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TUnISIE La rÉpubLiquE DEs bakchichs

Hebdomadaire international indépendant • 53e année • no 2728 • du 21 au 27 avril 2013

rEporTagE avEc L’armÉE tchaDiEnnE au maLi

jeuneafrique.com

EnQUÊTE pourquoi riEn n’arrêtE boLLorÉ

Sénégal

l’affaire

karim Wade, le 17 avril, jour de son arrestation.

Wade

Emprisonné à Dakar, le fils de l’ancien président est au cœur d’un scandale d’État. Fin de l’impunité ou règlement de comptes ? édition internationale et afrique de l’ouest France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1 100 MRO • Norvège 45 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1 700 F CFA • ISSN 1950-1285


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Ce que je crois BÉCHIR BEN YAHMED • bby@jeuneafrique.com

SAMEDI 20 AVRIL

Les Africains font trop d’enfants

D

es voix autorisées et les économistes les mieux reconnus nous le répètent mois après mois : l’Afrique est (enfin) bien partie. Depuis près de deux ans, l’afro-optimisme le plus agréable à entendre a donc remplacé cet afro-pessimisme qui nous a « plombés » tout au long des précédentes décennies. Nicolas Baverez vient, à son tour, de livrer son diagnostic d’économiste et d’historien : pour lui aussi, l’Afrique est en plein décollage économique. ■

« La croissance économique du continent, qui a été de 5,5 % en moyenne depuis 2000, atteindra 6,2 % en 2013, un rythme deux fois plus élevé que celui de la population. Six des dix pays connaissant la plus forte croissance dans le monde sont en Afrique, dont le Nigeria (7,4 %) et la Côte d’Ivoire (8,5 %). La richesse par habitant a crû de 3,5 % par an depuis une décennie. Huit « lions » africains affichent un revenu par habitant de 10 000 dollars (7 800 euros), supérieur à celui des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). L’inflation est contenue à 8 %. La balance commerciale est excédentaire de 4 % du produit intérieur brut (PIB). Le déficit et la dette publics sont limités à 2 % et à 33 % du PIB. […] La croissance […] est portée par la consommation, avec pour moteurs le recul de la pauvreté de 42 % à 31 % de la population, et la formation d’une classe moyenne de 300 millions d’habitants. […] Les économies africaines se diversifient et s’émancipent progressivement de leur dépendance aux exportations de matières premières. Dans le même temps, elles se libèrent de la tutelle de pouvoirs publics et des effets pervers de l’aide au développement – sources majeures de corruption – pour laisser surgir une classe d’entrepreneurs dynamiques, forte de 35 milliardaires et de plus de 2 500 millionnaires. Avec à la clé des gains de productivité de 3 % par an depuis 2000. » Et l’auteur d’énumérer les atouts qui font de l’Afrique « la nouvelle frontière de la mondialisation : la vitalité démographique – la population devrait passer de 860 millions à 1,8 milliard d’habitants d’ici à 2050 ; le doublement de la classe moyenne, qui atteindra 600 millions d’habitants en 2050 ; les richesses en terres arables (80 % des réserves), en eau souterraine, en matières premières et en sources JEUNE AFRIQUE

d’énergie ; le potentiel de capital humain et d’épargne ». ■

Je m’associe à Nicolas Baverez pour souligner cependant « les fragilités de ce décollage soumis à de grands risques » : le continent continue, en effet, d’être le théâtre de trop de conflits, et la gouvernance n’y est pas encore assez bonne. Tant s’en faut. Le plus handicapant est l’état de l’éducation : dans la plupart des pays, elle accuse un retard alarmant, et nul ne peut citer un seul pays africain qui dispose d’un système éducatif satisfaisant. À ces fragilités s’ajoute un extraordinaire défi, spécifique à l’Afrique, plus particulièrement sa partie subsaharienne: la bombe démographique. Un autre économiste, bon connaisseur de l’Afrique lui aussi, le professeur Jeffrey Sachs, nous prévient qu’il faut s’en préoccuper dès aujourd’hui, car il n’y a pas une année à perdre. ■

Selon les Nations unies, la population africaine pourrait quadrupler au cours de ce siècle, passant de 856 millions d’habitants en 2010 à 3,3 milliards en 2100. C’est là une croissance trop rapide. Ce serait dévastateur pour ce continent qui sera alors le plus peuplé. Les famines vont se multiplier, la biodiversité sera anéantie et les mouvements de population vont devenir ingérables. Maîtriser les taux de fécondité, résoudre le problème du planning familial et celui du droit à l’avortement devient impératif. « Il faut briser le tabou de la démographie, nous dit Jeffrey Sachs, car notre génération ne peut plus attendre comme on le fait sur ce sujet, à tort, depuis quarante ans. » Le continent compte plus de 200 millions d’Africains âgés de 15 à 24 ans, et ce nombre aura doublé d’ici à 2045 : c’est à la fois un atout et une bombe à retardement. ■

Comment a évolué la part de chaque continent dans la population mondiale depuis 1900, et où elle en sera en 2050 ? Le tableau de la page suivante montre que les autres continents, dont l’Asie, se maintiennent ou progressent un peu, tandis que l’Europe (Russie incluse) s’effondre N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


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Ce que je crois et que l’Afrique, elle, s’envole. En un siècle et demi, sa part va quadrupler et, en 2050, un être humain sur quatre sera africain ! Cet accroissement est bienvenu mais trop rapide.

Avec ses 167 millions d’habitants, le Nigeria est trois fois plus peuplé que l’Afrique du Sud ; son PIB était cependant deux fois moins élevé il y a encore dix ans. Mais son économie s’est mise à croître à un taux égal ■ ou supérieur à 7 % par an, alors que celle de l’Afrique Dans dix pays africains, la croissance démographique du Sud n’a augmenté chaque année que de 2 % à 3 % : est supérieure à 3 % par an ; à l’échelle du continent, elle le Nigeria a entrepris de rattraper son rival sud-africain. se situe autour de 2,5 %. Avec l’accord du Fonds monétaire international (FMI), il Le taux de fertilité des vient de réévaluer son PIB Africaines est le plus élevé Part de chaque continent en y incluant de nouveaux au monde : 4,7 enfants par dans la population mondiale (en %) produits : il s’est élevé à femme, contre 2,2 en Asie. 350 milliards de dollars, 1900 1950 2000 2025 2050 Il découle de ces taux très contre un peu plus de 54 55 58 59 55 élevés que la population Asie 400 milliards pour l’Afrique 6 9 14 18 24 du Sud. africaine franchira la barre Afrique des 2 milliards à l’horizon Amérique latine Pour peu qu’il garde le 5 7 9,2 10 8 de 2050, le nombre de per- Amérique du Nord même rythme de crois5,2 7 5 5 5 sonnes désœuvrées ou mal sance, le Nigeria dépassera 12 10 9,5 8 scolarisées augmentera Europe (Russie comprise) 20 l’Afrique du Sud d’ici à la SOURCE : ONU, WORLD POPULATION PROSPECTS, 2010. trop vite, l’urbanisation fin de la décennie : le pays sera trop rapide et le surplus migratoire potentiel dif- le plus peuplé d’Afrique deviendra alors sa première ficile à absorber. économie. Le phénomène de la démographie africaine est bien Les deux premières économies du continent sont l’une des caractéristiques de ce XXIe siècle : un énorme toutes les deux des démocraties : elles sont subsahaproblème et un défi. riennes et, ensemble, totalisent 50 % du PIB de l’Afrique Pour l’Afrique en premier lieu et, au-delà, pour les subsaharienne. continents voisins et même pour le monde. Je rappelle que dans cette même décennie, la Chine, ■■■ pays le plus peuplé de la planète, devrait supplanter les Je voudrais terminer le Ce que je crois de cette semaine États-Unis pour devenir la première économie du monde. sur une note optimiste. Le XXIe siècle sera donc celui du rattrapage. ●

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. Ì Il faut écouter ceux qui parlent, si on veut en être écouté. François de La Rochefoucauld Ì On peut dire d’une époque qu’elle est révolue lorsque ses illusions fondamentales se sont évanouies. Arthur Miller Ì Si une femme a du génie, on dit qu’elle est folle. Si un homme est fou, on dit qu’il a du génie. Louky Bersianik Ì Il est curieux que le courage physique soit si répandu en ce monde et le courage moral si rare. Mark Twain N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

Ì Une mauvaise critique, c’est comme fabriquer un gâteau avec les meilleurs ingrédients et voir quelqu’un s’asseoir dessus. Danielle Steel Ì La bande de Gaza, c’est minuscule, c’est Monaco plein d’Arabes. Les Nouvelles Brèves de comptoir Ì Un jour vient où vous manque une seule chose et ce n’est pas l’objet de votre désir, c’est le désir. Marcel Jouhandeau Ì Si l’on y réfléchit bien, le Christ est le seul anarchiste qui ait vraiment réussi. André Malraux

Ì L’esclave sème, le maître récolte. Proverbe africain Ì S’aimer, c’est lutter constamment contre des milliers de forces cachées qui viennent de vous ou du monde. Jean Anouilh Ì Il y a deux sortes de savants : les spécialistes, qui connaissent tout sur rien, et les philosophes, qui ne connaissent rien sur tout. Bernard Shaw Ì Il arrive que l’Histoire repasse les plats, mais ce sont rarement les meilleurs. André Frossard Ì Apéro : les verres de contact. Antoine Blondin JEUNE AFRIQUE


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

SNI cède 27,5 % du capital de Cosumar au Groupe Asiatique Wilmar International ) -DC!/FD/! "D $&18F&7 "! E3HD6&/ 1&/ 7& $!HH835 !5 G3D/H! "+D5! 1&/F8$81&F835 "! #9;L> &D K/3D1! =876&/ @5F!/5&F835&7; $! "!/58!/ devenant ainsi le partenaire industriel de référence de la société. ) ?5 %73$ "! #J;L> "D $&18F&7 H!/& D7F4/8!D/!6!5F $35HF8FD4 1&/ D5 7&/K! $35H3/F8D6 "+85C!HF8HH!D/H 85HF8FDF8355!7H 6&/3$&85H; 0D8 H+&"3HH!/35F : =876&/ 13D/ M3/6!/ D5 %73$ "! $35F/A7! "! LN> "D $&18F&7 "! 7& H3$84F4 ) B7&/K8HH!6!5F 1/4CD "D <3FF&5F "! E3HD6&/ : 7& G3D/H! "! E&H&%7&5$& : F/&C!/H 7& $!HH835 1&/ *.@ "! 7+85F4K/&78F4 "! H& 1&/F8$81&F835 résiduelle ) .3DC!77!H 1!/H1!$F8C!H "! "4C!7311!6!5F "! E3HD6&/ &C!$ 7& 1&/F8$81&F835 : H35 $&18F&7 "! =876&/ @5F!/5&F835&7; 1/!68!/ K/3D1! &K/3(&786!5F&8/! &H8&F80D!' ) ,D&F/826! 314/&F835 "! /4"D$F835 "! 14/862F/! "! *.@ "&5H 7! $&"/! "! 7+4C37DF835 "! H& C3$&F835 !5 I37"85K "+85C!HF8HH!6!5F; annoncée en mars 2010. Casablanca, le 15 avril 2013

Ouverture du capital de Cosumar par voie de cession d’un bloc de 27,5%

' La Société Nationale d’Investissement (SNI), actionnaire de la société Cosumar à hauteur de 63,7 %, et Wilmar International, premier groupe agroalimentaire asiatique avec 46 milliards de dollars de chiffre d’affaires, annoncent réaliser une transaction en bourse portant sur la cession par SNI à Wilmar de 27,5 % du capital de Cosumar, à l’issue de laquelle Wilmar devient le partenaire industriel de référence du groupe Cosumar. ' Cette transaction s’inscrit dans le cadre de la stratégie de Wilmar visant à 1%/;6318 "-%6 .;6 &*31;86 ");(38-$31#% ;3 "; 8-95%-7; "; 60$8; 608 .;6 &-8$4*6 émergents, et notamment en Afrique.

Modalités de l’opération

' 1re étape : Cession d’un bloc de 27,5% détenus par la SNI à Wilmar pour un prix de 2000 dirhams par action coupon détaché (le dividende à payer en 2013 au titre de l’exercice 2012 revient à SNI). Le montant de la transaction est de 2,3 milliards de dirhams. SNI détiendra 36,2% du capital de Cosumar à l’issue de cette 1re étape du processus de cession par SNI du contrôle de Cosumar.

' 2 étape : Dans la foulée, un 2 bloc de 26,5% sera constitué par un large consortium d’investisseurs institutionnels marocains. Ce bloc viendra se rajouter à celui détenu par Wilmar pour former le nouveau noyau majoritaire de Cosumar (54% du capital) dans une gouvernance équilibrée et partagée. e

e

' 3e étape : La participation résiduelle de SNI aura vocation à être cédée 1%3*78-.;&;%3 ;% ,#086; -5% ")-07&;%3;8 .; 2#33-%3 "; +#60&-8 :01 -33;1%"8ainsi 46 % du capital de la société.

De nouveaux horizons pour le développement de Cosumar

' Cosumar disposera à l’issue des opérations d’une nouvelle gouvernance organisée autour d’un bloc de contrôle de 54 % partagé entre Wilmar et les investisseurs institutionnels marocains. Ainsi, plus de 70 % du capital de la société restera aux mains d’investisseurs nationaux. ' Forte de l’expertise de Wilmar dans le traitement des plantes sucrières, Cosumar continuera à soutenir le développement de la production de sucre issu de la betterave et de la canne à sucre locales, en capitalisant sur sa relation privilégiée avec près de 80,000 agriculteurs. ' Cosumar s’appuiera en outre sur l’expertise industrielle de Wilmar et sur son 6-/#18 9-18; "-%6 .; &*31;8 "0 8-95%-7; !#08 !#08601/8; .; "*/;.#!!;&;%3 ;3 l’optimisation de son outil industriel, et continuer à servir dans les meilleures conditions les besoins croissants du marché. ' Wilmar International disposant d’une orientation stratégique tournée vers l’Afrique, ce partenariat devrait aussi permettre à Cosumar de concrétiser sa stratégie de développement industriel sur les marchés africains.

Quatrième opération de cession concrétisant le repositionnement de SNI annoncé en mars 2010

' Cette opération s’inscrit dans le cadre de la réorganisation de SNI-ONA annoncée en mars 2010, se traduisant par l’évolution de la vocation de groupe multimétiers opérationnel vers celle de holding de portefeuille et d’investissement. La mise en œuvre de cette évolution prévoit notamment la cession du contrôle des participations ayant atteint une vitesse de croisière. ' Cette opération est la quatrième réduction de périmètre de SNI après la cession du contrôle de Lesieur Cristal en 2011, puis de Centrale Laitière et Bimo en 2012. SNI franchit ainsi une étape importante vers l’achèvement du programme de réduction de son périmètre par cession du contrôle pour les sociétés ayant atteint un stade de développement pérenne.

A propos de SNI SNI est une holding de portefeuille investissant sur le long terme dans des entreprises leaders et des projets structurants pour l’économie marocaine. Incubateur et développeur d’entreprises, SNI a annoncé "8%D :J $8"FJ "J D#% !F#>JA "J F-#FE8%@D8A@#% I?H@: !F#$-"JF8 + ?%J F-"?$A@#% !F#EFJDD@=J "J D#% !-F@'2AFJ + AF8=JFD :8 $JDD@#%. %#A8''J%A D?F :J '8F$B- 5#?FD@JF. "? $#%AF1:J "J DJD &:@8:JD #!-F8A@#%%J::JD ayant atteint leur vitesse de croisière.

A propos de Wilmar Wilmar International est le plus grand groupe d’agro-business en Asie. Il occupe des positions de leadership dans les métiers de production et de trading d’huile, de production de sucre et de trading de sucre. Le groupe emploie 93000 personnes sur 450 sites de production dans le monde. Coté sur la bourse de Singapour, sa capitalisation boursière est de 18 milliards de dollars. Son chiffre d’affaire est de 45,5 milliards USD et son résultat net est de 1,3 milliards USD. L’Afrique constitue un axe stratégique de développement du groupe, qui s’est lancé dans un programme important d’investissements industriels sur le continent avec un partenariat industriel concrétisé par une prise de participation de 27% du capital du groupe agroalimentaire ivoirien SIFCA; des investissements dans l’amont agricole en Côte d’Ivoire, Ouganda, Ghana et Nigéria; ainsi que des investissements @%"?DAF@J:D "8%D :J F8G&%8EJ JA :8 $#''JF$@8:@D8A@#% "HB?@:J J% 5#?AJ@::J 8? <B8%8 JA J% 3GF@I?J "? ;?",

A propos de Cosumar Cosumar est l’opérateur sucrier marocain de référence présent sur le territoire national à travers ses deux métiers : la production de sucre à partir de la récolte nationale de betterave et de canne à D?$FJ "H?%J !8FA. JA :J F8G&%8EJ + !8FA@F "J D?$FJ 5F?A @'!#FA- "H8?AFJ !8FA, Avec une capacité de production installée de 1,6 millions de tonnes de sucre par an, Cosumar est le 3e producteur de sucre sur le continent africain. 6-F@A85:J '#AJ?F )?=F8%A !#?F ?%J 'J@::J?FJ $#'!-A@A@=@A- "J :8 &:@2FJ D?$F@2FJ '8F#$8@%J. /#D?'8F JDA :J !@#%%@JF %8A@#%8: "J :H8EF-E8A@#% 8EF@$#:J, 9: J%AFJA@J%A + $JA -E8F" ?%J FJ:8A@#% "J !8FAJ%8F@8A avec près de 80 000 agriculteurs et leurs familles dans les régions de Doukkala, Gharb, Loukkos, Tadla et Moulouya. Ce rôle a été primé par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) en 2009. C8F 8@::J?FD. :8 D#$@-A- JDA ?% 8$AJ?F @%"?DAF@J: '8>J?F 8=J$ ?%J ?D@%J "J F8G&%8EJ + /8D85:8%$8 JA 0 D?$FJF@JD F-!8FA@JD D?F :J AJFF@A#@FJ %8A@#%8:, 3 $J A@AFJ. :8 D#$@-A- 8 J%E8E- "J!?@D 7**4 !F2D "J 4.4 '@::@8F"D "J "@FB8'D "H@%=JDA@DDJ'J%AD A8%A !#?F :8 '@DJ + %@=J8? "JD D?$FJF@JD I?J !#?F :HJ(AJ%D@#% "JD $8!8$@A-D "J F8G&%8EJ, Fort de sa relation privilégiée avec les agriculteurs, de son dispositif de production, et de l’expertise et du savoir-faire d’un capital humain de près de 2 000 femmes et hommes, Cosumar assure l’approvisionnement du marché national en sucre. Contact SNI : 9<#@; /)251= $ ?%>, + 0'(' 3 && '- -* .& $ 4;<@> + 87:!<8!6":@,;<


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Éditorial François Soudan

PHOTOS DE COUVERTURES : ÉDITION AFRIQUE CENTRALE : AFP PHOTO/BOKO HARAM VIA YOUTUBE ÉDITION MAGHREB & MOYEN-ORIENT : AFP PHOTO

Le droit du plus fort

L

AFFAIRE KARIM WADE, à laquelle nous consacrons cette semaine un dossier exhaustif (voir pp. 24-31), met à nouveau en question et au centre des débats le rôle et la place de la justice telle qu’elle s’exerce sur le continent. Sans préjuger du fond du dossier, de sa crédibilité ni de son devenir – le fils d’un ancien chef d’État est un justiciable comme un autre –, il est clair que ce feuilleton judiciaire ne se déroule pas dans les meilleures conditions de sérénité. Il suffit d’écouter la rue dakaroise pour s’en apercevoir: une majorité des Sénégalais estime qu’il est urgent de faire rendre gorge à l’ancien « ministre du Ciel et de la Terre », une minorité qu’il s’agit là d’un règlement de comptes orchestré par le président Sall contre son prédécesseur, sur fond de délit de patronyme. Dans un cas comme dans l’autre, la justice, à tout le moins l’image et l’idée qu’en ont les citoyens, est perdante. Encore faut-il préciser que cette affaire se déroule dans le pays d’Afrique francophone où l’État de droit est le mieux respecté. Partout ailleurs, et même si le principe de séparation des pouvoirs est scrupuleusement inscrit dans toutes les constitutions, la justice est à la fois la grande malade, la grande muette et la grande absente des gouvernances africaines.

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REPORTAGE LES NOUVEAUX RENARDS DU DÉSERT Disciplinés, efficaces, les soldats tchadiens traquent les jihadistes aux côtés des Français dans le nord du Mali.

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SÉNÉGAL LA CHUTE Soupçonné d’enrichissement illicite, sommé de s’expliquer sur l’origine du monumental patrimoine qui lui est attribué, Karim Wade a été incarcéré le 17 avril. Le scénario du pire pour le fils de l’ancien président.

Sans volonté politique de la part de l’exécutif, les textes garantissant l’indépendance des magistrats restent lettre morte, c’est une évidence. Mais tant que ces derniers n’auront pas opéré leur propre révolution culturelle, ces mêmes textes n’ont aucune chance de s’imposer. Trop souvent, en effet, les juges demeurent prisonniers d’une triple culture: celle de la dépendance vis-à-vis du pouvoir en place, celle de la corruption et celle de la peur. Du nord au sud du continent, très rares sont les procès sensibles à connotation politique de ces dernières années où les grands principes d’équité des débats, de protection des témoins et d’équilibre des sentences ont été appliqués. Ce n’est pas du Nord, et de l’exemple en la matière qu’est censée représenter la Cour pénale internationale (CPI), que viendra le salut. Onze ans après sa création, la CPI est de plus en plus critiquée pour son approche séquentielle dans les procès Gbagbo et Bemba – laquelle revient à mener d’abord à son terme l’enquête sur un seul camp avant éventuellement d’engager une procédure contre l’autre –, et de plus en plus soupçonnée de se livrer à un jeu politique. Au Kenya, les révélations d’un ancien enquêteur de la Cour indiquant que le département d’État américain avait désigné « ses cibles » au bureau du procureur, épargnant ainsi son allié Raila Odinga, ont eu un effet désastreux. Inculpé par la CPI, son rival Uhuru Kenyatta s’en est largement servi pour transformer ce handicap apparemment rédhibitoire en atout décisif pour une élection irréprochable. L’échec de Luis Moreno-Ocampo et de son successeur, Fatou Bensouda, face à un politicien rompu à l’exploitation du sentiment de méfiance de ses compatriotes à l’égard de l’Occident est cinglant. Le 9 avril, lors de la prestation de serment de Kenyatta à Nairobi, l’Ougandais Museveni se faisait longuement applaudir par la quinzaine de chefs d’État présents avec cette petite phrase: « Ils utilisent la CPI pour mettre en place les dirigeants de leur choix et éliminer ceux qu’ils n’aiment pas. » Pour les juges de la cour de La Haye comme pour ceux des palais de justice de Dakar, de Yaoundé, de Tunis ou du Caire, le défi à relever est donc le même: celui de la crédibilité. ● N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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LA SEMAINE DE JEUNE AFRIQUE

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Reportage Avec l’armée tchadienne au Mali Sahara occidental Crispation marocaine Croissance Dragons et tortues Cannes 2013 L’Afrique reprend des couleurs Interview Gabriel Agbéyomé Kodjo, Premier ministre du Togo Libye Senoussi se confie Noureddine Adam Général de fortune Lalao Ravalomanana Au nom de Marc Tour du monde

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GRAND ANGLE

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Cameroun-Nigeria La menace fantôme

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AFRIQUE SUBSAHARIENNE

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Sénégal La chute JEUNE AFRIQUE


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs GRAND ANGLE

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CAMEROUN-NIGERIA

La menace fantôme

Bien implantée au Nigeria où son nom est synonyme de terreur, la secte Boko Haram prend pied de l’autre côté de la frontière…

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TUNISIE MONNAIE COURANTE Deux ans après la révolution, petites combines et dessous-de-table sont toujours aussi répandus. Ils tendent même à se généraliser.

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CINÉMA AÏSSA MAÏGA Entretien avec une boulimique de projets qui confirme son talent dans le nouveau film de Michel Gondry.

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ÉCONOMIE À LA FIN, C’EST TOUJOURS BOLLORÉ QUI GAGNE La concession du deuxième terminal à conteneurs d’Abidjan – le fameux TC2 –, c’est encore pour lui. Une victoire de plus pour le groupe français, qui règne sur les ports du golfe de Guinée.

Guinée À marche forcée Cameroun La gifle !

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

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Tunisie Monnaie courante Algérie Où sont passés les otages de Gao ? Palestine Exit Fayyad Maroc Mohamed Abbadi : ni cheikh ni calife

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EUROPE, AMÉRIQUES, ASIE

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France Grand déballage Parcours Félicité Donyo, patronne des patrons Canada Justin Trudeau, l’héritier Venezuela Où va le chavisme? Chine Au pays de l’enfant-roi

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ÉCONOMIE

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Logistique … et à la fin c’est toujours Bolloré qui gagne RD Congo Yuma démine au FMI Internet La musique en ligne fait des émules Algérie La sous-traitance à l’épreuve

JEUNE AFRIQUE

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DOSSIER INFRASTRUCTURES SPÉCIAL 12 PAGES La croissance dans le secteur de la construction ne faiblit pas. Mais cette fièvre est-elle pérenne ?

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Côte d’Ivoire En quête de fonds, Michel Abrogoua a trouvé un partenaire de choix Tunisie Jamel Gamra sur le pont Minerais Interview de Nivaash Singh, directeur mines chez Nedbank Capital Baromètre

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DOSSIER

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Infrastructures

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CULTURE & MÉDIAS

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Cinéma Interview de l’actrice Aïssa Maïga Musique Le grand mix marocain La semaine culturelle de Jeune Afrique Bande dessinée La matrice des ténèbres

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VOUS & NOUS Le courrier des lecteurs Post-scriptum

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Otages libérés Les Français et le vieux sage soufi

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on rôle a-t-il été décisif? C’est dans le plus grand secret que les services français ont pris contact, le mois dernier, avec le cheikh Tahirou Ousmane Bauchi, l’une des figures musulmanes les plus respectées du nord du Nigeria. Âgé de plus de 80 ans, le cheikh, qui appartient à la grande communauté tidiane d’Afrique de l’Ouest, prêche

L o r s d e s o n voyag e à Washington, en février dernier, le Premier ministre de la RD Congo, Augustin Matata Ponyo, avait rencontré les numéros un de l’ONU et de la Banque mondiale, respectivement le Coréen Ban Ki-moon et l’Américain Jim Yong Kim. Ces deux derniers, qui ont affirmé leur volonté de soutenir et d’accompagner la RD Congo dans ses efforts de redressement, notamment en matière de sécurité et de développement, sont attendus le 22 mai à Kinshasa. ZUMA À ALGER LES RAISONS D’UNE VISITE ÉCLAIR Prévue dimanche 14 et lundi 15 avril, la visite de Jacob Zuma à Alger n’aura finalement duré que douze heures. Explication : Abdelaziz Bouteflika étant N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

mois dernier, c’est à l’insu des autorités nigérianes que les Français l’ont approché pour qu’il entre en contact avec les ravisseurs de la famille Moulin-Fournier. Trop âgé pour se déplacer, Tahirou Ousmane Bauchi a confié le dossier à l’un de ses hommes de confiance, qui a rencontré les Français dans l’une de leurs ambassades en Afrique de l’Ouest (voir aussi « Grand Angle » pp. 24-31.) ●

simplement annulé. Mais alors que l’arrivée de Zuma était attendue pour le 14 à 23 heures, son avion a atterri cinq heures et demie plus tard. Accueilli à la descente de l’appareil par Abdelkader Bensalah, président du Sénat, le président sud-africain sera reçu dans la matinée par Abdelaziz Bouteflika, qui lui offrira un déjeuner au Palais du peuple.

retenu dimanche à Genève, le protocole algérien a informé les Sud-Africains qu’une rencontre entre les deux chefs d’État le 14 était plus qu’improbable. L’agenda de la première journée de la visite a donc été purement et

EXPOSITION RITES ANCIENS ET MASQUES EN PLASTIQUE

ANIS BELGHOUL/AP/SIPA

RD CONGO L’ONU ET LA BANQUE MONDIALE À KINSHASA

un islam soufi. À la différence des sectes extrémistes et de Boko Haram, il est favorable aux campagnes de vaccination antipoliomyélite. Très influent à Bauchi et à Kaduna, le cheikh est suivi par une dizaine de millions de fidèles. En juin 2012, il a révélé qu’il avait entamé une médiation avec Boko Haram, à la demande du président nigérian, Goodluck Jonathan. Mais le

€ Le chef d’État sud-africain avec Abdelaziz Bouteflika, le 15 avril, à Alger.

« Initiés, bassin du Congo » : tel sera le titre de la prochaine exposition du musée Dapper, à Paris, du 9 octobre 2013 au 6 juillet 2014. Elle réunira de nombreuses pièces utilisées au cours des rites d’initiation, dont un nombre important a été prêté par le Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren (Belgique). Comme son nom ne l’indique pas, l’exposition accueillera aussi des œuvres

– en particulier les fameux masques composés avec des rebuts de bidons – du plasticien béninois Romuald Hazoumé. AFFAIRE WADE (1) DE L’EAU DANS LE GAZ

Dans son réquisitoire introductif contre Karim Wade et ses présumés complices, le procureur spécial Alioune Ndao a demandé le placement sous administration judiciaire de l’ensemble des sociétés et biens immobiliers imputés au patrimoine du fils de l’ancien président, y compris la filiale sénégalaise de Dubai Ports World. Si cette demande était suivie par la commission d’instruction, toutes ces sociétés se retrouveraient placées sous l’autorité de la justice sénégalaise, au risque de provoquer des turbulences diplomatiques entre Dakar et Dubaï, le holding portuaire étant la propriété du gouvernement de l’émirat. JEUNE AFRIQUE


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Politique, économie, culture & société

RYAN KELLY/CONGRESSIONAL QUARTERLY/GETTY IMAGES

États-Unis – Afrique Gayle Smith pour remplacer Carson? LE SUCCESSEUR DE JOHNNIE CARSON, secrétaire d’État adjoint pour les affaires africaines, qui a pris sa retraite le 29 mars, n’a pas encore été nommé, mais il se murmure à la Maison Blanche que Gayle Smith, assistante spéciale du président Obama et responsable du développement global, de la démocratie et des questions d’aide humanitaire au Conseil de sécurité nationale (CSN), a de bonnes chances d’être désignée. Sous Bill Clinton, Gayle Smith était déjà assistante spéciale du président et directrice des affaires africaines au CSN, ainsi que conseillère principale de l’administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid). ●

AFFAIRE WADE (2) LA CEDEAO S’EN MÊLE

L’État du Sénégal s’est vu notifier une nouvelle convocation pour comparaître le 2 mai devant la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à la demande des avocats de six anciens ministres d’Abdoulaye Wade. Après une

première manche qui avait donné lieu à un arrêt rendu le 24 février déclarant « illégale » l’interdiction de sortie du territoire qui leur est opposée depuis novembre dernier, les ex-ministres entendent renforcer la pression sur les autorités sénégalaises au lendemain du placement en détention de Karim Wade (lire aussi pp. 32-36).

ALGÉRIE RETOUR DES EXPATRIÉS À TIGUENTOURINE

Dépêché à Londres par le président Abdelaziz Bouteflika les 15 et 16 avril, Youcef Yousfi a réussi à convaincre British Petroleum, partenaire de Sonatrach dans l’exploitation du site gazier de Tiguentourine, que les nouvelles mesures de sécurité

adoptées après la tragique prise d’otages (37 expatriés tués) du 16 janvier sont de nature à éviter toute nouvelle attaque. À l’instar des Norvégiens de Statoil, troisième membre du consortium, les Britanniques ont répondu favorablement à la demande algérienne et s’apprêtent à renvoyer leurs cadres. LE CHIFFRE

72 MILLIARDS DE DOLLARS C’est le montant des échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne en 2012, selon un haut fonctionnaire américain, qui précise que les exportations de son pays vers la région avaient augmenté de 7 % sur un an.

LE PRÉSIDENT NIGÉRIEN Mahamadou Issoufou a beau répéter qu’il n’a jamais été question d’uranium lors de la visite à Niamey de son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad les 15 et 16 avril, d’aucuns s’interrogent sur ce que se sont dit les deux hommes. Le 17 avril, l’ambassadrice américaine Bisa Williams a profité d’un rendez-vous prévu de longue date avec Issoufou pour lui poser la question. Sa réponse fut la même que celle que le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, a donnée à l’ambassadeur français Christophe Bouchard : « À aucun moment nous n’avons abordé ce sujet. » Selon un diplomate en poste à Niamey, la thèse avancée par les médias selon laquelle l’Iran souhaiterait acheter de l’uranium au Niger est peu crédible. JEUNE AFRIQUE

BOUREIMA HAMA/AFP

Iran-Niger La (fausse) piste de l’uranium

€ Mahamadou Issoufou accueillant Mahmoud Ahmadinejad, le 15 avril, à Niamey.

« Acheter de l’uranium, ce n’est pas simple. Les Français, à travers Areva, qui commercialise une grande partie de l’uranium nigérien, en seraient forcément informés. Et Issoufou ne peut pas

prendre le risque de se fâcher avec Paris et Washington au moment où il profite de leur appui militaire pour assurer la sécurité de son pays. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. » ● N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


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La semaine de Jeune Afrique

REPORTAGE

Les nouveaux re Ils traquent les jihadistes aux côtés des Français dans le nord du Mali depuis bientôt trois mois. Disciplinés, efficaces, les soldats tchadiens ont payé le prix du sang. Plus que jamais, le président Déby Itno s’impose comme le parrain sécuritaire de la région. FRANÇOIS SOUDAN Reportage photo : PATRICK ROBERT


L’événement

nards du désert Ü Combattants tchadiens saluant une délégation de la société civile venue spécialement de N’Djamena pour les encourager, à Kidal, le 1er avril.

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€ Un convoi d’une centaine de pick-up, composé d’hommes de la garde présidentielle et d’autres unités, quitte Kidal pour rejoindre le village d’Abeïbara, à 120 km plus au nord, le 30 mars. Les combattants sont emmitouflés pour se protéger de la chaleur (il fait plus de 50 °C) et de la poussière, très fine, qui s’infiltre dans le matériel.

À

N’Djamena, la cocarde patriotique se porte avec pudeur. Pas d’effets de manche inutiles dans le discours du Premier ministre, Dadnadji Djimrangar, annonçant au Parlement, le 15 avril, le retrait progressif des troupes tchadiennes du Mali, mais le sobre inventaire d’une « noble mission accomplie » : 2 250 hommes déployés depuis près de trois mois, un budget de 57 milliards de francs CFA (87 millions d’euros) « entièrement financé sur nos propres ressources », 36 morts au combat, 74 blessés, dont un général. Aucun pays, France comprise, n’a payé un tel prix de sang et personne en Afrique n’a été en mesure de prendre le risque d’intervenir aussi vite et aussi fort.

DISCIPLINE. « Armées africaines : pourquoi sontelles si nulles ? » titrait J.A. il y a quatre mois, après les débâcles malienne et congolaise. Assurément, ce jugement lapidaire ne s’applique pas aux Forces armées tchadiennes en intervention au Mali (Fatim), que le reporter-photographe Patrick Robert a accompagnées dans l’Adrar des Ifoghas pendant trois semaines. Un contingent largement puisé au sein des unités d’élite de la garde présidentielle, encadré par des officiers très proches de leurs hommes et pour beaucoup issus de l’ethnie zaghawa (à laquelle appartient le président Idriss Déby Itno), dont le comportement et la discipline N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

€ Trois hommes clés du dispositif tchadien : les généraux Oumar Bikimo (béret rouge), Mahamat Idriss Déby Itno (turban blanc) et Abderrahmane Youssouf (2e en partant de la droite, au second plan).

n’ont pas jusqu’à aujourd’hui fait l’objet de critiques. À Kidal, où les Fatim ont installé leur base, « les Tchadiens paient comptant ce qu’ils achètent au marché, alors que les soldats maliens razziaient les moutons », assurent les commerçants touaregs interrogés par Patrick Robert. RAFISTOLAGE. C’est le 22 février, lors d’une opé-

ration menée avec les forces spéciales françaises contre un QG conjoint d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), que les JEUNE AFRIQUE


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ð Le général français Bernard Barrera, l’un des principaux responsables de l’opération Serval, et son homologue tchadien Oumar Bikimo (turban blanc, à sa gauche) font le point sur les opérations, à Abeïbara. De dos, le chef du village touareg.

€ Chaque pick-up, autonome et en ordre de bataille, contient deux bidons de 250 litres (essence et eau), des roquettes antichars, la nourriture et le couchage.

Fatim ont perdu le plus d’hommes. Censés couper la retraite des jihadistes, des Tchadiens ont subi des assauts kamikazes pendant plusieurs heures. Ce jour-là, une centaine de terroristes, dont l’émir Abou Zeid, mais aussi 26 Tchadiens ont trouvé la mort, et le véhicule d’un général a sauté sur une mine. « Les Fatim ont deux faiblesses : la logistique et les communications, explique un officier français. Ce sont des as du système D et du rafistolage, mais cela ne marche pas toujours. » Chaque soir, une liaison vidéo est établie entre Kidal et la présidence de la République à N’Djamena. D’un côté, le général Oumar Bikimo, commandant en chef des Fatim, assisté de son adjoint, le général Mahamat Idriss Déby Itno, 29 ans, fils du président tchadien. De l’autre, « Idi », le chef de l’État lui-même, entouré de son état-major et d’officiers français de la base de ● ● ● JEUNE AFRIQUE

€ Soldats des Fatim (Forces armées tchadiennes en intervention au Mali). Les meilleures unités sont composées de ressortissants de l’Est et du Nord, rompus à la guerre du désert. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


La semaine de J.A. L’événement

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Ì Abou Horira, un Sahraoui, ancien soldat du Front Polisario passé dans les rangs jihadistes, a été capturé le 22 février dans le QG d’Aqmi, dans l’Adrar des Ifoghas. Il officiait comme bourreau, coupant les mains des condamnés, au nom de la charia.

€ Le passeport de l’otage français Michel Germaneau, retrouvé sur le cadavre d’Abou Zeid. Kidnappé en avril 2010 par ce chef d’Aqmi, il est mort en captivité trois mois plus tard.

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N’Djamena. On y fait le point des opérations et l’on s’efforce de répondre aux questions, toujours très précises, du président. Le fait d’être dirigé par un militaire de formation ayant l’expérience du terrain explique sans doute la fluidité et la réactivité de l’armée tchadienne. Idriss Déby Itno est un général dont les étoiles ont été acquises lors de deux campagnes victorieuses : contre les Libyens au milieu des années 1980 et contre les troupes de Hissène Habré en 1990. À trois reprises – la ●●●

N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

ð Dans l’Adrar des Ifoghas, repère d’Aqmi et de leurs alliés, les Tchadiens prennent la pose et brandissent comme un trophée le drapeau des jihadistes du Mujao, le 22 février.

dernière en 2008 –, il a dû repousser des colonnes rebelles venues du Soudan jusqu’aux portes de son Palais. Mais le président tchadien est aussi un animal politique habile à tirer profit de sa nouvelle visibilité. Indispensable au Mali, il est au cœur de la transition centrafricaine. Un pied en Afrique de l’Ouest, l’autre en Afrique centrale, à la tête d’un pays pétrolier jusqu’ici épargné par le terrorisme et de l’armée la plus puissante de la région. Incontournable, donc. Attention, toutefois, au vertige du succès… ● JEUNE AFRIQUE


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La semaine de J.A. Décryptage

€ Susan Rice, la représentante des États-Unis à l’ONU.

Sahara occidental Crispation marocaine L’ambassadrice américaine a demandé que le mandat de la force onusienne soit étendu à la surveillance des droits de l’homme. Pris de court, le royaume s’agace.

À

Rabat, le soutien de François Hollande au plan d’autonomie marocain au Sahara avait entretenu l’euphorie. Sa visite d’État, début avril, s’était très bien passée. D’où la sévère gueule de bois des responsables marocains lorsqu’ils ont appris, « comme tout le monde », le projet de résolutionportéparSusanRice,l’ambassadriceaméricaineàl’ONU,le9avril.Cetexte prévoit de doter la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) d’un mandat étendu aux droits de l’homme. Dans la terminologie appropriée, il s’agit d’un mécanisme de « surveillance » (monitoring) et de « compte rendu » (reporting) des atteintes à ces droits, tant au Sahara

occidental, largement sous administration marocaine,quedanslescampsdeTindouf, contrôlés par le Front Polisario. Le Maroc, qui y est opposé, dénonce une « instrumentalisation des droits de l’homme, avec l’appui, conscient ou inconscient, de quelques ONG internationales ». MAUVAIS TIMING. L’évolution de la posi-

tion américaine est considérable, mais elle ne vient pas totalement par surprise. Dans son rapport du 8 avril, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, observe d’ailleurs que « la surveillance indépendante, impartiale, complète et constante de la situation des droits de l’homme au Sahara occidental et dans les camps devient plus que jamais une nécessité primordiale ».

Jusque-là,ladiplomatiemarocainepouvait compter sur la bienveillance américaine, enparticuliertoutaulongdupremiermandat de Barack Obama, avec Hillary Clinton dans le rôle de marraine. Et surtout sur le soutien de la France, qui a parfois servi de dernier rempart. Notamment quand le Royaume-Uni a fait une proposition similaire il y a deux ans. « C’est totalement inédit. Le Maroc, membre non permanent du Conseil de sécurité, a été mis devant le fait accompli. Le Groupe des amis du Sahara occidental [États-Unis, France, Espagne, Royaume-Uni et Russie, NDLR] aussi », indique un diplomate français. « Ce n’était ni la bonne méthode, ni le bon timing », ajoute la même source. Première réaction marocaine, après la convocation des chefs de parti à une réunion de crise au palais, le 15 avril : African Lion 2013, les manœuvres militaires conjointes maroco-américaines prévues à Agadir (sud du Maroc), ont été reportées sine die, selon nos sources. Par ailleurs, les Marocains dénoncent le rôle joué par le Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights. Kerry Kennedy, sa présidente, fille de Robert, l’ancien ministre de la Justice, et nièce de John Fitzgerald Kennedy, a mené fin 2012 une mission très médiatisée dans les « Provinces du Sud », dont elle a tiré un rapport sévère. « Elle a aujourd’hui bien plus d’influence auprès de John Kerry [le nouveau secrétaire d’État américain]. Il y a là-dedans le poids de la dynastie, la culpabilité des démocrates », note perfidement un responsable marocain. On peut aussi y voir une conséquence du bras de fer engagé par le Maroc autour du « cas » Christopher Ross. Récusé par Rabat, ce haut diplomate américain a finalement été maintenu dans ses fonctions d’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental. Une façon de rendre la monnaie de sa pièce au royaume. ● YOUSSEF AÏT AKDIM

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

27 AVRIL Inauguration du stade Maracana « nouvelle version », à Rio de Janeiro (Brésil). Il accueillera la finale du Mondial 2014 et la cérémonie d’ouverture des JO 2016. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

1ER-5 MAI 27e Salon du livre et de la presse, à Genève, et Salon africain du livre. Seront à l’honneur Aimé Césaire (1913-2008) et Ahmadou Kourouma, décédé il y a dix ans.

DR

16

3 MAI Centenaire de Bollywood. Le premier film indien, Raja Harishchandra, de Dadasaheb Phalke (photo), avait été projeté au Coronation Cinema de Bombay le 3 mai 1913. JEUNE AFRIQUE


ILS ONT DIT

Selon les prévisions du FMI, l’Afrique connaît un bel essor économique. Mais certains pays réussissent beaucoup mieux que d’autres.

L

Afrique sur les traces de l’Asie ? Ce n’est pas un fantasme, mais la prédiction on ne peut plus sérieuse du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) lors de leurs traditionnelles assemblées de printemps qui se sont déroulées à Washington du 15 au 21 avril. Alors que l’Europe frôle la récession et que les pays arabes se remettent difficilement de leurs révolutions, l’Afrique subsaharienne affiche une forme insolente. Selon les dernières prévisions du FMI, le produit intérieur brut (PIB) devrait y progresser de 5,6 % en 2013 et atteindre 6,1 % l’année suivante. Surtout, cette croissance devrait rester soutenue et durable pour les meilleurs élèves du continent (Mozambique, Ouganda, Tanzanie et Rwanda). « S’ils continuent comme cela, d’ici à quinze ou vingt ans ces pays auront atteint le niveau de développement des nations émergentes asiatiques », souligne Roger Nord, directeur adjoint Afrique au FMI. Danslacapitaleaméricaine,iln’apasétéquestionquedepronostics. Les docteurs du FMI et de la BM se sont aussi penchés sur les pays malades. Au prix de mesures de restrictions et d’assainissement, le Mali se remet doucement de sa crise politico-militaire. Les bailleurs ont promis une aide budgétaire de 320 millions de dollars en 2013. À cela s’ajoute l’aide-projet qui pourrait atteindre près de 300 millions. Résultat : 4,7 % de croissance attendus cette année. Les donateurs se retrouveEn plein boom : ront en mai à Bruxelles pour approuver Rwanda un programme d’aide qui devrait être et Ouganda. encore plus ambitieux. OPACITÉ. En revanche, il n’y a guère

En panne : Centrafrique, RD Congo, Maroc…

d’espoir, pour l’instant, en Centrafrique. « Notre personnel a été évacué, explique Antoinette Sayeh, directrice Afrique du FMI. En l’absence d’un gouvernement reconnu par la communauté internationale et d’un début de sécurisation du territoire, nos discussions sont suspendues. » Le FMI pourrait toutefois débloquer une assistance rapide si le pouvoir à Bangui s’engageait sur la voie d’un retour à la démocratie. Autre pays dont le programme avec le FMI n’a pas été renouvelé en décembre dernier, la RD Congo joue une partie serrée. Boudé par les bailleurs en raison de l’opacité de ses contrats miniers, Kinshasa souhaite reprendre sa coopération. L’institution y est favorable à condition que les autorités s’engagent sur la voie des réformes pour améliorer la gouvernance et la transparence de ses industries extractives. Une mission d’experts se rendra sur place dans les prochaines semaines. Enfin, le FMI a lancé un avertissement au Maroc. Le pays avait bénéficié d’une ligne de crédit de 6,2 milliards de dollars en août dernier en échange d’une promesse de réduction de ses déficits et d’une réforme de sa Caisse de compensation, notamment pour les produits pétroliers. Deux engagements que les autorités ne pourront visiblement pas tenir. ● PASCAL AIRAULT, envoyé spécial à Washington JEUNE AFRIQUE

«

Avant le Printemps arabe, on était des zombies, on avait un flic dans la tête. Et tout d’un coup, on a bénéficié de la liberté d’expression. Mais aujourd’hui, on est passé du tabou politique au tabou religieux, et les artistes sont des boucs émissaires. On ne se taira plus ! » NADIA KHIARI Dessinatrice tunisienne (auteure de Willis from Tunis)

« Souvenez-vous que Margaret Thatcher a qualifié Mandela de terroriste et qu’elle a pris le thé avec Pinochet. Comment lui rendre hommage ? » KEN LOACH Cinéaste britannique

«

J’ai entendu des imams condamner les actes de violence. C’est nouveau au Nigeria. À tous mes frères musulmans, je dis à mon tour que l’heure est venue de purger l’islam de ce virus de violence. » MGR JOHN ONAIYEKAN Archevêque d’Abuja

« Malgré les discours des dirigeants internationaux et le bond des énergies renouvelables lors de la dernière décennie, l’unité moyenne d’énergie produite est aussi sale qu’il y a vingt ans. » MARIA VAN DER HOEVEN Directrice de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)

« Depuis que je gazouille, dans l’esprit des gens abonnés à Twitter, j’ai dix ans de moins ! » BERNARD PIVOT Écrivain français, ancien animateur d’émissions littéraires

BALTEL/SIPA

Croissance Dragons et tortues

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La semaine de J.A. Décryptage

ð Forest Whitaker (à g.) dans le film Zulu, qui sera projeté en clôture du festival.

