Issuu on Google+

FRÈRES MUSULMANS LA GRANDE DÉBÂCLE

Hebdomadaire international indépendant • 54e année • no 2770 • du 9 au 15 février 2014

ALGÉRIE LE MOIS DE TOUS LES DANGERS

MALI À CHACUN SES TOUAREGS

GABON POURQUOI PING A PRIS LE MAQUIS PRÉS

jeuneafrique.com

CÔTE D’IVOIRE 2015 IDENT

IELLE

Qui défiera

Ouattara ?

Charles Konan Banny

Kouadio Konan Bertin

Pascal Affi N’Guessan

Alphonse Djédjé Mady ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE

France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs Grèce 4,50 € • Guadeloupe 4 € • Guyane 5,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Martinique 4 € • Mauritanie 1 100 MRO • Mayotte 4 € • Norvège 45 NK Pays-Bas 4 € • Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Réunion 4 € • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US Zone CFA 1 700 F CFA • ISSN 1950-1285


3

Ce que je crois Béchir Ben Yahmed • bby@jeuneafrique.com

SAMEDI 8 FÉVRIER

Deux lobbies israéliens

N

en doutez pas, l’accalmie actuelle ne va pas durer : semaine après semaine, nous allons voir la tension monter jusqu’au jour de la grande explication, du showdown cher aux Anglo-Saxons. En ce moment même, chez les principaux protagonistes, se mettent en place les dispositifs politicomilitaires en vue des batailles qui vont s’engager en mars et avril prochains. Je parle du Moyen-Orient, bien sûr, et de ses nombreux foyers de crise sur lesquels va se concentrer de nouveau l’attention des chancelleries et de la presse. Jugez-en. n

1) La guerre civile syrienne. Après la seconde rencontre de Genève, elle est entrée dans une nouvelle phase : réparties en deux camps, les puissances qui la mènent par Syriens interposés vont prolonger le bras de fer pour montrer à leurs protégés respectifs que la solution ne peut être que politique. 2) Les élections égyptiennes. Présidentielle et législatives, on les prépare pour couronner le processus de restauration amorcé en juillet 2013. Il n’aura fallu que neuf mois au jeune et fringant général-président Abdel Fattah al-Sissi, qui a destitué le président élu, l’islamiste Mohamed Morsi, pour remplacer – pour de bon – un général-président vieillissant, Hosni Moubarak. Ce dernier avait été lâché dès 2011 pour avoir oublié qu’il avait été fait président par la volonté de l’armée. Il ne s’était pas rendu compte non plus que l’on avait changé de siècle et que l’Égypte d’aujourd’hui, qui est passée de 40 millions à plus de 80 millions d’habitants en une génération, n’est plus celle dont il avait hérité en 1981. Sissi et son gouvernement vont s’atteler à rénover l’Égypte, qui en a bien besoin, et à lui imprimer un nouveau départ : des alliances renouvelées, une autre politique économique et une image différente verront le jour dans la seconde moitié de 2014. 3) Le conflit israélo-palestinien. Le vice-président JEUNE AFRIQUE

des États-Unis, Joe Biden, et la candidate à la succession de Barack Obama, Hillary Clinton, l’ont déclaré avec force à l’intention du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou : l’Amérique et son président sont engagés par l’accord-cadre traçant les grandes lignes d’un règlement définitif du conflit israélopalestinien que le secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry, va rendre public dans les prochaines semaines. Ils ont estimé nécessaire de le souligner publiquement pour que nul n’en ignore. Ils annoncent ainsi que la « guerre froide » engagée il y a cinq ans entre Benyamin Netanyahou et Barack Obama à propos de l’Iran et du conflit israélopalestinien va se rallumer d’un moment à l’autre… n

Ceux qui, comme moi, suivent de près ce qui se trame dans les coulisses du pouvoir à Washington savent que le lobby pro-israélien, l’Aipac*, dont Netanyahou a fait sa chose et qu’il aiguillonne en permanence depuis Jérusalem, mène la vie dure au président Obama et à son administration. Sur ce « front interne », les pouvoirs de ces deux pays alliés se livrent en permanence, aux États-Unis même, une guéguerre dont les péripéties méritent d’être contées car elles préfigurent ce qui se passera demain sur le terrain moyen-oriental. n

L’Aipac existe depuis 1951 et a pour objectif de « renforcer, de protéger et de promouvoir les relations Israël - États-Unis ». Son inclination droitière proche des positions du Parti républicain s’est renforcée avec le temps et a suscité, en contrepoids, la création, en avril 2008, de J Street. C’est un second lobby pro-israélien, mais moins riche et moins puissant ; il rassemble des Juifs américains plus jeunes, proches du Parti démocrate américain et de la gauche israélienne. L’Aipac tiendra son assemblée annuelle dans un * American Israel Public Affairs Committee. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


4

Ce que je crois mois : il affirme compter plus de 100 000 adhérents et disposer d’un budget de l’ordre de 100 millions de dollars par an. Il fait élire ou battre, à sa guise ou presque, députés et sénateurs, détenant ainsi un pouvoir redoutable : on le sollicite, on le craint, et l’on constate qu’il est en mesure de faire voter par la Chambre des représentants et le Sénat les textes de lois auxquels il tient. Il a connu une défaite face à Ronald Reagan, qui avait réussi à vendre des avions Awacs à l’Arabie saoudite en dépit de l’opposition d’Israël. Puis une autre lorsque le président Bush père a bravé son opposition pour refuser un crédit important à l’État hébreu. Mais Ronald Reagan et George H. Bush étaient tous les deux républicains, et leurs victoires sur l’Aipac remontent au siècle dernier. n

Dans l’épreuve de force entre le Premier ministre israélien et le président des États-Unis, ce dernier pourra bénéficier, en 2014, de l’aide du second lobby israélien, J Street, qui s’affirme d’année en année et représente les Juifs américains favorables à un accord israélo-arabe. L’Aipac, qui obéit, lui, à Netanyahou, s’en est trouvé affaibli et commence à cumuler les défaites. En janvier 2013, il n’a pas réussi à empêcher le président des États-Unis de nommer Chuck Hagel

secrétaire à la Défense ; pas plus qu’il n’a pu, en septembre dernier, convaincre le Congrès d’autoriser Barack Obama à bombarder la Syrie. Mais son échec le plus grave et le plus récent date du début de 2014 et s’inscrit dans le bras de fer engagé par Benyamin Netanyahou pour empêcher Obama de poursuivre les négociations avec Téhéran sur le programme nucléaire iranien À la demande du Premier ministre israélien, l’Aipac a essayé, en vain, de trouver une majorité au Sénat des États-Unis pour voter le Nuclear Weapon Free Iran Act of 2013 édictant de nouvelles sanctions contre la République islamique, ce qui aurait conduit celle-ci à quitter la table des négociations. n

On en est là aujourd’hui. Et quand, en mars prochain, John Kerry rendra public son accord-cadre, très favorable à Israël, dont il a pris en compte la plupart des demandes – mais pas toutes –, Benyamin Netanyahou devra prendre la plus difficile décision de sa carrière. S’il n’accepte pas le Plan Kerry comme base et point de départ de la négociation censée le transformer en accord de paix, il reviendra aux Juifs américains, aussi nombreux que ceux d’Israël, d’arbitrer entre lui et leur président : Barack Obama. Il y a désormais des chances que l’Aipac essuie une nouvelle et cinglante défaite. l

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. u L’homme a tellement besoin d’un maître qu’il accepte parfois un tyran. Augusta Amiel-Lapeyre

u L’habitude est d’abord comme un fil d’araignée : une fois prise, elle est plus solide qu’une corde. Proverbe chinois

u Le malheur des gens qui ont beaucoup menti est que personne ne les croit lorsqu’ils disent la vérité. Jean Dutourd

u Il y a des gens niais qui se connaissent et qui emploient habilement leur niaiserie. François de la Rochefoucauld

u Pourquoi perdre son temps à vouloir contredire son épouse ? Il est beaucoup plus simple d’attendre qu’elle ait changé d’avis. Jean Anouilh u On peut toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous. Jean-Paul Sartre N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

u Être, c’est être différent, c’est n’avoir pas de sosie, pas même dans la glace. Louis Pauwels u Leur Printemps arabe, ils ont beaucoup de morts et pas beaucoup de muguet. Le Grand Café des brèves de comptoir

u Le problème des vacances, c’est qu’on ne peut pas téléphoner du bureau. Jean-Jacques Vanier u Le proverbe est le cheval de la parole ; quand la parole se perd, c’est grâce au proverbe qu’on la retrouve. Ahmadou Kourouma u Dans un roman historique, on raconte ce qui a peut-être eu lieu. Patrick Besson u On peut répandre la lumière de deux façons : être la bougie, ou le miroir qui la reflète. Edith Wharton u Descendre à la cave pour prendre un remontant. Sylvain Tesson JEUNE AFRIQUE


6

Éditorial

PHOTOS DE COUVERTURES : ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE : JEUNE AFRIQUE ; AFP PHOTO/HERVE SEVI ; AFP PHOTO/SIA KAMBOU ; AFP PHOTO/ERIC PIERMONT ÉDITION MAGHREB & MOYEN-ORIENT : MAHMOUD KHALED/DEMOTIX/CORBIS

Marwane Ben Yahmed

Aggiornamento, inch Allah

I

L Y A DEUX SEMAINES, cet éditorial était consacré au pape François (voir J.A. nO 2768, « François superstar »), cet étonnant souverain pontife qui aura révolutionné sa fonction et suscité un immense espoir, pas seulement chez les catholiques, d’ailleurs, ce qui n’est pas rien. Un homme qui veut réformer le Vatican et dépoussiérer l’Église, faisant siennes les grandes questions de notre temps, comme la répartition des richesses, l’équité et la justice, la modernité, le rôle et la place des femmes, la nature du mariage, l’individualisme, bref toutes les questions liées à l’évolution de la société.

Petit tour, cette fois, du côté du monde arabo-musulman. Comparaison n’étant pas raison, prenons les précautions d’usage en laissant de côté l’absence de clergé (du moins chez les sunnites) et, partant, de « guides » supposés, et les écarts de développement (donc du niveau d’éducation moyen) entre, d’une part, l’Occident ou l’Amérique latine, par exemple, et, d’autre part, le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord. Premier constat: le monde arabo-musulman peine, voire rechigne, à entrer dans la modernité. Il accuse un retard criant par rapport au reste de la planète, et l’intolérance y règne bien trop souvent, notamment à l’égard des autres religions. Le statut des femmes, réduites à leur qualité de mère et au rang de simple complément de l’homme au sein de sociétés maladivement conservatrices, est une honte. Tout comme sont consternants le niveau général de l’enseignement et le peu de moyens alloués à la recherche ou à l’innovation. Quant à la séparation du politique et du religieux, elle demeure un rêve que les révolutions arabes auront éloigné un peu plus. Sur le plan des libertés individuelles, de la démocratie et de l’État de droit, on est loin d’avoir répondu aux aspirations des citoyens… Que dire, enfin, des effroyables déclarations et autres fatwas rétrogrades ou d’une insondable bêtise émanant d’une pléthore de prédicateurs, imams ou islamistes qui se sentent autorisés à parler au nom de tous les fidèles ? Gardons-nous, cela posé, de tomber dans la caricature, comme c’est trop souvent le cas en Occident : tous les musulmans ne sont naturellement pas des fous de Dieu, loin de là. Mais ce sont toujours, hélas, ceux qui font le plus de bruit que l’on entend. Par contraste, le silence assourdissant des élites ou des supposés intellectuels musulmans face aux dérives obscurantistes ou aux diktats pseudo-coraniques est un véritable crève-cœur pour tous ceux qui ne supportent plus de voir leur religion dévoyée et prise en otage. Les rares penseurs lucides et cultivés à même de défendre une interprétation moderne des textes religieux sont réduits à la confidentialité, quand ils ne sont pas bâillonnés. L’islam va mal et donne une bien mauvaise image de lui-même. Si, évidemment, il ne saurait être question d’un Jorge Bergoglio musulman pour moderniser l’islam, il n’en est pas moins urgent de voir émerger de nouveaux Méhémet Ali, Jamal al-Din al-Afghani ou Mohamed Abduh, ces réformistes qui, depuis l’Égypte, lancèrent une nécessaire nahdha (« renaissance ») politique, culturelle et religieuse… au XIXe siècle. Et un tel sursaut, comparable à l’aggiornamento de l’Église catholique, commence, pour les intéressés, par la prise de conscience de leur retard et de leur décrépitude… ● N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

10 GUINÉE ÉQUATORIALE L’AUTOMNE DU CAUDILLO Économie sur le déclin, jeunesse désœuvrée, opposition muselée… Pendant ce temps, les rêves de grandeur de Teodoro Obiang Nguema n’ont jamais été aussi radieux.

30

CÔTE D’IVOIRE OUATTARA ET LES AMBITIEUX À moins de deux ans de la présidentielle, les appétits s’éveillent. Même le PDCI, pourtant allié du parti au pouvoir, envisage de désigner son propre candidat. Un scénario que le chef de l’État s’emploie à éviter.

03 08

Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

10

L A SEM A IN E D E J EU N E A F RIQ U E

10 14 15 16 17 18 19 20

Guinée équatoriale L'automne du Caudillo Mohamed Mediène Mystère Toufik Ramphele et Zille Ex-meilleures amies Centrafrique La mort aux trousses Rwanda Le génocide expliqué aux Français Tunisie Mi-figue mi-jasmin Niger/Areva Mohamed Bazoum Tour du monde

22

G RA N D A N G L E

22

Frères musulmans La grande débâcle

30

A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E

30 34 36

Côte d’Ivoire Ouattara et les ambitieux Gabon Ping sort du bois Politique-fiction Mon cher Kwame Nkrumah JEUNE AFRIQUE


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

22

GRAND ANGLE

72

DOSSIER ASSURANCES

FRÈRES MUSULMANS

Interview, portraits, produits… Zoom sur toutes les tendances du secteur.

La grande débâcle

42

ALGÉRIE LE MOIS DE TOUS LES DANGERS Abdelaziz Bouteflika a jusqu’au 4 mars pour annoncer sa décision. D’ici là, ses partisans les plus zélés, inquiets pour leur avenir, sont résolus à tout faire pour qu’il rempile.

SP ÉC

10 S

P AG

50

Nigeria Bad luck, Goodluck ! Mali Un médiateur peut en cacher deux autres

42

M AGHREB & MOY E N - O R I E N T

42 45 47 48

Algérie Le mois de tous les dangers Yémen Ali Abdallah Saleh ou l’ombre d’un despote Tunisie amours.com Israël-Palestine Quitte ou double

50

E UROPE, AMÉR I Q U E S, AS I E

50 53 54 56 58 59

Russie Le grand bluff olympique Opinion Quand les flonflons se seront tus… Pays émergents Crise de croissance États-Unis Sexe, Rolex et Ferrari Parcours Amine Kouider Pupitre & Cie Brésil Mercadante sur orbite

60

É CON OMIE

60

Ecobank Hold-up à Lomé

E

88

PEINTURE BILE NOIRE, MASQUES BLANCS Les personnages de Djamel Tatah expriment une certaine mélancolie qui traverse toute l’œuvre du peintre franco-algérien exposé à la Fondation Maeght.

RUSSIE LE GRAND BLUFF OLYMPIQUE Son pays n’est plus la superpuissance qu’il fut. Mais Vladimir Poutine fait comme si. Joueur de poker dans l’âme, il a fait de la réussite des JO d’hiver, à Sotchi, un élément essentiel de son illusoire stratégie de reconquête.

37 38

60

ECOBANK HOLD-UP À LOMÉ Depuis le 22 janvier, les administrateurs sud-africains du groupe demandent ouvertement la tête du directeur général, Thierry Tanoh, et veulent renverser le conseil d’administration…

64 65 66 68 70 71

Les indiscrets Côte d’Ivoire Prenez-en de la graine Gabon Plongée dans l’inconnu Interview Bruno Wenn, PDG de DEG Maroc OPA sans fracas Baromètre

72

D O SSIER A SSU RA N C ES

72

Marché Pathé Dione, PDG du groupe Sunu Assurances

88

C U LT U RE & MÉD IA S

88 91 92 94

Peinture Bile noire, masques blancs Littérature Dans la tête de Moussa Dadis Camara Essai Aux origines du génocide rwandais La semaine culturelle de Jeune Afrique

104

JEUNE AFRIQUE

IAL

104 106

V O U S & NO U S Le courrier des lecteurs Post-scriptum N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

7


REUTERS

8

prévoyant notamment la libération des opposants incarcérés, parmi lesquels deux chefs religieux, Abdourahmane God et Abdourahmane Béchir. La signature du texte aurait dû avoir lieu le 5 février. Elle a été différée de quelques jours, l’USN ayant exigé que le chef de l’État appose son paraphe sur le document, ce qu’il a refusé de faire. L’USN n’étant pas en position de force (deux de ses élus ont déjà fait défection et rejoint le Parlement), il est probable qu’elle devra se satisfaire de la signature d’Ali Guelleh.

p Le fils du « Guide » en juin 2003, au temps de sa splendeur.

Libye Un ermite nommé Kaddafi

A

ssigné à résidence depuis deux ans dans une villa du Conseil de l’entente à Niamey, Saadi Kaddafi y vit comme un ermite, aux frais de l’État nigérien. Sans femme ni enfants, « négligé et mal habillé », selon l’un de ses rares visiteurs, le fils de feu le « Guide » libyen, qui avait fui son pays en septembre 2011, s’est laissé pousser la barbe et lit des ouvrages sur l’islam. Pour pénétrer dans sa prison dorée, surveillée en permanence par une trentaine de gendarmes, ses hôtes doivent avoir reçu l’aval du ministre nigérien de la Défense. L’ancien footballeur, dont les repas sont directement servis par la présidence, dispose toutefois d’un téléphone et d’un ordinateur pour communiquer avec l’extérieur. Il est notamment très actif sur Skype, ce qui irrite fort les autorités libyennes, qui seraient prêtes à faire des concessions, y compris financières, pour que le Niger accepte de leur livrer Saadi – ce à quoi se refuse le président Issoufou. Tripoli l’accuse d’être à la manœuvre à Sebha, dans le Sud-Ouest libyen, où des affrontements ont lieu depuis des semaines, et le soupçonne de faire des va-et-vient entre la Libye, l’Algérie et Niamey. « Faux, rétorque une source officielle nigérienne. Saadi n’a aucun moyen de sortir de sa maison. » l

NIGER TOUJOURS PLUS DE SOLDATS

Afin de sécuriser les frontières avec la Libye et le Tchad, les autorités nigériennes envisagent de faire du département de Bilma (Nord-Est) une région administrative et une zone militaire. Un seul bataillon (environ sept cents hommes) est actuellement stationné dans cette vaste étendue désertique. Quatre le seront à l’avenir, tandis qu’un héliport va être construit. Le N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

gouvernement souhaite par ailleurs accélérer le recrutement de soldats (un millier par an), mais le manque d’infrastructures l’en empêche dans l’immédiat. DJIBOUTI ACCORD EN VUE

Les partis d’opposition regroupés au sein de l’Union pour le salut national (USN) continuent de contester les résultats des législatives du 22 février 2013 et, depuis, interdisent à leurs dix députés

de siéger à l’Assemblée. Mais la crise paraît enfin en voie de règlement. Le président Ismaïl Omar Guelleh a en effet chargé Ali Guelleh, son chef de cabinet – par ailleurs secrétaire général du Frud, un parti membre de l’Union pour la majorité présidentielle –, de négocier avec l’USN. Celle-ci a dans cet objectif mandaté le syndicaliste Adan Mohamed Abdou. Après trois séances de travail, les deux parties sont parvenues à un accord

LE CHIFFRE

1123

migrants ont été secourus par les gardes-côtes italiens dans le détroit de Sicile au cours de la seule journée du 6 février. Parmi eux, une centaine de femmes et d’enfants. Ce même jour et le lendemain, treize Subsahariens ont trouvé la mort en tentant de pénétrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, sur la côte méditerranéenne du Maroc.

CENTRAFRIQUE À PARIS, HASSEN FAIT DU LOBBYING

Ancienne ambassadrice au Sénégal, ancienne ministre déléguée aux Affaires étrangères et proche de François Bozizé, le président déchu, Marie-Reine Hassen (49 ans) ne ménage pas ses efforts pour convaincre les responsables français du sérieux de sa candidature à la prochaine présidentielle centrafricaine (prévue pour 2015). Le 21 janvier, elle a été reçue par Jean-Christophe Belliard, directeur Afrique au ministère des Affaires étrangères, et devrait l’être dans les prochains jours par Hélène Le JEUNE AFRIQUE


Retrouvez notre rubrique « Les indiscrets », consacrée aux informations confidentielles économiques, en page 64

Politique, économie, culture & société Gal, la conseillère Afrique de François Hollande. Fin décembre 2013, elle s’était déjà entretenue avec Yamina Benguigui, la ministre déléguée à la Francophonie, et avait pris langue avec JeanFrançois Copé, le président de l’UMP, l’ancien ministre Olivier Stirn et le député socialiste François Loncle.

FRANCE ESCALE NIGÉRIANE POUR HOLLANDE Le 1er janvier 1914, les deux colonies britanniques le long du fleuve Niger furent réunies en une seule : le Nigeria. À l’occasion du centième anniversaire de l’événement, François Hollande envisage de faire escale au Nigeria sur le chemin qui doit le mener en Côte d’Ivoire. Le président français est attendu en visite officielle à Abidjan le 27 février dans la soirée.

TUNISIE DES CARACAL POUR LA POLICE

François Hollande ne reviendra pas les mains vides de Tunis, où il s’est rendu le 7 février pour célébrer l’adoption de la nouvelle Constitution. Le ministère

RD Congo Pourquoi Yuma en veut-il tant à Matata? DANS SON DISCOURS DE VŒUX, le 30 janvier, Albert Yuma, le président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), a lancé une violente charge contre la politique économique d’Augustin Matata Ponyo, le Premier ministre. Sans ménagement, il a remis en cause les chiffres officiels de la croissance et déploré la persistance du sous-emploi et de la pauvreté. Des critiques d’autant plus remarquées que les discussions en vue de la formation du nouveau gouvernement se poursuivaient au même moment.Yuma passant pour un proche de Joseph Kabila, originaire comme lui du Nord-Katanga, certains en ont conclu que l’opération avait été concertée avec lui. « Faux », rétorque-t-on à la primature, où l’on insiste au contraire sur l’excellence des relations entre le président et le chef du gouvernement. Et où l’on suggère une autre explication:Yuma, qui préside aussi le conseil d’administration de la Gécamines, la compagnie minière d’État, n’aurait pas digéré que Matata s’oppose, en octobre 2013, à la vente de 20 % du capital d’une filiale du groupe, Kamoto Copper Co. (KCC). l

la colère de l’opposition… Les médias officiels burkinabè présentent le sénateur comme un conseiller de François Hollande. L’Élysée soutient qu’il n’a jamais occupé cette fonction et n’a pas rencontré le président de la République depuis longtemps. Un de ses collègues sénateurs croit savoir que Lorgeoux aurait pris prétexte de la présentation d’un rapport intitulé « L’Afrique est notre avenir », corédigé avec Jean-Marie Bockel, pour se rendre à Ouaga et faire « des affaires personnelles ». Lorgeoux, qui travailla jadis avec feu Guy Penne à la cellule africaine de l’Élysée, connaît Compaoré depuis 1985. DERNIÈRE MINUTE

tunisien de l’Intérieur s’apprête en effet à passer commande de six hélicoptères EC725 Caracal fabriqués par le groupe Eurocopter. Montant de la transaction: 300 millions d’euros. Ces appareils (qui portent le nom d’un cousin du lynx) viendront renforcer les équipements de la police. Destinés au transport longue distance, ils sont dotés d’un détecteur de missiles et d’un système de vision nocturne.

BURKINA-FRANCE BLAISE ET LE SÉNATEUR

Ni l’Élysée ni le Sénat n’étaient informés du séjour à Ouagadougou du sénateur socialiste Jeanny Lorgeoux, qui, le 3 février, a apporté un soutien ostensible à Blaise Compaoré. On sait que le projet du président burkinabè de modifier l’article 37 de la Constitution limitant le nombre des mandats présidentiels suscite actuellement

ECOBANK DÉCALE SON AGE Au moment où nous bouclons ce journal, nous apprenons que le groupe Ecobank a décidé de repousser au 3 mars son Assemblée générale extraordinaire initialement prévue le 28 février (lire pp. 60-63). Au programme : adoption d’un plan d’action pour améliorer la gouvernance du groupe, et renouvellement du conseil d’administration.

PRÉSIDENTE DETRANSITION, Catherine Samba-Panza serait-elle déjà tombée dans les ornières du mal centrafricain? La composition de son cabinet rendue publique le 4 février en a surpris plus d’un. On recense en effet 22 conseillers, dont 9 avec rang de ministre et 2 de ministre d’État. Chaque membre du gouvernement du Premier ministre, André Nzapayéké, se voit donc ainsi doublé par un membre du cabinet présidentiel, le plus souvent du même rang que lui. Outre une belle cacophonie en perspective, on voit mal comment les finances exsangues de la Centrafrique vont pouvoir supporter les frais JEUNE AFRIQUE

ISSOUF SANOGO/AFP

Centrafrique L’armée mexicaine de Samba-Panza

p Vingt-deux conseillers pour la présidente de transition.

émoluments de cette armée mexicaine forte de 31 ministres. Parmi les nouveaux promus auprès de la présidente: Mahamat Kamoun, l’ancien directeur de cabinet de Michel Djotodia; l’insaisissable et inusable Jean-Jacques Demafouth; José Galothy et Cyriaque Souké, les ex-mutins de 1996; Léon Diberet, le patron des francs-maçons centrafricains, et… la propre fille de Catherine Samba-Panza, Christelle Sappot, chef de cabinet. À noter également: la forte coloration sud-est de ce cabinet (ainsi que du gouvernement), région d’origine de la présidente et du Premier ministre. l N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

9


10

La semaine de Jeune Afrique

GUINÉE ÉQUATORIALE

L’automne

du Caudillo L’économie est sur le déclin, la jeunesse désœuvrée, l’opposition muselée. Pendant ce temps, les rêves de grandeur de Teodoro Obiang Nguema n’ont jamais été aussi radieux…

MICHAEL PAURON

I

l trône, sourcils froncés, dans son Palais des conférences flambant neuf de Sipopo. Totalement absorbé en apparence par la « diversification économique », thème principal du Symposium pour l’émergence de la Guinée équatoriale en 2020, organisé les 3 et 4 février en présence des représentants de 240 entreprises. Teodoro Obiang Nguema multiplie les initiatives. Il a ainsi créé un fonds de 1 milliard de dollars (738 millions d’euros) pour attirer de nouveaux investisseurs. Et promet à ses compatriotes que, d’ici à six ans, ils vivront dans un pays émergent. Pourtant, El Presidente, 71 ans, a du souci à se faire. Ses ressources pétrolières (271 000 barils d’or noir par jour) et son potentiel gazier ne suffisent plus à tirer l’économie du micro-État d’Afrique centrale. Elle devrait même être en récession pour la deuxième année consécutive, alors que la croissance moyenne du continent continuera d’osciller entre 5 % et 6 %. Cela n’empêche nullement « le Caudillo » (« le chef N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

suprême ») de poursuivre ses rêves de bâtisseur. L’une des dernières « folies » du dirigeant, qui fêtera ses trente-cinq ans de règne cette année ? Oyala, une ville nouvelle posée en pleine forêt. Capable d’abriter 10 % des 764 000 habitants du pays, elle sera dotée d’un campus universitaire pouvant accueillir 10 000 étudiants, d’un palais présidentiel, d’un opéra et d’un Parlement. Des entreprises françaises, belges, brésiliennes, italiennes et espagnoles sont à pied d’œuvre pour la rendre habitable avant 2020. Une nouvelle fièvre de la construction, après les projets tout aussi démesurés qui avaient modelé Malabo et Bata, les deux principales villes du pays : des autoroutes à six voies – quasi désertes –, des centres de conférences, des immeubles de standing aujourd’hui envahis par les ronces, un aéroport international mis aux normes à coups de millions de dollars pour l’atterrissage des Airbus A380 – mais qui n’en a jamais vu la couleur. En son temps, Félix Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d’Ivoire indépendante, fut lui aussi critiqué pour ses chantiers pharaoniques, dont celui de la Basilique de JEUNE AFRIQUE


VOISHMEL/AFP

u Le président équato-guinéen, à Malabo, en octobre 2011.

JET PRIVÉ. Mais à la différence de ces deux pays

d’Afrique de l’Ouest, peu pourvus en pétrole, la Guinée équatoriale tend à devenir un ersatz d’État dirigé par un autocrate. Si le PIB par habitant atteint 22343 dollars selon le Fonds monétaire international, soit l’équivalent de celui du Portugal, 70 % à 75 % de sa population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Dans ce contexte, pas étonnant qu’hôtels et villas de luxe restent désespérément vides. JEUNE AFRIQUE

Classement en matière de corruption

163e/174 Croissance du PIB

- 1,4% (2013)

Production pétrolière

271 000

barils par jour (dernier trimestre 2013)

SOURCE : TRANSPARENCY INTERNATIONAL, FMI, EIA

Yamoussoukro, qui reste le plus grand édifice chrétien du monde. Plus récemment, Abdoulaye Wade, l’ancien chef de l’État sénégalais, avait été brocardé pour avoir lancé le chantier de l’aéroport Blaise-Diagne. Quand on lui fit observer qu’il était bien trop cher, surdimensionné, et qu’il aurait mieux valu rénover celui de LéopoldSédar-Senghor, il rétorqua en substance : « J’ai pris la bonne décision car je bâtis pour l’avenir. Il serait absurde de construire des infrastructures qui seront dépassées dans dix ans ». Mêmes critiques et mêmes arguments quand il édifia sur les hauteurs de Dakar le monument de la Renaissance africaine…

Les dérives de celui qui s’empara du pouvoir en 1979 lors d’un sanglant coup d’État inquiètent. Teodoro a banni toute presse indépendante. Même les journalistes étrangers ne sont plus les bienvenus : deux reporters du quotidien britannique Financial Times ont ainsi été arrêtés le mois dernier. Ils se sont vu confisquer leurs ordinateurs, dont ils ont été contraints de livrer les mots de passe avant d’être reconduits manu militari à l’aéroport. En 2011, des Allemands de la chaîne publique ZDF avaient subi le même sort. La société civile est inexistante, tout comme les syndicats. L’opposition reste incapable de se mobiliser, et ses leaders sont traqués. Cipriano Nguema Mba Mitoho, un parent éloigné du président, réfugié politique en Belgique depuis 2012, a ainsi été capturé le 23 décembre 2013 au Nigeria. Rapatrié à bord du jet privé du dirigeant équatoguinéen, il est depuis emprisonné à Malabo. La diplomatie belge tente de faire la lumière sur les circonstances de son rapt et sur les raisons de son voyage à Lagos. Mais, selon Teodoro Obiang Nguema, le réfugié fomentait bien entendu un lll coup d’État. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


DIGITALGLOBE VIA GETTY IMAGES

La semaine de J.A. L’événement

D’autres membres de l’opposition ont tout simplement saisi la main tendue du Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE, au pouvoir). Quatre grandes figures de l’Union populaire (UP) l’ont rejoint, dont Alfredo Mitogo Mitogo, son secrétaire général, nommé ministre de l’Agriculture et des Forêts en septembre 2013. L’UP ne s’en est toujours pas remise et reste en proie à de graves dissensions. L’actuel ministre du Commerce et de la Promotion des entreprises, Celestino Bonifacio Bakale, qui fut candidat à la présidentielle de 2002, était, lui, issu des rangs du parti Convergence pour la démocratie sociale (CDPS). Si maîtriser cette opposition divisée est chose aisé, contenir une jeunesse sans avenir l’est beaucoup moins. Frappée par le chômage, soutenue à lll

p La ville nouvelle d’Oyala vue par satellite.

PIB par hab.

22 343 $

Population

764 000

SOURCE : FMI

12

bout de bras par la rente pétrolière, elle s’ennuie ferme. Combien de temps le régime parviendra-t-il à contenir sa frustration grandissante ? Le modèle aurait-il fait long feu ? La gestion du pays est devenue une affaire familiale. Les fils du chef de l’État, Teodorin et Gabriel, sont respectivement vice-président chargé de la Défense et de la Sécurité nationale et ministre du Pétrole. Cándido Nsue Okomo, le frère de Constancia Mangue de Obiang, la Première dame, a été nommé à la tête de GEPetrol, la société pétrolière nationale. El Presidente est entouré d’une flopée de courtisans à qui il assure un train de vie somptueux. Le gouvernement s’est lui aussi étoffé : il comptait quarante ministres et viceministres en 1992 ; ils sont 66 aujourd’hui. Et lors du dernier remaniement, en 2012, 247 postes de direction ont été distribués, pour la plupart à des fils de dignitaires du régime ayant étudié aux États-Unis ou en Europe. INFLUENTE. Bien que des rumeurs qui n’ont

jamais été vérifiées entourent son état de santé, Teodoro Obiang Nguema se prépare à l’évidence aux élections prévues dans deux ans. En 2011, à la faveur d’un référendum, il a commencé par modifier la Constitution : il peut désormais rester au pouvoir jusqu’en 2030 au moins. Il aura alors 88 ans. Cela lui laisse du temps. Si sa préférence pour son fils Teodorin est connue, ce dernier souffre de plusieurs handicaps. Dépeint comme colérique, il est visé par des enquêtes américaines et françaises sur la provenance de sa fortune estimée à 100 millions de dollars et décrié pour son mode de vie fastueux. Son frère Gabriel, en revanche, est apprécié des investisseurs étrangers. Mais il manque de soutiens intérieurs, d’autant qu’il n’est pas le fils de l’influente Constancia. Les incertitudes entourant la succession du patriarche pourraient conduire à « une brève mais intense flambée de violence », a confié un membre du gouvernement au Financial Times. Seul espoir : que cette jeunesse formée à l’étranger et sans perspectives d’avenir se décide, enfin, à prendre en main le destin de son pays. l

CITÉS BLING BLING DEPUIS LE 6 NOVEMBRE 2005 à 6 h 37, la capitale de la République de l’Union du Myanmar n’est plus Rangoon mais Nay PyiTaw. La date et l’heure ont été soufflées par des astrologues. Située au centre de la Birmanie, cette « cité royale » compte des autoroutes à neuf voies qui traversent une cité à l’architecture fantasque. Non loin de là, au Bhoutan, une N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

ambitieuse politique de grands travaux a donné naissance à quelques « villes-fantômes ». Dans plusieurs pays d’Asie centrale, des dictateurs rivalisent d’exubérance et de mauvais goût, érigeant des monuments, voire des villes entières, à leur propre gloire. Sur le continent africain, non loin de Luanda, la capitale angolaise, une ville est sortie de terre en 2012. Sept

cent cinquante immeubles, une dizaine d’écoles, une centaine de commerces ont été construits sur plus de 7 500 hectares par une société d’État chinoise. Coût : environ 3,5 milliards de dollars, payés en pétrole par le gouvernement. Seul hic, la ville, Nova Cidade de Kilamba, est vide : les loyers sont bien trop chers pour les Angolais. l JOAN TILOUINE JEUNE AFRIQUE


La semaine de J.A. Les gens

Mohamed Mediène Mystère Toufik Violemment critiqué par un proche du clan Bouteflika, le puissant patron des renseignements algériens est sous le feu des projecteurs. Une nouveauté pour cet homme de l’ombre, jusque-là intouchable.

I

l y a dix ans, la seule évocation de son nom relevait presque du tabou. Son image plus encore: on recense à peine trois clichés, pris en cachette. Inamoviblechefdesservicesderenseignements depuis vingt-quatre ans, Mohamed Mediène, alias Toufik, 75 ans, a toujours inspiré crainte ou révérence. Sa personnalité et son influence dans les cercles du pouvoir n’ont cessé d’alimenter légendes et fantasmes, à tel point que ses compatriotes l’ont surnommé Reb Dzaïr (« le dieu de l’Algérie »). Mais ça, c’était avant. Avant le tsunami médiatique soulevé par les violentes critiques que lui a adressées Amar Saadani (lire pp. 42-44). Le secrétaire général du FLN a accusé le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), dirigé par Mediène, d’avoir essuyé de nombreux échecs et a été jusqu’à réclamer la tête de ce dernier. Porte-voix du clan présidentiel, très proche de Saïd Bouteflika, Saadani accuse également le général-major et son service de s’opposer à un quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, 76 ans, qui peine à se remettre de son accident vasculaire cérébral du 27 avril 2013.

(longtemps dirigée par le non moins mystérieux Kasdi Merbah, qui fut son mentor). Enseptembre1990,MohamedMediène prend du galon en héritant de la direction des services secrets, rebaptisés pour l’occasion DRS et soustraits à l’autorité de l’état-major grâce à leur rattachement direct à la présidence. Ses prérogatives

tire sa force et sa puissance des innombrables réseaux qu’il a tissés en cinquante ans de carrière dans les Services, témoigne l’une de ses connaissances. Très à l’écoute de ses collaborateurs, qui lui sont extrêmement fidèles, il est au courant de tout. » Féru de renseignements, peu loquace, dévorant dossiers et synthèses, qu’il annote souvent au crayon, l’homme est, dit-on, un animal à sang froid. « Il s’emporte rarement, prend du recul sur les événements et garde son self-control même dans les situations les plus dramatiques – et Dieu sait que l’Algérie en a connu durant les vingt dernières années. Cela explique en partie sa longévité », témoigne un officier qui l’a côtoyé. D’une discrétion absolue, fuyant les mondanités, cet homme réputé intègre contrôle étroitementsonimage.Amateurde cigares et passionné de football, un sport qu’il pratique au moins une fois par semaine, Toufik n’a jamais accordé d’entretien à la presse, bien qu’il reçoive discrètement des journalistes. LOYAL. Qualifié de faiseur de rois,

il aura joué un rôle clé lors de la démission de Chadli Bendjedid en 1992 et de son remplacement par Mohamed Boudiaf (assassiné six mois plus tard), dans l’élection de Liamine Zéroual en 1995 puis son retrait, annoncé en 1998, ainsi que dans l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en 1999. Loyal, il appuie la réélection de ce dernier en 2004, bénit son projet de réviser la Constitution de 1996, qui limitait l’exercice présidentiel à deux mandats, avant de soutenir sa troisième candidature (victorieuse). Mais comme le chef de l’État, Mohamed Mediène devra un jour prendre sa retraite. Quand ? La réponse fait partie des mystères de Toufik. l DR

14

GALON. Aujourd’hui, le patron du

p Le général-major contrôle étroitement son

image. On ne recense que trois photos de lui. DRS ne semble plus intouchable. Mais si le tabou est brisé, le mystère sont tentaculaires, ses pouvoirs redouToufik demeure entier. Originaire de la Petite Kabylie, cet ancien combattant de tables, ses moyens immenses. la guerre d’indépendance fait ses classes Sécurité intérieure, espionnage et au début des années 1960, tout d’abord contre-espionnage, protection du précomme artilleur en Jordanie, puis auprès sident, lutte contre le terrorisme, contrôle des maîtres espions soviétiques du KGB, des médias et de l’information, infiltration avant d’occuper, deux décennies durant, du tissu associatif et des partis politiques… diverspostesauseindelaSécuritémilitaire Toufik fera du DRS un État dans l’État. « Il

FARID ALILAT

NOMINATIONS

RACHID N’DIAYE GUINÉE Le conseiller spécial du chef de l’État, Alpha Condé, a été promu ministre-conseiller chargé de la Communication et des Questions de prospective à la présidence. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

AYEID MOUSSEID YAHYA DJIBOUTI Précédemment en poste à Cuba, ce diplomate a été nommé ambassadeur en France. Il y remplace Rachad Farah. JEUNE AFRIQUE


EN HAUSSE

15

MATY MINT HAMADY

Ramphele et Zille Ex-meilleures amies WATT

L’icône de la lutte antiapartheid et la chef de l’opposition avaient conclu une alliance pour l’élection du 7 mai. Elle aura tenu cinq jours.

L’ex-ministre mauritanienne de la Fonction publique a été élue présidente de la communauté urbaine de Nouakchott, la capitale. C’est la première femme à occuper ce poste.

L

DR

En mission en Centrafrique, l’expert belge de l’ONG Human Rights Watch a sauvé les archives de Samuel Fosso, grand nom de la photographie camerounaise absent de Bangui depuis le début des violences, avec l’aide de deux journalistes. DIDIER AWADI Pionnier du rap africain, l’artiste se place à l’avant-garde du combat contre l’excision, appelant sur son blog à « mettre fin à cette pratique qui continue de briser la vie de millions de filles et de femmes à travers le monde ».

DR

TORTURES. Entre les deux femmes, le ton n’a pas tardé à se durcir. « Elle a démontré, une fois pour toutes, qu’on ne pouvait pas lui faire confiance pour mener un projet à bien », a lancé Zille, tandis que Ramphele se disait victime de la « politique partisane ». En réalité, leur relation est autant passionnelle que politique. En 1977, c’est Helen Zille, jeune reporter au Rand Daily Mail, qui avait révélé les tortures fatales à Steve Biko, mort en détention. Mamphela Ramphele, alors enceinte de lui, a gardé le contact, tout en poursuivant une brillante carrière. Diplômée de médecine, directrice générale à la Banque mondiale et femme d’affaires, elle s’est rapprochée des idées libérales mais est toujours restée à l’écart du pouvoir. Bref, l’alliée idéale pour Zille, devenue chef de la DA en 2007. Car sa réputation de candidate des Blancs continue de lui coller à la peau : selon un sondage, un tiers des électeurs sont convaincus que la DA veut rétablir l’apartheid. Depuis 2010, elle tentait donc de convaincre son amie de rejoindre son parti. Lorsque Ramphele a annoncé la création du sien, en 2013, Zille avait affirmé que cela « ne nuirait pas à [leur] amitié ». Pas sûr que cela soit encore vrai. l

PETER N. BOUCKAERT

EN BAISSE

AHMAT BACHIR

DR

e 28 janvier, Mamphela Ramphele (66 ans), l’ancienne compagne du martyr de la lutte antiapartheid Steve Biko, et Helen Zille (62 ans), chef de l’Alliance démocratique (DA), se félicitaient avec effusion d’avoir « changé la donne » sud-africaine. Récemment entrée en politique via un nouveau parti baptisé Agang, l’icône de la résistance noire allait être soutenue par le principal parti d’opposition lors de l’élection présidentielle, le 7 mai. Las, l’accord annoncé en fanfare – et vu d’un bon œil par les milieux d’affaires – n’a tenu que cinq jours. Sous la pression de son entourage, Ramphele voulait conserver un parti distinct – une « absurdité électorale », selon Zille.

Le directeur du cabinet civil du chef de l’État tchadien, Idriss Déby Itno, a été écarté de ses fonctions. Son implication dans une affaire de trafic présumé aurait été révélée par la diffusion d’un enregistrement sonore de la tractation. NICOLAS CANTELOUP

PIERRE BOISSELET

BENAROCH/SIPA

q Mamphela Ramphele (à g.) devait être la candidate de l’Alliance démocratique, le parti de Helen Zille (à dr.).

Après Canal+ fin 2013, c’est l’humoriste vedette d’Europe 1 qui fait scandale par son traitement du génocide rwandais. Dans son sketch, l’un de ses personnages déclare que sa famille a été « découpée, machettée et carpacciotée ».

RODGER BOSCH/AFP

ALBERTO REYES/SIPA

SCARLETT JOHANSSON

JEUNE AFRIQUE

L’actrice américaine a mis un terme à son partenariat avec l’ONG Oxfam. Celle-ci avait critiqué le contrat de la jeune femme avec Sodastream, dont l’une des usines est située dans une colonie israélienne de Cisjordanie. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


16

La semaine de J.A. Décryptage NIGERIA

vers N’Djamena

Les routes de l’exil

Vers : • le Sénégal • le Mali • le Nigeria • le Niger

SOUDAN

TCHAD

SOUDAN DU SUD

CENTRAFRIQUE

BANGUI RD CONGO

CAMEROUN

Marchal, chercheur au Ceri-Sciences-Po, qui rend la France en partie responsable de cette situation. « Il est scandaleux que Paris n’ait pas pris en compte les conséquences économiques et politiques de son intervention. » Qu’ils soient centrafricains ou étrangers, les musulmans ont toujours joué un rôle primordial dans l’économie nationale. Dans les villes, ils détenaient 90 % des commerces. En province, la majorité des éleveurs de gros bétail sont des Peuls mbororo. Leurs bœufs assuraient le bon fonctionnement de la culture attelée pratiquée par les agriculteurs du Nord et de l’Ouest. MOSQUÉES. Les mines diamantifères

par la route GABON

par avion

CONGO

200 km

Centrafrique La mort aux trousses Soupçonnés de collusion avec l’ex-Séléka, les musulmans, violemment pris à partie, fuient par dizaines de milliers. L’ennui, c’est que leur contribution à l’économie nationale est cruciale.

