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ALGÉRIE POURQUOI LES MOUSQUETAIRES DE BOUTEFLIKA ONT DISPARU

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 53e année • no 2726 S • du 7 au 20 avril 2013

SÉNÉGAL DANS LA TÊTE DE MACKY SALL

jeuneafrique.com

ÉCONOMIE COMMENT VA LE MAROC ?

Enquête

Les nouveaux

francs-maçons ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1100 MRO • Norvège 45 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1700 F CFA • ISSN 1950-1285


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Ce que je crois BÉCHIR BEN YAHMED • bby@jeuneafrique.com

SAMEDI 6 AVRIL

Pas de péril en la demeure

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epuis qu’elle est intervenue en force au Mali, où ses armées se sont montrées sous leur meilleur jour, la France a retrouvé auprès des Africains une bonne partie du crédit qu’elle avait perdu au cours des deux dernières décennies. Je l’ai bien senti cette semaine lorsque j’ai reçu d’un grand nombre de mes lecteurs d’Afrique cette demande pressante : « Parlez-nous de la France et de la crise politique qui la secoue depuis quelques jours. François Hollande et son pouvoir sont-ils menacés ? Va-t-on vers une crise de régime ? Quelles conséquences pour l’Afrique et en particulier pour le Mali ? Faut-il craindre un désengagement français plus rapide, voire soudain ? » ■

Mes correspondants se référaient, bien évidemment, au séisme politique provoqué par ce qu’on a déjà appelé « l’affaire Jérôme Cahuzac », du nom de ce ministre français du Budget chargé de traquer la fraude fiscale et qui a fini par avouer aux juges être lui-même le plus fieffé des fraudeurs du fisc français, dont il était le chef. La presse l’en avait accusé dès la fin de 2012, mais il l’avait nié haut et fort, semaine après semaine, avec le culot le plus éhonté. Faisant montre à son endroit d’une totale confiance, qui devait se révéler mal placée, le président, le Premier ministre et ses collègues socialistes l’ont cru, refusant d’ajouter foi aux accusations portées contre lui. Ils s’en mordent les doigts aujourd’hui et leur naïveté prend les couleurs de l’incompétence. Mais leur stricte honnêteté et leur respect du pouvoir judiciaire ne font aucun doute. Lorsque Jérôme Cahuzac s’est affaissé, a reconnu sa faute et le délit qu’il a commis, la presse et la justice ont triomphé, tandis que tremblait sur ses assises l’ensemble du pouvoir socialiste, qui ne l’a que trop longtemps couvé et soutenu. Saisis par le fol espoir de faire chuter le gouvernement ou de provoquer des élections avant l’heure, les opposants à François Hollande se sont réveillés et se sont mis à donner de la voix… (voir pp. 10-12) JEUNE AFRIQUE

À l’heure où j’écris ces lignes, la crise bat son plein et nul n’en connaît l’issue. Essayons de voir jusqu’où elle peut aller. ■

En ce mois d’avril 2013, depuis près de un an, c’est un pouvoir socialiste, personnifié par François Hollande, qui contrôle l’exécutif et le législatif (Assemblée nationale et Sénat, où il détient la majorité). Grâce au général de Gaulle, le président de la République française est élu au suffrage universel direct, dispose d’un pouvoir quasi monarchique, est invulnérable pendant la durée de son mandat. La crise pourrait prendre encore de l’ampleur, mais il est donc exclu qu’elle évolue vers une « crise de régime ». Élu pour cinq ans, François Hollande n’est pas menacé ; fort d’une confortable majorité parlementaire, il n’acceptera pas de provoquer des élections législatives anticipées. Ses opposants ? Ils sont divisés, affaiblis et même cacophoniques. Incapables en tout cas de constituer un front, de présenter une alternative. Changera-t-il de Premier ministre pour tenir compte des insuffisances d’un Jean-Marc Ayrault, homme honnête, dévoué, mais qui a visiblement dépassé son « niveau de compétence » ? Remaniera-t-il son gouvernement, dont on s’accorde à dire qu’il est pléthorique et composé de ministres de qualité inégale ? Ceux qui le connaissent estiment qu’il procédera à ces deux changements dans l’année. Mais certainement pas à chaud, en pleine crise, sous la pression de ses opposants. Il choisira son moment, mais le nom de son prochain Premier ministre est déjà sur beaucoup de lèvres… ■

Il reste que la France est surendettée et ne parvient pas à rééquilibrer son budget, que son économie est stagnante et qu’elle continue de se désindustrialiser, que 10 % de la population active est sans emploi et que la courbe du chômage dont François Hollande a promis l’infléchissement ne cesse de monter. Pour toutes ces raisons et parce que les Français n’aperçoivent pas le bout du tunnel, la cote de popularité de leur président est au-dessous de 30 %, niveau préoccupant. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


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Ce que je crois Si elle baissait encore, comme c’est probable, si les mesures prises au cours de la première année de son mandat, qui s’achèvera dans un mois, ne commençaient pas bientôt à produire l’éclaircie qu’il annonce pour la fin de 2013, François Hollande entrerait dans une zone dangereuse. C’est dire que, pour lui et pour la France, c’est la deuxième année de son mandat qui est la plus périlleuse. ■

S’agissant de l’Afrique, et plus particulièrement du Mali, François Hollande, qui avait fait jusque-là un sans-faute, a cru pouvoir dire, le 28 mars, dans son interview à France 2 : « Nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet. Nous serons intraitables là-dessus. » Imprudente déclaration de la part d’un homme réputé pour sa circonspection ! En tout cas, le propos n’aurait certainement pas dû être tenu sous cette forme péremptoire. Bien qu’ils n’aient pas réagi, les Maliens qui l’ont entendu ont été choqués, tout comme je le suis moi-même en tant qu’Africain. Même si elles ont annoncé cette date pour les scrutins législatif et présidentiel, même si elles doivent beaucoup à la France et à son président, les institutions maliennes de transition n’auraient pas dû encaisser cette déclaration sous la forme utilisée par son auteur. Leurs compatriotes le ressentent et le leur reprochent, car il n’appartient pas à un chef d’État étranger, fût-il

le sauveur du pays, de « vouloir » une date et d’être « intraitable », et il est, de toute manière, inconvenant de le claironner. Last but not least, même si, mal informé, François Hollande l’ignore : la date qu’il a édictée n’a aucune chance d’être tenue ! Sauf à faire des élections dont on acceptera à l’avance qu’elles ne seront pas crédibles, car elles n’auront pas été convenablement préparées. ■

De retour de son voyage au Maroc, François Hollande s’emploie en ce moment même à limiter les dégâts de « l’affaire Jérôme Cahuzac », qui a frappé son gouvernement de plein fouet. Les conséquences de ce « sinistre » vont-elles le handicaper au point de limiter son action africaine, de modifier le « tempo » des armées françaises au Mali ? Des responsables africains de haut rang le craignent et se demandent comment la France réagirait si elle devait apprendre que tel ou tel de ses otages ont été assassinés. Je pense pour ma part que François Hollande surfera sur la vague et gardera l’équilibre, plus ou moins difficilement, jusqu’au début de 2014. Mais les Français ne le suivront dans la seconde moitié de son mandat de cinq ans que s’il a réussi, dans la première moitié, à leur apporter au moins une partie appréciable de ce « changement » qu’il ne cesse de leur annoncer. ●

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. Ì Écrire est un métier… qui s’apprend en écrivant. Simone de Beauvoir Ì Le peuple est le même partout. Quand on dore ses fers, il ne hait pas la servitude. Napoléon Bonaparte Ì Les Suisses sont trop propres : ils blanchissent l’argent, qui pourtant n’a pas d’odeur. Jeanne Folly Ì Que la stratégie soit belle est un fait, mais n’oubliez pas de regarder le résultat. Winston Churchill Ì Rendre le bien pour le bien et le bien pour le mal, c’est la bonté efficace. Lao-tseu N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

Ì La seule chose dont on soit sûr, en ce qui concerne l’avenir, c’est qu’il n’est jamais conforme à nos prévisions. Jean Dutourd Ì Que celui qui n’a pas traversé ne se moque pas de celui qui s’est noyé. Proverbe africain Ì La jalousie est dans l’amour comme le poivre dans un plat : il en faut, mais la juste dose. Marie Bonaparte Ì Le seul moyen de s’en sortir pour les Noirs, c’est la boxe, le foot ou président des États-Unis. Les Nouvelles Brèves de comptoir

Ì Il y a devant l’amour trois sortes de femmes: celles qu’on épouse, celles qu’on aime et celles que l’on paie. Ça peut très bien être la même: on commence par la payer, on se met à l’aimer, puis on finit par l’épouser. Sacha Guitry Ì – Qu’est-ce que vous pensez du téléphone portable ? – C’est le seul sujet de conversation entre hommes où l’on se vante d’avoir le plus petit. Neil Kinnock Ì Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. Khalil Gibran JEUNE AFRIQUE


Toute l’économie africaine est sur jeuneafrique.com Ì

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En direct, toute l’actualité économique et financière du continent La vie des entreprises zone par zone et secteur par secteur Les décideurs qui comptent... et ceux qui montent L’essentiel des opérations financières, de la vie boursière et des banques en Afrique Les grands dossiers de référence (l’eau, le transport aérien, le BTP...) Les classements exclusifs de Jeune Afrique*

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Éditorial François Soudan

PHOTOS DE COUVERTURES : ÉDITION SÉNÉGAL : REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA ÉDITION MAGHREB & MOYEN-ORIENT : SAMIR SID ; VINCENT FOURNIER ; NACERDINE ZEBAR/GAMMA-RAPHO ; AFP PHOTO POOL BERTRAND LANGLOIS

Baraka

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ÉCIDÉMENT, JE N’AI RIEN À AJOUTER, ni à écrire sur le psychodrame Cahuzac, dont BBY et notre collaborateur Henri Marque traitent largement dans cette édition, si ce n’est ceci : je ne connais aucun ministre africain qui ait été contraint au suicide politique pour avoir dissimulé un avoir bancaire à l’étranger, ni aucun membre d’un gouvernement du continent dévasté par le remords d’avoir menti au fisc, à son président et au peuple tout entier. Vu l’extrême précarité de la fonction, ouvrir un compte dans une banque offshore est d’ailleurs souvent l’une des premières décisions que prend le nouveau détenteur d’un maroquin, lequel n’aura nul besoin de mentir pour masquer ce péché véniel, puisque son prédécesseur et son successeur ont fait et feront exactement de même. Quant à la sidérante demande de pardon de Jérôme Cahuzac, un demi-siècle de relations incestueuses a vu défiler dans les cloaques de la Françafrique tant de responsables politiques menteurs et corrompus que nul ici ne semble la juger sincère. Que voulez-vous : l’habitude ne favorise pas seulement les généralisations abusives, elle rend aussi cynique… J’aurais par contre beaucoup à dire – et nous y reviendrons – sur un personnage qui, au train où vont les choses, sera l’un des favoris au titre d’Africain de 2013 : Idriss Déby Itno. Pilier de Serval au Mali, faiseur (et défaiseur) de roi en Centrafrique, le président tchadien est, qu’on le veuille ou non, incontournable en ce début d’année. On le savait physiquement courageux et presque insubmersible, on le découvre proactif, redoutablement habile et sachant prendre des risques. Résultat: plus personne à Paris n’agace « Idi » avec le dossier – pourtant cher aux socialistes – de la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, tous ses opposants se sont ralliés comme un seul homme à son intervention malienne, et aucun de ses pairs d’Afrique centrale n’est venu contrarier ses plans dans ce protectorat tchadien de facto qu’est devenue la République centrafricaine. Joli coup de billard à trois bandes et signe patent d’une baraka qui ne se dément pas. On dira, certes, que si la chance est le fruit de l’audace et d’une préparation minutieuse, elle n’a rien à voir avec la morale. C’est ce que doit penser François Bozizé en son exil camerounais, lui qui a la furieuse impression d’avoir été jeté comme un kleenex pour ne pas s’être montré assez docile. Mais les rapports de force et les intérêts nationaux n’ont cure, hélas, de la morale. La politique, disait Max Weber, consiste à déjeuner avec le diable, à condition bien sûr de se munir d’une longue cuillère. Cela, Idriss Déby Itno et la plupart des chefs d’État africains ont appris à le faire bien avant d’accéder au pouvoir. François Hollande, dont toute la démarche est encore imprégnée de morale et de leçons de vertu, beaucoup moins. Lorsque Jérôme Cahuzac, au cours d’un tête-à-tête désormais fameux, lui a juré les yeux dans les yeux qu’il était innocent, il l’a donc cru. « Idi », lui, ne serait jamais tombé dans ce piège… ● N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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FRANCE MORALE À ZÉRO Le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, fraudait le fisc en jurant le contraire aux plus hautes autorités du pays.

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SÉNÉGAL DANS LA TÊTE DE MACKY SALL Qui peut se targuer de connaître le chef de l’État ? Secret, mesuré, il cultive toujours, un an après son élection, un style aux antipodes de celui de Wade.

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Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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LA SEMAINE DE JEUNE AFRIQUE

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France Morale à zéro François Bozizé Loin de Bangui Abdoulkader Kamil Mohamed Plongeon dans le grand bain Maroc-France Marathon hollandais Égypte Le parti des rieurs Show-biz Bambi et les chasseurs de primes Rwanda-France Vingt ans après Tour du monde

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GRAND ANGLE

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Enquête Les nouveaux francs-maçons

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AFRIQUE SUBSAHARIENNE

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Sénégal Dans la tête de Macky Sall Mali À Kidal, tout reste à faire Centrafrique Mais qu’allaient-ils faire dans cette galère ? JEUNE AFRIQUE


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs GRAND ANGLE

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ENQUÊTE Les nouveaux francs-maçons

Sur le continent, ils sont de plus en plus nombreux à exiger une maçonnerie enfin débarrassée des miasmes de la Françafrique.

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ALGÉRIE LE CRÉPUSCULE DES « MOUSQUETAIRES » Les hommes qui formaient la garde rapprochée du président Abdelaziz Bouteflika à son arrivée aux affaires ont pour la plupart connu une fin de carrière au goût amer. FRANCE SARKOZY CERNÉ PAR LES AFFAIRES Le retour en politique de l’ancien président peut-il être contrarié par les nombreuses difficultés judiciaires auxquelles il est confronté ?

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ÉCONOMIE COMMENT VA LE MAROC ? La volonté des autorités de faire du royaume un acteur régional pour les investisseurs est manifeste. Et pourtant…

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DOSSIER COMMUNICATION LES MULTINATIONALES VEULENT MENER LA DANSE Attentifs à l’intérêt que le continent suscite chez leurs clients, les leaders mondiaux de la com intensifient leur développement au sud du Sahara.

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Soudan Et s’il prenait sa retraite… Kenya Très fair-play

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

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Irak À la recherche du temps perdu Tunisie Recrute candidats au paradis Dubaï Opération séduction Algérie Le crépuscule des « mousquetaires »

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Finance Michel Losembe, président de la Biac, prêche la bancarisation Télécoms Dans la tour de contrôle d’IHS Afrique de l’Ouest Coris Bank repart à l’assaut de la région Baromètre

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DOSSIER

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EUROPE, AMÉRIQUES, ASIE

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Communication

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France Sarkozy cerné par les affaires Turquie Marchandage au Kurdistan Hong Kong La cour des miracles de la mondialisation Parcours Mason Ewing, le rêve américain Australie Bébés volés

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CULTURE & MÉDIAS

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ÉCONOMIE

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Stratégie Comment va le Maroc ? Afrique de l’Est Le Burundi au bord de l’asphyxie Interview Wale Tinubu, directeur général de l’entreprise nigériane Oando Boissons Les Brasseries ivoiriennes lancent la compétition

Littérature Interview d’Ananda Devi, écrivaine mauricienne Architecture L’autre Cité radieuse Musique Drôles de dames Cinéma Vérité et réconciliation La semaine culturelle de Jeune Afrique

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JEUNE AFRIQUE

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VOUS & NOUS

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Le courrier des lecteurs Post-scriptum

N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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VINCENT FOURNIER/J.A.

MAROC DES AGENTS AU MALI ?

€ L’hôtel Ledger Plaza, à Bangui.

Centrafrique La République du Ledger

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lors que les pillages continuaient de façon sporadique au cours de la première semaine d’avril, tant à Bangui que dans les villes de l’Ouest récemment « libérées » par les rebelles de la Séléka, le nouveau gouvernement centrafricain peinait toujours à se mettre en place. Si Michel Djotodia, le président autoproclamé, a pris soin de verrouiller le très crucial ministère d’État chargé des Mines et du Pétrole en y nommant son propre neveu, Djono Ahaba, celui des Affaires étrangères – dont les bâtiments ont été dévalisés – demeurait de facto vacant. Son titulaire, Charles Armel Doubane (un ex-ambassadeur à l’ONU), a en effet appris sa nomination en écoutant la radio à Paris, où il se repose après avoir été molesté lors de la chute de la capitale par des éléments de… la Séléka venus « nettoyer » le domicile où il se trouvait! En attendant le retour au calme, Djotodia et la plupart des ministres continuent de loger à l’hôtel Ledger, propriété de Laico, la chaîne hôtelière libyenne. Nicolas Tiangaye, le Premier ministre, aussi, dont le cabinet d’avocats a été pillé et dont la famille a été placée sous la protection de la Force multinationale d’Afrique centrale (Fomac). ●

Ndoutingaï se rebiffe

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e fondant sur des fiches de renseignement trouvées au Palais de la renaissance après la fuite de l’ex-président Bozizé, certaines informations le présentaient comme l’un des bailleurs de fonds (et d’armes) de la Séléka. Depuis Ouagadougou, où il réside, Sylvain Ndoutingaï, l’ancien tout-puissant ministre d’État aux Finances (et neveu de Bozizé), en exil depuis juin 2012, dément farouchement. Bossangoa et Berberati, ses propriétés de Bangui, ont été, assure-t-il, « parmi les premières pillées par les rebelles », tandis que sa famille « a dû se réfugier en brousse ». Ndoutingaï, qui dit voir derrière les nouvelles autorités centrafricaines « l’ombre de Boko Haram et des jihadistes maliens » (sic), nie également tout lien avec son ancien ami Firmin Findiro, ministre de la Justice de Bozizé limogé en même temps que lui. Findiro se trouve bien pour sa part à Bangui, où il est devenu l’un des conseillers de Michel Djotodia, le président autoproclamé. ● N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

Des soldats marocains se trouvent-ils actuellement au Mali ? En visite d’État dans le royaume les 3 et 4 avril, François Hollande, le président français, l’a laissé entendre en évoquant « nos armées sur le terrain ». Pressé de confirmer ce « lapsus », son entourage a expliqué qu’il songeait aux armées françaises, et à elles seules. Pourtant, au même moment, un autre membre de la délégation officielle confirmait bel et bien, sur la base d’un récent briefing de l’état-major français, « la présence au Mali d’une quarantaine d’agents des services spéciaux marocains dans le cadre de l’opération française ». Les deux informations, l’une vaguement démentie, l’autre confirmée par une source marocaine discrète, ne sont nullement incompatibles. LE CHIFFRE

3,1

millions de tonnes

La quantité de poissons pêchée annuellement par les chalutiers chinois au large des côtes africaines, soit 64 % du total des prises chinoises à l’étranger, selon une étude publiée dans la revue spécialisée Fish and Fisheries et reprise dans Nature le 4 avril.

MALI CISSOKO BIENTÔT À KIDAL

Diango Cissoko, le Premier ministre malien par intérim, se rendra très prochainement à Kidal afin de rencontrer les responsables touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). À Paris, on se félicite de cette volonté de dialogue. « On sent une volonté des uns et des autres de se parler, on avance dans le bon sens », estime une source diplomatique. Pour le moment, l’entourage de Cissoko se montre discret et affirme qu’aucune date n’a encore été fixée. Quels seront les interlocuteurs JEUNE AFRIQUE


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Politique, économie, culture & société du Premier ministre ? « Des Maliens, comme lui », répond, de manière évasive, l’un de ses collaborateurs. Difficile quand même d’imaginer qu’il ne croisera pas l’aménokal Intalla Ag Attaher, chef traditionnel des Ifoghas… SÉNÉGAL TENSIONS AVEC LA CEDEAO

Président de la commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), Kadré Désiré Ouédraogo vient de demander aux autorités sénégalaises de « veiller au respect de l’arrêt de la Cour de justice de la Communauté » du 22 février, qui déclare « illégale » l’interdiction de sortie du territoire prononcée à l’encontre de plusieurs anciens ministres soupçonnés d’enrichissement illicite. Selon Aminata Touré, la ministre sénégalaise de la Justice, « la Cour n’a pas d’injonction à donner au Sénégal concernant ses droits internes ». Les arrêts de la juridiction régionale ont pourtant force obligatoire à l’égard des États membres. GUINÉE « ON N’A RIEN CONTRE LE GÉNÉRAL, MAIS… » Pour parvenir à un accord sur les législatives en Guinée – repoussées depuis trois ans –, le nom d’un médiateur circule : celui de l’ancien ministre sénégalais de l’Intérieur, le

général Lamine Cissé. A priori, c’est le candidat idéal. À Dakar, en mars 2000, c’est lui qui avait convaincu les faucons du camp Abdou Diouf de reconnaître la victoire d’Abdoulaye Wade. À Conakry, il dirige depuis trois ans une expertise sur la refonte des forces armées. Mais l’opposition affirme que le pouvoir guinéen ne l’a pas consultée avant de proposer son nom à l’ONU. Du coup, elle le récuse. « Ce n’est pas la probité morale du général qui est en cause, précise un opposant, mais la façon dont on a voulu nous l’imposer. L’ONU doit désigner elle-même quelqu’un. » En attendant, les législatives prévues le 12 mai vont être une nouvelle fois reportées.

RD CONGO (1) LA RATP À KINSHASA

Après l’achat de deux cents bus égyptiens, la capitale congolaise continue de chercher un gestionnaire qui prenne en charge l’ensemble de ses transports publics (un appel d’offres infructueux a été lancé fin 2012). Fin mars, une délégation de la Régie autonome des transports parisiens (RATP) a débarqué à Kinshasa pour rencontrer des responsables municipaux. « Pour le moment, il n’est question que d’un contrat d’assistance

Côte d’Ivoire Quand Abéhi se rêvait en président DANS UNE VIDÉO que Jeune Afrique a pu visionner et qui aurait été diffusée par la télévision nationale si son coup d’État avait réussi, fin 2012, le commandant de gendarmerie Jean-Noël Abéhi, ex-patron de l’escadron blindé d’Agban resté fidèle à Laurent Gbagbo jusqu’à la fin, explique les raisons de sa prise du pouvoir. Après avoir évoqué les péripéties de la crise postélectorale et appelé à défendre la souveraineté nationale, le putschiste raté annonce que « les Forces nationales de Côte d’Ivoire ont pris leurs responsabilités », et qu’en sa qualité de nouveau chef de l’exécutif il abroge « la Constitution et toutes les institutions de la République », dissout « les organisations politiques et syndicales », et ferme les frontières maritimes et terrestres. La composition du nouveau gouvernement est censée être rendue publique « dans les prochains jours ». « L’heure du jeu et des récriminations est passée », estime-t-il. Exilé au Ghana après la chute de Gbagbo, Abéhi a été arrêté par le service de la surveillance du territoire, extradé le 5 février vers Abidjan et mis à la disposition du parquet militaire. Son procès devait s’ouvrir le 3 avril, mais a été reporté sine die. Il est officiellement poursuivi pour désertion et crimes commis lors de la crise postélectorale. Les autorités le soupçonnent aussi d’être le cerveau des attaques de la fin 2012 visant à renverser le régime. ●

technique », précise une source à la RATP. Ce serait la deuxième participation de l’entreprise française à un projet de transport public en Afrique subsaharienne, après le Gautrain sud-africain. RD CONGO (2) MATATA « PAS INQUIET » POUR LE KATANGA

Augustin Matata Ponyo, le Premier ministre congolais, reste serein après la sanglante attaque lancée le 23 mars

contre Lubumbashi par 250 hommes du mouvement dit des Kata Katanga (« couper le Katanga » en swahili) – qui a quand même fait 35 morts et 54 blessés. « Ce qui s’est passé relève davantage du folklore que d’autre chose, a-t-il confié à Jeune Afrique quatre jours après le drame. On ne bouleverse pas un pays ou une province avec vingt et un fusils. Je ne suis pas inquiet de la situation sécuritaire au Katanga. »

SAFIA, LA VEUVE de Mouammar Kaddafi, et Hannibal, son fils, n’ont toujours pas quitté l’Algérie, où ils ont été accueillis pour des « raisons humanitaires » après la chute du « Guide » libyen, en août 2011. Privé de téléphone, d’ordinateur et de sorties, Hannibal est « comme un lion en cage », explique un diplomate. Alger a bien tenté de le transférer discrètement au Liban en JEUNE AFRIQUE

compagnie de son épouse, l’ex-top modèle Aline Skaf Kaddafi, mais les autorités de ce pays s’y sont opposées, Hannibal étant réputé violent et incontrôlable. Aïcha, sa sœur, a pour sa part obtenu, en octobre 2012, l’asile politique dans le sultanat d’Oman. Quant à Safia, elle a émis le souhait de rentrer en Libye, où elle ne risque pas d’être inquiétée par la justice. ●

ISMAIL ZITOUNY/REUTERS

Algérie Que faire des Kaddafi?

€ Hannibal Kaddafi, cinquième fils de l’ex-« Guide » libyen. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


La semaine de Jeune Afrique

FRANCE

Morale

à zéro Le ministre du Budget fraudait le fisc tout en jurant le contraire aux plus hautes autorités du pays. Résultat : un exécutif soupçonné – au minimum – de légèreté, un président en chute libre dans les sondages, une opinion écœurée et un Front national qui jubile.

HENRI MARQUE

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n adressant une triple demande de pardon au chef de l’État, au Parlement et aux Français euxmêmes pour avoir menti sur ses comptes clandestins à l’étranger, Jérôme Cahuzac, ministre du Budget chargé de la lutte contre la fraude fiscale, aussitôt exclu du Parti socialiste (PS) et livré à la justice, ne pouvait s’abaisser davantage dans l’humiliation. En même temps, il traçait avec une cruelle exactitude l’étendue des dégâts causés par ses mensonges et malversations. Pour le président, tout d’abord. Au plus bas des sondages et au plus haut des difficultés économiques, menacé d’une crise sociale déjà reconnaissable à une certaine radicalisation de la droite et à la montée croissante des populismes au profit du Front national et du Parti de gauche de Mélenchon, garant « trahi et bafoué » d’une République exemplaire, François Hollande se voit confronté à un procès politique et moral où resurgit la délétère dialectique du responsable-coupable. Au Parlement et dans l’ensemble de la classe politique, la gauche et la droite tremblent d’être confondues dans le même anathème du « tous pourris » qui les avait déjà durement sanctionnées au temps des affaires de financement illégal des partis. Quant à l’opinion, elle atteint le paroxysme de l’écœurement. Conséquence immédiate : trois points de chute supplémentaires dans la cote de confiance de François Hollande, qui devient le président le plus impopulaire de la Ve République, N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

Ì Jérôme Cahuzac dans son bureau de Bercy, en septembre 2012.

BRUNO LEVY/CHALLENGES-REA

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malgré les dramatiques plaidoyers du couple exécutif dont le principal argument est le plus difficile à accepter : ils ne savaient pas. SERMENTS. Tout commence le 4 décembre 2012. Alors que François Hollande rentre de Lens (Nord), où il vient d’inaugurer l’antenne du musée du Louvre, Jérôme Cahuzac l’appelle pour l’informer que l’affaire du compte suisse va sortir. Le président veut en savoir davantage. Son ministre nie « en bloc et en détail » toute implication, comme il ne cessera de le répéter « les yeux dans les yeux » lors d’un tête-à-tête à l’Élysée, puis devant les députés au cours d’une séance orageuse au Palais Bourbon. Chaque aparté au Conseil des ministres, chaque émission politique où il excelle dans la célébration de la rigueur et la détermination à lutter contre la JEUNE AFRIQUE


L’événement

fraude fiscale est l’occasion pour lui de renouveler sa défense avec les mêmes accents de vertu outragée. Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, reconnaît qu’il s’y est laissé prendre : « Quelque chose de solenneldanssaparolem’adonnéconfiance»,ignorant la définition de l’art de mentir par Corneille : « Un menteur est Un couple exécutif taxé toujours prodigue de serments. » de connivence, ou à tout Plus méfiant ou se pressentant le moins d’amateurisme. plus exposé, Pierre Moscovici, le ministre de l’Économie et des Finances, met à profit la convention d’entraide fiscale avec la Suisse pour faire interroger l’UBS de Genève sur l’existence d’un compte Cahuzac. La réponse est négative. Le ministère conclut que Jérôme Cahuzac se trouve blanchi des accusations du site d’information Mediapart. Un peu vite. Un JEUNE AFRIQUE

procureur saisi parallèlement de l’affaire à Paris récuse cette « interprétation » et dénie à la note helvétique « toutevaleur juridique ». Pareille mise en garde aurait dû inciter le gouvernement et l’Élysée à la vigilance, car elle résultait à l’évidence d’une enquête de magistrats spécialisés qui allait bientôt aboutir à l’ouverture d’une information judiciaire. Le pouvoir pouvait encore atténuer l’effet de scandale en contraignant Cahuzac à une démission que souhaitaient les trois quarts des Français, y compris chez les sympathisants de gauche. Sur toute la ligne cependant, le chef de l’État et son Premier ministre plaident non coupables. Tout juste reconnaissent-ils qu’à certains moments ils ont pu se poser des questions. Pierre Moscovici va un peu plus loin en admettant qu’il a péché par « excès de confiance ». Là se borne leur éventuelle ● ● ● N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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La semaine de J.A. L’événement

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Petits et grands mensonges de la vie politique Hitler et l’incendie du Reichstag

La destruction du siège du Parlement à Berlin (on ignore si son auteur est un étudiant communiste ou les nazis eux-mêmes) sert de prétexte au Führer pour suspendre les libertés individuelles et réprimer toute opposition.

IMAGNO/LA COLLECTION

1933

responsabilité. Ils se targuent en revanche d’avoir scrupuleusement respecté la présomption d’innocence et l’indépendance de la justice: JeanMarc Ayrault se félicite même au passage de ne pas disposer d’« officine secrète » pour opérer en marge des policiers et des juges. Mais que sont donc les Renseignements généraux devenus ? Sitôt connus les aveux de Cahuzac, le 2 avril, les deux chefs de l’exécutif réagissent avec une précipitation qui en dit long sur leur inquiétude, quelques jours seulement après une intervention télévisée présidentielle qui n’a pas réussi à dissiper la méfiance du pays. Le ministre du Budget est ignominieusement chassé du PS et sommé de renoncer à toute activité politique en attendant le lourd châtiment pénal qu’il encourt. Hollande se refuse au remaniement que lui réclame l’opposition. Comment sanctionnerait-il le gouvernement après avoir réduit le scandale à « la défaillance » d’un seul individu? Il annonce une loi de moralisation de la vie publique : renforcement du contrôle du patrimoine des ministres et parlementaires ; passage au crible des antécédents personnels et professionnels de tout candidat à un poste de haute responsabilité ; extension des pouvoirs du Conseil supérieur de la magistrature pour améliorer l’indépendance de la justice. ●●●

1953

Staline et le complot des blouses blanches

Staline accuse des médecins (juifs pour la plupart) d’avoir tenté de l’assassiner. Une machination montée de toutes pièces, dans la grande tradition soviétique.

CHARLES TASNADI/AP/SIPA

1972-1974

Nixon et le Watergate

Deux ans après que de faux plombiers avaient été arrêtés alors qu’ils posaient des micros au siège du Parti démocrate, le président américain, qui avait menti en couvrant ceux qui avaient monté l’opération, est contraint de démissionner.

1974

COUVERT. Mais le temps de la politique n’est pas

Pompidou et sa mystérieuse maladie

Bouffi et épuisé, le président meurt de la maladie de Waldenström (une sorte de cancer du sang) après avoir caché son état aux Français pendant des mois.

1981-1992

Mitterrand et son cancer

Atteint d’un cancer de la prostate, le chef de l’État français publie de faux bulletins de santé pendant plus de dix ans, avant de reconnaître publiquement sa maladie (à laquelle il succombera en 1996).

1998-1999

Le président nie sous serment avoir eu une liaison avec Monica Lewinsky, stagiaire à la Maison Blanche. Il sera contraint d’avouer cette « relation inappropriée » et de présenter des excuses publiques.

2003

DR

ÉLISE AMENDOLA/AP/SIPA

Powell et la guerre en Irak

N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

À l’instigation du vice-président Dick Cheney, le secrétaire d’État américain prononce, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, un discours sur les armes de destruction massive dont disposerait Saddam Hussein, avançant des « preuves » qui se sont révélées fausses.

JOBARD/SIPA

Clinton et le Monicagate

celui de la justice. Les premières réactions dans la droite déchaînée comme dans une partie de la gauche en désarroi montrent que les explications fournies par le pouvoir n’ont pas suffi à convaincre qu’il n’avait rien vu venir, n’échappant alors aux soupçons de connivence que pour se faire taxer d’amateurisme candide. S’il n’a pas effectivement « couvert », on doute qu’il ait vraiment voulu savoir. Le centriste Jean-Louis Borloo estime avec raison que seule une commission d’enquête parlementaire pourra répondre aux questions dérangeantes et faire notamment la lumière sur le rôle de Pierre Moscovici dans le prétendu blanchiment de Cahuzac, avec toute l’objectivité de sa composition paritaire. D’autant qu’en politique, comme le dit Jacques Chirac – un expert –, « les emmerdements volent toujours en escadrille ». En pleine visite d’État au Maroc, François Hollande a dû s’expliquer sur ses comptes de campagne, heureusement validés par le Conseil constitutionnel, après que l’on a découvert que son trésorier, Jean-Jacques Augier, est actionnaire de sociétés enregistrées au paradis des îles Caïmans. Critiqué pour son déficit d’autorité et ses fautes de discernement, François Hollande ne manque pas de lucidité quand il promet, avec son assurance tranquille, d’« aller jusqu’au bout », et se compare au malheureux Sisyphe. « L’important n’est pas le poids du rocher, mais d’atteindre le sommet. » Et de faire mentir, vertueusement cette fois, le funeste mythe en empêchant la pierre de retomber aussitôt. ● JEUNE AFRIQUE


SIAT GABON ENTRE EN BOURSE Le numéro un gabonais de l’agro-industrie entre à la Bourse des Valeurs Mobilières d’Afrique Centrale Profil du Groupe Présent dans l’huile de palme, le caoutchouc naturel et l’élevage, SIAT GABON est aujourd’hui le groupe agro-industriel numéro un au Gabon. Il approvisionne le marché national et international en matières premières ou transformées aux standards internationaux. SIAT GABON est né en 2004 suite à la reprise par le Groupe SIAT, des actifs des sociétés publiques Agrogabon (huile de palme), Hévégab (caoutchouc naturel), et Le Ranch de la Nyanga. Chiffres clés - Chiffre d’affaires : 47,7 milliards F CFA en 2011 - Progression moyenne du chiffre d’affaires 2007-2011 : 33 % par an - SIAT GABON emploie plus de 4 000 personnes (+ 25 % en deux ans).

Activités de SIAT GABON SIAT GABON exploite 7 000 ha de palmiers à huile et 10 000 ha d’hévéaculture sur six sites, auxquels s’ajoutent un réseau de plantations villageoises d’hévéa et le Ranch de la Nyanga (100 000 ha, 5 000 bovins). Le Complexe Agro-Industriel totalement réhabilité et modernisé de Makouké comprend de grandes plantations de palmier à huile (7 000 ha) et une huilerie (35 tonnes de régimes traités par heure). L’un des plus modernes d’Afrique Centrale, le Complexe Industriel de Lambaréné comprend une usine de raffinage d’huile de palme (70 tonnes par jour), une usine de conditionnement (mise en bouteilles de 45 tonnes par jour) et une savonnerie (30 tonnes par jour).

Communiqué

Entretien avec Gert Vandersmissen, directeur général de SIAT Gabon Quels sont les objectifs de l’entrée en Bourse de SIAT GABON ? Gert Vandersmissen : Ouvrir notre capital à de nouveaux partenaires répond à notre volonté de développer notre entreprise en toute transparence, en la soumettant au jugement du marché. Être coté à la BVMAC de Libreville, c’est aussi s’adresser à des actionnaires qui s’impliquent dans l’avenir de l’Afrique Centrale et leur proposer de s’associer à une entreprise leader dans son secteur et dans la sous-région. De plus, cette entrée en Bourse correspond à un engagement que nous avions pris lors de la constitution de SIAT GABON par la reprise des actifs

des sociétés publiques Agrogabon, Hévégab, et le Ranch de la Nyanga. Tout cela s’inscrit dans la logique de performance et de développement du Groupe SIAT. Quelles sont les perspectives de développement de SIAT GABON ? Gert Vandersmissen : Dans notre métier, compte tenu des cycles de vie des plantations, nous sommes amenés à faire des plans stratégiques sur le long terme, en l’occurrence à échéance de vingt ans. Sur cette période, avec l’appui de nos actionnaires, nous planifions des investissements agricoles et industriels réguliers et importants pour d’une part entretenir

et agrandir les zones d’exploitation, et d’autre part augmenter en conséquence les capacités de nos usines. Ceci sera réalisé dans nos trois métiers, à savoir l’hévéa et le caoutchouc naturel, le palmier et l’huile de palme, et enfin l’élevage. Notre plan de développement nous amène à 10 000 ha de palmiers et 30 000 ha d’hévéaculture, ce qui va tripler notre chiffre d’affaires sur 10 ans.

Renseignements sur www.siatgabon.com et auprès de la société BGFIBourse, Tél. : (+241) 01 79 60 09 / 08


La semaine de J.A. Les gens

François Bozizé Loin de Bangui

Réfugié au Cameroun et alors que le Bénin s’apprêtait à l’accueillir, l’ex-président centrafricain ne désespérait pas malgré tout de rentrer au pays. J.A. l’a rencontré dans sa suite de l’hôtel Hilton, à Yaoundé.

VINCENT FOURNIER/J.A.

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€ L’ancien dirigeant (ici en 2012) prie… et suit la situation de près.

C

e 3 avril au soir, François Bozizé reçoit ses visiteurs dans la pénombre de sa suite du Hilton de Yaoundé, l’air préoccupé. À plusieurs reprises, il s’enquiert du sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), qui se tient à N’Djamena. Les chefs d’État de la sous-région y discutent de l’avenir de la Centrafrique, son pays. Sans lui. Pourtant, Paul Biya avait mis un avion à sa disposition. « J’ai exprimé au médiateur [Denis Sassou Nguesso, NDLR] mon désir de faire le voyage pour y participer, explique le président renversé le 24 mars. Il n’y a pas vu d’inconvénient. Mais le Tchad a estimé qu’il n’était pas prêt à m’accueillir. » En costume sombre, assis sur un grand canapé, Bozizé ne montre aucun signe d’épuisement physique ou moral. Mais il semble si seul au milieu de cette pièce… Seul comme un homme qui se sent trahi par des proches et lâché par ses

homologues de la sous-région, à l’exception de l’Équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema (« c’est un complot contre toi », lui a soufflé ce dernier) et du Camerounais Paul Biya, qui s’est abstenu de se rendre au sommetdelaCEEACets’estfaitreprésenter parAmadouAli,sonvice-Premierministre. COUP DE FIL. Affligé mais combatif, le chef

déchu ne semble pas près de renoncer. Certes, le sommet de N’Djamena a « légalisé » le coup d’État de Michel Djotodia en préconisant la création d’un conseil national et d’un organe législatif censés gérer une transition de dix-huit mois, même si les chefs d’État ont refusé de reconnaître Djotodia comme président autoproclamé. De Yaoundé, Bozizé appelle à la tenue d’une conférence nationale réunissant Centrafricains et partenaires internationaux. Il demande aussi que la sécurité de la population soit assurée par les armées française et sud-africaine. Pendant que

son fils raconte les pillages et les violences qui ont touché plusieurs villes, il se tait, le regard vague. Depuis son arrivée dans cet hôtel le 25 mars, l’ex-chef de l’État n’est sorti que deux fois de la suite 930. Le dimanche de Pâques, pour aller prier au monastère des Bénédictins-du-Mont-Fébé, sur les hauteurs de Yaoundé. Et le 2 avril, pour se rendre au palais d’Etoudi, où Paul Biya l’a reçu pendant plus d’une heure. Hissène Habré et Ange-Félix Patassé, qui, lors de leur fuite, avaient transité par Yaoundé, n’avaient pas bénéficié de pareil traitement de faveur. Dès leur arrivée, on les avait informés du caractère provisoire de leur séjour, leur enjoignant de ne pas s’exprimer dans les médias. Et aucun d’eux n’avait eu droit au moindre coup de fil de Biya. Bozizé, lui, pourrait s’établir au Cameroun s’il le souhaitait. Alors que les chefs d’État d’Afrique centrale ont encouragé le Béninois Thomas Boni Yayi à répondre favorablement à une éventuelle demande d’asile que pourrait lui adresser Bozizé, le président camerounais aurait suggéré à ses collaborateurs d’installer la famille dans la ville balnéaire anglophone de Limbé (Ouest). Pour l’heure, Bozizé suit de près l’évolution de la situation à Bangui. Les militaires camerounais de la Sécurité présidentielle se font discrets, mais nul n’entre dans ses appartements sans être passé au détecteur de métaux et avoir subi des contrôles très stricts. Son fils Socrate, député à l’Assemblée nationale dissoute par les rebelles, ne le quitte pas d’une semelle. Au détour d’un couloir, on aperçoit son épouse, ses enfants et quelques petits-enfants. Celui qui n’exclut pas de se présenter à la prochaineprésidentielleneveutpascroireune seconde que son avenir est derrière lui. ● GEORGES DOUGUELI, envoyé spécial

NOMINATIONS

IMED DAÏMI TUNISIE Le directeur de cabinet de la présidence vient de démissionner de son poste pour prendre la tête du Congrès pour la République (CPR). N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

ANTA SECK SÉNÉGAL Nommée directrice générale de la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones), cette ingénieure en hydraulique succède à Abdourahmane Diouf. JEUNE AFRIQUE


EN HAUSSE

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RACHID AMMAR

Abdoulkader Kamil Mohamed Plongeon dans le grand bain

Bien qu’il ait atteint la limite d’âge, le général tunisien a été reconduit dans ses fonctions de chef d’état-major interarmées et de l’armée de terre par un arrêté républicain rendu public le 3 avril.

Ce spécialiste de l’hydraulique a connu une lente ascension politique. Il est désormais Premier ministre de Djibouti.