PROD DB

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Cannes 2013 L’Afrique reprend des couleurs Le Tchadien Haroun et le Franco-Tunisien Kechiche seront à l’honneur sur la Croisette à partir du 15 mai. Et avec eux, plusieurs films tournés sur le continent africain.

L

es candidats étaient, comme chaque année, très nombreux. Pas moins de 1 858 longs-métrages – un record – ont été envoyés à Thierry Frémaux, délégué général de la manifestation, dans l’espoir de figurer dans la sélection officielle du Festival de Cannes qui se déroulera du 15 au 26 mai. Parmi la cinquantaine de films ayant franchi ce cap, plusieurs ont été tournés sur le continent africain ou au MoyenOrient. Surtout, deux longs-métrages de cinéastes originaires d’Afrique seront en lice pour la Palme d’or. Le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun réussit l’exploit de figurer pour la

deuxième fois en trois ans sur cette liste prestigieuse. Prix du jury en 2010 pour Un homme qui crie, il présentera Grigris, du nom de son héros, un jeune de 25 ans qui veut devenir danseur malgré sa jambe paralysée, mais doit abandonner ce rêve pour se livrer à divers trafics afin d’aider son oncle malade. Pour le Franco-Tunisien Abdellatif Kechiche, plutôt habitué de la Mostra de Venise, où avaient été projetés La Graine et le mulet et Vénus noire, sa venue sur la Croisette sera une première. Avec La Vie d’Adèle, changeant semble-t-il complètement de sujet, il raconte une histoire d’amour passionnelle entre une

adolescente et une jeune femme aux cheveux bleus, adaptation d’une bande dessinée de la Française Julie Maroh (Le bleu est une couleur chaude, prix du public au festival d’Angoulême en 2010). Projeté le soir de la clôture, Zulu est, lui, hors compétition. Réalisée en Afrique du Sud par le cinéaste français Jérôme Salle, cette adaptation du polar éponyme de Caryl Férey, paru chez Gallimard en 2008, bénéficie d’un casting hollywoodien : l’Africain-Américain Forest Whitaker et le Britannique Orlando Bloom. Le premier a déjà reçu un prix d’interprétation à Cannes en 1988 – il incarnait le jazzman Charlie Parker dans Bird de Clint Eastwood – et un oscar pour son rôle d’Amin Dada dans Le Dernier roi d’Écosse en 2007. Le second s’est illustré dans les Pirates des Caraïbes. Zulu évoque une enquête périlleuse menée par deux policiers, un Zoulou et un Afrikaner, dans les townships du Cap. Un portrait sans concessions de l’Afrique du Sud postapartheid. ● RENAUD DE ROCHEBRUNE

LE DESSIN DE LA SEMAINE

Glez PALUDISME UN SAVON, DES SAVANTS

ILS ONT INVENTÉ un savon (oui, oui…) qui leur vaut un triomphe. Le Burkinabè Moctar Dembélé et le Rwandais Gérard Niyondiko ont remporté le Global Social Venture Competition, un concours organisé par l’université Berkeley (Californie), qui récompense les meilleurs business plans. Leur Faso Soap aide à lutter contre le paludisme. Les deux amis, qui en gardent jalousement le secret de fabrication, souhaitent désormais le commercialiser. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

JEUNE AFRIQUE


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Interview Gabriel Agbéyomé Kodjo: « Le pouvoir doit engager le dialogue »

JEUNE AFRIQUE: Pourquoi avez-vous été mis en cause dans l’affaire des incendies criminels de Lomé et de Kara ? G.A. KODJO : Selon les gendarmes,

quelqu’un m’aurait appelé pour me dire : « Ça y est, ça commence. » Ils en ont déduit que cette personne me rendait compte d’une mission que je lui aurais

confiée. Or, vérification faite auprès de l’opérateur Togocel, cet appel n’a jamais eu lieu. Lors de la confrontation chez le juge, celui qui m’avait accusé a nié m’avoir jamais rencontré. Le pouvoir veut nous exclure pour s’assurer la majorité à l’Assemblée lors des prochaines législatives. Que préconisez-vous pour apaiser le climat ?

La situation sociale, très tendue, impose à Faure Gnassingbé de dialoguer avec l’opposition. Par ailleurs, cette législature a dépassé le terme de son mandat. Le président n’a donc plus de majorité. Et quand on n’a plus de majorité, on n’est plus légitime. De quoi souhaitez-vous discuter avec le pouvoir ?

VINCENT FOURNIER/J.A.

Pour faire baisser la pression sociale, il doit réviser la grille indiciaire des fonctionnaires, leur accorder des primes de départ à la retraite. Il doit ensuite mettre en œuvre les réformes dont nous étions convenus lors du dialogue politique de 2006: respect des droits de l’homme, limitation du mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une fois, établissement d’un vrai calendrier électoral ainsi que d’un scrutin uninominal à deux tours pour les législatives et les municipales. ● Propos recueillis par GEORGES DOUGUELI

Libye Senoussi se confie UNE CELLULE DE 3 mètres sur 4 éclairée par une petite fenêtre en hauteur, un matelas à même le sol, une douche, des WC et un lavabo dans un coin : voilà où vit, depuis septembre 2012, Abdallah Senoussi, l’ancien chef tout-puissant des services de renseignements et beau-frère de Mouammar Kaddafi. Détenu dans la prison de l’académie militaire El-Hadhaba de Tripoli aux côtés de 143 autres fidèles de l’exdictateur, il a reçu le 15 avril une de ses rares visites en la personne de Hanan Salah, de l’ONG Human Rights Watch (HRW), à qui il a confié le récit inédit de sa capture. Le détenu confirme avoir été arrêté par les autorités marocaines au début de mars 2012 et être resté douze jours dans le royaume chérifien, puis envoyé à Nouakchott, en Mauritanie, où des agents saoudiens, libanais et américains l’ont interrogé. Le 5 septembre, un ultime vol le conduit en Libye. Plus de sept mois après son emprisonnement à El-Hadhaba, Senoussi ne s’est toujours pas vu notifier les charges pesant contre lui, n’a pas vu d’avocat et n’a pu recevoir qu’une seule visite familiale, celle de sa fille, Anoud, détenue elle aussi en Libye. Il précise toutefois ne pas subir de mauvais traitements. « Nous voulons montrer [aux ex-caciques du régime, NDLR] que nous ne sommes pas comme eux, alors nous tentons de les traiter mieux qu’ils ne traitaient leurs détenus », a expliqué le directeur de la prison au représentant de HRW. ●

INFOGRAPHIE

Côte d’Ivoire Élections locales Suivez les résultats et retrouvez les grandes batailles des municipales et des régionales.

LE TWEET @HaileGebr « Courir est censé rassembler les gens. Ce qui vient d’arriver à Boston est terrible. Mes pensées vont à tout le monde là-bas. » Haïlé Gébrésélassié, athlète éthiopien

TROMBINOSCOPE Bimbos, musiciens, « aventuriers »… La téléréalité française a fourni son lot de « stars ». Tour d’horizon de celles qui ont des origines africaines.

€ Moundir, Camélia Jordana et Nabilla.

À LIRE AUSSI Madagascar : un patron français kidnappé… par erreur.

LAURENT DE SAINT PÉRIER JEUNE AFRIQUE

N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

GHNASSIA ANTHONY/SIPA ; DR ; BENAROCH/SIPA

ANCIEN PREMIER MINISTRE du Togo et opposant irréductible au président Faure Gnassingbé, Agbéyomé Kodjo a été arrêté le 16 janvier, incarcéré puis remis en liberté le 25 février.

JEUNEAFRIQUE.COM


La semaine de J.A. Les gens

Noureddine Adam Général de fortune

Ministre d’État chargé de la Sécurité, ce nordiste paraît le seul à pouvoir garder un tant soit peu le contrôle de la situation dans une Centrafrique en proie à l’anarchie et aux pillages.

S

i tant est qu’une coalition d’exlui permet d’être recruté en 2003 au sein de rebelles, qui éprouve manifesla protection rapprochée de Cheikh Zayed tement les pires difficultés à à Abou Dhabi. En 2007, il démissionne et mettre un terme à l’anarchie installe à son compte une petite société de un mois après s’être emparée du pouvoir, sécurité à Sharjah, toujours aux Émirats. puisse avoir un homme fort, Noureddine Puis c’est l’appel du pays : de retour dans Adam, 43 ans, est celui-là. Parmi les colole nord de la Centrafrique via le Tchad, nels et généraux autoproclamés qui ont mis en déroute François Bozizé et ce qui restait de l’armée centrafricaine, il est le plus ancien dans le grade le plus élevé, et sans doute le plus fiable. À l’hôtel Ledger où il a pris ses quartiers, aux côtés du nouveau président Michel Djotodia, le portable du ministre d’État chargé de la Sécurité et de l’Ordre public ne cesse de sonner. À l’autre bout du fil, les appels angoissés d’opérateurs économiques, d’ONG ou d’expatriés qui tous sollicitent son intervention pour sécuriser leurs biens menacés par les pillards. Autant dire que, depuis le 24 mars, cet homme rugueux et taiseux ne chôme guère. Contrairement à la rumeur, qui voit en lui un Tchadien, Noureddine Adam est un Centrafricain, de ce Nord-Est longtemps oublié, là où il est souvent difficile de démêler un habitant de la Vakaga d’un originaire du Salamat. Nordiste d’ethnie rounga,néàNdéléetmusulman(son père a été l’iman du quartier Miskine € Numéro deux de la Séléka, il est l’un des à Bangui), donc doublement minotombeurs du président Bozizé. ritaire, il opte très tôt pour l’expatriation. Au Soudan tout d’abord, puis en Adam rejoint fin 2009 la Convention des Égypte, où il intègre l’Académie de police patriotes pour la justice et la paix (CPJP), du Caire dont il sortira diplômé au milieu un mouvement politico-militaire alors des années 1990. Suit alors un épisode dirigé par Charles Massi. étrange sur lequel Noureddine Adam ne s’étend guère: quatorze mois de formation ALLÉGEANCES. Pendant trois ans, d’élite au sein des forces spéciales israéNoureddine Adam passe le plus clair de liennes. Un label de professionnalisme qui son temps entre le maquis et le Tchad où il

connaît des fortunes diverses, un moment arrêté pour connivences supposées avec les rebelles qui combattent Idriss Déby Itno, puis soutenu au point de passer bientôt pour « l’homme de N’Djamena ». On le voit rarement à Bangui, où François Bozizé, qui n’est jamais parvenu à le « retourner », se méfie de lui. Numéro deux de la Séléka dès sa création en août 2012, il est l’un des signataires des accords de paix de Libreville de janvier 2013 avec le grade de général trois étoiles, sans cacher pour autant ses allégeances : c’est de N’Djamena qu’il débarque dans la capitale gabonaise pour participer aux pourparlers et c’est à N’Djamena qu’il s’en retourne, une fois ceux-là conclus. Début mars, ses troupes sont les premières à violer le cessez-le-feu en s’emparant de Sido, à la frontière tchadienne, puis de Bangassou. La suite est connue : feignant de négocier, Adam regagne Bangui mais roule tout le monde dans la farine avant de réapparaître à Sibut, d’où il déclenche l’offensive finale. Depuis, cet arabisant au français heurté et qui ne se sépare jamais de sa canne de commandement s’efforce avec peine de ramener un semblant d’ordre. Celui qui dit être entré en rébellion pour lutter contre « les inégalités et les injustices » dont seraient victimes les Centrafricains du Nord fait déjà l’objet de bien des spéculations. En cause : ses relations distantes avec le président autoproclamé Michel Djotodia, à peine installé et déjà mal vu à N’Djamena… ● VINCENT FOURNIER/J.A.

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FRANÇOIS SOUDAN

NOMINATIONS

MGR LAURENT MONSENGWO PASINYA VATICAN Le cardinal archevêque de Kinshasa a été nommé le 13 avril par le pape François au sein du groupe des huit réformateurs chargés de réformer la curie romaine, le gouvernement du Vatican. Il en est le seul membre africain. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

ALEXANDRE NGUENDET CENTRAFRIQUE Quadragénaire peu connu sur la scène politique, cet ancien député du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC, de l’ancien président André Kolingba) a été élu le 16 avril à la tête du nouveau Conseil national de transition. JEUNE AFRIQUE


EN HAUSSE

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REYOT ALEMU

Lalao Ravalomanana Au nom de Marc DR GOLDMAN ENVIRONMENTAL PRIZE SIPA

KENNY KUNENE Le businessman sud-africain a eu le mauvais goût de déclarer sur Twitter qu’il avait été « victime d’un viol collectif » et qu’il avait « adoré ça ». Les statistiques officielles font état de 65 000 agressions sexuelles en 2012 en Afrique du Sud.

AFP

ANTONIO INDJAI Le chef d’état-major des armées de Guinée-Bissau a été inculpé pour narcoterrorisme par un juge new-yorkais. Deux semaines plus tôt, l’ex-chef d’état-major de la marine avait été arrêté par des agents de l’agence antidrogue américaine. SNCF

RÉMI CARAYOL

ð L’ancienne première dame est rentrée au pays le 12 mars.

Le principal chef de guerre du MFDC, la rébellion casamançaise, a vu lever le mandat d’arrêt international émis à son encontre sous la présidence d’Abdoulaye Wade – et qui n’aurait en réalité jamais existé, selon certaines sources. EN BAISSE

YAOURTS. Née en mai 1953 à Antananarivo, Lalao Rakotonirainy

a épousé Marc Ravalomanana en 1974. Comme son mari, elle est issue d’une famille modeste et protestante des Hauts Plateaux. Tous deux se sont rencontrés au collège. Depuis, ils ont eu quatre enfants et ont fondé Tiko, une petite entreprise de yaourts devenue l’un des plus gros groupes industriels du pays. « Leur destinée est inséparable », note un ami du couple. Ce choix n’est toutefois pas sans risques : la candidature de Lalao pourrait ne pas être validée. Selon la loi, pour être candidat, il faut avoir résidé dans le pays pendant une durée minimum de six mois avant la clôture des dépôts de candidature, fixée au 28 avril. Ce n’est pas le cas de Lalao, qui n’est rentrée à Madagascar que le 12 mars aprèsunlongbrasdeferavec le pouvoir… et à la condition qu’elle s’abstienne de toute déclaration politique. ●

Ce Sud-Africain est le lauréat Afrique du prix Goldman 2013 – surnommé le prix Nobel de l’écologie – pour sa lutte contre l’extraction de gaz naturel par fracturation hydraulique. Ce prix récompense chaque année un militant écologiste par continent. SALIF SADIO

DR

STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

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lusieurs noms circulaient, mais pas celui-là. Et pour cause : le 14 avril, pour représenter son parti à la prochaine élection présidentielle prévue en juillet, Marc Ravalomanana, le chef de l’État déchu, a porté son choix… sur sa propre épouse, Lalao. La décision a été entérinée en Afrique du Sud, où « Ra8 » est exilé depuis quatre ans, à l’issue d’un conclave réunissant une trentaine de membres de sa mouvance. Selon l’une d’entre eux, Hanitra Razafimanantsoa, le choix de l’ex-première dame a été « unanime ». Dans le camp de l’ancien président, on évoque un sondage confidentiel réalisé en mars par un cabinet américain pour le compte de son parti, qui indiquerait qu’en l’absence de « Marc », « Lalao » est celle qui a le plus de chances de l’emporter. Non pas que les Malgaches en gardent un souvenir impérissable: lorsque son mari dirigeait le pays, elle n’apparaissait que rarement en première ligne, préférant s’occuper du groupe familial, Tiko SA, plutôt que de faire de la politique. Si elle a toutes ses chances, c’est surtout grâce à son patronyme. « Le nom de Ravalomanana est encore très populaire. C’est notre force », argue le camp de l’ex-président, ce que confirment plusieurs observateurs.

JONATHAN DEAL

DR

L’ex-chef de l’État malgache a choisi son épouse pour se présenter à sa place à la présidentielle de juillet. Mais sa candidature sera-t-elle validée ?

La journaliste éthiopienne a reçu le prix mondial de la liberté de la presse Unesco/Guillermo Cano 2013. Arrêtée en 2011 pour ses prétendus liens avec un groupe rebelle et condamnée pour « terrorisme », elle purge une peine de cinq ans de prison.

Condamnée pour discrimination envers un employé d’origine marocaine, le 18 avril, la société française est aussi suspectée d’avoir écarté ses salariés noirs et arabes lors de l’arrivée du président israélien à la gare du Nord (Paris), en mars. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


La semaine de J.A. Tour du monde GRÈCE

Patrons ou gangsters?

SIPA/AP

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€ Boylston Street, 16 avril, la division scientifique du FBI enquête. ÉTATS-UNIS

À Boston, l’horreur

L

es explosions à la bombe, le 15 avril, à l’arrivée du marathon de Boston (23 000 participants), n’ont beau avoir fait « que » 3 morts et 180 blessés, c’est en tout cas l’attentat le plus grave commis sur le territoire américain depuis ceux du 11 septembre 2001. Les enquêteurs ont mis trois jours à trouver la piste des suspects, pour se lancer finalement à la poursuite de deux hommes, identifiés grâce aux caméras de surveillance puis repérés sur le campus du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Au terme d’une intense fusillade à Watertown, dans la banlieue de Boston, l’un d’entre eux trouvait la mort, ainsi qu’un policier. Les autorités américaines ont rapidement communiqué l’identité des suspects, le 19 avril : deux frères d’origine tchétchène qui vivaient aux États-Unis depuis plusieurs années. À l’heure où nous imprimions ces lignes, aucune information n’avait encore filtré sur l’existence – ou non – d’une filière terroriste internationale derrière l’action des jeunes hommes. ● PAKISTAN

Rififi à la Haute Cour

EN EXIL DEPUIS 2008, l’ancien président Pervez Musharraf s’attendait-il à être accueilli en héros à son retour dans son pays, le 24 mars ? En tout cas, il comptait bien participer aux législatives du 11 mai, mais n’oubliait qu’une chose : il reste sous le coup d’une plainte pour trahison déposée devant la N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

Cour suprême. Le 18 avril, il a été cité à comparaître devant la Haute Cour d’Islamabad, qui, à sa stupéfaction, a ordonné son arrestation immédiate. Refusant d’obtempérer, Musharraf s’est alors rué vers la sortie flanqué de ses gardes du corps, avant de se réfugier dans un complexe résidentiel des environs de la capitale. Il espère que ses ex-frères d’armes de l’état-major s’opposeront à une nouvelle tentative d’arrestation.

DEUX CENTS TRAVAILLEURS immigrés, pour la plupart de nationalité bangladaise, employés à la cueillette des fraises dans la région de Nea Manolada, dans le Péloponnèse (Sud), n’étaient plus payés depuis six mois. Perdant patience, ils se sont rendus en délégation auprès de la direction de l’exploitation, qui les a accueillis… à coups de fusil. Bilan : une bonne vingtaine de blessés, dont quatre dans un état critique. Trois gérants sont en fuite. L’un des propriétaires a été arrêté. LE CHIFFRE

7,7 %

LE TAUX DE CROISSANCE au premier trimestre de l’économie chinoise, dont le ralentissement se confirme. En 2012, l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) n’avait pas dépassé 7,8 %. C’était le plus faible taux depuis treize ans. ESPAGNE

Vive la République!

CHAQUE 14 AVRIL,drapeauxrouge, or et violet en tête, les républicains espagnols manifestent dans les rues de Madrid pour commémorer la proclamation de la IIe République, en 1931. Ils étaient cette année près de dix mille, mais le ton de leur rassemblement était beaucoup plus vindicatif qu’à l’accoutumée. Les scandales à répétition qui touchent la famille royale sont passés par là… Selon une enquête du quotidien El País du 7 avril, 53 % des Espagnols désapprouvent la façon dont Juan Carlos exerce ses royales fonctions. CORÉE DU NORD

Apaisement en vue

AU LENDEMAIN de la tournée asiatique de John Kerry, la Corée du Nord, qui, dans un premier temps, avait jugé « humiliante » la main tendue par le secrétaire d’État américain, JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

Sergio Moraes • Reuters

BRÉSIL

François et les marchands du temple LE PAPE FRANÇOIS AYANT CONFIRMÉ SA PARTICIPATION à la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ), le rendez-vous des jeunes catholiques du monde entier, fin juillet à Rio de Janeiro, les marchands du temple s’activent. Sur cette chaîne de fabrication d’une usine de São Gonçalo, une ouvrière brésilienne met la touche finale à un masque du Saint-Père. JMJ ou carnaval de Rio ?

a, le 17 avril, posé ses conditions à la reprise d’un hypothétique dialogue: levée des sanctions onusiennes et assurance que les États-Unis renoncent à toute menace militaire et « pratique de guerre nucléaire ». Comprendre : interrompent immédiatement les manœuvres militaires avec les troupes sud-coréennes. Celles-ci sont censées s’achever le 30 avril. Il s’agit de la première amorce de dialogue au terme de plusieurs semaines de tensions. MEXIQUE

Blogueuse masquée

POUR LES GRANDS MÉDIAS internationaux, c’est une référence. Depuis trois ans, l’auteur anonyme du Blog del Narco risque sa vie en racontant la guerre que se livrent les cartels mexicains de la drogue. Son identité vient d’être en partie dévoilée dans une interview publiée par le quotidien britannique JEUNE AFRIQUE

The Guardian. Il s’agit d’une journaliste de 25 ans qui écrit sous le pseudonyme de Lucy et vit dans le nord du Mexique. Elle vient de publier, en espagnol et en anglais, un livre au titre sans équivoque : Mourir pour la vérité. CHINE

Le mal court

LE BILAN DE L’ÉPIDÉMIE de grippe aviaire H7N9 s’alourdit : 82 cas de contamination et 17 décès en trois semaines. En dépit des mesures (fermeture de marchés, abattage de volailles) prises pour circonscrire le foyer épidémique dans l’est du pays, le virus a atteint les provinces du centre, puis Pékin, le 13 avril. Le ministère de la Santé jure que le nombre de cas recensés est « sous contrôle », mais l’Organisation mondiale de la santé confirme que nombre de personnes infectées n’avaient eu aucun

contact avec des volatiles, relançant l’inquiétude concernant une éventuelle transmission d’humain à humain. TURQUIE

Tweets fatals

QUALIFIÉE DE « première prison au monde pour les journalistes » par Reporters sans frontières (RSF), la Turquie censure à tour de bras (livres, sites web, dessins animés, etc.) et incarcère écrivains, éditeurs et caricaturistes. Le 15 avril, Fazil Say, un pianiste de renommée internationale très critique à l’égard du gouvernement, a été condamné à dix mois de prison avec sursis pour « blasphème ». Dans une série de tweets, il avait affiché son athéisme et raillé les bigots. « Quand il y a un pou, un médiocre, un voleur ou un bouffon, c’est toujours un islamiste », avait-il persiflé. Certains se seraient-ils reconnus ? N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Grand angle

CAMEROUN-NIGERIA

La menace

fantôme Bien implantée au Nigeria où son nom est synonyme de terreur, la secte Boko Haram prend pied de l’autre côté de la frontière. Rien de plus facile dans une région où l’argent permet tout. Reportage exclusif.


Grand angle

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Ü C’est à Dabanga, à proximité de la frontière nigériane, que les sept membres de la famille MoulinFournier avaient été enlevés, le 19 février, malgré la présence d’un poste de gendarmerie. Ils ont été libérés le 18 avril et remis aux autorités camerounaises.

envoyé spécial à Maroua et à Maiduguri

aidu ri da l aiduguri,danslenord-estduNigeria.Unesirèneserapprocheàtoute rd d Ni ri irèn heà vitesse. Soudain, le convoi de véhicules militaires déboule sur Post Office Roundabout, l’un des rares lieux de vie de la capitale fantôme de l’État de Borno. Une voiture de police avec gyrophare ouvre le chemin, talonnée par une ambulance dont le chauffeur porte un masque sanitaire. « Ils viennent encore de faire un carnage », soupire celui qu’on appellera Abba Badu (il a préféré garder l’anonymat), un journaliste nigérian qui nous a donné rendez-vous dans une station-service du centre-ville. Puis une camionnette s’arrête, dans laquelle six hommes encagoulés en uniforme noir et armés de fusils d’assaut mettent en joue les passants figés. « Surtout, ne faites aucun geste brusque », demande notre hôte. Plus tard, il nous raconte comment des malheureux ont été mitraillés pour avoir manipulé leur téléphone portable dans des circonstances similaires. Les gâchettes faciles de la Joint Task Force (JTF) n’aiment pas les téléphones, ces télécommandes qui font exploser des bombes artisanales au passage des convois militaires. En queue de cortège, un véhicule blindé dont la mitrailleuse, montée sur une tourelle et tenue par un soldat, tourne dans tous les sens. Le convoi reprend ensuite sa route. Le silence chargé d’adrénaline retombe sur la ville écrasée par le soleil. À Maiduguri, ●●●

PATRICK FORT/AFP

M

GEORGES DOUGUELI,


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Grand angle Cameroun ● ● ● cité-martyre, foyer de l’insurrection islamiste, on craint autant les fanatiques de Boko Haram que les forces de la JTF. Les premiers sont parvenus à instaurer un ordre islamiste dans tout le nord-ouest du Nigeria, tandis que les militaires, confrontés à un ennemi fondu dans la population, tirent sans discernement ni sommation sur tout ce qui leur paraît suspect. Au loin, on entend des détonations, écho d’une violence devenue ordinaire. « Nous en sommes à une moyenne de dix attaques par jour », explique Abba Badu, qui tient à nous montrer ce qu’est devenue « sa » ville. Des quartiers entiers se sont vidés de leur population ; des policiers repliés dans leurs commissariats dont les façades sont défigurées par des fortifications en sacs de sable ; partout, des ruines qui témoignent de la violence des affrontements ; commerces et écoles ont fermé depuis des années… Il ne faut pas rester trop longtemps dans cet endroit exposé. Parler aux étrangers – a fortiori journalistes – est un risque majeur. Les agents du State Security Service (SSS) en civil ne vont pas tarder à s’intéresser à notre petit groupe. Les tueurs de la secte aussi. Les violences attribuées à celle-ci et leur répression sanglante par les forces de l’ordre ont fait, selon les estimations, plus de 3 000 morts depuis 2009. « Il faut partir ! » Direction le Government Reserved Area (GRA), un quartier sécurisé où Abba etsafamilleonttrouvérefugedepuisl’intensification de la contre-offensive lancée par le gouvernement fédéral contre la secte religieuse. Avant le début de l’insurrection, il vivait avec les siens dans une confortable villa non loin du centre des affaires. Un jour, un combattant en fuite a sauté le mur de clôture d’une maison voisine. La JTF a alors encerclé tout le pâté de maisons, mitraillé la villa avant de l’incendier. « Parfois, les militaires s’en prennent aux voisins, eux aussi soupçonnés de complicité avec les insurgés islamistes », raconte-t-il. Il a préféré déménager à la GRA, chez les fonctionnaires. La famille vit désormais dans un deux-pièces sans meuble. On s’assoit sur un matelas étendu sur le sol et couvert de tapis d’orient poussiéreux.

PRUDENCE. Dans cette guerre sans ligne de front, les combats se déroulent sous les fenêtres des habitants. Pourquoi ne pas avoir quitté la ville comme l’ont fait avant eux plus de 1 million d’habitants de Maiduguri depuis la dégradation de la situation, en 2008? « Où voulez-vous que j’aille? Je suis né ici. J’y ai grandi et j’y travaille, explique le jeune homme. Et puis, quand on respecte la charia dans les espaces publics,aumoinsonnerisquepasdesefairetuerpar les islamistes », poursuit-il. Comme plusieurs États du Nord-Est, Borno a adopté la charia en août 2000. Maislesislamistesjugentsonapplicationinsuffisante et imposent la police des mœurs: l’alcool est interdit, les femmes doivent porter le hijab, école coranique pourtoutlemonde…L’enseignementàl’occidentale est haram, c’est-à-dire interdite. Malheur à ceux qui N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

€ Scène de rue. Le strict respect de la loi islamique. Telle est la règle dans la capitale de l’État de Borno.

Ü L’avis de recherche lancé contre les principaux membres de Boko Haram. Sans succès pour l’instant.

le pratiquent. En l’absence de tribunaux islamistes, les insurgés font la loi. Le châtiment le plus récent date du 18 mars : quatre enseignants dont deux femmes de la Shehu Sanda School de Maiduguri ont été exécutés dans la cour de leur école, et les élèves chassés. Plusieurs d’entre eux ont été blessés. L’ordre islamiste règne. Les églises sont incendiées et les chrétiens pris pour cible. La dernière tuerie remonte au 28 décembre 2012: neuf Camerounais ont été tués à l’arme blanche dans une église de la ville. Aucun cinéma ne fonctionne, et les boîtes de nuit sont fermées. Pour survivre à Maiduguri, il faut aussi éviter de parler aux militaires, lesquels pressent la population de dénoncer les insurgés. Ceux qui sont surpris en conversation avec des soldats de la JTF ou parlant aux agents du SSS sont considérés comme des traîtres. « Tout traître ou dénonciateur doit savoir que sa femme sera veuve et ses enfants orphelins », avertit un communiqué signé Abubakar Shekau, le patron de la Choura, – le haut conseil de cinq dirigeants – dont les têtes sont mises à prix 50 millions de nairas (240 000 euros) par l’État fédéral. Ce ne sont pas de vaines menaces. La secte a des yeux et des oreilles partout. Les cireurs de chaussures, les vendeurs à la sauvette, les chauffeurs de keke-marwa’s (taxis-tricycles jaunes à moteur) ou JEUNE AFRIQUE


La peste islamiste Un pays dans l’œil du cyclone

NIGER

Lac Tchad

Maiduguri

NIGERIA

Bol

TCHAD Kousseri

N'DJAMENA

Dabanga Bama Amchidé Parc Mora national

Bandes armées tchadiennes

de Waza

Mubi

Maroua

Boko Haram

Parc national Bouba Ndjida

CAMEROUN

MEND

RÉP. CENTRAFRICAINE

Kentzou

Bakassi

Douala

Braconniers venus du Soudan

Bandes armées venues de RCA

YAOUNDÉ

100 km

OCÉAN ATLANTIQUE

HO/AFP

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Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger

€ Boko Haram est dirigé par Abubakar Shekau (3e individu en partant de la gauche). Le groupe armé est responsable de nombreux attentats. JEUNE AFRIQUE

les chauffeurs routiers sont autant d’informateurs volontaires ou forcés… Les cibles de leurs attaques sonttoujourslesmêmes:lesfonctionnairesfédéraux (policiers, militaires), les imams accusés de dévoyer l’islam, les hommes politiques… Ils sont traqués, « punis » pour l’exemple et de façon théâtrale afin de marquer les esprits. Dans cette guerre asymétrique, l’ennemi a l’apparence d’un civil sans histoires. Selon le scénario classique, des combattants dissimulent sous leur djellaba des AK-47 dont la crosse a été sciée, se rapprochent de leur objectif sans éveiller de méfiance, puis, soudain, ouvrent le feu. Lorsque la cible est un commissariat ou une banque, la secte peut mobiliser une centaine d’hommes. L’arsenal des insurgés se compose également de lance-roquettes RPG7. Une cache d’armes découverte dans la banlieue pauvre de Jajeri a révélé des batteries de canons antiaériens… Le message de terreur adressé à la population est clair : Boko Haram peut frapper n’importe qui, n’importe où. En dépit de leur réponse brutale, les forces de l’ordre ne parviennent pas à rétablir la sécurité. Au moins deux membres de la JTF sont tués chaque jour. Les commissariats, les points de contrôle routiers, les administrations, le gouvernorat et même la grande mosquée sont sans cesse attaqués. ● ● ● N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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« Les morgues sont pleines, explique un médecin dans les colonnes du Daily Trust, le quotidien régional. Qui oserait se présenter à l’hôpital pour réclamer le corps d’un Boko Haram ? s’interroget-il. Même s’il s’agit d’un membre de votre famille, vous courrez le risque d’être arrêté », s’indigne le praticien. D’ailleurs, l’armée ne prend plus la peine de ramener les corps. Elle enterrerait les morts, qu’ils soient islamistes ou victimes collatérales, dans des fosses communes creusées à la pelleteuse dans la périphérie de la ville. À Abuja, le président Goodluck Jonathan est lui aussi sous pression. Ses opposants lui ont ●●●

€ Maiduguri a perdu 1 million d’habitants depuis 2008. Conséquence, l’université (ci-dessus) a pratiquement cessé de fonctionner.

d’abord reproché son « indécision ». Il aurait laissé la situation s’envenimer. « Les États de Borno, Kano, Bauchi, Adamawa, Yobe et d’autres entités du nord-est nigérian ont toujours été discriminés », tempête un sénateur dans une lettre adressée au chef de l’État. Comparée au reste du pays, la situation y est catastrophique : 48,5 % des enfants en âge d’être scolarisés ne le sont pas, et 83 % des jeunes sont illettrés. Ajoutée au faible accès à l’éducation, la pauvreté favorise la propagation des idées extrémistes et la violence. Accusé de négligence, le président a donc entrepris une tournée dans la région.

LIBÉRATION DES OTAGES : LE CHOIX DE LA DIPLOMATIE PARALLÈLE

I

«

ls sont vivants et en bonne santé. » C’est en ces termes que la présidence camerounaise a annoncé la remise en liberté des sept otages français. Enlevés le 19 février à Dabanga au Cameroun, le françaisTanguy Moulin-Fournier et sa famille, dont trois enfants âgés de 5 à 12 ans, ont été libérés dans la nuit du 18 au 19 avril. L’opération s’est déroulée dans le plus grand secret. Même Paris n’a été informé de la libération des otages qu’au dernier moment. La grande question est de savoir pourquoi les captifs N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

séquestrés en territoire nigérian ont été remis à Yaoundé et non à Abuja ou à Paris. Selon nos informations, le Cameroun a joué la carte de la diplomatie parallèle, misant à la fois sur l’entregent des chefs traditionnels kanouris, l’ethnie transfrontalière, sur les réseaux de ses dignitaires politiques issus de l’extrême Nord, ainsi que sur un général de l’armée camerounaise, cheville ouvrière de ce dénouement. Dans cette affaire, les Camerounais avaient plus d’atouts que les Français et les Nigérians. En effet, pour

Paris, la marge de manœuvre était mince. Le premier obstacle était d’ordre culturel. Le Nigeria n’est pas un pays de l’ancien pré carré et la France y a une très faible capacité d’action. Ensuite, le climat de quasi-guerre civile et la propagande islamiste antioccidentale n’en faisaient pas un terrain favorable sur le plan opérationnel. Il n’y avait donc pas de choix plus raisonnable que la négociation. S’agissant du Nigeria, qui est en guerre ouverte contre la secte, il n’était pas en position de négocier. Abuja en avait-il

seulement l’intention? Rien n’est moins sûr, au regard de l’exécution le 9 mars dernier par Ansaru, faction de Boko Haram, de 7 otages étrangers en représailles à des tentatives de libération par la force orchestrées par les militaires nigérians et britanniques. De plus, la grande faiblesse du Nigeria est la lourdeur de sa technostructure fédérale. Bien qu’élues au suffrage universel, les autorités locales, pas plus que les gouverneurs, n’ont de compétence en matière G.D. de sécurité. ● JEUNE AFRIQUE


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REINNIER KAZE/AFP

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Pour l’accueillir le 5 mars dernier à Maiduguri, les forces de sécurité ont coupé tous les axes routiers, y compris les grandes routes nationales, bloquant ainsi pendant dix heures le trafic transfrontalier de camions d’arachide et de gomme arabique, les principaux produits d’exportation de Borno. Sur place, une assemblée de sages baptisée Elders, à laquelle s’est joint l’influent sultan de Sokoto, Sa’adu Abubakar, lui a proposé d’amnistier les islamistes qui accepteraient de déposer les armes. Chrétien du Delta du Niger dans la région pétrolière du Sud-Est, Goodluck a bien paraphé un accord d’amnistie en faveur des groupes politico-mafieux qui y ont fait prospérer la piraterie et le business de l’enlèvement, mais il a refusé de l’étendre à Boko Haram. « Il n’y aura pas d’amnistie pour des fantômes ! » a-t-il tranché. Ibrahim Gaidam, le gouverneur de l’État voisin de Yobe, lui a donné raison. « Dans le Delta, si vous appelez [les insurgés], ils viendront, vous diront ce qu’ils revendiquent et pourquoi ils font ça… Mais on ne voit personne ici qui nous dise appartenir à Boko Haram. Du coup, il n’y a personne à amnistier ! » La position du président indigne le journaliste Abba Badu. « Jonathan croit en une victoire militaire. Il veut intensifier les tueries, la torture et les exécutions extrajudiciaires! Pourtant, même l’armée américaine pourrait perdre cette guerre. Pour que nous ayons le dessus sur la terreur, nous devons d’abord conquérir le cœur du peuple », argumente-t-il. Non seulement le conflit n’est pas près de s’arrêter, mais il menace d’embraser les régions frontalières des pays voisins, comme l’a illustré l’enlèvement d’une famille d’expatriés français, le 19 février, dans le nord du Cameroun. Même s’ils ont été libérés, JEUNE AFRIQUE

€ Tanguy MoulinFournier (à g.), sa femme Albane et son frère Cyril à l’ambassade de France à Yaoundé, le 19 avril. Ils ont recouvré la liberté au terme de deux mois de captivité.

Dix-neuf barrages et autant de billets glissés dans la main des militaires.

le 18 avril, on se demande comment cela a pu se produire alors que l’état d’urgence est décrété au Nigeria et que les forces camerounaises sont sur les dents de l’autre côté de la frontière. Solidarités ethniques transfrontalières, corruption, frontière longue et poreuse. Autant d’explications pour justifier les difficultés à arrêter les islamistes. Cameroun et Nigeria ne parviennent pas à contrôler efficacement la circulation des personnes et des armes. ARGENT. Notre voyage de la ville frontière d’Amchidé, au Cameroun, jusqu’à Maiduguri, au Nigeria, sans passeport et sans jamais être fouillés en est la preuve. Pourtant, le trajet long de 142 km a été entrecoupé par dix-neuf contrôles routiers du côté Nigerian. Tout a été facilité par Ahmed, un chauffeur de l’ethnie kanourie, établie dans l’État de Borno et sur une partie de l’extrême Nord camerounais. Né à Bama, une petite ville à mi-chemin entre Amchidé, au Cameroun, et Maiduguri, il a grandi et a fondé sa famille à Amchidé. Il ne parle ni français ni anglais. Ici, il suffit de parler le haoussa et le fulfuldé, la langue véhiculaire régionale. De quelle nationalité est-il ? « Quelle importance ? » semble-t-il répondre en haussant les épaules. Il loue sa Volkswagen Golf immatriculée au Nigeria à des clients, en règle ou non, désirant se rendre dans ce pays. Avec des nairas (la monnaie nigériane), tout devient possible dans cette partie du monde. Premier contrôle routier au bout de 3 km sur une route défoncée. Les portables et appareils photos doivent être rangés. Le chauffeur s’adresse au soldat en haoussa. Alors que l’état d’urgence est en vigueur, nous devrions, au mieux, être refoulés, mais non. Les deux hommes se serrent la main. Un billet N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


Grand angle Cameroun de 500 nairas vient subrepticement de changer de propriétaire. L’argent a opéré un miracle. Le manège se reproduit de contrôle en contrôle, parfois distants de seulement 100 m. Deux fois, nous avons cru être enfin tombés sur un officier respectueux des lois. Ahmed est revenu furieux au bout d’une longue négociation avec un gradé. Ce dernier avait simplement fait monter les enchères, exigeant 1 500 nairas par voyageur ! Les billets ont encore changé de mains. Ainsi sommes-nous parvenus à Maiduguri. Le dispositif sécuritaire comporte des centaines demilitairesmaiss’avèreperméable,doncinefficace dans sa mission de réprimer les activités criminelles et de stopper la circulation des armes. Par

conséquent, rien n’empêche les « mules » de Boko Haram de transporter armes et munitions sur des motos de fabrication chinoise. Leurs engins avalent des kilomètres sur les pistes labyrinthiques de la steppe, évitant autant que possible la route bitumée et ses contrôles. Les cargaisons sont ensuite chargées dans des camions conduits par des complices. « Quatre AK-47 à crosse sciée tiennent dans un sac d’arachides », explique un policier camerounais qui a enquêté sur la « logistique » de l’organisation terroriste. Le chargement terminé, le camion peut repartir. Conscient de la gravité de la situation, les douaniers nigérians avaient installé un scanner permettant d’inspecter au rayon X la cargaison des poids lourds sans les immobiliser trop longtemps. Installé sur le corridor menant vers Kano, l’appareil a finalementétédétruitcourant2012parlesislamistes.

Ü Quatre AK-47 peuvent être cachés dans un sac d’arachides. Un bon moyen pour passer les contrôles.

DR

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ÇA CHAUFFE AUSSI À L’EST L’INSÉCURITÉ À SA FRONTIÈRE ORIENTALE donne également des insomnies àYaoundé. Fin mars, il a fallu accueillir et désarmer près de 200 soldats de l’ancienne garde présidentielle de François Bozizé, chassé du pouvoir le 24 mars. Le même jour, un groupe de rebelles centrafricains non identifiés a attaqué la commune frontalière de Kentzou (Kadey) avec l’objectif de libérer des complices appréhendés par des gendarmes camerounais trois jours plutôt. Cette partie du pays est également le refuge naturel des populations centrafricaines qui fuient les combats et les exactions des groupes rebelles présents dans ce pays. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

Les troupes camerounaises font également face aux bandes armées venues duTchad et même du Soudan. Les braconniers soudanais, responsables du massacre de centaines d’éléphants dans le parc national de Boubandjida, ont transité par cette zone localisée entre le sud-est du Tchad et l’ouest de la Centrafrique. Début avril, le président camerounais, Paul Biya, a dépêché sur place son ministre de la Défense, Alain Edgar Mébé Ngo’o, pour faire le point sur la situation. Les effectifs des 24 postes de gendarmerie de la région ont été doublés avec un renforcement de leurs moyens de transport. ● G.D.

TRAFICS. Côté camerounais, on regarde impuissant la situation se détériorer chez le voisin. Face à la menace de contagion, les autorités ont renforcé la surveillance du territoire. Sur l’axe routier Maroua-Mora-Amchidé, une demi-dizaine de contrôles de police et de gendarmerie ont été mis en place. Eux aussi sont très faciles à contourner grâce aux billets de banque. Selon Guibaï Gatama, patron de l’hebdomadaire régional L’Œil du Sahel, « les islamistes se ravitaillent en armes via des filières d’approvisionnement qui remontent au Soudan, au Tchad et en Centrafrique en transitant par le nord du Cameroun ». La demande en armes et en munitions serait si importante que les trafiquants afflueraient de toute la bande sahélienne. Parfois, les transactions virent au règlement de compte. Des policiers racontent comment, le 25 mars, un trafiquant d’armes camerounais connu des services de police a été enlevé sur le pont de Chagoua (Tchad) par des islamistes présumés. Pour acheminer leurs cargaisons au Nigeria, leurs principaux corridors passent par le Cameroun plutôt que par le Niger, où les contrôles sont plus stricts. L’ampleur du trafic est difficile à évaluer. Le 13 octobre 2012, à Limani (Mayo-Sava), des policiers camerounais sont tombés sur une cargaison de 1 399 balles d’AK-47 et des armes de guerre. Le véhicule et ses occupants étaient partis de Kousseri (extrême Nord), avaient théoriquement passé dix barrages de police avant d’être interceptés, rapporte L’Œil du Sahel. Pour assurer la sécurité sur son territoire, le Cameroun compte par-dessus tout sur le fameux bataillon d’intervention rapide (BIR). La police a elle aussi besoin de plus d’hommes. Au commissariat d’Amchidé, les policiers n’ont qu’un jour de repos par semaine. Une seule voiture est en état de rouler. Ils ont pourtant pour mission de surveiller un rayon de 100 km d’une frontière longue de 2000 km entre les deux pays. Ces derniers mois, six attaques ont eu lieu entre JEUNE AFRIQUE


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REINNIER KAZE/AFP

Ü Des soldats appartenant au bataillon d’intervention rapide (BIR) patrouillent dans un parc national situé dans le nord du Cameroun.