I

l n’y a plus un seul musulman à Bozoum, à 400 km de Bangui, dans le Nord-Ouest. Le 5 février, un convoi de camions dépêché par les autorités tchadiennes est venu chercher les 2 500 civils restants. Trois semaines plus tôt, 3 500 de leurs coreligionnaires avaient pris le même chemin. Et ces scènes se sont répétées dans la plupart des villes du Sud et de l’Ouest. Seul un millier de musulmans, sur un total estimé à 8 000, demeureraient encore à Bossangoa. À Carnot, près de 15 000 d’entre eux ont fui pour le Cameroun ou le Tchad. Vidée de près de 75 % de sa population musulmane, Bangui n’a pas échappé à ce déchaînement de violence, nourri par une

soif de revanche. Les premiers à partir ont été les ressortissants étrangers. Sénégalais, Camerounais, Maliens, Nigérians et, bien sûr, Tchadiens : ils sont plus de 20 000 à avoir regagné leur pays d’origine. Puis est venu le tour des Centrafricains. Depuis plusieurs semaines, des camions pris d’assaut et escortés par des soldats tchadiens de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) se sont succédé à la sortie de Bangui. Le départ de la minorité musulmane, qui représentait 15 % de la population, « est une très mauvaise nouvelle parce qu’elle va entraîner la disparition d’une couche de la société indispensable à la reprise économique », s’inquiète Roland

étant encore exploitées de manière clandestine au profit des ex-Séléka, l’État centrafricain se voit ainsi privé d’un autre pan de son économie. « Les conséquences se font déjà sentir, explique Marie-Noëlle Koyara, la ministre du Développement durable. Il y a un début de pénurie sur les marchés, où le prix de la viande a doublé. Il faut absolument que nous réglions ce problème de sécurité. » Cette situation est-elle irréversible ? Certains veulent croire à un retour à la normale, rappelant que des mosquées avaient déjà été incendiées en 2003 et qu’il y a une dizaine d’années un conflit entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades avait déjà poussé ces derniers à l’exil vers le Tchad et le Cameroun. Une longue médiation avait permis leur retour. Les plus pessimistes estiment que la cassure est cette fois trop profonde. « Nous sommes nés ici, et du jour au lendemain nos voisins ont brûlé nos corans et détruit nos mosquées », se désole Abakar Mahamat, imam dans le 5e arrondissement de Bangui. Lui aussi se prépare à l’exil : « Tous mes voisins sont partis, comment voulez-vous que je reste ? Et si la vie est meilleure au Tchad, nous ne reviendrons pas. » l VINCENT DUHEM

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

16

FÉVRIER Cérémonie des British Academy Film Awards (Bafa), à Londres. Parmi les favoris, 12Years a Slave (catégorie meilleur long-métrage) et ses acteurs, Chiwetel Ejiofor et Lupita Nyong’o. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

16

AU 21 FÉVRIER À Ouagadougou, 38e AG annuelle de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (Fanaf), sur le thème « les nouveaux horizons de l’assurance africaine ».

22

FÉVRIER AU 2 MARS Le Salon de l’Agriculture, à Paris. On y attend quelque 1 300 exposants, venus de 22 pays. L’édition 2013 avait attiré 693 700 visiteurs : un record. JEUNE AFRIQUE


Que savent les habitants de l’Hexagone des massacres de 1994 ? Peu de chose. Le procès Simbikangwa est l’occasion de les éclairer.

L

a plupart sont très attentifs. Certains noircissent des pages de cahier, comme s’ils étaient revenus sur les bancs de l’école. D’autres se contentent d’écouter, l’air parfois las. Ils ont le droit de poser des questions, mais ne l’exercent pas. Comme si ces six Français – quatre hommes et deux femmes – tirés au sort pour participer au premier procès lié au génocide rwandais de 1994 devant la justice de l’Hexagone ne se sentaient pas légitimes. Comme l’immense majorité de leurs compatriotes, ils ne savaient rien ou presque de l’histoire du Rwanda il y a encore quelques jours. Ils vont pourtant devoir juger de la culpabilité de Pascal Simbikangwa, qui risque la prison à perpétuité. C’est la loi en France : les cours d’assises, qui jugent les crimes les plus graves, s’appuient sur de simples citoyens siégeant aux côtés de magistrats professionnels. Or l’affaire qui occupe ce jury depuis le 4 février n’est pas un classique fait divers. Il est impossible de juger l’ancien officier des services de renseignements du régime hutu de Juvénal Habyarimana sans comprendre l’histoire de son pays. Le président de la cour a ainsi ouvert la première journée d’audience par une longue synthèse remontant jusqu’à la période précoloniale du Rwanda, sans toutefois mentionner le rôle joué par la France. Celui-ci devrait néanmoins être évoqué par les nombreux experts (historiens, journalistes, sociologues) français, belges ou rwandais qui se succéderont à la barre au cours de la deuxième semaine du procès, lequel, très médiatisé, doit durer au moins six semaines et faire appel à plus de cinquante témoins. VIDÉO. Fait exceptionnel, le tribunal a autorisé la captation vidéo

de l’intégralité des débats en raison de leur importance historique. Depuis l’interdiction de l’enregistrement des audiences, en 1954, ce n’était arrivé que cinq fois (dont trois pour des procédures liées à des crimes contre l’humanité perpétrés pendant la Seconde Guerre mondiale). Le procès Simbikangwa est une occasion unique d’enseigner aux Français une Histoire qui est aussi la leur. Vingt ans après les massacres, il était temps. l PIERRE BOISSELET q À Nyamata, dans le sud du Rwanda.

17

« Chaque construction dans les colonies ajoute une pierre au mur de notre isolement. » TZIPI LIVNI Ministre israélienne de la Justice

« La vision que Poutine a du monde est très cynique. Il ne croit qu’au brutal rapport de force. » DMITRI TRENIN Ex-officier de l’armée soviétique, analyste politique russe

« L’Union européenne nous promet 500 hommes non francophones et non préparés au terrain africain… Cessons de parasiter l’action efficace [de l’armée française] en ajoutant au danger des milices celui des fonctionnaires européens. » MARINE LE PEN Présidente du Front national (à propos de la Centrafrique)

« J’ai demandé à Moubarak : qui va diriger l’Égypte dans les années à venir ? Il m’a répondu : “Dieu.” J’ai insisté, en lui disant de me donner le nom de la personne qu’il souhaitait voir à la tête de l’Égypte. Il m’a répondu : “Le peuple veut Sissi.” » FAJR AL-SAEED Journaliste koweïtien (à l’issue d’un entretien avec l’ex-président Hosni Moubarak)

« Parmi les gens qui me

SAYYID AZIM/AP/SIPA

transmettent leur amitié, il y a sûrement des électeurs du Front national. Je me dis que je pourrais les faire voter différemment. » PAPE DIOUF Ex-président de l’OM, candidat à la mairie de Marseille JEUNE AFRIQUE

YOHANNE LAMOULÈRE/TRANSIT/PICTURETANK

Rwanda Le génocide expliqué aux Français

SEBASTIAN SCHEINER/AP/SIPA

ILS ONT DIT


ONS ABID

18

Tunisie Mi-figue mi-jasmin Huit chefs d’État étrangers ont assisté à la cérémonie d’adoption de la nouvelle Constitution. Les citoyens, eux, ont prêté une oreille distraite à l’événement.

le président François Hollande, qui avait été le premier à répondre à l’invitation de son homologue tunisien, Moncef Marzouki. Outre le Français, sept chefs d’État étrangers (dont six Africains) ont fait le voyage, ainsi qu’Abdelmalek Sellal, le Premier ministre algérien.

a cérémonie se voulait grandiose, solennelle, pour commémorer l’adoption de la nouvelle Constitution tunisienne. Le 27 janvier, la fête improvisée au lendemain du vote n’avait pas été à la hauteur. Une session de rattrapage s’est donc tenue le 7 février, dans l’enceinte de l’Assemblée constituante. À l’arrivée, un résultat en demi-teinte, avec comme principal hôte de marque

CAPRICE. Les services du protocole

L

LE DESSIN DE LA SEMAINE

tunisien ont cependant péché par optimisme en annonçant la venue de têtes couronnées. Mohammed VI, le roi du Maroc, s’est décommandé – il s’est fait représenter par son frère, Moulay Rachid –, tout comme Tamim Ibn Hamad Al Thani, l’émir du Qatar. Finalement, le seul « quasi-monarque » à avoir honoré la cérémonie de sa présence s’est présenté en la personne de Felipe de Borbón,

p François Hollande à la tribune de l’Assemblée constituante.

l’héritier du trône espagnol. Hollande, dans son discours, a envoyé un message de soutien fort à la Tunisie, « qui ne doit pas être une exception mais un exemple pour les autres pays du Printemps arabe ». Et a redit sa conviction que l’islam politique et la démocratie sont compatibles. Il en fallait plus, cependant, pour impressionner les Tunisiens de la rue, qui ont prêté une attention condescendante et distraite à l’événement, présenté par la presse indépendante comme un « énième caprice » de la présidence Marzouki. Le télescopage, fâcheux mais inévitable, avec la commémoration du premier anniversaire de l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd a en partie gâché la fête… l SAMY GHORBAL, envoyé spécial à Tunis

Chappatte • Le Temps • Suisse RUSSIE « VOUS ÊTRRRE TERRRORRRISTE ? »

ON CONNAISSAIT le « rideau de fer », voici le « cercle d’acier ». Un périmètre de 40 km sur 100 placé sous haute sécurité autour de la ville de Sotchi, où se sont ouverts les 22es Jeux olympiques d’hiver. Pour prévenir toute menace islamiste venue du Caucase du Nord (Daguestan, Tchétchénie…), pas moins de 60 000 militaires, policiers et agents spéciaux veillent sur (ou surveillent) les athlètes. Au passage, les pouvoirs du FSB, les services secrets russes, ont été considérablement étendus. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

JEUNE AFRIQUE


19

Niger/Areva Mohamed Bazoum « Oui à une solution politique » Entre Niamey et le géant français du nucléaire, les négociations sur l’exploitation des mines d’uranium patinent. Pour le ministre nigérien des Affaires étrangères, cette affaire doit se régler d’État à État.

l’État français, l’uranium à l’État nigérien: si les négociations bloquent, il faudra envisager des solutions politiques. Je souhaite que cela se fasse le plus tôt possible. C’est ce que j’ai demandé à M. Fabius. Il m’a répondu que son gouvernement allait jouer un rôle.

Nous le souhaitons vivement. Les choses n’ont que trop duré. Qu’est-ce qui bloque ?

VINCENT FOURNIER/J.A.

Cette semaine, à la une :

VIDÉO

JEUNE AFRIQUE : Jusqu’à présent, les négociations entre Areva et le Niger ont été menées par des techniciens. Faut-il que les politiques s’en mêlent ? MOHAMED BAZOUM: Areva appartient à

Un accord sera-t-il trouvé d’ici à la fin du mois ?

L’un des points de blocage est relatif au code minier. Areva prétend que si la loi que nous avons adoptée en 2006 était appliquée elle aurait des effets dévastateurs sur les finances de ses filiales [nigériennes]. De notre côté, nous avons des exigences en matière de gouvernance: nous voulons être mieux représentés dans ces p Lors de son passage à J.A., le 5 février. sociétés, et qu’Areva, avec politique. Questionné à l’Assemblée d’autres, finance les travaux de la route nationale le 5 février, Pascal Canfin, le Tahoua-Arlit [qui relie les mines au port ministre délégué au Développement, de Cotonou]. a pour la première fois exposé la posiEnfin, si Areva n’exploite pas la mine tion du gouvernement français. « Nous d’Imouraren, comme elle s’y est engaconsidérons que les demandes du Niger gée, le permis devra retomber dans le sont légitimes », a-t-il indiqué. La veille, domaine public. Les arguments des uns lors d’un passage à Paris, Mohamed et des autres sont valables. Nous devons Bazoum, le ministre nigérien des Affaires trouver un consensus. l étrangères, avait abordé la question avec Propos recueillis par RÉMI CARAYOL et SEIDIK ABBA Laurent Fabius, son homologue français. JEUNE AFRIQUE

jeuneafrique.com

VINCENT FOURNIER/J.A.

V

oilà des mois que le Niger et Areva, le géant français du nucléaire, négocient âprement le renouvellement des contrats d’exploitation de deux mines d’uranium situées dans le nord du pays. Alors qu’il ne leur reste plus que quelques jours pour s’entendre, leur contentieux a pris une tournure

Retrouvez sur toute l’actualité africaine en continu

Bibi Tanga, musicien centrafricain: « Mes compatriotes doivent reprendre leur destin en main. »

SONDAGE

Présidentielle algérienne Quels sont les grands enjeux du scrutin d’avril? Donnez-nous votre avis

RÉSEAUX SOCIAUX

La page Facebook de Jeune Afrique compte plus de 200000 fans. Rejoignez-nous si ce n’est pas déjà fait! (En flashant ce code QR)

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


La semaine de J.A. Tour du monde (Europe Écologie-Les Verts), et même du Parti socialiste, s’insurge contre ce qu’elle considère comme une capitulation en rase campagne. BIRMANIE

Une présidentielle sans elle? NICOLAS TUCAT/AFP

20

p L’exposition consacrée aux « femmes de réconfort », le 30 janvier, lors de l’ouverture du Festival international de la bande dessinée, à Angoulême (France). ASIE

Révisionnisme à la japonaise

D

ans une Asie minée par les rivalités nationalistes, le Japon multiplie les provocations révisionnistes. Tous les ans, au sanctuaire de Yasukuni, les membres du gouvernement rendent rituellement hommage aux criminels de guerre, mais ce n’est pas tout. Cette année, c’est le Festival international de la bande dessinée à Angoulême, dans l’ouest de la France (30 janvier-2 février), qui s’est retrouvé sous le feu de la critique. Le thème central de la prestigieuse manifestation était en effet les « femmes de réconfort », doux euphémisme pour désigner les centaines de milliers d’Asiatiques prostituées de force par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. « Rien que des mensonges et des histoires sans fondement », a fulminé l’association nippone des femmes pour la justice et la paix. « Une exposition qui ne fait que compliquer un peu plus les relations entre le Japon et la Corée du Sud », a renchéri Yoichi Suzuki, l’ambassadeur en France. Comme s’il était utile de remettre de l’huile sur le feu, un directeur de la chaîne de télévision NHK, à Tokyo, a estimé le 4 février que le sac de Nankin, qui, en 1937, fit plusieurs centaines de milliers de victimes, n’avait jamais eu lieu. l

FRANCE

PMA et GPA à la trappe VINGTQUATRE HEURES après le succès de la Manif pour tous, le 2 février, le gouvernement a précipitamment retiré son projet de loi sur la famille. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

La procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA), mesures censées bénéficier aux couples homosexuels qui focalisent la colère des opposants, n’y étaient pourtant même pas mentionnées. Il est vrai qu’elles risquaient d’être introduites subrepticement par le biais d’amendements. Quoi qu’il en soit, une partie de la majorité présidentielle

PRIX NOBEL de la paix et opposante historique à la junte birmane, Aung San Suu Kyi va-t-elle devoir renoncer à se présenter à l’élection présidentielle de 2015, la première depuis l’ouverture du pays, en mars 2011 ? Dans le passé, elle fut en effet mariée à un Britannique. Or un article de la Constitution interdit aux Birmans ayant un conjoint étranger d’être candidats. Sauf si les parlementaires acceptent d’amender cette disposition, elle risque donc de faire une croix sur ses ambitions. Ni l’armée, toujours puissante, ni le président Thein Sein n’ont jusqu’ici accepté d’aborder directement la question avec elle.

Le chiffre

42,6 % LA DIFFÉRENCE entre le salaire moyen des Noirs et celui des Blancs, au Brésil, en 2013, selon l’Institut local de géographie et de statistique. C’est beaucoup, mais sensiblement moins que dix ans auparavant : 51,6 %.

ÉTATS-UNIS

On achève bien les infirmes AVEC LA COMPLICITÉ de cinq marginaux, elle avait, en 1998, sauvagement torturé et assassiné son mari attardé mental afin de s’octroyer son assurance-vie. Condamnée à la peine capitale, elle avait multiplié les recours et passé quatorze ans dans le couloir de la mort. Ayant contracté une maladie dégénérative, elle était depuis des années paralysée des membres inférieurs et ne se déplaçait qu’en fauteuil roulant. La Cour suprême des États-Unis ayant fini par donner son feu vert, Suzanne Basso, 59 ans, a été exécutée par injection létale le 5 février à Huntsville, Texas. JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

DAVID MCNEW • AFP

ÉTATS-UNIS

No water, no jobs ON SE CROIRAIT DANS UN TABLEAU D’EDWARD HOPPER (1882-1967). Ou dans un roman de John Steinbeck dont l’action se situerait pendant la Grande Dépression. Déprimés, les fermiers californiens le sont assurément : la sécheresse qui frappe la région est la pire depuis peut-être cinq cents ans. Pas d’eau, pas de travail. Cette ferme près de Bakersfield a été abandonnée et mise en vente. Mais qui songerait à l’acquérir ?

THAÏLANDE

On annule tout? UNE SEMAINE après les élections législatives mouvementées du 2 février, le principal parti de l’opposition thaïlandaise a déposé un recours en annulation devant la Cour constitutionnelle. Il continue d’exiger la démission de Yingluck Shinawatra et de son gouvernement, mais aussi la dissolution du parti au pouvoir. La Cour lui étant a priori plutôt favorable, il y a de fortes chances pour que de nouvelles violences éclatent dans les prochaines semaines entre les « chemises jaunes » de l’opposition et les « chemises rouges », favorables à la famille Shinawatra. COLOMBIE

Saboteurs de paix LA PRESSE COLOMBIENNE révèle que les négociations de paix entre le gouvernement et la guérilla des Farc qui se tiennent depuis plus d’un an à JEUNE AFRIQUE

La Havane ont été espionnées par un centre d’écoutes illégal de l’armée. Le 4 février, deux chefs du renseignement militaire ont été relevés de leurs fonctions, tandis qu’une enquête était ouverte à la demande du président Juan Manuel Santos. Celui-ci a appelé à la vigilance contre les « forces obscures ». Plus explicite, un dirigeant des Farc a carrément mis en cause le clan de l’ancien président Álvaro Uribe. PORTUGAL

Grande braderie ON SAVAIT les finances de ce pays en piteux état, mais à ce point-là ? Jugeant les frais d’entretien trop importants, les autorités se sont résolues à vendre une collection de 85 œuvres de l’artiste catalan Joan Miró, propriété de l’État portugais. Et à confier l’opération à Christie’s, la célèbre société de vente aux enchères. Celle-ci a estimé la valeur totale des toiles à 36,4 millions d’euros – une misère. Las, la sortie des tableaux

du territoire portugais ayant semble-t-il donné lieu à des irrégularités, la vente, qui aurait dû avoir lieu le 4 février à Londres, a été annulée au dernier moment. Ce n’est que partie remise, a juré Pedro Passos Coelho, le chef du gouvernement. PACIFIQUE

Naufragé de l’extrême JOSÉ SALVADOR Alvarenga, un pêcheur salvadorien de 37 ans, a vécu une aventure hors du commun. Le 24 décembre 2012, il a quitté la côte mexicaine à bord d’un bateau de 7 mètres pour aller pêcher le requin. Après avoir essuyé une forte tempête, il a dérivé dans le Pacifique pendant treize mois avant de s’échouer dans une île de l’archipel des Marshall, le 3 février. Son compagnon, car il en avait un, est mort de faim dans l’intervalle. Lui-même n’a réussi à survivre qu’en mangeant de la viande d’oiseau crue et en buvant du sang de tortue de mer. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

21


22

Grand angle

FRÈRES MUSULMANS

La grande

! Symbole des Frères au pouvoir, Mohamed Morsi n’aura tenu qu’un an à la tête de l’Égypte. Aujourd’hui, il risque la peine de mort.


Grand angle

débâcle Grands bénéficiaires du Printemps arabe, les islamistes ont cru aux lendemains qui chantent. Las, partout où ils ont conquis le pouvoir, l’expérience a tourné au fiasco. Incapable de convaincre de sa capacité à gouverner, la confrérie rejoint donc son élément naturel : l’opposition. Quitte à entrer, comme en Égypte, dans la clandestinité. LAURENT DE SAINT PÉRIER

SCOTT NELSON/REDUX-REA

S

ortis de la longue nuit des prisons et des exils, ils avaient volé de victoires en triomphes. Du Printemps arabe, une vague verte s’était levée, qui avait porté les Frères musulmans et leurs alliés au pouvoir à Tunis en octobre 2011, à Rabat un mois plus tard. Fer de lance de la contestation en Jordanie et en Mauritanie, ils avaient eu un rôle prépondérant dans la révolution qui a fait choir, fin 2011, l’immuable président yéménite Ali Abdallah Saleh. En Syrie, ils étaient en première ligne de l’opposition politique et armée au dictateur Bachar al-Assad. Enfin, en janvier 2012, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), branche politique de la confrérie en Égypte, remportait une éclatante victoire aux législatives. Ces élections, les plus démocratiques qu’avaient jamais connues les nations arabes, rappelaient au monde leur enracinement religieux et lui révélaient la puissance d’un islamisme trop longtemps condamné aux fers ou cantonné dans des sphères extrapolitiques. Le 24 juin 2012, le frère Mohamed, ancien détenu Morsi, devenait raïs au Caire. L’image du retour triomphal du Prophète à La Mecque s’imposait aux plus romantiques des barbus. C’était, pour la confrérie, la fin de l’exil, le premier pas vers la reconquête du monde musulman. La première marche vers l’accomplissement de l’apothéose islamique mondiale. Depuis sa fondation, en 1928, par Hassan al-Banna, modeste et pieux instituteur né dans le delta du Nil, la confrérie rêvait du pouvoir. Elle l’avait effleuré avec Nasser, son allié aux premières heures de la République égyptienne, elle avait voulu l’arracher par les armes en Syrie entre 1976 et 1982, puis ses franges extrêmes avaient pensé s’en emparer en assassinant le président égyptien Sadate en 1981. Mais c’est par la force des urnes qu’elle l’a finalement conquis, trente et un ans plus tard. Las, après avoir cru le Grand Soir venu, les Frères musulmans se sont réveillés dans la stupeur et l’effroi, le matin du 4 juillet 2013. Leur héros, Mohamed Morsi, avait été jeté en prison. S’appuyant sur un mouvement


24

Grand angle Frères musulmans massif de mécontentement populaire, l’armée égyptienne, commandée par le pieux général Sissi, à qui les Frères avaient trop naïvement confié le portefeuille de la Défense, s’était retournée contre son raïs pour le destituer. Humiliation suprême, Abdel Fattah al-Sissi, qui s’est depuis emparé du bâton de maréchal, a laissé entendre au quotidien koweïtien Al-Seyassah, le 6 février dernier, qu’il se présenterait à la présidentielle d’avril. Il en serait l’incontestable favori. Cinq jours plus tôt, en tenue blanche dans une cage grillagée, comme le dictateur renversé Hosni Moubarak deux ans avant lui, son prédécesseur déchu comparaissait devant la cour pour incitation au meurtre de manifestants. Cible de quatre procès, il encourt trois fois la peine de mort. Depuis juillet 2013, une répression sans précédent s’est abattue sur les Frères égyptiens. La direction de l’organisation a été mise sous les verrous. Le 14 août, au Caire, les protestataires de la place Rabaa al-Adawiya ont été impitoyablement mitraillés–prèsde400d’entreeuxyonttrouvé la mort. Depuis, des milliers de Frères ont été jetés en prison, et ceux qui en ont réchappé rasent les murs ou se confrontent aux forces de sécurité. Des centaines de victimes sont venues s’aligner aux côtés des « martyrs de Rabaa ». Le 25 décembre, au lendemain d’un attentat-suicide à Mansourah, la confrérie a étéofficiellement déclarée « organisation terroriste », même si l’attaque a été revendiquée par un groupe jihadiste distinct.

En réseau

Née en Égypte, la confrérie revendique de nombreuses branches et soutiens dans le monde arabe, les pays musulmans, et jusque chez « l’ennemi », en Occident.

Partis politiques Organisations non politiques Présence clandestine (parti interdit)

ÉTATS-UNIS • Council on American-Islamic Relations (CAIR)

REVERS. En Égypte, la chute des Frères a été aussi

vertigineuse que leur ascension. Une tonitruante débâcle qui a quelque peu occulté leurs revers et ceux de leurs alliés dans les pays récemment conquis. Le 9 janvier dernier, le parti tunisien Ennahdha (dont le leader, Rached Ghannouchi, est un membre éminent de la confrérie) quittait le gouvernement après deux ans et deux mois d’un pouvoir marqué par l’aggravation des problèmes économiques, deux assassinats politiques et une dégradation dramatique de la situation sécuritaire. Interrogé sur l’influence de la chute de Morsi sur ce départ précipité, Béji Caïd Essebsi, principal opposant aux islamistes, répond : « Cela a joué. » En Algérie, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), branche des Frères musulmans, avait annoncé une vague verte aux législatives de mai 2012. Résultat ? Un camouflet. Au Maroc, le Parti de la justice et du développement (PJD), idéologiquement proche, a dû chercher un regain de légitimité dans le giron royal pour compenser sa perte de popularité. En Libye, où le Parti de la justice et de la construction (PJC), organe politique des Frères, domine le Congrès national grâce au ralliement de nombreux indépendants, le verdict est attendu le 20 février, date prévue l l l N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

Flux et reflux 1928, Égypte

Fondation de la confrérie par Hassan al-Banna

1954, Égypte

Interdiction par le président Gamal Abdel Nasser

1976-1982, Syrie

Soulèvement et répression des Frères musulmans, jusqu’au massacre de Hama


ROYAUME-UNI • Europe Trust • Human Relief Foundation • Al-Islah Society

ALLEMAGNE • Islamic Relief Organization

UKRAINE • Europe Trust

TURQUIE • Parti pour la justice et le développement (AKP)

MACÉDOINE • Europe Trust BELGIQUE • Ligue des musulmans de Belgique

IRLANDE • European Council for Fatwa and Research • Human Relief Foundation • Al-Islah Society

SYRIE • Confrérie des Frères musulmans

POLOGNE • Europe Trust

JORDANIE • Front islamique d’action KURDISTAN • Union islamique du Kurdistan

FRANCE • UOIF • Europe Trust

IRAK • Iraqi Islamic Party

SUISSE • Fondation Al-Karama

ITALIE • Europe Trust

QATAR • Union internationale des oulémas (présidée par Youssef al-Qaradawi, lire p. 29)

ESPAGNE • Europe Trust PALESTINE • Hamas

TUNISIE • Ennahdha MAROC • Parti de la justice et du développement (PJD)

BAHREÏN • Al-Minbar KOWEÏT • Hadas PAKISTAN • Jama’at Islami

MAURITANIE • Tawassoul

ÉMIRATS ARABES UNIS • Al-Islah

ALGÉRIE • Mouvement de la société pour la paix (MSP)

LIBYE • Parti de la justice et de la construction (PJC)

23 octobre 2011, Tunisie

SOUDAN • Congrès national

ÉGYPTE • Parti de la liberté et de la justice (PLJ, interdit depuis le 25.12.2013)

YÉMEN • Al-Islah MALAISIE • Frères musulmans de Malaisie

3 juillet 2013, Égypte

Victoire du parti Ennahdha à l’élection constituante

17 juin 2012, Égypte

Victoire de Mohamed Morsi à la présidentielle

Destitution de Morsi par l’armée

25 décembre 2013, Égypte

La confrérie est officiellement déclarée « organisation terroriste »


Grand angle Frères musulmans l l l de l’élection d’une Assemblée constituante de 60 membres. Mais pour Othman Bensassi, militant laïc et ex-membre du Conseil national de transition, « les islamistes ne sont pas aimés dans la rue, ils ne gagneront pas par les urnes ».

IMPATIENTS. Même reflux à l’est du Nil. D’abord au Yémen, où le parti Al-Islah, l’un des principaux acteurs de la révolution de 2011, « n’a rien tiré de l’expérience de Morsi en Égypte », écrit le jeune journaliste, activiste et écrivain Farea al-Muslimi. Trop impatients et avides de pouvoir, accusés de népotisme, les Frères yéménites ont retourné contre eux leurs alliés d’hier et perdu la confiance populaire. Ensuite en Jordanie. Trop sûrs d’eux et de leur capacité à s’imposer au roi – au point de boycotter les législatives de janvier 2013 –, les membres du Front islamique d’action sont aussi en recul. Ils avaient misé à tort sur une chute rapide du voisin syrien, qui aurait amené leurs frères au pouvoir à Damas et auraient poussé Abdallah II de Jordanie à se soumettre à leur influence. Mais Bachar tient et, à leur grand dam, les Frères jordaniens commencent à

BRYAN DENTON/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

26

Ce qu’ils pensent des Frères Nabil Ennasri « Une posture d’assistance et d’éducation » Doctorant à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et président du Collectif musulman de France, le chercheur défend la légitimité des partisans de Morsi en Égypte. JEUNE AFRIQUE : Vous critiquez le manque de réactions occidentales face à la situation en Égypte… NABIL ENNASRI: Il y a eu un processus

démocratique, et les Frères musulmans ontgagnésixscrutinsélectoraux.Aubout d’un an ils ont été destitués, sans réaction internationale. Beaucoup entendent dans l’attitude occidentale un discours quasi néoconservateur: « Les peuples arabes doivent être à notre niveau. S’ils ne sont pas laïcs, alors la démocratie n’est pas bonne pour eux. » Comment créer un dialogue serein entre civilisations si, lorsque le monde arabe s’exprime réellement, on lui reproche de s’être mal exprimé ? La France et les États-Unis n’ont-ils pas condamné le coup d’État contre Morsi?

Il y a condamnation et condamnation… À partir du moment où l’on reconnaît la légitimité du nouveau gouvernement et cette farce qu’a été le dernier référendum, que l’on maintient N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

des relations diplomatiques – et même militaires pour les Américains –, tout est dit. Morsi a été élu et destitué par une armée qui a tout fait, y compris saboter les infrastructures, pour soulever la population. De leur côté, les pro-Sissi dénoncent l’implication des Frères dans des actes terroristes…

Propagande! Si la mouvance jihadiste restebienplusmarginaleenÉgyptequ’en Syrie, par exemple, c’est précisément parce que le terrain est occupé par les Frères et les mouvements salafistes. La confrérie n’envisage plus le recours à la lutte armée contre les gouvernements arabes jugés impies ?

Cela n’a jamais été sérieusement envisagé, sauf aux extrêmes par des groupuscules qui ont d’ailleurs quitté les Frères, comme la Jamaa Islamiya, après des désaccords sur le rapport au pouvoir et la manière de lutter. La confrérie a toujours

POUR

été dans une posture d’assistance et d’éducation de la population. C’est ce qui fait sa force, sa base militante et son succès aux élections. Les Frères au pouvoir ne se sont pas montrés très compétents…

Moubarak est parti mais l’État profond est resté. Morsi n’avait pas les moyens de sa politique : le ministère de l’Intérieur était plein de fouloul [partisans de l’ancien régime], l’armée était restée toute-puissante même si elle faisait profil bas… Comment gérer l’État dans de telles conditions ? La confrérie ne se trouve-t-elle pas dans une impasse ?

C’est tout le monde arabe qui se trouve aujourd’hui dans une impasse. Après l’euphorie des soulèvements de 2011, on se rend compte que le mouvement de renaissance du monde arabe risque de prendre beaucoup plus de temps Propos recueillis par L.S.P. qu’espéré. l À lire L’Énigme du Qatar, de Nabil Ennasri, Armand Colin, mars 2013, 220 p., 19 euros. JEUNE AFRIQUE


La grande débâcle

Sur les champs de bataille syriens, leur brigade a perdu du terrain.

t En Jordanie, le Front islamique d’action a boycotté les élections législatives de janvier 2013.

être associés aux groupes extrémistes qui dominent l’insurrection syrienne. Au pays martyr des Assad, la confrérie, interdite d’existence depuis des décennies mais seul mouvement organisé à la veille de la révolution, a un temps dominé la Coalition nationale syrienne (CNS), mais son étoile a pâli. En juillet 2013, c’est Ahmad Jarba, homme des Saoudiens, qui a ravi la présidence de la CNS au candidat du Qatar et des Frères musulmans. Le chercheur Thomas Pierret, spécialiste de l’islam et de la Syrie, explique : « Les alliances qu’ils ont contractées en dehors de la mouvance islamiste se sont nécessairement faites au détriment d’autres acteurs, qui ont dès lors été chercher du soutien à Riyad. Sans les millions que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont déversés sur l’opposition, les Frères seraient toujours fermement aux commandes. » Sur les champs de bataille, la Liwa al-Tawhid, grande brigade qui leur est liée, s’était signalée en lançant les premières offensives sur Alep, la deuxième ville du pays. Mais peu à peu, les groupes jihadistes, mieux financés, armés et aguerris, se sont imposés sur le terrain. l l l

CONTRE

Michaël Prazan « La confrérie n’a pas d’ADN démocratique » Paranoïaques, autoritaires… mais très pragmatiques. Pour l’essayiste français, les Frères savent s’adapter, mais leur but ne varie pas : l’avènement d’un califat mondial. JEUNE AFRIQUE : Votre dernier livre est consacré aux Frères musulmans. Alors, secte, mouvement politique ou parti normal ? MICHAËL PRAZAN: Les trois ! Comme

une secte, les Frères vivent en vase clos et ont cette volonté de couper la recrue de sa famille lorsque celle-ci n’est pas sur leur longueur d’onde. Quant à leur ambition politique, elle est manifeste dès la création du mouvement. Enfin, ils se présentent comme un parti normal quand ils le peuvent et que cela sert leurs intérêts. Tout idéalistes qu’ils soient, ils sont pragmatiques, et le jeu démocratique peut être une opportunité dont ils profitent à partir du moment où elle leur permet d’obtenir le pouvoir. Une fois au pouvoir, respecteraient-ils toujours ce jeu ?

Je ne crois pas. La démocratie est pour eux un pis-aller ou un tremplin vers le pouvoir, mais dans leur vision il ne faut pas lâcher le pouvoir une fois JEUNE AFRIQUE

qu’il a été conquis. La confrérie n’a pas d’ADN démocratique. Des dissimulateurs ?

Cette dissimulation s’adresse tout d’abord aux Occidentaux. Le mensonge est interdit par l’islam, sauf quand il s’adresse à ses ennemis et qu’il sert ses propres intérêts. On a imputé à des gens comme Tariq Ramadan un double discours. C’est peut-être plus compliqué que cela. Il y a, à l’égard de l’Occident, plus que des a priori : les Frères sont persuadés que son objectif fondamental est la destruction de l’islam. Ils ont une vision paranoïaque, obsidionale du monde. Et très dangereuse, car si l’ennemi est puissant, la seule manière de s’en sortir est de le combattre et de le détruire. Votre essai est sous-titré : « Enquête sur la dernière idéologie totalitaire ». Qu’entendez-vous par là ?

Les Frères ont une vision très

autoritaire du pouvoir et la certitude de détenir la vérité contre tous. Lorsque Morsi a dû lâcher le pouvoir en Égypte, ils ont argué que seule la confrérie avait raison, et que leurs compatriotes étaient manipulés par des comploteurs coptes, juifs ou américains. C’est une vision totalitaire du monde qui, à terme, ne souffre aucune opposition. C’est aussi une idéologie universaliste, qui veut appliquer à la terre entière et de manière exclusive sa conception de la religion. Cette idéologie est-elle immuable ou capable d’évolution ?

C’est un cadastre, un logiciel : par pragmatisme, ils peuvent s’adapter, ils peuvent changer de programme… mais pas de logiciel. Il n’y a qu’une manière de voir, qu’une manière de faire pour aboutir à long terme à l’institution du califat mondial. l Propos recueillis par L.S.P.

À lire Frères musulmans : enquête sur la dernière idéologie totalitaire, de Michaël Prazan, Grasset, janvier 2014, 432 p., 22 euros. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

27


CHEDLY BEN IBRAHIM/DEMOTIX/CORBIS

28

Comment expliquer cette déroute, même relative et peut-être provisoire, des Frères dans le monde arabe postrévolutionnaire? « L’islam est la solution »: face à la réalité du pouvoir et aux graves problèmes socio-économiques qui ont poussé les peuples dans les rues, le slogan frériste a fait long feu. « Gérer l’économie, pacifier la société et être modérés, les Frères s’en sont montrés incapables pour des raisons idéologiques combinées à des problèmes d’incompétence », commente l’Égyptien Tewfik Aclimandos, chercheur associé au Collège de France. Outre leur arrogance conquérante qui leur a valu bien des ennemis, jusque parmi leurs alliés de la première heure, les nouveaux venus, bien peu rompus à la gestion des finances publiques et des économies en crise, ont hérité de situations catastrophiques, et les injections financières des États du Golfe n’ont pas permis d’inverser ni la courbe du chômage ni celle de la misère. EnÉgypte,lescontempteursducoupd’Étatdugénéral Sissi se fondent sur l’arrêt quasi miraculeux des pénuries incessantes d’électricité et de carburant, intervenu dès la destitution du président Morsi, pour affirmer que l’armée était elle-même à l’origine de sabotages afin de miner la crédibilité du pouvoir frériste. Une crédibilité déjà entamée par les problèmes de sécurité, laquelle a semblé s’évanouir avec la fin des dictatures et la désorganisation des services de renseignements. Les attaques jihadistes contre l’armée dans le Sinaï égyptien et la guerre des salafistes contre les forces tunisiennes dans le mont Chaambi ont été imputées à l’incompétence des pouvoirs islamistes, tandis que l’insoumission des milices en Libye et la barbarie de certaines brigades jihadistes en Syrie ont terni l’image des partisans plus modérés de l’islam politique. Pour leurs ennemis, Frères et consorts ne seraient d’ailleurs pas étrangers à certaines de ces violences. S’agissant des attaques dans le Sinaï, Tewfik Aclimandos précise : « On peut légitimement supposer que Morsi avait les moyens de parler aux jihadistes et de leur dire d’agir ou de ne rien faire. » En novembre 2013, lll

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

p Tunis, le 6 septembre 2013. Des supporteurs d’Ennahdha font le salut à quatre doigts en signe de solidarité avec leurs frères égyptiens.

un collectif d’avocats tunisiens accusait sept hauts responsables du ministère de l’Intérieur de complicité dans l’assassinat de l’opposant communiste Chokri Belaïd, et nombre de Tunisiens laïques ont prêté au gouvernement dominé par Ennahdha une complaisance, voire une connivence avec les auteurs salafistes de multiples agressions. POLICÉS. Un idéologue phare de la mouvance frériste,

l’Égyptien Saïd Qotb, exécuté en 1966, prônait le recours à l’excommunication (takfirisme) et à la violence contre l’impie rétif à la conversion. Et, après avoir rappelé que, selon l’aveu fait en 2012 par Ayman al-Zawahiri, le numéro un d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden avait fait partie de la confrérie, ses détracteurs ne manquent pas de rapporter que la plupart des membres du « bureau de la guidance », l’organe central du mouvement, sont des qotbistes qui cacheraient leurs convictions jihadistes sous des dehors plus policés. Ladissimulationestunautredesnombreuxreproches faits aux Frères: dissimulation de visées transnationales malgré des discours patriotes; dissimulation d’un projet de dictature de la charia derrière une façade démocratique ; dissimulation d’un « appareil secret » chargé Longtemps condamnés à de noires besognes ; dissimulation, enfin, de liens la clandestinité, ils en ont des groupuscules ou gardé la culture du secret. avec des individus clairement terroristes… De quoi alimenter les accusations de complots fomentés par les Frères… Accusations auxquelles les observateurs les moins « frérosceptiques » répondent en soulignant que la clandestinité à laquelle a été condamnée la confrérie, dès l’origine, a imposé à ses membres la culture du secret. Et les Frères, à leur tour, de voir dans les persécutions qui les visent toutes sortes de complots. Un cycle paranoïaque qui n’augure pas d’une proche et franche réconciliation entre compatriotes ennemis, du Golfe jusqu’à l’océan Atlantique. l JEUNE AFRIQUE


La grande débâcle PORTRAIT

Qaradawi l’indésirable Vedette d’Al-Jazira, le télécoraniste égyptien a longtemps été le meilleur porte-voix des Frères. Mais ses positions tranchées commencent à agacer le Qatar, où il a trouvé refuge en 1970.

E

diplomatique entre les deux voisins. autorité est de plus en plus contestée et Anwar Gargash, le ministre émirati des son influence régresse. Il pourrait bien Affaires étrangères, a illico convoqué devenir encombrant pour le Qatar », anaFares al-Nuaimi, l’ambassadeur du Qatar, lyse Yves Gonzalez-Quijano, chercheur tandis qu’Abdullatif Ibn Rashid al-Zayani, au Groupe de recherches et d’études le secrétaire général du Conseil de coosur la Méditerranée et le Moyen-Orient pération du Golfe, est (Gremmo, à Lyon). Les monté au créneau pour tranchées du « C’est un excellent positions dénoncer « de fausses « global mufti », en cour accusations qui servent prêcheur, mais qui auprès de l’émir-père les ennemis de la nation Hamad Ibn Khalifa devient gâteux. » Al Thani, commenceislamique ». raient en effet à déranENCOMBRANT. Passé quatre fois par la ger – sinon à agacer – son successeur, le case prison en Égypte, proche des Frères jeune Tamim Ibn Hamad. musulmans dont il épouse les idées et Longtemps considéré par Doha les luttes, Qaradawi s’est davantage comme un outil du soft power, Qaradawi illustré, ces dernières années, par des a été sollicité pour servir la diplomatie prêches douteux – notamment antisédu Qatar : pour réchauffer les relations mites, antichiites ou anti-impérialistes – avec l’Algérie et œuvrer à la réconciliaque par ses réflexions théologiques lors tion nationale avec les islamistes, pour de son émission, La charia et la vie. appeler à la mort de Kaddafi sur Al-Jazira « C’est un excellent prêcheur, mais qui pendant la guerre, pour soutenir la rébeldevient un peu gâteux, si je puis dire. Son lion islamiste en Syrie et convaincre la Jabhat al-Nosra de renoncer au label q Jadis coqueluche de Doha, il est aujourd’hui passé de mode. Al-Qaïda… Ces dernières années, il a porté à sa manière des messages, donné le ton et transposé la doctrine diplomatique qatarie à sa large audience. Mais les temps ont changé : Khaled al-Attiyah, le ministre des Affaires étrangères, a récemment souligné que les positions du religieux ne traduisaient pas la politique étrangère de l’émirat.

ntre Abou Dhabi et Doha, la tension est montée d’un cran. Au cœur de la discorde : l’Égypte. Si le Qatar soutient mordicus les Frères musulmans du Caire et d’ailleurs, les Émirats arabes unis, en harmonie avec l’Arabie saoudite, appuient le gouvernement intérimaire formé par le maréchal Abdel Fattah al-Sissi. Une position inacceptable pour le cheikh Youssef alQaradawi, prédicateur sunnite d’origine égyptienne et Frère revendiqué, exilé au Qatar depuis 1970, qui officie chaque vendredi sur Al-Jazira. Le 24 janvier, le télécoraniste de 87 ans a donc décidé de frapper un grand coup. Lors d’un prêche à la mosquée de Doha sur les événements en cours en Égypte, Qaradawi a jeté l’anathème sur les Émirats. Leur faute selon lui : faire entrave à une gouvernance islamique. Retransmise à la télévision qatarie une semaine plus tard, cette « provocation » a déclenché une nouvelle crise

KHALIL HAMRA/AP/SIPA

EXPULSION. Interdit au Royaume-Uni et

JEUNE AFRIQUE

aux États-Unis, indésirable en France, où l’ancien président Nicolas Sarkozy avait refusé qu’il assiste à la 29e Rencontre annuelle des musulmans de France, en avril 2012, Qaradawi semble passé de mode. Le 18 février 2011, le télécoraniste était retourné au Caire, pour la première fois, afin de diriger la prière sur la place Al-Tahrir. Il revendique une part de paternité, souvent moquée, des mouvements de contestation qui ont à la fois renforcé les Frères musulmans et démontré leur incapacité à gouverner. Aujourd’hui, le régime militaire égyptien demande son expulsion du Qatar. l JOAN TILOUINE N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

29


Afrique subsaharienne

CÔTE D’IVOIRE

Ouattara

et les ambitieux À moins de deux ans de la présidentielle, les appétits s’éveillent. Même le PDCI, pourtant allié du parti au pouvoir, envisage de désigner son propre candidat. Un scénario que le chef de l’État s’emploie à éviter.

CHRISTOPHE BOISBOUVIER

scission à l’intérieur du PDCI. « C’est l’enfant qui devrait revenir dans le ventre de la mère, et non ui sera face à Alassane Ouattara, le l’inverse », maugrée un nostalgique de l’ex-parti candidat du Rassemblement des unique. Ensuite, lors du congrès d’octobre 2013, les républicains (RDR), lors de l’élecmilitants se sont largement prononcés en faveur d’un candidat PDCI en 2015. Henri Konan Bédié, tionprésidentielleprévueaudernier le président réélu, soucieux de préserver de bons trimestre de 2015? Il s’agit là d’une rapports avec Alassane Ouattara, est notoirement équation à deux inconnues. Deux, hostile à un tel scénario. Néanmoins, dans son comme les autres partis qui dominent la politique ivoirienne depuis vingt ans: le Parti démocratique discours de clôture du 6 octobre 2013, face à un public surchauffé, il a dû se résoudre à déclarer : deCôted’Ivoire(PDCI)et le Frontpopulaireivoirien « Il est évident qu’en tant que parti politique nous (FPI).Sicesdeuxformationsprésententuncandidat, ne pouvons pas ne pas avoir de candidat. » Depuis il y aura nécessairement un second tour, comme en novembre 2010. Or Alassane Ouattara quatre mois, le PDCI fait monter les Pourquoi ne enchères. n’en veut pas. Et il ne s’en cache pas: À quelles conditions la base du plus « Je serais très heureux d’une candipas confier vieux parti de Côte d’Ivoire pourradature du RHDP [le Rassemblement à Bédié un t-elle se résigner à soutenir le candideshouphouétistespourladémocratie poste dat Ouattara dès le premier tour ? En et la paix, l’alliance PDCI-RDR] pour décembre 2013, Emmanuel Niamien soutenir l’action du gouvernement. » de viceNgoran – l’homme qui a organisé le Pourquoi cette stratégie ? Dans un président, congrès pro-Bédié qui s’est déroulé duel de second tour avec le PDCI, le créé pour en octobre 2013 – a lancé l’idée d’un président sortant sait que son adverticket. En 2015, Ouattara se présentesaire pourrait bénéficier du vote du l’occasion ? rait aux côtés d’un candidat PDCI à la FPI. Pour lui, ce scrutin représenterait vice-présidence. « Un poste de vice-président pour un véritable risque. À Abidjan, depuis quelques tempérer le pouvoir présidentiel est nécessaire », semaines, un titre barre la couverture des journaux a précisé l’ancien ministre de l’Économie et des pro-Ouattara: « RHDP, candidature unique. » Finances. Qui pourrait être ce candidat PDCI ? Le PDCI est-il d’accord pour renoncer à 2015 ? « Depuis qu’il est au Palais, Ouattara considère Pas sûr. D’abord il y a les anciens du parti qui se Bédié comme son mentor, son grand frère, chez l l l souviennent que le RDR est né, en 1994, d’une

Q

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

KAMBOU SIA/AFP

30


t À l’aéroport d’Abidjan, en août 2012.


