Islamic Finance Magazine-Juillet 2022

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AFRIQUE DU SUD

BUSINESS HALAL

Dénéba DIOUF

Président Halal Sénégal

Les opportunitĂ©s de la certification Halal en Afrique de l'Ouest: enjeux et impacts dans le libre-Ă©change entre pays membres de l’OCI

REFLEXIONS

FINTECH INTERVIEW

Sommaire 22 Quel modÚle de taux de rendement des investissements en économie islamique? ECONOMIE
Dr. Adama DIEYE, Economiste, Auteur 26
ISLAMIQUE
Senior Investment Officer, IsDB La marche vers le premier vĂ©hicule d’investissement souverain ivoirien 28
Lagassan OUATTARA
Azentio Software 04 L’EDITO Avec Sory TOURE 08
Point sur la financeislamique en Afrique et dans le reste du monde 12
La financeislamique en Afriquedu Sud: il est temps d’aller 12 18
Mohammed KATEEB Président Moyen-Orient et Afrique
ACTUALITES
Dr Ziyaad Mahomed
06 ILS ONT DIT

Assistant Proefessor,
INCEIF
2 IFC MAGAZINE - JUILLET 2022
DR Ziyaad Mahomed
38 Interview: Dr Umar Oseni CEO, International Islamic Liquidity Management Corporation MARCHE DES CAPITAUX ISLAMIQUES Les problĂ©matiques structurantes pour la finance islamique 38 50 38 50 Dr Umar OSENI CEO, International Islamic Liquidity Corporation (IILM) Boubkeur AJDIR 80 FINANCE SOCIALE Analyse: L’assurance islamique comme instrument pour l’inclusion financiĂšre 73 Abidjan Takaful Conference: Retour sur l’évĂšnement 54 ASSURANCE ISLAMIQUE Comprendre et appliquer l’assurance islamique 54 62 88 BIBLIOTHEQUE 89 AGENDA Interview : Ezzedine Ghmallah 76 76 Ezzedine GHMALLAH 73 Maguette SAKHO Quels partenariats entre les institutions de dĂ©veloppement et les fondsZakat pour atteindre les objectifs de dĂ©veloppement durable? 3 IFC MAGAZINE-JUILLET 2022

L’Afrique bien dans le sillage du dĂ©veloppement de la finance islamique !

Dr Umar Oseni, IILM Corporation (Malaisie), soutient que « l’Afrique peut bĂ©nĂ©ficier de notre volontĂ© de pĂ©nĂ©trer de nouveaux marchĂ©s pour des raisons de diversification et d'Ă©volutivitĂ© Elle figure donc en tĂȘte de liste de nos prioritĂ©s. » Il n’est pas le seul Ă  nourrir une telle ambition ; l’Afrique intĂ©resse plusieurs autres institutions et acteurs de l’industrie.

L’Afrique bouge ! Elle bouge et se dĂ©veloppe, tout comme la finance islamique Certes, l’industrie de la finance islamique en Afrique n’est pas encore aussi dĂ©veloppĂ©e que dans d’autres rĂ©gions du monde (Europe et Asie). Mais ceci ne saurait occulter l’élan de dynamisme grandissant que nous avons remarquĂ© de par de nombreuses activitĂ©s Ă  travers le continent. La finance islamique se positionne comme un levier viable de . plus en plus convoitĂ© pour booster le dĂ©veloppement de l’Afrique

Restant fidÚle à notre vision se résumant à Connecter. Apprendre. Impacter, nous vous offrons dans ce 2Úme trimestriel de IFC MAGAZINE des couvertures bien à propos sur plusieurs secteurs

En effet, en toute exclusivitĂ©, Dr Umar Oseni, Ă  la tĂȘte d’un organisme international de gestion des liquiditĂ©s des institutions financiĂšres islamiques, nous parle de ses expĂ©riences et ambitions, surtout pour l’Afrique. Quant Ă  l’article de M. Boubkeur Ajdir sur le marchĂ© des capitaux islamiques, il aborde certaines problĂ©matiques en matiĂšre de rĂ©glementation sur la finance islamique.

Dans une mĂȘme optique, nous sommes entrainĂ©s dans une discussion rĂ©vĂ©latrice sur l’innovation et la Fintech avec leurs forts potentiels pour l’Afrique par M Mohammed Kateeb, PrĂ©sident, Moyen-Orient et Afrique, et Directeur GĂ©nĂ©ral de la Finance Islamique Chez Azentio Software, premier fournisseur de Core Banking totalement islamique (dĂ©jĂ  prĂ©sent en Afrique).

Le Dr Adama Dieye nous livre un regard d’expert sur l’épineuse question d’actualitĂ© concernant le taux de rendement sur les investissements en Ă©conomie islamique et l’alternative au LIBOR qui a Ă©tĂ© utilisĂ© comme benchmark dans de nombreuses institutions financiĂšres islamiques Le gouverneur de la Banque Centrale du BahreĂŻn, M Rasheed Mohamed Al Maraj, ne disait-il pas Ă  ce propos lors de la 20Ăšme confĂ©rence annuelle de la Shari’ah Board de l’AAOIFI (L’Organisation pour la ComptabilitĂ© et l’Audit des Institutions FinanciĂšres Islamiques) : « Je pense qu'il est temps pour le secteur d'essayer de rĂ©pondre Ă  l'une des critiques les plus fortes et les plus courantes du public concernant l'utilisation des taux de rĂ©fĂ©rence traditionnels pour la tarification des transactions islamiques. Il est vrai que c'est plus complexe et plus subtil que d'utiliser simplement un prix de rĂ©fĂ©rence du marchĂ© monĂ©taire, mais c'est la bonne chose Ă  faire. »

Un dossier sur l’assurance islamique permettra au lecteur de comprendre cette nouvelle industrie qui s’installe avec une proposition de valeur plus inclusive qui rime avec les cultures africaines. De ce fait, Maguette Sacko voit en l’assurance islamique ou Takaful un vĂ©hicule pour l’inclusion financiĂšre, et qui, de facto, participera Ă  l’amĂ©lioration du taux de pĂ©nĂ©tration qui est relativement bas sur l’ensemble. Vous y trouverez Ă©galement les moments forts du forum Abidjan Takaful Conference 2022 justement intitulĂ© : Exploiter le potentiel du Takaful pour favoriser l’inclusion Ă©conomique et le dĂ©veloppement durable en Afrique.

Le coup de projecteur sur l’Afrique du Sud nous vient du Dr Ziyaad Mahomed qui retrace l’historique du dĂ©veloppement de l’industrie.

Finalement, ce numĂ©ro regorge d’autres articles et rubriques qui, nous espĂ©rons, bĂ©nĂ©ficieront Ă  plus d’un ConsidĂ©rant cet engouement en gĂ©nĂ©ral de la part des organismes et acteurs de la finance islamique, ne faille-t-il donc pas que toutes les parties prenantes mĂšnent davantage des actions et initiatives pour renforcer la synergie Ă  la faveur d’un dĂ©veloppement durable de l’industrie ?

Directeur de publication

Fraternellement ! 4 IFC MAGAZINE-JUILLET 2022
Directeur de publication sory.toure@dexterityafrica.com RĂ©dacteur en chef muhammed.jimoh@ dexterity-africa.com SecrĂ©taire de rĂ©daction Tenan SORO tenan.soro@ dexterity-africa.com salomon.nouaman@ dexterity-africa.com Correction muhammed.jimoh@ dexterity-africa.com pefagneli.sanogo@ dexterity-africa.com Marketing et vente publishing@ dexterity-africa.com Contributeurs Infographie yannickachille222@ gmail.com PubliĂ© par Dexterity Africa Abidjan CĂŽte d’Ivoire Contacts Tel +225 27 22 558 120 Email: publishing@dexterity-africa.com NumĂ©ro PrĂ©cĂ©dant 5 IFC MAGAZINE-JUILLET 2022

Il ne fait aucun doute que la finance sociale islamique a le potentiel de rĂ©aliser le dĂ©veloppement humain par l'inclusion financiĂšre et la prospĂ©ritĂ© partagĂ©e. Afin d'en libĂ©rer tout le potentiel, il est nĂ©cessaire de comprendre les dĂ©fis auxquels nous sommes confrontĂ©s dans le monde pour sa mise en Ɠuvre.

Dans la pratique de la banque islamique, il n'y a pas de boßte noire qui nécessite un génie pour la déboucler. Beaucoup de ces produits conventionnels qui ont été mis sous pression ces derniers temps sont trÚs complexes et nécessitent des outils spéciaux de gestion des risques. Dans la banque islamique, ce genre de choses n'existe pas. Certains de ces produits ne seraient pas acceptés par la charia.

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La finance islamique peut en principe devenir un facteur de stabilitĂ© financiĂšre car le partage du risque rĂ©duit le ratio d’endettement et les Ă©changes sont adossĂ©s Ă  des actifs tangibles donc entiĂšrement garantis.

Tout ce que nous avions empruntĂ© jusqu'en 1985 ou 1986 s'Ă©levait Ă  environ 5 milliards de dollars et nous avons payĂ© environ 16 milliards de dollars, mais on nous dit encore que nous devons environ 28 milliards de dollars. Ces 28 milliards de dollars sont dus Ă  l'injustice des taux d'intĂ©rĂȘt des crĂ©anciers Ă©trangers. Si vous me demandez quelle est la pire chose au monde, je vous rĂ©pondrai que ce sont les intĂ©rĂȘts composĂ©s.

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Etat mondial de l’Economie Islamique en 2021 (SGIER, 2022)

+ 2000 milliards USD de dépenses totales en 2021

8,9 % de croissance en 2021

1270 milliards USD de dépenses alimentaires

MAROC : Le Ministùre des Finances autorise l’amendement du Plan Comptable des assurances pour son application aux compagnies de Takaful

295 milliards USD de dépenses en Modest Fashion

231 milliards USD de dépenses dans les médias

En sa qualitĂ© de prĂ©sidente du Conseil National de la ComptabilitĂ© (CNC), Nadia Fettah Alaoui, la Ministre marocaine de l’Economie et des Finances, a autorisĂ© par un arrĂȘtĂ© ministĂ©riel, l’amendement du Plan Comptable applicable aux assurances pour une prise en compte de l’entrĂ©e de l’assurance islamiques (Takaful) sur ce marchĂ© Cet amendement du plan comptable des assurances suite Ă  l’introduction du Takaful vise ainsi Ă  accompagner la forte progression que connait le secteur de la finance participative dans le pays. Les amendements apportĂ©s au plan comptable entreront en vigueur Ă  compter de la date de publication de l’arrĂȘtĂ© du ministre de l’Économie et des Finances portant modification et complĂ©ment de l’arrĂȘtĂ© du ministre des Finances et de la Privatisation n° 1493-05 du 20 octobre 2005 relatif au plan comptable des assurances.

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SENEGAL : Signature d’un accord de partenariat entre l’ADM et le PROMISE

et recueillir leurs besoins pour une prise en charge efficiente Aussi, dans un type de partenariat gagnant-gagnant et par l’entremise de l’ADM, le PROMISE entend-il faire davantage la promotion de ses actions et produits innovants auprĂšs d’une catĂ©gorie de la population n’ayant pas accĂšs au financement conventionnel

CÔTE D’IVOIRE/FINANCEMENT PND 20212025 : La BID promet 2 milliards de dollars US lors du Groupe Consultatif du gouvernement

102 milliards USD de dépenses en matiÚre de tourisme

100 milliards USD de dépenses en produits pharmaceutiques

70 milliards USD de dépenses en produits cosmétiques

Le Programme de dĂ©veloppement de la Microfinance Islamique au SĂ©nĂ©gal (PROMISE) et l’Agence de dĂ©veloppement Municipale (ADM) ont conclu le 15 juin 2022 une convention de partenariat pour une durĂ©e de cinq (5) ans Etaient prĂ©sents Ă  la cĂ©rĂ©monie de signature Mme Fatou DianĂ©, Coordonnatrice du PROMISE et M Cheikh Issa Sall, Directeur GĂ©nĂ©ral de l’ADM. En concluant ce partenariat, l’objectif du PROMISE est de pouvoir profiter de l’expertise et de l’expĂ©rience de l’ADM pour pouvoir toucher rapidement les populations vulnĂ©rables

OrganisĂ© par le MinistĂšre du Plan et du DĂ©veloppement dans le but de mobiliser les ressources nĂ©cessaires au financement du PND 2021-2025, le Groupe Consultatif, tenu le 15 juin 2022 au Sofitel HĂŽtel Ivoire, a rĂ©uni l’ensemble des partenaires financiers bilatĂ©rales et multilatĂ©rales du pays. Parmi les principaux acteurs prĂ©sents Ă  cette rencontre de haut niveau, il y’a la Banque Islamique de DĂ©veloppement (BID) qui a annoncĂ© Ă  travers son Vice-PrĂ©sident chargĂ© des opĂ©rations, M Mansur Muhtar, le dĂ©caissement de 2 milliards USD pour le financement du PND. Notons que les intentions de financement recueillies des diffĂ©rents partenaires se sont Ă©valuĂ©es Ă  plus de 15 mille milliards de FCFA contre 9335,6 milliards attendus, soit un taux de mobilisation d’un peu plus de 168% La rĂ©ussite de ce Groupe Consultatif constitue un vĂ©ritable espoir pour les autoritĂ©s ivoiriennes quant Ă  la mobilisation effective des ressources prĂ©vues pour la mise en Ɠuvre du 3Ăšme PND dont l’objectif global est de rĂ©aliser la transformation Ă©conomique et sociale nĂ©cessaire pour hisser le pays, Ă  l’horizon 2030, au rang des pays Ă  revenu intermĂ©diaire de la tranche supĂ©rieure

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ARABIE SAOUDITE : Bahri Ă©met un Sukuk d’un montant de prĂšs de 4 milliards SAR

La National Shipping Company of Saudi Arabia (Bahri) a annoncĂ© l’émission d’un Corporate Sukuk LibellĂ© en riyals saoudiens (SAR), la valeur de cette Ă©mission de Sukuk dont les conditions du marchĂ© permettront de dĂ©terminer, est estimĂ©e Ă  3,9 milliards SAR. LancĂ© le 16 juin dernier, la pĂ©riode de souscription Ă  l’offre s’étant jusqu’au 21 juillet 2022 La souscription Ă  l’offre est spĂ©cifiquement rĂ©servĂ©e aux investisseurs institutionnels tels que dĂ©finis par la rĂ©glementation de la Capital Market Autority (CMA) Cette offre dont la valeur nominale du coupon est fixĂ© Ă  1 million SAR, a une maturitĂ© de 7 ans. Les sociĂ©tĂ©s Al Rajhi Capital, HSBC Arabie Saoudite et SNB Capital ont Ă©tĂ© retenues pour arranger les opĂ©rations de souscriptions

MALAISIE/ FINTECH: Muamalat Bank lance "EasiGold", une plateforme d'investissement numĂ©rique sur l’or

La banque Malaisienne Muamalat, a lancĂ© ce mardi 24 mai 2022 sa premiĂšre plateforme numĂ©rique d'investissement sur l'or conforme au principe de la charia permettant aux clients d’investir rapidement dans l’or via le mobile Cette application dĂ©nommĂ©e EasiGold, dĂ©ployĂ©e en collaboration avec ACE Capital Growth, a pour but de promouvoir l'or en tant qu'alternative d'investissement plus sĂ»re pour le public dans un contexte d’incertitudes Ă©conomiques. Selon M. Zury Rahimee Zainal Abiden, directeur de la division Retail Banking, la plateforme est rĂ©servĂ©e aux clients de la banque d’une part et d’autre part aux personnes dĂ©sireuses d’investir dans l’or Elle devrait attirer jusqu’à 350 000 clients d’ici 12 mois La plateforme propose Ă©galement un affichage du prix de l’or en temps rĂ©el qui permet aux clients d'acheter et de vendre de l'or de puretĂ© 999,9 certifiĂ© par London Bullion Market Association (LBMA) Ă  des prix au comptant

AUSTRALIE : Marhaba DeFi lance une certification Halal des NFT.

La plateforme financiĂšre numĂ©rique Marhaba DeFi Network (MRHB) a lancĂ© la premiĂšre certification mondiale conforme Ă  la charia des Non-Fungible Token (NFT) L’initiative permettra d’apporter plus de transparence dans la dĂ©marche des entreprises certifiĂ©es en leur donnant Ă©galement la possibilitĂ© de prouver aux clients la conformitĂ© Ă  la charia de leurs pratiques commerciales. Cette certification se fixe comme objectif de faire accepter dans le temps l’utilisation de certaines crypto monnaies dont la conformitĂ© Ă  la charia fait toujours l’objet de controverses dans le rang des Ă©rudits du droit musulman des affaires Avec ce nouveau dĂ©veloppement, l’intention de MRHB est d’exploiter au mieux les ressources de l’économie islamique dans les crypto monnaies

AZERBAIDJAN: L'ICD ET l’AFEZA signent un protocole d’accord pour renforcer leur collaboration

Le 23 mai 2022, un protocole d’accords a Ă©tĂ© signĂ© pour renforcer la collaboration sur la zone de libre Ă©change en Azerbaidjan Les signataires de ce protocole d’accords sont : The Islamic Corporation for the Development of the Private Sector (ICD), l’entitĂ© du groupe de la Banque Islamique de DĂ©veloppement (BID) dĂ©diĂ©e au secteur privĂ© et the Alat Free Economic Zone Authority (AFEZA), l’autoritĂ© en charge de la rĂ©gulation des investissements dans la zone de libre Ă©change Ă©conomique d’Alat Sa signature a eu lieu au siĂšge de l’ICD par monsieur Ayman Sejiny, PDG de l’ICD, et monsieur Valeh Alasgarov, PCA de l’AFEZA. D’une part, l’accord permettra Ă  l’ICD de rĂ©pondre aux demandes croissantes des entreprises enregistrĂ©es auprĂšs de l’AFEZA en leur permettant un accĂšs Ă  une source diversifiĂ©e de financement D’autre part, les deux parties conviennent d’étudier la possibilitĂ© d’organiser des activitĂ©s conjointes pour faire la promotion de l’AFEZA auprĂšs des pays membres de l’Organisation de la CoopĂ©ration Islamique (OCI). Le protocole d’accord permettra Ă©galement aux deux parties de collaborer et de mener des consultations conjointes pour dĂ©velopper des instruments spĂ©cifiques afin de parvenir Ă  l’atteinte des objectifs communs Il convient de noter que l’ICD est une institution financiĂšre multilatĂ©rale de dĂ©veloppement créée en novembre 1999 Avec un capital de 4 milliards USD, son but est de favoriser la croissance Ă©conomique durable dans les 55 pays membres.

COOPERATION/TAKAFUL: ICIEC et IFTI signent un protocole d’accords pour promouvoir le Takaful

L’ICIEC (Islamic Corporation for the Insurance of Investment and Export Credit), et l’IFTI (International Federation of Islamic Takaful and Insurance Companies), ont signĂ© le 22 mai 2022 en Arabie Saoudite un protocole d’accords visant Ă  redynamiser le secteur de l’assurance Takaful La signature du protocole d’accords s’est fait en prĂ©sence de monsieur Oussama Kaissi, Directeur GĂ©nĂ©ral de l’ICIEC, et monsieur Reda Amin Dahbour, PrĂ©sident de l’IFTI. Le principal objectif de l’accord consiste Ă  faire la promotion du Takaful et d'aider les institutions membres de l’IFTI Ă  fournir les meilleures solutions et services, en renforçant les capacitĂ©s techniques de la maind'Ɠuvre dans le domaine de l'assurance islamique Créé en 1994, l’ICIEC demeure au monde le seul assureur multilatĂ©ral conforme Ă  la charia qui fournit une gamme complĂšte de solutions d'assurance aux entreprises et aux particuliers dans les 48 États membres

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Islamic Finance Markets Intelligence

Chaque semaine, comprenez la dynamique des marchĂ©s de la finance islamique en Afrique et dans le monde et saisissez de nouvelles opportunitĂ©s. L’HEBDOMADAIRE
LE PREMIER MAGAZINE AFRICAIN D’INFORMATION SUR LA FINANCE ISLAMIQUE ActualitĂ©s-Analyses-EnquĂȘtes-Interviews Rapports-Tendances-Reportages-Dossiers DONNEZ DE LA VISIBILITÉ À VOTRE ORGANISATION OU INSTITUTION À TRAVERS NOS OFFRES: PUBLICITÉS, REPORTAGES, PARTENARIATS ET SPONSORING.
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La finance islamique en Afrique du Sud Dr Ziyaad Mahomed

Avec

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La finance islamique en Afrique du Sud: Il est temps d'aller de l'avant

Étapes importantes

Labanqueislamique

Pays cĂ©lĂšbre pour ses paysages uniques, ses importantes richesses minĂ©rales et son histoire tumultueuse marquĂ©e par l'apartheid, l'Afrique du Sud est restĂ©e un bastion des services financiers sophistiquĂ©s et de la rĂ©glementation financiĂšre stricte en Afrique. La finance islamique s'est Ă©galement bien implantĂ©e dans le pays, au service d'une communautĂ© musulmane minoritaire reprĂ©sentant moins de 3 % de la population, soit 1,8 million d'adeptes. Les musulmans sud-africains ont créé des banques islamiques et des solutions d'investissement conformes Ă  la charia dans les annĂ©es 1980, bien avant presque toutes les autres nations africaines (Ă  l'exception du Soudan et de l'Égypte). Mais quel est le niveau de dĂ©veloppement du marchĂ© sudafricain de la finance islamique et quels sont les dĂ©fis qui limitent la croissance nationale dans ce secteur ? Nous passons briĂšvement en revue ces questions et suggĂ©rons une voie potentielle Ă  suivre.

La banque islamique en Afrique du Sud a connu des débuts chancelants. Le premier effort, Jaame Limited, lancé en 1980, s'est soldé par une liquidation en raison de difficultés financiÚres peu aprÚs. La deuxiÚme tentative s'est malheureusement aussi soldée par un désastre, fournissant une étude de cas unique aux universitaires pour les décennies à venir (étant donné que seule une poignée de banques islamiques ont fait faillite au niveau international). L'Islamic Bank Limited a obtenu le statut de banque en 1988, mais elle a fait faillite neuf ans plus tard, laissant dans son sillage une traßnée de larmes, de méfiance, d'incompétence et de manquements à la réglementation. Mais le secteur a beaucoup appris de ses premiÚres erreurs, et la phase suivante de la finance islamique dans le pays a été soutenue par une gouvernance saine, un bon leadership, le respect de la charia et une confiance renouvelée de la communauté. Al Baraka Bank, filiale du groupe bancaire Al Baraka basé au Bahreïn, a obtenu sa licence

Panorama

en juin 1989 et n'a été dirigée que par deux PDG depuis sa création (Ebrahim Vawda jusqu'en 2005 et Shabir Chohan à ce jour). Celle-ci reste la seule banque islamique à part entiÚre du pays, avec des actifs totaux estimés à 8,7 milliards ZAR (+500 millions USD) en 2021. La croissance du secteur a été faible jusqu'en 2003, lorsque la First National Bank (FNB) a commencé à offrir un financement automobile conforme à la charia par l'intermédiaire de la Wesbank. La FNB a lancé le premier guichet bancaire islamique du pays en 2004, suivi par les guichets islamiques de la HBZ Bank en 2005 et de l'ABSA en 2006. La Standard Bank (la plus grande banque d'Afrique) a lancé son offre de services bancaires islamiques en Afrique du Sud en 2016, mais était déjà active en Tanzanie et au Nigéria bien auparavant.

En juin 2020, la BASA (The Banking Association South Africa) a indiqué que les dépÎts islamiques s'élevaient à 37 milliards de ZAR, contre 23 milliards de ZAR en décembre 2018 ; et que le financement islamique atteignait 14,6 milliards de ZAR (Al Baraka a contribué pour environ 8 milliards de ZAR), soit une augmentation de 4 milliards de ZAR par rapport à 18 mois plus tÎt.

