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le délit le seul journal francophone de l’Université McGill

delitfrancais.com Publié par la société des publications du Daily, une association étudiante de l’Université McGill

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Le mardi 20 septembre 2011 | Volume 101 Numéro 3

On se la grignotte depuis 1977


Éditorial

Volume 101 Numéro 3

le délit

Le seul journal francophone de l’Université McGill

rec@delitfrancais.com

McGill n’est pas l’UQAM Anabel Cossette Civitella Le Délit

S

oyons réalistes. La grève des employés de soutien dure depuis trop longtemps déjà. Toutes les facultés souffrent, que ce soit en médecine ou en musique, les laboratoires sont ralentis, les heures d’ouverture des bibliothèques sont diminuées… certaines bibliothèques chouchous sont même fermées jusqu’à nouvel ordre (Birks)! Le 16 septembre dernier, les deux figures du parti Québec Solidaire montaient sur la sellette pour encourager les grévistes. Amir Khadir, en anglais, appelait les syndiqués à continuer leur bataille: «McGill doit se présenter en toute bonne foi à la table de concertation» annonçait-il avec force. Françoise David, tout aussi motivée, annonçait en français que Québec Solidaire supportait la grève. Elle profitait aussi du rassemblement pour rappeler à tous une manifestation le 24 septembre prochain afin que les citoyens réclament une enquête publique sur les «allégations» de corruption dans le secteur de la corruption (pardon, de la construction). Le lien entre les deux événements m’a échappé au premier abord. J’imagine que le prétexte de faire du bruit pour attirer l’attention d’une classe politique endormie, stagnante, désabusée et désintéressée de la cause publique les rallie. Ou bien estce simplement que, traditionnellement, les partis de gauche se mêlent de tout ce à quoi s’opposent les autres partis? Vendredi dernier, sous les drapeaux rouges de la PSAC-AFPC, l’Alliance de

la fonction publique du Canada, la foule trépignait au son d’une musique digne d’une discothèque (ou d’une cabane à sucre, c’est selon). Autour de moi, les étudiants regardaient d’un œil intrigué, certes, mais aussi amusé, ce groupe de grévistes bruyants. Un garçon à mes côtés commentait: Je trouve cette musique amusante, mais, franchement, cela leur fait perdre leur crédibilité!» Peut-être. Non seulement les employés de soutien y perdent un peu de leur standing, mais je ne sais pas à quel point les leaders de Québec Solidaire gagnent à s’exposer de la sorte dans des manifestations syndicales accompagnées d’une musique mifolklorique, mi-techno. Ils sont bien sûr socialistes, mais de voir Françoise David sauter sur l’occasion pour annoncer une prochaine manif m’a semblé bien maladroit, même pour un parti de gauche. Le bon côté de cette grève, à titre d’étudiants de McGill, c’est bien de ne pas être entré en grève NOUS AUSSI. Supposons un instant: Que serait-il advenu des étudiants de l’Université du Québec à Montréal si les employés de soutien avaient cessé toute activité? Les étudiants seraient sortis de leurs gonds et de leurs classes en criant pour faire cesser l’injustice. Il y aurait probablement eu une fermeture complète de l’université (qui ne peut certainement pas fonctionner sans ses employés de soutien) et une rébellion des universitaires. Même si l’AÉUM s’est prononcé en faveur de la grève, que le VP externe Joël Pedneault est très interpellé par le conflit et que les députés du NPD venant de McGill se sont elles aussi mobilisées avec les grévistes, restent que

la population étudiante mcgilloise n’a pas le tempérament frondeur de l’UQAM, où la grève aurait pris d’autres proportions. Pourquoi aussi peu de réaction? Certes, les sourcils se froncent, mais personne ne vient vraiment crier à l’injustice sur les toits et, si on le faisait, on souhaiterait rester anonyme… Certains étudiants voudraient bien sûr dire leur opinion sur le conflit, mais ils craignent les représailles de l’université: «Je ne veux pas être cité, car lorsque la grève sera finie, je recevrai un gros montant d’argent en bourse de McGill. Je ne veux donc pas me mettre l’université à dos!» Les étudiants ne se mobilisent pas plus aussi parce qu’ils veulent réussir, et non pas perdre leur temps avec des manifestations qui ne les concernent pas vraiment. En effet, un Américain ou une Française qui débarquent ici en plein milieu du conflit ne peuvent probablement pas ressentir autant de sympathie face aux grévistes de MUNACA que les Québécois, Montréalais, ou autres qui vivent dans ce milieu depuis un moment déjà. Et en restant concentré sur leurs études, les étudiants de McGill conservent la 17e place sur le podium mondial des universités selon QS world Univerity Rankings… Et c’est justement pourquoi je ne comprends pas la lenteur des négociations. Selon mon appréciation du tempérament de l’administration centrale de McGill, Heather Munroe-Blun devrait avoir à cœur de conserver la bonne réputation de l’université. Où peut aller l’université sans son personnel non-académique? Une telle grève devrait ternir l’image de cette grande université canadienne… x

rédaction 3480 rue McTavish, bureau B•24 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6784 Télécopieur : +1 514 398-8318 Rédactrice en chef rec@delitfrancais.com Anabel Cossette Civitella Actualités actualites@delitfrancais.com Chef de section Emma Ailinn Hautecœur Secrétaire de rédaction Florent Conti Arts&Culture artsculture@delitfrancais.com Chef de section Valérie Mathis Secrétaire de rédaction Raphaël D. Ferland Société societe@delitfrancais.com Francis L.-Racine Coordonnateur de la production production@delitfrancais.com Xavier Plamondon Coordonnateur visuel visuel@delitfrancais.com Alice Destombe Infographie infographie@delitfrancais.com Coordonnateur de la correction correction@delitfrancais.com Anselme Le Texier Coordonnateur Web web@delitfrancais.com Mathieu Ménard Collaboration

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Couverture Photo: Victor Tangermann Montage: Xavier Plamondon bureau publicitaire 3480 rue McTavish, bureau B•26 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6790 Télécopieur : +1 514 398-8318 ads@dailypublications.org Publicité et Gérance Boris Shedov Photocomposition Mathieu Ménard et Geneviève Robert The McGill Daily coordinating@mcgilldaily.com Joan Moses Conseil d’administration de la Société des publications du Daily (SPD) Tom Acker, Emilio Comay del Junco, Humera Jabir, Anthony Lecossois, Whitney Malett, Dominic Popowich, Sana Saeed, Mai Anh Tran-Ho, Will Vanderbilt, Aaron Vansintjan, Sami Yasin

L’usage du masculin dans les pages du Délit vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire.

Les opinions exprimées dans ces pages ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université McGill.

2 Éditorial

Le Délit (ISSN 1192-4609) est publié la plupart des mardis par la Société des publications du Daily (SPD). Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et d’illustrations dont les droits avant été auparavent réservés, incluant les articles de la CUP). L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal.Imprimé sur du papier recyclé format tabloïde par Imprimeries Transcontinental Transmag, Anjou (Québec). Le Délit est membre fondateur de la Canadian University Press (CUP) et du Carrefour international de la presse universitaire francophone (CIPUF).

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Actualités

CAMPUS

actualites@delitfrancais.com

MUNACA: la corde sensible

La grève des employés de soutien crée bien des tourments à la faculté de musique. Anabel Cossette Civitella Le Délit

L

es tambours et trompettes battaient la cadence de la solidarité vendredi le 16 septembre dernier. En effet, le rassemblement des grévistes, les employés de soutien syndiqués sous la bannière de MUNACA, avait déployé de nouvelles forces et semblait frémir d’une vigueur amplifiée grâce à des haut-parleurs hurlant de la musique revigorante. Telle est l’ambiance au portail Roddick depuis la rentrée scolaire. Pourtant, au coin de Sherbrooke et University, c’est le calme plat. Aucun piquet de grève à l’entrée de la faculté de musique. Ici, ni tambour ou trompette pour réclamer la parité avec d’autres travailleurs du milieu universitaire à Montréal. Ironiquement toutefois, les étudiants qui y étudient sont autant victimes, sinon plus, du ralentissement administratif dû à la grève. Les étudiants de deuxième cycle voient les moyens de pression comme une catastrophe: «Pour

l’instant, je donne des cours de violon à McGill et je ne suis pas payée. Je prépare ma thèse de doctorat et je ne suis pas payée. Pour les doctorants qui vivent généralement de leurs bourses, c’est dur!» L’étudiante, qui a désiré rester anonyme, ne peut en effet recevoir de bourse, car tout montant octroyé par l’université doit passer par l’administration de la faculté. Donc, pour l’instant, elle gratte le fond de ses tiroirs. Pour Katherine Larson, la présidente du Music Undergraduate Students’ Association (MUSA), la plus grande inquiétude des étudiants, qu’ils soient de premier ou deuxième cycle, se situe dans la réorganisation de leurs concerts. «Pour tous ceux qui vont graduer, jouer dans une salle de classe ou un auditorium de petite taille n’est certainement pas adéquat pour des musiciens qui ont préparé leur performance pendant des années.» De plus, si les salles de pratiques restent ouvertes, il demeure compliqué d’organiser les horaires de pratique, spécialement pour les chanteurs et les pianistes.

La présidente rappelle que MUSA n’a pas pris de position officielle au sujet de la grève. «Le sentiment général dans la faculté de musique est la frustration. Quelques étudiants sont en colère, mais tout se dirige vers l’administration centrale (c’est-à dire Heather MunroeBlum) et non pas les administrateurs au niveau de la faculté.» Pour la violoniste doctorante anonyme, la grève se décrit comme «une série de petites frustrations accumulées qui, au final, deviennent très lourdes à supporter.» La faculté de musique comprend aussi les laboratoires de «music-tech» du Centre for Interdisciplinary Research In Music Media and Technology (CIRMMT ). Eux aussi fonctionnent au ralenti depuis le 1er septembre. En effet, tous les techniciens de laboratoire sont présentement dans la rue et les étudiants qui ne maîtrisent pas parfaitement leurs matériels de labo ne peuvent à peu près rien commencer: «Il faut tout faire tout seul. Pour moi qui connais ce dont j’ai besoin, ça va, mais ceux qui

commencent une grosse expérience sont foutus!» De l’autre côté de la rue, dans les laboratoires de musique électronique du 550 rue Sherbrooke, c’est la même histoire. «Ici, toutes sortes de petites choses n’avancent pas, faute de soutien technique» explique un jeune chercheur en pointant la lumière jaune-orange de l’imprimante qui n’a plus d’encre depuis une semaine. «Nous supportons les grévistes, mais toute cette situation est vraiment frustrante!» ajoute l’étudiant qui souhaite rester anonyme. Décidément, cette grève est un sujet très sensible. Au septième étage de la faculté de musique, tous les cadres présents se ferment comme des huitres à tout commentaire: «Tout doit passer par le biais des communications de McGill» répondent-ils au Délit qui se fait gentiment raccompagner à la porte. Les négociations continuent avec les grévistes et, d’après Katherine Larson, «McGill doit arrêter cette grève le plus tôt possible. Plus ça durera, plus ça se dégradera.»

