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delitfrancais.com Publié par la société des publications du Daily, une association étudiante de l’Université McGill

Amiante -4 Rapport Manfredi -5

Le mardi 23 octobre 2012 | Volume 101 Numéro 06

Des petites verges de bon goût depuis 1977


Volume 101 Numéro 06

Éditorial

Le seul journal francophone de l’Université McGill

rec@delitfrancais.com

«James, ouvre-toi!» Nicolas Quizua et Camille Gris Roy Le Délit

L

e rapport sur la libre expression et l’assemblée pacifique du doyen de la Faculté des Arts Christopher Manfredi est sorti début octobre. Le Professeur Manfredi propose dans ce rapport une synthèse de tout ce qui a été dit lors des séances du forum ouvert. Il offre également trois recommandations: la révision du Code de conduite de l’étudiant, la révision du Protocole James, et l’amélioration du programme d’entraînement des services de sécurité de l’Université. Le rapport a été discuté lors de la dernière séance du Sénat, le mercredi 17 octobre, et la Principale Heather Munroe-Blum a apporté ses commentaires. Sens des Protocoles Provisoires aujourd’hui? Deux Protocoles élaborés après les occupations du bâtiment d’administration en novembre 2011 et février 2012 - Le Protocole Provisoire sur les Manifestations, Protestations et Occupations à McGill et le Protocole James -  sont toujours en vigueur. Ces protocoles restreignent en particulier la liberté de manifester des mcgillois et renforce la séparation «étudiants-administration» en limitant considérablement, si ce n’est en interdisant, la liberté de circulation dans l’édifice d’administration James. On peut se demander la signification qu’ont ces protocoles aujourd’hui, plusieurs mois après les occupations et manifestations à McGill. Ces documents ont été élaborés rapidement après les événements, à brûle-pourpoint, et ne semblent pas pertinents aujourd’hui. N’aurait-on pas dû proposer un abandon immédiat de ces protocoles plutôt qu’une simple révision, afin de se concentrer sur la plus vaste entreprise de révision du Code de conduite de l’étudiant. Pour l’instant, l’Université attend encore que la Principale Blum clarifie les prochaines démarches à suivre, le 23 novembre. L’ombre de ces protocoles pèsera sûrement encore un moment sur McGill

Participation Étudiante Dans l’élaboration de son rapport, le semestre passé, Manfredi a organisé des forums ouverts sur la libre expression. Ces forums se voulaient un point de rencontre entre les étudiants et l’administration de McGill afin de discuter les façons d’améliorer les politiques de vie étudiante et «discuter de la signification et de la portée des droits à la libre expression et aux réunions pacifiques sur le campus», tel que suggeré par le doyen de la faculté de droit, Daniel Jutras. Le Délit, présent à chaque instance, n’a pu que faire remarquer l’absence quasi-totale des étudiants et le malaise ressenti par ceux qui osaient se présenter face au format de la discussion.

«Je ne me sens pas confortable de parler ici, et je vais vous expliquer

pourquoi. D’un, ce débat est assez formel, j’aurais aimé avoir une conversation plus décontractée avec les administrateurs. C’est ce à quoi je m’attendais en tout cas. De deux, la scène et les micros n’aident pas non plus», rapportait Courtney, après la rencontre du 1er mars (voir Le Délit, «Les étudiants manquent à l’appel» volume 101, numéro 14). Certains étudiants voyaient la participation à ces rencontres comme une légitimation d’un processus auquel ils n’adhéraient pas. Une rencontre organisée en gardant le même système hiérarchique et paternaliste que plusieurs dénonçaient et qui donnait un semblant d’écoute au corps étudiant. Sécurité privée et procédures disciplinaires Une des recommandations proposées dans le rapport de Manfredi concerne le programme de formation des employés de sécurité de l’Université. Par contre, le Doyen des Arts ne parle que des «Services de Sécurité de l’Université» et n’aborde pas le sujet de l’emploi de gardes de sécurité privée, Securitas. La compagnie semble être en mesure d’imposer ses propres règles et ne

semble pas recevoir d’entraînement désigné à la sécurité estudiantine. Josh Resel, président de l’AÉUM, restant silencieux sur les autres points, déplore la pratique courante: «l’emploi de gardes de sécurité privés constitue un obstacle». Les services de sécurité étant les premiers témoins lors d’événements, ils sont appelés à rédiger des rapports scellant le sort des participants. La session dernière, les procédures disciplinaires ont été enclenchées à plusieurs reprises sans motifs suffisamment pertinents et la plupart du temps, les personnes condamnées ont été rapidement acquittées. Malgré le fait que cette majorité n’ait pas eu des conséquences, la professeure et sénatrice Catherine Lu a raison de dire que le fait «d’avoir à passer par le processus disciplinaire est en soi problématique». Trop d’optimisme? Le rapport a pour l’instant été accueilli chaleureusement par les représentants étudiants. Lors de la dernière séance du Sénat, les commentaires à propos du forum ouvert et de ses conclusions ont été majoritairement positifs. Néanmoins, il est difficile de ne pas se garder de réserves sur le processus. Les recommandations sont vastes et prendront sans doute des années à être exécutées. Ce rapport a certes de nombreux mérites, mais la tâche reste considérable. Il est encore loin le temps où les étudiants se sentiront chez eux dans l’édifice James, et l’administration à l’aise dans le bâtiment Shatner. La dynamique étudiantadministration peut être résumée par la citation de JFK paraphrasée par le doyen de l’Université, Anthony C. Masi, lors du sénat: «Ne vous demandez pas ce que l’université peut faire pour vous, mais demandezvous ce que vous pouvez faire pour l’université”. x

rédaction 3480 rue McTavish, bureau B•24 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6784 Télécopieur : +1 514 398-8318 Rédacteur en chef rec@delitfrancais.com Nicolas Quiazua Actualités actualites@delitfrancais.com Camille Gris Roy Alexandra Nadeau Mathilde Michaud Arts&Culture artsculture@delitfrancais.com Chef de section Anselme Le Texier Secrétaire de rédaction Anne Pouzargues Société societe@delitfrancais.com Fanny Devaux Coordonnateur de la production production@delitfrancais.com Samuel Sigere Coordonnatrice visuel visuel@delitfrancais.com Lindsay P. Cameron Infographie infographie@delitfrancais.com Vacant Coordonnatrice de la correction correction@delitfrancais.com Myriam Lahmidi Coordonnateur Web web@delitfrancais.com Mathieu Ménard Collaboration Louis Baudoin-Laarman, Audrey Champagne, Thy Anne Chu Quang, Pierre Chauvin, Victor Constant, Anabel Cossette Civitella, Charlotte Delon, Sofia El Muderib, Stéphanie Fillion, Alexandre Vinson, Couverture Montage: Lindsay P. Cameron bureau publicitaire 3480 rue McTavish, bureau B•26 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6790 Télécopieur : +1 514 398-8318 ads@dailypublications.org Publicité et direction générale Boris Shedov Photocomposition Mathieu Ménard et Geneviève Robert The McGill Daily coordinating@mcgilldaily.com Queen Arsem-O’Malley Conseil d’administration de la Société des publications du Daily (SPD) Nicolas Quiazua, Olivia Messer, Sheehan Moore, Erin Hudson, Joseph Henry, Matthew Milne, Farid Muttalib, Shannon Pauls, Boris Sheldov, Queen Arsem-O’Malley, Rebecca Katzman, Anselme Le Texier

L’usage du masculin dans les pages du Délit vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire.

Les opinions exprimées dans ces pages ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université McGill.

Le Délit (ISSN 1192-4609) est publié la plupart des mardis par la Société des publications du Daily (SPD). Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et d’illustrations dont les droits avant été auparavent réservés, incluant les articles de la CUP). L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal.Imprimé sur du papier recyclé format tabloïde par Imprimeries Transcontinental Transmag, Anjou (Québec). Le Délit est membre fondateur de la Canadian University Press (CUP) et du Carrefour international de la presse universitaire francophone (CIPUF).

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Actualités

Crédit photo: Lindsay P. Cameron

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CAMPUS

Sénat de McGill

McGill met la performance académique au cœur de ses objectifs. Alexandra Nadeau & Nicolas Quiazua Le Délit

L

e sénat de McGill a tenu sa deuxième rencontre de l’année mercredi le 17 octobre. L’ordre du jour était chargé: dossier sur l’amiante, priorités académiques et rôle de la rectrice envers McGill et sa diversité, l’excellence de celle-ci et son engagement envers la communauté ont notamment été au cœur de la rencontre. Démêlés avec l’amiante Le rapport sur l’amiante a été présenté cette semaine au sénat de McGill avant d’être rendu public. Le rapport fait par le commissaire à l’intégrité de la recherche de l’Université McGill, Abe Fuks, rejette les allégations de collusion entre l’Université et l’industrie de l’amiante et les accusations de mauvaises pratiques dans les travaux de recherche du docteur J. Corbett Mcdonald, professeur émérite de l’université à la retraite. Le docteur Fuks conclut qu’une enquête indépendante sur le sujet n’est pas nécessaire. «C’en est assez avec ces allégations, nous n’avons pas d’investissements dans l’industrie de l’amiante», a dit au sénat David Eidelman, vice-principal (santé et affaires médicales) et doyen de la Faculté de médecine. Cette déclaration ne fermera sûrement pas le débat, puisque bien des doutes semblent encore

planer autour de la question de l’amiante au Québec. Taux d’enrôlement Les taux d’enrôlement des étudiants, le sous-financement universitaire et le sommet sur l’éducation furent abordés par la suite. Les taux d’enrôlement de l’université est une priorité de l’administration depuis 2007, année durant laquelle McGill avait créé des politiques spécifiques afin d’augmenter ses effectifs. La rectrice de McGill, Heather MunroeBlum se demande comment l’université pourra continuer sa recherche d’excellence avec une augmentation constante du corps étudiant, s’élevant à 16% cette année. Ses inquiétudes se tournent vers le cadre financier qui présente un déficit grandissant et qui pourrait affecter les services et l’éducation des étudiants. Elle croit qu’il faut «regarder vers le gouvernement et vers la philanthropie pour remplir le faussé d’un modèle sous-financé». Pour le moment, 75% des étudiants de McGill complètent un baccalauréat et environ 25% sont au doctorat ou à la maîtrise. Selon madame Munroe-Blum, McGill se trouve donc dans une position spécialement délicate par rapport aux autres universités du Québec du fait qu’il serait «plus cher de faire fonctionner une université orientée vers la recherche intensive». «On a besoin de soutien en vue d’arriver à une éducation de qualité et acces-

McGill rayée du palmarès Conseil Législatif AÉUM Alexandra Nadeau & Nicolas Quiazua Le Délit

L’Université McGill ne figure désormais plus sur la liste des 100 meilleurs employeurs au Canada, place qu’elle occupait depuis 4 ans. C’est ce que révèle le classement 2013 paru à la mi-octobre du guide annuel des meilleurs employeurs canadiens. Lynne Gervais, vice-présidente associée aux ressources humaines de McGill, témoignait son étonnement et sa «déception face à cette nouvelle». Elle ne croit toutefois pas que les grèves de MUNACA ou les coupures dans les postes du personnel des employés de soutien soient la cause de ce déclassement. Selon elle, le choix des meilleurs employeurs est fondé sur l’amélioration constante des conditions de travail, et McGill aurait opté pour le statu quo sur ce plan. David Roseman, vice-président des relations au travail de MUNACA, ne comprend pas nécessairement les fondements de ce classement «ni d’ailleurs pourquoi McGill y figurait l’année dernière». Sur le site Internet des 100 meilleurs endroits pour travailler, les 8 critères de sélection sont énumérés: caractéristiques physiques du lieu de travail, atmosphère et côté social, bénéfices de santé, financiers et familiaux, vacances, communication entre les employés, administration de la performance, formation et développement des habiletés et implication dans la communauté. Lyne Gervais critique le classement sur le fait qu’il «n’est pas fondé sur ce que les employés ressentent». x

Camille Gris Roy Le Délit Les membres de l’Exécutif et les Conseillers de l’Association Étudiante de l’Université McGill se sont retrouvés jeudi dernier dans la salle Lev Bukhman de l’édifice Shatner, pour le quatrième Conseil Législatif de la session. Ce conseil faisait suite à la récente Assemblée Générale de l’AÉUM du lundi 15 octobre. La séance a essentiellement porté sur les motions rejetées à l’Assemblée Générale qui concernaient l’accessibilité aux études, la possible guerre en Iran, le Plan Nord, et l’investissement éthique à McGill. La question à savoir s’il fallait ou non discuter de ces motions a été débattue. Comme l’a rappelé le président du Conseil Michael Tong, selon la Constitution de l’AÉUM, les motions rejetées à l’AG ne sont pas automatiquement ajoutées à l’ordre du jour du prochain conseil législatif. Plusieurs options ont été proposées, dont: discuter de ces motions au conseil législatif du 18 octobre, en parler au prochain conseil, ou en parler à une prochaine AG. Il a finalement été décidé d’attendre deux semaines et de déterminer d’ici là quelles sont les bonnes procédures à suivre. Il a également été question de l’élection de trois conseillers pour le «le plus haut organe de l’AÉUM», le Conseil d’Administration de l’AÉUM. Le Président Josh Redel a ajouté cet élément à l’ordre du jour en début de conseil. Ce sont les conseillers Shannon Rea, Victor Lam et Claire Stewart-Kanigan qui ont été élus. Le Conseil s’est d’ailleurs conclu par une rapide réunion de ce Conseil d’Administration.

