu merci, on continue de découvrir de nouveaux gisements. Je peux même vous révéler que nous venons d’identifier des gisements de fer qui sont peut-être plus importants que celui de Mbalam. Parmi les priorités qui tardent à se concrétiser, qu’en est-il de l’autoroute Yaoundé-Douala ?

Entre 2010 et 2011, le pays a bénéficié de 2 milliards d’euros d’investissements étrangers.

Elle coûte très cher. Le chef de l’État, qui était en Chine au mois de juillet, a présenté le projet à notre partenaire et, avec le ministère des Travaux publics, nous examinons toutes les formules, à savoir le financement direct par un partenaire, le partenariat public-privé et, pourquoi pas, le péage.

Les sociétés chinoises, qui décrochent nombre de grands chantiers, importent leur matériel, leur main-d’œuvre… Cela ne limite-t-il pas l’impact des projets sur le PIB et l’emploi ?

Certains pays amis ont leur code de conduite. Quand ils vous prêtent de l’argent, ils veulent qu’une entreprise JEUNE AFRIQUE

de leur pays réalise l’ouvrage. La Chine et l’Inde en font partie. Cela dit, lorsqu’ils acceptent de financer un projet, les partenaires multilatéraux, et certains bilatéraux, comme chacun des pays de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques, NDLR], exigent un appel d’offres international, qui peut être remporté par une société chinoise. C’est le cas du barrage hydroélectrique de Lom Pangar. Dans un cas comme dans l’autre, nous essayons d’encourager l’emploi de la main-d’œuvre locale, et les entreprises étrangères travaillent avec des Camerounais. Par ailleurs, si le chef de l’État en valide le principe, nous envisageons d’élaborer un projet de loi sur la sous-traitance, dont on discutera au gouvernement et à l’Assemblée nationale. Constatant que les retombées de la construction du pipeline Tchad-Cameroun n’ont pas été satisfaisantes en termes d’emplois, nous réfléchissons en effet à l’opportunité de mettre sur pied une sorte de « bourse de la sous-traitance », une loi d’encadrement selon laquelle tout grand marché conclu avec un industriel devra intégrer 30 % ou 40 % de participation de PME locales.

Quels sont les besoins fondamentaux du Cameroun aujourd’hui ?

Nos besoins en infrastructures sont proportionnels au retard que nous avons dans ce domaine. Nous avons des besoins colossaux de financements. Nous disons aux bailleurs de fonds, qui ont validé notre stratégie, que nous avons besoin de crédits plus importants. Mais si nous restons dans les guichets destinés aux pays pauvres, qui octroient des prêts concessionnels, nous n’y arriverons pas. C’est la raison pour laquelle nous diversifions les partenaires. ● Propos recueillis à Yaoundé par

GEORGES DOUGUELI N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011


Le groupe BGFIBank s’implante au Cameroun En droite ligne avec le projet d’entreprise « CAP 2015 » du groupe, la première agence BGFIBank Cameroun a ouvert ses portes le 7 mars 2011 à Douala. Premier groupe financier d’Afrique Centrale Premier groupe financier de la zone Cemac le Groupe BGFIBank présente en 2010 un total de bilan de XAF 1390,8 milliards. Institution privée à 100 %, il compte près de 1 000 collaborateurs (dont 74 % ont moins de 40 ans) dans neuf pays : Gabon, Congo Brazzaville, Guinée Équatoriale, République démocratique du Congo, Madagascar, Bénin, Côte d’Ivoire, France et le Cameroun depuis mars 2011. Avec deux filiales certifiée ISO 9001 au Gabon et au Congo pour la totalité de leurs activités et ISO 14001 pour leur management environnemental, le Groupe BGFIBank est aussi le premier acteur financier d’Afrique Centrale à avoir signé le Pacte des Nations Unies visant à promouvoir le développement durable, la défense des droits de l’homme, la préservation de l’environnement ainsi que la lutte contre la corruption.

COMMUNIQUÉ

Des performances exceptionnelles Action commerciale soutenue et gestion performante permettent au groupe BGFIBank d’afficher de solides performances depuis de nombreuses années. En témoignent la croissance du total du bilan en 2010 (+57 % par rapport

à 2009), la hausse des dépôts à la clientèle (+2 % par rapport à 2009) ainsi que la progression des encours de crédit (+48 % par rapport à 2009). Avec un investissement citoyen en hausse de 35 %, le Groupe affirme son engagement sociétal. Près de XAF 900 millions (+35 %) ont été investis dans la fondation BGFIBank et dans BGFI Business School.

BGFIBank Cameroun, un marché et deux segments de clientèle Un agrément obtenu en novembre 2010, 3 agences et un siège ouverts entre mars et juillet 2011, BGFIBank Cameroun affirme ainsi son ambition de compter parmi les acteurs majeurs du secteur bancaire camerounais par la qualité de service qu’elle offre à ses clients. Ces derniers sont répartis au sein de deux marchés : le marché des Entreprises et le marché des Particuliers qui sont les cibles traditionnelles définies au sein du Groupe. Une particularité liée au marché local : l’intégration des PME/PMI à fort potentiel pour lesquelles une agence est dédiée.La banque propose pour chaque cible définie une gamme de produits et services différenciés et à valeur ajoutée.

Le Marché des Particuliers est organisé autour de trois cibles que sont les clients VÉGA (revenus mensuels compris entre XAF 1 et 3 millions), les clients ÉTOILE (revenus mensuels supérieurs à XAF 3 millions) ainsi que les professions libérales. Le Marché des Entreprises est organisé autour de trois cibles que sont les Grandes Entreprises (Chiffre d’affaires supérieur à XAF 4 milliards), les PME/PMI à fort potentiel (chiffre d’affaires compris entre XAF 500 millions et 4 milliards) et les Institutionnels.

La satisfaction client et les engagements de service clients, la priorité des priorités Le crédo de la banque : la satisfaction des clients. Les engagements de services qui vont des horaires d’ouverture, au Conseil en passant entre autre par l’accueil, la transparence, la réactivité, la confiance sont affichés dans les agences et suivis par le Service Qualité de la banque.

BGFIBank Cameroun

est à l’écoute permanente de ses clients via son Service Client :

Tél. : (+ 237) 33 43 43 88

Réseau d’agences _ Agence Saphir située à Akwa (Douala) et dédiée aux PME/PMI Ouverte du lundi au vendredi de 8H à 16H et le samedi de 8H30 à 12H

_ Agence Émeraude à Bonapriso (Douala) dédiée aux clients Étoile Ouverte du lundi au vendredi de 8H à 16H et le samedi de 8H30 à 12H

_ Siège et Agence Diamant à Bonanjo (Douala) dédiée à l’ensemble de la clientèle Ouverte du lundi au vendredi de 8H à 16H

_ Agence Rubis au centre-ville (Yaoundé) dédiée à l’ensemble de la clientèle Ouverture prévue fin 2011


Une équipe jeune et dynamique Aux côtés de Richard LOWE, Président du Conseil d’Administration, Éric MASBOU, Directeur Général, et Hermine-Dolorès BOUM, Directeur Général Adjoint, dirigent BGFIBank Cameroun. Jeunes professionnels chevronnés, tous deux ont eu auparavant des responsabilités de premier plan. Éric MASBOU a rejoint BGFIBank SA au Gabon en 2002 après une première carrière dans de grandes banques françaises. Il a notamment

été en charge de l’Agence centrale de Libreville, de l’Organisation et de la Qualité, ainsi que du Développement International. Hermine-Dolorès BOUM est une spécialiste de l’Audit Interne, de l’Orga-

nisation, de la Stratégie et du Management des Ressources Humaines. Compétences qu’elle a acquises en débutant sa carrière dans l’Audit Interne et le Management des risques dans le secteur des hydrocarbures avant de s’orienter vers la banque.

« Une expérience de service bancaire de référence » Éric MASBOU, Directeur Général de BGFIBank Cameroun

Éric MASBOU : BGFIBank Cameroun a démarré ses activités le 7 mars 2011 à Douala par l’ouverture à Akwa (quartier des affaires) de la première agence bancaire du pays dédiée à la clientèle des PME/PMI. Cette ouverture entre dans le projet d’entreprise « CAP 2015 » de notre groupe, lancé en 2010. Il traduit de manière opérationnelle la volonté de BGFIBank d’être un acteur bancaire de premier plan en Afrique à l’horizon 2015. En droite ligne avec ce projet d’entreprise, nous ambitionnons d’être parmi les trois premières banques du Cameroun à l’horizon 2015. Quelles ont été les réalisations majeures depuis votre implantation ? Éric MASBOU : Depuis notre arrivée, nous avons procédé au recrutement de personnel de qualité et nous avons développé un éventail de produits et services en

www.bgfi.com

parfaite adéquation avec les attentes de notre clientèle. Mais aussi, et surtout, nous avons accéléré notre déploiement sur le terrain en ouvrant, à Douala, des agences dédiées à nos segments de clientèle. En six mois, nous avons déjà ouvert trois agences, chacune dans des quartiers choisis pour leur proximité avec nos clients. Nous allons clôturer notre programme de l’année par l’ouverture de l’agence Rubis à Yaoundé.

Quelle valeur ajoutée pensez vous apporter sur le marché camerounais ? Éric MASBOU : Servir nos clients est notre credo.

Nous fondons notre action sur une qualité de service établie et proposons à nos clients une expérience de service bancaire de référence. De ce fait, en plus de notre offre de produits en parfaite adéquation avec leurs attentes immédiates et futures, nous affichons nos engagements de services clientèle dans toutes nos agences et notre service client assure leur écoute permanente à travers une ligne téléphonique dédiée.

DIFCOM / C.C.

Quand BGFIBank Cameroun a-t-elle démarré ses activités et quelles sont vos ambitions ?


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Le Plus de J.A.

DÉCRYPTAGE Alain Faujas

La stratégie du soubresaut

S

IL FALLAIT UNE PREUVE de l’immobilisme dont pâtit l’économie camerounaise, le zéro que ce banquier international indique avec son pouce et son index mis en boucle quand on le questionne sur le nombre d’investissements réalisés en 2010 au pays des Lions indomptables en constituerait une belle… D’autant qu’il a placé l’an dernier 2,2 milliards de dollars (soit près de 1,7 milliard d ’ e u r o s ) d a n s t r e n t e e t u n p a y s d ’A f r i q u e subsaharienne ! On pourrait continuer dans ce persiflage et souligner qu’il y a surtout, en cette année électorale, des cérémonies de pose de la première pierre, mais peu d’achèvements annonçant que le Cameroun se réveille sans attendre que se tarisse le pétrole, qui représente 60 % de ses recettes d’exportation. Comme le constate à regret Mathias Caro, coordonnateur régional Cameroun à l’Agence française de développement (AFD), « un nouveau modèle de développement tarde à apparaître dans ce pays où il y a tout ce qu’il faut pour le réussir ». Manquent toujours le secteur privé, les infrastructures, l’électricité et un service de santé fiable. Pourtant, l’économie n’est pas mauvaise. Au sortir de la crise mondiale de 2008, elle a progressé au rythme de 2 % en 2009, puis 3,2 % en 2010. Les prévisionnistes du Fonds monétaire international (FMI) ou de la Banque mondiale annoncent 3 % à 3,5 % pour cette année et 4 % à 4,5 % pour 2012… à condition que les dettes et les déficits n’étouffent pas les économies riches. Le PIB par habitant et les investissements sont repartis de l’avant, à petite vitesse. L’inflation de 2,5 % tout comme la dette (qui représente 14,3 % du PIB) sont plutôt sages, ce qui permettra au gouvernement d’emprunter prudemment aux conditions du marché. Il semblerait donc que les Camerounais mettent un peu plus de cœur à l’ouvrage. Les grands projets quittent lentement les bureaux des ministères pour s’inscrire enfin dans le paysage. La construction du grand barrage de Lom-Pangar a été attribuée aux Chinois après vingt années de tergiversations. Les grues signalent que, partout, on bâtit des maisons, des ponts, des routes et des ports. Toutes les régions du pays en profitent, grâce aux élections, qui obligent à caresser les populations dans le sens du poil.