Cet ancien ministre malien a été nommé à la tête de la Commission Dialogue et Réconciliation par le président DioncoundaTraoré le 30 mars. Sa mission : faire sortir le pays des crises récurrentes qu’il traverse.

MOHAMED SALIA SOKONA

N

ommé Premier ministre le 31 mars par le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG), Abdoulkader Kamil Mohamed (62 ans) est natif de Souali, dans la région d’Obock, située dans le nord du pays, à dominante afar. Titulaire d’un diplôme universitaire en hydraulique, il s’est illustré dès les premières heures de l’indépendance, en 1977, en se préoccupant des ressources en eau, un secteur stratégique pour cet État de la Corne de l’Afrique, transformant la structure coloniale qu’était la Régie des eaux en Office national des eaux de Djibouti (Oned, puis Onead). On lui doit notamment l’adduction d’eau du plateau du Day et la multiplication des forages de puits tout le long des parcours de transhumance, au profit des populations nomades.

Ce bio-ingénieur de 33 ans, d’origine algérienne, a été retenu par le Massachusetts Institute ofTechnology (MIT) dans son classement des dix innovateurs français les plus prometteurs pour ses biocapteurs ultra-sensibles.

ONS ABID ; DR

ABDENNOUR ABBAS

EN BAISSE

MENTOR. Manageur rigoureux, il s’engage aussi en politique.

envoyé spécial JEUNE AFRIQUE

Le 2 avril, le président de la Fédération camerounaise de football a vu son passeport confisqué. Il lui est interdit d’administrer une entreprise publique pour ses fautes de gestion à la Société de développement du coton. SINDIÉLY WADE La sœur de Karim Wade est à son tour poursuivie par la justice sénégalaise. L’Inspection générale d’État (IGE) l’accuse d’avoir détourné 400 millions de F CFA (610 000 euros) lorsqu’elle gérait le Festival mondial des arts nègres (Fesman). BUBO NA TCHUTO Intercepté par des agents américains dans les eaux internationales au large de la côte ouest du continent, l’ex-chef d’état-major de la marine bissau-guinéenne – et baron de la drogue – a été transféré aux États-Unis. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

DR ; VINCENT FOURNIER/J.A. ; AFP

CHERIF OUAZANI,

IYA MOHAMMED

VINCENT FOURNIER/J.A.

Au début des années 1980, il adhère au Rassemblement populaire pour le progrès (le RPP, de feu le président Hassan Gouled Aptidon), alors parti unique. Il y incarne la composante technocratique. Son ascension dans les instances du parti est lente, puisqu’il n’en devient cadre régional qu’une décennie plus tard. En 1992, il est président de section à Ras Dika, circonscription nord de Djibouti-Ville, puis membre du comité central sept ans plus tard, quand Ismaïl Omar Guelleh accède à la magistrature suprême. Membre du bureau politique du RPP au début des années 2000, il en devient le premier vice-président (et donc le numéro deux après son mentor) en septembre 2012. Cette promotion lui vaut également de diriger l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), une coalition de quatre partis se réclamant du chef de l’État. En 2005, il hérite du portefeuille de l’Agriculture, puis de celui de la Défense en mai 2011. Nommé à la tête du gouvernement quarante jours après des législatives marquées, estime-t-il, par « la montée du péril des Frères musulmans », il assure que la priorité de son équipe sera la lutte contre la pauvreté, qui constitue un terreau propice à la diffusion de la propagande islamiste. ●


La semaine de J.A. Décryptage

Maroc-France Marathon hollandais

En visite d’État dans le royaume, le président François Hollande a multiplié les rencontres en un temps record. Entre Rabat et Paris, malgré la pluie, pas un seul nuage à l’horizon. commun : la situation au Mali et en Syrie sur le plan international, l’accompagnement de la transition démocratique en cours sur le plan intérieur. SAHARA. Si des sujets plus probléma-

NIV/SIPA

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€ Avec Mohammed VI et le prince Moulay Hassan (à dr.), à Casablanca, le 3 avril.

U

n d i s c ou r s t o n i q u e au Parlement, une rencontre chaleureuse avec les Français du Maroc, une conférence de presse millimétrée… François Hollande a profité de sa courte visite d’État pour réaffirmer l’excellence des relations bilatérales. De son arrivée – légèrement retardée par l’enregistrement d’une allocution télévisée le 3 avril à midi – à la conférence de presse donnée le lendemain soir pour clore son périple, le président français a été poursuivi par les rebondissements politico-médiatiques du scandale Cahuzac (lire pp. 10 à 12). À Casablanca puis à Rabat, François Hollande, qui était accompagné de

Valérie Trierweiler, n’a rien changé à son programme de visite. Réception en fanfare, mais sous une pluie battante, dîner officiel précédé d’une réception intime en présence de Lalla Salma, des princes et des princesses, rencontre avec Abdelilah Benkirane, le chef du gouvernement, les présidents des deux chambres du Parlement, des grands patrons marocains et français, des étudiants de l’Université internationale de Rabat, des représentants de la société civile. Le tout en moins de 36 heures : un véritable marathon ! Le président a du souffle, la relation bilatérale aussi. Cette visite sereine, « normale », a permis d’approfondir les sujets d’intérêt

tiques ont été abordés (liberté d’expression, droits de l’homme…), ils l’ont été dans la discrétion. La France « ne vient pas donner des leçons », a répété le président, son entourage reprenant ce leitmotiv en chœur. Sur le Sahara occidental, la position du pouvoir socialiste n’a pas dévié d’un iota : la France appuie les efforts onusiens pour résoudre cette question et juge que la proposition marocaine d’autonomie, mise sur la table en 2007, constitue « une base sérieuse et crédible » pour élaborer une solution politique au conflit. Un message clair, longuement applaudi par les parlementaires. En marge de ces étapes, les ministres, dont la plupart s’étaient déjà rencontrés à plusieurs reprises – notamment lors de la visite de Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, en décembre dernier –, ont multiplié les échanges. Symbole de ces liens, Najat Vallaud-Belkacem, la ministre française des Droits des femmes, et Bassima Hakkaoui, son homologue marocaine, au look fort différent, ont signé une déclaration commune pour lutter contre les violences faites aux femmes. Chakib Benmoussa, récemment nommé ambassadeur du royaume en France, a suivi de près tous ces échanges et sera chargé d’en assurer le suivi. « Mon message est simple, a répété François Hollande, la France a confiance dans le Maroc. » Ses hôtes, qui le savaient déjà, n’en attendaient pas plus. ● YOUSSEF AÏT AKDIM, envoyé spécial

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

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AVRIL 2e Grand Prix d’Afrique, à l’hippodrome ParisVincennes.Treize pays du continent, partenaires du PMU, sont représentés. Le styliste nigérien Alphadi est invité d’honneur. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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AVRIL Réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, à Washington. Parmi les enjeux, une réforme des droits de vote au FMI, reflétant mieux le poids des pays émergents.

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AVRIL Élections régionales et municipales en Côte d’Ivoire. Le FPI (parti de Laurent Gbagbo) a annoncé le 21 mars qu’il ne participerait pas à ces scrutins. JEUNE AFRIQUE


ILS ONT DIT

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« J’ai cru que les socialistes allaient

AMR NABIL/AP/SIPA

changer la vie, c’est ce qu’ils avaient promis. Or, depuis trente ans, ils n’ont cessé de nous décevoir, de nous cocufier, de nous mentir. »

€ L’humoriste de la chaîne de télévision CBC, le 31 mars.

Égypte Le parti des rieurs

« Le jour où les hommes se mettront au tricot, ils auront fait un pas en avant ! »

Visé par une série d’enquêtes judiciaires pour avoir critiqué les Frères musulmans lors de son émission satirique, Bassem Youssef gagne en popularité.

C

TÉLÉPRÉDICATEURS. Yeux verts pétillants de malice, toujours

élégant et le sourire aux lèvres, l’humoriste se montre impitoyable lorsqu’il commente l’actualité politique. Les épisodes de la saison 2 d’Al-Bernameg, qui a débuté en novembre 2012 sur la chaîne privée CBC, sont tournés chaque vendredi en direct et en public dans un théâtre. Du jamais vu. Utilisant un langage populaire, Youssef a fait des Frères musulmans, au pouvoir, sa cible de prédilection. Ses autres victimes ? Les salafistes, alliés à la puissante confrérie, et les téléprédicateurs, qu’il accuse d’exploiter la religion à des fins politiques. « De même qu’ils ne nous considèrent pas comme de bons musulmans, nous ne voyons pas en eux des prédicateurs ou des théologiens sérieux », avait-il lancé en décembre dernier. ● TONY GAMAL GABRIEL

JEUNE AFRIQUE

DUSTIN HOFFMAN Acteur et réalisateur américain

« Exercer le pouvoir, c’est mesurer à quel point on demeure souvent impuissant. » MONCEF MARZOUKI Président de la Tunisie

« J’ai refusé beaucoup d’interviews sur le Mali, je ne veux pas être estampillé à vie Afrique et Aqmi pour avoir écrit un roman [Katiba] sur le sujet. Cela fait partie de ce que j’ai enlevé de mon sac à dos. » JEAN-CHRISTOPHE RUFIN Écrivain et ex-ambassadeur de France au Sénégal

MAURIZIO GAMBARINI/AP/SIPA

inq heures d’interrogatoire dans les bureaux du procureur général n’auront pas suffi à intimider le premier commentateur satirique d’Égypte. « Le ton de mon émission va se durcir. Nous ne céderons pas », a indiqué Bassem Youssef à la chaîne américaine CNN le 1er avril, au lendemain de sa libération contre une caution de 15 000 livres égyptiennes (1 705 euros). Le 30 mars, le parquet avait émis un mandat d’arrêt à son encontre au motif qu’il aurait « insulté l’islam » et « porté atteinte à l’image du président », Mohamed Morsi, lors de son émission hebdomadaire, Al-Bernameg. Et le 2 avril, l’ex-chirurgien cardiaque reconverti en humoriste a annoncé qu’une nouvelle enquête avait été ouverte par les services de la Sûreté de l’État pour « diffusion de rumeurs et d’informations mensongères, et troubles à l’ordre public ». « Il semblerait qu’ils veuillent nous éreinter physiquement, psychiquement et financièrement », a-t-il réagi. Mais si l’objectif était de faire taire Youssef, c’est raté. « Cette affaire l’a transformé en héros, estime Naila Hamdy, professeure de journalisme et de communication à l’université américaine du Caire. Il est temps de revoir toutes ces procédures judiciaires. Convoquer et arrêter les gens à tour de bras ne nous apporte que de la publicité négative. D’autant que nous sommes censés avoir fait une révolution. »

BENAROCH/SIPA

AUDREY PULVAR Journaliste française, chroniqueuse de télévision et ex-compagne du ministre socialiste Arnaud Montebourg

« J’en ai fait l’apprentissage pendant mon mandat, l’Allemagne qui dirige l’Europe, c’est comme des porcs-épics qui s’embrassent, cela ne peut se faire qu’avec beaucoup de précautions. » GERHARD SCHRÖDER Ancien chancelier de l’Allemagne

N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


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La semaine de J.A. Décryptage Blanket (11 ans), réclament 40 milliards de dollars (31,1 milliards d’euros) à AEG. Une somme faramineuse, équivalente selon eux aux revenus qu’aurait pu gagner l’artiste s’il était encore en vie. « Absurde », pour AEG, qui estime que sa carrière était sur le déclin.

Ì Katherine Jackson, la matriarche du clan, en 2011.

COINCÉ. Les débats seront alimentés par

Show-biz Bambi et les chasseurs de primes Quatre ans après sa mort, Michael Jackson reste au centre d’une féroce lutte d’intérêts. Sa famille réclame 40 milliards de dollars à la société de production AEG. Le procès s’est ouvert le 2 avril.

L

es règlements de comptes continuent. Près de quatre ans après la disparition de Michael Jackson, un nouveau procès, qui devrait durer deux mois, s’est ouvert le 2 avril à Los Angeles. Après le Dr Conrad Murray (condamné en 2011 à quatre ans de prison pouravoiradministréauchanteurunedose de Propofol, qui lui a été fatale), c’est au tour d’AEG Live, la société de production

avec laquelle le roi de la pop s’était engagé pour cinquante concerts à Londres, de se retrouver dans le collimateur des proches de Jackson. Ceux-ci lui reprochent d’avoir engagé le peu scrupuleux Dr Murray et d’avoir exercé une pression trop forte sur un « Bambi » très affaibli. Katherine, la mère de Michael Jackson (82 ans), et les trois enfants de la star, Prince Michael (16 ans), Paris (14 ans) et

250 mails récupérés par le quotidien The Los Angeles Times en septembre 2012. Des messages échangés en 2009, qui montrent des dirigeants d’AEG prêts à tout pour que la star, très fragile et criblée de dettes, remonte sur scène lors de son ultime tournée « This Is It ». « MJ est enfermé dans sa chambre, bourré et déprimé, écrit Randy Phillips, directeur de la branche concerts d’AEG. Maintenant qu’il faut commencer le show, il flippe à mort. » Ce à quoi un autre responsable répond : « Il va tenter d’annuler ses concerts car il est paresseux et versatile. Mais il est coincé, il a signé le contrat. » Depuis la mort de Michael Jackson, Katherine veille sur les intérêts de ses petits-enfants mineurs avec leur cousin TJ, fils de Tito Jackson. Tandis que Paris rêve de cinéma, Prince Michael anime une chronique dans l’émission people Entertainment Tonight, et devrait apparaître dans un épisode de la série 90210 Beverly Hills : Nouvelle Génération. Au cœur de la polémique malgré eux, les deux adolescents, qui témoigneront au procès, comptent bien avoir aussi leur part du gâteau. ●

LE DESSIN DE LA SEMAINE

JUSTINE SPIEGEL

GLEZ AFRIQUE DU SUD UN EX-AMOUR DE NELSON

MILITANTE DE LA LUTTE ANTIAPARTHEID, Amina Cachalia s’est éteinte fin janvier, quelques semaines avant la parution de son autobiographie, When Hope and History Rhyme. Mais ce qui intéresse les journalistes, c’est ce qu’elle élude dans son livre : sa longue liaison avec Nelson Mandela. Aujourd’hui, ses enfants, Coco et Ghaleb, révèlent qu’Amina déclina une proposition de mariage du héros sud-africain après son divorce d’avec Winnie. Dépité, Madiba ? Pas vraiment.Trois ans plus tard, en 1998, il épousait Graça Machel. Seul commentaire d’Amina dans son livre : « Le pauvre n’a même pas eu le courage de me l’annoncer. » N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

JEUNE AFRIQUE


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Rwanda-France Vingt ans après

JEUNEAFRIQUE.COM

Avec le renvoi devant une cour d’assises de l’ancien officier Pascal Simbikangwa, c’est la première fois que la justice française s’apprête à juger un Rwandais accusé de génocide. mai 2010, à la faveur du réchauffement diplomatique entre Paris et Kigali, deux juges d’instruction se rendent au Rwanda pour enquêter sur son rôle. L’instruction est close en février 2013. Conformément aux réquisitions du Parquet, les magistrats instructeurs ordonnent son renvoi devant les assises. Cette décision symbolique pose en creux la question des lenteurs de la justice française face aux 22 autres procédures visant de présumés génocidaires présents dans l’Hexagone. En Norvège, en Suède, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique ou au Canada, des procès ont conduit à des condamnations. « En

VINCENT FOURNIER/J.A.

L

es faits remontent à près de vingt ans, et le malaise judiciaire était presque aussi ancien. Le 12 juillet 1995, une plainte était déposée devant le tribunal de Privas (Ardèche) contre un prêtre rwandais soupçonné de complicité de génocide. L’abbé Wenceslas Munyeshyaka fut brièvement incarcéré avant de recouvrer la liberté. Soutenu par l’épiscopat, il poursuit ses activités sacerdotales en Normandie malgré la gravité des charges qui pèsent contre lui. Son dossier est toujours à l’instruction. Pascal Simbikangwa a eu moins de chance. Surnommé « le Tortionnaire », l’ancien chef du Service central du renseignement, qui s’était distingué au sein de l’état-major secret du Hutu Power au début des années 1990, est soupçonné d’avoir pris part au génocide perpétré contre les Tutsis d’avril à juillet 1994.

VIDÉO

Alice Nkom, avocate camerounaise : « Qu’on ne vienne pas me dire que le respect des droits de l’homme et des homosexuels n’est pas africain. »

LE TWEET

@KabarebeJames « Le Rwanda a besoin de prendre exemple sur le Barça et sur d’autres équipes de ce genre afin de construire son succès ! » James Kabarebe, ministre rwandais de la Défense

DILIGENCE. La trace de

JEUNE AFRIQUE

RÉSEAUX SOCIAUX Twittosphère, planète rap? $

AFP

cet homme cloué sur une chaise roulante depuis 1986 se perd en RD Congo aulendemaindumassacre. Mais en octobre 2008, Simbikangwa, qui vit à Mayotte sous une fausse identité, est arrêté pour trafic de faux papiers. La police française découvre qu’un mandat d’arrêt Interpol vise celui qui se fait alors appeler Safari Sedinawara. € Paralysé depuis un accident de la circulation Par contraste avec les en 1986, il a été arrêté à Mayotte en 2008. procédures ouvertes en métropole, la justice mahoraise fait diligence: ouverture d’une France, il y a un énorme malaise, analyse instruction, mise en examen, placela journaliste Maria Malagardis, auteure ment en détention provisoire. Fin 2009, de Sur la piste des tueurs rwandais (voir Simbikangwa est transféré à Fresnes, J.A. no 2706). Jusqu’en 2010, il y avait près de Paris, l’instruction pour génocide une volonté manifeste de ne pas juger étant confiée aux magistrats du Tribunal les Rwandais accusés de génocide. » ● de grande instance de la capitale. En MEHDI BA

Alors que les politiques tentent d’investir les réseaux sociaux, en Afrique subsaharienne, ce sont les rappeurs qui dominent Twitter.

À LIRE AUSSI Tunisie: deux mois après l’assassinat de Chokri Belaïd, l’enquête piétine. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


La semaine de J.A. Tour du monde BRÉSIL

CORÉE DU NORD

Qu’est-ce que c’est que ce cirque?

L’agression de trop

AFP PHOTO/KCNA VIA KNS

20

€ Kim Jong-un lors d’un meeting de l’armée, le 29 mars à Pyongyang.

P

as un jour sans une nouvelle provocation nordcoréenne. Le 2 avril, les autorités ont annoncé le redémarrage du réacteur nucléaire de Yongbyon. Le lendemain, elles ont brutalement fermé Kaesong, une zone économique spéciale de coopération entre les deux Corées (900 Sud-Coréens y travaillent quotidiennement). Et le surlendemain, elles ont carrément menacé les États-Unis de frappes nucléaires ! En réponse à ce « grave et réel danger », comme l’a qualifié Chuck Hagel, le secrétaire à la Défense, le Pentagone a ordonné au destroyer USS Fitzgerald (qui est capable d’intercepter tous types de missiles) de prendre position au large de la péninsule coréenne, et annoncé le déploiement de missiles antibalistiques THAAD sur l’île de Guam. Alliés historiques des Nord-Coréens, les Chinois tentent apparemment de calmer le jeu en coulisses. Les Américains font de même. Depuis le mois de janvier, ils négocient en direct avec Kim Jong-un, le jeune (30 ans) dirigeant nord-coréen, afin de le ramener à la raison. Sans succès, pour l’instant. ●

CHINE

Maudites volailles! SIX NOUVEAUX CAS humains de grippe aviaire H7N9 ont été détectés début avril dans les provinces chinoises du Jiangsu et du Zhejiang, ce qui porte à neuf le nombre des victimes de cette variante de la souche H5N1 à N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

l’origine de la pandémie (360 morts depuis 2003). Parmi les victimes de cette souche jamais transmise à l’homme auparavant, une seule était en contact direct avec des volailles. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a jugé les cas préoccupants, mais a tenté d’apaiser les inquiétudes en affirmant que, pour le moment, « aucune transmission entre humains » n’avait été constatée.

UN COUPLE DE JEUNES étrangers a été sauvagement agressé dans un bus à Rio de Janeiro, dans la nuit du 30 au 31 mars. L’homme, de nationalité française, a été frappé à coups de barre de fer. Sa compagne, qui est américaine, a été longuement et collectivement violée. Ce ne serait qu’un tragique fait divers si le Brésil ne s’apprêtait à accueillir plusieurs événements censés attirer des centaines de milliers de visiteurs étrangers : la Coupe des confédérations de football (en juin), les Journées mondiales de la jeunesse (en juillet), puis la Coupe du monde (en 2014) et les Jeux olympiques (en 2016). Les responsables de la sécurité sont dans leurs petits souliers. LE CHIFFRE

40

LA PRODUCTION D’HÉROÏNE en Afghanistan a été multipliée par quarante depuis l’intervention des forces de la coalition internationale, en 2001. C’est ce qu’a estimé Viktor Ivanov, chef du Service fédéral russe de contrôle des stupéfiants (FSKN), le 3 avril. NATIONS UNIES

Accord sur les armes

L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE de l’ONU a adopté le 2 avril par 154 voix contre 3 (Syrie, Corée du Nord et Iran) et 23 abstentions (Chine, Russie, etc.) le premier traité de régulation du commerce international des armes conventionnelles. Avant toute transaction, un pays est désormais censé s’assurer que les armes qu’il s’apprête à vendre ne seront pas utilisées à des fins hautement répréhensibles: génocide,violationgravedesdroitsdel’homme, contournement d’un embargo international, etc. Vœu pieux ? Bien sûr. Premier pas dans la bonne direction? Espérons-le. ESPAGNE

L’infante déchue

DESCENDANTE EN LIGNE directe de Louis XIV – oui, oui, le Roi-Soleil – et fille cadette de Juan Carlos 1er d’Espagne, JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

LUCA BRUNO • AP/SIPA

ITALIE

Et Karima versa une larme… DEVANT LE TRIBUNAL DE MILAN, Karima el-Mahroug, alias Ruby, écrase une larme en lisant une déclaration. Elle se plaint de la « guerre psychologique » à laquelle la soumettent la justice et les médias italiens. Silvio Berlusconi, son ancien « protecteur », est accusé de prostitution de mineure? Non, jure-t-elle, elle n’a jamais été une prostituée. Elle se bornait à accepter de menus cadeaux en échange de sa participation à des soirées un peu spéciales. Nuance.

l’infante Cristina (47 ans) sera entendue le 27 avril par un juge qui la soupçonne de complicité dans les détournements de fonds auxquels son mari, l’ancien handballeur Iñaki Urdangarin, s’est laissé aller à l’époque (2004-2006) où il présidait l’Institut Nóos. Organisatrice de manifestations pour le compte de divers gouvernements régionaux, cette fondation avait fâcheusement tendance à surfacturer ses prestations et à faire disparaître la différence dans la princière poche. « C’est un fait historique qui salit l’image de la famille royale », commente un spécialiste. ÉTATS-UNIS

L’héritière

BEAUCOUP D’AMÉRICAINS ont encore en mémoire l’image d’une petite fille en manteau bleu assistant au cimetière d’Arlington (Virginie), le 25 novembre 1963, aux obsèques de son père assassiné. La petite fille est

JEUNE AFRIQUE

aujourd’hui une inconditionnelle supportricedeBarackObama.Danslacapitale fédérale, les journaux estiment qu’en guise de remerciement le président songerait très sérieusement à la nommer ambassadrice de son pays au Japon. Elle se nomme Caroline Kennedy. MALAISIE

L’heure de la revanche NAJIB RAZAK, le Premier ministre de Malaisie, a annoncé le 3 avril la dissolution du Parlement et la tenue d’élections législatives anticipées dans un délai très court. Au pouvoir depuis 1957, le Barisan Nasional, la coalition qu’il dirige, est aujourd’hui en difficulté. En 2008, il a, pour la première fois, perdu la majorité des deux tiers au Parlement. Le prochain scrutin pourrait donc déboucher sur la victoire de l’opposition. Coalition de trois partis,

celle-ci est conduite par Anwar Ibrahim, l’ancien vice-Premier ministre écarté de la vie politique à la suite d’accusations de sodomie, mais blanchi en 2004. HIGH-TECH

Google fâche les Européens GÉANT AMÉRICAIN del’internet–il contrôle notamment 80 % du marché de la recherche en ligne et 40 % de celui de la publicité –, Google est accusé par les Européens de violer la confidentialité des données informatiques de ses utilisateurs, comme en témoigne, selon eux, la « charte » qu’il a adoptée l’an dernier. Invité en octobre 2012 à rectifier le tir, Google a multiplié les manœuvres dilatoires. Du coup, six pays – Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni – ont, le 2 avril, engagé contre lui une procédure répressive concertée. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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Grand angle

€ Le Grand Orient de France est la plus grande obédience de l’Hexagone.


ENQUÊTE

LES NOUVEAUX B

eaucoup de maçons, bien peu de maçonnerie. Au regard de la dernière crise centrafricaine, la fraternité sous le maillet des vénérables triponctués d’Afrique centrale apparaît plus que jamais illusoire. Denis Sassou Nguesso, Ali Bongo Ondimba, Idriss Déby Itno et François Bozizé ont beau appartenir à cet ordre initiatique prônant la solidarité entre ses membres, cela ne les a pas empêchés de lâcher le dernier nommé, confronté à une rébellion, voire, pour l’un d’entre eux, de lui administrer le coup de grâce. Il est vrai que l’ex-président centrafricain, entré chez les « frères trois points » sous la houlette de son homologue congolais (lequel a également parrainé le chef de l’État tchadien), est un franc-maçon du genre têtu. « J’ai tout essayé avec lui, mais son obstination à n’en faire qu’à sa tête a été la plus forte », confie un ministre franc-maçon de la région qui joua longtemps le rôle de médiateur entre le maître de Bangui et son opposition avant de rendre son tablier. « Et puis, à tort ou à raison, certains d’entre nous n’ont jamais pardonné à Bozizé la disparition en 2010 de notre frère Charles Massi, qu’Omar Bongo avait pris sous son aile. » Si François Bozizé pensait que l’adhésion à la franc-maçonnerie équivalait à souscrire une assurance-vie pour le pouvoir, il a donc eu tort. D’autant que, sur les rives de l’Oubangui, la continuité semble assurée. Le président autoproclamé, Michel Djotodia, n’est certes pas maçon – tout au moins pas encore –, mais le Premier ministre Nicolas Tiangaye, le ministre d’État Crépin Mboli-Goumba et un ou deux autres membres du nouveau gouvernement sont familiers des loges et des obédiences. Nul doute que, dans les mois à venir, la relève va prendre du volume. En Afrique francophone, la franc-maçonnerie est un phénix: elle renaît toujours des cendres de ses échecs. En Centrafrique, mais aussi à Madagascar, en Côte d’Ivoire,

au Togo, au Tchad et, bien sûr, au Congo-Brazzaville, où le sanglant duel des initiés, en 1997, est encore présent dans toutes les mémoires, l’incapacité de cette institution à régler les conflits dans le secret des temples n’a jamais entamé la fascination qu’elle exerce sur le commun des élites. Une attraction en partie liée au constant renouvellement des relais français haut placés, perçus comme autant de sésames. À Paris, où le Grand Orient a le vent en poupe depuis l’élection de François Hollande, chacun sait ainsi (ou croit savoir) que les ministres Manuel Valls et Jean-Yves Le Drian, mais aussi les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat Claude Bartolone et Jean-Pierre Bel, des personnalités socialistes influentes comme Élisabeth Guigou, Jean-Marie Le Guen, François Rebsamen et même Jean-Luc Mélenchon revêtent le tablier avec plus ou moins d’assiduité. Pourtant, depuis un ou deux ans, un mouvement se dessine sur le continent, vers une sorte de retour aux sources et de purification de la franc-maçonnerie africaine. De plus en plus critiques à l’encontre de leurs frères puissants dont ils pointent les compromissions de profanes, des francs-maçons « d’en bas », jeunes cadres, intellectuels, femmes et hommes, prônent une maçonnerie débarrassée des miasmes de la Françafrique et de ces pollutions collatérales que sont le fétichisme, la sorcellerie et les pratiques amorales. Ces « nouveaux francs-maçons » recherchent une fraternité désinhibée, soucieuse avant tout de bonne gouvernance et de respect des droits de l’homme, où ésotérisme rime avec progrès, où la sagesse ancestrale retrouve sa place au milieu du village. Les vrais successeurs de Félix Éboué, de Blaise Diagne, de l’émir Abdelkader ou de Victor Schoelcher ne sont certes pas encore connus. Mais ils ne vont pas tarder à secouer les piliers du temple… ● FRANÇOIS SOUDAN

LE MOINE MICHEL/SIPA

FRANCS-MAÇONS


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Grand angle

Enquête

Indépendance cha-cha

Si l’influence des loges du Nord reste vive sur le continent, les Africains cherchent désormais à faire entendre leur différence. Un désir de prendre les choses en main confirmé lors des récentes Rencontres de Kinshasa. MURIEL DEVEY,

Q

envoyée spéciale à Kinshasa

u’on se le dise, le mouvement « d’autonomisation » de la maçonnerie africaine est en marche. Tout a commencé en 2009 lors des Rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (Rehfram), à Casablanca, au Maroc, avec la volonté affirmée de favoriser la création d’obédiences nationales. « Il faut mettre fin au néocolonialisme en maçonnerie. Nous ne voulons plus abriter des succursales d’obédiences étrangères. Ces dernières doivent se concerter avec nos obédiences nationales et éviter d’installer localement des loges qui leur sont affiliées. Quand un Africain est initié à l’étranger, il faut encourager son affiliation à une loge locale quand il rentre au pays », expliquait alors un grand maître. La recommandation, consacrée dans la déclaration de Casablanca, en 2009, s’adressait plus particulièrement aux obédiences du Nord, dont certaines, « afin d’exister, viennent débaucher nos frères qui quittent leur loge pour venir grossir les rangs des loges nouvellement affiliées ». Quatre ans plus tard, à l’occasion de la 21e édition des Rehfram, qui s’est tenue à Kinshasa du 6 au 9 février dernier, certains francs-maçons africains ont une nouvelle fois rué dans les brancards en pointant du doigt les dérives qui entourent la franc-maçonnerie en Afrique (affairisme, fétichisme…). Pour eux, cette situation est liée, entre autres, aux initiations et aux créations tous azimuts de loges, sans que soient toujours respectées les règles maçonniques de base. Particulièrement pointéedudoigt,laGrandeLogenationalefrançaise (GLNF). « La plus affairiste de toutes, elle a initié des chefs d’État et leur a accordé tous les degrés en une seule cérémonie », affirme un frère. Des milieux où l’obtention d’un haut grade maçonnique doit se doubler d’un haut poste dans la vie civile. Et réciproquement. La crise qui secoue la GNLF, après la décision de la Grande Loge unie d’Angleterre (GLUA), en septembre 2012, de lui retirer sa reconnaissance, pourrait bien remettre les pendules à l’heure. En attendant, elle a plongé les loges et les obédiences africaines qui lui sont liées dans l’expectative, voire dans le désarroi. ALTERNATIVE. Au sein des milieux maçonniques

africains, on s’interroge aussi sur le « détournement » de la solidarité entre maçons du Nord et maçons du Sud au profit d’intérêts politiques et N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

La franc-maçonnerie pour les nuls

Obédience. Ensemble ou fédération de loges (ateliers) qui ont choisi de se rattacher à une même autorité maçonnique. Il faut au minimum trois loges pour constituer une obédience. Loge (ou atelier). Groupe d’au moins sept maçons, régulièrement initiés. Pour être légitime, une loge doit avoir reçu du grand maître d’une obédience légitimée un droit de pratiquer le rite (patente) et s’acquitter d’une contribution. Triangle. Groupe de maçons de moins de sept membres. Patente. Acte de constitution d’une loge ou d’une obédience délivré par une puissance maçonnique souveraine. Rite. Organisation des degrés et de leurs rituels correspondants. Tenue. Réunion rituelle de maçons au temple. Grand Orient de France (GOF). Cette loge d’environ 50000 initiés possède une philosophie plutôt athée et se classe à gauche. Grande Loge nationale française (GLNF). Elle compterait quelque 25000 membres et se situe plutôt à droite sur l’échiquier politique.

affairistes. Certains évoquent une « Françafrique maçonnique ». « Les réseaux de solidarité entre nos obédiences et celles du Nord existent. En soi, ce n’est pas condamnable. Mais ils sont plus actionnés dans le cadre de l’affairisme que pour nous aider à lutter contre les dérives des pouvoirs en place », confie un Brazzavillois. Et ce dernier de demander à ses « frères du Nord » un appui plus soutenu et plus conforme aux valeurs de progrès et d’humanisme que prône la maçonnerie. Une exigence qui reflète les changements en cours sur le continent, où la volonté de tisser des rapports plus équilibrés entre États se fait jour et où les partenariats se diversifient. Ainsi, à l’instar des relations qui se développent entre l’Afrique et des pays émergents, des liens pourraient se nouer entre maçons du Sud. « Le monde évolue. Si certains courants maçonniques du Nord ne comprennent pas nos aspirations, rien ne nous empêchera demain d’aller demander des patentes au Brésil, en Inde, voire aux États-Unis ou en Afrique anglophone », martèle un frère. L’initiation de quelques frères en Afrique francophone par des loges de Prince Hall établies aux États-Unis (lire pp. 27-28), la présence de Brésiliens aux Rehfram et les quelques initiations d’Africains installés en Inde, bien qu’encore rares, témoignent de ces évolutions. Des liens « spirituels » qui pourraient toutefois ne pas être totalement désintéressés, la franc-maçonnerie étant aussi au centre d’enjeux géopolitiques. Dans cette bataille, la Chine, plutôt hostile à la franc-maçonnerie, trop occidentale à son goût et considérée comme une menace pour son influence sur le continent noir, semble veiller au grain. Reste à savoir quelle offre « spirituelle », elle propose en échange. L’alternative pourrait venir de la sagesse chinoise, dont les vertus sont dispensées dans les instituts Confucius implantés en Afrique, qui ne servent pas qu’à enseigner le mandarin. Par ailleurs, les participants des Rehfram souhaitent que celles-ci dépassent le cadre strictement philosophique voulu initialement. « Nous devons davantage aborder les questions sociétales qui touchent notre continent », estime un grand maître du Congo-Brazzaville. Un premier jalon a été posé avec la création, en 2010, lors des Rencontres tenues à Antananarivo (Madagascar), de l’ONG Humanisme et Initiatives des rencontres africaines et malgaches (Hiram), composée d’obédiences africaines. Elle a notamment pour missions de s’impliquer dans des œuvres JEUNE AFRIQUE


Les nouveaux francs-maçons sociales et de plaider contre la guerre et pour la paix sur le continent. Bien qu’encore peu opérationnelle, hormis sur le plan caritatif, elle « nous permettra d’agir dans la cité », assure un frère béninois.

P.MAGNIEN/20 MINUTES/SIPA

ENGAGEMENT. Cette année, à Kinshasa, une

Ì Le compas et l’équerre, les outils maçonniques par excellence.

Petit parcours de l’initié en sept étapes Parrain

Approché par un frère qui s’est « dévoilé » ou candidat spontané, le sujet est présenté devant une loge maçonnique. Celui qui sert d’intermédiaire joue alors le rôle de « parrain ».

Vénérable

C’est le maître maçon, qui a une entrevue avec l’aspirant en vue d’examiner sa détermination. Celui-ci doit rédiger une notice autobiographique et fournir un certain nombre de documents (CV, casier judiciaire…).

Bandeau

Les rapports sont lus devant « l’atelier » afin de déterminer l’aptitude à « passer sous le bandeau ». Cet ultime préliminaire à l’initiation consiste en un interrogatoire du prétendant à qui on prend le soin de bander les yeux.

Les trois voyages

Boules noires, boules blanches…

Le néophyte est conduit hors du temple après avoir été questionné sous tous les angles. Les frères engagent alors un débat et procèdent à un vote qui valide l’admission. La boule noire représente le refus, la blanche l’acceptation. À plus d’un quart de noires, le postulant est blackboulé, c’est-à-dire refusé.

Au cours d’un stage, l’impétrant rédige son « testament philosophique ». S’ensuivent trois voyages initiatiques symbolisant trois stades de la vie (enfance, adolescence, âge adulte). Ils sont ponctués par des épreuves consistant en une rencontre avec les différents éléments. JEUNE AFRIQUE

Les trois frères

À tour de rôle, trois francs-maçons qui ne se connaissent pas sont chargés de rencontrer le futur apprenti afin de l’« enquêter ». Ils rédigent chacun un rapport sur l’individu, « l’homme moral » et « l’homme social ».

Serment

Les yeux bandés de nouveau, le candidat prête son « obligation ». Il jure d’observer le secret et de défendre la laïcité. Le serment est prononcé main posée sur les outils maçonniques et sur un livre de la loi. En lui ôtant son bandeau, le parrain lui « donne la lumière ». Le vénérable adoube le frère, reconnu par les siens.

nouvelle avancée a eu lieu avec la diffusion d’un communiqué officiel sur le conflit en RD Congo. Il invitait le Conseil de sécurité de l’ONU à modifier le mandat et les objectifs de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RD Congo (Monusco). Il encourageait aussi les « puissances maçonniques de par le monde à se mobiliser dans l’intermédiation et dans toute action humanitaire ». Autant dire que l’accouchement de cette déclaration ne s’est pas fait sans douleurs. « On ne pouvait pas tenir nos rencontres dans un pays qui abrite un conflit et se taire. Il a fallu batailler pour convaincre tous les participants de se prononcer sur la question et se mettre d’accord sur le contenu de cette déclaration », confie un grand maître du Congo-Brazzaville. À quand la prochaine étape ? En particulier la dénonciation de la corruption, de la mal-gouvernance, des modifications constitutionnelles et autres maux qui minent l’Afrique ? Bien que le débat sur ces questions existe, il sort rarement des petits cercles d’initiés. En particulier dans les pays où la collusion entre pouvoir en place, milieux des affaires et maçonnerie est une réalité tangible. Pourquoi ? « Si on critique ouvertement ces pratiques très éloignées de nos valeurs, on risque d’avoir des problèmes. Et il faut bien avouer qu’on est un peu frileux. Néanmoins, il ne faut pas faire d’amalgame. Cette maçonnerie affairiste ne touche pas pour autant tous nos pays, car, en Afrique comme ailleurs, la maçonnerie n’est pas un bloc monolithique », insiste un maçon de Pointe-Noire. En Afrique de l’Ouest, les valeurs maçonniques seraient généralement plus respectées dans les loges. Ce qui ne serait pas le cas en Afrique centrale où, « l’argent du pétrole suscitant les convoitises, certains profanes se font initier dans l’espoir d’appartenir aux réseaux du pouvoir ». Pour les « puristes », rien n’est désespéré, car « la franc-maçonnerie amène d’une manière ou d’une autre à s’interroger sur soi-même et à se perfectionner », souligne, optimiste, un grand maître. Elle favoriserait également une plus grande ouverture sur le monde, permettrait de débattre de sujets comme la laïcité et la mixité, et, via les Rehfram, encouragerait « le travail d’équipe avec des personnes que l’on ne connaît pas. Ce qui n’est pas courant chez nous ». Si l’horizon d’une maçonnerie « remise à niveau » et susceptible d’influer dans le bon sens sur l’avenir de la cité est encore lointain, les choses sont quand même en train de bouger. ● N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

25


Grand angle

Enquête

REPORTAGE

Discrets, mais pas trop Début février, quelque 400 maçons se sont réunis à Kinshasa. Un rassemblement que les organisateurs n’avaient guère ébruité, mais qui n’a pas manqué d’attirer l’attention.

L

agitation qui régnait au Grand HôteldeKinshasa,unpeuinhabituelle pour un samedi matin et par les temps qui courent, n’a pas manqué de surprendre ce chef d’entreprise. « Quelle est donc cette réunion? Je n’en ai pas entendu parler. » Il n’était pas le seul. Peu de résidents étaient au courant, et pour cause. La tenue de la 21e édition des Rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (Rehfram), du 6 au 9 février, a été entourée d’une très grande discrétion. Pas d’annonce avant l’événement et, bien qu’envisagée, pas de conférence de presse après. Dans ces conditions, difficile pour le « profane » d’identifier la « qualité » des conférenciers présents, que rien sur le plan vestimentaire ne distinguait d’un quelconque public de congressistes. Et même les « ma sœur » ou « mon frère », entendus ici et là – fréquents en Afrique – ne fournissaient guère d’informations sur leur identité. Néanmoins, l’œil « initié » aura vite repéré les bijoux maçonniques

ornant quelques vestes. Quant à celui qui aura pris la peine d’aller jusqu’à la salle de conférences où se déroulaient les travaux, il aura vite compris de quoi il s’agissait en jetant un coup d’œil sur les livres présentés à l’entrée. Pour les francs-maçons de RD Congo, la tenue de cette édition dans leur pays était une première. Un choix qui relève, comme pour toutes les Rehfram, de la Conférence des puissances maçonniques africaines et malgaches(CPMAM).Présidé parlesgrandsmaîtresdesdeuxobédiences nationales, l’événement a mobilisé plus de 400 francs-maçons venus seuls ou avec la quinzaine de délégations d’obédiences membres ou amies de la CPMAM. On était loin de l’affluence – quelque 700 participants–desRehframdeLibrevilleen2012.Il estvraiquelaRDCongocomptebeaucoup moins de francs-maçons que le Gabon. PRÉCAUTIONS. Parmi les maçons

venus d’Afrique francophone, ceux du tout proche Congo-Brazzaville, issus

L’EXCEPTION CONGOLAISE

A

vec quelque 300 membres, sur une population estimée à 70 millions d’habitants, la franc-maçonnerie est très peu implantée en RD Congo. Introduite par les Belges à l’époque coloniale, elle fut interdite par Mobutu à son arrivée au pouvoir, en 1965, puis à nouveau autorisée en 1972. C’est ainsi qu’est né, un an plus tard, le Grand Orient du Zaïre, renommé par la suite Grand Orient du Congo (GOC). Son grand maître est Augustin Kabangui. Ce n’est qu’en 1986 qu’une deuxième obédience, la Grande Loge nationale du Congo N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

(GLNC), du rite ancien et primitif de MemphisMisraïm, est implantée. Elle est aujourd’hui dirigée parYesu Kitenge, ancien dignitaire du régime Mobutu. À part de très rares frères à l’Assemblée nationale ou au Sénat, aucun ministre ne serait franc-maçon, du moins, aucun connu. La RD Congo n’a jamais eu de frères au sommet de l’État. Mobutu, qui avait « frappé à la porte du temple, s’en est vu refuser l’entrée, car il voulait tous les degrés en un seul jour. Approché par ses homologues du Congo-Brazzaville et du Gabon, le président

Joseph Kabila résisterait. Jusqu’à quand ? Ainsi, faute d’un « chef » franc-maçon, l’appartenance à la franc-maçonnerie n’est pas un sésame pour accéder à de hautes fonctions. Elle aurait même un effet contraire. L’autre raison est le poids important des Églises évangélistes dans le pays, y compris dans les sphères du pouvoir. Des pasteurs ne cachent d’ailleurs pas leur hostilité à l’égard des francsmaçons, qualifiés de sataniques et de mécréants, une opinion partagée par une grande partie de la population. ● M.D.