Takaful

Un service essentiel soutenant le financement des actifs est la couverture des actifs, bien que l'assurance conventionnelle soit inadmissible dans la loi islamique. Takafol South Africa a offert la premiÚre protection d'actifs conforme à la charia dans le pays en 2005. Comme il n'existe pas de réglementation de l'assurance islamique, la société a opéré dans le cadre de la loi sur l'assurance à court terme grùce à un modÚle unique conforme à la charia intégrant la Wakalah (agence) et le Waqf (dotation). Plusieurs offres Takaful sont désormais disponibles dans le pays.

L'annonce récente la plus significative est le lancement d'une aide médicale conforme à la Charia par le plus grand fournisseur d'assurance médicale du pays : Discovery Health (dont le lancement était prévu pour le mois de juin 2022). En 2020, le total des contributions Takaful était estimé à 145 millions de ZAR, avec environ 6 500 participants dans tout le pays.

Gestiond'actifsislamiques

La gestion d'actifs conformes Ă  la charia s'est Ă©galement Ă©panouie en Afrique du Sud, d'abord introduite en 1992, puis avec Oasis Asset Management en 1997 et le Futuregrowth Al Baraka Equity Fund en 2003. Jusqu’en 2021, 25 fonds nationaux gĂ©nĂ©raux d'actions, fonds Ă©quilibrĂ©s et fonds immobiliers conformes Ă  la charia auront Ă©tĂ© créés. Les fonds communs de placement conformes Ă  la charia gĂšrent plus de 35 milliards de ZAR d'actifs en 2020.

Sukuk

Le marché sud-africain des Sukuk est sous-développé, contrairement à ses compÚres africains comme le Nigéria et la Gambie qui ont procédé à plusieurs émissions souveraines et d'entreprises (corporate). Toutefois, le Trésor national a émis un Sukuk de 7,9 milliards ZAR en 2014 et Al Baraka a émis le premier Sukuk d'entreprise en 2018 (200 millions ZAR).

Réglementation

Il n'existe pas de réglementation spécifique à la finance islamique en Afrique du Sud et les institutions financiÚres islamiques opÚrent sous licence conventionnelle. Toutefois, la section 24JA de la loi

sur l'impÎt sur le revenu (Income Tax Act) n° 58 de 1962 a été introduite en 2010, reconnaissant la diminution des musharaka, mudharaba, murabaha et sukuk. D'autres amendements à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et à la loi sur les droits de transfert (n° 40 de 1949) ont permis d'alléger toute double imposition découlant des achats à la premiÚre vente pour les banques islamiques. Ces modifications ont permis d'améliorer la parité entre les banques conventionnelles et les banques islamiques, réduisant ainsi les coûts pour les clients.

Défis

AprÚs plus de 30 ans de finance islamique dans le pays, des défis importants subsistent. Les produits et services ont été centrés sur les structures bancaires de base fondées sur le partenariat et la dette, les banques islamiques ayant opté pour une approche plus conservatrice de l'innovation. Le marché local a eu des difficultés à se développer, et certaines de ces difficultés ont été élaborées davantage:

proposées en Indonésie (BMT), au Soudan ou au Bangladesh n'ont pas encore pénétré le marché sud-africain.

- Le Life Takaful est un instrument populaire à l'échelle internationale, mais il n'est pas disponible en Afrique du Sud.

- Il existe peu ou pas de produits de financement personnel.

- Aucun Sukuk souverain libellé en Rand n'a été émis dans le pays, et un seul Sukuk d'entreprise a été émis, alors que des pays africains moins matures ont établi des marchés de Sukuk.

- Le renforcement des capacités est faible, ce qui se traduit par la gamme de produits limitée et restreint également l'innovation.

- Les conseils de la charia dans le pays sont dominés par une poignée d'érudits de la charia connectés depuis l'introduction, ce qui contribue potentiellement aux défis auxquels l'industrie est confrontée. La plupart des érudits qui occupent des postes dans les conseils de la charia ont peu ou pas d'expérience en finance.

- La communauté musulmane sud-africaine a une compréhension limitée de la finance islamique.

- Le développement de stratégies de durabilité axées sur la finance islamique est limité, voire inexistant.

Figure 1: Total des actifs et passifs bancaires islamiques pour 2021

Source: BASA (2021)

- Les excédents de liquidités ont été particuliÚrement difficiles à gérer en raison du nombre limité d'instruments de trésorerie conformes à la charia. L'inadéquation entre l'actif et le passif a continué à se creuser en 2021 (voir figure 1).

- Les produits destinés aux micro et petites entreprises ont été limités, et les solutions de microfinance islamique holistiques comme celles

Allerdel'avant

Les solutions de finance islamique offrent des avantages significatifs par rapport à leurs homologues conventionnels car elles contribuent à l'édification d'une nation juste, éthique et morale. Les IFI sud-africaines ont progressé.

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lentement au cours des 30 derniÚres années et offrent une bonne gamme de base de produits et de services à la communauté musulmane. La communauté sud-africaine et australe largement inexploitée n'est généralement pas consciente des avantages qu'offre la finance islamique. Pour que l'Afrique du Sud passe à la prochaine étape du développement de la finance islamique, une introspection importante est nécessaire. Cela commence par une intention de valeur d'entreprise islamique basée sur l'approche Maqasidic (objectifs juridiques islamiques), fermement ancrée dans l'autonomisation socio-économique, la promotion d'un esprit d'entreprise et la construction d'une industrie durable et responsable. Avec une exposition externe, les praticiens peuvent recalibrer et développer le

secteur, tandis que les conseils de la charia doivent se diversifier et se dĂ©velopper grĂące Ă  une capacitĂ© internationale. La rĂ©glementation existante nĂ©cessite une rĂ©vision substantielle si la finance islamique doit se dĂ©velopper, Ă©largir les dispenses de produits, supprimer les obstacles Ă  l'Ă©mission de Sukuk et assurer la sĂ©curitĂ© fiscale. Fournir un environnement propice aux solutions fintech islamiques peut ĂȘtre considĂ©rablement avantageux car les IFI Ă©tablies peuvent atteindre un marchĂ© inexploitĂ© grĂące Ă  l'incubation et Ă  la collaboration fintech Le secteur sud-africain de la finance islamique a fait des progrĂšs significatifs depuis qu'il a trĂ©buchĂ© dans les annĂ©es 80 et 90 et a soutenu efficacement une communautĂ© musulmane minoritaire dans le passĂ©. Il est temps d'avancer

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Les opportunitĂ©s de la certification Halal en Afrique de l'Ouest: Enjeux et impacts dans le libre-Ă©change entre pays membres de l’OCI

La problématique:

Le commerce de produits Halal est depuis quelques annĂ©es entrĂ© dans une phase de croissance sans prĂ©cĂ©dent. Il a enregistrĂ© une croissance de 25% avec un portefeuille de plus de 3,6 trillions de $US. Le tiers de cette manne revient aux produits alimentaires Halal avec des prĂ©visions en hausse de plus de 40% dans les 5 prochaines annĂ©es. Dans un contexte oĂč le multilatĂ©ralisme marque le pas, la ruĂ©e est de plus en plus vers la conclusion d'accords commerciaux rĂ©gionaux et bilatĂ©raux. D'autant plus que mĂȘme les inconditionnels des accords multilatĂ©raux tels que les États-Unis et le Japon, ont abandonnĂ© leurs rĂ©ticences initiales. ConsĂ©quence, une nouvelle Ăšre d'accords de partenariat Ă©conomique s’est ouverte. Aujourd’hui force est de reconnaitre que les Etats membres de l'Organisation de la CoopĂ©ration Islamique (OCI) ne sont pas en reste, car leur intĂ©gration Ă©conomique rĂ©gionale

est de nouveau Ă  l'ordre du jour Ă  travers l'entrĂ©e en vigueur du protocole sur le schĂ©ma de tarifs prĂ©fĂ©rentiel (PRETAS) pour le SystĂšme de PrĂ©fĂ©rences Commerciales (SPC) entre les pays membres de l'OCI. Le SPC est une voie idoine pour atteindre le projet de zone de libreĂ©change pour l’ouverture d’une nouvelle Ăšre dans la coopĂ©ration commerciale entre les pays islamiques et particuliĂšrement en Afrique Subsaharienne.

L’industrie de production Halal est probablement une des plus dynamiques de la planùte. Les partenariats avec les pays

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D’un marchĂ© de niche Ă  un marchĂ© grand public, le halal devient mondial

musulmans africains sont souvent davantage tributaires des affinitĂ©s interĂ©tatiques dans la coopĂ©ration bilatĂ©rale, de l’assistance, que de l’opportunisme Ă©conomique du secteur privĂ© basĂ© sur les atouts d’une relation commerciale durable. Or, le continent africain offre des ressources en termes de capital humain, d’intrants, de matiĂšres premiĂšres et de possibilitĂ©s de dĂ©veloppement susceptibles de constituer le socle d’une nouvelle attractivitĂ© pour plusieurs autres pays de l’Organisation de la CoopĂ©ration Islamique (OCI).

Enjeux

Les PME jouent un rÎle prépondérant dans toutes les

Ă©conomies car elles dynamisent la croissance, gĂ©nĂšrent de l'emploi et permettent une Ă©lĂ©vation du niveau de vie. On estime que 500 millions de nouveaux emplois seront créés d'ici 2030 dans le monde, et qu'une proportion importante le sera dans les pays membres de l'Organisation de la CoopĂ©ration Islamique (OCI) oĂč 60 % de la population est ĂągĂ©e de moins de 30 ans. Le soutien apportĂ© aux PME/PMI en Afrique de l’Ouest dans la prise en charge de la normalisation et de la certification pourrait ĂȘtre un excellent vecteur de croissance. Alors que de nombreux secteurs de marchĂ© connaissent une saturation et une concurrence accrues, le secteur halal en Afrique de l’Ouest comme partout dans le monde est en pleine Ă©volution, il offre de nouvelles opportunitĂ©s, de nouvelles rĂšgles, et donne aux PME agiles et entreprenantes

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On estime que 500 millions de nouveaux emplois seront créés d'ici 2030 dans le monde, et qu'une proportion importante le sera dans les pays membres de l'Organisation de la Coopération Islamique (OCI) .

possibilité d'entrer en lien avec ce nouveau marché.

Toutefois, le secteur halal pose ses propres dĂ©fis auxquels les nouveau-venus risquent de se heurter: diffĂ©rentes façons d'interprĂ©ter les rĂšgles religieuses, diffĂ©rentes normes, cadres rĂ©glementaires en Ă©volution constante. C'est en faisant la lumiĂšre sur ces questions que les pays de l’Afrique de l’Ouest (un marchĂ© d’environ 250 millions de consommateurs) arriveront Ă  mettre en place une stratĂ©gie sous-rĂ©gionale du business halal pour accompagner les acteurs et rehausser vĂ©ritablement le niveau des Ă©changes commerciaux au sein des pays de l’OCI.

Opportunité et Impact

Le niveau d'adhĂ©sion des gouvernements des pays ouest-africains membres de l’OCI et leur comprĂ©hension du secteur halal ainsi que le renforcement des capacitĂ©s institutionnelles au sein du secteur halal constituent un facteur clĂ© de rĂ©ussite.

Le rĂŽle principal d'une Institution d’Aide au Commerce et aux Investissements (IACI) comme le Centre Islamique pour le DĂ©veloppement du Commerce est de promouvoir et de faciliter le commerce, de trouver les moyens de mettre les entreprises en contact avec des acheteurs potentiels. Or, les salons commerciaux comme la World Halal Summit, sont des lieux bien Ă©tablis qui ont fait leurs preuves, et les salons des aliments et boissons halal ont acquis une place reconnue au sein du secteur ces dix derniĂšres annĂ©es. Les initiatives qui aident les entreprises d'un mĂȘme pays Ă  se rassembler pour exposer leurs produits sur un pavillon commun sont utiles, toutefois les bĂ©nĂ©fices de ces rassemblements peuvent ĂȘtre encore mieux exploitĂ©s.

Le choix des normes qu'un fabricant dĂ©cide de mettre en Ɠuvre et de l'organisme de certification qui dĂ©livrera le certificat de conformitĂ© doivent ĂȘtre Ă©tudiĂ©s avec soin, surtout dans le cas des exportations en Afrique de l’Ouest.

Les fabricants ouest-africains qui projettent sĂ©rieusement de rĂ©ussir leur entrĂ©e sur le marchĂ© halal doivent s'informer rĂ©guliĂšrement sur la progression des discussions et des dĂ©cisions prises aux niveaux national, rĂ©gional et international en matiĂšre de conformitĂ© halal et de qualitĂ©. Les exportateurs ne veulent pas se retrouver, comme par le passĂ©, avec des conteneurs entiers prĂȘts Ă  ĂȘtre expĂ©diĂ©s mais dont la marchandise n'est plus considĂ©rĂ©e comme halal par les instances du pays importateur.

Des domaines prioritaires et favorables à l’entreprenariat du business halal en Afrique de l’Ouest

L’agrobusiness et l’économie du tourisme ont Ă©tĂ© identifiĂ©s comme secteurs porteurs importants du business halal en relation avec les politiques de dĂ©veloppement Ă©conomique des pays de l’UEMOA et de la CEDEAO.

Perspectives

‱ Ancrage du dynamisme et de l’innovation des PME/PMI en Afrique de l’Ouest dans les politiques de croissance des pays de l’OCI ainsi que dans leurs prioritĂ©s actuelles en matiĂšre de crĂ©ation d’emplois chez les jeunes et les femmes; ‱ Harmonisation de la norme halal en Afrique de l’ouest et crĂ©ation d’alliances stratĂ©giques nationales, sous-rĂ©gionales et intra Umma pour pĂ©nĂ©trer de larges marchĂ©s et ĂȘtre compĂ©titif.

‱ Mise en place d’une stratĂ©gie sous-rĂ©gionale du business halal et d’un Observatoire de l’évolution du marchĂ© halal en Afrique de l’ouest

Deneba Diouf est directeur associé chez Halal Sénégal. Il a été initiateur en 2016 du Forum Africain du Business Halal en partenariat avec le gouvernement sénégalais Il est consultant en communication et développement organisationnel.

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Par

Dr Adama DIEYE

Quel modÚle de taux de rendement des investissements en économie islamique?

L’annonce, en juillet 2017, du Directeur-GĂ©nĂ©ral de la Financial Conduct Authority (FCA) du Royaume-Uni, de la nĂ©cessitĂ© pour le marchĂ© d'abandonner le LIBOR comme rĂ©fĂ©rence de taux d'intĂ©rĂȘt avant la fin de l'annĂ©e a relancĂ© la problĂ©matique de la dĂ©termination de taux de rĂ©fĂ©rence pour les opĂ©rations Ă©conomiques et financiĂšres en Ă©conomie islamique. L’annonce de la Financial Conduct Authority Ă©tait assortie de proposition de remplacement du LIBOR par ce qui a Ă©tĂ© convenu d’appeler les « backwards-looking overnight Risk Free Rates » des taux sans risque au jour le jour (c'est-Ă -dire le Secured Overnight Financing Rate, SOFR) pour les transactions en USD et le Sterling Overnight Index Average (SONIA) pour les transactions en GBP. L’approche d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale soulĂšve d’importantes questions d’ordre pratique et mĂ©thodologique, auxquelles il faut rajouter, pour les institutions de finance islamique, des questions de Sharia induites par le mode de dĂ©termination d'un taux sans risque. En effet, les IBOR (Interbank Offered Rates) sont des taux Ă  terme « prospectifs », ce qui signifie que les taux sont fixĂ©s et disponibles publiquement au dĂ©but de chaque pĂ©riode de calcul. En revanche, les RFR sont des taux Ă  un jour et - Ă  ce stade - le consensus du marchĂ© est

qu'un taux Ă  terme ne peut ĂȘtre produit que sur une base " rĂ©trospective ", ce qui signifie qu'un RFR serait dĂ©terminĂ© sur la base de donnĂ©es historiques Ă  la fin de chaque pĂ©riode de calcul. Il en rĂ©sulterait une incertitude sur le prix d’une transaction qui, selon les rĂšgles de la Sharia doit ĂȘtre dĂ©terminĂ© au moment oĂč une transaction rĂ©elle a lieu ou qu’une prestation de services est convenue.

Dans ce contexte, il apparaĂźt qu’il est temps pour le systĂšme financier islamique de renoncer Ă  l'utilisation des taux de rĂ©fĂ©rence conventionnels et d'Ă©tablir Ă  la place un taux de rĂ©fĂ©rence alternatif qui soit conforme aux principes de la Sharia.

Dans une perspective Ă©largie du cadre macroĂ©conomique islamique, du fait de la prohibition des revenus fixes et prĂ©dĂ©terminĂ©s (comme les taux d’intĂ©rĂȘt), la dĂ©termination d'un taux de rendement qui permet de rĂ©munĂ©rer les propriĂ©taires des actifs publics et/ou privĂ©s a créé une question centrale qui a trĂšs tĂŽt retenu l’attention des chercheurs et praticiens de l’économie islamique.

La question va au-delĂ  de la sphĂšre financiĂšre pour concerner les aspects de conception de la politique macroĂ©conomique. A cet Ă©gard, Askari et al. (2014) montrent qu’une augmentation du taux de rendement des investissements entraĂźnerait une hausse des dĂ©penses d'investissement, ce qui se traduirait par une augmentation de la demande globale et,

par consĂ©quent, des niveaux de production souhaitĂ©s. La disponibilitĂ© de cet indicateur permet d’intĂ©grer dans les travaux techniques les considĂ©rations relatives Ă  la croissance Ă©conomique Ă  moyen et long terme Ă  travers la spĂ©cification et l'estimation d'une relation Ă  long terme qui lie positivement le produit intĂ©rieur brut (PIB) au taux de rendement des investissements dans le secteur rĂ©el de l'Ă©conomie (Dieye, 2020) . Dans le cadre de ces travaux de pionniers, on peut notamment citer les travaux de Khan et Mirakhor (1989) qui ont Ă©tabli que le taux de rendement des actifs financiers est dĂ©terminĂ© par le taux de rendement

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du secteur rĂ©el de l'Ă©conomie qui sert de rĂ©fĂ©rence pour les dĂ©cisions d'investissement. Plusieurs approches, allant de simples ratios Ă  des indices de marchĂ© plus complexes, ont Ă©tĂ© discutĂ©es largement, tant au niveau macroĂ©conomique qu’au niveau sectoriel. Une mĂ©thode suggĂ©rĂ©e par Haque et Mirakhor (1999) serait d'estimer le taux de rendement global en se basant sur le rendement du capital selon l'indice du marchĂ© dans les marchĂ©s financiers bien dĂ©veloppĂ©s. Cependant pour de nombreux autres pays en dĂ©veloppement, les

marchĂ©s financiers ne sont pas assez dĂ©veloppĂ©s et ne permettent pas l'utilisation de cette mĂ©thode. De maniĂšre pratique, ces limites ont motivĂ© l'utilisation d'alternative (Bai Chong-En et al. 2006), pour estimer un taux de rendement du capital comme approximation du taux de rendement de l'investissement dans le secteur rĂ©el (Dieye, 2020). Des axes de recherches ont Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©s dans la littĂ©rature rĂ©cente proposant l’utilisation d’indicateurs faisant rĂ©fĂ©rence au taux de croissance Ă©conomique, Ă  l’indice des prix Ă  la production, au taux de profit bancaire voire, au taux de

perception de la Zakat. Nul doute que des travaux d’analyses thĂ©oriques et de validation empirique beaucoup plus poussĂ©es seront nĂ©cessaires

Dans une perspective Ă©largie du cadre macroĂ©conomique islamique, du fait de la prohibition des revenus fixes et prĂ©dĂ©terminĂ©s (comme les taux d’intĂ©rĂȘt), la dĂ©termination d'un taux de rendement qui permet de rĂ©munĂ©rer les propriĂ©taires des actifs publics et/ou privĂ©s a créé une question centrale qui a trĂšs tĂŽt retenu l’attention des chercheurs et praticiens de l’économie islamique.
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Lagassane Ouattara

La marche vers le premier vĂ©hicule d’investissement souverain ivoirien

Etape 2 : La mobilisation de ressources

Dans un article prĂ©cĂ©dent, ont Ă©tĂ© posĂ©es les bases conceptuelles du premier fonds souverain ivoirien qui se positionnera comme le levier opĂ©rationnel de la politique de prise de participation de l’Etat dans le secteur privĂ©. Nous nous proposons ici d’analyser les canaux de financement possibles permettant de doter le fonds d’importantes ressources financiĂšres Ă  la hauteur de ses ambitions

De fait, le financement du fonds stratĂ©gique devra se baser sur des ressources provenant de diverses sources hors budget de l’Etat L’objectif est d’utiliser des fonds sous-exploitĂ©s, n’entrant pas dans les canaux traditionnels de financement du budget pour les fructifier Ă  travers des investissements rentables En l’occurrence, les diffĂ©rents types de ressources pouvant ĂȘtre ciblĂ©s sont les suivants:

‱ Les revenus minier et pĂ©trolier: Les revenus perçus par l’Etat dans le cadre des codes minier et pĂ©trolier sont une source potentiellement importante pour le financement du fonds souverain En effet, en contrepartie de l’octroi de permis miniers, l’Etat bĂ©nĂ©ficie de 10% du capital de chaque sociĂ©tĂ© d’exploitation Pour le secteur pĂ©trolier, cette part est variable selon les conditions et modalitĂ©s prĂ©vues dans chaque contrat Par ailleurs, les exploitants sont tenus de payer, le cas Ă©chĂ©ant, des taxes sur les bĂ©nĂ©fices additionnels (superprofit)

‱ Les rĂ©serves des caisses de sĂ©curitĂ© sociale et les dĂ©pĂŽts rĂ©glementĂ©s: Cette catĂ©gorie comprend entre autres, les rĂ©serves des caisses de retraite (CNPS, CGRAE, etc ) les sommes reçues par les administrateurs judiciaires et mandataires judiciaires et les comptes de tiers dĂ©posĂ©s chez les notaires La Caisse des DĂ©pĂŽts et Consignation (CDC) qui a rĂ©cemment Ă©tĂ© mis en place jouera Ă  coup sĂ»r

un rĂŽle primordial dans la centralisation de ces ressources dont une partie pourra ĂȘtre allouĂ©e au fonds souverain qui se chargera de les fructifier En effet, il peut ĂȘtre envisagĂ© une collaboration dans laquelle la CDC centralise les rĂ©serves des diverses caisses de sĂ©curitĂ© sociale ainsi que les dĂ©pĂŽts rĂ©glementĂ©s pour les transfĂ©rer par la suite au fonds souverain Ă  des fins d’investissements rentables

‱ Les redevances de la commercialisation du CafĂ© et du Cacao: Une partie des redevances versĂ©e par les exportateurs de cafĂ© et de cacao au profit de l’Etat (Ă  l’exclusion du Droit Unique de Sortie qui est une composante importante du budget de l’Etat) peut Ă©galement ĂȘtre mise Ă  contribution pour financer efficacement le fonds souverain

‱ Apport initial forfaitaire de l’Etat de Cîte d’Ivoire :

Bien que le Fonds StratĂ©gique n’envisage pas d’utiliser des ressources directes du budget de l’Etat pour financer ses investissements, une contribution forfaitaire de ce dernier sera nĂ©cessaire au lancement des activitĂ©s pour couvrir les dĂ©penses de fonctionnement des premiĂšres annĂ©es (amĂ©nagement des bureaux, logistiques, fournitures et matĂ©riels de bureau, masse salariale, etc )

En rĂ©sumĂ©, l'Etat de CĂŽte d’Ivoire dispose de plusieurs canaux de financement nonbudgĂ©taires pour doter son futur fonds souverain de ressources nĂ©cessaires Ă  son bon fonctionnement

