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CÔTE D’IVOIRE ANNÉE ZÉRO

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 51e année • N° 2627 • du 15 au 21 mai 2011

SAHEL AQMI SANS BEN LADEN

AFRIQUE APRÈS LA CHINE, L’INDE

jeuneafrique.com

FOOTBALL HAYATOU-ANOUMA : SCANDALE À LA CAF ?

À la poursuite du Gabon vert

Croissance, agriculture, mines, forêt, énergie, protection de l’environnement… Le pays d’Ali Bongo Ondimba peut-il relever le défi de l’économie verte ? Spécial 30 pages ÉDITION GABON France 3,50 € • Algérie 170 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 Birr • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1100 MRO • Norvège 41 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1700 F CFA • ISSN 1950-1285


LE PLUS

de Jeune Afrique

PANORAMA Le pari de l’écologie BOIS La filière sort de l’ornière INVESTISSEMENT Liaisons dangereuses? INTERVIEWS, TRIBUNE Étienne Massard, Alexandre Barro Chambrier, Marc Ona Essangui

MICHAEL NICHOLS/NATIONAL GEOGRAPHIC STOCK

À la poursuite du Gabon vert

JEUNE AFRIQUE

N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011


Le Plus de Jeune Afrique

LE PLUS

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de Jeune Afrique

À la poursuite du Gabon vert

Prélude

Marwane Ben Yahmed

Une responsabilité et une opportunité

C

APE TOWN, Afrique du Sud, début mai. Le World Economic Forum organise une grande conférence sur l’avenir de l’Afrique réunissant chefs d’État, experts, opérateurs économiques et responsables politiques. Gouvernance et démocratie, compétitivité, relations avec les pays riches : la liste des thèmes abordés est longue. Ali Bongo Ondimba, lui, a fait le choix de participer à un débat sur… la croissance verte, aux côtés du président mozambicain Armando Guebuza, d’un homme d’affaires indien et d’un Américain à la tête d’une grosse entreprise d’agroalimentaire. Au cœur du débat : comment passer de la parole aux actes et mettre en pratique les aspirations au développement durable et à la protection de l’environnement dans des régions où les priorités peuvent sembler se trouver ailleurs. Vaste défi…

PANORAMA Le pari de l’écologie p. 66

multiples raisons. La première est qu’il est désormais impossible, pour ne pas dire suicidaire, en Afrique comme ailleurs, de déconnecter développement et environnement, donc ressources. L’exploitation rationnelle de ces dernières constitue un enjeu capital. Ensuite, parce que la protection de l’environnement, et donc de la planète, est un devoir et un combat global, qui doit être partagé, pour ne pas être vain, par toutes les nations qui la composent. Enfin, parce que le continent subit d’ores et déjà les conséquences du réchauffement climatique (désertification, érosion des côtes, etc.) et demeure extrêmement fragile face aux catastrophes auxquelles il peut être exposé. Mieux vaut prévenir que guérir… Au-delà du phénomène de mode qu’elle représente et des discours hypocrites tenus au Nord pour se donner bonne conscience tout en demandant au Sud de faire des sacrifices auxquels luimême ne consent pas, l’économie verte

L’économie verte, aujourd’hui sur toutes les lèvres, ressemble parfois à une lubie de dirigeants soucieux de renouveler leur offre Le continent doit-il donner la électorale et d’apparaître priorité au développement durable, comme des hommes politiques modernes, en phase cette marotte internationale ? Oui. avec leur temps. C’est pourtant, à n’en pas douter, après les révoluest aussi une aubaine pour l’Afrique. Son tions agricole et industrielle, la prochaine potentiel en la matière est immense. Et mutation économique d’envergure. À vrai là, nous quittons les rivages incertains et dire, cette révolution est déjà en marche, lointains du futur, guère motivants pour dans tous les secteurs. Énergie, agriculdes populations en proie à mille difficulture, construction, exploitation forestière, tés quotidiennes. L’économie verte, c’est transport, distribution, automobile… le présent, un moteur insoupçonné de Les voyants sont au vert, partout dans le croissance, la promesse d’importantes monde. L’Afrique, elle, reste pour l’instant créations d’emplois. Des pays comme à la traîne. Le continent, dont on peut le Gabon ou le Maroc, entre autres, l’ont penser qu’il a mille autres chats à fouetter, compris. Il est grand temps que cette doit-il donner la priorité à cette nouvelle « ruée » vers l’or vert concerne toute marotte internationale ? Oui, pour de l’Afrique. ● JEUNE AFRIQUE

N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

INTERVIEW Étienne Massard

p. 69

BOIS La filière sort de l’ornière p. 76 TRIBUNE Aux arbres citoyens ! Marc Ona Essangui p. 77 INVESTISSEMENT Liaisons dangereuses ? p. 80 SÉCURITÉ ALIMENTAIRE Un nouveau modèle agricole en germe p. 82 CONFIDENCES DE Alexandre Barro Chambrier

p. 87

INDUSTRIES EXTRACTIVES La pollution minière mise en accusation p. 88 ÉNERGIE L’émergence au fil de l’eau

p. 95

MINORITÉS Pygmées blues

p. 99

PORTRAIT Lee White, chercheur blanc, cœur vert p. 102 ÉCOTOURISME La Mecque de la nature en quête de pèlerins p. 106


Le Plus de Jeune Afrique

GABON

Le pari de

L’État compte bien gagner son statut de pays émergent grâce à sa fibre verte. Dès le début de son mandat, Ali Bongo Ondimba a intégré l’environnement à l’ensemble des politiques sectorielles. Beaucoup ont cru à un gadget. Dix-huit mois plus tard, dans tous les secteurs, on se met au diapason.

GEORGES DOUGUELI,

E

envoyé spécial

ntre les peuples du Gabon et la forêt, une histoire multimillénaire d’amour et de crainte s’est tissée. L’atmosphère mystérieuse de la jungle, peuplée de bons et de mauvais génies, a inspiré toutes sortes de légendes, rapportées par le conteur André Raponda-Walker. Sa nature luxuriante et extraordinairement variée a abrité, nourri et soigné les hommes. Son ombre a protégé le secret des sociétés initiatiques et des syncrétismes autochtones, entre le son des tam-tams et les incantations du Bwiti, les masques Osso et le culte des ancêtres. Fascinante mais oppressante, la forêt est repoussée, incendiée et pillée. Au nom du développement, les colonisateurs puis le Gabon indépendant ont prélevé et commercialisé ses essences. Pourtant, aussi prédatrices qu’elles paraissent, l’exploitation forestière et l’agriculture sur brûlis n’ont fait qu’égratigner la superficie boisée qui s’étend sur 220 000 km2, soit 82 % du territoire. L’émergence des grandes questions environnementales a changé le regard porté sur cet écosystème. La préservation de la forêt – seule capable, avec les océans, de capter le CO2 – est devenue un enjeu planétaire, et les pays du bassin forestier et hydrographique du Congo ont été propulsés aux avant-postes de la lutte. Le Gabon veut relever le défi, sans oublier d’en percevoir les bénéfices. Lors du Sommet de N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

l’

ATTILA KISBENEDEK/AFP PHOTO

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la Terre de Johannesburg, en août 2002, Omar Bongo Ondimba annonce qu’il offre à l’humanité 11 % de la superficie du pays en créant 13 parcs nationaux et demande un retour financier pour ce geste en faveur de l’équilibre de la planète. Poursuivant ce virage écologiste, le Gabon ratifie en 2005 le protocole de Kyoto, qui prévoit le versement par les pays développés de JEUNE AFRIQUE


À la poursuite du Gabon vert

écologie

Le pays en bref… SUPERFICIE

267 667 km2 dont

220 000 km2

de forêt tropicale (82 % du territoire), qui représentent 11 % de la superficie boisée du bassin du Congo

29 400 km2

d’aires protégées au sein des 13 parcs nationaux (11 % du territoire)

10 000 km2

de plans d’eau, lacs ou lagunes

885 km de littoral POPULATION

1,55 million

d’habitants, dont plus de 80 % vivent en ville CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE

2% INDICE DE DÉVELOPPEMENT HUMAIN (IDH)

0,648

(93e rang sur 169 pays classés, 5e en Afrique) compensations pour leurs émissions de carbone. « Un marché de dupes, selon un cadre de l’administration, car les Occidentaux continuent de polluer chez eux et nous demandent de compenser en préservant la forêt, sans rien payer. » En effet, la rente que les dirigeants espéraient capter en laissant les arbres sur pied se fait attendre. Les conférences des Nations unies sur ● ● ● JEUNE AFRIQUE

 Le président à la tribune de la CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE,

à Copenhague, en décembre 2009.

INDICE DE PERFORMANCE ENVIRONNEMENTALE (IPE)

56,4

(95e rang sur 163 pays classés, 9e en Afrique)

N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

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Le Plus de J.A. ● ● ● le changement climatique, à Bali en 2007, Copenhague en décembre 2009, puis Cancún en décembre 2010, ont abouti à une promesse de dons de 4 milliards de dollars (3 milliards d’euros d’alors) à distribuer sous forme d’aide publique au développement ou de crédit carbone aux pays parvenant à freiner la déforestation. Mais, pour l’instant, aucun paiement n’a été effectué. Pourtant, les autorités gabonaises gardent le cap, dans le sillage du chef de l’État, particulièrement impliqué. Ali Bongo Ondimba (ABO) préside lui-même le Conseil climat, créé en mai 2010, dont la mission est d’élaborer la politique du pays en matière de changement climatique. Parmi les décisions envisagées, l’obligation pour chaque projet, public ou privé, de mettre en perspective le coût financier, le nombre d’emplois créés, mais aussi l’empreinte carbone. Le code de l’environnement a en outre été toiletté par le cabinet français spécialisé Huglo Lepage et Associés, à l’œuvre sur ce texte depuis 2008. Achevé il y a quelques semaines, le document attend d’être validé par le Conseil d’État.

11 % du territoire sont « sanctuarisés » CAMEROUN

Parcs nationaux Zones protégées

À New York et Nagoya, ABO, investi champion régional, a parlé au nom de ses pairs. indispensable pour ceux qui la possèdent avant de l’être pour le reste de l’humanité », argumente Étienne Massard, conseiller du chef de l’État et président du comité de gestion de l’ANPN (lire interview ci-contre). Un équilibre à trouver. Ainsi, l’interdiction, depuis le 15 mai 2010, d’exporter le bois en grumes a conduit beaucoup d’entreprises à licencier et a généré un manque à gagner estimé à 137,1 milliards de F CFA (209 millions d’euros). Mais à moyen terme, le développement d’un tissu industriel de transformation va compenser ces pertes, faire naître de nouveaux métiers et créer des emplois. Reste à construire des routes N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

MINKÉBÉ

MONTS DE CRISTAL

AKANDA Libreville

Makokou

Port-Gentil

WongaWongué

Lambaréné

Ogooué

LOPÉ

WAKA Mouila

LOANGO

RabiNdogo

MWAGNA

IVINDO

PONGARA

Lastoursville

Koulamoutou

BIROUGOU

Franceville (Masuku)

MOUKALABADOUDOU Tchibanga

CONGO

PLATEAUX BATÉKÉ

Océan Atlantique 50 km

CARCAN. A priori, rien n’obligeait ce pays en

voie de développement à s’astreindre au respect des règles environnementales. Le Gabon est le quatrième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne. Les hydrocarbures, le bois et le manganèse représentent 95 % de ses exportations et contribuent pour moitié à son PIB. Or, personne n’en doute, l’or vert ne peut pas remplacer l’or noir. Gabon vert n’est-il pas un obstacle pour Gabon industriel, autre pilier du projet présidentiel d’ABO, élu en 2009 ? « Je ne crois pas qu’il existe une contradiction fondamentale entre la notion de croissance et celle de développement durable », soutient Léandre Ebobola, directeur de l’Environnement et de la Protection de la nature au ministère de l’Écologie. « Cette forêt est

Oyem GUINÉE ÉQUATORIALE

MAYUMBA

Principaux indicateurs économiques 2010 PIB

13,2

milliards de dollars (7,5 milliards hors pétrole) CROISSANCE

+ 5,4 %

(+ 5,8 % hors pétrole) PIB PAR SECTEUR

primaire : 55,5 % secondaire : 8 % tertiaire : 28,5 % services non marchands : 8 % PRODUCTION PÉTROLIÈRE

234 000 b/j

qui représentent 80 % des exportations du pays, 40 % du PIB et 60 % des recettes de l’État (37e producteur mondial)

et des infrastructures, notamment dans les parcs nationaux, encore mal desservis. Et à continuer de prendre des mesures plus ponctuelles mais tout aussi essentielles, comme l’interdiction, en juillet 2010, des sacs plastique au profit des emballages biodégradables. CHAMPION RÉGIONAL. Le pays veut se poser

en pionnier de l’économie verte, dans une Afrique centrale traditionnellement orientée vers l’exploitation pétrolière et minière. Lors de la première Conférence panafricaine sur la biodiversité, qui s’est tenue début septembre 2010 à Libreville, ABO a été investi champion régional. Mi-septembre, il représentait ses pairs à New York, à la 65 e Assemblée générale de l’ONU consacrée au climat et à la biodiversité, avant de se rendre, en octobre, à Nagoya, au Japon, défendre les positions communes adoptées par les chefs d’État du continent lors de la 10e Conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique. Le Gabon tente, depuis, de favoriser une convergence de vues entre pays forestiers pour parler d’une seule voix dans les négociations internationales. Il va encore plaider cette cause lors du Sommet des trois bassins forestiers tropicaux, qui doit réunir, du 31 mai au 3 juin 2011, à Brazzaville, des chefs d’État et de gouvernement d’Afrique centrale, d’Amazonie et du Mékong. ● JEUNE AFRIQUE

SOURCES : INS, MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE ET DES FINANCES, FMI, PNUD, IPE YALE

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À la poursuite du Gabon vert

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Étienne Massard « Les Africains se sont fait avoir » Le conseiller spécial du président réaffirme l’engagement des autorités en faveur de la préservation de la nature, mais accuse les pays développés d’avoir fait de fausses promesses d’aide financière.

constat. Notre pays est déjà touché par les changements climatiques: il n’y a qu’à voir l’érosionquitouchelelittoral,lamontéedu niveau de la mer est réelle. C’est grave, car la quasi-totalité des activités économiques de notre pays sont localisées sur le littoral, entre Libreville et Port-Gentil. Les chercheurs du Centre national des données et de l’information océanographiques ont montré que le trait de côte dans la zone de Mandji, près de Port-Gentil, a reculé de plus de 200 mètres en cinquante ans, avec une nette accélération ces dernières années. De mon bureau [à la présidence, NDLR], vous pouvez voir que la route du bord de mer est déjà sous la pression de l’avancée des eaux. Réparer ou déménager va coûter très cher. Le président ne veut donc pas se faire surprendre et, face à ce constat, demande à notre pays de mettre en place une stratégie. C’est ce qui l’a poussé à créer le

POUR L’ANCIEN Ð DIRECTEUR DE

L’ENVIRONNEMENT,

l’idée de ne pas toucher à la forêt est une utopie.

pauvres ou est-ce parce que les gens sont pauvres que l’environnement s’est dégradé ? Faut-il commencer par lutter contre la pauvreté pour stopper la dégradation de l’environnement, ou le contraire ? Personne d’autre que nous, les Africains, n’apportera de solution à

Notre continent paie le plus lourd tribut dans ces changements climatiques. Conseil climat, qu’il préside, et auquel il a fixé des objectifs, dont celui d’intégrer l’empreinte carbone dans tout projet réalisé sur notre territoire. Peut-on se préoccuper de la pollution quand on ne mange pas à sa faim ?

Il y a un cercle vicieux entre la dégradation de l’environnement et la pauvreté. Est-ce parce que l’environnement s’est dégradé que les gens sont devenus JEUNE AFRIQUE

DESIREY MINKOH POUR J.A.

JEUNE AFRIQUE : Qu’est-ce qui justifie l’engagement gabonais pour les questions d’environnement et de climat ? ÉTIENNE MASSARD : Il se fonde sur un

ce problème. Au regard de tout cela, la crainte est aussi que ce développement, que nous voulons très rapide, ne nous conduise à utiliser nos ressources de manière irrationnelle. Gabon vert ne visait donc pas que les fonds de l’hypothétique marché du carbone (lire p. 103) ?

Aucune loi de finances de notre pays n’a été élaborée avec des prévisions de

recettes portant sur ce marché. Nous ne sommes pas allés jusqu’à ce point. Parce que les pays développés n’ont pas tenu leurs promesses ?

Non, et, très sincèrement, ce problème me désole. Les Africains se sont fait avoir. Je crois que ces promesses non tenues découlent d’une stratégie des pays développés à l’égard des nôtres. Ils voulaient simplement nous pousser à freiner la déforestation en nous faisant miroiter l’argent que l’on pourrait engranger en protégeant nos forêts et n’ont jamais voulu compenser le manque à gagner dû à l’arrêt de l’exploitation forestière. Voulez-vous dire que, dès le départ, il s’agissait d’un marché de dupes ?

La solution est-elle de dire : « Ne touchez pas à vos forêts et vous aurez de l’argent en échange », ou de dire: « La préservation des forêts est nécessaire, alors comment apporte-t-on des alternatives N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011


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Le Plus de J.A. aux activités qui menacent de les faire disparaître ? » Voilà la vraie question. C’est la même problématique qui se pose s’agissant de l’immigration : quand quelqu’un n’a plus rien à manger dans son pays, il le quitte et s’en va chercher fortune ailleurs. Aucun obstacle d’aucune sorte n’a jamais pu arrêter l’immigration. Alors, quel mur va-t-on construire autour des forêts pour empêcher que les gens viennent les exploiter, s’ils n’ont pas de quoi se nourrir en dehors de la forêt ?

