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N 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013 o

Hebdomadaire international indépendant • 53e année

n en um ve ér nt edo d eu ou xs b em le ain es

jeuneafrique.com afr

Le pLus

de Jeune Afrique

Le Katanga

baudouin mouanda

Au-delà des mines

jeune afrique

n 0 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

Spécial 28 pages

Algérie L’énigme Bouteflika

interview Le tour d’Afrique de laurent Fabius enquête dans les cuisines des chefs d’État dossier emploi La chasse aux nouveaux talents

AlAssAne ouAttArA

« Nous réussirons »

Réconciliation, sécurité, relance économique, justice, FPI, Bédié, Soro, Wade, M6, Hollande… deux ans après son arrivée au pouvoir, un entretien exclusif du chef de l’état ivoirien. édition internationale

France 6 € • Algérie 350 DA • Allemagne 8 € • Autriche 8 € • Belgique 6 € • Canada 11,90 $ CAN • Côte d’Ivoire 2500 F CFA • DOM 6 € Espagne 7,20 € • Éthiopie 95 birrs • Finlande 8 € • Grèce 8 € • Italie 7,20 € • Maroc 40 DH • Mauritanie 2000 MRO • Norvège 75 NK • Pays-Bas 7,20 € Portugal cont. 7,20 € • RD Congo 11 $ US • Royaume-Uni 6 £ • Suisse 11,80 FS • Tunisie 6 DT • USA 13 $ US • Zone CFA 3200 F CFA • ISSN 1950-1285


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Ce que je crois Béchir Ben Yahmed • bby@jeuneafrique.com

Samedi 27 avril

Démocratie et torture

«

L

a démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’Histoire. » On cite souvent, en faveur de la démocratie, cette réflexion de Winston Churchill. Elle a été formulée le 11 novembre 1947 dans un discours prononcé devant le Parlement britannique alors qu’il n’était plus Premier ministre. La formule est subtile. Mais le grand homme a énoncé une vérité qui se vérifie décennie après décennie et que j’exprimerais de façon plus simple : il faut retenir et pratiquer le système démocratique car, en dépit de ses inconvénients et de ses limites, il est le moins mauvais. Tous les autres, expérimentés par les hommes à travers leur longue Histoire, sont encore plus mauvais. n

J’en suis pour ma part convaincu, raison pour laquelle je n’ai jamais partagé l’engouement des hommes politiques du Tiers Monde pour la doctrine du parti unique. Elle a séduit toute une génération de leaders africains qui ont cru en son efficacité supposée ; ils ont instauré le contrôle du parti sur l’État et conduit leurs pays à la stagnation économique et à la dictature politique. Mais la démocratie empêche-t-elle ses adeptes, lorsqu’ils exercent le pouvoir, d’en arriver à pratiquer, sans état d’âme ou presque, les pires méfaits que nous reprochons aux dictateurs ? Les exemples les plus récents, que dis-je, les plus actuels, montrent, hélas, qu’il n’en est rien. n

1) La France était déjà une démocratie au XXe siècle et en même temps une puissance coloniale qui dominait et exploitait une trentaine de pays africains et asiatiques. En tant que telle, et plus particulièrement lorsqu’elle a eu à contrer les soulèvements de peuples luttant contre son oppression pour recouvrer leur liberté, elle a utilisé, sans freins efficaces, l’assassinat politique, la répression aveugle, l’emprisonnement sans jugement et la torture. jeune afrique

Ces dérives sont désormais des faits établis, et l’on sait que les contre-pouvoirs qui étaient là pour les empêcher ont été inopérants. 2) Autre cas, celui d’Israël : ce pays est une démocratie pour ses citoyens juifs et jusqu’à un certain point pour ses citoyens non juifs, minoritaires. Depuis près de cinquante ans, cette démocratie est une puissance occupante au sens international du terme. Mais, de l’aveu même de leurs dirigeants, ses forces de sécurité emprisonnent sans jugement, torturent et tuent sans se soucier des conventions internationales ou des règles démocratiques. 3) Les États-Unis : avant-hier au Vietnam, hier en Irak et dans la lutte contre Al-Qaïda, aujourd’hui encore en Afghanistan ou bien à Guantánamo, ils reconnaissent eux-mêmes des pratiques interdites à une démocratie par sa Constitution et les conventions qu’elle a signées. Des dizaines de témoignages irrécusables et de nombreux rapports décrivent ces pratiques : les faits rapportés sont donc établis avec certitude. En un mot comme en mille, face à la violence et à l’agression, très rares sont les démocraties qui demeurent fidèles à leurs principes et à leurs idéaux ; les voix qui s’élèvent en leur sein pour rappeler à l’ordre démocratique sont toujours minoritaires et souvent étouffées. n

Qu’est-ce qui distingue alors une démocratie engagée dans une lutte contre la violence d’une dictature à son état ordinaire ? Une seule chose, et qui confirme l’appréciation churchillienne selon laquelle, en dépit de ses défauts, la démocratie est moins mauvaise que les autres types de système politique : dans les démocraties, les contre-pouvoirs jouent tout de même un rôle, les protestations s’expriment presque sans entraves et finissent par être entendues. Bien souvent, on ne les écoute que trop tard, hélas ; elles ne sont plus alors qu’un témoignage pour l’Histoire… l n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


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Ce que je crois

Égarés mais sincères

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a majorité de mes lecteurs ignorent ce phénomène, car, pour l’heure, il n’est connu ni hors d’Afrique ni même en Afrique. Il ne faut certes pas le surestimer, mais il convient de ne pas l’ignorer : une frange de l’opinion africaine reçoit mal l’intervention militaire de la France au Mali et la dénonce comme pernicieuse. Elle ne s’exprime pas encore, faute de tribune et parce qu’elle ne serait pas entendue pour le moment : sa voix serait en effet couverte par le flot de réactions positives émises par les cercles officiels, Union africaine comprise, et par la grande presse, dont Jeune Afrique. n

Là où, avec la très grande majorité des Africains, nous voyons une initiative opportune de la France pour aider le Mali à chasser des intrus armés et à recouvrer son intégrité territoriale, cette frange croit déceler et nous reproche une « grave erreur d’optique ». Pour elle, il s’agit du retour en force d’une ancienne puissance coloniale avec ses gros sabots : « Aucun Africain ne considère la France comme une puissance libératrice mais plutôt comme une prédatrice », déclare, sans craindre l’excès, l’un de ses porte-parole. Et d’annoncer: « L’Afrique francophone va entrer en guerre – une guerre des peuples, contre les forces d’occupation. » Rien de moins !

Un autre s’élève contre « le succès de la recolonisation de l’Afrique par les puissances occidentales et surtout la France » et se fait menaçant à l’endroit des Africains qui s’en font les complices, à l’endroit de Jeune Afrique dont le crime est de « saluer le succès de la recolonisation de l’Afrique par les puissances occidentales », d’affirmer que « la France occupe de nouveau une place importante en Afrique ». n

Les champions de cette thèse sont des égarés aveuglés par la passion, mais ils croient sincèrement aux idées qu’ils défendent. Il faut donc s’efforcer de les convaincre qu’ils ont tort, faire en sorte que l’évolution des choses montre qu’ils n’ont pas raison. Il faut et il suffit pour cela que le Mali scelle sa réunification par une entente des cœurs entre ses catégories ethniques. Mais il faut également que les élections auxquelles les Maliens ont commencé à se préparer soient probantes. Et les fassent entrer, cette fois pour de bon, dans l’ère de la démocratie. Nous n’aurons pas beaucoup à attendre, car nous saurons dans l’année si les Maliens et ceux qui les ont aidés auront réussi à relever le défi. l

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. u Pour être simple, il faut beaucoup apprendre. Olga Sedakova u La politique est la servante de la science et l’humble interprète de la philosophie. Elle n’a pas la vertu créatrice de l’art. François Mitterrand u Les talons hauts ont été inventés par une femme qu’on embrassait toujours sur le front. Marcel Achard u Le bonheur n’est pas un gros diamant, c’est une mosaïque de petites pierres harmonieusement rangées. Alphonse Karr n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

u Les hommes peuvent atteindre un but commun sans emprunter les mêmes voies. Amadou Hampâté Bâ u Hiroshima, cinquante ans après, tout est reconstruit, on pourrait presque remettre une bombe si on voulait… Les Nouvelles Brèves de comptoir

u Le vaniteux est tellement avide d’hommages qu’il se les rend à luimême. Natalie Clifford Barney u Pourquoi les chiens se précipitentils vers la porte quand on sonne puisque ce n’est jamais pour eux ? Harry Hill

u Quand, dans une discussion conjugale, une femme menace son mari de prendre un amant, c’est déjà fait. Paul Courty

u Impossible de parler de Dieu sans prononcer aussitôt une quantité invraisemblable de bêtises. On ne peut rien dire de Dieu, seulement parler avec lui, en lui. Christian Bobin

u Une parole douce peut ouvrir même les portes de fer. Proverbe bulgare

u Le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage. Jean-Paul Sartre jeune afrique


La quintessence de l’automobile. À son plus haut niveau. La nouvelle classe E.

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Lorsque l’on dessine l’avenir, on se doit d’être en grande forme. Avec son design nouveau et progressiste, ses performances puissantes et ses technologies d’avant-garde, la nouvelle Classe E définit une fois de plus la quintessence de l’automobile. www.mercedes-benz.com

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Éditorial

Marwane Ben Yahmed

phoTos de CouverTures : ÉDITIONS AFRIQUE SUBSAHARIENNE ET INTERNATIONALE : AFP PHOTO POOL CHARLES PLATIAU ÉDITION MAGHREB & MOYEN-ORIENT : LOUAFI LARbI/REUTERS

Malabo blues les nuages s’amoncellent et l’orage gronde. Petit pays de 28 000 km2 et 700 000 habitants, la guinée équatoriale fut longtemps considérée par ses voisins comme un inépuisable réservoir de main-d’œuvre et de domesticité corvéables à merci. grâce à la découverte d’importants gisements pétroliers, elle s’est métamorphosée en richissime émirat tropical. cette manne ne l’empêche plus de susciter de vives inquiétudes. La moindre n’est pas l’après-Teodoro Obiang Nguema, « baobab national » depuis 1979 dont on dit la santé chancelante. entre les membres de son clan – fils, oncles, épouses… –, les relations sont notoirement exécrables. sans « Papa teo », qui a fait de teodorín, son flambeur de fils, son successeur, il y a d’ailleurs fort à parier qu’elles vireraient au règlement de comptes à oK corral ! De l’aveu même de ceux qui le connaissent, ce choix de teodorín étonne, tant sa capacité à diriger le pays est sujette à caution. Précision utile: il est visé par un mandat d’arrêt international. les justices française, américaine et espagnole s’accrochent à lui comme un cow-boy à son mustang. saisies de biens immobiliers ou de voitures de luxe, perquisitions, menaces d’interpellation dès qu’il fait un pas hors de son pays… la vie du dauphin désigné n’est pas facile tous les jours ! L’image de la Guinée équatoriale est quant à elle régulièrement écornée. et pas seulement à cause de teodorín-l’enfantgâté. son indice de développement humain (elle se classe 136e sur 186 pays étudiés) est infamant pour le huitième producteur de pétrole du continent, surtout compte tenu de sa faible population. À malabo, l’environnement des affaires évoque le Far West à la grande époque. en représailles à l’enquête diligentée à Paris sur les biens mal acquis, les entreprises françaises sont par exemple harcelées, parfois contraintes au départ. les travailleurs étrangers sont traités comme des citoyens de seconde zone, et les ressortissants africains – camerounais, maliens, tchadiens ou ghanéens – expulsés à tour de bras, même s’ils sont en situation régulière (près de 200, le 17 avril). l’opposition est réduite à l’exil et la conception que les autorités se font des droits de l’homme n’est pas vraiment en adéquation avec les critères modernes. Quant à la corruption, elle est effrayante. Dans le classement transparency International 2012, la guinée équatoriale apparaît au 163e rang (sur 174). et pour couronner le tout, une récession économique annoncée pour cette année. Difficile, donc, de ne pas s’inquiéter pour ce pays qui avait tout pour devenir la suisse de l’afrique centrale, comme le suggère le titre de son hymne national. Caminemos pisando la senda de nuestra inmensa felicidad signifie à peu près : « marchons sur le chemin de notre immense bonheur. » l’auteur avait sûrement le sens de l’humour. l n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

10 Bénin Boni YaYi eT l’affaire des poisons Persuadé d’avoir été victime d’une tentative de meurtre, le président béninois a fait appel au FBI…

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enquêTe Coke en sToCk Deux des plus hauts responsables de l’armée bissau-guinéenne sont tombés dans le piège que leur avait tendu la DEA, l’agence antidrogue américaine.

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alGérie l’éniGMe BouTeflika Briguera-t-il un quatrième mandat ou transmettrat-il le témoin aux générations postindépendance? Un an avant la présidentielle, le mystère reste entier.

Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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l a seM a in e d e j eu n e a f riq u e

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Bénin Boni Yayi et l’affaire des poisons Bibo Bourgi Un fidèle en eaux troubles faouzi el seed Graine de poète Côte d’ivoire Lendemains difficiles Guinée La belle Mamadie et les rapaces Tunisie-france Il s’appelait Farhat Hached Mali Chantier géant Comores Pieds nickelés, le retour Marchés Jackpot pour Kigali Bande dessinée Rachida, Zohra et Papa Tour du monde

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G ra n d a n G l e

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Côte d’ivoire Interview d’Alassane Dramane Ouattara

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a f riq u e su Bsa h a rien n e

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enquête Coke en stock Tchad Interview de Bandoum Bandjim, ancien officier de la police politique de Hissène Habré jeune afrique


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dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs grand angLE

L Cia Spé

2a8gES p

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EntrEtiEn LaurEnt FabiuS Le ministre français des Affaires étrangères fait le tour d’un continent qu’il découvre…

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aLaSSanE ouattara

« nous réussirons » Deux ans après son arrivée au pouvoir, le chef de l’État ivoirien fait le point sur les nombreux chantiers qu’il a entrepris.

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Mali Le MNLA met la pression Enquête Top chefs

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MaghrEb & M oy E n - o r i E n t

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algérie L’énigme Bouteflika Maroc Où étiez-vous le 16 mai 2003 ? israël i24news, la voix de Tel-Aviv Syrie Elle court, elle court, la rumeur tunisie « On ne se taira plus »

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EuropE, aMér i q u E S, aS i E

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CuLturE EFFErVESCEnCE nigérianE Écrivains, musiciens, plasticiens… Ils sont de plus en plus nombreux à se faire un nom hors de leurs frontières.

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France Interview de Laurent Fabius: « Au Mali, nous avons gagné la guerre. Reste à gagner la paix » Chine Au pays de l’or rouge allemagne Peer le gaffeur Venezuela Pas de potiche à Miraflores parcours Abdel Raouf Dafri, des tripes et des lettres royaume-uni Nouveaux riches Canada Soldats perdus du jihad

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LE pLuS dE JEu n E a Fr i q u E

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Katanga Au-delà des mines

jeune Afrique

Katanga au-dELà dES MinES • panorama L’effet Katumbi • Mines Du cuivre à perte de vue • Musique Joe Kizy va mettre le feu

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éConoMiE Jeune Afrique dresse la liste de celles qui comptent dans le monde des affaires en Afrique francophone.

éC o n o M iE business Les 25 femmes les plus influentes brVM Jean-Paul Gillet réclame ses « droits » Services pétroliers Le suisse TLC profite des découvertes africaines transport Interview d’Emmanuel Pitron, secrétaire général du groupe RATP algérie Les connexions de Nassim Kerdjoudj tunisie Karim Rejeb Sfar tire son épingle du jeu rd Congo Quel gouverneur pour guérir la Banque centrale ? baromètre d o SSiEr Emploi et formation C u Lt u rE & Méd ia S Culture Effervescence nigériane Kiosque La revue VouS & nouS Le courrier des lecteurs post-scriptum n o 2729-2730 • du 28 Avril Au 11 mAi 2013


ABDELHAK SENNA/AFP

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p l’ancien chef de la diplomatie, à Rabat, en octobre 2011.

maroc Fassi Fihri, le retour

A

ncien ministre des Affaires étrangères et actuel conseiller du roi, Taïeb Fassi Fihri a joué un rôle crucial dans le retrait, le 24 avril, de la proposition américaine au Conseil de sécurité de l’ONU visant à inclure un mécanisme de surveillance des droits de l’homme dans le mandat de la Minurso au Sahara occidental. À l’initiative de Mohammed VI, qui a par ailleurs téléphoné au président Obama en ce sens, « TFF » s’est rendu à Londres, Moscou et Pékin, avant d’atterrir à New York à la veille de l’ouverture des discussions. Un succès diplomatique qui met en lumière l’absence du gouvernement sur ce dossier. « Contrairement à ce qu’on croit, rien ni personne n’empêchait le Premier ministre et son ministre des Affaires étrangères de prendre leurs responsabilités et d’aller à l’ONU pour plaider la cause », explique un proche du Palais, qui s’étonne qu’Abdelilah Benkirane ait choisi de se rendre au même moment à Nouakchott pour une réunion de la commission mixte maroco-mauritanienne, alors que Saadeddine El Othmani était absorbé par le jeu des questions-réponses au Parlement. l

RD CONGO La majORité seNs Dessus DessOus

Climat délétère au sein du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), principale composante de la majorité présidentielle, après le dépôt au Parlement, le 15 avril, d’une motion de censure destinée à renverser le gouvernement Matata (lire aussi p. 186). Il paraît acquis que c’est un député de l’Union pour la N o 2729-2730 • Du 28 AvriL Au 11 mAi 2013

nation congolaise (UNC), le parti de Vital Kamerhe, qui en est à l’initiative. Mais, selon des sources concordantes, il a reçu l’appui d’Évariste Boshab, le secrétaire général du PPRD. Toujours selon les mêmes sources, Boshab a ensuite approché Aubin Minaku, le président de l’Assemblée nationale, afin d’obtenir son soutien. Étonné par la démarche, ce dernier en a aussitôt informé le président

Joseph Kabila. Lequel, après avoir convoqué Boshab, l’a mis en garde : « S’il arrive quoi que ce soit à Matata, je dissoudrai l’Assemblée nationale. » Il ne restait plus aux comploteurs qu’une solution : faire machine arrière. maLi mODibO siDibé eN CampaGNe eN FRaNCe

En tournée en France depuis le 27 avril et jusqu’au 3 mai, l’ancien Premier ministre Modibo

Sidibé, qui est candidat à l’élection présidentielle du mois de juillet, rencontre les représentants de la diaspora malienne (la plus importante du monde) et multiplie les entretiens avec les responsables français : Cédric Lewandowski, directeur de cabinet du ministre de la Défense, JeanChristophe Belliard, directeur Afrique du Quai d’Orsay, Hélène Le Gal, conseillère Afrique de François Hollande, Thierry Courtaigne, directeur général de Medef International, ainsi qu’avec un certain nombre d’élus de gauche et de droite. Il doit également se rendre au siège de la Commission de l’Union européenne, à Bruxelles, pour parler de coopération. LE CHIFFRE

120 millions Le nombre de préservatifs chinois de la marque be safe rapatriés d’urgence, le 23 avril, après que des contrôles entrepris à la demande des autorités sanitaires ghanéennes en eurent révélé le caractère défectueux. ils étaient destinés à des associations caritatives.

aRts pLastiQues jO’buRG suR seiNe

À l’occasion de l’année sudafricaine en France, La Maison rouge (Paris) accueillera du 20 juin au 22 septembre une exposition exceptionnelle consacrée aux plasticiens de Johannesburg. Une quarantaine d’artistes présenteront ainsi, sous le titre « My Joburg », une ou plusieurs de leurs œuvres. Certains sont très connus : Jane Alexander, Jodi Bieber, David Goldblatt, William Kentridge, Zanele Muholi, Guy Tillim. Et d’autres, beaucoup moins : Nicholas H l o b o, Ma r y S i b a n d e, jEuNE AFriquE


n en um ve ér nt edo d eu ou xs em ble ain es

Politique, économie, culture & société Kudzanai Chihurai. Mais tous évoqueront leur vision de la ville et de ses évolutions. BAD Tunisie eT ÉgypTe DAns le rouge

L’évaluation que la Banque africaine de développement (BAD) fait, en interne, de la situation en Tunisie et en Égypte n’est pas bonne, confie une source proche de la direction. L’institution financière, qui avait très vite soutenu le Printemps arabe, n’envisage pas d’accorder de nouveaux prêts ni de soutenir de nouveaux projets. Elle maintient en revanche les engagements déjà avalisés (infrastructures routièresethospitalières,accès et préservation des ressources en eau). AFriQue Du suD ZumA eT lA sÉcuriTÉ AFricAine

Jacob Zuma, le président sudafricain, ne ménage pas ses efforts pour convaincre ses pairs africains de s’intéresser davantage aux questions de sécurité. Après le Tchad et

mali Bataille dans les coulisses de l’onu Après lA créAtion par le conseil de sécurité de l’onU, le 25 avril, de la Mission intégrée des nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), la bataille est lancée pour le poste stratégique, à pourvoir avant le 1er juillet, de commandant militaire de la force de 12 600 casques bleus qui doivent être déployés sur place. Au nom des sacrifices consentis pendant la bataille des ifoghas – 36 morts au combat –, le tchad revendique le poste pour l’un de ses généraux. s’il n’obtient pas satisfaction, il pourrait renoncer à participer à la Minusma. À new York, Ban Ki-moon, le secrétaire général, hésite. Mais la France soutient fermement la candidature tchadienne. l

l’Algérie en avril, il a prévu de se rendre à Brazzaville du 2 au 4 mai pour la réunion du groupe international composé de tous les partenaires de la République centrafricaine. Inquiet de la situation sur le terrain, il envisage l’envoi de nouvelles troupes. De retour

à Pretoria, il recevra le 5 mai le général Sékouba Konaté, haut représentant pour l’opérationnalisation de la future Force africaine et responsable à l’Union africaine de la planification et de la gestion stratégiques des opérations de soutien à la paix.

AFriQue-FrAnce HollAnDe eT morsi Au sommeT le 26e sommet AfriqueFrance, prévu à paris au mois de décembre, sera coprésidé par François Hollande et mohamed morsi, le président égyptien. on se souvient que le dernier sommet, à nice, en mai 2010, devait initialement se tenir au caire avant d’être délocalisé sur la côte d’Azur, Français et Égyptiens n’étant pas parvenus à se mettre d’accord sur la présence du soudanais omar el-Béchir, inculpé par la cour pénale internationale. sans que cette question ait été tranchée, la capitale égyptienne avait ensuite été désignée comme hôtesse du sommet suivant, lequel a été repoussé sine die après la chute de Hosni moubarak. D’où la proposition d’une coprésidence avancée par l’Élysée et aussitôt acceptée par morsi.

États-unis les cadeaux des Africains à obama

jeune afrique

L’algérien abdelaziz Bouteflika a offert un poignard noir et blanc avec son étui en cuir (385 dollars), et le roi du maroc, pour le dixième anniversaire du 11 septembre, un cliché en noir et blanc représentant un enfant enveloppé dans un drapeau américain (650 dollars). Letunisien Béji caïd essebsi a joué la carte locale avec un tapis traditionnel (900 dollars), et le Libyen ali aujali, ambassadeur à Washington, une figurine du bijoutier swarovski, un parfum Lola de marc Jacob et une boîte de chocolats. mais la palme du faste revient naturellement aux princes du golfe, notamment Hamad Ibn ali al attiyah, chef d’état-major des forces armées du Qatar, qui a enseveli les responsables américains sous un déluge de parfums, bijoux, montres de prix. coût de ces libéralités: 108625,61 dollars. l u Une statuette guinéenne semblable à celle-ci a été offerte en 2011 par Alpha condé à son homologue américain.

LyLho/Leemage

Le document de 231 pages recensant les cadeaux offerts en 2011 à Barack obama, à sa famille et aux principaux responsables américains évoque un inventaire à la prévert. on y apprend qu’en septembre 2011 ali Bongo ondimba s’est montré très généreux. Le président gabonais a offert à son hôte une sculpture de chez daum, une prestigieuse cristallerie française, d’une valeur de 52695 dollars. Le nigérian ebele azikiwe Jonathan s’est contenté d’un petit buste en or (780 dollars), et le guinéen alpha condé d’un masque en ébène sculptée (850 dollars). sans doute moins sensible à la sculpture, le Béninois BoniYayi a fait parvenir au couple obama dix pièces de tissu de chez Vlisco, prestigieuse maison créée en Hollande en 1864, une peinture africaine, plusieurs nappes, des services de table et une corbeille à pain (valeur totale: 1285 dollars). Quant à saydou Bouda, l’ambassadeur du Burkina à Washington, il s’est fendu de deux statuettes (valeur: 840 dollars).

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la semaine de Jeune Afrique

Bénin

Boni Yayi

Persuadé d’avoir été victime d’une tentative de meurtre, commandité par le businessman Patrice Talon, le président a fait appel au FBI pour procéder à des analyses toxicologiques. En exclusivité, J.A. a eu accès à ce rapport aux résultats troublants. MAlikA GrOGA-BAdA

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n ne le dira jamais assez, l’affaire est digne d’un roman d’espionnage. Aujourd’hui, après bien des rebondissements, c’est à Paris que se joue un épisode déterminant de la guérilla judiciaire entamée sur les rives du lac Nokoué. Le 17 avril, les juges de la cour d’appel de Paris ont décidé de renvoyer au 22 mai – pour complément d’information – l’examen de la demande d’extradition formulée par le Bénin à l’encontre de l’homme d’affaires Patrice Talon et d’Olivier Boko, son bras droit. Tous deux sont accusés de « tentative d’assassinat » sur la personne du président, Thomas Boni Yayi. Dans la conduite de ses affaires – à la tête d’un florissant empire agro-industriel –, Patrice Talon, 55 ans, avait pourtant largement bénéficié de l’amitié de Boni Yayi, à qui il avait apporté son soutien financier durant ses campagnes présidentielles de 2006 et 2011. Opérateur majeur de la filière coton, le businessman s’était retrouvé en situation de quasi-monopole, de la fourniture d’intrants à l’égrainage. En 2011, son entreprise, Bénin Control SA, était au cœur du Programme de vérification des importations (PVI), qui supervise le trafic du Port autonome de Cotonou. De fait, Talon était devenu le pivot de l’économie u Le chef de béninoise, dont les activités l’État,Thomas portuaires et le coton sont les Boni Yayi, deux poumons. Beaucoup de accuse celui pouvoirs entre les mains d’un qui fut son ami d’avoir seul homme… attenté à sa Aussi, après tant d’années vie. Des d’amitié, la chute est-elle parsubstances ticulièrement rude pour ce toxiques ont magnat qui, selon les enquêété retrouvées dans ses teurs béninois, est l’instigamédicaments. teur d’un complot visant à n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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et l’affaire des poisons empoisonner le chef de l’État. Ses complices? Ibrahim Mama Cissé, le médecin du président, etZoubérathKora-Séké,sagouvernante et nièce. Les policiers sont formels : Talon a promis à chacun d’eux 1 milliard de F CFA (environ 1,5 million d’euros). En échange, ils devaient substituer différents poisons aux médicaments que prend habituellement le dirigeant béninois. Mise au point dans un hôtel bruxellois, l’opération était prévue pour le 20 octobre 2012. Elle a échoué in extremis, après une imprudence de Zoubérath Kora-Séké, les messages qu’elle échangeait avec Patrice Talon ayant été interceptés par son petit ami, à en croire un ministre proche du président.

photos : tYWILLAMs/ApANEWs ; FrANçoIs LAFItE/Wostok prEss/MAxppp

t L’agroindustriel Patrice Talon a longtemps bénéficié de la bienveillance présidentielle. Mais, depuis 2011, il estime faire l’objet d’un acharnement judiciaire.

jEuNE AFrIquE

rocambolesque. Mais avant même que cette affaire n’éclate, Patrice Talon s’était réfugié en France, en septembre, après avoir fui son pays dans des conditions rocambolesques. Car au Bénin, où rien n’allait plus entre lui et son ancien protecteur, il faisait déjà l’objet d’une demi-douzaine de procédures judiciaires. Vol qualifié, escroquerie, détournements de subventions de l’État dans la filière cotonnière… et même une tentative de putsch déjouée au dernier moment, et pour laquelle Johannès Dagnon, son commissaire aux comptes – et cousin –, est incarcéré… Un « acharnement judiciaire » que l’intéressé explique par son refus de céder aux pressions du chef de l’État. « Boni Yayi voulait que je le soutienne dans une réforme constitutionnelle qui lui aurait permis de briguer un troisième mandat, accuse-t-il. Nous en avions parlé à plusieurs reprises, mais, la dernière fois, la conversation a été plus que tendue. » Aujourd’hui installé en région parisienne, l’homme d’affaires est sous contrôle judiciaire. Pour Cotonou, il ne fait aucun doute qu’il sera extradé. « Non seulement ses complices ont avoué, mais le rapport d’analyses toxicologiques est édifiant », assure un proche du palais de la Marina. Afin de démontrer à quel point la menace était sérieuse, les autorités béninoises n’ont pas hésité à faire appel au FBI. Les enquêteurs de l’agence fédérale américaine se sont rendus à Cotonou fin novembre 2012 pour y récupérer les médicaments incriminés, avant de les expertiser dans leur laboratoire de Quantico, en Virginie. lll N o 2729-2730 • du 28 AvrIL Au 11 MAI 2013


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La semaine de J.A. L’événement

Les résultats ont été transmis aux autorités béninoises le 16 avril, accompagnés d’un courrier de Michael A. Raynor, ambassadeur des États-Unis à Cotonou. Ce rapport daté du 29 mars – dont J.A. s’est procuré copie, et que l’ambassade américaine se refuse à commenter – est la pièce maîtresse de l’instruction béninoise, le document sur lequel repose désormais la demande d’extradition. Les experts n’ont pas trouvé de « produits radioactifs » destinés à « achever » le président par asphyxie, contrairement à ce qu’avait déclaré Philippe Houndégnon, l’ancien commissaire central de Cotonou, lors d’une conférence de presse mémorable, le 22 octobre dernier. Mais dans les médicaments que Thomas Boni Yayi prenait quotidiennement ont été instillées des substances toxiques et dangereuses, comme l’attestent des plaquettes de gélules rafistolées avec du scotch. lll

ampoules. Le président utilise ordinairement du Lyrica (prégabaline), un antiépileptique, du Josir LP, qui traite les inflammations de la prostate, et du Dafalgan 500, un antalgique classique. Dans plusieurs gélules des deux premiers remèdes, les scientifiques ont décelé des traces d’un laxatif, le bisacodyl.DansleDafalgan,ilsontdécouvertdupsilocine (ou psilocybine), un puissant hallucinogène, dont l’usage médical est strictement encadré. Enfin, dans trois ampoules injectables retrouvées avec les médicaments incriminés, ils ont identifié un agent pouvantprovoquerunblocageneuromusculaire(de l’atracurium,oucisatracurium),unanesthésiant(de la kétamine) et un opiacé censé maximiser les effets des autres substances (le sufentanyl). Au vu de ces résultats, l’on indique désormais dans l’entourage du président que si ces médicaments peuvent être qualifiés de « mortifères », ils ne n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

p Entête du rapport d’analyse toxicologique réalisé par le FBI pour le compte des autorités béninoises, en date du 29 mars 2013.

vis visaient pas à le tuer. « Ils auraient entraîné des réactions incontrôlées, suffisamment étranges pour que la Cour constitutionétr nelle le déclare incapable d’exercer ses fonctions et le destitue », affirme un ministre proche du chef de l’État. Une « nuance » que la défense de Patrice Talon a bien l’intention d’exploiter. « Tantôt on parle de tentative d’empoisonnement, tantôt de tentative d’assassinat, la qualification même des faits pose problème », assène le très médiatique William Bourdon, avocat de Patrice Talon. « Le dossier présenté par le Bénin est d’une approximation et d’une pauvreté incroyables, même le procureur l’a relevé », ajoute-t-il. Car, pour la défense, rien ne dit que les aveux de Zoubérath Kora-Séké ou du Dr Ibrahim Mama Cissé n’ont pas été obtenus sous la contrainte. Dans les procès-verbaux de police, dont J.A. a eu connaissance, le médecin affirme que Talon lui a ordonné d’administrer les médicaments au chef de l’État, et qu’il avait menacé de faire exploser en vol l’avion présidentiel. Mais, selon une source proche du dossier, le prévenu n’aurait pas du tout tenu le même discours en présence de son avocat. instrumentalisation. Pour l’heure, la défense

Des traces d’un laxatif, d’un puissant hallucinogène et d’un anesthésiant.

parisienne de Patrice Talon dénonce un règlement decomptespolitiqueetl’instrumentalisation,àcette fin, de la justice béninoise, rappelant au passage les relations difficiles que cette institution entretient avec l’ONG Amnesty International. Le juge d’instruction béninois doit fournir à la cour d’appel de Paris, avant le 22 mai, un maximum de pièces justifiant sa requête contre Talon et Boko. Et Me Christian Charrière-Bournazel, avocat-conseil de Thomas Boni Yayi, qui, même s’il ne peut pas intervenir dans la procédure, la surveille comme du lait sur le feu, tient à ce que les choses soient claires : « Extradition ne veut pas dire condamnation. La justice française examinera les charges et décidera en conscience. » Mais même si la justice donne son accord, une extradition est éminemment politique. Or, de mémoire d’avocat, jamais personne n’a été extradé de la France vers le Bénin. Dans un courrier officiel joint au dossier d’instruction, Cotonou assure ne plus appliquer la peine de mort, mais la loi abolissant cette sentence – votée en 2011 – n’a toujours pas été promulguée. Et le Bénin rappelle qu’il fait partie de la liste des seize « pays sûrs » recensés par l’Office français de protection des étrangers et apatrides (Ofpra). Il est vrai que le dernier rapport de l’organisation sur le pays aurait besoin d’être actualisé. Il date de 2005, soit un an avant l’arrivée au pouvoir de Thomas Boni Yayi. l jeune afrique


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La semaine de J.A. Les gens

Bibo Bourgi Un fidèle en eaux troubles

Incarcéré depuis le 17 avril malgré un état de santé préoccupant, l’homme d’affaires d’origine libanaise est soupçonné par la justice sénégalaise d’être le principal homme de paille de Karim Wade.

S

elon l’un de ses avocats, il serait « en danger de mort ». Depuis le 17 avril, Bibo Bourgi, 47 ans, dort à l’infirmerie de la prison centrale de Rebeuss, à Dakar. Selon le certificat médical fourni par son cardiologue, « toute exposition au stress, à une situation d’angoisse ou de contrariété peut le mener à un accident cardiovasculaire » susceptible d’engager son pronostic vital. Depuis près de six mois, Bibo Bourgi a pourtant dû apprendre à vivre sous pression. Son amitié ancienne avec Karim Wade a mis cet homme d’affaires discret – dont on ne possède aucune photo – à la une des quotidiens. On le soupçonne d’être le principal complice du fils de l’ancien président, accusé par la Cour de répression de l’enrichissement illicite d’avoir dissimulé 1,05 milliard d’euros. Selon Antoine Félix Diome, le procureur adjoint, Bibo Bourgi serait au cœur du « système de sociétés à tiroirs » que Karim Wade aurait mis sur pied en s’appuyant « sur des prête-noms ». Les sociétés officiellement détenues par l’homme d’affaires représentent 38 % du patrimoine attribué à son ami. empire. À l’état civil, le businessman

s’appelle Ibrahim Aboukhalil. Mais, au Sénégal, on le connaît sous le patronyme de sa mère, issue de l’une des plus illustres familles libanaises du pays. L’une des plus fortunées aussi. Abdou Karim Bourgi, le grand-père de Bibo, s’était lancé dans les affaires dès les années 1930, s’imposant comme le « prince de l’immobilier ». En 1948, il participa au congrès constitutif du Bloc démocratique sénégalais, le parti de Léopold Sédar Senghor, qu’il contribua à financer. Une rue du Plateau, dans le centre-ville de Dakar, porte toujours son nom. À sa mort, il laissa à ses enfants un gigantesque empire immobilier, hôtelier et

p Le businessman nie « avec la dernière énergie » avoir servi de prête-nom au fils (à g.) de l’ancien président Abdoulaye Wade, dont il est un proche.

industriel. Après des études à l’université Georgetown, à Washington, Bibo revient au Sénégal faire fructifier l’héritage familial tout en développant ses propres affaires. Avec deux axes principaux, l’immobilier et le transit portuaire, et des amitiés très haut placées, susceptibles de le faire bénéficier de quelques passe-droits, puisqu’il est proche à la fois de Karim Wade et du fils de l’ancien président Abdou Diouf, Habib. Au fil des ans, il s’implique dans l’assistance aéroportuaire, créant en 2003, avec son frère Karim, le groupe Menzies Middle East and Africa. Les deux frères, qui ont l’habitude de contrôler paritairement leurs sociétés, investissent dans l’assistance au sol, ouvrant des filiales d’Aviation Handling Services (AHS) dans sept pays africains ainsi qu’en Jordanie. Mais la proximité de Bibo Bourgi avec Karim Wade éveille la suspicion.

Quand celui qui est encore ministre des Transports aériens supervise la création de Sénégal Airlines, fin 2009, son ami intègre le Groupement national des privés sénégalais, qui détient 62 % du capital de la compagnie aérienne. À l’époque déjà, une rumeur insistante laisse entendre qu’il jouerait le rôle d’homme de paille. Dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte fin 2012, Bibo Bourgi a été entendu à douze reprises. Les témoignages de plusieurs anciens cadres d’AHS ont attiré l’attention des enquêteurs sur l’influence queKarimWadeexerceraitencoulissessur ses filiales. Selon ses avocats, Bibo Bourgi a pourtant toujours nié « avec la dernière énergie », documents à l’appui, faire office de prête-nom. Aux gendarmes, il aurait lancé: « Je n’ai commis aucune infraction, sinon d’avoir été l’ami d’un homme qui a joué et qui a perdu. » l mehdi Ba, à Dakar

NomiNatioNS

GeorGes sabra syrie Ce militant communiste appartenant à la minorité chrétienne a été nommé président par intérim de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution syrienne, opposée à Bachar al-Assad. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

ProsPer Ndouba CeNtrafrique L’ancien porte-parole d’Ange-Félix Patassé (et fondateur du site Centrafrique Presse) a été nommé le 24 avril ministre conseiller en communication et porte-parole du président autoproclamé Michel Djotodia. jeune afrique


En haussE

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omotola Jalade-ekeinde

i

l prend l’art au pied de la lettre et ne recule devant aucun mur. Cet ancien tagueur de la région parisienne ayant grandi dans le milieu du hip-hop et de la breakdance donne une dimension urbaine à la calligraphie arabe et révolutionne les arts de la rue en créant le mouvement du calligraffiti. Depuis 2010, le temps s’est accéléré et les frontières sont tombées pour Faouzi eL Seed. De Los Angeles à Dubaï en passant par Melbourne, le Franco-Tunisien enchaîne les grands projets. Il vient de réaliser des fresques monumentales surles700mètresdutunneldeSalwaRoad,àDoha,etparticipe à New York, en mai, au 5Pointz, « la Mecque des graffitis ». S’il multiplie les rencontres, sa quête est toujours la même: inscrire son identité arabe dans la modernité, comme l’atteste le choix de son pseudonyme (Seed signifie « graine » en anglais et « lion » en arabe). « Apprendre l’arabe classique a été, pour moi, un déclencheur. Je suis tombé amoureux de l’écriture et, en même temps, j’ai pu retrouver une part de moi-même », confie l’artiste autodidacte.

Evan agostini/aP/siPa

natnael Berhane

tomislav nikolic

jeune afrique

t Ses passions : la langue arabe et l’esthétique de ses lettres cursives.

rEX/siPa

James mccormick Cet homme d’affaires britannique a été reconnu coupable de fraude pour avoir vendu de faux détecteurs de bombes, facturés jusqu’à 55000 dollars l’unité. Il les avait écoulés en Irak, en Syrie, en Libye, au Niger et au Liban.

noguEs/JBv nEWs

soumeylou BouBèye maïga Candidat malheureux à la primaire de son parti pour la prochaine élection présidentielle malienne, Soumeylou Boubèye Maïga a démissionné de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema) dans une lettre rendue publique le 24 avril. Frans van anraat HaagscHE courant/aP/siPa

dr

Frida dahmani, à Tunis

Le président serbe a demandé pardon « à genoux » aux Bosniens pour le massacre de Srebrenica en 1995. « Je m’excuse pour les crimes qui ont été commis au nom de notre État et de notre peuple », a déclaré l’ex-allié de Milosevic. En baissE

bagagEs. À 32 ans, ce fils d’immigrés exprime une double

passion : pour la langue arabe, qui l’ouvre à la spiritualité soufie, et pour l’esthétique des lettres cursives, dont il trace les jambages comme saisi d’une transe mystique. Depuis, il « bombe » de la poésie et des messages de paix pour faire tomber les remparts de l’ignorance. Ainsi, les versets calligraffés durant le ramadan 2012 sur le minaret d’El-Jara, à Gabès, sa ville d’origine (Centre-Est tunisien), étaient une invitation à la tolérance face à l’obscurantisme. Habitué à s’exprimer sur les murs des mégalopoles, eL Seed aime relever les défis. En mars 2013, il s’est plié au délicat exercice du petit format en créant pour la maison Vuitton des carrés de soie sur lesquels courent des vers du poète égyptien Ali Mahmoud Taha. L’engouement est tel qu’il poursuit l’expérience sur une ligne de bagages vendue aux enchères par Christie’s à la Dubai Art Fair. l

Vainqueur, le 23 avril, de la 3e étape duTour deTurquie, l’Érythréen est le premier coureur noir africain à remporter une épreuve du calendrier international. C’est aussi sa première victoire au sein de l’équipe française Europcar.

amandinE noEl/icon sPort

Virtuose du calligraffiti, ce Franco-Tunisien tague des vers et « bombe » des messages de paix sur minarets, murs, foulards de soie…

L’actrice nigériane figure parmi les cent personnes les plus influentes au monde, selon Time Magazine. À 35 ans, elle a déjà joué dans plus de 300 films et dirige une association qui aide les enfants des quartiers populaires de Lagos.

dr

Faouzi eL seed graine de poète

Ce négociant néerlandais, qui avait livré des tonnes de produits chimiques à Saddam Hussein, a été condamné à indemniser seize victimes iraniennes et irakiennes de bombardements au gaz moutarde, pour un total de 400000 euros. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


La semaine de J.a. Décryptage

ISSOUF SANOGO/AFP

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côte d’Ivoire Lendemains difficiles

p Électeurs mécontents, à Koumassi, le 22 avril.

Résultats contestés, partisans déchaînés, alliés divisés… Les élections municipales et régionales n’ont pas été un franc succès pour le parti au pouvoir. L’opposition, elle, se frotte les mains.

D

es urnes subtilisées et des affrontements sanglants, des ministres qui ne reconnaissent pas leur défaite, des alliés politiques qui s’écharpent publiquement… Les élections municipales et régionales du 21 avril ont donné lieu à un triste spectacle et à de multiples contestations. C’est à Abidjan que les tensions ont été les plus vives. À Treichville, les urnes ont été volées lors de la nuit postélectorale. À Koumassi, Ibrahim Cissé Bacongo, le ministre de l’Enseignement supérieur, contesteleschiffresdevantlaCoursuprême. Ses partisans ont affronté les forces de sécurité, des coups de feu ont été tirés. À Yopougon, le candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, de l’ex-présidentHenriKonanBédié)accusedefraude son concurrent du Rassemblement des républicains (RDR, d’Alassane Ouattara). Dans le Cavally (ouest du pays), deux poids lourds de la politique, Anne Ouloto, membredugouvernement,etl’ex-ministre Dagobert Banzio, crient chacun victoire…

En l’absence du Front populaire ivoirien (FPI, de Laurent Gbagbo), qui a boycotté un scrutin qu’il qualifie de « mascarade », le RDR et le PDCI ont remporté 23 des 31 régions (29 résultats disponibles à l’heure où nous mettions sous presse). TROMPE-L’ŒIL. Mais aux municipales, les deux grandes formations nationales sont arrivées derrière les indépendants, qui créent la surprise en raflant 70 postes de maire (189 résultats disponibles sur 197 communes). Le RDR, quant à lui, remporte 64 municipalités, soit une de plus que lors du dernier scrutin. Une victoire en trompe-l’œil : en dépit de moyens de campagne très importants, la formation au pouvoir n’est pas parvenue à mobiliser les électeurs (30 % de participation, contre près de 40 % en 2001). Amadou Soumahoro, le secrétaire général par intérim du parti, a connu une grande désillusion en perdant contre un indépendant à Séguéla. Des figures du RDR comme Adama Bictogo ou Sidiki

Konaté ont également subi un revers. Mais ce n’est rien comparé au PDCI, qui connaît une nouvelle débâcle avec 46 communes remportées, soit 16 de moins qu’en 2001. La bagarre entre ces deux grands partis houphouétistes devrait laisser des traces. Depuis des mois, les cadres du PDCI manifestent leur mécontentement envers un allié accusé de vouloir « truster » tous les postes. De leur côté, leurs homologues du RDR veulent s’affranchir de partenaires « jamais contents ». L’opposition se frotte les mains. « Le FPI ne reconnaîtra pas les résultats de ce vote et lance un appel à tous les démocrates et à toutes les forces de progrès afin qu’ils s’unissent sur une plateforme de lutte contre le régime liberticide d’Alassane Ouattara », a expliqué Richard Kodjo, son porte-parole. Le FPI multiplie les appels du pied aux cadres du PDCI pour constituer une nouvelle alliance. En ligne de mire, la présidentielle de 2015. l PascaL aIRauLT

à suIvRE au MOIs DE MaI

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mai Élections législatives au Pakistan. Nawaz Sharif, ex-Premier ministre et leader de la Ligue musulmane, est donné favori face au PPP du président Asif Ali Zardari. N O 2729-2730 • dU 28 AvrIl AU 11 mAI 2013

15-19

mai Au Sénégal, 21e Festival international de jazz à Saint-Louis. S’y ajouteront une foire artisanale, des régates, des spectacles de gospel et de lutte traditionnelle.

15-26

mai 66e Festival international du film à Cannes. Dix-neuf longs-métrages seront en lice pour la Palme d’or. Cette année, le jury est présidé par l’Américain Steven Spielberg. jeUNe AFrIqUe


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Guinée la belle mamadie et les rapaces Des pots-de-vin ont-ils été versés pour obtenir les droits d’exploitation du gisement de fer de Simandou ? Une compagnie minière, un milliardaire et plusieurs intermédiaires, dont la maîtresse de feu Lansana Conté, sont suspectés.

Rio TinTo

e

lle est abondamment citée dans une vaste affaire de corruption impliquant la compagnie minière BSGR, qui aurait cherché à obtenir les droits d’exploitation de la mine de fer de Simandou, potentiellement la plus riche au monde. Mamadie Touré, ex-maîtresse de feu le président Lansana Conté, se serait bien passée de cette publicité. Tout commence avec l’arrestation, le 14 avril à Jacksonville (Floride), d’un employé français de BSGR, Frédéric Cilins, soupçonné de blanchiment d’argent. Pour le faire tomber, la justice américaine s’est servie d’une vieille connaissance de Cilins, Mamadie Touré. Désormais installée aux États-Unis et elle-même suspectée d’avoir joué un rôle central dans cette affaire, la jeune femme a accepté de jouer les « témoins collaboratifs » et d’être placée surécoute.Lesenquêteursontainsidécouvert que Cilins tentait de la persuader de détruire des copies de contrat compromettantes, lui proposant 5 millions de dollars (près de 4 millions d’euros) en échange.

p La mine de fer de Simandou, dans le sud-est du pays.

Ibrahima Sory Touré, vice-président de BSGR, a lui aussi été interpellé le 19 avril, avec Issaga Bangoura, responsable de la sécurité de l’entreprise. Pour son avocat, Me Momo Sakho, « le code minier ne fixe pas de conditions particulières à l’obtention d’un permis de recherche.

diamant. The Financial Times a pu se procurer copie de ces fameux contrats. Bien que l’acte d’accusation ne cite pas le nom de la compagnie minière qui devait verser la jeune femme a collaboré avec les pots-de-vin, les détails les enquêteurs américains fournis ne laissent, selon le quotidien britannique, et accepté d’être mise sur écoute. aucun doute: il s’agirait de On n’a donc pas besoin de payer pour BSGR, fondé par Beny Steinmetz, un milen avoir un ». Prêterait-on à Mamadie liardaire israélien qui a fait fortune dans le Touré bien plus de pouvoir qu’elle n’en diamant et semblait déterminé à s’assurer a ? Peut-être, les permis étant accordés les droits d’exploitation de Simandou. par le ministre des Mines. Pour Me Sakho, D’après un document visiblement signé les personnes à interroger en priorité sont par Asher Avidan, directeur général de Ahmed Tidiane Souaré, le dernier Premier BSGR et ancien cadre du ministère israéministre de Lansana Conté, Louncény lien de la Défense, 4 millions de dollars Nabé,l’ex-ministredesMines,etMohamed auraient été offerts à Mamadie Touré, à LamineFofana,l’actueldétenteurduposte, répartir entre différentes « personnes de bonne volonté » et une société du nom de qui était à l’époque conseiller à la primature chargé des ressources naturelles et Matinda. Si l’acte d’accusation ne cite pas énergétiques. « Si pots-de-vin il y a eu, ils non plus la jeune femme, c’est – toujours en savent forcément quelque chose… » selon le FT – sa signature qui apparaît au Sauf que, jusqu’en 2008, les droits de bas des contrats. Mamadieestd’autantplusprésentedans Simandou étaient détenus en totalité par la société Rio Tinto. Le gouvernement Conté ce dossier qu’à Conakry, son demi-frère jeune afrique

l’en a dépossédée en août de cette annéelà au motif qu’elle tardait à développer la mine. En décembre, quelques jours avant la mort de Conté, le gouvernement avait attribué plus de la moitié des droits de Simandou à BSGR. Cette société a revendu 51 % de ses parts au brésilien Vale pour 2,5 milliards de dollars, réalisant une gigantesque plus-value sans qu’apparemment le gouvernement guinéen en tire le moindre bénéfice. Connue pour avoir aussi fréquenté Ahmad Tejan Kabbah, ancien président de la Sierra Leone, Mamadie Touré, que l’on dit peu instruite, semble au cœur d’un scandale qui la dépasse. l Clarisse Juompan-Yakam

mise au point Dans notre dernière livraison, nous évoquions (p. 18) les inventeurs du Faso Soap, un savon destiné à prévenir le paludisme. Si le premier est bien burkinabè, le second, Gérard Niyondiko, est burundais (et non rwandais). Merci à M. Fabrice Bizomenyabo, un lecteur vigilant, de nous l’avoir signalé. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


La semaine de J.a. Décryptage

tunisie-France il s’appelait Farhat Hached Après Habib Bourguiba et Mohamed Bouazizi, c’est le fondateur de l’UGTT qui se voit dédier une place par la Ville de Paris. Dans son pays, l’héritage du syndicaliste est plus que jamais d’actualité.

français. Respecté par les confédérations internationales, cet homme de réseaux fit campagne jusqu’aux États-Unis pour sensibiliserl’opinionàl’autodétermination de la Tunisie. Maghrébin avant l’heure, cet insulaire de Kerkennah soutint le projet d’une union syndicale nord-africaine. tribun. En Tunisie, le parcours de Farhat

Archives Jeune Afrique

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p Cette figure de la lutte pour l’indépendance (à g.) a été assassinée en 1952.

H

éros national abattu en 1952 par la Main rouge, officine de l’ombre liée aux services secrets français, Farhat Hached est aujourd’hui honoré par… la Ville de Paris. La mairie – et son édile, Bertrand Delanoë, natif de Tunis – a choisi symboliquement la veille du 1er mai, jour de la Fête du travail, pour donner son nom à une place du 13e arrondissement. Un paradoxe, alors que les autorités françaises Le Dessin De La semaine

n’ont jamais permis d’accéder au dossier de son assassinat. Antoine Méléro, ancien de la Main rouge, avait pourtant reconnu les faits en 2009. Fondateurdumouvementsyndicaltunisien, Farhat Hached donna une nouvelle dynamique à la lutte pour l’indépendance en inscrivant le droit des travailleurs tunisiensparmilesrevendicationsnationalistes et en orchestrant une véritable guérilla sociale contre les autorités du protectorat

Hached reste d’une troublante actualité. Même après la révolution de 2011 et la fin de l’oppression politique, son ombre plane encore sur l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), puissante centrale ouvrière qu’il avait créée en 1946 pour structurer une société civile qui soit partie prenante de la vie politique. Le syndicat se montre d’ailleurs très susceptible lorsqu’on touche à son tribun emblématique. Quand des membres de la Ligue de protection de la révolution, une milice pro-islamiste, ont attaqué le siège de l’UGTT en marge de la commémoration de son assassinat, le 4 décembre 2012, le pays a été au bord de la grève générale. Mais la mémoire de Farhat Hached relève aussi d’un devoir familial. Noureddine, son fils, valorise son héritage via l’Association tunisienne d’études historiques et de recherche sociale, et projette la création d’une fondation. Farah, sa petite-fille, milite quant à elle pour la préservation des archives nationales, dont celles de la police politique. l FriDa DaHmani, à Tunis

Chappatte • International Herald Tribune

TWITTER UN GAZOUILLIS ET C’EST LA PANIQUE

Le 23 avriL, vers 13 heures, un message apparaît sur le compte Twitter de l’agence associated Press: « Deux explosions à la Maison Blanche, Obama est blessé. » en quelques minutes, l’indice boursier américain plonge de près de 1 %, l’équivalent de 136 milliards de dollars de capitalisation perdus. en réalité, le compte de l’agence a été piraté, un acte revendiqué par la Syrian electronic army, groupuscule de hackers partisans de Bachar al-assad. Un démenti de l’aP ramènera très vite l’indice à son niveau antérieur. n o 2729-2730 • du 28 Avril Au 11 mAi 2013

Jeune Afrique


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JEUNEAFRIQUE.COM

DOROTHÉE THIÉNOT

LE TWEET

! Diango Cissoko (à dr.), le Premier ministre, à l’hôpital MoulayTouré de Gao, le 11 avril.

Mali Chantier géant Des bailleurs de fonds qui ont repris leur aide, une conférence internationale consacrée à la reconstruction… Après des mois d’instabilité, le pays entrevoit une éclaircie.

JEUNE AFRIQUE

Nasir El-Rufai, ancien ministre nigérian

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Maroc Algérie

« Le gouvernement a présenté une feuille de route et un budget crédibles. Il lui reste à trouver 80 milliards de F CFA pour financer ses dépenses des deux prochaines années », explique Christian Josz, chef de division adjoint au département Afrique du FMI (il a dirigé la mission qui s’est rendue au Mali en mars). PLUVIOMÉTRIE. En 2012, le pays a connu

une récession de 1,2 % et l’inflation a atteint 5,3 %. La suspension de l’aide internationale, une pluviométrie défavorable, l’instabilité politique et sécuritaire ont affecté la production agricole et le commerce. Le tourisme est en berne. Pour faire face, les autorités ont renoncé à la plupart des dépenses d’équipement. Avec la reprise de l’aide des bailleurs de fonds et les bonnes récoltes, les perspectives pour 2013 sont plus encourageantes. La croissance devrait atteindre 4,8 % et l’inflation tomber en dessous de 3 %. « Les autorités se sont remises au travail, conclut Josz. Elles doivent concentrer leurs efforts sur la reconstruction, la bonne gouvernance, le fonctionnement de la justice, une meilleure gestion des titres fonciers et la réforme du secteur de l’énergie. » ●

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Tunisie 10

INFOGRAPHIE

1945-2013 : la lente disparition des Juifs au Maghreb

À LIRE AUSSI RD Congo : les civils oubliés du « Triangle de la mort » katangais

FOCUS

Deux ans après sa disparition, tout ce que vous avez toujours eu envie de savoir sur Oussama

Ben Laden

PASCAL AIRAULT, envoyé spécial à Washington

SIPA

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iango Cissoko, le Premier ministre malien, pourra-t-il boucler le financement de sa feuille de route ? C’est tout l’enjeu de la Conférence internationale sur l’aide au Mali qui doit se tenir le 15 mai à Bruxelles. En février, les autorités avaient présenté un plan d’actions prioritaires d’urgence (Papu 2013-2014) d’un coût de 2 510 milliards de F CFA (3,8 milliards d’euros). Ce programme de relance prévoit la réhabilitation des infrastructures administratives et militaires, le reploiement des agents de l’État et une assistance à la réinsertion socio-économique des populations déplacées. Quelque 147 milliards de F CFA seront débloqués dès cette année pour les dépenses militaires et la réforme de l’armée. Reste à trouver la moitié des 100 milliards censés financer les élections prévues en juillet, mais qui seront probablement reportées. Les deux tiers du Papu seront financés par les ressources nationales (impôts et recettes non fiscales), le reste par les bailleurs de fonds. Le FMI, l’Union européenne, la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et les partenaires bilatéraux ont déjà repris leur aide. Quant aux États-Unis, ils se bornent à fournir un soutien humanitaire en attendant l’élection présidentielle.

@elrufai « Les gens incompétents sont des virus pour les gouvernements. Ils se reproduisent rapidement et plongent la société dans l’injustice, la corruption et l’insécurité. »

N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013


La semaine de J.A. Décryptage

Comores Pieds nickelés, le retour Une quinzaine de personnes suspectées de tentative de putsch ont été arrêtées. Mercenaires, militaires, hommes d’affaires… Sur l’archipel, le scénario n’est que trop connu.

L

Ahmed Djaé. Formé à Saint-Cyr lui aussi, il avait été radié de l’armée après avoir participé à une tentative de putsch au début des années 2000, indique une source militaire. Finalement réintégré, il occupait dernièrement le poste stratégique de chef de corps adjoint de l’armée comorienne.

de l’ancien président Ahmed Abdallah e 19 avril, les forces de sécu(assassiné en 1989), qui vit confortablerité comoriennes ont déjoué ce ment de ses rentes (il possède notamqu’elles appellent « une tentament des terres à Mayotte) et qui avait tive de déstabilisation » et qui a toutes les apparences d’un putsch. On y déjà été impliqué dans une tentative MAUVAIS FILM. Au total, quinze pertrouve tous les ingrédients d’un cocktail de putsch en 2000. Deux de ses frères, sonnes étaient interrogées au camp typique de l’histoire des Comores : des Abdérémane et Cheikh, avaient fomenté militaire de Kandani le 25 avril. Selon mercenaires étrangers, quelques élé(en vain) un autre coup d’État en 1992. les autorités, qui ont annoncé l’ouments de l’armée nationale verture d’une enquête et des hommes d’affaires, judiciaire, leur plan dont le fils d’un ancien consistait à assassiner le président… président des Comores, Les premières arrestaIkililou Dhoinine, le chef tions ont eu lieu dans la d’état-major, le colonel soirée du 19 avril près de Youssouf Idjihadi, et le Moroni. Joris Nkombe et chef de corps, le lieuteAlamine Moustapha sont nant-colonel Ibrahim cueillis alors qu’ils tenAhamada, avant de plataient depuis le début de cer Mahmoud Ahmed la semaine de se procuAbdallah à la tête du pays rer des armes de guerre. et d’imposer le retour à « On les suivait de près, l’ancienne Constitution, ils n’étaient pas très displus centralisatrice. crets », indique une source La plupart des acteurs sécuritaire. Le premier, de ce mauvais film étaient considéré par les enquêdes proches de l’ex-préteurs comme le chef des sident Mohamed Taki opérations, serait un Abdoulkarim, décédé en 1998. Selon plusieurs colonel de l’armée congolaise (RD Congo) formé sources, l’enquête aurait à la prestigieuse école révélé qu’un Français qui militaire française de grenouille dans le milieu Saint-Cyr et exilé depuis des mercenaires depuis quelques années en trente ans (il a été aperçu France, où il s’était rapproaux Comores aux côtés ché des milieux d’extrême de Bob Denard dans les droite. Le second serait un années 1980, a participé ancien officier de l’armée à un coup d’État manqué tchadienne formé lui aussi en 1990 et fut un conseiller à Saint-Cyr. Tous deux ont de Taki) aurait procédé au débarqué aux Comores recrutement en France. par un vol régulier. Dans une déclaration ! Selon les autorités, le plan consistait à assassiner le président, La deuxième vague télévisée le 24 avril, le Ikililou Dhoinine. d’arrestations intervient président Dhoinine a simplement confirmé qu’une « tentative L’histoire de famille ne s’arrête pas là : le lendemain : dans les mailles du filet, cinq autres Congolais. Le surlendemain, de déstabilisation » avait été déjouée. un beau-frère de Mahmoud, commerAu vu des éléments dont ils disposent, çant spécialisé dans les équipements une dizaine de Comoriens, des militaires et des civils trahis par les contacts l’opposition et les diplomates en poste à de sécurité, a également été arrêté. Il téléphoniques qu’ils ont eus avec les Moroni affirment n’avoir aucune raison aurait eu pour mission de se procurer mercenaires, sont interpellés. Parmi eux d’en douter. « Le dossier semble solide », des armes. figure le « cerveau présumé », Mahmoud affirme un ancien ministre. ● Des sous-officiers ont aussi été mis Ahmed Abdallah, l’un des nombreux fils RÉMI CARAYOL aux arrêts, dont le capitaine Amdjad IBRAHIM YOSSOUF/AFP

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JEUNE AFRIQUE


ILS ONT DIT

«

Marchés Jackpot pour Kigali international, connaît la septième plus forte croissance, avec un taux d’environ 9 % par an depuis la fin du génocide de 1994, passe de surcroît pour un très bon élève. Dirigé d’une main ferme par le président Kagamé, il affiche une certaine stabilité politique et est très peu corrompu. Avec les 400 millions de dollars qui seront ainsi levés, le gouvernement compte rembourser une partie de la dette publique, achever la construction du Palais des congrès de Kigali et, surtout, financer un projet de centrale hydroélectrique. Une infrastructure indispensable pour accroître la compétitivité de ce pays qui attire de plus en plus de touristes. En 2012, ils étaient plus de 1 million à s’y rendre, contribuant à dégager 281,8 millions de dollars de revenus. ● STÉPHANE BALLONG

Bande dessinée Rachida, Zohra et Papa

NABILLA Vedette de téléréalité, d’origine algéro-italienne

« Il y a cinquante ans, les Castro faisaient la guerre pour conquérir le Venezuela. Aujourd’hui ils ont réussi à nous envahir et à nous occuper sans tirer un coup de fusil. » RAÚL BADUEL Ex-ministre vénézuélien de la Défense de Hugo Chávez, en prison depuis 2009

«

Pendant qu’elle fait la chasse aux Maliens en sandalettes, la France déroule le tapis rouge à des États qui rachètent ce que la France en faillite brade aux émirs les plus offrants. Si la gauche voulait montrer sa différence, ce serait le moment ! » MICHEL ONFRAY Philosophe français

YOUSSEF AÏT AKDIM

“Si vous décidez de vous faire tatouer, alors papa et maman demanderont le même tatouage, au même endroit, et on ira sur YouTube pour montrer à tout le monde que c’était un tatouage familial.” » BARACK OBAMA Président des États-Unis

EVAN AGOSTINI/AP/SIPA

« Nous avons dit à nos filles:

« Le rire brise la peur. C’est l’arme la plus forte contre un système oppressif. » BASSEM YOUSSEF ! Humoriste égyptien

CRÉDIT CRÉD IT PHOTO P HOTO

AU MOMENT OÙ ELLE ANNONÇAIT son retrait de la primaire qui doit désigner le candidat de l’UMP à la mairie de Paris en 2014, Rachida Dati demandait, en référé, l’interdiction d’Aux noms des pères (éd. 12Bis), une bande dessinée peu amène à son égard, traitant de la paternité de sa fille Zohra. En vain. Le 24 avril, le tribunal de grande instance de Versailles l’a déboutée, jugeant que l’œuvre « ne dépasse pas les lois de la satire politique ». La maire du VIIe arrondissement de Paris paie aussi le fait d’avoir elle-même largement médiatisé sa grossesse et sa maternité. La BD met en scène un détective privé enquêtant sur l’identité du père de la petite Zohra, aujourd’hui âgée de 4 ans. L’ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy y est dépeinte en ambitieuse, comme dans la biographie que l’un des auteurs de l’album, Yves Derai, lui avait déjà consacrée en 2009 (Belle-Amie, éd. du Moment). La caricature est à gros traits, tout comme le dessin. Rachida apparaît en manipulatrice colérique, ne jurant que par les cocktails, les robes de grands couturiers et les bijoux, dont elle raffole. Ce portrait d’une femme politique mi-hystérique mi-Machiavel est sans surprise ni nuance, mais il trouvera certainement un public nombreux, avide de « Dati bashing ». ● JEUNE AFRIQUE

J’ai fait rire la France entière, c’est plutôt fun, non ? Oui, je fais des fautes de français, et alors ? Cela ne fait pas de moi une personne inintéressante. Je suis fière d’être le reflet d’une certaine culture jeune et urbaine. »

ELIOT PRESS

POUR UNE PREMIÈRE sur les marchés internationaux, c’est une très belle opération que réalise le Rwanda. Son emprunt obligataire, émis le 25 avril, a recueilli près de 3 milliards de dollars d’intentions de souscription… soit 7,5 fois les 400 millions de dollars sollicités. Ils seront remboursables sur dix ans au taux de 6,875 %. À un moment où des États comme la Grèce lèvent leur dette à plus de 11 %, le Rwanda se hisse au rang des grandes signatures souveraines, confirmant la crédibilité qu’il a gagnée auprès des investisseurs étrangers. En quête de rendements meilleurs et sûrs, ces derniers ont, au cours de la dernière décennie, jeté leur dévolu sur l’Afrique, qui les séduit par ses remarquables performances économiques. Le Rwanda, qui, de tous les pays suivis par le Fonds monétaire

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La semaine de J.A. Tour du monde territoriales des îles Senkaku, au cœur d’une zone que se disputent les deux pays. Avant de repartir dans la journée. Tandis que Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, avertissait Pékin qu’il n’hésiterait pas à « utiliser de la force en cas de débarquement », Yoshihide Suga, le porte-parole du gouvernement, a estimé que « la porte du dialogue reste ouverte ».

FRANCE

Gay, gay, marions-les!

A

u terme de plusieurs mois d’un débat dur, tendu, parfois violent, la France est devenue le quatorzième pays au monde (et le neuvième en Europe) à autoriser le mariage homosexuel. Le 23 avril, insensibles aux clameurs des opposants – et des opposants aux opposants – rassemblés devant le PalaisBourbon, les députés ont adopté par 331 voix contre 225 le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Ce qui exclut, pour l’instant, la procréation médicalement assistée (GMA) et la gestation pour autrui (GPA). Même si on voit mal comment un retour en arrière pourrait avoir lieu désormais, les anti-mariage gay ne désarment pas. Députés et sénateurs UMP ont saisi le Conseil constitutionnel, qui dispose de un mois pour se prononcer. Certaines dispositions relatives à l’adoption peuvent-elles être censurées ? Possible. Après plusieurs énormes rassemblements derrière les pittoresques Frigide Barjot et Christine Boutin, une nouvelle manifestation aura lieu le 26 mai. Quelle que soit son ampleur – sans doute considérable –, elle ressemblera fort à un baroud d’honneur. ●

LE CHIFFRE

30 %

LE POURCENTAGE des Grecs se déclarant nostalgiques du « régime des colonels », selon un sondage publié à Athènes le 21 avril. De 1967 à 1974, cette junte militaire d’extrême droite imposa au pays une dictature d’une exceptionnelle brutalité que nombre de Grecs d’aujourd’hui trouvent néanmoins préférable à la démocratie en ce qui concerne le niveau de vie et la sécurité. CHINE

Le Sichuan, encore

FRÉDÉRIC LANCELOT/SIPA/SIPA

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! Manifestation d’opposants au mariage gay, à Toulouse, le 23 avril. ÉTATS-UNIS

Révolte à Guantánamo DÉTENUS SANS inculpation ni jugement depuis plus de dix ans, les 166 jihadistes présumés de Guantánamo sont à bout. Le 6 février, un certain nombre d’entre eux ont entrepris une grève de la faim. Depuis, le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur. Aux dernières nouvelles, plus de la moitié des prisonniers N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

ont cessé d’ingérer de la nourriture. Pour éviter une issue fatale, les plus affaiblis sont alimentés de force, par intraveineuse. JAPON-CHINE

Regain de tension

AU MOMENT OÙ, le 23 avril, 170 parlementaires se recueillaient au sanctuaire Yasukuni, symbole honni du militarisme japonais en Asie, huit navires de surveillance maritimes chinois ont pénétré dans les eaux

PRÈS DE 200 MORTS, 10000 blessés et plus de 17 000 sans-abri : c’est le bilan provisoire du tremblement de terre d’une puissance de 6,6 sur l’échelle de Richter qui a frappé la province du Sichuan (Sud-Ouest), le 20 avril. Les recherches pour retrouver d’éventuels survivants se poursuivent autour de la ville-préfecture de Ya’an, proche de l’épicentre. La province du Sichuan est l’une des plus peuplées de Chine. En 2008, elle avait déjà été dévastée par un séisme qui avait fait 70 000 morts et 18 000 disparus. RUSSIE

Opposant au tribunal

LES OPPOSANTS À Vladimir Poutine qui ont eu la chance – ou la malchance – d’attirer l’attention des médias occidentaux ont généralement du souci à se faire. Après l’ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-champion du monde d’échecs Garry Kasparov, les punkettes féministes de Pussy Riot et quelques autres, l’avocat et blogueur Alexeï Navalny (36 ans) est à son tour traîné devant les tribunaux sous JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

Yves Herman • Reuters

UNION EUROPÉENNE

Bon, Manuel, c’est bientôt fini? TOUT PRÉSIDENT DE LA COMMISSION EUROPÉENNE QU’IL SOIT, Manuel Barroso n’est pas, c’est entendu, le responsable politique le plus flamboyant. Mais le 22 avril à Bruxelles, où se tenait une rencontre consacrée à l’Afghanistan, John Kerry aurait pu s’abstenir de le lui signifier aussi clairement. Le secrétaire d’État américain a-t-il voulu montrer l’importance qu’il attache aux propositions européennes ? Avait-il un avion à prendre ?

l’accusation délirante de « détournement de fonds » et de « constitution de bande criminelle ». Son vrai crime ? Il ne cesse de dénoncer la corruption qui gangrène les institutions russes. Son procès, dont la première audience, le 17 avril, a été ajournée, a repris le 24 avril, à Kirov.

L’opposant Henrique Capriles continue de contester les résultats du scrutin présidentiel du 14 avril. Le Conseil national électoral a reconnu l’existence d’irrégularités, mais a fait savoir que la victoire de Maduro ne serait pas remise en question. ITALIE

VENEZUELA

Maduro et les barons

À PEINE INVESTI, le 19 avril, le présidentNicolásMaduroaannoncé la composition de son gouvernement. Tous les barons du chavisme restent en poste, d’Elías Jaua (Affaires étrangères) au gendre de Hugo Chávez, Jorge Arreaza (vice-présidence), en passant par Miguel Rodríguez (Intérieur). Ce dernier est un militaire qui dirigeait jusqu’ici les services de renseignements et passait pour être très proche du président défunt. JEUNE AFRIQUE

Affaire de famille

APRÈS QUATRE tours de scrutin infructueux, Giorgio Napolitano, 87 ans, s’est, le 20 avril, résigné à accepter un second mandat de président de la République. Quatre jours plus tard, il a chargé Enrico Letta, 46 ans, d’entreprendre des consultations en vue de la formation d’un gouvernement de centre droit (Mario Monti expédiait les affaires courantes depuis les élections des 24-25 février). Catholique modéré et numéro deux du Parti démocrate (PD),

Letta estime que les politiques d’austérité menées en Europe « ne suffisent plus ». Il est curieusement le neveu de Gianni Letta, l’homme de confiance de Silvio Berlusconi, ce qui pourrait faciliter les tractations avec ce dernier. PARAGUAY

La droite de retour

LE MILLIONNAIRE Horacio Cartes, 56 ans, a remporté haut la main l’élection présidentielle du 21 avril contre Efraín Alegre, un candidat de centre droit. Il ramène ainsi au pouvoir le parti Colorado (droite), qui gouverna le pays de 1947 jusqu’à l’élection de Fernando Lugo (centre gauche), en 2008. Surnommé « l’évêque des pauvres », ce dernier avait été destitué par le Parlement quatre ans plus tard. Il vient néanmoins d’être élu sénateur. N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

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Grand angle

CÔTE D’IVOIRE

Alassane Dramane

Ouattara

« Nous avons besoin de temps, mais nous réussirons »


Relance économique, sécurité, réconciliation, justice, FPI, Bédié, Soro, Wade, M6, Hollande… Deux ans après son arrivée au pouvoir, le chef de l’État ivoirien fait le point sur les nombreux chantiers qu’il a entrepris.

A

MARWANE BEN YAHMED

bidjan, mi-avril. La campagne électorale bat son plein. C’est le temps des promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent. Celui également des tensions entre partenaires politiques, le Rassemblement des républicains (RDR) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), qui se disputent âprement mairies et conseils régionaux, débouchant parfois sur des scènes de violence que l’on pensait oubliées (voir p. 16). Deux ans après la fin de la crise, la Côte d’Ivoire se portepourtantindéniablementmieux.C’estunpays désormais en paix, à l’image redorée et à la vitalité économique évidente. Un chantier à ciel ouvert et une nation qui se reconstruit. À sa tête, Alassane Dramane Ouattara (ADO), 71 ans, l’exact contraire de son prédécesseur et meilleur ennemi, Laurent Gbagbo. Économiste de formation, ancien Premier ministre d’Houphouët et directeur général adjoint du FMI, il n’est pas arrivé là par hasard. Au cœur de latempêtedepuislapremièreélectionprésidentielle post-Houphouët, en 1995, il n’a jamais renoncé, ni après avoir échappé de justesse à la mort, en septembre 2002, quand son domicile avait été attaqué, pillé et incendié, ni quand il attendait, reclus au sein du Golf Hôtel, la fin du cauchemar dans lequel son adversaire avait plongé la terre d’Éburnie. « Plus grand diviseur du pays » pour ses contempteurs, seul capable de diriger la Côte d’Ivoire pour ses apôtres, brillant, bon gestionnaire et rigoureux, de l’aveu même de Laurent Gbagbo, il est désormais seul maître à bord. Le passé importe désormais peu. Seul compte l’avenir: les attentes des Ivoiriens sont immenses. Quel que soit l’interlocuteur, riche ou pauvre, partisan de l’ancien président ou du nouveau, dioula, baoulé ou bété, jeune ou vieux, l’espoir suscité par la fin d’une longue descente aux enfers a cédé la place à l’impatience. C’est dans son bureau du palais du Plateau qu’ADO nous a reçu pour répondre à nos (nombreuses) questions. À sa manière, déterminé mais prudent… ●

DR

Propos recueillis à Abidjan par


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Grand angle Côte d’Ivoire JEUNE AFRIQUE : Dans l’interview que vous nous aviez accordée fin mai 2011, au lendemain de votre investiture, vous décriviez un pays dévasté et qualifiiez la tâche qui vous attendait d’immense. Deux ans plus tard, comment se porte la Côte d’Ivoire ? ALASSANE OUATTARA : Effectivement, nous

avons trouvé la Côte d’Ivoire dans un état indescriptible. Pire que ce que nous pouvions imaginer. Aujourd’hui, cela va mieux, car nous avons pu réaliser des progrès considérables au niveau de la gouvernance générale, de la remise en état de l’administration, de la réhabilitation des infrastructures et de la politique économique et sociale. Le pays est désormais en paix, sécurisé en grande partie, et en pleine expansion. J’ajouterais que la Côte d’Ivoire, totalement absente par le passé, compte à nouveau sur l’échiquier africain voire international. Ce qui semble le plus évident, c’est la relance économique, avec des taux de croissance situés entre 8 % et 9 %…

[Il coupe.] Soyons précis : 9,8 % en 2012, certifié par le Fonds monétaire international. Et pour 2013, nous sommes à peu près certains d’avoir un nouveau taux de croissance compris entre 9 % et 10 %.

Lorsque vous avez pris vos fonctions, en mai 2011, vous n’espériez des taux de croissance autour de 10 % qu’au terme de votre mandat de cinq ans. Comment expliquez-vous ces résultats ?

Nous avons appliqué les bonnes recettes. Parmi les points clés, je citerais la forte augmentation de notre taux d’investissement et les réformes sectorielles, notamment celle du secteur agricole. La rémunération des paysans s’améliore, ce qui contribue de manière importante à la hausse de la consommation. Enfin, le secteur privé, rassuré et plus ambitieux, se développe considérablement. Beaucoup estiment que, malgré ces bons résultats macroéconomiques, leurs effets sur le quotidien des Ivoiriens tardent à se faire ressentir…

C’est vrai, mais il convient d’expliquer pourquoi. La Côte d’Ivoire, pendant les dix dernières années, a connu un taux de croissance inférieur à 1 % alors que la croissance démographique a été de 2,5 % à 3 %. Sur la période 2000-2010, le revenu par habitant a donc baissé d’au moins 25 %. La pauvreté s’est accrue et touche aujourd’hui un Ivoirien sur deux. On ne répare pas les dégâts humains de ce genre en quelques mois. Il faut du temps, de la persévérance, investir lourdement dans le social notamment, ce que nous sommes en train de faire. Les effets vont commencer à se faire sentir. En premier lieu, les Ivoiriens trouveront un meilleur environnement, en matière d’infrastructures, d’écoles ou de santé. Les paysans, nous venons d’en N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

! Grâce à une croissance de 9,8 % en 2012, la Côte d’Ivoire a retrouvé des couleurs sur le plan économique. Elle peut reprendre ses grands travaux, à l’image de l’autoroute AbidjanGrand-Bassam, dont le premier coup de pioche a été donné par le président Ouattara le 3 août 2012.

parler, une meilleure rémunération de leur travail. Idem pour les enseignants, qui ont pu récupérer un certain nombre d’indemnités qui leur étaient dues mais jusqu’ici jamais versées. Au risque de me répéter, mais il est très important que tout le monde comprenne, notre pays avait sombré et nous l’avons récupéré dans un état de délabrement inouï. Nous devons fournir des efforts considérables sur tous les fronts, je dis bien tous. Cela prend donc naturellement beaucoup de temps. Dans quel domaine avez-vous éprouvé le plus de difficultés ?

La sécurité, sans laquelle aucun développement n’est possible, a représenté un véritable défi pendant plusieurs mois. Trop d’armes ont circulé sur l’ensemble du territoire, et trop de jeunes ont été manipulés à des fins violentes. C’est sans doute le défi le plus sensible, car il y avait une véritable volonté de déstabilisation de la part des partisans de l’ancien régime. Voilà pourquoi ils n’ont jamais voulu participer au processus politique. Ils ont refusé d’aller aux législatives et aux élections locales. Ou encore de faire partie des différentes commissions mises en place, notamment la Commission nationale d’enquête et la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation. Sans doute espéraient-ils un changement de régime par la force… Je pense que maintenant que les uns et les autres ont perdu leurs illusions, nous allons pouvoir aller de l’avant. JEUNE AFRIQUE


Alassane Dramane Ouattara houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) en une seule grande formation. Celle-ci n’a pas eu lieu, et seulement 10 listes sur 31 se sont présentées pour les élections régionales en rangs serrés. Visiblement, votre souhait ne semble pas partagé par la majorité du RDR ou du PDCI…

Le président Bédié et moi-même avons exactementlamêmeambition:créerunmouvementunifié avec les partis qui composent le RHDP. Voire avec d’autres partis qui pourraient nous rejoindre. Nous n’avons pas réussi lors des élections législatives à présenter de nombreuses candidatures unifiées, mais cette fois-ci nous progressons, puisque le tiers des régions a présenté des candidats RHDP.

