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CÔTE D’IVOIRE LE FABULEUX DESTIN DE GUILLAUME SORO jeuneafrique.com

de Je

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2671 • du 18 au 24 mars 2012

DÉBAT FAUT-IL INTERVENIR EN SYRIE ?

REPORTAGE MALI : LA POUDRIÈRE TOUARÈGUE

CPI APRÈS LUBANGA…

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Spécial

ALGÉRIE-FRANCE

MÉMOIRES VIVES • Rédha Malek: « Notre révolution est inachevée », une interview exclusive de l’ancien Premier ministre, témoin clé des accords d’Évian • Pourquoi le passé ne passe toujours pas • Le jour où l’Algérie française est morte, par Benjamin Stora et Renaud de Rochebrune ÉDITION INTERNATIONALE ET MAGHREB & MOYEN-ORIENT France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 € Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs • Finlande 4,50 € • Grèce 4,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Mauritanie 1100 MRO • Norvège 41 NK • Pays-Bas 4 € Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US • Zone CFA 1700 F CFA • ISSN 1950-1285


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Ce que je crois BÉCHIR BEN YAHMED • bby@jeuneafrique.com

SAMEDI 17 MARS

« Military Balance »

P

UBLIÉE AU DÉBUT DE LA SEMAINE DER NIÈRE en première page de plusieurs grands quotidiens internationaux, l’information suivante a retenu mon attention et, je pense, celle de beaucoup d’entre vous : pour la première fois dans l’Histoire moderne, l’Asie va dépenser pour ses forces armées plus que l’Europe ! C’est « The Military Balance », le rapport annuel de l’Institut international d’études stratégiques (IISS1), qui prévoit qu’en 2012, parce que les dépenses militaires chinoises continuent d’augmenter à un rythme accéléré, l’Asie2 dépassera l’Europe dans ce domaine aussi. ■

1. IISS pour International Institute for Strategic Studies. 2. L’Australie et la Nouvelle-Zélande, pays blancs d’Asie, sont exclues de cette comparaison.

L’IISS est un think-tank britannique de très haut niveau et son « Military Balance » est une référence indiscutable. Il précise : – Que, par habitant ou en pourcentage de budget, l’Europe continue, en 2012, à dépenser plus pour ses forces armées que l’Asie, même si cette dernière la dépassera en total nominal. – Mais que, depuis le début de la crise économique et financière en 2008, les pays européens – y compris les seize d’entre eux qui sont membres de l’Otan – ont mis un frein à leurs dépenses militaires. En 2011, ces pays ont consacré 270 milliards de dollars à leurs armées, tandis que les pays asiatiques, eux, dépensaient 268 milliards. Mais cette quasi-égalité sera certainement rompue en 2012, car les dépenses militaires asiatiques, en augmentation sensible – la Chine y contribue pour 30 % –, dépasseront celles de

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. Ì C’est plus facile d’avoir des principes quand on est bien nourri. Mark Twain Ì Quand on sait que tout problème est un faux problème, on est dangereusement près du salut. Émile Cioran Ì Laissez la tyrannie régner sur un mètre carré, elle gagnera bientôt la surface de la Terre. François Mitterrand Ì Monsieur, ce que j’admire en vous, c’est que vous avez le courage d’être vous-même ; avec tout ce que cela comporte de ridicule ! Raymond Devos JEUNE AFRIQUE

Ì La guerre Juifs-Palestiniens, c’est aussi long que la guerre de Cent Ans. En plus, les Arabes ont pas d’armure. Les Nouvelle Brèves de comptoir Ì Il ne faut jamais verser du jus de viande dans la gorge d’une hyène et lui demander de le recracher. Ahmadou Kourouma Ì L’homme est le seul mâle qui batte sa femelle. On doit donc en déduire que l’homme est le plus brutal des mâles… à moins que la femme ne soit, de toutes les femelles, la plus insupportable. Georges Courteline

Ì Mieux vaut une vérité qui fait mal qu’un mensonge qui réjouit. Proverbe berbère Ì La fortune fait paraître nos vertus et nos vices comme la lumière fait paraître les objets. François de La Rochefoucauld Ì Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations : Judas, par exemple, avait des amis irréprochables. Verlaine Ì Un livre n’est rien qu’un petit tas de feuilles sèches, ou alors, une grande forme en mouvement : la lecture. Jean-Paul Sartre N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


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Ce que je crois l’Europe, qui, elles, demeureront stables ou seront en légère régression. ■

Vous et moi entendons dire ou lisons que tel ou tel pays dépense plusieurs milliards de dollars ou bien de plus en plus de milliards de dollars pour ses forces armées. Et nous nous demandons s’il a raison de le faire, si ce n’est pas au détriment de son développement économique et social. Quel pourcentage de son budget ou de son PIB (produit intérieur brut) est-il raisonnable pour un État de consacrer aux dépenses militaires et de sécurité ? La réponse à cette question est l’une des plus difficiles qui soient, car elle dépend de la situation géographique du pays, de sa tradition militaire (ou antimilitariste), des menaces réelles ou imaginaires qui pèsent sur lui et de plusieurs autres facteurs. ■

Quelques exemples pour illustrer ce propos : les pays exportateurs de pétrole, dont les États sont riches et très sollicités par les marchands d’armes, achètent tout et n’importe quoi et dépensent jusqu’à 10 % de leur PIB annuel en achats d’armes, mais, on le sait, la « quincaillerie militaire » qu’on leur fourgue ne sert à rien ou presque. Pour des raisons qui lui sont propres, Israël affecte à ses armées un budget de l’ordre de 1 milliard de dollars par mois. La Grèce, qui est aujourd’hui en faillite, consacre, depuis des décennies, un pourcentage trop élevé de son PIB à ses dépenses militaires, ce qui a beaucoup contribué à sa déconfiture. Elle s’imaginait, à tort, menacée par la Turquie, pourtant membre comme elle de l’Otan, et s’armait donc à outrance contre… l’un de ses alliés. À l’inverse, le Japon, qui fut militariste jusqu’à déclencher, à la fin de 1941, avec Pearl Harbor, la guerre contre les États-Unis, a été transformé par sa défaite de 1945. En adversaire résolu des dépenses militaires, il s’est lié les mains, « renonçant à jamais à la guerre » et s’interdisant constitutionnellement de consacrer à ses armées plus de 1 % de son PIB. Son budget de la Défense est, en règle

générale, en baisse d’une année sur l’autre. Quant au Costa Rica, il est allé jusqu’à l’abolition de son armée et sa « proscription comme institution permanente ». ■

Une bonne dizaine d’autres petits pays, dont des îlesnations telles que Maurice, le Cap-Vert, l’Islande et Haïti, se contentent de budgets de la Défense très modestes de l’ordre de 0,5 % de leur PIB. Si l’on passe du particulier au général et qu’on regarde l’évolution des dépenses militaires depuis le début de ce XXIe siècle par continent, on obtient le tableau ci-dessous. Il est fondé sur les chiffres du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), légèrement différents de ceux du « Military Balance » cités ci-dessus, mais tout aussi fiables. Comme vous pouvez le constater, les dépenses militaires de l’Amérique du Nord (les États-Unis y contribuent à hauteur de plus de 90 %, leur budget de la Défense étant pratiquement équivalent au total de ceux du reste du monde !) ont quasiment doublé depuis le début de ce siècle. Il est vrai qu’il s’agit, pour l’essentiel, des huit années où George W. Bush (manipulé par Oussama Ben Laden) a mené ses guerres contre le terrorisme. Celles de l’Asie, elles, ont carrément doublé. Pendant ce temps, compte non tenu de l’inflation, les dépenses militaires de l’Amérique latine augmentaient d’un peu moins de 50 %, et celles de l’Afrique d’un peu plus de 50 %. ■

L’Europe, elle, voyait ses dépenses demeurer stables : elles n’ont augmenté jusqu’en 2009 qu’au taux de l’inflation (très faible) ; et elles ont commencé à régresser en 2010… Entrées en récession économique, les nations de la « vieille Europe » ont donc effectivement eu la sagesse de transcrire dans leurs budgets militaires la situation de crise dans laquelle elles se débattent à ce jour. ●

ÉVOLUTION DES DÉPENSES MILITAIRES ENTRE 2001 ET 2010 (en milliards de dollars) 2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

Amérique du Nord

392

439

498

542

568

577

593

637

688

707,3

Amérique centrale et du Sud

43,2

42,7

39,3

41,3

45,3

48,8

51,2

54,5

57,3

60,4

Asie (sauf Australie, Nouvelle-Zélande et Japon)

109,2

117,2

124,8

135,7

145,4

158,1

174,7

188,8

212,6

215,3

Europe

336

347

351

353

354

361

367

378

387

376

Afrique

17,4

18,4

18,3

20,5

21,4

22,3

23,2

25,6

27,1

SOURCE : SIPRI

N 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012 o

28,5 JEUNE AFRIQUE


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Éditorial

10

François Soudan

CPI LUBANGA, COUPABLE POUR L’EXEMPLE Déclaré coupable de crimes de guerre pour avoir enrôlé des enfants en 20022003 lors du conflit en Ituri, le chef de milice congolais a fait l’objet du premier verdict rendu par la Cour en dix années d’existence.

Retour sur un hold-up

L

E RÔLE D’UN JOURNAL d’information n’est pas seulement de faire éclater, quand il le peut et parce qu’il le doit, tel ou tel scandale forcément médiatique, mais aussi et surtout de suivre jusque dans la chambre les pas de ceux qui cherchent à en étouffer les conséquences. D’où cette question : que s’est-il passé, sur le plan judiciaire et financier, pour les principaux auteurs et bénéficiaires des détournements massifs – plus de 30 milliards de F CFA – opérés au sein de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac)? Deux ans et demi après la révélation de ce fric-frac par Jeune Afrique, la réponse est consternante : rien. Aucun jugement n’a eu lieu, aucune condamnation n’a été prononcée, la Beac n’a jamais cherché sérieusement à récupérer l’argent volé et les protagonistes de cette affaire sont tous en liberté, à l’exception d’un seul, un simple lampiste, oublié au fond d’une geôle centrafricaine. Tous, donc, vaquent tranquillement à leurs occupations. L’un s’est fait élire député chez lui avec l’appui de son président, point de départ, on l’imagine, d’une nouvelle carrière et d’une nouvelle virginité. Un autre jouit paisiblement de sa retraite et compte bien, toute honte bue, obtenir de son ex-employeur qu’il lui offre un parachute doré. Un troisième dirige sans sourciller le cabinet d’un grand chef de la région. Un quatrième continue de jouer dans son pays à l’opposant pourfendeur de mauvaise gouvernance… Quant au mécano du hold-up, relâché en catimini après quelques semaines de prison, il a été signalé tout récemment à Paris en train de procéder à de discrètes opérations immobilières pour le compte de… la Beac.

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03 08

PHOTOS DE COUVERTURES : VINCENT FOURNIER/J.A.

L’impunité étant la règle et aucune leçon n’ayant apparemment été tirée du scandale, rien d’étonnant à ce que la gestion actuelle de la Banque centrale paraisse toujours aussi opaque, ni à ce que demain les mêmes causes reproduisent les mêmes effets. Pourquoi d’ailleurs en serait-il autrement, quand on sait que le patron de l’une des plus grandes institutions régionales, après avoir encaissé ses vertigineuses indemnités de départ, continue de toucher son très confortable salaire et de diriger ladite institution, non pas depuis le siège de cette dernière, mais depuis son domicile, où il est officiellement en mission – c’est-à-dire entièrement pris en charge ? Cela fait un an que ça dure, et, manifestement, nul ne songe à s’en plaindre. Soyons lucides, quitte à choquer : ce type d’aberration ne se rencontre plus guère, sur le continent, qu’en Afrique centrale, et il serait temps que les dirigeants de cette région se penchent sérieusement sur ce qui apparaît comme une spécificité aussi malsaine qu’inexplicable. Les hommes n’y sont pas plus corruptibles qu’ailleurs, le pétrole qui y coule n’est pas en soi une malédiction et les chefs d’État n’y ont pas moins, a priori, le souci de l’intérêt public. En Afrique centrale, comme partout, l’argent n’a pas d’odeur. Mais pour beaucoup de responsables politiques et économiques de la région, il n’a pas non plus d’honneur. Serait-ce là l’explication ? ●

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CÔTE D’IVOIRE LE FABULEUX DESTIN DE GUILLAUME SORO C’est le premier entretien qu’il accorde à la presse depuis son élection. Porté à la tête de l’Assemblée nationale, l’ancien chef rebelle savoure son succès.

Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel

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LA SEMAINE DE JEUNE AFRIQUE

10 14 15 16 17 17 18 19 20

Cour pénale internationale Lubanga, coupable pour l’exemple Sénégal Femmes de candidats Mounira Hmani Aifa Le savoir dessillé Maroc Tous sous la couverture Algérie Patrons en campagne Libye Les squales de Hannibal Eau Une source de problèmes Obamania Evie et Barry Tour du monde

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GRAND ANGLE

22

Algérie-France Mémoires vives

30

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

30

Côte d’Ivoire Guillaume Soro : « Mon destin est formidable » Cameroun Sang pour sang ivoire

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JEUNE AFRIQUE


Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

LE PLUS

ALGÉRIE-FRANCE Mémoires vives

de Jeune Afrique

• Rédha Malek : « Notre révolution est inachevée », une interview exclusive de l’ancien Premier ministre, témoin clé des accords d’Évian

22

GUINÉE CONDÉ À L’ÉPREUVE Quinze mois après son investiture, les réformes s’engagent. Reste à passer le premier test démocratique, celui des législatives. Spécial 22 pages

• Le jour où l’Algérie française est morte, par Benjamin Stora et Renaud de Rochebrune GRAND ANGLE

38

MALI SUR LE SENTIER DE LA GUERRE Grand reportage à Gao, là où l’armée a installé son QG, là où affluent des milliers de réfugiés, là où pourrait se jouer l’avenir de l’Azawad, ce vaste territoire du Nord.

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42

MOYEN-ORIENT LE DILEMME SYRIEN Partisans et adversaires d’une intervention étrangère avancent de solides arguments. Qui favorisent surtout le maintien d’un tragique statu quo.

ÉTATS-UNIS L’ATOUT CHARME D’OBAMA Dans un livre qui n’a pas forcément plu aux occupants de la Maison Blanche, Michelle apparaît comme la meilleure arme de Barack en vue de sa réélection.

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Mobilisation #StopKony Mali Sur le sentier de la guerre

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ÉCONOMIE

98

42

MAGHREB & MOYEN-ORIENT

42 46 47 48

102 103

49 50

Moyen-Orient Le dilemme syrien Maroc-France Aubry prépare le terrain Tunisie Saïda Agrebi dans la nasse Mauritanie Cheikh Saad Bouh Kamara : « Le boycott des élections serait une erreur » Israël Diplomatie positive Égypte-Suisse Il faut sauver le colonel Ghannam

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EUROPE, AMÉRIQUES, ASIE

Banque Atlantique Cherche repreneur désespérément ? Niger Sur la bonne voie Tunisie Magasin général-Auchan, les raisons d’un accord Cacao-café Le Cameroun fait monter la fève RD Congo First & Future répond à l’appel des clients Interview Patrick Alexandre, PDG de Servair Maroc Ramsès Arroub reparti pour un tour ? Bourse de Casablanca Quand Ciments du Maroc se fige

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États-Unis L’atout charme d’Obama Interview Michel Kazatchkine, ex-directeur exécutif du Fonds mondial contre le sida Présidentielle française 2012 La Corrèze et le Zambèze Parcours Lamine Lezghad, presque impeccable Chine Femme de gay, dur métier !

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LE PLUS DE JEUNE AFRIQUE

55

59

Guinée Condé à l’épreuve

JEUNE AFRIQUE

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112 112 114 115 116 117 118 128 128 130

CULTURE & MÉDIAS Arts plastiques Abdoulaye Konaté, le grand couturier Littérature D’un monde l’autre Bande dessinée Pas si « TokTok » Esclavage Les mots pour le dire Tunisie Naissance d’une radio libre La semaine culturelle de Jeune Afrique VOUS & NOUS Le courrier des lecteurs Post-scriptum N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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FRANCK PENNANT/PANORAMIC

8

€ LE PRÉSIDENT NIGÉRIEN au 6e Forum mondial de l’eau, le 12 mars, à Marseille.

Niger-France Issoufou, de Fillon à Hollande

L

ORS DE SON SÉJOUR EN FRANCE, du 11 au 17 mars, Mahamadou Issoufou, le président nigérien, aura bénéficié d’un accueil à géométrie variable. Le 12 mars, lors de l’ouverture du 6e Forum mondial de l’eau, à Marseille, François Fillon l’a littéralement snobé. Dans son discours, le Premier ministre français s’est fait l’avocat d’une gouvernance mondiale de l’eau avant de partir sans se retourner, laissant en plan ses hôtes venus du monde entier. Issoufou a donc dû annoncer devant un auditoire plus que clairsemé son intention de mobiliser 900 millions d’euros pour honorer les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Trois jours plus tard, Issoufou a en revanche reçu François Hollande au siège de l’Unesco, à Paris, pour un entretien de près d’une heure (information révélée en exclusivité, le 16 mars au matin, par jeuneafrique.com). Parmi les thèmes abordés : le partenariat franco-nigérien, la sécurité dans la sous-région, les otages français capturés dans le nord du pays en septembre 2010, mais aussi les projets de développement rural et les infrastructures régionales. Qui a parlé de « manque de stature internationale » ? ●

MAROC ICG À RABAT

Le Printemps arabe a incité le think-tank International Crisis Group (ICG) à renforcer sa couverture des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Il négocie actuellement l’installation d’un bureau régional à Rabat, tête de pont des futurs bureaux et représentations de Tunis, Tripoli et Le Caire. ICG a déjà dépêché sur place un N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

directeur, l’ancien diplomate américain William Lawrence, et une chercheuse, qui préparent actuellement des rapports consacrés à la réforme politique et à la contestation sociale au Maroc. Commencée en février 2011 par un rapport de référence sur l’Égypte, paru deux semaines après la chute de Moubarak, la couverture par ICG des soulèvements

populaires dans le monde arabe s’est depuis enrichie de publications sur Bahreïn, la Tunisie, la Libye, la Syrie et la Jordanie. MINES BHP BILLITON DANS LE DOUTE

Le nombre des spécialistes de l’exploration des gisements africains au sein du géant minier australien va

être sévèrement réduit (de 230 à 60 personnes) au cours des prochains mois. Après l’annonce, en février, de son retrait de deux projets de raffineries d’aluminium en Guinée et en RD Congo (à proximité du barrage d’Inga), analystes et salariés s’interrogent sur la stratégie africaine d’un groupe qui, simultanément, se déclare intéressé par les gisements gabonais de manganèse et de fer. LE CHIFFRE QUI EFFRAIE… LES ISLAMISTES

– 45,2 %

C’est, l’an dernier en France, la baisse des ventes de voyages clés en main à destination de la Tunisie. Depuis l’arrivée au pouvoir des islamistes dans plusieurs pays d’Afrique du Nord, la désaffection des Français vis-à-vis de ces destinations persiste. La diminution est de 43,7 % en Égypte, mais de 16,2 % au Maroc, perçu comme plus stable.

DÉVELOPPEMENT SEVERINO JOUE L’AFRIQUE

Ancien directeur général de l’Agence française de développement (AFD), Jean-Michel Severino a réussi sa reconversion dans le privé. À la tête de la société de financement Investisseur & Partenaire pour le développement (I&P), il a réussiàlever42millionsd’euros qui seront entièrement consacrés à l’Afrique. Le closing de ce fonds baptisé I&P Afrique Entrepreneursinterviendraàla findecemois.Unsecondfonds, d’un montant de 8 millions, est prévu ultérieurement. Les investisseurs sont des particuliers, des bailleurs publics (Banque européenne d’investissement, Proparco, etc.) et JEUNE AFRIQUE


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Politique, économie, culture & société

Sahara Aubry soutient la position marocaine EN PLEINE CAMPAGNE présidentielle française, Rabat a enregistré une confirmation et un soutien non négligeable à sa proposition d’autonomie pour le Sahara (lire p. 46). À la veille de sa visite de travail des 8 et 9 mars, tournée durant laquelle il s’est tenu à un strict devoir de réserve quant au scrutin à venir, Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, a réaffirmé à l’agence MAP que « le plan d’autonomie marocain constitue la seule proposition réaliste pour une solution au conflit du Sahara dans le cadre des Nations unies ». Une déclaration ciselée que le ministre a réitérée quelques jours plus tard à NewYork, où le neuvième round des pourparlers informels entre le Maroc et le Polisario sous l’égide de l’ONU venait de s’achever sur un nouvel échec. Le 13 mars, Martine Aubry, la première secrétaire du Parti socialiste français, a défendu une position presque identique. Le soutien à l’autonomie est, a-t-elle estimé, « une position constante des socialistes français ». Cette double déclaration a eu le mérite de rassurer le Palais, à deux mois d’un possible changement de locataire à l’Élysée. ●

des sociétés industrielles ou financières. L’objectif est de soutenir les PME (start-up, jeunes entreprises, institutions de microfinance), principalement en Afrique francophone.

JEUNE AFRIQUE

Ancien ministre socialiste français, Jack Lang sera au côté de Macky Sall lors de son dernier meeting de campagne, le23mars,àDakar.Ilaétémandaté par François Hollande, le candidat du PS à la présidentielle, pour apporter un soutien public au challengeur d’Abdoulaye Wade. Un soutien «logique»,selonLang,puisque lePSsénégalaisaappeléàvoter pour Sall au second tour de la présidentielle, le 25 mars. Lang et Sall ne se connaissent pas, mais, à la mi-mars, ont échangé des amabilités par téléphone. L’ancien ministre de la Culture connaît mieux le chanteur Youssou Ndour, « un

ami»,quisoutientluiaussiSall. Les deux hommes devraient d’ailleurs se croiser lors de ce meeting, auquel devrait également assister Alain Madelin, l’ancien ministre libéral. JeanPierre Pierre-Bloch, l’ancien journaliste et député français, qui fait partie de l’équipe de campagne du candidat, travaille en tout cas à sa venue. CÔTE D’IVOIRE LES DÉÇUS DE L’OUVERTURE

Gervais Coulibaly, ancien porte-parole de Laurent GbagboetprésidentdelaLigue des mouvements pour le progrès (LMP), et Danièle Boni Claverie, présidente d’Agir pour la paix et la nation (APN), sont déçus. Ils espéraient

PHOTOGRAPHIE DANS L’ENFER ÉCOLOGIQUE

Du 26 avril au 28 mai, le photographe burkinabè Nyaba Leon Ouedraogo (34 ans) exposera à La Galerie particulière, à Paris, deux séries, « L’Enfer du cuivre » et « Casseurs de granit », réalisées l’une dans la décharge de déchets électroniques d’Agbobloshie Market, à Accra, l’autre dans la carrière de Pissy, à Ouagadougou. En novembre 2011, le photographe, qui collabore régulièrement avec Jeune Afrique, a obtenu le prix de l’Union européenne lors des Rencontres de Bamako.

DE LA POLITIQUE AU CONSULTING

Revoilà Khelil

RONALD ZAK/AP/SIPA

BAD ET LE GAGNANT EST… Le marché de la rénovation du siège statutaire de la Banque africaine de développement (BAD), à Abidjan, sera-t-il attribué à PFO Africa, que dirige l’architecte Pierre Fakhoury, très implanté en Côte d’Ivoire ? Sur les cinq entreprises soumissionnaires à l’appel d’offres international lancé par la banque, dont les plis ont été ouverts le 14 mars à Tunis, PFO est le mieuxdisant avec une proposition globale conforme à la solution de base de la BAD de 44,8 millions d’euros. Les quatre autres – Bouygues (France), Arab Contractors (Égypte), SBI International (Israël) et Shapoorji Pallonji (Inde) – ont présenté des projets allant de 49 à 88 millions d’euros. PFO, dont c’est la première participation à un appel d’offres international, est donc en pole position. En attendant la décision finale.

SÉNÉGAL JACK LANG AU CÔTÉ DE MACKY SALL

engager sans attendre avec Jeannot Ahoussou-Kouadio, le nouveau Premier ministre, des pourparlers en vue de leur entrée au gouvernement – à laquelle ils sont favorables, sans préalable, contrairement aux dirigeants du Front populaire ivoirien (FPI). Pour l’instant, ils en sont pour leurs frais, mais ils pourraient quand même intégrer l’équipe dirigeante avant la commémoration de l’indépendance, le 7 août. Le chef du gouvernement devrait engager avec l’opposition les négociations sur ce point avant les municipales, qui devraient avoir lieu au mois de juin.

Depuis son départ du gouvernement, en mai 2010, Chakib Khelil (photo), ancien ministre algérien de l’Énergie et des Mines et « Monsieur Pétrole » d’Abdelaziz Bouteflika durant une décennie, jouait la discrétion et fuyait les médias. Il revient aujourd’hui sur le devant de la scène en s’associant à des personnalités qui, comme lui, sont passées de la lumière à l’ombre. Avec Issam Chalabi, l’ancien ministre irakien du Pétrole, Chokri Ghanem, l’ancien Premier ministre de Mouammar Kaddafi, et le Nigérian Rilwanu Lukman, qui fut longtemps le président de l’Opep, il vient de créer un cabinet de consultants de haut vol prodiguant conseils et recommandations aux entreprises et gouvernements en quête d’analyses fiables et d’expertises dans le secteur des hydrocarbures. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


La semaine de Jeune Afrique

COUR PÉNALE INTERNATIONALE

Lubanga,

coupable pour l’exemple Il se serait bien passé de cet honneur. Déclaré coupable de crimes de guerre pour avoir enrôlé des enfants en 2002-2003 lors du conflit en Ituri, le chef de milice congolais a fait l’objet du premier verdict rendu par la CPI en dix années d’existence.

CHRISTOPHE BOISBOUVIER

C

est l’histoire d’un petit notable qui devient seigneur de la guerre. Né il y a 51 ans à Djuba, dans le district de l’Ituri (nordest de la RD Congo), le jeune Thomas Lubanga pense d’abord devenir prêtre. « Au séminaire, il jouait bien de la guitare », raconte un père blanc de Bunia.Puisilobtientunelicencedepsychologie à l’université de Kisangani, et revient en Ituri pour enseigner le management à Bunia. Afin d’améliorer l’ordinaire, le prof fait du business. Il vend des haricots, puis de l’or à des acheteurs venus de l’Ouganda tout proche. Grand, mince, toujours élégant, Lubanga est d’un naturel réservé, mais il en impose au sein de sa communauté hema et se lance en politique. Après l’éclatement de la guerre civile, en 1998, l’Ituri s’affranchit de la tutelle de Kinshasa et tombe dans l’orbite de Kampala. À Bunia, les milices font la loi. Fondateur de l’Union des patriotes congolais (UPC), Lubanga dote bientôt son parti d’une branche militaire, les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC). Il en confie le commandement opérationnel à son adjoint, Bosco Ntaganda. « Ils étaient souvent ensemble », se souvient le journaliste Gabriel Kahn, ex-correspondant de RFI à Kampala. Au tournant des années 2000, l’homme politique un peu timide se mue en chef de guerre sûr de sa force et intraitable avec ses ennemis. Lubanga a des connexions avec l’Ouganda, le Rwanda et la Libye. L’argent et les armes de gros calibre affluent. Est-ce EVERT-JAN DANIELS/AP/SIPA

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l’influence de Kaddafi ? Le chef de milice tombe l’abacostetreçoitdésormaissesvisiteursendjellaba, dans une grande maison du centre de Bunia. Dans le jardin, des dizaines d’enfants-soldats montent la garde. Objectif des FPLC: agrandir le territoire des Hemas aux dépens des Lendus. Pour les terres, les deux communautés se livrent une guerre sans merci. Plus de 50000 morts en 2002. Les FPLC sont accusées de plusieurs massacres de civils lendus. En 2003, l’opinion internationale se réveille. Pour beaucoup, l’horreur rappelle la tragédie du Rwanda. Le Conseil de sécurité de l’ONU se saisit du dossier. En juin, une force militaire européenne de plus de 1 000 hommes – des soldats français pour la plupart – débarque à Bunia, via Entebbe. C’est l’opération Artémis. Lubanga sent que le vent tourne. Au bout de quelques mois, il quitte Bunia et s’installe dans un grand hôtel de Kinshasa. Comme d’autres chefs de guerre de l’est du Congo, il espère négocier un ou deux ministères au sein d’un gouvernement de réconciliation. Mais en

Ce sont les parents eux-mêmes qui demandaient à leurs enfants de se battre pour défendre leurs intérêts.

N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

THOMAS LUBANGA, lors de son procès

février 2005, le meurtre de neuf Casques bleus en Ituri attire l’attention sur lui. L’ONU veut sa tête. Le président Joseph Kabila le fait arrêter. Un an plus tard, en mars 2006, il est transféré à La Haye, aux Pays-Bas, en vertu d’un mandat d’arrêt international délivré par la Cour pénale internationale (CPI). JEUNE AFRIQUE


RODRIQUE NGOWI/AP/SIPA PRESS

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UNANIMITÉ. Premier détenu, premier condamné…

Thomas Lubanga a « l’honneur » d’essuyer les plâtres de la CPI, qui fête cette année ses dix ans d’existence. On ne connaît pas encore la peine à laquelle il est condamné. Le temps que la Cour consulte l’accusation et la défense, on le saura dans quelques semaines. On ne sait pas non plus si Lubanga va interjeter appel. Il a un mois pour le faire. Mais une chose est sûre : le verdict prononcé à son encontre, le 14 mars à La Haye, restera dans l’Histoire. « La chambre a conclu à l’unanimité JEUNE AFRIQUE

€ AIMÉ DIEUDONNÉ, un enfant-soldat enrôlé dans l’Union des patriotes congolais de Thomas Lubanga, à Bunia, le 6 février 2003.

que l’accusation a prouvé au-delà de tout doute raisonnable que Thomas Lubanga est coupable des crimes de conscription et d’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans et les a fait participer à un conflit armé », a déclaré le juge britannique Adrian Fulford lors de la sentence. À la lecture du jugement, le condamné a serré le poing contre ses lèvres. Vêtu d’un boubou et d’un calot blancs, il a échangé un bref sourire avec son épouse, assise dans les rangs du public, derrière une grande baie vitrée. Quelques sièges plus loin, l’actrice américaine Angelina Jolie N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


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La semaine de J.A. L’événement suivait aussi l’audience. Depuis plusieurs années, elle soutient le travail du procureur de la CPI, le très médiatique Luis Moreno-Ocampo – qui va passer la main dans trois mois. « PETITS POISSONS ». Restent deux questions. Pourquoi l’ex-chef de guerre est-il condamné pour le recrutement d’enfants-soldats et pas pour le massacre de civils, un crime autrement plus grave? « Parce que chaque procès devant la CPI est emblématique, explique un proche de la Cour. Un crime, un condamné. Pour l’enrôlement d’enfants, c’est Lubanga. Demain, pour les massacres de villageois, ce seront Mathieu Ngudjolo et Germain Katanga, deux chefs de milices lendus. Et pour les viols de masse, ce sera sans doute Jean-Pierre Bemba. La Cour est jeune. Elle n’a pas encore les moyens de juger tous les criminels de guerre pour toutes les exactions qu’ils ont commises. » En clair, la CPI fait son tri dans les crimes. Mais il y a une autre explication possible, plus politique celle-là. En sectionnant les dossiers – les enfants-soldats d’un côté, 230 villageois massacrés de l’autre –, le procureur de la CPI braque le projecteur de la justice sur les « petits poissons » de l’Ituri et laisse dans l’ombre les éventuels commanditaires de Kampala, Kigali ou Kinshasa. À La Haye, aucun acteur extérieur à l’Ituri n’a été cité, ne serait-ce que comme témoin. Seconde question: pourquoi la CPI ne poursuitelle que des vaincus ? Certes, il y a une exception notable : le président soudanais Omar el-Béchir. Mais Thomas Lubanga, Jean-Pierre Bemba et Laurent Gbagbo sont tous trois des hommes politiques vaincus par plus fort qu’eux. Dans le cas Lubanga,lajusticeestmêmesoumiseaubonvouloir du vainqueur. Thomas Lubanga est condamné parce que Joseph Kabila a bien voulu le livrer à la CPI. En revanche, son coaccusé, Bosco Ntaganda, échappe à tout jugement parce que le président congolais le protège. Habilement, en 2005, Bosco s’est rapproché de la rébellion tutsi-congolaise du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et de son chef, Laurent Nkunda, alors soutenu par le Rwanda. En 2009, quand Nkunda a fait les frais d’une réconciliation entre Kigali et Kinshasa, Bosco le manœuvrier s’est imposé comme une carte de rechange et a pris les rênes d’une partie du CNDP.

Au tableau de chasse de la CPI, des responsables africains uniquement LIBYE La CPI a émis un mandat d’arrêt contre Seif el-Islam Kaddafi, actuellement détenu dans son pays, ainsi que contre Abdallah Senoussi.

SOUDAN Poursuivi pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide, le président Omar el-Béchir continue de narguer la CPI.

KENYA Quatre personnalités, dont Uhuru Kenyatta, seront jugées d’ici à dix-huit mois pour crimes contre l’humanité commis lors des violences postélectorales de 2007-2008.

OUGANDA Plusieurs chefs de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), dont le célèbre Joseph Kony, sont sous le coup d’un mandat d’arrêt. CÔTE D’IVOIRE Incarcéré à La Haye, Laurent Gbagbo est soupçonné de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis lors de la crise postélectorale.

CENTRAFRIQUE Le procès de Jean-Pierre Bemba est en cours. L’ancien vice-président congolais est détenu à La Haye depuis 2008.

Il les tient toujours, avec grade de général dans l’armée congolaise. Et malgré le mandat d’arrêt lancé contre lui depuis 2006, il continue de dîner dans les meilleurs restaurants de Goma ou de jouer au tennis au bord du lac Kivu. Depuis ce 14 mars, « tous ceux qui peuvent être tentés par la folie du génocide ou du crime contre l’humanité savent que rien ne pourra arrêter la justice », affirme Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, qui pense très fort au président syrien Bachar al-Assad. La toute jeune CPI doit encore prouver qu’elle ne pratique pas une justice de vainqueurs. ●

LE CAS HISSÈNE HABRÉ AU MOMENT MÊME où la Cour pénale internationale (CPI) reconnaissaitThomas Lubanga coupable de crimes de guerre, une autre juridiction internationale, la Cour internationale de justice (CIJ), se penchait sur le cas d’Hissène Habré – ou plutôt, à la demande de la Belgique, sur les évidentes réticences du Sénégal (où il a trouvé refuge en 1990) à juger ou à extrader l’ancien dictateur tchadien. Les audiences de la CIJ devaient se poursuivre jusqu’au 21 mars. Le 25, les Sénégalais sont appelés N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

aux urnes pour le second tour de la présidentielle. Macky Sall, s’il arrivait au pouvoir, gérerait-il le dossier différemment ? À des partisans d’une extradition vers la Belgique, rencontrés en 2010, Macky Sall avait affirmé qu’il trouvait honteuse la manière dont Dakar traînait les pieds. Voilà qui ne devrait pas rassurer Habré, qui avait pourtant pris soin de s’attacher le soutien des confréries (Tidjane notamment), et même de proches collaborateurs d’Abdoulaye Wade, le président sortant. ● ANNE KAPPÈS-GRANGÉ JEUNE AFRIQUE


La semaine de J.A. Les gens

Sénégal Femmes de candidats

son mari, mais n’a aucun pouvoir sur lui, résume un ami. Ils discutent comme un couple peut le faire, mais il ne la suit pas toujours. » C’est un détail pour elle, mais, si sonépouxestélule25mars,ausecondtour de la présidentielle, elle sera la première Sénégalaise « pur jus » à prendre les clés du Palais. La femme de Senghor était une Française, celle de Diouf une métisse, celle de Wade est, elle aussi, française.

Autrefois proches, leurs maris se mesureront dans les urnes, le 25 mars. Viviane Wade et Marième Faye Sall, elles aussi, se connaissent bien.

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

D’ADOPTION. MackySalln’étaitpasencore

SEYLLOU/AFP

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€ L’ACTUELLE PREMIÈRE DAME (à g.) a parcouru le pays pendant la campagne. Pas sa rivale.

M

arième Faye Sall ne lit pas les journaux, mais elle sait que la « presse du Palais » (pro-Wade) la compare déjà à Simone Gbagbo. L’épouse de Macky Sall serait une « femme de pouvoir », une pieuse qui pousserait son mari à la radicalité. Les ressemblances physiques entre l’une et l’autre font que le rapprochement est tentant. Celui entre Viviane Wade, l’épouse du président sortant, et Dominique Ouattara l’est aussi. Toutes deux sont françaises, blanches, blondes, et on leur prête des amitiés dans certains milieux d’affaires franco-africains. Mais le Sénégal n’est pas la Côte d’Ivoire… Contrairementàsaréputation,Marième Faye Sall, la quarantaine (elle refuse de donner son âge), n’a que peu de prise sur son mari. Du moins en politique. Selon un ami du couple, « c’est une femme au foyer

dévouée. Elle ne s’écrase pas à la maison, mais ne joue pas non plus les intruses en dehors ». Lorsqu’elle a rencontré Macky en 1992, à Diourbel, cette Sérère née à Saint-Louis n’était qu’une lycéenne. Trois ans plus tard, enceinte, elle laisse tomber ses études pour se consacrer à sa famille. Certes, elle a, selon ses proches, « un caractère bien trempé » et « n’hésite pas à se dresser quand elle flaire les mauvais coups ». Lorsque son mari était Premier ministre, de 2004 à 2007, elle n’a pas laissé que de bons souvenirs – elle avait la réputation de faire et défaire les carrières. Mais ellearetenulaleçon,affirmesonentourage. Aujourd’hui, elle reste à bonne distance de la politique. Jamais elle n’a participé à une réunion de l’Alliance pour la République (APR), le parti créé par Sall en 2008, pas plus qu’elle ne s’est impliquée danslacampagne électorale. « Elle est très proche de

néquandVivianeWade,néeVert,en1932,à Besançon(France),arencontréAbdoulaye Wade. Elle avait 20 ans. Depuis, elle n’a cessé de le soutenir, dans l’opposition comme au Palais. Les anciens collaborateurs de Wade la décrivent comme une femme de pouvoir qui a pris l’ascendant sur le président sortant. « Comme leurs deux enfants – leur fils, Karim, et leur fille, Sindiély –, elle joue un rôle important », indique un ancien ami de la famille. « Viviane est une femme discrète et simple », poursuit-il. Avec son association Éducation Santé, créée en 2000 après la victoire d’Abdoulaye, elle s’est fait adopter par les Sénégalais. « Mais le pouvoir l’a changée. Elle a perdu le sens des réalités. C’est elle qui soutient depuis le début l’ascension de Karim. » Cette influence se limite à la sphère privée – ce qui n’est pas rien, après quarante-neuf années de mariage. Au Palais, elle ne jouepas à la vice-présidente. Certes, elle a parcouru le pays avec son mari ces dernièressemaines.Lorsdesmeetings,elle était au premier rang. « Mais elle ne participe à aucune de nos réunions », assure un membre de l’équipe de campagne. En 2007, elle avait parcouru le pays en long et en large. À l’époque, les femmes des ministres lui avaient proposé de l’aider dans sa mission, mais elle avait refusé. À leur tête, une certaine Marième Faye Sall. Macky Sall était alors le directeur de campagne de Wade, et les deux femmes, qui se vouent encore aujourd’hui un respect mutuel, étaient amies. ● RÉMI CARAYOL

NOMINATIONS

SALOU DJIBO CEDEAO Le 14 mars, l’ancien président de la transition au Niger (avril 2010-avril 2011) a été nommé chef de la mission d’observation de la Cedeao pour la présidentielle bissau-guinéenne. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

MAGATTE WADE BAD Le Sénégalais a été nommé directeur de la communication et des relations extérieures de la Banque africaine de développement. JEUNE AFRIQUE


EN HAUSSE

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MÉLANIE-JANE FREY/CAPA POUR L’ORÉAL-UNESCO

MOHCINE BELABBAS Le 10 mars, le député d’Alger, 42 ans, a été élu à la quasiunanimité secrétaire général du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le parti d’opposition cofondé et dirigé depuis 1989 par Said Saadi. MURIELLE AHOURÉ Le 11 mars, cette Ivoirienne de 24 ans a été médaillée d’argent du 60 mètres aux Championnats du monde d’athlétisme en salle, à Istanbul. Et c’est tout un pays qui se prend à rêver d’une médaille aux JO de Londres.

€ Elle a consacré huit ans à la traque du gène PRSS56.

Mounira Hmani Aifa Le savoir dessillé

ABDELRAHMAN AHMED SHAALAN

Le 28 mars, cette chercheuse tunisienne sera récompensée par l’Unesco et la Fondation L’Oréal pour sa découverte d’un gène de la cécité.

En battant son adversaire le 13 mars, l’Égyptien, premier sumotori professionnel africain, a fait une entrée remarquée au célèbre Tournoi de printemps d’Osaka (Japon), la plus grande compétition de sumo.

PERSÉVÉRANCE. À l’adolescence, elle voulait être can-

cérologue. Issue d’une famille sfaxienne où les valeurs d’entraide et de solidarité sont aussi profondément ancrées que le sens du travail, le respect et la tradition, Mounira Hmani Aifa a baigné dans un environnement où, hors savoir, point de salut. Son père, aujourd’hui disparu, n’a eu de cesse de l’encourager : « L’essentiel est que tu puisses être la meilleure. » Elle adapte l’injonction paternelle à travers un comportement volontariste, un sens de la persévérance et une vision optimiste qui lui ont permis d’entreprendre une carrière de haut vol. À 40 ans, cette mère de quatre enfants, passionnée de sport, jongle entre une vie de famille bien remplie, l’enseignement de la génétique moléculaire humaine et la recherche. N’en déplaise à ceux que l’extrémisme religieux rend aveugles… ●

EN BAISSE

RUPIAH BANDA En plus d’être visé par une enquête pour corruption, l’ex-président zambien a vu son parti, le MMD, dissous le 14 mars. Ce dernier n’aurait pas payé ses taxes d’enregistrement depuis sa création, en 1993, soit environ 57 000 euros. KAÏS BEN ALI Recherché depuis plus d’un an, le neveu de l’ancien raïs tunisien a été arrêté le 14 mars à Sousse, dans l’est du pays. Il est mis en cause pour son rôle lors des exactions commises par des miliciens dans les jours qui ont suivi la révolution de 2011. BO XILAI Le charismatique maoïste s’est fait démettre de son poste de secrétaire du Parti communiste à Chongqing (30 millions d’habitants). Il était bien placé dans la course à la succession des cadres dirigeants du PC. Un peu trop bien placé… DR

FRIDA DAHMANI, à Tunis

DR

C

ertains prédicateurs islamistes actuellement en tournée dans toute la Tunisie ont beau essayer de remettre en question la science moderne, Mounira Hmani Aifa n’en a cure. Celle qui, depuis son laboratoire du Centre de biotechnologie de Sfax, fait si bien avancer la génétique humaine recevra, le 28 mars à Paris, la bourse « Sur les traces de Marie Curie », attribuée par l’Unesco et la Fondation L’Oréal. Ce coup de maître n’est pas son coup d’essai : en 2002, grâce à une bourse internationale L’Oréal-Unesco déjà, elle poursuit des recherches postdoctorales en Suède et met en évidence, à son retour en Tunisie, une corrélation entre ADN et transmission de la cécité. Elle consacre huit années de recherche à la traque du gène PRSS56, qu’elle cartographie. Responsable de la microphtalmie postérieure, un trouble oculaire héréditaire rare qui induit une hypermétropie sévère, PRSS56 pourrait être à l’origine de l’apparition d’une forme de glaucome touchant 16 millions de personnes dans le monde. C’est pour cette découverte majeure que Mounira Hmani Aifa sera récompensée.

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La semaine de J.A. Décryptage

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Maroc Tous sous la couverture

« pauvreté absolue » en milieu rural, où sont pris en compte des critères tels que l’exploitation de terrains agricoles, la possession de cheptel, de matériel agricole, etc. La réforme concerne également C’est une première au Maghreb : désormais, tous les citoyens 160 000 prisonniers, orphelins et sans bénéficieront de l’assurance maladie. Plus de 8 millions domicile fixe. Ce nouveau régime, applicable dans de personnes, dont 4 millions de très pauvres, sont concernées. toutes les structures de santé publiques, couvre le même éventail de e 13 mars, à soins que celui de l’AMO. Casablanca, le roi Pour l’accompagner finanMohammed VI cièrement, un budget de a donné le coup 2,7 milliards de dirhams a été d’envoi d’une réforme débloqué. d’ampleur dont il est perUn grand pas en avant qui pourrait bien faire des émules. sonnellement à l’origine Une mesure similaire est en et qu’il suit avec attention effet à l’étude en Tunisie. « Il depuis dix ans : la généralisation du Régime d’assisy a un consensus politique tance médicale (Ramed), sur le projet, mais il reste à une première au Maghreb étudier le schéma de finanet la promesse d’une ère cement », a ainsi indiqué nouvelle pour le secteur Khalil Ezzaouia, le ministre des Affaires sociales, le 7 mars, de la santé. Au-delà des fonctionlors d’un colloque parisien sur naires et des salariés du l’éradication de la pauvreté. Sa mise en œuvre pourrait interprivé, la couverture maladie est désormais étenvenir d’ici à deux ans. En Algérie, en revanche, « la due à tous les citoyens du royaume. Une décision question ne se pose pas en ces qui permettra d’assurer termes, souligne Mohamed les 28 % de la population Yousfi, président du Syndicat démunie non éligible au national des praticiens spérégimedel’Assurancemalacialistes de la santé publique. € MOHAMMED VI à l’hôpital Ibn Tofail de Marrakech, en avril 2011. die obligatoire (AMO), soit Tout malade peut être pris en 8,5 millions de personnes. charge dans une structure Avant tout des paysans, des artisans, des publique moyennant une contribution des soins. Dans les villes, sont concerpetits commerçants et tous les Marocains symbolique. Les non-salariés peuvent nés les Marocains gagnant moins de vivant du secteur informel. « Le Ramed recourir à l’action sociale ». La véritable 3 767 dirhams (338 euros) par an. Les concrétise des dispositions de la nouurgence, selon lui, c’est le passage à la 4,5 millions de personnes en « situation contractualisation entre la Sécurité sociale velle Constitution, adoptée le 1er juillet », de vulnérabilité » – dont le revenu annuel souligne El Hossein El Ouardi, le ministre et les hôpitaux, qui devrait permettre de est compris entre 3767 et 5650 dirhams – de la Santé. devront, elles, s’acquitter d’une cotisation maîtriser les coûts et les dépenses de annuelle de 120 dirhams, plafonnée à 600 santé, et assurer un meilleur accès aux ÉMULES. Dans le détail, 4 millions de dirhams par famille. soins aux assurés sociaux comme aux personnes en situation d’extrême pauplus démunis. ● Le distinguo est nettement plus subvreté bénéficieront de la gratuité totale FANNY REY til entre « situation de vulnérabilité » et AZZOUZ BOUKALLOUCH/AFP

L

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

26-28

28-29

MARS Sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), à New Delhi. On parlera sécurité alimentaire, énergie, crise financière, succession à la Banque mondiale…

30

MARS Centième anniversaire de la signature du traité de Fès, instaurant le protectorat français au Maroc. Hubert Lyautey devint le premier résident général.

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MARS Après une visite au Mexique, Benoît XVI se rendra à Cuba, où il rencontrera le président Raúl Castro et, peut-être, Fidel Castro. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

JEUNE AFRIQUE


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Algérie Patrons en campagne

JEUNEAFRIQUE.COM

SÉRIE

À la veille des législatives, le Forum des chefs d’entreprise propose toute une série de mesures pour relancer la croissance et diversifier une économie trop dépendante du pétrole.

U

ne croissance de 8 % à 10 % par an alors que la progression du PIB de l’Algérie stagne sous la barre des 3 %? Cet objectif est à portée de main, a assuré le 15 mars Réda Hamiani, le patron des patrons algériens, en y posant une condition: que les responsables politiques s’inspirent des « Cinquante propositions pour une nouvelle économie » établies par le Forum des chefs d’entreprise (FCE), qu’il préside. Liberté totale d’investir, fin de la règle des 51/49 (qui oblige à avoir un partenaire algérien majoritaire, ce qui décourage les investisseursétrangers),créationdechampions nationaux… Une salve de propositions visant à dynamiser le secteur privé ont été présentées lors d’un symposium organiséparleFCEles14et15marsàAlger, etdontlathématique–«Del’urgenced’une nouvelle économie moins dépendante des hydrocarbures » – est sans ambiguïté.

« L’Algérie est malade de la rente pétrolière, de la désindustrialisation et du secteur informel. Nous devons reconstruire notre économie et revoir l’utilisation de notre mannepétrolière.Sinouscontinuonsdans cette voie, nous allons dans une impasse », s’est justifié Hamiani. Pour la première fois, les patrons semblent bien décidés à entrer dans le jeu politique et comptent peser sur les législatives du 10 mai en s’invitant ouvertement dans le débat de la campagne, qui s’ouvre officiellement le 15 avril. « Avec quels programmes les partis vont-ils aux élections? » s’est interrogé à son tour Habib Yousfi, le président de la Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA). Le FCE organisera en avril une rencontre avec les chefs de toutes les formations politiques pour les mettre sur le gril… et trouver des réponses. ● JEAN-MICHEL MEYER

Libye Les squales de Hannibal SIX REQUINS TOURNOYANT DANS UN AQUARIUM, à bord d’un immense navire de croisière construit sur mesure: ce doux rêve, Hannibal Kaddafi, cinquième fils de feu le dictateur libyen, s’en était fait une réalité. À en croire le quotidien britannique The Financial Times du 15 mars, ce fils à papa s’était payé ce yacht – et ce petit caprice en prime – après avoir échoué à louer des bateaux de croisière sur un claquement de doigt. Celui qui avait fait main basse sur l’industrie maritime nationale comptait ainsi éblouir jusqu’à 3500 convives avec son Phœnicia, paré de colonnes de marbre, de miroirs dorés à la feuille, de statues colossales et, surtout, doté d’un réservoir de 120 tonnes d’eau de merpourdeuxrequinstigres, deux requins blancs et deux Violent et cupide, le fils Kaddafi requins pointe-noire. s’était offert un navire de croisière Las pour le bellâtre ! doté d’un aquarium à requins. L’agonie du régime Kaddafi entraîne la résiliation de la commande en juin 2011. Après neuf mois de négociations avec la branche française du constructeur coréen STX, le bâtiment est racheté par la compagnie MSC Cruises. « Il voulait un aquarium à requins. Pour quoi faire? Je n’en sais rien », confie Pierfrancesco Vago, directeur général du groupe MSC, qui investit 420 millions d’euros dans l’affaire. Rebaptisé MSC Preziosa, le bateau amènera des hordes de touristes en croisière dans les îles grecques à partir de mars 2013. Les vacanciers ne profiteront cependant ni du décor théâtral ni du réservoir à requins, qui seront retirés. Aujourd’hui en exil en Algérie, Hannibal Kaddafi était réputé pour son tempérament violent et sa cupidité. Il aurait, dit-on, pillé l’industrie maritime de son pays à son profit, laissant des infrastructures en ruines. Un vrai requin de la finance… ● LAURENT DE SAINT PÉRIER JEUNE AFRIQUE

Retrouvez le quatrième volet de notre série « La présidentielle française vue d’Afrique ». Cette semaine, le Niger.

SONDAGE L’armée malienne est-elle à la hauteur des défis auxquels elle est confrontée ?

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RÉSEAUX SOCIAUX

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À LIRE

Tunisie Le gouvernement face au défi de la relance économique. Football Entretien avec Vahid Halilhodzic, sélectionneur (encore) invaincu de l’équipe nationale d’Algérie.

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La semaine de J.A. Décryptage

Eau Une source de problèmes Malgré l’abondance de ses ressources hydrauliques, le continent est toujours à la traîne pour l’accès à l’eau potable.

L

e retard de l’Afrique en matière d’accès à l’eau potable a été une nouvelle fois souligné lors du 6e Forum mondial de l’eau (FME), qui s’est tenu à Marseille (France) du 12 au 17mars.Selonunrapportdel’Organisation mondiale de la santé et de l’Unicef publié à cette occasion, 40 % des 783 millions de personnesdépourvuesdesourcesd’approvisionnement en eau potable améliorées* se trouvent en Afrique subsaharienne. Et le continent n’atteindra pas les Objectifs du millénaire pour le développement (réduire de moitié le nombre d’individus privés d’eau potable d’ici à 2015), alors que la cible est déjà dépassée au niveau mondial (89 % de la population, contre 88 % visés d’ici à trois ans). Seuls le Malawi, le Burkina, le Ghana, la Namibie et la Gambie seraient en passe d’atteindre ces objectifs. La ressource est pourtant abondante : sur les 5 400 milliards de mètres cubes d’eau renouvelable par an que recèle le continent, ses habitants n’en consomment que 4 % pour

Tunisie Maroc Algérie

Cap-Vert

THE NEW YORK TIMES SYNDICATION N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Égypte

Mauritanie

Mali Érythrée Niger Soudan Tchad Sénégal Gambie Burkina Djibouti Faso GuinéeGuinée Bénin Bissau Nigeria Éthiopie Côte Ghana Soudan Sierra Togo d’Ivoire Leone du Sud Centrafrique Cameroun Liberia Somalie São Tomé Ouganda e Príncipe Kenya Gabon Congo République Rwanda Guinée démocratique Seychelles équatoriale du Congo Burundi Tanzanie Comores Pourcentage 91-100 %

de la population utilisant des sources en eau potable améliorées, en 2010*

76-90 %

Angola

Malawi Zambie

50-75 % < 50 % Données insuffisantes

Maurice

Zimbabwe Mozambique

Namibie

Botswana

Madagascar Swaziland

Des disparités criantes

étancher leur soif, irriguer leurs cultures ou produire de l’énergie. Mais la pression démographique et l’urbanisation galopante ne permettent pas aujourd’hui aux États africains de faire face à l’explosion de la demande. En matière sanitaire, 80 % des eaux usées ne sont pas traitées au niveau mondial, et les épidémies de choléra sont

LE DESSIN DE LA SEMAINE J’en appelle à votre humanité : songez, s’il vous plaît, aux victimes sans défense.

Libye

SOURCE : OMS/UNICEF

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Afrique du Sud

Lesotho

récurrentes, notamment dans la plupart des villes africaines. ● MICHAEL PAURON

* Une source d’approvisionnement en eau potable améliorée est une source qui, de par la nature de sa construction, protège de manière satisfaisante l’eau de toute contamination extérieure, en particulier par des matières fécales. SCHOT • De Volkskrant • Pays-Bas

Ben Ali ? Moubarak ? Kaddafi ?

SYR SYRIE LE SAGE ET LE TYRAN

EX-SECRÉTAIRE général des EX-S Nati Nations unies et Prix Nobel de p 2001, Kofi Annan s’est rendu la paix Da à Damas les 10 et 11 mars en tant qu’é qu’émissaire de l’ONU et de la Ligue arab pour tenter d’amener Bachar arabe al-A al-Assad à cesser les violences et à engager le dialogue avec l’op l’opposition. Le sage a cité au jeune prés président le proverbe africain: « Tu ne peux pas faire tourner le vent donc, fais tourner ta voile. » vent, Auti Autisme du maître de Damas, qui persiste à se voir en victime d’un complot international… JEUNE AFRIQUE


ILS ONT DIT

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Écartées du pouvoir par les hommes qui s’en sont emparé, [les femmes du Printemps arabe] n’ont plus qu’à rester chez elles, perpétuer l’espèce, cacher leur visage et leur corps, oublier leurs études et devenir aussi utilitaires qu’une marmite, une louche ou une bassine. »

On croyait connaître tous les épisodes de la vie du président des États-Unis, eh bien non ! On apprend aujourd’hui que sa nounou était transsexuelle.

IBO/SIPA

«

Obamania Evie et Barry

VÉNUS KHOURY-GHATA Écrivaine franco-libanaise

« Je ne comprends pas ADEK BERRY/AFP

pourquoi tout le monde s’affole. En Tunisie, le statut de la femme est un acquis qu’Ennahdha ne peut remettre en cause. »

€ TURDI, ALIAS EVIE, 66 ans, fut l’employé(e) de maison des parents de Barack Obama en Indonésie dans les années 1970.

DORSAF HAMDANI Chanteuse tunisienne

E

n matière de storytelling, tous les recoins de la vie du président Obama semblaient avoir été explorés, tant par lui-même (Les Rêves de mon père) que par les gourous de la communication politique (lire aussi pp. 52-53). Toute la famille Obama, multirecomposée et multimétissée, a eu les honneurs de la presse, du Kenya à l’Indonésie, en passant par Hawaii. Désormais, c’est au tour de la nounou indonésienne du petit Barack (qu’on surnommait Barry, à l’époque) de susciter la curiosité. Une curiosité d’autant plus forte qu’Evie est transgenre.