LE BIR EN PREMIÈRE LIGNE « FACE À CETTE MENACE ASYMÉTRIQUE, notre meilleure réponse est de lui opposer nos forces spéciales », explique un officier supérieur du ministère camerounais de la Défense. Créé en 1999 pour lutter contre le grand banditisme en zone de forêt et surveiller les frontières, le bataillon léger d’intervention (BLI) devenu bataillon d’intervention rapide (BIR) en 2008, est donc en première ligne. Cette unité d’élite dépend théoriquement du ministère de la Défense, mais n’a de comptes à rendre qu’au président de la République sur le plan opérationnel.Tenu secret, son budget est directement financé par la Société

nationale des hydrocarbures (SNH). Le BIR n’a donc aucune incidence sur le budget de la Défense, lequel s’élève en 2013 à 194,079 milliards de F CFA (295,8 millions d’euros). La bonne dotation financière du BIR lui permet de mieux rémunérer ses hommes, d’acquérir des équipements onéreux, dont un bateau-hôtel (Rio-Del-Rey) à Bakassi (Sud-Ouest), et de se doter d’armement de pointe. Le BIR a bonne réputation auprès de la population pour avoir stoppé le fléau des coupeurs de routes dans le nord du Cameroun. Ses soldats, dont la formation s’achève par une marche commando de 400 kilomètres avec 15 kg de charge, protègent également

Amchidé et Banki, la ville voisine nigériane. Il y a quelques semaines, un groupe a attaqué le poste de police nigerian. Les Camerounais ont accouru pour protéger leur territoire. Pris entre deux feux, les assaillants ont dû se replier. « Ils n’ont pas de projet d’État islamiste transfrontalier. Ce qu’ils veulent, c’est utiliser le Cameroun comme base arrière dans leur combat contre le pouvoir fédéral d’Abuja », explique un officier camerounais. Assez régulièrement, les islamistes traquent jusqu’en territoire camerounais policiers, douaniers, militaires nigérians. Pour débusquer l’ennemi qui se fond dans la population, les Camerounais investissent dans la collecte de renseignements. « Les Kanouris du Nigeria se réfugient facilement de ce côté de la frontière chez leurs cousins du Cameroun. Le problème est que ces derniers ne les dénoncent JEUNE AFRIQUE

90 %

Telle est la baisse de la fréquentation du Relais Porte-Mayo de Maroua, établissement fréquenté essentiellement par les touristes étrangers. Conséquence de l’enlèvement de la famille de touristes français le 19 février.

les expatriés et les entreprises travaillant dans la zone lorsqu’elles en font la demande. Le bataillon a été commandé à partir de 2001 par le colonel israélien Abraham Avi Sirvan, jusqu’à son décès dans un accident d’hélicoptère en novembre 2010. En dépit de ses résultats, le BIR est néanmoins mis en concurrence avec d’autres forces spéciales, dont le Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (GPIGN). Depuis l’intensification des menaces, l’armée camerounaise recrute et rajeunit ses troupes. 4500 jeunes ont été recrutés en 2013, pour s’ajouter à un effectif globalement évalué à 30000 hommes. ● G.D.

pas », se plaignent les policiers. Le 27 février dernier, le président de l’Assemblée nationale Cavayé Yéguié Djibril, originaire de la région, a réuni les chefs traditionnels et les imams pour exiger plus d’implication dans la traque des islamistes. L’imam de la mosquée de Maroua, la plus grande ville de l’extrême Nord camerounais, a recommandé aux écoles coraniques d’interdire aux étrangers de dispenser des enseignements religieux. Écoles qui, du reste, ne sont ni recensées ni surveillées. Yaoundé semble si loin de cette guerre contre l’islamisme dont elle perçoit difficilement les échos et les enjeux. Pourtant, dans une vidéo mise en ligne le 15 mars, la secte défiait directement les autorités camerounaises, qui, au regard des capacités et de la détermination de cet ennemi invisible, devraient prendre ces menaces au sérieux. ● N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


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afrique subsaharienne

SénégaL

La chute


Afrique subsaharienne

Soupçonné d’enrichissement illicite, sommé de s’expliquer sur l’origine du monumental patrimoine qui lui est attribué, Karim Wade a été incarcéré le 17 avril. Le scénario du pire pour le fils de l’ancien président.

mehdi Ba,

L

à Dakar

es voies de la justice sont impénétrables, et Karim Wade est en train d’en faire l’amère expérience. Le 17 avril, c’est dans une cellule de la prison de Rebeuss jadis occupée par Idrissa Seck, ancien Premier ministre de son père dont l’ascension a été entravée par une accusation de malversations financières orchestrées en haut lieu, qu’il a été placé en détention. Étrange retour de manivelle pour celui que l’on surnommait le ministre du Ciel et de la Terre et pour Abdoulaye Wade, à qui l’on prêtait l’ambition de voir son fils prendre sa suite au palais présidentiel, mais qui doit se contenter, depuis son exil versaillais, de le voir lui succéder dans une prison dakaroise. Un mois plus tôt, le 15 mars, Karim Wade avait été informé de l’ampleur du patrimoine qui lui est attribué lors d’un tête-à-tête tendu avec Alioune Ndao, le procureur spécial de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei). Évalué au franc CFA près, le montant de son trésor caché, immédiatement relayé par les radios nationales, avait fait l’effet d’une bombe: 693946390174 F CFA (1,05 milliard d’euros). Le hold-up du siècle. Le compte à rebours était lancé. Karim Wade disposait de trente et un jours pour démontrer que ce patrimoine avait été acquis de manière licite. Vu l’ampleur des détournements présumés, chacun s’accordait à lui prédire un placement imminent sous mandat de dépôt. En l’espace de un an, l’un des hommes les plus influents du Sénégal subissait une chute vertigineuse.

t Le 15 avril à Dakar. L’ancien « ministre du Ciel et de la Terre » est emmené par les gendarmes. Mis en garde à vue, il sera inculpé et placé deux jours plus tard sous mandat de dépôt.

AFP

énormité. Ce 15 mars, avant de se rendre à la

prière du vendredi, en compagnie de quelques « frères » du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition), Karim Wade avait téléphoné à des proches pour leur faire part de la teneur de sa mise en demeure, affirmant ignorer jusqu’à l’existence de certaines des quinze sociétés dont la justice lui attribuait la propriété via des hommes de paille. Sur la liste du procureur, une entreprise, à elle seule, pèse 596 millions d’euros. « Ils m’ont dit : “DP World Dakar SA vous appartient !” » l l l n 0 2728 • du 21 Au 27 Avril 2013

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afrique subsaharienne sénégal

Que possède Karim Wade selon la justice ? « C’est une véritable ingénierie financière qui a été mise à nu, avec des prête-noms et des montages complexes. » Selon le substitut du procureur spécial de la Crei, Antoine Félix Diome, le trésor caché du fils de l’ancien président n’est pas constitué de montagnes de devises dissimulées en Suisse ni de biens immobiliers luxueux, mais surtout de sociétés opérant dans le domaine portuaire ou aéroportuaire. Officiellement, aucune n’appartient à Karim Wade, dont le nom n’apparaît ni dans les actes constitutifs, ni dans la liste des actionnaires. Mais selon la Crei, divers témoignages permettraient de le considérer comme leur véritable propriétaire, via « des sociétés offshore basées au Panama, aux îles Vierges britanniques et au Luxembourg ». Au terme de l’enquête préliminaire, il appartiendra à la commission d’instruction de la Crei de valider ou d’infirmer cette thèse.

soCiétés

dp World dakar sa

596 millions d’euros

Ce que lui reproChe le proCureur… En 2007, le groupe Dubai Ports World remportait la concession du terminal à conteneurs du Port autonome de Dakar (PAD). Une société de droit sénégalais, DP World Dakar SA, fut alors créée en vue d’exploiter la concession. Cette filiale de DP World est officiellement détenue à 90 % par le holding de Dubaï et à 10 % par le PAD. Mais la multinationale a agi via un meccano de plusieurs filiales, dont l’une est domiciliée dans une zone offshore, aux îles Vierges britanniques. Selon la Crei, ce montage serait suspect par nature et inciterait à considérer que DPW Dakar SA appartient en réalité à Karim Wade. En vertu de quels éléments ce lien est-il établi ? la Crei s’appuie sur deux témoignages (celui d’une notaire et celui d’un expert-comptable) qui lui font dire qu’il « apparaît clairement que M. Karim Wade dispose d’un pouvoir de décision dans le fonctionnement de DP World Dakar SA, parce que parvenant à y faire prendre des décisions ». n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

1,03 milliard d’euros

(97,4 % du patrimoine)

… Ce que répondent ses avoCats Ils font valoir qu’il n’existe ni « certificat d’action », ni « registre d’actions », ni « compte de titres » à son nom, et rappellent que leur client « n’a jamais été ministre de tutelle du Port autonome de Dakar, seul actionnaire sénégalais du groupe DP World Dakar SA ». Ils concluent que cette filiale a été « abusivement imputée » à Karim Wade « comme un élément qui constitue 56,4 % de son patrimoine, alors que les informations concernant la propriété réelle de DP World Dakar SA [sont évidentes] et que l’information sur l’actionnariat est accessible au public ».

aviation handling serviCes (ahs)

345 millions d’euros

Ce que lui reproChe le proCureur… Le deuxième gros morceau des accusations porte sur des entreprises de service au sol appartenant majoritairement à Menzies Middle East and Africa et à AHS International, des sociétés officiellement détenues par Ibrahim Aboukhalil (dit « Bibo Bourgi ») et Karim Aboukhalil, deux frères issus d’une des familles libanaises les plus puissantes du Sénégal. Selon la Crei, « la société AHS a été créée par un notaire qui a avoué avoir agi sur ordre de Karim Wade ». Par extension, Karim Wade est considéré comme le véritable propriétaire des autres sociétés du groupe, qui opère à travers huit pays (Sénégal, Bénin, GuinéeBissau, Ghana, Niger, Centrafrique, Guinée équatoriale et Jordanie), et d’ADGE, la société qui exploite l’aéroport de Malabo.

… Ce que répondent ses avoCats Karim Wade conteste être le propriétaire de l’empire AHS et a produit des attestations du directeur général d’ahs sénégal sa et des dirigeants des filiales du groupe qui confirment ses dires. Il verse en outre à sa défense des attestations montrant que la société AHS Bissau, valorisée dans son patrimoine à hauteur de 10 millions d’euros, a cessé ses activités depuis plusieurs années. De même, des pièces transmises par les avocats conseils d’AHS « démontrent que AHS Niger a cessé ses activités depuis 2009 ». jeune afrique


La chute t Visite de chantier au côté de son président de père, le 2 mars 2008. Karim Wade est à l’époque l’un des hommes les plus influents du pays.

s’exclamait alors Karim Wade, apparemment incrédule face à l’énormité du soupçon, devant ses interlocuteurs. La riposte s’est vite organisée. Autour de l’ancien ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Énergie, un quatuor d’avocats est à la manœuvre. Trois d’entre eux le représentent officiellement : Ciré Clédor Ly, Demba Ciré Bathily et Mouhamadou Seydou Diagne. Le quatrième, El Hadji Amadou Sall, qui officie en coulisses, est un ancien garde des Sceaux d’Abdoulaye Wade. Les 13 et 14 mars, s’ils ont pu prendre connaissance du dossier à charge, quarante-huit heures avant la mise en demeure de leur client, ils n’ont pas eu le droit de réaliser de copies des nombreux documents réunis par les enquêteurs, devant se limiter à une prise de notes fastidieuse face aux trente-sept cartons d’archives. Depuis la maison familiale du Point E, devenue l’épicentre de sa cellule de crise, Karim Wade s’affaire à réunir les preuves qui démontreront « la manipulation » qu’il dénonce.

SeYllOu/afp

lll

confiant. Jouant de leur entregent, ses avo-

sociétés et biens immobiliers

23 millions d’euros

(2,2 % du patrimoine) Outre un immeuble situé dans le quartier Sicap Rue 10 et l’extension de la maison familiale du Point E, que Karim Wade reconnaît posséder, les enquêteurs lui attribuent la propriété – en sous-main – de trois sociétés (Hardstand, Dahlia et Istar Immobilier), qui détiennent ellesmêmes des terrains nus ou bâtis à Dakar.

jeune afrique

comptes bancaires

1,4 million d’euros

(0,13 % du patrimoine) Karim Wade détient deux comptes au Sénégal : l’un à la sGbs, l’autre à la cbao. Les enquêteurs ont additionné les sommes versées sur ces deux comptes au cours des douze dernières années – hors revenus officiels.

cats et lui-même se procurent divers documents auprès du cadastre, du registre du commerce et de divers services officiels. Sur son MacBook Air, l’ancien ministre compile et classe les centaines de véhicules pièces censées démontrer que ce patrimoine ne lui appartient pas : titres fonciers, relevés bancaires, 846 000 euros attestations, sommations d’huissiers, registres (0,08 % du patrimoine) d’actionnaires des différentes sociétés visées par Le procureur spécial la Crei… Il peut aussi compter sur un certain lui attribue la propriété nombre d’attestations provenant de BlackPearl de huit véhicules. Finance, d’Aviation Handling Services (AHS) ou Karim Wade reconnaît en posséder six, dont de Hardstand. Ses avocats ont contacté certains une porsche cayenne de leurs confrères chargés des intérêts de DP et une bmW série X5 World Dakar SA, des différentes sociétés des frères qui lui auraient été Aboukhalil, Ibrahim (alias Bibo Bourgi) et Karim, offertes par des amis et des autres entreprises recensées par la Crei. chefs d’État, en l’occurrence l’émir du Ils se sont fait transmettre les pièces permettant Koweït et le roi du d’établir leur valeur financière et l’identité de Maroc. leurs actionnaires officiels. Pendant un mois, les réunions de travail s’enchaînent jusque tard dans la nuit. Si Karim Wade se montre confiant sur le dossier qu’il entend déposer à la Crei avant le 15 avril, son entourage et lui-même se disent comme ses proches, néanmoinsconvaincusquelesdés il est convaincu sont pipés. Distillant au compteque les dés sont pipés. gouttes confidences et critiques, ils s’agacent de « l’acharnement » de la ministre de la Justice, Aminata Touré, et accusent les enquêteurs d’avoir « harcelé certains témoins pour leur faire dire sur procès-verbal » que diverses lll sociétés lui appartiennent secrètement. n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

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afrique subsaharienne Sénégal EN vérité

Opinions & éditoriaux Mehdi Ba

Ni au-dessus de la loi ni au-dessous

e

n matière de scandales politico-financier s, le sénégal vit une expérience inédite qui ravale l’affaire cahuzac, en France, au rang d’aimable telenovela brésilienne. au lendemain de l’élection de macky sall, c’est une véritable opération mains propres qu’a déclenchée son gouvernement. Visant les plus hauts responsables du défunt régime Wade, soupçonnés d’appropriation à grande échelle du patrimoine de l’État, les procédures initiées par la justice ont conduit, en moins de un an, au placement en détention de Karim Wade.

La détermination du nouveau pouvoir à rompre avec des pratiques qui n’avaient que trop longtemps gangrené la gestion du bien public, sapant la confiance dans l’intégrité de ses élites, mérite d’être saluée et encouragée. toutefois, dès lors qu’elle emprunte la voie judiciaire, cette croisade se doit d’en respecter les principes fondamentaux, faute de quoi la lutte contre l’impunité s’en trouverait fragilisée. la décision rendue en février par la cour de justice de la communauté économique des États de l’afrique de l’Ouest (cedeao) rappelait, en substance, cette évidence: si les principaux ténors du régime Wade ne sont plus – et c’est heureux – au-dessus des lois, ils ne sont pas non plus passés au-dessous. ils bénéficient de la présomption d’innocence et de la plénitude des droits de la défense. Quant au fond du dossier, il est censé reposer sur un postulat

implicite: démontrer de manière incontestable que le patrimoine frauduleux appartient bien à l’intéressé. adoptée en 1981, la loi sur l’enrichissement illicite devait offrir une alternative à la poursuite d’infractions financières classiques – comme la corruption – réputées complexes à établir. d’où cette disposition permettant de contourner l’obstacle : plutôt que d’exiger de la justice qu’elle prouve les malversations, c’est à la personne mise en cause de prouver la licéité de l’acquisition de son patrimoine. À ce stade de la procédure, la principale question concerne la dizaine de sociétés portuaires ou aéroportuaires dont il faut déterminer de façon incontestable qu’elles seraient une possession déguisée de l’ancien ministre. Or les éléments aujourd’hui disponibles incitent à rester prudent sur cette thèse. si elle ne se

Les puissants d’hier sont des justiciables comme les autres.

n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

Pendant que ses avocats moquent le scénario mis en avant par les enquêteurs – un patrimoine dépassant le milliard d’euros quasi intégralement délégué à des hommes de paille –, Karim Wade, lui, a l’ironie maussade. Quand il évoque la perspective de dormir bientôt en prison, le ton reste badin mais le visage se crispe. Éloigné de ses trois filles, qui résident à Paris, mais aussi de ses parents et de sa sœur cadette, Sindiely, qui ont quitté Dakar au lendemain de la défaite, il est le dernier membre du clan sur le sol sénégalais. Connu pour son franc-parler et ses saillies éloquentes, l’ancien président se fait étonnamment discret depuis que son fils voit son horizon s’assombrir. S’il lui a fait parvenir une attestation censée justifier les sommes qu’il a lui-même versées sur ses comptes bancaires entre 2000 et 2012, affirmant par ailleurs avoir personnellement financé les deux maisons qu’il a ensuite mises au nom de Karim au titre d’un partage d’ascendant, Gorgui reste muet. « Tu n’as rien à te reprocher, donc tu n’as pas à t’en faire, a-t-il lancé à son fils au téléphone au lendemain de sa mise en demeure. À mon époque, ils auraient invoqué une atteinte à la sûreté de l’État ! » lll

vérifiait pas, cela ne signifierait pas pour autant que le président Wade et son proche entourage ont pratiqué une gestion vertueuse des deniers publics. mais si la justice doit passer, elle ne peut s’exercer qu’avec rigueur et impartialité, en considérant les puissants d’hier comme des justiciables parmi d’autres. la réussite de l’opération mains propres voulue par macky sall est à ce prix. l

SurSaut. Lundi 15 avril, après une dernière nuit sans sommeil passée à peaufiner le mémoire en réponse de quarante-deux pages qui prétend démonter une à une les accusations de la Crei, ses avocats se présentent devant le procureur spécial, vingt-cinq minutes seulement avant les douze coups de midi – fin du délai de la mise en demeure. Cette fois, Karim Wade ne les a pas accompagnés. Quelques heures plus tard, des enquêteurs en civil se présentent à son domicile munis d’une convocation. Karim Wade s’engouffre à leurs côtés dans un véhicule noir, devant les grappes de curieux et de sympathisants du PDS qui se sont rassemblés dans les rues adjacentes. À la caserne Samba Diery Diallo de Colobane, il retrouve les principaux protagonistes que la Crei considère comme ses hommes de paille. Il n’aura pas fallu longtemps au procureur spécial pour consulter, digérer et écarter les arguments en défense de l’ancien ministre. « En deux heures, nous nous sommes fait une religion et nous n’avons pas été convaincus par la pertinence de ses réponses », affirme le magistrat, annonçant du même coup la transmission du dossier à la commission d’instruction de la Crei. Une semaine avant sa chute, Karim Wade envisageait de sortir du silence et de plaider personnellement sa cause lors d’une grande interview ou d’une conférence de presse. Ultime sursaut d’optimisme pour l’héritier controversé, rendu plus muet que jamais. l jeune afrique


Crédits photos : Panoramic - A. Hermann

LE NOUVEAU TALK-SHOW MENSUEL DE TV5MONDE

Mercredi 24 avril à 21h* Anasthasie Tudieshe et Manu Dibango

www.tv5monde.com/rvmaquis

Politique, économie, société, culture : une vision moderne de l’Afrique proposée par Anasthasie Tudieshe et son équipe de chroniqueurs. En présence de Manu Dibango, invité de la première édition. * sur TV5MONDE France-Belgique-Suisse et 20h45 sur TV5MONDE Afrique (heure de Dakar)


Afrique subsaharienne

CELLOU BINANI/Afp

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Guinée

À marche forcée

p Des affrontements avec les forces de l’ordre ont émaillé les manifestations dans la capitale guinéenne.

L’opposition est de nouveau descendue dans les rues de Conakry le 18 avril. En cause ? La décision du chef de l’État d’organiser des législatives le 30 juin.

M

«

ais pourquoi Alpha a - t- i l s i g n é c e décret? » À Conakry, la question est sur toutes les lèvres. Depuis le début du mois d’avril, la tension baissait entre le pouvoir et l’opposition. Les deux parties s’étaient entendues sur le nom d’un facilitateur : le représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, l’Algérien Saïd Djinnit. Il devait venir à Conakry afin que tout le monde se mette d’accord sur les règles du jeu et la date des législatives, qui sont sans cesse repoussées depuis deux ans. Mais le 13 avril, le chef de l’État guinéen a décidé par décret de convoquer le corps électoral pour le 30 juin. Réaction immédiate d’un leader de l’opposition en colère : « C’est une vraie torpille. Désormais, le dialogue n’a plus de sens. » « Non, ce n’est pas du tout du sabotage », réplique un proche du président. n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

«Depuisplusieurssemaines,AlphaCondé fait un travail de fond avec les opposants qu’il reçoit en tête à tête. Ainsi Cellou Dalein Diallo [son adversaire au second tour de la présidentielle de 2010, NDLR] qu’il a vu longuement à Nouakchott, le 25 mars dernier, en marge d’un sommet régional. Et Sidya Touré [arrivé troisième au premier tour] qu’il a rencontré à Conakry le 1er avril. Je ne crois pas que le décret du 13 avril va altérer ce dialogue de fond. Au contraire, il peut avoir un effet accélérateur dans le rapprochement des positions. » Méfiance. Pour l’instant, le décret accélère surtout le rythme cardiaque des opposants. Le 18 avril, ils ont repris les « marches » et sont descendus en masse dans les rues de Conakry aux cris de « Alpha zéro », ou de « Du courant, sinon pas d’élections », allusion aux

délestages qui continuent d’assombrir la capitale guinéenne et qui provoquent des manifestations depuis une semaine. « Nous allons continuer le combat », dit Cellou Dalein Diallo, qui annonce de nouvelles marches. Pourquoi ce décret? « Je ne comprends pas », glisse un diplomate en poste en Afrique de l’Ouest. « Nous sommes plusieurs à lui avoir laissé entendre qu’on ne pouvait pas commencer le dialogue par ce genre d’initiative. Mais que voulezvous… C’est le président. » Deux explications sont avancées. D’abord, Alpha Condé est sans doute pressé, car la saison des pluies commence fin juin et rend impossible le vote jusqu’à fin septembre. Élu en novembre 2010, le chef de l’État est déjà à mi-mandat. Il ne veut pas que des législatives reportées à 2014 coïncident avec le début de la campagne pour la présidentielle de 2015. Ensuite, il se méfie peut-être de l’ONU, car Saïd Djinnit, le facilitateur, compte venir travailler à Conakry avec une équipe d’experts qui vont mettre nécessairement leur nez dans les listes électorales. Les jeune afrique


Afrique subsaharienne faucons du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, au pouvoir) voient-ils cela d’un bon œil ? Le 12 avril, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a signé une lettre annonçant au Premier ministre guinéen la venue de la mission Djinnit. Le lendemain, Alpha Condé prenait son décret. paradoxe. Le blocage est-il insurmon-

table ? Pas sûr. Le paradoxe, c’est que, malgré le décret du 13 et la manifestation du 18 avril, les positions des deux parties sont peut-être en train de se rapprocher. Bien entendu, comme l’an dernier, la principale pomme de discorde reste Waymark, la société sud-africaine que le pouvoir a choisie sans appel d’offres, en avril 2011, pour réviser le fichier électoral. Et l’opposition continue de réclamer à cor et à cri son remplacement par une autre société. Mais un diplomate proche du dossier remarque : « Les opposants savent bien qu’on ne va pas convaincre

le président de changer d’opérateur. » Et l’un de ces opposants confie : « Si Djinnit avait pu faire son tour de table, on aurait pu discuter de compromis possibles sur cette affaire. » Le compromis en vue, c’est un second opérateur qui balaierait tous les jours la base de données de Waymark avec

de l’étranger pourra se régler assez vite. Selon la loi, ils sont électeurs. Mais pour l’instant, ils ne votent pas aux législatives. Est-ce à cause du poids de la diaspora peule ? À la présidentielle de 2010, beaucoup ont opté pour Cellou Dalein Diallo, le candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Du coup, le RPG Ce qui coince, c’est toujours d’Alpha Condé n’est pas le choix de l’opérateur technique pressé de les voir participer au prochain scrutin. voulu par alpha Condé. Mais un proche du chef de l’État finit par laisser tomber : « En cas un logiciel de contrôle. « Pour empêcher de compromis, il n’est pas exclu qu’ils une main malveillante de manipuler la nuit, il faut qu’un tiers puisse faire un puissent voter. » Et ce conseiller d’ajouter: back-up quotidien de la base de données « Il faut penser aux investisseurs. » De et comparer le jour J avec le jour J – 1, fait, depuis les graves affrontements de explique un connaisseur du dossier. En février-mars (neuf morts à Conakry), le fait, le problème, ce n’est pas la technique, climat des affaires n’est pas bon, et l’Union c’est la confiance dans les hommes. » européenne conditionne toujours une De l’avis général, si un accord est trouvé enveloppe de 175 millions d’euros à la sur l’opérateur technique qui révisera les tenue de législatives « libres et transparentes ». l Christophe BoisBouvier listes, la question du vote des Guinéens

dadis aurait-il le mal du paYs ?

S

on entourage le répète à l’envi. Chassé du pouvoir il y a plus de trois ans, Moussa Dadis Camara n’a pas l’intention de revenir dans le jeu politique, pas tant qu’il n’aura pas été blanchi dans le massacre du 28 septembre 2009 (157 morts). D’ailleurs, selon ses proches, son statut de militaire le lui interdit et, dans le climat actuel, l’exilé de Ouaga ne voudrait pas jeter de l’huile sur le feu… L’idée, pourtant, ne serait pas si saugrenue. À preuve, la popularité de l’ex-chef de la junte, revenu pour la première fois en Guinée le 14 avril pour les obsèques de sa mère. Outre l’accueil des habitants de Nzérékoré, Dadis Camara aura sans doute apprécié d’être si fortement courtisé par les leaders politiques guinéens venus s’assurer que son fief de Guinée forestière (23 % du corps électoral) ne leur échapperait pas.Tous savent qu’il peut encore tirer des

jeune afrique

ficelles et donner des consignes de vote. Lors de la présidentielle de 2010, il avait rallié Alpha Condé au second tour – ce dont Cellou Dalein Diallo ne semble pas lui avoir tenu rigueur: faute de pouvoir faire lui-même le déplacement jusqu’à Nzérékoré (il avait affrété un avion privé mais n’a pas obtenu d’autorisation de

vol), le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a envoyé le secrétaire général de son parti le représenter. De Mocktar Diallo (Nouvelles Forces démocratiques, NFD) à Boubacar Barry (Union nationale pour le renouveau, UNR), présents aux obsèques, les politiques cherchent tous à être dans

les bonnes grâces d’un homme dont ils mesurent à la fois l’influence et la capacité de nuisance. Et ce n’est pas un hasard non plus si le gouvernement était lui aussi bien représenté, avec le ministre desTransports, celui de la Communication et même le chef d’état-major particulier du président. l Clarisse Juompan-Yakam

n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

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Afrique subsaharienne Contestant les modalités d’organisation du scrutin, John Fru Ndi avait pourtant commencé par appeler au Chef de file de l’opposition, boycott. Mais, à l’issue d’une rencontre avec Martin Belinga John Fru Ndi a échoué Eboutou, directeur du cabià se faire élire dans son net civil de la présidence, le fief du Nord-Ouest aux chairman avait changé d’avis, sénatoriales du 14 avril. alimentant les rumeurs d’un accord secret avec le RDPC. C’était « par pure stratégie » ela aurait dû être une et « pour l’intérêt du peuple simple promenade de santé pour John Fru camerounais », assure à Ndi. Las, donné battu présent le SDF : il n’était pas aux sénatoriales du 14 avril dans question de déserter une son fief du Nord-Ouest, pourchambre (le Sénat) dont le président est appelé à assurer tant jugé imprenable, le leader l’intérim en cas de vacance du Social Democratic Front du pouvoir, sachant que le (SDF) en est réduit à dénoncer chef de l’État, Paul Biya, a de « graves irrégularités ». Dans plus de 80 ans. un recours déposé devant la Cette fois encore, le leader Cour suprême, le 16 avril, le chef historique de l’opposition ne de file de l’opposition accuse le sera donc pas sur le devant Rassemblement démocratique de la scène. À moins de figudu peuple camerounais (RDPC, rer parmi les trente sénateurs au pouvoir) d’avoir acheté des € Le président du Social Democratic Front (SDF) directement nommés par le voix des conseillers municipaux en septembre 2011. président de la République. du SDF – des voix qui, selon des proches de Fru Ndi, ont été cédées Rien ne dit d’ailleurs que celui contre une somme allant de 150 000 à dans le camp adverse. John Fru Ndi paiequi avait toujours refusé de participer 200 000 F CFA (de 228 à 380 euros). t-il pour ses revirements ? Ministre du à une autre élection que la présidenDe fait, 17 des 499 conseillers SDF du shadow cabinet chargé de l’information tielle accepterait cette nomination : Nord-Ouest ont fait défection, le déparla gifle serait peut-être encore plus et des médias au SDF, Jean Robert Wafo tement du Boyo totalisant le plus grand soutient que non. Selon lui, seul l’appât douloureuse. ● nombre de « traîtres » avec 10 voix passées du gain explique ce lâchage. CLARISSE JUOMPAN-YAKAM CAMEROUN

La gifle!

C

NICOLAS EYIDI POUR J.A.

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Coulisses ARCHE DE ZOÉ JUSQU’À PREUVE DU CONTRAIRE La cour d’appel de Paris a ordonné, le 18 avril, la remise en liberté d’Éric Breteau, le fondateur de l’Arche de Zoé, et de sa compagne, Émilie Lelouch. Condamnés à trois ans de prison en février pour avoir tenté d’exfiltrer 103 enfants présentés comme des orphelins du Darfour en 2007, ils ont fait appel, et c’est ce qui permet cette remise en liberté sous contrôle N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

judiciaire. Un nouveau procès doit se tenir en novembre prochain.

RD CONGO HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE Le tribunal a eu la main lourde, très lourde. Le 12 avril, douze personnes ont été condamnées à vingt ans de prison pour avoir voulu organiser une manifestation contre le gouverneur de la province du Bandundu (Ouest), qu’ils accusaient de mauvaise gestion. Peu

importe si, au final, la manifestation en question n’a même pas eu lieu… Les ONG de défense des droits de l’homme affirment qu’elle aurait été pacifique mais, de toute évidence, il ne fallait même pas y penser.

MADAGASCAR PAS DE BOL François Raphaël n’était plus très loin de chez lui, le 15 avril au soir, quand quatre hommes encagoulés ont attaqué

son véhicule dans le nord d’Antananarivo. Ce n’est que plus tard que les assaillants se sont rendu compte qu’ils s’étaient trompés de cible et qu’ils avaient enlevé le directeur général d’une grosse entreprise de location et de vente d’engins de chantier au lieu de son PDG. Dès le lendemain, ils ont donc appelé l’épouse de leur victime pour s’excuser de la méprise, lui ont promis qu’aucun mal ne lui serait fait… et lui ont réclamé 240 000 euros. JEUNE AFRIQUE


Maghreb & Moyen-Orient

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TUNISIE

Monnaie courante N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

Deux ans après la révolution, petites combines et dessous-de-table sont toujours aussi répandus. Ils tendent même à se généraliser. Enquête sur un mal endémique. JEUNE AFRIQUE


FRIDA DAHMANI,

L

à Tunis

a cession, finalement avortée, en novembre 2012, de 13 % de la Banque de Tunisie (BT) à un obscur fonds d’investissement luxembourgeois, le Royal Luxembourg Soparfi (RLS), a fait la une des médias. « Aucune enquête sérieuse n’avait été menée sur ce fonds d’investissement. Des proches de Ben Ali ou n’importe quelle mafia pouvaient être derrière cette nébuleuse. Même si l’État doit impérativement remplir ses caisses, la transparence des transactions est nécessaire. D’autant que cet argent n’est pas le sien JEUNE AFRIQUE

€ Le billet discrètement glissé avec le permis de conduire a toujours le pouvoir magique de vous éviter une contravention.

et revient aux sociétés cessionnaires », explique un membre de l’association I Watch. Entre l’évaluation de la prévarication érigée en système par l’ancien régime et la nécessité de jeter les bases d’une bonne gouvernance, le pays tente de débusquer une corruption en pleine expansion. Établi par Transparency International (TI), l’indice de perception de la corruption 2012 classe la Tunisie au 75e rang mondial, soit un recul de 16 places par rapport à 2010 et de 2 places par rapport à 2011. Au fond, les Ben Ali, parents et alliés, n’avaient pas besoin d’être à strictement parler corrupteurs ; ils avaient tout loisir de faire pression, de spolier et de prélever directement N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


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Maghreb Moyen-orient dans les caisses de l’État, comme ce fut le cas pour le fonds de solidarité 26-26. Ils n’en étaient pas moins corrompus, le partage du gâteau en famille impliquant compromissions, monnaies d’échange et renvois d’ascenseur. On s’enrichissait à coups de terrains ou de concessions agricoles obtenus à des prix symboliques, et on faisait son beurre avec les grands marchés publics. Le clan au pouvoir avait la mainmise sur des pans entiers de l’économie. Pas un bout de route, pas un grand chantier, pas un important projet n’étaient lancés sans que des parts ne fussent rétrocédées à l’un de ses membres. Quand Belhassen Trabelsi, beau-frère de Ben Ali, a exigé 20 % de Carthage Cement, les promoteurs italiens ont abandonné leur projet à son unique profit. « L’acceptation de la corruption en tant que phénomène de société, la non-application des lois la sanctionnant, ainsi que l’exercice totalitaire du pouvoir sont à l’origine de sa propagation en Tunisie », analyse Kamel Ayadi, expert des politiques de lutte contre la corruption. Si l’ancien régime avait, en l’absence d’une culture de la transparence et de textes de loi, institutionnalisé les pratiques frauduleuses, la corruption semble, depuis la révolution, s’être démocratisée. « Avec le départ de Ben Ali, les spoliations ont cessé, mais les réseaux parallèles sont toujours là. Les proches du pouvoir qui les chapeautaient ont tout simplement été remplacés », affirme Taoufik Chamari, président du Réseau national anticorruption (RNAC). MêMe les juges… Dans les négociations de marchés de gré à gré, il n’est pas rare d’entendre « fournissez-moi trois devis et c’est bon », tandis que les appels d’offres sont encore assortis de dessous-de-table. En décembre 2012, l’adjudication de 10 000 m², propriété d’une banque, était jouée d’avance. « Une enveloppe de 30 000 euros glissée à des responsables du dossier, ce n’est pas cher payé pour une affaire de 5 millions d’euros », claironne l’acheteur, qui estime qu’il a ainsi gagné plus de un an. La nébuleuse de la corruption prend ses quartiers dans la fonction publique. La quasitotalité des ministères ont porté devant les juges plus de 800 affaires. Mais il ne s’agit pas toujours de corruption avérée. Des professeurs qui avaient mis sous clé, dans un centre d’apprentissage, des équipements fragiles ont été assimilés à des corrompus et mis à l’écart. Dans tous les cas, il revient à la justice de démêler les accusations, mais sans pôle judiciaire spécifique, cela traîne en longueur. Sur les étagères des cabinets d’instruction du tribunal de Tunis, la pile des dossiers de malversations est trois fois plus volumineuse que celle des affaires courantes. Aucun secteur n’est épargné, pas même la justice. Le juge Sami Hafiane a ainsi été épinglé pour corruption, mais certains magistrats indélicats continuent de passer entre les mailles du n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

p Revendeurs de carburant de contrebande libyen, dans le Sud tunisien.

filet. « Les pratiques varient, de la négligence au favoritisme, pour atteindre parfois la corruption », note Abdelkader Zgolli, président de la cour des comptes. Pourtant, après le 14 janvier 2011, pas moins de quatre instances, sous tutelle des ministères des Affaires domaniales, des Finances ou de la Banque centrale de Tunisie (BCT), ont été créées pour endiguer les malversations. Elles devaient répondre aux attentes de la population, identifier les rouages de la corruption et permettre la restitution des biens mal acquis. Or « aucun changement n’est survenu malgré toutes les surenchères gouvernementales autour d’estimations approximatives et sans cesse contredites des biens saisis », regrette Taoufik Chamari. Car tout est affaire de volonté politique. Abdessatar

IMpossIble transparence Élargissant le champ de la loi de 1987 relative à la déclaration des biens, un projet de loi élaboré par la présidence de la république propose de « consacrer la transparence et l’intégrité, lutter contre l’enrichissement illicite, protéger les deniers publics et renforcer le contrôle sur les personnes qui en assurent la gestion ». Vingt articles établissent les procédures veillant à la conformité des déclarations des biens de tous ceux qui exercent une responsabilité au sein de l’administration, des organismes publics et du gouvernement, soit quelque

100000 personnes. coûteuse, la mise en œuvre d’une telle loi suppose qu’une administration spécifique lui soit consacrée, mais elle n’endiguera pas pour autant la corruption. atef Ben salah, membre du conseil des experts-comptables, remarque que « la méthode du recensement et de la déclaration des biens ne permet pas de cerner l’enrichissement illicite, car beaucoup de transactions se font en argent liquide, sans oublier le rôle des prête-noms pour contourner les dispositions de contrôle et de lutte contre la corruption ». l f.d. jeune afrique


Monnaie courante desrenseignementsenretour»,assureuntrafiquant. Lors du démantèlement, en novembre 2012, d’un réseau de contrebande ayant des complicités au sein de l’administration, un agent des douanes s’est vu proposer 25 000 euros pour oublier le dossier. À Siliana, les citoyens se sont insurgés contre un fonctionnaire qui monnayait les rendez-vous avec le gouverneur, tandis que les concours nationaux se sont révélés entachés de passe-droits. Béchir Kraiem, du ministère de l’Enseignement supérieur, a été arrêté pour avoir régulièrement vendu les sujets du capes.

Perception du niveau de corruption par secteur

JEUNE AFRIQUE

71,9 %

Partis politiques 70,2 % Douane 57,2 % Gouvernement de transition 56,8 % Avocats 41,4 % Direction des impôts 38,7 % Juges et magistrats 38,3 % Santé

36,1 %

DOUBLE LANGAGE. « Il n’y a pas de petits profits ; même les chômeurs qui veulent accéder à la fonction publique sont taxés par des intermédiaires », assure Khaled, un diplômé sans emploi. Le billet glissé discrètement avec le permis de conduire a toujours le pouvoir magique de vous éviter une contravention. « De quoi doit-on s’offusquer ? Le népotisme et le clientélisme sont courants dans les sociétés arabes. Changer les mentalités est un défi colossal », ironise un enseignant, qui rappelle que Rafik Ben Abdessalem, ex-ministre des Affaires étrangères et gendre de Rached Ghannouchi, présidentd’Ennahdha,partiislamisteaupouvoir,imputait à son département des factures d’hôtel pour usage personnel et que des élus de la Constituante mettent en avant leur qualité de député pour que soit traitée en priorité leur demande d’achat d’un véhicule. « Depuis les élections, on entend un double discours. On s’élève contre la corruption, on clame vouloir la combattre, mais toutes les instances consacrées à cette tâche se sont révélées n’être que des vitrines. Si le Tunisien refusait la corruption, elle n’existerait plus », s’agace le fiscaliste Lassaad Dhaouadi. Quant à Abderrahmane Ladgham, ministre chargé de la Gouvernance et de la Lutte contre la corruption, il constate qu’« un tiers des Tunisiens ont eu recours à la corruption ». On comprend mieux pourquoi celle-ci continue de coûter deux points de croissance… l

Indice de perception de la corruption (IPC) 2012*

* Plus l'IPC se rapproche de 100, plus le pays est vertueux. Entre parenthèses, évolution du classement par rapport à 2011.

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Tunisie

Maroc Algérie

105 (-25)

37

88 (+24) Mauritanie

31

123 (+20)

41 75 (-2)

Libye

21

160 (+8) XX XX (XX)

IPC Classement

SOURCE : TRANSPARENCY INTERNATIONAL

Ben Moussa, président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), est catégorique : « La neutralité de l’administration n’est pas une priorité politique, l’assainissement n’a pas été fait. Le recul de la corruption n’est donc pas pour demain. » Certains conditionnent la lutte contre la corruption à une réelle justice transitionnelle, à la mise en place d’organismes de contrôle indépendants, à la protection des journalistes et de ceux qui dénoncent les malversations, ainsi qu’à la révision des différents codes régissant l’économie et le commerce. Mais l’opacité entourant les dossiers et l’attentisme dont fait preuve le gouvernement sont de nature à éveiller les soupçons. « Les dossiers de la corruption sont aujourd’hui utilisés comme un argument de marchandage politique », proteste Ridha Belhaj, porte-parole du Hizb Ettahrir (islamiste), tandis que Samir Annabi, président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, note que les dossiers de Chafik Jarraya, homme d’affaires lié à Ben Ali et aujourd’hui proche d’Ennahdha, sont toujours en cours d’instruction. Auquotidien,lesTunisienssonttoujoursfamiliers de la petite corruption. « Khémaïs » et « Achour », les prénoms que l’on donne aux billets de 5 et 10 dinars, sésames pour de petits passe-droits, font vivre des familles, mais l’éclatement des centres de pouvoir a multiplié les acteurs. En particulier ceux de l’économie parallèle, qui, moyennant bakchich, défient les lois, distribuent à loisir leurs produits, mettent à mal le commerce local et affectent négativement le PIB. Ils profitent aussi du flottement sécuritaire pour prospérer en se livrant, avec une certaine impunité, à toutes sortes de trafics aux frontières. « Flics, douaniers et contrebandiers, on se connaît tous. En échange de cartouches de cigarettes, ils ferment les yeux. D’autres se tairont par crainte de rétorsions et espèrent même recevoir

Police

SOURCE : CENTRE TUNISIEN DE GOUVERNANCE D’ENTREPRISE, 2011

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(en% des sondés)

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Maghreb Moyen-Orient ALGÉRIE

Où sont passés les otages de Gao?

On est toujours sans nouvelles des trois diplomates algériens enlevés au Mali il y a plus d’un an par les islamistes du Mujao.

L

e 31 mars 2012, après plusieurs heuresdecombatsaveclestroupes maliennes, Gao, dernière garnison du nord du Mali, tombe entre les mainsdesrebellestouaregsduMouvement nationaldelibérationdel’Azawad(MNLA), appuyés par les salafistes d’Ansar Eddine. Le consul d’Algérie à Gao, Boualem Sias, envoie des alertes à sa hiérarchie pour l’informer des derniers développements survenus dans ce vaste territoire surveillé parlesAlgérienscommelelaitsurlefeu.Le dimanche1er avril,ilreçoitl’ordred’évacuer les membres du consulat pour raisons de sécurité. On prépare donc l’évacuation, notamment en détruisant ou en mettant à l’abri documents, passeports vierges, cachets humides… Maîtres de la ville pour quelques jours, les Touaregs du MNLA proposent au consul, comme ils l’avaient fait peu de temps auparavant avec certaines organisations humanitaires, d’exfiltrer les membres du consulat vers l’Algérie. Boualem Sias consulte Alger, qui lui adresse un contrordre mercredi: restez à Gao. Le lendemain, il est trop tard pour faire machine arrière. Les islamistes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), une dissidence d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi),

et ceux d’Ansar Eddine ont déjà conquis la ville où ils paradent à bord de pick-up. Dans la matinée du jeudi 5 avril, des hommes armés font irruption au siège du consulat, embarquent Boualem Sias et six de ses collaborateurs, et quittent tranquillement les lieux à bord de 4x4 après avoir brûlé le drapeau algérien qu’ils remplacent par l’étendard noir frappé du sigle du Mujao et d’un sabre tranchant. Au même moment, les épouses de cinq diplomates – dont l’une est enceinte de quatre mois–fuientlarésidenceconsulaire,située dans un autre quartier de la ville, pour se réfugier chez une famille touarègue. Toutes seront escortées le lendemain vers la ville frontalière de Bordj Badji Mokhtar, dans l’extrême Sud algérien, grâce à un trafiquant algérien qui aurait déboursé quelque 5 millions de dinars (51000 euros) pour rémunérer les passeurs. La seconde prise d’otages de diplomates algériens à l’étranger – deux avaient été enlevés et exécutés en juillet 2005 par Al-Qaïda à Bagdad – est un succès pour les islamistes. MÉDIATION. Les kidnappings sont le

fonds de commerce du Mujao. Composé de Mauritaniens, de Maliens, de Nigériens et de Libyens, ce groupe, né des entrailles

OMERTA « JE NE FERAI aucun commentaire sur les otages. Merci de comprendre. » La conversation avec Mme Guessas, épouse d’un otage, a duré dix secondes, puis elle a raccroché. La femme d’un autre otage n’a pas voulu communiquer son numéro de téléphone. Les familles et les proches ont reçu des consignes strictes : aucun contact avec les N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

journalistes. Les rares responsables qui acceptent d’évoquer le sujet se confient sans dévoiler leur identité. C’est peu dire que le sort de ces Algériens, libérés ou encore en captivité, est frappé d’omerta. Même la libération des trois otages n’a pas fait l’objet d’une communication a minima. Aucune image, aucun témoignage, au point

que les Algériens doutent de cette libération. Il existe certes une cellule de crise au ministère des Affaires étrangères, mais elle ne communique guère avec la presse. Sujet trop sensible, admet un responsable : les informations sont susceptibles de parasiter les négociations, voire de les compromettre. ● F.A.

d’Aqmietquialterneguerresainteetdivers trafics (cigarettes, carburants…), s’était déjà illustré en enlevant deux Espagnols et une Italienne en octobre 2011, dans la région de Tindouf. Avec les sept Algériens de Gao, leur prise s’élève alors à dix prisonniers. Presque aussi bien qu’Aqmi. Il faudra attendre quelques jours avant que le Mujao revendique la paternité des enlèvements, et environ un mois avant qu’il formule ses exigences : 15 millions d’euros, et la libération d’islamistes en Algérie contre celle des sept Algériens. En attendant d’ouvrir les négociations, les kidnappeurs séparent les otages en petits groupes placés sous bonne garde. Les conditions de détention sont dures sans être inhumaines. « Nous étions isolés des chefs, et certains de nos gardiens nous incitaient régulièrement à faire la prière, témoignera plus tard un otage libéré en juillet 2012. Nous n’étions pas maltraités, mangions des pâtes et des conserves, et nos compatriotes malades avaient droit à des médicaments. » Pour parlementer avec les terroristes, Alger sollicite nombre d’intermédiaires, majoritairement des Touaregs du MNLA et d’Ansar Eddine, dont le chef, Iyad Ag Ghaly, est une vieille connaissance. Ancien membre du groupe Tinariwen, plutôt porté sur les femmes et l’alcool avant de virer intégriste, Iyad a longtemps JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient ð Membres du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, le 16 juillet 2012, à Gao.

pour une mission de réconciliation de différentes factions d’Al-Qaïda. Aussitôt, le Mujao propose un deal : échanger les quatre diplomates contre les trois activistes. « Les Algériens ne voulaient même pas en entendre parler », indique un diplomate à Alger. « Nous avions dit niet à cette transaction, révèle notre membre du gouvernement. Nous tenons à la vie de nos ressortissants, mais l’État ne peut pas verser les rançons et subir le chantage des terroristes. »

ISSOUF SANOGO/AFP

MYSTÈRE. Furieux, les ravisseurs

vécu dans le Sud algérien (sa femme s’y trouve toujours) et négocia un cessez-lefeu à deux reprises, en 1991 et en 2006, avec le gouvernement malien sous l’égide des autorités algériennes. « Nous avions confiance dans ces intermédiaires, nous a déclaré un haut responsable algérien. Nous les avions mandatés pour négocier en traçant une ligne jaune : pas question de payer. » PAS DE RANÇON. La confiance, elle, paie. Après plusieurs semaines de discussions, le Mujao accepte de libérer trois otages à la mi-juillet. Contre une rançon ? « Jamais ! jure un membre du gouvernement sous le sceau de l’anonymat. Nous n’avons pas déboursé 1 dollar. Comment le pourrions-nous alors que l’Algérie dénonce systématiquement les rançons qui servent à acheter des armes pour tuer des Algériens ? D’ailleurs, le président Hollande a adopté notre ligne en excluant le versement de rançons pour

les otages français. » Mais alors pourquoi le Mujao consent-il à relâcher les trois Algériens sans contrepartie financière alors qu’ils avaient soutiré aux Espagnols et aux Italiens plusieurs millions de dollars (30 millions, soit 24,5 millions d’euros, avaient été initialement exigés), à la même période, en échange de leurs trois ressortissants ? Un gage de bonne volonté de la part du Mujao, avance l’ex-ambassadeur AbdelazizRahabi,quinecroitpasnonplus au versement d’une rançon. « Les ravisseurs pensaient amadouer les Algériens en relâchant trois ressortissants, dit-il. Ils espéraient vraiment marchander la libération du reste des otages. » Sauf que les négociations se compliquent dès le 15 août, quand les services de sécurité algériens interpellent trois terroristes à Ghardaïa (600 km au sud d’Alger). Parmi eux, un gros poisson recherché depuis 1995: Necib Tayeb, chef de la commission juridique d’Aqmi, cueilli alors qu’il était en route vers le Sahel

PUB 1/8 PAGE

menacent de tuer tous les otages, de commettre des attentats sanglants en Algérie, comme ceux perpétrés au printemps 2012 à Tamanrasset et à Laghouat, et diffusent une vidéo du vice-consul, Tahar Touati, implorant les responsables de son pays de les sauver de la mort. Mais les Algériens ne cèdent pas. Le 1er septembre, le Mujao annonce qu’il a exécuté le vice-consul à l’aube. Selon nos informations, son corps serait enterré à quelques kilomètres de Gao. Les Algériens, qui n’auront pas le moindre début de preuve de cette exécution, ne couperont pas pour autant les contacts avec les ravisseurs. Mais l’offensive militaire française déclenchée début janvier 2013 contre les bastions islamistes dans le nord du Mali brouille, voire grille les canaux de négociations. Les éléments d’Ansar Eddine qui servaient d’intermédiaires se sont évanouis dans la nature ou sont morts sous les bombardements. Que sont devenus les trois otages plus d’une année après leur enlèvement ? « Nous n’avons pas de preuves formelles, mais nous pensons que le Mujao les cache dans le massif des Ifoghas, confie un dirigeant algérien. L’hypothèse qu’ils aient été déplacés vers le sud de la Libye n’est pas exclue. Nous savons que les terroristes d’Aqmi et du Mujao s’y rendent pour se planquer, faire du commerce ou acheter armes et munitions. » ● FARID ALILAT

Format total (avec débords de coupes) L = 200 x H = 45 Surface utile (déllimitée en noir) L = 185 x H = 35

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Maghreb Moyen-Orient

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PALESTINE

Exit Fayyad

BERNAT ARMANGUE/AP/SIPA

Le Premier ministre avait fini par faire l’unanimité contre lui. Sa démission satisfait autant le Hamas que le Fatah, qui pourraient former un gouvernement de consensus national.