SIA KAMBOU/AFP

La réconciliation nationale prend du temps, beaucoup trop de l’avis de certains. Pour quelles raisons, selon vous ?

Il n’y a effectivement toujours pas d’opposition représentée en Côte d’Ivoire. Vous avez confié à votre nouveau Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, la tâche de renouer le dialogue avec elle. De multiples rencontres ont eu lieu, mais il n’y a toujours aucune avancée perceptible…

Rien n’est automatique en politique. Daniel Kablan Duncan a consacré de nombreuses heures à rencontrer les différents partis politiques de l’opposition, le FPI comme les autres. Si cela a plutôt été productif avec certains d’entre eux, le FPI, lui, pose nombre de préalables [dont la libération de Laurent et Simone Gbagbo ainsi que des autres responsables du parti incarcérés, NDLR] qui ne nous semblent pas acceptables. Difficile d’avancer dans ces conditions. Mais je ne suis pas découragé: le dialogue politique doit se poursuivre et va se poursuivre. Précisons toutefois que, si vous prenez les élections locales qui se déroulent en ce moment [l’entretien a été réalisé le 17 avril, pendant la campagne], on dénombre, par exemple, de nombreuses candidatures indépendantes, plus même que celles validées par les grands partis que sont le RDR, le PDCI, le FPI, l’UDCPI, etc. L’opposition est officiellement absente, mais beaucoup de ces indépendants proviennent de ses rangs, dont ceux du FPI. Vous avez toujours souhaité la fusion des partis qui composent le Rassemblement des JEUNE AFRIQUE

Parce que cela a toujours été le cas, partout dans le monde. Regardez en France, après la Seconde Guerre mondiale, aux États-Unis, après la guerre de Sécession, Au Nigeria avec la guerre du Biafra, au Rwanda, au Burundi ou au Congo. La réconciliation ne se décrète pas. Elle nécessite de la patience, de la détermination, et seul le développement du pays, équitablement réparti, peut en accélérer le processus.

Quel bilan faites-vous de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, dirigée par l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny ?

Malgré ce que disent les mauvaises langues, elle travaille beaucoup, c’est une certitude. Il lui reste quelques mois d’ici à la fin de son mandat,

Notre pays avait sombré et nous l’avons récupéré dans un état de délabrement inouï. en septembre 2013. Elle me remettra alors ses recommandations. Attendons donc avant de juger. Le dernier rapport de l’ONG Human Rights Watch n’est pas tendre avec vous. Il pointe du doigt ce qu’il qualifie de « justice des vainqueurs » et l’absence de transformation des beaux discours liés à cette réconciliation en réalités. Que répondez-vous à ces critiques ?

Les critiques sont les bienvenues, notamment pour nous permettre d’améliorer l’État de droit en Côte d’Ivoire. Il n’y a pas de justice des vainqueurs, il y a une justice que je souhaite indépendante, et qui travaille à son rythme. Les victimes sont au cœur de notre politique de réconciliation. Faut-il rappeler que ce sont plus de 3 000 personnes qui ont trouvé la mort lors de cette crise postélectorale? N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

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Grand angle Côte d’Ivoire Ce rapport dénonce tout de même le fait que, parmi les 150 personnalités aujourd’hui poursuivies pour leurs actes lors de cette crise, on ne trouve que des partisans de Laurent Gbagbo, aucune issue de votre camp.

Votre décision de ne pas envoyer Simone Gbagbo à la Cour pénale internationale (CPI) est-elle définitive?

Non, je n’ai rien décidé. La CPI a émis un mandat d’arrêt, et la justice ivoirienne est en train d’examiner la question parce qu’un certain nombre de poursuites ont déjà été engagées contre elle au plan national. J’attends ses recommandations.

Ce n’est pas exact. Des membres des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) ont également été poursuivis. Cependant, les 150 personnes dont vous parlez sont poursuivies pour des infractions économiques. La Commission nationale d’enquête que nous avons mise en place a, à l’issue de ses travaux, établi une liste de personnes mises en

Comment réagissez-vous quand certains de vos pairs, comme l’Ougandais Yoweri Museveni, émettent de sévères critiques vis-à-vis de la CPI, qu’ils taxent de « justice de Blancs » ?

La justice internationale a le mérite d’être reconnue comme impartiale et ne peut en conséquence pas être suspectée d’être une justice des vainqueurs ou d’autre chose, comme vous aimez à le dire. Sur le plan de la sécurité, l’amélioration est nette par rapport à 2011. Reste cependant le spectre d’attaques régulières, notamment dans l’Ouest, attribuées aux pro-Gbagbo en exil. Cela vous inquiète-t-il ?

SIA KAMBOU/AFP

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cause pour des exactions pendant la crise postélectorale. À cet égard, je vous assure qu’il n’y aura pas d’impunité. Ce qui prête également le flanc à la critique, c’est la lenteur avec laquelle les dossiers des partisans de l’ancien chef de l’État sont examinés. La plupart attendent toujours leur jugement. Certains vous diront: soit ils sont coupables et ils doivent être condamnés, soit il n’y a rien de concret à leur reprocher et alors il faut les libérer…

La justice travaille à son rythme, et contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, certains d’entre eux ont bénéficié de la liberté provisoire. Je ne compte pas me substituer à elle, même si moi aussi j’aimerais voir ce rythme s’accélérer. Mais il s’agit là de dossiers complexes qui sont, pour la plupart, connectés les uns aux autres. D’autant plus que, selon mes informations, chaque fois qu’il y a eu une opération de déstabilisation, de nouveaux éléments sont venus compliquer les enquêtes en cours. Ces dernières doivent être exhaustives et les jugements qui seront rendus devront être inattaquables. N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

! Avec le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, les relations sont au beau fixe, affirme le chef de l’État.

Non, pas du tout. Vous savez, l’Ouest a toujours été une zone où, malheureusement, règne un certain niveau de violence. Cela ne date pas d’aujourd’hui. On y trouve notamment des mercenaires et des miliciens qui sont là depuis la période de la guerre du Liberia et qui, de temps en temps, sont réactivés par les partisans de l’ex-président. Nous avons pris des dispositions, en accord avec le gouvernement libérien et avec le soutien des Nations unies. Nous avons mis en place des brigades conjointes de surveillance des frontières et avons accru les moyens de nos forces de sécurité. Il ne faut pas se leurrer, compte tenu du contexte et de la volonté de certains de nous déstabiliser, cette situation va perdurer quelque temps. Mais nous sommes et demeurerons vigilants. Lors du vote de la loi sur le mariage, on a assisté à de vraies tensions entre des députés du PDCI et votre formation. Même climat de défiance, et parfois de violence, pendant cette campagne électorale, au cours de laquelle on a pu entendre certains cadres du PDCI s’attaquer au RDR, parfois de manière très virulente. Où en sont vos relations avec votre partenaire Henri Konan Bédié ?

Il n’y a aucun problème entre le président Bédié et moi-même. Bien au contraire. Nous sommes en contact permanent, et je bénéficie de ses conseils sur les grandes questions de l’État. L’effervescence que vous avez constatée fait partie de la vie des partis politiques. À l’intérieur du PDCI ou du RDR, et entre le PDCI, le RDR et d’autres formations. Ce n’est absolument pas un problème. Je considère au contraire qu’il s’agit là de signes qui attestent de l’émergence de la démocratie en Côte d’Ivoire. Quant aux violences, elles sont inacceptables, et nous les dénonçons fermement. JEUNE AFRIQUE


ISSOUF SANOGO/AFP

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Vous n’avez jamais caché votre souhait de travailler avec Daniel Kablan Duncan, que vous connaissez depuis très longtemps. Êtes-vous satisfait de lui?

Évidemment, mais contrairement à ce que vous semblez penser, ses prédécesseurs n’étaient pas là par défaut. Ils n’ont pas non plus quitté leurs fonctions parce que je n’étais pas satisfait de leurs services. Le choix d’un Premier ministre doit correspondre, selon moi, aux objectifs que l’on se fixe à des périodes données. Aujourd’hui, notre priorité c’est l’accélération de la relance économique. J’avais besoin de lui pour cela, et il s’acquitte remarquablement de sa tâche. L’Assemblée nationale, qui vous est acquise, vient d’adopter une loi vous autorisant à prendre par ordonnance les mesures relatives à l’exécution du programme du gouvernement en matière économique et sociale. De quoi se demander à quoi elle sert finalement, non?

JenesuispaslepremierenCôted’Ivoireàprendre des ordonnances. Tous mes prédécesseurs l’ont fait. L’objectif principal est simple : accélérer la relance, nous venons d’en parler, et respecter les engagements pris auprès des bailleurs de fonds et de nos partenaires. Or certaines mesures devaient être prises avant la fin du mois d’avril, alors que l’Assemblée était en congé. Ces ordonnances ne concernent pour l’essentiel que des mesures fiscales dans le cadre du collectif budgétaire et le Parlement conservera son pouvoir de contrôle: elles lui seront JEUNE AFRIQUE

! Signe d’un retour à la normale, l’organisation des élections régionales et municipales du 21 avril malgré le boycott de l’opposition.

soumises pour examen et validation. Bref, il n’y a là vraiment rien d’extraordinaire. Après son départ de la primature, Guillaume Soro a pris la tête de cette Assemblée. Vos relations ont-elles changé?

Elles demeurent excellentes. Il fait du bon travail et est en train de redonner à l’Assemblée le lustre qu’elle avait perdu depuis une dizaine d’années.

On a beaucoup parlé, notamment dans la presse ivoirienne, des tiraillements entre lui et votre ministre d’État et ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko, sorte de guerre de succession avant l’heure. Cela ne vous a-t-il pas gêné?

Je ne compte pas me substituer à la justice, même si moi aussi j’aimerais voir son rythme s’accélérer. La presse ivoirienne, comme la presse en général, a parfois beaucoup d’imagination. En l’occurrence, je les connais bien tous les deux, et s’il y a eu des incompréhensions, elles ont été réglées. Pensez-vous solliciter un second mandat ?

Quand on décide de s’engager en politique, c’est parce qu’on a des objectifs. Le mien était d’être président pour apporter ma contribution au N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013


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Grand angle Côte d’Ivoire redressement de mon pays. J’ai désormais l’occasion de le faire. Et a priori, je ne pense pas qu’il soit possible de redresser la Côte d’Ivoire comme je le voudrais dans les trois ans à venir. Donc oui, vraisemblablement, je serai amené à solliciter un second mandat. Durant votre long combat politique, votre épouse Dominique a toujours été omniprésente à vos côtés. Quel rôle joue-t-elle maintenant que vous êtes président ?

Elle m’a apporté un soutien considérable, exceptionnel même. Vous savez, cela a été un combat particulièrement difficile, qui a failli nous coûter la vie. J’ai trouvé totalement injuste les attaques qu’elle a parfois subies, d’autant que le candidat, c’était moi, et que l’on me visait à travers elle. Mais cette page est tournée. Elle est maintenant première dame, et est totalement engagée pour exercer ses responsabilités dans ce cadre. Elle a ainsi abandonné toutes les affaires qu’elle gérait depuis de nombreuses années, et se consacre pleinement à sa fondation Children of Africa, auprès des jeunes et des femmes. Elle représente la Côte d’Ivoire de manière impeccable et je suis très fier d’elle. Votre voisin malien connaît une crise sans précédent : une rébellion dans le Nord, qui est devenu l’antre de terroristes islamistes, un coup d’État puis une guerre. Aujourd’hui, la situation semble bien floue. Quel avenir voyez-vous pour le Mali ?

Lesprogrèssontimportantsdepuislemoisdejanvier et l’intervention militaire française. Maintenant, il faut aller plus loin en matière de sécurisation et de stabilisation. Les Maliens doivent se rassembler et se poser les bonnes questions pour que ce qui s’est produit ne puisse plus jamais se répéter. La sortie de crise passera aussi par des élections qui permettront la mise en place d’institutions reconnues de tous. Bref, tout un programme en quelques mois. Mais le Mali et les Maliens auront toujours tout mon soutien. En tant qu’Ivoirien – c’est un pays qui nous est proche – et en tant que président en exercice de la Cedeao. Pensez-vous que l’objectif d’organiser, dans de bonnes conditions, des élections en juillet prochain est vraiment raisonnable ?

Oui, non seulement c’est raisonnable, mais il le faut. Le Mali ne peut pas rester dans un système d’exception plus longtemps. François Hollande a déclaré qu’il serait intraitable sur le respect de cette échéance, ce qui n’a pas plu à tout le monde, notamment à ceux qui estiment que ce n’est pas à la France d’imposer son calendrier. En avez-vous parlé ensemble lors de votre entretien, le 11 avril, à Paris ?

Bien sûr. Il faut être clair ; ce sont les autorités maliennes qui réclament d’organiser l’élection N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

! Le roi du Maroc, Mohammed VI, lors de sa visite officielle en Côte d’Ivoire, le 19 mars. Le président Ouattara se dit « impressionné par sa volonté de renforcer la coopération bilatérale ».

présidentielle au mois de juillet. Les élections législatives et locales, elles, pourront avoir lieu ultérieurement. Personne n’impose rien aux Maliens. Qu’avez-vous pensé des critiques américaines formulées à l’encontre de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), qualifiée d’« incapable » ?

On ne parle pas de l’avis officiel des États-Unis, mais d’une personne qui n’a donné que son point de vue [Michael Sheehan, un haut fonctionnaire du Pentagone, a émis, le 9 avril devant les sénateurs, un jugement sans concession sur les troupes de la Misma, « une force totalement incapable »]. Nous essayons de tirer profit de toutes les critiques pour améliorer notre manière de faire. En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, le contingent logistique a été formé par les forces françaises Licorne, et le bataillon de 850 personnes que nous enverrons dans les prochaines semaines sera également formé dans les mêmes conditions. La Cedeao a beaucoup fait pour ménager le capitaine Sanogo, auteur du coup d’État de mars 2012 et désormais officiellement chargé de la restructuration de l’armée. Il se positionne aujourd’hui en faiseur de roi et déclare qu’il surveillera très attentivement les élections…

Au contraire, la Cedeao a condamné le coup d’État et a indiqué qu’elle n’acceptera aucune interférence avec la transition. JEUNE AFRIQUE


Alassane Dramane Ouattara Certes, mais vous, personnellement, ne connaissiez pas Mohammed VI…

Non, c’est vrai, mais je connaissais bien le roi Hassan II. Je n’avais pas eu l’occasion de rencontrer le roi Mohammed VI, et je dois dire que j’ai été impressionné par sa volonté de renforcer la coopération entre nos deux pays et surtout sa disponibilité et sa grande courtoisie. Vous êtes très proche d’Abdoulaye Wade, qui vous a notamment soutenu lors de la présidentielle de 2010. Comment vivez-vous la situation de son fils, Karim, dans le collimateur de la justice sénégalaise et emprisonné à Dakar ?

ISSOUF SANOGO/AFP

Abdoulaye Wade est notre doyen, et c’est mon ami. J’ai essayé de faire tout mon possible pour faciliter la relation entre lui et le nouveau président, Macky Sall. Ce sont deux hommes d’État qui ont à cœur de préserver les institutions et les intérêts de leur pays. Je souhaite personnellement que la grande famille libérale au Sénégal, qui a soutenu le RDR dans son combat pour la démocratie, se rassemble.

Il a également déclaré que s’il se présentait, il remporterait le scrutin haut la main. Ne craignezvous pas sa capacité de nuisance ou du moins une trop grande influence ?

C’est aux Maliens de régler leurs problèmes, et je leur fais confiance pour cela. Je pense que tout le monde a tiré les leçons de cette période très éprouvante. L’essentiel désormais est que la démocratie soit instaurée par des élections transparentes et ouvertes, et que tout soit mis en œuvre pour empêcher à nouveau un coup d’État. La Cedeao y veillera. Mi-avril, le ministre de l’Intérieur ivoirien, Hamed Bakayoko, a annoncé l’arrestation de plusieurs jihadistes à Abidjan. Craigniez-vous un risque de débordement du conflit malien en Côte d’Ivoire?

La menace existe, et pas seulement en Côte d’Ivoire. Nous sommes évidemment vigilants, mais aussi confiants. La visite de Mohammed VI dans votre pays, dans le cadre d’une tournée où il s’est également rendu au Sénégal et au Gabon, a illustré un véritable rapprochement. Un rapprochement somme toute récent…

La Côte d’Ivoire a toujours entretenu des relations très étroites, de confiance et d’intérêts communs, avecleMaroc.DutempsdeMohammedVdéjà,avec le président Houphouët qui était alors à l’Assemblée nationale française. Ensuite avec Hassan II, et maintenant Mohammed VI. JEUNE AFRIQUE

Vous êtes-vous revus depuis son départ du pouvoir ?

Non, mais nous nous parlons régulièrement au téléphone. Alpha Condé dit qu’il est votre conseiller politique et que vous êtes son conseiller économique. Que pensez-vous de cette petite phrase ?

Nous nous concertons et échangeons beaucoup. Quand je suis allé en Guinée, je lui ai offert les conseils qui me semblaient appropriés par rapport à son programme économique. Je pense qu’il a dû les apprécier… Quant à moi, il est vrai que je le consulte souvent sur les questions de politique africaine.

La menace jihadiste existe, et pas seulement en Côte d’Ivoire. Nous sommes évidemment vigilants. Il parait que vous conseillez nombre de vos pairs à propos des institutions internationales ou en matière économique. Est-ce vrai ?

C’est ma contribution. J’ai été directeur Afrique et directeur général adjoint du Fonds monétaire international pendant de nombreuses années, je m’y connais un peu en la matière… Comment évoluent les relations de la Côte d’Ivoire avec la France, de Nicolas Sarkozy, dont vous étiez très proche, à François Hollande ?

Elles sont les mêmes, c’est-à-dire excellentes. Le président François Hollande et moi nous

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Grand angle Côte d’Ivoire et de nos débouchés amortit le choc. La faible croissance européenne est compensée par celle, bien meilleure, de l’Asie, de l’Amérique latine et bientôt des États-Unis. Cette période délicate doit cependant nous inciter, nous les Africains, à tout mettre en œuvre pour augmenter le commerce entre nos pays. C’est la clé de notre stabilité, d’une croissance forte et, surtout, durable.

connaissons mieux aujourd’hui et entretenons des relations d’amitié. Comment avez-vous vécu la mise en examen de Nicolas Sarkozy ?

J’ai vu cela à la télévision, mais je ne souhaite pas me prononcer sur les affaires judiciaires françaises.

Lors de l’appel d’offres pour le nouveau terminal à conteneurs d’Abidjan, il était question d’ouvrir ce marché à la concurrence. Or finalement, c’est encore Vincent Bolloré qui l’a emporté…

Partagez-vous les critiques émises par le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Sanusi Lamido, sur la naïveté des Africains vis-àvis d’une Chine qu’il décrit comme prédatrice, néocoloniale, qui accapare les ressources du continent sans y investir et dont les entreprises concurrencent de manière déloyale les opérateurs africains ?

La compétition était ouverte. Le consortium Maerks-Bolloré-Bouygues (MBB) l’a remportée parce qu’il a formulé les meilleures offres, sur tous les plans, qu’il s’agisse du droit d’entrée, du prix du tonnage ou de la baisse des tarifs. Ils ont été les meilleurs, c’est aussi simple que cela.

Je suis surpris. Je connais bien Sanusi Lamido, et cela ne lui ressemble pas. Je ne vois aucun élément que vous venez d’évoquer dans notre coopération avec la Chine. Ce sont des relations d’État à État, équitables, empreintes de considération. Il ne tient qu’à nous de définir les conditions dans lesquelles nous voulons que les Chinois investissent.

Vous avez rencontré le nouveau président chinois, Xi Jinping, lors du sommet des Brics, à Durban fin mars. Comment l’avez-vous trouvé ?

Il est très intéressé par le continent, qu’il connaît bien. Il a pris la peine d’écouter chacun des dix chefs d’État présents et de répondre précisément à toutes les questions ou sujets évoqués. Avec lui, la coopération avec la Chine continuera de s’améliorer, ce qui est bon pour l’Afrique.

Que pensez-vous des premiers pas de la nouvelle présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma ?

DR

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Y compris sur l’offre technique ?

Non, pas sur ce point, mais ils répondaient aux critères. Quant à l’offre financière, ils ont pulvérisé les autres. Bien entendu, ces deux éléments sont liés et l’Agence des marchés publics les a choisis compte tenu de leur offre globale.

La crise économique qui sévit en Europe suscite de plus en plus l’inquiétude, y compris en Afrique. Quelles sont ses conséquences pour un pays comme la Côte d’Ivoire, et ne pensez-vous pas que le franc CFA soit menacé ?

Non, le franc CFA n’est pas menacé, mais la crise a un impact indéniable sur la Côte d’Ivoire et sur la zone franc voire au-delà, avec des pays comme l’Afrique du Sud. Notamment sur les prix des matières premières ou les volumes exportés. Heureusement, la diversification de nos marchés N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

! Alassane Ouattara, dans son bureau du palais du Plateau, lors de l’entretien qu’il a accordé à Jeune Afrique le 17 avril.

Vous savez, c’est une femme d’expérience, elle a été neuf ans ministre des Affaires étrangères de son pays. Personne n’avait de doutes quant à sa capacité à assumer sa fonction. Elle a très vite pris la mesure de ses nouvelles responsabilités.

Il vous reste trois ans d’ici à la fin de votre mandat. Que pouvez-vous dire aux Ivoiriens pour les rassurer sur leur avenir ou convaincre ceux qui n’ont pas voté pour vous de vous faire confiance?

Nous sommes sur la bonne voie. Nous avons trouvé un pays effondré, mais nous ne devons plus nous attarder sur le passé. Nous devons consacrer notre énergie à préparer l’avenir que méritent les Ivoiriens en mettant tout en œuvre pour améliorer leurs conditions de vie le plus rapidement possible. Cet objectif ne sera rendu possible que si la très grande majorité des Ivoiriens contribue à la reconstruction et à la réconciliation. Et je continuerai à tendre la main à ceux qui n’ont pas voté pour moi. Nous avons besoin de temps, mais nous réussirons. ● JEUNE AFRIQUE


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Afrique subsaharienne

enquête

coke en stock FRAnçois souDAn

L

orsqu’il a appris début avril, par les médias, comment des agents américains de la Drug Enforcement Administration (DEA) avaient piégé deux des plus hauts responsables militaires de Guinée-Bissau, l’un se trouvant aujourd’hui en prison et le second étant recherché par Interpol, le cœur d’Ali a bien failli lâcher. Ali, ce n’est ni son nom ni son prénom,

n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

Début avril, deux des principaux chefs de l’armée bissau-guinéenne sont tombés dans le piège que leur avait tendu l’agence antidrogue américaine. Au même moment, la DeA menait une opération similaire entre Abidjan et Accra. Récit exclusif.

mais cet homme d’affaires ivoiro-libanais connu à Abidjan et à Ouagadougou, et qui fut un proche de Laurent Gbagbo, se reconnaîtra sans peine dans cette rocambolesque affaire à tiroirs. Car si la vaste opération clandestine lancée mi-2012 par l’administratrice de la DEA, Michele Leonhart, qui visait à décapiter quelques-unes des principales filières de la cocaine connection en Afrique de l’Ouest avait dans son collimateur jeune afrique


Afrique subsaharienne

L’auroute de la drogue

Vers l’Europe

Libye

Océan Atlantique

Niger Gambie Guinée-Bissau Bénin Guinée Togo Nigeria Sierra Leone Ghana

« Highway 10 » Colombie

Venezuela Équateur

Zone de production de cocaïne

Jessica HatcHer

t Le général Antonio Indjai (à dr.), chef d’état-major des armées, à Bissau, en novembre 2012. Après l’avoir piégé, les Américains ont lancé, le 16 avril, un mandat d’arrêt contre celui qu’ils accusent d’être le « parrain » local.

les deux « parrains » bissau-guinéens de ce gigantesque trafic, d’autres cibles étaient également visées, dont Ali, décidément bien inconscient dès qu’il s’agit d’argent. Rappel des faits – et du contexte. Depuis une petite dizaine d’années, l’Afrique de l’Ouest est une plateforme de transit, de stockage et de distribution de la cocaïne en provenance d’Amérique latine. Un quart de la consommation européenne passe par la région, soit un marché de 33 milliards de dollars pour 4 millions d’usagers. Achetée 4 000 dollars le kilo en Colombie ou au Pérou, la poudre blanche se revend dix à douze fois plus cher en Europe. La drogue parvient jusqu’aux ports africains dans les conteneurs des cargos qui empruntent la « Highway 10 », sorte d’autoroute transatlantique reliant les deux continents le long du 10e parallèle. Plus rarement à bord d’avions, l’épisode fameux du « Boeing de la coke » qui s’est posé en 2009 non loin de Gao, au Mali, avec huit tonnes de cocaïne dans ses soutes en provenance du Venezuela étant resté une exception. La marchandise est ensuite réexpédiée vers le nord par voie maritime ou terrestre à travers le Sahara. Les Jeune afrique

2 000 km

narcojihadistes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et les rebelles touaregs, qui assuraient jusqu’à il y a peu la protection des convois, ayant dû délocaliser leurs activités depuis le déclenchement de l’opération Serval, le trafic transite désormais par le Niger et la Libye. Les sommes en jeu et les gains réalisés sont tels que rien ne semble pouvoir l’enrayer. Mafieux. Ce n’est évidemment pas un hasard si

le coup de filet de la DEA a concerné en premier lieu la Guinée-Bissau. Cette ancienne colonie portugaise est le comptoir numéro un de la cocaïne, et l’unique prestataire de services du trafic, c’est ici l’armée. Jusqu’à la fin de 2011, le contre-amiral Bubo Na Tchuto, chef d’état-major de la marine, a régné en maître sur le business avant d’être mis sur la touche par le chef d’état-major, le général Antonio Indjai. Entre juin 2012 et avril 2013, tous deux vont séparément faire l’objet d’une opération d’intoxication et de manipulation de la part d’agents de la DEA se présentant comme des dirigeants des Forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc), mouvement narcoterroriste en lutte contre le pouvoir de Bogotá depuis un demi-siècle. Au cours de réunions secrètes systématiquement filmées et enregistrées par les Américains, Bubo Na Tchuto et Antonio Indjai acceptent de stocker la cocaïne acheminée jusqu’à Bissau et de servir de prête-noms aux achats d’armes des Farc. Le 3 avril, le premier est arrêté à bord d’un navire l l l

en décembre 2009, la Dea avait déjà « piégé » au Ghana trois trafiquants maliens, qui s’étaient déclarés volontaires pour livrer

une cargaison de cocaïne colombienne aux narcojihadistes d’Aqmi dans le nord du Mali. Ils ont ensuite été exfiltrés, puis condamnés aux États-Unis. « Le fait d’être prêt à faire le jeu des terroristes suffit pour être qualifié de criminel, avait alors expliqué le procureur fédéral de Manhattan. Nous reproduirons ce genre d’opération partout quand nous le pourrons. » Un avertissement qui n’a manifestement pas été entendu du côté de Bissau…

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Afrique subsaharienne enquête au large du Cap-Vert et prestement transféré dans une prison de l’État de New York. Le second ne se laisse pas prendre, mais il est depuis le 18 avril officiellement inculpé par la justice américaine, mandat d’arrêt international à l’appui. Ce que l’on ignore, c’est qu’au même moment la DEA menait une opération similaire entre Abidjan et Accra, avec pour objectif de piéger non pas des parrains notoires comme les deux mafieux de Bissau, mais des hommes d’affaires peu regardants sur la nature exacte du contrat proposé. « Ils ont lancé une ligne à l’eau et sans doute ont-ils dû en lancer une dizaine comme ça afin de voir qui allait mordre à l’hameçon », suggère un spécialiste en poste dans la région. Et c’est ainsi qu’Ali a mordu. lll

737 vip. Comment et par qui a-t-il été contacté ?

Cela reste un mystère. Toujours est-il qu’à la minovembrenotreIvoiro-Libanaisdonnerendez-vous dans un restaurant d’Abidjan à un loueur d’avions français de la capitale économique. « J’ai un gros client pour toi, mieux qu’un locataire, un acheteur, lui dit-il. Lui et ses amis nous attendent au Ghana, ils sont pressés. » Fin novembre, Ali et le loueur – appelons-le Michel – se retrouvent dans un salon discret de l’hôtel Golden Tulip d’Accra face à deux hommes. Le premier, la cinquantaine, dit s’appeler Diego et être de nationalité colombienne. Le second, Joseph, 35 ans environ, d’origine libanaise, affirme être son associé. C’est lui qui, peut-être, a établi le contact avec Ali puisqu’il apparaîtra un peu plus tard que tous deux ont des amis communs dans le milieu libanais du fameux « triangle d’or » de la nuit parisienne. À la grande surprise de Michel et d’Ali, qui croient parler à des hommes d’affaires quelque peu interlopes comme il en existe tant en Afrique, leurs interlocuteurs jouent cartes sur table. Tous deux assurent travailler pour les Farc et expliquent que leur objectif est d’ouvrir une nouvelle ligne aérienne d’exportation de la cocaïne à partir d’Accra vers la péninsule Ibérique. Parallèlement, l’avion qu’ils cherchent à acquérir pour effectuer ces livraisons servira à acheminer des armes achetées en Afrique du Sud vers les maquis colombiens via le Venezuela. Pour ce faire, ils sont prêts à payer cash l’appareil et l’équipage – peu importe le prix. À la fin de l’entretien, Diego et Joseph remettent à leurs nouveaux partenaires deux boîtiers BlackBerry d’un genre très particulier : enchâssés dans une coque de smartphone, ils servent à correspondre de manière sécurisée, uniquement par e-mail. Ali et Michel sont sidérés : que faire ? Le deal est alléchant, mais totalement illicite. Le risque est aussi gros que le bénéfice. De retour à Abidjan, le premier hésite : flirter avec des narcoterroristes peut valoir dix ans de prison, et il ne saurait en être question, mais pourquoi ne pas jouer au plus fin avec eux, c’est-à-dire leur vendre un avion, puis s’éclipser avec l’argent ? Nettement plus exposé puisqu’il n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

première commande d’armement

à acheter en Afrique du Sud adressée à « Michel » le 29 novembre 2012 par les pseudoreprésentants des Farc à Accra. Les FIM 92 sont des lance-missiles sol-air américains Stinger; les Strela et Igla (SAM-7 et SAM-16), leurs équivalents russes.

Message reçu le 4 décembre 2012 à Abidjan sur le

BlackBerry trafiqué fourni à « Michel » par l’un de ses contacts se faisant passer pour un membre des Farc (l’adresse e-mail du boîtier est d’ailleurs colombienne : vozoscura.co). « Diego » fait savoir à « Michel » qu’il ne peut lui fournir le certificat d’utilisation finale nécessaire à l’achat des armes en Afrique du Sud. À lui de se débrouiller, soit en corrompant les autorités locales, soit en faisant « comme Ali Koleilat a fait » (Koleilat est un Libano-Libérien connu dans la région pour avoir monté une filière d’armes en faveur de Charles Taylor). Ce problème sera résolu avec l’obtention d’un certificat vénézuélien.

sera l’acheteur officiel de l’appareil, Michel renâcle, réfléchit, puis va se confier à l’antenne locale d’un service de renseignements européen. L’« honorable correspondant » l’écoute d’un air distrait avant de lâcher : « C’est une opération piège de la DEA. À votre place, je laisserais tomber. » Troublé, quoique pas vraiment convaincu par cet interlocuteur qui ne lui a pas paru prendre son histoire au sérieux, mais surtout curieux et fouineur de nature, Michel décide de poursuivre un temps l’aventure, histoire de voir venir. Ali, lui, est nettement plus enthousiaste: il ne croit pas du tout à l’hypothèse d’un piège et veut aller jusqu’au bout. Rapidement, via les BlackBerry, l’affaire prend forme. Michel a repéré un Boeing 737 VIP d’occasion en Roumanie dont le prix – 3 millions jeune afrique


coke en stock de dollars – semble convenir à ses partenaires. ces derniers lui font parvenir le plan de vol initial. L’appareil décollera de Bucarest pour Lisbonne, puis direction l’Afrique du Sud, où les armes seront embarquées en toute légalité grâce à un certificat d’utilisation finale fourni par l’armée vénézuélienne. Cap ensuite sur un petit aéroport de la frontière vénézuelo-colombienne, où la cargaison sera débarquée sous la protection des militaires chavistes et livrée aux Farc. Retour à vide à Accra. Embarquement de la cocaïne estampillée Farc, parvenue au Ghana par bateau et stockée dans des conteneurs au port de Tema. Puis direction le Portugal ou l’Espagne, où un accueil « sécurisé » du Boeing et de sa marchandise est organisé. Pour faire bonne mesure, Michel reçoit le 29 novembre 2012 une commande précise d’armes de la part de ses nouveaux amis colombiens : 4 000 fusils d’assaut russes et américains, 2 000 pistolets, 1 000 grenades, 1 000 mines antipersonnel, 1000 grenades, 1000 fusils à lunette, 100 lancemissiles Stinger et SAM… Tout cela semble vraisemblable. Si c’est un leurre, pense Michel, il est redoutable. escobar. Tout au long du mois de décembre,

pourtant, Michel réfléchit. Lui qui n’a jamais franchi la ligne rouge de la légalité finit par se dire qu’il n’a, dans cette histoire, que des coups à prendre. Mais ses interlocuteurs se font de plus en plus pressants, et Ali est déterminé à conclure. Il invente alors un prétexte familial pour ne pas se rendre au nouveau rendez-vous fixé à Accra le 17 janvier. Ali ira seul et en reviendra plus excité que jamais: outre Diego et Joseph, il a, raconte-t-il à Michel, rencontré un autre dirigeant des Farc ainsi que la propre fille de Pablo Escobar, narcotrafiquant colombien mythique tué il y a vingt ans lors d’une opération dirigée par la DEA! Mais cela n’intéresse plus Michel, désormais convaincu que celui qui l’avait mis en garde contre un piège concocté par des agents américains avait raison. Il a tourné la page, coupé le petit boîtier BlackBerry et fermé les écoutilles avant de retourner à ses affaires dans la plus grande discrétion. Quant à Ali, toujours à Abidjan, il a fait de même mais plus tard, en entendant le 6 avril dernier comment la DEA avait attrapé ses proies bissau-guinéennes. Une étonnante indiscrétion, émanant de l’agence antidrogue elle-même et dont on imagine qu’elle a sans doute dû faire capoter d’autres opérations en cours en Afrique de l’Ouest. Dans cette saga de la coke où gendarmes et voleurs rivalisent d’ingéniosité et où les seconds ont souvent un coup d’avance sur les premiers, tout est toujours à recommencer. l jeune Afrique

n o 2729-2730 • du 28 Avril Au 11 mAi 2013


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Afrique subsaharienne Tchad

Bandoum Bandjim Ancien officier de la police politique de Hissène Habré « Tout le monde était suspect » Ancien gendarme, il a officié pendant cinq ans au sein d’une unité, la ddS, dont le seul nom suffisait à inspirer la terreur. Si procès il y a, il témoignera contre l’ancien président réfugié à Dakar.

I

l est l’un des témoins clés de la procédure intentée au Sénégal contre Hissène Habré. À 59 ans, devenu régisseur d’immeubles, Bandoum Bandjim mène une existence discrète dans le sud de Paris. Il y a trente ans, il a été recruté par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique, dont le seul nom suffisait à inspirer la terreur dans les années 1980. Dans ses prisons, actes de torture et privations constituaient le quotidien de détenus qui ignoraient le plus souvent pour quel motif on les avait confinés sans jugement pendant plusieurs années. Bandoum Bandjim a officié à la DDS pendant cinq ans, avant d’être à son tour enfermé. S’il demeure elliptique sur les agissements qu’il a personnellement commis à l’époque, l’ancien officier dévoile à Jeune Afrique l’itinéraire cabossé d’un gendarme entraîné dans le tumulte des années noires et aujourd’hui déterminé à soulager sa conscience.

en quoi consistait votre travail ?

Je devais traiter et archiver les nombreuses fiches d’information qui nous parvenaient au sujet des personnes soupçonnées de menacer la sécurité de l’État. J’étais également chargé de me rendre dans les prisons pour recenser et identifier les prisonniers. Chaque jour, de nouvelles personnes étaient incarcérées sans qu’on sache qui elles

Hissène Habré avait-il connaissance de ce qui se passait dans les geôles de la ddS ?

Je sais seulement que toutes les fiches d’information émanant des quatre coins du pays étaient concentrées au niveau de la DDS. Les synthèses qui en étaient tirées étaient ensuite adressées à la présidence de la République, comme le

Ce que j’ai été amené à faire à l’époque a sali ma vie. étaient, d’où elles venaient ni pourquoi elles avaient été arrêtées. quelles étaient les conditions de détention de ces prisonniers ?

À la « piscine », au camp 13 ou au camp de la gendarmerie, elles étaient effroyables. Les prisonniers souffraient de dysenterie et de diverses pathologies, jeune AfrIque : Pourquoi avez-vous accepté de témoigner en faveur des mais il n’y avait pas de véritable médecin victimes qui ont porté plainte contre pour les examiner, si ce n’est un simple Hissène Habré ? infirmier. Je me suis rendu compte que BAndoum BendjIm : Ces années de nombreux prisonniers ne présentaient en réalité aucune menace. passées à la DDS représentent une page sombre de mon exisLorsque je rédigeais mes listes, tence. J’avais reçu de mes je consignais les motifs de Créée en parents une éducation l’arrestation ; quand ils janvier 1983, la humaniste, et ce que étaient inexistants, je Direction de la j’ai été amené à l’indiquais aussi. documentation et faire à l’époque Mais la décision de la sécurité (DDS) était de les libérer a troublé ma placée sous l’autorité directe de la présidence. conscience. ou de les Chargée d’emprisonner ou d’éliminer « les ennemis Je savais maintenir de l’État », elle s’est distinguée, selon la commission que ça risen détend’enquête du ministère tchadien de la Justice, quait de tion ne dé« par sa cruauté et son mépris de la vie rejaillir un jour pendait pas humaine », et elle est responsable de plusieurs dizaines de milliers sur mes enfants. Je de moi. Dans les d’enlèvements, d’actes me devais de livrer rangs de la DDS, il de torture et ma part de vérité sur y avait beaucoup de d’assassinats cette période de ma vie militaires qui avaient fait la guerre aux côtés de Habré. qui a été salie. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

La crainte d’être renversés par une faction rivale et de perdre le pouvoir les incitait sans doute à faire du zèle et à soupçonner n’importe qui d’œuvrer secrètement au renversement du régime.

montrent d’ailleurs les archives qui ont été retrouvées après la chute de Hissène Habré. Chaque matin, le directeur de la DDS allait personnellement voir le président pour lui en rendre compte. Comment a évolué votre carrière par la suite ?

Je suis resté à ce poste pendant quelques mois. Puis j’ai été nommé chef du service exploitation. À partir des fiches de renseignement qui nous parvenaient des provinces, je devais réaliser des synthèses que j’adressais ensuite au directeur de la DDS. En septembre 1987, je suis tombé gravement malade et j’ai dû partir me soigner au village pendant plus de un an. À mon retour à N’Djamena, en février 1989, on m’a demandé de reprendre mon ancien poste. Mais mon adjoint, qui avait assuré l’intérim en mon absence, a refusé de me céder la place. Quand j’ai informé mon supérieur que je ne pouvais pas reprendre mon travail, celui-ci m’a fait arrêter. On m’a alors mis sur le dos toutes sortes de fausses accusations. J’ai été détenu au camp 13 jusqu’en septembre 1989. Un matin, un officier a ouvert la porte de ma cellule et m’a informé que j’étais libéré. jeune afrique


afrique subsaharienne t Bandoum Bandjim, le 23 avril, à Paris.

j’avais déjà tout détaillé. Dans un premier temps, l’Ofpra [Office français de protection des réfugiés et apatrides, NDLR] avait d’ailleurs rejeté ma demande en considérant que je n’étais pas véritablement menacé au Tchad. La même année, j’ai écrit au procureur qui avait été chargé par le nouveau régime d’enquêter sur les exactions commises sous Hissène Habré. Par la suite, j’ai contacté Dobian Assingar, président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme et vice-président de la FIDH [Fédération internationale des ligues des droits de l’homme], qui m’a suggéré d’attendre pour livrer mon témoignage. À l’époque, il préparait une plainte qui devait être déposée à Dakar, où Hissène Habré s’était réfugié. En 2001, après le rejet de cette première plainte, Dobian Assingar est venu me voir en banlieue parisienne. Il m’a expliqué qu’il existait une possibilité d’enclencher une procédure en Belgique et m’a demandé si j’étais prêt à témoigner. Il a passé une semaine avec moi et je lui ai tout raconté. C’est comme ça que j’ai transmis mon témoignage à la justice belge, avec le concours de Human Rights Watch et de la FIDH. Aujourd’hui que la procédure est confiée aux juges sénégalais, je leur réserve la teneur de mon témoignage sur ce que j’ai constaté quand je travaillais à la DDS.

Bruno Levy pour J.A.

Vous témoignez en faveur d’anciens prisonniers politiques dont certains vous désignent comme l’un de leurs anciens bourreaux.

On m’a réintégré à la DDS, mais sans véritable affectation. C’est alors que j’ai pris la décision de quitter le Tchad. Comme je ne pouvais pas m’enfuir, sachant que ma famille paierait les pots cassés, j’ai demandé à être détaché au sein de la police militaire afin d’aller suivre une jeune afrique

formation de trois ans en France. J’ai eu la chance d’être sélectionné. À quel moment avez-vous pris la décision de témoigner ?

Dès 1992, quand j’ai déposé ma demande d’asile politique en France,

Je ne peux pas nier avoir fait des choses lorsque je travaillais pour la DDS. J’ai notamment arrêté des gens sur l’ordre de mes chefs. Aujourd’hui, c’est pour eux que je témoigne, mais aussi pour moi-même, car j’ai eu à subir personnellement la répression : j’ai été incarcéré moi aussi, et lorsque je suis sorti de prison, je tenais à peine debout. Je continue de porter ce double fardeau. Je pense qu’un procès serait bénéfique pour tous les Tchadiens, afin de permettre au Tchad d’entrer dans une ère nouvelle. Si la justice est rendue, nous pourrons tourner cette page sombre et regarder vers l’avenir. Quoi qu’il m’en coûte, c’est cette démarche de réconciliation qui me guide. l Propos recueillis à Paris par Mehdi Ba n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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RÊVER, PARTIR, DÉCOUVRIR

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57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris, France - Tél.: +33 (0) 1 40 71 71 90 - Fax: +33 (0) 1 40 71 71 91 Email: jaguar@jeuneafrique.com - www.laboutiquejeuneafrique.com DIFFUSEURS : CAP DIFFUSION (France) +33 (0)2 99 32 58 23, NORD-SUD (Belgique) +32 2 343 10 13, OLF (Suisse) +41 26 467 51 11, ULYSSE (Canada) +1 514 843 9882 poste 2232


Coulisses

Afrique subsaharienne t Le Premier ministre Nicolas Tiangaye.

Mali

Le MnLa met la pression

«

L

CLaude LebLanC jeune afrique

Vincent Fournier/J.A.

Le mouvement touareg veut des négociations et des concessions avant de parler d’élections. e désarmement du MNLA [Mouvement national de libération de l’Azawad, NDLR], il n’en est pas question. Est-ce qu’on a déjà vu un groupe armé désarmer tant qu’il n’y a pas eu négociations? » Mahamadou Djeri Maïga, le vice-président du mouvement rebelle, ne veut pas non plus entendre parler des élections présidentielle et législatives, prévues en juillet pour redonner une légitimité démocratique aux dirigeants du Mali. Les conditions nécessaires pour leur organisation ne sont pas réunies à ses yeux, rejetant ainsi les exigences de Paris. Le gouvernement français, qui a amorcé le retrait de ses troupes engagées en janvier pour lutter contre les groupes islamistes armés occupant le nord du Mali, insiste de son côté sur la nécessité d’avoir au minimum une élection présidentielle en juillet, afin de doter le pays d’autorités légitimes, l’actuel gouvernement étant issu du putsch de mars 2012. De passage à Paris, Mahamadou Djeri Maïga a estimé que, « l’armée malienne menaçant de monter à Kidal, c’est une guerre qui est imminente, pas des élections ». C’est dans ce contexte tendu que le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, le 25 avril, une résolution portant sur la création d’une mission de maintien de la paix au Mali, laquelle prendra le relais de la Misma et des troupes françaises pour stabiliser le nord du pays. Son déploiement doit s’opérer le 1er juillet si les conditions de sécurité le permettent. Rien n’est moins sûr, puisque le MNLA se trouve « en état de belligérance » avec l’armée malienne, estime Mahamadou Djeri Maïga. « Tant qu’on ne se sera pas mis autour d’une table avec les représentants du gouvernement de Bamako et la communauté internationale pour nous apporter des garanties, tant que les réfugiés ne seront pas rentrés chez eux, on ne parlera pas d’élections », ajoute-t-il. l

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rca un moiS aprèS BoZiZé La République centrafricaine (RCA) a passé son premier mois sous contrôle total de la rébellion Séléka. Alors que les nouvelles autorités peinent à imposer le calme dans le pays, NicolasTiangaye, Premier ministre reconduit dans ses fonctions après le putsch, s’est donné pour but de parcourir les capitales occidentales. Paris pour commencer, puis Bruxelles afin de négocier des financements de l’Union européenne. S’il a dû renoncer à se rendre à Washington, il devait se rendre à Pretoria le 28 avril à l’invitation de Jacob Zuma. Pendant ce temps, Bangui la coquette continue d’être livrée aux pilleurs et aux braqueurs en toute impuissance du ministère de l’Intérieur. Si la situation sécuritaire reste préoccupante, AmidTahir, vice-gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), a estimé, dès le 8 avril, que la RCA se trouvait sur la voie de la normalisation en annonçant la réouverture prochaine de l’institution financière communautaire.

Burkina révolution photovoltaïque Thermique, hydraulique et bientôt solaire… C’est ce type d’énergies que le pays prévoit de produire en quantité à Zagtouli, village situé à la sortie ouest de Ouagadougou. La centrale solaire, d’une valeur de 45 milliards de F CFA (68 millions d’euros), sera la plus grande d’Afrique subsaharienne et devrait produire jusqu’à 33 GWh par an d’électricité. La subvention de 16 milliards de F CFA accordée par l’Union européenne le 24 avril, à Bruxelles, devrait permettre le début des travaux.

Soudan préSumé innocent À en croire le document remis à la Cour pénale internationale (CPI) par ses représentants légaux, le chef rebelle soudanais Saleh Jerbo, recherché pour crimes de guerre, aurait trouvé la mort dans le nord du Darfour le 19 avril 2013 après

une attaque du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) de Gibril Ibrahim. Accusé d’avoir attaqué les forces de maintien de la paix de l’Union africaine en 2007, il devait être jugé à La Haye en mai 2014 avec son compatriote Abdallah Banda pour la même affaire.

ZimBaBwe minerai contre électionS Où trouver les centaines de millions de dollars nécessaires à l’organisation des élections zimbabwéennes de juillet? Celles-ci doivent départager le président Robert Mugabe et le Premier ministre MorganTsvangirai. Mais ils sont en désaccord sur leur financement: le camp présidentiel a refusé l’aide de l’ONU, accusée de partialité, etTendai Biti, le ministre des Finances pro-Tsvangirai, est contre le recours à l’emprunt. Du coup, ce dernier envisage de taxer le secteur minier pour financer le scrutin. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


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afrique subsaharienne

enquête

top

D’eux, on sait peu de chose. La discrétion fait partie du contrat… Question de sécurité. Leur rôle, pourtant, est essentiel. Rencontre avec ces cuisiniers hors pair qui s’activent derrière les fourneaux présidentiels.

Haby niakate

C

e soir-là, Alassane Ouattara reçoit Michel Sleiman, et pour son homologue libanais le président ivoirien a fait mettre les petits plats dans les grands. La vaisselle est luxueuse, la décoration minimaliste, et les invités ont été triés sur le volet. Dans la grande salle de réception de l’hôtel Ivoire, serveurs et cuisiniers se mêlent aux gardes du corps et aux membres des protocoles libanais et ivoiriens. Au milieu, un homme. Les bras croisés derrière le dos, il marche lentement, inspecte le moindre détail. Disparaît par intermittence puis revient. Cet homme, c’est Olivier Payet, l’intendant général du Palais et des résidences présidentiels de Côte d’Ivoire, celui qui prépare les repas d’Alassane Ouattara. Ancien chef de l’hôtel Tiama, un cinq-étoiles d’Abidjan, « il a été directement recruté par l’épouse du président, raconte un proche. En 2011, la première dame lui a téléphoné pour lui proposer le poste alors qu’il était en France. Il a pris l’avion dès le lendemain. » Olivier Payet ne cuisine plus vraiment : il donne les ordres, et les cuisiniers s’exécutent. Pour le grand dîner ivoiro-libanais donné le 14 mars, les plats ont même été commandés à des restaurateurs ivoiriens. Mais ne demandez pas à ce Français d’une trentaine d’années de commenter son travail : il a signé un contrat avec « une clause de confidentialité » et coupe n o 2729-2730 • Du 28 avril au 11 mai 2013

que nos présidents sont autant précourt à toute discussion avec les occupés par la conservation du journalistes. pouvoir que leurs opposants le sont Rien de très étonnant. En Côte par sa conquête, ils imaginent que d’Ivoire, au Sénégal, au Cameroun, au Gabon ou en RD Congo, on ne l’alimentation est la voie royale pour badine pas avec la cuisine du préles éliminer. » Pour cette raison, sident. Tout comme les médecins, beaucoup ont choisi de faire appel chauffeurs ou gardes du corps, les à des chefs étrangers, occidentaux le plus souvent. chefs cuisiniers doivent savoir se taire. « Ils sont dans le cercle des initiés et ont la charge de ce qui loyaux et bien payés. Antoine apparaît comme le plus intime : (il tient à conserver l’anonymat) ce qui va dans le ventre du chef de est un chef belge qui a travaillé l’État. Ne rien dire fait partie des avec plusieurs présidents règles du jeu », explique afr africains dans les années Francis Akindès, pro2000. « Recruter à l’étranger fesseur de sociologie à quelqu’un qui chapeautera l’université de Bouaké, en les cuisiniers, c’est l’assura rance d’avoir un bon proCôte d’Ivoire. En Europe, u o Denis sass fes fessionnel, tout en étant aux États-Unis et même nguesso sû que la personne en sûr en Russie, le nom et le lima, ques question sera sans lien parcours de ces cuisiniers Poisson fumé de l’A ko ndus d’exception sont rendus avec le pays, explique-t-il. av accompagné de ko e) èr t am (herbe légèremen Les présidents partent de publics. En Afrique, c’estt manioc, de de e, lm pa de le ui à l’h tout le contraire. l’idée que leurs chefs cuis ain nt s pla safous et de banane siniers doivent être bien épayés pour être loyaux. peuRs. Les chefs des préEt ceux-ci savent qu’un sidents sont pour ainsi dire seul ul mot peut leur faire perdre leur nt quasi invisibles. Rares sont place. Le silence est toujours plus ceux qui ont choisi d’adhérer au profitable. » « Club des chefs des chefs », qui Des présidents du continent regroupe depuis 1977 les chefs s’offrant les services de chefs occicuisiniers de 25 grands dirigeants. dentaux, ce n’est pas nouveau. Parmi eux, le Sud-Africain Hilton Jacques Le Divellec, 80 ans, a traLittle – après avoir côtoyé Nelson vaillé pour Omar Bongo Ondimba Mandela et Thabo Mbeki, il est (Gabon), Félix Houphouët-Boigny désormais au service de Jacob (Côte d’Ivoire) et Abdoulaye l l l Zuma. « Nos sociétés sont traversées par des peurs particulières, commecelledel’empoisonnement, u Dîner officiel donné en 2007 en l’honneur de Nicolas Sarkozy au palais présidentiel de Libreville. poursuit Francis Akindès. Et parce jeune afrique


LUDOVIC/REA


afrique subsaharienne enquête

ÉRIC FEFERBERG/AFP

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Wade (Sénégal). « Ce sont eux quivenaientmechercher,racontece célèbre chef français, un ancien des cuisines du Hilton d’Abidjan. Tous appréciaient la cuisine française, mais à une condition: je devais cuisiner avec des produits locaux. » Le Divellec raconte l’attention particulière qu’attachait HouphouëtBoigny à la cuisson du capitaine (un poisson d’eau douce) pour en avoir « le vrai goût ». Quant à Wade, il l’avait rencontré dans son restaurant à Paris. « Quand je suis arrivé à Dakar, rien n’était trop beau pour moi. J’ai pu faire préparer par ses cuisiniers tous les plats que je voulais ! » lll

français, avec une mention spéciale pour les crêpes Suzette. Même si son péché mignon demeure le foutou de banane sauce graine et s’il apprécie également le thiep bou dien, la spécialité sénéga-

ALASSANE O U AT TA R A Carpe braisée accompagnée de foutou de banane, sauce graine

crêpes suzette. Tous ne peuvent

pas en dire autant. Avant de prendre saretraite,VoltaireBiyikétaitmaîtrequeux. Diplômé d’une école de cuisine en France en 1972, il n’a pas trouvé de poste à son retour au Cameroun. « Nos dirigeants ont une fâcheuse tendance à ne pas faire confiance aux cuisiniers africains, dit-il. Chez nous, les cuisiniers ont souvent une formation militaire. On fouille dans leur passé, dans leur famille, et on les cantonne à des rôles de seconds. Ce n’est pas normal ! » Parmi les chefs d’État, il y a ceux qui apprécient tout particulièrement la cuisine occidentale. C’est le cas de Ouattara, qui aime les plats N O 2729-2730 • dU 28 AvRIL AU 11 mAI 2013

laise. « Comme disent les Ivoiriens, indique Francis ancis Akindès, nous avons un président chocó, un mot nouchi signifiant “stylé”. » Rien à voir avec son prédécesseur, Laurent Gbagbo, agbo, friand de cuisine ivoirienne. ienne. « Gbagbo mangeait rarement ment seul, raconte quelqu’un qui avait l’habitude de partager sa table. Chez lui, on avait toujours le choix entre des plats européens ou africains, et ce n’était pas très sophistiqué. Lui aimait surtout le kédjénoudepintade.»Unprésident sans façons, un peu comme pouvait

l’être Gnassingbé Eyadéma au Togo. « Chez lui, toute la nourriture était disposée dans un seul plat. Il pouvait y avoir d’un côté le foie gras, le caviar, et de l’autre cette viande de brousse qu’il aimait tant ! » se souvient un convive régulier. Comme son père, Ali Bongo Ondimba a opté pour un chef occidental, qu’il est allé chercher au Royaume-Uni. Le dernier en date, Ben Floyd, a débarqué à Libreville en juin 2012 et expose ses créations sur son blog: ravioles de petits pois aubaconcroustillant,saladeniçoise versiongabonaise,cassoulet,terrine de foie gras sur toast… Ben Floyd avoue n’avoir découvert que récemment les spécialités gabonaises : « J’ai mis du temps à m’habituer au manioc et aux bananes plantains! » p Jacques À Kinshasa, un conseiller du Le Divellec, président Kabila ne mâche pas dans son ses mots. « Ceux qui font appel a restaurant des cuisiniers occidentaux sont parisien du des chefs d’État complexés ! Nos 7e arrondis­ sement. Dans cuisiniers à nous sont discrets et le passé, il dignes de confiance. L’un d’eux a a « joué des travaillé avec le père du président. couteaux » UnautreétaitdéjàlàsousMobutu!» à Dakar, L’entourage de Joseph Kabila insiste Libreville ou encore sur le rôle de la première dame, Abidjan. Olive Lembe di Sita. C’est elle qui coordonnerait le travail des cuisiniers et ferait les menus. « Tous les jours, elle demande à son mari ce qu’il aimerait manger. C’est un rituel », explique un proche co du couple présidentiel. Joseph Kabila n’aurait, selon lui, pas de véritables « exigencesculinaires»etapprégences cierait particulièrement le cier « fo foufou du Katanga, le ALPhA É riz et les bananes ». Pas CONd d’ d’exigences non plus nkoué Sauce ko iron fumé o h pour Paul Kagamé. po c a m e à base d d’eau douce) Interrogé par Jeune In n o s is o (p entée im p s Afrique en 2011 sur sa è tr et nourriture favorite, le chef de l’État rwandais avait répo répondu, laconique : « Je mange ce que mangent les gens avec qui je suis. » avec les doigts. ÀOuagadougou,

Chantal Compaoré suit aussi de près ce qui est servi à son président de mari, adepte de riz en sauce et grand amateur de vins français. Et jEUNE AFRIqUE


top chefs 3 questions à

Hilton little

Chef cuisinier de Jacob Zuma

Fufu, à base de m aïs ou de manioc, avec du poisson ou de la viande

en Mauritanie ? Un conseiller du président assure que le cuisinier est « du pays » et que « c’est le même depuis toujours ». Mohamed Ould Abdelaziz « mange de manière très simple, avec ses doigts, une cuisine traditionnelle et très pimentée ». Simplicité aussi pour le Tchadien Idriss Déby Itno ou le Congolais Denis Sassou Nguesso, qui, s’ils mangent volontiers des plats occidentaux quand ils reçoivent, s’empressent de retourner aux « vraies choses » lorsque leurs invités ont tourné les talons. Sassou Nguesso, qui voyage avec ses cuisinières, se fait d’ailleurs servir des plats préparés par elles en avion. Fourneaux. Etpuisilyalesautres,

ceux qui recrutent directement au sein de leurs propres familles. Les plats apportés à Dioncounda Traoré (Mali) sont la plupart du temps mitonnés par sa mère. En Guinée, c’est Bintou, la nièce d’Alpha Condé, qui est aux fourneaux – une tâche dont elle s’acquittait bien avant son arrivée au pouvoir, en 2010. À Conakry, le président raffole des sauces feuilles et du konkoué, une sauce à base de poisson machoiron. « Il n’est pas très compliqué, conclut un proche. La seule chose, c’est qu’il déteste le poulet ! » Au final, étrangers ou pas, ceux qui nourrissent les présidents se complaisent dans l’ombre des plus grands. Pour Antoine, le cuisinier belge, c’est même un « métier noble ». « En nourrissant un chef d’État, on l’accompagne dans sa mission, conclut-il en souriant. Un président bien nourri est un président en meilleure forme et qui travaillera mieux. » Parole de toqué. l jeune afrique

« nous n’avons pas droit à l’erreur » il a côtoyé les trois derniers présidents sudafricains. Confessions d’un homme pour qui cuisine et diplomatie ne sont jamais très éloignées. jeune aFrique: Cuisiner, dites-vous, c’est savoir être diplomate… Hilton little : Oui. Notre rôle,

quand des chefs d’État se réunissent pour parler de choses graves, est de créer une atmosphère conviviale grâce à nos plats. Nous n’avons pas droit à l’erreur et préparons tout minutieusement: on veille à la qualité des plats, à la subtilité de la décoration de table, au choix du vin… Nous devons nous assurer qu’aucun impair ne sera commis qui embarrasserait le président. Ce qui nous ramène à ce que Talleyrand disait à Napoléon : « Donnez-moi de bons cuisiniers et je vous donnerai de bons traités. » Combien de personnes dirigezvous ?

Ma brigade de cuisine se compose de deux chefs assistants, d’un assistant de cuisine et de quatre « stewards ». Une petite équipe, donc, mais nous pouvons cuisiner pour 150 personnes, voire plus. Mes

DaviD briers/Drum/Gallo imaGes/Getty imaGes

Joseph Kabila

les légumes du jour, puis au marché pour acheter la viande que j’aime choisir moi-même. Mais on n’achète rien qui soit déjà préparé. quel est votre plus beau souvenir en tant que chef de président ?

Je me rappelle la première fois que j’ai cuisiné pour Nelson Mandela. J’attendais en cuisine, torturé à l’idée que ce que j’avais préparé pourrait ne pas lui plaire. J’étais terriblement inquiet. Une heure après, il m’a fait venir. J’ai cru que je n’avais pas été à la hauteur de ses attentes et que j’allais être congédié ! Au lieu de cela, il m’a dit que c’était l’un des meilleurs repas qu’il avait pris depuis longtemps ! Il m’a appelé « my son », et ce souvenir restera à jamais gravé en moi. l

Ma plus grande fierté ? Avoir cuisiné pour Nelson Mandela. La première fois, j’étais tellement stressé ! journées débutent très tôt le matin. Je commence par faire le tour des cuisines et m’assurer que tous les réfrigérateurs et les congélateurs sont à la bonne température, puis je crée le menu du jour en réfléchissant d’abord au plat principal. Je vais ensuite au potager pour cueillir

Propos recueillis par H.n. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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Maghreb & Moyen-Orient

Lahcène aBIB/SIGnaTUReS

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t Le silence persistant du président a plongé les observateurs les mieux avertis dans un épais brouillard.

ALgérie

L’énigme

Bouteflika Le chef de l’État va-t-il briguer un quatrième mandat ou transmettre le témoin aux générations postindépendance, comme il l’a laissé entendre lors du fameux discours de Sétif ? À un an de l’élection présidentielle, le mystère reste entier.


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maghreb moyen-Orient algérie Cherif Ouazani

D

ans moins de douze mois, les Algériens seront appelés aux urnes pour élire leur président. Des quatre précédents scrutins (voir ci-contre), celui de 2014 s’annonce comme le plus indécis et, sans doute, comme le plus crucial pour l’avenir du pays. Lors de son discours, désormais célèbre, de Sétif, le 8 mai 2012, Abdelaziz Bouteflika, 76 ans aujourd’hui, avait déclaré que sa génération, celle des maquis de la guerre de libération, au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle, devait passer la main, laissant ainsi entendre qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat, bien que la Constitution, révisée en novembre 2008, l’y autorise. Les ennuis de santé du président ne doivent pas être tout à fait étrangers à cet engagement. Manifestement, l’ulcère hémorragique qui l’avait contraint, en novembre 2005, à subir une lourde opération chirurgicale à l’hôpital parisien du Val-de-Grâce a laissé des séquelles. Élite, opinion et classe politique avaient alors imaginé que la prochaine présidentielle scellerait le passage de témoin aux générations postindépendance. Seulement voilà, cette hypothèse a été balayée par une campagne lancée par des partis et des personnalités de premier plan avec pour slogan « ‘Ouhda rabi‘a » (un quatrième, sous-entendu un quatrième mandat). Aucun des prédécesseurs de Bouteflika ne s’est maintenu à la tête du pays suffisamment de temps pour pouvoir en rêver. Le coup d’envoi de cette campagne a été donné par Amar Ghoul, étoile montante du courant islamiste bon chic bon genre, membre de tous les gouvernements successifs de Bouteflika depuis la réélection de celui-ci en avril 1999. Le courant démocratique n’est pas en reste. Amara Benyounes, président du Mouvement populaire algérien (MPA), incarnation des modernistes au sein de l’exécutif (il est ministre de l’Environnement dans l’équipe d’Abdelmalek Sellal), s’est joint

Les 4 précédentes présidentielles pluralistes

Novembre 1995

Liamine Zéroual élu au premier tour avec 61,34 % des voix

Avril 1999

Bouteflika élu au premier tour avec 73,8 % des voix. Retrait de ses 6 rivaux à la veille du scrutin

Avril 2004

Bouteflika réélu dès le premier tour avec 84,99 % des voix

Avril 2009

Bouteflika réélu dès le premier tour avec 90,24 % des voix après la révision de la Constitution en 2008

à l’appel, affirmant qu’un quatrième mandat de Bouteflika serait salutaire, car il lui « permettrait de parachever le redressement du pays ». La situation des deux premières forces politiques du pays a ajouté à la confusion. Les frères jumeaux du courant nationaliste, le Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique) et le Rassemblement national démocratique (RND), ont en effet été décapités. En janvier 2013, Ahmed Ouyahia, ancien

une armée très DisCrète

d

ans les mess d’officiers, les QG de commandement des six régions militaires et les allées de la caserne AliKhodja, siège du ministère de la Défense, aux Tagarins, à Alger, on semble moins préoccupé par l’opacité qui entoure l’échéance de 2014. La disparition prématurée d’Abdelaziz Bouteflika ou son retrait de la vie politique n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

ne semblent pas constituer une source d’inquiétude. « Il faudrait beaucoup plus que cela pour menacer la stabilité du pays », assure le colonel Tayeb, chef d’une unité opérationnelle dans la lutte antiterroriste. Selon lui, l’institution militaire tire ses certitudes des « épreuves auxquelles a fait face le système [nidham, dans le texte, NDLR] au cours des

cinquante dernières années. Il a survécu à la mort de Boumédiène en 1978, à l’assassinat de Boudiaf en 1992, et a réussi à résister à la lame de fond que fut l’insurrection islamiste des années 1990 ». Cela dit, si l’armée ne reste pas indifférente à ce qui se passera en 2014, il est peu probable de voir un officier d’active briguer la

présidence. La loi s’y oppose, tout comme elle proscrit tout soutien apporté à un candidat. En revanche, un officier supérieur à la retraite ou ayant quitté l’uniforme pour des fonctions « civiles » peut se lancer dans la course, sans pour autant pouvoir se réclamer de l’institution militaire. l Ch.O. jeune afrique


Lahcène aBIB/SIGnaTUReS

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Premier ministre et patron du RND, est poussé à la démission par une dissidence manifestement téléguidée en haut lieu. Un mois plus tard, c’est au tour d’Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général du FLN, de faire les frais de mystérieuses manœuvres en coulisses à l’issue desquelles il est destitué par le comité central. Ouyahia et Belkhadem faisaient partie de la short list des candidats potentiels à la succession de Bouteflika. Leur disgrâce est d’autant plus incompréhensible que les deux personnalités ne constituaient en rien une menace pour Bouteflika dans l’éventualité d’un quatrième mandat, les deux hommes ayant annoncé qu’ils renonceraient à se présenter au cas où l’actuel locataire d’El-Mouradia (palais présidentiel sur les hauteurs d’Alger) décidait de rempiler. « Il y a tout lieu de croire que la destitution de Belkhadem et la démission d’Ouyahia ont un lien direct avec l’échéance de 2014 », analyse pourtant Me Miloud Brahimi, ancien président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH) et observateur averti des mœurs du sérail. rares apparitions. Le mutisme persistant d’Abdelaziz Bouteflika (sa dernière sortie publique remonte au discours de Sétif, soit il y a plus de jeune afrique

 Dans la foulée du Printemps arabe, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie réclame le départ de Bouteflika et la levée de l’état d’urgence.

un an) n’a pas arrangé les choses, plongeant dans un épais brouillard les personnes les mieux informées du pays. « Celui qui prétend savoir de quoi sera fait 2014 est un fieffé menteur, s’exclame un membre du bureau politique du FLN, car l’échéance électorale sera déterminée par la présence ou non de Bouteflika dans la compétition. S’il décide d’y aller, c’est quasiment joué d’avance, et s’il n’y va pas, ne comptez pas sur lui pour l’annoncer avant février 2014, date limite du dépôt des candidatures. Il n’a aucun intérêt à le faire plus tôt s’il tient à optimiser les chances de voir son programme économique parachevé, car une annonce prématurée perturberait l’action de son gouvernement et démobiliserait une grande partie du sérail. » En somme, 2014 serait une équation à plusieurs inconnues dont la clé serait détenue exclusivement par une seule personne : Abdelaziz Bouteflika. Lors des sommets de l’Union africaine (UA), le président algérien avait pour habitude de taquiner ses pairs en affirmant que son pays est le seul du continent à pouvoir réunir autour du chef de l’État en exercice trois de ses prédécesseurs à l’occasion de cérémonies officielles et des fêtes nationales. Mais, en l’espace de un an, Abdelaziz Bouteflika n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


Maghreb Moyen-Orient Algérie a accompagné à leur dernière demeure, au cimetière d’El-Alia, dans la banlieue est d’Alger, trois d’entre eux : Ahmed Ben Bella, Chadli Bendjedid et Ali Kafi. La rareté des apparitions publiques de Bouteflika ces dernières années a fait de ces funérailles nationales successives l’occasion pour les Algérois de voir « physiquement » leur président afin de se faire une idée précise de son état de santé. Et, visiblement, il ne va pas très bien. Lors des obsèques d’Ali Kafi, le 17 avril, Abdelaziz Bouteflika avait les traits tirés, le pas hésitant. Son proche entourage, notamment Saïd, son frère cadet et conseiller spécial, se tenait à ses côtés, en état d’alerte permanente. « À deux reprises, le président a eu des vertiges et a failli perdre l’équilibre », raconte un témoin présent à El-Alia. Pourtant, selon ses visiteurs étrangers les plus récents, parmi lesquels les Français Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, ou Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), tous deux longuement reçus, les facultés intellectuelles du président sont intactes, et sa mémoire des faits et des noms est phénoménale. Encore faut-il cependant que l’ouïe de son interlocuteur soit fine, car sa voix est devenue à peine perceptible. Saïd, « vice-roi ». Selon un officier supérieur de la base aérienne de Boufarik (30 km à l’ouest d’Alger), « quand l’agenda présidentiel s’emballe avec l’arrivée annoncée d’un chef d’État ou d’un émissaire étranger prestigieux, le Falcon présidentiel est systématiquement sollicité pour emmener le président en Suisse pour une remise en forme ». Ses accompagnateurs sont toujours les mêmes: les deux frères conseillers, Saïd et Nasser Bouteflika, et le professeur Messaoud Zitouni, spécialiste en oncologie et médecin traitant du président depuis son ulcère hémorragique de novembre 2005. La thérapie que subit le chef de l’État dans une clinique helvétique lui permet alors de faire face aux efforts physiques que nécessite une activité présidentielle soutenue. En revanche, en cas d’événement imprévu, comme la disparition d’Ali Kafi, il y a comme un vent de panique. Abdelaziz Bouteflika quitte rarement la résidence d’État de Zeralda et ne se rend au bureau présidentiel, à El-Mouradia ou à Djenane el-Mufti, où il reçoit ses hôtes étrangers, que lorsque son agenda le commande. Conséquence de la fragilité de son état de santé, il a dû abandonner à contrecœur l’appartement familial qu’il avait continué d’occuper au cours de ses deux premiers mandats et qui est situé au troisième étage d’un immeuble dépourvu d’ascenseur, dans le quartier résidentiel d’El-Biar. Le mal qui ronge Abdelaziz Bouteflika l’affaiblit et contraste avec l’omnipotence de l’institution présidentielle depuis son retour aux affaires. La révision constitutionnelle de novembre 2008 n’était pas seulement destinée n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

q Bouteflika s’acquittant de son devoir électoral en compagnie de ses deux frères, Nasser (à g.) et Saïd, lors du scrutin législatif de 2007.

à lever la limitation des mandats, mais aussi à présidentialiser davantage le régime en retirant au Premier ministre son statut de chef du gouvernement au profit du locataire d’El-Mouradia, jetant ainsi aux oubliettes l’exécutif bicéphale en place depuis l’introduction, en 1989, du multipartisme. Mais bien que Bouteflika ait concentré l’essentiel des pouvoirs, son absence n’empêche pas la machine de tourner. Ministres, ambassadeurs en poste à l’étranger ou walis (préfets) continuent de recevoir quotidiennement ses instructions via Mohamed Rougab, son secrétaire particulier. Quant à ses coups de gueule, de plus en plus fréquents, Saïd se charge de les relayer, ce qui conforte sa position de « vice-roi ». Le président s’est par

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ailleurs trouvé des jambes à travers Abdelmalek Sellal pour les visites dans le pays profond, qu’il n’est plus en mesure d’accomplir, et un visage, celui d’Abdelkader Bensalah, président du Sénat, pour le représenter à l’étranger. tabou briSé. Selon plusieurs sources concor-

une partie des islamistes et des démocrates appellent le président à rempiler.

dantes, le président aurait été fortement affecté par les récentes révélations sur des scandales financiers impliquant des personnalités de son proche entourage. S’exprimant dans la presse sous le sceau de l’anonymat, un proche conseiller du président affirme que « Bouteflika renonce à un quatrième mandat, non pas à cause de sa maladie, mais parce qu’il se sent trahi par les siens. À cela s’ajoute une forte déception née du mauvais bilan de son troisième mandat. » Ces propos surprenants ont provoqué un tollé à El-Mouradia. « Si j’ai des choses à dire à mon peuple, je ne le ferai pas de cette manière », aurait confié le président à un de ses rares visiteurs du soir. Un cadre retraité d’El-Mouradia qui a travaillé successivement avec jeune afrique


L’énigme Bouteflika

L’avenir selon la Constitution

Boumédiène, Chadli, Zéroual et Bouteflika, avant de prendre sa retraite tout en se tenant informé de l’actualité brûlante de la « maison », a été surpris par la réaction du président. « Il a exigé une enquête interne pour identifier le conseiller bavard. On a alors assisté à une situation inédite dans l’histoire de l’institution présidentielle. Les ordinateurs portables et les téléphones cellulaires de tous les cadres de la présidence ont été passés au peigne fin. Mais les limiers ont fait chou blanc. » Bidonnage de journaliste ou manœuvres extérieures? Toujours est-il que, fidèle à ses habitudes, Bouteflika s’est refusé à démentir ou à confirmer cette fameuse déclaration. De par leur culture, les Algériens s’imposent un devoir de réserve quand un membre de la commu-

Le projet de nouveau texte fondamental devrait donner de précieux indices sur les intentions du chef de l’État.

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NEW PRESS/SIPA

t Avec son médecin traitant, Messaoud Zitouni, en décembre 2005.

nauté, quel qu’en soit le rang, est atteint par une maladie. Jusque-là, partisans et adversaires de Bouteflika avaient soigneusement évité d’en faire une question publique. Mais, le 22 avril, un parti de l’opposition, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), a brisé ce tabou et évoqué l’article 88 de la Constitution relatif aux cas d’empêchement du chef de l’État. Selon Mohcine Belabbès, président du RCD, « si la loi permet à Bouteflika de se représenter, sa candidature est conditionnée à la présentation d’un dossier médical attestant qu’il jouit de toutes ses aptitudes à exercer la fonction. Apparemment, ce n’est pas le cas ». Mais cette saillie a de fortes chances de rester sans lendemain, car il est peu probable que le reste de la classe politique emboîte le pas à Belabbès. Tétanisés par tant d’incertitude, les partis sont dans l’expectative. Hormis Ahmed Benbitour, ex-Premierministre(décembre1999-août2000),aucune personnalité d’envergure ou leader de parti n’a fait état de son intention de briguer la magistrature suprême en 2014. C’est donc un Bouteflika affaibli, mais maître du jeu et maître du temps, qui donnera le tempo. Et dissipera, le moment venu, le brouillard. l jeune afrique

e 15 avril 2011, au moment où les vents révolutionnaires du Printemps arabe soufflaient sur la région, le président Abdelaziz Bouteflika sortait d’un long mutisme pour annoncer, lors de son dernier message en date à la nation, son intention d’introduire de profondes réformes politiques à travers l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Deux ans plus tard, ce processus est toujours dans les limbes. Le débat autour du projet de texte fondamental a été piloté par une commission chargée de recueillir, entre mai et juin 2011, les propositions et suggestions des partis politiques et des personnalités nationales. Cette structure, dirigée par Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation (Sénat), assisté de Mohamed Boughazi, conseiller juridique du président, et de Mohamed Touati, général à la retraite et ex-éminence grise de l’armée, a élaboré un volumineux rapport qu’elle a adressé au chef de l’État le 4 juillet 2011. Érigée au rang de priorité par le pouvoir et annoncée pour 2012, l’adoption de la nouvelle Constitution (par voie parlementaire ou référendaire, la question n’a toujours pas été tranchée) est attendue avant la fin de l’année en cours. Le 7 avril, Abdelaziz Bouteflika a désigné quatre experts, dont une femme, présentés comme d’éminents juristes, mais aussi anonymes qu’inconnus des milieux des droits de l’homme en Algérie. Ils devront plancher sur une mouture préparée par les services d’El-Mouradia en s’appuyant sur les recommandations et suggestions réunies par la commission Bensalah.

queL type de régime ? Les enjeux politiques de la nouvelle Constitution tournent essentiellement autour de la nature du régime : présidentiel, comme le souhaite le courant nationaliste, ou parlementaire, comme le réclament les islamistes et une partie de l’opposition. Toutefois, la majorité des propositions émanant de la classe politique et de la société civile penchent pour une solution intermédiaire : un régime semi-parlementaire où l’exécutif serait bicéphale, avec un Premier ministre retrouvant son statut de chef du gouvernement mais susceptible d’être destitué par le Parlement. On évoque aussi l’instauration du poste de vice-président, qui serait élu en même temps que le chef de l’État et avec lequel il constituerait, comme aux États-Unis, un ticket électoral. Si cette éventualité était retenue, cela donnerait un précieux indice sur les intentions de Bouteflika. Face au silence assourdissant de ce dernier, classe politique et opinion attendent impatiemment la publication du projet de texte fondamental. l Ch.O. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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Maghreb Moyen-Orient Maroc

où étiez-vous le 16 mai 2003? Il y a dix ans, une quintuple attaque terroriste secouait Casablanca. Un « 11 septembre » marocain qui a changé le royaume en profondeur.

C

était un vendredi, un soir de printempscommelesautres. Unesemaineplustôt,lepays apprenait la naissance de Moulay Hassan, premier enfant du couple royal. Partout, les autorités préparaient les réjouissances. Puis, en quelques minutes, douze kamikazes ont semé la terreur dans cinq lieux de Casablanca. Dix ans plus tard, un premier recul est possible sur l’événement, au-delà de l’horreur. La vie a repris ses droits, les garnements qui déambulent devant la Casa de España, où deux kamikazes ont fait vingt-deux morts, semblent ignorer ce qui s’y est passé. Trop jeunes pour avoir absorbé les images d’époque. Combien n’étaient pas nés il y a dix ans et se pressent aujourd’hui à la fontaine publique de Sahat al-Arsa, à quelques pas du cimetière israélite, autre cible des terroristes? Où étiez-vous le 16 mai 2003? Unjour,vers2053,cettequestionseraposée par des enfants, une question à laquelle leurs parents n’auront pas de réponse. Au coin du feu, les vieillards nés à la fin du siècle passé dérouleront pour leurs petits-filslapelotedeleurssouvenirs.Alors, les élèves marocains apprendront, inch Allah, l’histoire de leur pays comme un roman national, apaisé. Quand la leçon abordera les premières années du règne de Mohammed VI. Le 16 mai 2003 est une date à retenir, car elle marque un événement qui, par sa portée, autorise à parler de rupture. Une série d’inflexions et de changements qui concernent autant la politique que la religion et la sécurité.