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sible», poursuit-elle. Selon Blum, les donneurs actuels de McGill se retirent, car ils ne veulent pas être un substitut au soutien gouvernemental. Par rapport au sommet sur l’éducation promis par le gouvernement Marois, McGill tentera de faire valoir que l’accessibilité est indissociable de la qualité de l’éducation. Il sera ainsi important de rendre compte du déficit des universités, revendiqué par la conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), et de trouver un moyen réaliste et stable de remplir les coffres. Selon madame Munroe-Blum, le sommet ne devrait pas avoir lieu avant la session prochaine, contrairement aux plans du Parti Québécois. Internationalisation, développement durable et innovation Le document intitulé «ASAP 2012» a été approuvé et donne suite au plan de 2006 «strength and aspirations». Le nouveau plan vise à déterminer les stratégies de McGill au point de vue académique: préserver sa réputation de meneuse dans la recherche et la créativité, développer une plus grande collaboration entre tous les niveaux d’éducation de McGill, étendre la portée des recherches menées et améliorer le support et les services aux étudiants, promouvoir une culture d’inclusion pour la diversité des origines et des idées et enfin revamper les infrastructures et installations du campus.

Interdisciplinarité Le sénat s’est aussi penché sur les restrictions disciplinaires en termes de choix de cours et sur l’interdisciplinarité. Selon Anthony C. Masi, doyen de l’université, «il n’est pas justifiable de permettre aux étudiants prenant des cours d’option de prendre la place autrement réservée aux étudiants pour lesquels ces cours sont obligatoires [dans le cadre de leur programme]». Josh Redel, le président de l’AÉUM, se demande si l’université «pourrait pousser au-delà des limites actuelles» afin d’élargir la place allouée aux programmes interdisciplinaires et diminuer les restrictions d’accès. Masi a également amorcé une réflexion sur les cours ayant un taux d’enrôlement relativement bas. Travaillant avec Morton Mendelson (vice-principal à la vie étudiante et aux apprentissages), il propose d’éliminer ces cours moins populaires afin d’allouer plus de ressources au cours ayant une demande importante. Aucune décision concrète n’ayant été prise, le «Academic Policy Committee», assisté par les doyens de chaque faculté, étudiera ces questions académiques en profondeur au cours des prochains mois. La prochaine rencontre du sénat aura lieu le 14 novembre 2012. x

Elie Lubendo, nouveau VP Externe pour le «First-Year Council» (FYC) et conseiller représentant du FYC auprès de l’AÉUM a par ailleurs eu l’occasion de se présenter lors de cette séance. Le prochain Conseil Législatif aura lieu le jeudi 1er novembre. x

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McGill défend ses chercheurs et sa réputation La commissaire à l’intégrité rejete les accusation portées sur les recherches sur l’amiante. Nicolas Quiazua Le Délit

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’Université McGill ne fera pas d’enquête indépendante sur les allégations de collusion et de problèmes éthiques dans les travaux de recherches sur l’amiante du Dr. J. Corbett Mcdonald, professeur émérite de l’Université à la retraite. Dans un rapport rendu publique mercredi le 17 octobre, le commissaire à l’intégrité de la recherche de l’Université McGill, le Dr. Abe Fuks, a rejeté les accusations et affirmé dans son rapport n’avoir pas constaté de «support aux allégations que les travaux de recherche de J. C. M. étaient influencés ou affaiblis par la source des fonds, à l’affirmation qu’il ait nié ces sources ni que l’Université ait agi en collusion avec l’industrie de l’amiante». En février dernier, suite à la diffusion d’un épisode de l’émission Enquête de RadioCanada, exposant un lien financier entre le Dr. Macdonald et l’industrie de l’amiante, un regroupement de 30 experts a demandé la tenue d’une enquête indépendante. Dans une lettre envoyée aux membres du Conseil d’Admnistration de l’Université McGill le 2 février 2012, et rendue publique dans différents médias, le groupe accusait l’Université d’entretenir une alliance avec l’industrie, «concrétisée quand l’AMAQ [l’Association des Mines d’Amiantes du Québec] a commencé à financer la recherche épidémiologique portant sur l’amiante du professeur J. C. McDonald et de son unité de recherche à l’Université McGill». 

mènerait sa propre étude interne. «Les allégations mises de l’avant dans les médias indiquant que les travaux de recherche de l’un de nos professeurs émérites à la retraite, le Pr. J. Corbett McDonald, aient pu être influencés par l’industrie de l’amiante sont très sérieuses et doivent être abordées», affirmait Eidelman dans un communiqué.

McDonald a commencé ses recherches, l’industrie était en mode panique: «Leur seule stratégie pour survivre était de dire, oui l’amiante cause la mort mais la chrysotile peut être utilisée de façon sécuritaire». L’utilisation de l’amiante chrysotile, qui présenterait 95% de l’amiante utilisé dans le monde, permettrait donc amplement à l’industrie de survivre.

«C’en

est assez avec ces allégations, nous n’avons pas d’investissements dans l’industrie de l’amiante.»

L’AMAQ est un regroupement de l’industrie qui reçoit plus de la moitié de ses fonds directement de la compagnie JohnsManville, celle–là même qui possède et exploitait la mine Jeffrey à Asbestos, en Estrie. En 1965, voulant redorer un blason terni par de plus en plus de critiques, l’AMAQ et l’industrie de l’amiante en général ont cherché «une alliance avec une université, telle que McGill [...] pour donner une apparence d’autorité à sa publicité», telle que noté dans la lettre au conseil. En 1966, l’AMAQ a donc fondé et aidé à établir l’Institut de la santé et de l’environnement de l’AMAQ à McGill, avec comme principal investigateur le Dr. Corbett McDonald. Son président «Karl V. Lindell, [était aussi] président du conseil de JohnsManville Canada Co. Limited», compagnie propriétaire de la mine Jeffrey à Thedford Mines. L’accusation formelle portée contre l’Université et son ancien chercheur par le groupe de scientifiques affirme que l’Institut de la santé et de l’environnement de l’AMAQ et le Dr. McDonald auraient eu «une influence délétère significative dans le reste du monde en faisant la promotion d’une information contrôlée et financée par l’industrie de l’amiante». En réponse aux accusations, le Dr. David Eidelman, doyen de la Faculté de médecine, a annoncé que l’Université

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Crédit photo: Mathieu Santerre

Le rapport de Fuks visait à définir la nécessité de déclencher une enquête indépendante. Le résultat, tel qu’annoncé par Eidelman lors du sénat du 17 octobre, établit qu’il n’y a pas de base pour une telle enquête. «C’en est assez avec ces allégations, nous n’avons pas d’investissements dans l’industrie de l’amiante», ajoute-t-il.   Histoire des travaux J. Corbett McDonald a commencé à étudier les effets de l’amiante sur la santé en 1966, et a publié plusieurs études entre 1971 et 1998. Dès le début de ses recherches, en 1966, une grande partie des recherches de M. McDonald furent financées par l’AMAQ. Lors d’une conférence de presse mercredi dernier, Eidelman a insisté à plusieurs reprises que John Corbett McDonald a «démontré que l’amiante sous toutes ses formes augmente le risque du cancer du poumon». Mais ce résultat serait accepté presque universellement, y compris par l’industrie elle-même. La controverse se situe plutôt sur le fait que McDonald ait indiqué que les risques de santé liés au chrysotile d’amiante étaient de beaucoup inférieurs à ceux d’autres fibres d’amiante. L’amiante est utilisé principalement sous deux formes selon l’OFM: «[le] chrysotile [amiante blanc] et [le] crocidolite [amiante bleu]». Selon Kathleen Ruff, haute conseillère auprès de l’Institut Rideau d’Ottawa quand

Pas d’étude indépendante Le commissaire Fuks rejette les allégations de fraude scientifique, selon lesquelles les travaux de recherche du Dr. McDonald à propos de l’amiante chrysotile serraient basées sur des données de qualité de l’air faussées. Le Pr. Eidelman affirmait que le fait que McDonald ait «tiré des conclusions différentes de la plupart des autorités à l’heure actuelle (…) ne constitue pas une faute disciplinaire». Eidelman ajoute que «l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) reconnaît également (…) que la question des risques de santé associés au chrysotile continue de prêter à controverse». Pourtant, l’OMS estime sur son site web qu’environ 107  000  personnes par an décèdent de maladies suite à une exposition «professionnelle» à l’amiante et que «toutes les formes d’amiante sont cancérigènes pour les êtres humains». Ruff trouve que la façon dont Eidelman présente la position de l’OMS est «scandaleuse». «La position de l’OMS est très claire, il n’y a aucune exposition [à l’amiante] sécuritaire», ajoute-t-elle. Ni McDonald ni McGill n’ont rendu publiques les données primaires sur lesquelles ils ont basé leurs conclusions et «rendent le tout impossible à vérifier». Pourtant, le docteur Eigelman les a demandées à plusieurs reprises dans les dernières années.

«Le doyen Eidelman a dit que ce n’était pas possible de prendre une décision finale sur les recherches de Fhughues (...) parce que les données primaires manquaient toujours». C’est pourquoi il a demandé conseil au docteur Fuks. Ce dernier mentionne dans son rapport que certaines données primaires ne sont pas disponibles, mais ne s’attarde pas sur ce sujet. «Les données publiées sont codés (…) Il n’est donc pas possible d’établir ces liens.» D’un autre côté, le commissaire à l’intégrité convient dans son rapport que l’industrie de l’amiante a bel et bien financé les recherches du Pr. McDonald, mais conclut que le professeur n’est pas fautif de faute professionnelle. Fuks affirme que Macdonald a toujours annoncé la présence de ces liens dans ses publications et que «bien que l’on puisse considérer le financement comme terni, en soi, ceci ne fournit aucune preuve que les chercheurs ou la recherche ont été influencé à tort par les pourvoyeurs de fonds». Toutefois, selon Ruff, McDonald n’aurait pas toujours révélé que ses recherches étaient financées par l’industrie. Ruff affirme que «non seulement il n’a pas révélé, mais [alors qu’il témoignait internationalement contre la nécessité d’implémenter une protection plus rigoureuse], il a catégoriquement nié toute connexion avec l’industrie». Aux États-Unis en 1972, par exemple, devant un comité législatif qui allait se pencher pour savoir si des régulations plus strictes étaient nécessaires, McDonald se serrait présenté comme le président du département d’épidémiologie de l’Université McGill et dit être financé par un institut de santé professionnel. Il a toutefois négligé de spécifier qu’il faisait référence à l’Institut de la santé et de l’environnement de l’AMAQ, «créé, financé et contrôlé par l’AMAQ». Dans son rapport, Fuks fait référence à l’Institut, mais lui associe un lien seulement «indirect» avec l’industrie, bien qu’il soit directement relié à l’AMAQ. «Il présente ça de façon très trompeuse», s’exclame Ruff. Eidelman de son côté explique que l’Université et les règlementations encadrant la recherche s’appliquent aux publications et non pas aux élocutions des chercheurs. «[McDonald] est libre de dire ce qu’il veut», affirme-t-il. Application Afin d’appliquer les recommandations de Fuks, McGill compte organiser une conférence académique «portant sur l’utilisation de substituts sécuritaires à l’amiante, particulièrement dans les pays en développement, et sur d’autres sujets d’intérêt public», annonce Eidelman. La professeure et sénatrice Catherine Lu, se demande quelle est la politique de l’Université par rapport aux conflits d’intérêt, et recommande de se pencher sur le sujet «afin d’éviter les abus d’une institution de recherche par une industrie qui a son propre agenda ». «Il serait dans l’intérêt des chercheurs qu’on ait les bonnes procédures», conclut-elle. x

x le délit · le mardi 23 octobre 2012 · delitfrancais.com


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Rapport Manfredi Le Doyen des Arts propose la révision du Code de Conduite de l’Étudiant Camille Gris Roy Le Délit