La meilleure façon de préserver la forêt est d’améliorer l’efficacité des activités. Pour vous, le problème était donc mal posé…

L’idée de ne pas toucher à la forêt est une utopie. Comment a-t-on osé réduire les mystères, la vie qu’il y a dans la forêt, à une vulgaire question de carbone ? Cette hérésie a fait perdre la tête à plus d’une personne. Ces dysfonctionnements ont donc poussé le Gabon à réajuster sa politique ?

En effet. Dans le Plan climat national, il s’agira d’identifier les causes de la déforestation, de déterminer son ampleur et d’apporter des solutions alternatives. La meilleure façon de préserver la forêt n’est pas d’ériger des murs ni de donner de l’argent, mais d’améliorer l’efficacité des activités, notamment agricoles, pour qu’elles soient moins dévoreuses de terres et, donc, moins destructrices pour la forêt. Si avant on avait besoin de 10 ha de terre pour produire 100 kg d’ignames, il faut pouvoir produire à l’avenir la même quantité sur 1 ha et en économiser 9. La protection de l’environnement estelle une nouveauté en Afrique ?

Nos ancêtres savaient concilier leurs activités avec la préservation de la nature. C’était une question de survie. Quand ils sanctuarisaient des cours d’eau et des forêts, c’était tout simplement pour protéger la vie qui s’y écoulait. Les forêts devenaient sacrées parce qu’en dépeçant N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

le gibier qu’ils y avaient chassé, ils constataient qu’il s’agissait de femelles gestantes, tuées sur une zone de reproduction, et que le gibier était moins abondant l’année d’après. Donc on y mettait des fétiches pour rendre ces zones inviolables. Idem pour les cours d’eau. Je crois d’ailleurs qu’un pays africain a eu recours à ces lois traditionnelles pour protéger une mangrove et pallier l’inefficacité des lois modernes. Pourquoi, selon vous, la protection de l’environnement est-elle souvent considérée comme un luxe pour les pays pauvres ?

Nous avons ratifié le protocole de Kyoto et sommes conscients que notre pays possède un patrimoine important, qui nous oblige à avoir des devoirs à l’égard de la planète. Si aujourd’hui nos forêts permettent de contribuer à la diminution des gaz à effet de serre, nous allons les préserver. Mais avant de penser aux générations futures, il faut penser aux générations actuelles. Sans présent, nous n’avons pas de futur. Comment peut-on demander à des gens qui vivent dans la pauvreté de penser aux générations futures ? Par ailleurs, aujourd’hui, tout le monde croit que le développement économique, souvent porteur d’activités polluantes, n’est pas compatible avec la préservation de l’environnement. Ce n’est pas juste. L’un a besoin de l’autre. Les deux sont indispensables. Et ce n’est que parce que les générations actuelles auront satisfait à leurs besoins de façon raisonnable que l’on va pouvoir envisager sereinement la vie des générations futures. Au bout du compte, nous devons nécessairement intégrer la dimension environnementale dans les projets de développement.

Vu du ciel Le pays crée une agence d’études et d’observation spatiales, sous la direction d’Étienne Massard.

J

usqu’à présent, des agences similaires n’existaient qu’en Algérie, en Afrique du Sud et au Kenya. La première station de traitement d’images satellites d’Afrique subsaharienne francophone va s’implanter dans la Zone économique spéciale de Nkok (lire pp. 80-81), près de Libreville. « Question de commodités », selon Étienne Massard, qui va en être le patron. Créée en février 2010 avec la collaboration de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) français et de l’Institut de recherche spatiale brésilien (INPE), l’Agence gabonaise d’études et d’observation spatiales (Ageos) va couvrir un rayon de 2 800 km, soit une vingtaine de paysducontinent.L’idéededépart était de suivre le couvert forestier du bassin du Congo, « mais nous avons fini par décider d’aller audelà, explique Étienne Massard. On est en train de développer un projet de surveillance environnementale assisté par satellite. Nous scruterons non seulement les forêts, mais aussi les cours d’eau de tout le golfe de Guinée pour surveiller l’érosion côtière ». CARTOGRAPHIE. L’Ageos va éga-

Propos recueillis à Libreville par

lement s’intéresser au développement urbain, doter le Gabon (et les pays qui le souhaiteront) de nouvelles cartes géodésiques et mettre en place un outil de traitement informatique des données géographiques qui permettra de mieux maîtriser l’utilisation du territoire. D’autres applications permettront d’assurer la surveillance desmaladiesendémiques,comme le paludisme, car des études ont montré des corrélations entre des épisodes de paludisme et la survenance d’inondations. ●

GEORGES DOUGUELI

G.D.

Cette vision est-elle partagée par les autres pays africains ?

Notre continent paie le tribut le plus lourd dans ces changements climatiques. Non pas que les phénomènes extrêmes aient lieu en Afrique, mais parce que notre continent n’a pas les moyens de faire face aux catastrophes liées à ces bouleversements.Nousdevonsdoncnous accorder sur la manière de négocier avec nos partenaires, dont la responsabilité historique est reconnue dans les émissions des gaz à effet de serre. ●

JEUNE AFRIQUE


LE GABON VERT

PUBLI-INFORMATION

PILIER DU GABON ÉMERGENT

A

vecplusde20millionsd’hectaresdeterresarablesinexploitées et un climat adapté aux cultures, le Gabon a les moyens de développer et promouvoir une agriculture permettant à la fois de nourrir sa population et d’exporter. Un objectif que s’est fixé le Président Ali Bongo Ondimba comme condition de l’accession du Gabon au statut de pays émergent, et que le Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche et du Développement rural déploie.

PUBLI-INFORMATION

MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE, DE L’ÉLEVAGE, DE LA PÊCHE ET DU DÉVELOPPEMENT RURAL


MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE, DE L’ÉLEVAGE, DE LA PÊCHE ET DU DÉVELOPPEMENT RURAL

Les enjeux du secteur agricole

A

ctuellement le secteur agricole emploie environ 95 % de la population gabonaise, alors qu’il ne contribue qu’à 5 % du PIB. Plus de 20 millions d’hectares de terres arables restent inexploités. Il existe donc un potentiel majeur pour développer ce secteur et fournir aux populations une source à la fois

Au cœur du dispositif, la sécurité alimentaire

PUBLI-INFORMATION

L

e Président Ali Bongo Ondimba a choisi de réinstaurer l’agriculture au rang des priorités en attribuant 90,5 milliards de F CFA sur cinq ans au secteur. Il a élaboré un programme ambitieux pour favoriser l’essor de l’agriculture : le Programme agricole de sécurité alimentaire de croissance (PASAC). Destiné à conduire le Gabon à l’émergence, le PASAC nécessite de nouveaux objectifs, stratégies et outils. Raymond Ndong Sima, Ministre gabonais de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche et du Développement rural, s’est engagé dans l’instauration de cet ambitieux plan, qui s’inscrit dans un programme global de croissance de 8 % sous la contrainte de la sécurité alimentaire. Un défi à la hauteur de l’engagement du Ministre puisque qu’en 2009 près de 80 % des produits alimentaires étaient importés, représentant pour l’État une facture de 250 milliards de F CFA. Une situation à laquelle il convient de remédier sachant le potentiel du pays en terres arables et en ressources humaines investies dans le secteur.

Des objectifs déterminés… Le PASAC comprend trois objectifs majeurs : • Mettre en œuvre un programme national de sécurité alimentaire (PNSA), • Soutenir la réhabilitation des exportations agricoles en difficulté (PREA), • Initier et conduire un programme agricole de production intensive (PAPI).

… dotés d’axes de déploiement… Ces objectifs seront atteints grâce à la définition et à l’application concrète de six axes stratégiques : • Information et communication sur le PASAC, • Renforcement des capacités des acteurs et appui à la recherche agricole, •Largedisponibilitéetdiffusiondelamatière végétale, animale et halieutique, • Promotion de pôles de production intensive, • Soutien à l’organisation de la collecte et de la commercialisation des produits, • Appui à l’accès au financement des activités agricoles.

d’autosuffisance alimentaire et de rentabilité financière. L’objectif du gouvernement est de porter la contribution de l’agriculture à 20 % du PIB, pour attendre un taux de croissance de 8 %, synonyme d’accession au statut de pays émergent, un défi que les rentes pétrolières ne peuvent assumer seules.

…pour des résultats attendus À tout programme d’envergure, des résultats concrets doivent être déterminés en amont afin de tracer la voie à suivre. Pour le PASAC, le Ministre Raymond Ndong Sima, sous l’égide la Présidence de la République, en a déterminé six à atteindre : • Renforcement des structures et des capacités opérationnelles des services sur tout le territoire, • Augmentation des capacités de rendement des matières végétales et halieutiques, • Aménagement de 3 sites de production intensive, • Réhabilitation des cultures de rente et bassins piscicoles, • Intensification des cultures vivrières. Loin d’être une lettre d’intention, ce PASAC a bénéficié en 2010 d’un budget de 38,4 milliards de F CFA, dont les trois quarts étaient engagés pour l’investissement global.


PUBLI-INFORMATION

Mise en place du PASAC

D

epuis le 12 février dernier, le Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche et du Développement rural, Raymond Ndong Sima, a entrepris une tournée dans les neuf provinces du Gabon afin de procéder au lancement du PASAC. « Il n’est pas raisonnable que l’essentiel de ce que les Gabonais consomment vienne de l’extérieur », a-t-il estimé dès la première étape, à Lambaréné, dans la province du Moyen-Ogooué. Et de poursuivre : « Le pays doit prendre la responsabilité de produire les aliments de base dont il a besoin. » Selon le Ministre, un seul pilier, celui de l’industrie du pétrole, ne peut pas porter seul

les ambitions d’émergence du pays, d’autant qu’il « ne crée pas trop d’emplois. L’effort global suppose que toutes les composantes participent au développement. »

Informer les populations La quantité de nouvelles terres mises en culture ne sera pas déterminante. L’élément majeur restera la hausse des rendements ce qui implique une mécanisation de l’agriculture. Avec 95 % des Gabonais travaillant dans ce secteur, une agriculture moderne et rentable ne tardera pas à produire des résultats probants. Ces interventions de terrain conduites par le Ministre en personne sont indispensables pour faire prendre conscience aux Gabonais de l’importance que le Président Ali Bongo Ondimba et son gouvernement mettent dans l’accession à la sécurité alimentaire. Avec le concours de tous les citoyens, l’objectif de réduire de 5 % chaque année la quantité d’aliments de base importés que sont le manioc, le riz, la banane, la viande et les légumes, pourra être atteint en développant une agriculture entrepreunariale de type privé. Laquelle participera à mettre le Gabon sur la voie de l’émergence.

Résultats encourageants Les premiers résultats de la mise en œuvre du PASAC par le Ministre Raymond Ndong Sima, et plus globalement des trois piliers pour l’Emergence du Gabon, sont très concluants. Fin 2010, le cabinet de consulting Oxford Consulting group a publié son rapport annuel sur les performances économiques du pays. L’attention portée à tout ce qui ne touche pas au pétrole a porté ses fruits puisque le FMI a évalué la croissance du Gabonhors pétrole- à 5,4 % pour 2011, alors que l’on s’attendait à une croissance globale de 5 %.


MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE, DE L’ÉLEVAGE, DE LA PÊCHE ET DU DÉVELOPPEMENT RURAL L’inventaire conduit par le Codex Alimentarius a permis de déterminer que le système national de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments est inefficace. Le Comité a donc tenu un grand nombre de réunions pendant ses six mois d’activité en 2010 pour y remédier. Un atelier sur la réforme du système national de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments a été organisé le 19 novembre 2010 avec l’appui de la FAO, aboutissant au choix d’un modèle d’organisation : l’agence unique. Pour 2011, les travaux porteront sur la participation à des réunions nationales et internationales ainsi que sur la poursuite des réformes et l’élaboration du texte sur la réorganisation du Comité National du Codex Alimentarius.

Premières initiatives concrètes

PUBLI-INFORMATION

Le Codex Alimentarius est essentiellement chargé de : > DE RÉVISER les textes et proposer une réforme, > D’INVENTORIER les textes nationaux et internationaux traitant des questions de sécurité sanitaire des aliments, > D’IDENTIFIER les acteurs su secteur, > D’ÉVALUER les besoins en formation et en équipement du système de contrôle de la qualité des denrées alimentaires, > DE FORMULER les réponses du pays aux propositions de la Commission, > DE DÉSIGNER les délégués pour représenter le pays, > DE CONSEILLER le gouvernement sur les meilleures décisions à prendre en ce qui concerne les normes, > DE PROPOSER des sous comités techniques selon les besoins.

P

our parvenir aux objectifs fixés par le Président de la République Ali Bongo Ondimba, le Ministre de l’Agriculture Raymond Ndong Sima a dû rapidement prendre des initiatives pour faciliter la sécurité alimentaire. Parmi les réalisations emblématiques d’ores et déjà décidées, on peut citer :

Six fermes agropastorales Six fermes agropastorales seront créées pour garantir la sécurité alimentaire et réduire la dépendance alimentaire du Gabon vis-à-vis de l’extérieur. Ce projet périurbain permettra une plus grande disponibilité des produits sur le marché et une baisse notable de leurs prix. En outre, elles promouvront des techniques modernes d’élevage et d’agriculture afin d’optimiser leur rendement. Pour ce faire, formation et encadrement adaptés seront offerts aux exploitants. Ces fermes représentent également l’occasion de construire des villages modernes, dotés de centres sociaux, d’écoles et de centres médicaux, pour un bénéfice global à toute la population environnante.

Le Projet de développement Agricole et Rural (PDAR) L’objectif du PDAR, réalisé en collabo-

ration avec la FIDA, est de réduire la pauvreté en milieu rural par la diversification et l’augmentation des revenus des populations, et l’amélioration de leurs conditions de vie. Le projet facilite l’accès des groupes cibles aux filières agricoles qui bénéficient de marchés porteurs dans la Province du Woleu Ntem, à savoir les racines et tubercules, les bananes et l’arachide. Ces filières ont de plus un fort potentiel d’impact sur les femmes et les jeunes. Dans le détail, les objectifs sont donc de : • Développer les filières porteuses prioritaires au bénéfice de groupes cibles du projet • Renforcer les capacités des acteurs des filières prioritaires et de leurs organisations • Renforcer les capacités institutionnelles en matière de services d’appui au monde rural. Pour les atteindre, le projet intervient à travers trois composantes : • Promotion des filières agricoles • Renforcement des capacités des acteurs • Coordination, suivi et évaluation du projet Ce projet est prévu pour durer 6 ans, depuis 2008 jusqu’en 2014.

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CODEX ALIMENTARIUS


À la poursuite du Gabon vert

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PATRIMOINE

Qui exploite la forêt? L’État a commencé à faire le ménage parmi les titulaires de permis forestiers. Pas simple.

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or vert n’aime pas le bruit, et la filière gabonaise du bois ne déroge pas à la règle. Deuxième employeur du pays derrière la fonction publique, avec près de 30 000 emplois, elle représente 4 % du produit intérieur brut (PIB, 6 % hors pétrole), mais suscite souvent les critiques pour son manque de transparence. Ni le gouvernement ni les exploitants forestiers ne communiquent sur les activités de la filière. On sait néanmoins que la compagnie Bordamur, détenue par le groupe malais  SUR 12 MILLIONS D’HECTARES (120 000 KM2) EXPLOITABLES, 9 millions, dont près de 1,9 million certifiés, sont placés sous aménagement durable. Rimbunan Hijau, est citée comme étant le plus grand concessionnaire du pays. Elle exploite plus de un million d’hectares, CEB (505 000 ha), SHM-Interwood des sociétés étrangères. En signant ces (300 000 ha) ou de l’italienne Basso situés principalement dans le nord-ouest contrats de « fermage » avec de grandes du pays. Comme d’autres compaTimber Industries (450 000 ha). compagnies, les détenteurs de permis perçoivent d’importants loyers et peuvent gnies malaises, telles que Fobo UNE RENTE. Conçue pour s’assurer une rente sans courir le risque et Bonus Harvest, elle est le le taux annuel porte-étendard d’une préattirer les investisseurs, la d’investir dans leurs concessions. de déboisement au sence asiatique de plus en législation a favorisé la préMême la Société nationale des bois du Gabon est inférieur à plus soutenue. Ces dernières pondérance des capitaux Gabon (SNBG) est détenue à 51 % par la moyenne des pays années se sont implantés le sinétrangers dans le secteur. l’État et à 49 % par des sociétés étrangètropicaux, selon la FAO gapourien Olam (lire pp. 80-81), Dans la plupart des cas, les res. Elle fixe notamment les quotas de les chinois Sunly, HTG, TBNI ou coupe de l’okoumé et de l’ozigo, deux des unités d’exploitation réservées encore Shengyang, qui a racheté le franaux Gabonais par le code forestier essences majeures de la filière. ● çais Gabon Export Bois pour 68 millions de décembre 2001 sont sous-traitées à GEORGES DOUGUELI d’euros en août 2010.

0,5 %

EUROPE CONTRE ASIE. L’entrée en force

des groupes orientaux dans cet espace occupé depuis le début de l’exploitation forestière, en 1899, par les compagnies européennes et majoritairement françaises, est une conséquence de l’augmentation de la demande asiatique. Il est loin le temps où la Société du Haut-Ogooué (SHO) exploitait les deux cinquièmes du territoire gabonais. Certes soumises à une rude concurrence, les compagnies européennes ou contrôlées par des capitaux européens détiennent encore des concessions importantes. C’est le cas des français Rougier (près de 690 000 ha), ThanryJEUNE AFRIQUE

LA CONTROVERSE DE L’IBOGA POUSSANT ABONDAMMENT dans la forêt gabonaise, le Tabernanthe iboga, arbuste de la famille des apocynacées, n’a pas encore livré tous ses secrets. Les vertus de sa racine sont connues depuis longtemps dans les ethnies Mitsogos (Centre) et Fangs (Nord) du pays et du sud du Cameroun, qui l’utilisent dans des rituels traditionnels. Depuis la fin des années 1990, l’industrie pharmaceutique et les chercheurs la considèrent avec un vif intérêt, tandis que les amateurs de chamanisme entretiennent des filières d’exportation clandestines. Psychostimulant et hallucinogène, l’iboga est classé comme stupéfiant et interdit à la consommation en France depuis 2007, alors que le Gabon l’a inscrit sur la liste du patrimoine national et des produits stratégiques. Selon un responsable du ministère gabonais de l’Environnement, le pays compte s’appuyer sur le protocole de Nagoya, signé le 29 octobre dernier, qui régit l’accès et le partage des avantages liés à l’utilisation des ressources génétiques, pour protéger l’iboga. ● G.D. N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

NYT/REA


Le Plus de J.A.