Pour cette étudiante qui a, elle aussi, souhaité conserver l’anonymat, tous soutiennent les grévistes: «Vous pouvez être certain qu’il n’y a vraiment personne pour prendre en charge les tâches assignées aux absents. Rien ne fonctionne!» Les concertations se poursuivent ce jeudi, 22 septembre. Les grévistes ne donnent pas de répit à l’Administration McGill: ils encouragent le bouchon de circulation à l’angle des rues Sherbrooke et McGill College en attirant l’attention de tous les passants et en ralentissant le passage des étudiants désireux de pénétrer le campus. x

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CAMPUS

Communauté élargie Vivre en-dehors du campus n’a jamais été si excitant grâce à Off Campus Fellow. Emma Ailinn Hautecoeur Le Délit

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a première année d’université peut à la fois être une expérience inoubliable comme elle peut aussi rappeler un tour de force, une période de transitions pénibles. L'année dernière, toutefois, le programme Off Campus Fellow a été créé afin de faciliter ces moments de transition. Financé par des fonds universitaires pour les projets hors campus et par l’AÉUM, il vise l’intégration des étudiants dans la communauté de leur choix, par l’intermédiaire de mentors assignés à différents quartiers. Cet automne, 400 étudiants se sont inscrits. Chan Park, qui a participé au projet pilote l’année dernière et a été réembauché cette année, évalue personnellement le succès du programme: «Je pense que sur huit, seulement deux mentors ont fait leur travail comme il faut. Mais pour moi ça a été un 9/10! Mes étudiants ont participé aux événements que j’organisais toute l’année. Certains ont même voyagé ensemble après, ou sont devenus collocs.» Chaque mentor a environ 50 à 75 élèves sous son aile, dépendamment des quartiers dont ils ont la charge. Asana RobertsAppiah dit en avoir presque une centaine; «chaque jour des nou-

veaux s’enregistrent. Je suis responsable de trois quartiers officiellement mais je dois m'occuper de six au total!» Une bonne partie de l’île est donc couverte par le programme, les délimitations officielles étant le Plateau, Milton Park, Outremont, Côtedes-Neiges/NDG/Westmount, St-Laurent et les alentours, la Rive-Sud, le West Island et Verdun/Ville-Marie. Ils sont huit fellows cette année, mais le budget permet l’embauche de douze. On cherche encore, car tous les quartiers ne sont pas couverts. Cependant, c'est maintenant que s'éprouve la période critique, alors que l’heure est au social et à la découverte de la ville pour les nouveaux. Pour Chan, «la partie la plus importante du programme est de se faire des amis. Beaucoup d’étudiants qui s’inscrivent sont québécois, donc ils connaissent déjà la ville.» Les fellows ne sont engagés que pour deux mois. Eli Freedman, coordonnateur du programme cette année, explique que «l’année dernière, le projet devait durer un an, mais l’intérêt et la participation se sont amenuisés une fois que les étudiants se sont fait des amis. C’est pourquoi on s’est décidé pour une échéance de deux mois.» Chan rappelle cependant que le programme est destiné à tous les nouveaux étudiants, et certains,

Répartition des fellows sur l’île de Montréal en 2010-211 Crédit photo: gracieuseté de Off Campus Fellow

comme les étudiants en échange, n’arrivent à McGill qu’en décembre. Il pense qu’il serait aussi utile de «couvrir la période de janvier-février».Pour combler le vide ainsi créé, Eli explique que l’équipe s’assurera de la mise en place d’un conseil, composé d’un représentant étudiant par quartier, un conseil qui continuera le travail effectué par les fellows tout au long de l’année, avec en moins la tâche de mentor, c’est-à-dire être joignable en tout temps pour régler des problèmes divers.

Les principales responsabilités des fellows sont d’organiser des activités. Ces «sorties» permettent à la fois la découverte du quartier où ils habitent et de créer des liens. Les participants ont toutefois des besoins très variés. Asana explique que les demandes dépendent de la situation de l’étudiant. «Par exemple, une étudiante d’ailleurs qui n’est là que pour six mois a envie de tout visiter, de faire du tourisme, tandis qu'un étudiant d’ici a besoin de conseils sur la transition cégep-

université» explique-t-elle. Pour Chan, la demande est plutôt axée sur les événements et sur l’information concernant les activités qui se passent sur le campus. Il témoigne que, quand il était en résidence, «il y avait toujours une panoplie de distractions.» Les étudiants qui vivent loin du campus ont des besoins différents. Les mentors étant eux-mêmes étudiants, ceci leur permet de partager leur expérience et même parfois, de revivre leur première année, autrement. x

CAMPUS

R.E.Z.P.E.C.T Rez Project propose aux élèves de première année en résidence un atelier qui sort des sentiers battus. Anthony Lecossois Le Délit Agression sexuelle, différences culturelles et cultuelles, homosexualité, bisexualité, identités transgenres et communication dans le couple, Rez Project aborde une variété de sujets tous liés à l’entrée dans la vie en communauté que constitue l’expérience en résidence. Pour la huitième année consécutive, Rez Project s’améliore et se réinvente. Nouveauté cette année, on fait référence à l’islamophobie. Les modérateurs sont principalement des floor fellows –

ces étudiants qui reviennent vivre en résidence après leur première année pour faire office de mentors et de référents– mais on compte aussi des bénévoles indépendants ou affiliés à des groupes tels que Queer McGill et SACOMSS. Évitant les cours magistraux à tout prix, ils font de leur mieux pour faciliter une discussion ouverte. Jackie Vanek, étudiante U2 en biologie cellulaire et employée au bureau Rez Life s’est portée volontaire. «En première année mes modérateurs nous parlaient de façon quelque peu condescendante, bien que ce n’était peut-être pas intentionnellement. Il m’a sem-

blé que les personnes dans mon atelier en étaient intimidées, ils avaient si peur de dire quelque chose de mal qu’ils ont fini par se taire.» Quand elle est devenue modératrice, Jackie Vanek explique qu’elle a vraiment essayé de ne pas reproduire son expérience de première année. Andrew Wang, étudiant U3 en philosophie et économie était bénévole avant même de devenir floor fellow: «J’aime la discussion mais je n’ai pas peur d’imposer la direction quand j’ai l’impression que le groupe ne comprend pas quelque chose qu’il est important pour eux de comprendre. J’essaie

de ne pas faire la leçon mais je défendrai un point en particulier si nécessaire (en posant des questions par exemple).» Malgré une durée de deux heures et son caractère obligatoire, cette année plus encore que les années précédentes, il semblerait que l’expérience soit positive. Kathryn Jones, étudiante U0 en soins infirmiers raconte: «J’ai vraiment aimé ça, je pense que la raison principale pour laquelle ça a si bien fonctionné, c’est le groupe dans lequel j’étais. C’était intéressant d’écouter les gens et de discuter de sujets auxquels je n’avais pas pensé depuis longtemps.»

Beau Johnson, étudiant en cinquième année de Psychologie et Kinésiologie, explique avoir compris bien plus tard le réel intérêt de cet atelier. «J’étais un de ces étudiants perturbateurs qui essaient de venir à l’atelier bière en main. Mais plus tard, j’ai realisé l’utilité de ces événements.» Noah Eidelman, co-coordonnateur du projet, pense que si cette année a été particulièrement réussie, c’est parce que la formation des modérateurs a été un succès. À l’étude pour le futur? «Peut-être une ou deux sessions en français, il faut qu’on pèse le pour et le contre.» x

Tu n’aimes pas le Comic Sans MS? Le Délit voit en toi un infographiste! rec@delitfrancais.com

4 Actualités

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POLITIQUE FÉDÉRALE

L’élection surprise Entrevue avec Mylène Freeman, députée NPD d’Argenteuil-Papineau-Mirabel

A

vraiment pas assurée et il fallait mieux concentrer nos efforts là où nous pouvions gagner.

u moment où Mylène Freeman termine son baccalauréat en philosophie et sciences politiques à McGill, elle apprend en ce 2 mai 2011 qu’elle sera députée NPD. Le Délit poursuit sa rencontre avec les nouvelles voix de la vague orange qui ont bouleversé l’échiquier politique lors des dernières élections fédérales.

soixante, ce fut plus difficile, car la social-démocratie était associée au mouvement souverainiste, mais cette année avec le message de Jack, nous avons été capables de rejoindre les électeurs avec un message plus positif que celui des souverainistes.

Le Délit: Croyais-tu pouvoir être élue et obtenir cette immense responsabilité lorsque tu t’es présentée pour le NPD? Mylène Freeman: Absolument, il ne faut pas prendre à la légère ce genre de choses! D’ailleurs, je savais que les députés étaient des gens normaux, donc la possibilité que je sois élue était bien là. De plus, c’est une position que j’ai toujours voulu occuper.

Verdun, je prenais le métro et j’allais à l’école. C’était l’essentiel de mes déplacements!»

LD: Tu étudiais en sciences politiques; y a-t-il une différence entre ce que tu as étudié et ce que tu fais aujourd’hui? MF: Il est évident que les façons d’étudier et de faire de la politique sont très différentes. Mais quand on prend du recul, mes études m’ont été très utiles afin de comprendre d’où nous venons, où nous voulons aller…

LD: On a beaucoup critiqué les candidats du NPD pour leur absence durant la campagne électorale, quelle explication donnerais-tu? MF: Depuis 2007, je suis impliquée à Outremont avec Thomas Mulcair; au début de la campagne, on m’a demandé de rester là-bas car nous avions peur de perdre face à Martin Cauchon. J’ai donc mis mes efforts à cet endroit, car la victoire dans ma circonscription n’était

LD: Quel est l’un de tes dossiers phares du mois de septembre? MF: Je travaille au comité sur la condition féminine. Je veux donc être très impliquée dans ce domaine-là, et ce sera le travail de tout un mandat, voire plus. Je crois que nous n’avons pas fait beaucoup d’avance et qu’il y a beaucoup à faire, par exemple dans les maisons de la famille, les centres communautaires. Il faut se rendre sur le terrain pour comprendre où l’on en est.

LD: Comment analyses-tu la vague orange du 2 mai 2011, ce plébiscite massif essentiellement au Québec pour le NPD? MF: Ça fait très longtemps que le NPD veut faire des percées au Québec. Dans les années

«Quand j’étais à

LD: On évoque aussi la possibilité d’une coalition avec le Parti Libéral. Certains disent que c’est possible, d’autres non. Quel est ton avis sur cette question? MF: Il n’y a aucune négociation en ce moment. Par le passé, nous l’avions offert aux Libéraux, mais ils ne voulaient pas. Là, nous préparons un éventuel gouvernement dans quatre ans donc je ne pense pas que ce soit une priorité pour nous de nous allier avec les Libéraux. LD: On vient d’apprendre que Brian Topp comptait se présenter pour la chefferie du parti. On parle évidemment aussi beaucoup de Thomas Mulcair. Quel impact tout cela aura-til sur l’activité du NPD sur la Colline du Parlement? MF: Pour un parti qui est très solide et unifié, avoir des gens qui se présentent les uns contre les autres fait que les choses seront différentes et un peu plus difficiles dans les pro-

chains mois… mais c’est le processus! Néanmoins, ce n’est pas une situation qui va s’éterniser et nous allons nous remettre au travail comme une équipe solide très rapidement. LD: Comment se déroule une journée en tant que députée? MF: Personnellement, je suis beaucoup dans ma voiture. C’est très différent d’il y a quelques mois quand j’étais à Verdun et où je prenais le métro pour aller à l’école. C’était l’essentiel de mes déplacements! Pour tout le monde, vieux ou plus jeune, rentrer au parlement c’est un mode de vie complètement nouveau dans le sens où il faut toujours s’obliger à être exemplaire et inspirant pour les autres, comme Jack l’était pour nous, démontrer que produire du changement est possible. x

Propos recueillis par Florent Conti.