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hristopher P. Manfredi a rendu public au début du mois d’octobre son rapport sur la libre expression et l’assemblée pacifique à McGill. Dans ce document, le Doyen des Arts propose une synthèse du forum ouvert organisé à la session dernière et livre trois recommandations. Rappel des faits Suite à l’occupation du cinquième étage de l’édifice James et aux émeutes du 10 novembre 2011, la principale de McGill Heather Munroe-Blum avait confié au Doyen de la Faculté de Droit, Daniel Jutras, la tâche de mener une enquête et de livrer un rapport sur les événements. Une des suggestions formulées par le Doyen Jutras dans son rapport soumis en décembre 2011 était l’organisation d’un forum ouvert sur la libre expression. «Les autorités de l’Université devraient organiser un forum ouvert à tous les membres de la communauté universitaire et y participer, afin de discuter de la signification et de la portée des droits à la libre expression et aux réunions pacifiques sur le campus», écrit Daniel Jutras dans le document. Heather Munroe-Blum charge alors le professeur Christopher Manfredi d’organiser le forum. La première d’une série de quatre assemblées publiques sur la question est tenue le 1er mars 2012. Deux mois plus tard, le 4 mai, un symposium vient conclure l’événement. Synthèse Dans son rapport, Christopher Manfredi fait la synthèse de ce qui a été dit lors des différentes activités du forum ouvert et rappelle les problèmes essentiels et pointsclés identifiés par les participants. «Je m’efforce de présenter un compte rendu fidèle des différents points de vue exprimés pendant les séances du forum ouvert; d’établir un contexte comparatif en vue de discussions et de mesures futures dans ce domaine; et d’orienter l’administration et les organismes dirigeants de l’Université sur les mesures à prendre», écrit-il en page 5. Le Doyen Manfredi explique tout d’abord sa démarche de comparaison entre différentes universités nord-américaines sur la question de la libre expression et de l’assemblée pacifique. De cette analyse comparative, le Doyen tire la conclusion suivante: il est courant pour les universités d’interdire la perturbation des activités normales d’une université. Il est aussi pratique courante d’interdire aux étudiants ou à d’autres gens d’entrer ou de demeurer sur des lieux du campus où ils n’ont normalement pas accès. «En résumé, l’université définit des limites aux droits à l’assemblée et à l’expression. Les assemblées et les manifestations doivent être ‘‘pacifiques’’ et ‘‘légales’’». Au sujet de la libre expression plus spécifiquement, Christopher Manfredi explique que les discussions ont notamment porté sur les activités reliées à ce thème plutôt que sur la libre expression en soi. La détermination des limites à la libre expression était au cœur du débat. À propos de l’assemblée pacifique, les participants aux séances de discussion ont identifié plusieurs thèmes à prendre en

Crédit photo: Nicolas Quiazua

considération. La question de la délimitation de lieux dédiés à l’assemblée pacifique  a été débattue. Un autre point portait sur la nature de l’espace universitaire. Il a été rappelé que le campus est, dans un sens légal, une propriété privée et le public y circule librement sur invitation, sans droits illimités. Le Doyen rappelle également trois grandes critiques formulées par des participants au forum. Ces critiques concernent le problème de réactivité des organes de gouvernance de McGill et de prise en compte des opinions dissidentes. Plusieurs autres critiques concernent la représentation. Des participants ont dénoncé le manque de représentation étudiante au sein des plus hauts organes de l’administration, entre autre au Conseil d’Administration. Le manque d’efficacité et de transparence de l’administration ont également été citées comme problèmes à traiter. Satisfaction  Dans un courriel au Délit, Christopher Manfredi exprime sa satisfaction quant à l’organisation de ce forum et au processus qui a suivi. Il écrit dans son rapport que «le forum de discussion a réuni différents membres de la communauté universitaire – étudiants, faculté, personnel non enseignant et haute direction». Les commentaires ont été selon lui «d’une qualité extraordinaire». Haley Dinel, VP aux Affaires Universitaires à l’AÉUM, était l’année dernière dans le groupe consultatif pour l’événement. Elle se dit «satisfaite» de ce rapport. «J’ai participé à presque toutes les assemblées publiques et le document reflète réellement ce qui a été dit. En particulier […] le rapport souligne les problèmes-clé auxquels il faut trouver une solution». «Ce rapport est certainement un bon premier pas». Trois recommandations Dans son rapport, le Doyen Manfredi propose trois recommandations. La principale Heather Munroe-Blum a accepté ces trois recommandations et a déclaré au Sénat mercredi dernier qu’elle apporterait à la communauté mcgilloise d’ici le 23 novembre prochain davantage d’informations sur les prochaines étapes. La première recommandation de

x le délit · le mardi 23 octobre 2012 · delitfrancais.com

Christopher Manfredi concerne la révision du Code de conduite de l’étudiant, qui devra «être clarifié en regard des articles 5, 6, et 10 intitulés Perturbation, entrée et présence sans autorisation et Utilisation, sans autorisation ou en fraude, des installations, du matériel et des services de l’Université». Le Bureau du Doyen des Étudiants sera un des principaux acteurs pour l’exécution de cette recommandation. En entrevue avec Le Délit, la Doyenne des Étudiants par interim, Linda Jacobs Starkey, a expliqué que le code est déjà en processus de révision depuis plusieurs années. «En 2008, la Doyenne des Étudiants Jane Everett et moi-même avons commencé à rassembler des commentaires et des informations pour la révision du Code. Au début, le processus était plutôt informel. Puis, en 2009, Jane Everett a formé le Groupe de Pilotage pour la Révision du Code (Code Revision Steering Group)». «Le dernier amendement au Code remonte à 2006, donc c’est un bon moment pour avoir une révision». En mars dernier, le Bureau du Doyen des Étudiants a décidé d’attendre la fin du forum ouvert pour entreprendre la réforme, en particulier des articles 5, 6, et 10, mentionnée par le Doyen Manfredi. «Maintenant que le rapport Manfredi est sorti, nous allons continuer à travailler avec le Groupe de pilotage et nous allons être plus attentifs aux recommandations du Doyen», explique Linda Starkey. Elle ajoute: «nous espérons pouvoir proposer une révision du Code au Sénat au début de l’année 2013 et d’ici la fin de l’année scolaire, la réforme devrait revenir au Sénat et être adoptée». Sur ce projet, le Bureau travaille et continuera de travailler en étroite collaboration avec Lydia White, Principale Associée aux Politiques, Procédures et Équité. Lydia White est principalement chargée de travailler avec le personnel nonenseignant de l’université. «Étant donné que le contenu de ce rapport s’applique à la fois aux étudiants, aux facultés et au personnel, nos mandats se rejoignent», explique la Doyenne Linda Starkey. La deuxième recommandation du Doyen Manfredi porte sur le Protocole James. Le Protocole «devrait être révisé ou reconsidéré afin d’adopter une approche moins restrictive relativement à l’accès et à la sécurité». Ce Protocole, décrété après l’occupation du 6ème étage du bâtiment

James en février 2012, rendait l’accès à l’édifice James très difficile et hautement surveillé. Il avait été critiqué parce qu’il semblait exacerber le sentiment de «séparation» entre étudiants et administration, et parce qu’il semblait traiter tous les visiteurs de l’édifice James comme «possibles menaces». Le Doyen Manfredi propose en particulier d’abandonner l’idée d’accès sur carte et de ne plus avoir de gardien de sécurité à l’entrée du bâtiment. Enfin Christopher Manfredi propose comme troisième recommandation que «les services de sécurité de McGill [revoient] leur programme de formation des employés permanents et temporaires afin d’assurer l’exactitude et l’intégrité des rapports en cas d’incident et de mesures disciplinaires.» Implication des étudiants? Comment les étudiants pourront-il s’impliquer dans la suite du processus? Étant donné le peu de participation étudiante aux forums sur la libre expression et l’assemblée pacifique l’année dernière, on peut se demander s’ils s’impliqueront réellement davantage dans le processus. Le Doyen Manfredi semble être confiant. Il dit au Délit être «certain que tous ceux qui seront impliqués dans l’exécution de ces mesures chercheront à travailler avec les étudiants chaque fois que ce sera nécessaire». Haley Dinel et le Président de l’AÉUM Josh Redel étaient tous deux représentants étudiants dans le groupe consultatif du forum ouvert. Haley Dinel explique: «à travers nos positions d’exécutifs [à l’AÉUM], nous continuerons de nous assurer que l’Université répond bien aux demandes formulées». Elle ajoute: «Les étudiants doivent lire le rapport et envoyer leurs commentaires à travers le site Internet du forum». Selon la Doyenne Linda Starkey, les étudiants sont déjà impliqués dans le processus de révision du Code de Conduite. «On a des étudiants qui sont membres du comité sur la discipline étudiante». Les ébauches de révision du code sont traitées par ce comité. «On a aussi des étudiants dans le Groupe de pilotage pour la révision du Code, représentants des quatre grandes associations étudiantes. Et, bien sûr, certains étudiants sont impliqués au Sénat». La situation devrait être clarifiée le 23 novembre prochain. x

Actualités

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CAMPUS

Autochtones et Environnement Pam Goss souligne l’impact des changements climatiques sur les communautés indigènes. Pierre Chauvin Le Délit

L

e réchauffement climatique est un sujet souvent abordé comme une menace future. Pourtant, certaines communautés en ressentent déjà les effets. C’est le message que Pam Gross, Inuit originaire de Cambridge Bay (Nunavut), a transmis lors de l’atelier «Des voix autochtones s’expriment sur les changements climatiques», ce vendredi 19 octobre. L’atelier était organisé par le Groupe de recherche d’intérêt public du Québec (GRIP) à McGill et l’Association Étudiante de l’Université McGill dans le cadre de la semaine «Culture Shock». Cet événement organisé chaque année a pour but «[d’]explorer les mythes concernant les immigrant(e)s, les réfugié(e)s, les autochtones et les communautés [victimes de racisme]». Films, ateliers et débats étaient au programme de «Culture Shock» jusqu’au 20 octobre. «Notre peuple voit des changements dans toutes les communautés», a expliqué Pam Gross vendredi. «Cela m’inquiète pour les générations futures.» Pam Gross fait partie de l’initiative «Conversations With the Earth» (CWE). Ce projet dénonce l’impact des changements climatiques sur les communautés autochtones à travers le monde - au Canada, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Brésil et dans de nombreux autres pays -, communautés autochtones qui sont exclues des négociations sur le climat à l’ONU.

C’est sous la forme de mini-séries vidéo que CWE informe sur cet impact. Durant l’atelier à McGill, Pam Gross a présenté deux vidéos: l’une sur «grandir à Cambridge Bay» et l’autre sur la fabrication d’un kayak traditionnel à partir de peaux de phoques. Pour elle, ces

sous forme de mercure dans les bélugas et autres mammifères consommés par les Inuits. Cette pollution n’est pas sans conséquences pour la population, comme l’a rappelé le journal Nunatsiaq News début octobre, faisant état d’une étude démontrant le lien entre le taux de Crédit photo: Lindsay P. Cameron

vidéos sont aussi un moyen de préserver la culture Inuit. «Enregistrer ce que nos ainés ont à dire est fondamental pour conserver notre culture, et rester qui nous sommes», dit Madame Gross. «Nos ainés ont beaucoup à dire parce qu’ils sont témoins des effets du changement du climat.» Les effets associés aux changements climatiques au Nunavut sont nombreux. La pollution - par exemple celle provenant du charbon - se retrouve

mercure et le risque d’hyperactivité chez les jeunes. Certains mammifères, comme les baleines et les bélugas, s’approchent aussi anormalement près des côtes du Nunavut. «Il faut se demander pourquoi est-ce que ces baleines viennent jusqu’à nos baies», a relevé Pam Gross. La fonte des glaces est un autre grand sujet préoccupant. «Nos communautés sont côtières. Si ce que les scientifiques prévoient est vrai, nos eaux vont monter

d’un mètre», dit Mme Gross. «Ce mètrelà signifie beaucoup pour notre peuple.» Avec la fonte, la circulation des navires marchands dans le passage du NordOuest s’accroît considérablement. Pam Gross soutient que les effets des changements climatiques affectent la plupart des communautés autochtones à travers le monde, mais de façons différentes. Certaines communautés au Pérou sont affectées par des précipitations inhabituelles. Pour d’autres, par exemple au Kenya, c’est la sécheresse qui sévit. Une menace pour la culture En entrevue avec Le Délit, Pam Gross a affirmé que la plupart des gens sont au courant des changements climatiques. Son travail est plutôt de donner une voix à son peuple. «Ils peuvent mettre un visage [sur le changement climatique] au lieu d’avoir simplement un livre.» Ces changements climatiques posent aussi un risque pour la culture traditionnelle des Inuits. «Notre peuple a été très ingénieux avec nos ressources et tout ce qui nous entoure.» «Ils ont appris comment survivre avec un climat très dur pendant des milliers d’années», explique Gross. Il reste beaucoup à faire, surtout lorsqu’il s’agit d’éduquer la population sur ce que les Premières Nations doivent affronter. «Ce devrait être obligatoire au secondaire d’avoir un cours sur les Premières Nations, et les problèmes auxquels ils doivent faire face», dit Gross. «Le changement climatique en est une nouvelle facette.» x

ÉDUCATION

Le Québec, campus international Lors d’un déjeuner-causerie, la principale de McGill fait la promotion des étudiants internationaux. Alexandra Nadeau Le Délit

C

’est devant un auditoire composé de ministres, de fonctionnaires et de gens d’affaires que Heather Munroe-Blum a livré son message: «faire du Québec une destination internationale pour l’éducation». M. Jacques StLaurent, PDG de Montréal International, Crédit photo: Lindsay P. Cameron