WITT/SIPA

Ý L’USINE DE DÉROULAGE ET CONTREPLAQUÉ de Rougier Gabon à Owendo, près de Libreville.

BOIS

La filière sort de l’ornière

Un an tout juste après l’entrée en vigueur de l’interdiction d’exporter les grumes, décidée pour favoriser la transformation locale, les forestiers et les industriels se sont réorganisés.

L’okoumé

RÉACTION RAPIDE. Rougier Gabon,

qui dispose d’une usine de contreplaqué à Owendo (près de Libreville) et de deux scieries, à Mbouma Oyali (sud-est du pays) et Mévang (Ouest), a dans le même temps accéléré l’évolution de son outil industriel. La capacité de l’usine de Mévang sera doublée à partir du deuxième semestre 2011, BIO

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pour leurs exploitations gabonaises la certification de bonne gestion forestière Forest Stewardship Council (FSC), garantissant le respect des volets environnementaux et socioéconomiques.

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epoussée du 1er janvier au 15 mai 2010 à la demande des opérateurs pris de court par son entrée en vigueur « brutale », l’interdiction d’exporter le bois en grumes porte ses premiers fruits. Le nombre d’unités de transformation a augmenté de 13,4 %, avec 93 usines fin 2010 contre 82 en 2009, représente 72 % les capacités indusdes exportations trielles passant de de bois, sur 1,6 million de m3 à 400 essences 3 1,625 million de m d’arbres (+ 1,5 %). répertoriées Du côté du frandans le pays çaisRougier,l’undes principaux opérateurs du secteur, « une batterie de solutions a rapidement été mise en œuvre, explique Paul-Emmanuel Huet, responsable environnemental et sociétal du groupe. À défaut de pouvoir les exporter, nous avons développé la vente de grumes d’okoumé au Gabon, l’essence étant désormais bien valorisée par les industriels locaux. Nous l’avons couplée à la valorisation de la certification, qui est un plus incontestable pour la vente des produits, notamment en Europe ». Avec 688 000 hectares labellisés, Rougier est l’une des trois entreprises ayant obtenu

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grâce à une deuxième ligne de production consacrée aux bois divers (hors okoumé), et une nouvelle scierie sera opérationnelle avant la fin de l’été 2011 à Ivindo (Nord-Est). « Ces évolutions de Rougier Gabon, dont les effectifs sont d’environ 1 500 personnes, devraient générer une centaine d’emplois supplémentaires », précise Paul-Emmanuel Huet. Autre acteur de poids, la Société nationale des bois du Gabon (SNBG), jusqu’à présent spécialisée dans la commercialisation des grumes, a également investi, en partenariat avec l’italien Cremona, dans la construction d’un complexe industriel d’une capacité de 250 000 m3/an. Établi à Owendo, il sera opérationnel avant la fin de l’année. REPRISE DE PLYSOROL. Quant à Leroy

Gabon et Pogab, les filiales de Plysorol, ils reviennent de loin. Après le verdict rendu par la cour de cassation de Libreville fin janvier, le groupe libanais John Bitar & Co. en a repris le contrôle au chinois Guohua Zhang. L’investissement prévu en 2011-2012 pour restructurer le fabriquant de contreplaqué et ses deux filiales gabonaises s’élève à 25 millions d’euros. Auparavant traités en France, les contreplaqués en okoumé seront désormais fabriqués directement au Gabon par Pogab, dont le groupe envisage de porter les effectifs de 275 à 1 000 employés – ce qui pourrait permettre la réintégration des salariés licenciés. Côté exploitation, Leroy Gabon, qui dispose d’un permis d’exploitation pour 600 000 ha d’okoumé, doit reconstruire des routes, des ponts et réorganiser sa logistique. L’entreprise prévoit de mettre en place un plan d’aménagement pour certifier le bois. ● CÉCILE MANCIAUX

PRIÈRE DE NE PAS LAISSER TRAÎNER FIN JANVIER, L’ÉTAT A PRIS LA DÉCISION de s’approprier au bout d’un délai de six mois « le bois coupé abandonné dans la nature ». Entendez par là tout tronc d’arbre abattu, ébranché, étêté, tronçonné ou scié, délaissé à la lisière des chantiers forestiers ou dans des parcs à bois. De quoi faire réfléchir certains exploitants indélicats dont la très mauvaise habitude est de laisser traîner des monceaux de grumes qui finissent par pourrir sous la pluie. Quand on y pense, le délai C.M. de six mois est, somme toute, généreux. ● JEUNE AFRIQUE


À la poursuite du Gabon vert

TRIBUNE

Aux arbres citoyens! VINCENT FOURNIER/J.A.

À Marc Ona Essangui Présidentfondateur de l’ONG Brainforest

L’INSTAR D’AUTRES PAYS DU BASSIN DU CONGO, le Gabon s’est engagé dans des négociations avec l’Union européenne (UE) afin d’aboutir à la signature d’un Accord de partenariat volontaire (APV) dans le cadre du processus Forest Law Enforcement, Governance andTrade (FLEGT), législation européenne visant à interdire les importations de bois brut ou transformé produit illégalement. Après deux ans de correspondance et plusieurs rencontres, en novembre 2009, le Premier ministre gabonais a officiellement demandé l’ouverture des négociations au commissaire européen en charge du Développement. Un Comité technique de coordination (CTC) a été créé, qui regroupe les représentants des trois collèges parties prenantes du débat sur la gouvernance forestière et le FLEGT au Gabon: l’administration (ensemble des ministères concernés par la gestion des forêts), la société civile et les opérateurs privés du secteur. Sous l’autorité de Sylvain Nze Nguema, directeur général adjoint des eaux et forêts et président du comité de négociation, le CTC est chargé de la préparation technique des sessions de négociation entre le délégué européen et le ministre des Eaux et Forêts, représentant la partie gabonaise. Il constitue le cadre des discussions techniques entre les trois collèges, la règle étant de recueillir les points de vue de chacun jusqu’à aboutir à des positions communes. Ce sont ces dernières, résultat d ’ u n e d é m a r ch e concertée du pays pour la définition de sa légalité forestière, qui font l’objet de négociations avec l’Union européenne. Pour nous aider à relever les défis d’une meilleure gouvernance du secteur forestier, satisfaire les attentes de la communauté internationale en matière de lutte contre l’exploitation illégale du bois et mobiliser les différents acteurs, des appuis ont été mis en place par d’autres partenaires tels que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’ONG Fern, l’European Forest Institute (EFI) et l’Association interafricaine des industries forestières (Ifia).

sous la houlette de son chef de projet, Richelieu Zue Obame, de coordonner la participation des trente-six organisations de défense de l’environnement qui forment ce collège. Après deux années de travail intensif, les résultats sont concluants. Un programme d’analyse des textes réglementaires gabonais relatifs à la forêt et à l’environnement a été réalisé à son initiative, dont le rapport final est consultable en ligne sur le site de Brainforest (www.brain-forest.org). Le but était de permettre à l’ensemble des parties prenantes aux discussions sur l’amélioration de la gouvernance forestière d’avoir une connaissance aussi précise que possible des failles du système réglementaire, lesquelles constituent des poches d’inhibition à la progression du Gabon vers une gestion et une gouvernance améliorées de cette ressource naturelle stratégique. La connaissance des faiblesses du cadre réglementaire devait donc contribuer à orienter les discussions sur des points d’intérêts majeurs afin d’aboutir à des solutions concrètes. Dans le cadre de sa participation à l’amélioration de la gouvernance forestière, la société civile gabonaise a par ailleurs engagé depuis un an un programme de renforcement des capacités.

L’objectif est d’aboutir à une législation européenne qui interdise les importations de bois brut ou transformé produit illégalement.

Brainforest, tête de pont du collège de la société civile aux négociations de l’APV entre l’Union européenne et le Gabon, est chargé, JEUNE AFRIQUE

L’objectif est de faciliter chez les acteurs de la gestion forestière la compréhension des concepts et thématiques techniques liés au FLEGT et à l’APV, ainsi que les thématiques connexes de la gestion forestière que sont la Réduction des émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+) et les Mécanismes de développement propre (MDP). Enfin, en 2011 et pour les années à venir, l’action de la société civile va se concentrer sur la mise en place d’un mécanisme d’appui à l’administration forestière dans l’exercice de sa mission de suivi de la légalité sur le terrain. Ce processus devra se dérouler dans le cadre d’un observatoire indépendant des activités forestières animé par la société civile, en partenariat étroit avec l’administration et le secteur privé. ● N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

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Banque Gabonaise de Développement

Du développement à l’émergence À 50 ans révolus, la Banque Gabonaise de Développement (BGD) entreprend une nouvelle phase de progrès et inscrit son action dans la politique nationale du Gabon.

Créée en 1960, la Banque Gabonaise de Développement (BGD) est aujourd’hui en Afrique subsaharienne l’une des dernières banques de développement qui respecte ses missions originelles : le financement du développement économique et de la lutte contre la pauvreté. Ses consœurs ont disparu ou sont devenues des banques commerciales. La BGD, pour sa part, a réussi à maintenir et accroître ses activités dans différents secteurs de l’économie et de prêts ciblés aux particuliers et aux entreprises. Le soutien de l’État, qui détient 69 % du capital, et ceux de ses autres actionnaires, parmi lesquels la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), l’Agence française de développement (AFD) ou encore son homologue allemande (DEG) ne lui ont jamais fait défaut.

Renforcement des actions auprès des collectivités locales et des PME Le réseau couvre l’ensemble

Forte de cette confiance, la BGD inscrit aujourd’hui son action dans le droit fil de

du pays.

Ci-contre, le siège social de la BGD, à Libreville. De haut en bas, les agences de Franceville, Lambaréné et Mouila.


Pour mener à bien ses nouvelles missions, la BGD peut compter sur le professionnalisme de ses équipes. Celles-ci disposent d’un réel savoirfaire en matière de financement des PME. Elles ont démontré leur capacité à les conseiller sur l’élaboration du dossier de prêt et à les accompagner quand le financement se met en place. Ces compétences seront renforcées, tout comme l’appui aux collectivités locales. La BGD, qui est déjà un interlocuteur apprécié par les institutions financières internationales, dont certaines sont ses actionnaires, est en position centrale pour élaborer, avec les municipalités ou les régions, des montages financiers innovants.

Une banque unique en son genre Publique, la BGD n’en est pas moins une banque au sens strict et moderne du terme. Comme ses homologues dans le pays,sa gestion et ses procédures observent la règlementation inter-

nationale, appliquée au plan régional par la Cobac (Commission bancaire d’Afrique centrale). Elle est même la seule banque gabonaise à s’être soumise à la notation de ses engagements par l’un des organismes internationaux les plus en vue, Fitch Rating, qui l’a qualifiée AB+ pour le long terme et AB pour le court terme.

DIFCOM/Creapub - © : DR

la politique du « Gabon émergent », lancée par le présidentAli Bongo Ondimba dès la campagne électorale qui l’a mené à la magistrature suprême, le 30 août 2009.Tout en maintenant ses activités historiques, la Banque Gabonaise de Développement accentue sa stratégie en faveur de deux types de clientèles : les collectivités locales et les entreprises. Pour les premières, il s’agit d’appuyer le montage financier de leurs projets structurants (routes, logements, équipements…). Quant aux secondes, qui représentent déjà un tiers de son portefeuille de prêts, la BGD entend étendre son dispositif afin d’intervenir auprès d’un nombre croissant de Petites et moyennes entreprises (PME), dont l’essor est souvent freiné par l’absence de considération de la part des circuits bancaires traditionnels. Afin d’appuyer son action auprès des PME, l’État gabonais a transmis à la BGD la gestion de deux fonds d’investissement publics : le Fonds d’expansion des PME (Fodex) et le Fonds de garantie et d’aide (Faga).

La BGD peut également s’appuyer sur une présence effective sur le territoire gabonais grâce à un réseau de 8 agences et 1 bureau qui couvrent les 9 provinces du pays, y compris deux d’entre elles où aucune autre banque n’est implantée. Ce maillage fait de la BGD l’interlocuteur de choix des PME et des collectivités locales dans l’ensemble du pays. Capitalisant sur son expérience et sa position originale dans le paysage bancaire, la Banque Gabonaise de Développement apporte une nouvelle fois, plus de 50 ans après sa création, sa contribution à l’avenir du Gabon.

Au cœur du développement... Banque Gabonaise de Développement BP 5 – rue Alfred Marche, Libreville, Gabon Tél. : (241) 76 24 29 Fax : (241) 74 26 99 www.bgd-gabon.com

Communiqué

Roger Owono Mba Administrateur Directeur Général Nommé début 2011 à la tête de la BGD, venant du ministère de l’Économie, où il était Directeur général de l’industrie et de la compétitivité. Il a notamment géré la réorganisation de la Chambre de commerce et d’industrie, désormais intégralement dirigée par le secteur privé, et la réforme de l’Agence de promotion des investissements privés (Apip). Roger Owono Mba était auparavant Directeur général adjoint de la première banque privée du Gabon.


Le Plus de J.A. INVESTISSEMENT ÉTRANGER

Liaisons dangereuses? Construction d’une zone d’activités, d’une usine d’engrais, plantation de palmiers à huile… En moins d’un an, le géant singapourien Olam est passé de l’approche tactique au grand jeu.

À

Nkok, une bourgade forestière située à 27 km de Libreville, sur la nationale 1, on n’entend plus chanter les oiseaux. Depuis juin 2010, les volatiles effarouchés sont allés chercher la tranquillité ailleurs, loin des 220 engins lourds de travaux publics et du millier d’ouvriers venus de tous les continents. Ces derniers s’activent à repousser la forêt, raboter les collines caillouteuses, construire les bureaux et infrastructures de la Zone économique spéciale (ZES) plurisectorielle que l’État gabonais a décidé d’y implanter. Ici, la langue de travail, c’est l’anglais, car le promoteur et partenaire technique du projet, Olam International, est anglophone. Sous la houlette de Gagan Gupta, le directeur général de Gabon Advance, sa filiale locale, le géant singapourien de l’agroalimentaire a conçu et financé la ZES et embauché neuf entreprises pour réaliser les travaux de cette enclave géographique destinée au développement des activités de traitement et de transformation du bois. RESPECT ! Si ses homologues européens

de la filière bois ont tendance à regarder de haut l’affable Gagan Gupta, ce dernier a su se faire apprécier des autorités locales. « Les Singapouriens sont différents ; ils n’ont pas l’arrogance des Occidentaux, explique un cadre gabonais de Gabon

Advance. Ce sont des partenaires dont le sens du respect de l’autre est plus proche du nôtre », ajoute-t-il, enthousiaste. Le site de Nkok a été choisi pour sa proximité avec les voies de communication. Il se situe à 12 km de la route nationale 1, à 14 km de la gare ferroviaire de Ntoum (Estuaire), il profitera aussi de la voie fluviale de l’Ikoy Komo, qui rejoint l’Océan atlantique au port d’Owendo. Autre avantage, le futur aéroport de Libreville sortira de terre à quelques encablures de la zone… Les travaux de la première phase du projet couvrent une superficie de 400 hectares sur les 1 126 ha prévus, pour un investissement de 200 millions de dollars (143 millions d’euros). Cette ZES doit permettre aux opérateurs économiques de la filière bois de créer, à terme, 6000 emplois directs et indirects. Logique, puisque la décision gouvernementale de la construire fait suite à l’interdiction d’exporter du bois en grumes (effective depuis le 15 mai 2010) de façon à favoriser l’émergence d’un tissu industriel local créateur d’emplois. « Les ouvrages sont calibrés pour accueillir soixante-deux sociétés », explique-t-on chez Olam. Les investisseurs bénéficieront de mesures fiscales incitatives, notamment d’une exonération totale de l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux pendant dix ans à compter de la première vente de

TROPISME AFRICAIN PRÉSENT DANS PLUS DE SOIXANTE PAYS, dont vingt sur le continent, le singapourien Olam International conforte sa position de leader dans l’agrobusiness africain, où il a réalisé un chiffre d’affaires de 900 millions d’euros en 2010. Grand importateur de denrées sur le continent, le groupe y cultive aussi, il y construit et acquiert des unités de transformation de cacao, d’huile de palme, des raffineries de sucre ou encore des minoteries (notamment avec le rachat, en 2010, du nigérian Crown Flour Mills et du ghanéen Wheat Mill). Depuis 2003, le groupe a engagé un plan d’investissements à long terme sur les marchés de bois certifiés. Il a notamment acquis des filiales au Ghana, en Côte d’Ivoire (où, depuis 2008, il est associé avec le groupe ivoirien Sifca, au sein de sa filiale Palmci, pour l’exploitation de palmeraies et la production d’huile de palme), ainsi qu’en C.M. RD Congo et, désormais, au Congo et au Gabon. ● N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

DESIREY MINKOH POUR J.A.