Le Cameroun a toujours une piètre réputation parmi les investisseurs étrangers pour son climat des affaires médiocre. Mais ceux-ci semblent surmonter leurs réticences, et des missions viennent voir si des projets de belle taille auraient des chances de réussir dans les mines (capitaux britanniques et canadiens) ou dans l’huile de palme (capitaux singapouriens). Rien n’est signé, mais l’intérêt manifesté par ces grandes entreprises est un bon signe. Hélas, l’analyse des budgets de l’État continue de montrer une faible appétence pour le futur. Le dépassement traditionnel des crédits de fonctionnement est compensé par une réduction des crédits d’investissement. Ajoutons que le tiers et parfois la moitié des projets ne voient jamais le jour, et l’on comprend pourquoi, avec un taux d’investissement rapporté au PIB de 18,5 % en 2011, le Cameroun est à la traîne de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), où ce ratio s’élève, dans l’ensemble, à 25 % du PIB. Tout le monde ne croit pas au rebond préélectoral ou à la bonne santé du secteur immobilier. Ainsi, Olivier Behlé, président du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam), ne voit-il « aucune évolution significative » dans son pays. La multiplication des chantiers lui semble le signe « d’une économie souterraine qui

Avec un taux d’investissement rapporté au PIB de 18,5 %, le Cameroun est à la traîne de la Cemac, où ce ratio atteint 25 %.

N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

ressurgit ». Autrement dit, affirme-t-il, « ceux qui ont perçu d’importantes sommes d’argent de manière indélicate ne peuvent plus aujourd’hui les déposer sur un compte bancaire. Il ne leur reste plus qu’à construire sur un foncier hors de prix pour profiter de l’inflation des loyers, mais pas dans les zones où il existe une demande de logements ! » Ce blanchiment et cette léthargie lui inspirent cette réflexion désabusée : « Peutêtre que notre pays ne peut évoluer que par soubresauts… » Ce n’est pas la revendication maximaliste de la confédération syndicale Entente des travailleurs du Cameroun de tripler le salaire minimum – de 28 217 à 97 000 F CFA (de 43 à 148 euros) – pour l’aligner sur celui de la Guinée équatoriale qui semble annoncer un tel « soubresaut ». ● JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun au banc d’essai TRANSPORTS

Camair-Co peut-elle réussir? Six mois après son vol inaugural, la compagnie nationale supporte la comparaison avec ses concurrentes. Même si le taux de remplissage n’est pas encore au rendez-vous.

C

Douala-Paris en classe éco

708€ Via / 922€ Durée Yaoundé minim 8h10 um :

JEUNE AFRIQUE

510€ 650€ / 1 el s Via Brux leum : im Durée min45 7h

MABOUP

«

ela fait sept ans que je ne suis pas rentré au Cameroun, soupire Pierre, patron d’une entreprise de sécurité, qui vit en France depuis quinze ans. Cet été, pour mes vacances, j’ai eu envie de tester notre nouvelle compagnie. » Il frétille d’impatience et trouve le temps long. À l’agence de Paris, une hôtesse de Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co) lui a conseillé de se présenter très tôt à l’aéroport RoissyCharles-de-Gaulle. Sur place, il comprend pourquoi. La compagnie opère à partir du terminal 2B, où les contrôles de police s’effectuent avant l’enregistrement, à cause, dit-on, d’une erreur du constructeur. Les accompagnateurs sont donc priés de rebrousser chemin, obligeant les voyageurs à poursuivre les formalités en manipulant sans aide des chariots débordant de bagages. « C’est encore un coup des Français qui ne veulent pas de la concurrence », bougonne un voyageur arborant le maillot des Lions

 POUR FAIRE DÉCOLLER SON ACTIVITÉ, le transporteur a élargi sa flotte à trois appareils avec l’acquisition d’un Boeing 737-700.

indomptables, furieux de devoir faire avancer à la fois son chariot à bagages et une poussette. S’ensuit alors un de ces débats passionnés dont les Camerounais sont coutumiers, émaillé de certitudes sur la concurrence déloyale, l’existence d’un complot occidental visant à affaiblir les entreprises africaines, etc. SYMBOLE. Une ambiance analogue à

celle qui régnait avant l’arrêt définitif, en 2008, des activités de la défunte Camair. Le pavillon national représentait alors un élément fédérateur. Et, comme son

ancêtre, la Camair-Co est une entreprise symbole, à laquelle les Camerounais de l’étranger se sont attachés dès sa création, en 2006. Avant même l’ouverture de la ligne Douala-Yaoundé-Paris, la première (avec la liaison Douala-Yaoundé) à avoir été mise en place lors du lancement de la compagnie, le 28 mars 2011. Après les formalités d’enregistrement, on découvre la cabine du Boeing 767-300 ER de 210 places, le « Dja », mis en service en 2001, qui assure les vols internationaux. Un avion bien insonorisé, mais dont les aménagements ● ● ●

(Tarif aller-retour le plus bas et tarif aller-retour de base en classe économique, proposés par les compagnies à un mois du départ, taxes comprises)

575€ / 1 80 0€ Durée Direct minim u m 6h20 :

475€ / 2 00 V 0 Duréeia Zurich € minim 9h00 um :

525€ / 950€ anca Via Casablim um : Durée min 9h55

450€ / 845€ eba Via Addis-Ab um : Durée minim 15h20 N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

73


Le Plus de J.A. intérieurs sont sommaires. On note le peu d’espace entre les sièges, l’absence d’écran devant soi pour visionner des films, s’informer ou jouer. Diffusés par haut-parleurs, les succès de chanteurs populaires ne suffisent pas à meubler l’ennui de plus de six heures de vol intercontinental entre Paris et Yaoundé. Sur ce point, il sera difficile à la nouvelle compagnie de soutenir la comparaison avec ses concurrentes françaises, belges et suisses, qui proposent des Boeing 777 ou des Airbus A330, des biréacteurs longs-courriers de généra●●●

Le confort à bord est sommaire, mais le personnel souriant et les plateaux-repas excellents. tions récentes dont les aménagements intérieurs privilégient le confort des passagers. Deux très bons points, en revanche, pour le service à bord de la Camair-Co : le sourire et la disponibilité du personnel navigant, ainsi qu’un plateau-repas excellent et généreux, qui propose, notamment, le meilleur de la cuisine camerounaise. Certains de ses concurrents, en particulier Air France, gagneraient à s’en inspirer. Enfin, en dépit de quelques vols annulés pour des problèmes techniques, les avions sont ponctuels. DESSERTES RÉGIONALES. Cependant,

l’attachement d’une population à sa compagnie aérienne ne suffit pas, et le transporteur doit redoubler d’efforts pour améliorer la qualité de ses prestations. Pour l’heure, l’évolution du taux de remplissage reste mitigée. Ainsi que le reconnaît le directeur général, le Néerlandais Alex Van Elk, celui-ci est en deçà du taux minimum de 66 % nécessaire pour rentabiliser l’exploitation. En dépit d’un peu de retard sur le calendrier, la Camair-Co poursuit le développement de son réseau. Après Libreville (Gabon) et Lagos (Nigeria), le transporteur compte rapidement ouvrir des dessertes vers Abidjan (Côte d’Ivoire), Cotonou (Bénin) et Dakar (Sénégal). Pour faire face à la densification de son activité, il s’est récemment doté d’un second Boeing 737-700, portant ainsi sa flotte à trois appareils. ●

Passage à niveau pour Camrail La modernisation de la société nationale des chemins de fer est en marche : nouveau matériel, réhabilitation du réseau. Un partenariat public-privé qui roule.

M

ise en service de six nouveaux wagons sur la ligne Mbanga-Douala, acquisition de deux locomotives de 3300 chevaux… Cameroon Railways (Camrail), dont le capital est réparti entre le groupe Bolloré (77,4 %), l’État camerounais (13,5 %), Total Cameroun (5,3 %) et le groupe Thanry (3,8 %), renouvelle ses équipements. La compagnie va bientôt faire l’acquisition d’une quarantaine de voituresdevoyageursàlasuited’unmarché passé avec China South Locomotive and Rolling Stock Corporation Ltd. Trois ans après la signature d’une convention entre l’État et le groupe Bolloré, concessionnaire d’exploitation du réseau depuis 1999, le programme de modernisation de Camrail, qui prévoit le renouvellement du matériel roulant, mais aussi la mise à niveau de certains tronçons de voies, commence donc à se concrétiser. Courant sur la période 20092020, ce plan de 230 milliards de F CFA (plus de 350 millions d’euros) est financé conjointement par le groupe Bolloré (158 milliards) et l’État (72 milliards), qui reste propriétaire des voies. Concernant la rénovation du réseau ferré, le renouvellement de la voie entre Ka’a et Belabo, un tronçon de la ligne Yaoundé-Ngaoundéré – le fameux Transcamerounais –, est en cours. De quoi améliorer le trafic sur un axe très

utilisé, tant pour le transport des voyageurs que pour celui des marchandises, en particulier le bétail de l’Adamoua, acheminé vers les grands centres de consommation du sud du Cameroun. Par ailleurs, 1 milliard de F CFA a été débloqué pour financer une étude sur la réhabilitation de la ligne ouest, qui, une fois rénovée, ira jusqu’à Nkongsamba. SOULAGEMENT. Les usagers, qui pâtis-

sent de la lenteur et de l’irrégularité des dessertes, pourraient donc bientôt pousser un ouf de soulagement. Si le trafic et les conditions de voyage ne sont pas encore à la hauteur des attentes – seuls les axes Douala-Yaoundé, YaoundéNgaoundéré et Douala-Mbanga-Kumba sont en service –, les prestations en gare se sont déjà améliorées. Du moins à Yaoundé. Salles d’attente de première et deuxième classes entièrement rénovées, salle VIP, bureau d’informations, écrans de télévision… La gare de voyageurs respire le neuf. Et compte désormais huit guichets : cinq pour la deuxième classe, deux pour la première et un pour les forces de maintien de l’ordre. Parmi les innovations à venir, un meilleur système de réservation, l’étiquetage des bagages, la rénovation des outils signalétiques sur la voie ferrée et la sonorisation dans les trains. ● MURIEL DEVEY

Æ Les espaces d’accueil de la gare de Yaoundé ONT ÉTÉ ENTIÈREMENT RÉNOVÉS.

RENAUD VANDERMEEREN POUR J.A.

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GEORGES DOUGUELI N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

JEUNE AFRIQUE


Le Plus de J.A. GRANDS CHANTIERS

Course contre la montre Le pays doit rattraper son considérable retard en matière d’infrastructures. Comment finance-t-il ces travaux ? Qui sont ses partenaires ?

E

spérant accéder au statut de pays émergent d’ici à 2035, le Cameroun n’avait d’autre choix que de lancer, enfin, les grands chantiers d’infrastructures, qui lui font cruellement défaut. Divers projets ont été identifiés dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) 2010-2020 et le plan « Cameroun, vision 2035».Annoncésparleprésident PaulBiya en janvier 2010, ils sont désormais sur les rails, principalement dans les secteurs de l’énergie, des transports et des télécommunications, les plus incontournables pour relancer la croissance et stimuler les investissements. Le financement de ces équipements sollicite largement le partenariat publicprivé : contribution de l’État, de bailleurs de fonds, investissements directs étrangers (IDE), appel à l’épargne privée nationale sous forme d’emprunt obligataire et endettement auprès des banques. SURSAUT ÉNERGÉTIQUE. Bien que le

pays soit doté d’un fort potentiel hydroélectrique, la production d’électricité est limitée et les infrastructures de transport et de distribution de l’énergie sont vétustes, saturées et mal interconnectées. Une situation qui complique le quotidien des Camerounais et explique le retard pris dans le démarrage de la politique industrielle et de diversification. L’enjeu est donc crucial.

Le goût du monde

Outre l’entretien et la réhabilitation des centrales existantes, l’objectif est de porter les capacités de production à 3 000 MW d’ici à 2020, contre 1 020 MW actuellement (lire encadré p. 83), afin de résorber le déficit en électricité (de l’ordre de 40 GWh/an) et de satisfaire les besoins supplémentaires engendrés, dans un avenir proche, par la forte croissance de la consommation des ménages et des industriels. À commencer par l’augmentation prévue de la production d’aluminium d’Alucam, une activité particulièrement gourmande en électricité, ainsi que le lancement de l’exploitation des mines de bauxite (lire pp. 86-87). Le coût global des opérations s’élève à 5 853 milliards de FCFA (plus de 8,9 milliards d’euros) sur dix ans pour la réalisation des infrastructures de production et de transport d’électricité par grands réseaux, et à 664 milliards de F CFA pour le programme d’électrification rurale.