6 Actualités

a démarré la causerie du vendredi 19 octobre en présentant Mme Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de McGill, comme une «ambassadrice exceptionnelle pour le Québec». Il a également souligné les 190 ans «marqués par l’excellence» de l’Université McGill, qui par ailleurs est composée à 45% d’étudiants internationaux. La part des étudiants internationaux du Québec au Canada a diminué de 8% entre 2001 et 2010, et selon Mme Munroe-Blum, il est temps de se doter d’une stratégie pour remédier à cette situation. Elle a donc énuméré trois recommandations: régler le déficit des universités pour encourager l’innovation dans la province, «augmenter sa part d’étudiants étrangers» pour retrouver les 33% qu’elle détenait en 2001 sur le territoire canadien et «augmenter le nombre de cours de français offerts sur nos campus». Heather Munroe-Blum a déclaré que le futur Sommet sur l’enseignement supérieur devait s’attaquer au défi de valoriser la qualité de l’éducation et son internationalisation. Elle souhaite d’ailleurs que le Sommet sur l’éducation supérieure «soit productif, substantiel, profond et que l’accessibilité soit abordée, mais avec

la qualité des programmes». Il est important que l’enseignement soit valorisé afin d’augmenter le taux de diplômés au Québec, selon elle. La principale de McGill a aussi profité de l’occasion pour défaire quelques mythes au sujet «du rôle international des universités québécoises». Selon ses propos, les étudiants venant de l’étranger ne nuisent pas au Québec, mais, au contraire, contribuent à son succès, l’enrichissent de nouveaux talents et y apportent des revenus. Elle dit aussi que «la moitié des diplômés de McGill habitent le Québec» et «qu’un tiers des étudiants étrangers reste au Québec après leur diplôme». Selon Heather Munroe-Blum, l’Université McGill prend d’importantes mesures pour encourager ses étudiants à rester au Québec après leurs études. Au point de vue financier, MunroeBlum assure qu’un coût plus élevé des études ne diminue pas la fréquentation scolaire. Un plus grand déboursement serait garant d’une meilleure qualité d’éducation, ce que les étudiants québécois et étrangers recherchent. Selon les chiffres de la CREPUQ validés par CIRANO, le déficit actuel des universités québécoises seraient de 620 millions de dollars et

Munroe-Blum soutient qu’il faut remédier à la situation. Les deux pieds au Québec Pierre Duchesne, nouveau ministre de l’Enseignement supérieure, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, a dit avoir apprécié la conférence et être ouvert à accueillir davantage d’étudiants internationaux. Par rapport au déficit des universités, il préfère étudier la question en profondeur avant de dire que ce montant du sous-financement est un «fait accompli». Il a aussi rappelé qu’en ce moment, le Québec doit régler les nombreux problèmes qui règnent dans ses universités. «Il y a eu des coûts importants sur le fait que le gouvernement Charest a laissé pourrir [le conflit étudiant]». «Il y a plus de 3 000 étudiants des cégeps qui ont abandonné leur session», «tout ça engendre des coûts sociaux autant qu’économiques, alors on va attendre d’avoir le portrait d’ensemble, puis on va pouvoir avancer», dit-il. «Monsieur Charest nous a laissé un triste héritage» (tensions, nouvelles lois, nouveaux horaires). «C’est avec ça que je dois composer, moi, en tant que nouveau ministre de l’Enseignement supérieur». x

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POLITIQUE

Libéraux en crise identitaire Au Québec comme au Canada, la course à la chefferie bat son plein. Stephanie Fillion Le Délit

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l n’y a pas que les démocrates et républicains américains qui sont en campagne électorale… Le Parti libéral au Canada l’est aussi. Tant au fédéral qu’au provincial, plusieurs politiciens convoitent la tête des partis, et un vent de renouveau souffle dans les deux formations politiques. Un mouvement que plusieurs étudiants de l’Université McGill surveillent de près. Quelques semaines après la démission de l’ex-premier ministre Jean Charest, quatre candidats sont officiellement dans la course à la chefferie du Parti libéral du Québec. Trois d’entre eux ont occupé des postes importants au conseil des ministres: Pierre Moreau, Raymond Bachand et Philippe Couillard. Trois candidats d’expérience qui promettent de se donner une chaude lutte. Un autre candidat est inscrit dans la course: Jean David. Louis-Philippe Caron, un étudiant de McGill, est le coordonnateur jeunesse de la campagne de Pierre Moreau. À ses yeux, M. Moreau est le candidat idéal pour diriger le parti: «C’est le candidat des jeunes et il a des idées novatrices», soutient t-il. Pierre Moreau, ex-ministre des Transports, a d’ailleurs lancé sa campagne entouré de jeunes libéraux. Louis-Philippe Caron est d’avis que l’enjeu au cœur de la course sera la question de l’éthique, alors que plusieurs candidats ont déjà pris des mesures pour la renforcer. C’est le cas de Philippe Couillard, ancien ministre de la Santé, qui a fixé les dons pour sa campagne à un maximum de 500$. Celui considéré comme le favori de la course compte combler le déficit amené

par cette restriction avec une présence accrue sur le web et les réseaux sociaux. En agissant de la sorte, Philippe Couillard a pavé la voie à ses rivaux en matière d’éthique, alors que Pierre Moreau a annoncé vendredi dernier que sa campagne de

Également impliqué dans le conseil jeunesse du parti, Louis-Philippe Caron déplore qu’aucune association du PLQ ne soit inscrite à l’Université McGill. «Je vois qu’il y a un intérêt, ça serait intéressant d’avoir une base militante a l’Universit�� Crédit photo: Matthieu Santerre

financement ne dépassera pas 450 000$. Pour sa part, l’ex-ministre des Finances n’a annoncé aucune mesure de la sorte, mais, s’il est élu, il compte faire un important ménage au sein du parti, en lien avec les récentes révélations de la commission Charbonneau.

McGill», dit-il. Il pense d’ailleurs sérieusement aller de l’avant avec ce projet. Le Parti libéral du Canada, lui, est bien représenté à l’Université McGill. Le groupe tient régulièrement des rassemblements politiques et accueille des conférenciers. Évidemment, le groupe Liberal

McGill suit la campagne à la chefferie de près et s’enthousiasme de la candidature de Justin Trudeau. «Il a beaucoup de charisme et est rassembleur, mais il a encore ses preuves à faire», pense Stéphane Stril, qui participe régulièrement aux réunions du groupe. Selon lui, il serait bénéfique pour la campagne à venir que Justin Trudeau ait un opposant fort qui pourrait le confronter sur certains enjeux cruciaux comme l’économie. «La pire chose qui pourrait arriver, ce serait de couronner un chef. Il faut qu’il y ait un débat sur les idées», commente Chloé Landry, viceprésidente francophone du groupe. La semaine dernière, le groupe a reçu la visite de l’astronaute Marc Garneau, qui semble tâter le terrain avant d’annoncer une quelconque candidature. Stéphane Stril a assisté à sa conférence: «Tout comme les deux derniers chefs [Michael Ignatieff et Stéphane Dion], c’est un candidat de qualité et il est très brillant, mais il manque de charisme», explique-t-il. Les autres candidats dans la course sont Deborah Coyne, David Bertshi et Alex Burton. La démission du premier ministre de l’Ontario, Dalton McGuinty, a cependant sonné la cloche de certains libéraux face à une possible candidature à la chefferie, fait que M. McGuinty n’a pas nié. Pour Stéphane Stril, ce pourrait être le candidat qui ferait compétition à Justin Trudeau. Après la venue de Marc Garneau, le groupe Liberal McGill aimerait accueillir les autres candidats à la chefferie au sein de l’Université. «On veut qu’il y ait un débat entre les candidats à l’Université», ajoute Chloé Landry. La campagne débutera officiellement le 14 novembre prochain. Les électeurs auront cinq mois pour suivre les développements et faire un choix. x

ÉDUCATION

La cause s’élargit et s’internationalise Le collectif Via22 voit le jour et une nouvelle stratégie de manifestation est élaborée. Mathilde Michaud Le Délit

À

l’approche d’un autre 22, les personnes impliquées dans la crise étudiante et les observateurs se sont demandé quelle serait la tactique de revendication utilisée cette fois par les étudiants. L’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ) lancerait-elle encore un appel pour une grande marche nationale? Plus la date fatidique approchait, plus la possibilité que cet appel soit lancé diminuait. Une nouvelle technique a effectivement été adoptée. Plutôt que de concentrer les effectifs en un seul endroit, près d’une dizaine de manifestations et de vigiles de thématiques variées se sont organisées et échelonnées du 18 au 22 octobre à Montréal. Anticapitalisme et soutien international se sont côtoyés jeudi le 18 octobre, lors de la première manifestation de la série qui s’inscrivait dans le cadre de la journée internationale d’action pour l’éducation. La foule, évaluée à 100 personnes par les journalistes du Journal de Montréal et à 300 par les organisateurs, a bruyamment traversé les rues de Montréal pour se rendre

jusqu’à l’îlot voyageur,  structure abandonnée depuis quelques années où s’est formé un black bloc. Après avoir brisé le cadenas, le groupe y est entré afin d’y poser une bannière alors qu’une manifestation de soutien restait à l’entrée pour les protéger. L’action s’inscrit dans la vague de manifestations contre la présence massive d’«individus issus des milieux financiers» dans les rectorats et les conseils d’administration, expliquent les organisateurs de la manifestation qui préfèrent garder l’anonymat. «Un autre exemple de cette dérive marchande, c’est la prolifération des plans de développement immobiliers qui, dans la plus pure logique capitaliste, visent à étendre leur mainmise sur un marché». Selon eux, l’îlot voyageur en est un très bon exemple et c’est pourquoi il a été la cible de leurs actions. Malgré la présence très importante de policiers au même moment, il n’y a eu aucun débordement. Quelques minutes plus tard, alors que les manifestants étaient arrivés devant la Grande Bibliothèque, deux arrestations ont eu lieu. Ces arrestations ont suscité une vive réaction  de la foule. Il y a eu quelques affrontements entre les participants et les forces de l’ordre qui ont fait utilisation du poivre de Cayenne. La marche

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s’est toutefois très bien finie. Les manifestants ont occupé l’intersection Saint-Denis et Maisonneuve et les policiers les ont respectueusement laissé faire une trentaine de minutes, bloquant les rues. Les forces policières leur ont finalement demandé de Crédit photo: Lindsay P. Cameron

quitter la rue, ce que les participants ont fait. Lundi le 22 octobre, de nombreuses manifestations ont aussi eu lieu, dont quatre à Montréal et une à Québec.  Deux organismes ont d’ailleurs décidé de combiner leurs actions, comme Amnistie

International, qui militait pour le droit de manifester, et Via22. Via22 est «un nouveau collectif international, ouvert et horizontal initié à Montréal-Québec qui lance un processus mensuel d’actions de convergence local/global, les 22 de chaque mois,  à partir du 22 octobre». Les deux groupes s’étaient ainsi rassemblés afin de demander l’amnistie des manifestants qui ont été arrêtés durant la crise sociale des derniers mois et qui font maintenant face à des «amendes salées». La manifestation était assez petite, environnant les 100 participants. Un des manifestants, Kevin Shepheard, disait pour sa part qu’il était présent afin de «montrer son support pour les “22” et le groupe Via22». La manifestation, qui se déroulait plutôt calmement, a pris une tournure radicale lors de l’arrestation violente du photographe Emmanuel Denizon qui a été amené au poste 21. Les manifestants ont alors décidé d’aller «chercher [leur] camarade». Parallèlement se sont aussi déroulées deux vigiles, respectivement pour le retrait des charges juridiques des manifestants et afin de demander la démission du maire de Montréal Gérald Tremblay. x

Actualités

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MONTRÉAL

Solidarité contre le Plan Nord Des manifestants se rassemblent pour soutenir les Innus contre le Plan Nord. Louis Baudoin-Laarman Le Délit

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e vendredi 19 octobre dernier, des manifestants ont bravé la pluie battante pour organiser une manifestation de soutien aux Innus qui s’opposent au Plan Nord. Legs du gouvernement Charest, ce déploiement économique au nord du 49e parallèle autoriserait entre autres la construction de trois barrages hydro-électriques en vue de créer des emplois. Le Plan Nord suscite beaucoup d’opposition, en particulier chez les Innus qui ont organisé un blocus sur la route 138, démantelé par la Sûreté du Québec le mardi 16 octobre. Les Innus souhaitent ainsi démontrer leur détermination contre le Plan Nord, qu’ils avaient déjà rejeté à deux reprises lors de référendums, rejets qui n’avaient toutefois pas été pris en compte par les responsables du projet. Suite au peu d’attention qui était porté à leur cause, les Innus de la réserve Uashat-Maliotenam ont donc commencé une campagne de blocus aux environs de Sept-Îles. La manifestation du 19 octobre avait pour objectif de soutenir les Innus depuis Montréal dans leur combat. Le blocus de la route 138 était le deuxième en son genre. Un premier, en mars, avait déjà

été démantelé après cinq jours de blocus sur la même route. Lundi 22 octobre, un blocus qui avait commencé dimanche soir a également été démantelé par la Sûreté du Québec Karl Dion-Laplante, un des cinq représentants de McGill présents à la manifestation, témoigne: «Historiquement, les

une trentaine se sont présentés, la pluie n’y étant sans doute pas pour rien. Pourtant, un des manifestants dit, sans se décourager: «Quand il y a des actions comme ça il faut venir parce que la crise écologique est déjà bien avancée». L’aspect écologique, qui est central à l’opposition au Plan Nord, était assez visible à la mani-