RICHARD NOWITZ

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€ L’œil de la providence représenterait le regard de Dieu sur l’humanité.

notamment du Grand Orient du CongoBrazzaville et de la Grande Loge de France, étaient les plus nombreux. Ils étaient suivis des Gabonais (Grande Loge symbolique du Gabon), et des Camerounais (Grande Loge unie du Cameroun). Puis des Sénégalais, des Ivoiriens, des Béninois, des Togolais et des Marocains. En revanche, contrairement aux Français, les sœurs et frères belges étaient peu nombreux. Fidèles au rendez-vous également, des obédiences amies de la CPMAM, comme le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, représentée par Marc Henry, son grand maître, la Grande Loge traditionnelle et symbolique, ainsi que le Groupe fraternel d’étude des questions africaines (GFEQA), qui réunit, en France, des francs-maçons d’origine africaine ou sympathisants du continent. On comptait en revanche un seul membre de l’Ordre initiatique et traditionnel de l’art royal (OITAR), obédience récente présente surtout en France et à Madagascar. Comme à l’accoutumée, pas de délégation de la Grande Loge nationale française, sinon quelques-uns de ses frères venus à titre individuel. Des francs-maçons venus de Roumanie, du Brésil et d’Italie ont également participé à ces rencontres. Avant leur tenue, les organisateurs avaient pris la précaution d’en informer les autorités. « Nous avons envoyé des courriers, notamment à la présidence de la République et au Premier ministre. Tous ont accusé réception. Sans plus. Mais la Direction générale de migration a pris des dispositions pour la délivrance de visas volants », informe le frère chargé de l’organisation. Des consignes avaient aussi été données au personnel du Beach, le port fluvial qui relie Brazzaville et Kinshasa, pour faciliter les entrées. ● M.D. JEUNE AFRIQUE


Les nouveaux francs-maçons TENDANCE

Vers une guerre des loges? En Côte d’Ivoire, la montée en puissance de la loge américaine Prince Hall met en évidence le désir de couper le cordon ombilical avec les obédiences françaises.

I

l y a encore dix-huit mois, la Grande Loge de Côte d’Ivoire (GLCI) ronronnait doucement. Quelque 400 membres actifs et un grand maître, Magloire Clotaire Coffie, réputé indéboulonnable depuis plus de trente ans… Beaucoup disaient : « Clotaire a survécu aux régimes d’Houphouët, Bédié, Gueï et Gbagbo. Il ne peut plus rien lui arriver. » Qui plus est, ses liens avec la toute-puissante Grande Loge nationale

française (GLNF) – classée à droite – semblaient rendre la GLCI invincible. Les deux loges pouvaient snober avec superbe toutes les rencontres organisées en Afrique par les autres obédiences, comme les dernières Rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (Rehfram) de Kinshasa. Jusqu’à l’an dernier, tout allait bien… Premier coup dur, début 2012: la grande sœur de France, la GLNF de

Ces francs-maçons qui vous gouvernent

Blaise Compaoré

Macky Sall

Mahamadou Issofou

Idriss Déby Itno

Niger

Tchad

Sénégal

BurkinaGuinée Faso Benin Côte Togo d’Ivoire

Paul Biya

Cameroun Gabon

Congo

RDC

Alpha Conde

Thomas Boni Yayi Alassane Ouattara

Faure Gnassingbé

Ils le sont

Ali Bongo Ondimba

Le sont-ils? (la rumeur court, mais ils n’ont jamais confirmé)

Denis SassouNguesso

Joseph Kabila

François Stifani, avocat d’affaires niçois proche de Nicolas Sarkozy, se déchire. À Paris, Alain Juillet, un ancien chef des services secrets français – et neveu de Pierre Juillet, l’ex-mentor de Jacques Chirac –, lance avec succès une loge concurrente, la Grande Loge de l’alliance maçonnique française (GLAMF), qui attire très vite un bon tiers des membres de la GLNF. DISSIDENCE. Second coup dur pour le vieux Magloire Clotaire Coffie: à Abidjan, un dissident impatient de lui prendre le « maillet » de grand maître, l’avocat Louis Metan, part avec une cinquantaine de frères ivoiriens et crée une nouvelle loge. Scandale : il ne se rapproche pas d’une autre obédience française, comme le Grand Orient de France – classé à gauche –, mais de Prince Hall, la loge la plus influente outre-Atlantique chez les Africains-Américains, notamment à la CIA et au Pentagone. En juin, lors d’un voyage à Houston, Me Metan obtient même de la Grande Loge Prince Hall du Texas le droit de créer à Abidjan une petite sœur, la Grande Loge Prince Hall de Côte d’Ivoire. En décembre, Clotaire contre-attaque. Il part à Washington pour faire retirer la patente Prince Hall à la loge de Metan. L’affaire est toujours pendante, mais le fait est là : les frères américains, déjà très puissants au Liberia, ont désormais un cheval de Troie en Côte d’Ivoire, où ils se retrouvent en situation d’arbitres. Bien sûr, tout cela n’est pas mortel. Installé dans son restaurant sur la route de Bassam, Clotaire continue de recevoir les frères de sa loge, qui l’appellent « papa ». Le ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko, le directeur de cabinet à la présidence Marcel Amon Tanoh… De nombreux poids lourds du nouveau régime ivoirien, dont certains ont été initiés par Djibrill Bassolé, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, appartiennent à la GLCI. Preuve de sa capacité de résistance : la loge ivoirienne vient de recruter le procureur de la République d’Abidjan-Plateau, Simplice Kouadio Koffi. Mais la dissidence de Louis Metan révèle l’existence d’un vrai malaise dans l’univers maçonnique ivoirien. La GLCI a beau dire que les faux

Ils ont démenti ou ne le sont plus JEUNE AFRIQUE

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Grand angle

Enquête

frères de Prince Hall sont manipulés par le camp Gbagbo, ce n’est pas si simple. Comme les loges du Gabon et du CongoBrazzaville, la GLCI est gangrenée par des affairistes qui cherchent avant tout à se rapprocher du pouvoir en place. « Tes copains de Paris sont venus. Ils m’ont fait passer directement au 33e degré », a confié un jour Robert Gueï à un ami français. C’était au lendemain de son putsch de Noël 1999. En quelques heures, le général Gueï était devenu l’un des hauts gradés de la GLCI, alors que, le matin même, il n’était même pas maçon! Comme les jésuites au XVIIe siècle, plusieurs loges font de l’entrisme auprès du prince du moment dans l’espoir de vaincre sa méfiance éventuelle et d’accroître leur influence. Mais la stratégie est risquée. « Face à la barrière maçonnique, dit Robert Dulas, j’ai vu chez des intellectuels africains de l’écœurement, voire de la haine. » ● CHRISTOPHE BOISBOUVIER Ü Ornements maçonniques toujours de mise lors des réunions.

Loge Prince Hall CRÉÉE EN 1791, l’African Grand Lodge of North America, avec à sa tête Prince Hall, a pris son nom actuel à la mort de ce dernier. Aujourd’hui, il existe plusieurs Grandes Loges de Prince Hall à travers les États-Unis, mais aussi au Canada, dans les Caraïbes et au Liberia, pays où l’obédience a pris pied sur le continent africain. Avec 4500 loges à travers le monde, elle regrouperait plus de 300000 maçons. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

DÉBAT

La Françafrique sous le maillet

Invité à une « tenue blanche fermée » qui a tourné à une attaque contre Nicolas Sarkozy sur fond de Côte d’Ivoire, notre confrère de RFI a recueilli les paroles de « frères » qui haussent le ton.

L

de même poussé le bouchon trop loin. es organisateurs auraient voulu Pour le conférencier qui franchit la choisir la date la plus opportune pour leur « tenue blanche fermée » double porte de l’illustre cénacle, une TBF (TBF) qu’ils ne s’y seraient pas s’ouvre d’abord sur une enfilade d’épées et pris autrement. Quand en grande pompe de flambeaux brandis par deux haies de le 18 janvier dernier, rue Cadet à Paris, personnagesentenued’apparat,encadrant le Grand Orient de France accueillait une allée en damiers menant à l’estrade cette conférence-débat consacrée à « la nichée dans l’alcôve terminale, où un Françafrique », l’intervention militaire « président » en gants blancs, entouré de française au Mali n’en était qu’à sa prevénérables maîtres et de greffiers, sous un mière semaine. Les derniers lampions de buste de Marianne, attend de présenter ses la Saint-Sylvestre à peine éteints, la France invités à la silencieuse assistance. Ce qui débutait l’année en guerre, et l’Afrique s’est dit ce soir-là sous les symboles émailoccupait comme jamais le devant de la lant la voûte du temple Arthur-Groussier scène politico-médiatique. Programmée ne saurait être relaté. plus de un mois auparavant, cette réunion d’ampleur ne pouvait mieux – ou plus SENSIBLE. Le débat ayant suivi nos intermal – tomber pour la principale obédience ventions a toutefois suscité depuis tant de commentaires et de réactions chez maçonniquefrançaise.Celapouvaitcasser, les maçons férus d’Afrique mais c’est passé. que – chose singulière – pluSur le carton d’invitation, Une TBF sieurs participants africains les « frères trois points » s’ouvre sur ont décidé, ici, de jeter bas le avaient sorti le code des une enfilade grands soirs. « À l’occamasque et haut le verbe pour e d’épées sion du 22 anniversaire évoquer cette TBF. À comde l’allumage de ses feux, mencer par Michel Langa. brandies par la R...L... “Pourquoi pas ?” D’origine centrafricaine, cet des hommes avocat de 49 ans n’était autre (et cinq autres loges invien tenue tantes : Ulysse, les enfants que le « président » de la TBF. Les gants blancs, c’était lui. d’Éole, Hélios, le Temple de d’apparat. Vénérable de la loge Pourquoi l’homme 777, République, Freedom of Conscience et Via Universalis) pas?, il dirige cette association dépendant […]ontleplaisirdevousconvier[…]enprédu Grand Orient de France et dont les sence du T...Ill...F... Franco CAP... Premier membres sont essentiellement africains. G...M...A... du G...O...D...F... » Triangles de Dans les années 1990, Pourquoi pas ? points comme s’il en pleuvait, parcours était une commission Afrique du GOF, fléché pour initiés et, en bas de page, une avant d’être transformée en loge à vocation adresse internet réservée aux inscriptions humanitaire. Une conférence-débat sur la préalables, indispensables. Françafrique ? « C’était très, très sensible, Car, pour accueillant qu’il soit, le temple dit-il. Le 17 décembre 2012, après la visite Arthur-Groussier n’est pas un moulin. préparatoire du temple avec Pierre Péan Lors d’une TBF, n’y entre pas qui veut. Les et vous-même, je suis retourné à mon maçons avaient sorti la tenue des grands cabinet dans le 18e arrondissement de soirs pour accueillir les conférenciers, Paris. J’ai trouvé la porte fracturée, j’ai l’écrivain et journaliste Pierre Péan et déposéplaintepourtentatived’effraction.» l’auteur de ces lignes, venu dire à ses hôtes Simple coïncidence ou vraie pression? qu’en intervenant comme elle l’avait fait Le frère Michel a comme un doute. Car, en Côte d’Ivoire la Françafrique avait tout complète-t-il, « le site internet créé JEUNE AFRIQUE


P.MAGNIEN/20 MINUTES/SIPA

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€ Le temple Arthur-Groussier, du Grand Orient de France, est situé rue Cadet, à Paris.

uniquement pour les inscriptions à cette TBF a été piraté, alors qu’il était sécurisé ». Pas de quoi, en tout cas, intimider maître Langa, qui a déjà oublié les 1600 euros facturés par son serrurier pour la réparation de sa porte. Car « il y avait plus de 300 inscrits, pour une capacité de 270 participants. L’Afrique centrale était bien représentée. Des frères venus d’Autriche, de Belgique et d’Allemagne étaient également présents », lance-t-il, un éclair de fierté au fond des yeux. Célestin Bamboute ne dit pas autre chose. Franc-maçon au GOF depuis une quinzaine d’années, cet inspecteur des financespubliques,d’originecentrafricaine lui aussi, a été la cheville ouvrière de la TBF. « Nous avons cherché à identifier toutes les personnes qui venaient, explique-t-il. Je craignais les provocations, les débordements. » Mais si la Françafrique sent le souffre,laréuniondu18janvierauradéjoué les craintes de frère Célestin. Car c’est surtout de Côte d’Ivoire qu’il a été question ce soir-là. « Des hommes d’affaires vivant à Abidjan ont assisté à la TBF », s’enorgueillit Luc Gohou. Ancien responsable en Île-de-France du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de l’exprésident Laurent Gbagbo, ce cadre du tourisme, maçon au GOF depuis un quart de siècle, tient aujourd’hui à lancer un « appel aux francs-maçons ». Il souhaite qu’ils organisent ce genre de réunions pour qu’à l’avenir « on arrive à trouver des solutions pacifiques dans nos différents JEUNE AFRIQUE

pays,puisquecesoir-làpratiquementtoute l’Afrique était représentée ». Bienveillantes paroles publiques, nécessairement plus « diplomatiques » que d’autres, entendues ce même soir de janvier. Lors d’une TBF, on met les pieds dans le plat.

de la République » chères à Pierre Péan. « N’importe quel maçon est très attaché à la question des droits de l’homme, modère Célestin Bamboute. En tant que francmaçon, je dis qu’on souhaiterait que la sérénitépuissel’emporter»enCôted’Ivoire. Mais si les oreilles de Nicolas Sarkozy MALLETTES. Quand il s’est levé pour ont dû siffler ce soir-là, celles de François prendre la parole, ce franc-maçon franHollande ne sont pas tout à fait en reste au çais initié il y a trente-cinq ans en terre GOF aujourd’hui. Certes, sous les voûtes ivoirienne, ancien professeur à l’univerde la rue Cadet, l’intervention militaire sité d’Abidjan, n’a pas eu de mots assez françaiseauMaliaétésaluéeetmêmequadurs à l’endroit des amis de vingt ans que lifiée de « contraire de la Françafrique ». sont Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara. Mais cet autre franc-maçon qui sillonne Aujourd’hui encore, il persiste et signe. l’Afrique depuis 1977 estime à présent « J’ai été témoin de faits allant dans le sens qu’on ne peut que « déplorer la cécité du qui me semblait se dégager durant cette nouveau pouvoir socialiste français face aux exactions permanentes du régime d’Abidjan, dénoncées maintenant par « Ma porte a été fracturée, Amnesty International ». Une inaction et notre site piraté. C’était guère moins condamnable à ses yeux vraiment ultrasensible. » que l’action passée de la France en MICHEL LANGA, président de la « tenue blanche ». Côte d’Ivoire. Ainsi va l’Afrique. Qu’elle sorte les missiles ou qu’elle reste coite, TBF, dit-il, c’est-à-dire l’évidence que les la France est à l’index, et le village africain, élections ont été truquées, que la France lui, « fait palabre ». La France, ou plutôt, est intervenue en amont du processus, et souligne Pierre Péan, le « faux nez » de la qu’il y avait un parti pris très net depuis le Françafrique. ● début. » À l’inverse de ses frères africains, il NORBERT NAVARRO préfère conserver l’anonymat. Pour mieux libérer sa parole. « Ayant été choqué par Le 18 mai, le Groupe fraternel d’étude des l’interventiondirecteetbrutaledelaFrance, questions africaines (GFEQA) organise une qui a abouti à la prise de Gbagbo, j’ai tenu conférence-débat sur l’Afrique réservée aux à témoigner », s’indigne-t-il en fustigeant francs-maçons. Elle se tiendra à la Grande Loge les « agissements » de l’ancien président de France, 9, rue Puteaux, 75017 Paris. Elle Sarkozy et en évoquant les « mallettes sera animée par Norbert Navarro. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


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Afrique subsaharienne

SÉNÉGAL

Dans la tête de

Macky Sall

Bien malin qui peut se targuer de vraiment connaître le chef de l’État. Secret, mesuré, il cultive toujours, un an après son élection, un style aux antipodes de celui de Wade.

U

n«présidentnormal».Lecontraste entre le style de Macky Sall et celui d’Abdoulaye Wade n’est pas sans rappeler le choc des cultures entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, protagonistes d’une autre alternance survenue à la même époque. À Wade le bateleur, adepte des effets d’annonce tonitruants, a succédé Sall le discret, président effacé privilégiant « la communication par l’action ». « Il est méthodique, pondéré, extrêmement posé », résume un vieux compagnon de route. « Il pense N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

MEHDI BA,

à Dakar

qu’il faut parler vrai, en évitant la communication gadget », ajoute un conseiller spécial. À ceux qui déplorent que le nouveau président ne fasse « pas rêver » les Sénégalais, le même conseiller rétorque: « L’ancien président faisait peut-être rêver, mais il a dû faire ses valises ! » Derrière une réserve qui pourrait le faire passer pour indécis, cet « adepte de la sobriété » sait où il va et comment y parvenir. Selon ses proches, son credo s’égrène à travers une poignée de principes: l’ouvertureàtous ceux quisereconnaissentdansladéfense des valeurs de la République (d’où l’appellation JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne

REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA

Quant à Ousmane Tanor Dieng (Parti socialiste, PS) ou Idrissa Seck (Rewmi), ils s’entretiennent régulièrement avec lui depuis son élection, par téléphone ou lors de rencontres à la présidence. «Quandleprésidentinitiedesmesuresimportantes, il les associe, discute, recueille leur avis », précise un conseiller.

choisie pour son parti, créé fin 2008: l’Alliance pour la République, APR), l’efficacité dans le travail et « la philosophie de l’action ». Tant pis pour les critiques formulées par la presse ou par l’opposition. Au lendemain de la victoire, en avril 2012, Macky Sall a tenté de faire en sorte que le leitmotiv conjoncturel du « tout sauf Wade » accouche d’une véritable coalition gouvernementale. Il s’est efforcé d’impliquer les ténors des principaux partis. Moustapha Niasse (Alliance des forces de progrès, AFP), élu président de l’Assemblée nationale, « joue un rôle de conseiller officieux », explique-t-on à Dakar. JEUNE AFRIQUE

€ Le 23 mars 2012, à Dakar, lors de son dernier meeting de campagne avant le premier tour de la présidentielle.

ACIDE. À ceux qui tentaient de le dissuader de faire confiance à son « frère ennemi » Idrissa Seck, Macky Sall répliqua d’abord qu’il n’entendait pas mettre en doute la loyauté d’un allié sur la base de procès d’intention : « Laissons faire, on avisera. » Mais fin mars, lorsque le leader du parti Rewmi s’est répandu dans la presse en dressant un bilan acide de l’action gouvernementale, Macky Sall en a tiré les conséquences. « La sortie d’Idrissa Seck n’a aucune importance à mes yeux », a-t-il déclaré, lapidaire, depuis les États-Unis. S’il a su intégrer ses alliés, il n’en oublie pas pour autant ses camarades de la première heure, ceux qui l’ont accompagné pendant sa traversée du désert, entamée en 2008 lorsqu’il s’est trouvé en rupture de ban avec le régime Wade. Mor Ngom, son directeur de cabinet, « est l’un de ses hommes de confiance, confie un conseiller. Un compagnon loyal et dévoué, qui était là lorsqu’il se trouvait au creux de la vague ». Même chose pour Maxime Jean Simon Ndiaye, aujourd’hui secrétaire général de la Présidence, qui fut son conseiller à la primature puis à la présidence de l’Assemblée nationale, entre 2004 et 2008. Macky Sall s’est par ailleurs entouré de collaborateurs déjà en place sous le précédent régime, comme Oumar Demba Bâ, conseiller diplomatique d’Abdoulaye Wade, qui a conservé cette fonction depuis l’alternance. Réputé pour sa connaissance des dossiers, ce « véritable serviteur de l’État » est devenu le sherpa de Macky Sall, qu’il accompagne à chacun de ses voyages. « Le président apprécie les collaborateurs efficaces et discrets, analyse l’un de ses proches. Lorsqu’il lance “La patrie avant le parti”, ce n’est pas une formule en l’air, mais une conviction profonde. » Privilégiant la maîtrise des dossiers sur les effets de manche, Macky Sall n’a pas hésité à compléter ce puzzle en accordant une large place aux « technos », comme l’illustre le choix du banquier Abdoul Mbaye pour diriger son gouvernement. « Il souhaitait un Premier ministre compétent sur le plan financier et qui ne traîne pas de casseroles, révèle l’un de ses collaborateurs. Un homme qui ne dérange pas ses alliés et rassure les bailleurs de fonds. » « Ne vous occupez ni des politiques ni des marabouts ! Concentrez-vous sur votre travail », lui aurait lancé le président en guise de feuille de route. Et lorsque la presse laissa entendre qu’Abdoul Mbaye aurait fauté en accueillant dans sa banque, au début des années 1990, les fonds emportés dans son exil sénégalais par l’ancien président tchadien N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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Afrique subsaharienne Sénégal Hissène Habré, Macky Sall demeura de marbre. « Le Premier ministre partira si j’estime que sa mission est terminée ou s’il commet une faute lourde, se contenta-t-il de dire. Je ne laisserai personne faire pression sur moi. » Dans un contexte politique rendu électrique par l’opération « mains propres » initiée contre les principaux dignitaires du régime Wade, Macky Sall a également placé au cœur de son dispositif une poignée de mousquetaires dévoués. Un nom revient avec insistance: celui d’Aminata Touré. Ancienne fonctionnaire internationale, l’actuelle ministre de

Ses collaborateurs, le chef de l’État les aime discrets et efficaces.

Fadel Barro, coordonnateur de Y’en a marre « Sur plusieurs dossiers, rien n’a été fait »

F

ADEL BARRO est le coordonnateur de Y’en a marre. Né en janvier 2011 dans la banlieue de Dakar, ce mouvement citoyen qui cultive son indépendance politique et prône « un nouveau type de Sénégalais » a joué un rôle majeur dans la défaite d’Abdoulaye Wade il y a un an.

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

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JEUNE AFRIQUE : Macky Sall vient de fêter son premier anniversaire à la présidence. Son bilan d’étape vous satisfait-il ? FADEL BARRO: Il est trop tôt pour

tirer des conclusions définitives. Après un an, ce serait injuste. Mais nous constatons que, sur un grand nombre de questions, Macky Sall ne rassure pas les Sénégalais. Sur la question de la « vie chère », rien n’a été fait. Les prix ont baissé au début, mais ils ont vite remonté. Et on ne sent pas, chez le président, une véritable détermination pour y remédier. Nous constatons en outre un manque de vision à long terme. Macky Sall a été élu sur un programme ambitieux, « Yoonu Yokkuté » [« la voie du véritable développement », en wolof, NDLR]. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Quelle part nous, les citoyens, devons-nous prendre dans ce programme? On ne le sait pas. Macky Sall ne nous l’a jamais expliqué. La traque aux biens mal acquis n’est-elle qu’un cache-misère ? N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

C’était une revendication forte des Sénégalais durant la campagne. Sur ce point, des choses ont été faites, mais de manière très maladroite. Nous avons parfois l’impression que la justice ne sert qu’à faire de la politique. Et, pour l’heure, il n’y a pas de résultats probants. Peut-on craindre une explosion sociale ?

Macky Sall a suscité beaucoup d’espoir lors de son élection. Aujourd’hui, partout dans le pays, la colère gronde. Déjà, des gens reprochent àY’en a marre d’avoir fait élire Macky Sall. C’est vrai que nous avons une part de responsabilité. Et c’est pour ça que nous continuerons de lui mettre la pression. Macky Sall n’a pas le droit de nous décevoir. ● Propos recueillis par RÉMI CARAYOL

la Justice a quitté les États-Unis en 2010 pour devenir sa directrice de cabinet au sein de l’APR, avant d’accompagner le candidat Macky Sall tout au long de sa campagne. Dans l’entourage présidentiel, on loue « la vivacité et la liberté d’esprit, la hargne et la rigueur » de cette femme devenue la bête noire des barons du Parti démocratique sénégalais (PDS d’Abdoulaye Wade). LE MACHIAVEL DU PRÉSIDENT. Quant à Seydou Guèye, le secrétaire général du gouvernement (et porte-paroledel’APR),ilestdépeintparunconseiller du président comme « l’un de ses plus vifs francstireurs.C’estungrandrhéteursurquiilpeutcompter pour aller au charbon ». Un profil complémentaire à celui, plus discret, de Mahmoud Saleh, conseiller politique que certains surnomment « le Machiavel du président ». Fin tacticien, cet ancien conseiller de Wade est chargé de déjouer les intrigues politiques. En matière de communication présidentielle, il peut par ailleurs compter sur deux « grognards » venus de la presse. Son porte-parole, Abou Abel Thiam, un intime de la famille Sall, et El Hadj Kassé, conseiller spécial chargé de la communication. À eux de colmater les brèches lorsque le besoin s’en fait sentir. Car Macky Sall n’est pas homme à polémiquer ni à croiser le fer. S’il sait faire montre de fermeté, c’est toujours à pas feutrés, au point de désarçonner parfois ses proches collaborateurs par cemélanged’extrêmecourtoisieetdedétermination. « Personne ne peut dire ce qu’il pense, pas même ses amis les plus proches », admet l’un d’eux. « Il est très difficile à cerner, confirme un autre. Il affiche une certaine gentillesse, mais on sent qu’il ne faut pas lui faire perdre son temps. Il est un peu rigide et ne goûte pas la familiarité. » C’est sans doute l’une des raisons du désaveu subi par Alioune Badara Cissé, numéro deux de l’APR et éphémère ministre des Affaires étrangères. Son erreur aura été de laisser perdurer avec le chef de l’État le type de relation qui prévalait entre eux lorsqu’ils étaient camarades de parti. Mbaye Ndiaye aura eu plus de chance. Lui est un vieux camarade du président; ils ont cofondé l’APR, et il a été nommé ministre de l’Intérieur en avril 2012. Mais son fils est membre de la confrérie des Thiantacounes qui ont bruyamment manifesté à Dakar, en octobre de la même année, pour obtenir la libération de leur guide spirituel, Cheikh Bethio Thioune, incarcéré pour complicité d’homicide. Pour le gouvernement, la situation est délicate, et Macky Sall en tire les leçons. Ndiaye doit quitter l’Intérieur, mais est fait ministre d’État, conseiller à la présidence, en compensation. Principal maillon faible du dispositif gouvernemental : une communication chancelante. La médiatisationentourantlesaffairesd’enrichissement illicite a occulté les autres réalisations, suscitant un certain scepticisme dans l’opinion, pour qui la traque aux biens mal acquis ne saurait faire oublier JEUNE AFRIQUE


REX FEATURES/REX/SIPA

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€ À la Maison Blanche, le 28 mars. À ses côtés (de g. à dr.): Joyce Banda (Malawi), Barack Obama, Ernest Bai Koroma (Sierra Leone) et José María Neves (Cap-Vert).

sa disponibilité pour jouer les « Monsieur bons offices » entre le régime et le Front populaire ivoirien (FPI), l’ancien parti de Laurent Gbagbo. S’il est encore trop tôt pour dresser un véritable bilan de l’action de Macky Sall, la principale leçon JOKER. Face à une situation intérieure en demiqui se puisse tirer de cette première année d’exerteinte, les collaborateurs du chef de l’État préfèrent cice du pouvoir pourrait tenir dans ce constat : par son style, son tempérament et son mode de donc célébrer le renouveau diplomatique incarné gouvernance, le nouveau président s’avère être par Macky Sall, censé « reconnecter le Sénégal au Que sont devenus restedumonde»,làoùlestylepéremptoired’Abdoule strict opposé de son prédécesseur. laye Wade l’avait isolé. Depuis l’alternance, on aligne ceux qui l’avaient Pour celui que la société civile soutenu ? un bilan surfant sur le name dropping. a longtemps considéré avec méfiance, le soupçonnant Deuxvisitesofficiellesàl’Élysée(pour Ousmane y rencontrer Nicolas Sarkozy d’être « un joker de Wade », Tanor Dieng Amath Le secrétaire général du c’est sans doute une illuspuis François Hollande), une Dansokho Parti socialiste briguait la tration du bien-fondé de autre à la Maison Blanche, À 76 ans, le vieux sage présidence du Sénat, mais « la communication par sans compter les visites à du Parti de l’indépendance et Sall l’a supprimé. Il n’en l’action ». ● Dakar de Hillary Clinton, du travail, figure emblématique reste pas moins un de François Hollande, de la scène politique, retrouve allié fidèle. de Mohammed VI ou du une seconde jeunesse. Nommé président libanais Michel Abdoulaye conseiller à la présidence avec Bathily Sleiman. Sur le plan sousrang de ministre d’État, il est Issu de la Ligue régional, on souligne la régulièrement consulté. démocratique, il fut l’un volonté du président de des alliés de Wade avant de jouer un rôle actif au sein de la pourfendre sa gouvernance. À 66 Communauté économique des États ans, il a été fait ministre d’État de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), tout auprès du président, qu’il en louant son volontarisme auprès conseille sur les affaires de ses voisins: engagement au Moustapha africaines. Mali, rapprochement avec la Niasse Gambie et la Guinée-Bissau Principal soutien de Sall Idrissa (conflit casamançais oblige), durant l’entre-deux-tours, le Seck patron de l’Alliance des forces de maisaussiaveclaMauritanie Allié à géométrie progrès a obtenu la présidence de et la Guinée-Conakry. En variable, le leader de Rewmi l’Assemblée nationale. À 74 ans, il Côte d’Ivoire, le président avait soutenu Sall après le s’est volontiers mis au service sénégalais a fait savoir à son 1er tour, mais il a récemment de celui qu’il conseille homologue Alassane Ouattara pris ses distances avec la les coupures de courant, la pénurie de gaz ou les grèves en milieu scolaire. À l’heure du premier anniversaire de l’élection, l’ambiance n’était pas franchement à l’euphorie.

officieusement.

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politique de son rival. Un futur opposant ?

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Afrique subsaharienne MALI

À Kidal, tout reste à faire Libérée le 28 janvier, la ville du grand Nord est contrôlée par les rebelles touaregs, bien décidés à ne pas laisser l’armée malienne approcher… Voilà qui promet !

I

l manque de tout à Kidal. Du courant, des vivres, des médecins, des enseignants… Tous ou presque ont fui l’année dernière, comme une partie des habitants, quand les combattants salafistes d’Ansar Eddine, le groupe d’Iyad Ag Ghali, ont bouté l’armée malienne hors de la ville. Mais ses occupants, des Touaregs pour la plupart, semblent s’en

« Contrairement à ce qui a été indiqué, je ne suis pas un gouverneur », tient-il à préciser. Il n’est même pas l’homme fort de Kidal. L’autorité morale, c’est toujours l’aménokal, le vieil Intalla Ag Attaher, qui l’exerce, même s’il doit composer avec les groupes armés. RÉPRESSIONS. De quoi sera fait l’avenir?

se demandent les habitants de Kidal. Bientôt, les Français, qu’ils considèrent comme leurs protecteurs, partiront. Qui les remplacera ? Dans la ville, on ne veut pas entendre parler des Maliens. « Ils vont vouloir se venger », croit savoir un habitant. « Les notables n’ont pas oublié les répressions qui ont suivi les précédentes rébellions. Ils ne veulent pas voir un seul militaire noir [originaires du Sud, NDLR] dans leur ville », indique à Paris un bon connaisseur de la région. Le MNLA et le MIA, qui travaillent désormais main dans la main, le clament haut et fort : « Nous sommes prêts à nous battre. » À Bamako, le ton est tout aussi virulent… Officiellement, si l’armée n’est pas à Kidal, c’est par manque de moyens. Mais l’état-major malien n’est pas pressé d’y envoyer ses rares soldats en mesure de se battre alors que les rives du fleuve Niger ne sont toujours pas pacifiées. « Pour l’instant, ce n’est pas prévu », confirme un colonel. Mais des officiers, à commencer par les Bérets rouges tout juste reconsti€ Kidal, le 4 février. Désormais, ce sont les hommes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) qui tiennent la ville. tués, ne cachent plus leur volonté d’en découdre avec pour des instituteurs. Le 26 mars, un ceux qui, bien plus que les jihadistes, accommoder. « Ça va, nous sommes coordinateur (une sorte de maire provisont perçus comme les « vrais ennemis » habitués aux pénuries », dit l’un d’eux soire) a été nommé par les notables, avec du Mali : les indépendantistes touaregs. joint par téléphone. Depuis un mois et l’assentiment des deux groupes armés « Tombouctou, Gao et Ménaka ont été demi, le réseau fonctionne à nouveau. Ce n’est pas la première fois que la place qui ont pris le relais d’Ansar Eddine : le libérés. Il ne reste plus que Kidal », s’irrite forte des Ifoghas, la plus puissante des l’un d’eux. « Si on ne monte tribus touarègues, est coupée du monde. pas, c’est parce que la France Se réconcilier ? Pourquoi pas. Cité interdite aux étrangers pendant plune veut pas », ajoute une Mais ici, on a peur que les gens sieurs décennies, lorsqu’elle abritait un source sécuritaire malienne. bagne militaire, Kidal a toujours été un du Sud cherchent à se venger. À court terme, le MNLA est cas à part. Une épine dans le pied du Mali, considéré par Paris comme où ont été conçues toutes les rébellions Mouvement national de libération de un allié dans la traque aux jihadistes. touarègues de ces cinquante dernières l’Azawad (MNLA, laïc) et le Mouvement À plus long terme, dans la perspective années. Aujourd’hui encore, elle fait figure islamique de l’Azawad (MIA, islamiste d’une réconciliation nationale, il est perçu d’exception: alors que la ville a été libérée modéré). L’heureux élu est Mohamed comme « un interlocuteur inévitable », du joug d’Ansar Eddine le 28 janvier, Ali Ag Albassaty, un fonctionnaire qui selon les termes d’un diplomate. ● dit n’appartenir à aucun de ces groupes. l’armée malienne n’y a toujours pas mis RÉMI CARAYOL les pieds. Elle y compte bien quelques soldats, mais ils ne servent qu’à guider les Français et les Tchadiens dans l’Adrar des Ifoghas. Ces derniers ne quittent quasiment pas leur base. Sans administration, les habitants s’organisent. Des volontaires s’improvisent gendarmes et guettent les éventuelles incursions jihadistes, d’autres se prennent

STRINGER/REUTERS

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AFP/STRINGER

Ì Base militaire de Pretoria, où les corps des soldats tombés au combat ont été rapatriés le 28 mars.

CENTRAFRIQUE

Mais qu’allaient-ils faire dans cette galère? Dans la région de Bangui, les rebelles de la Séléka ont mis les Sud-Africains en déroute. Une claque pour le président Zuma, qui, en aidant son ami Bozizé, espérait de généreuses contreparties.

U

n accord de défense, puis 300 soldats sud-africains envoyés à Bangui… Entre Jacob Zuma et François Bozizé, les liens étaient forts. La preuve, ce voyage express du président centrafricain à Pretoria, deux jours avant sa chute. Bozizé voulait s’assurer que Zuma ne le lâcherait pas. De fait, le 23 mars, entre Damara et Bangui, les Sud-Africains se sont battus courageusement, mais, à un contre dix, ils ont été submergés par les rebelles de la Séléka et ont essuyé de lourdes pertes. À l’heure des comptes, l’opinion sud-africaine veut savoir pourquoi le président Zuma a engagé les boys dans cette aventure. Est-ce uniquement pour des raisons mercantiles? C’est ce que laisse entendre la presse sud-africaine. Le Mail and Guardian affirme, par exemple, que le Chancellor House, un holding financier du Congrès national africain (ANC), a négocié avec le pouvoir centrafricain l’accès à ses mines de diamant. Et il n’y a pas que les pierres précieuses : l’an dernier, la compagnie pétrolière Dig Oil, dirigée par la femme d’affaires sudafricaine Andrea Brown, a décroché un permis d’exploration sur un bloc très prometteur au sud-ouest de Bangui, à la frontière du Congo-Brazzaville et du JEUNE AFRIQUE

Cameroun. En échange, François Bozizé voulait du cash et des armes.

secret. En avril 2008, quand les dockers de Durban ont refusé de décharger un bateau chinois rempli d’armes à destination du Zimbabwe, le navire a continué sa route vers Luanda, où le stock a été discrètement débarqué. Et de là, pour brouiller les pistes, des avions-cargos auraient acheminé les armes jusqu’à Harare en passant par… Bangui. Les pro-Mugabe de l’ANC ne l’ont jamais oublié. Le président angolais non plus.Le27mars,lorsdusommetdesBRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à Durban, José Eduardo dos Santos a exhorté ses pairs africains à ne pas reconnaître les putschistes de la Séléka.

INTRIGUES DE COUR. Au cœur de ces négociations, un quarteron. D’abord, Jean-Francis Bozizé, fils du chef de l’État et ministre de la Défense (à Pretoria, il avait un accès direct au bureau de Jacob Zuma). Et puis trois hommes d’affaires rompus à toutes les intrigues de cour : le Congolais (de Brazzaville) Didier Pereira, installé en Au sein de l’ANC, on aimait aussi Afrique du Sud depuis l’idée de pouvoir chasser les plus de dix ans, le FrancoFrançais de l’un de leurs bastions. Israélien Philippe Solomon, basé à Tel-Aviv avec le titre de consul honoraire de Centrafrique, et À partir de 2008, c’est donc une alliance le Rwandais Fabien Singaye, ex-diplostratégique qui s’est nouée entre Pretoria et Bangui. L’ANC voulait chasser les Français mate sous le régime d’Habyarimana et de l’un de leurs bastions d’Afrique cenex-interprète du juge Bruguière dans trale; et François Bozizé, sortir de l’étreinte l’enquête sur l’attentat de Kigali. étouffante de son « ami » tchadien Idriss Mais l’Afrique du Sud n’était pas seuleDéby Itno. D’ailleurs, dans sa garde prément intéressée par le sous-sol centrafricain. Loin de là. Il y a dix ans déjà, à l’issue sidentielle, François Bozizé a remplacé des accords intercongolais de Sun City, la progressivement les Tchadiens par des ministre sud-africaine des Affaires étranSud-Africains. Le problème, c’est que cette gères, une certaine Nkosazana Dlaminialliance a rendu Bozizé trop sûr de lui. Zuma, était venue voir François Bozizé à Après l’accord de Libreville du 11 janvier, Bangui pour s’assurer que la Centrafrique il n’a pas vraiment partagé le pouvoir. ne servirait pas de base arrière au rebelle Et finalement, ses « amis » de la sousJean-Pierre Bemba. Les liens de confiance région lui ont fait payer son incartade sudsesontensuiterenforcésdansleplusgrand africaine. ● CHRISTOPHE BOISBOUVIER N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


Afrique subsaharienne

ASHRAF SHAZLY/AFP

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€ Dans l’enceinte du Parlement, le 1er avril à Khartoum.

SOUDAN

Et s’il prenait sa retraite…

Vingt-quatre ans, ça suffit. Fin mars, Omar el-Béchir a annoncé qu’il quitterait le pouvoir en 2015. Encore faut-il qu’il tienne parole !

P

lusieurs fois déjà, il a prétendu vouloir abandonner la fonction présidentielle. Au pouvoir depuis 1989, Omar el-Béchir a déjà laissé entendre que, s’il restait, c’était pour répondre aux demandes pressantes de son parti, le Parti du congrès national (NCP). Alors faut-il croire le président soudanais quand, à 69 ans, il annonce que, cette fois-ci, c’est la bonne, et que ce quinquennat est son dernier ? Tout est parti d’une interview publiée le 20 mars par le quotidien qatari Al-Sharq. « Le peuple soudanais a besoin de sang neuf et d’un nouvel élan pour continuer ce qui a été commencé », y déclare El-Béchir, assurant qu’il ne sera pas candidat à sa succession en 2015. Une annonce surprenante qui a aussitôt relancé les rumeurs sur son état de santé : en août 2012, il a subi une opération de la gorge au Qatar. En novembre de la même année, il a de nouveau été opéré, mais en Arabie saoudite cette fois, et, selon une source proche de la présidence soudanaise, il y serait retourné en mars dernier pour de nouveaux examens. El-Béchir n’a pas caché, ces derniers mois, qu’il éprouvait une certaine N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

lassitude à l’égard de cette fonction qu’il a toujours prétendu ne pas désirer – ce qui ne l’a pas empêché de mener un coup d’État en 1989 et de se faire élire à trois reprises, en 1996, 2000 et 2010. Politiquement affaibli par la sécession du Soudan du Sud, en juillet 2011, il a paru vouloir ressusciter une forme d’unité nationale dans un pays en proie à de nombreuses rébellions, en proclamant notamment, le 1er avril, la libération de tous les prisonniers politiques. Un geste

part avant qu’on le lui demande, il sortira par la grande porte. Cela pourrait lui octroyer une forme de protection politique pour l’avenir. » Des consultations seraient d’ores et déjà en cours au sein de l’état-major du parti afin de lui trouver un éventuel successeur. Pas facile… Les personnalités qui ont la carrure pour prendre la relève sont trop liées au régime pour incarner un vrai renouveau. Elles sont aussi trop âgées, à l’instar du vice-président Ali Osmane Taha (malade lui aussi), ou de Nafie Ali Nafie, tout-puissant conseiller d’El-Béchir. Le NCP devra en outre s’assurer que son candidat est suffisamment populaire pour être élu, et suffisamment islamiste pour être approuvé par les cadres du parti.

