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L’INTERACTION HOMME-MACHINE

Les dix pionniers belges qui vont bouleverser votre rapport à la machine

Christophe Hermanns, CEO Vigo Universal


ÉDITO «DESCARTES AVAIT TOUT FAUX»

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HUGUES BERSINI «FACEBOOK & CO NOUS PRIVENT DE NOS MEILLEURS CHERCHEURS»

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1.

LA MACHINE VOUS DOTE D’UN SECOND CERVEAU

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2.

LA MACHINE SURVEILLE VOTRE ÉTAT DE FATIGUE

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3.

LA MACHINE VOIT À L’INTÉRIEUR DE VOTRE CORPS

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4.

LA MACHINE TRAVAILLE AUX CÔTÉS DES OUVRIERS

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QUAND NOUS PRÉFÉRERONS LES ROBOTS AUX HUMAINS

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LA MACHINE OBSERVE VOTRE REGARD

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MARK HUNYADI «ON VA VERS UNE SOCIÉTÉ AUTOMATIQUE PEUPLÉE D’HOMMES AUTOMATIQUES»

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6.

LA MACHINE VOUS TRANSPORTE DANS UN MONDE VIRTUEL

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7.

LA MACHINE DÉTECTE LE DÉRÈGLEMENT DE VOS ORGANES

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8.

LA MACHINE VOUS SIMPLIFIE LA VIE

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9.

LA MACHINE S’IMPLANTE DANS VOTRE CERVEAU

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10.

LA MACHINE S’INSPIRE DU CORPS POUR L’AIDER

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LEXIQUE

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INTERVIEW

CHRONIQUE

5. INTERVIEW

Layout Marie-Anne Dozo, Clotilde Lepièce l Service photo Io Cooman l Photo cover Anthony Dehez l Adresse Mediafin Avenue du Port 86c Boîte 309, 1000 Bruxelles, Tél.: 02/423 16 11 l Abonnements et distribution abo@lecho.be l Tél.: 0800/55.050 — Fax: 02/423 16 35 l Rédaction Tél.: 02/423 16 11 — Fax: 02/423 16 77 l Régie publicitaire Trustmedia Tél.: 02/422 05 11 — Fax: 02/422 05 10

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Le casque HoloLens, développé par Microsoft, permet de superposer des informations virtuelles (texte, image, modélisation 3D, vidéo) à notre environnement réel. Au-delà de la simple visualisation en réalité «augmentée», l’utilisateur peut interagir avec cet environnement, à l’aide de gestes et de commandes vocales. © ANTHONY DEHEZ | VIGO UNIVERSAL

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1. LA MACHINE VOUS DOTE D’UN SECOND CERVEAU

L’Homme augmenté par la machine n’est plus un fantasme d’auteur de science-fiction. 2017 a vu l’apparition du casque HoloLens, une porte d’entrée vers des réalités dites «alternatives». Passerelles entre le monde réel et le monde virtuel, elles inaugurent un nouveau type de dialogue entre l’homme et la machine.

ans une usine automobile, un ouvrier de maintenance remonte sa chaîne de production, entièrement automatisée. À travers ses lunettes, d’un simple regard vers les machines, il reçoit instantanément les informations essentielles: état de la production, usure des pièces, date prévue pour la maintenance. À miparcours, une machine est à l’arrêt. Instantanément et sans contact, un message apparaît à travers ses lunettes, par transparence, avec un diagnostic de la panne. D’un simple mouvement de la main, l’ouvrier fait défiler la procédure à suivre et entame la réparation. Une modélisation en 3D du moteur endommagé s’affiche. Sans quitter le mécanisme des yeux, l’ouvrier suit pas à pas les étapes préconisées. Mais malgré ses efforts, le problème persiste. C’est alors qu’il sollicite l’aide d’un ingénieur, situé à 1.000 kilomètres de là. Une nouvelle fenêtre s’ouvre et celui-ci apparaît en vidéoconférence. La conversation commence et grâce à la caméra située sur le casque, l’ingénieur voit tout ce qu’il se passe et peut d’un simple geste entourer la pièce à manipuler, comme s’il dessinait directement sur la machine. Le problème est finalement résolu en quelques minutes et l’ensemble de l’intervention, qui a été filmée, est transmis à l’équipe d’ingénieurs. La vidéo et les solutions trouvées viendront enrichir les informations contextuelles proposées à tous les ouvriers

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2. LA MACHINE SURVEILLE VOTRE ÉTAT DE FATIGUE Trop de morts sur la route à cause de la fatigue. C’est le constat qu’a fait le professeur Jacques Verly, de l’ULg. Il a mis au point des lunettes qui détectent l’endormissement du conducteur, et est aujourd’hui courtisé par les plus grands constructeurs automobiles. L’ECHO MAGAZINE l L’INTERACTION HOMME-MACHINE l