Crédit photo: Louis Baudoin-Laarman

peuples autochtones au Québec se font ignorer assez facilement, donc il est important d’avoir des actions de visibilité». De la centaine de personnes qui ont répondu à l’appel sur les réseaux sociaux, seulement

festation, certains manifestants ayant amené de nombreuses branches de sapin afin de bloquer la rue. Le cortège, parti de la Place du marché, est allé bloquer l’avenue René-Lévesque au

niveau de St-Urbain, avant d’aller bloquer l’entrée du bâtiment d’Hydro-Québec, responsable de la construction des barrages prévus du Plan Nord. Les forces de police étaient présentes en proportions largement supérieures par rapport au nombre de manifestants. Avant même l’arrivée des manifestants, on pouvait compter neuf véhicules d’intervention, soit environ trois policiers par manifestants avant que tous les manifestants ne soient présents. Une fois devant le bâtiment d’HydroQuébec, la sécurité du bâtiment a invité la police à intervenir après avoir sommé les manifestants de quitter les lieux. La police a calmement fait savoir aux manifestants qu’ils pouvaient continuer leur blocus devant le bâtiment, mais sans bloquer les portes. Un contraste non négligeable avec la «manif-action» de la veille contre la marchandisation de l’éducation qui s’était conclue par une intervention musclée de l’escouade anti-émeute du SPVM. Une demi-heure après leur arrivée, les manifestants ont quitté les lieux sans aucun incident. Somme toute, l’événement n’était pas comparable aux manifestations qu’on a pu voir dernièrement, mais témoigne néanmoins de la présence d’une communauté de soutien aux Innus, qu’on avait déjà pu constater les semaines passées lors de manifestations plus conséquentes. x

OPINION

Écoutez moi, je peux prédire les tremblements de terre Samuel Sigere Le Délit

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on, vous avez bien lu! Je suis réellement capable de prédire les tremblements de terre. La technique est simple, en fait – pas besoin de sismographe, ni d’oscillateur ni d’ordinateur pour analyser les données reçues chaque minute. Non, moi, chaque matin, je me demande s’il va y avoir un tremblement de terre – à Montréal, on n’est jamais trop sûr surtout après la secousse d’il y a deux semaines! Je prends donc ma Bible que je pose sur sa tranche et laisse s’ouvrir. Les yeux fermés, je pointe alors un verset. Ce matin, voilà la réponse: «Et alors tous les sages du Roi vinrent, mais ne purent lire le texte et expliquer son sens au roi» (Daniel 5:8). Bon, ce n’est pas la citation la plus facile que j’ai eue, mais à coup de syllogismes bien tordus – que je vous épargne – j’ai prédit qu’il n’y aura pas de tremblement de terre à Montréal aujourd’hui. Dans l’éventualité d’une secousse ce soir, durant laquelle vous mourrez, je m’excuse d’avance si mon annonce, «juste un

peu trop rassurante», vous a empêché de partir vous mettre à l’abri. On n’est jamais trop prudent de nos jours! Si une cour italienne a, lundi 22 octobre, condamné à six ans de prison les sept scientifiques de la Commission Nationale pour la Prévision et la Prévention de Risques Naturels majeurs pour homicide involontaire après le tremblement de terre d’Aquila en 2009 qui a tué 309 personnes pour avoir «été trop rassurants  », mon Dieu, qu’adviendra-t-il de moi? Mes méthodes sont plus que scientifiques  – la bibliomancie est depuis toujours connue comme une science exacte – et je pense avoir été trop rassurant. Je me vois déjà finir mes jours en prison pour avoir donné des informations «inexactes, incomplètes et contradictoires» sur le tremblement de terre. Car n’oublions pas qu’il est universellement connu que l’on peut prédire les tremblements de terre majeurs. Et on est devenu si bon à les prédire qu’il n’y qu’un seul tremblement de terre de plus de 6.0 sur l’échelle de magnitude du moment que l’on a été capable de prévoir à l’avance. C’était, en 1975 —en gros, hier— à Haicheng, en Chine. Le tremblement

de terre de 7.3 avait été annoncé un jour à l’avance, ce qui avait permis d’évacuer la population à temps.

La science pour la première fois se retrouve devant le choix cornélien de «parler ou se taire». Vu que les chinois ont réussi à le faire, les experts italiens n’ont juste pas été chanceux. Dans la région sismique d’Aquila où l’on peut dénombrer par jour des centaines de secousses de magnitude variées et où les tremblements de terre majeurs arrivent tous les cinq ans, une série de faibles secousses ne peuvent qu’annoncer l’arrivée imminente d’une forte secousse. Ces experts auraient donc dû demander l’évacuation de la région, évacuation coûteuse pour laquelle ils n’auraient pas du tout été condamnés si rien ne s’était passé. On aime tous, n’est-ce pas, paniquer et évacuer sur les chapeaux de roues avec un éventuel tremblement de terre au cul. Blague à part, le jugement posé hier

crée un important précédent non seulement pour la communauté d’experts en désastres naturels mais aussi pour la science en général, qui pour la première fois se retrouve devant le choix cornélien de «parler ou se taire». Dans les deux cas, les conséquences sont les mêmes, le blâme! Notre nature humaine devant un tel désastre demande un responsable, et la science, en repoussant notre limite de compréhension de la nature, s’est indirectement positionné comme parfait bouc émissaire. Comme Malcom Sperrin, directeur du département de physique médicale à l’hôpital Royal Bershire, dit dans une entrevue pour la BBC le 22 octobre 2012, «si la communauté scientifique va être pénalisée pour faire des prédictions qui se révèlent incorrectes ou pour ne pas prédire précisément un événement, alors la recherche scientifique sera limitée seulement à des certitudes et les bénéfices associées à des découvertes en médecine et physique seront arrêtés». Dieu merci pour moi et mes prédictions utilisant la bibliomancie, le jugement sera porté en appel et, avec un peu de chance, les sept scientifiques italiens et moi-même éviteront la prison. x

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CHRONIQUE

Ouroboros cybernétique Victor Constant | Pensées corsaires

Internet, télévision, Smartphones; les individus d’aujourd’hui sont hyper-connectés. L’information est à la portée de tous et traverse la planète en un clin d’œil. N’importe qui peut saisir une image en passant avec son téléphone qui sera relayée partout dans le monde dans les minutes qui suivent. Des flux d’information circulent en permanence et sillonnent le globe, se noyant finalement euxmêmes. Ce monde hyper-connecté, rêvé par les mondialistes et les internationalistes, par les

individualistes tout comme les humanistes, a ses limites. Ce monde-cerveau, où les individus sont imaginés comme autant d’éléments de matière cérébrale connectés entre eux, se heurte à la réalité biologique du cerveau. Le cerveau n’est pas qu’un amas de cellules individuelles interconnectées; il est aussi un tout unifié avec un dessein commun: faire fonctionner le corps qu’il dirige. Le cerveau-monde médiatique, tel qu’il a été façonné jusqu’ici, ne peut continuer à être viable. À force de connections virtuelles, globales, déniées de fondement organique, les individus ne sont plus que cela: des individus, reliés entre eux par tout un tas de câbles enchevêtrés qui n’ont ni début, ni fin, ni aucune organisation précise. Ce cerveau-monde hyper-connecté flotte dans un néant créé par la dynamique autophage de la connexion permanente. Puisque tout est devenu information à la portée de n’importe quel quidam avec une caméra sur son téléphone et une connexion satellite/Internet, la notion même d’information est dénaturée. Une déclaration de guerre et les photos de débauche d’une

célébrité font le tour du monde à la même allure et par les mêmes voies. Noyé dans ces torrents boueux d’information, les relations cybernétiques post-humaines se fraient tant bien que mal un chemin pour venir ranimer artificiellement un court instant les coquilles de plus en plus vides accrochées à leurs claviers et rivées à leurs écrans. Ces connexions, ce sont les 300 «amis» Facebook que tu n’as rencontré qu’une fois dans ta vie et que tu ne reverras peutêtre jamais, ce sont ces anonymes avec qui tu «débats» sur Internet et avec qui tu ne partageras sûrement jamais un café ou une bière, et encore moins un échange poussé et signifiant. Ces fixs de connexion humaine que l’on vient chercher quotidiennement du bout d’un clic, comme des junkies grattant le fond d’un pochon, c’est ce qu’il nous reste dans un monde où, au nom du global et de l’ouverture, on s’est tourné vers tout le monde pour au final ne se retrouver en personne. Bien sûr que le fait de pouvoir tout partager avec de parfaits étrangers à des vitesses phénoménales est profondément exaltant, mais c’est aussi

un poison dangereux qui ronge les sociétés de l’intérieur. En poussant les individus à s’épanouir dans la toile globale, dans les connexions cybernétiques, on a facilité leur retrait progressif des relations organiques et du domaine local. Les sociétés, les communautés se décousent et sont aspirées dans le grand serpent autophage, l’ouroboros, du monde virtuel. Pour la survie du monde et des sociétés en tant que masses

organiques et non en tant qu’individus isolés, il faut se faire violence et s’extraire du cycle sans fin, dénaturant un peu plus la nature des individus et des connexions organiques à chaque passage. Comme Guy Montag dans le roman Farenheit 451 il faut brûler ce qui nous empêche de continuer à nous épanouir et à fonctionner en tant qu’organisme, il faut étendre le domaine de la lutte. x

Crédit photo: Louis Dumont

Réponse aux lecteurs Sofia El-Mouderrib | Science ça!

La science et l’éthique sont comme un vieux couple. Mariés depuis déjà longtemps, chaque épreuve rencontrée (clonage, cellules souches, conquête de l’espace, OGM, tests sur les animaux, etc.) implique des assiettes cassées, des insultes, des cris à s’en arracher les cheveux. Puis, c’est l’amour, l’harmonie, l’un ne pouvant se passer de l’autre. C’est la passion, celle qui se manifeste quand tout est à perdre ou à gagner, mais qui ne révèle jamais la ligne à ne pas transgresser. C’est un peu comme si la science demandait parfois à l’éthique: «Est-ce que tu me trouves grosse?». À chaque fois, c’est la catastrophe.

L’avortement soulève une querelle dans ce couple, c’est indéniable. Ici, j’élaborerai sur les réflexions posées par des lecteurs dont les réactions ont été publiées dans la section «Opinion» du Délit du 16 octobre. (volume 101, numéro 04) D’abord, la réforme législative espagnole permettant désormais aux filles de 16 ans d’avorter sans le consentement des parents met en évidence le cœur du débat. Alors que l’on peut envisager, comme un lecteur le rapportait la semaine dernière, qu’ «…à 16 ans, l’État considère qu’on a l’âge de décider de la vie d’un être humain mais pas de décider de notre propre vie: on ne peut pas voter, acheter un paquet de cigarettes, boire une bière…», on peut aussi affirmer que l’État considère qu’une grossesse a des répercussions bien plus dramatiques que de sortir en boîte. Les privilèges venant avec la majorité n’ont quant à moi rien à voir avec la «condamnation» de vivre une grossesse non-désirée. Le mot est fort, je sais, mais tomber enceinte sans le vouloir est une véritable condamnation dans nos sociétés occidentales. D’un côté, on nous dit qu’il faut performer académiquement, aller à l’école longtemps, faire

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carrière, prendre soins de notre apparence, se divertir, consommer des biens, consommer des services, s’enrichir, trouver l’âme sœur, fonder une famille viable, et ce, dans une chronicité spécifiée. De l’autre côté, il ne faut pas surconsommer, polluer, acheter des cosmétiques cancérigènes, gaspiller son argent et, surtout, tomber enceinte avant un temps donné. La convention sociale commande à la fois d’avoir des enfants et de les avoir au bon moment. La convention sociale perpétue l’hyper-sexualisation et la diabolisation de l’avortement (du moins en Amérique du Nord). Le meilleur exemple de ces paradoxes, c’est nous, les étudiantes universitaires. Nous sommes en âge de procréer depuis presque 10 ans maintenant, mais, pour des considérations sociales, nous faisons le choix d’utiliser des moyens de contraception. Nous avons une sexualité (ce qui est sain et dans l’ordre des choses de la société moderne), mais ne voulons pas d’enfants. Et si un accident arrivait… devrions-nous vivre notre grossesse? Cesser d’étudier, s’appauvrir, mettre au monde un bébé sans père? Ce que je veux illustrer, c’est qu’il est facile de croire que l’avor-

tement est un choix alors que c’est notre environnement social, familial et économique qui commande nos décisions et inflige les conséquences de ces choix. Criminaliser l’avortement serait alors comme forcer quelqu’un à se frapper avec sa propre main, puis le frapper pour l’en punir. Tous les coups durs que la société leur imposerait seraient encaissés par des femmes à mes yeux innocentes en bout de ligne. Quand on s’expatrie de la réalité vers le pays de la philosophie, on peut passer à un autre aspect du débat. Le fœtus estil un humain? À quel moment le droit du fœtus interfère-t-il avec celui de la femme? À trois mois peut-être? Jamais le trait ne pourra être définitivement tiré et la science n’est pas d’une très grande aide. Un second lecteur se demande  «Mais pourquoi interdire de vouloir se mettre dans la position de l’enfant? Pourquoi ne pas vouloir étudier sereinement et objectivement si ce fœtus n’est pas déjà un Homme, et donc pourrait accéder à un certain nombre de droits?». Il est vrai que tout peut se débattre intelligemment, mais, personnellement, je ne peux accepter que ce soit le Parti conservateur qui le fasse, ou même tout autre parti politique présentant

des idéologies plutôt que des idées. J’aimerais qu’on débute le débat par des prémisses, comme «la société veut le bien physique et psychologique des femmes et des enfants» et «la société veut que les individus naissent avec des chances égales», mais nous savons que les prémisses des politiciens sont «nous voulons être élus dans 4 ans par les adhérents à notre idéologie». Stephen Harper en a d’ailleurs fait la démonstration en votant contre la motion de son député, l’avortement n’étant pas populaire dans la mince couche de son électorat lui permettant d’accéder à la majorité. Alors de trois choses l’une: Soit nous attendons que la société s’assainisse et qu’elle ne requière pas des femmes d’avoir une vie prédéterminée où il ne faut pas avoir d’enfants avant 30 ans, soit on criminalise l’avortement pour combattre les femmes et ainsi engendrer une grande souffrance humaine, soit on prend une solution qui a fait ses preuves jusqu’à maintenant, qui est appuyée par le monde médical et le domaine social, qui est viable économiquement et qui ne fait pas de controverses au niveau moral: l’éducation! Merci aux lecteurs du Délit pour ce dialogue et cette belle réflexion. x

Société

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Société

La petite r

societe@delitfrancais.com

Charlotte Delon Le Délit Une mode caractérise une société à un moment de l’Histoire: elles viennent, elle partent. Mais, certains vêtements, «classiques»,  traversent les âges. Considérée aujourd’hui comme un essentiel dans une garde-robe, la petite robe noire a su rester d’actualité, de l’époque victorienne, aux années folles et jusqu’à aujourd’hui. Chaque décennie, elle arrive à se renouveler pour représenter la mode et la féminité. Le Délit mène l’enquête. L’époque victorienne L’idée de la petite robe noire a émergé dans les années 1920, en opposition aux importantes contraintes sociales, sexuelles et vestimentaires de l’époque victorienne. Le corset, symbole vestimentaire de l’époque victorienne, était physiquement restreignant. On souffrait, on pleurait. Et seules les femmes avec une taille de guêpe trouvaient leur compte. Les robes de l’époque couvraient tout le corps; les manches allant jusqu’aux poignets et la jupe jusqu’au sol. Ce style accessible à tous les milieux socio-économiques permettait de mettre les femmes sur un pied d’égalité. Et même si tout le monde ne pouvait pas se permettre des robes coûteuses, elles pouvaient toujours imiter la silhouette populaire.