«

Quand j’offre un livre à un homme politique, il répond toujours : “Merci, ma femme le lira !” » OLGA SLAVNIKOVA Romancière, membre du comité du Booker Prize russe

« Si Sarkozy voulait trouver des exilés fiscaux, il n’avait qu’à consulter son carnet d’adresses. »

CURIEUX. De son vrai nom Turdi, elle est née homme mais

s’est très vite considérée comme une femme. Longtemps, elle a gardé une apparence masculine le jour – réservant robes et escarpins pour le soir –, notamment quand elle s’occupait de Barack et de sa petite sœur, Maya, entre 1969 et 1971. Quand la mère du futur président, Ann Dunham, et son nouveau mari, l’Indonésien Lolo Soetoro, ont quitté le pays, Evie n’a eu d’autre choix que la prostitution. Aujourd’hui, âgée de 66 ans, elle raconte face aux caméras de télévision une vie de misère et de peur liée aux maltraitances dont sont victimes les transsexuels indonésiens. C’est sur une photo parue dans la presse locale qu’Evie a reconnu la famille qui l’employait autrefois comme cuisinier et nounou. Depuis, elle raconte ses souvenirs du petit garçon de 8 ans devant lequel elle a « toujours gardé une apparence masculine ». « Il était curieux et voulait toujours tout savoir, mais il ne m’a jamais posé de questions et il m’a toujours traitée normalement, dit-elle. Barry ne discriminait personne. Il était ami avec tout le monde. C’était un garçon facile, qui riait souvent, plaisantait beaucoup. » La Maison Blanche n’a fait aucun commentaire. ●

EVA JOLY Candidate d’Europe Écologie-Les Verts à l’élection pr présidentie présidentielle française

«

L’Angola es est quator quatorze fois et dem demie emie plus gr grand que le Portugal, ma Po mais à l’école, les religieu religieux nous enseigna enseignaient les rois d du Portugal, les fleuves du Portugal… Notre pr propre culture n’existait pas. » BO BONGA Chanteur angolais

DR

NICOLAS MICHEL JEUNE AFRIQUE

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La semaine de J.A. Tour du monde CHINE

Une femme dans le divin vaisseau?

WITT/SIPA

20

€ LE CANDIDAT NICOLAS SARKOZY lors de son grand meeting de Villepinte, le 11 mars. FRANCE

Vases communicants

L

E 12 MARS, un sondage Ifop a, pour la première fois, placé Nicolas Sarkozy en tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle : 28,5 %, contre 27 % à François Hollande. Quelques heures plus tard, un sondage TNS-Sofres donnait un résultat inverse : 30 % pour Hollande, 26 % pour Sarkozy. Enfin, le 14 mars, une enquête CSA plaçait les candidats à égalité avec 28 %. Quand vous lirez ces lignes, d’autres sondages auront été publiés, mais la tendance se confirme : le président sortant a comblé son retard au premier tour − ce qui n’a rien d’anormal. Son challengeur continue en revanche de l’emporter nettement au second, mais l’écart se réduit. Les différences méthodologiques entre les instituts (échantillons de sondés fixes ou périodiquement renouvelés, questions posées par téléphone ou par internet, etc.) expliquent en partie ces fluctuations, mais il y a des raisons plus politiques. Pour simplifier : Sarkozy se renforce aux dépens de Marine Le Pen, tandis que la cote de Hollande s’effrite au profit de celle de Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche. Ce phénomène de vases communicants est évidemment réversible. ● CATHOLICISME

Des hauts et des bas ENTRE 2010 ET 2011, leur nombre a progressé de 15 millions. Dans le monde entier, les catholiques sont aujourd’hui 1,196 milliard. C’est en tout cas ce que révèle l’annuaire pontifical présenté à Benoît XVI par le secrétaire d’État, Mgr Tarcisio Bertone. Mais cette progression globale cache d’importantes N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

disparités : si le nombre des fidèles a sensiblement augmenté en Afrique (+ 0,40 %) et en Asie du Sud-Est (+ 0,46 %), il a diminué à un rythme presque aussi soutenu en Amérique latine (– 0,20%) et en Europe (– 0,22 %). La tendance est identique s’agissant du nombre des évêques, des prêtres et des séminaristes.

UNE FEMME, voire plusieurs, pourrait participer au cours de l’été à la prochaine mission de Shenzhou IX, le « divin vaisseau » spatial chinois, qui est censé s’amarrer au « palais céleste », le module Tiangong I, en orbite autour de la Terre. Les trois taïkonautes ne seront désigné(e)s qu’au dernier moment. Ce nouveau rendez-vous spatial est une étape importante du programme visant à doter la Chine, dans une dizaine d’années, d’une station orbitale habitée autonome. LE MOT ET LA CHOSE

RACE

ON CONNAÎT l’article 1 de la Constitution de la République française : « La France […] assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion […]. » Lors d’un meeting à Paris, le 10 mars, François Hollande a promis de demander au Parlement de faire disparaître du texte toute mention de race. Envisage-t-il aussi d’abroger le racisme ? BIRMANIE

Aung San Suu Kyi censurée LE 11 MARS, les autorités birmanes ont caviardé un discours d’Aung San Suu Kyi qui aurait dû être diffusé à la veille des législatives. La partie concernant « l’utilisation systématique de la loi par le gouvernement militaire afin de réprimer le peuple » a notamment été censurée. À John Baird, le chef de la diplomatie canadienne, l’opposante a précisé que « des morts étaient inscrits sur les listes électorales ». Pour la Birmanie, qui tente de convaincre l’Occident de sa volonté JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

• AP/SIPA

CHINE

Autodafé médicamenteux CINQUANTE TONNES DE FAUX MÉDICAMENTS saisis par la police chinoise ont été solennellement détruits, le 15 mars à Pékin, dans le cadre de la Journée mondiale des droits des consommateurs. Cinquante tonnes, cela fait beaucoup, beaucoup de pilules, potions, gélules et cachets frelatés. Mais combien n’ont jamais été découverts et ont impunément inondé le marché ? Il n’est pas interdit d’esquisser un léger mouvement d’effroi.

d’ouverture, le scrutin du 1er avril sera un redoutable test de vérité. SUISSE

Non aux vacances! ILS ÉTAIENT APPELÉS à se prononcer par référendum sur la proposition d’un syndicat de porter la durée légale des congés payés de quatre à six semaines par an. Le 11 mars, les Suisses ont répondu sans ambiguïté : 67 % d’entre eux ne souhaitent pas travailler moins. ÉTATS-UNIS

Le feuilleton s’éternise… … ET TOUT LE MONDE risque de s’endormir avant la convention, qui, au mois d’août à Tampa (Floride), JEUNE AFRIQUE

désignera le candidat républicain pour la présidentielle de novembre. Lors du dernier épisode des primaires, le 13 mars dans l’Alabama et le Mississippi, deux États conservateurs du Deep South, Santorum l’a emporté sur Gingrich et Romney. Mais ce dernier conserve une large avance en termes de délégués : 480, contre 234 à Santorum. Il lui en faudra 1 144 pour être désigné. Bonne nuit. FRANCE-CORÉE DU NORD

Diplomatie musicale L’ORCHESTRE UNHASU, de Corée du Nord, a donné le 14 mars à la salle Pleyel, à Paris, un concert exceptionnel, fruit des démarches entreprises par le SudCoréen Myung-Whun Chung, directeur de l’orchestre philharmonique de Radio France. C’est à la fois signe d’ouverture

entre les deux Corées et l’indice d’un réchauffement des relations entre Paris et Pyongyang, glaciales depuis que les autorités françaises ont refusé de présenter leurs condoléances après le décès de Kim Jong-il. AFGHANISTAN

Énième bavure LE 11 MARS, à Panjwayi, un bastion taliban au sud de l’Afghanistan, un soldat américain de la force internationale de l’Otan (Isaf ) a froidement massacré seize civils, parmi lesquels des enfants, des femmes et des personnes âgées. Il est lui-même père de deux enfants et souffrirait de troubles mentaux. Dans l’immédiat, il a été transféré au Koweït. Si, comme c’est probable, son procès avait lieu aux États-Unis, il encourrait la peine de mort. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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ALGÉRIE-FRANCE

Mémoires vives Le 18 mars 1962, Français et Algériens signaient au bord du lac Léman les accords d’Évian. Après cent trente-deux années de colonisation, dont huit d’une guerre sans pitié, ce texte était beaucoup plus qu’un cessez-le-feu entré en application le lendemain. Il posait les bases de l’indépendance proclamée le 5 juillet, explique dans une interview l’un des négociateurs du Front de libération nationale (FLN), Rédha Malek. Un demi-siècle plus tard, les relations entre Paris et Alger restent marquées par ce douloureux passé. Une histoire commune revue et commentée pour Jeune Afrique par Daho Djerbal, Benjamin Stora et Renaud de Rochebrune.

CHERIF OUAZANI

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e temps peine encore à cicatriser les plaies. « La confiance n’a jamais été totale entre les deux capitales, explique un ancien ambassadeur d’Algérie à Paris. Cinquante ans après le cessez-le-feu, Algériens et Français ne parviennent pas à se débarrasser des fantômes du passé. Les premiers prennent les seconds pour des tortionnaires en puissance. Les seconds perçoivent les premiers comme d’incorrigibles fellaghas. » Entre la repentance exigée par les uns et la célébration des acquis de la colonisation invoqués par les autres, cette méfiance, assumée ou silencieuse, n’en finit pas de parasiter les relations entre les deux pays, victimes de leur histoire. Et de ce point de vue, les voyages d’État annoncés, repoussés ou écourtés sont autant de signes d’une normalisation imparfaite. BUSINESS. Cependant, les échanges écono-

miques affichent une incroyable résilience. Depuis plus de deux décennies, la France est le premier fournisseur de l’Algérie avec 15,1 % de ses importations. Elle devance la Chine (11 %) et l’Italie (9,7 %). Elle est également le premier investisseur (hors hydrocarbures) dans des secteurs aussi divers que la finance, l’industrie du médicament ou l’agroalimentaire… Plus de 430 entreprises « tricolores » sont implantées, garantissant 30 000 emplois directs et près de JEUNE AFRIQUE

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Algérie-France 100 000 indirects, selon la mission économique la DCRI est loin d’être négligeable », confie un française à Alger. C’est plus du double d’il y a quatre officier du contre-espionnage algérien. Qui préans. C’est sans doute l’un des effets de la cellule cise : « Son représentant en Algérie est accrédité de coordination bilatérale, chargée de muscler le au même titre qu’un diplomate, et la réciprocité business et copilotée par l’ancien Premier ministre est valable pour le représentant du DRS à Paris. » français Jean-Pierre Raffarin et l’actuel ministre Pas de quoi toutefois aplanir les profondes divergences diplomatiques. algérien de l’Industrie, Mohamed Benmeradi. Outre le commerce et l’investissement, la cooDossier du Sahara, intervention française en pération entre les deux pays n’a jamais été aussi Libye, questions sécuritaires au Sahel, situation florissante. La France accompagne le processus au Proche-Orient… Les sujets qui fâchent n’ont de réformes de l’État algérien : appui à la réforme jamais paru aussi nombreux. Résultat : la concerde la justice ; modernisation de l’administration, tation politique entre l’ex-colonie et l’ancienne de la police nationale et des services de protection métropole est réduite à sa portion congrue, et civile. Des programmes existent les visites officielles se raréfient. Les désaccords également dans les domaines de D’autant que ces désaccords, que l’agriculture, des transports, des l’on pourrait qualifier de rationsont hystérisés travaux publics ou de l’aménanels, sont hystérisés lorsque les lorsque les démons du passé ressurgissent. gement du territoire. Mais pas démons du passé seulement… Aux manœuvres de parlemenressurgissent. taires français pour glorifier le Si la France est supplantée par la Russie pour la fourniture passé colonial répondent, quasi d’armes, la défense est l’un des champs de coopéinstantanément, des tentatives d’élus algériens ration les plus actifs entre les deux pays. L’École de voulant légiférer sur la criminalisation du cologuerre de Paris et les prestigieuses écoles militaires, nialisme. Si les diplomates tentent de désamorcer comme celle de Saint-Cyr, constituent autant de ces crises à répétition, la stérile concurrence points de passage obligé pour les officiers supémémorielle et les lobbys hostiles à toute normalisation sont de puissants facteurs d’inertie. rieurs algériens aspirant à des postes de commandement. « Depuis l’indépendance, la coopération Nostalgiques de l’Algérie française dans l’Hexaentre nos deux institutions a été permanente », gone, rentiers de la légitimité révolutionnaire confie un général-major algédans l’ex-colonie empêchent Résilience rien, qui salue notamment les toute approche pragmatique économique conditions de la restitution, en et dépassionnée. 1968, de la base navale de Mers Alors que l’on célèbre les Depuis 1996, les échanges el-Kébir. « Certes, il y a eu ensuite accords d’Évian, l’Algérie et entre les deux pays sont passés de ce qui s’apparentait à un embargo la France sont toutes deux en période électorale, propice durant les années 1990, alors que aux embardées rhétoriques. nous faisions face à l’une des à plus de Le 9 mars, à Nice, où réside insurrections les plus barbares de l’Histoire, mais il convient de une forte communauté de faire la part des choses, ajoute pieds-noirs, le candidat Nicolas L’Algérie est le premier ce haut officier. Cette décision Sarkozy a déclaré à propos de partenaire commercial de politique ne peut être imputée à la guerre d’Algérie : « Des atrola France sur le continent nos homologues en uniforme. » cités ont été commises de part et d’autre, […] mais la France ne CONCURRENCE MÉMORIELLE. En revanche, peut pas se repentir d’avoir conduit cette guerre. » en matière de renseignement, l’atmosphère n’a Avant de s’adresser aux harkis, « des victimes de jamais baigné dans la confiance absolue. Le tentacette période ». culaire Département recherche et sécurité (DRS, À Alger, le ministre d’État et président du ex-sécurité militaire algérienne) a toujours eu du Front de libération nationale (FLN) Abelaziz mal avec les « services » de la Direction générale Belkhadem a immédiatement répliqué : « Que de la sécurité extérieure (DGSE), préférant senle président français accepte ou refuse, viendra siblement travailler avec les « fins limiers » de la un jour où la France s’excusera. » Quant à la Direction de la surveillance du territoire (DST). grande famille révolutionnaire (une myriade Question de culture et d’hommes. La DST et la de partis et d’associations), elle multiplie les DGSE ayant depuis été regroupées au sein d’une surenchères et exige pêle-mêle une reconnaisseule et même structure, la Direction centrale sance du « génocide » algérien, une repentance pour les crimes coloniaux et une indemnisation du renseignement intérieur (DCRI), qu’en est-il pour les victimes. Algériens et Français ne sont aujourd’hui ? « Même si la collaboration avec pas prêts à transcender leurs souvenirs, et c’est d’autres services occidentaux, notamment améleur avenir qui en pâtit. ● ricains et britanniques, est plus dense, celle avec

3 milliards d’euros 10 milliards

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Mémoires vives

OMAR SEFOUANE POUR JA

ð À SON DOMICILE, PRÈS D’ALGER, le 18 février.

Rédha Malek « Notre révolution est inachevée » Cet intellectuel et dirigeant politique algérien dévoile les coulisses des négociations d’Évian, auxquelles il a participé. Et dresse un constat sans concession de l’évolution de son pays.

Propos recueillis à Alger par

À

TAREK HAFID

l’âge de 30 ans, Rédha Malek était le porte-parole de la délégation algérienne envoyée à Évian. Il dirigeait le journal El Moudjahid, du Front de libération nationale (FLN), et a assisté aux discussions, sur les bords du lac Léman, qui ont conduit à la signature des accords, le 18 mars, et au cessez-lefeu entré en application le lendemain. Cinquante ans plus tard, à Sidi Fredj, là où il réside, près d’Alger, il revient sur cette plateforme juridique qui posait les jalons de l’Algérie indépendante, il évalue les concessions consenties par les deux parties et il admet que des espoirs sont restés déçus. Un regard d’historien et de citoyen. Bien qu’il se soit totalement retiré de la vie politique, l’ancien chef du gouvernement (1993-1994) et président de l’Alliance nationale républicaine (ANR) – un parti farouchement anti-islamiste – insiste sur la principale exigence de l’indépendance: la liberté. Entretien avec un témoin et un acteur de premier plan. JEUNE AFRIQUE

JEUNE AFRIQUE : En quoi les accords d’Évian ont constitué une victoire algérienne devant conduire à l’indépendance quatre mois plus tard, et ce après cent trente-deux années de colonisation ? RÉDHA MALEK : Ils ont intégrale-

ment repris les principes fondamentaux mentionnés dans la déclaration du 1er novembre 1954, qui a marqué le début de la révolution algérienne : l’intégrité

pour des raisons de politique intérieure. Chaque 19 mars, la télévision algérienne se contente de diffuser des images d’archives où l’on voit le Français Louis Joxe, mais aucun membre de la délégation algérienne. Il y a quelques années, j’ai été interpellé par un professeur de collège qui m’a montré le cours consacré aux accords dans un livre d’histoire. Sur une page, on peut y voir dessinées une table et des chaises vides. Les élèves n’ont droit à aucune explication concrète. Il y a donc une volonté de désinformation. Pourquoi ?

Lors d’une réunion du Conseil national de la révolution algérienne [CNRA] consacrée à la présentation du préaccord, l’étatmajor de l’Armée de libération nationale [ALN], emmené par Houari Boumédiène, a émis des critiques. Mais, tout en votant contre le texte, il a eu l’honnêteté de reconnaître qu’il était en minorité et s’est engagé à appliquer les accords dès leur entrée en vigueur. Si les négociateurs du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) avaient accepté les conditions françaises, à quoi ressemblerait aujourd’hui l’Algérie ?

Prenons un seul point, l’intégrité territoriale. Si nous avions accepté la division de l’Algérie, avec un Sahara sous contrôle français, nous aurions été confrontés très vite à une véritable guerre civile. Deux exemples historiques l’attestent: l’Irlande du Nord et le Vietnam. Les Irlandais ont accepté en 1921 la partition proposée par les Britanniques.

Les accords d’Évian ont intégralement repris les revendications du FLN, en 1954. territoriale, l’unité du peuple algérien et l’indépendance totale. Il est très rare qu’une révolution aboutisse. Et pourtant, ce « cinquantenaire » est célébré a minima…

La célébration du 19 mars remonte seulement à la présidence de Liamine Zéroual. Avant cela, il avait été décidé de faire l’impasse sur les accords d’Évian

Cette option s’est avérée catastrophique. Le Vietnam a subi le même sort lors de la conférence de Genève, en 1954. La délégation vietnamienne a accepté la formule d’une indépendance pour le Nord et d’un référendum pour le Sud, qui n’a jamais été organisé. Les Français sont partis, laissant la place aux Américains, et une terrible guerre s’est ensuivie. Alors imaginez une Algérie divisée en deux ! N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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AFP

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€ LE 17 MARS 1962, AVANT-DERNIÈRE JOURNÉE DE NÉGOCIATIONS, À L’HÔTEL DU PARC D’ÉVIAN. La délégation du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), de g. à dr. : Taïeb Boulharouf, Saad Dahlab, Mohamed Seddik Ben Yahia, Belkacem Krim, Ben Mostefa Benaouda, Rédha Malek, Lakhdar Ben Tobbal, M’Hamed Yazid, Seghir Mostefaï.

Guerre et paix en huit années 1er novembre 1954 Déclenchement de l’insurrection armée par le Front de libération nationale (FLN)

4 juin 1958 À Alger, de Gaulle lance : « Je vous ai compris »

Du 25 au 29 juin 1960 Premiers pourparlers à Melun (France)

18 mars 1962 Signature des accords d’Évian

3 avril 1955 Paris décrète l’état d’urgence en Algérie

19 septembre 1958 Formation au Caire du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA)

20 février 1961 Georges Pompidou est envoyé à Lucerne (Suisse) pour discuter avec une délégation du GPRA

19 mars 1962 Le cessez-le-feu entre en application

7 janvier 1957 Début de la bataille d’Alger

23 octobre 1958 De Gaulle propose la « paix des braves »

20 mai 1961 Ouverture des négociations d’Évian

Les accords d’Évian ont permis à la France de poursuivre ses essais nucléaires dans le Sahara. Était-ce une concession importante?

Oui, mais nous étions obligés de l’accepter. C’était une exigence des Français, qui avaient énormément investi dans ce programme nucléaire. De Gaulle en avait fait une question de paix ou de guerre. En pleine guerre froide, la sécurité de l’État français était en jeu. Mais dans l’annexe consacrée aux questions militaires, il est clairement précisé que l’État français était responsable et qu’il prendrait en charge tout dommage causé. Les victimes des

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essais peuvent s’appuyer sur cette disposition pour faire valoir leurs droits. Autre concession, le « bail à la France » pour l’utilisation de la base navale de Mers el-Kébir…

Au début des négociations, les représentants de l’Élysée voulaient faire de Mers el-Kébir une enclave sous souveraineté française. Cette option était inacceptable. Après de longues discussions, nous nous sommes entendus sur une location. Alors que Paris exigeait une durée de quatrevingt-dix-neuf ans, une période de quinze années a été retenue. Le contrat devait

5 juillet 1962 Déclaration officielle de l’indépendance de l’Algérie

être signé après l’indépendance, mais nous avons toujours refusé de le parapher. Notre stratégie a porté ses fruits puisque Mers el-Kébir a été évacuée en 1968. J’étais alors en poste à Paris. Le président Houari Boumédiène m’avait chargé de traiter ce dossier avec le général de Gaulle. Au terme d’une série d’audiences, il m’a dit: « Vous voulez que l’on parte? Eh bien nous partons! » Les accords d’Évian prévoyaient des dispositions pour permettre aux pieds-noirs qui le souhaitaient de rester. Pourquoi n’ont-elles pas été appliquées? JEUNE AFRIQUE


Mémoires vives

Une nation n’a pas à présenter d’excuses à une autre nation. de l’armée secrète] ont demandé à négocier. Jean-Jacques Susini s’est entretenu avec Chawki Mostefaï, alors membre de l’exécutif provisoire. Mais cette réunion était purement formelle, car c’en était fini de l’OAS.

TRIBUNE

Op pinions & éditoriau ux

PATRICK BOX/OPALE

Ils sont partis ! Le Front de libération nationale avait pourtant donné des garantiessolidesafinqu’ilspuissentvivreenpaix. LouisJoxesavaitqu’unepartiedesFrançais désiraient partir, et il estimait à trois cent mille le nombre de personnes souhaitant s’installer définitivement en Algérie. Mais les attentats de l’OAS ont provoqué une panique parmi les Européens. Les pires exactions ont eu lieu durant cette période du cessez-le-feu, jusqu’à l’indépendance. C’estleFLNquiestparvenuàéliminercette organisation. Une fois la bataille perdue, les représentants de l’OAS [Organisation

DAHO DJERBAL Historien, maître de conférences à l’université Alger-2. Son prochain livre : L’OS de la Fédération de France du FLN

Et, à propos des représailles dont ont été victimes les harkis, quelle est votre appréciation?

Les accords prévoyaient la fin des poursuites contre les combattants algériens, et les prisonniers politiques devaient également être libérés. En échange, nous avions pris l’engagement d’empêcher toutes représailles contre les harkis. Jamais le FLN n’a donné de directives pour exécuter les personnes ayant collaboré avec les forces coloniales. Dire cela est de la désinformation. Si l’on s’en tient à la teneur des accords, est-ce qu’une loi criminalisant le colonialisme peut être aujourd’hui adoptée en Algérie?

Certains disent que la France doit présenter des excuses. Personnellement, j’y suis opposé. Une nation n’a pas à présenter d’excuses à une autre nation. Le colonialisme est une période historique. La résistance algérienne en est une autre. Nous avons mené un combat pour faire partir les Français avec les armes! Nous n’avons pas de complexe à avoir, et absolument rien à demander. Cela dit, l’adoption d’une loi déclarant le caractère positif de la colonisation ● ● ●

JEUNE AFRIQUE

jeune Ì L’intégralité afrique .com de cette tribune

Les raisons du désamour

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ES ACCORDS D’ÉVIAN ONT-ILS ÉTÉ, et sont-ils restés, une grande date pour les Algériens? Même si on ne peut généraliser, la réponse est plutôt négative. Pour les autorités, tout d’abord, c’est une vieille histoire, d’autant qu’ils ont ensuite donné lieu à des renégociations et à des changements de position. S’ils ont en effet permis une continuité des services publics et une coopération française fort utile à l’indépendance, des événements importants les ont en grande partie remis en question. Dès mars 1963, il y a eu les décrets sur les biens vacants et les récupérations des terres des colons, qui ont été en quelque sorte nationalisés. Puis, après 1965 et l’arrivée au pouvoir de Houari Boumédiène, diverses crises entre les deux pays ont finalement conduit à la nationalisation des ressources du sol et du soussol. Il n’est alors plus resté grand-chose d’Évian, sinon des accords consulaires concernant les biens et les personnes.

Pour la société algérienne, ensuite, Évian est très loin.Trois Algériens sur quatre sont nés après 1962, et il n’y a eu, depuis, quasiment aucune transmission de ce moment de l’Histoire, non seulement pour faire connaître les clauses des accords, mais encore moins sur les conditions dans lesquelles ils ont été signés. Pas très loin de là où j’habite à Alger, juste en face du lycée français, un petit monument pour commémorer le 19 mars 1962, « le jour de la victoire », a été construit dans les années 1990. Il est rapidement devenu « une sorte de dépotoir ». C’est significatif. Pour comprendre cette situation, il faut également rappeler que les accords d’Évian, négociés par les émissaires du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), n’ont pas mis fin aux hostilités, du fait de l’OAS [Organisation de l’armée secrète, NDLR]. Mais surtout, ils n’ont pas fait l’unanimité du côté algérien [lire l’interview de Rédha Malek]. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’ils auraient pu être négociés autrement, qu’on aurait pu aboutir à autre chose. Non, toutes les archives que l’on peut consulter incitent à penser qu’ils ont surtout été instrumentalisés, qu’ils ont servi d’arme politique dans une lutte pour le pouvoir. Une anecdote résume parfaitement cette confrontation. Lors d’examens universitaires, il y a près d’une dizaine d’années, l’intitulé d’un sujet d’histoire était le suivant: « Les accords d’Évian sont pour certains le couronnement de la révolution et pour d’autres une remise en question de la proclamation de novembre 1954. Commentez. » Ceux qui ont retenu et argumenté la deuxième option ont eu les meilleures notes… Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que l’on fête si peu aujourd’hui ce cinquantième anniversaire. Pour ne pas replonger dans la narration des affrontements fratricides de 1962? Sans doute. Pour ne pas évoquer, même indirectement, le début d’un divorce entre les autorités du pays et la société qui remonte à cette période? Probable. ●

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Algérie-France

TRIBUNE

Opinions & éd éditoriaux ditoriaux

Évian, d’hier à aujourd’hui

Q BENJAMIN STORA Historien, spécialiste du Maghreb

UE S’EST-ILVRAIMENT PASSÉ le 19 mars 1962, avec l’entrée en vigueur des accords d’Évian ? Pour les pieds-noirs, ils signifient que la France et, surtout, son armée vont se retirer d’Algérie, puisqu’il y aura un référendum, donc l’indépendance. Ainsi s’annonce la fin d’une histoire, celle de l’Algérie française. D’où une très grande inquiétude, une grande angoisse. La seule question qu’ils se posent alors : faut-il partir ? Pour les appelés du contingent, ces accords provoquent en revanche une énorme explosion de joie. Car ils veulent dire tout simplement : c’est fini, on rentre à la maison. Pour les combattants algériens de l’intérieur, la plupart ne sont tout simplement pas au courant. Ils mettront plusieurs jours, certains plus, à apprendre l’existence du cessez-le-feu. En revanche, du côté de l’« armée de frontières », on apprend instantanément l’issue d’Évian. Les soldats comme tous les réfugiés sont contents. La perspective de la réouverture prochaine de la frontière est ce qui les intéresse le plus : on pourra bientôt rentrer en Algérie.

de la partition puisqu’on garde le Sahara – cette partition étant le principal point sur lequel pouvaient achopper les négociations. Et après ? Au lendemain des accords, il n’y a aucune manifestation de joie dans les rues en Algérie.Tout le monde reste terré chez soi, notamment parce que l’OAS [Organisation de l’armée secrète, NDLR], qui pense que le 19 mars a marqué le début d’une autre guerre, contrerévolutionnaire, se déchaîne. Les Algériens se demandent si le référendum aura bien lieu, si ce n’est pas pour Paris surtout un moyen de gagner du temps. La grande majorité des piedsnoirs, après la fusillade la rue d’Isly, le 26 mars 1962, où plusieurs dizaines d’entre eux sont tués par l’armée française, se rend vraiment compte que c’est le début de la fin. Dès avril-mai, les « Européens » prennent d’assaut les bateaux et

Les militaires, très nationalistes, n’ont pas été associés aux négociations.

RENAUD DE ROCHEBRUNE Journaliste et écrivain

La Guerre Gue d’Algérie vue par les Algériens, de Renaud de Rochebrune et Benjamin Stora,tome 1, Denoël, 448 pages, 23,85 euros (tome 2 à paraître en octobre 2012) N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Du côté des dirigeants militaires, en revanche, tous ne se réjouissent pas. Le chef de l’état-major général (EMG), Houari Boumédiène, se déclare opposé aux accords. Il estime que c’est un mauvais compromis, que l’on ne devait pas négocier de cette façon, qu’il s’agit d’une ruse des Français pour rester en Algérie. L’armée française ne va-t-elle pas continuer de se maintenir dans une partie du Sahara et à Mers elKébir ? Mais cette attitude s’explique aussi par le fait que l’EMG n’est alors pas en position de force face au Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et veut gagner du temps. D’autant que les militaires, très nationalistes et très méfiants vis-à-vis de la France, n’ont pas été associés directement aux négociations et ne peuvent alors se prévaloir de la victoire. La plupart des politiques algériens, en particulier Krim Belkacem et Benyoucef Benkhedda, sont pour leur part favorables à ces accords. On a obtenu ce qu’on voulait, disent-ils, avec ce référendum d’autodétermination qui va amener l’indépendance, d’autant qu’on a évité le risque

les avions vers la métropole. L’OAS perd son soutien populaire. Elle continue les attentats, mais la situation lui échappe. Sa tentative de négocier avec le FLN [Front de libération nationale] en juin ne donnera aucun véritable résultat. Que représentera le 19 mars après la guerre ? En France, la commémoration sera portée à bout de bras pendant une trentaine d’années par les associations d’anciens combattants. Du côté des Algériens, les négociateurs et le GPRA se félicitent de l’issue des pourparlers. Quant aux militaires, on le sait, ils n’ont aucune raison de célébrer cette date, qui n’est en fin de compte pour aucun Algérien celle de la fin de la guerre. Aujourd’hui ? En France, la commémoration est très contestée, puisque les accords n’ont pas marqué la fin des violences. En Algérie, la date est encore moins consensuelle. Parce que l’OAS a poursuivi ses actions meurtrières. Mais aussi et surtout parce que les dirigeants, à commencer par Houari Boumédiène, qui ont pris le pouvoir après l’indépendance en l’emportant sur le GPRA, n’ont jamais eu envie que l’on parle d’Évian. Voilà pourquoi, en Algérie, la seule date incontestée à célébrer reste celle de l’indépendance « officielle ». Que l’on commémore, depuis cinquante ans, le 5 juillet. ● JEUNE AFRIQUE


jeune afrique .com

● ● ● est une véritable provocation. Faut-il rappeler le génocide lors de la conquête de l’Algérie, les barriques d’oreilles coupées, les enfumades, les massacres ? Il nous suffit également de rappeler le code de l’indigénat. La France a voulu faire de nous des sous-hommes.

ð Retrouvez les archives de Jeune Afrique

sur la guerre d’Algérie

Mémoires vives

Il y a 50 ans, dans Jeune Afrique

Cinquante ans après l’indépendance, quel bilan faites-vous des relations entre l’Algérie et la France?

La période faste a été sans aucun doute sous de Gaulle, qui faisait en sorte que les choses avancent. De son côté, Houari Boumédiène en a profité pour décoloniser totalement le pays en remettant en question certains points inscrits dans les accords. Il a nationalisé les banques, les mines, les hydrocarbures… Les premières années de l’Algérie indépendante ont ainsi contribué à l’effacement des séquelles du colonialisme.Celan’apasétéfacile,carcela a provoqué des mécontentements chez les Français. Mais je dois dire qu’il y avait une certaine confiance, en raison notamment de la convergence entre les deux capitales en matière de politique étrangère. De Gaulle était devenu un défenseur du Tiers Monde. N’oublions pas le fameux discours de Phnom Penh dans lequel il demande aux Américains de se retirer du Vietnam.Unjour,undesesconseillersluia dit: « Général, quelle leçon pouvons-nous tirer de la guerre d’Algérie? » De Gaulle a répondu: « Il faut respecter plus petit que soi. » C’était une réponse paternaliste mais qui expliquait son état d’esprit. Et les relations actuelles?

Si la France veut avoir des relations normales avec l’Algérie, la première exigence est le respect des Algériens et de leur souveraineté. Sinon, il y aura toujours des malentendus, des incompréhensions et des complications.

€ J.A. N° 76

Le 12 mars 1962, Jeune Afrique annonçait avec prémonition « La victoire d’Évian ». Une semaine plus tard, l’hebdomadaire titrait : « Il n’y a que des gagnants ! » Et après un séjour dans les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN), Béchir Ben Yahmed écrivait : « L’Algérie sera essentiellement ce que voudra et ce que pourra en faire l’ALN. » Dans le numéro du 26 mars, deux des principaux dirigeants du FLN, Benyoucef Benkhedda et Ahmed Ben Bella étaient à la une. L’équation algérienne : « Le FLN, l’OAS et la paix ». € J.A. N° 78

d’expression, justice sociale… Je m’oppose à ceux qui disent que rien n’a été fait, mais il reste encore beaucoup à faire. Nous ne devons pas nous endormir sur l’oreiller de l’indépendance et de la souveraineté. L’indépendancesignifie que nous sommes sur la sellette de l’Histoire. Voyez ce qui se passe dans le monde arabe. Il y a eu

Nous ne devons pas nous endormir sur l’oreiller de l’indépendance. Que pensez-vous de l’évolution de l’Algérie depuis son indépendance?

L’Algérie a lutté pendant huit années, a réussi sa révolution. Mais celle-ci reste inachevée.Carilfallaitnonseulementarracher l’indépendance, mais aussi organiser une société juste et moderne, et promouvoir les libertés fondamentales. Liberté de conscience, liberté d’opinion, liberté JEUNE AFRIQUE

€ J.A. N° 77

des dictatures inacceptables, contraires à l’évolution et au progrès. Les Constitutions doivent être respectées au même titre que l’alternance au pouvoir. Justement, à propos de la conquête des libertés, que vous inspire le Printemps arabe? La montée islamiste vous inquiètet-elle?

Nos voisins auraient intérêt à tirer les leçons de ce qui nous est arrivé. Les portes de la démocratie ont été ouvertes en Algérie en 1991. Mais des forces rétrogradess’ysontengouffrées.Nousavonsété obligés de réagir. Contre vents et marées, nous sommes parvenus à maintenir le caractère moderne de l’Algérie. J’aimerais que nos frères arabes profitent de cette expérience. Ils doivent savoir que la démocratie ne crée pas automatiquement le progrès. Les élections libres sont une chose, mais si le pays, ou l’État, est en crise, comment peut-on les organiser ? Cela peut conduire à une aventure dangereuse. Quant aux islamistes, au nom de quoi se permettent-ils de confisquer une religion ? J’en veux profondément aux partisans du Front islamique du salut (FIS). Ils ont donné raison au général de Gaulle, qui, dans une sorte de « prophétie » datant de 1958, avait annoncé le chaos à l’Algérie indépendante. ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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CÔTE D’IVOIRE

« Mon

destin

C’est le premier entretien qu’il accorde à la presse depuis son élection. Porté à la tête de l’Assemblée nationale avec un score quasi soviétique, le 12 mars, Guillaume Soro savoure. Pour l’ancien chef rebelle devenu, en à peine dix ans, numéro deux de l’État ivoirien, c’est une consécration. Et un tremplin.

FRANÇOIS SOUDAN

M

«

présidentielle de 2010, sans tenir compte de la limite d’âge. Cette disposition s’applique a fortiori à l’Assemblée nationale. Quant aux treize députés qui se sont abstenus, je les remercie. L’unanimité aurait été embarrassante. »

on destin est formidable ! » Mardi 13 mars dans l’après-midi, alors AMÈRES. Un plébiscite tout de même, qui propulse qu’il vient tout Guillaume Soro au deuxième rang de l’État ivoirien. juste de passer ses Un statut enviable et qui n’a rien de symbolique: en pouvoirs à son successeur, Jeannot Ahoussoucas de décès ou d’empêchement du président, c’est Kouadio, le désormais ex-Premier ministre lui qui assure l’intérim. « Je mesure pleinement la Guillaume Soro ne dissimule pas son plaisir, presque son vertige, lors d’une longue conversation confiance que me fait Alassane Ouattara. J’imagine téléphonique avec Jeune Afrique. Il est vrai qu’on qu’il a dû peser, soupeser et repeser cette décision », dit-il, comme pour répondre à ces quelques voix ne peut pas avoir été leader de rébellion puis ministre d’État à 30 ans, chef du gouvernement amères qui susurrent que le chef a pris un risque en à 34 ans et – depuis le 12 mars – président de choisissant un ex-rebelle ambitieux pour un poste aussi sensible. Après tout, même s’ils se connaissent l’Assemblée nationale à 39 ans, le tout dans un pays aussi richement doté que la Côte d’Ivoire depuis une quinzaine d’années et s’ils ont, depuis en politiciens de qualité, sans en éprouver un un an, cohabité sans heurts au pouvoir, Ouattara et Soro ne sont pas issus de la même matrice. Le frisson de narcissisme. Le 8 mars, au sortir d’une entrevue avec le second doit beaucoup plus, en termes d’apprenprésident Ouattara au cours de laquelle il lui a, tissage et d’accompagnement politiques, à Blaise comme convenu de longue Compaoré qu’au premier, et date entre les deux hommes, « Si j’avais accepté le deal sa loyauté envers Laurent remis sa démission de Gbagbo jusqu’à l’élection de Gbagbo, l’Histoire Premier ministre, Guillaume présidentielle a longtemps Soro téléphone à son mennourri, dans l’entourage de aurait été différente. » tor, son grand frère et son Ouattara, des soupçons de Pygmalion de toujours, Blaise Compaoré : « Voilà, partialité. Mais tout a changé au lendemain du c’est fait, lui dit-il. Je suis désormais au chômage. Il 28 novembre 2010 lorsque Soro, ulcéré par le va falloir que tu m’envoies chaque mois un bœuf comportement de Gbagbo entre les deux tours, et un sac de riz pour nourrir toute ma famille. » Le conscient du fait que ce dernier ne lui réservait chef de l’État burkinabè éclate de rire : il connaît, aucun avenir politique et prenant acte du résultat pour l’avoir coécrit, le scénario qui est en train officiel du second tour, a basculé définitivement de se dérouler entre Abidjan et Yamoussoukro. dans le camp du vainqueur assiégé. « Je crois que De fait, Soro ne restera que quatre jours sans la confiance que m’accorde le président repose sur deux choses, analyse, lucide, Guillaume Soro. Le emploi. Le lundi suivant, seul candidat au per28 novembre, après avoir confisqué le pouvoir, choir, il est élu avec un score quasi soviétique : 236 des 249 députés ont voté pour lui, sans tenir Gbagbo a voulu passer un deal avec moi. Si j’avais compte du fait que, à deux mois près, le nouvel élu accepté, l’Histoire aurait été différente. Or j’ai de Ferkessédougou n’a pas l’âge requis (40 ans) refusé. Puis j’ai engagé les Forces nouvelles, mes pour le poste. « Qui peut le plus peut le moins, troupes, dans la bataille. Nous avons gagné, nous commente-t-il. L’article 48 de la Constitution avons pris Yamoussoukro puis Abidjan et j’aurais a permis à tout le monde de se présenter à la fort bien pu, dans la foulée, ramasser la mise pour N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

€ À L’ISSUE DE SON TOUT PREMIER DISCOURS

prononcé devant les députés ivoiriens, le 12 mars, à Yamoussoukro.

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KAMBOU SIA/AFP

est formidable »

moi. Or je ne l’ai pas fait. Qui d’autre Alassane Ouattara a-t-il pu tester de façon aussi précise, cruciale et déterminante ? » AU-DESSUS DE LA MÊLÉE. Son avenir, Guillaume

Soro le voit d’abord dans la proximité. « Président de l’Assemblée nationale, c’est une lourde responsabilité », reconnaît-il, et peu importe à ses yeux JEUNE AFRIQUE

si, en l’absence du Front populaire ivoirien (FPI), aucune opposition significative n’y siège. « Ce ne sera pas une chambre d’enregistrement, ce n’est pas mon genre. Il n’y aura ni complaisance, ni chèque en blanc délivré au gouvernement, j’y veillerai. Mon successeur à la primature et moi avons travaillé ensemble pendant quatorze mois. Je l’apprécie. Mais il me connaît. » N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


Afrique subsaharienne Il est clair également que Guillaume Soro n’entend pas se désintéresser d’un dossier qu’il suivait presque heure par heure lorsqu’il était Premier ministre : la refonte de l’armée et le sort des exrebelles. « Je reste là, en back-office », promet-il. Le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi, qu’il avait lui-même choisi, à qui il s’est efforcé de beaucoup déléguer et qui a été reconduit dans le nouveau gouvernement, servira de courroie de transmission. Quant aux Forces nouvelles (FN), dont il est le secrétaire général, il entend, assuret-il, s’en retirer, le poste étant incompatible avec une présidence de l’Assemblée « au-dessus de la mêlée ». Reste qu’il y a de fortes chances pour que ce retrait soit avant tout formel. Le nouveau secrétaire général, qui devrait être connu dans un ou deux mois après une réunion au sommet, ce sera lui et personne d’autre qui l’aura adoubé. Un moment caressée, l’idée de transformer les FN en parti politique est écartée depuis septembre 2011, quand celui qui était encore Premier ministre a décidé de se présenter aux législatives sous l’étiquette du Rassemblement des républicains (RDR), le parti de Ouattara. Une formation dont il se sent proche mais à laquelle il n’a pas – ou pas encore – adhéré, préférant attendre de voir si l’ambitieux projet de fusion organique entre ce parti et celui d’Henri Konan Bédié, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), prend corps. Chez Soro, on l’aura noté, le mot rassemblement revient fréquemment, comme s’il voulait en faire la pierre angulaire de son destin politique. PLAISANTERIE. L’avenir immédiat, c’est aussi

ISSOUF SANOGO/AFP

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€ AVEC L’ANCIEN PRÉSIDENT GBAGBO, en octobre 2008, à Katiola. C’est après le second tour de la présidentielle, le 28 novembre 2010, qu’il a définitivement rallié le camp de Ouattara.

une urgence : lever au plus vite l’hypothèque de la Cour pénale internationale (CPI), qui a déjà attrapé Laurent Gbagbo dans ses filets et dont les enquêtes rétrospectives s’étendent désormais jusqu’à septembre 2002, date de l’entrée en rébellion d’un certain Guillaume Soro. À la « Rester loyal envers le président, question « Vous senc’est le meilleur moyen tez-vous menacé ? », le nouveau président de préparer mon avenir. » de l’Assemblée nationale répond d’abord sur le ton de la plaisanterie : « Si j’en crois certains, il faudrait incarcérer tous les Ivoiriens, du plus grand au plus petit d’entre eux. Croyez-vous que la prison de Scheveningen contienne assez de cellules VIP? » Puis, il se ravise, redevient sérieux. La CPI, il le sait, a sa propre logique, ses propres mécanismes, sur lesquels nul n’a de prise, et – signe qu’il ne prend pas l’affaire à la légère – Guillaume Soro a fait plancher sa propre équipe de juristes sur « son » dossier. « Je n’ai été ni convoqué ni entendu par la CPI parce qu’il n’y a rien me concernant, dit-il. Je suis serein. C’est Gbagbo qui, en refusant le verdict des urnes, est le seul responsable des événements de 2011. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Les FN ne sont entrées dans la guerre que pour y mettre un terme. Ni l’origine ni le niveau des crimes commis ne sont donc comparables. Si certains comzones sont poursuivis par la Cour, ils devront en répondre, mais cela s’arrêtera là. La CPI va juger Jean-Pierre Bemba ; elle n’a pas, que je sache, mis en cause Joseph Kabila. » Et la réouverture éventuelle d’une enquête sur les crimes commis par les rebelles à Bouaké en octobre 2002 et à Korhogo en juin 2004 ? « Des jugements ont été prononcés, des sanctions sont tombées contre les responsables. Je vois mal la Cour remettre cela en question », répond Soro. Serein peut-être mais aussi préoccupé, l’ancien chef de guerre sait que, dans la pire des hypothèses, Alassane Ouattara ne le lâchera pas. On le sent pourtant désireux d’être au plus vite soulagé de ce qui apparaît comme une sourde menace, histoire qu’elle ne vienne pas s’immiscer en travers de son destin. Car tout Abidjan, toute la Côte d’Ivoire en est persuadée: l’Assemblée nationale n’est, pour Soro, qu’une étape sur les marches du Palais. Lui, bien sûr, ne se découvre pas. « Mon seul objectif est de préparer la réélection d’Alassane Ouattara en 2015 », explique-t-il, avant d’ajouter : « Je pense que si je reste loyal, dans le sillon du président, comme j’en ai bien l’intention, c’est le meilleur moyen pour moi de préparer mon avenir. Après tout, il arrive que l’on rencontre sa destinée par le chemin que l’on emprunte pour l’éviter. » DÉPUCELAGE POLITIQUE. Sur ce point, Guillaume

Soro, dont le dépucelage politique est ancien, endosse les habits d’un enfant de chœur, qui ne lui siéent guère. Nul n’ignore en effet qu’il ne fera rien pour éviter ce chemin qui mène au pouvoir suprême, qu’il y pense en se rasant, qu’il s’y prépare,

JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne et que cette ambition, naturelle chez un homme aussi jeune, aussi brillant et avec un tel parcours, n’a rien d’illégitime. Mais sur ce point aussi Guillaume Soro dit vrai: la réussite dans cette entreprise passe par sa fidélité à Alassane Ouattara. Si, comme on l’imagine et sauf aléas de la vie, ce dernier se retire en 2020 une fois ses deux mandats constitutionnels achevés, Soro aura de vraies chances de lui succéder, à une condition: que Ouattara l’ait auparavant décidé, en mettant son influence et son parti à son service. Guillaume Soro aura alors 48 ans. Sa ferme

de Ferkessédougou, qui compte déjà cent têtes de bœuf, sera d’une taille respectable, et beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts de la lagune Ébrié. En attendant, lui qui n’a pratiquement pas pris de congés depuis cinq ans attend avec impatience le mois de juin pour faire un break. En guise de devoirs de vacances, il suivra, c’est promis, des cours intensifs de remise à niveau dans la langue de Shakespeare. Maîtrisard en anglais, il n’a guère eu le temps en effet, ces dernières années, de le pratiquer. Mister Soro, qui en douterait, voit loin… ● Avec BAUDELAIRE MIEU, à Abidjan

Un proche de Bédié à la primature Le 13 mars, Jeannot Ahoussou-Kouadio, membre du PDCI, l’ancien parti unique, a été nommé à la tête du gouvernement.

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THIERRY GOUEGNON/REUTERS

ardi 13 mars, en début d’après-midi. Jeannot Ahoussou-Kouadio arrive au domicile abidjanais d’Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Dans sa main, le décret le faisant Premier ministre, signé une heure plus tôt par le chef de l’État, Alassane Ouattara. Face à Bédié, il écrase une larme : « Merci pour tout, monsieur le président. » À 61 ans, il sait que c’est à Bédié, dont il a fait la connaissance en 1990, qu’il doit de succéder à Guillaume Soro à la tête du gouver€ À ABIDJAN, LE 16 AOÛT DERNIER, alors qu’il n’était nement. Quand les deux hommes encore que ministre de la Justice. se rencontrent, Ahoussou-Kouadio préside la cellule des juristes du « parrain politique » à la présidentielle PDCI, après avoir terminé des études d’octobre 2000. en droit des affaires (maîtrise) à l’uniSon aversion pour Gbagbo ne l’emversité d’Abidjan et en gestion des entrepêche pas d’entrer dans son gouverprises (DESS) à l’université de Rennes. À nement, sur proposition de Bédié, en l’époque, il soutient Bédié dans sa guerre tant que ministre de l’Industrie et de la politico-judiciaire contre Ouattara, luiPromotion du secteur privé (poste qu’il même Premier ministre d’Houphouëtoccupera d’août 2002 à décembre 2005). Boigny (1990-1993). L’ivoirité, créée par Au second tour de la présidentielle Bédié pour écarter Ouattara du pouvoir, de 2010, Bédié apporte son soutien à affirment ses détracteurs, était défendue Ouattara en échange de la primature. par Ahoussou-Kouadio, qui continue de Il lui présente celui qui est entre-temps penser que c’était « un bon concept ». devenu secrétaire général adjoint du Pendant la transition militaire du généPDCI, chargé des affaires juridiques, et ral Robert Gueï, tombeur de Bédié, président de l’Association des cadres et Ahoussou-Kouadio défend en vain la élus du Grand Centre du parti. Ouattara recevabilité de la candidature de son le nomme directeur de sa campagne. « Le JEUNE AFRIQUE

courant est vite passé, confie un proche du président. Ahoussou est respectueux et surprend souvent Ouattara par des remarques tirées de la sagesse baoulée. En outre, il a défendu avec conviction le dossier qui a conduit Gbagbo à La Haye. » Les mois de réclusion au Golf Hôtel, avant la chute de Laurent Gbagbo, ont rapproché davantage encore les deux hommes. MARGE DE MANŒUVRE. Nommé

Premier ministre, AhoussouKouadio conserve le portefeuille de la Justice et prend la tête d’un gouvernement de 40 membres, dont cinq dépendent directement du président. Pas de lui. À Abidjan, certains en ont déduit que sa marge de manœuvre allait être limitée. Dans l’immédiat, il devra s’attaquer, comme promis, à « la hausse des prix des denrées de première nécessité, la corruption, le rétablissement de la sécurité, la lutte contre la vie chère… ». Son bilan ministériel n’est pas très reluisant : on ne lui connaît aucune réforme phare. Mais ce père de six enfants, dont Niamkey Koffi, porte-parole de Bédié, dit qu’il « a l’intelligence des situations », sait que les Ivoiriens, dont le pouvoir d’achat n’a pas évolué depuis l’avènement de Ouattara, ne pardonneront aucun faux pas. Et quid de son avenir au sein du PDCI? Ahoussou-Kouadio conserve le poste de secrétaire général adjoint. Vise-t-il plus haut? Ambitieux mais patient, il sait qu’en pays baoulé on ne désire pas le trône du roi de son vivant. Il milite donc pour la reconduction de Bédié à la présidence du parti. ● ANDRÉ SILVER KONAN, à Abidjan N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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! LES GARDES FORESTIERS, moins bien équipés que ceux qu’ils pourchassent, ne font pas le poids.

J.-F. LAGROT/GALBE.COM

été abattues en quelques semaines. Les braconnages dans cette région ne sont pas nouveaux, mais, cette année, l’ampleur du massacre est telle qu’elle a ému la communauté internationale, écornant au passage l’image du Cameroun et menaçant l’activité touristique. Elle a surtout mis en évidence les failles du dispositif de sécurité transfrontalière. Yaoundé, tout d’abord, a tardé à réagir. C’est le 29 février, à l’issue d’une réunion de crise qui s’est tenue à Garoua, la grande ville du nord du Cameroun, que les autorités militaires ont promis de « nettoyer » le parc de ses assaillants en « trois à quatre jours ». Raté. Le 2 mars, plus de 100 soldats du bataillon d’intervention rapide (BIR), bien entraînés et habitués à combattre les coupeurs de route, ont certes été déployés dans ce sanctuaire de la biodiversité, mais l’opération de ratissage s’est révélée plus compliquée que prévu. Premier obstacle : il n’y a pas de routes dans les zones de chasse, et les militaires doivent se déplacer à pied. Avantage donc aux braconniers, qui ont

La réserve est la plus grande et la plus isolée du pays. Elle est très difficile à surveiller. CAMEROUN

Sang pour sang ivoire

Depuis la mi-janvier, les éléphants du parc de Boubandjida sont tués par dizaines par des braconniers venus de l’est. Sans que les soldats d’élite déployés sur place puissent empêcher le massacre.

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es informations, le ministère camerounais de la Défense les distille au compte-gouttes. « Ils se répartissent en plusieurs groupes comptant chacun une dizaine d’individus. Ils communiquent entre eux en arabe, et certains ont la peau claire. » Eux, ce sont les braconniers qui, depuis la mi-janvier, massacrent par dizaines les éléphants du nord du Cameroun. Le sujet est sensible, et les autorités se refusent à spéculer sur la nationalité des mystérieux cavaliers qui se sont introduits dans le parc national de Boubandjida. On estime toutefois qu’ils seraient une cinquantaine et, au vu des

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indices recueillis, il est probable qu’ils soient soudanais ou tchadiens. KALACHNIKOVS. Éléphants, éléphanteaux… Seul compte l’ivoire, et les braconniersnefontpasdedistinction.Ilschassent les pachydermes au fusil d’assaut – de préférence au kalachnikov ou au FAL, une arme de fabrication belge – et prélèvent les défenses à la machette sur des animaux souvent encore vivants. Les évaluations varient mais, selon la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), plus de 450 bêtes auraient

des chevaux et des chameaux. L’appui d’un hélicoptère a permis d’engranger quelques succès. Un braconnier a été tué dans les combats, tandis que de l’ivoire et des munitions ont été saisis, mais deux soldats d’élite ont également perdu la vie. La deuxième difficulté tient à l’étendue de cette réserve: 220000 ha, 570000 si l’on inclut sa périphérie immédiate. C’est le plus grand parc du Cameroun – le plus isolé aussi, et le plus difficile à sécuriser. Impossible de contrôler efficacement la frontière avec le Tchad (c’est par là que seraient entrés les braconniers) et, a fortiori,lazoneinhabitéequijouxtelenorddu Boubandjida, une bande de territoire qui s’étend sur près de 200 km de long et sur une cinquantaine de kilomètres de large. Pour ne rien arranger, depuis qu’en décembre N’Djamena a exclu des forces armées près de 20 000 hommes, le Cameroun craint une résurgence du grand banditisme. Il n’exclut pas non plus JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne une possible implication des hommes fidèles au rebelle tchadien Abdelkader Baba Laddé. Présents dans le centre de la Centrafrique depuis 2008, ils en ont récemment été chassés par une opération menée conjointement par les militaires tchadiens et centrafricains. Mais à Yaoundé, l’hypothèse la plus fréquemment évoquée attribue les massacres aux milices Djandjawid, venues du Soudan pour les besoins de financement des conflits intersoudanais. DÉGÂTS. En attendant d’établir les respon-

sabilités, des experts se sont rendus sur place pour constater les dégâts. Le constat est accablant. Selon l’ONG World Wildlife Fund (WWF), « l’avenir de l’éléphant de savane en Afrique centrale se joue aujourd’hui dans le nord du Cameroun. En effet, cette zone compte près de 95 % de la population d’éléphants du pays ». La riposte camerounaise est tout de même parvenue à réduire l’intensité du carnage dans ce qui était, avant d’être transformé en réserve, en 1960, le territoire de chasse du lamido de Rey Bouba,

QUE DIT LA LOI ? DEPUIS 1994, toute personne trouvée en possession de tout ou partie d’un animal protégé, vivant ou mort, est passible d’une peine de un à trois ans de prison ferme et d’une amende de 3 à 10 millions de F CFA.Toutefois, la transformation de l’ivoire dans l’artisanat local et la détention d’objets en ivoire travaillé à des fins commerciales sont possibles et subordonnées à l’obtention d’un permis délivré par le ministère des Forêts et de la Faune. Cette autorisation ne peut être délivrée que sur présentation d’un document justifiant de l’origine légale de l’ivoire. Dans ce cas, il doit provenir d’abattages encadrés par l’État dans des « circonstances exceptionnelles », notamment lorsque des éléphants, présents en trop G.D. grand nombre, présentent un danger pour l’homme. ●

puissantcheftraditionnelpeuldudépartement du Mayo-Rey. Mais comment empêcher que les braconniers ne reviennent à la saison sèche l’année prochaine? À Pékin ou à Tokyo, la demande ne faiblit pas et, en dépit de l’interdiction du commerce de l’ivoire, décidée en 1989, les filières illégales prospèrent. Elles partent généralement du Cameroun, de la Centrafrique ou de la RD Congo, où les éléphants sont abattus. Les défenses prennent ensuite

la route du hub sous-régional qu’est Khartoum, au Soudan. De là, direction la Chine, premier importateur mondial d’ivoire, ou le Japon – le kilo s’y négocie entre 750 et 850 dollars au marché noir. En signe de bonne volonté, Pékin a accepté de fermer quelques ateliers de sculpture de l’ivoire. Mais cela a très peu de chances de changer quoi que ce soit pour les éléphants camerounais. ● GEORGES DOUGUELI

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Afrique subsaharienne MOBILISATION

#StopKony Depuis le 5 mars, une vidéo enflamme le web. Son but ? Obtenir l’arrestation du chef de l’Armée de résistance du Seigneur. Quitte à s’arranger avec la vérité.