Afrique subsaharienne qui il se rend régulièrement pour recevoir des conseils. Il ferait bien l’affaire », estime un familier des deux hommes. « Depuis 2011, Bédié est traité comme un prince. Il a l’avion de Ouattara quand il veut. Ce poste honorifique lui irait très bien », ajoute l’un de ses anciens compagnons de route. lll

DAUPHIN. Deux problèmes demeurent cepen-

dant. D’abord, cela impliquerait de réformer la Constitution. « C’est très gênant de toucher à la loi fondamentale pour régler des petits problèmes internes au RHDP », juge Mamadou Koulibaly, l’ancien président de l’Assemblée nationale et aujourd’huiprésidentdeLibertéetDémocratiepour la République (Lider). « S’il était inacceptable en 2000 de toucher à la Constitution pour qu’Alassane Ouattara puisse être candidat, il serait absurde aujourd’hui de le faire pour qu’il reste au pouvoir. » Ensuite, Guillaume Soro, le président actuel de l’Assemblée nationale, perdrait son poste de dauphin constitutionnel au profit du nouveau vice-président. Or Soro tient beaucoup à cette prérogative. « En mars 2012, il n’a pas quitté la primature de gaieté de cœur », se souvient l’un de ses proches. « Il a pris le perchoir seulement parce que Ouattara lui a fait valoir qu’il deviendrait son dauphin. » Autrement dit, le président ivoirien ne peut pas engager cette réforme à la légère. Mais Bédié semble y tenir. Le 30 janvier, à la surprise de beaucoupd’Ivoiriens,ilareçuPascalAffiN’Guessan,

KAMBOU SIA/AFP

32

p L’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, au siège du FPI, en août 2013.

le président du FPI,à son domicile. Oubliée l’époque où Affi N’Guessan le traitait de « pneu rechapé ». À la sortie de leur entretien, Bédié raccompagnait son hôte en le tenant par la main. Manière amicale d’exercer une pression sur ses partenaires du RDR… Le PDCI se contenterait-il de ce poste de vice-président? Si Henri Konan Bédié donne son accord, a priori, oui. Sa très large victoire au congrès d’octobre montre qu’il tient ses troupes. Mais ce serait compter sans Charles Konan Banny. L’ancien Premier ministre,quineveutpasde«partigodillot»,pourrait ruer dans les brancards. Pour le museler, le président Ouattara a renouvelé son mandat à la tête

Les absents ont toujours tort Officiellement, tout le FPI lui est fidèle. Mais en réalité, Laurent Gbagbo, reclus à La Haye, perd peu à peu de son influence sur son parti.

I

l n’y aura sans doute pas de match retour entre le président Ouattara et son prédécesseur Laurent Gbagbo en2015.D’abordparcequel’horizon judiciaire n’est pas près de s’éclaircir pour l’ancien chef de l’État ivoirien, incarcéré depuis novembre 2011 à la prison de Scheveningen, à la Haye. Tirant les enseignements de son échec du 3 juin 2013, le bureau du procureur de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, a fortifié le dossier d’accusations de « crimes de guerre et de crimes contre l’humanité » portéescontrel’ancienprésidentduFront populaire ivoirien (FPI). L’équipe formée à Abidjan autour de Marcel AmonTanoh, directeur de cabinet du président Ouattara, a aidé les enquêteurs à réunir de nouvelles preuves matérielles, à obtenir de nouveaux témoignages – y compris

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

ceux de militaires directement impliqués – et à filmer de nouvelles scènes de crimes. Un travail qui aurait considérablement enrichi le dossier déposé le 13 janvier par le bureau du procureur devant la Chambre préliminaire. Deux des avocats de l’État, Jean-Paul Benoît et Jean-Pierre Mignard, affichaient ces derniers jours une certaine assurance. « C’est du 60 % pour nous, contre 40 % pour nos adversaires », confiait l’un d’eux. STATURE. Dans le camp de l’ancien chef

de l’État, on affiche un avis totalement contraire. « Il n’y a aucun élément nouveau. L’accusation, affirme un proche de la défense, a ajouté du nombre mais pas de la qualité. » Un des récents visiteurs de Gbagbo raconte, quant à lui, que son moral n’a jamais été aussi haut. Reste que

le calendrier judiciaire ne plaide pas en sa faveur. La chambre préliminaire ne se réunira qu’en mars ou au début d’avril pour examiner les nouvelles charges. Elle rendra alors sa décision au plus tôt à la mi-mai. Ensuite, quel que soit le jugement, il y aura un appel, soit de l’ancien président soit du bureau du procureur, qui ne pourra pas être examiné avant octobre. Etmêmes’ilfranchissaitl’obstaclejudiciaire, Gbagbo ne retrouvera plus au FPI la stature du grand commandeur qui fut la sienne. La ligne du « tout pour Gbagbo et rien sans lui », tenue notamment par AboudramaneSangaréetLaurentAkoun, respectivement premier vice-président et secrétaire général du FPI, a perdu du terrain. Si elle a obtenu le boycott des législatives de décembre 2011, des JEUNE AFRIQUE


Ouattara et les ambitieux de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) jusqu’au 28 septembre prochain. Banny est-il prêt à se lancer dans l’aventure d’une candidature indépendante? Il risque d’être broyé par la machine PDCI. Mais il peut aussi s’attirer le soutien de Kouadio Konan Bertin (KKB), l’un des rivaux malheureux de Bédié au congrès d’octobre, et de tous les orphelins d’une candidature PDCI. Banny consulte. Ce 6 février, il a reçu Affi N’Guessan pendant deux longues heures. Une première. Il a encore le temps de voir venir. GESTE. PDCI, FPI… Dans cette équation à deux

inconnues, la seconde n’est pas la moins compliquée. Bien malin qui peut dire aujourd’hui si le parti de Laurent Gbagbo présentera quelqu’un. Du point de vue d’Alassane Ouattara, un candidat FPI serait le bienvenu. « En l’absence d’un candidat PDCI, Ouattara partirait favori. Et la présence d’un candidat FPI validerait sa réélection aux yeux de tous », souffle l’un de ses conseillers. C’est sans doute la raison pour laquelle le président ivoirien multiplie les gestes à l’égard de ses adversaires. Depuis le début de l’année, une soixantaine de détenus pro-Gbagbo, civils et militaires, ont été mis en liberté provisoire. Le 17 janvier, Marcel Gossio, ancien directeur du Port d’Abidjan et ex-financier du régime Gbagbo, a pu rentrer en Côte d’Ivoire après trois ans d’exil au Maroc. Déjà, à la fin de l’annéedernière,plusieursdizainesd’exilésmilitaires

Et si Charles Konan Banny ruait dans les brancards ?

et paramilitaires pro-Gbagbo étaient revenus en échange de la promesse d’être réintégrés et de ne pas être poursuivis. Mais il n’est pas sûr que ces gestes suffiront. Si la voix d’Affi N’Guessan prévalait, beaucoup pensent que le FPI irait à l’élection. Tournées en province, création d’un « Front uni de l’opposition » avec d’autres partis… Depuis qu’il a été libéré, en août 2013, l’ancien prisonnier de Bouna donne tous les signes d’un homme qui a envie de défendre les couleurs de son parti. Mais le président du FPI ne peut rien faire sans le feu vert de Laurent Gbagbo. S’il n’est pas libéré par la Cour pénale internationale, que décidera le prisonnier de La Haye ? « Il aura intérêt à boycotter 2015 pour essayer de rendre l’élection de Ouattara aussi “calamiteuse” que la sienne en 2000 », pronostique un familier du Palais. « Pour lui, ce sera la seule façon de continuer d’exister et de faire pression pour sa libération. » D’autres pensent que le FPI, déjà absent des dernières législatives, aurait beaucoup à perdre en cas de boycott. Réflexion d’un connaisseur, Mamadou Koulibaly – qui ne cache pas son intention d’être candidat pour Lider: « Quand j’ai dit que la libération de Laurent Gbagbo n’était pas la priorité, j’ai été viré du FPI. Quand Miaka Oureto [ex-président par intérim du FPI] et Affi N’Guessan l’ont dit, ils n’ont pas été virés. Personnellement, je ne regrette rien. Je fais mon chemin. Mais c’est le signe d’une évolution au sein du parti. » l

DÉTENTE. Les tenants de cette thèse

MICHAEL KOOREN/AP/SIPA

t À la Cour pénale internationale, le 19 février 2013.

municipales et des régionales de 2013, elle n’a pas pu empêcher l’ouverture des négociations directes entre le FPI et le pouvoir. Que s’est-il alors passé pour que le camp des pragmatiques, emmené par l’ancien Premier ministre Affi N’Guessan, JEUNE AFRIQUE

reprenne le dessus? Officiellement, tout le monde dit rester fidèle au « présidentfondateur » du parti. Mais en coulisses, de nombreuses personnalités estiment qu’on ne peut réduire le combat politique à la seule libération de Gbagbo.

ont trouvé un allié inattendu : le président Ouattara. La ligne Affi N’Guessan a été confortée par la libération, le 5 août 2013, d’une quinzaine de personnalités de premier plan du camp, parmi lesquelles l’ancien Premier ministre lui-même. Le transfert à Abidjan des militaires proches de l’ancien président détenus dans le nord du pays et le retour des exilés n’ont fait que renforcer le climat de détente. Il reste toutefois à savoir ce qu’il en est de la participation du FPI aux prochaines échéances électorales, à commencer par la présidentielle de 2015. Ce point devrait être débattu lors des prochaines instances du parti, assises nationales ou congrès, prévues en 2014. Mais que pense Gbagbo, depuis sa cellule, de cette évolution ? « Il est au courant de tout. Il suit l’actualité de la Côte d’Ivoire et du parti. Il n’a aucune récrimination contre la façon dont les choses évoluent », jure un proche de retour d’une visite à La Haye. l SEIDIK ABBA N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

33


Afrique subsaharienne GABON

Ping sort du bois Cela ne fait plus aucun doute : le divorce entre le pouvoir et l’ancien patron de la Commission de l’Union africaine est consommé. En s’affichant aux côtés de l’aile dure de l’opposition, ce dernier semble clairement afficher ses ambitions présidentielles.

L

e 1er février, une phrase prononcée par Jean Ping a provoqué un coup de tonnerre dans le ciel tranquille de Libreville : « Il est clair que je n’ai plus rien à voir, absolument plus rien à voir, avec les autorités en place », a déclaré l’ancien président de la Commission de l’Union africaine (UA). À 71 ans, après avoir passé une bonne partie de sa vie au sein de la haute administration et du gouvernement de son pays, Ping a officialisé sa rupture avec le régime. Un tournant que ses proches pressentaient depuis des mois. Certes, il y a une impression de déjàvu dans cette brouille entre l’un des poids lourds du régime d’Omar Bongo Ondimba (OBO) et Ali Bongo Ondimba (ABO), son fils et successeur. En 2010, plusieurs ténors du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) en avaient claqué la porte pour créer un parti d’opposition, l’Union nationale (UN). Cette fois-ci, il s’agit de Ping, un proche de la famille présidentielle. Dans ce petit pays où affaires publiques et liens familiaux sont enchevêtrés, la révolte de Ping est un événement : il est le père des enfants de Pascaline Bongo Ondimba, fille préférée d’OBO, dont elle fut la puissante directrice de cabinet. Il est aussi l’un des Gabonais les plus connus à l’étranger – il a été ministre d’État chargé des Affaires étrangères pendant neuf ans avant de diriger la Commission de l’UA pendant plus de quatre ans. De quoi lui donner un beau carnet d’adresses et l’entregent nécessaire à une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2016… En revanche, il semble peu probable que son poids politique au Gabon soit équivalent à son relationnel international. Il doit beaucoup à OBO, presque tout, et s’est éloigné du pays depuis maintenant longtemps. Depuis sa déclaration, ses soutiens et ses détracteurs s’écharpent sur les réseaux sociaux. Les premiers y voient un ralliement à l’opposition, voire l’annonce d’une candidature: « Son silence devenait assourdissant. J’espère qu’il est en route N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

AFP IMAGEFORUM

34

p Il a été ministre d’État chargé des Affaires étrangères pendant neuf ans.

pour 2016. » Les seconds se répandent en commentaires fielleux : « Comment lui, qui fut directeur de cabinet d’OBO, ministre dans plusieurs départements ministériels, peut-il mordre le sein qui l’a nourri ? » La présidence, quant à elle, y a vu le coming out d’un futur candidat et n’a pas tardé à réagir, par la voix d’Alain-Claude Bilie bi Nze, son porte-parole. « Nous constatons que M. Ping s’allie avec des gens avec qui il n’a strictement rien à voir. Il fait partie de ces personnalités qui, après avoir été au pouvoir au Gabon, après y avoir tout obtenu, pensent aujourd’hui que leur heure de gloire serait arrivée »,

a-t-il déclaré. Joint au téléphone, Faustin Boukoubi, le secrétaire général du PDG prône l’apaisement: « Le parti reste ouvert à toute discussion constructive. » COURSE. Invité à s’expliquer devant la

presse, l’intéressé a éludé la question de son éventuelle candidature. Pourtant, plusieurs indices laissent croire qu’il pourrait bien être au départ de la course au Palais du bord de mer. Tout d’abord, le cadre choisi pour annoncer sa rupture avec le PDG : en acceptant l’invitation des « souverainistes », courant né au sein de l’UN, Ping savait qu’il s’afficherait aux côtés des adversaires les plus résolus du JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne régime. En effet, les « souverainistes » incarnent l’aile dure de l’UN, aujourd’hui dissoute, et rassemblent notamment d’anciens ministres du gouvernement « alternatif » d’André Mba Obame. En 2011, contestant l’élection d’ABO, Mba Obame prête serment et constitue son propre gouvernement, avant de prendre ses quartiers pendant un mois dans les bureaux d’un organisme onusien. Dès lors, ses « ministres », alors fonctionnaires, ne perçoivent plus de salaire et se radicalisent davantage contre le pouvoir officiel. Le groupe est cornaqué par John Nambo, un enseignant de l’université Omar-Bongo de Libreville, qui fut aussi directeur général de l’administration du territoire au ministère de l’Intérieur à l’époque où Mba Obame en détenait le portefeuille. Lorsque ce dernier se déclare candidat à la présidence, Nambo, agrégé de droit à l’université Paris-I PanthéonSorbonne, devient l’une des éminences grises de l’équipe. Cousin germain de Ping, Nambo a grandement facilité les contacts de celui-ci avec le groupe.

Le fossé entre les deux hommes se creuse davantage après la défaite du candidat Ping face à Nkosazana Dlamini-Zuma. À un an de la fin du mandat de Ping à la tête de l’UA, ABO veut savoir s’il a l’intention de rempiler. « Je ne sais pas si je dois me représenter. Kaddafi [alors président en exercice]

FOSSÉ. La rupture entre Ping et ABO s’amorce en 2009. ABO soupçonne l’excompagnon de sa sœur d’avoir voulu se présenter contre lui. La preuve ? L’entourage présidentiel affirme que Ping a recherché des soutiens en France, qu’il a actionné ses réseaux, notamment auprès de personnalités françaises hostiles au régime gabonais, comme Michel de Bonnecorse, l’ancien conseiller pour les affaires africaines du président Jacques Chirac… « Comment aurais-je pu quitter l’UA en cours de mandat ? se défend Ping. Les Africains ne l’auraient pas compris ! »

2008-2012 Ping élu à la tête de la Commission de l’Union africaine

tente une réélection. Vexé de ne pas avoir été le premier informé, ABO s’en plaint lors d’un Conseil des ministres. Monté en épingle par des intrigues de cour et exacerbé par des susceptibilités de toutes sortes, ce malentendu sera difficile à dissiper. CABINET D’AFFAIRES. Le pouvoir a-t-il

Dates clés 1999-2008 Jean Ping occupe le poste de ministre des Affaires étrangères du Gabon 2004-2005 Il préside l’Assemblée générale des Nations unies 2009 Décès à Barcelone d’Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 1967 2009 Élection d’Ali Bongo Ondimba, alors ministre de la Défense, à la présidence de la République

2016 Élection présidentielle

me déteste, il fera tout pour me voir perdre », répond Ping. ABO insiste : « On va convaincre l’Afrique australe de voter pour toi. » Quelques mois plus tard, incité par Mélès Zenawi, le Premier ministre éthiopien, qui l’assure de son soutien face au « Guide » libyen, Ping

entravé la réélection de Ping à la tête de la Commission de l’UA ? Non, dément le Palais, qui lui reproche d’être mauvais perdant. Le gouvernement aurait apporté un soutien « franc et sincère » à son candidat. Mais Ping est convaincu du contraire. « Après ma défaite, je suis rentré au Gabon avec l’intention de m’installer tranquillement dans mon village, sans gêner personne. Je ne voulais plus faire de politique. J’estimais avoir déjà beaucoup donné à mon pays et à mon continent. » Avec ses deux fils, il crée un cabinet d’affaires, Ping&Ping Consulting, qui conseille les investisseurs étrangers désireux de s’implanter en Afrique. L’idée est globalement bien accueillie, mais passe mal dans son pays. « On a tout fait pour que je ne travaille pas avec le Gabon. On a même suggéré à mes enfants de s’exiler ! » se plaint-il. Soupçonnant la dégradation de ses relations avec le pouvoir, des opposants ont cherché à le convaincre de revenir dans le jeu politique. Fin janvier, ce fut au tour des activistes de la diaspora d’accentuer la pression. Car à deux ans de la présidentielle et en l’absence d’André Mba Obame – il serait hospitalisé en Tunisie –, l’opposition se cherche un nouveau candidat. Beaucoup croient l’avoir déjà trouvé en Ping. Ce dernier franchira-t-il le Rubicon ? ● GEORGES DOUGUELI

Retrouvez chaque lundi Jeune Afrique

sur votre iPad! Pour y accéder, TÉLÉCHARGEZ l’application Zinio sur l’AppStore.

35


Afrique subsaharienne POLITIQUE-FICTION

Mon cher Kwame Nkrumah

VINCENT FOURNIER/J.A.

36

Dans un e-mail au père ghanéen du panafricanisme, décédé en 1972, Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine, imagine à quoi pourrait ressembler le continent en 2063. Nouveau message Date : 24 janvier 2063 À : kwame@imafrican.com De : nkosazana@condefafrica.gov Objet : Unité africaine

Mon cher ami Kwame, Salutations à ta famille, à tes amis, et meilleurs vœux pour 2063. Je t’écris depuis la belle ville éthiopienne de Bahar Dar, sur le lac Tana, alors que nous achevons les préparatifs pour les célébrations du centenaire de l’Organisation de l’unité africaine, devenue l’Union africaine en 2002 et qui a posé les fondations de ce qui est maintenant la Confédération des États africains. Oui, qui aurait cru que ton rêve et celui de ta génération, lorsque tu appelas, en 1963, les Africains à s’unir ou périr, deviendrait un jour réalité? Et quelle formidable réalité ! L’Afrique est maintenant la troisième économie du monde. Mon cher ami, dans ton dernier e-mail, tu m’as rappelé que certains magazines nous appelaient autrefois le « continent sans espoir », comme si les conflits, la faim et la malnutrition, les maladies et la pauvreté étaient un état permanent pour l’Afrique. Peu ont cru en notre engagement de faire taire les armes avant 2020. Mais grâce à notre expérience directe des conflits, nous avons pu régler leurs causes profondes, avec l’acceptation de la diversité et la gestion concertée des ressources. Dès le début, les diasporas ont joué leur rôle avec leurs investissements. Leurs membres sont revenus sur le continent avec leurs compétences, non seulement pour aider leur pays d’origine, mais aussi parce que c’était là que se trouvaient les besoins et les opportunités. J’aimerais te donner des nouvelles de la famille. Après avoir fini leurs études spatiales à l’université de Bahar Dar, les jumeaux ont décidé de parcourir le continent pendant un mois avant de commencer à travailler à l’Agence spatiale africaine. Mon vieil ami, à notre époque, cela aurait été impossible dans un délai si court ! Grâce au Train express africain qui relie désormais les capitales de nos anciens États, ils vont pouvoir sillonner le continent et découvrir sa beauté, ses cultures et la diversité du berceau de l’humanité. Le plus impressionnant dans ce Train express africain, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de lignes à grande vitesse, mais qu’ont été aussi construites, à ses côtés, des autoroutes, des pipelines pour le gaz, le pétrole et l’eau, ainsi que des lignes internet à haut débit : la propriété, la planification et l’exécution africaine dans ce qu’elles ont de meilleur ! Notre fille aînée, la linguiste, donne toujours des cours de kiswahili au siège de l’Université virtuelle panafricaine au Cap-Vert. Le kiswahili est maintenant une grande langue africaine de travail et une langue mondiale enseignée dans la plupart des facultés dans le monde. Nos petits-enfants se moquent du temps où nous nous débattions difficilement avec les traductions en anglais, en français et en portugais et que nous bataillions quand les traductions anglaises n’étaient pas conformes aux textes en français et en arabe ! Te souviens-tu de nos plaintes quand nous n’étions pas entendus dans les négociations sur le commerce et au Conseil de sécurité de l’ONU ? Te souviens-tu que nous étions parfois désorganisés, divisés et nationalistes dans ces forums ? Que nous étions convoqués par divers pays étrangers dans leur capitale pour discuter de leur politique africaine ? Que les choses ont changé ! L’année dernière, la Confédération a célébré les vingt ans de son siège permanent au Conseil de sécurité, et nous sommes une puissance majeure pour la stabilité, la paix, les droits de l’homme, le progrès, la tolérance et la justice dans le monde. À la prochaine, Nkosazana Envoyer

A

N 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014 O

JEUNE AFRIQUE


Coulisses

Afrique subsaharienne

NIGERIA

t Rebelles du M23, à Goma, le 1er décembre 2013.

Bad luck, Goodluck!

L

JEROME DELAY/AP/SIPA

Les membres du parti au pouvoir démissionnent les uns après les autres. Objectif : empêcher la réélection du président sortant.

hémorragie se poursuit dans les rangs du Parti démocratique du peuple (PDP, au pouvoir). Un de ses membres les plus éminents, Atiku Abubakar, vice-président d’Olusegun Obasanjo de 1999 à 2007, a démissionné le 2 février pour rejoindre le All Progressive Congress (APC, opposition). Comme lui, 11 sénateurs ont également annoncé leur ralliement à ce parti. Les dirigeants de l’APC ont appelé les nouveaux ralliés à bloquer toutes les initiatives parlementaires du pouvoir, y compris la loi de finances 2014. Le départ d’Atiku est un coup dur pour le parti au pouvoir. Mais la rivalité entre l’ancien vice-président et le président, Goodluck Jonathan, ne date pas d’hier.

37

RD CONGO L’AMNISTIE DE LA DISCORDE Voilà qui est tout à fait inhabituel : une loi d’amnistie générale met les associations de défense des droits de l’homme vent debout. Initialement votée le 4 février par les députés congolais, elle devait bénéficier uniquement aux rebelles du M23, en application de l’accord de cessez-le-feu qu’ils avaient signé le 12 décembre 2013, à Nairobi. Mais après de longues journées de discussions, les parlementaires ont élargi le champ d’application du nouveau texte à tous « les faits insurrectionnels, les faits de guerre et les infractions politiques » commis entre le 18 février 2006 (date de la nouvelle Constitution) et le 20 décembre 2013 (fin de l’ultimatum pour déposer les armes). Finalement, à qui ce texte profite-t-il ? Chacun y va de sa lecture. L’opposition considère que l’amnistie doit bénéficier aux « prisonniers politiques », qu’elle estime à 70. Certaines ONG plaident pour qu’elle soit élargie aux personnes condamnées pour l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier 2001. En définitive, la loi ne satisfait personne. l S.A.

CADENCE. Tout commence lorsque

Atiku, richissime homme d’affaires musulman originaire du Nord, quitte le PDP en 2010. La raison ? Jonathan, alors vice-président d’Umaru Yar’Adua – le président nordiste décédé en cours de mandat –, assure l’intérim et décide de briguer la présidence, au mépris du principe non écrit de l’alternance entre le Nord et le Sud à la tête de l’État fédéral. Revenu à de meilleurs sentiments, Atiku réintègre finalement le parti, convaincu que Jonathan ne fera qu’un seul mandat. Problème : l’actuel chef de l’État ne manifeste aucune envie de quitter le pouvoir, même s’il s’est bien gardé jusqu’ici de dévoiler ses intentions. Au fur et à mesure que l’échéance électorale se rapproche, la cadence des démissions au sein du parti s’accélère. Tous les partants n’ont qu’un seul objectif : barrer la route à une éventuelle réélection de Goodluck Jonathan. En rejoignant l’APC, Atiku espère obtenir l’investiture de l’opposition à la prochaine présidentielle prévue mi-2015. Y parviendra-t-il ? l GEORGES DOUGUELI JEUNE AFRIQUE

ENVIRONNEMENT IVOIRE ET TOUR EIFFEL Trois tonnes d’ivoire de contrebande saisies en France entre 1987 et 2007 ont été brûlées le 6 février au pied de la tour Eiffel, à Paris, afin de sensibiliser l’opinion aux ravages du braconnage et du trafic illicite d’éléphants. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), près de 300 éléphants ont été tués au Cameroun durant l’année 2012 et 89 autres ont été abattus en une nuit fin janvier 2014 à Gamba, dans le sud du Tchad. BURKINA FASO LE MÉDIATEUR ENTRE EN PISTE L’ancien chef de l’État burkinabè Jean-Baptiste Ouédraogo s’est prononcé le 5 février, à Ouagadougou, contre la modification de l’article 37, portant sur la limitation du nombre des mandats. Il s’est

également dit favorable à la création d’un Sénat, à condition que celle-ci fasse l’objet d’une concertation entre le pouvoir et l’opposition. Célèbre opposant au président Blaise Compaoré, Me Bénéwendé Sankara a jugé ce compromis acceptable. Le pouvoir n’a pas encore réagi. CAMEROUN EXCISION : TOLÉRANCE ZÉRO La ministre camerounaise de la Promotion de la femme et de la famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, a annoncé le 6 février une révision du code pénal. Objectif : alourdir les peines encourues pour les infractions liées aux mutilations génitales. Jusqu’à 20 % des filles dans l’extrême nord et dans le sud du Cameroun sont concernées. Plusieurs autres pays du continent tentent d’éradiquer ce fléau en associant la répression à la sensibilisation des exciseuses. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


38

Afrique subsaharienne

MALI

Un médiateur peut

Au départ, seul le Burkina devait superviser les négociations avec les groupes armés du Nord. Puis Bamako a appelé Alger à la rescousse. Et voilà que Mohammed VI s’en mêle aussi ! Bref, on ne s’entend plus palabrer. RÉMI CARAYOL N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

L

es deux clichés de l’Agence marocaine de presse ont frappé les esprits. Sur le premier, Bilal Ag Acherif etMohammedVIseserrentlamain, souriants. Sur le second, l’air grave, ils prient. Vêtu d’un boubou et d’un turban blancs, les paumes tournées vers le ciel, le secrétaire général du Mouvement national de libération

de l’Azawad (MNLA) est assis en tailleur à la droite du souverain, paré d’une tunique couleur sable. « Que d’honneur pour un rebelle! » s’irrite un diplomate sahélien. En recevant au palais royal de Marrakech, le 31 janvier, le chef de l’aile civile du mouvement irrédentiste touareg, M6 a fait une entrée remarquée dans la danse JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne

AHMED OUOBA/AFP

en cacher deux autres

des médiateurs qui entendent jouer un rôle au Nord-Mali. Au premier temps de cette valse, le Burkina de Blaise Compaoré, que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a nommé médiateur en 2012, était seul en piste. Puis est arrivée l’Algérie, en janvier. « C’est nous qui les avons sollicités », admet JEUNE AFRIQUE

p Le président burkinabè, Blaise Compaoré, avec les leaders touaregs, le 18 juin 2013, à Ouagadougou.

signature au projet de communiCheick Oumar Diarrah, le ministre malien de la Réconciliation et qué final, au motif que le représendu Développement des régions tant du MAA, un groupe traversé du Nord, chargé d’engager les par de fortes divisions (comme le pourparlers. MNLA), n’était pas légitime. « On Voilà plusieurs mois en effet croit rêver ! » s’étrangle un diploqu’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) mate malien. ne veut plus entendre parler de L’Algérie s’est engagée à rassemCompaoré pour régler « sa » crise. bler une nouvelle fois les quatre Le président malien reproche à son groupes dans les prochaines encombrant voisin non seulement semaines. Mais elle a mal pris d’héberger à Ouagadougou plula volte-face d’Ag Acherif. « Les sieurs chefs de la rébellion, mais en Algériens parlent d’une interférence étrangère, française ou burplus d’en être très proche. Quant à l’Algérie, elle est depuis plusieurs kinabè », indique un médiateur. années la médiatrice attitrée des crises C’est le MNLA lui-même maliennes ; et pluqui a sollicité une rencontre sieurs personnes, avec le souverain marocain. dans l’entourage d’IBK , ont leurs entrées dans ce pays – dont son Il faut dire que la France est très fils, Karim Keïta, et le ministre de réservée sur la capacité de l’Algéla Défense, Soumeylou Boubèye rie à faire la paix au Nord-Mali. Il Maïga. faut dire, aussi, que dès le début, le MNLA était réticent à l’idée de se CONTOURS FLOUS. Dès le début, rendre à Alger. Ramtane Lamamra, les choses sont claires: Alger a pour le ministre algérien des Affaires mission d’engager « des discussions étrangères, avait des positions exploratoires » visant à permettre fort peu favorables aux rebelles aux différents groupes armés du lorsqu’il était commissaire à la paix Nord-Mali de s’entendre sur des et à la sécurité de l’Union africaine, revendications communes, mais jusqu’à l’année dernière. Quant aux en aucun cas d’aller plus loin. Pour services de renseignements algéIBK, en effet, il est hors de question riens, qui chapeautent eux aussi les que les négociations aient lieu aildiscussions, ils sont plus proches leurs qu’à Bamako. Mi-janvier, des des Ifoghas – et donc du HCUA – représentants du MNLA, du Haut que du MNLA, qu’ils soupçonnent Conseil pour l’unité de l’Azawad d’être instrumentalisé par la France. (HCUA) – tous deux à forte domiC’est là qu’intervient M6. Selon nante touarègue –, du Mouvement un médiateur de l’ombre, c’est arabe de l’Azawad (MAA) et de la le MNLA qui a sollicité une rengalaxie des milices sédentaires contre avec le souverain. Plusieurs (Ganda Koy et Ganda Izo notamanalystes se disent surpris par ment) se sont donc retrouvés dans cette initiative – jamais le Maroc la capitale algérienne. Le 16, ils ont n’avait mené de médiation avec signéuneplateformecommuneaux les Touaregs – et voient dans le fait contours flous – il y est notamment que le roi ait accepté de recevoir Ag Acherif une volonté de contrequestion du respect de l’intégrité territoriale du Mali. Mais au dernier carrer l’hégémonie de l’Algérie dans moment, le patron du MNLA, Bilal une région où Rabat tente de rasAg Acherif, a refusé d’apposer sa seoir son influence. lll N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

39


40

MAP

recevoir, affirme un collaborateur du président malien. IBK a dit oui, parce qu’il pense qu’il faut encourager toutes les bonnes volontés. Le roi a donc vu Ag Acherif et, selon ce que nous savons, il lui a fait comprendre qu’il n’avait d’autre choix que de négocier. »

Certains y décèlent même la patte du Burkina, qui n’a pas dit son dernier mot. Au lendemain de la signature de la plateforme à Alger, Compaoré a dépêché Djibrill Bassolé, le ministre des Affaires étrangères, auprès d’IBK. Le premier a rappelé que cette crise avait déjà un médiateur. Le second a rétorqué que le Mali ne récusait pas le Burkina mais entendait se réapproprier le dossier. Le Burkina a-t-il tenté de courtcircuiter la médiation algérienne en impliquant le Maroc ? L’axe

lll

Rabat-Ouaga fonctionne bien, et il se trouve que l’un des conseillers de Compaoré, chargé notamment de faire le lien avec les Touaregs, effectue souvent le déplacement au Maroc. Récemment, ce même conseiller (qui n’a pas toujours été en bons termes avec les services algériens) a d’ailleurs reçu Ag Acherif dans sa demeure à Ouagadougou. Pourtant à Bamako, on affirme qu’il n’y a aucun malaise. « Dès qu’il a été sollicité par le MNLA, M6 a appelé IBK pour lui demander s’il devait les

p Le 31 janvier, Bilal Ag Acherif, secrétaire général du MNLA, a été reçu au palais royal de Marrakech par Mohammed VI.

INTERFÉRENCES. M6 et IBK sont en très bons termes, rappelle-t-on au Mali. Il est d’ailleurs prévu que le souverain, qui a déjà passé trois jours à Bamako en septembre, se déplace une nouvelle fois au Mali mi-février – il devrait effectuer la prière du vendredi à Tombouctou. « Il n’y a pas d’embrouille, Alger garde la main sur les discussions exploratoires », assure un diplomate malien, qui a bon espoir que les pourparlers démarrent dans les prochaines semaines. Pour cela, il faudra que les groupes insurrectionnels trouvent enfin un terrain d’entente ; que leur désarmement, exigé par IBK, soit effectif ; et qu’il n’y ait pas de nouvelles interférences dans la médiation. l

INTERVIEW

Romano Prodi « Sans accord avec le Nord, il n’y aura jamais de paix » Mission terminée pour l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahel ! Mais de nombreux chantiers restent à poursuivre, sur les plans sécuritaire et économique, afin d’assurer la stabilité de la région.

E

n octobre 2012, en pleine crise au Nord-Mali, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, avait nommé Romano Prodi envoyé spécial pour le Sahel. Alors que sa mission vient de s’achever, l’Italien, 74 ans, ancien président du Conseil de son pays (1996-1998 et 2006-2008) et ex-président de la Commission européenne (19992004), en fait le bilan pour Jeune Afrique.

JEUNE AFRIQUE : Au terme de votre mission d’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahel, quel est votre diagnostic de la situation dans la région ? N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

ROMANO PRODI : Le secrétaire général de l’ONU m’avait chargé des problèmes de développement, du volet sécuritaire et de l’organisation dessecourshumanitaires.Aprèsl’interventionmilitairefrançaisedejanvier 2013 au Nord-Mali, un pan du volet sécuritaire m’a échappé. Mais je dois reconnaître que la situation auMalis’estconsidérablementaméliorée, même si certaines questions restentensuspens,commelaréconciliation nationale, la décentralisationetlaparticipationdel’ensemble des groupes ethniques à la gestion des affaires publiques. Le principal défi, pour le Mali comme pour les autres pays de la sous-région, reste le terrorisme. Face à cette menace,

accentuée par la situation en Libye, il faut renforcer la coopération sousrégionale,encouragerunemeilleure coordination entre les cinq pays du Sahel [Mali, Burkina, Mauritanie, Niger et Tchad], mais aussi soutenir une plus grande coopération entre eux et le reste du monde. Car la menace terroriste, même si elle part du Sahel, est planétaire. Peut-on envisager un dispositif sous-régional de lutte contre le terrorisme sans y associer l’Algérie?

L’Algérie a bien sûr sa place dans ce dispositif. La coopération avec ce paysmeparaîttotalementacquise,je n’ai pas le moindre doute là-dessus. Ce qui m’inquiète, c’est la Libye, JEUNE AFRIQUE


Un médiateur peut en cacher deux autres

Dans quelle mesure la mauvaise gouvernance a-t-elle précipité la chute de l’État malien au profit des groupes terroristes ?

Je ne nie pas que la mauvaise gouvernance ait pu jouer un rôle dans les événements de 2012. Mais il faut être juste et reconnaître que celle-cineconcernepasqueleMali. Il n’y a qu’à voir la situation en Centrafrique! Le continent a certes accompli d’énormes progrès en matière de gouvernance, comme le montrent les exemples de scrutins libres et transparents organisés ici et là ; mais il faut admettre que des efforts restent à faire dans de nombreux pays. Dans le cas précis du Mali, je considère que le président Ibrahim Boubacar Keïta a donné un signal positif. Il faut l’encourager à poursuivre dans la voie qu’il a tracée, notamment en ouvrant vite les négociations avec les Touaregs. J’espère qu’elles aboutiront à une solution globale et durable. Il n’y a toujours pas de calendrier pour ces négociations, qui étaient censées commencer soixante jours après la désignation du nouveau président. Faut-il s’en inquiéter ?

Ne nous enfermons pas dans des délais trop contraignants. Le plus important, c’est de continuer à travailler pour aller de l’avant. Je fais confiance aux autorités maliennes pour mettre en œuvre les engagements pris. Un État de l’Azawad vous paraîtil viable ?

Je fonde l’espoir d’un accord acceptable entre Bamako et les groupes armés. Car je considère que, sans accord avec le Nord, il n’y aura jamais de paix au Mali. Les acteurs maliens doivent jouer leur partition pour y arriver, mais la communauté internationale doit JEUNE AFRIQUE

aussi les aider à parvenir à une paix définitive.

remédier à cela en recherchant des synergies et en encourageant les États africains à mieux coopérer. Je rappelle que c’est sous ma présidence que la Commission européenne a décidé d’accompagner la volonté de l’Afrique à se doter d’une force de paix et d’assumer ses responsabilités. J’ai soutenu le principe d’une relation forte et systématique entre l’Union africaine et l’Union européenne.

Doit-on associer sécurité et développement pour juguler le terrorisme ?

Oui, il faut absolument lier les deux. Il n’y a pas de développement sans sécurité. Mais il n’y a pas non plus de sécurité sans développement. Prenons le défi du retour des personnes déplacées du fait

La lutte antiterroriste ne doit pas avoir de frontières, car la menace est planétaire. de la guerre : celui-ci s’inscrit à la fois dans les volets sécuritaire et économique. Prenons également la guerre en Libye: elle a provoqué au Sahel des dégâts à la fois économiques et sécuritaires.

Personnellement, quel bilan tirezvous de votre mission d’envoyé spécial ?

L’Union européenne, l’Union africaine, l’ONU… Chaque organisation a son propre envoyé spécial et sa propre stratégie. Cela n’est-il pas préjudiciable à l’efficacité des actions menées au Sahel ?

C’est indiscutable, il y a un déficit de coordination entre les différents intervenants. Nous devons

ZHU LAN - IMAGINECHINA

aveclaquelleceserasansdouteplus difficile. Il faut pourtant continuer les efforts pour inclure cet État dans la boucle de la lutte antiterroriste. Il faut également associer l’Égypte, la Tunisie et d’autres pays. Pour être efficace, la coopération antiterroriste ne doit pas avoir de frontières.

J’ai toujours considéré ce poste comme un contrat à durée déterminée. J’ai aidé les États de la région à élaborer des plans d’action, à identifier les moyens de les mettre en œuvre, à s’engager dans la recherche de financements. Nous avons surtout poussé à la création d’un mécanisme de coordination entre les cinq pays du Sahel. Il s’agit d’une énorme avancée. Nous avons également obtenu le principe de faire superviser les investissements dans la région par la BAD [Banque africaine de développement]. Mais le plus innovant, c’est sans doute la création d’un fonds spécial pour le Sahel, avec des règles inédites voire dérogatoires pour les pays donateurs. Par exemple, si l’Allemagne veut construire quatre hôpitaux ou dix écoles dans une partie du Mali, elle peut le faire directement ; mais si elle préfère verser 200 millions d’euros au fonds, qui réalisera ensuite les projets, elle le peut aussi. Tout cela sous la supervision de la BAD. L’enjeu est d’aller très vite et d’éviter les lourdeurs bureaucratiques face aux urgences. l Propos recueillis par SEIDIK ABBA N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

41


42

Maghreb & Moyen-Orient

ALGÉRIE

Le mois de tous Abdelaziz Bouteflika, qui continue d’entretenir le suspense autour de sa candidature à la présidentielle, a jusqu’au 4 mars pour annoncer sa décision. D’ici là, ses partisans les plus zélés, inquiets pour leur avenir, sont résolus à tout faire pour qu’il rempile. FARID ALILAT

R

arementlesAlgériensaurontconnu un mois de février aussi chaud. À deux mois de l’élection présidentielle du 17 avril, ils assistent, médusés ou amusés, à un affrontement à couteaux tirés entre le camp présidentiel et le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), le puissant secret service dirigé par le général Mohamed Mediène, alias Toufik. Au cœur de cette guerre inédite : la succession d’Abdelaziz Bouteflika, 77 ans le 2 mars, au pouvoir depuis quinze ans. En toile de fond, les rumeurs et les spéculations sur la santé du locataire d’El-Mouradia, le silence de ce dernier sur ses intentions à trois semaines de la clôture du dépôt des dossiers de candidature (mardi 4 mars, à minuit) et l’empressement avec lequel ses zélateurs l’exhortent à briguer un quatrième mandat. Point de débats sur les programmes et les projets politiques des uns et des autres, ni sur les préoccupations des Algériens. Une seule question brûle toutes les lèvres : sera-t-il ou non candidat ? LE DISCOURS DE SÉTIF. Flash-back. La scène se

passe en juillet 2013, dès le retour de Bouteflika en Algérie après quatre-vingts jours d’hospitalisation au Val-de-Grâce, à Paris, pour soigner un AVC, suivis d’une convalescence aux Invalides. Dans sa résidence médicalisée près de Zeralda, à l’ouest d’Alger, le chef de l’État reçoit le général Mediène, tandis que le Premier ministre et le chef d’état-major de l’armée quittaient les lieux. « Je ne me représente pas », aurait-il lâché en substance à celui qui l’avait soutenu lors de son élection de 1999, puis de ses réélections en 2004 et 2009. Pourtant, à ce jour, pas même ses quelques N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

les dangers proches ne connaissent les intentions réelles de l’intéressé. Publiquement, le président n’a jamais fait part de sa volonté de se maintenir au pouvoir. Bien au contraire. Le 8 mai 2012, lors de son fameux discours de Sétif où il appelait ses compatriotes à voter massivement aux législatives, il avait surpris ces derniers en déclarant à deux reprises : « Je l’ai dit et je le répète, le temps de ma génération est révolu. » Et lorsque son auditoire a réclamé un quatrième mandat, Bouteflika l’a interrompu en citant un dicton local : « Aach men aref qadrou » (« Longue vie à celui qui connaît ses limites »). En outre, avant son accident vasculaire, le raïs avait confié à une personnalité algérienne de haut rang sa décision de ne pas aller au-delà d’un troisième mandat.

t Le chef de l’État, en février 2012, à Oran.

FAROUK BATICHE/AFP

BAL DES COURTISANS. Aurait-il donc changé

JEUNE AFRIQUE

d’avis, alors que l’âge, les séquelles de son AVC, ainsi que celles de son ulcère hémorragique de novembre 2005 le handicapent lourdement, au point qu’il ne marche plus et ne s’exprime jamais en public, se contentant de quelques brèves apparitions à la télévision nationale ? Pendant que Bouteflika entretient le suspense, qui pourrait durer trois semaines tout au plus, ses partisans et alliés appellent expressément de leurs vœux, voire exigent ce fameux mandat « de la paix et de la stabilité ». Semaine après semaine, partis politiques, associations, membres de la société civile multiplient motions de soutien, déclarations et initiatives pour forcer la main au chef de l’État, tant et si bien que l’opinion a l’impression d’assister à un concours du meilleur courtisan. Gérés directement par la présidence, les médias publics encensent à longueur de journée les « grandes réalisations de Fakhamat er-raïs [“Son Excellence le président”] » au cours de ses trois mandats. Le bal ne s’arrête pas là. Un responsable « des comités de soutien du président » promet 4 millions de signatures pour le futur candidat. Abdelmadjid Sidi Saïd, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), compare le chef de l’État à Mandela. Le chef d’un microparti, jadis videur de boîte de nuit, annonce sur un plateau télé qu’il votera pour « Bouteflika, mort ou vivant », alors qu’Amara Benyounès, ministre du Développement industriel, jure que N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

43


Maghreb Moyen-Orient Algérie le président « gagnera les élections, et Rabbi kbir [“Dieu est grand”] ». Dans ce défilé de dévots et de zélotes, la palme revient au ministre des Transports, Amar Ghoul, lequel considère, sans rire, que « le président Bouteflika lui-même est un acquis pour l’Algérie, pour nos voisins, pour le monde arabe, l’Afrique et le monde. Il est le garant de la stabilité aux plans national et régional ». Quant au secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Amar Saadani, cornaqué par Saïd Bouteflika, frère cadet du chef de l’État, il fait office de porte-parole, de chargé de mission et de porte-flingue de la présidence. Bien que contesté par une bonne majorité des cadres du FLN, Saadani soutient mordicus que Bouteflika est candidat, qu’il n’a nul besoin de battre campagne et qu’il sera réélu. Sa dernière sortie médiatique, préparée pendant trois jours dans sa résidence de Moretti avec des membres du cercle présidentiel, participe de cette volonté d’imposer ce mandat, quitte à déclarer la guerre au DRS et à son chef, Toufik. Dans une attaque sans précédent et d’une rare violence, Saadani a en effet accusé ces derniers de graves manquements, de négligences, voire de complicité dans l’assassinat du président Boudiaf en 1992, du meurtre du syndicaliste Abdelhak Benhamouda en 1997, de l’exécution des moines de Tibhirine en 1996, des attentats kamikazes d’Alger en 2007 et de la tentative d’attentat contre le chef de l’État à Batna, le 7 septembre 2007.

