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le délit delitfrancais.com

Publié par la société des publications du Daily, une association étudiante de l’Université McGill.

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Nouvelles Arts & Culture Société Chroniques Éditorial Exclusif Web

Tous les chemins mènent à Sodome Les mythes entourant le sexe anal demeurent fondés sur l’incompréhension de cette pratique longtemps associée à l’homosexualité, un sujet qui suscite encore bien des malaises.

Entrevue avec le réalisateur Bernard Émond

GRIPQ vs Conservateurs: Round 999 La campagne QPIRG: Opt-Out! entache la réputation du GRIPQ McGill

Le 7e art et les dix commandements. Publié dans Nouvelles > 3

Publié dans Arts & Culture > 8

Pénétrez dans le tout nouvel univers web du Délit.

delitfrancais.com Le mardi 19 octobre 2010 - Volume 100 Numéro 6, le seul journal francophone de l’Université McGill.

Le Délit se fend en deux pour vous depuis 1977.


L’AÉUM devrait-elle organiser et animer une levée de fonds pour l’Association des Étudiants en Arts (AÉA/AUS) ? L’AÉUM devrait-elle installer un poteau de strip-teaseuse au Gerts ?

Le pouvoir est entre vos mains!

L’AÉUM devrait-elle changer son nom pour la « Students’ Society of The Educational Institute Roughly Bounded by Peel, Penfield, University, Sherbrooke and Mac Campus » ou, en abrégé, l’acronyme « SSTEIRBBPPUSAMC » ? L’AÉUM devrait-elle avoir recours aux services de Copi-EUS si elle doit effectuer un nombre de photocopies excédant les capacités qu’offre l’imprimante des bureaux de l’AÉUM ? L’AÉUM devrait-elle former un Conseil d’administration afin de répondre aux exigences de la loi provinciale pour garder un permis d’alcool ? L’AÉUM devrait-elle consentir à baisser le volume de la musique au Gerts durant le jour ?

assemblée générale

LE JEUDI 21 OCTOBRE 2010 Au Square James 18 h 00

Student Journalism Week

Semaine du journalisme étudiant Du 1 au 5 novembre er


Nouvelles nouvelles@delitfrancais.com

CAMPUS

GRIPQ vs Conservateurs : Round 999 La Campagne QPIRG: Opt-Out! entache la réputation du GRIPQ McGill Andrea Saavedra Le Délit

L

es sujets que le Groupe de Recherche d’Intérêt Public du Québec (GRIPQ) défend sont souvent controversés, et provoquent parfois une forte opposition, comme en témoigne la campagne «QPIRG: Opt-Out !» qui a lieu à chaque début de semestre. Parmi les raisons de cet événement: encourager les étudiants à ne plus financer le GRIPQ. Selon, Jess Weiser, un des organisateurs de cette campagne, le GRIPQ, qui se veut être une organisation «bénévole, dirigée par des étudiants, qui conduit des projets de recherche, d’éducation et d’action sur des causes environnementales et de justice sociale» défend des «causes radicales» défendues par une fraction des étudiants grâce à

la contribution financière de chacun d’entre eux. La tension entre ces deux groupes a finalement explosé le 23 septembre dernier dans un bâtiment de la faculté d’ingénierie, où étaient installées des tables qui promouvaient l’action  opt-out. La dispute a été d’une telle intensité qu’elle s’est conclue par le bannissement du GRIPQ des installations de la faculté d’ingénierie pendant un an. Ce genre de situation entre en contraste avec la réalité du GRIPQ à l’Université Concordia qui, d’après Jaggi Singh, Coordinateur des Groupes de Travail et de Programmation au GRIPQ de Concordia, ne rencontre que peu de résistance. Selon lui, même si ces deux organisations ont des conseils d’administration et des membres différents, elles sont structurellement et idéologique-

ment «semblables». Cependant, il mentionne qu’une des plus grandes distinctions entre les deux organisations universitaires est la façon dont les membres peuvent retirer leur contribution. À Concordia, si les étudiants veulent arrêter de financer le GRIPQ, ils sont obligés de se présenter en personne au début du semestre. Il affirme que «c’est complètement normal et juste» que certains souhaitent ne pas contribuer financièrement, mais il croit que le fait de devoir se présenter personnellement ne laisse pas fleurir «une campagne de rumeurs» autour des activités du GRIPQ. Jaggi Singh affirme que le fait de permettre aux étudiants de se désengager financière via Minerva «peut permettre la manipulation des faits. Cela ne permet pas aux gens de prendre une décision basée sur les

faits». D’après lui, en ne visitant pas le bureau du GRIPQ, les étudiants ne voient pas exactement ce que fait l’association, entraînant la propagation de «rumeurs fausses autour de GRIPQ McGill» qui circulent «dans les documents publiés par des personnes liées aux Jeunes Conservateurs sur le campus». En effet, le GRIPQ de McGill ne semble pas être satisfait de la manière dont les étudiants peuvent retirer leur contribution. D’après Ritts, l’université suivait auparavant les mêmes procédures que Concordia. Il y a trois ans, toutefois, l’administration avait décidé unilatéralement de transférer l’option sur internet. Ritts déclare que ceci «enfreint l’accord entre McGill et le GRIPQ», parce que l’entente entre l’université et les membres du GRIPQ «établit