L

es États-Unis ont toujours eu besoin d’un méchant à la hauteur de leur superpuissance. Avant-hier, l’ennemi public numéro un était l’URSS. Après la chute du mur de Berlin, c’est au terrorisme islamiste qu’ils ont fait endosser le rôle. Mais depuis l’exécution d’Oussama Ben Laden au Pakistan, qui peut désormais incarner le mal absolu ? La réponse se trouve € AUX ÉTATS-UNIS, LE CHEF DE GUERRE AFRICAIN peut-être quelque part dans la est le nouvel ennemi public numéro un. touffeur de la forêt équatoriale, aux croisements des frontières de quatre pays : l’Ouganda, la RD Congo, le que surprenante par la magie des réseaux Soudan du Sud et la Centrafrique. Le nom sociaux (Facebook, Twitter). Postée sur de l’heureux élu ? Joseph Kony, chef de YouTube le 5 mars, la vidéo Kony 2012, réalisée par l’ONG américaine Invisible l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), qui commet les plus atroces exactions Children, a été vue par quelque 80 mildepuis la fin des années 1980 – viols, lions de personnes en moins de deux assassinats, pillages, enlèvements d’ensemaines. Qualifiée en conséquence de fants, etc. – et court toujours malgré le «vidéovirale»,Kony2012estuneprésentamandat d’arrêt pour crimes de guerre tion simpliste, mais extrêmement efficace, et crimes contre l’humanité lancé par la du conflit qui a ensanglanté l’Ouganda Cour pénale internationale (CPI) en 2005. jusqu’au milieu des années 2000. Musique appuyée et racoleuse, photomontages, SIMPLISTE MAIS EFFICACE. Bien connu effets spéciaux spécieux, images-chocs… des Africains, et tout particulièrement Le réalisateur, Jason Russel, qui est aussi des populations acholies du nord de l’un des fondateurs d’Invisible Children, l’Ouganda qui ont eu à souffrir de ses n’a pas lésiné sur les moyens. En manipucrimes, le prophète autoproclamé vient lateur habile, il a retenu la leçon de l’écrid’accéder à une gloire aussi phénoménale vain Henry James. « Si un enfant donne

un tour de vis à votre émotion, que direz-vous de deux enfants ? » écrivait l’Américain dans Le Tour d’écrou. À défaut de donner des informations exactes, Jason Russel oppose deux enfants: le sien, figure blonde angélique qui veut chasser les méchants, comme papa, et le petit Jacob, ancien enfant-soldat enlevé par Kony. Le bonheur du petit Blanc ne saurait bien sûr être complet tant que le vilain seigneur de guerre menace des enfants en Afrique… La vidéo de trente minutes s’achève sur un appel au don de soi et au don tout court. Que peuvent fairelesOccidentauxpourmettreun terme à la cavale de Kony, qui a déjà échappé à plusieurs campagnes militaires cafouilleuses (Iron Fist, Lightning Thunder) ? Acheter le bracelet Kony 2012 (10 dollars, soit 7,60 euros) ou l’Action Kit (30 dollars) contenant tee-shirt, autocollants et posters pour participer à la grande campagne d’affichage Cover the Night, prévue pour la nuit du 20 avril. Sans les réseaux sociaux, Kony 2012 n’aurait sans doute pas intéressé les jeunes chrétiens américains, qui la visionnent en masse. Mais voilà, Invisible Children s’est trouvé des avocats de poids dans le monde du show-biz : l’actrice Angelina Jolie, la chanteuse Rihanna, l’animatrice de télévision Oprah Winfrey ont soutenu la cause via leurs comptes Twitter ou Facebook. La star Justin Bieber a ainsi écrit: « Ce n’est pas une plaisanterie. C’est sérieux. ENSEMBLE nous pouvons #MakeAChange et #STOPKONY – aider un autre enfant dans le besoin ! – » Sans doute faut-il se réjouir qu’un conflit aussi grave soit enfin porté à l’attention du plus grand nombre. Le souci, c’est que la campagne d’Invisible Children est boursouflée d’approximations et de INVISIBLE CHILDREN

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ET SI OBAMA VOULAIT EN FINIR AVEC LA LRA AVANT L’ÉLECTION… ALORS QUE JOSEPH KONY sévit depuis près de vingtcinq ans en Afrique de l’Est, pourquoi l’opinion publique américaine le découvre-t-elle aujourd’hui ? Selon Roland Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri), la découverte de pétrole dans le lac Albert n’explique ni l’envoi de 100 conseillers militaires en Ouganda, ni l’intérêt médiatique subit pour le chef de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). « Barack Obama a cherché à satisfaire les demandes d’un lobby d’une N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

trentaine d’ONG un peu tutti frutti qui ont une conception assez naïve de la situation dans la région, dit-il. Mais se débarrasser de Kony après s’être débarrassé de Ben Laden lui permettrait de regagner une audience – notamment auprès des Africains-Américains – entamée par une politique raciale peu ambitieuse et une politique africaine minimale, voire conservatrice. À la limite, Bush avait, lui, engagé des investissements très lourds dans la N.M. lutte contre le sida. » ● JEUNE AFRIQUE


Coulisses contre-vérités. « Personne ne veut d’un documentaire ennuyeux sur l’Afrique. […] Nous nous considérons comme le Pixar des droits de l’homme », explique Jason Russel. Les millions de spectateurs émus par la vidéo ne sauront donc pas que, depuis 2006, Kony n’est plus vraiment une menaceenOuganda.Pis,ilspenserontque laLRAs’estétenduedanslespaysvoisinset qu’elle dispose de 30000 enfants-soldats, alors qu’elle est désormais réduite à la portion congrue – entre 200 et 400 rebelles, vraisemblablement dispersés dans la forêt centrafricaine. Ils ignoreront que le président ougandais, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis vingt-six ans, a savamment utilisé la rébellion pour obtenir des financements militaires occidentaux et s’assurer une image d’homme de paix, alors que son armée se livrait à de graves exactions. Ils n’apprendront pas que le mêmeMuseveni,soucieuxd’êtrebienvu,a diminué le nombre de militaires affectés à la lutte contre Kony pour pouvoir envoyer des troupes en Somalie. Ils croiront aussi – ce que rien ne prouve – que le président Obama envisage de retirer les 100 experts

La cause est juste, mais la méthode, très critiquée en Ouganda, relève de la pure propagande. militaires envoyés en Ouganda en 2011 pour participer à la traque de la LRA. Enfin, ils ne sauront pas que les mandats d’arrêt de la CPI ont contribué – paradoxe! – à l’échec des négociations de paix de Djouba, les chefs rebelles craignant d’être envoyés à La Haye… La cause est certes juste – les hommes de Kony représentent une menace pour les populations locales –, mais les méthodes employées relèvent de la pure propagande. Déjà abondamment plagiée – on peut désormais voir Adolf Hitler se révolter contre les horreurs commises par Kony –, la vidéo fait l’objet de virulentes critiques de la part des Ougandais comme des journalistes et des spécialistes de la région. Invisible Children elle-même paie la rançon de sa gloire : nombreux sont les observateurs qui soulignent que, sur les 9 millions de dollars de revenus générés en 2011, seulement 37 % sont allés à des programmes humanitaires en Afrique centrale, tandis que 47 % étaient consacrés à la publicité, à la sensibilisation et aux levées de fonds. ● NICOLAS MICHEL JEUNE AFRIQUE

Afrique subsaharienne

RD CONGO DEHORS ! La Belgique en a eu finalement assez des « combattants », ces jeunes militants congolais opposés au président Kabila qui terrorisent une partie de la diaspora. Interpellés en situation irrégulière lors des émeutes postélectorales dans le quartier bruxellois de Matongé, en décembre dernier, plusieurs d’entre eux ont été expulsés vers Kinshasa le 6 mars, en dépit des protestations de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Les 19 Congolais présents dans l’avion – affrété pour acheminer de l’aide aux victimes de l’explosion du 4 mars à Brazzaville, de l’autre côté du fleuve – n’étaient pas tous des « casseurs » : certains étaient en rétention à la suite du rejet de leur demande d’asile. À l’heure où nous mettions sous presse, leur sort restait incertain. « Quinze d’entre eux sont détenus dans des cachots », affirmait Paul Nsapu, secrétaire général de la FIDH, contredit par plusieurs sources à Kinshasa selon lesquelles ils avaient été relâchés. ●

GAMBIE SANS EUX

BÉNIN À LA RESCOUSSE

NIGERIA FATALE DÉTENTION

C’est le 29 mars que se tiendront les prochaines élections législatives en Gambie. Les électeurs sont appelés à renouveler les 53 sièges de l’Assemblée nationale, dont 47 sont actuellement détenus par le parti au pouvoir du président Yahya Jammeh. La campagne s’est ouverte le 14 mars, mais six des sept principaux partis d’opposition ont annoncé qu’ils boycotteraient le scrutin.

Pas contents, les enseignants béninois. En grève depuis fin janvier, ils réclament une hausse de salaire de 25 %, conforme à celle accordée aux autres fonctionnaires. Excédé, le président a menacé, le 12 mars, de radier les nouvelles recrues de l’enseignement public (15 000 personnes) et de faire appel aux militaires pour assurer les cours. Dès le lendemain, ceux-ci ont afflué à l’étatmajor des armées pour savoir quand ils prenaient leur service.

Il s’appelait Abu Mohamed et était membre de la secte islamiste Boko Haram. C’était le cerveau présumé du rapt d’un Italien et d’un Britannique, tués le 8 mars dans un raid visant à les libérer. La police nigériane a annoncé, le 14 mars, qu’Abu Mohamed était mort trois jours après sa capture des suites de ses blessures. Quant aux otages, les autorités affirment qu’ils ont été tués par leurs ravisseurs avant l’arrivée des forces de sécurité. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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MALI

Sur le sentier de

Rares sont les journalistes à avoir pu aller jusqu’à Gao. C’est là pourtant que l’armée a installé son QG. Là qu’affluent Là enfin que pourrait se jouer l’avenir de l’Azawad, ce vaste territoire du Nord où militaires et rebelles

MALIKA GROGA-BADA

C

«

et

BABA AHMED,

eux qui ne s’inquiètent pas ne mesurentpaslagravitédelasituation.» Au Mali, Assarid Ag Imbarcaouane est le numéro deux de l’Assemblée nationale. Il est aussi originaire de N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

envoyés spéciaux à Gao

Gao, aux portes de ce Nord dont les rebelles touaregs revendiquent l’indépendance, depuis qu’ils ont attaqué Ménaka, le 17 janvier. Lui, ce qui le préoccupe, c’est la chute du camp militaire d’Amachach, aux abords de la ville de Tessalit. Réputé

imprenable, il est tombé le 10 mars aux mains du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Deux mois et demi de siège qui ont contraint Bamako à solliciter l’aide des États-Unis et de l’Algérie, le 15 puis le 28 février, pour assurer le ravitaillement des militaires et de leurs familles. Une JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne

SEBASTIEN CAILLEUX/CORBIS

ð À GAO, TOUT LE MONDE a un parent ou un ami dans l’un ou l’autre camp. On préfère ne pas choisir.

la guerre

des milliers de réfugiés chassés par les combats. touaregs s’affrontent, depuis la mi-janvier.

grande victoire pour les combattantsduMNLA,dontbeaucoupsont d’anciens membres de la Légion vertedeMouammarKaddafietdont le drapeau flotte désormais sur le mât de la garnison. L’armée insiste, affirmequec’est«unenon-défaite», et maintient que l’évacuation s’est faite pour des raisons humanitaires, JEUNE AFRIQUE

l’inquiétude des Gaois, parmi les premiers à sentir les contrecoups de cette guerre fratricide. Ici, on évite de parler des tribus qui s’affrontent sur le champ de bataille et l’on préfère rappeler que Songhaïs (plus de 75 % de la population), Arabes, Bozos, Peuls et Touaregscohabitentenbonneintelligence depuis des siècles. Personne n’aime admettre que les Ifoghas, les Idnanes et les Chamanamasses constituent le gros des troupes du MNLA, tandis que ce sont surtout des Imghads qui combattent dans l’armée malienne. À Gao, on craint de raviver les tensions ethniques. Et il ne viendrait à l’idée de personne de traiter les rebelles de « bandits

mais le choc est rude pour le moral des troupes. Surtout, les yeux se tournent maintenant vers Kidal et Gao, dont les garnisons figurent en tête de la liste des places fortes que convoitent les rebelles. C’est à Gao justement que l’armée a établi son quartier général (1 100 hommes y sont stationnés). C’est là aussi que sont soignés les militaires blessés au combat – les cas les plus graves sont évacués vers Bamako. Le chef d’état-major des armées, le général Gabriel Poudiougou, a été rappelé « Ceux qui ne s’inquiètent dans la capitale malienne le 30 janvier, mais le chef pas ne mesurent pas la d’état-major de l’armée de gravité de la situation. » terre, le général Kalifa Keïta, est resté sur place, à la tête ASSARID AG IMBARCAOUANE, de ce camp qui – ironie de numéro deux de l’Assemblée nationale l’histoire – porte le nom de Firhoun Ag Alinsar, héros touareg armés », comme le font les autoride la lutte anticoloniale. tés ou la presse locale. « Les gens sont partagés, explique Mahoudou CHECK-POINT. Nous sommes Touré, un instituteur de Gao. Ils en mars et, en dépit de l’heure ne connaissent pas les tenants et matinale, un char d’assaut au pot les aboutissants de cette nouvelle d’échappement fumant est déjà de rébellion, mais souvent, ils ont un sortie. Il fait un, deux tours sur le tercousin ou un ami qui en fait partie. rain sablonneux qui borde le camp, Tout comme ils ont un cousin ou avant de regagner l’enceinte de la un ami dans le camp Firhoun. » caserne. Une heure auparavant, Si l’on en croit les chiffres offic’estunaviondereconnaissancequi ciels, au moins 18 000 personnes a pris son envol depuis l’aéroport ont trouvé refuge à Gao depuis le mitoyen de Korogoussou. début des combats. Elles viennent Entre Gao et Bamako, 1 400 km de toute la région : de Bourem, de de bitume de qualité inégale. Le Niafunké, de N’tillit ou d’Andévoyageur traverse des paysages de ramboukane – des villes attaquées plus en plus arides, avant de déboucourant janvier, parfois assiégées cher sur la bourgade de Wabaria durant quelques heures seulement, et son check-point. Ensuite, il faut mais dont le MNLA affirme qu’elles sont toujours sous son contrôle. passer le contrôle de gardes métiDes déplacés parfois difficiles à culeux aux équipements flambant neufs. Le soleil tape, le vent charrie identifier et à recenser, « puisqu’ils la poussière… On est à la lisière du s’installent souvent auprès de leur désert, dans une région où 50 km famille et qu’ils se débrouillent par leurs propres moyens », explique le peuvent séparer deux points d’eau chef de la sous-délégation locale du et où l’on peut passer une journée sans croiser âme qui vive. Comité international de la CroixIl fait encore frais et la ville est Rouge, Attaher Zacka Maïga. aussi paisible qu’à son habitude. En Des déplacés comme Yahya, apparence seulement, car derrière 58ans,éducateuràMénaka.Iladéjà le rituel de l’eau offerte au voyavécu les rébellions des années 1990 geur et les sourires aimables pointe et de 2006. « En 1991, se souvient-il, N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Afrique subsaharienne Mali les rebelles ont terrorisé les populations. Ils volaient le bétail, tiraient dans tous les sens. Mais cette fois, il y a quelque chose de différent. Ils ne s’attaquent pas directement à la population, mais ils pillent les bâtiments publics, les casernes, les écoles… » Il n’empêche. Cette fois, Yahya a préféré partir. À Gao, où il est arrivé au début du mois de février, il a élu domicile dans une maison sans électricité, en compagnie de sa femme et de leurs cinq enfants. Pas trop le choix: son école a été déplacée à Gao, et, s’il voulait continuer de percevoir son salaire, il fallait déménager. « La direction de l’académie nous a dit que ceux qui restaient à Ménaka ne seraient pas payés », affirme-t-il. Et il avait peur pour ses filles. Bien que le MNLA se défende de telles accusations, Asta (le nom a été changé), une jeune Songhaï de 19 ans, affirme avoir été enlevée et violée par des combattants quand ils ont su qu’elle était en couple avec un militaire bambara. « Ils ont braqué un fusil sur mon père et m’ont fait monter dans leur pick-up pour m’emmener chez leur chef. Il m’a dit qu’à partir de ce jour j’étais sa femme. »

PATRICK ROBERT

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FAIRE RENTRER L’ARGENT. Depuis

la fin du mois de janvier, Ménaka est passé sous le contrôle du colonel Iba Ag Moussa (alias Bamoussa), déserteur de l’armée malienne et combattantduMNLA.Unenouvelle administration gère la ville. Chef de bataillon, préfet et agents de police… Tous ont été nommés par le MNLA. Comment sont-ils payés? Le porte-parole du mouvement

élude, évoque les « bonnes volontés au service de la cause » et assure que les plus fidèles – combattants ou membres du bureau politique du MNLA – ont vendu certains de leurs biens pour faire rentrer l’argent. Une chose est sûre, souligne un travailleur humanitaire, « les rebelles essaient d’instaurer une relation de confiance avec les populations. Ils paient leurs achats comme tout le monde, ils ont rétabli l’électricité et ils diffusent des messages à l’intention des Tamasheqs pour qu’ils reviennent chez eux ». Car cette fois, les enjeux de la rébellion sont bien différents. Il ne s’agit plus seulement d’obtenir l’intégration de Touaregs dans l’administration et dans l’armée, ou de confier la sécurité du nord du Mali aux Touaregs, comme le prévoient le pacte national signé

€ IYAD AG GHALI (au centre, en 2006). Figure historique des précédents soulèvements touaregs, il dirige aujourd’hui le groupe islamiste Ansar Dine, qui combat aux côtés du MNLA.

EN TERRAIN CONQUIS LE MALI EST-IL OUVERT AUX QUATRE VENTS ? Le 11 mars, deux appareils mauritaniens à hélice de typeTucano basés à Néma ont attaqué un convoi de véhicules à 70 km au nord deTombouctou. Selon Nouakchott, il s’agissait de la colonne d’un émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi),Yahya Abou Hammam. Le raid aurait fait plusieurs morts. Selon deux sources maliennes, les pilotes se seraient trompés de cible et auraient blessé des civils. Depuis la vaine tentative de libérer l’otage français Michel Germaneau, en juillet 2010, les raids mauritaniens au Mali sont fréquents. Le président malien ne s’en offusque pas. « La clé du succès contre Aqmi, c’est la maîtrise de l’espace, dit-il. Voilà pourquoi j’accepte qu’un détachement mauritanien lancé aux trousses d’un convoi suspect exerce son droit de poursuite sur notre territoire, sans même attendre le feu vert » (L’Express, 26 octobre 2011). Le problème, c’est que ce droit CHRISTOPHE BOISBOUVIER de poursuite ne marche que dans un sens… ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

en 1992 et les accords conclus en 2006 à Tamanrasset (Algérie). En jeu, aujourd’hui, l’indépendance de l’Azawad, terre mythique dont les frontières diffèrent que l’on soit Songhaï ou Touareg. Pour les premiers, le territoire se limite à la région située au nord de Tombouctou. Pour les seconds, il est bien plus vaste et englobe les trois régions de Kidal, Gao et Tombouctou – pas moins de 800 000 km2, soit les deux tiers du pays, pour seulement 1,4 million d’habitants, à peine le dixième de la population malienne. Quelle en serait la capitale ? Serait-ce une république ? « Nous n’avons pas encore tranché sur toutes ces questions, rétorque Mahmoud Ag Ghali,présidentdubureaupolitique du MNLA. Chaque chose en son temps.Nousdécideronsaumoment opportun et dans le pur respect des procédures démocratiques. » Un point toutefois ne fait d’ores et déjà plus débat : cet État serait islamique. Le MNLA nie toujours s’être allié aux salafistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Il reconnaîtenrevanchequelegroupe islamiste Ansar Dine, fondé par Iyad Ag Ghali, figure historique des précédentes rébellions touarègues, a combattu à ses côtés à Aguelhok, en janvier. Ansar Dine revendique 300 combattants (il les appelle « moudjahidine ») et peut compter sur le soutien d’Alghabass JEUNE AFRIQUE


ð Voir la vidéo où Iyad Ag Ghali apparaît pour

Sur le sentier de la guerre

la première fois depuis le début de la rébellion

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ALFRED DE MONTESQUIOU/AP/SIPA

jeune afrique .com

€ Mai 2010, près de Gao, AU COURS D’UN

Ag Intalla, fils de l’influent chef des Ifoghas. Par téléphone, depuis son fief d’Abeïbara, Intalla n’hésite pas à dire à Jeune Afrique qu’il se bat pour l’instauration de la charia dans le nord du Mali. À Bamako, où les négociations sont au point mort (des contacts ont été pris mais n’ont pas abouti, les rebelles refusant un cessez-le-feu), beaucoup y voient une preuve supplémentaire des liens entre Aqmi et le MNLA.

spécial pour la paix, la sécurité et le développement du Nord-Mali (PSPSDN). Lui a fait partie de la première vague de Touaregs nommés ministres après la signature du pacte national. Il a passé dix ans au gouvernement. « En vingt ans, plus de 1 500 milliards de F CFA [2,3 milliards d’euros, NDLR] ont été investis dans le Nord, dans les infrastructures routières, sanitaires ou scolaires, énumère-t-il. Mais la

SUSPICION. Pas étonnant que les

À Bamako, on en veut à ces rebelles auxquels on a le sentiment d’avoir tout donné.

Touaregs installés dans la capitale malienne se sentent pris entre le marteau et l’enclume. Considérés comme des traîtres par le MNLA et avec suspicion par le reste du pays, qui a le sentiment « de leur avoir déjà tout donné », ils ont été pris à partie, début février. « Je me sens impuissant, frustré et amer », lâche Mohamed Ag Erlaf, directeur de l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales (Anict) et coordonnateur du Programme JEUNE AFRIQUE

zoneestsivaste,lesvillagesparfoissi éloignés les uns des autres que certains ont l’impression que l’État ne fait rien. » À demi-mot, il reconnaît aussi que, bien trop souvent, des fonctionnaires mutés dans le Nord ontdélaisséleurposte.«Nosrégions génèrent malheureusement peu de richesses et l’onsedemandedequoi

EXERCICE DIRIGÉ PAR LES FORCES SPÉCIALES

AMÉRICAINES.

L’idée était de former les militaires maliens pour mieux lutter contre Aqmi.

pourraitvivreunÉtatindépendant.» Des ressources du sous-sol peutêtre?Lesprospectionsmenéesdans le Nord sont encourageantes. Les 5 bassins sédimentaires du Mali ont été divisés en 29 blocs, dont 5 alimentent les espoirs d’entreprises minières italiennes et anglo-australiennes. Elles rêvent de manganèse, d’uranium, de pétrole et même de gaz,«maisnousn’avonsaucunecertitude tant qu’il n’y a pas de forages, insiste un expert de l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière au Mali (Aurep). Et quand bien même il y en aurait, toute cette insécurité n’encouragerait aucun investisseur ». « C’est bien le drame de ces régions, se désole Malick Alhousseini, secrétaire général du Collectif des ressortissants du Nord (Coren). D’une part, nous blâmons l’État et sa prétendue inaction, de l’autre, nous faisons monter l’insécurité. Nous sommes à la fois les victimes et les bourreaux. » ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


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Maghreb & Moyen-Orient

MOYEN-ORIENT

Le dilemme

syrien Mûs par la volonté d’aider un peuple martyr ou par des arrière-pensées politiques, partisans et adversaires d’une intervention étrangère avancent de solides arguments. Qui favorisent le maintien d’un tragique statu quo.

de protéger les civils –, les hommes du président Bachar al-Assad sont accusés de se livrer aux pires e 10 mars, au cours d’une réunion des exactions. Le 12 mars, l’opposition diffuse les images ministres arabes des Affaires étrande 47 femmes et enfants égorgés, poignardés, cargères au Caire, le très puissant Premier bonisés, mutilés et violés, selon elle, par les sicaires ministre qatari Hamad Ibn Jassem Al du régime à Homs. Le régime attribue la boucherie aux « gangs terroristes », comme il l’a fait pour Thani dénonçait « un génocide sysd’autres tueries, mais son immuable tématique de la part rhétorique ne convainc que ses plus du gouvernement syrien ». À Paris, Barack Obama fervents partisans. l’opposant syrien Nofal al-Dawalibi a demandé au « Ce qui arrive dépasse tout ce que parle, lui, de 130000 morts, alors que lecompteurcommunémentadmisen l’on pouvait imaginer. Les images de la Pentagone affiche 9000. Une emphase qui en dit répressionetdesmassacresquotidiens d’étudier long sur les passions déchaînées par révoltent le monde arabe. On n’avait des options la question syrienne. jamais vu ça. On ne peut plus rester militaires. Ce 15 mars, un an jour pour jour les bras croisés », déclare, bouleversé, après la première manifestation pacil’homme politique et intellectuel libafique contre les excès du pouvoir à Deraa, la Syrie nais Samir Frangié. Le 12 mars, une troisième proest à feu et à sang. À Homs, Idlib et Deraa, des position de résolution « humanitaire » est avortée quartiers entiers s’effondrent sous les bombardeau Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie et la ments de l’armée, avant d’être « nettoyés » par des Chine affichant un indéfectible soutien au prétroupes d’élite et les chabihas, leurs auxiliaires sident Assad. Le même jour, le Conseil national miliciens. Sous prétexte d’en extirper les bandes syrien (CNS), formation qui regroupe une bonne armées – des insurgés qui se sont fixé pour mission partie de l’opposition, se dit clairement favorable « à LAURENT DE SAINT PÉRIER

L

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JEUNE AFRIQUE


RODRIGO ABD/AP/SIPA

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une intervention militaire internationale et arabe urgente ». Les discours pacifistes semblent n’avoir jamais atteint les oreilles du régime. Le fracas des armes pourrait-il lui faire entendre raison?

Croisade interventionniste

La question est à présent débattue en très haut lieu. À la mi-janvier, l’émir du Qatar demande l’envoi d’une force arabe. Le 23 février, le ministre saoudien des Affaires étrangères appelle à armer les rebelles. Le 5 mars, le sénateur républicain américain John McCain exige une action massive des forces américaines en se passant, si besoin, de l’aval du Conseil de sécurité. Deux jours plus tard, le général Dempsey, chef de l’état-major américain, indique que le président Barack Obama a demandé au Pentagone d’étudier des options militaires, bien que Washington repousse l’hypothèse d’une intervention prochaine et rejette totalement celle d’une action unilatérale. Des intellectuels de haut rang plaident aussi pour des opérations armées en Syrie, comme l’universitaire américaine Anne-Marie Slaughter, le philosophe français Bernard-Henri Lévy ou encore JEUNE AFRIQUE

l’Américain Shadi Hamid, directeur de recherche au Brookings Doha Center. Leur argument: on ne peut laisser faire en Syrie ce que l’on a interdit en Libye, le massacre d’une population civile. La communauté internationale a la responsabilitémorale de protéger les peuples. Il faut frapper les forces d’Assad comme on a frappé celles de Kaddafi. Tout du moins, le droit de l’opposition syrienne à la légitime défense doit être garanti par la livraison d’armes et la création de zones sanctuarisées. Le principe de l’ingérence humanitaire doit être appliqué en Syrie comme en Libye, par la force. Pour Shadi Hamid, par la voix du CNS, les Syriens eux-mêmes ont demandé l’action de l’Occident, ainsi parfaitement légitimée. Pour la majorité des « interventionnistes », la solution serait une campagne aérienne qui engagerait une forte composante arabe dans le cadre de l’Otan et sous la direction des États-Unis. Le but tactique: constituer des corridors humanitaires le long des frontières turque, jordanienne et libanaise. Celles-ci seraient défendues par l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne et, sur terre, par les insurgés de l’Armée syrienne libre (ASL). Les opposants y seraient en sécurité, comme l’ont été les opposants

€ Grièvement blessée, cette femme en pleurs A PERDU SON MARI ET DEUX DE SES

dans le bombardement de leur maison, à Idlib, dans le nord-ouest du pays. ENFANTS

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Maghreb Moyen-Orient libyens dans la région sanctuarisée de Benghazi. Les organisations humanitaires comme la Croix-Rouge pourraient enfin y secourir les civils, et l’existence de cesrefugesencourageraitdesdéfectionsmassivesde soldats et d’officiers. De plus en plus affaibli, Assad serait forcé de négocier la transition. Mais une action militaire alliée pourrait aussi avoir des objectifs moins humanistes. La Chine et la Russie accusent les Euro-Américains de nourrir des visées hégémoniques dans la région. De même, le Qatar et l’Arabie saoudite, fers de lance de l’offensive arabe contre Assad, n’agissent vraisemblablement pas au nom de la démocratie et des droits de l’homme, des notions très étrangères à ces monarchies. Comme le remarque Samir Frangié, « pour ces deux pays, le danger le plus pressant est l’Iran, et ils se sont rapprochés de la Syrie dans les années 2000 pour éloigner Damas de Téhéran ». En 2009, le roi saoudien Abdallah avait invité la Maison Blanche « à couper la tête du serpent » iranien, selon un câble diplomatique publié par WikiLeaks. Chercherait-il aujourd’hui à en écraser la queue syrienne ? À l’heure où l’islamisme politique triomphe dans le monde arabe, un axe sunnite mené par Riyad semble se dresser face à l’axe chiite Téhéran-Damas-Hezbollah. La chute d’Assad serait une victoire décisive pour l’Arabie saoudite dans cette guerre froide qui trouve en Syrie un terrain d’affrontement indirect.

Un remède pire que le mal

«LaSyrien’estpaslaLibye»,lançaitAlainJuppé,le ministre français des Affaires étrangères, au Conseil de sécurité, le 31 janvier. C’est le leitmotiv de ceux qui s’opposent à la perspective d’une intervention armée ou la considèrent avec d’infinies précautions. Martelant que l’Otan n’envisageait pas d’intervenir, son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, expliquait le 10 février: « La Syrie est ethniquement, politiquement,religieusementbienpluscompliquée que la Libye. » Le pays est aussi beaucoup plus densément peuplé et mieux défendu: la destruction de ses capacités antiaériennes exigerait des opérations d’une tout autre envergure et entraînerait des destructions et des pertes civiles très lourdes. Il n’est en outre pas envisageable que la Russie et la Chine, qui se sont senties trahies après avoir laissé voter la résolution du Conseil de sécurité sur la Libye, donnent à nouveau carte blanche pour des opérations militaires. Enfin, l’actualité libyenne ne plaide pas pour renouveler le scénario en Syrie. Opposée à l’option militaire, la présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Souhayr Belhassen, concède: « Nous étions favorables à l’établissement de couloirs humanitaires en Libye, mais, face à la déstructuration du pays, nous sommes désormais beaucouppluscirconspects.»Desoncôté,leComité international de la Croix-Rouge refuse l’amalgame militaro-humanitaire. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Ü BURHAN GHALIOUN, président du Conseil national syrien (CNS), lors de la conférence des Amis de la Syrie, à Tunis, le 24 février.

Autre différence, contrairement au Conseil national de transition (CNT) libyen, le CNS n’est reconnu comme représentant du peuple syrien que par la Libye, et sa légitimité est de plus en plus contestée. Le 13 mars, trois grandes figures de la coalition ont démissionné, dénonçant son inaction. Et une autre formation importante et mieux implantée sur place que le CNS, le Comité national de coordination pour le changement démocratique (CNCD), est hostile à une intervention extérieure. Haytham Manna, son représentant à l’étranger, dénonce ainsi « des surenchères médiatiques populistes qui affaiblissent l’esprit et le message de la révolution ». Contrairement à ce qu’affirme Shadi Hamid, une

JASON REED/AP/SIPA

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JEUNE AFRIQUE


MUZAFFAR SALMAN/AP/SIPA

Maghreb Moyen-Orient

opération internationale est loin de faire l’unanimité en Syrie. Et nombre de commentateurs affirment qu’elle ferait le jeu d’Assad. Maître dans l’art d’exporter l’instabilité, le dictateur syrien a en effet prévenu, fin octobre 2011, qu’une attaque étrangère déclencherait un séisme régional. Si le Hamas a pris ses distances avec le régime, ce dernier garde au Liban un précieux allié, le Hezbollah, qui n’hésitera pas à faire diversion par un déluge de roquettes sur Israël. Dans un contexte régional très tendu – regain d’activité du PKK en Turquie, aggravation des dissensions confessionnelles en Irak, offensive israélienne à Gaza et menaces de bombardement des installations nucléaires iraniennes –, les missiles de l’Otan pourraient faire basculer le Moyen-Orient dans une guerre incontrôlable. Le risque terroriste est enfin considéré avec une grande méfiance par les gouvernements occidentaux et régionaux. Al-Qaïda a déclaré la guerre à Damas, et de nombreux djihadistes sont venus se joindre aux combattants de l’ASL. Face à ceux qui, comme l’Arabie saoudite, préconisentdeslivraisonsd’armessophistiquéesaux insurgés, Hillary Clinton se demandait récemment: « Soutenons-nous Al-Qaïda en Syrie? »

L’intervention n’a-t-elle pas déjà commencé?

Une guerre secrète a peut-être déjà lieu sur le terrain. Le Qatar et l’Arabie saoudite financeraient l’achatd’armesparlesinsurgés.Le15janvier,l’agence iranienne Irib annonçait la découverte par les JEUNE AFRIQUE

€ KOFI ANNAN (au centre), envoyé spécial de l’ONU, lors d’une rencontre avec les chefs des différentes communautés religieuses de Syrie, le 11 mars, à Damas.

autorités syriennes de stocks d’armes israéliennes. Dès le 23 novembre 2011, Le Canard enchaîné croyait savoir que des services spéciaux français entraînaient des déserteurs à la guérilla urbaine en Turquie, et le Daily Star, tabloïd britannique, affirmait, le 1er janvier, que la CIA et le MI6 britannique opéraient en Syrie même. Si ces faits étaient avérés, ils ne signifieraient pas pour autant que les puissances occidentales sont prêtes à s’engager davantage. Luttant pour une difficile réélection en 2012, Barack Obama comme Nicolas Sarkozy rechignent à s’engager dans un conflit d’une tout autre envergure que la guerre libyenne, où l’on a craint un moment l’enlisement. Enfin, la dispersion de l’opposition place la communauté internationale face à un autre dilemme: à qui confier le processus de transition si le régime venait à être brutalement renversé? La nécessité d’une transition démocratique et pacifique conforte Washington et Paris dans le choix de privilégier les voiesdeladiplomatieetdessanctionséconomiques pour amener le régime syrien à négocier. Pour ostraciser un peu plus le président Assad et son clan, la FIDH milite pour une saisine de la Cour pénale internationale (CPI), une action également préconisée par Alain Juppé. Mais le dictateur paraît insensible aux injonctions internationales, comme l’ont démontré les échecs des missions de la Ligue arabe et, plus récemment, de celles de l’ONU conduites par Valerie Amos et Kofi Annan. Les hésitations et les divergences de la communauté internationale sur le dossier syrien jouent en faveur d’Assad en lui offrant un nouveau répit. Dans son dernier rapport sur la Syrie, l’International Crisis Group (ICG) appelle à mettre fin à la « cacophonie ». Pour l’ONG, la clé du dilemme syrien se trouve à Moscou. Il s’agit de convaincre le Kremlin de changer d’approche et de forcer son allié syrien à accepter un plan de transition. Mais le temps presse, et les possibilités de négociation s’amenuisent à mesure que le tyran regagne du terrain. Une solution pacifique doit être trouvée « maintenant ou jamais », titre le rapport d’ICG, à moins de s’engager dans un conflit à l’issue très incertaine ou de se résigner à la survie du régime « démocide » d’Assad. ●

Deux sons de cloche ð Les images de ce massacre imputé par Al-Jazira aux SOLDATS LOYALISTES ont été reprises par une chaîne prorégime, Dounia TV, qui l’attribue À LA RÉBELLION. La guerre de l’info, elle aussi, fait rage.

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Maghreb Moyen-Orient

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ð LE ROI MOHAMMED VI recevant Martine Aubry et Jean-Christophe Cambadélis en présence de son conseiller Taïeb Fassi-Fihri (à dr.), le 10 mars, à Rabat.

MAP

avec le nouveau gouvernement, « franc et direct ». La suite du programme avec les socialistes marocains, aujourd’hui dans l’opposition, est plus familiale. Aux militants de l’Union socialiste des forces populaires (USFP),Aubryconfiesonmalaise:«Lediscours de Dakar et le discours de Grenoble nous ont fait honte. Ce n’étaient pas des discours dignes de la France. » Avant de rencontrer des femmes du monde des affaires ou du secteur associatif. MAROC-FRANCE

Aubry prépare le terrain

HALAL. L’entrevue avec le roi n’était pas

prévue au programme officiel de la visite. Pour éviter d’essuyer un refus fâcheux, les La première secrétaire du Parti socialiste a porté la parole du socialistes français n’avaient pas demandé une audience royale. Mohammed VI a candidat François Hollande devant les Français du royaume. Et noué donc pris l’initiative d’inviter Martine des contacts précieux dans la perspective de l’alternance. Aubry dans son palais de Rabat. Ils se sont connus du temps où le jeune prince héritier était stagiaire à la commission ebout à un pupitre, martelant Après bain de foule et bises avec les Delors. La discussion s’amorce à bâtons pendant plus d’une heure son camarades, la star de la journée file se rompus. En présence de son conseiller soutien au candidat François reposer, laissant ses collaborateurs souffler diplomatique, Taïeb Fassi-Fihri, le roi a Hollande, la première secrédans un restaurant italien. Une véritable surtout évoqué la campagne présidentaire du Parti socialiste français, Martine logistique solidaire s’est organisée : des tielle. « Je ne comprends pas pourquoi le Aubry, s’est livrée au jeudumeeting électomilitants des sections de Casablanca et de halal fait débat », s’étonne-t-il, et relève raldèssapremièrerencontreavecsescomRabatetdessocialistesmarocainsgèrentle la fixation sur l’immigration. patriotes, le 10 mars, à Casablanca. Devant transport et l’hébergement. Aubry défend son parti : près de 500 militants et sympathisants La journée a été longue. La Résultats de la première secrétaire du PS réunis dans le théâtre de la Fédération des présidentielle de « Nous ne laisserons pas la droite nous entraîner dans œuvreslaïques(FOL),MartineAubryasuravait commencé sa visite 2007 au Maroc ce débat. » Entretien amical tout détaillé les propositions de Hollande par une rencontre avec le et satisfaction bilatérale. et défendu les valeurs de la gauche: égalité, chef du gouvernement islaDès le lendemain, la prejustice sociale, coopération. miste. La rencontre, à la fois mière secrétaire donnera Beaucoup de curieux étaient venus courtoise et peu protocotous les gages d’une pleine laire, se déroule au siège du tendre l’oreille pour en savoir plus sur entente avec Rabat, en cas parti. Abdelilah Benkirane des sujets concrets : frais de scolarité, d’alternance à l’Élysée. et Martine Aubry abordent accès aux soins, mariages mixtes, etc. Invitéedujournaltélévisédu la réforme constitutionnelle. « Nous ne sommes pas à Aubervilliers, NICOLAS SARKOZY soir de 2M, la responsable Aubry souligne son attachenos attentes sont différentes », souligne 6 583 voix (51,9 %) socialiste qualifie le plan ment à la parité. Benkirane Othmane, socialiste de cœur, mais qui a d’autonomie proposé par acquiesce et assure à son voté à droite en 2007 après la promesse SÉGOLÈNE ROYAL le Maroc de « solution la plus de gratuité de l’école. Cinq ans plus tard, invitée qu’elle était sa 6 111 voix (48,1 %) réaliste » pour résoudre le la salle semble en phase avec la dénonfavorite lors du congrès de SOURCE : SÉNAT conflit au Sahara. Quelques ciation du bilan et des propos du « préReims : « Vous ressemblez jours auparavant, le ministre beaucoup à Ségolène Royal. sident sortant ». Chaque attaque contre des Affaires étrangères et européennes, le « candidat d’en face », ponctuée par le Vous êtes toutes les deux des femmes. » Alain Juppé, avait défendu la même posiEt Martine Aubry de rétorquer : « C’est large sourire de l’oratrice, est vivement tion. Au plus haut niveau de l’État, on peut applaudie. Une fois seulement – elle s’en un peu comme si je disais que vous vous maintenant attendre sereinement l’issue excusera –, Aubry prononce le nom de ressemblez tous avec vos barbes. » On de la présidentielle française. ● Nicolas Sarkozy. « C’est bien, il nous faut évoque la sécheresse, qui inquiète le chef YOUSSEF AÏT AKDIM, prendre de la hauteur et refuser ce débat du gouvernement. Au final, la patronne envoyé spécial à Casablanca médiocre », approuve Isabelle. des socialistes apprécie ce premier contact

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JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient TUNISIE

Saïda Agrebi dans la nasse

Très proche de l’excouple présidentiel, l’ancienne toutepuissante patronne de l’Association tunisienne des mères a été interpellée à l’aéroport de Roissy, en France.

(ONFP), puis l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE), avant d’être élue députée en 1999. Lobbyiste hors pair, elle met à profit l’intérêt des organisations internationales pour des thèmes tels que la santé et les droits de la femme, la société civile ou l’immigration pour promouvoir le régime tunisien et se créer un solide carnet d’adresses. Quand elle fonde, igure influente du en 1992, l’ATM, Ben Ali a déjà régime Ben Ali, Saïda tourné le dos à l’ouverture Agrebi, dont l’interdémocratique. Le réseau de diction de sortie du l’ATM deviendra une tribune territoire n’avait pas été signipour la propagande du RCD, fiée à temps, a quitté légalepour lequel Saïda Agrebi ment la Tunisie le 30 juillet lève des fonds importants à 2011. Le tollé avait été tel que l’international. Entre deux le magistrat chargé du dosavions, elle ne perd pas de vue ses intérêts à Tunis et sier avait été dessaisi. Prise au dépourvu par la chute de Ben opère un judicieux rapproAli, Saïda Agrebi avait tenté, chement avec Leïla Ben Ali, en février 2011, de franchir dont elle saura flatter l’ego. une première fois les fronIntelligente et fourbe, elle tières tunisiennes, déguisée dénonce les manœuvriers en vieille handicapée. Le et se lie durablement avec 12 mars, elle a été interpellée le couple présidentiel, que ses à l’aéroport de Roissy (France) propos grivois et souvent vulen vertu d’un mandat d’arrêt gaires amusaient. Elle assume international et placée sous pleinement son rôle de bouffonne, en recueille les avancontrôle judiciaire avant une éventuelle extradition vers la tages, ne rate pas une fête, € « Il valait mieux être dans ses petits papiers, car elle était CAPABLE, PAR UN MOT, DE RUINER UNE CARRIÈRE », confie un ancien Tunisie. noue les intrigues de palais et membre de l’ex-parti au pouvoir. Pataude et grassouillette, sert si bien le système qu’elle devient, en 2009, membre du cette grand-mère de 67 ans, bureau exécutif du RCD. poursuivie pour malversations et abus permet de décrocher un master en santé publique à l’université de Berkeley qui Mais cette fidèle parmi les fidèles n’a dans sa gestion de l’Association tunisienne des mères (ATM), aurait pu servir la conduit à encadrer des programmes qu’un seul amour, son fils, qu’elle comble de modèle aux œuvres d’art grotesques de santé de la reproduction aux Étatsde cadeaux, souvent aux frais de l’ATM. Unis et en Jamaïque. Elle intègre ensuite chères à Néron, avec lequel elle partage Dépenses injustifiées, adhésions non l’Organisation arabe du traun sens inné du despotisme. Habile carvail (OAT) et y sera, jusqu’en riériste, elle a su profiter du système tout Ses propos grivois amusaient 1987, directrice du Bureau en terrorisant son entourage. « Il valait beaucoup le couple Ben Ali, de la femme arabe active. À mieux être dans ses petits papiers, car cette date, elle vouait déjà elle était capable, par un mot, de ruidont elle a su flatter l’ego. une amitié sans faille à Ben ner une carrière », confie un ancien du Ali, rencontré à Washington lors d’une répertoriées, falsification de bilan et nonRassemblement constitutionnel démocérémonie à l’ambassade de Tunisie, restitution de véhicules, telles sont les cratique (RCD), ex-parti au pouvoir. dans les années 1970. charges retenues contre celle que ses FIDÈLE. Originaire du Sud tunisien, Saïda De retour à Tunis, elle amorce son ennemis appellent « la sorcière » et qui Agrebi s’est hissée au sommet en jouant ascension dans l’ombre grandissante du symbolise si bien les dérives de l’ancien des coudes sans jamais déroger à son nouveau président. Elle dirige l’Office régime. ● objectif de réussite. Une bourse d’État lui national de la famille et de la population FRIDA DAHMANI, à Tunis HICHEM

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Maghreb Moyen-Orient

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ð « La population doit manifester PACIFIQUEMENT, et l’État éviter la répression systématique. »

VINCENT FOURNIER/J.A.

Pourquoi la Mauritanie peine-t-elle à être pleinement démocratique ?

MAURITANIE

Cheikh Saad Bouh Kamara « Le boycott des élections serait une erreur » Combattant de la liberté, ce sociologue résolument afro-optimiste appelle le pouvoir et l’opposition à faire des concessions réciproques dans l’intérêt de la démocratisation du pays.

P

rofesseur émérite de sociologie, le Mauritanien Cheikh Saad BouhKamara,68ans,est,depuis 1982, consultant international en développement. Il a notamment été vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de Mauritanie. Ce « combattant de la liberté », emprisonné plusieurs fois, est l’auteur de Afrique : espérance*, un essai dans lequel il présente les réussites africaines dans de nombreux secteurs du développement durable.

JEUNE AFRIQUE : Pourquoi avoir choisi d’aller à contre-courant de l’afropessimisme ? CHEIKH SAAD BOUH KAMARA : Dès

qu’il s’agit de l’Afrique, les médias mettent l’accent sur les guerres civiles, les attentats, les coups d’État ou les meurtres. Les initiatives qui fonctionnent sont malheureusement tues. J’ai alors décidé de lister toutes les actions positives du continent, tout en restant lucide. Quels sont vos motifs d’« espérance »

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s’agissant de la Mauritanie ?

Certains sont communs à l’Afrique, comme la jeunesse de la population, le grand marché de consommateurs, la fertilité des terres, les ressources humaines ou encore la fidélité de la diaspora. En Mauritanie, ils ont trait à la libéralisation de l’audiovisuel, à la scolarisation des petites filles, à la signature de la Convention de l’ONU contre les discriminations à l’égard des femmes ou encore aux récentes réformes constitutionnelles. Il sera désormais difficile de prendre le pouvoir autrement que par les urnes. Le pays a-t-il tourné la page en constitutionnalisant l’interdiction des coups d’État, mais aussi la criminalisation de l’esclavage et la multiethnicité de la nation ?

Je pense que c’est un mûrissement de la démocratie, lequel aboutira à la cohésion sociale et à l’unité nationale. Mais le processus est très long. Ces mesures en constituent le commencement et elles doivent impérativement être accompagnées par une réglementation efficace et une éducation citoyenne de sensibilisation.

Il ne faut pas oublier que nous venons de très loin. Après la colonisation, le parti unique et la naissance de l’État mauritanien avec le président Moktar Ould Daddah, nous avons vécu des années difficiles ponctuées par les putschs. Le seul président démocratiquement élu en 2007 [Sidi Ould Cheikh Abdallahi, NDLR] a été déposé un an plus tard par l’actuel chef de l’État, Mohamed Ould Abdelaziz. Enfin, entre ce dernier et une partie de l’opposition, le dialogue s’est malheureusement rompu. Quelles solutions proposez-vous pour sortir de cette crise avant les élections (dont la date n’a pas été fixée) ?

Chacun doit faire des concessions. L’État doit être davantage à l’écoute des revendications de ses opposants, allouer un financement aux partis politiques pour leur permettre de faire campagne et mettre en place une commission électorale transparente, composée de personnalités neutres. En contrepartie, l’opposition doit jouer son rôle et lutter pacifiquement, sans chercher à déstabiliser le pouvoir. Elle ferait une erreur en boycottant les élections, mais le pouvoir doit aussi tendre la main aux partis de la Coordination de l’opposition démocratique qui n’ont pas participé au dialogue national. Nous avons besoin de médiateurs pour sortir de l’impasse. Comprenez-vous la colère des Mauritaniens, notamment des jeunes ?

Leurs attentes sont très grandes et elles sont loin d’être satisfaites, en Mauritanie commeailleurs.Outrel’accèsàdesservices de base tels que l’eau ou l’électricité, ils demandent des emplois, une juste répartition des richesses et la cohésion nationale. Si elle veut que ses souhaits soient exaucés, la population doit continuer à manifester pacifiquement, mais l’État doit également faire des efforts pour éviter la répression systématique. Les jeunes peuvent porter haut et loin la démocratie, seul rempart contre l’instabilité. ● Propos recueillis par JUSTINE SPIEGEL

* Afrique : espérance, L’Harmattan Mauritanie, 202 pages, 21 euros JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient Affaires étrangères. Jusqu’ici, sa carrière diplomatique l’avait surtout menée aux États-Unis, où elle a travaillé pour les consulats d’Israël à Houston et à Chicago.

ISRAËL

Diplomatie positive En nommant une ambassadrice d’origine éthiopienne à Addis-Abeba, l’État hébreu adresse un message fort à sa communauté falasha, victime de discrimination.

ALIBI. « La décision de nom-

mer comme ambassadrice Belaynesh Zevadia, au-delà du fait qu’elle est une diplomate de talent, transmet un message important à la société israélienne, qui est actuellement aux prises avec la question du racisme envers nos frères d’Éthiopie, précise est ce qu’il convient le ministre des Affaires étrand ’a p p e l e r u n gères, Avigdor Lieberman, qui retour aux sources. a personnellement appuyé la Belaynesh Zevadia, candidature de Zevadia. Cette 43 ans, retrouve l’Éthiopie, son nomination est particulièrepays natal, vingt-sept ans après ment importante en ce sens : l’avoir quittée pour rejoindre la nous voulons lutter contre la discrimination. » À l’évidence, la Terre promise. Elle vient d’être nommée ambassadrice d’Israël diplomate sert aussi d’alibi aux à Addis-Abeba, devenant ainsi la autorités de l’État hébreu, qui première femme d’origine éthiopeinent à empêcher les manipienne à occuper un haut poste. festations d’hostilité contre € Modèle d’intégration réussie, BELAYNESH ZEVADIA est « Je suis honorée pour moi et ma cette communauté. Après aussi un exemple de dévouement pour sa communauté. famille, a reconnu la diplomate. que les autorités rabbiniques C’est la preuve qu’en Israël tout eurent tardivement reconnu le monde peut accomplir ses rêves, peu leur judaïté, les 120 000 Juifs éthiopiens dans l’opération Moïse, un vaste pont importe que l’on soit nouvel immigrant recensés aujourd’hui en Israël ont du mal aérien qui permettra l’exfiltration de ou Israélien de souche. » à s’intégrer. Confrontés au chômage et 8 000 Falashas via des camps de réfugiés Modèle d’intégration réussie, à la pauvreté, beaucoup vivent relégués au Soudan qu’ils avaient rejoints à pied, dans des villes de seconde zone, telle Belaynesh Zevadia est aussi un exemple souvent au péril de leur vie. Quelques de dévouement pour sa communauté. Kiryat Malachi. En janvier dernier, c’est années plus tard, Belaynesh Zevadia En 1985, quelques mois seulement dans cette localité du sud d’Israël que des décroche un master en études africaines après être arrivée d’un petit village de habitants avaient refusé de leur louer des à l’université hébraïque de Jérusalem, la province de Gondar, elle propose ses appartements. Des dizaines de milliers couronnant de brillantes études de services à l’Agence juive pour venir en d’Éthiopiens avaient alors manifesté à sciences politiques. Ambitieuse, elle aide aux nouveaux immigrants éthioJérusalem pour dénoncer le racisme. ● franchit un nouveau cap en 1993, quand piens. L’État hébreu est alors engagé elle intègre le ministère israélien des MAXIME PEREZ, à Jérusalem

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Maghreb Moyen-Orient ÉGYPTE-SUISSE

Il faut sauver le colonel Ghannam Réfugié politique à Genève, un opposant de Moubarak est interné depuis 2007 pour avoir refusé d’infiltrer les milieux islamistes. Kafkaïen !