Son parti, le NCP, veut du sang neuf. Affaibli, le président pourrait être poussé vers la sortie. qui, comme l’annonce de son départ, a donné lieu à des interprétations contradictoires. « La santé du chef de l’État n’explique pas tout, indique Roland Marchal, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), spécialiste du Tchad et du Soudan. Au sein du NCP, il y a une volonté de changer de génération. El-Béchir n’est pas un monarque absolu et il est obligé d’en tenir compte. Mieux : s’il anticipe et s’il

V U L N É R A B L E . Et que

deviendrait El-Béchir ? Depuis mars 2009, il est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Serait-il plus vulnérable s’il devait quitter le pouvoir ? « Il est inculpé, mais il n’a pas encore été déclaré coupable, répond Roland Marchal. Il n’est même pas sûr que le dossier contre lui soit suffisant. Et même si c’était le cas, il y a très peu de chances qu’il soit un jour jugé. Il pourra toujours se rendre en Arabie saoudite ou en Chine, des pays qui sont hostiles à la CPI. » ● ABDEL PITROIPA JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne

Droit de réponse À la suite de la publication de notre article consacré à l’arrestation de Charles Metouck, ancien DG de la Société nationale de raffinage (Sonara) au Cameroun (J.A. no 2722), nous avons reçu de l’avocat de l’intéressé la réponse suivante : Le titre de votre article (« Pris en flagrant délit ») laisse entendre que M. Metouck a été appréhendé alors qu’il était en train de commettre des actes illégaux. La vérité est que, lorsque M. Ibrahim Talba Malla a été brusquement nommé en remplacement de mon client, le 15 février, celui-ci n’a pu ni ranger son bureau, ni déménager ses

affaires personnelles, ni même préparer la transmission des dossiers sensibles à son successeur. M. Metouck, M. Talba Malla et le président du conseil d’administration (PCA) de la Sonara avaient donc décidé d’un commun accord que mon client reviendrait dans l’entreprise entre le 18 et le 21 février. À son arrivée dans son ancien bureau, et n’ayant pas trouvé sur place le PCA, qui devait pourtant être présent, mon client a commencé, entouré de ses anciennes secrétaires, à ranger ses affaires personnelles et à détruire des notes ou des documents personnels. Il est donc faux de dire qu’il « est subrepticement revenu dans son ancien bureau ». Ce faisant, vous accréditez l’idée qu’il était animé par de mauvaises intentions, alors même que de nombreux journaux ont publié la copie d’un

document signé par le PCA autorisant M. Metouck à entrer à la Sonara. Vous écrivez aussi qu’à la barre M. Talba Malla a contesté l’authenticité de cette autorisation d’accès. C’est faux, et le même M. Talba Malla a déclaré au tribunal qu’aucune destruction de documents n’était à déplorer. Votre article colporte de simples rumeurs et tend à faire passer M. Metouck pour un voyou sans scrupules… Heureusement, les faits sont têtus, l’autorisation d’accès existe, et la destruction de documents n’est que pure invention. Enfin, sachez qu’entre 2002 et le début de cette année 2013, M. Metouck a fait passer le chiffre d’affaires de la Sonara de 250 milliards à 1000 milliards de F CFA, la Sonara passant ainsi de la deuxième à la première place de toutes les entreprises de l’Afrique noire francophone.

PUB 1/2 PAGE Format total (avec débords de coupes) L = 200 x H = 140 Surface utile (déllimitée en noir) L = 185 x H = 130

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Afrique subsaharienne la police a tout de même affronté des manifestations sporadiques dans les fiefs du perdant. Notamment à Kisumu, dans l’Ouest, où, tirant à balles réelles, elle a provoqué la mort de deux de ses partisans. À Nairobi, dans les bidonvilles de Kibera et Mathare, le calme est vite revenu malgré l’amertume de la défaite. Bon perdant, Raila Odinga a souhaité « bonne chance au président élu », lequel doit être investi, avec son colistier William Ruto, le 9 avril.

KENYA

Très fair-play

Raila Odinga aura finalement été beau joueur. Le 30 mars, l’ancien Premier ministre a reconnu sa défaite à l’élection présidentielle.

FÉLICITATIONS. Les chancelleries occi-

TILL MUELLENMEISTER/AFP

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€ Raila Odinga (au centre) lors d’une conférence de presse, le 30 mars à Nairobi.

L

événement est suffisamment rare pour être signalé : le 30 mars, le candidat malheureux à l’élection présidentielle kényane, Raila Odinga, reconnaissait sa défaite face à Uhuru Kenyatta et appelait ses partisans au calme, comme il avait promis de le faire. Peu avant, les six juges de la Cour suprême avaient rejeté l’ensemble de ses recours visant à invalider le scrutin du 4 mars. Le Premier ministre

sortant a donc accepté leur verdict et estimé que « jeter le doute sur cette décision conduirait à l’instabilité politique et économique ». Avant d’ajouter avec élégance : « Bien que nous ne puissions pas être d’accord avec la totalité du jugement, notre foi en l’ordre constitutionnel reste notre valeur suprême. » Sur les dents (les violences postélectorales de 2007-2008 avaient fait plus de 1000 morts et quelque 600000 déplacés),

dentales, qui attendaient sagement la décision de la Cour suprême, à l’inverse de la Chine et de la plupart des pays africains, ont donc fini par féliciter Uhuru Kenyatta, vainqueur au premier tour avec 50,07 % des suffrages. Sans trop en rajouter tout de même sur la belle performance démocratique du pays: le nouveau président et son vice-président restent poursuivis par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. Leurs procès doivent respectivement s’ouvrir les 9 juillet et 28 mai 2013. Mais à la demande des avocats de la défense, ils pourraient être délocalisés au Kenya ou à Arusha, en Tanzanie, tout en restant sous la juridiction de la CPI. Quoi qu’il en soit, le fils du père de l’Indépendance, Jomo Kenyatta, se retrouve aujourd’hui face à une tâche aussi imposante que le mont Kenya: conduire l’une des économies les plus importantes de la région tout en se débattant pour prouver son innocence. ● NICOLAS MICHEL

Coulisses IVOIRE MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE L’ivoire suscite décidément bien des convoitises. Le 30 mars, c’est à la tronçonneuse qu’un inconnu s’en est pris aux défenses d’un squelette d’éléphant conservé au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Mais le – ou plutôt la – pachyderme en a vu d’autres (ce n’était d’ailleurs pas ses défenses d’origine). Venue du Congo, elle avait été offerte à Louis XIV par le roi Pierre II du Portugal N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

avant de succomber, après treize années de captivité, aux rigueurs de l’hiver 1681. Le « braconnier » a été interpellé.

GHANA FAITES COMME MOI ! Plutôt que de prêcher dans le vide, John Dramani Mahama a compris que le mieux était encore de donner l’exemple. Le 2 avril, le chef de l’État s’est rendu en personne à la perception de son quartier pour y

déclarer ses revenus et payer ses impôts. Le geste est symbolique, puisque la Constitution l’en exonère, mais il est censé encourager les Ghanéens à faire de même. À peine un cinquième des 250000 personnes imposables dans le pays payent leurs taxes.

JOSEPH KONY WANTED Les États-Unis sont décidés à avoir sa peau! Le 3 avril, Washington a promis 5 millions de dollars en

échange d’informations permettant la capture de Joseph Kony, le chef des rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). Recherché par la justice internationale pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, Kony et ses combattants se terrent aux confins du Soudan du Sud et de la Centrafrique – où l’armée ougandaise, compte tenu de la crise politique en cours à Bangui, a pour l’instant suspendu ses recherches. JEUNE AFRIQUE


SEBASTIAN MEYER

Maghreb & Moyen-Orient

€ Marchand de popcorn dans le quartier commerçant de Kerrada, à Bagdad.

IRAK

À la recherche

du temps perdu Dix ans après l’invasion américaine, le pays reste miné par des violences interconfessionnelles et une corruption endémique qui plombent la reconstruction. Reportage.

ROULA KHALAF éditorialiste au Financial Times.

JEUNE AFRIQUE

I

l m’avait abordée dans le hall délabré de l’Hôtel Palestine, à Bagdad. Dans sa main, un petit bout de papier avec mon nom gribouillé en arabe. Il s’appelait Abbas alSarray, un Irakien chiite travaillant comme chauffeur ou dans le bâtiment, selon les circonstances. Il avait dix enfants et cherchait un emploi. Quelques jours plus tôt, sur la place Firdaws, à quelques rues de là, l’imposante statue de Saddam Hussein avait été déboulonnée, marquant la naissance d’un nouvel Irak. L’entrée des troupes américaines avait sonné la fin du régime N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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Maghreb Moyen-Orient Irak d’un dictateur dont les deux décennies de règne avaient ruiné le pays. Abbas était optimiste, comme la plupart des membres de la majorité chiite, longtemps opprimée. Demeurait cependant une certaine appréhension sur la suite des événements et la durée de la présence des troupes américaines. C’était l’époque où « des choses » avaient lieu, pour reprendre l’expression tristement fameuse de Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense, qui décrivait ainsi avec une légèreté déplacée la vague de pillages qui ravageait la capitale. Bagdad libéré était aux mains de tout le monde… et de personne. Les Irakiens avaient été privés de liberté par Saddam et de moyens de subsistance par une décennie de sanctions économiques internationales parmi les plus dures de l’Histoire. Ils profitaient désormais des avantages de la libération, mais en subissaient aussi les conséquences néfastes. La ville était offerte à qui voulait la prendre. Seuls quelques sites, comme le ministère du Pétrole, étaient protégés par les forces américaines. ÉTAT RENTIER. Dix ans plus tard – un peu plus de un an après que Barack Obama eut retiré les dernières troupes –, l’Irak a retrouvé sa souveraineté, ainsi que l’a déclaré le président américain. Mais, comme il l’a ajouté, le pays n’a en revanche pas encore retrouvé la stabilité. Un gouvernement d’union nationale a été mis en place, qui rassemble des représentants de la majorité chiite et des minorités sunnite et kurde, mais le pays n’est pas vraiment gouverné pour autant. Grâce aux formations et aux financements dispensés par les Américains, il est doté de plusieurs officines militaires et agences de sécurité qui emploient près de 1,2 million de personnes sur une population de 32 millions d’habitants. Ce sont les Kurdes, habitant le nord du pays, qui semblent avoir tiré le meilleur parti de la situation. Ils ont déjà obtenu leur semi-autonomie, sont protégés par leurs propres milices et leur province a été relativement épargnée par les affrontements interconfessionnels qui ont déchiré le reste du pays. De plus, l’économie de la région est en pleine expansion, les Kurdes profitant pleinement de leurs ressources pétrolières. La superpuissance qui a occupé le pays pendant huit ans, dépensé 60 milliards de dollars pour la reconstruction et perdu 4400 hommes a curieusement laissé peu de traces. On retrouve seulement le style des GI américains dans l’équipement et les fusils des soldats irakiens, bien trop nombreux à travers Bagdad. Cette ville que les troupes américaines ont désertée en décembre 2011 n’est plus ensanglantée par les attaques régulières qui rythmaient le milieu de la décennie précédente, quand la guerre civile faisait rage et que des centaines de morts étaient dénombrés chaque jour. Si les luttes politiques demeurent intenses, la plupart des Irakiens estiment qu’un retour à la guerre est N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

€ Des étudiantes sur le chemin de l’université de Bagdad.

Semiautonomes, les Kurdes sont les grands bénéficiaires de la nouvelle donne.

improbable. Mais ils demeurent préoccupés par l’insécurité quand ils doivent se déplacer dans le pays, et l’armée reste en état d’alerte permanent. Les usines irakiennes sont certes toujours à l’arrêt, mais plusieurs nouveaux centres commerciaux sont en construction, ainsi que des bâtiments qui abriteront des concessionnaires de voitures de luxe ou des banques privées. Dans certains coins du quartier commerçant de Kerrada, les rues sont très animées la nuit et les restaurants affichent « complet ». La production d’or noir ayant retrouvé son niveau de 1990 de 3 millions de barils par jour – elle devrait même doubler d’ici à 2020 –, le gouvernement de cet État rentier accumule les revenus pétroliers et en redistribue une bonne partie en salaires. Un instituteur qui gagnait 1 dollar (0,78 euro) par mois dans les dernières années de Saddam touche désormais 500 dollars. Un policier gagne le double. Mais, aux yeux de l’opinion, une part importante de cette manne est gaspillée ou détournée du fait de la corruption. Dans la plupart des cas, il faut des connexions politiques et de l’argent pour décrocher un emploi de fonctionnaire ou une promotion, ou bénéficier d’un service public. Recouverte du voile noir d’Umm Haidar, la femme d’Abbas, je suis assise à l’arrière de la JEUNE AFRIQUE


À la recherche du temps perdu avec les trois étoiles qui les caractérisent. Les protestataires ont dressé de nombreuses tentes, et le camp est parsemé de chaises blanches et vertes en plastique et de nattes de roseau jonchant le sol. Les sunnites sont les grands perdants du nouvel Irak. Les plus radicaux d’entre eux avaient immédiatement rejoint l’insurrection. La plupart des autres n’ont franchi ce pas qu’après la dissolution par les Américains de l’armée de Saddam et l’application d’une politique systématique de débaasification visant à nettoyer l’administration irakienne de tous les membres du parti Baas. Washington a ensuite pris conscience que ce fut une grave erreur. Les États-Unis réussiront tout de même à mater l’insurrection en enrôlant et en rétribuant généreusement les tribus, lassées par la guerre. Ils sont ainsi parvenus à isoler Al-Qaïda. Le gouvernement irakien n’a cependant pas tenu sa promesse d’intégrer tous ces combattants et de leur assurer une solde régulière. Il a au contraire mis en œuvre une politique de répression assez brutale, qui a d’ailleurs été dénoncée par les organisations de droits de l’homme à cause de multiples arrestations arbitraires et de détentions sans procès. L’OMBRE DE TÉHÉRAN. Le cheikh Khaled

SEBASTIAN MEYER

Hammoud Mahal al-Jumaili, un influent religieux à la barbe blanche bien fournie, est l’un des leaders de la contestation à Fallouja. Selon lui, les Irakiens en général et les sunnites en particulier en ont assez du gouvernement et de ce qu’il décrit comme l’occupation de l’Irak par l’Iran, dénonçant ainsi l’influence croissante de Téhéran sur voiture, la tête baissée. Nous faisons les partis politiques chiites. Il m’explique que les route vers Fallouja, la ville sunnite UN PAYS ENCORE deux grandes revendications des protestataires qui se targue d’avoir été le cœur DIVISÉ étaient d’une part l’abrogation de la législation de l’insurrection contre les forces antiterroriste, parce qu’elle viserait selon eux américaines – par le passé elle était d’abord les sunnites, et d’autre part la libération surtout connue pour ses nombreuses des prisonniers sur lesquels ne pèse aucune mosquées et la qualité de ses kebabs. En charge. Mais les affrontements du 25 janvier Mossoul 2004, au cours de l’un des épisodes les plus avec l’armée, qui ont fait plusieurs morts parmi Erbil sanglants et les plus controversés de l’occules manifestants, ont constitué un tournant 100 km Kirkouk pation américaine, Fallouja était dévasté pour le mouvement, qui s’est radicalisé. Fallouja par une offensive majeure des États-Unis. demande désormais la chute du gouvernement Il s’agissait alors de répliquer à l’assassinat et l’abrogation de la Constitution. Fallouja de quatre entrepreneurs américains dont Du haut de la tribune où il a pris place IRAK BAGDAD les corps mutilés avaient été pendus à un pour s’adresser à la foule, le cheikh assène pont de la ville par les insurgés. que Fallouja refuse la « Constitution de Bremer ». Le nom de Paul Bremer sert INTIFADA SUNNITE. Fallouja est encore en rébelde repoussoir, le précédent gouverlion aujourd’hui, mais de manière plus pacifique. neur américain en Irak étant accusé Bassora La principale attraction de la cité sunnite est le Province par la plupart des Irakiens d’être camp de protestation établi à l’entrée de la ville. Il autonome responsable de la gestion calamidu Kurdistan s’inscrit dans la suite d’une vague de protestation teuse de l’occupation du pays par l’armée Province lancée dans cette région en décembre 2012 après américaine. autonome l’arrestation des gardes du corps du ministre De retour à Bagdad, je découvre une certaine du Kurdistan des Finances sunnite. « L’intifada de Fallouja », sympathie pour le mouvement sunnite de la annonce une grande banderole suspendue aupart d’hommes politiques chiites et kurdes qui dessus d’une scène flanquée de chaque côté de partagent leur désenchantement à l’égard du grands drapeaux irakiens datant de l’ère Saddam gouvernement de Nouri al-Maliki. Plus tard, ● ● ● e Tigr

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JEUNE AFRIQUE

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Maghreb Moyen-Orient Irak

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au cours d’un dîner au Reef, une pizzéria très populaire depuis la chute de Saddam, j’entends des échanges plus optimistes. Un groupe de musique interprète un morceau de Shirley Bassey, tandis que de jeunes professionnels devisent sur le fait que les difficultés actuelles sont autant d’opportunités pour l’avenir. Souha Najjar, une vieille amie irakienne installée à Londres, se rend à Bagdad presque chaque mois. Elle est en train de monter un fonds d’investissement pour acheter des valeurs sur la place boursière irakienne. Elle estime que le pays a de tels besoins en termes de reconstruction et d’infrastructures qu’une forte croissance économique est inévitable. Son ami Seif Abou Altimen, dont la famille travaille dans le commerce de céréales, est l’un des rares exemples de jeunes professionnels retournés vivre en Irak. Il partage aujourd’hui son temps entre un emploi dans une entreprise de télécoms et le développement des affaires familiales. « Il m’a semblé qu’il y avait un bon coup à jouer ici », explique-t-il. Blessé lors d’un attentat il y a quelque temps, il est pourtant décidé à rester sur place.

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ESPOIR. En dehors du monde des affaires, de

jeunes Irakiens essaient de se fixer des objectifs pour faire avancer les choses. Hamad al-Sayyed, ingénieur dans les médias, a cofondé « Je suis irakien, j’ai lu cela ». Cette association encourage des dons en livres, placés dans des boîtes ressemblant à des urnes, lesquelles sont installées dans une rue de Bagdad afin que chacun puisse se servir librement. « Nous avons eu tant de problèmes dans ce pays que les gens ne prennent plus le temps de lire et se concentrent sur les besoins de base », explique-t-il. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

€ Un grand centre commercial de la capitale, dans le quartier huppé de Mansour.

Un autre groupe de trente jeunes volontaires qui se sont rencontrés sur Facebook ont lancé une campagne d’un autre type. Il s’agit d’inviter les électeurs à déclarer leur soutien à un État démocratique et civil, et de rassembler les votes pour les orienter ensuite vers des candidats en dehors du système confessionnel. « La société est en train de se diviser sur des bases tribales et confessionnelles, explique Ahmad Ibrahim, l’un des promoteurs de l’initiative, et nous ne voulons pas que cela devienne la norme. Si nous ne faisons rien, la situation va empirer. Il n’y a pas de temps à perdre. Personne « Les partis religieux n’est satisfait de la situation à part se battent pour l’argent. les partis qui en bénéficient. Ces partis fondés sur une base reliL’Irak est un trésor. » gieuse prétendent se battre au nom de la religion, poursuit-il, mais en réalité ils ne se battent tous que pour l’argent. L’Irak est un trésor. » Les gens comme Ahmad Ibrahim ne sont encore qu’une minorité. Mais celui-ci est convaincu que la mauvaise gestion du pays par la classe politique aux affaires va grossir les rangs de ceux qui rejettent le sectarisme et les partis confessionnels. « Le changement arrivera avec les nouvelles générations, assure Hana Edward, une militante des droits de l’homme qui a combattu le régime de Saddam pendant trente ans. C’est ce qui me donne de l’espoir. » Pour le salut de l’Irak et du Moyen-Orient, j’espère de tout cœur que Hana a raison. Mais je sais que le confessionnalisme est difficile à déloger une fois qu’il est ainsi retranché. ● © Financial Times et Jeune Afrique 2013 Tous droits réservés JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient TUNISIE

Recrute candidats au paradis

MUHAMMED MUHEISEN/AP/SIPA

Proies faciles de marchands de religion sans scrupule, des apprentis jihadistes s’enrôlent pour combattre le régime syrien « impie ».

versée aux familles. Mais le nerf de la guerre seul n’aurait pas suffi sans volonté politique. Selon Ahmed Manaï, président de l’Institut tunisien des relations internationales (Itri) et membre de la commission des observateurs arabes en Syrie, une rencontre stratégique aurait ainsi eu lieu à Tripoli, en décembre 2011, avec la bénédiction de Mustapha Abdeljalil, alors numéro un libyen, entre Youssef al-Qaradawi, président de l’Union internationale des savants musulmans, Rached Ghannouchi, chef du parti Ennahdha, Borhane Ghalioune, numéro deux des Frères musulmans en Syrie, Abdelhakim Belhaj, ancien d’Afghanistan et fondateur du Parti national libyen (PNL), et le ministre qatari des Affaires étrangères. Aux termes de l’accord dit GhaliouneAbdeljalil, les participants sont convenus d’armer les jihadistes syriens et de leur envoyer des renforts tunisiens et libyens. VIA LA LIBYE. « Nous ne sommes ni

n’avons été partie de cette opération, dont nous ignorons comment elle se déroule », s’est défendu Rached Ghannouchi, alors € Initiation au maniement d’un lance-roquettes, près d’Idlib, en Syrie. que Jamel Saadaoui, membre du comité fondateur du PNL, exige des preuves. Il près la prière de l’aube à la recrutement a néanmoins été ouverte. La est pourtant établi que les circuits menant mosquée, il n’est pas renquestion est devenue épineuse et dépasse à la Syrie passent par la Libye. Pas moins tré. » Effondrée, Mounira le cadre national ; le business de la mort de quatre sites consacrés à l’entraînen’a rien vu venir. Son fils, implique une logistique et une préparament des recrues, pendant une durée Khaled Ouali, à peine 21 ans, s’est enrôlé tion minutieuses allant de l’établissement moyenne de vingt jours, ont été identipour le jihad en Syrie. « Un reportage de de faux passeports à l’acheminement. fiés : Bouslim, sous le commandement la télé syrienne a révélé que mon frère, d’Abou Doujana du Groupe islamique disparu depuis cinq mois, était mort aux PRIME DÉCÈS. Depuis le début du conflit combattant libyen (GICL); Zentane; Jebel côtés de l’Armée syrienne libre [ASL] », syrien, il y a deux ans, l’embrigadement el-Akhdar, centre névralgique spécialisé dans la fabrication des bombes chimiques témoigne la sœur d’Ahmed Touhami, idéologique s’est opéré insidieusement tandis qu’une Tunisienne, à l’aéroport à travers les mosquées, les cafés et les et des explosifs ; et Benghazi, géré par les d’Istanbul, à force de cris et de larmes, réseaux sociaux. Des recruteurs adressent Frères musulmans et consacré au maniement des armes lourdes. Les réussissait à dissuader son fils de partir. Selon l’ONU, les combattants tunisiens candidats au jihad peuvent Les départs sont organisés par en Syrie seraient au nombre de 3 500 et aussi emprunter un autre des associations « humanitaires » constitueraient 40 % des effectifs jihaitinéraire en embarquant au distes. Même des handicapés moteurs financées par le Qatar. port pétrolier de Brega, dans auraient été enrôlés, ainsi que des jeunes l’est libyen, via Ghadamès femmes. Selon Abou Koussay, de retour ces néophytes de la guerre à des associaet Ezzaouia, où une préparation phyde Syrie, treize jeunes Tunisiennes ont tions humanitaires financées par le Qatar, sique est aussi dispensée. Destination : été endoctrinées pour mener le « jihad de lesquelles, sous couvert d’actions d’aide la Turquie ou le Liban. nikah », qui revient à satisfaire les désirs au peuple syrien, organisent les départs. Toute cette affaire aurait pu provoquer sexuels des combattants. Si quelques Karama wa Horrya, Arrahma et Horrya une crise entre la Tunisie et la Libye mais familles, comme celle de Marwane, mort à il n’en a rien été. Le président tunisien wa Insaf sont les plus citées par ceux qui 25 ans, se réjouissent que « son martyre ait ont échappé au bourbier d’Alep. Avec une Moncef Marzouki s’est cependant alarmé: offert à ses parents le paradis », la plupart gratification de 2 000 euros par combat« Nous craignons que ces Tunisiens ne exigent l’intervention du gouvernement tant, elles ont renfloué leurs caisses et les constituent une menace pour leur propre tunisien. Le nouveau chef de l’exécutif, poches des intermédiaires. Les jeunes pays à leur retour. Il faut les convaincre que Ali Laarayedh, a répondu qu’il est difficile enrôlés perçoivent sur place une rétrile véritable jihad ici consiste à lutter contre de contrôler la libre circulation des perbution régulière de 1 000 euros. En cas la pauvreté, le chômage et l’ignorance. » ● sonnes. Une instruction sur les réseaux de FRIDA DAHMANI, à Tunis de décès, une prime de 20 000 euros est

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€ Thème choisi : « Connecter les esprits, construire le futur ».

DUBAÏ

Opération séduction

Candidat à l’organisation de l’Exposition universelle de 2020, l’émirat a lancé une vaste campagne de promotion, notamment en direction des pays africains, dont le soutien pourrait se révéler décisif.

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epuis 1851, les expositions universelles se suivent et ne se ressemblent pas – offrant avec régularité aux yeux du monde une carte postale colorée de ce que chaque pays voudrait être ou de la manière dont il aimerait être perçu. En choisissant le thème général de la manifestation, le pays hôte donne le la. Et s’il sera jugé – financièrement et médiatiquement – sur la qualité de son organisation, il sait que l’Histoire retiendra surtout la pertinence du thème choisi. La première exposition, à Londres, proposait sans surprise « Industrie de toutes les nations ». Celle de Bruxelles, en 1935, « Les transports, la colonisation » ; celle d’Osaka, en 1970, « Progrès humain dans l’harmonie »; et celle de 2010, à Shanghai, « Meilleure ville, meilleure vie ». En compétition pour l’édition 2020, l’émirat de Dubaï propose de mettre en avant son rôle de hub international avec le slogan « Connecter les esprits, construire le futur ». Une approche qui, selon les organisateurs, « a été inspirée par Son Altesse Cheikh Khalifa Ibn Zayed Al Nahyan, président des Émirats arabes unis (EAU), et reflète la vision de Son Altesse Cheikh Mohammed Ibn Rached Al Maktoum, vice-président des EAU, N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

Premier ministre et émir de Dubaï ». Une exposition universelle dans cette monarchie constitutionnelle serait une première dans la région. Même si Israël a accueilli deux expositions spécialisées en 1953 et en 1956, l’Occident a depuis longtemps le monopole du concept. HUB PARFAIT. À la fin du mois de

novembre 2013, quelque 160 États membres se prononceront lors d’une assemblée générale du Bureau international des expositions (BIE) pour départager les villes d’Izmir (Turquie), Ayuthya (Thaïlande), São Paulo (Brésil),

Iekaterinbourg (Russie) et Dubaï (EAU). Dans la perspective de ce vote, l’émirat a revêtu ses plus élégantes dishdasha [habits traditionnels masculins, NDLR] et lancé une vaste opération séduction. Notamment en direction de l’Afrique. Il y a tout intérêt : nœud de communication sur les principales routes commerciales reliant l’Asie du Sud à l’Afrique et à l’Europe, c’est sur le continent qu’il pourra recueillir un maximum de voix. Guère étonnant, donc, que les principaux ambassadeurs de Dubaï expo 2020 soient les fleurons commerciaux des EAU tels que la compagnie aérienne Emirates et le troisième opérateur portuaire mondial, Dubai Ports World, associés à des entreprises comme Dubai Airports (aéroport), Etisalat (téléphonie), Emirates NBD (banque) et Jumeirah (hôtellerie). Chez Emirates et chez DP World, les responsables des opérations africaines,

GÉNIE… ET ZOOS HUMAINS LES EXPOSITIONS UNIVERSELLES existent depuis 1851, et leur organisation est réglementée depuis 1928, année de la création du Bureau international des expositions (BIE). La plupart des États qui y participent cherchent à célébrer le génie humain, le progrès et,

souvent, le commerce et le capitalisme. Shanghai (Chine) a accueilli la dernière en 2010, la prochaine aura lieu à Milan (« Nourrir la planète, énergie pour la vie ») en 2015. Celles de 1889 (« La Révolution française ») et de 1900 (« Le bilan d’un siècle ») à Paris sont restées célèbres…

pour leur « village nègre » et leur « diorama vivant » consacré à Madagascar.Tout comme celle de 1958 (« Bilan du monde pour un monde plus humain »), au cours de laquelle un « village congolais » fut reconstitué à N.M. Bruxelles. ● JEUNE AFRIQUE


Coulisses

FORUM. Dubaï ne se contente pas de ces

acquispouralimentersonlobbyingauprès de l’Afrique. La chambre de commerce de la ville organise ainsi, début mai, l’Africa Global Business Forum en partenariat avec le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) afin de développer les réseaux entre décideurs du monde des affaires. Quant à la culture, elle n’est pas oubliée: tous frais payés – ce qui est rarement le cas dans de telles manifestations –, cinq centres d’art contemporain de l’Afrique de l’Ouest étaient les invités de la foire Art Dubai 2013 ! Disposant d’un site de 438 ha – le Dubai World Trade Centre-Jebel Ali, à mi-distance d’Abou Dhabi et de Dubaï – pour installer sa future expo, d’infrastructures de qualité et de moyens, Dubaï a de quoi séduire en Afrique et au-delà. Mais en attirant les regards du monde, l’émirat doit aussi s’attendre à être interpellé – ce qu’il n’aime guère – sur la manière dont il traite ses nombreux travailleurs étrangers, qui ne bénéficient ni de la climatisation ni d’un droit du travail digne de ce nom… ● NICOLAS MICHEL, envoyé spécial

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PALESTINE MECHAAL, LE CHOIX DE LA RAISON Khaled Mechaal a été reconduit par ses pairs à la tête du Hamas, le 1er avril, au Caire. À 56 ans, le chef en exil du mouvement islamiste palestinien avait pourtant exprimé des velléités de départ. Mais moins de quatre mois après une énième confrontation armée avec Israël et dans un contexte régional encore largement incertain, ses proches lui ont suggéré de rester aux commandes de l’organisation jusqu’en 2017. Vue de Gaza, sa réélection passe pour un acte pragmatique, Mechaal étant considéré comme un acteur essentiel du processus de réconciliation interpalestinien. À la faveur du Printemps arabe, qu’il a soutenu au point de prendre ses distances avec l’Iran et la Syrie, ses alliés traditionnels, Mechaal est devenu une vitrine fréquentable du Hamas. En coulisses, il se murmure que son maintien au pouvoir résulterait de pressions exercées par les Frères musulmans égyptiens et le Qatar, nouveau parrain du mouvement islamiste dans la bande de Gaza. ●

MOHAMMED ABED/AFP

Jean-Luc Grillet et Joost Kruijning, portent bien sûr au revers de la veste le pin’s orné du logo bleu « inspiré par les thèmes historiques de la géométrie arabe » qui serait le symbole de l’exposition 2020. Avec une faconde toute française, Grillet enfile avec aisance le costume de VRP: « L’Afrique est un marché très important pour Emirates: en 2013, c’est là que la croissance sera la plus forte. Il y a vingt ans, les principaux flux obéissaient à une logique Nord-Sud. Ils sont aujourd’hui orientés Est-Ouest, et Dubaï est le hub parfait pour relier l’Afrique à l’Asie. » Chiffres à l’appui, il détaille la « success-story » du développement des lignes d’Emirates vers l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Zimbabwe ou l’Algérie, souligne l’intérêt croissant pour le continent des voyageurs malais, indiens, indonésiens, philippins, coréens, japonais ou australiens, insiste sur les « 7 500 employés africains » de la compagnie… Avec en toile de fond les grues et les milliers de conteneurs du port de Jebel Ali, Kruijning détaille pour sa part en mode PowerPoint les activités de DP World sur le continent, entamées en 2000. Outre la gestion des terminaux en Algérie, à Djibouti, au Mozambique et au Sénégal, DP World propose aussi ses services dans plusieurs ports d’Afrique du Sud.

Maghreb & Moyen-Orient

€ Boutique à Gaza où l’on trouve des mugs à l’effigie de Mechaal (à g.)

TUNISIE TU NE BOIRAS PAS… Le 1er avril, dans l’après-midi, des policiers ont fait irruption au Club des journalistes, àTunis, confisquant les stocks de boissons alcoolisées qui s’y trouvaient, conformément, ont-ils déclaré, à la décision du gouverneur deTunis interdisant la vente d’alcool dans les espaces culturels. Une première dans la longue histoire de ce club où les journalistes trinquent depuis des décennies sans être inquiétés.

IRAK … TU NE CRITIQUERAS PAS… Le 1er avril au soir, des hommes en armes ont saccagé les bureaux de quatre quotidiens, détruisant des ordinateurs et brutalisant des journalistes. Point commun entre Al-Doustour, Al-Parliament, Al-Nass et Al-Moustaqbal : les quatre journaux avaient publié des articles

critiques envers un religieux chiite, Mahmoud al-Sarkhi. « Quelles que soient les circonstances, il est inadmissible de s’attaquer aux médias et aux journalistes », a déclaré le chef de la mission de l’ONU en Irak.

ARABIE SAOUDITE … ET TU NE CHATTERAS PAS La Commission saoudienne des technologies de l’information et de la communication a menacé Skype, WhatsApp et Viber de prendre « les mesures nécessaires » si les sociétés éditrices ne se conformaient pas à la réglementation. Un responsable de Saudi Communication, un opérateur privé, a indiqué que la commission avait enjoint les groupes de télécommunications saoudiens de lui transmettre avant le 30 mars « leur réponse à propos de la surveillance des contenus ». N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


Maghreb Moyen-Orient

ALGÉRIE

Le crépuscule des Disgrâce, mise à l’écart, ennuis judiciaires… Les hommes qui formaient la garde rapprochée du président Abdelaziz Bouteflika à son arrivée aux affaires ont pour la plupart connu une fin de carrière au goût amer.

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rrivés ou revenus dans les bagages d’Abdelaziz Bouteflika après son élection à la présidence de la République en avril 1999, les hommes qui avaient constitué la garde rapprochée du chef de l’État, et, à ce titre, joué un rôle considérable dans la prise de décision ont tous connu une fin de carrière mouvementée. Au fil des mandats, ce premier cercle s’est réduit comme peau de chagrin pour ne plus compter aujourd’hui qu’une poignée de proches collaborateurs (lire p. 48). À la notable

exception d’Abdelkader Messahel, inamovible « Monsieur Afrique », et de Youcef Yousfi, compagnon des années d’exil dans le Golfe, qui peuvent encore se prévaloir d’avoir l’oreille du président, les hommes d’influence de la première heure ont rompu les rangs. Certains ont choisi l’anonymat de la retraite, à l’instar du général Salim Benabdallah, premier directeur général du protocole de Bouteflika, ou encore du général Sadek, patron de sa protection rapprochée. D’autres ont déserté. Ahmed Benbitour, le premier chef de gouvernement qu’il a nommé, le fit très vite et avec fracas. Le 26 août 2000,

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Ü Le chef de l’État avec Yazid Zerhouni (à g.), ancien tout-puissant ministre de l’Intérieur, en 2004 ; Chakib Khelil, son « Monsieur Pétrole », en 2008…

huit mois après sa nomination, il jette l’éponge et rend publique sa lettre de démission dans laquelle il reproche au président de menacer la séparation des pouvoirs en recourant trop souvent aux ordonnances afin de légiférer sans passer par la case Parlement. Depuis, Ahmed Benbitour est devenu un opposant, sans parti ni appareil. Mais il ne rate aucune occasion de s’attaquer au bilan de son ancien mentor, qui le lui rend bien : l’exchef du gouvernement est régulièrement oublié par le protocole de l’État à l’occasion des cérémonies officielles. Aujourd’hui, Benbitour est le seul candidat déclaré à la présidentielle d’avril 2014. LE CAS BENFLIS. Le premier cercle

présidentiel a connu un autre cas de rupture violente. Proche d’entre

FAYEZ NURELDINE/AFP

CHERIF OUAZANI

JACK GUEZ/AFP

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«mousquetaires» au bureau présidentiels est généralement synonyme d’exclusion définitive. Deux exceptions confirment cette règle. Ainsi, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, patron du Rassemblement démocratique national (RND, deuxième force politique), a été soudainement remercié en mai 2006 avant de retrouver, deux ans plus tard, le Palais du Docteur Saadane (siège du gouvernement, à Alger), pour en être délogé à nouveau en septembre 2012. Le cas d’Abdellatif Benachenhou, qui se prévaut de l’amitié du président « tout en gardant [sa] liberté de parole et de penser », éprouve-t-il le besoin de préciser aujourd’hui, est assez édifiant. Rédacteur du programme économique du candidat Abdelaziz Bouteflika, Benachenhou a fait un aller-retour à la tête du ministère

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Ü… Abdellatif Benachenhou (à g.), ex-grand argentier, en 2004; et HamidTemmar, ex-ministre des Participations et de la Promotion de l’investissement, en 2006.

des Finances. « Il a perdu l’oreille du président, témoigne un ancien ministre, dès lors qu’il a décidé de son propre chef de quitter le gouvernement. Quand il est revenu quelques mois plus tard dans l’exécutif, une distance s’était créée avec le chef de l’État. L’influent ami du président était devenu un simple technocrate du gouvernement. » Il finit par perdre son portefeuille et retourne à ses activités d’académicien et de conférencier. Aujourd’hui, il s’en prend au club dont il a été exclu. « Bouteflika est plus entouré de courtisans que de partisans », ne se lasse pas de répéter l’ancien grand argentier. En 2005, Abdellatif Benachenhou fut le premier déserteur ou proscrit, c’est selon, du club de personnalités influentesdu moment. Composé de quatre hommes, autant que les ● ● ●

SAMIR SID

HOCINE ZAOURAR/AFP

les proches, Ali Benflis est brutalement éjecté pour avoir lorgné le fauteuil présidentiel et préparé sa candidature à l’élection d’avril 2004. Quelques mois avant cette échéance, il est limogé de son poste de chef du gouvernement et perd, dans la foulée, son fauteuil de secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), première force politique du pays. Il quitte le devant de la scène et opte pour une discrétion à toute épreuve. Revenu à ses premières amours, le droit, il dirige un prospère cabinet d’avocats à Alger en attendant des jours meilleurs. Hormis ces deux cas de dissidence manifeste, le proche entourage du président peut connaître des séparations à l’amiable, c’està-dire sans vagues. Être frappé d’interdiction d’accès au salon ou

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Maghreb Moyen-Orient Algérie NOUVELLE GARDE

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eu de personnes peuvent aujourd’hui se targuer de rencontrer régulièrement le président Abdelaziz Bouteflika. En dehors de quelques prestigieux hôtes étrangers et d’une poignée d’ambassadeurs qui ont la chance de pouvoir remettre en mains propres leurs lettres de créance, les visiteurs d’El-Mouradia se font de plus en plus rares. Après avoir longtemps bourdonné comme une ruche, le cercle présidentiel se concentre désormais autour d’un noyau dur qui a résisté aux aléas du temps. Hormis ses deux frères, Saïd et Nacer, conseillers spéciaux de Bouteflika qui partagent avec lui la résidence présidentielle de Zéralda, ce petit groupe se compose d’un trio: Mohamed Rougab, secrétaire particulier du chef de l’État; Mokhtar Reguieg,

son directeur général du protocole; et Logbi Habba, infatigable secrétaire général, qui fait « tourner » El-Mouradia. Impossible d’accéder au président sans passer par l’un de ces trois filtres. Quant aux instructions présidentielles, elles passent la plupart du temps par Mohamed Rougab, véritable courroie de transmission du zaïm. Les Conseils des ministres étant de plus en plus espacés (seulement deux en 2012, pourtant année de grandes réformes, et un seul depuis le début de 2013), les membres de l’exécutif reçoivent les « orientations présidentielles » par téléphone. À l’autre bout du fil, Mohamed Rougab. Jouant le rôle d’interface avec la classe politique, Logbi Habba entretient des contacts réguliers avec les différents leaders, puis

● ● ● héros d’Alexandre Dumas, ce petit groupe est baptisé les « trois mousquetaires de Boutef ». Chakib Khelil, Hamid Temmar et Yazid Zerhouni constituaient le cœur du dispositifmisenplaceparAbdelaziz Bouteflika à son retour aux affaires. Natifs, comme ce dernier, du Maroc, Khelil, Temmar et Zerhouni ont longtemps tiré de leur proximité avec le président (amis d’enfance pour les deux premiers et compagnon de lutte avant et après l’indépendance pour le troisième) un statut particulier au sein du sérail de l’èreBouteflika.Leurfindecarrièrea des allures d’explosion en plein vol.

HUMILIATION. Éclaboussé par de

nombreux scandales financiers impliquant le groupe pétrolier public Sonatrach, dont il fut le PDG et ministre de tutelle, Chakib Khelil, 74 ans, n’est remercié du gouvernement qu’en mai 2010, soit quatre mois après la révélation par la presse de malversations N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

rend compte au président. Le maalem (le « boss ») apprécie les analyses et la lucidité de son secrétaire général. Chef suprême des forces armées, le président reçoit souvent les généraux de corps d’armée Gaïd Salah, chef d’état-major, et Mohamed Mediène, dit « Toufik », patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Enfin, alors qu’il avait sensiblement réduit, ces dernières années, la fréquence de ses entrevues avec l’exPremier ministre Ahmed Ouyahia, Bouteflika rencontre régulièrement son successeur, Abdelmalek Sellal, à qui il a confié la délicate mission de le remplacer pour les visites dans l’Algérie profonde et de le représenter dans les sommets régionaux et CH.O. internationaux. ●

à l’occasion de marchés publics. Curieusement, le magistrat instructeur ne juge pas utile d’entendre Chakib Khelil, au grand dam des dirigeants de Sonatrach poursuivis pour corruption. Bouteflika protège-t-il son ancien mousquetaire? « Tout l’indique, s’indigne un défenseur dans le dossier Sonatrach. La quasi-totalité des personnes mises en cause assurent que leur ministre de tutelle était au courant de ce qui se tramait lors des passations de marchés. » L’affaire prend une nouvelle tournure quand le parquet de Milan s’en saisit. Les révélations de la presse italienne sont accablantes à l’endroit de Chakib Khelil (voir J.A. no 2720). Bouteflika est contraint de lâcher son ex-camarade de classe d’Oujda et annonce publiquement que nul n’est à l’abri du « glaive de la justice ». Il aura fallu attendre trois longues années après l’éclatement du scandale avant que Khelil ne subisse, en mars 2013, les premières perquisitions de la police judiciaire.

Pourtant, malgré les fortes présomptions qui pèsent sur lui, il n’a pas fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN). Il a même conservé son passeport diplomatique et poursuit, à ce jour, ses activités de consultant international en matière pétrolière pour le compte de nombreux États étrangers. Il revient régulièrement

Quand le scandale Sonatrach a éclaté, le juge instructeur n’a pas jugé utile d’entendre Khelil. en Algérie, mais préfère Oran, où il a fait construire une somptueuse villa, à la capitale. Quelques jours avant les premières perquisitions ayant visé ses bureaux et son domicile algérois, il a opportunément quitté le pays pour une destination inconnue. Hamid Temmar, 77 ans, et Yazid Zerhouni, 75 ans, ne risquent pas une telle infamie, mais leurs JEUNE AFRIQUE


Le crépuscule des « mousquetaires »

ð Mokhtar Reguieg, directeur général du protocole, en janvier dernier.