que ces derniers ont «l’autonomie de choisir la méthode de désengagement». Cependant, selon Weiser, cette décision est juste, car les étudiants devraient avoir le droit de décider «dans le confort de leur salon» ce qu’ils font de leur argent. Il affirme que le fait de se présenter au bureau du GRIPQ pour se désabonner pourrait causer l’intimidation des étudiants. Il soutient également que l’option Minerva «assure la confidentialité des étudiants qui opt-out». Toutefois, Ritts affirme que le GRIPQ n’a rien contre le fait que les étudiants veuillent retirer leur contribution financière. Seulement, l’intention derrière le geste devrait être «informée» et motivée. Ce qui est, selon elle, dur à faire lorsque «les seules choses que les étudiants entendent sur le GRIPQ sont négatives». x

CAMPUS

«On veut étudier, pas s’endetter!» Les fédérations étudiantes manifestent contre la hausse généralisée des frais de scolarité et lancent leur première opération «grilled cheese avec Jean Charest». Florent Conti Le Délit

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l est 10h30 en ce mercredi pluvieux d’octobre, et une centaine d’étudiants se sont rassemblés au coin des rues Sherbrooke et McGill College, devant le bureau du Premier ministre Jean Charest, pour distribuer des grilled cheese à la population. «C’est la première action de la campagne de sensibilisation sur la situation actuelle des étudiants, explique Louis-Philippe Savoie, président de Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Les grilled cheese symbolisent les 7$ par jour qu’un étudiant a pour manger.» En effet, les associations universitaires redoutent une fragilisation de la situation économique déjà très précaire des étudiants, en raison de la hausse des droits de scolarité annoncée par le budget Bachand. Pour Léo BureauBlouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), «l’augmentation des frais de scolarité de 6% par année constitue un nouvel obstacle pour les finissants collégiens à s’engager dans un cursus universitaire.» L’Institut de Recherche et d’Informations Socioéconomique (IRIS) a publié, à la suite de la présentation du budget présenté en mars 2010, une analyse de l’impact qu’aurait la hausse des frais de scolarité

sur la population étudiante. Elle conclut que «les frais de scolarité ont une influence sur la fréquentation scolaire. Lorsque ceux-ci augmentent, une réduction de la fréquentation universitaire s’ensuit généralement.» Pour l’IRIS, l’endettement étudiant augmente proportionnellement à l’augmentation des frais de scolarité. Dans un contexte de déficit budgétaire, quelles seraient les alternatives à la hausse des droits de scolarité? Le président de la FEUQ est persuadé qu’une variété de moyens peut être mise en place pour le financement universitaire. «Cela fait plus de dix ans que l’on n’a pas de politique publique claire sur les moyens et mandats des universités et que ces dernières sont laissées à elles-mêmes en terme de financement, soutient Louis-Philippe Savoie, il faut évaluer et établir leurs besoins et se donner les moyens financiers de les atteindre.» Pour avoir des services publics de qualité dans le futur et maximiser les revenus de l’État, investir dans l’éducation supérieure semble être un choix pertinent selon la fédération. «C’est très rentable pour un gouvernement d’investir dans une université, assure LouisPhilippe, car chaque dollar investi rapporte 5.30$. De plus, les entreprises au Québec étant les premières bénéficiaires du système universitaire, leur contribution devrait être mise en cause car pré-

xle délit · le mardi 19 octobre 2010 · delitfrancais.com

sentement elle est la plus basse en Amérique du Nord.» «Des pétitions continuent à circuler, poursuit-il, nous avons déjà récolté plus de 3000 signatures. Dans les prochaines semaines sera lancée une enquête inédite sur les conditions de vie des étudiants afin d’avoir un portrait clair de leur situation, leur endettement, les motifs d’abandon, etc.» Laurent Viau, président du Conseil National des Cycles Supérieur de la FEUQ, n’a également pas manqué de souligner qu’une «politique de différentiation des frais aurait également des impacts très graves. On a constaté qu’il était beaucoup plus difficile pour un étudiant venant d’une famille à revenus modestes d’accéder aux études universitaires en médecine dans le reste du Canada où l’endettement et les frais de scolarité sont plus élevés.» La FEUQ (dont l’AÉUM ne fait d’ailleurs plus partie depuis 2006) compte également sur les rencontres prochaines avec la Ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, afin de communiquer sa position. Ces rencontres, qui se tiendront plus tard en automne, visent à déterminer la modalité de la hausse des droits de scolarité après 2012. Jusqu’ici, la TaCEQ (table de concertation des étudiants du Québec), à laquelle les étudiants de McGill sont affiliés, n’a pas prévu d’activité ou de réponse face au début des consultations. x

Le gouvernement Charest, directement visé par la manifestation. Florent Conti

Nouvelles

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POLITIQUE FÉDÉRALE

Immigration Canada, un système entonnoir Le Canada entend se donner plus d’outils pour dissuader l’immigration clandestine Emma Ailinn Hautecoeur Le Délit