«20% à 30% des accidents de la route sont dus à un problème de fatigue au volant», rappelle le professeur Jacques Verly, co-fondateur de Phasya, spin-off de l’ULg. © ANTHONY DEHEZ

est l’hécatombe! L’an dernier en Belgique, plus de 600 personnes sont décédées des suites d’un accident de la route. Un chiffre insoutenable, diffusé par l’Institut Belge de la Sécurité routière (IBSR). Un chiffre qui est d’autant plus insoutenable «qu’on estime que 20 à 30% des accidents de la route sont dus à un problème de fatigue au volant», indique Jacques Verly, professeur au Département d’Électricité, Électronique et Informatique (Institut Montefiore) de l’Université de Liège (ULg). «Et là, la situation est vraiment intolérable», insiste-t-il. L’ingénieur de l’ULg dispose de solutions pour enrayer ces sombres statistiques: notamment des «lunettes de sommeil». Il y travaille depuis des années. Et c’est précisément lors d’un de ses nombreux déplacements en voiture qu’il y a pensé. «Je rentrais parfois tard en voiture de réunions qui se tenaient à l’autre bout de la Belgique, se souvient-il, et il me fallait souvent lutter contre le sommeil, voire m’arrêter. C’est en partie cela qui m’a conduit à m’intéresser à ce problème de somnolence au volant.» «Je rêvais d’un système qui empêche le conducteur de sombrer dans le sommeil lorsqu’il est fatigué ou parcourt un trajet monotone. J’imaginais à l’époque (nous étions en 2004) un système qui serait simple d’usage et largement disponible, capable de prévenir ce type de drames de la route.» Plus de dix ans de recherches plus tard, le rêve éveillé du scientifique est en passe de devenir réalité. Bien entendu, durant cette décennie, le projet a considérablement évolué. Mais la base reste identique. Il s’agit de capter les signes de fatigue du conducteur en surveillant les mouvements de ses yeux. «Et de l’alerter avant qu’il ne soit trop tard!», précise le chercheur. «Au départ, je pensais à un système de lunettes qui surveille l’état de fatigue de celui qui les porte. Des lunettes de sommeil en quelque sorte, reprend le professeur Verly. Nos recherches menées au sein de l’université de Liège, à partir de 2007, en matière de traitement du signal et de l’image ont livré d’intéressants résultats. En 2014, nous étions prêts. Avec trois membres de mon équipe (Jérôme Wertz, Thomas Langohr et Clémentine François), nous avons co-fondé une spin-off spécifiquement orientée vers ce type de produit: la société Phasya. Aujourd’hui, elle propose commercialement ces fameuses lunettes et les algorithmes qui permettent de traduire en alertes et à temps les signes de fatigue les plus inquiétants.»

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120 IMAGES PAR SECONDE Comment fonctionne ce système de monitoring de la somnolence? «Il s’agit d’un système qui se porte sur le nez, comme une paire

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e l’appelle Homo Technologicus. L’inévitable enchevêtrement entre l’Homme et la technologie.» Les yeux du chercheur belgo-californien Jan Rabaey pétillent. «La manière dont nous utilisons la technologie est au cœur de notre évolution. La découverte du feu, l’utilisation des outils: tout cela a modifié notre espèce et définit encore notre comportement et nos interactions avec le reste du monde. La seule différence, c’est que ce phénomène s’intensifie. La technologie se retrouvera bientôt à l’intérieur de notre corps.» Jan Rabaey dirige un centre de recherche à la célèbre université de Berkeley qui étudie les technologies sans fil et les possibilités de déve-

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«Le concept de ‘cyborg’ n’est pas neuf. Bon nombre d’entre nous portent déjà des implants et des prothèses.» Jan Rabaey, chercheur à l’université de Berkeley

lopper des puces électroniques de plus en plus petites mais de plus en plus puissantes. Son équipe teste des tatouages intelligents et des implants qui surveillent le fonctionnement des organes. Son laboratoire a inventé la technologie appelée «neural dust». Il s’agit d’un tissu de capteurs microscopiques pouvant être implantés dans notre cerveau. Cette idée a inspiré Elon Musk lorsqu’il a créé sa dernière startup, Neuralink, qui ambitionne de développer un «brain computer interface». Selon Jan Rabaey, nous assisterons bientôt à la naissance d’un «internet humain»: un réseau de capteurs implantés dans notre corps nous permettra d’élargir nos connaissances et nos capacités. Et si ce professeur – né à Furnes, mais qui vit en Californie depuis plus de 30 ans – le dit, il vaut mieux écouter. Rabaey jouit de