€ Manifestants exigeant le départ de Salam Fayyad, le 10 septembre 2012, à Hébron, en Cisjordanie.

À

force d’être annoncée, puis démentie, elle paraissait inéluctable. La démission de Salam Fayyad a été actée le 13 avril par le président palestinien Mahmoud Abbas, en dépit des efforts déployés par l’administration américaine pour l’empêcher. Paradoxalement, ce scénario intervient quinze jours après que l’Autorité de Ramallah eut approuvé un budget annuel de 3,9 milliards de dollars, dont un tiers doit être pris en charge par l’aide internationale, ultime empreinte de l’ère Fayyad. Contesté de toutes parts, le Premier ministre palestinien, 61 ans, a donc fini par jeter l’éponge. « Il a échoué lamentablement dans sa gestion économique, creusé les dettes de l’Autorité palestinienne et manqué à son devoir de verser les salaires durant de longs mois », a résumé Amine Maqboul, l’un des cadres du Fatah, qui considère le départ de Fayyad comme une réponse aux exigences de la rue palestinienne et de son organisation. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

à laquelle les deux hommes se livraient dernièrement avait fini par éveiller les soupçons de plusieurs apparatchiks du Fatah, convaincus que Salam Fayyad cherchait à prendre la tête de l’Autorité palestinienne. DEUX NOMS. L’indésirable écarté, il se

murmure que le mouvement de Yasser Arafat souhaite désormais se rapprocher du Hamas, lequel avait depuis longtemps relégué l’ancien Premier ministre au rang d’« ennemi de la cause palestinienne », faisant de lui un obstacle majeur à la réconciliation. « Sa démission est liée à des raisons internes », a tempéré Salah Bardawil, l’un des responsables de l’organisation islamiste au pouvoir à Gaza. Quoi qu’il en soit, Fayyad restera en fonction jusqu’à la mise en place d’un gouvernement de « consensus national », prévu par les accords de réconciliation entre le Fatah et le Hamas signés au Caire (avril 2011) et à Doha (février 2012), mais restés lettre morte. « La prochaine étape est la formation d’un nouveau gouvernement avec Abbas à sa tête, ou bien, si le Hamas ne fait pas de geste sérieux vers la réunification, un gouvernement dirigé par une grande figure nationale », explique Amine Maqboul. Une telle perspective ouvrirait la voie au retour du Mandela palestinien, Marwane Barghouti, 55 ans, emprisonné par Israël depuis la seconde intifada. Mais en dépit d’une popularité intacte, sa libération prochaine paraît bien hypothétique, le sort de l’ancien chef militaire du Fatah n’ayant pas été inclus dans

Pourtant, l’ancien chef du gouvernement peut légitimement se poser en victime de la crise financière mondiale. En septembre 2012, l’incapacité des donateurs à honorer leurs promesses pousse Fayyad à adopter des mesures d’austéL’hypothèse Marwane Barghouti, rité, seul moyen d’éviter emprisonné par Israël depuis la banqueroute. Mais la 2002, semble peu probable. hausse brutale des prix de l’essence, du gaz et des denl’accord Shalit conclu avec le Hamas rées alimentaires déclenche une vague en octobre 2011. de mécontentement sans précédent en Parmi les candidats pressentis Cisjordanie. Menacé, Mahmoud Abbas pour succéder à Fayyad, deux noms prend ouvertement ses distances avec reviennent avec insistance : l’homme son Premier ministre. d’affaires Mazen Sinokrot, qui présente l’avantage d’entretenir d’excellentes LUTTE D’INFLUENCE. Leur rupture relations avec le Hamas, et Mohamed remonte en réalité au 2 mars, lorsque Mustapha, conseiller économique de Fayyad valide la démission du ministre Mahmoud Abbas et président du fonds des Finances, Nabil Qassis, que le président palestinien avait nommé en 2012 d’investissement de Palestine. Lequel dans le but de réduire la mainmise de aurait même discrètement rencontré le son Premier ministre sur les affaires secrétaire d’État américain, John Kerry, de Ramallah. Dans les couloirs de la lors de sa visite au Proche-Orient. ● Mouqataa, la lutte d’influence acharnée MAXIME PEREZ, à Jérusalem JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient MAROC

Mohamed Abbadi: ni cheikh ni calife Tourné vers la prédication, le nouveau chef d’Al Adl wal Ihsane n’est pas près de renier l’héritage politique d’Abdessalam Yassine.

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PRISON. Plus qu’un simple mouvement

politique et/ou religieux, la communauté des adlistes est fondée sur l’idéal du compagnonnage, lui-même construit sur le modèle de la première communauté autour du prophète Mohammed. Et dans cette organisation très hiérarchisée, Abbadi avait réussi à se faire admettre dans le saint des saints : le conseil de guidance. Pour cette raison, il a écopé, en 1990, de deux ans de prison ferme. Première condamnation qui s’accompagne d’une mise à pied de l’Éducation nationale qui durera huit ans. Abbadi, né en 1949, a suivi une formation traditionnelle, dont une ijaza (licence) en fiqh qu’il prépare sous la direction du réputé cheikh Ben Seddiq de Tanger. Sa biographie officielle indique qu’il a appris le Coran à l’âge de 12 ans, puis JEUNE AFRIQUE

ABDELJALIL BOUNHAR/AP/SIPA

jellaba claire, longue barbe blanche et calotte éternellement vissée sur la tête, le nouveau patron d’Al Adl wal Ihsane a la gueule de l’emploi. Mohamed Abbadi, nouveau « pape » de l’association fondée par Abdessalam Yassine, décédé le 13 décembre 2012, a été élu par ses pairs, le 24 décembre, à la tête de la Jamaa (« communauté »). Dès l’annonce du décès du cheikh, Abbadi avait en fait déjà assuré l’intérim, avant d’être désigné comme « secrétaire général », une fonction qui n’existait pas auparavant. La succession s’est faite sans heurt ni surprise, Abbadi étant le personnage le plus âgé et le plus consensuel après la disparition des premiers compagnons du cheikh : Ahmed El Mellakh et Mohamed Alaoui. Abdessalam Yassine garde le titre de guide suprême (mourchid‘am), un indice supplémentaire de l’impossibilité de succéder entièrement au fondateur, tant Abdessalam Yassine représentait à la fois le chef spirituel sur le modèle confrérique, le père fondateur et charismatique et le mahdi, auteur de prophéties.

! LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL de l’association islamiste.

déroule un parcours classique d’études islamiques, complété par les médailles en militantisme que constituent ses condamnations judiciaires et tracasseries administratives. RÉDEMPTION. Né à El Hoceima, Abbadi

est affecté à Oujda, où il enseignera les sciences islamiques, mais le vrai tournant, c’est sa rencontre avec Abdessalam

Yassine. Comme la majorité des membres de la Jamaa, Abbadi a tendance à mettre en scène, à surjouer peut-être, son entrée dans les ordres. Voici comment il raconte sa rédemption, dans un témoignage devenu célèbre parmi les adeptes d’Al Adl: « Après le baccalauréat, j’ai abandonné les études, je voulais la vérité, j’étais dans une situation de désespoir. J’ai vu beaucoup d’oulémas, j’ai rencontré des gens des N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Maghreb Moyen-Orient mouvements islamiques. Je n’étais pas à l’ordre public ». Ce bras de fer ne fait satisfait, mais le jour où j’ai rencontré le pas plier les adlistes, qui ressortent de professeur Yassine, c’était une nouvelle prison auréolés d’un statut de martyr. naissance. J’étais comme un orphelin qui a vécu de grandes « Il laissera à d’autres le soin de épreuves et qui retrouve son gérer les relations avec le père et sa mère. »

pouvoir », explique un proche.

QUIÉTISTE. Professeur de

langue arabe puis de sciences islamiques, il s’installe donc à Oujda. Dans la région, l’une des plus pauvres du pays, la Tariqa Boutchichiya est très influente. Cette confrérie soufie est le berceau spirituel d’Abdessalam Yassine. Abbadi s’y impose comme un prédicateur respecté, fort d’une longue expérience dans les mosquées du pays. Après un séjour en prison, en 1984-1985, au cours duquel il continue de prêcher, le cheikh Yassine donne une nouvelle forme à son action publique. En 1987, il crée Al Adl wal Ihsane. L’association passe en quelques années du stade « groupusculaire » au rang de variable de poids dans l’équation marocaine. Début 1990, la police lance des arrestations tous azimuts : une quinzaine d’adeptes sont appréhendés à Kenitra et à Salé. Dans le lot, il y a le beau-frère de Yassine, Mounir Regragui, son gendre, Abdallah Chibani, mari de Nadia Yassine, mais surtout les cinq membres du conseil de guidance. Mohamed Abbadi et ses quatre compagnons sont condamnés à deux ans de prison ferme pour « appartenance à une association non déclarée » et « trouble

Abbadi, le prédicateur, peu porté sur la politique, devient l’un des symboles de cette résistance. En 2000, il est à nouveau détenu, puis condamné à trois mois de prison avec sursis. En 2003, il écope de deux ans de prison, jugement annulé en appel. En 2006, le ministère de l’Intérieur interdit les journées portes ouvertes de l’association. Le domicile d’Abbadi est mis sous scellés, empêchant

la tenue des majalis an-nasiha (séances d’exhortation) qu’il anime hebdomadairement. Le 12 janvier dernier, un sit-in organisé devant la maison oujdie du nouveau chef d’Al Adl a été encadré par un imposant cordon policier, et l’interdiction perdure. Pour ceux qui s’interrogent sur un changement de ligne politique, le slogan de la première conférence de presse d’Abbadi est clair : résistance et fidélité. Si Al Adl évolue vers la participation politique, ce sera dans le cadre de l’héritage yassinien. Abbadi n’a jamais fait partie du « cercle politique », l’instance dédiée au sein de la Jamaa. « Il laissera à d’autres le soin de gérer les relations avec le pouvoir », explique l’un de ses proches. ● YOUSSEF AÏT AKDIM

L’INFANTE NE SERA PAS REINE COQUELUCHE DES MÉDIAS, la fille aînée du cheikh est en retrait, restant très discrète depuis la mort de son père en décembre 2012. En 2011, elle a subi une campagne de dénigrement en règle : des médias peu scrupuleux, notamment sur internet, ont relayé des

images d’elle en compagnie d’un autre membre de la Jamaa, l’accusant d’adultère. La ficelle était grosse, mais le mal est fait. Selon l’une de ses proches, à cette cabale extérieure s’est ajoutée une fronde à l’intérieur d’Al Adl wal Ihsane. Après avoir réussi à fonder une section féminine, un

projet ancien, Nadia Yassine a continué de subir le machisme d’autres membres influents de la Jamaa, qui lui avaient barré la route du conseil de guidance. Ils lui reprochaient alors de faire de l’ombre (en Occident) au porte-parole officiel, Fathallah Arsalane. ● Y.A.A.

Coulisses ALGÉRIE DÉCÈS D’ALI KAFI L’ancien président du Haut Comité d’État (HCE), Ali Kafi, 85 ans, est décédé le 16 avril dans un hôpital genevois. Ancien colonel de l’Armée de libération nationale (ALN), il a été ambassadeur dans diverses capitales arabes et en Italie avant de succéder, en juillet 1992, à la tête du HCE, au président Mohamed Boudiaf. Ali Kafi est le troisième exprésident à disparaître en N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

l’espace de un an après Ben Bella (avril 2012) et Chadli (octobre 2012).

ÉGYPTE MOUBARAK NE S’EN SORT PAS À sa comparution du 13 avril, sa mine défiante avait exaspéré les révolutionnaires. Deux jours plus tard, la décision du juge de le libérer, sa période de détention préventive étant achevée, les avait désespérés. Mais

ce sont finalement les partisans du raïs déchu qui ont enragé après son maintien derrière les barreaux et l’annonce qu’il sera jugé en appel, le 11 mai, pour complicité dans les meurtres et tentatives de meurtre de manifestants pendant la révolte de 2011.

MAURITANIE FLAM, LE RETOUR Les Forces de libération africaines de Mauritanie

(Flam), qui ont fêté leurs 30 ans en mars, espèrent enfin regagner Nouakchott d’ici à l’été. Interdit au temps de Maaouiya Ould Taya, le mouvement négro-mauritanien, dont les membres sont aujourd’hui en exil, avait annoncé son redéploiement en 2011. Son vice-président, Ibra M. Sow, est rentré en avril. « Nous seuls déciderons de la date et des conditions de notre retour », assure Mamadou Abdoul Sow, secrétaire national chargé des relations extérieures. JEUNE AFRIQUE


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La réconciliation nationale est en marche

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arallèlement aux opérations militaires en cours pour rétablir l’intégrité du territoire, le Président, le Premier ministre et le Gouvernement de transition œuvrent sans relâche à rétablir le dialogue à tous les échelons de la Nation.

© R. Vandermeeren / Les Editions Du Jaguar

Dans le même temps, les autorités maliennes veillent à restaurer l’État, à assurer sa présence et son fonctionnement sur l’ensemble du territoire, sans exception. Avec l’appui de la communauté africaine et internationale, elles mobilisent toute leur énergie pour mettre en place l’ensemble des rouages administratifs et démocratiques qui leur permettront d’organiser les élections présidentielle et législatives libres et transparentes en juillet 2013. Enfin, s’investissant totalement dans la résolution de la crise et la réussite de la transition, le Gouvernement engage un plan d’urgence pour le redressement de l’économie, condition indispensable pour mener à bien le retour à une paix durable. ■ ■ ■


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Réunion du Gouvernement sur le suivi des actions de la Feuille de Route de la Transition.

LES ENGAGEMENTS DE LA TRANSITION

Une Feuille de route, deux missions… Des dizaines de défis à relever

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Rétablir l’intégrité du territoire

oins de cinq mois après sa mise en place, le Gouvernement d’Union nationale constitué le 16 décembre 2012 par le Dr Diango Cissoko démontre au quotidien sa capacité à remettre le Mali en ordre de marche. Si elle l’a critiqué dans les premiers jours, la communauté internationale reconnaît aujourd’hui ses qualités et sa détermination. Le chemin est encore long, et les embûches sont nombreuses, jusqu’à la tenue d’élections démocratiques en juillet 2013, comme Bamako s’y est engagé dès le 29 janvier en publiant sa Feuille de route pour la transition. Ce document, adopté à l’unanimité par les députés, engage l’ensemble du Gouvernement. Il établit le cadre de référence de l’action gouvernementale, définit les orientations stratégiques, le calendrier et la priorité des actions à mener. La Feuille de route s’articule autour de deux missions :

L’appui de la communauté internationale, en application de la Résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations Unies (20 décembre 2012) et, à la demande du Président de la République par intérim, l’intervention de l’Armée française et des forces africaines de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA), menée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ont permis la libération du territoire malien. Il faut ensuite, sur cette base, remettre en marche les rouages administratifs dans les zones libérées pour assurer la présence effective de l’État dans l’ensemble du pays et assurer les services sociaux de base (eau, électricité, école, santé) au profit des populations du Nord du Mali. Un travail de longue haleine qui se met en place progressivement, suivant un calendrier défini dans la Feuille de route. Sa réalisation suppose notamment que soient remplis, entre autres, les préalables suivants : • réhabiliter les infrastructures qui permettront à l’Administration de reprendre ses fonctions, • assurer le retour volontaire et la réinsertion des populations réfugiées ou déplacées, • mettre en œuvre un programme de dialogue tous azimuts dans le pays, • restaurer l’autorité de l’État, en poursuivant les auteurs de violation des droits de l’homme et de violences faites aux femmes et aux enfants.

1) le rétablissement de l’intégrité du territoire national,

COMMUNIQUÉ

2) l’organisation d’élections présidentielle et législatives libres et transparentes. Les deux missions sont étroitement imbriquées : des élections nationales doivent évidemment se tenir sur l’ensemble du territoire.

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Des chiffres illustrent l’ampleur de la tâche sur un de ces points. L’ONU estime à près de 150 000 le nombre de Maliens réfugiés dans les pays voisins, et à 230 000 personnes la population déplacée à l’intérieur du pays. On compte 54 100 réfugiés en Mauritanie, 50 000 au Niger, 38 800 au Burkina Faso, et 1 500 en Algérie. La situation humanitaire est préoccupante pour l’ensemble de la région.

© AMAP

Organiser des élections libres et transparentes

Le Président de la République par intérim, Dioncounda Traoré (à dr.), avec le Premier ministre, Diango Cissoko.

Le Gouvernement de transition est déterminé à assurer la transparence des prochaines élections au Mali, afin de permettre à toutes les Maliennes et tous les Maliens en âge de voter de porter à l’Assemblée nationale et à la Présidence de la République des personnalités représentatives et crédibles. Pour mettre définitivement un terme à la crise que le pays traverse depuis janvier 2012, le Gouvernement malien s’engage vis-à-vis de la Communauté internationale à organiser un scrutin transparent, crédible et équitable. Là aussi, les étapes pour y parvenir sont nombreuses. Il faut notamment : • sécuriser les zones libérées de l’occupation rebelle, • assurer la participation des réfugiés et déplacés internes au scrutin, • enfin, veiller à une organisation sans faille du scrutin, avec toute la logistique nécessaire.

• restaurer l’État de droit (juger les auteurs d’exactions impunis, mettre fin aux détentions abusives), • lutter contre la corruption, le népotisme et l’exclusion, • améliorer les conditions de vie dans les zones libérées… Éducation, santé, eau, énergie font partie des priorités. Toutes ces actions doivent être menées de front avec le rétablissement des missions régaliennes de l’État, comme la sauvegarde de l’unité nationale et de la cohésion sociale. La tâche est immense et, même si le Mali sait qu’il peut compter sur la solidarité de la Communauté africaine et internationale– et fait le nécessaire pour en être digne – ses moyens restent limités.

Le Gouvernement déterminé La volonté du Gouvernement malien de mener à bien sa Feuille de route est inébranlable. De nombreuses décisions en témoignent. Le Premier ministre de transition, nommé le 11 décembre 2012, est un homme de dialogue et de conviction apprécié de tous. Administrateur civil diplômé de l’École nationale de l’administration du Mali et titulaire d’un doctorat en droit de l’Université de Rouen, en France, Diango Cissoko s’est par le passé distingué par les responsabilités qu’il a assumées au service de l’État. Médiateur de la République depuis 2011, il a auparavant été deux fois Secrétaire Général de la Présidence de la République, et Ministre de la Justice, des postes clé. Trois jours après sa nomination, il a constitué son Gouvernement, une véritable équipe d’union nationale. Tous les groupements politiques y sont représentés. Les trois régions du Nord détiennent quatre ministères, tenus par un représentant de la minorité arabe, deux Touaregs et un membre du Collectif des ressortissants du Nord, regroupant des organisations de la société civile.

Course contre la montre Le Gouvernement de transition ne saurait limiter son travail à ces deux missions. Elles sont d’ailleurs impossibles à remplir si le pays lui-même ne fonctionne pas. Et ses ministres n’auraient aucune crédibilité, que ce soit aux yeux de la Communauté internationale ou face à la population malienne s’ils ne parvenaient pas à reconstruire les bases d’un pays capable de se reprendre en main. Tels sont les enjeux énumérés dans la Feuille de Route du 29 janvier 2013 : • assurer la sécurité physique de tous les citoyens, • assurer la paix sociale, • relancer l’économie,

© AMAP

Manifestation à Bamako, le 8 décembre 2012, pour une intervention militaire dans le Nord du pays.

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COMMUNIQUÉ

Enfin, pour affirmer leur motivation à réellement restaurer l’État de droit au Mali et conforter leur neutralité, les membres du Gouvernement de transition ne sont pas dans la course à la Présidence ou à l’Assemblée nationale. Ils mèneront leur travail à bien, ramèneront le dialogue et la paix sur l’ensemble du territoire, créeront les conditions pour l’organisation d’élections libres et transparentes avant de reprendre leurs activités d’origine, dans un pays en ordre de marche. ■


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Le Premier ministre, Diango Cissoko, à Gao, le 11 avril 2013. C’était la première visite d’un représentant du Gouvernement central depuis le début de la crise, en janvier 2012.

PROCESSUS ÉLECTORAL

De la réconciliation au scrutin, le Gouvernement ne néglige aucune étape

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idèle à l’engagement pris par le Premier ministre de transition, Diango Cissoko, le Gouvernement malien travaille d’arrache-pied à l’organisation d’élections libres, transparentes et paisibles avant la fin juillet 2013. « C’est un pari, mais c’est un engagement fort », a déclaré le Premier ministre le 5 avril lors de la visite à Bamako du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Jour après jour, le Gouvernement fait en sorte que toutes les conditions soient réunies, alors même que des voix se font entendre, notamment de la part de la presse internationale, pour mettre en doute la réalité du processus engagé. Or, les faits sont là. La Commission dialogue et réconciliation est en ordre de marche, et les 33 personnalités qui la composent représentent réellement toutes les sensibilités de la Nation. Le nécessaire est fait pour entamer un processus de réconciliation entre les citoyens, comme entre toutes les communautés et l’État. L’Administration est mobilisée, l’Armée est en reconstruction. Et le budget nécessaire à la tenue des scrutins est en voie d’être réuni.

ou exactions subis par telle ou telle partie de la population (atteintes aux droits de l’homme, par exemple), avant de parvenir à des propositions d’action visant à établir une paix durable entre toutes les composantes du pays. Le président et les deux vice-présidents ont été nommés fin mars et les 30 commissaires qui la composent l’ont été le 12 avril, choisis parmi les forces vives de la Nation. La composition de la Commission Dialogue et Réconciliation constitue un nouveau témoignage de la volonté des Autorités de transition de mener à bien leur travail. Chacun des membres représente en effet, sans exclusive, un des acteurs de la crise et c’est encore plus marqué pour les trois premiers d’entre eux : • le président de la CDR, Mohamed Salia Sokona, est un habitué de la haute Administration, ancien ministre de la Défense et ancien ambassadeur, • le poste de première vice-présidente est confié à la Présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (CAFO), Traoré Oumou Touré, par ailleurs Sonrhaï, ethnie majoritaire du Nord du Mali,

© R. Vandermeeren / Les Editions Du Jaguar

COMMUNIQUÉ

La Commission Dialogue et Réconciliation au complet Dans le cadre de la Feuille de route du 29 janvier, le Gouvernement du Mali a mis en place, le 6 mars 2013 pour une durée de deux ans, la Commission Dialogue et Réconciliation. Elle est l’un des outils essentiels du renforcement de la cohésion sociale et de l’unité nationale. Ses missions dureront deux ans qu’elle mettra à profit, en premier lieu, pour recenser les forces politiques, sociales et militaires représentatives de toutes les communautés maliennes. Viendra ensuite un long et délicat processus d’identification des divers traumatismes

Vue de Bamako, la capitale du Mali. Au premier plan, l’immeuble de la BCEAO-Mali – la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.

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• et le deuxième vice-président, Méti Ag Mohamed Rhissa, est Touareg, officier des douanes et originaire de la région de Kidal.

© EUTM-Mali

En parallèle, les préparatifs du dialogue et de la réconcliation nationale, entre toutes les communautés, avancent à grand pas dans le cadre de la Commission Dialogue et Réconciliation, dont les Commissaires ont été nommés et qui, sous peu, mettra en place ses démembrements régionaux. Ce processus se déroule avec toutes les communautés engagées dans le cadre du respect de l’intégrité du territoire national et la laïcité de l’État. La réussite de ce dialogue est un impératif pour que le Gouvernement malien accomplisse son engagement d’organiser les élections présidentielle et législatives en juillet 2013. Le simple fait que ce dialogue se tienne constituera également une étape concrète et importante de sa volonté de réunifier le pays et d’y reconstruire la démocratie. Les autorités maliennes multiplient les efforts et les démarches pour l’organisation de ce dialogue. La communauté internationale les appuie. De son côté, le Premier ministre Diango Cissoko s’est rendu le 11 avril à Gao, l’une des trois grandes villes du Nord autrefois occupées par le MNLA, puis par les djihadistes. C’était la première visite d’un chef du Gouvernement de la Nation malienne dans cette ville depuis le début de la crise, le 17 janvier 2012.

Le premier contingent de 670 soldats maliens est pris en charge par les instructeurs de l’EUTM-Mail au camp d’entraînement de Koulikoro, au nord de Bamako.

Reconstruction de l’Armée républicaine La mission de formation et reconstruction de l’armée du Mali a débuté le 2 avril avec l’appui de 550 experts militaires venus de 23 pays européens : des formateurs français, suédois ou lituaniens, des médecins allemands, des pilotes d’hélicoptères belges, ainsi que des Tchèques et des Espagnols. Cette opération baptisée EUTM-Mali (European Union Training Mission) va entraîner près de 3 000 soldats maliens sur quinze mois au camp d’entraînement de Koulikoro, une ville située sur les bords du fleuve Niger à une soixantaine de kilomètres au nord de Bamako. Un premier bataillon de 670 soldats, issus de quatre régions militaires du Mali, sera opérationnel à la fin juin et en mesure d’être déployé dans le nord du pays. Les instructeurs européens ont constaté que l’Armée malienne avait souffert pendant de nombreuses années de sousfinancements systématiques et d’énormes lacunes en termes de matériels opérationnels. « Il est essentiel que les Européens répondent présents. Les Maliens sont très conscients que la faiblesse de leur armée a failli entraîner la disparition de leur pays », a résumé le général Lecointre, commandant de l’EUTM-Mali. La reconstruction de l’Armée a pu commencer grâce à la réconciliation entreprise et réussie par la médiation du Premier ministre Diango CISSOKO, entre Bérêts verts de Kati et Bérêts rouges. Un moment mis au ban de l’armée, ces commandos parachutistes sont aujourd’hui réintégrés et déployés sur le terrain. L’État malien, malgré la précarité de ses moyens, a consenti d’énormes efforts, chiffrés en plusieurs dizaines de milliards de F CFA pour équiper l’Armée, en vue de la reconquête du Nord.

Les préfets en formation accélérée Pour rendre l’action de l’Administration plus efficace dans tout le pays, en particulier dans le cadre de l’organisation des élections, les 49 préfets du Mali ont été réunis à Bamako trois jours durant, du 4 au 7 avril, pour les informer de la stratégie de mise en œuvre de la Feuille de route du Gouvernement. Les conseillers aux affaires administratives et juridiques des Gouverneurs de régions et du district de Bamako, ainsi que des hauts-fonctionnaires de l’administration territoriale participaient également à la rencontre. Présidée par un membre du Gouvernement de transition, le ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire, elle s’est tenue avec la participation du Président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et de l’Américaine Abigail Wilson, directrice régionale déléguée de la Fondation internationale pour les systèmes électoraux (IFES), entre autres personnalités. Ainsi confortés dans leur rôle de relais des services centraux de l’État sur l’ensemble du territoire, les préfets et les fonctionnaires participants ont véritablement pris la mesure de leur responsabilité dans la bonne organisation et le bon déroulement des scrutins à venir.

Au début de l’année 2013, des doutes ont pu planer au sein de la population malienne quant à la tenue et à l’organisation de l’élection présidentielle de juillet. Mais depuis février, le travail du Gouvernement de Transition commence à être reconnu et ses réalisations portent leurs fruits. Les partis politiques se préparent activement. Les Maliens sont convaincus qu’ils éliront

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COMMUNIQUÉ

un président démocratiquement, avec la participation de tous. Une personnalité qui a le Mali pour ambition, responsable devant les électeurs ; un Président soucieux du devenir de ses concitoyens, de l’école, de la santé, du bien-être de la population et qui rend la justice en son nom. Un Président qui, au Nord comme au Sud, discutera avec « Un Malien, comme lui ». C’est exactement ce que le Gouvernement de Transition construit depuis décembre 2012. ■

Le soutien de la population


© Emmanuel Daou Bakary pour JA

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Couvrant la période 2013-2014, le Plan d’actions prioritaires d’urgence doit permettre la relance de l’économie malienne.

RECONSTRUIRE LE MALI

Un plan d’urgence pour redresser l’économie

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our accomplir les missions qu’il s’est fixé dans la Feuille de route du 29 janvier, notamment le rétablissement de conditions de vie honorables dans les zones libérées, le Gouvernement de transition a lancé, début avril, un Plan d’actions prioritaires d’urgence (PAPU) visant le redressement de l’économie nationale dès l’année 2013 et couvrant également l’année 2014. Ce Plan intègre les réalisations liées à l’atteinte de tous les objectifs de la Feuille de route, comme la remise en ordre des infrastructures administratives, qui sont nécessaires pour le bon déroulement des scrutins et indispensables pour assurer le retour effectif de l’État sur l’ensemble du territoire. Il s’agit aussi de préparer l’avenir en établissant les conditions d’une relance de l’économie afin de donner aux futures autorités régulièrement élues les clés d’un pays en état de fonctionner.

maintenue sous la barre des 3 % et la croissance économique devrait atteindre 4,8 % en 2013, soit 6 points de mieux qu’en 2012, grâce à une bonne tenue de la production dans le BTP et l’agro-industrie et si la reprise des financements extérieurs est confirmée. Toutes les conditions peuvent être réunies pour remettre l’économie du Mali sur les rails.

Les éleveurs du Nord particulièrement vulnérables Jusqu’à la crise, le Mali affichait un taux de croissance annuel moyen d’environ 5 % ce qui, de toutes façons, ne permettait pas de réduire significativement la pauvreté. Certes, le pays peut compter sur sa production d’or (60 tonnes en 2011), sa première source de devises. Mais l’agriculture, qui entre à hauteur de 49 % dans la création de richesse nationale, souffre de faibles rendements et d’un déficit d’investissements, aggravé par la crise. À la fin de 2011, les autorités estimaient que 1,7 million de personnes étaient menacées par la crise alimentaire pendant la soudure (période entre deux récoltes), du fait de pluies insuffisantes. La campagne agricole 2012-2013 a été bien meilleure, contribuant à la bonne tenue de l’inflation. Mais la situation reste alarmante dans le Nord, où les éleveurs sont devenus, avec leurs familles, particulièrement vulnérables à l’insécurité alimentaire et à la pauvreté. Certains ont perdu la moitié de leur troupeau pendant l’occupation. Les groupes islamistes ont en effet saisi nombre de leurs animaux ou les ont achetés pour une bouchée de pain. Selon l’ONG Oxfam, le sac de fourrage, qui coûtait 15 dollars avant l’occupation, se vend désormais 40 dollars, et la plupart des pasteurs sont dans l’incapacité de nourrir le cheptel qui leur reste. Une des rares activités économiques de la région de Tombouctou connaît ainsi une grave récession. Par ailleurs, les risques terroristes dans le

COMMUNIQUÉ

L’administration fiscale tient ses objectifs Si la marche de l’économie malienne n’a pas été au premier plan de l’actualité, pour des raisons bien compréhensibles, le Gouvernement de transition n’a, pour autant, pas négligé cet aspect de ses responsabilités. En dépit de la crise, les services des impôts ont atteint en 2012 leurs objectifs de recettes, fixés à 470 milliards de F CFA (715 millions d’euros), représentant environ 60 % du budget de l’État. L’objectif pour 2013 est fixé à 521 milliards de F CFA (795 millions d’euros). Le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget est même confiant dans la réalisation de l’objectif de recouvrement des recettes, avec au moins 60 % des contribuables qui se déclarent euxmêmes pour que les services fiscaux n’aient à poursuivre que les 40 % restants. Dans le même ordre d’idées, l’inflation a été

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RÉPUBLIQUE DU MALI PRIMATURE

Sahel ont quasiment anéanti l’activité touristique. Entre 2010 et 2011, le Mali a perdu plus de 50 milliards de F CFA (76 millions d’euros) de recettes et plus de 8 000 emplois dans le secteur.

indispensable à la réalisation des objectifs de la Feuille de route, notamment la réhabilitation des infrastructures administratives, sécuritaires, économiques, sociales et culturelles dans les zones libérées et le redéploiement des agents de l’État sur l’ensemble du territoire. Le Gouvernement malien s’engage aussi à fournir une assistance à la réinsertion socio-économique des personnes affectées par les conséquences du conflit, à sauvegarder l’unité nationale et la cohésion sociale en veillant à ce qu’il n’y ait pas d’actes d’exactions et de vengeance préjudiciables à la réconciliation nationale.

Le Plan d’actions prioritaires d’urgence Pour mener à bien les deux grands défis de sa Feuille de route, le rétablissement de l’intégrité du territoire national et l’organisation d’élections libres et transparentes, ainsi que pour préparer la sortie définitive du conflit, le Gouvernement de transition a lancé un Plan d’actions prioritaires d’urgence (PAPU), couvrant la période 2013-2014. Le coût global de cette initiative de relance est estimé à 2 510 milliards de F CFA, soit 3,827 milliards d’euros. Bien que Ia coopération technique et financière internationale ait été suspendue, le PAPU s’intègre totalement dans le Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (CSCRP 2012-2017), dont le principe avait été validé par les Partenaires internationaux du Mali. La mise en œuvre des actions programmées dans le PAPU est

Compte tenu des promesses de soutien déjà annoncées par les partenaire du Mali en janvier 2013 à Addis-Abeba, en Éthiopie, l’écart de financement à rechercher pour couvrir l’ensemble des dépenses prévues dans le cadrage budgétaire s’élève à 30 milliards de F CFA (45 millions d’euros) en 2013 et à 50 milliards de F CFA (76 millions d’euros) en 2014. De quoi faire face à l’ampleur et à l’urgence des actions à mener pour couvrir les besoins les plus pressants et dresser les bases d’une relance de l’économie malienne. ■

Principales ressources du Mali INDUSTRIES ET ÉNERGIE

AGRICULTURE Principales cultures vivrières Millet-sorgho

Riz

Égrenage du coton

Maïs-sorgho

Élevage agro-pastoral

Conserverie de viande

Grand nomadisme

Industrie du cuir

Zone de pêche

Centrale hydroélectrique

15,4 millions

d’habitants

Centrale hydroélectrique en projet

CULTURES COMMERCIALES MINES

Fruits et légumes

Gisement exploité Gisement reconnu

Karité

Or

Canne à sucre

POPULATION

Huilerie Abattoir

Arachide

2

(pus de 2 fois la France)

Industrie textile

Élevage pastoral

Coton

SUPERFICIE

1,240 million de km

Cimenterie

ÉLEVAGE, PÊCHE

Gomme arabique

Chiffres clés

Tessalit

Fer Sel

Projet sucrier Principale région touristique

Marbre Bauxite

Kidal

Phosphates

© Les Editions Du Jaguar

Limite nord de la trypanosomiase

Manganèse Diamant Uranium Lithium

Konna PIB (2011)

8,4 milliards d’euros PIB PAR HABITANT (2011)

CROISSANCE DU PIB (2011)

5,3 %

7

COMMUNIQUÉ

610 euros


Un code vestimentaire très strict a été imposé aux femmes.

© Baba Ahmed pour JA

© AMAP

© Emilie Regnier pour JA

RÉPUBLIQUE DU MALI PRIMATURE

Le patrimoine culturel et historique de Tombouctou a été dévasté.

Les islamistes ont occupé le nord du Mali de mars 2012 à février 2013.

LES GRANDES DATES DE LA CRISE

Pour une solution durable dans le Sahel

17 janvier 2012 Des rebelles Touaregs regroupés au sein du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), entreprennent de conquérir le nord du Mali. 22 mars 2012 Un coup d’État militaire renverse le président Amadou Toumani Touré. Les putschistes indiquent s’être emparés du pouvoir pour mettre fin à l’incapacité des autorités à lutter contre la rébellion dans le nord du pays.

COMMUNIQUÉ

29 mars 2012 Profitant de la confusion, les

rebelles Touaregs prennent les trois grandes villes du Nord, Tombouctou, Kidal et Gao. Ils sont appuyés par le mouvement salafiste Ansar Eddine, qui entretient des relations avec Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Il est allié à d’autres groupes, comme le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). 12 avril 2012 La junte militaire a rendu les armes. Le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, prend la tête du pays. Le Mali est coupé en deux.

27 juin 2012 Les factions intégristes ont pris le dessus sur le MNLA et le délogent de ses positions à Gao. Elles se montrent déterminées à poursuivre l’offensive pour imposer la charia sur tout le territoire malien. 17 juillet 2012 Les rebelles regroupés dans le MNLA ont perdu le contrôle de toutes les grandes agglomérations du nord du Mali. Les deux tiers du territoire malien sont occupés par des groupes terroristes. 11 décembre 2012 Diango Cissoko, administrateur civil diplômé de l’École nationale de l’administration du Mali et titulaire d’un doctorat en droit de l’Université de Rouen, en France, est nommé Premier ministre de transition. Il forme un gouvernement d’union nationale, où toutes les forces sont représentées. 20 décembre 2012 Le Conseil de sécurité des Nations unies autorise le

déploiement, sous conduite africaine, de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA), menée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). 23 décembre 2012 Les islamistes armés qui occupent le site historique de Tombouctou, surnommé « La ville aux 333 saints », achèvent de détruire les mausolées qu’ils avaient jusquelà épargnés. Ils avaient mené deux vagues de destructions en juillet et en octobre, au cœur de la plus grande mosquée de la ville. 11 janvier 2013 Face à l’avancée des rebelles et à la prise de la ville de Konna, verrou stratégique dans la marche sur Bamako, une intervention militaire menée par la France (l’opération Serval) est lancée. Des troupes de la MISMA viennent en renfort. C’est le début de la libération des régions occupées du Mali, avec l’Armée malienne. ■

DIFCOM - F.C. PHOTOS : DR

Du coup d’État à l’intervention militaire française, les dates clés de la récente crise au Mali montrent à quelle vitesse et dans quelles circonstances un pays et une nation peuvent être déstabilisés et présenter une situation de déséquilibre qui menace tous les pays voisins. Si, à court terme, l’intervention militaire est couronnée de succès, la stabilité du Mali et celle de l’ensemble de la région restera vulnérable. Il en va de l’intérêt du Mali, du Sahel et de toute la communauté africaine et internationale de reconstruire un État malien démocratique, avec des bases solides et stables.


Europe, Amériques, Asie

FRANCE

Grand déballage Pour conjurer les effets dévastateurs de l’affaire Cahuzac, le président souhaite provoquer un « choc de moralisation ». Mais contraindre ses ministres à rendre public leur patrimoine, est-ce vraiment une bonne idée ? HENRI MARQUE

JEUNE AFRIQUE

I

mmeubles, appartements, comptes bancaires, automobiles, bateaux et même avions… Le questionnaire que les ministres français ont dû remplir concernant leur patrimoine est encore loin des quelque cinquante pages d’investigation auxquelles les commissions sénatoriales américaines soumettent tout candidat à un poste gouvernemental. L’initiative de François Hollande a néanmoins provoqué le « choc de moralisation » prévu. Mais peut-être pas celui qu’il en attendait. Question tout d’abord de culture. Aux États-Unis, où la valeur N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Europe, Amériques, Asie France humaine s’apprécie d’abord en dollars, il est normal de demander « combien gagnez-vous ? ». En France, c’est une grave indélicatesse. Ce tabou de l’argent hérité du bon vieux bas de laine paysan explique la virulence (à droite) et l’embarras (à gauche) des réactions de la classe politique à l’instauration de la nouvelle transparence. Oui, nouvelle, car l’actuelle n’a pas fonctionné, ce qui est une autre raison du scepticisme des partis comme de l’opinion. On approuve le principe sans croire à son application, faute jusqu’ici de contrôles efficaces et de sanctions dissuasives ; sans non plus d’ailleurs considérer les politiques comme des privilégiés de la fortune, ce que confirment la plupart des déclarations ministérielles, qui se situent dans la moyenne nationale des revenus. SERPILLIÈRE. La méfiance reste cependant vive

Des trois vélos de Taubira au camping-car d’Ayrault, un inventaire à la Prévert.

chez les élus. À droite, où Christian Jacob, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, refuse de « servir de serpillière », Alain Juppé met en garde contre l’excitation malsaine d’un « déballage grotesque ». À lire effectivement le détail des patrimoines abondamment reproduits dans la presse, on tombe sur des inventaires à la

Prévert, où les trois vélos de Christiane Taubira, la ministre de la Justice, rejoignent – ironie ou dérision – le camping-car des vacances de la famille Ayrault. À gauche, Claude Bartolone, l’influent président de l’Assemblée nationale, définit le mieux la difficulté du débat qui va s’engager au Palais-Bourbon. Débat de politique et de conscience, avec tous les sujets sensibles qui avaient déjà failli provoquer un pugilat dans l’Hémicycle lorsque Jean-Marc Ayrault avait exposé les grandes lignes de son projet. « Déclarer, contrôler, sanctionner, c’est de la transparence; rendre public, c’est du voyeurisme », remarque Claude Bartolone, sans craindre de justifier par ce vilain mot les critiques de l’opposition. Pour assurer à son texte une majorité décente, le Premier ministre devra se garder tout autant des tentatives d’édulcoration, au prétexte de ne pas alimenter les populismes, que des amendements « boîte de Pandore », qui substitueraient à la présomption d’innocence une suspicion générale de culpabilité – ce serait le cas, par exemple, si les élus se voyaient interdire d’exercer toute activité d’entrepreneur ou de profession libérale pendant la durée de leur mandat, au risque d’installer une

COSETTE ET CRÉSUS

Q

uel ministre du gouvernement Ayrault a le moins de souci à se faire pour ses vieux jours ? Laurent Fabius, bien sûr. Personne ne s’en étonnera : il est à la fois le plus expérimenté – trente ans qu’il occupe le devant de la scène politique ! – et l’héritier d’une illustre famille de marchands d’art. En 2011, la collection de la galerie Fabius frères a été vendue aux enchères chez Sotheby’s France pour 9,6 millions d’euros. Avec un patrimoine déclaré de 6,04 millions d’euros dans lequel on est un peu surpris de ne voir figurer aucune œuvre d’art, le ministre des Affaires étrangères surclasse ses petits camarades. À l’autre extrémité de cet indiscret palmarès, Najat Vallaud-Belkacem fait un peu pâle figure avec ses 106 740 euros. Il est vrai que, née dans une famille d’ouvriers marocains établis en Picardie, la ministre des N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

PHOTOS : WITT/SIPA

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€ Laurent Fabius domine le palmarès gouvernemental avec plus de 6 millions d’euros. Sa jeune collègue Najat Vallaud-Belkacem se contente de 106 740 euros.

Droits des femmes (et porte-parole du gouvernement) a la vie devant elle : elle n’a que 35 ans. Ces chiffres sont de toute façon sujets à caution.

Homme d’affaires, ancien ministre, repris de justice et provocateur patenté, Bernard Tapie les juge carrément « bidons ». « Vous voulez faire fortune ? feint-il de s’interroger. Proposez aux

ministres de leur racheter leurs biens immobiliers 30 % plus cher que ce qu’ils déclarent. Vous n’allez pas en trouver beaucoup qui accepteront. » Mauvaise J.-M.A. langue, va ! ● JEUNE AFRIQUE


Grand déballage République des fonctionnaires et de compromettre un peu plus la laborieuse réduction des déficits publics. Ayrault n’échappera aux pièges et aux dilemmes que s’il parvient à rendre crédible, audelà des effets dévastateurs du scandale Cahuzac, le vaste programme annoncé de lutte contre la grande délinquance financière, la fraude fiscale organisée et les paradis qui l’accueillent. Tant de promesses semblables ont été faites dans le passé que les pouvoirs en place n’ont jamais pu, ou voulu, tenir ! La fraude fiscale en est l’exemple le plus accablant. Alors que les pertes qu’elle provoque sont estimées à 60 milliards d’euros par an – soit le triple du montant supplémentaire d’économies (14 milliards) et d’impôts (6 milliards) que le gouvernement devra douloureusement trouver pour boucler son budget 2014 –, on apprend que seulement un millier de plaintes sont lancées chaque année par Bercy. RÉBELLION. Ayrault devra enfin répondre à la seule question qui compte plus que jamais pour l’opinion comme pour sa vacillante majorité : le maintien assoupli ou le changement radical de la politique économique et sociale. Il en a eu la démonstration et le houleux spectacle au dernier conseil national du Parti socialiste, où le procès de l’austérité est désormais ouvert par une importante minorité de députés, avec le soutien plus ou moins explicite de plusieurs ministres. En rupture avec la nouvelle ligne social-démocrate du PS, les contestataires refusent de garder le « cap du redressement » inlassablement réaffirmé à l’Élysée comme à Matignon. Quand Manuel Valls les adjure de jouer « collectif », ils répliquent qu’une rébellion des élus vaut mieux qu’une révolte des électeurs. La première semble pour longtemps exclue, autant que l’autre est encore incertaine. Habitué à ces frondes épisodiques, Hollande se rassure avec les mêmes arguments : le sérieux budgétaire n’est pas l’austérité, il est même son contraire s’il permet le redressement ; l’hostilité à sa politique n’entraîne pas jusqu’ici d’animosité envers sa personne ni envers celle de son Premier ministre ; malgré les doutes des experts sur ses prévisions de croissance, les réformes engagées depuis dix mois finiront bien par produire leurs effets. Impavide face à l’écroulement des sondages, c’est tout juste si l’Élysée ne voit pas dans la constance de son impopularité la confirmation de ses bons choix ! François Hollande a en tout cas eu le temps de se préparer aux épreuves qu’il subit aujourd’hui. « Quand, dans un moment critique difficile, écrivait-il en novembre 2009 dans Droit d’inventaires (Seuil), on n’a pas de cohérence institutionnelle, pas d’unité au sein du parti majoritaire et une conjoncture économique défavorable, rien ne peut tenir. » Sauf lui-même, à en croire son entourage, « sur qui tout glisse et que rien n’atteint ». ● JEUNE AFRIQUE

Circulez, il n’y a rien à voir!

Dans de nombreux pays africains, la loi impose aux responsables politiques de déclarer leur patrimoine. Problème : elle est rarement appliquée.