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uatre cent quatre-vingt-douze ressortissants sri-lankais tamouls dans le labyrinthe du système de réfugiés et neuf passagers clandestins marocains interceptés par des douaniers montréalais. Ces chiffres ne sont peut être pas significatifs considérant le nombre de demandeurs d’asiles auquel le Canada fait face chaque année. Pourtant, ces événements sont le pivot d’un revirement d’attitude de la part du gouvernement et des Canadiens. «Ces deux groupes-là sont dans l’ancien système  [de demandes d’asile]» affirme Rick Goldman, du Comité d’aide aux réfugiés. M. Goldman fait ici allusion à la nouvelle loi C-11, sur l’octroi du statut de réfugié. Selon lui, le nouveau régime annonce des délais plus longs entre les différentes étapes à compléter pour les demandeurs d’asile avant de pouvoir «s’installer». «Le gouvernement pousse pour des délais qui ne sont pas du tout raisonnables. On parle de quinze jours avant l’entrevue; la personne n’est pas orientée. Elle fait des démarches de base pour manger et se loger et elle n’a pas le temps de rencontrer un avocat», note Goldman.

D’autres groupes proposent une vision bien différente de ce que devrait être l’immigration au Canada et demande que des changements importants y soient apportés. C’est le cas du nouveau Groupe pour la réforme sur l’immigration, lancé il y a quelques semaines à Ottawa. Ce groupe vise à promouvoir un débat public à l’échelle nationale sur l’état de notre système d’immigration. «Toutes les politiques d’immigration jusqu’à ce jour convoitent les votes des immigrants», soutient Martin Collacott, son porte-parole. Pour M. Collacott la question à la base des politique migratoires du Canada devrait être de savoir de «combien de gens nous avons besoin». Leur réponse: nous en avons besoin, mais les effectifs devraient être à la baisse. Ils se disent aussi «opposés au multiculturalisme, à la mosaïque», affirme Martin Collacott, un ancien hautcommissaire du Canada au Sri Lanka. «Le Québec a déjà une liste de critères destinée aux immigrants potentiels des valeurs fondamentales qu’ils se doivent de comprendre [afin d’être intégrés dans la société]. Il faut aussi mettre au clair la position du Canada.» Le groupe ne se reconnaît aucune affiliation partisane, bien qu’à sa création, les journaux ont noté les couleurs de ses membres etleur passé sur la scène politique conservatrice.

Aller-simple pour le nouveau monde en classe conteneur. C.Y.R.I.L. / Flickr

Conteneurs dans lesquels des clandestins arrivent au Canada. C.Y.R.I.L. / Flickr

4 Nouvelles

Sur leur site internet, le groupe affirme vouloir démentir ce qu’ils décrivent comme les «mythes» de l’immigration, qui font l’objet d’une recherche assidue aujourd’hui de la part de plusieurs chercheurs à travers le pays*. Dans les buts et objectifs affichés sur leur site internet, ils estiment notamment que des «modifications doivent être apportées à notre système d’éligibilité des réfugiés afin de prévenir  l’abus à grande échelle». Martin Collacott pense que deux obstacles légaux rendent notre système dysfonctionnel: la Convention internationale relative au statut des réfugiés auquel le Canada a adhéré en 69 et l’Article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, relatif au droit à la protection de la personne. Ce dernier a rendu la tâche difficile au gouvernement qui tentait de renvoyer les personnes ayant essuyé un refus dans le processus de demande d’asile, selon M. Collacott. Cependant, si l’on en croit le nouveau projet de loi, Ottawa a trouvé une façon de remédier à ce problème. «Avec les nouvelles dispositions, il sera très exceptionnel qu’il y ait un examen des risques avant renvoi parce qu’elles prévoient une période de douze mois après le refus pendant laquelle on n’aura pas les droit de déposer la demande. C’est pendant cette période que le gouvernement compte renvoyer tous les réfugiés

refusés», affirme Rick Goldman. Une autre partie de l’étau qui se resserre autour de nos frontières est la liste des pays d’origine considéré comme «sûrs» dont les ressortissants pourraient passer par un système parallèle, à la vitesse supérieure. On ne sait encore rien du contenu de cette liste, qui sera laissé à la discrétion du gouvernement. Pour le Comité d’aide aux réfugiés, cette liste est inacceptable. «Les demandes d’asile, c’est une affaire individualisée; il faut regarder chaque cas sans discrimination par rapport au pays d’origine.» Quant à nos «boat people» et nos clandestins, ils se retrouvent à la limite des deux mondes, mais leur avenir ne semble pas rose. Martin Collacott lui soutient qu’«aucun d’eux ne possède un cas valide, mais ils vont rester ici à perpétuité parce que le système le leur permet. On va sûrement voir une augmentation du nombre de boat people». Le monde, lui, reflète cette tendance. L’Australie est le grand frère qui fait l’admiration du cadet canadien quant aux politiques et «méthodes de dissuasion» relatives aux réfugiés. Le parlement français a adopté la loi sur l’immigration visant à faciliter l’expulsion des Roms. x À ce sujet, voir l’article d’Alexandre Breton, en page 2 du cahier spécial Tabous.

xle délit · le mardi 19 octobre 2010 · delitfrancais.com


CHRONIQUE

Châtelaine exaspère: TOP 100 moins 25! MAROIS VAUT-ELLE KIRKLAND-CASGRAIN? NON!