«

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l s’est levé, il est sorti de sa cellule et s’est tenu à côté de la porte. Il a refusé d’y retourner tant que je ne sortais pas. Il a dû penser que j’étais un agent secret », raconte l’avocat Pierre Bayenet. C’est ainsi que s’est déroulée, le 2 mars, la seconde entrevue avec son client, le colonel égyptien Mohamed el-Ghannam, réfugié politique en Suisse depuis 2001. Expert de la lutte antiterroriste, l’ancien directeur du département juridique du ministère égyptien de l’Intérieur, 54 ans, est interné depuis 2007 à la prison suisse de Champ-Dollon. À l’origine de son arrestation, une altercation avec un inconnu qui l’aurait bousculé, le 15 février 2005, à l’université de Genève. Se sentant menacé, le colonel s’était saisi d’un couteau et avait menacél’homme,quiaffirmeracependant que Ghannam ne l’a pas touché. MANIPULATION. Environ un mois avant l’incident, Ghannam avait affirmé que les services de renseignements suisses l’avaient approché pour qu’il infiltre l’entourage de Hani Ramadan dans le cadre de l’opération Memphis (voir encadré), lancée en 2004. Il avait refusé. En octobre de la même année, Ghannam se serait fait violemment bousculer dans la rue par un inconnud’originesubsaharienne.Ilaporté plainte et informé les autorités suisses

SALVATORE DI NOLFI/EDIPRESSE

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! MOHAMED EL-GHANNAM, le 26 avril 2002, à Genève.

qu’il était par ailleurs l’objet de menaces de la part du gouvernement de Moubarak. Le rôle joué par les services de renseignements suisses dans cette affaire est pour le moins troublant : le 25 octobre 2005, la brigade de recherche et d’investigationspéciale,impliquéedansl’opération Memphis, a ainsi fait parvenir au Conseil de surveillance psychiatrique un rapport dans lequel elle affirmait que Ghannam avait « grièvement blessé » son adversaire lors de leur altercation à l’université. Pis, le 6 octobre 2005, le Service d’analyse et de prévention (SAP) de la police fédérale, également partie prenante dans l’opération Memphis, a adressé un courrier au substitut du procureur chargé du dossier Ghannam. La lettre, qui se réfère à des écrits attribués au colonel, indiquait

OPÉRATION MEMPHIS LE 23 FÉVRIER 2006, la Tribune de Genève révélait l’existence de l’opération Memphis, dont le but était d’infiltrer l’entourage de Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève. Le frère deTariq Ramadan s’était distingué en 2002 par des propos controversés sur la charia dans les colonnes du Monde. Choquées, les autorités suisses le licencient de son poste de professeur au sein d’un collège genevois, avant de le réintégrer en 2004 sur décision de justice. L’informateur, Claude Covassi, qui se dit converti à l’islam, affirme que les services secrets cherchaient à fabriquer de fausses preuves pour prouver l’implication du Centre islamique de Genève dans l’envoi de djihadistes en Irak. Des accusations démenties par une enquête parlementaire de 2007, T.G.G. qui a cependant confirmé l’existence de l’opération Memphis. ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

qu’il était susceptible de compromettre la sécurité de la Suisse. « Je ne peux que réitérer ma condamnation à l’encontre du gouvernement de croisés suisses et mon ennui face à son peuple extrémiste », aurait-il écrit. En conséquence, Ghannam a été temporairement interné dans une clinique psychiatrique. Le colonel a cependant développé devant la juge d’instruction un long argumentaire dans lequel il a expliqué quel sens il fallait donner à ses propos, commentant la traduction inexacte de l’arabe au français de certains termes. « Je ne suis pas contre les citoyens suisses normaux, mais contre quelques responsables suisses qui veulent cacher leur responsabilité à mon égard. J’ai l’intention d’agir en justice contre eux », avait-il par ailleurs précisé lors d’une audience en mai2006.«Commentcroirequ’unhomme qui a risqué sa carrière et sa vie ait pu écrire de telles inepties ? » se demande, de son côté, le journaliste Robert Fisk, qui a fait la connaissance de Mohamed el-Ghannam en 2000. À l’époque, le colonel était un des premiers à se dresser contre la corruption et l’autoritarisme du régime de Moubarak. En 1999, il a ainsi écrit dans une tribune que « la démocratie et la liberté ne s’obtiennent qu’au prix d’un long combat mené par les enfants du peuple […]. Quant à ceux qui ont l’illusion de croire qu’il faut attendre du dirigeant JEUNE AFRIQUE


Le médecin qui a établi le diagnostic n’a jamais rencontré le patient. Son état physique se dégrade aussi, il a beaucoup maigri […]. Je suis plutôt partisan d’un traitement en milieu hospitalier ouvert », a expliqué lors d’une audience le 10 janvier 2012 Ariel Eytan, responsable de l’unité de psychiatrie pénitentiaire. D’après le frère du colonel, le Parlement égyptien serait en train de faire pression sur le ministère des Affaires étrangères égyptien pour que Le Caire réclame sa libération. « Le milieu carcéral ne lui convient pas du tout, son pronostic vital est engagé, renchérit Me Bayenet. Il doit sortir de prison et être accueilli par sa famille. » Déclaré par la justice pénalement irresponsable, Ghannam est maintenu en détention depuis mars 2007, car, selon les autorités suisses, il souffrirait de « troubles délirants de persécution ». Le médecin qui a établi le diagnostic n’a cependant jamais rencontré le patient. « Quelques mois plus tôt, un premier praticien avait refusé d’effectuer l’expertise sans parler à mon frère, rappelle Ali el-Ghannam. Ce sont certains responsables suisses qu’il faudrait interner. » ● TONY GAMAL GABRIEL JEUNE AFRIQUE

Maghreb & Moyen-Orient

ISRAËL-PALESTINE QUAND LE HAMAS JOUE LES MÉDIATEURS

pour une organisation qui incarne depuis tant d’années la résistance palestinienne, survient au moment où semblent aboutir les discussions sur un gouvernement d’unité nationale avec le Fatah de Mahmoud Abbas. En outre, malgré le triomphe électoral des Frères musulmans en Égypte, le Hamas doit toujours composer avec les incertitudes régionales liées au Printemps arabe. L’abandon de sa base arrière en Syrie lui a valu les foudres deTéhéran, qui menace de lui couper ses financements… au profit du Djihad islamique. ●

Le mouvement islamiste palestinien serait-il devenu une force modérée au Proche-Orient ? Lors de la récente escalade militaire qui s’est produite autour de la bande de Gaza, ses brigades n’ont tiré aucune roquette sur l’État hébreu. Mieux, son chef, Mahmoud al-Zahar, est allé négocier un cessez-le-feu au Caire au nom de toutes les factions armées. Ce positionnement neutre, surprenant

MILICES LE CARTEL DE TRIPOLI L’hôtel Radisson de Tripoli a accueilli, le 13 mars, la rencontre marquant officiellement la création de l’Union des brigades des révolutionnaires de Tripoli, qui rassemble une cinquantaine de milices de la capitale. Présents à cette rencontre, le vicePremier ministre, Mustafa Abushagur, et le grand mufti de Libye, Sadeq al-Gharyani, ont exhorté les exrebelles de toutes les régions à se réunir aussi afin de faciliter la négociation avec le gouvernement transitoire sur les conditions de leur désarmement. RECHERCHE QUELQUES ATOMES DE PAIX Le site web de l’Unesco a annoncé, le 15 mars, que le centre Sesame sera financé à hauteur de 5 millions de dollars chacun par Israël,

GIANLUIGI GUERCIA/AFP

qu’il leur accorde une part de liberté et des miettes de démocratie, ils attendront toute leur vie ». La même année, il a refusé de fabriquer des preuves à charge contre des journalistes de l’opposition. « Lorsque je l’ai rencontré, il avait été suspendu du ministère de l’Intérieur. Il défendait le droit des chrétiens à construire librement des églises », se souvient Robert Fisk. La famille du colonel s’inquiète de son sort. « Mon frère a 54 ans, son avocat dit qu’il en fait 70. Qui me dit que c’est bien lui qui est détenu ? Qu’il n’est pas mort ou qu’il n’a pas été kidnappé ? Pourquoi refuse-t-on à sa famille le droit de le voir? » s’indigne Ali el-Ghannam, qui n’a jamais été autorisé à rendre visite à son frère depuis son internement. « Tout ce qui s’est passé dans cette affaire est incompréhensible, se désole Me Bayenet. Je pense que les services de renseignements ont fait une erreur, et ils essaient de la justifier en le maintenant en prison. » Aujourd’hui, la santé de Mohamed el-Ghannam s’est détériorée. « Il se replie de plus en plus sur lui-même et a de moins en moins de contacts avec le monde extérieur […].

Coulisses

! Manifestants tripolitains réclamant LE DÉPART DES MILICES ARMÉES, le 12 mars, devant le siège de l’Union des brigades des révolutionnaires.

l’Iran, laTurquie et la Jordanie. Cet accélérateur de particules, qui devrait entrer en fonction en 2015 dans la périphérie d’Amman et dont les expériences pourront servir dans de multiples domaines, de l’archéologie à la pharmacologie, sera le premier au Moyen-Orient. VIOL DUEL FATAL À LARACHE Un poète avait forgé l’expression « le

mariage est un duo ou un duel ». À Larache (nord du Maroc), Amina F. n’a connu que le second, avec la mort à la clé. Victime de mauvais traitements, la jeune fille de 16 ans s’est suicidée en avalant de la mort-aux-rats. Elle aurait été forcée de se marier avec son présumé violeur, sa propre famille voulant jeter un voile pudique sur le scandale. Un juge de la famille a même entériné l’arrangement en autorisant le mariage de la mineure. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Europe, Amériques, Asie

ÉTATS-UNIS

L’atout charme

d’Obama ’ C Dans un livre qui n’a pas forcément plu aux occupants de la Maison Blanche, Michelle apparaît comme la meilleure arme de Barack en vue de sa réélection.

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NICOLAS MICHEL

est une belle histoire, presque une romance d’aujourd’hui. Entourés d’un personnel nombreux, ils habitent une grande maison, élèvent leurs deux filles et tentent de changer en profondeur la première superpuissance mondiale. Lui s’appelle Barack, elle s’appelle Michelle. Il la surnomme tendrement « Flotus » JEUNE AFRIQUE


LESLIE E. KOSSOFF/NEWSCOM/SIPA

Europe, Amériques, Asie

! « FLOTUS » ET « POTUS », dans un restaurant de Washington, le 8 mars.

The Obamas, par Jodi Kantor, Little, Brown & Company, 368 pages, 17, 22 dollars. JEUNE AFRIQUE

En réalité, Michelle ne s’est pas plainte, mais (First Lady of the United States), elle lui donne son insatisfaction et sa volonté de peser sur les du « Potus » (President of the United States). choix de son mari se heurtent depuis le début à la Pour les services de sécurité, il est « Renegade » pusillanimité des conseillers du président. Barack, (« Rebelle »), elle est « Renaissance ». La vie n’est lui, se garde bien de dire à sa femme ce qu’elle pourtant pas toujours rose à la Maison Blanche. Attendus au tournant par leurs ennemis, observés doit faire ou ne pas faire… L’histoire confine à la par leurs amis, ils savent que le moindre de leurs caricature. Elle oppose un Barack réformateur, gestes sera analysé. diplomate, prudent et réservé à une Michelle Les Obama sont mariés depuis 1992. « Pour plus provocatrice, qui, si elle réduit souvent quelques mois encore, voire plus, ils sont aussi son rôle à celui de mom-in-chief (« maman en mariés avec nous », commente Jodi Kantor, la chef »), se présente aussi comme la gardienne du temple, attachée au respect des promesses journaliste du New York Times qui a enquêté sur le fonctionnement du couple depuis 2008. Son livre, du candidat Obama. The Obamas (Little, Brown & Company, 368 pages, 17,22 dollars), est une immersion dans le quotiSECRET DES DIEUX. Au-delà de l’image du couple amoureux et complice, ce qui émerge du livre, dien du pouvoir qui n’a d’autre limite que la porte c’est l’extraordinaire efficacité politique de leur de la chambre à coucher présidentielle. Entre petite et grande histoire, ragots, on-dit et déclaraunion. Dans le secret de ces dieux-là, difficile de tions officielles s’y mélangent. savoir comment les rôles se Comment le couple Obama distribuent. Ils écrivent à quatre pratique-t-il le pouvoir et la Michelle : « Barack n’est pas mains une version politique? Présupposé romand’abord un homme politique. tique de l’analyse : le premier C’est un militant communaude l’American Dream. taire qui explore la viabilité président noir de l’histoire des de la politique pour permettre le changement. » États-Unis est surtout un père et un mari. Barack: « Alors que je reçois quotidiennement l’avis de nombreux conseillers, à la fin de la journée, SOUS CONTRÔLE. Michelle a quant à elle vertec’est Michelle [sa conscience morale, son imparment réagi au contenu du livre. « C’est une image tialité] qui domine le brouhaha et me rappelle de moi que certains ont essayé de peindre depuis le pourquoi je suis là. » jour où Barack a annoncé sa candidature, à savoir que je serais une femme noire en colère. » Tandis Complémentaires, sexy et subtilement accordés, les Obama forment une machine de guerre que rien que Barack tentait tant bien que mal de respecter ne semble pouvoir arrêter. Ils réécrivent à quatre ses promesses de campagne, elle a essayé de faire mains une version contemporaine de l’American son nid de First Lady, cornaquée par un essaim de Dream à laquelle chacun peut s’identifier. conseillers. Femme de caractère qui n’apprécie pas forcément qu’on lui dicte une ligne de conduite, Stratèges, ils s’efforcent d’effacer les échecs par une communication millimétrée. La réforme de elle a dû accepter que tout soit contrôlé, de la (re) l’assurance maladie est vidée de sa substance ? décoration de la Maison Blanche à ses tenues Michelle lance une campagne de lutte contre vestimentaires, en passant par ses sorties. « La l’obésité (« Let’s Move »). Le Prix Nobel de la Paix pression qu’elle subit […] est plus forte que sur n’importe quelle autre première dame, car tout le envoie des soldats supplémentaires dans l’enfer afghan ? Michelle s’implique auprès des familles monde attend d’une femme noire qu’elle commette de militaires. Résultat, quand la cote de popularité une erreur », confie à Kantor l’un de ses interlocuteurs. Des erreurs, Michelle en a commis. Une de monsieur s’érode, celle de madame atteint des paire de baskets Lanvin à 515 dollars… Un voyage sommets, et le tout s’équilibre. pour un séjour de quatre jours en Espagne à bord Séduite par ce couple secret qui prétend vouloir préserver son intimité, Jodi Kantor ne creuse pas d’un avion facturé plus de 11 000 dollars l’heure… la question du marketing politique. Pourtant, Dans ses courriels, elle laisse passer quelques sur ce plan, la famille Obama, c’est de l’or en escarbilles de son mécontentement. Selon Kantor, barre. Professeur à l’Université de New York, le malaise a atteint son apogée lors de la paruDavid Yermack a démontré que chaque appation du livre Carla et les ambitieux, des Français rition publique de Michelle Obama provoque Michaël Darmon et Yves Derai. Selon les auteurs, une augmentation moyenne de 14 millions de Michelle aurait déclaré à Carla Bruni-Sarkozy dollars de la valorisation boursière des entreprises que la vie à la Maison Blanche était « un enfer ». ayant fabriqué les vêtements qu’elle portait. Sans Porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs présumer ni de leur sincérité ni de leur volonté a vite obtenu un démenti de l’Élysée, mais Valerie de changer l’Amérique, Renaissance et Renegade Jarrett, conseillère d’Obama et amie proche du n’ignorent pas à quel point leur union est vencouple, a alors suggéré que « Flotus » n’était pas deuse. La campagne électorale qui s’annonce en satisfaite. Réaction explosive de Gibbs : « Qu’elle apportera sans doute la preuve. ● aille se faire foutre ! » N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Europe, Amériques, Asie FRANCE

Michel Kazatchkine « Il n’y a pas d’action sans risque » Alors que le Fonds mondial contre le sida vient de fêter ses dix années d’existence, son directeur exécutif a démissionné le 16 mars. Il répond ici aux accusations de détournements de fonds et de mauvaise gestion portées contre l’institution.

M

édecinetchercheur,Michel Kazatchkine a consacré près de trente ans de sa vie à la lutte contre le sida. Cinq ans durant, il a notamment été le directeur exécutif du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme. À 65 ans, cédant aux pressions, il a choisi de démissionner. Quelques jours auparavant, il s’était confié dans un entretien exclusif. JEUNE AFRIQUE: Quel bilan dressez-vous de l’action du Fonds depuis sa création, il y a dix ans ? MICHEL KAZATCHKINE : En

2002, il n’y avait que quelques dizaines de milliers d’Africains sous traitement antirétroviral, et la tuberculose comme le paludisme étaient une fatalité. Dix ans plus tard, l’espoir est né. Il y a aujourd’hui 3,5 millions d’Africains sous antirétroviraux. On est passé de 0 % à 45 % de couverture. 55 % des femmes enceintes séropositives y ont aussi accès. La mortalité liée au sida a diminué de 25 % et le nombre des nouvelles infections a baissé de plus de 20 % depuis 2006, notamment en Afrique. Concernant le paludisme, 80 % des foyers situés en zone d’endémie sont équipés de moustiquaires. La mortalité a diminué de plus de moitié dans douze pays parmi les plus touchés, grâce aussi à l’arrivée en 2004 de traitements à base d’artémisinine. Quelle part représente l ’A fr iq u e d an s l es p ro grammes de subventions ?

Environ 60 % des investissements du Fonds lui sont N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

consacrés, c’est une constante. Grâce aux 14 milliards de dollars qui lui ont été versés, la situation y a complètement changé. Les cas de détournements de subventions signalés sur le continent au cours des dernières années ont-ils pesé sur votre décision de démissionner ?

On a beaucoup parlé de quatre cas récents de malversations, en Mauritanie, au Mali, en Zambie et à Djibouti [34 millions de dollars de subventions détournées, NDLR]. Or les alertes ont toujours existé et notre transparence est absolue.

Je pense qu’il y a eu quelque chose de vicieux dans la façon dont les faits ont été présentés. Cela dit, les cas de fraudes constituent un des facteurs qui ont contribué à ma démission. Ils ont terni l’image de l’institution et servi les adversaires de l’aide au développement. Ce n’est pas la première fois que la gestion du Fonds est mise en cause. Comment y remédier ?

Depuis sa création, le Fonds a déboursé plus de 22 milliards de dollars. Comment imaginer que cela puisse se faire sans risque ? Les pays ont pris leurs responsabilités, à l’exemple de la Mauritanie, qui a remboursé intégralement au Fonds l’argent détourné. Quant à l’accusation de gestion laxiste, le Fonds n’est qu’un intermédiaire. Ce n’est pas lui qui est responsable de la façon dont l’argent est dépensé au Mali ! Acceptons un seuil de risque dans l’action. Urbain Olanguena Awono a été incarcéré en mars 2008 dans le cadre de l’opération Épervier de lutte contre la corruption. Depuis, vous avez à plusieurs reprises affiché votre soutien à l’ancien ministre camerounais de la Santé…

VINCENT FOURNIER/J.A.

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Au moment de son incarcération, j’ai indiqué dans un communiqué que je ne disposais d’aucun élément établissant son implication dans des affaires de détournements de subventions. Je n’ai jamais eu aucune preuve de ces malversations, ce que j’ai répété lors d’une conférence de presse au JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie Cameroun, en mai 2010. À titre personnel, je m’inquiète que, depuis trois ans, il soit maintenu en détention sans jugement. Début janvier, l’hebdomadaire Marianne vous a accusé d’avoir versé des sommes conséquentes en faveur des activités philanthropiques de Carla Bruni-Sarkozy. Cela a-t-il été l’un des motifs de votre départ ?

Je le démens avec force. Carla BruniSarkozy s’est engagée dans une campagne que nous avons menée en 2010, « Born HIV Free ». Dans ce cadre, elle m’a demandé de confier la réalisation d’images à des producteurs avec lesquels elle avait l’habitude de travailler. En tant que directeur exécutif du Fonds, j’avais le droit de passer de tels contrats sans appels d’offres, à condition de les justifier, ce qui a été fait. Aucun versement n’a contourné les procédures en vigueur. Je suis attristé par l’amalgame que certains ont voulu

Le Fonds n’est qu’un intermédiaire. Il n’est pas responsable de la façon dont l’argent est dépensé.

FRANCE : PRÉSIDENTIELLE 2012

La campagne côté cour et côté J.A. La Corrèze et le Zambèze

F

rançois Hollande a-t-il été piqué au vif par l’académicien Jean-Christophe Rufin ? Dans Jeune Afrique (no 2668), l’ancien ambassadeur de France au Sénégal se déclarait, non sans raison, incapable de dire si le candidat socialiste pouvait faire mieux que l’actuel chef de l’État en matière de politique africaine : « Il n’a délivré jusqu’ici ni discours programmatique ni propositions concrètes », écrivait-il. De fait, l’élu de Tulle, Philippe Perdrix dont le tropisme africain est proche de zéro, semble avoir fait sienne la vieille formule du journaliste Raymond Cartier, dans les années 1950 : « La Corrèze avant le Zambèze. » « Il fallait s’y attendre », commente, non sans amertume, un familier des cercles socialistes. En ces temps de crise européenne et d’angoisses franco-françaises, l’Afrique n’est pas un enjeu. En clair, elle ne rapporte pas de voix.

C’est donc uniquement la nomination comme administrateur général de Gabriel Jaramillo, un banquier brésilien, qui est à l’origine de votre décision ?

Reste qu’en cas de victoire François Hollande va bien devoir impulser (pour les plus optimistes) ou bricoler (pour les plus circonspects) un projet, à défaut d’une vision. En 2006, Nicolas Sarkozy avait prononcé à Cotonou un prometteur et flamboyant discours. On sait ce qu’il advint par la suite des promesses de rupture, perdues corps et biens dans les entrelacs des réseaux de la Françafrique remontant jusqu’à l’Élysée. Mais cette allocution béninoise aura au moins constitué une balise permettant d’évaluer les changements de cap ultérieurs. Cette fois, rien. On fouille, on cherche, et on trouve difficilement sur le site de la Fondation Jean-Jaurès un sympathique essai, Quelle politique africaine pour la France en 2012 ?, deThomas Mélonio, spécialiste Afrique du Parti socialiste qui figure dans le pléthorique organigramme du candidat. Quant au think-tankTerra Nova, la boîte à idées du PS, il propose la tenue d’« états généraux » consacrés à l’aide au développement et « la fin de la parité fixe » du franc CFA avec l’euro. Cette note est signée d’un pseudonyme. C’est dire l’emballement suscité par ces sujets au sein d’un état-major de campagne au casting problématique.

Propos recueillis par FANNY REY

Le « Monsieur Afrique » de Hollande, KofiYamgnane, fut ministre sous Mitterrand. Depuis, il hésite entre une rente politique en France et un destin présidentiel hasardeux auTogo. Les origines algériennes de Kader Arif, son « Monsieur Coopération », inciteraient à croire que ces questions ne lui sont pas étrangères. Mais ses communiqués sibyllins sur le Sénégal démontrent le contraire. Quant au candidat, il a prononcé le 11 mars un discours sur la défense nationale. Résultat : un paragraphe sur l’Afrique dans lequel on apprend que, là-bas, « se joue aussi une part de l’avenir du monde ». « Je souhaite faire de la France, conclut Hollande, un partenaire présent avec l’ensemble des nations africaines », avant de promettre, bien entendu, « une coopération débarrassée des formes anciennes héritées de la période postcoloniale » et un changement des relations « avec certains régimes ». Et si l’ambassadeur Rufin signait une deuxième tribune ? ●

faire, en n’hésitant pas à y impliquer une personnalité, l’action du Fonds et, indirectement, des malades, qui n’ont vraiment pas besoin de ce genre de presse.

C’est effectivement le motif principal de ma démission. C’est une question de principe. Je n’accepte pas qu’une personne prenne des responsabilités au Fonds sans avoir de comptes à rendre au directeur exécutif. Cela aurait créé une sorte de pouvoir bicéphale, et je ne vois même pas comment nous aurions pu nous répartir les responsabilités. Je pense que le conseil d’administration a fait le choix de me soumettre à une pression telle que je ne pouvais pas prendre une autre décision. Mais c’est bien moi qui l’ai prise. ● JEUNE AFRIQUE

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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

! EN ALGÉRIE, les détracteurs de l’artiste lui reprochent d’alimenter les clichés sur les Arabes.

Lamine Lezghad Presque impeccable Humoriste et comédien, le Franco-Algérien a délaissé une carrière d’ingénieur pour se lancer dans le one-man-show. Avec un second degré qui ne passe pas toujours…

C

ASSANT SUR SCÈNE, compatissant dans la vie. Si Lamine Lezghad se moque du public pendant tout son spectacle, il l’attend tout de même à la sortie pour échanger mots et embrassades. Ce rituel, c’est un véritable besoin. Avec attention, il écoute les suggestions de ses fans. « C’est de Lamine ou du charbon ? » lui demande un petit garçon en montrant un crayon. Cette blague, il ne la reprendra peut-être pas, mais il félicite tout de même le jeune comique.

Né à Bab el-Oued, Lamine Lezghad est le fils d’un commandant de bord de la marine marchande qui partait souvent en déplacement avec sa mère et sa sœur tandis qu’il était confié à ses grandsparents, à Alger. Le comédien évoque cette période comme un moment de liberté qui a pris fin lorsque la famille N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Lezghad est allée vivre en France. Le premier changement de voie de sa vie… Aujourd’hui âgé de 31 ans, l’humoriste a déjà exploré plus d’un monde. Il était sur la bonne voie pour devenir ingénieur quand il a abandonné les mathématiques, leur préférant l’écriture et la comédie. « Au départ, j’avais choisi de me faire une bonne petite place, dit-il. Mais, à peine diplômé de l’École supérieure nationale des ingénieurs de Limoges, j’ai constaté que je m’ennuyais. J’avais besoin d’autre chose. » Lors de sa dernière année d’études, Lezghad joue avec une troupe d’improvisation. La comédie, au fond, est la seule chose qui l’intéresse. Pourquoi ne pas se lancer? Il quitte donc Limoges pour s’installer à Paris. Professeur de maths la journée, il devient élève le soir et prend des cours de théâtre au Studio 77 (aujourd’hui Comédie Nation). Il joue surtout dans

des vaudevilles et améliore sa pratique de l’improvisation. Sa sélection pour l’émission On n’demande qu’à en rire, de Laurent Ruquier, diffusée sur France 2, le convainc de se tourner vers l’humour. Le public va le découvrir chaque semaine à la télé. Sa carrière est lancée. Aujourd’hui, Lamine Lezghad joue son premier one-man-show auThéâtre le Temple, à Paris. Le titre, Impeccable!, se veut à son image. Dans la vie comme au théâtre, le comédien vise la perfection, au risque d’en perdre son naturel. À force de se glisser dans la peau de personnages hauts en couleur, Lezghad semble effacé lorsqu’il redevient luimême. Plus réservé, moins exubérant, il se coupe la parole tout seul de peur d’être trop bavard. Mais devant un public, le comique est une pile électrique, il danse, grimace et improvise. Sur scène, c’est plus simple, « il n’y a pas besoin de réfléchir ». Encore que… En Algérie, certains admirateurs le réclament depuis des mois, mais il a aussi ses détracteurs, qui lui reprochent JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

C’est vrai que le comédien a parfois tendance à verser dans les lieux communs. Dans son show, il se convertit à toutes les religions et adopte toutes les nationalités. Impeccable! est un véritable tour du monde humoristique, dans lequel on rencontre son père, tellement lent qu’il le soupçonne d’être à moitié antillais, un Chinois d’Algérie devenu plus maghrébin que l’humoriste lui-même ou encore un médecin arabologue spécialiste de la « désarabisation », prescrivant des traitements à base de charcuterie et de vin. « J’aime bien l’humour pseudo-raciste. Je veux dédramatiser, explique-t-il. Il y a un tel niveau d’islamophobie, aujourd’hui, qu’on a l’impression d’être devenus une maladie. Je veux en finir avec cette image. » « C’est le Gad Elmaleh de la nouvelle génération. » La comparaison n’est pas anodine, car elle est signée Jimmy Lévy, un ponte dans le milieu comique. C’est lui qui a produit le célèbre humoriste, mais aussi Dany Boon et Elie Semoun. Lamine Lezghad part ainsi avec toutes les chances de son côté, mais il lui faudra rivaliser avec le grand nombre d’humoristes jouant la carte de la diversité. Lui n’a pas, pour l’heure, l’impression d’être catalogué comme artiste maghrébin jouant pour des Maghrébins. Sûr de lui? Pas toujours. Effrayé à l’idée que « tout retombe », il affirme: « Je veux tout essayer, j’aimerais faire du cinéma, de la comédie musicale… Enfin, il faudrait que j’apprenne à chanter. Parce que si j’aime ça, ça ne veut pas dire que je sache le faire ! » Pas si impeccable, finalement. ●

INDE

La guerre des héritiers Lors des élections régionales dans l’Uttar Pradesh, Akhilesh Yadav, fils d’un vieux routier de la politique locale, a fait mordre la poussière à Rahul, celui de Sonia Gandhi.

À

l’issuedesélectionsrégionales (8 février-3 mars), Akhilesh Yadav (39 ans) est devenu le plus jeune chef du gouvernement de l’Uttar Pradesh, l’État le plus peuplé de l’Inde (200 millions d’habitants). Il est le fils de Mulayam Singh Yadav, qui dirigea la province à trois reprises. Relativement discret jusque-là, le jeune Yadav a pris tout le monde au dépourvu par la vigueur et le caractère progressiste de sa campagne. Cela s’est traduit par un raz-de-marée pour le Samajwadi Party (SP, d’obédience socialiste), la formation fondée par son père il y a vingt ans. Grâce à un discours axé sur le développement et la modernisation, il a réussi à changer l’image du SP, qui, il n’y a pas si longtemps, rejetait l’informatique et l’usage de l’anglais ! Il a aussi réussi à reconquérir la minorité musulmane (18 % de la population de l’État), qui avait déserté le SP après son alliance avec les intégristes hindous. Reste que le principal exploit de Yadav est d’avoir réussi à détrôner Mayawati, chief minister sortante et pasionaria des intouchables, dont la popularité a souffert de diverses affaires de corruption. La presse indienne a beaucoup commenté son face-à-face avec Rahul Gandhi,

héritier de l’illustre dynastie NehruGandhi, qui a personnellement dirigé la campagne du Parti du Congrès dans l’Uttar Pradesh, sans réussir à galvaniser les foules. Le parti au pouvoir à New Delhi n’obtient en effet que 38 sièges dans la nouvelle assemblée régionale, contre 224 pour le SP. Une débâcle qui risque de ne pas être sans conséquence sur les prochaines législatives nationales, en 2014. Le rêve des congressistes de voir Rahul reprendre les rênes du pouvoir des mains de Manmohan Singh, le Premier ministre octogénaire, qui souhaite se retirer de la politique active, a du plomb dans l’aile. INEXPÉRIENCE. En dépit de sa popula-

rité, Yadav Jr. risque de se heurter à de sérieuses difficultés. Son inexpérience en matière de gestion fait craindre le retour du système mafieux qui avait fini par gangrener l’Uttar Pradesh et fut la cause de la défaite du SP en 2007. Par ailleurs, il aura du mal à tenir sa promesse de distribuer gratuitement des ordinateurs portables à tous les jeunes en fin d’études secondaires. Or, dans un État où 40 millions d’électeurs ont moins de 30 ans, on ne déçoit pas impunément les attentes de la jeunesse. ● TIRTHANKAR CHANDA

Ü SUPPORTEURS DU SAMAJWADI PARTY (SP) célébrant leur victoire aux élections régionales dans l’Uttar Pradesh, le 6 mars à Lucknow.

RAJESH KUMAR SINGH/AP/SIPA

d’alimenter certains clichés sur les Arabes. L’un de ses sketchs, parodiant le clip Thriller de Michael Jackson, a suscité de violentes réactions. Dans la mise en scène de Lezghad, le chanteur ne se transforme pas en monstre, mais en Arabe qui terrorise une comédienne jouant le rôle de Marine Le Pen, accompagné d’une femme voilée, d’un épicier et d’un homme en djellaba…

AMINA BOUMAZZA Photo : VINCENT FOURNIER/J.A.

Impeccable !, jusqu’au 28 avril, Théâtre le Temple, 18, rue du Faubourgdu-Temple, 75011 Paris. JEUNE AFRIQUE

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CHINE

Femme de gay, dur métier! 80 % des homosexuels se marient pour échapper à la pression sociale. Leurs épouses – elles sont environ 24 millions – vivent un véritable calvaire. Mais elles commencent à s’organiser.

d’homosexuels chinois, on estime qu’au moins huit sur dix sont mariés. Comme Xiao Mi, les épouses se retrouvent souvent désespérées, mais refusent de divorcer par peur du regard des autres. « Que diraient mes parents et mes amis s’ils apprenaient que je me suis mariée avec un gay sans même le savoir ? » « Je comprends que, pourcesfemmes,cesoitdifficileàaccepter, explique Geng Le, qui dirige une association à Pékin. Je leur conseille de divorcer, parce qu’être gay ce n’est pas un choix, nous ne pouvons pas changer. »

VÉRONIQUE DURRUTY/LE DESK

TABOU. Mais divorcer n’est pas si simple.

O

n les appelle les tongqi, les femmes de gays. Des épouses de seconde zone, qui n’ont souvent découvert que tardivement l’homosexualité de leur mari. « Quand j’ai trouvé des mots d’amour d’un autre homme dans ses courriels, je suis tombée des nues, explique Xiao Mi, 28 ans. Je ne voulais pas y croire et je lui ai demandé de me dire que ce n’était pas vrai, qu’il n’était pas homosexuel, mais il m’a tout avoué. Il m’a promis de changer, mais au fond je sais bien qu’il ne m’a jamais

aimée. » Le couple continue pourtant de faire bonne figure et de partager un appartement cossu, à Pékin. Mais rien ne sera plus comme avant. « Je n’ai plus confiance, assure la jeune femme. Je ne connaissais rien à l’homosexualité avant cette histoire, ce ne sont pas des choses dont on parle beaucoup en Chine. » La question d’une éventuelle légalisation du mariage homosexuel ne se pose même pas ici. La piété filiale oblige la plupart des hommes à avoir des enfants. Sur les 30 millions, voire davantage,

En Chine, où l’homosexualité reste un sujet difficile à aborder, être mariée avec un gay ne constitue pas une cause acceptable de divorce. En revanche, vivre seul est très mal vu. Dans les grandes villes comme Pékin, Shanghai ou Canton, les choses sont quand même en train de changer. Des associations ont vu le jour, comme Pink Space, qui offre des conseils et une aide psycholo" BOUTIQUE gique aux 24 millions DE PHOTOGRAPHE de tongqi. Même la À TIANJIN, télévision nationale dans le nord CCTV a consacré du pays. au phénomène, en début d’année, une émission intitulée « De la part de la vie ». Une façon de dédramatiser ces situations, même si la question du sida était omniprésente dans les débats. « La solution serait sans doute une meilleure acceptation des gays dans la société chinoise. Il ne faut plus que les gens nous voient comme des personnes malades ou différentes. Si nous pouvions vivre notre sexualité plus librement, il n’y aurait pas de problème », conclut Geng Le. ● STÉPHANE PAMBRUN, à Pékin

LE STYLE, C’EST L’HOMME MÊME SI LA QUESTION DE L’HOMOSEXUALITÉ reste un sujet vis-à-vis duquel la société chinoise continue de se montrer réticente, on note depuis une dizaine d’années une nette évolution, notamment de la part des autorités. C’est en août 2005 que le magazine Huanqiu (« Globe »), propriété de la très officielle agence Xinhua, a consacré pour la première fois sa couverture à la communauté gay sans fustiger ni mettre à l’index ses membres. Quelques semaines plus tard, la prestigieuse université Fudan de Shanghai a ouvert un cours sur l’homosexualité considérée d’un point de vue sociologique. Les quelque 30 millions d’homosexuels se sentent désormais moins isolés, malgré le regard encore sévère d’une partie de la population. Ils disposent même d’un magazine ayant pignon sur rue. Derrière ses couvertures plutôt neutres, comme la dernière, consacrée aux acteurs du film Sherlock Holmes, Men’s Style propose des suppléments très suggestifs qui en font la première publication gay du pays. ● CLAUDE LEBLANC N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

! LE MAGAZINE MEN’S STYLE, première publication gay du pays. JEUNE AFRIQUE


LE PLUS

de Jeune Afrique

PANORAMA Un si lourd héritage

59

TRIBUNE André Lewin, ancien ambassadeur de France PORTRAIT Mohamed Saïd Fofana, dans l’ombre du patron MINES Bras de fer dans le Simandou

GUINÉE

Condé à l’épreuve

YOURI LENQUETTE

Quinze mois après l’investiture d’Alpha Condé, les réformes s’engagent et la croissance repart, timidement. Reste à passer le premier test démocratique, celui des législatives, prévues en juillet.

JEUNE AFRIQUE

N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


Nous construisons la GuinĂŠe avec vous


Le Plus de Jeune Afrique

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Prélude François Soudan

L’État, c’est lui

Q

UINZE MOIS D’EXERCICE du confiance entre une opposition dont les pouvoir et une copie rendue à leaders se surveillent mutuellement et laquelle les examinateurs metun chef d’État dont l’ego n’est pas mince traient volontiers une mention s’est traduite jusqu’ici par l’incapacité à organiser dans le consensus des élections bien, n’étaient-ce les incertitudes du calendrier politique… Sur le plan écolégislatives, clé essentielle d’un apaisement susceptible d’attirer les investisseurs nomique, le bilan d’Alpha Condé est étrangers et la pleine coopération de encourageant (lire le décryptage d’Alain Faujas, p. 87) et les institutions de Bretton l’Union européenne. Se tiendront-elles le 8 juillet, comme l’indique la Commission Woods, avec lesquelles la Guinée a renoué, ne sont pas les dernières à le reconnaître. électorale indépendante ? Et, dans ce L’intégrité, la bonne volonté, le patriocas, déboucheront-elles sur une majorité tisme – si ce n’est la méthode – sont désorde la coalition au pouvoir ou sur une mais au pouvoir à Conakry après des cohabitation à hauts risques ? Rien n’est décennies de prédation militaire : il fauencore sûr. drait être aveugle pour ne pas s’apercevoir du changement. Le carnet de commandes Ce qui l’est, par contre, c’est que les social, lui, demeure toujours aussi rempli quinze mois écoulés auront permis de voir en termes d’urgences (eau, électricité) et à l’œuvre un opposant au pouvoir, avec d’exigences, notamment salariales, toutes ce que cet exercice inédit pour la Guinée légitimes et presque toutes insatisfaites comporte de surprises et d’aléas. Plus que à court terme. Mais au moins l’inflation jamais, Alpha Condé est un président est-elle rigoureusement combattue, tout comme le Alpha Condé est un président qui sont les monopoles d’imporconcentre beaucoup, contrôle tout, tation – de riz notamment – et la grande corruption. À et n’a confiance qu’en lui-même. l’image d’Alpha Condé luimême, l’État se veut modeste : il est vrai qui concentre beaucoup, contrôle tout, qu’en Guinée l’ostentation, même en délègue peu et n’accorde sa confiance qu’à lui-même. On peut le comprendre : la surpériode de pillage et de gaspillage, n’a jamais été vraiment de mise. Sur le plan vie de son parti et l’issue de son combat, extérieur enfin, l’activisme présidentiel quand il était dans l’opposition, furent commence à porter ses fruits : tant au à ce prix, et la dépréciation des valeurs, niveau régional qu’au sein de l’Union l’effondrement moral étaient tels lorsqu’il a accédé au pouvoir qu’il était très difficile africaine, la Guinée existe de nouveau. de trouver des cadres intègres, compétents et patriotes sur lesquels s’appuyer. Mais en Pourtant, le bilan politique de cette attendant le « Guinéen nouveau », il faut première session, marquée entre autres bien faire avec le Guinéen d’aujourd’hui. épisodes par l’attaque de la résidence Contrairement à beaucoup de ses pairs, présidentielle, œuvre d’un commando dont l’identité, les motivations et les comCondé ne s’économise pas, ce qui en soi manditaires demeurent flous, est lui plutôt mérite qu’on le relève. Attention toutefois décevant. L’absence d’un minimum de à l’infarctus du pouvoir ! ●

PANORAMA Un si lourd héritage p. 62 TRIBUNE André Lewin, ancien ambassadeur de France p. 69 PRÉSIDENCE Le cabinet du professeur Condé p. 70 GOUVERNEMENT Saïd Fofana, dans l’ombre du patron

p. 73

MAJORITÉ Trop de couleurs pour l’Arc-en-Ciel ?

p. 80

OPPOSITION Entente cordiale

p. 83

INTERVIEW Mamadi Condé, administrateur général des grands projets p. 88

PORTS Nouveau cap pour le PAC

p. 90

MINES Bras de fer dans le Simandou

p. 92

MÉDIAS La voix de son maître p. 94

JEUNE AFRIQUE

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Le Plus de Jeune Afrique

REUTERS/LUC GNAGO

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PANORAMA

Un si lourd ANDRÉ SILVER KONAN,

À l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, en décembre 2010, la situation sociale et économique était désastreuse. Les réformes s’engagent, les investisseurs reviennent, la croissance repart. Mais tout reste à faire.

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P

envoyé spécial

ort autonome de Conakry, début 2012. Oyé Guilavogui, ministre des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l’information, entouré de cadres et d’officiels de haut rang, accueille avec force sourires et applaudissements le commandant du navire qui transporte le câble sous-marin Africa Coast to Europe (ACE), un JEUNE AFRIQUE


Condé à l’épreuve

niveau des infrastructures du pays. Car, en Guinée, cinquante-quatre ans après l’indépendance, l’accès à l’électricité comme à l’eau courante fait encore figure de luxe. Quinze mois après l’investiture d’Alpha Condé, le 21 décembre 2010, les chantiers pour le développement du pays sont aussi nombreux que divers. FAILLITE. L’actuel locataire de Sékoutoureya,

héritage don de la Banque mondiale, qui, l’an dernier, a mis à disposition du pays 34 millions de dollars (26 millions d’euros) pour l’installation de la fibre optique. Sous d’autres cieux africains, cette livraison ne mériterait pas le déplacement d’un ministre. À Conakry, ce petit pas pour réduire la fracture numérique est un grand événement. De même que tous les signes avant-coureurs de la mise à JEUNE AFRIQUE

le palais présidentiel, a hérité d’une situation sociale, économique et politique désastreuse. Quand il a pris les rênes du ð À CONAKRY, pays, le taux d’inflation était de près du 21 % et les réserves de change, marché de presque épuisées, équivalaient Madina. à quinze jours d’importations. Sous la pression des dépenses militaires, pendant les deux années de transition du capitaine Moussa Dadis Camara puis du général Sékouba Konaté, celles de l’État guinéen avaient doublé, creusant le déficit budgétaire jusqu’à 13 % du PIB. Le pays avait accumulé d’importants arriérés intérieurs et extérieurs : de 36 millions de dollars avant le décès de Lansana Conté, en 2008, ils avaient grimpé à 375 millions de dollars en 2010. Dans le même laps de temps, la masse monétaire était passée du simple à plus du double, de 4 727,2 milliards à 10 367,9 milliards de francs guinéens (GNF) (de 498 millions à plus de 1 milliard d’euros)… Une faillite économique, couplée à une gouvernance politique chaotique, qui avait contraint les institutions de Bretton Woods à rompre avec le pays. Que faire dans un État où tout est à (re)faire, ou presque, et où tout est prioritaire ? « Pendant cette première année, a déclaré Alpha Condé le 20 décembre, il nous a fallu poser les fondations d’un véritable État de droit, d’une ● ● ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Le Plus de J.A. Guinée UN REDÉMARRAGE TIMIDE PIB (en milliards de dollars, en prix courants, éch. de gauche) 5

Croissance (variation du PIB, en %, en prix constants, éch. de droite)

4,9

4,2

4

5 4

4 3

4,6

4,5

4,6

5

4,6

3 2

2

1,9

1

1 0

2008

0

* Prévisions

– 0,3 2009

2010

2011*

–1

2012*

POPULATION 10,6 millions d’habitants, dont 35 % d’urbains

SUPERFICIE 245 857 km2

INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS

PIB PAR SECTEUR

# &((" 382 millions de dollars # &((2 141 millions de dollars # &('( 303 millions de dollars

# /-$!.$-% 29,6 % # ,%+01).$-% 32,6 % # *%-*$.$-% 37,8 %

UNITÉ MONÉTAIRE franc guinéen (GNF)

INFLATION 18,4 %

Parité au 1.3.2012 : 1 euro = 9 660,16 GNF ; 1 dollar = 7 188,90 GNF ; 1 F CFA = 14,09 GNF

Le pays est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), mais pas de la zone franc. Les autorités réfléchissent à un rapprochement progressif avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Quelle place par rapport à ses voisins ? PIB 2011 (en milliards de dollars, en prix courants)

Côte d’Ivoire Sénégal Mali Guinée Sierra Leone Liberia Guinée-Bissau

23,8 14,7 11 4,6 2,1 1,2

0

1

5

10

15

20

25

Investissements directs étrangers (en millions de dollars, en 2010)

Côte d’Ivoire Guinée Liberia Sénégal Mali Sierra Leone Guinée-Bissau

418 303 248 237 148 36

0

PIB par habitant (en dollars, en 2011)

Sénégal Côte d’Ivoire Mali Guinée-Bissau Guinée Sierra Leone Liberia

1 096 1 049 796 586 438 347 258

0 200 400 600 800 1000 1200

155e 170e 175e 176e 178e 180e 182e

100 200 300 400 500

Investissements (en % du PIB, en 2011)

Sierra Leone Sénégal Mali Guinée Côte d’Ivoire Guinée-Bissau Liberia

Développement humain (rang sur 187 pays classés)

Sénégal Côte d’Ivoire Mali Guinée-Bissau Guinée Sierra Leone Liberia

9

57,7 31,5 20,4 18,1 10,8 10,4

0

NC

10 20 30 40 50 60

Climat des affaires (rang sur 183 pays classés)

Sierra Leone Mali Liberia Sénégal Côte d’Ivoire Guinée-Bissau Guinée

141e 146e 151e 154e 167e 176e 179e

SOURCES : FMI, SEPT. 2011 ; BANQUE MONDIALE, OCT. 2011 ; PNUD, NOV. 2011 ; CNUCED JUILL. 2011 ; ECONOMIST INTELLIGENCE UNIT

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● ● ● administration plus performante et du retour de notre pays sur la scène internationale. Tout au long de cette année, nous avons dû faire des choix difficiles et prendre des initiatives audacieuses. »

CONFIANCE. Autrement dit, le chef de l’État a

opté pour des réformes structurelles, souvent radicales. L’une des premières a été l’unicité des caisses de l’État – jadis dispersées, notamment entre le Trésor, les ministères de souveraineté et la présidence –, afin de sécuriser les recettes publiques. Pour réduire le déficit budgétaire, le président Condé a gelé et audité les marchés publics signés pendant la transition militaire, mis un terme aux marchés de gré à gré et, pour encourager les investissements, il a créé l’Agence de promotion des investissements privés (Apip), ainsi qu’un guichet unique pour les formalités de création d’entreprise. Le gouvernement s’est également attaqué à la réforme du secteur minier (lire pp. 90-91), pilier de l’économie, représentant 85 % des recettes d’exportation. L’ensemble des contrats miniers a été revu et, en septembre dernier, un nouveau code minier a été adopté qui doit permettre, d’une part, d’accélérer le développement des mines longtemps restées dormantes et, d’autre part, d’assurer des revenus plus importants à l’État, aux entreprises et aux Guinéens. Ces mesures ont-elles fait accourir les investisseurs en Guinée ? Rien n’est moins sûr. Elles ont

La Banque africaine de développement a fourni en 2011 un appui budgétaire de 30 millions de dollars. tout de même eu le mérite de redonner confiance aux partenaires du développement. Les institutions de Bretton Woods et autres partenaires multilatéraux ont tous renoué avec le pays. En 2011, la Banque mondiale lui a ainsi accordé un appui budgétaire de 78 millions de dollars pour faire face aux arriérés de dettes et a mis à sa disposition quelque 200 millions de dollars pour différents chantiers. En 2012, elle prévoit de dégager 75 millions de dollars supplémentaires pour divers projets de développement, dont 27 millions pour les services de base (eau, assainissement, électricité, santé…), 18 millions pour le secteur de l’énergie, 20 millions pour l’agriculture et 10 millions pour les réformes administratives. L’an dernier, la Guinée a par ailleurs bénéficié d’un appui budgétaire de 30 millions de dollars de la Banque africaine de développement (BAD), ainsi que de la négociation d’une facilité de crédit rapide (FCR) avec le Fonds monétaire ● ● ● JEUNE AFRIQUE


AG en République de Guinée Fondé en 1948, à Belo Horizonte, au Brésil, le Groupe ANDRADE GUTIERREZ est, aujourd’hui, l’un des plus grands groupes privés d’Amérique Latine, Brésil et Amérique du Sud, qui opère dans les secteurs d’activité suivants: Génie Civil; Télécommunications; Production et Distribution d`énergie; Concessions d’Infrastructures Publiques; Financement de projets. Dans sa remarquable position devant les sociétés du BTP au Brésil, ANDRADE GUTIERREZ (AG) a acquis au cours de plus de 60 années d’expérience, des qualifications techniques et une expertise dans le domaine du BTP qui sont reconnues à travers le monde, notamment dans les projets de barrages, centrales thermiques, centrales nucléaires et raffineries. ANDRADE GUTIERREZ, qui compte avec plus de 650 projets réalisés, organise et réalise des projets d’infrastructures de grande dimension, dans plus de 30 pays, en Amérique, en Europe, en Afrique, en Asie et au Moyen Orient. En 2010, le Chiffre d’Affaires du Groupe AG était de US$ 10,3 milliards. Avec près de 200 000 Collaborateurs, le Groupe suit une stratégie de création d’affaires, de qualité, de croissance à long terme, d’intégration dans la communauté, de valorisation et de développement de la force de travail locale et d’engagement dans l’équilibre environnemental.

AG relève des défis de toute sorte grâce aux compétences qui lui sont reconnues, notamment par l’utilisation de technologies de pointe et de méthodes de construction innovantes, ainsi que par l’excellence de sa logistique. L’entreprise fournit de la main-d’oeuvre qualifiée, elle offre des solutions innovantes et respecte les délais établis pour la réalisation des ouvrages, outre la mise en œuvre de son Système de Management Intégré (SMI) mis en oeuvre dans 100% de ces chantiers qui sont ainsi soumis aux règles les plus rigoureuses des normes en vigueur. Il s’agit là d’un aspect déterminant pour l’obtention des excellents résultats dans la réalisation des projets. En 1983, ANDRADE GUTIERREZ a débuté ses activités sur le continent africain. Elle est à l’heure actuelle présente en Angola, en Ghana, en Gabon, en Algérie, au Cameroun, en Libye, en Mauritanie, au Mali, au Mozambique, en Guinée Équatoriale, en République du Congo, en République Démocratique du Congo et en République de Guinée. Les barrages, les ports, les routes et autoroutes, les lignes de métro, les aéroports, les ponts et les viaducs sont quelques-uns des ouvrages réalisés par AG dans les pays africains.

En République de Guinée, ANDRADE GUTIERREZ compte actuellement 1528 Collaborateurs, dont 1 447 locaux et 81 expatriés. Le Groupe est entrée dans ce pays lors de la réalisation du projet d’aménagement et bitumage de l’axe urbain Belle Vue Hamdallaye et, actuellement, il compte dans son portfolio les projets suivantes: L’aménagement et bitumage de la route Sérédou-N’Zérékoré-Lola, la Réhabilitation de la route KissidougouGuéckédou-Sérédou, le Lot 01 Matoto – Enta de la Route à 2X2 Matoto – Dabompa et la Réhabilitation de la voie ferrée du Transguinéen; les voiries ville de N’zérékoré, Macenta, Lola; les routes de Lola Boussou, Gogota N’Zo à la frontière de la Côte d’Ivoire, et la réhabilitation de la route Sérédou N’Nzérékoré Lola que AG a réalisé en 1995. Le Groupe ANDRADE GUTIERREZ tient à participer à la modernisation du pays qui traverse une excellente phase de croissance. Recruter et former la main-d’œuvre locale, ainsi que, établir des liens de proximité avec la communauté locale sont des aspects qui caractérisent le mieux la manière d’être du Groupe dans les pays dans lesquels il s’établit. Il en est ainsi en République de Guinée où le Groupe AG souhaite continuer à investir. La République de Guinée est un pays qui possède un potentiel énorme dans lequel ANDRADE GUTIERREZ souhaite embrasser de nouveaux projets.

Compétences sans frontières. Voie Ferrée du Transguinéen

Boulevard Hamdalaye-Bellevue

www.agsa.com.br | www.zagope.pt


EDG

Le défi de l’électricité

Effectué en janvier 2010, un diagnostic a révélé de graves problèmes dans la production et la distribution de l’électricité en Guinée. Enjeu majeur du programme de changement du professeur Alpha Condé, la fourniture de l’électricité en Guinée est aujourd’hui une question cruciale pour laquelle le gouvernement du chef de l’État guinéen a pris des mesures et engagé un vaste programme de réhabilitation de la production thermique et hydraulique ainsi que de la production et du transport de l’électricité. QUATRE QUESTIONS AU COORDONNATEUR DE LA SOCIÉTÉ EDG, ABDOULAYE KEITA

➤ Pourquoi la gestion de l’électricité reste-t-elle encore un sujet crucial en Guinée ? La cause est entendue. Il s’agit d’un secteur vital de notre économie et nous nous sommes engagés à sortir d’un déficit chronique, issu de la gouvernance énergétique passée, qui pèse sur le développement économique de notre pays. Comme vous le savez, en Guinée l’électricité est produite par les centrales thermiques installées à Tombo (Conakry), par les centrales hydrauliques : Les Grandes chutes, Donkea, Baneah à Kindia, Garafiri à Mamou, Kinkon à Pita, Tinkisso à Dabola, Lofa à Macenta et Samankou à Télimélé, ainsi que par les générateurs installés dans certaines préfectures. Toutes ces unités connaissaient des difficultés. ➤ Les barrages hydrauliques semblaient connaitre les mêmes difficultés, quelles sont les mesures prises aujourd’hui ? Le G2 de Donkea a été réparé par les

➤ EDG s’active également pour régulariser le système de transports et distribution Nous avons réhabilité les 14 pylônes vandalisés entre Donkea et Grandes chutes; cette réparation a permis d’évacuer sur le réseau interconnecté 15 MW qui peuvent alimenter 12 quartiers de Conakry. Ce travail, d’un coût de 500 000 euros, est effectué par l’entreprise française Ineo qui travaille sur la réhabilitation de la ligne entre Grandes chutes et Matoto, sur financement d’un fond de la Cedeao. Avec le financement de la Banque africaine de développement et de la Banque islamique de développement, nous travaillons sur la réhabilitation du réseau électrique de distribution et de modernisation Ratoma-Matoto, dans un délai d’exécution de 12 mois, avec l’entreprise allemande RMT. ➤ L’électrification rurale est aussi au cœur des nouveaux projets EDG Grâce à un financement de la Banque mondiale, nous activons le projet PAESE (projet d’amélioration de l’efficacité

énergétique). Le contrat est conclu avec la société allemande RMT pour ce réseau de distribution dans le centre de Kaloum, les travaux en cours pourraient être achevés dans 12 mois. L’autre partie du chantier concerne l’intérieur du pays, avec un financement de l’Inde, pour le projet capital régional destiné à l’installation des groupes thermiques de 3,5 MW (Nzérékoré, Kankan, Faranah), pour reconfigurer le réseau de distribution de 6 à 30 KW et en faire un réseau moderne. EDG s’est dotée de transformateurs pour ces différentes capitales. A Boké, nous consacrons des efforts pour la réhabilitation de tout le réseau, moderniser le système moyenne et basse tension. Aujourd’hui, sur l’ensemble du pays, de manière générale, le taux de desserte s’est largement amélioré, presque du simple au double…

EDG Immeuble Cherif Diallo BP 1463 - CONAKRY - GUINÉE www.edg-guinee.com

MESSAGE

Un U besoin de 230 mégawatts de consommation aux heures de pointe, alors qu’aux heures normales, la machine de l’ensemble du réseau interconnecté tourne avec une capacité de 160 mégawatts, telle semble être l’équation à résoudre pour la compagnie Electricité de Guinée (EDG).

techniciens guinéens, ceci a sensiblement amélioré le taux de desserte. Nous évoluons vers l’acquisition d’une nouvelle capacité de production électrique avec le projet de Kaleta qui va doter, d’ici 48 mois, la Guinée d’une capacité énergétique de 240 MW, projet estimé à un coût total de 246 millions de dollars (repartis entre les partenaires extérieurs dont Eximbank Chine et 25 % de part à l’État guinéen). Il y a également des appels d’offres pour la réalisation de quatre micro barrages, un par région naturelle, le barrage de Zegbela en Guinée forestière (16 MW), celui de Kogbedou sur le fleuve Milo (16,5 MW) en Haute Guinée, le barrage de Touba (16 MW) en Moyenne Guinée et le barrage de Daboya sur le Samou (fleuve de Basse-Guinée) (3,5 MW).


Condé à l’épreuve international (FMI), et espère atteindre dans le courant de cette année le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).

La cohésion, du provisoire au long terme

VITESSE SUPÉRIEURE. Pour Mohamed Touré,

Malgré le manque de moyens, les coprésidents de la Commission de réconciliation commencent à écouter les victimes des événements qui ont ensanglanté le pays.

●●●

secrétaire général du Parti démocratique de Guinée (PDG, fondé par son père, Sékou Touré) et membre de l’Alliance Arc-en-Ciel (mouvance présidentielle, lire p. 78), le bilan est positif. « D’où nous venons, explique-t-il, on ne peut qu’apprécier certains grands développements qui ont été faits en l’espace d’un an, notamment la réforme courageuse de l’armée. » L’opposition, elle, voit les choses autrement. Faya Millimouno, l’un des porte-parole du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition (opposition radicale, lire p. 81), estime que « le bilan est plus que négatif, d’autant que le gouvernement ne fait que poursuivre les rares travaux qui avaient été suspendus, pour certains depuis quatre ans. Il n’y a toujours pas d’électricité ni d’eau courante, alors qu’Alpha Condé l’avait promis. Et, sur le plan politique, nous assistons à un début d’autoritarisme ». Il n’empêche, après avoir gagné le pari du retour de son pays sur la scène internationale, le chef de l’État entend bien passer à la vitesse supérieure cette année. Sa politique de relance de l’économie est axée sur de grands travaux (lire pp. 86-87) : réalisation du chemin de fer Conakry-Bamako, extension des ports de Conakry et de Kamsar, construction des ports de Matakan et de Benty, du barrage hydroélectrique de Foumi, etc. Les projets ne manquent pas. Reste à les réaliser, avec le soutien des bailleurs de fonds, qui s’intéresseront de près à la transparence des prochaines élections législatives. Initialement prévues le 29 décembre 2011, elles devraient finalement avoir lieu le 8 juillet 2012, comme l’a annoncé Loucéni Camara, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), le 1er mars, sous réserve de validation par le chef de l’État. Reste à savoir si tous les partis voudront y prendre part. ●

M

ise en place miCommission, les deux guides août 2011 par religieux ont écouté des victimes, décret présidentiel, qui se sont rendues individuella Commission prolement ou en groupe soit auprès visoire chargée de la réconciliation de Mgr Coulibaly, qui les a reçues nationale (CPCRN) peine à définir dans son bureau à l’archevêché un calendrier de travail. Deux difde Conakry, soit auprès de l’imam ficultés majeures ralentissent son Camara,quiofficiedanslamosquée avancée: son caractère provisoire et Fayçal, la plus grande de la capitale. l’absence d’un véritable budget de fonctionnement. Cela n’empêche FEUILLE DE ROUTE. Certains cependantpasl’archevêqueVincent Guinéens attendent que les deux Coulibaly et l’imam Saliou Camara, prélats proposent la création d’une les coprésidents de la CPCRN, de commission spéciale d’enquête sur se mettre au travail, en adoptant une L’archevêque et l’imam ont démarche fondée sur adopté une démarche fondée la prière et l’écoute. sur la prière et l’écoute. Même si, en Guinée, il n’y a eu ni génocide ni guerre civile, les deux hommes tous les événements sanglants qui veulent s’inspirer de l’expérience ont entaché l’histoire du pays. Et Dieu sait qu’il y en a eu. Vrais et faux du Rwanda, où ils se sont rendus. « Nous partons de notre foi pour tracomplots, assassinats et purges au vailler dans le domaine de la réconcamp Boiro, pendaisons sous Sékou ciliation, explique Mgr Coulibaly. Touré, répressions meurtrières de révoltes militaires ou civiles sous Ensuite, nous partons de la culture africaine. Nous sommes africains. LansanaConté,massacredu28sepNos ancêtres ont eu des conflits, tembre 2009 sous Moussa Dadis mais ils trouvaient des moyens pour Camara… La Commission doit s’asseoir sous l’arbre à palabres et publier très prochainement une feuille de route qui, les Guinéens discuter, trouver un consensus. » l’espèrent, ne sera pas provisoire. ● Pendant les quatre premiers A.S.K. mois de fonctionnement de la

Du décès de Conté à l’avènement de Condé

• 22 décembre 2008

Décès de Lansana Conté, à la tête du pays depuis 1984. Le 23, le capitaine Moussa Dadis Camara se proclame président.