«

L

adéclarationdepatrimoine ne concerne pour le moment que le président de laRépublique.Nousallonsl’élargirà l’ensembledeshautsfonctionnaires, des ministres et, demain peut-être, des parlementaires. » François Hollande ? Non, Macky Sall, dans une déclaration faite le 15 avril. Le président du Sénégal n’en est pas à son coup d’essai. Peu après son élection, en mai 2012, il avait en effet rendu public son patrimoine, d’un montant de 1,3 milliard de F CFA (2 millions d’euros). Mais force est de reconnaître qu’il est l’arbre qui cache la forêt. Qui en Afrique joue ainsi la transparence ?

Au Nigeria, comme d’ailleurs au Cameroun,auGabon,auZimbabwe ou en Angola, aucune déclaration publique de patrimoine ou de revenus n’est requise des responsables politiques. Au Liberia, en revanche, Ellen Johnson Sirleaf a fait de la question une priorité. En août 2012, elle est allée jusqu’à suspendre 46 hauts responsables qui n’avaient pas déclaré leur patrimoine à la Commission de lutte contre la corruption (créée en 2008) dans les délais impartis. PREMIÈRE FOIS. En Tunisie, une

loi de 1987 oblige théoriquement les ministres à déclarer sur l’honneur leur patrimoine. Mais dans l’actuel gouvernement d’Ali Larayedh, un DOMAINE PRIVÉ. En Côte d’Ivoire, seul s’est acquitté de cette obligaaucune trace d’une déclaration tion: Nadhir Ben Ammou, ministre de ce type de la part du prédelaJustice.AuMaroc,en2012,plusieurs ministres du gouvernement sident Ouattara. L’article 55 de la d’Abdelilah Benkirane ont révélé Constitution lui en fait pourtant publiquement leur obligation devant la patrimoine: comptes Cour des comptes, Macky Sall, « lors de son entrée bancaires, patrimoine le président immobilier, véhien fonction et à la sénégalais, cules, etc. C’était la fin de celle-ci ». En Afrique du Sud, Jacob toute première fois, c’est un peu alors qu’une loi d’ocZuma,dontlesrevenus l’exception mensuels s’élèvent à tobre2008disposeque qui confirme « toute personne élue 19 700 euros, estime qu’il n’est « ni membre oudésignée assumant la règle. d’un conseil d’admiune charge publique nistration ni actionnaire d’une doit faire […] une déclaration écrite société publique ou privée ». Et des biens et actifs détenus par elle, qu’il n’est pas tenu d’évoquer directement ou indirectement ». Situation similaire en Algérie, où publiquement son patrimoine. plusieurs dispositions législatives Circulez, il n’y a rien à voir. Au ont pourtant été mises en place Nigeria, Goodluck Jonathan, souen 1997 : « Les personnes exerçant vent critiqué par la société civile pour avoir déclaré son patrimoine un mandat électoral national ou sans l’avoir rendu public, estime local sont tenues de souscrire une qu’il s’agit d’une question relevant déclaration de patrimoine dans du«domaineprivé».«C’estcomme le mois qui suit leur investiture » cela que je vois les choses, dit-il. Le (ordonnance 99-04 publiée de janreste, je m’en fous complètement. vier 1997). Faut-il préciser que les Critiquez-moi depuis l’enfer si vous Algériens attendent toujours ? ● voulez ! » HABY NIAKATE N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

€ « C’était écrit, il fallait que je reste là », confie la néo-Québécoise installée à Laval.

Félicité Donyo Patronne des patrons. D’origine togolaise, formée en France, cette styliste a monté son entreprise au Québec. Ses vêtements pour enfants en batik commencent à faire parler d’eux.

L

A GRANDE MAISON LAVALLOISE, en banlieue de Montréal, dans laquelle nous reçoit Félicité Donyo est typiquement québécoise… et teintée d’Afrique. La grande cheminée en pierre trône dans le salon, l’odeur de bois brûlé se mêle à une décoration harmonieuse inspirée par le continent, et dans un deuxième salon réaménagé, la designer a installé son atelier où s’affaire minutieusement sa couturière, Mireille, à la machine à coudre. Ciseaux, fils, chutes, patrons et vêtements multicolores présentés sur des cintres peuplent le laboratoire créatif de cette styliste qui commence à faire parler d’elle. À l’âge de 2 ans, Félicité quitte leTogo avec ses parents pour la France où ils s’installent en région parisienne. Après son baccalauréat en arts appliqués, l’école Duperré à Paris et un BTS de

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stylisme, l’étudiante ne trouve pas de stage. « C’était dans les années 1990, je n’ai rien trouvé durant deux ans. J’ai envoyé des CV partout sans aucun débouché. J’ai fini à l’accueil d’Euro Disney, où j’ai travaillé pendant six mois. » Cette pénible fin de parcours scolaire angoisse l’ambitieuse Félicité. « Je savais que j’aspirais à autre chose, ailleurs. J’ai dit à mes parents que je voulais continuer mes études à l’étranger. » Hésitant d’abord entre l’Australie et le Canada, la jeuneTogolaise opte pour le Grand Nord. « J’avais une petite expérience du pays. À 15 ans, j’avais une correspondante à Ottawa, la capitale, j’y étais donc déjà allée pour un mois. » En décembre 1993, Félicité Donyo se lance dans les démarches afin d’obtenir un visa étudiant pour le Québec. L’école Duperré valide

son choix et lui permet de faire la rentrée 1994 au Cegep Marie-Victorin de Montréal, un collège d’enseignement général et professionnel. Malgré les inquiétudes de ses parents, elle entame sa nouvelle vie à 22 ans. « J’ai su qu’il y avait quelque chose à faire ici. C’était écrit, il fallait que je reste là. » L’intégration de la jeuneTogolaise se passe en douceur grâce à sa colocataire québécoise plus âgée, une « grande sœur » qui la « traînait partout ». Après deux ans de Cegep, Félicité rejoint une compagnie anglophone d’accessoires de mode, Do-Gree Fashions. Elle débute comme stagiaire designer et, douze ans plus tard, devient responsable du bureau de design. Un emploi qui lui permettra d’entrer dans le milieu par le biais du travail manufacturier. « C’est là que j’ai appris tout ce que je sais. J’ai voyagé au Québec, j’ai rencontré de nombreux couturiers, des fournisseurs, des clients… » Mais après douze ans, la volonté de passer à autre chose est plus forte. « Je JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

Quatre boutiques présentent aujourd’hui ses créations à travers le Québec. L’expansion à l’international est imminente. « Une Sud-Africaine en vacances au Québec m’a contactée pour savoir si elle pouvait vendre mes v ê t e m e n t s à Jo h a n n e s b u r g . Maintenant elle les propose dans sa boutique et sur son site. » Si la femme d’affaires tient à garder son salaire et son budget confidentiels, elle vante en revanche l’originalité de ses créations. « La touche Fili est unique. Ce ne sont pas de simples boubous pour enfants. » Les vêtements cousus main « marient en effet les couleurs des batiks africains et indonésiens pour créer des tenues imprimées confortables ». L’avenir? « J’aimerais développer ma collection haut de gamme sur mesure. » Mais aussi trouver un atelier plus grand, embaucher, multiplier sa présence dans les boutiques… sans sacrifier cette liberté qui lui permet de retourner régulièrement au Togo pour rendre visite à sa famille, mais aussi pour développer ses contacts. ●

CANADA

Justin Trudeau, l’héritier Son père fut longtemps Premier ministre. Sa mère faisait la fête avec les Rolling Stones. Lui vient de remporter la primaire du Parti libéral.

I

l est jeune, beau gosse, fortuné et porte un nom célèbre. Selon ses détracteurs, il n’a pas l’ombre de l’esquisse d’un programme économique, mais le nouveau petit prince de la politique canadienne, que certains n’hésitent pas à comparer à un héritier Kennedy, n’en a cure. Cheveux bouclés et sourire éclatant, il prend la pose en compagnie de Sophie, son épouse, et de leurs deux bambins. Le 14 avril, Justin Trudeau a remporté la primaire du Parti libéral du Canada (PLC) avec 80 % des voix. Organisé sur internet, le scrutin a attiré 104 500 votants sur les 127 000 inscrits. Enfin une bonne nouvelle pour cette formation qui, après avoir longtemps dominé la scène nationale, était plongée dans le coma depuis les législatives fédérales de 2011, où elle n’avait obtenu que 34 députés (il en faut 154 pour former un gouvernement). Les libéraux étaient arrivés en troisième position derrière le Parti conservateur et même le Nouveau Parti démocratique (NPD), lui aussi fédéraliste mais plus à gauche. CHARISMATIQUE. À 41 ans, Justin

Trudeau se sent pousser des ailes. Certes, les prochaines législatives sont loin : 2015. Mais dans les sondages, il

devance Stephen Harper, l’actuel Premier ministre. À l’instar d’un Barack Obama, il séduit surtout les jeunes, les femmes et les minorités, qui se souviennent de ce qu’ils doivent à Pierre Elliott, son géniteur, décédé en 2000. Charismatique Premier ministre de 1968 à 1979, puis de 1980 à 1984, le « père du Canada moderne » fit triompher l’unité nationale contre les séparatistes québécois tout en promouvant le bilinguisme, dépénalisa l’avortement et l’homosexualité, ouvrit le pays à l’immigration et au multiculturalisme. Amateur de décapotables et de jolies femmes, il forma avec Margaret, son épouse de trente ans sa cadette, un couple tumultueux. Les escapades de la jeune femme avec les Rolling Stones défrayèrent la chronique. Surtout lorsqu’en 1979, au soir de la défaite électorale de son mari, elle fut surprise dans un club new-yorkais en train de danser avec Mick Jagger ! Député de Montréal et parfaitement bilingue, leur fils Justin se fixe pour objectif de ressusciter le PLC. « La politique moderne, ce n’est pas multiplier les promesses auxquelles personne ne croit, c’est engager le dialogue avec les communautés », annonce-t-il. Un contenu vague, mais consensuel à souhait. De la politique moderne, on vous dit. ● JOSÉPHINE DEDET

SEAN KILPATRICK/AP/SIPA

me suis dit: pourquoi ne pas mettre cette énergie à mon propre service? » Elle rêve à de nouveaux défis, et les concepts se bousculent dans sa tête. Elle couche tout sur papier et, en 2008, parvient à une première ébauche de sa future compagnie. « J’ai quitté mon emploi pour me concentrer sur mon entreprise. Lors de voyages en Indonésie et en Afrique, j’ai acheté des tissus batiks. Et comme j’ai toujours adoré les enfants, j’ai décidé de les habiller avec. Naturellement. » En décembre 2008, la jeune entrepreneuse décide de tenir un kiosque au Salon des métiers d’art de Montréal. Elle prépare 160 vêtements qu’elle coud seule, jour et nuit. « L’accueil a été très positif. » Après ce petit succès, Félicité Donyo décide de structurer son « business » et se rend au Centre local de développement économique qui aide les jeunes entrepreneurs, notamment dans la préparation de l e u r p l a n d ’ a ff a i r e s . D e p u i s novembre 2009, la fondatrice de Fili vêtements pour enfants parcourt les salons du Québec, mais aussi de Toronto, Londres et NewYork.

ZORA AÏT EL MACHKOURI, à Montréal. Photo : J.-F. LEBLANC/STOCK PHOTO pour J.A. JEUNE AFRIQUE

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€ Le nouveau petit prince de la politique canadienne, à Ottawa, le 14 avril. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


Europe, Amériques, Asie

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ð Nicolás Maduro après l’annonce des résultats, le 14 avril à Caracas.

JOSÉ COHEN/AFP

autorités envisagent d’engager des poursuites pénales contre Capriles. Ce dernier, qui accuse le gouvernement d’avoir provoqué ces violences, a été contraint d’annuler la grande manifestation qu’il souhaitait organiser le 17 avril. Il appelle désormais au dialogue.

VENEZUELA

Où va le chavisme? La courte victoire de l’héritier de Hugo Chávez à la présidentielle du 14 avril a débouché sur de sanglants affrontements avec l’opposition. Tout dépendra désormais de l’attitude de l’armée.

«

J

e suis le premier président chaviste après Hugo Chávez. Je vais remplir ma mission en protégeant les pauvres, l’indépendance de la patrie et la construction du socialisme. » Au soir de l’élection présidentielle du 14 avril, avant même la proclamation des résultats, Nicolás Maduro s’est empressé de se présenter en digne successeur du Comandante, ce qui se conçoit : avant sa disparition, le 5 mars, des suites d’un cancer, celui-ci l’avait officiellement intronisé comme son dauphin. Confirmée par le Conseil national électoral (CNE), une instance ouvertement chaviste, la victoire de Maduro est cependant loin d’être aussi éclatante que celles qui ont jalonné la carrière de Chávez. 50,75 % des suffrages, contre 48,97 % pour son rival, Henrique Capriles Radonski… Pas de quoi pavoiser. L’opposition réalise son meilleur score depuis le début de l’ère chaviste, en 1998. Elle obtient par exemple N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

CAPRICES. Maduro ne voit là que « caprices de bourgeois » et dénonce une tentative de coup d’État. « S’ils veulent me renverser, qu’ils viennent me chercher. Je suis là avec un peuple et une armée », menace-t-il. En limitant à dix jours la campagne électorale, il voulait ne pas laisser le temps à l’opposition de s’organiser. Et il comptait sur l’émotion provoquée par la disparition de Chávez pour l’emporter haut la main. Raté. Il n’est toujours pas parvenu à imposer son style. Si la plupart des chavistes ont voté pour lui, c’est moins par adhésion à sa personne que par fidélité au président défunt. Quant à l’armée, pourtant l’un des piliers du régime, elle semble prendre ses distances avec Maduro. En tout cas, une partie d’entre elle. Une enquête a d’ailleurs été ouverte contre un petit groupe de militaires soupçonnés d’avoir été en contact avec l’opposition. On murmure que l’état-major apprécie modérément l’influence de plus en plus envahissante de Cuba dans les affaires intérieures du pays. Quant à la grande majorité des Vénézuéliens, confrontés qu’ils sont à l’augmentation du chômage et de la violence, ils ne croient plus guère à la « révolution bolivarienne » chère au Comandante.

plus de 1 million de voix supplémentaires par rapport au scrutin d’octobre 2012 face au président défunt (7,3 millions, contre 6,2 millions). Capriles soutient en outre que la consultation a été marquée par de graves irrégularités. Soutenu par les États-Unis et l’Organisation des États américains (OEA), il a déposé un recours officiel Nombre de militaires paraissent auprès du CNE afin d’obteexcédés par l’influence de plus nir un recomptage des voix. Dans les deux jours qui en plus envahissante des Cubains. ont suivi le scrutin, il a appelé ses partisans à manifester dans Le président élu va-t-il chercher à s’imles principales villes du pays en tapant poser par la force ? Les atours démocrasur des casseroles. tiques de la République vénézuélienne Ces rassemblements ont hélas débouvont-ils céder la place à un régime ouverché sur des violences qui ont fait 7 morts tement autoritaire ? « Maduro n’a plus et 61 blessés. Des chaînes de télévision que l’héritage et le souvenir de Chávez jurent que leur siège à Caracas a été attapour faire face à la crise politique que qué par des opposants. Le domicile de traverse le Venezuela. Il est très fragilisé », Tibisay Lucena, la présidente du CNE, commente le correspondant à Caracas a lui aussi été pris pour cible. Plus de d’un journal espagnol. ● 130 personnes ont été arrêtées, et les MARIE VILLACÈQUE JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie CHINE

Au pays de l’enfant-roi Conséquence directe de la politique de l’enfant unique, de nombreux parents sont obsédés par la réussite sociale de leur rejeton, qu’ils rêvent de transformer en singe savant.

D

ans un pays où l’argent est dominant, mieux vaut se former à la finance très tôt. C’est l’ambition que s’assigne l’école privée de Chengdu, dans le sud-ouest du pays, qui propose un « mini MBA » (Master of Business Administration) aux enfants à partir de 7 ans. Coût de deux années de formation: 7500 euros. Clientèle visée: les princes rouges en culottes courtes et les rejetons de millionnaires. « Nous avons défini un quotient financier, explique Fang Yuan, la directrice, qui mesure la capacité de l’élève à appréhender les questions financières. Il est à l’argent ce que le quotient intellectuel est à l’intelligence. » Quatre enseignants britanniques ont été recrutés, et quarante bambins inscrits. Les cours – trois heures par semaine – prennent la forme de jeux afin de ne pas rebuter les plus petits. Mais la notion d’argent y est omniprésente. « Nous leur

journées vers 22 heures, après quatre heures de cours particuliers. Il faut qu’elle sorte du lot pour pouvoir entrer dans une grande université et trouver un travail bien rémunéré. » Un récent sondage publié par le Quotidien du peuple révèle que plus de 70 % des parents ont comme principale préoccupation d’« apprendre à leur enfant à reconnaître les caractères chinois, à réciter des poèmes et à parler l’anglais ». La politique de l’enfant unique a fait de la Chine le pays de l’enfant-roi. Ces petits empereurs ultrachoyés portent les rêves d’ascension sociale de toute une famille et n’ont pas vraiment le temps de rêvasser. Aux parents qui hésitent sur l’orientation scolaire de leur bambin, le

apprenons par exemple à faire une liste de courses, à gérer un budget. Il est important de leur faire comprendre qu’une brosse à dents peut parfois se révéler plus utile qu’un diamant », commente un enseignant. Cette obsession pour l’argent à un âge aussi tendre n’est-elle pas malsaine ? « Non, ces enfants seront très vite appelés à gérer leur fortune, il faut leur donner les outils dont ils auront besoin. » La Chine comptant déjà 1 million de millionnaires en dollars, le 7 500 euros marché est immense.

pour deux ans d’études. La clientèle ? Des princes rouges en culottes courtes.

COMPÉTITION. Au-delà même de la finance, la plupart des enfants chinois suivent dès l’âge de 4 ans ou 5 ans des cours particuliers dans à peu près toutes les matières : piano, violon, anglais, mathématiques… « La compétition est rude, nous explique une maman dont la fillette termine ses

Ü Portrait de cadres sups avec petite fille modèle.

Palais des enfants de Chongqing, dans l’ouest du pays, propose des stages à 1 000 euros la semaine destinés à évaluer leurs « talents naturels » : test ADN, test d’aptitude physique, évaluation du quotient intellectuel… « La situation en Chine est très différente de celle qui prévaut dans les pays occidentaux, commente Yang Yangqing, directeur technique du Palais des enfants. Ici, il n’y a souvent qu’un enfant par famille. Les parents se concentrent donc sur son éducation et investissent énormément sur lui. »

LOUIS QUAIL/PICTURETANK

SUICIDES. À l’intention de quelques centaines d’heureux élus, rejetons des familles les plus riches et les plus influentes, des filières de formation ont été mises en place par la Fédération chinoise de l’industrie et du commerce, un organisme d’État. Des cours d’économie y sont dispensés tous les ans en juillet par les plus célèbres universitaires du pays. Prix : 500 euros par jour. Mais la pression est souvent trop forte: entre 250 000 et 300 000 adolescents se suicident chaque année – chiffres en constante augmentation. « Obsédés par la réussite sociale, de nombreux parents “oublient” de laisser leurs enfants… se comporter comme des enfants, explique Lan Hai, un psychologue. Ils prennent ainsi le risque de brider leur imagination, d’étouffer dans l’œuf leur créativité. C’est grave ! » ● SÉBASTIEN LE BELZIC, à Pékin JEUNE AFRIQUE

N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Économie

INDISCRETS

RD Congo, Mali, Côte d’Ivoire…

INTERNET

La musique en ligne fait des émules

LOGISTIQUE

… et à la fin c’est toujours La concession du deuxième terminal à conteneurs d’Abidjan – le fameux TC2 –, c’est encore pour lui. Une victoire de plus pour le groupe français, qui règne sur les ports du golfe de Guinée. OLIVIER CASLIN

À

Misrata - 2011

L’empire de Bolloré Africa Logistics

«

Concession portuaire Libye (et année d’attribution) la lumière des derniers événements, Port sec en partenariat public-privé on peut voir que, Port sec privé même battus, ils gagnent toujours Concession ferroviaire au final. » « Ils », ce Mali Concurrents et associés sont les responsables de Bolloré Africa Logistics Tchad (BAL); et les « derniers événements », la mise en Burk Bu Burkina rk concession du deuxième terminal à conteneurs Faso (TC2)d’Abidjan,remportéparlegroupefrançais Gu Guinée Conakry - 2011 associépourl’occasionàAPMTerminals(APMT) nin ni Bénin Togo Ni Nigeria etBouyguesTravauxpublics.Lâchésavecautant Côte Freetown - 2011 Ghana Ghan anaa Sierra erra d’Ivoire d’exaspération que de désillusion, ces propos re Centrafrique Ce ntrafrique Le Leone Cameroun Came Camero roun ro tenus juste après la confirmation des résultats Abidjan de l’appel d’offres ivoirien, le 15 mars, par un TC1 - 2004 dirigeant d’International Container Terminal TC2 - 2013 Services (ICTSI) résument l’amertume, voire Co Congo RD Tema - 2007 la lassitude générale qui gagne l’ensemble des Gabon Ga concurrents du groupe Lomé - 2009 Bolloré en Afrique. Retenu de justesse à Cotonou- 2009 Necotrans Abidjan après la phase Le rival bafoué Lagos - 2006 technique, BAL a su Viré sans préavis en 2011 par le pouvoir guinéen après inverser la tendance plus de deux ans de services sur le port de Conakry, Douala - 2004 pour virer en tête lors Necotrans a lancé une longue bataille juridique avec de l’offre financière, Libreville - 2008 le groupe Bolloré qui lui a succédé. Et sa défaite déclenchant une noucontroversée à Abidjan ne devrait pas améliorer les velle controverse (lire Pointe-Noire - 2009 relations entre les deux rivaux, qui poursuivent pourtant p. 69) quant aux condileur collaboration à Cotonou, à Douala et à Libreville, tions d’attribution du pendant que Necotrans utilise toujours les services ferroviaires gérés par Bolloré en Afrique. contrat de concession, comme cela avait déjà été le cas en 2009 au Togo ou deux ans plus tard en Guinée, entre APMT L’allié de circonstance autres. Au point que plusieurs opérateurs se Accusé d’avoir été le faux nez de Bolloré à Abidjan pour demandent s’ils ne doivent pas désormais « se lui permettre de postuler au TC2, APMT a su être assez pragmatique depuis dix ans concentrersurlesmarchésoùBollorénevapas». pour exister dans l’ombre de l’opérateur français. La filiale portuaire de la compagnie Depuis 2004 et ses premiers succès acquis dans maritime danoise Maersk est aujourd’hui la seule à avoir gagné sa place le long les eaux troubles de Douala puis d’Abidjan, lors du golfe de Guinée, notamment en s’associant avec Bolloré pour décrocher les de l’obtention passée de gré à gré du premier concessions des ports de Douala, Tema et Pointe-Noire. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

JEUNE AFRIQUE


ALGÉRIE

La sous-traitance à l’épreuve

DÉCIDEURS

INTERVIEW

PDG de Phoenix Capital Management

Directeur mines de Nedbank Capital

Michel Abrogoua

Nivaash Singh

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Bolloré qui gagne

D Congo

Progosa L’ennemi intime évincé Entre 2005 et 2009, Bolloré et l’espagnol Progosa se sont livré une véritable guerre autour des ports africains de Lomé, Douala et Libreville. Ancien dirigeant de la Scac débarqué en 1986 après la reprise de l’opérateur par Bolloré, Jacques Dupuydauby accusait son ancien employeur de favoritisme et de corruption. Le conflit est devenu personnel et Vincent Bolloré a contreattaqué avec succès, puisque son groupe a récupéré la gestion des terminaux en 2009.

Bangui - 1996 Ouganda Ouga gand nd nda Kenya Ke

ICTSI Le nouveau venu éconduit

Rwanda Rw da Tanzanie ie Comores

Moroni - 2011

Quatrième manutentionnaire mondial, ICTSI vient de mordre la poussière à Abidjan. Présent depuis 2005 à Madagascar, l’opérateur philippin a remporté la concession de Lekki (Nigeria) l’an dernier et comptait bien faire la passe de trois en s’implantant pour la première fois en Afrique de l’Ouest francophone. Sans succès donc. Écœuré par l’absence de transparence dans le processus ivoirien, ICTSI espère se consoler prochainement avec la concession de Port-Soudan.

DP World Le géant embourbé Désigné opérateur du port de Dakar en 2008 en lieu et place de Bolloré, DP World pensait avoir fait le plus dur, avant que la compagnie émiratie ne multiplie les ennuis. D’abord accusée de pratiquer des prix trop élevés, elle a vu la convention signée pour vingt-cinq ans avec l’État sénégalais remise en cause par la Cour des comptes, puis s’est retrouvée empêtrée, ces dernières semaines, dans l’affaire Karim Wade. Au point de perdre sa concession portuaire ?

JEUNE AFRIQUE

terminal à conteneurs (TC1), rien ne semble en effet devoir freiner la marche triomphale de la filiale africaine de Bolloré. Profitant comme personne du large mouvement de privatisation des ports et autres infrastructures de transport imposé à l’Afrique depuis les années 1990 par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, le groupe s’est taillé un empire depuis la reprise du transitaire Scac en 1986. « Parmi les 20 grands opérateurs mondiaux, seul Bolloré a une stratégie clairement identifiée sur l’Afrique. Nous nous plaçons sur tous les appels d’offres de mise en concession de terminaux à conteneurs », explique Olivier de Noray, directeur des ports et terminaux chez BAL. CONDITIONS OBSCURES. Avec aujourd’hui 28 concessions portuaires, ferroviaires ou fluviales en plus de ses ports secs et autres plateformes multimodales, BAL, créé en 2008 pour regrouper toutes les activités africaines du groupe, gère « le premier réseau de logistique intégré du continent », y devenant en moins de dix ans le leader de la manutention portuaire. Seules les défaites enregistrées à Monrovia en 2011 et surtout à Dakar trois ans plus tôt, dans des conditions aussi obscures que certaines de ses victoires, empêchent l’opérateur d’aligner un sans-faute le long du golfe de Guinée, de Conakryjusqu’àPointe-Noire.«Parlerdemonopole n’est pas fondé. Même si nous sommes leader sur le continent, nous ne représentons pas plus de 5 % en termes de part de marché logistique », nuance Olivier de Noray. Disposant du réseau de transport le plus dense d’Afrique de l’Ouest, Bolloré est devenu un acteur clé sur un secteur qui l’est tout autant. « Le groupe a eu la bonne stratégie en se positionnant rapidement sur les infrastructures. Étant depuis longtemps en Afrique, nous en avons une connaissance qui nous permet de répondre précisément aux attentes exprimées », reprend le directeur des ports et terminaux. Selon les estimations, l’opérateur transporterait chaque année entre 30 % et 50 % de toutes les productions africaines de cacao et de coton, N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


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Entreprises marchés exerçant une emprise réelle sur l’économie du continent. Pour le plus grand bénéfice du groupe lui-même, puisque l’Afrique ne représente qu’un quart de son chiffre d’affaires, soit 2,5 milliards d’euros en 2012… mais près de 80 % de ses profits, selon une étude d’Exane BNP Paribas de février. À l’heure où l’arrivée de nouveaux partenaires internationaux comme la Chine dope les échanges commerciaux et donc les besoins de transport et de logistique, Bolloré récolte ce qu’il a semé vingt ans plus tôt en misant sur un marché alors négligé et ne pr��sentant aucun rival ou presque. En Afrique, où plus de 90 % des marchandises empruntent la voie maritime, « celui qui tient les ports tient le continent », résume Nguessan Nguessan, consultant auprès de la Banque mondiale. Tous les moyens sont donc bons pour rafler les concessions. FORCE DE FRAPPE. Bolloré peut s’appuyer sur

une expertise technique et industrielle reconnue – malgré des tarifs jugés le plus souvent trop élevés –, et sur sa force de frappe financière. « Le groupe investit en Afrique plus de 300 millions d’euros par an et tient ses engagements. Trois ans après avoir remporté Pointe-Noire, le dragage a été fait, les quais et les portiques ont été livrés. Nous avions annoncé que Pointe-Noire pourrait faire 500000 conteneurs à l’année; nous y sommes aujourd’hui. Nous ne vendons pas du rêve », déclare Olivier de Noray, soulignant la particularité de BAL face à la concurrence : « Notre offre ne s’arrête pas à la sortie du port. Nous travaillons en direction de l’hinterland en développant les corridors de fret. » « L’offre logistique terrestre de Bolloré est un avantage énorme par rapport aux autres, surtout pour les ports de distribution », confirme l’expert maritime Yann Alix. Reste que sur les hubs de transbordement à vocation sous-régionale comme Abidjan, PointeNoire ou demain Kribi, « les décisions peuvent être davantage liées aux relations particulières que le groupe, via son président, a su tisser au fil des années », suggère un courtier parisien. Fort des dizaines de milliers d’emplois qu’il a créés sur le continentetdesinstallationshautementstratégiques qu’il contrôle, Vincent Bolloré a en effet su bâtir un réseau d’influence qui lui permet de renforcer celui

David Billon

DG de Movis International, associé à CMA CGM, Necotrans et ICTSI lors de l’appel d’offres du TC2

Depuis quelques années et la première concession donnée à Bolloré, nous ne pouvons plus manutentionner à bord des navires. Pour nous, derrière l’appel d’offres duTC2, il y avait un enjeu plus important : retrouver cette technicité fondamentale dans le métier de manutention portuaire. Je ne sais pas ce que la Côte d’Ivoire veut faire pour aider à la conservation ou au développement de certains savoir-faire au niveau local. »

LIRE L’ARTICLE SUR L’AVENIR DE MOVIS SUR ECONOMIE. JEUNEAFRIQUE.COM

de ses activités en Afrique. N’aurait-il pas renégocié en décembre 2012 directement avec la présidence ivoirienne les droits d’entrée du TC1 pour forcer la décision sur le TC2? « Sa réussite irrite. Il a compris depuis longtemps que les liens personnels avec les responsables politiques sont importants en Afrique, mais il y a aussi beaucoup de fantasmes », assure Anthony Bouthelier, président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian). Un peu à l’écart des sentiers battus de la Françafrique pour des raisons générationnelles, Vincent Bolloré se montre assez habile pour toujours miser sur le bon cheval, même s’il doit pour cela réviser ses alliances en fonction des intérêts du moment. Sur le TC2 d’Abidjan, l’homme d’affaires s’est ainsi associé à Martin Bouygues, son « ennemi » depuis 1997 et le raid manqué du Breton sur le groupe de BTP, mais aussi un proche de l’actuel pouvoir ivoirien. Ses pratiques ne brillent pas toujours par leur transparence, mais permettent à Bolloré d’être aujourd’hui bien campé sur ses positions le long d’une côte ouest-africaine « où il sera de plus en plus difficile à déloger, voire même à concurrencer », conclut Yann Alix. ●

UNE ENTREPRISE QUI S’AFRICANISE « DEPUIS quelques années, le nombre d’expatriés français ne cesse de diminuer au profit des managers africains, explique Christian des Lauriers, gérant associé au cabinet Infhotep, qui conseille régulièrement BAL. Ces six dernières années, N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

8000 personnes ont été embauchées en Afrique. » Cette africanisation, qui s’accompagne d’une politique volontariste de formation permanente, est l’un des piliers de la performance opérationnelle du groupe, avec la mise en place d’un système

d’information moderne, d’un renforcement du contrôle opérationnel et de la gestion des risques. Au siège, Dominique Lafont, président de BAL depuis 2006, est certes essentiel dans la définition de la stratégie africaine, mais tout ne se décide pas à Paris.

« L’organisation opérationnelle de BAL repose sur une forte responsabilisation de ses managers et s’appuie sur une structure régionale dont les centres de décision sont situés principalement en Afrique », ajoute Christian O.C. des Lauriers. ● JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

BAL

d’euros proposés comme ticket d’entrée et les 22 millions de redevance annuelle n’ont de sens que si lesactivitésdesdeuxterminauxsont cumulées », affirme un chargeur ivoirien. « Ils ont fait une proposition TC1 + TC2 quand les autres ont proposé un plan de développement du TC2 seul », confirme un concurrent. Chez BAL, on balaie ces accusations: « On nous dit qu’à Abidjan, le processus a changé en cours de route ; c’est faux. Il y a des organismes de contrôle, il suffit de les interroger. » Selon le cabinet de conseil auteur du rapport d’analyse, l’équilibre et la rentabilité financière du projet ne paraissent pas réellement assurés.

À Abidjan, cinq questions autour d’une concession

La décision d’accorder le TC2 au groupement emmené par APMT-Bolloré fait débat en Côte d’Ivoire. 1) Quid de la mise en concurrence des terminaux ?

Le document de présélection stipulait que l’appel d’offres avait pour but « d’accroître la compétitivité du port par le jeu de la concurrence ». En donnant les clés du deuxième terminal à conteneurs (TC2) à APM Terminals (APMT) et Bolloré Africa Logistics (BAL), déjà présents sur le TC1, le Port autonome d’Abidjan semble au contraire renforcer le monopole existant de fait dans la manutention portuaire. « Si les volumes annoncés ne sont pas atteints, le port pourrait très bien devoir faire face à une hausse des tarifs de manutention », redoute un observateur. Au détriment de la compétitivité du port. Olivier de Noray, directeur des ports et terminaux chez BAL, écarte ce risque : « Les tarifs sont encadrés et régulièrement revus par les autorités portuaires. En Afrique, où le transport reste de manière générale assezonéreux,nousnesommespas plus chers que les autres, et chaque investissement réalisé fait baisser les tarifs portuaires », assure-t-il. JEUNE AFRIQUE

2) APMT et BAL pouvaient-ils postuler ?

Selon la presse ivoirienne, le groupement APMT-BAL, en tant qu’opérateur du TC1, n’aurait pas dû être autorisé à participer sans avoir reçu l’aval de la commission de la concurrence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). « Dans le cas d’un marché national, c’est à l’État de saisir l’autorité communautaire avant la mise en œuvre de l’appel d’offres », précise un membre de la direction de la concurrence de l’UEMOA, qui ne semble pas avoir été contactée à ce sujet par les pouvoirs publics ivoiriens. Les autres soumissionnaires peuvent contester l’attribution du marché s’ils estiment qu’elle ne respecte pas les règles concurrentielles. Un recours auquel réfléchissent déjà les deux autres groupements en lice. 3) Tout le monde a-t-il répondu au même appel d’offres ?

La question s’est posée au vu du montant de l’offre financière d’APMT-BAL. « Les 120 millions

€ Le TC1 est déjà opéré par une entreprise détenue par APM Terminals et Bolloré.

4) Le renouvellement du TC1 est-il déjà entériné ?

Beaucouplecraignent.Justement à cause de l’offre APMT-BAL établie pour la durée de la concession sur les trafics additionnés des deux terminaux. Sachant que le contrat du TC2 démarre en 2016 et que celui du TC1 s’arrête en 2018, le chevauchement des activités ne durerait que deux ans, au lieu des vingt et un qui auraient servi de base de calcul au groupement retenu. De là à imaginer une reconduction tacite de la convention d’exploitation du TC1, il n’y a qu’un pas que beaucoup ont déjà franchi en Côte d’Ivoire. 5) Avec ou sans Maersk ?

Chaque soumissionnaire devait présenter les lettres d’engagement des compagnies maritimes soutenant leur projet. APMT-BAL en revendique sept, « dont celles de Maersk Line, de Nile Dutch, de Mitsui ou de Cosco », assure Olivier de Noray. Sauf que le courrier de Maersk, maison mère d’APMT, ne figurait pas dans le dossier remis lors de la phase de présélection, et qu’interrogé sur le sujet une fois les résultats connus, Maersk a refusé de s’engager sur Abidjan : « Cela dépendra de plusieurs facteurs. » C’est pourtant en s’appuyant sur l’armateur danois qu’APMT-BAL a pu promettre un trafic annuel de 450 000 conteneurs transbordés, contre 270 000 pour les autres offres. ● OLIVIER CASLIN N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Les indiscrets Le capital-investisseur panafricain Emerging Capital Partners s’associe à Attijari Invest, filiale d’Attijariwafa Bank, pour lancer un fonds doté de 100 millions à 150 millions d’euros. Objectif : investir dans des PME marocaines actives en Afrique de l’Ouest.

RD Congo

Yuma démine au FMI

avons apporté les preuves sur la qualité de chacun des contractants et démontré qu’il n’y avait aucune compensation financière prévue dans le cadre de ce contrat. » D’après Yuma, le FMI pourrait donc reprendre ses financements en RD Congo dès la fin de ce mois d’avril, après validation des documents fournis par sa direction générale. ●

de tribunaux français en sa faveur, la Cour de cassation a rouvert la possibilité pour Etisalat de devenir l’actionnaire de contrôle de Telecel. Le cas échéant, on peut douter que les banquiers continuent de soutenir l’aventure malienne de Compaoré.

MALI APOLLINAIRE COMPAORÉ EN DIFFICULTÉ

Alors qu’il doit encore verser d’ici au 13 mai plus de 33 millions d’euros à l’État malien pour la troisième licence de téléphonie mobile, Apollinaire Compaoré a subi une sérieuse déconvenue à Paris. L’homme d’affaires burkinabè, qui se dispute depuis plusieurs années avec Etisalat le contrôle de Telecel Faso, navire amiral de son groupe, a en effet perdu le 28 mars une manche décisive. En retoquant des décisions

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BRUNO LEVY POUR J.A.

A

près l’échec, début mars à Kinshasa, de la mission du Fonds monétaire international (FMI) chargée de faire la lumière sur le contrat de la Congolaise des mines et de développement (Comide), c’est Albert Yuma Mulimbi, président de la Gécamines, qui a dû aller s’expliquer à Washington, du 24 au 28 mars. Une mission à hauts risques : l’institution avait suspendu, fin octobre, ses programmes dans le pays en raison de l’opacité qui a entouré la cession des parts de la Gécamines dans le projet Comide à Straker International, immatriculé aux îles Vierges britanniques. « Le président Joseph Kabila m’a demandé de me rendre aux ÉtatsUnis en compagnie du gouverneur de la Banque centrale, Jean-Claude Masangu, explique Yuma. Le premier jour des rencontres a été tendu mais, au final, nous

CÔTE D’IVOIRE OUATTARA NAVIGUE FRANÇAIS

Alassane Ouattara l’a confirmé à François Hollande lors de sa visite à l’Élysée, le 11 avril. La Côte d’Ivoire va prochainement acquérir 30 embarcations auprès de la société française Raidco, dont quatre navettes rapides et six navettes de patrouille. Coût de l’opération : 22 millions d’euros. Les autorités ivoiriennes souhaitent ainsi équiper une marinenationaledémunie face à la multiplication des

actes de piraterie dans le golfe de Guinée. Certaines de ces embarcations seront aussi destinées au contrôle du réseau lagunaire et fluvial du pays, notamment à l’ouest, pour renforcer la sécurité intérieure.

Le ministre malien des Télécoms a réactivé la cession de Sotelma, dont l’État détient 49 % des parts. Mais plutôt qu’une opération boursière, c’est une vente à un consortium de financiers qui est désormais privilégiée.

Pour décrocher un contrat de services de trois ans auprès de la Régideso (RD Congo), Finagestion a doublé l’américain Aquatech et le français Veolia. Mais l’opération, qui lui rapportera 6 millions d’euros sur trois ans, n’a rien de financier. Il s’agit surtout de se positionner sur une privatisation future (sous forme d’affermage).

BANQUES DEUX FRANÇAIS INTÉRESSÉS PAR LE CAP-VERT

Depuis fin 2012, la banque portugaise Banif cherche à se défaire de sa participation de 51,7 % dans la BCN, une banque cap-verdienne spécialisée dans les services financiers aux PME. Parmi les acquéreurs potentiels figurent le groupe français BPCE ainsi que son compatriote BNP Paribas. Il se murmure également qu’Isabel dos Santos, la célèbre femme d’affaires et fille du président angolais, est intéressée.

XAVIER BOURGOIS POUR J.A.

Entreprises marchés

HIPPOLYTE SAMA

70

BGFI Bank, qui devrait annoncer fin mai un total de bilan en hausse de 30 %, à 4 milliards d’euros pour 2012, prospecte sérieusement au Kenya, au Ghana, mais aussi en Guinée et au Tchad. JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés INTERNET

La musique en ligne fait des émules

responsable du développement en Afrique de Deezer, l’un des rares acteurs à avoir opté pour un abonnement dont les prix varient, suivant les pays, de 3 à 4 euros par mois. Totalement gratuit, le service de The Kleek est pour le moment sponsorisé par Samsung. En contrepartie, seuls les utilisateursdessmartphonesdelamarque coréenne peuvent y accéder.

Deezer, The Kleek, Simfy, TruSpot… Lancés par des géants ou des start-up, les sites d’écoute en streaming tentent de s’imposer en Afrique. Leur modèle économique, lui, reste à trouver.

VINCENT FOURNIER/J.A.

COUP DE JEUNE. Parce que le

€ Le nigérian iRoking a levé 6 millions d’euros auprès d’une société d’investissement.

L

a rumeur enfle. Apple serait surlepointdelancerunservice de musique en continu (streaming). La firme reste pourtant le chantre du téléchargement, avec son catalogue en ligne iTunes. Mais les usages évoluent et le streaming gagne en audience. Selon l’industrie musicale, ce type d’offresreprésentaiten2012unmarché de 878 millions d’euros (+ 43 % sur un an). Dans le monde, 20 millions d’utilisateurs posséderaient déjà un abonnement payant. Longtemps quasi absente du débat, l’Afrique voit les initiatives se multiplier depuis un an et demi. En juin 2012, le français Deezer (3 millions d’abonnés) a ouvert son service en Côte d’Ivoire et à l’île Maurice, avant de l’élargir à l’ensemble du continent en début d’année. Puis, en mars, la maison de disques Universal a annoncé la création d’une plateforme panafricaine nommée The Kleek. Comme Deezer, elle entend mettre en avant les artistes du continent pourenrichirsonoffre,jugéeunpeu légère lors du lancement: elle a par exemple signé des accords avec le JEUNE AFRIQUE

groupe de kuduro angolais Power BoyzetlajeunepousseduR&Bnigérian W4. D’après le cabinet Informa Telecoms & Media, les musiciens locaux seraient incontournables, représentant 70 % de la demande. PAYANT OU GRATUIT ? Hors du

cercle fermé des grandes multinationales, plusieurs start-up comme l’allemande Simfy, la finlandaise Spinlet et les nigérianes TruSpot – pionnière en 2006 – et iRoking tentent de s’imposer. Lancée en 2011, cette dernière a même réussi à lever 6 millions d’euros auprès de la société d’investissement Tiger Global Management pour poursuivre son développement. Mais le modèle économique des plateformes africaines de streaming demeure fragile, notamment parce que la majorité de ces start-up se finance grâce à la publicité, et que la part des budgets des annonceurs consacrée au web reste très limitée. Quant au modèle payant de mise en Europe, il est largement hypothéqué par le piratage qui sévit sur le continent. « Nous éduquons le marché », reconnaît Chérine Tarek,

Place aux locaux ! Les artistes africains

70% de la demande des abonnés

téléphone représente la principale porte d’accès à internet en Afrique, les opérateurs télécoms sont eux aussi très attentifs à l’évolution du marché de la musique en ligne. Le français Orange possède ainsi environ 8 % du capital de Deezer. « En proposant ce type de service, les opérateurs ont l’opportunité de rajeunir leur image et d’augmenter leurs revenus », explique Chérine Tarek. Dans le cadre de leur accord, Deezer n’est cependant pas tenu de travailler exclusivement avec Orange. « Nous avons des discussions avec d’autres acteurs, par exemple en Afrique du Sud. J’ai même organisé une conférence téléphonique où Orange nous a servi d’ambassadeur auprès d’Etisalat », explique Chérine Tarek. Ces partenariats sont stratégiques pour Deezer, car ils permettent de faire facturer ses services directement par les opérateurs. Et ce alors que le faible usage sur le continent des moyens de paiement électroniques est toujours un obstacle majeur au développement de services commerciaux sur le web. Le véritable décollage du streaming viendra aussi avec la généralisation des smartphones. On en comptabilisait en 2011 environ 15 millions en Afrique, mais leur nombre pourrait grimper à plus de 127 millions dans les deux ans, en raison de la baisse des prix. En attendant, Deezer travaillerait sur une offre alternative accessible depuis des téléphones plus basiques. ● JULIEN CLÉMENÇOT N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Entreprises marchés ALGÉRIE

La sous-traitance à l’épreuve Les partenariats industriels se multiplient entre groupes internationaux – Renault, Massey Ferguson, Liebherr – et entreprises publiques. Aux PME de se montrer à la hauteur pour en tirer parti.

L

industrie algérienne, qui ne représente guère plus de 5 % du PIB, est-elle en train de s’éveiller ? Le 8 avril, le premier chargeur (un engin de travaux publics) a été assemblédansl’usinedelaSomatel, à Aïn Smara, près de Constantine, sous la marque allemande Liebherr. Deux modèles de bulldozers, deux autres types de chargeurs et trois sortes de pelles de la même marque suivront prochainement. Le 17 décembre 2012, déjà, le premier tracteur made in Algérie était sorti de l’usine d’Algerian Tractors Company (une coentreprise entre l’américain Massey Ferguson et l’Entreprise des tracteurs agricoles), à Constantine. Quant à la première voiture de l’usine d’assemblage Renault, près d’Oran, après des années de tergiversations, elle est annoncée pour novembre 2014. Toutes ces implantations devraient naturellement tirer une sous-traitance algérienne encore marginale malgré la volonté affichée des pouvoirs publics d’en faire une filière compétitive et créatrice d’emplois. Jusque-là, les programmes de mise à niveau des PME, les organes consultatifs et les Bourses de sous-traitance et de partenariats n’ont pourtant pas eu

les résultats escomptés. En conséquence, les PME industrielles ne sont qu’au nombre de 300, d’après le Conseil national consultatif des PME. Parmi celles-ci, à peine une dizaine, dans le secteur mécanique, semblent avoir les compétences pour répondre aux appels d’offres des multinationales. TEST. Liebherr, Renault ou Massey

Ferguson affichent des ambitions mesurées : Algerian Tractors Company prévoit ainsi d’atteindre d’ici à trois ans un taux d’intégration locale de 30 %. Le constructeur français souhaite quant à lui se procurer rapidement20%desescomposants auprès des PME locales, un test avantd’augmenterprogressivement cette part en fonction du développement du réseau. Des entreprises algériennes ont déjà reçu les exigences de la marque au losange et ont répondu à des questionnaires en attendant une éventuelle homologation. « Nous investissons pour améliorer nos produits et être compétitifs », déclare un sous-traitant algérien en lice. Pour Renault, qui aura la possibilité d’importer des pièces sans aucune limite jusqu’en 2019 – et même au-delà pour les moteurs –, « l’important est de s’assurer du niveau de qualité et

€ Les premiers tracteurs made in Algérie sont sortis d’usine en décembre 2012.