RENAUD VANDERMEEREN POUR J.A.

76

Parmi ces projets, le plus avancé est celui de la minicentrale hydroélectrique de Mekin (12 MW), sur le fleuve Dja, dont les travaux, en cours, ont été confiés à China National Electric Equipement Corporation. Conformément à l’accord signé en janvier 2010 avec le gouvernement camerounais, le projet – piloté par l’entreprise publique Principaux secteurs ciblés : Mekin Hydroelectric Development l’électricité, les transports et Corporation (Hydro Mekin) – sera financé à hauteur de 85 % par les télécommunications. un prêt de 22 milliards de F CFA accordé par China Exim Bank. Le même Plusieurs projets ont été retenus, dont le barrage réservoir de Lom-Pangar, sur établissement assurera, par un prêt de le fleuve Sanaga (lire p. 83), les centrales 243 milliards de F CFA, le financement de hydroélectriques de Memve’ele, Nachtigal la centrale hydroélectrique de Memve’ele, et Mekin, ainsi que la centrale thermique sur le fleuve Ntem, dont la capacité de à gaz de Mpolongwé, près de Kribi. production sera de plus de 200 MW.

Le goût du monde pour Doual’air Servair, c’est d’être respectueux des normes internationales et des spécificités locales. Le goût des métiers de la restauration aérienne et aussi de ceux des services aéroportuaires. Et bien sûr, le goût du service pour répondre aux attentes quotidiennes des passagers de l’aéroport international de Douala: Un nouveau point de restauration en aérogare, une boutique de produits hors taxes et des sallons d’aéroport.


77

 LA ROUTE GAROUA-BOULAÏ-NGAOUNDÉRÉ, en cours de construction.

ONOMIQUE S2 S ÉC 0

11

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U D, C E A ) E, PN

JEUNE AFRIQUE

IVE

transports, faute d’un réseau routier permettant de relier facilement son Nord et son Sud, le Cameroun est de fait coupé en deux. Une carence que le chemin de fer (lire p. 76) ne compense pas, puisqu’il s’arrête à Ngaoundéré (dans l’Adamaoua). Le pays est par ailleurs mal connecté à ses voisins, à l’exception du Gabon et

37,9 %

CT

COUPÉ EN DEUX. Sur le chapitre des

de la Guinée équatoriale. En matière de transport routier, l’accent est mis, d’une part, sur le désenclavement des villes secondaires de l’aire métropolitaine de HAUT DÉBIT. Enfin, dans le secteur des Douala et de Yaoundé, où est concentrée une grande partie de la population et des télécommunications (lire aussi p. 96), activités, et, d’autre part, sur l’amélioration deux projets, en cours, visent à doter le de la voirie des grandes villes. pays d’infrastructures de connexion à Trois projets devraient contribuer haut débit. D’une part, la poursuite du SOUR à atteindre ces objectifs déploiement du réseau de fibre optidéploi ctifs : CE :P ER S la construction d’un que : long de quelque 2 000 km qu second pont sur le actuellement, il dépassera, à ac fleuve Wouri à Douala terme, 5 000 km. Financée des chaussées bitumées (un chantier de 119 milà hauteur de 26 milliards sont dans un état liards de F CFA, financé de F CFA par la Chine et de médiocre ou à hauteur de 87 milliards 12 milliards de F CFA par mauvais, et 10,2 % par la coopération franl’État camerounais, cette preseulement en bon et mière initiative s’intègre au çaise), l’élargissementt mi en très bon état projet Central Africa Backbone des voiries des entrées est pr (CAB), qui doit permettre à l’enet ouest de Douala (1677 mil(CAB semble des pays de la sous-région de se liards de F CFA) et la réalisation de connecter au câble sous-marin à fibre l’autoroute Yaoundé-Douala (entre 300 et 400 milliards de F CFA), première étape de optique SAT-3. la boucle autoroutière Douala-YaoundéPar ailleurs, le National Broadband Network (NBN, réseau national haut Bafoussam-Douala. Enfin, dans le domaine maritime, les débit), d’un coût estimé à 41 milliards de capacités et résultats du port de Douala, F CFA, comprend plusieurs volets, dont en tant que centre de transbordement la diversification des réseaux de fibre pour la sous-région, restent en deçà optique, le développement de l’internet mobile à large bande et l’introduction du des normes mondiales en la matière, et ses capacités d’accueil sont limitées réseau mobile de nouvelle génération. Il par son faible tirant d’eau. De quoi porprévoit aussi un deuxième point d’atterter un coup à la vocation de transit du rissage du câble sous-marin SAT-3. ● pays. Le projet majeur dans ce secteur MURIEL DEVEY PE

Le chantier du barrage de Lom-Pangar, confié à China International Water & Electric Corporation, débutera en novembre prochain pour être livré en janvier 2015 au plus tard. Quant à la centrale thermique à gaz de Mpolongwé, dont le maître d’œuvre est Kribi Power Development Company (filiale à 56 % de l’électricien AES-Sonel), elle devrait être mise en service en septembre 2012. Son coût total est estimé à plus de 176 milliards de F CFA. D’une capacité de 216 MW, elle sera alimentée par du gaz livré par le franco-britannique Perenco, attributaire du champ gazier offshore Sanaga Sud. L’énergie produite sera vendue à AES-Sonel, qui en assurera la distribution à travers le réseau camerounais. Le réseau de transport d’énergie bénéficiera quant à lui d’un investissement de 103 milliards de F CFA, destinés à renforcer et à réhabiliter les ouvrages existants.

est la construction d’un port en eau profonde à Kribi (lire pp. 84-85), qui fera fonction de port minéralier et de plateforme de transbordement pour la sous-région. D’un coût de 282 milliards de F CFA, il est réalisé par China Harbour Engineering Company et financé à hauteur de 207 milliards de F CFA par China Exim Bank. Le gouvernement camerounais interviendra par le biais d’un emprunt obligataire. Pouvant accueillir des bâtiments de 15 m à 16 m de tirant d’eau et d’une capacité de 100 000 tonnes, le port de Kribi comprendra un terminal à conteneurs d’une capacité annuelle de 400 000 EVP (« équivalent vingt pieds », une unité de mesure qui représente environ 30 m3), un terminal aluminium dont la construction est confiée à Rio Tinto Alcan, un terminal hydrocarbures (3 millions de tonnes) financé par l’armateur Camship et la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP). La construction d’un terminal polyvalent (entre 2 et 3 millions de tonnes) est également prévue. À ces activités s’ajoutera un trafic de transbordement (20 000 EVP). Les premiers navires pourraient accoster dès 2014.

N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011


TRADEX

UNE SUCCESS STORY AFRICAINE UNE SOCIÉTÉ EN CROISSANCE AU CAMEROUN ET DANS LA SOUS-RÉGION Spécialiste du négoce pétrolier depuis 1999 au Cameroun, la société TRADEX s’est depuis diversifiée dans la distribution tout en étendant ses activités à la zone CEMAC. Très présente au Tchad et en Centrafrique, elle ambitionne de renforcer son leadership sous-régional pour en faire un exemple d’intégration. ■ TRADEX a été créée en1999 en partenariat entre la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et des investisseurs privés camerounais et étrangers. Spécialisée à l’origine dans le négoce, elle a commencé en 2002 à diversifier ses activités dans l’approvisionnement et le soutage maritime. Elle s’est ensuite insérée dans le marché de la distribution dès sa libéralisation, au Cameroun, en 2006. Ambitieuse, elle a étendu ses activités hors des frontières camerounaises pour devenir aujourd’hui un leader de l’exportation de produits pétroliers vers les pays de la zone CEMAC. Le but de TRADEX : être un acteur majeur dans les maillons clés du secteur pétrolier africain et faire du Cameroun l’un des plus importants centres de distribution d’Afrique subsaharienne. Cela, en offrant à ses clients une gamme diversifiée de produits et une excellente qualité de service.

Awaé dans l’arrondissement de Yaoundé IV, dans la région du Centre. La confiance des clients à l’égard de TRADEX se traduit par une part de marché de près de 13 %, ce qui fait de ses stations-service les plus performantes du secteur, y compris face aux multinationales pétrolières.

UN EXEMPLE D’INTÉGRATION RÉGIONALE ■ TRADEX s’est imposée depuis dix ans comme un acteur essentiel dans l’activité d’approvisionnement en produits pétroliers des pays de la zone CEMAC. Elle assure de manière significative les exportations de produits pétroliers vers le Tchad, le Congo, la République Centrafricaine ou encore la Guinée-Équatoriale. À l’affût des opportunités, la société a créé TRADEX Centrafrique en 2006 en rachetant un réseau d’une vingtaine de stations-service réparties à travers tout le pays. En 2004, elle avait ouvert sa première filiale, au Tchad, afin d’entretenir ses clients industriels et de prospecter à la recherche de nouveaux débouchés.

À LA POINTE DE L’INNOVATION

■ TRADEX au Cameroun, c’est aujourd’hui 30 stations-service et un vaste programme d’implantation de nouveaux sites, notamment dans les villes de Yaoundé et Douala, qui en comptent déjà 21 (13 à Yaoundé et 8 à Douala). La dernière station en date a été ouverte à

■ Afin d’offrir à ses clients tous les services nécessaires dans ses stations-service, TRADEX a lancé au début de l’année « TRADEX lubrifiants ». Une gamme d’une soixantaine de produits qui répondent aux normes de l’industrie avec une spécificité, insuffisamment prise en compte : ils s’adaptent à l’environnement africain et résistent à des conditions sévères de circulation. Des spécialistes ont spécialement été formés par l’entreprise pour accueillir et conseiller les clients dans les stations au style futuriste, formes généreuses et lignes arrondies, qui font le succès de TRADEX auprès du grand public.

Le réseau TRADEX compte actuellement 30 stations-service modernes au Cameroun.

Le réseau TRADEX offre tous les services de la distribution de carburants... Et bien plus.

UN LEADER LOCAL

COMMUNIQUÉ


Yaoundé accueille 13 stations-service TRADEX. Ici à Ahala.

Interview de

Perrial Jean Nyodog*, directeur général de TRADEX

« TRADEX BIENTÔT DANS LE GPL »

Le réseau de stations-service au Cameroun se développe rapidement, à quelle vitesse depuis deux ans ? De nouvelles innovations vont-elles voir le jour après TRADEX lubrifiants ? Notre réseau se développe à la vitesse prévue. Nous avons mis six nouvelles stations en service en 2010 et cinq depuis le début de l’année. Nous comptons en ouvrir au moins deux autres avant la fin de l’année. Pour ce qui est des innovations, nous comptons nous inscrire dans le sillage du lancement réussi de notre marque de lubrifiants. Aussi, je vous informe en exclusivité de notre pénétration très prochaine du segment GPL (Gaz pétrolier liquéfié) à travers la création d’une nouvelle marque entreprise. Notre ambition étant toujours d’offrir à notre clientèle des produits remplissant les conditions strictes de qualité et de sécurité, tout en veillant à l’amélioration constante du service.

Comment expliquez-vous que le ratio d’accueil de clients par stations de TRADEX soit le meilleur du Cameroun ? On peut expliquer cela par la stratégie mise en place par TRADEX pour pénétrer le marché : le design moderne des stations-service ; le choix pertinent des emplacements, à l’entrée des grandes villes et des nouvelles zones d’habitation, ou encore la qualité de produit irréprochable et la qualité de service reconnue. Vous êtes président du Groupement des professionnels du pétrole (GPP) depuis 2008. Quel est son rôle ? Le GPP assiste les pouvoirs publics dans la régulation du marché intérieur, ses membres couvrant 90% tant en part de marché que de points de vente. Notre responsabilité est par conséquent importante pour la disponibilité des produits en qualité et en quantité. Parce qu’acteur incontournable, le GPP participe activement à l’élaboration des textes régissant la profession. Au-delà, il organise la formation des cadres camerounais qui vont ensuite faire le bonheur des entreprises nationales qui entrent de plus en plus dans le secteur. Nous garantissons donc une espèce de continuité professionnelle. * Lauréat en juillet dernier de l’Oscar prestige de la renaissance afri-

caine, décerné lors du 23e Forum économique de l’Afrique gagnante, à Paris.