• 28 septembre 2009

L’armée réprime une manifestation au stade de Conakry, tuant 157 civils.

• 3 décembre 2009

Tentative d’assassinat de Dadis Camara. Le 5,

JEUNE AFRIQUE

le général Sékouba Konaté prend l’intérim.

• 15 janvier 2010 Accord

de Ouagadougou, qui ouvre période dee ttransition. ransition ion la pér

• 19 avril 2010 Adoption

de la nouvelle Constitution par le Conseil national de transition. Promulguée le 7 mai, elle ramène la durée du mandat présidentiel de 7 ans à 5 ans renouvelable une fois.

• 27 juin 2010 Présidentielle.

Cellou Dalein Diallo (43,69 % des suffrages) et Alpha Condé (18,25 %) se qualifient pour le second tour.

• 7 novembre 2010 Alpha Condé est élu président (52,52 %). Il est investi le 21 décembre.

• 19 juillet 2011 Attaque

d’un commando contre la résidence privée d’Alpha Condé à Conakry. Le lendemain, 37 militaires sont arrêtés.

N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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4E PROJET EAU DE CONAKRY

n 2010, la population de la ville de Conakry est estimée à 3 603 914 habitants et son besoin en production d’eau potable est de l’ordre de 263 000 m3/jour. La capacité de production existante étant de 164 500 m3/j, il se dégage un déficit de 98 500 000 m3/j. En l’an 2026, la population atteindra 5 783 224 habitants. À cet horizon, les besoins de production d’eau potable seront de 524 000 m3/j. Pour couvrir ces besoins, il y a lieu de procéder au renforcement des capacités de production, de transport, de traitement, de stockage et de distribution à hauteur de 340 000 m3/j, dans le cadre du 4E PROJET EAU DE CONAKRY.

Consistance des travaux prévus au 4E PROJET EAU DE CONAKRY

• La construction d’une station de traitement d’eau complète (décantation, filtration et désinfection) de 340 000 m3/ jour à Yessoulou y compris deux bâches de stockage d’eau traitée de 8 000 m3 chacune. Cette station sera la première en Afrique au regard de sa capacité et de sa technologie de pointe ; • La fourniture et la pose de deux conduites en Fonte Ductile aux diamètres DN 1 400 mm à 900 mm de transport d’eau traitée entre la nouvelle station de traitement d’eau de Yessoulou et Conakry sur environ 27 km y compris le raccordement en route des réservoirs de cimenterie, de Sonfonia et de Simbaya ; • La construction de huit (8) nouveaux réservoirs de stockage d’eau traitée en ville d’une capacité totale de 90 000 m 3 à Manéah, Gomboyah, Kagbélen, Baïlobayah, Simbaya, Koloma et à l’Aviation ;

PREMIÈRE PHASE Renforcement des capacités de production, de transport, de stockage et distribution d’eau potable pourla ville de Conakry. Les travaux physiques prévus de cette première phase sont : • Les études techniques détaillées de toutes les composantes physiques du Projet ; • L’aménagement d’une prise d’eau brute au barrage de Kalé ; • La fourniture et la pose de deux conduites en Fonte Ductile DN 1200 mm de transport d’eau brute entre le barrage de Kalé et le site de Yessoulou sur environ 65 km ;

Vue du siège de la SEG.

• La construction d’une route bitumée sur 7 km entre Kouria et le Site des stations de traitement d’eau de Yessoulou. Il est prévu que l’ensemble des travaux de cette première phase soit exécuté dans un délai global de 36 mois.

DEUXIÈME PHASE Extension du réseau de distribution et réalisation de 205 000 nouveaux branchements. Les travaux physiques prévus de cette deuxième phase sont : • La fourniture et la pose de 30 km de réseau primaire ; • La fourniture et la pose de 1300 km de réseaux secondaires et tertiaires en vue de la couverture des nouvelles zones du Grand Conakry et la désinfection du réseau existant ; • La fourniture et la pose de dix (10) nouveaux réducteurs de pression ; • La réalisation de 204 000 branchements de type social et de 270 bornes fontaines ; • La construction des logements des travailleurs de Yessoulou ; • La construction d’une clôture de protection du site de Yessoulou.

Impact du 4E PROJET EAU DE CONAKRY

Visite de chantier du ministre Papa Koly KOUROUMA et du coordinateur général de la SEG Mamadou Diouldé DIALLO.

Vue du siège de la SEG.

Le 4e projet Eau de Conakry une fois réalisé, permettra d’une part de résorber le déficit d’eau persistant depuis 2001 et d’autre part de garantir la desserte continue en eau potable des populations de Conakry et périphérie sur une période de 15 ans.

Le décanteur de l’usine du lac de Sonfonia.

Une vue du lac de Sonfonia.

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR

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PROJET DE RENFORCEMENT DU SYSTEME D’ALIMENTATION EN EAU POTABLE DE LA VILLE DE CONAKRY


Condé à l’épreuve

TRIBUNE

Opinions & édittoriaux

J’ai réconcilié la France et la Guinée

D ANDRÉ LEWIN Ancien ambassadeur de France en Guinée (1975-1979), collaborateur de Jeune Afrique

ANS LES DERNIERS JOURS DE 1978, Jeune Afrique me faisait l’honneur de me consacrer sa couverture, où je figurais en pleine page avec les présidents Sékou Touré et Giscard d’Estaing. Et la flatteuse appréciation: « André Lewin, l’homme qui a réconcilié SékouTouré et la France ». Cela n’a pas plu à tout le monde. Aussitôt, je fus vilipendé comme complice du sanguinaire Sékou Touré et, trente ans plus tard, cela dure encore. Il y a quelques années, l’écrivain militant Tierno Monénembo, Prix Renaudot 2008, invité par ma compagne Catherine Clément à l’Université populaire du Quai-Branly, qu’elle dirige, accepta l’invitation avant de se désister, simplement parce qu’elle partageait la vie du complice du tyran. Récemment, un blogueur écrivait: « Il faut empêcher ce Lewin-là de revenir en Guinée. » Mon crime? Il est terrible. En effet, j’ai réconcilié la France et la Guinée.

Nommé représentant personnel du secrétaire général de l’ONU, dont j’étais le porte-parole (de 1972 à 1975), je n’avais aucune idée préconçue sur la mission qui m’attendait: sortir des geôles de Sékou Touré un maximum de personnes emprisonnées. Cela ne se fit pas en un jour. Il me fallut faire preuve de fermeté, de diplomatie, d’expertise et de patience.Après de longs mois de négociations, mon action a permis la libération d’une cinquantaine de prisonniers politiques et, du coup, a enclenché la normalisation des relations entre la Guinée et la France. Les deux nations étaient au plus mal depuis la visite à Conakry, le 25 août 1958, du général de Gaulle, impressionné et agacé par le brio de l’orateur qui l’accueillait, un Syli (« éléphant ») déjà en boubou blanc, un Sékou Touré formé au syndicalisme et passé par le Parlement français. Même si, dix ans plus tard, de Gaulle fit montre d’une passion pour l’indépendance (« Vive le Québec libre! »), il quitta Conakry fort mécontent. La Guinée fut la seule colonie d’Afrique de l’Ouest qui vota négativement au référendum du 28 septembre 1958. Elle le paya fort cher et pendant fort longtemps. La rancune du général s’acharna sur le pays colonisé qui avait osé lui résister. Mauvais dès l’indépendance, les liens diplomatiques entre la France et la Guinée étaient inexistants

depuis 1965. La normalisation des relations et la libération des prisonniers français, le 14 juillet 1975, conduisirent le président Giscard d’Estaing à me nommer ambassadeur à Conakry fin 1975. Il manifestait ainsi son désir de rompre avec la politique gaullienne. Mais, à l’étonnement général, lorsque, des années plus tard, je publiai une biographie de DialloTelli sous le titre La Fin tragique d’un grand Africain, l’ouvrage fut préfacé par Siradiou Diallo, alors rédacteur en chef de Jeune Afrique, un Peul éminent et un adversaire déterminé de SékouTouré. Dans sa préface, Siradiou Diallo lui-même commençait par s’étonner de l’objectivité de mon travail, compte tenu de ma supposée « complicité » avec l’assassin de DialloTelli. Enfin, je soutins à l’université d’Aixen-Provence une thèse sur SékouTouré, parue en huit volumes aux éditions L’Harmattan. Sans la justifier le moins du monde, je voulais expliquer la politique du leader guinéen et, surtout, comprendre un mystère: comment un homme si doué, capable de conduire son pays à l’indépendance, avait-il pu se transformer en paranoïaque aux actions d’une insoutenable cruauté, comme la

Seule colonie d’Afrique de l’Ouest à voter non au référendum de septembre 1958, elle le paya fort cher et pendant fort longtemps.

JEUNE AFRIQUE

diète noire ? Ce mystère dépasse le sort de la Guinée; c’est une question, hélas, universelle. Plus d’un demi-siècle après la proclamation de l’indépendance, le peuple guinéen continue à souffrir des conséquences négatives de ces événements, résultats des politiques franchement caractérielles des uns et des autres, alors que tout, qualités humaines, qualifications personnelles, talents oratoires, intelligence des situations, permettait d’imaginer un avenir prometteur que même la politique coloniale n’avait pas compromis. Alors qu’Alpha Condé, ancien opposant de Sékou Touré, cinquième président et premier dirigeant guinéen démocratiquement élu, a accédé il y a quinze mois à la tête de l’État, il serait désastreux que cette chance ne soit pas saisie pour permettre enfin à ce peuple talentueux, à ce pays si richement doté par la nature, de justifier les espoirs que le monde place en lui. ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Le Plus de J.A. Guinée PRÉSIDENCE

Le cabinet du professeur Condé

N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

VINCENT FOURNIER/J.A.

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lpha Condé n’a pas un cabinet pléthorique, ce dernier ne comptant en effet « que » 42 membres – directeurs, conseillers spéciaux, conseillers techniques, chargés de mission, intendants et secrétaires compris. L’homme fort en est incontestablement Kabinet Sylla, intendant général de Sékoutoureya, le palais présidentiel, qui voit le chef de l’État quotidiennement. « Bill Gates », comme on le surnomme, a fait fortune dans l’import-export et il est connu pour avoir été l’un des financiers du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) quand le parti était dans l’opposition. Au deuxième étage du Petit Palais de Kaloum, où se trouve son bureau, il passe au crible toutes les dépenses du gouvernement. Raison pour laquelle il n’est que très modérément apprécié par certains ministres, qui se plaignent de lui auprès du chef de l’État. Le tout-puissant Mohamed Diané, secrétaire administratif et numéro deux du RPG, est quant à lui réputé avoir permis au parti de survivre en l’absence de son chef (lorsque Alpha Condé était en prison ou en exil), et personne n’a été surpris que le premier décret de nomination du président Condé l’ait désigné comme directeur de cabinet. Le conseiller en communication du chef de l’État, le journaliste Rachid N’Diaye, directeur de publication du mensuel panafricain Matalana, côtoie Alpha Condé depuis vingt-trois ans, sans jamais avoir milité au RPG. Il s’occupe plus particulièrement des relations avec les médias internationaux et pilote l’équipe chargée de la communication nationale au sein du bureau de presse de la présidence. Le groupe, très restreint, des chargés de mission, se résume à une camarade de lutte de longue date, Aïssata Sinafakhè Sylla, et au neveu du chef de

VINCENT FOURNIER/J.A.

Outre les fidèles de longue date, le chef de l’État s’est entouré de personnalités qui l’ont rejoint peu avant son élection et ont gagné sa confiance.

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€ De g. à dr., de haut en bas, KIRIDI BANGOURA, MOHAMED DIANÉ, AÏSSATA SINAFAKHÈ SYLLA, ET RACHID N’DIAYE.

l’État, Mohamed Lamine Condé. Très proche de son président d’oncle, dont il a partagé l’intimité pendant longtemps en France, il est considéré comme l’ombre de celui-ci. RALLIÉS. Le secrétaire général de la pré-

sidence, François Lonsény Fall, avec lequel le président discute de dossiers techniques et de politique nationale, et Alpha Ibrahima Keïra, son conseiller diplomatique, font partie des membres du cabinet avec lesquels Alpha Condé s’entretient le plus régulièrement. Ministre des Affaires étrangères pendant deux ans (juin 2002-février 2004) et Premier ministre pendant deux mois (février-avril 2004), François Lonsény Fall, candidat à la présidentielle de 2010 du Front uni pour la démocratie et le changement (Fudec, 0,46 % des suffrages au premier tour) a rallié l’Alliance Arcen-Ciel au second tour. Et le Fudec a fusionné avec le RPG mi-janvier dernier. Proche de Lansana Conté, dont il était le beau-fils, Alpha Ibrahima Keïra, leader du Parti républicain (PR) et candidat à

la dernière présidentielle (0,25 % des suffrages), a également rejoint l’Alliance Arc-en-Ciel au second tour. Les questions militaires sont quant à elles l’affaire d’un rescapé du régime Dadis Camara, le général Bouréma Condé, chef d’état-major particulier du président. Il a pesé de tout son poids pour faire accepter à Condé l’idée de déménager à Sékoutoureya après l’attaque de son domicile, le 19 juillet 2011. Enfin, s’il est une personnalité qui monte dans le système Condé, c’est Naby Youssouf Kiridi Bangoura. Cet ancien ponte du régime Conté, nommé chef du cabinet présidentiel en décembre 2010, avec rang de ministre, occupe aussi la fonction de porte-parole de la présidence depuis décembre 2011. Il a apporté toute son expérience à la candidature d’Alpha Condé lors des deux tours de la présidentielle, en tant que directeur adjoint de campagne. Il a gagné la confiance du chef de l’État, à tel point que ce dernier, à qui l’on reproche sa propension à vouloir tout contrôler, lui laisse toute latitude pour s’entretenir, sans instructions précises, avec une presse guinéenne pourtant politiquement très marquée. ● ANDRÉ SILVER KONAN JEUNE AFRIQUE


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Condé à l’épreuve

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GOUVERNEMENT

Dans l’ombre du patron Inconnu du grand public jusqu’à sa nomination en décembre 2010, le Premier ministre Mohamed Saïd Fofana préfère rester discret. Il a cependant réussi à s’imposer dans le système Condé.

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iscret, pieux et travailleur. Mohamed Saïd Fofana, 60 ans, n’est pas un Premier ministre qui déchaîne les foules ou exacerbe les passions. De nombreux Guinéens le croiseraient dans la rue sans même le reconnaître. Il marche en homme sage dans l’ombre du patron, Alpha Condé, sans chercher à se faire remarquer par ses concitoyens. Ce haut fonctionnaire n’a pas non plus sa carte du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). « Seul Alpha sait pourquoi il l’a nommé », confie un cadre du parti. Les raisons du choix de cet économiste soussou, natif de Forécariah (sud-ouest de la Guinée maritime), sont pourtant nombreuses. À commencer par son expérience et sa compétence. S’il n’a jamais été en charge d’un portefeuille, Fofana est un habitué des ministères. Sa première expérience remonte à 1977. Jeune diplômé de l’Institut polytechnique Gamal-Abdel-Nasser de Conakry, il entre alors au ministère du Plan, après une formation au Centre démographique ONU-Roumanie (Cedor). En 1984, il intègre le ministère du Commerce et devient directeur de la promotion des échanges. Un milieu qu’il connaît bien. Pendant sept ans, de 1985 à 2002, il a été secrétaire général de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Guinée et, entre autres, président du Comité national chargé des négociations commerciales internationales (notamment avec l’Organisation mondiale du commerce et l’Union européenne) et des accords de partenariat économique (APE).

son homme. Fofana est certainement le Premier ministre le plus discret que la Guinée ait connu. Une discrétion et un apparent effacement qu’il tient aussi de ses convictions religieuses. Issu d’une famille de musulmans pieux, père de cinq enfants, « il prend ses décisions à l’aune des principes islamiques, indique Madi Yattara, conseiller en communication à la

primature. Il n’impose jamais une idée, mais amène son interlocuteur à l’accepter, en adoptant une démarche pédagogique basée sur la foi musulmane. Les gens le respectent pour cela ». Comme la religion tient une place importante dans sa vie, le chef du gouvernement a dans son bureau un tapis de prière sur lequel, chaque jour, il s’accorde quelques moments de méditation. ●●●

Ü L’ÉCONOMISTE SOUSSOU, natif de Forécariah (Guinée maritime), est un habitué des ministères, même s’il n’en a jamais dirigé un seul.

JEUNE AFRIQUE

VINCENT FOURNIER/J.A.

MÉDITATION. Entre le président et son Premier ministre, le courant passe très bien. Alpha Condé ne voulait pas d’un chef de gouvernement trop ambitieux – une autre raison de son choix – et hypermédiatisé, qui se poserait en successeur potentiel. Il ne voulait pas non plus d’un homme politiquement marqué, qui serait plus porté sur des calculs politiciens que sur la mise en œuvre de ses décisions. On peut dire qu’il a trouvé N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


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Le Plus de J.A. Guinée

De par leur notoriété et, surtout, les dossiers stratégiques qu’ils ont en charge, certains détenteurs de portefeuille sont plus particulièrement exposés.

Jean-Marc Telliano Ministre de l’Agriculture

Les rôles sont bien répartis : la scène internationale à Condé, la scène nationale à Fofana. ministres qui viennent le saisir d’un dossier : “Est-ce que le Premier ministre est au courant ?” Les ministres ont compris le message, la première chose qu’ils font désormais est de chercher à obtenir l’avis et le soutien du Premier ministre, sur chaque dossier. » De fait, le chef de l’État et le Premier ministre se sont réparti les rôles. La scène internationale à Condé, la scène nationale à Fofana. Celui-ci n’a quitté le pays que deux fois depuis sa nomination, le 24 décembre 2010, pour des missions éclairs de quelques heures. En revanche, presque chaque week-end, il est en déplacement à l’intérieur du pays, où il tient à expliquer en personne la politique du gouvernement. Sur le terrain, régulièrement, cadres et militants de base du RPG viennent le courtiser afin qu’il prenne sa carte du parti présidentiel. Il n’est pas exclu qu’il le fasse. Mais, pour l’heure, la priorité de Mohamed Saïd Fofana est tout autre. Ce qu’il veut, c’est conduire le pays au point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. ● ANDRÉ SILVER KONAN N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Kerfalla Yansané

Ministre de l’Économie et des Finances

CHARGÉ des réformes économiques, l’ancien gouverneur de la Banque centrale guinéenne (1985-1996) Kerfalla Yansané est apprécié des milieux financiers nationaux et des partenaires du développement, principalement la Banque mondiale, dont certains des administrateurs étaient à Conakry début février. Ses priorités sont, à court terme, l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et, à moyen terme, la réduction de la pauvreté. ●

À 51 ANS, le leader du Rassemblement pour le développement intégré de la Guinée (RDIG), petit parti de l’Alliance Arc-en-Ciel,alalourdetâchedeconduire la stratégie d’autosuffisance alimentaire dans un pays qui dépend largement de l’extérieur en la matière, notamment pour les importations de riz, l’un des aliments de base des Guinéens. Pour la campagne 2011-2012, le gouvernement a commandé 20 000 tonnes d’engrais, qui vont être offertes aux riziculteurs et aux cotonculteurs afin d’accroître les rendements. ●

Alhassane Condé

Ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation

VINCENT FOURNIER/J.A.

INCONTOURNABLE. Au fil des mois,

Mohamed Saïd Fofana a réussi à s’imposer dans le système Condé. C’est donc vers lui que se tournent les ministres pour faire avancer un dossier auprès du président, qui a la fâcheuse habitude de vouloir tout contrôler. « Très souvent, presque toujours en fait, confie un proche de Condé, le chef de l’État demande aux

ð Retrouvez l’interview d’Alhassane Condé

En première ligne

● ● ● Fofana, c’est aussi le travail acharné. Il quitte sa résidence de la périphérie de Conakry au plus tard à 7 heures et, le plus souvent, juste après avoir effectué sa première prière du jour, à 5 heures du matin. Le Premier ministre passe ses journées entre étude de dossiers, réunions techniques avec des ministres et des directeurs généraux, audiences avec des hommes d’affaires ou des diplomates et, surtout, arbitrage de différends entre ministres – les conflits de compétences étant relativement nombreux au sein de son gouvernement de trente-sept membres.

YOURI LENQUETTE

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Chérif Nanténin Konaté

Ministre des Affaires sociales, de la Promotion féminine et de l’Enfance

SURNOMMÉE la « Maman de la République », Chérif Nanténin est l’une des figures emblématiques du Rassemblement du peuple de Guinée. Très active au sein du parti quand il était dans l’opposition, elle était chargée de l’organisation des femmes. Condé lui a donc confié ce portefeuille, qu’elle dirige avec la ministre déléguée Diaka Diakité. Très proche de la première dame, Djènè Kaba Condé, connue pour son indéfectible attachement au chef de l’État, elle bénéficie en retour du respect de ce dernier, qui sollicite très souvent son avis. ●

IL A DE L’ÉNERGIE, et il lui en faut. Après avoir coordonné le dialogue politique inclusif (du 27 décembre au 20 février) relatif à l’organisation des législatives, Alhassane Condé reste le premier interlocuteur de l’opposition, qui le soupçonne de vouloir tenir sous sa coupe la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) – des accusations qu’il dément. Parmi ses autres principaux chantiers: la réforme de l’administration et lapréparation d’un nouveau découpage administratif, avec la création de nouvelles communes et sous-préfectures. ● A.S.K. JEUNE AFRIQUE


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● PROFIL DE LA SOCIÉTÉ


jeune afrique .com

ð Retrouvez l’interview d’Abdoul Kabèlè Camara

Condé à l’épreuve

VINCENT FOURNIER/J.A.

ð MAI 2011, le président (à g.), son ministre délégué à la Défense (de dos) et les généraux à la tête des différents corps.

DÉFENSE

Quand les soldats rentrent dans le rang

Départs en retraite, création d’une police militaire et bientôt recensement biométrique… Comment l’armée a été réorganisée.

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e son vaste bureau situé en plein cœur du camp SamoryTouré, le ministre délégué à la Défense, Me Abdoul Kabèlè Camara, peut contempler sereinement la mer de Conakry et savourer sa première grande victoire sur les « intouchables » de l’armée. Début janvier, 4 006 militaires, dont des officiers supérieurs en service depuis soixante ans, ont été priés de faire valoir leurs droits à la retraite, et ils ont obtempéré. Une prouesse qu’aucun dirigeant n’avait réussie jusque-là en Guinée, pas même le très autoritaire général Lansana Conté, encore moins le fantasque capitaine Moussa Dadis Camara. Le départ à la retraite de ces vieux militaires est une avancée considérable dans la réforme de l’armée enclenchée par Alpha Condé, par ailleurs ministre de la Défense. Les actes posés en un an relèvent presque du miracle : démilitarisation de l’administration publique, démantèlement de nombreux barrages militaires, délocalisation à l’intérieur du pays des armes lourdes, création d’une police militaire (chargée de traquer les faux militaires ou les indisciplinés) et JEUNE AFRIQUE

du premier tribunal militaire, etc. Cette année, la réforme de l’armée va connaître un coup d’accélérateur. Soutenues par les bailleurs de fonds et les diplomates en poste à Conakry, encouragées par la population, qui est excédée par la brutalité de la troupe sous les régimes passés, les autorités se sont attaquées à un autre chantier sensible, à savoir le recensement des militaires, par la méthode biométrique. Ce projet a toujours été un cassetête pour les régimes passés. Et pour cause: des cadres de l’armée, à qui étaient directement versées la solde et la ration

alimentaire des soldats placés sous leur responsabilité, s’y opposaient. Le recensement va coûter 4 milliards de francs guinéens (GNF), soit 422 000 euros. Le système des Nations unies accompagne financièrement et techniquement le gouvernement dans cette réforme, qui va coûter au total 30 millions d’euros. À la fin du recensement biométrique seront croisés plusieurs fichiers, dont ceux des ressources humaines du ministère de la Défense et de l’état-major des armées. Me Camara estime que l’opération permettra d’éliminer des rangs des militaires fantômes dont la pension est pourtant payée, donc détournée. « Depuis que nous avons commencé le recensement, révèle-t-il, nous réalisons une économie de 3 milliards de GNF, représentant la masse salariale de militaires qui ont été radiés, qui sont décédés ou qui ont déserté les rangs. » RÔLE RÉPUBLICAIN. La révision et/ou la rédaction des textes est aussi au rendezvous. Il s’agit entre autres de revoir la politique nationale de défense, le statut général et particulier des militaires, les décrets d’application dudit statut, la loi de programmation militaire. L’objectif de la réforme est de professionnaliser une armée qualifiée jadis de « désordre organisé » et de « tous les dangers ». « La réforme a rencontré l’adhésion de tous les militaires, se réjouit le ministre délégué à la Défense. Tous ont compris qu’il serait difficile d’arriver à la démocratie tant souhaitée si l’armée ne jouait pas son rôle républicain. Le message est bien passé dans les casernes. » ● ANDRÉ SILVER KONAN

LA JUSTICE EN RÉVISION SI, POUR CE QUI EST DE L’ARMÉE, la réforme avance, elle tarde en revanche à se mettre en route en ce qui concerne la justice. Pourtant, les chantiers sont nombreux : réhabilitation des infrastructures judiciaires, formation et révision du statut des magistrats, modernisation des textes juridiques, mise en place d’un Conseil supérieur de la magistrature, etc. Début novembre, l’État a signé avec l’Union européenne un contrat d’assistance technique d’une valeur de 1,2 million d’euros pour transformer le secteur de la justice. L’argent, le nerf de la guerre dans un pays aux ressources limitées, ne devrait plus constituer un obstacle. Reste que, comme pour l’armée, Alpha Condé devra affirmer son A.S.K. leadership pour constituer une justice forte et crédible. ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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GUITER MINING S.A.

entre dans le cercle des grandes entreprises minières

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n début des années 2000, GUITER-S.A fut sollicité par les exploitants artisanaux du Diamant dans la région de Kérouané. Il s’est d’abord engagé avec une demi-douzaine de gros engins d’extraction et de terrassement avant d’acheter une grande laverie de traitement à doubles pans de 12 pieds en 2002.

MESSAGE

La laverie de diamant dans la mine de Banankoro.

industrielle pour l’exploitation et la commercialisation du diamant. Elle a donc bénéficié d’un permis de recherche de 295 km² par l’arrêté N°2010/4623/MMG/SGG du 25 octobre 2010 dans un premier temps et d’un permis d’exploitation fondé sur étude de faisabilité d’une superficie de 3,19 km² par l’arrêté N°A2011/1032/ MMG/SGG dans un second temps.

La deuxième laverie de diamant à Banankoro.

GUITER-S.A. n’a plus quitté la zone minière, mais sa vision des travaux miniers était incompatible avec les méthodes artisanales de ses partenaires locaux. Il décida donc de fonder GUITER MINING S.A. Pour l’exploitation industrielle de l’or et du diamant. De 2004 à 2009 il obtint plusieurs contrats de sous-traitance avec les sociétés SAG (Siguiri), SMD (Dinguiraye) et Rio Tinto à Simandou (Beyla). C’est en 2010 que GUITER MINING S.A., à la faveur de l’abandon de la zone diamantifère de AREDOR par les pakistanais et de son morcellement décidé par le ministère en charge des Mines, s’est engagée à fonder sa première société minière

De janvier à décembre 2011, GUITER MINING S.A. a investi plus six (6) millions USD dans cette société pour l’acquisition d’équipements appropriés, pour les travaux de recherche et d’exploitation, pour la rénovation des anciens équipements et l’installation, pour les salaires du personnel et autres dépenses de fonctionnement, pour la réfection des voies d’accès, pour l’environnement et les assistances sociales. Une des 4 mines prévues dans ce permis est en activité et une sur deux laveries fonctionne à la moitié de son rendement. À noter que l’année 2011 a été essentiellement consacrée à l’installation des bases principales de la société et aux essais de fonctionnement. Le PDG

de GUITER MINING S.A. est assez confiant sur l’avenir de sa société et satisfait des résultats déjà obtenus en termes de production. Jusqu’à ce jour, l’exploitation n’a porté que sur une seule carrière alluvionnaire. GUITER MINING S.A. est en discussion avec certains investisseurs très intéressés à s’engager dans un partenariat

Manitowok dans la mine de Banankoro.

avec elle pour la recherche de nouvelles ressources et surtout pour l’exploitation de ses gisements Kimberlitiques. Le PDG de GUITER MINING S.A. ne cache pas son ambition de rentrer dans le cercle des Grandes Entreprises minières, encore fermé aux opérateurs économiques guinéens. Il va bientôt nouer des partenariats pour la recherche et l’exploitation de la bauxite, du fer, de l’or et de diamant. Ansoumane KABA est certainement l’un des opérateurs économiques guinéens qui a le plus compris la politique des nouvelles autorités de son pays : développer les Industries pour mieux lutter contre la pauvreté en République de Guinée.

GUITER MINING S.A Cité Chemin de Fer Immeuble : Labé 1er étage Conakry, République de Guinée Tél.: +224 62 12 41 41 / 64 23 30 93 E-mail: guitersa@yahoo.fr


Concassage à la carrière de Morignoumaya Kankan.

Travaux de bitumage dans la ville de Kankan. Une vue du parc à Kankan.

Travaux de terrassement du Grader 14 h à Kankan.

GUITER S.A. .

Guinéenne de Terrassement

Ansoumane KABA, un jeune entrepreneur guinéen en pleine réussite dizaines d’engins de terrassement et autres camions Dumpers, d’un parc de près de 100 équipements, de deux centrales de béton bitumineux, d’une centrale de criblage de gravier latéritique, de deux centrales de concassage, de quatre (4) ateliers d’entretien et de réparation d’engins et d’un atelier de machines-outils de haut standing. De plus en plus, le gouvernement guinéen et les partenaires au développement font confiance en GUITER-S.A. et c’est pour ça que sur les Trois dernières années, elle a obtenu les contrats de bitumage des voiries urbaines de huit (8) villes et du bitumage d’une trentaine de kilomètres de la route nationale KankanKérouané.

L’administration de la Société est essentiellement assurée par de jeunes universitaires dotés de très grandes capacités de travail et manipulant à merveille les outils des nouvelles technologies de l’information. GUITER-S.A. souhaite maintenant étendre ses activités de Travaux Publics dans les différentes régions de la Guinée. C’est dans ce sens que le groupement Guiter/Génie route réhabilite le Route RN1 MamouDabola-Kouroussa.

GUITER

S.A

Guinéenne de Terrassement Cité Chemin de Fer Immeuble : Labé 1er étage Conakry, République de Guinée Tél.: +224 62 12 41 41 / 64 23 30 93 E-mail: guitersa@ yahoo.fr

< ANSOUMANE KABA, PDG de

la Guinéenne de Terrassement (GUITER-S.A.)

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR

I

ntelligent et très discret, il a commencé sa carrière au sud de la Guinée comme employé avec une petite entreprise de TP à Sérédou. Jeune Ingénieur de son état, fraichement sorti d’université de géniecivil, il a tout de suite préféré mettre la main à la patte pour pratiquer très vite le métier des travaux publics. Il avait une ambition, être entrepreneur et se mettre à son propre compte. Son premier geste conséquent fut donc l’acquisition d’un bulldozer avec sa société qui était en perte de vitesse et fonder GUITER-S.A. C’était vers la fin des années 80. La Société guinéenne des palmiers à huile (SOGUIPAH) fut la première à lui faire confiance pour lui confier la construction de plusieurs pistes rurales. GUITER-S.A.. ne tarda pas à se faire connaître avec la qualité de ses prestations. De petit sous-traitant avec les masters du BTP, Ansoumane KABA de GUITER acquis une trentaine d’engins de terrassement et autres véhicules en 1995 avec une entreprise qui se désengageait dans les travaux de construction de « pistes rurales » en haute guinée, avec le projet coton. GUITER-S.A. devint donc très vite incontournable pour les travaux routiers en haute Guinée, en forêt et en basse côte. Aujourd’hui, GUITER-S.A. dispose de plusieurs


Le Plus de J.A. Guinée des plus fortes personnalités de l’Alliance. Mi-janvier, il a fait fusionner son parti, le Front uni pour la démocratie et le changement (Fudec), avec le RPG. Et il y a fort à parier que, après avoir sabordé son parti, Fall n’a pas l’intention d’aller jouer les seconds rôles dans un RPG en quête d’une personnalité charismatique. Quant aux autres ténors de l’Alliance Arc-en-Ciel, tous restent fidèles au pacte signé en 2010, entre les deux tours, avec le parti présidentiel. Ousmane Bah, président de l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR), candidat malheureux du premier tour (0,68 %) et rival sans réels atouts de Diallo dans le pays peul, occupe le très stratégique portefeuille des Travaux publics et des Transports. Papa Koly Kourouma, le leader forestier pro-Dadis, à la tête du Rassemblement pour la défense de la République (RDR, arrivé cinquième à la présidentielle avec 5,74 %), est ministre de l’Énergie et de l’Environnement. Ils ne sont cependant pas les mieux placés pour la présidence de l’Alliance, Condé ne souhaitant pas que les membres du gouvernement soient plus occupés à faire de la politique qu’à travailler sur les dossiers nombreux et difficiles dont ils sont chargés.

MAJORITÉ

Trop de couleurs pour l’Arc-en-Ciel? Entre les barons du parti présidentiel et les fortes personnalités des nombreuses formations qui la composent, l’alliance qui a porté Alpha Condé au pouvoir peine à identifier son chef de file.

RENFORCÉ. Si certains partis de l’Alliance

DR

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! SALOUM CISSÉ (à g.), secrétaire général par intérim du RPG.

Alliance Arc-en-Ciel, ce sont des dizaines de mouvements politiques aux idéologies et aux poids très variés, qui ont soutenu la candidature d’Alpha Condé au second tour de l’élection présidentielle du 7 novembre 2010. Un soutien qui, après un entre-deux-tours long et houleux, a mené Alpha Condé à la victoire contre son grand rival, Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, lire p. 84), pourtant arrivé en tête à l’issue du premier tour de scrutin, le 27 juin 2010 (43,69 %, contre 18,25 % pour Condé). Depuis, les dirigeants des principaux partis inscrits dans cette nouvelle majorité ont connu des fortunes diverses. Le congrès du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, parti présidentiel) au cours duquel sera élu le successeur du président fondateur, Alpha Condé, ne s’est pas encore réuni. Il doit être organisé après les législatives.

N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

En attendant, la direction du parti est assurée par Saloum Cissé, que le chef de l’État a désigné comme secrétaire général par intérim. CHARISME. Du secrétariat général par

perdent en organisation et en influence sur le terrain, « dans la pratique, note un observateur politique, cela arrange Alpha Condé. Le RPG n’est pas assez implanté dans le pays, comme on a pu le constater au premier tour de la présidentielle, et l’alliance qui s’est formée autour de lui va le renforcer. En outre, étant donné qu’aucune personnalité forte ne se dégage au sein de cette Alliance Arc-en-Ciel, le chef de l’État est assuré de ne pas connaître le

intérim à la présidence, il y a un pas, que Cissé, peu charismatique et mal connu de la base, aura du mal à franchir. Il sera confronté à des challengeurs tels que Mohamed Il y a fort à parier que François Diané, vice-président du Lonsény Fall n’a pas l’intention parti. Si le compagnon de lutte de Condé n’a pas de jouer les seconds rôles. encore affiché ses ambitions, nombre de militants le voient à la syndrome Wade, qui a vu certains de ses Premiers ministres devenir tour à tour tête du RPG et de l’Alliance Arc-en-ciel. Depuis la rupture, en août 2011, entre ses plus farouches opposants ». Alpha cette dernière et le Parti de l’espoir pour Condé peut d’ailleurs compter sur un le développement national (PEDN) de nouveau partenaire se réclamant du l’ex-Premier ministre Lansana Kouyaté, centre, le Club des républicains (CDR), qui estime que le RPG et ses alliés n’ont amené par l’ex-Premier ministre Jeanpas tenu leurs engagements (lire p. 83), Marie Doré, qui, bien qu’il se dise neutre, François Lonsény Fall (lire p. 70, 0,46 % soutient l’action gouvernementale. ● au premier tour) apparaît comme l’une ANDRÉ SILVER KONAN JEUNE AFRIQUE


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Condé à l’épreuve OPPOSITION

Entente cordiale

CELLOU BINALI/AFP

Très bien huilée, la stratégie adoptée par les modérés de l’Alliance pour la démocratie et le progrès et par les radicaux du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition permet à Lansana Kouyaté, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré de peser sur le débat.

C

ellou Dalein Diallo et Sidya Touré sont heureux. Le candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, lire p. 84) et celui de l’Union des forces républicaines (UFR), arrivés respectivement en première et troisième positions au premier tour de la présidentielle (avec 13,02 % des suffrages pour Touré) du 27 juin 2010, ont été rejoints dans l’opposition par Lansana Kouyaté, arrivé quatrième de ce premier tour de scrutin avec un peu plus de 7 % des voix. La position de Kouyaté est quelque peu ambiguë. Il reproche à Alpha Condé de ne pas avoir respecté les termes de leur accord d’entre les deux tours et a pris la tête, en août 2011, de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP), une coalition de petits partis d’opposition. Cependant, tout en se réclamant désormais de cette dernière, l’ex-Premier ministre, leader du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN), n’a pas souhaité que ses ministres quittent le gouvernement de l’Alliance Arc-enCiel… Dans son entourage, on explique que « faire partie d’un gouvernement JEUNE AFRIQUE

Diallo dirige la branche radicale, et, à ses côtés, Sidya Touré souffle tantôt le chaud, tantôt le froid. Une stratégie bien huilée, qui permet aux principaux responsables de l’opposition de peser sur le débat et de marquer des points. C’est ainsi qu’ils avaient obtenu le report sine die des législatives, dont la date (29 décembre 2011) avait été fixée de façon unilatérale par une Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de moins en moins crédible, et qu’ils ont contraint le pouvoir au dialogue. Lequel, depuis son ouverture, le 27 décembre, a connu une succession de blocages. L’ADP et le Collectif ont même changé de stratégie. Autour de la table de négociations du médiateur ! De g. à dr. : Mgr Albert Gomez, LANSANA le pouvoir avait placé KOUYATÉ, CELLOU l’Alliance Arc-en-Ciel DALEIN DIALLO et le tout nouveau ET SIDYA TOURÉ. Club des républicains (CDR, de l’ex-premier ministre Jean-Marie Doré, centriste). Pour équilibrer les forces, l’ADP et le Collectif ont donc décidé de se comporter en groupements distincts. Résultat, le dialogue n’avait pas permis de résoudre les différends relatifs à cette question. Cependant, sous la pression de l’Union européenne, qui a conditionné son aide à la tenue d’élections, la Ceni a finalement annoncé le 1er mars que les

n’empêche pas un parti politique d’être dans l’opposition ». « Notre objectif à l’ADP est d’amener, par la négociation, le pouvoir à accepter les conditions d’un jeu démocratique apaisé et transparent », explique Sékou Konaté, président du Mouvement démocratique guinéen (Modemgui), ancien secrétaire général du parti de Lansana Conté. Rien que cela? Pas si sûr. Mi-février, l’ADP a appelé à une journée « pays mort » pour protester, entre autres, contre les entraves répétées à la Le dialogue a connu une série liberté de réunion publique de blocages et n’a pas résolu des leaders de l’opposition. L’appel a été timidement la question des législatives. soutenu par le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la législatives auraient lieu le 8 juillet 2012, transition, et le succès n’était pas vraiment sous réserve de validation par le préau rendez-vous. Le mouvement avait sident. Un opérateur technique doit surtout valeur de test pour l’opposition, conduire la révision du fichier électoral qui compte multiplier les manifestations avec la Commission. au cours de cette année si le dialogue poliMais l’opposition ne l’entend pas de tique ne débouche pas sur un consensus. cette oreille et exige, préalablement à la tenue des élections, un audit du CHAUD, FROID. De fait, les leaders de fichier électoral et la recomposition de l’ADP et du Collectif se sont bien réparti la fameuse Commission. ● les rôles. Kouyaté conduit l’aile modérée, ANDRÉ SILVER KONAN N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Le Plus de J.A. Guinée CONFIDENCES DE

Cellou Dalein Diallo « L’Histoire jugera la qualité du scrutin, pas son résultat » Président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) Battu au second tour de la présidentielle, le leader de l’UFDG est l’un des opposants les plus intransigeants. En particulier pour ce qui a trait à l’organisation des législatives.

I

ssu d’une grande famille d’imams de l’ethnie peule du village de Dalein (Fouta-Djalon), Cellou Dalein Diallo, 60 ans, économiste de formation, a fait partie du gouvernement pendant dix ans sous Lansana Conté. Successivement ministre desTransports, de l’Équipement, desTravaux publics, de la Pêche, puis Premier ministre de décembre 2004 jusqu’à son limogeage, sur fond de lutte d’influence, en avril 2006. Président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) depuis 2007, il est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, le 27 juin 2010, avant de s’incliner, le 7 novembre, face à Alpha Condé (52,52 % des suffrages exprimés). Alors que le dialogue engagé en décembre dernier entre le pouvoir et l’opposition patine, le leader de l’UFDG a adopté une ligne qualifiée de plus en plus radicale.

VINCENT FOURNIER/J.A.

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de droit. Malheureusement, il semble plus préoccupé par la victoire de son parti, le RPG [Rassemblement du peuple de Guinée, NDLR], aux législatives. À nos yeux, ces élections sont une urgence, mais la majorité présidentielle ne semble pas pressée d’y aller. Il semble qu’elles pourraient se tenir en juillet, pourtant vous menacez de les boycotter si vos revendications, notamment la recomposition de la

Alpha Condé n’a comblé ni les attentes des Guinéens ni celles des politiques. JEUNE AFRIQUE : Quel bilan faitesvous des quinze premiers mois du mandat du chef de l’État ? CELLOU DALEIN DIALLO : C’est un bilan plutôt négatif, dans la mesure où Alpha Condé n’a pas comblé les attentes des Guinéens, moins encore celles de la classe politique. Nous nous attendions à ce que son expérience de quarante ans de lutte pour la démocratie favorise l’instauration d’un État N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

commission électorale, ne sont pas satisfaites ? Le boycott sera actif parce qu’on ne peut pas prendre ce pays en otage après tant d’années de combat pour la démocratie. Des dizaines de jeunes ont été tués au pont du 8-Novembre en 2007 ; plus de 150 personnes sont mortes au stade du 28-Septembre en 2009… Cet engagement de la société civile, ce sacrifice en vies humaines,

ce n’était pas pour qu’Alpha, Sidya [Touré, le candidat de l’Union des forces républicaines] ou Cellou deviennent présidents. C’était pour que la Guinée soit démocratique et que les droits de l’homme y soient respectés. Certains font remarquer que des législatives ont été organisées au Gabon et en Côte d’Ivoire sans l’opposition et comptent en faire autant ici. Mais le contexte est différent. Les formations regroupées au sein du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et de l’Alliance pour la démocratie et le progrès ont représenté 70 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle, le 27 juin 2010… Que répondez-vous à ceux qui vous disent président d’un « parti peul » ? Mes détracteurs ne manquent pas de rappeler que j’aurais déclaré: « C’est le tour des Peuls. » C’est faux, jamais je n’ai dit cela. Mon parti est un parti national et transversal. Vous pouvez vérifier la composition des structures pour vous en convaincre.Vous pouvez relire tous mes discours et décrypter tous les actes que je pose. Lors de la campagne présidentielle, j’ai visité toutes les circonscriptions et j’ai délivré le même discours d’unité partout. J’ai effectivement fait le plein de voix dans ma région d’origine, mais je suis aussi arrivé en première position à Kindia, en Basse-Guinée, et à Siguiri, en HauteGuinée, dans la région d’Alpha Condé. Tout ce que je souhaite, c’est que ce dernier fasse en sorte que soient organisées des élections crédibles, autrement, le chantier de la réconciliation n’avancera pas. Son image de leader historique, combattant pour la démocratie, n’en sera que renforcée. L’Histoire ne le jugera pas sur le score du RPG mais sur la qualité des élections. ● Propos recueillis à Conakry par ANDRÉ SILVER KONAN JEUNE AFRIQUE


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a Guinée, sous le magistère du Professeur Alpha Condé, aura consenti d’énormes sacrifices pour développer et moderniser le secteur des transports aériens. L’aviation civile guinéenne par les diverses mutations qu’elle a connue offre des perspectives sûres de développement. Mais celles-ci reposent essentiellement sur la qualité des hommes qui vont animer ses structures, aux solutions concrètes qu’ils sauront apporter aux problèmes de gestion des services de navigation aérienne et des compagnies aériennes, au renforcement des mesures de sûreté et de sécurité de l’espace aérien, des infrastructures aéroportuaires et des installations techniques, au mouvement qu’ils impulseront dans l’exploitation sur le territoire national des systèmes de communication, navigation, surveillance et air trafic management et l’adoption d’une politique réelle de la coopération internationale à travers des accords aériens basée sur des échanges profitables à notre pays. Avec la SOGEAC dirigée aujourd’hui par une équipe jeune et dynamique, ces problèmes sont entièrement gérés. La SOGEAC a ainsi pour mission : la gestion, l’exploitation, l’entretien et le renouvellement des infrastructures de l’aéroport de Conakry que lui concède l’État Guinéen y compris le service de Sécurité Incendie et les services d’Escale (Assistance Aéroportuaire) aux Compagnies Aériennes. Au cours de ces dernières années l’aéroport a bénéficié d’importants investissement, en vue de sa mise à niveau conformément aux Normes et Standards Internationaux notamment la rénovation de l’Aérogare International, l’extension des aires de trafic et l’achat de matériel

de repoussage avions. Dans le cadre de la modernisation, le projet en cours a intégré la création d’une nouvelle salle d’embarquement de 1.000 m2 avec un accès direct des passagers aux aéronefs, par l’utilisation de passerelles télescopiques afin d’assurer une nette séparation des flux arrivée et départ. Cette nouvelle salle, entièrement climatisée, est dotée d’un duty free, d’un snack-bar, afin d’offrir aux passagers les meilleurs services et un confort leur permettant d’embarquer sereinement à bord de leur avion. L’accès à cette salle est facilité par l’utilisation soit d’un escalator automatique, d’un escalier ou d’un encenseur. Ainsi la capacité de l’aérogare a été portée à 1 100 000 passagers pour satisfaire la demande future. Elle permet de traiter simultanément au contact deux avions gros porteurs. L’aéroport est devenu ainsi, un aéroport international avec toutes les normes de sécurité et de sûreté internationales. L’aéroport de Conakry se positionne pour mieux servir ses clients comme un pôle d’activités attractif, dynamique, performant et sécurisé. L’aéroport de Conakry porteur de croissance en plein envol avec les objectifs à court terme suivants : • Encourager et soutenir la déserte de Conakry ; • Répondre aux besoins opérationnels des usagers ; • Poursuivre la modernisation ; • Investir dans la création de nouveaux espaces conviviaux ; • Influencer et encourager le développement des activités économiques et touristiques du pays.

Ci-contre : M. Oulaba Kabassan KEITA, directeur général de la SOGEAC. Ci-dessus : Aménagements de l’aéroport de Conakry. Ci-dessous : Vue extérieure de l’aéroport de Conakry.

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Condé à l’épreuve DÉCRYPTAGE Alain Faujas

Du pillage à la rigueur

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OUTES EN DÉSHÉRENCE, électricité rare, téléphone erratique : l’état pitoyable de la Guinée effraie tous ses visiteurs. C’est en effet à un pillage en règle de leur propre pays que les militaires au pouvoir se sont livrés en 2009 et 2010. « Ils ont détruit tous les mécanismes normaux de gouvernance », se lamente un banquier. Au cours de ces deux années terribles, les dépenses militaires ont triplé pour atteindre 10 % du PIB, les effectifs de fonctionnaires sont passés de 56 000 en 2006 à 93 344 en janvier 2011, leurs salaires représentant aujourd’hui 40 % des recettes de l’État. Les marchés publics ont plongé dans une opacité totale et donné lieu à des accords de gré à gré, dont les contreparties financières n’ont pas du tout pris le chemin des caisses

politique monétaire rigoureuse a été mise en place. Et afin de limiter les hausses de prix indues, le gouvernement s’est opposé aux monopoles dans le commerce de gros et de détail. Son action a aussi porté sur les recettes. Les renégociations des contrats du terminal à conteneurs du port de Conakry et de la téléphonie mobile lui ont valu des rentrées supplémentaires. Le plus bel exemple de la nouvelle moralisation des mœurs politiques guinéennes a été donné par le géant minier RioTinto, qui, en mai 2011, a accepté de payer – et sans barguigner – 700 millions de dollars pour obtenir la concession du gisement de fer de Simandou avec son compère chinois Chinalco. Le plus remarquable de l’affaire est que l’État a demandé au FMI et à la Banque mondiale de l’aider à gérer cette manne, puisqu’une telle somme ne pouvait être injectée rapidement dans une économie fragile sans y provoquer des dégâts tels que corruption, inflation, gaspillage… « Il y a deux ans, nous n’aurions même pas entendu parler de cet accord avec RioTinto, se félicite un observateur étranger. C’est un progrès considérable. »

Lors de l’accession d’Alpha Condé à la présidence, fin 2010, la Guinée présentait tous les symptômes d’une économie postconflit. de l’État. Les experts du Fonds monétaire international (FMI) estiment que ces contrats bradés ont représenté l’équivalent de 40 % du PIB. Lors de l’accession d’Alpha Condé à la présidence, fin 2010, la Guinée présentait tous les symptômes d’une économie postconflit : croissance en berne, inflation galopante, réserves en devises réduites à un mois d’importations, dévaluation de 25 % du franc guinéen au cours de la seule année 2010, taux de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté passant à 58 % (contre 54 % en 2007), dette extérieure de 3,2 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros) qualifiée « d’insoutenable » (69 % du PIB) par le FMI, arriérés de paiements de 376 millions de dollars. Sous la houlette du président Condé et de son ministre des Finances, Kerfalla Yansané, deux hommes dont tous les experts louent le sérieux et l’intégrité, le gouvernement s’est attelé à la reconstruction du budget de l’État et de l’économie pour assurer à la population un début d’amélioration de ses conditions de vie. Les recrutements ont été stoppés dans la fonction publique (hors éducation, santé et justice). La production d’électricité permet d’approvisionner Conakry six heures par jour, contre deux il y a six mois, selon les quartiers. Pour lutter contre l’inflation, qui rend inabordables les produits de première nécessité, une JEUNE AFRIQUE

La reprise en main commence à payer. En 2011, la croissance est remontée à 3,6 %, l’État a cessé de recourir à des emprunts bancaires pour boucler ses comptes, l’inflation est revenue aux alentours de 19 %. Le FMI a décidé, le 24 février, que ces efforts allaient dans le bon sens, et son conseil d’administration a validé un plan triennal de 198,9 millions de dollars, avec paiement immédiat de 28 millions de dollars. Les objectifs assignés à la Guinée sont modestes mais ambitieux, puisque tout est à mener de front : une croissance annuelle de 4 % ou 5 %, une inflation à un seul chiffre, des réserves correspondant à deux mois et demi d’importations, puis à cinq mois et demi. On commence à faire de vrais plans pour tirer parti du potentiel hydroélectrique. Le projet d’exporter des produits agricoles vers 2015 n’est pas hors de portée. De l’avis général, les obstacles qui pourraient contrarier le cours de cette convalescence sont politiques et sociaux. Les militaires qui ont pris de vilaines habitudes de prédation resteront-ils dans leurs casernes ? La population sera-t-elle assez patiente pour attendre les fruits d’un développement dont elle a été privée depuis soixante ans ? ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Le Plus de J.A. Guinée INFRASTRUCTURES

Mamadi Condé « La précipitation serait contre-productive » Pour l’administrateur général chargé des grands projets, rien ne sert de lancer des chantiers s’ils ne répondent pas aux besoins et si les moyens de les mener à terme ne sont pas réunis.

N

ommé fin 2010 par décret présidentiel à la tête de l’Administrationetcontrôledes grands projets (ACGP), Mamadi Condé,58ans,estchargédesuivre les grands travaux en Guinée, de l’étude de leur faisabilité à leur exécution, en passant par la recherche des financements. Ce spécialiste en évaluation de projets de développement est un compagnon de longue date d’Alpha Condé et l’une des figures de proue du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). Au cours de cet entretien réalisé dans son bureau de Kaloum (le centre administratif de Conakry), il revient notamment sur les raisons pour lesquelles les grands travaux du quinquennat de Condé n’ont pas encore été véritablement mis en route. JEUNE AFRIQUE : Un an après l’investiture d’Alpha Condé, il y a peu de chantiers réellement nouveaux. Pourquoi ? M A M A D I C O N D É : Nous

ANDRÉ SILVER KONAN POUR J.A.

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fonctionnant au gasoil, a été installé fin décembre 2011, en appoint à la centrale de Tombo et au complexe hydroélectrique des grandes chutes. Par ailleurs, nous avons obtenu un financement de 22 millions de dollars de la Banque d’investissement et de développement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cedeao] pour l’installation de groupes électriques à Labé, Kankan, Faranah et Nzérékoré. Quant aux barrages hydroélectriques, les études les plus avancées concernent celui de Kaléta, dont la puissance sera de 240 MW [un chantier de 526 millions de dollars réalisé et financé à 75 % par la China International Water and Electric (CIWE) et à 25 % par l’État guinéen], et nous gardons aussi en tête les projets de barrage de Souapiti, d’Amaria, et de microbarrages. Que prévoyez-vous dans le secteur de l’eau ?

sommes en train de reprendre Le déficit en eau est relativecertains travaux qui avaient été ment mieux géré que celui de suspendusilyaquelquesannées, l’électricité, puisque la distribu€ ÂGÉ DE 58 ANS, Mamadi Condé est un compagnon notamment pour des raisons de tion se fait par délestage et que de longue date d’Alpha Condé. gouvernance, et pour la relance l’eau peut être stockée. Le projet en cours vise à augmenter la capacité desquels le chef de l’État a souhaité que Quels sont les projets prévus pour comde production de l’un de nos deux plus des actions vigoureuses soient menées. bler l’énorme déficit en électricité, en grands sites, celui de Dubréka ou celui particulier dans la capitale ? Par ailleurs, une grande part de notre Conakry a besoin de 250 MWh, alors des grandes chutes. Il s’agit d’identifier travail est pour le moment consacrée à que la production actuelle n’est que de lequel des deux fournira le maximum la réalisation d’études dans différents 124 MWh. Le nombre de groupes élecde ressources en eau pour approvisiondomaines. L’ACGP a souhaité qu’il y ait un fonds d’environ 20 millions de dollars trogènes de la centrale de Tombo doit ner Conakry pendant vingt à trente ans, [15,3 millions d’euros, NDLR] pour mener être porté de cinq à sept, et, dans les six et celui dont l’exploitation reviendra le ou approfondir des études de projets mois à venir, des groupes d’une puissance moins cher. Quel que soit le site, plusieurs importants, à l’intention des investisseurs de 100 MW et fonctionnant au mazout opérateurs sont intéressés. L’objectif est de nous seront fournis par une société tripler la production quotidienne actuelle, notamment. Quand cela sera fait, nous aurons une nette lisibilité des besoins, brésilienne pour être installés à Kipé, à qui est de 140 000 m3 d’eau, sachant que exhaustifs et chiffrés. La précipitation Tombo et à Anta. En attendant, un groupe les besoins sont estimés au double de serait contre-productive. électrogène d’une puissance de 50 MW, cette capacité. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

JEUNE AFRIQUE


Condé à l’épreuve Et en termes d’infrastructures routières?