Six Premiers ministres en quatorze ans

Smaïl Hamdani

décembre 1998décembre 1999

Ahmed Benbitour

décembre 1999août 2000

Ali Benflis

ZINOU ZEBAR

août 2000mai 2003

relations avec le président sont aujourd’hui tendues. Longtemps contesté par une partie du sérail pour son arrogance, Hamid Temmar a vu son étoile pâlir peu à peu. Coupable d’avoir détérioré le climat social en faisant l’unanimité contre lui, Temmar, qui voulait sincèrement secouer le palmier de l’économie algérienne, subit les foudres présidentielles. Pour punir ce mousquetaire maladroit, Bouteflika ne l’exclut pas du gouvernement mais le nomme à la tête d’un nouveau ministère, Prospectives et Statistiques, sans en définir ni les prérogatives ni l’organigramme. Comble de

l’humiliation, il est limogé du gouvernement le 3 septembre 2012 et son ministère est transformé… en secrétariat d’État. Depuis, il a opté pour une discrétion à toute épreuve, refusant de s’exprimer. Malgré son brutal retrait et son retour à l’anonymat, il demeure la tête de turc de l’opposition, qui lui impute tous les maux des secteurs dont il a été chargé (Privatisations, Industrie, PME et PMI). Retraité du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et de la fonction publique, il coule aujourd’hui des jours tranquilles entre Alger et Tlemcen.

Ahmed Ouyahia

mai 2003mai 2006

Abdelaziz Belkhadem mai 2006juin 2008

Ahmed Ouyahia

juin 2008septembre 2012

Abdelmalek Sellal

depuis le 3 septembre 2012

Le dernier Boutef’boy à subir l’ire présidentielle est Yazid Zerhouni. L’ex-patron de la Sécurité militaire (SM, ancêtre du Département du renseignement et de la sécurité, DRS), homme fort des gouvernements successifs de Bouteflika, est congédié sans élégance. Sa mise à l’écart est même présentée comme une promotion : nommé en mai 2010 vice-Premier ministre, il perd le portefeuille de l’Intérieur. Comme Temmar, Zerhouni se retrouve dans une fonction qui n’est définie par aucun décret. Il s’en émeut. Pas auprès du président mais publiquement. « KLEENEX ». Bouteflika prend

son temps pour appliquer la sanction. L’ex-ministre de l’Intérieur est tout bonnement oublié lors du dernier remaniement. Le poste de vice-Premier ministre est dissous et Zerhouni avec. « Il [Bouteflika, NDLR] m’a jeté comme un Kleenex », ne cesse de répéter le plus amer des anciens mousquetaires à ses visiteurs, de moins en moins nombreux. Cheville ouvrière du dispositif Bouteflika au cours des deux premiers mandats, il s’attendait, contre sa mise à l’écart, à être nommé ambassadeur à Paris, une promesse présidentielle pour services rendus. Les circonstances de la séparation entre les deux hommes ont amené le chef de l’État à revenir sur son engagement. Rancunier, Abdelaziz Bouteflika? Peut-être. Toujours est-il que, quelles qu’en soient les raisons, un membre déchu du cercle présidentiel conserve le privilège de disposer d’une villa à la résidence d’État de Club des Pins, station balnéaire à l’ouest d’Alger. La carrière de Boutef’boy est sans doute aléatoire, mais le toit est assuré. C’est toujours ça de pris. ●

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Europe, Amériques, Asie

FRANCE

Sarkozy

cerné par les affaires Le retour en politique de l’ancien président peut-il être contrarié par les nombreuses difficultés judiciaires auxquelles il est confronté ? D’après les sondages, la majorité de ses compatriotes n’y croient pas une seconde. ALAIN FAUJAS


Europe, Amériques, Asie

E

n théorie, la situation est idéale pour Nicolas Sarkozy, qui, depuis son échec électoral de 2012, caresse l’idée d’un « retour de l’île d’Elbe ». À en croire tous ses visiteurs, il est « comme un lion en cage » et dévore avec avidité les notes sur les convulsions politiques du moment que lui concoctent ses experts. Oh! certes, certaines de ses groupies s’appliquent à le décrire comme las de la politique. C’est le cas d’Henri Guaino, qui croit savoir qu’il n’est pas « dans l’état d’esprit de revenir ». Mais d’autres, comme Bernadette Chirac ou le publicitaire Jacques Séguéla, appellent son retour à cor et à cri. Alors, retour ou pas? Les scénarios imaginés par le mari de Carla Bruni sont les suivants:

Le deuxième obstacle, c’est « l’affaire Karachi ». On sait que deux juges d’instruction s’efforcent d’établir s’il existe un lien entre l’attentat qui, le 8 mai 2002, tua onze ingénieurs et techniciens français au Pakistan et le financement de la campagne électorale d’Édouard Balladur, en 1995. À l’époque ministre du Budget, Sarkozy était aussi le porte-parole de ladite campagne. Il avait autorisé la création d’une société offshore chargée de gérer les rétrocommissions (légales à l’époque) d’un contrat de livraison de sous-marins. Une enquête est en cours pour savoir s’il s’est rendu complice, en 2011, d’une violation du secret de l’instruction en diffusant un communiqué sur l’affaire. Pour l’instant, pas de quoi fouetter un chat.

CONTENTIEUX. Troisième obstacle, plus redoutable: l’affaire Tapie. Deux juges d’instruction enquêtent sur aucœurd’unpouvoirtoutjustecapabledefaire«pleula décision prise en 2007 par Christine Lagarde, alors voir à verse les conneries ». Du coup, il se transforme ministre des Finances, de confier à des arbitres le malgré lui en un « formidable agent de communicacontentieuxopposantBernardTapieauCréditlyonnais tion » au bénéfice de son prédécesseur. La trop grande à propos de la vente d’Adidas. Plus de 400 millions « normalité » de l’un changerait rétrosd’euros ayant finalement été versés pectivement l’hyperactivité passée de à Tapie, Sarkozy peut-il être inculpé Dans l’affaire de complicité de détournement de l’autre en un modèle de gouvernance. Tapie, peut-il être fonds publics ? Des perquisitions Si l’on en croit les sondages, calamiteux inculpé de ont eu lieu au domicile de Lagarde, pourl’actuelchefdel’État,etlesravages de l’affaire Cahuzac, l’hypothèse commais aussi à ceux des trois arbitres et complicité de mence à être validée. détournement de de Claude Guéant, son plus proche collaborateur, qui a interféré dans 2. Les résultats des élections muni- fonds publics ? les négociations fiscales menées par cipales de 2014 seront, à l’évidence, Tapie.Entre2007et2010,cederniera mauvais pour la gauche, sans être pour autant excelrencontré Sarkozy à dix-huit reprises, à l’Élysée. Deux lents pour la droite, qui devra composer avec un Front proches de l’ancien président ont été mis en examen. national en pleine forme. Quatrième obstacle: l’affaire Kaddafi. Là encore, des perquisitions ont eu lieu chez Guéant pour vérifier 3. Pour empêcher un face-à-face Hollande-Le Pen les déclarations de Bachir Saleh, l’ancien directeur de au second tour de la présidentielle de 2017, le seul cabinet du dictateur libyen, et de l’homme d’affaires recours de la droite, ce sera lui, Sarkozy. « Sans moi, ils Ziad Takieddine, négociateur avec certains pays ne gagneront pas », confie-t-il à qui veut l’entendre. Il arabes. Selon les deux hommes, une cinquantaine en est convaincu: François Fillon, son ancien Premier de millions d’euros auraient été versés par le pouvoir ministre, et Jean-François Copé, le patron de l’UMP, libyen – « en liasses de billets » – pour le financement de la campagne de Sarkozy en 2007. ne sont pas d’un « calibre » suffisant pour prétendre Cinquième obstacle: l’affaire Liliane Bettencourt. l’emporter. À sa grande fureur, l’ancien président a été mis en Seulementvoilà,l’ancienprésidentnepourrarevenir examen le 21 mars par le juge Jean-Michel Gentil à l’Élysée qu’au terme d’une course d’obstacles dont pour « abus de faiblesse » au détriment de la femme son image pourrait ne pas sortir intacte. la plus riche d’Europe, qui n’a plus toute sa tête. Le magistrat veut savoir si, comme il le prétend, il ne s’est Le premier obstacle n’est pas le pire. Il s’agit du rendu qu’une seule fois, en février 2007, au domirejet, en décembre 2012, des comptes de sa campagne présidentielle par la commission nationale ad cile des Bettencourt pour une visite de courtoisie à hoc. Comme Sarkozy a fait appel devant le Conseil monsieur (André, décédé la même année); ou bien constitutionnel, on en ignore les motifs, mais il semble s’il a menti et rencontré à plusieurs reprises Liliane que la commission ait réintégré des frais de déplaceet André, chaque fois peu après que le couple eut ments et des rémunérations de collaborateurs dans procédé à d’importants retraits d’argent en liquide, les comptes du candidat. Le Conseil constitutionnel que plusieurs témoins affirment avoir été destinés à s’intéressera-t-il aux sondages (coût total: 1,3 million Sarkozy. Le chiffre de 4 millions d’euros est avancé. d’euros)commandésparl’Élyséequelques mois avant Si l’on en croit un sondage BVA/Le Parisien du le début de la campagne? Dans le pire des cas, si le 24 mars, 63 % des Français sont convaincus que cette Conseil validait le refus, l’UMP perdrait 11 millions mise en examen n’empêchera pas l’ancien président de revenir en politique. ● d’euros de remboursements. Pas si grave.

ð Nicolas Sarkozy le 27 mars à Bruxelles, lors de sa première apparition publique depuis sa mise en examen dans l’affaire Bettencourt.

VIRGINIA MAYO/AP/SIPA

1. François Hollande est un président « médiocre »

JEUNE AFRIQUE

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Europe, Amériques, Asie

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35 ans que ça dure !

• 1978

Création du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)

• 1999

Arrestation d’Abdullah Öcalan, au Kenya

• 2009

Dissolution du parti DTP (prokurde) par la Cour constitutionnelle

AFP PHOTO/STRINGER

• 2011

Percée du BDP, successeur du DTP, aux législatives (36 députés)

€ Lecture publique de la lettre d’Öcalan, lors d’un meeting à Diyarbakir, le 21 mars. TURQUIE

Marchandage au Kurdistan Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre, reconnaît qu’il parlemente avec Abdullah Öcalan, le chef historique du PKK emprisonné depuis 1999. Ce dernier appelle ses combattants à cesser le feu. Espoir de paix ou jeu de dupes ?

I

ls envisagent de faire taire les armes après trente ans d’un conflit qui a fait 45 000 morts : 8 000 militaires turcs et, pour l’essentiel, des combattants de la guérilla kurde du PKK. Ils ? Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre et leader du Parti de la justice et du développement (AKP), d’un côté; Abdullah Öcalan, 64 ans, alias « Apo », le chef historique du PKK, de l’autre. L’un rêve de se faire élire président en 2014. L’autre, condamné à la prison à perpétuité, et à l’isolement total dans l’île-prison d’Imrali, en mer de Marmara, depuis 1999, espère se voir sinon libéré un jour, du moins assigné à résidence. Pour parvenir à ces objectifs, l’islamiste relooké et le marxiste-léniniste vieillissant avaient tout intérêt à s’entendre. C’est chose faite. En confirmant, fin 2012, que les services secrets parlementaient avec l’ennemi public numéro un, le « terroriste », le « tueur d’enfants » avec qui il était officiellement exclu de négocier, N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

Erdogan a levé un tabou. En appelant ses guérilleros, le 21 mars, à cesser le feu et à quitter le territoire turc, Öcalan a scellé le principe d’une réconciliation. Cette évolution a de quoi surprendre. Jusque-là, Erdogan, le « démocratemusulman », refusait de recevoir les députés du BDP, le parti prokurde, pourtant légalement élus, tandis que des vagues d’arrestations décimaient l’élite kurde. Maires, députés, intellectuels, journalistes… Ils sont près de 15 000 à avoir été jetés en prison, dans l’intention manifeste de « casser » le dynamisme de cette minorité de 23 millions de personnes qui réclame une autonomie régionale et d’élémentaires droits démocratiques, rejointe en cela par d’autres segments de la société civile, au premier rang desquels les libéraux turcs. Mais entre-temps, le contexte régional a changé. D’ami intime de Bachar al-Assad, Erdogan s’est mué en virulent détracteur du raïs syrien, s’attirant du même coup

la sourde hostilité de Téhéran, allié de Damas. Le PKK bénéficie aujourd’hui d’un soutien logistique du régime Assad et dispose de bases arrière dans le nord du pays, tenu par le Parti de l’union démocratique (PYD, son alter ego syrien). En 2011, la Turquie a soupçonné l’Iran – qui réprime sa propre minorité kurde – d’avoir arrêté puis relâché Murat Karayilan, le numéro deux du PKK, le laissant rejoindre les montagnes de Kandil, dans le nord de l’Irak, à partir desquelles 2 000 combattants kurdes lancent des raids meurtriers en territoire turc. AUTONOME. Déstabilisée par la guerre en

Syrie, harcelée sur son territoire et cernée à ses frontières, la Turquie redoute plus que jamais la création d’un État kurde. Déjà, depuis l’invasion américaine de 2003, les Kurdes d’Irak possèdent leur propre gouvernement autonome, de vastes gisements de pétrole et même une université attrayante, à Erbil. Ankara a fini par s’en accommoder pour se livrer à un business effréné, mais n’a pas la moindre intention de laisser ce modèle s’étendre et menacer son intégrité territoriale. Il était donc urgent de calmer le jeu, à l’intérieur. JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie Loin de ces considérations géostratégiques, la tactique politicienne entre elle aussi en ligne de compte. Erdogan a besoin de l’appui des 36 députés du BDP pour faire adopter une nouvelle Constitution instaurant un régime présidentiel taillé à sa mesure. Öcalan, après avoir reçu quelques visites (son frère, ses avocats, des élus du BDP) et un poste de télévision, espère voir s’améliorer son ordinaire. Avec son idéologie marxisteléniniste dépassée, son culte du chef anachronique et ses combattants épuisés par des années de lutte stérile, le PKK a tout intérêt à se renouveler pour être en phase avec les aspirations pacifiques des Kurdes : reconnaissance de leur identité, accès à l’éducation dans leur langue maternelle, octroi d’un certain degré d’autonomie. Le Premier ministre est-il prêt à leur accorder tout cela ? Le peut-il, face à une armée et à des milieux kémalistes pour qui le caractère unitaire et centralisateur de l’État est un dogme ? « Ce marchandage risque de tourner au marché de dupes. Erdogan va diriger

reculent devant aucune provocation. Si les auteurs de l’assassinat à Paris, en janvier, de trois militantes kurdes, dont deux étaient appelées à jouer un rôle clé dans le processus de réconciliation, n’ont toujours pas été identifiés, leur mobile ne fait aucun doute : saborder la paix. Comment s’assurer que le processus entamé aujourd’hui sera durable ? Les conditions dans lesquelles s’opérera le retrait des L’islamiste relooké et le marxistecombattants du PKK du léniniste vieillissant avaient tout territoire turc (calendrier, intérêt à s’entendre. C’est fait. garanties de sécurité, etc.) donneront une première indication. À moyen terme, l’orientation le-feu rompus et de tentatives de dialogue avortées. Lancées par l’AKP en 2009 et du régime sera déterminante : Erdogan en 2010, les deux dernières n’avaient s’engagera-t-il enfin sur la voie des d’ailleurs abouti qu’à la recrudescence réformes démocratiques? Ou profitera-t-il de cette trêve pour en engranger le bénéde la guérilla : 700 morts entre mai 2011 et septembre 2012. fice politique et accroître son emprise sur les rouages du pouvoir ? À moins NUISANCE. Autre écueil redoutable pour qu’Abdullah Gül, jusqu’ici son fidèle bras la paix, la capacité de nuisance des extrédroit, déjoue ses plans en s’accrochant à mistes des deux camps (ultranationalistes son fauteuil de président. ● JOSÉPHINE DEDET turcs, jusqu’au-boutistes kurdes), qui ne

le pays de manière de plus en plus autocratique, et Öcalan aura vendu à la fois les Kurdes et les démocrates turcs », estime le politologue Erol Özkoray. Déjà, plusieurs commandants du PKK, s’ils obtempèrent aux ordres d’Apo, demandent des garanties du gouvernement et du Parlement avant de désarmer leurs hommes. Ce vieux conflit est en effet jalonné de cessez-

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Europe, Amériques, Asie Ì Un coin de Tiers Monde au cœur de la capitale financière de l’Asie.

HONG KONG

La cour des miracles de la mondialisation Depuis un demi-siècle, Chungking Mansion, immense bâtiment décrépit au cœur de l’ex-colonie britannique, est le carrefour de tous les commerces – et de tous les trafics – entre la Chine et l’Afrique.

A

u milieu des néons multicolores de Tsim Sha Tsui, l’un des quartiers les plus commerçants de Hong Kong, se dresse Chungking Mansion, un énorme bloc de béton de dix-sept étages construit dans les années 1960. L’endroit est célèbre pourseshôtelsbonmarchéetsesvendeurs à la sauvette fourguant aux touristes de fausses Rolex. C’est aujourd’hui un symbole de Hong Kong la cosmopolite. Plus de 5 000 personnes originaires de 130 pays y vivent en permanence. Plus 10000 autres qui viennent y travailler quotidiennement. Un concentré de la mondialisation. Enseignant à l’université de Hong Kong, l’Américain Gordon Mathews a passé quatre années à en étudier les arcanes. Dans Ghetto at the Center of the World, il décrit par le menu ce petit bout de Tiers Monde au cœur de la capitale financière de l’Asie. On croise le monde entier dans les couloirs de Chungking Mansion : ouvriers chinois, touristes sans le sou, junkies népalais ou prostituées indonésiennes. « Les Africains ont commencé à débarquer dans les années 1990, explique Mathews. Ils doivent être aujourd’hui plus d’un millier. Parmi eux, beaucoup de commerçants d’Afrique de l’Ouest qui passent quelques mois ici pour acheter des marchandises qu’ils revendent ensuite chez eux. Il y a aussi des demandeurs d’asile, des clandestins et quelques originaux mariés à des Hong-Kongaises. Chungking Mansion est une porte d’entrée, une immense gare de triage. Certains y restent toute leur vie. Les plus chanceux réussissent à s’installer ailleurs. »

les bienvenus ici, à moins d’avoir beaucoup d’argent. J’ai rencontré de nombreux compatriotes, on vivait en communauté et mon restaurant était devenu un lieu de rendez-vous. » Au bout de deux ans, Daniel a fermé son établissement pour se lancer dans le commerce des vêtements: il achète en gros des tee-shirts bon marché venus de Thaïlande ou du Vietnam qu’il revend ensuite à Hong Kong. « Je vends surtout aux touristes de passage, donc c’est aléatoire, explique-t-il. Mais je ne m’en sors pas trop mal. J’envoie aussi des vêtements au Ghana, où ma sœur possède deux boutiques. » La majorité des Africains du quartier est plutôt spécialisée dans les téléphones portables. Les étals du rez-de-chaussée regorgent de combinés bon marché, de cartes téléphoniques pour les appels internationaux et de petits produits électroniques. Chaque jour, vers 14 heures, le premier étage de Chungking Mansion est envahi par une foule de cartons qui, pour la plupart, prendront ultérieurement le chemin de l’Afrique, emplis d’appareils bon marché de marque généralement inconnue : Nasaki, Admet, jFone… Ces derniers sont fabriqués non loin de là, dans les usines du delta de la rivière des Perles, en Chine continentale. La valeur

DR

globale des portables transitant chaque semaine par Chungking Mansion est estimée à 800 000 euros. HongKongestaussiunimportantcentre de ce que, dans le jargon commercial local, onappelleles«téléphonesquatorzejours». Le terme vient du droit européen, qui donne deux semaines aux acheteurs pour se rétracter. Un courtier récupère donc en Europe les appareils retournés presque neufs, mais qui ne peuvent être venduscommetels.ExpédiésàHongKong, ils sont ensuite revendus en Asie ou en

ALI BABA. Daniel Owusu est arrivé du

Ghana il y a dix ans. Ce solide gaillard a d’abord travaillé dans le bâtiment avant d’ouvrir un restaurant au onzième étage de cette caverne d’Ali Baba bigarrée. « J’aurais bien voulu m’installer autre part, mais il est presque impossible de louer à un propriétaire hong-kongais. On n’est pas toujours N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

F. MOUCHET/ASK IMAGES

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€ Couturière chinoise, client africain… JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie Drôle d’histoire 1961 Inauguration de Chungking Mansion, sur Nathan Road Années 1970 et 1980 Afflux de voyageurs, touristes et immigrés clandestins 21 février 1988 Décès d’un touriste danois 1993 L’eau et l’électricité sont coupées pendant dix jours 1993-1994 Le réalisateur hong-kongais Wong Kar-wai tourne Chungking Express 23 avril 1996 À la suite d’une descente de police, arrestation de 59 clandestins, de 14 nationalités différentes, pour trafic de drogue 2004 Rénovation de l’ensemble. 310 caméras de surveillance sont installées, 30 vigiles patrouillent en permanence dans les étages 2007 Le magazine Time qualifie Chungking Mansion de « symbole de la mondialisation en Asie » 11 novembre 2011 Cinquantième anniversaire. La municipalité investit 2 millions d’euros dans une nouvelle rénovation

Afrique à des prix défiant toute concurrence. Pourtant, selon les spécialistes, rien ne vaut les téléphones made in China. Pourquoi acheter un appareil « quatorze jours » lorsque, pour à peine 40 euros, il est possible de se procurer un smartphone chinois pourvu de nombreuses applications (télévision, jeux, etc.) ? VILLAGE. L’Ivoirien Siby Ismael est l’un

de ces négociants en téléphonie mobile. Son père a débarqué à Hong Kong en 1976. Alors, Chungking Mansion, c’est un peu son village. Parlant le cantonais, l’anglais et le français, il a monté Marena Corp., une entreprise d’import-export spécialisée dans l’électronique bas de gamme et qui compte aujourd’hui cinquante employés. « Je pense que 85 % des téléphones fabriqués en Chine et vendus en Afrique centrale et occidentale transitent par ici », explique-t-il. Chungking Mansion n’a pourtant rien d’un havre de paix. Les premiers étages sont, on l’a vu, réservés aux boutiques : électronique, prêt-à-porter, copies en tout genre, téléphones portables… Mais juste au-dessus,lescouloirsdécrépitsaccueillent 90 hôtelsbon marché, avec leurschambres souvent sans fenêtre qui, avec leurs alignements de lits en fer, ressemblent à des

JEUNE AFRIQUE

dortoirs. Le linge sèche dans le couloir, on cuisineàmême le sol.Leslocatairessesont regroupés par ethnies ou nationalités. Là est le royaume des Pakistanais, quelques mètres plus loin, celui des Nigérians ou des Ivoiriens. Les Chinois restent à l’écart, et les Indiens, comme les Népalais, ont accaparé des étages entiers. « C’est un endroit unique au monde, explique Mathews. Nulle part ailleurs vous

Da n s l’ i ma g i na i re p o p u l a i re, Chungking Mansion est un ghetto crasseux, délabré et assez inquiétant. Pour ne pas dire dangereux. Mais pour ses habitants, c’est le paradis des affaires. « Un bel exemple de mondialisation, analyse Gordon Mathews. Pas celle des multinationales qui investissent des milliards de dollars dans la construction d’usines, le marketing ou la distribution, mais une mondialisation à visage humain, qui permet à des Une immense gare de triage petits transistors à 5 dollars dans laquelle les moins chanceux fabriqués dans le sud de restent bloqués toute leur vie. la Chine de terminer leur carrière sur un marché de ne trouverez une telle variété de populaNouakchott ou d’Abidjan. » tions et de nationalités. Bien sûr, il y a pas Il règne à Chungking Mansion une mal de trafics, des problèmes de drogue atmosphère conviviale, une ambiance de ou de prostitution. Les mafias sont très clan qui séduit de nombreux Africains. actives, et les règlements de comptes, fréLes logements y sont bon marché et quents. Mais en général, les habitants de l’on y trouve tous les produits fabriqués Chungking Mansion s’efforcent de vivre en Chine. Si certains vendeurs comme en harmonie. La police fait régulièrement Ismael ou Daniel en ont fait leur nouveau des descentes, mais il n’y a pas la même foyer, beaucoup ne font que passer. Selon agressivité, pour ne pas dire le même Gordon Mathews, ces petits commerracisme, qu’en Chine continentale. Bien çants gagnent entre 300 et 1 000 euros sûr, les autorités voudraient bien détruire à chaque voyage. Un travail de fourmi l’immeuble, mais celui-ci appartient à avec escale obligée dans ce symbole de plus de 900 propriétaires. Impossible de la mondialisation. ● s’entendre avec chacun d’eux ! » SÉBASTIEN LE BELZIC, envoyé spécial N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

Mason Ewing Le rêve américain Enfant battu, aujourd’hui malvoyant, ce jeune Franco-Camerounais essaie de se réinventer outreAtlantique en styliste et réalisateur.

L

es questions, il les écoute à peine. Il parle vite, si vite qu’il en avale ses mots. C’est que, à 30 ans, Mason Ewing a déjà beaucoup à raconter. Son enfance fracassée, sa renaissance et puis Hollywood. Malvoyant, ce Franco-Camerounais poursuit inlassablement le rêve de sa mère Marie, modèle et styliste, décédée à seulement 20 ans : avoir sa propre collection de vêtements. « Elle est partie trop tôt, soupire-t-il, installé dans le canapé fatigué d’un deux-pièces de Meaux (Seine-et-Marne), son pied-àterre en France. Depuis tout petit, j’ai décidé de suivre ses traces. » Enfant, fasciné par les robes, il découpait des photos de mannequins qu’il collait dans un petit cahier. Lorsque sa mère travaillait sur sa machine à coudre, il était à côté d’elle. Cet héritage, il s’est fait un devoir de le perpétuer. Alors, en hommage, il a créé sa propre marque, Madison Color Collection, une ligne sportswear dont le logo est un curieux bambin métissé. Grâce aux inscriptions en braille, les aveugles peuvent lire la couleur et la taille de chaque pièce. « Le bébé est un symbole de tolérance, explique Mason. Mon message, c’est qu’on peut être handicapé et faire des choses sublimes. » Son premier défilé de mode, il l’a présenté en 2006, à Paris: « un succès ». Exigeant, il a tout géré, de la sélection des mannequins au choix des vêtements. « J’aime sentir la douceur des tissus sous mes doigts, je reconnais les couleurs et je ne me trompe jamais », assure-t-il, jurant miser sur sa mémoire et ne se fier qu’à son instinct. Car Mason Ewing n’a pas toujours vécu dans l’obscurité. Du Cameroun (il est né à Douala d’un père américain, aujourd’hui décédé, et d’une mère camerounaise), il n’a pas gardé beaucoup de souvenirs. À la mort de sa mère, il a vécu avec son arrièregrand-mère et ses cinq enfants, dont

N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

€ Maltraité par une France qu’il juge « raciste », l’orphelin a créé sa société à Los Angeles, mais celle-ci ne vit que de sponsors et de mécénat.

sa grand-tante, Jeannette, avec qui il a rejoint la France à l’âge de 6 ans. Cette dernière et son époux lui ont fait vivre un indicible calvaire. Il raconte avoir été battu, brûlé, séquestré. Quand sa grand-tante ne lui cognait pas la tête contre le carrelage de la salle de bains, elle le torturait avec du piment. Jusqu’à ce jour de 1996 où elle lui en a jeté dans les yeux, après l’avoir une énième fois violenté. Après trois semaines de coma, il a perdu la vue. Les appels au secours

n’ont jamais été entendus: une centaine de fugues en deux ans, des passages au commissariat et à l’hôpital, des confidences aux assistantes sociales de la Direction des affaires sanitaires et sociales (DDASS)… Seul le Comité de lutte contre l’esclavage l’a cru et il a pu porter plainte. En juin 2004, Lucien et Jeannette Ekwalla ont chacun été condamnés par le tribunal correctionnel de Meaux à un an de prison avec sursis et 4500 euros de dommages et intérêts, JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

Ensuite, les années de galères se sont enchaînées. Mis sous tutelle, interdit bancaire, il ne perce pas. En colère contre une France qu’il estime raciste, il s’exile en 2011 aux ÉtatsUnis. « Les portes se sont immédiatement ouvertes. Pour tout le monde, j’étais le Messie, le génie, jure Mason. Le Los Angeles Times veut faire un deuxième article sur moi. Mes avocats m’ont dit qu’il n’y a que Barack Obama qui pouvait avoir des articles dans un tel journal en si peu de temps. » Le mois qui a suivi son arrivée, il organisait déjà son premier défilé, avec quatre autres créateurs : « Le b é b é M a d i s o n c a rt o n n e , l e s Américains trouvent ça génial », claironne-t-il. Dans sa quête effrénée d’une reconnaissance qu’il n’a jamais eue, il crée sa société, Mason Ewing Corporation, à Los Angeles. Un « holding » avec « plusieurs départements » : « mode et image ». Mason, qui réside désormais à Hollywood, a des projets à la pelle (dont une ligne de vêtements pour femmes, « Ingénue Couture ») et un grand rêve : le cinéma. Plus jeune, reclus dans sa chambre, il regardait en boucle les séries télévisées « avec des bandes de jeunes qui s’entendent bien » pour survivre malgré l’enfer qu’il vivait. Il a depuis créé la sienne, Eryna Bella, qui raconte les querelles adolescentes d’enfants de millionnaires dans un prestigieux lycée américain. En tournage à Los Angeles, il cherche des mécènes et des sponsors – sa société ne vit que de ça – pour financer les huit saisons et son association, SOS Madison International, qui lutte contre les discriminations… « Un jour, j’irai sur la tombe de ma mère, se prometil. Je ferai un magnifique portrait d’elle au cinéma. » ●

AUSTRALIE

Bébés volés De 1950 à 1982, 250 000 enfants en bas âge furent arrachés par les autorités à leurs mères biologiques, jugées indignes de les éduquer.

C

«

’était à la fin de l’été 1967, à Brisbane. J’avais 16 ans. Tim, mon petit ami, et moi allions nous coucher quand on a frappé à la porte de notre chambre. Sans un mot, deux policiers m’ont embarquée, fourrée dans une voiture et, après une nuit en cellule, m’ont conduite dans une “maison” tenue par des religieuses. Celles-ci m’ont rasé les cheveux et donné un nouveau prénom, en prétendant qu’elles agissaient pour mon bien, car je menais une vie immorale. Mon crime? Être enceinte de Tim. Nous voulionsnousmarierdèsqu’ilauraittrouvé un vrai travail. Huit mois plus tard, j’ai été attachée à un lit d’accouchement. J’étais terrifiée, la douleur était insoutenable. Les nonnes ont arraché le bébé de mon ventre. Pour que je ne le voie pas, l’une d’elles m’a plaqué le visage contre le matelas. Elles ont volé mon enfant. On m’a donné des barbituriques. Ensuite, des gens du bureau de l’enfance m’ont forcée à signer des papiers. Si je refusais, ils m’enfermaient dans une maison de redressement. Mon pays m’a volé ma vie. » Lilian est l’une des centaines de milliers d’Australiennes dont les bébés furent volés en toute légalité, puis placés dans des orphelinats religieux avant d’être proposés à l’adoption. C’est ainsi qu’entre 1950 et 1982 l’Australie puritaine punissait les

filles-mères – et blanches – qui s’étaient adonnées aux plaisirs de la chair hors mariage. Deux cent cinquante mille bébés furent ainsi arrachés à leurs génitrices, jugéesindignesdeleséduquer,puisconfiés à des familles adoptives, qui n’ignoraient rien des conditions de leur « abandon ». EXCUSES. Le 21 mars, à Canberra, Julia

Gillard, la Première ministre, a présenté à huit cents femmes les excuses officielles de son gouvernement. « Nous regrettons les pratiques honteuses qui ont nié votre droit fondamental d’aimer et de prendre soin de vos enfants », leur a-t-elle lancé, avant d’annoncer que 5 millions de dollars australiens (plus de 4 millions d’euros) seraient alloués aux victimes afin de leur donner accès à un suivi psychologique et de leur permettre de poursuivre les efforts de retrouvailles entre enfants et parents biologiques. Un mea-culpa émouvant, mais des mesures dérisoires. Pour Angelina, contrainte en 1973 d’abandonnersonpetitgarçon,ellesn’apaiseront jamais ses souffrances. « Quand j’ai retrouvé mon fils grâce aux registres mis à notre disposition, j’ai été incapable de faire le lien entre cet homme inconnu de 40 ans et le fantôme de mon bébé, qui, toutes les nuits,meréveilleenmedonnantdescoups de pied dans le ventre. » ● JULIETTE MORILLOT

ANDREW TAYLOR/AP/SIPA

dont il n’a « jamais vu la couleur ». Une peine d’autant plus dérisoire que Jeannette avait déjà passé un an et demi en prison pendant l’enquête et que Lucien s’était enfui. « J’ai failli mourir, je suis resté un temps en fauteuil roulant, je ne peux pas pardonner, s’emporte Mason. Je leur ai dit leurs quatre vérités, je ne pouvais plus vivre dans la peur. Moi, j’avance, je n’attends rien d’eux. »

JUSTINE SPIEGEL Photo : VINCENT FOURNIER/J.A. JEUNE AFRIQUE

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€ Dépôt de fleurs à la mémoire des enfants disparus, le 21 mars à Canberra. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


Économie

INTERVIEW

Wale Tinubu

Directeur général d’Oando

STEPHANE FRANCES/ONLYWORLD.NET

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Comment va € Des grands programmes ont modernisé certains secteurs…

STRATÉGIE

Le volontarisme des autorités pour faire du royaume un acteur d’envergure régionale et une destination privilégiée pour les investisseurs est manifeste. Pourtant, des déséquilibres demeurent. RYADH BENLAHRECH

C

onsidéré par les bailleurs de fonds et les investisseurs comme un bon élève – par rapport à ses voisins – en matière d’attractivité, de communication, d’ouverture internationale, de transparence et de vision économique à moyen terme, le Maroc a plus d’un atout : une stabilité politique et économique qui tranche avec d’autres pays d’Afrique du Nord,degrandsprogrammesd’investissementdans les infrastructures, de vastes chantiers de repositionnement économique entrepris pour rendre le royaume plus compétitif et plus moderne face à la N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

concurrence internationale. Le pays se positionne aussi avec succès comme une plateforme entre Afrique et Europe. « Il commence à jouer un rôle de hub vers l’Afrique, grâce à l’implantation des banques marocaines » au sud du Sahara, confirme Jawad Kerdoudi, économiste et président de l’Institut marocain des relations internationales (Imri). Les progrès désormais soutenus enregistrés dans la création de Casablanca Finance City, la future place financière tournée vers l’Afrique subsaharienne, en témoignent. Dans cette quête, le capitalisme marocain peut compter sur ses champions africains, symboles d’une véritable réussite entrepreneuriale : Attijariwafa Bank, FinanceCom, Addoha, Alliances, Saham, Maroc Télécom, ou encore la Société générale des travaux du Maroc (SGTM). Mais un véritable fossé sépare ces fleurons des milliers de PME et PMI qui composent 95 % du tissu productif, selon une estimation de l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise. JEUNE AFRIQUE


BOISSONS

DÉCIDEUR

Michel Losembe

Directeur de la Biac

AFRIQUE DE L’OUEST

Coris Bank repart à l’assaut de la région

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ABDELHAK SENNA/AFP

Les Brasseries ivoiriennes lancent la compétition

le Maroc? € … mais le chômage des jeunes reste structurel.

Des sociétés qui n’ont que rarement su – ou pu – prendre le virage de la modernité et de la saine gestion. Elles souffrent notamment de la difficulté de l’accès au crédit. Au final, la croissance marocaine reste supérieure à celle de ses voisins mais, dans un pays où l’agriculture pèse 17 % du PIB, elle varie surtout au gré des récoltes. De 4,9 % en 2011, elle est passée à 2,9 % en 2012, selon le Fonds monétaire international (FMI). Loin des 7,8 % atteints en 2006. Les flux des investissements directs étrangers restent, eux aussi, irréguliers : en 2007, ils ont atteint la somme record de 2,8 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) d’après la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), contre 1,6 milliard de dollars en 2010 et 2,5 milliards en 2011. Le trou des finances publiques se creuse, le chômage des jeunes reste structurel, l’accès au foncier pour les entreprises est très compliqué. Bilan d’une économie au potentiel encore largement sous-exploité. JEUNE AFRIQUE

Plans sectoriels : des résultats inégaux

Dès le début des années 2000, le Maroc a changé de cap dans ses politiques publiques en lançant de vastes plans sectoriels destinés à diversifier son économie et à intensifier les efforts dans les secteurs phares.«Lesélitesdupaysontengénéralunebonne vision stratégique. Les grands plans vont clairement dans le bon sens », estime Frédéric Baranger, de l’Institut Amadeus, un think-tank marocain. Le plan Azur, adopté au début de la décennie 2000 pour doper le secteur touristique, n’a pourtant pas eu tous les résultats escomptés. Le Maroc a bien augmenté ses revenus en attirant près de 10 millions de touristes en 2010. Mais les taux d’occupation n’ont atteint que 40 %, alors que le seuil de rentabilité est de 60 %. Les chantiers de construction de certaines stations balnéaires ont accusé des retards pour cause de mauvaise gestion et de changement de maître d’œuvre. ● ● ● N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


Entreprises marchés

VINCENT FOURNIER/J.A.

DR

DR

A.DUPEYRON

Les hommes clés de l’économie du royaume

A.DUPEYRON

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Mounir El Majidi

Aziz Akhannouch

Abdellatif Jouahri

Noureddine Bensouda

Mostafa Terrab

Secrétaire particulier du roi depuis 2000

Ministre de l’Agriculture et de la Pêche depuis 2008

Gouverneur de Bank Al-Maghrib depuis avril 2003

Trésorier général du royaume depuis avril 2010

PDG de l’OCP depuis février 2006

À la tête d’un très important ministère, qui pilote notamment le plan Maroc vert, il préside aussi Akwa Group, premier groupe énergétique du pays.

La banque centrale, qu’il dirige, émet la monnaie et surveille son cours, maintient la stabilité des prix, fixe les taux d’intérêt et conseille les autorités.

Tous les flux financiers et comptables de l’État et des collectivités locales transitent par l’institution que dirige ce proche du roi.

Il est chargé de faire fructifier le capital de la famille royale à travers les holdings Siger, ONA, SNI. C’est le « Monsieur Économie » de Mohammed VI.

● ● ● Un nouveau plan pour la période 2011-2020 entend doubler le chiffre d’affaires du secteur et la capacité d’hébergement du royaume, tout en visant la création d’un million d’emplois. Dans l’agriculture, le plan Maroc vert a été lancé en 2008, avec un budget d’investissement de 150 milliards de dirhams (13,5 milliards d’euros) à l’horizon 2020. Ses objectifs sont d’augmenter les revenus agricoles et d’organiser la filière, composée à 70 % d’exploitations inférieures à 5 hectares. Ils sont en partie atteints : la production a, depuis, augmenté de 40 %, et 33 milliards de dirhams ont été investis dans le secteur, d’après des chiffres présentés en avril 2012. « La dynamique est bien enclenchée; il faut voir où en était le pays en 2004 en matière agricole », souligne un banquier marocain. L’industrien’estpasenreste,aveclePactenational pour l’émergence industrielle courant sur la période 2009-2015. En février dernier, les troisièmes Assises de l’industrie, à Tanger, ont été l’occasion de dresser

LIRE AUSSI NOTRE INTERVIEW COMPLÈTE DU MINISTRE DE L’INDUSTRIE, ABDELKADER AMARA, SUR ECONOMIE. JEUNEAFRIQUE.COM

Abdelkader Amara

Ministre de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies

Le Maroc poursuit une stratégie concertée pour passer de pays sous-industrialisé à pays en voie d’industrialisation. Nous avons déjà réussi l’implantation d’entreprises leaders dans leurs domaines, notamment dans des secteurs de pointe comme l’aéronautique (Safran puis Bombardier) et l’automobile (Renault). Il faudra du temps, car les pays industriels au nord de la Méditerranée ont entamé leur évolution depuis longtemps. Je note avec satisfaction que, en 2012, l’industrie a été en tête en termes d’investissements étrangers, avec plus de 8 milliards de dirhams [près de 720 millions d’euros, NDLR]. Jusque-là, l’immobilier et le tourisme attiraient le plus de capitaux. » N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

Première entreprise du pays, l’Office chérifien des phosphates (publique) a réalisé un bénéfice de 14 milliards de dirhams (1,3 milliard d’euros) en 2012.

un bilan à mi-parcours ; il est contrasté. Certaines filières, comme l’aéronautique et l’automobile, sont très prometteuses. Mais dans l’ensemble, l’industrie, surtout en raison des difficultés du textile et du cuir, a perdu 76 000 emplois depuis 2009, selon le haut-commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi Alami. Sur le volet énergétique, le Maroc a mis en place un plan solaire fin 2009, afin d’atteindre une capacité de production d’au moins 2 000 mégawatts d’ici à 2020. L’appel d’offres pour la construction de la deuxième tranche de la centrale de Ouarzazate – dont la capacité sera, à terme, de 500 MW et qui doit entrer en service en 2015 – a été lancé récemment. Le chemin est encore long.