TRADEX SA Douala Littoral, 1468 Cameroun (+237) 33 43 63 75 / (+237) 33 43 63 76 www.TRADEXsa.com TRADEX@TRADEXsa.com

DIFCOM/FC - PHOTOS : DR

Quelles sont les ambitions sousrégionales de TRADEX ? TRADEX va renforcer sa présence au Tchad et en République centrafricaine en attendant les opportunités qui pourraient se présenter dans d’autres pays. Au Tchad, TRADEX s’engage dans la distribution des produits pétroliers à travers la mise en place d’un réseau de stations-service modernes et futuristes. Pour ce qui est de la RCA, nous comptons améliorer notre visibilité et augmenter notre part de marché. Enfin, l’offre de nos produits et services sur ces marchés va être étendue.


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Ý LA CAPACITÉ DU SITE DE LIMBÉ va passer de 2,1 millions de tonnes par an à 3,5, voire 4 millions de tonnes.

Le fioul étant moins cher que le brut – ce qui grève la rentabilité de la raffinerie –, il a fallu prévoir un traitement spécifique pour le raffiner davantage et en extraire des produits légers : essence, gasoil et kérosène. C’est la raison qui a poussé à l’acquisition d’une unité d’hydrocraquage, nécessaire pour convertir des distillats lourds de pétrole en coupes légères à haute valeur ajoutée.

VINCENT FOURNIER/J.A.

DES BESOINS CROISSANTS. Selon le

HYDROCARBURES

Un peu plus de raffinage dans un monde de brut

L’extension des installations de la Sonara doit permettre de doubler la production. Et d’augmenter les exportations vers la sous-région, où la demande est importante.

C

es derniers mois, la Société nationale de raffinage (Sonara) a fait l’actualité. En mai, une fausse information annonçait une pénurie de carburants. Le 23 août, un incendie s’est déclenché dans l’une de ses cuves à la suite d’un dysfonctionnement. « Les organes vitaux de la raffinerie ne sont pas affectés. Par mesure de sécurité, l’usine est arrêtée en attendant l’évaluation de l’incident,pourlequelonnedéploreaucun blessé. L’approvisionnement du marché en produits pétroliers raffinés [environ

1 million de tonnes par an, NDLR] se poursuit », a dédramatisé l’entreprise. L’incident et la fermeture temporaire vont surtout retarder l’ambitieux programme d’extension, d’un coût de 380 milliards de F CFA (579,3 millions d’euros). La construction de nouvelles unités de production, annexées aux installations actuelles, devrait permettre d’augmenter la capacité de production, qui passera de 2,1 millions de tonnes par an à 3,5 millions, voire 4 millions, dont 42 % de fioul.

calendrier initial, la première phase des travaux, qui vise à optimiser la rentabilité de l’entreprise, doit s’achever en décembre 2011, et la mise en place des nouvelles unités est programmée pour la fin de 2012. Les ingénieurs prévoient le démarrage de l’hydrocraqueur et de ses unités annexes en 2014 et 2015. « La production de la Sonara est beaucoupplusimportantequelesbesoinsnationaux », explique le conseiller technique et chef de projet, Godfrey Yenwo Molo. Les excédents sont donc exportés, mais ils ne satisfont que 40 % de la demande de la sous-région.Lesbesoinsysontcroissantset l’offre insuffisante, en dépit de la construction par les Chinois d’une raffinerie au Tchad voisin. La demande du Nigeria, notamment, est due à la capacité limitée de ses quatre raffineries, qui ne comble pas les besoins de son marché intérieur. Les travaux de la raffinerie de la Sonara sont aussi l’occasion d’adapter des équipements initialement calibrés pour traiter le brut léger, ce qui avait conduit les ingénieurs de l’entreprise à recommander de raffiner le brut importé du Nigeria et, depuis quelques années, de Guinée équatoriale, plutôt que le « Kolé » camerounais, plus lourd. À la fin des travaux, la dépendance à l’égard des importations de brut sera donc réduite. ● GEORGES DOUGUELI

OBJECTIF GNL FAIRE ENTRER LE CAMEROUN dans le club très restreint des pays dotés d’installations de liquéfaction et exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), tel est l’objectif de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et du groupe français GDF Suez, qui, après un partenariat stratégique en 2008, ont conclu un accord-cadre en décembre 2010. Le projet, dont les études d’ingénierie préalables sont en cours, prévoit la construction de N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

gazoducs et d’une usine de liquéfaction onshore, près de Kribi, d’une capacité de 3,5 millions de tonnes par an et d’un coût estimé à 3 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros). La décision d’investissement des partenaires devrait intervenir d’ici fin 2012, pour une entrée en production entre 2015 et 2020. Selon la SNH, le pays dispose de 157 milliards de m3 de réserves prouvées de gaz naturel non encore exploitées. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun au banc d’essai ÉLECTRICITÉ

La tension monte enfin à Lom Pangar Le projet de grand barrage réservoir sur le Sanaga, dans l’Est, sort enfin des cartons, pour une mise en service prévue au plus tard en janvier 2015.

RENAUD VANDERMEEREN POUR J.A.

Ý LE COMPLEXE HYDROÉLECTRIQUE DE LAGDO, réalisé par China International Water & Electric Corp., à qui le chantier de Lom Pangar a été confié.

A

près plus d’un an d’attente, le gouvernement camerounais et le maître d’ouvrage, Electricity Development Corporation (EDC), ont enfin signé, le 12 août, le contrat de construction du barrage réservoir de Lom Pangar (Est), avec le partenaire retenu: China International Water & Electric Corporation (CWE), qui avait réalisé le barrage de Lagdo (Nord) dans les années 1970 et 1980. Le bureau d’études français Coyne et Bellier, spécialisé dans l’ingénierie conseil, est chargé de superviser la réalisation du projet selon les termes d’un contrat signé le 15 février dernier. CWE dispose d’un délai de trentehuit mois à compter du début du chantier – prévu en novembre – pour livrer l’ouvrage, dont le coût est évalué à près de 75 milliards de F CFA (plus de 114 millions d’euros). L’entrée en service est prévue entre juillet 2014 et janvier 2015. Le barrage de Lom Pangar permettra de réguler les courants saisonniers du fleuve Sanaga en portant son débit moyen garanti de 720 m3/s à 1 040 m3/s et la puissance garantie des barrages de Song Loulou et d’Édéa de 450 à 618 mégawatts. Une petite centrale hydroélectrique de pied, d’une capacité de 30 MW, sera annexée au barrage ; elle permettra de produire un supplément d’électricité (principalement pour alimenter la région de l’Est) pendant la période d’étiage de JEUNE AFRIQUE

la Sanaga, qui accentue le déficit énergétique du pays. Une ligne de transport de 90 kilovolts, longue d’environ 120 km, reliera le complexe à la ville de Bertoua. EN AVAL. Le réservoir, d’une superficie de

540 km2 et d’un volume de 7 milliards de m3 d’eau, permettra en outre de ravitailler en eau les barrages du bassin du fleuve Sanaga, situés en aval, et de construire la centrale hydroélectrique de Nachtigal à Batchenga, près de Yaoundé (Centre), d’une puissance d’environ 330 MW. Des difficultés ont retardé la mise en place du projet. À commencer par le manque d’enthousiasme des partenaires, peu convaincus de la nécessité de doter le Cameroun d’un tel ouvrage. Certains, à l’instardelaBanquemondiale,redoutaient

un impact négatif sur la préservation des forêts et la protection de l’environnement. Des études rassurantes, ainsi que la promesse gouvernementale d’indemniser les trois cent cinquante villageois expropriés, ont vaincu les réticences des bailleurs de fonds. Selon EDC, ces familles seront relogées dans le canton voisin. Par ailleurs, un plan de gestion environnemental et social présenté en juin prévoit une enveloppe de 44 milliards de F CFA pour la construction de centres de santé et d’écoles, ainsi que la mise en œuvre de plans de formation et d’encadrement pour le développement des activités agricoles et piscicoles. L’autre point de blocage concernait le déplacement de l’oléoduc TchadCameroun, qui traverse l’emprise prévue pour accueillir la retenue d’eau du barrage. Pour écarter le risque d’une catastrophe écologique qui pourrait survenir à cause de la forte pression exercée sur les canalisations du pipeline, le gouvernement et la Cameroon Oil Transportation Company (Cotco), l’entreprise qui gère l’oléoduc, ont abouti à un accord le 7 juillet dernier, après trois ans de négociations. Ce dernier stipule que chacune des parties prend à sa charge une partie du financement des travaux nécessaires pour détourner le tracé du pipeline de 25 km, dont le coût a été arrêté à 45 milliards de F CFA. ● GEORGES DOUGUELI

UN ÉNORME DÉFICIT SELON L’AGENCE INTERNATIONALE DE L’ÉNERGIE, le Cameroun dispose du deuxième potentiel hydroélectrique du continent (23000 mégawatts, équivalant à 161200 GWh) après la RD Congo (100000 MW, 774000 GWh), mais n’en utilise même pas 3 %. Doté d’une capacité installée de 1020 MW (dont 725 MW d’origine hydraulique), le pays ne produit en effet que 5600 GWh, accusant un déficit d’environ 40 GWh, et ce alors que moins de 40 % de la population a accès à l’électricité (10 % en zone rurale) et que les besoins augmentent de 6 % par an. La consommation industrielle s’établit à 1315 GWh, soit une puissance de 150 MW (l’équivalent des besoins actuels de l’usine d’Alucam, à Édéa, pour fonctionner à pleine capacité). L’objectif du programme de mise à niveau des infrastructures, en cours, est de porter la capacité de production à 3000 MW d’ici à 2020. ● CÉCILE MANCIAUX N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

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RENAUD VANDERMEEREN POUR J.A.

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 APRÈS LES TRAVAUX DE TERRASSEMENT, une digue de 3 km sera bâtie pour protéger les futurs bassins. AMÉNAGEMENT

Kribi, côté investisseurs… Alors que s’engage la construction du port en eau profonde, nombre d’opérateurs affluent dans la région.

L

olabé, à près de 35 km au sud de Kribi. La rumeur des vagues est dominée par le grondement des bulldozers, pelleteuses et camions qui repoussent la forêt littorale. Pour l’instant, le chantier du port en eau profonde, l’un des plus importants projets d’équipement lancés au Cameroun (lire pp. 76-77), n’est encore qu’une vaste clairière. Vétéran du BTP en Afrique, le français Razel est chargé de réaliser les travaux de terrassement. Dans quelques semaines, China Harbour Engineering Company (CHEC) prendra le relais pour entamer les titanesques travaux d’ingénierie portuaire, dont la construction d’une digue artificielle de près de 3 km pour protéger les futurs bassins de la houle. Dans le même temps, le dragage de 11 millions de m3 permettra d’atteindre la profondeur souhaitée pour le chenal et les darses et fournira le remblai nécessaire pour les terre-pleins. L’ouvrage, d’un coût de 282 milliards de F CFA (près de 430 millions d’euros), sera financé en grande partie par China Exim Bank, qui a consenti un crédit N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

commercial dont la garantie de remboursement repose sur les profits générés par l’activité du complexe portuaire. « Avec un taux de rentabilité estimé à 16 %, c’est un très bon investissement pour eux », explique un expert du ministère camerounais de l’Économie. Grâce à son port et aux infrastructures en cours de construction dans sa périphérie, Kribi devrait drainer le trafic de marchandises en provenance du Congo, de Centrafrique et du Tchad, et devenir un concurrent direct pour

supérieur à 80 %, plus de 2 000 mm de précipitations par an et cinq heures de soleil par jour, cette région littorale, relativement peu peuplée, est favorable au développement de vastes exploitations d’hévéas, de palmiers à huile, de bananiers, entre autres. L’AGRO-INDUSTRIE EN FORCE. Plusieurs

opérateurs y sont déjà présents. La société Hévéa du Cameroun (Hevecam) exploite des milliers d’hectares de plantations à Niété, où ses usines transforment le latex en caoutchouc. La Société camerounaise de palmeraies (Socapalm, filiale du groupe Bolloré), qui détient 42 % du marché local de l’huile de palme brute, envisage de rajeunir ses plantations de palmiers, de moderniser ses huileries et de se diversifier en augmentant de 1 500 ha sa surface de culture d’hévéas. De nouveaux acteurs se positionnent pour s’implanChaleur, humidité, ensoleillement… ter dans la région. Le plus Des conditions favorables à la ambitieux d’entre eux est culture d’hévéas ou de palmiers. sans doute le singapourien Biopalm Energy, filiale de Pointe-Noire (Congo) et Malabo (Guinée Siva Group, qui a lancé le 24 août deréquatoriale). nier un projet de 900 milliards de F CFA Mais au-delà de la construction du port, (1,37 milliard d’euros) d’investissements c’est un vaste pôle de développement qui pour l’exploitation de 200 000 ha de pals’organise autour de Kribi, notamment meraies réparties entre les localités de dans les secteurs minier (lire pp. 84-85) Béla (près de Kribi), Lolodorf et Akom II, et agro-industriel. Avec une température plus au sud. ● supérieure à 18 °C, un taux d’humidité GEORGES DOUGUELI JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun au banc d’essai

R O YA U M E D U M A R O C

… et côté VIP

D

es célébrités lui sont attachées, comme l’ex-tennisman et chanteur Yannick Noah, qui a été fait citoyen d’honneur de Kribi en 2005. Il y vient régulièrement et aime arpenter pieds nus ses plages de sable clair, sur lesquelles il a tourné une partie du clip de Saga Africa. Le footballeur Samuel Eto’o a également droit aux honneurs de la cité. Il a acquis 7 ha de terrain à Ebome, à 5 km du centre-ville. MÉMOIRE ET FARNIENTE. L’attrait de

la station balnéaire pour les vacanciers, illustres ou anonymes, ne se dément pas. Les Camerounais de l’étranger affluent pour s’y reposer ou célébrer des mariages. Les Africains-Américains à la recherche de leurs racines viennent y méditer sur les conditions du départ de leurs ancêtres victimes de la traite négrière.