La réponse est claire, nette et précise (mais pas autant que le «Photoshop» de la Une de Châtelaine sur laquelle on retrouve notre Pauline nationale). Pour ses 50 ans, le magazine Châtelaine a décidé de publier cinq couvertures historiques avec des personnalités d’aujourd’hui. En effet, Châtelaine fait un pied-de-nez à l’éternelle seconde du Québec! Je ne suis pas ici pour dénigrer le combat de Pauline Marois en faveur des droits des femmes (elles lui en doivent une fière chandelle). Elle aura marqué le Québec au fer rouge… rouge déficit. Le problème est, chers amis, que comparer Pauline Marois avec Marie-Claire Kirkland-Casgrain est aussi douteux que de comparer Ségolène Royal à Margaret Thatcher. Madame Kirkland-Casgrain a préparé l’arrivée des Pauline Marois, Lise Payette, Lise Bacon et Liza Frulla dans monde. Pour ceux qui ne le savent pas, Madame KirklandCasgrain a été la première femme députée à l’Assemblée nationale, la première femme à la table du Conseil des Ministres et la seule jusqu’en 1973. Madame Kirkland-Casgrain est notamment connue pour avoir déposé le projet de loi 16, qui deviendra la Loi sur la capacité juridique des femmes mariées en 1964, permettant aux femmes mariées d’exercer des actes juridiques sans le consentement de leur mari; les femmes mariées n’étaient alors plus considérées comme mineures aux yeux de la loi. Cet apport, en plus des autres lois amenées, a fait avancer les droits des femmes comme jamais aucun ne les ont fait avancer. Ainsi, présenter Pauline Marois à la place de Marie-Claire Kirkland-Casgrain est une atteinte grave à l’héritage de celle-ci. De plus, ils ont mis la Cheffe du Parti Québécois à la place d’une ancienne ministre libérale: OUTRAGE! À mes yeux, Madame Nathalie Normandeau, actuelle vice-première-ministre du Québec et ministre des ressources naturelles et de la faune, ferait une bien plus belle page de couverture et aussi une comparaison plus pertinente entre des femmes de pouvoir. Le magazine Châtelaine a publié un TOP 100 des femmes les plus influentes du Québec, et quelle ne fut pas ma surprise quand je lisai cette liste! J’ai pu rayer au moins vingt-cinq noms. Mistress Barbarra, Chloé Sainte-Marie et Aleksandra Wozniak? Franchement, c’est rire des femmes et de leur intelligence. Je ne reproche rien à ces trois dernières, mais NON, elles ne sont pas influentes pour deux cennes ! De plus, je tiens à dire un beau et grand bravo à ce classement qui manque de bien d’originalité en ne proposant que des femmes qui ont servi le petit peuple des Canadiens-français et des Québécois de souche! On the top of my head, j’aurais pu penser toute de suite à Lise Beaudouin, Liza Frulla, Cora Mussely Tsouflidouet, Andrée Boucher et j’en passe. Quelle ne fut pas encore ma surprise de voir la seule anglophone du classement: notre très chère et respectée Heather Monroe-Blum!

Le Franc-parleur

Francis L. Racine

Finalement, Châtelaine a bien des défauts, comme celui d’être péquiste; mais j’approuve avec sincérité la présence Madame Monroe-Blum sur ce classement. Mon exaspération fait maintenant place à un désir de voir s’ouvrir le magazine Châtelaine, qui devrait présenter plus de femmes ayant eu un «vrai», «important» et «grand» impact sur la société Québécoise. x

CHRONIQUE

La tyrannie de la bonne foi Attention, chronique de droite

Jean-François Trudelle

VOUS CONNAISSEZ PEUT-ÊTRE LE QPIRG (QUEBEC

Public Interest Research Group). Il s’agit d’un groupe d’(extrême)gauche qui fait la promotion de la «justice sociale» sur notre beau campus. Ils se disent opposés à toute forme de discrimination, de la «classe» à la «race». En tant que francophone, donc membre d’un groupe minoritaire au sein de l’Université McGill, je suis frappé de voir qu’il n’y a même pas de version française de leur site Internet. Il s’agit déjà d’une dissonance xle délit · le mardi 19 octobre 2010 · delitfrancais.com