COMMUNIQUÉ Si vous êtes intéressé par le fait français ou cherchez tout simplement une façon de vous impliquer avec d’autres francophones sur le campus, la Commission des Affaires Francophones (CAF) vous offre l’occasion idéale! Depuis 2007, la CAF organise différentes activités, allant du panel politique au spectacle d’artistes francophones, et la désormais célèbre Francofête. Si vous êtes intéressé à participer et/ou organiser l’un de ces événements, joignez-vous à nous lors de notre première rencontre:

22 septembre - 16h30 Salle de conférence des bureaux de l’AÉUM - SSMU (premier étage de l’édifice de l’AÉUM - SSMU) Vous pouvez aussi nous contacter au caf@ssmu.mcgill.ca ou joindre la page facebook de la CAF. Au plaisir de vous rencontrer! Fanny Devaux and Marie-Lise Drapeau-Bisson – Commission des Affaires Francophones

CHRONIQUE

Cours de suédois

Lucas Roux | Morceau de pipeau

Les temps sont durs pour ceux qui tiennent une chronique politique: il n’y a rien à se mettre sous la mine. On attend des aficionados de l’affaire publique qu’ils se satisfassent, au choix, de promesses d’action contre l’empire malfaisant de la construction, ou d’énièmes pro-

5 Actualités

phéties nostradamussiennes sur l’avenir de la langue française à Montréal. Que du réchauffé, en somme. Est-ce trop demander à la montgolfière politique que de cesser de pomper l’air chaud puis de redescendre un peu sur terre? «Plus facile à dire qu’à faire» entends-je. Allons, un peu d’aplomb, il suffit d’un mot, lourd de sens: allemansrätt (prononcez-le comme il s’écrit: dans la douleur.) Alle-mans-rätt ou everyman’s-right, c’est le Suédois pour «droit de tout un chacun», le piédestal juridique pour une Mecque du plein air. En fait, l’allemansrätt assujettit toute la campagne suédoise au droit universel de passage, bivouac et cueillette. Il est donc parfaitement légal, en Laponie mettons, d’enjamber

une clôture et de planter sa tente pour la nuit, sans en toucher mot aux propriétaires. Évidemment, les terres agricoles et les alentours immédiats des résidences sont hors limites. Il n’empêche que l’allemansrätt ouvre presque l’entièreté du territoire naturel aux trekkeurs endurcis comme aux campeurs d’un soir, pourvu qu’ils soient propres et discrets. Les Suédois sont aussi attachés à ce droit coutumier qu’à IKEA, si bien qu’ils l’ont réifié dans leur constitution. Pourquoi pas chez nous? Les coureurs des bois occupent une place centrale dans le folklore national, alors les Québécois devraient l’avoir dans le sang, cet allemansrätt! D’ailleurs on le sait, l’air champêtre éclaircit les idées

comme par sélection naturelle. Quel mcgillois aux méninges surmenées ne rêve pas du plein air aux portes de Montréal, d’un réveil au milieu de la rosée, dans une clairière sur le chemin de Chambly? Au fond, l’allemansrätt démocratise la nature et son aura thérapeutique: c’est un peu comme un service public, et pour pas une piastre. Puisqu’on grafigne déjà les droits individuels pour profiter d’une langue, on peut bien faire une petite entorse à la propriété pour profiter de la nature. Vraiment, la constellation de l’espace public en Amérique du Nord n’a rien de stellaire: des routes ici, quelques parcs là. Le continent est presque impénétrable, car partout il y a des clôtures réelles ou imagi-

naires qu’on ne peut pas légalement enjamber. C’était pareil au Royaume-Uni –l’épicentre des enclosures– mais depuis le pays a voté un parhélie de l’allemansrätt et a rejoint le wagon scandinave. Ça ne prend donc pas tellement de palabres: juste un mot, allemansrätt. On s’habitue même à le dire à force. Mais surtout, ce seul mot changerait le monde pour bien des gens. Changer le monde: ça ferait changement, tiens! Pendant ce temps à l’Assemblé Nationale, ça remue le ciel à la recherche de miracles pour tout mais surtout pour rien, puis ça passe ses vacances sur le yacht de Tony Accurso, pas sous la tente. Du coup, au Québec, il n’y a encore que les compagnies gazières qui vont où bon leur semble. x

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POLITIQUE PROVINCIALE

Préparez-vous aux élections! Les élections provinciales nous permettent d’observer ce qui se passe chez nos voisins.

Illustration: Florent Conti

Florent Conti Le Délit

N

on, nous ne vous parlons pas d’élections dans un pays lointain mais bien d’élections au Canada. En réalité, on fait bien de garder le mot au pluriel car on parle de cinq séries d’élections provinciales qui vont peut-être (au moins dans certaines provinces) bouleverser l’échiquier et le statu quo politique provincial et sans doute fédéral. Le mois d’octobre ne sera donc pas le mois des examens ou des premières dissertations, mais celui des élections. L’Île-duPrince-Édouard votera le 3 octobre, le Manitoba le 4, l’Ontario le 6, Terre-Neuve-et-Labrador le 11, et la Saskatchewan le 7 novembre. Francis en est à sa dernière année en sciences politiques à McGill et lorsqu’on lui pose la question «que penses-tu des élections?» il répond d’un air plein d’interrogation: «quelles élections?». Mais pourquoi donc s’intéresser aux élections provinciales? Nous ignorons pas mal de choses les uns des autres. Chacun, certes, connaît parfaitement sa province. Les Albertins seront (ou ne seront pas) fiers de crier «Ed Stelmach», les étudiants de ColombieBritannique diront sans hésitation le nom de leur première ministre non-élue, Christy Clark. En outre, il est vrai qu’au patronyme de Jean Charest, tout le monde est plutôt sûr où ce dernier gouverne. Pourtant, quand vient le

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temps d’étaler ses connaissances sur les provinces au sujet desquelles les mcgillois aiment plaisanter (Saskatchewan et Maritimes pour ne pas les citer), le silence règne et fait même douter les beaux parleurs qui ont d’habitude leur mot à dire sur tout. Pour Marie-Lise, qui a pour mineure le Programme d’Études sur le Québec proposé par McGill, «les élections nous permettront de savoir quels sont les sujets «chauds» dans différents endroits du Canada. Et étant donné que tout cela se déroule dans une période de temps très rapprochée, nous pourrons comparer et analyser les besoins et demandes des citoyens des différentes provinces». Elle poursuit en avouant que ce qui l’intéresse est aussi de voir quelles sont les similarités ou différences avec les enjeux du Québec. D’Est en Ouest, il est en effet possible de voir que les provinces ont toutes leur caractère distinct. Certaines, comme l’Île-du-Prince-Édouard, ne semblent pas vraiment disposées au changement car les Libéraux ont la mainmise sur la province maritime. Au contraire, le Manitoba et l’Ontario sont les lieux de débats très passionnés entre des chefs d’opposition aux ambitions fringantes et des premiers ministres sortant qui sentent le vent tourner. Ce qui se passe au niveau fédéral peut largement affecter le niveau provincial et vice-versa. Au Manitoba, où le NPD règne en maître, il est question d’assurer

la victoire. Quant à l’Ontario du Libéral Dalton McGuinty, comme le dénote Marie-Lise, «l’élection nous en dira plus sur la «réelle» orientation politique de la province suite au soutien de la majorité des Ontariens pour le Parti Conservateur le 2 mai dernier».

«Les élections nous

permettront de savoir quels sont les sujets «chauds» dans différents endroits du Canada.» «Ces élections nous permettront d’examiner l’hypothèse que le Canada vire à droite», renchérit David, étudiant en sciences politiques qui vient de l’Alberta. «Il reste à voir si les Libéraux bénéficieront de la présence du gouvernement majoritaire de Stephen Harper au Parlement.» Pour David, «dans notre système gouvernemental, où la plupart des pouvoirs à chaque niveau est concentrée dans les mains du premier ministre, les premiers ministres provinciaux forment la réelle opposition au gouvernement fédéral. Souvenons-nous de la campagne «Anything But Conservative» montée par Danny Williams en 2007; suite à cela aucun conservateur ne fut élu à Terre-Neuve». Anca, étudiante en sciences politiques, pense de son côté que ce sera un test pour le NPD: «soit le parti sera vu comme une option sérieuse et gagnera des sièges dans les provinces, ou bien on pourrait

voir que la vague orange du 2 mai n’était qu’un phénomène québécois. De plus, il sera intéressant de comparer le niveau de participation provinciale comparé à celui des élections fédérales». Les provinces de TerreNeuve-et-Labrador ainsi que de la Saskatchewan ne semblent, pour leur part, pas prêtes à voir leur gouvernement changer. Cependant, la présence de Danny Williams au pouvoir pendant presque dix ans a fortement fait changer la donne partisane. En effet, le charismatique premier ministre bouleversa les lignes politiques de TerreNeuve avant de démissionner en 2010 et son successeur de facto Kathy Dunderdale peut faire face à un problème de légitimité pour les électeurs terre-neuviens. En Saskatchewan, ce problème ne se pose pas. Le Parti saskatchewanais a, depuis la fin des années 90, réussi à détourner vers lui le vote populaire traditionnel au NPD. Mélange de libéraux et de conservateurs, le parti peut néanmoins craindre les retombées de la vague orange à Ottawa. Plus généralement, ces élections sont l’occasion de se poser certaines questions concernant l’état des relations interprovinciales. Devrait-il y avoir plus de relations entre les provinces? «Les provinces ont-elles besoin du gouvernement fédéral pour gérer leur relations?», se demande Marie-Lise. «En tous cas, plus de partenariats pourraient mener à des résultats gagnant-gagnant sur de nombreux enjeux.»

«La plupart de dépenses gouvernementales au Canada sont faites par les provinces, dit David, mais à cause du système tributaire donné par la Constitution, les revenus sont perçus par le gouvernement fédéral. Alors qu’on entre dans l’ère de l’austérité, il y aura beaucoup de conflits entre les deux niveaux du gouvernement. Il conviendrait à Stephen Harper d’avoir le plus grand nombre de gouvernements amicaux dans les capitales provinciales.» Un récent article du magazine Macleans démontrait à quel point les chefs politiques engagés dans les cinq élections courtisent les étudiants. De Terre-Neuveet-Labrador au Manitoba, tout est bon pour amadouer la classe étudiante: promesse de gel des frais de scolarité, d’augmentation des bourses, du financement des universités, etc. Pas une province n’est épargnée par cette grande séduction des jeunes Canadiens. La tendance pour se faire élire au Canada semble être de promettre que les frais de scolarité n’augmenteront pas. Pourtant, les provinces sont toutes face au même constat qu’elles doivent appliquer certaines mesures pour régler leur dette et déficit. Après l’élection fédérale de 2011, il apparaît donc que les différents partis politiques ont réalisé le poids de la jeunesse, à quel point les étudiants sont une force électorale non négligeable. Ceux qui prennent le pari d’ignorer cette tranche de la population font un risque qu’ils pourraient peut-être regretter plus tard. x

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LANGUE FRANÇAISE

La langue des Autres Un rapport alarmant fait écho auprès des organisations francophones à McGill. Nicolas Quiazua Le Délit

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ne nouvelle étude publiée par l’Office québécoise de la langue française (OQLF) prédit que d’ici une vingtaine d’années les francophones seront minoritaires à Montréal. L’Office prévoit que, d’ici 2031, les locuteurs de français à la maison passeront de 54% à 47%. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le recul du français dans la métropole ne se fera pas au bénéfice de l’anglais, reculant lui aussi de 25% à 23%. Toujours selon l’OQFL, ce sont les allophones qui gagneront du terrain passant de 21% à 30% de la population Montréalaise. Réactions variées Depuis la publication de l’étude de l’OQLF, les réactions sont plutôt variées. Le Parti québécois (PQ) ainsi que les fondateurs de la Coalition pour l’avenir du Québec, François Legault et Charles Sirois, se disent très inquiets face aux conclusions de l’étude. Ils pensent qu’une réduction du nombre d’immigrants pourrait être nécessaire afin d’en assurer une intégration harmonieuse. Québec solidaire et le gouvernement Libéral ne croient pas que la question de l’avenir du français au Québec repose uniquement sur le nombre d’immigrants que le Québec choisit d’accueillir. La proportion accrue des allophones n’est pas en soi une menace; tout dépendra de leur intégration et de leur choix linguistique. De plus, Françoise David pense qu’il est important de

souligner que l’OQLF définit les francophones comme étant exclusivement des personnes déclarant le français comme «langue parlée le plus souvent a la maison»; et que par conséquent, il est difficile d’évaluer la place qu’occupe réellement le français dans l’espace public, celui-là même que régit la Charte de la langue française. Bien que la langue parlée à la maison soit importante, il serait plus important de porter son attention «sur la langue parlée au travail» et de favoriser l’intégration dans la culture francophone. Le français à McGill L’apprentissage du français et l’intégration dans la culture francophone des étudiants internationaux et anglophones ne semblent pas être une priorité pour McGill. D’ailleurs, l’université compte seulement 18% d’étudiants ayant le français pour langue maternelle et, contrairement aux universités francophones de Montréal, McGill n’exige pas un test de connaissance du français aux candidats dont les études antérieures n’ont pas été faites dans un contexte entièrement francophone. Aujourd’hui, la promotion du français à McGill semble relever principalement de la Commission des affaires francophones (CAF) qui a réussi il y a deux ans à instaurer la mention, sur les plans de cours, du droit des étudiants à remettre leurs travaux en français. Marie-Lise DrapeauBisson, commissaire à la CAF, dit comprendre que l’Université ne veuille pas se priver d’étudiants internationaux d’excellence en instaurant des prérequis linguistiques,