Certes, le Palais a balayé la « légitimité démocratique », mais l’argument de la participation est plus fort. Dix ans après, les caciques de l’USFP répètent à l’envi avoir sacrifié le calcul partisan à l’intérêt national. Pourtant, en avalisant cet affront, l’USFP renonçait à son combat pour la représentation. Rempilant en 2007, après des élections qui ont sanctionné son affaissement, l’USFP boit, avec le gouvernement El Fassi, le calice jusqu’à la lie. L’obsession sécuritaire a contribué à renforcer les proches du Palais, qui sortent du bois en 2008 en créant le Mouvement de tous les démocrates (MTD), puis le Parti Authenticité et Modernité (PAM),

emmenés par Fouad Ali El Himma. La tentation technocratique est confirmée. Mais le rouleau compresseur du PAM, pourtant grand vainqueur de son premier scrutinmunicipalen2009,finiraparcouper lemoteur,ennovembre2011,quandlacoalition conduite par des partis de l’administration – dont le PAM et le Rassemblement national des indépendants (RNI) – échoue aux législatives, remportées haut la main par les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD). Les attentats du 16 mai avaient contribué, un temps, à affaiblir les islamistes. Accusés alors de porter la responsabilité morale des attentats, quand bien même leur implication n’a jamais pu être prouvée, ils doivent pousser vers la démission leur prédicateur en chef, Ahmed Raïssouni, coupable de sorties peu diplomatiques sur le Commandeur des croyants. Mauvais timing, la tempête est rude et le PJD forcé de faire le dos rond. Quelques semaines plus tôt, forts de leur

Dépolitisation. A posteriori, les années

2003-2012 auront d’abord consacré la place croissante prise par les technocrates dans la gestion des affaires politiques. Dès l’automne 2002, la victoire dans les urnes de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) est éclipsée par la nomination-surprise d’un patron proche du Palais: Driss Jettou, ministre de l’Intérieur sortant, est propulsé à la primature en lieu et place d’Abderrahmane Youssoufi, alors premier secrétaire de l’USFP. Ce dernier, lors d’une conférence donnée à Bruxelles, reviendra sur les doutes qui ont alors traversé sa formation. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

p Le Cercle de l’alliance israélite, peu après la tragédie. jeune afrique


Maghreb Moyen-Orient montée en puissance (troisième force en nombre de sièges de député), les faucons du parti continuaient de s’opposer à la réforme de la Moudawana. modernisAtion? La crise née des atten-

tats aura permis une avancée majeure en matièrededroitsdesfemmes.Le10octobre 2003, ouvrant la session d’automne du Parlement, le roi annonce une réforme ambitieuse de la Moudawana. Les islamistes ne bronchent pas, mais c’est une victoire à la Pyrrhus. Imposée par le haut, cette réforme accrédite la dépolitisation et préparelaforteabstention–37%detauxde participation – aux législatives de 2007. Le Palais pousse tout de même son avantage sur le terrain religieux, qui, au Maroc, n’est pas indépendant du politique. L’homme de la situation est Ahmed Taoufiq. Nommé en novembre 2002 ministre des Affaires islamiques et des Habous, cet historien berbère est un lettré original qui s’essaie

parfois au roman. C’est aussi un disciple de la Tariqa boudchichiya, une puissante confrérie soufie. Un profil aux antipodes de celui de son prédécesseur. Pendant dix-huit ans, Abdelkébir Alaoui M’Daghri, salafiste austère, s’était appuyé sur la pensée wahhabite, dont il était un parfait zélateur. Sous son ministère, les pétrodollars

malékite et le parasol du Commandeur des croyants. Depuis, le pouvoir tend à développer un véritable souverainisme religieux,frappédusceaud’uneexpression devenue célèbre : la sécurité spirituelle (amn rouhi). Les premiers à goûter le fer de cette sécurité-là sont les milliers de présumés salafistesraflésdanslessemaines qui suivent les attentats. La veron croyait le pays immunisé sion officielle de l’enquête sur contre la violence islamiste. les attentats de Casablanca est sans nuance : produits d’une Grave erreur d’appréciation… pensée étrangère à la modérainondaient le royaume d’une pensée tion marocaine, ces actes excluent de fait stricte, avec la bénédiction des autorités. leurs auteurs de la communauté. Celle Les attentats du 16 mai 2003 donnent un de la religion commune et, par extension, coupd’arrêtàce«laxisme»,termeemployé de la nation même. Longtemps débattue par Mohammed VI le 29 mai 2003 dans au Parlement, occasion de débats homéun discours au ton ferme. Tragiques, les riques entre les présidents de groupe du PJD, El Mustapha Ramid, et de l’USFP, événements confortent la thèse d’Ahmed Driss Lachgar [le premier est depuis janTaoufiq: le Maroc doit partager les valeurs vier 2012 ministre de la Justice, le second de l’islam modéré sous la bannière du rite a été élu premier secrétaire de l’USFP en décembre2012],laloiantiterroristeestfinaLes attentats lement adoptée dans l’urgence le 28 mai en chiffres 2003. Cet arsenal, largement inspiré de la législation française, servira de couverture juridique à la guerre que mènent les sercibles à Casablanca vices de sécurité. La Direction de la surveillanceduterritoire(DST)estchapeautéepar un certain Hamidou Laanigri. Ce général kamikazes sécurocrate est une figure clé du nouveau régime. Ses hommes, basés à Kenitra, confirment leur réputation en interrogeant morts à tour de bras et sans ménagement. environ De cette longue nuit, les premiers témoignages qui commencent à émerger sont encore couverts par la rancune arrestations et la peur. Au final, 2003 aura servi à dissiper un malentendu. Tout au long de la décennie noire (1991-2002) vécue par les voisins algériens, les autorités du royaume, ses politiques et ses intellectuels se berçaient d’une douce illusion: l’exception marocaine. Prétendument immunisé par la Commanderie des croyants, le Maroc était vacciné contre la violence islamiste. Hassan II ne revendiquait-il pas son « fondamentalisme»commeunrempartcontre l’intégrisme?Cerécitrassurants’estécroulé en un soir, le 16 mai 2003. Pour preuve de cette prise de conscience nouvelle, la présence devenue banale de vigiles et de gardiensprivés,quiontpoussécommedes champignons. Devant les représentations diplomatiques,lesbanques,lesrestaurants et les cafés, les administrations publiques. La sécurité d’abord. l

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Maghreb Moyen-Orient Israël

i24news, la voix de Tel-aviv Une nouvelle chaîne internationale d’information devrait voir le jour vers la mi-juin. Son ambition est d’apporter un regard israélien sur l’actualité de la planète. Cibles désignées: l’afrique et le Moyen-orient.

d

ans un paysage audiovisuel déjà très fourni sur le terrain de l’information, il faudra désormais compter avec un nouvel acteur israélien : i24news. La chaîne devrait être lancée vers la mi-juin et sera diffusée en trois langues (anglais, français et arabe), depuis le port de Jaffa, rattaché à l’agglomération de Tel-Aviv et connu pour être un havre de coexistence pacifique entre communautés juive et arabe, a-t-on appris le 9 avril. Son budget avoisine les 50 millions d’euros. Avec une programmation multilingue composée de journaux, de talk-shows et de magazines en continu, la future chaîne de télévision entend s’imposer très vite comme une référence et rivaliser avec les plus grands. « Nous avons l’ambition de nous inscrire dans le zapping des chaînes d’information. Notre but, c’est de couvrir l’actualité internationale avec un regard israélien, différent de celui d’Al-Jazira et des médias occidentaux », explique Frank Melloul, PDG d’i24news,

leurs composantes », se justifie le patron qui entame avec sérénité sa deuxième d’i24news, qui revendique par ailleurs aventure audiovisuelle. À 39 ans, ce natif de Fribourg, en Suisse, une parfaite indépendance éditoriale. n’est autre que l’ancien directeur de la « Aujourd’hui, la majorité des grandes stratégie de l’Audiovisuel extérieur de la chaînes internationales d’information France (AEF), qui regroupe, entre autres, répond à des agendas gouvernementaux. Ici, nous avons fait le choix de ne RFI, TV5, ainsi que France 24, dont il fut l’un des principaux artisans du développement. « nous voulons montrer ce pays Auparavant,FrankMelloula dans toutes ses composantes » fait ses classes au Quai d’Orsay et dans plusieurs minisfrank Melloul, PDG tères avant d’être propulsé fonctionner qu’avec des fonds privés », à Matignon, en 2005, comme conseiller précise Frank Melloul. en communication de Dominique de Villepin, alors Premier ministre. i24news sera en grande partie financée par l’homme d’affaires franco-israélien Patrick Drahi, dont la fortune professionfonds privés. Son expertise acquise au service de l’image de la France, il nelle était estimée à 650 millions d’euros entend s’en servir dans l’optique de en 2011. Le principal actionnaire de Numericable en France s’est récemment bâtir une télévision « pour ceux qui détestent Israël ». « Nous voulons monimplantésurlemarchéisraélienens’empatrer ce pays et sa société dans toutes rant de HOT, l’un des deux plus importants opérateurs câblés du pays, qu’il vient de doter d’un service de téléphonie mobile. Patrick Drahi est aussi présent dans l’Est africain, où il détient le réseau satellite Zuku, basé à Nairobi, au Kenya. Un atout indéniable pour i24news qui a désigné l’Afrique comme l’une de ses premières cibles. « Ce marché, que je connais bien,esttrèsdemandeurd’informations internationales. Notre chaîne diffusera ses programmes dans les pays francophonesetanglophonesducontinent, et en arabe dans les pays du Maghreb»,annonceFrankMelloul, qui entend s’appuyer sur un vaste réseau de correspondants. Pour accroître son audience en Afrique, i24news est engagée dans des négociations avec plusieurs opérateurs câblés pour déterminer si son accès sera gratuit ou par abonnement. Autres cibles prioritaires de la chaîne : l’Europe et le Moyen-Orient, qui devraient lui permettre d’atteindre « 250 millions de foyers » ; puis, dans un second temps, les États-Unis, où son lancement est programmé pour 2014. l MaxiMe perez, envoyé spécial

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HO/SYRIAN PRESIDENCY MEDIA OFFICE/AFP

 Le président et son épouse (cheveux attachés) avec des familles de victimes du terrorisme.

Syrie

elle court, elle court, la rumeur Fuite de la famille Assad, mort de Bachar, défection de personnalités… Le flot des informations les plus folles – et le plus souvent mensongères – est ininterrompu.

J

amais un tel flot d’informations n’était parvenu d’un champ de bataille. Vidéos, photos, textes, messages audio: des gigaoctets de données sont émis quotidiennement de Syrie. Inévitablement s’y mêle un torrent de rumeurs qui submerge des rédactions internationales bien en peine de trier les nouvelles d’un front presque hermétique aux médias étrangers. Intentionnels ou spontanés, mensongers ou avérés, ces bruits sont décuplés par les nouvelles technologies de l’information et, au mieux, placés sous l’autorité de sources « sécuritaires » ou « diplomatiques », « familières du régime » ou encore « proches de l’opposition ». Le 24 mars, le web s’affolait : évoquant « des sources médiatiques arabes », le site israélien Eltira annonçait la mort du président Bachar, abattu la veille dans son bureau par son garde du corps iranien Mehdi Jakoby. Au pas de charge, les rédactions mettaient à jour les nécros déjà prêtes. Gardez-les dans vos tiroirs, a rassuré la supposée victime, en chair jeune afrique

et en os, devant la caméra de la chaîne turque Ulusal, le 5 avril. Déjà annoncée ici ou là, la nouvelle du tyrannicide n’avait jamais débordé les bas-fonds de la Toile partisane. Le 6 août 2012, un tweet du ministre russe de l’Intérieur l’avait annoncé « blessé ou tué ». Gros buzz, mais le compte était un faux. Mais, en mars, le chef de la diplomatie française lui-même

Lattaquié en juillet 2012 et sur un navire de guerre russe en janvier 2013. Aux dernières nouvelles, il serait bien à Damas, mais, craignant pour sa vie, ne dormirait plus deux nuits dans le même lit. Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo), ironise : « Bachar à Lattaquié, Bachar au Congo et Bachar au Tibet, tout cela est faux. Il est bien installé à Damas où il contrôle l’appareil. Il est même plus optimiste en ce printemps pour se permettre de lancer des contre-offensives. »

Assef chawkat, beau-frère de Bachar, est mort deux fois… avant d’être tué pour de bon. était interrogé : pour la première fois, la rumeur avait tué Bachar. D’autres, comme son beau-frère Assef Chawkat, avaient mordu plusieurs fois la poussière avant d’être refroidis pour de bon. Entourés de secret, cibles prioritaires des insurgés et vivant dans une quasiclandestinité, les premiers cercles du pouvoir font l’objet des rumeurs les plus insistantes. Avant que ne soit annoncée sa mort, Bachar se serait ainsi réfugié à

A s m A e n c e i n t e . Sa

femme, Asma, la « rose du désert », plus très en vogue, avait été la première à faire fleurir les hypothèses. Trop belle et trop occidentale pour adhérer à la barbarie Assad, elle aurait d’abord été l’avocate des protestataires pacifiques avant d’être ramenée à la « raison » par le clan. Début mai 2011, la presse anglaise avait cru la voir en fuite à Londres avec ses enfants, et les spéculations allaient bon train jusqu’à sa réapparition, en février 2012, à une manifestation prorégime en plein Damas. Mais cinq mois plus tard, on la dit à nouveau sur la côte n 0 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


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Maghreb Moyen-Orient syrienne ou en Russie, et en janvier 2013, le quotidien libanais Al-Akhbar l’annonce même enceinte. Le 16 mars, lorsqu’elle se montre à nouveau à l’opéra de Damas, aucune rondeur ne trahit un heureux événement que plus personne n’évoque. Certaines rumeurs récurrentes finissent toutefois par se concrétiser. Beau-frère de Bachar et puissant vice-ministre de la Défense, Assef Chawkat est mort une première fois, en décembre 2011, abattu par un garde du corps, puis une deuxième fois, en mai 2012, empoisonné avec quatre autres dignitaires membres de la cellule de crise. Il mourra réellement le 18 juillet 2012 dans un attentat organisé par l’Armée syrienne libre (ASL). guerre de CommuniCation. Cette estocade entraîne une explosion des rumeurs. On dit alors Bachar blessé par la bombe, mais il parade vingt-quatre heures plus tard, fringant, à Damas. À Paris, l’ambassadeur de Russie le déclare prêt à partir « d’une façon civilisée », mais le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères dément. Le sort de Maher, frère de Bachar et bras armé de la répression, reste plus mystérieux : ses apparitions ont toujours été très rares. Le Watan saoudien cite le vice-ministre russe des Affaires étrangères Bogdanov: grièvement blessé dans l’attentat du 18 juillet, il a été amputé d’une jambe et se fait soigner en Russie. Bogdanov nie catégoriquement les propos qu’on lui a attribués, mais un « diplomate occidental basé dans le Golfe » soutient à Reuters que le

frère batailleur a effectivement perdu une jambe. On n’a pas davantage vu Maher après le 18 juillet qu’avant. On a alors annoncé de terribles représailles : des sites syriens prorégime avancent que Bandar Ibn Sultan, qui venait d’être nommé à la tête des services de renseignements saoudiens, a été assassiné quelques jours après l’attentat de Damas. Et la rumeur enfle pendant plusieurs semaines p Le site israélien Eltira annonçant que Bachar avant que Bandar donne enfin al-Assad a été blessé par balles. signe de vie. Une autre énigme a fait tweeter en canon : « Mais où est donc passé le vice-président syrien amorcées pour discréditer ou démoraliser Farouk al-Chareh ? » titre le billet posté l’adversaire. Souvent fausses, elles trouvent le 4 juin 2012 sur son blog par l’ancien parfois confirmation avec le temps. Ainsi, diplomate Ignace Leverrier. La très grande le fantasme des jihadistes insurgés immédiscrétion du vice-président syrien depuis diatement brandi par Assad a fini par se le début des événements avait vite fait concrétiser tandis que le Hezbollah libanais ne s’acharne plus à nier sa présence soupçonner une fugue. Et le 16 août, l’ASL annonçait triomphalement la défection. prouvée au côté du régime en Syrie. Après Mais dix jours plus tard, le présumé déseravoir, dans un premier temps, accusé ce teur se rendait, devant des journalistes, à dernier d’opérer des attentats en zone une réunion avec un responsable iranien urbaine, l’opposition s’est résolue à condamner les actes des intégristes. Car, au cœur de la capitale. Fuite de la famille présidentielle, mort dans le désordre total où se trouve la Syrie, de Bachar, défection de puissantes pertout ce qui pourrait arriver finit un jour par sonnalités : avérées, de telles rumeurs de arriver.Longtempsrestérumeur,lerecours palais pourraient donner le signal de la aux armes chimiques, « ligne jaune » tracée débandade à un régime aux abois. Elles par la Maison Blanche, commence à être attesté par des enquêtes concordantes. sont des armes potentiellement mortelles Mais Washington voudra-t-il laisser faire dans la guerre de communication que de cette rumeur une certitude ? l livre l’opposition au clan Assad. Sur les Laurent de Saint Périer champs de bataille, elles sont également

Coulisses Égypte Kaddaf eddam dans la nasse Le cousin de Mouammar Kaddafi, Ahmed Kaddaf Eddam, dont l’extradition est réclamée par la Libye, qui l’accuse de falsification de documents, va être jugé en Égypte pour résistance aux autorités, tentative de meurtre et détention d’armes sans permis. En mars, lui et ses gardes du corps auraient ouvert le feu sur les policiers qui n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

prenaient d’assaut son appartement du Caire, blessant l’un d’eux.

Iran fÉmInIsme à la Kurde Reconnu coupable de violences domestiques par le tribunal d’une province kurde, un homme a été contraint de s’habiller en femme pour être humilié en public. En signe de solidarité et pour moquer la sentence, des hommes

ont créé une page Facebook, Kurd Men for Equality, où ils prennent la pose en costume féminin avec pour mot d’ordre : « Être une femme n’est pas un outil pour punir ou humilier. »

arabIe saoudIte ChaIses musICales Démis de ses fonctions par son royal oncle Abdallah, le vice-ministre de la Défense, Khaled Ibn Sultan, ne paraît

plus pouvoir peser dans la succession. Ces deux dernières années, Abdallah a perdu deux princes héritiers potentiels, ses frères Nayef et Sultan. La génération suivante, 60 ans en moyenne, trépigne. Occupant pour la plupart des postes de vice-ministre, les prétendants sont aussi nombreux qu’insatiables, d’où l’utilité de les remplacer régulièrement afin d’assurer la redistribution du pouvoir et des avantages. jeune afrique


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ONS ABID

TunisiE

« On ne se taira plus »

Après des lendemains de révolution incertains, un nouvel équilibre s’esquisse entre le pouvoir politique et les citoyens. Ce qui laisse augurer un avenir moins sombre qu’il n’y paraît. Frida dahmani, à Tunis

E

n soutenant, au début d’avril, sur Al-Jazira que l’arrivée au pouvoir des « laïques extrémistes » pourrait déclencher une révolution sanglante au cours de laquelle ils seraient « pendus », le président Moncef Marzouki a suscité un tollé. L’indignation est telle qu’une motion de censure a été déposée contre lui, le 16 avril, à l’Assemblée nationale constituante (ANC). Et jugée recevable le 23 avril. Du jamais vu en Tunisie, a fortiori dans un pays arabe, où les plus hautes instances de l’État sont d’ordinaire jeune afrique

intouchables. « Ces propos ne sont pas dignes d’un président, a déploré Samir Bettaïeb, porte-parole d’AlMassar. En tant que représentant de la Tunisie à l’étranger, Marzouki aurait dû s’en tenir à un strict devoir de réserve. » Le chef de l’État, lui, est furieux: « C’est un acte burlesque! » Pourtant, il aurait pu tout aussi bien se féliciter, même s’il en fait les frais, de la mise en œuvre d’un outil de contrôle hautement démocratique. Le président n’est pas le premier à avoir fait l’objet d’une telle procédure. Le 16 avril, Sihem Badi, ministre des Affaires de la femme et de la famille, a dû s’expliquer devant les élus pour avoir tergiversé

p Concert « L’Afrique fête la démocratie », le 11 novembre 2011, à Tunis.

sur les mesures de protection des plus jeunes après le viol d’une fillette dans un jardin d’enfants. Si la destitution du président de la République est tout à fait improbable, l’événement n’en marque pas moins un progrès de la démocratie. « Beaucoup doutent des avancées du pays, mais ce qui a été accompli n’est pas une chimère. Nul n’est au-dessus de la loi et c’est un acquis fondamental », assure un député d’Al-Aridha. La transition démocratique a enclenché un processus qui n’épargne personne. Pas même l’opposition, que les critiques émanant de ses propres rangs n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


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maghreb moyen-orient tunisie ont conduite à réviser sa stratégie. « Tant qu’elle sera dans le suivisme ou dans la réaction, et pas dans l’action, acceptant que ce soit Ennahdha [parti islamiste au pouvoir, NDLR] qui crée l’événement, lance les débats, en impose les thèmes et l’agenda, nous n’irons pas loin ! Opposant ne veut plus dire soumis et complaisant ! » proteste Rym Mourali, du parti Al-Moubadara (destouriens). Un point de non-retour a été atteint ; il ne saurait plus être question d’esquiver les débats contradictoires, sur la place publique ou dans les coulisses du pouvoir, ce qui laisse présager une embellie démocratique progressive. électrochoc. Il est minuit, ce

22 avril, quand, après des débats houleux, la troisième mouture de la Constitution est approuvée. Fadhel Moussa, président de la commission des juridictions à l’ANC, diffuse sur les réseaux sociaux les points clés de la loi fondamentale et les acquis arrachés aux islamistes. Loin de se contenter des avancées, la société civile se met aussitôt en état d’alerte et s’organise pour faire pression sur les experts constitutionnalistes chargés d’examiner le projet de Constitution afin de lever les dernières réserves, dont celle sur la liberté de conscience. « Surtout ne pas abdiquer, la lutte est encore longue, ne baissons pas les bras », martèle Fadhila

des associations de veille La RéfoRme: réforme de la police égaLité PaRité: parité hommes-femmes engagement Citoyen: solidarité citoyenne touensa: sensibilisation à la citoyenneté et veille politique aL-BawsaLa: promotion de l’open government à l’ANC sawty: formation des jeunes à la citoyenneté CoLLeCtif du Bus Citoyen: éveil aux enjeux de la Constituante Réseau nationaL antiCoRRuPtion (RnaC): traque la corruption et la mauvaise gestion des deniers publics amaL: défense des femmes et des mères célibataires assoCiation tunisienne de défense des dRoits de L’enfant: protection des enfants et constitutionnalisation de leurs droits

Touzri, du mouvement citoyen Doustourna, tandis qu’un observateur de la coopération italienne note que « l’adoption des droits universels dans la Constitution pourrait sembler une évidence, mais dans une période aussi incertaine, c’est une consécration de la modernité envers et contre tout ». Malgré les écueils, la Tunisie avance. Son avenir est sans doute encore flou, mais il est sûr, comme l’affirme Ahmed Ounaïes, ancien ministre des Affaires étrangères, qu’« il y a lieu d’être optimiste parce que le Tunisien n’accepte plus la coercition, qu’elle soit exercée au nom du père, de l’imam

les activités des constituants sont suivies en temps réel, depuis leur vote jusqu’à leur assiduité.

QuanD le privé s’en mêle « Il n’y a plus qu’un seul sellier dans tous le pays qui maîtrise cette spécialité séculaire », s’inquiètent les bénévoles de la toute nouvelle union syndicale interprofessionnelle du cheval (usic), qui a lancé le pari de faire revivre la filière des métiers du cheval. Elle organise en mai un festival pour renouer avec une tradition tunisienne n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

en voie d’extinction et sauvegarder le cheval barbe et le poney de Mogod. Difficultés économiques obligent, l’État hésite à prendre des initiatives. alors les privés s’en chargent et partagent une « Tunisie autrement » qui leur tient à cœur. au moment où les décideurs hésitent à définir un modèle touristique tunisien, amel Djaïet, promotrice du portail sur le tourisme

ou du zaïm ! ». Les résultats des élections du Conseil de l’ordre des médecins et de l’Association des jeunes avocats, remportées largement par les démocrates, et la menue monnaie jetée symboliquement devant l’ANC quand les constituants ont voulu augmenter leur rémunération confirment la tendance. « On ne se taira plus », disait un slogan du 14-Janvier. Passé l’euphorie et l’hébétude consécutives à la révolution, les Tunisiens font l’apprentissage de la démocratie. Forts de leur maturité politique grandissante, ils sont non seulement déterminés à se battre mais aussi à passer à l’action, ne concédant plus rien à la classe dirigeante. Faute de leaders convaincants, l’opinion publique et la société civile sont devenues les meneuses de la transition. « Rien n’est joué, et c’est tant mieux ! Cette phase de transition est un électrochoc. Nous apprenons l’usage des outils de la démocratie et, n’en déplaise aux politiciens, les citoyens ont encore leur mot à

Mille et une Tunisie, publie un hors-série où elle décline les offres et les thématiques les plus originales que propose le pays. le contenu, attrayant, ferait rêver le plus exigeant des visiteurs, mais l’absence d’implication d’organismes publics suscite des interrogations sur les intentions du pouvoir en matière de tourisme. l f.D.

dire », se réjouit Abdelaziz, ancien militant politique devenu acteur de la société civile. S’appuyant sur une liberté d’expression désormais non négociable, une résistance active s’organise. Individuelle ou collective, elle est parfois erratique, souvent spontanée, mais le temps où Facebook faisait figure de mur des lamentations est bien fini. Les réseaux sociaux servent désormais à dénoncer les dépassements, à attirer l’attention sur des faits et à informer de toutes les activités de la société civile. Objectif : combattre toutes les tentatives d’hégémonie. Chacun à sa manière et selon ses moyens. Les jeunes, qui se voient comme les laissés-pour-compte de la transition, portent le combat sur le terrain de la création, souvent originale et insolite. « Regardez, plus aucun mur de Tunis n’a conservé les graffitis et les slogans de la révolution. Tout a été effacé. jeune afrique


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Constituante sont les axes de travail de nombreuses associations. « Nous assistions les populations avec des aides humanitaires. Les caravanes ont été souvent pillées mais nous n’avons pas baissé les bras. Désormais, nous apportons notre soutien aux enfants scolarisés et travaillons sur un volet culturel. C’est essentiel pour les futures générations », explique Einayet Msellem, de l’association Amana. Apporter aux jeunes une éducation que l’école publique ne dispense pas est devenu une priorité. Les enfants de l’école de la rue de Russie, à Tunis, ont ainsi monté, avec le soutien du Réseau national anticorruption (RNAC), une pièce sur la prévarication et débattent du sujet avec des enfants des régions. « Il faut former pour le futur », répète à l’envi Taoufik Chamari, président du RNAC.

FETHI BELAID/AFP

r é s i s ta n c e . L’association

S’il n’y avait le témoignage des images, on n’aurait pas conservé grand-chose de l’explosion créatrice du 14-Janvier. Une révolution sans culture n’en est pas une », assure le réalisateur Walid Tayaa. L’art et le savoir sont redevenus d’actualité. « Les artistes ont été les premiers menacés par la montée du radicalisme religieux. On en a tiré les conséquences », explique Meriem, une plasticienne. Les passages à l’acte sont souvent citoyens et dépourvus de toute provocation. Par centaines, jeunes et moins jeunes s’installent avenue Habib-Bourguiba un livre à la main pour des séances de lecture collective afin de promouvoir le savoir, conçu comme un droit jEunE AFrIquE

p Séance de lecture collective, avenue HabibBourguiba, à Tunis.

pour tous. D’autres dansent ou occupent les théâtres pour affirmer leur rôle en tant qu’artistes. « Nous étions interdits de rap sous Ben Ali. Il n’est plus question de nous soumettre. Notre message est porteur de liberté », clame Bahri Ben Yahmed, danseur et promoteur de performances urbaines. pédagogie. Tunis bouge, les

régions de l’intérieur aussi. « Nous avons mis quelque temps à comprendre qu’il nous fallait être à l’écoute. Il ne s’agissait pas d’apporter uniquement un soutien mais aussi de l’espoir », assure Selma, du réseau associatif Jamiati. Éveil à la citoyenneté, sensibilisation aux enjeux de la

Al-Bawsala, elle, s’est fixé pour mission d’informer en temps réel. Elle a d’ailleurs irrité les élus en mettant en place un système de veille qui permet aux citoyens de suivre, en toute transparence, les activités des constituants, depuis leurs votes jusqu’à leur assiduité. La société civile a choisi d’enfoncer le clou et multiplie les poches de résistance pour éviter que le pays ne bascule dans l’obscurantisme. « L’avenir est plus à faire qu’à prédire. Chacun exerce sa résistance dans sa sphère d’influence. Cela aboutit à des milliers d’initiatives émanant de toutes parts. Additionnées les unes aux autres, elles constituent une force qui interpelle ceux qui ont les clés du pouvoir », analyse le statisticien Hassen Zargouni. Les résultats se font sentir; les Tunisiens s’imposent, esquissent d’importantes avancées et apprennent à pratiquer un vivre-ensemble. Si ce n’était les embûches politiques et économiques, ils auraient tout lieu d’être optimistes. « Le travail ne fait que commencer et doit beaucoup aux femmes. Après les élections et avec la mise en place de réformes, nous serons, tous ensemble, sur la bonne trajectoire », assure Jihène, une militante féministe. l n o 2729-2730 • Du 28 AvrIL Au 11 mAI 2013


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europe, Amériques, Asie

frAnCe

Laurent fabius « Au Mali, nous avons gagné la guerre. Reste à gagner la paix » Le ministre des Affaires étrangères fait le tour d’un continent qu’il découvre avec passion. De Tunis à Bangui et du Sahara aux Grands Lacs en passant par Bamako, où, dit-il, personne ou presque n’aurait été « capable de faire ce que la France a fait ». Propos recueillis par

D

frAnçOiS SOuDAn

et

MALikA GrOGA-BADA

e mémoire de Quai d’Orsay, nul ministre des Affaires étrangères n’a autant voyagé que lui en un an. Fort heureusement, Laurent Fabius, 66 ans, dort dans les avions. « Pas que dans les avions, sourit-il, allusion à ces fréquents piquages de nez en pleine Assemblée nationale qui font le miel des photographes. Mais attention, comme les crocodiles de Yamoussoukro, je ne dors que d’un œil! » On ne connaissait pas cet humour à celui qui fut, il y a trois décennies, le plus jeune Premier ministre de France, tantl’imagedefroideur,demanqued’empathie,voire de suffisance, jointe à un langage souvent corrosif, avait fini par lui coller à la peau. Si Laurent Fabius a quelque peu changé, de l’avis de ses proches, c’est tout simplement qu’il est heureux. Heureux d’occuper le bureau du comte de Vergennes qu’il convoitait, heureux de s’asseoir dans ce fauteuil à sa mesure, soulagé d’avoir enfin fait son deuil de toute ambition présidentielle, exactement comme son prédécesseur et quasi-clone de droite, Alain Juppé – pour qui il n’a d’ailleurs que des phrases aimables. Revenu de tout, ou presque (outre Matignon, il a déjà occupé trois ministères différents, la présidence de l’Assemblée et la direction du Parti socialiste), le numéro deux du gouvernement découvre avec une passion évidente ce qu’il connaissait mal : le monde.LuiquieutpourFrançoisHollandedesmots bien peu amènes jouit désormais d’une relation de confiance avec le président, dont le portrait trône sur un chevalet à la droite de son bureau de travail. L’ancien rival rallié sous la contrainte de la primaire est devenu un légitimiste suffisamment habile pour cacher ses états d’âme. Un homme libre aussi, même si, en passant du technocratique au n o 2729-2730 • du 28 AvRil Au 11 MAi 2013

diplomatique, il n’est pas sûr que la langue fabiusienne ait beaucoup gagné en tonicité. Entre deux avions donc, le ministre des Affaires étrangères de la France a fait pour Jeune Afrique son tour du continent.

Bio express

jeune Afrique: L’attentat contre l’ambassade de france à Tripoli, le 23 avril, est-il le premier « effet boomerang » de l’intervention française au Mali? LAurenT fABiuS : Cet attentat n’a, à ce jour, fait

Élu pour la première fois député (socialiste) de la Seine-Maritime

l’objet d’aucune revendication. Quelques heures après, je me suis rendu à Tripoli pour apporter le soutien du gouvernement aux deux gendarmes blessés et pour organiser, avec nos diplomates et les autorités libyennes, le renforcement de la sécurité de nos implantations. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris, qui doit permettre, toujours en liaison avec les autorités libyennes, de faire la lumière sur les circonstances de cet acte lâche et odieux, et d’en identifier les auteurs. En s’attaquant à notre ambassade, ces derniers ont voulu s’en prendre non seulement à la France, mais aussi à l’amitié entre les peuples libyen et français et, d’une façon plus large, à tous ceux qui luttent contre le terrorisme, partout dans le monde. Ils devront rendre des comptes. Vous vous êtes beaucoup impliqué dans la libération, le 19 avril, de la famille française retenue en otage par le groupe Boko Haram. On a du mal à croire qu’aucune rançon n’a été versée…

À tort. Nous respectons la règle fixée par le président de la République : la France ne paie pas de rançon. Il faut bien comprendre que si l’on suit une autre logique, on expose davantage encore nos ressortissants. lll

20 août 1946

Naissance à Paris

1978

1981-1984

Ministre de François Mitterrand (Budget, Industrie et Recherche)

1984-1986

Premier ministre

1988-1992,

puis 1997-2000 Président de l’Assemblée nationale

1992-1993

Premier secrétaire du PS

2000-2002

Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie

2006

Battu par Ségolène Royal à la primaire du PS pour la présidentielle

2012

Ministre des Affaires étrangères jeune AfRique


Antonin BorgeAud pour J.A.

u Le 22 avril, dans son bureau du Quai d’Orsay, à Paris. Un homme libre, heureux d’occuper le fauteuil dont il rêvait.


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Le président camerounais Paul Biya vous a-t-il demandé une contrepartie politique en échange de son implication ? lll

À aucun moment. Après l’enlèvement, je suis entré en relation avec les présidents Goodluck Jonathan et Paul Biya. Ils se sont montrés très attentifs et ont souhaité s’impliquer dans le règlement de cette situation dramatique – notamment le président Biya. À aucun moment d’autres éléments ne sont intervenus dans la discussion. Sur un plan général,cesuccèstémoignedesbonnesrelationsqui existent entre le Cameroun et la France. Employeur de M. Moulin-Fournier et opérateur important au Cameroun, GDF Suez, au lieu d’envisager de partir après cet épisode tragique, a au contraire décidé de rester. Dans cette affaire comme dans le dossier du Mali, certains chefs d’État ne sont-ils pas tentés de « monnayer » leur soutien à la France en échange de votre bienveillance à leur égard ? Ce serait de bonne guerre, après tout…

Votre question est directe, ma réponse aussi: non.

Lors de sa récente visite à Paris, Denis Sassou Nguesso, le président congolais, a déclaré ceci : « Le principe auquel nous avons souscrit au plan n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

international est celui de la non-ingérence dans les affaires intérieures. Ce principe doit être respecté pour que la justice française ne se sente pas le droit de traiter de problèmes intérieurs d’autres États. » Qu’en pensez-vous ?

Il existe des lois nationales et des lois internationales. Il est normal qu’on les respecte. Un chef d’État peut-il faire modifier une Constitution pour pouvoir se représenter ?

Nous sommes, chacun le sait, très attachés à la défense et à la promotion des valeurs démocratiques, partout dans le monde. Pour autant, nous n’avons pas vocation à décider à la place des autorités politiques d’autres pays. Quand il y a des choses à dire, nous les disons. Ce qui compte, c’est l’efficacité. Je veux cependant souligner que, sur la durée et s’agissant du continent africain en général, des progrès importants ont été accomplis, même si certains pays connaissent encore en matière de démocratie des entraves et des retards. Alain Juppé, votre prédécesseur, était plus direct: il était contre.

Ne créons pas de fausse querelle : l’important est de progresser concrètement. Concernant la politique africaine de la France, si vous souhaitez jeune afrique


Laurent Fabius t Tripoli, le 23 avril, sur les lieux de l’attentat à la voiture piégée contre l’ambassade de France.

au mois de juillet. Le mot a déplu, son côté comminatoire…

Ce que le président a voulu dire, c’est que, pour traiter les problèmes du Mali, il faut non seulement veiller à la sécurité de ce pays, à son développement économique, mais aussi à la démocratie et au dialogue politique. Celui-ci implique notamment l’organisation par les Maliens d’élections dans les délais prévus. L’Assemblée nationale a voté, à l’unanimité, une feuille de route qui fixe la date de la consultation au mois de juillet. C’est le bon moment. Malgré l’absence de fichier électoral ? Malgré les problèmes de sécurité ?

MAHMUD TURKIA/AFP

Je me suis rendu récemment sur place et j’ai évoqué l’ensemble de ces points avec les autorités de la transition et les dirigeants des principaux partis. Ils sont d’accord sur la nécessité d’organiser la présidentielle en juillet. Les candidats se déclarent, la campagne se prépare. Tout doit être mis en œuvre sans délai sur le plan technique pour que cet objectif soit respecté. Pour les législatives, il est raisonnable et souhaitable qu’elles aient lieu dans la foulée. Nous sommes en train de gagner la guerre au Mali, il faut maintenant gagner la paix.

comparerl’approchedesgouvernementsprécédents et la nôtre, il existe des différences incontestables. Par exemple, leur approche de l’Afrique a souvent été partielle, limitée à l’Afrique noire subsaharienne et francophone ; or l’Afrique, c’est aussi l’Afrique du Nord et l’Afrique anglophone. Notre propre approche consiste à prendre en compte la pluralité et la diversité du continent. Autre différence : dans le passé – même si certains ont su échapper à ce travers –, l’approche officielle française est souvent apparue condescendante. Tantôt utilitariste, tantôt arrogante, quand ce n’était pas les deux. Pour notre part, nous souhaitons une approche d’égal à égal, entre partenaires. Enfin, la politique pratiquée dans le passé a parfois manqué de continuité et préféré les « coups ». Nous, nous croyons profondément en l’avenir du continent africain ; nous voulons l’appuyer sur les plans démocratique, économique et sécuritaire. L’Afrique et les Africains joueront un rôle majeur et positif dans ce siècle. Bref, si vous comparezlesdeuxdiscours-programmesprononcés ces dernières années par des présidents français à Dakar, ma préférence, vous l’aurez deviné, va au plus récent… Venons-en au Mali. « Je serai intraitable », a dit François Hollande à propos de la tenue d’élections jeune afrique

L’armée malienne est tout sauf opérationnelle et républicaine. Quand le sera-t-elle ?

L’armée malienne a été très affaiblie, c’est vrai. Ce n’est pas son courage qui est en cause, mais sa formation, son organisation et son équipement. Depuis quelques semaines, l’EUTM, c’est-à-dire l’Union européenne, conduit un intense travail de formation sous la direction efficace du général Lecointre. Celle-ci se fait bataillon par bataillon. Elle va donner des résultats, mais cela prendra du temps. À terme, l’armée malienne sera renforcée, capable de défendre le territoire national et de protéger la démocratie. Entre-temps, pour garantir

À la différence du gouvernement précédent, notre approche de l’Afrique n’est ni arrogante ni utilitariste. la sécurité, une vaste mission onusienne de maintien de la paix va bientôt être déployée. Dans le cadre d’une convention entre les gouvernements français et malien, et en liaison avec l’ONU, une force française d’environ un millier d’hommes sera présente sur place pour empêcher tout retour des groupes terroristes. Le rétablissement durable de la sécurité du territoire malien est engagé. Le capitaine putschiste Amadou Sanogo conserve une forte influence à Bamako. Comment le tenir à l’écart de la scène politique ? n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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Europe, Amériques, Asie France Il existe une règle dans tout pays démocratique : l’arméeestauservicedupouvoircivil.Pointàlaligne. Ne représente-t-il pas un danger pour la démocratie ?

Je n’ai pas à entrer dans ce genre de considérations. Et je n’ai jamais rencontré ce monsieur. L’Élysée a « pris acte » du renversement du président François Bozizé en Centrafrique. Pourquoi ne pas avoir condamné ce putsch et réclamé le retour à la légalité constitutionnelle ?

L’ancien président Bozizé a échoué : il avait pris des engagements qu’il n’a pas tenus, notamment en ce qui concerne la formation d’un gouvernement de large union. Face à cette situation, nous agissons avec nos amis et collègues de l’Union africaine et de la Ceeac en faveur de la paix, sans nous substituer aux autorités en place.

Six cent cinquante militaires français sont stationnés à Bangui. À quoi servent-ils ?

Leur rôle est de sécuriser l’aéroport et les représentations diplomatiques et d’effectuer des patrouilles en ville. L’idéal serait que les forces locales et régionales assurent la sécurité. J’espère qu’on y arrivera. En attendant, l’ensemble des autorités régionales et l’Union africaine nous ont demandé d’être présents. Où en sont les relations, toujours sensibles, entre la France et le Rwanda ?

La situation dans les Grands Lacs est une question importante, elle compte pour la France. Dès le début de notre intervention au Mali, les autorités du Rwanda et de la RD Congo se sont manifestées pour nous soutenir, notamment Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, qui est attachée à l’existence de bonnes relations entre nos deux pays. Le passé a été difficile, mais il est temps aujourd’hui de nous tourner, ensemble, vers l’avenir afin de stabiliser la région. La France est membre permanent du Conseil de sécurité. Elle est reconnue par ces différents pays comme un interlocuteur important. Tout de même, la normalisation entre Paris et Kigali paraît bien lente…

Elle se fera.

de l’homme le mandat du contingent onusien au Sahara occidental. Quelle est votre position ?

Depuis longtemps, ce que nous souhaitons, c’est une solution juste, durable, mutuellement agréée sous l’égide des Nations unies, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Le plan d’autonomie marocain de 2007 est une base sérieuse et crédible en vue d’une solution négociée. Dans ce contexte, les États-Unis avaient songé à une résolution. Le Maroc en a été surpris, car, même si les choses ne sont pas parfaites, des progrès ont eu lieu en matière de droits de l’homme. Depuis, le débat a évolué [les États-Unis sont revenus, le 24 avril, sur leur recommandation d’inclure la clause concernée dans le mandat de la Minurso, NDLR]. Pour ce qui nous concerne, nous sommes résolument en faveur des droits de l’homme, mais dans des conditions qui soient utiles et efficaces. Une initiative qui entraînerait le blocage de la Minurso ne ferait rien avancer. Or il est d’autant plus important d’avancer que la question du Sahara occidental bloque malheureusement les progrès sur l’union du Maghreb. Lors du déclenchement de l’opération Serval au Mali, vous avez annoncé que l’Algérie autorisait sans restriction le survol de son territoire par des avions de l’armée de l’air. Cette indiscrétion a gêné les autorités d’Alger. Gaffe calculée ?

Je n’ai pas eu le sentiment d’une gêne. Nos relations avec l’Algérie sont excellentes. Un état d’esprit constructif et amical se manifeste sur les nombreux sujets abordés: l’Histoire, la circulation, l’économie, les questions régionales, etc. Le voyage de François Hollande y a beaucoup contribué. Malheureusement, l’avancée des jihadistes au

En Tunisie, tous ceux qui ont lutté pour la dignité et les libertés doivent se retrouver dans l’évolution en cours. Mali et les événements d’In Amenas aussi. Dans la crise malienne, les Algériens font preuve d’une grande fermeté. Eux-mêmes ont beaucoup souffert du terrorisme. Nous partageons les mêmes principes, à savoir que l’intégrité du Mali doit être respectée et qu’il ne peut exister deux forces armées dans ce pays.

Comptez-vous vous rendre bientôt au Rwanda ?

Sans doute. Nous sommes très attachés à la Francophonie, qui est une grande et belle aventure, mais nous voulons aussi être présents dans l’ensemble de l’Afrique. J’ai par exemple prévu un déplacement en Angola, dans quelques semaines. Susan Rice, la représentante américaine à l’ONU, a récemment irrité le Maroc en déposant un projet de résolution étendant à la surveillance des droits n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

La Tunisie va-t-elle dans le bon ou le mauvais sens?

Au début des transitions arabes, j’ai pensé qu’elle était probablement le pays où une réussite serait la plus aisée à obtenir. Parce qu’elle possède un solide niveau d’éducation, un niveau économique appréciable, une tradition de précurseur pour les droits des femmes. Mais toute transition est difficile. Aujourd’hui, la situation tunisienne n’est pas complètement stabilisée, d’évidentes difficultés jEunE afriquE


Laurent Fabius choix de la France a incontestablement contribué à l’octroi à la Palestine d’un statut d’État observateur non membre. Nos relations sont bonnes avec les divers protagonistes. Nous sommes disponibles pour favoriser les avancées.

Antonin BorgeAud pour J.A.

Les États-Unis viennent d’annoncer le doublement de leur aide à l’opposition syrienne, mais il s’agit toujours d’une aide non létale. Êtes-vous déçu ?

demeurent. Nous n’avons pas à nous substituer aux responsables tunisiens, mais nous appuyons économiquement leur pays, dont nous sommes proches. Et nous souhaitons que tous ceux qui ont lutté pour la dignité et les libertés se retrouvent pleinement dans l’évolution en cours. Il est d’ailleurs prévu que le président Hollande s’y rende au début de l’été. Manuel Valls, votre collègue de l’Intérieur, a évoqué le risque d’un « fascisme islamiste » en Tunisie. Diriez-vous la même chose ?

Jepensequ’ilfautsurtoutprendregardeàl’extrémisationdespositions:cela,toutlemondeenconvient. En réponse, le président Marzouki a estimé que « la gauche française a toujours du mal à comprendre le monde arabe et islamique »…

Évitons, si vous le voulez bien, les généralisations. De part et d’autre. Pensez-vous que la solution à deux États, israélien et palestinien, soit encore envisageable alors que l’administration Netanyahou poursuit sa politique de colonisation à outrance ?

p Au cours de l’entretien avec J.A. « Notre politique étrangère dispose en France d’un net soutien, qui ne varie pas au gré des sondages. »

Au contraire, j’ai perçu la position exposée par John Kerry à Istanbul comme une avancée. L’implication plus grande des Américains traduit la prise de conscience générale que, si la situation sur le terrain ne change pas, on risque un éclatement de la Syrie, avec des conséquences gravissimes pour ce pays comme pour l’ensemble de la région. Il faut empêcher que cette tragédie épouvantable ne s’aggrave – on en est à près de cent mille morts! – et que les extrémistes des deux côtés se renforcent. C’est pourquoi nous soutenons l’opposition responsable de la Coalition nationale syrienne. Je regrette la démission de Moaz al-Khatib, qui avait pris position en faveur du dialogue politique. Pour avancer dans cette voie, nous avons besoin de dirigeants comme lui. Je souhaite que son successeur puisse reprendre son travail pour aller vers une solution politique dans la ligne de l’accord de Genève, en 2012. Si l’on en croit les derniers sondages, le président Hollande est en dessous de la barre des 30 % d’opinions favorables. Un tel pourcentage n’affaiblit-il pas la voix de la France ?

Notre politique étrangère est un sujet sur lequel le gouvernement dispose, en France comme à l’étranger, d’un net soutien. Quant à notre poids sur la scène internationale, il est lié à des données de fond qui ne varient pas au gré des sondages. L’intervention au Mali nous a conféré un surcroît de crédibilité en Afrique – où la totalité des pays soutient notre action. Ces pays savent qu’il n’existera pas de développement durable et stable sans sécurité. Ils constatent que les pays capables de réaliser avec succès ce qu’a fait la France au Mali se comptent sur les doigts d’une main. Voire d’une demi-main !

Oui, elle est encore possible. Mais elle serait gravement mise en cause si la colonisation devait se poursuivre, à l’encontre de toutes les résolutions internationales. Il faut avancer vers cette solution des deux États, et avancer vite. Ce sont des sujets que nous traitons avec les Israéliens, les Palestiniens et d’autres, notamment John Kerry, le secrétaire d’État américain, qui est très impliqué dans ce dossier.

On ne doit pas gouverner avec l’œil rivé sur les sondages, mais à partir de l’intérêt général.

De Sarkozy à Hollande, qu’est-ce qui a changé dans l’approche française du problème israélopalestinien ?

Comme tous les ministres, vous avez été contraint de rendre public votre patrimoine. Et vous êtes en tête de liste. L’avez-vous fait de bon cœur ?

Ce que je sais, c’est que notre politique consiste à travailler pour la paix, à garantir le droit à la sécurité d’Israël et à reconnaître le droit des Palestiniens à disposer d’un État. Pas seulement en théorie : concrètement. Aux Nations unies, l’an dernier, le jeune afrique

Cela n’a eu aucun effet sur la cote de popularité du président…

J’applique la règle qui concerne chaque membre du gouvernement. Sans état d’âme, vraiment ?

Je vous fais la même réponse. l n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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Europe, Amériques, Asie CHINE

au pays de l’or rouge Ex-colonie britannique, Hong Kong est devenu l’une des principales places financières offshore de la planète. Mais les dirigeants de la République populaire se gardent bien de le crier sur les toits !

à

qu’il arrive et grâce à la tutelle chinoise, le gouvernement de Hong Kong peut dormir tranquille. » La très grande majorité des quelque 900000 sociétés enregistrées ici appartient à des étrangers et n’a aucune activité réelle sur le territoire. Créer une limited company ne prend que quelques jours et coûte moins de 1 000 euros. On peut tout faire à distance grâce à des packages clés en main proposés par tel ou tel intermédiaire – ils sont ici des centaines. Il est également possible d’acheter une société « sur l’étagère », c’est-à-dire toute prête, avec ses statuts, ses certifications d’actions et même le nom de son administrateur. Il ne reste plus alors qu’à ouvrir un compte au nom de cette société dans l’une des deux cents banques représentées sur le territoire. « Hong Kong est une place financière intéressante tant pour les sociétés cotées que pour les investisseurs, explique Ronald Arculli, le président de la Bourse locale. Il n’y a aucune restriction sur les mouvements de capitaux et les taxes sont très simplifiées. Il n’y en a par exemple ni sur les dividendes, ni sur les gains financiers, ni sur l’impôt sur les successions. La devise est convertible, et les titres peuvent Secret bancaire. Lors du G20 de Londres, en avril 2009, le président chinois circuler librement. Mais le cadre législatif Hu Jintao avait exigé que Hong Kong, ce est bien défini. Et le secteur bancaire et royaume du secret bancaire, ne soit pas boursier est stable. » mentionné dans la liste grise des paradis La forme la plus prisée est ici la BVI, fiscaux. De fait, son nom n’apparaît sigle désignant une société offshore enregistrée aux British Virgin Islands que dans un discret entrefilet de bas de page… Quatre ans plus (les îles Vierges britanniques). Les BVI seraient ainsi la deutard, rien n’a changé : le G20 le flanque à Hong Kong xième source d’investis« paradis » sements étrangers en une paix royale. Et ce hong-kongais Chine. Et la première n’est pas François destination choiHollande, le préPlus de 3 000 avocats d’affaires et sie par les exilés sident français, 200 banques fiscaux chinois. qui lui en a souf1 000 milliards de dollars On estime que flé mot lors de (766 milliards d’euros) de fonds 40 % des sociétés sa première visite étrangers offshore enregistrées en Chine, les 25 et 900 000 sociétés dans le monde sont des 26 avril. « Les pressions enregistrées BVI. Une grande partie d’entre internationales sont à peu près nulles, confirme un diploelles ont un pied à Hong Kong. mate. On a l’impression que, quoi Les Le îles Vierges ont donc ouvert

Hong Kong, ce ne sont plus les banquiers qui font la loi. Ce sont les avocats. À Central District, le quartier des affaires, les cabinets de conseil financier, les fonds d’investissement et les avocats d’affaires sont désormais plus nombreux que les banques traditionnelles. Dans ce minuscule territoire aux portes de la Chine, ces derniers sont désormais plus de trois mille. « Chaque jour, nous traitons plusieurs centaines de demandes d’investisseurs étrangers qui souhaitent profiter d’avantages fiscaux », explique l’un d’eux. L’économie de l’ex-colonie britannique est en effet la plus libérale au monde. C’est un paradis fiscal à un jet de pierre de la Chine communiste. Un coffre-fort à l’usage des plus grandes fortunes de la région. Selon le Boston Consulting Group, quelque 1 000 milliards de dollars (766 milliards d’euros)defondsétrangersauraienttrouvé refuge à Hong Kong et à Singapour – l’autre paradis fiscal asiatique. À ce rythme, les deux villes auront dans quinze ans supplanté la Suisse en tant que plus grand centre financier offshore de la planète.

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cette année dans l’ex-colonie britannique davantage qu’une simple représentation: un véritable consulat habilité à délivrer des visas aux exilés fiscaux. opacité totale. Selon Hill & Associates,

un cabinet de consultants, la majorité des BVI appartient à des Chinois, ce qui « représente beaucoup d’argent ». Les capitaux chinois échappant à l’impôt transitent par Hong Kong avant de prendre le chemin des îles Vierges. Là-bas, aucune comptabilité n’est demandée, les formalités sont très simples et l’opacité totale. Le représentant des îles Vierges à Hong Kong jure que « l’anonymat de ses clients chinois ou hong-kongais » sera toujours respecté. « En Chine, la monnaie n’est pas convertible, nous explique un homme d’affaires européen. Les impôts y étant très élevés, la plupart de nos partenaires ne tiennent pas à y conserver leurs liquidités. Ils craignent d’être emprisonnés pour corruption, ou d’être plus lourdement imposés. Alors ils jeune afrique


Europe, Amériques, Asie

Ludovic MAiSANT

t À Central District, le quartier des affaires, les tours HSBC et Bank of China.

veulent tous créer une société écran dans un paradis fiscal ! » C’est la mésaventure survenue à JeanJacquesAugier,l’ancientrésorierdelacampagneprésidentielledeFrançoisHollande, quipossèdeenChineplusieursboucheries et un réseau de librairies (International Bookstores), conjointement avec un partenaire local, Xi Shu, éminent membre

du Parti communiste et de la Conférence consultative politique du peuple chinois, et cependant fervent adepte des paradis fiscaux. inculpations. Les scandales dont la République populaire a été récemment le théâtre ont tous débuté de la même manière : par la découverte d’avoirs dans

des paradis fiscaux. Ce fut le cas pour Bo Xilai, ancien ministre du Commerce et chef du Parti à Chongqing, aujourd’hui inculpé pour corruption. Lui et sa famille posséderaient à Hong Kong plusieurs dizaines d’entreprises, des appartements et de nombreux comptes en banque. Bo Xiyong, autre parlementaire et frère du précédent, était pour sa part le patron de HKC Holdings, une société spécialisée dans l’énergie et les infrastructures montée avec un milliardaire indonésien. Bien à l’abri à Hong Kong, les deux hommes avaient en 2010 réussi à lever 25 millions de dollars auprès d’une société d’investissement américaine. Même la famille de Xi Jinping, l’actuel président, ne serait pas, s’il faut en croire l’agence de presse Bloomberg, exempte de tout reproche: elle posséderait à Hong Kong au moins six propriétés, le plus souvent gérées par des sociétés écrans. Au total, on estime que plus du tiers des appartements de luxe dans l’ancienne colonie appartiennent à des Chinois. Pékinrefusepourtantdefaireleménage. C’est que, membre du Parti ou homme d’affaires, chacun trouve son compte à la situation. Le mois dernier, le gouvernement de Hong Kong a tenté d’imposer en catimini le secret le plus absolu sur l’organigramme des entreprises enregistrées dans l’ex-colonie. Le public n’aurait plus eu accès à l’identité ni à l’adresse des présidents et des directeurs de limited company, qui n’auraient plus été désignés que par un code secret. Le tollé fut tel que les autorités on fait machine arrière. Mais pour combien de temps ? l sébastien le belzic, à Pékin et à Hong Kong

aux armes cybercitoyens !

A

près les responsables américains, russes et français, les Chinois vont-ils à leur tour être contraints de rendre public leur patrimoine ? Ce serait une étape sans doute décisive de la lutte contre la corruption. Le débat est récurrent mais, cette fois, l’opinion est chauffée à blanc. Grâce à internet et à la grande armée des blogueurs – ils sont un

jeune afrique

demi-milliard. Quand, en octobre 2012, le quotidien The New York Times (qui, pour cette enquête, vient d’obtenir le prix Pulitzer du reportage international) révéla que Wen Jiabao, l’ancien Premier ministre, et sa famille étaient à la tête d’une fortune estimée à 2,1 milliards d’euros, le Net s’enflamma. Depuis, il ne se passe plus une

semaine sans qu’un internaute fouille les tiroirs d’un cadre du Parti : montres de luxe, appartements à Hong Kong, exil fiscal à Singapour, mode de vie dispendieux… Plus rien n’échappe à la vigilance de ces cybercitoyens. Officiellement, tous les dirigeants doivent déclarer leurs biens et ont interdiction de posséder

des comptes à l’étranger. En réalité, il n’existe aucune instance de contrôle indépendante. Seul Yu Zhengsheng, ancien secrétaire du PCC à Shanghai et nouveau membre du Bureau politique, s’est dit prêt à révéler le détail de ses biens personnels… À condition, bien sûr, que le Parti le lui s.l.b. demande. l n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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une nouvelle polémique sur l’intégration des jeunes musulmans. Du coup, les journaux s’interrogent : comment peut-il faire autant d’erreurs en aussi Le candidat social-démocrate stagne dans les sondages et multiplie peu de temps ? Alors, au congrès d’Augsbourg, le les maladresses. Mais il conserve une chance de l’emporter SPD a tenté de faire table rase de ces sur Angela Merkel en septembre. Grâce au système des coalitions. errements. Pour contrer Merkel, dont la stratégie est clairement de marcher e veux être le chancelier chancelier Helmut Schmidt, puis a gravi sur ses plates-bandes sociales, il a effecd’Allemagne ! » Au congrès tué un virage à 180 degrés. À gauche tous les échelons : ministre-président de toute ! Les sociaux-démocrates proextraordinaire du Parti Rhénanie-du-Nord - Westphalie (2002mettent de créer un salaire minimum social-démocrate (SPD), 2005), ministre des Finances dans le gouvernement de grande coalition CDU(8,50 euros de l’heure) et une retraite à Augsbourg, c’est un Peer Steinbrück minimale de solidarité (850 euros par remonté à bloc qui a été acclamé par les SPD dirigé par Merkel (2005-2009)… mois), mais aussi d’instaurer l’égalité six cents délégués de son parti. Pourtant, salariale entre hommes et femmes. clowns. Mais ce père de trois enfants à cinq mois des élections fédérales, la Leur programme, baptisé « Pour un situation pourrait être meilleure. Désigné manque aussi de charisme. Et son francnouvel équilibre social », prévoit égaparler lui joue parfois des tours. Au début candidat en septembre 2012, l’adversaire d’Angela Merkel fait jusqu’à présent une de la campagne, il a été épinglé pour lement le relèvement de 44 % à 49 % du campagne désastreuse. Alors qu’il était plafond d’imposition, la mise donné potentiellement vainqueur en en place d’un mécanisme de salaire minimum, retraite contrôle de l’augmentation des 2011, il ne cesse depuis de dégringoler minimale de solidarité… dans les sondages et n’est plus crédité loyers et la généralisation de la que de 27 % des intentions de vote, double nationalité. Steinbrück le sPD met le cap à gauche ! quand la chancelière culmine à 41 %. souhaiterait en outre renforcer Il faut dire que ce Hambourgeois de le contrôle des marchés financiers et ses conférences grassement rétribuées 66 ans n’était que le troisième choix du interdire la spéculation, notamment et ses revenus annexes avoisinant le SPD. Il n’a été désigné qu’à la suite du sur les matières premières agricoles. Du million d’euros par an. Ce qui ne l’a pas retrait de Frank-Walter Steinmeier et empêché quelque temps après de juger le coup, l’aile gauche du parti se sentirait de celui de Sigmar Gabriel. Économiste job de chancelier « sous-payé ». En début presque pousser des ailes. Presque. Car de formation, il est issu d’une grande d’année, il a qualifié les responsables la réputation de « candidat millionnaire » et l’ombre de Gerhard Schröder, qui fut famille prussienne. Réputé excellent politiques italiens Silvio Berlusconi et orateur, c’est un adepte de la rigueur Beppe Grillo de « clowns », provoquant à l’origine du controversé Agenda 2010, une minicrise diplomatique. Enfin, il viennent vite doucher cet enthousiasme. budgétaire qui connaît ses dossiers sur le bout des doigts. Il a débuté sa carrière s’est dernièrement déclaré favorable aux Reste que la bataille est encore loin politique en 1978 comme conseiller du cours de sport non mixtes, déclenchant d’être perdue. Grâce au système des coalitions. Le SPD ne désespère pas en effet de reconduire son alliance avec les Verts, troisième force politique du pays. La présence au congrès de Claudia Roth, coprésidente du parti écologiste, avait manifestement pour objectif de couper court aux rumeurs persistantes d’une possible alliance desdits Grünen avec les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel. l ALLEMAGNE

Peer le gaffeur

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Johannes simon/Getty imaGes

Gwénaëlle Deboutte, à Berlin

t Peer Steinbrück à l’issue de son discours devant le congrès fédéral du Parti social-démocrate (SPD), le 14 avril, à Augsbourg (Bavière). n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

Jeune afrique


p À Caracas, le 14 avril, Nicolás Maduro et Cilia Flores viennent de se recueillir devant la dépouille de Hugo Chávez. VENEZUELA

Pas de potiche à Miraflores Compagne du nouveau chef de l’État, Cilia Flores est une chaviste pure et dure qui n’a nulle intention de faire de la figuration au palais présidentiel.

D

epuis le second divorce de Hugo Chávez, en 2004, le Venezuela n’avait plus de première dame. C’étaient les filles du Comandante qui, à l’occasion, en jouaient le rôle. Depuis l’élection de Nicolás Maduro à la présidence, le 14 avril, Cilia Flores, sa compagne, a hérité du titre et de la fonction. Enfin, presque. Le nouveau chef de l’État n’aime guère en effet l’expression de « première dame ». Il lui préfère, dans un style plus guerrier, celui de « première combattante de la patrie ». Quoi qu’il en soit, contrairement à la plupart de ses consœurs, cette dernière n’a aucune intention d’emménager au palais de Miraflores pour jouer les potiches ou les pasionarias de l’humanitaire. Procureure générale de la République et responsable du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) au pouvoir (des fonctions auxquelles elle vient de renoncer), cette avocate de 60 ans est l’une des grandes figures du chavisme. C’est elle qui a dirigé la campagne électorale de son compagnon et l’a incité à évoquer sans relâche l’héritage du président défunt. « Elle ne fera pas partie du décor de la présidence, elle jeune afrique

sera le bras droit de Maduro », estime son ami Calixto Ortega, député du PSUV. Cilia Flores a participé depuis le début à toutes les péripéties de l’épopée chaviste. Diplôméeàl’universitédeCaracas,spécialiste du droit pénal et du droit du travail, elle prend gratuitement la défense des militaires putschistes après l’échec de leur tentative de renversement du président Carlos Andrés Pérez, en février 1992. Lors de ses visites à la prison où ils sont détenus,

Avec Chávez, c’est une autre histoire. Et celle-là est politique. Jusqu’à sa mort, le 5 mars, des suites d’un cancer, Flores fut l’un des plus indéfectibles soutiens du Comandante. C’est elle qui, en tant qu’avocate, obtint par exemple sa libération, en 1994. Quatre ans plus tard, elle participa activement à sa campagne électorale victorieuse.

agressive. Membre du Mouvement révolutionnaire bolivarien (MBR-200), ancêtre du PSUV, elle est élue en 2000 députée à l’Assemblée nationale, puis réélue cinq ans plus tard. En 2006, elle succède à Maduro, nommé ministre des Affaires étrangères, à la présidence de la Chambre – elle est la première femme dans ce cas. Réputée pour son intransigeance, elle se montre parfois agressive, ce qui lui vaut en 1992, Maduro est en prison de la part de l’opposition de après un putsch raté. elle le virulentes critiques. En janrencontre, ils ne se quitteront plus. vier 2012, sachant qu’il peut compter sur elle en toutes elle se lie avec Maduro et Chávez. Le precirconstances, Chávez la nomme promier, de neuf ans son cadet, est chauffeur cureure générale de la République. C’est de bus: elle ne le quittera plus, même si le donc elle qui, à ce titre, reportera sine die couple ne s’est jamais marié et n’a pas eu la prestation de serment du président d’enfants – Cilia en a trois d’un premier malade – celle-ci aurait dû avoir lieu le mariage avec le député Walter Gavidia, 10 janvier dernier. Tout le monde à Caracas semble en être Maduro en a un, lui aussi. Bien que l’un et l’autre affichent leur foi catholique, « ils convaincu: l’influence de Cilia Flores sur le sont aussi des adeptes de la pensée de Sai nouveau président est considérable. Tant Baba, un très controversé maître spirituel qu’elle sera à ses côtés, le chavisme pur indiendécédéen2011»,expliquel’analyste et dur aura de beaux jours devant lui. l Marie villacèque politique Tony De Viveiros. n 0 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

Ramon Espinosa/ap/sipa

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parcours | D’ici et d’ailleurs

abdel raouf Dafri Des tripes et des lettres ce fils d’immigrés algériens s’est fait remarquer avec ses scénarios pour Un prophète et pour la série télévisée Braquo.

U

n sourire aux dents de loup, de grands yeux bleus qui ne vous quittent pas: quand abdel raouf dafri parle de son métier, c’est avec la verve de ses personnages. en plein après-midi, le scénariste engloutit un steak frites. et ne mâche pas ses mots. sa langue fleurie vient du parler populaire des quartiers deWattignies, près de lille, où il a grandi. il a un avis sur tout, et surtout sur la France, pays qu’il aime et critique tout aussi bien. pourtant, il est là, accessible, réactif, généreux dans ses réponses. À 48 ans, ce fils d’immigrés est l’un des scénaristes les plus en vue aujourd’hui. À peine a-t-il écrit les épisodes de la saison 3 de la série Braquo que le tournage commence, Caplan et sa bande de flics tentant de s’en sortir dans un polar grinçant aux allures de western. du pur dafri : un regard sociologique anxiogène, de l’action à l’américaine et une bonne dose de vécu. lorsque ses parents, illettrés, débarquent d’algérie en 1962, ils tiennent à donner à leurs sept enfants une éducation solide. « ils ne m’ont pas cassé les pieds avec l’algérie. Je sais d’où je viens, je parle l’arabe, je connais la mentalité par cœur, mais ce n’est pas mon pays. Je paie mes impôts ici, ma fille est française. » enfant, il préfère la lecture des bandes dessinées à la discipline scolaire. et apprend à aimer les histoires avec dumas et Hugo. « le système français n’est pas bâti pour les originaux, alors je ne me suis pas intéressé au système. » pourtant son père, ouvrier, veut qu’il ait un métier: un Cap de chaudronnier-soudeur fera l’affaire. À 16 ans, l’apprenti dafri regarde les westerns de sergio leone et y retrouve l’ambiance de sa cité. « les mecs avec qui j’ai grandi, c’étaient des gangsters. Moi, je n’avais pas les couilles pour être comme eux. J’avais un cerveau, ils avaient des tripes. » les sujets de ses futurs films sont là… Coup de chance : l’avènement des radios libres, en 1981, lui permet de

n o 2729-2730 • dU 28 avril aU 11 mai 2013

p « La France n’a pas intégré que les Arabes et les Noirs ont un cerveau », déclare l’auteur couronné par un International Emmy Award.

devenir journaliste. il apprend à rédiger et à se fabriquer une « horloge interne » du phrasé. « la base du scénario, c’est le rythme. en France, on le néglige, mais pour moi il faut que ça swingue! Clouer les gens à leur fauteuil, je sais faire. » Malgré quelques premières rencontres avec des sociétés de production, dafri attend son heure. Être « scénariste à louer », très peu pour lui. « Yves saint laurent n’est pas devenu Yves saint laurent en faisant la couturière, mais en devenant patron de collection. » Galères, RMI, tout en continuant à écrire les histoires qui germent dans sa tête. une série, La Commune, et un film,

Un prophète. l’arrivée de François Cognard à la tête de Canal+ Écriture va provoquer les rencontres nécessaires. Marco Cherqui décide de produire Un prophète et en confie la réalisation à Jacques audiard. le film obtient le grand prix du jury au Festival de Cannes et le césar du meilleur scénario. dafri rencontre aussi un jeune producteur, thomas langmann, dont le projet de biopic sur le criminel Jacques Mesrine est en train de prendre l’eau, et qui lui demande de revoir le scénario. le sujet n’emballe pas dafri: « pour moi, un mec qui abandonne sa famille pour devenir un fantasme de lui-même, c’est un connard. le véritable héros, c’est celui jeUne afriqUe


Europe, Amériques, Asie

En 2010, le scénariste reprend la série Braquo, créée par Olivier Marchal. Huit épisodes écrits seul et en un temps record. « Je n’avais aucune arche narrative et seulement trois semaines par épisode. Ce sont des premières versions qu’on voit à l’écran! » Son ton, moderne, est qualifié par certains de « néopolar ». « La première saison ne correspond pas à ma vision : les flics pleurent sur eux-mêmes et il n’y a pas d’Arabes ni de Noirs. » Le producteur de la série, Claude Chelli, confirme: « Abdel a contribué à désenclaver la série. Il a fait sortir les héros de leur commissariat. Ils sont au front, plongés dans la France multiethnique d’aujourd’hui. Abdel se documente avant d’écrire et part ensuite de ce réel brut pour le réinventer. » Et ses choix sont payants: l’audience atteint 1,3 million de téléspectateurs et Braquo décroche un International Emmy Award, première pour une série française. Une arête lui reste pourtant en travers de la gorge, la réaction des médias. « Très peu ont relayé l’information, et quand ils l’ont fait, ce n’est qu’en citant Marchal. Mais c’est la saison deux, écrite par un Arabe, qui a eu l’Emmy ! L’intellect est la chasse gardée du Blanc. La France n’a pas intégré que les Arabes et les Noirs ont un cerveau. Dans les années 1980, quand les polars américains étaient doublés, le personnage de couleur avait un accent petit nègre improbable pour un Noir de Brooklyn! C’est pour ça que j’écris : c’est le multiculturalisme qui m’intéresse, le cinéma doit toucher le peuple. » Dafri a tout de même accepté avec plaisir d’être fait chevalier des Arts et des Lettres en 2012. « Ça me rassure de constater qu’un enfant d’immigrés analphabètes peut, par les temps qui courent et sur la simple foi de son travail, recevoir cette distinction », dit-il. l

ROYAUME-UNI

nouveaux riches Chaque année, The Sunday Times dresse le palmarès des mille plus grosses fortunes du pays. Le dernier en date réserve bien des surprises.

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ous pensez qu’elle est la plus riche en son royaume ? Vous avezvingt-quatreansderetard! Lorsqu’en 1989 l’hebdomadairebritannique The Sunday Times établit pour la première fois sa liste des mille personnalités les plus fortunées du pays (« Rich List »), Élisabeth II trônait à la première place. Elle est dorénavant 268e, loin derrière ses féaux le duc de Westminster (8e) ou le comte de Cadogan (18e). Et ces aristocrates eux-mêmes sont devenus très minoritaires. En 1989, les marquis et autres vicomtes représentaient les deux tiers des deux cents plus grosses fortunes du Royaume-Uni. Souvent gros propriétaires terriens, ils ont cédé leurs domaines à une pléiade de nouveaux riches. Aujourd’hui, 77 % des Crésus nés ou résidant dans le royaume sont des roturiers qui ont fondé un empire dans le bâtiment, l’industrie ou la finance. Citons les entrepreneurs Philip Green (16e) et Richard Branson (19e), Bernie Ecclestone, le patron de formule 1 (26e), et l’ancien Beatle Paul McCartney (133e). Comble de l’hérésie, Sa Gracieuse Majesté est même devancée par les petites-filles de Paul Raymond, le défunt « roi du porno ». Depuis la mort de ce dernier, en 2008, India Rose James (21 ans) et Fawn, sa sœur (27 ans), sont à la tête de 329 millions de livres sterling (385 millions d’euros) dont

elles disposent sans complexe, multipliant les frasques pour la plus grande joie des magazines people. nababs. Autre bouleversement sociologique : il y a un quart de siècle, seuls 6 membres du top 100 étaient des étrangers résidant à l’année (ou une partie de l’année) au Royaume-Uni. Ils sont désormais 39, parmi lesquels 13 Russes et 12 Indiens, nationalités qui se partagent en outre les cinq premières places. Déjà première fortune de Russie, Alicher Ousmanov, un businessman d’origine ouzbèke, actionnaire de mines de fer, de l’opérateur de téléphonie MegaFon et du club de football d’Arsenal, l’est aussi, dorénavant, du Royaume-Uni. Avec 15,6 milliards d’euros, il a détrôné Lakshmi Mittal, le magnat indien de l’acier, qui, après avoir dominé le classement pendant huit ans, a connu quelques déboires et se retrouve en quatrième position – avec 11,8 milliards d’euros, quand même. Paradoxalement, alors que le pays est officiellement en récession, le nombre des milliardaires ne cesse de croître : 77 en 2012, 88 en 2013. La fortune cumulée des mille nababs atteint 527,3 milliards d’euros, soit 41,3 milliards de plus que l’année précédente. Bref, pour ces gens-là au moins, la vie est belle ! l Joséphine DeDet

q Le businessman russe Alicher Ousmanov chez Sotheby’s, à Londres.

ERIC MARTIN

qui se lève le matin et va bosser pour que sa femme et ses gosses puissent avoir un toit. » C’est parce que Langmann réussit à convaincre Vincent Cassel et que Jean-François Richet est à la réalisation que Dafri signe. Nouveau succès.

clémence lebatteux Photo : Vincent Fournier pour J.A. jEuNE AfRIquE

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N 0 2729-2730 • du 28 AvRIl Au 11 MAI 2013


Europe, Amériques, Asie

Dr

Mark Spowart/ap/tHE CaNaDIaN prESS/MEtro NEwS LoNDoN

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p Musulman d’origine libanaise, Ali Medlej (à g.) avait incité à se convertir deux de ses condisciples de la London South Secondary School : le Grec orthodoxe Xristos Katsiroubas (au centre) et le Coréen catholique Aaron Yoon (à dr.). CANADA

soldats perdus du jihad Deux terroristes abattus en janvier sur le site gazier algérien d’In Amenas étaient originaires de London, dans l’Ontario. ils ne sont pas les seuls islamistes radicaux dans ce cas.

F

injanvier,quelquesheuresaprèsla sanglante prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas, en Algérie, certains survivants avaient évoqué un détail curieux: l’un des jihadistes était « un grand blond » parlant « couramment l’anglais nord-américain ». L’homme a fini par être identifié grâce à des échantillons d’ADN prélevés sur sa dépouille. Il s’agissait de Xristos Katsiroubas, 24 ans, de nationalité canadienne. Parmi les corps des 29 assaillants tués, les enquêteurs vont aussi retrouver celui d’un certain Ali Medlej, même âge, même nationalité, et surtout, même ville d’origine : London, dans la province de l’Ontario (Centre-Est). Comment ces deux amis a priori sans histoire ont-ils pu se retrouver au cœur d’une opération terroriste d’une telle ampleur ? « Il y a des liens avérés entre une partie de la communauté somalienne de Toronto et certains groupes islamistes somaliens comme les Shebab, explique Aurélie Campana, professeure de sciences politiques à l’université de Laval. Mais avec des jihadistes du Sahel, c’est beaucoup plus surprenant. » Une dizaine de jours après la prise d’otages, les médias révèlent que deux autres jeunes de London, Aaron Yoon et Mujahid Enderi, seraient eux aussi liés à des groupes terroristes nord-africains. N o 2729-2730 • Du 28 avrIL au 11 MaI 2013

en classe, ils n’étaient pas pour autant des caïds. D’origine libanaise, le premier était musulman. C’est sous son influence que Katsiroubas, un Grec orthodoxe, et Yoon, un Coréen catholique, se seraient convertis vers l’âge de 16 ans. Mujahid Enderi, alias Ryan, a quant à lui quelques années de moins et des racines libyennes. En 2007, les services de renseignements s’intéressent brièvement à Ali et à Xristos, puis relâchent leur surveillance. À tort, car les jeunes se radicalisent peu à peu. Ils fréquentent sans conviction la mosquée de la ville, dont l’imam est loin d’être un radical, mais aussi, semble-t-il, des mosquées islamistes clandestines.

L’islam radical n’est pas une découverte au Canada, où l’on recense près de 1 million de musulmans. Ces dernières années, plusieurs groupes ont été démantelés. D’autres restent sous étroite surveillance. La semaine dernière, deux suspects liés à Al-Qaïda ont été arrêtés alors qu’ils préparaient un attentat dans un train. Certaines cellules faciils parlaient très mal le français litent le voyage de candidats et ne baragouinaient au jihad à l’étranger. Depuis le 11 septembre 2001, les que quelques mots d’arabe. services de renseignements canadiens estiment ainsi qu’une cinquanLes autorités canadiennes, qui ne taine d’individus ont rejoint différents contrôlent pas les sorties du terrigroupes à travers le monde, surtout en toire national de leurs ressortissants, Afghanistan, au Pakistan et en Afrique. ignorent la date exacte de leur départ pour l’Afrique. D’après les premiers éléPas des caïds. Les quatre jeunes de ments de l’enquête, c’était sans doute à la London ont-ils bénéficié d’un tel soutien? mi-2011. Aaron aurait rejoint Xristos et Ali Selon une source proche du dossier, le au Maroc, avant de gagner la Mauritanie. C’est là qu’il est arrêté, en décembre 2011, doute n’est guère permis : « Ces garçons parlaient très mal le français et ne baraaccusé d’entretenir des liens avec des terroristes et d’être sur le point de rejoindre gouinaient que quelques mots d’arabe. Ils ont forcément été encadrés tout au un camp d’entraînement. En juillet 2012, à Nouakchott, il est condamné à deux long de leur parcours. » Cet itinéraire, ans de prison. Quant à Ali et Xristos, justement, reste mal connu. Issus de la classe moyenne, les futurs jihadistes ont on perd leur trace. On ne les retrouvera fréquenté la London South Secondary qu’en janvier 2013, à In Amenas. Mujahid School, un établissement public. Medlej, Enderi, le plus jeune de la bande, s’est, lui, Katsiroubas et Yoon avaient le même évaporé. Il est activement recherché. l niveau scolaire. Pas forcément brillants Benjamin RogeR jEuNE afrIquE


Le pLus

de Jeune Afrique

Panorama L’effet Katumbi

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mines Du cuivre à perte de vue Carnet de route Kalemie, l’inconnue du lacTanganyika musique Joe Kizy va mettre le feu

Le Katanga Au-delà des mines

t Place Moïse-Tshombe, à Lubumbashi. Jeune afrique

n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

baudouin mouanda pour J.a.

Routes, logements, équipements… La plus riche province de RD Congo est en pleine reconstruction. Il lui reste cependant nombre de défis à relever, comme la diversification de ses ressources.