Finances publiques : le poids des subventions Depuis la crise économique internationale de 2009, les finances publiques se sont dégradées. En 2012, le déficit budgétaire a ainsi atteint 7,1 %, selon le Haut-Commissariat au plan, contre 6,2 % en 2011 et 4,7 % en 2010. Trois facteurs ont pesé négativement sur les finances du royaume. La détérioration de l’environnement économique extérieur – principalement en Europe – a mis à mal sa balance commerciale, dont le déficit s’est creusé de près de 36 milliards de dirhams entre 2010 et 2011, pour atteindre 184 milliards de dirhams, d’après l’Office des changes. Le pays a également souffert de la cherté des matières premières, notamment énergétiques: il dépend de l’étranger pour 95 % de son approvisionnement en pétrole. L’augmentation des traitements des fonctionnaires, des pensions de retraite et des dépenses JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés Jeunes : inaptes au travail ?

sociales pour maintenir le pouvoir d’achat a fait flamber le déficit. De fait, la Caisse de compensation, qui subventionne les prix des produits de première nécessité, absorbe près de 20 % du budget national. « La réforme du système de subventions est indispensable et urgente », a estimé en décembre le FMI à l’issue de sa mission annuelle dans le pays. Véritable serpent de mer, le dossier est explosif pour le gouvernement. Hormis une hausse de 14 % du prix du gasoil et de 27 % de celui du fuel industriel en juin 2012, le statu quo perdure pour les produits subventionnés (céréales, électricité, farine, gaz, sucre…). Or, inadapté, « le système de compensation actuel profite plus aux riches qu’aux pauvres. Il est temps de le réformer, nous n’avons plus le choix », s’insurge Hicham El Moussaoui, maître de conférences en économie à l’université Sultan-Moulay-Slimane de Béni Mellal et analyste pour libreafrique.org. Pour Frédéric Baranger, de l’Institut Amadeus, « la réforme de la compensation doit passer par un meilleur ciblage des aides – qui concernent aujourd’hui toute la population –, mais on n’en prend pas le chemin ». À l’approche des élections communales de juin, le gouvernement étudie diverses pistes, comme des aides directes aux plus démunis, sans définir une feuille de route claire. Alors que la dette publique tutoie le seuil dangereux de 70 % du PIB, Nizar Baraka, ministre de l’Économie et des Finances, table sur un déficit budgétaire de 4,8 % en 2013. « Les projections du ministère sont à prendre avec des pincettes », prévient Frédéric Baranger. Pour preuve, à la fin février, les dépenses de fonctionnement de l’État avaient bondi de 18,4 % sur un an, d’après les chiffres publiés par la Trésorerie générale du royaume.

Le taux de chômage a atteint 9 % en 2012, d’après le Haut-Commissariat au plan, contre 8,9 % en 2011. Comme dans d’autres pays de la région, le chômage des jeunes reste trop élevé, bien qu’une réelle baisse se soit amorcée depuis dix ans. Ainsi, 33,5 % des 15-24 ans et 19,6 % des 25-34 ans vivant en milieu urbain étaient au chômage fin 2012, contre respectivement 37,6 % et 30 % en 2000. Dans ces tranches d’âge, « ce sont les diplômés qui enregistrent le taux de chômage le plus élevé », souligne le haut-commissaire au Plan. Des chiffres en adéquation avec ceux de la Banque mondiale, qui estimait en juin dernier le chômage chez les 15-29 ans à près de 30 %. Principale cause: la qualité des formations. « Notre enseignement public est malheureusement inadapté aux besoins du pays. Il ne prépare pas du tout nos étudiants au marché du travail. Beaucoup de filières ne débouchent sur aucun emploi », déplore Jawad Kerdoudi. Pour Karim Bernoussi, PDG d’Intelcia, société spécialisée dans la relation clientèle, « le système éducatif marocain vit un vrai malaise dû aux multiples réformes non abouties. Et l’arabisation [décrétée à la fin des années 1980, NDLR] a eu un impact très négatif. Nous en subissons encore les conséquences ». Pour 2013, le gouvernement a annoncé le renforcement des programmes de lutte contre le chômage, mais les effets ne s’en feront pas sentir du jour au lendemain, carlepaysabesoind’unecroissancesoutenue(aumoins 6 %) pour inverser la tendance. « Les programmes de lutte contre le chômage n’ont pas donné de résultats, souligne Asmae Benthami, professeure à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Salé, près de Rabat. Les solutions mises en place ne sont qu’à caractère conjoncturel, ce qui ne permet pas de résorber le chômagechezlesjeunessurlelongterme.» ●

La crise européenne peut-elle entraîner le Maroc dans la stagnation? Président de l’Institut marocain des relations internationales (Imri)

Économiste, analyste pour le site libreafrique.org

NON

« C’est préoccupant, mais pas catastrophique. Car, malgré des baisses possibles dans le tourisme, les transferts des Marocains résidant à l’étranger et les exportations, l’économie marocaine reste tirée par la forte demande intérieure. Le royaume a largement les moyens pour ne pas subir la mauvaise conjoncture de nos voisins du Nord. En revanche, il faut diversifier nos débouchés, en priorité vers l’Afrique de l’Ouest. »

JEUNE AFRIQUE

DR

Hicham El Moussaoui

DR

Jawad Kerdoudi

OUI

« Il est impossible d’avoir un PIB hors secteur agricole en hausse lorsque son principal partenaire est en récession. Nous pouvons nous attendre à une baisse des exportations vers l’Europe, mais aussi des investissements directs étrangers, des transferts des Marocains résidant à l’étranger et des recettes touristiques. La bonne récolte attendue cette année ne servirait qu’à compenser la baisse du PIB non agricole. »

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Entreprises marchés AFRIQUE DE L’EST

Le Burundi au bord de l’asphyxie Sous perfusion d’aide internationale, le petit pays fait face à une poussée inflationniste. Une fièvre révélatrice de maux plus profonds.

D

epuisledébutdel’année, le Burundi traverse une passe difficile. D’abord, c’est le marché central de la capitale, Bujumbura, qui est parti en fumée, au mois de janvier. Il représentait près de 80 % des transactions commerciales du pays. Puis, mi-février, l’inflation s’est emballée. Faute de réserves de change, les stocks de carburant se sont épuisés et, en quelques jours, plus des trois quarts des stationsservicedeBujumburaontdûfermer. Le litre d’essence au marché noir a grimpé jusqu’à 4000 francs burundais (près de 2 euros), le double du prixàlapompeentempsnormal.Le sujet est si sensible que l’Assemblée nationale a voté le 3 avril une loi qui interdit aux médias de publier des informations concernant la monnaie nationale. Pour Cyrille Sigejeje, administrateur directeur général de la Banque de gestion et de financement, la principale cause de l’inflation réside dans la faiblesse des exportations. Celles-ci couvrent seulement 20 % des importations, d’après Faustin Ndikumana, président de l’ONG Parcem ; un déséquilibre qui pèse sur les réserves en devises. Pour rassurer et combattre l’inflation, les restrictions sur les opérations (versement et retrait) sur les comptes en devises des résidents ont été levées. Mais, comme l’explique Geneviève Buzungu, secrétaire exécutive de l’Association des banques et établissements financiers, ce genre N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

GERARD ROUSSEL/PANORAMIC

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€ Le président, Pierre Nkurunziza, accueilli par François Hollande, le 11 mars à l’Élysée.

de mesure ne peut offrir, au mieux, qu’un soulagement temporaire. Pour affronter ses problèmes structurels, le Burundi doit s’en remettre en grande partie aux bailleurs, qui financent environ la moitié du budget de l’État. Le pays a récemment récolté 2 milliards d’euros d’engagements pour la période 2012-2015 de la part de ses partenaires, dont la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’Union européenne. En visite à Paris mi-mars, le président, Pierre Nkurunziza, a obtenu que le Burundi soit inscrit sur la liste des pays prioritaires pour l’accès à l’aide française. FACTURES. « L’État base son budget sur des prévisions d’aides, mais celles-ci n’arrivent pas toujours, nuance Faustin Ndikumana. Par conséquent, il vit au-dessus de ses moyens. » Résultat : « Il continue à payer les fonctionnaires, mais il a cessé de régler ses factures depuis plusieurs mois », souligne un chef d’entreprise. Une première estimation évaluerait le manque à gagner pour le secteur privé à 70 milliards de francs burundais à la fin février. Un coup dur supplémentaire pour des entrepreneurs qui souffrent.LaprogressionduPIB,qui oscille entre 3 % et 5 % depuis 2004,

En bref PIB par habitant (2012)

218,10 €

Croissance (2012)

4,2 %

Inflation (2012)

14,7 %

Part de l’aide étrangère dans le budget de l’État (2011)

53,5 %

Rang dans le rapport « Doing Business » (2013)

e 159 sur 185 pays

Rang par l’indice de développement humain (2013)

e 178 sur 186 pays (SOURCES : FMI, PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES EN AFRIQUE, BANQUE MONDIALE, PNUD)

ne suffit pas à compenser la croissance démographique. La carence énergétique est criante: seuls 3,5 % de la population sont connectés au réseau électrique, un chiffre que les autoritésveulentporterà15%d’icià 2015, notamment grâce à deux projets de barrages hydroélectriques développés avec les pays voisins. Autre difficulté pour le secteur privé, «l’accèsauxfinancementsbancaires est très onéreux. Les taux avoisinent les 20 % », précise Marie Müque Kigoma, fondatrice de Fruito, une entreprise de production de jus de fruits. Heureusement, le Burundi enregistre quelques progrès. Le rapport « Doing Business » 2013 de la Banque mondiale le classe parmi les dix pays les plus réformateurs au monde en matière d’environnement des affaires. Consolata Ndayishimiye, présidente de la Chambre fédérale de commerce et d’industrie du Burundi, se félicite notamment de la mise en place d’un guichet unique pour la création d’entreprise: « Il est désormais possible d’ouvrir son entreprise en vingt-quatre heures. » Dernier signe positif, selon elle: l’intégration économiqueauseindelaCommunauté est-africaine (EAC), un « booster de croissance ». Et d’espoir. ● NICOLAS TEISSERENC JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés INTERVIEW

Wale Tinubu

Directeur général d’Oando

« Dans cinq ans, nous visons 100000 barils par jour » Alors que la société nigériane finalise le rachat des actifs de ConocoPhillips, son patron détaille ses ambitions, à court et moyen terme.

E

nannonçant,endécembre, le rachat des actifs de ConocoPhillips au Nigeria pour près de 1,4 milliard d’euros, Oando signait la plus grosse acquisition conclue par une entreprise nigériane du secteur. Objectif: devenir une firme de taille intermédiaire dans le premier pays pétrolier d’Afrique subsaharienne. Une belle évolution pour la société de services et de distribution de produits pétrolierscrééeen2003parlafusion entre les filiales d’Agip et Unipetrol, et transformée par son patron, Wale Tinubu,enunacteurglobalœuvrant aussi dans la production. Coté à Lagos et à Johannesburg, Oando est présent au Ghana, au Bénin et au Togo et a réalisé un chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’euros en 2011. JEUNE AFRIQUE: Quelle production visez-vous, à terme ?

WALE TINUBU : Nous devrions produire cette année environ 10 000 barils par jour. Si vous ajoutez à cela les 45 000 à 50 000 barils de ConocoPhillips, nous devrions terminer 2013 à environ 60000 b/j. Dans cinq ans, nous visons 100 000 b/j et plus de 300 millions de barils de ressources, ce qui fera de nous une entreprise pétrolière de taille intermédiaire au Nigeria.

Oui. Une fois que vous décidez d’entrer dans ce monde, vous devenez une entreprise globale ; peu importe votre nationalité, il y a des normes que vous devez respecter, et elles obligent chaque entreprise à renforcer son professionnalisme. C’est le seul moyen de survivre. De plus, l’accès aux financements pour les projets pétroliers est facilité en ce moment…

Nous pensons effectivement que le marché est bon. Nous concernant [pour le rachat des actifs de ConocoPhillips, NDLR], je ne dirais pas que le financement était facile à lever, simplement qu’il était approprié. Oando a bâti son activité avec de la dette et nous comprenons comment la gérer. Nous avons de bonnes relations avec les banques et nous sommes tout à fait aptes à structurerdesopérationsd’emprunt.

Sans le Local Content Act de 2010, qui aurait permis de porter à 87 % la part des contrats pétroliers et gaziers remportés par des industriels locaux, verrions-nous autant d’entreprises nigérianes fleurir ?

La loi a créé un environnement favorable pour accélérer ce qui était déjà en route. Depuis un certain temps, nous voyions des sociétés se bâtir, notamment dans les services. C’était une question de temps.

Diriez-vous cependant que nous assistons à une professionnalisation des compagnies locales ?

Ü Le magazine Forbes l’a surnommé The King of African Oil.

À quels autres marchés vous intéressez-vous?

Notre priorité en ce moment reste le Nigeria, car aucun autre pays n’offre des opportunités telles que celle que nous avons eue avec ConocoPhillips. Dans un futur proche, cependant, nous nous pencherons sur l’Angola, le Ghana et le Cameroun. Le gaz naturel représente 60 % de la production de ConocoPhillips au Nigeria; comptez-vous développer sa commercialisation ?

AKINTUNDE AKINLEYE/REUTERS

Nous livrons 120 usines à Lagos et un certain nombre dans l’est du pays. Nous allons aussi livrer une centrale électrique publique, mais provisoirement, le temps que l’État puisse s’approvisionner lui-même, car les rendements sont meilleurs avec notre clientèle commerciale. Si les tarifs d’achat par les centrales électriques se relèvent, nous nous intéresserons davantage à ce secteur. ● Propos recueillis à Lagos par NICHOLAS NORBROOK JEUNE AFRIQUE

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Entreprises marchés BOISSONS

Les Brasseries ivoiriennes lancent la compétition Usine neuve, personnel formé, marques déposées… Le nouvel acteur de la bière est prêt à investir le marché national. Et va tenter d’en conquérir 10 %.

A

bidjan, quartier de Yopougon. C’est ici, en pleine zone industrielle, que bat le cœur du groupe Eurofind. Au bout d’un chemin de terre, ce conglomérat d’entreprises classé parmi les plus grands du pays a logé ses sociétés ivoiriennes les plus importantes. Alignés en bord de route, au-delà d’une barrière gardée, les camions attendent de pouvoir apporter aux professionnels du BTP les fers à béton, tôles, et autres produits métallurgiques transformés ici par la Sotaci, filiale d’Eurofind, et par les Aciéries de Côte d’Ivoire, nées en 2010. De l’autre côté du chemin règne une tout autre ambiance. En cette fin mars, seul le ballet des banquiers et de leurs 4x4 vient troubler le bruit des bouteilles de verre qui s’entrechoquent. Sur ces 9 ha auparavant inoccupés, Eurofind a érigé une brasserie qui bouleversera bientôt un marché ivoirien de la bière jusqu’ici bien tranquille. Des immenses silos remplis d’orge maltée et de maïs jusqu’aux cuves de fermentation, en passant par le laboratoire de contrôle et la ligne d’embouteillage, environ 20 milliards de F CFA (30,5 millions d’euros) ont été investis dans le site. Le résultat est impressionnant. « Le brassage a commencé début mars, explique Moussa Bouali, directeur général des Brasseries ivoiriennes, la filiale d’Eurofind qui gère cette usine. L’embouteillage aussi. La commercialisation, elle, devrait débuter dans les semaines qui viennent. » Dans l’immense structure ultramoderne, les N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

machines, venues pour la plupart d’Allemagne, attendent la dizaine de millions de bouteilles vides stockées dans un grand hangar. Elles ressortiront pleines et étiquetées. Le bâtiment a été livré clés en main par ses fabricants allemands, restés pour la mise en marche et les réglages. Après le blocage du projet causé par la crise postélectorale, il aura fallu plus d’un an pour monter l’usine. OFFENSIVE. À quelques mètres de

là, la station d’épuration d’eau est presque terminée. Tout sera bientôt prêt pour le début de l’offensive. Les Brasseries ivoiriennes ont décidé de développer leurs propres marques afin de se lancer sur le marché. Deux bières blondes, l’une un peu plus premium que l’autre, seront ainsi mises en vente, principalement dans les maquis, ces bars où se vend l’essentiel des millions d’hectolitres consommés chaque année par les Ivoiriens. Mais avant le lancement officiel, le directeur général tient à garder les marques secrètes. Sans doute autant pour ménager un effet de surprise que par superstition. Moussa Bouali précise que ces boissons s’inscriront dans la plus pure tradition de la bière allemande, dont le succès ne se dément pas en Afrique de l’Ouest. Pour assurer cette qualité et mener les opérations de brassage, Les Brasseries ivoiriennes ont recruté un spécialiste du secteur, un ancien de Castel en Afrique centrale. Pour le reste des équipes, il a fallu recourir à la formation, les compétences locales étant rares. Aujourd’hui, 70 personnes

OLIVIER POUR J.A.

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€ La structure, réalisée par des fabricants allemands, a une capacité de 250 000 hectolitres.

travaillent dans la brasserie, elles seront bientôt 135. « Nous n’attaquerons pas le marché de manière agressive, nous ne casserons pas les prix », tient à préciser Moussa Bouali, dont l’entreprise souhaite à court terme conquérir autour de 10 % de part de marché. Pour la jeune pousse brassicole, l’enjeu sera de pousser les consommateurs à rompre avec leurs bières habituelles, fabriquées en immense majorité par la filiale locale du français – et géant africain

Dans ce secteur, on garde jalousement tous ses secrets. Et on se méfie de la presse. de la bière – Castel. Rien ne filtre sur la stratégie commerciale des Brasseries ivoiriennes, dans un secteur où le principal concurrent garde jalousement ses secrets et se méfie du moindre contact avec la presse. Or la clé de la réussite se situe là, en grande partie. « La bière, c’est avant tout une question de marketing, analyse Moussa Bouali, qui compte lui-même quatorze années d’expérience commerciale sur le marché ivoirien, dans une autre filiale du groupe Eurofind. Nous allons chercher à innover, à JEUNE AFRIQUE


Coulisses

Entreprises & marchés

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Retrouvez toute l’actualité économique et financière du continent sur economie.jeuneafrique.com

Alors que l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) vient de publier ses statistiques 2012 sur l’aide publique au développement (APD), qui recule pour la seconde année consécutive, les ONG tirent la sonnette d’alarme. Ainsi, l’aide de la France a baissé à 12,8 milliards de dollars (9,9 milliards d’euros), contre 13,7 milliards de dollars en 2010. À 0,45 % du revenu national brut, le pays s’éloigne de l’objectif de 0,7 % auquel il s’était engagé. Oxfam, une confédération d’ONG, s’interroge notamment sur la réalité de l’aide au développement de 150 millions d’euros promise au Mali. Un constat qui contraste avec les déclarations de François Hollande à Bamako, au début du mois de février. Autre inquiétude des ONG, exprimée par la voix de l’organisation américaine ONE : le retard pris dans l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement. ONE récuse l’argument de la crise, soulignant que le Royaume-Uni vient d’allouer 0,7 % de sa richesse nationale à l’aide publique au développement pour 2013. ●

avoir une approche tournée vers le consommateur. Celui-ci mérite d’avoir le choix. » Les Brasseries ivoiriennes ont développé leur propre réseau de distribution, en mettant en place les dépôts agréés qui vendront leurs produits aux détaillants. Sur le papier, le marché a largement assez de place pour un nouvel acteur. Aucune statistique officielle n’existe, mais selon la société de Bourse Hudson, la consommation nationale a atteint 4 millions d’hectolitres en 2012. Les Brasseries ivoiriennes, elles, parlent de 2,5 millions. « Le taux de croissance moyen du marché, important l’année dernière, s’explique par un rattrapage après la crise politico-militaire de 2011, affirme François Adjitin, analyste chez Hudson. À partir de 2013, nous estimons qu’il sera de 8 % par an. » Soit peu ou prou la capacité de la toute nouvelle usine des Brasseries ivoiriennes, de 250 000 hectolitres pour l’instant. Preuve que le nouveau venu, tout en introduisant un peu de compétition sur le marché, ne menacera pas de sitôt l’emprise du groupe Castel sur la bière ivoirienne. ● FRÉDÉRIC MAURY, envoyé spécial à Abidjan JEUNE AFRIQUE

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• AFRIQUE L’opérateur Bharti va vendre des services télécoms développés par l’équipementier finlandais Nokia • TUNISIE D’après le ministre Elyes Fakhfakh, le gouvernement s’attend à signer un prêt de 1 800 M$ avec le FMI, en mai

M•

S

OECD

DÉVELOPPEMENT L’AIDE PUBLIQUE BAISSE ENCORE

GABON Le minier BHP Billiton a renoncé à signer la convention d’exploitation

de Samancor (manganèse), mais reste intéressé par Belinga • ALGÉRIE La

Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) a attribué 12 contrats de fourniture de pièces de rechange à l’espagnol CAF pour environ 10 M€

CAOUTCHOUC UNE PRODUCTION AFRICAINE EN REPLI Faute d’investisseurs, le continent n’a produit que 500 000 tonnes de caoutchouc en 2012, soit 4,5 % de la production naturelle mondiale, selon l’International Rubber Study Group. La Côte d’Ivoire représente 50 % de ce chiffre, devant le Liberia, le Cameroun, le Nigeria et le Ghana. Depuis 2003, les superficies ont augmenté de 2,2 millions d’hectares (+ 25 %) en Afrique, contre 3,8 millions pour la Thaïlande, l’Indonésie et le Vietnam.

TRANSPORT AÉRIEN LA BATAILLE CONTINUE À ABIDJAN Alors que Corsair a inauguré sa liaison Paris-Abidjan début mars, Air France n’a pas été long à riposter en déclarant une promotion sur les prix. Corsair a répliqué en saisissant

le ministre desTransports à propos de certains horaires des vols d’Air France, qui coïncident avec les siens, ainsi que des frais de catering dont il doit s’acquitter, plus élevés que ceux imposés à son concurrent.

AÉRONAUTIQUE TUNIS VEUT RETENIR LATÉCOÈRE Le gouvernement tunisien tente depuis plusieurs semaines d’apaiser les dirigeants de Latécoère, société française de fabrication de composants aéronautiques qui menace de quitter le pays : sa filiale LATelec a subi des pertes estimées à 36 millions de dinars (17,5 millions d’euros), à la suite des grèves observées dans ses usines, à El-Meghira et surtout à Charguia. Le groupe emploie environ 800 personnes enTunisie, dont 50 ingénieurs dans sa filiale études. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


Décideurs FINANCE

Michel Losembe prêche la bancarisation Président de l’association nationale des banques de RD Congo, le nouveau patron de la Biac attend beaucoup de la mise en place du paiement par virement d’un million de fonctionnaires.

L

a généralisation du paiementdesfonctionnairespar virement bancaire a – évidemment – les faveurs de Michel Losembe, le nouveau patron de la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (Biac, troisième établissement de RD Congo). « Avec cette opération, préparée depuis septembre 2011, le gouvernement a pris une décision courageuse pour la transparence de la gestion publique. Et la bancarisation va progresser. Jusqu’à présent, seuls 5 % des Congolais avaient un compte [la moyenne est de 18 % en Afrique subsaharienne, NDLR] », précise celui qui est aussi président de l’Association congolaise des banques (ACB). L’organisme professionnel a signé en novembre 2012 un accord avec le gouvernement à ce sujet. « Jusqu’à présent, 450000 employés de l’État ont été bancarisés. D’ici à juin 2013, 700 000 fonctionnaires civils et 300 000 militaires devront aller prendre leurs salaires dans les agences bancaires », se félicite-til. À terme, 90 millions de dollars autoritésetlesbanques.«Legouvernement nous donne chaque mois (70 millions d’euros) transiteront les listes des fonctionnaires pour chaque mois par les banques. À 49 ans, ce professionnel appréqui l’ACB doit ouvrir des comptes, cié par ses pairs, qui a passé dix et nous les répartissons entre les ans à la tête de la filiale différents établissede Citibank à Kinshasa, ments de détail. Bien « Je suis dirige la Biac depuis sûr, il y a des erreurs, plus utile janvier dernier. Fils car notre administrade l’ancien ambassation n’est pas informadans le tisée, mais cela a permis deur et sénateur Mario privé. C’est d’éliminer autour de Losembe Batwanyele, avant tout formé à l’Institut catho30 000 fonctionnaires lique des hautes études fictifs », indique-t-il. de là que commerciales de Et d’ajouter : « Nous ne viendra la Bruxelles (Belgique) en gagnons pas d’argent croissance. » dans l’affaire : le goucompagnie de l’ancien président de l’Assemvernement nous paie blée nationale Olivier Kamitatu et 3,60 dollars par fonctionnaire, alors de l’ex-vice-président Jean-Pierre qu’en réalité nous estimons nos Bemba, Michel Losembe connaît coûts à 5 à 8 dollars. Mais c’est un bien le milieu politique congolais. pari sur l’avenir. Pour le moment, Il souligne le climat constructif la plupart des clients retirent leur argent dès le versement du salaire. qui prévaut actuellement entre les BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

66

N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

Laculturebancairemettradutemps à prendre, mais c’est un bon début. » Pour Michel Losembe, cette opération est une nouvelle étape pour le secteur financier du pays. « Le développement de la banque de détail a commencé très tard mais très fort, avec le microcrédit, au début des années 2000. » Quatre acteurs, appartenant aux grandes familles qui dominent les affaires congolaises depuis l’indépendance, se sont lancés les premiers: Rawbank (famille Rawji), Banque commerciale du Congo (BCDC, famille Forrest), Biac (famille Blattner) et Trust Merchant Bank (famille Levi). Ensemble, ils pèsent aujourd’hui 70 % du marché. « Ces banques ont beaucoup investi, mais bénéficié en retour d’un taux de croissance de 30 % à 40 % d’une année sur l’autre au début, et de 25 % actuellement », indique Losembe.

Profil • 49 ans • Dirige la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (Biac) depuis janvier 2013 • Préside l’Association congolaise des banques depuis septembre 2010 • Il a réalisé l’essentiel de sa carrière au sein de Citigroup, où il est entré en 1988 et dont il a dirigé la filiale en RD Congo de 2002 à 2012

MULTINATIONALE. Pour un ban-

quier basé à Kinshasa, le choix d’un tel directeur pour la Biac n’est pas le fruit du hasard: « En nommant un homme de Citibank, les actionnaires préparent le terrain pour la reventeàunemultinationale»,croitil savoir. Une éventualité qui n’est pasdémentieparl’intéressé:«Après une tellephase de croissance, il n’est pas impossible que les groupes internationaux s’intéressent enfin aux principales banques locales pour des acquisitions. » Même si son nom a circulé pour leposte degouverneurdelaBanque centrale, Michel Losembe assure vouloir rester à sa place : « Après m’être consacré à des grands clients internationaux chez Citibank, à la Biac, une banque de détail, je peux davantage œuvrer au développement économique de mon pays, estime-t-il. Je suis plus utile dans le privé.C’estavanttoutdelàqueviendra la croissance de la RD Congo. » ● CHRISTOPHE LE BEC, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE


Les décideurs

IHS

ð Ce quadragénaire a plus de quinze ans d’expérience dans le secteur, chez Alcatel puis chez France Télécom.

TÉLÉCOMS

Dans la tour de contrôle d’IHS Depuis un an, Romain de Villeneuve pilote l’expansion du spécialiste africain des infrastructures de communication, qui se renforce en Côte d’Ivoire et au Cameroun.

«

O

n est dans le métier du partage, une valeur fondamentale en Afrique », s’enthousiasme le Français Romain de Villeneuve, qui vient de fêter sa première année à la tête du développement du nigérian IHS. Un an au cours duquel le parc géré par le spécialiste africain des tours de télécommunications est passé de quelque 2 500 à 7 000 tours. Cette performance doit beaucoup à l’énergie déployée par l’ancien cadre de France Télécom-Orange. À son actif notamment, la conquête

de deux marchés clés en Afrique francophone : le Cameroun et la Côte d’Ivoire. La première annonce remonte à octobre 2012, lorsque IHS s’est illustré en s’emparant des 1 700 tours qu’y détenait jusquelà l’opérateur sud-africain MTN. Un succès qu’il vient de reproduire en trouvant un accord avec Orange pour reprendre la gestion de 2 000 tours, toujours en Côte d’Ivoire et au Cameroun. PARCOURIR LE MONDE. Depuis

son enfance, partagée entre la Jordanie, le Nigeria et l’Iran, ce père de quatre enfants, âgé de

40 ans, n’a jamais vraiment cessé de parcourir le monde, avec une préférence marquée pour les pays en développement. Formé à l’ISG à Paris, il a entamé sa carrière chez Alcatel, pour lequel il a travaillé en Colombie, au Bangladesh et en Pologne avant de rejoindre France Télécom en 2002. Après un an au Moyen-Orient pour superviser le lancement d’un opérateur mobile, il a notamment piloté un vaste programme de transformation du groupe en 2011 et 2012. C’est chez l’opérateur français que, chargé d’enquêter sur les fournisseurs africains d’infrastructures de télécoms, il a rencontré le management d’IHS. Le contact est immédiatement passé, et aujourd’hui il ne regrette pas de les avoir rejoints: « La culture d’IHS est très à part, car le groupe, fondé par des ingénieurs libanais, est à la fois nigérian, français et néerlandais, mais aussi sud-africain et américain. Les équipes sont très jeunes. Dans une entreprisedecettetaille,lesrésultats se voient tout de suite. » Aujourd’hui, il passe 80 % de son temps en Afrique pour étendre encore l’empreinte géographique d’IHS. « Mon bureau c’est Skype ! » s’amuse-t-il. Son objectif? atteindre unparcdequelque30000toursd’ici à trois ans. ● NICOLAS TEISSERENC

MOURAD CHERIF ACTIS Le président du conseil de surveillance de BMCI est nommé conseiller principal au Maroc du capital-investisseur britannique, à qui Veolia cède ses activités (eau et électricité) dans le royaume. JEUNE AFRIQUE

MICHEL PAULIN MÉDITEL Le nouveau directeur général de MédiTélécom, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans les télécoms et les technologies de l’information (Neuf Cegetel, Bull, Xchanging, etc.), entrera en fonction le 2 mai.

DR

BMCI

MEIGNEUX/SIPA

ON EN PARLE

EMA LINAKER MEMAC OGILVY L’ex-responsable des relations publiques de Google dans les marchés émergents devient directrice Afrique du Nord et Moyen-Orient du géant de la publicité, chargée notamment des médias sociaux. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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Finance AFRIQUE DE L’OUEST

Coris Bank repart à l’assaut de la région Son échec au Niger n’a pas entamé les ambitions de l’établissement burkinabè, qui ouvre un bureau à Abidjan. Le premier d’une longue série, assure son PDG.

PME. En attendant cette contreattaque, le fondateur et actionnaire majoritaire (avec plus de 50 %) de la deuxième banque burkinabè (derrière Ecobank) a ouvert une filiale à Abidjan. Marché très concurrentiel, avec vingt-trois établissements, la Côte d’Ivoire n’est pas un territoire totalement inconnu pour Coris. Depuis Ouagadougou, la banque y pilote déjà le financement d’entreprises, dont la Société ivoirienne de raffinage (SIR). Ces opérations seront désormais gérées par le bureau abidjanais. Coris, qui a assis son succès sur le financement des PME, pourrait également profiter de la conjoncture particulière du pays. « Nous sommes en pleine reconstruction. Beaucoup de PME auront besoin de se financer », N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

Ì Basée à Ouagadougou, la banque se dit intéressée par « tous les marchés de l’UEMOA ».

AHMED OUABA POUR J.A.

I

drissa Nassa n’a pas dit son dernier mot. L’échec de Coris Bank International au Niger n’a pas mis en sommeil ses velléités d’expansion dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’établissement avait racheté 35 % de BIA-Niger à la Belgolaise (groupe BNP Paribas) en 2011, mais ses difficultés avec les autres actionnaires l’avaient conduit à revendre ses parts à la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) en avril 2012 – pour un montant confidentiel, mais avec « une plus-value », indique Idrissa Nassa. « Je n’étais pas l’actionnaire majoritaire, je n’avais pas les mains libres, précise le PDG de Coris Bank, mais nous reviendrons. »

Un exercice 2012 exceptionnel

381,1 millions d’euros de dépôts*

335,4 millions d’euros de crédits accordés*

34 %

de croissance moyenne * au 31.12.2012

SOURCE : CORIS BANK INTERNATIONAL

68

souligne Serge Yves Kouamelan, directeur exécutif de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI). Confiée à Ousmane Sana, auparavant directeur général adjoint de Coris Bank et ancien cadre d’Ecobank, la filiale ivoirienne a déjà recruté une trentaine de personnes pour dérouler sa stratégie et son plan de communication. Journaux, télé, radio… Si le budget consacré à son image n’est pas dévoilé, l’objectif est clair : outre les PME, Coris entend séduire les salariés ivoiriens du public comme du privé. Et, afin d’y parvenir, plusieurs agences viendront rapidement étoffer le maillage territorial : « Nous sommes aussi une banque de détail, explique le patron. C’est la raison pour laquelle nous ouvrirons d’autres agences à Abidjan mais aussi à San Pedro, Yamoussoukro… Notre ambition est de reproduire notre succès burkinabè. » Il faut dire que le jeune établissement, fondé en 2008 et qui emploie quelque 300 salariés, bénéficie d’une période favorable à son

expansion. Avec un total des dépôts de 250 milliards de F CFA (381,1 millions d’euros) et un total des crédits consentis de 220 milliards de F CFA à la fin 2012, Coris Bank a affiché en moyenne une croissance insolente de 34 % l’an passé. « Nous pensons maintenir le même rythme d’activité en 2013. Peut-être pas, cependant, avec le même niveau de croissance », estime Idrissa Nassa, réaliste, face aux investissements qu’ildevraconsentirpourconquérir le marché ivoirien. COFINANCEMENT. Mais pour financer ses ambitions, il peut compter sur un actionnaire de poids. Entrée au capital à hauteur de 8 % à la fin de 2012 en injectant 2 milliards de F CFA, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a déjà octroyé 10 milliards de F CFA à Coris pour le financement de PME burkinabè en 2013. Idrissa Nassa explique: « La BOAD nous accompagne et nous offre des opportunités de cofinancement sur de gros projets. Nous pouvons aussi, de notre côté, nous permettre de partir sur d’importantes opérations, comme le financement de la JEUNE AFRIQUE


Baromètre

Tunis progresse plus sagement

prochaine campagne de coton de la Sofitex [Société burkinabè des fibres textiles, NDLR], qui représentera entre 10 et 20 milliards de F CFA. » ASSURANCES. Legroupepeutaussi

compter sur le développement de ses autres activités, parmi lesquelles la gestion et l’intermédiation avec Coris Bourse, dont le portefeuille consolidé a atteint 82 milliards de F CFA en 2012. Elle intervient auprès des PME, des entreprises d’État ou des États eux-mêmes lors d’émissions obligataires, sur le marché local ou à travers la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). L’année 2013 commence d’ailleurs sous de bons auspices : Coris Bourse vient de boucler une levée de fonds sur le marché local de 38 milliards de F CFA pour le compte de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (Sonabhy). Banques, entreprises et institutionnels burkinabè ont ainsi contribué à financer le fonds de roulement de l’entreprise, dont la mission principale est d’approvisionner le pays en hydrocarbures. Enfin, l’établissement développe la bancassurance à travers Coris Assurances. Principalement concentrée sur le marché incendie, accidents et risques divers (IARD), la branche a atteint un portefeuille de 2 milliards de F CFA l’an passé. Cette offre ne sera pas pour l’instant proposée en Côte d’Ivoire, l’ambition régionale de Coris se limitant actuellement à la banque. « D’ici au second semestre, nous allons étudier de nouveau notre venue sur le marché nigérien, avec l’ouverture d’une filiale en 2014 », commence Idrissa Nassa. Et de poursuivre : « Tous les marchés de l’UEMOA nous intéressent, mais disons qu’en dehors du Niger nous regardons surtout le Togo et le Bénin. » Pas de calendrier, mais une volonté ferme de devenir un groupe régional de référence. « Nous ne souhaitons pas planter des drapeaux par principe mais analyser et travailler chacun de nos marchés, ajoute-t-il. C’est en restant nous-mêmes que nous réussirons. » ●

Finance

VALEUR

SECTEUR

COURS au 4 avril (en euros)

ÉVOLUTION depuis le début de l'année (en %)

SFBT

B OISSONS

7,02

+ 14,2

Attijari Bank Biat Arab Tunisian Bank Banque de l'habitat Poulina Carthage Cement

B ANQUES B ANQUES B ANQUES B ANQUES A GRIBUSINESS BTP C ONSTRUCTION

8,48 34,45 2,37 6,24 3,28 1,69

+ 13,3 + 12,9 + 6,3 +4 + 2,6 + 0,9

Amen Bank UBCI Banque de Tunisie

B ANQUES B ANQUES B ANQUES

15,50 16,47 5,43

– 1,6 – 5,6 – 6,7

APRÈS UN DÉBUT D’ANNÉE tonitruant, la Bourse deTunis s’est assagie. Mais les indices restent largement dans le vert : leTunindex, qui couvre l’ensemble des valeurs, progresse de 3,4 % depuis le 1er janvier, tandis que leTunindex 20, qui mesure la performance des vingt principales capitalisations, gagne 4,4 %.Tous les secteurs sont en hausse, et les valeurs qui chutent

sont rares. Parmi celles-ci, la Société tunisienne de banque, l’une des trois grandes banques publiques du pays, a abandonné près de 62 % depuis janvier 2011… Le marché primaire est, de manière générale, dopé par les introductions de faible ampleur qui se multiplient depuis quelques mois, dont celle de New Body Line, qui s’apprête à entrer sur le marché alternatif. ●

Valeur en vue NEW BODY LINE Une introduction pour investir et innover New Body Line fait partie des rares sociétés dont l’introduction sur le marché boursier tunisien est accompagnée d’un projet de développement et d’innovation technologique. L’entreprise a été la première en Afrique du Nord à investir dans le cosmétotextile et ce à la suite du partenariat technique signé avec Lytess, leader mondial dans le domaine. Son orientation vers les textiles intelligents lui a permis d’entamer une nouvelle phase de croissance, qui s’est Soumaya Rekik matérialisée par une hausse rapide de ses ventes, Analyste chez Attijari de 40,4 % par an en moyenne entre 2008 et 2011. Intermédiation (Tunis)* Aujourd’hui, elle lance un plan d’investissement d’un montant de 5 millions de dinars (2,4 millions d’euros) avec à la clé le lancement de nouveaux produits innovants ainsi que la mise en place de laboratoires de recherche et développement. La concrétisation de ce projet devrait lui permettre de passer du rôle de simple sous-traitant à celui de producteur international à part entière. La valorisation du titre, pour un ratio cours/bénéfice 2012 de 12x, nous paraît attrayante, surtout sur un marché valorisé actuellement à un niveau de 18x. » ●

* Membre du syndicat de placement dans le cadre de cette introduction.

BOURSE

CA 2012 ESTIMÉ

COURS D’INTRODUCTION

Tunis

2,8 millions d’euros (+ 6 %)

8,5 dinars

MICHAEL PAURON JEUNE AFRIQUE

N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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Dossier

Communication

PUBLICITÉ

Les multinationales

Attentifs à l’intérêt que le continent suscite chez leurs clients, les leaders mondiaux de la com intensifient leur développement au sud du Sahara. Sur place, des agences locales ont déjà pris les devants. JULIEN CLÉMENÇOT

À

71 ans, Maurice Lévy, l’inamovible PDG de Publicis, a fait du développement de son groupe en Afrique l’un de ses derniers objectifs avant de céder son fauteuil. En septembre 2012, l’entreprise a annoncé sa réorganisation sur le continent avec la création de trois hubs au Kenya, en Afrique du Sud et au Ghana. Dans la zone francophone, le numéro trois mondial de la com a parallèlement officialisé son association avec le réseau AG Partners pour la représentation des trois entités internationales du groupe, Publicis Worldwide, Leo Burnett et Saatchi & Saatchi. « Le temps de l’Afrique est venu, nous observons des signaux constants de croissance positive et d’investissements importants de la part de nos clients internationaux, et ce dans tous les secteurs. C’est la raison de notre action simultanée sur tout le continent », a déclaré Kevin Tromp, patron de Publicis Africa Group. Une analyse partagée par d’autres grands réseaux mondiaux comme BBDO, qui a ouvert fin 2011 et mi-2012 des bureaux au Nigeria puis au Kenya, et est déjà annoncé par certains observateurs en Côte d’Ivoire. « Le potentiel du continent ne peut être ignoré », expliquait Chris Thomas, PDG de BBDO pour l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique, lors de l’inauguration de ses locaux à Lagos. Selon Guillaume Pierre, de Canal France International, si le marché publicitaire représente actuellement 0,5 % du PIB dans les pays subsahariens – contre 1,5 % en France –, il offre de formidables perspectives de croissance. Entre 2012 et 2015, on attend par exemple une hausse des investissements de 27 % en RD Congo, l’un des marchés les plus recherchés d’Afrique centrale. CLASSE MOYENNE. Avec des clients comme Pepsi-

Cola, Blackberry, Emirates, Johnson & Johnson, HP, FedEx et Mercedes Benz, BBDO illustre parfaitement l’évolution d’un secteur fortement stimulé par ● ● ● N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

NABIL ZORKOT POUR J.A.

70


INTERVIEW

Bharat Thakrar

PDG de Scangroup

PORTRAITS

Maîtres ès images de marques

71

veulent mener la danse

€ À Abidjan, Voodoo réalise notamment les campagnes de l’opérateur télécoms Orange.


72

Dossier Communication ● ● ● l’émergence d’une classe moyenne dans des pays comme le Gabon, le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal. Plus encore que les fabricants de sodas, de bouillon en cubes et de produits ménagers, ce sont les opérateurs télécoms qui constituent le principal pourvoyeur d’affaires du secteur – ils représentent de 30 % à 40 % du total des investissements publicitaires. Au Mali, Sotelma (groupe Maroc Télécom) et Orange dépensent à eux deux environ 450 000 euros par mois en achat d’espaces tous médias confondus, d’après les estimations de la société sénégalaise Omedia. Assurer la communication d’un opérateur suffit à hisser une agence parmi les leaders de la place. C’est le cas de McCann, qui travaille pour Orange à Dakar, ou encore de MW DDB et d’Ocean Ogilvy, chargés respectivement des campagnes de MTN et de Bharti sur l’ensemble des pays francophones où ces groupes sont présents. Et si le japonais Dentsu, via son partenariat avec le saoudien Drive, s’est implanté fin 2011 à Abidjan, c’est à la demande de l’émirati Etisalat, qui lui a confié la communication de sa marque locale Moov. Mais s’établir sur le continent n’est pas en soi une garantie de succès pour les groupes occidentaux. Havas Media, filiale du français Bolloré notamment présente à Dakar, met ainsi plus de temps que prévu à concrétiser ses ambitions malgré la présence dans son portefeuille de clients comme Air France ou Accor. Au départ spécialisée dans l’achat d’espaces, elle a même dû généraliser son offre pour mieux coller aux besoins du marché.