«mais une fois qu’ils viennent ici, pourquoi ne pas mettre [les cours de français] dans le cursus?» Cette idée n’est pas jeune; déjà en 1999, Alain Gagnon, alors président du Programme d’Études sur le Québec, proposait d’offrir aux étudiants la possibilité d’un diplôme mentionnant leurs compétences en français, afin d’en encourager l’apprentissage; un projet rejeté par l’Administration. D’un autre côté, Loretta Hyrat, directrice du Centre de l’Enseignement du Français (CEF), se plaint de ce que, malgré l’ajout de sections supplémentaires, l’offre ne satisfasse pas la demande «[d’étudiants] étrangers qui voudraient avoir l’occasion d’apprendre le français durant leur séjour au Québec». Par conséquent, la seule option qui leur est disponible est de prendre des cours non crédités ou d’aller étudier à Concordia, ce qu’ils n’ont plus le temps de faire au moment où ils apprennent que les cours à McGill sont pleins. Rien de nouveau, sachant que cette situation semble être connue de l’Administration depuis au moins 2005-2006, date du dernier rapport «annuel» sur la situation du français à McGill disponible sur le site du CEF. Selon Madame Hyrat, «tout [étant] une question d’argent, […] les cours de français ne sont pas rentables pour McGill car les classes ne peuvent pas dépasser les 28-30 élèves» pour permettre l’interaction et le dialogue nécessaire à l’apprentissage linguistique. L’impact social possiblement engendré par cette situation serait que la province perde plus de 80% des étudiants

Illustration: Matthieu Santerre

formés dans son université la plus réputée, car ils seraient incapables de rentrer sur le marché du travail, régulé par la charte de la langue française. Considérant la situation géopolitique du Québec en Amérique du Nord, la condition du français ne peut être prise pour acquise. Par contre, l’identité francophone de Montréal, et du Québec, sem-

ble découler principalement de la langue d’usage public plutôt que de la langue parlée à la maison; mais si personne ne parle français ni à la maison, ni à l’université, qui sera prêt à défendre la langue dans l’espace public? x Retrouvez l’article en version longue sur delitfrancais.com

CHRONIQUE

À bout des éternelles querelles Alexie Labelle | Au-delà du présent

Lorsque j’étais à l’école secondaire, crier haut et fort que l’on était fédéraliste menait à un suicide social. Non seulement étais-je la seule à «sortir du placard», mais la condescendance ressentie par mes collègues s’acclamant fièrement souverainistes m’incitait à garder le silen-

ce. Apparemment, ma fierté canadienne était incompatible avec ma fierté québécoise. Cependant, à ma sortie de l’école, j’ai vite compris que l’engouement de mes camarades à l’idée de la souveraineté québécoise n’était guère représentatif de notre société en général. Puis, en tendant la main à d’autres fédéralistes, j’ai constaté que nous avions tous la même impression d’être perçus comme de «faux Québécois». C’est ainsi que j’en suis venue à endosser les propos de François Legault, qui suggère aux Québécois de modifier l’axe opposant fédéralistes et souverainistes, afin de se réorienter vers un système politique fondé sur la rivalité gauche/droite. Bien que ce soit un sujet contentieux, on ne peut nier qu’au moment où j’écris ces lignes, le mouvement souverainiste

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stagne (sondage Léger Marketing, 9 mai 2011), faisant suite à une crise au sein du Parti Québécois. Certes, la récente création du Nouveau Mouvement pour le Québec par d’anciens députés du PQ en est la preuve. Avec son manifeste intitulé «Brisons l’impasse», le NMQ soulève l’inaction du mouvement indépendantiste au Québec, allant même jusqu’à affirmer que l’État québécois se déconstruit. Il va sans dire que le déclin du souverainisme fâche ces indépendantistes affirmés, signataires du manifeste. Nul doute qu’ils en veulent aux fédéralistes. Ils s’illusionnent même que ces derniers ont perdu leur bataille malgré deux référendums gagnés. Ce manifeste semble comme un cri de détresse. Un SOS envoyé dans le but de rallier tous les Québécois. Or, il n’offre qu’une

solution: l’indépendance du Québec. Et il a beau préciser que la souveraineté, aujourd’hui trop institutionnalisée, doit redevenir un mouvement social, il demeure peu convaincant, n’offrant aucune autre option que de raviver les troupes nationalistes. En outre, «Brisons l’impasse» m’a laissée amère. La fédéraliste en moi s’est sentie attaquée, comme si je manquais de loyauté envers le Québec en n’appuyant pas le projet souverainiste. Pourtant, je suis très fière d’être québécoise et, comme plusieurs de mes concitoyens, je suis inquiète d’un Canada gouverné par le Parti Conservateur, quasi absent dans la Belle province. Ceci étant dit, je suis d’avis qu’il faut aller de l’avant. Qu’il faut renouer avec le «Rest of Canada», et surtout avec les franco-canadiens, qui ont besoin du

Québec comme pilier essentiel à la survie de la langue française. Si le Québec commençait à défendre les droits des francophones autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la province, serait-ce une première étape afin d’améliorer la relation du Québec à l’intérieur du Canada? Somme toute, avec le Parti Québécois qui souffre d’une crise interne, il est évident que les pions politiques actuels vont se déplacer sur le grand échiquier québécois. Chose certaine, il serait grand temps pour les fédéralistes et les souverainistes de faire cause commune et de cesser d’être éternellement opposés les uns aux autres. Commençons alors par cesser ces dialogues de sourds et arrêtons de percevoir le fédéralisme comme une trahison à notre identité québécoise. x

Actualités

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Société societe@delitfrancais.com

Mac ou PC: le choc des Titans Le Délit s’est penché sur le débat du siècle et vous offre ses conclusions. Édith Drouin Rousseau Le Délit

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a guerre éternelle entre Mac ou PC n’a toujours pas fait de victime, si ce n’est que des consommateurs qui ne savent plus sur quel pied danser. Dans la campagne publicitaire «I’m a Mac», l’utilisateur du Mac est jeune et cool tandis que celui du PC est un business man un brin vieux jeu. La réplique de Microsoft est sa campagne «I’m a PC» dans laquelle des hommes et des femmes de tous les âges et tous les milieux affirment être PC. Et ce, même si la pub en question a été fait sur... un Mac! La question est donc: qui sont PC et Mac? Tout d’abord, la rivalité entre Apple et Microsoft a débuté en 1984, l’année où Steve Jobs a présenté son tout premier Macintosh. Celui-ci a été créé dans le but de concurrencer le PC et plus précisément IBM qui dominait le marché à l’époque. Steve Jobs n’a pas hésité à comparer ouvertement IBM à un Big Brother de l’informatique, la première publicité orchestrée pour le Macintosh prenant place dans l’univers du roman 1984 écrit par Georges Orwell. Tout laissait présager une relation loin d’être passionnelle entre les deux concurrents. Le Macintosh a été le signe de renouveau et d’innovation qui a précipité la naissance de Windows, en 1985. Le PC a alors

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intégré ce qui le distinguait du Mac jusque là; une interface graphique et une souris. Enfin, la fin des années 80 a laissé place à une domination notoire du PC, causée notamment par son prix plus concurrentiel. Celui-ci provient du fait que les PC sont manufacturés par diverses entreprises comme Hp, Dell, Toshiba ou Sony, alors que le Mac est uniquement fabriqué par Apple. Miroir, dis-moi qui est le plus beau? Du côté technique, François Guimond, programmeur de jeux vidéo iPhone pour la compagnie Frima Studio explique que la différence s’arrête là. «Pour ce qui est des pièces internes, il n’y a pas de différence puisque tous les deux possèdent maintenant une architecture PC.» Par exemple, les Mac ont désormais des processeurs Intel, comme la plupart des PC. Il précise néanmoins que du côté des pièces externes, Mac l’emporte sur la plupart des PC. «Les Mac ont généralement des meilleurs design de boîtier, à la fois pour les tours et pour les portables. Certaines marques de pièces de PC peuvent rivaliser, mais seulement si on est prêt à payer pour les modèles haut de gamme.» S’il était étudiant à l’heure actuelle, monsieur Guimond opterait sans hésiter pour un MacBook puisqu’il est généra-

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lement plus léger et que sa batterie a une plus longue durée de vie que les portables de son principal concurrent. L’apparence des Mac n’est, quant à elle, plus un facteur aussi important qu’auparavant, puisque les PC ont grandement évolué dans le domaine. Certains sont même très semblables au Mac. Ce dernier demeure cependant unique, l’achat de celui-ci étant souvent plus lié au fait qu’il est un accessoire de mode et qu’il permet l’expression d’un rang social qu’à ses caractéristiques techniques. Casser sa tirelire Pour un ordinateur avec la même configuration interne (mémoire vive, processeur, disque dur etc.), le Mac est toujours plus cher. Même en offrant des rabais aux étudiants, les détaillants Mac n’offrent jamais les même prix que ceux qui vendent des PC. C’est d’ailleurs ce que souligne Gina Lai, une graphiste dont l’outil de travail est un Mac. «J’en suis arrivée à la conclusion que le Mac n’a rien de bien différent au niveau matériel (mis à part l’interface); non seulement cela, on peut avoir la même chose dans un Mac que dans un PC pour beaucoup moins cher! Pourquoi payer 1800 dollars pour un Mac quand on peut en payer 800 pour un PC? D’où viennent les 1000 dollars restant? De

l’aluminium utilisé pour le portable? Du clavier lumineux?», demande-t-elle avec dépit. Quand aux choix offerts par Apple, la variété d’ordinateurs est plutôt restreinte. Certains y voient un plus; cela rend le magasinage beaucoup moins long et compliqué. Certains y voient un moins; beaucoup moins de possibilités et pas de sur-mesure. Pour ce qui est d’un PC, il faut effectivement se préparer à des heures de magasinage intensives, les prix variant énormément d’un fournisseur à l’autre et les choix étant infinis. Mac ou PC : le meilleur ou le pire? Outre les fabriquants, il y a bien des facteurs qui peuvent expliquer la différence de prix entre Mac et PC. En effet, lorsqu’un consommateur achète un Mac, il obtient une machine qui est prête à être utilisée. Pas de frais supplémentaires pour l’achat de logiciels essentiels ou pour des mises à jour. Pour les néophytes, le Mac permet à l’utilisateur d’effectuer diverses tâches qui auraient été beaucoup plus compliquées sur un PC. «Les logiciels sur le Mac sont d’une simplicité surprenante. Par exemple, n’importe qui peut faire du montage audio, vidéo ou photo sans avoir de connaissances dans le domaine. En plus, les logiciels sont déjà installés et prêts à être utilisés!» expli-


que Gabriel Dupuis, technicien en informatique et formateur pour Belron Canada. La navigation est, quant à elle, une expérience hors pair. «J’ai dû travailler sur Mac à cause de mes études et j’étais très sceptique au début, mais j’ai découvert des choses que je n’ai pas pu vivre avec un PC. Par exemple, j’adore la façon d’organiser les choses sur Mac (Exposé, Spaces, le Dock, la fonction des piles de fichiers)», souligne madame Lai. Ces derniers étant des applications permettant de gérer ses fenêtres pour que la navigation se fasse plus rapidement et plus agréablement. Pour un étudiant qui jongle souvent entre le navigateur Internet, le traitement de texte et de multiples PDF,

d’ailleurs que cela constitue une faille du PC. «Ce que je n’aime pas, c’est toutes ces fois où les applications gèlent sans raison et où l’on doit forcer la fermeture de l’appareil» déplore-t-elle. Le Mac, quant à lui, a rarement besoin de redémarrage. Cette différence entre Mac et PC est expliquée par la composition interne de ceux-ci, indique monsieur Guimond. «Les Mac sont faits avec un moins grand choix de pièces, donc généralement ont été assemblés avec des pièces qui interagissent beaucoup mieux ensemble. Le danger avec les PC ordinaires est qu’ils sont souvent faits d’un mélange pêle-mêle de pièces qui peuvent produire des problèmes obscurs de compatibilité.»