Standard Bank

Partenaire de l’avenir minier en RDC

D

u haut de ses 150 ans, le groupe Standard Bank a établi une plateforme d’opération avec un vaste réseau global. En effet, le Groupe ancre sa présence tant sur le continent africain (le Groupe est présent dans 18 pays), qu’aux quatre coins du globe (nous sommes établis dans 16 pays). La Standard Bank est fière d’être une banque d’envergure internationale aux profondes racines africaines. Son ambition est claire : libérer le potentiel inégalé des économies africaines. Pour y arriver, elle connecte l’Afrique aux marchés émergents en se basant sur sa longue expérience et son expertise incontestée dans le domaine des ressources naturelles.

Chris Newson, Directeur Général de Standard Bank Afrique pense qu’avec sa position stratégique située au cœur de l’Afrique, la RDC est un marché clé. Ses immenses ressources naturelles ainsi que sa capacité à jouer un rôle crucial dans une économie mondiale où les cartes sont en pleine redistribution expliquent tant l’intérêt porté à ce pays, que la présence de groupes mondiaux (BHP Billiton, Rio Tinto, Ashanti Gold, FMI ou Glencore) attirés par ses considérables perspectives pour les décennies à venir.

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR

La vision est claire : bâtir une banque dotée d’une compréhension approfondie des contextes macro et microéconomiques des pays dans lesquels le groupe opère, mais aussi une connaissance granulaire des secteurs qui alimentent la croissance mondiale, tel que les mines. En outre, Standard Bank collabore étroitement tant avec les organisations internationales que les gouvernements. « La Banque est sur le terrain aux cotés de ses clients avec une offre personnalisée. » ajoute-t-il. Récemment, Chris Newson a annoncé la nomination de M. Éric Mboma au poste de Directeur Général de la Standard Bank RDC. Il lui a confié la responsabilité de mettre en place la stratégie de croissance du

Groupe en RDC tout en soutenant les investissements miniers et infrastructurels dans l›ensemble de la région de l’Afrique centrale et de l’Ouest. Eric Mboma a déclaré « Même si la RDC reste confrontée à d’importants défis qui affectent sa confiance en elle, le Congo est indéniablement en pleine mutation. Il est face à ce que je décrirais comme une fenêtre d’opportunité. Cette décennie lui offre de transformer structurellement l’essai sur le plan économique et social en répondant à la demande mondiale de ressources naturelles. Indiscutablement, il est exaltant de faire partie de la stratégie de développement de la Standard Bank et de mettre en place son agenda consistant à renforcer les échanges entre l’Afrique et les marchés émergents. Conduire cette stratégie en RDC est un défi des plus enthousiasmants. Il était impensable de repousser ce opportunité. Fort du dynamisme cette et de l’expérience de l’ensemble de me collaborateurs, et doté de la mes vi vision ambitieuse que nourrit le Gr Groupe, Standard Bank RDC es outillée pour relever est le défis spécifiques à les l’ des marchés les l’un pl prometteurs plus au monde.» ▲ Éric Mboma, Directeur Général de Standard Bank RDC


Le pLus

Le Plus de Jeune Afrique

75

de Jeune Afrique

Le Katanga ng Au-delà des mines

Prélude

Tshitenge Lubabu M.K.

Destins croisés

l’ancien colonisateur. Derrière Katumbi, il y a le Katanga.

Regardons celui de la province. Tshombe avait réussi à la détacher du reste du congo, alors que Katumbi se dit attaché à une république unitaire. derrière Tshombe, il y avait la main de l’ancien colonisateur. derrière Katumbi, il y a le Katanga. Après avoir été contraint de renoncer à la sécession, moïse l’Ancien s’était retrouvé miraculeusement nommé Premier ministre à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) avant de devoir reprendre le chemin de l’exil. Son ultime tentative de reconquête du pouvoir central se terminera par un atterrissage forcé à Alger, une assignation à résidence et une mortsuspectesousBoumédiène.cemoïse-là était populaire, ou populiste, c’est selon. Katumbi,lui,estrevenud’exil.comptetenu de son sens aigu des affaires, sa réussite en ce domaine n’a surpris personne. À ceci près que, dans un pays où les hommes d’affaires autochtonessontuneespèceenvoied’extinction, elle a fait de lui une icône. Son élection à la tête de la province minière en 2007 en a, en revanche, étonné plus d’un. depuis, ses efforts pour tirer le Katanga vers le haut n’ont pas fléchi. et, même s’il reste beaucoup à faire, on ne peut que reconnaître qu’ils n’ont pas été vains: le budget de la province Jeune Afrique

la province, les « dons de moïse Katumbi » sont légion. L’aura de l’homme tient aussi au fait qu’il a réussi à apporter du rêve à ses administrés – et à tous les congolais – à travers les succès de l’équipe de football dont il a pris les commandes en 1997, le Tout Puissant mazembe, l’un des meilleurs clubs du continent. Ange ou démon, le gouverneur du Katanga séduit autant qu’il dérange. et brouille les cartes avec un brio indéniable. Voilà pourtant qu’il a décidé de passer la main et de ne pas solliciter un nouveau mandat de gouverneur, les prochaines élections provinciales étant reportées aux calendes grecques car l’État congolais n’a pas les moyens nécessaires pour les organiser. mais faut-il le croire quand il déclare ne pas être « un obsédé de la politique » ? une chose est sûre: ce moïse-là ne garde plus sa langue dans sa poche. il dit, par exemple, que l’impunité reste le plus grand mal dont souffre son pays. en d’autres termes, que l’État doit cesser d’être faible. ce qu’il fallait démontrer. l n o 2729-2730 • Du 28 Avril Au 11 MAi 2013

Panorama L’effet Katumbi

p. 76

Statut un territoire, trois options

p. 78

IntervIew antoine Gabriel Kyungu, président de l’assemblée provinciale p. 79 fLaSh-bacK chronique katangaisep. 82 commerce extérIeur un bon client p. 86 énerGIe bras de fer entre la Gécamines et la Snel p. 88 mIneS tenke fungurume, du cuivre à perte de vue p. 93 SouS-traItance Dans le sillage des compagnies

p. 96

aGroaLImentaIre Produire plus pour importer moins p. 105 carnet De route Muriel Devey pour J.A.

A

ujourd’hui comme hier, n’a cessé d’augmenter, ses ressources sont réinvesties, la réhabilitation et la construction dès que la province la plus méridionale de la république se poursuivent et, dans tous les secteurs, on démocratique du congo frémit, semble travailler plus qu’ailleurs. chacun redoute la tourmente. car qui dit La frontière est-elle cependant si nette Katanga pense mines. Sans compter que, entre le gouverneur et le propriétaire d’entrepour le congolais ordinaire, le Katangais est un homme de tête – présupposé qui, prises? difficile en effet de savoir si Katumbi bien entendu, n’engage que ceux qui y est uniquement au service de la province croient. cette parenthèse refermée, il est ou s’il ne garde pas un œil sur ses affaires, frappant de constater que, à cinquante ans dont il s’est retiré en en confiant la direction d’intervalle, la province a connu deux dirià ses proches au début de son mandat. est-il geants prénommés moïse: moïse Kapenda normal de faire réaliser des travaux d’intérêt public avec des fonds personnels ? ou Tshombe, l’homme de la sécession de 1960, si désintéressé que cela de multiplier les et moïse Katumbi chapwe, l’actuel gouver« cadeaux » ? Bus, bateaux, maïs, matériel neur. comme moïse le jeune, son illustre scolaire, équipements sportifs, etc. : dans prédécesseur, Tshombe, a été un homme d’affaires prospère avant d’entrer en politique. Leurs destins sont-ils Derrière Tshombe, il y avait pour autant comparables ?

Kalemie, l’inconnue du lac tanganyika p. 110 urbanISme boom immobilier à Lubumbashi

p. 112

muSIque Joe Kizy va mettre le feu

p. 116


Le Plus de Jeune Afrique

PAnorAmA

L’effet

Katumbi

L’État congolais manquant de moyens pour organiser les élections provinciales, le gouverneur du Katanga joue les prolongations à la tête de l’exécutif territorial. Les ressources continuent de grimper en flèche, de nouveaux chantiers sont engagés. Mais les défis restant à relever sont nombreux.

Trésor KIBAnGULA,

I

envoyé spécial

l y a maintenant plus de six ans que ça dure. Chacune de ses sorties officielles est un bain de foule. Même lorsqu’il sillonne les rues de Lubumbashi pour rassurer ses habitants, au lendemain de l’incursion d’un groupe de miliciens le 23 mars dernier (lire p. XX), le gouverneur doit se frayer un chemin à travers une foule compacte. Depuis son élection à la tête du Katanga en janvier 2007, la popularité de Moïse Katumbi Chapwe n’a pas faibli. « Nous l’aimons parce qu’il agit », résume Jonas Kabamba, un commerçant lushois qui a quitté sa boutique pour venir saluer « Moïse ». À l’actif du jeune gouverneur (48 ans) de la plus riche province de RD Congo, la relance du secteur minier, source de financement de la plupart des projets du territoire – et, selon Katumbi, de plus de la moitié du PIB national. Dès son investiture, sa décision d’interdire aux compagnies d’exporter les minerais bruts – dans la limite de ce que la capacité énergétique permet de transformer sur place – a donné le ton, et pendant deux ans il n’a pas relâché la pression pour que tous se mettent au pas. « C’est une mesure forte qui a contraint les industriels à construire leurs unités de transformation au Katanga. Ce qui représente des ressources financières en plus pour la province et des emplois garantis pour la population », souligne Tshoza Kay, présentateur de l’émission Carré minier sur l’antenne lushoise de la Radio Télévision nationale congolaise (RTNC). Grâce à cette manne, le gouvernement provincial parvient, dès sa première année de mandat, à quintupler son budget (voir infographie). Celui-ci poursuivra n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

son ascension jusqu’en 2013, hormis une petite baisse de régime en 2010, contrecoup de la chute mondiale des cours du cuivre – lesquels sont repartis à la hausse, de même que la production locale (lire pp. 93-95). À LA VA-VITE. Avec ces ressources, le gouver-

nement provincial a investi dans la remise à niveau et la construction d’infrastructures bien réelles – une fois n’est pas coutume en RD Congo. Réhabilitation d’écoles, bitumage des principales artères de Lubumbashi, installation (en cours) de feux de circulation… S’ils reconnaissent les efforts engagés, certains usagers regrettent cependant que les routes soient parfois retapées à la va-vite. « Après six mois de mise en service, les tronçons réhabilités sont délabrés, déplore Kasongo, dit Djo Kass, un taximan lushois. Pas de marquage au sol, pas de passage piéton… » Et, comme Kinshasa, Lubumbashi ne dispose toujours pas de véritables transports en commun. De gros bus, avec de « vraies places assises », font la navette avec les cités environnantes, mais pour relier les différents quartiers de la capitale katangaise, le système D et les taxis prennent le relais. Ou les taxis-bus : « Des véhicules sans fenêtre où l’on s’entasse… On est encore loin d’une ville moderne », râle un passant qui attend au parking improvisé, chaque soir, à côté de la place de la Poste. Ailleurs dans la province, quelques grands axes ont été réhabilités et asphaltés, dont les 200 km de la route nationale 1 (RN 1) reliant Likasi, Lubumbashi et Kasumbalesa (postefrontière avec la Zambie, voir carte p. 78) et les 180 km de la RN 39 entre Likasi et Kolwezi, tout juste achevés par China Railway Engineering Corporation (Crec) et également

PHIL MOORE

76

p Moïse Katumbi Chapwe, à Lubumbashi.

À son actif, la relance du secteur minier, avec l’essor de la transformation locale. jeune afrique


Un budget provincial en hausse de 3 000 % par rapport à 2006 (en millions de dollars) SOURCE : GOUVERNORAT DU KATANGA

359 205

113 21

2007

2006

Début du mandat

2008

2009

658 520 374

200

2012

2013

2011

2010

financés par les taxes de péage. Désormais, on peut rallier le grand pôle minier depuis Lubumbashi en moins d’une journée au lieu d’une semaine auparavant. Mais il reste encore fort à faire, notamment dans le Haut-Lomami et le Tanganyika, dans le Nord. MIRACLE. Même constat en matière d’accès à l’eau potable. L’approvisionnement s’est nettement amélioré (près de 70 % de la population alimentée fin 2012, contre moins de 48 % en 2007). Cependant, même dans la périphérie de Lubumbashi, nombre de ménages sont encore contraints d’utiliser l’eau

jeune afrique

de la rivière « pour se laver, faire la lessive et pour boire, après y avoir mis un peu de chlore », témoigne Sarah, résidente de la « commune annexe ». Des centres de captage ont été modernisés, des puits forés, mais en nombre insuffisant. Sur le terrain énergétique, l’équation est encore plus complexe (lire p. 88). « Du côté de Kasapa [où se trouve l’université de Lubumbashi, NDLR], nous venons de passer près de un mois dans le noir. L’électricité devient de plus en plus rare », explique Joël, étudiant en droit. Entre la vétusté des centrales de la Société nationale d’électricité (Snel) et la demande croissante liée à l’expansion des villes et des activités industrielles, les délestages se multiplient. Un casse-tête quotidien pour les ménages, pour les entrepreneurs et pour Katumbi. Trouvera-t-il un bâton de Moïse pour résoudre tous les problèmes avant le passage de témoin à son successeur ? Les provinciales, prévues au début de 2012 et reportées sine die, ne semblant – à moins d’un miracle – pas pour demain, nombre de Katangais veulent y croire. l n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


le Plus de J.A. le Katanga et ses cinq districts KASAÏOCCIDENTAL

Lac Tanganyika

Kongolo

KASAÏORIENTAL

Kananga

Kabalo

Mitwaba

Kamina

LUALABA

ZAMBIE

Sandoa

Pweto Lac Moero

Bukama

HAUT-KATANGA

KOLWEZI

Kambove

Mutshatsha Kolwezi

Likasi

ZAMBIE

Voie ferrée RN 1

Lubudi

Dilolo

TANZANIE

TANGANYIKA

HAUT-LOMAMI Kapanga

Kalemie

Nyunzu

Manono

Kaniama

ANGOLA

78

Kasenga

Lubumbashi

Kipushi Kasumbalesa

RD CONGO Kinshasa

ZAMBIE

400 km

Sakania

180 km

Statut

Un territoire, trois options Entre partisans de la décentralisation, fédéralistes et sécessionnistes, le choix est difficile. Tous veulent que la province profite davantage des recettes qu’elle génère.

F

aut-il accepter le redécoupage territorial tel qu’il est prévu par la Constitution, adopter un système fédéraliste, ou faire sécession et quitter le navire Congo armes à la main? Depuis plusieurs mois, des milices locales en font peser la menace (lire p. 80). Les politiques, eux, jouent les innocents et dénoncent unanimement la violence. « Il serait hasardeux aujourd’hui de soutenir des mouvements indépendantistes ou de s’afficher comme tel, explique un élu lushois. Ici, tout le monde feint d’écarter l’option d’un Katanga indépendant, mais l’idée en effleure plus d’un… » Pour l’instant, place à la guéguerre entre unitaristes et fédéralistes autour du mode de gestion du pays et, donc, de la province. Les premiers plaident pour une décentralisation doublée d’un découpage du territoire national en 26 provinces au lieu de 11, qui permettrait d’« accélérer N O 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (Unafec), Dieudonné Bamoïna, met en garde : « Le découpage du Kivu en trois provinces [Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema, NDLR], en 1988, n’a pas apporté le progrès espéré, mais un cycle de violences qui dure depuis près de vingt ans. » Le ministre congolais de l’Intérieur, Richard Muyej, tente, lui, de calmer les esprits: « Le découpage se fera de manière progressive et responsable. On ne viendra pas avec des fouets pour obliger les gens à découper » leur province. FRUSTRATIONS. Les«notableskatangais»

veulent plus de garanties. Le 29 mars, à la suite de l’incursion de miliciens séparatistes de Kata Katanga dans Lubumbashi, ils se sont réunis avec des représentants de la société civile et des politiques venus de Kinshasa pour évaluer la situation sociale, politique et sécuritaire. Ils ont ensuite publié une déclaration rappelant que « la mise en œuvre d’une décentralisation bien comprisedoitsauvegarderl’identitékatangaise par-delà le tracé des subdivisions administratives, appliquer la rétrocession du budget d’investissement aux provinces et stimuler le développement socioéconomique [des] entités territoriales […]. Le gouvernement central [doit] assurer une juste rétribution au Katanga en tenant comptedesonapportimportantaubudget national. » Car le Katanga fournit plus de 50 % du PIB du pays. Or si, sur le papier, les provinces sont autorisées à retenir 40 % de leurs recettes à la source, en pratique, c’est le gouvernement qui continue de leur rétrocéder. Comme il peut. Cette situation crée de plus en plus de frustrations. Pourquoi ne pas remettre tout à plat et expérimenter un autre système? L’Unafec propose le fédéralisme. En juillet 2012, le

le processus de développement ». Ce découpage consacré par la Constitution de 2006, s’il est appliqué, scinderait le Katanga en quatre provinces – dans le Nord, deux « pauvres », le Tanganyika et le Haut-Lomami, dans le Sud, deux plus riches, le Lualaba le débat sur le redécoupage prévu et le Haut-Katanga (lequel par la Constitution a ravivé celui regrouperait les districts actuels du Haut-Katanga sur le mode de gestion du pays. et de Kolwezi) –, ce qui ne manquera pas de générer des problèmes. parti a lancé une pétition en faveur d’une révision de la Constitution instaurant le Moïse Katumbi, le gouverneur, plaide déjà pour le report du processus – « Je suis fédéralisme en RD Congo. « Déjà plus de 280000 signatures ont été récoltées », contre, car nous n’y sommes tout simplement pas prêts et que cela suppose des assure Kyungu. Il n’en faut que 100 000 moyens que nous n’avons pas. Mais cette pour qu’une pétition puisse être adressée disposition existe… », a-t-il expliqué à J.A. auParlementcongolais,mais l’Unafecveut (no 2723, du 17 au 23 mars 2013). Quant attendre la fin du second quinquennat de au président de l’assemblée provinciale, Joseph Kabila, en 2016, pour soumettre Gabriel Kyungu (lire p. 79), il préconise ses revendications. l TRéSOR KIbANgUlA son « abandon ». L’un de ses lieutenants jeuNe afrique


le Katanga, au-delà des mines ConfidenCes de

antoine Gabriel KyunGu wa Kumwanza

Chef de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (Unafec)

« trop de pouvoirs sont concentrés à Kinshasa » Porte-étendard du fédéralisme, le président de l’assemblée provinciale lance une pétition, qu’il soumettra au Parlement congolais en 2016.

Trésor KibAngulA/J.A.

A

u perchoir de l’assemblée provinciale du Katanga depuis 20 06, Antoine G a b r i e l Ky u n g u wa Kumwanza, 74 ans, préside l’union nationale des fédéralistes du congo (unafec), un parti qu’il a créé en 2001 et qui compte aujourd’hui 15 députés provinciaux et 8 au parlement congolais. celui que ses militants appellent la sentinelle du Katanga est désormais considéré dans tout le pays comme le porte-étendard du fédéralisme. une démarche dans laquelle ses détracteurs voient une résurgence des velléités sécessionnistes.

existe-t-il selon vous une corrélation entre les actions du mouvement sécessionniste Kata Katanga et l’insatisfaction des populations qui ne profitent pas suffisamment des ressources de leur province ?

Je vous renvoie à la concertation du Grand Karavia hôtel du 29 mars

Avec Katumbi, nous ne voyons pas tout de la même manière, mais le courant passe. jeune afrique : Pourquoi réclamez-vous un système fédéral pour le pays ? antoine Gabriel KyunGu wa Kumwanza : Nous sommes convain-

cus que seul le fédéralisme peut nous permettre d’administrer convenablement la rD congo, qui est un souscontinent à elle seule, et d’assurer la redistribution des richesses nationales d’une manière équitable. en plus de cinquante ans d’indépendance, nous avons expérimenté l’unitarisme en appliquant parfois la centralisation à outrance, et n’avons connu que des échecs. Nous ne pouvons plus continuer à prétendre que concentrer trop de pouvoirs à Kinshasa permettrait le développement du pays. un adage dit : « qui trop embrasse mal étreint »…

Jeune Afrique

[lire p. 78], au cours de laquelle les Katangais se sont exprimés à travers les notables locaux et les représentants de la société civile: les gens se sentent rejetés et oubliés. cela provoque des frustrations. Mais je condamne la méthode utilisée par ces milices pour faire entendre leur voix. Certains pensent qu’entre fédéralisme et sécession il n’y a qu’un pas, et n’hésitent pas à vous désigner comme le principal soutien des Kata Katanga…

Les miliciens se disent indépendantistes. Nous, nous ne sommes pas pour l’indépendance : nous sommes pour un système fédéral dans un congo qui reste uni. Je ne soutiens donc pas les Kata Katanga, dès lors que leur action se traduit par une

effusion de sang, des massacres, des viols, des vols, etc. c’est une chose de comprendre leur combat, c’en est une autre de le soutenir. Nous fustigeons la méthode, mais nous considérons que c’est leur droit de dire : « Nous voulons l’indépendance de notre province. » reste que cette revendication doit s’exprimer d’une manière pacifique, sans recourir aux armes. et quels sont vos rapports avec le gouverneur moïse Katumbi ?

Nous ne pouvons pas voir les choses toujours de la même manière, mais le courant passe. Lorsque nous constatons qu’une situation risque de compliquer les relations entre les deux institutions [gouvernement provincial et assemblée provinciale, NDLr], nous nous concertons pour éviter les crocs-en-jambe. joseph Kabila arrive à la fin de son dernier mandat en 2016. Comptezvous vous présenter à la prochaine présidentielle ?

il ne faut pas brûler les étapes. Je réserve ma réponse pour le moment opportun. Aujourd’hui, je ne vois rien qui puisse me détourner de Joseph Kabila, que je soutiens à 100 %. l Propos recueillis à Lubumbashi par trésor KibanGula n o 2729-2730 • du 28 Avril Au 11 mAi 2013

79


Le Plus de J.A. Katanga l’Assemblée provinciale du Katanga. Le leader de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (Unafec) a dû suspendre les activités de la jeunesse de son parti « pour éviter toute confusion », certains éléments de Kata Katanga arborant des tee-shirts estampillés Unafec lors de leurs attaques dans plusieurs villages de la province.

Sécurité

Qui sont ces séparatistes qui ont assailli Lshi? Le 23 mars, 250 miliciens ont marché jusqu’au cœur de Lubumbashi. S’ils se sont rendus et ont été transférés à Kinshasa le jour même, l’inquiétude demeure.

radio okapi

80

p Les hommes de Kata Katanga au camp de la Monusco, après leur reddition.

L

e vert, le rouge et le blanc. Trois couleurs pour évoquer la sécession katangaise. Et si on remettait ça ? Rubans tricolores sur la tête, armés de lance-roquettes, de fusils AK-47, de couteaux, de flèches et de lancepierres, près de 250 miliciens (vieux, jeunes, hommes et femmes) ont marché le 23 mars sur Lubumbashi, déchirant sur leur passage le drapeau national hissé sur la place Moïse-Tshombe – celui qui avait proclamé la sécession de la province en 1960 – pour le remplacer par celui de l’ancien Katanga indépendant. Ils se réclament de la milice Kata Katanga (« détachez le Katanga », en swahili). À leur tête, un certain Ferdinand Kazadi Ntanda Imena Mutombo, réputé proche de Kyungu Mutanga, alias Gédéon, chef Maï-Maï du Nord-Katanga. Arrêté en 2006 et condamné à mort en 2009 pour crimes contre l’humanité dans le Haut-Katanga, ce dernier est retourné à ses anciennes exactions depuis son évasion de la prison de Lubumbashi, en septembre 2011. SOUPÇONS. Les Kata Katanga seraient

issus d’un autre groupuscule séparatiste, n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

le Congrès progressiste du Katanga (CPK). Selon onze ONG et associations de la société civile de la province, le paradoxe est que les « commanditaires » de ces mouvements sécessionnistes « se recrutent parmi les dignitaires du régime du président Joseph Kabila ». Elles rapportent dans un document publié au lendemain de l’incursion des miliciens à Lubumbashi que « plusieurs assaillants […] ont avoué que leur chef

PEUR SUR LA VILLE. La situation sécuritaire demeure donc fragile au Katanga, a reconnu le ministre congolais de l’Intérieur, Richard Muyej. Désormais, même les Lushois vivent dans la psychose d’une éventuelle incursion des miliciens, et la tournée dans les différents quartiers de la capitale provinciale du gouverneur, Moïse Katumbi Chapwe, ne suffit pas à rassurer la population. « Nous sommes très inquiets, explique Jonas Kabangu, enseignant dans une école publique. Nous avons vu une colonne de gens armés débarquer dans Lubumbashi sans que les forces de l’ordre ni l’armée ne prennent des dispositions pour leur barrer la route à l’entrée de la ville. » Dysfonctionnement de services de sécurité ou complaisance ? Kinshasa a dépêché une commission sur le terrain pour enquêter et établir les responsabilités des uns et des autres. « Ceux qui ont failli à leur mission devront être interpellés et sanctionnés », a souligné Richard Muyej. Le général de brigade Ekutshu Azanga, commandant de la 6e région militaire, a été suspendu de ses fonctions.

FÉTICHISTES. En attendant, dans le nord de la province, les Kata Katanga et autres milices locales continuent de semer l’insécurité dans les territoires de Mitwaba, Manono, Pweto et Malemba-Nkulu, dans le Leur leader serait proche du chef Haut-Katanga et le HautMaï-Maï Kyungu Mutanga, alias Lomami. Les rapports de la Mission de l’ONU pour la gédéon, évadé de prison en 2011. stabilisation en RD Congo était en contact direct avec le général (Monusco) font état de plusieurs exacJohn Numbi », ancien chef de la police tions contre les civils commises par nationale congolaise suspendu à la suite ces groupes armés depuis le début de de l’assassinat du défenseur des droits l’année. Dans le collimateur des Maïhumains Floribert Chebeya. Maï : les chefs coutumiers, auxquels ils Jean-Claude Masangu Mulongo, le reprochent d’être des « collaborateurs » gouverneur de la Banque centrale du du pouvoir central. Fétichistes, certains Congo, y est également cité comme « l’un miliciens du Nord-Katanga sont convainde leurs pourvoyeurs », et des soupçons cus que « manger [la] chair [de ces chefs] pèsent aussi sur Antoine Gabriel Kyungu les rend invulnérables ». l wa Kumwanza (lire p. 79), le président de TRÉSOR KIbANgULA jeune afrique


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Central Press/Getty ImaGes

82

flash-back

p Moïse Tshombe, président du Katanga (le 17 décembre 1962, à Élisabethville).

Chronique katangaise La province cultive encore, cinquante ans après son retour dans le giron congolais, des velléités d’autonomie. De là à parler de fièvre séparatiste, il y a un pas.

D

«

es bêtises ! » répondait début mars le gouverneur Moïse Katumbi à JeuneAfrique(no 2723,du 17 au 23 mars 2013) qui l’interrogeait sur les supposées résurgences indépendantistes dans la province. « La sécession du Katanga a été préparée à un autre niveau, en Belgique. Nous avons besoin d’unité nationale. Les sécessionnistes purs et durs, chez nous, sont des vieux de la vieille, des nostalgiques d’une autre époque, âgés de 80 ou 90 ans. » Pourtant, le 23 mars, quelque 250 miliciens armés se réclamant du groupuscule Kata Katanga (« Détachez leKatanga»,enswahili,lire p. 80)marchent jusqu’à la place Moïse-Tshombe, dans le centre de Lubumbashi, descendent le drapeau national et hissent celui de l’ancien Katanga sécessionniste. Tout un symbole. À deux reprises déjà, le 4 février 2011 et le 7 août 2012, des hommes armés de la Coordination pour le référendum de l’autodétermination du Katanga (Corak) n o 2729-2730 • du 28 avrIl au 11 maI 2013

avaient attaqué l’aéroport international de la Luano, à une dizaine de kilomètres du centre de la capitale provinciale, avant d’être maîtrisés par la garde républicaine après de longues heures de violents combats. L’attaque du camp militaire de Kimbembe,prèsdeLubumbashi,le11juillet 2011, était également attribuée à un commando de la Corak, qui avait écrit aux autorités provinciales pour demander le départ des « occupants du régime congolais » avant le 11 juillet (date anniversaire de la sécession de la province). L’an dernier, un autre mouvement, le Conseil national de transition du Katanga (CTK), faisait circuler des tracts pour annoncer « une marche de réclamation del’indépendance».Cesontlàlesépisodes les plus visibles, parce qu’ils se sont déroulés près de la capitale provinciale, de ces « réclamations ». Mais depuis le début de l’année, les exactions de groupes de miliciens Maï-Maï, aux motivations souvent confuses,serépètentdansleNord-Katanga.

Faut-il en conclure que le sécessionnisme est toujours d’actualité dans la plus riche et la plus méridionale des provinces delaRépubliquedémocratiqueduCongo? Rien n’est moins sûr (lire p. 78). Il y a plutôt, pour certains partis politiques, une aspiration au fédéralisme. Fer de lance de ce combat, Gabriel Kyungu wa Kumwanza, le président de l’assemblée provinciale du Katanga et chef de file de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (Unafec, lire p. 79). Depuis un an, son parti a lancé une pétition en faveur d’une révision constitutionnelle visant l’instauration du fédéralisme, qu’il compte soumettre au Parlement en 2016, à la fin du second mandat de Joseph Kabila. FIN DE SÉCESSION. Mais reprenons

le fil et la mesure de l’Histoire. Celle qui s’est écrite le 15 janvier 1963. Moïse Kapenda Tshombe, président du Katanga indépendant, se trouve alors à Kolwezi, ville minière située à quelque 240 km d’Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi). Contre toute attente pour ses partisans, Tshombe y fait une importante déclaration. Il se dit prêt à mettre fin à la sécession et à regagner Élisabethville afin d’y superviser les modalités de mise en œuvre du plan Thant (du nom du jeune afrIque


Le Katanga, au-delà des mines secrétaire général des Nations unies) impliquant la liberté de mouvement des troupes de l’ONU à travers la province. L’homme fort du Katanga demande au chef du gouvernement central, Cyrille Adoula, d’accorder sans délai une amnistie garantissant la sécurité et la liberté au gouvernement katangais, à lui-même ainsi qu’à tous leurs collaborateurs. Soufflant le chaud et le froid, Tshombe reconnaît sa défaite, mais dénie à quiconque le droit de priver le peuple katangais de son aspiration à l’autodétermination. Pour lui, cette autodétermination doit s’exercer dans le cadre d’un Congo fédéral. C’est la fin officielle de la sécession du Katanga. Deux jours plus tard, Tshombe se rend à Élisabethville. Sa reddition est l’épilogue de la première grande crise du jeune État congolais, la sécession katangaise, qui aura duré vingt-neuf mois et quinze jours.

Pour eux, il n’était pas question de laisser le Katanga et ses mines dans le giron congolais. Et ils poussèrent Tshombe à aller jusqu’au bout d’une aventure dans laquelle deux personnalités perdront la vie : Patrice Lumumba, livré à Tshombe par le gouvernement central le 17 janvier 1961 et assassiné le même jour, ainsi que le Suédois Dag Hammarskjöld, secrétaire

force pour écraser la sécession et restaurer l’unité du Congo. Les Katangais étaient pris entre deux feux, celui des opérations onusiennes et celui de l’Armée nationale congolaise (ANC). Isolé diplomatiquement, Tshombe ne pouvait pas résister longtemps. Après sa reddition, il s’exilera en Espagne. Un exil de courte durée puisqu’il revint, dès 1964, dans un Congo unifié En même temps qu’il reconnaissait mais en quête de stabilisation. Il sera nommé Premier sa défaite, Tshombe confirmait son ministre du gouvernement central de coalition… à aspiration à l’autodétermination. Léopoldville. Et tout le monde de se surprendre à découvrir à général de l’ONU, mort le 17 septembre 1961 dans le crash, resté inexpliqué, quel point l’homme est populaire, jusqu’à de l’avion qui le conduisait à Ndola, en Stanleyville (aujourd’hui Kisangani), l’ancien fief de Lumumba. Rhodésie du Nord (actuelle Zambie), où il avait rendez-vous avec Tshombe. LeprésidentJosephKasa-Vubu,enfinde mandat, en prit ombrage et le révoqua le POPULAIRE. La capitulation de Tshombe, 13 octobre 1965, alors que Tshombe venait le 15 janvier 1963, résulte d’un ensemble de remporter haut la main les élections d’actions qui ont bénéficié du soutien législatives avec sa coalition, la Convention quasi unanime de la communauté internationale congolaise (Conaco). S’ensuivit entre Kasa-Vubu et Tshombe une crise nationale, soucieuse, dès février 1961, de préserver le Congo d’une guerre civile. Ce qui poussa le lieutenant général Josephqui explique pourquoi les Casques bleus Désiré Mobutu, chef de l’armée, à prendre de l’ONU obtinrent du Conseil de sécurité le pouvoir, le 24 novembre 1965. l TSHITEngE LUbAbU M.K. un mandat leur permettant de recourir à la

PARTIE D’ÉCHECS. Tout a commencé dès

jeune afrique

D’une indépendance à l’autre 30 juin 1960 Indépendance du Congo belge. Joseph KasaVubu devient le premier président et Patrice Lumumba le premier Premier ministre de la République du Congo. 11 juillet 1960 Moïse Tshombe proclame l’indépendance de l’État du Katanga, dont il est élu président le mois suivant. 17 janvier 1961 Lumumba est transféré au Katanga, où il est assassiné. 21 février 1961 Le Conseil de sécurité de l’ONU décide, à la demande du gouvernement congolais, d’envoyer des Casques bleus au Katanga.

Baudouin Mouanda pour j.a.

le lendemain de l’indépendance de l’exCongobelge,le30juin1960.ÀLéopoldville (rebaptisé Kinshasa en 1966), les choses commencent à se gâter pour le jeune gouvernement de Patrice Lumumba, avec des mutineries dans les casernes, qui précipitent le départ massif des Belges restés au Congo. Deuxième épreuve: le 11 juillet, avec la proclamation de l’indépendance de l’État du Katanga par Moïse Tshombe, à Élisabethville. Un « État » que personne ne reconnaîtra jamais en tant que tel sur le plan international, malgré le soutien affiché ou officieux de certains pays, mais qui en prend tous les attributs: un drapeau (rouge et blanc barré de vert et marqué de trois croisettes, ces croix en cuivre utilisées depuis le XIXe siècle comme monnaie et restées, jusqu’à aujourd’hui, les emblèmes delaprovince),unhymne(LaKatangaise), une devise (« Force, espoir et paix dans la prospérité ») et même une monnaie (le franc katangais, frappé symboliquement de croisettes). Quelles étaient alors les motivations de Tshombe? Dire qu’il détestait Lumumba est un euphémisme. Au-delà de cette exécration viscérale se jouait une partie d’échecs diplomatique et économique. Avec, derrière Tshombe, la Belgique officielle, qui n’a pas digéré le discours prononcé le 30 juin par le Premier ministre Lumumba devant le roi Baudouin. Et, surtout, des intérêts financiers, les Belges détenant la plus grande entreprise du pays : la toute-puissante Union minière du Haut-Katanga.

Décembre 1962 Tshombe se réfugie à Kolwezi après la prise d’Élisabethville par les forces de l’ONU.

u La statue de Moïse Tshombe, à Lubumbashi.

15 janvier 1963 Tshombe capitule, proclame la fin de la sécession et accepte de se rendre à Élisabethville, le 17 janvier, pour la mise en place d’un plan de conciliation nationale. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 Mai 2013

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PUBLI-INFORMATION

UNE SOCIÉTÉ D’EXPLOITATION MINIÈRE ET DE GÉNIE CIVIL NÉE DANS LA PROVINCE DU CUIVRE LE KATANGA : RÉGION D’UNE SUPERFICIE D’ENVIRON 497.000 KM², LE KATANGA EST UNE PROVINCE CONNUE POUR LA RICHESSE DE SES SOLS EN MINÉRAUX (SOL PARTICULIÈREMENT RICHE EN COBALT ET EN CUIVRE). L’ACTIVITÉ MINIÈRE AU KATANGA S’EST CONSIDÉRABLEMENT ACCRUE AU COURS DE CES DERNIÈRES ANNÉES ET CE SECTEUR CONSTITUE AUJOURD’HUI UNE DES PRINCIPALES ACTIVITÉS PRATIQUÉES DANS LA RÉGION. CHAQUE ANNÉE, DES MILLIERS DE TONNES DE MATIÈRE SONT EXPORTÉS HORS DE LA PROVINCE DANS UN CONTEXTE OÙ LA DEMANDE MONDIALE EN MATIÈRE PREMIÈRE NE CESSE DE CROITRE. LES ENTREPRISES MINIÈRES SONT FORTEMENT PRÉSENTES DANS CETTE PARTIE DE LA RDC AVEC DE NOUVELLES SOCIÉTÉS QUI VOIENT LE JOUR TOUS LES ANS. C’EST DANS CE CONTEXTE DE « BOOM » MINIERS ET DE « COURSE » À LA PERFORMANCE QUE LA SOCIÉTÉ RULCO SPRL (OU RULVIS CONGO SPRL) A PU METTRE À PROFIT SON EXPÉRIENCE ET PROPOSÉE SES SERVICES DANS LA PROVINCE DU CUIVRE.

EXPLOITATION DU SITE DE SAKANIA.

QUI SOMMES-NOUS ?

la crise économique mondiale ayant touché de nombreux secteurs de la vie économique, les dirigeants ont été contraints de fermer une partie des activités de la société. Malgré cela, RULCO s’est maintenue au rang d’une des entreprises les plus actives de la place katangaise.

RULCO sprl est une entreprise congolaise de découverture et d’exploitation minière. L’entreprise est également active dans les travaux de génie civil tels que la construction de routes. Dans une optique de dynamisme et d’innovation, la société a investi dans la construction de son nouveau Siège social situé à la sortie de la ville de Lubumbashi, sur la route Likasi. RULCO est aujourd’hui en activité sur différents sites et villes du Katanga. La société compte actuellement 1 600 employés et une flotte de 600 véhicules, tous types confondus.

NOS VALEURS

HISTORIQUE

• L’esprit d’équipe : Une société

La société Entrinco est née au Katanga il y a vingt ans. Suite à différentes entrées dans le capital de la société par de nouveaux investisseurs, la société s’est développée et est devenue Dem Mining. En 2010, suite à une fusion, la société RULCO s.p.r.l (ou Rulvis Congo sprl) a vu le jour. Grâce à ces investisseurs conscients du potentiel croissant de l’entreprise, la société RULCO sprl n’a cessé de se développer au cours des années pour devenir une des entreprises les plus dynamiques de la Province du Katanga. Durant PELLE TEREX RH120E.

• La qualité : La qualité des services

prestés est un point clé pour l’entreprise. Que se soit au niveau des routes ou de l’exploitation minière, nos experts veillent à ce que le travail fourni soit irréprochable et réalisé dans les délais souhaités.

disposant d’un personnel aussi important (1 600 employés au total) ne pourrait fonctionner sans une coordination dynamique entre les différents chantiers et sites de production. L’Esprit d’équipe est ce qui caractérise RULCO : il existe une réelle collaboration entre les différents chantiers afin que nos activités puissent évoluer ensemble.

• Autonomie : Une des grandes caractéristiques de l’entreprise est son autonomie dans le dépannage et l’entretien de ces différents véhicules


• Développement durable : Conscient

du potentiel de la main d’œuvre locale, nous mettons un accent tout particulier sur la formation continue de nos employés afin que ceux-ci puissent produire un travail de qualité. La formation et l’expérience acquise par nos agents au sein de la société est un gage d’intégration à long terme dans la vie active en RDC.

FLOTTE DE BENNES CATERPILLAR 777F.

NOS ACTIVITÉS Nos activités sont de deux types :

• Découverture et exploitation minière :

fort de l’expérience acquise au cours de ces années, RULCO est active sur différents sites miniers dans les villes suivantes : Lubumbashi, Likasi, Kolwezi et Sakania. Le développement de la société nous a amené à acquérir des outils d’exploitation inédits au Katanga.

• Activités de génie civil : dans l’otique d’amélioration et de modernisation des axes routiers initiées par le gouvernement provincial, sous le haut patronage de son Excellence Moïse Katumbi Chapwe, Gouverneur du Katanga, Rulco est active dans la construction de routes, notamment à Likasi où nos experts ont réhabilité la plupart des axes routiers de la ville.

NOTRE NOUVEAU SIÈGE SOCIAL Fort de sa croissance qui s’est développée au fil des années,l’entreprise a décidé d’investir dans de nouveaux bâtiments situés à la sortie de la ville de Lubumbashi. Ces nouveaux bâtiments, construits il y a un an, répondent aux besoins que nous rencontrons de part nos activités : ROUTES DE LIKASI RÉHABILITÉES PAR LA SOCIÉTÉ RULCO S.P.R.L.

LA SÉCURITÉ SUR LES CHANTIERS La société dispose de son propre service de sécurité afin d’assurer un contrôle permanent au sein de l’entreprise et sur les sites d’exploitation. Afin que l’ensemble de nos salariés puisse travailler dans un environnement adéquat, nous mettons un accent tout particulier sur la sécurité sur les différents sites et chantiers dans lesquels nous avons des activités. Le respect strict des normes de sécurités est ainsi imposé à l’ensemble des employés RULCO.

NOS ACTIONS SOCIALES Soucieuse du développement du pays dans différents domaines de la vie sociale, RULCO accompagne le gouvernement provincial dans ses démarches de réhabilitation d’écoles, d’hôpitaux et d’autres infrastructures locales.

• Les nouveaux bureaux administratifs. Ce secteur permet de traiter les dossiers administratifs tels que la mise en place de contrats, gestion du personnel de la société, achats et suivi de pièces pour notre flotte, suivi des Finances de la société. • Les nouveaux bureaux techniques. Nous disposons d’un garage moderne pouvant accueillir tous types de véhicules confondus : camions, engins miniers et petits véhicules. Le garage est mis à la disposition de notre équipe de techniciens qualifiés et expérimentés.

SIÈGE SOCIAL 5407, ROUTE LIKASI LUBUMBASHI, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO E-MAIL: MADO.TUMBA@GMAIL.COM

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR

(tous types confondus). Chez RULCO, nous ne sous-traitons pas : toute réparation se fait entièrement par nos soins afin de garantir une efficacité optimale et un délai rapide de traitement des pannes. À cet effet, nous disposons de différents ateliers de rénovation : moteurs, hydraulique, électrique, boîtes de vitesse, soudure et de mécanique générale. Nous disposons également d’une Centrale d’achats pour les différentes pièces nécessaires à la réparation et au fonctionnement de nos véhicules.


le Plus de J.a.

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Muriel Devey pour J.A.

t Poste-frontière de Kasumbalesa, par où transitent 80 % des marchandises.

CommerCe extérieur

un bon client Malgré une hausse de la production locale, le Katanga importe plus de la moitié de ce qu’il consomme. L’Afrique du Sud, la Tanzanie et la Zambie sont ses principaux fournisseurs.

C

omme l’explique Jean Félix Kamanda Dibwe, le directeur de cabinet du ministre provincial des Finances, de l’Économie et du Commerce, « plus de la moitié des besoins ne sont satisfaits que grâce aux importations, qui ne cessent d’augmenter avec le développement des affaires ». Des importations qui, précise le gouverneur, Moïse Katumbi Chapwe, « représentent 5 milliards de dollars par an [3,8 milliards d’euros, NDLR] tous produits confondus, dont 4 milliards pour les marchandises destinées aux seuls miniers ». Alors que les produits des industries extractives constituent l’essentiel des exportations du Katanga, qui les expédie vers l’Asie, les États-Unis ou l’Europe via les ports de Tanzanie et d’Afrique du Sud, ses importations incluent une gamme très variée de marchandises, qui transitent par ces ports ou sont produits en Afrique de l’Est et en Afrique australe. De la Tanzanie voisine arrivent des haricots, du riz, de la farine de maïs et de petits poissons du lac Tanganyika conditionnés sous vide, ainsi que des produits manufacturés, qui relèvent du commerce de transit qu’assure le pays via son port de Dar es-Salaam. Le maïs – grains et farine – et le ciment sont fournis, pour l’essentiel, par un autre pays frontalier, la Zambie. Avec l’Angola, le solde des transactions est plutôt en faveur de la n o 2729-2730 • Du 28 Avril Au 11 MAi 2013

province, mais les exportations du manioc produit dans le Lualaba sont saisonnières et limitées en volume. Outre quelques produits agricoles, en particulier de la viande, le Zimbabwe est l’un des principaux pourvoyeurs de charbon (nécessaire à la production du ciment). Quant à la Namibie, elle exporte au Katanga du sel marin et du « thomson », le nom local du chinchard. anglo-saxons. Le principal fournisseur de la province reste l’Afrique du Sud, qui contribue à près de 60 % de ses importations. Outre les marchandises qui transitent vers le Katanga via le port de Durban, le poids lourd subsaharien expédie vers la province engins, moteurs, pièces de rechange et produits chimiques pour les miniers, carburants, véhicules et produits alimentaires – légumes, agrumes et fruits en tous genres, viande, jus de

fruits et conserves made in South Africa –, mais aussi meubles, appareils électroménagers, matériaux de construction, etc. Les principales portes d’entrée de ces importations au Katanga sont le port de Kalemie (lire p. 110-111), sur le lac Tanganyika, et surtout Kasumbalesa, poste-frontière entre la RD Congo et la Zambie par lequel transitent 80 % des marchandises. Le transport est dominé parlesgroupessud-africainsettanzaniens. Le commerce profite, lui, à quelques rares sociétéscongolaisesd’import-export(dont Moulacom, les établissements Yamba ou Mulykat) et, surtout, à des groupes régionaux ainsi qu’à de gros importateurs-distributeurs internationaux installés dans la province (comme les indiens Beltexco, Jambo et Liberty, les libanais Congo Futur et Socimex ou le grec Hyper Psaro). Phénomène récent, les Chinois établis au Katanga se sont lancés dans l’importation de véhicules. Les échanges ne se limitent pas aux marchandises. La province étant entourée de pays majoritairement anglophones et dont les ressortissants sont très présents dans le tissu économique katangais, l’anglais s’est imposé comme la langue des affaires. Venue de Tanzanie, la mode des toits pointus aux couleurs flashy a fait une percée remarquée dans l’habitat lushois. L’Afrique du Sud a pour sa part exporté le concept des farm lodges (lire p. 107) et des parcs animaliers, et le gospel venu de la nation Arc-en-Ciel est actuellement très en vogue dans la province. Le karindula, musique issue des cités minières de Zambie, s’y est quant à lui répandu depuis longtemps, en particulier dans la commune de Kenya, à Lubumbashi. Autre héritage anglophone, l’usage de véhicules équipés d’un volant à droite… qui vont être interdits. l Muriel DeVeY, envoyée spéciale

reCettes antifrauDe Avec plus de 438 milliards de francs congolais (352,6 millions d’euros) collectés en 2012 par la Direction générale des douanes et accises (DGDA) du Katanga, pour 1,8 million de tonnes

de marchandises traitées à l’import et à l’export, la province devient la première du pays en termes de mobilisation de recettes douanières (soit 33 % du total collecté par la DGDA congolaise). elle

supplante le Bas-congo, principale porte d’entrée dans l’ouest du pays, qui a généré 383,2 milliards de francs congolais avec, pourtant, plus de 4 millions de tonnes de marchandises traitées. l CéCile ManCiaux Jeune Afrique


Le Katanga, au-delà des mines la signature du protocole a reçu un bon accueil de la part du secteur privé. « Les opérateurs du Gauteng peuvent nous apporter les capitaux et le savoir-faire dont Le gouvernorat vient de consolider ses liens avec son homologue nous avons besoin, reconnaît FrançoisXavier Musuil Tshibumb, président de la sud-africain du gauteng. commission PME-PMI de la Fédération près la déclaration d’intention PME-PMI. Cette coopération bilatérale des entreprises du Congo dans la prosignée il y a cinq ans entre le renforcée vise en outre à développer les vince (FEC-Katanga). Nous ne venons Katanga et le Gauteng (« lieu pas les mains vides. Nous avons des sites investissements dans les deux provinces: de l’or », en tswana), les goutouristiques et beaucoup de ressources promotion de l’industrie et des PME, du vernorats des deux provinces ont signé, naturelles : l’eau, les terres agricoles, les secteur minier, des infrastructures, des le 9 octobre, un traité de collaboration transports, du tourisme, de l’agriculture concessions minières et forestières… » De multisectorielle. À l’instar du Katanga, (à travers les échanges d’expérience entre quoi favoriser la création de coentreprises. son homologue sud-africaine compte les fermiers)… Autant dire qu’au Katanga Reste qu’il faudra renforcer le tissu de quelque 10 millions d’hapetites et moyennes entrebitants et est la province prises katangaises pour la plus riche de son pays, que le partenariat ne prodont elle concentre les fite pas qu’aux opérateurs principales mines d’or. Le du Gauteng et aux autres étrangers installés dans la Gautengabriteaussilacapiprovince. « Nos PME-PMI tale politique de l’Afrique ont deux problèmes urgents du Sud, Pretoria, ainsi que sa capitale économique, à régler: la formation manaJohannesburg(chef-lieude gériale et technique, qui inclut la capacité de négola province). ciation et d’évaluation des Un partenaire de poids apports qu’elles pourront pour le Katanga. « Le Gauteng nous aidera à offrir à leurs associés, et leur renforcer nos capacités et accès au crédit », explique à développer des projets Musuil. Un début de solution se profile pour régler sociaux, notamment dans cette dernière difficulté. les domaines de la santé et Ainsi le Fonds de promode l’éducation. En matière tion de l’industrie pourde formation et de créarait être transformé en un tion d’écoles techniques, fonds d’investissement et nous attendons beaude garantie élargi à tous coup de cette province, les types d’activité et qui qui est très avancée sur permettrait d’assurer les ce plan. Et cela permettra emprunts des PME-PMI de limiter l’importation de katangaises auprès des main-d’œuvre », explique banques. l le gouverneur du Katanga, p Moïse Katumbi Chapwe et Nomvula Mokonyane (gouverneure du Gauteng) ont uni leurs territoires par un large traité de collaboration. Moïse Katumbi Chapwe. MurIEl DEVEY Coopération déCentralisée

Entre provinciaux

A

DE Jo’burg à lshI

O

utre Standard Bank, la compagnie South African Airways, l’opérateur de téléphonie mobile Vodacom et le pétrolier Engen, les sociétés sud-africaines ont investi d’importants pans d’activité au Katanga. Regroupés au sein du RSA-Katanga Business Forum, les opérateurs de la nation Arc-en-Ciel établis dans la

jeune afrique

province congolaise sont très actifs pour y organiser des salons et des missions d’affaires. Ils sont impliqués dans toutes les filières de la sous-traitance minière (expertise, développement, exploitation, prestations de catering, fourniture de carburants, d’engins, etc.), et la plupart des grandes compagnies minières opérant au Katanga sont

gérées par des groupes d’Afrique du Sud ou emploient des cadres supérieurs qui en sont originaires. Les sociétés sud-africaines sont aussi présentes dans l’agroalimentaire, la logistique, le transport, la construction, et peut-être bientôt dans l’hôtellerie, avec l’implantation de Radisson Blu. Sans oublier

l’importance des banques sud-africaines, notamment dans l’octroi de crédit aux opérateurs congolais. C’est avec Development Bank of Southern Africa (DBSA) que la Gécamines a signé, en août dernier, un accord d’environ 270 millions de dollars (205 millions d’euros) pour financer son plan de relance. l M.D. n O 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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Le Plus de J.A. Katanga

Baudouin Mouanda pour J.a.

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Pour éviter la procédure judiciaire que la Gécamines était prête à engager, le gouvernement a voulu temporiser en s’en remettant à une firme de consultants « réunissant des compétences juridiques, financières et techniques » pour déterminer à qui sont ces centrales et les lignes de transport d’électricité au Katanga, dont certaines, selon Kalej Nkand, appartiendraient également à la Gécamines. CONSULTATiON. L’appel à manifestation

p Transformateur de la Snel, à Lubumbashi. Énergie

Bras de fer entre la Gécamines et la Snel L’enjeu est de taille. Le groupe minier et la Société nationale d’électricité se disputent la propriété des quatre plus importantes centrales de la région.

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nscrite dans son plan de développement, la revendication de la Générale des carrières et des mines (Gécamines) a fait l’effet d’une bombe. L’ex-entreprise d’État, devenue société commerciale fin 2010, réclame à la Société nationale d’électricité (Snel) la propriété de quatre centrales hydroélectriques – Nseke, Nzilo, Koni et Mwadingusha – installées dans la province du Katanga. Motif ? Construites par la défunte Union minière du HautKatanga, dont la Gécamines se considère comme l’héritière, ces infrastructures énergétiques lui appartiendraient. « Elles ont été cédées à la Snel en 1971, sous le régime de Mobutu, sans aucune contrepartie. La Snel en a la gestion mais n’en est pas propriétaire », explique Kalej Nkand, l’administrateur directeur général de la Gécamines. Bien sûr, la Snel ne l’entend pas de cette oreille. D’où le bras de fer engagé entre les deux parties. À l’évidence, le déficit chronique en énergie du Katanga (lire encadré), qui devient un sérieux frein à l’expansion minière, n’est pas étranger à cette revendication formulée il y a un an. Pas question pour la Gécamines, qui vise une production de 160 000 tonnes de cuivre à l’horizon 2016, d’accepter plus longtemps cette situation qui risque de compromettre ses objectifs. « Nous devons améliorer notre n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 Mai 2013

gestion, maximiser nos coûts, et parmi les éléments qui nous permettront de gagner cette bataille figure l’énergie, continue Kalej Nkand. Or la Snel rationne la fourniture d’électricité pour satisfaire tous ses clients. Il n’est pas normal que nous ayons à subir cela alors que ces centrales nous appartiennent. » Les 330 millions de dollars (252 millions d’euros) d’arriérés réclamés par la Snel au groupe minier n’ont rien arrangé.

d’intérêt lancé par le Comité de pilotage de la réforme des entreprises du portefeuille de l’État (Copirep) a été remporté en décembre 2012 par le groupement franco-canadien Nodalis-Aecom, qui présentera ses conclusions en mai. Pour la Gécamines, qui a compulsé toutes les archives, l’issue de cette consultation ne fait pas de doute. Autant dire que l’enjeu est de taille. Si la Gécamines remporte le morceau, elle sera à la tête d’une puissance totale installée de 482 mégawatts (MW) et d’un patrimoine dont la valeur est estimée à 1,5 milliard de dollars. Pas question cependant pour la compagnie de gérer elle-même ces centrales. La solution envisagée est de créer une société dont elle aurait le contrôle. Une fois les besoins de la Gécamines satisfaits (évalués à 75 MW en 2011 et entre 150 et 200 MW en 2015), l’excédent de production serait vendu, notamment à des miniers. Le vote de la loi sur la libéralisation du secteur énergétique tombe à point nommé. l MUrieL DeVeY

SOUS TeNSiON

d

e 400 mégawatts (MW) en 2008, le déficit énergétique du Katanga est passé à 1000 MW en 2012. En 2015-2016, il devrait atteindre 2500 MW, selon les estimations du ministère provincial de l’Énergie. Pour les miniers, dont la demande atteint 650 MW, le déficit est déjà de 250 MW. Une situation d’autant plus critique que les besoins vont aller crescendo. Sur une puissance installée de 482 MW, seuls 400 MW

sont garantis, dont 50 MW provenant du complexe hydroélectrique d’Inga, dans le Bas-Congo, et des importations de Zambie. Le gros de la production est assuré par les centrales katangaises du réseau interconnecté – Nseke (260 MW), Nzilo (108 MW), Mwadingusha (66 MW) et Koni (48 MW) –, qui fonctionnent en deçà de leur capacité. Leur réhabilitation, en cours ou prévue dans le cadre de partenariats avec des

sociétés minières, devrait améliorer la situation. Mais ce sera insuffisant. Le même schéma est donc proposé pour remettre en état d’autres centrales. Il faudrait aussi pouvoir en construire de nouvelles: Busanga, sur la Lualaba (près de Kolwezi), et Nzilo II. Mais le démarrage de Busanga, que devait réaliser Sinohydro dans le cadre du partenariat sino-congolais, piétine. Quant au financement de Nzilo II, il reste à trouver… M.D. d’urgence. l Jeune afrique


RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

L’éducation et la santé,

© MURIEL DEVEY

les deux priorités du Gouvernement provincial du Katanga

PUBLI-INFORMATION

ÉDUCATION : Le nombre d’élèves multiplié par cinq en cinq ans Depuis 2006, la population scolarisée a été multipliée par cinq. En 2012, le nombre d’élèves recensés dépassait le million.

E

n 2006, lorsque Moïse Katumbi est arrivé à la tête du Gouvernement du Katanga, le nombre d’élèves à l’école primaire et secondaire s’élevait à 236 000 élèves. Cinq ans après, la population scolarisée a été multipliée par cinq. En 2012, le nombre d’élèves recensés dépassait le million. En 2006, une grande partie des élèves étaient assis à même le sol pour étudier dans des baraques recouvertes de chaume. Cinq ans après, une grande partie d’élèves et d’étudiants s’assoient confortablement sur des bancs dans des classes et des auditoires protégés par des toits en tôle. Plus de 500 000 bancs ont été commandés en Chine et d’autres fabriqués localement. Ces bancs ont été distribués dans les grandes comme

dans les petites formations scolaires. L’éducation est considérée comme le socle de tout développement. C’est la raison pour laquelle le gouvernement Katumbi a mis sur pied un programme ambitieux qui fait aujourd’hui de l’enseignement une fierté nationale, tant pour la qualité des enseignements qui y sont dispensés que pour ses structures rénovées. Avec pour résultat que le Katanga a battu des records aux examens d’État pendant les deux dernières années scolaires. Les frais de participation des tous les élèves à ces examens ont été pris en charge par le Gouvernement provincial. Les diplômés les plus méritants ont bénéficié des bourses d’études à l’université.


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Ces performances réalisées par les élèves du secondaire du Katanga sont le fruit des efforts déployés par le Gouvernement qui a mis les élèves et les enseignants dans les conditions d’études optimales. Le Gouvernement a consenti des moyens financiers énormes pour rénover une très grande partie des établissements scolaires de la province. Il a construit des écoles neuves et en a réhabilité beaucoup d’autres.

Les mêmes effets peuvent être observés dans l’enseignement supérieur et universitaire. Le gouvernement provincial a construit une grande université à Kolwezi, une université autonome et imposante par ses bâtisses prisées et uniques. Elle s’impose aussi de par le nombre de facultés qu’elle renferme et, par conséquent, par le nombre d’étudiants qui s’y inscrivent. L’université de Kolwezi va désengorger celle de Lubumbashi, l’UNILU, depuis longtemps surencombrée.

En 2010, lors de la célébration du cinquantenaire du Congo, le Gouvernement provincial avait réservé une grande surprise à toute la population en décidant de construire dans chaque District des écoles de métiers de référence. Adaptées aux préoccupations des habitants et aux besoins de l’économie, ces écoles forment des cadres moyens qui apporteront du sang neuf dans de nombreux métiers et participeront au développement de leurs contrées respectives.

Le Gouvernement provincial a entrepris des démarches auprès des autorités nationales pour rendre certaines extensions de l’UNILU autonomes. C’est le cas de l’Université de Kamina et de celle de Malemba. Le Katanga a également soutenu financièrement l’Université de Likasi et asphalté la route d’accès à cet établissement. En outre, le gouvernement provincial a soutenu des Universités privées. L’Institut Supérieur des Statistiques (ISS) était le premier à en bénéficier. Ce soutien s’est traduit par le financement des travaux de réhabilitation du bâtiment. De même, le gouvernement provincial a acheté les bâtiments qui abritent aujourd’hui l’Institut Supérieur des Études Sociales, qui était régulièrement menacé d’expulsion, faute de paiement des loyers.

ENSEIGNEMENT OBLIGATOIRE

Le Gouvernement provincial est même allé bien au delà des attentes de la population. Dès 2007, Moïse Katumbi décidait de rendre obligatoire l’enseignement primaire et de supprimer graduellement le minerval (les droits d’inscription) jusqu’en 6e. Il a motivé les enseignants en leur octroyant périodiquement des primes d’encouragement. Il a doté les responsables de l’enseignement primaire et secondaire de véhicules utilitaires et des motos pour l’itinérance. Il a supprimé aussi les frais d’intervention ponctuelle des parents démunis.

La liste serait encore longue des actions concrètes du gouvernement provincial et de Moïse Katumbi en faveur de l’éducation. Ce sont eux qui ont sauvé Luisha de la destruction, équipé la ville de Kapolowe de bancs, d’un cyber-café, de lits et de matelas. Kapolowe bénéficie aujourd’hui de l’énergie électrique, promesse faite par Moïse Katumbi dès 2006. Les efforts consentis pour revaloriser l’enseignement au Katanga ont pour résultat le fort accroissement du nombre d’élèves et d’étudiants dans toutes les villes et districts.

Athenée Katuba.

Lycée Kiwele

Les efforts consentis pour revaloriser l’enseignement au Katanga ont pour résultat le fort accroissement du nombre d’élèves et d’étudiants dans toutes les villes et districts.

PUBLI-INFORMATION

Institut Lubuye (Kalemie).


© GWENN DUBOURTHOUMIEU

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Le Gouverneur Moïse Katumbi présent et participatif lors de l’inauguration d’une campagne de vaccination contre la Poliomyélite.

SANTÉ : Les hôpitaux et les cliniques remis en ordre de marche

D

ans la présentation de sa politique sanitaire en 2007, l’autorité provinciale faisait tout d’abord un bilan sans appel de la dégradation de la situation sanitaire de la province. Tous les indicateurs de santé étaient au rouge. La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût élevé, notamment parce qu’il faut construire, équiper et faire fonctionner des infrastructures hospitalières. Compte tenu de ses contraintes, le gouvernement a mis sur pied un programme sanitaire conséquent. Depuis cinq ans, le Chef du gouvernement provincial multiplie les efforts pour réhabiliter les grandes structures médicales du Katanga et en construire

de nouvelles. Elles sont approvisionnées en médicaments, équipées en ambulances, corbillards, frigos mortuaires. Dans ce domaine médical, comme dans tant d’autres, le gouvernement a été appuyé par les grandes entreprises privées. À Lubumbashi, l’hôpital de référence Sendwe, plus grande structure médicale de la province, a subi de nombreuses transformations et ses performances se sont nettement améliorées. Après son abandon par la Gécamines et par l’UNILU, c’est le gouvernement provincial qui l’a repris en mains, a réhabilité les locaux et l’a équipé du matériel nécessaire.

PUBLI-INFORMATION

La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût élevé, notamment parce qu’il faut construire, équiper et faire fonctionner des infrastructures hospitalières.


RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Ci-dessus l’hôpital de référence de Kipushi...

Les formations médicales de la ville de Lubumbashi ont progressivement été complétées grâce à la construction de plusieurs centres médicaux privés, qui ont également reçu une aide du gouvernement en lits, médicaments et équipements. Avec ses fonds propres, le gouvernement provincial a construit sa propre structure médicale de référence à Kipushi. D’une capacité de 120 lits,

moderne et à la pointe de la technologie, c’est le premier grand Hôpital du Katanga construit depuis l’indépendance. Dans le cadre de ses initiatives privées, le gouverneur du Katanga a construit à Kashobwe un grand hôpital moderne de très haute facture pour la population de la contrée. Même les habitants de Lubumbashi et d’autres venus de Zambie s’y rendent pour recevoir des soins appropriés. Sur l’axe Kasenga à Futuka, dans sa ferme, le gouverneur a construit un dispensaire moderne accessible à toute la population environnante, à moindre frais.

Avec ses fonds propres, le gouvernement provincial a construit sa propre structure médicale de référence à Kipushi.

Un autre hôpital est en construction dans le quartier du plateau. À l’achèvement de cette polyclinique ultra moderne, les habitants de Lubumbashi et même d’ailleurs n’auront plus à se rendre en Afrique du Sud pour y recevoir des soins de qualité…

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

PUBLI-INFORMATION

Centre de santé de Kashobwe.

Réalisation FC/DIFCOM - © D.R. sauf mention

Dans le même temps, les cliniques, aujourd’hui appelées Cliniques Universitaires, ont reçu nombreuses dotations du gouvernement provincial qui leur ont permis de survivre et même de revivre. C’est notamment le cas de la Clinique Elisabeth, que fréquentaient autrefois des malades venus de nombreux pays africains, notamment d’Afrique du Sud, et qui était petit à petit tombée en ruine.

... et ses équipements.


Le Plus de J.A. Katanga

LászLó Bencze/TFM

93

p TFM développe une nouvelle zone d’habitat communautaire à Tenke.

Mines

Du cuivre à perte de vue Exploité depuis quatre ans, Tenke Fungurume est l’un des plus grands gisements au monde. Voyage au cœur d’un véritable empire.

C

est dans la fameuse copper belt (« ceinture de cuivre ») congolaise, dans le district de Kolwezi, qu’est implanté le gisement de Tenke Fungurume Mining (TFM). La compagnie tire son nom des deux villes sur les territoires desquelles son projet est situé : celle de Tenke (à 70 km à l’est de Kolwezi) et celle de Fungurume (à environ 100 km à l’est de Kolwezi et 200 km au nord-ouest de Lubumbashi). Son royaume: une concession de quelque 1 600 km2 répartis sur une centaine de collines, formant, entre autres, les sites miniers de Tenke-SefuFwaulu et de Kwatebala, ce dernier abritant l’usine hydrométallurgique de TFM. Évaluées à 119 millions de tonnes de cuivre et de cobalt, les réserves de la concession sont parmi les plus importantes connues au monde. Et elles pourraient être revues à la hausse si la prospection engagée par TFM pour évaluer la minéralisation de ses gisements, notamment en cobalt, se révélait jeune aFrique

sont passées de 17,5 % à 20 %. Lancée en 2007, la première phase d’investissement, d’un montant d’environ 3 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros), a porté sur la construction des infrastructures minières et de l’usine. Les premières productions ont commencé en 2009. Mais TFM voit grand et a donc lancé une nouvelle phase d’investissement de 850 millions de dollars, en cours de réalisation, afin d’optimiser les installations et d’augmenter les capacités de la mine et

probante. Associant l’américain FreeportMcMoRan Copper & Gold (FCX, 56 %), le canadien Lundin Mining (24 %) et la Générale des carrières et des mines (Gécamines, 20 %), TFM est devenu le poids lourd de la filière cuivre-cobalt dans la province et en RD Congo, devançant Mutanda Située à l’est de Kolwezi, ya Mukonkota Mining la concession couvre 1 600 km2 (Mumi) et Kamoto Copper Company (KCC), contrôlés sur une centaine de collines. par le suisse Glencore. En effet, de 2009 à 2012, sa production est des unités de traitement : mise à niveau passée de 70 000 t à 157 700 t de cathodes du broyeur, acquisition d’un équipement de cuivre et de 2 580 t à 11 700 t d’hyminier supplémentaire, construction droxyde de cobalt. d’une nouvelle salle d’électrolyse, extension de l’usine de production d’acide sulfurique… De quoi porter la capacité TFM (RE)VISITÉ. Signée en septembre 2005, la convention minière liant de broyage à 14 000 t de minerai par jour TFM à l’État congolais a été « revisitée » et augmenter d’environ 68 000 t par an la en 2010. Au terme d’une longue et rude production de cathodes de cuivre. Presque tous les travaux sont terminégociation, plusieurs points ont été revus au bénéfice de la partie congolaise nés, sauf l’extension de l’usine d’acide dont l’augmentation des parts sociales de sulfurique, qui sera livrée en 2015. Grâce la Gécamines dans le joint-venture, qui à ces investissements, dès cette l l l n o 2729-2730 • du 28 avriL au 11 Mai 2013


Le Plus de J.A. t L’affinage par électrolyse permet d’obtenir des cathodes de métal pur à 99,99 %.

LászLó Bencze/TFM

94

année, la production de cathodes de cuivre devrait atteindre 200 000 t et celle d’hydroxyde de cobalt 15 000 t. À terme, l’usine de Kwatebala devrait produire 450 000 t de cathodes de cuivre par an.

À l’instar d’autres compagnies minières du Katanga, qui subit, comme le reste du pays, les défaillances du réseau électrique, TFM s’est engagé à participer à la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Nseke, en partenariat avec la Société nationale d’électricité (Snel, lire ACQUISITIONS. Dans la perspective p. 88). Le groupe a déjà financé, d’étendre ses opérations à plusieurs En 2012, TFM a versé plus de pour environ 140 millions de gisements d’oxydes sur les collines de 200 millions de dollars en impôts dollars, l’achat et la livraison Fungurume ainsi que dans les zones nord de deux transformateurs en et sud de Dipeta et Pumpi, situées sur sa et taxes au Trésor congolais. 2009, ainsi que la rénovation concession, TFM envisage d’agrandir les installations de stockage de déchets Une acquisition, d’un montant de 355 milet la mise à niveau des lignes de transport miniers installées près de l’usine de trailions de dollars, financée par FCX (70 %) d’électricité. Un crédit remboursable sur les prochaines factures. tement de Kwatebala. L’étude d’impact et Lundin (30 %). Quelque 110 millions environnemental et social du projet a été de dollars pourraient y être ajoutés d’ici à trois ans. La nouvelle société, dont le confiée au sud-africain SRK Consulting. ENGAGEMENTS. Obligation contraccapital est détenu par les trois partePour aller vers plus de transformatuelle oblige, TFM investit aussi dans le naires de TFM, opérera sous le nom de développement communautaire. « Nous tion et s’assurer un meilleur accès aux Free-Cobalt. marchés du cobalt, les partenaires de consacrons 0,3 % des revenus nets tirés de nos ventes de métal pour financer un fonds social communautaire géré par PrOjETS DE VIllE des représentants des communautés de De moins De Tenke et de Fungurume. Les contribuménagères, etc.) la faisabilité du projet tions s’élèvent à 11,3 millions de dollars 30000 âmes en 2005, et assurer un et d’élaborer un plan depuis le lancement de la production », la population deTenke développement local d’aménagement. explique le service de communication Fungurume est harmonieux de Celui-ci sera le de Freeport. aujourd’hui estimée Tenke Fungurume, document de référence Depuis le démarrage du projet en 2006, à plus de la réalisation d’un pour orienter TFM, qui emploie actuellement 3000 per100000 habitants Plan de gestion du l’urbanisation de la ville sonnes et fait travailler environ 4500 souset pourrait passer le cap développement urbain et son extension vers traitants, dit avoir versé 717 millions de des 200000 d’ici à 2015. (PGDU) pour une durée le sud-est, là où se dollars (dont 201 millions pour l’exercice Pour faire face à tous de quinze ans (2010trouvent les gisements. 2012) en impôts et taxes aux différents les besoins qu’entraîne 2025) a été confiée au Un comité de pilotage services publics. En 2014, TFM pourrait une telle croissance bureau d’études du projet, composé dégager des profits. Un bon point pour démographique et français Groupe Huit. de représentants du le Trésor congolais, auquel TFM devra spatiale (logements, Financée parTFm, qui gouvernement payer un impôt sur les bénéfices, ainsi équipements collectifs appuie le gouvernement provincial, de que pour la Gécamines, qui pourrait alors et services de base: eau provincial, l’étude, communautés locales bénéficier de ses premiers dividendes. l potable, électricité, lancée en 2012, et deTFm, a été mis lll

gestion des ordures

n o 2729-2730 • du 28 avriL au 11 Mai 2013

TFM ont acquis OMG Kokkola Chemicals Oy, la raffinerie (située en Finlande) de l’américain Outokumpu Mining Group – qui s’est retiré de RD Congo en cédant les parts que sa filiale détenait dans le Groupement du terril de Lubumbashi.

permettra de déterminer

en place. l

M.D.

MUrIEl DEVEY jeune aFrique


le Katanga, au-delà des mines Focus

un filon hautement stratégique Avec des exportations en hausse de plus de 350 % en cinq ans, la RD Congo est devenue le premier producteur et exportateur de cobalt. Toutefois, ses capacités de raffinage restent à améliorer.

s

LászLó Bencze/TFM

es nombreuses applications industrielles font du cobalt l’une des huit matières premières stratégiques. Or la RD Congo concentrerait quelque 40 % des réserves mondiales de ce minerai, soit environ 2,14 millions de tonnes. Avec le regain de l’activité minière dans la province, ses exportations de cobalt ont fait un formidable bond, passant de 26 168 tonnes en 2007 à 119 341 t en 2012, selon la division des mines et de la géologie du gouvernement provincial. De quoi confirmer le titre de la RD Congo devenue en quelques années premier producteur et premier exportateur mondial, très loin devant la Zambie et ses autres concurrents (Canada, Chine, Russie…). Rejets. C’est à partir de 2009 que les

exportations ont grimpé en flèche, dopées notamment par l’entrée en production de Tenke Fungurume Mining (TFM, lire pp. 93-94). Toutefois, les exportations de cobalt électrolytique (raffiné par électrolyse) et de concentrés de cobalt ne représentaient respectivement que 16 % et 8 % du total exporté l’an dernier. Le raffinage pour obtenir du métal quasi pur a donc encore du chemin à faire, rares étant les compagnies à disposer pour le moment d’une unité de cobalt électrolytique. C’est le cas de Kamoto Copper Company (KCC), coentreprise contrôlée par le suisse Glencore.

p Du minerai est extrait un hydroxyde de cobalt bleu-vert.

La matière première provient des rejets miniers des anciennes exploitations, qui renferment d’importantes quantités de cobalt, et des gisements de la copper belt (« ceinture de cuivre »). En 2012, dans le top 10 des premiers exportateurs de cobalt contenu du pays, 6 compagnies se détachaient nettement, réalisant 87 % des exportations, selon la division des mines et de la géologie.

En tête caracolaient TFM (25 751 t de cobalt contenu exportées) et KCC (24 686 t), suivis de Mutanda Mining (16 703 t), contrôlé par Glencore, et de Boss Mining (16 421 t), détenu majoritairement par le groupe kazakh Eurasian Natural Resources Corporation (ENRC). Venaient ensuite Ruashi Mining (11 290 t), passé fin 2011 sous le contrôle du chinois Jinchuan (lire ci-dessous), ainsi que le Groupement pour le traitement du terril de Lubumbashi (11 010 t), une coentreprise entre le Groupe Forrest International et la Gécamines qui exploite une partie de l’accumulation des scories issues des activités métallurgiques, de 1924 à 1992, de l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK), puis de la Gécamines. eXteNsION. La production de cobalt au

Katanga devrait continuer de considérablement progresser. KCC prévoit d’en produire 30 000 t par an d’ici à 2015. De son côté, TFM, dont les réserves de cobalt pourraient être revues à la hausse, va également augmenter sa production avec l’agrandissement de sa mine et l’extension de son usine de traitement. De même, la Société d’exploitation de Kipoi, partenariat entre l’australien Tiger Resources et la Gécamines, va bientôt disposer d’une usine de grande capacité, en cours de finalisation. l MuRIel DeVeY

NOuVelle Vague chINOIse

J

usqu’à présent, les sociétés chinoises présentes dans la filière cuivre-cobalt au Katanga étaient nombreuses mais petites, sans grands gisements et achetant les minerais à des creuseurs pour alimenter leurs usines. Seul se démarquait Congo Dongfang International Mining (CDM), avec une exploitation industrielle et une usine moderne. Depuis

Jeune aFrique

l’an dernier, les choses ont changé avec l’acquisition par le chinois Minmetals de 95 % des parts du canadien Anvil Mining dans Anvil Mining Concentrate Kinsevere et celle de 75 % de Ruashi Mining par le groupe Jinchuan, à la suite de son rachat du sud-africain Metorex. Selon la division provinciale des Mines, cette montée en puissance devrait se confirmer dans les

prochains mois avec le projet de la China Railway Engineering Corporation de reprendre les parts détenues par ses compatriotes dans la Minière de Kalumbwe Myunga, la Compagnie minière de Luisha et Shituru Mining Corporate, pour créer une seule entité. Une manière de pallier le retard de remboursement du prêt chinois (minerais contre infrastructures) qui devait

être assuré par la production de la Sino-Congolaise des mines (Sicomines, jointventure entre China Railway Group Limited, Sinohydro Corporation, Zhejiang Huayou Cobalt et la Gécamines), dont l’exploitation n’a pas démarré ? En attendant son entrée en production, le gisement de Sicomines reste néanmoins une valeur M.D. sûre. l n o 2729-2730 • du 28 avriL au 11 Mai 2013

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Le Plus de J.A. ServiceS

Dans le sillage des compagnies Géologues, ingénieurs, logisticiens, équipementiers, cuisiniers… Les besoins des miniers en personnel et matériel sont nombreux.

Baudouin Mouanda pour j.a.

A

vec la montée en puissance de l’activité minière dans la province, tant dans la ceinture de cuivre que dans de nouvelles zones, la demande en soustraitance ne cesse d’augmenter. La plupart des miniers concentrant en effet leurs activités sur le traitement et la transformation des minerais de cuivre et de cobalt, ils confient les autres opérations à des sous-traitants, auxquels font appel plus particulièrement les sociétés telles que Tenke Fungurume Mining (TFM, lire pp. 93-94), Rio Tinto, Boss Mining ou Mutanda Mining, les compagnies chinoises et indiennes répondant le plus souvent elles-mêmes à leurs besoins. Très segmenté, le marché de la soustraitance minière est dominé par des étrangers. La vente d’engins miniers et de matériel de travaux publics est trustée par l’américain Caterpillar (qui représente aussi la marque Bell) et par

p Un atelier de Mining Contracting Services Congo (à Lubumbashi).

Congo Equipment (coentreprise entre le français Tractafric et le sud-africain Barloworld). La location de matériel et la mise à disposition de personnel qualifié nécessaire aux opérations d’exploration et d’extraction (conducteurs d’engins, mécaniciens, électriciens…) sont assurées par les congolais Mining Company

Éric Monga Un patron représentatif

É

conomiste de formation, Éric Monga, né à Lubumbashi en 1965, s’est lancé dans les affaires après quatre ans à la Banque centrale du Congo, puis trois comme conseiller d’Augustin Katumba Mwanke (alors gouverneur du Katanga). En 2001, il créeTrade Services, un bureau de conseil fiscal aux entreprises (qu’il assiste aussi dans leurs démarches auprès de l’administration), désormais doté de plusieurs succursales et, en 2008, la Société de surveillance minière (SSM), un laboratoire d’analyses minérales basé à Likasi. Après avoir dirigé le Comité professionnel des miniers du Katanga, Éric Monga a été élu, le 29 mars dernier, à la présidence du bureau provincial de la Fédération des entreprises congolaises M.D. (FEC-Katanga). l n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 Mai 2013

Muriel devey pour j.a.