Dans un an au plus tard, un pont de 1,4 km, comportant deux passerelles et un échangeur, sera livré près du Palais du peuple de Conakry. Il est cofinancé notamment par l’État et la Banque africaine de développement [BAD] pour environ 130 milliards de francs guinéens [13,4 millions d’euros]. Afin de lutter contre les embouteillages à Kaloum, le centre administratif de Conakry, il est prévu de construire une route de 4 à 5 km réservée aux camions entre le pont Conventionnel et celui du 8-Novembre. Interrompus il y a plus de trois ans, les travaux de la route Matoto-Anta-Tombolia (soit 8,6 km) ont été repris sur décision du président Condé. D’un coût de 30 millions de dollars environ, financé, entre autres, par des fonds de l’Opep [Organisation des pays exportateurs de pétrole], le projet présentait un solde de 13 millions de dollars, désormais supporté par le budget national. D’ici au mois de juin, la route devrait être ouverte au trafic. D’autres axes routiers importants sont en cours de réalisation, dont les 30 km de la route Bofa-Kolaboui [pour 200 milliards de francs guinéens, entièrement financés par l’État], ainsi que le tronçon Labé-Sériba-frontière sénégalaise, cofinancé par le gouvernement et la Banque islamique de développement [BID]. Quels sont les autres principaux projets?

Un grand aéroport à Mafèrinyah, à 70 km de Conakry, pour lequel nous sommes à la recherche d’un financement de 12 millions de dollars. Nous prévoyons également de développer le Transguinéen, qui doit servir à la fois au transport de minerais et de voyageurs, soit par chemin de fer [lire pp. 92-93], soit par voie fluviale, sur deux tronçons : Conakry-Kankan-Kérouané et Kankanfrontière du Mali. Il est par ailleurs prévu de construire un nouveau centre administratif à Koloma, qui accueillera notamment le siège de quelques ministères et certains services de l’État dans de meilleures conditions. Une étude a été faite dans ce sens et intégrée au schéma directeur de la ville de Conakry. Enfin, nous envisageons la construction de logements sociaux. D’ores et déjà, un fonds de l’habitat a été créé. Il sera pourvu de façon permanente, selon un mécanisme qui reste à définir. ● Propos recueillis à Conakry par ANDRÉ SILVER KONAN JEUNE AFRIQUE

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TRANSPORT MARITIME

Nouveau cap pour le PAC

Le Port autonome de Conakry poursuit ses travaux d’extension et se repositionne face à ses concurrents régionaux.

L

es vagues de la bataille du Port autonome de Conakry (PAC) se sont aplanies pour laisser la vedette à ses projets de développement. « Agrandir le PAC demande l’approfondissement du chenal d’accès, explique Mamadi Condé, responsable de l’Administration et contrôle des grands projets (ACGP). Le tirant d’eau y étant de 9,5 m, les grands navires ne peuvent accoster. Nous envisageons de le creuser pour atteindre 13,5 m cette année, sur une distance d’environ 150 m. » Une profondeur qui n’a pas été choisie au hasard ; elle est équivalente à celle du port de San Pedro, en Côte d’Ivoire. Le coût de l’opération s’élève à 60 millions de dollars environ (45 millions d’euros), et les travaux doivent prendre fin en 2014. Les investissements en vue de l’extension et de la modernisation du PAC faisaient partie des conditions exigées par l’État auprès du nouveau concessionnaire. RUDE BATAILLE. L’an dernier, trois mois

après son arrivée au pouvoir, Alpha Condé a remis en question le contrat de développement et de gestion du PAC, accordé N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

! La superficie du TERMINAL À CONTENEURS passe de 8 ha à 12,5 ha.

maliens, qui avaient fait du PAC leur première destination. C’est d’ailleurs pour cette raison que la surface du terminal à conteneurs est actuellement étendue de 8 ha à 12,5 ha. À court terme, l’objectif de Mamadouba Sankhon, directeur général du PAC, est de faire de Conakry l’une des plateformes de transbordement pour les petits pays voisins que sont le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau et la Gambie. À moyen terme, l’État compte

en 2008 à Getma International, filiale du groupe français NCT Necotrans. Au cœur d’une rude bataille politico-judiciaire – qui s’est, entre-temps, transportée à Paris – opposant Getma à Bolloré Africa Logistics d’une part, et d’autre part à l’État guinéen, le contrat de concession a été cédé, pour L’objectif est d’atteindre vingt-cinq ans, à Bolloré Africa un volume de trafic de Logistics. Au total, la filiale du groupe français Bolloré, déjà 10 millions de tonnes en 2013. concessionnaire du terminal à conteneurs du PAC, compte investir construire de petits ports sur les îles de 500 millions d’euros en vingt-cinq ans, Loos (Kassa) et à Boké pour favoriser dont plus de 150 millions d’ici à 2014, l’exploitation minière. dans des travaux d’extension et de réhabilitation des infrastructures. PAIX SOCIALE. En attendant, l’autoL’objectif du PAC est de faire passer son rité portuaire et le concessionnaire trafic global de 7 millions de tonnes de gagneraient davantage à investir dans marchandises en 2010 à 10 millions en la préservation de la paix sociale au 2013, et de se positionner en concurrent sein de la communauté portuaire. En direct des ports ivoiriens : Abidjan, dont novembre, une grève des travailleurs le trafic était de 16,6 millions de tonnes en du port a paralysé les activités pendant 2011, et San Pedro, de 1 million de tonnes plusieurs jours. Ceux-ci réclamaient environ. Avec la fin de la crise politicoentre autres de « meilleures conditions militaire, ces deux ports ont commencé de vie et de travail ». Cette revendià retrouver leurs clients de l’hinterland, cation n’a pas encore été satisfaite. ● notamment les opérateurs économiques ANDRÉ SILVER KONAN JEUNE AFRIQUE


Visite du Comité Exécutif de Rio Tinto en Guinée – Décembre 2011

www.riotintosimandou.com

Ensemble, nous construisons l'avenir


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guinéen, la société chinoise Aluminium Corporation of China Limited (Chalco) et la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale chargée des opérations avec le privé), le projet Simandou de Rio Tinto comprend quant à lui le développement et l’exploitation des blocs 3 et 4 sur la concession sud de Simandou (soit une mine de fer d’une capacité de 95 millions de tonnes par an et des réserves estimées à 5 milliards de tonnes), un nouveau port en eau profonde au sud de Conakry et, donc, le chemin de fer transguinéen. Le premier chargement de minerai est prévu pour la mi-2015.

AGÊNCIA VALE

! DÉVELOPPEMENT DU SITE de Zogota, dans le sud de la chaîne de montagnes du Simandou.

NÉGOCIATIONS. L’affaire ne s’arrête pas

MINES

Bras de fer dans le Simandou Le géant brésilien Vale s’apprête à mettre en production le gisement de Zogota. Ses relations avec l’État restent cependant tendues concernant son principal projet en Guinée forestière.

V

ale aura-t-il le bel avenir qu’il escomptait en Guinée ? Force est de constater que les relations entre l’État guinéen et la coentreprise Vale-BSGR Guinée, associant depuis 2010 le géant minier brésilien et l’israélien Beny Steinmetz Group Resources (BSGR), sont plutôt tendues. Une situation née d’une série de désaccords portant sur les modalités de création du joint-venture, le choix du port du Liberia pour exporter le minerai de fer tiré du gisement de Zogota, ainsi que sur la réhabilitation de la voie de chemin de fer Conakry-Kankan, dont Vale-BSGR a été dessaisi. Le 22 février 2011, c’est pourtant en fanfare et en présence de l’ancien président brésilien, Luis Inácio Lula da Silva, que les travaux de reconstruction de la voie ferrée avaient été inaugurés. Mais, deux mois plus tard, Vale, qui prévoyait d’investir 1,1 milliard de dollars (800 millions d’euros) dans le projet, était sommé de tout arrêter pour – c’est la raison avancée par le gouvernement guinéen – reprendre de zéro les études de faisabilité de la réhabilitation et prendre N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

en compte les standards internationaux en matière d’écartement des rails. Un paramètre que Vale-BSGR n’aurait pas intégré dans son projet, dont les travaux, confiés au brésilien Zagope, sont d’un montant jugé par ailleurs trop élevé. Du coup, c’est à son grand rival australien, Rio Tinto, que l’étude de faisabilité pour la réhabilitation de la voie ConakryKankan a été confiée en avril 2011. Réalisé en collaboration avec l’État

là. En janvier dernier, c’est vers BSGR Guinée que les autorités guinéennes se sont tournées afin d’engager des discussions avec l’entreprise israélienne à propos du joint-venture qu’elle a créé en avril 2010 avec Vale. « Nous ne sommes pas entrés directement en négociations avec Vale, a précisé Guillaume Curtis, le secrétaire général du ministère des Mines et de la Géologie, pour la simple raison que tous lesdocumentslégauxdontnousdisposons sont signés par l’État et BSGR. » Peu avant le décès du président Lansana Conté, fin 2008, le gouvernement guinéen avait désigné la compagnie BSGR Guinée comme concessionnaire de la moitié du gisement de fer des montagnes du Simandou, situé en Guinée forestière. Aux termes d’un accord ratifié par décret présidentiel et publié le 19 mars 2010, BSGR Guinée s’est donc vu attribuer un permis d’exploitation

UN POTENTIEL SOUS-EXPLOITÉ POIDS LOURD du secteur minier guinéen, la filière bauxite commence à décoller, mais, avec la baisse des cours, reste fragile. Près de 17, 6 millions de tonnes ont été produites en 2011 (+ 9,6 %), dont la plus grande partie par la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), une coentreprise entre l’État guinéen (49 %) et le consortium Halco (Alcoa 23 %, RioTinto-Alcan 23 % et Dadco 5 %), et, dans une moindre mesure, par la Compagnie des bauxites de Kindia (CBK, État). La production d’alumine par l’Alumina Company of Guinea (ACG, État) a augmenté de 3 % à 630 000 t, contre 612 000 t un an avant. La production aurifère a en revanche connu une chute brutale (- 36,5 %) à 15 t. Il en est de même pour la filière diamants, représentée notamment par le britannique Stellar Diamonds, dont la production est tombée brusquement à 47,082 kg, soit une chute de 24,3 %. Des baisses que le ministère de l’Économie et des Finances explique par l’augmentation des coûts de production. ● M.D. JEUNE AFRIQUE


Condé à l’épreuve pour les blocs 1 et 2 de Simandou, ainsi que pour les gisements à Zogota, dans la partie sud de Simandou. BSGR Guinée a aussi reçu l’autorisation exclusive d’exporter le minerai de fer via le Liberia, en contrepartie de la reconstruction du chemin de fer transguinéen destiné au transport de passagers et de fret léger, d’abord de Conakry à Kankan, puis jusqu’à Kérouané. Autant dire que ce deal s’est fait au détriment de Rio Tinto. DIVERGENCES. À peine l’accord signé, BSGR Guinée négociait la vente de 51 % de son capital avec Vale, pour un montant de 2,5 milliards de dollars, dont 500 millions payables immédiatement. Une aubaine pour le minier brésilien, qui cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement. Le Simandou est l’un des plus importants gisements de minerai de fer de haute qualité non exploité au monde. Dans la foulée, les deux partenaires ont formalisé leur union en créant ValeBSGR Guinée. Le deal est clair : Vale

prend en charge la gestion du projet et dispose des droits exclusifs d’enlèvement et de commercialisation pour l’ensemble de la production du minerai de fer; BSGR doit assurer le succès du joint-venture. Pour le reste, pas de changement. Comme BSGR Guinée, la coentreprise Vale-BSGR s’est engagée à réhabiliter le réseau ferroviaire. Toutefois, la produc-

Malgré ces divergences, le directeur financier de Vale, Tito Martin, confirmait fin janvier que le groupe comptait mettre en production sa mine de Zogota dans le courant du premier semestre, et en extraire 2 millions de tonnes de fer pour 2012. Le minier brésilien poursuit le développement de ses projets avec, toutefois, des investissements en baisse en 2012. Alors que Rio Tinto prévoit d’investir 1,3 milliard de dolFinalement, Rio Tinto reprend lars dans son gisement (il y a l’étude pour la réhabilitation du déjà injecté 3 milliards), Vale chemin de fer Conakry-Kankan. n’affectera que 380 millions de dollars à une partie de sa concession. Les deux raisons invoquées tion de Zogota (de 10 millions de tonnes pour expliquer ce recul sont, d’une part, par an en pleine phase d’exploitation, le temps nécessaire afin d’évaluer l’impact selon les prévisions) sera acheminée du nouveau code minier mis en place par le Liberia. par le président Condé et, d’autre part, Une option qui n’est pas du goût du la perte du volet ferroviaire, qui aurait dû nouveau chef de l’État guinéen, Alpha Condé, pour qui l’évacuation des mineabsorber quelque 800 millions de dollars rais doit profiter aux ports du pays… Le d’investissement. Reste à savoir ce qu’il projet de chemin de fer a donc été retiré adviendra du joint-venture Vale-BSGR et à Vale au profit de Rio Tinto, qui fut l’un de son contrat. ● des initiateurs du Transguinéen. MURIEL DEVEY

Investir en Afriique En tant que leader international dans les commodités agricoles, Olam investit industriellement en apportant les dernières technologies dans le secteur de la transformation, de manière à satisfaire aussi bien les besoins locaux que ceux liés à l’exportation des produits finis. Avec 45 projets en cours de réalisation y compris celui de 1,2 milliard d‘USD lié à l’usine de production d’urée au Gabon, Olam a pris part au développement des économies dans de nombreux pays d’Afrique. Ces développements permettent de consolider les bases industrielles, créer de nombreux emplois et valoriser au mieux les ressources naturelles du continent Africain.

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MÉDIAS

La voix de son maître

Les premières élections démocratiques laissaient espérer une ouverture et un changement de ton. Pourtant, l’audiovisuel public ne semble pas pressé de prendre son indépendance.

L

e siège de la Radio Télévision guinéenne (RTG) en impose. Établie à Koloma, dans la commune de Ratoma à Conakry, la maison de la RTG, inaugurée en 2006, est un don de la Chine. En guise de souvenir, ses constructeurs ont eu la gentillesse d’indiquer les issues de secours dans la langue de Confucius. Peu importe, le bâtiment où travaille le personnel de la RTG – sous l’étroite surveillance de militaires armés et d’un char – présente des commodités acceptables. La RTG est un véritable enjeu de conquête ou de conservation du pouvoir. Sous Lansana Conté, des putschistes l’ont prise pour cible plusieurs fois. Lors de l’attaque du domicile d’Alpha Condé le 19 juillet 2011, la garde républicaine a eu pour réflexe de l’entourer d’un cordon de sécurité. AUTOCÉLÉBRATION. Les liens très étroits

et affichés entre la RTG et le pouvoir datent de sa création, en 1977, grâce à un don de Mouammar Kaddafi à son ami Sékou Touré. Très vite, le « père de l’indépendance » a transformé l’institution

en tribune d’autocélébration. Le général Lansana Conté n’a pas dérogé à cette règle. Quant à l’ex-chef de la junte Moussa Dadis Camara, il réglait dans sa salle d’attente les questions les plus sensibles sous l’œil des caméras de la RTG… Un feuilleton baptisé le Dadis Show par les Guinéens. Il battait des records d’audience auprès des téléspectateurs de la sous-région et sur YouTube. Le général Sékouba Konaté, lui, a « libéré » les journalistes et, pendant les douze mois qu’a duré la transition militaire, toutes les sensibilités ou presque étaient représentées par la RTG. Une ouverture vite remise en question à l’avènement de Condé. Reportages et annonces sont désormais ponctués d’innombrables « Son Excellence le professeur Alpha Condé ». Depuis la libéralisation de l’espace audiovisuel, en juin 2010, six chaînes de télévision privées ont été agréées par les autorités, dont seules deux – Évasion et Gangan – ont commencé à émettre. Toutefois, leur influence reste limitée. Leurs émissions ne peuvent atteindre la popularité de Kibaro (« informations », en malinké),

le célèbre journal télévisé en langue nationale. En outre, des actualités souvent politiques et sélectionnées au profit du pouvoir sont présentées en langues locales. SERVICE D’ÉTAT. L’une des principales

caractéristiques de la télévision nationale, c’est l’insuffisance de ses moyens techniques : la RTG n’émet que sur 40 % du territoire, ses équipes de reportage ne disposent que de quatre caméras, sa rédaction de trois bus… « Souvent, les journalistes doivent attendre deux jours pour monter un sujet de trois minutes, pour la simple raison qu’il n’y a pas assez de tables de montage, explique Mohamed Lamine Solano, rédacteur en chef du journal télévisé. Dans ces conditions, nous sommes obligés de trancher, et nous choisissons de privilégier les éléments de souveraineté tels que les visites d’État du président ou les audiences importantes du Premier ministre. » Solano admet par ailleurs que « les formations sont rares » et que « les personnels méritent d’être mieux qualifiés ». Conséquence : un traitement souvent approximatif de l’information, qui agace des téléspectateurs et laisse perplexes les membres du Conseil national de la communication (CNC), l’instance de régulation. En octobre dernier, le CNC a d’ailleurs désavoué la RTG, coupable, selon lui, de ne pas « fournir beaucoup d’efforts pour diversifier ses programmes », lui reprochant de ne pas se comporter « en vrai média au service du citoyen, débarrassé de toute velléité d’autocensure ». Il en a profité pour lancer un appel aux journalistes afin qu’ils prennent plus d’indépendance vis-à-vis du pouvoir. Sans moyens de rétorsion et, à vrai dire, sans réelle conviction – le CNC étant dirigé par des proches du pouvoir. Dans les couloirs de la RTG, l’appel d’octobre est resté lettre morte. ●

VINCENT FOURNIER/J.A.

ANDRÉ SILVER KONAN

! SUR LES PLATEAUX DE LA RTG, l’autocensure est toujours de mise parmi les journalistes. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

JEUNE AFRIQUE


Condé à l’épreuve URBANISME

Capitale à bout de souffle Malgré de réels efforts pour améliorer les conditions de circulation, Conakry vit dans un état de crise permanent.

P

renez une bande de terre de 36 km de long sur 5 km de large. Placez-y 2,3 millions de personnes. Tracez deux axes principaux de circulation qui la traversent et se rejoignent à son extrémité, où sont concentrés les pôles d’attraction. Vous obtenez Conakry, la capitale guinéenne. Théoriquement, circuler à Conakry est simple : le matin, tout le monde « descend » à Kaloum, le centre administratif situé à l’extrémité de la presqu’île, et sa proche banlieue ; le soir, tout le monde prend le sens inverse. Mais dans la pratique, c’est un véritable casse-tête. Le réseau routier se réduit à l’autoroute Fidel-Castro et à la route Le-Prince, qui épousent la forme linéaire de la ville. Toutes deux sont reliées par une douzaine de transversales, pour la plupart en mauvais état. Résultat : un engorgement permanent. La presqu’île de Kaloum (désignée par l’expression « en ville ») abrite le palais présidentiel, les ministères, les banques, le port et la plupart des chancelleries. Elle est reliée à la banlieue populeuse par une digue, goulot d’étranglement où se forment d’interminables bouchons. À toute heure, les routes sont un enchevêtrement de voitures, de camions, de magbanas (minibus) agonisants et bondés, ainsi que de taxis collectifs qui slaloment entre les files. Au pire moment Kipé de la journée, il faut jusqu’à quatre heures pour faire le trajet Baie de Sangaréa

Camayenne

Kaloum

JEUNE AFRIQUE

Madina

2 km

du « Kilomètre 36 » à Kaloum. Tant et si bien que la marche à pied est de loin le mode de transport le plus efficace, et le plus utilisé. ANARCHIE. Hormis le centre-ville, l’ur-

banisation de Conakry s’est faite sans plan. L’anarchie dans les constructions a rendu certains quartiers très enclavés. Les habitations sont très proches les unes des autres, donnant sur des ruelles étriquées. L’absence d’espaces verts et d’aires de jeux pousse les jeunes à transformer la chaussée en terrain de foot. À leurs risques et périls… Différents gouvernements ont tenté de résoudreleproblème avec, notamment, un programme

Simbaya

CONAKRY Aéroport international d’urbanisation (PDU) en trois phases. Pour l’heure, il a donné quelques résultats seulement : ouverture de transversales, construction de passerelles, bitumage de pistes, etc. Côté transports, le train Conakry Express et, récemment, la mise en place d’un système rotatif de la circulation au départ ou en provenance de Kaloum aux heures de pointe concourent à fluidifier la circulation. Une goutte d’eau dans l’océan ! ● ALIMOU SOW N1

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Le Plus de J.A. Guinée SOCIÉTÉ

Virtuoses de la débrouillardise

On les croise partout et tous les jours dans la capitale guinéenne, dont ils animent les quartiers. Leur métier : cireur de chaussures. Leur rêve : devenir de grands commerçants.

L

connaissent aussi par cœur les es souliers éculés et intempéries, la maladie (palu, poussiéreux, les tapettes diarrhée), la faim (parfois un seul esquintées, Abdoul Bah connaît. Il en reçoit, rafisrepas par jour) et la rue. Abdoul tole, lave et cire des dizaines par et ses amis dorment dans le hall jour depuis bientôt deux ans. Ce d’un bâtiment administratif, ils frêle garçon de 14 ans a quitté payent 1 000 GNF la nuitée au sa famille, ses amis d’enfance gardien. Il leur arrive parfois et l’école de son Kakoni natal d’être violentés et rackettés par (près de Gaoual, à 400 km de des voyous ou spoliés par un Conakry) pour tenter sa chance « tuteur », qui sert de banquier. dans la capitale. Son rêve : « C’est d’envoyer ma mère à La Mecque TIRELIRE. Sous un pont, à un jour », sourit-il. Abdoul est l’ombre d’un parasol ou d’un cireur de chaussures. manguier, ils parlent entre eux € EN METTANT 1 EURO DE CÔTÉ CHAQUE SOIR, certains Ils ont entre 8 et 25 ans, sont de Super Bobo (Mamadou deviennent marchands ambulants en quelques mois. de l’ethnie peule (40 % de la Aliou Bah), de Diallo Sadakaadji population environ) et viennent (Amadou Oury) ou d’Ousmane essentiellement de la Moyenne-Guinée « Sans-Loi ». Tous de grands commercaisse en bois sert de tabouret et contient (Gaoual, Télimélé, Mamou). Comme çants, anciens pour certains, qui ont comles outils. Brosses, cirage, torchons, fil, Abdoul, ils sont des centaines de jeunes mencé comme eux et sont des modèles à aiguille, repose-pied en métal… Avec cet à arrêter l’école chaque année, faute leurs yeux, des légendes vivantes. attirail, ils sillonnent la ville de 7 heures de moyens, et à quitter le village pour En mettant 10 000 GNF chaque soir à 18 heures, sept jours sur sept, en tamConakry. Un seul but en tête: faire fortune. dans une tirelire, certains arrivent, au bourinant sur le repose-pied pour battre bout de cinq mois, à se reconvertir en le rappel des clients. PETIT « LAVER-LAVER ». Si la mécanique, marchands ambulants. L’ambition est, Mille francs pour laver et cirer votre la tôlerie, le petit commerce ou les preensuite, d’être « tablier » ou cambiste. paire de souliers en moins de cinq miers pas en tant qu’apprenti chauffeur en Après dix à quinze ans, d’autres parminutes, avec des gestes aussi prestes intéressent quelques-uns, c’est le métier viennent à s’offrir une boutique, voire qu’appliqués. Un tarif qui leur permet de cireur de chaussures qui attire le plus un magasin à Madina (le marché de de gagner entre 15 000 et 40 000 GNF grand nombre. « C’est un travail moins Conakry). Le rêve ultime c’est de devenir, par jour. De quoi envoyer du savon, un physique, ça demande peu d’argent et de un jour, grand commerçant, d’importer parapluie, du sucre aux parents restés savoir-faire pour commencer », explique des marchandises de Hong Kong ou de au village. De quoi vivre. Abdoul. Dubaï, d’offrir une maison en dur et un « Cirass », « docteur », « laver-laver », En effet, avec la modique somme de pèlerinage à papa et maman. Très peu « kon-kon », ils sont alertes, attentifs à la 50 000 francs guinéens (GNF, environ y parviennent. ● moindre interpellation et connaissent Conakr y comme leur poche. Ils 5 euros), il est facile de se lancer. Une ALIMOU SOW ALIMOU SOW

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Économie

NIGER

Sur la bonne voie

CACAO-CAFÉ

La Cameroun fait monter la fève

BANQUE ATLANTIQUE

Cherche repren désespérément? Près d’une dizaine de prétendants ont été tentés par la reprise de l’activité bancaire de Groupe Atlantique, fondé par l’Ivoirien Koné Dossongui. Mais aucune négociation n’a encore abouti. Pourquoi ? Enquête sur une vente en cours depuis près de six ans…

N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

STÉPHANE BALLONG

I

ncorrigible ! Le très médiatique Bernard Koné Dossongui, patron d’Atlantic Financial Group (AFG, groupe Banque Atlantique), n’a pas fini de faire parler de lui. Alors que les discussions entamées en juillet 2011 avec le français Banque populaire-Caisse d’épargne (BPCE) pour la cession d’une partie de son groupe bancaire ne sont pas closes – mais JEUNE AFRIQUE


INTERVIEW

Patrick Alexandre PDG de Servair

DÉCIDEURS

Ramsès Arroub reparti pour un tour ?

Groupe Atlantique en 2012

eur JEUNE AFRIQUE

NABIL ZORKOT POUR J.A.

• Atlantic Financial Group Ce holding financier (1,355 milliard d’euros de total de bilan en 2010) compte : 8 filiales bancaires en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale 1 société d’intermédiation financière (Atlantique Finance) 1 société d’ingénierie informatique (AtlantiqueTechnologies SA) 1 société de transfert d’argent (Money Cash) • Atlantic Insurance Group 1 société d’assurances (Stamvie)

MARCHÉS FINANCIERS

Quand Ciments du Maroc se fige

devait être bouclé en un mois. Huit mois se sont écoulés, et il n’y a toujours aucun accord. Si aucune des deux parties n’a officiellement indiqué avoir définitivement mis fin aux pourparlers, il ne fait plus aucun doute qu’ils n’aboutiront pas. Scénario identique pour Intangis Holdings, un fonds d’investissement américain spécialisé dans le secteur bancaire. Approché en 2006, il signe un protocole d’accord exclusif prévoyant une prise de participation majoritaire (51 %) dans AFG. Concrètement, il s’agissait d’abord de restructurer le groupe ivoirien en fusionnant ses deux filiales, Baci et la Compagnie bancaire de l’Atlantique Côte d’Ivoire (Cobaci), qui opèrent sur un même marché. Le but ? Créer davantage de synergies et de cohérence dans la gestion du groupe. Le fonds américain devait ensuite y injecter quelque 50 millions d’euros pour en prendre le contrôle. Mais là aussi, Koné Dossongui a donné son accord de principe puis a finalement renoncé à vendre sa banque… L’affaire s’est terminée en justice en 2011, et le groupe bancaire a été condamné à verser des dommages et intérêts à l’américain.

semblent bien au point mort –, l’homme d’affaires a déjà changé son fusil d’épaule et vient d’engager des négociations avec de nouveaux candidats. Il faut dire que Banque Atlantique – son total de bilan de 1,355 milliard d’euros en 2010, sa présence dans huit pays (voir ci-dessus), son bureau de représentation en France et son potentiel de croissance en OPPORTUNITÉ. À peine les négociations avec Afrique de l’Ouest – attire de Intangis Holdings abandonnées, l’homme d’afð LE BEL ANCRAGE faires entrait contact avec Access Bank. Le groupe nombreux investisseurs. Au du groupe premier rang desquels deux nigérian était alors en pleine expansion, et Banque dans le marché marocains, qui se montrent Atlantique, avec son bel ancrage dans le marché ivoirien attire les aujourd’hui particulièrement ivoirien et le reste de la sous-région, lui offrait une investisseurs. intéressés: BMCE, qui détient bonne opportunité d’accélérer son développement. déjà 59,4 % de Bank of Africa « Les Nigérians étaient moins regardants sur la santé financière d’AFG et misaient plus gros », (BOA), présent dans une quinzaine de pays au sud rapporte un banquier de la place. À deux doigts du Sahara, et le groupe Banque centrale populaire (BCP) du Maroc, qui veut s’internationaliser. de signer, les partenaires n’ont finalement pas trouvé d'accord. Signe révélateur ou pure coïncidence? L’homme d’affaires ivoirien a en tout cas effectué une visite Koné Dossongui est-il, dans le fond, vraiment éclair dans le royaume chérifien dans la semaine prêt à vendre ? Le patron serait, selon certaines analyses, particulièrement désireux de renouveler du 12 mars. D’où il a assuré à Jeune Afrique qu’un accord serait signé d’ici à la fin le coup qu’il a réussi en 2005 L’homme d’affaires du premier semestre 2012 avec en cédant par étapes la grande l’un des prétendants, tout en majorité du capital d’Atlantic a souvent senti les se gardant bien d’avancer un bons coups. Même si Télécom à l’émirati Etisalat. nom. Il ajoute qu’il n’est désorLe principe consistant pour ses choix n’ont pas mais plus question pour lui de lui à attirer, au préalable, un céder la majorité du groupe, toujours été payants. actionnaire de référence opéradont il estime la valeur à plus de tionnel pour accroître la valeur 300 millions de dollars (229,8 millions d’euros), du groupe avant de céder ensuite le reste de sa mais plutôt une participation minoritaire de bloparticipation. cage de l’ordre de 35 % du capital. Autre analyse, pas tout à fait divergente : Cette ouverture du capital, il cherche à la concréDossongui a souvent senti les bons coups en tiser depuis près de six ans. Plusieurs négociamultipliant les investissements dans les secteurs porteurs, comme l’agro-industrie, l’immobilier, la tions ont déjà échoué à la dernière minute. En banque, l’assurance et les télécommunications. Et juillet 2011, lorsque le groupe a annoncé qu’il entamait des discussions avec BPCE pour céder la il voudrait garder la possibilité de s’appuyer sur son majorité (51 %) du capital de sa filiale ivoirienne, groupe bancaire pour financer ses autres activités Banque Atlantique de Côte d’Ivoire (Baci), tout (voir p. 99). Mais ses choix n’ont pas toujours N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

99


Entreprises marchés été payants. De quoi tempérer l’ardeur d’un repreneur qui l’aurait comme assoÉS ACTIVIT UES cié. L’exemple le plus patent est celui P M O INTERR DÉES d’Air Ivoire. Le businessman a versé U CÉ O une dizaine de milliards de francs CFA rtium (une quinzaine de millions d’euros), via • Conso ciers n a des fin (CFI) le Consortium des financiers ivoiriens, s ivoirien ar le créé en 2008, pour prendre le contrôle p té n o M avec des (50,5 %) de la compagnie, finalement mise groupe rs privés eu en faillite en 2011. Atlantic Insurance Group investiss s pour n ie ir o iv (AIG) ou encore ATMC (agro-industrie) et des prendre ns, Alink Télécom (deux sociétés ayant apparo ti a ip ic rt pa 08 tenu à Dossongui avant d’être vendues) ont is en 20 il a acqu u capital d bénéficié de crédits alors que leur capacité 50,5 % ociété de remboursement n’était pas démontrée au de la S Ivoire, e Air regard de leur situation financière difficile. Nouvell en 2011 liquidée

OPACITÉ. Ces mauvais choix de gouvernance ont mis à mal les comptes du groupe. « Fin 2007, la quasi-totalité des filiales bancaires, en raison de leur situation déficitaire, étaient dans le collimateur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest [BCEAO] », indique-t-on chez celle-ci. À cette époque, les créances douteuses qu’acceptait de prendre à sa charge l’un des acquéreurs étaient estimées à 28 milliards de F CFA (42,7 millions d’euros). Mais aujourd’hui, en raison de l’opacité de gestion, il est difficile d’en mesurer l’étendue. En mars 2010, il annonçait – sans donner plus de détails – avoir dépassé un

tique • Atlan Télécom 2, 200 Créé en ov et o (M ce pôle lécom) Té e g ti s re P 05 dé en 20 t a été cé Etisala ti a ir m à l’é

total de bilan record de 1,2 milliard d’euros pour son exercice 2009. Selon nos informations, certains actionnaires minoritaires tels que la Société ouest-africaine de gestion d’actifs (Soaga) ont négocié leur sortie du capital, inquiets de la situation financière. Contactée, la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), organe régulateur du secteur, n’a pas souhaité divulguer les vrais chiffres du groupe. Pour améliorer la gestion, l’arrivée d’investisseurs institutionnels a été envisagée. « Les dirigeants qui se sont succédé ont tenté de les attirer, mais sans y parvenir », affirme un analyste ouest-africain. Fin 2010, l’amélioration des résultats du groupe a incité la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) à prendre une participation de 10,7 % dans AFG pour un montant de 6 milliards de F CFA. La Société financière internationale de la Banque mondiale devait suivre. Elle était prête à investir 250 millions de dollars dans Banque Atlantique par le biais d’un autre groupe bancaire. Une fois encore, Dossongui a repoussé l’offre en engageant des discussions avec BPCE. Dans la foulée, le directeur général d’AFG, Charles Kié, a démissionné, comme l’avait fait son prédécesseur, Félix Bikpo, après l’échec du deal avec Access Bank. Pendant ce temps, la Baci, la plus grande filiale du groupe, demeure dans une situation financière délicate – Dossongui lui-même le reconnaît – et attend d’être renflouée. La solution viendra-t-elle du Maroc ? ●

Le nouveau pouvoir se méfie de Dossongui Le businessman ivoirien, qui opère depuis le Togo, n’est toujours pas en odeur de sainteté auprès des proches d’Alassane Ouattara.

A

vec l’arrivée d’un nouveau pouvoir en Côte d’Ivoire, Bernard Koné Dossongui, 62 ans, traverse une mauvaise passe. Des proches collaborateurs d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) ne lui pardonnent pas d’avoir soutenu l’ancien président Laurent Gbagbo, actuellement détenu à La Haye. Pour preuve: il a été écarté de la création d’Air Côte d’Ivoire par l’actuel président du conseil d’administration d’Aéroport international d’Abidjan (Aeria), le général Abdoulaye Coulibaly, qui en conduit le lancement. Koné Dossongui avait N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

DR

100

€ LE GRAND PATRON AVEC LAURENT GBAGBO, une relation qui lui vaut aujourd’hui bien des inimitiés.

pourtant investi en 2008 une dizaine de milliards de francs CFA (une quinzaine de millions d’euros) dans la défunte Air Ivoire, qui a déposé le bilan en 2011. Installé à Lomé (Togo) depuis début 2011, cet ancien député du Parti démocratique de Côte

d’Ivoire (PDCI, d’Henri Konan Bédié) saura-t-il s’appuyer sur ses bonnes relations avec Charles Konan Banny, l’ancien gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), actuellement président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, pour rebondir et redorer son image auprès du camp Ouattara ? Les revers qu’il a essuyés ces dernières années (faillite d’Air Ivoire, difficultés de la Banque Atlantique de Côte d’Ivoire…) l’ont affaibli. En 2010, Koné Dossongui pesait, selon ses dires, plus de 500 milliards de F CFA (762 millions d’euros). Et aujourd’hui ? S’il figure toujours parmi les hommes d’affaires les plus importants d’Afrique de l’Ouest, il est toutefois difficile de mesurer sa véritable puissance financière et la force de son réseau d’influence. ● S.B. et BAUDELAIRE MIEU, à Abidjan JEUNE AFRIQUE


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Entreprises marchés

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NIGER

Sur la bonne voie Pétrole, mines, banques, télécoms… L’économie du pays repart, un an après l’élection de Mahamadou Issoufou. Mais si les réformes s’enchaînent, les défis restent immenses.

Niamey récolte déjà le fruit des investissements dans les secteurs pétrolier et minier. En décembre dernier, le champ d’Agadem, dans l’est du pays, fournissait ses premiers barils d’or noir, tandis que la raffinerie de Zinder délivrait, elle, ses premiers litres d’essence – tous deux sont développés par des Chinois (lire encadré).

BOUREIMA HAMA/AFP

BOOM. Dèscetteannée,leNigersera

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15

€ Inauguration de la RAFFINERIE D’OLÉLÉWA (Centre-Est), le 28 novembre 2011.

Une solide lide croissance 14,1 %

Évolution du PIB

12 9

7,2 % 6,9 %

6 3

6,5 % 3,8 %

* Projections

2011 2012 2013* 2014* 2015*

SOURCE : FMI

É

lu le 12 mars 2011 sur les cendres d’un coup d’État – contre Mamadou Tandja – et à la suite d’une transition de un an menée par Salou Djibo, Mahamadou Issoufou est-il à la hauteur des espoirs des 15,8millionsdeNigériens?Lapartie s’annonce difficile… Le pays, classé 186e sur 187 selon l’indice de développement humain du Pnud, a de nombreux atouts, mais aussi d’importants handicaps. Enclavé, bordé par sept pays, riche en ressources naturelles, le Niger est soumis à des facteurs exogènes tels que la forte dépendance aux pluies et l’insécurité de la zone sahélienne, qui occupe une grande partie de son territoire. À peine installé, Issoufou a dû affronter les effets de la crise libyenne et le retour de dizaines de milliers de travailleurs nigériens, alors que le pays sortait tout juste d’une très grave crise alimentaire (en 2010) qui lui aurait coûté 70 millions de dollars (53,6 millions d’euros), auxquels se sont ajoutés 80 millions de dollars d’aides extérieures. Une croissance en dents de

scie absorbée par une démographie galopante (qui s’élève de 3,3 % par an en moyenne) achève un tableau apparemmentpessimiste.Pourtant, les perspectives économiques du Niger sont plutôt favorables. Avec une augmentation exceptionnelle du PIB de 14,1 % prévue en 2012 (après un petit 3,8 % en 2011),

un exportateur net de pétrole brut et le gouvernement est approché par d’autres pétroliers pour développer de nouveaux champs. Côté mines, le sixième producteur mondial d’uranium ambitionne de passer deuxième à l’horizon 2016 grâce aux mines d’Imouraren et d’Azelik. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit ainsi le triplement des exportations pétrolières et minières entre 2011 et 2016. De ce fait, les recettes de l’État devraient doubler –de445milliardsà958,6milliardsde F CFA (de 678,4 millions à 1,46 milliard d’euros), selon le FMI. Tous les secteurs économiques bénéficient de ce boom, et en premier lieu l’agriculture, vitale pour les ruraux (80 % des Nigériens). L’une des promesses électorales du président: « Les Nigériens nourrissent les Nigériens », ou initiative 3N, peut compter sur un budget dévolu au secteur rural gonflé à 100,3 milliards de F CFA en 2012, contre 21,8 milliards en 2011. Le manioc, le riz, le sorgho, le mil, le niébé et surtout l’élevage sont également soutenus par plusieurs réformes: crédits, microfinance, loicadre pour inciter les partenariats public-privé… Pour les banques, le constat est le même. Le pays pourrait en accueillir une onzième prochainement, selon Mahaman Saïd Nour Kaoura, vice-président de l’Association des

DES CHINOIS OMNIPRÉSENTS LES ENTREPRENEURS chinois sont partout. Dans l’uranium avec la mine d’Azelik, exploitée par la China National Nuclear Corporation (CNNC), dans le pétrole à travers le champ d’Agadem, démarré fin 2011 par la China National Petroleum Company (CNPC), dans les télécoms avec ZTE (consortium sino-libyen Data Port, propriétaire de Sonitel) et, bientôt, dans l’agrobusiness. Sinolight a en effet annoncé en mars son intention de construire une sucrerie d’une capacité de 100000 tonnes par an, soit 50 % de la production actuelle du Niger. ● M.P. JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

Le FMI prévoit un triplement des exportations pétrolières et minières entre 2011 et 2016. Le président Issoufou s’attelle d’ailleurs au chantier de la nationalisation (avant reprivatisation) de Sonitel – détenu par un consortium sino-libyen. Lancé en 2008, il n’a toujours pas abouti ; et l’absence d’interlocuteur libyen depuis la révolution n’arrange rien. L’Autorité de régulation multisectorielle vient quant à elle de clore l’appel d’offres pour deux licences 3G : le gouvernement doit bientôt statuer avant d’ouvrir un autre dossier épineux, celui du contrôle des revenus des opérateurs, leurs déclarations étant aujourd’hui les seules sources disponibles. Malgré ce dynamisme économique,lepaysdoitencoreaméliorer un climat des affaires assez délétère: il a perdu un point dans le rapport « Doing Business » 2012, passant à la 173e place sur 183. Conscient de l’enjeu, l’État s’est engagé à lutter contre la corruption et lance une réforme de la fiscalité ainsi que du système de gestion financière. Et espère, au final, attirer de nouveaux investisseurs étrangers. ●

TUNISIE

Magasin général-Auchan, les raisons d’un accord Le géant français revient au Maghreb en prenant 10 % du capital du distributeur tunisien. Celui-ci trouve un nouvel appui face à ses rivaux.

R

ien ne sert de courir… Le 13 mars, près de vingt ans de discussions ont abouti entre Auchan et Magasin général, la plus ancienne enseigne de grande distribution tunisienne. Le géant français a acquis 10 % du capital du groupe tunisien (65 % est détenu par la coentreprise entre Poulina et Bayahi et 25 % est coté à la Bourse de Tunis). « Depuis les premiers contacts en 1993 entre Tahar Bayahi [PDG de Magasin général, NDLR] et Auchan, il était évident qu’un partenariat allait aboutir. Les conditions de faisabilité de cet accord prévu en décembre 2010 n’ont finalement été réunies qu’après la révolution et la reprise du travail, qui est un signe fort pour l’investissement », précise Hédi Baccour, directeur général adjoint du distributeur tunisien. Société étatique cotée depuis 1999, Magasin général était à la traîne, tandis que le groupe Chaïbi lançait avec Carrefour le premier hypermarché tunisien, suivi du groupe Mabrouk avec la franchise Casino (enseignes Géant et Monoprix). Magasin général est relancé en 2007 après l’arrivée de Med Invest Company dans le capital. Ses actionnaires, Poulina et Bayahi – qui détenait déjà alors les enseignes

Promogro et Batam –, sont très actifs dans la grande distribution. CAP SUR LA LIBYE. En 2011, Magasin

général a réalisé un chiffre d’affaires de 500 millions de dinars (257 millions d’euros) grâce à 67 grandes surfaces. L’enseigne, la mieux implantée dans le pays, était l’ultime réseau disponible pour un partenariat. En s’invitant au capital, Auchan (44 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2011) remet ainsi un pied au Maghreb après avoir quitté le Maroc en 2007. En outre, la perspective d’un point d’entrée en Libye, où Poulina et Bayahi sont bien implantés, a achevé de le convaincre. Dans l’accord du 13 mars, le géant français promet au Tunisien une assistance technique pour les métiers de la grande distribution et la formation de ses collaborateurs. « Dans un premier temps, nous travaillerons à développer le concept de supermarchés – qui ne nécessitent pas d’autorisation de l’État –, mais les hypermarchés figurent aussi au plan de développement », complète Hédi Baccour. Une augmentation de la participation du groupe français à 25 % est déjà évoquée. ● FRIDA DAHMANI, à Tunis

Ü Avec 67 SUPERMARCHÉS, c’est l’enseigne la mieux implantée dans le pays.

HICHEM

professionnels des banques et établissements financiers (APBEF) : « Depuis un an, le dynamisme est là. Le nombre de guichets est passé de 78 à 84. » Pour lui, l’exemple de la ville de Zinder est symptomatique. Lorsqu’elle a accueilli une raffinerie chinoise, toutes les banques ou presque y ont ouvert une agence. « Le pétrole, les mines, mais aussi le transport, sont les moteurs principaux, ajoute-t-il. Sans oublier les télécoms. » Un secteur lui aussi en pleine mutation. Avec une croissance moyenne de 50 % par an, les quatre opérateurs (Sonitel, Orange, Moov, Sentel) ont atteint un chiffre d’affaires global de 107,9 milliards de F CFA en 2010 (résultats 2011 attendus).

MICHAEL PAURON JEUNE AFRIQUE

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N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


Entreprises marchés

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CACAO-CAFÉ

Le Cameroun fait monter la fève

MABOUP

Pour oublier les années sombres, les autorités explorent plusieurs pistes : augmenter la production de cacao, se positionner dans le café haut de gamme et miser sur la transformation locale. Un pari ambitieux.

GRANDS PROJETS. Comment relancer la filière ? En augmentant de manière continue la production de fèves de cacao, tout en se positionnant sur le haut de gamme dans le café pour prendre des parts de marché. À la manœuvre, Michael Ndoping, un anglophone de 60 ans, directeur général de l’Office national du cacao et du café (ONCC) depuis 2006. Objectif fixé par le N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

gouvernement : faire mieux que les 230 000 tonnes de production cacaoyère en 2011, pour atteindre 300 000 t en 2015. Une stratégie qui s’appuie sur le Fondsdedéveloppementdesfilières cacao et café (Fodecc), financé par une redevance sur les exportations decesdeuxproduits.Cefondsapermis la mise en place de six grands projets, portant notamment sur la qualité des semences pour la production de matières végétales améliorées, plus résistantes et à haut rendement, aussi bien pour

€ Récolte de cacao à Évodoula (Centre). Les producteurs bénéficient de SUBVENTIONS pour l’achat d’engrais et de pesticides.

DÉSAMOUR. Cet abandon a encore

plus fortement affecté la filière café. En un peu plus de vingt ans, le pays est passé du 12e au 22e rang des producteurs mondiaux de café. Et pour cause : les exportations du Cameroun, qui est l’un des rares producteurs au monde de robusta et d’arabica, ont baissé de plus de 70 % entre 1986 et 2009, passant de près de 110 000 à 32 700 t. À ce rythme, si rien n’avait été fait pour

QUATRIÈME PRODUCTEUR AFRICAIN

Cacao

café

(en millions de tonnes, 2011)

Côte d’Ivoire

1 510 1 020

Ghana Nigeria

Cameroun

(en millions de sacs de 60 kg, 2011)

240

230

Éthiopie Côte d’Ivoire

9,8 1,6

Kenya

0,75

Cameroun

0,7

SOURCES : ICCO, ICO

L

e Cameroun est en quête d’un nouveau souffle pour sa filière cacao-café. Stratégique pour l’économie du pays, l’activité représente 30 % des exportations non pétrolières et fait vivre plus de 2 millions de planteurs. Gérée à vau-l’eau pendant des décennies, la filière reprend peu à peu des couleurs après la décision des autorités d’y investir 11 millions de dollars (8,4 millions d’euros) entre 2010 et 2015. Déjà, le chiffre d’affaires a grimpé à 280 milliards de F CFA (427 millions d’euros) en 2011, contre 249 milliards en 2010.

le cacao que pour le café. « Avec le Fodecc,nousavonsmissurpiedune politique de subvention du traitement des vergers existants. Celle-ci se traduit par une aide accordée aux producteurs pour l’acquisition d’engrais et de pesticides », explique Michael Ndoping. La hausse du cours du cacao ces dernières années a aussi contribué à dynamiser la filière. Le prix moyen d’achat du kilo de cacao au planteur est ainsi passé de 400 F CFA en 2004 à plus de 1 200 F CFA en 2011. Et certaines organisations paysannes sont même parvenues à vendre leur production à plus de 1 500 F CFA le kilo. De quoi faire oublier les années sombres. Après le désengagement de l’État en 1991, consécutif à la chute des cours des matières premières à la fin des années 1980, les plantations ont été délaissées. Survenue en 1994, la dévaluation du franc CFA a fait exploser les prix des intrants agricoles, les portant à un niveau insupportable pour les agriculteurs.

JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés enrayer cette tendance inexorable à la baisse, la production de café au Cameroun aurait disparu dans les dix années à venir. Aujourd’hui, il est question de monter à 80000 t la production des deux variétés (arabica et robusta). Mais les écueils sont nombreux. « Nous faisons face à une désaffection des jeunes à l’égard de la culture du café, constate le patron de l’ONCC. Ce désamour s’explique en partie par la pénibilité du processus de production. » Mais la faible quantité de main-d’œuvre disponible n’explique pas tout : l’abandon et le vieillissement des plantations, ainsi que la taille modeste des exploitations, sont autant de handicaps pour relancer la filière. Aussi, dans sa quête d’une meilleure rentabilité de ce produit de

base, le gouvernement a décidé de miser sur la qualité. « Même en faible quantité, un café haut de gamme dans un marché de niche

Après s’être désengagé de la filière en 1991, l’État doit y investir 11 millions de dollars en cinq ans. vous fait gagner plus d’argent qu’une grande quantité de moins bonne qualité », pronostique Michael Ndoping. L’autre défi est de prendre exemple sur l’Éthiopie, premier producteur africain, pour faire du café un produit de consommation intérieure. COMME LA BIÈRE. Environ 16 %

du cacao et 5 % du café produits au Cameroun sont transformés localement. Le gouvernement souhaite

porter ces pourcentages à 50 %. Un travail de communication et d’éducation pourrait susciter une hausse de la consommation du café dans les habitudes alimentaires des Camerounais… et attirer les investisseurs. « Pourquoi ne pas envisager de prendre à la bière la place qu’elle occupe dans les produits consommés chez nous? » ose le directeur général de l’ONCC. Augmenter la consommation locale, et, partant, la transformation sur place, favoriserait la création de nouvelles PME, pourvoyeuses d’emploi. Il faudrait pour cela convaincre les grands exportateurs, notamment les grandes multinationales du cacao (ADM, Cargill, Bary Callebaut…), d’investir dans la transformation au Cameroun. Mais cela est une autre histoire… ● GEORGES DOUGUELI

RD CONGO

First & Future répond à l’appel des clients Le premier centre d’appels du pays a décroché un marché avec Samsung. Un prêt du Central Africa SME Fund va l’aider à remplir son contrat.

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remier centre d’appels indépendant en RD Congo, First & Future (F&F), qui possède ses propres installations via son Congo Call Center (CCC), vient de signer un contrat avec Samsung. Il devra traiter, grâce à la mise à disposition d’un numéro gratuit, les réclamations et les demandes d’informations sur les produits de la multinationale coréenne en RD Congo et dans les pays d’Afrique francophone de la sousrégion, ce qui fera de Kinshasa le numéro un régional. L’activité n’est pas nouvelle pour F&F. En 2009, il avait remporté le marché pour gérer le service client de l’opérateur de téléphonie mobile Tigo. « Nous supervisons le centre, élaborons des rapports sur le nombre d’appels reçus, le pourcentage et le type de réclamations et faisons des propositions à nos clients », détaille Huguette Ngenyi Samu, qui a fondé l’entreprise avec JEUNE AFRIQUE

Annie Samuna Tuluka. Un savoirfaire qui n’a pas échappé au Central Africa SME Fund (CASF). Ce fonds de capital-investissement, soutenu entre autres par la Société financière internationale (SFI) et créé en 2008 pour financer des PME en RD Congo et en Centrafrique, vient d’accorder un prêt de 200 000 dollars (153 200 euros) incluant une prise de participation de 10 % dans le capital de F&F. Cela afin de mettre la plateforme technique aux standards internationaux, ce qui permettra à F&F de répondre à ce nouveau marché. Prochainement, CCC lancera quatre nouveaux produits: Allo Kin fournira des renseignements pratiques, Allo Docteur des informations médicales d’urgence et Allo Info Jus des conseils juridiques de base, tandis qu’Allo Pasteur résoudra les problèmes psychologiques. Qui paiera ? Le client, puisque le prix de la communication sera légèrement surfacturé. Reste à

trouver et à former les agents, qui devront avoir une bonne élocution, maîtriser au moins deux langues dont l’anglais et posséder des compétences techniques. F&F réalise aussi des enquêtes de marché et des mailings pour le français Altai Consulting et Rainbow, gère les relations clients du loueur de véhicules Yayo et propose des formations dans ce créneau. Autant d’activités qui feront passer les effectifs d’une centaine de salariés à plus de deux cents et

D’une centaine de salariés, les effectifs vont passer à plus de 200 personnes. doperont le chiffre d’affaires, de 800 000 dollars, dont 80 % sont aujourd'hui assurés par l’activité call center. First & Future envisage aussi d’ouvrir des antennes locales et compte sur l’entrée de la fibre optique pour abaisser le coût des appels et améliorer la qualité de ses services. ● MURIEL DEVEY, à Kinshasa N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Entreprises marchés SERVICE

Patrick Alexandre

PDG

DE

S ERVAIR

« L’exigence de qualité est plus élevée en Afrique qu’ailleurs » Le patron de Servair, la filiale de restauration d’Air France, détaille la stratégie de la société, fondée sur de solides partenariats locaux.

ð EN 2012, il met le cap sur le Nigeria, le Cap-Vert et le Bénin.

à des appels d’offres dans l’événementiel, comme nous l’avons fait avec succès lors de la Coupe d’Afrique des nations à Libreville. Nous fournissons aussi des prestations de conseil et formation, dans la gestion des ventes à bord de Camair-Co par exemple. Enfin, Servair se positionne sur la gestion de salons VIP d’aéroports qui comptent entre 2 et 5 millions de passagers.

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résent dans seize pays sur le continent, Servair (761,5 millions d’euros de chiffre d’affaires) y compte désormais 2 500 salariés. C’est deux fois plus que sa maison mère, Air France. Pour doper sa croissance africaine, le troisième groupe mondial de restauration aérienne a misé sur des partenariats fructueux, tant avec des compagnies comme Kenya Airways (depuis 2010) qu’avec des fournisseurs agroalimentaires locaux. À côté de son activité de préparation de plats (catering) pour les avions, Servair se positionne également sur les marchés du duty free, des restaurants et salons aéroportuaires ou encore de la restauration événementielle. De son bureau de l’aéroport de Roissy, Patrick Alexandre, 57 ans, met le cap en 2012 sur le Nigeria, le Cap-Vert et le Bénin. Une expansion qui devrait doper son chiffre d’affaires africain consolidé de 73,3 millions d’euros en 2011. Et lui permettre de garder sa longueur d’avance sur ses concurrents LSG Chefs et Gate Gourmet. JEUNE AFRIQUE: Après l’ouverture d’une nouvelle filiale au Ghana, allez-vous poursuivre votre offensive africaine ? PATRICK ALEXANDRE : En 2012,

nous allons lancer deux centres au Nigeria, l’un à Abuja et l’autre à Lagos, qui ouvrira en mai prochain. Avec ce dernier, nous comptons récupérer entre 20 % et 25 % N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Vous êtes une filiale d’Air France à 94 %. Quelle est votre marge de manœuvre dans vos choix stratégiques par rapport à votre maison mère ?

CLAIRE-LISE HAVET/AIR FRANCE

106

du marché des deux « caterers » présents (dont celui du principal, ASL First Catering). Cette année, nous voulons aussi agrandir notre implantation à Cotonou, au Bénin, avec la construction d’un véritable centre de préparation alimentaire, et nous installer à Praia, au CapVert. Les mois suivants seront aussi l’occasion pour nos 200 salariés ivoiriens, que nous n’avons jamais abandonnés pendant la crise, de reprendre un rythme normal… Prendrez-vous des initiatives en dehors du catering aérien ?

Nous allons reprendre la gestion de bars-restaurants dans les aéroports de Brazzaville et Pointe-Noire, où nous sommes déjà implantés. Nous pouvons également répondre

CA en Afrique millions d’euros

73,3

Nombre de repas servis par an

7,8 millions

Top 5 des clients 1

Kenya Airways 2

Air France 3

Emirates 4

South African Airways 5

Ethiopian Airlines

Nous travaillons à présent pour une cinquantaine de compagnies différentes en Afrique. Air France estd’abordunclientpournous,avec lequel les négociations commerciales ne sont pas faciles. À Dakar, ce n’est que le quatrième, après Air Sénégal, Royal Air Maroc, et Delta Airlines… Nous nous sommes installés à Accra en 2011 en suivant Alitalia, car la compagnie française ne dessert pas la capitale ghanéenne. Par ailleurs, depuis notre implantation au Kenya avec notre partenaire NAS, en 2010, nous collaborons à l’élaboration des menus avec la direction marketing de Kenya Airways. Désormais, noussommesautantintégrésàleurs processus qu’à ceux d’Air France… Vos recettes se préparent-elles avec des produits locaux ?

Aujourd’hui, grâce aux filières locales, les produits frais et le poisson proposés dans les avions au départ de l’Afrique proviennent du continent. Au Mali, dans le delta JEUNE AFRIQUE


intérieur du Niger, nous avons défini avec les pêcheurs les types de prises correspondant à nos besoins. Nous les avons même équipés de téléphones portables pour qu’ils préviennent nos livreurs dès qu’ils ont de quoi nous fournir. Grâce à cela, à Bamako, il n'y aura plus dans nos plats de saumon fumé avec une empreinte carbone démesurée… Pour ce qui est des crevettes, nous avons repris la majorité des parts de notre fournisseur sénégalais Nosopal. Il approvisionne nos unités africaines, mais aussi Paris. Nous envisageons en outre de l’aider à vendre une partie de sa production à notre partenaire américain Flying Food. Pour les fruits, nous achetons des mangues découpées localement… Votre logistique et votre suivi de la qualité sont-ils complexes en Afrique ?

Le niveau d’exigence est plus élevé pour nos équipes africaines que pour les autres. Comme les conditions de conservation sont difficiles, nous avons développé de nouvelles technologies telles que la cuisson sous vide, qui garantit une conservation irréprochable et préserve le goût des aliments tout en éliminant les risques liés à la décongélation. Le fait d’être français est-il un atout pour vous ?