l’organisation du Mac est donc un grand plus. De son côté, le PC reste l’option la plus simple pour la plupart des gens, ceuxci ayant appris à se servir d’un ordinateur à l’aide d’un PC. Cela explique d’ailleurs pourquoi les entreprises favorisent l’utilisation du PC. Windows permet également une plus grande personnalisation de l’interface, ce qui est un point important à considérer pour les utilisateurs plus expérimentés. Un autre facteur à considérer est que, puisque le PC domine le marché, il est le grand gagnant de la compatibilité des logiciels. Malgré tout, Gina Lai soutient qu’il y a toujours moyen de parer ces inconvénients avec un peu de persévérance. «J’ai réussi à trouver des logiciels gratuits qui font l’équivalent de ce dont j’avais besoin» précise-t-elle. Le fait qu’il soit désormais possible d’installer Windows sur un Mac et que le contraire ne soit pas possible sur Windows change aussi grandement la donne. «Les nouveaux Mac sont capables d’opérer Windows côte-à-côte avec Mac OS X, ce qui veut dire que les Mac peuvent ainsi utiliser les meilleurs logiciels des deux mondes», nuance monsieur Guimond. C’est lorsque vient le temps de parler de stabilité de système que Mac excelle, surpassant ainsi Windows. Gina Lai confirme

La compagnie Apple assure une meilleure synthèse des éléments de ses ordinateurs puisqu’elle crée à la fois la machine ellemême et les logiciels qui y sont utilisés. Pour ce qui est de la sécurité, l’écart n’est plus aussi grand de nos jours qu’à une certaine époque, témoigne le programmeur de Frima Studio. «De nos jours, Windows XP et Windows 7 peuvent rivaliser avec la sécurité et la stabilité de Mac OS X pour un usage courant». Il nuance cependant ses propos en précisant que Windows ne peut être aussi bien entretenu par un utilisateur inexpérimenté. «Windows est un bon choix si les applications sont installées et maintenues par un professionnel ou une personne techniquement compétente. MacOS X est beaucoup plus sécuritaire et stable pour le commun des mortels qui se protège mal contre les virus, installe à peu près n’importe quoi sans réfléchir et répond « oui » à toutes les questions qu’un logiciel lui demande sans savoir ce que cela fait.» Il doit également être concédé à Windows que le grand nombre de PC sur le marché fait de ceux-ci des proies faciles pour les pirates. Les problèmes de sécurité sont donc en partie créés par le fait que la plupart des virus sont destinés au PC. Par contre, quand les problèmes surviennent, les coûts sont généralement plus

élevés pour les utilisateurs du Mac. Ce dernier peut être réparé uniquement par le Apple Store ou par une boutique spécialisée dans le domaine. Du côté du PC, il est souvent possible de se procurer les pièces et de le faire soi-même ou d’aller voir un informaticien. Cela est plus risqué pour un Mac, car la plupart des informaticiens sont formés pour réparer des PC. La durée de vie ainsi que l’évolutivité d’un Mac sont supérieurs à celle du PC. Chaque version de Windows demande le double de la puissance de la version précédente, ce qui oblige le consommateur à constamment changer ou modifier son ordinateur. Ce qui n’est pas le cas pour Apple qui choisit plutôt d’optimiser ses systèmes d’exploitation, de sorte qu’ils aient une excellente réactivité et ce même sur une vieille machine. Microsoft a d’ailleurs corrigé le tir avec Windows 7, optimisant le système d’exploitation au lieu du contraire. Du côté de l’évolutivité, Apple remporte la palme. Mac OS X possédait les nouvelles caractéristiques de Vista 2 ans avant sa sortie. Les étudiants qui aiment passer des nuits à procrastiner en jouant en ligne seront probablement déçus par le Mac. À moins dy installer Windows côte-à-côte avec Mac OS X, beaucoup de jeux ne sont pas compatibles. Mac peut concurrencer le PC en matière de jeu, mais pour un prix beaucoup plus important. La différence est d’ailleurs flagrante en comparant des portables qui ont des spécifications techniques semblables. «J’ai déjà vu la différence entre mon Mac et le PC de mon copain en jouant à un jeu multi-joueurs (chacun sur notre portable) et de ce côté, mon portable avait des lacunes comparativement au sien», consent Gina. Apple n’a également pas d’ordinateur destiné spécialement aux joueurs. Les PC offrent un plus grand choix de pièces haut de gamme, qui sont souvent «overclockés pour atteindre des performances qui sont beaucoup plus difficile à obtenir avec un Mac», soutient François. Celui-ci dénote toutefois un bémol dans

le monde du jeu vidéo sur ordinateur. «De plus en plus, le monde du PC gaming est en train de mourir. Les consoles de jeux sont beaucoup plus abordables et souffrent beaucoup moins de piratage, ce qui les rend plus attirantes pour les joueurs sérieux et pour les compagnies produisant les jeux.» Pour ce qui est des artistes, que ce soit pour le montage vidéo, le graphisme, l’audio ou le montage photo, le Mac est de mise pour la plupart des professionnels de l’industrie. Par exemple, Gina Lai s’est procuré un Mac lorsqu’elle a débuté ses études en graphisme. Le PC possède désormais des logiciels permettant d’accomplir ces tâches, mais le rendement des couleurs, la stabilité et l’ergonomie du Mac en font encore une sommité dans le domaine. Tout ceci à l’exception du 3D qui est beaucoup mieux rendu par les PC. Mac ou PC est, en fait, une question incomplète. Celle-ci devrait plutôt être : Mac, PC ou un système d’exploitation libre de droit comme Linux? Ce dernier est un système d’exploitation gratuit dont le code est accessible à tous; les utilisateurs peuvent donc le modifier à leur guise. C’est d’ailleurs pourquoi il est idéal pour les étudiants en informatique, l’utilisateur expérimenté pouvant adapter le logiciel à son utilisation. « Avec Gentoo Linux, je peux facilement modifier le code source d’un logiciel si je veux lui ajouter un bouton pour rendre une tâche plus facile », s’enthousiasme le programmeur de Frima Studio. Selon Gabriel Dupuis, le monde des logiciels libres a grandement évolué depuis quelques années. « Il est désormais possible pour un utilisateur expérimenté, mais qui n’est pas pour autant un crack de l’informatique de pouvoir travailler avec Ubuntu, par exemple. Installé côte-àcôte avec un système d’exploitation ordinaire comme Windows, il peut être utile pour ceux qui naviguent beaucoup sur le net puisque la probabilité d’attraper un virus sur celui-ci est infime ». x

Société

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CHRONIQUE

Tous les chemins mènent à Rome... Élise Maciol | Plume en vadrouille

… mais il faut parfois emprunter pas mal de détours! Je ne voudrais pas avoir l’air de me plaindre alors que vous peinez tous à retrouver votre vitesse de croisière scolaire, mais si ça peut vous rassurer, mes vacances à rallonge ne sont pas toujours de tout repos!

Après avoir débarqué à Liverpool en plein week-end des Beatles –événement qu’on n’avait malheureusement pas prévu le moins du monde–, et galéré pour trouver de quoi se loger en cette période de folie liverpuldienne, on s’est mis en route pour Rome. Or, comme les emmerdes arrivent toujours par grappe, on a eu droit à un beau voyage semé d’embûches. Déjà, ça démarrait bien: notre itinéraire Liverpool-Rome devait durer près de trente-six heures et compter rien de moins que quatre escales –Bordeaux, Nice, Ventimille et Milan. Comme le disent si bien les Shadoks (Sortez le nez de vos bouqins deux minutes et visiter www.lesshadoks.com), pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

Le jour du grand départ, il a bien évidemment fallu qu’on oublie un iPod chez notre hôte et qu’on ne s’en rende compte qu’une fois presque arrivés au train qui devait nous emmener à l’aéroport John Lennon. Après un aller-retour express dans un élégant taxi britannique, on est arrivés sans encombre à destination. Tout aurait alors dû rouler comme sur des roulettes, mais c’était sans compter sur l’organisation catastrophique de la compagnie aérienne Easyjet. Figurezvous que ces gros malins trouvent intelligent de faire partir cinq vols différents à la même heure… Si l’attente pour faire enregistrer vos bagages est d’ordinaire déjà longue, imaginez-vous quelle a été la nôtre une fois multipliée par cinq! Une demi-heure à peine avant le

départ prévu de notre avion, on était toujours en train de faire la queue. En allant me renseigner, j’ai alors appris d’une dame à la voix fluette qu’elle venait d’appeler en urgence les passagers de notre vol et qu’il était maintenant trop tard pour enregistrer nos bagages. Elle a ensuite ajouté d’un air froid qu’on s’apprêtait à rater notre avion… Heureusement, en voyant notre désarroi, une hôtesse un peu plus sympathique s’est chargée de nos sacs à dos en nous enjoignant de détaler comme des lapins. On a donc emprunté couloir après couloir jusqu’à l’autre bout du terminal en suivant ses consignes à la lettre –et en manquant de régurgiter le déjeuner qu’on venait d’avaler. Contrairement aux dires pessimistes de la première hôtesse, l’avion nous attendait bien tran-

quillement sur la piste. C’était bien la peine de faillir nous évanouir! Enfin arrivés à Bordeaux, on s’est de nouveau inquiétés de ne pas avoir reçu de réponse de Trenitalia, la compagnie des trains italiens qu’on essayait de joindre depuis une bonne semaine pour réserver nos billets Milan-Rome. Ils savaient qu’on était dans la merde jusqu’au cou, mais ils ne nous ont rappelé qu’une fois dans le train Vintimille-Milan… Trop tard: on avait finalement préféré faire appel à leur concurrente française, la SNCF. La suite, dans deux semaines! (Je m’arrête ici aujourd’hui car, malgré mes jérémiades, ce sera peut-être bien de ces longs trajets tumultueux dont je me souviendrais le plus d’ici la fin de notre voyage.) x

CHRONIQUE

Des écureuils et des hommes

Marek Ahnee | Carnets métèques vois. Ils sont les premiers curieux à venir m’accueillir. Le quartier et ses vieilles maisons semblent sortis d’un film anglais. Je tombe sur une enseigne: Dépanneur. Un garage en plein quartier résidentiel? Je continue et voilà McGill qui se dessine. Ces vieux bâtiments ressemblent tant à ceux de mes rêves universitaires anglo-saxons et, qui plus est, au cœur d’une ville francophone. Toutefois, bien que je suis persuadé être effectivement au Québec, je n’ai toujours pas entendu de français. Je me dirige vers le centreville et entre dans un film américain. J’oublie tout de suite les quelques prétentieux immeubles de Port-Louis, la capitale de l’île Maurice. Cette fois, c’est authen-

tique. Trois pas vers le Sud et la rue Sainte-Catherine s’offre à moi comme la grande Babylone. Le français fuse dans un grand feu d’artifice auquel se mêlent l’anglais, l’arabe, le mandarin… Chaque vitrine est un aimant. C’est l’été, les filles montrent leurs jambes librement et joyeusement, des femmes casquées lancent des ordres à des hommes sur un chantier. Du jamais vu. Il n’y a plus de doute, les petites îles de l’océan Indien sont à des années lumières. Pourtant, tout reste à découvrir. Au fil des semaines, des mois et des années. Car Montréal est un beau et déroutant labyrinthe pour les yeux métèques. Elle cache mille facettes inconnues comme un psaume recèle plu-

sieurs sens. Pour l’étudiant en anthropologie, Montréal est un terrain de découverte et de réflexion, la ville ne cessant de se métamorphoser d’un quartier à l’autre. Sa société kaléidoscope est un reflet du Québec pluriel et de la complexe Amérique du Nord. Mais aussi d’un monde multiple. C’est une peinture de Montréal aux tons urbains, aux couleurs et accents du quotidien, que propose cette chronique, palette d’impressions perçues par un regard venu de loin. Cette «ethnographie amoureuse» sera aussi un chant-hommage à la culture d’une ville magique. Une si riche découverte d’une (autre) Amérique.x

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Vingt heures de vol. Provenance: l’île Maurice. À l’Est de Madagascar, le pays est un confetti dans l’océan Indien, une société créole postcoloniale complexe, fort éloignée du

Vieux Continent et du Nouveau Monde. Destination: Montréal. Type de visa: Études. À part quelques visites familiales en France, j’ai à peine quitté mon île natale lilliputienne et sa société étriquée. De Montréal, je n’ai aucune image, à part quelques rues entrevues dans Juste pour Rire, ou quelques plans des Invasions Barbares. Le vol est épuisant, l’escale à Dubaï est déroutante, celle de New York, effrayante. Je tombe de sommeil, je suis enfin à Montréal. Voilà un lit, un vrai. Je me réveille dans un appartement du ghetto McGill. Je sors au petit matin, rue Durocher, et me voici dans cet autre univers. Est-ce la planète des écureuils? C’est la première fois que j’en