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l’entreprise. Après cette période initiale d’exonération, les entreprises admises au régime de la ZES seront assujetties à cette taxe au taux de 10 % (au lieu de 35 %) pour cinq ans. Elles pourront librement rapatrier leurs profits et bénéficier d’une plus grande flexibilité pour recruter du personnel non gabonais. PLUS ET AFFINITÉS. L’histoire d’amour entre Singapouriens et Gabonais ne s’arrête pas là. Un nouveau chapitre s’est ouvert en novembre dernier quand, au cours de sa tournée asiatique, le président gabonais Ali Bongo Ondimba a signé avec Olam International un contrat de près de 1,54 milliard de dollars pour le développement de la culture du palmier à huile. L’accord prévoit que 30 % des palmeraies plantées soient détenues par des agriculteurs locaux, afin de garantir l’emploi d’une majorité de Gabonais au sein des structures internationales présentes sur le territoire. La première phase d’investissement du projet, piloté par Olam Palm Gabon, la nouvelle filiale du groupe, démarrera en octobre, avec la plantation de 50000 ha de palmeraies dans la région de Lambaréné (Moyen-Ogooué) et de 8 000 ha dans la région de Kango (Estuaire), à une centaine de kilomètres de Libreville. C’est à Kango que le groupe va établir sa première usine d’huile de palme dans le pays. Elle sera JEUNE AFRIQUE


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CRÉDIT PHOTO

 LE PARC INDUSTRIEL INTÉGRÉ DE NKOK sera principalement consacré aux opérateurs de la filière bois.

porte sur la plantation de 150000 ha dans le Sud, à Tchibanga, Mayumba (dans le Nyanga) et Mouila (Ngounié).

DESIREY MINKOH POUR J.A.

« CLIP » QUALITÉ. Si l’État lui a attribué

 GAGAN GUPTA, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE Gabon Advance, filiale locale d’Olam.

opérationnelle dans trois ans et demi, en décembre 2014, le temps que les palmiers arrivent à maturité. L’investissement global de cette première phase est estimé à près de 630 millions d’euros, pour une production, à terme, de 1 million de tonnes d’huile de palme par an (280 000 t pour commencer) et, selon Shyam Ponnappa, directeur d’Olam Palm Gabon, la création de 700 à 800 emplois. La deuxième phase d’investissement, estimée à 450 millions d’euros, devrait être engagée en 2013. Elle JEUNE AFRIQUE

19 000 ha de forêt dans le département de Komo-Kango, Olam Palm Gabon a annoncé qu’il n’en utiliserait que 8 000 afin de limiter l’impact de ses activités sur la biodiversité du bloc forestier, riche en cours d’eau, zones de pêche artisanale et lieux de reproduction pour les oiseaux et les poissons. En attendant la saison des plantations, les dirigeants d’Olam Palm Gabon règlent les derniers détails de la concertation avec les populations riveraines sur les questions de propriété et de cogestion, afin de finaliser la procédure de Consentement libre informé préalable (Clip), qui fait partie de la démarche qualité d’Olam Palm Gabon et sans lequel aucun engin ne pourra entrer en forêt. Étant donné que la production de sa future usine sera entièrement destinée à l’export, Olam n’a de toute façon guère d’autre choix que de respecter les normes sociales et environnementales si elle veut obtenir la certification internationale RSPO (Roundtable on Substainable Palm Oil, Table ronde sur l’huile de palme durable), désormais indispensable pour exporter. La convention signée en novembre entre le gouvernement gabonais et Olam

comprend également la construction d’une usine d’engrais ammoniac-urée dans la toute nouvelle zone franche de l’île Mandji, un projet auquel s’est associée, mi-avril, la branche chimie du conglomérat indien Tata. La coentreprise, dotée de plus de 900 millions d’euros, est donc désormais détenue par Olam (62,9 %), Tata (25,1 %) et l’État gabonais (12 %). Le complexe de 120 ha, dont la construction démarre ce mois-ci, doit être livré dans le courant du premier semestre 2014. Il aura une capacité de production totale de 2 200 t d’ammoniac et 3 850 t d’urée par jour (soit une production totale de 1,3 million de tonnes d’urée par an). Le chantier de l’usine va employer 4 000 personnes et plus de 300 emplois directs seront créés lorsque l’unité sera opérationnelle. EN ALERTE. Cependant, les ONG et défen-

seurs de l’environnement sont en alerte. Les plantations de palmiers à huile étant très gourmandes en eau et en pesticides, les villages qui vivent à proximité ne vontils pas en souffrir? Quant à l’implantation d’une unité ammoniac-urée à quelques encablures de Port-Gentil, de l’île Mandji, de ses oiseaux et tortues luth… BienquenouveauvenuauGabon,Olam y a de grandes ambitions. Et ne perd pas de temps pour passer à l’acte. À la mi-janvier, le groupe a en effet acquis un permis d’exploitation sur 300 000 ha de forêt en rachetant TT Timber International, filiale

Des premiers pas de géant dont les militants écologistes ne vont pas manquer de suivre l’empreinte. du danois Dalhoff Larsen & Horneman (DLH), pour 29,6 millions d’euros. Une opération qui fait du bruit dans les milieux forestiers de la région puisqu’elle permet au Singapourien d’acquérir du même coup 1,3 million d’hectares de forêt tropicale dans le nord du Congo voisin, ainsi que le numéro un de son secteur forestier, la Congolaise industrielle du bois (CIB). Les premiers pas d’Olam dans le Bassin du Congo sont décidément des pas de géant… dont les militants écologistes ne vont pas manquer de suivre l’empreinte. ● GEORGES DOUGUELI et CÉCILE MANCIAUX N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011


Le Plus de J.A. SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Un nouveau modèle agricole en germe L’État veut relancer les cultures vivrières. Objectif : augmenter les rendements à l’hectare pour produire plus… Et mobiliser moins de terres.

à Tchibanga (Nyanga) en lançant le Pasac. Ses trois volets principaux portent sur la sécurisation des approvisionnements – avec un programme quinquennal de sécurité alimentaire (PNSA 2010-2014) et la création de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (Agasa) –, la réhabilitation des exploitations agricoles en difficulté et l’augmentation des capacités de rendement agricole et halieutique. Ce dernier point passe par le développement de pôles de production intensive concernant principalement des cultures vivrières, comme le riz, dont l’essentiel de ce qui est consommé est importé de Thaïlande ou du Vietnam. L’objectif étant de produire plus en utilisant le moins d’espace possible.

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vecprèsde15millions d’hectares de terres agricoles non cultivées, et à la faveur du climat équatorial, le Gabon dispose d’un réel potentiel. Pourtant, le pays reste largement dépendant de l’extérieur pour ses besoins alimentaires : il importe plus de 85 % des denrées consommées par ses 1,5 million d’habitants, ce qui lui a coûté la bagatelle de 250 milliards de F CFA (plus de 380 millions d’euros) en 2010. Une facture en hausse constante, à l’insÀ LA MODE ISRAÉLIENNE. Fin tar du coût du panier de la avril, Raymond Ngong Sima a signé une convention avec la ménagère. société israélienne LR Group Pour y remédier, l’État a lancé un Programme agricole pour le développement, via sa  SUR LES MARCHÉS DE LIBREVILLE, les fruits et légumes de base, en grande partie importés, restent trop chers. de sécurité alimentaire et de filiale Mori Investments, de six croissance (Pasac), auquel il fermes agropastorales. D’un alimentaires de base (manioc, riz, banaa affecté un budget de 38,4 milliards de coût global de près de 9,5 milliards de nes, viandes et légumes notamment). F CFA pour l’exercice 2010. Priorité est F CFA, entièrement pris en charge par donnée à la réorganisation et au déveUn fonds de garantie de 900 millions de l’État, le projet doit permettre de satisfaire loppement de l’agriculture et de la pêche, F CFA destiné aux exploitants agricoles a les besoins en volailles et en légumes avec secteur dont la part dans le PIB est passée également été créé en début d’année. des produits locaux, disponibles à des prix bien moins élevés que les denrées de 15 % dans les années 1960 à moins de « Il n’est pas raisonnable que l’essentiel 5 % aujourd’hui. L’objectif : porter cette de ce que les Gabonais consomment importées. contribution à 20 % du PIB en privilégiant vienne de l’extérieur », résumait le minisSans compter qu’il participera à la les cultures vivrières, de façon à réduire tre de l’Agriculture et du Développement formation de la nouvelle génération d’exde 5 % par an les importations de produits rural, Raymond Ndong Sima, le 15 février, ploitants, avec l’implantation de fermesécoles à proximité des six établissements. « Nous avons déjà réalisé ce genre de COUP DE POUCE AUX PME projet. Nous commençons aujourd’hui UN PROJET DE DÉVELOPPEMENT et d’investissement agricole avec six fermes ; après, nous allons contiau Gabon (Prodiag) vient d’être lancé par l’Institut gabonais d’appui nuer avec des villages modernes, comme au développement, chargé de l’encadrement technique des créateurs nous l’avons fait au Nigeria », a expliqué de PME agricoles. Disposant d’un budget de plus de 19 millions d’euros à la presse Victor Tiroch, le directeur du sur cinq ans (2011-2015), financé à hauteur de 79 % par un prêt de l’Agence développement commercial de Mori Investments, qui estimait à l’occasion de française de développement et de 21 % par l’État gabonais, le Prodiag va permettre de renforcer les capacités des acteurs privés et associatifs. Plus la signature du contrat que, « dans un an de la moitié des financements sont consacrés à l’appui aux producteurs, le maximum, le pays pourra stopper l’imreste se répartit entre l’aide à la structuration professionnelle, la formation, portation de légumes et de volailles ». ● TIPHAINE SAINT-CRIQ

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la transformation agroalimentaire et la recherche de partenaires. ●

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C.M.

STÉPHANE BALLONG JEUNE AFRIQUE


Ministère de la Jeunesse et des Sports chargé des Loisirs

D

ans un peu moins de neuf mois, moiis, le 21 janvierr 2012, 2012, se jouera le match d’ouverture de la Coupe d’Afrique d’Afriq que des des Nations Nations de Football à Malabo. La finale aura lieu u un n m mois oiis plus tard à Libreville. Evénement E é sportif if majeur j d du continent, i lla CAN 2012 est co-organisée ié par le Gabon et la Guinée Équatoriale. Une première pour le Gabon, qui, avec la réception de cet événement et en relevant tous les défis inhérents, illustre là encore combien il est sur la Voie de l’Émergence. MESSAGE ● I / IV


Une première… Pour le Gabon, qui accueille la plus grande manifestation sportive africaine pour la première fois, il s’agit d’une source incontestable de motivation et d’énergie. Pour le Ministère de la Jeunesse et des Sports chargé des loisirs, une fierté de participer à l’organisation d’un tel événement. Il s’agit également d’une occasion d’entreprendre quelques grands travaux de réfection ou de construction des routes, des structures hôtelières, et, bien sûr, des stades. Source d’emplois et moteur de croissance, la CAN 2012 est en outre un formidable coup de projecteur sur le Gabon qui sera ainsi visible des millions de spectateurs et téléspectateurs africains et internationaux.

…qui sera un succès

GABON - CAN 2012

Ali Bongo Ondimba, Président de la République et l’ensemble du gouvernement unissent leurs efforts pour faire de cet événement un succès pour l’épreuve sportive et une fête pour tous les Gabonais, réunis derrière leur équipe nationale, Les Panthères. Les défis sont nombreux pour le Gabon : amener les infrastructures sportives au niveau requis par la Confédération Africaine de Football (CAF) , construire de nouvelles structures hôtelières et, bien sûr, donner aux Panthères les moyens et l’envie de se dépasser pour représenter fièrement leur nation, avec l’aide de Gernot Rohr, entraîneur du Onze gabonais depuis presque quatorze mois. MESSAGE ● II / IV

Le Haut Commissariat à l’organisation de la 28e Coupe d’Afrique des Nations de Football Devant la nécessité de garantir sans le moindre doute la réalisation de tous les chantiers nécessaires avant le début de la CAN 2012, le Conseil des Ministres en date du 2 février 2011 a décidé la création d’un Haut Commissariat à l’organisation de la CAN. Sous l’autorité du Président de la République, le Haut Commissariat est un service public chargé d’une mission temporaire. À sa tête, Jules Marius Ogouebandja, ancien Ministre délégué et ancien international de football lui-même, est épaulé par deux adjoints : • Henri Claude Oyima, Haut commissaire adjoint en charge des finances et Président directeur général de la BGFI Bank, • Christian Kerangall, Haut commissaire adjoint en charge de l’organisation.

Le Haut Commissariat coiffe le Cocan, le comité d’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations Le Cocan a pour missions de définir et d’exécuter les budgets nécessaires à l’organisation de la prochaine CAN, ainsi que de définir et arrêter la liste des projets d’infrastructures à construire et à moderniser, tout en déterminant leur coût. Il doit élaborer un agenda DE MULTIPLES de réalisation des investissements et veiller au respect de MISSIONS À MENER À BIEN son exécution, tout en assumant l’harmonisation entre le Gabon et la Guinée Équatoriale, les deux pays coorganisateurs de la CAN 2012, dans le respect des statuts et du cahier des charges de la Confédération Africaine de Football (CAF). Le Cocan nouvelle version comprend un Comité Directeur, organe délibérant, et des Commissions : • La commission Communication et Marketing, aux compétences élargies avec le tourisme et les loisirs. Elle est chargée d’assurer la communication et le marketing de l’événement avant et pendant la compétition, ainsi que la bonne couverture médiatique nationale et internationale, de vendre le label CAN 2012 et de veiller à l’organisation des activités touristiques et des loisirs autour de la CAN. • La commission Transport est en charge de la partie logistique. Elle devra assurer déplacements et stationnements en optimisant les flux de transport, ainsi que, en collaboration avec les services de l’État, la sécurité des personnes transportées. Enfin, en collaboration avec toutes les autres commissions, elle assurera la couverture de tous les besoins logistiques.


© RainbowPress/Cameleon/ABACAPRESS.COM

L’Équipe Didier OVONO EBANG (Le Mans - France),

Selim HAROUN NZE

Anthony MEZUI (FC Metz - France)

(Valenciennes FC, D1 France),

tion de la CAN 2012 se sont vues insuffler une nouvelle dynamique produisant des résultats tout à fait à la hauteur des attentes de la CAF.

tout en respectant les normes sécuritaires. Les inspecteurs de la CAF ont souligné, lors de leur entretien avec le Ministre de la Jeunesse et des Sports chargé des loisirs, René Ndemezo’o Obiang, que si, quelques mois en amont, ils avaient « quelques doutes quant à l’organisation de la CAN dans le pays », ceux-ci avaient fait place à une « pleine certitude que tous les chantiers à tous les niveaux (stades de compétitions et autres infrastructures de Libreville, Franceville, Bongoville, Ngouoni et Moanda),évoluaient à un rythme tout à fait satisfaisant ». Ils sont reparti convaincus que les délais seraient tenus.

Le satisfecit de la CAF

Poursuivre les efforts

Moïse BROU APANGA (Brest - France),

Alain DJISSIKADIE (US Bitam),

Bruno ECUELE MANGA (Lorient),

Thierry ISSIEMOU (US Monastir - D1 Tunisie),

Jean Pierre BAMBA (FC 105),

Zita MBANANGOYE (Sivasspor - D1 Turquie),

Rodrigue MOUNDOUNGA

Stéphane NGUEMA (PSG - France),

(Esperence de Bedja - D1 Tunisie),

Fabrice DO MARCOLINO (Laval - France),

Yessi ACHY AMAN (AS Pélican),

Romaric ROGOMBE (Vita Club – RD Congo),

Emmanuel NDONG MBA (Sogéa FC),

Daniel COUSIN (Larissa - L1 Grèce),

Georges AMBOUROUET (Roumanie),

Willy AUBAMEYANG (Milan AC - D1 - Italie),

Alassane EDOU YEBE (Mangasport - Gabon)

Emerick AUBAMEYANG (Monaco)

Cédric BOUSSOUGOU (Mangasport - Gabon)

Roguy MEYE (Ankaragucu – D1 Turquie),

• Les commissions Hébergement et Restauration sont réunies en une. Elle est chargée d’évaluer les capacités d’accueil, de recenser le nombre exact de personnes accréditées, de procéder aux affectations, de produire un guide du logement et de la restauration, de s’assurer de la qualité nutritive offerte et d’assurer la restauration de tous les bénévoles du COCAN et de tous les invités pris en charge. • Le COCAN Gabon dans sa nouvelle formule s’est par-dessus tout vu doté d’une nouvelle commission « Infrastructures ». Cette dernière est notamment chargée de suivre l’avancement et la bonne exécution technique de tous les grands travaux de construction et de modernisation des infrastructures initiés pour la CAN 2012. Ainsi réorganisées, les structures en charge de l’organisa-

La dernière visite d’inspection de l’ensemble des chantiers de l’organisation de la CAN 2012 (stades de compétition, d’entraînement, structures sanitaires, hôtelières et communicationnelles) a remporté un satisfecit du chef de la délégation de la CAF, Almamy Kabélé Camara, qui a déclaré « repartir totalement satisfait au regard de l’avancée à pas de géant des travaux sur tous les chantiers ».

Prêt dans les temps

La CAF a notamment apprécié l’implication du gouvernement pour l’impulsion apportée dans la réalisation des travaux

La CAF a félicité le Gabon quant à la qualité de son plateau technique existant dans les différentes structures hospitalières de Libreville et Franceville. Le ministre de la Jeunesse et des Sports chargé des loisirs a souligné que « nous pensons surtout que la CAF nous invite à ne pas relâcher nos efforts pour que nous puissions tenir les délais. La CAN a lieu dans un an. Nous ne pouvons pas ralentir le rythme actuel des travaux, nous devons même l’accélérer. » Et d’ajouter que « les efforts doivent être poursuivis, notamment sur le plan de l’hébergement. » MESSAGE ● III / IV


Je suis arrivé à la tête de cette équipe il y a treize mois et demi. J’ai une bonne impression. Nos deux derniers matchs se sont soldés par des victoires sans encaisser le moindre but. Il y a du dynamisme et un bon état d’esprit. C’est une vraie équipe, avec une bonne base défensive. Il y a de nouveaux joueurs, jeunes, qui trouvent leur place. J’ai de bons gardiens, un bon défenseur central, et je viens d’identifier un milieu de terrain avec un profil très intéressant. Les Panthères disposent également d’attaquants rapides. L’équipe prend forme.