L’IMPORTATION PLUTÔT QUE LA PRODUCTION Plutôt que de faire produire sur place, les industries publiques algériennes importent des pièces de rechange pour des sommes colossales. Les quatorze cimenteries importent pour 385 millions d’euros par N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

an, les 171 briqueteries pour près de 70 millions, le transport ferroviaire pour 100 millions, et la Société nationale des véhicules industriels pour 30 millions… Autant de contrats, révélés dans le rapport « Réalités et

perspectives de développement de la sous-traitance en Algérie » (remis aux autorités en 2010, mais dont la presse n’a pris connaissance qu’en 2012), qui passent sous le nez des soustraitants algériens. ● R.B.

de compétitivité ». Les nominations de sous-traitants se feront graduellement au fur et à mesure de la sécurisation de ces objectifs, affirme-t-on chez le constructeur. « Les PME ont encore peu de visibilité sur ces nouveaux marchés, car les coentreprises récemment créées dans l’industrie mécanique n’ont pas totalement défini les taux d’intégration et les listes de pièces à fabriquer localement », explique un consultant algérien indépendant, spécialiste de l’industrie mécanique. La prudence affichée par les constructeurs internationaux est pourtant justifiée. Longtemps, les grandes industries, notamment publiques, n’ont pas su adapter leurs cahiers des charges pour faire évoluer la sous-traitance algérienne. Récemment modifié, l’ancien code des marchés publics imposait aux entreprises concernées de lancer des appels d’offres globaux, auxquels les PME, sous-financées, ne pouvaient répondre. Les grands donneurs d’ordre nationaux ont par ailleurs longtemps privilégié l’importationdescomposants.Exemple typique : Sonatrach importe pour plus de 80 milliards de dinars (plus de 770 millions d’euros) de pièces de rechange par an. Comment, dans ces conditions, investir ? Pis, lorsque des sous-traitants ont eu la JEUNE AFRIQUE


Coulisses

Entreprises & marchés

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AÉRIEN DAVANTAGE DE TRAFIC, PEU DE LOW-COST

DR

CHINE NOUVELLE/SIPA

Alors qu’Air France prépare l’inauguration du premier vol vers Abidjan de son Airbus A380, prévu pour septembre 2014, le secteur aérien africain a connu une nouvelle progression en 2012. Selon une étude du groupe de réservation en ligne Amadeus, 52 millions de passagers ont survolé le continent, soit une hausse de 2 % par rapport à 2011 (+ 5 % au niveau mondial). La route Le Cap-Johannesburg reste la voie la plus fréquentée, avec 4,4 millions de passagers en 2012 (– 1 %). Autres enseignements : 35 % du trafic interafricain atteint des volumes compris entre 100 000 et 1 million de voyageurs par an, 34 % entre 10 000 et 100 000, et 25 % plus de 1 million. Côté concurrence, 26 % des lignes sont desservies par plus de cinq opérateurs, 25 % par deux et 22 % par trois. Une compétition moindre qu’en Asie (où 27 % des lignes sont opérées par plus de cinq compagnies), mais plus importante qu’en Europe (12 %). Et le low-cost reste balbutiant sur le continent, avec une part de marché de 9,9 % (+ 0,5 %), contre 38 % en Europe et 18,6 % en Asie. ●

chance d’obtenir des commandes, les retards de paiement sont tellement fréquents qu’ils s’en trouvent davantage fragilisés. EXIGENCES. Management rudi-

mentaire, gestion hasardeuse… Si le secteur des PME recèle un bon potentiel en termes de rentabilité et de faisabilité technique, comme le souligne un rapport commandé par l’État en 2010 (lire encadré), les sous-traitants algériens devront apprendreàsemettreauxstandards internationaux pour répondre de manière efficace aux appels d’offres des multinationales. « Aujourd’hui, ils ont beaucoup de difficultés à faire face aux exigences des donneurs d’ordre en termes de coûts, de délais et de qualité. Ils n’ont pas encore les compétences techniques requises ni les capacités managériales », confirme notre consultant. Et de conclure: « Le développement de la sous-traitance dans l’industrie mécanique nécessite à la fois un accompagnement des PME reconnues performantes et l’ouverture du marché de la sous-traitance de la pièce de rechange. Cela permettra aux entreprises de se développer et de se préparer pour satisfaire les demandes des multinationales. » Un nouveau challenge que le pays semble prêt à relever. ● RYADH BENLAHRECH JEUNE AFRIQUE

• TÉLÉCOMS Après avoir annoncé son intérêt pour Maroc Télécom, le coréen

S

M

S

KT se retire de l’appel d’offres, laissant Etisalat et Ooredoo face à face

• BIÈRE Jusqu’à 125 personnes pourraient être concernées par un plan de licenciement prévu chez Guinness au Cameroun • PORT La Chine investira 7600 M€ pour construire à Bagamoyo, en Tanzanie, le plus grand port d’Afrique (20 millions de conteneurs par an) • MARITIME Au 1er trimestre 2013, le golfe de Guinée a connu 15 actes de piraterie, contre 3 dans la corne de l’Afrique

AGRO-INDUSTRIE WILMAR AU CAPITAL DE COSUMAR Le holding royal marocain SNI poursuit sa stratégie de repositionnement en holding d’investissement. Il va céder 27,5 % de Cosumar, un producteur marocain de sucre, au singapourien Wilmar. Cette première partie de l’opération rapportera 205 millions d’euros à SNI, qui verra sa participation ramenée à 36,2 %. Une part de 26,5 % sera ensuite cédée à un consortium d’investisseurs institutionnels locaux.

BTP SNC-LAVALIN BLACKLISTÉ PAR LA BANQUE MONDIALE La firme d’ingénierie canadienne SNC-Lavalin ne pourra pas soumissionner sur des projets de

construction de la Banque mondiale pour une période de dix ans. Cette décision intervient alors que deux anciens cadres ont été accusés de corruption d’agents étrangers dans l’espoir d’obtenir un contrat d’une valeur de 2,3 milliards d’euros pour la construction d’un pont au Bangladesh.

COSMÉTIQUES L’ORÉAL EN AFRIQUE DE L’EST Pour un montant tenu secret, le français L’Oréal s’est emparé de l’activité hygiène-beauté du kényan Interconsumer Products. Forte d’un chiffre d’affaires d’environ 15 millions d’euros en 2012, cette société détient une usine à Nairobi et exporte déjà vers tous les pays de l’Afrique de l’Est. Ce rachat fournira une plateforme régionale au géant français. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Décideurs CÔTE D’IVOIRE

En quête de fonds, Michel Abrogoua a trouvé un partenaire de choix Il a déjà investi dans Pétro Ivoire et Sipra. Pour attirer de nouvelles ressources à injecter dans des PME, le patron de Phoenix Capital Management a nommé un associé au nom prestigieux : Jean Ping.

Framlington West Africa Growth Fund. Michel Abrogoua fait naître quelque temps plus tard son petit frère dévolu à l’Afrique centrale. Mis en difficulté en Asie, Framlington vendra, quelques années après, ses deux fonds à Emerging Capital Partners, devenu l’une des principales structures de capital-investissement panafricaines.

A

u 17e étage de la tour BIAO,àAbidjan,Michel Abrogoua est aux premières loges. Face à lui, de l’autre côté de la rue, ouvriers et machines s’activent pour remettre en état ce qui a été pendant longtemps le centre névralgique de la Banqueafricainededéveloppement (BAD). Jusqu’en 2003, quelques milliers d’employés se rendaient chaque jour au siège de l’institution panafricaine, au cœur du quartier du Plateau. Mais c’était avant que l’ex-locomotive économique ouestafricaine s’enfonce dans la crise et que la BAD déménage à Tunis.

MISSIONS. Aujourd’hui, Michel Abrogoua ne boude pas son plaisir. Ces travaux sont un peu le symbole du retour de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale. Et si lui-même reste discret sur le sujet, la rumeur lui attribue un rôle de conseil dans le projet de réinstallation de la BAD à Abidjan. La mission, de première importance, s’ajouterait à plusieurs autres décrochées récemment. Phoenix Capital Management (PCM), la société de conseil qu’il a fondée en 2005 et dont il détient la majorité du capital, accompagne ainsi la primature ivoirienne dans le processus de privatisation et de réorganisation des banques publiques. Un immense chantier suivi de près par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). PCM conseille aussi trois opérations majeures dans le domaineénergétique.«Leconseilet N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

ACCÉLÉRATEUR. Michel Abrogoua

DR

74

€ Le financier ivoirien est passé par la BIAO (banque), IBM (informatique) et la SFI (groupe Banque mondiale).

la mobilisation de ressources pour les projets d’infrastructures sont des activités porteuses », estime Michel Abrogoua. Le financier ivoirien a fait ses débuts à la Banque internationale pour l’Afrique occidentale (BIAO), avant de rejoindre le géant de l’informatique IBM. Mais c’est surtout à la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale) qu’il a tissé son réseau en Afrique subsaharienne francophone. À l’époque, il pilote notamment un investissement de l’institution dans ce qui n’est alors qu’une jeune banque ouest-africaine: Ecobank. Il restera par la suite de longues années au conseil d’administration du groupe, en devenant même vice-président en 2003. Entre-temps, le gestionnaire britannique Framlington le recrute pour s’occuper de l’un des tout premiers fonds d’investissement ouest-africains, baptisé

19 millions d’euros

C’est la somme que Michel Abrogoua compte lever d’ici à fin juin

revient aujourd’hui à ses premières amours : l’investissement dans les PME. Le fonds qu’il a mis sur pied, le West Africa Emerging Markets Growth Fund, a levé 25 millions de dollars (environ 19 millions d’euros) et devrait finaliser la levée de 25 millions supplémentaires d’ici à fin juin. Deux investissements ont été bouclés en 2012 dans des entreprises ivoiriennes: Pétro Ivoire (distribution d’essence et de gaz) et Sipra (aviculture). « D’autres devraient l’être bientôt, souligne Michel Abrogoua. Nous avons trois dossiers au Ghana et un au Burkina Faso. » Pour donner un coup d’accélérateur à cette activité, un spécialiste informatique, ancien collègue d’IBM, a rejoint l’équipe. Le Gabonais Jean Ping, l’ancien président de la Commission de l’Union africaine reconverti dans les affaires, vient quant à lui d’être nommé président de la société de gestion Phoenix Capital Partners. Il participera aussi au conseil de gestion du fonds. De quoi faciliter l’accès à des ressources supplé-

« Nous étudions trois dossiers d’investissement au Ghana et un autre au Burkina Faso. » mentaires. Avec cette nomination, Michel Abrogoua a réussi un beau coup stratégique. Un peu de bruit médiatique pour un banquier aussi influent que discret. ● FRÉDÉRIC MAURY JEUNE AFRIQUE


Décideurs

ð Cet ingénieur de 51 ans a été directeur de la Compagnie tunisienne de navigation.

HICHEM

en politique, ingénieur de 51 ans, spécialiste en transport maritime et en informatique, propriétaire de trois PME, qui, en 2012, avait mis de côté le secteur privé pour devenir directeur général de la Compagnie tunisienne de navigation (CTN).

TUNISIE

Jamel Gamra sur le pont

Le nouveau ministre du Tourisme a pour mission de sauver la saison. Sa récente visite à Paris rassurera-t-elle les vacanciers français ?

C

«

’est la première fois qu’une délégation d’aussi haut niveau se déplace en France pour faire la promotion du pays », constatait Mohamed Belajouza,patrondeshôtelierstunisiens, le 13 avril, lors de la visite à ParisduministreduTourisme,Jamel Gamra. Office de tourisme, Tunisair, Fédérationdesagencesdevoyages… Tout le secteur avait fait le déplacement pour tenter de « sauver la saison».Entrele1er janvieretle20mars, le nombre de touristes accueillis en Tunisie a reculé de 1,8 % par rapport

à la même période en 2012, tandis que les recettes chutaient de 5,7 %. Entêtedesdéserteurs,lesvacanciers français (– 17 %) semblent plus marqués que d’autres par l’assassinat en février de l’opposant Chokri Belaïd. Difficile dans ces conditions de retrouver le niveau de fréquentation demiseavantlarévolution,mêmesi l’exercice précédent, avec 6 millions de visiteurs (– 10 % par rapport à 2010),avaitdonnéquelquesespoirs. « Nous allons tenter de nous en rapprocher en réussissant la haute saison », essaie de rassurer le ministre. Une gageure pour ce nouveau venu

850000 C’est le nombre de touristes en Tunisie au premier trimestre 2013

PRIORITÉS. Sa nomination au sein du gouvernement formé le 13 mars par Ali Larayedh, Jamel Gamra l’a apprise à la radio. « J’ai d’abord pensé que je n’avais pas encore terminé ma mission à la tête de la CTN, mais ensuite que c’était l’opportunité d’aider mon pays », explique-t-il. Conscient du peu de temps dont il dispose pour agir d’ici aux prochaines élections – prévues avant la fin de l’année –, le ministre a conservé l’équipe de son prédécesseur. Face à ses interlocuteurs français, Jamel Gamra a martelé ses priorités: améliorer la qualité des prestations, assurer la sécurité des personnes et la propreté des sites touristiques. Exit à court terme le règlement du surendettement des hôtels : 80 établissements sur 800 seraientconcernés.Quantàl’avenir: «J’aitrouvél’étudeducabinetRoland Berger remise en 2010 bien faite. Avec quelques aménagements, elle peut servir de base pour refonder le secteur », estime le ministre, qui entend notamment introduire une vraie spécialisation des régions en fonction de leurs atouts et faire plus de place à la culture. ● JULIEN CLÉMENÇOT

KEVIN MURRAY CITI En plus de ses fonctions de directeur régional Afrique de l’Ouest et centrale, ce diplômé de la New York University devient responsable pays du groupe en Côte d’Ivoire. Il a rejoint Citi en 1987. JEUNE AFRIQUE

HICHEM

DR

DR

ON EN PARLE

IBRAHIMA AGNE ONAS Ce comptable est nommé président du conseil d’administration de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas) au ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, en remplacement de Momar Ndiaye.

KAREM MANSOUR CTN Nommé président de la Compagnie tunisienne de navigation, il était auparavant directeur de la flotte et de la navigation à l’Office de la marine marchande et des ports. Il remplace Jamel Gamra (lire ci-dessus). N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Finance MINERAIS

Nivaash Singh

Directeur Mines chez Nedbank Capital

« Les superprofits sont menacés, mais pas la viabilité des projets » Les cours des métaux ne se portent pas bien. Les miniers opérant sur le continent doivent-ils pour autant s’inquiéter ? Jeune Afrique a posé la question à un financier sud-africain spécialiste du secteur.

L

undi 15 avril, le prix de l’or a essuyé sa plus grande chute en deux jours depuis 1983, tombant sous les 1350 dollars l’once, soit près de 9 % de baisse en quelques heures. Dans le même temps, le cours des métaux de base comme le cuivre, le chrome ou le nickel sont également en berne. Cet épisode annonce-t-il une nouvelle ère pour l’industrie minière africaine? Réponses de Nivaash Singh, spécialiste du financement de projets miniers au sein de Nedbank, l’une des plus grandes banques sud-africaines.

JEUNE AFRIQUE : La chute des cours en début de semaine dernière permet-elle de distinguer une tendance générale ? NIVAASH SINGH: S’il y a bien une

matière première pour laquelle il est difficile de faire des prévisions, c’est l’or ! La décision de Chypre de céder 400 millions d’euros de réserves représente la plus grosse vente en quatre ans. La dernière remontait à 2009, lorsque la France a revendu 17,4 tonnes de ses réserves ; à l’époque, la mesure

avait eu un effet seulement temporaire sur les cours. Deux questions sont sur toutes les lèvres: est-ce que ce sera, cette fois encore, temporaire? Ou bien est-ce que les autres nations européennes comme l’Italie, l’Espagne ou le Portugal, qui disposent de réserves encore plus grandes, vont lui emboîter le pas ? L’autre facteur concerne la politique monétaire accommodante pratiquée par la FED [Réserve fédérale des États-Unis, NDLR]. La période de création monétaire à laquelle nous venons d’assister touche à sa fin. Le prix de l’or, considéré comme valeur refuge, était jusqu’alors porté par le risque d’inflation lié à cette politique hétérodoxe de la FED.

NEDBANK

76

! Selon cet expert, « la maîtrise des coûts est la clé de toute réussite ».

Y a-t-il une corrélation entre les prix de l’or et du pétrole ?

Le prix du pétrole suit généralement la même direction que celui de l’or. Une corrélation qui peut s’expliquer par le taux d’intérêt américain. S’il est faible, le dollar s’affaiblit. Quand le dollar est faible, l’or est meilleur marché, ce qui porte la demande et entraîne mécaniquement une hausse de son cours. La mêmelogiques’appliqueaupétrole.

Mais les nouvelles venues de Chine ont eu des répercussions négatives sur le cours des autres métaux…

La situation économique en Chine influence diversement les cours des métaux. À 7,7 %, la croissance chinoise du premier trimestre a déçu les attentes des investisseurs, car si la Chine ralentit, la demande

1 600

Quelles sont les conséquences d’une telle baisse pour les entreprises aurifères actives en Afrique?

Quand l’or chute

1 550

(cours à New York, en dollars)

1 500 1 450 1 400 1 350 1 300

8 avril

9 avril

N 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013 0

10 avril

11 avril

12 avril

15 avril

16 avril

pour les métaux de base comme le cuivre, le nickel ou le chrome va inévitablement s’orienter à la baisse. Mais comme, dans le même temps, la situation économique chinoise crée de l’incertitude, cela aurait plutôt tendance à favoriser la hausse du cours de l’or.

17 avril

18 avril

Il faut distinguer les différents producteursd’or.Lepremiergroupe, composé d’entreprises comme Newmont, Barrick, Goldcorp, AngloGold Ashanti ou encore Gold Fields, arrive à maintenir des coûts de production inférieurs à 800 dollars l’once. Pour eux, pas de problème. Viennent ensuite les producteurs dont les coûts oscillent autour de 1 000 dollars l’once et JEUNE AFRIQUE


Baromètre

Finance

BRVM : Ecobank tire la performance VALEUR

qui sont concernés en premier lieu par la faiblesse des cours. Il s’agit par exemple de Harmony, Sibanye Gold, DRD Gold ou encore Dundee. Ensuite, il y a les projets qui ne sont pas encore en phase d’exploitation. Ceux-là seraient en danger si la baisse des cours se confirmait. Non pasàcaused’unéventuelcoûtélevé, mais parce que les entreprises ne seraient pas en mesure de lever des capitaux, le prix de l’action étant fortement corrélé au cours de l’or. Tantqu’onsesitueàunniveausupérieur à environ 1500 dollars l’once, il n’y aura pas de superprofits, mais la viabilité des projets ne sera pas remise en cause. L’idéal serait un prix situé dans une fourchette entre 1 650 et 1 750 dollars l’once. Quels pays sont concernés en premier lieu ?

Les pays producteurs d’or se situent majoritairement dans les ceintures de l’or ashantie [Ghana, Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire et Sénégal] et arabo-nubienne [Soudan, Soudan du Sud, Somalie, Ouganda, Éthiopie, Kenya et Tanzanie]. Il faudrait mener une évaluation projet par projet pour savoir lesquels sont le plus en danger, mais je ne crois pas que l’un ou l’autre de ces pays doive s’inquiéter dans le cas d’une baisse prolongée des cours. Quels sont les meilleurs moyens de minimiser les risques ?

La maîtrise des coûts est la clé de la réussite de toute mine. Les directeurs de sites doivent être austères dans leurs dépenses d’investissement, dans la gestion des coûts salariaux et des coûts d’exploitation en général, tout en maintenant une grande flexibilité opérationnelle. Il n’yapasgrand-chosedeplusàfaire! Etsilesinvestisseursn’aimentpasse couvrir contre les risques associés à la baisse du cours des métaux, l’utilité d’atténuer le risque de prix desmétauxdansunmarchébaissier a déjà été prouvée par le passé… ●

SECTEUR

COURS au 18 avril (en euros)

ÉVOLUTION depuis le début de l'année (en %)

Ecobank

BANQUE

0,08

+ 48,57

Sonatel Onatel Solibra Palmci CFAO SGBCI SAPH CIE SOGB

TÉLÉCOMS

24,7 76,22 388,75 29,73 71,66 91,47 59,46 60,23 80,80

+ 11,72 + 11,11 + 10,87 + 8,94 + 2,18 + 1,69 – 2,26 – 5,94 – 18,46

TÉLÉCOMS BOISSONS AGRO - INDUSTRIE DISTRIBUTION BANQUE AGRO - INDUSTRIE ÉNERGIE AGRO - INDUSTRIE

LE FRACTIONNEMENT du titre Sonatel est un succès. L’opérateur sénégalais de télécoms a vu son cours fortement progresser depuis novembre, date de l’opération qui a permis de rendre le titre financièrement plus accessible. Surtout, les volumes échangés ont explosé, avec 20 millions d’euros au cours de la seule journée du 18 mars. Depuis le début de l’année, l’indice des valeurs cotées à la Bourse régionale d’Abidjan

progresse de plus de 15 %. Ecobank mène le jeu. Une bonne nouvelle pour les actionnaires du groupe bancaire, qui ont assisté depuis plusieurs années à la lente descente du cours. Parmi les rares perdants en 2013, les producteurs de caoutchouc, tirés vers le bas par la forte diminution des cours du caoutchouc en 2012. Rien de dramatique toutefois : SOGB et SAPH avaient vu leurs titres s’envoler au cours des années précédentes. ●

Valeur en vue SONATEL Toujours attractive MÊME SI LE COURS de Sonatel a progressé de plus de 40 % en un an, nous maintenons notre recommandation d’achat avec un objectif revu à la hausse, après l’annonce des résultats 2012 et les orientations de la nouvelle direction, qui a notamment affirmé vouloir maintenir la marge Ebitda au-dessus des 50 %. Non seulement l’opérateur télécoms réaffirme ses positions de leader au Sénégal et au Mali, où il gagne des parts de marché, mais ses résultats en Guinée sont très encourageants, ce pays étant bien placé pour devenir Binta Cisse l’un des principaux moteurs de croissance du groupe au Drave cours des cinq prochaines années. Plusieurs acquisitions Analyste chez Exotix sont à l’ordre du jour: sans doute en Gambie, au Liberia ou en Mauritanie.Toutefois, en raison du manque de visibilité sur la cible potentielle, il est impossible d’en tenir compte dans nos estimations. Par ailleurs, le risque politique au Mali et en Guinée-Bissau n’est pas une préoccupation majeure. Quelque 90 % des clients de Sonatel au Mali résident dans le sud du pays. » ● BOURSE

CA 2012

COURS (17.4.2013)

OBJECTIF

Abidjan

1,01 milliard d’euros (+ 4,3 %)

16 200 F CFA

18 900 F CFA

Propos recueillis par NICOLAS TEISSERENC JEUNE AFRIQUE

N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Dossier

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Infrastructures

INTERVIEW

Patrick-Hubert Petit Associé chez KPMG

BTP

Une embellie

GEORGE OSODI/PANOS-REA

béton Entre la multiplication des grands projets immobiliers et la mise en place des corridors régionaux, la croissance du secteur de la construction ne faiblit pas. Mais cette fièvre est-elle pérenne ?

STÉPHANE BALLONG

N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

Î

le de Victoria, à Lagos. Dans les eaux côtières du principal centre d’affaires de la capitale économique du Nigeria, de gros engins alignent des digues, déchargent dans l’océan des tonnes de granulats, nivellent… Leur mission : poser les bases de ce qui est considéré aujourd’hui comme le plus grand projet immobilier d’Afrique. Dans quelques années se dressera à cet endroit Eko Atlantic, une île artificielle s’étendant sur 10 km2, et capable d’accueillir, grâce à ses tours et à ses JEUNE AFRIQUE


MAROC

Le tropisme subsaharien des promoteurs immobiliers

MARCHÉ

Les cimentiers ciblent le Cameroun

DISTRIBUTION

CFAO Équipement sur tous les fronts

Eko Atlantic veut devenir un carrefour international des affaires, une sorte de Dubaï de l’Afrique. Mais, surtout, il doit permettre au pays de désengorger Lagos, la deuxième ville la plus peuplée du continent après Le Caire, avec plus de 15 millions d’habitants. À l’instar du Nigeria, où le secteur de la construction affiche une croissance solide (+ 9,7 % à 2,51 milliards d’euros en 2012 après une progression de 11 % en 2011), l’Afrique est devenue un gigantesque chantier. Les programmes de construction d’infrastructures n’y ont jamais été aussi nombreux, et les montants investis jamais aussi élevés. Entre 2012 et ce début 2013, au moins trois projets similaires à Eko Atlantic ont été lancés: le Tchad entend ainsi investir 358 millions d’euros dans la construction d’une Cité internationale des affaires (bureaux, commerces, banques, etc.), le Ghana a démarré, en mars, pour 7,6 milliards d’euros, la construction de Hope City, une cité technologique qui accueillera les acteurs du secteur. De même au Kenya avec la Konza Technology City. DURABILITÉ. Restequelanaturecycliquedel’indus-

bureaux modernes, ses centres commerciaux et ses restaurants, 250 000 habitants et 150 000 travailleurs. Mené par le conglomérat Chagoury, du nom des frères Gilbert et Ronald, deux célèbres hommes d’affaires nigérians d’origine libanaise, ce projet pharaonique de plus de 4,5 milliards d’euros est notamment financé par des investisseurs privés. Parmi ceux-ci, quatre banques nigérianes (First Bank, Access Bank, First City Monument Bank, GT Bank) et deux étrangères (BNP Paribas Fortis et KBC Bank). JEUNE AFRIQUE

€ Eko Atlantic, aujourd’hui le plus grand projet immobilier d’Afrique, est une île artificielle de 10 km2 destinée à devenir le carrefour international des affaires.

trie du bâtiment et des travaux publics soulève des questions quant à la durabilité de cette embellie. D’autant que la plupart des projets actuels sont en partie financés par les revenus tirés des ressources naturelles, dont les cours restent élevés depuis quelques années. « Une chute des prix des matières premières pourrait provoquer un tarissement des capitaux consacrés aux infrastructures », concède un cadre de la Banque africaine de développement (BAD). Et pour l’instant, même si l’on observe une progression, les investissements privés dans le secteur de la construction sont encore faibles (lire encadré). À cela s’ajoute le problème de la stabilité politique des pays : « Certes, les crises sont de plus en plus rares et, de manière générale, plutôt de courte durée lorsqu’elles surviennent, mais le cas du Mali vient rappeler la fragilité de certains pays », poursuit le fonctionnaire. Hormis ces quelques réserves, l’heure est plutôt à l’optimisme : « Les arguments qui incitent à investir dans le BTP en Afrique sont de plus en plus solides et proviennent notamment d’une croissance économique régulière et soutenue, d’une classe moyenne montante, d’une urbanisation rapide et du renforcement de la bonne gouvernance dans la plupart des pays africains », écrit en substance le cabinet Deloitte, l’un des leaders mondiaux de l’audit et du conseil, dans une étude publiée en mars. Ainsi, après les routes, les chemins de fer, les ponts ou encore les centrales énergétiques, qui sont déjà en plein essor depuis quelques années, c’est au tour de l’immobilier de connaître un certain décollage. « L’intérêt sans cesse croissant des groupesinternationauxpourl’Afriqueetleurvolonté d’ouvrir des filiales locales créent des tensions sur le N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Dossier Infrastructures marché de la location des bureaux », expliquent les auteurs de l’étude de Deloitte. Et dans ce domaine, « le secteur des technologies de l’information et de la communication [TIC] est une nouvelle source de demande de bureaux. Mais les banques et les compagnies pétrolières restent les principaux moteurs de l’activité dans plusieurs pays », selon le rapport 2013 de Knight Frank, un cabinet spécialisé dans l’immobilier. Autre élément contribuant à l’embellie de ce secteur, la forte croissance démographique observée sur le continent, de même que l’émergence d’une classe moyenne dopant ainsi les besoins en logements. « Presque tous les pays ont aujourd’hui des programmes de construction de logements sociaux, alors qu’il y a encore quelques années ils n’étaient que quelques-uns, comme le Mali », rappelle Alassane Ba, directeur général de Shelter Afrique, un organisme panafricain spécialisé dans le financement de l’habitat. Preuve de la bonne santé du secteur, cette institution a annoncé pour l’exercice 2012 des revenus en hausse de 40 %, à 114 millions d’euros.

FREDRICK ONYANGO/PANAPRESS/MAX PPP

80

€ Inauguration du chantier de Konza Technology City au Kenya par le président Mwai Kibaki (janvier 2013).

PRESSION URBAINE. À la Banque mondiale, Simon

Walley, coordinateur du programme Immobilier, chiffre l’immensité des besoins, et donc le potentiel du marché : « En plus du déficit existant, il faudrait construire un million d’appartements et de maisons supplémentaires chaque année pour pouvoir répondre à la pression urbaine actuelle », a-t-il indiqué à Jeune Afrique. Par exemple, en Côte d’Ivoire, où l’on dénombre vingt mille à

EN QUÊTE D’INVESTISSEURS PRIVÉS

S

i le secteur de la construction en Afrique parvient à activer de plus en plus de capitaux, ces derniers proviennent notamment des institutions internationales. La Société financière internationale (SFI) y a consacré 525 millions d’euros en 2012, et la BAD, 6,4 milliards d’euros en 2011 (les derniers chiffres seront publiés fin mai). Cette dernière travaille d’ailleurs à un nouveau mécanisme permettant de mettre à contribution les réserves des banques centrales africaines pour mobiliser 16,7 millions d’euros destinés à la construction des ports, des chemins de fer, des routes et des centrales électriques. Dans le privé, un nombre croissant de fonds, attirés par la forte demande en biens N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

immobiliers, commence à s’intéresser au secteur. À commencer par le britannique Actis. Celui-ci a bouclé, en 2012, son deuxième fonds Actis Africa Real Estate 2, d’un montant de 212,2 millions d’euros. Déjà présent dans dix projets, dont les centres commerciauxThe Junction, à Nairobi, etThe Palms, à Lagos, il entend poursuivre dans le commerce et les bureaux. Confrontés à la morosité de leur marché domestique, les investisseurs sud-africains se tournent eux aussi vers le reste du continent. Rand Merchant Bank a, par exemple, levé 190,8 millions d’euros qu’il compte investir dans des projets immobiliers au Ghana, en Angola S.B. et au Nigeria. ●

vingt-cinq mille nouveaux ménages par an, on estime le besoin annuel à au moins vingt mille logements. Ce qui représente autant d’opportunités pour les investisseurs et les groupes de BTP. L’américain African Business Development (ABD) a ainsi signé avec le gouvernement pour investir environ 38 millions d’euros dans la construction de trois mille logements sociaux. « Ailleurs en Afrique subsaharienne [Gabon, Cameroun, Rwanda, etc., NDLR], les besoins en logements sont encore plus importants », affirme Alphonse N’Guessan, du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) en Côte d’Ivoire, un organisme qui intervient dans d’autres pays de la sous-région. Les programmes se multiplient, et les entreprises venues d’Inde, des États-Unis, de la Chine ou encore du Maroc (lire pp. 84-85) se positionnent pour décrocher ces marchés. « Ces projets intéressent les investisseurs parce que les risques sont partagés avec les États. Comme pour les routes ou les centrales, ils ont de moins en moins recours aux contrats du type BOT (Built Operate and Transfer). Désormais, ils préfèrent céder directement les ouvrages aux États qui les exploitent et remboursent au fil des ans », explique un avocat d’affaires basé à Abidjan. INITIATIVES. Outrelesgrandsprojetsimmobiliers,la

volonté des bailleurs de fonds de renforcer l’intégration régionale en encourageant la mise en place de corridors commerciaux dope également le secteur de la construction. Exemple: lorsqu’un pays décide d’investir dans un programme régional, un nouveau dispositif de la Banque mondiale permet d’obtenir, en complément, le double du montant apporté. La construction de l’axe routier Abidjan-Accra a ainsi mobilisé114,5millionsd’eurosavecunapportinitial de 38,16 millions d’euros. Les sommes consacrées aux infrastructures en Afrique sont en hausse. Elles sont passées de 20,6 milliards d’euros en 2009 à 34,3 milliards d’euros entre 2011 et 2012, selon la Banque mondiale. Et ce chiffre devrait continuer de croître puisque les institutions internationales, la Banque africaine de développement, mais aussi des investisseurs privés multiplient les initiatives pour drainer les capitaux vers le secteur. ● JEUNE AFRIQUE


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Le Groupe


Dossier Infrastructures

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INTERVIEW

Patrick-Hubert Petit

Responsable construction de KPMG pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique

« On n’assiste pas à un simple feu de paille »

VINCENT FOURNIER/J.A.

KPMG est l’un des cabinets internationaux de conseil les plus actifs sur le continent. Son associé, Patrick-Hubert Petit, détaille les perspectives du secteur de la construction.

En Afrique

JEUNE AFRIQUE : Certains analystes soutiennent que la croissance observée dans le BTP en Afrique n’est pas durable. Partagez-vous cet avis ? PATRICK-HUBERT PETIT : Dans

les cinq années à venir, le cercle vertueux dans lequel l’économie du continent est entrée – et qui ne dépend pas que des ressources naturelles – devrait se maintenir. Évidemment, la récession en Europe et en Amérique du Nord a des répercussions négatives, mais le continent a les atouts en main pour poursuivre son développement. Structurellement, l’Afrique souffre d’un vrai déficit d’infrastructures routières, ferroviaires, portuaires ou aéroportuaires, ce qui offre aux groupes internationaux, notamment chinois, de belles perspectives et de belles opportunités. Par ailleurs, avec la croissance économique et démographique, ainsi que l’émergence d’une classe moyenne, des besoins importants apparaissent dans le logement, l’immobilier N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

industriel, les bureaux, etc. Sans oublier les infrastructures liées à la santé et à l’éducation, secteurs prioritaires dans lesquels les carences sont manifestes. Voilà donc autant d’éléments porteurs qui permettent de penser qu’on n’assiste pas à un simple feu de paille. À quels types d’infrastructures les investisseurs s’intéressent-ils sur le continent ?

Sans exclure les autres, on peut mettre en tête de liste les routes et l’énergie, notamment en Afrique francophone, où les infrastructures liées à la production et à la distribution d’électricité sont une vraie priorité. Leur déficit et les défaillances constatées pénalisent le processus de production industrielle et la compétitivité des entreprises. Et, de fait, le développement. Mais il clair que si l’intérêt d’un investisseur pour un projet dépend de sa rentabilité, il est surtout fonction de la façon dont il peut en structurer le financement.

❋ Au Nigeria, le groupe accompagne l’État dans le projet de construction d’une route entre Lagos et Ikorodu pour plus de 384 millions d’euros ❋ En RD Congo, il compte ouvrir un troisième bureau, à Goma ❋ Au Maroc, le cabinet suit de près un projet de RER ❋ Au Mali, il appuie l’État sur le dossier concession et exploitation de l’aéroport BamakoSénou

Les montages financiers du type partenariat public-privé (PPP) sont de plus en plus privilégiés sur le continent. Mais est-ce une bonne solution pour les infrastructures?

C’est probablement l’une des voies les plus intelligentes de financement pour les États qui risquent le surendettement, qui ne sont pas en mesuredefinancerl’intégralitéd’un projet ou encore qui rencontrent des difficultés à obtenir l’appui des organismes et bailleurs de fonds internationaux. Les PPP ont fait leurs preuves dans différents pays hors d’Afrique. Le Royaume-Uni, par exemple, a réalisé énormément de projets grâce à ce type de financement, appelé Private Finance Initiative (PFI). En Afrique, un certain nombre de projets [autoroute Dakar-Diamniadio réalisée par Eiffage Sénégal, lire p. 95, NDLR] ont été ainsi financés. Le PPP est une bonne solution, à condition qu’il soit bien conçu et qu’il repose sur des prévisions économiques saines et réalistes.

La durée des concessions fait souvent l’objet de critiques. Y a-t-il des alternatives ?

Le PPP n’est pas la panacée universelle bien sûr. L’État peut aussi négocier directement, souvent avec une garantie internationale, un emprunt au remboursement étalé sur plusieurs années. Néanmoins, ce partenariat reste un bon compromis. Il y a et il y aura de plus en plus d’investissements privés. À condition toutefois de créer un environnement des affaires rassurant et un climat sociopolitique stable. C’est pour cela que certains pays ont révisé ou révisent actuellement leur code minier, ou encore leur corpus de droit commercial et des sociétés, par exemple. Il est important de dépoussiérer certains cadres juridiques qui datent et de clarifier les règles de fonctionnement pour que l’investisseur se sente en confiance. ● Propos recueillis par STÉPHANE BALLONG JEUNE AFRIQUE


84

Dossier

€ Mohammed Alami Nafakh Lazraq (à g.) et Anas Sefrioui (à dr.), respectivement patron d’ADI et d’Addoha.

MAROC

Le tropisme subsaharien des promoteurs immobiliers Le savoir-faire reconnu des groupes marocains dans la construction de logements sociaux crée de nouvelles opportunités pour les deux leaders dans une zone où les besoins sont énormes.

L

es relations économiques du Maroc avec l’Afrique subsaharienne ne se limitent ni aux accords de coopération signés récemment par le roi Mohammed VI, ni à l’implantation des grandes banques du pays dans la zone. Ces derniers

mois, les deux premiers opérateurs immobiliers du royaume chérifien, cotés à la Bourse de Casablanca, se sont engouffrés dans la brèche de l’habitat social. Début décembre, Alliances Développement immobilier (ADI), dirigé et détenu par Mohammed Alami Nafakh Lazraq,

a ainsi signé un partenariat avec la Côte d’Ivoire pour construire 7 000 logements sociaux, en plusieurs tranches, à Abidjan et dans ses environs. Le groupe Addoha a, lui, conclu un accord pour 2 600 logements dans la capitale ivoirienne, auxquels s’en ajouteront 5 000 autres, a annoncé Anas Sefrioui, le PDG du groupe, le 8 avril. En 2012, il avait déjà signé des conventions avec le Burkina Faso, le Cameroun, le Gabon et la Guinée pour y réaliser plusieurs programmes de construction. Sur place, des filiales locales du promoteur immobilier seront chargées des travaux. « Les chantiers

CIMENTS DE L’AFRIQUE, L’AUTRE CORDE À L’ARC D’ANAS SEFRIOUI

D

ans ses projets de développement à l’international, le groupe d’Anas Sefrioui pourra compter sur ses futures cimenteries qui seront disséminées sur le continent. En 2011, il a ainsi créé la société Ciments de l’Afrique (Cimaf), distincte de la société Addoha. Et les projets sont nombreux. À Abidjan, en Côte d’Ivoire, N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

la cimenterie commencera son activité en juillet. Sa capacité de production, de 500000 tonnes, doublera en 2014. Non loin de là se trouvera une usine de sacs d’emballage, « dans laquelle nous avons investi 12 millions d’euros », a affirmé le patron marocain le 8 avril. Elle fabriquera chaque année 120 millions de sacs, dont 10 millions

seront destinés au marché local. Conakry en aura aussi une, dont la production sera lancée en septembre. Un centre de broyage dans la zone industrielle de Dubréka et une aire de stockage au port sont en construction. La cimenterie de Douala ouvrira en novembre. L’année prochaine, les Cimaf se déploieront au Burkina

Faso, au Congo, au Gabon et au Niger. L’objectif est de mettre en service 10 cimenteries d’ici à 2015. « Il s’agit de stabiliser les prix des matériaux de construction, de garantir leur qualité et de sécuriser l’approvisionnement », conclut Saad Sefrioui, neveu et conseiller du président des Cimaf. ● R.B. JEUNE AFRIQUE


Infrastructures débuteront dans quelques mois », assure Saad Sefrioui, le directeur, chargé de mission au sein du groupe Addoha et neveu du PDG. À Conakry, la capitale de la Guinée, Addoha réalise trois opérations de 4 000 logements au total, dont l’une a déjà commencé. Au Burkina Faso et au Gabon, 2 000 appartements témoins doivent sortir de terre. Au Cameroun, 1 500, à Douala et à Yaoundé. « Notre objectif est de construire 15 000 logements en Afrique d’ici à 2015, parmi lesquels 80 % de logements sociaux », confirme Saad Sefrioui. Ces contrats ne sont qu’un début, et le groupe, qui veut accroître ses activités sur le continent, vise des pays comme le Congo et le Niger. « Les contacts sont pris et les négociations progressent pour que nous soyons présents dans d’autres pays d’Afrique fin 2013 », affirme Saad Sefrioui. En Afrique subsaharienne,

le déficit en logements est important et le nombre de constructions actuelles, entre 1 000 et 1 500 par an, ne permet pas de le combler. GUICHET UNIQUE. Addoha pro-

pose « des opérations clés en mains avec un guichet unique », explique Saad Sefrioui. Le guichet unique, lancé par le groupe au Maroc en 2003, est un lieu où le client aura accès aux services publics et aux banques. Il lui sera ainsi plus facile d’accomplir les

Chiffre d’affaires en 2012

843 280 000 €

358 081 000 €

Résultat net

175 460 000 €

97 666 500 €

26 861

12 500

Biens immobiliers construits au Maroc

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formalités. Pour sécuriser l’accès à la propriété, Addoha travaille en partenariat avec les autorités locales. Par ailleurs, les banques marocaines – Attijariwafa Bank, Banque populaire, BMCE Bank – s’associent à l’entreprise pour le volet crédit à l’habitat, qui reste à développer en Afrique subsaharienne. « Elles sont sur place et nous accompagnent. Aussi leur expertise nous est-elle essentielle », explique Saad Sefrioui. Les appartements seront vendus à des prix abordables : entre 13,1 millions et 14,4 millions de F CFA (entre 20000 euros et 22000 euros). Et ce grâce notamment aux exonérations fiscales consenties par les États. Les fonctionnaires, dont les revenus sont fixes et réguliers, sont les premières cibles d’Addoha. L’objectif étant de proposer par la suite des habitations à d’autres catégories socioprofessionnelles. ● RYADH BENHLARECH

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dossier infrastructures du BTP que sont Bouygues, Eiffage et Vinci se sont illustrés par leur absence, peu enclins à investir ce marché. Officiellement parce que ces multinationales n’interviennent pas dans ce secteur en Algérie – sans exclure toutefois de le faire un jour.

Algérie

Des géants français peu pressés de bâtir Afin de faire face à la pénurie de logements, les autorités multiplient les appels d’offres auprès d’entreprises étrangères. Mais les groupes tricolores ne se bousculent pas au portillon.

réputation. Officieusement,

LahcËne aBIB/SIGnaTUReS

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L

a pénurie de logements est un lieu commun, en Algérie. D’après les dernières estimations du ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme, elle atteint 1,5 million d’unités pour une population d’environ 36 millions de personnes. Conséquence de cette carence, il est courant de voir plusieurs générations cohabiter – surtout à Alger –, et les propriétaires exigent souvent de leurs locataires le paiement de un an de loyer à l’avance. Face aux critiques récurrentes, les autorités ont donc engagé de vastes programmes de construction. Le dernier en date, lancé en 2010, est censé permettre l’édification de plus de 2 millions de logements d’ici à 2014, moyennant un budget de 38,2 milliards d’euros. Ce « mégaprojet », selon le terme d’un acteur algérien du secteur, ne peut être réalisé sans l’aide d’entreprises étrangères, notamment chinoises. De fait, la capacité de production des groupes algériens n’est que de 83 000 logements par an, pour des besoins annuels de n 0 2728 • dU 21 aU 27 avRIL 2013

225 000 unités. Ces derniers mois, des délégations étrangères (Égypte, États-Unis, Espagne, Indonésie, Italie, Portugal, Turquie…) se sont donc succédé à Alger pour négocier des partenariats avec des entreprises locales, conformément à la règle du 51/49, qui oblige les investisseurs étrangers à avoir un partenaire algérien majoritaire. Curieusement, les géants français

p La cité du 5-Juillet, dans la banlieue d’Alger.

trois raisons peuvent être avancées. Tout d’abord, la faible rentabilité de telles activités : « Du point de vue des coûts, les prix algériens sont très concurrentiels », constate un observateur. Ensuite, la mauvaise réputation de l’Algérie en matière de paiement. Vinci et Colas Rail (groupe Bouygues) ont déjà rencontré des difficultés pour se faire payer par le passé – même si le premier exclut tout lien de cause à effet. Enfin, la règle du 51/49, qui paraît dissuasive. Pour Abdelkrim Selmane, le secrétaire général de l’Association générale des entrepreneursalgériens, « beaucoup d’entreprises européennes négocient des partenariats avec cette règle, mais les Français semblent réticents ». Et d’ajouter : « Si demain des sociétés françaises veulent travailler en Algérie, elles seront les bienvenues et auront leur quota de logements à construire. » Une invitation destinée aux grands groupes, le chiffre d’affaires des entreprises françaises du bâtiment à l’export atteignant seulement 5,4 % en 2010, d’après les dernières estimations de la Fédération française du bâtiment. l ryadh BenLahrech

coup d’accéLérateur dans Les transports urBains TousTrois ont été construits par Alstom. Mais si le tramway d’Alger est en service depuis mai 2011, celui d’oran ne sera inauguré que le 1er mai prochain. suivi en juillet par celui de Constantine. La rATP, via sa filiale rATP Dev, s’est associée avec deux partenaires locaux – l’Entreprise du métro d’Alger, Ema, et l’Entreprise de transport

urbain et suburbain d’Alger, Etusa –, à travers la société d’exploitation des tramways d’Algérie, la setram. Celle-ci gérera tous les futurs tramways du pays et assurera leur entretien et leur maintenance (hormis à Alger). six autres villes (Annaba, Batna, ouargla, Mostaganem, sétif, sidi Bel-Abbès) vont en voir débuter les travaux cette année. Alstom espère

remporter les appels d’offres. Quant au métro, la première ligne de celui d’Alger, aménagée notamment par Vinci, a été inaugurée en octobre 2011. La mise en service et l’exploitation sont assurées pour huit ans par rATP El-Djazaïr. Colas rail, filiale de Bouygues, est chargé de l’extension de 4 km de cette ligne, avec un groupement r.B. local. l jeUne afRIqUe


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Les cimentiers ciblent le Cameroun En 2015, la demande nationale doit bondir à 8 millions de tonnes. Une aubaine pour les entreprises étrangères, alors que le pays ne parvient même pas à répondre aux besoins actuels.