Yannick Noah a été fait citoyen d’honneur de la ville, où il a tourné une partie du clip de Saga Africa. D’autres visitent les vestiges de la colonisation allemande, nombreux dans la région où, chaque mois de mai, le carnaval Mayi commémore le déplacement des populations prises entre le feu allemand et celui des troupes franco-britanniques pendant la Première Guerre mondiale. Tandis que de plus en plus d’écotouristes se laissent envoûter par l’extraordinaire biodiversité du parc national voisin de Campo Ma’an. Les classes moyennes de Yaoundé aiment aussi se retrouver à Kribi en fin de semaine. La mode est à l’achat de résidences secondaires sur la bande côtière, où la pression foncière croissante fait exploser les prix et le nombre de litiges. On achète aussi des terrains dans l’hinterland, dans un rayon de près de 40 km autour de Kribi, où le charme de la nature encore sauvage attire des people en quête de tranquillité et des expatriés, pour la plupart retraités. ● G.D. JEUNE AFRIQUE

N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

OFFICE NATIONAL DE L’EAU POTABLE

ONEP

Pour le développement du secteur de l’eau potable et de l’assainissement

STATION DE DÉSSALEMENT DE LAÂYOUNE.

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Producteur national de l’eau potable : Assure 80 % de la production nationale (901 millions m3/an).

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Offce National de l’Eau Potable

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www.onep.ma

DIFCOM/D.F. - © PHOTOS : D.R.

La cité balnéaire ne séduit pas que les industriels. Ses plages et la forêt qui l’entoure attirent les touristes, illustres ou anonymes.


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Le Plus de J.A. club des pays producteurs de bauxite, avec 4 millions de tonnes par an dans un premier temps et 8,5 millions de tonnes par an à terme.

MINERAIS ET MATÉRIAUX

L’âge de l’aluminium

Le pays fera bientôt son entrée dans le club des producteurs de bauxite, dont l’exploitation et la transformation pourraient devenir sa source de revenus la plus importante.

NOUVEAUX ACTIONNAIRES. L’État a

installé, le 24 août, le comité de coordination et de suivi relatif au développement du projet et à l’exploitation de ces gisements par Cameroon Alumina Limited (CAL). Celui-ci doit élaborer, d’ici à fin septembre, un projet de convention qui sera soumis au gouvernement. Cameroon Alumina est une filiale à 100 % d’Hydromine Global Mineral (HGM), coentreprise entre l’Américain Hydromine Inc., porteur du projet d’exploration initial, qui ne détient plus que 10 % du capital, le groupe indien

CAMEROON ALUMINA

Dans un premier temps, la production s’élèvera à 4 millions de tonnes par an.

A

 FORAGE TEST AU COURS DE LA PHASE D’EXPLORATION dans l’Adamaoua.

vec quatre grands gisements identifiés, soit environ 1 milliard de tonnes, le Cameroun dispose des 6e réserves mondiales de bauxite, les premières étant en Guinée, d’où est actuellement importée la plus grande partie de l’alumine traitée par l’usine d’Alucam à Édéa (lire p. 85).

Selon les travaux d’exploration menés de 2008 à 2010, les gisements situés à Minim-Martap et Ngaoundal, dans l’Adamaoua, sont estimés à plus de 700 millions de tonnes de bauxite, exploitables sur soixante ans. Le lancement de l’extraction, prévu d’ici à 2015, marquera l’entrée du Cameroun dans le

Des réserves mondiales de 28 milliards de tonnes (Principaux gisements, en milliards de tonnes)

2

Jamaïque

3,4

7,4

2,1 Vietnam

Guinée

Brésil

6,2

Australie SOURCES : INTERNATIONAL ALUMINIUM INSTITUTE, US GEOLOGICAL SURVEY

N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

Hindalco Industries Limited (45 %) et le géant émirati Dubai Aluminium Company (Dubal, 45 %). À CIEL OUVERT. Le consortium pré-

voit d’investir plus de 2 000 milliards de F CFA (3,1 milliards d’euros), dont 45 milliards pour la construction de la mine à ciel ouvert et 227 milliards pour celle des 800 km de voie ferrée qui permettront d’acheminer la bauxite vers le futur port en eau profonde de Kribi (lire pp. 82-83). CAL envisage en outre de consacrer 1 700 milliards de F CFA à la construction d’une usine de raffinage d’alumine (d’une capacité de 1,5 million de tonnes/ an, étendue à 3 millions de tonnes/ an dans une seconde phase), à Kribi également, le code minier camerounais contraignant désormais les exploitants à transformer sur place au moins 15 % de leur production. D’autres gisements sont en cours d’exploration, à Fongo-Tongo (Ouest) et à Banguem (Sud-Ouest), où les réserves estimées sont, respectivement, de 46 millions et 19 millions de tonnes. Une manne qui, à moyen terme, selon les experts, devrait faire du minerai et de sa transformation la plus importante source de revenus du pays, avant les hydrocarbures. ● CÉCILE MANCIAUX JEUNE AFRIQUE


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NICOLAS EYIDI

Ý L’EXTENSION PORTERA LES BESOINS EN ÉLECTRICITÉ de 150 à 500 MW.

Alucam change de braquet Numéro un de l’aluminium primaire dans la sous-région, l’entreprise va tripler la capacité de son usine d’Édéa.

T

roisième firme exportatrice du pays, la compagnie Aluminium du Cameroun (Alucam), fondée en 1957, emploie 1000 personnes et génère plusde1300emploisindirects,notamment au sein de ses dizaines de sous-traitants et de fournisseurs locaux. Leader de la production d’aluminium primaire (mis en lingots à partir du minerai de bauxite) dans la sous-région, l’entreprise repose sur un

partenariat entre l’État (46,7 % du capital) et le géant anglo-australien Rio Tinto Alcan (46,7 %), auxquels sont associés l’Agence française de développement (5,5 %) et le personnel de la société (1,1 %). En plus des lingots d’aluminium qui sortent de son usine d’Édéa, à 60 km au sud de Douala, Alucam a également développé les activités aval de la filière à travers deux filiales: la Société camerounaise de

transformation de l’aluminium (Socatral, également basée à Édéa), spécialisée dans laproductiondefeuillesdetôle,etAlubassa (à Douala), qui fabrique principalement des ustensiles de cuisine. Sesactivitésétantparticulièrementénergivores, Alucam travaille en partenariat avec les autorités camerounaises pour le développement du potentiel hydroélectrique (lire p. 81). Compte tenu des pénuries d’électricité, la production de la société a été de 63000 tonnes d’aluminium en 2010 (95000 t en 2009), soit 15 % en deçà des prévisions, mais l’entreprise maintient son chiffre d’affaires (environ 150 milliards de F CFA) et conserve l’objectif de porter la production à 300000 t d’ici à 2015, grâce à la mise en service de nouvelles unités d’électrolyse. Un investissement d’environ 900 milliards de F CFA, qui portera ses besoins en électricité de 150 MW actuellement à 500 MW. ● ARMELLE NYA, à Douala

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Aux côtés des planteurs africains Parmi les plus importants négociants de produits agricoles dans le monde, nous sommes présents auprès de nombreuses collectivités en Afrique, jusque dans les pays enclavés. Spécialiste de l’approvisionnement agricole, nous sommes en relation avec des milliers de planteurs. Nous les représentons sur le marché mondial et les aidons à préfinancer leurs récoltes. Nous leur assurons des revenus réguliers grâce à notre vaste réseau sur le continent, y compris dans les pays les plus démunis.

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C

réé en 1982 à Douala, au Cameroun, CAC International a étendu ses activités depuis quelques années en Afrique. Il a ouvert en 2007 un bureau à Brazzaville, au Congo. C’est à ce jour, l’un des cabinets leaders dans les métiers de l’audit, du conseil, du droit et de la finance en Afrique. Il est le fruit de la volonté de femmes et d’hommes d’accompagner les acteurs économiques privés et publics en leur offrant des services innovants conformes aux standards internationaux.

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banque et les finances ou le secteur public. Les clients de CAC International sont des entreprises privées, locales et internationales, mais aussi des institutions publiques que le cabinet aide à évoluer dans leur gestion.

Une présence de plus en plus étendue CAC International intervient dans de nombreux pays, principalement en Afrique Centrale (Cameroun, Congo, Tchad, République centrafricaine, Guinée équatoriale, RDC), en collaboration éventuelle avec des cabinets locaux. Mais son expertise reconnue a conduit des gouvernements, des institutions financières et des entreprises de premier plan à solliciter ses services au Niger, à Madagascar, au Sénégal, à Djibouti ou encore au Liberia. Dans une Afrique dont l’environnement économique et le climat des affaires s’améliorent, le cabinet est également sollicité dans le cadre d’opérations d’investissements de plus en plus nombreuses. « Notre objectif à moyen terme est, dans un premier temps, de mettre en place dans plus de dix pays de l’Afrique noire un réseau de cabinets franchisés sous le label «CAC International» », indique Jacques Ndjamba, associé et responsable « Pétrole, gaz et mines » au sein de l’entreprise.


Jérôme Minlend Associé Président Directeur Général

Jacques Ndjamba Associé Directeur Général Adjoint

CAC International a fait de l’audit et du commissariat aux comptes sa spécialité, mais il exerce aussi ses activités en termes de conseil financier, juridique et fiscal, ainsi qu’en conseil en systèmes d’information et de gestion. Des références de classe mondiale

Un professionnalisme éprouvé

CAC International réalise pour le compte des États l’audit des coûts pétroliers des compagnies pétrolières Eni (Italie) et Total (France), au Congo, ainsi que du consortium Esso/Chevron/Petronas au Tchad. Il est commissaire aux comptes de la Société générale de banques au Cameroun (SGBC) et d’autres institutions bancaires et boursières. Dans le domaine des télécommunications, CAC International a été commissaire aux comptes d’Orange au Cameroun. Il a réalisé l’audit opérationnel du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) et fournit une assistance comptable au groupe pharmaceutique Pfizer au Cameroun. Dans le secteur public, CAC International, commissaire aux comptes de la SNH (Société nationale des hydrocarbures, Cameroun) depuis 1996, a accompagné en 2008 le gouvernement nigérien dans la signature du contrat pétrolier d’Agadem. Depuis 2010, il assiste également le Tchad dans l’organisation de ses appels d’offres relatifs à la mise sur le marché de blocs pétroliers. Suite à des malversations, CAC International, qui a élaboré la loi anti-corruption congolaise, a achevé en 2011 l’audit des procédures comptables et budgétaires de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale). Une institution qu’il assiste actuellement dans la réforme desdites procédures.

La confiance exprimée par ces entreprises et institutions, CAC International, intégré au réseau international d’Ernst & Young de 1983 à 2005, la doit à une expérience éprouvée par près de trente ans d’activité. Ses standards de travail sont conformes aux normes internationales et adaptés aux spécificités et aux enjeux africains. Ses professionnels, recrutés au sein des plus grandes écoles de commerce et d’ingénieurs, sont également formés à la maîtrise de l’environnement institutionnel, juridique et fiscal du continent africain.