96

Katanga (MCK), Gécamines, Rulco et le belge Forrest, les plus importants, ainsi que par le sud-africain Swanepoel, le belge Mining Contracting Services Congo (MCSC) et quelques sociétés chinoises. ÉTRANGERS. Si les compagnies minières

ont leurs propres géologues, elles font aussi appel à des sous-traitants, dont le congolais Bascons (lire portrait p. 97) et le sud-africain SRK Consulting, et recourent à des laboratoires d’analyse minérale et de surveillance environnementale locaux, dont les leaders sont la Société de surveillance minière (SSM) que dirige Éric Monga (lire portrait ci-contre), et le Labo Gac et Stewart. Laconstructiondesusinesestlargement dominée par les étrangers, dont le sudafricain Group Five, New Baron & Lévêque International Afrique (filiale du groupe Forrest) et Mining Engineering Services Suppliers, filiale du groupe Somika (lire pp. 99-100). Ce dernier intervient également dans la fabrication de produits chimiques, notamment des acides, via Mining Chemical Suppliers. Ses concurrents sur ce marché sont Chemaf (filiale de Shalina Resources, basé à Dubaï), Ruashi Mining (filiale de Metorex) ou la Gécamines, qui produit aussi de la chaux, les importations étant quant à elles assurées par les compagnies minières jeune afrique


le Katanga, au-delà des mines

Muriel DeVeY

emmanuel Basanga expert géologue

D

iplômé en géologie fondamentale de l’université de Lubumbashi, Emmanuel Basanga a travaillé au Centre de recherches géologiques et minières, au ministère des Mines et

des Hydrocarbures, puis chez le canadien SouthernEra Resources. « Conscient des importants besoins de l’industrie minière en personnel spécialisé », le géologue décide, en 2007, de créer, avec des associés, Basanga Consulting (Bascons), dont il est le directeur général. Doté de matériel perfectionné, le bureau emploie des géologues (dont les travaux sont supervisés et certifiés par des sociétés étrangères), des électriciens, des logisticiens, des informaticiens et des infirmiers. Comptant parmi ses clientsTenke Fungurume Mining, Sodexmines, African Metals, Ruashi Mining et la Compagnie minière de Luisha, la société, qui opère dans d’autres provinces du pays (notamment en Province-Orientale), reste le leader congolais sur son marché malgré la concurrence croissante. l DR

elles-mêmes et par le belge Manuchar. La majorité des 9 000 trucks qui évacuent chaque mois les produits miniers vers les grands ports de la sous-région appartient à des sociétés tanzaniennes, sud-africaines et zambiennes. Limitée à quelque 400 camions, l’offre locale est assurée par les transporteurs Hermis et Hakuna Matata, suivis par Noka et NDB. La fourniture et la distribution de produits pétroliers sont réalisées par diverses compagnies dont Puma Energy, Engen et quelques distributeurs locaux. Les activités de catering sont quant à elles principalement assurées par Number One et Aden Services Congo. Si l’on se base sur les 400 millions de dollars (plus de 300 millions d’euros) dépensés par une compagnie comme Ruashi Mining pour sa sous-traitance en 2010, tout porte à croire que le chiffre d’affaires de la filière s’élève à plusieurs milliards de dollars. Reste que la part qui revient aux entreprises congolaises est encore très limitée. l

M.D.

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RUASHI Mining sprl

A METOREX (PTY) LTD COMPANY

RUASHI Mining sprl s’illustre dans le développement des infrastructures sociales au Katanga fiable n’a été installée à ce jour. Les équipements commandés sont déjà arrivés et l’exécution des travaux a commencé avec l’appui technique de la SNEL, Société Nationale d’Électricité. Ce projet est le deuxième plus grand de RUASHI Mining sprl en termes de fourniture en énergie électrique, après celui coréalisé en 2011, par la construction d’une sous-station de 220 KVA à l’entrée de la ville de Lubumbashi. Celle-ci a été un soulagement pour les habitants de la partie Nord de Lubumbashi sur la route Likasi et sur la route Kasenga. Alors que la Province est frappée par une pénurie en farine de maïs, aliment de base des Katangais, RUASHI Mining sprl est l’un des piliers permettant de lutter contre la famine qui menace la Province cuprifère, le Katanga, avec 500 hectares de maïs cultivés à Kinsenda et plus de 500 hectares avec les coopératives d’agriculteurs de Sambwa et de Kipushi. L’entreprise est également très active dans la fourniture en eau potable, l’éducation avec la réhabilitation des écoles de la commune Rwashi et la santé où elle s’est activement impliquée dans la lutte contre le choléra, en faisant un don important de produits à l’hôpital militaire de la Rwashi, centre de référence de la municipalité.

RUASHI Mining sprl

A METOREX (PTY) LTD COMPANY

www.ruashi.com E-mail : ruashim@ruashi.com

DIFCOM/DF - PHOTOS : IMAGE © PMP2011

D

ans le cadre de son plan développement économique durable, le Katanga a besoin d’investissements sérieux dans tous les secteurs. RUASHI Mining sprl est une réponse positive contribuant à l’amélioration des conditions sociales de la population dans cette province du sud-est de la République Démocratique du Congo. Situé à quelques kilomètres de la commune qui lui donne son nom, RUASHI Mining sprl est un grand projet qui prend en compte tous les paramètres sociaux, économiques et environnementaux de la population. L’entreprise s’illustre dans la réalisation des actions à impact visible, notamment dans les soins de personnes vivant avec le VIH/SIDA, dans l’éducation avec la réhabilitation des écoles, dans l’assainissement de l’environnement avec le programme de lutte contre la malaria, l’approvisionnement en eau potable et en fourniture d’énergie électrique. Pour le premier trimestre de l’an 2013, l’entreprise a mis en jeu cinq millions de dollars américains pour la réhabilitation des infrastructures électriques de la commune Rwashi et l’électrification complète du quartier Luwowoshi de la commune Annexe. Ce quartier à vocation agropastorale, est l’un des plus pauvres de la ville où aucune infrastructure électrique


Le Plus de J.A. Katanga

99

Baudouin Mouanda pour j.a.

u Le directeur général du groupe, Chetan Chug, dans son bureau de Lubumbashi.

Profil

La Somika investit tous les secteurs Fondée par l’homme d’affaires indien Chetan Chug, la Société minière du Katanga s’est largement diversifiée. En particulier dans la construction et dans l’agroalimentaire.

I

l fait partie de la nouvelle génération d’Indiens qui se sont installés en RD Congo au début des années 2000. Après un détour par le Canada, Chetan Chug, originaire de Bombay, où réside sa famille, s’installe en 1997 en Tanzanie. Il y commence ses activités avec le groupe d’import-export Vinmart – qui a, depuis, développé des filiales au Canada, en Chine, à Dubaï et en Inde. De Dar es-Salaam, Chug rejoint Lubumbashi, où débute son aventure congolaise. C’est grâce à la vente d’or et d’hétérogénite (minerai contenant du cobalt) que le jeune homme d’affaires accumule le capital qui lui permet de fonder, en 2002, sa première entreprise, la Société minière du Katanga (Somika), qui a donné naissance à des filiales et à des joint-ventures. Réunies au sein du groupe Somika, ces derniers opèrent principalement au Katanga et interviennent dans une très large gamme d’activités, de l’exploitation jeune afrique

à la sous-traitance minière en passant par la construction et l’agroalimentaire.

et de l’or, avec la création de Mineral Mining Resources (MMR). L’entreprise, établie à Kalemie (lire pp. 110-111), est active dans les districts du Tanganyika et du Haut-Katanga, ainsi que dans la province voisine du Maniema. Première société minière du Katanga à avoir exporté du coltan, MMR dispose de plusieurs carrières dont l’exploitation est assurée

MONOPOLE. À sa création, Somika a concentré son activité sur la filière cuivrecobalt. La société possède une usine de traitement à Lubumbashi, dont la production – d’environ 15000 tonnes de cathodes de cuivre par an, et 3500 t de cobalt métal et de concentrés – est alimentée par les gisements de la Société Sa filiale MMR intervient de développement industriel et depuis 2009 dans trois filières : minier du Katanga (coentreprise associant Somika et la Société la cassitérite, le coltan et l’or. de développement industriel et par des creuseurs. En 2010, la signature minier du Congo, Sodimico), et par ceux de Kisanfu Mining (Kimin, joint-venture d’un contrat d’encadrement de trois entre la filiale de Somika et la Gécamines). coopératives d’exploitants artisanaux avec Aurum, qui détient une bonne vingtaine le ministère provincial des Mines et des de permis de recherche, se concentre de Affaires foncières lui a permis d’acquéson côté sur l’exploration. rir le monopole d’achat sur les sites de Kisengo, Mai Baridi, Katonge (coltan) et En 2009, le quadragénaire s’est lancé dans les filières de la cassitérite, du coltan Lunda (or), dans le Nord-Katanga, en l l l Mai 2013 n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai


le Plus de J.A. Katanga

Baudouin Mouanda pour j.a.

100

p L’usine du groupe (à Lubumbashi) produit environ 15 000 tonnes de cathodes de cuivre par an, exportées en plaques.

échange de son engagement à fournir un appui technique ainsi que des services sociaux aux exploitants et à renforcer la traçabilité des minerais. Tous les produits sont exportés vers la Chine, l’Inde, le Brésil et la Malaisie, via Kalemie, dans le Nord et, dans le sud de la province, via Kasumbalesa, le poste-frontière avec la Zambie. À Mitwaba (Haut-Katanga) et Manono (Tanganyika), MMR n’en est qu’au stade de l’exploration. Pour se diversifier, Somika a prolongé ses activités dans la sous-traitance minière à travers quatre filiales : Sotrafer produit des barres de fer ainsi que de l’oxygène et de l’acétylène, Solutions for Africa fore des puits, Mining Chemical Suppliers (MCS) fournit des produits chimiques, et Mining Engineering Services (MES) est spécialisé dans les solutions d’ingénierie et la fourniture d’usines clés en main.

lll

POUVOIR D’ACHAT. Chetan Chug a éga-

lement voulu sortir des filières minières et a choisi d’investir des secteurs porteurs dont la province a besoin et sur lesquels elle compte pour son développement économique et social. Avec sa filiale TechnoConstruct, le groupe s’est ainsi n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

spécialisé dans la fabrication de maisons et de petits immeubles en préfabriqué. Ses marchés? Le gouvernorat (écoles et hôpitaux) et des sociétés privées, notamment des opérateurs miniers et des banques. Pas encore de particuliers. « Il faut d’abord tester des produits adaptés au pouvoir d’achat local », insiste Rahim Dhrolia, le directeur de la société. Le quatrième pôle de diversification de Somika est l’agroalimentaire, dans

vingtaine de kilomètres de Lubumbashi, sur la route de Kinsevere. Dotée de 6 silos pouvant stocker 6 000 t de maïs chacun et d’une capacité de production de 336 t de farine de maïs par jour, la minoterie sera entièrement opérationnelle à la fin de cette année. « D’ici à trois ans, Terra pourra fournir entre 60 % et 70 % des besoins d’AMCC, qui vise à terme une production annuelle de 110 000 t », explique Dhrolia, directeur de Terra. Pour compléter la panoplie du groupe, Revin, entreprise de la nouvelle minoterie du groupe production d’eau minérale et sera entièrement opérationnelle de sodas, compte quant à elle étendre ses activités à d’autres à la fin de cette année. provinces du pays. lequel le groupe a investi bien avant que le gouvernorat n’incite les miniers à cultiver RéseAU. En dehors de son siège et fief au moins 500 ha de maïs chacun. Tout a katangais, le petit empire de Somika, qui commencé avec la création de Terra, qui emploie quelque 3000 personnes, dispose a obtenu une concession de 10000 ha sur d’un solide réseau pour les opérations la route de Kasenga (Est). Avec 1 100 ha d’achat et de logistique, avec des bureaux emblavés, la société espère atteindre une en Tanzanie, en Zambie, en Afrique du production de 6000 à 8000 t de maïs cette Sud, au Canada, en Chine, en Inde, aux année. Émirats arabes unis et au Royaume-Uni, Dequoialimenterlaminoteried’African notamment dans le cadre de son congloMilling Company Congo (AMCC), toute mérat Vinmart. l dernière création du groupe, établie à une MURIel DeVeY jeune afrique


Opération Smile Kinshasa.

L’équipe médicale de l’Hôpital du Cinquantenaire de Kisangani.

La cour de l’EP 3 et 4 Binza dont la GFF a financé la rénovation.

Développer des communautés

pour un avenir meilleur HISTORIQUE

L

a Gertler Family Foundation (GFF) a été créée à l’initiative du Trust de la famille Gertler, une organisation qui mène des activités et des investissements en RDC par l’intermédiaire du Groupe Fleurette. Depuis son arrivée, le Trust a amené les plus grandes compagnies minières et d’infrastructures dans le monde, ainsi que des milliards de dollars en RDC, observant son ascension d’une période d’instabilité et d’incertitude.

La GFF a été mise en place pour faciliter la contribution du Trust au bien-être social et s’est engagée à répondre aux besoins des congolais vulnérables. Depuis sa création en 2007, la GFF a investi des millions de dollars dans la santé, l’éducation, l’infrastructure, la culture, l’aide d’urgence et d’autres projets à Kinshasa, au Katanga, KasaïOriental, Maniema, au Nord et Sud Kivu et ailleurs dans la République démocratique du Congo (RDC).

COMMUNIQUÉ

Le principal objectif de la GFF est de soutenir des projets communautaires qui répondent aux besoins des personnes les plus vulnérables vivant dans les grandes villes et les villages éloignés et ayant un accès limité aux services de soins de santé de base, des enfants et adultes nés avec des malformations faciales, des enfants interurbains nés séropositifs, des orphelins, des handicapés et des infirmes, des familles frappées par des catastrophes naturelles, et bien d’autres. Dans les hôpitaux, les dispensaires, les écoles et

Une écolière de l’Ecole Saint Claret Kimbondo.

les maisons construites par la GFF, avec les médicaments, la nourriture, les vêtements, l’eau potable et l’aide d’urgence qu’elle a fourni, la GFF a contribué à changer la vie d’innombrables congolais au cours des six dernières années.


The Gertler

Family Foundation (GFF)

Les Réalisations de la GFF en RDC

A

ce jour, la GFF a réalisé beaucoup d’actions dans la province du Katanga où le Trust possède plusieurs grands investissements miniers, mais aussi dans les provinces ou elle n’a pas d’intérêts économiques. La GFF travaille dans la santé, l’éducation, les infrastructures, l’aide d’urgence, la culture et d’autres secteurs à travers la RDC.

Docteur Hugo Rios, responsable de l’Orphelinat Kimbondo.

SANTÉ

Les programmes de santé de la GFF s’attaquent au manque d’accès aux services de santé de base, à la malnutrition, aux malformations faciales, au VIH-SIDA, au paludisme et autres maladies endémiques qui prévalent en RDC. La GFF construit des hôpitaux et des centres médicaux, fournit des médicaments et autres matériels médicaux, embauche des spécialistes expatriés et assure la formation du personnel local afin d’assurer la durabilité de ses programmes. • Hôpital du Cinquantenaire de Kisangani : La GFF et ses partenaires ont remis à neuf et ont fourni de l’équipement de pointe à l’hôpital à l’est de la RDC, dans la ville de Kisangani, Province Orientale. L’hôpital de 120 lits permettra de répondre aux besoins des services de santé des enfants qui représentent une partie importante de la population de Kisangani, mais n’ont pas accès à des soins adéquats. Ce

« QUESTIONS À SŒUR BERNADETTE MBOMBO, RESPONSABLE ADJOINTE DE L’HOSPICE SAINT-PIERRE 1 > Racontez-moi un peu l’histoire de l’hospice St-Pierre. Sœur Bernadette : En 1943, l’idée de construire l’hospice StPierre était venue du Curé de la Paroisse St-Pierre. Au départ, il y avait 2 bâtiments de 5 chambres. En 1969, le Cardinal Etsou, a eu l’idée d’agrandir l’hospice à cause des besoins qui se sont fait sentir. Cela s’est fait avec l’aide de Lions Club et d’autres donateurs. Au total il y avait maintenant 25 chambres qui pouvaient accommoder deux personnes par chambre. A l’époque, l’Eglise et l’État étaient impliqués. Les sœurs missionnaires ont aussi aidé avec les dons venus de l’étranger. En 1993 on a remis l’hospice aux mains des sœurs diocésaines, l’Etat ne donnait plus de l’aide. En 2003, la situation s’est aggravée par manque de moyens. 2 > Y a-t-il une raison particulière à la détérioration de l’hospice ? S. B. : La raison première est le manque de moyens pour entretenir l’hospice, mais également le manque de suivi de la part de la personne en charge. 3 > Aviez-vous perdu espoir ? S. B. : Nous sommes des chrétiens et croyons aux miracles. Et

comme nous avions des projets de bien vivre, nous continuions àcroire que Dieu nous enverrait des personnes de bonne volonté pour nous aider. Donc nous n’avions pas perdu l’espoir. 4 > Comment aviez-vous entendu parler de la Gertler Family Foundation ? S. B. : J’ai entendu parler de la GFF par mes supérieurs qui m’ont dit que ce sont des gens qui prêtent oreille aux supplications des pauvres. Ils font un travail de qualité en comparaison avec les autres organisations. Le travail de qualité est très remarqué. Les gens qui viennent visiter disent : « C’est de tout cœur qu’ils ont aidé ». 5 > Qu’espériez-vous lorsque vous aviez appris qu’il y avait une aide possible pour réparer l’Hospice ? S. B. : Les personnes âgées étaient devenus comme des personnes diminuées, elles vivaient comme dans une porcherie. Avec cette aide nous avions espéré les voir retrouver leur dignité en tant qu’être humain.

la toiture, la peinture, une cuisine modernisée, etc. Ils ont offert des meubles de qualité (lits, tables, chaises, même des rideaux). Un grand travail que la GFF a fait est d’aménager l’environnement en refaisant le jardin et maintenant les visiteurs viennent passer du temps avec leurs familles. Les résidents disent : « Nous sommes maintenant comme en Europe. Nous vivons mieux que ceux qui sont à la cité ». 7 > Parlez-moi un peu de l’expansion ? S.B. : Une nouvelle cuisine modernisée avec deux nouveaux frigos, un jardin aménagé, des nouveaux meubles, des rideaux qui sont une addition parce qu’il y en avait pas avant. La GFF a redonné le sourire à nos « petits vieux » !

8 > Depuis la rénovation de l’hospice, avez-vous remarqué une amélioration chez les résidents ? S. B. : On est épanoui, on est bien, les visiteurs sont émerveillés de voir l’expansion. Ca donne envie aux gens de venir aider. Les familles viennent en visite et se rapprochent de leurs aînés. 6 > Quelle assistance la Fonda- Nous faisons de notre mieux pour maintenir la propreté. Les Fêtes tion a-t-elle fournie ? de Pâques S.B. : La GFF aM.aidé dans la rénoFrançois N’djeka, Coordonnateur de la GFF.ont été célébrer en vation de l’hospice. Ils ont refait famille. De nouveau les gens se

Sœur Bernadette, responsable de l’Hospice des vieillards Saint-Pierre.

touchent, se mélangent, il y en a même qui montent sur les lits, ils mangent tous ensemble. Avant les gens les fuyaient parce qu’ils les trouvaient sales et l’environnement était malsain. 9 > Comment vous sentez-vous en tant que aide-soignante maintenant que l’hospice a été rénové ? S.B. : Je me sens à l’aise, épanouie et dans l’obligation de maintenir l’hospice dans cet état. 10 > Avez-vous autre chose à ajouter ? S.B. : Remercier la GFF pour ce qu’ils ont fait. Ce que la fondation a fait est très capital. Ils ont redonné la vie à nos vieillards et nous ne pouvons que les remercier.


“ La GFF travaille dans la santé, l’éducation, les infrastructures, l’aide d’urgence, la culture et d’autres secteurs à travers la RDC. ”

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Family Foundation (GFF)

La GFF soutient également des projets qui touchent directement les couches les plus vulnérables de la population congolaise, y compris : • Le Centre de Santé St-Raymond : La GFF donne annuellement des médicaments et de la nourriture à ce centre qui s’occupe d’enfants souffrant de malnutrition. La GFF a également fait don d’un véhicule utilitaire 4x4 afin que le centre puisse transporter les patients gravement malades vers les grands centres et les hôpitaux, mais aussi d’atteindre les enfants malades dans les villages reculés Le Centre Hospitalier Lombo-Lombo pendant les travaux de construction.

projet vedette de la GFF contribuera à réduire le taux élevé de mortalité chez les enfants âgés de 0 – 16 ans en offrant des soins de santé de base et spécialisés. La GFF a embauché le médecin Sud-africain de renom, Dr André Hattingh, pour gérer tous les aspects de l’hôpital, conformément aux normes utilisées en Europe, aux États-Unis et ailleurs dans le monde occidental, pendant un an. Dr Hattingh supervisera également la formation des médecins locaux, qui vont gérer l’hôpital après la fin de l’engagement de la GFF. Le Centre Hospitalier Lombo-Lombo, Kindu, Province du Maniema : • La GFF s’est associée avec Mapon Développement, une organisation non-gouvernementale (ONG) affiliée au Premier Ministre de la RDC Matata Ponyo, pour construire un hôpital de 40 lits à Kindu, Province du Maniema. La GFF a également offert de l’équipement de pointe, qu’une équipe de techniciens spécialistes expatriés et locaux ont installé, et a embauché un médecin directeur et un administrateur pour gérer le Centre pendant deux ans. Le Premier Ministre Matata a officiellement inauguré le Centre en mars 2013. • Hôpital General de Reference de Kipushi, Province du Katanga : Le gouvernement provincial a construit l’Hôpital général de Kipushi en 2011. Le leadership du gouvernement a inspiré la GFF à aider à améliorer l’accès aux soins pour les 115 000 habitants de Kipushi, les dizaines des milliers de congolais qui vivent dans le district du Haut-Katanga et les zambiens vivant de l’autre côté de la frontière. En juillet 2012 la GFF a acheté des équipements médicaux de pointe pour l’hôpital. • Opération Smile – Lubumbashi, Province du Katanga : La GFF est partenaire, depuis 2011, de l’Opération Smile, une organisation internationale qui offre des interventions chirurgicales gratuites pour traiter les malformations faciales. Initialement sponsor des missions de Kinshasa, la GFF a organisé et assuré la totalité du financement de la toute première mission d’Opération Smile à Lubumbashi à la fin de 2012. Le parrainage de la GFF a permis d’offrir une chirurgie faciale reconstructive à plus de 300 congolais au cours de l’année 2012 seulement.

• Projet CHIRPA : La GFF a pris un engagement de trois ans (2012 – 2014) à contribuer au financement du Projet CHIRPA afin d’aider à défrayer le coût de la chirurgie cardiaque pédiatrique pour les congolais. Des spécialistes belges effectuent les chirurgies chaque année. CHIRPA renforce également les capacités techniques des chirurgiens locaux, offrant une formation importante afin de bâtir un plateau technique bien équipé pour la viabilité du programme. La GFF continuera à financer les grands projets liés à la santé en RDC.

ÉDUCATION

La GFF croit fermement qu’investir dans l’éducation est un investissement dans l’avenir de la RDC. Les programmes d’éducation de la GFF sont axés sur le développement global des enfants vulnérables et des jeunes à travers le pays. Les programmes communautaires d’éducation de la GFF comprennent la construction d’écoles, le parrainage de maisons et l’éducation des orphelins, le financement des projets d’alphabétisation pour les femmes et les jeunes filles victimes de violences sexuelles et un certain nombre d’autres programmes éducatifs.

COMMUNIQUÉ

Autres programmes de santé de la GFF : Les réalisations de la GFF dans le secteur de la santé s’étendent bien au delà de la construction et l’équipement des hôpitaux et centres de santé.

• Pédiatrie, Orphelinat et Hôpital de Kimbondo : La GFF s’est associée avec Kimbondo pour les aider à prendre soins de près de 800 enfants abandonnés qui vivent à l’orphelinat à Kinshasa. Beaucoup de ces orphelins ont également des handicaps physiques et mentaux. La GFF fournit deux fois par an des médicaments et de la nourriture, et, en 2012 elle a financé l’achat de matériel et de fournitures pour l’unité de transfusion sanguine de l’hôpital de Kimbondo.

Lycée Français Pascal Lubumbashi, meublé et agencé par GFF.


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Family Foundation (GFF)

Lycée Français Blaise Pascal de Lubumbashi, Katanga Province : Le Lycée Français Blaise Pascal est l’une des meilleures écoles de la RDC. Le financement de la GFF a contribué à rétablir les sections dégradées de l’école, construire des sections entièrement nouvelles, et à équiper un nouveau laboratoire informatique et plus encore. Ecole Primaire 3 et 4, Binza Delvaux, Kinshasa : La GFF s’est impliquée à l’EP 3 et 4 Binza pour aider à créer un environnement propice à l’apprentissage dans une école qui se trouvait dans un état de délabrement total. La GFF a financé la pause d’une nouvelle toiture, la reconstruction des murs extérieurs, d’autres travaux généraux et l’achat de nouveaux bancs pour l’école qui dessert un quartier particulièrement pauvre de Kinshasa. Alfalit International Literacy Program : En mars 2013, la GFF a financé un programme d’alphabétisation en partenariat avec Alfalit International, une organisation internationale engagée dans l’amélioration de l’apprentissage et de l’éducation préscolaire. La contribution de la GFF a aidé dans l’impression des manuels pour les enseignants et de plus de 5000 manuels scolaires pour apprendre à lire aux jeunes filles et femmes victimes des violences sexuelles.

CULTUREL ET SOCIAL

Le soutien de la GFF aux sports, à la musique et autres programmes culturels contribue au bien-être des citoyens congolais et au développement social des communautés. La GFF soutient également de nombreux projets sociaux à Kinshasa et dans d’autres parties de la RDC. Hospice des vieillards Saint-Pierre : La GFF a entièrement rénové la cuisine de l’hospice Saint-Pierre, les latrines, les toilettes et l’entrepôt, et a meublé les 25 chambres avec de nouveaux lits, bureaux et autres articles d’ameublement pour les résidents de l’hospice. La contribution de la GFF a également permis le réaménagement du jardin, offrant ainsi un environnement sain et accueillant aux vieillards résidents. SOS Villages d’Enfants, N’Sele, Kinshasa : La GFF est partenaire à cette organisation internationale qui récupère les orphelins et enfants abandonnés et les place en milieu familial. La GFF soutient pleinement une maison de 10 orphelins à SOS Villages d’enfants. Le financement de la GFF couvre tous les aspects de la vie d’un enfant et paie les salaires de leurs « mères » qui s’occupent d’eux en permanence.

INTERVIEW DE M. FRANÇOIS N’DJEKA, COORDONNATEUR DE LA GFF Francois N’djeka, vous êtes coordonnateur de la GFF, pouvez-vous nous parler en quelques mots de cette GFF ? M. François N’djeka : La GFF a été créée pour contribuer activement au développement social à travers la RDC. L’objectif principal de la GFF est de coordonner les petits et les grands projets sociaux et des activités qui bénéficient directement aux congolais les plus vulnérables. Aujourd’hui nous pouvons dire avec fierté que nous sommes la plus grande fondation en RDC.

vulnérables et les personnes en difficulté est une expérience passionnante et exaltante. Découvrir le mal vivre de l’autre et un tant soit peu le soulager est une œuvre d’humanisation à laquelle l’équipe de GFF participe avec joie. On a toujours le sentiment de n’avoir rien fait face a l’énormité des besoins dûe à la grande pauvreté. Avez-vous un message particulier à Quels sont les obstacles que vous rencontrez au quotidien dans votre mission philanthropique ? M.F.N. : La RDC est un pays en développement qui se remet encore de plus de 40 ans de dictature suivie par une décennie de guerre. D’énormes besoins dans tous les secteurs sont les principaux obstacles que nous rencontrons, nous, et les autres organisations.

l’intention d’autres bailleurs de fonds ?

Quel est votre sentiment personnel aux contacts des populations vulnérables que vous aidez ?

continuellement a la recherche de par-

M.F.N. : Encore une fois, les besoins sociaux du pays sont immenses. Nous travaillons en étroite collaboration avec des ONG locales et internationales, les pays donateurs, des philanthropes et tant d’autres pour aider à répondre collectivement aux besoins des communautés et des congolais vulnérables afin qu’ils puissent avoir un avenir meilleur. S’il y a un message particulier : nous sommes tenaires pour nous aider à atteindre les populations les plus vulnérables.

GERTLER FAMILY FONDATION Pour plus d’informations sur Gertler Family Foundation, contact : info@gertlerfamilyfoundation.org. Rejoignez nous sur Facebook : Gertler Family Foundation, sur Youtube @gertlerFF et sur twitter @gffdrc

DIFCOM - F.C. PHOTOS : GGF/DR

COMMUNIQUÉ

Quel est le budget annuel de la GFF ? M.F.N. : La GFF finance des projets qui s’inscrivent dans nos cinq secteurs principaux, la santé, l’éducation, l’infrastructure, la culture et l’aide d’urgence, et qui contribuent activement au développement social et communautaire. Nous acceptons les demandes de financement sur notre site internet, www.gertlerfamilyfoundation.org et finançons les organisations nationales et internationales qui sont officiellement enregistrées auprès du gouvernement de la RDC.

M.F.N. : Aider nos compatriotes congolais


Le Plus de J.A. Katanga Agriculture

Comment produire plus pour importer moins Les surfaces cultivées s’étendent. Les cheptels s’agrandissent. Les rendements augmentent. Ils restent cependant très en deçà des besoins.

M

jeune aFrique afrique

LászLó Bencze/TFM

apporter des solutions, avec notamment l’augmentation des superficies cultivées, l’obtention de bons rendements agricoles et l’octroi de terres à des sociétés privées (qui s’accompagne d’une indemnisation), mais il ne résout pas la question de l’agriculture paysanne, dont les rendements sont faibles, les techniques culturales rudimentaires et les productions surtout autoconsommées. « Notre objectif est de faire en sorte que chaque famille paysanne exploite au moins 1 ha de maïs, contre une moyenne actuelle de 0,6 ha », explique Marc Maki Mutombo, directeur de cabinet du ministre

sont envisagées, dont leur arrimage aux fermes industrielles. Une formule mise en œuvre par Tenke Fungurume Mining (TFM, lire pp. 93-94), dont la politique agricole est bâtie sur deux pôles: sa ferme, Mbeko Shamba, établie près de Likasi et gérée par Walter Couttenier, ainsi qu’un appui technique et financier aux paysans locaux. Cette option pose toutefois des problèmes, compte tenu du nombre élevé de petites exploitations.

provincial de l’Agriculture et des Mines. Mais pour emblaver 1 ha de maïs, il faut sUBsIsTaNCE. « Il est plus facile et moins 25 kg de semences… Et pour satisfaire coûteux pour un minier d’emblaver les besoins des 3 millions d’agriculteurs 500 ha dans sa propre ferme, plutôt que que compte la province, il faudrait 75 000 tonnes de Pour moderniser les exploitations semence, soit un coût de paysannes, l’idéal est de les 112,5 millions de dollars (86 millions d’euros), que arrimer aux fermes industrielles. le gouvernorat ne peut finand’encadrer 500 familles, à raison de 1 ha cer. Quant aux paysans, difficile pour eux par famille », reconnaît Maki Mutombo. d’emprunter auprès du système banSelon lui, face à la dispersion des agricaire local. Pour moderniser les exploiculteurs, « l’idéal serait de ramener les tations paysannes, plusieurs solutions 3 millions de paysans à 5 000 personnes morales, et de les amener à sortir de l’agriculture de subsistance pour aller vers une agriculture commerciale, qui fait appel à des capacités managériales ». Pour ce faire, le gouvernorat compte sur la centaine de fermiers congolais et expatriés, qui représentent un tiers des exploitations de type industriel de la province, soit 37 000 ha de surfaces cultivées, et qui, à l’instar de TFM, pourraient participer à un programme d’encadrement des paysans regroupés en coopératives. De quoi augmenter la production, notamment de maïs, dont les besoins sont estimés à plus de 1,5 million de tonnes, alors que l’offre locale n’est que de 500000 t. Cela permettrait d’alimenter les minoteries locales – dont celle de Mukalay et Frères à Lubumbashi, qui doit importer du maïs de Zambie, ou African Milling Company Congo (AMCC, lire pp. 99-100), qui démarrera ses activités fin 2013 – et, surtout, de réduire les importations. l p Les experts du minier TFM dispensent des formations aux

algré le redémarrage des grands ranchs et la multiplication des fermes dans l’hinterland minier – avec des initiatives de particuliers, de sociétés de grande distribution comme Hyper Psaro, de compagnies minières et de brasseurs –, la production agropastorale, pas plus que celle de la pêche ou de l’aquaculture, ne parviennent à satisfaire la demande locale. Le Katanga reste contraint d’importer près de 60 % des produits nécessaires à ses besoins alimentaires. Ce déficit est un véritable casse-tête pour le gouvernement provincial, qui a pourtant pris des mesures, dont le dédouanement des intrants agricoles, l’obligation faite aux miniers de cultiver au moins 500 hectares de maïs, l’aliment de base des Katangais, ou encore l’ouverture de pistes rurales pour favoriser la production paysanne. Maïs. L’agrobusiness peut

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fermiers établis sur sa concession (à Tenke Fungurume).

MUrIEl DEVEY n o0 2729-2730 • du 28 avriL avril au 11 mai Mai 2013


le Plus de J.A. Portrait

les champs du possible selon Alexis Mbumb Kazemb unies pour l’enfance (Unicef). « Au-delà de l’encadrement des agriculteurs, notre mission est aussi de leur permettre de scolariser leurs enfants grâce aux produits des récoltes, précise le coordonnateur de l’AASF. Nous apprenons également aux écoliers à entretenir de petits jardins scolaires à côté de leur lieu d’apprentissage. »

Depuis plus de vingt ans, le fondateur de l’Association des agriculteurs sans frontières se démène pour conseiller et former les petits exploitants.

DélestAge DAns lA cuisine. Pour lui,

DR

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A

p Credo de l’agronome : l’auto-prise en charge alimentaire.

tout est donc question d’« auto-prise en charge alimentaire », surtout dans une province comme le Katanga, où l’agriculture fait souvent figure de parent pauvre de l’économie. Là où les politiques parient sur les mines, lui « mise sur l’homme et sur ce qu’il peut faire pousser de ses propres mains ». Et n’hésite pas à aller frapper à la porte des autorités locales pour essayer de les embarquer dans ses projets. « L’an dernier, nous avons convaincu le gouvernoratdefinancerdesactionsderavalement manuel des routes de desserte agricole à travers la province, afin de permettre aux exploitants d’acheminer leurs produits vers les lieux de vente dans de bonnes conditions », explique Mbumb. Les voies de communication réhabilitées, il doit reprendre son bâton de pèlerin pour aller aider les paysans de l’arrièreprovince à produire davantage. Fin mars, la Zambie, principal fournisseur de maïs

lexis Mbumb Kazemb a fait envoyait même des semences agricoles de la sécurité alimentaire son à distribuer gratuitement aux maraîchers cheval de bataille quotidien locaux pour leur permettre d’améliorer il y a plus de vingt ans. Son leurs récoltes. » L’initiative ne tarde pas à engagement au service de l’agriculture au susciterl’engouementdes Katanga est né sur les bancs de l’université, agriculteurskatangais.Les certains parient sur les mines, lui un petit matin de 1992. Ce jour-là, l’étudemandes d’avis et d’inmise sur l’homme et sur ce qu’il peut diant en agronomie réussit à convaincre trants se multiplient, et ses camarades de classe de « faire quelque les étudiants, improvisés faire pousser de ses propres mains. chose pour partager avec les autres » ce conseillers agricoles, se qu’ils apprennent en cours. « Pour tousentent obligés de mieux structurer leur – aliment de base des Katangais –, a fermé cher le plus de monde possible, nous groupe. Quelques formalités administrales robinets, et la pénurie bouleverse déjà tives plus tard, une plateforme est lancée: avons opté pour la radio, raconte Alexis les habitudes des Lushois. En moins d’une Mbumb Kazemb, avec des émisl’Association des agriculteurs sans semaine, le prix du sac de farine est passé sions donnant des conseils sur frontières (AASF), dont le chade 12000 à 35000 francs congolais (de 10 les techniques de la culture rismatique Alexis Mbumb à 30 euros). L’Association maraîchère. » Kazemb prend la tête. « Pour tenir le coup, dans la périphérie des agriculteurs À l’époque, les étudiants L’organisation est rapide Lubumbashi, certaines familles ont sans frontières réunit 400 mouvements n’ontqu’unseul«sponsor» dement repérée et souinstauré le système de “délestage dans la et coopératives dans la pour les soutenir dans leur tenue par les partenaires cuisine”… C’est-à-dire que les enfants qui province, dont 115 action: le père de Mbumb, internationaux tels que mangent aujourd’hui ne vont pas manger à Lubumbashi agronome dans la province le Programme alimentaire demain et vice versa », déplore Mbumb du Bas-Congo (Ouest), voimondial (PAM) de la Banque Kazemb, plus convaincu que jamais qu’il faut,d’urgence,accélérerledéveloppement sine de celle de Kinshasa. « C’est mondiale, l’Organisation des de l’agriculture dans la province minière. l lui qui nous a incités à poursuivre Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou le Fonds des Nations l’aventure, se souvient son fils. Il nous trésor KibAngulA n o 2729-2730 • Du 28 avRil au 11 mai 2013

jeune afRique


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MURIEL DEVEY POUR J.A.

t L’exploitation dispose de trois maisons d’hôtes.

Tendance

Un ranch et une « lady farmer » À 30 km de Lubumbashi, lugo Farm & Country lodge conjugue activités agropastorales et écotourisme. Un modèle à suivre.

E

lleytientàsapisteenterrebordée d’herbes folles et d’arbres aux troncs tortueux, qui fleure bon la terre mouillée. « Quand on opte pour le bio et l’écotourisme, il est hors de question de bitumer », insiste Marie-Claire Yaya Ntema. L’ex-fonctionnaire du Fonds desNationsuniespourl’enfance(Unicef)et sonépouxontcrééLugoFarmandCountry Lodge en 2003, à 30 km de Lubumbashi, sur la route de Ruashi. Traversée par un petit cours d’eau, la concession s’étend sur 235 ha, dans un décor naturel demeuré intact où la forêt côtoie la savane et où seules les cultures portent la marque de l’homme. En somme, une oasis de verdure dans ce paysage minier où la rocaille et la terre brute dominent. « Pour créer notre entreprise, nous nous sommesinspirésdesfermessud-africaines, qui allient activités agropastorales et écotourisme », explique Marie-Claire Yaya Ntema. La société a débuté ses opérations agricoles en 2003 dans l’arboriculture. Dix ans plus tard, elle a largement diversifié sa production et a su trouver ses marques. Côté BIO. « Il a fallu s’adapter à la fois

à la demande du marché et aux aléas naturels. Nous avions planté 15000 arbres à partir d’espèces naturelles pour reboiser les zones minières, mais nous avons tout perdu par manque d’eau. Et après les vergers, qui ont été détruits par des feux de brousse, nous nous sommes lancés dans les cultures vivrières et le maraîchage. » Si les exploitants ont opté pour une agriculture mécanisée et irriguée, JEUnE AfRIqUE

ils restent attachés au côté bio : « Nous faisons notre compost. Cela revient cher, mais nous voulons offrir des produits de qualité, 100 % naturels. » Le couple a investi environ 1 million de dollars (760000 euros), entre autres pour l’achat d’engins agricoles et la construction de hangars de stockage, d’abris pour les animaux, ainsi que de trois maisons, chacune dotée de chambres d’hôtes. L’exploitationemploiequinzepermanents, des saisonniers, et accueille par ailleurs de nombreux jeunes en formation. Aujourd’hui, les champs de maïs et de soja s’étendent respectivement sur 5 ha et 7 ha, avec un rendement de 6 tonnes par

de catering, des hôpitaux, des grossistes et des supermarchés. Les productions de maïs et de soja sont écoulées auprès des commerçants des marchéset,pourlemaïs,égalementauprès des minotiers. L’exploitation vend en outre des semences qu’elle a sélectionnées au fil desans.Enfin,unequarantainedechèvres, une vingtaine de porcs et une centaine de lapins (sans oublier les canards) sont élevés à la ferme avant d’être vendus sur les marchés de Lubumbashi et auprès des restaurateurs. Une activité très lucrative – un porc est ainsi vendu 6 dollars le kilo. AIRES DE JEU. Ouvert en 2011, le site

écotouristique de Lugo Farm & Country Lodge accueille des entreprises, des ONG ou encore des églises, pour des séminaires, des retraites ou des sorties récréatives. Avec plus de 5 km de piste derandonnéeoudeVTT,des Chaque semaine, la ferme livre espaces aménagés pour les 1 tonne de légumes aux pique-niques et les barberestaurateurs et grossistes lushois. cues, des aires de jeu, etc., le succès est au rendez-vous, et hectare. Quant aux cultures maraîchères, les demandes, y compris de particuliers, elles occupent environ 6 ha et couvrent sont nombreuses. « Mais, pour l’instant, une gamme particulièrement diversifiée, nous ne pouvons loger qu’une dizaine de sans compter les quelques hectares d’arapersonnes à la fois », précise la lady farmer. chides. « Lubumbashi étant devenue une Ses priorités actuelles sont de dévelopcité cosmopolite, avec de plus en plus per la pisciculture, de créer une bouched’Occidentaux, d’Indiens et de Chinois, rie-charcuterie et de relancer la pépinière nous produisons des légumes locaux, mais d’arbres forestiers. Rien que ça. « Je compte par ailleurs louer un espace dans un superaussi étrangers, afin de satisfaire toutes les demandes », indique Marie-Claire marché pour vendre des boutures d’arbres et de fleurs », précise Marie-Claire Yaya Yaya Ntema. Ntema, pleine d’enthousiasme et de ténaRéalisée durant les six mois de la saison sèche, la production maraîchère, qui cité. Car, pour chacune de ces nombreuses représente environ 1 tonne de légumes activités, comme elle le rappelle, « le plus dur, c’est de commencer ». l par semaine, est vendue à des restauraMURIEl DEVEY teurs (52 % de la clientèle), des sociétés n O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013


GECAMINES sarl

LA GÉNÉRALE DES CARRIÈRES ET DES MINES

SOCIÉTÉ PAR ACTIONS À RESPONSABILITÉ LIMITÉE

PUBLI-INFORMATION

L

a Générale des Carrières et des Mines, positionnée parmi les grandes entreprises minières du continent, est engagée depuis peu à relever tous les défis dressés sur la voie de l’augmentation de sa capacité de production et de la relance de celle-ci. Dotée d’une feuille de route dynamique, l’entreprise requiert actuellement un financement plus important pour atteindre les objectifs arrêtés par son Conseil d’Administration dans le cadre du Plan stratégique de développement (2012-2016). Des pourparlers sont en cours avec différents partenaires, et la porte reste ouverte à toutes les parties intéressées à contribuer à la croissance de ce géant minier vers la conquête du marché mondial.

COULÉE DE CUIVRE À FELCO À KOLWEZI.

DÉPLOIEMENT MASSIF En effet, après un diagnostic profond sur l’état de l’entreprise et la mise sur pied du Plan stratégique de développement, l’heure est au déploiement massif des grands moyens pour financer les différents projets d’investissements afin de permettre à l’entreprise d’atteindre sa vitesse de croisière, voire dépasser le plafond de 480.000 tonnes de cuivre atteint dans les années 80. L’entreprise est déterminée d’ici 2015, à faire passer sa production de cuivre de 35.000 tonnes à fin 2012 à 100.000 tonnes. Pour cette année 2013, elle a retenu parmi ses priorités de garder le cap de l’augmentation systématique de la production et de dépasser les 50.000 tonnes de cuivre prévues à fin décembre. Le nouveau type de management imprimé par la Direction Générale conduite par l’Administrateur Délégué Ahmed Kalej Nkand est pour beaucoup dans la dynamique de croissance quantitative et qualitative que connaît actuellement le géant minier congolais.

DE NOUVELLES RESSOURCES ÉNERGETIQUES C’est pour conforter cette nouvelle politique de gestion et atteindre les objectifs fixés dans le cadre du Plan stratégique de développement que GÉCAMINES SARL est entrain de développer de nouveaux projets à la taille de ses défis pour renforcer sa capacité énergétique. L’entreprise a mis en place entre autre un projet pour produire de l’électricité à partir du charbon. Le projet consiste à implanter une centrale thermique de capacité de 500 MW. L’énergie produite permettra de couvrir les besoins de GÉCAMINES SARL et pour le surplus, ceux d’autres sociétés minières dans l’hinterland minier. Les sous-produits de ce projet pourront être mis en valeur

pour la production des engrais azotés, la production des pièces en plâtres, la fabrication des dalles en scorie pour paver les routes. Sur cette lancée, des pourparlers sont en cours pour la récupération des barrages hydro-électriques de GÉCAMINES SARL (Nzilo, Nseke, Koni et Mwadingusha).

RENFORCER LA PRODUCTION A part ce premier challenge, l’entreprise est face à un autre défi de taille, c’est celui de l’état de ses concentrateurs. Dans le cadre de l’amélioration de sa capacité de production, GÉCAMINES SARL s’est engagée à matérialiser le projet d’implantation d’un module de concentration gravimétrique HMS à Kamfundwa. Le projet consiste en l’implantation d’un module de concentration gravimétrique de 300 t/h de capacité pour la production de 20t/h de concentré à ±17 % Cu. A ce jour, les concasseurs et DMS ont déjà été reçus à Kambove. Les travaux de génie civil sont en cours et la mise en service est prévue pour le mois de juin 2013. Il est prévu à Kamfundwa l’excavation de 5,4 millions de m3 pour garantir l’alimentation du concentrateur de Kambove et du module de concentration gravimétrique HMS.

MODERNISATION DES USINES Pour sa croissance, cette entreprise est engagée dans la modernisation des usines de Shituru. Ce projet contient neuf sous-projets (installation des tanks agités de lixiviation, implantation des décanteurs High density, installation de deux clarificateurs, montage d’une usine SX, réhabilitation de la voie ferrée KVE-US, réhabilitation de deux turbines au barrage de Mwadingusha, achat de quatre locos, installation d’un SAG MILL, sécurisation des installations). L’objectif poursuivi est d’augmenter


LA GÉCAMINES sarl RELÈVE SES DÉFIS la capacité de production des Usines de Shituru de ±10.000 t C u /a n à 5 0.0 0 0 t C u /a n . L e coût prévisionnel du projet est de USD 272 millions. L’étude de préfaisabilité de ce projet est en cours, pour permettre la levée des fonds. À ces préoccupations,

destiné à doter GÉCAMINES SARL d’une chaine de moulage et de fusion en fonderie. Il vise aussi à réhabiliter l’atelier de machinesoutils et des chaudronneries pour la réalisation des grosses œuvres mécaniques aussi bien qu’électriques.

sième plus importante mine de cuivre au monde située dans la province indonésienne de Papouasie dans la partie occidentale de la Nouvelle-Guinée, sont estimées à 2,8 milliards de tonnes avec une teneur de 1,09 % en cuivre. Tous les indicateurs démontrent que le géant minier congolais est entrain de retrouver sa place parmi les grands producteurs miniers. Cette embellie, du reste saluée dans les milieux d’affaires internationaux, ne peut être consolidée sans l’apport des partenaires financiers. Ainsi déclinés, les défis de GÉCAMINES SARL constituent de véritables opportunités d’affaire dans un environnement assaini et balisé par le Plan stratégique de développement et la réforme des entreprises du portefeuille lancées depuis 2010. L’application stricte du Plan stratégique de développement est l’expression de la volonté de cette entreprise de mettre résolument le cap vers sa modernisation et sa croissance dans un marché mondial où la compétition demeure le maître mot.

M. AHMED KALEJ NKAND, ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DE GÉCAMINES SARL.

LIGNE DE FABRICATION DES CÂBLES GÉCAMINES SARL est également impliquée dans la faisabilité du p ro j e t d e m o d e r n i s at i o n d e s Laminoirs et Câbleries. Ce projet permettra l’acquisition d’une ligne de fabrication de câble en continu et en l’acquisition d’une ligne de fabrication semi-continue des profilés par extrusion. Le coût global est estimé à USD 37 millions. La modernisation de l’Atelier Central de Panda est un projet

DEUX NOUVEAUX COMPLEXES HYDRO MÉTALLURGIQUES Du côté de la métallurgie, il est question du projet d’implantation de deux complexes hydro m é t a l l u rg i q u e s a u x G ro u p e s Ouest et Centre évalué à USD 270 millions. Avec ces deux complexes, GÉCAMINES SARL pourra implanter deux nouvelles unités de production, respectivement pour une capacité de 50.000 tcu/ an à Kambove et 35.000 tcu/an à Kolwezi. La production se fera à partir des minerais d’une teneur estimée à 2 % Cu. À l’heure actuelle, la teneur en cuivre des gisements riches à travers le monde est de l’ordre de 4 %. Les réserves de la mine de Grasberg, qui est la troi-

BUILDING GÉCAMINES À KINSHASA.

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419, boulevard Kamanyola Commune de Lubumbashi B.P 450 - Lubumbash République Démocratique du Congo.

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il convient d’ajouter le projet d’implantation d’une nouvelle usine à acide à Shituru. Le projet consiste en l’implantation d’une unité de 5 0 0 t a c / j à p a r t i r d u s o u f re élémentaire avec un rendement de conversion de 97,5 %.


Le Plus de J.A. Carnet de route

L’inconnue du lac Sur les berges du Tanganyika, Kalemie retrouve un peu de son lustre passé. Son potentiel agricole, halieutique, minier et touristique ne demande qu’à s’exprimer.

V

u du ciel, le spectacle est magnifique. D’un côté, les eaux bleues et scintillantes du lac Tanganyika. De l’autre, une succession de monts verdoyants aux pentes raides et à la terre rouge sur lesquelles s’agrippent les maisons. Aux abords du petit aéroport national, le relief s’aplanit. C’est dans cette zone que s’étend l’ex-Albertville, rebaptisé Kalemie. Les villas aux toits pentus s’égrènent le long du boulevard Lumumba, sillonné à longueur de journée par une cohorte de motos, jusqu’à l’embouchure de la rivière Lukuga. Nombre d’entre elles ont été construites par des Kivutiens qui, fuyant les conflits de leur province, se sont installés dans la paisible localité de Kalemie, de même que nombre de Congolais venus du Maniema voisin. Résultat: le chef-lieu du district du Tanganyika a vu sa population doubler en dix ans, pour atteindre aujourd’hui quelque 300 000 habitants. Pas facile de gérer une cité qui ne cesse de s’agrandir, quand aucun moyen financier ne vient du gouvernement central. « Nous n’avons pas de recettes propres, puisque Kalemie n’a pas le statut de ville. Seul le gouvernorat du Katanga nous appuie », souligne Maurice Kyoni Ngoie,

le commissaire du district. Lubumbashi a en effet financé, entre autres, la réfection du boulevard Lumumba, la réhabilitation d’hôpitaux et la construction d’écoles (dont celle du Cinquantenaire), ainsi que la mise à niveau de l’usine de traitement des eaux de la Regideso et l’augmentation de sa capacité de production. ACCESSIBILITÉ. Malgré ces améliorations, les problèmes ne manquent pas. « Le lac avance chaque année un peu plus, et le port est ensablé. Pour construire, les habitants évacuent le sable vers les caniveaux, ce qui occasionne des inondations et aggrave le phénomène d’érosion », déplore Kyoni. Le déficit en électricité est une autre difficulté, la centrale de Bendera (située au nord) n’ayant une capacité que de 8 mégawatts pour des besoins estimés à 15 MW. D’où les délestages fréquents et la quasi-absence d’éclairage public. Enfin, côté accessibilité (voir carte p. 78), le gouvernement provincial a réhabilité le tronçon routier KalemieNuyunzu-Kongolo et ouvert des pistes rurales, mais il est encore difficile de rejoindre par la route le reste du district, les points éloignés du Katanga ou Maniema, la province voisine. L’autre

goulot d’étranglement est le chemin de fer. En effet, si Kalemie est le terminus d’une ligne de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), les trains circulent de façon très irrégulière sur les bretelles qui mènent à Kindu et à Kamina. Néanmoins, outre son aéroport, dont la piste a été refaite – ce qui facilite l’évacuation du poisson vers le Kasaï-Oriental et Kinshasa ainsi que le transport des voyageurs vers Lubumbashi, Bukavu et Goma –, Kalemie peut compter sur son port. Ce dernier jouxte d’ailleurs la gare de la SNCC, où s’accumulent, en attente d’un hypothétique départ, les trains de voyageurs et ceux de marchandises. On accède au port par une piste cahoteuse. Arrimés au quai, qu’encombrent de vieilles grues et des wagons rouillés de la SNCC, quelques gros bateaux appartenant surtout à des armateurs étrangers ou du Sud-Kivu (dont ABS Mamry et Rafiki) et des boats, pirogues en bois motorisées dont la capacité de transport ne dépasse pas 50 tonnes et en majorité détenues par des Tanzaniens, attendent d’être chargés ou déchargés. « Autrefois, les habitants de Kalemie avaient des boats mais, à cause des conflits qui ont eu lieu dans la région, ils n’ont pas eu les moyens de reconstituer leur flotte », souligne Félix Masimango Munongo, le président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) pour le Tanganyika. Du port partent surtout les cargaisons de coltan et de cassitérite de Mineral Mining Resources (MMR, lire pp. 99-100), le seul minier en activité dans le district.

q Chef-lieu du district, la cité compte 300 000 habitants, deux fois plus qu’il y a dix ans.

Muriel Devey pour J.A.

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n o 2729-2730 • Du 28 Avril Au 11 MAi 2013

Jeune Afrique


le Katanga, au-delà des mines Car Kalemie est avant tout un port d’importation. D’Uvira, petit port lacustre du Sud-Kivu, de Moba (au sud du district) et même de Lubumbashi arrivent des produits divers et variés, notamment de la bière élaborée dans la capitale katangaise, qui transite par la Zambie via le port de Mpulungu. Mais l’essentiel des marchandises (ciment, farine de froment, sucre, sel, produits pétroliers, habits, appareils électroménagers et électroniques, pièces de rechange, motos, véhicules, etc.) provient de Tanzanie, de Zambie, du Burundi et d’Ouganda, principalement par Kigoma, le port tanzanien situé sur l’autre rive du lac Tanganyika, qu’une route relie à Dar es-Salaam. RessouRces. S’il permet les échanges avec la sous-région, le lac n’est plus le grand fournisseur de poissons qu’il était autrefois. Seules deux pêcheries industrielles fonctionnent encore, ABS Mamry et Saidi. Le secteur continue de faire vivoter les pêcheurs artisanaux et les vendeuses de poissons frais – en particulier de mikebuka, espèce en déclin comme l’ensemble des ressources halieutiques, du fait de la surexploitation et de la disparition des frayères, occupées par des constructions. En conséquence, le gouvernorat provincial étudie toutes les mesuresquipermettraientderéglementer la pêche et de favoriser la reproduction. Autres activités phares de Kalemie, l’agriculture maraîchère et le secteur tertiaire, notamment les services publics et bancaires, ainsi que le commerce vivrier et général (dont les produits sont vendus

111

Des zones spéciales pouR le noRD

E

n mai 2012, le Comité de pilotage de la réforme des entreprises du portefeuille de l’État (Copirep), en collaboration avec l’université de Kalemie, l’agence locale de la Banque centrale du Congo et la représentation provinciale de la Fédération des entreprises du Congo (FEC-Katanga), organisait un colloque afin d’identifier le potentiel économique du Nord-Katanga, formé des districts duTanganyika et du Haut-Lomami. À l’issue des travaux, un plan de développement du Nord-Katanga a été élaboré et présenté à l’Assemblée provinciale, qui préconise la mise en

place de deux zones économiques spéciales (ZES), l’une à Kalemie et l’autre à Kamina, ainsi que la création à Kalemie d’une zone touristique de référence nationale. Reste que ces ZES ne pourront être développées sans que les infrastructures économiques de base aient été préalablement renforcées et étendues, en particulier le réseau de chemin de fer et celui de l’électricité. Kalemie bénéficie déjà pour sa reconstruction de 25 millions de dollars (19 millions d’euros) de la Banque mondiale. Pour financer d’autres réalisations, le gouvernorat mise sur la rétrocession par

sur les marchés, dans les échoppes et les vieux entrepôts coloniaux aux façades défraîchies). Enfin, l’hôtellerie, favorisée par la présence de nombreux collaborateurs des Nations unies (Monusco, Unicef…) et du Programme alimentaire mondial (PAM) ainsi que par le passage des miniers et des commerçants. La mise en valeur de l’énorme potentiel agropastoral, halieutique, touristique et minier – voire pétrolier – du

le gouvernement central des 40 % de recettes qui reviennent à la province, versées jusqu’à présent au compte-gouttes. Une manne qui permettrait d’inscrire au budget d’investissement de la province les équipements nécessaires à l’implantation des activités dans les futures ZES, qui devront privilégier la transformation des produits locaux. Jadis siège de l’entreprise textile Filtisaf et de nombreuses pêcheries industrielles, leTanganyika ne compte plus qu’une cimenterie d’Interlacs (du groupe HeidelbergCement et Forrest), située à Kabimba, au nord de Kalemie. l M.D.

district pourrait considérablement doper l’économie de Kalemie. Un potentiel qui n’a pas échappé à la FEC-Katanga. « Nous prévoyons d’organiser une mission d’hommes d’affaires congolais et étrangers à Kalemie pour évaluer les opportunités », indique son président, Éric Monga (lire p. 96). Et le principal carrefour international du Congo oriental le vaut bien. l MuRiel DeVeY

MURIEL DEVEY POUR J.A.

q Le port n’a plus que deux pêcheries industrielles, et les artisans vivotent.

JEUnE AfRIqUE

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Le plus de J.A.

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Urbanisme

Lubumbashi sort de ses murs Dans la capitale provinciale, le marché immobilier est saturé et les prix flambent. Certains promoteurs vont construire ailleurs, notamment à Luano City, en périphérie.

C

hantiersdevillas,d’immeubles, d’hôtels, de centres commerciaux, de boutiques… La construction ne connaît pas de répit à Lubumbashi, le chef-lieu du Katanga, qui abrite plus de 3 millions d’habitants. Cette frénésie immobilière est, pour certains, un moyen de placer leurs revenus et de répondre à un double besoin : celui de loger, notamment, une population à bon pouvoir d’achat et qui ne trouve plus une offre suffisante dans le tissu urbain ancien, mais aussi d’abriter les activités qui se développent tous azimuts dans la ville et son agglomération. Côté logements, ce sont les maisons qui ont la préférence des Lushois. Des villas de standing poussent comme des champignons dans l’ouest de la ville, au sein et autour du quartier huppé du Golfe et de Golfe-Météo, dans le quartier des Battants, du Cercle hippique, ainsi que sur la route de Kipopo. L’émergence des nouvelles zones résidentielles a été favorisée par le bitumage de la voirie. Louées ou occupées par leurs propriétaires – des Congolais aisés

et quelques expatriés installés depuis longtemps dans la province –, ces villas sont bâties par de petites sociétés locales, voire par une main-d’œuvre étrangère, généralement chinoise ou indienne. CHÈRES VILLAS. La vie en appartement

n’ayant toujours pas la préférence des Congolais, les programmes d’immeubles d’habitation, comme celui situé près de La Plage, grand complexe commercial et de loisirs, sont plus rares. Ces immeubles sont financés principalement par des promoteurs individuels ou des sociétés privées, notamment par des miniers pour loger leur personnel expatrié. Bien qu’inférieurs à ceux pratiqués à Kinshasa, les prix de vente et de location dans les quartiers chics sont élevés. Ainsi, la location d’une belle villa de 4 chambres oscille entre 3 000 et 4 000 dollars (entre 2 300 et 3 100 euros) par mois, selon la superficie et les prestations (notamment les villas avec piscine). À la vente, les prix varient évidemment « en fonction de la localisation, mais aussi de la présence dans le quartier

d’une institution, qui fait flamber les prix », précise un agent immobilier. Néanmoins, pour acquérir une belle villa en zone résidentielle, il faut compter entre 300 000 et 400 000 dollars.

GRAnD bAIn oLyMpIquE

R

éalisé par New Baron & Lévêque International Afrique (une filiale du groupe Forrest) et par la société sud-africaine Malachite Pools,

l’ouvrage est impressionnant, et ses dimensions olympiques (50 m de long, 25 m de large et 2 m de profondeur, soit 2500 m3). La

baudouin mouanda pouR J.a.

q La nouvelle piscine de l’Institut Kiwele (à Lubumbashi).

n o 2729-2730 • du 28 avRil au 11 mai 2013

nouvelle piscine, construite dans la concession du célèbre Institut Kiwele de Lubumbashi, entièrement réhabilité, fait la fierté des Lushois. Outre une salle de gymnastique, un autre bassin aux dimensions plus petites (destiné à accueillir de jeunes nageurs) vient compléter l’infrastructure sportive. Réhabilitation du collège comprise, le tout a été financé par le gouvernorat du Katanga pour un montant global de 20 millions de dollars (15,2 millions d’euros). Reste à dénicher et à former les futurs talents aquatiques de la province. « Nous avons

envoyé se former en Afrique du Sud les entraîneurs qui encadreront les jeunes nageurs. Un appel d’offres sera prochainement lancé pour recruter un entraîneur chargé de former les futurs champions, explique le gouverneur, Moïse Katumbi. Par ailleurs, des équipes sillonneront la province jusqu’au fin fond des villages pour détecter les talents. Et nous allons faire revivre la Ligue de natation provinciale. » Après le succès footballistique du TP Mazembe, ce sera papillon, dos, brasse et crawl M.D. au programme. l Jeune afRique


le katanga, au-delà des mines

baudouin mouanda pour J.a.

t Programme d’appartements dans le centre-ville.

La demande en bureaux et espaces commerciaux est elle aussi de plus en plus forte, émanant des banques, importateurs en gros, sociétés de distribution, commerçants, établissements hôteliers… Mais dans le centre-ville les espaces libres se font extrêmement rares. Du coup, on transforme volontiers une villa, un ancien magasin ou un vieil immeuble pour les adapter aux besoins du secteur tertiaire. Et, quand un terrain se libère, on le revend à prix fort pour construire. Ce sont surtout lesbureauxquimanquentcruellement:«À part ceux de la Gécamines et de la Société nationale des chemins de fer congolais, Lubumbashi ne possède pas de grands immeubles de bureaux », indique un agent immobilier.

aux côtés d’investisseurs russes. Basé à Johannesburg, Forum Properties Africa investit surtout dans des projets immobiliers en Afrique du Sud (Cradle City, près de l’aéroport Lanseria) et en Russie. Luano Grandes Properties a obtenu une concession de 220 ha pour une durée

de vingt-cinq ans renouvelable, sur la route de l’aéroport de Lubumbashi. Outre une zone résidentielle, Luano City comprendra des espaces consacrés à des locaux commerciaux, des bureaux et à des industries légères. La compagnie Tenke Fungurume Mining (TFM, lire pp. 93-94) y a déjà acquis deux immeubles construits par l’entreprise Benco. Quant à Congo Equipment (coentreprise entre le sud-africain Barloworld Equipment et le français Tractafric), qui représente le groupe Caterpillar, il y a pris un espace pour son show-room. D’autres devraient suivre. « En 2013, la société investira entre autres dans la voirie, les raccordements en eau et en électricité. Nous prévoyons la construction de trois autres blocs de bureaux dans l’espace Business Park et celle des premières maisons-témoins de la partie résidentielle. Une société s’occupera de la gestion de la copropriété », précise Gaël Loshi, chargé du marketing du projet. Le boom immobilier devrait profiter aux sociétés de construction locales, dont Safricas, Forrest, Edile Construction, Benco, Construct, Nazem ou encore Immo Katanga (à la fois agence immobilière, syndic et constructeur), ainsi qu’aux entreprises sud-africaines (lire p. 87), dont certaines fournissent déjà une grande part des matériaux nécessaires à la finition des bâtiments dans la province. l Muriel DeVeY

demande dans le résidentiel comme dans le tertiaire, il n’y a pas d’autres solutions désormais que de sortir du centre-ville et de la zone urbanisée. C’est ainsi qu’est né le projet Luano City, développé par le promoteur Luano Grandes Properties, une filiale de Forum Properties Africa, que détient majoritairement l’homme d’affaires américain Preston Haskell, jeune afrique

baudouin mouanda pour J.a.

Business Park. Pour répondre à la

p Quartiers en construction près de l’aéroport international de la Luano. n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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Le Plus de J.A. Katanga Médias

Sportive, mais pas seulement Si le football occupe une bonne part de sa programmation, Nyota TV, la chaîne privée de Katumbi, est rapidement devenue généraliste. Elle prépare sa diffusion à l’international et la naissance d’une petite sœur. katangaise n’était en mesure de retransmettre de telles manifestations en direct, rappelle Guillaume Kazadi. Les politiques sont donc venus pour nous demander de le faire. Et nous avons couvert ces événements. » SIGNAL. C’est ainsi qu’à peine née

Nyota TV qui se voulait exclusivement sportive est donc devenue généraliste. La chaîne emploie aujourd’hui une cinquantaine de journalistes, dont Anna Tshabola, qui s’apprête à présenter son émission, « African Music ». Deux caméras sont braquées sur la chroniqueuse maison. Au signal du réalisateur, elle entame son décryptage de l’actualité musicale katangaise dans un swahili raffiné. Le plateau-télé peint en vert donne sur une petite régie bien équipée. p Dans la régie, lors du tournage de l’émission African Music. Derrière le fauteuil de Mardochée, le régisseur, un écran passe en boucle des clips musicaux et des émissions du propriétaire de la chaîne (Katumbi l’extérieur, voitures, cars de étrangères. Une nouvelle chaîne est en en a pris les commandes en 1997). reportage et bus sont tous Championnats locaux et nationaux, estampillés « don de Moïse gestation. « Elle s’appellera Mapendo TV, rencontres à l’international, Ligue des Katumbi ». À l’intérieur, un révèle Guillaume Kazadi, et sera diffusée imposant portrait du gouverneur de la champions de la Confédération africaine sur le plan local. » province veille au grain, au fond du coude football (CAF)… Tous les matchs du Son aînée, Nyota TV, prépare, elle, son loir. Bienvenue à Nyota TV. Depuis son TP Mazembe sont, sans exception et en passage à l’international. « Nous projetons priorité, diffusés sur Nyota TV. Laquelle d’être diffusé par satellite afin de pouvoir lancement début 2007, la chaîne privée créée par Moïse Katumbi Chapwe s’est a également un contrat pour couvrir les vendre le sport katangais et congolais installée « provisoirement » dans ce qui à l’étranger », s’enthouressemble à un ancien centre commercial siasme Guillaume Kazadi. Avec le passage sur satellite, la à l’abandon – les locaux appartiennent en Une valise satellite traîne rédaction veut vendre le sport fait à la Gécamines – où seuls les espaces dans le studio, comme pour occupés par le média sont animés. confirmer les capacités et katangais et congolais à l’étranger. À l’entrée, une salle de rédaction. les ambitions de la chaîne. Des hommes et des femmes échangent autres rencontres de la Ligue nationale « Déjà, plusieurs partenaires internatioautour d’une table, une affiche manusde football à travers le pays. naux, comme l’Afnex [African Network crite sur le mur rappelant le planning de and News Exchange, NDLR], au lieu de la couverture hebdomadaire des événeDIRECTS. Dès sa création, « la chaîne faire appel aux télévisions sud-africaines, ments sportifs. Car ici le sport – surtout le qui fait du sport réellement son affaire » n’hésitent plus à demander à Nyota TV de football – occupe une place de choix dans (son slogan) a été dotée de tous les équicouvrir et de retransmettre en direct sur la programmation. Guillaume Kazadi, le pements techniques nécessaires à la leur réseau certains grands matchs de la directeur de la rédaction sportive, est à la retransmission en direct des événements CAF qui se jouent en Afrique centrale. » tête d’une équipe de dix journalistes spésportifs. Seulement voilà: son lancement C’est le cas de ceux disputés par l’AC cialisés dans diverses disciplines. Mais a coïncidé avec l’investiture du bureau Léopards de Dolisie (Congo-Brazzaville), tous sont capables de parler ballon rond. de l’Assemblée provinciale puis avec héros de la Ligue des champions de la « C’est le tronc commun », précise-t-il. celle du gouvernement katangais, deux CAF, dont les images, produites par la Impossible de faire autrement. Le Toutcérémonies qui l’ont entraînée, d’entrée télévision sportive lushoise, sont diffusées Puissant Mazembe, véritable idole de la de jeu, sur le terrain de l’actualité polisur tout le continent. l tique. « À l’époque, aucune télévision province – et du pays – est aussi le club TRéSoR KIbANGuLA TrÉsor Kibangula/J.a.

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À

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Jeune afrique


BOLLORÉ AFRICA LOGISTICS, LE SPÉCIALISTE DES OPÉRATIONS LOGISTICS EN RDC

PRÉSENT EN RDC DEPUIS 1953, BOLLORÉ AFRICA LOGISTICS EST PRÉSENT AU KATANGA À TRAVERS SES 6 AGENCES ET DANS LE RESTE DE LA RDC À TRAVERS SES 17 AGENCES (AGENCE PRINCIPALE : KINSHASA) LEADER EN SUPPLY CHAIN SUR LE MARCHÉ KATANGAIS PARTENAIRE LOGISTIQUE DES SOCIÉTÉS INTERNATIONALES ET NATIONALES PRÉSENTES AU KATANGA BOLLORÉ AFRICA LOGISTICS DÉVELOPPE DES SOLUTIONS LOGISTIQUES SUR MESURE POUR SES CLIENTS, RÉPONDANT AUX EXIGENCES DES ENTREPRISES INSTALLÉES EN RDC

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le Plus de J.a. Katanga

t L’auteur, compositeur et interprète est originaire de Likasi.

de la femme congolaise. « Le manque d’éléments féminins dans ma famille, notre mère étant la seule femme de la maison, m’a poussé, dans les paroles de mes chansons, à m’intéresser au sort des femmes… dans un pays où certains parents, en cas de difficultés financières, préfèrent scolariser les garçons et pousser les filles au mariage. Elles doivent être associées à part entière au développement de la RD Congo », explique l’artiste. Son single La Valeur d’une femme, sorti en 2006, donne le ton. Baudouin Mouanda pour J.a.

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FonDamental. L’opus est reconnu meilleure expression artistique du Katanga par la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RD Congo (Monusco). C’est l’envol. À Kinshasa, puis à Bruxelles, où il remixe la très célèbre Malaïka en swahili et en flamand, avec la participaCulture tion du chanteur belge Ronny Mosuse – « c’est véritablement la première de mes œuvres professionnelles qui se soit vendue, et qui continue d’ailleurs à se vendre aujourd’hui ». L’artiste peaufine son troisième album, Fire, dont la sortie est À 31 ans, Joe Kizy Fondamental prévue en juillet. Un appel à l’unité chanté en français, en swahili (« car il y a le fond et le mental dans et en lingala. ma musique ») dit avoir « balisé la voie pour les jeunes musiciens katangais », oe Kizy aleli, Papa Wemba scène lors des « promo-scolaires », comdans une province qui ne vibrait qu’au alobi » (« Joe Kizy pleure, pétitions regroupant collèges et lycées rythme du football. Avec son groupe, Papa Wemba parle »), cette autour d’activités culturelles : récitation La Kizya internationale, il prépare son petite phrase en lingala de poésie, danse, chant… Un bon tremtroisième album : Fire, dont la sortie est devenue un hymne. Ce sont les plin pour se faire un nom auprès des est prévue en juillet 2013. « Rien à voir jeunes avant de démarrer une carrière avec la situation sécuritaire préoccupremières paroles de Baïla, un featuring pante dans le Katanga », entre le « Mzee » de la rumba congolaise s’empresse-t-il de préciet l’une des étoiles montantes de la son nouvel opus mêle le karindula ser. Pourtant, loin d’être musique katangaise, Joe Kizy, qui fera local et la musique urbaine connaître ce dernier en 2007 dans toute indifférent à ce qui se passe la RD Congo. Un sacré coup de pouce, dans sa province et dans le qui a bercé son enfance. que le jeune artiste a rangé soigneupays, Kizy s’insurge contre sement dans le tiroir de ses meilleurs professionnelle. Mais Kizy – abréviation les divisions qui gangrènent la société souvenirs : « Le jour de ma première de « king of zik » – ne s’emballe pas. Il congolaise, « principale cause des prorencontre avec Papa Wemba, j’étais prend son temps. blèmes qui entravent le développement en stress. J’avais la peur au ventre de de la RD Congo », selon lui. soumettre ma chanson à cette icône Femmes. En 2000, il débarque dans la Avec son prochain opus, un mélange capitale katangaise pour entamer ses africaine. Mais tout s’est bien passé, il l’a du karindula local et de musique urbaine écoutée et a accepté de la chanter avec études supérieures : d’abord le droit qui a bercé son enfance, Joe Kizy ne moi. » Rapidement, « Papa » son idole à l’université de Lubumbashi (Unilu), manquera pas de lancer à ses compadevint son parrain. « C’est lui qui m’a puis l’économie applitriotes un appel à l’unité (en appris comment poser la voix dans un quée à l’Institut des stafrançais, en swahili et studio d’enregistrement. » Une entrée tistiques. Son diplôme en lingala, avec un Discographie dans la cour des grands pour ce talent de gradué (équivalent soupçon d’anglais). Chem’ 1 Kroizé, 2007 de bac+3) obtenu, il peut en herbe venu de Likasi, à 120 km de Reste à savoir si le Parfum de femme, 2010 enfin laisser place à sa Lubumbashi. feu musical qu’il passion, la musique. Joe Tout petit, Joe Kizy (de son vrai nom leur apportera parreprend alors le micro viendra à éteindre Binene Batabata), deuxième d’une celui des fusils. l et, d’entrée de jeu, famille de huit garçons, est attiré par trésor Kibangula s’érige en porte-voix la chanson. Écolier, il monte déjà sur

Joe Kizy va mettre le feu

«

J

n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 Mai 2013

Jeune afrique


Le commerce de la puissance tranquille

Le Groupe Fleurette et la Fondation famille Gertler implantent un projet agricole révolutionnaire en RDC ■

HISTORIQUE

Une collaboration originale entre le groupe Fleurette et la Fondation Famille Gertler (GFF) a permis le lancement d’un projet agricole durable bénéficiant d’un investissement de plusieurs millions de dollars américains. La société Kitoko Food, fruit de ladite collaboration ambitionne de créer une nouvelle génération d’agriculteurs en République Démocratique du Congo (RDC) et participer un tant soit peu à faire passer la RDC de Pays connaissant un grave déficit alimentaire à l’autosuffisance alimentaire, voire l’exportation d’ici la prochaine décennie. La RDC, un pays à faible revenu et caractérisé par un déficit de production agricole tel que défini par la FAO, est incapable de fournir à ce jour à sa population croissante une nourriture suffisante, malgré le fait qu’elle remplisse des conditions agro-climatiques diversifiées (vu l’étendue du territoire) et quasi idéales pour une agriculture prospère. En Juin 2012, le groupe a acheté une ferme de 600 hectares, bordant la rivière N’Sele, à une cinquantaine de kilomètres du centre ville de Kinshasa. Cette acquisition a marqué la première phase de ce projet à long terme du groupe Fleurette visant à solutionner à moyen terme avec d’autres, le problème de l’approvisionnement du pays en produits alimentaires locaux de qualité.

PRÉSENTATION

Dirigée par les agronomes réputés Gil Arbel et Max Muland, la ferme Kitoko Food de Masaba (N’sele) est la première d’une

série d’exploitations agricoles devant utiliser une technologie performante en terme d’irrigation et de pratiques culturales protectrices de l’environnement afin de produire durablement des vivres, légumes et autres fruits frais.

tèques. Sous serres, Kitoko Food prévoit de produire des poivrons rouges et jaunes, des tomates spéciales nécessitant les conditions sous abris, des aubergines, de la laitue et diverses épices.

Gil Arbel, après avoir débuté dans sa ferme en Israël ; a amené en Afrique du Sud les techniques modernes d’irrigation et de production sous serres. En 1982, Gil Arbel a commencé ses activités avec le soutien de sociétés d’irrigation israéliennes, des producteurs de semences performantes, des fabricants de machines agricoles, tout en collaborant avec les meilleurs agriculteurs et ingénieurs israéliens spécialistes

Quant au volet piscicole, Kitoko Food prévoit d’implanter dans ses étangs des espèces performantes de Tilapia, tout en utilisant un aliment complet, visant ainsi une production décuplée par rapport à celle issue des méthodes et variétés traditionnelles.

La ferme révolutionnaire de KITOKO FOOD.

en irrigation. Ila ainsi contribué à la modernisation du secteur agricole en Afrique du Sud grâce à ses connaissances des pratiques et techniques de pointe et à son esprit innovateur. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud utilise intensément l’agro-technologie israélienne que Gil Arbel a ramenée depuis une trentaine d’années. La même technologie de pointe a donc été importée à la ferme Kitoko Food et permettra à ce projet de devenir un centre agricole de premier plan en Afrique d’ici 6 à 8 ans. La ferme Kitoko Food cultivera les variétés les plus performantes d’oranges, d’avocats, de mangues, de litchi, de bananes, de fruits de la passion et autres papayes rouges. En plus des fruits précités, la ferme cultivera des tomates, des carottes, des oignons, de la laitue, des pommes de terre, des poivrons verts, des choux, des melons et autres pas-

Quant à la production caprine, Kitoko Food importe des races à haut rendement en viande, nourries sur les pâturages traditionnels. Tous les produits labellisés seront pré-emballés et commercialisés sous la marque Kitoko Food sur les marchés locaux et dans les supermarchés de la capitale. Nombreux grands projets agricoles africains ne parviennent pas à rester durables parce que leur gestion et les besoins d’approvisionnement en intrants et autres matières premières ne sont pas correctement pris en compte. Il est courant de voir des investisseurs placer leur argent et se décourager facilement à poursuivre des projets comme celui-ci, mais ce dernier ayant expérimenté le modèle avec succès en Afrique du Sud est plus qu’optimiste quant à la pérennité de ce projet en RDC. Gil Arbel et son équipe vivent à la ferme et sont totalement engagés à prêcher par l’exemple et à faire la différence.