“Secrétaire de rédaction Culture” Réclamez le prix au B-24 du bâtiment de l’AÉUM, là où la section “Culture” needs you ! artsculture@delitfrancais.com

10 Société

xle délit · le mardi 20 septembre 2011 · delitfrancais.com


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BANDE-DESSINÉE

La magie des Boumeries

Les Boumeries, le premier fanzine de Samantha Leriche-Gionet, alias Boum, nous fait découvrir une jeune réalisatrice, animatrice et illustratrice québécoise pleine de talent… Annick Lavogiez Le Délit

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rois fois par semaine, Boum publie sur internet un strip constitué de trois ou quatre cases, une anecdote du quotidien drôle et sympathique. Court, simple et terriblement charmant, même si le format n’est pas particulièrement original, Boum le manie à merveille. C’est donc une agréable surprise de pouvoir se procurer ses dessins, avec quelques inédits, dans un fanzine qui vous fera sans aucun doute abondamment sourire. Qui se cache derrière Boum? Boum, qui dessine depuis qu’elle est toute petite, est une grande adepte de l’animation: «Ma mère, qui travaillait dans le graphisme, m’a toujours encouragée à dessiner». Au secondaire, elle était dans un programme d’arts plastiques. Au cégep elle a fait des dessins animés et son premier court-métrage; puis, à Concordia, elle a continué en animation de films. Au début elle préférait faire de l’animation parce que cette technique demande de garder tout le temps les mêmes proportions et le même décor pour chaque scène. En bande dessinée, au contraire, il

y a des choses à prendre en considération qui lui posaient problème: la composition de la page, la place pour les bulles, etc. Petit à petit, elle a fait des bandes dessinées dans des collectifs locaux de petite envergure avec des amis. Elle se trouvait «correcte», sans plus. En février dernier, elle participait au Hourly comic day, où il fallait faire une bande dessinée par heure pour raconter l’heure d’avant. «J’ai embarqué dans le projet et je me suis vite rendue compte que raconter ce que tu as fait dans l’heure d’avant, quand tu passes ta journée à faire de la bande dessinée, ça devient rapidement monotone.» À partir de ce moment, elle a fait très attention aux détails pour rendre cette expérience intéressante. Après cet épisode, elle s’est tenue au courant des événements et a participé au Daily comic week, sur le même principe mais avec une bande dessinée par jour. «Depuis ce temps-là, je rédige trois boumeries par semaine. Et je n’en ai encore jamais sauté une!» Et c’est quoi une boumerie au fait? «Boumeries» vient directement du surnom de l’auteure, dont elle a été affublé quand elle avait deux ans et qui ne l’a presque jamais quitté: «Un oncle m’appelait Samboum quand j’étais petite. Le

surnom est resté un temps, et finalement, j’ai raccourci à Boum. Aujourd’hui je me retourne quand on m’appelle comme ça dans la rue». Concrètement, les boumeries sont des strips dans lesquels Boum se met en scène avec son amoureux Pierre-Luc et sa copine d’adolescence. Elle raconte ses jeux vidéos, ses voyages et ses rêves qui, curieusement, parlent souvent de cuvettes de toilettes. En bref, ce sont des petites histoires de la vie quotidienne: «Je trouve ça plus facile de creuser dans ma propre expérience pour dessiner. Les anecdotes sont plus personnelles, plus réelles». Elle avoue aimer le format court du strip qui est direct. N’ayant pas eu beaucoup de succès dans l’écriture d’histoires plus longues, elle souhaite remédier à sa faiblesse en assistant aux ateliers de Jimmy Beaulieu, au Cégep du Vieux-Montréal.

contiennent, conserver un original.» Les seules choses qu’elle fait à l’ordinateur sont les ombres, les couleurs et le texte. Heureusement, elle n’est jamais en manque d’idées. «J’essaye de garder un certain rythme, par exemple de ne pas dessiner plus d’un rêve ou une histoire avec Pierre-Luc par semaine.» Alors que les strips sont en anglais sur son site, Boum a choisi de publier son fanzine en version anglaise et française: «J’écris en anglais parce que j’ai commencé avec le «Hourly comic day». Je me suis rendue compte que j’avais beaucoup de lecteurs de Grande Bretagne, des États-Unis, d’Irlande et bien sûr du Canada. Traduire en français était vraiment long mais logique: après tout les histoires se déroulent souvent en français puisque je suis francophone.»

Dessiner au jour le jour

Une belle rencontre, un fanzine à ne pas rater!

Dessiner trois strips originaux par semaine prend évidemment beaucoup de temps à la jeune auteure –chaque strip lui prend à peu près une demi-heure– elle qui travaille principalement sur le papier: «Je n’aime pas dessiner à l’ordinateur. J’aime toucher le papier, retourner mes dessins pour déceler les problèmes qu’ils

Boum est sans conteste à l’image de ses strips: charmante et sympathique. Offrez-vous cette semaine un petit plaisir et passez la voir lors du lancement de Boumeries le mercredi 21 septembre, au bar Le Bénélux, de 17h à 20h. Vous pouvez aussi suivre les Boumeries chaque semaine sur boumerie.com. x

Gracieuseté de Samantha Leriche-Gionet

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Arts & Culture

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ÉVÉNEMENT

Les mots s’offrent en spectacle Vendredi dernier s’ouvrait la dix-septième édition du Festival international de la littérature, une célébration annuelle où le plaisir de lire devient plaisir de voir et d’écouter. Catherine Côté-Ostiguy Le Délit

Gracieuseté du Festival international de littérature

Catherine Côté-Ostiguy Le Délit

O

livier Kemeid entre en scène accoutré d’une queuede-pie et d’un nœud papillon écarlate. Il délaisse sa place habituelle dans les coulisses afin de jouer les maîtres de cérémonie. C’est le Cabaret pas tranquille, et la soirée d’ouverture du Festival international de la littérature. Le Cabaret pas tranquille, c’est un spectacle littéraire qui reprend les mots de romanciers, poètes, penseurs et chansonniers du Québec des années soixante et soixante-dix. La sélection des textes ne prétend pas faire un survol –ni même présenter les classiques– mais s’arrête à quelques pièces d’intérêt, en

glissant d’un registre à l’autre, de l’émotion intense au rire franc. Aux espoirs nationalistes des «tranquilles» se succèdent les mots provocateurs des poètes de la contre-culture. Les interprètes se succèdent sur scène, donnant au final une production fort réussie qui évite de tomber dans le nostalgique pour se contenter de célébrer joyeusement. Le Cabaret pas tranquille a été présenté pour la première fois l’hiver dernier, durant la Nuit blanche du festival Montréal en lumière. Le spectacle avait alors duré six heures, réunissant sur scène une quarantaine d’artistes. En ouverture du FIL, vendredi dernier, une version raccourcie était présentée. Soulignons l’interprétation exemplaire d’Alexis Martin et de Céline

Bonnier dans l’Hiver de force de Réjean Ducharme, ainsi que du comédien Marc Béland, qui a joué un texte tiré de L’Asile de la pureté de Claude Gauvreau en révélant dans les mots fous du poète une émotion foudroyante. Ont ainsi défilé une poignée d’interprètes de talent, parmi lesquels Sébastien Ricard, Marie-Thérèse Fortin, Monia Chokri et Évelyne de la Chenelière. Le spectacle s’est clos sur un Stéphane Crête déluré et déchaîné, qui a entonné la Chanson d’amour de cul de Michel Garneau. Le Cabaret pas tranquille n’était présenté qu’une seule fois dans le cadre du FIL, mais le ton a été donné. Cette année encore, le Festival se donne pour mission de mettre la littérature en mouvement : de

la fêter, de la partager, de la proclamer. La lecture, activité solitaire par excellence, se donne ici à voir et à entendre. Que ce soit lors d’un «concert littéraire» alliant littérature et tango, de lectures publiques ou d’un spectacle coquin sous le thème du libertinage, la littérature est toujours reine. Cette année, les «Midis littéraires», ces lectures publiques où le spectateur est invité à apporter son propre lunch, mettront en vedette des textes d’Anne Hébert. Un hommage à Dany Laferrière est également dans les cartes, ainsi que des expositions, quelques projections et plusieurs autres spectacles littéraires. Ceux qui auraient été séduits par la formule du Cabaret pas tranquille doivent à tout prix assister

à l’une des trois représentations de l’incomparable Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent. Avec les années, cette initiative du metteur en scène Loui Mauffette est devenue le spectacle-signature du FIL, et avec raison. C’est une véritable fête littéraire, une orgie de mots qui résonnent, qui touchent, qui donnent le frisson, qui font pleurer ou rire. La poésie n’aura jamais paru aussi belle que dans la bouche des Francis Ducharme, Pascal Montpetit, Benoît McGinnis et autres «passeurs de poésie». Cette année, la mythique Diane Dufresne fera également partie de la distribution. Cela s’annonce mémorable. x Pour plus d’informations et pour la programmation complète, visitez festivalfil.qc.ca Gracieuseté du Théâtre de Quat’Sous

THÉÂTRE

S’embraser sans fumée De retour à Montréal sur les planches du Théâtre de Quat’sous, S’embrasent relate un coup de foudre bouleversant qui n’est toutefois pas transmis au public. Emilie Bombardier Le Délit

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ans la cour d’une école secondaire, sans crier gare, un coup de foudre. Jonathan, convoité par toutes (et tous, apprend-t-on), aperçoit Latifa. S’ensuit un baiser, si soudain et si intense, qu’il bouleversera tous ceux qui les entourent, des autres adolescents aux professeurs, en passant par le directeur et la vieille dame qui réside en face de l’école. On fait alors la rencontre de plusieurs jeunes qui, envieux, partagent leurs impressions et leurs expériences de l’amour et de la sexualité, et décrivent encore et encore ce premier baiser des deux amoureux, qui soudainement a tout changé.

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Arts & Culture

Produite par le théâtre Bluff, une compagnie québécoise consacrée au public adolescent et aux jeunes adultes, la pièce S’embrasent, écrite par Luc Tartar et mise en scène par Éric Jean, relate avec poésie la force intrigante d’un premier coup de foudre, et son impact sur les témoins, des élèves du secondaire qui rêvent maladroitement d’en faire eux aussi l’expérience. Si les clichés, voire la caricature, guettent souvent les œuvres évoquant l’adolescence, il n’en est rien avec S’embrasent. L’approche du dramaturge et du metteur en scène est discrète et sensible, respectueuse de cette période trouble de la jeunesse où tout est remis en question. Luc Tartar, qui a également collaboré avec Éric

Jean pour la pièce En découdre, présentée au Quat’ sous en avril dernier, signe ici un texte très imagé dans lequel on retrouve plusieurs passages d’une grande beauté. Le coup de foudre, sujet riche et presque inépuisable, y est évoqué avec lyrisme et simplicité. La distribution, sans nous renverser, transmet bien l’émotion et les questionnements causés par ce baiser de cour d’école. On remarque notamment Béatrice Picard, qui incarne le personnage le plus attachant de la pièce: une vieille dame, toujours de connivence avec les élèves, qui observait la scène depuis sa fenêtre et qui se met à rêver à son tour. Bref, le travail du dramaturge et des comédiens de S’embrasent

est tout à fait honorable, mais la mise en scène d’Éric Jean, hautement décevante, mine le véritable potentiel de l’œuvre. Ceux qui connaissent le travail du directeur artistique du théâtre de Quat’sous verront ici un piètre «copier-coller» des précédentes mises en scène qu’il a signées depuis Chambres, œuvre qui avait marqué un important virage dans son approche. Dans un décor très simple, aux couleurs sombres, presque dénué d’accessoires, les personnages s’avancent la plupart du temps au devant de la scène pour réciter leur monologue dans le vide, toujours éclairés de la même façon, souvent dans la même position. On ne retrouve le talent d’Éric Jean que dans cer-

taines scènes très dynamiques qui sont, hélas, beaucoup trop rares. Difficile d’accepter cette nouvelle approche que le metteur en scène prône et réitère sans cesse, alors que des pièces comme Chasseurs ou Hippocampe, qu’il présentait auparavant, nous en mettaient plein la vue, tant elles étaient inventives, magiques et bouleversantes. Opter pour la simplicité n’empêche pas de se réinventer, pourtant. Si à la toute fin on nous raconte que la passion de Latifa et de Jonathan brûle tout sur son passage au point de les faire eux-mêmes disparaître, force est d’admettre que la mise en scène ne le traduit pas. Ils s’embrasent, vraiment? À voir la pièce, on ne l’aurait pas remarqué. x