RYAD KRAMDI

44

p Amar Saadani, secrétaire général du FLN, soutient mordicus que le président va briguer un quatrième mandat.

la reconquête du fauteuil présidentiel. Faut-il du coup dissoudre ce département et envoyer à la retraite le loyal général Mediène ? Saadani, qui confie que « Toufik aurait dû démissionner après ces échecs », le suggère à demi-mot. Bouteflika ira-t-il aux devants des désirs du patron du FLN et de ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre ? Sur le papier, il en a les prérogatives. Mais le ferait-il qu’il déstabiliserait les services secrets, avec le risque de miner l’unité et la cohésion de l’armée. Un coup de force hautement périlleux à deux mois des élections.

FEU SUR LE DRS. Et ce n’est pas tout. Saadani ENJEUX COLOSSAUX. Pour le camp présidentiel,

reproche au DRS de cibler les proches du président par des enquêtes, de monter des dossiers de corruption « dans le but d’empêcher Bouteflika de briguer un nouveau mandat ». Bref, le DRS constituerait l’ultime obstacle qui se dresse devant

CLIMAT DÉLÉTÈRE MÉDIAS PUBLICS exclusivement dévoués au président, interdiction de mener campagne pour les partisans du boycott de la présidentielle, opacité autour de l’état de santé de Bouteflika et de la gestion de sa communication, utilisation de l’argent public par des ministres au service d’un quatrième mandat… Candidats et partis de l’opposition dénoncent un climat délétère et reprochent au camp présidentiel de vouloir faire réélire à tout prix son champion. D’aucuns soupçonnent même les proches du raïs de l’avoir fait N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

hospitaliser au Val-de-Grâce du 13 au 16 janvier dans le seul et unique but d’obtenir un certificat médical, document exigé par le Conseil constitutionnel pour valider toute candidature. Abderrezak Mokri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP, islamiste), qui a opté pour la non-participation, estime de son côté que le maintien du chef de l’État constituerait un danger pour la stabilité et la souveraineté du pays dans la mesure où Bouteflika est « malade, impuissant, absent, et qu’il est l’otage d’un clan ». l F.A.

les enjeux politiques, financiers et personnels sont colossaux. Une reconduction de Bouteflika, même diminué et handicapé, permettrait à ses fidèles, à ses amis, à ses ministres, à ses soutiens de « garder le pouvoir pour les cinquante prochaines années », selon l’expression d’un membre du cercle. En revanche, le retrait de Bouteflika aurait pour eux des conséquences dramatiques. Bien qu’il soit exclu que la fratrie du président fasse l’objet d’une chasse aux sorcières, les hommes d’affaires qui ont profité de leur proximité avec elle pourraient voir se tarir la source des contrats. Outre le fait qu’ils quitteraient le giron du pouvoir, certains ministres, à l’instar d’Amar Ghoul – déjà cité dans le scandale de corruption de l’autoroute est-ouest –, pourraient être inquiétés par la justice. Promoteur patenté du maintien de Bouteflika, Amar Saadani perdrait son poste et risquerait d’avoir à répondre aux convocations des juges pour son rôle supposé dans un scandale financier. On l’aura compris, les thuriféraires de Bouteflika ne surviraient pas à son départ. C’est pourquoi ils ne ménagent pas leurs efforts pour « assurer » ce quatrième mandat. Réponse, au plus tard, le 4 mars à minuit. D’ici là, la température n’est pas près de baisser. l JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient YÉMEN

Ali Abdallah Saleh ou l’ombre d’un despote Pour les autorités de Sanaa, celui qui dirigea le pays d’une main de fer trente-trois années durant, avant d’être poussé à la démission, alimenterait aujourd’hui des foyers de discorde.

J

«

YAHYA ARHAB/EPA/CORBIS

evousdemandepardonpour mes erreurs passées. » C’était la singulière confession, le 22 janvier 2012, de l’unique dictateur démissionnaire du Printemps arabe, Ali Abdallah Saleh, qui faisait ses adieux après un règne de trente-trois ans. Un raïs contrit, mais surtout meurtri par l’attentat qui avait manqué de lui souffler la vie dans la mosquée de son palais, en juin 2011. Mais en fait d’adieu, ce n’était qu’un au revoir. Intégralement amnistié par le Parlement la veille de son départ, il regagnait la capitale, Sanaa, trois semaines plus tard. Depuis, le président à la retraite (72 ans en mars) rédigerait ses Mémoires et aurait abandonné toute ambition politique. Sans doute l’ouvrage rappellera-t-il, comme continue de le faire son site officiel, presidentsaleh.gov.ye, que ce maréchal autoproclamé a été « le fondateur de l’État moderne du Yémen fondé sur la démocratie, le pluralisme politique, la liberté de la presse, le respect des droits de l’homme et la transmission pacifique du pouvoir »… Mais deux ans après l’émouvant mea culpa, l’ombre du dictateur s’alourdit comme une nuée ardente prête à engloutir la frêle transition postrévolutionnaire

du Yémen. Le 25 janvier, les forces politiques yéménites célébraient la clôture de dix mois de dialogue national, prélude à l’élaboration d’une nouvelle Constitution et au remembrement fédéral du pays. Un rare signe d’espoir dans un Yémen déchiré depuis des décennies entre le Nord, prépondérant, et le Sud, séparatiste, gangrené par les maquis d’Al-Qaïda à l’Est et par la vieille rébellion des chiites zaïdites qui ne cesse de gagner du terrain depuis les confins septentrionaux. À Sanaa et dans les grandes villes, ces

de nuisance, écartant notamment de leurs fonctions son neveu Yahya Saleh, chef de la Garde centrale, son cousin Ali Mohsen, commandant de la 1re division blindée, et son fils Ahmed Ali Saleh, qui dirigeait la Garde républicaine, héritier putatif du raïs avant la révolution. Et son espoir de demain ?

SERPENTS. Car Saleh garde dans son jeu quelques cartes maîtresses : la présidence du Congrès général du peuple (CGP), qui domine toujours le Parlement, une puissante armée médiatique levée Le chef de l’État déchu conserve après sa destitution et qui des cartes maîtresses, dont la ne se lasse pas de fustiger ses présidence du parti majoritaire. ennemis, ainsi qu’une masse de partisans zélés, vivier de hostilités s’expriment à coups d’exémiliciens. Pourtant vice-président de Saleh de 1994 à 2012 et toujours vice-précutions, d’attentats et d’enlèvements quotidiens. Plus de 150 personnalités ont sident du CGP, le nouveau chef de l’État, trouvé la mort ces deux dernières années. Abd Rabbo Mansour Hadi, accusait, dès Pour ses ennemis, celui qui gouverna 2012, son prédécesseur d’orchestrer des le pays comme on « danse sur les têtes assassinats et des opérations de sabotage des serpents » alimenterait aujourd’hui des infrastructures pour mieux plonger le des foyers de discorde sous le chaupays dans le chaos et discréditer le poudron yéménite. Dès décembre 2012, voir en place. « Des éléments de l’ancien les nouvelles autorités parviennent à régime continuent de manœuvrer pour neutraliser ses principales capacités bloquer, saper et faire échouer la transition », déclarait, lors de la cérémonie de clôture du 25 janvier, Jamal Benomar, q Manifestation des partisans de l’ex-raïs, le 23 mars 2012, à Sanaa. l’envoyé spécial de l’ONU à Sanaa. Au siège de l’organisation, à New York, les quinze membres du Conseil de sécurité pourraient voter, dès ce mois-ci, une résolution en cours d’élaboration pour sanctionner ceux qui cherchent à torpiller le processus en cours. Des États souhaitent expressément y voir inscrit le nom du président déchu. Début février, dans une interview au quotidien saoudien Asharq al-Awsat, le ministre yéménite de la Justice précisait que l’immunité de Saleh ne s’appliquerait pas à ses activités politiques postérieures à l’accord de 2012. Une nouvelle voie pour lui limer définitivement les crocs ? Dans le nid yéménite, le président déchu devrait se rappeler qu’il n’est désormais qu’un serpent parmi d’autres. l LAURENT DE SAINT PÉRIER JEUNE AFRIQUE

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

45


46

Maghreb Moyen-Orient TUNISIE

amours.com La libéralisation d’internet a ouvert de nouvelles perspectives, dont celle de dénicher, via les réseaux sociaux ou les sites spécialisés, son futur conjoint ou, plus prosaïquement, de faire des rencontres.

D

epuis deux ans, Rami, ingénieur informatique, observe tous les soirs, à 19 h 30, un rituel immuable : il cherche son âme sœur sur internet. « Je veux croire que la femme de ma vie m’attend quelque part », se rassure ce romantique qui pense trouver l’amour sans quitter son salon et en suivant d’un œil distrait le journal télévisé. Sa démarche peut paraître incongrue, rencontres et mariages étant encore largement codifiés et soumis aux règles familiales et sociales. Pourtant, ils sont des milliers – inscrits sur les sites Zouz, Badoo ou Inchallah – à penser que le bonheur peut se trouver au bout d’un clic. Entre les pesanteurs diverses et un contexte socio-économique qui freine toute vie privée – chômage ou démarrage tardif de la vie professionnelle –, l’amour et les relations interpersonnelles peinent à se faire une place. « Nous évoluons dans des milieux qui tendent à marginaliser ceux qui sont seuls. Depuis mon divorce, mes amis en couple m’évitent », confirme Selma, une enseignante de 38 ans, qui n’a trouvé à ce jour sur la Toile que des princes pas très charmants. Mais elle persiste et signe : « On se connaît tous depuis des années ; il faut donc chercher les rencontres ailleurs, mais certainement pas dans la sphère professionnelle, car cela ne pourrait que compliquer les choses. »

Ce que Selma ne dit pas, c’est qu’internet, en tant qu’espace échappant au contrôle des parents, des proches ou des conjoints, permet à beaucoup d’y mener une vie imaginaire, ou parallèle. Les contacts s’opèrent sur les sites, mais, très vite, ce sont des comptes Skype ou Facebook qui abritent les échanges, manières de tête-à-tête virtuels entre adultes consentants. « Les réseaux sociaux sont aussi un circuit de drague, mais on n’est pas couvert par le même anonymat », précise Hichem. Nombreux sont ceux qui jonglent entre un site et un autre, endossant des identités différentes.

Du coup, ceux qui sont de bonne foi passent souvent pour des gogos. Mais les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes « cibles ». Pour Chédia, une ouvrière spécialisée de 35 ans convaincue d’avoir décroché le ticket gagnant en ayant séduit, sur Inchallah, son troisième fiancé virtuel, un Italien qu’elle espère épouser, même s’ils ne parlent pas la même langue, « les divorcés ou les veufs sans enfant présentent le profil idéal, surtout s’ils ont un certain âge ». En quête exclusivement d’un dérivatif à une vie de couple pesante, un abonné à Badoo confie que « souvent, les femmes sont vénales et cherchent l’“assurance confort” d’un mariage ou un homme qui les entretienne. Les étrangers fraîchement arrivés sont des proies idéales ». TERRAINS DE JEU. Étrangers, hommes

âgés et jeunes femmes suscitent un certain intérêt, quand ils ne rencontrent pas un grand succès. En moins de quarantehuit heures, Ferid, 58 ans, a reçu 380 messages ; il avait Ils sont aujourd’hui des milliers spécifié qu’il était libre et à penser que le bonheur peut gagnait bien sa vie. « Ces sites, malgré leurs prose trouver au bout d’un clic. messes, sont une arnaque. Un habitué prévient : « Romantiques Pour certains, ce sont juste d’immenses s’abstenir. Les premiers contacts tournent terrains de jeu aux multiples possibilités. autour de trois questions : combien On y trouve de tout, mais rarement de gagnes-tu ? Es-tu marié ? Quel type de bonnes intentions, et personne n’est vraivoiture as-tu ? Le rêve n’est jamais au ment charitable envers les femmes d’âge rendez-vous. » Bien souvent, les rares mûr », déplore Ramla, 45 ans, une foncchanceux qui réussissent à nouer une tionnaire conservatrice, ancienne abonrelation durable refusent de l’avouer, née d’Inchallah. « C’est un miroir aux préférant travestir leur histoire. alouettes, ou plutôt un attrape-pigeons, Si certains s’aventurent sur les sites de raconte Lyes, qui trompe son ennui en rencontres mus par le poids de la solinaviguant d’une annonce à l’autre. Sur tude, d’autres, en vrais collectionneurs, Badoo, des hommes se font passer pour cherchent la pièce rare et finissent par des femmes et des femmes pour des hommes. La plupart des identités sont être identifiés comme des « serial lovers ».

MARIAGE HALAL « Un mariage, si Dieu le veut », slogan du site inchallah.com, sonne comme une promesseproduit, d’autant que le site, qui affiche quelque 497 millions de messages échangés depuis sa création, en 2010, serait à l’origine de 68 570 unions. Essentiellement destiné aux francophones, N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

inchallah.com a une approche transfrontalière des rencontres, les annonces mises en ligne étant accessibles à tous les inscrits, indépendamment du pays où ils résident. Le site prétend « faciliter les échanges entre musulmans et musulmanes en quête d’un conjoint dans le

respect des valeurs humaines et morales qui sont celles de l’islam », mais propose aussi les conseils d’islamologues en ligne, lance des sujets de réflexion et rappelle les préceptes de l’islam afin que la conduite de chacun soit conforme à celle édictée par le Prophète. À telle enseigne

qu’il censure toute parole susceptible d’être perçue comme grossière. Ironie de l’histoire, inchallah. com serait, selon une enquête du site marocain yabiladi.com, domicilié à la même adresse, dans la banlieue parisienne, que la société Neteck, spécialisée dans l’édition F.D. pornographique… l JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

fausses, quand elles ne sont pas usurpées. La photo d’une amie prélevée sur Facebook a été utilisée à son insu et lui a valu des problèmes familiaux sans qu’elle puisse se défendre, puisqu’il n’existe aucun recours légal. » Au prétexte de vouloir se faire de nouveaux amis, de trouver l’amour ou de simplement chatter, plus personne n’hésite à s’inscrire et à s’afficher sur ces sites. Malgré les déconvenues, tous s’accordent à dire qu’ils y trouvent un palliatif à leur malêtre, mais avec, au bout du compte, un certain désenchantement. « Il ne faut surtout pas croire au miracle. Si on peut effectuer divers achats en ligne, la Toile n’est pas un supermarché des relations humaines. Pour rencontrer l’amour, il faut se mettre en danger, et ce n’est possible que dans la vie réelle », assène un déçu, qui jure qu’on ne l’y reprendra plus. Fausses photos, identités imaginaires et mensonges sont également révélateurs des contradictions d’une société en mutation qui tantôt nie la sexualité et JEUNE AFRIQUE

analyse le psychiatre Zine elAbidine Ennaifer. « Finalement, la solitude, tantôt se lance à corps perdu on ne sait jamais à qui on a affaire, dans la quête d’un défoulement. Dans mais tous ont un objectif, soit sexuel cet écart entre une identité sociale détersoit pécuniaire », confie Mahmoud, qui minée au point de paraître rigide et une n’en revient pas d’être tombé sur des identité personnelle encline à se cherdames qui prétendaient être avocates ou cher, le virtuel tient une promesse, celle médecins, mais qui, dès la première rencontre, exigeaient 10 euros, un règlement anticipé pour Fausses photos, identités des prestations en nature. La imaginaires, mensonges… pratique tend à se généraliser et commence à attirer l’attenGare au miroir aux alouettes ! tion de la brigade des mœurs. de faire voler en éclats tous les tabous et « Nous opérons une veille plus qu’un de créer des espaces de drague collective contrôle, assure un inspecteur du service. plus que de vraies rencontres. « Cette Les occasionnels ne nous intéressent pas, démarche est celle d’anxieux sociaux ou nous cherchons plutôt à démanteler les de pervers. On ne peut pas tout mettre sur réseaux de prostitution. C’est une forme le dos de la société, aussi conservatrice de cybercriminalité, surtout quand il y a soit-elle. En dehors de toute considéproxénétisme. Mais, faute de législation, il nous faut établir des flagrants délits. ration morale, elle n’est pas la cause de Ces circuits peuvent aussi en cacher ce système, qui relève d’une dérive. Il y a d’autres remèdes pour évacuer ces d’autres, d’où notre vigilance. » l souffrances qui cherchent à s’exprimer », FRIDA DAHMANI, à Tunis N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

47


Maghreb Moyen-Orient plans lui sont présentés. À trop vouloir pousser l’État hébreu au compromis avec les Palestiniens, le chef de la diplomatie américaine est aussi dans le collimateur du camp nationaliste, qui l’accuse de « brader la terre d’Israël ». En janvier, le quotidien Maariv avait éventé les propos du ministre de la Défense, Moshe Yaalon, tenus lors d’une rencontre à huis clos avec des journalistes. Kerry, aurait-il confié, « est animé par une obsession incompréhensible et une sorte de messianisme ». Cette diatribe malvenue, en marge de la dixième tournée régionale du secrétaire d’État américain, a provoqué l’ire de Washington, obligeant Yaalon à se confondre en excuses.

ISRAËL-PALESTINE

Quitte ou double Washington peaufine l’accord-cadre prévu pour avril et accentue ses pressions sur Tel-Aviv en évoquant le risque d’un boycott international.

FRONDE. Mais de toute évidence, John

BRIAN SNYDER/AP/SIPA

48

p Le secrétaire d’État américain John Kerry (à g.) en conversation avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le 12 décembre 2013, à Jérusalem.

C

ela ne fait plus l’ombre d’un doute : John Kerry dérange le gouvernement israélien. Son activisme à outrance vient même d’inspirer une campagne satirique du Yesha (conseil représentatif des implantations juives de JudéeSamarie), le très influent lobby des colons de Cisjordanie. Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, un sosie du secrétaire d’État américain arpente les ruelles de Jérusalem, tantôt à bord d’un imposant 4x4 noir orné de petits drapeaux étoilés, tantôt à dos de chameau ou à pied, entouré de gardes du

Kerry n’a que faire de ces jugements intempestifs et semble avoir prématurément renoncé à réunir côte à côte les protagonistes.Sapriorité:sauverlesapparencesen présentantunaccord-cadreaumoisd’avril, échéance qu’il avait lui-même fixée pour la première phase des pourparlers entamée l’été dernier. Martin Indyk, son émissaire au Proche-Orient, en a récemment livré les grandes lignes devant des responsables de la communauté juive américaine. À la faveur d’échanges de territoires, entre 75 % et 80 % des colons juifs seraient rattachés aux frontières d’Israël, tandis que les 20 % à 25%restantsseraientévacués.Àmoinsque ces derniers, estimés à 80000, n’acceptent de devenir des citoyens palestiniens. Une éventualité que ne semble plus exclure le Premier ministre, Benyamin Netanyahou. Des indiscrétions au sein

corps. À chacune de ses étapes dans la ville sainte, il se présente aux habitants, juifs ou arabes, puis se lance dans un monologue farfelu sur la paix. « John Kerry, John Kerry solutions », finit-il par conclure, tout sourire, en tendant une carte de visite De 20 % à 25 % des colons seraient à ses interlocuteurs, peu évacués… à moins qu’ils convaincus par sa verve. La réalité n’est pas si n’acceptent de devenir palestiniens. éloignée de cette parodie. de son cabinet laissent entendre qu’il En coulisses, certains ministres israéliens lui reprochent de ne pas « saisir consentirait à placer une partie des colole conflit », pointant, entre autres, ses nies sous souveraineté palestinienne. lacunes cartographiques dès lors que des La nouvelle a provoqué une fronde au

À OCCUPANT, OCCUPANT ET DEMI POUR MARQUER leur refus d’une possible annexion de la vallée du Jourdain, qu’ils considèrent comme partie intégrante de leur futur État, plusieurs centaines d’activistes palestiniens occupent actuellement le N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

village abandonné d’Eij Hajla, frontalier de la Jordanie et placé en zone C, sous contrôle sécuritaire israélien. S’inspirant de la méthode employée par certains colons radicaux, ils disent mettre en œuvre la

politique du fait accompli. Malgré l’ordre d’évacuation adressé par l’armée, ces militants chevronnés refusent d’obtempérer. Nombre d’entre eux sont membres des Comités populaires contre le mur et

les colonies et se rappellent qu’en 2011 leurs actions de sape sur le terrain avaient abouti au démantèlement de la clôture de sécurité qui sectionnait le village de Bilin, près de Ramallah. l M.PE. JEUNE AFRIQUE


Coulisses sein du gouvernement emmenée par Naftali Bennett, ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Emploi et chef de file du Foyer juif, un parti nationaliste religieux. « C’est contraire à l’idée du sionisme. Les Israéliens ne pardonneront à aucun de leurs dirigeants de donner aux Palestiniens une partie du pays et de diviser Jérusalem », s’est-il indigné. Estomaqués, les ténors du LikoudBeitenou, l’alliance au pouvoir, ont manqué de l’évincer du gouvernement.

LIBYE FEUILLE DE ROUTE POUR LA DÉMOCRATIE Dans la soirée du 3 février, le Congrès général national (CGN, Parlement intérimaire) libyen a adopté, par 146 voix (sur 200), une feuille de route pour la transition. Aux termes de la résolution, les citoyens seront appelés aux urnes le 20 février pour élire leurs soixante constituants, un scrutin que les Berbères ont décidé de boycotter. Une fois les résultats connus, probablement courant mars, la Commission des soixante aura cent vingt jours pour rédiger la Constitution, laquelle devra être soumise aux Libyens par voie référendaire, avant que ne soient organisées des élections générales, probablement à la fin de l’année. C’est pourquoi le CGN, élu en juillet 2012, a également adopté une résolution prolongeant son mandat, censé prendre fin le 7 février, jusqu’en décembre. Mais si la rédaction de la loi fondamentale venait à piétiner, le CGN n’exclut pas sa propre dissolution dès le mois de juin et l’organisation, dans la foulée, d’élections générales. l

MAXIME PEREZ, à Jérusalem JEUNE AFRIQUE

MAHMUD TURKIA/AFP

« PROPOS INTOLÉRABLES ». Cette passe

d’armes est révélatrice des crispations israéliennes. Loin de parler d’une même voix, l’État hébreu bafouille sa diplomatie et, pis, ne ménage plus son allié américain. Le contrôle sécuritaire de la vallée du Jourdain, frontalière de la Jordanie, est la dernière illustration du bras de fer qui les oppose. En cas d’accord, Israël souhaite y maintenir une présence militaire permanente, de crainte que la Cisjordanie ne devienne, comme la bande de Gaza, une « base arrière du terrorisme ». Plus réalistes, les États-Unis veulent limiter tout mandat israélien à une dizaine d’années, le temps d’arriver à une normalisation sur le terrain. Clairement, le gouvernement Netanyahou vit mal les ingérences répétées de Washington. « Dans l’état actuel des choses, les Israéliens ne sont prêts à aucun retrait, s’agace le négociateur palestinien Saeb Erekat. Il appartient aux Américains d’imposer leurs propositions et non celles qu’Israël souhaite entendre. » Pour ajouter à l’imbroglio diplomatique, le président Mahmoud Abbas a présenté son propre plan de sortie de crise. Il préconise le déploiement d’une force de l’Otan le long de la vallée de Jourdain et autour des quartiers Est de Jérusalem, où s’étendrait le futur État palestinien. Si ses projets ont vite été moqués par les ultranationalistes israéliens, les blocages actuels tendent à accentuer les pressions sur l’État hébreu. « Vous voyez la campagne de délégitimation qui est en train de se mettre en place contre Israël. Le statu quo actuel est intenable », a averti John Kerry. « Ce sont des propos intolérables », rétorquent, à l’unisson, les ministres de Netanyahou, qui y voient un soutien implicite au boycott. « Nous ne négocierons pas sous la menace », promettent-ils, comme pour acter la rupture avec les Américains. Mais jusqu’où ira-t-elle ? l

Maghreb & Moyen-Orient

p Nouri Abou Sahmein, président du Congrès général national (CGN).

MAURITANIE LAGHDAF, BIS Le Premier ministre mauritanien, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, 56 ans, a été reconduit dans ses fonctions par le président de la République, Mohamed Ould Abdelaziz, le 3 février, vingt-quatre heures après avoir démissionné. Chargé par Aziz, dont il est un proche, de former un nouveau gouvernement, Laghdaf a débuté ses consultations le jour même, assurant qu’il formerait un cabinet « qui réponde mieux aux aspirations de la population », comme le lui a demandé le président.

SYRIE ÉVACUATION DE CIVILS Femmes, enfants, personnes âgées et blessés pourront évacuer les quartiers rebelles de Homs, dans

l’ouest du pays, à la faveur d’un accord entre le gouverneur de la ville et les Nations unies. Selon le Croissant-Rouge syrien, l’évacuation devait commencer le 7 février. On estime à 3000 le nombre de civils pris au piège des bombardements intensifs de l’armée loyaliste.

DRAME DE PORT-SAÏD NOUVEAU PROCÈS La Cour de cassation égyptienne a ordonné, le 6 février, que soient rejugées les personnes impliquées dans les violences qui ont coûté la vie à 72 supporteurs du club de football Al-Ahly lors d’un match contre Al-Masri, en février 2012, à Port-Saïd. Le premier procès s’était soldé par 21 condamnations à mort, 24 peines de prison et 28 acquittements. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

49


50

Europe, AmĂŠriques, Asie

RUSSIE

Le grand bluff

olympique


Europe, Amériques, Asie

I

Son pays n’est plus la superpuissance qu’elle fut au temps de la guerre froide. Mais Vladimir Poutine s’efforce de faire comme si. Joueur de poker dans l’âme, il a fait de la réussite des JO d’hiver, à Sotchi, un élément essentiel de son illusoire stratégie de reconquête.

l adore se faire photographier torse nu, coutelas à la ceinture, défiant des tigres de Sibérie. Ou en grande tenue de judoka. Ou à cheval, coiffé d’une toque d’astrakan façon cosaque. Ou nageant dans les eaux glacées d’un torrent. Ou aux commandes d’un sous-marin… Depuis quelques mois, pourtant, il apparaît plus volontiers en skieur ou en patineur. Et même, le 4 janvier, en hockeyeur: « l’équipe des présidents » constituée avec Aleksandr Loukachenko, le despote biélorusse, a battu une équipe de professionnels – plus exactement, ces derniers ont jugé plus prudent de perdre. Il y a sept ans, Vladimir Poutine avait été le seul chef d’État à se rendre au Guatemala pour séduire les membres du Comité international olympique (CIO). Pour que les XXIIe Jeux d’hiver soient attribués à la Russie – ils se tiennent du 7 au 23 février –, ce parfait germanophone avait fait l’effort d’apprendre par cœur ses discours en anglais et en français. Depuis des mois, il passe, dit-on, plus de temps à Sotchi qu’à Moscou. Il y a surveillé la construction des stades, contrôlé chaque télésiège, dévalé des pistes, félicité les entrepreneurs qui ont tenu leurs délais et morigéné les autres. Le vice-président du Comité olympique russe, par exemple, a été prié de déguerpir. Aujourd’hui réfugié en Allemagne, il affirme avoir été victime d’une tentative d’empoisonnement…

JOSÉPHINE DEDET

p Le président aux commandes d’une motoneige dans la station de Krasnaïa Poliana, où se déroulent les épreuves de ski, de triathlon et de bobsleigh.

RIA NOVOSTI / ICON SPORT

VITRINE. Fantasme ou réalité? Une chose est sûre: les

Jeux de Sotchi sont la priorité de Vladimir Poutine, la vitrine de son règne. En cette trêve (pré)olympique, il a fait quelques gestes pour apaiser les Occidentaux. En décembre, il a libéré ses prisonniers politiques les plus célèbres : les deux « punkettes » du groupe Pussy Riot et l’ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski. Puis il a mis son homophobie en veilleuse en promettant que nul ne serait victime de discrimination, du moins pendant la durée des Jeux (facétieux, Barack Obama a choisi l’ex-tenniswoman Billie Jean King, militante de la cause homosexuelle, comme porte-drapeau de la délégation américaine). Enfin, pour complaire au CIO, il a fini par autoriser la tenue de manifestations à Sotchi, dans un espace réservé à cette seule fin. Quant à l’Ukraine voisine, en révolte contre le président prorusse Viktor Ianoukovitch, elle peut souffler un peu : pour le moment, la Russie desserre son étreinte sur ce pays qu’elle veut éloigner de l’Union européenne pour le faire rentrer dans son orbite, comme au bon vieux temps de l’URSS… Mais la nostalgie de l’impérialisme grand-russe et soviétique n’est jamais très loin. Les Jeux de Sotchi renouent en effet avec une longue histoire. En 1864, c’est à Krasnaïa Poliana, où se déroulent aujourd’hui les épreuves de ski, de triathlon et de bobsleigh, que les troupes du tsar remportèrent une victoire décisive dans la guerre du Caucase. Une victoire à la Pyrrhus, puisque rien n’est vraiment réglé. Cette région montagneuse reste le fief des rebelles islamistes. Le Tchétchène Dokou Oumarov, leur chef autoproclamé, a juré de gâcher la fête. En guise d’avertissement, des attentats kamikazes N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

51


Europe, Amériques, Asie ont fait 34 morts fin 2013 à Volgograd, à plus de 700 km de Sotchi, où le dispositif de sécurité est dissuasif. Outre les agents de renseignements du FSB, 36 000 policiers sont mobilisés sur les différents sites, fouillent tous les véhicules et montent la garde devant chaque télésiège. Dans l’imaginaire russe, cette Sotchi aujourd’hui « bunkerisée » est la perle de la mer Noire. Un coin de paradis entre plage et montagnes, au climat subtropical, fréquenté par la fine fleur de la noblesse tsariste avant que Staline jette son dévolu sur elle. Outre sa villa et les datchas de ses proches, le dictateur y fit construire un funiculaire, un théâtre et toutes les commodités pour la nomenklatura communiste en villégiature. Palmiers, magnolias, oiseaux migrateurs… On se serait cru sur la Riviera. Mais ça, c’était avant. DÉLIRE. Car depuis sept ans, ce paradis connaît

l’enferdespelleteusesetdesbulldozers.Quatrecents bâtiments sont sortis de terre et 60000 ouvriers ont été mobilisés pour construire ex nihilo un site olympique. L’équivalent de plusieurs aéroports de Roissy. Un délire dans la grande tradition soviétique. Un pôle glace (patinoires, etc.) a vu le jour dans la ville d’Adler, proche de Sotchi. Un pôle neige a été érigé à Krasnaïa Poliana. Les deux sites, l’un côtier, l’autre montagneux, sont reliés par une ligne de chemin de fer et une autoroute (coût : 6 milliards d’euros pour 50 km). Au total, ces jeux de la démesure sont les plus chers de l’Histoire : 36 milliards d’euros. À côté, les JO d’hiver de Vancouver (1,4 milliard, en 2010) font pâle figure. Même les Jeux d’été de Pékin, en 2008 (26 milliards), sont éclipsés. Le revers de la médaille, c’est une effarante corruption. Les Russes n’ont jamais été manchots en la matière, mais là, ils pulvérisent leurs records.

DMITRY LOVETSKY/AP/SIPA

52

p Préparation d’un tremplin de saut à ski, le 3 février. Cinq cents canons sont capables de produire 5 000 m3 de neige artificielle par heure.

Natif de Sotchi, l’opposant Boris Nemtsov, qui fut vice-Premier ministre au temps de Boris Eltsine, accuse Poutine et ses proches d’avoir détourné 20 milliards d’euros. Parmi les principaux bénéficiaires, l’entrepreneur Arkady Rotenberg, ami d’enfance et partenaire de judo du président, qui, avec son frère, aurait raflé 15 % de l’ensemble des contrats. Et la compagnie publique des chemins de fer, dont le patron, Vladimir Iakounine, est lui aussi un proche de Poutine. Magistrats, policiers ou membres du FSB se sont eux aussi taillé de jolies fortunes grâce à la bulle immobilière. Dans le BTP, les entrepreneurs ont créé une cascade de sous-traitants pour multiplier les factures. Simple, mais efficace. D’autres sont les dindons de la farce. C’est le cas des oligarques Vladimir Potanine et Oleg Deripaska, à qui Poutine a intimé l’ordre de consacrer (à perte) des sommes colossales à la construction d’un aéroport international, d’un port et d’une station de ski.

L’AFRIQUE S’ÉLOIGNE

V

ladimir Poutine est un passionné de chasse, mais les immenses étendues de la savane africaine le laissent froid. En quinze ans de pouvoir, il n’a fait qu’une seule tournée sur le continent, en 2006. Seuls trois pays étaient au programme: l’Afrique du Sud (où il est retourné depuis), l’Algérie et le Maroc. Cette date reste pourtant un marqueur dans la politique africaine de la Russie postsoviétique. Intenses durant la guerre froide (il y avait pas moins de 40000 conseillers soviétiques), les relations se sont délitées après la chute N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

de l’URSS. Lors de son élection, en 2000, Poutine avait pourtant annoncé le prochain retour de son pays en Afrique, mais il faudra attendre 2006 pour qu’il commence à tenir parole. Encore ne s’agit-il que d’une diplomatie fondée sur les intérêts économiques (énergie, mines, vente d’armes, etc.) plus que sur les enjeux géostratégiques ou les amitiés personnelles. En 2009, Dmitri Medvedev, son successeur, s’est rendu en Égypte, au Nigeria, en Namibie et en Angola, flanqué d’une impressionnante délégation

d’hommes d’affaires. En 2011, la Russie s’est dotée d’un « Monsieur Afrique », Mikhaïl Marguelov, qui a pour mission de développer la coopération. En 2012, la dette de plusieurs États africains (20 milliards de dollars, au total) a été annulée, tandis que 50 millions de dollars étaient octroyés à l’aide au développement. En 2013, Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, s’est rendu en Algérie, en Afrique du Sud, au Mozambique et en Guinée. De nouvelles relations se nouent (avec la Côte d’Ivoire ou le Ghana),

mais, dans le même temps, la plupart des centres culturels ferment. En 2011, Poutine a pesé de tout son poids pour que l’Afrique du Sud intègre les Bric, le club des puissances émergentes, et a noué d’étroites relations avec Jacob Zuma. Résultat : les échanges russo - sud-africains ont triplé depuis cinq ans. Mais le reste du continent ne le passionne guère. En 2011, les échanges commerciaux entre les deux parties n’ont pas dépassé 2,7 milliards de dollars. Soit 2 % du commerce extérieur russe. l RÉMI CARAYOL JEUNE AFRIQUE


Le grand bluff olympique Le sort réservé à Mikhaïl Khodorkovski (après avoir été dépouillé de tous ses biens, il a passé dix ans au bagne) les a sans doute incités à la prudence. Autres victimes: les habitants de la région. Trois mille personnes ont été expropriées sans ménagement. D’autres ont vu leur maison s’effondrer sous l’effet de glissements de terrain provoqués par le déversement sauvage d’énormes quantités de gravats. Quant aux ouvriers (ouzbeks, tadjiks, arméniens, etc.), importés des ex-Républiques soviétiques, ils ont été exploités sans vergogne : rémunérations ridicules, absence de contrats de travail… L’ONG russe Memorial affirme avoir reçu en 2013 plus de 800 plaintes pour salaires impayés. Dans cette folle course au profit, la faune et la flore ont été sacrifiées, les côtes bétonnées, les paysages défigurés… SCEPTICISME. Mais qu’importe. Poutine veut réussir « ses » Jeux. Confirmer sa reprise en main, après le score peu glorieux de son parti aux législatives (pourtant truquées) de décembre 2011 et les manifestations qui s’étaient ensuivies. Et ce malgré le scepticisme persistant des élites et des classes moyennes urbaines, et sa relative chute de popularité (60 % d’opinions favorables, contre 80 % en 2007). Rien de tel aussi que ces Jeux pour faire oublier que, sur le plan économique, la Russie n’est pas en forme… olympique : la croissance a nettement ralenti en 2013 (1,3 %), les investissements étrangers diminuent, le commerce extérieur se rétracte, la dépendance à la manne pétrolière reste trop forte, le déclin démographie se poursuit. Avec ces JO, pourtant boudés par Barack Obama, David Cameron et François Hollande, le président russe entend aussi confirmer ses récents succès diplomatiques, qui lui ont valu d’être désigné « personnalité de l’année 2013 » par les magazines Time et Forbes. En accordant l’asile à Edward Snowden, un exconsultant de la National Security Agency (NSA), il a nargué Washington et s’est payé le luxe de se poser en défenseur des droits de l’homme. En proposant à son allié syrien d’accepter la destruction de son arsenal chimique, il a évité à Damas une intervention armée occidentale. Il a remis la Russie en selle dans le cadre des négociations sur le dossier du nucléaire iranien. Enfin, il s’emploie à regagner l’influence perdue sur les ex-Républiques soviétiques. Par exemple, en promouvant l’idée d’une union eurasiatique avec la Biélorussie, l’Arménie, la Kirghizie, le Kazakhstan et l’Ukraine. Ou en poussant cette dernière à se délier d’un accord d’association avec l’Union européenne en échange de 15 milliards de dollars et d’une baisse de 30 % des prix du gaz. Bref, à la tête d’une Russie qui n’est certes plus la grande puissance d’antan, Poutine entend pousser au maximum son avantage. Comme si, en plus de l’ivresse du pouvoir, les JO avaient sur lui un effet dopant. l JEUNE AFRIQUE

OPINION

Opinions & éditoriaux Philip Stephens

Quand les flonflons se seront tus…

L

E COÛT DES JEUX D’HIVER échappe à tout contrôle, et, pour protester contre l’indifférence de la Russie aux droits de l’homme, plusieurs dirigeants étrangers ont boycotté la cérémonie d’ouverture. Mais qu’importe : Poutine espère que les flonflons de la fête l’aideront à accréditer l’idée que son pays est de retour sur le devant de la scène. Et que la récente libération de dissidents incitera les Occidentaux à mettre une sourdine à leurs récriminations. Vue du Kremlin, la politique étrangère est un jeu sans vainqueur ni vaincu dans lequel l’Otan, l’Union européenne et la

économique de cette dernière se poursuit. Ses handicaps sont légion : population vieillissante dont l’importance numérique se réduit; infrastructures vétustes; économie archaïque; corruption endémique et absence d’État de droit. La chute des prix des hydrocarbures et le ralentissement de la croissance ne contribuent certes pas à la résolution de ces problèmes. La Russie a promis à l’Ukraine des milliards de dollars qu’elle sera incapable de lui verser avant longtemps. Il y a pourtant des moments où Poutine semble presque disposé à admettre ces déplaisantes réalités. Récemment, il a reproché à son gouvernement son impuissance à endiguer l’exil des capitaux. Et demandé des sanctions contre les entreprises qui investissent dans des paradis fiscaux. C’est peut-être d’ailleurs une autre raison de l’élargissement de Khodorkovski. Le maintien en détention de l’ex-oligarque constituait en effet un rappel désastreux à l’adresse des investisseurs : il suffit d’un geste du Kremlin pour que leurs avoirs soient confisqués. Khodorkovski a été libéré le 20 décembre 2013. Mais rien n’a changé. Le 19 décembre, Poutine a une nouvelle fois entonné sa vieille rengaine: l’effondrement de l’URSS serait à l’en croire l’une des grandes tragédies du XXe siècle. Comme si la vraie calamité n’était pas qu’une autocratie sans foi ni loi ait réussi à faire main basse sur la Russie! l

Une autocratie sans foi ni loi a fait main basse sur ce pays. Russie s’affrontent à l’infini. Dans cette nouvelle mouture de la guerre froide, l’intégration économique de l’Ukraine au camp occidental serait considérée comme une défaite. La chute du Syrien Bachar al-Assad aussi. Même le développement des relations commerciales entre l’Arménie et l’Europe inquiète : ne risque-t-il pas d’ébranler le contrôle que la Russie exerce sur l’espace postsoviétique? Le pays de Vladimir Poutine n’a aucun ami sûr. Seulement des affidés et des alliés de circonstance. Personne n’a envie de lui ressembler; sa puissance est celle d’un aérofrein. Son immense vanité amène le président à jeter un voile pudique sur la faiblesse de la Russie. Tandis qu’il roule des mécaniques à Sotchi, le déclin

© FinancialTimes et Jeune Afrique 2014, tous droits réservés. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

53


54

Europe, Amériques, Asie PAYS ÉMERGENTS

Crise de croissance Déconfiture monétaire, asthénie boursière, fuite des capitaux… En Chine comme en Argentine, en Afrique du Sud ou en Turquie, les économies toussent. Et c’est la planète entière qui s’enrhume.

Q

ui eût cru que les pays émergents seraient à leur tour touchés de plein fouet par la crise ? Il y a un an, ils caracolaient en tête de tous les palmarès de croissance. En 2008, ils avaient assuré 98 % de la création mondiale de richesse, selon le cabinet Euler Hermes. Les capitaux du monde entier affluaient pour profiter de leurs brillantes perspectives de développement. Aujourd’hui, les nuages s’amoncellent sur leurs économies. Leurs populations grondent, et leurs monnaies s’affaissent les unes après les autres. Entre le 1er mai 2013 et le 30 janvier 2014, le peso argentin a perdu 35 % de sa valeur par rapport au dollar. Et les autres ne font guère mieux : – 21 % pour la livre turque ; – 20 % pour la roupie indonésienne ; – 19 % pour le rand sud-africain; – 17 % pour le réal brésilien ; – 14 % pour la roupie indienne… Quant au rouble russe, il a perdu 11 % de sa valeur et, le 3 février, il a atteint le plus bas de son histoire face à l’euro. Autre symptôme, les Bourses de la planète sont en berne depuis le début de l’année. En Europe, ce sont les banques qui pâtissent le plus de cette déprime, les investisseurs craignant qu’elles ne puissent récupérer les 3 000 milliards de dollars (2 220 milliards d’euros) prêtés aux pays émergents. « Pas de panique », a conseillé le Fonds monétaire international par la voix de José Viñals, directeur du département marchés et capitaux financiers. Mais les financiers ne l’écoutent guère et fuient massivement les pays émergents, dont les fonds actions ont perdu 12 milliards de dollars en janvier. Quelle est la cause de cette vulnérabilité ? En premier lieu, un ralentissement de leur croissance combiné à une accélération de celle des pays développés. Six pour cent dans un cas, 2 % dans l’autre : les perspectives de gains potentiels ne sont plus suffisantes pour faire oublier aux investisseurs les risques qu’ils prennent en continuant de miser sur des pays certes en rapide développement, mais instables. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

En 2013, les manifestations de mécontentement se sont multipliées au Brésil et en Turquie. En ce début d’année 2014, la colère populaire ne faiblit ni en Thaïlande, ni en Ukraine, ni en Turquie. Les grèves paralysent nombre de mines sud-africaines et, plus sporadiquement, les usines textiles du Bangladesh ou du Cambodge. Trois des cinq grands pays du groupe des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) voteront cette année : élection présidentielle en Afrique du Sud, au printemps, et au Brésil, en octobre ; législatives en Inde, en avril. D’autres Taux de change par rapport au dollar entre le 1er mai 2013 et le 30 janvier 2014 ARGENTINE Peso

TURQUIE Livre

-35,3% INDONÉSIE Roupie

-21,1%

AFR. DU SUD Rand

-20,4%

BRÉSIL Réal

-19,9%

INDE Roupie

-17,6%

RUSSIE Rouble

-14,5%

-11,1%

scrutins auront lieu en Indonésie (présidentielle) et en Turquie (municipales, puis présidentielle). Ces échéances politiques risquent de donner lieu à des troubles, à des dérapages budgétaires ou à des raidissements nationalistes peu propices à la bonne marche des affaires. Trois événements ont fait prendre conscience de ces risques aux investisseurs. Le premier est la décision de la Réserve fédérale américaine (FED) de réduire progressivement ses injections d’argent, dont le montant est passé de 85 milliards de dollars par mois en décembre 2013 à 65 milliards en février 2014. Ces sommes servaient certes à soutenir l’activité aux États-Unis, mais, depuis 2010, elles alimentaient aussi les flux financiers vers les pays émergents. Cette décision annonciatrice d’une hausse des taux américains a incité les capitaux en question à regagner les États-Unis. Ce qui a aggravé le déséquilibre des balances des paiements de pays comme la Turquie ou l’Afrique du Sud. Le deuxième événement est l’anxiété suscitée par la Chine. La place de celle-ci dans l’économie mondiale est devenue si importante – elle achète, par exemple, 40 % du cuivre et du maïs produits dans le monde – que les analystes redoutent qu’un essoufflement de sa croissance provoque une récession planétaire. Lorsque sa production industrielle ou ses achats de pétrole semblent faiblir, la déprime gagne les marchés mondiaux. Le troisième est la chute des prix des matières premières. La Banque mondiale prévoit que ceux du pétrole reculent en moyenne de 0,6 % en 2014 (comme en 2013), ceux des métaux précieux de 13,1 % (– 16,9 % en 2013) et ceux des métaux industriels de 1,7 % (– 5,5% en 2013). Ce recul réduira les recettes des pays exportateurs de produits de base – de l’Afrique du Sud à la Russie, en passant par le Brésil, l’Argentine et l’Indonésie – et pénalisera leur budget. Enfin, les investisseurs ont tendance à mettre tous les pays émergents dans le même sac et à s’en détourner, sans comprendre que la situation des uns et des autres varie considérablement. Examinons le cas des Brics.

Afrique du Sud. Elle recourt à l’emprunt pour financer son important déficit commercial. Autrefois fortement exportatrice, elle est aujourd’hui handicapée par des pénuries électriques à répétition JEUNE AFRIQUE


AP/SIPA RODRIGO ABD

55

p Transaction sur un marché de Buenos Aires, le 29 janvier. Le taux d’inflation argentin est l’un des plus élevés au monde.

et un climat social dégradé qui limitent sa production, notamment dans les mines. La hausse des taux décidée par la Banque centrale pour retenir les capitaux pourrait ralentir sa croissance, déjà languissante.