LE SYSTÈME KIBBOUTZ

Plus de 90 % des travailleurs de la ferme vivent dans les villages alentours ou vivaient déjà sur les terres agricoles de Kitoko Food. Opérant sur le modèle des kibboutz, avec plus de 60 familles qui vivent sur le site, Kitoko Food prévoit d’ériger dans le cadre du développement communautaire une école primaire et un centre hospitalier en collaboration avec la GFF. À la fin de 2013, il est prévu que quelques 400 Congolais, travailleurs permanents comme journaliers, travaillent à la ferme. >>>


Kitoko Food, un projet agricole révolutionnaire en RDC

L’AGRO-ACADÉMIE PRATIQUE

La deuxième phase du projet prévoit la construction d’une académie agricole, qui abritera sur le site un centre de formation pratique pour des techniciens du domaine venant de divers horizons. L’objectif du projet consiste à former les agriculteurs et autres agro-éleveurs qui y seront admis, aux pratiques de production intensives et modernes de Kitoko Food, afin de leur permettre par la suite d’appliquer les connaissances acquises sur d’autres sites en RDC ou à l’étranger. Kitoko Food aura donc la double mission de former les agronomes aux pratiques culturales modernes, tout en fournissant aux marchés locaux des produits frais de qualité. Ce centre de formation théorique et pratique aura la capacité d’accueillir et de former 120 étudiants par an, en leur permettant d’acquérir les compétences nécessaires pour devenir des gestionnaires agricoles professionnels. Des universités agronomiques locales et internationales

ont déjà donne leur accord pour travailler en partenariat avec l’Académie Kitoko Food, afin que les étudiants aussi bien Congolais qu’étrangers, bénéficient d’une formation pratique et solide en gestion agricole. Une fois formés, les diplômés de l’agro-académie pourront être envoyés dans tout le Congo et seront à même de gérer de nouvelles exploitations agricoles avec l’aide d’un programme de soutien pratique de Kitoko Food. Le passage de la RDC de la sous production agricole à l’autosuffisance alimentaire étant un objectif de fond des promoteurs de Kitoko Food. « Il est d’une importance vitale pour la croissance économique du pays et l’émancipation sociale de ses communautés agricoles que des projets comme celuici, qui se concentrent en grande partie sur l’éducation, soient mis en place pour faire de l’agriculture durable en RDC, une réalité », a déclaré l’agronome Max Muland. La Ferme Kitoko Food a établi un

5 Questions à Gil Arbel et Max Muland de Kitoko Food

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COMMUNIQUÉ

> Mr Max ou Gil, vous êtes un des responsables du projet agricole de KITOKO Food duquel il est dit qu’il est révolutionnaire. En quoi consiste-t-il exactement ? Le projet ou plutôt l’activité de production agricole mise en place par la société Kitoko Food vise a produire aussi bien en plein champ que sous couvert des produits légumes, fruits et autres cultures vivrières en utilisant un système d’irrigation ultramoderne, des semences de qualité adaptées a nos conditions et hautement performantes, ainsi que l’apport approprié en engrais aussi bien organique que minéraux. Aussi, une unité moderne de stockage et de conditionnement sera mise en place sur notre site, et des camions frigorifiques évacueront les produits frais vers les différents marches et autres points de vente de la capitale. Le côté révolutionnaire de Kitoko Food est qu’en plus d’être une entité de production à part entière, le projet construit sur place une académie (centre de formation agricole) bénéficiant de la collaboration avec des instituts mondialement réputés dans le domaine des sciences agronomiques, pouvant accueillir annuellement jusqu’à 120 techniciens et autres fermiers amélioreront donc leurs connaissances dans notre domaine d’activités. Les techniciens formés pourront par la suite participer au développement d’autres entitées de productions performantes en RDC, car Kitoko Food, tout en pensant impulser une dynamique sectorielle, ne peut prétendre couvrir tout seul l’ensemble du territoire et des besoins du pays. Il y a de la place pour d’autres acteurs du secteur.

Max Muland, Directeur Général Adjoint.

Enfin, nous ne pouvons mettre en place un complexe agroalimentaire moderne, à haute technicité sans améliorer l’environnement social de ceux qui vivent dans la concession et y travaillent. D’où la construction d’un Kibboutz africain comprenant des logements pour les travailleurs et des espaces communautaires sans oublier un centre de santé et une école.

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> Avez-vous les moyens humains et financiers pour faire de la RDC un pays autosuffisant sur le plan alimentaire ? Malgré les moyens humains dont dispose Kitoko Food, à savoir des experts agronomes Israéliens, Sud africains et Congolais qui travaillent d’arrachepied à la ferme, aidés en cela par des consultants locaux et internationaux, nous ne pouvons prétendre à nous seuls faire de la RDC un pays autosuffisant sur le plan alimentaire. Par contre, les moyens humains étant disponibles, et grâce aux moyens financiers mis à disposition par les promoteurs du projet, Kitoko Food compte prouver qu’il est possible de réaliser localement une production de qualité et d’approvisionner régulièrement les marchés en produits alimentaires frais et à des prix plus abordables pour le consommateur local. Nos clients pourront donc acheter

partenariat avec des organisations locales et internationales et vise à unir les efforts avec d’autres partenaires afin de démultiplier le nombre d’exploitations agricoles performantes dans le pays. Netafim, l’un des leaders mondiaux en système d’irrigation, d’importants producteurs de semences, d’engrais, de serres, de produits chimiques, et autres agro-équipements se sont déjà joints à Kitoko Food afin de relever le défi. « Nous avons été les pionniers en RDC », a déclaré Dan Gertler, conseiller principal du Groupe Fleurette. « Notre travail dans tout le pays présente de multiples facettes, dans de nombreux secteurs, et s’inscrit sur le long terme. Nos activités d’agriculture, tels que Kitoko Food les démarre, sont la clé de voûte de notre esprit d’entreprise. Alors que certains exploitent la richesse du terroir pour les marchés étrangers, nous ciblons la consommation locale comme notre objectif premier et immédiat. » « Nous sommes heureux de travailler les produits vivriers, maraîchers, fruitiers frais du terroir en lieu et place des produits importés, qui subissent des épreuves plus ou moins longues de chaîne de froid, de conservation de longue durée et de multiples manutentions. La construction de ce type de fermes dans d’autres parties du pays, encouragé en cela par un climat d’affaires plus attractif pour le secteur agricole permettra alors de placer résolument la RDC sur la voie de l’auto-suffisance alimentaire à moyen terme.

3

> Dans un premier temps, quelles cultures comptez-vous développer dans le cadre de la culture vivrière ? Peut-être des cultures pérennes comme le café, l’hévéa, et le thé ? Dans un premier temps, Kitoko Food va se focaliser sur les principaux légumes et autres épices consommés localement, à savoir, tomates, oignons, carottes, aubergines, choux, piments, poivrons, etc. À part cela, des parcelles sont réservées aux vergers devant produire des fruits localement appréciés et consommés tels que les agrumes, papayes, bananes, avocats, mangues, maracujas, toutes des variétés performantes adaptées à notre climat . En ce qui concerne les cultures vivrières, à part le maïs, Kitoko Food met en place un programme de production et de diffusion auprès des petits producteurs de plants de manioc à haut rendement et résistants notamment au virus africain de la mosaïque qui cause d’importantes pertes dans cette culture. N’oublions pas que le manioc représente une part importante de l’apport nutritionnel en RDC aussi bien pour ses feuilles que ses tubercules. Tout projet ayant un effet positif sur cette culture contribue à accroître sen-


Kitoko Food, un projet agricole révolutionnaire en RDC

en étroite collaboration avec le gouvernement de la RDC pour créer des solutions innovantes qui sont commercialement et écologiquement durables, évolutives et socialement inclusives » a ajouté M. Muland. « En tant qu’agronome congolais, je suis bien placé pour savoir que la RDC est en mesure de s’auto-suffire sur le plan agricole et nous sommes fiers d’être au premier plan du combat pour la transformation du secteur agricole du pays en une activité économiquement rentable, moderne et modernisante et pourvoyeuse de revenus tout en étant durable et non nuisible pour l’environnement. »

siblement l’offre alimentaire dans notre pays et réhausse les revenus des paysans producteurs. Quand aux cultures pérennes, Kitoko Food prévoit dans un proche avenir d’implanter des unités de production dans les zones propices à certaines cultures, comme vous le citez, tel que le café, le thé ou le quinquina, sans oublier l’huile de palme. Nous ne devons pas oublier que le Congo a été à la pointe de la recherche et parmi les plus grands pays producteurs pour ces cultures. Il est donc intéressant pour Kitoko Food de participer à la relance de ces filières et réduire ainsi progressivement les importations de ces produits qui entraînent la sortie vers l’étranger de dizaines, voire de centaines de millions de dollars annuellement. Ce qui est paradoxal pour un pays au climat propice pour ces cultures et regorgeant encore de suffisamment de terres arables. À peine 8 % des terres arables de la RDC sont actuellement mises en valeur.

4

> Vous parlez d’un projet agricole révolutionnaire, quelles technologies utilisez-vous ? Nous utilisons des technologies de pointe en matière d’utilisation optimale et efficiente de l’eau par la mise en place d’un système d’irrigation performant, fruit du partenariat entre Kitoko Food et NETAFIM qui s’avère être un des leaders mondiaux en la matière. Il était donc nécessaire de se situer au bord d’un cours d’eau à débit régulier et ne tarissant pas a un moment donné de l’année. Ce qui est le cas de la N’sele, un des plus importants affluents du Fleuve Congo dans la périphérie de la ville de Kinshasa. Une puissance motopompe achemine l’eau via

• Oignons > 1000 tonnes • Pommes de terre > 800 tonnes • Aubergines > 200 tonnes • Poivrons rouges > 40 tonnes • Poivrons jaunes > 40 tonnes Des milliers de laitues croquantes, un million de choux et un million de maïs géants à préparer et à manger frais. À partir de la deuxième année, la Ferme Kitoko Food doublera la superficie des terres irriguées et dès 2016, il est prévu de mettre sous cultures plus de 200 hectares.

PROJECTION DE LA PRODUCTION DE KITOKO FOOD

En promouvant des projets agricoles comme celui-ci, le Groupe Fleurette et la Fondation Famille Gertler sont engagés dans la satisfaction des besoins de base des populations congolaises et plus particulièrement des couches de la population qui souffrent grandement de la malnutrition, voir de la sous-nutrition. ■

la canalisation principale dans un barrage de retenue un peu plus en hauteur dans la concession. Ensuite, les canalisations secondaires et tertiaires acheminent l’eau en fonction des besoins sur les différentes sections aussi bien en plein champ que sous les serres. L’arrosage se fera enfin aussi bien par des arrosoirs classiques (spinklers), des rampes d’arrosage, que par gouttes à gouttes ou par micro aspersion en fonction des cultures.

à N’sele) mais nullement de manière excessive. En ce qui concerne les engrais minéraux, Kitoko Food n’utilise que les produits certifiés et appropries à nos cultures, non nuisibles à l’environnement et selon les doses requises pour chaque type de culture afin de ne pas polluer les nappes phréatiques, les sources et autres cours d’eau environnants.

Kitoko Food prévoit de planter pour la première année, 64 hectares d’ici la fin Octobre 2013. Et à partir de 2014, les cultures et quantités suivantes sont attendus : • Carottes > 1000 tonnes • Tomates > 1500 tonnes

Par ailleurs, le système de fertilisation est intégré dans l’ensemble du système de gestion de l’arrosage et nourrit ainsi les différentes cultures selon la planification et le monitoring qui sera mis en place. L’arrosage se fera enfin aussi bien par des arrosoirs classiques, des rampes d’arrosage, par goutte à goutte que par micro aspersion. Les cultures les plus sensibles seront effectuées sous serres ou sous tunnels avec l’arrosage et l’amendement approprié. Enfin, les équipements agricoles (tracteurs et autres accessoires) sont aussi modernes et performants. Pour utiliser efficacement ces divers équipements, notre personnel subit une mise à niveau appropriée aussi bien à Kinshasa (Caterpillar, John Derre, Massey Ferguson), qu’a l’étranger (Landini). Le transfert de compétences est aussi un des leitmotiv de Kitoko Food.

5

> Y-a-t-il des raisons de redouter une culture intensive nuisible à l’environnement ? Il n’y a aucune raison de redouter des effets nuisibles à l’environnement du fait des activités de Kitoko Food. Nous utilisons certes des engrais organiques, du compost et autre chaux agricoles dans le processus d’amélioration du sol (Ph trop acide

Quand aux pesticides, fongicides et autres insecticides, seuls les produits répondants aux normes ISO les plus drastiques et respectant la législation en matière de santé publique sont admis dans nos unités de production. Les produits interdits sous d’autres cieux notamment dans les régions aux normes les plus strictes tel que dans l’Union Européenne ne sont pas utilisés. N’oubliez pas qu’à moyen terme, il est possible une fois que le marché local et l’industrie locale de transformation seront couverts que nous exportions certains de nos produits. Les produits à forte rémanence ne sont pas utilisés à Kitoko Food. Nous ne pouvons avoir l’ambition de nourrir les populations locales en produits de qualité et en même temps les empoisonner à petit feu par des pratiques non respectueuses et l’utilisation de produits toxiques. ■

Pour plus d’informations sur Gertler Family Foundation, contact : info@gertlerfamilyfoundation.org. Rejoignez nous sur facebook : Kitoko Food Farm

COMMUNIQUÉ - DIFCOM - F.C. PHOTOS : DR

Construction continue dans la ferme de KTIKO FOOD.

Une équipe de techniciens agricoles et fermiers congolais et expatriés, assistés par des experts venus de l’étranger, travaillent à la ferme Kitoko Food à l’amélioration de la qualité des sols en utilisant principalement des engrais organiques avant la première grande campagne prévue en Octobre 2013 et effectuent les premiers essais culturaux. Les premières cultures de maïs, de pastèques, de melons, de carottes, de haricots, de citrouilles comme le démontrent les images prouvent que déjà la RDC peut produire à la manière de Kitoko Food. Un programme d’activité similaire est également en cours dans la Ferme Kitoko Food à Lubumbashi.


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Économie

indiscrets

BRVM, Cameroun, Côte d’Ivoire…

services pétroliers

Le suisse TLC profite des découvertes africaines

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les femmes les plus influentes du

business

Poids économique ou financier, importance des réseaux… Jeune Afrique dresse la liste des femmes qui comptent dans le monde des affaires en Afrique francophone. Qu’elles soient ministres ou patronnes, héritières ou self-made-women.

Portraits réalisés par Stéphane Ballong, Ryadh BenlahRech, Rémi caRayol, Julien clémençot, FRida dahmani, chRiStophe le Bec, FRédéRic mauRy, michael pauRon et nicolaS teiSSeRenc

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jeune afrique


IntervIew

décIdeurs

Secrétaire général du groupe RATP

PDG de Nett-Skills

Emmanuel Pitron

Nassim Kerdjoudj

nfluence, n. f. Pouvoir social et politique de quelqu’un ou d’un groupe, qui permet d’agir sur le cours des événements, les décisions prises, etc. Exemple : « On a vu grandir son influence dans le monde des affaires. » C’est le cas des 25 femmes dont vous trouverez le portrait dans les pages suivantes : toutes ont un poids qui leur permet d’agir sur la vie économique en Afrique francophone. Mais les trouver n’a pas été si simple… Question d’organisation culturelle et sociale, « qui muselle le leadership féminin », lâche Khady Touré, jeune diplômée de HEC Montréal qui a claqué la porte d’une grande multinationale implantée au Sénégal et se bat, depuis, pour l’émancipation des femmes dans le monde des affaires. « Certes, il y a une parité de vitrine, mais les rares femmes qui ont réussi n’ont eu d’autre choix que de développer des stratégies de contournement », poursuit-elle. Notre liste le confirme : dans le monde des affaires, influence féminine rime encore souvent avec filiation ou mariage. Des brillantes héritières des grandes familles capitalistes marocaines aux femmes ou filles de puissants politiques, les exemples sont légion. Jusqu’à celui, presque caricatural, des épouses successives de l’homme d’affaires algérien Abdelwahab Rahim, dont l’influence semble être passée de l’une à l’autre en quelques mois à peine. Autre sujet qui ne manque pas de faire débat : Pascaline Bongo estelle une femme d’influence

rd congo

Quel gouverneur pour guérir la Banque centrale ?

dans le monde des affaires ? Beaucoup moins qu’avant, disent certains, du fait du fort ascendant économique qu’a pris son frère, président du Gabon. Presque toujours autant, soulignent ceux qui rappellent qu’elle reste la gérante de l’immensefortunefamiliale,investienotamment dans les plus grandes entreprises du pays. La notion d’influence n’est simple qu’en apparence. Poids économique, importance des réseaux, rôle décisionnaire au sein des grandes entreprises… La liste qui suit est un agrégat de tout cela mais aucunement une reconnaissance des mérites individuels. Tout juste une image clinique des rares femmes qui comptent. Car elles sont toujours aussi peu nombreuses à avoir gravi les échelons jusqu’au plus haut niveau. Charge familiale, pesanteurs culturelles… Les raisons de leur sous-représentation dans les cercles de pouvoir et de décision économique sont connues, mais les mesures correctives restent inefficaces. Le Maroc a récemment dévoilé que la moitié des sociétés cotées dans le royaume n’ont aucune femme dans leur conseil d’administration. Sur les centaines de ministres que comptent les gouvernements d’Afrique francophone, les femmes en situation décisionnaire en matière économique et financière ne sont que quelques-unes. « La situation s’améliore », nous ont dit plusieurs de nos interlocutrices. Faut-il forcer les choses par des quotas ? « Non », répondent-elles, fidèles en cela à la pensée de la majorité des femmes influentes à travers le monde. Seul le mérite devra compter.

Frédéric Maury

jeune afrique

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Entreprises marchés

Femmes d’affaires

SÉNÉGAL

Institutionnelles et politiques CÔTE D’IVoIrE

Evelyne Tall

Laurence do Rego

55 ans, DG adjointe d’Ecobank

48 ans, directrice financière d’Ecobank

Son profil peu courant (licence en anglais et diplôme de l’École d’administration et de direction des affaires, à Paris) ne l’a pas empêchée de devenir, en janvier 2012, numéro deux du groupe Ecobank. C’est à cette native de Saint-Louis, au Sénégal, que les directeurs généraux des 33 filiales rendent compte. C’est elle qui veille au maintien de bonnes relations avec les autorités politiques et financières de chaque pays d’implantation. « Cela signifie trois semaines de voyage sur quatre », affirme cette ancienne cadre de Citigroup.

Rentrée au Bénin après vingt ans de carrière en France et aux États-Unis, la Franco-Béninoise est arrivée au sein du célèbre établissement panafricain en 2002. En tant que contrôleuse financière, elle dit avoir eu à combattre « beaucoup de réticences » et n’avoir « pas eu droit à l’erreur ». Aujourd’hui, elle n’envisage pas de quitter Ecobank, qui, selon elle, symbolise à la perfection « ce que les Africains sont capables de construire ».

ALGÉrIE

Sonia Rahim 31 ans, directrice du développement d’Alger Médina

DR

MAroC

Salwa Akhannouch PDG d’Aksal La fondatrice du florissant groupe de distribution Aksal n’aime pas qu’on aborde le lien entre sa réussite et celle de son mari, Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et propriétaire d’Akwa Group. Négociatrice dure en affaires, elle s’est forgé une réputation en attirant au Maroc les grandes marques de luxe et en menant des projets ambitieux comme le Morocco Mall, gigantesque centre commercial casablancais. Reste que la carrière de cette manageuse coquette – qui refuse de se laisser photographier – a bénéficié sans conteste de l’entregent de son mari, mais aussi de sa famille : elle est la petite-fille du célèbre homme d’affaires berbère Haj Ahmed Belfiqih, qui a fait fortune dans le commerce de thé.

MAroC

Saïda Karim Lamrani

CÔTE D’IVoIrE

Martine Coffi Studer

66 ans, vice-présidente de Safari

52 ans, PDG d’Océan Ogilvy

Fille de Mohammed Karim Lamrani, qui fut Premier ministre à plusieurs reprises sous Hassan II, elle siège à la direction du holding familial, l’un des plus importants du pays. Mais son influence s’étend au-delà. Elle a ainsi occupé le poste de vice-présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et est coprésidente du Club des chefs d’entreprises France-Maroc, qui a reçu en grande pompe le président François Hollande lors de sa visite officielle, le 4 avril.

Les 25 ans de son groupe de communication, présent dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest, lui feront-ils oublier sa citation dans les malversations liées à la filière café-cacao ? Ministre déléguée à la Communication de 2006 à 2007, Martine Coffi Studer est plus discrète depuis. Mariée à un fidèle collaborateur de Vincent Bolloré (elle siège au sein du conseil d’administration du groupe français), elle a toujours conservé son réseau et joue un rôle actif dans les relations de son pays avec les États-Unis.

Pour intégrer ce gigantesque projet immobilier de 2,5 milliards d’euros visant à changer le paysage visuel d’Alger, Sonia Ziamni – devenue depuis Mme Rahim après son mariage en 2011 avec Abdelwahab Rahim, promoteur et exploitant du projet – a simplement répondu à une annonce en 2008, avant d’être promue fin 2009. Âgée de 31 ans, formée à la comptabilité et au management, elle sélectionne et supervise les entreprises sous-traitantes.

TUNISIE

Selma Elloumi Rekik 56 ans, PDG de la Société Cofat Med et de Stifen

Chez les Elloumi, le goût d’entreprendre est une tradition. Avec ses frères, Selma Elloumi rekik est administratrice du groupe familial, leader dans l’industrie du câblage et présent dans de nombreux pays. Par goût personnel, elle s’investit désormais dans l’agrobusiness, avec 240 ha de production fruitière destinée à la transformation en surgelés.

DR

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Entreprises marchés Maroc

Nezha Hayat 49 ans, membre du directoire de Société générale Maroc

Très attachée à la présence des femmes dans les conseils d’administration, cette banquière a fondé en 2012 le Club des femmes administrateurs au Maroc, alors même qu’elle est devenue la première femme membre d’un directoire en 2007, à Société générale Maroc. Elle s’est par ailleurs impliquée dans le développement de la Bourse de Casablanca au milieu des années 1990.

Tunisie

Donia Hedda Ellouze 53 ans, avocate d’affaires

Cette avocate au Conseil d’État et à la cour de cassation représente les intérêts du financier américain George Soros en Tunisie. Fille d’un haut fonctionnaire et épouse d’un ancien banquier originaire de Sfax, elle est un intermédiaire incontournable entre les investisseurs étrangers et les différents acteurs économiques tunisiens. Elle a mené avec succès de nombreuses négociations en entreprise lors des soulèvements sociaux.

Maroc

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rwanda

Meriem Bensalah Chaqroun

Valentine Rugwabiza

50 ans, présidente de la CGEM

49 ans, DG adjointe de l’OMC

Fille d’Abdelkader Bensalah, fondateur du holding agroalimentaire Holmarcom et figure de l’indépendance, Meriem Bensalah Chaqroun n’en a pas moins mérité ses galons de première femme élue patronne des patrons marocains. D’abord comme chef d’entreprise, à la tête des Eaux minérales d’Oulmès, qu’elle dirige depuis vingt-trois ans et qui est leader de son secteur. Mais aussi pour son senspolitique,capablederassembler au-delà des « grandes familles ».

Depuisseptans,ValentineRugwabiza pilote, à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’examen des politiques commerciales des États membres, la facilitation des échanges, etc. Membre fondateur de l’Association rwandaise des femmes chefs d’entreprise et de la Fédération rwandaise du secteur privé, cette habilenégociatriceaaussiétéambassadrice du Rwanda auprès de l’ONU en Suisse. Elle arrivera au terme de son mandat à l’OMC en août.

Maroc

Ghita Lahlou 46 ans, DG de Saham

Même s’il semblerait que son influence ait un peu diminué après la réorganisation du holding Saham en trois pôles en 2010, la centralienne accompagne depuis près de douze ans la stratégie de croissance du plus dynamique des groupes marocains, dont elle continue de porter les pôles offshoring et santé. Comme son patron, Moulay Hafid Elalamy, elle est une ancienne du groupe ONA.

Maroc

Nadia Kettani 43 ans, associée chez Kettani Law Firm

Tunisie

Wided Bouchamaoui 53 ans, présidente de l’Utica

Moins connue que son père, Azzedine Kettani, professeur de droit et célébrité du monde de l’arbitrage, Nadia Kettani n’en est pas moins reconnue par ses pairs. L’avocate d’affaires codirige en effet le dernier grand cabinet marocain indépendant. Derniers faits d’armes ? Après avoir conseillé au niveau local les prêteurs internationaux de la centrale électrique de Jorf Lasfar (un deal de 1 milliard d’euros), elle accompagne Vivendi dans la vente de Maroc Télécom.

HICHEM

Maroc

Souad Benbachir ADG de CFG Group

Pionnière de la banque d’affaires au Maroc, Souad Benbachir a su conserver son influence malgré les difficultés que traverse sa banque d’affaires, CFG Group. Membre du directoire de Risma, la filiale marocaine d’Accor, et patronne du fonds touristique T Capital, elle siège à l’International Advisory Board de l’école de commerce française Essec. jEunE afrIquE

en Tunisie, le patron des patrons est une femme sans esbroufe. La fille de Hédi Bouchamaoui, pionnier du BTP, se réclame d’une éducation où « la satisfaction de l’argent compte peu au regard de celle d’un travail effectué du mieux possible ». La poignée de main échangée, en mai 2012, avec Houcine abassi, secrétaire général de l’union générale tunisienne du travail (uGTT), a scellé un rapprochement sans précédent entre les deux plus puissants syndicats du pays… et fait grincer les dents de certains politiques. n o 2729-2730 • du 28 avrIl au 11 MaI 2013


Entreprises marchés

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Rwanda

Clare Akamanzi

Femmes d’affaires

Institutionnelles et politiques

SÉnÉgal

Aminata Niane

33 ans, DG du Rwanda Development Board

56 ans, conseillère spéciale du président pour les infrastructures

Entrée au Rwanda Development Board (RDB) en 2008, elle s’est d’abord occupée de la promotion des investissements, avant d’en prendre la direction. Cette femme active, qui aime prendre du recul dès que possible dans la campagne rwandaise, a notamment été négociatrice auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève pour son pays. Bourreau de travail formée en Ouganda, en Afrique du Sud et aux Pays-Bas, elle est une figure incontournable des réunions internationales.

Nommée en 2000 directrice générale de l’Agence de promotion des investissements et des grands travaux (Apix), elle a supervisé jusqu’en 2012 la plupart des grands projets d’Abdoulaye Wade, parmi lesquels l’aéroport Blaise-Diagne dont elle reste présidente du conseil d’administration. Cette technocrate formée en France et en Angleterre est aussi membre du conseil d’administration d’Atos, groupe coté à Paris. Wade parti, elle a été remplacée à la tête de l’Apix. Mais ses compétences et son carnet d’adresses lui ont valu d’être nommée conseillère spéciale de Macky Sall.

gaBon MaRoc

Amina Benkhadra 58 ans, DG de l’Onhym

Pascaline Bongo 57 ans, administre la fortune de la famille Bongo Elle n’est certes plus sur le devant de la scène gabonaise, mais l’ancienne directrice du cabinet d’Omar Bongo Ondimba n’a pas pour autant perdu tout son pouvoir. Pascaline Bongo, la sœur aînée d’Ali Bongo, a toujours la main sur Delta Synergie, holding d’investissement actionnaire de nombreuses entreprises, dont BGFI Group et la puissante Compagnie du Komo.

BuRkIna FaSo ABDELHAK SENNA/AFP

Alizéta Ouédraogo

À la tête de l’office national des hydrocarbures et des mines (onhym), elle revendique plus de trente ans d’expérience au sein des institutions minières du royaume chérifien. Ingénieure de formation, proche du cercle royal, elle a notamment occupé le poste de ministre de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement entre 2007 et 2012 et est affiliée au Rassemblement national des indépendants (RnI), qui a les faveurs du Palais.

togo

Ingrid Awadé

59 ans, présidente de la CCI

40 ans, directrice générale des Impôts

À 30 ans, elle était secrétaire dans une agence de l’ONU. Aujourd’hui, Alizéta Ouédraogo est la femme la plus prospère du Burkina. Après avoir fait fortune dans le cuir dans les années 1990, elle s’est lancée dans l’immobilier et les travaux publics. Selon ses détracteurs, son ascension fulgurante coïncide avec le mariage de sa fille et de François Compaoré, frère du président. Elle a pris la tête de la Chambre de commerce et d’industrie en 2011.

Puissante et controversée, Ingrid Awadé appartient au premier cercle de confiance du président togolais. Celle qu’on surnomme la dame de fer s’est notamment fait remarquer en 2006, à sa prise de fonctions, en infligeant de sévères redressements fiscaux aux hommes d’affaires considérés jusque-là comme « intouchables », à l’instar de Ram Shriyan (magasins Ramco) ou du Libanais Bassem El Najar, protégé du frère de Faure Gnassingbé.

côtE d’IvoIRE

Kaba Nialé En fonction depuis six mois, kaba nialé est incontournable. Proche d’amadou gon coulibaly, secrétaire général de la présidence, elle a travaillé avec l’actuel Premier ministre, daniel kablan duncan, à la fin des années 1990. technocrate redoutable, elle s’est notamment fait remarquer en mars lors des discussions de la troisième revue du programme économique et financier avec les émissaires du FMI. N O 2729-2730 • DU 28 AvrIL AU 11 MAI 2013

SIA KAMBOU

51 ans, ministre de l’Économie et des Finances


Entreprises marchés CôTe D’iVoire

Marie-Andrée Ngwe

Dominique Ouattara 60 ans, première dame

Fondatrice du cabinet Ngwe & Associés

Après l’accession de son époux, Alassane Ouattara, à la tête du pays, la femme d’affaires a mis en stand-by ses activités dans le monde du business. Sollicitée sur des questions spécifiques, elle conserve néanmoins une influence considérable à la fois dans les mondes économique et politique. Dominique Ouattara bénéficie d’un cabinet situé dans le quartier de Cocody-Ambassade qui ne désemplit pas lorsqu’elle est présente à Abidjan.

« Je suis opposée à l’idée de catégoriser les femmes » L’avocate pose un regard optimiste sur la situation des femmes en Afrique, particulièrement au Cameroun. Mais des progrès restent à faire.

Cina Lawson 40 ans, ministre des Postes

DR

et des Télécommunications

en 2012, Cina lawson a d’abord été consacrée jeune leader mondial par le forum économique mondial, puis classée parmi les 20 jeunes femmes les plus puissantes d’afrique par le magazine Forbes. Cette diplômée de Harvard, qui a été responsable de la stratégie et du développement de france Télécom à New York après un passage à la Banque mondiale, a fait de la démocratisation des TiC (baisse des prix de communication, hausse du taux de pénétration d’internet…) au Togo son leitmotiv. Jeune afRique

ée à la Réunion, MarieAndrée Ngwe a fondé en 1986 le cabinet de droit des affaires de référence au Cameroun. Ngwe & Associés est devenu le partenaire local des plus grandes law firms internationales – Clifford Chance, Gide, Allen & Overy, etc. –, avec lesquelles il intervient sur des grands projets d’infrastructures, de permis pétroliers ou encore de gisements miniers.

Quand j’ai commencé, il n’y avait pas beaucoup de femmes dans le métier. Nos interlocuteurs étaient sceptiques, il fallait travailler deux fois plus que les autres confrères. Aujourd’hui, la situation des femmes dans le milieu professionnel s’est tout de même grandement améliorée. Plusieurs femmes font de belles carrières dans divers domaines du droit et dirigent des cabinets ayant une réputation reconnue. Il y a 50 % de femmes dans la magistrature, par exemple. Mais même si cela se passe mieux qu’il y a trente ans, ce n’est pas encore idéal : des domaines comme le BTP ou le transport restent très masculins.

jeuNe afrique: Comment expliquezvous le succès de votre cabinet ? Marie-aNDrÉe NGWe: La confiance

que peut-on faire pour améliorer la représentation des femmes dans les milieux d’affaires ?

N

ToGo

Vous êtes la seule femme avocate qui ait atteint un tel niveau au Cameroun. Comment a évolué la situation des femmes depuis les années 1980 ?

dont jouit le cabinet est la récompense d’une constance dans le travail depuis de longues années. Par ailleurs, nous avons su nous adapter aux standards

Au Cameroun, j’ai pu constater que les familles donnent autant de chances aux filles qu’aux garçons dans l’éducation. J’ai foi en l’éducation comme moyen de combattre les préjugés. En revanche, je suis opposée à l’idée de catégoriser les femmes. Les règles d’appréciation et de concurrence doivent être les mêmes pour tous. Mais il y a des pays où un soutien au niveau de la formation ou en début d’activité peut être utile. Il faut dire aussi que ce genre de progrès est très lié au développement : dans un contexte de croissance économique, le besoin de gens qualifiés est tel qu’on regarde moins le genre. Et finalement, l’un entraîne l’autre. l

J’ai foi en l’éducation comme moyen de combattre les préjugés. internationaux de la profession. Depuis 1986, nos domaines d’intervention ont beaucoup évolué en fonction de la réalité économique camerounaise, si bien que, de cabinet généraliste, nous sommes devenus spécialisés en droit des affaires. Mais ma grande satisfaction est d’avoir pu travailler en toute indépendance et dans le respect des règles d’éthique.

Propos recueillis par NiColas TeissereNC n o 2729-2730 • Du 28 avRil au 11 mai 2013

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Les indiscrets

BRVM Jean-Paul Gillet

Le 8 avril, l’avocat Waly Mamady Diawara a déposé auprès de la Cour suprême du Mali une requête afin de faire annuler la concession de la troisième licence de téléphonie à PlanorMonaco Télécom, au nom de plusieurs associations locales.

réclame ses « droits »

CKG « l’Omanais »

Persona non grata en Côte d’Ivoire, l’homme d’affaires Charles Kader Gooré (CKG), dont les affaires ont prospéré sous l’ère Gbagbo, dit vivre le « meilleur moment de [s]a vie ». Représentant en Afrique de l’Ouest de l’Autorité publique omanaise pour la promotion des investissements et le développementdesexportations (Paiped), il affirme construire une chocolaterie d’une capacité de 50 000 tonnes à Salalah, dans le sud-ouest du sultanat. Coût de l’opération: 125 millions d’euros. Un investissement auquel participerait, selon lui, l’O m a n I nv e s t m e n t Fund, le fonds souverain omanais. Qui diriGe afriland ?

Au Cameroun, le flou règne au sein d’Afriland First Bank. Jean-Paulin

n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

AuréLie GrimberGhs

D

ébarquél’andernierdeladirection de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), Jean-Paul Gillet contre-attaque. Non content des 77 millions de F CFA (117 000 euros) perçus fin 2012 au titre de ses droits acquis (salaires entre juillet et décembre, cotisations sociales, treizième mois…), l’ancien homme fort de la place d’Abidjan a adressé via son avocat, mi-avril, un courrier à la nouvelle équipe dirigeante conduite par le Sénégalais Gabriel Fal et le Togolais Edoh Kossi Amenounvé. Le Français, resté à Abidjan depuis son limogeage, réclame une prime de départ correspondant à deux ans de salaire et une commission sur les bénéfices réalisés par la Bourse durant toute la période de son activité (2002-2012). La BRVM accédera-t-elle à sa demande ? C’est peu probable. Ses nouveaux patrons ne

pardonnent pas à Gillet son manque de vigilance ayant entraîné le détournement de plus de 1 milliard de F CFA. Du côté de l’ancien directeur, si on parle de procédure « amicale », on n’exclut toutefois pas de saisir, en cas de réponse négative, la cour de justice de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). l

Fonkoua a bien officié en tant que président lors d’un conseil d’administration, en décembre 2012, à la place de Paul Fokam. Mais depuis, c’est l’incertitude. La nomination du nouveau patron n’a pas été annoncée officiellement, ni en externe ni en interne. Afriland estime que cela n’a rien à voir avec la procédure entamée par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) début 2012, qui reprochait à l’établissement un « dispositif de gouvernance opaque ». Paul Fokam, de son côté, ne cache pas sa volonté de se concentrer sur le

Alain Ditona-Moussavou, directeur de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), et Serge Thierry Mickoto, qui dirige le Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), s’apprêtent à lancer un fonds gabonais de private equity destiné aux PME spécialisées dans l’écotourisme. Montant de l’enveloppe : 45 millions d’euros.

développement africain du groupe, dont le siège se trouve en Suisse. marK BristOw CharGe tOunGara

Le PDG de Randgold Resources, Mark Bristow, et Adama Toungara, ministre ivoirien des Mines, ne passeront pas leurs vacances ensemble. Présent en Côte d’Ivoire la semaine dernière à l’occasion du conseil d’administration de la mine de Tongon, le patron sud-africain n’a pas eu de mots assez durs pour le ministre, coupable à ses yeuxd’avoirvouluimposer – en vain – des contrats de partage aux miniers, comme c’est d’usage dans lesecteurpétrolier.Ilesten revanche bien plus indulgent avec le président, Alassane Ouattara, et le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, qui, eux, « ont tout compris ».

dr

Entreprises marchés

NicoLAs eyiDi pour J.A.

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Le banquier d’affaires Amadou Hott (photo), conseiller de Macky Sall et ex-patron de UBA Capital, et Amadou Kane, ministre des Finances, pilotent la mise en œuvre du fonds souverain sénégalais, dont le principe a été adopté par le Parlement. Pour garantir la bonne gestion, l’État ne comptera que trois administrateurs, les six ou sept autres étant issus du monde de la gestion et des affaires. jeune afrique


Entreprises marchés t La plateforme Pazflor, exploitée par Total au large de l’Angola.

etauCameroun»,complètePhilippe Masserey. Spécialisé dans la logistique pour les compagnies pétrolières et gazières, le groupe opère en tant que transitaire, commissaire en douane et agent maritime.

Laurent PascaL/totaL

TROPISME. Le directeur général

services PÉTrOLiers

Le suisse TLC profite des découvertes africaines Le groupe fondé en 2001 compte notamment sur les gisements d’afrique de l’Est récemment mis au jour pour se développer. Il multiplie les implantations de bureaux sur le continent.

I

l est des publicités dont les entreprises se passeraient bien. Accusé de corruption en 2007 pour un conteneur ouvert en zone douanière du port de Malabo sans la présence d’un représentant officiel, le groupe suisse Transportation & Logistic Consulting (TLC) a fait la une des journaux helvétiques, avant de voir son honneur restauré après deux ans de procédure judiciaire. Une expérience amère pour TLC, obligé d’assignersonclientdevantlaHaute Cour de Londres pour récupérer les 150000 euros d’amende versés aux services douaniers – « en cash », précise Philippe Masserey, directeur général. C’est le genre d’histoire qui aurait pu donner des envies d’ailleurs au créateur de cette société familiale lancée en 2001. Sauf que « l’Afrique estdansnotreADN»,souritPhilippe Masserey, qui a lui-même découvert le continent en 1984 pour le compte du transporteur Panalpina, d’abord au Gabon, puis en Angola et au Nigeria. jeune afrique

Son terrain de jeu en Afrique n’a depuis guère changé. Basé près de Nyon (Suisse), implanté à Houston (États-Unis) et à Aberdeen (Royaume-Uni), TLC est présent en Guinée équatoriale depuis 2003, puisaouvertdesbureauxenAngola, au Congo et au Gabon entre 2006 et 2008, avant de s’installer au Mozambique l’an dernier. « Nous disposons aussi d’agents au Nigeria

En cinq ans, TLC a vu son chiffre d’affaires progresser

45 %

de et sa masse salariale

tripler

peut se féliciter de son tropisme africain, puisque le chiffre d’affaires de TLC, réalisé à 80 % avec des opérateurs pétroliers et des sociétés de services, a progressé de 45 % ces cinq dernières années pour s’établir à 16 millions d’euros en 2012. Afin de soutenir cette croissance, le groupe a dans le même temps triplé sa masse salariale, pour disposer aujourd’hui de 220 employés, dont 90 % d’Africains. Son carnet de clientèle plutôt fourni compte aussi bien de petits explorateurs sud-africainsquelesgrandesmajors comme Exxon, Chevron ou Total. TLC regarde désormais avec insistance vers l’est du continent, à mesure que se multiplient les découvertes en Tanzanie, au Kenya, en Ouganda et au Soudan. « Nous avons un vrai savoir-faire à apporter dans une région qui s’ouvre aux activités pétrolières », estime Philippe Masserey, qui cherche à tisser des alliances le long de la côte orientale. Tout en gardant un œil sur l’Angola, « pays phare du secteur sur le continent ». l OlIvIER CaSlIn

nOuvEaux buSInESS En PERSPECTIvE… La fièvre des hydrocarbures gagne aujourd’hui l’ensemble du continent. Pendant que l’angola grignote son retard face au Nigeria dans l’espoir de devenir à terme le premier producteur de pétrole africain, les compagnies internationales multiplient les investissements au Mozambique,

en Tanzanie et au Kenya. Une nouvelle nappe offshore a également été identifiée de la Sierra Leone au Ghana, mais c’est encore au Maroc que le potentiel pourrait être le plus prometteur. avec des réserves estimées – de manière très optimiste… – à près de 5 milliards de barils, le domaine pétrolier marocain attire actuellement une

trentaine de juniors sur une superficie grande comme l’espagne, alors que certains poids lourds comme Chevron et Total s’installent en propre dans le royaume. Les premiers forages d’exploration dans le sud du pays sont attendus pour 2014. autant de nouvelles opportunités pour les sociétés de services O.C. comme TLC. l n 0 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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Entreprises marchés transport

Emmanuel Pitron

Secrétaire général du groupe RATP

« En Algérie, la RATP est présente sur le long terme » Le groupe français, qui inaugure le 1er mai le tramway d’Oran, accorde un intérêt soutenu à l’afrique en général, au Maghreb en particulier. Objectif : trouver sur le continent une croissance rentable.

E

ntré à la Régie autonome des transports parisiens (RATP) en 2006, Emmanuel Pitron est chargé de la stratégie et de la gouvernance. Sous la houlette de cet énarque de 37 ans, ancien haut fonctionnaire du ministère français des Affaires étrangères, le groupe s’est positionné avec succès à l’international, en particulier en Afrique du Nord.

jEunE afriquE : Depuis quand la ratp s’intéresse-t-elle à l’international ? EMManuEL pitron :

Notre présence internationale s’est accentuée depuis la constitution du groupe RATP et l’arrivée de seize sociétés issues de la cession à Veolia de notre participation au sein de Transdev, puis regroupées au sein de RATP Dev en 2010. Cette filiale se positionne aujourd’hui sur des appels d’offres pour les contrats d’exploitation de transports urbains dans les pays et sur les projets quenousjugeons solvables.

décembre 2012. Nous nous intéressons particulièrement à l’Algérie et au Maroc, tout en regardant les opportunités, dans le reste du continent, sur de grands projets en consortium. Enfin, rappelons que le groupe a vendu 800 bus d’occasion en cinq ans, principalement en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Maroc.

Le tram d’oran en bref 18 km de ligne

quels sont vos objectifs de croissance ?

(23 km en 2014)

Le groupe a réalisé 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2012, dont 15 % hors Île-de-France, principalement par notre filiale RATP Dev, qui dispose de 700 millions d’euros de revenus et de 11 000 salariés.

32 stations (36 en 2014)

Exploité par la Setram, coentreprise entre la RATP (49 % des parts) et des entreprises publiques algériennes (EMA et Etusa)

R AT P

n o 2729-2730 • du 28 AvRiL Au 11 mAi 2013

Le 1er mai, vous inaugurez le tramway d’oran. Et alger a parlé de quatorze nouvelles lignes de tramway dans le pays… L’algérie est-elle un eldorado pour la ratp ?

Participer à la renaissance du tramway d’Oran – qui a déjà circulé jusque dans les années 1950 – est la reconnaissance de notre travail à Alger sur le métro et le tramway. Les Algériens ont confiance dans notre expertise des transports dans des zones urbaines à haute densité. Nous sommes présents dans le pays sur le long terme, c’est une décision stratégique. Après la mise en exploitation du tramway d’Oran, nous participerons pendant l’été 2013 à l’inauguration de celui de Constantine et lancerons l’extension de celui d’Alger en 2014. Envisagez-vous des sociétés d’exploitation rentables en afrique subsaharienne ?

En Afrique du Nord, il y a une véritable prise de conscience pour lancer et financer des politiques urbaines intégrées liant le transport à l’emploi et au logement. Nous restons toutefois à l’écoute des besoins au sud du Sahara, notamment pour des contrats d’assistance technique via la filiale RATP-i, que je préside. Elle ne dispose pas de personnel propre et répond à des demandes ponctuellesenenvoyantdesexperts du groupe RATP. Nous avons par

que représente l’afrique pour ratp Dev ?

Le continent a pris de l’importance avec les mises en exploitation du Gautrain, qui relie Pretoria à Johannesburg depuis 2010, du métro d’Alger fin 2011 et du tramway de Casablanca en

Pour 2020, le groupe vise 7 milliards d’euros et 1 milliard pour RATP Dev dès 2013. RATP Dev devra s’autofinancer : à l’export, nous cherchons une croissance rentable car dans le même temps nous devons financer la modernisation de notre réseau en Îlede-France, soit 1,5 milliard d’euros d’investissements en cinq ans.

Le tramway de Constantine sera inauguré cet été. jeune AfRique


Coulisses

Entreprises & marchés

Retrouvez toute l’actualité économique et financière du continent sur economie.jeuneafrique.com

Étude Quelle classe moyenne ?

Y a-t-il un partenariat avec Alstom, le constructeur des tramways de Casablanca, Alger et Oran ?

Il n’y a pas de partenariat exclusif, mais l’exploitation par la RATP du tramway Citadis sur les boulevards des Maréchaux, à Paris, est une vitrine pour Alstom. Avec cette référence, ses clients pensent à nous quand ils veulent ce type de tramway. Nous avons la même relation avec d’autres constructeurs tels que Siemens sur le métro d’Alger ou Bombardier sur le Gautrain.

Au regard des atermoiements sur le contrat du tramway d’Alger, accordé à Keolis avant d’être attribué à RATP Dev, n’y a-t-il pas un manque de concertation entre les différents groupes français ?

C’est vrai que Keolis, filiale de la SNCF, Transdev, filiale de Veolia et de la CDC, et RATP Dev se sont parfois retrouvés sur les mêmes appels d’offres. Nous sommes tous attirés par le Maghreb, une zone encoreépargnéeparlaconcurrence anglo-saxonne. Je crois que chaque groupe doit promouvoir ses points d’excellence : la SNCF sur le TGV et le ferroviaire, la RATP pour les métros. Et la coopération entre la SNCF et la RATP au sein de Systra, notre coentreprise d’ingénierie, est aujourd’hui exemplaire sur les grands projets comme le TGV marocain ou le métro d’Alger. l Propos recueillis par ChRISTOPhE LE BEC jeUne afriqUe

D’ici à 2030, les rangs de la classe moyenne à l’échelle mondiale devraient s’étoffer de 3 milliards d’individus. Une croissance qui proviendra quasi exclusivement des pays émergents, si l’on en croit une étude menée par Ernst & Young. Pour l’Afrique, le cabinet d’audit et p Dans un supermarché de Kigali. de conseil s’interroge sur la pertinence des niveaux utilisés pour définir parfois la notion de classe moyenne et rappelle que la Banque africaine de développement (BAD) retient dans ses calculs toute personne gagnant entre 2 et 20 dollars par jour (de 1,50 à 15 euros), soit un tiers de la population africaine. Pour Ernst & Young, ces revenus de 2 dollars par jour ne permettront en aucun cas aux nouveaux « bourgeois » de s’offrir des biens de consommation. Autre conclusion de l’étude : le poids de la classe moyenne africaine par rapport au total mondial, de 2 % aujourd’hui, restera stable d’ici à 2030. Une évolution qui contraste avec celle connue par la classe moyenne asiatique, qui représentera les deux tiers des effectifs en 2030, contre environ un tiers aujourd’hui. l

Tadej Znidarcic/redUX-rea

exemple participé à l’amélioration du réseau des bus de Conakry pendant un an. Et nous devrions démarrer une mission de quatre mois auprès de la société publique congolaise Transco pour l’accompagner dans la gestion des bus de Kinshasa. Au sud du Sahara, où 60 % de la population vivra en ville d’ici à 2050, la mise en place de réseaux de bus avec des voies réservées et un haut niveau de service est intéressante. C’est une étape intermédiaire avant le tramway ou le train, qui nécessitent plus d’investissements.

S

M

S

• PÉTROLE Total a annoncé des résultats encourageants pour le forage du puits d’exploration Ivoire-1X, au large de la Côte d’Ivoire • FINANCE Le FMI a signé avec Tunis un accord de précaution de 1 350 M€ sur 2 ans • ENGRAIS Olam veut réduire sa participation dans l’usine d’engrais gabonaise, un projet de plus de 1 150 M€ • TÉLÉCOMS 2e opérateur en Ouganda, l’indien Bharti va acquérir la filiale locale de son rival Warid pour un montant estimé entre 172 et 215 M€

maroc l’huile au programme Dans le cadre du plan Maroc vert, le ministère de l’Agriculture et la Fédération interprofessionnelle des oléagineux ont signé un programme de développement de la filière locale qui prévoit de porter les surfaces d’oléagineux de 44 000 à 127 000 ha d’ici à 2020. La filière française accompagnera ce plan, notamment grâce à l’appui de Sofiprotéol, actionnaire de contrôle de l’huilier Lesieur Cristal.

BÉnin cdpa veut s’industrialiser Le Comptoir de distribution de produits alimentaires (CDPA) a obtenu un prêt de 10 millions d’euros auprès de Proparco et de BIO, deux institutions financières européennes

de développement. Le groupe agro-industriel béninois utilisera ces fonds pour développer la production avicole de sa filiale Agrisatch, fondée en 2004. Il entend aider à couvrir les besoins du pays, qui importe la majorité de sa consommation.

algÉrie yapi merkezi prend le tram Le turcYapi Merkezi va réaliser la première ligne de 13 km du tramway de Sidi Bel Abbès pour plus de 420 millions d’euros. Cette ligne doit transporter quelque 24 millions de passagers en 2015 et 35 millions en 2035.Yapi Merkezi a déjà participé à la construction du tramway de Casablanca et a été retenu en Éthiopie pour la réalisation d’une ligne de chemin de fer de plusieurs centaines de kilomètres. n o 2729-2730 • dU 28 avril aU 11 mai 2013

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Décideurs ALGÉRIE

Les connexions de Nassim Kerdjoudj Le fondateur de Net-skills, une start-up de services informatiques et télécoms, est aussi vice-président du Forum des chefs d’entreprise. Malgré un contexte difficile pour les PME, il envisage une croissance de 30 % en 2013.

N

assim Kerdjoudj est un habitué des défis. Le PDG de Net-Skills avait déjà eu fort à faire en 2004 pour lancer ses activités. « Il y a beaucoup de similitudes entre courir un marathon et devenir un entrepreneur en Algérie : gestion de l’effort en continu, nécessité d’une force mentale autant que physique », explique ce passionné de course à pied. En tant que vice-président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), c’est à un tout autre mur qu’il est confronté : « Nous ne sommes pas dans une logique de lobbying, mais de plaidoyer, car le terrain n’est pas favorable à la confrontation. Le secteur privé est une sorte d’enfant illégitime de l’économie en Algérie, il lui faudra du temps pour devenir un acteur reconnu par l’État », regrette-il, tout en admettant que la capacité d’écoute du nouveau gouvernement est plus importante. Mais il en faut plus pour décourager le dirigeant de 41 ans, qui affiche déjà un beau palmarès. Après l’obtention de son baccalauréat à Alger, il a étudié l’informatique et le management à Paris, et est resté douze ans en France, dont quatre chez Cegetel et autant chez IBM. Avant de fonder Net-Skills, il a également travaillé pour Microsoft. Une belle carte de visite dans le monde des technologies de l’information et de la communication (TIC). essor. Et les résultats suivent. Spécialisé dans les services d’ingénierie informatique et télécoms à destination des administrations et des entreprises, Net-Skills a réalisé un chiffre d’affaires de 495 millions de dinars (4,7 millions d’euros) en 2012. « Après deux années difficiles de transition, nous avons repris notre marche en avant. Nous n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

dinars. « J’ai tenté le pari de la croissance par la taille. Nos bénéfices ont toujours été réinvestis depuis le début, afin d’avoir une dimension conforme à nos ambitions », explique le PDG. PAssAGe De reLAIs. Fort de cette

louiza ammi pour j.a.

130

p Avant de créer sa société, l’informaticien a travaillé pour Cegetel, IBM, Microsoft…

envisageons une croissance de 30 % cette année », affirme Nassim Kerdjoudj. Les nombreuses affaires de corruption en Algérie, ainsi que le gel des investissements dans les télécoms causé par le conflit entre l’État et l’opérateur Djezzy, ont en effet créé un contexte difficile pour les PME des TIC. Net-Skills a cependant profité de l’essor du secteur en devenant notamment le distributeur officiel de BlackBerry en Algérie et en multipliant les partenariats avec les plus grands noms de l’informatique tels que Cisco, IBM et Hewlett-Packard. Dès 2007, le patron a procédé à une première augmentation de capital pour le faire passer à 25 millions de

montée en puissance, Net-Skills accélère dans son activité télécoms, qui représente aujourd’hui 60 % de son chiffre d’affaires, contre 20 % au départ. « Depuis 2008, notre activité télécoms est en pleine croissance, tout en étant plus rentable que l’intégration classique. Nous sommes bien positionnés sur ce marché », reconnaît Nassim Kerdjoudj, qui prévoit de séparer les deux activités ce semestre. En 2010, il a transformé son entreprise en société par actions via l’ouverture de 49 % du capital à des investisseurs privés algériens – le capital est alors porté à 100 millions de dinars –, avec comme actionnaire de référence Mohamed Laïd Benamor, dirigeant dugroupedumêmenom.Tantpour développer sa start-up que pour

« Le secteur privé est comme un enfant illégitime difficilement reconnu par l’État algérien. »

4,7 M€ C’est le chiffre d’affaires 2012 de Net-Skills

mener à bien ses missions au sein du FCE, Nassim Kerdjoudj peut aussi compter sur des administrateurs de poids, comme le président de l’organisation patronale, Réda Hamiani, qui apporte son expertise de vieux routier de l’économie algérienne. « Le passage de relais entre générations est en train de se faire », confirme Nassim Kerdjoudj, qui avait brigué la place de Réda Hamiani en 2011. La succession se préparerait-elle ? l ryADh BeNLAhrech jeune afrique


Décideurs On en pArLe

TUNISIE

Karim Rejeb Sfar tire son épingle du jeu

Le vêtement intelligent ? C’est le créneau qu’a choisi le fondateur de new Body Line pour exister dans un secteur textile sinistré.

Benjamin Romain oKan ConSULTinG Le troisième associé de ce cabinet de conseil dévolu à l’Afrique a travaillé pour PAI Partners, AXA Private Equity et McKinsey. Cet ancien de HEC va se concentrer sur des missions liées aux secteurs primaire, public et financier.

630 000 dinars

C’est le montant que New Body Line vient de lever sur la Bourse de Tunis

Hamid addoU diana HoLdinG Nouvellement nommé DG du leader de l’agroalimentaire marocain, il dirigeait auparavant l’Office national marocain du tourisme et a aussi été directeur de Méditel chargé des entreprises.

StéphAnie Wenger, à Tunis

monwaBiSi KaLawe SoUTH aFRiCan aiRwaYS Le nouveau DG de la compagnie sud-africaine (qui a perdu 110 millions d’euros en 2012) va en conduire la restructuration. Ce diplômé en génie électrique a été DG puis président exécutif de Compass Group. DR

LABOS. Karim Rejeb Sfar est diplômé de mécatronique textile à l’Institut supérieur industriel de Verviers (Belgique). Rentré au pays en 1997, il intègre alors le Centre technique du textile. « J’y ai profité en peu de temps d’une expérience diversifiée et polyvalente », reconnaît-il. Deux années durant, il travaille en laboratoire puis s’occupe des cahiers des charges et de la mise à niveau des sociétés. « Cela m’a permis de comprendre les points forts et les points faibles de beaucoup d’entreprises du secteur », estime-t-il. De quoi lui permettre,

aussi, d’identifier un créneau prometteur dans un secteur sinistré : les textiles intelligents. Début avril, Karim Rejeb Sfar a décidé de lancer New Body Line dans une augmentation de capital sur la Bourse de Tunis. Le montant reste modeste(630000 dinars),mais il permettra d’enrichir la gamme de produits, d’embaucher des ingénieurs à très fortes compétences et de mieux répondre aux exigences élevées du contrôle qualité. L’offre a suscité beaucoup d’intérêt alors que, dans les labos de Mahdia, les ingénieurs sont déjà en train de plancher sur des polos aux huiles essentielles, des maillots de foot impossible à agripper ou des chaussettes à doigts traitant les problèmes de peau. l

HICHEM

Q

uel est le point commun entre un boxer sans couture, un jean hydratant et un tee-shirt anti-ultraviolets ? Tous trois appartiennent à la catégorie des « vêtements intelligents », dont Karim Rejeb Sfar s’est fait une spécialité. Originaire de Mahdia, berceau du textile tunisien, ce quadra a créé sa société, New Body Line, en 2000. Dès le départ, l’innovation est une marque de fabrique : l’entreprise se lance dans la production de textile sans couture. « Avec le tricotage numérique, l’idée était de passer directement du fil au produit, sans coupe ni patron », explique l’industriel. L’autre originalité de l’usine tunisienne est d’être totalement intégrée. De la conception du style à l’emballage en passant par la recherche et développement, tout est fait à Mahdia. « Nos produits arrivent directement sur les étagères des clients », assure Karim Rejeb Sfar. Celio, Fulgar, Lytess… Plusieurs grandes marques étrangères font appel à New Body Line, quicompte180employés.De2009à 2012, le chiffre d’affaires est passé de 1,8 million à 6,4 millions de dinars (de 937 000 à 3,1 millions d’euros).

131

jEunE AfRIquE

n o 2729-2730 • Du 28 AvRIl Au 11 MAI 2013


Finance

JUNIOR D. KANNAH/AFP

t En 2012, des grosses coupures ont été mises en circulation pour contrer la dollarisation de l’économie.

RD CONGO

Quel gouverneur pour guérir la Banque centrale? Plusieurs noms circulent pour la succession de Jean-Claude Masangu Mulongo, qui doit passer la main en mai. Son remplaçant devra s’atteler à un chantier fondamental : la réhabilitation du franc congolais.

P

artira ? Partira pas ? En poste depuis seize ans, Jean-Claude Masangu Mulongo, l’actuel gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC, à Kinshasa), devrait céder son fauteuil en mai… mais son remplaçant n’est toujours pas connu. Au palais de la Nation, d’où doit venir la nomination de son successeur, rien ne filtre. Mais dans les milieux financiers, les pronostics vont bon train. Parmi les noms qui reviennent avec insistance, celui de Michel Losembe, l’actuel patron de la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (Biac). Pour ses pairs, cet ancien directeur général de la filiale locale de Citigroup – tout comme le gouverneur sortant – présente le profil idéal. À 49 ans, il connaît bien le secteur bancaire, qu’il pratique depuis plus de dix ans – il est président n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

de l’Association congolaise des banques. Mais lui-même ne cesse de marteler qu’il n’est candidat à rien et qu’il se sent plus utile dans le privé. « À la Biac, une banque de détail, je peux davantage œuvrer au développement économique de mon pays », confie-t-il à Jeune Afrique. DISCRÉTION. À Kinshasa, on

ne manque pas de rappeler que ce poste hautement stratégique reviendra sans aucun doute à un proche du président de la République. À l’instar d’Albert Yuma Mulimbi, dont le nom circule depuis peu. Patron de la Gécamines et président de la puissante Fédération des entreprises du Congo (FEC), ce Katangais préside aussi le comité d’audit de la BCC. Fin mars, c’est lui que Joseph Kabila a envoyé à Washington, avec Jean-Claude Masangu, pour

Le système financier congolais

20

banques commerciales

157

coopératives d’épargne et de crédit et institutions de microfinance

sOURce : Bcc

132

déminer les relations du pays avec le Fonds monétaire international (FMI). Certes, il s’agissait d’apporter des réponses aux questions que l’institution se pose sur la transparence d’un contrat minier (le projet Comide) par lequel la Gécamines a cédé, en juin 2011, ses parts (25 %) à la société Straker International, basée dans les îles Vierges britanniques, mais certains analystes y ont vu un signe. Réponse du patron des patrons : « Ce poste ne m’intéresse pas. C’est à la FEC que je veux œuvrer. » En fait, explique un banquier local, « il est toujours prudent de rester discret lorsqu’on est intéressé ou sollicité pour un tel poste. Sinon, on risque d’être mal vu en haut lieu et de ruiner ses chances ». Discrétion : tel est précisément le maître mot de Noël K. Tshiani, un autre prétendant basé aux ÉtatsUnis et fonctionnaire de la Banque mondiale depuis 1992. Bien qu’il ait fait part de sa candidature au Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, lors de la dernière mission de celui-ci à Washington, en février, l’homme se refuse à tout commentaire. Reste que le titre de son dernier ouvrage, La Bataille pour une monnaie nationale crédible, sorti fin 2012, trahit ses ambitions : il y analyse et y critique la politique monétaire mise en œuvre dans son pays et propose des solutions. Il faut dire que le bilan de JeanClaude Masangu Mulongo n’est guère brillant. Le taux de bancarisation (5 %) en RD Congo est l’un des plus faibles d’Afrique subsaharienne (18 %). Et la monnaie congolaise, qui fête ses 15 ans, se porte mal. Certes, le taux de change du franc congolais par rapport au dollar est resté à peu près stable depuis trois ans, mais sa dépréciation par rapport à sa valeur au moment de son lancement reste très importante. En 1998, il fallait 1,32 franc pour avoir 1 dollar… contre environ 900 francs aujourd’hui. Les raisons de cette jeune afrique


Baromètre

B I l l E T V E R T. Résultat : les

Congolais boudent leur propre monnaie et le dollar est devenu la principale monnaie d’épargne et des grandes transactions. Les chiffres de la BCC sont éloquents : fin 2012, le billet vert représentait

le taux de bancarisation est l’un des plus faibles au sud du Sahara. 89 % des dépôts bancaires et 95 % des crédits. « Dans ces conditions, la Banque centrale ne peut mener une politique monétaire efficace, car tous les instruments [taux directeurs, taux de réserves obligatoires, etc.] dont elle dispose ont très peu d’effet sur l’économie », explique un banquier. Depuis quelques mois, la BCC et le gouvernement s’efforcent, à travers un certain nombre de mesures, de redonner à la monnaie nationale sa place et son rôle dans l’activité économique. Elles ont par exemple mis en circulation, en juillet 2012, des coupures de 1 000, 5 000 et 10 000 francs congolais, puis de 20 000 en novembre, alors que jusqu’ici le pays ne disposait que de billets de 50, 100, 200 et 500 francs. Leur objectif, a expliqué Jean-Claude Masangu : « Lutter contre la dollarisation en encourageant l’usage du franc comme un instrument de paiement stable, fiable et sûr. » Mais il faudra encore attendre plusieurs années. Une lourde tâche à laquelle devra s’atteler sans faillir le successeur de Masangu. l

Pétrole : un kényan dans le rouge valeur

Bourse

Cours au 24 avril (en euros)

Évolution depuis le début de l'année (en %)

total nigeria

lagos

0,82

+ 42,66

total Petroleum Ghana oando Conoil engen Botswana Mobil nigeria total Ci vivo energy Mauritius samir KenolKobil

accra

11,29 0,07 0,11 62,41 0,57 152,45 4,11 242,43 0,08

+ 23,83 + 23,08 + 12,20 + 10,23 + 8,74 + 8,69 + 4,70 – 19,25 – 32,84

lagos lagos gaborone lagos abidjan port louis casablanca nairobi

Alors que l’ensemble des valeurs du secteur du raffinage et de la distribution pétrolière sont plutôt en bonne forme, deux sociétés souffrent fortement. le marocain samir (lire ci-dessous) et, plus étonnamment, le kényan KenolKobil. Il y a un an, le groupe régional semblait devoir être acquis par le négociant suisse Puma dans l’une des plus importantes opérations de

fusion-acquisition du pays, avant que les discussions n’échouent début 2013. Depuis, les mauvaises nouvelles s’enchaînent, le groupe ayant annoncé des pertes pour 2012 et devant se délester de plusieurs actifs pour se maintenir à flot. une évolution qui contraste avec celle connue par le nigérian oando, qui se développe rapidement dans l’amont pétrolier. l

Valeur en vue SAMIR Une année 2012 décevante Pour la Société anonyme marocaine de l’industrie du raffinage (Samir), l’année 2012 a été marquée par plusieurs événements : le repli de 1,3 % du marché local des carburants et combustibles, dont la compagnie assure une couverture de 57 % ; le démarrage du projettopping 4, portant la capacité globale de la raffinerie à 10 millions de tonnes par an ; le retard de la restructuration financière de la dette ; la signature d’une convention d’investissement avec le gouvernement pour la construction du pipeline reliant la raffinerie à l’aéroport Ismaïl mohammed-V ; et l’obtention de l’accord de principe pour El Kadiri opérer dans la distribution à travers la filiale SDcc. Sur le Analyste chez plan financier, la Samir affiche des revenus consolidés en BMCE Capital hausse de 10,4 %, profitant d’un effet prix positif combiné à une stabilisation de ses volumes. le résultat d’exploitation courant se dégrade de 56,7 %, à 45,7 millions d’euros. enfin, et compte tenu de l’augmentation du coût de l’endettement net de 26,8 %, le résultat net part du groupe bascule dans le rouge, à – 11,7 millions d’euros, contre 42,5 millions en 2011. » l BOURSE

CA 2012

COURS (24.4.2013)

OBJECTIF

Casablanca

4,9 milliards d’euros (+ 10,4 %)

270,50 dirhams

299,10 dirhams

dr

chute vertigineuse ? Il y a surtout l’important recours à la planche à billets pour combler les déficits budgétaires. Une politique qui, selon les économistes, a conduit au fil des ans à une hyperinflation. Même si le taux d’inflation varie entre 10 % et 15 % depuis 2011, « sur les quinze dernières années, il a été de 104 % par an en moyenne… Cette situation a fait perdre à la monnaie sa crédibilité », relève Noël K. Tshiani dans son livre.

Finance

STéPhAnE BAllOng jeune afrique

n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

133


Dossier

ThEo PrETorius/randgold rEsourcEs

134

Emploi et formation

RessouRces humaines

Le continent cherche ses talents n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

jeune afrique


interview

Clotilde Boury DRH Afrique, Moyen-Orient et Asie d’Orange

portraits

Au nom de l’élite de demain

private equity

coopération

Des investissements Centrale s’installe qui font école à Casa

Fanny rey

L

«

’économiesouffred’unexcèsde tertiarisation et d’un manque de formations correspondant au secteur industriel. Il faut faire appel à l’étranger pour pourvoir des postes de maintenance technique, notamment dans le secteur minier. » Ce constat de Malick Faye, directeur marketing et des relations avec les entreprises de BEM Dakar, est loin de se limiter au Sénégal. « Tous ceux qui peuvent prétendre à des études supérieures veulent faire une business school et il y a une grosse pénuriedecompétencesdanslesmétierstechniques en Afrique francophone », confirme Paul Mercier, directeur général de Michael Page Africa. Ce qui en dit long sur les difficultés de recrutement en matière d’encadrement technique auxquelles les entreprises sont de plus en plus confrontées au sud du Sahara. Une situation fâcheuse alors que nombre de secteurs enregistrent un rythme d’embauches soutenu, au premier rang desquels les industries extractives. Les besoins vont en effet crescendo à mesure que les projets miniers démarrent et que les découvertes de gisements d’hydrocarbures se multiplient en Afrique de l’Ouest. « Il y a un très grand déficit d’ingénieurs dans les secteurs minier et pétrolier, en plein essor au large du Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Sénégal », relève ainsi Alexandre Fabre, directeur associé du cabinet de recrutement Adexen, qui précise travailler de plus en plus avec la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Gabon. Autre problématique mais constat identique pour ce dernier pays, « qui investit beaucoup pour diversifier son économie, mais manque cruellement de ressources locales de niveau bac + 2 à bac + 8 », indique Paul Mercier. Projet De vie. Si l’évolution des besoins n’est pas

Malgré une croissance au beau fixe et un rythme de recrutement soutenu, la pénurie d’ingénieurs et de techniciens qualifiés se fait sentir au sud du Sahara. Obligeant les employeurs à s’intéresser davantage à la diaspora. jeune afrique

 Les secteurs minier et pétrolier se distinguent par un grand déficit de chefs de projet.

aussi claire en Afrique francophone qu’en Afrique anglophone et lusophone, il se confirme que les secteursdeshydrocarbures,desminesetdel’énergie « offrent des perspectives de recrutement plus nettes que dans la banque, la finance et les assurances, souligne Fanta Traoré, responsable de la division AfriquechezRobertWalters.Onlesentparcequenos clients font appel à nous car ils peinent à trouver des candidats, notamment pour des profils techniques. C’est surtout valable en Afrique francophone, où il y a une pénurie faute de formations adaptées. » La responsable constate également un manque d’ingénieurs en bâtiment et de responsables des ressources humaines, « pas formés localement et difficiles à faire revenir. C’est une fonction sensible, comme tout ce qui touche à la gestion d’équipe ». Pour pallier ce manque, les cabinets de recrutement sont amenés à chasser dans le monde entier n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

135


dossier les profils spécialisés ayant quitté leur pays d’origine. Une démarche gagnante pour celui-ci, la dimension internationale des « chassés » se révélant précieuse, et pour les candidats, qui enrichiront ainsi leur CV. « Pour les entreprises, le passé prédit l’avenir. Celui qui aura travaillé quelques années en Afrique et participé au boom d’Orange, par exemple, sera vu comme quelqu’un qui peut accompagner le développement d’un groupe ailleurs dans le monde », résume Paul Mercier. De son côté, Alain Penanguer, responsable des activités de Deloitte en Afrique francophone, indique avoir recruté une centaine de personnes depuis l’an dernier pour aller travailler sur le continent, « dont 90 % d’Africains ayant des projets pérennes. Uniquement des gens expérimentés, pour qui c’est un accélérateur de carrière ». mobiliTé. Télécoms, banques ou industries extrac-

tives… Les entreprises recherchent de nouvelles compétences qui ne pourront être apportées que par des professionnels ayant acquis un savoir-faire à l’international. Mais les candidats de la diaspora ne sont pas toujours faciles à convaincre. « Ceux pour qui c’est un projet de vie sont beaucoup plus enclins à repartir sur le continent. Il suffit que le poste permette une évolution de carrière », note Fanta Traoré. Il s’agit le plus souvent de jeunes diplômés africains, pas forcément bien installés dans leur pays d’accueil. Par contre, ceux qui vivent hors du continent depuis quelques années et se plaisent dans le pays d’accueil « vont être beaucoup plus regardants et refuser les contrats locaux, qu’ils envisagent comme une régression », ajoute la consultante en recrutement chez Robert Walters. « Sur des profils de management, rapatrier des nationaux ayant vécu longtemps hors d’Afrique n’est pas évident, d’autant qu’ils ne seront pas forcément bien perçus, confirme Alexandre Fabre. Paradoxalement,ontolèrebeaucoupplusleserreurs d’expatriés, sachant qu’ils sont là pour une durée limitée. » Ces derniers garderaient la cote pour des postes clés, notamment dans la finance. « C’est un moyen de faire barrage au clientélisme, observe Alexandre Fabre. Les sièges ont ainsi le sentiment de garder le contrôle sur les mouvements d’argent. » Incontestablement, les lignes du recrutement bougent. « L’heure est à l’africanisation des cadres, ce qui favorise le retour des nationaux à des postes à responsabilités », constate Fanta Traoré. D’autant que les contrats locaux s’améliorent (aide au logement,couverturesanté,bonus,véhiculedefonction, etc.). Même si les rémunérations ne s’alignent pas forcément sur celles des expatriés, les candidats gagnent en pouvoir d’achat, sans compter que les sociétés bichonnent leurs recrues. « Total tente ainsi d’identifier de très bons potentiels et de les faire évoluer, pour les fidéliser », constate Alexandre Fabre. Une démarche nécessaire pour juguler une forte mobilité « d’une société à l’autre, mais aussi d’un secteur à l’autre », selon Fanta Traoré. l n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

Retour aux sources Une enquête révèle que 70 % des étudiants africains inscrits dans les meilleurs MBA souhaitent rentrer au pays.

Wavebreak Media LTd

136

p Plus d’un tiers des sondés projettent de monter leur entreprise.

C

est un véritable raz-deà parts égales, les infrastructures marée, du moins dans et la vente au détail (13 %). l’intention, que révèle Au-delà de la crise économique l’enquête de Jacana Partners. En qui secoue l’Occident, cet élan février dernier, 80 étudiants afris’explique par la volonté de parcains issus de 19 pays et inscrits en ticiper au développement de leur pays d’origine, comme le résume MBA dans les plus grandes écoles de commerce européennes et améMaxime Tiague Leuyou, président ricaines ont été interrogés. Selon de l’association Oser l’Afrique : « Je suis certain de retourner au le capital-investisseur panafricain, pas moins de 70 % d’entre eux affirCameroun un jour, mais pas sans ment vouloir venir travailler sur le une idée précise de ce que je veux continent une fois diplômés. Un faire. En tout cas, je veux entreélan plus prononcé chez les angloprendre afin de proposer quelque phones, les candidats au retour chose de neuf. Nous qui avons étant surtout nigérians (39 %), sudconnu “autre chose” devons faire africains (14 %) et ghanéens (6 %). profiter nos pays d’origine de cette Autre enseignement notable : expérience. » la moitié d’entre eux projettent « En tant qu’Ivoirienne, je veux de monter leur entreprise – une œuvrer au développement pérenne perspective motivant autant les femmes que C’est l’afrique la finalité, les hommes. « C’est et l’europe, le tremplin. dans l’air du temps. lauReen asTRid Kouassi-olsson, Dans les business schodirectrice d’investissement chez Amethis Finance ols, on véhicule l’idée qu’il faut cibler l’entrepreneuriat. Et en Afrique, à moins de l’Afrique. Je souhaite contrid’être fonctionnaire, tout le monde buer au financement du secteur doit être un peu entrepreneur », privé en faisant le pont entre les analyse Paul Mercier, directeur investisseurs étrangers et les écogénéral de Michael Page Africa. nomies africaines. L’Afrique est Plus de la moitié des sondés jugent pour moi la finalité et l’Europe le que les biens de consommation tremplin », indique pour sa part et les services financiers sont les Laureen Astrid Kouassi-Olsson, secteurs offrant les opportunités directrice d’investissement chez les plus intéressantes pour ce faire. Amethis Finance. l Suivent la technologie (20 %) puis, Fanny Rey et niColas TeisseRenC jeune afrique


emploi et formation interview

Clotilde Boury

Directrice des ressources humaines Afrique, Moyen-Orient et Asie d’Orange

« C’est la guerre des talents »

Le défi était grand, car le management était composé d’expatriés chinois qui ont quitté l’entreprise trois mois après le rachat.

Recrutement, formation et relations sociales sont autant d’éléments clés pour la réussite de l’opérateur français sur le continent. Son objectif : y conforter sa position d’employeur de référence.

Pour aider les salariés de vos filiales à progresser, Orange a aussi créé en 2007 le talents Sharing. de quoi s’agit-il ?

C

lotildeBoury,quiarejoint Orange il y a vingt ans, est passée par la filiale de conseil Sofrecom, avant d’être nommée en 2010 directrice des ressources humaines de la zone Afrique, Moyen-Orient, Asie (AMEA). Elle détaille la stratégie de l’opérateur en la matière et revient sur les engagements sociaux pris vis-à-vis des salariés.

Ce sont des missions courtes, de six à dix-huit mois, qui permettent à une quarantaine de salariés d’aller travailler dans une autre filiale pour renforcer leurs compétences. Il y a des échanges entre pays africains, mais beaucoup de collaborateurs viennentégalementenFrance.C’est très important pour l’interculturalité, indispensable au groupe.

employons un peu plus de 17 000 personnes, dont une centaine de Français. Début 2013, nous avons procédé à 250 recrutements externes. Les pays en décroissance sont ceux où nous avons racheté l’opérateur historique sans remplacer les équipes consacrées à l’activité de téléphonie fixe qui sont parties. dans quels domaines recrutezvous ?

Nous sommes toujours à la recherche d’experts techniques, notamment dans les domaines identifiés comme des relais de croissance, qu’il s’agisse de la 3G [haut débit mobile, NDLR], du m-paiement [paiement mobile] ou encore des services aux entreprises. rencontrez-vous des difficultés ?

C’est la guerre des talents. Dans nos filiales, nous sommes en concurrence avec les autres opérateurs sur nos cœurs de métier, mais aussi avec les banques, qui emploient des ressources télécoms, ainsi qu’avec les secteurs des mines etdel’agroalimentairepourlesfonctions support [comptabilité, etc.]. JEUNE AfRIQUE

VERONIQUE BESNARD POUR J.A.

jeune afrique: Combien de salariés emploie Orange sur le continent et combien d’embauches sont prévues en 2013 ? ClOtilde BOury : Nous y

vous inaugurez le 15 mai un Orange Campus à dakar. quel est le concept de ce centre ?

Il s’agit d’apporter à notre encadrement une culture managériale commune,quellequesoitsonentité d’origine. Ce Campus s’adresse aussi aux manageurs du Mali, du Cameroun, du Niger, de Guinée, de Côte d’Ivoire, de Centrafrique et de RD Congo. Combien de salariés vont être formés au management ?

En 2012, environ 500 personnes ont été formées au management dans nos filiales africaines. Nous avons le même objectif cette année. L’idée est d’offrir à chaque encadrant une formation de ce type tous les trois ans. Il y a bien sûr des cas particuliers : en RD Congo [filiale acquise fin 2011], nous avons mis en place plusieurs sessions d’un coup.

Orange affiche un taux d’encadrement d’environ

15 %

quand la norme tourne autour de 10 % SOURCE : ORANgE

en france, Orange a connu une crise sociale grave en 2008-2009. en réponse, sa politique de ressources humaines a été refondée. quelles en ont été les implications pour les filiales africaines ?

Nombre d’initiatives lancées en France ont profité à nos filiales : c’est le cas d’Orange Campus ou du programme de reconnaissance Orange Bravo. Nous avons également demandé à chacune de décliner les engagements pris par le groupe vis-à-vis de ses salariés dans la charte employeur. Sur cette base, au travers d’un baromètre social, nous mesurons depuis deux ans le ressenti des collaborateurs. Notre première satisfaction vient du taux de participation : 68 % de nos salariés de la zone AMEA ont répondu à cette enquête. tout n’est quand même pas parfait. À abidjan, les représentants du personnel ne semblent pas pressés de faire aboutir la fusion entre Côte d’ivoire télécom (téléphonie fixe) et Orange Côte d’ivoire (mobile) ?

Au niveau opérationnel, c’est fait, mais les statuts ne sont pas complètement calés. Les salariés voudraient garder ce qu’il y avait de mieux de chaque côté. C’est la politique des petits pas. l

Propos recueillis par julien ClémençOt N O 2729-2730 • DU 28 AVRIl AU 11 mAI 2013

137


Dossier Emploi et formation Reste que pour intégrer la compagnie, il faut au moins avoir le baccalauréat, être une excellente nageuse, avoir une bonne vue, jouir d’une parfaite santé et maîtriser l’anglais, voire une deuxième langue étrangère. « La compagnie ne badine pas avec la présentation, assure Jean-Yves Kotto, président du conseil d’administration de CAE. Les moindres traces de tatouage ou cicatrices apparentes sont rédhibitoires. » Sur la pointe des pieds, les bras levés, la candidate doit pouvoir se prévaloir d’un bon 2,12 mètres.

RecRutement

Quand Qatar Airways rêve de Camerounaises… Les femmes qataries n’étant pas autorisées à travailler, la compagnie se tourne vers l’Afrique subsaharienne pour recruter des hôtesses de l’air. Une première.