CONTACT

1043 Rue de l’hôpital, Bonanjo BP 443 Douala - Cameroun Tél. : + 237 33 43 01 71 / + 237 33 43 01 30 E.mail : cacinternational@cac-international.com Site internet : www.cac-international.com

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CAC International


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Ý En 2010-2011, 218 000 tonnes de cacao ont été commercialisées, ET 189 000 T EXPORTÉES.

dans le peloton de tête des producteurs mondiaux (il occupe actuellement la cinquième place). Elles ont favorisé le déploiement de conseillers agricoles sur le terrain pour encadrer les planteurs, accordé des facilités aux fournisseurs d’engrais, défiscalisé des intrants agricoles pour les rendre plus accessibles aux paysans, renforcé le contrôle des opérations de commercialisation, incité les jeunes à créer de nouvelles plantations…

SAABI

UN VERGER VIEILLISSANT. De son côté,

AGROALIMENTAIRE

À la santé de la filière café-cacao

Semences gratuites, encadrement des planteurs, nouveaux outils de financement… Après des années de baisse de la production, l’État souhaite dépoussiérer le secteur, qui mobilise 600000 exploitants.

A

vec une production nationale commercialisée de 218 000 tonnes en 2010-2011 (soit près de 13 % de plus que lors de la campagne 2009-2010), selon l’Office national du cacao et du café (ONCC), la filière cacao se porte bien. Dans le même temps, les exportations ont dépassé 189 000 t (+ 10 %). Une quantité,

mais aussi une qualité en hausse : 1,47 % du cacao produit était de grade I, contre 0,13 % lors de la campagne précédente. Cette tendance positive s’appuie notamment sur le soutien du gouvernement, qui voudrait porter la production de fèves de cacao à 280 000 t par an d’ici à 2015. Les autorités initient ou appuient plusieurs projets destinés à ramener le Cameroun

la Société de développement du cacao (Sodecao), organisme public qui encadre les planteurs, a lancé depuis 2006 un programme de production et de distribution de plants améliorés. L’objectif est d’en fournir 6 millions par an, soit la quantité nécessaire pour créer 5000 ha de nouvelles exploitations modernes. Une façon de remédier au vieillissement du verger cacaoyer (d’une superficie estimée à 400 000 ha) : près de la moitié des plantations ont plus de quarante ans. Le Cameroun veut redevenir la puissance agricole continentale qu’il fut pendant les décennies d’euphorie qui ont précédé l’effondrement des cours mondiaux des produits de base agricoles. La chute des prix a poussé les producteurs à se tourner vers d’autres cultures d’exportation, plus payantes, faisant ainsi diminuer les volumes. La production du café, tout particulièrement, a connu des hauts et des bas ces vingt dernières années. Selon l’Organisationinternationaleducafé,après un pic de 132000 t en 1986, elle a sombré à 24360 t en 1994. En 1999, elle est remontée à plus de 82 000 t, pour s’établir aux alentours de 45 000 t en 2010. Pour laisser les années noires derrière elle, la filière est en

CAFÉ

CACAO

CAMEROUN

45000 t

195700 t

Centrafrique

3000 t

Congo

180 t

N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

CAMEROUN

Guinée équatoriale

3500 t

Gabon

500 t

SOURCES : ORGANISATION INTERNATIONALE DU CAFÉ, BEAC

Premier de la zone Cemac pour la campagne 2009-2010

JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun au banc d’essai

« Nous voulons transformer un système de subsistance en un système professionnel. » LUC MAGLOIRE MBARGA, ministre du Commerce

cape le développement rural. La signature, en 2008, d’une convention de financement de 5,6 milliards de F CFA entre le Fonds de développement des filières cacao et café (Fodecc, créé en 2006) et le ministère de l’Agriculture et du Développement rural s’inscrit aussi dans cette logique de relance de la production. La filière café-cacao, qui mobilise quelque 600000 producteurs, représente près de 30 % des exportations directes non pétrolières et génère plus de 100 milliards de F CFA de revenus annuels. Six millions de personnes bénéficient de manière directe ou indirecte de ses activités. L’embellie qui touche les prix du cacao – vendu plus de 1 500 F CFA le kilo dans certaines régions du pays en juillet, selon l’ONCC – va contribuer largement au recul de la pauvreté en milieu rural. ● GEORGES DOUGUELI

Des pâtes aux œufs d’or Leader national, le groupe La Pasta SA se diversifie encore. Il s’apprête à ouvrir la première semoulerie du pays.

L

orsqu’il crée La Pasta SA, en 2002, à Bonabéri, dans la banlieue de Douala, son promoteur et actionnaireprincipal,CélestinTawamba,ambitionne de bâtir une grande entreprise de fabrication de pâtes alimentaires. Les activités démarrent et le marché accueille favorablement les produits. En 2005, au terme d’un appel d’offres international supervisé par la filiale sénégalaise de BNP Paribas, La Pasta SA acquiertPanzaniCameroun,alorsleader national sur son créneau. Le groupe peut ainsi consolider son pôle pâtes alimentaires. Et se mettre à rêver de leadership sous-régional.

DANS LA FARINE AUSSI. Entre 2002 et 2011, l’effectif du groupe est passé de 100 à 700 employés, les deux entités et deux marques (La Pasta et Panzani) coexistant et fonctionnant comme deux entreprises distinctes. Panzani Cameroun est resté dans son créneau initial, les pâtes alimentaires, tandis que La Pasta se développe également dans la production de farine. « Aujourd’hui, notre chiffre d’affaires cumulé est de 35 milliards de F CFA (plus de 53 millions d’euros). Nous l’avons pratiquement multiplié par sept depuis la création de La Pasta, affirme Célestin Tawamba. Et nous comptons bien faire mieux dans les deux prochaines années. » Pour l’instant, le groupe concentre son activité de production et de distribution sur le marché national. Seules les pâtes alimentairessontexportéesdanslasousrégion. Les responsables de La Pasta SA – l’un des deux leaders nationaux de la fabrication de farine, avec Les Grands Moulins du Cameroun – estiment qu’exporter la farine en Afrique centrale serait pour le moment une aventure périlleuse. Et pour cause: « Dans la sous-région, la

MABOUP

plein plan de relance. D’ici à 2015, le gouvernement espère porter la production à 125000 t. Au programme: la réhabilitation des anciennes plantations, la création de routes et d’un système d’information du marché destiné aux producteurs. L’État veut ainsi « transformer un système de subsistance en un système professionnel et durable, économiquement bénéficiaire pour tous », selon Luc Magloire Mbarga, le ministre du Commerce. La création de la Cameroon Rural Financial Corporation (Carfic) et de la Banque camerounaise des PME est l’une des initiatives les plus représentatives de cettenouvellevision.Cesbanquesonttenu leur première assemblée générale début juin 2011, à Yaoundé. Dotées d’un capital de 10 milliards de francs CFA (15,2 millions d’euros) chacune, elles devront remédier à l’insuffisance de financements qui handi-

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réglementation est chaotique. Il y a des distorsions fiscales, parce que le code douanier n’est pas appliqué de façon uniforme, et les procédures douanières ne sont pas simplifiées au niveau du Cameroun », regrette Célestin Tawamba. Malgrécetenvironnementpeufavorable, l’entreprise maintient son ambition de se développer à l’export. La Pasta SA poursuit la consolidation desesactivitésdansledomainecéréalier. La société vient en effet d’investir près de 2,5 milliards de F CFA pour l’acquisition d’une semoulerie, qui entrera en production au cours du premier semestre 2012. Conséquence immédiate de la mise en service de cette unité: la création de 100 emplois supplémentaires. En cours d’installation sur le site des usines de La Pasta SA, à Bonabéri, elle sera la seule du pays à transformer le blé dur en semoule ; jusqu’à présent, celle-ci était fabriquée à l’étranger et importée au Cameroun par les fabricants de pâtes. ● ARMELLE NYA, à Douala

Hôtel Mérina *** BP 14304 Yaoundé - Cameroun - Tél. : (+237) 22 22 21 31 / 99 89 02 21 - Email : reservations@merina.cm


CAMWATER : LES CHANTIERS S’ENCHAÎNENT, LES RÉALISATIONS SUIVENT.

La Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) est résolument engagée dans la réalisation des infrastructures d’eau potable à travers le territoire national. Objectif, desservir plus de 60 % de la population en milieu urbain à l’horizon 2015. Une nouvelle usine d’eau potable en construction a Yaoundé La Camwater, entreprises à capitaux publics, a engagé, depuis le mois d’août 2011, les travaux de construction d’une nouvelle usine d’eau potable, adossée sur la Mefou, au quartier Nkolbisson, dans la banlieue de Yaoundé. Co financés à hauteur de 40 milliards de F CFA par l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque Européenne d’Investissement (BEI), cette usine de 50 000 m3/jour sera réalisée en 24 mois. Les travaux consistent en la reconstruction de la station de traitement, la réhabilitation du barrage de la Mefou, des réservoirs de la station de pompage de Messa et des conduites de transfert amont et aval ainsi que le réseau de distribution. Elle permettra ainsi d’améliorer d’environ 50 %, l’offre en eau potable de la capitale camerounaise. Cette production va encore s’accroitre avec la construction d’un nouveau décanteur à l’usine d’Akomnyada et la réalisation des extensions de réseau en cours. Ces travaux sont réalisés grâce à un financement additionnel de 7,3 milliards de F CFA accordé par l’IDA dans le cadre du Projet de développement urbain et d’approvisionnement en eau potable (PDUE). Ils permettront, à terme, de doubler la production d’eau potable de Yaoundé qui atteindra alors le cap de Objectif, 200 000 m3/j, en attendant la réalisation desservir plus imminente d’autres projets qui à coup de 60 % de la sûr, mettront fin aux pénuries d’eau population en observées dans la cité capitale.

L’extension de l’usine d’eau potable de Douala

milieu urbain à l’horizon 2015.

quelques mois, dans le cadre de la première phase du projet des « 52 centres ». Des travaux similaires démarrent bientôt dans les villes de Limbé, Buéa, Yaoundé, Meyomesala, Tokombéré, Tonga, Bikok, Ngomedzap et Nanga Eboko qui rentrent dans les 2e et 3e phases de ce projet financé grâce à un prêt de la banque belge Dexia, pour un montant d’environ 40 milliards de F CFA. D’autres travaux verront le jour dans un proche avenir dans les villes de Bertoua, Edéa et Ngaoundéré, sur financement de l’AFD. Last but not the least, les localités de Ebolowa, Akono, BafangBanka, Bana, Foumban, Kousseri, Bafia, Kumba, Loum, Mamfé, Manjo, Mbanga, Nkongsamba, Bangangté, Bangou, Sangmelima, Ngoumou et Bansoa, Penka-Michel, verront aussi démarrer bientôt les travaux de réhabilitation et de constructions des centres de production et de traitement d’eau potable.

Les partenaires La Camwater déroule ainsi son programme d’investissement évalué à 400 milliards de F CFA et qui est financé grâce aux subventions de l’État, à ses fonds propres et aux prêts et dons des partenaires au développement tels que la Banque Mondiale, l’AFD, Eximbank China, Dexia, la BEI. Banque mondiale La Banque mondiale a notamment financé les travaux de réhabilitation d’urgence des installations hydrauliques urbaines de Yaoundé et Douala et de certains centres secondaires. En outre, elle a financé la réalisation de 50 000 branchements subventionnés. Agence française de développement (AFD) Elle finance la construction de l’usine production d’eau potable à Yaoundé ainsi que la construction et la réhabilitation des infrastructures d’eau dans les villes secondaires de Bertoua, Edéa et Ngaoundéré.

Les travaux de construction d’un deuxième module de 100 000 m3/j ont démarré au début de cette année. Ils rentrent dans le cadre de la deuxième phase du projet de renforcement et d’amélioration de l’alimentation en eau potable de la ville de Douala. La première phase de ce projet s’est achevée avec la construction, puis la mise en service en juin 2010, de l’usine d’une capacité de 50 000 m3/j adossée sur le fleuve Moungo. Celle-ci a permis, avec les forages réalisés et réhabilités respectivement dans le centre urbain et sur le champ captant de Massoumbou, d’augmenter de 80 %, la production de la capitale économique qui a atteint aujourd’hui le cap des 180 000 m3/j. Avec l’extension de l’usine sur le fleuve Moungo cette production sera portée à 280 000 m3/j à l’horizon 2013, suffisant pour couvrir l’ensemble des besoins en eau potable de la ville de Douala.