Lagassane Ouattara travaille au sein de la Banque Islamique de DĂ©veloppement en tant que Senior Investment Officer Il intervient notamment sur des opĂ©rations de financement du secteur privĂ© dans les pays membres de l’institution rĂ©partis sur divers continents dont l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie Centrale, l’AmĂ©rique Latine, etc Au delĂ  de ses activitĂ©s professionnelles, Lagassane produit rĂ©guliĂšrement des rĂ©flexions portant sur des sujets Ă©conomiques et financiers et qui sont publiĂ©es dans des revues reconnues comme Jeune Afrique et Tycoon

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Interview

Mohammed Kateeb IFC MAGAZINE-JUILLET 2022

MohammedKateebestunleaderrĂ©putĂ©,connupourĂȘtrerĂ©solument tournĂ©verslesrĂ©sultats,dynamiqueettrĂšsentreprenant.IlpossĂšde uneexpĂ©riencediversifiĂ©edanslacrĂ©ationd'entreprisesetd'Ă©quipes,ainsi

quedans l'identificationetl'exploitationd'opportunitĂ©sdemarchĂ©depuisplusde30ans auxÉtats-Unis,auRoyaume-UnietauMoyen-Orient.IldirigeactuellementlastratĂ©gie rĂ©gionale,lesopĂ©rationscommerciales,lacroissancedesproduitsetdesactivitĂ©s d'AzentioSoftwaredanslespaysduMoyen-Orientetdel'AfriqueduNord,afinde renforcerlapositiondel'entrepriseentantqueleaderinnovantdusecteur.Avantde rejoindreAzentio,M.KateebĂ©taitPrĂ©sidentetDirecteur-GĂ©nĂ©raldugroupePath Solutions,oĂčils'estconcentrĂ©surlacroissancedel'entreprisepourconquĂ©rirunmarchĂ© complexe.PrĂ©cĂ©demment,M.KateebaexercĂ©entantquecadrechezMicrosoftpendant 11ans.IlestĂ©galementreconnucommeuncontributeurclĂ©del'industriedes tĂ©lĂ©communications,desmĂ©diasetdestechnologiesdel'informationdelarĂ©gion. KateebarĂ©cemmentĂ©tĂ©choisicommeco-prĂ©sidentdugroupedetravailsurl'innovation etlatechnologie(ITWG)duConseilgĂ©nĂ©raldesbanquesetinstitutionsfinanciĂšres islamiques(CIBAFI)pourlapĂ©riode2021-2022.L'ITWGfaitpartieduplanstratĂ©gique 2019-2022approuvĂ©parleCIBAFIdontl'objectifestdemenerdiversesinitiativesdansle butderenforcerl'adoptiondestechnologiesfinanciĂšresauseindusecteurdesservices financiersislamiques.Actuellement,ilestdirecteurduConseild'Administration d'iPORTALetdeFasterCommunity.IlaĂ©galementĂ©tĂ©membreduConseil d'Administrationd'IsDBI,unefilialeduGroupedelaBanqueIslamiquedeDĂ©veloppement (BID)quiseconcentresurledĂ©veloppementd'unsecteurdesservicesfinanciers islamiquesaxĂ©surlatechnologie,entirantpartides technologiesdepointepour intĂ©grerlesconnaissancesdel'Ă©conomieetdelafinanceislamiques.M.Kateebareçule prix"FintechLeaderofTheYear"lorsduFintechLeadershipPrize2021etle"Financial ServicesTechnologyLeadershipAward"lorsdesMEAFinanceBankingTechnology Awards2021.Outrelefaitqu'ilareçule"IslamicFintechLeaderoftheYearAward"du FINTECHPRIZEen2020,ilaĂ©galementĂ©tĂ©dĂ©signĂ©"BankingTechnologyPersonalityofthe Year"lorsduBanktechAward2021et"BestTechnologyExecutiveoftheYearforFinancial Services"lorsdesMEAFinanceAwards2020.LaurĂ©atdu"2018GIFAAdvocacyAward (IslamicFinancialTechnology)",M.KateebaĂ©tĂ©distinguĂ©lamĂȘmeannĂ©eparmiles "LeadersofIslamicEconomyinEastAfrica",eten2017,ilareçuleprestigieux"Leadership AwardinInformationTechnologies&Media"del'ISFIN,nommĂ©cinqfoisparmiles"50 leaderslesplusinfluentsquifontl'Ă©conomieislamique"dansISLAMICA500.M.Kateeb estĂ©galementlaurĂ©atdu"FinanceMonthly-CEOAward2018",etreconnu "GamechangeroftheYear(IslamicFintech)"danslesACQ5GlobalAwards2021,2019et 2018,honorĂ©parl'IFFSAavecle"2016HonoraryLeadershipAward",nommĂ©parmiles "Top10CEOsinEnterpriseSoftware"dansles2016/17CEOInsightGlobalAwards,enplus d'avoirĂ©tĂ©sĂ©lectionnĂ©deuxfoisen2018et2017"BestIslamicFinanceTechnologyCEOof theYearEMEA"parGlobalBanking&FinanceReview,ainsique"IslamicFinance TechnologyCEOoftheYear2015"parlemagazineBusinessWorldwide. M.MohammedKateebestĂ©galementunorateurchevronnĂ©etaĂ©tĂ©leprincipal intervenantlorsdenombreusesconfĂ©rencesinternationalessurlethĂšmedestendances informatiquesdansl’industriedesservicesfinanciersinternationaux,etestunmembre actifdelacommunautĂ©delafinanceislamique. Ensavoirplusici :https://www.linkedin.com/in/mohammedkateeb/

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IFC MAG a eu le plaisir d'interviewer l'un des plus importants leaders du monde émergent de la fintech, en particulier dans le secteur des services financiers islamiques, Mohammed Kateeb, président, Moyen-Orient et Afrique et directeur mondial de la banque islamique chez Azentio Software.

M. Kateeb, en ce qui concerne la banque islamique et la fintech, le secteur prend incontestablement de l'ampleur mais fait face à des défis uniques. En tant qu'expert, parlez-nous de vos stratégies pour les surmonter avec succÚs.

Nous vous remercions pour cette opportunitĂ©. Les deux derniĂšres annĂ©es ont secouĂ© le monde financier avec une explosion d'innovations technologiques principalement due Ă  la pandĂ©mie qui a forcĂ© un niveau sans prĂ©cĂ©dent de changement de canal pour rĂ©pondre aux changements de comportement et d'attentes des clients. Au cƓur de tous ces changements, la technologie financiĂšre ou fintech qui a poussĂ© les institutions financiĂšres traditionnelles Ă  suivre la rĂ©volution numĂ©rique et Ă  donner la prioritĂ© aux besoins de leurs clients. Comme vous le savez, le secteur bancaire islamique est lourdement chargĂ© de rĂ©glementations et de restrictions. De nombreuses banques islamiques dans cette partie du monde ont encore un long chemin Ă  parcourir pour ĂȘtre au mĂȘme niveau que les banques conventionnelles en raison des limitations et des prĂ©occupations rĂ©glementaires. NĂ©anmoins, nous avons vu certaines banques islamiques ĂȘtre de vĂ©ritables pionniĂšres dans l'utilisation de ces technologies en constante Ă©volution pour rĂ©pondre aux demandes des clients comme jamais auparavant. Si davantage d'institutions financiĂšres islamiques adoptent les nouvelles technologies, elles pourront elles aussi connaĂźtre un succĂšs et une croissance similaire Ă  ceux de leurs homologues. Les perspectives semblent trĂšs favorables, compte tenu de l'intention stratĂ©gique des diffĂ©rents gouvernements de la rĂ©gion de se transformer en centres de fintechs islamiques ou de maintenir leur position de centres financiers islamiques. Azentio Software a fait ses preuves en aidant les banques islamiques dans leur

transformation numĂ©rique. Nous donnons Ă  la communautĂ© de la finance islamique les moyens d'agir grĂące Ă  des logiciels flexibles et innovants conformes Ă  la charia, spĂ©cialement conçus pour amĂ©liorer l'expĂ©rience client afin d'ĂȘtre compĂ©titif Ă  l'Ăšre du numĂ©rique.

Nous sommes maintenant dans l'Ăšre post-pandĂ©mique qui traverse des changements profonds et sans prĂ©cĂ©dents. Comment les tendances numĂ©riques de la finance islamique peuvent-elles ĂȘtre utilisĂ©es efficacement pour surmonter les dommages Ă©conomiques causĂ©s par la pandĂ©mie ? Plusieurs Ă©tudes ont montrĂ© que la finance islamique est non seulement capable de faire face aux consĂ©quences Ă©conomiques de la pandĂ©mie, mais qu'elle a aussi le potentiel d'Ă©merger comme un systĂšme financier alternatif performant et de dĂ©fier la domination du systĂšme bancaire conventionnel. La pandĂ©mie actuelle a fourni une nouvelle occasion Ă  la finance islamique de prouver son potentiel et de briller. Le bouleversement numĂ©rique incite les banques islamiques Ă  accĂ©lĂ©rer leur stratĂ©gie numĂ©rique bien que chacune Ă  son propre rythme dans le but de crĂ©er un secteur rĂ©silient et compĂ©titif.

LA PANDÉMIE

ACTUELLE A FOURNI UNE NOUVELLE OCCASION À LA FINANCE ISLAMIQUE DE PROUVER SON POTENTIEL ET DE BRILLER.

En tant que vétéran du secteur, que faut-il pour comprendre les clients des banques aujourd'hui ?

Les institutions financiÚres du monde entier utilisent un large éventail d'outils scientifiques et de recherches avancés disponibles aujourd'hui pour se doter d'un avantage concurrentiel important en générant des informations qui conduisent à une

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nouvelle croissance organique. La science du comportement du consommateur joue un rÎle clé dans la compréhension du comportement, du style de vie et des préférences des clients. Les segmentations générales classiques qui ont été utilisées par les banques au fil des ans ne suffiront pas à satisfaire leurs clients. Les banques doivent collecter d'énormes quantités de données sur leurs clients par le biais de divers canaux, analyser ces données, reconnaßtre les modÚles de comportement et utiliser ces données de maniÚre stratégique pour fournir des produits et des services qui répondent à leurs besoins. Leur principal objectif est de comprendre comment ils peuvent stimuler la croissance en

rĂ©pondant aux besoins individuels des clients. Pour parvenir Ă  ce niveau de comprĂ©hension de ce que les clients attendent rĂ©ellement de leurs banques, il faut ĂȘtre capable de comprendre en profondeur ce qui les motive, ainsi que la maniĂšre dont ils prennent leurs dĂ©cisions. Les banques qui identifient ces besoins sont les plus Ă  mĂȘme d'attirer de nouveaux clients, ce qui entraĂźne de nouvelles opportunitĂ©s de croissance.

La finance islamique peut-elle stimuler la croissance inclusive et le développement durable ?

La question de savoir si la finance islamique est un catalyseur de la croissance inclusive et du développement durable n'est pas aussi

LES SEGMENTATIONS GÉNÉRALES CLASSIQUES QUI ONT ÉTÉ UTILISÉES PAR LES BANQUES AU FIL DES ANS NE SUFFIRONT PAS À SATISFAIRE LEURS CLIENTS.
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simple qu'on pourrait l'espérer. Si les caractéristiques inhérentes à la finance islamique lui confÚrent plusieurs avantages, le plein potentiel d'une économie islamique complÚte n'a pas encore été réalisé. Pour que la finance islamique y parvienne, il faut améliorer considérablement le niveau de sensibilisation, le renforcement des capacités, la normalisation, les pratiques de gestion des risques, la surveillance réglementaire, le traitement fiscal et les cadres d'insolvabilité.

Azentio a récemment déployé une solution de BI dans une banque basée au Kenya. Quelle est la relation entre la Business Intelligence et la prise de décision ?

Justement, la Gulf African Bank au Kenya (GAB) a mis en service la solution de Business Intelligence d'Azentio. Cette mise en Ɠuvre fournira Ă  la banque une solution de pointe qui utilise des techniques d'analyse, des ratios, des formules et des procĂ©dures de calcul pour mesurer et surveiller les performances et la rentabilitĂ© en ligne de la GAB en temps rĂ©el. L'objectif ultime de ce projet est de prendre de meilleures dĂ©cisions commerciales qui permettront Ă  la banque d'augmenter ses revenus, d'amĂ©liorer son efficacitĂ© opĂ©rationnelle et d'obtenir des avantages concurrentiels par rapport aux banques locales et rĂ©gionales. Lorsque nos clients mettent en Ɠuvre notre

plateforme d'intelligence, l'objectif est directement lié à l'importance de l'utilisation stratégique des données en interne pour améliorer l'efficacité des opérations de la banque, et en externe pour fournir des produits et services de qualité supérieure aux clients de la GAB. Il est important que chaque décision de la banque soit fondée sur des données, l'objectif étant de devenir une organisation axée sur les données.

Quelle est la vision d'Azentio pour faire progresser la banque islamique en Afrique ?

La croissance rapide de la population et des marchés africains présente de nombreuses opportunités pour nous dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale. C'est l'un de nos principaux marchés cibles. Nous avons la connaissance du marché et les compétences nécessaires pour servir nos clients africains. L'exploitation de la fintech islamique et des technologies numériques innovantes peut constituer un avantage comparatif, notamment pour atteindre la portée des communautés non bancarisées/éloignées et réduire le coût de l'intermédiation financiÚre

L'OBJECTIF ULTIME DE CE PROJET EST DE PRENDRE DE MEILLEURES DÉCISIONS COMMERCIALES QUI PERMETTRONT À LA BANQUE D'AUGMENTER SES REVENUS, D'AMÉLIORER SON EFFICACITÉ OPÉRATIONNELLE ET D'OBTENIR DES AVANTAGES CONCURRENTIELS PAR RAPPORT AUX BANQUES LOCALES ET RÉGIONALES.

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PUBLICITES REPORTAGES ANNONCES

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Dr UMAR OSENI

International Islamic Liquidity Management Corporation

Notre intĂ©rĂȘt pour l'Afrique reste fort et nous sommes dĂ©jĂ  en pourparlers avec des institutions multilatĂ©rales telles que la Banque Africaine de DĂ©veloppement (BAD) dans le cadre d’une collaboration afin de voir dans quelle mesure nous pouvons soutenir le marchĂ© africain.

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Parlez-nous de l’IILM, son but et ses objectifs

International Islamic Liquidity Management Corporation (IILM) est une organisation internationale créée par des Banques Centrales et une organisation multilatĂ©rale pour rĂ©pondre aux dĂ©fis de la gestion des liquiditĂ©s auxquels sont confrontĂ©s les institutions financiĂšres islamiques, en dĂ©veloppant et en proposant des instruments de liquiditĂ© conformes Ă  la charia avec une notation Ă©levĂ©e. L'IILM est composĂ©e de membres divers, dont les Banques Centrales d'IndonĂ©sie, du KoweĂŻt, de Malaisie, de Maurice, du NigĂ©ria, du Qatar, de la Turquie, des Émirats Arabes Unis ainsi que de la Islamic Corporation for the Development of Private Sector (ICD)SociĂ©tĂ© Islamique pour le DĂ©veloppement du secteur privĂ© (SID). L'IILM vise Ă  encourager la coopĂ©ration rĂ©gionale et internationale et Ă  mettre en place une infrastructure solide de gestion des liquiditĂ©s aux niveaux national, rĂ©gional et international en Ă©mettant rĂ©guliĂšrement sur le marchĂ© des Sukuk Ă  court terme libellĂ©s en dollars US. Les Sukuk de l'IILM reprĂ©sentent un instrument du marchĂ© financier conforme Ă  la charia et bĂ©nĂ©ficiant d'une notation Ă©levĂ©e, soutenus par des actifs souverains et supranationaux pour rĂ©pondre aux diffĂ©rents besoins de liquiditĂ© des institutions financiĂšres islamiques. Le programme d'Ă©mission de l'IILM est notĂ© A-1 par Standard and Poor's (S&P) et est distribuĂ© et nĂ©gociable dans le monde entier par l'intermĂ©diaire d'un rĂ©seau multi-juridictionnel de principaux nĂ©gociants. À ce jour, l’IILM a Ă©mis plus de 78 milliards de dollars US de Sukuk

Depuis 2018, vous ĂȘtes Ă  la tĂȘte de l'IILM, passant du statut de PDG par intĂ©rim Ă  celui de PDG d'une organisation aussi importante comme l'IILM. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ? Quelles leçons de leadership devons-nous tirer de cette trajectoire exceptionnelle ?

Alhamdulillah, je remercie le ToutPuissant Allah pour ses bienfaits. En effet, c'est un honneur de continuer Ă  servir en tant que PDG d'une organisation internationale aussi remarquable. Un voyage et une expĂ©rience passionnants. Diriger l'IILM, dont les actionnaires sont des Banques Centrales, exige de le faire avec le plus haut niveau d'Ă©thique et de professionnalisme. Je suis fier de mon Ă©quipe et j'apprĂ©cie Ă©normĂ©ment les conseils du Conseil d'Administration de l'IILM. Ils ont Ă©tĂ© la colonne vertĂ©brale du succĂšs depuis que j'ai commencĂ© Ă  assumer le poste de PDG par intĂ©rim, puis celui de PDG maintenant. Je dirige avec une approche simple qui consiste Ă  rendre le titre de la fonction moins important, tout en mettant davantage l'accent sur les rĂ©sultats. Cette stratĂ©gie s'est avĂ©rĂ©e efficace car chacun a un sentiment d'appartenance et est prĂȘt Ă  donner le meilleur de lui-mĂȘme. Nous ne travaillons pas en silos mais en EQUIPE (en anglais TEAM, Together Everyone Achieves More – Ensemble chacun fait plus). Et ensemble, nous avons franchi des Ă©tapes importantes, comme l'augmentation de l'encours des Sukuk de l'IILM sur le marchĂ©, qui a atteint un record de 3,51 milliards USD en 2020, contre 1,96 milliard USD auparavant. Cela nous a permis de rĂ©pondre aux besoins des investisseurs en proposant rĂ©guliĂšrement diffĂ©rentes durĂ©es et en amĂ©liorant la liquiditĂ© du marchĂ© secondaire. Et cela a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© pendant une pĂ©riode sans prĂ©cĂ©dent oĂč la pandĂ©mie de COVID-19 a frappĂ© le monde.

La pandémie de Covid-19 a eu un impact sur les activités économiques et a créé une nouvelle donne mondiale. Quels sont certains des défis auxquels l'IILM a été confronté pendant la pandémie et quels mécanismes ont été utilisés pour limiter l'impact de la Covid-19 ? A-t-il eu un impact sur votre vision et vos stratégies à long terme pour relever les défis du marché ?

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Découvrez le Leader

Le Dr Umar A. Oseni est le PrĂ©sident-Directeur GĂ©nĂ©ral et l'avocat gĂ©nĂ©ral de l'International Islamic Liquidity Management Corporation (IILM). Auparavant, il Ă©tait chef de la direction par intĂ©rim et directeur exĂ©cutif (juridique et conformitĂ©) et a Ă©tĂ© membre de l'Ă©quipe de direction de l'IILM depuis 2016. Le Dr Umar A. Oseni a Ă©galement Ă©tĂ© chercheur postdoctoral invitĂ© par le programme d'Ă©tudes juridiques islamiques de la facultĂ© de droit de Harvard, UniversitĂ© de Harvard. En plus d'ĂȘtre un nĂ©gociateur certifiĂ© Ă  Harvard et un expert en rĂšglement des diffĂ©rends en droit commercial, il possĂšde Ă©galement une expĂ©rience significative et diversifiĂ©e dans la structuration des Sukuk, le droit de la finance islamique et les questions de conformitĂ©. Le Dr Umar A. Oseni a Ă©tĂ© consultant dans de nombreux organismes dans les domaines du droit et de la rĂ©glementation de la finance islamique. Avec un bon mĂ©lange d'expĂ©rience acadĂ©mique et industrielle significative dans la finance islamique, Umar a rĂ©alisĂ© des travaux de conseils stratĂ©giques pour certaines agences des Nations Unies telles que l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le COMCEC de l'Organisation de la CoopĂ©ration Islamique (OCI), Groupe de la Banque islamique de dĂ©veloppement (BID) et autres agences gouvernementales. Le Dr Umar A. Oseni est membre de l'Association du Barreau canadien ainsi que de l'Association du Barreau nigĂ©rian. En outre, il a prĂ©cĂ©demment Ă©tĂ© professeur agrĂ©gĂ© de droit et de rĂ©glementation de la finance islamique Ă  l'UniversitĂ© internationale islamique de Malaisie. Dans le cadre de son rĂŽle de leader d'opinion, le Dr Umar A. Oseni a publiĂ© de nombreux articles dans des revues Ă  comitĂ© de lecture et est Ă©galement l'auteur d'ouvrages faisant autoritĂ© sur la finance et le droit islamiques. Il est co-auteur du premier manuel sur la finance islamique intitulĂ© : Introduction to Islamic Banking and Finance : Principles and Practice (Royaume-Uni : Pearson Education Limited, 2013). Il est Ă©galement co-auteur de IFSA 2013 : Commentaries on Islamic Banking and Finance, and Alternative Dispute Resolution in Islam (Kuala Lumpur : IIUM Press, 2013). Il a co-Ă©ditĂ© Islamic Finance and Development (Cambridge, Massachusetts : ILSP, Harvard Law School, 2014) et Emerging Issues in Islamic Finance Law and Practice in Malaysia, (Royaume-Uni : Emerald Publishing, 2019). Il est Ă©galement rĂ©dacteur en chef de Fintech in Islamic Finance: Theory and Practice (Royaume-Uni: Taylor et Francis, Routledge, 2019), un ouvrage pionnier faisant autoritĂ© sur la dynamique de la technologie financiĂšre dans la finance islamique.

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La pandĂ©mie de COVID-19 a sans aucun doute eu un impact majeur sur l'Ă©conomie mondiale, mais les autoritĂ©s monĂ©taires ont tenu bon en soutenant leurs Ă©conomies et leurs marchĂ©s. L'IILM n'a pas fait exception Ă  la rĂšgle, car nous faisons partie de l'Ă©cosystĂšme financier et avons eu notre part des dĂ©fis. Au plus fort de la pandĂ©mie, en avril 2020, il y a eu un resserrement des liquiditĂ©s sur le marchĂ© financier mondial et l'IILM a dĂ» supporter des coĂ»ts d'Ă©mission Ă©levĂ©s pour rĂ©pondre Ă  la demande des investisseurs. Le prix du pĂ©trole a Ă©galement chutĂ© Ă  l'un des niveaux les plus bas de tous les temps, affectant les flux de revenus des pays du GCC, The Gulf Cooperation Council (entendons le Conseil de CoopĂ©ration des États arabes du Golfe) et, par extension, cela a créé des opportunitĂ©s pour soutenir les juridictions ayant besoin de financement. L'IILM, comme toute autre organisation, a Ă©galement dĂ» faire face Ă  des dĂ©fis opĂ©rationnels en raison des confinements, la sĂ©curitĂ© sanitaire des employĂ©s et la nouvelle norme du travail virtuel. L'organisation s'est adaptĂ©e sur le plan opĂ©rationnel, a redĂ©fini sa

stratĂ©gie et a relevĂ© ces dĂ©fis de front. L'annĂ©e 2020 s'est avĂ©rĂ©e ĂȘtre l'une des meilleures annĂ©es de toute l'histoire de l'IILM.