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CINÉMA

Journalisme de guerre Neige et Cendres, le film de Charles-Olivier Michaud, est un vibrant hommage aux journalistes de guerre indépendants qui rapportent l’information au péril de leur vie. Zoé de Geofroy Le Délit

A

près avoir participé à plus d’une vingtaine de festivals sur la scène internationale, le film Neige et Cendres, lauréat de nombreux prix, prend enfin l’affiche au Québec à l’occasion du Festival du nouveau cinéma. Ce drame de guerre propose une véritable immersion dans un conflit au cœur de l’Europe de l’Est. Il met en vedette Rhys Coiro et David-Alexandre Coiteux dans les rôles de Blaise et David, tous deux correspondants de guerre et amis de longue date. Après avoir vécu l’enfer slave, Blaise rentre seul au Québec. Sorti du coma, il tente, à la demande de la compagne de son ami David, de se remémorer les événements qui ont mené à la disparition tragique de ce dernier. Victime du choc posttraumatique, Blaise va rapidement se heurter à la difficulté de reconstituer ce parcours chaotique. Malgré le peu de moyens mis à sa disposition, CharlesOlivier Michaud réussit le tour de force de réaliser un film convaincant qui fait voyager le spectateur de la sérénité québécoise à la fureur de l’Europe de l’Est. L’exploitation des paysages enneigés du Québec ainsi que le choix d’acteurs russophones suffisent à transporter l’auditoire et à le faire entrer dans le drame. Au cœur de ce récit, deux réalités se confrontent, celle du passé sur le terrain ravagé par un conflit dont on ne connaît ni les belligérants ni les enjeux, et celle du présent, concernant la

Gracieuseté d’AZ Films

convalescence de Blaise dans la paisible ville de Québec. Le récit repose sur ces oppositions narratives, et parvient, en oscillant savamment entre l’atrocité du conflit et l’intimité d’une chambre d’hôpital, à captiver le spectateur. On ne saurait louer le drame de Charles-Olivier Michaud sans saluer le jeu des acteurs et l’authenticité de leurs émotions, capturée par une caméra nerveuse et mobile. Plans larges et filmages resserrés se succèdent,

portés par la paisible musique de Louis Côté, laquelle épouse parfaitement le désarroi des protagonistes et l’immensité des paysages enneigés qu’ils parcourent. Neige et Cendres constitue donc un véritable exercice de style et d’équilibre. Au-delà de sa qualité artistique, le film de Charles-Olivier Michaud aborde des thématiques actuelles trop souvent éludées. Le film insiste notamment sur la vulnérabilité des journalistes de guerre indépendants qui risquent leur vie

au nom du droit à l’information. Comme le précise le réalisateur: «L’âge d’or du journalisme de guerre est révolu. Aujourd’hui les journalistes sont ciblés.» Outre le danger vécu sur le terrain, le film traite également des syndromes post-traumatiques dont sont victimes les journalistes, qui parfois ne survivent pas à l’horreur des images dont ils ont été témoins. Hantés, ils demeurent captifs de leur expérience sur le terrain, à tel point que l’authenticité de l’informa-

tion est alors affectée, puisque leur mémoire parfois surchargée de violence se met à agir comme un filtre. Ce drame humain et poignant révèle le talent brut d’un jeune cinéaste qui parvient savamment à reproduire l’ampleur d’un conflit et l’exercice du métier de correspondant de guerre. Une chose est sûre: Neige et Cendres, n’a pas usurpé les nombreux prix qu’il a remportés, ni l’engouement des critiques à son égard. x

CHRONIQUE

On ne badine pas avec les trentenaires d’aujourd’hui Luba Markovskaia | Réflexions parasites

Soit un recueil de nouvelles collectif portant le titre suivant: Amour et libertinage, par les trentenaires d’aujourd’hui. Ma curiosité est piquée. Pas vraiment parce qu’il s’agit d’un titre prometteur, mais plutôt parce qu’il suppose que les trentenaires d’aujourd’hui n’écrivent pas déjà suffisamment à ce sujet. J’en déduis donc qu’on a demandé à ceux-ci d’aborder l’éternelle

question d’une manière nouvelle et originale. Que nenni. Du moins, cela ne semble pas être un prérequis pour participer au recueil paru cet été aux éditions Les 400 coups. Certes, quelques perles sortent du lot; celles, en l’occurrence, dans lesquelles les auteurs ont su s’écarter suffisamment du thème pour ne pas tomber dans le piège du prévisible. Les vies sexuelles de Joseph M., dont le narrateur voyage en 1962 pour draguer une sorte de Jocaste des années 60 en compagnie d’un certain Umberto, féru de scolastique médiévale; La molécule animale, qui met en scène un professeur de biologie marine fasciné par la seiche géante d’Australie et ses mœurs dissolues; La licorne en short shorts rouges parce que le ton de la narration est franchement très drôle, ce qui est à mes yeux une raison suffisante pour le lire. Mais trop souvent, on re-

x le délit · le mardi 20 septembre 2011 · delitfrancais.com

trouve avec une certaine lassitude le cynisme doux-amer dont se réclament tout en s’en moquant affectueusement ceux qui placent au centre de leurs préoccupations littéraires les relations érotico-amoureuses des jeunes québécois sur le Plateau MontRoyal. Tous les éléments sont là: la recherche de l’homme idéal sur Facebook, ou au moins d’un gars «capable de comprendre une joke dans Urbania», des paroles de Leonard Cohen en exergue, et une langue parlée un peu pénible: «Ah come on, dit la grande blonde. On va pas tomber dans le cliché des trentenaires qui rushent dans leurs vies amoureuses, quand même?» Eh oui. On rétorquera sans doute que je ne suis pas une trentenaire d’aujourd’hui et que je ne m’intéresse au libertinage que s’il se déroule dans son lointain et poussiéreux XVIIIe siècle. Soit. Mais est-ce vraiment un critère

pour apprécier une œuvre que de ressembler comme deux gouttes d’eau à ses personnages? Je trouverais peut-être fort agréable de discuter sur le ton de ces nouvelles avec certains de leurs protagonistes devant une bière sur la rue Saint-Denis –après tout, ils ont souvent un humour désillusionné qui peut être sympathique– mais est-ce bien tout ce qu’on recherche dans un texte littéraire? Je n’ai pas de réponse à cette question. Beaucoup de gens cherchent à s’identifier entièrement aux personnages d’œuvres littéraires comme ils le feraient avec les personnages des séries télévisées, c’est-à-dire, la plupart du temps, dans un univers d’un réalisme total et d’une extrême contemporanéité, comme si l’écran était un miroir qui assurait une catharsis, non plus par la souffrance des autres, comme dans la tragédie grecque, mais par

leur médiocrité. Est-ce un problème? Sans doute que non. Mais personnellement, ça me laisse sur ma soif. Et ça permet certainement de souligner une tendance, d’autant plus que des personnages types ressortent de manière flagrante du recueil, et que ces personnages sont à peu près tous vaguement déprimés, et surtout blasés. Aux dernières nouvelles, le recueil sera transposé sur les planches, dans le cadre du Festival International de Littérature. Peut-être la scène donnera-t-elle un cachet renouvelé à ce projet? Les nouvelles seront lues par les auteurs, qui rendront sans doute plus sympathiques leurs protagonistes en leur prêtant leur voix, puisque, sans costumes ni décors, comme l’annonce Pascale Montpetit, on aura sans doute l’impression de prendre un verre avec eux en discutant des peines d’amour du XXIe siècle. x

Arts & Culture

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CINÉMA

Le temps des cigares Jean Leclerc met en scène le monde oublié des fabriques de tabac cubaines habitées par la littérature. Valérie Mathis Le Délit

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ourquoi Tolstoï? Parce que c’est celui qui comprend le mieux l’humanité.» Au milieu d’une usine de cigares, entre deux essoufflements et jusque par-dessus les ventilateurs en bois, l’histoire de la grande Anna Karénine prend place. Nous sommes dans la Floride de 1929, à la veille du krach boursier, où les rêves des immigrants du Sud se heurtent à leur nostalgie. Dans la fabrique de Santiago, les cigares sont roulés manuellement, l’entreprise se contente d’un petit nombre d’employés, et les lecteurs –ces grands hommes habillés de blanc qui viennent de loin et repartent avec le destin dans la poche– amènent la magie des livres, et de leurs histoires, pour conserver les rêves. L’auteur cubain Nilo Cruz, qui a reçu pour cette pièce le prix Pulitzer en 2003, nous emmène dans un monde où la banalité du quotidien ne fait qu’accentuer la grandeur de ce qui est invisible, de ce qui flotte entre les sourires et les mouvements brusques de ces admirables travailleurs de tabac. Car si le grand rêve américain les a conduits jusqu’ici, il a aussi renforcé l’attachement à la culture et aux odeurs de leur terre natale. Anna sous les tropiques, traduit en français par Maryse Warda, rend honneur aux accents dramatiques et chantants de Cuba. C’est en nous laissant une larme à l’œil que la petite Marela (Geneviève Schmidt) emplit la salle de ses rires, et puis de son silence. Ofelia (Carole Chatel), fière et digne mais vulnérable dans son refus de se mesurer à l’ampleur des événements, se joint à son mari dans un jeu d’enfants

Gracieuseté du Théâtre du Rideau vert

à la fois terrible et magnifique. Et même le lecteur Juan Julian (Benoît Gouin), le pilier des idées et des rêves, souffre de son intrusion incertaine dans un monde que la civilisation condamne à disparaître. C’est la lutte entre le rythme étouffant de la modernité et les pratiques d’autrefois, où les machines menacent de mettre fin à une culture. C’est la volonté de tisser avec l’invisible ces toiles de rê-

ves que personne n’ose défaire, et dont la force miraculeuse empêche le reste de s’écrouler. Dans ce monde en pleine expansion où même les cigares n’ont plus leur place, l’humanité se livre à un triste combat, s’accroche aux mots de la saga russe comme le seul moyen de partir, d’oublier le travail, de se sentir en vie. Ce sont alors des sentiments, des rêves et des illusions qui colorent les murs

du décor austère. Ce sont des lumières pendues au plafond, éteintes par un simple souffle, des fêtes, des amours, des danses dans de grands costumes du Nord… C’est l’ode au grand art de toujours, la littérature, qui emporte tout sur son passage: l’amour, l’innocence, la vie. Et malgré la misère, malgré l’incertitude du destin, c’est le livre qu’il faut finir, parce que cette histoire, au moins, a une fin. x

DANSE

Avril est le mois le plus cruel

La danse contemporaine recèle de ces joyaux si aboutis, si entiers, qu’il nous viendrait l’envie de ne plus vouloir parler que ce langage-ci. Raphaelle Occhietti Le Délit

C

ertains des spectateurs ne la découvrent qu’à peine, d’autres suivent religieusement son parcours depuis 20 ans. Jocelyne Montpetit développe et maîtrise l’art du solo, l’art de n’occuper la scène que par la seule présence de la lumière qui irradie de son corps. Son vocabulaire de mouvements s’inspire du butô, une danse née dans un Japon ressortit meurtri de la Seconde Guerre Mondiale. Le geste s’affranchit d’enjolivement. La scène est nue, occupée par quelques accessoires d’une pureté cristalline: un bloc de glace dressé comme un obélisque, un amoncellement de coupes sous un lit de fer, un miroir au sol. Jocelyne Montpetit fait son entrée, comme enveloppée d’un nimbe de fragile harmonie. Son corps semble contenir tout un abysse d’émotions, qui transparaissent

14Arts & Culture

doucement sur sa fine robe blanche. Au gré des vibrations qui parcourent son corps, elle avance d’un point à l’autre de la scène. La lenteur des mouvements nous fait rentrer dans le temps de l’Histoire, de la mémoire. Comme une longue plainte, ce spectacle semble véritablement narrer les événements survenus au Japon en mars 2011. Jocelyne Montpetit réussit à faire de son corps un pays à l’agonie. Au milieu des ténèbres, l’interprète émerge comme un phare, une lanterne à la main, conduisant notre regard à se concentrer seulement sur son visage. Puis, se dépouillant de la robe de soie noire qui la ceint, l’artiste nous livre une des plus belles renaissances que les arts aient donnée. Suspendue à ses lèvres, la robe noire paraît incarner la lourdeur du fardeau des générations passées attachée à chaque enfant qui naît. L’ambiance parfaitement travaillée résulte d’une belle combinai-

son de talents entre le dramaturge italien Francesco Capitano et l’éclairagiste japonaise Sonoyo Nishikawa. Comme nous aimerions régler notre souffle sur le sien, à côté des éclats vitreux de nos vies. Il y a quelque chose de si bon à sortir de notre univers journalier pour laisser l’artiste exprimer des sentiments que nous ne prenons pas le temps de comprendre ou de matérialiser. Nous aimerions pouvoir prendre cette même lenteur pour ressentir le monde actuel. Au même titre que Stéphane Hessel appelait à ce que chacun trouve dans la société sujet à indignation, à nous de choisir pour quoi nous voulons que la danseuse pleure. Le regard désemparé de la fin semble dire «Et toi spectateur, que feras-tu de ta société?» x Avril est le mois le plus cruel. Agora de la danse. 840 Cherrier, Métro Sherbroooke. 14, 15, 16 et 21, 22, 23 septembre 20h.