L

horizon se dégage pour la cimenterie Dangote, à Douala. Le risque de pollution a été écarté. L’ouvrage de 57 milliards de F CFA (87 millions d’euros), capable de produire 1,5 million de tonnes annuelles, a reçu son certificat de conformité environnementale en février. La contestation conduite par le député Jean-Jacques Ekindi est ainsi évacuée. Depuis que Paul Biya a ordonné la reprise des travaux, en mars 2012, l’édification de la plateforme rocheuse sur les berges du Wouri, qui accueillera l’unité d’ensachage, avance. Mais vu le retard pris, il n’est pas certain que le premier sac de ciment soit livré en 2015. Une année sur laquelle table également le Camerounais Emmanuel Bopda (groupe Afrique Construction), premier importateur de ciment. Avec une mise de plus de 38 millions d’euros, il compte mettre en service l’usine Boem Steel Industry, d’une capacité de 500 000 tonnes. En 2015, les besoins du pays s’élèveront à 8 millions de tonnes, selon le ministère de l’Industrie, des Mines et du Développement n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

technologique. Plusieurs projets structurants (lire l’encadré) – port en eau profonde de Kribi, deuxième pontsurleWouri,autorouteDoualaYaoundé, barrages de Lom Pangar (Est), de Memve’ele et de Mekin (Sud), extension du complexe industriel d’Alucam (Rio Tinto) – seront alors en bonne voie. Une perspective qui attire les investisseurssur un marchédont la production, assurée par la Cimenterie du Cameroun (Cimencam, filiale du groupe Lafarge) avec 1,7 million de tonnes annuelles, n’arrive pas à combler une demande évaluée à 2,5 millions de tonnes par an. Chinois éConduits. À ces

besoins s’ajoute la perspective de débouchés régionaux (Tchad, Centrafrique et Guinée équatoriale). Pour maintenir sa position de leader (92 % de part de marché en 2012), la filiale construit une usine de broyage d’une capacité de 600000 tonnes à Nomayos, dans la banlieuesuddeYaoundé,etprojette d’en édifier une seconde dans le septentrion. Soucieuses de voir baisser le prix du sac de ciment de 50 kg,

t L’usine de Cimencam à Bonabéri, (Douala).

actuellement homologué à 7,40 euros, les autorités camerounaises ont dans un premier temps déroulé le tapis rouge aux postulants. Elles se sont vite ravisées face à l’afflux de prétendants. « Nous décourageons déjà les investisseurs qui viennent prospecter, souffle un cadre du ministère de l’Industrie. Des Chinois qui envisageaient la construction de deux cimenteries, à Yaoundé et à Limbé, ont récemment été éconduits. » Dernier à être admis, le consortium germano-coréen G Power Cement a signé une convention d’établissement avec le gouvernement le 15 février, pour implanter une unité (800000 tonnes, extensibles à 1 million) à Limbé. L’investissement, de plus de 45 millions d’euros, comprendra la construction d’un quai cimentier dans la cité balnéaire du Sud-Ouest pour l’importation du clinker (mélange de calcaire et de silice). Une jetée que le consortium partagera avec le groupe sud-coréen et singapourien Afko Cement, qui s’est allié au camerounais Cenainvest (groupe Afriland First Bank) pour une autre unité. Mis sur les rails en 2008, ce projet a demandé plus de 47 millions d’euros et permettra de produire 1 million de tonnes. Les promoteurs viennent de boucler le tour de table, avec l’entrée au capital jeune afrique

cimencam

MARCHÉ


infrastructures de l’État (20 %) – à travers un prêt de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) –, et du chinois Sinoma (30 %) par un crédit fournisseur. Prochainement, ces deux acteurs intégreront Dangote Industries. Anas Sefrioui, le PDG de Ciments de l’Afrique (Cimaf, groupe Addoha, lire pp. 84-85), avait promis, le 19 mai 2012, que le premier sac sorti de son unité de production (d’une capacité de 500 000 tonnes) serait mis sur le marché en décembre de la même année. Or si des produits estampillés Cimaf sont en effet disponibles, ils proviennent des usines marocaines. La cimenterie, encore en chantier à Bonabéri (Douala), est un premier pas au Cameroun pour le groupe marocain qui envisage aussi de se lancer dans l’habitat social. l Omer mbadi

PwC en Afrique : près de 8000 personnes à votre service

des grands prOjets en pleins remOus • Les dirigeants de Cam Iron, la filiale de l’australien Sundance, ont tenu à rassurer le Premier ministre PhilémonYang, le 12 avril, après l’échec des négociations avec le chinois Hanlong pour le rachat de la mine de fer de Mbalam, située à la frontière camerouno-congolaise. Avec ses réserves évaluées à 436 millions de tonnes, ce dossier est suivi de près. Le financement de 2 500 milliards de dollars (1 908 milliards d’euros) n’étant pas bouclé, ce fiasco va retarder le démarrage des travaux. Sans être précis, Giulio Casello, le PDG de Cam Iron, affirme avoir pris

contact avec d’autres partenaires. • La centrale à gaz de Kribi, en revanche, est enfin opérationnelle. Elle injecte 216 MW d’énergie électrique dans le réseau interconnecté sud depuis la fin du mois de mars… avec plus de quatre mois de retard, sur fond d’accusations et de contre-accusations entre AES-Sonel et la Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui doit livrer le combustible. Anticipant des délais supplémentaires dans la mise en eau des barrages de Lom Pangar (170 MW), Memve’ele (201 MW) et Mekin (15 MW), la filiale de l’américain AES

Corp envisage de porter la capacité de Kribi à 330 MW en 2015. • Quant au marché relatif à la construction du deuxième pont sur le Wouri (128 millions d’euros), il échoit au groupement Sogea Satom, après un bras de fer avec sa concurrente, Razel. • La China First Highway s’est, elle, arrogé le premier tronçon (100 km) de l’autoroute Douala-Yaoundé pour plus de 853 millions d’euros. • Réalisée à 40 %, la construction du port en eau profonde de Kribi (372 millions d’euros) évolue pour sa part sur une O.m. mer plus calme. l

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Dossier Infrastructures distribution

CFAO Équipement sur tous les fronts

La plus récente des divisions du géant français a doublé son chiffre d’affaires depuis sa création, en 2011. Cette diversification s’étant révélée payante, la filiale songe à étendre son réseau.

cfao

90

L

p Loxea, qui propose des engins à la location, a été fondé en 2012.

e continent est un vaste chantier ? CFAO se charge du matériel. « Les besoins sont devenus énormes, tant dans le BTP que dans les secteurs agricole, minier ou de l’exploitation forestière, déclare Jean-Philippe Petit, directeur général de CFAO Équipement. L’évolution démographique a aussi engendré des demandes dans le logement et les transports. » Partant de ce constat, la direction du groupe CFAO, célèbre pour ses concessions automobiles, a fondé une nouvelle entité en 2011, CFAOÉquipement.Objectif:fournir les entreprises qui répondent à ces besoins. « CFAO Équipement suit la même stratégie que le groupe : distribuer des marques de premier rang », assène Jean-Philippe Petit. Sont ainsi proposés des compacteurs allemands Bomag, des engins dechantieretagricolesbritanniques JCB ou des groupes électrogènes FG Wilson (filiale de Caterpillar). Historiquement, CFAO distribue les ascenseurs Otis, activité désormais placée dans le giron de la division. « Nous vendons tous ces produits, n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

mais nous ne voulons pas faire que de la distribution, affirme le directeur général. Nous souhaitons aussi en assurer la maintenance, voire l’exploitation. » Le contrat de 2,8 millions d’euros obtenu récemment pour 16 ascenseurs – au siège social de la Banque africaine de développement à Abidjan – en est l’illustration. La création de Loxea, en 2012, poursuit le même but, en proposant des produits à la location. « Il arrive souvent que les entreprises préfèrent investir dans leur cœur de métier et louent le matériel », analyse Jean-Philippe Petit. confiance. Restait à CFAO la

question de l’acheminement d’une autre ressource essentielle : l’eau. « En Afrique, elle ne manque pas forcément, mais les systèmes de distribution et de contrôle de la qualité peuvent être défaillants », analyse le directeur général. Fin 2012, un accord de distribution exclusive a donc été signé avec Culligan. Le groupe américain offre des solutions pour le marché résidentiel (conditionneurs,

adoucisseurs, filtration…), mais aussi pour les commerciaux et industriels avec des systèmes de traitement complets. « Notre portefeuille de produits est désormais abouti, explique Jean-Philippe Petit. Quant à notre présence territoriale, elle est bien avancée, mais nous ne voulons pas nous limiter. » Dès sa naissance, l’entité s’est installée dans huit pays : le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Nigeria, la RD Congo et le Sénégal. « En 2012, nous avons élargi notre réseau à la Nouvelle-Calédonie, au Tchad et à Madagascar et nous allons ouvrir une agence au Maroc, détaille Jean-Philippe Petit. Mais nous travaillons aussi dans les pays frontaliers de nos implantations. » Dès 2012, CFAO Équipement a doublé son chiffre d’affaires pour atteindre plus de 75 millions d’euros (hors Loxea), et prévoit « une nouvelle progression très importante en 2013 ». « Nous avons l’ambition de le multiplier par 2,5, voire par 3, d’ici à cinq ans », précise le directeur général. Pour rappel, CFAO est présent depuis plus de cent cinquante ans dans la plupart des pays d’Afrique. « L’un de nos atouts reste bien sûr la clientèle qui a déjà l’expérience du

« L’entité suit la même stratégie que le groupe : distribuer des marques de premier rang. » Jean-PhiLiPPe PeTiT, directeur général de la filiale

groupepoursesachatsdevéhicules, explique le directeur général. Les gens nous font facilement confiance lorsqu’ils ont besoin de matériel plus lourd. » L’année dernière, le japonaisToyotaTsushoCorporation (TTC) a acheté la quasi-totalité des actions du groupe via une offre publique d’achat. « Nos implantations sont complémentaires de celles de TTC, plutôt présent en Afrique de l’Est », explique JeanPhilippe Petit. L’ascension de CFAO Équipement n’en serait donc qu’à ses prémices. l Brice Tahouk jeune afrique


Ministère à la Présidence de la République chargé de l’aménagement du territoire et de la Délégation générale aux grands travaux

Attributions du Ministère à la Présidence de la République, chargé de l’Aménagement du Territoire et de la Delégation Générale aux Grands Travaux.

A

u terme du décret n°2012-1157 du 9 novembre 2012, relatif à ses attributions, le Ministère à la Présidence de la République, chargé de l’aménagement du territoire et de la délégation générale aux grands travaux exécute la politique de la Nation, telle que définie par le Président de la république, dans les domaines de l’aménagement du territoire et des grands travaux.

candidats aux marchés publics ou délégations de service public ; • dépouiller et évaluer les offres portant exécution des marchés publics ou délégations de service public ; • apprécier techniquement et financièrement, les devis descriptifs et estimatifs des contrats ainsi que les décomptes relatifs à leur exécution ; • rédiger, conclure et gérer les marchés publics ;

A ce titre, il est chargé notamment de :

• conclure et signer les marchés dont le seuil relève de sa compétence ;

CONGO

• élaborer le schéma national ainsi que les schémas sectoriels d’aménagement du territoire et conduire leur mise en œuvre et procéder, en cas de besoin, aux ajustements nécessaires ;

• signer les lettres de commande et viser les décomptes des travaux ;

• définir et conduire la politique de revitalisation du tissu villageois et de redynamisation des économies locales ;

• organiser et procéder à la réception des ouvrages, biens ou services et contrôler l’exécution du service public par le délégataire.

• veiller au développement équilibré du territoire national ;

Pour l’exercice de ses attributions, le ministre à la présidence chargé de l’aménagement du territoire et de la délégation générale aux grands travaux a autorité sur l’ensemble de services de son ministère et exerce la tutelle sur les organismes du ministère qui relèvent de sa compétence, tels que déterminés par les textes relatifs à l’organisation du ministère de l’aménagement du territoire et de la délégation générale aux grands travaux.

• mettre en œuvre les politiques et les mesures favorisant l’émergence des économies régionales ; • participer au développement et à l’équipement de l’armature urbaine ; • contribuer à la définition et à l’exécution des politiques de décentralisation ; • entretenir les relations de coopération avec les organismes nationaux, régionaux et internationaux spécialisés dans le domaine de sa compétence ; • identifier et faire aboutir les projets destinés au développement local ; • contribuer à la définition de la politique d’affectation des terres ; • contribuer à l’élaboration d’une cartographie du territoire ainsi que la constitution des banques de données sur le territoire national ; • mettre au point, de concert avec le maître d’ouvrage, les programmes de passation de marchés ; • organiser et procéder à l’appel, à la concurrence auprès des

Siège de la Délégation générale aux grands travaux.

I

Communiqué


Ministère à la Présidence de la République chargé de l’aménagement du territoire et de la Délégation générale aux grands travaux

Congo

Dix ans d’avancées spectaculaires dans les infrastructures

CONGO

Le Président Sassou N’guesso coupant un ruban symbolique.

Le Ministre Jean-Jacques Bouya présentant un plan d’aménagement à ses collaborateurs.

F

aire de l’ambition de moderniser le Congo une réalité, c’est la tâche qu’accomplit avec succès, le président de la République Denis SASSOU N’GUESSO, à travers la Délégation générale aux grands travaux (DGGT). Dix ans après sa création, cet organe technique de passation et d’exécution des marchés publics a intégré la conscience collective et s’est affirmé comme instrument de lutte contre la pauvreté, en vue de l’émergence du Congo, en transformant le potentiel national en infrastructures de base et en développement humain.

Des réalisations sur tous les fronts

Les dix ans de la DGGT, ont été célébrés le 4 février dernier, . A cette occasion, les cadres et agents de cette structure ont été invités par leur ministre à « marquer une halte. Relire le passé et apprécier le présent pour mieux bâtir l’avenir ». C’est cet exercice auquel ils se sont livrés à l’occasion de ces festivités, autour du ministre d’État Aimé Emmanuel YOKA. Dans sa présentation, le ministre Jean-Jacques BOUYA a ressorti le bilan chiffré des dix années de dur labeur.

En dix ans, plus de 1000 kilomètres de routes ont été bitumés. Dans le cadre de l’intégration sous régionale, des axes d’intérêt communautaire comme la route du Cameroun ou celle du Gabon, sont en chantier. Quant au pont route-rail sur le fleuve Congo qui passera par Maloukou, les premières études sont en phase terminale. L’un des grands chantiers du secteur des transports demeure à ce jour, la route lourde Pointe-Noire-Brazzaville dont le premier tronçon inauguré enregistre jusqu’à plus de 4 000 véhicules par jour. Le réseau de voiries urbaines s’est étendu par le bitumage des voiries d’une dizaine de ville.

Le processus de modernisation du Congo engagé, sous le sceau de la Nouvelle Espérance atteint son apogée à l’ère du Chemin d’avenir. Ces dix dernières années ont été marquées par l’interminable cycle lancement/inauguration des travaux. Une performance qui a permis de doter le Congo de huit plateformes aéroportuaires aux standards internationaux dont les plus emblématiques sont les aéroports de Brazzaville, PointeNoire, Ollombo, Dolisie, Ouesso, Impfondo, Ewo et Owando.

Ces réalisations sont reprises par un documentaire diffusé à cet effet, et dans le Grand livre DGGT. Il en est de même pour les écrans tactiles qui permettent d’apprécier en photos et en vidéo, les grands travaux. Les dix ans de modernisation du Congo par les grands travaux sont une révolution grâce à laquelle des bases d’un développement sont posées, des embryons de villes créés, des commodités mises à la disposition des populations dans tous les domaines.

L’aéroport d’Ollombo.

II

Communiqué


Plan du projet de la RN1 Pointe-Noire-Brazzaville.

Le port autonome de Pointe-Noire est en pleine modernisation-expansion dynamique. Un port secondaire a été construit à Lékéty (Cuvette-Ouest). Les ports de Brazzaville, Mossaka, Ouesso, Oyo et Impfondo sont soit en chantier soit en voie de l’être.

Vue intérieure de la station terrienne de Matombi à Pointe-Noire.

centrales thermique et à gaz révolutionnent ce secteur, avec pour la première fois, dans notre pays, l’accès à l’électricité pérenne dans nombreuses cités qui n’en possédaient pas. De moins de 90 en 1997, le Congo détient actuellement plus de 500 mégawatts. Outre la construction de la grande usine d’adduction d’eau potable de Djiri déjà en expérimentation, les grandes cités sont dotées, aujourd’hui, d’installations et d’équipements d’adduction, de traitement et de distribution d’eau potable. Tous les chefs-lieux de départements bénéficiaires de la municipalisation accélérée (Pointe-Noire, Impfondo, Dolisie, Owando, Brazzaville, Kinkala) sont pourvus en eau potable et les efforts d’amélioration de la desserte se poursuivent dans ces localités et ailleurs.

Le Ministre Jean-Jacques Bouya visitant un chantier.

L’eau, l’électricité et les télécommunications cessent d’être un luxe Dans le domaine des télécommunications, la Délégation générale aux grands travaux pilote le projet couverture nationale en télécommunications porté par la connexion du pays à un câble à fibre optique à partir de la station terrienne de Matombi, à Pointe-Noire. Pour un premier temps, les centrales sont construites à Brazzaville, Pointe-Noire et Oyo, suivront les chefs-lieux de départements et de districts.

Plus de 200 édifices publics construits La restauration de l’autorité de l’État, un des chantiers engagés depuis « La Nouvelle Espérance » a donné les meilleurs résultats ces dernières années. Ainsi des administrations publiques comme le ministère des affaires étrangères, le ministère de la justice, le centre national de radio et télévision, les préfectures conseils départementaux, sous-préfectures, mairies,…sont pourvus de sièges dignes.

L’une des grandes évolutions du Congo, est la construction des barrages hydroélectriques dont celui d’Imboulou (120MW), des

III

Communiqué

CONGO

Le Chemin de fer Congo-Océan bénéficie d’une attention particulière, grâce au programme de réhabilitation et d’équipement d’urgence conduit par le Chef de l’État. Des locomotives réparées et de nouvelles achetées auprès de General Motors aux Usa et un nouveau train voyageur moderne, acquis.


Ministère à la Présidence de la République chargé de l’aménagement du territoire et de la Délégation générale aux grands travaux

Vue intérieure du Barrage d’Imboulou.

Le ministère de la justice et des droits humains.

Dans le cadre de l’accès de tous à un logement décent, un ambitieux programme de construction des logements sociaux dont cinq mille prévus à Brazzaville est en route. Les premiers sont disponibles à Bacongo, d’autres le seront bientôt au camp 15 août, clairon, à Dragage et à Kintélé où des sans-abris du 4 mars sont logés.

À côté de ceux construits ou en chantier, à l’instar de l’Hôpital général spécialisé d’Oyo, d’autres sont réhabilités et équipés de plateaux techniques de qualité comme à Dolisie, Pointe-Noire, Impfondo… La mise en service imminente de la première des seize usines en construction à la zone commerciale et industrielle de Mandiélé à Maloukou est un pas essentiel vers l’industrialisation, une ambition d’État dont le succès est impulsé par le président de la République.

À l’actif du président de la République, deux des trois villages agricoles pilotes ont été battis. Des fermiers, s’en tirent très bien avec des revenus allant jusqu’à 500 000 francs CFA. Ce projet s’étendra sur l’ensemble du pays.

Dix ans après, cette structure, incomprise et boudée à sa création, s’est imposée par ses actes qui intègrent les aspirations profondes des citoyens. C’est pour mieux accomplir les tâches qui lui reviennent, qu’elle vient d’être hissée en ministère.

Jean-Jacques Bouya, ministre de l’Aménagement du Territoire chargé de la DGGT.

Dans le domaine d’infrastructures sportives, au rythme de la municipalisation accélérée, des plateformes modernes sont construites dans les chefs-lieux de départements. A cela s’ajoutent d’autres réalisations telles que le complexe olympique de Kintélé qui abritera les jeux africains de 2015, le gymnase omnisports de Ouenzé, le gymnase d’Oyo,…

MINISTÈRE À LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE CHARGÉ DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE ET DE LA DÉLÉGATION GÉNÉRALE AUX GRANDS TRAVAUX Boulevard Denis Sassou Nguesso BP 1127 Brazzaville République du Congo Tél./Fax : (+242) 22 281 47 13 E-mail : contact@grandstravaux.org

Pour favoriser l’accès de la majorité des Congolais aux soins de santé de qualité, des établissements de santé publique se consolident.

www.grandstravaux.org IV

Communiqué

DIFCOM FC/ Photos DGGT

CONGO

L’histoire retiendra que le Congo doit sa modernisation au Président Denis SASSOU N’GUESSO à travers plusieurs canaux dont le maillon essentiel demeure la Délégation générale aux grands travaux.


Dossier Infrastructures

95

erick ahounou

u Le pont Faidherbe a été réhabilité par l’entreprise française (Saint-Louis, Sénégal).

Stratégie

Eiffage revoit ses priorités

Le troisième groupe hexagonal de BTP, qui a fermé trois filiales européennes, réoriente son développement à l’international. Il cible notamment l’Afrique subsaharienne.

L

e continent n’est pas un territoire inconnu pour le groupe Eiffage, qui se targue d’être présent au Sénégal depuis quatre-vingt-six ans. Mais dorénavant, il sera l’horizon privilégié de son développement. C’est du moins ce qu’a laissé entendre son PDG, Pierre Berger, dès la publication des résultats 2012 en déclarant qu’Eiffage irait « chercher la croissance à l’international, avec comme cible principale le continent africain ». Pour la troisième entreprise française du secteur, il s’agit de se redéployer alors que le Vieux Continent s’enlise dans la crise économique. Eiffage a fermé trois de ses filiales européennes – en République tchèque, en Belgique et aux Pays-Bas – et compte sur l’expansion économique africaine pour tirer son chiffre d’affaires hors Europe, de 243 millions d’euros en 2012. Celui-ci affiche une hausse de 43 % sur un an, mais reste négligeable sur un total de 14 milliards d’euros dans le monde. « Nous ciblons l’Afrique et le MoyenOrient, deux régions proches de jeune afrique

la France, explique la direction. Le potentiel de croissance y est considérable car les infrastructures y sont encore peu développées alors que ces territoires sont très riches en matières premières. » Seul ou en partenariat, le groupe affiche son expérience de constructeur, mais aussi de gestionnaire de projets clés en main et de gérant de concessions, comme il a commencé à le faire au Sénégal en finançant en partie et en construisant l’autoroute Dakar-Diamniadio. coup doubLe. Le Sénégal est en effet la tête de pont de l’entreprise sur le continent. Une fierté pour Gérard Sénac, patron d’Eiffage dans le pays. Censé en fermer les bureaux à son arrivée en 1989, il en avait perçu le potentiel et avait relancé l’activité. Aujourd’hui, la société y revendique la réalisation du port de Dakar et la réhabilitation du pont Faidherbe à Saint-Louis. Et surtout, elle bénéficie du prestige lié à l’autoroute de l’Avenir, entre Dakar et Diamniadio. Ce contrat, signé en 2009, est le tout premier partenariat

CA en Afrique

243 millions d’euros

Une hausse de

43 % en un an

public-privé (PPP) jamais établi en Afrique subsaharienne (lire p. 96). Un premier tronçon a été inauguré en 2011 et l’ensemble devrait être ouvert à la circulation mi-2013. Eiffage en assurera l’exploitation commerciale jusqu’en 2039. C’est donc un coup double pour le français, qui s’est vu attribuer dans la foulée le chantier de prolongement de l’autoroute sans repasser par un processus d’appel d’offres, et qui peut maintenant s’appuyer sur ce succès pour décrocher de nouveaux contrats sur le continent. Les clients potentiels sont nombreux. Eiffage est déjà présent au Nigeria, avec un contrat de 313 millions d’euros signé en 2011 pour la construction d’une plateforme pétrolière Total au large de Port Harcourt. En Afrique du Nord, et notamment en Algérie, les entreprises chinoises comme China State Construction Engineering Corporation (CSCEC) ont remporté la majorité des grands projets, mais Eiffage se verrait bien reprendre une part du gâteau, d’autant que les relations franco-algériennes se sont apaisées. Le groupe compte aussi vendre son expertise des structures métalliques, notamment au Qatar, pour des stades destinés à la Coupe du monde 2022. Rien n’a encore été signé, mais Eiffage a annoncé « deux gros contrats » prochainement. l SébaStien dumouLin n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013


Dossier

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tribunE

Opinions & éditoriaux

Les partenariats public-privé, l’indispensable clarification

dr

i Constantin Esanou Avocat au barreau de Paris Cabinet Naciri & Associés Allen & Overy

l faudrait 93 milliards de dollars [71 milliards d’euros, Ndlr] par an pour combler le déficit d’infrastructures sur le continent : c’est l’estimation avancée par la Banque mondiale dans le cadre du rapport « infrastructures africaines : une transformation impérative » réalisé en 2010. actuellement, 45 milliards de dollars y sont consacrés chaque année, 65 % de ces dépenses étant financées sur ressources propres des États et 10 % par l’aide publique au développement (aPd). À l’heure où nombre d’États africains sont en partie sortis de la spirale du surendettement, et où les crédits alloués à l’aPd sont en baisse en raison de la crise des dettes souveraines des pays développés, le recours à des montages contractuels faisant appel à des financements privés semble inéluctable. si les partenariats public-privé (PPP) s’avèrent à cet égard incontournables, plusieurs mesures sont toutefois nécessaires pour faire des PPP un outil efficace de développement des infrastructures en afrique. À commencer par la clarification de leur régime juridique et le renforcement des structures administratives d’appui.

La notion de PPP, devenue fourre-tout, est souvent employée pour désigner un marché public ou une délégation de service public (dsP). À tort. au sens strict, un PPP est un contrat par lequel une personne publique confie à un opérateur une mission globale comprenant : la conception, le financement, la construction, l’entretien, la maintenance et l’exploitation d’un ouvrage nécessaire à un service public. En contrepartie, l’opérateur reçoit une rémunération couvrant au minimum la charge de l’emprunt bancaire et pouvant varier en fonction des performances qu’il réalise. l’implantation d’une centrale solaire d’une capacité de 160 mW à Ouarzazate, au maroc, en est un exemple récent: la moroccan agency for solar Energy a confié à un consortium saoudo-espagnol la construction et l’exploitation de la centrale, en échange d’une garantie d’achat de l’électricité produite. Contrairement au PPP, un marché public procède d’une simple logique d’achat, et non de partenariat. dans le cas de la délégation de service public, le délégataire tire une part substantielle de sa rémunération des redevances perçues sur les usagers avec les risques d’exploitation qui en résultent

et qui dépendent pour une large part de la solvabilité de ceux-ci. au sénégal, la senac, concessionnaire de l’autoroute dakar-diamniadio, est ainsi essentiellement rémunérée par les automobilistes. si la législation de nombreux pays africains différencie les marchés publics des délégations de service public, ce n’est souvent pas le cas s’agissant de la distinction entre une délégation de service public et un PPP. dans ces conditions, une clarification des régimes juridiques est indispensable. s’agissant des États membres de l’Organisation pour l’harmonisation en afrique du droit des affaires (Ohada), l’adoption d’un acte uniforme relatif aux PPP pourrait y contribuer. Une seconde série de mesures serait nécessaire pour renforcer le cadre institutionnel des PPP, à travers la mise en place d’unités spécifiques. de telles structures, qui existent déjà en Côte d’ivoire, au sénégal ou au Niger, sont généralement chargées de mener une évaluation préalable de chaque projet afin d’en déterminer la best value for money, c’est-à-dire les avantages juridiques et financiers du recours à un PPP par rapport à un marché public ou à une dsP. Plus fondamentalement, leur généralisation serait de nature à doter les pouvoirs publics de la capacité de négocier des montages complexes avec les consortiums candidats à l’attribution de contrats et les institutions financières intervenant en tant que prêteurs. là encore, une coordination régionale pourrait être

Faire des PPP un outil efficace de développement des infrastructures.

n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

utile, et le projet de la Banque ouest-africaine de développement, qui souhaite créer en son sein une cellule PPP chargée de conseiller les États ou d’intervenir en tant que prêteur, voire d’investisseur, mérite d’être relevé. Nécessaires, ces mesures ne sont toutefois pas suffisantes. Elles gagneraient à être accompagnées d’autres actions garantissant la capacité des projets à être financés, telles que l’adaptation des mécanismes de garanties. la généralisation du recours à l’arbitrage, qui permet d’élever un contentieux devant un tribunal privé et non une juridiction d’État, est également une condition indispensable au développement des PPP en afrique. l jeune afrique


Infrastructures Marmomacc(marbre,pierre,design ettechnologies).«Bienquesouffrant d’une situation politique instable, l’Égypte bénéficie d’une position géographique très favorable qui en fait une plaque tournante du BTP en Afrique et au Moyen-Orient », explique Giovanni Mantovani, directeur général de Veronafiere, l’organisateur. OUTIL. Selon lui, le salon est le prin-

dr

p Batimat Maroc a eu lieu pour la première fois en 2012, à Casablanca. ÉvÉnementiel

Les salons européens traversent la Méditerranée

Face à une économie en berne, les principaux rendez-vous du secteur comptent bien profiter des opportunités africaines.

E

n Europe, le secteur du BTP est considéré comme mature. Batimat, « le premier salon mondial de la construction », a lieu tous les deux ans, à Paris. Et en 2012, son pendant a été organisé à Casablanca. Bilan: 8123 visiteurs, 150 exposants, 20 conférences… Une « réussite » qui s’explique par le dynamisme du secteur dans le pays. « Mais Batimat Maroc se positionne également

au niveau régional, explique Adil Karim, directeur Business Unit de Reed Exhibitions Morocco. Dans la construction, la croissance est du côtéducontinent.»Enjuinprochain, Batimat ouvrira de nouveau ses portes danslacapitale économique. Deux salons italiens lui emboîtent le pas, unis pour la première fois. Du 9 au 12 décembre 2013, MS Afrique & Moyen-Orient réunira au Caire Samoter (engins de BTP) et

cipal outil de promotion des entreprises italiennes sur les marchés étrangers. Même vision du côté de Messe München International, l’organisateur du Bauma, le plus grand salon mondial consacré aux engins du BTP à Munich. Après Bombay et Shanghai, c’est Johannesburg qui accueillera la manifestation, en septembre 2013. « L’Afrique du Sud possède l’un des secteurs miniers et de la construction les plus avancés sur le continent et dispose des infrastructures nécessaires », justifie Elaine Crewe, directrice générale de Bauma Africa. Il existait déjà de nombreux salons consacrés au BTP en Afrique, comme Archibat en Côte d’Ivoire, le Salon international du bâtiment au Maroc ou encore Build & Con au Kenya. Mais la fièvre constructrice à l’œuvre sur le continent y draine désormais des événements d’une tout autre ampleur. l BrIcE TahOUk

En bref BTP La Turquie sécurise ses échanges commerciaux LaTurquie a mis en place un cadre assurantiel pour protéger ses entreprises de BTP situées en Afrique contre les risques politiques – révolution, insurrection, troubles civils, terrorisme, guerre… Pour ce faire,Turkish Eximbank, l’Agence de crédit aux exportations nationales, a renforcé son partenariat avec l’Agence multilatérale de jeune afrique

Le chiffre

71

milliards d’euros

C’est la somme qui devra être investie chaque année pendant dix ans pour développer les infrastructures sur le continent et débrider la croissance africaine, selon Jin-Yong Cai, le patron de la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale chargée du secteur privé). garantie des investissements (Banque mondiale) et l’Islamic Corporation for the Insurance of Investment and Export Credit. D’ici à 2015, la Turquie vise près de 38 milliards d’euros d’échanges commerciaux avec le continent.

cimenT heideLBergcemenT coLLe à La demande Le groupe allemand, qui exploite treize usines – au Bénin, en RD Congo, au Gabon, au Ghana, au Liberia, en Sierra Leone, en

Tanzanie et au Togo –, développe quelque 305 millions d’euros de projets d’investissement au sud du Sahara. Il disposera ainsi d’une capacité supplémentaire de production d’environ 3 millions de tonnes de ciment et de 1,5 million de tonnes de clinker (un constituant du ciment). Les premiers investissements d’extension du cimentier concernent les marchés ghanéen, burkinabè et tanzanien. n 0 2728 • du 21 au 27 avril 2013

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Culture & médias

AissaMaiga CINÉMA

« Sortons du ghetto noir »

Après avoir joué pour Michael Haneke, Claude Berri ou encore Cédric Klapisch, cette boulimique de projets confirme son grand talent dans le nouveau film de Michel Gondry. Propos recueillis par

E

LÉO PAJON

lle déboule dans le bar, méconnaissable sous son gros manteau, son bonnet, son foulard… et très fatiguée. Aïssa Maïga revient ce matin-là d’Ouganda. Marraine de l’Association pour la médecine et la recherche en Afrique (lire encadré p. 100), elle a pris une petite dizaine d’avions en quatre jours. À son retour, c’est une autre tâche qui l’attend: la promotion du dernier film de Michel Gondry, L’Écume des jours. Elle joue aux côtés de Romain Duris, Omar Sy et AudreyTautoudanscetteadaptationduromandeBoris Vian racontant la merveilleuse histoire d’amour entre Colin et Chloé. Une romance qui tourne à la tragédie lorsque la jeune fille apprend qu’elle est atteinte par une mystérieuse maladie. Et l’un des films où Aïssa Maïga a pu exploiter la plus large palette d’émotions. L’actrice garde « un disque dur africain » mais ne veut pas qu’on la résume à une artiste noire: elle élude souvent les questions quand on lui parle de son rapport à l’Afrique et à sa communauté d’origine. Entretien. JEUNE AFRIQUE: Née à Dakar en 1975, vous êtes rapidement venue vous installer en France avec votre père. Quels sont vos premiers souvenirs d’enfance? AÏSSA MAÏGA: Je me souviens des discussions très

animées, interminables, qu’il y avait à la maison. Mon père, journalistede formation, qui a travaillé pour Jeune Afrique à la fin des années 1970 et au début des années 1980, était entouré d’intellectuels africains. J’ai baigné dans une atmosphère anti-impérialiste. Lorsqu’il est mortdansdesconditionstroubles,empoisonnéen1984 lors d’un voyage au Burkina, j’avais 8 ans et demi. C’est en héros qu’il est parti. J’ai été témoin de la manière dont les gens l’adulaient pour les convictions qu’il portait haut et fort.

Mais je ne suis pas d’un tempérament mortifère, j’avance, dans une forme de résilience, en tentant de construire quelque chose à partir de ce chaos, presque en remerciant le destin. Presque. Votre père était malien, votre mère est sénégambienne, quel était votre lien avec l’Afrique?

Enfant, je voyageais souvent au Mali, à Ansongo, une petite ville proche de Gao, dans ma famille paternelle. Cela a dû me marquer, parce qu’une amie m’a dit récemment qu’on voyait que j’avais « un disque dur africain ». Mais mes influences sont restées métisses: à la maison, on écoutait du takamba comme du Michael Jackson. Surtout, j’étais avant tout une petite Française qui a eu la chance de grandir dans un milieu où l’on soignait son expression. Je me souviens qu’un jour, dans le RER, une inconnue a félicité mon père, elle était impressionnée par sa maîtrise du français ! Quand avez-vous fait vos premiers pas sur les planches?

Au collège. Ma professeure de français nous orientait vers le théâtre classique. Il se trouve qu’elle a quitté l’enseignement et monté une comédie musicale dans laquelle elle m’a demandé de jouer et de chanter. C’était un spectacle semi-professionnel et j’ai pu rapidement jouer aux Folies Bergère, au Théâtre de Paris le mercredi et les week-ends. Par la suite, j’ai suivi ma tante, qui faisait du théâtre amateur. Très vite, cette activité est devenue autre chose qu’un loisir. Et puis j’ai découvert le cinéma un peu par hasard. J’avais 19 ans et je suivais des cours de danse… Je correspondais au profil recherché par un chorégraphe pour un film, Le Royaume du passage, une sorte de découverte de l’Afrique à travers les arts et les siècles.

Qu’avez-vous ressenti lors de sa disparition?

C’était et c’est toujours un traumatisme, une plaie qui ne cicatrisera jamais. Toutes les personnes qui ont perdu quelqu’un très jeune font face à un gouffre. N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

Qu’avez-vous ressenti face à la caméra?

À part la terreur? [rires] C’est un peu la même chose qu’au moment de l’accouchement, on a peur, on ● ● ● JEUNE AFRIQUE


NICOLAS GUERIN/CONTOUR BY GETTY IMAGES

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JEUNE AFRIQUE

N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


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Culture médias Cinéma se demande pourquoi on est là, et en même temps on a la certitude que c’est là qu’on doit être.

De l’étonnement! Car pour moi le film était un peu à la marge et pouvait difficilement se faire remarquer par le public et l’académie des Césars. Je pense que mon apparition dans Les Poupées russes, de Klapisch, et le débat sur la discrimination, alors très présent, ont pu compter.

●●●

Avez-vous des modèles d’actrice?

Romy Schneider compte beaucoup. Dans L’important c’est d’aimer, elle montre que l’essentiel pour un acteur c’est de donner à voir quelque chose d’authentique, de sincère, une partie de soi. Ce que j’aime au cinéma, c’est l’idée de transmettre une émotion. Quand j’étais jeune, je voulais aussi faire de la sociologie, avoir les outils analytiques pour décortiquer, et pourquoi pas déconstruire, la société. Les jeunes acteurs que j’ai croisés sur le tournage du Royaume du passage, qui faisaient du théâtre d’intervention, très engagé, plein de vitalité et d’humour, m’ont prouvé que le spectacle permettait aussi d’avoir un impact politique sur la société.

À part Sissako et Klapisch, quels réalisateurs ont particulièrement compté dans votre parcours?

Claude Berri. Dans L’Un reste, l’autre part, j’ai pu jouer aux côtés de Pierre Arditi, Charlotte Gainsbourg…Soudain,j’étaissurlaphotodefamille. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le rôle d’Alise, que vous interprétez dans le nouveau film de Gondry?

Vous avez rapidement tourné dans beaucoup de films et de téléfilms. Vos débuts ont été faciles?

Pas vraiment. D’abord, j’ai fait une fac de théâtre… pendant un quart de trimestre. Je suis partie car j’avais peur de ronronner. Je suis devenue serveuse en cherchant des rôles à côté. Il y en a très peu dignes de ce nom pour des filles noires, mais quand il y en a, ce sont des beaux rôles. Je ne voulais pas rester dans le ghetto des personnages noirs. J’étais déterminée et prête à encaisser.

L’Écume des jours, de Michel Gondry, sortie en salles le 24 avril

Les castings se passaient mal?

Parfois, dès que j’apparaissais, on me disait que ce n’était pas la peine. Au début, je ne comprenais pas. Maiscertaineslecturesm’ontfaitdubien,notamment Du Noir au nègre, l’image du Noir au théâtre, de Sylvie Chalaye. J’ai compris qu’on avait hérité d’un imaginairequidataitdeplusieurssiècles.Aujourd’hui, je ne suis plus dans le « pourquoi », mais dans le « comment », et j’aimerais faire bouger les choses. Vous avez été nominée meilleur espoir féminin pour Bamako d’Abderrahmane Sissako, qu’avezvous ressenti?

ACTRICE ET MILITANTE DEPUIS PRÈS DE UN AN, Aïssa Maïga est marraine de l’Association pour la médecine et la recherche en Afrique (Amref), première organisation africaine internationale de santé publique. Elle soutient aussi depuis peu l’action de la Fondation PlaNet Finance, qui lutte contre l’extrême pauvreté dans les pays du Sud en aidant notamment l’entrepreneuriat féminin. Lorsqu’on lui demande si elle se considère elle-même comme militante, elle relativise: « C’est une implication dans le réel, au quotidien. Je ne le suis pas encore, mais je le deviens, car il n’est pas possible d’être témoin de certaines injustices. » Hors des structures, l’actrice s’engage aussi pour les causes qui lui parlent. Il y a quelques mois, avec Sonia Rolland (Miss France 2000) et Rokhaya Diallo (chroniqueuse, voir J.A. no 2665), elle a signé une pétition pour le retrait de bijoux de « style esclave » commercialisés par la marque L.P. Mango. Une action couronnée de succès. ● N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

D’abord, c’est un rôle très riche : comme les autres comédiens, je passe d’un registre très enfantin, merveilleux, à quelque chose de sombre, d’inquiétant. Le roman donne peu d’indications sur Alise : elle existe par rapport à son amoureux Chick, joué par Gad Elmaleh, obsédé par le personnage de Jean-Sol Partre. Il n’y a qu’une mise à mort qui pourra la libérer du poids de sa propre existence. Alise est aussi une sorte de double de Chloé [l’héroïne de l’histoire, interprétée par Audrey Tautou, NDLR]. Et lorsque cette dernière tombe malade, elle glisse vers la part la plus sombre d’elle-même. Comment s’est déroulé votre travail avec Michel Gondry?

C’était très déstabilisant! Il crée du chaos, casse les habitudes. Par exemple, sur scène, il n’y a jamais de « Coupez ! », il filme en continue et oblige les acteurs à reprendre en permanence. Il est aussi au cœur d’un dispositif qu’il est le seul à connaître. Beaucoup d’effets qui apparaissent dans le film ne sont pas présents sur le plateau au moment du tournage, il y a donc toute une dimension qui nous échappe. Mais paradoxalement, malgré le poids de la technique, il accorde une très grande marge de manœuvre aux acteurs. Comment avez-vous vécu cette immersion dans l’univers bricolé de Gondry?

Le tournage était une déferlante d’images et d’idées.Lemoindreaccessoireétaitminutieusement pensé et réalisé. L’appartement du héros, créé en studio, nous donnait l’impression d’entrer dans une boutique merveilleuse avec de la magie, de l’intelligence partout. L’appartement, vivant, évolue avec l’intrigue et devient « malade », se transformant en une sorte de jungle que nous découvrions au fur et à mesure du tournage. Quels sont vos projets?

Un téléfilm de Denis Malleval, Mortel Été, primé au festival de Luchon, bientôt diffusé sur France 2. Et bientôt Max le millionnaire, une comédie romantique très sympa, avec Max Boublil. ● JEUNE AFRIQUE


Culture médias MUSIQUE

Le grand mix marocain Dans son nouvel opus, Oum célèbre la diversité musicale de son pays, qu’elle mêle volontiers au jazz, à la soul et à la bossanova.

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parisienne. « J’étais un peu la Maghrébine qui devait placer un “habibi” tous les cinq mots, c’était trop formaté à mon goût », justifie la chanteuse. ACOUSTIQUE. Un événement tragique va marquer le cheminement identitaire d’Oum. Le 16 mai 2003, cinq attentats-suicidestuentunequarantainedepersonnesà Casablanca.«Aprèslesexplosions,j’aivules miens solidaires, égaux et pleins d’amour, se rappelle-t-elle. Ce jour-là, j’étais fière de mon pays. » Durant cette période, elle

LAMIA LAHBABI

on prénom composé, Oum El tête », confie-t-elle dans un regard rieur. Ghaït, signifie « Mère de la déliL’« idée » prendra réellement forme vrance ». On le donnait autrefois trois ans plus tard, lorsqu’elle s’installe à aux petites filles nées dans le Casablanca pour se consacrer davantage à désert un jour de pluie. Elle n’a pas vu le sa passion. Elle y donne quelques concerts jour dans les dunes, mais dans le tumulte avec le groupe Brotherhood de Casablanca. Oum n’en a pas pour tout en prenant soin de finir « En France, j’étais un peu autant oublié ses origines sahraouies. Loin ses études. En 2002, une renla Maghrébine qui devait placer de là. Plutôt que sur une scène casablancontre décisive avec le producun “habibi” tous les cinq mots. » caise, c’est dans le désert marocain que la teur français Philippe Delmas chanteuse avait choisi en novembre 2012 va accélérer son parcours artisde dévoiler son nouvel album, Soul of tique. « Il m’a proposé de venir faire des fréquente des artistes de la nouvelle scène Morocco, qui sort le 23 avril. Présenté sur enregistrements en studio et des concerts marocaine qui chantent en darija (arabe la scène ensablée du Festival Taragalte, en France. J’étais ravie, c’étaient mes predialectal).Undéclicseproduit.Désormais, miers textes. » Deux ans plus tard, c’est elle aussi chantera dans sa langue materà M’Hamid el-Ghizlane, dont elle était pourtant elle qui mettra fin à l’expérience nelle. « Je me suis sentie plus vraie, plus la marraine de l’édition 2012, ce troinaturelle », souffle-t-elle. sième opus de la chanteuse Oum commence alors de 34 ans mélange la variété à se faire un nom dans le marocaine au jazz, à la soul et parfois royaume chérifien. Ses chanà la bossanova. sons passent à la radio, elle « Comme son participe à plusieurs festivals nom l’indique, comme Tanjazz, à Tanger, cet album s’insMawazine, à Rabat, ou le pire des différentes Festival gnawa d’Essaouira. âmes musicales de Après Lik’Oum (2009) et mon pays, analyse Sweerty (2012), elle se lance Oum. Il me semble avec un quatuor acoustique plus marocain que dans la création de Soul of les précédents. » Morocco, une ode contemporaine aux multiples facettes Ce retour aux sources s’est fait progressivement, de la musique marocaine. au fil du temps. La petite Mariée, mère d’un petit fan d’Aretha Franklin et de garçon de 5 ans, Oum est Whitney Houston a grandi une artiste épanouie qui à Marrakech. À l’âge de revendique des influences 14 ans, elle découvre la diverses. « Je suis marocaine, donc arabe, méditerranéenne chanson dans une chorale de gospel, séduite par le côté et africaine », lâche-t-elle. « vocal et spirituel » du chant Son style vestimentaire et afro-américain. Entre soison attitude sont l’expression rées familiales au karaoké et de cette identité variée. Sur répétitions avec Armando, un scène, elle arbore turbans pianiste italien qui compose colorés, sarouels et parures pour elle, Oum consacre une traditionnelles. Lorsqu’elle bonne partie de son temps ne chante pas, elle manie les libre à la musique. Le bac crotales (sortes de castagnettes en poche, elle intègre l’École métalliques) gnawas ou lance nationale d’architecture de parfois des youyous, célébrant Rabat. « Je suis partie pour les la diversité marocaine. ● études, mais j’avais toujours BENJAMIN ROGER, Soul of Morocco, d’Oum (Lof Music – MDC/Harmonia l’idée de chanter derrière la envoyé spécial à M’Hamid el-Ghizlane Mundi), à paraître le 23 avril JEUNE AFRIQUE

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■ ■ ■ Décevant

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

ROMAN

Fatou Diome face à ses fantômes Dans son dernier roman, largement autobiographique, l’auteure franco-sénégalaise se confronte aux souvenirs de son enfance. Une démarche nécessaire pour trouver sa place parmi les adultes.

D

MARC JOURNEAU

ans la vraie vie, elle s’appelle Fatou. Dans Impossible de grandir, elle est Salie, une jeune femme qui se raconte par la voix de son double, enfant, « la Petite ». Alors que Salie pourrait se faire une place parmi les adultes de la société française où elle évolue désormais, une petite voix intérieure l’en empêche, la ramenant sans cesse à son enfance sénégalaise. S’installe alors, entre les deux, une conversation imaginaire qui permet d’ouvrir des tiroirs abritant des myriades d’histoires intimes, à l’origine des tumultes intérieurs de l’héroïne. Ainsi Salie apprend-elle que celle qu’elle considère comme sa mère est en réalité sa grandmère, et sa prétendue sœur, sa mère biologique. Un attelage familial complexe pour expier une faute : celle d’être une enfant illégitime, fruit d’amours adolescentes, une bâtarde, une bouche de trop. Une illégitimité

qui semble légitimer les violences de certains membres de la famille, en dépit de l’amour de ses grandsparents, et qui la pousse à vivre à l’écart. Alors, comment devenir adulte quand son enfance a été salie par le regard et les propos d’adultes? Pour « la Petite », la gamine tapie en Salie, il suffit d’assumer ses fêlures en les dévoilant aux autres. Comme dans Kétala, paru en 2006, lesthèmesdel’exil(lascènesedéroule enAlsace)etdelamémoireponctuent ce dernier ouvrage. Mais l’auteure innove en s’attaquant à un tabou: la maltraitance des enfants illégitimes danslasociétésénégalaise.Impossible de grandir est aussi un roman quasi musical – la kora ou encore le flamenco de Paco de Lucía sont omniprésents –, qui laisseparailleursunelarge place à l’autodérision et faitressortirunemosaïque d’émotions et de couleurs. Fatou Diome écrit pour bien clamer sa légitimité de vivre. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM

Impossible de grandir, de Fatou Diome, Éd. Flammarion, 416 pages, 21 euros THÉÂTRE

Requiem à la comorienne AUX COMORES, un dhikri est un hommage rendu à ceux qui ne sont plus. Dans la continuité de ce qu’il a entrepris depuis plusieurs années, Soeuf Elbadawi s’empare de cette tradition soufie pour évoquer, dans une écriture vive et imagée, le sort des Comoriens qui disparaissent dans l’océan Indien en tentant de rejoindre l’île de Mayotte, sous administration française. Dans cette succession d’incantations enragées, il est question du drame d’une nation et du prolongement d’un feuilleton colonial. Mais aussi de l’espoir que « dans ce noir silence de la lave éconduite/ Vérité un jour se tiendra droite ». ● RÉMI CARAYOL

Un dhikri pour nos morts. La rage entre les dents, de Soeuf Elbadawi, Éd. Vents d’ailleurs, 74 pages, 9 euros ■■■ N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

■■■ Ce mois-ci, zoom sur la télévision…

ÉCRAN TOTAL gabonaise*

3 h 47

le temps moyen passé chaque jour devant le petit écran au Gabon

LE PAYSAGE AUDIOVISUEL : À Libreville, 58 % de la population reçoit plus de 20 chaînes de télévision, dont 29 % plus de 60 chaînes

LES LEADERS : La chaîne publique Gabon Télévision (anciennement RTG1) ; Africable, qui a gagné 6 points d’audience quotidienne ; et TV+ LES PROGRAMMES QUI PLAISENT : Le journal télévisé de Gabon Télévision et la série diffusée juste après réunissent chaque soir près d’un quart de la population *Étude TNS Sofres-Africascope 2012 réalisée auprès d’un échantillon de 1 105 individus de 15 ans ou plus résidant à Libreville.