En effet, l'IILM a naviguĂ© dans la tempĂȘte en Ă©mettant stratĂ©giquement sur le marchĂ© des Sukuk Ă  court terme pour soutenir les institutions financiĂšres islamiques dans la gestion de leurs besoins en liquiditĂ©s. Les Sukuk de l'IILM ont servi de valeur refuge aux investisseurs en quĂȘte de sĂ©curitĂ© au plus fort de la pandĂ©mie. Nous avons Ă©galement financĂ© des États souverains pour les aider Ă  soutenir leur Ă©conomie pendant la pandĂ©mie, augmentant ainsi la taille de notre programme Ă  4 milliards de dollars US et un encours d'Ă©mission de 3,51 milliards de dollars US. La pandĂ©mie n'a pas vraiment affectĂ© la vision Ă  long terme de l'IILM, elle nous a plutĂŽt prĂ©sentĂ© de nouveaux dĂ©fis et de nouvelles opportunitĂ©s compte tenu de la nouvelle norme que nous avons intĂ©grĂ©e dans notre vision d'une institution adaptable et dynamique.

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ConsidĂ©rant le fait que chaque juridiction a ses propres rĂšglements charaĂŻques et autres exigences de la charia, comment l'IILM traite-t-il cette question puisqu'il est impliquĂ© dans la gestion des liquiditĂ©s transfrontaliĂšres ? Pensezvous que la normalisation pourrait ĂȘtre une solution potentielle ?

Il ne fait aucun doute que la normalisation est essentielle pour accélérer le développement d'un programme ou d'un cadre, car elle garantit une acceptation plus large du marché, la transparence, la confiance, etc. C'est pourquoi les institutions et les professions les plus importantes s'y évertuent. Ces atouts sont reconnus par l'IILM, qui continue de s'engager avec les spécialistes de la charia et les parties prenantes à travers des tables rondes sur la charia et des événements en collaboration avec Islamic Financial Services Board (IFSB) sur la maniÚre d'ancrer l'uniformité dans les normes, en particulier en ce qui concerne le traitement HQLA des Sukuk de l'IILM et la nécessité d'un taux

de référence mondial pour les opérations Repo (contrats de rachat) islamiques.

Nous pensons qu'elle contribuerait Ă  approfondir le programme de l'IILM et l’industrie des services financiers islamiques dans son ensemble. En tant qu'instrument de liquiditĂ© transfrontalier, le Sukuk Ă  court terme de l'IILM s'est bien comportĂ©, a Ă©tĂ© acceptĂ© et continue d'Ă©largir sa base d'investisseurs dans diffĂ©rentes rĂ©gions. Ceci est dĂ» au fait qu'il rĂ©pond Ă  la plupart des exigences requises par les normes de diffĂ©rentes rĂ©gions, telles que la dĂ©finition du Sukuk en tant que masse d'actifs, le cadre de gestion des risques, le conseil de la Charia et la fatwa, etc. Afin que les Sukuk de l'IILM puissent ĂȘtre largement acceptĂ©s en termes de conformitĂ© Ă  la Charia, nous visons le plus haut ratio/rapport de tangibilitĂ© dans la structuration des Sukuk. Actuellement, notre portefeuille d'actifs est Ă  ~80% tangible, ce qui est supĂ©rieur au minimum de 51% requis par l'AAOIFI. NĂ©anmoins, il est possible d'aller plus loin en matiĂšre de normalisation et il ne fait aucun doute qu'elle ouvrira des opportunitĂ©s de croissance dans le domaine de la finance islamique et contribuera Ă  accroĂźtre la portĂ©e du programme Sukuk de l'IILM.

Notre portefeuille d'actifs est à ~80% tangible, ce qui est supérieur au minimum de 51% requis par l'AAOIFI

Aujourd'hui, la question de l'intégration de l'ESG dans la structuration des Sukuk fait l'objet de débats dans de nombreux écosystÚmes de la finance islamique et de nombreuses voix s'élÚvent pour que le modÚle puisse répondre aux Maqassid de la charia. Comment pensez-vous que le marché financier islamique pourrait atteindre ces objectifs ?

La pertinence et la croissance des principes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans l'investissement ont attirĂ© l'attention de la communautĂ© internationale, en particulier avec les prĂ©occupations actuelles liĂ©es au changement climatique. Il existe une grande synergie entre les principes de la charia et ceux de l'ESG, en particulier en ce qui concerne les valeurs d’éthique et la responsabilitĂ©, qui sont

en accord avec la proposition de valeur originale de la théorie économique islamique et de la charia.

L'idĂ©e d'Ă©largir le concept d'intĂ©gration ESG pour englober les Maqasid al Shari'ah (objectifs principaux de la loi islamique) est importante car elle incorpore les valeurs et principes de l’ESG plus larges reconnus par l'investissement socialement responsable (de l’anglais SRI, socially responsible investing), qui est efficace pour rĂ©pondre aux dĂ©fis socio-Ă©conomiques de la sociĂ©tĂ©. Pour intensifier l'adoption de la considĂ©ration ESG en accord avec les Maqasid al-Shari'ah, le marchĂ© des capitaux islamiques doit adopter une approche plus dynamique et proactive en encourageant les institutions financiĂšres Ă  intĂ©grer les objectifs ESG dans leurs modĂšles d'entreprise et dans l'Ă©laboration de leurs politiques, encourager les entitĂ©s qui se

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conforment, fournir des plateformes et des infrastructures pour les produits liés à l'ESG, promouvoir des cadres de normalisation et de reporting, une réglementation efficace et des incitations réglementaires. Nous avons constaté des développements importants dans ce domaine dans certaines juridictions avancées, comme la Malaisie, qui a introduit les Sukuk d'investissement durable et responsable (ISR). Par conséquent, on pourrait facilement dire qu'il existe une certaine convergence entre les principes ESG et les principes qui soustendent le marché des capitaux islamiques.

Quel rÎle l'IILM pourrait-il jouer pour relever ces défis ? Les sukuk ESG sont-ils pertinents du point de vue des perspectives de la gestion des liquidités ?

Le dĂ©fi ESG est une prĂ©occupation pour tous et particuliĂšrement les acteurs de l'Ă©cosystĂšme financier. En tant qu'Ă©metteurs de Sukuk Ă  court terme, l'IILM pourrait envisager d'Ă©mettre des Sukuk liĂ©s Ă  l'ESG Ă  l'avenir, au fur et Ă  mesure que le marchĂ© se dĂ©veloppe. De mĂȘme, nous sommes ouverts au financement Ă  long terme des souverains et des GRE qui ont une passion pour les projets verts et le financement social au sein de l'Ă©conomie dans l'espace ESG. La liquiditĂ© est importante pour la plupart des institutions financiĂšres, en particulier les banques, et les Sukuk ESG Ă  court terme seraient pour elles un moyen d'investir dans des instruments liquides qui sont Ă©galement conformes aux normes ESG. En agissant ainsi, elles peuvent remplir leurs mandats ESG sans compromettre la liquiditĂ©. Il existe en effet un marchĂ© pour les Sukuk ESG Ă  court terme, compte tenu de la popularitĂ© croissante des Sukuk verts et autres.

La finance islamique fait des vagues en Afrique avec des nouveaux cadres réglementaires dans de nombreuses juridictions. Mais parmi les défis auxquels sont confrontées les banques islamiques figure la liquidité. L'IILM exploite-telle ce marché ? Quelle est votre relation avec l'écosystÚme africain de la finance islamique ?

L'Afrique reste une destination importante pour les investisseurs en raison de son potentiel de croissance, de son énorme marché et de ses avantages en termes de diversification. Comme souligné, la finance islamique commence à pénétrer le marché africain, ce qui n'a que trop tardé compte tenu des nombreux avantages attendus et du niveau élevé d'exclusion

financiĂšre sur le continent. Cependant, comme dans d'autres parties du monde, la gestion des liquiditĂ©s reste un problĂšme surtout pour les institutions financiĂšres islamiques oĂč les instruments sont rares, d'oĂč la nĂ©cessitĂ© d'une institution telle que l'IILM. Nous n'avons pas encore exploitĂ© pleinement les marchĂ©s africains, car nous nous sommes davantage concentrĂ©s sur la rĂ©gion du Golfe et l'Asie, Ă©tant donnĂ© l’avancĂ©e de la finance islamique dans ces rĂ©gions. Toutefois, la Banque Centrale du NigĂ©ria et la Banque de Maurice sont des membres fondateurs de l'IILM. Actuellement, des efforts de collaboration sont en cours pour approfondir le marchĂ© de l'IILM au NigĂ©ria en incitant les institutions financiĂšres Ă  souscrire aux Sukuk Ă  court terme de l'IILM. Nous avons Ă©galement des investisseurs d'autres pays africains et nous prĂ©voyons de continuer Ă  Ă©largir notre base d'investisseurs africains dans un avenir proche.

Selon vous, que devraient faire les pays africains pour ĂȘtre plus attrayants pour les investisseurs comme l’IILM ?

Il est essentiel pour l'Afrique d'approfondir l'infrastructure financiĂšre et les solutions de plate-forme dans

lesquelles les produits financiers peuvent ĂȘtre mis en Ɠuvre et d'amĂ©liorer leur solvabilitĂ© afin de pouvoir attirer les capitaux au niveau mondial. Il est Ă©galement nĂ©cessaire de soutenir l'effort de sensibilisation dans l'espace de la finance islamique et soutenir l'Ă©tablissement d'institutions financiĂšres islamiques plus solides sur le continent, capables d'ĂȘtre compĂ©titives au niveau mondial, de lancer des produits islamiques innovants et d’approfondir le marchĂ©. Les gouvernements, les spĂ©cialistes de la charia et les autres parties prenantes ont tous un rĂŽle Ă  jouer dans le dĂ©veloppement du secteur financier pour qu'il soit compĂ©titif au niveau mondial et attirer les meilleurs investisseurs, Ă©tant donnĂ© l'Ă©norme potentiel du marchĂ©

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Quelles sont les projections de l'IILM puisqu'elle prévoie de s'étendre et comment l'Afrique en bénéficierait-elle ? Envisageriez-vous de signer des protocoles d'accord avec des organismes financiers africains ?

L'IILM prĂ©voit de maintenir sa trajectoire ascendante en fournissant des solutions de liquiditĂ© transfrontaliĂšres au niveau mondial en tant que seul Ă©metteur de Sukuk Ă  court terme libellĂ© en dollars. L'objectif est d'ĂȘtre plus innovant, de pĂ©nĂ©trer plus de marchĂ©s, de servir de rĂ©fĂ©rence mondiale pour les solutions de gestion de la liquiditĂ© islamique et de s'adapter Ă  cet environnement en constante Ă©volution. L'Afrique peut bĂ©nĂ©ficier de notre volontĂ© de pĂ©nĂ©trer de nouveaux marchĂ©s pour des raisons de diversification et d'Ă©volutivitĂ©. Elle figure donc en tĂȘte de liste de nos prioritĂ©s. Ces dĂ©veloppements leur donneraient accĂšs Ă  des financements pour les souverains et des solutions de liquiditĂ© pour leurs institutions financiĂšres. Notre intĂ©rĂȘt pour l'Afrique reste fort et nous sommes dĂ©jĂ  en pourparlers avec des institutions multilatĂ©rales telles que la Banque Africaine de DĂ©veloppement (BAD) dans le cadre

Ă©quipe mondiale d'experts pour produire l'un des livres pionniers sur la fintech dans la finance islamique. Cela fait partie du leadership Ă©clairĂ© que certains d'entre nous essaient d'offrir au secteur des services financiers islamiques Ă  l’échelle mondiale.

Comment l'écosystÚme africain de la finance islamique pourrait-il s'appuyer sur les Fintech pour renforcer son leadership/attrait dans le secteur financier mondial ?

En Ă©tant prĂ©sent, proactif et pas seulement rĂ©actif. Le savoir est un pouvoir, nous devons commencer Ă  investir dans l'avenir et crĂ©er des leaders capables d'Ă©voluer et de suivre l'Ă©volution du temps. Il faut ĂȘtre prĂȘt non seulement Ă  accepter le changement, mais aussi Ă  agir rapidement. L'espace de la finance islamique n'en est qu'Ă  ses dĂ©buts et de nombreux produits doivent encore ĂȘtre dĂ©veloppĂ©s pour rĂ©pondre Ă  la demande des investisseurs. L'espace fintech offre une plateforme idĂ©ale pour y parvenir. Pour ĂȘtre pris en compte globalement, l'Ă©cosystĂšme africain de la finance islamique pourrait en effet s'appuyer sur la technologie qui a contribuĂ© Ă  faire tomber les barriĂšres et a permis la crĂ©ation d'un marchĂ© plus global. Cependant, cela ne peut se faire qu'au prix d'efforts concertĂ©s de la part des leaders du secteur, d'investissements massifs dans les fintech, le renforcement des capacitĂ©s et des solutions innovantes.

L'IILM envisage-t-il d'élargir son offre de programmes ?

sur l'espace technologique s'il souhaite rester en activité. En cette Úre de croissance exponentielle de la technologie, l'adaptabilité et la vigilance sont les ingrédients du succÚs. L'espace fintech offre de nombreuses opportunités et la finance islamique doit se positionner stratégiquement pour en tirer le meilleur parti. Chaque aspect de notre vie est en train de se numériser, comme les monnaies numériques, les blockchains, les NFT, etc. Ce sont les réalités de l'avenir, et elles regorgent de nombreuses opportunités.

La finance islamique ne doit pas rester à la traßne. Il ne fait aucun doute que la fintech islamique déterminera le succÚs de l'industrie de la finance islamique à l'avenir et il est urgent de développer l'espace fintech Dans le cadre de mes humbles efforts, j'ai dirigé une

L'IILM s'est efforcĂ©e de remplir son mandat en fournissant des instruments de gestion de la liquiditĂ© au marchĂ©. En 2021, l'IILM a fourni plus de 14,12 milliards de dollars Ă  travers l’émission de 36 Sukuk, le volume le plus Ă©levĂ© depuis sa crĂ©ation. Elle est devenue un Ă©metteur frĂ©quent et stable, proposant pour la premiĂšre fois 3 durĂ©es diffĂ©rentes, Ă  savoir des Sukuk Ă  1 mois, 3 mois et 6 mois. Ces Ă©missions ont reprĂ©sentĂ© 27 % du total des Ă©missions mondiales de Sukuk en USD en 2021 et a positionnĂ© l'IILM comme l'un des principaux Ă©metteurs de Sukuk en USD. Le volume du marchĂ© secondaire a augmentĂ© pour atteindre 1,4 milliard d'USD, soit environ 10 % du total des Ă©missions.

À l'avenir, l'IILM s'efforcera de dĂ©velopper son programme d'Ă©mission en y ajoutant de nouvelles caractĂ©ristiques et en rĂ©pondant Ă  la demande d'Ă©mission d'actifs liquides de haute qualitĂ© et de durĂ©es plus longues en fonction des conditions du marchĂ©. L'IILM se rĂ©jouit d'attirer de nouveaux investisseurs, en particulier en Afrique, afin de diversifier sa base d'investisseurs et d'amĂ©liorer ainsi la liquiditĂ© de ses Sukuk sur le marchĂ© secondaire

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QUELQUES LIVRES DE L’AUTEUR

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UNE
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AJDIR
ANALYSEDE Boubkeur

LES PROBLÉMATIQUES RÉGLEMENTAIRES

STRUCTURANTES POUR LA FINANCE ISLAMIQUE

Boubkeur AJDIR

Il est fondamental dans le cadre de la mise en Ɠuvre du cadre rĂ©glementaire d'un marchĂ© de la finance islamique d’adopter une approche bien pensĂ©e et intĂ©grĂ©e. Les lois rĂ©gissant le secteur financier dans les juridictions non musulmanes comportent en effet un certain nombre de frottements qui peuvent potentiellement freiner la finance islamique. Nous passerons en revue ici trois des problĂ©matiques les plus structurantes et qui concernent le marchĂ© des capitaux islamiques, les Sukuk et quelques outils de la gestion collectives : (i) l’intĂ©gration dans les textes existants ou l’adoption de textes nouveaux; (ii) le cas particulier des Sukuk et de la titrisation et (iii) le rĂ©fĂ©rentiel de conformitĂ© Charia. Nous aurons l’occasion d’en aborder d’autres dans de prochaines publications.

I. Nouveaux textes dédiés ou amendements des textes existants

Lorsque l’on parcourt les approches rĂ©glementaires Ă  l’échelle internationale, on observe qu’à de rares exceptions prĂšs, il n’existe pas de rĂ©gulation propre aux «marchĂ©s financiers islamiques », mais plutĂŽt aux « produits financiers islamiques». Ceux-ci s’inscrivent le plus souvent dans un cadre gĂ©nĂ©ral qui est celui de la protection de l’épargne et l’intĂ©gritĂ© des marchĂ©s. Les objectifs des rĂ©gulateurs ne divergent pas selon qu’il s’agit de produits de la finance conventionnelle ou de la finance islamique. S’agissant des produits eux-mĂȘmes, la question est de savoir s’il convient de modifier les textes existants rĂ©gissant les produits et vĂ©hicules d’investissement dĂ©jĂ  en vigueur (Organisme de Placement Collectif, Fonds Communs de Titrisation, Repo-Pensions livrĂ©es, 
), ou s’il convient

de faire, pour chacun de ces instruments, un texte ad hoc.

De ce point de vue, les exemples les plus proches de l’Afrique de l’Ouest, Ă  savoir le Maroc et la Tunisie, sont radicalement diffĂ©rents : alors que la Tunisie a mis en place des textes spĂ©cifiques sur les Sukuk, le Maroc a fait le choix d’intĂ©grer ces instruments dans la loi relative la titrisation, complĂ©tĂ©e par des arrĂȘtĂ©s qui font l’objet d’une approbation par le Conseil SupĂ©rieur des OulĂ©mas, seul organe du Royaume habilitĂ© Ă  se prononcer sur la conformitĂ© au droit musulman.

Ces deux approches prĂ©sentent des avantages et inconvĂ©nients. S’agissant de l’intĂ©gration dans les textes existants : - Avantages : cohĂ©rence entre le produit islamique et le produit conventionnel - InconvĂ©nients : risque de forcer certains concepts qui ne correspondent pas Ă  la finance conventionnelle S’agissant de la mise en place de texte ad hoc :

- Avantages : meilleure lisibilitĂ© et cohĂ©rence du produit islamique ; - DifficultĂ©s : risque d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un produit radicalement diffĂ©rent de celui Ă©quivalent dans la finance conventionnelle (par exemple, un Repo islamique risque d’ĂȘtre vu comme totalement diffĂ©rent d’un repo conventionnel).

II. Les émissions de Sukuk par titrisation et sans titrisation

En Afrique de l’Ouest, en l’absence d’instrument juridique comparable au trust anglo-saxon, l’émission de Sukuk repose dans la pratique substantiellement sur la technique de titrisation et/ou sur des titres adossĂ©s Ă  des actifs. Cependant, le recours Ă  des vĂ©hicules de titrisation rĂ©glementĂ©s n’est pas une obligation imposĂ©e par le droit musulman. Une sociĂ©tĂ© en participation

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pourrait, Ă  titre illustratif, Ă©mettre des Sukuk. Ces opĂ©rations peuvent, par consĂ©quent, ĂȘtre structurĂ©es de diffĂ©rentes maniĂšres, notamment selon les besoins des Ă©metteurs, des actifs sous-jacents disponibles, de l’aversion au risque des investisseurs en s’appuyant sur des structures juridiques ad-hoc.

Les Ă©missions de Sukuk sans mĂ©canisme de titrisation sont d’autant plus importantes pour les Etats qui ont besoin de s’appuyer sur une procĂ©dure moins lourde, moins fastidieuse et moins coĂ»teuse. Une Ă©mission souveraine de Sukuk ne doit, en effet, pas ĂȘtre plus complexe Ă  rĂ©aliser qu’une Ă©mission obligataire. Ceci est Ă©galement applicable aux Ă©missions privĂ©es dĂšs lors que les intĂ©rĂȘts et droits des investisseurs sont correctement protĂ©gĂ©s. Il est alors pertinent d’étudier le recours Ă  des entitĂ©s adhoc de type SPV plutĂŽt qu’à des fonds ou sociĂ©tĂ©s de titrisation.

III. La nécessité de définir un référentiel normatif pour la conformité à la Charia

Le contexte laĂŻc des juridictions ouest-africaines nous amĂšne Ă  considĂ©rer que les autoritĂ©s n’ont ni la compĂ©tence, ni la lĂ©gitimitĂ© pour se prononcer elles-mĂȘmes sur la conformitĂ© au droit musulman des affaires des produits financiers islamiques. Dans le mĂȘme temps, il leur est alors nĂ©cessaire de mettre en place un cadre permettant de concilier conformitĂ© au droit local et conformitĂ© au droit

musulman. Pour ce faire, elles doivent ĂȘtre, Ă  minima, en mesure d’évaluer l'aptitude des jurisconsultes musulmans Ă  se prononcer ou Ă©mettre des avis pour les institutions financiĂšres. A cette fin, elles doivent dĂ©finir un ancrage institutionnel de la conformitĂ© et de la gouvernance sharia en s’appuyant ou en s’inspirant des normes internationales telles que celles de l'IFSB et l'AAOIFI. Le contexte civiliste de l’Afrique de l’Ouest ne permet pas de dupliquer de façon automatique et simpliste les approches adoptĂ©es dans les pays d’Asie du Sud ou du GCC oĂč sont installĂ©s les organes de normalisation de la finance islamique. Par consĂ©quent il est nĂ©cessaire de mettre en place un « rĂ©fĂ©rentiel sharia » qui est propre au contexte ouest-africain, qui permet Ă  la fois d’intĂ©grer les spĂ©cificitĂ©s juridiques locales mais Ă©galement de tenir compte des dynamiques socio-culturelles, socio-Ă©conomiques et religieuses des pays de l’UEMOA

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Comprendre et appliquer le Takaful

u cours des 30 derniĂšres annĂ©es, l'industrie des services financiers islamiques a connu une forte expansion dans plusieurs parties du monde. Selon le rapport 2021 Refinitiv, il existe 1595 institutions financiĂšres islamiques dans le monde. Dans un contexte de crise perpĂ©tuelle, le besoin de se rĂ©fĂ©rer Ă  des valeurs Ă©thiques s’affirme chaque jour un peu plus. L’attractivitĂ© des investissements socialement responsables s’en trouve aujourd’hui renforcĂ©e et la finance islamique s'impose ainsi de plus en plus comme une alternative fiable Ă  la finance conventionnelle. Le secteur de l'assurance islamique, ou Takaful, figure parmi les plus florissants depuis l'arrivĂ©e du premier assureur de ce genre en 1979 au Soudan. L’assurance islamique ou Takaful est Ă©tymologiquement un mode d’organisation de la solidaritĂ© au sein de la communautĂ© (Oumma) des croyants, conçu conformĂ©ment Ă  l’éthique musulmane et dont la mise en Ɠuvre obĂ©it Ă  des mĂ©canismes juridiques qui s’accordent avec la loi islamique (charia). Le Takaful est un systĂšme d'assurance dans lequel les membres contribuent mutuellement Ă  la constitution d’un fonds, afin de se soutenir mutuellement en cas de survenance d’un dommage. L'objectif du Takaful est de coopĂ©rer, de vivre en harmonie au sein de la communautĂ© et de se protĂ©ger mutuellement contre les alĂ©as de la vie. Les assurĂ©s du Takaful contribuent rĂ©guliĂšrement sur une base monĂ©taire qui est supervisĂ©e et gĂ©rĂ©e par une sociĂ©tĂ© de gestion Takaful. La pĂ©nĂ©tration de l’assurance conventionnelle reste trĂšs faible en Afrique. Elle comptabilise 60190 milliards USD de primes vie et non vie en 2020, soit 0,95% de la prime mondiale.(Atlas Magazine N°189, mars 2022.)