« On n’est jamais trop ni pas assez habillé avec une petite robe noire.» Karl Lagerfeld Le choix du noir, couleur associée à l’autodiscipline et à la rigueur, est non conventionnel pour une robe. C’est ainsi qu’elle se démarque d’autres vêtements de l’époque. Le noir est traditionnellement porté par   toutes les classes socia-

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comme une déclaration contre l’ère victorienne. La petite robe noire symbolise la modernité de l’ère du jazz de plusieurs façons. L’esthétique de Coco Chanel donne une large place aux couleurs neutres et aux silhouettes simples et épurées et aux tissus choquants pour l’époque, tel que le tricot, largement dédié aux sous-vêtement pour hommes.

les – surtout en temps de deuil – mais, en particulier, par la classe religieuse: les prêtres, les religieuses, les ermites. L’aristocratie pieuse européenne affectionnait aussi particulièrement cette couleur pour leurs robes, et par une ironie du sort, l’inspiration pour la conception de la petite robe noire vient d’un portrait d’une aristocrate, en robe noire montrant son décolleté, peint en 1884 par le sergent John Singer. Ce tableau, controversé à l’époque, sera une source perpétuelle d’inspiration pour la petite robe noire.  

Zelda Fitzgerald  La petite robe noire de l’époque est ample, pratique, confortable et se porte par toutes. Zelda Fitzgerald, célèbre écrivaine féministe et épouse de l’auteur du célèbre F. Scott Fitzgerald, qui par son image de femme indépendante et fougueuse, embrassant toutes les caractéristiques de l’ère du jazz, ancrera la petite robe noire dans la mode et l’imaginaire moderne.

«À la garçonne» La fin de l’époque victorienne voit l’avènement d’une nouvelle génération de femmes modernes, affranchies, libérées, qui se cherchaient un look, un symbole de leur indépendance. Et, là encore, la robe noire se réinvente pour rester au goût du jour. Avec l’époque de la mode «à la garçonne», les cheveux coupés au carré, les tibias nus, la robe noire se raffraîchit et surtout se rétrécit pour devenir la petite robe que l’on connait.

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La petite robe est un élément essentiel de la garde de robe d’une femme » ..... Christian Dior

Coco Chanel C’est Coco Chanel, la pionnière de la mode garçonne aux perspectives vestimentaires simples, aux bijoux de fantaisie, qui lui a donné ses lettres de noblesses dans un petit croquis du célèbre magazine Vogue en octobre 1926. L’esquisse de Chanel était une révolution, radicalement différente de toutes autres créations de l’époque, et les femmes de l’époque du Jazz l’ont embrassée et vite définie À gauche: Peinture «Madame X» du Sergent John Singer. Représente l’aristocrate Virginie Gautreau À droite: Robe de modèle style rétro, typique des années 30

Crédit photo: Photodisc

La «robe-Ford» La petite robe noire devient par la suite un vêtement pratique. Elle est même surnommée la «Robe Modèle T», en comparaison avec la voiture Modèle T de Ford, voiture populaire produite selon le modèle d’assemblage Ford et populaire auprès des masses dans la société d’après-guerre. Avec le crash boursier de 1929 et le début de la Grande Dépression, quand l’étalage de richesse était la petite robe noire, en raison de sa simplicité et de son faible coût de fabrication, reste à la mode. À l’aube de la guerre froide, la petite robe noire se refait séduisante. Dans le film «noir» des années 1940 de Charles Vidor, Gilda, Rita Hayworth, révolutionne le port de la petite robe


robe noire

Évolution et perspectives

  «Scheherezade c’est facile; une petite robe noire c’est difficile.» Coco Chanel

Les femmes fatales Les femmes fatales des années 40 se font plus conservatrices à l’aube des années 50. Elles reflètent la période d’optimisme et de stabilité et la création d’un nouvel idéal du rêve américain.

Donna Karan Dans les années 1980, les concepteurs s’inspirent des décennies précédentes. Par exemple, la créatrice de mode Donna Karan a voulu revenir à la simplicité et l’élégance de la robe noire originale. Lorsque son employeur, Anne Klein, refuse de revenir à une conception plus simple, Karan quitte la maison de couture et lance son propre label: Seven Easy Pieces. Sa conception originale était une robe portefeuille qui s’arrête au niveau du genou, faite d’un tissu crêpe. Celle-ci permettait aux femmes de montrer leurs courbes tout en étant assez conservatrice pour être portée dans un milieu professionnel. Elles assuraient confort et rigueur et représentaient une agréable alternative au tailleur. Sa collection a eu beaucoup de succès: comme Coco Chanel qui a sauvé les femmes des robes contraignantes de l’époque victorienne, Karan créée le nouvel uniforme pour la femme moderne et active.

La petite robe noire que c’est «  la base de la base du style  » Karl Lagerfeld Breakfast at Tiffany’s Audrey Hepburn, dans Breakfast at Tiffany’s, redessine la robe noire, la rendant séduisante et mystérieuse, mais surtout élégante. Hepburn, avec l’aide du couturier Hubert de Givenchy, conçoit les deux robes noires emblématiques portées dans le film: la première, élégante silhouette droite, et la seconde simple et noire . Hepburn, la seule femme qui ne porte pas une robe colorée dans un film des années 1950, se distingue comme la femme moderne de cette décénnie. Jackie Kennedy Onassis, l’épouse du 35e président des États-Unis John F. Kennedy, portait des petites robes noires qui mettaient l’accent sur le coté classique et glamour qui caractérise aujourd’hui les années 1960. La rupture La petite robe noire a survécu pendant près de 40 ans jusqu’à la décennie des années 1970, où toutes les cultures des époques précédentes ont été re-

Aujourd’hui La petite robe noire a été portée par des icônes et des célébrités de styles différents tout au long du 20e siècle et est capable de représenter des images fortes et symboliques pour la féminité de chaque décennie. Aujourd’hui, la petite robe noire est encore portée avec plus ou moins d’accessoires qui permettent de faire ressortir les personnalités de chacune. On en voit dans le milieu de la mode: les défilés pour le printemps 2013, vus en septembre à Paris et Milan, exposent encore des petites robes noires sur les podiums. Des créateurs comme Alber Elbaz pour Lanvin, Peter Dundas pour Emilio Pucci et Roberto Cavalli pour Just Cavalli en ont créées qui incarnent l’esprit de leur maison de couture, chacune à leur façon.

jetées: le style punk allie le cuir et le PVC, est coupé «à la main» et le plus souvent comporte des épingles à nourrice. Le mouvement hippie, en revanche, a préféré des modèles plus dynamiques, avec une silhouette radicalement différente de celle des punks: c’était long, bohème et, le plus souvent, le dos nu.

noire et marque à jamais l’imaginaire populaire. Dans une petite robe noire inspirée du portrait du sergent John Singer, avec un bustier décolleté et en satin qui accentue les formes de Hayworth, une nouvelle image naît: la femme fatale. Mystérieuse et séduisante, la femme fatale met en avant pour la première fois son charme et son attrait sexuel.

À gauche: Robe de style «Donna Karan» : simple et professionel, typique des années 80

Crédit photo: Lambada

À droite: Robe de style post-moderne, aux figures géométrique typique des années 2000

Crédit photo: Lambada

La «PRN» à McGill! Cependant, elles sont aussi présentes au quotidien: sur le campus, dans la rue, au supermarché ou en classes, les petites robes noires sont là. Quelques étudiants, interrogés au hasard des couloirs de l’Université partagent: «Avec ça, je suis sûre de ne pas me tromper quand je vais rencontrer des gens» (Alexandra, U2 en Géographie), «J’en ai bien 6 ou 7!» (Claire, U1, Développement international), «C’était ma robe de grad, j’avoue…» (Marie, U3, Sciences Politiques). On retrouve aussi la petite robe noire dans d’autres branches de l’industrie du luxe: Gerlain en fit un parfum en 2008. Depuis ce printemps, on peut acheter cette fragrance dans toutes les parfumeries et ainsi perpétuer le mythe de ce vêtement qui sera toujours sur le devant des vitrines. Le blog de modèle «référence» de la mode à l’Université CollegeFashionista donne quelques conseils pour le choix de la robe : ajustée à la taille, empilée avec d’autres vêtements et accessoirisée! Voilà qui caractériserait notre décennie ? x

Société

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Montréal

Apocalypse zombie Âmes sensibles s’abstenir Anne Pouzargues Le Délit

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près les menaces de fin du monde, les prédictions mayas et les catastrophes naturelles, ce sont les zombies qui prennent, depuis quelques années déjà, une place de plus en plus importante dans l’imaginaire postapocalyptique collectif. Ainsi, le samedi 20 octobre, plus d’une centaine de «zombies» se sont réunis sur la Place des Festivals, point de départ d’une Marche qui, après un parcours sur la rue SainteCatherine et le Vieux-Port, s’est terminée aux Katacombes, célèbre salle de concerts du boulevard Saint-Laurent. L’événement a provoqué un engouement impressionnant. Place des Festivals, de nombreux stands proposant maquillages et accessoires plus vrais que nature étaient installés, et, dans la foule nombreuse, les badauds et les journalistes côtoyaient des gens zombifiés: hommes, femmes et enfants de tous âges étaient réunis autour d’un sujet ludique, mais peut-être, malgré tout, révélateur des angoisses de la société actuelle. Si assister à la préparation des costumes et des maquillages était en effet plutôt amusant, l’atmosphère changea considérablement une fois que, les zombies rassemblés, la marche put débuter. En effet, chacun était vraiment dans son rôle, et le cortège résonnait de râles, de cris et de grognements divers, poussés par des zombies traînant des pieds et aux mouvements saccadés. Des litres d’hémoglobine coulaient le long des (faux) membres coupés

et détrempaient les chemises tachées ou les robes de mariées déchirées. Les personnages étaient variés: des joueurs de baseball, des écoliers, des serveuses – il était même possible d’apercevoir quelques Pikachu et des hommes à masques de cheval. De la diversité, avec un point commun: tous semblaient avoir été contaminé par le virus zombie, et le sang et les blessures de chacun insistaient sur leur caractère monstrueux. Pour les badauds, au bord de la route, le spectacle était à la fois amusant et effrayant. Si chacun affichait un large sourire, il n’était pas rare d’entendre des gens crier lorsque l’un des zombies s’approchait un peu trop près ou poussait un hurlement soudain. Épidémie zombie L’intérêt pour le phénomène zombie a augmenté depuis le début des années 2000, avec notamment le succès de la série télévisée The Walking Dead. Cependant, les événements des derniers mois ont probablement contribué à l’accentuer. Rappelons par exemple l’histoire de l’homme surpris à Miami en train de dévorer le visage d’un sans-abri, ou encore le scandale Magnotta, jugé à Montréal en juin dernier et les rumeurs concernant ces nouvelles drogues, les «sels de bain» qui provoqueraient des crises poussant au cannibalisme. Dernièrement, même la science s’est emparée de l’idée. À l’Université de Glasgow, il est ainsi possible de s’inscrire à l’Institut d’Études Théoriques sur les Zombies (The Zombie Institute for Theoretical Studies). Internet et les réseaux

sociaux se sont aussi fait les relais du phénomène: des groupes se sont constitués sur Internet, donnant des conseils sur comment survivre en cas d’une éventuelle attaque zombie. Le site tuezlestous.com se veut ainsi «le site de la culture zombie». La peur semble parfois bien réelle, au point que le gouvernement américain s’est vu dans l’obligation dans un communiqué du CDC (Center for Disease Control and Prevention) de rassurer la population. Dans un article du Los Angeles Times daté du 4 juin 2012, on peut ainsi lire que «le CDC a officiellement annoncé qu’aucune attaque de zombie n’est envisageable […] et qu’aucun virus n’a été découvert qui serait capable de transformer les hommes en zombies». Alors, comment comprendre l’ampleur prise par le phénomène? Pourquoi cet intérêt soudain? Une simple distraction, à l’image de l’attrait pour les super-héros éprouvé dans les années 90? Un phénomène de masse, qui ne doit son succès qu’à la crédulité de tous? En assistant à la Marche, on ne peut pourtant pas s’empêcher de penser que cet imaginaire «Apocalypse Zombie», reflète des angoisses bien réelles: celles d’une génération qui se retrouve aux prises avec des peurs qui la dépassent, des peurs elles aussi invisibles —bombes atomiques, crise financière, épidémies—, mais irrémédiablement présentes. On est tenté, il est vrai, de voir cette marche comme un simple événement culturel, et de considérer avec hauteur ceux qui semblent vraiment croire à la menace zombie. On est tenté de rire face à la prolifération des recherches, face aux