Brésil. Tirée jusque-là par la consommation et les exportations de matières premières minières et agricoles, son économie s’essouffle en raison notamment de la médiocrité de ses infrastructures de transport – laquelle fut, on s’en souvient, à l’origine de la vague de manifestations du mois de juin 2013. Une reprise de l’inflation menace.

Chine. Sa bonne santé est avérée, et sa balance commerciale fortement excédentaire lui a permis d’accumuler les plus grandes réserves de devises de la planète : 3 820 milliards de dollars à la fin de 2013. Même orienté à la baisse, son taux de croissance devrait rester nettement supérieur à 7 %. Le principal risque tient à l’endettement colossal de son secteur privé: plus de 200 % du produit intérieur brut.

Inde. Le déficit chronique de la balance courante oblige la Banque centrale à relever ses taux, ce qui a pour effet d’étouffer JEUNE AFRIQUE

la croissance. Toujours très administrée, l’économie indienne est en train de perdre en compétitivité.

ces pays laissant espérer une explosion de la consommation. Mais d’un autre, ils déplorent avec Raghuram Rajan, le gouverneur de la Russie. La croissance molle et le recul Banque centrale indienne, que « la coodes prix des matières premières, dont elle pération monétaire internationale ait été est grande exportatrice, ont provoqué une démantelée », chaque pays – à commenchute du rouble. Comme elle importe cer par les États-Unis – décidant de sa une très grande partie de ses biens de politique monétaire en fonction de ses consommation, cette dévaluation proseuls intérêts, quitte à mettre la pagaille voque un renchérissement des prix des dans l’économie de ses partenaires. produits importés. La corruption et les Même l’unité politique des Brics abus d’une justice aux ordres du pouvoir est une illusion : aucune coopération n’a pu être mise en place en vue d’une dissuadent les investisseurs étrangers défense commune des monnaies face à la spécuPas de coopération entre les Brics lation. Selon l’économiste pour sauver les monnaies. Michel Aglietta, la seule C’est le règne du chacun pour soi ! parade efficace serait l’intégration, sachant que cellede participer à la modernisation d’une ci « ne pourrait être bâtie que sur une industrie largement obsolète. base régionale », entre pays possédant En fait, les investisseurs hésitent entre des intérêts économiques communs et deux interprétations de ces phénomènes, assurant « un minimum de cohérence ce qui explique les mouvements erraà leurs politiques monétaires ». tiques des capitaux et des monnaies. Si l’Afrique veut se protéger des turD’un côté, ils persistent à croire dans les bulences financières qui peu ou prou perspectives de croissance des émergents l’épargnent aujourd’hui, il lui faudra – toujours supérieures à celles des pays envisager d’unir régionalement ses monnaies, donc ses politiques. Un jour. l riches –, le développement rapide des ALAIN FAUJAS classes moyennes dans l’ensemble de N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


Europe, Amériques, Asie ÉTATS-UNIS

Sexe, Rolex et Ferrari Leurs épouses ont des goûts de luxe. Alors, nombre de maires et de parlementaires se montrent peu regardants sur les moyens d’augmenter leurs revenus. Et les condamnations se multiplient.

MARK WILSON/AFP

56

L

p Maureen et Bob McDonnell pendant leur procès, le 24 janvier.

es États-Unis, c’est entendu, sont un pays profondément religieux. Pourquoi faut-il que leurs élus succombent aussi facilement au péché ? Un film fort édifiant vient de sortir sur les écrans américains. American Bluff, c’est son titre, évoque un scandale qui, au début des années 1980, envoya sept parlementaires derrière les barreaux. Eh bien, force est de constater que leurs lointains successeurs n’ont rien, vraiment rien à leur envier. Prenez Bob McDonnell, l’ancien gouverneur républicain de la Virginie. Le problème de ce brave homme, c’est Maureen, son épouse, dont les goûts de luxe sont de notoriété publique : elle ne se déplace qu’en Ferrari ou en jet privé, et peut, en un après-midi de shopping, dépenser jusqu’à 20 000 dollars (14 800 euros). Un jour, dans un élan de folle générosité, elle a même offert à son mari une Rolex en argent ! Quelle importance ? Ces dispendieux caprices étaient financés par un richissime homme d’affaires, roi des compléments alimentaires. En échange, McDonnell jouait les supers VRP pour N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

les produits de la marque… Il répond aujourd’hui de ses actes devant une juridiction fédérale. Une femme est également à l’origine de la chute de Jesse Jackson Jr, fils du révérend Jesse Jackson, grande figure de la lutte pour les droits civiques et ancien candidat à la présidentielle. Élu de Chicago à la Chambre des représentants, cet ex-grand espoir noir du Parti démocrate a été condamné en août 2013 à trente mois de prison. Motif ? Il avait détourné 750 000 dollars de son trésor

mois de réclusion pour avoir omis de déclarer 580 000 dollars au fisc. Les élus locaux ne sont pas plus vertueux. Kwame Kilpatrick, l’ancien maire de Detroit élu en 2001 à l’âge de 31 ans, a été condamné l’an dernier à vingt-huit ans de prison pour extorsion de fonds, racket et corruption – pratiques délictueuses qui ont sans doute accéléré la banqueroute de Motor City. De même, le procès pour corruption de C. Ray Nagin, l’ancien maire de La Nouvelle-Orléans, vient de commencer. Si l’édile venait à être condamné, son nom s’ajouterait à la longue liste des élus « ripoux » de la Louisiane. L’un d’eux, le représentant démocrate William Jefferson, dissimulait 90 000 dollars en petites coupures dans son réfrigérateur – il a été condamné en 2009. Autre État particulièrement corrompu : l’Illinois. Rod Blagojevich, son ancien gouverneur, purge une peine de quatorze ans de prison pour avoir tenté de vendre le siège de sénateur libéré par Barack Obama après son élection à la présidence. Quatre des sept derniers gouverneurs ont d’ailleurs été condamnés pour malversations. Dans l’ensemble du pays, selon une étude récente, plus de la moitié des membres du Congrès sont aujourd’hui millionnaires – fait sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine. COCAÏNE. Si la vénalité est le péché favori

des élus, il est loin d’être le seul. Trey Radel, l’ancien représentant républicain de la Floride, a ainsi plaidé coupable en 2013 pour l’achat de 3,5 g de cocaïne. Également alcoolique, il vient d’annoncer sa démission. Enfin, comment ne pas évoquer la grosse colère piquée par Michael Grimm, un représentant républicain de New York ? La scène a eu lieu à Washington, le 28 janvier, devant la rotonde du Capitole. L’élu a menacé un journaliste Plus de la moitié des membres d’une télévision locale de du Congrès sont millionnaires. le « balancer par le balcon » et de le « casser en deux ». Où va la démocratie américaine ? Son interlocuteur avait eu de campagne afin de financer son train l’indélicatesse de l’interroger à propos de vie somptuaire (une Rolex à d’une enquête fédérale en cours sur la 43 000 dollars, notamment). Il souffre provenance de ses fonds de campagne… aujourd’hui de dépression chronique Mauvaise idée. Grimm, qui est un ancien et explique que c’est Sandra, son épouse, marine, a la tête près du bonnet. Il y a qui l’a poussé à s’engager en politique. quelques années, il avait été interpellé Pas rancunier, il la couvrait de manteaux dans un night-club du Queens alors qu’il de fourrure. Mais la belle n’a pas brandissait un revolver ! l échappé aux foudres de la justice : douze JEAN-ÉRIC BOULIN, à New York JEUNE AFRIQUE


Genève, 17-19 mars 2014

2E ÉDITION

Le forum des dirigeants des grandes entreprises africaines Une plateforme exceptionnelle de rencontres. Un outil stratégique pour développer votre activité en Afrique et à l’international. Inscriptions et informations : www.theafricaceoforum.com Ils participent au AFRICA CEO FORUM

DONALD KABERUKA Président, Banque Africaine de développement

MARIA LUISA ABRANTES DG, Angola Investment Agency (ANIP)

MOULAY HAFID ELALAMY Ministre de l'Industrie et du Commerce (Maroc)

ASHISH THAKKAR PDG, Mara Group (Ouganda)

JEAN-PHILIPPE PROSPER Vice-président, IFC

ISSAD REBRAB Président, Cevital (Algérie)

EMMANUEL FABER Directeur Général Délégué, Danone (France)

KOLA KARIM PDG, Shoreline Group (Nigeria)

VALENTINE SENDANYOYE RUGWABIZA PDG, Rwanda Development Board

TEWOLDE GEBREMARIAM PDG, Ethiopian Airlines

CAROLE KARIUKI DG, Kenya Private Sector Alliance (KEPSA)

LIONEL ZINSOU Président, PAI Partners

SAÏD IBRAHIMI PDG, Casablanca Finance City

DAPHNE MASHILE-NKOSI Présidente, Kalahari Resources (Afrique du Sud)

CO-HOST

DIAMOND

PLATINUM

GOLD

PARTNERS

OFFICIAL CARRIER Islamic Corporation for the Development of the Private Sector

MEDIA PARTNERS

AWARDS

rainbow

unlimited

GALA DINNER

KNOWLEDGE PARTNER


58

PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

Amine Kouider Pupitre & Cie Diriger un orchestre comme on gère une entreprise ? Pour ce mélomane hyperactif d’origine algérienne, l’opéra est surtout affaire d’organisation.

T

raditionnellement, l’hommeorchestre est affublé d’une dizaine d’instruments attachés autour du corps pour jouer dans les rues. Amine Kouider est un peu un homme-orchestre des temps modernes. Le violon dans la main droite, une baguette de direction dans la main gauche, un piano sur les genoux, un téléphone pendu autour du cou et un sac de voyage dans le dos. Accompagné par son parfum puissant dans les couloirs de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), le chef d’orchestre algérien est un homme très occupé. Enseignant de violon en banlieue parisienne, directeur artistique du Chœur philharmonique international (CPI) à l’Unesco, chef « free-lance » pour la Roumanie ou le Qatar, fondateur de l’Orchestre symphonique Algérie-France… Son CV est impressionnant, et extrêmement bien présenté dans une brochure imprimée en couleur sur papier glacé.

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

p En 2012, il fonde l’Orchestre symphonique Algérie-France.

Amine Kouider se forme d’abord au violon. Ses parents, mélomanes de la classe moyenne, l’inscrivent au conservatoire à l’âge de 7 ans. Talentueux, il devient le plus jeune violoniste de l’opéra d’Alger. Le violon, c’est son « passeport pour le monde », qui lui permet de rencontrer des gens de toutes cultures. Mais à Marseille, où il arrive à l’âge de 20 ans, en 1987, puis à Paris, il développe sa passion pour la direction d’orchestre. Il est doué pour la communication avec les musiciens. « Chef d’orchestre, c’est à la fois être musicien et homme de théâtre, raconte Kouider. On travaille le corps, l’énergie. On est l’intermédiaire entre le créateur et les interprètes. » Il passe trois ans à Saint-Pétersbourg, au prestigieuxThéâtre Mariinsky. « Mon souvenir de concert le plus fort, c’est là-bas, lorsque je dirigeais l’orchestre au même pupitre que Prokofiev et Tchaïkovski ! » Il y découvre l’opéra, pour lequel il se passionne durablement. Décors, éclairage, littérature, mise en

scène… Plusieurs arts réunis qui font du chef d’orchestre un manager. « Manager », en anglais, c’est ainsi que Kouider définit son métier. Gérer les personnes, les finances, le marketing, la politique… « Un chef est un entrepreneur. Et une entreprise, c’est une partition! » déroule-t-il, logique et pédagogue, en dessinant avec ses mains pyramides, lignes et cercles, plusieurs fois interrompu par des coups de fil liés à l’organisation pratique du prochain concert. Le CPI jouait LaTraviata le 30 janvier à Paris. Le musicien, qui a fondé cette association, en est le directeur artistique depuis dix-sept ans. « Il gère un peu trop de choses, à mon avis, soupire Anne Leclerc, adjointe à la communication. Très souvent sous pression, il est à l’écoute et encourageant. Avec nous, chanteurs amateurs, c’est quelqu’un d’extrêmement patient, ce qui est remarquable pour un tempérament aussi bouillant ! » JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

Les chefs d’orchestre arabes ne sont qu’une petite quinzaine dans le monde. « Il va nous mettre de la sauce algérienne sur du Mozart ! » s’est entendu dire Kouider par certains. « Cela n’a pas été facile. J’y ai fait face avec courtoisie, mais fermeté, parce que je sais qui je suis. Oriental, occidental, arabe, africain et musulman. Je me suis appuyé sur ma double culture. La musique aide à ne pas avoir peur d’autrui, même si elle ne change pas le monde. » Proche de sa famille en Algérie, qu’il n’a pas vue pendant cinq ans au cours de la décennie noire, l’homme s’investit à partir de 2001 dans la réouverture de l’opéra d’Alger, et dirige l’Orchestre symphonique national jusqu’en 2008. Le défi est énorme, mais avec d’autres personnalités algériennes il ranime la discipline et joue même de l’opéra, pour la première fois depuis 1962. Lorsqu’est donné Rigoletto, le père de Kouider est dans la salle, fier.Tailleur, il avait fabriqué les costumes de ce même opéra à Copenhague, des décennies auparavant… Alors à l’approche de la livraison, l’an prochain, du tout nouvel opéra d’Alger, le fils du pays se dit « prêt à faire des propositions » à la future direction. Une communication sans fausse note pour celui qui serait volontiers manager de spectacles, s’il devait un jour se reconvertir. l CONSTANCE DESLOIRE Photo : CAMILLE MILLERAND pour J.A. JEUNE AFRIQUE

BRÉSIL

Mercadante sur orbite Ancien ministre de l’Éducation, cofondateur du Parti des travailleurs et vieil ami de Lula, il vient d’être appelé à diriger le gouvernement. Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2018 ?

E

n décembre 2013, Dilma puis sénateur (il obtient le plus grand Rousseff avait annoncé des nombre de voix jamais recueilli par un changements au cours des candidat : 10,5 millions), il devient en prochains mois : plusieurs 2001 chef du parti présidentiel au Sénat ministres souhaitant se présenter aux et au Congrès national. En 2011, il est élections législatives et régionales du nommé ministre de la Science, de la mois d’octobre, il fallait songer à les Technologie et de l’Innovation, avant de remplacer. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le prendre le portefeuille de l’Éducation. 3 février, Aloizio Mercadante (59 ans), Ce grand défenseur des droits sociaux jusqu’ici ministre de l’Éducation, a été nommé chef À la fois économiste, excellent de cabinet de la présigestionnaire, intellectuel dence (équivalent du poste de Premier ministre) en et homme politique avisé. remplacement de Gleisi Hoffmann, qui va partir à la conquête a toute la confiance de la présidente, du gouvernorat de l’État de Paraná. qui a écrit la quatrième de couverture S’agit-il d’une mise sur orbite produ livre – Brasil : de Lula a Dilma (2003grammée ? Rousseff, qui elle-même 2013) – qu’il a publié l’an dernier. occupa ce poste avant d’être portée à Quelques jours avant sa prise de foncla tête du pays, en 2010, prépare-t-elle tions, le nouveau chef de cabinet avait Mercadante à lui succéder ? Pas cette déjà installé ses bureaux à la Casa civil et année, bien sûr, puisqu’elle a d’ores participé à une réunion de cinq heures et déjà fait savoir qu’elle briguerait un avec Dilma et Lula… l nouveau mandat, en octobre, mais MARIE VILLACÈQUE pourquoi pas en 2018 ? Elle ne pourra, constitutionnellement, se présenter une nouvelle fois, et Luiz Inácio Lula da Silva aura 73 ans… Mercadante pourrait alors constituer une solution de continuité. CHEVILLE OUVRIÈRE. Cofondateur du

Parti des travailleurs (PT), en 1980, et proche collaborateur de Lula, le nouvel homme fort du gouvernement brésilien est économiste de formation. Cet intellectuel est à la fois un politique avisé et un excellent gestionnaire. Né à Santos, dans l’État de São Paulo, en 1954, il se lie d’amitié avec Lula dès l’université. Dans les années 1970, les deux hommes militent ensemble contre la dictature militaire (1964-1985). Professeur à l’Université pontificale catholique de São Paulo, Mercadante devient vite une cheville ouvrière du PT : son nom est associé à tous les programmes de cette formation entre 1989 et 2002. Dans les années 1990, il dirige aussi les campagnes électorales de Lula. Député fédéral à deux reprises,

u Aloizio Mercadante, nouveau chef du cabinet présidentiel.

BERNARDO PÈREZ/NEWSCOM/SIPA

« Artistes de l’Unesco pour la paix » depuis 1999, les artistes du CPI donnent trois à quatre concerts annuels de soutien aux programmes de l’organisation. Des performances qui mêlent souvent musique classique occidentale et traditions arabes. Les Mille et Une Nuits d’Offenbach, par exemple, ou des chants soufis sur la Neuvième Symphonie de Beethoven. « Amine conçoit ses concerts comme un dialogue, décrit Anne Leclerc. Et ses origines arabes sont fondamentales dans son inspiration. » En 2012, Kouider fonde aussi l’Orchestre symphonique Algérie-France pour célébrer le cinquantenaire de l’indépendance d’Alger. Et il tient bon, malgré les pressions de nostalgiques haut placés de l’Algérie française.

59


60

Économie

Hold-up à ECOBANK

Depuis le 22 janvier, les administrateurs sud-africains du groupe demandent ouvertement la tête du directeur général, Thierry Tanoh, et veulent renverser le conseil d’administration. L’assemblée générale extraordinaire du 28 février sera décisive. FRÉDÉRIC MAURY, STÉPHANE BALLONG NICOLAS TEISSERENC

avec et

M

ercredi22janvier,Lomé.Pour la dixième fois depuis juillet2013etledébutdecequ’il convientd’appeler«lacrise» à Ecobank Transnational Incorporated (ETI, le holding du groupe), le conseil d’administration du groupebancairepanafricainestréuni.PauloGomes, administrateur depuis plus de sept ans, annonce sa démission, officialisée le lendemain matin par un communiqué à l’attention des Bourses d’Accra et de Lagos ainsi que de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM, à Abidjan), où Ecobank est coté depuis fin 2006. Pas de surprise: candidat à l’élection présidentielle prévue le 16 mars dans son pays, le Bissau-Guinéen ne cache pas depuis plusieurs mois son intention de se retirer. Ce 22 janvier, si la réunion dure jusqu’à la nuit tombée, c’est pour une tout autre raison. Des administrateurs demandent ouvertement le départ

u Le siège de la banque panafricaine, dans la capitale togolaise.

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

JEUNE AFRIQUE


LES INDISCRETS

Congo, Gabon, Côte d’Ivoire, Maroc

CÔTE D’IVOIRE

Prenez-en de la graine

GABON

Plongée dans l’inconnu

DÉCIDEURS

Bruno Wenn PDG de DEG

MAROC

OPA sans fracas

61

Lomé

par l’évolution des choses, deux administrateurs, Babatunde Ademola Ajibade et Isyaku Umar, ont présenté leur démission le 6 février.

TRANCHÉES. La configuration proposée scellerait en effet la prise de contrôle du conseil d’administration par les Sud-Africains. « Ils ont fait partir le président [Kolapo Lawson], ils veulent faire sauter le conseil d’administration. Le suivant, c’est le directeur général », tranche un proche de Thierry Tanoh – qui a pris les rênes du groupe à la fin de 2012. Depuis juillet, la guerre de tranchées déclenchée par la volonté du nouveau patron d’Ecobank de se séparer de Laurence do Rego, à l’époque directrice Finance et Risques, n’a jamais réellement cessé. « C’est un conflit entre anciens et nouveaux, décrypte un très haut responsable du groupe. Le nouveau directeur général est perçu par l’ancien [Arnold Ekpe] comme voulant auditer sa gestion… » Kolapo Lawson, le président du conseil d’administration poussé à la démission en octobre dernier, ne cache pas que l’ex-patron emblématique du groupe panafricain lui aurait promis une guerre nucléaire. D’ailleurs, Sipho Mseleku a avoué être lié à Ekpe. Les deux hommes projetaient de créer un fonds de plusieurs centaines de millions de dollars, dans lequel PICauraitinvesti.Quandauxaccusationsportéespar Laurence do Rego contre Kolapo Lawson et Thierry Tanoh (tentative de manipulation de comptes et de cession d’actifs à bas prix, entre autres), elles sont perçues par nombre d’observateurs comme téléguidées par Ekpe. Joints par Jeune Afrique, les

MICHEL AVELINE POUR JA

de Thierry Tanoh, directeur général de la banque : Daniel Matjila, qui représente le fonds de pension sud-africain Public Investment Corporation (PIC, premier actionnaire d’Ecobank), et Sipho Mseleku, un homme d’affaires, lui aussi sud-africain. Depuis quelques mois, leur jeu est trouble. Mais ce jour-là, leur objectif est clair : obtenir le départ de Thierry Tanoh avant la fin du conseil. L’offensive échoue, et ils quittent le siège d’Ecobank sans avoir abattu leur dernière carte : le nom d’un possible remplaçant. Douze jours plus tard, nouvelle réunion à Lomé. Cette fois, les deux Sud-Africains mettent sur le tapis une nouvelle proposition : la démission de l’ensemble du conseil. Quelques heures plus tard, ils envoient un ordre du jour très clair pour une assemblée générale extraordinaire convoquée en urgence pour le 28 février. Selon leur plan, le conseil passerait de quatorze à huit membres. « Il y a une tentative de changer l’intégralité du conseil », confirme un proche du groupe. Indignés

JEUNE AFRIQUE

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


Entreprises marchés avocats de l’ex-administratrice exécutive d’Ecobank nient cependant toute manipulation. Une chose est certaine : avec une réunion du conseil d’administration tous les quinze jours en moyenne depuis le début de la crise, au lieu de tous les deux mois en temps normal, Thierry Tanoh a été maintenu constamment sous pression. À ses proches, ce dernier avoue d’ailleurs une forme d’épuisement face à cette situation qui l’empêche en grande partie de se consacrer à la gestion du groupe.

Pendant des années, le management n‘a rendu compte à presque personne. « Heureusement que c’est un groupe solide avec de bons fondamentaux », souligne un investisseur africain qui connaît bien l’institution. Les résultats sont excellents et le monde de la finance reste confiant (lire p. 63). Le potentiel de croissance est connu : le Nigeria représente 44 % des actifs mais seulement 27 % des profits, l’expansion en Afrique de l’Est n’a toujours pas porté ses fruits et les activités y restent déficitaires… Une meilleure maîtrise des coûts permettrait aussi de dégager davantage de bénéfices. SILENCE RADIO. Mais depuis longtemps, le problème principal d’Ecobank, c’est la gouvernance. La Securities & Exchange Commission (SEC), régulateur du marché financier nigérian, estimerait que de tous les administrateurs du groupe, un seul est réellement indépendant. Pendant des années, le management a été tout-puissant, ne rendant compte à presque personne. Dans une note diffusée le 31 janvier, l’agence de notation Fitch a aussi souligné la situation paradoxale d’un groupe

OLIVIER POUR JA

62

p Présente dans 34 pays, la banque dépend de 21 régulateurs.

ATLAS MARA EN EMBUSCADE LA QUESTIONTARAUDE le microcosme financier du continent depuis quelques semaines : Atlas Mara veut-il entrer au capital d’Ecobank ? Créé par le banquier américain Bob Diamond et le millionnaire anglo-ougandais AshishThakkar, ce fonds a levé en décembre dernier, sans difficulté, 325 millions de dollars (236 millions d’euros) avec un objectif très clair : racheter une banque africaine. Tous les regards se sont tournés vers Lomé, siège du groupe panafricain. D’autant qu’Arnold Ekpe, ancien directeur général d’Ecobank, N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

a été nommé président d’Atlas Mara… La cible de ces investisseurs « sera un établissement présent dans plusieurs pays mais pas forcément un groupe panafricain », a assuré une source proche du dossier au FinancialTimes fin 2013. « Une diversion », pense-t-on cependant au sein d’Ecobank. Avec ses 325 millions de dollars, Atlas Mara peut, par effet de levier, prendre une participation importante (entre 15 % et 20 %) dans le groupe, dont la capitalisation boursière est d’environ 2 milliards de S.B. dollars. l

panafricain comme Ecobank, présent dans 34 pays et soumis à la supervision de 21 régulateurs. Dans la crise actuelle, seul le nigérian s’est penché sur le dossier. Chez les autres, silence radio. Le problème d’Ecobank, « c’est aussi celui d’un groupe dont l’actionnariat est dilué », décrypte un banquier. Un groupe qui suscite la convoitise de grands investisseurs. Les intentions du géant bancaire sud-africain Nedbank, qui entend d’ici à la fin de l’année s’offrir 20 % du capital d’Ecobank, notamment en convertissant le prêt de 285 millions de dollars (alors environ 213 millions d’euros) qu’il lui avait accordé en décembre 2011, inquiètent. Celles d’Atlas Mara, ce véhicule d’investissement doté de 325 millions de dollars (lire ci-contre), ne rassurent pas non plus. Reste une inconnue, qui pourrait faire basculer le scénario échafaudé par les Sud-Africains : le comportement d’IFC. La filiale du groupe Banque mondiale spécialisée dans le secteur privé détient, en comptant les fonds qu’elle gère, 14,2 % du capital du groupe, ce qui fait d’elle son deuxième actionnaire institutionnel. En incluant les prêts, son exposition totale serait de l’ordre de 500 millions de dollars, selon des chiffres divulgués il y a quelques mois par un responsable d’IFC au groupe de presse sud-africain Business Day. Pour un autre JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

SEPT MOIS EN ENFER 16-17 juillet 2013 Le FinancialTimes révèle la mise en cause de Kolapo Lawson, président du conseil d’administration, par la Banque centrale du Nigeria 6 août 2013 Laurence do Rego, directrice Finance et Risque, dénonce à la Securities & Exchange Commission (SEC, l’autorité boursière) nigériane la mauvaise gouvernance à la tête d’Ecobank 29 octobre 2013 Kolapo Lawson démissionne 8 janvier 2014 Laurence do Rego quitte la banque 9 janvier 2014 La SEC nigériane dénonce publiquement la faible culture de gouvernance 22 janvier 2014 Les administrateurs sud-africains demandent le départ du directeur général, Thierry Tanoh 28 février 2014 Date prévue pour l’assemblée générale extraordinaire

des dirigeants de l’institution, « il y a aussi un symbole : celui de l’avenir d’un des seuls groupes vraiment panafricains ». Au sein du conseil d’administration, Assaad Jabre, qui représente la filiale de la Banque mondiale, s’oppose d’ailleurs ouvertement aux tentatives de putsch venues d’Afrique du Sud. IFC a beaucoup à perdre. Thierry Tanoh a travaillé pendant dix-sept ans pour l’institution, qui a salué son arrivée à la tête d’Ecobank comme un « signe de la reconnaissance des réalisations d’IFC en Afrique »… DÉBALLAGE. À ce jour, trois rapports d’audit sur la gouvernance au sein d’Ecobank ont été livrés : l’un réalisé par le cabinet KPMG à la demande de la SEC nigériane, les deux autres par l’International Institute for Management Development (IMD) de Lausanne et Ernst & Young. « La question de les rendre publics se pose mais tout n’est pas très positif pour la banque, loin de là », souligne quelqu’un qui a pu les consulter. Un grand déballage mettrait PIC dans une position délicate, alors que le fonds de pension a déjà été mis en cause en Afrique du Sud pour des problèmes de gouvernance. Mais IFC serait également touché : comment expliquer qu’une telle institution, actionnaire d’Ecobank depuis 2009, ne soit pas parvenue à imposer des bonnes pratiques au sein du groupe ? Au moment où nous mettions sous presse, la recomposition du conseil d’administration n’avait toujours pas été décidée. Mais l’hypothèse d’un départ forcé de Thierry Tanoh reste dans tous les esprits. l

Les affaires continuent Le conflit au plus haut niveau semble n’avoir que peu d’effets sur les résultats. Et malgré une légère baisse du cours du titre, les analystes restent optimistes.

D

ans quelques semaines, Ecobank Transnational Incorporated (ETI) devrait annoncer pour son exercice 2013 des résultats record. C’est en tout cas ce que laissent entrevoir les chiffres publiés début novembre et qui portent sur les neuf premiers mois de l’année dernière. Sur la période, le bénéfice net du groupe panafricain est en hausse de 65 % par rapport aux neuf premiers mois de 2012, à 250 millions de dollars (185 millions d’euros). Le produit net bancaire, lui, progresse de 24 % pour avoisiner 1,5 milliard de dollars. La crise qui secoue le groupe panafricain depuis le milieu de 2013 n’aura donc eu que peu d’effet sur ses performances. Dans leur grande majorité, les analystes qui suivent la valeur Ecobank sur les JEUNE AFRIQUE

Bourses de Lagos, d’Accra et d’Abidjan restent optimistes, même si le cours du titre affiche un léger repli ces derniers mois sur ces trois places. À la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM, à Abidjan), il tourne actuellement autour de 55 F CFA alors qu’il atteignait 65 F CFA au premier semestre 2013. À Lagos, le prix de l’action est remonté au début de l’année 2014, à 17,40 nairas, avant de retomber à 14,65 nairas le 5 février. « Cette baisse est liée à l’effet psychologique de la crise. Les investisseurs se demandent où va le groupe », explique Hermann Boua, le responsable de la recherche chez Hudson & Cie, un courtier abidjanais. D’après lui, cette tendance devrait s’inverser avec la résolution du conflit qui fait rage dans les plus hautes sphères d’ETI : « Nous estimons la valeur

intrinsèque du titre à 75 F CFA. Sa marge de progression est donc significative. » Chez Renaissance Capital, le son de cloche est à peu près le même. « La performance financière d’ETI au cours des dernières années a été décevante [notamment en raison de son expansion rapide]. Mais nous prévoyons une amélioration progressive des résultats du groupe au Nigeria (le pays représente 44 % des actifs d’Ecobank). Cela devrait avoir un impact significatif sur l’ensemble des résultats du groupe », a indiqué la banque d’affaires dans une récente note. GOUVERNANCE. Qu’en est-il des pro-

blèmes de gouvernance soulevés par le récent rapport transmis au régulateur nigérian par le cabinet KPMG ? Pour les analystes de la sous-région, les mesures qui ont été prises par le groupe (notamment la démission de l’ex-président du conseil d’administration, Kolapo Lawson) ou qui vont l’être prochainement (le possible renouvellement du conseil d’administration) seront de nature à restaurer la confiance. l S.B. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

63


Les indiscrets

JEROME BESNAULT POUR J.A.

Entreprises marchés

Logistique À Brazzaville,

Necotrans tient la corde

N

ouveau bras de fer BolloréNecotrans en perspective à Brazzaville ? Les résultats de l’appel d’offres portant sur le choix du futur opérateur du port fluvial de la capitale congolaise (photo) devraient être divulgués fin mars par les experts de la Délégation générale des grands travaux. Parmi les principaux soumissionnaires, les français Necotrans et Bolloré Africa Logistics côtoient le singapourien PSA et

les hollandais APM Terminals (filiale du groupe danois AP Moller-Maersk) et Port of Amsterdam. Rien n’est officiellement décidé, mais un observateur proche du dossier assure que « Necotrans tient la corde ». Les travaux de modernisation du port, qui ont démarré en 2013, devraient être achevés d’ici à deux ans, pour un coût de 24 milliards de F CFA (36,6 millions d’euros), dont un quart apporté par l’Union européenne. l NOTATION APRÈS DAKAR, ABIDJAN

DESIREY MINKOH

64

FER SUNDANCE LORGNE BELINGA

La compagnie minière australienne Sundance Resources, qui mène le projet transfrontalier de Mbalam-Nabeba, entre Cameroun et Congo, s’intéresse de près à Belinga (photo). Situé dans la même zone, mais au Gabon, cet autre gisement de fer avait été attribué au chinois CMEC, mais une décision d’arbitrage a annulé le permis fin N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

décembre 2013 pour nonrespect des règles environnementales. « Notre future mine congolaise de Nabeba est à seulement 80 km de Belinga. Quand nous aurons construit la voie ferrée [nécessaire au transport du minerai], il serait logique que le fer de Belinga transite par nos infrastructures, passant par le Cameroun jusqu’au port de Lolabé », confie Giulio Casello, directeur général de Sundance Resources.

La capitale économique ivoirienne va bientôt recevoir la première note financière de son risque de crédit. C’est l’agence Bloomfield Investment Corporation qui a décroché ce marché. Le processus de notation démarre la semaine du 10 février. Abidjan deviendra la deuxième métropole francophone d’Afrique occidentale à être évaluée, après Dakar en octobre 2013 (par la même agence). Les autorités du district entendent ainsi établir la qualité de crédit de la ville, mais aussi rassurer les investisseurs sur la transparence de leur gouvernance.Lacommune du Plateau, qui accueille le quartier d’affaires, sera elle aussi notée.

CÔTE D’IVOIRE AMARA MINING NE S’EMBALLE PAS La junior minière britannique, qui explore le gisement aurifère de Yaouré (proche de Yamoussoukro), reste prudente sur les perspectives de développement du projet, pourtant mis en avant par le gouvernement. « Il nous faut prouver que les ressources estimées de 6,4 millions d’onces sont bien réelles pour pouvoir lever des fonds. La fin de l’exploration n’interviendra pas avant 2015. Ensuite, il nous faudra dix-huit mois pour construire les infrastructures de la mine, dont l’exploitation ne démarrera donc pas avant 2017 », confie John McGloin, le patron d’Amara Mining.

« Le gouvernement ivoirien est sans doute allé trop vite dans sa communication à propos du projet. Ce dernier est certes prometteur, mais il prendra du temps », explique-t-il.

MAROC BIRD & BIRD RENONCE Le cabinet britannique a rompu en début d’année son accord de partenariat exclusif signé en 2011 avec El Amari & Associés, fondé par l’avocat marocain Mohieddine El Amari. En cause, selon un juriste de la place, « le refus d’investir » de Bird & Bird alors que d’autres firmes internationales ont « mis le paquet ». Mais il faut ajouter que le marché marocain est trop petit pour la dizaine d’acteurs internationaux qui s’y sont installés depuis 2007. JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

général. « Ce n’est qu’au terme de ce programme » qu’une éventuelle privatisation pourra être lancée, reprend le patron de la CIDT.

p Dans une usine textile de la CIDT, à Bouaké. CÔTE D’IVOIRE

Prenez-en de la graine Coton, anacarde, riz : pour redynamiser le Nord, sinistré par une décennie de crise, l’État mise sur l’agro-industrie. Et le secteur privé suit.

I

l fut un temps où Bouaké était le deuxième pôle économique de la Côte d’Ivoire. C’était avant que la décennie de crise qui a secoué le pays n’ait eu raison de son dynamisme et obligé ses industries agricoles à fermer leurs portes les unes après les autres. La relance du nord du pays s’est donc vite imposée dans l’agenda des responsables politiques ivoiriens, à commencer par celui du président, Alassane Ouattara, originaire de la région. Si plus de 21 milliards de F CFA (32 millions d’euros) ont été injectés entre 2008 et 2013 dans de nombreux programmes de reconstruction, l’année 2014 – la dernière avant l’élection présidentielle de 2015 – s’annonce charnière. Dès le mois de mai, à Korhogo, l’usine de trituration oléagineuse Cotraf SA doit ainsi ouvrir ses portes. Cette installation, qui a nécessité un investissement de 8 milliards de F CFA, produira de l’huile à partir de graine de coton. « Nous devrions traiter 90 000 tonnes de graines chaque année », estime JEUNE AFRIQUE

Ali Ghazal, président du conseil d’administration de Cotraf SA, qui prévoit la création de 500 emplois à l’horizon 2016. DETTES. Selon le chef de l’État ivoi-

rien, en visite dans la région en novembre 2013, la valorisation du coton, de l’anacarde (noix de cajou) et du riz est appelée à jouer un rôle comparable à celui du cacao et du café dans le sud du pays. Pour aider la filière textile, au moment où la production de coton repart à la hausse avec 340 000 t récoltées lors de la dernière campagne (soit une augmentation de plus de 30 % par rapport à celle de 2011-2012), l’État veut surtout redresser la Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles (CIDT), en grande difficulté depuis la libéralisation du secteur en 1998. Il est ainsi question d’apurer les dettes de l’entreprise publique et de l’aider à trouver auprès des banques « les 12 milliards de F CFA nécessaires pour financer notre plan de relance sur trois ans », précise Mamadou Coulibaly, son directeur

35 %

de la production de noix de cajou devraient être transformés localement en 2015, contre 5 % aujourd’hui

EMPLOIS. L’intérêt des pouvoirs publics a également redonné confiance au secteur privé, qui multiplie ces dernières années les projets agro-industriels dans la partie septentrionale du pays. Parallèlement au coton, l’anacarde prend ainsi une importance croissante. Deuxième producteur mondial derrière l’Inde, la Côte d’Ivoire espère en récolter 600 000 t en 2016, avec un objectif de transformation locale de 35 %, contre 5 % actuellement. En attendant la concrétisation, dans les tout prochains mois, des projets initiés par l’ivoirien Sifca ou l’indien Rajkumar Impex, le singapourien Olam dispose d’une capacité de traitement de 40 000 t depuis l’ouverture de sa seconde unité de production à Bouaké en février 2012. Outre le gain de valeur ajoutée, la transformation locale de l’anacarde pourrait permettre de créer plus de 40 000 emplois, selon la Banque mondiale. Un chiffre à ajouter aux 60000 que devrait générer le projet du groupe Louis Dreyfus dans la riziculture. Le négociant envisage d’investir 30 milliards de F CFA pour produire 200 000 t de riz, si possible dès la fin de cette année. Pour accompagner ces investissements privés, l’État prévoit de mettre une nouvelle fois la main à la poche. En plus d’accorder d’importantes réductions fiscales,

D’importantes réductions fiscales sont accordées pour encourager les investissements. il a promis de débourser 11 milliards de F CFA pour construire 64 magasins de stockage et réhabiliter près de 3 600 km de pistes, afin de faciliter l’écoulement de ces productions agricoles vers les marchés de consommation locaux et les grands ports d’exportation d’Abidjan et de San Pedro. l ISSIAKA NGUESSAN, à Abidjan N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

65


Entreprises marchés

t La vente de 43 nouveaux permis au large des côtes avait déjà été annoncée en 2010. GABON

Plongée dans l’inconnu Pour relancer une production d’or noir déclinante, Libreville s’apprête à attribuer 14 blocs offshore. Problème : en attendant la refonte du code pétrolier, les grands groupes, prudents, ne se bousculent pas.

L

e suspense aura duré plus de trois ans, mais le Gabon vient de franchir un pas significatif vers l’exploration pétrolière en offshore profond. Annoncée en 2010, la vente de 43 blocs au large des côtes du pays se précise, après la consultation restreinte lancée par le gouvernement avec plusieurs sociétés pétrolières il y a un peu moins d’un an. Étienne Ngoubou, ministre du Pétrole et des Hydrocarbures, a ainsi dévoilé un premier classement des compagnies ayant fait « les meilleures offres ». Quatorze blocs devraient être attribués dans les mois qui viennent, et les candidatures de treize entreprises ont pour l’instant été retenues. Pour Étienne Ngoubou, cette opération est un « succès, dans la mesure où les plus importantes sociétés pétrolières évoluant dans ces zones ont répondu favorablement à notre invitation ». Avant de N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

concrétiser la signature de contrats d’exploration et de partage de production dans l’offshore profond, un dernier round de négociations doit permettre, « d’ici à avril » selon le ministre, de départager les candidats encore en lice. Parmi eux, quelques majors comme le géant américain ExxonMobil, jusqu’alors absent du Gabon, et bien sûr Total

Exxon Mobil, Total et Shell ont répondu présent. Pas Chevron, ni BP. etShell,lesdeuxprincipauxproducteurs du pays, où ils sont implantés de longue date et détiennent déjà des permis en offshore profond. Plusieurs acteurs du secteur soulignent cependant que l’engouementaétémoinsfortqu’espéré.«On annonçait d’autres sociétés internationales, comme Chevron ou BP ; on ne les a pas vues. Et de manière générale,lesmajorsontfaitdesoffres

volontairement basses par rapport aux autres compagnies [comme Marathon Petroleum, Perenco ou Cobalt] », assure un opérateur. Par exemple, sur le bloc C-11, Exxon et Shell arrivent en deuxième et troisième position derrière la société Noble. Sur un autre bloc, Total a été éliminé en raison d’une proposition financière jugée trop faible, alors qu’il était seul en lice. ELDORADO. Les enjeux sont pour-

tantcolossaux,tantpourl’Étatgabonais que pour les compagnies. Le Gabon se rêve en nouvel eldorado pétrolier, alors que sa production n’a cessé de décliner depuis vingt ans, passant de 350 000 barils par jour à la fin des années 1990 à environ 250 000 actuellement. Aucune découverte majeure n’a eu lieu depuis celle de Shell sur le champ onshore de Rabi-Kounga (plus de 1,2 milliard de barils) en… 1985. Or la filière fournit environ 60 % des recettes publiques. Le Gabon maintient son niveau de production en maximisant l’exploitation de champs déjà matures ou en développant des gisements marginaux. Dans ce contexte, l’offshore profond suscite de grands espoirs. Le potentiel du bassin géologique où JEUNE AFRIQUE

PHOTO12/ALAMY

66


67

Une lente érosion

Production nationale (en milliers de barils par jour)

JEUNE AFRIQUE

364 337 340 276 262 256 274 273 270 242 246 240 241 255 254 245

SOURCE : BP

1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012

au Gabon – actuellement inférieure à 20 %, selon Étienne Ngoubou –, le futur texte suscite une inquiétude croissante chez les opérateurs. « L’absence de code peut créer une véritable insécurité juridique, car beaucoup de questions restent en suspens. Quelle sera la fiscalité, quelle sera la participation de l’État dans les nouveaux contrats ? Les sommes en jeu sont énormes et le niveau de risque élevé », commente un spécialiste du secteur, soulignant que, pour un seul forage d’exploration en eau profonde, l’investissement est d’environ 150 millions de dollars (110 millions d’euros). « On ne sait pas du tout où on en est, pas malderumeurscirculent»,explique un opérateur. Selon le ministère, l’État a l’intention de prendre, dans un avenir proche, des parts dans toutes les sociétés étrangères opérant au Gabon. Le futur texte pourrait notamment autoriser la jeune compagnie nationale, Gabon Oil Company (GOC, créée en 2011), à participer à hauteur de 15 % à tous les contrats. CONTENTIEUX. L’affaire Addax Petroleum a également secoué le secteur. Sanctionnée pour avoir manqué à différentes « obligations contractuelles » fiscales, douanières et environnementales, la filiale du pétrolier chinois Sinopec s’était vu retirer fin 2012 l’exploitation d’un gisement de brut (une première au Gabon) et avait porté le contentieux devant la cour arbitrale de la Chambre internationale de commerce de Paris. En janvier, l’État a réussi à régler ce bras de fer judiciaire à l’amiable, obtenant, selon l’agenceReuters,unecompensation de plus de 400 millions de dollars. AddaxPetroleumdevaitreprendreà compter du 1er février le rôle d’opérateur du champ Obangue – entretemps confié à GOC. Un soulagement alors que l’État espère doubler la production nationale pour atteindre 500 000 barils par jour. Il lui faudra de toute façon être patient : à partir d’une découvertesignificative,unepetitedizaine d’années est nécessaire avant de pouvoir lancer l’exploitation. l

Retrouvez sur

economie.jeuneafrique.com toute l’actualité économique et financière du continent Cette semaine, à la une :

Énergie Le Maroc dément avoir des difficultés à financer son Plan solaire Banque Kéba Diop gagne son procès en appel contre Société générale Angola Total cède sa participation dans un bloc offshore Guinée équatoriale Un fonds d’investissement de 1 milliard de dollars L’interview de la semaine

Stanislas Zézé PDG de Bloomfield Investment

« L’actif le plus précieux d’une agence de notation, c’est sa crédibilité »

DR

se trouvent les blocs en cours d’attribution est jugé immense, du fait de ses similitudes avec un bassin situé au large du Brésil où d’importants gisements de pétrole ont été découverts depuis 2006. De plus, Total a annoncé mi-2013 une découverte prometteuse de gaz à condensats lors de son premier forage exploratoire ultraprofond sur le permis Diaba. « On aurait préféré que ce soit du pétrole, mais c’est très positif car cela prouve l’existence d’un système pétrolier dans la zone », explique un géophysicien gabonais. Qui rappelle toutefois que « la partie se joue à l’échelle mondiale. Tant que les compagnies exploitent d’autres réserves importantes – notamment dans les pays voisins comme l’Angola ou la Guinée équatoriale –, elles ne vont pas forcément se précipiter dans un pays où [le succès] est encore hypothétique ». D’autant que, au moment même où l’État cherche à attirer des investisseurs, il multiplie les signaux contradictoires. Attendu depuis des années, le nouveau code pétrolier, qui doit remplacer l’actuel texte datant de 1962 et devenu obsolète, ne devrait pas voir le jour avant 2015. Censé permettre à la fois une amélioration de l’environnement des affaires et l’accroissement de la part des bénéfices pétroliers restant

ÉLISE ESTEBAN, à Libreville N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


Décideurs INTERVIEW

Bruno Wenn

PDG de DEG

« Nous voulons investir 500 millions d’euros On la connaît mal, mais l’institution financière de développement allemande est la première d’Europe. Comment compte-t-elle renforcer sa présence en Afrique ? Son patron évoque les grandes lignes de sa stratégie.