MICROTAKAFUL TAKAFUL GENERAL TAKAFUL FAMILY
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A

L'Afrique du Sud s’accapare Ă  elle seule 67,5% des cotisations du continent soit 1% de son PIB, loin des 5 % observĂ©s en Asie (Atlas Magazine, FĂ©vrier 2021). Les assureurs ont mis du temps Ă  adapter leurs produits et services aux rĂ©alitĂ©s du continent africain Ceux-ci sont, pour la plupart, identiques aux produits et services proposĂ©s dans les pays industrialisĂ©s, c’est-Ă -dire des contrats longs et complexes, distribuĂ©s par l’intermĂ©diaire de rĂ©seaux coĂ»teux d’agents et de courtiers qui ne touchent que l’élite urbaine. Face Ă  l’incapacitĂ© du marchĂ© traditionnel de l’assurance conventionnelle Ă  rĂ©pondre Ă  ces besoins, l’assurance islamique basĂ©e sur des principes Ă©thiques se positionne comme une alternative viable

I- FONDEMENTS

A- Principe et modĂšle du Takaful a- Principe

L'assurance Takaful se distingue fondamentalement de l'assurance conventionnelle du fait que, les primes sont considĂ©rĂ©es comme des « contributions » Ă  un fonds commun Ă©tabli dans le but de rĂ©partir le risque de survenance d’un Ă©vĂ©nement dĂ©favorable touchant un membre du groupe Le Takaful consiste en un accord d’entraide et de solidaritĂ© entre les membres d’une communautĂ© en cas de perte ou de dommage subis par l’un d’entre eux. C’est un concept global qui peut se traduire par celui de garantie mutuelle ou d’indemnisation entre membres d’un groupe qui sont Ă  la fois assureurs et assurĂ©s Il prĂŽne le partage Ă©quitable des risques et des bĂ©nĂ©fices, une forme de finance associative.

L’assurance Takaful est donc une garantie mutuelle, basĂ©e sur les principes de la finance islamique qui sont :

‱ Le partage des risques entre les parties au contrat;

‱La matĂ©rialitĂ© : toute transaction doit avoir une "finalitĂ© matĂ©rielle", liĂ©e directement ou indirectement Ă  la transaction Ă©conomique rĂ©elle;

‱La non-exploitation : les transactions financiùres ne doivent jamais donner lieu à l'exploitation d'une des parties contractantes;

‱L'interdiction de financer le "haram" ou les activitĂ©s illicites en rapport avec la production de boissons alcoolisĂ©es, le porc, la pornographie, les jeux de hasard

Les seuls placements admis par la loi religieuse sont ceux dont la rĂ©munĂ©ration rĂ©sulte d’un partage du sort entre investisseurs et bĂ©nĂ©ficiaires.

Le Takaful implique :

‱La sĂ©paration des fonds des preneurs d’assurance et ceux des actionnaires;

‱ L’engagement Ă  distribuer les bĂ©nĂ©fices financiers aux preneurs d’assurance ;

‱La crĂ©ation d’un conseil de surveillance de la charia, qui supervise les opĂ©rations d’assurance et contrĂŽle leur conformitĂ© Ă  la charia

b- Takaful: produits et modùles ‱Les produits

Il y a 2 types de produits Takaful : Takaful GĂ©nĂ©ral (Assurance nonvie) et le Takaful Famille (Assurance vie). Le Takaful GĂ©nĂ©ral offre une protection Ă  court terme, normalement pour une pĂ©riode d’un an Il inclut les assurances de biens, les assurances de responsabilitĂ© et les assurances de dommages corporels Il s’agit de : Takaful automobile, incendie, maritime, accidents divers, etc


Le Takaful Famille, quant Ă  lui, offre une combinaison de protection et d’épargne Ă  long terme, couvrant une pĂ©riode de plus d’une annĂ©e Il intĂšgre les assurances de personnes Ă  l’exception des assurances de dommages corporels On peut

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citer entre autres, le Takaful décÚs, crédit, éducation, santé, 


‱ Les

modĂšles

Dans le rĂ©gime Takaful, il existe plusieurs modĂšles opĂ©rationnels qui ont Ă©tĂ© adoptĂ©s par les sociĂ©tĂ©s Takaful dans le monde Les Takaful Ă  faible nombre de participants fonctionnent sous la forme de coopĂ©ratives et s’appuient sur le Tabarru (donation en arabe) La contribution donnĂ©e par les promoteurs Ă  la crĂ©ation du Takaful est assimilĂ©e Ă  un qard hassan c’est-Ă -dire un prĂȘt Ă  titre gracieux, et celle des participants (assurĂ©s) Ă  un don (Tabarru) destinĂ© au fonds de garantie mutuelle. Les compagnies Takaful Ă©voluant sous la forme de sociĂ©tĂ©s commerciales peuvent ĂȘtre gĂ©rĂ©es

selon certains contrats existants en finance islamique La distinction est maintenue entre le fonds mutuel des assurĂ©s et le fonds constituĂ© par les promoteurs Les modĂšles les plus utilisĂ©s sont le modĂšle Mudarabah (commandite), le modĂšle wakalah (contrat d’agent) et le modĂšle hybride.

➱

Le modĂšle Mudarabah

‱ Takaful gĂ©nĂ©ral :

1 Les participants versent des cotisations takaful qui forment un fonds commun de Takaful

2 Le fonds est investi dans des actifs conformes Ă  la Charia

3 Tout bénéfice généré par les investissements est partagé entre les participants et l'opérateur Takaful sur la base d'un ratio de partage des bénéfices convenu au préalable.

4 À la fin de l'annĂ©e, l'excĂ©dent (aprĂšs dĂ©duction des indemnitĂ©s en cas de sinistre, des contributions au retakaful, des provisions et des frais de gestion) est distribuĂ© aux participants Dans un modĂšle de mudarabah modifiĂ©, l'excĂ©dent est partagĂ© entre les participants et l'opĂ©rateur Takaful

➱

Le modĂšle Mudarabah

Takaful Famille

Mode opératoire Takaful Famille

1,Les participants versent des cotisations takaful qui forment un fonds commun Takaful

2 Le fonds Takaful est réparti sur des comptes : le compte d'investissement des participants (également appelé compte d'épargne des participants), et le compte spécial des participants (également appelé compte de risque des participants). Ce dernier est basé sur le concept de Tabarru. Le ratio de répartition du fonds est convenu au préalable entre les participants et l'opérateur Takaful

3 Les fonds des deux comptes sont investis dans des actifs conformes à la Charia, tels que des instruments islamiques gouvernementaux, des titres de créance privés islamiques et des actions, ainsi que des actifs fixes et des comptes de dépÎt fixe islamiques.

4. Tout bénéfice généré par les investissements est partagé entre les participants et l'opérateur Takaful sur la base d'un ratio de participation aux bénéfices convenu au préalable

5 Le montant du compte d'investissement des participants est versĂ© aux participants Ă  l’échĂ©ance du rĂ©gime Takaful, ou au bĂ©nĂ©ficiaire en cas de dĂ©cĂšs de l'assurĂ©

6 Le montant du compte spécial des participants est utilisé pour payer les demandes d'indemnisation des participants, les cotisations de retakaful, les provisions et les frais de gestion.

7 En fin d'année, l'excédent est distribué aux participants Dans un modÚle de mudarabah modifié, l'excédent est partagé entre les participants et l'opérateur Takaful

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‱
Fonds
PARTICIPANTS Compte
Sinistres ‱ Prestation ‱ RĂ©takaful ‱Provisions Surplus de souscription OpĂ©rateur Tabarru Investissement Profit Fonds de risques 2 1 5 3 4 4 4 6 7 7
Takaful
Investissement
Mode opĂ©ratoire Takaful GĂ©nĂ©ral Fonds Takaful (Primes) PARTICIPANTS Investissement Provisions RĂ©takaful Sinistres Surplus de souscription OpĂ©rateur Profit d’investissement X% Y% X % Y % 4 1 3 3 4 DĂ©ductions ➱ Le modĂšle Wakalah ‱ Takaful
2
Général

1 Les participants versent des cotisations Takaful dans le cadre du rĂ©gime Takaful qui sont divisĂ©es en : (a) commissions de gestion wakalah (la rĂ©munĂ©ration des agents et les frais d'administration) versĂ©s Ă  l’opĂ©rateur et (b) fonds Takaful

2 le fonds Takaful est investi

3. Tout revenu ou bĂ©nĂ©fice gĂ©nĂ©rĂ© est ajoutĂ© au fonds. L’opĂ©rateur Takaful peut aussi percevoir une commission de performance en cas de bonne performance de l'investissement

4 On déduit du fonds Takaful, les indemnités en cas de sinistre des participants, les contributions au retakaful et les provisions

5 A la fin de l’annĂ©e, l'excĂ©dent (aprĂšs dĂ©duction) est distribuĂ© aux participants Dans un modĂšle Wakalah modifiĂ©, l'excĂ©dent est partagĂ© entre les participants et l'opĂ©rateur Takaful.

➱ Le modùle Wakalah

‱ Takaful Famille

1. Les participants versent des cotisations qui permettent de constituer le fonds Takaful et de payer les commissions de gestion wakalah de l’opĂ©rateur

2 Le fonds Takaful est divisé en deux comptes: compte d'investissements pour l'épargne, et le compte spécial des participants (également appelé compte de risque des participants) Ce dernier est basé sur le concept de tabarru.

3 Les fonds des deux comptes sont investis dans des actifs conformes Ă  la charia

4 Le bénéfice de l'investissement, s'il y en a un, est ajouté aux comptes (investissements et Tabbaru)

L'opérateur takaful peut avoir droit à une commission de performance pour une bonne performance de l'investissement.

Le montant du compte d'investissement des participants est versé aux participants à l'échéance du contrat, ou au bénéficiaire au décÚs de l'assuré

Le montant du compte spécial des participants est utilisé pour le paiement des sinistres, le retakaful et les provisions

5 En fin d'annĂ©e, l'excĂ©dent est distribuĂ© aux participants. En principe, l'excĂ©dent de souscription dans le cadre du modĂšle wakalah devrait ĂȘtre distribuĂ© aux participants uniquement ; cependant, sur la base des pratiques actuelles du secteur, dans un modĂšle wakalah modifiĂ©, l'excĂ©dent est partagĂ© entre les participants et l'opĂ©rateur Takaful

➱ Le modùle Hydride

Ce modĂšle est le modĂšle le plus dominant sur le marchĂ© Takaful En effet, ce modĂšle est pratiquĂ© par la plupart des sociĂ©tĂ©s Takaful du Moyen-Orient ainsi que dans d’autres rĂ©gions (Malaisie, BahreĂŻn, EAU, Soudan, Kenya ) En outre, l'Organisation de l‘Audit et de la ComptabilitĂ© des Institutions FinanciĂšres Islamiques (AAOIFI) recommande l’utilisation de ce modĂšle par les opĂ©rateurs Takaful (AAOIFI, 2003)

1. Les participants versent des cotisations pour constituer le fonds Takaful

2. Les cotisations sont divisĂ©es en : commissions de gestion wakalah, en fonds de risques (Tabbaru) et en fonds d’investissement.

Les frais d'agence, qui comprennent la commission d'agence et les frais administratifs, sont versés au fonds de l'opérateur Takaful.

On déduit du fonds de risques (géré selon la wakalah), les indemnités en cas de sinistres, les provisions et les frais de retakaful

Mode opĂ©ratoire Takaful GĂ©nĂ©ral X% Y% dĂ©ductions X % Y % 5 1 3 3 5 1b 1 1a 2 4 Fonds Takaful Provisions Sinistres Retakaful Surplus Investissements Profits OpĂ©rateurs PARTICIPANTS Commissions de gestion wakalah ModĂšle hybride PARTICIPANTS 2 1 3 4 100 % X% Y% 2 2 5 4 5b 5a commissions de gestion Wakalah Fonds Takaful Fonds d’investissement Fonds de risques (Tabbaru) Sinistres Retakaful Provisions Profit OpĂ©rateur Surplus 2 1 3 4 1 2 5 4 5b 5a commissions de gestion Wakala Fonds Takaful Fonds d’investissement des participants Fonds de risque des participants Sinistres Retakaful Provisions Profit OpĂ©rateur Surplus Investissements Profit 4 Wakala modifiĂ© PARTICIPANTS
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Mode opératoire Takaful Famille

3. le fonds d’investissement (gĂ©rĂ© selon la Moudarabah) est utilisĂ© pour effectuer des placements conformes Ă  la charia.

4.Les bénéfices, s'il y en a, sont partagés entre les participants et l'opérateur Takaful sur la base du ratio convenu.

5.A la fin de l’annĂ©e, l'excĂ©dent resultant du fonds de risques, est distribuĂ© aux participants et Ă  l'opĂ©rateur Takaful selon le ratio convenu dans le contrat. Ceci est basĂ© sur la pratique actuelle, bien qu'en principe, l'excĂ©dent de souscription sous Wakalah devrait ĂȘtre distribuĂ© aux participants uniquement.

B- Comparaison entre Takaful et assurance conventionnelle

a- Points de divergences

Le Takaful et l'assurance conventionnelle peuvent se ressembler Ă  premiĂšre vue, dans la mesure oĂč ils partagent tous deux l'objectif de protection contre des circonstances imprĂ©vues, mais en y regardant de plus prĂšs, les diffĂ©rences deviennent apparentes

La principale différence entre l'assurance conventionnelle et le Takaful est que la premiÚre est un modÚle de transfert des risques, tandis que le second est un modÚle de partage des risques Outre la principale caractéristique mentionnée ci-dessus, il existe quelques autres différences entre les deux polices Dans l'assurance conventionnelle, le risque est transféré de l'assuré à l'assureur Le Takaful, en revanche, est basé sur le partage du risque Chaque participant fait un don à un fonds commun et, en cas de sinistre, le participant en recevra le montant de sa réclamation. Contrairement à l'assurance conventionnelle, les participants au Takaful conservent un droit de propriété sur le fonds Les contributions des participants sont ensuite investies dans des activités "halal" ou conformes à la charia afin d'en tirer un revenu d'investissement Si le fonds génÚre un excédent, celui-ci est partagé entre les participants et, dans certains cas, avec l'opérateur Takaful Cela crée une situation "gagnant-gagnant" pour toutes les parties prenantes.

b- SynthĂšse comparative

II- MARCHE DE TAKAFUL EN AFRIQUE

La premiĂšre compagnie d’assurance islamique a Ă©tĂ© introduite au Soudan dans les annĂ©es 1970, sur un modĂšle coopĂ©ratif assez proche de celui d’un assureur mutualiste classique. Le modĂšle est restĂ© confinĂ© dans les pays musulmans Des modĂšles plus commerciaux de Takaful ont Ă©tĂ© implantĂ©s plus tard dans des pays comme la Malaisie et l’Arabie Saoudite Le Takaful a Ă©voluĂ© vers une alternative viable Ă  l’assurance classique et a attirĂ© un large Ă©ventail de clients, musulmans et non musulmans Le dĂ©veloppement de l’assurance Takaful s’est propagĂ© dans plusieurs pays en Afrique et dans le monde. Le Takaful est dĂ©sormais considĂ©rĂ© comme un Ă©lĂ©ment clĂ© du dĂ©veloppement de la finance islamique en gĂ©nĂ©ral, surtout grĂące Ă  sa capacitĂ© Ă  mobiliser des capitaux

a- RĂšglementation en Afrique

La promotion financiĂšre islamique suppose l’amĂ©lioration nĂ©cessaire du cadre institutionnel dans lequel opĂšrent ces institutions L’absence de cadre rĂšglementaire est un handicap majeur empĂȘchant le dĂ©veloppement des produits financiers islamiques sur le continent. En dĂ©pit de cette situation, certains pays africains tels que le NigĂ©ria, le Maroc la Tunisie, le Kenya, les pays de la zone UEMOA, se dĂ©marquent du lot Ă  travers des juridictions spĂ©cifiques Ă  la finance islamique et plus prĂ©cisĂ©ment l’assurance Takaful

b-RĂšglementation zone UEMOA

La zone UEMOA a affichĂ© sa volontĂ© Ă  dĂ©velopper la finance islamique. Et ceci Ă  travers la mise en place d’un cadre rĂšglementaire destinĂ© spĂ©cifiquement aux Ă©tablissements de crĂ©dit exerçant une activitĂ© de finance islamique par le biais de deux (2) instructions n°002-03-2018 et n°004-05-2018 DĂšs 2019, la ConfĂ©rence Interafricaine des MarchĂ©s d’Assurance (CIMA), a introduit le rĂšglement N°003-19 portant rĂ©glementation des opĂ©rations d’assurance Takaful dans les Etats membres.

TAKAFUL ASSURANCE CONVENTIONNELLE

CoopĂ©ration mutuelle. Les fonds sont alimentĂ©s par les dons des participants. Les fonds mis en commun peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour protĂ©ger les autres participants contre les risques.

Soumis Ă  la fois Ă  la charia et aux lois gouvernementales.

Une police qui transfĂšre le risque Ă  la compagnie d'assurance. Vous payez une prime pour ĂȘtre couvert.

Cependant, dans la pratique, certaines problĂ©matiques de droit local posent encore des obstacles au recours de la finance islamique Ainsi, il convient d’adapter les lois et rĂ©glementations fiscales au niveau national pour s’assurer que celles-ci ne pĂ©nalisent pas les produits de la finance islamique

Soumis uniquement aux lois du gouvernement.

Les compagnies d'assurance sont libres d'investir dans des instruments juridiques tels que des actions, des obligations, etc. Les bénéfices ou les excédents sont partagés entre les participants et les opérateurs d'un fonds Takaful.

L'opĂ©rateur Takaful n'investit que dans des instruments conformes Ă  la charia, exempts de gharar (incertitude), de maisyr (jeu et hasard) et de riba (intĂ©rĂȘts)

Les dividendes sont reversés aux actionnaires.

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c- Les contraintes

D’un point de vue rĂšglementaire, nombreux sont les efforts qui ont Ă©tĂ© faits dans plusieurs pays sur le continent pour le dĂ©veloppement effectif de la finance islamique en gĂ©nĂ©ral et du Takaful en particulier Cependant, aprĂšs l’examen du cadre rĂšglementaire actuel dans certains pays, il convient de relever quelques insuffisances liĂ©es : aux normes prudentielles, Ă  la fiscalitĂ©, la comptabilitĂ© etc. Dans la zone UEMOA par exemple, le dispositif prudentiel spĂ©cifique Ă  la finance islamique est en cours d’adoption par la BCEAO Or celui existant ne prĂ©voit pas de rĂšgles permettant de gĂ©rer les risques propres Ă  la finance islamique La loi fiscale dans la plupart des pays de l’UEMOA ne contient pas des dĂ©rogations pour les Ă©tablissements de crĂ©dit exerçant la finance islamique En effet, pour financer certains besoins rĂ©els des clients, la banque islamique doit d’abord possĂ©der l’actif en question avant de le transfĂ©rer au client. Ces transactions pourraient entraĂźner une double taxation qui serait de nature Ă  rendre le produit proposĂ© par la banque islamique plus cher que celui de la banque conventionnelle

III- PERSPECTIVES DE DEVELOPPEMENT DU TAKAFUL

Le marchĂ© mondial du Takaful en termes de primes brutes Ă©mises s’établissaient Ă  21 milliards de dollars amĂ©ricains en 2020, selon Atlas Magazine. Ce dĂ©veloppement est une opportunitĂ© pour l'Afrique qui peine Ă  canaliser suffisamment de ressources financiĂšres de l’industrie sur les marchĂ©s financiers islamiques Le marchĂ© mondial du Takaful est trĂšs dynamique, comme en tĂ©moigne le rapport 2021 de l’Islamic Finance Development Indicator (IFDI), c’est 62 billions de dollars US d’actifs, 16% de croissance et 323 institutions Takaful qui opĂšrent Ă  travers le monde (voir schĂ©ma 2).

Ces chiffres montrent bien le dynamisme du plus petit des secteurs de la finance islamique en termes d'actifs. Le marchĂ© Takaful est dominĂ© par les pays du Conseil de CoopĂ©ration Arabes du Golfe (CCG) et de l’Asie du Sud-Est L'Iran, l'Arabie saoudite et la Malaisie abritent la majeure partie des actifs mondiaux de Takaful en 2021 L’Afrique ne reprĂ©sente que 1% du total des actifs Avec un taux de pĂ©nĂ©tration du marchĂ© trĂšs faible de l’assurance classique, l’assurance Takaful ou les micro Takaful prĂ©sentent plus d’opportunitĂ©s pour la collectivitĂ©. En Afrique, la micro-assurance est accessible Ă  travers diffĂ©rentes formes : les structures coopĂ©ratives, les mutuelles de santĂ© et autres programmes communautaires, les organisations non gouvernementales (ONG), les institutions de microfinance (IMF), les assureurs commerciaux rĂšglementĂ©s et des mĂ©canismes informels tels que les tontines, et autres groupes d’entraide La micro Takaful cible principalement les populations rurales, les travailleurs Ă  faible revenu des pays en dĂ©veloppement, particuliĂšrement ceux travaillant dans le secteur informel qui sont souvent mal servis ou exclus par le systĂšme d’assurance traditionnel C’est le cas de la mise en place de la micro Takaful au Cameroun pour l’amĂ©lioration de la santĂ© maternelle, l’autonomisation des femmes et la protection sociale des couches dĂ©favorisĂ©es Les dĂ©fis de dĂ©veloppement de l’assurance Takaful en Afrique sont Ă©normes On peut citer le faible niveau d'inclusion bancaire, de sensibilisation du public, une Ă©pargne intĂ©rieure limitĂ©e, le renforcement des capacitĂ©s des acteurs du secteur MalgrĂ© les problĂšmes relevĂ©s, il n’en demeure pas moins que l’assurance Takaful constitue une alternative viable pour l’inclusion financiĂšre en Afrique Dans des pays comme le SĂ©nĂ©gal, le Maroc, le Soudan, le NigĂ©ria, l'Egypte ou encore la CĂŽte d’Ivoire la forte population islamisĂ©e constitue une niche de croissance

Source : Rapport IFDI, 2021
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CONCLUSION

L'importance du secteur de l'assurance ne se mesure pas uniquement par le nombre d’assurĂ©s dans un pays donnĂ©, ni sa contribution au PIB, mais joue aussi un rĂŽle plus fondamental dans le fonctionnement d'une Ă©conomie moderne et le bien-ĂȘtre social de la sociĂ©tĂ© La pĂ©nĂ©tration trĂšs faible de ce marchĂ© stratĂ©gique impose aux acteurs de dĂ©velopper une offre adaptĂ©e L’assurance Takaful a vocation Ă  jouer pleinement ce rĂŽle

Elle vise Ă  apporter des solutions concrĂštes en termes de gestion des risques aux populations A travers la mutualisation des risques, l’assurance Takaful peut transcender les catĂ©gorisations (pauvres/non-pauvres), en tenant compte de l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des populations et des dynamiques de pauvretĂ© dues aux irrĂ©gularitĂ©s de revenu Pour atteindre cet objectif, des amĂ©nagements juridiques et rĂ©glementaires devraient ĂȘtre envisagĂ©s

ABIDJANTAKAFULCONFERENCE

2022estunegrandeopportunitĂ©, unebelleopportunitĂ©pourtousles acteursdumarchĂ©devenir apprendrecequec’estquele takaful,Ă©coutertoutesles opportunitĂ©squ’ilyadansce domaineetsurtouts’immiscerdans cevastechantierquiestaujourd’hui beaucoupplusimportantsous d’autrescieuxeneurope,enasieque cheznousenafriqueoĂčlecollectif, lesocialsontdesĂ©lĂ©ments importants.Etjepensequel’afrique devraitprendresapartĂ l’intĂ©rieur decegrandmarchĂ©del’assurance takaful,surtoutdanscegrand marchĂ©delafinanceislamique.