par rapport à leur but, puisque l’activisme de ce groupe désire dépasser les limites du campus et s’étendre à l’ensemble de la communauté montréalaise, une ville majoritairement francophone. Ça ne s’arrête pas là; depuis 2001, le QPIRG s’est donné comme objectif de lutter contre toute forme d’«oppression». Pourtant, ses membres se sont permis quelques largesses à ce propos, ce qui a mené à de nombreuses absurdités. Trois d’entre elles ont retenu mon attention. D’abord, ils mènent la campagne Opt-In! qui vise à vous enlever le droit de vous retirer du financement de cet organisme via Minerva. Enlever un outil aux étudiants de l’Université qui leur permet de ravoir leur argent facilement est, quant à moi, une forme d’oppression. Les gens ont le droit de faire ce qu’ils veulent avec leur argent. Les membres du QPIRG savent pertinemment que si l’option sur Minerva est retirée, bien moins d’étudiants iront réclamer leur contribution faite par défaut sur leur facture scolaire. Se financer dans l’obscurité cache habituellement des intentions bien sombres. Ensuite, le groupe s’est lancé dans une campagne contre l’«apartheid israélien». En fait, ils s’adonnent à une critique complètement absurde, àmon sens, du seul État libre du Moyen-Orient. Selon Freedom House, qui attribue un niveau de liberté aux pays du monde, Israël est libre et les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne ne le sont pas. Le QPIRG fait la promotion de Tadamon!, un groupe prétendant que le Hamas est légitime, et ce, même après l’expulsion violente de Gaza du Fatah en juin 2007. Depuis que ce groupe terroriste est au pouvoir à Gaza, la minorité chrétienne a été persécutée. Des 4500 Chrétiens gazaouis, il n’en resterait plus que 1500. Qu’en pensent-ils? Ne parlons pas des droits des femmes et des gays au Moyen-Orient en dehors de l’État hébreu. Si Tel Aviv est considérée comme une plaque tournante du tourisme gay; on ne peut dire la même chose des pays environnants. En Iran, il n’y aurait tout simplement pas d’homosexuels, selon le président Ahmadinejad. Finalement, que dire du respect des libertés fondamentales par les membres du QPIRG? Ils semblent s’en ficher. Le 23 septembre, alors qu’une campagne organisée par McGill Hellenic Students’ Association, McGill Italian Student Association, Swiss Club McGill et The Conservative Society of McGill University contre le QPIRG. Cette campagne, le QPIRG Opt-out! battait son plein, lorsque des membres du QPIRG ont attaqué le kiosque de leurs opposants. L’article 25 de la Charte des droits de l’étudiant de McGill stipule clairement le droit de se rassembler pacifiquement. Ai-je besoin d’en dire plus? Il est bien frustrant de voir des gens prendre le taureau par les cornes et faire valoir leurs principes quand ceux-ci nous touchent directement. Or, c’est ça, la démocratie et la liberté. C’est uniquement ainsi que nous combattrons réellement l’oppression. x

Nouvelles

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Éditorial

Volume 100 Numéro 6

rec@delitfrancais.com

le délit

Le seul journal francophone de l’Université McGill

Le divorce de la politique avec l’identité du Québec Mai Anh Tran-Ho Le Délit

N

ous ne sommes pas sortis du bois de la loi 103. Surtout depuis que celle-ci a subi une scission: le projet de loi 115 déposé aujourd’hui portera à lui seul la portion la plus controversée des écoles passerelles et le débat en matière de langue d’enseignement. Cette loi 103/115 a délié les langues de plusieurs qui renchérissent sur les positions du Parti libéral qui, selon eux, sont prises principalement pour plaire à leur base électorale majoritairement anglophone et donc au détriment des francophones et de la défense de la langue française. Hiers soir, quelques centaines de personnes se sont retrouvées devant les bureaux du premier ministre Jean Charest (bien que celui-ci était en chambre à Québec) pour prendre part à la manifestation-spectacle de la Coalition contre la loi 103. Il devient lassant, voire même déprimant, d’entendre ces mêmes discours —ou ces cris. Le Québec patauge dans cette mère linguistique, eau trouble qui ne reflète plus l’identité nationale. Les lois 101 et 103 (et 115) sont des bouées sur lesquelles s’accrochent les Québécois pour conserver leur nationalisme, celles-ci n’étant plus que de piètres symboles d’une sécurité linguistique délaissée par la politique. On dira ce qu’on veut, et on pointera du doigt qui on veut: la mondialisation, les immigrants, une trop forte lutte pour le bilinguisme, la loi 101 qui devait réglementer l’affichage linguistique ne semble plus avoir force de pouvoir et notre ère chante davantage aux fronts de la souveraineté des droits [pour tous les] humains que d’une identité nationale [québécoise au Canada]. Avec tous les réseaux sociaux qui font éclater les frontières, le citoyen se retrouve souvent en crise identitaire, déchiré entre

une affiliation nationale et mondiale. Et il est clair que l’État ne parvient plus à s’incarner en maître d’orchestre devant ses enfants déçus qui hurlent à la trahison (à l’adultère diraient certains). Les nouvelles technologies, doit-on le rappeler, ont permis a tout un chacun de picorer un peu partout pour assouvir ses différents intérêts personnels, et l’identité de la jeune population est un bricolage, une mosaïque où l’histoire nationale et culturelle n’a plus le même poids qu’elle avait pour les baby-boomers de la Révolution tranquille. Il apparaît donc difficile et illusoire de s’attendre à ce que le gouvernement satisfasse une identité québécoise éclatée qui ne trouve plus qu’une force commune dans un nationalisme linguistique qui ne partage plus les mêmes origines. Le politique n’est plus qu’un instrument tenu par un trop petit groupe incapable de converger ce pluralisme culturel et identitaire. Bien sûr, si le gouvernement péquiste obtenait le