Banque européenne d’investissement (BEI) Elle co-finance, avec l’AFD, les travaux de réhabilitation, et de renforcement des réseaux dans les villes de Yaoundé, Bertoua, Edéa et Ngaoundéré.

Plus de 70 centres secondaires concernés

Dexia Banque Belgique Elle finance les travaux de réhabilitation et de renforcement des systèmes d’adduction d’eau potable dans 52 centres.

D’importants travaux sont également en cours ou achevés dans plusieurs villes secondaires. C’est le cas dans les localités de Mbankomo, Bogo, Jikejem-Oku, Maroua où la Camwater a construit des infrastructures d’eau potable en l’espace de

Eximbank China Elle a financé les travaux de construction de la première phase de l’usine de traitement d’eau potable de Yato (près de Douala). Elle est également impliquée dans la deuxième phase du projet d’amélioration de l’alimentation de l’eau potable de Douala.

Banque africaine de développement (BAD) Elle participe au projet d’adduction d’eau dans 16 centres.

COMMUNIQUÉ


D’un coût total de 18 milliards de F CFA, financé par un prêt de 11 milliards de F CFA d’Eximbank Chine, la station de traitement d’Ayatto, près de Douala, est entrée en service en mai 2011.

Dr Basile Atangana Kouna,

Directeur Général de Camwater

« TOUS LES PROJETS ONT DÉMARRÉ » Quel bilan faites-vous du programme d’investissement ? Dr Basile Atangana Kouna : En l’espace de deux ans, Camwater a réussi à mobiliser des concours extérieurs de l’ordre de 220 milliards de F CFA, soit plus de la moitié de ce que nous avons prévu d’investir en dix ans. Grâce à quoi, à ce jour, tous les projets ont démarré et des améliorations se font déjà sentir dans de nombreuses villes.

Avez-vous des exemples de réalisations ? B.A.K. : À Douala, par exemple, les travaux ont induit un accroissement de la production d’eau potable de plus de 80 % dans la capitale économique. À Yaoundé, nous avons lancé la construction d’une nouvelle usine d’eau potable d’une capacité de 50 000 m3/ jour, et nous comptons atteindre, grâce à d’autres travaux en cours sur les installations actuelles, le cap de 200 000 m3/jour d’ici à 2013.

Seules les villes de Douala et Yaoundé sont concernées ? B.A.K. : Pas du tout. Près de 70 localités sont déjà inscrites dans le programme d’investissement, qui vise autant les milieux urbains que périurbains, sur tout le territoire national. Les travaux ont démarré en novembre 2010 par la première phase du projet de 52 centres. À ce jour, ils sont déjà terminés dans les villes de Mbankomo, Bogo, Jikejem-Oku, Maroua. Les deuxième et troisième phases qui concernent une dizaine de villes seront lancées au cours des prochains mois. Dans l’ensemble, les premières réalisations du programme d’investissement de Camwater laissent espérer une amélioration de l’ordre de 60 % de la desserte en eau potable à l’horizon 2015. DIFCOM/FC - PHOTOS : DR

CAMEROON WATER UTILITIES CORPORATION

Siège social B.P. 524 Douala Tél. : + 237 33 42 96 84 / 33 43 72 69 - Fax : + 237 33 43 72 70 Site web : www.camwater.cm - Email : info@camwater.cm


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MABOUP

Ý LE SIÈGE D’AFRILAND FIRST BANK, à Yaoundé.

FINANCES

Un marché de plus en plus « bankable » La concurrence entre établissements est de plus en plus vive. Si les multinationales restent en tête, les groupes africains investissent le terrain et les acteurs nationaux se renforcent.

E

lles sont loin, les fermetures et restructurations menées sous la houlette de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) au début des années 2000. Dans un environnement assaini et très concurrentiel, où des filiales de groupes occidentauxcôtoientlesétablissementsnationaux, une tendance se dessine: l’émergence des banques panafricaines. En moins de dix ans, ces dernières ont investi le marché. Et au Cameroun, qui affiche un taux de bancarisation de seulement 7 %, les perspectives de croissance sont importantes, en particulier dans la banque de détail. Ecobank, le nigérian United Bank for Africa (UBA) et son compatriote Skye Bank – entré sur le marché camerounais en juillet –, ou encore le marocain Attijariwafa Bank, premier groupe bancaire et financier du Maghreb, qui est devenu actionnaire majoritaire de la Société camerounaise de banque (SCB, ex-filiale du Crédit agricole) en avril et compte doubler le nombre d’agences (de 17 à 35) en deux ans… Les établissements africains ne cessent de

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gagner des parts de marché en proposant des produits innovants, diversifiés, adaptés aux entreprises et aux particuliers, encore sous-bancarisés. DOUALA, PREMIÈRE ÉTAPE. Parmi les nouveaux arrivants figure le gabonais BGFI Bank. Déjà présent dans une demidouzaine de pays, le premier groupe de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) a démarré

ses activités à Douala en mars et prévoit d’ouvrir quatre agences d’ici à début 2012. De la gestion d’actifs à l’immobilier, BGFI Bank Cameroun entend déployer une offre de produits à destination des particuliers aisés, des institutionnels et des grandes entreprises, en prêtant une attention particulière au financement des PME-PMI. Son objectif : pénétrer le marché de la sous-région via la capitale économique camerounaise, qui concentre plus du tiers des ressources de la zone Cemac. Non sans relever quelques défis, comme celui de répondre aux demandes de crédit dans un délai de sept jours ouvrés pour les particuliers et de quinze pour les entreprises. D’autres groupes,

LA DOUANE PASSE À LA VITESSE SUPÉRIEURE POUR LE BUDGET 2011, l’État du Cameroun attend 550 milliards de F CFA (838,5 millions d’euros) des services de la douane. Un objectif bien supérieur aux 499 milliards de F CFA de l’année précédente, qui avaient été dépassés. Les recettes avaient en effet atteint 503,5 milliards. Ces bons résultats sont dus à la mise en place d’une procédure simplifiée de traitement des déclarations douanières par le logiciel Sydonia et à l’installation d’un scanner destiné à accélérer le dédouanement des conteneurs. Selon les services de la douane, 23 555 conteneurs ont été traités en 2010, contre 21 847 en 2009, traduisant un accroissement de 7,81 % de l’utilisation du scanner. Résultat des réformes mises en place par la directrice générale, Minette Libom Li Likeng, ces performances ont donc GEORGES DOUGUELI conduit le gouvernement à fixer la barre plus haut. ● JEUNE AFRIQUE


Le Cameroun au banc d’essai

Les taux d’intérêt sur les crédits sont bas : 4 %, contre 9 % au Nigeria, chez UBA. lions d’euros) en 2010, un résultat net de 4,2 milliards de F CFA et un capital de 15,8 milliards de F CFA (contre 12,5 milliards en 2009). Sur le plan des dépôts, elle devance, avec 458 milliards de F CFA, la SociétégénéraledebanquesauCameroun (SGBC, 398 milliards de F CFA), mais se classe derrière la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec, 468 milliards de F CFA). PROFESSIONNALISATION. Par ailleurs,

les banques nationales qui avaient été placées sous administration provisoire de la Cobac reprennent de la vigueur, traduisant une plus grande professionnalisation du secteur. C’est le cas de CBC, redressé grâce au soutien de l’État, qui souhaitait que les entreprises publiques restent dans sa clientèle, et recapitalisé par le nigérian Oceanic Bank (qu’Ecobank a annoncé, mi-août, avoir l’intention de racheter). De quoi inquiéter les filiales des groupes occidentaux, qui restent cependant dominantes sur le premier marché bancaire d’Afrique centrale: 540,8 milliards de F CFA de total de bilan pour la première, Bicec (groupe Banques populaires Caisses d’épargne, BPCE), et 457,2 milliards de F CFA pour SGBC (groupe Société générale). Quelques-unes, à l’image de l’anglaise Standard Chartered Bank et de l’américaine Citibank, très spécialisées, n’interviennent pas dans la banque de détail, et la plupart, SGBC en tête, se battent pour avoir dans leur portefeuille les rares multinationales présentes sur le territoire, délaissant quelque peu les PME-PMI. JEUNE AFRIQUE

QUESTIONS À | Mireille Fomekong

Directrice générale d’Ascèse, agence de conseil en marketing qui accompagne plusieurs multinationales sur le marché local.

« La consommation se porte plutôt bien malgré la crise » JEUNE AFRIQUE : Quel regard portez-vous sur les chiffres de la consommation ? MIREILLE FOMEKONG : Comme dans la plupart des pays de la région, les indicateurs de la consommation s’appuient essentiellement sur le nombre de nouveaux acteurs, les importations, le taux et le délai de rotation des stocks dans les grandes et moyennes surfaces, les chiffres du crédit à la consommation dans les banques… Et, au regard de ces différents paramètres, alors qu’on traverse une période de crise, la consommation se porte paradoxalement plutôt bien. Le marché est même en forte croissance dans l’alimentaire, l’automobile et, plus encore, dans la téléphonie : les ventes de téléphones ont enregistré une hausse vertigineuse de 500 % au cours des deux dernières années. De même, le crédit-bail pour l’immobilier lancé il y a quatre mois par la Banque populaire a été pris d’assaut par les fonctionnaires. Qu’est-ce qui a permis une telle évolution? En dix ans, le nombre de personnes en mesure de consommer s’est considérablement accru grâce à l’arrivée de nouveaux acteurs économiques, qui a favorisé l’émergence d’une classe

Une brèche dans laquelle s’engouffrent – prudemment toutefois – les banques nationales et africaines: en 2010, Afriland First Bank a octroyé 335 milliards de F CFA de crédits, devant Bicec (306 milliards) et SGBC (279 milliards). Résultat de la vive compétition entre établissements, les taux d’intérêt sur les crédits sont les plus bas de la région. Une donnée qui explique que seules les banques implantées dans plusieurs

moyenne de cadres et d’agents de maîtrise, avec des revenus réguliers, donc un pouvoir d’achat sûr. Les bons chiffres de la consommation tiennent aussi à l’évolution de la distribution: les distributeurs ont compris qu’ils devaient se rapprocher des consommateurs et ont multiplié les points de vente. On assiste ainsi à un foisonnement de boutiques de proximité et de boulangeries, qui, au Cameroun, sont en réalité de petits supermarchés. Et comment se positionne le Cameroun dans la sous-région? Les chiffres d’affaires des entreprises y sont globalement plus importants que dans la plupart des pays de la zone, en raison notamment de sa démographie et de sa position géographique. Mais les Gabonais, par exemple, ont un pouvoir d’achat plus important et des habitudes de consommation plus modernes. Les compagnies d’assurance ont un chiffre d’affaires plus important au Gabon, qui n’a que 1,5 million d’habitants, qu’au Cameroun, qui en compte plus de 20 millions. Cependant, les chiffres de la consommation gabonaise ne concernent que Libreville, tandis qu’au Cameroun ils portent sur au moins six villes. ● Propos recueillis par C.J.-Y.

pays puissent réussir au Cameroun, où les clients sont jugés particulièrement exigeants… et les marges particulièrement faibles. UBA explique ainsi qu’il pratique des taux d’intérêt pour les entreprises différents selon le pays: 4 % au Cameroun, contre 9 % au Nigeria. Une politique qui a une influence positive sur le développement et la modernisation des sociétés camerounaises. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011

DR

notamment nigérians et sud-africains, ont déposé les demandes d’agrément auprès de la Cobac pour s’installer au Cameroun. Dans ce contexte concurrentiel, les banques nationales – notamment Afriland First Bank, Commercial Bank-Cameroun (CBC) et National Financial Credit Bank (NFC Bank) – se développent également. La première d’entre elles, Afriland First Bank, occupe le troisième rang du marché national, avec un total de bilan de 504 milliards de F CFA (plus de 768 mil-

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Le Plus de J.A.