F

orte de 1,8 milliard d’euros de fonds propres, la société allemande d’ i nve s t i s s e m e nt e t de développement DEG (pour Deutsche Investitions- und Entwicklungsgesellschaft) investit chaque année près de 1,5 milliard d’euros, sous forme de prêts ou d’injection de capital, dans des entreprises et des projets dans les pays en développement. L’Afrique est sa troisième zone d’intervention, après l’Asie et l’Amérique latine, mais elle figure désormais en tête de ses priorités. Bruno Wenn, PDG de la société, était présent au Forum Investir en Côte d’Ivoire (ICI 2014), fin janvier à Abidjan. L’occasion de décrypter avec J.A. la stratégie de son institution. JEUNE AFRIQUE: Pouvez-vous présenter DEG ? BRUNO WENN : C’est l’institu-

tion financière de développement allemande, chargée de la promotion du secteur privé dans les pays émergents. DEG a été créé en 1962 et entièrement détenu par l’État. Depuis 2001, nous sommes membre du groupe bancaire public KfW. Notre portefeuille de plus de 6 milliards d’euros est investi à long terme en Asie, en Amérique latine, en Europe et en Afrique. En 2013, nos nouveaux engagements ont atteint 1,5 milliard d’euros, dont plus de 326 millions en Afrique. Comment vous situez-vous par rapport au néerlandais FMO ou au français Proparco ?

Nous sommes la première institution financière de développement en Europe par le total de bilan. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

Que représente l’Afrique pour DEG ?

C’est l’un de nos continents prioritaires. Nous y sommes actifs dans unetrentainedepays.Nousvoulons notamment promouvoir ceux qui pourraient devenir les prochains pays émergents (la Côte d’Ivoire, le Maroc et l’Éthiopie) ainsi que les États sortant de conflits. Notre objectif est que nos investissements en Afrique atteignent un tiers de nos nouveaux engagements, soit plus de 500 millions d’euros par an. Avec des secteurs privilégiés ?

L’agriculture et le secteur manufacturier. Nous avons par exemple investi dans Kevian, une entreprise kényane qui produit du jus à partir de fruits récoltés par 38 000 producteurs locaux. Nous sommes aussi impliqués dans les énergies renouvelables. Nous finançons une

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

68

Nos domaines de prédilection: l’agriculture

et le secteur manufacturier. start-up allemande, Mobisol, qui proposedel’énergiephotovoltaïque dans des zones rurales ; la clientèle paie par mobile banking. Nous croyons aux vertus des solutions hors réseaux, moins coûteuses que le déploiement de réseaux électriques dans toutes les régions. Quelque 45 % de votre portefeuille sont investis dans des institutions financières. Un chiffre qui peut paraître élevé…

C’est aussi le cas de nos confrères. Nous ne pouvons pas soutenir les PME asiatiques, latino-américaines

ou africaines depuis La Haye, Paris ou Cologne, cela coûterait trop cher. Nous devons donc nous appuyer sur des institutions locales. Nous choisissons des banques qui ont une vraie politique envers les PME et un système de crédit adéquat. Nous leur apportons aussi une assistance technique pour les familiariser à la gestion du risque lié aux PME. Les banques vous semblent-elles plus enclines qu’auparavant à soutenir les PME ?

GENÈVE, 17-19 MARS

Les nouveaux modes de financement du secteur privé africain font partie des thèmes majeurs du AFRICACEOFORUM 2014

theafricaceoforum.com

Les choses changent plus vite en Afrique de l’Est. Les gouvernements ont un rôle important à jouer : en créant des bureaux de crédits où les banques peuvent avoir connaissance de tous les prêts contractés par une PME, ou encore en réduisant les exigences comptables ou les coûts de refinancement. JEUNE AFRIQUE


Décideurs ON EN PARLE

par an sur le continent » • PDG de DEG depuis octobre 2009 • Il était auparavant responsable de la coopération financière avec l’Afrique subsaharienne du géant bancaire public KfW, où il a fait toute sa carrière • Élu en mai 2013 à la tête de l’EDFI, l’association des institutions financières de développement européennes

Est-ce important pour DEG de dégager du profit ?

Bien entendu, car renforcer nos fonds propres nous permet d’assumer des risques élevés. La rentabilité de nos fonds propres est en moyenne de 6 %. Le profit est entièrement réinvesti car nous n’avons pas le droit de verser des dividendes. Les institutions de développement investissent parfois via des paradis fiscaux, ce qui suscite un débat. Quelle est votre politique ?

Nous ne soutenons pas le passage par ce type de pays pour des questions fiscales. Mais dans ces États, il y a des structures légales et un environnement qui facilitent les investissements. Cela explique que les institutions aient régulièrement recours, pour l’Afrique, à des places financières comme Maurice. JEUNE AFRIQUE

ERNST & YOUNG

Pas autant que nous le souhaiterions. Le tissu économique allemand est essentiellement composé de PME, qui connaissent de grands succès en matière d’exportation. Pourquoi investiraient-elles ailleurs ? D’autant qu’elles évoluent souvent dans des secteurs à forte valeur ajoutée, plus difficilement adaptables au contexte africain.

MAYA KELLOU ERNST & YOUNG L’avocate au barreau des Hauts-de-Seine, présidente de la commission Maghreb du Conseil des investisseurs français en Afrique, rejoint EY Société d’avocats en tant qu’associée. Elle dirigera les activités juridiques et fiscales liées à l’Algérie.

Il y a bien de grands noms ?

Oui, par exemple Siemens, qui opère sur le continent depuis cent cinquante ans. RANDGOLD RESOURCES

• Économiste, 58 ans

L’Afrique est en plein boom économique. Les entreprises allemandes en ont-elles pris conscience ?

Né en Allemagne, le projet Desertec vise à implanter des centrales solaires en Afrique du Nord pour alimenter l’Europe en électricité. Pourquoi ne fonctionne-t-il pas ?

Nous ne savons pas ce qui se passe. Mais d’un point de vue politique, ce qui est intéressant, c’est la mise en lumière d’un vaste potentiel en termes d’énergies renouvelables. Travaillez-vous avec les entreprises ou les banques chinoises ?

CHRISTOPHER COLEMAN RANDGOLD RESOURCES Le directeur de l’activité Banque et Actif financier de Rothschild est nommé président du conseil d’administration du groupe minier britannique. Il en était un administrateur indépendant non exécutif depuis 2008.

Non, mais nous aimerions le faire. Nous pourrions notamment partager notre expérience. Mais les Chinois cherchent souvent des co-investisseurs capables d’apporter plus de 50 millions de dollars [37 millions d’euros] par opération. Cela dépasse souvent les capacités des institutions européennes. Y a-t-il un projet dont vous êtes particulièrement fier ?

Outre Mobisol et Kevian, je citerai un projet qui, à l’époque, a été très controversé parce que personne n’y croyait : Celtel [l’opérateur de téléphonie mobile fondé par Mo Ibrahim à la fin des années 1990]. l Propos recueillis à Abidjan par FRÉDÉRIC MAURY

DR

Bio express

V.G. SOMASEKHAR BHARTI AIRTEL Le responsable de la filiale ougandaise de l’opérateur indien est promu directeur des opérations du groupe dans les pays suivants: Zambie, Congo, Malawi, Burkina, Niger, Tchad, Madagascar et Seychelles. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

69


Finance MAROC

OPA sans fracas

Menés par Wilmar, des actionnaires récemment entrés au capital de Cosumar lancent une offre publique d’achat. Mais pas de quoi perturber la stratégie du sucrier.

L

e 24 janvier, un consortium d’actionnaires lançait une offre publique d’achat (OPA) pour la prise de contrôle d’environ 91 % de Cosumar. La suite logique du processus de sortie du capital du sucrier marocain initié par le holding royal SNI. En avril 2013, celui-ci s’était délesté d’une première tranche de 27,5 % au profit du géant singapourien de l’agroalimentaire Wilmar. L’opération a été suivie, en janvier, par l’entrée au capital d’investisseurs institutionnels marocains, dont CNIA Saada, RMA Watanya, Wafa Assurance et Axa Assurance Maroc, qui se sont emparés d’une deuxième tranche de 26,5 %, avant de former un consortium avec Wilmar. Ensemble, ils détiennent 54 % du capital de Cosumar, coté à la Bourse de Casablanca : bien plus que les 40 % au-delà desquels ils doivent, conformément aux règles du

Un capital recomposé Un consortium majoritaire : 54% Wilmar 27,5%

Actionnaires minoritaires

Wafa Assurance 7,1%

36,9%

Caisse marocaine des retraites 4,3% SNI

9,1%

MAMDA 3,4% CNIA Saada 2,3% RMA 1,5% Axa Assurance Maroc 0,9% Régime collectif d’allocation des retraites 7%

gendarme de la place marocaine, lancer une OPA sur les actions détenues par les minoritaires. « Cette OPA, rendue obligatoire par le changement de contrôle, est purement technique. Nous n’anticipons pas de changements : ni dans la gouvernance, qui a vocation à être paritaire sur le long terme, ni dans la stratégie », explique Karim Chbani,

q Sur une chaîne de production de Cosumar.

responsable des investissements chez SNI. Une chose est claire : cette recomposition de l’actionnariat relève du changement dans la continuité. Mohammed Fikrat, PDG de Cosumar, le confirme: « Le partenariat avec Wilmar contribuera essentiellement à accélérer la stratégie de développement dont les bases ont été jetées en 2005. » DÉLICATE. Une stratégie qui repose

notamment sur la diversification géographique. « Dès 2008, nous avons commencé à prospecter de la Mauritanie au Soudan, en quête de possibilités d’investissement, soutient Mohammed Fikrat. Nous envisageons aussi bien de conquérir ensemble des parts de marché que d’investir conjointement dans le raffinage ou l’extraction de sucre. » Cosumar espère ainsi doper ses exportations de sucre brut vers les marchés subsahariens. Par exemple, selon un analyste marocain qui requiert l’anonymat, « Wilmar envisage de construire une raffinerie en Afrique de l’Ouest qui serait alimentée par la production marocaine ». Maiscetteexpansionpourraitêtre délicate. Wilmar connaît en effet des difficultés sur le continent dans la

MICHEL SETBOUN/RAPHO

70

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

JEUNE AFRIQUE


Baromètre

BASTION. Au Maroc, Cosumar devrait continuer à engranger des profits, grâce au monopole dont il bénéficie et à une forte consommation de sucre (35 kg par habitant et par an). Il devrait logiquement en faire le bastion de son développement panafricain. D’abord en exportant du sucre blanc fabriqué à l’usine de Casablanca – dont les capacités vont être augmentées – à partirdesucrebrutimporté.Ensuite en montant en gamme grâce au développement de produits de marque à forte valeur ajoutée. Mais un paramètre important échappe toujours à son contrôle : le prix de vente sur le marché national. « Il est subventionné, et l’augmenter signifierait un coût important pour l’État, qui cherche actuellement à assainir sa situation budgétaire, explique Youssef Lahlou, analyste chez Silk Invest, une société financière. Or les institutionnels marocains n’iront pas contre la volonté du gouvernement. » l

MAROC

En 2014, la croissance ne sera pas dans le pré POUR 2014, nous tablons sur une croissance du PIB marocain de 3,5 %, contre 4,6 % l’année dernière. Elle sera principalement portée par le rebond des activités non agricoles lié au redressement de la situation économique en Europe. La progression du PIB du royaume sera aussi soutenue par le rebond escompté de l’investissement (déjà constaté au deuxième semestre de 2013) et par le relatif dynamisme (+ 4 %) de la consommation des ménages. La hausse de cette dernière sera cependant limitée par les réductions de subventions récemment décidées par le gouvernement. Ces mesures devraient se traduire par une inflation de 3 %, contre 1,9 % en 2013.

Mais elles permettront d’accélérer la réduction du déficit public, qui devrait s’établir à 4,4 % du PIB en 2014, contre 5,9 % l’an passé et 7,6 % en 2012. La poursuite de la réforme de la caisse de compensation est nécessaire pour ramener ce déficit sous la barre des 3 % (niveau soutenable à long terme pour maintenir la dette publique à près de 60 % du PIB). Sur le plan des échanges avec l’étranger, l’atténuation du déficit commercial, combinée à une reprise attendue des transferts des Marocains résidant à l’étranger et à une hausse des recettes du tourisme, devrait ramener le déficit du compte courant à 8,1 % du PIB en 2014, contre 8,6 % l’année dernière et 10 % en 2012. Malgré ce déficit persistant,

Karim Gharbi Responsable de la recherche chez CFG Group

les réserves en devises devraient légèrement augmenter en 2013 et 2014 grâce à la très forte progression des investissements directs étrangers et au recours grandissant du gouvernement aux émissions de dette à l’international. Mais pour apporter une réponse structurelle et durable à la problématique de la balance des paiements, l’État devrait accélérer les grands projets orientés vers l’export (plans Émergence et Azur). l

Croissance du PIB

8

7,8% 2006

7

6,5% 2007

PIB global PIB non agricole

6

4,2% 2014*

5 4 3 2 1 0

1% 2000

1,4%

3,5% 2014*

2009

2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013* 2014*

SOURCE : CFG GROUP (* POUR 2013 ET 2014, ESTIMATIONS)

filière sucrière, selon un analyste. Le groupe a par exemple dû retarder le démarrage d’une usine au Soudan pour des raisons sécuritaires. De plus, les marchés subsahariens sont « inondés de sucre et les prix sont au plus bas, explique Edward George, analyste chez Ecobank. Les industriels du secteur, du Sénégal à laCôted’Ivoire,traversentunemauvaise passe tandis que le Nigeria entend interdire les importations de sucre brut pour développer ses propres plantations ». En Afrique du Nord, Cosumar ne pourra pas se développer sur le marché algérien, fermé aux marocains. Il peut se rabattre sur la Tunisie et la Libye. Mais aussi sur l’Égypte, un pays au potentiel important, d’autant que le gouvernement envisage un large plan d’aide financière à destination des 2 à 3 millions de familles les plus pauvres. « Ce sont des marchés où il faut jouer sur les volumes pour compenser la faiblesse des marges », conseille Kais Kriaa, patron du cabinet d’analyse financière AlphaMena, basé à Tunis.

Finance

NICOLAS TEISSERENC JEUNE AFRIQUE

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

71


Dossier

72

Assurances

SAHAM-COLINA

Un couple qui marche

MARCHÉ

VINCENT FOURNIER/JA

Pathé Dione

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

JEUNE AFRIQUE


PORTRAITS

Ange gardiens africains

CAMEROUN

Chanas change d’ADN

PRODUIT

Ça va, la santé?

MAROC

Les indépendants avec nous !

« Pas question de planter notre drapeau partout » Pour le très sage PDG du groupe Sunu Assurances, trop de petites sociétés du secteur sont mal gérées. Avant de se lancer dans de nouvelles conquêtes, mieux vaut d’abord consolider les acquis !

P

Propos recueillis par

FRÉDÉRIC MAURY

législation propre à l’assurance. En 1995, nous avons réalisé qu’il était nécessaire de créer des normes communes. Basée à Libreville, au Gabon, la Cima contrôle, donne ou retire son agrément. C’est d’ailleurs l’un des rares domaines où les États africains ont renoncé à leur souveraineté.

our rencontrer Pathé Dione, il faut se rendre en banlieue parisienne. C’est dans un modeste bâtiment de Saint-Maur-des-Fossés, à l’est de la capitale française, que le Franco-Sénégalais a développé Pourquoi le développement de ce secteur est-il Sunu Assurances, né du rachat au français Axa si lent en Afrique ? des filiales d’assurance vie, de Dakar à Douala, Pour des raisons essentiellement culturelles. entre 1999 et 2004. Dans beaucoup de pays, il existe déjà une soliEntouré de son fils Karim et de Joël Amoussou, darité, une sorte de tontine. Par ailleurs, les gens le directeur général délégué du groupe, Pathé ont mis du temps à accepter l’idée de percevoir Dione est depuis plus de trente ans un observade l’argent après la mort de l’un de leurs proches. teur privilégié du développement du secteur de Enfin, la loi qui oblige à contracter une assurance l’assurance dans le sud du Sahara. À la fin des multirisque habitation ou automobile n’est pas années 1970, il crée Colina Côte d’Ivoire, qui toujours appliquée. La couverture continue néandeviendra une dizaine d’années plus tard le groupe moins de s’améliorer progressivement grâce à Colina. Au milieu des années 1980, il dirige les une campagne de communication soutenue et activités africaines de l’Union des à une meilleure compréhension de assurances de Paris (UAP), au sein de certaines problématiques telles que « Dans laquelle il travaille avec Jean Kacou celle liée à la retraite. certains pays, Diagou, aujourd’hui président de il existe déjà la Nouvelle Société interafricaine Il y a aussi le problème de l’informel… d’assurance (NSIA). Depuis quinze Il est difficile d’accorder une assuune solidarité, ans, Sunu trace son chemin: le chiffre rance à une personne qui a une actiune sorte d’affaires du groupe (qui emploie vité non déclarée. Mais le potentiel de tontine. » plus de 1 100 salariés dans 11 pays) est immense. Dans certains pays, est passé de 16 milliards de F CFA l’informel pèse deux tiers de l’activité (environ 24 millions d’euros) en 1999 à 90 milliards économique. Au sein de la Fédération des sociétés en 2012, avec des bénéfices qui ont oscillé entre d’assurances de droit national africaines [Fanaf], 2 et 4 milliards de F CFA ces dernières années. nous envisageons sérieusement de proposer des Mais, contrairement à certains concurrents, Pathé services adaptés. Dione n’a pas l’intention d’aller trop vite…

t C’est lui qui créa Colina Côte d’Ivoire, à la fin des années 1970. JEUNE AFRIQUE

JEUNE AFRIQUE : Au cours des trente dernières années, quelle évolution de l’assurance au sud du Sahara vous a le plus marqué ? PATHÉ DIONE : En Afrique francophone, l’adop-

tion d’une législation commune entre les 14 pays de la zone Cima [Conférence interafricaine des marchés d’assurances]. À l’époque des indépendances, aucun pays n’avait encore élaboré de

Quels sont aujourd’hui les produits les plus porteurs pour le secteur ?

Pour l’activité « dommages », l’assurance automobile et habitation ainsi que la protection des biens devraient bien se développer. Quant à la partie « vie », nous espérons que l’épargne sera largement diffusée. Nous travaillons également avec les banques sur les assurances décès emprunteurs et sur des produits adossés aux cartes bancaires. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

73


74

Dossier Assurances De plus, nous réalisons parfois un tirage au sort avec des personnes qui cotisent. Le gagnant touche immédiatement un capital sans avoir à attendre vingt ou trente ans. Évidemment, les autres participants conservent leur épargne. Appelé « capital tiré », ce produit a été testé en Côte d’Ivoire et au Gabon, et connaît un grand succès. Enfin, l’assurance maladie a de beaux jours devant elle, notamment dans le cadre de contrats proposés par les entreprises à leurs salariés.

Pourquoi ne pas racheter des concurrents ?

Que pensez-vous de la microassurance ?

Sunu n’ouvrira donc pas son capital ?

Nous venons de créer Kajas, une institution de microfinance au Sénégal. Nous voulons d’abord tester cette activité. Si les résultats se révèlent satisfaisants, nous vendrons des produits qui accompagneront les prêts ou d’autres produits liés à la santé à des personnes dont l’accès aux soins est habituellement restreint.

Il pourrait le faire, mais les conditions seront déterminantes. Lorsqu’un capital-investisseur vient nous voir, nous nous interrogeons toujours sur la manière dont il compte ensuite céder sa participation.

Qu’en est-il de l’assurance via le téléphone mobile?

Pour l’instant, les groupes maghrébins veulent surtout acheter. Ils ne souhaitent pas un partenariat avec nous. Et il se peut très bien que ce soit Sunu qui ait les moyens et la volonté d’acquérir une société d’assurances au Maghreb. Tout ce qui se fait au sud du Sahara n’a pas vocation à être systématiquement racheté par un groupe étranger.

Nous l’expérimentons avec Orange en Côte d’Ivoire et avec Tigo au Sénégal. Ce canal permet d’atteindre une population reculée. Une fois les contrats signés, les assureurs ont souvent du mal à collecter les versements. Une partie de la population n’a pas de compte bancaire et passe par des intermédiaires pas toujours fiables. Le paiement par mobile sécuriserait les transactions.

Nous ne rachetons que les sociétés que nous connaissons bien. Y a-t-il trop d’acteurs pour ce petit marché ? L’augmentation du capital requis dans la zone Cima ne semble pas avoir changé la donne…

Il est vrai qu’il existe trop de petites sociétés, pas toujours bien gérées. L’augmentation de capital de 500 millions à 1 milliard de F CFA n’est pas parvenue à inciter les petites sociétés à fusionner comme prévu. Le passage à 2 milliards de F CFA est discuté. Néanmoins, cela reste beaucoup moins élevé que dans d’autres pays, comme au Ghana ou au Nigeria. En deux ans, Saham, l’un de vos principaux concurrents, a récolté plusieurs centaines de millions d’euros pour accélérer son développement. C’est loin d’être votre cas. Pourquoi ?

Saham a levé cet argent pour acheter Colina et faire des acquisitions dans de nouveaux pays. À ses débuts, notre groupe a certes repris les filiales d’Axa, mais depuis nous préférons créer des filiales, comme ces dernières années en Guinée et au Mali. Et nous venons d’obtenir un agrément pour une activité vie au Burkina. C’est moins onéreux, et notre endettement reste faible : 8 millions d’euros pour 25 millions d’euros de capitaux propres. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

Nous réalisons parfois des acquisitions, mais il s’agit uniquement de sociétés que nous connaissons très bien. Au Sénégal, nous venons d’acquérir la Compagnie générale d’assurances (CGA), qui nous était très familière : nous assurions déjà son assistance technique. C’est néanmoins un exercice très difficile. Dans cette zone, il peut parfois y avoir de mauvaises surprises. Nous préférons maîtriser notre propre développement.

Envisagez-vous de signer un partenariat capitalistique avec un grand groupe ?

Quelles sont vos priorités ?

Maintenant que nous avons une belle couverture francophone, nous voulons nous étendre en zone anglophone : au Nigeria, au Kenya, en Tanzanie, en créant des filiales. Pensez-vous que les marchés anglophones sont les plus dynamiques ?

Les pays anglo-saxons sont plus porteurs. Dans un pays comme le Zimbabwe, par exemple, l’assurance se développe très vite. Vous serez présents dans cette zone en 2014 ?

Non. Notre préoccupation est de consolider nos acquis. Il n’est pas question de planter notre drapeau partout. Si nous allons au Nigeria, nous devons nous y préparer très sérieusement avec des équipes qui connaissent bien le marché. D’ici à cinq ans, nous nous implanterons dans un pays anglophone. Enfin, nous attendons aussi la libéralisation du marché de la RD Congo. Avez-vous d’autres objectifs ?

Continuer à équilibrer nos activités et à mieux répartir notre investissement entre les différents pays. Un pays ne doit pas représenter plus de 15 % de notre activité. La crise postélectorale qui a touché il y a trois ans le marché ivoirien, lequel représentait alors plus de la moitié de nos revenus, a bien failli nous faire couler. D’ailleurs, la Côte d’Ivoire représente toujours la moitié de notre chiffre d’affaires. l JEUNE AFRIQUE


Un groupe multi-métiers, une présence panafricaine Créé en 1995, SAHAM GROUP, acteur de référence dans les secteurs de l’Assurance, de l’Offshoring, de la Santé et de l’Immobilier au Maroc, poursuit activement sa stratégie d’expansion à l’international.

• Assurances

• Immobilier

Le groupe s’est implanté dans 20 pays en Afrique et au Moyen-Orient, se hissant au 1er rang des compagnies d’assurances du continent, hors Afrique du Sud, avec les marques CNIA SAADA, Colina, GAS Angola, Mercantile et LIA Insurance.

Fort de son expérience dans la promotion immobilière au Maroc, SAHAM GROUP a racheté la société ivoirienne BATIM AFRICA, avec pour ambition de couvrir la région.

• Offshoring Pionnier dans les métiers de l’offshoring, SAHAM GROUP gère 10 centres de contact en Afrique dont 8 au Maroc, et propose à ses clients internationaux des services d’assistance technique, de relation client, de télémarketing, de back office, d’annuaire…

• Partenariats stratégiques Pour renforcer son expertise et consolider sa croissance internationale, SAHAM GROUP s’appuie sur des partenariats stratégiques, aussi bien capitalistiques que commerciaux, avec des opérateurs de premier plan tels que Bertelsmann, Mondial Assistance, CEGEDIM, Sanam Holding, la Société Financière Internationale (SFI), Abraaj Capital et Wendel.

• Santé L’acquisition en 2011 d’une industrie pharmaceutique permet à SAHAM GROUP de lancer son pôle santé. Objectif : la production et la distribution de médicaments – notamment les génériques – aussi bien au Maroc qu’en Afrique.

SAHAM GROUP en chiffres • Un chiffre d’affaires de 900 millions de dollars en 2012

• 5 900 collaborateurs • 41 filiales dans 20 pays

Recherchant les synergies entre ses filiales et soucieux de pérenniser des emplois qualifiés, SAHAM GROUP mise sur la qualité, l’innovation et la formation, pour répondre aux exigences de ses clients et apporter sa contribution au développement économique et social du continent. www.sahamgroup.com


Dossier Assurances

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

76

p À Abidjan, le 4 février.

STRATÉGIE

Un couple qui marche Reprise ? Non. Intégration ? Pas davantage. Entre le marocain Saham Finances et l’ouest-africain Colina, l’heure est au « partenariat ».

E

«

n rachetant Colina, nous sommes devenus un groupe panafricain et pas seulement une société marocaine qui s’est développée en Afrique. » À latêtedeSahamFinances,Raymond Farhat y croit: on ne parlera plus un jour de Colina, racheté à la fin de l’année 2010, et de Saham comme de deux sociétés distinctes. Pour y parvenir, Farhat veut gommer les frontières qui séparent les différentes équipes au sein du groupe. D’ailleurs, en 2010, la compagnie avait rendu publique l’acquisition

de Colina en choisissant minutieusement ses mots. Aux termes de « reprise » ou d’« intégration », la direction avait préféré le mot « partenariat ». « Il traduit notre volonté de favoriser l’interculturalité, insiste Farhat. On ne peut pas diriger un groupe qui compte25 filialesd’assurances et être présent dans vingt pays en restant uniquement au siège, à Casablanca. » C’est pourquoi cinq directions régionales ont été constituées. « Chacune est dotée de véritables moyens d’animation et de contrôle », détaille Farhat, qui

considère Casablanca comme une plateforme de coordination. Ainsi, Joël Alfred Ackah, le directeur général de Colina Côte d’Ivoire, pilote la région de l’Afrique de l’Ouest, alors que Mehdi Tazi, le jeune secrétaire général de Saham Finances, dirige celle de l’Afrique du Nord. PASSERELLE. Quant à la mutuali-

sation des savoir-faire, les exemples ne manquent pas. S’appuyant sur l’expertise de sa filiale marocaine Isaaf Assistance, le groupe a aménagé une assistance automobile en Côte d’Ivoire à la fin de l’année 2012 et projette de développer cette activité dans d’autres pays au sud du Sahara. De la même façon, sa filiale CNIA Saada, numéro trois de l’assurance au Maroc, reconnue pour son expertise en matière de

BENDIDI, PATRON PAR INTÉRIM FIN NOVEMBRE, le conseil d’administration de Saham a entériné la nomination de Saâd Bendidi comme directeur général délégué du groupe. Une décision prise après l’entrée au gouvernement marocain de son PDG, Moulay Hafid Elalamy, nommé ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

l’Économie numérique. Chargé d’assurer l’intérim, il supervisera le développement du groupe. Diplômé des plus prestigieuses écoles françaises (Centrale Paris, SciencesPo et HEC), Saâd Bendidi est une figure du monde des affaires au Maroc. Il a évolué au sein du groupe FinanceCom, le holding d’Othman Benjelloun, où il a été PDG de

l’assureur RMA Watanya et président de l’opérateur télécom Méditel. En 2005, il est nommé président de l’ONA, le groupe privé marocain contrôlé par la famille royale. Il y reste jusqu’en 2008. Depuis, il a investi dans plusieurs entreprises et siège dans de nombreux conseils d’administration. l JULIEN CLÉMENÇOT JEUNE AFRIQUE


77

distribution, est sollicitée pour gérer ce domaine au sein d’autres filiales du groupe. De son côté, le modèle de Colina, qui a adopté un système de tiersgérance dans la santé depuis le début des années 2000, a été dupliqué au Maroc, notamment avec l’établissement de partenariats avec des prestataires agréés ; ce qui permet d’optimiser la gestion des remboursements. Enfin, LIA Insurance, l’assureur libanais racheté en 2012 et partenaire de Bank Audi, le premier réseau de bancassurance régional, pourrait lui aussi inspirer le groupe. La création de passerelles entre les différentes filiales est d’autant plusaiséequelesrésultatsfinanciers sont encourageants. Selon Farhat, en l’espace de trois ans, Saham Finances a multiplié par quatre son chiffre d’affaires pour son pôle assurances en Afrique subsaharienne, soit 400 millions de dollars (environ

293 millions d’euros). En outre, la rentabilité des filiales absorbées en 2010 progresse. Dans son rapport annuel de 2012, Colina souligne un rendement sur fonds propres de 21 %, contre 12 % pour l’année précédente. Une stratégie qui reçoit

celle de Mercantile Insurance au Kenya,en2013.«Actuellement,40% du chiffre d’affaires assurances du groupe est réalisé par les filiales africaines [hors Maroc]. Mais, à terme, notre objectif est de porter cette contribution à 50 % », insiste Farhat.

« On ne peut diriger un groupe comptant 25 filiales dans 20 pays en restant à Casablanca. »

RÊVE. À cet égard, la mobilité pro-

RAYMOND FARHAT, directeur de Saham Finances

unéchopositifchezlesinvestisseurs. Après l’apport en 2012 de 90 millions d’euros de la Société financière internationale (IFC, groupe Banque mondiale) et de 95 millions d’euros du capital-investisseur émirati Abraaj, la société d’investissement française Wendel a injecté 100 millions d’euros dans la compagnie marocaine en novembre 2013. De quoi encourager la poursuite de nouvelles acquisitions, comme

fessionnelle revêt une dimension stratégique. Le rêve de Farhat, qui consiste à faire fusionner complètement les équipes, est intact : « Nous devons promouvoir l’expatriation. » Pour ce faire, le groupe a élaboré un système de retraite complémentaire qui permet aux salariés candidats à l’expatriation de ne pas être pénalisés par des régimes de protection sociale qui diffèrent d’un pays à l’autre. Enfin, l’objectif est de valoriser l’expérience acquise à l’international et de gérer le mieux possible le retour au pays des expatriés. l MARIE CADOUX, à Casablanca


Dossier Assurances PORTRAITS

Anges gardiens africains À la tête de filiales de grands groupes internationaux, ils ont fait le choix de revenir sur le continent, où ils sont nés. Le pari était risqué. Il est en passe d’être gagné.

Delphine Maïdou 40 ans, PDG d’Allianz Global Corporate & Specialty Africa (AGCS Africa)

L

a bonne personne à la bonne place. » Telle est l’expression qui résume le mieux le parcours de Delphine Maïdou, à la tête depuis janvier 2013 de la filiale africaine Allianz Global Corporate & Specialty (AGCS), entité du groupe Allianz qui gère les grands risques industriels en Afrique. Née au Burkina, elle quitte le pays à l’âge de 10 ans notamment pour le Mali, le Tchad et la Côte d’Ivoire, au gré des missions de son père, diplomate. Son baccalauréat obtenu à Abidjan en poche, elle poursuit ses études aux États-Unis, où sa famille s’est installée. Elle étudie la comptabilité et obtient une licence de l’université de Pittsburgh en 1996. Après avoir hésité à rejoindre le cabinet d’audit et de conseil Deloitte à Abidjan, elle décide de rester aux États-Unis pour acquérir de l’expérience au sein de la compagnie Ohio Casualty. Un choix qui lui permet d’obtenir en 2005 un MBA en assurances à l’université de Boston. Recrutée par AGCS, elle n’ignore pas que

la société a gelé ses activités sur le continent, mais elle connaît aussi son potentiel international : « Si un jour l’Afrique vous intéresse à nouveau, pensez à moi », déclare-t-elle à sa direction. MISSION. Un vœu exaucé quand Andreas

Berger, le directeur général de la filiale britannique d’AGCS, entre au conseil d’administration de l’assureur. C’est lui qui a convaincu ses collègues de retourner faire des affaires en Afrique. Comme elle s’occupait déjà depuis plusieurs mois de rassembler des données concernant le continent à la demande de Berger, Maïdou se voit confier la tâche d’étudier la faisabilité du projet. Au moment de choisir le futur directeur général de cette nouvelle structure basée à Johannesburg, la jeune burkinabè, alors chef marketing, est naturellement sollicitée. En 2013, AGCS assure déjà des clients internationaux en Afrique, mais Maïdou doit convaincre des entreprises locales comme Eskom ou MTN, dont certaines

ALLIANZ

«

sont assurées hors du continent. Pour montrer que la société a vocation à défendre les intérêts locaux, Maïdou fait rapatrier certains comptes AGCS en Afrique du Sud. Néanmoins, la mission la plus difficile reste à venir : faire grossir le portefeuille africain d’Allianz avec de nouveaux contrats. Mais même au siège social à Munich, on se souvient qu’Allianz ne s’est pas fait en un jour… l SAÏD AÏT HATRIT

Adelane Mecellem 37 ans, PDG d’Axa Algérie

E

n 2013, Axa Algérie a triplé son chiffre d’affaires, soit environ 20 millions d’euros. La filiale du groupe français doit surtout cette réussite à son PDG algérien, intransigeant sur la qualité et passionné par l’innovation. Né en 1976 à Alger, Adelane Mecellem est recruté en 2001 par le numéro un mondial de l’assurance alors qu’il est fraîchement diplômé de l’École polytechnique de Paris. Auparavant, il avait étudié l’ingénierie industrielle au sein de l’École polytechnique d’Alger. TRANSFERT. Chez Axa, il gravit les éche-

lons. D’abord comme conseiller d’étude, puis comme chef d’équipe des actuaires (spécialistes de l’application de la statistique aux questions de finance et d’assurance). Lorsque son employeur songe à développer ses activités en Algérie, dont le marché de la prévoyance est embryonnaire, Mecellem est convaincu d’être l’homme de la situation. N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

Son profil séduit la direction d’Axa, qui l’envoie à Alger. Mais, en 2009, l’adoption de la loi dite 51/49 sur les investissements étrangers dans le pays, imposant que l’actionnaire majoritaire soit algérien, change la donne. « Nous avons eu le pragmatisme de réorienter correctement notre projet », explique le PDG. Résultat: Axa signe un partenariat avec les deux mastodontes publics algériens: la Banque extérieure d’Algérie (15 % du capital), la première institution bancaire du pays, et le Fonds national d’investissement (36 %), le bras financier de l’État, créé en2009.L’assureurdisposedes49%restants et assure la gestion de la coentreprise, ainsi que le « transfert d’expertise » souhaité par les autorités. L’entreprise, finalement lancée en décembre 2011, connaît une croissance rapide et emploie plus de 350 salariés. Reconnu pour ses compétences techniques, le patron doit désormais faire ses preuvesdansledomainedumanagement. l AXA

78

S.A.H. JEUNE AFRIQUE


JEAN-PIERRE KEPSEU

80

CAMEROUN

Chanas change d’ADN Il couvrait surtout les risques dans les secteurs du pétrole et des transports. Désormais, le numéro un camerounais s’adresse aux particuliers et aux PME.

«

L

a politique de la maison a changé. L’accueil va s’améliorer », a répété Henri Ewele, le nouveau directeur général de Chanas Assurances, à l’intention des courtiers ayant répondu à son invitation du 20 décembre 2013. Pour convaincre son auditoire, Ewele n’a pas lésiné sur les moyens: « Nous proposons de reverser une participation à ceux qui resteront avec nous pendant au moins trois ans. » Une déclaration qui a fait mouche. « Nous sommes ravis de constater que nous ne sommes plus considérés comme des pestiférés par cette entreprise, confie un courtier. Certains de nos clients exigeaient d’être assurés par Chanas, mais l’ancienne présidente

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

[Jacqueline Casalegno] ne voulait pas travailler avec nous. » Cette rencontre marque une véritable transformation dans l’identité du leader camerounais de l’assurance dommages, qui a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 23 milliards de F CFA (35 millions d’euros) en 2012. Avec ses cinq bureaux de représentation, la compagnie s’est longtemps définie comme une société de vente directe. Elle avait tiré un trait sur les services de courtage, qui avaient pourtant fait son succès avant sa fusion, en 1997, avec laSociétécamerounaised’assurance et de réassurance (Socar). POLICE. Mais son réseau a eu bien

du mal à rivaliser avec celui de la vingtaine d’agences établies par

p En 2012, la compagnie a réalisé un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros.

des concurrents pour séduire le marché des particuliers et des PME. « Chanas a vécu des décennies durant sur une rente : les grands risques des secteurs du pétrole et des transports maritime et aérien, analyse un concurrent. La nouvelle direction estime qu’il faut désormais diversifier ses activités. » Cela se concrétise notamment par le renforcement de son réseau – le bureau de Garoua a ouvert ses portes en novembre 2013 – et par un rapprochement avec les courtiers. L’évolution de Chanas devrait également reposer sur l’élaboration de produits destinés aux PME et sur la multiplication des partenariats. Le 19 décembre 2013, le groupe et la Commercial Bank-Cameroun (CBC) ont signé un accord aux termes duquel la banque s’engage à préfinancer les primes d’assurances en accordant des crédits aux clients. Ces derniers peuvent alors régler l’intégralité du montant de leur police au moment de la souscription, comme l’oblige désormais l’article 13 du code Cima (Conférence interafricaine des marchés d’assurances). CAILLOU. Quatre mois après la fin

delacrisedesuccessionquiaabouti à la mise sur la touche de Jacqueline Casalegno, 86 ans, la fondatrice et ex-PDG du groupe, tout semble rentrer dans l’ordre. Comme l’avait demandé la Commission régionale de contrôle des assurances (CRCA) de la Cima, la fonction occupée par l’ancienne patronne n’existe plus. Casalegno est désormais présidente du conseil d’administration.

« Enfin on n’est plus considérés comme des pestiférés par cette entreprise », s’exclame un courtier. Reste un dernier caillou dans la chaussure d’Ewele. La Cima réclame la mutation du titre foncier du siège de la défunte Socar. Un actif estimé à 1,5 milliard de F CFA, que Chanas fait figurer illégalement dans son bilan. « Nous sommes en train de régulariser notre situation pour 2014 », promet-il. l OMER MBADI, à Yaoundé JEUNE AFRIQUE


Notre métier, l’assurance

SUNU ASSURANCES HOLDING SA 59 bis, avenue Foch 94100 Saint-Maur des Fossés France Tél. : + 33 (0)1.48.86.62.66 Fax : + 33 (0)1.48.86.62.55 E-mail : sunu-assurances@sunu-group.com Site internet : www.sunu-group.com

BURKINA-FASO RAYNAL S.A. Tél. : (226) 50.30.25.12 E-mail : raynalsa@fasonet.bf BENIN Union Béninoise d’Assurance Vie (UBA-Vie) Tél. : (229) 21.30.02.12 E-mail : uba@ubavie.com Avie Tél. : (229) 21.31.83.55 E-mail : infos@avieassur.com CAMEROUN Union des Assurances du Cameroun Vie (UA Cam-Vie) Tél. : (237) 33.42.12.46 E-mail : contact.uacam@uacamvie.com CENTRAFRIQUE Union des Assurances Centrafricaines-IARD (UAC-IARD) Tél. : (236) 21.61.31.02 E-mail : uac-iard@uac-iard.com GABON Union des Assurances du Gabon-Vie (UAG-Vie) Tél. : (241) 01.74.34.34 E-mail : uagvie@uagvie.com

CÔTE D’IVOIRE Union des Assurances de Côte d’Ivoire Vie (UA-Vie) Tél. : (225) 20.31.04.00 E-mail : info@uavie.ci

NIGER Union Générale des Assurances du Niger-IARD (UGAN-IARD) Tél. : (227) 20.73.40.71 E-mail : ugan-iard@ugan-iard.com

Le Millénium Assurances Internationales-IARD (LMAI-IARD) Tél. : (225) 20.25.18.18 E-mail : lmai-iard@lmai-iard.com

Union Générale des Assurances du Niger-Vie (UGAN-Vie) Tél. : (227) 20.73.41.75 E-mail : ugan-vie@ugan-vie.com

Le Millénium Assurances Internationales-Vie (LMAI-Vie) Tél. : (225) 20.25.44.44 E-mail : lmai-vie@lmai-vie.com

SENEGAL Union des Assurances du Sénégal-Vie (UASen-Vie) Tél. : (221) 33.889.00.40 E-mail : uasenvie@uasen.com

L’Alliance Africaine d’Assurances Vie (3A-Vie) Tél. : (225) 20.33.98.20 E-mail : aaavie@aaavie.com

Compagnie Générale d’Assurances (CGA) Tél. : (221) 33.889.62.00 E-mail : cgasen@orange.sn

GUINÉE Union des Assurances de Guinée-IARD (UA-IARD) Tél : (224) 666.10.10.27 E-mail : info.guinee@ua-iard.com

TOGO

MALI Union des Assurances du Mali-IARD (UAM-IARD) Tél. : (223) 75.59.26.11 E-mail : info.mali@ua-iard.com

Union des Assurances du Togo-IARD (UAT-IARD) Tél. : (228) 22.21.10.31 E-mail : uat.iard@uatiard.com Union des Assurances du Togo-Vie (UAT-Vie) Tél. : (228) 22.22.51.95 E-mail : uat.vie@uatvie.com

Réalisation FilBleuSAS : contact@filbleu.net

Le réseau SUNU en Afrique


Dossier Assurances PRODUIT

Ça va, la santé? Parallèlement à la mise en place de systèmes publics de couverture maladie, le rôle des compagnies privées est appelé à s’accroître. Paradoxe ? Pas vraiment.

«

N

ousn’avonsmême pas été consultés, en dépit de notre expérience et des grandes difficultés auxquelles se sontdéjàheurtéeslesinstitutionsde prévoyance sociale dans le passé. » L’instauration de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) – une promesse de campagne du président Macky Sall – n’a pas fait que des heureux, comme par exemple Sidi Faye, le patron de l’un des premiers assureurs du pays, NSIA Sénégal. Selon lui, une réforme aussi décisive n’aurait jamais dû être entérinée sans concertation préalable avec les assureurs privés. Pis: parce qu’elle vise une couverture globale et ne cible pas en priorité les plus démunis, elle favorise l’apparition d’une nouvelle concurrence, celle des mutuelles. L’absence de concertation avec les assureurs privés est d’autant plus regrettable qu’ils sont souvent les seuls capables d’offrir des services d’assurance maladie. Généralement, le manque de couverture publique leur permet de proposer leurs services aux ménages les plus aisés. Résultat : ils ont développé un véritable savoir-faire. « C’est un métier très complexe. À la différence des autres branches de l’assurance, il ne s’agit pas uniquement d’évaluer et de dédommager des sinistres, mais de garantir une prise en charge, d’interagir avec les professionnels de la santé et de gérer des dossiers au quotidien », explique Mehdi Tazi, directeur général de l’assureur marocain CNIA Saada et secrétaire général de sa maison mère, Saham Finances. Pour cette compagnie panafricaine, l’assurance santé est une activité en plein essor depuis plusieurs années. « Le nombre d’entreprises qui souscrivent à ces offres pour N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

leurs salariés ne cesse d’augmenter, souligneSidiFaye.C’estunavantage pour nous car nous prenons moins de risques financiers. Les soins d’un employé malade sont couverts par les cotisations des autres. » Quant à l’assurance maladie pour les particuliers, elle reste très rarement proposée par les assureurs privés. « Ceux qui souscrivent sont principalement des personnes âgées, car elles sont plus susceptibles d’être en mauvaise santé », justifie Mehdi Tazi. Du coup, l’assurance individuelle est un produit souvent déficitaire. « Nous sommes obligés de mettre en place des clauses d’ajustement : si le client cotise 1 000 euros et que ses frais s’élèvent à 1 200 euros, il doit rembourser la différence », complète Pathé Dione, le PDG du groupe Sunu.

SYLVAIN CHERKAOUI POUR J.A.

82

TIERS PAYANT. L’assurance maladie, un secteur stratégique ? Oui, mais pas forcément lucratif. « On ne peut pas dire que cette activité soit l’une des plus rentables, confirme Sidi Faye, mais en raison de sa complexité en matière de gestion elle est une manière de prouver la qualité de nos services. » Les grands assureurs ont ainsi développé un système de tiers payant qui permet d’avancer les frais de santé, tout en surveillant les prescriptions. Pour

Pour atteindre les populations isolées, les assureurs misent sur les applications mobiles. ce faire, NSIA emploie du personnel médical chargé de vérifier la cohérence des ordonnances pour limiter les abus dans un domaine où la fraude est répandue. En outre, les assureurs explorent de plus en plus de nouvelles voies pour commercialiser cette offre,

notamment via des applications pour mobiles. Une manière d’atteindre les populations les plus reculées grâce aux réseaux des opérateurs télécoms. Ces partenariats permettent également de sécuriser les paiements. Au Kenya, le 22 janvier, Britam – le leader du marchédel’assurancedanslepays– a officialisé son association avec Safaricom, le premier opérateur de télécommunications du pays, Changamka, un fournisseur de technologies, et PSI, une ONG qui œuvre à l’amélioration de la santé des populations à faibles revenus, pour offrir un service d’assurance maladie à quelque 35 millions de Kényans.Moyennantunecotisation de 102 euros par an, ce programme offre à ses clients une couverture maximale de 2 465 euros. CHANTIER. Chez Saham, toute l’or-

ganisationinterneévoluepourassurerledéveloppementdesassurances santé (qui représentent 20 % de ses primes non-vie). Baséà Casablanca, le groupe s’est allié en janvier au JEUNE AFRIQUE


83

clientèle attirée par l’offre de couverture complémentaire. » Un chantier que plusieurs pays – Algérie, Maroc, Tunisie, Mali, Gabon – ont déjà mené et que d’autres, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Burkina, développent actuellement. « Il est hors dequestionquelesassureursjouent le rôle de la sécurité sociale, et il nous est impossible d’offrir à des populations aux faibles revenus des garanties en termes d’hospitalisation et de chirurgie », explique Pathé Dione Dione. Reste aux assureurs privés à t ro u v e r l e u r place dans ces nouveaux dispositifs. « Le potentiel est là quel que soit le modèle, souligne Mehdi Tazi. Au Maroc, le privé représente environ 300 millions d’euMoyennant ros de primes, soit moins de 1 % une d u m a rcotisation ché. En de 102 € Europe, la par an, l’assureur Britam part du privé est dix fois s’est associé supérieure. Le potentiel à l’opérateur est immense. » Au sud Safaricom pour offrir du Sahara, où les systèmes une couverture se mettent en place, les assureurs maximale de peuvent jouer un rôle plus grand, 2 465 euros au-delà de la gestion des compléà ses clients mentaires. Ils pourraient se voir kényans déléguer en partie la gestion du système de base, dont l’indispensable lutte contre les fraudes. l t Au centre de protection maternelle et infantile (PMI), à Dakar (Sénégal).

français Cegedim, spécialiste des logiciels et des services consacrés à l’assurance des personnes, pour offrir une assistance à ses 22 filiales africaines. Saham a également l’intention de prospérer sur le marché des cliniques. L’ambition du groupe est de pouvoir proposer, comme le font certains groupes portugais ou espagnols, une offre de soins dans ses propres cliniques. Paradoxalement, c’est grâce à l’émergence du système public de

couverture sociale que les assurances santé pourraient vraiment décoller. « Dans ce domaine, privé et public ont des intérêts convergents, confirme Thierry Roussay, directeur international de Cegedim Assurances. Pour le public, c’est un levier puissant de lutte contre les inégalités et la pauvreté. En ce sens, le régulateur doit définir le niveau de soins minimal pris en charge par l’État. Pour le privé, c’est la promesse d’une nouvelle

FRÉDÉRIC MAURY


PUBLI-INFORMATION

Le groupe AXA Un assureur responsable L’un des premiers groupes d’assurance au monde, AXA protège les personnes et les biens sur le long terme. Dans le cadre de son métier d’assureur, mais aussi en impliquant ses collaborateurs dans une démarche de responsabilité sociale.