Crédit photo: Camille Lhote

listes de choses à avoir chez soi en cas d’attaque. Mais attacher ses angoisses à un monstre imaginaire est peut-être un moyen inconscient de tenter d’exorciser ses peurs face au monde réel. Organiser une marche, c’est montrer les zombies aux yeux de tous, c’est rire de ces créatures monstrueuses tout en en ayant peur. C’est montrer une angoisse face à la société actuelle, en tentant de la mettre à distance par le biais de l’imaginaire. x

Crédit photo: Lauren Kousai

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Société

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Arts&Culture

Crédit photo: Joris Jan Bos

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DANSE

Kaguyahime

Sons discordants et grincements de dents Anabel Cossette Civitella Le Délit

L

es Grands Ballets Canadiens de Montréal présentent jusqu’au 27 octobre un ballet qui sort des normes au point où, souvent, le spectateur en espère la fin. Le ballet s’ouvre avec la projection d’une lune blanche sur un rideau noir, et avec une musique angoissante semblable à celle d’un psalterion (il s’agit en fait d’une flûte de bambou nommée ryuteki). La musique est obsédante, dérangeante. Et elle dure, s’éternise… Déjà, on se crispe sur son siège et on attend avec angoisse la Princesse de la lune, qui nous sortira peutêtre de ce mauvais pas. Cette fameuse quasi-divinité, on l’a dépoussiérée d’une vieille légende chinoise probablement écrite entre le 9e et 10e siècle. La Princesse de la lune, une beauté irrésistible, serait descendue de la lune pour insuffler paix et amour au

monde des mortels. Malheureusement, son charme n’inspire que la convoitise des hommes qui la voient. S’ensuit alors une série de guerres qu’elle ne peut tolérer: elle se résigne à quitter la Terre et retourne sur la Lune.

de même avec la musique de Kaguyahime. Que ce soit à cause des flûtes au son lancinant ou à cause des tambours qui martèlent le rythme, chaque scène est, au bout d’un moment, gâchée par une présence sonore trop importante. On n’en peut plus, on veut s’en aller.

«Déjà on se crispe sur son siège et on attend avec angoisse la Princesse de la lune, qui nous sortira peut-être de ce mauvais pas.»

Dans la chorégraphie du Tchèque Jiri Kylian, c’est pourtant surtout la musique de Maki Ishiila qui ressort et perturbe, au point où on en oublie l’histoire pour essayer uniquement de calmer les battements de son cœur. L’atmosphère créée par la musique est incroyable. Elle met l’assistance dans une sorte de transe. Mais cela dure trop longtemps. Il est possible d’aimer le goût d’un aliment très acide, mais jusqu’à un certain point: en trop grande quantité, on finit par ne plus le tolérer. Il en va

Il y a tout de même de bons passages. Par exemple, lorsque la Princesse arrive en solo, incarnant un être gracile habillé de blanc, et qu’elle exécute une suite de mouvements entre le battement d’aile d’oiseau et les arts martiaux. Ou encore lors de la bataille finale, où l’utilisation d’ombres chinoises, d’effets lumineux et de stroboscopes accompagnant la gestuelle martiale d’une douzaine de danseurs frappe l’imaginaire. Enfin, la danse en couple des villa-

geois du village est l’un des moments forts du ballet. Dans cette scène, on sort de la musique obsédante pour faire place à une joyeuse débandade d’où ressort totalement de la culture asiatique et où l’on s’amuse. Et puis, la guerre arrive. Des hommes habillés de blanc contre des hommes habillés de noir sont accompagnés de roulements de tambour qui s’éternisent et augmentent la tension. La bataille fait rage et les oreilles bourdonnent. Toute cette théâtralité et cette musique, parfois manquées, parfois adéquates, mènent toutefois à une scène absolument extraordinaire. Le départ de Kaguyahime vers sa Lune natale. Un immense drapé doré scintillant se déroule et prend toute la place sur la scène. On ne voit que cette immense lune de tissu qui cherche à attirer la Princesse vers ses tréfonds. Un homme vient chercher Kaguyahime et l’enveloppe de cette lune irrésistible et lumineuse. L’effet est parfait, on se sent comme ces petits papillons de nuit qui ne peuvent s’empêcher de se brûler les ailes sur une lumière dans la nuit. Si le ballet s’était fini à cet instant, il y aurait peut-être eu une raison de se lever pour applaudir. Malheureusement, le ballet ne se termine pas ainsi. S’ensuit une succession de scènes multipliant les jeux de miroir, des caisses tournoient sans but entre des danseurs qui ne réussissent plus à capter l’attention du spectateur, et la soliste se perd dans les habituels roulements de tambour. Finalement, Kaguyahime aurait dû rester sur la Lune, ou, du moins, ne pas demander à son orchestre de l’accompagner. L’effet obsédant de la musique était très certainement voulu, mais on ne va pas au ballet pour suer à grosses gouttes. Ce ballet hors du commun aurait vraiment mérité mieux. x Kaguyahime Où: Sale Wilfried-Pelletier Quand: jusqu’au 27 octobre Combien: à partir de 46 dollars

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Arts & Culture

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PEINTURE

Toute une impression

Le Musée des Beaux-Arts de Montréal propose une exposition temporaire sur la peinture impressioniste. Audrey Champagne Le Délit

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n nous raconte qu’un arbre n’est qu’une combinaison chimique. J’aime mieux croire qu’il est habité par une nymphe.» Cette citation est de Pierre-Auguste Renoir, et donne le ton à l’exposition Il était une fois l’impressionnisme: chef-d’œuvre de la peinture française du Clark au Musée des BeauxArts de Montréal. Sélectionnées pour leur qualité supérieure dans la collection du Francine Clark Institute, 74 peintures, dont 21 tableaux réalisés par Renoir, sont exposées au Musée du 13 octobre au 20 janvier. Aller au musée n’est plus l’activité hautaine ou ennuyeuse qu’elle a déjà été; on peut dire qu’elle s’est peu à peu déconsacrée, car c’est réellement une visite qui peut être appréciée par tous, peu importe l’âge ou les intérêts: donc, pas besoin d’être un intellectuel un peu fêlé ou un étudiant carburant à l’histoire de l’art. Il suffit seulement d’un peu de curiosité! C’est un cours d’histoire, un voyage dans le temps, des rencontres intemporelles, bref, un combo passionnant! Je ne suis pas qualifiée pour vous parler de la qualité des peintures, que je devine pourtant exceptionnelle; mais avec les temps gris et le froid de novembre à nos portes, s’entourer de beauté fait du bien. La visite débute avec des tableaux

de Théodore Rousseau, un précurseur de l’impressionnisme et un héros de son temps pour les artistes. En effet, Rousseau, paysagiste, ne voulant pas se retrouver sans modèles à peindre, fut à la tête d’un mouvement visant à protéger les forêts bordant Paris, excessivement déboisées à l’époque. C’est à l’initiative de celui-ci si, en 1861, des sites à destinations artistiques furent inaugurés dont 555 hectares d’espaces rocheux et 542 hectares de forêts. Ses paysages, tout en lumière, valent la peine d’être vus, surtout lorsqu’on sait qu’il a dû se battre pour conserver l’objet de son inspiration. Si plusieurs des premiers tableaux réalisés, entre autres, par Camille Corot ou Eugène Boudin, semblent moins significatifs dans la collection, ces peintres constituent toutefois les pionniers du mouvement et les mentors de la génération suivante. Une citation de Claude Monet, affichée au-dessus de ses premiers tableaux, affirme que «si je suis devenu un peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois». En admirant les chefs-d’œuvre de Monet tels que Les Falaises à Étretat ou À Sassenheim près de Haarlem, on remercie soi-même Boudin d’avoir su inspirer tant de splendeur. Les citations parsemées un peu partout au gré de l’exposition ajoutent une touche intéressante: on en apprend un peu plus sur nos peintres préférés, leurs impressions, leurs inquiétudes, leurs sources d’inspiration.

Renoir est celui qui nous accompagne tout au long de la visite et plusieurs de ses remarques sont cinglantes ou, du moins, particulières. L’artiste est reconnu pour ses nombreux portraits de femmes. On a l’impression d’entrer dans l’univers intime de l’artiste, de rencontrer son cercle de maîtresses hautes en couleur comme le modèle de La jeune Fille endormie (1880), tableau parsemé de références érotiques; ou bien encore La Baigneuse blonde, un portrait représentant sa future épouse. Malgré toute l’inspiration que lui évoquaient ses muses, Renoir voyait d’un mauvais œil l’émancipation des femmes: «Elles deviennent des intellectuelles, perdent leur sens de l’éternité et ne sont plus bonnes à peindre». Bien que la féministe en moi dénonce une telle injustice, je dois avouer que ses tableaux démontrant des femmes lumineuses et à la beauté inaltérable leurs rendent un bel hommage. En 1845, Charles Baudelaire théorisait la nature double du beau, éternel et invariable; cette exposition sur l’impressionnisme ne saurait mieux rendre justice à cette définition. Pourquoi lever le nez sur un après-midi où vous pourriez faire connaissance avec des artistes tels que Bonnard, Corot, Degas, Gauguin, Manet, Millet, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley et ToulouseLautrec? Comment détourner le

regard des temples algériens, des plages incandescentes, des palais de Venise et des campagnes chatoyantes, et, tout cela sans quitter Montréal? Après cette exposition, vous continuerez votre journée le sourire aux lèvres et comprendrez comme jamais le sens du mot impression. x

© The Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts, USA

Auguste Renoir, Jeune Fille endormie, 1880

Théâtre

L’identité à fleur de peau Tout ça m’assassine revient à la Place des Arts. Mathilde Michaud Le Délit

«M

onsieur Stephen Harper nous vous dédions ce spectacle.» C’est avec ces mots, suivant une citation de Théodore Roosevelt («Derrière le gouvernement visible siège un gouvernement invisible qui ne doit pas fidélité au peuple et ne se reconnaît aucune responsabilité»), que débute la pièce de Dominique Champagne. Une touche d’humour sur fond de cynisme. Un sarcastique désespoir. C’est avec l’identité dans la gorge que je suis sortie du théâtre. Tout ça m’assassine, combinaison de trois pièces, avait été qualifiée de «Production de l’année 2011» par La Presse lors de sa présentation, il y a de cela un an. Le spectacle avait eu un tel succès et s’inscrivait si bien dans la suite des événements du printemps dernier qu’on a décider de refaire l’expérience. C’est ainsi que, moyennant quelques changements de casting, l’équipe est remontée sur les planches début octobre et a même ajouté trois représentations supplémentaires. Tout en musique et en poésie La trompette sonne, le tambour cogne et quelques lignes de basse plutôt groovy annoncent l’arrivée des acteurs sur la scène. Dramatiquement, poésie et musique s’enlacent dans Les Poèmes de Patrice Desbiens. Sylvain Marcel, poète alcoolique et déprimé nous fait vivre le poids de son exil en Ontario, sa perte d’identité due à la distance

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qui le sépare de sa province. Le tout se déroule dans un bar où il monologue, s’adressant à tel ou tel habitué de la place et ayant pour seule réponse la voix d’une jeune femme et les mélodies que lui accordent les deux musiciens. Ceux-ci, extrêmement polyvalents, accompagnent l’ensemble du spectacle et y ajoutent une touche de magie.

«Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves?» Critique satirique L’arrivée fracassante d’Alexis Martin sur son fauteuil motorisé en fait rire plus d’un. Dans le cadre de la seconde pièce

du spectacle, Confession d’un cassé de Pierre Lefebvre, l’unique personnage met en pièces la conception que l’on peut se faire du capitalisme. Homme sans le sou, n’arrivant pas à concevoir la valeur de l’argent, il déconstruit crûment le concept du capitalisme, le comparant à la fois à l’acte de déféquer et au fascisme. On pourra l’accuser d’aller trop loin dans ses références très nombreuses au fascisme et, entre autres au nazisme, mais c’est justement celles-ci qui donnent le ton au monologue, satirique et cynique. C’est une critique intelligente et drôlement bien écrite où se multiplient les jeux de mots et les références à nos politiciens adorés: Nicolas Sarkozy, Jean Charest, etc.