C

omment trouver des hôtesses quand on affiche de grandes ambitions d’expansion, qu’on se présente comme la seule compagnie five stars, qu’on couvre 130 destinations et que, surtout, on vient d’un État où les femmes n’ont pas le droit de travailler ? En délocalisant ses embauches, de préférence dans des pays où les candidates sont parfaitement formées. C’est le pari de Qatar Airways, qui recrutait jusqu’alors en Afrique du Nord et en Europe, et se tourne pour la première fois vers l’Afrique subsaharienne pour combler ses besoins de personnel navigant féminin. La compagnie vient ainsi de signer un contrat avec CAE Oxford Aviation Academy (numéro un mondial de la formation aux métiers de l’aéronautique), à Douala, pour recruter des hôtesses camerounaises deux fois par an. Si elle ne précise pas ses objectifs à terme, un premier

ExAmEns offiCiEls. Après

CAE OXFORD AVIATION ACADEMY

138

groupe de 120 femmes présélectionnées au mois de février parmi quelque 600 candidates attend de passer les tests définitifs. A-t-on plus de chances parce qu’on est une ex-hôtesse de la défunte Camair ou de la Camair-Co ? Pas nécessairement : l’expérience professionnelle n’est pas exigée, Qatar Airways ayant ses propres critères et modalités de formation.

p L’entreprise a déjà embauché en Tunisie et en France.

admission aux tests de sélection, les hôtesses sont installées à Doha, principal hub de la compagnie, pour une formation de huit semaines consacrée essentiellement à la sécurité (météorologie, réglementation, lutte contre les incendies entre autres). Logées, nourries, blanchies et bénéficiant d’une couverture sociale, les postulantes ne sont retenues que si elles satisfont aux examens officiels prévus à l’issue de ce cursus. Celles qui réussissent sont directement employables dans l’émirat, où elles doivent résider. Côté salaire, la sommede5000dollars(3830euros) mensuels un temps évoquée dans la presse a été vite démentie par les responsables de l’académie, qui précisent n’en rien savoir. l ClArissE JuompAn-YAkAm

En bref Côte d’IvoIre La téLéphonIe reIne des reCrutements L’an dernier, les six entreprises de téléphonie mobile opérant en Côte d’Ivoire ont généré 2478 emplois directs, faisant du secteur l’un des plus dynamiques du pays en matière de création d’emplois. Avec 651 nouveaux employés, MTN se taille la part du lion (27 % des travailleurs), suivi par Orange (575 personnes), n 0 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

Moov (498) et Comium (452). Green et Café Mobile ferment la marche avec respectivement 178 et 124 nouveaux salariés.

sénégaL L’unIversIté de rabat ouvre un Centre à dakar Les étudiants du Sénégal et de la sous-région n’auront plus besoin de se rendre au Maroc pour passer les concours d’admission de l’Université internationale

de Rabat (UIR). Dès le mois de juillet, le nouveau centre de Dakar le leur permettra. Selon les responsables de l’UIR, la capitale sénégalaise a notamment été retenue en raison de la qualité de l’enseignement supérieur qu’on y délivre.

tunIsIe un nouveau mobIservICe pro Alertes SMS, tests de connaissances, conseils… LesTunisiens peuvent

désormais s’informer sur les opportunités d’emploi, mais aussi sur l’orientation professionnelle et l’entrepreneuriat grâce à un nouveau service mobile lancé parTunisiana, Najja7ni Emploi. Mis en place avec la coopération du réseau social Edupartage, il est accessible en tapant le code *136#. Lancé en français, ce service, qui aurait déjà franchi la barre des 300 000 utilisateurs, sera prochainement proposé en arabe et en anglais. jeune afrique


BBS, l’excellence au quotidien BBS est un établissement d’enseignement supérieur créé en 2008 par le Groupe BGFIBank, 1er groupe bancaire d’Afrique Centrale présent dans 10 pays. Sous la direction de Dominique Roux professeur émérite à l’université de Paris Dauphine, BBS a développé plusieurs nouveaux programmes et offre : • Quatre diplômes de premier cycle (bac +3) : Licences audit et contrôle, management global, systèmes d’information et banque, finances, assurances. • Deux masters (bac+5) : management global, banque, finances, assurances. BBS, c’est déjà 140 étudiants et 250 l’année prochaine avec plus de 50 enseignants africains, européens et américains de grande qualité, puisque 60% d’entre eux ont un PHD ou un Doctorat. Les locaux ouverts début 2013 représentent 3 000 mètres carrés dans le centre de Libreville avec une bibliothèque, deux laboratoires de langues, deux salles informatiques connectées à Internet, un restaurant, une salle de conférences et des salles de cours équipées des dernières technologies comme les tableaux interactifs. Une sélection stricte est opérée à l’entrée de toutes les filières pour ne retenir que les candidats dont la motivation est forte et le niveau de connaissances élevé. La pédagogie repose entièrement sur un enseignement pluridisciplinaire et en petits groupes, pour permettre le plus d’échanges possibles avec les enseignants. L’usage des nouvelles technologies est encouragé et au sein de chaque filière une grande ouverture vers les autres est privilégiée, puisqu’au-delà des enseignements traditionnels de management, des cours de média training, de culture générale et de philosophie sont proposés aux étudiants. Les langues étrangères (anglais et espagnol) sont une priorité, les élèves doivent suivre chaque jour une heure d’enseignement de langues et des cours préparatoires au TOEFL sont dispensés. Des relations étroites ont été établies avec de nombreuses entreprises locales ou internationales comme Total, Ogar, Deloitte, Pétro Gabon etc, qui apportent leur concours en proposant des stages, des spécialistes pour les études de cas et demain des emplois aux diplômés de l’école.

PUBLI REPORTAGE

Depuis 2012, BBS est un établissement reconnu d’utilité publique par le ministère de l’enseignement et il remplit ainsi une mission d’intérêt général. L’ouverture à l’international est déjà une réalité. Des étudiants de 7 pays suivent les cours : République Démocratique du Congo, Gabon, Cameroun, Tchad, Guinée Equatoriale, Côte d’Ivoire et Congo. BBS souhaite poursuite cette ouverture en favorisant de plus en plus les échanges et créer avec d’autres institutions des diplômes communs.

B.P. : 25172 Quartier Saint-Benoît, Libreville Tél. : 00 (241) 01 76 26 85/75 www.bbs-school.com


Dossier portraits

Au nom de l’élite de demain

En France, de plus en plus d’étudiants et de jeunes diplômés de la diaspora se regroupent afin d’influer sur l’avenir de l’Afrique. Paroles de présidents.

Maïté Yog Présidente de l’African Business Club

V

oilà plus d’un an que Maïté Yog est à la tête de l’African Business Club (ABC), une association née il y a dix ans sur le campus de l’École supérieure de commerce ESCP Europe, « qui s’est bien développée ». Pour cette Franco-Camerounaise de 22 ans qui a grandi entre les deux pays, 2013 est une année chargée. Tous les deux mois, l’ABC propose des conférences thématiques. Celle qui était consacrée à l’internet mobile et au haut débit a accueilli des professionnels du secteur, dont le directeur marketing broadband Afrique Moyen-Orient et Asie d’Orange. L’association organise également début mai un forum de l’emploi qui permet à quelque 600 participants d’entrer en contact avec une vingtaine d’entreprises implantées sur le continent. Mi-juin aura lieu la cinquième édition de son concours d’entrepreneuriat, qui offre 1500 euros aux lauréats et les aide à se lancer. « L’événement prend de l’ampleur. Certains projets primés, comme Station Energy Services [qui développe au Sénégal et en Côte d’Ivoire des solutions d’accès à l’énergie solaire dans les zones rurales, NDLR], marchent bien. Nous avons déjà reçu 50 dossiers », précise Maïté Yog. En parallèle, elle doit superviser le gala qui se tiendra à Paris le 15 juin pour les 10 ans de l’association. L’ABC, ce sont 30 personnes à coordonner et un budget global de 30 000 euros. « Même en sortant de l’ESCP, je ne retrouverai pas ce type de responsabilités tout de suite », reconnaît la présidente, qui pense rentrer travailler sur le continent quand elle aura acquis suffisamment d’expérience en Europe. l

CAmille milleRAND pouR j.A.

Cédric Sinarinzi

Président de l’African Business Lawyers’ Club

«

N

ous ne sommes pas une association d’université ou d’école », précise d’emblée Cédric Sinarinzi quand il présente l’African Business Lawyers’ Club (ABLC). Ce club, qu’il a fondé en 2011 avec Jacques Jonathan Nyemb, un jeune avocat d’affaires camerounais, est en effet ouvert à tous les acteurs du droit en lien avec le continent. « Nos membres sont cooptés, et certains viennent d’universités anglaises ou américaines », explique l’étudiant. Il arrive en France en 2000 pour fuir la guerre civile qui ravage alors le Burundi. Une fois son master 2 en droit des affaires en poche, il intègre l’École des hautes études commerciales (HEC) pour compléter sa formation. « J’avais compris, lors de mon stage dans un cabinet d’affaires américain, qu’un passage par une école de commerce serait nécessaire pouravoirunebonnecompréhension des problématiques financières », explique-t-il. Diplômé d’HEC l’an dernier, il est actuellement élève avocat à l’École de formation du barreau de Paris. À 28 ans, le jeune homme ne brille pas seulement dans les études. En 2006, il a fait partie du comité organisateur de la deuxième édition de Livres d’Afrique et, en 2010, il a organisé avec le collectif Oser n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

l’Afrique le Forum de la jeunesse pour l’Afrique. À Assas, il a fondé l’association Droit & Affaires. Et à HEC, il a présidé le bureau des juristes et a créé le prix du juriste HEC de l’année. Rien d’étonnant donc à ce qu’en 2011 il ait lancé l’ABLC. DyNamique. Au sein de ce club, qui

compte actuellement 40 membres de 13 nationalités différentes, il organise des dîners-débats avec des spécialistes de la finance et une conférence annuelle. « Energizing Africa, conduit en partenariat avec l’Association Sciences-Po pour l’Afrique (Aspa), a, en mai 2012, accueilli 120 participants et des intervenants de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l’Agence française de développement (AFD), de la Banque africaine de développement (BAD) et de grands cabinets d’avocats. Nous recommençons le 20 juin sur le private equity en Afrique. » Pour la premièrefoiscetteannée,lesmembresde l’ABLC ont animé un séminaire sur les instruments financiers à l’Université catholique d’Afrique centrale (Ucac). « Nous aimerions à l’avenir en proposer dans chaque région d’Afrique », assure son dynamique président. l sébastieN DumouliN

s.D.

DR

140

jeune afrique


Emploi et formation

141

Nicolas Simel Ndiaye Président de l’Association Sciences-Po pour l’Afrique

D

CAmille milleRAND pouR j.A.

epuisplusieursannées,Nicolas ouvertunsimpleblogsurleSénégal, Simel Ndiaye – en formation mais il était plus pertinent de raisonner à l’échelle du continent », à Sciences-Po – suivait les activités explique-t-il. De retour Rue Saintde l’Association Sciences-Po pour l’Afrique (Aspa) sans être membre Guillaume cette année, il souhaite, dubureau,fautedetempspeut-être. à la tête de l’Aspa, promouvoir et Cet étudiant sénégalais vient en renforcer la présence de l’Afrique dans l’école. Avec ses 40 000 euros effet de passer deux ans à préparer de budget, l’association organise son double diplôme avec l’École chaque été un voyage humanides hautes études commerciales taire sur le continent pour une (HEC), d’abord sur le campus vingtaine de personnes. Surtout, d’HEC puis en stage. « En sortant l’Aspa propose deux de Sciences-Po, j’aimeJ’aimerais ou trois conférences rais beaucoup contimensuelles. « Nous nuer dans le conseil et rentrer au avons reçu le Premier accompagner la transSénégal et ministre ivoirien ou formation du secteur me lancer public africain au sein encore le ministre sénéd’un grand cabinet. en politique. galais de l’Économie et Ensuite,àmoyenterme, des Finances », précise j’aimerais rentrer au Sénégal ou ailNicolas Simel Ndiaye. Chaque fois, leursenAfrique,etpourquoipasme environ 300 personnes se pressent lancer en politique », imagine-t-il. dans l’amphi – « aussi bien des Dans l’immédiat, il fait ses classes étudiants que des personnes de à Paris, dans les grandes écoles et l’extérieur ». L’Aspa supervise égadans le milieu associatif. En 2009, lement la Semaine africaine, pour Nicolas Simel Ndiaye a ainsi créé renforcer la présence du continent L’Afrique des idées, une associaà Sciences-Po. Sa quatrième édition tion qui regroupe une trentaine a eu lieu en mars, avec films, expode personnes écrivant des articles sitions, défilés de mode, ateliers d’analyse sur le continent publiés littéraires et soirée de gala. l S.D. sur Terangaweb. « Au départ, j’avais

Élisabeth Ilboudo

Présidente de Dauphine Alumni Afrique

E

n parallèle de sa carrière dans la finance, Élisabeth Ilboudo a continué de fréquenter les bancs de l’université Paris-Dauphine après sa thèse sur l’indépendance des banques centrales, en 1989. Dès 1994, elle crée une association, l’Agence de recherche pour l’initiative privée en Afrique subsaharienne (Arepas), dont l’œuvre se poursuit en 2009 dans Dauphine Alumni Afrique – réseau, né en 2009, des diplômés de la prestigieuse université ayant un lien familial, professionnel ou simplement affectif avec le continent.

gouvErnancE. « Nous sommes environ cinquante permanents, mais

DR

des centaines à travers le monde. Rien qu’à Dakar, on compte plus de 300 dauphinois », assure-t-elle. Le développement du continent est un objectif important pour cette quinquagénaire native du Burkina Faso, bien qu’elle ait toujours exercé en France, chez Merrill Lynch puis BNP Paribas. À son actif également, la création d’une chaire à l’université de Ouagadougou, intitulée « Genre, société et développement durable », pour la rentrée prochaine. Avant cela, en juillet, le séminaire Challenging Espoirs sera proposé aux décideurs privés et publics africains pour améliorer la gouvernance. « C’est énormément de travail, sourit-elle, mais nous avons la chance d’être accompagnés par les professeurs de Dauphine. » l S.D. jeune afrique

n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013


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Dossier Private equity

Des investissements qui font école

Bon niveau de rentabilité et impact social positif : l’enseignement privé supérieur, mais aussi primaire et secondaire, éveille l’intérêt des financiers. L’essor de la classe moyenne rebat les cartes en matière d’éducation. Du primaire au supérieur, l’aspiration à un enseignement de qualité dope le développement d’une offre éducative privée. Une toile de fond idéale pour les capital-investisseurs, qui entendent bien tirer profit du potentiel africain – une demi-douzaine d’entre eux financeraient déjà des établissements sur le continent. Demande locale, performances de l’institution,programmes de qualité, employabilité des étudiants sont autant de critères qui orientent la décision d’investissement. « C’est indéniablement une tendance nouvelle, estime Sofiane Lahmar, associé chez Development Partners International (DPI), qui compte deux projets dans ce champ. C’est un secteur qui nous intéresse clairement: il correspond à nos stratégies d’investissement et a un impact en termes de développement. » Ce que confirme Jarl Heijstee, associé directeur de XSML, un gestionnaire de fonds d’investissement impliqué en Afrique centrale à travers plusieurs projets. « Nous répondons à un besoin de base : une éducation

de qualité à des prix accessibles [frais moyens de 12 dollars par mois, soit 9,20 euros, NDLR]. En République démocratique du Congo, nous avons constaté que les écoles attiraient plus d’élèves que prévu: cela indique le manque de structures offrant une éducation de bon niveau et à un coût abordable dans le pays ainsi que la volonté des parents de payer pour un tel enseignement. » Via son fonds Central Africa SME, XSML a consacré 400 000 dollars à l’extension d’un groupe scolaire

p On peut s’attendre à un retour de 20 % des sommes investies.

qui compte désormais quatre écoles et pas moins de 4000 élèves àLubumbashi.Lefondsaaussisoutenu la création d’un établissement à Kinshasa et d’une école primaire et secondaire dans la province du Katanga. En Centrafrique, XSML va investir dans un institut qui accueillera les élèves de la maternelle à la terminale. Pour ces différents projets, la mise est comprise entre 380 000 et 450 000 dollars. Voilà plusieurs années que la société de capital-investissement Africinvest-Tuninvest mise sur

ESprit SuScitE lES convoitiSES

C

réée en 2003 àTunis, l’école Esprit, qui forme des ingénieurs hautement qualifiés aux technologies de l’information et de la communication (TIC), a immédiatement soulevé l’enthousiasme des investisseurs. Dès le départ, Africinvest-Tuninvest a détenu environ 25 % de l’école privée devenue la plus courue du secteur – elle

n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

accueille 3 500 étudiants, à qui elle garantit un emploi. Des atouts qui ont convaincu Proparco : la filiale de l’Agence française de développement (AFD) y a pris en décembre dernier une participation de 2 millions d’euros. « En raison de la tendance démographique dans le Bassin méditerranéen, il y a de plus en plus de jeunes à former.

Proparco considère que le secteur privé est un complément utile et nécessaire à côté du public », explique Amaury Mulliez, responsable régional Maghreb de Proparco. L’investissement dans Esprit vise à « accompagner un développement pérenne qui permette une diversification des cursus et une augmentation des capacités

d’accueil. La mise en place d’un système de bourses ou de prêts sur l’honneur est aussi envisagée ». « Élargir sa base de recrutement aux autres régions tunisiennes est également un objectif », précise Ann Wyman, qui ajoute que l’établissement a pour projet de lancer une école privée d’enseignement général. l S.W. jeune afrique


emploi et formation ce secteur prometteur, via l’École supérieure privée d’ingénierie et de technologies tunisienne Esprit (lire l’encadré) ainsi que l’école Brookhouse, au Kenya, qui propose un cursus de la maternelle au lycée, ainsi que des classes préparatoires, et dont 30 % des parts reviennent au fonds. « Ces investissements ont un impact important pour les populations et aident à soutenir l’emploi, à travers les structures elles-mêmes, mais aussi en formant des diplômés qualifiés. Améliorer les compétences des futurs employés constitue un objectif primordial pour nos investisseurs », explique Ann Wyman, qui pilote les projets dans le secteur éducatif pour Africinvest-Tuninvest. peu de risques. Outre des retom-

bées sociales, ces prêts et participations offrent des rendements intéressants.«Lesrevenuscroissent, génèrent peu de risques et on peut s’attendre à un retour de 20 % des sommes investies », souligne ainsi Jarl Heijstee. « L’horizon est de six à sept ans en moyenne pour ce type de projets, contre quatre à cinq ans dans d’autres domaines », précise Ann Wyman. « Ce n’est pas un secteur intensif en termes de capitaux. On recherche plutôt des ressources humaines de qualité, d’où l’importance de privilégier un partenaire stratégique qui sera capable d’apporter une valeur ajoutée – nouveaux programmes ou cursus – et qui puisse envisager un développement régional », estime Sofiane Lahmar. Il souligne par ailleurs l’intérêt de DPI pour les grandeséconomies,horsAfriquedu Sud,oùlesecteurdel’enseignement privé est porteur : « Maroc, Égypte, Algérie, Ghana, Sénégal ou Kenya… Les opportunités commencent à émerger et nous ne sommes pas les seuls à nous y intéresser. » Pas plus tard que le 25 avril, la Société financière internationale annonçait avoir investi 7 millions de dollars dans l’école de commerce marocaine HEM afin de soutenir ses plans de développement – une première au Maroc dans ce secteur pour la filiale de la Banque mondiale. l stéphanie Wenger, à Tunis jeune afrique

Maroc

L’Office chérifien des phosphates s’attaque au chômage Un an et demi après son lancement, l’opération OCP Skills a permis de former près de 11 000 jeunes… et de redorer le blason de l’entreprise.

a

près les émeutes la formation à l’OCP. « Ils suivent du 15 mars 2011, tous un cursus professionnaliqui avaient fait des sant de deux ans. Un millier sont dizaines de blessés en master ou en maîtrise, mais dans la ville minière de Khouribga, 10 000 suivent des formations de l’Office chérifien des phosphates technicien. Et l’Office a embauché (OCP), vitrine économique du 5 800 personnes. » Au total, ce royaume (plus de 5 milliards d’eupremier volet coûtera 400 millions ros de revenus), devait redorer son de dirhams (35,8 millions d’euros) image sociale. Dans les régions au groupe. productrices de phosphates, à La seconde partie du proKhouribga mais aussi à Benguerir, gramme, qui doit mettre en place Laayoune, Youssoufia et Sétif, le des centres pour la jeunesse, chômage, la « monoactivité » et débute seulement. « Il s’agit d’esla crise avaient créé une situapaces de soutien scolaire, d’aide tion tendue, avec de à l’orientation et à la nombreux jeunes en recherche d’emploi, Le groupe a recherche d’emploi. notamment auprès Et qui le demandes sous-traitants atteint son daient parfois avec de l’OCP », explique objectif en virulence à l’OCP Abdelhadi Sohib. recrutant – le seul employeur « Nous avons ouvert 5 800 prospère de ces zones, le premier à Benguerir en novembre deravec 20 000 salariés au nouveaux nier, explique-t-il. total. employés. Suivront d’ici à juilLancé en novemlet Sétif, Laayoune et bre2011,leprogramme Youssoufia, avant Khouribga, en OCP Skills (« compétences »), placé novembre. » sous la houlette de Taha Balafrej, Enfin, le système d’aide à la directeur du développement création d’entreprise, troisième durable du groupe, était ambipilier du dispositif, a lui aussi tieux : en cinq ans, son premier commencé : « Nous avons déjà volet devait former 15 000 jeunes à des métiers d’avenir. L’Office s’était accompagné 80 projets sur les 300 aussi engagé à recruter 5 800 nouvisés par le programme », explique le responsable de l’OCP, qui faciveaux employés. lite les relations avec les banques tensions apaisées. Un an partenaires. Depuis 2011, il y a eu peu de et demi plus tard, une bonne partie des promesses ont été troubles dans les villes minières, tenues : « Nous avons sélectionné signe qu’OCP Skills a apaisé les 10 900 jeunes de 16 à 35 ans, origitensions. Mais il faudra attendre naires des différentes régions où au moins 2016 pour juger de sa l’OCP est implanté ou bien enfants réussite, en fonction de l’inserde salariés du groupe », indique tion professionnelle des jeunes Abdelhadi Sohib, responsable de bénéficiaires. l Christophe Le BeC n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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dossier coopération

Centrale s’implante à Casa

Une réplique de la célèbre école va ouvrir ses portes dans le royaume en 2014. À la clé, un partenariat gagnant-gagnant.

C

est l’un des principaux accordssurl’enseignement supérieur signés le 3 avril dernier entre Rabat et Paris, lors du déplacement de François Hollande au Maroc. À la rentrée 2014, Casablanca aura son École centrale (ECC). Cette grande école publique française, fondée en 1829 par un entrepreneur privé avant d’être léguée à l’État en 1857, forme des ingénieurs pour les grandesentreprisesessentiellement. L’idée d’une implantation au Maroc revientàd’ancienscentraliensmarocains – les plus nombreux parmi les étudiants étrangers de la prestigieuse école –, au milieu des années 2000.«Sansdouteavaient-ilseuvent qu’un tel accord venait d’être signé, en 2004, avec Pékin, indique Hervé Biausser,directeurdeCentraleParis, quigèrel’ingénieriepédagogiquedu projet tandis que le Maroc en assure lefinancement.Maiscequiacristallisél’idée,c’estlePactenationalpour l’émergence industrielle (de 2009 à 2015) et son volet formation, préparé par l’ex-ministre de l’Industrie, Ahmed Chami, lui-même ancien centralien. » L’ECC suivra le modèle français avec un cursus de trois années, les deux premières proposant un enseignement général et la dernière

École centrale Paris

144

une spécialisation à déterminer par les autorités marocaines, selon les besoins de leur économie. Pour trouverlescentélèvesdelapremière promotion, l’ECC pourra compter sur les classes préparatoires aux grandes écoles. Le recrutement et la formation des professeurs, majoritairement marocains, vont bientôt être lancés. Les centraliens de Casa pourront aussi assister à des cours de professionnels locaux et de professeurs du Groupe des Écoles centrales,del’Écolenormalesupérieure de Cachan (Paris) et de Supélec (École supérieure d’électricité).

p145 étudiants marocains suivent actuellement une formation dans l’institution française, à Paris.

biCulturels. Mais l’implantation

de Centrale au Maroc doit aussi resserrer les liens économiques. En Chine, où l’école a ouvert ses portes en 2005 et honoré une deuxième

salve de projets euro-méditerranéens Outre l’École centrale, sept accords de partenariat dans l’enseignement supérieur ont été paraphés entre rabat et Paris le 3 avril dernier. Ils ont trait à la recherche et à la formation d’ingénieurs dans les technologies, les n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

transports et la logistique, l’architecture, la santé et l’énergie. Seul le projet d’Institut international euro-méditerranéen de la technologie (Insa international) cite l’Afrique subsaharienne comme cible. Pourtant, « ces accords s’inscrivent dans

le cadre de la construction d’un espace euroméditerranéen de l’enseignement supérieur et de la recherche renforcé, ouvert sur le continent africain », selon le ministère français de l’enseignement s. a.-H. supérieur. l

promotion en janvier dernier, Centrale Pékin est décrite par sa maison mère comme un « véritable levier pour soutenir le développement des liens économiques entre la France et la Chine, mettant à disposition des entreprises un vivier d’ingénieurs biculturels de haut niveau ». La démarche marocaine est la même, bien que les liens entre Rabat et Paris soient historiquement plus forts. Les étudiants de l’ECC sont « destinés à travailler dans de grandes entreprises marocaines ou étrangères, en particulier françaises, ou au sein de start-up, poursuit Hervé Biausser. Renault, Safran, Bouygues, Société générale et l’Office chérifien des phosphates se sont déjà dits prêts à recruter ». Il est également prévu que l’ECC ouvre ses portes aux étudiants d’Afrique subsaharienne, étendant l’influence franco-marocaine au-delà du royaume. « J’étais convaincu de la nécessité de nous développer en Afrique. Cela serait une folie de la part de la France de ne pas s’intéresser à ce continent. Mais la politique de l’ECC envers l’Afrique subsaharienne relève du royaume, précise le directeur de Centrale. C’est un établissement de droit marocain. » l saïd aït-Hatrit jeune afrique


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dossier emploi et formation

Tribune

Opinions & éditoriaux

bientôt une « task force » africaine?

m Frederick Muia Conseiller principal pour l’Afrique à l’Organisation internationale des employeurs (OIE)

algré une croissance moyenne estimée à 5 %, l’afrique ne doit pas céder à un excès de confiance et d’optimisme. Qu’ils soient qualifiés, diplômés ou sans expérience professionnelle, les jeunes africains ont toujours autant de mal à trouver des débouchés. nombre d’entre eux n’ont d’autre choix que d’opter pour l’économie informelle, qui représente dans certains pays plus de 60 % du PiB. L’Organisation internationale des employeurs (oie), collège patronal de l’organisation internationale du travail (oiT), a fait de la création d’emplois l’un de ses objectifs majeurs. Pour réaliser sa mission, elle s’appuie sur le dialogue entre public et privé. ainsi, l’oie a récemment été à l’origine de deux documents-cadres émis par l’oiT, où elle fait entendre la voix du secteur privé : le Pacte mondial pour l’emploi et la Promotion d’entreprises durables.Tous deux servent de guide, au niveau national, pour les politiques de l’emploi et pour une action concertée en faveur des petites et moyennes entreprises. la prochaine conférence internationale du travail, qui se déroulera à genève du 5 au 20 juin prochain, sera l’occasion d’évaluer l’impact de ces mesures sur l’emploi en afrique et dans le monde.

atelier de formation à arusha, en Tanzanie, à l’intention des organisations patronales du continent. cela pour mieux promouvoir le dialogue entre public et privé afin d’aider les pays africains à progresser dans le classement du rapport « Doing Business » de la Banque. une meilleure position dans le classement signifie pour un pays qu’il peut attirer des investissements directs étrangers et ainsi augmenter ses possibilités de création de richesse et d’emplois. cet atelier a permis aux états d’identifier eux-mêmes les réformes à mener pour avancer. ainsi, le partenariat publicprivé bénéfique tissé par la Fédération des employeurs de maurice avec les gouvernements successifs a vu l’île réaliser d’énormes progrès en matière d’économie et, bien sûr, d’emploi. elle possède l’une des économies les plus diversifiées du continent et figure souvent en tête des classements de bonne gouvernance.

Il faut créer un environnement favorable aux investisseurs.

Les membres de l’OIE croient à l’importance du dialogue social et du tripartisme pour dégager un consensus national et une vision commune afin d’assurer le développement économique et social des pays africains. comme l’a déclaré le président du conseil national du patronat du sénégal, Baïdy agne, lors des dernières assises de l’entreprise, à Dakar : « le parti de l’entreprise, c’est le patronat. nous devons tous travailler ensemble pour la compétitivité et l’environnement de l’entreprise. » la confédération générale des entreprises du maroc (cgem) et l’union marocaine du travail ont de leur côté signé le Pacte social pour une compétitivité durable et un travail décent. l’entreprise a toute sa place dans la société, il faut que sa voix porte et soit entendue. l’oie a ainsi organisé, avec la Banque mondiale, un n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

De son côté, l’oie a organisé dernièrement une table ronde au sein du Bureau international du travail sur le thème « maintenir la croissance et accélérer le rythme de création d’emplois en afrique ». l’occasion d’encourager les représentants africains présents à définir des priorités sectorielles et à créer un environnement favorable aux investisseurs. ces discussions ont permis aux leaders africains du monde des affaires d’échanger sur leurs pratiques en faveur de l’emploi et des Pme. albert yuma, président de la Fédération des entreprises du congo, a martelé que l’avenir de son pays passait par un plus grand soutien aux Pme, bien que le pays soit riche en ressources minières. « il faut créer des établissements pour l’orientation professionnelle des jeunes », a pour sa part préconisé Jamal Belahrach, président de manpower maghreb. la table ronde a retenu la création d’une task force africaine sur l’emploi et la formation professionnelle, avec le soutien de l’oie. celle-ci permettra de partager des expériences en matière de dialogue public-privé sur les thèmes de l’emploi et de la formation. l jeune afrique


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BBS, Établissement Privé d’Enseignement Supérieur Reconnu par l’État Société Anonyme avec Conseil d’Administration, capital de 100 000 000 F. CFA - RCCM de Libreville N° 2008 B 07469 - N° Statistique 088 709 X - NIF 788 709 N. Siège Social : Quartier St-Benoît B.P. 25172 Libreville Gabon - Tél. : +241 01 76 26 85 / 76 www.bbs-school.com

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APPEL À CANDIDATURES

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Ingénieur Agroalimentaire Automaticiens Ingénieurs de maintenance Chef de Marques Business Analyst (spécialisé en développement commercial) Contrôleur de gestion Human Resources Specialist Logisticien

Ces postes évolutifs et nécessitant de bonnes capacités techniques, managériales et relationnelles sont ouverts aux jeunes cadres de niveau BAC + 4/5, diplômés des Ecoles de Commerce et d’ingénieurs désirant mettre leurs compétences au service des Brasseries du Congo (filiale des groupes Heineken et CFAO) qui offrent de réelles opportunités de carrière. Les candidatures doivent être adressées aux Brasseries du Congo BP 1147 Pointe-Noire CongoBrazzaville. Tél. : +242 22 294 02 44/45 ; + 242 06 673 80 80 ; BrascoDRH@Heineken.com

Save the Children est l’Organisation Non-Gouvernementale (ONG) Leader dans le domaine de la protection et défense des droits de l’enfant. Nous travaillons avec nos partenaires, pour insuffler des avancées dans la façon dont le monde traite les enfants et parvenir à un changement immédiat et durable dans leur vie. Nos Valeurs sont : REDEVABILITÉ – AMBITION – COLLABORATION – CRÉATIVITÉ – INTÉGRITÉ. En 2012, grâce à nos programmes de santé, nutrition, éducation, protection des droits des enfants, mais également nos actions dans les contextes de crises humanitaires, nous avons atteint directement 45.6 millions d’enfants (51% de filles, 49% de garçons) dans le monde, et plus particulièrement 5 millions dans la région ouest-africaine et centrale. Save the Children est présent dans 10 pays au sein de l'Afrique de l’Ouest et du Centre avec un effectif actuel d'environ 1400 employés et un budget actuel de 75 millions de dollars chaque année. Dans le cadre du renforcement de nos équipes et de notre expertise pour la région Ouest-africaine et Centrale, nous OFFRONS DES CARRIERES dans les métiers de l’humanitaire et du développement, de la protection des enfants, de l’éducation, de la santé et de la nutrition et dans le management des programmes, la finance des projets, la logistique, la sécurité, la gestion des ressources humaines etc. Travailler à Save the Children offre l’opportunité de rejoindre un personnel engagé désireux de contribuer au bien-être des enfants. Vous êtes un professionnel passionné ayant pour ambition d’avoir un impact positif sur la vie des enfants et désirant travailler dans un environnement porteur de nos valeurs, rejoignez-nous. Pour plus d'informations sur nos programmes, veuillez visiter notre site : www.savethechildren.net Pour postuler à cet appel a candidatures, merci de nous faire parvenir votre CV à : sciwca.recruitment@savethechildren.org Nos processus de sélection reflètent notre engagement à protéger les enfants contre tout abus. Nos employés sont aussi divers que les défis que nous relevons.

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The Africa Rice Center (AfricaRice, ex-WARDA) wishes to recruit: • A Human Resources Analyst • A Human Resources Coordinator • A Human Resources Officer • A Deputy Head of Finance • A Senior Accountant • A Research Assistant-Database programmer About AfricaRice AfricaRice is one of the 15 international agricultural research Centers that are members of the CGIAR Consortium. It is also an autonomous intergovernmental association of African member countries. Further details can be obtained from the AfricaRice website at www.AfricaRice.org. JEUNE AFRIQUE

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ICI PARTENAIRE ENTREPRISES recherche pour une importante société Burkinabè intervenant dans le secteur agro-alimentaire :

UN DIRECTEUR GÉNÉRAL (H/F) REF: ICI PE RECRUT 2013/027 UN DIRECTEUR DES OPÉRATIONS (H/F) REF : ICI PE RECRUT 2013/028 Postes avec des challenges importants dans une société en pleine expansion Type de Contrats : Durée indéterminée (CDI) Localisation : Ouagadougou – BURKINA FASO (Afrique de l’Ouest) Retrouvez l’intégralité des offres d’emploi sur le site internet d’ICI PE : http://www.ici-pe.com Merci de nous faire parvenir votre dossier de candidature sous les références sus-indiquées au plus tard le LUNDI 20 MAI 2013 à 18h00 • Par Courrier à l’addresse : ICI Partenaire Entreprises - Pôle Ressources Humaines 40 avenue Kwamé N’Krumah, 01 BP 6490 Ouagadougou 01 – Burkina Faso

SPÉCIAL EMPLOI FORMATION

• Ou par mail : recrutement@ici-partenaire-entreprises.com Pour tout renseignement, n’hésitez pas à nous contacter par téléphone au 00 (226) 50 31 05 53 / 80

INVESTISSEURS & PARTENAIRES (I&P), groupe d’investissement en capital, recherche un DIRECTEUR pour une société de financement des petites et moyennes entreprises (PME) en création au Burkina Faso. Basé à Ouagadougou, le Directeur pilotera le véhicule d’investissement. Il mettra en place sa stratégie d’investissement PME et d’appui aux entrepreneurs avec le concours d’I&P. Il encadrera à terme une équipe. Ce poste complet et à fortes responsabilités exige un esprit entrepreneurial et un engagement dans la durée. Profil recherché : 10 ans d’expérience de la PME, compétences de stratégie/finance, bonne connaissance du contexte burkinabè, grandes qualités relationnelles et de conseil. Retrouvez l’intégralité de cette offre d’emploi sur le site internet de ICI PE : http://www.ici-pe.com/spip.php?article653 Merci de faire parvenir votre dossier complet sous la référence ICI PE RECRUT/ 2013-012 au plus tard le Mardi 28 MAI 2013 à 18h00 Adresse mail : recrutement@ici-partenaire-entreprises.com Plus d’informations au +226 50 31 05 53 / 80 N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

Nos offres d’emploi Ingénieur Planning (H/F) 75K€ (Réf. JO-022328)

Angola - CDI - Oil&Gas

Directeur Financier (H/F) 130K€ (Réf. JO-036022)

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République Démocratique du Congo - CDI - Distribution

Directeur Financier Groupe (H/F) 150K€ (Réf. JO-026302)

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Chef de Chantier (H/F) 70K€ (Réf. JO-023979)

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Contrôleur de Gestion (H/F) 60K€ (Réf. JO-036115)

Guinée Equatoriale - CDI - Industrie

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APPEL À CANDIDATURES Le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS) recherche des candidats pour les postes suivants : DIRECTEUR DE LA GESTION DES RISQUES

DIRECTEUR DES PARTICIPATIONS

GESTIONNAIRE DE PORTEFEUILLE ISR

Principales Tâches et Responsabilités : - piloter et contrôler la mise en œuvre de la politique de maîtrise des risques FGIS ; - veiller à la conformité réglementaire des méthodologies appliquées ; - concevoir et mettre en place le dispositif global, les règles et procédures de gestion des risques ; - définir les critères d’acceptation du risque et des seuils de tolérance pour chaque classe de risques liée aux activités du fonds ; - élaborer et mettre en œuvre les outils et processus d’identification, de contrôle, de gestion et de reporting des risques ; - conseiller la Direction générale pour l’amélioration de la Gouvernance du FGIS et mettre en place les meilleures pratiques liées à la gestion des risques.

Principales Tâches et Responsabilités : - mettre en place et développer l’activité d’investissement direct ; - identifier et évaluer les opportunités d’investissement en capital ; - gérer des opérations de prise ou cession de participations ; - assurer une veille et identifier les participations potentielles ; - rechercher et définir des synergies entre les différentes participations ; - négocier des contrats d’acquisition et de cession des participations ; - superviser et piloter l’équipe de chargés d’affaires ; - participer à l’élaboration des meilleurs scenarii de sortie des participations.

Principales Tâches et Responsabilités : - gérer le processus de financement de réduction des émissions de CO2 le plus approprié ; - évaluer la stratégie de développement durable des entreprises cibles ; - réaliser des analyses sur les investissements en nouvelle technologie de réduction de CO2 ; - s’assurer de la pertinence et de la pérennité du financement des investissements ISR du FGIS ; - assurer le suivi et le reporting du portefeuille ISR ; - assurer le suivi de la gestion du crédit carbone des entreprises cibles ; - identifier et évaluer les opportunités d’investissement ; - gérer des opérations de prise ou cession de participations.

Profil : - Formation Ecole de Commerce ou Ingénieur, si possible 3ème cycle en Droit des Affaires, Finance ; - Expérience minimum de 5 ans en tant que Directeur ou Senior Risk Manager, de préférence en banque d’Investissement ou institution financière ; - Connaissance de l’environnement économique et financier national et international ; - Maîtrise de l’anglais.

Profil : - Formation Ecole de Commerce ou Ingénieur, si possible 3ème cycle en Droit des Affaires, Finance ; - Expérience minimum de 8 ans dans la gestion de participations ; - Connaissance de l’environnement économique et financier national et international ; - Maîtrise de l’anglais.

Profil : - Formation Ecole de Commerce/Ingénieur / Université ; - Expérience de 3 ans dans le domaine de l’investissement socialement responsable ; - Connaissance en droit, environnement, RSE ; - Connaissance de la gestion d’actifs ; - Maîtrise de l’anglais.

Postulez en précisant le poste : recrutement.are@gmail.com

Postulez en précisant le poste : recrutement.ela@gmail.com

Postulez en précisant le poste : recrutement.are@gmail.com

GESTIONNAIRE MULTI-FONDS

ANALYSTE REPORTING

Principales Tâches et Responsabilités : - veiller à la bonne gouvernance des fonds dont le FGIS est actionnaire ; - accompagner le développement des fonds dont le FGIS est actionnaire ; - participer aux processus d’investissements des fonds dont le FGIS est actionnaire ; - prospecter les sociétés cibles ; - suivre les performances des fonds dont le FGIS est actionnaires et de son portefeuille de participations ; - effectuer une veille de l’évolution de la stratégie, de l’actualité et des performances du fonds.

Principales Tâches et Responsabilités : - produire les indicateurs et reportings de performance et d’activité des participations ; - s’assurer de la fiabilité et de la qualité des données et informations sources des indicateurs et reportings ; - produire les états de contribution à la performance globale du fonds et des analyses complémentaires ; - proposer les évolutions et l’amélioration des indicateurs et reportings selon les besoins exprimés et les évolutions réglementaires, etc.

Postulez en précisant le poste : recrutement.are@gmail.com

Postulez en précisant le poste : recrutement.ela@gmail.com

Profil : - Formation Ecole de Commerce ou Ingénieur, si possible 3ème cycle en Droit des Affaires, Finance ; - Maîtrise du cycle d’investissement ; - Expérience minimum de 5 ans à un poste similaire (société de capital investissement ou banque d’affaire) ; - Maîtrise de l’anglais. Postulez en précisant le poste : recrutement.ela@gmail.com

Profil : - Formation Bac + 5 en Finances (Ecole de Commerce/ Profil : Université) ; - Formation Ecole de Commerce/Ingénieur / Université ; - Expérience de 3 ans en cabinet d’audit, private equity ou - Expérience de 5 à 10 ans dans une banque d’affaires, conseil fonction financière polyvalente ; en stratégie, private equity ; - Maîtrise d’Excel ; - Expérience fonds de gestion (si possible) ; - Maîtrise de l’anglais. - Maîtrise de l’anglais.

IT MANAGER

RESPONSABLE JURIDIQUE ET FISCAL

ASSISTANTE DE DIRECTION

Principales Tâches et Responsabilités : - participer à la définition des orientations générales dans le domaine informatique ; - définir la politique en matière de sécurité des données ; - préconiser les investissements informatiques nécessaires et assurer la veille technologique ; - conduire le plan d’évolution des systèmes d’information ; - assurer la maintenance et l’entretien des systèmes d’information et équipements ; - gérer les relations avec les prestataires et fournisseurs ; - gérer les achats et le budget alloué ; - animer les projets informatiques majeurs.

Principales Tâches et Responsabilités : - garantir la sécurisation et la conformité juridiques des actions et relations contractuelles ; - participer à la rédaction des contrats, actes, protocoles, etc. ; - conseiller les directions du FGIS en matière juridique et fiscale ; - gérer et suivre les dossiers contentieux, en lien avec les cabinets de conseils/avocats ; - assurer la veille législative, réglementaire et fiscale applicable au FGIS ; - superviser l’équipe de juriste et les cabinets de conseils/ avocats.

Principales Tâches et Responsabilités : - préparer, organiser et assurer le planning des rendez-vous et réunions de travail du Directeur Général ; - réceptionner les courriers et les appels ; - assurer l’accueil des différents interlocuteurs ; - assurer la logistique des déplacements du Directeur Général et gérer les notes de frais ; - rédiger les différents courriers, rapports, documents, dossiers selon les directives du Directeur Général ; - rédiger, faire valider et diffuser les notes internes à partir des orientations du Directeur Général ; - assurer le classement et l’archivage des documents.

Profil : Profil : - Formation Bac + 5 en Informatique ; - Formation Bac + 5 en Droit des Affaires / Droit des sociétés - Expérience de 5 ans dans la gestion et l’administration des / Fiscalité ; systèmes d’information ; - Expérience de 5 à 10 ans dans un cabinet de conseil, une - Maîtrise de l’anglais. institution financière ; - Maîtrise de l’anglais. Postulez en précisant le poste : recrutement.are@gmail.com

JEUNE AFRIQUE

Postulez en précisant le poste : recrutement.ela@gmail.com

Profil : - Formation Bac + 2 en Assistanat de Direction ; - Expérience professionnelle de 3 ans à un poste similaire. - Bilingue anglais, si possible espagnol ou chinois courant ; - Maîtrise de l outil informatique. Postulez en précisant le poste : recrutement.are@gmail.com

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CHARGÉ D’AFFAIRES Principales Tâches et Responsabilités : - évaluer les opportunités d’investissement ; - concevoir les supports de business plan et les modèles de valorisation des entreprises ; - participer aux opérations de prise de participation ; - formaliser les outils d’analyse et de suivi de la performance des investissements ; - participer au suivi actif des participations ; - contribuer à la recherche et à l’étude des meilleurs scenarii de sortie.


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Culture & médias

CULTURE

Effervescence nigériane Écrivains, music musiciens, icie ic iens ie ns, plasticiens… Ils sont de plus en plus nombreux à se faire ns un nom hors du pays d’Afrique le plus peuplé. Un succès qui témoigne d’un formidable bouillonnement intellectuel et artistique.


Culture médias

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n best-seller planétaire vendu à plus de 10 millions d’exemplaires et traduit dans une quarantaine de langues, une trentaine de doctorats honoris causa attribués à travers le monde pour saluer une œuvre littéraire forte et un homme hors du commun… L’écrivain nigérian Chinua Achebe, considéré comme l’un des pères de la littérature africaine moderne, aura profondément marqué son époque. Décédé à l’âge de 82 ans le 21 mars dernier, l’auteur du fameux roman Le monde s’effondre sera inhumé dans sa terre natale, à Ogidi, le 23 mai prochain. À l’annonce de sa mort, ses compatriotes Wole Soyinka, Prix Nobel de littérature, et le poète J.P. Clark ont salué « un frère, un collègue, un pionnier et un vaillant combattant » et ont regretté la disparition de ce résistant en ce « moment critique de l’histoire du Nigeria où les forces des ténèbres semblent éclipser l’illumination de l’existence que la littérature représente ».

Borno vivent dans la terreur, confrontés à la violence aveugle des adeptes de Boko Haram et des forces de sécurité gouvernementales (voir J.A. no 2728), que tous, Nigérians du Nord comme du Sud, doivent faire face à une répartition de la manne pétrolière inégale et à une corruption endémique, les intellectuels, hommes et femmes de lettres, plasticiens, musiciens… n’ont pas baissé les bras. Ils luttent pour que les lumières terrassent le fanatisme religieux et l’égoïsme du libéralisme économique, pour que le pays le plus peuplé d’Afrique prenne toute la place qu’il mérite d’occuper sur le continent. Engagés dans le monde dans lequel ils vivent, des artistes reconnus internationalement comme Yinka Shonibare, Helen Oyeyemi, Femi Kuti ou encore Sefi Atta et Chimamanda Ngozi Adichie se nourrissent de la mondialisation, digèrent les apports culturels qui s’offrent à eux, qu’ils soient occidentaux ou africains, pour réinventer un Nigeria créatif, baroque, combatif, et pour affirmer haut et fort qu’on ne saurait laisser le futur aux seuls appétits voraces. ● SÉVERINE KODJO-GRANDVAUX

JAMES KEOGH/WOSTOK PRESS

BAROQUE. Alors que les habitants de l’État de


Culture médias

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NOUVELLES

LE GOÛT DES MANGUES

Chimamanda Ngozi Adichie et Sefi Atta brassent des thèmes communs : condition des femmes, exil… Et incarnent une nouvelle vague de la littérature nigériane, décomplexée.

M

êmelescouverturesdesdeux livres se ressemblent. Une femme en portrait, nimbée de bleu pour Autour de ton cou, d’orangé pour Nouvelles du pays, les yeux fermés ou détournés. Et ce n’est que le plus superficiel des nombreux points communs qu’entretiennent les recueils de nouvelles de Chimamanda Ngozi Adichie et Sefi Atta, parus récemment l’un chez Gallimard, l’autre chez Actes Sud. Leurs auteures, d’abord. Nées au Nigeria dans des milieux favorisés, elles vivent aujourd’hui aux États-Unis, dans le Maryland pour Chimamanda Ngozi Adichie, 35 ans, dans le Mississippi pour Sefi Atta, de treize ans son aînée. Chacune a déjà publié trois romans, et Sefi Atta est aussi l’auteure de pièces de théâtre.

Côté « influence » littéraire, les deux confessent avoir été marquées, durant leur enfance nigériane, par… la Britannique Enid Blyton, auteure de romans jeunesse (Oui-Oui, Le Club des cinq, etc.). Si bien que lorsque la petite Chimamanda s’exerçait à la fiction, ses personnages croquaient des pommes plutôt que des mangues. De son côté, membre du club de théâtre du Queen’s College de Lagos, Sefi Atta écrivait des pièces peuplées de rois shakespeariens. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts : toutes deux incarnent désormais la nouvelle vague de la littérature nigériane, dans une veine complètement décomplexée des préjugés occidentaux comme d’une prétendue authenticité africaine.

Prenez par exemple la nouvelle « Jumping Monkey Hill », largement inspirée d’un épisode vécu par Chimamanda Ngozi Adichie. Des écrivains africains sont réunis pour un séminaire en Afrique du Sud, sous la houlette d’un Anglais prénommé Edward ; un soir, celui-ci suscite l’indignation de l’auteure lorsqu’il décrète qu’un écrit traitant de l’homosexualité ne peut pas refléter « véritablement » l’Afrique… De même, dans « Yahoo Yahoo », Sefi Atta se joue des clichés sur le continent en les confrontant à la modernité de Lagos et, partant, en les retournant contre leurs auteurs. Les protagonistes de cette nouvelle, des adolescents s’essayant à l’arnaque sur internet, envoient à leurs victimes occidentales des e-mails misérabilistes censés attirer leur compassion ; bref, ils leur disent ce qu’elles veulent entendre pour mieux leur soutirer de l’argent. Ce refus de se laisser imposer une place prédéfinie transparaît tout au long des deux œuvres. Mais plus qu’à l’Afrique dans le monde, il s’applique encore davantage aux individus dans la société, et notamment aux femmes. De fait, le

Chimamanda Ngozi Adichie 1977 Naissance à Enugu (sud-ouest du Nigeria) 1994 Étudiante en médecine et pharmacie à l’université du Nigeria 1996 Part étudier les sciences politiques dans le Connecticut (États-Unis) 2003 Parution en anglais de son premier roman, L’Hibiscus pourpre 2007 Son second roman, L’Autre Moitié du soleil, reçoit le prix Orange (Royaume-Uni) 2008 Diplômée en études africaines à l’université Yale (États-Unis)

STEFANO DE LUIGI/VII

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2013 Parution d’Americanah (pas encore traduit en français) N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

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Effervescence nigériane « deuxième sexe » est au cœur d’Autour de ton cou comme de Nouvelles du pays. Histoires de femmes délaissées par leurs maris volages ou en quête d’une seconde épouse. Histoires de femmes niées dans leur droit à l’éducation. Histoires de femmes, enfin, ballottées d’un continent à l’autre pour rejoindre à New York un « mari tout neuf », pour livrer à Londres des sachets d’héroïne préalablement avalés ou pour traverser clandestinement la Méditerranée afin de venir étoffer un réseau de prostitution à Rome. GREFFE. Le thème de l’exil est d’ailleurs

un autre fil conducteur. À ce titre, le récit de Chimamanda Ngozi Adichie sur une Nigériane déposant une demande d’asile auprès de l’ambassade américaine de Lagos fait écho à celui de Sefi Atta sur une famille attendant sa carte verte au bureau de l’immigration de La Nouvelle-Orléans. Sentiments de déracinement, d’incommunicabilité et de précarité s’entremêlent dans ces tentatives de greffe hors sol. Chaque nouvelle des deux auteures apparaît ainsi comme une passerelle jetée par-dessus l’Atlantique pour conserver

le lien avec le pays natal – même si elles y retournent régulièrement. Car malgré la cohérence de chaque recueil, les récits qui les composent sont les reflets distincts de plusieurs années d’expatriation. Ceux de Chimamanda Ngozi Adichie ont été publiés dans Granta ou dans The New Yorker, et, pour certains, la rédaction des premières lignes date d’avant son premier roman, L’Hibiscus pourpre, paru aux États-Unis en 2003. Sefi Atta a quant à elle commencé à écrire ses

nouvelles en 2002 : « Je me suis inspirée d’articles parus dans la presse nigériane en ligne, confie-t-elle à Jeune Afrique. Derrière les gros titres, j’ai senti qu’il y avait des histoires extraordinaires à raconter. » Il en résulte que Nouvelles du pays brasse des questions éminemment politiques telles que le mépris des multinationales pétrolières pour les populations locales ou les conflits interreligieux qui embrasent épisodiquement le Nigeria – l’auteure a elle-même été élevée ● ● ●

CINÉMA

Il était une fois le Biafra L’ADAPTATION CINÉMATOGRAPHIQUE du second roman de Chimamanda Ngozi Adichie, L’Autre Moitié du soleil, doit sortir en salles dans le courant de l’année. Le film, dirigé par le dramaturge, scénariste et romancier nigérian Biyi Bandele (auteur de La Drôle et Triste Histoire du soldat Banana) et produit notamment par Andrea Calderwood (Le Dernier Roi d’Écosse, sur le dictateur ougandais Idi Amin Dada), est en phase de postproduction. Les premiers rôles sont échus à Thandie Newton, une comédienne anglo-zimbabwéenne, Chiwetel Ejiofor, un acteur britannique d’origine nigériane, et l’Africaine-Américaine Anika Noni Rose. L’Autre Moitié du soleil raconte le destin bouleversé de deux sœurs jumelles en pleine guerre du Biafra (1967-1970). ● F.M.

Sefi Atta 1964 Naissance à Lagos 1978 Part étudier dans le Somerset (Royaume-Uni) 1985 Diplômée en business de l’université de Birmingham (Royaume-Uni) 1994 S’installe aux États-Unis avec son mari

PATRICK GAILLARDIN/PICTURETANK

2006 Son premier roman, Le meilleur reste à venir, reçoit le prix Wole-Soyinka (Nigeria)

JEUNE AFRIQUE

2010 Parution en anglais du roman Avale 2012 Parution du roman A Bit of Difference (pas encore traduit en français)

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Culture médias

■ ■ ■ Décevant ■ ■ ■ Pourquoi pas ■ ■ ■ Réussi ■ ■ ■ Excellent

Autour de ton cou, de Chimamanda Ngozi Adichie, traduit de l’anglais par Mona de Pracontal, Gallimard, 304 pages, 22,50 euros Nouvelles du pays, de Sefi Atta, traduit de l’anglais par Charlotte Woillez, Actes Sud, 368 pages, 23 euros ● ● ● par une mère chrétienne et un père adoptif issu d’une famille musulmane. « J’ai grandi dans une famille plutôt conservatrice, tandis que mon époux est un neveu de Fela Kuti, dont j’ai beaucoup écouté la musique pendant l’écriture de ces nouvelles, explique Sefi Atta. Cela m’a emmenée dans des endroits où je ne suis jamais allée, à travers les voix de personnages au vécu complètement différent du mien. Collectivement, ces voix sonnent comme une protestation et s’inscrivent dans l’esprit de l’afrobeat. » Chimamanda Ngozi Adichie se place sous le patronage d’une autre figure majeure du Nigeria, l’écrivain Chinua Achebe, disparu le 21 mars à Boston. C’est en lisant Le monde s’effondre qu’elle a tourné la page des lettres anglo-saxonnes et compris qu’elle pouvait écrire sur ses semblables – décrire le goût des mangues – et, dans une forme plus intimiste que Sefi Atta, aborder les tiraillements et les doutes d’êtres qui refusent qu’on décide à leur place. Dans Autour de ton cou, elle rend d’ailleurs hommage à son mentor en évoquant, dans un récit sur le choc culturel né de l’arrivée de colons dans un village ibo, un dénommé Okonkwo – comme le personnage principal du célèbre roman d’Achebe. D’elle, l’intéressé affirmait ceci : « Voici une nouvelle écrivaine dotée du don des anciens conteurs. » N’en jetez plus, tout est dit. ●

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AFROBEAT

IMMORTEL FELA Un musée, une comédie musicale, une musique qui conquiert le monde… L’héritage du Black President n’a jamais été aussi vivant.

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oilà quinze ans que Fela Anikulapo Kuti est mort, et pourtant il n’a jamais semblé aussi vivant ! Son nom est encore scandé lors des manifestations contre la politique du gouvernement. Ses fils Femi et Seun entretiennent le mythe au travers de leurs œuvres musicales respectives, et sa fille Yeni s’occupe du patrimoine laissé par le chanteur. Mais que reste-t-il de l’héritage culturel, politique et social de l’inventeur de l’afrobeat? Que penserait aujourd’hui Fela de voir sa musique jouée à travers le monde,

de la France au Japon en passant par le Canada ? L’afrobeat ne s’est jamais aussi bien porté, notamment grâce au travail de Femi et de Seun et à leur riche carrière internationale. Invités dans tous les grands festivals, ils ont pris la succession avec brio. Âgé de 30 ans, le cadet, Seun, joue toujours en compagnie du dernier groupe de son père, les Egypt 80, et s’est imposé, en seulement deux albums, comme l’un des leaders du mouvement avec des textes contestataires que le Black President en personne n’aurait pas reniés. JEUNE AFRIQUE


Effervescence nigériane ! Lors de l’inauguration du Kalakuta Museum, en présence de Femi et Yeni Kuti (le 15 octobre 2012).

ALBUM

Retour aux sources

SUNDAY ALAMBA/AP/SIPA

U

Femi Kuti, lui, continue de perpétuer la tradition de son côté avec des albums récompensés à travers le monde entier. Après avoir voulu dépoussiérer l’afrobeat en lui amenant quelques sonorités occidentales, il revient à l’âge de 50 ans à un afrobeat de plus en plus radical, comme le prouve son dernier opus, No Place for My Dream (lire ci-contre). Il est aussi celui qui a pris l’initiative de reconstruire le Shrine, ce haut lieu mythique des nuits chaudes de Lagos. Aujourd’hui, en plus d’être une prestigieuse salle de concert où le saxophoniste se produit tous les dimanches lorsqu’il n’est pas en tournée, le Shrine est aussi un centre social où l’on prodigue des cours de lecture et d’écriture, où l’on accompagne la population pour remplir des papiers administratifs, où l’on parle de la prévention des nombreuses maladies endémiques et où l’on permet aux voisins d’obtenir des petits boulots JEUNE AFRIQUE

leur permettant de survivre dans l’enfer de la ville. Bien que lieu d’utilité publique, il est encore de temps à autre mis à sac par le régime en représailles de paroles jugées trop vindicatives. Yeni, l’aînée de la fratrie, n’est pas en reste. Pour entretenir la mémoire de son père, elle a transformé son dernier domicile en un musée consacré à la vie et à l’œuvre de Fela. Le gouvernement a octroyé une subvention de 200 000 euros pour réaliser le Kalakuta Museum. On y trouve des tenues de scène, sa chambre à coucher ainsi que plusieurs objets ayant appartenu à la star africaine. RÉÉDITION. Pour les 75 ans de sa naissance, qui seront célébrés en octobre, les trois héritiers officiels, Femi, Yeni et Kunle Kuti, ont permis que soit réédité début mars l’ensemble de l’œuvre considérable de leur père (quelque 50 albums ● ● ●

ne pochette montrant une femme portant une bassine sur la tête au milieu d’une décharge avec cette phrase-choc « No Place for My Dream » (« Pas de place pour mon rêve »), c’est avec ce visuel et ce titre forts que Femi Kuti nous entraîne dans l’univers de son septième opus. Un album pur et dur, renouant avec les origines de l’afrobeat. Radical dans la musique et dans ses textes évoquant les bouleversements climatiques, la paupérisation, le chômage, la corruption. Il rend enfin hommage à son père et à son œuvre dans le titre « One Man Show », une chanson qu’il avait écrite il y a vingt ans et qu’il ne se voyait chanter qu’aujourd’hui, après avoir traversé les mêmes épreuves que son père en son temps. Femi Kuti est de retour avec un album incandescent qui marquera sans aucun doute l’histoire de la musique africaine. ● J.B.

No Place for My Dream, de Femi Kuti (Label Maison/Naïve) ■■■

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Culture médias

SOUL

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Sur les traces d’Ayo

u jazz incorporé à de la soul, le tout relevé d’une pincée de bossanova. Layori mélange aussi bien les rythmes que les langues. Portugaise d’origine nigériane, l’ex-mannequin reconvertie dans la musique chante en anglais, en portugais ou en yorouba. Révélée en 2010 par son album Origin, elle a sorti deux ans plus tard Rebirth, un deuxième opus qui, selon elle, sonne comme une affirmation d’elle-même. Sa voix a gagné en maturité, sa musique en précision, mais comment ne pas la comparer à ses compatriotes Asa et Ayo, qui ont su surprendre et émouvoir un public international? Layori ne semble pas s’en préoccuper. Salués par la critique, ses deux opus sont autant de pierres ajoutées à l’édifice qu’elle construit. Et de la patience, elle en a à revendre. Son nom ne signifie-t-il pas « celle qui réussit » ? ● MALIKA GROGA-BADA

QUIZ

Testez vos connaissances 1/ Chinua Achebe, l’auteur du Monde s’effondre, est : a) le premier Africain

à recevoir le prix Nobel de littérature

b) l’écrivain africain le plus lu c) un poète de langue ibo

2/ L’industrie cinématographique nigériane est surnommée : a) Nigeriawood b) Bollywood c) Nollywood 3/ Michelle Obama porte ses créations. Il s’agit de : a) Lisa Folawiyo b) Duro Olowu c) Lanre Da Silva Ajayi 4/ Chris Abani a reçu le prestigieux prix PenHemingway pour : a) Graceland b) Comptine pour

l’enfant-soldat

c) Le Corps rebelle

d’AbigailTansi

5/ Quel est le nom de l’ancien batteur de Fela Kuti ? a) Keziah Jones b) Tony Allen c) Prince Nico Mbarga 6/ Iria Ojeikere est connu pour avoir photographié : a) des cheveux b) des pieds c) des nez REX FEATURES/REX/SIPA

augmentés chacun de livrets écrits par l’historiendel’afrobeatChrisMaychezKnitting Factory Records). Une compilation, The Best of the Black President 2, est sortie en plusieurs éditions, dont une indispensable comprenant un DVD de son concert au festival de Glastonbury, en 1984. On attend pour la fin de l’année un documentaire sur le pape de l’afrobeat par Alex Gibney alors qu’un second est en cours de réalisation sous la direction de Steve McQueen. Enfin, on annonce le départ en tournée mondiale de la comédie musicale Fela ! qui passera par l’Australie et le Japon avant de se rendre quelque temps en Afrique, probablement au Nigeria, au Ghana, au Kenya et en Afrique du Sud. ● JÉRÔME BESNAULT ●●●

■ ■ ■ Décevant ■ ■ ■ Pourquoi pas ■ ■ ■ Réussi ■ ■ ■ Excellent

7/ Son prénom signifie « petit faucon » en yorouba. De qui s’agit-il ? a) D’Ayo b) De Nneka c) D’Asa

Rebirth, de Layori (Afrojam Music) ■■■

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RÉPONSES : 1/ b) Plusieurs fois pressenti pour le Nobel de littérature (qu’il n’a jamais reçu), Chinua Achebe a vendu plus de 10 millions d’exemplaires de son roman Le monde s’effondre en anglais, une œuvre traduite dans une quarantaine de langues. 2/ c) 3/ b) 4/ a) Graceland est une vaste fresque du Nigeria des années 1980. 5/ b) 6/ a) 7/ c)

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€ Collection 20082009, Duro Olowu. JEUNE AFRIQUE


Effervescence nigériane

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LITTÉRATURE

TRAGIQUES ENFANCES

Best-seller aux États-Unis après qu’Oprah Winfrey l’a conseillé, le recueil d’Uwen Akpan conte l’horreur dans une langue inventive.

I

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l est des livres – rares – dont il est imposn’avons guère l’occasion de savoir ce qu’ils sible de sortir indemne. C’est le cas de ressentent ou comment ils pensent… » Dis que tu es des leurs, d’Uwem Akpan. Pour y remédier, l’auteur de 42 ans, oriCe recueil, cueilli à même la douleur, ginaire du village d’Ikot Akpan Eda, a rassemble cinq nouvelles mettant en choisi de mâtiner son « anglais de la scène des enfants au Kenya, au Bénin, reine » de patois, d’argot et d’expressions en Éthiopie, au Nigeria et au locales. « Je travaille énormément pour trouver le ton juste, Rwanda. Dans un bidonville de Nairobi, une famille entière dit-il. Je pose aussi beaucoup vit des revenus d’une jeune de questions. Quand je comadolescente qui se prostitue mence à écrire, je le fais dans pour que ses parents puissent un anglais traditionnel, puis acheter des tubes de colle à ses je pars à la recherche de gens plus jeunes frères et sœur. Près qui parlent la langue locale de la frontière entre le Bénin et afin qu’ils m’aident à reprendre le Nigeria, un oncle vend les mon premier jet. » Dis que tu es deux enfants dont il a la charge des leurs, HUIS CLOS. La méthode est contre une moto de la marque d’Uwem Akpan, chinoise Nanfang à de riches dramatiquement efficace pour Books Éditions, donner chair aux personnages Gabonais. Au Rwanda, un 384 pages, et rendre palpables les situacouple mixte hutu-tutsi tente 21 euros de protéger sa progéniture, qui tions, souvent effroyables, qu’ils n’est ni l’un ni l’autre. Dernier conseil vivent. Comme ce long et angoissant huis d’une mère qui se sait condamnée à sa clos que subit Jubril, jeune musulman menacé par les siens qui doutent de sa foi, fille : « Dis que tu es des leurs… » dans un bus rempli de chrétiens fuyant les « Je voulais faire entendre la voix des violences perpétrées à leur encontre ● ● ● enfants, confie Uwem Akpan. Nous

ROMAN

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Au pays du père

N

oo Saro-Wiwa a longtemps vécu à Londres, ne détestant rien tant que les retours imposés au village pendant les vacances d’été. Puis elle a haï le Nigeria où son père, l’écrivain et militant écologiste Ken Saro-Wiwa, fut exécuté sous la dictature de Sani Abacha. Et puis, comme pour se préparer, elle a travaillé pour des guides de voyages à destination des touristes… Le titre de son premier livre, Transwonderland, s’inspire du nom d’un parc d’attractions à l’américaine tombé en désuétude, à Abuja. Et le texte raconte sa redécouverte, lucide et désenchantée, du Nigeria. Avec les yeux d’une adulte n’ayant pas oublié son enfance. ● NICOLAS MICHEL

Transwonderland. Retour au Nigeria, de Noo Saro-Wiwa, Éd. Hoëbeke, 380 pages, 22 euros ■ ■ ■

GEORGE OSODI/PANOS/REA

Ü Ogoni Boy, de George Osodi.

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Culture médias

■ ■ ■ Décevant ■ ■ ■ Pourquoi pas ■ ■ ■ Réussi ■ ■ ■ Excellent

Et il est comment le dernier…

… HELEN OYEYEMI

S

évader en compagnie de Helen Oyeyemi, c’est un peu comme déguster un repas de cuisine fusion. L’effet de surprise est immédiat. Les papilles sont invitées à apprécier des saveurs habituellement étrangères les unes aux autres. À peine a-t-on identifié une épice que l’on croit reconnaître un autre condiment, une pointe de créativité et un soupçon d’audace. Au final, l’impression est souvent positive pour qui aime les rencontres inattendues, mais l’on ne sait pas toujours ce que l’on a goûté. Les romans de Helen Oyeyemi sont souvent de telles mises en bouche, où le fantastique et le surréalisme le disputent au réel. Le procédé narratif de Mister Fox, le quatrième opus de cette auteure pas encore trentenaire, n’est pas sans rappeler celui des précédents: l’on ne sait guère si les voix sont réelles ou imaginaires, ni quels personnages sont faits

de chair et d’os. Les récits se fragmentent. Il n’y a pas une histoire mais des histoires qui, par des effets de miroir déformant, se répondent les unes aux autres, multiplient les points de vue et finissent par tisser ce que Helen Oyeyemi présente comme un « thriller inspiré de Barbe bleue » et du fameux roman Rebecca de Daphné du Maurier. Auteur à succès dans l’Amérique des années 1930, Mister Fox ne peut achever un livre sans assassiner un personnage féminin, se transformant de la sorte en tueur en série de femmes. Une violence symbolique faite au « deuxième sexe » que dénonce Mary Foxe, maîtresse rêvée, muse fantasmée et, finit-on par découvrir, allégorie de l’inspiration. Née au Nigeria en 1984, Helen Oyeyemi a grandi à Londres dès l’âge de 4 ans. Installée un temps en Allemagne, à Berlin, puis actuellement en

République tchèque, à Prague, le jeune prodige des lettres britanniques a été saluée par la critique internationale dès la parution de La Petite Icare (Plon), qu’elle a écrite à seulement

● ● ● et prêts à en découdre avec le premier musulman venu… Les religions, souvent, sont au cœur des sombres histoires d’Akpan. Ce n’est guère surprenant: ce jésuite a été ordonné prêtre en juin 2003 et, tout en voyageant beaucoup, il officie au sein du diocèse catholique d’Ikot Ekpene, au Nigeria.

PARABOLES. « La religion n’est pas

18 ans. Chez elle, les références littéraires sont occidentales et les ancêtres, et les esprits yoroubas toujours présents. Au fil de ses romans, Helen Oyeyemi construit une œuvre forte, originale, et compose une littérature à son image, sans frontières. ● SÉVERINE

un problème en soi, dit-il. Certains la prennent en otage pour la mettre au service de leur douteux agenda. Être prêtre ne signifie pas que je ne peux pas la critiquer ou qu’elle est parfaite. J’ai même la responsabilité de mettre le doigt sur ce que nous pourrions changer ou sur ce que nous faisons mal… » Puis il ajoute: « Jésus était un prêtre et un conteur. Regardez les paraboles ! Même si vous n’êtes pas chrétien, vous avez entendu parler du bon Samaritain et du fils prodigue. Ces récits ne mentionnent guère Dieu. Ce sont des histoires humaines qu’il racontait pour expliquer aux gens ce qui était bon ou ce qu’ils devaient faire. Alors qu’un prêtre se limite essentiellement à sa congrégation, un écrivain peut avoir une bien plus large audience. » Mais pourquoi jeter du sel sur les plaies à vif de l’Afrique ? « Je ne suis pas un afro-pessimiste, mais je suis intéressé par la tragédie. Regardez Eschyle, Sophocle, Shakespeare… Tous écrivaient des tragédies ! Les enfants de mes nouvelles sont aussi doux et aimables et espiègles que les enfants d’Europe ou d’Amérique. Je crois que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. » Sans doute est-il sincère, mais que reste-t-il quand seul demeure au bord d’une route un chien hurlant à la mort près du cadavre d’un enfant égorgé ? ●

KODJO-GRANDVAUX

NICOLAS MICHEL

Mister Fox, de Helen Oyeyemi, traduit de l’anglais par Guillaume Villeneuve, Galaade Éditions, 384 pages, 22 euros ■■■

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À NOTER

Bouillon de culture

À

peine rentrée de Brazzaville, l’équipe du festival littéraire Étonnants Voyageurs évoquera du 18 au 20 mai à Saint-Malo (France) « le miracle nigérian » et son « extraordinaire effervescence créatrice », avec, entre autres, Helon Habila, Teju Cole, Sefi Atta, Noo Saro-Wiwa, Uwem Akpan. Un focus sudafricain sera également proposé en compagnie notamment d’André Brink, Breyten Breytenbach, Mark Behr, Deon Meyer, Niq Mhlongo… Tout le programme est disponible sur : etonnants-voyageurs.com ●

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ARTS PLASTIQUES

UN MONDE PATCHWORK Une grande rétrospective est consacrée à l’œuvre de Yinka Shonibare, l’un des artistes les plus inventifs de sa génération.

COURTESY THE ARTIST AND ANNA SCHWARTZ GALLERY - SYDNEY

Ì Alien Man on Flying Machine. JEUNE AFRIQUE

volante semblable à celle conçue par Léonard de Vinci mais pilotée par un… extraterrestre (Alien Man on Flying Machine), des animaux anthropomorphes armés du revolver en or du colonel Kaddafi (Revolution Kids), plusieurs réinterprétations photographiques de la mort de l’amiral Nelson (Fake Death) ou encore deux hommes sans tête se tirant dessus à travers une boîte d’œufs démesurée (Egg Fight)…

COURTESY THE ARTIST AND COLLECTION MUSEUM BEELDEN AAN ZEE DEN HAAG, SCHEVENINGEN

C

est un événement : depuis le début du mois de mars et jusqu’au 1er septembre 2013, le Yorkshire Sculpture Park de Wakefield (Royaume-Uni) accueille une grande rétrospective (« Fabric-ation ») consacrée à l’artiste d’origine nigériane Yinka Shonibare (51 ans). En intérieur comme en extérieur, ce sont quelque trente œuvres vivement colorées, produites entre 2002 et 2013, qui témoignent de la vertigineuse inventivité de ce plasticien partiellement handicapé. Que ce soit dans ses sculptures, ses films, ses peintures ou ses collages, l’insatiable touche-à-tout distille partout une énergie débordante d’humour et de poésie. Joyeusement moqueur, n’aimant rien tant que bousculer les repères et chambouler les identités établies, le diplômé du Byam Shaw College of Art et du Goldsmiths College est connu pour sa fréquente utilisation du wax, tissu associé à l’Afrique dans l’imaginaire de beaucoup mais fabriqué en quantité aux Pays-Bas et inspiré à l’origine par le batik indonésien! Ainsi le Yorkshire Sculpture Park accueille-t-il des mouchoirs géants (Wind Sculptures), une machine

POSTRACIAL. L’Afrique est toujours pré-

sente par le biais du wax, mais le plus souvent mise en relation avec des représentations plutôt occidentales (œuvres d’art, livres, histoires, symboles, etc.). Modifiant points de vue et perspectives, Shonibare ose un discours moderne – postracial, pourrait-on dire – sur la colonisation et, plus généralement, l’impérialisme. Ne se contentant pas de condamner, en propagandiste zélé de la cause africaine, un passé d’oppression, il célèbre aussi l’incomparable créativité du multiculturalisme, avec un humour salvateur. ● N.M.

€ Revolution Kid (Fox).

« Fabrication, » de Yinka Shonibare, jusqu’au 1er septembre au Yorkshire Sculpture Park de Wakefield (Royaume-Uni). N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013


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Culture médias

MUSIQUE

PLANÈTE RAP D’banj, P-Square… Leurs tubes résonnent bien au-delà de l’Afrique. Ils travaillent avec Kanye West, Snoop Dog ou Akon. Retour sur un phénomène.

C

onfortablement installé dans un fauteuil en cuir, D’banj prend ses aises sur le plateau d’un talk-show nigérian. Tee-shirt frappé du logo de DB Records (la maison de disques qu’il a créée), chaîne en or et lunettesdesoleil,D’banjtémoigneà32ans de son succès international. Mais le jeune homme n’oublie pas pour autant d’où il vient. « C’est au Nigeria que je dois mon succès et mon argent », déclare-t-il. Car si D’banj est l’un des artistes africains les plus célèbres des États-Unis, il lui a fallu commencerparconquérirsonproprepays. En 2002, Dapo Daniel Oyebanjo, de son vrainom,ressembleàn’importequeljeune de Lagos, la capitale économique du pays. Frustré,désespéré,ilabandonnesesétudes et part à Londres, en quête d’un avenir meilleur. De retour deux ans plus tard, il crée Mo’Hits avec Don Jazzy, un autre espoir du rap. Sans doute le meilleur choix de sa carrière: la collaboration des deux artistes est des plus florissantes. Et 2004 est une année faste, pendant laquelle le Nigeria connaît un boom économique sans précédent. À cette période, les cours du brut s’envolent sur les marchés internationaux. Et le pays, dont 80 % des recettes reposent sur la production d’or noir, voit son PIB tripler. Laminées par des réformes économiquesdésastreuses,lesclassesmoyennes reprennent du poil de la bête. Et consomment. L’industrie musicale profite de cette embellie.«Lesgrossesentreprisesontcommencé à investir beaucoup d’argent dans le marketing, explique le rappeur eLDee, fondateurdu label Trybe Records. Elles ont eu l’idée d’utiliser la musique pour vendre leurs produits. » Il y a les grosses banques – le pays en compte une vingtaine. Mais aussi les opérateurs de téléphonie mobile, qui se livrent une guerre sans merci sur ce vaste marché de 160 millions d’habitants. N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

€ La star D’banj (à dr.) a vendu plus de 15 millions de disques sur le continent avec ses trois premiers albums. ESPOIR. Les années 2004 à 2008 corres-

pondent aussi à des bouleversements dans le paysage médiatique. De nouvelles règles imposentunminimumdecontenuslocaux sur les chaînes de télévision et de radio afin de favoriser la production nationale. La qualité des clips vidéo s’améliore. L’arrivée de MTV Base Africa, diffusée dans 48 pays du continent, va démultiplier l’audience de la nouvelle génération de chanteurs nigérians aux dents longues. La conjoncture était donc favorable pour un jeune ambitieux comme D’banj. Son premier album, No Long Thing (2005), lui ouvre les portes de la reconnaissance locale, mais aussi continentale : il est nommé meilleur espoir masculin aux Kora Awards. Sept ans plus tard, son hit Oliver Twist caracole en tête des charts en Grande-Bretagne. Et en décembre 2012, son label DB Records signe un partenariat très avantageux avec RCA Africa (filiale de Sony Entertainment), lui permettant de redistribuer des albums de la maison au

Nigeria. Dans l’intervalle, D’banj – sous contrat avec G.O.O.D. Music, le label de la mégastar Kanye West – travaille avec des pointures du rap comme Snoop Dogg. Lagos devient un puits de talents où les stars américaines viennent dénicher de nouveaux prodiges. Flavour, Banky W., 2Face Idibia, Wizkid, Weird MC… entrent dans des écuries américaines comme G.O.O.D. Music ou Konvict Muzik, fondé par l’Américano-Sénégalais Akon. Le duo P-Square illustre bien l’engouement continental pour le rap et le R’nB nigérians. Leur tube E No Easy (2012) est resté plusieurs semaines en tête des charts au Nigeria et au Ghana. Sous contrat avec Konvict Muzik, le clip du remix de leur fameux Chop My Money, en featuring avec Akon, a été vu plus de 14 millions de fois sur YouTube. Pour couronner le tout, le succès de leur tournée africaine « Invasion » a été au-delà de leurs espérances. La dernière étape à Kigali en décembre 2012 a fait le plein avec JEUNE AFRIQUE


Effervescence nigériane

VARIÉTÉ

First ladies

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JACOB SILBERBERG/PANOS-REA

ighlife, électro, alingo, R’nB, soul… Aucun style ne résiste aux Nigérianes. Omawumi, Ty Bello, Tiwa Savage ou encore Sasha P se sont fait un nom hors des frontières du pays le plus peuplé d’Afrique. En 2010, le hit Kele Kele Love révèle au grand public Tiwa Savage. Aujourd’hui âgée de 33 ans, la jeune femme, qui a passé l’essentiel de sa vie en Grande-Bretagne et aux États-Unis, possède une solide expérience de choriste auprès de George Michael, Chaka Khan, Kelly Clarkson ou encore Mary J. Blige. Lorsqu’en 2010 elle coécrit Collard Greens and Cornbread pour la nouvelle coqueluche de la soul américaine Fantasia Barrino, pas sûr qu’elle imagine composer un titre susceptible d’être nominé aux Grammy Awards la même année. Tiwa Savage a ouvert la voie à de jeunes talents comme Yemi Alade ou Chidinma Ekile, la lauréate 2011 du télé-crochet MTN Project Fame et meilleure artiste féminine aux Kora Awards 2012, avec son single Kedike. Les milieux ragga-rap sont aussi très dynamiques. Si Bouqui la « rapangelist » (rappeuse évangélique) a conquis les Nigérians du Sud, Sasha P est désormais surnommée la First Lady du rap nigérian. Révélée par son single Adara, la jeune femme enchaîne les succès depuis quatre ans. Au point de se tourner vers une autre de ses passions, la mode: en 2011, elle a lancé la marque de vêtements Eclectic by Sasha. ●

ROYALTIES. La prédominance nigériane sur la musique africaine est-elle si surprenante ? D’banj était encore en culottes courtes quand Island Records, le label de Bob Marley, venait dénicher des talents au Nigeria. À l’instar de King Sunny Adé, dont l’album Juju Music (1982) a été l’un des premiers à incarner lephénomèneafro-pop.Puisd’Ebenezer Obey, Sonny Okosun, Majek Fashek… et bien sûr du plus endurant – et créatif: Fela Anikulapo Kuti, le « père » de l’afrobeat, classé en 2006 parmi les héros du siècle par Time Magazine, aux côtés de Nelson Mandela, Pablo Picasso, JeanPaul II et des Beatles. L’accès à internet a par ailleurs contribué à changer les habitudes de consommationmusicale.PourObiAsika, organisateur de la Social Media Week de Lagos, le marché de la musique mobile (téléchargements, sonneries, streaming) JEUNE AFRIQUE

« a largement dépassé les 300 millions de dollars en 2012 ». Aujourd’hui, les opérateurs de téléphonie mobile contrôlent ce qui a longtemps été le monopole des « marketeurs », un cartel très important vivantdupiratage.En2000,lesartistesles ont convaincus de payer un montant forfaitairepourdistribuerleursalbums.Une reconnaissance de l’immense pouvoir des cartels, mais aussi une manœuvre efficace pour ne pas tout perdre. Car la société des droits d’auteur récolte désormais des bénéfices substantiels pour ses membres: 600000 dollars de royalties en 2012 pour les artistes nigérians. 2013 sera-t-elle l’année où le hip-hop nigérian franchira le point de non-retour dans sa conquête internationale? Une chose est sûre, la Grande-Bretagne, expays colonisateur du Nigeria, jouera un rôle primordial dans cette ascension. « Le seul artiste qui dame le pion aux NigériansenGrande-Bretagne,c’estTinie Tempah, ironise Obi Asika. Et d’ailleurs, Tempah est nigérian… » ● TOLU OGUNLESI (The Africa Report), à Lagos

MALIKA GROGA-BADA

Ü Bouqui, rappeuse évangélique.