Dans la restauration, il va sans dire qu’être français est un avantage. Kenya Airways ne se serait pas adressé à nous si nous n’avions pas été une société française ayant fait ses preuves en Afrique. La France a su intégrer dans sa cuisine des éléments de cultures différentes. Ses chefs sont aux meilleurs niveaux internationaux en raison de cette capacité à trouver leur inspiration ailleurs, notamment en Asie. Joël Robuchon, Jacques Le Divellec ou Guy Martin, chefs étoilés par le guide Michelin qui travaillent avec nous, s’inscrivent dans cette lignée. En Afrique, ils nous aident à intégrer des traditions culinaires très fortes, transmises de mère en fille. ● Propos recueillis par CHRISTOPHE LE BEC JEUNE AFRIQUE

FABIAN BIMMER/REUTERS

Coulisses

PAYS ARABES SAP INVESTIT 450 MILLIONS DE DOLLARS De passage à Dubaï le 12 mars, Werner Brandt, le directeur financier de SAP, le plus grand éditeur mondial de logiciels d’entreprise devant l’américain Oracle, a annoncé que le groupe allemand investira 450 millions de dollars (345 millions d’euros)

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M

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Entreprises & marchés d’ici à 2015 en Afrique du Nord et dans l’ensemble des pays arabes du Moyen-Orient, où il espère augmenter de 40 % ses revenus dans les années à venir. Le spécialiste des logiciels de gestion et du cloud computing se montre particulièrement gourmand: sa part de marché y dépasse déjà les 37 %, selon le cabinet spécialisé IDC. « La région doit devenir l’un de nos dix marchés à plus forte croissance », insiste Werner Brandt. Pour y parvenir, le groupe, qui compte déjà 300 employés dans la zone, recrutera 500 personnes de plus d’ici à 2015. Il compte également créer un institut de formation qui doit accueillir 2000 consultants durant cette période. Un établissement dont l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirat arabes unis se disputent la construction. ●

• MINES Toyota Tsusho veut prendre 20 % du projet d’étain d’Achmmach (Maroc), de l’australien Kasbah • TÉLÉCOMS MTN Ouganda conteste le redressement de 55,5 M$ que lui réclame le fisc • PÉTROLE Sonatrach a réglé à l’amiable son conflit avec l’américain Anadarko et le danois Maersk en leur versant 5,2 M$ d’indemnités • PÉTROLE (2) Total Gabon annonce un résultat net de 268 M€ (+ 74 %) et un CA de 1,2 M€ (+ 17 %) pour 2011

MAROC DELATTRE LEVIVIER S’INTERNATIONALISE L’industriel marocain de la construction métallique s’africanise. Alors que la société a présenté un résultat net de 20,5 millions de dirhams (1,8 million d’euros) pour 659,2 millions de dirhams de chiffre d’affaires (dont 16 % à l’étranger) en 2011, elle poursuit son offensive sur le continent. Après son implantation réussie au Sénégal, le groupe coté à Casablanca a décidé d’ouvrir des filiales en Algérie, au Ghana, en Mauritanie et en Côte d’Ivoire d’ici à 2015. ● CONSOMMATION NESTLÉ MUSCLE SES VENTES Nestlé a réalisé un chiffre d’affaires de 2,9 milliards de francs suisses (2,4 milliards d’euros) en Afrique en 2011 (+ 18 % par rapport à 2010). L’agro-industriel prévoit de doubler ses ventes d’ici à 2020. Entre 2010 et 2012, il aura investi 1 milliard de francs suisses pour ouvrir de nouvelles usines (ou en agrandir)

et des centres de distribution (Algérie, Angola, Égypte, Mozambique, Nigeria, Afrique du Sud…). Il a également lancé Nestlé Business Services (NBS) Africa, à Accra (Ghana), où 150 personnes se chargeront des salaires et des factures de Nestlé dans plus de 40 pays. ● ALGÉRIE LES ENCHÈRES MONTENT SUR DJEZZY C’est fin mars que le cabinet d’affaires Shearman and Sterling LLP remettra au gouvernement algérien ses conclusions sur la valeur de Djezzy et indiquera si l’État doit ou non entrer au capital de la filiale d’Orascom Telecom Algérie, rachetée en mars 2011 par l’opérateur russo-norvégien Vimpelcom. Ce dernier a accepté de céder à l’État la majorité du capital. Pendant ce temps, Djezzy se valorise. Au cours des trois derniers mois de 2011, son chiffre d’affaires a atteint 457 millions de dollars (350 millions d’euros) et l’Ebitda a progressé de 10,9 % (267,6 millions de dollars) par rapport à la même période de 2010. ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Décideurs MAROC

Ramsès Arroub reparti pour un tour? Sous la tutelle d’Attijariwafa Bank, le patron marocain de Wafa Assurance a dopé les performances du numéro un du secteur. À 46 ans, il entame la dernière année de son mandat… avant un probable renouvellement.

L

année 2012 sera importante p our Rams ès Arroub. Dans un an, le PDG de Wafa Assurance verra son mandat arriver à échéance. Il aura alors présidé pendant plus de cinq ans aux destinées du numéro un de l’assurance au Maroc, filiale d’Attijariwafa Bank (79 % du capital). A priori, la probabilité qu’il ne soit pas reconduit à son poste semble infime, car les résultats sont là : un chiffre d’affaires en hausse de 49 % en quatre exercices, des bénéfices en progression de 34 % et une place de numéro un affirmée, puis confirmée. En 2007, lorsqu’il embarque sur le navire Attijariwafa, la société d’assurances a déjà rattrapé celle qui l’avait dépassée quelques années plus tôt, RMA Watanya, filiale du groupe FinanceCom (BMCE Bank). Mais elle ne l’a pas encore doublée. C’est sous la houlette de Ramsès Arroub que l’objectif est atteint, dès 2008. Le numéro trois, Axa Assurance Maroc, pourtant filiale du groupe français leader mondial du secteur, est définitivement distancé.

où il a occupé différentes fonctions – notamment au sein de CNIA Assurance –, participant largement au plan de redressement d’Essaada, un assureur repris par le groupe. Mais – et c’est peut-être le plus important – il arrive aussi dans les bagages du nouveau patron d’Attijariwafa. Dans le cadre d’une réorganisation de la banque, Mohamed El Kettani décide de prendre directement sous son aile Wafa et son dirigeant. « La compagnie a fait de la bancassurance son fer de lance au cours des dernières années, bénéficiant des synergies développées avec le réseau de sa maison mère », souligne-t-on à BMCE Capital Bourse. La société d’assurances est aujourd’hui le deuxième contributeur aux bénéfices du groupe bancaire, après l’activité de banque de détail au Maroc. UNE RÉUSSITE FLAGRANTE.

Conséquence logique: en épargne et prévoyance, Wafa écrase le marché, avec, en 2010, une part de 34 % sur l’assurance vie. En parallèle, l’entreprise est également parvenue à doper sa position dans l’assurance automobile, En 2011, il a frappé fort en principal finalisant un partenariat avec IMA, créneau pour les assureurs leader français de l’assistance. marocains. Et Si Wafa en est arrivé là, c’est en 2011, Ramsès Arroub a frappé notamment parce que, depuis fort en finalisant un partenariat l’arrivée de Ramsès Arroub, entre Attijariwafa et le leader quelque chose a changé. Lorsque français de l’assistance, Inter Mutuelles Assistance (IMA). Wafa ce diplômé des meilleures écoles françaises (Polytechnique et Mines IMA Assistance, qui propose des de Paris) rejoint le premier groupe produits de droit européen aux bancaire du pays, il a certes déjà Africains installés à l’étranger, acquis une solide expérience devrait constituer un important au sein de la banque d’affaires réservoir de croissance pour l’assureur marocain. CFG Group et du holding Saham, N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

WAFA ASSURANCE

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Profil • 46 ans • Diplômé de Polytechnique et de l’École des mines de Paris • Début de carrière au sein du cabinet d’audit Arthur Andersen • Passage par l’enseignement supérieur, en France • Ancien de CFG Group et de Saham

Des grands patrons des assurances au Maroc, Ramsès Arroub est, avec Moulay Hafid Elalamy (PDG de Saham et actionnaire de CNIA Saada), l’un de ceux dont la réussite est la plus flagrante. Le troisième big boss du secteur, Fouad Douiri, a décidé tout récemment de tirer – provisoirement? – sa révérence en quittant la direction de RMA Watanya pour entrer dans le gouvernement Benkirane. Moulay Hafid Elalamy, de son côté, a mis le cap sur l’Afrique en reprenant fin 2010 l’ivoirien Colina. FinanceCom lui a emboîté le pas, en officialisant un an plus tard sa décision de créer une nouvelle société d’assurances consacrée à l’Afrique, accompagnant notamment le réseau bancaire Bank of Africa. Ramsès Arroub sera-t-il également de cette partie ? Alors qu’Attijariwafa ne cache plus ses intentions de compléter son dispositif bancaire panafricain par une palette de services financiers, la réponse semble positive. ● FRÉDÉRIC MAURY JEUNE AFRIQUE


Décideurs

VINCENT FOURNIER/J.A.

ð ÂGÉ DE 33 ANS, il a travaillé chez Danone et Cetelem.

COMMUNICATION

Abdoulaye Kanouté bat la campagne Malgré une rude concurrence, le jeune patron de Havas Media Sénégal a fait de son agence publicitaire un acteur reconnu à Dakar. Objectif : décupler son chiffre d’affaires en cinq ans.

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arti de zéro début 2010 à Dakar, Abdoulaye Kanouté entame sa deuxième année à la tête de Havas Media Africa (HMA), une centrale d’achat d’espaces qui sert d’intermédiaire entre les annonceurs et les supports. Les débuts ont été durs pour ce jeune patron de 33 ans, les acteurs en place n'étaient pas prêts à partager le gâteau publicitaire. Mais « il en faut beaucoup pour m’impressionner », lâche celui qui a fait ses classes au

par d’autres canaux. Nous avons évolué vers une agence de publicité, le modèle traditionnel au Sénégal. Notre offre est la plus performante du marché, et nous n’avons pas à rougir de nos créations », affirmet-il. L’agence compte huit salariés, affiche un chiffre d’affaires de 1,2 million d’euros et 25 clients (Grands Moulins de Dakar, Accor, Air France, Canal+, Air Liquide…). Pour 2012, Abdoulaye Kanouté vise 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires et 30 clients : « Cette année, nous aimerions travailler avec un opérateur téléphonique, un grand nom de l’agroalimentaire et une compagnie aérienne. » L’objectif à cinq ans ? « Un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros. » ÉVOLUTION. Comme ses confrères

prytanéedeSaint-Louis,auSénégal, sans rêver de devenir militaire. Bardé de diplômes décrochés à Toulouse (maîtrise), Angers (DESS) et Marseille (DEA), Abdoulaye Kanouté est passé par Danone et Cetelem, en France, avant de revenir au pays en 2007 pour intégrer l’Agence dakaroise d’études stratégiques et de recherches, puis Ocean Ogilvy en 2009. Aujourd’hui, il reconnaît avoir revu sa copie. « Notre stratégie n’était pas adaptée, il nous fallait récupérer les budgets

au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Togo, au Nigeria, auKenya,auGabonetbientôtenRD Congo, le réseau HMA s’appuie sur lesimplantationsdugroupeBolloré, actionnaire de Havas (à 32,9 %). À Dakar, les équipes d’Abdoulaye Kanouté occupent les locaux de Bolloré Africa Logistics, qui détient 50 % de chaque agence HMA. Elles devrontd’ailleurss’adapteràl’évolution de HMA, qui deviendra Havas Africa après l’intégration des entités du Maghreb et la fusion des activités de création et de centrales d’achat. ● JEAN-MICHEL MEYER

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ON EN PARLE

JAMALEDDINE LOUZI RAM EXPRESS C’est le nouveau patron de la filiale de Royal Air Maroc consacrée aux vols intérieurs et régionaux, RAM Express. Le commandant Louzi était jusque-là directeur des affaires générales de la RAM. JEUNE AFRIQUE

ANNE RENAUD-ABBOUD RENAULT Directrice commerciale de Renault pour la région Euro-Méditerranée, elle étend son périmètre de responsabilité à l’Afrique subsaharienne, précédemment rattachée à la région Asie.

GEORGE MAWADRI BRITISH AIRWAYS Nouveau directeur commercial régional pour l’Afrique de l’Est et centrale de British Airways, il couvrira notamment l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, l’Éthiopie, le Rwanda, le Soudan et le Soudan du Sud. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Marchés financiers

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ð Le groupe vend surtout dans le sud du pays, où sont implantées ses USINES (ici, à Aït Baha).

BOURSE DE CASABLANCA

Quand Ciments du Maroc se fige Si le titre de l’entreprise a bien résisté l’an dernier, 2012 pourrait être plus difficile. En raison notamment d’un retard dans les investissements, dont la concurrence ne manquera pas de profiter.

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n 2011, Ciments du Maroc, filiale de l’italien Italcementi Group, a déjoué les attentes des analystes financiers, qui lui prédisaient une année difficile. Son chiffre d’affaires, de 3,97 milliards de dirhams en 2011 (356 millions d’euros), est en hausse de 9,4 % par rapport à 2010. Quant au résultat net consolidé (984 millions de dirhams), il progresse de 12,8 %. Dans un marché boursier marocain plutôt déprimé, le titre a donc bien résisté sur la place de Casablanca – en recul de plus de 12 % en 2011 –, avec une baisse de 10,4 % sur un an (du 16 mars 2011 au 14 mars 2012). Pas si mal par rapport à son concurrent Lafarge Maroc, dont le titre a chuté de 15,8 % sur la même période (lire encadré).

HONORABLE. Ciments du Maroc doit ces chiffres honorables à la bonne santé du marché: fin février, lesventesdecimentdansleroyaume avaient progressé de 25,9 % sur un an. Pour Majdouline Fakih, analyste N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

financière chez CFG Group à Casablanca, le secteur a profité d’un contexte sociopolitique favorable: « Avec le Printemps arabe et les élections législatives, les autorités ont été plutôt laxistes en matière de permis de construire. Le BTP a tourné à plein régime, et la construction de maisons traditionnelles marocaines, fortement consommatrices en ciment, a dépassé toutes nos prévisions. » « Les plans de logements et d’infrastructures du gouvernement ont dopé un marché qui avait connu une année 2010 difficile », complète Kais Kriaa, analyste chez AlphaMena, à Tunis.

– 10,4 % C’est la

chute de l’action

sur un an (1 000 dirhams le 14 mars)

Ducoup,alorsquelesspécialistes prévoyaient pour 2011 une surcapacité du fait de l’arrivée d’un nouvel entrant, il n’en a rien été. Ciments de l’Atlas, filiale du groupe Addoha, a pourtant démarré sa première usine à Settat (à 70 km au sud de Casablanca) début 2011, la faisant tourner à 90 % de sa capacité – un record pour une première année d’exploitation. Mais les 1,44 million de tonnes supplémentaires apportéesparlenouveauconcurrentn’ont finalement pas perturbé les autres cimentiers. « Nous pensions que Lafarge et Ciments de l’Atlas, très présents dans le centre et le nord du pays, allaient descendre dans le Sud, où sontinstalléeslesusinesdeCiments du Maroc. Mais la hausse de la demande a été tellement forte que lesdeuxcimentiersduNord,occupés à fournir leurs zones commerciales traditionnelles, ne sont pas venus menacer la filiale d’Italcementi », détaille Majdouline Fakih. Résultat: Ciments du Maroc a continué de vendre à tour de bras dans le Sud, et ses usines de Marrakech, d’Aït Baha, de Safi et de Laayoune ont tourné à 95 % de leur capacité en 2011. En 2012, le marché est bien orienté, avec une hausse de la demande prévue de 5,5 %. Mais l’année devrait se révéler périlleuse pour Ciments du Maroc: le groupe pâtitd’unpland’investissementpeu ambitieux par rapport au potentiel du marché. « Ciments de l’Atlas va lancersasecondeusinedansleSudEst, à Beni Mellal, d’une capacité de 1,6 million de tonnes, et Ciments du Marocn’apasdévoilésariposte.Une

LAFARGE FAIT LE PLONGEON L’ANNONCE par le groupe français, leader mondial du ciment, d’une réduction de capital de Lafarge Maroc a jeté un froid à Casablanca fin 2011. « C’était un très mauvais signal envoyé au marché, qui y a vu le signe d’un désengagement, donc d’une absence d’investissement et de perspectives », estime Kais Kriaa, analyste chez AlphaMena. La maison mère, très endettée, avait besoin d’argent frais, mais cette opération a entraîné une baisse de 15,8 % du titre en un an (du 16 mars 2011 au 14 mars 2012) sur la Bourse de Casablanca. Pour compenser, les analystes attendent avec impatience une éventuelle cotation de Ciments de l’Atlas, filiale d’Addoha, qui fait un bon démarrage en 2011. ● C.L.B. JEUNE AFRIQUE


Baromètre

MANQUE D’AUDACE. Ce délai, qui

profitera forcément à la concurrence, est lié notamment à des problèmes de management: la fusion des états-majors d’Italcementi et de Ciments français, l’ancienne maison mère, a pris du retard, et cela joue sur les circuits de décision. « Le PDG de Ciments du Maroc, Mohamed Chaïbi, appelle de ses vœux de nouveaux investissements, mais il n’a pas encore été entendu », regrette l’analyste de CFG Group.

La valeur reste chère, notamment par rapport aux cimentiers égyptiens. L’endettement faible de la société (930 millions de dirhams, soit 14 % du capital, d’après CFG Group) pourrait pourtant lui permettre d’être plus audacieuse… Sous la houlette de Chaïbi, l’entreprise a optimisé sa gestion des charges : « Alors que le taux de marge [Ebitda] de Ciments du Maroc était de 31,4 % en 2008, il atteint aujourd’hui 43 %. C’est plus que ce que nous escomptions»,observeKaisKriaa.Legroupe a réussi à optimiser sa fabrication de clinker, mélange de calcaire et de silice nécessaire à la fabrication de ciment. Il a aussi installé un parc d’éoliennes lui permettant des économies d’énergie pour ses installations de Laayoune. Mais cette amélioration de la rentabilité ne suffit pas à séduire les analystes. Même si CFG Group conseille de conserver la valeur, il prévoit une baisse de 8,6 % du cours de l’action en 2012. Quant à AlphaMena, il conseille plutôt de vendre : « Malgré la demande, la rentabilité du secteur cimentier se dégrade », indique Kais Kriaa, pour qui les titres cimentiers marocains restent chers. Notamment par rapport aux valeurs égyptiennes, très malmenées en 2011. ●

Transports : beaucoup d’incertitudes VALEUR

BOURSE

COURS au 14 mars (en dollars)

ÉVOLUTION depuis le début de l’année (en %)

Canal Shipping Agencies

LE CAIRE

1,21

+ 29

United Arab Shipping Co Alexandria Containers & Goods Grindrod Comair Precision Air Tunisair Bolloré Africa Logistics CI Air Mauritius Kenya Airways

LE CAIRE

0,12 11,66

+ 25 + 12,9

202,61 20,95 0,30 1,06 81,24 0,45 0,19

+ 9,9 – 1,9 –4 – 6,4 – 16,9 – 21,9 – 27,2

LE CAIRE

JOHANNESBURG JOHANNESBURG DAR ES-SALAAM TUNIS ABIDJAN PORT LOUIS NAIROBI

LE SECTEUR du transport n’a pas le vent en poupe. Depuis son introduction sur la Bourse de Dar es-Salaam, en décembre, le transporteur aérien Precision Air, filiale de Kenya Airways, ne décolle pas et a même chuté de 4 % depuis le début de l’année, malgré sa position de leader enTanzanie. Les autres compagnies aériennes cotées connaissent le même sort,Tunisair, Air

Mauritius et Kenya Airways subissant le ralentissement économique international. Au sein deTunisair, le climat social reste très tendu, tandis qu’Air Mauritius envisage une restructuration. Du côté du transport maritime, même si les valeurs cotées résistent mieux en Bourse, les nouvelles ne sont pas meilleures. Le sud-africain Grindrod a ainsi vu ses bénéfices reculer de 41,5 % en 2011. ●

Valeur en vue KENYA AIRWAYS Paré au décollage BOURSE Nairobi • CA 2010-2011 740 millions d’euros (+ 21,4 %) • PRIX

DE L’ÉMISSION 14 shillings kényans (KES) • COURS 15,10 KES (14.3.2012)

KENYA AIRWAYS a rendu public le prix de son émission de droits de souscription et fixé l’agenda de cette levée de fonds de 252 millions de dollars (193 millions d’euros). Le prix se situe 32,2 % au-dessous de la moyenne des trois derniers mois. Les détenteurs de cinq actions pourront en acquérir seize nouvelles. KLM (26 % du capital) et Nairobi (23 %) se sont engagés à souscrire à l’opération, qui débutera le 30 mars. La levée de fonds doit permettre de gérer les ratios d’endettement, alors que le transporteur s’est engagé dans un plan d’invesEric Musau Analyste chez Standard tissement de 3 milliards de dollars sur les cinq proInvestment Bank chaines années. Kenya Airways prévoit de relier toutes les grandes capitales africaines d’ici à la fin de 2013 et de doubler son réseau (53 lignes en 2011). La compagnie entend acheter plus de 100 appareils en dix ans (pour une flotte de 31 avions fin 2011). Les trafics en Afrique et vers l’Asie sont ciblés. Le management compte également augmenter de 7,6 % à 20 % la part du transport cargo dans le chiffre d’affaires. » ●

DR

augmentation de capacitéde l’usine de Safi pourrait être annoncée en avril,maiscelaprendraauminimum de douze à dix-huit mois », estime Majdouline Fakih.

Marchés financiers

CHRISTOPHE LE BEC JEUNE AFRIQUE

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Culture & médias

ARTS PLASTIQUES

Le grand

couturier

Formé auprès des tisserands maliens puis des surréalistes cubains, Abdoulaye Konaté a fait du tissu son principal matériau de création. Il construit aujourd’hui de véritables sculptures textiles à la fois ancrées dans la tradition et très contemporaines. À découvrir à la Maison Revue noire, à Paris.

NICOLAS MICHEL

Q

beaucoup dessiner, raconte Konaté. Je réalisais des reproductions de livres, d’affiches de cinéma, et je créais de nouveaux motifs pour les tisserands traditionnels. À l’école, j’avais de bonnes notes en dessin et j’ai été encouragé par mes professeurs dans cette voie. » Les parents ne s’opposent pas et, au début des années 1970, le jeune homme rejoint pour quatre ans les Beaux-Arts de Bamako, où il reçoit un enseignement académique.

uel est le point commun entre les plasticiens Hassan Musa (Soudan), Abdoulaye Konaté (Mali) et Yinka Shonibare (Nigeria) ? Bien que de manière différente, tous trois utilisent le tissu comme principal matériau de leurs créations. En attendant une grande exposition qui les confronterait, il est d’ores et déjà possible de contempler certaines WILFREDO LAM. Ensuite, embauché pendant œuvres du Malien présentées par la Maison Revue deux ans pour monter des expositions par le noire, à Paris. musée de la capitale malienne, il remplit différents « Je ne veux pas qu’on regarde d’abord le tissu, dossiers de bourse d’études. Cuba l’accepte, et il explique Konaté. Je l’utilise comme une palette, s’envole pour La Havane, où il restera sept ans. parfois pour traiter de thèmes très violents. Je sou« Cela a été très difficile, car il y avait un énorme haite qu’on voie d’abord la couleur et le thème. » À décalage de niveau, se souvient-il. Une année 59 ans, Abdoulaye Konaté de langue, une année de est directeur général du rattrapage… J’ai calculé Des œuvres qui abordent Conservatoire des arts le nombre d’heures qu’il la souffrance humaine avec et métiers multimédia fallait que je fasse pour délicatesse et légèreté. ingurgiter en un an ce que Balla Fasseké Kouyaté, les Cubains avaient fait en à Bamako. Il a aussi été trois, et j’ai accéléré chaque jour. » directeur du Palais de la culture et a assumé la direction de deux éditions de la Biennale africaine Grand admirateur des « techniques de transde la photographie. Pourtant, il lui est toujours parence de Rembrandt », Konaté profite d’un enseignement « très solide, très sérieux et très resté un peu de temps – la nuit, le matin très tôt, le week-end – pour se consacrer à la création. Une rigoureux », bénéficie d’avantages incomparables belle preuve de persévérance quand on sait que – tout le matériel est gratuit – et rencontre de sa décision d’embrasser une carrière artistique nombreux artistes, dont le peintre proche des remonte tout de même aux années 1960. surréalistes Wilfredo Lam qui lui apporte une Très jeune, l’enfant de Diré se rendait régulièvaste ouverture sur le monde artistique. Malgré l’émulation de sa vie cubaine, son retour définitif rement dans l’atelier de Boubacar Koïta, peintre au pays n’est pas difficile : « J’ai eu quelques offres, populaire autodidacte de la ville. « J’aimais N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

€ L’ARTISTE MALIEN

DEVANT L’UNE DE SES

exposées jusqu’au 5 mai sous le titre « Tentures Teintures » à la Maison Revue noire (Paris). ŒUVRES

JEUNE AFRIQUE


CAMILLE MILLERAND POUR J.A.

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mais non, je n’ai jamais pensé rester. » Marié à une Malienne, Konaté poursuit son travail de peintre tout en menant carrière dans l’administration de la culture. Au début des années 1990, son œuvre bifurque, comme s’il s’agissait de renouer, d’une certaine manière, avec ces tisserands pour lesquels il travaillait, adolescent. « Quand j’ai commencé à réaliser des installations, j’ai occupé de grands espaces et j’ai constaté que le tissu s’y prêtait, explique Konaté. Puis, de fil en aiguille, j’ai approfondi mon travail sur le textile, qui offre techniquement beaucoup de possibilités. Et à vrai dire, au Mali, le coton est plus simple à trouver que la peinture ! » Une révélation pour l’artiste malien, qui trouve alors le médium idéal pour s’exprimer. GRIS-GRIS. Habitué à introduire dans ses œuvres,

à l’instar de Lam, des éléments de la tradition africaine, Konaté construit aujourd’hui de véritables sculptures textiles, parfois composées de centaines de bandes de tissu qui rappellent les tenues des musiciens sénoufos ou celles des « bouffons sacrés » de la société bamana, les Korodugas. « Abdoulaye Konaté parvient à trouver une contemporanéité tout en gardant ses traditions à l’esprit, explique Vincent Pollet, directeur JEUNE AFRIQUE

Patchwork XXL Lors de la cérémonie d’ouverture de la CAN 2002, Abdoulaye Konaté a présenté

une toile semi-abstraite de

6 000 M2 visant à sensibiliser les spectateurs sur le sida

200

personnes ont été nécessaires pour la tendre. Découpée, elle est désormais conservée dans les réserves du musée national

de VIP Art Galerie (Marseille), qui le représente depuis 2011 et l’exposera lors de la foire Art Paris*. C’est un travail d’une qualité exceptionnelle, de niveau international, ce qui est très intéressant pour une petite galerie comme la nôtre. » Sur le marché émergent de l’art africain, les œuvres de l’artiste malien valent entre 15 000 et 70 000 euros. Lui, bien sûr, refuse l’appellation réductrice d’« artiste africain »: « Si c’est pour isoler les gens et diminuer la valeur d’une œuvre, c’est non ! Si c’est pour affirmer que vous vivez dans un lieu précis et que vous apportez quelque chose de plus au monde, c’est oui ! » Réfutant aussi le qualificatif d’artiste engagé, Konaté revendique tout de même son rôle social. Il n’hésite pas à aborder « des thèmes qui traitent de la souffrance humaine », avec délicatesse et légèreté, comme l’immolation de Mohamed Bouazizi – Fruits de Tunisie (Bouazizi) –, l’immigration – Génération biométrique – ou le conflit israélo-palestinien. Celui qui a osé tisser ensemble le keffieh d’Arafat et le drapeau israélien – Gris-gris pour Israël et la Palestine – glisse d’une voix douce : « Je ne comprends pas comment les gens peuvent ne pas s’entendre tout en sachant qu’ils vont partir bientôt. » ● * Art Paris, au Grand Palais, à partir du 29 mars. N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012


Culture médias ð LE NEUVIÈME ROMAN DU CAMEROUNAIS s’inscrit dans la lignée de L’Enfant noir, de Camara Laye, et de L’Aventure ambiguë, de Cheikh Hamidou Kane.

DANIEL FAULHABER/ÉDITIONS ACTES SUD

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postcoloniaux ? Assurément, estime Gaston-Paul Effa, qui a pris le parti de ne fournir aucun repère temporel. « Je voulais en faire un récit à visage humain, qui peut concerner n’importe qui, n’importe où, les Africains d’hier comme ceux de demain, tous embarqués sur le même radeau. » Pour lui, il s’agit tout simplement d’apprendre à être dans son ambivalence ; la rencontre avec son nouvel univers lui ayant appris que le monde de demain est métissé.

DRAME ANTIQUE. Plus prosaïquement, Je la voulais lointaine est aussi l’occasion LITTÉRATURE pour Gaston-Paul Effa de faire le point, de soigner des plaies qu’il portait en lui et qui n’ont plus lieu d’être. « Tout est moi, et j’assume profondément, confie-t-il. On Entre autobiographie et fiction, le dernier livre de Gaston-Paul Effa écrit ce qu’on est et qui on naît. » Ainsi, quand on demande à l’auteur-narrateur évoque la difficulté de conjuguer tradition et modernité, de s’occuper de littérature francophone devoirs claniques et désirs d’indépendance. au quotidien Le Républicain lorrain, le vit-il d’abord comme un affront, avant de réaliser que l’on peut être d’origine e titre du dernier roman de symbole de ses origines enfouies. Je la africaine et produire une littérature qui Gaston-Paul Effa pourrait suggévoulais lointaine raconte ces instants transforme l’humain. Au final, la derrer une banale histoire d’amour. précieux pendant lesquels il se resnière œuvre de Gaston-Paul Effa est une Mais Je la voulais lointaine révèle source. Apaisé, il renoue avec son être. manière de voir le monde, de l’habiter une autre forme d’attachement, celle, La construction de son moi profond a et de dialoguer avec. Mais pris du temps, mais Obama complexe, tourmentée, d’un déraciné aussi de prendre de la disenvers sa terre natale. Entre autobioest enfin parvenu à méritance avec ce que l’on est graphie et fiction, le récit s’ouvre sur ter son nom, synonyme de pour mieux se retrouver. l’initiation d’un jeune garçon au nom renaissance perpétuelle. Écrit par fragments et d’aigle, Obama, « seul oiseau capable de structuré comme un drame ÉCARTÈLEMENT. Comme le tutoyer le soleil sans se brûler les yeux ». antique, Je la voulais loinSentant sa fin proche, son grand-père, premier roman de Gastonféticheur pétri de savoirs mystiques milPaul Effa, Tout ce bleu, paru taine restitue des tranches lénaires, lui transmet un sac totémique, en 1996, Je la voulais loinde vie par petites touches, protecteur de la tribu. Effrayé par les taine est bâti autour des comme si l’auteur ne voulait responsabilités qui lui incombent alors, pas trop en faire. Tout en thèmes récurrents de l’enObama enterre l’encombrant héritage fance, de l’exil et de la myssuggestions et en pureté, au pied d’un oranger avant de se sauver tique de la vie traditionnelle son écriture lui permet au pays de Molière, où il pense trouver africaine. Un air de déjà lu, d’explorer efficacement la le salut. notamment dans L’Enfant symbolique et la poétique Ses premières années d’exil sont idylnoir, de Camara Laye, ou de cet écartèlement entre liques. Intégré dans la société française, dans L’Aventure ambiguë, deux mondes. Une double Je la voulais lais lointaine, lointai de Gaston-Paul Effa, il y trouve l’amour et du travail. L’Afrique, de Cheikh Hamidou Kane, appartenance, donc, et, Actes Sud, 144 pages, pesante, il la tient à distance, la veut qui campent l’écartèleentre les deux, une faille, 15,80 euros lointaine. Mais, progressivement, le rêve ment des Africains entre un puits d’images et de s’étiole, vire au cauchemar. Accablé par deux mondes. Ils quittent leur continent souvenirs. Riche, chargée comme dans une série de malheurs, il réalise qu’il a pour un eldorado, mais restent coinun conte merveilleux, son écriture fait cés entre la tradition et une modernité « vécu en apparence », culpabilise d’avoir galoper l’imaginaire du lecteur dans un abandonné les siens. Tiré en arrière qu’il leur faut conjuguer. Fallait-il revemonde peuplé de symboles transformant par le passé, il décide alors de revenir nir sur ces thèmes largement abordés chaque vie en légende. ● par les premiers romanciers africains CLARISSE JUOMPAN-YAKAM vers eux et de retrouver le sac enterré,

D’un monde l’autre

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Culture médias BANDE DESSINÉE

Pas si « TokTok »

TOKTOK, 2012

L’humour y est satirique, le graphisme réaliste. Le premier fanzine égyptien, lancé à la veille de la révolution, dépeint avec fantaisie la réalité sociale et politique du pays.

€ LA FILLE ET LE CHAR, dessin de Shennawy paru dans le deuxième numéro.

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es Égyptiens se sont familiarisés Andeel, l’un des fondateurs de la publiavec le toktok, ce tricycle motorisé cation. « Aucun Égyptien, Libanais ou qui sert de moyen de transport Marocain ne se reconnaîtrait dans une dans les quartiers populaires. bandedessinéeréaliséeenarabeclassique. Mais c’est un ovni artistique qu’ils ont C’est presque comme si c’était une langue découvert avec TokTok Magazine, une étrangère », précise-t-il. revue de bande dessinée qui ne s’adresse LECTORAT AVISÉ. Pour construire leurs pas aux enfants, mais aux jeunes adultes. Une nouveauté, dans un pays plus habitué histoires, les dessinateurs s’inspirent au Journal de Mickey qu’à Largo Winch. largement des soubresauts de la tranCinq dessinateurs, caricaturistes, direcsition politique. « Lorsque nous nous teurs artistiques ou encore concepteur sommes attelés au deuxième numéro, graphique, sont à l’origine de ce trimestriel sorti après la révolution, chacun de nous a voulu rapporter la manière dont il avait qui a vu le jour en janvier 2011. Si son style rappelle celui des écoles française et vécu ces dix-huit jours », se souvient belge, célèbres pour leur réalisme et leur Shennawy, également à l’origine du prohumour satirique, TokTok jet. « Depuis, nous suivons Magazineaquelquechose cette voie, on colle à la réade proprement égyptien. lité sociale et politique du Une caractéristique que pays », ajoute-t-il. l’on doit non seulement Quant à la censure, ce n’est pas vraiment une préaux décors des différents occupation. « Quand nous récits, qui rappellent avons lancé la revue, notre le chaos d’un centreobjectif était de franchir les ville cairote au charme lignes jaunes qu’on nous suranné, mais aussi à avait imposées », explique l’utilisation du dialecte Andeel. Shennawy reconégyptien. Un choix que les auteurs revendiquent. naît cependant qu’il existe « Les gens aiment les diacertaines limites que les lectes, ça donne de la vie auteurs eux-mêmes ne € DEPUIS SON N 5, le au dessin, une touche de veulent pas outrepasser, magazine bénéficie de réalisme local », avance subventions européennes. « pour ne pas choquer le O

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lecteur, en ce qui concerne la religion ou la sexualité ». Une forme d’autocensure qui peut même servir l’artiste. « Nous jouons avec ces lignes jaunes. Par exemple, nous allons flouter une partie des insultes que nos personnages vont lancer, mais elles resteront reconnaissables. Cela crée une sorte de complicité avec le lecteur avisé », s’amuse Shennawy. Ce lecteur avisé appartient aux cercles artistiques de la capitale, qui ont accueilli avec plaisir l’arrivée de TokTok dans le paysage culturel égyptien. Lors de la soirée de lancement du premier numéro de la revue, les 500 copies, imprimées aux frais des auteurs, se sont écoulées en moins de deux heures. Aujourd’hui, le magazine est tiré à près de 2 000 exemplaires, et le no 6 est prévu pour le mois d’avril. « TokTok est une très belle œuvre d’art. Quand j’ai commencé à le lire, je me reconnaissais dans ce que je voyais. C’est un très bon compte rendu historique qui reflète ce que les Égyptiens sont en train de vivre, leurs rêves et leurs désillusions », explique Sarah Abdelrahman, jeune vidéo-blogueuse, fan du magazine. Mais la revue a encore du mal à séduire le grand public. « La majorité des exemplaires est vendue au Caire. Quelques-uns sont diffusés à Alexandrie, mais presque aucun dans le reste du pays », déplore

« C’est une très belle œuvre d’art, qui reflète ce que vivent les Égyptiens. » UNE FAN DU MAGAZINE

Shennawy. Il ajoute cependant que la présence de TokTok sur la Toile et les réseaux sociaux permet « d’élargir un peu le public » du périodique, qui jouit d’une certaine reconnaissance internationale. En octobre 2011, l’équipe de TokTok a ainsi remporté le deuxième prix de la catégorie « fanzine » du Festival international de la bande dessinée d’Alger. Cette année, le no 4, paru en décembre dernier, a été sélectionné au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême qui s’est déroulé fin janvier 2012, dans la catégorie « bande dessinée alternative ». Depuis la sortie du no 5, en janvier, TokTok bénéficie de subventions européennes visant à encourager l’émergence du 9e art en Égypte. Un art qui pourrait s’imposer s’il bénéficiait du soutien des investisseurs et des autorités. ● TONY GAMAL GABRIEL N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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Culture médias

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ESCLAVAGE

Les mots pour le dire Un enseignant a été sanctionné pour avoir lu le récit du viol d’une esclave. Une affaire qui révèle la difficulté d’enseigner l’histoire de la traite.

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MUSÉE ROYAL DE L’AFRIQUE CENTRALE/TERVUREN

a traite négrière et l’esclavage ont été atroces, marqués de bout en bout par la violence et la cruauté. Mais un pays qui a en partie bâti son histoire sur cette tragédie peut-il reculer devant la nécessité de l’expliquer à ses plus jeunes enfants ? Historiens et enseignants sont unanimes : elle doit être enseignée dans le primaire et le secondaire. Sauf que, sous la pression de parents d’élèves, un enseignant de la région parisienne a été sanctionné pour avoir lu à des élèves de CM1-CM2 un livre sur l’esclavage jugé choquant pour des enfants de cet âge. En pleine campagne électorale, le président-candidat Nicolas Sarkozy est monté au créneau, approuvant l’action des parents. Le livre Betty Coton, paru en 2005 chez Actes Sud Junior, mais réédité dans une version « adoucie » en 2011 aux éditions Belin Jeunesse pour les plus de 13 ans sous le titre Noir Coton, est l’objet du délit. L’ouvrage retrace le parcours d’une petite esclave africaine arrachée à sa terre,

déportée en Louisiane et violée par un propriétaire terrien. Tiré de la première version, le passage incriminé décrit assez crûment la scène du viol. Quant à l’auteure, Corinne Albaut, pour qui Noir Coton est avant tout un témoignage utile au devoir de mémoire, elle regrette que l’on se soit attaché à ce passage, faisant l’impasse sur le caractère pédagogique du texte. MÉTHODE. Et c’est bien là tout le problème. Comment enseigner à des enfants quatre siècles de rapts, de déportation, de violences et de servitude? Pour Françoise Vergès, présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, cette polémique prouve qu’en France, où pourtant peu à peu on s’approprie cette Histoire longtemps occultée, on n’a toujours pas trouvé la méthode pédagogique permettant d’aborder le sujet de manière appropriée. Selon un rapport de l’Institut français de l’éducation publié en 2011, alors que, depuis une dizaine d’années, programmes scolaires et littérature pour la

jeunesse accordent enfin une plus grande place à l’esclavage, les enseignants, eux, manquent de connaissances suffisantes et de formation pour s’en saisir. COMPTOIRS NÉGRIERS. Ils doivent

apprendre à trouver les mots pour expliquer pourquoi seuls les Africains ont été concernés, pourquoi cela a duré aussi longtemps,quel’Europeentièreaparticipé pourdesraisonséconomiques,qu’endépit de son abolition l’esclavage s’est poursuivi en France longtemps avant les conquêtes coloniales… Selon Françoise Vergès, les enfants sont en mesure de comprendre. Or on a tendance à les surprotéger. Ancienne défenseure des enfants en France, Claire Brisset estime que « la vérité que l’on doit aux enfants est comme un médicament qu’il faut doser ». Il faut donc nuancer et adapter le discours en fonction de l’âge, sans pour autant travestir la réalité. Il s’agit de susciter l’indignation sans traumatiser, en rappelant que le phénomène se perpétue aujourd’hui, sous d’autres formes, les enfants étant eux aussi concernés. L’historien Elikia M’Bokolo, lui, alerte sur le risque d’alimenter « les conflits ou la guerre des mémoires », supposés ou réels, où, dans un cas (l’Holocauste), il est autorisé de parler de tout et, dans l’autre, on donne l’impression qu’on ne veut pas que les choses soient dites, comme si certains crimes méritaient plus d’être dénoncés que d’autres. L’inauguration prévue le 25 mars du Mémorial de l’abolition de l’esclavage à Nantes prouve qu’il n’en est rien. Il a déjà enregistré de nombreuses demandes de visite de la part des établissements scolaires. Ses 2 000 plaques de verre réparties sur 7000 m2 rappellent les 1 710 expéditions parties de la ville et les 290 comptoirs négriers et autres ports d’escale et de vente. Conçu par l’architecte argentin Julian Bonder et l’artiste américain Krzysztof Wodiczko, c’est aussi un voyage à travers des textes rédigés à la fois par des esclavagistes, des abolitionnistes et des esclaves. Un travail de recherche sur ces écrits, leurs auteurs, leurs origines, la manière dont leurs propos sont formulés… reste encore à faire. ●

€ COMMENT EXPLIQUER À DES ENFANTS QUATRE SIÈCLES DE RAPTS, de déportation et de servitude ? N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

CLARISSE JUOMPAN-YAKAM JEUNE AFRIQUE


Culture médias TUNISIE

Naissance d’une radio libre

Changement de direction, réorganisation des programmes, formation du personnel… Depuis la chute de Ben Ali, l’ancienne station d’État, l’ERT, apprend à se mettre au service du public.

mais, depuis le 14 janvier 2011, elles sont passées de 450 000 à 830 000 auditeurs par jour ». En un peu plus de un an, la voix du régime est devenue celle du peuple, mais Habib Belaïd met en garde. « Il faut rester vigilant, le retour de manivelle peut venir très vite », dit-il.

ONS ABID POUR J.A.

COMBATTRE LA RUMEUR. Ces derniers

F

ondé il y a plus de soixantedix ans, l’Établissement de la radio tunisienne (ERT) est une vénérable maison. Mais la révolution du 14 janvier 2011 a bousculé la donne. Hier perçu comme la voix du maître désormais déchu, l’ERT découvre aujourd’hui une liberté d’expression avec laquelle il doit composer. Changement de direction, formation du personnel, réorganisation des programmes, l’indis-

Habitués à présenter de lénifiants comptes rendus d’inaugurations, de tournées et de discours d’un président dont il ne s’agissait que d’encenser les mérites, les journalistes de l’ERT ont dû faire leur propre révolution. « Les panégyristes de Ben Ali se sont effacés d’euxmêmes, nous nous sommes ouverts à la société civile et avons donné la parole aux citoyens », souligne Habib Belaïd. Balbutiant, l’ERT nouveau a convoqué à son chevet des spécialistes internationaux comme la En un an, la voix du régime Fondation Hirondelle, est devenue celle du peuple. ONG suisse de soutien aux médias dans les zones de Et l’audience a presque doublé. crise. « Cinquante ans de dictature ne s’effacent pas ainsi, mais les pensable réforme des quatre fréquences journalistes sont très professionnels et nationales et des cinq fréquences régioles choses ont pu évoluer rapidement », nales du groupe a imposé un vaste chanestime avec optimisme Yves Laplume, tier. Depuis le 25 janvier 2011, le maître délégué de l’ONG auprès de l’ERT. Le d’œuvre en est Habib Belaïd, voix histoverdict sans complaisance de l’audimètre rique de la RTCI, la chaîne internatiosalue une transition jusqu’à présent réusnale du groupe, rattrapé dans sa retraite sie. Selon Hassen Zargouni, qui dirige par cette mission herculéenne. « Sans l’agence de sondage tunisienne privée attendre la nouvelle Constitution, nous Sigma Conseil, « la Radio nationale voyait avons dû passer d’une radio d’État à une ses audiences baisser d’année en année, radio de service public », explique-t-il. JEUNE AFRIQUE

temps, l’expression de la démocratie ne semble plus passer par la liberté d’expression. Condamnation du rédacteur en chef du journal Attounsia pour avoir publié en une la photo d’une femme seins nus, procès contre le patron de la chaîne Nessma TV pour « atteinte au culte religieux » après la diffusion du film Persepolis, passage à tabac de journalistes… Le syndicat national de la profession dénonce l’instauration d’un climat de peur. Habib Belaïd se veut pourtant rassurant : « Nous ne recevons plus d’instructions du régime, et il n’y a plus de pressions, ni du pouvoir en place ni des partis politiques. » Mais il concède que, du côté des journalistes, ð SOUAD SEDDIK certains réflexes ont (à g.) et HENDA la peau dure. « Une SOLTANI certaine autocenprésentent sure est parfois le journal perceptible sur nos (le 8 mars). fréquences. Certains peuvent être encore tentés de plaire au pouvoir en place », ajoute-t-il. L’ERT est aussi confronté au risque inverse, celui des dérapages que peut entraîner l’expression enthousiaste d’une liberté nouvelle. Habib Belaïd reconnaît que les journalistes manquent encore d’expérience pour encadrer les interventions libres d’auditeurs qui peuvent parfois verser dans la diffamation. Enfin, la rumeur s’est imposée dans la Tunisie postrévolutionnaire, et l’ERT s’est fixé l’objectif impératif de la combattre : « Nous en avons pris le contre-pied en lançant une émission, De la rumeur à la réalité, qui choisit un ragot et en décrypte la part de vrai et de faux. » Censure rampante, autocensure persistante, dérapages verbaux, les écueils qui guettent l’ERT dans sa nouvelle mission de service public restent nombreux. Mais les journalistes comptent bien défendre les acquis de la révolution, à l’image de Sonia Attar : « Nous craignons pour l’avenir de notre liberté, mais pourra-t-on revenir en arrière ? Jamais ! » affirme-t-elle. ● LAURENT DE SAINT PÉRIER, envoyé spécial à Tunis N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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■ ■ ■ Décevant

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

FILM

DEUX PÊCHEURS italiens partis au large sauvent d’une mort certaine des clandestins africains dont l’embarcation a rendu l’âme. Que faire alors ? Se plier à la loi et dénoncer ces immigrés illégaux aux autorités ou se montrer fidèle aux valeurs de solidarité des gens de mer ? Magnifiquement photographié, alternant des scènes réalistes et d’autres oniriques, Terraferma traite sans ennuyer mais en convoquantbeaucoupdebonssentiments un sujet brûlant qui mérite une approche moins convenue. ● RENAUD DE ROCHEBRUNE

CATHERINE BLACHE

Sauve qui veut

€ LE CHANTEUR CNN KOMBÉ entouré de deux sapeurs. MUSIQUE

Alain Mabanckou, face B

De la sape, de la rumba, une ambiance électrique… L’écrivain congolais adapte en musique son roman Black Bazar.

DR

E Terraferma, d’Emanuele Crialese (sorti le 14 mars) ■■■

JEUNESSE

Tinga Tinga en mouvements RETROUVEZ LES AVENTURES des animaux des Contes de Tinga Tinga en DVD et découvrez pourquoi l’éléphant a une trompe, le serpent n’a pas de pattes, l’hippopotame de poils… Un hommage en six épisodes au style populaire tanzanien créé par le peintre éponyme Edward Saidi Tingatinga (1932-1972). De quoi ravir petits et grands. ● S.K.-G.

Les Contes de Tinga Tinga. Volume 1 : Pourquoi l’éléphant a une trompe, Universal Pictures Vidéo ■■■ N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

n matière de création, l’audace textes élitistes pour cet album, l’écrivain estunearmeinfaillible.EtAlain répond tranquillement que « les textes Mabanckou n’en manque pas. les plus simples sont les seuls à rester Amateur de musique congolongtemps gravés dans la mémoire ». laise, il a fait un pari, celui de casser le Ces morceaux rappellent les années mur qui sépare l’univers des écrivains 1970-1990, marquées notamment par de celui des musiciens et ZaïkoLangaLangaouViva autres chanteurs. Dans La Musica. Sans oublier ce le prolongement de son qui est en vogue depuis roman Black Bazar, paru que d’autres phénomènes en 2009 et dont la trame comme Koffi Olomidé, concerne la vie parisienne Wenge Musica, Extra de ressortissants d’Afrique Musica se sont imposés. subsaharienne, et particuLe Camerounais Douleur lièrementdesmordusdela Douala, le Sénégalais Black Bazar, sape congolaise, il a tendu Souleymane Diamanka produit par Alain la main aux musiciens. ainsi que des musiciens Mabanckou, Lusafrica/Sony « Ce qui m’ennuyait dans originaires de Cuba et de Music ■■■ l’évolution de la musique Colombie ont participé à congolaise ces dernières l’album.AlainMabanckou années, qu’elle vienne de Kinshasa ou de ne compte pas s’arrêter là. « Mon ambiBrazzaville, c’est le recours systématique tion est d’aller vers la musique. Je dois aux synthétiseurs lors des enregistreproduire les choses que j’aime, c’est-àments en studio. Ces sonorités prêtes dire une musique de qualité destinée à à l’usage ont appauvri cette musique », marquer plus les esprits que celle qui estime Alain Mabanckou. est dans l’air du temps », précise-t-il. Le Pour sortir de la routine, il s’est adressé 22 mars, le groupe se produira au New à Sam Tshintu, Modogo Abarambwa, Morning, à Paris, en lever de rideau du Ballou Canta, Luciana Demingongo, spectacle de la chanteuse tchadienne Popolipo Beniko et quelques autres. Mounira Mitchala, avant d’aller au fesAu bout du chemin, un album de dix tival Étonnants Voyageurs, à Saint-Malo. titres enregistré dans des conditions Enfin, quelques titres du CD sont déjà de « semi-live » et dont certains sont retenus pour labandeoriginale du film… signés Alain Mabanckou. Quand on lui Black Bazar, en préparation. ● demande pourquoi il n’a pas écrit de TSHITENGE LUBABU M.K. JEUNE AFRIQUE


Culture médias ROMAN

LIVRE

Vengeance aveugle, innocence muette NYAMURAGI COURT pour ne pas se faire lyncher par une foule en rage qui l’accuse de tentative de viol. Le malheureux, muet, ne peut, hélas, pas expliquer que ses gesticulations auprès de la jeune fille apeurée n’étaient guidées que par le besoin de trouver un endroit où se soulager d’une envie pressante. Dans ce court roman intitulé Baho ! (« Vis ! », en kirundi), Roland Rugero,

Baho !, de Roland Rugero, Vents d’ailleurs, 128 pages, 12 euros ■■■

Héros malgré lui POURKASSHILECASSÉ,toutcommence à Khartoum, avec le puissant goût de la colle, qu’il découvre, enfant, sur les lèvres de sa mère. Kasshi n’a pas de jambes, mais un sens aigu de la débrouille et un sexe hors norme qui lui vaut, très tôt, une solide réputation d’étalon. Souvenirs d’un enfant des rues narre les tribulations de ce gamin, tour à tour prophète et charlatan, dans une cité violente et désespérée. À son deuxième roman, paru en 2005 et aujourd’hui traduit en français et en anglais, Mansour El Souwaim donne un souffle quasi légendaire, sans jamais sombrer dans le pathos. Une réussite. ● ANNE KAPPÈS-GRANGÉ

26 ans, dénonce les ressorts de la vindicte populaire, par laquelle une communauté cherche à tout prix un coupable à ses maux les plus divers – de sa mauvaise conscience jusqu’à l’absence de pluie… Une œuvre qui aborde avec beaucoup de lucidité les traumatismes hérités de la guerre civile burundaise, entre 1993 et 2006. ● FABIEN MOLLON

DÉCOUVERTE

Jasmin électro

SÉVERINE KODJO-GRANDVAUX

Souvenirs d’un enfant des rues, de Mansour El Souwaim, Phébus, 240 pages, 19 euros ■■■

COMÉDIE

GHAITH GHOUFA

LA VEILLE du 14 juillet 2007, place de la Bastille. Quelques notes de guitare sèche… une voix cristalline perce la douceur de la nuit tombante. La jeune Tunisienne Emel Mathlouthi entonne Kelmti Horra (« Ma parole est libre »). Un hymne qui fera le tour du Net et qu’elle chantera à Tunis en janvier 2011. Dans la lignée de Joan Baez, Emel Mathlouthi célèbre la liberté et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et évoque la Tunisie des « années sombres » et l’exil. Elle signe là un album minéral où se mêlent ingénieusement des envolées orientalisantes et un son électro-pop très urbain. ●

Kelmti Horra, d’Emel Mathlouthi, World Village/Harmonia Mundi ■■■

GASTRONOMIE

Indétrônable Michelin CHAQUE ANNÉE, vers fin février-début mars, le même rituel quasi mystique pour les professionnels de la restauration française : les bons et mauvais « points » attribués par la bible de la gastronomie, le célèbre guide rouge. Malgré la concurrence d’internet et une diffusion forcément en baisse, compensée en partie par le développement d’une version sur la Toile et d’applications numériques, le Michelin conserve toujours la même aura et une influence indéniable. À preuve, une étoile en plus (ou en moins) représente un impact d’environ 30 % sur le chiffre d’affaires… Au total, 8 746 établissements recommandés dans près de 4 000 localités, pour environ 600 restaurants étoilés, dont 26 trois-étoiles (un seul nouveau triple macaron cette année : Flocons de sel, à Megève). À table ! ● MARWANE BEN YAHMED

Guide Michelin France 2012, 2 016 pages, 24 euros Gui JEUNE AFRIQUE

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Un carnaval en demi-teinte APRÈS LE SUCCÈS de La Première Étoile, qui racontait de façon amusante et touchante le séjour d’une famille d’Antillais dans une station de ski, on attendait avec intérêt la deuxième incursion de Lucien Jean-Baptiste dans l’univers de la comédie sociale. Il raconte ici le retour au pays natal d’un intellectuel médiatique après trente ans d’absence. Une plongée dans la culture martiniquaise, en pleine période de carnaval, d’un Noir accouru au chevet de sa mère agonisante mais qui a oublié ses racines chez les Blancs. De quoi conter bien des situations désopilantes. Mais aussi un film qui manque trop souvent de légèreté et de subtilité. ● R.R.