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TÉLÉCOMS

Orange et MTN bientôt chahutés Deux, voire trois nouvelles licences de téléphonie mobile vont être octroyées. De quoi stimuler la concurrence et, peut-être, faire baisser les prix.

passer sous la barre des 50 F CFA par minute d’ici à trois ans. Il s’agit par ailleurs de remédier au faible taux d’équipement en téléphonie mobile et au médiocre taux d’accès à internet. L’État a investi plus de 40 milliards de F CFA dans l’installation, en cours, d’une infrastructure de fibre optique à très haut débit (lire pp. 76-77), qui sera ouverte à tous les opérateurs et qui permettra de passer à l’internet mobile haut débit (3G) tout en évitant la saturation du réseau. L’État compte parallèlement améliorer le taux d’équipement en matériel dans les institutions : pour l’heure, moins de 10 % des administrations et des entreprises du pays sont équipées d’un ordinateur, moins de 30 % des administrations sont connectées à internet (et seul 1,5 % de la population).

MABOUP

JEU OUVERT. Si l’on ignore encore qui

 LE COÛT DE LA MINUTE DE COMMUNICATION pourrait passer de 80 F CFA à moins de 50.

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et un taux minimal d’accès à internet de 10 % (5 % en 2011). Bien que le coût moyen des communications soit passé de 500 F CFA à 80 F CFA (d’environ 0,8 à 0,12 euro) par minute entre 2000 et 2011, il reste parmi les plus élevés du continent. L’ouverture du marché devrait permettre de le faire

CES :

M IN P

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T - JU IN

2011

Nombre d’abonnés

SOUR

D

epuis2000,deuxopérateurs,les filiales du français Orange et du sud-africain MTN, règnent sans partage sur le marché camerounais de la téléphonie mobile. Une situation pour le moins paradoxale pour un pays qui fut parmi les premiers du continent à introduire le système GSM sur son territoire (en 1989), qui a libéralisé le secteur en 1998, et dont les voisins, bien que moins peuplés, comptent trois opérateurs (Tchad), voire quatre (Centrafrique, Congo et Gabon). Un état de fait auquel le gouvernement compte remédier en octroyant des licences à de nouveaux opérateurs. S’appuyant sur les conclusions d’une étude du cabinet Network Dynamics Associates sur la taille critique du marché, le ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel) a confirmé qu’il lancera avant la fin de l’année l’appel à manifestation d’intérêt pour l’obtention des concessions. En stimulant la concurrence, l’objectif est d’améliorer la qualité du service et d’entraîner une baisse substantielle du coût des communications d’ici à 2015, pour atteindre un taux de pénétration du mobile de 76 % (contre 42 % en 2011)

1er semestre 2011 (42 % de la population)

2015 (selon les projections)

seront les postulants et les heureux élus, l’émirati Etisalat (avec sa marque Moov) et l’indien Bharti Airtel – réputé pour pénétrer les marchés par ses petits prix et qui pourrait introduire sur le marché camerounais ses kits Village Phone, expérimentés en RD Congo dans les zones rurales – apparaissent parmi les plus techniquement qualifiés et motivés pour remporter la partie. Mais les jeux sont loin d’être faits. Camtel, qui devrait conserver le monopole du téléphone fixe, pourrait bien se décider à se positionner pour obtenir une licence sur le segment portable (il avait cédé sa concession à MTN en 2000). Certains évoquent aussi le fournisseur d’accès internet, Ringo (contrôlé par le fonds Glenar, basé en Suisse), qui, après trois ans de présence dans le pays, a déjà couvert presque tout le territoire en menant une politique de prix bas et de services réactifs, et pourrait tenter de se positionner désormais sur le segment de la téléphonie. Quels qu’ils soient, les nouveaux opérateurs se verront livrer une sévère concurrence de la part de MTN Cameroon et Orange Cameroun, dont les agences et infrastructures sont désormais bien implantées sur l’ensemble du territoire. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM JEUNE AFRIQUE


MABOUP

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MÉDIAS

La presse privée entre en zone rouge

Avec de maigres ventes, un coût de production plus élevé qu’ailleurs et des aides de l’État dérisoires, les journaux camerounais ont du mal à être économiquement viables.

L

es quotidiens Le Jour et L’Actu ont chacun reçu pour 2011 une aide de 1 million de F CFA (environ 1 500 euros) dans le cadre de la subvention gouvernementale aux médias – cette enveloppe globale de 135 millions de F CFA a d’ailleurs été revue à la baisse en 2011. Tout juste « de quoi payer les frais de reportage aux journalistes pendant une semaine, ou régler les factures d’eau et d’électricité pour six mois » au journal Le Jour, à en croire son directeur de publication, Haman Mana. L’ensemble de la presse privée camerounaise a mal à ses finances, notamment parce que la convention de Florence n’est pas appliquée. Cette dernière prévoit un régime fiscal préférentiel, des exonérations de TVA et des franchises douanières pour les médias qui contribuent au droit à l’information. Les intrants de presse sont donc taxés, avec pour conséquence directe un coût de production énorme. Des six quotidiens qui paraissent au Cameroun, seul l’organe gouvernemental Cameroon Tribune peut se vanter d’être en bonne santé financière. Et pour cause: toutes les administrations publiques y insèrent leurs annonces et, côté lectorat, la Société de presse et d’édition du Cameroun (Sopecam), éditrice du journal, compte 12 000 abonnés administratifs, qui, cerise sur le gâteau, règlent leurs factures un an à l’avance. La Cameroon JEUNE AFRIQUE

Radio and Television (CRTV), organe audiovisuel d’État, est également logée à cette belle enseigne. PORTION CONGRUE. Les médias privés

se partagent la maigre portion de publicité restante.Lesannonceurssontrares.Etceux qui se manifestent ne règlent leurs factures que trois, voire six mois plus tard. « Le gouvernement ne tient pas ses engagements. Il se comporte comme si ces médias étaient ses ennemis. Si la presse publique vit bien, cela veut dire que le reste des médias peut aussi s’épanouir, à condition qu’il y ait une volonté politique », explique Haman Mana. « Il faut financer la production et les salaires, alors que les fournisseurs exigent un dossier fiscal complet pour régler les premières

factures. Peu de structures sont organisées en entreprises, et celles qui le sont ne bénéficient pas de toutes les facilités des entreprises normales, alors qu’une société de presse, comme toute entreprise, encourtunrisqueécoÝ SUR SIX nomique », renchérit QUOTIDIENS Emmanuel Gustave NATIONAUX, Samnick, directeur SEUL L’ORGANE de publication de GOUVERNEMENTAL, L’Actu. Ce dernier Cameroon Tribune, est en reconnaît cependant bonne santé. que « l’invasion du métier de journaliste par une nuée de parasites a effrité la confiance que les autres acteurs sociaux pouvaient avoir dans la presse ». Malgré tout, les médias camerounais tracent leur route vers un environnement économique et professionnel sain. Le Messager, Le Jour, Mutations, L’Actu, La Nouvelle Expression, les cinq quotidiens privés constitués en entreprises de presse, ont pignon sur rue. Le Jour s’est même doté d’une unité indépendante d’imprimerie. Côté audiovisuel, Canal 2 International, du groupe TV+, Equinoxe (radio et télé), ou encore STV, du groupe Spectrum, sont des chaînes respectées. Emmanuel Gustave Samnick énonce quelques préalables à l’amélioration recherchée : « La première condition est que l’État reconnaisse que la presse, y compris privée, remplit une mission de service public et, pour cela, doit bénéficier de certains aménagements, notamment fiscaux au niveau des intrants et de la productionengénéral.Ladeuxièmecondition est que les médias soient créés et managés comme n’importe quelle entreprise, avec un tour de table, un personnel qualifié et rémunéré, une comptabilité rigoureuse, une évaluation régulière du marché et de ses possibilités. » ● DENIS NKWEBO, à Douala

UN MODÈLE DE SUBVENTIONS À REVOIR DE A À Z TROIS PRINCIPAUX travers sont reprochés à l’aide publique à la presse, instaurée en 2002 : • Reconvertie en « aide à la communication privée », elle n’a plus rien à voir avec sa vocation d’origine et bénéficie peu aux entreprises de presse. • Son montant total annuel reste dérisoire. Passé de 150 millions de F CFA (228 000 euros) en 2002 à 250 millions en 2008, il a été réduit à 135 millions en 2011. • Le mode et la forme d’attribution sont à revoir. Aucune évaluation n’est faite sur le professionnalisme et les besoins des bénéficiaires (certains acteurs estiment que 80 % des journaux qui en jouissent ne sont pas des entreprises de presse et ne paraissent pas régulièrement). L’aide est remise en espèces, sans qu’il y ait de contrôle sur son utilisation. ● N o 2645 • DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011


CAMEROUNAISE DES EAUX (CDE)

La CDE a lancé un programme de 50 000 nouveaux branchements en quatre ans. Des équipements GPS permettent de déterminer les coordonnées des compteurs nouvellement installés.

La réhabilitation des équipements

L’eau potable à la portée de tous ! La CDE multiplie les efforts et les investissements pour assurer un service public de qualité et améliorer l’accès à l’eau potable des populations dans 106 centres urbains et périurbains répartis sur l’ensemble du territoire camerounais.

Brahim Ramdane, Directeur Général de la Camerounaise des eaux

COMMUNIQUÉ

La Camerounaise des Eaux (CDE) est une société de droit camerounais constituée par un groupement d’entreprises marocaines : l’Office National de l’Eau Potable (ONEP), Delta Holding et la Caisse de Dépôt et de Gestion. Créée en décembre 2007, l’entreprise a démarré ses activités en mai 2008 dans le cadre d’un contrat d’affermage. Elle a pour principaux partenaires : le ministère de l’Énergie et de l’Eau (politique sectorielle, cadre législatif et réglementaire, ressources en eau et politique tarifaire) et Camwater (Cameroon Water Utilities Corp.), société de patrimoine, publique, responsable de la mobilisation des ressources financières pour la réalisation des projets de développement du secteur.

Services et Missions La CDE est chargée de la production, du transport, de la distribution et de la commercialisation de l’eau potable dans 106 centres urbains et périurbains répartis sur l’ensemble du territoire camerounais. Lui incombe également l’entretien et la réparation de tous les biens affectés à l’exploitation, en vue d’améliorer la qualité du service de l’eau potable. La CDE assure l’exploitation de 99 points de captage, 95 stations de traitement et 36 forages pour une longueur de canalisations de distribution de 4 300 km. Son laboratoire central assure un contrôle permanent de la qualité de l’eau en effectuant 5 500 analyses par an.


de production d’eau potable fait partie des nombreux chantiers entrepris par la CDE.

Métier et domaines d’activités Outre la production, le transport et la distribution de l’eau potable, qui constituent son cœur de métier, la CDE est également impliquée dans toutes les activités liées à l’exercice de ce métier : • Ingénierie • Contrôle de qualité • Gestion commerciale • Formation et développement des compétences

Les grands projets • Réhabilitation et extension des

infrastructures et équipements des villes de Douala et Yaoundé. • Renouvellement de 20 000 compteurs par an. 50 • 000 nouveaux branchements sur 4 ans (programme GPOBA, financement Banque Mondiale). • Renouvellement des équipements et installations (mobilier et immobilier, engins, informatique…). En 2010, la CDE a entrepris de nombreux travaux sur son réseau (renouvellement de 75 km de canalisations et de 2 000 branchements) ainsi que dans de nombreuses villes camerounaises : Douala (réhabilitation du réseau, électropompes, rénovation de la station SOCEA…), Yaoundé (réhabilitation et nettoyage de réservoirs, acquisition d’équipements…), Garoua (nouveaux raccordements de quartiers), Bamenda (raccordement de l’aéroport), notamment.

Qualité et rentabilité du réseau : la CDE a fait l’acquisition d‘équipements modernes de détection de fuites pour accroître le niveau de performance de la production et de la distribution de l’eau potable.

Direction Générale B.P. 157, Douala, Cameroun Tél. : (+237) 33 43 99 80 Fax : (+237) 33 43 99 81 E-mail : la-cde@la-cde.com www.la-cde.com

DIFCOM/FC - PHOTOS : DR

Vis-à-vis de sa clientèle, la CDE s’engage en permanence à trois engagements majeurs : • Assurer un service public dans une perspective de développement durable. • Améliorer la continuité et la qualité de l’alimentation en eau potable, ainsi que la qualité de service. • Agir avec tous les partenaires du secteur pour accroître le taux d’accès général à l’eau potable.


JA 2645 DU 18 AU 24 SEPTEMBRE 2011 uniquement Plus Cameroun