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la réputation d’être capable de prédire la manière dont nous utiliserons les technologies à long terme. Au début des années ’90, il a créé l’Infopad, le précurseur de ce qui allait devenir la tablette, désormais omniprésente dans nos vies. L’artefact trône fièrement à l’entrée du laboratoire de Jan Rabaey. Plus tôt cette année, le chercheur s’est vu décerner un doctorat honoris causa par l’université d’Anvers, pour l’ensemble de sa carrière. L’intelligence artificielle a failli compromettre cette cérémonie: l’invitation s’est retrouvée dans le dossier de spams de la messagerie électronique de Jan Rabaey. «Ils ont dû penser que je ferais comme Bob Dylan et que je n’irais pas chercher mon prix.» Aujourd’hui, nous sommes devenus inséparables de notre smartphone. Comment voyez-vous les choses d’ici 15 ans? Les fonctions que nos smartphones utilisent pour recevoir et envoyer des informations peuvent être réparties sur différents canaux. L’audio pourrait être envoyé directement à la partie de notre cerveau qui gère l’ouïe. Les informations visuelles pourraient être envoyées vers la fonction ‘vue’. Nous pourrions gérer ces fonctions à l’aide de gestes simples. Cela nous permettrait de disposer de canaux offrant des expériences plus riches et plus naturelles. Le tout réparti sur l’ensemble de notre corps. Nous le voyons déjà dans l’évolution des écouteurs qui deviennent de véritables prothèses auditives. Nous pourrons contrôler notre environnement sonore, ou nous concentrer sur certains sons. C’est une première application qui n’exige pas d’intervention chirurgicale, mais qui améliore grandement notre expérience. La prochaine étape se situera-t-elle sous notre peau? Si nous voulons faire les choses à fond, et vivre une expérience de la manière la plus naturelle possible, cette technologie sera nécessairement plus invasive. Seule l’implantation de capteurs au niveau neurologique nous permettra d’obtenir le niveau de résolution voulu. Maintenant, soyons clairs: la connexion de notre cerveau à un ordinateur via une véritable interface cerveau-machine n’est pas pour demain. Le terme utilisé – cyborg – effraie de nombreuses personnes. À tort et à raison. Nous, les humains, nous nous tracassons beaucoup à propos de nous-mêmes. Tout ce qui modifie l’essence même de notre humanité soulève des questions. Quels sont ces changements? Vers où allons-nous? Mais le concept de ‘cyborg’ n’est pas neuf. Bon nombre d’entre nous portent déjà des implants et des prothèses. La prochaine étape devrait permettre à ceux qui ont été


9. LA MACHINE S’IMPLANTE DANS VOTRE CERVEAU

«La question qui se pose: où fixer la limite? Aurons-nous bientôt une population répartie entre les ‘have’ et les ‘have not’?»

complètement paralysés suite à un accident de retrouver leur mobilité grâce à des prothèses intelligentes et à la stimulation de leur cerveau et de leur système nerveux. Cela n’a jamais posé de problème à qui que ce soit. Et quid des sportifs qui souhaitent améliorer leurs performances? Les joueurs de golf se font déjà opérer des yeux pour améliorer leur vue. C’est une façon d’adapter notre corps et de l’améliorer. La question qui se pose: où fixer la limite? Auronsnous bientôt une population répartie entre les ‘have’ et les ‘have not’? Certains pourront se permettre ces interventions, les autres pas. Allons-nous créer deux sous-espèces humaines? Ces questions sont importantes et nous nous les posons. Mais cela ne signifie pas que nous devons faire barrage aux technologies.

Le danger Et l’éthique dans tout ça? Les chercheurs sont quotidiennement confrontés à de nouvelles possibilités technologiques. Sont-ils pour autant conscients des problèmes éthiques que causent ces nouveautés? «Toutes les technologies ont de bons et de mauvais côtés, nous dit Jan Rabaey. Et il n’est pas facile de trouver l’équilibre. Mais voyez ce que les technologies ont déjà apporté à l’humanité.» «Les smartphones ouvrent la porte à d’énormes possibilités, continue-t-il. Mais pour certains, ils signent la fin de l’humanité. Vous pouvez philosopher sur cette question. Mais la technologie jouera un rôle important dans l’avenir de l’humanité. C’est un fait.» Et le chercheur d’ajouter: «Une technologie qui n’est pas mature ou qui fait fausse route sera vite bloquée. Elle entraînera des réactions négatives. Et sans financement, elle n’aboutira jamais à rien. C’est ce qui garantit un certain équilibre.»

Parce qu’il est impossible de les arrêter? C’est en tout cas très difficile. Nous ne pouvons freiner les technologies que si elles provoquent beaucoup de réactions négatives. Google Glass est un bel exemple: le rejet était trop important. Malgré tout, ce concept n’est pas entièrement mort. Cette technologie suit son chemin dans certains secteurs professionnels. Google n’a peut-être pas attendu suffisamment longtemps. Le public n’était pas prêt. La plupart du temps, il vaut mieux commencer par quelques groupes bien ciblés, par exemple en commençant par les applications médicales, où le niveau de résistance est moins élevé vu que la nouvelle technologie apporte clairement un plus. Pensez-vous trouver des personnes prêtes à jouer le rôle de cobayes et à se laisser implanter des bidules dans le cerveau? On en trouve bien plus que ce que vous pouvez imaginer. De nombreux tests cliniques sont déjà en cours, en particulier avec des patients souffrant de maladies neurologiques. Comme un jeune homme qui s’est retrouvé paralysé suite à un accident et qui a retrouvé l’usage de ses bras grâce à des implants. Ce n’est pas un problème de trouver des candidats, et c’est ce qui a permis de développer ce type de technologie. Mais la route est longue. Il faut au moins dix ans pour passer d’une idée à un prototype, en particulier dans le domaine médical. Et c’est tout aussi bien, car ce n’est pas sans risque.

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