L’ASSURANCE ISLAMIQUE POUR L’INCLUSION FINANCIERE ET LE DEVELOPPEMENT DURABLE EN AFRIQUE

OrganisĂ©e Ă  l’initiative du cabinet Dexterity Africa, la premiĂšre Ă©dition du forum Abidjan Takaful Conference (ATC) qui s’est tenue les 23 et 24 juin dernier au CRRAE-UMOA aura tenu toutes les promesses Ă  bien des Ă©gards De par la qualitĂ© des modĂ©rateurs, intervenants et des panelistes aux sujets abordĂ©s et dĂ©battus en passant par la mobilisation des participants, dans l’ensemble, tous ont convenu du succĂšs de l’organisation de l’évĂšnement. Avec pour thĂšme principal : « Exploiter le potentiel du Takaful pour favoriser l’inclusion Ă©conomique et le dĂ©veloppement durable en Afrique », autour duquel les Ă©changes se sont organisĂ©s, plusieurs activitĂ©s Ă©taient Ă  l’ordre du jour au cours de cette confĂ©rence

On peut noter, entre autres, des Panels, des KeyNotes, des Rencontres B2B, des Sessions DĂ©couvertes, etc Ces diffĂ©rentes activitĂ©s ont permis d’aborder et d’approfondir plusieurs thĂ©matiques en lien avec le Takaful, l’assurance islamique.

PRESENCE DE NOMBREUX OFFIELS

Au nombre des personnalitĂ©s qui ont pris part Ă  cette premiĂšre Ă©dition de ATC, il faut noter la prĂ©sence effective de : - Monsieur Siaka FANNY, Conseiller Technique du Ministre de l’Economie et des Finances, SecrĂ©taire ExĂ©cutif du Programme de DĂ©veloppement du Secteur Financier (PDSFI), reprĂ©sentant le Ministre de l’Economie et des Finances, Son Excellence Monsieur Adama Coulibaly ;

- Une dĂ©lĂ©gation de l’Ambassade du NigĂ©ria conduite par monsieur Mohammed GANA, Chef de Mission Adjoint, ReprĂ©sentant l’Ambassadeur du NigĂ©ria en CĂŽte d’Ivoire ;

- Monsieur Cheik Oumar OUATTARA, ReprĂ©sentant pays de la BID en CĂŽte d’Ivoire ; - Madame Henry Maria, ConseillĂšre municipale, ReprĂ©sentante du DĂ©putĂ© Maire, Monsieur Jacques EHOUO, Maire de la Commune du Plateau ;

- Monsieur Mamadou KONE, Directeur GĂ©nĂ©ral de Allianz CĂŽte d’Ivoire, PrĂ©sident de l’ASA-CI (Association des SociĂ©tĂ©s d’Assurance de CĂŽte d’ivoire) ;

- Monsieur Tiornan COULIBALY, Directeur Général de LEADWAY Assurance Vie, SPONSOR GOLD de Abidjan Takaful Conference; - Madame Fatou BILE, Responsable de Takaful Assurances by LEADWAY vie ;

- Imam KONE Daou, Représentant du COSIM; - Monsieur KONE Tiémoko, Représentant du CODIS.

ALLOCUTIONS DES OFFICIELS

Appelé au pépite par le Maitre de Conférence, monsieur Ibrahim Doumbia, Madame Henry Maria, ConseillÚre municipale, Représentante du Député Maire Monsieur Jacques EHOUO, Maire de la Commune du Plateau a été la premiÚre à prendre la parole.

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De prime abord, elle a tenu Ă  prĂ©senter les excuses de monsieur EHOUO, dĂ©putĂ©-maire du plateau, qui avait voulu ĂȘtre prĂ©sent physiquement Ă  la confĂ©rence Mais pour des contraintes de calendrier, il n’a pas pu effectuer le dĂ©placement et l’a donc commise Ă  le reprĂ©senter. Cependant, dira-t-elle, il apporte son soutien et ses encouragements Ă  Dexterity Africa et sera toujours le partenaire idĂ©al pour tout ce qui se rapporte au dĂ©veloppement de la communautĂ© Elle a par la suite indiquĂ© l’importance pour les individus d’ĂȘtre bien assurĂ©s pour amortir les chocs dus aux alĂ©as de la vie

forum, qui selon lui, vise le positionnement du Takaful dans l’amĂ©lioration du taux de pĂ©nĂ©tration de l’assurance, son apport au dĂ©veloppement Ă©conomique en Afrique et l’atteinte des Objectifs de DĂ©veloppement (ODD) Au vu des exemples de rĂ©ussite du Takaful constatĂ©s au Soudan, en Egypte, au NigĂ©ria et au Kenya ainsi que son caractĂšre inclusif, le CEO de Dexterity Africa, reste confiant du rĂŽle primordial que peut jouer le Takaful dans le dĂ©veloppement des Ă©conomies africaine s. Il a pour cela profitĂ© pour lancer un vibrant appel Ă  l’endroit de l’ensemble des acteurs Ă  Ɠuvrer Ă  exploiter au mieux les nouvelles possibilitĂ©s offertes par la

Selon elle, l’assurance est un outil de dĂ©veloppement C’est pour cela qu’elle a profitĂ© pour saluer cette belle initiative de Dexterity Africa qui Ɠuvre Ă  insuffler un souffle nouveau dans le secteur des assurances avec le Takaful, l’assurance islamique Pour terminer, madame Henry Maria, a aussi remercier les organisateurs de ATC d’avoir portĂ© leur choix sur la commune du plateau, la Smart City, pour abriter la confĂ©rence

A sa suite, l’allocution du fondateur et CEO de Dexterity Africa, monsieur TourĂ© Sory A l’entame de son discours, il a tenu Ă  souhaiter la bienvenue Ă  l’ensemble des participants Il a soulignĂ© le fait que malgrĂ© les rĂ©currentes crises, l’Afrique est entrĂ©e dans une nouvelle dynamique de dĂ©veloppement. Et pour faire face aux nouveaux challenges, il est nĂ©cessaire de diversifier les instruments de financement Selon lui, la finance islamique est l’une des sources privilĂ©giĂ©es Ă  explorer davantage, car elle a montrĂ© sous d’autres cieux ses preuves Ă  impulser le dĂ©veloppement par le financement des infrastructures Ă©conomiques Cependant, notera-t-il, il subsiste une mĂ©connaissance de cette finance par les acteurs. C’est pour apporter sa pierre Ă  l’édifice que Dexterity Africa a initiĂ© Abidjan Takaful Conference pour vulgariser cette forme de finance. Monsieur TourĂ© a insistĂ© sur le choix du thĂšme principal du

Quant Ă  monsieur Tiornan Coulibaly, Directeur GĂ©nĂ©ral de Leadway Assurance, il a prĂ©sentĂ© l’ambition de sa compagnie Ă  crĂ©er une fenĂȘtre Takaful Selon lui, cela s’explique en partie par le fait que Leadway a dans son ADN, une envie d’aller toujours plus loin. Aussi, cela s’explique par le fait que la compagnie voulait rĂ©pondre Ă  une prĂ©occupation d’un certain nombre de clients Celle de savoir ce que deviendraient les primes payĂ©es si le risque assurĂ© ne se produisait pas C’est dans ce cadre qu’il a prĂ©sentĂ© l’assurance islamique comme une rĂ©ponse Ă  quelques prĂ©occupations de certains clients dans le domaine de l’assurance conventionnelle. Prenant la parole Ă  la suite du DG de leadway, monsieur Mamadou KonĂ©, Directeur GĂ©nĂ©ral de Allianz et prĂ©sident de l’Association des SociĂ©tĂ©s d’Assurances de CĂŽte d’Ivoire (ASA-CI) a dit tout son plaisir pour l’avĂšnement de l’assurance islamiques qui viendra insuffler une nouvelle dynamique dans le secteur des assurances Il a prĂ©cisĂ© que dĂšs sa prise de fonction Ă  la prĂ©sidence de l’ASA-CI en Avril 2021, sa principale prĂ©occupation a Ă©tĂ© d’identifier des voies pour mieux rĂ©pondre aux besoins des clients. Et l’assurance islamique a Ă©tĂ© identifiĂ©e dans ce sens. A son tour, le reprĂ©sentant du Ministre de l’économie et des Finances, monsieur Siaka Fanny, a rĂ©itĂ©rĂ© ses fĂ©licitations Ă  l’endroit du CEO de Dexterity Africa

finance islamique LE DEPUTE-MAIRE DU PLATEAU, MONSIEUR JACQUES EHOUO APPORTE SON SOUTIEN ET SES ENCOURAGEMENTS A DEXTERITY AFRICA ET SERA TOUJOURS LE PARTENAIRE IDEAL POUR TOUT CE QUI SE RAPPORTE AU DEVELOPPEMENT DE LA COMMUNAUTE. Henry Maria, ConseillÚre municipale, Représentantee du Maire du Plateau
Abidjan Takaful Conference vise le positionnement du Takaful dans l’amĂ©lioration du taux de pĂ©nĂ©tration de l’assurance, son apport au dĂ©veloppement Ă©conomique en Afrique et l’atteinte des Objectifs de DĂ©veloppement (ODD)
Sory Touré, Fondateur et CEO de Dexterity Africa
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ainsi qu’au comitĂ© d’organisation pour avoir reçu Ă  organiser une telle confĂ©rence en CĂŽte d’Ivoire. Il a clairement affichĂ© le soutien du Ministre de l’Economie et des Finances Ă  cette confĂ©rence Pour finir, il a dĂ©clarĂ© ouverte la premiĂšre Ă©dition de « Abidjan Takaful Conference »

AprĂšs les allocutions des officiels, la confĂ©rence proprement dite Ă  dĂ©buter avec les animateurs du premier panel qui ont pris place sur l’estrade.

CONFERENCE

PANEL 1

Abordant la problĂ©matique de la synergie entre les institutions financiĂšres islamiques, l’occasion a Ă©tĂ© donnĂ©e aux panĂ©listes de prĂ©senter leurs visions sur le type de synergie entre les acteurs pour dĂ©velopper l’écosystĂšme de la finance islamique afin de stimuler une croissance Ă©conomique inclusive. Ont pris part Ă  ce panel madame Kynda CompaorĂ© (Directrice groupe Coris Baraka, en ligne du Burkina Faso), messieurs Siaka Fanny, Tiornan Coulibaly, Cheik Oumar Ouattara et Sory TourĂ© en qualitĂ© de modĂ©rateur Les panĂ©listes ont convenu d’un renforcement de la coopĂ©ration entre tous les acteurs afin de favoriser le dĂ©veloppement d’un Ă©cosystĂšme solide de la finance islamique en Afrique et en CĂŽte d’Ivoire.

PANEL 2

Modéré par monsieur Ziémogo Ouattara, ce panel a permis de passer en revue la rÚglementation du Takaful dans la zone CIMA. Ont pris part au panel, messieurs Bara Diene (DG CIFIA, en ligne du Sénégal), Boubkeur Ajdir (Associé, Directeur IFAAS zone francophone), Chiheb Ghanmi (Partner, financial services, Tunisie) et Radhouane Ben Amara (DGA Amana Takaful, Tunisie)

Les panélistes ont largement présenté la réglementation du Takaful en zone CIMA et les opportunités offertes par son adoption.

PANEL 3

Portant exclusivement sur le leadership féminin en finance islamique, ce panel constitué uniquement de femmes leaders en la matiÚre a permis de passer en revue le rÎle que les femmes jouent et les challenges restant à surmonter

PANEL 4

Au cours de ce panel, les panelistes ont mis en exergue la synergie qu’il pouvait y avoir en Afrique entre le micro-takaful, la microfinance, le Waqf et la Zakat pour dĂ©velopper des produits innovants en faveur de l’inclusion financiĂšres des personnes Ă  faibles revenus et le dĂ©veloppement des PME

PANEL 5

Ce panel a discutĂ© du nouveau cadre rĂ©glementaire du marchĂ© des capitaux islamiques dans la zone UEMOA. Les opportunitĂ©s offertes Ă  l’ensemble des acteurs ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es et les nouveaux dĂ©fis Ă  surmonter identifiĂ©s. Dans les moindres dĂ©tails, monsieur Ajdir, qui est l’un des experts ayant travaillĂ©s Ă  rendre possible la livraison du nouveau cadre rĂšglementaire, a fait l’historique et les principales Ă©tapes franchies pour aboutir au texte final qui attend toujours d’ĂȘtre adoptĂ© par les autoritĂ©s de l’UMOA

FIRESIDE CHAT

Dans cette rubrique, il s’est agi de donner la parole Ă  deux pionniers du Takaful, en l’occurrence Dr Bachir Hassan, Fondateur et ancien CEO de Takaful Insurance of Africa Limited (Kenya) et M. Mommodou Joof, CEO West Africa Takaful (Gambie) Les panĂ©listes ont enrichi les participants de leurs expĂ©riences professionnelles dans l’industrie du Takaful

SESSION DECOUVERTE

Abordant la problĂ©matique de l’utilisation de la technologie financiĂšre (Fintech) et assurantielle (Assurtech) par les compagnies Takaful et de son impact sur l’inclusion financiĂšre, ce panel Ă  passer en revue les offres existantes dans le monde et en Afrique. L’un des points marquants de ce panel a Ă©tĂ© la prĂ©sentation de Payday Takaful, une fintech innovante spĂ©cialisĂ©e dans la gestion des avances de salaire entre les employeurs et leurs salariĂ©s

La conférence a pris fin aux environs de dix-huit heure aprÚs les réponses données aux préoccupations des participants par le monsieur Boubkeur Ajdir qui a brillamment animé cette session découverte.

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Abidjan Takafu Conference ATC: Accueil et installation des invitĂ©s, Allocutions des officiels, Teach In, Panels, Echanges, Interviews
 Revivez en images les temps forts de cette cĂ©rĂ©monie qui fut une grande premiĂšre. Allocution de Mme Henri Maria, reprĂ©sentante du Maire de la Commune du Plateau M. Mamadou KonĂ©, DG Allianz CI Assurances, PrĂ©sident de l’ASACI Panel sur La rĂ©glementation du Takaful en zone UEMOA avec Ziemogo Ouattara (Gauche); Boubkeur Ajdir (Centre); Mme Maguette Sakho (Droite). Lors du Panel inaugural sur le thĂšme « Synergies entre institutions financiĂšres islamiques ». De gauche Ă  droite., M. Tiornan Coulibaly, DG Leadway; M. Siaka Fanny, SecrĂ©taire ExĂ©cutif PDESFI; M. Sory TourĂ©, CEO Dexterity Africa; M. Cheick Oumar Ouattara, ReprĂ©sentant pays BID. ArrivĂ©e de l’Imam Daoud KonĂ©, SecrĂ©taire ExĂ©cutif du COSIM et PrĂ©sident du ComitĂ© de Supervision Charia de Leadway Takaful
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De Gauche à Droite, M Tiornan Coulibaly; M Sory Touré; M Mamadou Koné; Mme Henri Maria; M Siaka Fanny et M. Momodou Musa Joof.

De

M.

Echange

Panel sur le Micro Takaful, microfinance Waqf et Zakat en Afrique avec Nabil Kesraoui(gauche.); Dr Dosso Mafini (Centre) et Maguette Sakho (droite). L’équipe de Leadway autour du CEO Dexterity Africa entre M. Boundy Bakary, Directeur Coordonnateur du Programme National de Microfinance Participative et de renforcement des capacitĂ©s en CI (Ă  gauche); Nabil Kesraoui (au centre) et Maguette Sakho (Ă  droite).
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Boubkeur Ajdir, prĂ©sentant la solution de TakaTech, Payday Takaful. gaucge Ă  droite, M. Sory TourĂ© (CEO Dexterity Africa) avec les membres du Panel sur le cadre rĂ©glementaire du marchĂ© des capitaux (Hamma Ndiaye, CEO Kaydar Consulting; IsmaĂȘl Adam CissĂ©, CEO Sirius Capital; Williams Bela, CEO Property KRO; Boubkeur Ajdir, Partner IFAAS). Panel sur Fireside Chat avec, entre autres, Dr Dosso Mafini (Economiste de l’innovation) et Momodou Musa Joof (CEO, West Africa Takaful). Panel sur MicroTakaful, microfinance islamique, Waqf et Zakat en Afrique avec Dr Dosso Mafini, Mme Maguette Sacko et Dr Sylla, membre du Conseil d’Administration de la Fondation Waqf et Zakat de CI. Mme Maguette Sakho (D.) et Mme MassĂ©ni Barry (G.), PrĂ©sentatrice Al Bayane TV et ModĂ©ratrice du Panel CEO POWERTALKS: Femmes Leaders en finance Islamique
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Retour d’expĂ©rience avec M. Rilwan Sunmonu, CEO Noor Takaful (NigĂ©ria) lors du Masterclass au Jour 2, sous le regard attentif de M. Sory TourĂ©, CEO de Dexterity Africa Abidjan Takafu Conference ATC: Accueil et installation des invitĂ©s, Allocutions des officiels, Teach in, Panels, Echanges, Interviews
 Revivez en images les temps forts de cette cĂ©rĂ©monie qui fut une grande premiĂšre. M. Ibrahim Adama CissĂ©, CEO Sirius Capital, lors de sa participation au Panel sur le cadre rĂ©glementaire du marchĂ© des capitaux Photo de famille au sortir du Masterclass sur le Takaful avec les participants, les formateurs, les officiels! Jour 2: Le Masterclass sur le Takaful. Vue d’ensemble lors d’un module animĂ© par Mme Maguette Sacko.

A bien voulu rehaussé la cérémonie de sa présence une juriste internationale.

Une participante s’imprĂ©gnant des produits et services du cabinet DEXTERITY AFRICA en finance islamique: www.dexterity-africa.com

Une photo d’ensemble regroupant une hĂŽtesse, une membre de comitĂ© d’organisation, des commerciaux de Leadway Takaful.

L’un des participants plongĂ© dans sa prise de notes! Deux autres participants Ă©changent
 Des Ă©tudiants Ă©taient aussi de la partie.
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Abidjan Takafu Conference ATC: Accueil et installation des invitĂ©s, Allocutions des officiels, Teach in, Panels, Echanges, Interviews
 Revivez en images les temps forts de cette cĂ©rĂ©monie qui fut une grande premiĂšre. M. Fanny Siaka, SecrĂ©taire ExĂ©cutif PDESFI, reprĂ©sentant le Ministre de l’Economie et des Finances

Intervention

Co-participait

Intervenanit

en ligne du Dr Hassan Bachir, Fondateur et ancien CEO, Takaful Insurance of Africa (Kenya) lors du Panel Dialogue avec un pionnier du Takaful. M. Momodu Joof, CEO West Africa Takaful (Gambie) et la modératrice, Dr Dosso Mafini () Intervention en ligne de M. Said Amaghdir, DGA, Winéo Asset Management (Maroc) intervenait en ligne lors du Panel sur Nouveau cadre réglementaire du marché des capitaux islamiques dans la zone UMOA M. Radhouane Ben Amara, DGA Amana Takaful (Tunisie) intervenait en ligne dans le Panel sur Nouveau cadre réglementaire du marché des capitaux islamiques dans la zone UMOA. en ligne Chiheb Ghanmi, Partner, Financial Services à GAC Audit et Conseil lors du Panel sur Nouveau cadre réglementaire du Takaful en zone CIMA. Mme Fatou Jallow, CEO Takaful Gambia (Gambie) est intervenueenlignelorsdu Panel CEO POWERTALKS: Femmes Leaders en finance Islamique.
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Intervention en ligne du Dr Aishath Muneeza, Associate Professor, INCEIF (Malaisie) dansle Panel CEO POWERTALKS: Femmes Leaders en finance Islamique Interventionenlignede Mme Sumayya Hassan, CEO TakafulInsuranceofAfrica(Kenya)lorsdu Panel CEO POWERTALKS: Femmes Leaders en finance Islamique.

Selon l’AAOIFI Norme 26 « L’assurance islamique est un accord entre personne faisant face Ă  des risques dĂ©terminĂ©s en vu de rĂ©parer les dommages rĂ©sultant de ces risques. Les personnes en question versent des cotisations, Ă  titre de donations, Ă  un fonds d’assurance ayant une personnalitĂ© morale et un patrimoine propre Les ressources du fonds servent Ă  indemniser les participants qui subissent un sinistre couvert par l’assurance conformĂ©ment aux rĂšglements et conditions des polices d’assurances »

L’assurance takaful est donc une garantie mutuelle, basĂ©e sur les principes de la finance islamique qui sont :

‱ Le partage des risques entre les parties au contrat ;

‱ la matĂ©rialitĂ©: toute transaction doit avoir une "finalitĂ© matĂ©rielle", liĂ©e directement ou indirectement Ă  la transaction Ă©conomique rĂ©elle ;

‱ la non-exploitation: les transactions financiùres ne doivent jamais donner lieu à l'exploitation d'une des parties contractantes ;

‱ l'interdiction de financer le "haram" ou les activitĂ©s illicites en rapport avec la production de boissons alcoolisĂ©es, le porc, la pornographie, les jeux de hasard ;

Ces principes découlent de la prohibition, par la loi religieuse, de trois pratiques :

‱ le Riba : littĂ©ralement augmentation, addition Il s’agit en fait de l’usure, de l’intĂ©rĂȘt produit par l’argent

L’assurance

Takaful comme instrument pour l’inclusion financiùre

prĂȘtĂ©, empruntĂ© ou dĂ©posĂ© sur un compte bancaire

‱ le Gharar : la vente d’un bien non possĂ©dĂ©

‱ le Maysir : jeu de hasard, spĂ©culation.

Le «Micro-takaful» est l’alternative islamique Ă  la « micro assurance conventionnelle », ce sont des produits d’assurances proposĂ©s aux personnes dĂ©favorisĂ©es

Le Micro-takaful est un fonds d’assistance islamique basĂ© sur les principes d’assistance mutuelle et de contribution volontaire destinĂ©es Ă  la population Ă  faible revenu C’est un mĂ©canisme social et de protection avec les produits Takaful taillĂ©s sur mesure pour cette population dĂ©favorisĂ©e Le Micro-takaful doit rĂ©pondre Ă  certains critĂšres :

‱

Le canal de distribution se fait par des personnes physiques ou morales engagĂ©es dans la lutte contre la pauvretĂ© (les banques islamiques, les institutions de microfinance islamiques, les ONG, les coopĂ©ratives, les associations, les mutuelles, les compagnies d’assurances, les courtiers, les personnes dĂ©diĂ©es ou mandatĂ©es ;

‱ Le mĂ©canisme et les textes doivent ĂȘtres simples, clairs et accessibles aux cibles ;

‱ Les adhĂ©rents sont des personnes Ă  revenu faible ou irrĂ©gulier ;

‱

Les montants des contributions au fonds Microtakaful sont accessibles aux adhérents ;

‱ L’utilisation des instruments financiers islamiques basĂ©s sur la bienfaisance et la solidaritĂ© dans la mobilisation des fonds (Sadaqat, Zakat, qard hasan, etc, ) ;

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Selon le rapport de la CNUCED, moins de la moitiĂ© des pays africains ont enregistrĂ© une croissance inclusive au cours des 20 derniĂšres annĂ©es, 34% des mĂ©nages sur le continent vivent en dessous du seuil de pauvretĂ© (1,9 dollar par personne et par jour) Cette situation affecte le plus souvent les femmes et la petite enfance Pour faire face Ă  ce flĂ©au, plusieurs stratĂ©gies communautaires ont Ă©tĂ© mises en place par des femmes (tontines, nattes, solidaritĂ©, partage, GIE, association, coopĂ©rative) afin d’investir dans des activitĂ©s gĂ©nĂ©ratrices de revenus et d’avoir une autonomie financiĂšre. Des services financiers ont Ă©tĂ© créés par la finance islamique (banques islamiques, l’assurance Takaful, les institutions de Microfinance islamique et le Micro-takaful, ...) pour contribuer Ă  l’inclusion financiĂšre de leur cible

Inclusion financiùre du point de vue de l’ONU

La dĂ©finition de l’inclusion financiĂšre proposĂ©e par l’ONU est la suivante ; « l'accĂšs, Ă  un prix raisonnable pour tous les mĂ©nages et entreprises, Ă  une large gamme de services financiers : Ă©pargne, crĂ©dit Ă  court et long termes, crĂ©dit-bail et affacturage, hypothĂšques, assurances, pensions, paiements, virements en devises locales et envois de fonds internationaux »

Inclusion financiùre du point de vue de l’UEMOA

Dans la zone UEMOA, la dĂ©finition de l’inclusion financiĂšre retenue est la suivante : « l'accĂšs permanent

des populations à une gamme diversifiée de produits et services financiers adaptés, à des coûts abordables et utilisés de maniÚre effective, efficace et efficiente ».