© Amandine Cuchietti / Icon Sport

Quel est votre objectif pour la CAN ?

« Je la sens bien cette équipe » Comment définiriez-vous l’état d’esprit du groupe ? J’ai voulu instaurer rigueur et discipline. Cela a porté ses fruits, les garçons sont à l’heure, habillés comme ils doivent l’être. Au sein du groupe, un lien existe. D’abord entre ceux qui évoluent en France, et entre les jeunes qui évoluent au Gabon. Mais comme ces jeunes jouent dans des clubs où jouaient auparavant les « anciens », cela crée un lien fort entre eux. Cela n’a pas été facile au début, notamment pour une question

La demi-finale. Ce qui signifie que nous devons sortir du groupe et passer encore un tour. Cela ne sera pas facile, cela n’est pas arrivé depuis 25 ans. Mais avec l’aide des supporters, nous pouvons le faire.

Le public aura un rôle important à jouer ? Les Gabonais sont de fervents supporters. Ils aiment le foot et leur équipe nationale. Mais ils ne voient pas assez les Panthères car nous jouons tout le temps à l’extérieur en raison d’infrastructures trop petites, jusqu’à maintenant. Nous mettrons un terme à ce phénomène le 3 juin prochain en jouant au Gabon, en province.

Qu’attendez-vous de la CAN ? Je fais pleinement confiance aux autorités. Je souhaite que cela soit la fête du football, dans un pays qui aime énormément le foot.

LES PANTHÈRES À LA RENCONTRE DU PUBLIC Le 3 juin prochain sera un jour de fête au Gabon. Pour la première fois depuis très longtemps et à 6 mois du coup d’envoi de la CAN, les Panthères se produiront au Gabon, à l’initiative du Ministre de la Jeunesse et des Sports chargé des loisirs qui a souhaité cet événement. Libérés de leurs championnats respectifs qui seront terminés, © Fotolia

les joueurs évoluant en Europe aborderont cette rencontre sans stress inutile. Les Panthères auront tout le loisir d’aller à la rencontre de leurs supporters, et les supporters à la rencontre de leur équipe, afin de créer une émulation forte en vue de la CAN.

Dans l’objectif que cet événement majeur se déroulant pour la première fois au Gabon soit une fête et l’expression du lien très fort qui unit les Panthères au public. Un public qui aidera, à n’en pas douter, le Onze national à aller le plus loin possible dans la compétition et à porter haut les couleurs du Gabon. MESSAGE ● IV/ IV

GABON - CAN 2012

Depuis votre arrivée à la tête des Panthères, quelles sont vos impressions ?

de niveau entre le championnat français et gabonais. Mais cela ne se voit plus. Cela se passe très bien.

DIFCOM / Illustration cover © Creapub

Interview de Gernot Rohr, entraîneur des Panthères du Gabon


À la poursuite du Gabon vert

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CONFIDENCES DE | Alexandre Barro Chambrier Ministre des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures

« Un sujet suivi d’extrêmement près par les élus » Ð Les activités extractives ont forcément un impact environnemental Ð Certaines concessions sont sur le périmètre de zones protégées JEUNE AFRIQUE: Comment conciliezvous exploitation pétrolière et développement durable ? ALEXANDRE BARRO CHAMBRIER: La notion de développement durable est très importante dans le secteur. Nous sommes très vigilants quant à l’application des textes qui interdisent le torchage, une pratique qui nous a longtemps fait perdre une importante quantité d’énergie et a aussi été source de pollution. Nous mettons notamment un point d’honneur à appliquer le principe du « pollueur-payeur ». Un autre aspect concerne la protection des travailleurs, avec de rigoureux critères de sécurité et d’hygiène.

pour les générations à venir. Nous devons tout faire pour ne pas leur léguer n’importe quoi. Certains permis miniers chevauchent des aires protégées. Comment est-ce possible ? Lorsque c’est le cas, il est décidé que le périmètre du parc ou de la réserve soit étendu proportionnellement à celui de la zone d’exploitation. La loi donne aussi la possibilité de déclasser un parc, à condition de classer une autre zone dans les mêmes proportions.Toutes les administrations concernées travaillent en étroite collaboration et nous essayons d’éviter ces superpositions en amont. Au nord de Libreville, par exemple, une zone d’exploitation de carrières va bientôt être interdite car elle jouxte un parc national.

beaucoup d’autres s’intéressent à ce gisement, pour l’instant, c’est la China Machinery Engineering Corporation qui en est adjudicataire. Quant à l’impact environnemental, il y a eu un travail technique de recadrage et d’approfondissement, l’État a redimensionné le projet et les discussions se poursuivent avec nos partenaires chinois. Nous attendons une réévaluation du projet. Bientôt, les choses vont évoluer et les Gabonais seront agréablement surpris. ● Propos recueillis à Libreville par GEORGES DOUGUELI

Il faut tout faire pour ne pas léguer n’importe quoi aux générations à venir.

Ces normes ne sont-elles pas perçues comme un frein à l’activité ? Non. Pour l’exploitation pétrolière, comme pour l’exploitation forestière, le tout est d’accorder la nécessité d’exploitation rationnelle des ressources et celle de préservation de la biodi ver sité, en prenant soin de sauvegarder des réserves suffisantes JEUNE AFRIQUE

Sur le gisement de fer de Belinga, la China Machinery Engineering Corporation a pris beaucoup de retard: y aura-t-il un nouvel appel d’offres? Et va-t-on devoir déclasser une partie du parc voisin? Nous déciderons de la conduite à tenir lorsque viendra la phase d’exploitation. Elle était prévue pour le début de cette année, mais un projet structurant d’une telle envergure nécessite des capitaux, du savoirfaire et, sachant que les réserves de fer sont de près de un milliard de tonnes, il est évident qu’on essaie d’harmoniser les différents aspects ! Nous avons déjà un partenaire fiable et, même si

DESIREY MINKOH POUR J.A.

Avez-vous déjà sanctionné un opérateur pour non-respect des normes environnementales ? Bien sûr. Les pénalités prévues par les textes en vigueur s’appliquent souvent. En tant qu’ancien parlementaire, je tiens à préciser que ce sujet est suivi d’extrêmement près par les élus. De leur côté, les opérateurs évoluent.Total Gabon a obtenu la certification ISO 14001 pour son terminal de Cap Lopez en 2006 et pour toutes ses activités dans le pays en 2009. D’autres, comme Shell et Perenco, ont suivi le mouvement.

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Le Plus de J.A. terre noirâtre. Le minerai brut est chargé dans de non moins impressionnants camions, puis concassé Ý SUR LE et convoyé jusqu’à la PLATEAU DU laverie. Là, dans un BANGOMBÉ, d’énormes vacarme assourdisengins, sant, des jets d’eau à chargent, très haute pression éliconcassent minent les particules et charrient argileuses pour épurer le minerai hors du le minerai, avant son gisement à transport vers les aires ciel ouvert. de stockage ou le terminal ferroviaire minéralier.

BERNARD REGENT EYE UBIQUITOUS/HUTCHISON

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C’EST DU PROPRE. Le problème est que,

depuis 1962, l’opérateur minier déverse allègrement les eaux usées de sa laverie dans le lit de la rivière Moulili. Conscient des dégâts causés par ses activités minières, Eramet décide en 2008 de stopper ces rejets et adopte un splan de réhabilitation de la rivière, qui prévoit de valoriser les sédiments qui y sont déposés. Mais, INDUSTRIES EXTRACTIVES en 2009, une partie du projet est gelée. Les travaux nécessaires pour mettre fin à l’évacuation des eaux usées dans le cours d’eau ont été terminés en 2010 : selon l’entreprise, la laverie fonctionne désormais « avec zéro rejet ». Les sédiÉlu et habitants de la région de Moanda demandent réparation ments, eux, devront attendre la relance à la Comilog pour l’impact environnemental de ses activités de du plan, prévue fin 2011… production de manganèse. La filiale d’Eramet affiche ses « réserves Dopée par la reprise de la demande mondiale, la Comilog a fait construire en sur le fondement » de cette plainte collective, la première du pays. 2001, pour près de 80 millions d’euros, au bord de la même rivière Moulili, le Avec son parcours de golf à dix-huit trange destin que celui de la ville Complexe industriel de Moanda (CIM), de Moanda. Celle qui somnolait trous, le quartier résidentiel cossu qui comprenant une nouvelle unité d’enà 700 km au sud-est de Libreville abrite ses cadres expatriés, sans oublier richissement de manganèse pauvre et n’était qu’une bourgade perl’avion privé de son directeur général, et une usine de production de manganèse aggloméré d’une capacité de due dans le paysage montagneux du Marcel Abéké, la Comilog rayonne de Haut-Ogooué a vu son destin basculer prospérité. La compagnie, qui a enregis600 000 t/an. Plusieurs décennies de au lendemain de la Seconde Guerre déversements industriels dans tré une production de 3,2 millions mondiale, quand le Bureau de recherches de tonnes de manganèse en les cours d’eaux et de dépôt de géologiques et minières (BRGM) a décou2010 (en hausse de 61 % par poussières chargées d’agents de tonnes produites en vert dans ses entrailles un important rapport à 2009), prévoit une chimiques ont contaminé 2010 par la compagnie, gisement à haute teneur en manganèse production de 3,6 millions l’environnement. qui fait d’Eramet le (45 % à 50 %), un minerai classé parmi de tonnes en 2011 et de e 2 producteur 4 millions en 2012. Elle fait REQUÊTE. L’affaire prend une les meilleurs du monde. mondial de Dès 1962, la Compagnie minière de d’Eramet l’heureux deuxième autre tournure quand des élus manganèse l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe producteur mondial de ce métal locaux soupçonnent un lien de français Eramet, y exploite une mine à ciel de transition, principalement utilisé cause à effet entre l’exposition aux ouvert. Depuis, des milliers de travailleurs pour augmenter la résistance des alliages, agents chimiques issus de l’exploitation ont afflué vers Moanda, parmi lesquels notamment d’acier et de bronze. minière et la forte prévalence, au sein de d’anciens mineurs venus de la ville voisine la population de la région de Moanda de Mounana après l’arrêt des activités de – à commencer par les travailleurs de la PAYSAGE LUNAIRE. Sur le plateau la Compagnie des mines d’uranium de Bangombé, la mine a de faux airs de Comilog –, de maladies cardiovasculaires, Franceville (Comuf, lire p. 90) en 1999. En paysage lunaire balayé par des draglines, d’infections pulmonaires et de cancers. cinquante ans, la population de Moanda ces impressionnants engins qui pelCe que souligne un rapport relatif aux est passée de 500 à 40 000 âmes. lettent l’écorce des vastes étendues de impacts de l’exploitation minière sur les

La pollution minière mise en accusation

É

3,2 millions

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JEUNE AFRIQUE


À la poursuite du Gabon vert populations locales et l’environnement dans le Haut-Ogooué, publié en août dernier par l’ONG Brainforest de Marc Ona Essangui (lire p. 77). Soutenu par un collectif de 350 habitants et quatre ONG, dont Brainforest, le député Jean-Valentin Leyama a introduit une requête devant un juge de Libreville. Son objectif: faire condamner la Comilog à payer 490 milliards de F CFA (747 millions d’euros) au titre de dommages et intérêts, notamment pour dégradation de l’environnement et violation des droits de l’homme, en l’occurrence, des populations de Moanda et du plateau Bangombé.

PROFIL | Paulette Oyane Ondo Avocate au barreau du Gabon

Contre Goliath, David est une femme… Ð La députée et ex-ministre s’est forgé une réputation de forte tête Ð Elle représente les plaignants face au géant minier

C

DOMMAGES. Portée par l’avocate

gabonaise Paulette Oyane Ondo (lire ci-contre), la requête décrit dans les détails la pollution attribuée à l’entreprise minière. Par l’effet du ruissellement, c’est tout le réseau hydrographique local qui a été affecté. À cause des dépôts industriels, la rivière Massa s’est transformée en marécage. Selon des analyses effectuées par le laboratoire du ministère gabonais des Mines, elle présente une teneur en manganèse estimée à 0,16 milligramme

JEUNE AFRIQUE

TIPHAINE SAINT CRIQ POUR J.A.

GEORGES DOUGUELI

À seulement 45 ans, la parlementaire – et déjà ex-ministre déléguée auprès du ministre du Commerce, en 2006, et auprès du ministre de l’Agriculture, en 2007 – fait les gros titres des journaux pour avoir été, avec son collègue Christophe Owono Nguéma, la seule députée du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) à refuser de voter pour la révision constitutionnelle initiée par le parti d’Ali Bongo Ondimba en octobre 2010.Traduits en conseil de discipline par le parti présidentiel le 4 janvier dernier, les deux élus ont écopé d’une suspension que l’énergique juriste ne digère pas. Cette fille de pasteur au rigorisme protestant a engagé plusieurs actions en justice contre les procédures qu’elle estime abusives dans cette affaire. « Il n’est pas question d’accepter tous les archaïsmes sans broncher », jure-t-elle. Elle s’est même payé le luxe, fin avril, d’envoyer, par voie d’huissier, au président du groupe parlementaire du PDG une mise en demeure de lui verser 52,5 millions de F CFA (80 000 euros) au titre des fonds alloués chaque année aux députés de la formation, et qui ne lui ont pas été payés en 2009 et 2010.

Par l’effet du ruissellement, la totalité du réseau hydrographique serait désormais affectée. par litre, alors que la norme internationale définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est de 0,05 mg/l. Sa concentration en fer est aussi anormalement élevée. Les plaignants dénoncent en outre la contamination des sources d’eau potable au mercure, la formation de « nombreux lacs artificiels résultant du blocage des écoulements par les déblais miniers », la destruction de la faune et de la flore alentour, la fin de la pêche, etc. L’opérateur minier a émis des réserves sur « le fondement et le sérieux » d’une action en justice et souligné que, dans ses activités et ses investissements, les aspects de santé, de sécurité et d’environnement « sont pris en compte de manière responsable ». L’affaire, qui est la première class action gabonaise, sera examinée à partir du 26 juin au tribunal de première instance de Libreville. ●

ERTAINS PRÉDISENT que le combat est perdu d’avance. Pas elle, qui croit pouvoir tenir tête au géant Eramet. Avocate formée en France, à l’université de Paris-II, Paulette Oyane Ondo s’est forgé une réputation de forte tête.

Début avril, elle est par ailleurs montée au créneau, avec succès, pour défendre les habitants du bidonville librevillois de Sotega, obtenant pour eux un répit, alors qu’ils sont menacés d’expropriation par un projet immobilier soutenu par le gouvernement. Mais face au puissant groupe minier, qui emploie 15 000 personnes dans une vingtaine de pays avec, en 2010, un chiffre d’affaires de près de 3,6 milliards d’euros, la partie s’annonce ardue. ● G.D. N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

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Le Plus de J.A. a réagi et trouvé un accord avec l’État gabonais et le Collectif des anciens travailleurs et miniers de Comuf-Mounana (Catram). Ce texte a notamment abouti à la création, en parÝ L’ACCÈS À tenariat avec les ONG L’ANCIENNE USINE Sherpa et Médecins DE LA COMUF du monde, d’obserest interdit vatoires de la santé depuis chargés d’assurer la l’annonce, fin 2009, de la surveillancemédicale découverte de des anciens mineurs « substances et de la population toxiques ». locale. Pour mettre en place le dispositif, Areva a fait établir un relevé de toutes les maladies soignées à l’hôpital de Mounana depuis les années 1950 : « Nous avons recensé les gens qui ont été accueillis, les traitements qui ont été prescrits et ce qu’il est advenu de ces patients », explique le docteur Alain Acker, directeur médical d’Areva. Par ailleurs, les équipes des observatoires ont répertorié tous les anciens mineurs encore en vie, soit plus de 1 000 personnes, en indiquant l’exposition à laquelle ils ont été soumis et leur habitat. « J’étais le 10 avril à Mounana et j’ai pu visiter le site de la Comuf, où d’importants travaux sont réalisés, constate Alexandre Barro Chambrier, le ministre gabonais des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures. On y construit des digues pour canaliser et traiter l’eau, on reconstitue les paysages, on a érigé des observatoires de la santé où l’on pratique une surveillance médicale de la population. » Et de conclure : « C’est

COUMBA SYLLA/AFP

90

L’APRÈS-URANIUM

Aux bons soins d’Areva

Plus de dix ans après l’arrêt de ses activités dans le sud-est du pays, la Comuf, filiale du leader mondial du secteur, prend ses responsabilités pour assurer le suivi médical de la population et tenter de réparer les torts causés à l’environnement.