JEUNE AFRIQUE


Culture médias ESSAI

Plaidoyer pour les Touaregs

Lu et approuvé

L’ESSOUF, SELON LA DÉFINITION qu’en fait Gaël Baryin (un pseudonyme), « est une nostalgie douloureuse », une sorte de saudade version touarègue. Cette « maladie incurable », l’auteur de cet essai bref qui mêle la petite et la grande histoire l’a contractée depuis que ses « amis » de la région de Kidal sont au cœur de la guerre dans le Nord-Mali. Le parti pris est évident : il s’agit d’un plaidoyer. Ce témoignage n’en reste pas moins une clé de lecture pour compren– dre les enjeux du conflit actuel. ● R.C.

DR

Dans les mâchoires du chacal. Mes amis touaregs en guerre au NordMali, de Gaël Baryin, Éd. Le passager clandestin, 96 pages, 4 euros ■■■

CINÉMA

Conte urbain ACTEUR, AUTEUR, RÉALISATEUR, la palette de Rachid Djaïdani (38 ans) est très complète. À Cannes, en 2012, son film Rengaine avait été sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs et… fort remarqué. Il sort aujourd’hui en DVD, accompagné des habituels bonus : interviews, plans coupés au montage, etc. Sur un thème rebattu – l’amour impossible entre un Noir et une Arabe –, Djaïdani propose une variation musclée et vivifiante, esthétique, dopée par des dialogues ciselés, mais qui tourne parfois à la caricature. ● NICOLAS MICHEL

Rengaine, de Rachid Djaïdani, avec Sabrina Hamida et Stéphane Soo Mongo, Arte Éditions ■■■ JEUNE AFRIQUE

ALAIN MABANCKOU Écrivain franco-congolais

NAISSANCE D’UNE PLUME

L

année 2013 est une année faste pour les éditions Mémoire d’encrier dirigées par l’écrivain haïtien Rodney Saint-Éloi. Créée en 2003, basée à Montréal, la maison fête son dixième anniversaire. L’occasion pour elle de publier, entre autres, un poids lourd de la littérature contemporaine, Dany Laferrière (Journal d’un écrivain en pyjama) et un premier roman signé par Céline Nannini, Jeune Fille vue de dos.

liberté éclate dans le ton, les amitiés, les amours – même les plus éphémères comme avec ce type rencontré dans un concert : « Au fond je me demande bien ce qu’on aurait pu échanger à part quelques joints et peut-être du sexe. » La solitude de la narratrice est manifeste, souvent enveloppée par ses voyages en littérature, voire avec la littérature : « Je pars à Barcelone, avec Salinger encore, et mon carnet. » Les êtres humains qui l’entourent s’effacent, l’ennuient: « Je pars avec Emmanuel, il ne connaît pas la ville. Il dessine, alors on passera du temps assis Jeune Fille vue de dans la rue, à regarder. dos, de Céline Nannini, C’était comme ça à Éd. Mémoire d’encrier, Palerme. » 150 pages, 19 dollars

Si le livre de Laferrière est une réflexion, un regard sur la création et la marche de notre époque, qui consolide une œuvre déjà célébrée dans le monde entier, il faudrait ici saluer la parution de Jeune Fille vue de dos canadiens comme un tournant Jeune Fille vue de Journal d’un dans les choix éditodos c’est aussi et avant écrivain en pyjama, riaux de Mémoire d’entout une promenade de Dany Laferrière, crier. L’éditeur affirme l i t t é r a i r e ( Ly d i e Éd. Mémoire là sa volonté de publier Salvayre, Alexis Jenni, d’encrier, 320 pages, 24,95 dollars canadiens « le monde », de ne pas Deleuze, Jean Genet…), laisser ce champ aux des sons musicaux, des anciennes capitales coloniales. Céline bruits de train et d’avion, une définiNannini est française, née à Paris, ne tion de ce que devrait être la littérase « sent chez elle nulle part » et « cirture, avec cette grande interrogation cule entre les gares et les livres ». posée par l’auteure : qu’est-ce qu’écrire? Et la vie quotidienne, cataCe premier roman est à l’image de pultée dans les livres, devient une cette errance des origines. Écriture fiction. « C’est pour cette raison que brève, élégante, à la fois poétique et les histoires occupent une si grande « vulgaire » dans le sens le plus noble place dans nos vies. » Une véritable de ce terme. La narratrice « n’arrive réussite qui annonce la naissance à faire face à rien ». On ne peut la voir d’une plume qui comptera dans le que de dos alors qu’elle nous livre le paysage littéraire français et l’imporjournal de cette « incapacité ». En tance que prend désormais une tout, 119 chapitres courts, pérégrinam a i s o n d ’ é d i t i o n a u x ch o i x tions d’une jeune femme dont la courageux. ● N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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Culture médias

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rabattu sur le livre Vingt Années de vie africaine, d’Alexandre Delcommune, publié en 1922. L’homme raconte le cabotage à bord du Roi des Belges, deux ans avant Conrad, et décrit dans le détail les paysages entre Kinshasa et Stanley Falls. « Cela m’a donné une idée plus pr��cise de la géographie des lieux et de la mentalité des colonisateurs établis le long du fleuve », confie Perrissin. À savoir, des « Stanley en carton bouilli » recrutés « parmi les souteneurs, les sous-offs, les maquereaux, les petites frappes et les ratés de tout bord ! » pour reprendre les mots de Conrad.

TOM TIRABOSCO

SORDIDE. Lequel, de retour à Bruxelles

et à Londres, est bouleversé par ce qu’il a constaté sur place. L’homme, à l’origine, n’est pas un opposant à la colonisation. Il est même ouvertement favorable à l’impérialisme et, comme le dit Perrissin, convaincu de se mettre au service du roi Léopold pour « apporter les lumières au continent noir ». « Mais sur place, ajoute le scénariste, il découvre que les méthodes employées sont atroces, notamment sur le chantier du chemin de fer. Rien n’arrête les colons, tout leur est permis du moment € Les auteurs ont travaillé à partir de documents d’époque. où ils peuvent récupérer de l’ivoire et, BANDE DESSINÉE plus tard, du caoutchouc. » C’est cela que condamnera Conrad : plus que l’idéologie, les méthodes de la colonisation. À l’instar de Perrissin, Tom Tirabosco ne s’est pas rendu au Congo: « J’ai travaillé pour en revenir avec un roman pareil », Dans un album fort réussi, Tom sur la base de documents d’époque, sur explique Perrissin. Contrairement à ce Tirabosco et Christian Perrissin des photos de la fin du XIXe siècle et que l’on pourrait attendre d’un écrivainretracent le voyage de Joseph voyageur, Conrad n’a pas rapporté de sur les portraits réalisés dans le HautConrad en Afrique. Congo par un photographe belge des compte rendu précis de son périple sur années 1930, Casimir Zagourski. J’ai les traces de l’explorateur Henry Morton e n’est pas une bande desStanley. « L’arrivée à Boma, la découverte aussi utilisé les souvenirs d’un voyage de Matadi et la marche jusqu’à sinée en noir et blanc, c’est en Amazonie péruvienne Kinshasa décrites dans Au une bande dessinée charau cours duquel j’ai navicœur des ténèbres sont fiables, bonneuse qui se déploie sur gué sur le fleuve à bord car Conrad tenait une sorte 168 pages en dégradés de gris. Kongo, d’un bateau à fond plat. » signé par Christian Perrissin (au scénario) de journal, qui a été publié, Utilisant une technique très et Tom Tirabosco (au dessin), raconte personnelle de monotype à affirme Perrissin. Ensuite, il « le ténébreux voyage de Józef Teodor l’encre rehaussé au pastel faut aller chercher des indiKonrad Korzeniowski », connu quelques blanc, Tirabosco obtient cations ailleurs, notamment années plus tard sous le nom de plume d’étonnants résultats gradans sa correspondance, où de Joseph Conrad, dans l’atmosphère phiques « en termes de il explique les mauvais rapports qu’il entretenait avec les vibrations et de profondeur asphyxiante du Congo exploité par la Belgique. L’expédition se déroule en 1890, hommes à bord du bateau… Kongo, le de champ ». Fond et forme et celui qui est alors capitaine de marine en Il existe bien sûr des biogra- ténébreux s’accordent ici à la perfecreviendra traumatisé et malade, mais aussi phies assez complètes, mais voyage de Józef tion pour restituer tout le transformé par cette expérience violente elles ne donnent pas beaucoup Teodor Konrad sordide d’un passé d’exploiet fondatrice qui servira de matrice au de détails sur la remontée du Korzeniowski, tations et de massacres que deTomTirabosco et chef-d’œuvre qu’est Au cœur des ténèbres. fleuve. » le présent, dans la région, Christian Perrissin, « J’ai voulu raconter ce qu’a vécu Pour pallier ce manque Futuropolis, est loin d’avoir effacé. ● d’informations, Perrissin s’est 180 pages, 24 euros Conrad, ce qu’il a pu découvrir sur place NICOLAS MICHEL

La matrice des ténèbres

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JEUNE AFRIQUE


ANNONCES CLASSÉES

Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

RÉPUBLIQUE DE GUINÉE Travail - Justice – Solidarité

MINISTÈRE DʼÉTAT CHARGÉ DE LʼÉCONOMIE ET DES FINANCES UNITÉ DE COORDINATION ET DʼEXÉCUTION DES PROJETS

PROJET DʼAPPUI À LA GOUVERNANCE, DʼASSISTANCE TECHNIQUE ET RENFORCEMANT DE CAPACITÉS (EGTACB) DON IDA : H 7650-GN UE TF 12640 Date de début : 23 / 04 / 2013 - Date limite : 8 / 05 / 2013 SOLLICITATION DE MANIFESTATIONS DʼINTÉRÊT POUR LE RECRUTEMENT DʼUN CABINET ASSISTANCE TECHNIQUE EN APPUI À LA PASSATION DES MARCHÉS ET AUX FINANCES PUBLIQUES (GESTION BUDGÉTAIRE ET INVESTISSEMENTS PUBLICS)

Lʼobjectif général visé par les prestations objet des présents termes de références est lʼamélioration de la gestion des finances publiques en Guinée, tel que présenté dans la matrice globale des quarante-deux “actions” prioritaires du Plan Stratégique de Réformes des Finances Publiques (PSRFP) élaborées en accord avec le FMI en 2008 et mis à jour en 2011. Le Cabinet à recruter apportera une Assistance technique en appui à la passation des marchés et aux Finances Publiques (gestion budgétaire et investissements publics) ; Les Services comprennent : a) Passation des marchés publics - Appui à la mise place de lʼAutorité de régulation des marchés publics (ARMP) ; - Appui à la mise œuvre du nouveau code des marchés publics ; - Formation à lʼutilisation du nouveau système passation des marchés publics.

c) Gestion budgétaire - Renforcement des capacités des ressources humaines en matière de préparation et dʼexécution budgétaire ; - Maîtrise des effectifs de la fonction publique et de la masse salariale à travers lʼinterconnexion des systèmes informatiques œuvrant à la gestion et au contrôle des ressources humaines ; - Coordination de lʼensemble des activités du programme concourant à lʼamélioration de la gestion des finances publiques (composante 1). - Prestations de la formation au MEF sur la préparation et lʼexécution budgétaire (Embauche des formateurs, formation des formateurs, organisation. Les Consultants (Firme) intéressés doivent fournir les informations et documents indiquant quʼils sont qualifiés pour exécuter les services (brochures, toutes références concernant lʼexécution de contrats analogues, expérience dans des conditions semblables, disponibilité des connaissances nécessaires parmi le personnel, etc.…). Les consultants peuvent sʼassocier pour renforcer leurs compétences respectives. Le Consultant (Firme) sera sélectionné suivant la méthode de sélection fondée sur la Qualité et le Coût (SFQC) en accord avec les procédures définies dans les Directives : Sélection et Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale de Janvier 2011. Les Consultants (Firmes) intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires (Termes de Référence) au sujet des documents de référence à lʼadresse mentionnée ci-dessous et aux heures suivantes : du lundi au jeudi : de 9h à 16h 00ʼ et le vendredi : de 9h à 13h. Les manifestations dʼintérêts doivent être déposées au plus tard le 8 Mai 2013 à 10 h à lʼadresse ci-après : UCEP : Unité de Coordination et dʼExécution des Projets Immeuble « Air France ex Fria Base » 7e étage Quartier Almamya, Commune de Kaloum – Conakry Courrier électronique : egtacbwb@yahoo.fr. Pour plus de précision contacter les numéros ci-après : (224) 664 43 50 41 / 657 52 75 47 / 631 34 34 16. Le Coordonnateur JEUNE AFRIQUE

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Manifestation d’intérêt

b) Investissements publics - Mise en place dʼun système fiable et efficace de suivi-évaluation des projets et programmes ; - Renforcement des capacités de programmation et de mise en œuvre des investissements publics ; - Réalisation dʼune étude de faisabilité sur la planification de la formation durable ;


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Annonces classées Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) Direction du Développement Rural et des Infrastructures (DDRI)

AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT

Manifestation d’intérêt

1. La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD a obtenu du Gouvernement de la Confédération Suisse, des ressources destinées au financement d’un Programme d’Assurance Récolte dans les pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (PAR-UEMOA). Une partie de ces ressources est affectée au paiement des prestations faisant l’objet du présent avis à manifestation d’intérêt. 2. Le présent avis a pour objet de présélectionner les candidats pour la mise en place auprès de la BOAD, d‘une équipe d’experts spécialisés dans le domaine de l’assurance agricole/récolte et s’adresse à tous les cabinets régulièrement constitués et intervenant dans ledit domaine. 3. L’objet des prestations est de mettre à la disposition de la BOAD des experts en qualité d’assistants techniques chargés d’appuyer la Banque dans la mise en œuvre du PAR-UEMOA . 4. La durée cumulée des prestations des experts sera de 32 hommes/mois étalés sur la période de 2013 à 2015. 5. Les services attendus des experts sont notamment l’appui à la BOAD pour : i) la préparation, l’évaluation et la supervision des projets d’assurance récolte ; ii) la mise en œuvre des projets d’assurance récolte (tarification des primes, polices d’assurance, stratégie de commercialisation) ; iii) la promotion de l’assurance récolte ; iv) l’élaboration des manuels d’opérations de suivi et de supervision des projets d’assurance récolte et v) la formation des cadres de la BOAD et des autres acteurs des Etats impliqués dans le montage des projets pilotes et des projets d’interventions en assurance récolte. 6. Les critères de sélection des candidats sont les suivants : i) la présentation du candidat et les expériences pertinentes ; ii) les qualifications des experts proposés en rapport avec les services attendus ; iii) les références du candidat concernant l’exécution des prestations similaires ; iv) l’adéquation du programme de transfert des connaissances / Formation des cadres BOAD et autres acteurs impliqués dans le PAR-UEMOA. 7. Les candidats peuvent s’associer en groupement ou consortium pour renforcer leurs compétences respectives afin de présenter un dossier compétitif. 8. Les candidats intéressés par la présente préselection sont invités à manifester leur intérêt pour les prestations indiquées ci-dessus en fournissant un dossier comprenant les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services prévus. 9. Les cabinets intéressés par la mission doivent présenter une attestation d’immatriculation au registre du commerce et une attestation de non faillite datant de moins de trois (3) mois. 10. Les informations complémentaires peuvent être obtenues à l’adresse suivante : Monsieur le Directeur de la DDRI/ BOAD BP 1172, Lomé (Togo) E-mail : mkone@boad.org ou ambengue@boad.org. 11. Les manifestations d’intérêt rédigées en français en cinq (05) exemplaires et une copie originale devront parvenir à l’adresse indiquée ci-dessus au plus tard le 29 Avril 2013 à 17h00 T.U. Seuls les cabinets retenus à l’issue de l’évaluation de la présélection seront consultés. Le Directeur de la DDRI BOAD

MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DES FINANCES, DU PLAN, DU PORTEFEUILLE PUBLIC ET DE L’INTÉGRATION PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE Crédit n° 5063-CG- Financement IDA - Unité d’Exécution du Projet B.P 2116 Brazzaville, République du Congo, Tel : 05 551 96 11, Courriel: prctg@yahoo.fr

AVIS DE SOLLICITATION À MANIFESTATION D’INTÉRÊT N° 02/MEFPPPI-CAB/PRCTG II/13 « Recrutement d’un Consultant individuel international en suivi-évaluation auprès de l’Observatoire Anti-Corruption » 1. Le Gouvernement de la République du Congo a obtenu auprès de l’Association Internationale de Développement (IDA) un crédit (Crédit n° 5063-CG) du Projet de Renforcement des Capacités de Transparence et de Gouvernance (PRCTG), et a l’intention d’utiliser une partie du montant dudit crédit pour financer les services de consultants ci-après : Recrutement d’un Consultant individuel international en suivi-évaluation auprès de l’Observatoire AntiCorruption. 2. L’objectif de la mission de l’expert international en suivi-évaluation est de mettre en place un système de suivi-évaluation des activités de l’OAC. Le mandat de l’expert international en gouvernance financière est prévu pour une durée de douze (12) mois, comprenant trois (03) missions d’un mois chacune dont les périodes seront fixées d’accord parties en fonction du programme d’activités de l’OAC. 3. L’Unité d’Exécution du PRCTG invite les candidats intéressés à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les Consultants intéressés doivent fournir des informations pertinentes indiquant leurs capacités techniques à exécuter lesdits services. Le dossier de candidature devra comporter les renseignements suivants : • les copies des diplômes ; • les compétences du candidat pour la mission, notamment l’indication de références techniques vérifiables en matière de missions similaires (liste des précédents clients pour ce type de mission : année, coût de la mission, nom et adresse complète du représentant du client, méthodologie mise en œuvre et résultats obtenus) ; • l’adresse complète du consultant (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Courriel). N° 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

Profil du Consultant : - avoir un diplôme universitaire supérieur (Bac +5) en rapport avec l’économie, les finances publiques, le système d’information, etc.) ; - avoir une expérience avérée dans la conception et la mise en œuvre de système de suivi-évaluation des projets d’investissement public et privé ; - avoir une bonne maîtrise de l’outil informatique (Word, Excel, PowerPoint, MS Project…). 4. Sur cette base, un Consultant individuel sera sélectionné conformément aux Directives de la Banque « Sélection et Emploi des Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale de janvier 2011». Le Consultant sera sélectionné sur la base de la comparaison des CV. 5. Les intéressés doivent s’adresser à l’Unité d’Exécution du PRCTG pour obtenir des informations supplémentaires, à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables, de 8 h 00 à 16 h 00. 6. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées sous pli fermé ou en version électronique à l’adresse ci-dessous, au plus tard, le vendredi 10 mai 2013 : PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE UNITÉ D’EXÉCUTION DU PROJET - SECTION PASSATION DES MARCHÉS B.P 2116 Brazzaville, République du Congo Derrière le Commissariat Central Courriel : prctg@yahoo.fr Brazzaville, le 17 avril 2013 Le Coordonnateur Marie Alphonse ITOUA JEUNE AFRIQUE


Annonces classées

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AVIS DE CONSULTATION N° 025/2013/UGFM-SEIB.sa Pour la sélection d’un cabinet de consultants chargé de la fourniture et l’installation d’un logiciel de gestion comptable et financière au profit de l’Unité de Gestion du Fonds Mondial SEIB.sa (UGFM-SEIB.sa) et du Programme National de Lutte contre le SIDA (PNLS)

01 BP 472 au courriel : seibsaugfm@gmail.com » ou au siège de l’UGFM-SEIB.sa (au 3ème étage immeuble BADIROU, à l’angle de rue amenant à l’Eglise catholique Sainte Thérèse de PK6. Cet immeuble est situé à quelques mètres de l’agence MTN abattoir) à Akpakpa Cotonou. Ce dossier peut être téléchargé sur le site http://appel-d-offre.dgmarket.com/tenders... Aucune proposition ne doit porter l’identification du candidat, conformément aux dispositions de l’appel à candidature. Seule la mention «APPEL À CANDIDATURE POUR LA FOURNITURE ET L’INSTALLATION D’UN LOGICIEL DE GESTION COMPTABLE ET FINANCIÈRE À L’UGFM-SEIB.sa ET AU PNLS DU BÉNIN » doit figurer sur le pli. Toutes les propositions doivent parvenir sous plis fermés au Bureau de l’UGFMSEIB.sa sis à Cotonou à l'adresse indiquée ci-dessus, au plus tard le jeudi 06 juin 2013 à 09 heures 30 minutes (heure locale, GMT +1). L'ouverture des propositions techniques aura lieu en séance publique le même jour à partir de 10 heures (heure locale, GMT +1) à la salle de réunion de l’UGFM-SEIB.sa (au 3ème étage immeuble BADIROU) à Akpakpa Cotonou. Attention : les propositions financières ne seront pas ouvertes le même jour. Prière d’en tenir compte pour la préparation de vos propositions. Les candidats qui le souhaitent peuvent assister ou se faire représenter à la séance d'ouverture des propositions techniques. Les propositions seront valables pendant une durée de quatre vingt dix (90) jours à compter de la date d’ouverture des plis. Tous renseignements complémentaires peuvent être obtenus au courriel à seibsaugfm@gmail.com. L’UGFM-SEIB.sa se réserve le droit de ne pas donner de suite à cette consultation. Cotonou, le 19 avril 2013 Le Superviseur de la subvention Yannick GNACADJA

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL : Appel d’Offres international N° 00002 Le Ministère Délégué au Budget lance un avis d’Appel d’Offres international pour la sélection d’une société de renommée internationale pour la mise en place d’un programme de vérification des importations (PVI) et de scannage des marchandises. Le Ministère Délégué au Budget a inscrit au Budget National de Développement, exercice 2013 des crédits pour financer le coût de la mission et compte utiliser une partie de ces crédits pour effectuer les paiements au titre du marché pour lequel le présent avis est publié. Le dossier d’Appel d’Offres international peut être retiré à titre onéreux auprès de la Division des Affaires Financières (DAF) du Ministère Délégué au Budget le lundi 22 avril 2013 à 10 heures, moyennant paiement d’un montant non remboursable de cinq mille dollars américains (5.000USD) ou sa contre-valeur en Francs Guinéens. Ce montant sera versé sur le compte n° 41-11-071 intitulé Receveur Central du Trésor à la BCRG au vu d’une autorisation d’achat délivrée par le Chef de la DAF. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir des renseignements complémentaires auprès dudit Ministère ou de la Direction Générale des Douanes. Les Offres sont valables pour une période de 90 jours à compter de la date limite de dépôt des offres fixée au Mardi 21 mai 2013 à 12 heures à la Division des Affaires Financières du Ministère Délégué au Budget. L’ouverture des plis aura lieu à la même date à 12 h 30 dans la salle de conférence de l’Administration et Contrôle des Grands Projets en présence des soumissionnaires qui souhaiteraient y assister. Fait à Conakry, le 15 avril 2013 Le Chef de Cabinet Mohamed Lamine Yayo JEUNE AFRIQUE

N° 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

Avis de consultation - Appel d’offres

La République du Bénin a obtenu du Fonds Mondial de lutte contre le VIH/SIDA, la Tuberculose et le Paludisme (FM) une subvention destinée à appuyer le Bénin dans sa stratégie d’intensification de la lutte contre le SIDA, conformément aux propositions soumises pour la composante SIDA au Round 9 du Fonds mondial par le Comité National de Coordination (CNC) du Bénin, instance nationale de coordination des activités du Fonds Mondial. Au nombre des Bénéficiaires Principaux, on a le Ministère de la Santé du Bénin à travers le Programme National de Lutte contre le SIDA (PNLS) et la Société d’Électricité Industrielle et de Bâtiment (SEIB SA) pour le secteur privé. Dans le cadre de la mise en œuvre des activités du Round 5 et 9 consolidés, il a été procédé au paramétrage de l’ensemble du budget dans un logiciel de gestion comptable. Ce logiciel n’ayant pas comblé les attentes sur la subvention, il a été décidé de le changer. C’est dans ce cadre que se situe cette mission. Cette mission doit permettre d’atteindre les objectifs suivants : - l’acquisition, l’installation et le paramétrage d’un logiciel pour l’amélioration de la gestion financière comptable et budgétaire, - la formation du personnel à l’utilisation du système ; - l’assistance au démarrage et accompagnement ; - l’assistance lors du transfert des données de l’ancien Logiciel vers le nouveau ; - la maintenance du système pour deux années. Aussi, pour assurer la sélection du cabinet à qui reviendra la réalisation de cette mission, l’UGFM-SEIB.sa lance-t-elle un Appel à candidature. Cet appel à candidature est ouvert à égalité de conditions aux cabinets qualifiés dans le domaine et qui disposent de l’expérience requise pour une conduite professionnelle de la prestation dans le respect des spécifications techniques exigées dans le Dossier d’Appel à candidature. Les candidats peuvent retirer le dossier complet d’Appel à candidature gratuitement ou obtenir de plus amples informations à partir du lundi 22 avril 2013 à 09 heures, (heure locale, GMT+1) à : « Unité de Gestion du Fonds Mondial SEIB.sa Cotonou


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Annonces classées RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO MINISTÈRE DES RESSOURCES HYDRAULIQUES ET ÉLECTRICITÉ SOCIÉTÉ NATIONALE D’ÉLECTRICITÉ (SNEL) sarl

PROJET DE DÉVELOPPEMENT DES MARCHÉS D’ÉLECTRICITÉ POUR LA CONSOMMATION DOMESTIQUE ET À L’EXPORT (PMEDE) DON IDA H296 – ZR AON n° 005/PMEDE/SNEL/DG/CDP/CPM/GKW/2013/MF Fourniture d’un groupe électrogène de 250 kVA pour la Coordination des Projets de la SNEL sarl.

Recrutement - Appel d’offres

AVIS D’APPEL D’OFFRES

1. Le présent avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis général de passation Le paiement sera effectué par versement d’espèces au compte des marchés du projet PMEDE paru le 12 avril 2007 dans Dg Market et n° « 0133579-15 », intitulé SNEL-PROJET UGP/PMEDE auprès de la dans la presse locale ainsi que le 14 septembre 2008 dans Jeune Banque Commerciale du Congo (BCDC) / Kinshasa, code SWIFT : Afrique, dans Dg Market et dans les journaux locaux. BCDCCDKI. Le Dossier d’appel d’offres sera envoyé aux soumission2. La République Démocratique du Congo a obtenu un don de naires, contre présentation de la preuve de paiement, par courrier. Les l’Association Internationale de Développement (IDA) pour financer le frais d’envoi des dossiers aux acheteurs sont en sus et à charge de ces Projet de Développement des Marchés d’Electricité pour la consomderniers. mation Domestique et à l’Export (PMEDE). Elle se propose d’utiliser Les frais d’envoi des dossiers aux acheteurs sont en sus et à charge de une partie du montant de ce don pour effectuer les paiements ces derniers. autorisés au titre du marché. 7. Les Soumissions devront être déposées à l’adresse ci-dessous au plus 3. La Coordination des Projets SNEL(CDP), pour le compte de la Société tard le mardi 21 mai 2013 à 15H00’ (heure locale, TU+1) sous pli Nationale d’Electricité (SNEL), invite les candidats admis à concourir, scellé et doivent être clairement marquées « AON n°005/PMEDE/ entreprises ou groupements d’entreprises, à soumettre leurs offres sous SNEL/DG/CDP/CPM/GKW/ 2013/MF : Fourniture d’un groupe pli scellé pour les fournitures et services connexes concernés. électrogène ». Les dépôts électroniques ne seront pas admis. Les La fourniture concernée est la suivante : un groupe électrogène soumissions présentées hors délais seront rejetées. diesel de service continu, insonorisé (capoté) avec inverseur de Les offres soumises doivent être assorties d’une garantie de l’offre de démarrage automatique. 15.000 USD (quinze mille dollars américains). La garantie de 4. La passation du Marché sera conduite par Appel d‘offres national soumission sera une garantie bancaire. Cette garantie de soumission (AON) tel que défini dans les « Directives : passation des marchés demeurera valide pendant vingt-huit (28) jours au-delà de la date financés par les Prêts de la BIRD et les Crédits de l‘IDA » (Edition mai limite initiale de validité des offres, ou de toute nouvelle date limite de 2004, révisée en octobre 2006 et janvier 2011). Le DAO type de la validité demandée par l'Acheteur et acceptée par le Soumissionnaire, Banque Mondiale est « Passation des Marchés de Fournitures ». Il est conformément aux dispositions de la Clause 20.2 des IS. La période de ouvert à tous les candidats originaires des pays membres de la Banque validité initiale des offres est de cent vingt (120) jours. mondiale et remplissant les conditions stipulées dans les Directives. Les plis seront ouverts en présence des représentants des soumission5. Les candidats répondant aux critères de participation et qui le sounaires qui décident d’assister à la séance d’ouverture qui aura lieu le haitent peuvent obtenir tout renseignement complémentaire auprès de mardi 21 mai 2013 à 15H30’ à l’adresse ci-dessous : la Coordination des Projets de la SNEL sarl (CDP/SNEL) et prendre La Coordination des Projets (CDP) connaissance des documents d’appel d’offres à l’adresse reprise Avenue le Marinel n° 06, Immeuble le Marinel, Quartier Lemera ci-dessous, de 9h à 16h (heures locales, TU+1). Kinshasa / Gombe - République Démocratique du Congo 6. Les soumissionnaires intéressés peuvent acheter un jeu complet du Tél : (00243)81 7005428 ; (00243) 81 0040030 dossier d’appel d’offres à l’adresse mentionnée ci-dessus sur présentaE-mail : cdp.snel@yahoo.fr Le Coordonnateur des Projets tion d’une demande écrite et moyennant paiement d’un montant non MASOSO BUMBA remboursable de cent dollars américains (100 $US).

&-*$!%# ("-#.! ) '.,"%+!./ Parution 28 avril 2013 3"',($,# $+&(, ,/)12.,/,-& )%01*.*&2*(, 2$2-& 1, !4 2$(*1 N° 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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AVIS DE CONSULTATION

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Les cabinets intéressés par cette consultation devront faire parvenir leurs soumissions au Siège de la BCEAO à Dakar, à l'adresse suivante : BCEAO SIÈGE Direction de la Gestion des Ressources Humaines (DGRH) Avenue Abdoulaye FADIGA BP 3108 Dakar Tél : (00221) 33 839 05 00 Fax : (00221) 33 823 93 35 La date limite de dépôt des offres est fixée au 3 mai 2013 à 16 heures GMT. Avenue Joseph ANOMA 01 B.P. 1878 Abidjan 01/Côte d’Ivoire Site web : http://www.crepmf.

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N° 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013


Vous & nous

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Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

et aux manifestations qui ont suivi (voir pp. 38-39). Sur notre site internet, nous avons également couvert le récent séjour du capitaine Moussa Dadis Camara à Nzérékoré. Mais, nous en convenons, les sujets d’actualité ne manquent pas et nous les traiterons. CELLOU BINALI/AFP

LA RÉDACTION

Plaidoyer Mieux couvrir la Guinée À CHAQUE NUMÉRO de J.A., je me hâte de dévorer le « Ce que je crois » de Béchir Ben Yahmed. Paru dans votre édition du 14 au 20 avril sous le titre « Trois mois ; deux ans », celui du n° 2727 m’inspire quelques réflexions. Alassane Ouattara et Alpha Condé ont été élus quasiment à la même période, or il n’y a pas un traître mot sur la Guinée-Conakry. Dans la perspective des élections législatives – tant attendues –, le pays est pourtant de retour dans l’actualité et les sujets ne manquent pas. La mission de Saïd Djinnit, représentant du secrétaire général de l’ONU en Afrique de l’Ouest, pourrait en être un, tout comme la nomination de médiateurs internationaux, dont l’ancien ministre sénégalais de l’Intérieur, le général Lamine Cissé. Si le pays n’a pas connu des lendemains postélectoraux aussi sombres que ceux de la Côte d’Ivoire, c’est grâce aux principaux leaders de l’opposition, notamment son chef de file Cellou Dalein Diallo. Nous espérons voir N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

€ Alpha Condé et Alassane Ouattara à Conakry, en décembre 2011.

votre hebdomadaire couvrir davantage la Guinée. ● THIOUCCOUDY DIENG, Koumpentoum, Sénégal

Réponse Votre vœu est exaucé: la présente édition consacre un dossier à l’annonce de la date des élections législatives, le 30 juin,

Élections Haro sur le cumul des mandats ALORS QUE les élections locales se profilent en Côte d’Ivoire, force est de constater que de nombreux candidats du parti présidentiel occupent déjà des fonctions électives ou des postes importants au sommet de l’État. Certains sont députés, d’a u t re s, m i n i s t re s o u membres du cabinet présidentiel. Certes, la plupart de ces candidats cumulards ont soutenu Alassane Ouattara

Tensions Qui veut paralyser la Guinée ?

dans sa conquête du pouvoir. Pour autant, une dette de reconnaissance ne saurait être éternelle et ne devrait pas altérer la volonté du président de donner une autre image de la Côte d’Ivoire. Après les élections, le président devra donc prendre ses responsabilités en écartant du gouvernement et des postes clés de l’administration toutes les personnes ayant trop de charges pour les confier à d’autres, plus disponibles. Les élus doivent vivre au contact des populations pour mieux s’imprégner de leurs difficultés et y apporter des solutions appropriées. C’est cela le chemin de l’émergence à l’horizon 2020. ● MOUSSA SANOGO, Courdimanche, France

Éditions Question de dates FIDÈLE LECTEUR de Jeune Afrique, je relève une petite erreur de dates dans les deux précédents numéros de ce mois d’avril. Ainsi, l’édition n° 2726 qui fait sa une sur les nouveaux francs-maçons est datée du 7 au 20 avril, tandis que la 2727, avec un spécial 36 pages sur le Gabon (Le Gabon change-t-il vraiment?), est, elle, datée du 14 au 20 avril! ●

CURIEUX, CETTE FAÇON qu’a l’opposition guinéenne d’exiger à nouveau le report des élections législatives. Parce qu’il est essentiel de doter le pays d’une Assemblée nationale digne de ce nom, avec des députés représentatifs, il est indispensable que des élections législatives apaisées puissent effectivement se dérouler le 30 juin prochain. La démocratie et l’unité nationale sont à ce prix-là. À cet égard, il convient de saluer l’attitude du président Alpha Condé, qui n’a cessé de consulter l’opposition. Cette dernière devrait de son côté mettre un terme à sa stratégie de blocage des propositions et de rejet de la main tendue par une multiplication des manifestations, violentes pour certaines. À moins que des esprits chagrins n’envisagent de profiter d’un éventuel report du scrutin pour plonger le pays dans le chaos ? ●

Réponse L’intérêt porté par nos lecteurs aux dossiers consacrés à la franc-maçonnerie nous a conduit à mettre en vente le n o 2726 pendant deux semaines (du 7 au 20 avril), sous la dénomination 2726S (pour spécial). Cette durée de parution inhabituelle a chevauché celle du n° 2727 (14 au 20 avril). En tout cas, merci pour votre attention.

LANCINÉ CAMARA, Paris, France

LA RÉDACTION

DAVY E. MAKOUANGOU, Brazzaville, Congo

JEUNE AFRIQUE


Vous nous

que je suis l’un des protagonistes de votre enquête. Une précision cependant : contrairement à ce qui est indiqué, je suis malien d’origine et non ivoirien, tout en restant un africaniste convaincu. ● SIBY ISMAEL,

DR

Hong Kong, République de Chine

€ Chungking Mansion, Sur Nathan Road, à Hong Kong.

Précision Malien et africaniste convaincu FÉLICITATIONS pour votre article dédié à Chungking Mansion et sa vie cosmopolite. Il permet de se rendre compte que la mixité sociale est une réalité au cœur de la capitale financière de l’Asie. J’apprécie d’autant plus

Réponse Merci pour votre vigilance et toutes nos excuses pour les éventuels désagréments liés à cette confusion. LA RÉDACTION

Émulation Bien utile section « Économie » DEPUIS l’école primaire, je lis avec passion Jeune Afrique. Le lundi je l’attends avec une grande impatience,

après en avoir suivi la présentation du sommaire sur RFI, le dimanche. Toutes mes félicitations pour votre section « Économie », qui pousse tout Africain au travail, à la performance, au leadership. La lire donne réellement envie de réussir quel que soit le secteur d’activité dans lequel on évolue. Je suis persuadé qu’elle contribue largement à l’émergence de nombre d’entreprises et de sociétés sur notre continent. Et q u i c o n q u e l i t c e tt e rubrique avec assiduité n’a qu’une seule envie : faire comme les personnes qui y sont présentées, c’est-à-dire se dépasser. Vous créez une saine émulation. ●

Wade De l’art de la voyance et de l’esbroufe MERCI POUR VOTRE couverture de l’affaire Karim Wade, notamment sur votre site internet. Cependant, j’ai été surprise de noter qu’en guise de derniers développements de ce feuilleton (car c’en est un), votre édition n° 2727 nous gratifie du portrait de Selbé Ndom, voyante de son état… Quelle est la pertinence de ses propos ? Pourquoi les relayer ? Et je ne parle même pas de la chute de l’article, « En accablant Karim, [le procureur] va le mettre dans la lumière. » Ah bon ? A-t-elle trouvé ça toute seule ? Soyons sérieux ! ●

ISÏE BITON KOULIBALY,

KADIJA N’DIAYE,

Abidjan, Côte d’Ivoire

Dakar, Sénégal

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HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE

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Post-scriptum Fawzia Zouari

Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (53e année) Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com DIRECTION Directeur de la publication : BÉCHIR BEN YAHMED (bby@jeuneafrique.com) Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

Le paradis perdu des Suédoises

RÉDACTION Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com)

J

USQUELÀ, JE CROYAIS que les Suédoises étaient les femmes les plus choyées et les plus heureuses sur terre. Ne l’est-on pas quand on bénéficie du même statut légal, des mêmes pouvoirs et des mêmes libertés que les hommes ? Et voilà qu’on m’annonce le contraire : « La haine des femmes ébranle la Suède », titre le quotidien français Le Monde dans son édition datée du 21 mars. Je tombe de haut. Dans ce paradis de houris au regard azur on détesterait le sexe féminin? Comme en terre d’islam? Comme chez les Arabes et les Afghans? Bienvenues au club, les filles ! Mais, d’abord, dites-moi, de quoi souffrez-vous au juste ? « Des messages de haine et des agressions verbales à caractère sexuel subies sur internet », répond Asa Linderborg. Dans un éditorial publié le 20 décembre 2012, la journaliste du quotidien Aftonbladet raconte que les menaces qu’elle a reçues après la diffusion d’une série d’enquêtes sur l’extrême droite lui ont valu d’être placée sous protection policière. À cela vient s’ajouter, entre autres, le témoignage d’une adolescente qui a reçu des milliers de mails injurieux pour avoir protesté sur son compte Facebook contre un tee-shirt de H&M à l’effigie du rappeur américain Tupac, condamné pour agression sexuelle. Bon, une insulte, ce n’est quand même pas une lapidation ! Sauf que le problème paraît plus sérieux dès qu’on en cherche les causes profondes. Le chômage, la mondialisation, le sentiment d’être abandonné par l’establishment, explique poliment Asa Linderborg. Elle évoque également la droitisation galopante du pays. Mais nulle part elle ne met en cause l’immigration ou l’islam. Pourtant, elle avance qu’un nouveau degré de violence a été franchi depuis Anders Behring Breivik (l’auteur des tueries d’Oslo et d’Utoya qui ont fait 77 morts en 2011, principalement des jeunes sociaux-démocrates qualifiés de « traîtres » en puissance). Quand on sait que le même Breivik a justifié ses attentats par une « croisade » contre l’islam, s’enorgueillissant de lutter pour empêcher les mahométans d’envahir l’Europe, on ne peut plus esquiver : l’antiféminisme naissant en Suède est dû à l’offensive d’une droite nationaliste motivée par son opposition au radicalisme musulman, voire à l’islam. Dans l’absolu, ce n’est pas la droite qui libère la parole antifemmes ; c’est la peur de l’islamisme qui pousse à faire feu de tout bois, y compris contre des Suédoises qui n’en sont pas les relais. On n’est pas sortis de l’auberge, me direz-vous. Mais deux conclusions se dégagent : les nationalistes scandinaves qui affirment détester l’islam pour sa misogynie tombent dans le même travers et finissent par se comporter comme des barbus ; l’islamisme ne fait pas des victimes qu’en terre d’islam : il met à l’épreuve le féminisme occidental dont la défense et l’illustration nous ont été données à travers le modèle suédois. Eh oui ! C’est comme ça, n’hésitons pas à appeler un chat un chat. ●

Rédaction en chef : Claude Leblanc (c.leblanc@jeuneafrique.com), Élise Colette (éditions électroniques, e.colette@jeuneafrique.com), Laurent Giraud-Coudière (technique, lgc@jeuneafrique.com) Conseillers de la direction de la rédaction : Hamid Barrada, Aldo de Silva, Dominique Mataillet, Renaud de Rochebrune Secrétariat : Chantal Lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), Tarek Moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Frédéric Maury (Économie), JeanMichel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), Cécile Manciaux (Le Plus de J.A.), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), Clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine Clerc, Fabien Mollon, Ophélie Négros Rédaction : Pascal Airault, Youssef Aït Akdim, Farid Alilat, Mehdi Ba (à Dakar), Stéphane Ballong, Ryadh Benlahrech, Pierre Boisselet, Rémi Carayol, Julien Clémençot, Frida Dahmani (à Tunis), Georges Dougueli, Malika Groga-Bada, Trésor Kibangula, Christophe Le Bec, Nicolas Michel, Haby Niakate, Cherif Ouazani, Michael Pauron, Abdel Pitroipa, Fanny Rey, Laurent de Saint Périer, Justine Spiegel, Tshitenge Lubabu M.K., Marie Villacèque ; collaborateurs : Edmond Bertrand, Christophe Boisbouvier, Patrick Seale; accords spéciaux : Financial Times Responsable de la communication : Vanessa Ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) RÉALISATION Maquette: Marc Trenson (directeur artistique), Stéphanie Creuzé, Julie Eneau, Jean-Philippe Gauthier, Éric Le Mière, Valérie Olivier; révision: Nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir Pol; fabrication: Philippe Martin (chef de service), Christian Kasongo; service photo: Dan Torres (directrice photo), Nathalie Clavé, Vincent Fournier, Claire Vattebled; documentation: Anita Corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence Turenne, Angéline Veyret JEUNEAFRIQUE.COM Direction éditoriale : Élise Colette ; chefs d’édition : Pierre-François Naudé, Frédéric Maury (économie) ; rédaction : Vincent Duhem, Jean-Sébastien Josset, Mathieu Olivier, Benjamin Roger et Nicolas Teisserenc Responsable web : Jean-Marie Miny ; studio : Cristina Bautista, Jun Feng et Maxime Pierdet VENTES ET ABONNEMENTS Directeur marketing et diffusion : Philippe Saül ; responsable des ventes adjointe : Sandra Drouet ; chef de produit : Dhouha Boistuaud, Maty N’Dome ; abonnements : Laetitia Banelle avec: COM&COM, Groupe Jeune Afrique 18-20, avenue Édouard-Herriot, 92350 Le Plessis-Robinson. Tél. : 33 1 40 94 22 22 ; Fax : 33 1 40 94 22 32. E-mail : jeuneafrique@ cometcom.fr ●

COMMUNICATION ET PUBLICITÉ AGENCE INTERNATIONALE POUR LA DIFFUSION DE LA COMMUNICATION

S.A. au capital de 3 millions d’euros – Régie publicitaire centrale de SIFIJA 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 Paris Tél. : 01 44 30 19 60 Fax : 01 45 20 08 23/01 44 30 19 86. Courriel : regie@jeuneafrique.com

Président : Danielle Ben Yahmed ; directeur général : Amir Ben Yahmed ; direction centrale : Christine Duclos ; direction du développement : Florian Serfaty ; secrétariat : Chantal Bouillet ; chef de studio : Chrystel Carrière ; gestion et recouvrement : Pascaline Brémond ; service technique et administratif : Mohamed Diaf RÉGIES : Direction de la publicité : Laure Nitkowski, avec Catherine Weliachew, Virginie Vatin, Zehia Yahiaoui (directrices de clientèle), Nsona Kamalandua (chef de publicité), assistées de Patricia Malhaire ; annonces classées : Fabienne Lefebvre avec Blandine Delporte, Richelle Abihssira, assistées de Sylvie Largillière Chargées de mission : Nisrine Batata, Zine Ben Yahmed, Fatoumata Tandjan REPRÉSENTATIONS EXTÉRIEURES MAROC SIFIJA, Nabila Berrada. Centre commercial Paranfa, Aïn Diab, Casablanca. Tél. : (212) (5) 22 39 04 54 Fax : (212) (5) 22 39 07 16. TUNISIE SAPCOM, Mourad Larbi. 15-17, rue du 18-Janvier-1952, 1001 Tunis. Tél. : (216) 71 331 244 ; Fax : (216) 71 353 522. SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE FINANCEMENT ET D’INVESTISSEMENT S.C.A. au capital de 15 millions d’euros Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS | RCS PARIS B 784 683 484 TVA : FR47 784 683 484 000 25

Gérant commandité: Béchir Ben Yahmed; vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Directeur général adjoint: Jean-Baptiste Aubriot; secrétariat: Dominique Rouillon; contrôle de gestion: Charlotte Visdeloup; finances, comptabilité: Monique Éverard et Fatiha Maloum-Abtouche; juridique, administration et ressources humaines: Sylvie Vogel, avec Karine Deniau (services généraux) et Delphine Eyraud (ressources humaines); Club des actionnaires: Dominique Rouillon IMPRIMEUR SIEP - FRANCE. COMMISSION PARITAIRE: 1016C80822. DÉPÔT LÉGAL: À PARUTION. ISSN 1950-1285.

N 0 2728 • DU 21 AU 27 AVRIL 2013

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