Vive le Québec libre! Un souverainiste versera quelques larmes, un fédéraliste se frustrera. Normand D’Amour et Mario Saint-Amand, incarnant respectivement un optimiste et un défaitiste de la cause souverainiste au Québec, nous font revivre l’épopée québécoise depuis l’arrivée des premiers colons dans la vallée du Saint-Laurent jusqu’à la mort de René Lévesque. La Déroute, de Dominic Champagne, est un petit bijou pour tout passionné d’histoire québécoise. Aux citations telles que la célèbre phrase de Claude Péloquin «Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves?», s’allie la voix de René Lévesque lors de la fatidique soirée du 20 mai 1980, alors que les résultats du premier référendum pour l’indépendance venaient d’être dévoilés: «Si j’ai bien compris, vous êtes en train de me dire: à la prochaine fois». Quoique particulièrement douce aux oreilles des défenseurs de la nationalité québécoise, cette pièce ne plaira pas nécessairement aux partisans de la fédération qui seront peut-être choqués par quelques propos outrageux lancés par les deux personnages. Il n’en reste pas moins qu’ils pourront l’apprécier tout autant si la chose est prise avec le sourire. x Tout ça m’assassine Où: Salle Jean Grimaldi Quand: 2 novembre Combien: 42,85 dollars

Grâcieuseté Valérie Grig

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CHRONIQUE

Au Féminin Alexandre Vinson | Mélodieuse Prophétie

Il vous est peut-être venu à l’esprit, en lisant mes deux écrits précédents, que les références à la gent féminine se font assez rares. Et pourtant je les aime ces femmes, leurs charmes, leurs voix… L’idée de les mettre à l’honneur cette fois-ci m’est venue suite à la publication du magazine Forbes des

demoiselles les mieux payées du globe. En pôle position des chansonnières, Britney Spears, puis Taylor Swift et Rihanna… Cela se passe de (mes) commentaires. Dans la vie, j’ai toujours vu la musique comme la politique dans le sens où il me semble indispensable de militer pour une «méritocratie dans la justice». Ce terme utopiste est simple, les plus méritants peuvent légitimement gagner d’avantage que les autres tant que tout le monde part sur une base égalitaire. En revanche, ces pionnières du top 40 partent, à mon avis, avec plus d’une longueur d’avance grâce à un type de musique extrêmement formaté produit par des institutions portées sur le profit avant tout. Cependant, et sans faire dans la mauvaise foi, il faut leur reconnaître le mérite de plaire au plus

grand nombre. Pour contrer ce phénomène, je vais vous faire part de mon top 3. En somme, mon classement Forbes-minable des voix féminines en activité et gagnant à être connues. Au côté droit du podium, je vais placer l’envoutante Stacey Kent. Cette New-Yorkaise d’une quarantaine d’années nous apporte un jazz assez classique tout compte fait mais drôlement bien interprété. Ayant quitté le sol Nord-Américain assez tôt, il est d’ailleurs naturel que sa musique connaisse un succès bien plus flagrant de l’autre côté de l’Atlantique avec de nombreuses récompenses décernées par la BBC mais aussi plusieurs disques d’or en Allemagne et en France. La deuxième place est quant à elle décernée à Nona Marie Invie. Accompagnée de son

groupe, les Dark Dark Dark, elle propose une musique folk indé des plus délicieuses et tout un univers à découvrir avec, notamment, un clip vidéo très bien produit accompagnant la chanson «Daydreaming». Allant crescendo dans la puissance vocale, la première position revient à une chanteuse Soul du nom de Brittany Howard. Cette native d’Alabama, d’où le nom de sa formation, les Alabama Shakes, commence peu à peu à acquérir un succès amplement mérité avec une musique à mi-chemin entre du Janis Joplin et du Allman Brothers. Irrésistible à mes oreilles. J’en connais deux autres qui apprécient les voix féminines et ils viennent nous le prouver en ce quatrième mardi du mois. En effet, les deux acolytes de

Nouvelle Vague (Le National, 23 Octobre) ont collaboré avec de nombreuses chanteuses à talent dans le but de proposer des reprises de chansons punk, post-punk et new wave relookées de la tête aux pieds. Le lendemain, c’est Dan Livingstone et The Griffintown Jug Addicts (Brutopia, 24 Octobre) qu’il faut aller épier du côté de la rue Crescent tout en laissant couler le son des guitares bluesy des années 1930 dans vos oreilles. En perpétuant un certain appui aux artistes canadiens, la jeune Amelie Curran (Upstairs jazz bar & grill, 1er Novembre) mérite un public bien garni. Troubadour au féminin, cette jeune femme qui jouait dans la rue il n’y a pas si longtemps a obtenu au fil des années un statut tout autre et n’a pas démérité! Comme quoi, on peut toujours rêver… x

CHRONIQUE

Des petites verges Anselme Le Texier | Les mots de saison

Détrompez-vous, je ne parle pas de mes parties intimes. Les qualifier ainsi serait ne pas leur rendre justice. Cette semaine nous parlons typographie. La typo est à l’honneur, alors que le bon usage de celle-ci semble tomber en désuétude. On n’en apprendra jamais trop sur ces signes sans lesquels la lecture de nos auteurs préférés serait bien difficile. La typographie, c’est ce qui sépare les mots par des espaces, c’est ce qui rend à l’écrit ce que les mots seuls ne peuvent exprimer. Alors quel est le rapport entre le bâton et la ponctuation? La virgule. Ce signe, apparu avec le développement de l’imprimerie au XVe siècle, sépare d’abord les différentes parties d’une phrase, mais, surtout, donne le rythme. On en use, on en abuse, mais on la chérit, contrairement au pointvirgule, au cadratin, au pied-demouche qu’on oublie peu à peu. Un peu d’étymologie: le suffixe «-ule» signifie en effet «petit». La canicule est donc une petite

chienne. Cette vague de chaleur était, au Moyen Âge, censée survenir au mois d’août, quand l’étoile Sirius, aussi appelée «petite chienne», se couche en même temps que le soleil. On construisit sur le même modèle le mot «homoncule», ou «petit homme». Vous comprenez l’histoire de ma petite verge. Un petit nom exquis quand on y pense. Le problème de la virgule tient dans l’utilisation arbitraire qu’on en fait. Elle servait à l’origine à marquer les pauses qu’on fait à l’oral. Il n’est pas rare de trouver dans les écrits de Fontenelle ou de Guez de Balzac une virgule entre un verbe et son sujet; une hérésie de nos jours. En effet les règles d’usage de la virgule se sont rigidifiées. Pas question de mettre une virgule sérielle à la fin d’une énumération, la fameuse oxford comma. On tombe cependant régulièrement sur des bizarreries. «Ma sœur qui aime les gâteaux» est bien différent de «ma sœur, qui aime les gâteaux». Dans le premier cas, je parle de celle de mes sœurs qui aime les gâteaux (relative déterminative), dans le deuxième, je précise que ma sœur aime les gâteaux (relative explicative). Elle, grossit. Ah! Ne viens-je pas de dire qu’on ne pouvait mettre de virgule entre un sujet et son verbe? Vous m’en direz des nouvelles. Certains ont pourtant tenté de se débarrasser de toute ponctuation pour répondre à cette typo stricte je pense au Paradis de Philippe Sollers notamment qui contient des phrases qui n’en

xle délit · le mardi 23 octobre 2012 · delitfrancais.com

finissent pas ou plutôt des phrases qui s’imbriquent les unes dans les autres sans qu’on puisse en deviner les différentes parties car la ponctuation en effet est nécessaire à la clarté d’un texte au rythme de celui-ci Cependant ces exemples sont rares et participent de la littérature expérimentale. La longue marche de la ponctuation, depuis l’invention du point·pour·séparer·les·mots, jusqu’à l’invention du point exclarrogatif, nous appelle à repenser la façon dont nous concevons la lange que nous parlons. En effet il est des signes que nous écrivons peu ou plus. Je pense notamment au signe «multiplier» qui cède sa place à l’«x». Que dites-vous du pointvirgule? Philippe Pétain l’abhorrait. Il y voyait un signe bâtard, ni point ni virgule, ni masculin ni féminin. L’androgynie de celui-ci a pourtant tout pour plaire. Il a sa place là où les autres ne sauraient suffire. Quand la phrase syntaxique prend fin mais que la phrase sémantique perdure, c’est là que le point-virgule se justifie. Enfin, je ne peux qu’exhorter tout un chacun à faire bon usage des signes qu’il connaît, et à découvrir les signes qu’il ne connaît pas. On trouvera toujours des linguistes un peu stricts qui collent à la règle comme la merde au cul d’un bœuf, ou bien des loufoques pour inventer des virgules d’exclamation et d’interrogation. Espérons seulement que la ponctuation a un sens et qu’il ne faut pas la délaisser. x

Gracieuseté de Didier Goux

Arts & Culture

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FRANÇAIS FACILE

Escapade chez Mado Certains passent une semaine en Thaïlande, d’autres passent la soirée chez Mado. Thy Anne Chu Quang Le Délit

B

ienvenue chez Mado. Le cabaret a été fondé en 2002 par Luc Provost, plus connu par son nom de scène: Mado Lamotte. Il est sans doute la drag queen la plus connue de Montréal avec une renommée mondiale. Écrivain et chanteur à ses heures, il est l’animateur du cabaret. Une drag queen est un homme qui s’habille en femme, souvent de façon loufoque ou en imitant une femme célèbre, à titre de spectacle incluant du chant, de la danse ou du lip-sync. Le terme «transformiste», quoique moins répandu, est également utilisé en français.

Un drag queen se fait appeler par le pronom «elle», et nous en ferons de même. Le spectacle débute à 23 heures. La salle se remplit très vite et on fait patienter le public avec la fameuse chanson d’ABBA «Dancing Queen» qui retrouve tout son sens dans ce contexte. Les transformistes sont magnifiques. Elles ont un maquillage sophistiqué et sont habillées de façon extravagante. Il semble qu’elles soient nées pour faire ce qu’elles font, et on sent qu’elles aiment se déguiser et monter sur scène. Le maquillage exagéré de Mado Lamotte fait tout de suite penser à la Reine de cœur dans le monde d’Alice imaginé par Lewis Carroll. Le soir

Crédit photo: Thy Anne Chu Quang

du 19 octobre, le cabaret reçoit Rita Baga, Dream, Mary Kay et Gabriella. Mado, accompagnée de Nana, sa co-animatrice, déborde de charisme. Elles sont toutes les deux à l’aise et se moquent talentueusement et généreusement de tout, notamment de l’Église et des hétérosexuels, tout en sachant qu’une grande partie du public sont de ceux-là. Les moqueries des animatrices font rire et mettent mal à l’aise. Le spectateur joue un rôle important: ses réactions font partie intégrante du spectacle. Les animatrices sont en constante interaction avec celui-ci, en l’interpellant et en parlant individuellement aux spectateurs qui viennent d’ici ou de plus loin. Au fur et à mesure que le spectacle avance, le public est euphorique; il en veut plus. Quand une sosie d’Adele apparaît sur scène, il est comblé. Il s’agit de la nouvelle chanson «Skyfall», spécialement écrite pour le nouveau film de James Bond. Puis, Dolly Parton fait son apparition, suivie des Scissor Sisters. Place à la seconde partie du spectacle. Mado a changé de costume: elle ressemble à une reine égyptienne. Elle présente le prochain numéro par une déclaration: «le point commun des femmes et des gays, c’est Walt Disney». La petite sirène Ariel arrive sur scène et danse sur la pointe des pieds comme une ballerine à l’exclamation de la foule qui connaît par cœur les paroles et donne ainsi raison à la déclaration de Mado. Lady Gaga vient sur scène pour une imitation de «Bad Romance», puis Pink avec «Raise your glass». Le dernier numéro achève le spectacle en beauté avec une performance tirée du film culte Fame. En trois heures, le cabaret Mado a bousculé tout tabou social. Parfois, on se demande quelle est, en fin de compte, la réelle différence entre homme et femme. Qu’est-ce qu’un homme? Qu’est-ce qu’une femme?

Crédit photo: Thy Anne Chu Quang

Devant ces artistes, on se rend compte de la frontière fragile entre les deux genres. Elles sont nées hommes, mais face à leur féminité et leur attitude, il devient évident qu’il s’agit de femmes. L’animatrice Mado incarne l’insouciance, la joie et la liberté sexuelle. Elle envie le public qui l’admire et qui aimerait tant être comme elle. C’est peut-être pour cette raison que le cabaret a tant de succès et que les spectateurs reviennent. Le public cherche sans doute à s’échapper pour quelques heures d’une société qui peine à se défaire de son carcan. x

Chez Mado Où: 1115 rue Sainte-Catherine Quand: tous les jours Combien: 10$ (7$ pour les étudiants le vendredi)

Vocabulaire: Nom de scène: stage name Renomée: reputation Écrivain: writer Loufoque: crazy Charisme: appeal Maquillage: make up Moquerie: mocking remarks Animatrice: organizer Interpeller: call out to Au fur et à mesure: as we go along Sosie: double Être comblé: be fulfilled Sirène: mermaid Pointe: toe Paroles: lyrics Numéro: act Achever: to end En beauté: on a high note Culte: very famous Incarner: embody Carcan: rigidity

Le Délit recherche toujours un modérateur pour ses réseaux sociaux. rec@delitfrancais.com

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Le Délit