À

Mounana, dans le HautOgooué (Sud-Est), la Compag nie des mines d’uranium de Franceville (Comuf ), filiale à 68,4 % du français Areva, a exploité des gisements d’uranium pendant près de quarante ans, jusqu’à la cessation de ses activités, en 1999. Abandonnant 3 000 ex-mineurs aux risques sanitaires liés à leur travail au contact du minerai, et laissant les habitants vivre dans l’angoisse des effets induits par les résidus radioactifs sur la santé et l’environnement. Il aura fallu dix ans et la ténacité d’associations locales, soutenues par diverses ONG, pour que les inquiétudes de cette population soient prises en compte. PSYCHOSE RADIOACTIVE. Non-respect

des zones de restriction correspondant aux différents sites de l’usine démantelée, taux de radiation relevés nettement supérieurs à la normale (de 2 à 50 fois) aussi bien en plein air que sur les bâtiments (supermarchés, logements), absence de prise en charge du suivi médical par N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

l’industriel ou par l’État… Après la publication de plusieurs rapports alarmants, la psychose s’est installée. Celui produit en décembre 2009 par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), une association française, révèle des mesu« C’est vrai, il aurait mieux valu res radiamétriques, effecprévoir pour éviter ces dégâts. » tuées en mai 2009, selon A. BARRO CHAMBRIER, ministre des Mines lesquelles certaines cités hébergeant les cadres et les ouvriers de la Comuf auraient été vrai qu’on intervient a posteriori et qu’il construites avec des matériaux radioacaurait mieux valu prévoir pour éviter ces tifs. Les auteurs du rapport estiment à dégâts. Mais l’État assume pleinement plus de 2 millions de tonnes la quantité de ses responsabilités. » résidus radioactifs directement déversés Reste à espérer que, dans le contexte dans la rivière. La conclusion souligne de relance des investissements miniers, que des résidus d’extraction de l’uranium il fera bon usage de cette expérience et ont contaminé les sols de la forêt environque, au-delà des études d’impact et des nante et que les déchets radioactifs sont cahiers des charges sur la réhabilitation toujours présents dans l’environnement des sites désormais imposés en amont accessible à la population. des projets, l’État exigera des compagnies candidates à l’exploitation de l’uranium ACCORD. Mis devant ses responsabisur son territoire qu’elles créent des lités et face à la menace de poursuites observatoires de ce type. ● judiciaires, en septembre dernier, Areva GEORGES DOUGUELI JEUNE AFRIQUE


À la poursuite du Gabon vert

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ÉNERGIE

L’émergence au fil de l’eau

E

GRANDS PROJETS EN COURS. Selon le plan établi, l’hydroélectricité (le Gabon est doté d’un potentiel de 6 000 MW) devrait représenter 80 % des approvisionnements. Elle présente deux avantages majeurs: de faibles coûts d’exploitation et peu d’émissions de gaz à effet de serre. Les travaux de l’un des projets phares, le barrage de Mitzic (Woleu-Ntem), devraient commencer en juin prochain ; la livraison est prévue courant 2013. Il est le fruit d’un partenariat public-privé avec l’entreprise Coder. Il devrait augmenter la capacité de production de 42 MW, avec une puissance garantie de 36 MW. D’autres projets sont en phase de réalisation, comme le barrage Impératrice à Fougamou (Ngounié). Les travaux n’ont pas encore été lancés, mais ils ne devraient pas tarder puisque le gouvernement table JEUNE AFRIQUE

LE COMPLEXE HYDROÉLECTRIQUE DE

POUBARA, près de Franceville, sur le fleuve Ogooué.

sur une livraison courant 2013. Dans la région du Haut-Ogooué, la construction de l’ouvrage de Grand Poubara (dont le calendrier n’est pas encore déterminé) fournira 160 MW de puissance supplémentaire au réseau national. CONTEXTE DIFFICILE. Entre 1987 et 1997,

le gouvernement avait arrêté de construire des barrages. Ce retour aux « grands projets structurants » s’opère dans un contexte difficile. Excédé par des interruptions prolongées et répétées de la distribution d’électricité dans la capitale gabonaise

Urbains et peu nombreux, les Gabonais sont bien desservis (en % de la population ayant accès à l'électricité) Tchad 1 Niger

7

Mali

14

Burkina

17

Togo Togo

18 18

Bénin Béni Bé ninn ni

23 23

Congo

28

Sénégal

30

Cameroun Côte d'Iv. Gabon

46 60

SOURCE : DSRP ET IZF

stimé entre 70 % et 83 % selon les sources, le taux gabonais d’accès à l’électricité est l’un des plus élevés d’Afrique subsaharienne. Mais, en dépit d’une capacité de production de 374 MW, le pays souffre d’un déficit énergétique qui pourrait contrarier ses objectifs d’émergence. En effet, les mesures telles que l’interdiction d’exporter le bois en grumes devraient se traduire par une augmentation du nombre d’unités industrielles gourmandes en énergie électrique. Une hausse de la demande potentiellement problématique. « Le déficit d’électricité pourrait entraver la réalisation du projet Gabon industriel », craint le ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques, Régis Immongault.Legouvernementestimeque la demande de pointe pourrait atteindre 1 039 MW en 2020. Mais pas question de résorber ce déséquilibre à n’importe quel prix. Le pays veut relever son offre d’électricité en tablant sur des sources d’énergies propres.

70 à 83

depuis février 2007, le gouvernement avait décidé, le 4 décembre 2009, de réviser les accords liant l’État à la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg), concessionnaire en situation de monopole depuis 1997 et dont le contrat court jusqu’en 2017. De cette décision avait découlé l’audit de la Seeg, lancé le 26 avril 2010. « Dès le départ, nous aurions dû garder un œil sur les choix de la Seeg en matière de sources énergétiques », déplore Immongault. La filiale de Veolia a massivement investi dans la construction ou la location de centrales thermiques au fioul, au gasoil ou au gaz, qui ont engendré un renchérissement du coût de l’électricité sans juguler la pénurie. « Aujourd’hui à Port-Gentil, la capitale économique, on est sur le fil du rasoir. Il faut investir », martèle le ministre. Privilégiant des sources d’énergie non polluantes, le gouvernement a commandité à une entreprise canadienne une évaluation du potentiel éolien du pays. « Il est malheureusement très faible », regrette Immongault. Quoi qu’il en soit, assure-t-il, les parcs nationaux seront essentiellement équipés de systèmes solaires ou éoliens. Une expérience sur la biomasse est également envisagée, à partir des déchets de l’industrie du bois. Dans les zones lagunaires de l’Ogooué-Maritime, de l’Ogooué-Ivindo et de la Nyanga, trop éloignées du réseau interconnecté, des systèmes photovoltaïques seront installés. ● GEORGES DOUGUELI N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

PH.GUIGNARD/AIR-IMAGES.NET

Le déficit en électricité entrave le développement. Pour augmenter sa capacité de production, le pays mise sur l’hydraulique.


Le Plus de J.A. CONFIDENCES DE | JIM DUTTON Responsable pays et directeur de programme de Bechtel Gabon

« Les grands travaux commencent à petite échelle » Ð Le chef de l’État a confié la gestion du plan directeur national d’infrastructures à des experts américains Ð Leur spécialité : les projets complexes et le développement durable

P

OUR ACCÉLÉRER l’aménagement du territoire, le chef de l’État a créé l’an dernier une Agence nationale des grands travaux (ANGT). L’originalité est qu’il a décidé d’en confier la gestion, dans un premier temps, à des experts internationaux « qui ont fait leurs preuves ». En l’occurrence ceux de Bechtel, l’un des leaders mondiaux en matière d’ingénierie, de construction et de gestion de projets.

JEUNE AFRIQUE : Quelles missions vous ont été confiées par l’accord d’assistance que vous avez signé en septembre avec le gouvernement ? JIM DUTTON : Le rôle qu’a souhaité nous donner le chef de l’État est de lui permettre de mener à bien sa vision du « Gabon émergent » en assurant l’élaboration et la conduite du plan directeur national d’infrastructures, de façon à ce que ces dernières se concrétisent et soient en cohérence avec l’engagement du pays pour le développement durable. Il s’agit d’identifier les priorités en termes d’investissements et de développement, et de programmer les projets, pour aujourd’hui et pour de très nombreuses années. L’autre objectif de notre mission concerne la structuration de l’ANGT, qui sera chargée de mettre en œuvre le plan national. Compte tenu de la nature de nos travaux et de l’implication de nos experts dans la conception et le suivi des projets, comme dans l’accompagnement des cadres gabonais qui prendront le relais, ce partenariat est appelé à durer.

Quels types de projets et « grands travaux » préparez-vous ? Dans un premier temps, nous scrutons, partout, en zone urbaine et périurbaine principalement, et dans toutes les régions, ce qui existe et ce dont le pays a besoin en termes de logements, de services de base, de routes, de transports publics, d’infrastructures portuaires, aéroportuaires,

long terme des habitants, de l’économie et de l’État. Avez-vous votre mot à dire sur les chantiers déjà engagés? C’est le cas des infrastructures sportives et d’accueil de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2012. Les chantiers sont avancés, mais nous y contribuons désormais, surtout concernant l’amélioration des dispositifs de sécurité dans les stades et l’utilisation qui sera faite des équipements une fois la CAN passée. Vos équipes développement durable et environnement sont sollicitées dans le monde entier. Quels sont les défis spécifiques à relever au Gabon ? Compte tenu de son patrimoine naturel et de son engagement en matière d’environnement – et sachant que c’est là notre cœur de métier –, il est évident que notre activité au Gabon mobilise et motive particulièrement nos collaborateurs. Quant à savoir si l’on peut aménager et développer un pays sans modifier l’environnement… Au Gabon comme ailleurs, lorsque l’on construit une route, cela implique forcément que, pendant un temps, il va y avoir des engins, du bruit, bref, du chantier. Et éventuellement que l’on va devoir déplacer et reloger des riverains. C’est en intégrant la concertation, le respect des impératifs de durabilité et les plus hautes exigences de qualité très en amont des projets que l’on parvient à sortir le meilleur projet pour les habitants, les élus locaux et l’État, en dérangeant le moins possible l’environnement. ● D.R.

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Logements, routes, ports… pour le moment, nous scrutons tout ce qui existe.

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ferroviaires, etc., de façon à élaborer un plan intégré qui prenne en compte tous les paramètres du développement socioéconomique. Les plus grands projets commencent à petite échelle… Nous allons le plus vite possible mais consciencieusement, de façon à identifier l’endroit et le moment le plus opportun pour programmer tel ou tel projet, et faire en sorte qu’il réponde de manière pertinente aux besoins à court et à

Propos recueillis par CÉCILE MANCIAUX JEUNE AFRIQUE


À la poursuite du Gabon vert

TIPHAINE SAINT CRIQ POUR J.A.

mai qu’elle allait investir 20 milliards de F CFA (près de 30,5 millions d’euros) dans l’achat de six locomotives et de dix rames de voyageurs.

 LE STADE DE L’AMITIÉ-SINO-GABONAISE, à Angondjé, près de Libreville. FOOTBALL

À pas comptés vers la CAN

À huit mois de la 28e Coupe d’Afrique des nations, le pays s’active pour livrer les chantiers dans les délais. Et faire place nette.

C

est une course contre la montre que Libreville s’interdit de perdre. En dépit des inquiétudes liées au retard enregistré dans les préparatifs de la compétition, le Gabon devra être fin prêt en janvier 2012 pour accueillir la 28e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football, qu’il coorganise avec la Guinée équatoriale. Si le défi est de livrer les infrastructures à temps, il s’agit aussi de les mettre en cohérence avec la politique de développement durable. Le cœur du pays bat à la cadence des chantiers. Les plus importants concernent le stade de l’Amitié-sino-gabonaise

Le goût du monde

d’Angondjé et le stade omnisports OmarBongo, à Libreville, qui devrait abriter la finale de la compétition. Deux hôtels pavillonnaires de cinquante chambres chacun sont également en cours de réalisation, ainsi que des échangeurs, qui permettront de décongestionner la circulation dans la capitale. Dans le Haut-Ogooué (Sud-Est), outre la construction du stade de la Rénovation à Franceville, du stade d’entraînement de Moanda et du village sportif de Bongoville, les autorités ont décidé d’accélérer l’implantation de transports en commun. De son côté, la Société d’exploitation du Transgabonais (Setrag) a annoncé début

SALUBRITÉ. L’objectif est aussi d’offrir un environnement salubre aux délégations étrangères qui fouleront le sol gabonais. Construite par l’électricien israélien Telemenia à Alénakiri, dans la commune d’Owendo, au sud de Libreville, une centrale thermique d’une capacité de 35 MW est prête à produire une « énergie propre » (générée par deux moteurs fonctionnant au gaz naturel) pour alimenter les nouveaux quartiers de la capitale et la future Zone économique spéciale de Nkok (lire pp. 80-81). Une seconde phase est d’ores et déjà envisagée, qui portera la puissance installée de la centrale à 70 MW. Et permettra d’attendre la construction de nouveaux complexes hydroélectriques. L’État a également consacré une enveloppe de 800 millions de F CFA au financement d’une opération d’assainissement urbain dans la capitale. Le curage des caniveaux a déjà commencé, de même que le nettoyage des drains et l’élimination des mauvaises herbes. La mairie de Libreville a reçu 94 millions de F CFA pour financer l’enlèvement des épaves de voitures, ainsi que la capture ou l’élimination des animaux errants. Sur les seize équipes qui participeront à la CAN 2012, huit seront accueillies par la Guinée équatoriale et huit par le Gabon. Ces dernières seront réparties dans les deux villes d’accueil du pays, Libreville et Franceville, tout comme les milliers de supporteurs : 80 000 personnes sont attendues. Un autre défi sera de limiter l’impact environnemental de cette affluence. ● GEORGES DOUGUELI

Le goût du monde pour Servair Gabon, c’est d’être respectueux des normes internationales et des spécificités locales. Le goût des métiers de la restauration et aussi de ceux des services aéroportuaires. Et bien sûr, le goût du service pour répondre aux attentes quotidiennes et événementielles de nos clients: Catering aérien, Catering spécialisé, Réceptions, Restauration collective, Restauration bases-vie, Assistance aéroportuaire, Services aérogares

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Le Plus de J.A. DÉVELOPPEMENT LOCAL

Oyem, la capitale du Nord, s’assainit

Depuis son élection à la tête de la quatrième ville du pays, Rose Allogo Mengara a fait du développement des services de base sa priorité.

le continent échanger sur les nouvelles techniques de rendement et de délimitation des parcelles.

VINCENT FOURNIER/J.A.

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 MME LE MAIRE a besoin d’un budget de 1,5 million d’euros pour améliorer de façon notable la vie des Oyémois.

É

lue maire d’Oyem (WoleuNtem, nord du pays) en 2008, quatrième ville du Gabon par sa population (60000 habitants), cette professeure de lycée de 57 ans est, avecJeanneMbagou,àOwendo(Estuaire), et Chantal Myboto, à Mounana (HautOgooué), l’une des trois femmes maires du Gabon. « Nous avons l’un des systèmes d’assainissement les plus efficaces du pays », se félicite Rose Allogo Mengara, qui a placé le développement des infrastructures de base au cœur de ses priorités. SERVICES. Depuis 2006, Oyem, situé à la

jonction des frontières du Cameroun et de la Guinée équatoriale, est jumelée à la ville française de Clermont-Ferrand. Dans le cadre de cette coopération décentralisée, la commune auvergnate a offert quatre bennes de ramassage des ordures ménagères. Le plus difficile, à en croire Rose Allogo Mengara, « c’est de sensibiliser et

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PETITS MOYENS. Pourtant, Rose Allogo Mengara travaille avec des moyens très limités. À son arrivée, le budget annuel de la commune s’élevait à 225 millions de F CFA (343 000 euros). Trop peu pour relever le défi de l’aménagement d’un meilleur espace collectif dans sa ville. De nouvelles taxes ont été créées, même si « le recouvrement reste difficile », et, cette année, l’enveloppe a été portée à 352 millions de F CFA. « Ce qui reste insuffisant pour améliorer de façon notable les services de base et le quotidien de nos administrés, explique-t-elle. Il nous faudrait un budget d’au moins 1 milliard de F CFA. » Le budget d’Oyem n’a en effet rien à voir avec celui de Libreville (19 milliards de F CFA), de Port-Gentil (11 milliards) et d’Owendo (1,3 milliard). Malgré ce handicap qu’elle espère surmonter au cours de son mandat, Rose Allogo Mengara rêve à d’autres projets : créer une rocade pour contourner la ville et, surtout, profiter de la position géostratégique d’Oyem pour mettre en place une zone franche industrielle. RÉSOLUE. On peut lui faire confiance pour

parvenir à ses fins. Ancienne syndicaliste, éduquer les citoyens au respect des règles ex-députée suppléante et ex-conseillère d’hygiène ». Elle envisage désormais la technique du ministre de l’Agriculture, création d’une décharge loin du centre elle s’est présentée aux municipales sous urbain, qui soit aménagée de façon à évila bannière du Rassemblement pour le ter tout risque de pollution de la nappe Gabon (RPG) de Paul Mba Abessole, un phréatique. parti associé au Parti démocratique gaboGrâce à sa coopération avec Clermontnais (PDG, au pouvoir), et a dû batailler Ferrand, la commune a également pu construire des Pour ne pas voir une femme bornes-fontaines pour des aux commandes, son concurrent populations qui n’ont pas accès à l’eau courante. à la candidature a quitté le parti. Présidente de l’ONG Agir pour le développement, qui incite notamcontre les préjugés sexistes pour être la ment les populations à s’organiser en candidate du RPG à Oyem. coopératives pour investir dans l’agriculPlutôt que d’accepter de voir une femme ture, Mme le maire est aussi agricultrice. aux commandes, son concurrent a préféré Peu après son élection, en 2008, elle joue quitter le parti. Rose Allogo Mengara remde son carnet d’adresses et parvient à porte le scrutin, mais il est annulé par la Cour constitutionnelle. Elle gagnera haut inviter, pour un mois, des étudiants de l’École nationale d’ingénieurs des travaux la main lors des municipales partielles agricole de Clermont-Ferrand (Enitac), qui s’ensuivront, arrivant en tête dans très enthousiastes à l’idée de venir sur 27 bureaux sur 28. ● GEORGES DOUGUELI JEUNE AFRIQUE


MICHEL GUNTHER/BIOSPHOTO

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MINORITÉS

Pygmées blues

Grâce à leur savoir et à leurs traditions séculaires, les peuples autochtones sont les mieux armés pour protéger les écosystèmes du bassin du Congo. Encore faut-il leur en donner l’opportunité.