Gracieuseté d’Alliance Vivafilm

xle délit · le mardi 20 septembre 2011 · delitfrancais.com


CINÉMA

Café de Flore, ou la croisée des destins Le réalisateur et scénariste Jean-Marc Vallée aborde l’union et la séparation dans Café de Flore, un drame d’amour ambitieux et atypique. Francis Lehoux Le Délit

A

près un accueil chaleureux à la Mostra de Venise et un passage remarqué au Festival international du film de Toronto, le dernier opus de Jean-Marc Vallée, une coproduction Canada-France, arrive sur nos écrans. Le réalisateur de Liste noire (1995), C.R.A.Z.Y. (2005) et The Young Victoria (2009) propose cette fois une œuvre impressionniste plus grande que nature, qui entrelace deux récits non linéaires. Le premier, qui se déroule à Montréal en 2011, raconte l’histoire d’Antoine (Kevin Parent), un DJ et père de famille quarantenaire «qui a tout pour être heureux»: une carrière musicale internationale, deux filles magnifiques, une nouvelle amoureuse (Évelyne Brochu) qu’il aime passionnément et une ex attachante (Hélène Florent), amour de jeunesse et mère de ses enfants qui ne cesse d’espérer son retour. Le second récit, ancré dans le Paris de la fin des années 1960, relate quant à lui le destin d’une mère courage (Vanessa Paradis) qui élève seule son fils trisomique (Marin Gerrier). Des liens se tisseront peu à peu entre les deux histoires d’amour parallèles, n’ayant a priori qu’un seul point de liaison: la pièce musicale «Café de Flore» de Matthew Herbert. Comme dans C.R.A.Z.Y., la musique, omniprésente, constitue un personnage à part entière. L’imposante trame sonore, composée de titres tantôt rythmés, tantôt planants et éthérés (Pink Floyd, Sigur Rós), participe sans doute de l’effet de séduction du film, auquel contribuent un montage ingénieux, un scénario original et une direction artistique sans faille. Kevin Parent, naturel, crédible et d’un sex-appeal certain, relève avec brio le défi d’un premier rôle au cinéma. Il forme d’ailleurs avec une Évelyne Brochu vibrante et d’un talent fou un couple attachant à la chimie palpable. Les scènes mettant en vedette Vanessa Paradis et Marin Gerrier, dans

Crédit photo: Shin Koseki

les rôles de Jacqueline et de Laurent, sont les plus attendrissantes et les plus percutantes du film. L’actrice-chanteuse se révèle surprenante et extrêmement convaincante dans son rôle de mère dévouée, protectrice, voire maladivement possessive, tandis que Gerrier fait preuve d’un charme et d’un naturel absolument désarmants.

Le film, s’il possède des qualités indéniables, n’est toutefois pas sans imperfections. On pourrait lui reprocher la narration trop normative et artificielle des premières scènes du film, puisqu’elle ne colle pas à l’ensemble, ainsi que l’inégalité entre les deux trames narratives, la trame parisienne étant d’une force dramatique supé-

rieure à l’autre. L’agencement assez judicieux des deux récits crée néanmoins un film captivant, qui a le mérite de s’aventurer dans le surnaturel sans toutefois perdre l’attention et la confiance du spectateur. En résulte un film émouvant et troublant, qui nous hante longtemps après le visionnement. x

CHRONIQUE

La grève a encore frappé

Anselme Le Texier |Les mots de saison

Le mot du jour nous est inspiré d’une entrevue avec Jacques Florent, responsable éditorial chez Larousse, parue dans le quotidien genevois Le

Temps. Dans celle-ci il use d’un néologisme intéressant: le «francophonisme». Le «francophonisme», selon lui, c’est l’usage d’un régionalisme, qui peut être un néologisme, hors de son bassin d’origine et jusqu’à l’aire de la francophonie toute entière. À la lecture de cette entrevue et à la lumière des récents événements sur le campus de notre chère université j’ai tout de suite pensé au mot «grève», évidemment. La grève, en parler francilien, ou plutôt parisien, c’est avant tout, jusqu’en 1830, la place de Grève, aujourd’hui place de l’Hôtel-de-ville sur les quais de la Seine. La place tire son nom des grèves, ou bancs de sable, qui bordent le fleuve. Le sens que nous lui connaissons a bien dérivé. La

x le délit · le mardi 20 septembre 2011 · delitfrancais.com

grève c’est la cessation d’activité institutionnalisée au sein d’une entreprise en réponse à un désaccord entre le corps syndical et le patronat. Le glissement de sens est effectué quand on pense à la fonction qu’occupait la place parisienne: place des exécutions. D’où l’attroupement chaque semaine, au jour où l’on décapitait (ou écartelait, selon le cas) un malheureux condamné. La troupe que l’on peut voir aux différents portails qui mènent au campus depuis le début du mois n’est pas là pour le spectacle, mais nous en donnent un bien beau. Le contexte indéniablement bilingue de la lutte syndicale à McGill nous invite maintenant à penser au mot strike. Comme le verbe duquel il vient, le nom

est comme un coup, une frappe faite à l’encontre des détenteurs du pouvoir. Le mot strike n’est pas sans rappeler les frappes militaires dont on nous assène jour après jour dans les journaux du monde entier, preuve que, contrairement à bien d’autres, les services de presse des étatsmajors sont bien plus aptes que l’Académie française ou que l’Office québécois de la langue française à faire passer des formulations qu’ils ont choisies dans le langage courant. Pour en revenir à nos moutons, troupeau qui, en ligne bien rangée, délimite les lignes de piquetage autour des accès principaux au campus, que ceux-ci scandent des slogans en français ou en anglais, tous ont ces mots de «grève» et de strike

à l’esprit. Inutile de rappeler la politique (inavouée) de l’Université McGill concernant la langue française sur ses terres; être on strike, c’est risquer de ne pas être écouté, être en grève, c’est risquer de ne pas être entendu. Il est intéressant de constater cet écart sémantique entre l’expression française et anglaise: la première fait des grévistes des spectateurs passifs, avinés, attroupés sur la place publique, vociférant des slogans mal compris ou tout simplement ignorés, la seconde fait des strikers des acteurs à part entière d’une entreprise organisée, institutionnalisée, d’une frappe stratégique au cœur d’un processus au mécanisme huilé. C’est bien connu, les français ne savent que gueuler. x

Arts & Culture

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LE DÉLIT AIME...

Les Journées de notre culture Les Journées de la Culture 2011 auront lieu les 30 septembre, 1er et 2 octobre sour le signe de leur 15e anniversaire. Retour sur le lancement du 13 septembre dernier. Gracieuseté de Culture pour tous

Francis L. Racine Le Délit

Journées de la Culture sont célébrées tant au Québec qu’à travers les provinces canadiennes qui ont repris cette initiative. L’organisme Culture pour Tous organise plusieurs autres activités comme Arts au travail, pour faire entrer l’art dans les compagnies et les sociétés, et le carnet de la culture pour les professeurs du primaire et du secondaire pour incorporer la promotion de la culture dans leurs plans de cours. En fait, Culture pour Tous vise à faire la promotion de l’importance de la culture pour tous et dans le quotidien. Les Journées de la Culture, c’est plus de 2690 organismes et près de 10 000 artistes, artisans et travailleurs culturels qui préparent et offrent des activités gratuites sur plus de 345 municipalités au Québec. Parmi les activités organisées en région, Mme Sicuro mentionne les organismes professionnels et amateurs, les sociétés d’Histoire, les cercles de fermières et les sociétés de promotion des traditions. Pour le 50e anniversaire du Ministère de la Culture du Québec et le 15e anniversaire des Journées de la Culture, ces deux

organisations ont joints leur force pour mettre sur pied la Caravane «Je m’affiche pour ma culture» qui a sillonné l’ensemble des festivals du Québec durant l’été. La Caravane sera à Montréal pour les journées de la Culture à la place Pasteur devant l’UQAM afin de prendre des photographies professionnelles des gens qui participeront aux activités organisées aux abords de l’UQAM. De plus, l’activitéphare à Montréal sera les prestations dans le métro. «Une chose importante, nous avons conclu avec nos partenaires des présentations culturelles dans les métros Snowdon, Lionel-Groulx, Berri-UQAM et Jean-Talon. Ainsi, le vendredi, le samedi et le dimanche à 10 heures, midi et 17 heures, on produira des représentations de ballet, d’humoristes, de chant choral, d’ensemble vocal masculin, d’artistes dessinateurs, de peintres, de musique et d’opéra. N’oubliez d’aller prendre connaissance des activités dans votre région sur le site journeesdelaculture.qc.ca. Suivez les Journées de la Culture sur Facebook et Twitter et soyez fiers de notre culture! x

par Martine Chapuis

La bd de la semaine

Le lancement du 15e anniversaire des Journées de la Culture, qui auront lieu le 30 septembre et les 1er et 2 octobre prochain, a été effectué à l’Espace GeorgesÉmile Lapalme de la Place des Arts. Il réunissait Mme Louise Sicuro, fondatrice des Journées de la Culture, et plusieurs personnalités du monde culturel et politique dont Madame Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, et Mme Kathleen Weil, ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles. Les Journées de la Culture, qui existent depuis maintenant quinze ans, ont débuté au Québec dans un contexte de coupures et de révisions importantes. En effet, dans le contexte difficile du Sommet de l’économie et de l’emploi et du fameux Déficit zéro, Madame Louise Sicuro a mis de l’avant le peu d’attention portée à la culture. «Il n’y avait aucun projet pour la culture. On discutait de l’avenir financier et

de la société au Québec, plusieurs projets ont été mis en place comme les garderies à cinq dollars et le déficit zéro, mais rien pour la culture» souligne Madame Sicuro. «Il fallait mettre de l’avant la culture, la sortir des plans traditionnels et en faire la promotion dans toutes les communautés du Québec.» Depuis 1996, les Journées de la Culture ont fait bien du chemin. Il importe de mentionner que leur organisation est chapeautée par l’organisme à but non lucratif Culture pour Tous. «Plusieurs pensent que les Journées de la Culture sont un programme gouvernemental, indique Mme Sicuro. Nous avons commencé sous le nom du Secrétariat des journées de la culture et après 5 ans nous avons changé de nom pour Culture pour Tous. Comme le souligne le nom de notre organisme, nous sommes voués à rassembler la société civile autour de la culture et à la démocratiser. Nous voulons faire sortir les gens de chez eux pour qu’ils rencontrent leurs voisins et qu’ils célèbrent la culture d’ici.» Depuis maintenant quinze ans, les

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Arts & Culture

x le délit · le mardi 20 septembre 2011 · delitfrancais.com

Le Délit  

Édition du 20 septembre 2011