«N

otre responsabilité d’entreprise exprime pleinement notre objectif premier de protéger nos clients et la société au sens large », écrit Emmanuel Touzeau, directeur en charge de la responsabilité d’entreprise au sein du groupe AXA. Dans le cadre de cette stratégie volontariste, les actions vont bien au delà de la gestion des primes d’assurance et des risques. Elles impliquent tous les collaborateurs et favorisent les réalisations constructives dans des actions de solidarité. Bien sûr, les filiales et les collaborateurs d’AXA en Afrique subsaharienne participent pleinement à cette stratégie. Une multiplicité d’initiatives a vu le jour dans ce cadre, dont voici les plus récentes.

CHIFFRES CLÉS D’AXA EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE Exercices (En Millions de FCFA) > Chiffre d’Adffaires > Fonds Propres > Actifs gérés Immobilier Valeurs Mobilières Prêts Divers Titres de placement et de participation Banques et Caisses > Ratio de Couverturedes Engagements

ACTIFS GÉRÉS

8%

2011 39 793 19 594 70 678 27 431 16 470 2 937 8 448 15 392 468,94 %

2012 42 341 23 508 77 987 27 080 21 848 2 489 13 539 13 031 464,09 %

2013 49 189 23 176 84 740 27 453 22 900 6 582 17 983 9 822 422,13 %

CHIFFRE D’AFFAIRES en M FCFA

12%

21%

2010 39 084 19 813 61 955 24 574 13 984 3 311 7 953 12 133 473,66 %

32%

39 084 39 793

2010

2011

À gauche, Raymonde Goudou Coffi, ministre de la Santé et de la Lutte contre le Sida, et Michel Hascoët, Directeur Afrique, lors de l’inauguration de la maternité d’Assinie, en Côte d’Ivoire. À droite, Le bâtiment des chambres d’hôtes de l’hôpital Albert-Schweitzer à Lambarené, au Gabon.

■ AXA CÔTE D’IVOIRE, avec le concours financier de l’ensemble des filiales (pour plus de 60 millions de F CFA), a offert au village d’Assinie Mafia, cité balnéaire au sud-est du pays, un complexe sanitaire comprenant une maternité équipée par AXA assistance France et un logement pour la sagefemme. AXA Atout Cœur Côte d’Ivoire a rénové une partie des dortoirs de la pouponnière de Yopougon, près d’Abidjan. ■ AXA CAMEROUN a engagé de nombreuses actions en faveur des personnes défavorisées, organisant par exemple des dons de produits de première nécessité à un centre d’accueil de la ville de Douala. Du matériel informatique a été offert à un centre de formation pour enfants de la rue, ainsi qu’à deux centres de Promotion de la Femme, sous l’égide de l’Amicale des Dames d’AXA et d’AXA Atout Cœur. ■ AXA GABON a réhabilité les chambres d’hôtes de l’hôpital Albert-Schweitzer, à Lambarené. Ces travaux, d’un coût de plus de 30 millions de F CFA, complètent le Centre international universitaire de recherche et de santé. Inauguré en juillet 2013 à l’occasion du Centenaire Albert Schweitzer, il comprend un hôpital, un centre de recherches et une université.

49 189 42 341

27%

■ Immobilier ■ Valeurs Mobilières ■ Prêts Divers ■ Titres de placement et de participation ■ Banques et Caisses

Henri de Castries, PDG d’AXA, lors de la cérémonie d’inauguration de l’unité de production d’eau potable de Syer, au Sénégal.

2012

2013

■ AXA SÉNÉGAL a installé une unité de production d’eau potable à la communauté rurale de Syer, au bord du Lac de Guiers. Cet équipement est en grande partie financé par la région MedLa d’AXA, qui comprend les filiales africaines. Parmi les autres actions de l’année figurent l’organisation d’une journée de don du sang en liaison avec l’Association sénégalaise des hémophiles et l’équipement en matériels hospitaliers de l’hôpital pour enfants Albert Royer de Dakar. Cette opération est financée par AXA France et AXA Assistance dans le cadre du programme SOLIMED (Solidarité Médicale).


AXA en Afrique subsaharienne Quatre filiales à votre service Avec 160 000 collaborateurs et plus de 102 millions de clients dans le monde, AXA est l’une des premières marques d’assurance au monde. Pour pérenniser sa croissance, le groupe accélère son développement sur le continent. Dans cette stratégie, il sait qu’il peut capitaliser sur les performances de ses équipes dans les quatre premiers marchés d’Afrique subsaharienne.

Thierry KEPEDEN AXA Cameroun BP 4068 Douala Tél. : (+237) 33 42 67 72 www.axacameroun.com

Joël MULLER AXA Gabon BP 4047 Libreville Tél. (+241) 01 79 80 80 axa-gabon.com

Roger Eugène JOHNSON BOA AXA Côte d’Ivoire 01 BP 378 Abidjan 01 Tél. : (+225) 20 31 88 88 www.axa.ci

TROIS QUESTIONS À…

MICHEL HASCOËT, PDG d’AXA Assurance Maroc et Directeur Afrique

« L’Afrique est un axe stratégique pour notre groupe »

Quel bilan faites-vous de votre activité en Afrique subsaharienne ? Michel Hascoët : Nous sommes présents dans les quatre premiers marchés francophones et, face à une concurrence qui se développe, nous maintenons nos bonnes positions : numéro un au Sénégal et dans les trois premiers au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Gabon. Ensemble, ces sociétés ont réalisé un chiffre d’affaires de 75 millions d’euros l’année dernière, en hausse de plus de 15 % en un an. Quelles sont les perspectives de développement ? M.H. : L’Afrique est un axe stratégique pour le groupe AXA, qui est présent dans 62 pays dans le monde. L’objectif est de faire passer la part du continent dans le chiffre

Alioune DIAGNE AXA Sénégal BP 182 Dakar Tél. : (+221) 33 849 10 10 www.axa.sn

d’affaires global à 15 % d’ici à 2030. Nous sommes très présents au Maroc et, depuis deux ans, nous faisons partie des premiers groupes d’assurance internationaux en Algérie. D’ici à 2015, l’objectif est de multiplier par deux le chiffre d’affaires d’AXA en Afrique. Vos filiales africaines attachent beaucoup d’importance à leurs actions dans le domaine sociétal… M.H. : Elles s’intègrent parfaitement dans la stratégie de responsabilité d’entreprise du groupe, dont l’origine remonte à 1991 avec le lancement du programme de bénévolat international AXA Atout Cœur. Dans ce domaine, nos progrès sont solides et permanents. La notation et la présence d’AXA dans les indices internationaux qui font référence dans ce domaine sont sensiblement supérieurs à la moyenne du secteur de l’assurance.

PUBLI-INFORMATION

DIFCOM/FC - Photos : DR

Alioune DIOUF Directeur des opérations Afrique subsaharienne


Dossier Assurances menée dans la région de Tadla-Azilal en 2008, il compte désormais 5,5 millions de bénéficiaires, soit 69 % de la population concernée. Le panier de soins est identique à celui de l’AMO. L’investissement consenti par les autorités marocaines pour le financement de l’AMO et du Ramed s’est élevé à environ 9 milliards de dirhams (790 millions d’euros) en 2013. DANIEL HERARD/REA

86

p Les agriculteurs sont également concernés. MAROC

Les indépendants avec nous! Professions libérales, commerçants et même travailleurs de l’informel pourraient bénéficier d’une couverture médicale universelle.

D

epuis l’application de l’assurance maladie obligatoire (AMO) en 2005 et la généralisation du régime d’assistance médicale (Ramed) en 2012, le Maroc a fait un pas de géant sur le chantier de l’accès universel à la santé. L’AMO, gérée par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), pour les salariés du privé, et la Caisse nationale des organismes de la prévoyance sociale (CNOPS), pour les fonctionnaires, permet selon les derniers chiffres communiqués par

l’Agence nationale de l’assurance maladie (Anam) à 7,6 millions de personnesdebénéficierd’unecouverture santé. Ces dernières bénéficient d’un panier de soins de 172 maladies sans plafond, élargi depuis 2009 aux soins ambulatoires. « Le déploiement de l’AMO a rapidement progressé. Il en va de son équilibre financier », note un observateur. Un temps envisagée, la prise en charge des soins dentaires a encore été repoussée. Quant au Ramed, consacré aux plus démunis, après une expérience

DÉFI. Un autre projet d’envergure

est à l’étude : celui de l’intégration des travailleurs indépendants dans le cadre légal de la couverture médicale universelle. Ce programme pourrait voir le jour d’ici à la fin de cette année. Environ 10 millions de personnes (en prenant en compte les ayants droit) sont concernées, soit près d’un tiers de la population. Le défi est de taille car la catégorie des indépendants englobe aussi bien les professions libérales et les chefs d’entreprise que les travailleurs de l’informel, les commerçants et les exploitants agricoles. Ce qui pose la difficulté de définir quelle population peut en bénéficier, de lui proposer des soins adaptés à ses besoins et surtout de sécuriser le recouvrement des cotisations. Plusieurs idées seraient déjà avancées comme celle d’un partenariat avec les assureurs privés, qui pourraient se voir confier la gestion de ce nouveau régime. l MARIE CADOUX, à Casablanca

Coulisses OLD MUTUAL CAP AU LARGE Le groupe financier sud-africain prévoit que les bénéfices tirés de ses filiales africaines représenteront 15 % de ses bénéfices globaux d’ici à la fin 2015, contre 10 % aujourd’hui. En 2013, Old Mutual a investi environ 125 millions de dollars (91 millions d’euros) au Kenya, au Ghana et au Nigeria. L’acquisition – dont le montant est confidentiel – de Faulu, le spécialiste kényan de la microfinance N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

et de la micro-assurance, devrait être finalisée d’ici à la fin du premier trimestre. PRUDENTIAL OBJECTIF GHANA L’assureur Prudential, dirigé par le Franco-Ivoirien TidjaneThiam, a racheté en décembre 2013 100 % de la société ghanéenne Express Life Insurance. C’est la première incursion de la compagnie britannique – 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2012 – sur le continent. En moins

de deux ans, Express Life Insurance, auparavant contrôlé par l’investisseur mauricien Leapfrog, a vu le nombre de ses clients passer de 60000 à 730000. TUNISIE CHARIA & CIE L’assurance islamique se renforce enTunisie. Début janvier, sept compagnies, dont les leaders du marché, Assurances Salim et Société tunisienne d’assurance et de réassurance (Star), – associés à Stusid Bank –, ont officialisé le démarrage

des activités de la société Assurances At-Takafulia. Ce type de produit ne représente que 1 % du chiffre d’affaires global du secteur, mais son potentiel de croissance est élevé. La nouvelle société, dont le capital s’élève à 10 millions de dinars (environ 5 millions d’euros), s’appuiera sur les réseaux de distribution de ses actionnaires et proposera aux entreprises et aux particuliers des produits compatibles avec les préceptes de la charia. JEUNE AFRIQUE


QUI EST LE MIEUX PLACÉ POUR VOUS PARLER DE L’ACTUALITÉ POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE AFRICAINE ?

ONNEZ-VOUS B A À

135 €*

L’actualité revisitée de la semaine et des sujets exclusifs Des interviews sans compromis Focus pays au travers d’enquêtes et d’analyses Les stratégies d’investissement des entreprises et des mises en perspectives L’Afrique vue au travers de sa richesse culturelle

au lieu de 196 €

02 38 90 89 53

abonnement-ja@jeuneafrique.com

AMIX Service abonnements Jeune Afrique 326, rue du Gros Moulin - B.P. 10320 - 45200 Amilly - France

OUI,

JE M’ABONNE À JEUNE AFRIQUE POUR 1 AN Comme Un Soleil - Crédit photo : swillklitch - Fotolia.com

Je souhaite recevoir une facture acquitée

PUB JA 12 13

52 nos dont 4 doubles + 3 hors-séries

* Offre valable jusqu’au 31/03/2014 en France métropolitaine. Pour les autres pays, frais de port en complément : Europe, Maghreb, CFA : 24 €, USA/Canada : 74 €, Reste du monde : 94 €. Jeune Afrique est une publication du groupe Jeune Afrique, S.C.A. au capital de 15 000 000 € 57 bis rue d’Auteuil - 75016 Paris - France SIRET 784 683 484 00025. Conformément à la loi informatique et liberté du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification aux données vous concernant en écrivant à Jeune Afrique, service abonnements.

J’INDIQUE MES COORDONNÉES Nom

Prénom

......................................

.............................................................................................

Adresse

............................................................................................

..........................................................................................................

Code postal Pays

France métropolitaine

135 €

Email

Europe / Maghreb / CFA

159 €

USA / Canada

209 € 229 €

............................................

Société

Je coche l’abonnement de mon choix

Reste du monde

(Top finance 200, Top 500 entreprises, L’État de l’Afrique)

Ville

...................................................

.................................................

Tél.

........................................

................................................................................................

JE JOINS MON RÈGLEMENT PAR Chèque à l’ordre de SIJIFA Carte bancaire

Visa

Mastercard

Amex

N° Date de validité Notez les 3 derniers chiffres figurant au dos de votre carte Virement bancaire : CIC Paris EST Taitbout GCE, 11 bis Bd Haussmann 75009 Paris - IBAN FR76 3006 6106 6000 0100 4680 237 Date et signature obligatoires :

FRIQUE

soit 30 % de remise Abonnement 1 an 52 nos dont 4 doubles 3 hors-séries

www.laboutiquejeuneafriquecom

BULLETIN D’ABONNEMENT

J

A NE EU

Chaque semaine, plongez au cœur de l’actualité de tout un continent.


88

Culture & médias

PEINTURE

Bile noire, masques blancs Avec leur visage immaculé, les personnages de Djamel Tatah expriment une certaine mélancolie qui traverse toute l’œuvre du peintre franco-algérien exposé à la Fondation Maeght.

D

es silhouettes répétées à l’infini côte à côte ou dans le temps, d’une toile à l’autre. Djamel Tatah a l’obsession créative. Depuis les années 1980, le plasticien franco-algérien reproduit à l’envi des figures humaines à taille réelle et au visage immaculé. « Je n’ai pas cherché à changer mais à appuyer une idée », explique-t-il assis paisiblement sur une marche d’un jardin insolite dessiné par

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

SÉVERINE KODJOGRANDVAUX, envoyée spéciale à Saint-Paul-de-Vence

Miró. Jusqu’au 16 mars, la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence (dans le sud de la France), présente, en collaboration avec la Villa Médicis à Rome et le Musée public national d’art moderne et contemporain d’Alger (Mama), une cinquantaine de ses œuvres. Monographie conçue un peu comme une rétrospective,présentéeauparavantauMama,l’exposition « Djamel Tatah » s’ouvre sur l’un de ses premiers tableaux (un autoportrait réalisé à La Mansourah en 1986) et se termine sur une série de pièces quasi identiques, représentant de jeunes hommes, dos au mur, mains dans les poches, tête penché vers le bas, l’esprit tourné sur soi. « À force de s’ennuyer, on ne s’intéresse plus aux autres », commente l’artiste. JEUNE AFRIQUE


89

q Sans titre, 1998 (huile et cire sur toile, 180 x 160 cm).

DJAMEL TATAH/ADAGP PARIS 2013

DJAMEL TATAH/ADAGP PARIS 2013

t Œuvre sans titre composée de trois panneaux. Il s’agit d’une reprise des Femmes d’Alger qui a été réalisée en 2003 (huile et cire sur toile, 250 x 600 cm).

p Sans titre (autoportrait à La Mansourah), 1986 (huile sur toile, 73 x 92 cm).

JEUNE AFRIQUE

DJAMEL TATAH/ADAGP PARIS 2013

La répétition ne dit pas seulement le même. Elle crée un effet de groupe et traduit une commune solitude au milieu des autres. On entre alors dans l’intime, l’humain. Les silhouettes, réalisées à partir de photographies numérisées et projetées sur la toile pour servir de trame, sont alors des présences au monde. Seules ou en groupe, elles demeurent isolées. « La solitude est inhérente à notre être. Nous la subissons parfois : elle est alors sociale. Mais nous en avons besoin aussi. On ne peut pas être tout le temps avec l’autre. Ilfautêtreseul,avecsoi-même,pourpouvoirpenser. La solitude est alors un état de l’être. » Djamel Tatah ne réalise pas des portraits mais des « figures humaines ». La blancheur marquée l l l N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


Culture médias Peinture

90

“Je te donne mes pierres, et toi, que m’offres-tu en échange ?” » Et ce chœur de madones réalisé en 1996 ? Des Femmes d’Alger (c’est l’un des rares tableaux à avoir un titre), prises dans la tourmente de la décennie noire qui a frappé la terre de ses parents, celle où le jeune homme s’est rendu pour la première fois lorsqu’il avait déjà 15 ans et qu’il foula fréquemment jusqu’en 1987. S’ensuivront vingt longues années de distance avec un pays avec lequel il a noué une relation « très intense, mais remplie de douleur ».

DJAMEL TATAH/ADAGP PARIS 2013

TOILE À VIF. La guerre, reconnaît-il aujourd’hui, est

des visages est adoptée pour transformer les représentations en icônes. « Il ne s’agit pas de peau. Ce blanc est là pour créer une neutralité. J’ai voulu désincarner au maximum ces personnages », explique l’artiste, qui se refuse à donner un titre à ses tableaux, laissant à chacun le soin d’y découvrir ce qu’il souhaite, d’interpréter à sa manière son mondeàlaquiétudetroublante.L’universdeDjamel Tatah est un chaos qui ne se donne pas d’emblée. L’influence de la danse contemporaine, notamment celle de Pina Bausch, n’est jamais loin. Les toiles sont chorégraphiées, le mouvement fluidifié. Les silhouettes gracieuses, la délicatesse des ports de tête peuvent tromper. L’œuvre de Djamel Tatah ne se contemple pas, elle s’éprouve. Quelle est cette masse informe? Un paysage?Unemontagne?Uneîle?Un«dormeurdu val » étendu face contre terre, l’un de ces damnés de lamerquel’onretrouvedansuneréinterprétationdu Radeau de la Méduse et qui évoquent ces migrants naufragés dont les corps sans vie finissent sur les côtes de la forteresse Europe. « C’est un double échec, constate l’enfant d’émigrés algériens né en 1959prèsdeSaint-Étienne.L’exilestunpremiersigne d’échec. Ces corps échoués en sont un second. » Et cet enfant qui tend les mains en offrande, qui est-il ? « Un petit Palestinien qui demande : lll

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

p Sans titre, 1991 (huile et cire sur toile et bois, 200 x 157 cm).

Sur jeuneafrique.com (re)découvrez d’autres œuvres de Djamel Tatah

apparue puis devenue récurrente dans ses tableaux quand elle a frappé dans toute sa violence et sa terreur l’Algérie. Pourtant, précise l’artiste, « je ne suis pas un documentariste, mon travail n’est pas une peinture de l’Histoire ni une chronique du monde. Mais c’est une peinture métaphysique. La seule chose qui m’intéresse est de m’interroger sur ce qu’est notre réalité ». Une réalité au final sombre – la mort rode toujours – et que les couleurs vives ne parviennent pas à illuminer. Djamel Tatah travaille avec de grands aplats de couleur effaçant toute perspective et tout repère spatio-temporel. « L’espace d’interprétation n’est pas clos mais ouvert, laissant à la virtualité toute son importance », explique-t-il. Lui, qui aime cultiver l’esprit, travaille la matière, mélange les techniques. À la peinture à huile s’ajoute la cire, qui « rend la lumière et la redistribue », offrant ainsi différentes ambiances aux œuvres en fonction du temps extérieur et de l’éclairage. Les plis des vêtements ou les contours des personnages sont souvent marqués par une absence de peinture, laissant la toile à vif. Djamel Tatah expérimente aussi la lithographie et la gravure sur bois, cherchant toujours à répéter le même différemment. Plus qu’une expérimentation, une philosophie de vie pour celui qui reconnaît une certaine « insatisfaction » et un « besoin de faire mieux ». « On travaille par nécessité, parce qu’il nous manque quelque chose », commente-t-il. Est-il en quête d’un monde meilleur? Sans doute. Si l’univers de Tatah est fait de nostalgie, de silence et de présence, de tragédie et dit la fragilité de notre réalité, l’espoir est néanmoins de mise, laisse entendre celui qui a été formé à l’École des beaux-arts de Saint-Étienne de 1981 à 1986. L’un de ses tableaux montre sur un fond jaune éclatant des jeunes hommes, vêtus tout de noir, mains dans les poches, le regard déterminé. À leurs pieds, des corps inanimés. À la dureté du dessin, Djamel Tatah offre, en contrepoint, une interprétation emplie d’espérance. « La question de ce tableau est celle de la jeunesse : comment peut-elle se reconstruire après la guerre ? L’énergie est dans la position des sujets debout. Toute la dignité humaine est là. La peinture est un acte de résistance. » l JEUNE AFRIQUE


Culture médias LITTÉRATURE

Dans la tête de Moussa Dadis Camara Nathan a essayé d’en décrire toute la folie, qui culmina avec le massacre du 28 septembre au stade du 28-Septembre. « Pour écrire Saraka Bô, j’ai utilisé toute la substance de ma clinique, j’ai imaginé la vie de mes patients en dehors des consultations, dit-il. En Guinée, je suis intervenu dans l’hôpital où étaient notamment soignées les femmes violées dans le stade. C’est de cette manière que j’ai connu les dessous de l’affaire : la connaissance m’est venue des patients. »

Dans son dernier roman, l’ethnopsychiatre Tobie Nathan s’aventure dans le monde ubuesque du capitaine qui régna sur la Guinée après la mort de Lansana Conté.

A

DENIS ALLARD/REA

vec la même précision cruelle que la balle tirée par le chef de la garde présidentielle Aboubacar « Toumba » Diakité le 3 décembre 2009, l’ethnopsychiatre Tobie Nathan a réussi l’exploit d’entrer dans la CRUAUTÉ. Racontant l’initiation d’un jeune ethtête de l’ancien président guinopsychiatre, son amour néen Moussa Dadis Camara. Un soudain pour une superbe exploit totalement littéraire, bien Guinéenne alors même qu’il sûr, puisque c’est dans son dernier roman, Les Nuits de Patience, est homosexuel et son départ que l’auteur de Saraka Bô s’avenpour l’Afrique, Les Nuits de ture dans le monde ubuesque du Patience sont un roman qui capitaine qui régna un an sur la plonge dans les arcanes d’une Guinée après la mort de Lansana politique africaine que l’OcciConté. Le point de départ d’une dental moyen ne peut guère comprendre. « Il n’y a pas de intrigue aux nombreux rebondisp Le chef de la junte dans son bureau politique sans sorcellerie en sements ? Sans doute la petite du camp Alpha-Yaya-Diallo à Conakry (le 3 août 2009). Afrique, s’exclame Nathan. phrase de l’ambassadeur de Sékouba Konaté ? On faisait France en Guinée le jour où il venir pour lui des camions remplis Kourouma. Et cela donne ce genre de reçut Tobie Nathan, nommé conseiller d’albinos à la présidence pour attirer la de coopération et d’action culturelle à digression : « Vous savez qu’il a un casier chance, je les ai vus ! Toumba ? C’était Conakry : « C’est plutôt bien qu’ils m’enjudiciaire? Il n’a pas eu “l’amnestie”. Il faut le fournisseur de fétiches de Camara ! voient un ethnopsychiatre, le président que vous “chachiez” ; il faut que le peuple Quant aux ethnies, ce sont des réseaux est complètement fou ! » “chache”. Il est en train de raconter des politiques. On ne peut rien comprendre bobards… Il parle tantôt de Forestiers… FOLIE. Qu’en dites-vous, docteur ? « Le Il les appelle les mangeurs de viande de si on ne comprend pas ça ! » président se levait vers 14 ou 15 heures, singe. Il nous appelle “des Mais Tobie Nathan n’obse souvient Nathan. Il recevait les ambassinges”. Je suis Forestier. serve pas que l’Afrique, il sadeurs la nuit et organisait des réunions Est-ce que j’ai l’air de manscrute aussi les Français où il prenait lui-même la plupart des déciger la viande de singe? Est-ce en Afrique. Avec une saine sions. Parfois, ses interventions étaient que j’ai l’air d’un singe ? C’est cruauté. « Les politiciens publiques et filmées, comme ce fameux grâce aux Forestiers que les français ne connaissent “Dadis Show” au cours duquel le directeur rebelles ont été combattus et pas l’Afrique… Si la situades douanes fut renvoyé. Il souffrait à chassés de Guinée. L’Afrique tion en Guinée est devenue mon avis d’une vraie psychopathologie. a ses valeurs. Ce n’est pas ubuesque, c’est en partie La rumeur le disait malade et drogué, ses seulement les Forestiers qui parce que des responsables ont combattu. Les Peuls ont décisions étaient erratiques, incompréen France voulaient installer combattu, les Soussous ont hensibles, parfois même aberrantes. » un ami à la place de Dadis et Les Nuits de combattu… » que ce dernier l’a su… Vous Inspiré par le personnage, l’auteur de Patience, de savez,lanuitdu4Aoûtn’apas Observateur attentif du polar n’a pas résisté au plaisir d’en faire Tobie Nathan, eu lieu au Quai d’Orsay. » l jeu politique qui se dérouun protagoniste central de son livre, Rivages, 306 pages, NICOLAS MICHEL lait devant ses yeux, Tobie nommé en l’occurrence Youssoufou Davis 20 euros JEUNE AFRIQUE

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

91


Culture médias ESSAI

Aux origines du génocide rwandais Les historiens Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda déconstruisent méthodiquement la théorie qui fut la matrice idéologique de la tragédie de 1994 dans un livre érudit sans être savant.

C

est une idéologie désuète JEAN-PIERRE CHRÉTIEN: Cette idéologie jugement qui sera étendu à tous leurs issue de vieux grimoires, à prétention scientifique, qui apparaît au semblables, bien au-delà de la cour. Quant comme une photo couleur XIXe siècle, consiste à distinguer entre aux Hutus, ils sont considérés comme sépia retrouvée dans un les Noirs deux catégories profondément de simples « nègres », tout juste bons à coffre poussiéreux au fond du grenier différentes sur le plan racial, en fonction servir. On sort là du domaine des idées… d’un aïeul. Mais ce vestige de l’anthrodes types physiques, des impressions J.-P. C.: La thèse sous-tendue, c’est que pologie raciale qui servit de boussole aux esthétiques, de l’organisation des sociédans « les ténèbres de l’Afrique » – pour aventuriers et missionnaires européens tés… L’une est désignée comme « nègre » reprendre l’expression de Stanley –, venus explorer la région des « sources et l’autre considérée comme résultant des « nègres » ordinaires n’auraient pu du Nil » et évangéliser ses populations d’un métissage entre Noirs et populaaccoucher de royaumes aussi bien strucreprésente surtout un héritage empoitions venues du Proche-Orient. Cette turés. Donc ça ne pouvait être l’œuvre sonné, qui a semé une division durable que d’une race supérieure, qui est assisecondecatégorieseraconsidéréecomme milée à la classe des aristocrates tutsis. dans les cœurs avant de culminer avec la supérieure du fait de cette ascendance L’explorateur britannique John Speke a, campagne d’extermination des Tutsis du non africaine. Rwanda menée entre avril le premier, diffusé la thèse et juillet 1994. d’invasions anciennes Après avoir coécrit en venues de la côte orientale 1995 (avec Jean-François du continent. Les Tutsis Dupaquier et Joseph seraient donc de « race Ngarambe) un ouvrage de hamitique », et les Hutus référence sur les médias de « race bantoue ». du génocide au Rwanda, l e s h i s t o r i e n s Je a n L’alliance du colonisateur Pierre Chrétien et Marcel et de l’Église finira par Kabanda sont remontés s’inverser au profit des aux racines idéologiques Hutus. Comment l’idéodu mal. Dans Rwanda : logie hamitique évolueracisme et g éno cide. t-elle alors ? L’idéologie hamitique, M. K. : On assiste à un ils relatent la genèse, les renversement des posidérives criminelles et la tions mais pas de l’idéop Les historiens Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda. logie elle-même. De la permanence d’une idéolomême manière que la gie largement méconnue, qui fut pourtant la matrice de ce génocide Cette mythologie ethno-raciale a colonisation du pays s’était appuyée sur en terre africaine dont la 20e commémoconcerné divers peuples en Afrique, l’idéologie hamitique, sa décolonisation ration sera célébrée en avril. comme les Peuls ou les Massaïs. s’inscrira dans ce cadre mental. Parmi un « Ce schéma racial est né dans le même Pourquoi a-t-elle prospéré dans la région petit groupe de Hutus instruits émerge creuset que celui opposant Aryens et des Grands Lacs ? l’idée que le Rwanda fait face à une double Sémites », remarquent en préambule MARCEL KABANDA : À partir de la fin colonisation : celle des Européens, mais les auteurs, pour qui « le produit de ces du XIXe siècle, le Rwanda et le Burundi aussi et surtout celle des Hamites sur traditions “savantes” est le même, au Sud offrent à cette théorie une sorte de laboles Bantous. Ils vont donc revendiquer comme au Nord : un déni d’humanité et ratoire. Cette dernière sert alors d’ouen priorité une décolonisation de la une politique d’exclusion puis d’extermitil de gestion de ces sociétés pour les domination hamite, vue comme la plus nation ». « Nilo-Hamites » conquérants Européens. Considérant cette catégorie néfaste. C’est ce qui va accoucher de la face aux Bantous autochtones, Tutsis de « faux nègres » – les Tutsis – comme fameuse « Révolution sociale » de 1959, contre Hutus ou Congolais, la théorie une race supérieure, les missionnaires appuyée par la Belgique et par l’Église, historique qui fonde l’idéologie hamitique lors de laquelle les Hutus vont reprendre et les colonisateurs vont en faire des continue malheureusement de prospérer intermédiaires dans leur stratégie d’évanpossession de « leur » pays. autour de ce culte binaire. gélisation et d’administration indirecte. Les aristocrates tutsis qui composent la Dès lors, cette idéologie servira à justifier JEUNE AFRIQUE : Quels sont les fondeune politique d’apartheid ainsi que des cour royale sont vus comme ayant une ments de l’idéologie hamitique ? pogroms anti-Tutsis… aptitude naturelle à commander – un VINCENT FOURNIER/J.A.

92

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

JEUNE AFRIQUE


Culture médias

AFP IMAGEFORUM

93

p Photographies de victimes, Mémorial du génocide à Kigali.

M. K. : Il s’agit de libérer le « petit peuple » hutu des « féodaux » tutsis. Une certaine violence va s’instaurer contre ces derniers, quel que soit leur statut social: déportations, exactions, pillages… Jusqu’aux massacres de grande ampleur commis fin 1963-début 1964. Au début des années 1990, l’idéologie hamitique se superposera à l’idéologie génocidaire… J.-P. C.: Sous l’influence d’une faction

dirigeante extrémiste hutue, on va clarifier le débat sur un mode exclusivement racial. Autrement dit, on nie l’existence d’un jeu politique complexe entre la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) [largement composée de Tutsis contraints à l’exil], l’opposition intérieure – essentiellement hutue – et le gouvernement du président Habyarimana. Le message devient : « C’est une lutte entre les Hutus et les Tutsis. » On voit alors refleurir l’allusion aux « féodaux » venus de l’extérieur. Cette idéologie perdure-t-elle depuis le génocide ? M. K.: Oui. Dans l’est du Congo, une

zone frontalière avec le Rwanda où vivent des Congolais rwandophones, on a vu prospérer par contagion le mythe du conflit entre Hamites et Bantous. D’ailleurs, cela ne date pas de 1994 : dès 1963, un faux document faisant état d’un JEUNE AFRIQUE

plan de colonisation de la région par les Tutsis était élaboré dans le Nord-Kivu. Trente ans plus tard, les interventions successives de l’armée rwandaise au Congo ont été interprétées comme la concrétisation de ce dessein visant à constituer un « empire tutsi-hima ». Dans cette affaire, le Rwanda est assimilé au président Paul Kagamé, et Kagamé aux « envahisseurs » tutsis. Un autre pôle plus hétéroclite, ditesvous, a intégré cette idéologie à une critique de l’impérialisme américain et du sionisme. J.-P. C.: Cette fois, on est en

l’Afrique centrale – n’oublions pas que la littérature coloniale a qualifié les Tutsis de « juifs de l’Afrique ». Ce credo est au cœur, par exemple, du livre de Pierre Péan Carnages, où le génocide des Tutsis apparaît comme une péripétie dans un gigantesque complot « cosmopolite » dont les tentacules s’étendraient jusqu’au Soudan. Vous concluez qu’on se trouve là dans un domaine qui relève plus de la foi religieuse que d’une controverse historique argumentée. M. K. : On est face à un

fantasme exotique. Dès lors présence de groupes variés qu’on se trouve en Afrique, qui sont fascinés par des on n’évalue pas l’histoire explications de type conspicontemporaine à l’aune des rationniste. On y trouve aussi mêmes critères qu’ailleurs. bien des gens très droitiers, C’est le regard sur le contipar exemple des souverainent qui pose problème. nistes français farouche- Rwanda: racisme J.-P. C.: Il y a des annéesment anti-Américains, que et génocide. lumière entre ces théodes cercles qu’on pourrait L’idéologie risations et la réalité. En qualifier de gauchistes, en hamitique, de Afrique, l’essentialisation Jean-Pierre Chrétien Europe ou en Amérique du et Marcel Kabanda, ethno-raciale fait litière Nord. Ils ont en commun de éd. Belin, des calculs, des choix, des dénoncer une forme de com- 384 pages, rapports de force, des straplot géostratégique qui serait 22 euros tégies politiques… Si nous fomenté depuis Washington. ne tournons pas cette page, Dans cette grille de lecture, les Tutsis nous risquons de ne rien comprendre sont vus comme l’instrument des Angloaux évolutions de l’Afrique de demain. l Saxons et des Israéliens pour dominer Propos recueillis par MEHDI BA N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


Culture médias En vue

n n n Décevant

n n n Pourquoi pas

n n n Réussi

n n n Excellent

MUSIQUE

Poète sans frontières Avec Time, Anthony Joseph signe un album à l’énergie rock, entre soul, jazz et funk, composé par Meshell Ndegeocello.

P

our son cinquième album, le BritanniqueoriginairedeTrinitéet-Tobago Anthony Joseph s’est allié au groove de Meshell Ndegeocello (« libre comme un oiseau » en swahili). La productrice new-yorkaise est parvenue à mettre en valeur la puissance narrative du poète, sublimée dans des créations à l’énergie rock qui naviguent entre jazz (parfois psychédélique), soul et funk. Homme de lettres qui enseigne à l’université de Londres (Birkbeck College) et prépare une biographie de l’icône du calypso trinidadien Lord Kitchener qui servira de trame à un documentaire de la BBC, Anthony Joseph signe avec Time un album envoûtant. Le phrasé (spoken word) claque souvent, serpente toujours entre la flûte de Magic Malik, les rythmes africains du percussionniste antillais Roger Raspail (« Michael X »), la basse diabolique de Meshell Ndegeocello, notamment sur « Hustle to Live » dans lequel Anthony

NICOLAS HIDIROGLOU/NAIVE

94

Joseph a voulu rendre hommage à Gil d’Anthony Joseph : résistantes du quotiScott Heron. dien,mères-héroïnes,épousesmeurtries… Né du souhait de Meshell La plus célèbre d’entre elles Ndegeocello de travailler avec le est la jeune Malala Yousafzai, poètelondonien, croisé dans les adolescente pakistanaise qui a défié la folie terroriste et misolocauxparisiensdulabelquidistribueleursdisques(Naïve),Time gyne des talibans (« Girl With a aétéenregistréencinqjoursdans Grenade »). Time est donc un album engagé qui s’ouvre sur unstudiodelacapitalefrançaise. un poème éponyme (« Time : Résultat: un opus à la fois épuré Time, Archeology ») qui évoque l’hisetterriblementsophistiqué,que d’Anthony Joseph l’artisteprésenteranotammentà toire de la traite négrière entre (Heavenly l’Afrique et les Caraïbes et de Parisle18marsàLaBoulenoire. Sweetness/ l’esclavage. l De nombreuses figures Naïve) nnn féminines traversent les textes SÉVERINE KODJO-GRANDVAUX

ROMAN

Sam qui rit et Sam qui pleure ILS SONT DEUX AMIS de jeunesse, Samir et Samuel. L’un est musulman, l’autre est juif. Le premier a fait de brillantes études, mais ne parvient à trouver un emploi qu’en se faisant passer pour Sam, un juif dont il invente le parcours en s’inspirant de celui de son ancien camarade. Samuel, lui, a choisi l’écriture, mais il périclite lamentablement,sansparveniràfaire publier ses manuscrits jusqu’au jour où il s’aperçoit que Samir est devenu un juriste star en vampirisant l’histoire de sa vie… Un récit admirablement construit à l’écriture nerveuse, captivant jusqu’à la dernière ligne. l LAURENT DE SAINT PÉRIER

L’Invention de nos vies, de KarineTuil, Grasset, 494 pages, 20,90 euros nnn N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

TÉMOIGNAGE

L’ONU, ce « grand machin » bureaucratique MARTINE CAMACHO en est convaincue, les Nations unies ne viendront jamais à bout du sous-développement en Afrique, ni sans doute ailleurs. Pour une raison très simple: le développement ne se décrète pas, c’est un processus endogène, et aucune solution venue de l’extérieur ne peut l’imposer. Vingt années passées au service d’un « grand machin », bureaucratique, miné par le gaspillage, la politique, l’obsession

de la communication et le copinage, ont ôté à l’auteure toutes ses illusions sur l’efficacité des milliards de dollars d’aide consacrés au continent. Le sujet est passionnant. Dommage que Martine Camacho n’ait choisi de livrer que ses seules expériences plutôt qu’une enquête fouillée sur les dérives des agences onusiennes. l

Les Afriques cobayes, de Martine Camacho, Mon petit éditeur, 388 pages, 23,95 euros

JULIEN CLÉMENÇOT

nnn JEUNE AFRIQUE


Culture médias BON À SAVOIR

TÉLÉVISION

Prisonniers de l’enfer libyen

Toile panafricaine

ILS SONT DES MILLIERS de migrants subsahariens à s’échouer en Libye, eldorado fantasmé ou dernière étape avant l’Europe. Faute d’un État fort, ils se retrouvent à la merci de bandes qui font la loi avec une brutalité excitée par un certain racisme. À Tripoli, c’est le chef de milice Abdel Rezag qui s’en charge. Par « patriotisme », il traque les migrants, les arrête, les enferme dans des conditions insalubres, dans son QG sis dans le zoo de Tripoli ou encore dans une annexe de la prison Abou Salim. Avant de les reconduire à des frontières qui échappent à tout contrôle. l JOAN TILOUINE

C

OMMENT TROUVER sa place dans le créneau du traitement de l’actualité africaine, déjà fort saturé ? C’est le défi auquel ont été confrontés Samantha Ramsamy et Antoine Mokrane, les deux promoteurs du site Afrique Inside. Ces deux anciens journalistes de l’éphémère chaîne de télévision Al Qarra pensent avoir trouvé la parade en lançant non pas un site d’information classique mais un média global généraliste et international. « Notre objectif, argumente Samantha Ramsamy, est de réactualiser l’information en temps réel. Nous nous définissons comme un site numérique d’information continue. »

La Traque des migrants, de Véronique Mauduy, Arte Reportage, à voir en replay jusqu’au 15 février sur le site de la chaîne à l’adresse videos.arte.tv nnn

MUSIQUE

PRENEZ UN ARTISTE CONNU, faites-lui jouer une vingtaine de reprises parmi les plus connues, secouez… Succès quasi assuré ! À l’occasion de la parutiondesonlivreBalade en saxopourses80ans, ManuDibangos’estprêtéaujeuavecplus Dibangos’estprêtéaujeuavecplus ou moins de réussite. Du « Sud » de Nino Ferrer er en passant par « When a Man Loves ves a Woman » de Percy Sledge, le Camerounais entend nous faire voyag e r à travers des airs qui l’ont marqué et inspiré. é. Mais, hélas, la magie gie n ’o p è r e pas.Manu, reviens! l MICHAEL PAURON

Balade en saxo, de Manu Dibango (E.G.T/Wagram) nnn JEUNE AFRIQUE

JACQUES TORREGANO/DIVERGENCE

Mais où est donc passé Manu Dibango?

Afrique Inside, c’est donc un fil d’actualités africaines et internationales adossé à une web TV qui se veut un outil de décryptage et d’investigation pour approfondir les « grands sujets » d’actualité politique et économique. Le site propose les rubriques habituelles (politique, économie, environnement, sport, focus), mais aussi des « Dossiers de la rédaction », un « E-Talk politique », un « E-Talk éco » et un « Web débat » mensuel interactif autour d’un sujet d’actualité entre spécialistes et internautes. « Nous traitons de l’actualité en toute indépendance de manière factuelle et approfondie en privilégiant des angles

géostratégiques et géopolitiques pour rendre compte avec objectivité du rôle croissant du continent africain dans la mondialisation », jure Mme Ramsamy, ancienne journaliste vedette de la chaîne panafricaine Africa 24. Afrique Inside, qui ambitionne de passer très rapidement à l’anglais, propose un « Espace abonné » permettant en échange de 9 euros par mois d’accéder à des articles exclusifs et de bénéficier de l’intégralité du fil info et des applications numériques. « La majeure partie du site, se défendent les deux promoteurs, reste gratuite et accessible. » Lancé en décembre 2013, à l’occasion du Sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique, ce site revendique actuellement 30 000 vues par jour et poursuit l’objectif de profiter des réseaux sociaux et des technologies de l’information pour élargir son audience. Autre ambition : mettre en place un vaste réseau de correspondants pour remonter en temps réel au siège à Paris des informations de première main. Reste cependant à savoir si tout cela suffira pour trouver sa place au soleil parmi les médias qui traitent de l’actualité africaine. La concurrence est même devenue d’autant plus rude qu’on enregistre presque chaque mois un nouvel organe d’information panafricain. l Seidik Abba

N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

95


ANNONCES CLASSÉES

Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

RÉPUBLIQUE DU BURUNDI OFFICE DES ROUTES PROJET DE DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR ROUTIER

AVIS DE RELANCE DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT N° ODR/PDSR/1/SERV/2014 POUR LE RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT INDIVIDUEL CHARGÉ DE FAIRE L’ÉTUDE D’IMPACT ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL SUR LA ROUTE NATIONALE N° 3 DU PK 30+780 AU PK 77 DON IDA N° H684-BI DATE DE PUBLICATION : 4 FÉVRIER 2014 DATE LIMITE DE DÉPÔT DES MANIFESTATIONS D’INTÉRÊT : 18 FÉVRIER 2014 À 17 H 30 1. Le Gouvernement de la République du Burundi a reçu un Don de l’IDA pour financer le Projet de Développement du Secteur Routier. Ce dernier se propose d’utiliser une partie de ce Don pour effectuer les paiements autorisés au titre de consultation et voudrait recruter un Consultant individuel qui sera chargé de l’étude d’impact environnemental et social sur la route nationale revêtue n° 3 du PK30+780 au PK 77 (Nyaruhongoka-MUTAMBARA) que le Gouvernement compte réhabiliter avec élargissement de la chaussée existante. 2. L’objectif de la manifestation d’intérêt est de sélectionner un consultant individuel qui va réaliser la mission susmentionnée.