L’assurance Takaful de mĂȘme que le Micro-takaful sont des garanties mutuelles basĂ©es sur le principe de la finance islamique avec des cibles diffĂ©rentes En Afrique, la solidaritĂ©, le partage et l’entraide ont toujours existĂ© Ces valeurs font Ă©galement partie des critĂšres du Takaful

L’inclusion financiĂšre est en fait le contraire de « l’exclusion financiĂšre » qui reprĂ©sente un aspect de l’exclusion sociale, qui constitue un concept beaucoup plus large. Un systĂšme financier est inclusif lorsque celui-ci est accessible sans contrainte Ă  toutes les couches de la population. L’inclusion financiĂšre est considĂ©rĂ©e comme un facteur de dĂ©veloppement durable Trois secteurs (3) contribuent au renforcement de l’inclusion financiĂšre en Afrique :

- Le secteur bancaire qui regroupe les banques, les caisses nationales d’épargnes, les services postaux et le trĂ©sor public;

- Le service de la monnaie électronique avec les établissements émetteurs de monnaie électronique;

- Les systÚmes financiers décentralisés (Instituions de Micro finance);

Les donnĂ©es de la BCEAO, Juillet 2019, ont montrĂ© la participation de ces secteurs dans le dĂ©veloppement de l’inclusion financiĂšre Le taux de bancarisation strict (TBS) est passĂ© de 16,4% en 2017 Ă  19,3% en 2018

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Le taux de bancarisation Ă©largie (TBE), qui inclut le taux de bancarisation strict auquel s’ajoutent les dĂ©tenteurs de comptes dans les institutions de microfinance, a connu une Ă©volution positive de 41,3% en 2018 contre 35,6% en 2017. Et le taux global d’utilisation des services financiers (TGUSF) est passĂ© de 53,6% en 2017 Ă  57,1% en 2018

Pour augmenter le dĂ©veloppement de l’inclusion financiĂšre et servir cette population Ă  faible revenu, certaines compagnies, fenĂȘtres Takaful et MicroTakaful en collaboration avec les instituions financiĂšres islamiques, ont dĂ©veloppĂ© des services financiers via la fintech et l’assurtech (crĂ©dit-santĂ©-dĂ©cĂšs, emprunteurassurance funĂ©railles, 
 ) pour prendre en charge cette population et renforcer la santĂ© financiĂšre de leur activitĂ©. Presque 70% de cette population qui se regroupent dans les tontines, les associations, les GIE, les coopĂ©ratives, possĂšdent un smartphone, ou ont des comptes dans ces institutions financiĂšres islamiques Elles peuvent bĂ©nĂ©ficier des microcrĂ©dits, avec une assurance crĂ©dit emprunteur qui couvre le solde restant dĂ» en cas de dĂ©cĂšs Elles peuvent Ă©galement bĂ©nĂ©ficier d’une assurance santĂ© qui les couvre en cas de maladies leur permettant de se soigner afin de pouvoir respecter leur engagement et d’éviter le dĂ©tournement d’objectif sur les fonds prĂȘtĂ©s. Et d’une assurance funĂ©railles pour faire face aux dĂ©penses L’assurance Takaful ainsi que la micro Takaful visent la protection de la mutualitĂ©, la

garantie et l’assistance mutuelle de ses adhĂ©rents Ils peuvent, via les services financiers, gĂ©rer leur portefeuille, rĂ©ussir leur mission, augmenter l’accessibilitĂ© des produits Takaful ou Micro-takaful dans toutes les couches de la population. Ils constituent un instrument pour l’inclusion financiĂšre avec un systĂšme de protection (Takaful famille et gĂ©nĂ©ral), de lutte contre la pauvretĂ© systĂ©mique, de garantie pour les institutions islamiques avec l’octroie de financement (assurance crĂ©dit emprunteur) Ce qui permet le dĂ©veloppement des activitĂ©s gĂ©nĂ©ratrices de revenu de groupement de femmes ainsi que l’insertion socioĂ©conomique. Pour rĂ©ussir cette inclusion financiĂšre, il faut l’accompagner par l’éducation financiĂšre avec une sensibilisation sur les produits et services des compagnies Takaful, Micro-takaful et le marketing social (les faire adhĂ©rer de façon naturelle Ă  l’idĂ©ologie de l’assurance Takaful) au niveau des groupements de femmes (associations, tontines, coopĂ©ratives, GIE, )

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En termes conventionnels, l’assurance est un moyen de fournir une sĂ©curitĂ© et une compensation Ă  ce qui est prĂ©cieux en cas de perte, de dommage ou de destruction. Selon le droit musulman,ilexistedeuxaspectsdel’assuranceconventionnelle:unaspectconceptuelainsiqu’unaspectpratique.

Encequiconcernel’aspectconceptueldel’assurance,ilestnonseulementreconnu,maisĂ©galementencouragĂ©etrĂ©compensĂ©parl’islam.LesjurisconsultesontestimĂ©queleconceptmĂȘme d’assuranceĂ©taitconformeaudroitmusulman

Quelle est la dĂ©finition d’une assurance Takāful ?

Le mot takāful signifie « solidaritĂ©, symbiose » Il provient de la racine sĂ©mitique kafala, qui a pour sens « assurer, cautionner, garantir ». En Malaisie, pays pionnier en la matiĂšre, l’article deux de la loi de 1984 dĂ©finit le takāful comme « un systĂšme fondĂ© sur la fraternitĂ©, la solidaritĂ© et l’assistance mutuelle » En Tunisie, l’article 201 du code des assurances le dĂ©finit comme « un rĂ©gime contractuel par lequel un groupe de personnes appelĂ©es “adhĂ©rents” s’engage Ă  s’entraider en cas de rĂ©alisation du risque ou au terme fixĂ© au contrat d’assurance takāful, et ce Ă  travers le paiement d’une somme en guise de donation appelĂ©e “cotisation » Le takāful est considĂ©rĂ© par les fuqahā” comme un contrat de donation dans lequel un groupe de participants, au moyen d’un pacte, acceptent de garantir mutuellement un dommage touchant l’un d’entre eux Ce systĂšme d’assurance est fondĂ© sur des principes de tabarru' “don, donation, libĂ©ralitĂ©, offrande, acte Ă  titre gratuit” et de ta'āwun “mutualitĂ©, synergie, entraide, coopĂ©ration”, oĂč le groupe partage volontairement le risque collectivement. Dans un contrat takāful, les participants versent une somme d’argent,

en tant qu’engagement de tabarru' dans un fonds commun, qui sera utilisĂ© mutuellement pour porter assistance aux membres contre un type de risque spĂ©cifiĂ© L’engagement de tabarru’ est un pilier central de l’assurance takāful C’est le montant versĂ© par chaque participant takāful pour s’acquitter des obligations d’entraide permettant de rĂ©gler les sinistres garantis. Dans la mesure oĂč l’engagement de tabarru’, comme base des contributions, attĂ©nue l’élĂ©ment de gharar du contrat takāful et bien qu’il existe encore une certaine incertitude quant Ă  savoir quand le risque se concrĂ©tisera, cette incertitude est considĂ©rĂ©e comme tolĂ©rable dans un contrat de donation et n’a pas pour effet d’invalider le contrat Dans un contrat takāful, il devient clair qu’un participant takāful a droit au bĂ©nĂ©fice du fonds takāful, parce que les autres participants takāful acceptent volontiers, selon le principe de l’entraide, de faire don du montant de sa contribution pour l’indemniser du prĂ©judice subi

En quoi est-elle diffĂ©rente de l’assurance conventionnelle ?

En termes conventionnels, l’assurance est un moyen de fournir une sĂ©curitĂ© et une compensation Ă  ce qui est prĂ©cieux en cas de perte, de dommage ou de destruction Selon le droit musulman, il existe deux aspects de l’assurance conventionnelle : un aspect conceptuel ainsi qu’un aspect pratique En ce qui concerne l’aspect conceptuel de l’assurance, il est non seulement reconnu, mais Ă©galement encouragĂ© et rĂ©compensĂ© par l’islam Les jurisconsultes ont estimĂ© que le concept mĂȘme d’assurance Ă©tait conforme au droit musulman Des mesures d’indemnisations mutuelles et de rĂ©duction des risques par appel Ă  la loi des grands nombres Ă©taient dĂ©jĂ  pratiquĂ©es au temps du ProphĂšte Le fondement de la responsabilitĂ© partagĂ©e ayant Ă©tĂ© posĂ©e dans les systĂšmes de mutualisation des contributions d’un groupe permettant dans le cadre d’aqilah, d’indemniser la famille d’une

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victime, et dans le cadre de daman khatar at-tariq, de garantir les pertes survenues durant les voyages des caravanes de commerçants.

Toutefois, l’aspect pratique de l’assurance conventionnelle pose un problĂšme de conformitĂ© du contrat d’assurance au droit islamique : tout d’abord en raison du gharar qu’il contient aux yeux d’une majoritĂ© des jurisconsultes, ensuite Ă  cause de la prĂ©sence de ribĂą dans les compagnies qui exercent l’activitĂ© assurantielle Puisque gharar et ribĂą sont clairement interdits par le droit islamique, ils ne peuvent pas ĂȘtre permis sous prĂ©texte de l’aspect conceptuel Dans le cas du contrat d’assurance conventionnelle, en cas de non-survenance du sinistre, l’assureur conserve la prime et l’assurĂ© la perd : cela peut ĂȘtre assimilĂ© Ă  une forme de maysir entrainant un risque de khatar PremiĂšrement, la probabilitĂ© de gain est nettement moins importante que celle de perte, pour laquelle l’assurĂ© verse une petite prime dans le but d’en percevoir une plus importante si l’évĂšnement se produit DeuxiĂšmement, l’assurĂ© paye une prime de façon certaine alors que le rĂšglement du sinistre reste pour lui incertain En droit musulman, tout contrat disproportionnĂ© ou dĂ©sĂ©quilibrĂ© qui permet une perte injuste d’une partie en faveur d’une autre est considĂ©rĂ© comme contenant du maysir ayant pour effet d’invalider le contrat Du cĂŽtĂ© de la compagnie, si les indemnisations sont supĂ©rieures aux primes versĂ©es, la sociĂ©tĂ© d’assurance sera en dĂ©ficit, cela est considĂ©rĂ© par la majoritĂ© des jurisconsultes comme Ă©tant Ă©galement un Ă©lĂ©ment de maysir. L’autre Ă©lĂ©ment caractĂ©ristique de l’assurance conventionnelle est la prĂ©sence de ribĂą dans les investissements Ă  intĂ©rĂȘts fixes, ainsi que dans les autres

pratiques connexes des activitĂ©s d’investissement des compagnies d’assurance conventionnelles. Par ailleurs, en cas d’indemnisation, il y aura prĂ©sence d’une diffĂ©rence, entre le montant du rĂšglement du sinistre et le montant de la prime versĂ©e, qui sera elle aussi assimilĂ©e Ă  du ribĂą. Ce sont ces raisons qui ont conduit la majoritĂ© des jurisconsultes Ă  dĂ©clarer l’assurance conventionnelle illicite, et Ă  proposer une solution d’assurance mutuelle plus Ă©quitable, basĂ©e sur un contrat de donation unilatĂ©rale (ouqoud attabarouat), et non pas sur un contrat d’échange commercial (ouqoud al-mouawaddat). Par consĂ©quent, la diffĂ©rence fondamentale repose dans la dimension du partage des risques entre les participants et donc de leur mutualisation. On pourra donc retenir que l’assurance conventionnelle repose sur le transfert des risques alors que l’assurance takāful repose sur le partage des risques.

Ces contrats de donations sont considĂ©rĂ©s comme des Ɠuvres de bienfaisance, et la plupart des Ă©coles juridiques de l’islam ont, pour ce type de contrats, acceptĂ© la non-application de l’interdiction du gharar, bien que leurs rĂ©sultats puissent ĂȘtre incertains Cela parce qu’il ne s’agit pas de contrats commerciaux, mais d’Ɠuvres de bienfaisance, pour lesquelles les participants souhaitent rĂ©aliser une donation dans le but de faire le bien et de plaire Ă  Dieu.

Quelles garanties sont en place pour que ce nouveau produit se développe ?

L’assurance takāful rĂ©pond Ă  un double besoin. Tout d’abord, il permet de rĂ©pondre au besoin de prĂ©servation des personnes et des biens, et s’inscrit pleinement dans le droit islamique qui a pour finalitĂ© la prĂ©servation.

Cette classification de l’assurance takāful en rĂ©ponse au besoin de prĂ©servation tant au niveau des personnes que des biens traduit de maniĂšre efficiente l’énorme potentiel de la demande Ă©mise par les particuliers, entreprises et autres organismes tels que les institutions, associations et collectivitĂ©s Par ailleurs, l’assurance takāful rĂ©pond Ă  la satisfaction des besoins de la sociĂ©tĂ© moderne. CorrĂ©lĂ©es au mode de vie moderne qu’est en train d’adopter la sociĂ©tĂ©, les mĂ©nages octroient de plus en plus d’importance aux dĂ©penses d’assurance et Ă  la couverture de leurs risques EncouragĂ©es par le dĂ©veloppement Ă©conomique et dĂ©mographique, les opportunitĂ©s de dĂ©veloppement dans le secteur des assurances sont considĂ©rables au regard du faible taux de pĂ©nĂ©tration et de l’apparition de nouveaux besoins de sĂ©curitĂ© et de prĂ©voyance liĂ©s Ă  la modernisation de la sociĂ©tĂ© Pour pĂ©nĂ©trer le marchĂ©, il est indispensable de rĂ©pondre Ă  ses attentes au travers d’une stratĂ©gie marketing adaptĂ©e, tant au niveau de l’élaboration de l’offre que de la communication utilisĂ©e. L’assurance takāful , en tant qu’innovation assurantielle respectueuse du droit islamique, permet de rĂ©pondre Ă  ces besoins: il permet Ă  la fois de rĂ©pondre aux attentes des participants, mais aussi de remplir une fonction sociale importante et de contribuer considĂ©rablement au dĂ©veloppement du secteur assurantiel dans les pays oĂč il est peu dĂ©veloppĂ©

Quel est l’état du dĂ©veloppement mondial de l’assurance takāful et plus particuliĂšrement en Afrique ? D’aprĂšs les donnĂ©s du dernier rapport de Refinitiv publiĂ© en 2021, avec 323 opĂ©rateurs takāful, les contributions mondiales reprĂ©sentaient 62 milliards de dollars en 2020, soit deux pour

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cent du secteur global des services financiers islamiques L'Iran, l’Arabie saoudite et la Malaisie Ă©tant les plus grands marchĂ©s takāful suivis de l’IndonĂ©sie et des Émirats arabes unis.

En Afrique, le marchĂ© est dominĂ© par le Soudan, l'Égypte, la Tunisie et le Kenya Il existe des prĂ©sences plus modestes au Nigeria, au SĂ©nĂ©gal, en Afrique du Sud, en Gambie, en Mauritanie, en Zambie et en AlgĂ©rie qui viennent de se lancer. L’assurance takāful devrait ĂȘtre lancĂ©e prochainement au Maroc, aprĂšs l'adoption d'une lĂ©gislation en 2019. Le marchĂ© Ă©gyptien de l'assurance est dominĂ© par l'entreprise publique Misr Insurance, qui dĂ©tient environ 45 % du marchĂ© Il existe 11 entreprises takāful, avec une prĂ©sence globalement plus forte dans le secteur non-vie du marchĂ©. Ces entreprises comprennent la filiale takāful du groupe Misr, Misr Takāful En 2020, Misr a travaillĂ© sur la crĂ©ation d’une nouvelle entreprise takāful famille avec des partenaires externes. Cela devrait apporter une base solide pour le dĂ©veloppement du secteur takāful famille dans un pays oĂč les assurances de personnes reprĂ©sentent prĂšs de la moitiĂ© du marchĂ© Le Nigeria a un taux de pĂ©nĂ©tration de l'assurance trĂšs faible, mĂȘme par rapport aux Ă©conomies ayant un PIB par habitant similaire Ces derniĂšres annĂ©es, la croissance des cotisations n'a pas suivi l'inflation Le secteur est Ă©galement en pleine restructuration, suite aux nouvelles exigences en matiĂšre de capital annoncĂ©es par le rĂ©gulateur, et entrĂ©es en vigueur en dĂ©cembre 2020 En consĂ©quence, six assureurs ont annoncĂ© leur intention de fusionner et sept autres ont annoncĂ© qu'ils allaient lever de nouveaux capitaux. Il existe quatre sociĂ©tĂ©s takāful, toutes dotĂ©es de licences composites, mais elles reprĂ©sentent moins de 1 % du secteur de l'assurance. Ce pourcentage est un peu plus faible qu'au Kenya, oĂč il n'y a qu'une seule sociĂ©tĂ© takāful mais un marchĂ© de l'assurance globalement plus important

Pouvez-vous revenir sur votre expérience de courtier grossiste en assurance takāful en France ?

InitiĂ©e Ă  la demande d’associations et de pompes funĂšbres musulmanes Ă©tablies en France, nous avons lancĂ© en 2021 Sakina FunĂ©railles, premiĂšre offre takāful en France destinĂ©e au financement des obsĂšques et du rapatriement Cette couverture permet Ă  son dĂ©tenteur de couvrir les frais d’obsĂšques et Ă©ventuellement de rapatriement en intĂ©grant les rituels religieux et le respect de leurs derniĂšres volontĂ©s Pour faciliter la distribution de la solution Sakina FunĂ©railles en ces temps de crise sanitaire, nous avons lancĂ© une plateforme digitale qui permet de rĂ©aliser des devis, d’éditer des bulletins d’adhĂ©sion, de les signer

Ă©lectroniquement. Les garanties sont accordĂ©es de 12 ans Ă  85 ans, la souscription se rĂ©alise sans questionnaire mĂ©dical. Le contrat permet au participant d’obtenir un capital destinĂ© Ă  couvrir ses frais d’obsĂšques et de rapatriement en cas de dĂ©cĂšs. A son dĂ©cĂšs, le capital choisi lors de la souscription sera versĂ© au bĂ©nĂ©ficiaire dĂ©signĂ© dans le contrat. Le bĂ©nĂ©ficiaire du contrat peut ĂȘtre une personne physique ou une personne morale comme les pompes funĂšbres afin de rĂ©gler directement les frais d’obsĂšques et le rapatriement vers le pays d’origine du dĂ©funt.

D’aprĂšs Les Échos Etudes, le chiffre d’affaires potentiel du takāful en France est Ă©valuĂ© Ă  3,5 milliards d’euros, soit 1,70 % du marchĂ© total de l’assurance Sur cette base, la France pourrait devenir le cinquiĂšme marchĂ© mondial du takāful. Ce n’est sans doute pas pour rien que la Banque Centrale EuropĂ©enne indiquait dans son rapport sur la finance islamique, paru en juin 2013, que la finance islamique semblait avoir un bon potentiel Ă  dĂ©velopper en France. Un Ă©lĂ©ment clĂ© indispensable pour permettre Ă  une industrie de rĂ©vĂ©ler tout son potentiel est de favoriser l’apparition d’un grand acteur rĂ©gional ou mondial auquel tous les autres acteurs cherchent ensuite Ă  prendre des parts de marchĂ© Avec le lancement de Sakina FunĂ©railles, c’est lĂ  notre ambition !

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Les progrĂšs enregistrĂ©s ces derniĂšres annĂ©es suite aux efforts consentis par les gouvernements et l’ensemble des partenaires au dĂ©veloppement, avec pour but ultime l’atteinte des Objectifs de DĂ©veloppement Durable (ODD), sont Ă  prĂ©sent fortement compromis Pour cause, le taux mondial d’extrĂȘme pauvretĂ©, en baisse depuis plus d’une vingtaine d’annĂ©es, a enregistrĂ© une augmentation en 2020 (entre 88 et 115 millions de personnes supplĂ©mentaires ont basculĂ© dans la pauvretĂ© selon la Banque Mondiale) et l’on note une certaine incertitude qui frise les perspectives d’avenir et l’atteinte des objectifs mondiaux. Cette rĂ©alitĂ© est attribuable aux effets nĂ©gatifs de la conjonction de trois facteurs principaux, Ă  savoir : la pandĂ©mie de la COVID-19, les conflits armĂ©s rĂ©currents et le changement climatique. Le constat est que ce contexte difficile vient aggraver une situation oĂč le gap annuel de financement Ă  l’adoption des ODD en 2015 Ă©tait dĂ©jĂ  de 2500 milliards de dollars amĂ©ricains.

Pour pallier cette situation, de nouvelles sources de financement devraient ĂȘtre recherchĂ©es et mobilisĂ©es afin de pouvoir rĂ©orienter l’économie mondiale dans la bonne direction par le financement des projets ODD Dans ce cadre, certains produits de la finance islamique (les Sukuk, la Mourabaha immobiliĂšre, ) sont dĂ©jĂ  mobilisĂ©s Ă  cet effet. Cependant, son potentiel reste peu exploitĂ© dans la mesure oĂč la finance sociale islamique, dont les principes et objectifs cadrent bien avec de nombreux ODD, reste peu dĂ©veloppĂ©e dans de nombreux pays. Or,

il est Ă©vident que la finance sociale islamique Ă  travers la Zakat pourrait ĂȘtre l’une des nouvelles sources alternatives Ă  explorer En effet, selon la Banque Mondiale (2016), le potentiel de la Zakat pourrait atteindre dans les annĂ©es Ă  venir les 1000 milliards de dollars amĂ©ricains Il est donc certain qu’une telle source de financement ne peut ĂȘtre ignorĂ©e dans la mesure oĂč, d’une part, elle constitue d’énormes ressources financiĂšres immĂ©diatement disponibles et, d’autre part, la Zakat est en parfaite cohĂ©rence avec les objectifs poursuivis Ă  travers les ODD. Dans ce contexte, des partenariats entre les institutions internationales Ɠuvrant dans le domaine du dĂ©veloppement et les instituions en charge des fonds Zakat sont Ă  encourager et Ă  renforcer pour les dĂ©bloquer et les mettre au service des ODD

Zakat est un mot arabe qu’on pourrait traduire en français par « aumĂŽne lĂ©gale » C’est le troisiĂšme pilier de l’Islam Elle constitue de ce fait une obligation prescrite Ă  tout musulman dont l’épargne constituĂ©e au cours d’une annĂ©e atteint un certain montant, Ă  donner une partie de celle-ci (une proportion de 2,5 %) aux dĂ©munis de sa communautĂ© Cette action de gĂ©nĂ©rositĂ© et de solidaritĂ© est sensĂ©e assurer la purification du

Quels partenariats entre les institutions de dĂ©veloppement et les fonds Zakat pour l’atteinte des objectifs de dĂ©veloppement durable ?
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patrimoine du donateur. Vue sous cet angle, la Zakat a un double avantage D’une part, elle permet de purifier les richesses du donateur et favoriser leur croissance sans compromettre leur foi religieuse D’autre part, les ressources distribuĂ©es permettent aux bĂ©nĂ©ficiaires de disposer d’un minimum pour subvenir Ă  leurs besoins essentiels.