En trois vitesses

pouvoir, la loi 103 serait rapidement jetée aux flammes et la lutte du français reprendrait du poil de la bête. Encore faudrait-il que le peuple ait encore confiance en les politiciens. L’enthousiasme autour d’un embryon d’idée pour un nouveau mouvement politique, à savoir Forces Québec, laisse croire que c’est le lien entre la politique (d’autrefois?) et l’identité québécoise qui s’est perdu. Surtout si nos leaders se mélangent eux-mêmes dans ce ramassis de chiffres légaux (Françoise David, porteparole de Québec Solidaire, avouait à notre journaliste qu’elle était «mêlée» entre la loi 103, 104 et 115. L’article en exclusif web sur delitfrancais.com cette semaine.) La lutte linguistique ne peut donc plus se fonder sur une guerre contre l’Autre, entre autres dans une ancienne veine antiaméricaniste, alors que le Québec s’ouvre au monde et en subit les contractions prénatales se traduisant par une crise identitaire nationale. x

au neutre

en baisse

Ça ne fera pas des chômeurs au Québec

Allez à Go et ne soyez pas ré-embauchés

Fonte de L’obscurantisme mcgillois

Malgré le dégel des frais de scolarité de 50$ par session jusqu’en 2012, le Québec ne formera pas de chômeurs, la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec a annoncé que, pour la deuxième année consécutive, il y aurait eu une hausse généralisée des inscriptions au niveau universitaire. En 2009, cette hausse fut de 3,8%, et, de 3,7% en 2010, ce qui démontre que les jeunes Québécois veulent étudier pour acquérir une meilleure formation, et qu’ils accordent aussi une plus grande importance aux études universitaires. Note, seulement au premier cycle, la hausse généralisée est de 5%.

Le mardi 12 octobre dernier, les employés du Journal de Montréal ont rejeté vivement l’offre patronale dans une proportion de 89,1% des employés réguliers. Ce refus fait du lock-out au Journal de Montréal celui ayant duré le plus longtemps dans toute l’histoire de l’industrie médiatique du Canada. En cette journée, les syndiqués ont rejeté l’offre qu’ils jugeaient déraisonnable pour revenir à la case départ sans avoir fait de gain sur leur demande. Dans l’offre patronale, on retrouvait notamment la fermeture immédiate de RueFrontenac.com et une diminution de 250 journalistes à 50 journalistes, 4 pupitreurs et aucun réviseur.

Contrairement à son habitude, l’administration de McGill et sa principale et vice-chancelière, Heather Monroe-Blum, se sont permis cette semaine une valse de transparence. Un courriel envoyé à tous permettait de bien saisir la position de l’administration concernant la hausse des frais de scolarités et les mesures adoptées par la Loi 100 votée au mois de juin dernier par l’Assemblée nationale du Québec. L’administration y souligne l’appui qu’elle porte à l’établissement d’un «modèle de financement fondé sur le rendement», conformément à des indicateurs qui reflètent à juste titre la mission et les priorités des universités.

en hausse

6 Éditorial

rédaction 3480 rue McTavish, bureau B•24 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6784 Télécopieur : +1 514 398-8318 Rédactrices en chef rec@delitfrancais.com Éléna Choquette et Mai Anh Tran-Ho Nouvelles nouvelles@delitfrancais.com Chef de section Emma Ailinn Hautecœur Secrétaire de rédaction Francis L. Racine Arts&culture artsculture@delitfrancais.com Chef de section Émilie Bombardier Secrétaire de rédaction Annick Lavogiez Société societe@delitfrancais.com Anabel Cossette-Civitella Xavier Plamondon Coordonnatrice de la production production@delitfrancais.com Mai Anh Tran-Ho Coordonnateur visuel visuel@delitfrancais.com Élizabeth-Ann Michel-Boulanger Coordonnateurs de la correction correction@delitfrancais.com Anselme Le Texier Anthony Lecossois Coordonnateur Web web@delitfrancais.com Philippe Teisceira-Lessard Collaboration Sabrina Ait Akin, Émilie Blanchard, Alexandre Breton, Augustin Chabrol, Catherine Côté-Ostiguy, Édith Rosalie Dion-Picard, Édith Drouin-Rousseau, Laure Henri-Garand, Eve Léger-Bélanger, Francis Lehoux, Véronique Martel, Marie McCulloch, Et-Ann Moinsourath, Maya Ribel, Andrea Saavedra, Florent Sbai Conti, Jean-François Trudelle Couverture Mai Anh Tran-Ho bureau publicitaire 3480 rue McTavish, bureau B•26 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6790 Télécopieur : +1 514 398-8318 ads@dailypublications.org Publicité et direction générale Boris Shedov Gérance Pierre Bouillon Photocomposition Mathieu Ménard et Geneviève Robert The McGill Daily • www.mcgilldaily.com coordinating@mcgilldaily.com Emilio Comay del Junco Conseil d’administration de la Société des publications du Daily (SPD) Emilio Comay del Junco, Humera Jabir, Whitney Malett, Sana Saeed, Mai Anh Tran-Ho, Will Vanderbilt, Aaron Vansintjan, Sami Yasin

L’usage du masculin dans les pages du Délit vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire.

Les opinions exprimées dans ces pages ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université McGill. Le Délit (ISSN 1192-4609) est publié la plupart des mardis par la Société des publications du Daily (SPD). Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et d’illustrations dont les droits avant été auparavent réservés, incluant les articles de la CUP). L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal.Imprimé sur du papier recyclé format tabloïde par Imprimeries Transcontinental Transmag, Anjou (Québec). Le Délit est membre fondateur de la Canadian University Press (CUP) et du Carrefour international de la presse universitaire francophone (CIPUF).

xle délit · le mardi 19 octobre 2009 · delitfrancais.com


Cahier spĂŠcial Tabous


Mcgillius pro-administratio Les étudiants abhorrent-ils tous l’administration HMB-ienne?