A

u cœur des débats du Forum international sur les peuples autochtones d’Afrique centrale (Fipac) organisé en mars à Impfondo, au Congo-Brazzaville : la situation de ces communautés et leur rôle dans la protection de l’environnement, de plus en plus menacés. Les experts sont arrivés au même constat amer que les autochtones : ces derniers sont marginalisés, dans tous les pays où ils vivent. Qu’ils soient Babongos, Barimbas, Baghamas, Bakouyis, Akoas, Bakoyas, Bakas, les Pygmées sont présents sur l’ensemble du territoire gabonais. Selon l’Association pour le développement de la communauté pygmée du Gabon, ils seraient environ 18 000, alors qu’un recensement publié cette année à la demande du patron des parcs nationaux, Lee White (lire pp. 102-103), évoque 7 000 individus. D’après Paulin Kialo, directeur de l’Observatoire sur les dynamiques sociales à Libreville et chercheur à l’Institut de recherches en sciences humaines (IRSH), rattaché au Centre national de la recherche scientifique et technologique (Cenarest), « la situation des autochtones est préoccupante ». Absence de JEUNE AFRIQUE

documents d’état civil, manque d’accès aux centres de santé, à l’éducation… Certains Pygmées sédentarisés sont scolarisés, quelques-uns vont jusqu’en terminale, mais le taux d’échec scolaire demeure très élevé, constate Paulin Kialo. Très peu d’entre eux vivent en milieu urbain, et la plupart de ceux qui ont sauté le pas résident à Libreville, la seule ville où ils ne sont pas stigmatisés. Sur le plan économique, la situation des autochtones est loin d’être plus relui-

 AUTOCHTONES BAKAS DANS LEUR CAMP D’ORPAILLAGE, dans le parc de Minkébé (nord-est du pays).

au quotidien, ils sont moqués, matraqués aussi bien physiquement que psychologiquement », explique Paulin Kialo. Beaucoup sombrent dans l’alcoolisme. Et on ne leur accorde pas plus de crédit ni de prérogatives en ce qui concerne la protection de la nature en général et de la forêt en particulier. MARGINALISÉS. Un paradoxe, car il s’agit

de leur habitat naturel, avec lequel ils sont réputés entretenir un rapport de respect et sur lequel ils possèdent un savoir incontesté. Mais en dépit des directives de la Banque mondiale, qui, depuis 2005, finance le Projet sectoriel forêt et environnement (PSFE), aucun rôle en la matière ne leur est reconnu officiellement, qu’il s’agisse de Étrangement, on ne leur confère l’exploitation forestière ou des ni rôle officiel ni prérogative en parcs nationaux. Paulin Kialo résume ainsi la matière de protection de la forêt. situation : « Les autochtones sante. Ils continuent de travailler pour des subissent deux sortes de marginalisation. Bantus (activités de chasse, de débrousCelle de l’État, à travers l’attribution des saillage, de portage), qui continuent de permis forestiers tous azimuts, et celle les payer en nature, avec des boissons des Bantus, qui ne leur reconnaissent alcoolisées de mauvaise qualité ou des pas de droits sur les terres. » Lorsque les vêtements usagés. exploitants forestiers les emploient, ils leur Les rapports entre les autochtones versent des salaires dérisoires. Le Gabon n’aeneffettoujourspassignélaconvention pygmées et les autres Gabonais sont ambivalents. « Ils sont valorisés quand 169 de l’Organisation internationale du on a besoin de leurs services, notamtravail (OIT) relative aux droits des peuples ment dans le domaine de la médecine tribaux, qui date pourtant de 1989. ● traditionnelle ou de l’occultisme, mais, TSHITENGE LUBABU M.K. N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011


Le Gabon

Terre de possibilités.

modernisation de plus de 2.000 km de routes

installation d’un réseau national hydroélectrique de 1.200 Méga-Watts

construction de plus de 300 km de lignes ferroviaires nouvelles et la réhabilitation de près de 700 km de voies ferrées


Riche en ressources. Prêts à travailler.

Vous êtes investisseur, entrepreneur ou homme d’affaires : le Gabon et l’ANGT vous invitent à nous aider dans l’œuvre de construction et de réhabilitation de notre pays.

Qui sommes-nous ? L’ANGT - Agence Nationale des Grands Travaux - est une nouvelle agence gouvernementale qui fournit des services de gestion pour les grands travaux d’infrastructure. Nous mobilisons l’expérience et l’expertise internationale afin d’atteindre et de maintenir des normes de classe mondiale sur tous nos projets. Nous construisons et reconstruction le Gabon aux plus hautes normes de sécurité, de qualité et de durabilité. Contact : info@angtmedia.com.

ANGT-Gabon-et vous. Mieux travailler ensemble.


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ROBERT J.ROSS

Æ Depuis qu’il y a posé ses bagages en 1989, il n’a plus quitté le pays. Il se définit comme « UN OKANGAIS, UN GABONAIS DE LA LOPÉ ».

D’ÉDIMBOURG À LA LOPÉ. En jan-

PORTRAIT

Lee White Chercheur blanc, cœur vert S’il garde son humour et son flegme tout britanniques, le secrétaire exécutif de l’Agence nationale des parcs nationaux a déjà passé la moitié de sa vie au service de la forêt tropicale.

D

e quel bois est donc fait Lee White ? Depuis qu’il a été nommé, en octobre 2009, à la tête de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), le chercheur associé de l’Institut de recherche en écologie tropicale (Iret) du Gabon est devenu la cible préférée d’une partie de l’establishment. Il n’en a cure, mais sait que les vilenies dont ses détracteurs l’accablent sont légion. On voit en lui le gourou qui a inoculé le virus de l’environnement à Bongo père et, plus tard, à son fils Ali. On lui reproche d’avoir fait de fausses promesses sur le marché du carbone et ses mécanismes compensatoires (lire N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

fait rire. Britannique depuis sa naissance, il y a 45 ans, il est aussi gabonais depuis sa naturalisation, en 2008. L’une des questions qui lui est le plus souvent poséeest: « Êtes-vous initié ? » (sous-entendu : aux rituels de la religion traditionnelle du Bwiti). Quand on l’interroge à ce sujet, il finit par mettre en avant, d’une pirouette, sa légitimité fondée sur vingt-cinq ans d’expérience: « Je suis initié à la forêt africaine. J’ai regardé le gorille à dos argenté dans les yeux, à 30 cm ; l’éléphant fâché à 1 m. J’ai des jumelles qui m’aident à voir de loin. Et, non, je ne suis pas initié au Bwiti. » Le regard plein de malice, il confirme être né à Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Il n’y a vécu que pendant trois ans. Le temps pour son scientifique de père de s’envoler pour l’Ouganda d’Idi Amin Dada, où la famille s’installe pour plusieurs années. Retour au Royaume-Uni pour l’entrée au collège, puis, en 1984, à la fin de son premier cycle à l’Université de Londres, Lee White part pour la Sierra Leone, où il prend son premier poste d’assistant de recherche, en préparant sa maîtrise en zoologie. Quelques années plus tard, il s’engage en tant que conservateur au fin fond d’une réserve du sud-ouest du Nigeria, près de Benin City.

encadré).Onluiattribueuneguérillalarvée contre les ministères en charge des Forêts et de l’Écologie: « Il refuse de travailler sous la tutelle de l’un de ces deux ministères », déplore un ancien cadre de l’ANPN, soulignant que, pour l’heure, l’Agence dépend de la seule présidence de la République. Érigée en querelle d’ego par les uns, cette liaison directe avec le Palais du bord de mer ne tient pour d’autres qu’au tropisme écologiste du chef de l’État. INITIÉ? Certains reprochent à Lee White d’avoir été nommé à de hautes fonctions alors qu’« il n’est pas d’ici », la rumeur voulant aussi qu’il soit américain. Ce qui le

vier 1989, le jeune chercheur, qui prépare son doctorat, pose « par hasard » ses bagages au Gabon. C’est le tournant de sa vie. Jusqu’en août 1991, il étudie les effets de l’exploitation forestière sur la faune et la flore de la réserve de la LopéOkanga, avant de regagner l’université d’Édimbourg,oùilpassesathèse.Diplômé en 1992, il convainc l’ONG américaine Wildlife Conservation Society (WCS), qui avait financé ses travaux – et dont il sera le représentant local pendant seize ans –, de lui confier un poste de scientifique associé pour la conservation afin qu’il poursuive ses recherches à la Lopé. Cette aire protégée de quelque 5 000 km2, en plein cœur du pays, abrite une station de recherche qui suit les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes, ainsi que la dynamique d’accumulation et de perte des stocks de carbone. LeeWhiteprenddoncsesquartiers,avec sa femme, pour cinq ans à la Lopé. Deux de ses trois enfants vont y naître. Il n’est pas peu fier d’avoir vécu sur un site témoin des changements climatiques: « C’était un rêve de gamin. J’avais le plus beau boulot JEUNE AFRIQUE


À la poursuite du Gabon vert du sommet de la Terre de Johannesburg en 2002, le gouvernement gabonais avait annulé des dizaines de permis d’exploitation forestière. Un effort qui a permis de stopper 10 % des émissions de gaz carbonique que la déforestation aurait fait subir à la planète chaque année, soit 1 million de tonnes de CO2. Depuis, aucune compensation financière n’est venue. DÉSILLUSIONS. « Les pays développés

D.R.

font des promesses de financement qu’ils ne tiennent pas. À Oslo, en mai 2010, ils ont annoncé qu’ils allaient porter à environ 4 milliards de dollars les aides pour la lutte contre la déforestation d’ici à 2012, soit 500 millions de dollars de plus que le montant promis à Copenhague. On a même parlé d’un fonds qui irait jusqu’à  LE ZOOLOGISTE et l’un de ses trois enfants, « au bureau ». 100 millions de dollars par an… Mais rien du monde. Quant à mes enfants, je les vois d’ailleurs le WCS en 2008 afin, dit-il, de ne s’est passé. » Et le Gabon attend touencore courir derrière des éléphants dans pouvoir se focaliser sur ces questions. Il jours un retour pour son action en faveur cesitevieuxdeplusieursmillénaires,classé acquiert la nationalité gabonaise et rejoint de l’équilibre de la planète. « Je pense au Patrimoine mondial de l’Unesco… », le cabinet de Georgette Koko, vice-Premalheureusement que cela fait partie des se remémore-t-il, ému. mier ministre en charge de l’Environneillusions qu’on vend à nos dirigeants », En 1997, il est nommé à la direction ment, où il retrouve Étienne Massard (lire soupire Marc Ona Essangui, président générale de WCS Gabon et à la tête d’un pp. 69-70), alors directeur général de l’Ende l’ONG Brainforest (lire p. 77). Pour programme régional (Gabon, Congo, vironnement, promu depuis conseiller lui, le marché du carbone « n’est qu’un Cameroun, RD Congo, Guinée équaspécial d’Ali Bongo Ondimba pour le plan mécanisme expérimental dont aucun toriale, Nigeria) pour les inventaires climat et également président du conseil pays n’a encore reçu les dividendes ». et la formation. Sa principale charge : d’administration de l’ANPN. Le Dr White ne se décourage pas. S’il solliciter et gérer les financements des travaille désormais dans bailleurs internationaux. Mission accomles bureaux climatisés de « J’ai regardé le gorille à dos plie puisque sous sa direction, en dix l’ANPN et part moins souargenté dans les yeux à 30 cm ans, le Gabon est devenu le plus gros vent en forêt à travers les programme de WCS dans le monde, parcs, c’est pour mieux et l’éléphant fâché à 1 m. » avec 150 à 200 salariés et des dotations financer leur protection… annuelles d’environ 4 millions de dollars Tout n’est pas rose pour autant dans Avec un budget passé de 524 millions (2,7 millions d’euros). l’univers du Dr White, qui ne décolère de F CFA en 2009 à 4 milliards de F CFA Parallèlement, à partir de 2002, année pas de la tournure prise par le marché du en 2011 (de 800 000 euros à 6 millions de la création des parcs nationaux par carbone. Suivant le principe prévu par le d’euros), il jouit de la confiance du pouvoir et excelle toujours à mobiliser les Omar Bongo Ondimba, Lee White devient protocole de Kyoto (la possibilité offerte conseiller au cabinet de la présidence aux pays développés de compenser leurs concours de ses partenaires, en particulier de la République sur les questions liées émissions en finançant des réductions anglo-saxons. L’écogarde en chef White aux changements climatiques, aux parcs dans les pays en développement), avant veille au grain. ● nationaux et à l’écotourisme. Il quitte la création des parcs nationaux et la tenue GEORGES DOUGUELI

UNE BANQUE DE CO2 SANS DIVIDENDES ENTANT QUE SCIENTIFIQUE en chef pour les négociations menées par le Gabon dans le cadre de la Convention-Cadre des Nations unies sur le changement climatique, Lee White a accompagné Ali Bongo Ondimba au sommet de Copenhague de décembre 2009. Il a surtout participé aux négociations sur le mécanisme de Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+), qui vise à apporter une compensation aux pays en développement agissant en ce sens. Selon la cartographie des stocks de carbone JEUNE AFRIQUE

établie par l’Institut de recherche en écologie tropicale (Iret) de Libreville en partenariat avec des équipes britanniques et américaines, chaque hectare de la forêt gabonaise retient 2 tonnes de CO2 par an. Compte tenu de la proposition faite en 2010 de fixer le prix de la tonne de CO2 à 17 euros, ses 22 millions d’hectares de forêt pourraient donc rapporter au Gabon près de 750 millions d’euros. Soit environ le quart de son budget annuel. Est-ce réaliste, est-ce « soutenable » ? Pour le moment, aucun fonds ne s’est matérialisé. ● C.M. N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

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En charge des activités portuaires du Gabon, qui représentent 90 % des échanges, l’Office des ports et rades du Gabon occupe une position stratégique dans la nouvelle politique économique du pays.

La vision stratégique de l’OPRAG

Afin de mieux répondre à la demande, le quai du port d’Owendo sera allongé de 300 mètres.

«N

otre infrastructure de transport doit être mise à niveau afin que le Gabon puisse se positionner comme un “hub” régional de référence. » L’objectif fixé par le président Ali BONGO ONDIMBA pour les routes, aéroports et voies ferrées s’applique évidemment à l’OPRAG (Office des ports et rades du Gabon), entité publique chargée du développement des grands ports commerciaux. Un enjeu de taille, compte tenu de l’importance des activités portuaires (90 % des échanges économiques du pays). L’équipe mise en place par Rigobert IKAMBOUAYAT NDEKA, Directeur général, est parfaitement consciente qu’elle inscrit son action dans la stratégie nationale de hisser le Gabon au rang des pays émergents.

OPRAG Office des ports et rades du Gabon B.P. 1051 – Libreville (Gabon) Tél. : +241 70 17 98 www.ports-gabon.com

L’extension des capacités de stockage est une priorité à Owendo et à Port-Gentil.


La vision stratégique de l’OPRAG

Sur la voie de l’émergence En charge, notamment, des ports d’Owendo, près de Libreville, et de Port-Gentil, capitale économique du pays, l’OPRAG a élaboré dès la fin de 2009 une vision stratégique en cinq axes : n renforcer le rôle de l’État en matière de gestion portuaire, n répondre aux exigences du commerce maritime international, n mettre à la disposition des opérateurs économiques des ports modernes,

compétitifs et en parfaite conformité avec les exigences environnementales,

n maintenir et développer les infrastructures en vue d’offrir aux usagers un

environnement propice au développement des affaires,

n développer un esprit d’équipe fondé sur la compétence, l’excellence, la

performance, la créativité et la responsabilité.

Des projets prioritaires Dès la mise en œuvre du plan stratégique, un vaste programme de travaux a été lancé. À moyen-terme, seront réalisés : n l’extension du port de Libreville-Owendo par la construction de nou-

veaux quais,

n la construction à Owendo d’une capitainerie moderne dotée d’informa-

tique moderne pour la gestion du trafic,

n l’accroissement de la capacité de stockage par la construction de han-

gars, de terre-pleins et de zones logistiques à Owendo et Port-Gentil,

n la modernisation et la construction d’un quai au port-môle de Port-Gentil.

L’allongement de 300 mètres des quais d’Owendo (450 mètres aujourd’hui), permettra au port d’être aux standards maritimes internationaux en 2013. Dès cette année, l’OPRAG a pris une mesure pour accélérer le chargement et le déchargement des navires : l’entrée en service de deux grues mobiles d’une capacité de levage de 100 tonnes chacune.

OPRAG Office des ports et rades du Gabon B.P. 1051 – Libreville (Gabon) Tél. : +241 70 17 98 www.ports-gabon.com

À plus long terme, sont prévus : n la construction de quais destinés au transport maritime urbain à Libreville, n l’aménagement d’une marina au port-môle de Libreville, n l’implantation et l’équipement d’un port à Mayumba, à l’extrémité sud

du pays,

n la construction d’une capitainerie moderne à Port-Gentil.

Partenariat international Pour être dans les meilleures conditions de réussir son pari, l’OPRAG a signé un accord de coopération avec son homologue singapourien Jurong Port, qui gère l’un des plus importants ports du monde avec ceux de Shanghai (Chine) et de Rotterdam (Pays Bas). Un partenariat fondamental pour l’OPRAG et pour sa stratégie de renforcement des capacités des ports du Gabon et de leur positionnement dans la sous-région et en Afrique.

Communiqué

Face à l’accroissement du trafic, deux grues mobiles entreront en service cette année.


Le Plus de J.A.

ROBERT J. ROSS/PETER ARNOLD/BIOSPHÈRE

106

Ý PROMENADE AU

COUCHER DU SOLEIL,

une heure propice à l’observation des animaux.

ÉCOTOURISME

La Mecque de la nature en quête de pèlerins Le pays veut devenir la destination phare des vacanciers soucieux de l’environnement. Pour que son trésor chlorophyllien et sa biodiversité fassent recette, encore faut-il que les opérateurs soient au rendez-vous.