En somme, si la gouvernance de la Zakat est bien coordonnĂ©e, elle pourrait ĂȘtre trĂšs bĂ©nĂ©fique pour la sociĂ©tĂ© dans son ensemble Historiquement, la Zakat est considĂ©rĂ©e comme le premier impĂŽt de solidaritĂ© payĂ© par les musulmans Les pauvres sont exclus de cette obligation puisqu’ils sont, avec les nĂ©cessiteux, les voyageurs, le personnel des institutions zakat ( ), les bĂ©nĂ©ficiaires Jadis, il n’existait aucune autoritĂ© ou institution lĂ©gale chargĂ©e de sa collecte ou du contrĂŽle de l’effectivitĂ© du don Le principe Ă©tant de faire confiance Ă  l’intĂ©gritĂ© de ceux qui sont Ă©ligibles Or de nos jours, il est courant de constater une certaine organisation au niveau de la gouvernance de la Zakat par la communautĂ© musulmane oĂč parfois, les Etats sont fortement impliquĂ©s

religion musulmane

En s’acquittant de la Zakat, d’importantes ressources financiĂšres (et non financiĂšres) sont immĂ©diatement injectĂ©es dans l’économie par les donateurs Cela favorise la disponibilitĂ© de la liquiditĂ© et sa circulation

S’ACQUITER DE LA ZAKAT EST UN ACTE DE GÉNÉROSITÉET DE SOLIDARITÉQUI PERMET D’ASSURER LA PURIFICATION DU PATRIMOINE DU DONATEUR ET FAVORISER SA CROISSANCE SANS COMPROMETTRE SA FOI RELIGIEUSE

D’un point de vue historique ou contemporain, la Zakat a continuellement jouĂ© un rĂŽle social et Ă©conomique trĂšs important dans la communautĂ© musulmane.

Au plan social, l’action de la Zakat est primordiale dans le maintien de la cohĂ©sion au sein de la sociĂ©tĂ© Ă  travers ses rĂ©sultats concrets sur l’individu et la sociĂ©tĂ© toute entiĂšre. En effet, par sa politique de redistribution des richesses, les nantis Ă©tant amenĂ©s Ă  transfĂ©rer une proportion de leur patrimoine aux couches dĂ©favorisĂ©es, la zakat permet de rĂ©duire et d’apaiser les incidences de la pauvretĂ©

Ce transfert de ressources permet aux bĂ©nĂ©ficiaires de pouvoir satisfaire les besoins essentiels lĂ©gitimant ainsi leur existence. La Zakat permet ainsi d’instaurer un systĂšme de solidaritĂ© sociale et de partage au sein des communautĂ©s favorisant le maintien d’un certain Ă©quilibre social et un idĂ©al de vie acceptable

Au plan Ă©conomique, le rĂŽle de la zakat est tout aussi crucial Dans un premier temps, la Zakat est un excellent moyen de lutte contre la thĂ©saurisation, qui, d’ailleurs, est proscrite selon la

Ensuite, la zakat a un effet multiplicateur et accĂ©lĂ©rateur du revenu global dans une Ă©conomie, contrairement aux impĂŽts de l’Etat, connus pour leur choc nĂ©gatif sur le revenu des agents Ă©conomiques, selon la thĂ©orie Ă©conomique sur les Ă©quilibres macroĂ©conomiques Pour preuve, la zakat se transforme systĂ©matiquement, pour les bĂ©nĂ©ficiaires, en dĂ©penses utiles au plan socio-Ă©conomique. Toutefois, les avantages peuvent aussi se percevoir sur l’économie dans son ensemble par un effet d’entrainement Enfin, la zakat peut permettre de juguler le chĂŽmage et de stimuler l’emploi selon l’utilisation que l’on fait des fonds collectĂ©s En effet, les fonds peuvent servir directement Ă  la consommation ou indirectement par la crĂ©ation de nouvelles opportunitĂ©s en les investissant dans des projets sociaux profitant prioritairement aux pauvres Dans ce dernier cas de figure, les ressources de la zakat permettraient la crĂ©ation d’emplois durables et rĂ©duiraient le chĂŽmage dans le rang des bĂ©nĂ©ficiaires de la Zakat

L’utilisation efficiente et efficace des fonds Zakat dans un type de partenariat stratĂ©gique est susceptible de contribuer Ă  l’atteinte des ODD

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Les ODD ont Ă©tĂ© adoptĂ©s en septembre 2015 par 193 pays au siĂšge de l’Organisation des Nations Unies (ONU) dans le cadre du Programme de DĂ©veloppement Durable Ă  l’Horizon 2030, qui dĂ©finit un plan sur quinze (15) ans visant Ă  rĂ©aliser ces objectifs

Ils font suite aux huit (8) Objectifs du MillĂ©naire pour le DĂ©veloppement (OMD) et constituent les dix-sept (17) prioritĂ©s de l’humanitĂ© pour parvenir Ă  un dĂ©veloppement Ă©conomique et social qui intĂšgre le respect de la planĂšte. L’adoption des ODD est intervenue dans un contexte oĂč les effets du changement climatique, Ă©tant d’ailleurs la rĂ©sultante des activitĂ©s de production abusive des hommes sur la planĂšte, sont de plus en plus perceptibles en termes de rĂ©currence des catastrophes (inondations, sĂ©cheresses, famine, baisses de productivitĂ©, augmentation des tempĂ©ratures etc ) Les ODD sont donc sensĂ©s prendre en compte les acquis des OMD, qui Ă©taient destinĂ©s exclusivement qu’aux pays en dĂ©veloppement, en intĂ©grant les autres aspects du dĂ©veloppement non pris en compte et ce de maniĂšre transversale Dans ce contexte, ils constituent un appel universel Ă  l’action pour Ă©liminer la pauvretĂ© et la faim, lutter contre les inĂ©galitĂ©s de tout genre en favorisant un accĂšs Ă  l’éducation pour tous, aux soins de

santĂ© appropriĂ©s Les ODD encouragent Ă©galement la poursuite d’une croissance Ă©conomique respectueuse de la planĂšte pour permettre aux gĂ©nĂ©rations futures de pouvoir disposer des ressources adĂ©quates La rĂ©alisation des objectifs nĂ©cessite l’instauration d’un cadre de coopĂ©ration transnationale entre les Etats

Les missions assignĂ©es Ă  la Zakat sont en cohĂ©rence avec les cibles de nombreux ODD De ce fait, il serait envisageable que ces fonds puissent ĂȘtre efficacement orientĂ©s vers leur rĂ©alisation.

De prime abord, la mission de la zakat consistant Ă  lutter contre la pauvretĂ© en permettant aux dĂ©munis de disposer du minimum de ressources pour assurer leur survie cadre bien avec les ODD 1 : « Eliminer l’extrĂȘme pauvretĂ© et la pauvretĂ© » et ODD 2 : « Faim zĂ©ro ». L’ODD 1 vise Ă  Ă©liminer complĂštement, d’ici 2030, l’extrĂȘme pauvretĂ©, Ă  rĂ©duire de moitiĂ© la proportion d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent dans la pauvretĂ© sous tous ses aspects et Ă  renforcer la rĂ©silience des pauvres et des personnes vulnĂ©rables. Quant Ă  l’ODD 2, il vise Ă  Ă©liminer la faim en faisant en sorte que les pauvres et les personnes vulnĂ©rables aient accĂšs tout au long de l’annĂ©e Ă  une alimentation saine, nutritive et suffisante.

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Ensuite, en favorisant la redistribution des richesses des donateurs vers les bĂ©nĂ©ficiaires, la Zakat peut permettre d’atteindre l’ODD 10 dont la cible principale consiste Ă  faire augmenter rapidement et durablement le revenu de 40% des populations les plus pauvres en Ɠuvrant Ă  leur autonomisation Ceci a pour objectif la rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s au sein des pays et d’un pays Ă  l’autre. Enfin, la collaboration entre les donateurs et les fonds zakat pour arriver Ă  mieux organiser la collecte et la distribution des fonds aux bĂ©nĂ©ficiaires, entre dans le cadre des objectifs de l’ODD 17 qui prĂ©conise la conclusion de divers partenariats pour la rĂ©alisation des ODD Comme on peut le constater, les missions assignĂ©es Ă  la zakat et celles des ODD convergent. Il serait souhaitable que ses fonds soient mis Ă  leur service. Plusieurs formes de coopĂ©ration sont donc susceptibles de se mettre en place entre les institutions partenaires au dĂ©veloppement et les fondations Zakat pour une distribution efficace des fonds pour la rĂ©alisation des ODD.

de par la mission assignĂ©e Ă  la Zakat (entre autres instruments) Plusieurs institutions dont la Banque Mondiale, le Programme des Nations Unies pour le DĂ©veloppement (PNUD) et l’Agence des Nations Unies pour les RĂ©fugiĂ©s ont reconnu le rĂŽle que la Zakat peut jouer pour atteindre les ODD Dans ce cadre, le PNUD s’est dĂ©jĂ  engagĂ© Ă  exploiter les ressources de la Zakat pour financer des projets liĂ©s aux ODD, en signant des partenariats avec des institutions en charge de la Zakat Le HCR, quant Ă  lui, a créé un fonds Zakat pour les rĂ©fugiĂ©s

La finance sociale islamique occupe une place importante dans le systÚme économique islamique,

Reconnaissant son potentiel pour le financement des projets, le PNUD a conclu un accord de partenariat avec le World Zakat Forum (WZF) Le WZF est une organisation multilatĂ©rale qui rassemble les principales agences de zakat du monde entier. Travaillant en Ă©troite collaboration avec diverses organisations musulmanes au plan mondial telles que l’Organisation de la CoopĂ©ration Islamique (OCI) et la BID, il s'engage Ă  dĂ©velopper la pratique mondiale de la zakat et Ă  contribuer Ă  l'humanitĂ© dans le cadre de la solidaritĂ© universelle Pour concrĂ©tiser le partenariat, le PNUD a commencĂ© Ă  apporter son aide Ă  BAZNAS (Badan Amil Zakat Nasional), l’agence indonĂ©sienne chargĂ©e de la collecte de la Zakat, Ă  utiliser les fonds de la

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Les institutions islamiques entendent s’impliquer davantage dans le financement de l’action humanitaire du HCR. Un accord de partenariat a Ă©tĂ© signĂ© dans ce sens entre le HCR et le Fonds de SolidaritĂ© Islamique pour le DĂ©veloppement (FSID) qui est la filiale de la Banque Islamique de DĂ©veloppement (BID) chargĂ©e de la lutte contre la pauvretĂ©. La mise Ă  disposition de ce fonds permettra d’intensifier l’assistance du HCR aux rĂ©fugiĂ©s et dĂ©placĂ©s internes.

Zakat pour financer les plans locaux des ODD Fort de son expĂ©rience comme partenaire au dĂ©veloppement, de sa connaissance du terrain et de sa maĂźtrise des projets Ă  fort impact social, le PNUD se charge d’identifier les projets Ă  financer et BAZNAS procĂšde au dĂ©caissement des fonds provenant exclusivement des ressources Zakat collectĂ©es. Le projet initial de ce partenariat a Ă©tĂ© lancĂ© en 2017. Il consistait Ă  financer des projets d’énergie renouvelable au profit des communautĂ©s dĂ©favorisĂ©es Au total, plus de 803 mĂ©nages incluant prĂšs de 5000 bĂ©nĂ©ficiaires de quatre villages de la province de Jambi (situĂ©e sur la cĂŽte Est de l'Ăźle de Sumatra), ont pu avoir accĂšs Ă  l’électricitĂ© Cela a permis d’accroitre les capacitĂ©s de crĂ©ation de revenu des populations bĂ©nĂ©ficiaires de la localitĂ©, amĂ©liorant substantiellement leurs conditions de vie. Dans le cadre de ce mĂȘme partenariat, en 2018, une initiative du PNUD a Ă©tĂ© financĂ©e par BAZNAS pour aider les populations sinistrĂ©es des localitĂ©s de Lombok et Palu suite Ă  la double catastrophe - sĂ©isme, tsunami - qui a frappĂ© ces deux Ăźles Tout rĂ©cemment en 2020, un partenariat similaire a Ă©tĂ© conclu en Afrique entre le gouvernement de la Mauritanie et le PNUD. Il s’inscrivait dans le cadre de la rĂ©daction du plan national de dĂ©veloppement dĂ©nommĂ© StratĂ©gie de Croissance AccĂ©lĂ©rĂ©e et ProspĂ©ritĂ© PartagĂ©e (SCAPP 2016-2030) Le gouvernement a eu recours Ă  l’assistance technique du PNUD pour mettre en place une infrastructure rĂ©glementaire formalisant et structurant la collecte et la distribution de la Zakat,

qui Ă©tait jusqu’alors non rĂ©glementĂ©e et atomisĂ©e A terme, le gouvernement mauritanien entend profiter du potentiel de la Zakat pour financer les projets de dĂ©veloppement

Conscient de la soliditĂ© des ressources et leur immĂ©diate disponibilitĂ©, le HCR a innovĂ© en lançant en 2019 une initiative dĂ©nommĂ©e « Refugees Zakat Fund », un fonds Zakat pour les rĂ©fugiĂ©s. Une maniĂšre pour le HCR de mobiliser les ressources zakat pour atteindre certaines de leurs missions Ă  savoir offrir aux rĂ©fugiĂ©s, dĂ©placĂ©s et apatrides la protection adĂ©quate et les nĂ©cessitĂ©s de base dont ils ont besoin Pour mener Ă  bien cette mission, le HCR a introduit une demande pour solliciter les avis juridiques (fatwas) des institutions islamiques Plusieurs d’entre elles (l’acadĂ©mie internationale du Fiqh islamique basĂ©e en Arabie Saoudite, le Conseil de la fatwa de Tarim, le conseil des savants du Maroc, etc.) ont Ă©mis un avis favorable, autorisant le HCR Ă  collecter et Ă  distribuer la Zakat L’utilisation de la technologie numĂ©rique est au centre de la rĂ©ussite de l’initiative En effet, le HCR a dĂ©veloppĂ© et mis en ligne sur son site internet une application interactive accessible partout et Ă  tout moment, facilitant ainsi pour les donateurs le paiement secret et sĂ©curisĂ© de la zakat.

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Une version pour mobile, dĂ©nommĂ©e « Refugees Zakat Fund App », est maintenant disponible et tĂ©lĂ©chargeable sur App Store, Google Play et Huawei App Gallery En redistribuant 100% des ressources collectĂ©es Ă  travers son mĂ©canisme dans les endroits oĂč l’aide est la plus nĂ©cessaire, le HCR se distingue comme un partenaire international digne de confiance et efficace dont l’action est conforme aux valeurs et principes de la zakat Pour rendre transparent le processus, chaque annĂ©e, non seulement le HCR publie un rapport annuel sur l’état de la philanthropie islamique mais aussi, autorise la visite d’un observateur indĂ©pendant sur le terrain pour procĂ©der Ă  des vĂ©rifications et le cas Ă©chĂ©ant, il Ă©met des recommandations. Les rapports du HCR (disponibles via ce lien (https://zakat.unhcr.org/fr/rapports) reprennent dans leurs grandes lignes les informations sur le total des ressources collectĂ©es et prĂ©cisent l’utilisation qui en a Ă©tĂ© faite Selon le dernier rapport annuel sur la philanthropie islamique, publiĂ© le 25 mars 2022, le HCR a indiquĂ© la collecte d’une cagnotte de 35,4 millions USD de fonds zakat pour les rĂ©fugiĂ©s au cours de l’annĂ©e 2021 Ce fonds, constituĂ© de 66,6 % de Zakat, 33,13% de Sadaqah (dons volontaires) et de 0,27 % de Zakat Al Fitr (zakat payĂ©e Ă  la fin du mois de Ramadan), a permis d’assister au moins 690 familles, soit plus de 1,2 millions de bĂ©nĂ©ficiaires constituĂ©s de rĂ©fugiĂ©s et de dĂ©placĂ©s internes

SELON LE DERNIER RAPPORT ANNUEL SUR LA PHILANTHROPIE ISLAMIQUE, PUBLIÉ LE 25 MARS 2022, LE HCR A INDIQUÉ LA COLLECTE D’UNE CAGNOTTE DE 35,4 MILLIONS USD DE FONDS ZAKAT POUR LES RÉFUGIÉS AU COURS DE L’ANNÉE 2021. CE FONDS, CONSTITUÉ DE 66,6 % DE ZAKAT, 33,13% DE SADAQAH (DONS VOLONTAIRES) ET DE 0,27 % DE ZAKAT AL FITR (ZAKAT PAYÉE À LA FIN DU MOIS DE RAMADAN), A PERMIS D’ASSISTER AU MOINS 690 FAMILLES SOIT PLUS DE 1,2 MILLIONS DE BÉNÉFICIAIRES CONSTITUÉS DE RÉFUGIÉS ET DE DÉPLACÉS INTERNES.

Les institutions islamiques entendent s’impliquer davantage dans le financement de l’action humanitaire du HCR Un accord de partenariat a Ă©tĂ© signĂ© dans ce sens entre le HCR et le Fonds de SolidaritĂ© Islamique pour le DĂ©veloppement (FSID) qui est la filiale de la Banque Islamique de DĂ©veloppement (BID) chargĂ©e de la lutte contre la pauvretĂ©. La mise Ă  disposition de ce fonds permettra d’intensifier l’assistance du HCR aux rĂ©fugiĂ©s et dĂ©placĂ©s internes

missions humanitaires en faveur des enfants à travers le monde Cette collecte de fonds permettrait de diversifier et renforcer les actions de l’ONG sur le terrain

Des liens Ă©troits existent entre les missions assignĂ©es Ă  la Zakat et la rĂ©alisation des ODD Certains partenaires au dĂ©veloppement ont d’ores et dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  exploiter les ressources Zakat pour financer les projets sociaux Ă  fort impact profitant majoritairement aux pauvres et aux nĂ©cessiteux EstimĂ©es entre 200 et 1000 milliards USD par la Banque Mondiale, chaque annĂ©e, c’est d’énormes ressources financiĂšres qui sont mobilisĂ©es dans le monde Ă  travers la Zakat Il convient donc de renforcer et de multiplier les partenariats entre les institutions Zakat et celles qui sont en charge de conduire les projets de dĂ©veloppement dans le cadre des ODD Bien ficelĂ©s, de tels partenariats pourraient permettre de mieux organiser et moderniser la collecte de la Zakat et son utilisation pour l’atteinte des objectifs de dĂ©veloppement durable

L’ONG Save The Children a reçu le 22 fĂ©vrier 2022 Ă  Londres, un certificat de la fondation Utruji de Shaykh Haytham Tamin, l’autorisant Ă  collecter et Ă  distribuer les fonds de la zakat dans le cadre de ses

Conscient de la solidité des ressources et leur immédiate disponibilité, le HCR a innové en lançant en 2019 une initiative dénommée « Refugees Zakat Fund », un fonds Zakat pour les réfugiés.
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ISLAMIC FINANCE IN AFRICA: THE PROSPECTS FOR SUSTAINABLE DEVELOPMENT

Islamic Finance in Africa discusses the progress, issues, and innovations in African Islamic financial markets. It provides a comprehensive overview of Islamic finance in Africa by exploring legal, regulatory and governance challenges while balancing the issues and innovations found in both Islamic commercial and social finance.

The chapters in the book can be broadly classified into three parts. The first part covers legal, regulatory and governance developments and issues of Islamic finance in Africa, the second part deals with issues and innovations in Islamic commercial finance, and the third explores issues and innovations in Islamic social finance. The editors use a case study format to present the topic in discussion effectively and provide insight into actual or potential areas of growth.

Scholars and Islamic finance stakeholders, including research and education institutes, will find this book invaluable in understanding this important topic and region. In depth case studies allow the reader to zoom into selected markets to understand issues/innovation in detail. This book also will be useful to policymakers and regional standard setting bodies, including multilateral and humanitarian agencies, in understanding the potential of Islamic finance in financial inclusion and resolving humanitarian crises.

A propos des Auteurs: ÉditĂ© par M Kabir Hassan, professeur de finance, DĂ©partement d'Ă©conomie et de finance, University of New Orleans, États-Unis; Aishath Muneeza, professeur associĂ©, Ecole d'Ă©tudes supĂ©rieures et professionnelles, INCEIF University, Malaisie; et Karamo N M Sonko, PrĂ©sident et Fondateur, WellBoring, Royaume-Uni

A propos de l’Auteur: Ezzedine Ghlamallah est diplĂŽmĂ© de l’UniversitĂ© de Droit et de Sciences politiques de Strasbourg, oĂč il a obtenu un Executive MBA en finance islamique et titulaire d’un Master en finance, comptabilitĂ©, fiscalitĂ© et gestion de patrimoine de l’UniversitĂ© d’Aix-Marseille Il est Ă©galement diplĂŽmĂ© de l’Ecole Nationale d’Assurance de Paris, en banque, finance et assurance Depuis 2014, il enseigne la finance islamique et les sciences de gestion dans de nombreuses Ă©coles et universitĂ©s

FINANCIAL INSTRUMENTS AND CASH WAQF: BRIDGING ISLAMIC FINANCE WITH SUSTAINABLE DEVELOPMENT GOALS

ISLAM ET ETHIQUE DES AFFAIRES ECONOMIQUES ET FINANCIERES

Cet ouvrage a pour objectif d’apporter au lecteur une comprĂ©hension globale du systĂšme Ă©conomique et financier islamique qui reprĂ©sente Ă©galement un nouveau champ de recherche acadĂ©mique. La premiĂšre partie est consacrĂ©e aux fondements ainsi qu’aux enjeux et perspectives de dĂ©veloppement du systĂšme financier islamique. La seconde partie est dĂ©diĂ©e Ă  l’identification des thĂ©matiques de recherches dominantes en Ă©conomie et finance islamiques.

L'ouvrage, organisĂ© en trois parties, propose un guide pour construire des instruments financiers basĂ©s sur le waqf monĂ©taire en alignement avec les Objectifs de dĂ©veloppement durable. La premiĂšre partie traite de l'alignement entre les objectifs Ă©conomiques de la charia et les ODD, du concept de finance sociale islamique, de ses instruments et institutions et de l'intersection entre la finance islamique et la finance sociale islamique. La deuxiĂšme partie prĂ©sente une structure de produit basĂ©e sur le Cash Waqf et ciblant spĂ©cifiquement les ODD. Certaines de ces structures de produits impliquent la collecte de la Zakat. La troisiĂšme partie du livre prĂ©sente la mĂ©thodologie permettant de rassembler toutes ces structures de produits dans un Ă©cosystĂšme national de Cash Waqf ciblant les ODD. L'objectif de cet Ă©cosystĂšme est d'accroĂźtre l'impact des diffĂ©rentes initiatives et instruments. En outre, la troisiĂšme partie du livre prĂ©sente le concept de centres offshore Waqf et la mĂ©thodologie pour les concevoir et les mettre en Ɠuvre. L'objectif de ces centres offshore Waqf est de mettre en relation les Ă©cosystĂšmes Waqf monĂ©taires nationaux et les individus avec des opportunitĂ©s d'investissement ayant un impact plus important. Ce livre intĂ©ressera les universitaires, les chercheurs et les praticiens de la finance islamique, mais aussi de la finance durable.

A propos de l’Auteur: Dr Ahmed Tahiri Jouti est directeur associĂ© et fondateur de Green for South Il est ancien Managing Partner et CEO d'Al Maali Group (DubaĂŻ et Casablanca) Le Dr Ahmed est rĂ©dacteur en chef adjoint de l'ISRA International Journal of Islamic Finance Il est Ă©galement membre des groupes de travail de l'AAOIFI chargĂ©s d'Ă©laborer de nouvelles normes de gouvernance pour l'industrie de la finance islamique

880 IFC MAGAZINE-JUILLET 2022

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EvĂšnements Royale
AOÛT 16-17 AOÛT
Calendrier 2022
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NOVEMBRE 24-27 NOVEMBRE 28-30 KualaLumpur,Malaysia Hybrid Organisateur:EmnesEvents SEPTEMBRE 21-23 Abidjan,Cîted’Ivoire Organisateur:DexterityEvents&Training/Africa IslamicFintechHub Meet great people Expand your Knowledge Impact your Business NEWS-MAGAZINE-TV-PODCAST-FORUM
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