FIBRE NATIONALISTE. Face à l’offensive des géants mondiaux de la communication, certaines agences locales continuent de tenir les premiers rangs, de Dakar à Kinshasa, revendiquant notamment leur compréhension des attentes locales. Au Sénégal, la réussite fulgurante de Bougane Guèye, patron de Dak’Cor (lire portrait p. 78), alimente ainsi les conversations. Un acteur d’autant plus dérangeant pour ses concurrents qu’il n’hésite pas à casser les prix et à jouer sur la fibre nationaliste pour inciter les entreprises locales à lui faire confiance. Au-delà de la publicité, cet ancien journaliste a développé un modèle ultra-diversifié intégrant une régie publicitaire et un groupe de presse (télévision, radio, presse écrite). Une approche globale également adoptée par Fabrice Sawegnon, fondateur de Voodoo à Abidjan (lire portrait p. 76). Présente sur sept marchés de la sous-région, l’agence, qui revendique un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros, a investi dans l’affichage, la presse et a dans ses cartons un projet de télévision. Mais sa réputation repose avant tout sur la créativité de ses campagnes. « Notre stratégie consiste désormais à créer nos propres marques pour ne pas dépendre de l’extérieur. C’est le cas de l’offre mobile Life cocréée avec Orange, qui reprend le nom de notre magazine et de notre boîte de nuit », explique le patron de Voodoo. Les responsables politiques ont été sensibles à cette réussite. En 2010, Fabrice Sawegnon N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

s’est par exemple illustré en signant la campagne du futur président Alassane Ouattara. ALLIANCES. Les acteurs locaux ne tiennent cependant

De 30 % à 40 %

C’est la part des télécoms dans les investissements publicitaires en Afrique subsaharienne

pas tous à conserver leur indépendance coûte que coûte. « Devenir partenaire d’un grand réseau, c’est aussi la possibilité de partager des expériences et de grandir. Si Publicis s’intéresse à nous, pourquoi pas ? » réagit Didier M’Pambia, cofondateur d’Optimum, en RD Congo. Sur un marché où les agences généralistes dominent, ces alliances permettent souvent aux acteurs locaux de monter en compétences. « Le secteur manque encore de professionnels bien formés, notamment chez les créatifs », confirme Olivier Mourgaye, directeur du développement d’Ocean Ogilvy. De fait, encore beaucoup d’entreprises telles que le groupe agroalimentaire Patisen ou Senegal Airlines préfèrent concevoir leur com en interne. Et si l’utilisation des nouveaux médias fait une percée, beaucoup de start-up spécialisées ont d’abord été créées à l’initiative de techniciens et manquent d’une approche marketing. Autre frein au développement du marché publicitaire : l’amateurisme des régies des médias africains, pour la plupart incapables de donner des informations fiables sur leur audience et, dans le cas des télévisions ou des radios, d’établir des grilles de programmes à l’avance. Dans ces conditions, difficile pour les annonceurs de mesurer l’efficacité de leurs campagnes, et l’immobilisme des agences n’arrange rien. « C’est à elles de se fédérer pour mieux négocier avec les médias », estime Christophe Gondry, directeur général d’Omedia. ●

AU MAGHREB, UN MARCHÉ EN BERNE

S

ale temps pour la publicité au Maghreb. Si le marché marocain demeure le plus développé de la région – 619 millions d’euros d’investissements en 2012, loin devant l’Algérie (120 millions d’euros) et laTunisie (89 millions) –, la crise a fini par rattraper les entreprises locales, et les budgets consacrés à la publicité ont accusé une baisse de 10 % en un an, tous médias confondus. Du fait de son moindre coût, seul l’affichage tire son épingle du jeu (245 millions d’euros), devançant pour la première fois la télévision. Chez ses voisins, c’est cette dernière qui rafle la mise, avec 57 millions et 52 millions d’euros investis respectivement en Algérie et en Tunisie. « ÀTunis, le nombre de médias a explosé après la fuite de Ben Ali, et l’offre d’espace

publicitaire a considérablement augmenté. Mais les grands annonceurs étant liés au pouvoir en place, il y a eu une contraction du marché qui s’est traduite par une baisse de l’investissement en 2011. En 2012, le marché publicitaire a retrouvé son niveau d’avant les événements avec l’entrée en scène de nouveaux annonceurs », explique Hassen Zargouni, directeur général de Sigma Conseil. En 2013, la tendance s’est de nouveau inversée, avec une baisse de 33 % au premier trimestre. « Il s’agit désormais d’une crise structurelle: la réalité du marché s’est imposée à tous, avec une inflation à 6,5 % et un pouvoir d’achat en berne. Mais cela crée une nouvelle manière d’envisager la publicité, et c’est internet qui va en sortir gagnant », pronostique-t-il. ● FANNY REY JEUNE AFRIQUE


Dossier Communication INTERVIEW

Bharat Thakrar

PDG de Scangroup

« Pour bien se positionner, il faut une stratégie locale » Leader en Afrique de l’Est, le groupe a compris qu’il devait s’adapter aux spécificités de chaque marché pour conquérir de nouveaux pays. Une approche qui a fait ses preuves.

C

réation publicitaire, relations publiques, marketing terrain, communicationnumérique… Basé à Nairobi, au Kenya, le leader des services marketing en Afrique de l’Est propose une approche globale en matière de communication. Le groupe, qui comprend notamment Ogilvy & Mather Africa, Hill+Knowlton, Red Sky et McCannErickson, compte seize agences sur le continent. Depuis fin 2011, il avance ses pions en Afrique de l’Ouest: d’abord au Ghana, puis au Nigeria. Un développement qui s’est directement répercuté sur son chiffre d’affaires 2012 (38,1 millions d’euros), en hausse de 18 %. JEUNE AFRIQUE: Les sociétés estafricaines sont-elles nombreuses à partir, comme vous, à l’assaut de l’ouest du continent ? BHARAT THAKRAR :

Non, cette tendance demeure marginale. Le phénomène s’observe davantage dans le sens inverse : c’est le cas par exemple du réseau bancaire Ecobank, qui a essaimé à travers toute l’Afrique. En revanche, un nombre croissant d’entreprises kényanes commencent à sortir de leurs frontières : elles doivent d’abord couvrir l’Afrique de l’Est avant d’envisager de se développer à l’Ouest. Scangroup s’est implanté en N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL

Tanzanie dès 1990 et en Ouganda deux ans plus tard. En Afrique de l’Est, nous détenons 68 % du

Le marketing numérique connaît la plus forte croissance. marché publicitaire. Pour nous, les opportunités de croissance se trouvent plutôt dans un grand marché comme le Nigeria, où plusieurs de nos clients sont actifs. Ils souhaitent également que nous les accompagnions dans leur développement en Afrique de l’Ouest.

DR

74

Visez-vous d’autres pays, comme le Sénégal, le Cameroun ou la Côte d’Ivoire ?

Nos clients se concentrent sur les marchés les plus importants : le Ghana, le Kenya, l ’A n g o l a e t l a République démocratique du Congo. C’est là qu’est la croissance, alors commençons par bien nous investir dans ces pays-là. Que représente le marketing numérique?

Nous avons lancé cette activité il y a trois ans et c’est celle qui connaît la plus forte croissance. Tous les clients s’y mettent,

notamment les opérateurs de télécommunications. Au niveau publicitaire, la radio domine, à hauteur de 40 %, suivie par la télé, avec 30 %. L’affichage doit représenter entre 10 % et 12 % de notre activité. Quant à la presse écrite, elle décline, passant même en dessous des supports numériques, qui représentent entre 7 % et 8 % de nos résultats. Quels sont vos autres projets ?

Nous voulons mettre en place une véritable stratégie numérique à travers la publicité en ligne, les réseaux sociaux et le développement d’applications pour smartphones. Comment envisagez-vous le marché publicitaire dans dix ans ?

Je pense que la télévision restera un élément clé, mais qu’un budget croissant sera consacré à la communication numérique. Les multinationales, qui ont tendance à adopter une stratégie unique pour toute l’Afrique, cherchent-elles davantage à adapter leur communication ?

Traditionnellement, les multinationales développaient une campagne commune pour plusieurs marchés, notamment parce qu’elles envisageaient l’Afrique comme un marché unique. Le problème, c’est qu’une femme nigériane, par exemple, ne peut pas s’identifier à la femme que les publicitaires mettent en scène. Même si cette publicité est doublée en anglais ou en swahili, le client n’est pas dupe. Pour développer un positionnement publicitaire valable, il faut y ajouter une couleur locale. Les multinationales en prennent d’autant plus conscience que les marques africaines jouent cette carte à fond. C’est le cas de l’opérateur téléphonique Airtel, qui, après avoir opté pour une communication panafricaine, développe une stratégie plus locale. ● Propos recueillis à Genève par GEMMA WARE JEUNE AFRIQUE


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Dossier Communication

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PORTRAITS

Maîtres ès images de marques La création publicitaire s’épanouit sur le continent, comme en témoigne l’African Cristal Festival, premier sommet panafricain de la communication et des médias qui a lieu à Abidjan du 11 au 14 avril. De Yaoundé à Tunis, de Dakar à Kinshasa, en voici quelques figures emblématiques.

Fabrice Sawegnon

Directeur général de Voodoo Group, Côte d’Ivoire

NABIL ZORKOT POUR J.A.

Un patron sur tous les fronts

D

ans le microcosme publicitaire d’Afrique francophone, on ne présente plus Fabrice Sawegnon, le directeur général de Voodoo Group. En 2002, il remportait à Beyrouth, au Liban, le Mondial d’or de la publicité francophone pour

sa campagne de rebranding d’Orange, trois ans seulement après avoir créé la première agence indépendante du pays, Voodoo Communication. Désormais implanté au Sénégal, au Cameroun et au Gabon, il emploie plus d’une centaine

de personnes et réalise un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. Dans ses bureaux de Cocody (Abidjan), Fabrice Sawegnon prépare la prochaine campagne d’Orange Côte d’Ivoire, l’un de ses plus gros clients. Mais pour ce quadragénaire, les challenges sont ailleurs. « Nous sommes passés d’une agence de publicité à un groupe global avec trois piliers : l’agence Voodoo Communication; Voodoo Média, qui édite les magazines Life et Tycoon ; et enfin la Société de divertissement d’Abidjan (Soda), spécialisée dans l’événementiel », explique le patron. S’y ajoute le développement de sa propre marque de produits, notamment avec MaLife, une offre télécom en partenariat avec Orange Côte d’Ivoire. Prochaine étape ? La consolidation des marchés au niveau des filiales, au Sénégal et au Cameroun. « Nous allons exporter l’ensemble de nos activités dans les pays où nous sommes déjà présents. Jusque-là, on se contentait du volet pub et communication », souligne le patron, qui a officié en tant que communicant d’Alassane Ouattara lors de la campagne présidentielle de 2010. Une fois l’espace audiovisuel libéralisé, il compte bien lancer sa propre chaîne de télévision, Life TV, déclinaison locale de la chaîne de divertissement américaine MTV. ● BAUDELAIRE MIEU, à Abidjan

Sandrine Roland

Directrice générale d’Intuition DRAFTFCB, Côte d’Ivoire

Savoir anticiper les comportements

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ette Ivoirienne se définit comme un « planneur stratégique », chargée d’anticiper les comportements vis-à-vis d’un produit ou d’une marque afin de déceler les points sur lesquels insister pour inciter à consommer. Titulaire d’un master 2 en administration des affaires et en communication des entreprises, Sandrine Roland lance sa propre entreprise en 2006, après avoir travaillé pour diverses filiales d’agences internationales. Depuis, Intuition DRAFTFCB a décroché le budget publicitaire de multinationales telles que Société Générale Côte d’Ivoire, Olam, Nestlé ou encore Cargill. Et le succès est au rendez-vous: Histoire d’O, sa campagne pour l’eau minérale Olgane de la Continental Beverage Company, a remporté le prix du Grand Jury de la publicité africaine ainsi que le titre de meilleure publicité ivoirienne. Désormais, Sandrine Roland veut consolider ses activités en Côte d’Ivoire puis ouvrir des bureaux en Afrique francophone, dans le sillage de son implantation à Lomé, au Togo. ● B.M. JEUNE AFRIQUE


Dossier Communication

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Bougane Guèye Dani

PDG de D-Média, Sénégal

Des ambitions tous azimuts

Syrine Cherif

Directrice générale de Memac Ogilvy Label, Tunisie

Adepte d’une approche décalée

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i elle vit sur les chapeaux de roue, Syrine Cherif voit à long terme. En 1989, après un passage chez L’Oréal Tunis, la jeune diplômée en économie de Panthéon-Assas et de Cambridge fonde Label, première agence de communication tunisienne. Aujourd’hui, elle réalise près de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette sportive, mère de deux adolescents, estime que « les produits de dernière génération sont les antidépresseurs des temps modernes ». L’étroitesse du marché et la concurrence n’entament pas son enthousiasme : « La publicité est un puissant levier au service des marques. » Présidente de la Chambre nationale syndicale des agents de publicité de 1999 à 2006, elle a jeté les bases des règles régissant le secteur. En 2005, Syrine Cherif intègre le réseau Memac Ogilvy au capital de Label. L’agence permet à la multinationale de s’installer en Algérie et d’observer le marché libyen.

Pendant que, directrice régionale, la passionnée d’art suit le développement des bureaux de Tunis et d’Alger ouverts en 2008, la révolution diminue de près de 30 % les revenus de la publicité en Tunisie. Mais libère les énergies: relations publiques, communication institutionnelle, gestion de crise ont le vent en poupe. La veille des élections d’octobre 2011, Memac Ogilvy Label signe, pour l’association Engagement citoyen, une campagne qui simule le retour de Ben Ali, afin d’inciter à voter. Moisson de prix à Los Angeles, Cannes et Dubaï… Label, 35 personnes, est coutumière du fait. « On est d’abord dans le tout créatif, le tout business vient après », affirme celle qui convainc ses clients, dont Délice Danone, Attijari Bank ou Unilever, de la pertinence d’approches décalées. Et qui ambitionne de rafler un marché télécoms, le seul qui manque dans son escarcelle. ● FRIDA DAHMANI, à Tunis

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ans la capitale sénégalaise, on n’en revient toujours pas : comment Bougane Guèye Dani, reporter à Walf FM au début des années 2000, a-t-il pu se faire une place dans le cercle fermé des puissants hommes d’affaires du pays ? Tout a commencé en juillet 2003. Âgé de 27 ans, avec 1500 euros de capital, il lance Dak’Cor, une agence de conseil en communication, marketing et publicité. Neuf ans plus tard, la société réalise un chiffre d’affaires d’environ 9 millions d’euros. Après avoir fait fortune, l’ancien journaliste revient ensuite à ses premières amours. Il lance en juin 2008 Dakar Life, un magazine people, puis Zik FM, Sen TV, et le quotidien La Tribune. Cette concentration de médias fait de lui un patron de presse incontournable, à l’instar de Youssou Ndour, propriétaire du groupe Futurs Médias, ou de Sidy Lamine Niasse, PDG du groupe Wal Fadjri, ses anciens patrons. Poursuivant la diversification de son groupe, il crée l’Agence dakaroise d’études stratégiques et de recherches, spécialisée dans les sondages. Mais ne s’arrête pas là. Sa dernière trouvaille : un système de transfert d’argent, Joni Joni, (« instantanément » en wolof). Un secteur en plein essor au Sénégal dans lequel le PDG de D-Média compte désormais s’imposer. ● NICOLAS LY, à Dakar

ONS ABID POUR J.A.

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Dossier Communication

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Alain Yav PDG de Pygma Group, RD Congo

Intuitif, logique et créatif

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PYGMA COMMUNICATION

ans tout ce que j’entreprends, je sollicite mes deux hémisphères cérébraux: j’essaie de conjuguer l’approche logique, pour définir des stratégies, avec le sens de la créativité et du management des hommes. » Trois qualités qui ont permis à Alain Yav de hisser Pygma Group sur la première marche du marché de la communication en RD Congo, avec un chiffre d’affaires de 15 millions de dollars (11,6 millions d’euros) et une soixantaine de collaborateurs. Il aura fallu un détour par l’Afrique du Sud pour façonner son profil professionnel. Rien ne prédestinait en effet ce Congolais de 45 ans à la communication. Après le collège, à Kinshasa, il s’installe à Johannesburg pour suivre, à l’université du Witwatersrand, des études de commerce – option comptabilité et marketing. Très vite, il rejoint de grands groupes: Grey Worldwide, multinationale spécialisée en publicité, puis Procter & Gamble. Dernière étape: Cadbury, leader mondial des chocolatiers et des sucreries, qu’il quitte en 2004. « Ça a été une bonne école! J’y ai appris les bases du marketing. » Mais pas question de se reposer sur ses lauriers. Lorsque l’agence internationale de publicité Ogilvy & Mather souhaite s’implanter en RD Congo, il se lance dans l’aventure. Avec l’appui des quatre fondateurs de Pygma, il donne naissance, en 2004, à Pygma Ogilvy. L’histoire commune durera sept ans: depuis 2011, l’agence congolaise vole de ses propres ailes, et compte parmi ses clients des opérateurs télécoms, des banques, des miniers, mais aussi des acteurs institutionnels, telle la Direction générale des impôts. Outre la RD Congo, « un marché porteur où tout est à faire », ce « créa pur », comme le qualifient ses collaborateurs, veut développer son agence dans la sous-région et donner une dimension panafricaine à Pygma Group. ● MURIEL DEVEY, à Lubumbashi

Mireille Fomekong Directrice générale d’Ascèse, Cameroun

Chef d’équipe décompl décomplexée

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école de commerce, elle se présente comme une chef d’équipe décomplexée. Passée par B&C, Panafcom et McCann Erickson, la senior manager veut créer une rupture dans le traditionnel rapport entre agences et annonceurs. Et met en application un adage simple: pour se faire une place au soleil, il faut innover, s’affirmer et se tourner vers une clientèle a priori inaccessible. « Les multinationales recherchent la compétence, affirme-t-elle. Les agences africaines doivent donc épouser les standards internationaux de l’entrepreneuriat et proposer des produits de qualité, commercialisables dans le pays comme en dehors. » Aujourd’hui, Ascèse compte 24 salariés répartis entre Yaoundé et Douala, et son chiffre d’affaires avoisine le milliard de F CFA. Prochaine étape : l’ouverture d’une troisième agence à Abidjan. ● CLARISSE JUOMPAN-YAKAM

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uit années d’existence, d’existen et l’agence Ascèse accompagne déjà de nombreuses multinationales, dont Danone, numéro un mondial des produits laitiers frais, Banque populaire, Castel, ou enco encore Unilever. On lui doit également la campagne de lancement, en 2011, de la compagnie aérienne camerounaise Ca Camair-Co, pour plus de 700 mill millions de F CFA (1 million d’euros). d’e Autofinancée, l’agence l’agen s’occupe aussi de team building pour la British American Tobacco. À sa Amer tête, tête Mireille Fomekong, 39 ans. Ex-journaliste, titulaire d’une maîtrise de titu droit et diplômée d’une droi

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Culture & médias

LITTÉRATURE

Ananda Devi

« Il y a une violence latente à Maurice » Dans son dernier livre, Les Jours vivants, la romancière aborde en filigrane la rencontre des cultures et la transgression des règles sociales. Des questions qui passionnent et divisent à la fois sur son île natale.

Propos recueillis par

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FABIEN MOLLON

agrandedamedeslettresmauriciennes a profité du salon international du livre Confluences 2013, début mars à PortLouis, pour présenter son nouveau livre. Auteure d’une dizaine de romans, AnandaDevi(56ans)étaitcertainement la plus attendue des écrivains invités, issus des trois terres d’origine du peuple mauricien : l’Afrique, l’Asie et l’Europe. C’est justement sur ce dernier continent, et plus précisément à Londres, que se situe l’action des Jours vivants. Dans sa maison de Portobello Road, Mary est parvenue à l’âge de 75 ans sans que la vie ne lui ait «rienfait,rienpris»,sansqu’elle-mêmen’aitsu«rien faire ni prendre de la vie », écrit l’auteure. Mary vit dans le souvenir, lointain mais bien vivant, du seul N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

homme qu’elle ait connu, Howard, en une fugace étreinte la veille de son départ au front. Jusqu’au jour où elle rencontre Cub, un garçon d’origine jamaïcaine qui traîne devant chez elle. Le roman peut alors basculer aux frontières du fantastique, et les désirs de Mary prendre chair… littéralement. Avec ce livre, cette anthropologue de formation, traductrice à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (une agence de l’ONU, à Genève), s’éloigne momentanément de son île, sans renier ses obsessions: l’identité, notamment, et la mixité des origines. JEUNE AFRIQUE : Quelle est la genèse des Jours vivants ? ANANDA DEVI : J’ai longtemps eu envie d’écrire

un roman qui se passe à Londres, la ville de mes années d’étudiante, pluvieuse, froide, mais dont

JEUNE AFRIQUE


MELANIA AVANZATO/OPALE

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l’énergie est très porteuse du point de vue littéraire. L’histoire était là, en filigrane. J’avais déjà le personnage de Mary, inspiré par une voisine très âgée qui vivait seule, sortait tous les jours se promener et revenait, toujours souriante. Quand je lui ai demandé d’où lui venait ce sourire, elle m’a répondu qu’elle voyait le corps humain comme un vase en verre et le sourire comme une lumière qui l’éclairait de l’intérieur. Londres apparaît comme un personnage à part entière…

Dans mes romans, le lieu est toujours très important. Par exemple, Port-Louis dans Rue la Poudrière ou Ève de ses décombres, New Delhi dans Indian Tango… Ce sont des lieux qui portent les personnages et l’histoire, à tel point qu’ils deviennent des personnages de l’histoire. Dans JEUNE AFRIQUE

€ En 2012.

Les Jours vivants, Mary a tour à tour l’impression que Londres la regarde, la bombarde de châtaignes ou, au contraire, lui ouvre les bras.

L’harmonie est superficielle. Il existe une forte méfiance envers l’autre et entre les communautés. Mary fabrique des figurines, écrivez-vous, « pour ouvrir une porte sur l’impossible ». Est-ce un parallèle avec votre démarche d’écrivain ?

Tout à fait, et c’est aussi un thème récurrent de mes romans. Par exemple, dans Indian Tango, l’un des personnages est un écrivain, et à un moment on ne sait plus si c’est cet écrivain qui crée de toutes pièces l’autre personnage du livre. Dans N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


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Culture médias Littérature Les Jours vivants, non seulement Mary crée ses figurines et les imprègne de ses émotions qui vont se transmettre à ceux qui les achètent, mais aussi, finalement, elle donne vie à ses deux hommes, Howard et Cub. C’est un roman très charnel, autant érotique que morbide…

Oui, il y a dans ce livre des aspects très mortifères, mais pour moi il est en même temps très vivant. Mary est en fin de vie, mais la société l’a déjà effacée, rendue invisible, lui a interdit tout désir, et elle essaie à travers Cub de retrouver cette énergie de la vie et de l’amour. Dans mes romans, les personnages doivent ainsi se libérer du carcan des règles sociales et aller le plus loin possible dans ce qu’on pourrait appeler une transgression, mais qui est plutôt un paroxysme de liberté du corps et de l’esprit.

Ainsi commence...

Vous évoquez le racisme dans sa forme la plus primaire. Et le personnage de Cub a cette phrase choc : « Je baise un vieux pays pour lui redonner la vie. » Les sociétés ont-elles besoin de se mélanger pour survivre ?

Bien sûr ! On peut voir cette rencontre entre Mary et Cub comme celle entre le Vieux Continent, comme on l’appelle, et le sang neuf qui lui arrive, avec tout ce que cela peut comporter de danger. Quand on injecte un sang étranger dans un corps, avant qu’il se l’approprie, toutes sortes de réactions peuvent avoir lieu. Mais Cub n’est pas dans un rapport d’étranger avec le pays : il sait qu’il doit se battre pour y faire sa place, mais il est certain d’appartenir à ce lieu, et que ce lieu lui appartient. Il n’est pas dans ce rapport ambigu avec l’identité et l’intégration que la génération précédente a pu avoir. Un personnage d’origine indienne compare justement l’identité à une « toile d’araignée »…

C’est un sujet qui m’interpelle énormément, depuis longtemps. J’ai fait ma thèse de doctorat sur l’identité à l’île Maurice. On vit dans un monde de plus en plus multiculturel, et l’identité devient un sujet de société qui passionne et divise à la fois. Étant de Maurice, j’ai toujours eu la conviction que cette mixité des origines, des influences, des langues, des musiques est une richesse immense. J’ai toujours su que je pouvais puiser dans mes sources à la fois indiennes, africaines, occidentales, tout mélanger dans ce que j’écris et être ouverte à toutes ces sonorités, toutes ces résonances du monde. Mais l’importance de cette hybridité n’est pas acceptée facilement, ni à Maurice ni ailleurs. Vous retournez souvent à Maurice ?

Au moins une fois par an. J’ai mis du temps à accepter mentalement que je vivais ailleurs, parce que, écrivant constamment sur mon pays, j’ai toujours eu l’impression qu’une part de moi N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

« Londres, 2005. Rien qu’une cachette de souris, trois étages oblongs, trois couloirs pentus parcourus en trois pas, maison de pain d’épices dont elle ne sort plus, où elle ne respire presque plus, mais qu’elle surveille avec une patience de louve malade. Il lui suffit d’un coup d’œil à l’extérieur pour savoir de quelle façon elle risque de déraper. » Les Jours vivants, d’Ananda Devi, Gallimard, 192 pages, 17,50 euros

était à Maurice. Je crois que les écrivains transportent tout ce qui est important pour eux dans leurs bagages, dans leur tête, dans leur cœur. On peut vivre partout et tout peut être source d’inspiration, même si on reste toujours fidèle à ses obsessions. J’ai certes un regard sévère sur la société mauricienne, mais il provient de la passion que j’ai pour mon pays. Qui aime bien châtie bien, c’est ça ?

Oui… Ce qui me marque, à Maurice, c’est ce besoin de consommation toujours plus flagrant, cette nécessité d’acquérir tous les apparats de la société matérielle et, du coup, cet écart qui se creuse entre les plus pauvres et les plus nantis, car la vie est très chère. Ensuite, ce qui m’inquiète, ce sont ces communautés fermées qui se construisent : on invite les riches étrangers à acheter des maisons, mais dans des ghettos de luxe. Cela peut fausser la situation sociale, créer des tentations de vol, d’insécurité. Il y a à Maurice une violence latente qu’on ne perçoit pas forcément en tant qu’étranger. On a l’impression d’une grande douceur, que tout le monde vit très bien ensemble, mais il y a des choses qui bouillonnent sous la surface. L’harmonie est superficielle, un peu mécanique pour que la société fonctionne. Mais très profondément, dans les mentalités, il y a une forte méfiance envers l’autre. Selon quels critères ?

Selon ce qu’on appelle à Maurice des communautés, qui peuvent être religieuses ou de race, entre hindous et musulmans, entre Créoles et personnes d’origine indienne… Ou alors, à l’intérieur même de la communauté indienne, par exemple, il y a les clivages de caste ou de langue. Tout cela continue d’avoir une fonction identitaire dans la société et fait perdurer des différences qui n’ont plus de réalité. On parle de groupes linguistiques, mais ces langues-là ne sont plus utilisées au quotidien, ce sont des langues ancestrales qui fonctionnent comme des noyaux d’identité. Je trouve triste que les gens ne croient pas plus fortement en leur identité plus globalement mauricienne et éprouvent ce besoin de s’accrocher à un passé mythique. Indian Tango se déroulait en Inde, Les Jours vivants à Londres… Et l’Afrique, est-elle présente dans votre œuvre ?

J’ai écrit des nouvelles qui se passent en Afrique. J’ai vécu au Congo, mais je n’ai pas de ce pays une connaissancesuffisantepouryconstruireuneœuvre romanesque. Parce qu’il faut vraiment, quand on écrit un roman, qu’on soit imprégné du lieu, que le lieu devienne vivant. Je pense que le déclic viendra, mais, comme pour Londres et Les Jours vivants, je ne sais pas dans combien de temps. Pour l’Afrique, cela risque de prendre encore trente ans ! ● JEUNE AFRIQUE


PHILIPPE GUIONIE/MYOP

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ARCHITECTURE

L’autre Cité radieuse

Ouvrage de génie conçu en 1952 sur le modèle du bâtiment de Le Corbusier à Marseille, « l’immeuble rouge » de Brazzaville tombe aujourd’hui en décrépitude. Un patrimoine à préserver d’urgence.

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estungrandimmeublerouge du Plateau, situé en face de la maison d’arrêt et à deux pas du palais de justice de Brazzaville. D’ailleurs, il est connu sous ce nom, « l’immeuble rouge », et non sous celui d’unité d’habitation Air France qu’il a reçu lors de sa construction, au début des années 1950. Remarqué pour son superbetravailsurlestirailleurssénégalais, le photographe français Philippe Guionie, en résidence au Congo, s’est intéressé à ce bâtiment aujourd’hui décati, qui, à sa manière, résume toute l’histoire du pays, depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui. « J’ai voulu faire porter le regard sur une construction presque oubliée, sur un patrimoine que les gens ont du mal à s’approprier », explique Guionie en présentant ses photos, principalement consacrées au quotidien des 700 habitants*. L’oubli, ce n’est pas faux, enlace et étrangle cette œuvre des architectes (Hébrard, Lefebvre, Letu et Bienvenu) disciples de Le Corbusier qui la conçurent en1952surlemodèledelaCitéradieusede Marseille (France). Brise-soleil déglingués, arbres poussant à même la façade, terrasse servant de potager à manioc, pataugeoires JEUNE AFRIQUE

transformées en poubelles, cheminées d’aérationobstruéespardesnidsd’abeilles, égouts à ciel ouvert, l’immeuble n’a gardé de sa splendeur d’antan que le beau rouge du grès que l’on extrait près du Djoué, proche affluent du fleuve Congo. Construit pour le personnel européen local d’Air France à l’époque où Brazzaville était la capitale de l’Afrique-Équatoriale française (AEF) et servait d’escale aux vols longcourriers entre Paris et l’Afrique du Sud, nationalisé, occupé par des militaires durantlaguerre,l’immeublerougeentouré de manguiers et de bananiers demeure un exemple exceptionnel d’architecture pensée pour un milieu tropical. CHRISTIE’S. L’aération, naturelle, et l’orientation selon les vents dominants garantissent une fraîcheur constante aux familles de fonctionnaires congolais qui en occupent aujourd’hui, pour 10000 F CFA (15 euros) par mois, la soixantaine de logements disponibles. « Il n’y a plus d’eau courante, et quatre garçons se relaient pour apporter des bidons, à 100 F CFA les 25 litres, raconte Guionie. Le bâtiment est bien sûr dans un sale état, mais il continue de vivre à sa façon. »

€ Au fil des ans, la construction a été la proie de marchands peu scrupuleux.

Victime du temps, du climat, de la guerre, de l’explosion de Mpila (voir J.A. no 2721) et d’une certaine négligence, menacé par la spéculation foncière, l’immeuble rouge a aussi été la proie de marchands peu scrupuleux. À la fin des années 1990, un article paru dans la presse spécialisée revenait sur l’histoire du bâtiment et signalait qu’une bonne partie des aménagements intérieurs et du mobilier étaient signés de grands noms du design: Jean Prouvé et Charlotte Perriand. Une information qui est tombée entre de mauvaises mains : achetées à très faible prix, remplacées par des ersatz bon marché, des pièces de collection ont été « pillées » sans que nul n’y trouve à redire. Certaines allaient même se retrouver quelques années plus tard dans des maisons de vente aux enchères. Ainsi cette table de salle à manger Tropique 506 réalisée en 1952 par Jean Prouvé pour l’unité d’habitation Air France et vendue chez Christie’s Paris, le 21 novembre 2012, pour la somme de 217 000 euros ! De son « immeuble rouge », Brazzaville ne possède plus aujourd’hui que les murs. Mais la valeur patrimoniale de ces murs reste inestimable.Quisedécideraàlessauver? ● NICOLAS MICHEL, envoyé spécial à Brazzaville

*Les photographies de Philippe Guionie sont exposées dans le grand hall de l’aéroport MayaMaya jusqu’au 30 mai. N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


MICHEL DE BOCK

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MUSIQUE

€ Manou Gallo, Kareyce Fotso et Dobet Gnahoré (de g. à dr).

Drôles de dames

pan, qu’elle enregistre en direct, au fur et à mesure. Sur ces boucles sonores qui se Une volonté de fer, une forte présence sur scène et de multiples superposent, elle déploie alors ses talents étonnants de beat-boxeuse. Ancienne talents… Les trois artistes du projet Acoustic Africa témoignent bassiste de Zap Mama, elle poursuit un de la vitalité de la création artistique du continent. chemin artistique audacieux et plein d’originalité qu’elle a entamé à l’âge de 12 ans. À cette époque, elle se produisait déjà avec a première a dessiné deux longs qui meurt du sida ou les mariages forcés. L’émancipation des femmes lui tient parWoya, un groupe ivoirien qui connut un traits noirs pour prolonger ses franc succès en Afrique de l’Ouest dans ticulièrement à cœur, elle qui continue de yeux, deux autres pour souligner les années 1980. Son parcours loin des ses joues. Dobet Gnahoré ondule braver la tradition en refusant de se marier sentiers battus n’est pas sans embûches, aurythmedescongassurlesquelselletamet élève seule ses deux enfants. Sous ses comme elle le confie : « Je ne suis parfois bourine avec énergie, danse avec ferveur airs tendres, on devine une volonté de et joue de son maquillage pour composer pas programmée dans les festivals de fer. Cette ancienne choriste du groupe world music parce qu’on ne sait pas dans des expressions comiques, très théâtrales. Korongo Jam a forgé son expérience quelle case me ranger. » Bété, fon, baoulé, lingala, malinké, mina scénique en sillonnant les cabarets de Réunir ces trois fortes personnalités, ou bambara…, cette trentenaire chante Yaoundé durant dix ans. Elle a presque qui ont chacune une carrière solo, sur dans toutes les langues pour célébrer la l’allure d’une chanteuse country, avec sa force des femmes africaines ou dénoncer une même scène : c’est le pari d’Acoustic guitare en bandoulière, ses talons hauts l’exploitation des enfants. Cette palette de Africa, un projet initié par le label Contreet sa longue robe rose qui dégringole sur talents et ce goût pour le panafricanisme, Jour, maison belge qui produit Kareyce ses chevilles. Dobet les tient de la formation qu’elle a Fotso et Dobet Gnahoré et suivie au village Ki-Yi M’bock d’Abidjan dont le manageur, Michel Tout en célébrant les répertoires (un centre artistique multidisciplinaire). De Bock, connaît très bien traditionnels, elles s’offrent des Son père Boni, lui-même percussionniste, Manou Gallo. Il l’avait renincursions hip-hop, jazz, blues, folk. contrée il y a vingt ans lors est l’un des fondateurs de cette commudu premier Marché des arts nauté d’artistes issus des quatre coins GRAIN DE SEL. La troisième, comme elle et du spectacle africain (Masa) à Abidjan de l’Afrique, qui, depuis 1985, forme des le dit elle-même, est plus « destroy ». Look et l’avait mise en contact avec Zap Mama. jeunes passionnés par la scène. à la garçonne, cheveux courts, Manou La collaboration des trois artistes, qui La deuxième a choisi un prénom Gallo, née en 1972 en Côte d’Ivoire, évoa démarré avec une résidence à Lomé, qui lui ressemble : Kareyce Fotso. La lue dans un tout autre registre. Elle fait reposesuruneformulesimplemaisquifait Camerounaise balance ses mélodies rire le public en buvant dans de minusson effet : tour à tour, chacune interprète afro-folk d’une voix chaude et un peu cules bouteilles et commence à souffler son propre répertoire tandis que les deux éraillée. Son pays lui inspire parfois des autres y apportent leur petit grain de sel. dedans. Elle en tire des sons de flûte de textes pleins de gravité, sur la jeunesse

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JEUNE AFRIQUE


Culture médias Sur scène, chacune a son rôle. Manou Gallo, drôle et réservée, lance des sourires en coin au public. Dobet Gnahoré, taquine et pleine d’énergie, a l’air d’être partout à la fois. Kareyce Fotso ramène le calme avec sensualité. Tout en célébrant la diversité et la richesse des répertoires traditionnels, ces trois dames s’offrent des incursions dans le hip-hop, le jazz, le blues ou le folk. Complices, elles nous baladent ainsi durant deux heures dans un vaste registre d’atmosphères et d’émotions.

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CINÉMA

Vérité et réconciliation

Comment vivre de nouveau ensemble après l’horreur ? Merzak Allouache évoque avec talent les défis de l’Algérie.

l’image de leurs vies, qui se construisent entre l’Afrique et l’Europe. « On est toutes un peu afropéennes », raconte Dobet Gnahoré, qui reprend cette jolie expression de l’écrivaine camerounaise Léonora Miano. « Moi j’ai passé quinze ans en France. Maintenant, je suis en Belgique. Mais je rêve de rentrer au pays. J’apprends tout ce que je peux ici pour pouvoir l’emporter là-bas après », poursuit-elle. De son côté, Manou Gallo vit depuis longtemps à Bruxelles, dont elle apprécie la diversité, mais insiste: « Je suis une femme africaine et je le resterai toujours. » Kareyce, elle, ne quitterait le Cameroun pour rien au monde, bien qu’elle fasse de fréquents séjours dans la capitale européenne et soit en permanence en tournée. Le jeu des identités est multiple dans ce projet qui renverse aussi les hiérarchies de genre. « Être au-devant de la scène, chanter, danser, jouer de la basse, des percussions, c’est plutôt nouveau pour les femmes africaines, observe Kareyce Fotso. Cela montre qu’aujourd’hui elles se prennent en charge, sortent du joug masculin et ne laissent plus leur destin aux mains des hommes. » Sur scène, ces derniers sont présents, mais en retrait. Aly Keita, balafoniste malien ultratalentueux, Boris Tchango, batteur togolais, et Zoumana Diarra, guitariste et joueur de kora originaire du Mali, mettent leur virtuositéauservicedestroisdames,même s’ils ont droit à leur morceau de bravoure lors du concert. Manou Gallo, pleine d’enthousiasme, harangue le public : « Nous sommes l’african women power ! » ● AMÉLIE MOUTON

Acoustic Africa, avec Dobet Gnahoré, Manou Gallo et Kareyce Fotso, actuellement en tournée. Plus d’informations sur www.acousticafrica.org/music/ JEUNE AFRIQUE

SOPHIE DULAC DISTRIBUTION

AFROPÉENNES. Ce brassage est un peu à

€ L’acteur Nabil Asli incarne un ancien membre d’un groupe islamiste armé.

E

n plein hiver par– 10 °C, parfois Le film évoque ainsi, à partir d’un dans la neige, dans une région fait réel, comment l’un de ces repentis, montagneuse près de Béchar, Rachid, contacte un pharmacien et sa au sud-ouest d’Alger, le tourfemme, Lakhdar et Djamila, pour leur proposer un horrible marché: retrouver nage s’est déroulé dans des conditions plutôtdifficiles.Àtelpointquelesacteurs le cadavre de leur fille enlevée, maltraitée et tuée quelques années plus du film étaient encore marqués par cette tôt par le groupe d’islamistes armés rude expérience plusieurs mois après, quand ils étaient venus présenter Le auquel il appartenait, en échange d’une Repenti sous un magnifique soleil au « récompense ». Tous trois partent donc ensemble dans la montagne. dernier Festival de Cannes, où il a été primé par la Quinzaine des réalisateurs. Il est vrai que le dernier long-métrage de LUCIDITÉ. Avec cette histoire tragique, le MerzakAllouacheracontelui-mêmeune plusprolifiquedescinéastesmaghrébins histoire des plus éprouvantes. démontre une fois de plus avec talent L’idéedufilmagermélongtempsdans sa détermination à explorer l’histoire l’esprit du réalisateur. Il avait été frappé contemporaine de son pays et les évoluen 1999, de retour au pays après sept tions de la société algérienne en grattant années d’absence forcée, par l’ambiance de préférence là où ça fait mal. Ce qui lui optimiste et quelque peu irréelle qui vaut parfois d’être mis en accusation par régnait en Algérie après l’adoption d’une certainsdesescompatriotes.Commesile politique de « concorde civile ». Celle-ci faitdejeterunregardcritiquemaislucide devait conduire à l’apaisement, sinon à sur la réalité pouvait être confondu avec unepropensionànepasaimer l’arrêt définitif, de la violence sa terre natale. Le cinéaste, en autorisant les islamistes heureusement, n’en a cure et partis au maquis à se réinsépoursuitsonchemin.Avecdes rer dans la société s’ils affirmaient n’avoir pas de sang sur films qui ne sont pas tous des les mains. Mais, comment, réussites totales mais qui, bien après tous les massacres et les souvent, de la comédie culte attentats qui avaient endeuillé Omar Gatlato en 1977 aux tant de familles, serait-il poslongs-métrages plus « engasible de vivre à nouveau avec gés » comme Bab El Oued ces « repentis », comme on les Le Repenti, de City en 1994 ou aujourd’hui avait nommés? Surtout si leur Merzak Allouache Le Repenti, resteront comme repentance n’était pas aussi (sortie en France des œuvres marquantes. ● le 10 avril) évidente qu’ils l’affirmaient. RENAUD DE ROCHEBRUNE N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013


Culture médias En vue

■ ■ ■ Décevant

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

ROMAN

LITTÉRATURE

Nimrod tel qu’en lui-même

Sans tabous ni pincettes

Dans une autofiction subtile et poétique, l’écrivain tchadien évoque l’histoire passionnelle de deux êtres que tout oppose.

À GENÈVE, un jeune Camerounais rêve de devenir couturier – « designer », corrige-t-il. En attendant, il coache sa mère, débarquée en Suisse pour écumer les trottoirs de la rue de Berne. Dans ce roman, Max Lobe croque avec une tendresse cabotine les rives interlopes du lac Léman et, surtout, fait tomber les plus grands tabous camerounais : le président Paul Biya – « la Barbie de l’Élysée » – et l’homosexualité, abordée sans pincettes. Le jeune auteur (il est né en 1986 à Douala) ne cache pas son goût – littéraire – pour Alain Mabanckou, et sa plume faussement naïve en témoigne. Reste à trouver sa propre voix. ● FABIEN MOLLON

D

ans le Paris du début des années 1970, deux êtres que tout oppose, excepté leur amour commun pour la littérature, vivent une relation passionnelle. Lui, Nimrod, un Africain lettré, a fui la guerre civile qui embrase son pays et trouvé refuge en France. Inscrit à la Sorbonne, il entame un doctorat de lettres grâce à une bourse. Son sujet d’études: Le Rouge et le Noir, de Stendhal. Elle, Jeanne-Sophie, est une femme aisée, cultivée et indépendante. Elle est sa directrice de thèse… et elle l’entraînera vers un amour charnel et possessif, mais voué à l’échec. Un balcon sur l’Algérois retrace l’itinéraire mouvementé de ce Julien Sorel contemporain à travers sa vision

de la vie parisienne, ses amours, son goût pour les lettres, sa quête de liberté et ses questions identitaires. En quittant son Tchad natal, il a abandonné femme et enfant. Peu à peu, une « sensation de servitude » et des regrets remettent en question ses choix et l’amènent à prendre ses distances avec Jeanne-Sophie. Aveccenouveauroman,Nimrodévoque des thèmes qui lui sont chers : l’exil et la nostalgie. Et signe une autofiction au style fin, subtil et poétique. Le lauréat du prix Édouard-Glissant en 2008 a en effet lui-même quitté le Tchad en proie à la guerre en 1979 pour rejoindre d’abord la Côte d’Ivoire puis la France, où il obtint un doctorat de philosophie. ● RYADH BENLAHRECH

Un balcon sur l’Algérois, de Nimrod, Actes sud, 192 pages, 18 euros.