DR

30 000 spectateurs au stade national Amahoro et, dans les tribunes, le président Paul Kagamé himself.

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À la guerre comme à la guerre Le numéro 32 de La revue est en vente dans les kiosques depuis le 25 avril.

A

PRÈS DEUX MOIS DE CAUCHEMAR, la famille Moulin-Fournier est de retour en France. Au complet. Mais que sait-on vraiment de ses ravisseurs, le groupe islamiste nigérian Boko Haram à qui on attribue la responsabilité de 3 000 morts depuis 2009 ? D’où viennent-ils, que veulent-ils ? Leurs actions sont-elles motivées par des raisons religieuses ou s’agit-il de l���expression d’une protestation sociale et politique ? Patrick Pesnot revient sur l’histoire de cette mystérieuse secte et nous permet de comprendre comment son combat contre l’influence occidentale au nom de l’islam peut générer des alliances avec la mouvance terroriste internationale. Dans l’actualité aussi, l’attitude de plus en plus agressive de la Corée du Nord. Après un tir de fusée en décembre 2012, soupçonné d’être un tir de missile balistique déguisé, suivi d’un essai nucléaire en février, Pyongyang n’en finit pas de faire monter les tensions sur la péninsule. Jusqu’à menacer à plusieurs reprises les États-Unis et la Corée du Sud d’une guerre « thermonucléaire ». Comment interpréter la rhétorique guerrière de Pyongyang ? Bluff ? Réel danger ? Alors qu’on célébrera le 27 juillet prochain le soixantième anniversaire de l’armistice de Panmunjeom, qui a mis fin à la guerre de Corée, Juliette Morillot, experte de la Corée du Nord,

! La revue no 32, mai 2013, 148 pages, 3,90 euros en France (3 000 F CFA dans la zone franc CFA).

décrypte les intentions réelles de Kim Jong-un, ce jeune dirigeant qui défie les grands. De la guerre encore, mais sur une note autrement plus légère avec Ferid Boughedir, qui nous parle, lui, de la drôle de bataille que se livrent depuis des années le temple de la cinéphilie mondiale, le Festival de Cannes, et les grandes compagnies hollywoodiennes. Cette année, quand vous regarderez les stars monter les marches du célèbre escalier, vous ne pourrez plus ignorer que, derrière flashs et paillettes, se cache une réalité bien moins glamour, faite de rivalités économiques et de boycotts mutuels… ● ANNA JAROV

À LIRE AUSSI DANS CE NUMÉRO ISRAËL-PAYS ARABES : LA SOLUTION EXISTE Le document de La revue ce mois-ci traite du conflit israélo-arabe, qui d’année en année s’éternise en une véritable « guerre de cent ans ». Gérard Haddad nous rappelle qu’en 2002 la Ligue arabe proposa un plan de paix équilibré, plus actuel que jamais, prévoyant l’établissement de « relations normales » avec Israël. Pourtant, les Israéliens ont ignoré la démarche arabe. Et si ce plan renaissait enfin de ses cendres ? JEUNE AFRIQUE

J’AI BOMBARDÉ LES SITES JIHADISTES AU MALI L’impressionnant récit d’un pilote français qui raconte ses premières frappes aériennes effectuées près de Gao, au Mali, et la plus longue mission jamais accomplie par la chasse française. Un témoignage unique et inédit. L’opération Serval comme si vous y étiez.

BRAZZAVILLE, LA BELLE ENDORMIE

En compagnie d’écrivains congolais, Nicolas Michel est parti à la découverte de l’ancienne capitale de l’AfriqueÉquatoriale française. Une balade littéraire et amoureuse dans une ville empreinte de mélancolie et de langueur… N O 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

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Date début : 19/04/2013 ; Date Limite : 05/06/2013 Client : COMMISSION DE LA CEDEAO Type : Sollicitation de Manifestation d'Intérêt Titre : RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT PORTANT SUR L’ÉTUDE DE FAISABILITÉ EN VUE DU DÉVELOPEMENT DES INFRASTRUCTURES AÉROPORTUAIRES EN AFRIQUE DE L’OUEST.

JEUNE AFRIQUE

N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

Manifestation d’intérêt

La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est un regroupement régional de quinze Etats ouest africains (3 enclavés et 1 île) peuplé d’environ 300 millions d’habitants et ayant une croissance économique annuelle d’à peu-près 6 %. La Commission de la CEDEAO est l’une des Communautés économiques régionales qui aident l’Union Africaine à coordonner la mise en œuvre des programmes d’intégration régionale et continentale et de développement dans la région ouest africaine. 2. Se référant à diverses études menées par la Commission de la CEDEAO et l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) et les audits de l’Autorité Fédérale Américaine de l’Aviation (FAA), les contraintes du transport aérien en Afrique de l’Ouest sont dues à : - Des infrastructures non adéquates : équipements aéroportuaires et des services de navigation aérienne inappropriés ; - Trafics aériens : manque de liaison sure et à moindre coût entre les Etats membres ; - Sureté et Sécurité : l’Afrique représente seulement 4% du trafic aérien mondial, pourtant pour plus de 12% des accidents. Le taux d’accident est six fois plus élevé que la moyenne mondiale. Près de 60% des accidents aériens se produisent dans cinq pays africain y compris ceux de la CEDEAO. 3. Il est dès lors urgent pour la région de la CEDEAO de renforcer les performances de sécurité et de sureté de ses aéroports. Une des solutions passe par l’amélioration, la mise aux normes et pratiques internationales des équipements et infrastructures aéroportuaires. 4. Ainsi, c’est dans ce contexte que la CEDEAO lance la présente étude de faisabilité sur le développement des équipements et infrastructures aéroportuaires de ses aérodromes disséminés dans ses Etats membres. 5. L’objectif général de l’étude est d’élaborer un schéma directeur de renforcement et de développement des équipements et infrastructures aéroportuaires dans les Etats membres de la CEDEAO. Les prestations du Consultant consistent à : - Faire l’état des lieux des équipements et infrastructures aéroportuaires dans l’espace CEDEAO : mécanisme institutionnel et organes en place, état des facilités existantes, contraintes et défis. A cet effet, une mission de collecte de données dans tous les Etats membres sera effectuée ; - Définir les critères de sélection des sites aéroportuaires à améliorer ; - Faire des propositions en termes de besoins ; - Proposer un liste des programmes et projets régionaux et/ou nationaux pouvant constituer des hubs pour financement ; - Evaluer les besoins en financement à court, moyen et moyen termes ; - Faire des suggestions/recommandations pertinentes sur comment attirer le secteur privé dans le financement des infrastructures et équipements aéroportuaires, particulièrement les programmes et projets proposés ; - Proposer un mécanisme de coordination régionale pour la mise en œuvre des programmes et projets proposés. 6. Pour la réalisation de la mission, le cabinet devra présenter au moins le profil suivant :  Être une firme de renommée internationale ayant une grande expérience (au moins 10 ans) dans les études techniques, économiques et financières et réalisations des programmes et projets d’infrastructures aéroportuaires ;  Disposer d’un personnel clé (Minimum Maîtrise) avec 10 ans d’expérience dans ce domaine;  Disposer de la capacité à produire et à fournir les rapports dans au moins deux des langues officielles de la CEDEAO à savoir, l’Anglais et,le Français. 7. Un consultant sera sélectionné suivant la méthode basée sur la qualité technique et le coût conformément au Code des Marchés de la CEDEAO. La Commission de la CEDEAO n’est pas tenue de retenir sur la liste restreinte un consultant qui aurait manifesté un intérêt pour la mission. 8. Une liste restreinte de six (6) cabinets présentant les meilleurs profils sera établie à partir des Manifestations d’Intérêts reçues. 9. Les cabinets d'un même réseau international ne peuvent soumettre qu'une seule manifestation d'intérêt. 10. La Commission de la CEDEAO invite les Consultants (Cabinets) admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services :  liste du personnel et compétences du consultant pour la mission;  L’équipe du Consultant devra être constituée de membres ayant une maîtrise combinée des langues officielles de la CEDEAO à savoir: l’anglais, le français et le portugais;  indication des références techniques vérifiables dans le domaine de la présente mission : liste des précédents clients pour ce type de mission précisant l’année, le coût de la mission, le nom du représentant du client, méthodologie mise en œuvre et résultats obtenus ;  l’adresse complète du cabinet (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Email). 11. Les Consultants intéressés peuvent se constituer en Groupement en vue d’augmenter leur niveau de qualification. 12. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux adresses mentionnées ci-dessous du lundi au Vendredi de 9 heures à 17 heures 0 GMT +1:Commission de la CEDEAO, Direction de l’Administration Générale, Division Procurement, 101, Yakubu Gowon Crescent Asokoro District, P. M. B. 401 Abuja Nigeria ou par E-mail à ces adresses suivantes : nkuakor@yahoo.fr ; kabirnfr@yahoo.fr ; bangoura53@yahoo.fr 13. Les manifestations d’intérêt rédigées en Anglais, Français et Portugais doivent parvenir sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le Mercredi 05 Juin 2013 à 16 heures précises, heure locale (GMT + 1) et porter clairement la mention : « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT PORTANT SUR L’ÉTUDE DE FAISABILITÉ EN VUE DU DÉVELOPEMENT DES INFRASTRUCTURES AÉROPORTUAIRES EN AFRIQUE DE L’OUEST, à ouvrir uniquement en présence du Comité d’Appel d’Offres » : Boîte d’Appel d’Offres situé dans le bureau de l’Assistante à la Commissaire, Administration & Finance, 5ème étage, Commission de la CEDEAO, 101 YAKUBU GOWON CRESCENT, ASOKORO District, P.M.B 401 ABUJA NIGERIA. 14. Cet avis de Manifestation d’Intérêt peut être consulté sur le site web ci-après : www.ecowas.int/services . Commissaire, Administration & Finance Cc: Commissaires, Infrastructures Directeur par Intérim de l’Administration Générale Chef de la Division Passation des Marchés


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Date début : 19/04/2013 ; Date Limite : 05/06/2013 Client : COMMISSION DE LA CEDEAO Type : Sollicitation de Manifestation d'Intérêt Titre : RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT PORTANT SUR L’ÉTUDE DE FAISABILITÉ POUR L’ÉLABORATION D’UN SCHÉMA DIRECTEUR DE DÉVELOPPEMENT DES SERVICES POSTAUX EN AFRIQUE DE L’OUEST. La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est un regroupement régional de quinze Etats ouest africains (3 enclavés et 1 île) peuplé d’environ 300 millions d’habitants et ayant une croissance économique annuelle d’à peu-près 6 %. La Commission de la CEDEAO est l’une des Communautés économiques régionales qui aident l’Union Africaine à coordonner la mise en œuvre des programmes d’intégration régionale et continentale et de développement dans la région ouest africaine. 2. Les services postaux de l’Afrique de l’Ouest, à l’image d’autres secteurs, connaissent des grands défis sur le plan infrastructures physiques, financiers et électronique. La situation du courrier postal dans la région CEDEAO laisse à désirer. Les échanges de courriers intra et inter états membres sont pauvres dus au manque de connexions adéquates nécessitant un mouvement triangulaire Afrique-Europe-Afrique. Les problèmes récurrents sur le transport aérien, les délais d’acheminements de courriers, le faible volume des courriers, le manque d’infrastructures adéquates pour les échanges de courriers, une pauvre documentation, l’instabilité et les suspicions entre les Etats et tant bien d’autres, constituent des freins du développement des courriers et colis postaux. 3. Concernant les services financiers postaux, ils sont très concurrencés par les services classiques (banques, services financiers décentralisés, etc…) surtout en milieu rural où les coûts des infrastructures ne sont pas à la portée des administrations postales. Les conséquences sont que la majeur partie des citoyens de la zone CEDEAO n’ont pas accès aux services financiers postaux durables qu’il s’agisse les services d’épargnes, de crédits ou d’assurances. La Poste a un rôle majeur à jouer sur le plan financier en multipliant les réseaux et le nombre de services et produits financiers. 4. Il est dès lors question de développer une vision intégrée et compréhensive sur l’amélioration des services financiers. Les services électroniques postaux quant à eux, ont été fortement concurrencés par Internet et visent essentiellement à installer des logiciels et applications appropriés pour accélérer le routage des courriers. 5. Ainsi, c’est dans ce contexte que la CEDEAO lance la présente étude de faisabilité sur l’élaboration d’un schéma directeur de développement des services postaux dans ses Etats membres. 6. L’objectif général de l’étude est d’élaborer un schéma directeur de développement des services postaux dans les Etats membres de la CEDEAO à travers une vision prospective à long terme pour les 30 prochaines années, des initiatives, programmes et projets durables qui prennent en compte le monde changeant. Les prestations du Consultant consistent à : - Dresser un état des lieux des services postaux par pays : fonctionnement, infrastructures existantes, gouvernance, situation institutionnelle, forces et faiblesses, opportunités et menaces. A cet effet, une mission de collecte de données dans tous les Etats membres sera effectuée ; - Proposer des solutions durables pour la redynamisation des services postaux : restructuration, rénovation et/ou création des infrastructures adéquates à même de répondre aux défis soulevés et à son rôle de service public ; - Faire une analyse multicritère en vue de sélection des programmes et projets tangibles nécessitant un accompagnement de la CEDEAO à l’échelle régionale pour la mise en œuvre ; - Proposer une liste des programmes et projets régionaux et/ou nationaux pour le financement et ce, à court, moyen et long terme; - Faire des suggestions/recommandations pertinentes sur comment attirer le secteur privé dans le financement des restructurations ou services attendus, particulièrement les programmes et projets proposés ; - Proposer un mécanisme de coordination régionale pour la mise en œuvre des programmes et projets proposés. 7. Pour la réalisation de la mission, le cabinet devra présenter au moins le profil suivant :  Être une firme de renommée internationale (Bureau d’étude) ayant une grande expérience (au moins 15 ans) dans les études techniques, économiques et financières sur les restructurations, les programmes et projets des services postaux ;  disposer d’un personnel clé (Minimum Maîtrise) avec 15 ans d’expérience dans ce domaine;  Disposer de la capacité à produire et à fournir les rapports dans au moins deux des langues officielles de la CEDEAO à savoir, l’Anglais et le Français. 8. Un consultant sera sélectionné suivant la méthode basée sur la qualité technique et le coût conformément au Code des Marchés de la CEDEAO. La Commission de la CEDEAO n’est pas tenue de retenir sur la liste restreinte un consultant qui aurait manifesté un intérêt pour la mission. 9. Une liste restreinte de six (6) cabinets présentant les meilleurs profils sera établie à partir des Manifestations d’Intérêts reçues. 10. Les cabinets d'un même réseau international ne peuvent soumettre qu'une seule manifestation d'intérêt. 11. La Commission de la CEDEAO invite les Consultants (Cabinets) admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services :  liste du personnel et compétences du consultant pour la mission;  L’équipe du Consultant devra être constituée de membres ayant une maîtrise combinée des langues officielles de la CEDEAO à savoir: l’anglais, le français et le portugais;  indication des références techniques vérifiables dans le domaine de la présente mission : liste des précédents clients pour ce type de mission précisant l’année, le coût de la mission, le nom du représentant du client, méthodologie mise en œuvre et résultats obtenus ;  l’adresse complète du cabinet (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Email). 12. Les Consultants intéressés peuvent se constituer en Groupement en vue d’augmenter leur niveau de qualification. 13. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux adresses mentionnées ci-dessous du lundi au Vendredi de 9 heures à 17 heures 0 GMT +1:Commission de la CEDEAO, Direction de l’Administration Générale, Division Procurement, 101, Yakubu Gowon Crescent Asokoro District, P. M. B. 401 Abuja Nigeria ou par E-mail à ces adresses suivantes : nkuakor@yahoo.fr ; kabirnfr@yahoo.fr ; bangoura53@yahoo.fr. 14. Les manifestations d’intérêt rédigées en Anglais, Français et Portugais doivent parvenir sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le Mercredi 05 Juin 2013 à 16 heures précises, heure locale (GMT + 1) et porter clairement la mention : « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT PORTANT SUR L’ÉTUDE DE FAISABILITÉ POUR L’ÉLABORATION D’UN SCHÉMA DIRECTEUR DE DÉVELOPPEMENT DES SERVICES POSTAUX EN AFRIQUE DE L’OUEST, à ouvrir uniquement en présence du Comité d’Appel d’Offres » : Boîte d’Appel d’Offres situé dans le bureau de l’Assistante à la Commissaire, Administration & Finance, 5ème étage, Commission de la CEDEAO, 101 YAKUBU GOWON CRESCENT, ASOKORO District, P.M.B 401 ABUJA NIGERIA. 15. Cet avis de Manifestation d’Intérêt peut être consulté sur le site web ci-après : www.ecowas.int/services. 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Date début : 19/04/2013 ; Date Limite : 05/06/2013 Client : COMMISSION DE LA CEDEAO Type : Sollicitation de Manifestation d'Intérêt Titre : RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT EN VUE DE L’ÉLABORATION DU PLAN DE LA CEDEAO POUR LE DÉVELOPPEMENT DES INFRASTRUCTURES RÉGIONALES.

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N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

Manifestation d’intérêt

La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est un regroupement régional de quinze Etats ouest africains (3 enclavés et 1 île) peuplé d’environ 300 millions d’habitants et ayant une croissance économique annuelle d’à peu-près 6 %. La Commission de la CEDEAO est l’une des Communautés économiques régionales qui aident l’Union Africaine à coordonner la mise en œuvre des programmes d’intégration régionale et continentale et de développement dans la région ouest africaine. 2. Une réunion des Ministres de la CEDEAO en charge des infrastructures, du transport, de l’énergie, des ressources en eau et des TIC tenue en novembre 2012 a analysé l’état des projets d’infrastructures régionales et du PIDA-PAP en vue d’élaborer une liste de projets à court terme pour l’Afrique de l’Ouest. Les Ministres ont entre autres approuvé l’élaboration d’un plan directeur de développement des infrastructures régionales de la CEDEAO qui définit les repères, les conditions régionales minimums et fondamentales et les objectifs ainsi qu’un cadre de développement des infrastructures, indispensable pour remplir ces conditions. 3. À cet effet, la Commission de la CEDEAO à l’intention de recruter un Consultant (Firme) en vue de l’Elaboration d’un Plan Directeur pour le Développement à long terme des Infrastructures Régionales de la CEDEAO. 4. La CEDEAO vise à identifier les insuffisances d’infrastructures dans la région à partir des besoins de développement de l’Afrique de l’Ouest prévu au cours des 30 prochaines années et à élaborer un plan directeur de réalisation d’infrastructures dans les domaines du transport, des TIC, de l’énergie et de l’eau. Les prestations du Consultant consistent à :  Tâche 1 : Conduire des analyses diagnostiques sectorielles des besoins en infrastructures pour 2020, 2030 et 2040 (Transport, TIC, Énergie/Eau);  Tâche 2 : Concevoir et élaborer les plans directeurs (Transport, Énergie/Eau, TIC);  Tâche 3 : Élaborer un plan d’action et un calendrier de mise en œuvre du plan directeur de la CEDEAO;  Tâche 4 : Développer une stratégie de financement;  Tâche 5 : Développer un plan de coordination et de suivi du plan directeur par la Commission ;  Tâche 6 : Développer une stratégie de communication. 5. Pour la réalisation de la mission, le cabinet devra présenter au moins le profil suivant :  Être une firme de renommée internationale ayant une grande expérience (au moins 10 ans) dans l’Elaboration de Plan Directeur pour le Développement des Infrastructures ;  Disposer d’un personnel clé (Minimum Maîtrise) avec 10 ans d’expérience dans ce domaine;  Disposer de la capacité à produire et à fournir les rapports dans au moins deux des langues officielles de la CEDEAO à savoir, l’Anglais et le Français. 6. Un consultant sera sélectionné suivant la méthode basée sur la qualité technique et le coût conformément au Code des Marchés de la CEDEAO. La Commission de la CEDEAO n’est pas tenue de retenir sur la liste restreinte un consultant qui aurait manifesté un intérêt pour la mission. 7. Une liste restreinte de six (6) cabinets présentant les meilleurs profils sera établie à partir des Manifestations d’Intérêts reçues. 8. Les cabinets d'un même réseau international ne peuvent soumettre qu'une seule manifestation d'intérêt. 9. La Commission de la CEDEAO invite les Consultants (Cabinets) admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services :  liste du personnel et compétences du consultant pour la mission;  L’équipe du Consultant devra être constituée de membres ayant une maîtrise combinée des langues officielles de la CEDEAO à savoir: l’anglais, le français et le portugais;  indication des références techniques vérifiables dans le domaine de la présente mission : liste des précédents clients pour ce type de mission précisant l’année, le coût de la mission, le nom du représentant du client, méthodologie mise en œuvre et résultats obtenus ;  l’adresse complète du cabinet (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Email). 10. Les Consultants intéressés peuvent se constituer en Groupement en vue d’augmenter leur niveau de qualification. 11. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux adresses mentionnées ci-dessous du lundi au Vendredi de 9 heures à 17 heures 0 GMT +1:Commission de la CEDEAO, Direction de l’Administration Générale, Division Procurement, 101, Yakubu Gowon Crescent Asokoro District, P. M. B. 401 Abuja Nigeria ou par E-mail à ces adresses suivantes : nkuakor@yahoo.fr ; kabirnfr@yahoo.fr ; bangoura53@yahoo.fr. 12. Les manifestations d’intérêt rédigées en Anglais, Français et Portugais doivent parvenir sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le Mercredi 05 Juin 2013 à 16 heures précises, heure locale (GMT + 1) et porter clairement la mention : « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT EN VUE DE L’ÉLABORATION DU PLAN DE LA CEDEAO POUR LE DÉVELOPPEMENT DES INFRASTRUCTURES RÉGIONALES, à ouvrir uniquement en présence du Comité d’Appel d’Offres » : Boîte d’Appel d’Offres situé dans le bureau de l’Assistante à la Commissaire, Administration & Finance, 5ème étage, Commission de la CEDEAO, 101 YAKUBU GOWON CRESCENT, ASOKORO District, P.M.B 401 ABUJA NIGERIA. 13. Cet avis de Manifestation d’Intérêt peut être consulté sur le site web ci-après : www.ecowas.int/services. Commissaire, Administration & Finance Cc: Commissaires, Infrastructures Directeur par Intérim de l’Administration Générale Chef de la Division Passation des Marchés


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Date début : 19/04/2013 ; Date Limite : 05/06/2013 Client : COMMISSION DE LA CEDEAO Type : Sollicitation de Manifestation d'Intérêt Titre : RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT PORTANT SUR L’ÉTUDE POUR LE DÉVELOPEMENT DE L’ÉLECTRIFICATION RURALE ET PÉRIURBAINE EN AFRIQUE DE L’OUEST. La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est un regroupement régional de quinze Etats ouest africains (3 enclavés et 1 île) peuplé d’environ 300 millions d’habitants et ayant une croissance économique annuelle d’à peu-près 6 %. La Commission de la CEDEAO est l’une des Communautés économiques régionales qui aident l’Union Africaine à coordonner la mise en œuvre des programmes d’intégration régionale et continentale et de développement dans la région ouest africaine. 2. Par Décision A/DEC.24/01/06 du 12 Janvier 2006, le 29ème Sommet de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO a adopté la politique CEDEAO/UEMOA sur l’accès aux services énergétiques des populations rurales et périurbaines sur la réduction de la pauvreté et l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMDs). 3. A l’approche de l’horizon fixé de 2015, le taux d’électrification moyen est de 30% avec seulement 8% en milieu rural. La demande d’énergie électrique est couverte à seulement 54% malgré un potentiel énorme de sources d’énergie dans la région. Pour y faire face, la CEDEAO a créé depuis 2004, le Système d’Echanges d’Energie Electrique OuestAfricain (EEEOA-WAPP) chargé de la mise en œuvre des projets régionaux de production et de transport d’énergie électrique. Le WAPP vient d’adopter un nouveau schéma directeur comprenant près de 60 projets de construction des ouvrages de production d’énergie et des lignes d’interconnexions pour un besoin en financement de 27 milliards US$. La réalisation de cet ambitieux programme accroitra l’offre de l’énergie électrique, donc des potentialités pour atteindre plus de consommateurs. 4. Aussi, au niveau des Etats membres, on assiste à la création des organes et agences chargés exclusivement de l’électrification rurale à travers lesquels des programmes et projets sont montés mais timidement très souvent par manque de financement. Il est dès lors urgent pour la région de la CEDEAO de créer des mécanismes pour la satisfaction des besoins en énergie électrique des zones rurales et périurbaines. 5. Ainsi, c’est dans ce contexte que la CEDEAO lance la présente étude de faisabilité sur l’électrification rurale et périurbaine au bénéfice de ses Etats membres. 6. L’objectif général de l’étude est de pouvoir élaborer un schéma directeur d’électrification rurale et périurbaine en Afrique en l’Ouest. Les prestations du Consultant consistent à : - Faire l’état des lieux de l’électrification rurale et périurbaine dans l’espace CEDEAO : mécanisme institutionnel et organes en place, taux de couverture atteint, champ couvert, contraintes et difficultés. A cet effet, une mission de collecte de données dans tous les Etats membres sera effectuée ; - Définir les critères de sélections des localités à électrifier ; - Faire des propositions en terme de besoins et demandes en tenant compte de toutes les options technologiques et institutionnelles d’électrification pouvant être appliquées ; - Proposer des projets nationaux et/ou régionaux viables à financer ; - Evaluer les besoins en financement à court, moyen et long terme ; - Faire des suggestions pertinentes sur comment attirer le secteur privé dans le financement de l’électrification rurale et périurbaine, particulièrement les programmes et projets proposés; - Proposer éventuellement une structure régionale de coordination de la planification, formulation, financement et mise en œuvre des programmes et projets d’électrification rurale et périurbaine. 7. Pour la réalisation de la mission, le cabinet devra présenter au moins le profil suivant :  Être une firme de renommée internationale (Bureau d’étude) ayant une grande expérience (au moins 20 ans) dans les études et réalisations des programmes et projets d’énergie particulièrement en électrification rurale et périurbaine intégrées ;  Disposer d’un personnel clé (Minimum Maîtrise) avec 15 ans d’expérience dans ce domaine;  Disposer de la capacité à produire et à fournir les rapports dans au moins deux des langues officielles de la CEDEAO à savoir, l’Anglais et le Français. 8. Un consultant sera sélectionné suivant la méthode basée sur la qualité technique et le coût conformément au Code des Marchés de la CEDEAO. La Commission de la CEDEAO n’est pas tenue de retenir sur la liste restreinte un consultant qui aurait manifesté un intérêt pour la mission. 9. Une liste restreinte de six (6) cabinets présentant les meilleurs profils sera établie à partir des Manifestations d’Intérêts reçues. 10. Les cabinets d'un même réseau international ne peuvent soumettre qu'une seule manifestation d'intérêt. 11. La Commission de la CEDEAO invite les Consultants (Cabinets) admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services :  liste du personnel et compétences du consultant pour la mission;  L’équipe du Consultant devra être constituée de membres ayant une maîtrise combinée des langues officielles de la CEDEAO à savoir: l’anglais, le français et le portugais;  indication des références techniques vérifiables dans le domaine de la présente mission : liste des précédents clients pour ce type de mission précisant l’année, le coût de la mission, le nom du représentant du client, méthodologie mise en œuvre et résultats obtenus ;  l’adresse complète du cabinet (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Email). 12. Les Consultants intéressés peuvent se constituer en Groupement en vue d’augmenter leur niveau de qualification. 13. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux adresses mentionnées ci-dessous du lundi au Vendredi de 9 heures à 17 heures 0 GMT +1:Commission de la CEDEAO, Direction de l’Administration Générale, Division Procurement, 101, Yakubu Gowon Crescent Asokoro District, P. M. B. 401 Abuja Nigeria ou par E-mail à ces adresses suivantes : nkuakor@yahoo.fr ; kabirnfr@yahoo.fr ; bangoura53@yahoo.fr . 14. Les manifestations d’intérêt rédigées en Anglais, Français et Portugais doivent parvenir sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le Mercredi 05 Juin 2013 à 16 heures précises, heure locale (GMT + 1) et porter clairement la mention : « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT PORTANT SUR L’ÉTUDE POUR LE DÉVELOPEMENT DE L’ÉLECTRIFICATION RURALE ET PÉRIURBAINE EN AFRIQUE DE L’OUEST, à ouvrir uniquement en présence du Comité d’Appel d’Offres » : Boîte d’Appel d’Offres situé dans le bureau de l’Assistante à la Commissaire, Administration & Finance, 5ème étage, Commission de la CEDEAO, 101 YAKUBU GOWON CRESCENT, ASOKORO District, P.M.B 401 ABUJA NIGERIA. 15. Cet avis de Manifestation d’Intérêt peut être consulté sur le site web ci-après : www.ecowas.int/services. Commissaire, Administration & Finance Cc: Commissaires, Infrastructures Directeur par Intérim de l’Administration Générale Chef de la Division Passation des Marchés

N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

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Date début : 19/04/2013 ; Date Limite : 05/06/2013 Client : COMMISSION DE LA CEDEAO Type : Sollicitation de Manifestation d'Intérêt Titre : RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT POUR L’ÉTUDE DE FAISABILITÉ DU CORRIDOR LAGOS – DAKAR.

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N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

Manifestation d’intérêt

Fondée en 1975, la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) est une communauté économique régionale qui regroupe quinze pays. Elle a pour mission de promouvoir l’intégration économique ‘dans tous les domaines de l’activité économique, notamment l’industrie, le transport, les télécommunications, l’énergie, l’agriculture, les ressources naturelles, le commerce, les questions monétaires et financières, les affaires sociales et culturelles’. Elle a pour objectif global la promotion de la coopération et de l’intégration dans la perspective d’une union économique et monétaire comme moyen de stimuler la croissance économique et le développement en Afrique de l’ouest. 2. La mauvaise performance de la CEDEAO en commerce international et la faible position qu’elle occupe dans l’économie mondiale en général sont dus à un certain nombre de défis systémiques aux nombres desquels la mauvaise qualité des infrastructures et des services de transport, la non uniformité des règles, le manque chronique de capacité en matière de transport, mis à nu par l’augmentation de la densité du trafic, ainsi que d’autres réseaux d’infrastructures qui empêchent la région d’assurer un commerce et des activités commerciales efficaces non seulement dans les Etats membres, mais également sur le continent. 3. Le transport routier est reconnu comme étant un élément indispensable dans la vision exprimée par la Commission de la CEDEAO de réaliser une intégration régionale axée sur les peuples, de stimuler ainsi la croissance économique et d’éradiquer la pauvreté dans la région. C’est à cet effet que l’article 32 du traité de la CEDEAO révisé en 1993 encourage le développement d’infrastructures et de politiques de transport dans les Etats membres en vue de promouvoir la libre circulation des personnes, des biens et services au sein de la Communauté. 4. Au vu de l’importance des infrastructures, la 41e Session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, réunie les 28 et 29 juin 2012 à Yamoussoukro, a exhorté la Commission à intensifier ses efforts en vue du développement des infrastructures régionales et de la mobilisation des ressources nécessaires. Il s’agit par conséquent d’élaborer une politique de transport routier plus fiable, plus sure et plus efficace, qui permettra de réduire le coût des transports et de promouvoir les échanges dans la région ouest africaine. 5. C’est dans cette perspective que la Commission de la CEDEAO souhaite entreprendre une étude visant à créer les conditions actuelles et d’identifier de façon spécifique le “chaînon manquant” qui entrave la réalisation de l’ensemble du corridor Lagos-Dakar, afin de consacrer des ressources à la réhabilitation du corridor routier qui favorise la densité du trafic régional et interrégional, afin de promouvoir l’intégration physique de la région, et donc de faciliter la libre circulation des personnes et des biens le long du corridor. 6. Les prestations du Consultant consistent à : Dès son recrutement, le consultant conduira des études de reconnaissance et de vérification de l’état de la route, ainsi que des tests de résistance de la chaussée. Il aura à recueillir les données du trafic et des projections de croissance afin de déterminer les travaux requis et les coûts qui y sont associés et qui pourraient comprendre des travaux de réhabilitation et/ou de modernisation, de maintenance de routine et de maintenance classique. Le consultant aura également à conduire le test de l’indice de rugosité international (IRI) afin de déterminer la qualité de roulement et le chargement routier en vue des décisions relatives à la réhabilitation et à la maintenance. Les fonctions spécifiques du consultant sont les suivantes : i. Conduire une visite sur le terrain pour : a. le relevé de trafic visant à déterminer le DJMA ; b. une enquête sur l’état visuel de la route ; c. l’évaluation du tracé routier ; d. l’enquête sur l’environnement routier pour tenir compte des divers facteurs dont les implantations (villes, villages, etc.), les installations électriques, les lieux des bonnes sources des matériaux de construction routière, les caractéristiques hydrologiques et d’évacuation, les caractéristiques géotechniques et du sol, les normes de conception, la topographie, les passages de cours d’eau, les montagnes et tout autre élément nécessaire à l’aménagement. ii. Conduire des examens de base (déviation, pénétration à cône dynamique (DCP), core test) pour déterminer la résistance de la chaussée ; iii. Conduire un test IRI tout le long du corridor pour déterminer la qualité de roulement et le moment propice à des travaux de réparation ou de maintenance ; iv. Assurer un classement logique par catégorie des conditions de la chaussée : bon, moyen et mauvais) ; v. Préparer un inventaire détaillé des routes, y compris les caractéristiques de la sécurité routière et leur statut ; vi. Prescrire diverses options/scénarios d’amélioration (réhabilitation/travaux de mise à niveau et travaux de maintenance de routine/ périodique sur une durée de 10 ans, etc.) pour améliorer la route et fournir une faisabilité économique des options préférables identifiées avec un modèle approprié de développement d’autoroute et un calendrier de mise en œuvre correspondant ; vii. Préparer une estimation préliminaire des coûts des interventions envisagées et qui comprendront la maintenance périodique, la maintenance de routine et les interventions de mise à niveau, alors que seront construits les chaînons manquants et tous les tronçons non bitumés seront remis à niveau et bitumés, de même que les chaînons manquants ; viii. Identifier les équipements sociaux et les installations aux abords du corridor et censées servir les communautés et les usagers de la route respectivement. Conseiller également sur la prévision de mesures de réduction de l’impact sociale et d’amélioration (exemple : clôture scolaire, puits, etc.) qui seront identifiées le long du trajet. 7. Pour la réalisation de la mission, le cabinet devra présenter au moins le profil suivant :  Être une firme de renommée internationale ayant une grande expérience (au moins 10 ans) dans ce domaine d’étude ;  Disposer d’un personnel clé (Minimum Maitrise) avec 10 ans d’expérience dans ce domaine d’étude;  Disposer de la capacité à produire et à fournir les rapports dans au moins deux des langues officielles de la CEDEAO à savoir, l’Anglais et le Français. 8. Un consultant sera sélectionné suivant la méthode basée sur la qualité technique et le coût conformément au Code des Marchés de la CEDEAO. La Commission de la CEDEAO n’est pas tenue de retenir sur la liste restreinte un consultant qui aurait manifesté un intérêt pour la mission. 9. Une liste restreinte de six (6) cabinets présentant les meilleurs profils sera établie à partir des Manifestations d’Intérêts reçues. 10. Les cabinets d'un même réseau international ne peuvent soumettre qu'une seule manifestation d'intérêt. 11. La Commission de la CEDEAO invite les Consultants (Cabinets) admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services :  liste du personnel et compétences du consultant pour la mission;  L’équipe du Consultant devra être constituée de membres ayant une maîtrise combinée des langues officielles de la CEDEAO à savoir: l’anglais, le français et le portugais;  indication des références techniques vérifiables dans le domaine de la présente mission : liste des précédents clients pour ce type de mission précisant l’année, le coût de la mission, le nom du représentant du client, méthodologie mise en œuvre et résultats obtenus ;  l’adresse complète du cabinet (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Email). 12. Les Consultants intéressés peuvent se constituer en Groupement en vue d’augmenter leur niveau de qualification. 13. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux adresses mentionnées ci-dessous du lundi au Vendredi de 9 heures à 17 heures 0 GMT +1:Commission de la CEDEAO, Direction de l’Administration Générale, Division Procurement, 101, Yakubu Gowon Crescent Asokoro District, P. M. B. 401 Abuja Nigeria ou par E-mail à ces adresses suivantes : nkuakor@yahoo.fr ; kabirnfr@yahoo.fr ; bangoura53@yahoo.fr. 14. Les manifestations d’intérêt rédigées en anglais ou en français, doivent parvenir sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le Mercredi 05 Juin 2013 à 16 heures précises, heure locale (GMT + 1) et porter clairement la mention : « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT POUR L’ÉTUDE DE FAISABILITÉ DU CORRIDOR LAGOS – DAKAR, à ouvrir uniquement en présence du Comité d’Appel d’Offres » : Boîte d’Appel d’Offres situé dans le bureau de l’Assistante à la Commissaire, Administration & Finance, 5ème étage, Commission de la CEDEAO, 101 YAKUBU GOWON CRESCENT, ASOKORO District, P.M.B 401 ABUJA NIGERIA. 15. Cet avis de Manifestation d’Intérêt peut être consulté sur le site web ci-après : www.ecowas.int/services. Commissaire, Administration & Finance Cc: Commissaires, Infrastructures Directeur par Intérim de l’Administration Générale Chef de la Division Passation des Marchés


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Date début : 19/04/2013 ; Date Limite : 05/06/2013 Client : COMMISSION DE LA CEDEAO Type : Sollicitation de Manifestation d'Intérêt Titre : RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT POUR LA MISE A JOUR DU SCHÉMA DIRECTEUR D’INTERCONNEXION DES RÉSEAUX DE CHEMINS DE FER DE LA CEDEAO. La Communauté Economique des Etats de l’Ouest regroupe quinze(15) Etats membres pour une superficie de plus six(6) millions de kilomètres carrés avec une population estimée à environ trois cent(300) millions d’habitants. La région regorge d’énormes ressources minières, pétrolières et agricoles. 2. Le réseau routier est relativement en état, mais souffre énormément des surcharges causées par les véhicules lourds. Afin de soulager le réseau routier et exploiter les ressources naturelles de la région, la Commission de la CEDEAO a entrepris de redynamiser et moderniser le réseau ferroviaire. De ce fait, la construction et la réhabilitation des réseaux ferroviaires en sont devenues des priorités régionales. 3. A cette fin, la Commission a mené une étude en 2008 en vue d’élaborer un schéma directeur pour interconnecter et moderniser les réseaux de chemins de fer de la région. Ainsi, un schéma directeur de développement du chemin de fer régional a été adopté par les instances statutaires de la CEDEAO. 4. L’objectif global de l’étude est de préparer un schéma d’interconnexion des réseaux ferroviaires reliant tous les pays de la CEDEAO en particulier les pays non couverts par l’actuel schéma directeur. Les prestations du Consultant consistent à : - Evaluer le schéma directeur actuel et redéfinir dans la mesure du possible les priorités pour la réhabilitation des lignes existantes et ou construction des nouvelles lignes ; - Etudier la possibilité de relier la Gambie, la Guinée Bissau et la Sierra Leone aux réseaux ferroviaires existants ou à construire des autres Etats membres. Ceci se traduira par l’élaboration d’un mini schéma directeur pour ces trois pays à intégrer dans l’actuel plan ; - Etudier la possibilité de nouvelles liaisons ferroviaires en Guinée et au Liberia et leur interconnexion aux réseaux existants ou à construire. Ces liaisons sont à intégrer dans l’actuel plan directeur ; - Présenter le nouveau schéma directeur reflétant toutes les interconnexions des réseaux de chemins de fer de la CEDEAO faisant ressortir les liaisons par ordre de priorité. Il faut noter que cet ordre de priorité devra tenir compte, entre autres, des critères de viabilité économique et financière des liaisons ; - Préparer sur la base de ces priorités, un portefeuille de trois projets phares d’interconnexion qui doivent faire l’objet d’études techniques détaillées. Dresser un plan de financement à court, moyen et long terme de ces projets phares ; - Proposer un mécanisme de coordination régionale pour la mise en œuvre du nouveau schéma directeur consolidé proposé. 5. Pour la réalisation de la mission, le cabinet devra présenter au moins le profil suivant :  Être une firme de renommée internationale (Bureau d’études) ayant une grande expérience (au moins 10 ans) dans les études des programmes et projets de chemins de fer ;  Disposer d’un personnel clé (Minimum Maitrise) avec 10 ans d’expérience dans ce domaine;  Disposer de la capacité à produire et à fournir les rapports dans au moins deux des langues officielles de la CEDEAO à savoir, l’Anglais et le Français. 6. Un consultant sera sélectionné suivant la méthode basée sur la qualité technique et le coût conformément au Code des Marchés de la CEDEAO. La Commission de la CEDEAO n’est pas tenue de retenir sur la liste restreinte un consultant qui aurait manifesté un intérêt pour la mission. 7. Une liste restreinte de six (6) cabinets présentant les meilleurs profils sera établie à partir des Manifestations d’Intérêts reçues. 8. Les cabinets d'un même réseau international ne peuvent soumettre qu'une seule manifestation d'intérêt. 9. La Commission de la CEDEAO invite les Consultants (Cabinets) admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services :  liste du personnel et compétences du consultant pour la mission ;  L’équipe du Consultant devra être constituée de membres ayant une maîtrise combinée des langues officielles de la CEDEAO à savoir: l’anglais et le français ;  indication des références techniques vérifiables dans le domaine de la présente mission : liste des précédents clients pour ce type de mission précisant l’année, le coût de la mission, le nom du représentant du client, méthodologie mise en œuvre et résultats obtenus ;  l’adresse complète du cabinet (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Email). 10. Les Consultants intéressés peuvent se constituer en Groupement en vue d’augmenter leur niveau de qualification. 11. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux adresses mentionnées ci-dessous du lundi au Vendredi de 9 heures à 17 heures 0 GMT +1:Commission de la CEDEAO, Direction de l’Administration Générale, Division Procurement, 101, Yakubu Gowon Crescent Asokoro District, P. M. B. 401 Abuja Nigeria ou par E-mail à ces adresses suivantes : nkuakor@yahoo.fr ; kabirnfr@yahoo.fr ; bangoura53@yahoo.fr . 12. Les manifestations d’intérêt rédigées en Anglais, Français et Portugais doivent parvenir sous pli fermé à l’adresse ci-dessous au plus tard le Mercredi 05 Juin 2013 à 16 heures précises, heure locale (GMT + 1) et porter clairement la mention : « RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT POUR LA MISE À JOUR DU SCHÉMA DIRECTEUR D’INTERCONNEXION DES RÉSEAUX DE CHEMINS DE FER DE LA CEDEAO, à ouvrir uniquement en présence du Comité d’Appel d’Offres » : Boîte d’Appel d’Offres situé dans le bureau de l’Assistante à la Commissaire, Administration & Finance, 5ème étage, Commission de la CEDEAO, 101 YAKUBU GOWON CRESCENT, ASOKORO District, P.M.B 401 ABUJA NIGERIA. 13. Cet avis de Manifestation d’Intérêt peut être consulté sur le site web ci-après : www.ecowas.int/services. Commissaire, Administration & Finance Cc: Commissaires, Infrastructures Directeur par Intérim de l’Administration Générale Chef de la Division Passation des Marchés N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

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INVITATION FOR BIDS Procurement Number: 14/MIS/13 Supply, Delivery and Installation of Data Center Equipment, Software and Accessories for the African Union Commission The African Union Commission has received funds from JPA towards the procurement of the above mentioned goods and Services. The African Union Commission now invites bids from interested bidders for the Supply, Delivery and Installation of Data Center Equipment, Software and Accessories. The items are categorized in different lots: Lot 1. CISCO Items and Software; Lot 2. Supply, Delivery and Installation of Racks, Cables and Accessories. More details on the above requirements are provided in the bid document. Interested firms can collect the bid documents from the African Union website: http://www.au.int/en/bids. The closing date for the submission of bids shall be 23rd May 2013 at 1500hrs local time. And Sealed bids will be opened on 23rd May 2013 at 1530hrs local time. For further inquiries please use Tel: +251-11-5517700, Ext 4338. E-mail Tender@africa-union.org

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE AVIS DE REPORT D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 24/2012/D.G.M.R.E Il est porté à la connaissance des intéressés par la soumission dans le cadre de l’appel d’offres international N° 24/2012/DGMRE relatif à l’acquisition de pièces de rechange pour véhicules de types FIAT, PEUGEOT et NISSAN, que la date limite de la réception des offres prévue pour le 22 Avril 2013 a été reportée au 06 mai 2013. N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

Manifestation d’intérêt - Appel d’offres

AVIS D’APPEL À MANIFESTATIONS D’INTÉRÊT SEN/030 • 13 149 Évaluation participative des capacités de programmation et de gestion des acteurs concernées par l’exécution des programmes sectoriels du 3e Programme indicatif de Coopération (PIC III) L’Agence luxembourgeoise pour la Coopération au Développement (Lux-Development) lance un Appel à Manifestations d’Intérêt pour l’acquisition de services d’évaluation participative des capacités de programmation et de gestion des acteurs concernés par l’exécution des programmes sectoriels du PIC III, pour le compte du Programme SEN/030 qui sera financé avec des fonds des Gouvernements du Sénégal et du Grand-Duché de Luxembourg. Les prestataires invités à manifester leur intérêt à fournir les services précités sont les bureaux d’études et de consultance de droit privé, (y compris cabinet d’experts comptables), légalement constitués (à l’exclusion des experts indépendants, des organisations non gouvernementales, des associations sans but lucratif et des opérateurs publics) et spécialisés dans la comptabilité, la planification et la passation de marchés. À titre indicatif, les prestataires intéressés devront démontrer leur capacité technique et leur expérience en : • expertise comptable, avec une bonne connaissance de la gestion des finances publiques et du système sénégalais, des normes comptables applicables aux entités publiques et privées et une expérience dans l’audit et le conseil aux entités publiques et privées ; • planification des institutions publiques, avec une maîtrise des processus publics de planification selon les plans analytiques et budgétaires, des mécanismes, procédures, étapes du rapportage technique et financier dans une administration centrale, et une expérience probante de planification opérationnelle et budgétaire ; • passation de marchés, avec une bonne connaissance des contrats administratifs ne relevant pas des marchés publics, et une expérience dans l’assistance à la maîtrise d’ouvrage en matière de passation des marchés. Le début des services est prévu pour juin 2013 et pour une durée de 120 jours. Le budget maximum disponible pour le marché est estimé à 190 000 EUR hors taxes et hors frais remboursables. Les prestataires de services intéressés sont invités à fournir la documentation nécessaire et suffisante pour répondre aux critères de sélection. Le dossier, incluant les critères de sélection et le formulaire de manifestation d’intérêt, est disponible sur simple demande à l’adresse indiquée ci-dessous. Les manifestations d’intérêt, en français exclusivement, doivent parvenir par email ou courrier le 17 mai 2013 à 11h00 (heure locale) au plus tard à l’adresse suivante : Projet SEN/030, c/o Bureau régional, Lot 43, route de l’aéroport, Yoff, Dakar, Sénégal, Email : rofdak@luxdev.lu Les prestataires intéressés par cet Appel à Manifestations d’Intérêt peuvent aussi consulter le site Web de LuxDev : www.luxdev.lu


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Section 0. Avis d’Appel d’offres (AA0) Avis d’Appel d’Offres – Cas sans pré qualification RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DE L’ACTION SOCIALE

PHARMACIE NATIONALE D’APPROVISIONNEMENT « PNA » Appel d’Offres International : « AOI PNA ARV N° 5/2013 » 1. Cet Avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis Général de Passation des Marchés paru dans le quotidien « le Soleil » du 16 janvier 2013. 2. La Pharmacie Nationale d’Approvisionnement « PNA » a obtenu dans le cadre de son budget de fonctionnement pour les exercices budgétaires 2014 - 2015 des fonds, afin de financer l’approvisionnement en médicaments antirétroviraux, antituberculeux, matériels et réactifs de laboratoires, et à l’intention d’utiliser une partie de ces fonds pour effectuer des paiements au titre du Marché « AOI PNA ARV N° 5/2013 » 3. La PNA sollicite des offres sous pli fermé de la part de candidats éligibles et répondant aux qualifications requises pour fournir des médicaments antirétroviraux, antituberculeux, sous Dénomination Commune Internationale (DCI), des réactifs et consommables de laboratoires ; des variantes pourront être prises en considération. 4. La passation du Marché sera conduite par Appel d‘offres ouvert tel que défini dans le Code des Marchés publics, et ouvert à tous les candidats éligibles.

Appel d’offres

5. Les candidats intéressés peuvent obtenir des informations auprès de la PNA; Cellule de Passation des Marchés ; cabbalde@pna.sn ; et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse mentionnée ci-après : Route du Service Géographique, BP 4015 DakarHann, Sénégal, de 8 heures à 17 heures, heures locales. 6. Les exigences en matière de qualification sont : (1) être une personne morale habilitée à fabriquer, distribuer, importer ou exporter des médicaments, des réactifs et des consommables de laboratoire, destinés à l’usage de la médecine humaine, et respecter la réglementation pharmaceutique en vigueur au Sénégal et dans son pays d’origine ; (2) et possédant les conditions techniques et les capacités financières nécessaires à l’exécution du marché. Une marge de préférence applicable à certaines fournitures fabriquées dans les États membres de l’UEMOA sera octroyée aux candidats éligibles. Voir le document d’Appel d’offres pour les informations détaillées. Toutefois, dans le cadre de l’assurance qualité, les médicaments antirétroviraux et antituberculeux doivent satisfaire aux exigences ci-dessous : • être pré qualifiés par le Programme de pré qualification de l’OMS ou autorisés par une autorité de réglementation des médicaments rigoureuse (SRA) ou, • être recommandés pour utilisation par un comité expert d’examen ERP. Pour tous les produits autres que les médicaments antirétroviraux et antituberculeux, seule la conformité aux normes de qualité applicables établies par l’autorité nationale de réglementation des médicaments du pays d’utilisation est requise. 7. Les candidats intéressés peuvent obtenir un dossier d’Appel d’offres complet en formulant une demande écrite à l’adresse mentionnée ci-après : Route du Service Géographique, BP 4015, Dakar Hann, Sénégal, contre un paiement non remboursable de 25.000 (vingt cinq mille) FCFA. La méthode de paiement sera soit en espèces déposées à l’ordre de la PNA contre reçu dans le compte bancaire de la PNA ouvert dans les livres du CREDIT DU SENEGAL, sis Boulevard Djily Mbaye, BP 56, Dakar Sénégal, sous le numéro RIB : SN060 01030 608 71 054 000 40, soit par chèque au niveau de l’Agence comptable de la PNA. Sur demande, le document d’Appel d’offres sera adressé par courrier express contre le versement d’une somme complémentaire non remboursable de 50.000 (cinquante mille) FCFA. 8. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-après : Route du Service Géographique, BP 4015 Hann, Dakar-Sénégal, au plus tard le mercredi 3 juillet 2013 à 9 heures. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des candidats présents à l’adresse ci-après Route du service Géographique, Hann, Dakar Sénégal, le mercredi 3 juillet 2013 à 9 heures. Les offres doivent comprendre une garantie de soumission d’un montant de 1% du montant en FCFA du prix de l’offre, suivant l’avis n° 001/10/ARMP/CRD du 17 février 2010 accordant la dérogation de fixer la garantie de soumission en valeur relative. La période de validité de la garantie de soumission sera de cent quarante huit (148) jours à compter de la date de l’ouverture des offres. Les offres devront demeurer valides pendant une durée de 120 jours à compter de la date limite de soumission. Pour les offres inférieures à 30 millions de francs CFA, la garantie n’est pas exigée. Le Directeur Docteur Annette SECK NDIAYE N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

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Banque des Etats de l’Afrique Centrale - Services Centraux Commission Ad hoc créée par Décision n°82/GR du 12/12/2012

Avis d’Appel d’Offres International Ouvert n° 03/BEAC/DGE-DIPG/AOIO/Tvx/2013 La Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) envisage de réhabiliter, sur ressources propres, le système de climatisation de son siège. A cet effet, elle invite, par le présent Avis d’appel d’offres international ouvert, les entreprises intéressées remplissant les conditions précisées dans le dossier d’appel d’offres, à soumissionner pour la réalisation en entreprise générale ou en groupement d’entreprises, des travaux de remise à niveau des installations de climatisation, ventilation et désenfumage de l’immeuble des Services Centraux à Yaoundé. La prestation est subdivisée en trois lots ainsi qu’il suit : lot 1 : Climatisation, ventilation et désenfumage ; lot 2 : travaux annexes et génie civil ; lot 3 : travaux annexes – électricité courant fort & courant faible. Le processus se déroulera conformément à la procédure d’appel d’offres international ouvert définie par le Code des marchés et le Manuel de procédures de gestion des marchés de la BEAC. Les entreprises intéressées peuvent obtenir un complément d’information et examiner le dossier d’appel d’offres à l’adresse ci-dessous, entre 9 heures et 12 heures, les jours ouvrés. : BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE Services Centraux, 736 Avenue Monseigneur Vogt Secrétariat Général, DOAAR-CGAM, 14e étage, Porte 1403  : BP 1917 Yaoundé - CAMEROUN  : (237) 22 23 40 30 ; (237) 22 23 40 60 Poste 5403 ;  : (237) 22 23 33 29 @ : cgam.scx@beac.int

Une réunion de cadrage est prévue le vendredi 24 mai 2013 à 10 heures dans les locaux du Siège. Le dossier d’appel d’offres rédigé en français peut être acheté et retiré à l’adresse indiquée ci-dessus, moyennant le paiement d’un montant non remboursable de 1 000 000 (un million) de FCFA, soit 1 524 (mille cinq cent vingt-quatre) EUROS. Le paiement devra être effectué en espèces aux guichets de la BEAC ou par virement bancaire. Les soumissions, obligatoirement accompagnées d’une garantie de soumission conforme au modèle indiqué et équivalente à 5% du montant de l’offre, devront être déposées à l’adresse indiquée ci-après, au plus tard le vendredi 14 juin 2013 à 12 heures précises, heure locale. BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE Services Centraux, 736 Avenue Monseigneur Vogt  : 1917 Yaoundé - CAMEROUN Bureau d’Ordre, 15ème étage, Porte 15.01 Les offres reçues après le délai fixé seront rejetées. Les plis seront ouverts en deux (02) étapes, en présence des représentants des soumissionnaires munis d’un mandat en bonne et due forme qui souhaitent assister à la séance d’ouverture. Les offres administratives et techniques seront ouvertes le vendredi 14 juin 2013 à 13 heures précises, aux Services Centraux de la BEAC à Yaoundé. L’ouverture des offres financières s’effectuera à l’issue de l’évaluation technique, à une date qui sera communiquée aux soumissionnaires. Yaoundé le 19 avril 2013

Société Nationale Industrielle et Minière

AVIS D’APPEL D’OFFRES

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République Islamique de Mauritanie

1. Objet La Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) (www.snim.com) est une entreprise minière de grande envergure qui intervient aussi dans divers secteurs de l’économie nationale. Elle envisage de construire son nouveau siège social à Nouadhibou. 2. Financement : SNIM. 3. Validité des offres : Les offres seront valables pendant une période de 180 jours à compter de la date limite de remise des offres. 4. Visite des lieux : Obligatoire et à la charge du Soumissionnaire. Elle se déroulera le 01/06/2013 à Nouadhibou. 5. Retrait du dossier d’appel d’offres : Le Dossier d’Appel d’Offres sera fourni par mail à tous les soumissionnaires qui transmettront à la SNIM (Email : m.salka@snim.com), les pièces justificatives : 1. Reçu de versement comportant le nom du Soumissionnaire. 2. Une demande du retrait du DAO signée par le directeur et comportant l’adresse complète de l’entreprise et l’adresse de la personne à contacter. Seuls les versements effectués les jours ouvrés du 23/04/2013 au 30/05/2013 seront pris en compte. Le DAO est obtenu moyennant le versement (tous frais exclus) de 1000 Euros ou de leurs contre-valeurs en monnaie librement convertible ou encore de leurs équivalents en monnaie locale (Ouguiya) convertis au taux du jour de la Banque Centrale de Mauritanie, dans l’un des comptes ci-dessous, prévus à cet effet, - Société Générale (France) Banque Agence N° Compte Clé 30003 04980 00028013344 28 IBAN : FR76 3000 3049 8000 0280 1334 428 – SWIFT : SOGEFRPP - Banque Mauritanienne pour le Commerce International (Mauritanie) N° Compte : 158407150109 – SWIFT : BMCIMRMR Pour toutes informations complémentaires : Contacter SNIM - DPS - BP 42 – Nouadhibou - République Islamique de Mauritanie - Tél. : +222 4574 16 69 ; +222 4574 13 01. Une présentation sommaire du DAO peut être consultée sur le lien suivant : https://mailweb.snim.com/sources-dps.nsf Nom : snim-dps Password : snim-dps 6. Date limite de remise des offres : Les offres doivent être reçues, avec accusé de réception au plus tard Dimanche le 30/06/2013 à 10 heures GMT à la Direction des Projets – SNIM - Nouadhibou.

N° 2729-2730 • DU 28 AVRIL AU 11 MAI 2013

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NATIONS UNIES

Postes de Directeurs à pourvoir au sein de la nouvelle mission des Nations Unies pour la stabilisation au Mali Le Conseil de sécurité des Nations Unies a récemment mandaté une opération de stabilisation des Nations Unies au Mali, qui sera appelée Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali "MINUSMA". Cette mission comprendra une composante civile, militaire et policière, ainsi que des membres de l’Union africaine (UA), des forces de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA). Le Bureau des Nations Unies au Mali (BUNUMA) établi en début d’année à Bamako sera intégrée dans la MINUSMA. La majorité du personnel civil sera déployée au sein des principales agglomérations dans le nord du Mali, seule une petite partie résidera dans la capitale à Bamako. Le mandat de la MINUSMA est d’aborder les défis immédiats auxquels le pays fait face tout en posant les bases d’une paix et d’une sécurité durables. La MINUSMA travaillera en étroite collaboration avec de nombreux partenaires incluant entre autres les Maliens, l’Union africaine, la CEDEAO et l’Union européenne. La mission aura pour objectif d’aider les autorités maliennes à mettre en œuvre la feuille de route pour la transition, de la tenue d’élections à l’utilisation de ses bons offices et de mesures de confiance et d’encouragement aux niveaux national et local. La mission a également été mandatée pour stabiliser les principales agglomérations dans le nord et protéger les civils; soutenir les autorités à rétablir l’autorité de l’Etat dans tout le pays; appuyer la réforme du secteur de la sécurité et le renforcement des capacités de la police et de la gendarmerie; contribuer à la lutte anti-mine et à la gestion des armes et munitions; promouvoir et défendre les droits de l’homme; soutenir la mise en place de conditions de sécurité indispensables à l’acheminement sûre de l’aide humanitaire; aider à la protection des sites culturels et historiques et, appuyer le processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration des ex-combattants et du démantèlement des milices. En prévision du recrutement à venir pour la MINUSMA, le Département de l’appui aux missions des Nations Unies cherche activement des candidats pour les offres d’emploi temporaires au sein des familles d’emploi suivantes (sous réserve d’un recrutement futur une fois la mission établie) :

Affaires politiques et civiles - Directeur(trice) des affaires politiques (D-2) · - Directeur(trice) adjoint(e) des affaires politiques/civiles (D-1) Etat de droit et institutions de réforme du secteur de la sécurité - Directeur(trice) de l’état de droit et de la réforme du secteur de la sécurité (D-2) · - Chef de la réforme du secteur de la sécurité (D-1) Communication et information publique - Directeur(trice) de la communication et de l’information publique (D-1) Les candidats doivent avoir au moins 15 ans d’expérience, à des niveaux de responsabilité de plus en plus élevés, sur le terrain et / ou au siège dans les domaines d’emploi mentionnés ci-dessus. Une expérience dans les relations internationales ou dans le maintien de la paix, ainsi que d’excellentes compétences managériales et une bonne connaissance des enjeux du maintien de la paix, de la stabilisation et de la consolidation de la paix sont requises. Une expérience professionnelle de haut niveau dans les opérations du système des Nations Unies (y compris les opérations de maintien de la paix, les missions politiques spéciales, et les agences, fonds et programmes des Nations Unies) dans des pays en situation de conflit ou d’après-conflit est souhaitable. Veuillez noter que la maîtrise orale et écrite de la langue anglaise et française est indispensable pour être considéré(e). Une connaissance d’une des langues locales du nord du Mali est souhaitable mais non requise. Les vacances de poste ci-dessus seront initialement à titre temporaire. Un processus de recrutement complet suivra une fois que la mission sera déployée. Pour postuler, veuillez consulter les termes de référence pour les différents postes sur Relief Web (Relief Web Job ID # 571862) http://reliefweb.int/job/571862/director-level-temporary-positions-united-nations-multidimensional-integrated La date limite des candidatures est fixée au 15 mai 2013. Les candidatures féminines sont particulièrement encouragées. Les candidatures doivent être adressées à Mme Akpene Dza (dza@un.org), accompagnées d’une lettre de motivation démontrant vos compétences et expériences pertinentes pour le rôle auquel vous postulez.

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Vous & nous

le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Mali Que sont les intellectuels africains devenus ? Il y a deux ans, ils étaient des milliers à défendre dans les médias le régime de laurent Gbagbo, injuste‑ ment agressé, selon eux, par « l’impé‑ rialisme français ». aujourd’hui, face à l’invasion du Mali par un autre type d’impérialisme, plus pervers encore, c’est‑à‑dire l’islamisme, le silence des intellectuels africains – notamment ceux de la diaspora en France – est assour‑ dissant. savent‑ils seulement que, dans les années 1930, des intellectuels euro‑ péens, comme Malraux, ou américains, comme Hemingway, n’hésitèrent pas à s’engager personnellement dans des brigades internationales, déterminés à

sauver l’espagne agressée par les fascistes ? l Henri-Paul BolaP, Kinshasa, RD Congo

Franklin MBadinGa, Asnières, France

Gabon l’envers du décor J’aI parcouru avec beaucoup d’intérêt votre dossier sur le Gabon (J.A. no 2727, du 14 au 20 avril). Je l’ai trouvé très propre, bien fait. À vrai dire, il me semble si loin des réalités et des vrais besoins du pays… on ne compte plus, et ce depuis des années, les annonces triomphales sur les grands chantiers d’infrastructures, de loge‑ ments, sur l’amélioration des systèmes d’éducation, de santé, etc. Mais la réalité est têtue et ne l’entend pas de cette

Musique l’art de la commisération Il y a quelque temps, l’un de vos lecteurs pointait l’exploitation sournoise de l’image misérabiliste des musiciens handicapés du groupe congolais Benda Bilili. Il mettait ainsi à nu cette propension à attirer l’attention et la commisération sur leur vulnérabilité, ainsi que sur leur misère, sublimée le temps d’une promotion. Un autre groupe congolais se distingue sur ce créneau misérabiliste : l’Orchestre symphonique de Kinshasa (ou plutôt l’Orchestre symphonique kimbanguiste, du nom du prophète congolais Simon Kimbangu, dont ces musiciens sont les adeptes). Lors d’un récent festival à Monaco, les musiciens de cette formation (dont on ne peut n o 2729-2730 • du 28 aVRiL au 11 Mai 2013

oreille : les routes ne font que se dégra‑ der, les gens s’entassent, de plus en plus nombreux, dans des maisons de planches et de bâches ; même les quar‑ tiers huppés commencent à souffrir de pénuries d’eau et d’électricité, les écoles sont saturées, les hôpitaux déficients. À quand un reportage sur ce Gabon‑là, le vrai, celui que personne en haut lieu n’ose évoquer ? l

d’ailleurs pas remettre en question le talent) se sont complaisamment présentés comme des « autodidactes », qui fabriquent eux-mêmes artisanalement leurs instruments, arrivent affamés aux répétitions, étudient le solfège par l’action de leur prophète, etc. Et une princesse monégasque, prise de pitié, leur a offert, a-t-on dit, une harpe. Ce qui n’a pas été dit – afin que l’orchestre apparaisse le plus sousdéveloppé et le plus indigent possible –, c’est qu’un certain nombre de ses membres ont bel et bien étudié la musique pendant des années (études secondaires et supérieures à l’Institut national des arts de Kinshasa), que quelques-

réponse le but de ce dossier rédactionnel était de présenter un panorama le plus équi‑ libré possible des grands chantiers du pays, à mi‑mandat de la présidence d’ali Bongo ondimba. Vous remarquerez que tous les problèmes que vous évoquez – et qui sont réels – ont été soulevés dans les différents articles, tout comme les actions gouvernementales pour y remédier. l la rédaction

Vincent Boisot/RiVa PRess PouR Le FigaRo Magazine

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p Un groupe de musiciens de l’Orchestre symphonique kimbanguiste dans les rues de Kinshasa, en juin 2009. uns parmi eux assurent des cours de musique dans le même établissement, dont les enseignants forment par ailleurs les musiciens de l’Église kimbanguiste, etc. Mais mieux vaut taire tout cela, autrement l’Orchestre symphonique kimbanguiste de Kinshasa pourrait se révéler peu attrayant pour les « anthropologues » à la petite semaine qui cherchent des « musiciens vierges », sentant bon la kola et descendus des

arbres du Mayumbe. Et les musiciens congolais eux-mêmes, qui n’ont qu’un rêve (voir l’Europe ou l’Amérique et mourir), sont prêts à faire ces quelques culbutes et singeries. L’Orchestre symphonique des autodidactes de Kinshasa n’a-t-il pas ainsi récolté les salamalecs et les vivats du public monégasque et de la princesse ? Misérabilisme, quand tu nous tiens ! l JoB Siko, Kinshasa, RD Congo jeune aFRique


Vous nous

Manque Et le Liban ! Lecteur assidu de Jeune Afrique depuis des années, j’apprécie sa vision mesurée et ses analyses politiques utiles. Libanais d’origine vivant au sénégal où mes parents se sont établis, je me demande pourquoi vous écrivez si peu d’articles sur le Liban: ils pourraient passionner les membres de ma communauté en afrique et au-delà. certes, vous traitez régulièrement de la syrie, mais vous ne faites qu’effleurer les menaces qui pèsent sur le pays du cèdre, pourtant le plus exposé de la région et qui a déjà été le martyr du monde arabe au siècle dernier. et les sujets à aborder ne manquent pas ! Le Liban reste un précurseur régional passionnant, pour le meilleur et pour le pire. Merci de vous y intéresser. l Fadi abi Rania, Dakar, Sénégal

Réponse en effet, nous n’avons pas traité directement du Liban depuis quelque temps, mais les pages que nous réservons au MoyenOrient sont essentiellement consacrées aux actualités « brûlantes » de la région : relations iran-israël, processus de paix et surtout crise syrienne. Nous ne manquons d’ailleurs pas d’évoquer dans ces papiers les vulnérabilités libanaises dès que le contexte l’exige. l La Rédaction

Révolutions Le temps du blues Je vOus Lis chaque semaine avec intérêt et plaisir. Mais deux ans après le déclenchement du Printemps arabe, je me demande où sont passées les hordes de jeunes bourgeois révolutionnaires (le bel oxymore !) armés de leurs téléphones portables connectés à twitter. impeccablement coiffés, parlant un anglais parfait – « ils nous ressemblent », serinaient alors les médias occidentaux. désormais, ils font semblant de découvrir une réalité moins joyeuse. en Égypte, en Libye et en tunisie, l’extrémisme et la violence progressent plus vite que la démocratie. L’impréparation des nouveaux dirigeants conduit ceux-ci à prendre de mauvaises décisions, aggravant encore la situation économique. avons-nous été naïfs ? Les islamistes sont-ils un remède pire que le mal autoritaire ? verra-t-on bientôt fleurir les formules d’antan : « Ben ali plutôt que Ben Laden », « le premier des droits de l’homme, c’est manger à sa faim » ? Je m’interroge. l YassiR KiLani, Sfax, Tunisie. jeune afrique

diagnostic Professeur Edmond bertrand

Mystérieux iboga

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n février dernier, le responsable de séances d’initiation au bwiti, un rite gabonais utilisant l’iboga, était interpellé à Orly pour dérive sectaire. Parallèlement, des toxicomanes « guéris » témoignaient, eux, des bienfaits de ce même iboga, affirmant qu’il avait permis leur sevrage des drogues dures (cocaïne, héroïne) sans créer une autre dépendance.

Qu’est-ce donc que l’iboga ? Tabernanthe iboga est un arbuste de la forêt équatoriale africaine dont la racine concentre des alcaloïdes actifs. Consommé sous forme de poudre de racine, ce « bois sacré » est connu depuis des siècles par les Pygmées du Gabon et par les Fangs. Utilisé pour des rites initiatiques, l’iboga a pour principe actif l’ibogaïne, isolée en 1901 et proche de la sérotonine. À dose faible, cette dernière est stimulante, euphorisante, fortifiante, ce qui a poussé le Comité international olympique à la classer parmi les substances « dopantes » en 1989. À forte dose, elle crée des hallucinations, elle déclenche aussi malaise, vomissements et convulsions, et peut parfois entraîner la mort. En Occident, où on a voulu importer ces rites, des décès se seraient produits au cours de sessions très atypiques, parfois récréatives et souvent payantes (jusqu’à 5 000 dollars au Canada). Peutêtre une dérive, quand on sait que les initiateurs traditionnels africains opèrent selon des règles ancestrales précises.

Pour les adeptes, le bwiti assure l’intégration à la communauté. En outre, l’iboga a des effets favorables sur des maladies psychosomatiques et sur les dépressions ; mais son absorption peut être suivie de troubles p s y ch i q u e s t r a n s i t o i r e s . Pharmacologue à Libreville, Jean Noël Gassita recommande la prudence à cause des accélérations du rythme cardiaque que cette plante peut provoquer. Mais, pour Pierre Kombila, professeur de cardiologie dans la même ville, on n’a pas observé d’accidents liés à ces pratiques. Un avis partagé par le professeur Pierre Barabé, autrefois coopérant dans le nord du Gabon, qui lui non plus n’a pas personnellement constaté de complications graves, même s’il reconnaît avoir été très impressionné par les cérémonies. Une étude menée

On ne peut ignorer ses effets bénéfiques ou maléfiques, supposés ou avérés. au Gabon a néanmoins montré que l’ibogaïne pouvait diminuer les défenses immunitaires. Ainsi, l’iboga est l’objet de controverses. On ne peut pas ignorer ses effets bénéfiques ou maléfiques, qu’ils soient supposés ou avérés. Certains pays l’ont interdit, à l’instar de la France, où il était commercialisé dans les années 1930 sous le nom de « Lambarène ». Mieux vaudrait en poursuivre l’étude, comme au Canada ou en Slovénie. Et pourquoi pas au Gabon, où l’iboga a été décrété « patrimoine national » ? l n o 2729-2730 • du 28 avril au 11 mai 2013

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Hebdomadaire international politique, économie, culture

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Post-scriptum Tshitenge Lubabu M.K.

Fondé à tunis le 17 oct. 1960 par béchir ben Yahmed (53e année) édité par SiFiJa Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 pAriS tél. : 01 44 30 19 60 ; télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com direCtion

Micmac à Kinshasa

L

e 15 avril dernier, la capitale de la république démocratique du Congo attendait un tremblement de terre : la chute du gouvernement dirigé par augustin Matata Ponyo depuis un an. Tous les regards étaient tournés vers le Palais du peuple, siège du Parlement. le Premier ministre devait répondre à une motion de censure déposée à l’assemblée nationale par un député de l’opposition, auquel s’étaient joints certains de ses collègues de… la majorité au pouvoir. il fallait 125 signatures pour que la motion soit validée. il y en a eu 137. Puis 96, à la suite du désistement d’une flopée d’élus. la motion a donc fait pschitt, comme on dit aujourd’hui. Matata et ses ministres sont repartis pour un tour, le sourire en plus.

Le fin mot de l’affaire, c’est que la motion de censure a été suscitée dans le propre camp du Premier ministre, au sein de la formation politique à laquelle il appartient : le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPrd). Original, non? imaginez quelques personnages sans foi ni loi, rongés par la kleptomanie, et pour qui l’argent – toujours plus d’argent – reste la valeur suprême. Ces gens-là répètent à l’envi que l’argent, leur dieu, ne circule plus depuis l’arrivée de Matata à la primature. ils préfèrent le voir atterrir dans leurs poches déjà pleines à craquer plutôt que dans les caisses d’un État qui a le blues. Pour arriver à leurs fins, ils n’ont pas hésité, à force de manigances, de messes basses, de micmacs, à faire un croc-en-jambe à leur propre camarade, l’empêcheur de tourner en rond. Que l’opposition veuille renverser un gouvernement, c’est son rôle. Mais que la majorité se fasse seppuku, c’est abracadabrant, même si la politique, pour aller vite, est l’art des coups fourrés. Que voulaient donc les honorables députés ? notamment une augmentation des salaires des fonctionnaires. de combien pour le moins bien loti? de quelque 20 dollars, faisant plafonner son salaire à 70 dollars. et comme l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, ils ont demandé la hausse de leurs émoluments : à 14 000 dollars, contre 8000 dollars mensuels tout compris aujourd’hui, alignés sur ceux des sénateurs. raison invoquée pour obtenir cette rallonge? leur qualité d’élus du peuple, qui devrait leur donner droit à un meilleur traitement par rapport aux sénateurs, dont le mandat n’est pas issu du suffrage universel. en cherchant à gagner plus, les députés, qui avaient déjà interpellé le Premier ministre en 2012, oublient que leur pays est dernier sur la liste des nations du monde en termes d’indice de développement humain. Quand proposeront-ils une réduction de ce qu’ils gagnent au profit de la communauté ? Le 23 avril, le président de l’assemblée nationale, aubin Minaku, était l’invité d’une émission diffusée sur la chaîne de télévision publique. interrogé sur ses priorités à venir dans le cadre parlementaire, il a été on ne peut plus clair : le gouvernement et le Premier ministre doivent savoir que l’assemblée nationale a un pouvoir de contrôle et d’interpellation pouvant aboutir à de nouvelles motions de censure. dorénavant, ce pouvoir sera utilisé pour que le Premier ministre et les ministres aient « peur du gendarme ». Tremblez, gouvernement, tremblez : le gendarme arrive ! l

directeur de la publication : BécHir Ben YAHmeD (bby@jeuneafrique.com) directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed rédaCtion directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) directeurs exécutifs : marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com) rédaction en chef : claude leblanc (c.leblanc@jeuneafrique.com), élise colette (éditions électroniques, e.colette@jeuneafrique.com), laurent Giraud-coudière (technique, lgc@jeuneafrique.com) Conseillers de la direction de la rédaction : Hamid Barrada, Aldo de Silva, Dominique mataillet, renaud de rochebrune Secrétariat : chantal lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), tarek moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Frédéric maury (Économie), Jeanmichel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), cécile manciaux (Le Plus de J.A.), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine clerc, Fabien mollon, ophélie négros rédaction : pascal Airault, Youssef Aït Akdim, Farid Alilat, mehdi Ba (à Dakar), Stéphane Ballong, ryadh Benlahrech, pierre Boisselet, rémi carayol, Julien clémençot, Frida Dahmani (à tunis), Georges Dougueli, malika Groga-Bada, trésor Kibangula, christophe le Bec, nicolas michel, Haby niakate, cherif ouazani, michael pauron, Abdel pitroipa, Fanny rey, laurent de Saint périer, tshitenge lubabu m.K. ; collaborateurs : edmond Bertrand, christophe Boisbouvier, patrick Seale ; accords spéciaux : Financial Times responsable de la communication : Vanessa ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) réaliSation maquette : marc trenson (directeur artistique), christophe chauvin, Stéphanie creuzé, Julie eneau, Jean-philippe Gauthier, éric le mière, Valérie olivier ; révision : nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir pol ; fabrication : philippe martin (chef de service), christian Kasongo ; service photo : Dan torres (directrice photo), nathalie clavé, Vincent Fournier, claire Vattebled ; documentation : Anita corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence turenne, Angéline Veyret JeuneaFrique.Com direction éditoriale : élise colette ; chefs d’édition : pierre-François naudé, Frédéric maury (économie) ; rédaction : Vincent Duhem, Jean-Sébastien Josset, trésor Kibangula, mathieu olivier, Benjamin roger et nicolas teisserenc responsable web : Jean-marie miny ; studio : cristina Bautista, Jun Feng et maxime pierdet VenteS et abonnementS directeur marketing et diffusion : philippe Saül ; responsable des ventes adjointe : Sandra Drouet ; chef de produit : Dhouha Boistuaud, maty n’Dome ; abonnements : laetitia Banelle avec: Com&Com, Groupe Jeune afrique 18-20, avenue édouard-Herriot, 92350 le plessis-robinson. tél. : 33 1 40 94 22 22 ; Fax : 33 1 40 94 22 32. e-mail : jeuneafrique@ cometcom.fr l

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Gérant commandité: Béchir Ben Yahmed; vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed directeur général adjoint: Jean-Baptiste Aubriot; secrétariat: Dominique rouillon; contrôle de gestion: charlotte Visdeloup; finances, comptabilité: monique éverard et Fatiha maloum-Abtouche; juridique, administration et ressources humaines: Sylvie Vogel, avec Karine Deniau (services généraux) et Delphine eyraud (ressources humaines); Club des actionnaires: Dominique rouillon imprimeur Siep - FrAnce. commiSSion pAritAire: 1016c80822. DépÔt léGAl: à pArution. iSSn 1950-1285.

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