P

chant des crapauds, à la faveur de quelartir en randonnée pour pister les chimpanzés (64 000 indiques plantes hallucinogènes et arbres à fièvre… La nature a été généreuse avec le vidus), les gorilles (35 000) et Gabon. Mais, pour le moment, l’or vert ne les éléphants de forêt (85 000). fait pas recette auprès des touristes. S’amuser des cercopithèques (petits Ici, pas question d’un Kenya bis, où singes) à la tête bariolée, des potamoles vacanciers déferlent à longueur chères (cochons sauvages) et des sitatungas (antilopes). Pêcher sportivement d’année. L’aventure reste réservée à le barracuda au large de la lagune d’Iguela. Taquiner la Chaque année, seulement 1 000 crevette dans la mangrove à 1 500 personnes viennent avec du parc de Pongara (NordOuest). Se lancer en pirogue l’unique but de visiter les parcs. à la découverte des tortues luth, compter les hippopotames, admirer moins de 1 500 éco-explorateurs par les sauts périlleux des dauphins à bosse an. Confidentialité volontaire ? Ou et la chorégraphie des baleines rorqual. contrainte ? En créant les treize parcs nationaux en S’extasier devant des arbres hauts de 70 mètres et dater les essences de la forêt 2002, sanctuarisant ainsi 11 % du territoire de 10 000 ans d’âge du parc de la Lopé national, Omar Bongo Ondimba déclarait (Ogooué-Ivindo), le tout bercé par le que le Gabon serait « La Mecque de la

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nature » et posait les jalons du tourisme durable.Dixansplustard,lesrésultatssont mitigés, mais, désormais, l’État compte mettre les moyens pour que l’écotourisme devienne rapidement un moteur de la stratégie de développement durable. FRILOSITÉ. Sur les 15 000 entrées de visi-

teurs enregistrées par an depuis 2007, moins de 10 % concernent l’écotourisme. « Nous n’accueillons chaque année que 1 000 à 1 500 personnes qui viennent avec pour seul but de visiter les parcs », regrette Lee White (lire pp. 102-103), patron de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN). La faute à l’absence d’infrastructures d’accueil (lodges, camps, refuges) et au manque d’accessibilité (voies de communication peu fiables). Depuis l’annonce de leur création, en 2002, jusqu’à la formation de l’ANPN, en 2007, les parcs nationaux n’ont pas bénéficié des investissements nécessairesaudéveloppementdel’activité touristique, qu’ils soient publics ou privés. « Les investisseurs admirent le potentiel, mais hésitent à s’engager », constate un cadre du ministère du Tourisme. Une frilosité qui s’explique en partie par leur profil. La plupart de ces investisseurs sont anglo-saxons, originaires d’Afrique australe ou d’Afrique de l’Est ; ils sont habitués à travailler dans des JEUNE AFRIQUE


À la poursuite du Gabon vert

107

zones de savane et craignent les aléas de la forêt équatoriale, un écosystème qui leur est étranger. Pour les opérateurs, s’installer au Gabon impose de repenser leur modèle pour l’adapter, notamment, aux intempéries du bassin du Congo et à une nature plus hostile.

Les opérateurs anglo-saxons pointent plusieurs freins au développement de l’activité, dont les barrières linguistiques et culturelles – notamment la consommation de viande de brousse, qui choque les écotouristes –, le prix élevé des billets d’avion, la difficulté à obtenir des visas touristiques, l’accueil dans les aéroports et les hôtels du pays qui devrait être amélioré, le UNE AFFAIRE D’ÉTAT. L’ANPN, si elle manque d’accessibilité des sites… veut séduire les professionIls attendent par ailleurs des nels de l’écotourisme, doit autorités un assouplisseimpérativement maîtriser ment de la législation du ses parcs. « Comment les touristes par an investisseurs pourraienttravail, visant particulièreactuellement et un objectif de ils venir s’ils découvrent ment le fameux contrat à durée indéterminé (CDI), que nos écogardes font jugé peu incitatif. du stop pour se déplapar an D’autres obstacles, struccer ? » note Lee White. à l’horizon 2020. turels, entravent la progresLes gardes forestiers mansion de l’écotourisme, comme quent de moyens ; pourtant, le montre la cessation des activités leur tâche est ardue. En 2010, ils ont démantelé douze exploitations foresdu principal opérateur du pays dans ce tières clandestines et une trentaine de domaine (lire p. 108). braconniers professionnels ont été arrêtés et écroués… La création, en avril dernier, NOUVEAUX PARTENAIRES. Installé d’une unité militaire spéciale (lire p. 109) depuis dix ans dans le parc de Loango, va permettre de faire un grand pas en Africa’s Eden SA s’est retiré en septembre dernier à la suite d’un différend ● ● ● avant dans la sécurisation des parcs.

15000

DAVIDE SCAGLIOLA/ANA

150000

DAVIDE SCAGLIOLA/ANA

 LE GORILLE D’AFRIQUE CENTRALE fait partie des espèces protégées « en danger critique d’extinction ».

Ð LA LAGUNE D’IGUELA, au nord de la réserve de Petit-Loango.

JEUNE AFRIQUE

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Le Plus de J.A.

Paradis perdu… À la suite d’un désaccord avec l’Agence nationale de l’aviation civile, Africa’s Eden, pionnier du tourisme durable et principal opérateur du parc de Loango, a mis la clef sous la porte.

A

 PLAGE DU CAP ESTERIAS, près de Libreville. ● ● ● opposant sa filiale, SCD Aviation, aux autorités de l’aviation civile gabonaise. « Nous sommes sur le point de signer des accords avec trois investisseurs importants, dédramatise-t-on à l’ANPN. En juin prochain, au plus tard, va commencer la construction de dix lodges haut de gamme, qui vont nous aider à lancer la destination Gabon », chacun de ces hébergements étant appelé à générer entre 100 et 200 emplois, selon les prévisions. En janvier, la société sud-africaine Sustainable Forestry Management Africa (SFM Africa) s’est en effet associée au gouvernement gabonais pour la réalisation d’un projet de développement durable axé sur une meilleure gestion du patrimoine forestier et sur la création d’infrastructures touristiques, notamment dans la région de Mayumba (Sud). Le projet prévoit la construction de lodges de luxe dans plusieurs parcs nationaux, en coordination avec l’ANPN et les administrations gabonaises compétentes. ●

GEORGES DOUGUELI N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

frica’s Eden à Loango, c’est fini. Depuis septembre dernier, le principal opérateur du secteur au Gabon a abandonné ses activités au sein du plus emblématique des parcs du pays, à la suite de l’échec des négociations avec l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac). Estimant que SCD Aviation, la filiale d’Africa’s Eden SA qui transportait les touristes de la capitale au parc, ne se conformait pas aux normes de sécurité, l’Anac a refusé de renouveler son certificat de transporteur aérien, rendant le parc quasiment inaccessible. « L’interdiction d’opérer nos avions a handicapé financièrement notre organisation, ne nous laissant d’autre choix que de prendre cette mesure drastique. Nous sommes profondément déçus », explique Robert Swanborn, le fondateur d’Africa’s Eden. Tout avait commencé en 2001 avec l’Opération Loango, un projet privé de conservationetdedéveloppementlancé par ce Néerlandais, fils d’un ancien dirigeant de Shell qui fit fortune en brevetant un procédé de séparation du brut. Robert Swanborn crée Africa’s Eden SA dans le but de mettre en pratique à Loango, un petit coin de paradis à quarante minutes de vol et 250 km au sud de Libreville, le concept selon lequel

« le tourisme paie pour la conservation du patrimoine naturel ». Dotée d’un lodge principal de grand luxe surplombant la lagune et de cinq camps satellites, au plus près des différents écosystèmes du parc (savane, forêt tropicale, prairie humide…), l’entreprise est devenue un modèle du genre. En neuf ans, elle a investi 15 millions d’euros dans la construction des infrastructures et plus de 3 millions d’euros dans la recherche, la conservation et l’éducation au sein du parc, qui accueille de nombreuses études scientifiques. Elle a notamment financé un projet pionnier de sanctuaire pour les gorilles. RECHERCHE. Pour le moment, les projets de conservation de la nature à Loango subsistent malgré le retrait de l’opérateur. Ils comprennent des travaux de recherche sur les baleines, les lamantins, les crocodiles et les tortues, conduits par la Wildlife Conservation Society (WCS) et le World Wildlife Fund (WWF), et, dans le nord du parc, des études sur les gorilles et les chimpanzés. Africa’s Eden s’en est allé, quant à lui, poursuivre ses activités écotouristiques dans l’archipel de São Tomé e Príncipe et dans la réserve de Dzanga-Sangha, en Centrafrique. ● CÉCILE MANCIAUX

GUENAY ULUTUNCOK/LAIF-REA

YANN DOELAN/HEMIS.FR

108

 UN LODGE PRINCIPAL DE GRAND LUXE surplombant la lagune. JEUNE AFRIQUE


À la poursuite du Gabon vert

STÈPHAN BONNEAU/BIOSPHOTO

continue Mike Fay. La réserve étant en grande partie couverte de forêt, on ne peut pas savoir le nombre exact d’éléphants tués, mais nous sommes Ý PLUS DIFFICILES certains que ce niveau À ÉTUDIER de braconnage est sans ET À PROTÉGER précédent dans l’histoire que leurs cousins des du Gabon. » Des traces savanes, de carnages similaires ils ne sont ont été observées ces plus que derniers mois dans les quelques parcs de Minkébé, de dizaines de milliers. Mwagna et d’Ivindo. Dans la réserve de Minkébé, située à l’extrême nord-est du Gabon et frontalière avec le Cameroun, les deux pays ont d’ailleurs lancé, également en avril, un plan conjoint pour lutter contre la recrudescence du braconnage. Des missions transfrontalières de quinze jours vont SAUVEGARDE être désormais organisée chaque trimestre, alternativement dans les deux pays. Elles seront conduites par des patrouilles La bataille pour la survie des éléphants de forêt, braconnés à travers pédestres, fluviales et mobiles, afin de mettre un maximum de pression sur les tout le pays pour leur ivoire, a nécessité la mise en place d’une unité braconniers et les trafiquants. militaire de 240 hommes pour sécuriser les parcs.

Brigade d’élite pour la jungle

L

e Gabon avait pris, en mars, la décision de classer l’éléphant de forêt comme espèce « intégralement protégée » en raison d’un niveau de braconnage jamais atteint dans l’histoire du pays. Mi-avril, le président Ali Bongo Ondimba est monté lui-même au créneau pour déclarer la guerre aux trafiquants d’ivoire en annonçant la création d’une unité militaire de 240 hommes au sein de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), avec ordre de mise en place opérationnelle immédiate. Baptisée « brigade de la jungle », l’unité a pour mission de sécuriser les parcs du pays. MASSACRE. C’est la décou-

verte, début avril, d’une trentaine de carcasses de pachydermes lors d’un survol du parc national de Wonga Wongué, à 100 km au sud de Libreville, qui a mis le feu aux poudres. « Nous avons découvert un corps, puis un autre, et encore un autre. En quelques minutes, nous avons réalisé que quelque chose de grave s’était passé », raconte Mike Fay, le directeur technique de l’ANPN. Le biologiste américain a été un des acteurs clés de la création des parcs nationaux en JEUNE AFRIQUE

2002, après avoir acquis une renommée mondiale avec Megatransect, le récit de l’équipée pédestre qu’il a menée à travers la forêt équatoriale, du Congo au Gabon, avec Nick Nichols, reporter photographe au National Geographic. « En à peine une heure, nous avons compté 28 carcasses,

UN TRAFIC LUCRATIF

40

Acheté € aux braconniers dans les villages gabonais…

120

€ … le kilo est revendu par les trafiquants au Cameroun… … puis se négocie entre

1 500 3 000

et € sur les marchés asiatiques

AU KALACHNIKOV. Reconnu comme

une espèce biologique distincte de son cousin des savanes, l’éléphant de forêt se caractérise par une peau plus foncée, des oreilles plus petites et plus circulaires, des défenses plus minces et plus droites, dont l’ivoire, légèrement rosé, présente un grain de meilleure qualité que celui de l’éléphant des savanes… Une seule défense se négocie actuellement 30 000 euros au marché noir. Ce trafic de plus en plus lucratif est opéré par des réseaux criminels organisés qui n’hésitent plus à s’immiscer dans les forêts les plus reculées, armés de kalachnikovs, et à s’allier aux villageois. « La plupart des braconniers viennent de l’extérieur du Gabon et sont équipés de nombreuses armes. Nos gardes, eux, sont en sous-effectif et sous-armés », explique Lee White, le secrétaire exécutif de l’ANPN. Incapables de vivre hors de la jungle primaire, désorientés par les forestiers, pourchassés par les braconniers, les derniers éléphants de forêt se rapprochent de plus en plus des villages, inquiétant leurs habitants, alors que les parcs nationaux ont justement été créés pour les en éloigner et leur réserver des sanctuaires. Il était temps de les mettre sous bonne garde. ● CÉCILE MANCIAUX N o 2627 • DU 15 AU 21 MAI 2011

109


TRANSPORT PUBLIC « Notre réseau ira bien au-delà de Libreville » Par tie de huit bus en 2009, la Sogatra en opère aujourd’hui une centaine et ambitionne d’étendre ses services à de nouvelles villes en dehors de la capitale du Gabon.

D.R.

D.R.

Aloïse Bekale Ntoutoume Directeur général de la Sogatra

Pierrette Djouassa Président du Conseil d’administration de la Sogatra

Comment a évolué la Sogatra en 2010 ? Aloïse Bekale Ntoutoume : La Sogatra a largement étendu son réseau et ses capacités de transport grâce au soutien des pouvoirs publics. Nous disposons désormais d’une centaine de bus. Nous exploitons régulièrement une trentaine de lignes à Libreville et nous étendons progressivement le réseau à l’extérieur de la capitale. Depuis juillet dernier, notamment, la Sogatra assure des liaisons quotidiennes, à horaires précis et au minimum deux fois par jour, avec Lambaréné. Les usagers peuvent faire l’aller-retour dans la journée dans de bonnes conditions de confort et de coût. Nous avons ouvert trois agences, dont deux situées sur le parcours, et créé des emplois.

D.R.

M

oins de deux ans auront suffi pour redresser la Sogatra, société gabonaise de transport créée en 1997. Après de nombreuses années de gestion hasardeuse, les bus ne roulaient plus et les employés ne bénéficiaient que d’une protection sociale minime. Devenue l’une des priorités du président Ali Bongo Ondimba dans le cadre du « Gabon émergent », la Sogatra a développé son parc et emploie aujourd’hui 450 personnes. L’amélioration des conditions de vie et de travail, comme celle du confort et de la régularité du transport sont un souci constant de Pierrette Djouassa, président du Conseil d’administration, et d’Aloïse Bekale Ntoutoume, Directeur général, qui dresse un premier bilan des progrès réalisés.

Combien d’employés aujourd’hui ? A.B.N. : La Sogatra emploie 450 personnes dont 70 % de personnel d’exploitation, pour le nettoyage et la maintenance des équipements ainsi que la vente de billets et la comptabilité quotidienne des recettes, qui sont un élément vital du redressement de la société. Un bus, c’est un peu comme un avion. L’avion rapporte de l’argent quand il vole. Quand il est cloué au sol, il ne sert à rien et représente un coût. Les équipes de la Sogatra doivent chaque jour mettre le maximum de bus à la disposition du réseau et des passagers. Quelle était la situation quand vous êtes arrivé ? A.B.N. : La société ne comptait que huit bus en état de fonctionnement, ce qui représentait, au mieux 500 000 F CFA de recettes d’exploitation par jour. J’ai fait réparer huit véhicules et nous en avons acheté dix à notre homologue en Côte d’Ivoire, la Sotra. Au début de l’année suivante, avec ces seize bus, les recettes avaient plus que doublé, à 1,2 million de F CFA par jour. À la fin de 2010, la Sogatra disposait de 80 bus et les recettes d’exploitation quotidiennes atteignaient 4,5 millions de F CFA à 5 millions de F CFA.


SOGATRA Société Gabonaise de Transport B.P. 8575 – Libreville (Gabon) Tél. : +241 76 20 09 www.sogatra.net

SOGATRA vernement : Port Gentil, Oyem, Mouila et Franceville. Les études sont achevées mais nous n’y parviendrons pas sans une augmentation des subventions. Si nous devons aller à l’intérieur du pays, en fonction du nombre de villes desservies, 200 à 400 nouveaux bus sont nécessaires.

Avec Lambaréné, vous desservez quatre villes de l’intérieur du pays. Y en aura-t-il d’autres ? A.B.N. : La Sogatra s’approprie progressivement le concept de voyage, en concurrence avec des transporteurs privés face auxquels, fidèle à sa mission de service public, elle pratique des tarifs environ 40 % moins élevés. Notre arrivée à Lambaréné a marqué les autorités au point qu’elles souhaitent que nous assurions aussi un service local. Nous avons également des demandes de la part d’autres provinces, qui revendiquent le droit d’être desservies par la Sogatra. Et même un reproche : pourquoi ouvrir des dessertes hors de Libreville alors que la demande à Libreville même n’est pas encore convenablement satisfaite.Tout est une question de moyens.

A.B.N. : Notre démarche est appuyée par notre président du Conseil d’administration, Madame Pierrette Djouassa. La Sogatra peine à faire face à ses charges d’exploitation et, heureusement, elle bénéficie pleinement du soutien de l’État pour poursuivre sa mission et son expansion. Dès sa campagne électorale, le chef de l’État a mis l’accent sur la nécessité pour le pays de disposer de transports publics performants et il a particulièrement fait de la Sogatra un cheval de bataille. Dès son accession à la Présidence de la République, il a tenu ses engagements. Toutes les dotations publiques que nous avons obtenues en 2010, ainsi que celles que nous avons reçues de la part des collectivités locales, résultent de la volonté du chef de l’État. Nous entendons bien ne pas le décevoir, notamment à l’occasion de la CAN. Le transport est un maillon essentiel du « Gabon des services » défini dans la politique nationale d’émergence.

D.R.

D.R.

Votre dossier est prioritaire...

Avez-vous le soutien de l’État ? A.B.N. : Si l’objectif est d’atteindre l’autonomie financière à terme, nous n’y sommes pas encore. L’accroissement des moyens doit permettre d’assurer deux priorités immédiates. D’abord les transpor ts lors de la Coupe d’Afrique des nations de football, la CAN, en 2012, et notre implantation dans quatre villes décidées par le gouCOMMUNIQUÉ

« Le transport est un maillon essentiel du Gabon des services »


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