• L’Environnementaliste recherché devra avoir une formation universitaire (BAC + 5 ou plus), Chef de Mission, ayant une expérience minimum de 15 ans en Afrique et ailleurs en matière d’études environnementales et sociales. Il devra avoir conduit trois (3) études similaires en nature et en taille et avoir été 2 fois Chef de mission sur des prestations similaires, ces cinq dernières années. Il sera chargé entre autres occupations de diriger et de coordonner toutes les activités de la Mission d’études sur le terrain. Il doit maîtriser parfaitement la langue française et avoir au moins une expérience d’étude similaire dans la sous région. • Le Consultant individuel aura la liberté de s’attacher d’autres compétences spécifiques au regard de sa mission mais sous sa seule responsabilité, notamment un (1) Sociologue, de formation universitaire (BAC + 5 ou plus), ayant 12 ans minimum d’expérience générale en Afrique et ailleurs, ayant participé à au moins deux études de nature similaire ces cinq dernières années. Il doit maîtriser parfaitement la langue française et avoir au moins une expérience d’étude similaire dans la sous région. 4. Les candidats seront sélectionnés conformément aux Directives ‘’Sélection et Emploi des Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale’’ édition de 2004, révisée en octobre 2006 et en mai 2010. 5. Les manifestations d’intérêt soumises en langue française doivent être déposées au Secrétariat de la Direction Générale de l’Office des Routes à l’adresse, à la date et l’heure ci-haut citée ou envoyées par courrier électronique et porter expressément la mention « Manifestation d’intérêt pour l’étude environnemental et social sur la RN3 du PK30+780 au PK77 (Nyaruhongoka-Mutambara) ». LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’OFFICE DES ROUTES Ir. Désiré MASUMBUKO.

JEUNE AFRIQUE

N° 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

Manifestation d’intérêt

3. Les candidats intéressés par cette mission sont invités à manifester leur intérêt par écrit à l’Office des Routes, sis avenue Heha , Quartier KABONDO ; Tél 22 22 2940, E-mail : OdR@iwayafrica.com et c’est à cette même adresse qu’ils peuvent obtenir des informations supplémentaires. Ils peuvent aussi envoyer leurs dossiers par mail à l’adresse susmentionnée en prenant soin de réserver copie aux adresses suivantes : nhavyarimana@odr-pdsr.bi et à mrufyikiri@odr-pdsr.bi Ils doivent fournir des informations pertinentes indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les prestations demandées en y joignant une note de présentation du candidat et ses références antérieures concernant l’exécution des missions similaires, les années de réalisations, les clients, les copies conformes de leurs diplômes, le curriculum vitae, les attestations .


98

Annonces classées RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Ministère de l’Aménagement du Territoire, Urbanisme, Habitat, Infrastructures, Travaux Publics et Reconstruction Secrétariat Général à l’Urbanisme et Habitat/Direction d’Etudes et Planification - Secrétariat Permanent

PROJET DE DÉVELOPPEMENT URBAIN DES SIX VILLES DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

AVIS DE SOLLICITATION DE MANIFESTATIONS D’INTÉRÊT MISSION D'UNE ÉTUDE EN VUE D’ÉLABORER UN CANEVAS POUR LA GESTION DU PATRIMOINE DE CHACUNE DES VILLES PARTICIPANTES DU PROJET DE DÉVELOPPEMENT URBAIN DES SIX VILLES DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO N° DU DON : IDAH 8420 - DRC URBAN DEVELOPMENT PROJECT N° AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT : AMI 002/PDU/ PM/2014 DATE DE PUBLICATION : 5 Février 2014 - DATE DE CLÔTURE : 24 Février 2014 1. CONTEXTE DE LA MISSION Dans le cadre de la mise en œuvre de sa stratégie pour le secteur urbain, adopté en 2008, le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a reçu de la Banque Mondiale (IDA) un don d’un montant de 100 millions de dollars des Etats Unis pour le financement des activités du Projet de Développement Urbain (PDU) et propose d’utiliser une partie de ces fonds, pour la mise en place d’une équipe chargée d’élaborer un canevas pour la gestion du patrimoine des villes de Bukavu, Kalemie, Kikwit, Kindu, Matadi et Mbandaka. La date estimée d’entrée en vigueur du PDU est le 06 Septembre 2013. L’objectif de développement du projet est d’améliorer la fourniture des services de base et de renforcer les capacités des institutions municipales dans les villes ciblées du projet. L’atteinte de cet objectif nécessite un renforcement du cadre légal et réglementaire et des capacités (techniques, organisationnelles et réglementaires) des principaux intervenants à tous les niveaux central et décentralisé chargés de la fourniture des services, accompagné d’investissements limités dans les infrastructures.

Manifestation d’intérêt

2. OBJECTIF DE L'ETUDE Les audits urbain, organisationnel et financier réalisés dans les villes bénéficiaires à l’occasion de la préparation du projet ont relevé une absence totale de maîtrise du patrimoine des villes , ce qui constitue une limitation sérieuse au processus de planification du développement local. En effet aucune ville couverte par le PDU ne dispose d’un registre de gestion de son patrimoine lui permettant d’élaborer et de mettre en œuvre un plan d’entretien de ce patrimoine. C’est pour combler cette lacune qu’il est envisagé dans le cadre de ce projet la conception d’un canevas permettant aux villes participantes de procéder au recensement de leur patrimoine et à la création de registre pour en assurer la gestion (procédures d’entrée, mouvements, mouvements sorties et connaissance de l’état). 3. Le Secrétariat Permanent du PDU , représentant du Maitre d'Ouvrage , invite les firmes de consultants (« Consultants ») admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les Consultants intéressés doivent fournir les informations démontrant qu’ils possèdent les qualifications requises et une expérience pertinente pour l’exécution des Services. Les critères pour l’établissement de la liste restreinte sont : Documents légaux de l’existence de la firme, nombre de missions et contrats similaires signés (brève description) et exécutés au cours de dix dernières années, les noms des organisations avec lesquelles les contrats ont été signés. 4. Il est porté à l’attention des Consultants que les dispositions du paragraphe 1.9 des « Directives : Sélection et Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque mondiale dans le cadre des Prêts de la BIRD et des Crédits et Dons de l’AID » datées de mai 2004, révisées en 2006, mai 2010 et janvier 2011 (« Directives de Consultants »), relatives aux règles de la Banque mondiale en matière de conflit d’intérêts sont applicables. 5. Les Consultants peuvent s’associer avec d’autres firmes pour renforcer leurs compétences respectives en la forme d’un groupement solidaire ou d’un accord de sous-traitant. 6. Un Consultant sera sélectionné selon la méthode de Sélection fondée sur la Qualité et Coût telle que décrite dans les Directives de Consultants. 7. Les Consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires à l’adresse ci-dessous et aux heures suivantes : Secrétariat Permanent du PDU/Sis 239, avenue de la Justice/ 2ième étage/ Bâtiment ex SNEL/ Commune de la Gombe/ Ville de Kinshasa/ RDC à l'attention de Monsieur Augustin KABAU TSHIENDESHA/ Tél. +243 998139860 ou +243 991209928/Commune de la Gombe- Ville de Kinshasa/République Démocratique du Congo, de 10 heures à 15 heures locales. 8. Les manifestations d’intérêt écrites doivent être déposées à l’adresse ci-dessous en personne, par courrier, ou par courrier électronique au plus tard le 24 février 2014. Secrétariat Permanent du PDU/ Sis 329, avenue de la Justice/ 2e étage/ Commune de la Gombe/ Ville de Kinshasa/ RDC à l'attention de Monsieur Augustin KABAU TSHIENDESHA Secrétaire Permanent du PDU Tél. +243 998139860 ou +243 991209928. Email : sp.pdu.uh@gmail.com. Augustin KABAU TSHIENDESHA/ Secrétaire Permanent N° 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

JEUNE AFRIQUE


Annonces classées

99

MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DES FINANCES, DU PLAN, DU PORTEFEUILLE PUBLIC ET DE L’INTÉGRATION PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE - Crédit n° 5063 -CG Unité d’Exécution du Projet - B.P 2116 Brazzaville, République du Congo, Tel : 06 921 91 16 ; 06 635 50 36, Courriel : prctg@yahoo.fr

AVIS DE SOLLICITATION À MANIFESTATION D’INTÉRÊT

N° 09C/MEFPPPI-CAB/PRCTG-SPM/14

« Recrutement d’un consultant individuel international pour la formation de vingt (20) techniciens de l’équipe d’exploitation fibre optique du Ministère de l’Economie, des Finances, du Plan, du Portefeuille Public et de l’Intégration (MEFPPPI) » Profil du Consultant : Le consultant individuel international devra: - être titulaire d’un diplôme universitaire BAC+5 au moins dans le domaine de l’informatique et de la mise en œuvre du réseau de télécommunications, fibre optique et cuivre ; - avoir au moins cinq (05) années d’expérience professionnelle dans le domaine des réseaux haut débit ; - avoir une expérience avérée dans la conception des réseaux ; - avoir la maitrise des équipements FIJIKURA, JDSU, NEXANS ; - avoir la maitrise de la régulation des télécommunications ; - bien comprendre et maîtriser la théorie et la conception des réseaux. 4. Sur cette base, un Consultant individuel sera sélectionné conformément aux Directives de la Banque « Sélection et Emploi des Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale de janvier 2011». Le Consultant sera sélectionné sur la base de la comparaison des CV. 5. Les intéressés doivent s’adresser à l’Unité d’Exécution du PRCTG pour obtenir des informations supplémentaires, à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables, de 8 h 00 à 16 h 00. 6. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées sous pli fermé ou en version électronique à l’adresse ci-dessous, au plus tard, Vendredi 28 Février 2014 : PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE UNITÉ D’EXÉCUTION DU PROJET SECTION PASSATION DES MARCHÉS B.P 2116 Brazzaville, République du Congo, Derrière le Commissariat Central Courriel : prctg@yahoo.fr Brazzaville, le 06 février 2014 Le Coordonnateur Marie Alphonse ITOUA

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL (AAOI) RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE UNION DISCIPLINE TRAVAIL

MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE OFFICE NATIONAL DE DÉVELOPPEMENT DE LA RIZICULTURE ONDR)

PROJET D’AMÉNAGEMENT HYDROAGRICOLE DE SANGOPARI (PAHS) DANS LE DÉPARTEMENT DE FERKESSEDOUGOU TRAVAUX DE CONSTRUCTION DU BARRAGE DE MOULONGO ET DE L’AMÉNAGEMENT DE LA PLAINE EN AVAL ET DU PÉRIMÈTRE IRRIGUÉ EN AMONT 1. Le Ministère de l’Agriculture a obtenu dans le cadre du Projet d’Aménagement Hydro agricole de Sangopari (PAHS) un prêt auprès de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) conformément à l’accord de prêt N° 2011105/PR CI 2011 42 00 du 20 décembre 2011, et a l’intention d’utiliser une partie de ces fonds pour effectuer les paiements au titre du marché relatif aux Travaux de construction du barrage de Moulongo et de l’aménagement de la plaine en aval et du périmètre maraîcher en amont, sur la ligne budgétaire : 837 950 125 2217, Appel d’offres International N° T 07 / 2014. 2. Le Ministère de l’Agriculture à travers l’Office National de Développement de la Riziculture (ONDR)/Projet d’Aménagement Hydro agricole de Sangopari sollicite des offres sous pli fermé de la part de candidats éligibles et répondant aux qualifications requises pour réaliser les travaux de construction du barrage de Moulongo et de l’aménagement de la plaine en aval et du périmètre irrigué en amont en un lot unique dans un délai de dix (10) mois hors hivernage. 3. La passation du marché sera conduite par Appel d’Offres International tel que défini dans le Code des Marchés publics à l’article 56, et ouvert à tous les candidats éligibles. Les candidats intéressés peuvent obtenir des informations et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse suivante : Office National de Développement de la Riziculture (ONDR)/Projet d’Aménagement Hydroagricole de Sangopari, Angle Rue Paris Village Botreau Roussel, 01 BP 147 ABIDJAN 01, Tél. : (225) 20-22-80-00 / Fax : (225) 20-22-80-01, Au Secrétariat du Projet situé au Rez de Chaussée, de 7H30 à 16H30. Voir Mlle YAO Estelle, cel : (+225) 07 60 28 44. 4. Les exigences en matière de qualifications sont précisées dans le document d’Appel d’offres. 5. Les candidats peuvent retirer le Dossier d’Appel d’Offres à l’adresse mentionnée

JEUNE AFRIQUE

ci-dessus, contre un paiement non remboursable de Trois cent cinquante Mille (350.000) Francs CFA, en espèces, à l’adresse mentionnée ci-dessus. Le document d’Appel d’offres pourra être adressé par messagerie email.. 6. Les offres devront être déposées à l’une des adresses suivantes au plus tard, le 21 mars 2014 à 15 heures 30 minutes à Abidjan ou à la Préfecture de Ferkessédougou le 25 mars 2014 à 9 heures 30 mn. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des candidats présents à la salle de réunion de la Préfecture de Ferkessédougou, BP 158 Ferkessédougou, Tél. : (225) 36 86 83 95, Fax : (225) 36 86 86 65 , le 25 mars 2014 à 10 heures. 7. Les offres doivent comprendre un cautionnement provisoire établi par une banque, un organisme financier ou un tiers agréé par le ministre chargé des finances, d’un montant Soixante Millions de Francs CFA (60 000 000 F CFA). Les soumissionnaires resteront engagés par leur offre pendant un délai de cent vingt (120) jours à compter de la date limite de dépôt des offres. 8. Dès la validation de la décision d’attribution du marché, l’Autorité Contractante publiera dans le Bulletin Officiel des Marchés Publics et par voie d’affichage dans ses locaux, la décision d’attribution et tiendra à la disposition des soumissionnaires, le rapport d’analyse de la commission de jugement des offres, ayant guidé ladite attribution. 9. Les marchés issus du présent Appel d’offres seront soumis aux formalités de timbres d’enregistrement et à la redevance de régulation (0,5 % du montant hors taxes) aux frais des titulaires. 10. Le présent appel d’offres est soumis aux lois et règlements en vigueur en Côte d’Ivoire, notamment au Décret N °2009-259 du 06 août 2009, portant Code des Marchés Publics et ses textes d’application.

N° 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

Manifestation d’intérêt - Appel d’offres

1. Le Gouvernement de la République du Congo a obtenu auprès de l’Association Internationale de Développement (IDA) un crédit n° 5063-CG, pour le financement des activités du Projet de Renforcement des capacités de Transparence et de Gouvernance (PRCTG), et a l’intention d’utiliser une partie du montant dudit Don pour financer les services de consultants ci-après : « Recrutement d’un Consultant individuel international pour la formation de vingt (20) techniciens de l’équipe d’exploitation fibre optique du MEFPPPI ». 2. La formation vise de manière générale à permettre au vingt (20) techniciens de l’équipe d’exploitation fibre optique du MEFPPPI d’acquérir les compétences techniques sur l’exploitation de l’infrastructure fibre optique. Les objectifs spécifiques sont : i) former les vingt (20) techniciens de l’équipe d’exploitation fibre optique du MEFPPPI sur les technologies pratiques de la soudure, de la réflectométrie, de la certification et sur la théorie des réseaux LAN/WAN ; ii) rendre apte et autonome les techniciens d’exploitation de l’infrastructure fibre optique du ministère. La durée de la mission est de trente (30) jours ouvrables. 3. L’Unité d’Exécution du PRCTG invite les candidats intéressés à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les Consultants intéressés doivent fournir des informations pertinentes indiquant leurs capacités techniques à exécuter lesdits services. Le dossier de candidature devra comporter les renseignements suivants : • les copies des diplômes ; • les compétences du candidat pour la mission, notamment l’indication de références techniques vérifiables en matière de missions similaires (liste des précédents clients pour ce type de mission : année, coût de la mission, nom et adresse complète du représentant du client) ; • l’adresse complète du consultant (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Courriel).


100

Annonces classées AVIS PUBLIC D’APPEL D’OFFRES POUR LA PRÉSÉLECTION DES FOURNISSEURS La Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels Génériques et des Consommables Médicaux (CAMEG) du Burkina Faso, lance un appel d’offres international ouvert de présélection des fournisseurs pour la fourniture de Médicaments Essentiels Génériques (MEG) sous Dénomination Commune Internationale (DCI), d’antirétroviraux, de produits contraceptifs, de consommables médicaux, de matériel médical, de produits dentaires, de réactifs et matériels de laboratoire, de consommables de radiologie et de produits de diagnostic, de médicaments issus de la médecine et pharmacopée traditionnelles du Burkina Faso, de produits nutritionnels spéciaux. Cette procédure a pour objet de dresser une liste validée de couples “produits/fabricants”, après avoir évalué les aptitudes des fournisseurs et la qualité des produits. L’agrément prononcé sera valable pour une période de 4 ans et permettra aux fournisseurs présélectionnés de participer aux consultations restreintes pour les couples produits/fabricants validés durant cette période. Le dossier d’appel à la présélection des fournisseurs, référencé sous le numéro 14/2013, peut être retiré auprès du Secrétariat du Directeur Général de la CAMEG à partir du lundi 03 juin 2013, à l’adresse suivante : Secrétariat du Directeur Général de la CAMEG 01 BP 4877 Ouagadougou 01 BURKINA FASO Tél. : (226) 50 37 37 50/51/52/53/54 - Fax : (226) 50 37 37 57 E-mail : cameg@cameg.bf contre le versement d’une somme non remboursable de 300 000 FCFA, à payer par chèque certifié ou en espèces déposés à la caisse de la CAMEG, contre reçu. Les fournisseurs présélectionnés lors de l’appel d’offres N° 13/2011 et qui désirent élargir leur gamme de produits pour la période de validité de leur agrément pourront se procurer le dossier d’appel à la présélection à l’adresse ci-dessus mentionnée contre le versement d’une somme non remboursable de 150 000 FCFA. Les fournisseurs de médicaments issus de la médecine et pharmacopée traditionnelles du Burkina Faso pourront se procurer le dossier d’appel à la présélection à la même adresse ci-dessus mentionnée contre le versement d’une somme non remboursable de 50 000 FCFA.

Le dossier d’appel à la présélection des fournisseurs pourra également être consulté sur le site de la CAMEG à l’adresse : www.cameg.com. Toutefois, seuls les candidats qui auront effectivement payé les frais de retrait du Dossier de Présélection verront leurs offres examinées et évaluées par la Commission de présélection des fournisseurs de la CAMEG. Les dossiers de présélection seront adressés à la Direction Générale de la CAMEG, et l’adresse ci-dessus indiquée. Il est porté à la connaissance des candidats que la CAMEG procède dorénavant a l’évaluation technique en continue des offres sur une année. Cela permettra aux fournisseurs de déposer continuellement leurs offres pour obtenir des agréments, mettre à jour leurs dossiers ou élargir leur gamme de produits à longueur d’année. Des tranches de sessions d’analyse et de validation des dossiers des soumissionnaires à la présélection des fournisseurs N° 14/2013 seront organisées selon le chronogramme suivant : Numéro de session 1re session

Date limite de dépôt des dossiers

Période de tenue Période de tenue des travaux des sessions d’analyse de validation

3 septembre 2013 5 septembre au à 17h30 mn TU 15 novembre 2013

25 au 30 novembre 2013

2e session

31 janvier 2014 à 17h30 mn TU

3 février au 29 mars 2014

7 au 12 avril 2014

3e session

30 juin 2014 à 17h30 mn TU

7 juillet au 29 août 2014

8 au 13 septembre 2014

Les agréments obtenus lors de l’appel d’offres N° 13/2011 resteront valides sous réserve de la mise à jour des documents qualité réglementaires listés dans le dossier d’appel d’offres. Le Directeur Général de la CAMEG Moussa SANFO Chevalier de l’Ordre National

Appel d’offres

République du Mali

Addendum au dossier de pré-qualification du Lot 2 : LOT 2 : Réalisation des ouvrages et équipements suivants : station d’exhaure, canalisation de refoulement d’eau brute, station de traitement, station de reprise, télégestion, bâtiments techniques et administratifs. Il a été apporté les modifications suivantes au document de pré-qualification : A. Au niveau de l’avis pré-qualification de l’AO N°01 /2014 : 1. La station d’exhaure, les conduites de refoulement d’eau brute ne font plus partie du Lot 2 ; 2. L’intitulé du Lot 2 suite aux modifications sus mentionnées devient : Lot 2 : Réalisation des ouvrages et équipements suivants : station de traitement, station de reprise, télégestion, bâtiments techniques et administratifs. B. Au niveau de document de pré-qualification de l’AO N°01 /2014 : Section I : Instructions aux Candidats IAC 2.1

Nom du Projet 2 LOT 2 : Réalisation des ouvrages et équipements suivants : station de traitement, station de reprise, télégestion, bâtiments techniques et administratifs.

Retrouvez toutes nos annonces sur le site : www.jeuneafrique.com

Tous les autres articles du document de pré-quaIification restent inchangés. Cet addendum concerne l’avis de pré-qualification publié dans Jeune Afrique n° 2767 du 19 janvier 2014. N° 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

JEUNE AFRIQUE


Annonces classées

101

Recrutement

JEUNE AFRIQUE

N° 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


102

Annonces classées

w w w. s a i 2 0 0 0 . o r g

International Monetary Fund

COURS INTENSIFS D’ANGLAIS

Recruitment Mission to Africa Experienced Economists and Professionals

École Commerciale Privée fondée en 1955 THIS SCHOOL IS AUTHORIZED UNDER FEDERAL LAW TO ENROLL NONIMMIGRANT ALIEN STUDENTS

Comptabilité sur ordinateur Gestion de bureau sur ordinateur dBase Management ® Microsoft Office Suite - Windows Traitement de texte Microsoft ® Lotus Suite - (T1) Internet access • Membre accrédité du “ACICS” • Établissement reconnu par le Département d’Éducation de l’État de New York • Commence dès ce mois-ci • Cours offerts le matin, l’après-midi et le soir. Tél. (212) 840-7111 Fax (212) 719-5922 SKYPE Studentclub SPANISH-AMERICAN INSTITUTE 215 W 43 St. (Times Square) Manhattan, NY 10036-3913

Recrutement - Formation

info@sai2000.org

APPEL À CANDIDATURE NATIONAL POUR L’AMÉLIORATION DE LA CONNAISSANCE LOCALE DES SYSTÈMES AQUIFÈRES (ÉTUDIANTS EN MASTER ET THÈSE)

Dans le cadre du projet GICRESAIT financé par la Facilité africaine de l’eau et le Fonds français pour l’environnement mondial, l’Observatoire du Sahara et du Sahel, organisation internationale basée à Tunis, lance un d’appel à candidature pour l’amélioration de la connaissance locale des systèmes aquifères en Algérie, au Bénin, au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Nigeria. Le délai de soumission des dossiers de candidature est fixé au 07 mars 2014. Toutes les formalités de candidature, sont disponibles sur le site de l’OSS http://www.oss-online.org/fr/appel-offrenational-gicresait N° 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

In March 2014 the IMF will visit countries in the African region to conduct preliminary interviews for employment in Washington, D.C. for a full range of professions including economists, lawyers and professionals in finance, communications, HR and IT. Requirements: ! " #$%&'%() &)#$))* +$),)$%-./ %( (0) 10232 .)4). 56 macroeconomics or a related field for economist positions. ! " 7%8()$98 &)#$)) 56 % $).)4%6( :).& ,;$ (0) ;(0)$ professional categories. ! <= > /)%$8 ;, $).)4%6( +$;,)885;6%. )?+)$5)6@) %( (0) national and regional level. ! A($;6# %6%./(5@%. %6& 56()$+)$8;6%. 8B5..82 ! C?@)..)6( @;77'65@%(5;6 8B5..8 56 C6#.5802 1$;:@5)6@/ 56 % second IMF language is preferred. To Apply: "++.5@%6(8 7'8( -) 6%(5;6%.8 ;, %6 DEF 7)7-)$ @;'6($/2 Candidates from the African region are particularly encouraged to apply. For further details and to apply online, please visit the IMF career site at: www.imf.org/recruitment and select requisition number 1400073. The deadline is February 24, 2014. The IMF is committed to achieving a diverse staff including gender, nationality, @'.('$) %6& )&'@%(5;6%. -%@B#$;'6&2

APPEL À CANDIDATURE POUR LE RECRUTEMENT DE 2 EXPERTS EN SYSTÈME D’INFORMATION GÉOGRAPHIQUE (CONSULTANTS INDIVIDUELS)

Dans la cadre du projet “ Renforcement de la résilience à travers l’innovation, la communication et les services sur les connaissances (BRICKS) ” financé par la Banque Mondiale, l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS), organisation internationale basée à Tunis, lance un appel à candidature pour le recrutement de deux experts : • Environnementaliste expert en Système d’Information Géographique • Junior en Système d’Information Géo-graphique Le délai de soumission des dossiers de candidature est fixé au 02 Mars 2014 à minuit, heure de Tunis. Toutes les formalités de candidature à ces postes sont disponibles sur le site de l’OSS : http://www.oss-online.org/fr/appel-à-candidature-projet-bricks JEUNE AFRIQUE


Annonces classées RECRUITMENT OF A SENIOR BUSINESS DEVELOPMENT OFFICER

Nairobi, Kenya Be part of the success journey for African SMEs Financing

The African Guarantee Fund for Small and Medium Enterprises (AGF) was set up to significantly increase the access of African Small and Medium Sized Enterprises (SMEs) to finance from the financial sector. Our key mandate is to assist financial institutions increase their financing to African SMEs through the provision of partial financial guarantees and capacity development assistance. AGF seeks to recruit a Bilingual (French and English) Senior Business Development Officer based in Nairobi. Reporting to the Head of Business Development (BD), the Senior BD Officer will be responsible for implementation of BD strategies and plans to meet the department’s targets specifically to AGF francophone clients. Duties and responsibilities • Identify and develop new business proposals to meet the department’s targets; • Use multiple prospecting methods to generate leads, set up sales meetings and pitch appropriate solution-offerings to prospects; • Assist the Head of BD to manage the Guarantee process cycle right from Lead Generation, credit appraisal which include credit/risk rating of the partner lending institutions and the end borrower on the basis of business and financial analysis, due diligence and site visits, etc; • Prepare guarantee requests for the Head of BD for presentation and approval by appropriate approval bodies; • Assist the Head of BD in developing and managing relationships with AGF partner lending institutions to meet their guarantee requirements; • Assist the Head of BD to carry out market and competitor analysis as part of gathering market intelligence to inform business decisions; and • Monitor the guarantee portfolio under their responsibility. Requirements • Masters’ degree in finance, or business administration or related field; • 10 years’ experience in the Financial services sector in a professional or technical role; • Experience in bank financing (specifically SME),including 5 years in a management role in the financial services sector; • Sound understanding of SME lending and the SME context in Africa; • Demonstrated track record in the banking industry in portfolio management with focus on consultative and solution oriented sales and marketing approaches; • Strong marketing skills with demonstrated experience and track record as a client-facing staff. • Demonstrated understanding of guarantee products. Interested candidates are encouraged to apply by sending a cover letter and detailed curriculum vitae to recruitment@africanguaranteefund.com, quoting the position title. Provide details of your current and expected remuneration. Application deadline is Friday 21 February 2014. TO BE CONSIDERED, APPLICANTS MUST BE BILINGUAL (FLUENT IN ENGLISH AND FRENCH) Only short listed candidates will be contacted.

103

Les offres de la semaine de Michael Page Africa Le spécialiste du recrutement sur l’Afrique

Pharmacie

Responsable Marketing Oncologie CÔTE D’IVOIRE • H/F • 70K€+ Ref.:QFKE606537

Produits de Consommation

Directeur(trice) Général(e) ALGÉRIE • H/F • 180K€+ Ref.:QMBO607016

Retrouvez les détails de ces postes et postulez en ligne sur www.michaelpageafrica.com

Recrutement

JEUNE AFRIQUE

N° 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014


Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Homosexualité 1 Pas homophobes, mais… J’AI ÉTÉ DÉÇU par votre manière d’aborder le sujet de l’homosexualité au Cameroun. Allez dans les rues et les quartiers du pays et vous verrez que ce phénomène ne préoccupe pas spécialement les Camerounais, la révélation d’un cas d’homosexualité étant plus souvent accueillie par la dérision et la moquerie que par de l’hostilité. Nous ne sommes pas homophobes, mais nous dénions aux homosexuels le droit de recruter dans la rue ou les écoles. Ils ont des clubs et des boîtes de nuit reconnus pour cela et, que je sache, personne ne les y pourchasse. Les hétérosexuels ne jouent pas les victimes ni ne revendiquent un statut particulier ; pourquoi les homosexuels devraient-ils être traités différemment ? l RICHARD EVINA Yaoundé, Cameroun

p J.A. no 2769, du 2 au 8 février 2014.

Homosexualité 2 Le diktat occidental COMME partoutailleurs, l’homosexualité a toujours existé en Afrique et, pendant longtemps, n’a jamais semblé poser le moindre problème,notammentauSénégal. Mais l’offensive de l’Occident, qui tend à imposer à nos sociétés samanière de voir, a changé ladonne.Lasociétésénégalaise

est parmi les plus ouvertes au monde: les femmes accèdent à tous les postes de responsabilité, et la parité est pratiquementuneréalité.Noussommes par ailleurs majoritairement croyants (musulmans ou chrétiens),etnosvaleursreligieuses nous commandent de limiter l’influencedescomportements déviants quels qu’ils soient. L’islam se renforce de jour en jour. Il est par conséquent illusoire d’imaginer qu’un jour nous acceptions, par exemple, le mariage gay. Sans le diktat de l’Occident, les homosexuels continueraient de vivre en paix dans notre pays, en s’abstenant de heurter nos valeurs morales. l NOBAYE SAMBA LO, Dakar, Sénégal

Réponse

Contrairement à sa puissance politique ou à son système capitaliste, il ne semble pas que l’Occident cherche

à imposer sa « manière de voir ». Son discours fait certes la promotion des valeurs qu’il estime positives, mais cellesci concernent pour l’essentiel les droits de l’homme, notion certes développée en Occident mais que l’adoption par l’ONU dans sa déclaration de 1948 a universalisée. Liberté, égalité, justice, protection des minorités, quel être sensé remettrait en cause le caractère positif et nécessaire de ces notions ? L’Occident, du moins ses puissances les plus libérales et démocratiques, promeuvent la libertéetlaprotectiondel’individu, quelles que soient son origine, sa couleur de peau ou son orientation sexuelle. l LA RÉDACTION

Rigolade L’Afrique rêvée de Dlamini-Zuma LES IMMIGRÉS ont fait des États-Unis la première puissance au monde. Rejeterl’immigrationcomme le font certains pays africains retarde le développement du continent. L’Union africaine, – qui vient de se réunir à Addis-Abeba –, pourrait

Cruauté Question de point de vue ? EN FRANCE, Farid Ghilas, 24 ans, vient d’être condamné à un an de prison ferme pour avoir lancé un chat – qui lui appartient certainement vu la complicité entre les deux protagonistes – contre un mur. En Afrique, où les voleurs et mangeurs de chats sont légion, cette histoire suscite l’incompréhension. En effet, après avoir capturé le chat grâce à un piège, on le tue en le balançant contre un obstacle. En dehors du chat et de son propriétaire, qui perd son compagnon à la grande joie des souris de son domicile, nul n’y trouve à redire. En France, on organise un procès en comparution immédiate. Et dire que les tribunaux de ce pays sont N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

engorgés par de très nombreuses affaires. l Jean-Marie Touré, Bonoua, Côte d’Ivoire Réponse : La comparution immédiate est une procédure mise en place uniquement avec l’accord du prévenu, qui reconnaît par ailleurs les faits. Le sort fait à ce chat a suscité à raison un vif émoi : plus de 400 000 internautes, dont de nombreux Africains, ont signé des pétitions demandant une sanction exemplaire, et sept associations de défense des animaux se sont portées partie civile. Un an de prison ferme, c’est peut-être une sanction sévère (deux ans, c’est la peine maximale, très rarement appliquée), mais le procureur a estimé

FACEBOOK

104

p Oscar, le chat martyrisé, en convalescence. que Farid Ghilas, dans un élan de cruauté gratuite, avait agi avec perversité et sadisme. De plus, son casier judiciaire comptait déjà huit condamnations pour LA RÉDACTION des faits de violence. l JEUNE AFRIQUE


Vous nous

imposer la libre circulation des personnes et des biens dans chaque sous-région à l’horizon 2015, puis dans toute l’Afrique dès 2020. L’Afrique rêvée de la présidente de la Commission de l’union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma,quiprojettele continent en 2063, est une rigoladedeplus,quitraduitun manque d’initiative, un mépris des populations. Pour régler leurs problèmes, les Brésiliensnesollicitentpasles Portugais.L’Afriquedoitdiversifier ses partenaires et se développer pour s’affranchir de l’attitude condescendante des anciens colonisateurs décriée par Jacob Zuma lors duderniersommetdel’Union africaine. l JEAN-MARIE AKPWABOT, Abidjan, Côte d’Ivoire

Évangéliques Les Églises en question Quand le politique rejoint le religieux

d’Abidjan à Kinshasa et le prophète Mohammed. J’AI LU avec intérêt le Cela dit, ignorant des « Grand angle » pratiques en vigueur consacré aux Églises dans les Églises que vous évangéliques en Afrique et citez tout au long de merveilleusement intitulé votre dossier, je me « Jesus Connection » bornerai à réagir à (J.A. no 2768, du 26 janvier l’article intitulé au 1er février). C’est une « L’évangile selon Papa et Maman Olangi ». Si « fresque » à la fois vous aviez pris la peine étonnante et intéressante. de rencontrer ce couple, Outre qu’elle rend publics vous auriez mieux les liens de certains appréhendé leur dirigeants avec ces démarche, cerné le mode Églises, elle démontre o p J.A. n 2768, du 26 janvier de fonctionnement et de qu’en Afrique – comme au 1er février 2014. gestion de leur ministère. ailleurs certainement – Les Olangi n’ont rien à cacher ; leur l’interconnexion entre le politique et le o p J.A. ndemeure 2769, duune 2 au 8 février 2014 et patrimoine est connu de tous. Vous avez religieux question sensible privilégié la méthode paparazzi, vous récurrente. Celle de l’embrigadement facile évertuant à voler des images et à reprendre des esprits par des « messies-gourous » à votre compte des allégations de rue. l semble, elle, bien plus épineuse. l ALOYS SHANYUNGU MUPENDA-WATU,

Jihadiste Terroriste ou héros ? LES MÉDIAS FRANÇAIS en ont fait des tonnes sur les deux jeunes apprentis jihadistes toulousains, Yacine et Ayoub (15 ans et 16 ans), qui ontessayédeserendreenSyrie afin d’aider la population syrienne massacrée par son soi-disant président. Après leur pénible odyssée (ils ont affronté la faim et le froid), ces malheureux gamins, comme des espions ennemis, ont été soumis à deux longues journées d’interrogatoireparla Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Mis enexamenpourassociationde malfaiteursenrelationavecune entrepriseterroriste–lesgrands motssontlâchés–,ilsencourent jusqu’àdixannéesd’emprisonnement! Je peux comprendre que les responsables français du renseignement veuillent savoir ce qui se passe sur le terrain en Syrie. Quelques heuresd’interrogatoireauraient suffi. D’autant qu’il vaudrait JEUNE AFRIQUE

JOSUÉ BOMOYI, Lausanne, Suisse

Paris, France

Crédulité noire VOUS ÉCRIVEZ : « La prolifération des cultes est un désaveu pour l’État africain. » Je n’en suis pas persuadé. Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, les immigrés africains suivent et avalent les couleuvres servies par ces « hommes de Dieu ». C’est un problème de culture, de mentalité et de crédulité du peuple noir. l BANJI OGUNGBEMI, Lagos, Nigeria

Parti pris POUR VOUS, tout est à jeter dans ces Églises, dont, dites-vous, les pasteurs ne sont que des escrocs qui s’enrichissent sur le dos des pauvres. Je n’ose imaginer ce qui serait arrivé si une rédaction ou un journal chrétien avait fait un article pareil sur l’islam, les mosquées qui pullulent

sans doute mieux rechercher les manipulateurs qui dressent autour de ces jeunes de véritables guets-apens. Le président français, François Hollande, n’avaitil pas envisagé d’envoyer ses soldats faire tomber le

Réponse : Ce dossier ne visait absolument pas à jeter le discrédit sur le christianisme, encore moins sur Jésus. Il entendait présenter les Églises de réveil (un phénomène de société) en pleine expansion, tout en insistant sur les dérives de certaines d’entre elles et leur instrumentalisation de la foi. Jeune Afrique, qui n’est ni chrétien ni musulman, a récemment consacré un « Grand Angle » à l’OPA de l’islamisme radical sur Afrique de l’Ouest (J.A. n° 2762, daté du 15 au 21 décembre 2013). Et le numéro que vous avez entre les mains aborde le sujet des Frères musulmans, que nous ne ménageons pas non plus. S’agissant du couple Olangi, qui « n’a rien à cacher », selon vous, s’il en était ainsi, nos demandes de rendez-vous répétées ne seraient pas restées sans réponse. Cela dit, nos reporters ont travaillé en étroite collaboration avec les membres de leur organisation, le Ministère chrétien du combat spirituel. l LA RÉDACTION

régime de Bachar al-Assad ? Yacine et Ayoub ont sans doute voulu suivre l’exemple venu d’en haut. En leur temps, deux grands hommes français avaient eu peu ou prou la même démarche : Régis Debray, parti combattre aux

côtésdeCheGuevara,etAndré Malraux, grand supporteur des républicains espagnols durant la guerre civile. Serait-on terroriste ou héros suivant ses origines, y compris sociales? l GALÉRY GOURRET HOUSSEIN, Biarritz, France N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

105


HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE

106

Post-scriptum Fouad Laroui

bby@jeuneafrique.com

Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; courriel : redaction@jeuneafrique.com Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents : Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Directeur de la publication : Marwane Ben Yahmed

Des souris et des hommes

RÉDACTION Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com)

L

E MALENTENDU, C’EST BIEN SÛR le titre d’une pièce de Camus, mais ce pourrait tout aussi bien être une qualification adéquate de la condition humaine. On dirait que nous sommes ballottés de malentendu en quiproquo, et que nous ne sortons de l’un que pour tomber dans l’autre. Aujourd’hui, c’est donc un malentendu ahurissant que nous allons déplorer ensemble. Ça se passe dans une université d’Europe du Nord, dans une faculté spécialisée dans l’étude des médias et de la communication. Les élèves qui y sont inscrits doivent choisir un thème général proposé par un professeur puis écrire un mémoire de bachelor là-dessus. Jusque-là, tout va bien. Un étudiant du nom de Peter (c’est un pseudonyme, bien sûr) choisit le thème suivant: « L’image des animaux dans les médias » proposé par le professeur X – là encore, il s’agit d’un pseudonyme. Cependant, entre octobre, le mois où Peter a choisi le thème, et décembre, le mois où il doit passer à l’écriture de son mémoire, il s’est passé quelque chose d’important dans sa vie : il a rencontré une charmante étudiante d’origine turque et les deux tourtereaux se sont mis ensemble – vive la mixité, dans tous les sens du terme. Du coup, Peter décide de changer l’objet de son mémoire: il veut désormais étudier l’image des Turcs dans les médias. Pourquoi pas ? Le professeur X, averti du souhait de son étudiant, n’élève aucune objection. Pour des raisons administratives, Peter reste cependant inscrit dans le groupe « L’image des animaux dans les médias », sauf qu’au lieu d’étudier le rat de Ratatouille ou le lionceau du Roi lion, il va s’intéresser aux enfants d’Atatürk tels que perçus par la presse.

Catastrophe ! Lorsque la liste des mémoires est publiée, un de ces enfants d’Atatürk, justement, découvre avec indignation qu’on les étudie, lui et ses congénères, dans la rubrique « Nos amies les bêtes ». Son sang de mammifère ne fait qu’un tour, ses doigts d’animal au sang chaud volent sur le clavier de son ordinateur et voilà que les réseaux sociaux s’enflamment en rugissant (si j’ose dire). Des manifs sont prévues, une grande marche (de pingouins?) va être organisée, le boycott de l’université présumée turcophobe s’annonce… Heureusement, le recteur de la faculté réagit au quart de tour, il publie urbi et orbi et dans les tanières circonvoisines des communiqués apaisants où il explique le malentendu qui a mené à cette situation malencontreuse. Le Turc étant un animal raisonnable, tout finit par s’arranger, des excuses sont formulées, des bouquets de fleurs échangés et Peter inscrit son mémoire sous le thème « L’image de l’immigré dans la presse ». Ouf, on a eu chaud. On tremble à l’idée que le recteur aurait pu être moins réactif. Toute une université qui part en flammes à cause d’un incident sans importance ? Oui, ç’aurait pu se passer : voyez l’Europe en 14-18. On en célèbre le centenaire… l N O 2770 • DU 9 AU 15 FÉVRIER 2014

Fondateur : Béchir Ben Yahmed, le 17 octobre 1960 à Tunis

JEUNE AFRIQUE

Rédaction en chef : Seidik Abba (s.abba@jeuneafrique.com), Élise Colette (éditions électroniques, e.colette@jeuneafrique.com), Laurent Giraud-Coudière (technique, lgc@jeuneafrique.com) Secrétariat : Chantal Lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), Michael Pauron (Grand angle), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), Tarek Moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Frédéric Maury (Économie), Jean-Michel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), Cécile Manciaux (Le Plus de J.A.), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), Clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine Clerc, Fabien Mollon, Ophélie Négros, Louisa Yousfi Rédaction : Youssef Aït Akdim, Farid Alilat, Mehdi Ba (à Dakar), Stéphane Ballong, Pierre Boisselet, Rémi Carayol, Julien Clémençot, Frida Dahmani (à Tunis), Georges Dougueli, Samy Ghorbal, Trésor Kibangula, Christophe Le Bec, Nicolas Michel, Haby Niakate, Cherif Ouazani, Laurent de Saint Périer, Joan Tilouine, Tshitenge Lubabu M.K. ; collaborateurs : Edmond Bertrand, Christophe Boisbouvier, Renaud de Rochebrune ; accords spéciaux : Financial Times Responsable de la communication : Vanessa Ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) RÉALISATION Maquette : Marc Trenson (directeur artistique), Emeric Thérond (premier rédacteur graphiste), Christophe Chauvin, Stéphanie Creuzé, Julie Eneau, Valérie Olivier ; révision : Nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir Pol ; fabrication : Philippe Martin (chef de service), Christian Kasongo ; service photo : Dan Torres (directrice photo), Nathalie Clavé, Vincent Fournier, Claire Vattebled ; documentation : Anita Corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence Turenne, Angéline Veyret JEUNEAFRIQUE.COM Direction éditoriale : Élise Colette ; chefs d’édition : Pierre-François Naudé, Frédéric Maury (économie) ; rédaction : Joël Assoko, Vincent Duhem, Jean-Sébastien Josset, Trésor Kibangula, Mathieu Olivier, Benjamin Roger et Nicolas Teisserenc Responsable web : Jean-Marie Miny ; studio : Cristina Bautista, Jun Feng et Maxime Pierdet DIFFUSION ET ABONNEMENTS Direction : Danielle Ben Yahmed et Amir Ben Yahmed ; vente au numéro : Sandra Drouet (responsable adjointe) ; Maty N’Dome (chef de produit) ; abonnements : AMIX, Service abonnements Jeune Afrique, 326 rue du Gros Moulin, BP 10320, 45200 AMILLY. Tél. : 33 2 38 90 89 53, Fax : 33 2 38 98 41 15, courriel : abonnement-ja@jeuneafrique.com COMMUNICATION ET PUBLICITÉ DIFCOM (AGENCE INTERNATIONALE POUR LA DIFFUSION DE LA COMMUNICATION) S.A. au capital de 3 millions d’euros – Régie publicitaire centrale de SIFIJA 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 Paris Tél. : 01 44 30 19 60 Fax : 01 45 20 08 23/01 44 30 19 86. Courriel : regie@jeuneafrique.com Président : Danielle Ben Yahmed ; directeur général : Amir Ben Yahmed ; direction centrale : Christine Duclos ; direction du développement : Florian Serfaty ; secrétariat : Chantal Bouillet ; chef de studio : Chrystel Carrière ; gestion et recouvrement : Pascaline Brémond ; service technique et administratif : Carla de Sousa Direction de la publicité : Laure Nitkowski, avec Catherine Weliachew, Virginie Vatin, Zehia Yahiaoui (directrices de clientèle), Nsona Kamalandua (chef de publicité), assistées de Patricia Malhaire ; annonces classées : Fabienne Lefebvre avec Blandine Delporte, Richelle Abihssira, assistées de Sylvie Largillière Chargées de mission : Nisrine Batata, Zine Ben Yahmed, Fatoumata Tandjan REPRÉSENTATIONS EXTÉRIEURES MAROC SIFIJA, Nabila Berrada. Centre commercial Paranfa, Aïn Diab, Casablanca. Tél. : (212) (5) 22 39 04 54 Fax : (212) (5) 22 39 07 16. TUNISIE SAPCOM, Mourad Larbi (m.larbi@sapcom-jeuneafrique.com) 15-17, rue du 18-Janvier-1952, 1001 Tunis. Tél. : (216) 71 331 244 ; Fax : (216) 71 353 522. SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE FINANCEMENT ET D’INVESTISSEMENT S.C.A. au capital de 15 millions d’euros. Principal actionnaire : Béchir Ben Yahmed Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS | RCS PARIS B 784 683 484 TVA : FR47 784 683 484 000 25 Gérant commandité : Béchir Ben Yahmed ; Directeur général adjoint : Jean-Baptiste Aubriot ; secrétariat : Dominique Rouillon ; contrôle de gestion : Charlotte Visdeloup ; finances, comptabilité : Monique Éverard et Fatiha Maloum-Abtouche ; juridique, administration et ressources humaines : Sylvie Vogel, avec Karine Deniau (services généraux) et Delphine Eyraud (ressources humaines) ; Club des actionnaires : Dominique Rouillon IMPRIMEUR SIEP - FRANCE. COMMISSION PARITAIRE : 1016C80822. DÉPÔT LÉGAL : À PARUTION. ISSN 1950-1285. Ce numéro s’accompagne d’un encart abonnement sur une partie de la diffusion


LE PREMIER FORUM PUBLIC PRIVÉ SUR L’ÉCONOMIE DE LA SANTÉ EN AFRIQUE

GENÈVE, 16-17 MAI 2014

UNE RENCONTRE STRATÉGIQUE ENTRE DÉCIDEURS AFRICAINS ET INTERNATIONAUX

w w w. a f r i c a h e a l t h fo r u m . co m



2770