Êtes-vous de ceux qui aimaient leurs professeurs à l’école primaire? Élizabeth-Ann Michel-Boulanger/ Le Délit

Francis L.-Racine Le Délit

L

a chose n’est pas évidente et elle est assez taboue. À voir les grandes manifestations étudiantes au Québec, les médias et les citoyens seraient portés à mettre tous les étudiants dans le même panier: «tous un gang de chialeurs qui ont juste ça à faire chialer pour chialer et même quand ils sont dans leurs examens ils chialent qu’il y en a trop». Cette

image de l’étudiant revendicateur est malheureusement ancrée dans l’imaginaire collectif et comme le veut le vieux dicton: «c’est toujours à cause d’une minorité que la majorité perd la face». Cette dernière citation n’est pas vide de sens, car, à cause d’une minorité d’étudiants à travers la province, les différentes administrations prennent maintenant en compte que tous les étudiants sont d’éventuels petits Che Guevara qui vont

venir mettre le feu aux bâtisses, aux acquis de la Sainte Éducation, et détruire l’ordre social. McGill n’échappe pas à cette règle. Il suffit de penser à la mobilisation face à la fermeture du Arch Café qui avait rassemblé non seulement les quelques personnes qui y séjournaient, mais aussi le McGill Daily, Le Délit, le McGill Tribune et encore l’AÉUM. Une espèce rare vaque à ses occupations sur le campus. Elle n’est pas nouvelle, loin de là, elle est présente sur le campus depuis la fondation de l’Université, ce sont les étudiants pro-administration. L’espèce Mcgillius Pro-Adminitratio. La manifestation pour le retour du Arch Café tenue le jour d’une séance du Sénat de l’université a montré une fois de plus la ferveur populaire estudiantine qui règne à McGill: «si l’on peut chialer contre l’administration, on chiale». Cette réalité en cache une autre; si une partie des étudiants sont des fervents engagés contre l’administration, il y a une autre réalité dont on ne parle jamais: les pro-administration. Qui sont-ils? Sont-ils une secte? Ont-ils un club enregistré à l’AÉUM? Comme dans toute bonne université, les pro-administration sont assez discrets, non pas par désir, mais bien pour éviter les confrontations: «l’administration fait des choix responsables, elle ne peut pas laisser un café déficitaire en place pour le bon vouloir des étudiants» affirmait

un étudiant souhaitant conserver l’anonymat. Le Mcgillius Pro-Adminitratio est bien difficile à trouver, car les étudiants ne veulent pas se faire prendre pour des admirateurs de Mme Heather MonroeBlum; comme à la maternelle ou à l’école primaire ceux qui aiment le professeur ou la directrice sont des «nerds» ou des «rejets». Les étudiants pro-administration n’ont pas leur voix dans les instances étudiantes pour prendre position contre les plus engagés; ils ne l’ont pas non plus dans les journaux étudiants de l’école, car ceux-ci reprennent la nouvelle de l’heure et/ou dénoncent l’administration. Les Mcgillii Pro-Administratis se font rares, non pas qu’ils soient en voie d’extinction, mais bien que le débat contre l’administration soit virulent sur le campus. Ils peuvent prendre position lors des votes de l’AÉUM, mais ils vaquent principalement à leur occupation: ils ont aussi un agenda chargé. Malgré tout, en 2009, lors de la journée Discover McGill, la principale et vice-chancelière Heather Monroe-Blum avait lancé un message dans son discours d’ouverture: «Get involved», «Engagez-vous». Et bien, ce message s’applique aussi à vous, les étudiants pro-administration. Faites entendre votre voix, prenez position dans les débats et surtout exprimer vos opinions comme tous les étudiants le font dans l’enceinte des Trois-Gates. x

Démystifier l’immigration Des chercheurs universitaires disent vouloir reconstruire les fondations du débat sur des faits vérifiables Alexandre Breton Le Délit

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ors de la dernière consultation québécoise pour la planification des niveaux d’immigration, en 2007, «tout le monde s’est donné le mot pour affirmer que l’immigration était absolument essentielle pour assurer le bien-être économique du Québec et qu’il fallait rehausser les niveaux d’immigration parce qu’on a une société vieillissante et parce qu’on a une pénurie d’emploi dans plusieurs domaines», se rappelle Benoît Dubreuil, chercheur au département de philosophie à l’UQAM. Les statistiques viennent-elles appuyer ces arguments? Renouvellement de notre population Certains chercheurs n’hésitent pas à voguer à contre-courant et à exprimer une opinion bien différente de celle qui prévaut dans les élites politiques. L’immigration permet de freiner le vieillissement de la population qui accable notre économie? «C’est complètement faux», tranche Guillaume Marois, candidat au doctorat en démographie à l’INRS et spécialiste de l’immigration au Québec. «L’immigration n’a à peu près aucun impact sur le vieillissement de la population». «Le principal impact de l’immigration est d’augmenter la taille de la population, mais la structure par âge de celle-ci n’en est pas significativement modifiée. Ce constat ne fait pas l’objet d’un débat au sein des démographes et il ne s’agit même pas