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39 rue de Berne, de Max Lobe, éditions Zoé, 192 pages, 18 euros. ■ ■ ■

BANDE DESSINÉE

L’Iran sans voile VOUS NE CONNAISSEZ rien au zoroastrisme ? Plongez-vous dans la lecture d’Ainsi se tut Zarathoustra, roman graphique de Nicolas Wild. Une fois de plus, l’auteur-dessinateur de Kaboul disco se met en scène pour raconter un pays, sa culture, ses habitants. Fourmillant de personnages étonnants, son enquête sur l’assassinat d’un intellectuel iranien l’entraîne de Paris à Genève en passant, bien entendu, par Téhéran. Aussi maîtrisée et habile que le dessin, la construction permet de découvrir bien des facettes d’un pays plus complexe que la caricature qu’en brossent, au jour le jour, ses dirigeants et… les médias occidentaux. ● NICOLAS MICHEL NICOLAS WILD

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Ainsi se tut Zarathoustra, de Nicolas Wild, la Boîte à bulles et Arte éditions, 226 pages, 19 euros. ■■■ N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

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ANNONCES CLASSÉES

Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

RÉPUBLIQUE GABONAISE MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DE L’EMPLOI ET DU DÉVELOPPEMENT DURABLE COMMISSION NATIONALE DES TIPPEE SECRÉTARIAT PERMANENT

Avis de Pré-qualification GABON PROJET CENTRAL AFRICAN BACKBONE TRAVAUX DE CONSTRUCTION DE LA PHASE 1 DU BACKBONE NATIONAL Prêt Banque Mondiale N° 8150

Le présent avis de pré-qualification suit l’avis général de passation des marchés du projet paru dans Development Business du 20/11/2012 en ligne et dans le numéro 38 du Journal des Marchés publics du Gabon paru en novembre 2012. Le Gouvernement du Gabon a contracté un Prêt auprès de la Banque Mondiale pour couvrir le coût du Projet Central African BACKBONE « PCAB 4 », et entend affecter une partie du produit de ce Prêt aux paiements relatifs au marché pour les travaux de construction et de développement du Backbone National. Le Secrétariat Permanent de la Commission Nationale du TIPPEE « SPCNT » entend pré-qualifier des entrepreneurs et/ou des sociétés susceptibles de réaliser ces travaux. Les avis d’appel d’offres devraient être lancés en JUILLET 2013.

Les candidats nationaux et internationaux intéressés admissibles peuvent obtenir de plus amples renseignements et inspecter le document de pré-qualification auprès du Secrétariat Permanent de la Commission Nationale des TIPPEE « SPCNT » (dont l’adresse figure ci-après) de 08 heures à 15 heures. Ces candidats peuvent acheter un jeu complet du document de pré-qualification en Français en faisant la demande écrite à l’adresse indiquée ci-après accompagnée du versement de frais non remboursables de Trois Cent Mille (300.000) Francs CFA ou Six Cent (600) dollars des EU. Le paiement devra être effectué par virement bancaire au compte N°42 001 00734 153 00 000 175-77 ouvert à la « Caisse de Dépôt et de Consignation » au nom de COMPTE SUPPORT PDIL. Le document sera envoyé par courrier électronique pour les candidats étrangers, ou pourra être retiré contre décharge auprès des Services du Secrétariat Permanent de la Commission Nationale des TIPPEE. Le Secrétariat Permanent ne sera en aucun cas responsable des retards ou pertes subis dans l’acheminement de ce courrier. Les dossiers de candidature comprenant un (01) original et cinq (05) copies papier et un (1) CD contenant la version électronique doivent être déposés sous enveloppe cachetée délivrée à l’adresse ci-dessous au plus tard le 22/05/2013 à 12 heures, et doivent être clairement marquées « Candidature de pré-qualification pour les travaux de construction et de développement du Backbone National, Appel d’Offres N°001/TRV/-AOI/CNT/T/2013 » : Secrétariat Permanent de la Commission Nationale des TIPPEE « SPCNT » Monsieur Richard DAMAS - Quartier Glass Immeuble Volvo – 2e Étage - BP 22-Libreville Tél. : (+241) 05.19.04.10 E-mail : tippeegabon@cntippee.org, abusamba@cntippee.org JEUNE AFRIQUE

N° 2726 • DU 7 AU 13 AVRIL 2013

Avis de pré-qualification

La pré-qualification se déroulera conformément aux procédures de pré-qualification spécifiées dans les Directives : « Passation des marchés de fournitures, de travaux et des Services (autres que les services de Consultants) par les Emprunteurs de la Banque Mondiale dans le cadre des prêts de la BIRD et crédits de l’IDA de Mai 2004, Révisées en Janvier 2011 ». Cette pré-qualification s’adresse à tous les soumissionnaires des pays qui répondent aux critères de provenance, tels que définis dans les directives.


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RÉPUBLIQUE GABONAISE MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DE L’EMPLOI ET DU DÉVELOPPEMENT DURABLE COMMISSION NATIONALE DES TIPPEE SECRÉTARIAT PERMANENT

AVIS DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT N° AMI/002-2013/CNT

Manifestation d’intérêt

Recrutement d’un Consultant/Cabinet pour le développement des modèles de coûts d’interconnexion fixe et mobile, la détermination des tarifs d’interconnexion fixe et mobile et de bande passante nationale et internationale y compris infrastructures Le Gouvernement du Gabon a contracté un Prêt auprès de la Banque Mondiale pour couvrir le coût du Projet Central African BACKBONE « PCAB 4 ». Il a l’intention d’utiliser une partie de ce prêt pour effectuer les paiements autorisés au titre du Contrat objet de cet Avis. L’objectif global de la mission consiste à assurer pour le compte de l’ARCEP la mise en place du(es) modèle(s) de calculs des coûts et des tarifs pour l’ensemble des services d’interconnexion fixe et mobile, des services de bande passante nationale et internationale ainsi que des services d’accès/partage d’infrastructures (colocalisation, pylônes, fibres noires, fourreaux, etc.), et ce en concertation avec les opérateurs existants. Le consultant retenu devra également assurer la formation des équipes de l’ARCEP chargée de l’interconnexion et de l’accès sur les modèles de coûts et formuler toute recommandation appropriée pour assurer une meilleure régulation des services d’interconnexion fixe et mobile, des services de bande passante nationale et internationale ainsi que des services d’accès/partage d’infrastructures (colocalisation, pylônes, fibres, fourreaux, etc.). De manière plus spécifique, l’étude vise à : a) Elaborer pour le compte de l’ARCEP le(s) modèle(s) de calculs des coûts et des tarifs pour l’ensemble des services d’interconnexion fixe et mobile, des services de bande passante nationale et internationale ainsi que des services d’accès/partage d’infrastructures (colocalisation, pylônes, fibres, fourreaux, etc.) en conformité avec le cadre légal et réglementaire national et sous-régional ainsi que les meilleures pratiques internationales, et en concertation avec les opérateurs ; b) Assister l’ARCEP dans l’ensemble du processus de désignation des opérateurs en position dominante (sur l’interconnexion, l’accès aux infrastructures et leur partage, etc.) et d’approbation des catalogues d’interconnexion et de partage d’infrastructures des opérateurs en position dominante ; c) Etablir, en conformité avec le cadre légal et réglementaire national et sous-régional ainsi que les meilleures pratiques internationales, des recommandations concrètes visant à l’amélioration du cadre juridique, économique et technique relatif à l’interconnexion, l’accès/partage d’infrastructures au Gabon. Les Cabinets nationaux et internationaux éligibles sont invités à manifester leur intérêt, en faisant acte de candidature et en fournissant les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les prestations décrites ci-dessus. Ces informations doivent être fournies au moyen du dossier suivant : - Lettre de candidature ; - Déclaration éventuelle de groupement ; - Fiche de présentation du candidat (domaine d’expertise, brochure, plaquette, site web, etc. ; - Expérience générale du candidat durant les dernières années ; - Références récentes et pertinence en missions similaires, équivalentes ou de même complexité technique avec mention obligatoire des données suivantes : libellé des missions, pays, période d’exécution, état des réalisations) ; - Etat des personnels clés et appui disponibles ; - Curriculum vitae du personnel clé proposé. Pour renforcer leurs compétences respectives et augmenter leurs chances d’être présélectionnés, les candidats peuvent s’associer en Groupement. A l’issue de la manifestation d’intérêt, un Cabinet/Firme sera retenu et consulté à partir de la méthode basée sur la Qualité Technique et le Coût (SFQC) et ce, conformément aux procédures définies dans les Directives ‘’Sélection & Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale – Mai 2004 – Version Révisée Janvier 2011’’. Les Cabinets/Firmes intéressés peuvent obtenir le cahier des charges de ce mandat ou des informations complémentaires sur demande écrite à l’adresse ci-après : Commission Nationale des TIPPEE B.P. : 22 Libreville – Gabon ou par téléphone au n° (+241) 05 19 04 10 aux heures suivantes : de 8h00 à 15h00 (heure locale GMT+1) et par courrier électronique à : tippeegabon@cntippee.org et busamba@yahoo.com. Les plis porteront la mention suivante « Manifestation d’intérêt pour la mission de développement des modèles de coûts d’interconnexion fixe et mobile, la détermination des tarifs d’interconnexion fixe et mobile et de bande passante nationale et internationale y compris infrastructures ». Les dossiers de manifestations d’intérêt seront présentés en français en trois (03) exemplaires (un original et deux copies) avec un CD comprenant une version électronique et doivent parvenir au plus tard le 08 mai 2013 à 13h00 (heure locale GMT + 1), par voie postale (normale, recommandée, ou rapide) ou par dépôt direct à l’adresse suivante : Commission Nationale des TIPPEE, quartier Glass Immeuble Volvo (2ème étage) - B.P. : 22 Libreville – Gabon. N° 2726 • DU 7 AU 13 AVRIL 2013

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NOM DU PAYS : MALI MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE DES FINANCES ET DU BUDGET

SERVICE DE CONSULTANTS : « RECRUTEMENT D’UN CABINET POUR L’ÉTUDE RELATIVE À L’ANALYSE DES ATTRIBUTIONS DES STRUCTURES DE CONTRÔLE EXTERNE » FINANCEMENT : Budget National (PAGAM/GFPII)

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N° 2726 • DU 7 AU 13 AVRIL 2013

Manifestation d’intérêt

1. Le Gouvernement du Mali a réalisé, entre novembre 2004 et février 2005, une synthèse des recommandations issues de différentes études diagnostiques relatives à la gestion des finances publiques au Mali. En référence aux orientations stratégiques pour une gestion saine et transparente des ressources de l’Etat, ce travail a conduit à l’élaboration d’un Plan d’Action Gouvernemental pour l’Amélioration et la Modernisation de la Gestion des Finances Publiques (PAGAM/GFP), adopté le 20 avril 2005, par le Conseil des Ministres. A cet égard, la problématique de la duplication des contrôles et de la nécessaire complémentarité entre les différentes structures constitue une préoccupation, soulevant la question d’une meilleure définition et d’une répartition harmonisée des missions respectives des différentes structures en charge du contrôle des finances publiques. Elle a été notamment mise en exergue par l’exercice PEFA II et les résultats de l’étude sur la cohérence PEFA II – PAGAM/GFP II, dont le plan opérationnel (PO) a été intégré dans le PAGAM/GFP II en 2012. Conformément à une recommandation dudit PO, il paraît donc opportun d’évaluer la cohérence du système en place et de clarifier le champ d’intervention des structures de contrôle externe existantes. Ainsi, il a été retenu de recruter un consultant pour faire l’étude relative à l’analyse des attributions des structures de contrôle externe. 2. Le Directeur des Finances et du Matériel du Ministère de l’Economie, des Finances et du Budget lance le présent avis de manifestation d’intérêt en vue de constituer une liste restreinte de bureaux ayant des compétences internationales susceptibles de soumettre des propositions de services pour l’étude relative à l’analyse des attributions des structures de contrôle externe. 3. Objectifs de la mission L’objectif global est de rationaliser les missions et attributions des structures de contrôle externe (Section des Comptes de la Cour Suprême, Bureau du Vérificateur Général) en vue de renforcer la cohérence et l’efficacité du système de contrôle externe des finances publiques. L’étude aura donc pour objet de : • effectuer un état des lieux, sur la base d’une analyse critique de la configuration actuelle du système de contrôle externe des finances publiques ; • procéder à une revue des textes régissant les différentes structures de contrôle externe des finances publiques ; • analyser la nature des missions et champs de compétences respectifs de chacune des structures en termes de complémentarité et de cohérence ; • recenser les moyens budgétaires, matériels et humains de chacune d’elles ; • évaluer les systèmes de renforcement des capacités des ressources humaines ; • évaluer les mécanismes de suivi de la mise en œuvre des recommandations issues des rapports des structures de contrôle externe ; • analyser les méthodologies, guides et procédures d’audit en place et leur adéquation aux normes internationales ; • procéder à une étude comparative de la situation du Mali par rapport à la sous-région. 4. Résultats attendus : • une présentation du dispositif actuel de contrôle des finances publiques, avec ses forces et ses faiblesses, au regard des dispositions nationales, sous-régionales (UEMOA) et internationales ; • des recommandations pour consolider les acquis et améliorer l’efficacité du contrôle externe des finances publiques ; • un plan d’action pour la mise en œuvre des recommandations. 5. Durée de la mission La durée maximale de la mission sera de trente (30) jours. 6. Les bureaux d’études ou groupements de bureaux intéressés sont invités à produire dans leur dossier de manifestation d’intérêt, toutes références et documents permettant d’apprécier leurs expériences et expertises en ces prestations en fournissant les informations indiquant qu’ils sont qualifiés et ont la capacité pour exécuter lesdites prestations (brochures sur la présentation de la firme, références concernant l’exécution des contrats analogues avec mention des données suivantes : libellé des missions, bénéficiaires, pays, année, coût, période d’exécution et de réalisation, expérience dans des conditions semblables, disponibilité des compétences nécessaires, etc.). Les Bureaux peuvent s’associer pour renforcer leurs compétences respectives. 7. Une liste restreinte sera établie à l’issue de l’appel à la manifestation d’intérêt et la consultation se fera conformément aux règles et procédures du code des marchés publics du Mali. 8. Les Consultants intéressés peuvent obtenir des informations complémentaires tous les jours ouvrables de 8 H 00 GMT à 16 H 00 GMT à la Direction des Finances et du Matériel du Ministère de l'Economie, des Finances et du Budget (DFM/MEFB) à l’adresse suivante: BP : 234 – Tél : +223 20 22 57 26 /20 22 53 41/20 22 58 58 – ACI 2000, face Avenue du Mali. 9. Les dossiers de candidature rédigés en langue française doivent être déposés sous la mention « Manifestation d’intérêt pour l’étude relative à l’analyse des attributions des Structures de contrôle externe » à la Division Approvisionnement et Marchés Publics de la Direction des Finances et du Matériel du Ministère de l'Economie, des Finances et du Budget (DFM/MEFB) à l’adresse suivante : BP : 234 – ACI 2000, face Avenue du Mali – Bamako (Mali) de la l’adresse ci-dessus au plus tard le 08/05/2013 2013 à 10 H 00. L’ouverture des plis est prévue le même jour à 10 H 05 mn.


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Annonces classées Société Nationale Industrielle et Minière

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Divers - Avis de pré-sélection

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AVIS DE PRÉSÉLECTION D’ENTREPRISES POUR LA RÉALISATION DES TRAVAUX DE CONSTRUCTION D’UN LABORATOIRE INDUSTRIEL D’ANALYSES DE MINERAIS À ZOUERATE République Islamique de Mauritanie

1. Objet de la consultation La SNIM lance le présent appel à candidature international en vue de présélectionner des entreprises capables de réaliser les travaux de construction de son Laboratoire Industriel d’Analyses de Minerais (LIAM) à Zouerate. Le LIAM est un bâtiment à un seul niveau (Rez-de chaussée) avec une toiture en béton surmontée d’une charpente métallique à deux versants de pentes identiques. Sa surface bâtie est d’environ 1 200 m2. Il se compose de : - Bureaux et salle de réunion. - Plusieurs salles de réalisation d’essais et d’analyses (broyage, échantillonnage, analyses chimiques, pastillage, acide…). - Locaux techniques (onduleur, gaz, compresseur…). - Sanitaires (Vestiaires, toilettes, laveries…). - Salle de prière. Des Aménagements extérieurs (parking, allées bitumées…) sont aussi prévus dans le cadre du projet. Le bâtiment sera muni de circuits et d’équipements d’air comprimé, de gaz, de ventilation, de climatisation et d’électricité correspondant à un standard de laboratoire moderne. Il sera aussi équipé de tous les moyens techniques modernes d’alimentation permettant le fonctionnement adéquat du laboratoire. 2. Organisation de la consultation Le Pouvoir adjudicateur est : La Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) Le Représentant du Pouvoir adjudicateur est : La Direction des Projets de la SNIM 3. Conditions de Participation Il est admis à concourir toute société morale ou physique pouvant justifier son aptitude à mener bien les prestations objet de la compétition. 4. Termes de référence Les termes de référence peuvent être téléchargés à compter du 12/03/2013 à partir du lien suivant : https://mailweb.snim.com/sources-dps.nsf Une authentification avec les paramètres d'accès suivants est requise : user : snim-dps Password : snim-dps 5. Eclaircissements et renseignements Pour toutes informations complémentaires, contacter : SNIM - BP 42 - Nouadhibou - République Islamique de Mauritanie DPS@snim.com, m.salka@snim.com, Tel. : 00222 45 74 13 01 – 00222 45 74 16 64 6. Délais de réception et de dépôts des dossiers de candidatures Le dossier de participation au présent appel à candidature doivent être envoyé sous pli fermé et anonyme, avec accusé de réception ou déposé contre récépissé au plus tard le Dimanche 21/04/2013 à 10H GMT, à la Direction des Projets. LE DIRECTEUR DES PROJETS/SNIM MOHAMED MAHFOUDH OULD BOWBENI

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info@sai2000.org N° 2726 • DU 7 AU 13 AVRIL 2013

ACQUISITION DE CAMIONS D’OCCASION ATF2008/PHP/SOC/CAM/2013

La société des Plantations du Haut Penja (PHP) envisage d’attribuer un marché de fourniture pour l’acquisition de camions d’occasion pour le transport du personnel. Ce marché est co-financé par le Programme d'Assistance Technique et Financière (ATF) de la Commission Européenne au secteur bananier du Cameroun (ATF 2008 n° 310-1127). Le dossier d’appel d’offres peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.assobacam.com. La date limite de remise des offres est fixée au 1er juin à 12h. D’éventuelles clarifications au dossier d’appel d’offres pourront être publiées sur le site Internet de l’Assobacam à l’adresse suivante : http://www.assobacam.com. JEUNE AFRIQUE


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Enabling poor rural people to overcome poverty The International Fund for Agricultural Development (IFAD) is an international financial institution and a specialized United Nations agency dedicated to eradicating rural poverty and hunger. It does so by financing programmes and projects that increase agricultural productivity and raise rural incomes, and by advocating at the local, national and international level for policies that enable poor rural people to overcome poverty. IFAD is looking for professionals with strategic vision, a solid team orientation, proven capacity to generate results, and a deep understanding of and commitment to development. Director, D1, Information and Communications Technology (ICT). IFAD is seeking a dynamic and forward-thinking ICT Director. An effective leader who will successfully deliver the organizational mandate through the use of cutting-edge ICT tools, apply vision and knowledge of industry best-practice standards, and capitalize on evolving technology to promote productivity, efficiency and anticipate IFAD’s global ICT needs. IFAD offers a competitive remuneration and benefits package that includes tax-free salary, dependency allowance, education grant up to university level, medical and group life insurance, home leave and pension plan. IFAD is committed to achieving diversity and is seeking a balanced workforce from its Member States. Women are particularly encouraged to apply.

For detailed information, visit our website www.ifad.org/job. Please send your application through the IFAD online system by 7 May, 2013.

1. Un Directeur de l’Administration et des Ressources Humaines : il met en œuvre l’ensemble de la politique sociale de la Société, en vue d’attirer, motiver et retenir les meilleurs employés au service de l’Arica Re (recrutement, formation, évaluation des performances du personnel, motivation, management des questions sociales et d’hygiène, de sécurité et environnement). Il est aussi en charge de la gestion du patrimoine de la société et de la sécurité physique et matérielle. Enfin, il est le responsable de la politique qualité du groupe Africa Re. 2. Un Secrétaire de Société / Conseiller Juridique : Le Secrétaire de Société / Conseiller Juridique assure le suivi des relations avec l’ensemble des Actionnaires et Administrateurs tant au niveau des réunions statutaires annuelles (Conseil d’Administration et Assemblée Générale) qu’au niveau de la transmission des informations et documents divers à ces derniers. Il appelle, prépare, coordonne et documente toutes les réunions statutaires (assemblée générale ordinaire et extraordinaire, conseils, commission du conseil, etc.). Pour avoir de plus amples informations sur les conditions d’emploi et pour postuler à ces postes basés à Lagos, nous invitons les candidats intéressés à visiter notre site web www.africa-re.com / carrières et à suivre les indications pour déposer une candidature électronique. Date limite de réception des candidatures : 10 mai 2013.

JEUNE AFRIQUE

L’Organisation internationale de la Francophonie regroupe 57 Etats et gouvernements membres et 20 observateurs répartis sur les cinq continents, rassemblés autour du partage d'une langue commune : le français. Elle œuvre au service de la paix, de la coopération, de la solidarité et du développement durable.

L’Organisation recrute : - un (1) sous-directeur chargé des partenariats (H/F) - un (1) sous-directeur chargé des affaires générales (H/F) Ces postes sont basés à Paris. Les personnes intéressées peuvent consulter le descriptif détaillé à l’adresse : http://www.francophonie.org/-Recrutements-.html

N° 2726 • DU 7 AU 13 AVRIL 2013

Recrutemenet

La Société Africaine de Réassurance (Africa Ré), Institution Financière Panafricaine appartenant à 41 Etats Membres de l’Union Africaine et à des Investisseurs Institutionnels internationaux (SFI, DEG, FMO, PROPARCO), dont le Siège se trouve à Lagos (République Fédérale du Nigéria), recherche pour renforcer ses équipes de direction deux Cadres de Direction qui seront postés à Lagos, Nigeria :


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BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE

APPEL À CANDIDATURES POUR LE RECRUTEMENT DE CADRES SUPÉRIEURS EXPÉRIMENTÉS POUR LA SUPERVISION BANCAIRE ET L’AUDIT INTERNE

Recrutemenet

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Vous êtes ressortissant(e) d’un État membre de la CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad), Vous maîtrisez le français, et idéalement l’anglais, l’espagnol ou l’arabe, Vous disposez d’une expérience professionnelle d’au moins 3 ans, Vous correspondez à l’un des 3 profils suivants : Auditeur généraliste (Réf. AG)

- Bac + 4 minimum, diplôme d’École de Commerce ou de Gestion option comptabilité/finances, DES Banque, DEA ou DESS en finances, Master en finances, comptabilité ou gestion ; - La détention du CIA ou équivalent constituerait un atout - Expérience professionnelle d’au moins 3 ans dans le domaine du contrôle interne ou de l’audit, acquise en cabinet d’audit, banque ou grande entreprise

Auditeur informaticien (Réf. AI)

- Diplôme d’ingénieur en informatique ou diplôme équivalent de 3e cycle ai.beac@adrh-apave.com - La détention du CISA ou équivalent constituerait un atout - Expérience professionnelle d’au moins 3 ans dans l’audit de la sécurité des systèmes et risques informatiques - Bonne connaissance souhaitée des systèmes de gestion de bases de données relationnelles, notamment Oracle, et des principales suites logicielles bureautiques

Juriste bancaire (Réf. JB)

- Diplôme de 3e cycle en droit, si possible avec une spécialisation en droit bancaire - Expérience professionnelle d’au moins 3 ans dans un service juridique de banque ou d’un organisme du secteur financier - Connaissance souhaitée du droit des sociétés et du droit bancaire

ag.beac@adrh-apave.com

jb.beac@adrh-apave.com

Postulez jusqu’au 21 avril 2013 ! De préférence par mail Ou par voie postale, par courrier express avec accusé de réception : APAVE INTERNATIONAL – Opération Recrutement BEAC Avenue Gay-Lussac, Zone Industrielle - 33 370 ARTIGUES-près-BORDEAUX - France Composition des dossiers de candidature : - Lettre de motivation précisant la référence du profil pour lequel vous postulez - Curriculum vitae indiquant votre pays de résidence, le titre du diplôme et la spécialité, vos coordonnées précises (email et téléphone avec indicatif pays), et détaillant votre expérience professionnelle, de la plus récente à la plus ancienne, avec indication de la nature exacte des fonctions exercées - Copie certifiée conforme du diplôme requis pour le profil - Copie d’une pièce d’identité justifiant votre nationalité NB. Les fichiers électroniques doivent être exclusivement sous format Word, PDF ou JPEG. Conditions d’intégration : Période de formation probatoire d’une durée de 3 à 6 mois Rémunération : 1er échelon de la grille salariale des Agents d’Encadrement Supérieur de la BEAC Lieu de travail : 6 pays de la CEMAC NB. Seuls les candidats présélectionnés seront contactés pour des évaluations. Des précisions sur le recrutement sont disponibles sur le site www.adrh-apave.com Aucun renseignement ne pourra être donné par la BEAC sur la réception et le traitement des dossiers de candidature, qui sont entièrement sous-traités au Cabinet APAVE.

N° 2726 • DU 7 AU 13 AVRIL 2013

JEUNE AFRIQUE


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BANK OF CENTRAL AFRICAN STATES

CALL FOR APPLICATIONS FOR THE RECRUITMENT OF EXPERIENCED SENIOR EXECUTIVES FOR BANKING SUPERVISION AND INTERNAL AUDIT 3 3 3 3

You are a citizen of a CEMAC Member State (Cameroon, Central African Republic, Congo, Gabon, Equatorial Guinea, Chad), You are fluent in French, and conveniently in English, Spanish or Arabic, You have professional experience of at least three years, You correspond to one of the following 3 profiles :

General Auditor (Ref. AG)

- Bachelor’s degree, Business School or Management degree – major in ag.beac@adrh-apave.com accounting/finance, Master’s Degree in Banking, Finance, Accounting or Management. - Holding the CIA Certification would be an asset - Work experience of at least 3 years in the field of internal control or audit, within an audit firm, a bank or a big company.

IT Auditor (Ref. AI)

- Computer Engineer or any equivalent 3rd cycle degree ai.beac@adrh-apave.com - Holding the CISA Certification would be an asset - Work experience of at least 3 years in the field of IT systems audit and IT risks - Ideal Knowledge of database management systems, particularly Oracle, and main office software suites.

Banking Jurist (Ref. JB)

- Master’s degree in Law, possibly with a major in banking law - Work experience of at least 3 years in the legal department of a bank or any financial sector agency. - Ideal Knowledge of corporate law and banking law

jb.beac@adrh-apave.com

Or by post, express mail with receipt acknowledgement at : APAVE INTERNATIONAL – Opération Recrutement BEAC - Avenue Gay-Lussac, Zone Industrielle - 33 370 ARTIGUES-près-BORDEAUX - France Composition of application files : - Cover letter stating the reference of the profile for which you are applying - Curriculum vitae stating your country of residence, title of the degree and specialty, your contact details (email and phone number with country code), detailed work experience, from the most recent to the most remote, indicating the exact nature of the duties performed - Certified copy of the diploma required for the profile - Copy of proper identification proving your citizenship NB. Electronic files should be exclusively in Word, PDF or JPEG format. Conditions for integration: Probative training period lasting 3 to 6 months, Salary : 1st grade of BEAC Senior executives salary scale Location : 6 CEMAC Member States NB. Only shortlisted candidates will be contacted for assessments. Further details on the recruitment process are available on the APAVE website. No further information will be provided by BEAC on receipt and processing of applications, which are fully outsourced to APAVE INTERNATIONAL.

JEUNE AFRIQUE

N° 2726 • DU 7 AU 13 AVRIL 2013

Recrutemenet

Apply until April 21st, 2013 ! Preferably by e-mail


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Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

UA Rendez-nous Ping ! IL Y A BIENTÔT un an, au terme d’un scrutin qui restera dans les annales de l’Union africaine, Nkosazana Clarice DlaminiZuma était élue à la tête de l’organisation panafricaine. Malgré de forts engagements et sa volonté manifeste de faire mieux que son prédécesseur, force est de constater qu’elle échoue, elle aussi, à résoudre les crises. Les deux exemples malien et centrafricain nous le démontrent. En effet, à part des sanctions – bien tardives – contre la Séléka, l’UA n’a rien entrepris pour ramener le président Bozizé à la raison, tant à propos des accords de Libreville qu’en matière de gouvernance. Le Sud-Africain Jacob Zuma n’a rien trouvé de mieux à faire qu’armer l’exprésident, ce qui s’est soldé par une bien cuisante

mais l’art est difficile. Nous regrettons Jean Ping, au moins lui était visible. ● LÉON PAUL MVOUBA OKORI, Libreville, Gabon

€ Jean Ping à Paris, en janvier 2010.

défaite. Au Mali, pour mettre fin aux exactions des islamistes, il a fallu l’intervention de la France, alors même que l’ex-candidate avait promis que, une fois qu’elle serait élue, il reviendrait à l’Afrique et à elle seule de régler ses propres problèmes. Comme on le voit, la critique est aisée,

Centrafrique Nécessaire dialogue BANGUI,15 MARS 200324 mars 2013 : dix ans de crise politico-économique et sociale. Et si, enfin, toute la classe politique centrafricaine se réunissait autour d’une table pour discuter de l’avenir du pays ? Ce serait peut-être aussi l’occasion pour le nouveau chef de l’État, Michel Djotodia, de mettre sur pied une réforme des armées, l’idée étant de réunir toutes les factions au sein d’une armée unique, forte et stable, capable de défendre les intérêts du pays. ● MAMADOU SECK, Brazzaville, Congo-Brazzaville

Concours de vente Les meilleurs crieurs ivoiriens récompensés Jeune Afrique met les crieurs ivoiriens à l’honneur. Félicitations aux gagnants Sada Samba, Hamadoun Traoré et Alassane Basse. Cette compétition, organisée en décembre 2012 et en janvier 2013, a été un grand succès avec une belle progression des ventes. Merci à notre distributeur et partenaire Edipresse, et en particulier à son directeur, Bertrand Holl, ainsi qu’à son équipe pour leur contribution à la réussite de cet événement. Notre gratitude va également à tout le réseau en Côte d’Ivoire pour ses efforts dans la mise en valeur de Jeune Afrique. Rendez-vous est déjà fixé fin 2013 pour un nouveau concours ! ● € Les trois lauréats de décembre 2012LA RÉDACTION N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

janvier 2013 à Abidjan.

R é v o l u t i o n V i t e, un Chávez tunisien EN TUNISIE, le Printemps arabe avait pour objet la lutte contre la pauvreté. Mohamed Bouazizi, le marchand ambulant dont l’immolation et la mort avaient contribué à déclencher la révolution, ne demandait pas le droit de vote, mais juste un moyen de subsistance. Depuis, on assiste à une recrudescence des tentatives de suicide ou des suicides. Comme celui d’Adel Khazri, avenue Habib-Bourguiba, à la mi-mars. D’autres ont suivi, ce qui devrait nous conduire à réfléchir sur la pertinence du Printemps arabe. Car au Venezuela aussi il y a eu une révolution. À cette différence qu’elle était portée par l’ancien président Hugo Chávez, démocratiquement élu. Dans le monde arabe, il faut aussi les deux: une démocratie et un Chávez. ● FATHI TOUNAKTI, Hammamlif, Tunisie

Bozizé Ni ange ni démon LE SPECTACLE qui se déroule à Bangui depuis le départ de François Bozizé est triste, honteux et pitoyable. L’ancien président centrafricain n’est pas un monstre, mais un homme d’État qui a eu de bons et de mauvais conseils, comme tout être humain. Pendant une décennie entière, il a su apporter le sourire à chaque Centrafricain. On devrait au moins lui reconnaître cela. Par ailleurs, peutonencoreparlerdedémocratie dans le monde quand des donneurs de leçons notoirement connus applaudissent à l’entrée de bandits armés dans Bangui pour chasser du pouvoir un président démocratiquement élu ? ● TITA GBOTA, Centrafricain, Toulouse, France JEUNE AFRIQUE


Vous nous

CPI L’Afrique, pépinière d’accusés INSTITUÉE par la convention de Rome du 17 juillet 1998, la Cour pénale internationale (CPI) est-elle destinée à punir les seuls criminels issus du continent africain ? Alors que le nombre de personnes poursuivies ou susceptibles de l’être ne cesse de croître, leur origine géographique, elle, ne varie pas : Thomas Lubanga, Jean-Pierre Bemba, Germain Katanga, Mathieu Ngudjolo Chui (acquitté), Bosco Ntaganda, Charles Taylor et Laurent Gbagbo viennent d’Afrique, et d’autres mandats y visent d’autres pers onnalités, comme le Soudanais Omar el-Béchir et le Kényan Uhuru Kenyatta.

Est-ce vraiment équitable et logique que l’Afrique soit une pépinière d’accusés ? Est-ce parce que ailleurs – en Asie, par exemple – les atteintes aux droits de l’homme, les exécutions sommaires, les violences sexuelles, le recrutement et l’emploi à grande échelle d’enfants dans les conflits armés sont des pratiques inconnues ou en voie de disparition ? Si la CPI est réellement une institution judiciaire et non politique, comment expliquer que Jean-Pierre Bemba, Charles Taylor et Laurent Gbagbo soient jugés sans leurs chefs d’état-major ? Les chefs d’État africains devraient, à travers l’Union africaine, se faire respecter en exigeant de la CPI qu’elle revoie ses méthodes

ou se renomme Cour pénale africaine (CPA). ● JEANNOT GAKUBA SHYAKA, Kinshasa, RD Congo

Kivu Ntaganda la menace LES INVECTIVES que se lancent les gouvernements de Kinshasa et de Kigali au sujet de la guerre dans le Kivu n’ont qu’un but : détourner l’attention de leurs ambitions dans la région. Et si l’heure de vérité avait enfin sonné grâce à Bosco Ntaganda ? L’ex-chef d’étatmajor de l’armée congolaise, qui s’est rendu à la CPI après avoir été de toutes les rébellions, pourrait faire des révélations bien embarrassantes pour le duo Kabila-Kagamé,

lui qui n’a fait que suivre les ordres de sa hiérarchie, à Kinshasa comme à Kigali. Bosco Ntaganda est probablement en mesure de prouver que des cadres politiques congolais et rwandais ont leur part de responsabilité dans les exactions commises dans l’Ituru et dans le Nord-Kivu. ● DJEFF MUNGONDJI, Gbadolite, RD Congo

Bravo J.A. inégalé INTÉRESSANT et très attrayant, Jeune Afrique fait partie de mes lectures favorites. J’espère qu’il vivra longtemps encore et restera toujours un outil d’enseignement inégalé. ● MOHAMED ENTHOUMANE, Tuléar, Madagascar

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Post-scriptum Tshitenge Lubabu M.K.

Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (53e année) Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com DIRECTION Directeur de la publication : BÉCHIR BEN YAHMED (bby@jeuneafrique.com) Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

Chroniques oubanguiennes

RÉDACTION

L

a malédiction existe-t-elle? Personnellement, je n’y crois pas. Ce que d’aucuns nomment malédiction n’est qu’un concours de circonstances, un faisceau de faits dont la rationalité semble peu évidente. Et comme l’explication de ces faits, en apparence troublants, devient difficile, voire impossible, ils n’hésitent pas à y voir la main de leur Dieu mécontent ou de leurs ancêtres courroucés. C’est ce qui se passe en République centrafricaine. Les malheurs de ce pays ne datent pas d’aujourd’hui. Il faut remonter à l’époque coloniale pour comprendre le traumatisme qu’ont vécu les habitants de ce qui s’appelait alors l’Oubangui-Chari. Après avoir connu les affres de l’esclavage, l’Oubangui-Chari a subi une colonisation brutale, marquée par la loi impitoyable des sociétés concessionnaires qui exploitaient une main-d’œuvre corvéable à merci. Les souffrances endurées par la population ont inspiré un administrateur colonial, le Martiniquais René Maran, auteur de Batouala, véritable roman nègre, prix Goncourt en 1921. S’il est vrai que, en tant que peuple, les Centrafricains n’ont pas le monopole de la souffrance, il reste indéniable que leurs malheurs semblent sans fin. Le premier coup d’État remonte à 1965. Il y a donc quarante-huit ans. Mais qu’est-ce qui fait donc courir tous ces putschistes qui, au départ, se prennent pour des messies, reprenant à l’envi la même antienne, avant de se transformer en rigolos et de finir tels des pantins désarticulés ? Depuis 1965, la République centrafricaine ressemble pitoyablement à un panier de crabes où se nouent et se dénouent de basses intrigues pour accéder, ni plus ni moins, à la mangeoire. Sans parler de la main extérieure, lointaine ou proche, occupée à mouvoir les marionnettes. Les derniers événements qui ont secoué ce pays agonisant, incapable de maîtriser son destin, sont tragicomiques. D’abord, une rébellion décide de renverser François Bozizé, arrivé au pouvoir en 2003 sous le haut patronage du Tchad. Les tireurs de ficelles de la région décident de calmer les esprits, convoquent une réunion au sommet à Libreville, qui débouche sur un accord se résumant à un partage du pouvoir entre les belligérants avant la tenue d’élections, dans trois ans. Mais était-ce le dessein du chef de la rébellion, le nommé Michel Djotodia, devenu ministre, de demeurer un simple ministre ? Apparemment, non. Sinon comment expliquer la mise en scène qui lui a permis de prendre le pouvoir par la force tout en affirmant son attachement à l’esprit de l’accord de Libreville ? Michel Djotodia a commencé par annoncer qu’il resterait au pouvoir jusqu’en 2016, dans le strict respect de l’accord de Libreville. Et après ? On imagine mal quelqu’un qui conquiert le pouvoir par des voies violentes disparaître de la scène au bout de trois ans, renonçant à se porter candidat à l’élection présidentielle. Beaucoup de messies avant lui ont chanté la même chanson. Les parrains, réunis à N’Djamena, ont décidé de limiter la période de transition à « un ou deux ans ». Djotodia a encore opiné du chef. Vous avez dit louche ? ●

Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com) Rédaction en chef : Claude Leblanc (c.leblanc@jeuneafrique.com), Élise Colette (éditions électroniques, e.colette@jeuneafrique.com), Laurent Giraud-Coudière (technique, lgc@jeuneafrique.com) Conseillers de la direction de la rédaction : Hamid Barrada, Aldo de Silva, Dominique Mataillet, Renaud de Rochebrune Secrétariat : Chantal Lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), Tarek Moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Frédéric Maury (Économie), JeanMichel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), Cécile Manciaux (Le Plus de J.A.), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), Clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine Clerc, Fabien Mollon, Ophélie Négros Rédaction : Pascal Airault, Youssef Aït Akdim, Farid Alilat, Mehdi Ba (à Dakar), Stéphane Ballong, Ryadh Benlahrech, Pierre Boisselet, Rémi Carayol, Julien Clémençot, Frida Dahmani (à Tunis), Georges Dougueli, Malika Groga-Bada, Trésor Kibangula, Christophe Le Bec, Nicolas Michel, Haby Niakate, Cherif Ouazani, Michael Pauron, Abdel Pitroipa, Fanny Rey, Laurent de Saint Périer, Justine Spiegel, Tshitenge Lubabu M.K., Marie Villacèque ; collaborateurs : Edmond Bertrand, Christophe Boisbouvier, Patrick Seale; accords spéciaux : Financial Times Responsable de la communication : Vanessa Ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) RÉALISATION Maquette: Marc Trenson (directeur artistique), Stéphanie Creuzé, Julie Eneau, Jean-Philippe Gauthier, Éric Le Mière, Valérie Olivier; révision: Nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir Pol; fabrication: Philippe Martin (chef de service), Christian Kasongo; service photo: Dan Torres (directrice photo), Nathalie Clavé, Vincent Fournier, Claire Vattebled; documentation: Anita Corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence Turenne, Angéline Veyret JEUNEAFRIQUE.COM Direction éditoriale : Élise Colette ; chefs d’édition : Pierre-François Naudé, Frédéric Maury (économie) ; rédaction : Vincent Duhem, Jean-Sébastien Josset, Mathieu Olivier, Benjamin Roger et Nicolas Teisserenc Responsable web : Jean-Marie Miny ; studio : Cristina Bautista, Jun Feng et Maxime Pierdet VENTES ET ABONNEMENTS Directeur marketing et diffusion : Philippe Saül ; responsable des ventes adjointe : Sandra Drouet ; chef de produit : Dhouha Boistuaud, Maty N’Dome ; abonnements : Laetitia Banelle avec: COM&COM, Groupe Jeune Afrique 18-20, avenue Édouard-Herriot, 92350 Le Plessis-Robinson. Tél. : 33 1 40 94 22 22 ; Fax : 33 1 40 94 22 32. E-mail : jeuneafrique@ cometcom.fr ●

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Gérant commandité: Béchir Ben Yahmed; vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Directeur général adjoint: Jean-Baptiste Aubriot; secrétariat: Dominique Rouillon; contrôle de gestion: Charlotte Visdeloup; finances, comptabilité: Monique Éverard et Fatiha Maloum-Abtouche; juridique, administration et ressources humaines: Sylvie Vogel, avec Karine Deniau (services généraux) et Delphine Eyraud (ressources humaines); Club des actionnaires: Dominique Rouillon IMPRIMEUR SIEP - FRANCE. COMMISSION PARITAIRE: 1016C80822. DÉPÔT LÉGAL: À PARUTION. ISSN 1950-1285.

N 0 2726 S • DU 7 AU 20 AVRIL 2013

JEUNE AFRIQUE

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JA 2726 DU 7 AU 20 AVRIL 2013  

JA 2726 DU 7 AU 20 AVRIL 2013 AVEC LE DOSSIER COMMUNICATION

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