30° couleur, de Lucien JeanBaptiste et Philippe Larue (sorti le 14 mars) ■■■ N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

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ANNONCES CLASSÉES

Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

CÔTE D'IVOIRE La Délégation de l’Union Européenne recherche

Responsable information communication Sous la supervision du Chef de la Section Politique, vous gérez personnellement les activités suivantes (i) communication externe : gestion et organisation des relations avec la presse (interviews, articles, voyages…), gestion de l’information (événements publics, publications, web site, documentation…), médias et activités culturelles… (ii) communication interne et avec le Siège : s’assurer de la transmission des analyses et revues de presse, de la pertinence des informations transmises (iii) budget : prévoir les dépenses nécessaires aux activités liées à votre poste (iv) Networking : tenir à jour et gérer l’information et le réseau média gestion de l’information et des documents, participer à la définition de la stratégie presse et à l’organisation de la communication, planifier les activités d’information, (v) reporting : auprès de votre hiérarchie sur les réalisations, l’atteinte des objectifs et les éventuels problèmes rencontrés… H/F, diplômé bac+4/5 en journalisme, communication, publications, vous avez une expérience probante d’au moins 2 ans dans une fonction similaire à l’international (en milieux diplomatiques ou organisations internationales). Vos capacités de communication et votre aisance relationnelle sont des atouts indispensables d’adéquation au poste. Bien que votre langue de travail soit le français, un bon niveau en anglais est exigé ainsi qu’une très bonne maîtrise de l'outil informatique Merci d’envoyer EN URGENCE votre candidature, CV, lettre de motivation et prétentions salariales par email : recrutement@rfrh.net

Raynal & Fadika RH

Recrutement - Estimations de potentiels - Formation 18 BP 1107 Abidjan 18 Côte d'Ivoire Tél (225) 21 25 06 44 / 21 25 87 81

Recrutement

In its 76th year of global leadership in philanthropy, the Ford Foundation seeks a dynamic, creative and innovative individual to serve as its:

Program Officer, Advancing Public Service Media – West Africa Working in the context of the foundation’s primary work in advancing effective institutions and building transparent governance, the Program Officer will develop and manage a portfolio of grants and related activities focused on advancing public service media in West Africa, focusing primarily on Nigeria. This initiative will: promote fair practice and strengthen public service media both within and outside of the sub-region’s currently existing media platforms; support grantees to better engage with media to attain visibility, scale and impact, particularly with regard to good governance, anti-corruption and transparency work and sexuality and reproductive health and rights education/information dissemination; innovatively stimulate the creation and wide dissemination of high-quality, independent, diverse, appropriate and targeted content that supports and deepens the impact of these strategies; and, build the strategic communications and investigative journalism skills, tools and practices of development stakeholders. Working as part of the Lagos Office team, the Program Officer will review existing lines of work; formulate and implement grant-making strategies; maintain relations and consult with leaders in government agencies, research institutes and community organizations; and promote coordination and learning among key stakeholders. Criteria for Success: Ideal candidates will have substantive knowledge of the media field in West Africa and its potential in driving social change at scale. A good understanding of the role, power, and likely impact of digital innovation and social media in the emerging new media landscape, particularly in emerging markets such as Nigeria.. Appropriate educational background, including an advanced degree in journalism, media and development, the social sciences and/or public policy. Significant professional experience working to advance development/social change through diverse platforms in the media, public or non-governmental sectors. Excellent written and oral communication skills. Fluency in French is an added advantage. Ability to conceptualize program ideas and strategies and translate them into practice. Demonstrated analytical and organizational skills. Strong interpersonal skills and ability to work with colleagues of diverse backgrounds and perspectives. To Apply: Please visit our website at: www.fordfoundation.org/employment

An Equal Opportunity Employer

N° 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

JEUNE AFRIQUE


AVIS D’APPEL A CANDIDATURES #)&),&"$* %,,+',&$!$,( Appartenant aux quinze (15) Etats membres de la CEDEAO, la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC) est une institution financière internationale de premier rang, dont le siège est situé à Lomé, en République togolaise. La Banque œuvre pour la promotion du secteur privé et le développement du secteur public, par le financement des projets et programmes de la CEDEAO et du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) en matière de transports, d’énergie, de télécommunications, d’infrastructures de base, d’environnement de ressources naturelles, etc. La BIDC recherche actuellement un candidat disposant de qualifications adéquates, ayant une approche axée sur l’atteinte d’objectifs et de résultats, et attestant d’une expérience professionnelle solide et de qualités exceptionnelles, pour servir au poste de :

VICE-PRESIDENT (FINANCES & SERVICES INSTITUTIONNELS). OBJECTIF DU POSTE

L’objectif visé est d’assister le Président de la Banque dans la conduite générale, l’orientation stratégique et la gestion de l’institution.

RESPONSABILITES

1. QUALIFICATIONS ET EXPERIENCE

- Etre titulaire d’un diplôme d’études supérieures avancées en Comptabilité, Finances, Marketing ou toute autre discipline pertinente, obtenu auprès d’un établissement universitaire reconnu, et disposer d’une expérience professionnelle confirmée d’au moins quinze (15) ans, dont cinq (05) ans à un poste de cadre supérieur. Toute qualification professionnelle avérée sera un atout. - Avoir des compétences avérées dans le domaine de la gestion et de l’administration bancaires.

2. AUTRES APTITUDES ET COMPETENCES

i) Aptitudes managériales et organisationnelles confirmées ; ii) Esprit de créativité et grande expérience des affaires ; iii) Excellentes aptitudes de dirigeant et dans la prise de décision ; iv) Excellentes aptitudes administratives et de supervision ; v) Excellentes aptitudes en matière de communication, d’analyse et de relations interpersonnelles ; vi) Esprit d’équipe ; vii) Maîtrise de l’outil informatique et bonne connaissance et pratique des systèmes comptable /financier informatisés ; viii) Capacité à mobiliser et à motiver une équipe et à travailler dans un environnement multiculturel.

3. DUREE DU CONTRAT

Le candidat retenu sera régi par un contrat de quatre (4) ans, renouvelable une fois.

4. CONDITIONS GENERALES DU POSTE

Les candidats à ce poste doivent : • Etre ressortissants des Etats membres de la CEDEAO ; • Avoir de bonnes connaissances informatiques (Word, Excel, Access et PowerPoint) ; • Maîtriser au moins l’une des langues de travail de la CEDEAO (Anglais, Français et Portugais). La connaissance d’une deuxième langue sera un atout.

5. ENVOI DES CANDIDATURES

Pour postuler à ce poste, les candidats sont invités à faire parvenir les pièces suivantes : • Un curriculum vitae détaillé ; • Une lettre de motivation ; • Photocopies des diplômes et titres universitaires et tout autre document pertinent ; • Photocopie de la carte nationale d’identité ou du passeport. Les candidatures seront envoyées sous pli fermé à l’adresse suivante, et devront parvenir au plus tard le 20 avril 2012, avec inscription de la mention « Confidentiel » dans l’angle supérieur droit de l’enveloppe :

Monsieur le Président, BANQUE D’INVESTISSEMENT ET DE DEVELOPPEMENT DE LA CEDEAO (BIDC) 128, Boulevard du 13 janvier, B.P. 2704, Lomé –Togo. Pour de plus amples informations : www.bidc-ebid.org La BIDC se réserve le droit de ne donner aucune suite au présent avis de recrutement.

JEUNE AFRIQUE

N° 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Recrutement

Le vice-président (Finances et Services Institutionnels) aura sous sa responsabilité la supervision des départements Finances, Administration, Services Institutionnels et de la Cellule de Communication de la Banque. Plus particulièrement, il aura pour tâche d’assister le Président de la Banque pour : i) La gestion et l’administration quotidiennes de l’institution ; ii) La proposition au Conseil d’administration de l’orientation stratégique de la Banque ; iii) La formulation de politiques et d’un plan stratégique pour la Banque ; iv) La supervision de l’élaboration et de la soumission de rapports et de documents de politique pertinents sur les opérations de la Banque ; v) La coordination de la mise en place et de la gestion stratégique de procédures de gestion administrative, financière, d’ingénierie financière, de marketing, et de systèmes de vérification interne et autres structures organisationnelles permettant d’obtenir une efficacité et une efficience institutionnelles ; vi) L’instauration et la promotion d’une culture d’entreprise visant au renforcement de la coopération, au raffermissement de l’engagement, de l’efficacité et de la responsabilité, et à l’amélioration de la productivité au sein de l’institution ; vii) Le développement et la mise en œuvre de systèmes et méthodes de suivi effectif et de contrôle

des activités de la Banque ; viii) L’exécution de toute autre tâche qui lui sera confiée par le Président.


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Annonces classées OFFRE D’EMPLOI - ZONE UEMOA

Groupe agro-industriel international recherche, dans le cadre de son renforcement régional en Afrique subsaharienne, un cadre à très fort potentiel pour occuper le poste de

Responsable Administratif et Financier Dépendant du Directeur Général, vous êtes chargé d’animer les fonctions administratives et financières pour un ensemble de filiales et de fournir à vos interlocuteurs et au siège des informations pertinentes destinées à les aider à contrôler les principaux paramètres des différentes activités. Ainsi vous devez (i) superviser les fonctions financières et comptables et le processus budgétaire (ii) veiller à la bonne gestion de la trésorerie (iii) assurer la gestion de dossiers particuliers (fiscalité, fusions etc.) (iv) animer et former les collaborateurs… Expert comptable ou diplômé bac +5 école supérieure de gestion, vous vous prévalez d’une expérience réussie d’au moins 10 ans dans des fonctions de responsabilités financières au sein de groupes internationaux. Au-delà de vos connaissances techniques, vous êtes rigoureux, discret, communicatif et organisé. Mobile géographiquement dans la sous région, vous avez de réelles qualités de manager et pouvez être l’interlocuteur de référence de la Direction Générale. Merci d’envoyer EN URGENCE votre candidature, CV, lettre de motivation et prétentions salariales par email : recrutement@rfrh.net

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Recrutement

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Comptabilité sur ordinateur Gestion de bureau sur ordinateur dBase Management ® Microsoft Office Suite - Windows Traitement de texte Microsoft ® Lotus Suite - (T1) Internet access • Membre accrédité du “ACICS” • Établissement reconnu par le Département d’Éducation de l’État de New York • Commence dès ce mois-ci • Cours offerts le matin, l’après-midi et le soir. Tél. (212) 840-7111 Fax (212) 719-5922 SKYPE Studentclub SPANISH-AMERICAN INSTITUTE 215 W 43 St. (Times Square) Manhattan, NY 10036-3913

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EXCITING CAREER OPPORTUNITY IN TRADE AND REGIONAL DEVELOPMENT IN BURUNDI TradeMark East Africa (TMEA) is an organisation funded by a range of development agencies to promote regional trade and economic integration in East Africa. TMEA works closely with the East African Community (EAC), national governments, business and civil society organisations. Headquartered in Nairobi with branches in Arusha, Bujumbura, Dar es Salaam, Juba, Kampala and Kigali, TMEA seeks to support East African integration through: • A reduction in transport and related costs along the key corridors in East Africa; • Supporting EAC institutions to develop a comprehensive framework for regional integration; • Supporting partner states to substantially increase the implementation of a comprehensive framework for regional integration; and • Engaging private sector and civil society to positively influence regional integration policies and practices for growth in trade. To ensure that TMEA delivers on these strategic objectives, we seek a high calibre, results-oriented and self-driven professional to provide leadership and strategic direction in implementing our programme in Burundi.

COUNTRY DIRECTOR, BURUNDI

Reporting to the Deputy Chief Executive Officer - Country Programmes, the Country Director will manage and monitor TMEA’s Burundi programme. This includes strategy, planning, and delivery of expected results in the fields of regional trade, infrastructure development, modern customs systems, and institutional development of Government institutions. The Country Director will develop an effective programme in line with TMEA’s strategic plan, sound management information and monitoring systems, and strong working relationships with Burundian partners including Government agencies, the private sector, civil society and other East African counterparts. The Country Director will identify opportunities for additional investments into TMEA’s Burundi Programme, co-ordinating with other key partners. S/he will source and procure technical experts to assist in the implementation of TMEA projects and external communications. Burundi is a demanding environment requiring high personal drive, political sensitivity, initiative and leadership. The ideal candidate will possess an undergraduate degree preferably in Economics, Development Studies, International Trade, Planning, Finance or Management. In addition, s/he must have at least 5 years work experience in establishing and managing economic development programmes, preferably in trade facilitation, private sector development, infrastructure development, or institutional capacity building. The successful candidate will be a strong leader, with proven inter-personal skills in managing multi-stakeholder relationships. The post also requires strong programme cycle and procurement management skills, with proven ability in preparing project documents, and monitoring and evaluation systems. Candidates should preferably possess senior experience in Burundi, or within East Africa. Language skills in French are mandatory for this position.

APPLICATION DETAILS

Please send us a cover letter and detailed CV, including your qualifications, experience, present position, and current remuneration. Your application should include names and addresses of three referees, a working e-mail address, and daytime telephone contacts. The forwarding e-mail and cover letter must clearly indicate ‘Country Director, Burundi’ on the subject line. A detailed job profile for this post can be accessed on www.trademarkea.com. Send your application to recruitment@trademarkea.com by Friday, 30 March 2012 by 5.00 pm East African time. Interviews will be conducted in late April in Nairobi, Kenya. Applications received after the deadline time and date will not be accepted. We reserve the right to accept or reject any application. Only short-listed candidates will be contacted.

JEUNE AFRIQUE


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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO - MINISTÈRE DE L’ÉNERGIE - SOCIÉTÉ NATIONALE D’ÉLECTRICITÉ (SNEL)

APPEL À LA MANIFESTATION D’INTÉRÊT

N° Avis : AMI/326/PMEDE/BCECO/DG/DPM/EMN/2012/SC Pays : République Démocratique du Congo (RDC) Source de financement : PMEDE – Don IDA H296 – DRC Nom du Projet : Projet de développement des Marchés d’Electricité pour la consommation Domestique et à l’Export (PMEDE) Services de consultant : Recrutement d’un Consultant chargé de mener une étude hydraulique analytique et sur modèle réduit hydraulique des moyens de désensablement du canal d’amenée de l’aménagement hydroélectrique d’Inga dont la capacité hydraulique actuelle est fortement limitée par des sédiments. Date de publication : 14 mars 2012 (Publication dans DgMarket)

JEUNE AFRIQUE

• Les ressources humaines disponibles ayant l’expérience et la formation exigée pour le personnel clé attendu ; • La maîtrise de la langue française. Un Consultant ou un groupement sera sélectionné en accord avec les procédures définies dans les Directives « Sélection et Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale dans le cadre des Prêts de la BIRD et des crédits et Dons de l’AID » (Edition mai 2004, révisée en octobre 2006, et mai 2010). Les cabinets intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence à l’adresse ci-dessous, de lundi à vendredi aux heures suivantes : de 9h00 à 16h00 (TU+1). Les manifestations d’intérêt rédigées en langue française doivent parvenir, par courrier ou par courriel, à l’adresse ci-dessous au plus tard le mercredi 4 avril 2012 et porter clairement la mention « AMI/326/PMEDE/BCECO/DG/DPM/EMN/2012/SC – Recrutement du Cabinet chargé de mener une étude sur modèle réduit hydraulique du canal d’amenée de l’aménagement hydroélectrique d’Inga. BUREAU CENTRAL DE COORDINATION (BCECO) Pour le compte de la Société Nationale d’Electricité (SNEL) A l’attention de Monsieur MATONDO MBUNGU, Directeur Général a.i Avenue Colonel Mondjiba, n°372 - Concession UTEXAFRICA KINSHASA / NGALIEMA - RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO TÉL. (243) 815 136 729 (243) 819 999 180 Email : bceco@bceco.cd avec copie à dpm@bceco.cd ; bcecobceco@yahoo.fr ; dpmbceco@yahoo.fr MATONDO MBUNGU Directeur Général a.i du BCECO

N° 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Manifestation d’intérêt - Recrutement

Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a obtenu un financement de l’Association Internationale de Développement (IDA) en vue de financer le Projet de développement des Marchés d’Electricité pour la consommation Domestique et à l’Export (PMEDE), et a l’intention d’utiliser une partie de ce financement pour effectuer les paiements autorisés au titre d’un contrat relatif aux services de Consultant chargé de mener une étude sur modèle réduit hydraulique du canal d’amenée d’Inga. Pour réaliser la mission prévue, le consultant devra être : • Un bureau d'études ayant un laboratoire de renommée internationale avec expérience en modélisation de transport de sédiments en suspension pour des projets importants et qui réunit toutes les qualifications et capacités nécessaires pour la mission, ou ; • Une association / un groupement de bureau d'études et d'un laboratoire hydraulique, de renommée internationale et avec de l'expérience en modélisation de transport de sédiments en suspension pour des projets importants, dont les membres / partenaires seront conjointement solidaires vis-à-vis du Maître d'ouvrage. Il devra donc disposer d’une expérience avérée dans les prestations d’études pour des missions similaires à celle du présent marché. Les activités du consultant se dérouleront en République Démocratique du Congo, à Kinshasa et sur le site d’Inga, et à son siège. La Société Nationale d’Electricité (SNEL), par l’entremise du BCECO, invite les candidats admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Ceux-ci doivent fournir les informations indiquant leurs capacités techniques à exécuter lesdits services, notamment un dossier comprenant les principales informations sur : • L’expérience générale en tant que bureau d’études habitué à ce genre de mission ; • L'expérience générale en tant que laboratoire d'essai sur modèle hydraulique • Les références pertinentes des missions similaires ;


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Annonces classées CET AVIS REMPLACE CELUI PUBLIÉ DANS JEUNE AFRIQUE 2670 DU 11 MARS 2012

RÉPUBLIQUE GABONAISE AGENCE NATIONALE DES INFRASTRUCTURES NUMÉRIQUES ET DES FRÉQUENCES (ANINF) COMMISSION NATIONALE DES TIPPEE - SECRÉTARIAT PERMANENT

AVIS DE MANIFESTATION D'INTÉRÊT N° AMI/003-2012/CNT RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT POUR LA RÉDACTION DU DOCUMENT D’APPEL D’OFFRES ET L’ASSISTANCE DANS LA SÉLECTION D’UN OPÉRATEUR D’INFRASTRUCTURES DE FIBRES OPTIQUES

Manifestation d’intérêt

Composante Gabonaise du Projet Central Africa Backbone Le Gouvernement Gabonais a demandé le soutien de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) en vue de financer le coût de participation au Consortium ACE et une partie de la Phase 1 du Backbone national gabonais et pour financer des études préalables nécessaires. Il a l'intention d'utiliser une partie de ce soutien pour effectuer des paiements autorisés au titre des marchés relatifs à des services de conseils. Le projet CAB Gabon fait partie du programme régional CAB (dorsale fibre optique en Afrique Centrale), qui vise à contribuer à augmenter l'extension géographique des réseaux large bande et à réduire des coûts de services de communications en Afrique Centrale. Le Gabon a des coûts de connectivité internationale élevés. Une baisse importante du coût de la connectivité internationale est attendue de ce projet au bénéfice de l’ensemble des acteurs du marché. Pour que cette baisse se répercute au niveau des prix de détail et augmente d’une manière significative le taux de pénétration de l’Internet à haut débit, la connectivité internationale doit être disséminée sur l’ensemble du territoire de la République Gabonaise, et jusqu’à ses frontières, dans le cadre du projet de développement « Gabon Émergent ». La Phase 1 du Backbone National Gabonais complètera le nouvel accès à la connectivité internationale par : • de la fibre optique sous-marine entre Libreville et Port Gentil. La mise en service commerciale est prévue pour le 4ème trimestre 2012. • de la fibre optique terrestre sur deux types de parcours. L’un emprunterait la voie ferroviaire du Transgabonais, de Libreville à Franceville et l’autre, les tronçons routiers Lekoni / Koulamoutou en passant par Franceville, Moanda et Lastourville, et Franceville / Lekoko en direction de la frontière pour rejoindre le projet de fibre optique de la République Congo qui aboutit à la ville de Mayoko. Les travaux de construction de ce parcours terrestre devraient démarrer au 1er trimestre 2013. La République Gabonaise a choisi de structurer l’investissement et l’exploitation de l’accès à la capacité du câble sous-marin ACE et au backbone national selon un modèle de Partenariat Public Privé (PPP) dans le respect des principes de l’accès ouvert. Une société anonyme nationale de droit gabonais (Société ad-hoc « HoldCo ») a été créée pour être propriétaire de l’ensemble des infrastructures fibres optiques terrestres et sous-marines construites par la République Gabonaise, ainsi que des droits d’exploitation et commerciaux y afférents. La « HoldCo » est créée avec une filiale « ACE » dont elle est actionnaire à 100% et qui porte la propriété du câble sous-marin ACE, et de son parcours terrestre et de sa station d’atterrissement (périmètre de l’Accord de Construction et de Maintenance ACE). La « HoldCo » (et sa filiale « ACE » pour ce qui la concerne) délèguera, à travers un cahier des charges l’exploitation, la maintenance et la commercialisation de ses actifs à un Opérateur d’infrastructure privé ayant une expérience avérée dans son domaine. La sélection de cet Opérateur d’Infrastructure sera effectuée à travers un Appel d’Offres International, ouvert, transparent et non discriminatoire. L’Opérateur d’infrastructure sélectionné apportera son expertise technique et, bénéficiera d’un intérêt commercial avéré dans la mesure où il sera libre de commercialiser la capacité du réseau backbone de façon efficiente et rentable, et ce conformément aux termes et conditions de son cahier des charges. Les travaux du Consultant (firme) recherché consisteront en la préparation du Dossier d’Appel d’Offre, la rédaction du Contrat d’exploitation, maintenance et commercialisation (« O&M and Commercialisation Contract »), du projet de licence et de Cahier des Charges ainsi que l’assistance technique et le conseil à la République Gabonaise dans le processus de sélection de l’Opérateur d’infrastructure. L’assistance technique à la République Gabonaise, dans la phase de construction des infrastructures, ne relève pas du mandat d’assistance technique prévue dans cette manifestation d’intérêt. Le Consultant (firme) aura accès à l’ensemble de la documentation nécessaire, et aux interlocuteurs pertinents pour mener à bien ses travaux. Les Consultants (firmes) nationaux et internationaux intéressés et éligibles, sont invités à manifester leur intérêt, en faisant acte de candidature et en fournissant les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services décrits N° 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

ci-dessus (brochures, références en contrats analogues, expérience dans les conditions semblables, disponibilité des qualifications requises, etc.). Le personnel-clef pour cette mission sera composé comme suit : - Un Expert-Chef de mission ayant une expérience prouvée des grandes transactions commerciales dans le secteur des télécommunications (en tant que conseil, organisateur d’appels d’offres concurrentiels, rédacteur de la documentation juridique, etc.). Il doit avoir réalisé des missions d’assistance technique dans la mise en place de concessions de Partenariats Publics Privés dans le secteur des télécommunications / TIC. Le chef de mission devra être un expert financier au sein d’une Banque d’Affaires, justifiant d’au moins 10 ans d’expérience dans les transactions dans les pays émergents et ayant une bonne connaissance des projets financés par la Banque Mondiale. - Un Expert juridique spécialisé dans le domaine du droit et de la réglementation des télécom ; de niveau Bac+5 (ou équivalent) ayant une expérience prouvée d’au moins 10 années dans le domaine précité. Il doit avoir une expérience prouvée dans l’octroi de licence, Il devra également avoir une très bonne connaissance de la mise en place du cadre juridique et réglementaire dans le secteur des télécommunications en Afrique et dans la région de la CEMAC en particulier. - Un Expert technico-économique, ingénieur économiste de niveau Bac+5 (ou équivalent) ayant une expérience prouvée d’au moins 7 années dans l’élaboration ou l’évaluation des offres du marché de gros des télécommunications dans le large bande fibre optique (aspects tarifaires et non tarifaires) et dans les aspects architectures et opérations des réseaux de télécommunications large bande fibre optique, y compris les indicateurs de performance technique et opérationnelle ; Ces informations doivent être fournies au moyen du dossier suivant : • Lettre de candidature ; • Fiche de présentation (domaine d’expertise et ressource du Consultant (firme), • brochure, plaquette, site web, …) ; • Expérience générale du Consultant (firme) durant les dix (10) dernières années ; • Références récentes (cinq dernières années) et pertinence en missions similaires, équivalentes ou de même complexité technique avec mention obligatoire des données suivantes : libellé des missions, pays, période d’exécution, état des réalisations) ; • Etat des personnels clés et appui disponibles (qualifications nécessaires à la réalisation de la mission) ; • Curriculum vitae du personnel clé proposé. A l’issue de la manifestation d’intérêt, il sera établi une liste restreinte de six (06) bureaux qui seront consultés, en vue de la sélection définitive du prestataire sur la base de l’appréciation de la Qualification de Consultant (QC) et ce, conformément aux procédures définies dans les Directives ‘’Sélection & Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale – Mai 2004 – Version Révisée Octobre 2006. Les Consultants (firmes) intéressés peuvent obtenir des informations complémentaires sur demande écrite à l’adresse ci-après : Commission Nationale des TIPPEE B.P. 22 Libreville – Gabon ou par téléphone au n° (241) 76.58.30 (241) 05.19.04.10, ou par Fax au N° (241) 76.58.31 aux heures suivantes : de 8h00 à 15h00 (heure locale GMT+1) ou par courrier électronique à : tippeegabon@cntippee.org et busamba@yahoo.com. Les plis porteront la mention suivante « Manifestation d’Intérêt pour le recrutement d’un Consultant (firme) en vue d’une Assistance technique pour recruter un opérateur d’infrastructure privé pour la gestion, la maintenance et la commercialisation des infrastructures fibres optiques sous un régime d’accès ouvert dans le cadre du projet Central African Backbone (CAB) – Composante Gabonaise ». Les dossiers de manifestations d’intérêt seront présentés en français et en trois (03) exemplaires (un original et deux copies) et doivent parvenir par voie postale (normale, recommandée, ou rapide) ou par dépôt direct à l’adresse suivante, au plus tard le 12 avril 2012 à 12h00 (heure locale GMT + 1), à l’adresse suivante : Commission Nationale des TIPPEE, quartier Glass Immeuble Volvo (2ème étage) - B.P. : 22 Libreville –Gabon.

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AVIS D'APPEL D'OFFRES

AVIS D’APPEL D’OFFRES N° TGPT/FM/2012/009. RELATIF AU RECRUTEMENT D’UN CABINET POUR L’AUDIT DES COMPTABLE ET FINANCIER FINANCEMENT : Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme

UNION AFRICAINE

UNIÃO AFRICANA

EXPRESSION OF INTEREST (EOI) FOR PROVISION OF VSAT CONNECTIVITY

The purpose of this EOI is to explore the possibility of enhancing the existing infrastructure in terms of the following: a. New bandwidth efficient satellite access technology for optimised operation, b. Efficient service provision, c. Reduced cost of operation, d. Adequate room for further growth and e. Flexible and secured operation Download the detailed document from our website : http://www.au.int/en/bids

MINISTÈRE DES FINANCES, DU BUDGET ET DU PORTEFEUILLE PUBLIC PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE PPF n° TF093599- Financement IDA - Unité d’Exécution du Projet B.P 2116 Brazzaville, République du Congo, Tel : 05 551 96 11, Courriel : prctg@yahoo.fr

AVIS DE SOLLICITATION À MANIFESTATION D’INTÉRÊT N° 004/PRCTG-PREDD/12

« Recrutement d'une firme pour réaliser une étude d'analyse, de spatialisation et de pondération des causes de la déforestation et la dégradation forestière, réaliser une approche approfondie des options stratégiques REDD+ proposées par le RPP » 1. Le Gouvernement de la République du Congo a obtenu auprès de l’Association Internationale de Développement (IDA) une avance de préparation (PPF TF093599) du Projet de Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts (REDD) et a l’intention d’utiliser une partie du montant de ladite avance pour financer les services de consultants ci-après : Recrutement d'une firme pour réaliser une étude d'analyse, de spatialisation et de pondération des causes de la déforestation et la dégradation forestière, réaliser une approche approfondie des options stratégiques REDD+ proposées par le RPP. 2. L’objectif global de cette étude est de contribuer à la finalisation de la stratégie nationale REDD+ à travers une analyse détaillée des causes de la déforestation et de la dégradation des forêts. Les objectifs spécifiques de l’étude sont (i) de quantifier au plan spatial la déforestation et la dégradation des forêts, (ii) d’identifier les causes sous-jacentes de la déforestation et la dégradation des forêts, (iii) démontrer en quoi chaque option stratégique proposée par le RPP peut atténuer les méfaits des causes directes et des facteurs sous-jacents de la pression humaine sur les forêts et (iv) faire valider le rapport de l’étude par les parties prenantes au processus REDD+. La durée de la mission est de quatre (04) mois. 3. Pour une meilleure préparation du Projet REDD, le Projet de Renforcement des Capacités de Transparence et de Gouvernance (PRCTG) a été chargé par le MDDEFE de gérer les fonds d’avance alloués par l’IDA et de conduire les activités de passation des marchés et de gestion financière. 4. L’Unité d’Exécution du PRCTG invite les candidats intéressés à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les Consultants intéressés doivent fournir des informations pertinentes indiquant leurs capacités techniques à exécuter lesdits services. JEUNE AFRIQUE

Le dossier de candidature devra comporter les renseignements suivants : • les compétences du candidat pour la mission, notamment l’indication de références techniques vérifiables en matière de missions similaires (liste des précédents clients pour ce type de mission : année, coût de la mission, nom et adresse complète du représentant du client) ; • l’adresse complète du consultant (localisation, personne à contacter, BP, Téléphone, Fax, Courriel). 5. Sur cette base, une firme sera sélectionnée conformément aux Directives de la Banque « Sélection et Emploi des Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale de janvier 2011». Le Consultant sera sélectionné sur la base de la comparaison des CV. 6. Les intéressés doivent s’adresser à l’Unité d’Exécution du PRCTG pour obtenir des informations supplémentaires, à l’adresse ci-dessous, les jours ouvrables, de 8 h 00 à 16 h 00. 7. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées sous pli fermé ou en version électronique à l’adresse ci-dessous, au plus tard, le mercredi 04 avril 2012 à : PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE TRANSPARENCE ET DE GOUVERNANCE UNITÉ D’EXÉCUTION DU PROJET SECTION PASSATION DES MARCHÉS B.P 2116 Brazzaville, République du Congo Derrière le Commissariat Central Tel : (242) 05 551 96 11 ; Courriel : prctg@yahoo.fr Brazzaville, le 13 Mars 2012 Le Coordonnateur Marie Alphonse ITOUA N° 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Appel d’offres - Manifestation d’intérêt

1. Plan Togo est l’un des bénéficiaires principaux du financement du Fonds mondial dans le cadre de l’exécution du projet « Renforcement des services de prévention et de prise en charge du paludisme pour un accès universel au Togo » de la 9ème série (composante Paludisme). Une partie de ce financement sera utilisée pour effectuer des paiements au titre de l’organisation d’un audit externe. 2. Plan Togo sollicite des offres sous plis fermés de la part des soumissionnaires éligibles et répondant aux qualifications requises l’audit comptable et financier de son Unité de Gestion du Projet et de ses deux bénéficiaires secondaires. 3. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir les termes de référence complets dudit appel d’offres en français auprès de Plan Togo, Bureau national ou par mail : togo.adminugp@plan-international.org à partir du Lundi 19 Mars 2012. Les soumissionnaires resteront engagés par leurs offres pour un délai de soixante (60) jours, à compter de la date limite de dépôt des offres. Les offres devront être soumises en français à Plan Togo, à l’adresse : Plan Togo, BP 3485 Lomé ; téléphone (228) 22 26 79 37/ 22 26 22 41 ; Fax (228) 22 26 22 89, au plus tard le 06 Avril 2012 à 9 H 00 GMT. La soumission des offres par voie électronique n’est pas acceptée. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres doivent être présentées en cinq (5) exemplaires dont un (1) original et quatre (4) copies. En cas d’envoi par la poste ou autre mode de courrier, Plan Togo ne peut être responsable de la non réception du dossier du soumissionnaire dans les délais. Plan Togo se réserve le droit de ne donner suite à tout ou à une partie du présent Appel d’Offres. Représentant résident James F. FOSTER

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AVIS D’APPEL D’OFFRES N° 001/FY12/AFRICARE-BÉNIN

Appel d’offres

POUR LE RECRUTEMENT D’UN CABINET D’AUDIT ET D’EXPERTISE COMPTABLE Le Bénin bénéficie à travers Africare-Bénin, d’une subvention de la reconduction (RCC-I, BEN-304-G04-M)) du troisième Tour d’Appel du Fonds Mondial d’un montant de 22. 352. 763 Euros, destinée à mettre en œuvre le Projet d’Intensification de la Lutte contre le Paludisme (PILP) afin de réduire la morbidité et la mortalité liées au paludisme d'ici à 2015 dans 20 Zones sanitaires. Africare-Bénin en tant que Récipiendaire Principal (RP), s’engage avec des Sous Récipiendaires (SR) que sont : la CAME (Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels), le PNLP (Programme National de Lutte contre le Paludisme) et cinq ONGs retenues dans le littoral à savoir : CERPADEC (Centre d’Etudes Régional pour la Promotion de l’Agriculture Durable et du Développement Communautaire)- CPADES (Centre de Pensée et d’Action pour un Développement Economique et Social)- APHEDD (Association pour la Promotion de l’Homme, la Protection de l’Environnement pour un Développement Durable)-MJCD (Mutuelle de Jeunes Chrétiens pour le Développement) et La Vie Nouvelle pour atteindre les objectifs ci-après : • Amener 90% de la population du Bénin à dormir sous MIILD d’ici à 2015 • Amener 90% des enfants de moins de 5 ans ayant de la fièvre à recevoir une prise en charge correcte dans la communauté dans 20 zones sanitaires d’ici à 2015 • Assurer la référence de 90% des cas de paludisme grave identifiés dans la communauté vers les centres de référence • Amener 90% des femmes enceintes à respecter le calendrier des CPN afin de recevoir les doses requises de SP dans le cadre du TPI Un accord de financement a été signé entre le RP et le Fonds Mondial pour les trois années (du 1er Octobre 2009 au 30 Septembre 2012). Le RP AfricareBénin utilise une comptabilité de trésorerie basée sur la constatation des dépenses lors de leurs décaissements et des ressources lors de leur encaissement. Le projet a démarré ses activités depuis le 1er octobre 2009 et dispose des documents suivants : • Budget des activités de la première phase (1ère, 2ème et 3ème années) • Plan de travail de la première phase • Cadre de performance des résultats ciblés du programme pour la première phase • Plan de Suivi & Evaluation (S&E) • Plan de Gestion des Achats et des Stocks (GAS) Après l’évaluation des capacités du Récipiendaire Principal (PR) ainsi que celles des Sous Récipiendaires (SR), il est maintenant nécessaire de prendre les dispositions pour faire auditer les comptes de chaque entité de mise en œuvre (RP et SR) par un cabinet d’audit. C’est dans ce contexte que se situe la présente mission de recrutement d’un Cabinet d’Audit pour assurer régulièrement l’audit des comptes du PILP. I. Objectifs de l’Audit L’audit du projet a pour objectif de donner à Africare-Bénin et au Fonds Mondial l’assurance que les ressources sont gérées conformément aux principes et aux normes comptables généralement admises selon la réglementation internationale en tenant compte du cadre légal en vigueur au Bénin et de l’accord de subvention. II. Qualifications et expériences requises - Seront admis à soumissionner les cabinets nationaux et internationaux (membres d’un réseau international) justifiant de capacités d’analyse et d’expertise pour mener ce type d’opérations et bénéficiant d’au moins 10 ans en matière d’audit de Programmes et d’ONG, si possible dans le secteur de la santé. - L’Auditeur doit être complètement impartial et indépendant par rapport à tous les aspects de la gestion ou des intérêts financiers de l’entité faisant l’objet de l’audit ou de ceux de l’agence chargée de la mise en œuvre/supervision

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ou d’entités directement liées. Au cours de la période couverte par l’audit ou pendant l’audit même, l’auditeur ne peut être employé par un quelconque participant majeur à la gestion de l’entité, ni accepter de mandat d’administrateur ou entretenir des relations financières ou commerciales avec un tel participant. - L’auditeur doit dévoiler toute relation qui pourrait éventuellement compromettre son indépendance. - L’auditeur doit être familiarisé avec l’application des normes d’audit ISA ou INTOSAI. Il devra employer un personnel suffisant disposant des qualifications professionnelles et de l’expérience nécessaires des normes ISA ou INTOSAI, dont une expérience d’audit de comptes en rapport avec des entités de taille et de complexité comparables à celles de l’audit. III. Dossiers de soumission Les auditeurs qualifiés et intéressés par cette offre sont priés de soumettre une proposition à la direction de Africare-Bénin. La soumission doit comporter : • un dossier administratif comportant :  Les expériences et références techniques du cabinet  les preuves de la régularité du cabinet vis à vis des impôts et de la sécurité sociale ;  Les Curriculum Vitæ du responsable, des cadres, des superviseurs et personnels importants proposés comme membres de l’équipe de l’audit.  Un document attestant que l’auditeur a dévoilé toute relation qui pourrait éventuellement compromettre son indépendance Toutes ces pièces seront produites en quatre (04) exemplaires dont un original et glissés dans une première enveloppe portant le nom, l’adresse du cabinet et la mention « dossier administratif ». • une proposition technique comprenant :  les objectifs du travail,  le calendrier d’exécution de la mission,  la méthodologie d’exécution du travail et les normes standards utilisées. Tous ces documents seront produits en quatre (04) exemplaires et glissés dans une deuxième enveloppe portant le nom et l’adresse du cabinet et la mention « Proposition technique » • une proposition financière qui retrace en détail tous les coûts relatifs à la mission. La proposition financière sera produite également en quatre (04) exemplaires et glissés dans une troisième enveloppe portant le nom et l’adresse du cabinet et la mention « Proposition financière ». Les trois enveloppes seront glissées à leur tour dans une enveloppe fermée portant la mention « A n’ouvrir qu’en séance », « Recrutement d’un Cabinet d’Audit et d’Expertise Comptable au profit du PILP ». Cette enveloppe devra être déposée au plus tard le 25 Mars 2012 à 12 heures précises au secrétariat de Africare-Bénin à l’adresse suivante : Africare Bénin Quartier les Cocotiers, lot 4j, derrière l’hôtel de l’Entente située sur la route de l’aéroport international Cardinal Bernadin Gantin, 04 BP 806 - Cotonou, Bénin Tél : (229) 21 30 90 12 / Fax (229) 21 30 42 32 IV. Evaluation des offres L’évaluation des offres se fera en trois étapes : • Première étape, elle portera uniquement sur le dossier administratif. Les cabinets jugés aptes verront l’analyse de leurs offres techniques. • Deuxième étape, les cabinets présélectionnés lors de la première étape verront leurs offres techniques ouvertes et évaluées. • Troisième étape, seuls les soumissionnaires ayant présenté des offres techniquement valables et conformes verront leurs offres financières ouvertes. Les cabinets intéressés par le présent avis d’appel d’offres sont invités à retirer les termes de références de l’audit au siège de Africare-Bénin à l’adresse ci-dessus à partir du 15 Mars 2012 à 8 heures précises.

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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO PROGRAMME NATIONAL DE DÉSARMEMENT, DÉMOBILISATION ET REINSERTION DES EX- COMBATTANTS - UNITÉ D’ÉXECUTION DU PNDDR (UEPN-DDR)

PUBLICATION DE L’ATTRIBUTION DU MARCHÉ - AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL Date : 05 mars 2012 - AAOI N°: 001/ UEPN- DDR/ BAD/ PM/ 2012 Marché : Fourniture et installation des équipements spécialisés pour le fonctionnement des fermes agricoles pilotes (Diango, Loda en Province Orientale/Ituri et Nyongera et Vuyinga au Nord Kivu) en République Démocratique du Congo

boursable de cent cinquante dollars américains (150$ US). Pour les soumissionnaires nonrésidents qui souhaitent obtenir le Dossier d’Appel d’Offres, ce montant devra être majorée d’un montant de trois cents (300$ US) dollars américains pour l’envoi du dossier d’appel d’offres par courrier rapide (e.i.GHL). Dans tous les cas, les frais occasionnés par ce paiement sont à charge du soumissionnaire. 5. Les clauses des Instructions aux soumissionnaires et celles du Cahier des clauses administratives générales sont les clauses du Dossier Standard d’appel d’offres ; Passation des marchés de fournitures, publié par la Banque africaine de développement. 6. Toutes les offres doivent être reçues sous pli fermé en cinq exemplaires (1 Original + 4 Copies) à l’adresse ci-dessous indiquée au plus tard le 20 avril 2012 à 15 h 00 (heure de Kinshasa) ; elles doivent être accompagnées d’une garantie de soumission d’un montant au moins égal à : Lot 1 : Equipements agricoles et d’élevage 6 000 USD Lot 2 : Matériel roulant 3 500 USD Lot 4 : les équipements d’énergie électrique 2 500 USD 7. Les plis seront ouverts en présence des représentants des soumissionnaires qui souhaitent être présent à l’ouverture, le 20 avril 2012 à 15 heures 30 (heure de Kinshasa), au siège de l’Unité d’Exécution du Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion des ex-combattants (UEPN- DDR), sis, Avenue Gemena n° 5088, Quartier Socimat, Kinshasa/Gombe, République Démocratique du Congo. Professeur Grevisse DITEND YAV Administrateur du Projet " Le présent Avis d'Appel d'Offres International est publié en remplacement de celui paru dans l'édition n°2668 du 26 février au 3 mars 2012 ".

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N° 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Appel d’offres - Propositions commerciales

1. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a obtenu un don de la Banque Africaine de Développement en différentes monnaies, pour financer le coût du Projet d’Appui à la Réinsertion Socio Economique Post conflit (PARSEC). Il est prévu qu’une partie des sommes accordées au titre de ce don sera utilisée pour effectuer les paiements prévus au titre des marchés de « Fourniture et installation des équipements spécialisés pour le fonctionnement des quatre (4) fermes agricoles pilotes dans la Province Orientale en Ituri (Diango et Loda) et la Province du Nord Kivu (Nyongera et Vuyinga), en République Démocratique du Congo ». 2. L’Unité d’Exécution du Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion des ex- combattants, invite, par le présent Appel d’offres, les soumissionnaires intéressés à présenter leurs offres sous pli fermé, pour la fourniture des équipements spécialisés pour le fonctionnement des fermes agricoles pilotes comprenant les lots ci-après : Lot 1: Equipements agricoles et d’élevage Lot 2: Matériel roulant Lot 3 : les équipements d’énergie électrique NB : Un soumissionnaire peut compétir pour un, deux ou tous les lots. 3. Les soumissionnaires intéressés par l’appel d’offres peuvent obtenir des informations supplémentaires et examiner les Dossiers d’Appel d’Offres dans les bureaux de l’Unité d’Exécution du Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion des ex- combattants à Kinshasa en République Démocratique du Congo, à l’adresse suivante : Unité d’Exécution du PNDDR, Avenue Gemena n° 5088, Quartier Socimat, Kinshasa/ Gombe, République Démocratique du Congo Téléphone : +243 817151771 - Adresse électronique : admprojet@yahoo.fr 4. Le Dossier d’Appel d’Offres peut être obtenu au siège de l’UEPN-DDR contre présentation d’une quittance de versement à la caisse de l’UEPN-DDR, d’une somme non rem-


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Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Après la tragédie de Brazzaville Pour ne pas risquer le « carton rouge » de « l’arbitre » François Soudan en réagissant à l’article intitulé « Congo-Brazzaville – Les leçons d’une tragédie » (J.A. no 2670, du 11 au 17 mars), je me limiterai à un constat et à quelques interrogations. Ainsi, 99 % des victimes directes (morts et blessés) de ce « 11 Septembre congolais » sont des personnes qui vivaient à quelques encablures de la résidence privée du chef de l’État. Dans les pays occidentaux, sur lesquels les pays africains calquent généralement leur organisation, élire domicile près de la villa du plus haut responsable politique, c’est bénéficier du privilège d’une sécurité supplémentaire pour sa personne et ses biens. Au Congo-Brazzaville, ne vaut-il pas mieux vivre le plus loin possible (géographiquement) du président

de la République ? En attendant des sanctions du chef de l’État congolais après le drame, François Soudan n’accrédite-t-il pas la fable du « Vizir et des mauvais courtisans » ? ● PATRICK TCHICAYAT, Sevran, France

Les ennuis de Marafa Toutes mes félicitations pour votre article consacré aux possibles ennuis judiciaires de l’ancien ministre d’État camerounais Marafa Hamidou Yaya (J.A. no 2670, du 11 au 17 mars). Il met bien en lumière le calvaire qu’il vit, la souillure de son honneur et de sa dignité, orchestrée par ceux qui œuvrent lâchement pour son élimination de la scène politique camerounaise. ● M E ALICE NKOM, présidente du Réseau international de soutien au juge intègre (Risji), Douala, Cameroun

HOMMAGE À DAVID ADJÉTÉ WILSON IL ÉTAIT CONNU DU GRAND PUBLIC sous le nom de Dave Wilson. Le 3 mars, la maladie a eu raison du journaliste et écrivain béninois. Pour lui rendre hommage, l’extrait d’un poème*, le sien, intitulé « Ils ont quitté la ville », tiré d’un recueil dédié à Cotonou, où il a grandi. Dave Wilson repose désormais au cimetière de la Madeleine, à Lille, sa ville d’adoption. ● BONIFACE VIGNON, RFI

J.A., où sont les femmes ? Le  mars dernier, la communauté internationale célébrait la Journée internationale de la femme. Presque tous les médias du monde ont SÉNÉGAL L’ÉLÈVE BATTRA-T-IL LE MAÎTRE ? consacré une lucarne BRAZZAVILLE Les leçons d’une tragédie importante à l’événement. Tous, sauf notre cher Jeune CAMEROUN Afrique – qui Dauphin n’est plus aussi en eaux troubles jeune que ça, il a 51 ans maintenant (J.A. no 2669, du 4 au € J.A. N 2670, 10 mars). J’ai du 11 au 17 mars. beau consulter le sommaire, rien. J’ai parcouru toutes les pages du magazine à la recherche de l’article, en vain. Même le « Ce que je crois » de Béchir Ben Yahmed n’a pas jugé utile de parler de la femme en général et de la femme africaine en particulier. Il nous a plutôt entretenus de « l’âge du capitaine », allusion à Abdoulaye Wade, que nous connaissions déjà (85 ans). Moi qui lis J.A. depuis des années, je suis surpris que vous n’ayez pas traité de ce sujet alors que sa date est connue depuis longtemps. Vous devriez vous faire pardonner des femmes pour avoir manqué ce rendez-vous historique… à moins qu’elles-mêmes ne se sentent pas concernées par l’événement. ● HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 52e année • N° 2670 • du 11 au 17 mars 2012

jeuneafrique.com

Quartier de Mpila, le 5 mars

L’ancien ministre d’État Marafa Hamidou Yaya, successeur présumé – parmi d’autres – de Paul Biya, est-il la prochaine cible de l’opération Épervier ? Enquête.

ÉDITION AFRIQUE CENTRALE

France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Danemark 35 DKK • DOM 4 €

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DJÉRI COULIBALY,

J’ai le souvenir ému de toi, John Lotsu À tes cours, nous étions tous assidus, Grands et petits, élèves de tous âges, Tu étais le noble élu de nos suffrages, Aimable, compétent et accommodant, Tu nous apprenais le sport en souriant. Au revoir, cher professeur John Lotsu Un jour nous t’érigerons une statue. € DAVE WILSON, à RFI, en juin 2008. * Paru dans Koutonou blues, de Dave Adjété Wilson, Éditions Beaurepaire, 198 pages, 15 euros N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

On t’appelait Guy-Gualbert Ahouitonou Plus recherché pour nous qu’un bijou, Toujours prêt à rendre mille services, Tu accordais une amitié sans artifices, Tu savais nous combler en permanence Quand ton cœur débordait d’abondance. Adieu mon ami et homme de parole, Hier comme aujourd’hui tu restes l’idole.

Abidjan, Côte d’Ivoire

Réponse : Dans l’édition que vous mentionnez, le titre de l’éditorial de François Soudan était pourtant sans équivoque (« Femmes de chefs »), le dossier « Reines déchues », étant, lui, consacré aux épouses d’anciens dirigeants du monde arabe. Par ailleurs, notre site internet a republié une série de portraits de personnalités féminines qui, par leur réussite, contribuent à faire avancer la cause des femmes, preuve que J.A. les célèbre tout au long de l’année. LA RÉDACTION JEUNE AFRIQUE


Vous nous

Merci Lilian Thuram Dans vos pages « Culture & médias », j’ai lu avec grand plaisir l’article intitulé « Lilian Thuram, de A à Z » (J.A. no 2670, du 11 au 17 mars). J’apprécie sa liberté de ton, sa franchise et son audace. Tout comme sa connaissance de l’Histoire, qu’on a découverte dans son livre, Mes étoiles noires. Sa phrase en exergue est d’une grande justesse : « On ne naît pas noir, on le devient. » On pourrait le dire d’ailleurs de toutes les couleurs de peau. Un souvenir personnel vient corroborer le propos de Thuram. Comme prêtre franciscain, j’ai vécu pendant dix années au Togo. Je discutais souvent avec les élèves des lycées, qui m’interpellaient en ces termes : « Pourquoi vous dites toujours, en parlant de nous : “les hommes de

couleur” ? Des couleurs de peau, il y en a de part et d’autre ; vous n’êtes pas blanc et nous ne sommes pas noirs. Votre peau est rose, et nous ne sommes pas noirs mais brun plus ou moins foncé. » Et c’est vrai que d’opposer le blanc et la couleur, c’est se mettre du bon côté avec le blanc et classer les gens de couleur dans une catégorie inférieure… ● GÉRARD GUITTON, prêtre franciscain, Rennes, France

Le Burkina sous les projecteurs « Blaise Compaoré aura finalement réussi à imposer Kadré Désiré Ouédraogo à la présidence de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) » (J.A. no 2667, du 19 au 25 février). Félicitations à KDO,

mais surtout à mon président ! Le Burkina sort de plus en plus de l’ombre ; des médiations par-ci, politique du soutien aux pays en rébellion par-là… Quelle belle renommée pour le pays ! Mais « plus haut le singe est perché, plus visible est son intimité ! » dit un proverbe. Une présidence à la Commission, c’est une honorable responsabilité. Mais pour un pays que l’on attend au tournant en 2015, c’est surtout un défi en matière de démocratie et de justice ! Djibrill Bassolé, le ministre des Affaires étrangères, déclarait au sujet du Printemps arabe : « Il est indispensable d’en tirer des leçons. » Bonne chance donc à KDO, mais surtout, beaucoup de courage à tous les Burkinabè ! ● BERNARD BAMOGO, Ouagadougou, Burkina Faso

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Post-scriptum Tshitenge Lubabu M.K.

DIRECTION

RÉDACTION

était il y a douze ans. Alors que je suis à la recherche d’un logement dans la banlieue ouest de Paris, une agence immobilière me met en contact avec un propriétaire qui louait une maison. Rendez-vous pris, j’arrive chez l’intéressé le cœur gonflé d’espoir, l’esprit nourri par cette espèce d’optimisme têtu qui vous fait croire que rien n’est impossible. Le propriétaire est là, affable. Échange de civilités. Puis, nous entrons dans le vif du sujet. « Vous comprendrez, monsieur, que c’est la première fois que j’ai affaire à quelqu’un comme vous. » L’entrée en matière est rude. Je comprends qu’il veut dire « un nègre ». J’encaisse l’uppercut. « Ah ? » Il enchaîne. « Que faites-vous dans la vie ? – Journaliste. – Journaliste ? Avez-vous une carte de presse ? – Oui. – Pouvez-vous me la montrer ? [Je montre la carte de presse.] – C’est la même que pour les journalistes français ? – Oui. – Avez-vous une carte de Sécurité sociale ? [J’opine du chef.] – Puis-je la voir ? [Je m’exécute.] – Tiens, tiens, elle ressemble à la mienne, moi qui croyais que celle délivrée aux étrangers était différente ! » Le monsieur continue son inquisition, me demande si j’ai des chats ou des chiens qui pourraient déranger les voisins, alors que le logement proposé est une maison… Pour enfoncer le clou, il exprime le vœu de venir voir où j’habite avant de prendre une décision ! Là, je me dis que l’homme s’est sans doute imaginé qu’avant d’arriver dans son pays je vivais sur un arbre, un os dans le nez, des plumes multicolores dans le… postérieur. Croyez-moi, ce n’est pas le fruit de mon imagination maladive. Il y a quelques longues années j’ai pris un taxi à Hambourg, dans le nord de l’Allemagne. Le chauffeur m’a demandé de quel pays je venais… « Mais je connais bien ce pays! N’est-ce pas celui où les gens se promènent nus tous les jours? » J’ai confirmé. Comme moi, vous suivez ce que certains candidats à l’élection présidentielle française disent à propos des étrangers. Non seulement ils les rendent responsables de tous les maux de l’Hexagone, mais en plus ils les accusent de les envahir. Ils menacent de sortir de l’espace Schengen si l’invasion se poursuit. De réduire de moitié les allocations familiales des immigrés, qui ne doivent pas avoir le droit de vote aux élections locales car leursélus pratiqueraient le communautarisme. Ils proposent même de construire des murs pour stopper l’« invasion ». Tristes sires! Ou ils prennent leurs compatriotes pour des ânes ou ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils devraient savoir que les étudiants d’Afrique subsaharienne vont de plus en plus au Maghreb, en Afrique du Sud, en Asie ou en Amérique. Les malades également. Tout comme les entrepreneurs et autres commerçants. Pendant ce temps, des populistes patentés réveillent les peurs et les bas instincts des Gaulois en criant: « Dehors l’étranger! » Quelle farce! L’étranger gagne sa vie à la sueur de son front. Il cotise, paie ses impôts, consomme en France, dont il contribue à rajeunir la population. Aux États-Unis, la plupart des Nobel sont issus de l’immigration. Alors ? ● N o 2671 • DU 18 AU 24 MARS 2012

Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; Télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; Courriel : redaction@jeuneafrique.com Directeur de la publication : BÉCHIR BEN YAHMED (bby@jeuneafrique.com) Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Actionnaire principal : Béchir Ben Yahmed

Étrange étranger

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Fondé à Tunis le 17 oct. 1960 par Béchir Ben Yahmed (52e année)

JEUNE AFRIQUE

Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com) Rédactrice en chef déléguée : Élise Colette (e.colette@jeuneafrique.com) Rédacteur en chef technique : Laurent Giraud-Coudière Conseillers de la direction de la rédaction : Hamid Barrada, Abdelaziz Barrouhi (à Tunis), Aldo de Silva, Dominique Mataillet, Renaud de Rochebrune Secrétariat : Chantal Lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), Philippe Perdrix (Grand angle), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), Tarek Moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Jean-Michel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), Cécile Manciaux (Le Plus de J.A.), Jean-Michel Meyer (Économie), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), Clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine Clerc, Fabien Mollon, Ophélie Négros Rédaction : Pascal Airault, Youssef Aït Akdim, Stéphane Ballong, Pierre Boisselet, Tirthankar Chanda, Julien Clémençot, Georges Dougueli, Tony Gamal Gabriel, Malika Groga-Bada, André Silver Konan (à Abidjan), Christophe Le Bec, Frédéric Maury, Nicolas Michel, PierreFrançois Naudé, Cherif Ouazani, Michael Pauron, Laurent de Saint Périer, Leïla Slimani, Justine Spiegel, Tshitenge Lubabu M.K., Fanny Rey, Marie Villacèque ; collaborateurs : Edmond Bertrand, Christophe Boisbouvier, Frida Dahmani, Muriel Devey, André Lewin, Patrick Seale ; accords spéciaux : Financial Times Responsable de la communication : Vanessa Ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) RÉALISATION Maquette: Émeric Thérond (conception graphique, premier maquettiste), Christophe Chauvin, Stéphanie Creuzé, Valérie Olivier; révision: Nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir Pol; fabrication: Philippe Martin (chef de service), Christian Kasongo; service photo: Dan Torres (directrice photo), Nathalie Clavé, Vincent Fournier, Claire Vattebled; documentation: Anita Corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence Turenne, Angéline Veyret JEUNEAFRIQUE.COM Responsable éditoriale : Élise Colette, avec Pierre-François Naudé ; rédaction : Camille Dubruelh, Vincent Duhem et Jean-Sébastien Josset Responsable web : Jean-Marie Miny ; studio : Cristina Bautista et Maxime Pierdet VENTES ET ABONNEMENTS Directeur marketing et diffusion : Philippe Saül ; responsable des ventes adjointe : Sandra Drouet ; chef de produit : Dhouha Boistuaud ; abonnements : Vanessa Sumyuen avec: COM&COM, Groupe Jeune Afrique 18-20, avenue Édouard-Herriot, 92350 Le PlessisRobinson. Tél. : 33 1 40 94 22 22 ; Fax : 33 1 40 94 22 32. E-mail : jeuneafrique@cometcom.fr ●

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Président-directeur général : Danielle Ben Yahmed ; directeur général adjoint : Amir Ben Yahmed ; direction centrale : Christine Duclos ; secrétariat : Chantal Bouillet ; gestion et recouvrement : Pascaline Brémond ; service technique et administratif : Chrystel Carrière, Mohamed Diaf RÉGIES : Directeur de publicité : Florian Serfaty avec Catherine Weliachew (directrice de clientèle), Myriam Bouchet (chef de publicité), assistés de Patricia Malhaire ; annonces classées : Fabienne Lefebvre, assistée de Sylvie Largillière COMMUNICATION ET RELATIONS EXTÉRIEURES : Directeur général : Danielle Ben Yahmed ; directrice adjointe : Myriam Karbal ; chargés de mission : Nisrine Batata, Zine Ben Yahmed, Fatoumata Tandjan REPRÉSENTATIONS EXTÉRIEURES MAROC SIFIJA, NABILA BERRADA. Centre commercial Paranfa, Aïn Diab, Casablanca. Tél. : (212) (5) 22 39 04 54 Fax : (212) (5) 22 39 07 16. TUNISIE SAPCOM, Mourad LARBI avec M. ABOUDI (direction commerciale). 15-17, rue du 18-Janvier-1952, 1001 Tunis. Tél. : (216) 71 331 244 ; Fax : (216) 71 353 522. SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE FINANCEMENT ET D’INVESTISSEMENT

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Gérant commandité: Béchir Ben Yahmed; vice-présidents: Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Directeur général adjoint: Jean-Baptiste Aubriot; secrétariat: Dominique Rouillon; contrôle de gestion: Sandrine Razafindrazaka; finances, comptabilité: Monique Éverard et Fatiha Maloum-Abtouche; juridique, administration et ressources humaines: Sylvie Vogel, avec Karine Deniau (services généraux) et Delphine Eyraud (ressources humaines); Club des actionnaires: Dominique Rouillon IMPRIMEUR SIEP - FRANCE. COMMISSION PARITAIRE: 1011C80822. DÉPÔT LÉGAL: À PARUTION. ISSN 1950-1285.

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