2 Cahier spécial Tabous

d’opinion: c’est mathématique», soutientt-il. Il ajoute que «pour avoir un véritable impact sur le vieillissement, dans le cas du Québec, il faudrait environ quadrupler le nombre d’immigrants admis [de 50 000 à 200 000 individus par année, NDLR], ce qui n’est pas un scénario réaliste». Besoin de travailleurs L’immigration permet de combler notre besoin de main-d’œuvre qualifiée? Selon M. Marois, «pour être efficace, il faudrait que les immigrants soient qualifiés pour répondre à ces besoins. Or, seulement 9% des immigrants sélectionnés comme travailleurs qualifiés ont une formation dans un domaine privilégié par le Québec.» M. Dubreuil, quant à lui, mentionne un autre élément, «quand on fait venir des immigrants, ça fait augmenter l’offre de main-d’œuvre, mais ça fait aussi augmenter la demande de main-d’œuvre. L’impact sur l’économie va dépendre de la façon dont les immigrants vont performer par rapport au reste de la population.» Création de richesse En dépit de ces rectifications, peut-on dire que les immigrants ont un effet positif sur l’économie québécoise? «Les études à ce sujet convergent généralement vers un même résultat: l’immigration n’a pas d’impact significatif sur l’économie. Ni positif, ni négatif», mentionne M. Marois. Il maintient également que «lorsque les politiciens affirment que l’immigration est bonne pour l’économie, ils font des spéculations qui ne reposent sur aucune étude sérieuse».

Une nouvelle lumière éclaire maintenant le débat public. C.Y.R.I.L. / Flickr

Un tabou? Pourquoi existe-t-il un fossé entre le discours de nos élus sur l’immigration et les données démographiques? Selon M. Marois, «le discours officiel est noyé par la rectitude politique [...], quiconque proposerait de réduire, voire de seulement maintenir les seuils, risque de se faire traiter de racistes ou xénophobes par ses opposants politiques». M. Dubreuil en rajoute, «il y a un climat empoisonné autour du débat sur l’immigration».

Il semble cependant y avoir consensus quant au fait que l’économie n’est pas la seule façon de justifier l’accueil d’immigrants. «Dans le cas des réfugiés, c’est clair, la justification est humanitaire. On accepte de payer un coût pour ça. [...] Même chose pour le regroupement familial, pour des raisons morales, on ne veut pas séparer les familles», mentionne M. Dubreuil. Il rappelle cependant que «dans le cas de l’immigration économique, qui au Québec représente 70% des arrivants, c’est plus sensible». x

xle délit · le mardi 19 octobre 2010 · delitfrancais.com


Les invasions barbares II

Histoires de déclin, de civilisation et d’internet: les conséquences symboliques de la mondialistion. Florent Conti Le Délit

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ébut octobre (cela n’aura pas échappé aux assidus de BBC World News), la Chine envoyait son Premier Ministre Wen Jiabao en Grèce pour un voyage plus économique que diplomatique. En effet, l’empire du Milieu rachètera bientôt les bons du trésor grec, sauvant ainsi l’économie du pays dévastée par la crise monétaire amorcée en 2009. Si la chose s’avère bénéfique pour la nation grecque et la résolution de sa situation financière catastrophique, il est une question intéressante à soulever quant aux conséquences symboliques et à la métaphore de cette intervention chinoise en Grèce. Depuis l’antiquité jusqu’aux temps modernes, la civilisation européenne échangeait avec cette imprenable et très avancée civilisation chinoise des relations

de nature méfiante et admiratrice envers l’empire du Milieu devenu alors source de tous les fantasmes sur l’Orient. Après des millénaires de coexistence et d’expansion, l’imposante civilisation chinoise a finalement le dernier mot sur l’antique civilisation grecque, dont la plupart des Européens sont issus. Dans les faits, cette action chinoise en Europe entre dans une logique que nous connaissons: celle de la mondialisation. Rien de choquant à cela. Symboliquement, en revanche, certains pourraient analyser que c’est la fin d’une civilisation souveraine en Europe: la civilisation hellénique. Qui pourrait faire le rapprochement entre la nature strictement économique de l’événement et son aspect symbolique? Les étudiants en sciences politiques ont tous lu le très engagé Clash of Civilizations de feu Samuel Huntington. Ce texte controversé explique que les interactions de l’ordre international sont inévitablement animées

par une violente opposition entre les civilisations. Ces dernières, selon cette théorie, sont vouées à se livrer bataille du fait de leurs inconciliables différences culturelles. Dans l’imaginaire collectif, le choc des civilisations semble être une évidence lorsqu’on parcourt les débats sur ce sujet. Cette notion y est en fait extrêmement liée à une conviction: l’existence d’une conspiration mondiale. D’une certaine manière, Internet a propulsé cette vision du monde d’une manière unique. C’est par la circulation ultra rapide et facile des idées que l’on constate maintenant une masse d’informations à ce sujet. La théorie du choc des civilisations est relayée par les paroles d’innombrables professeurs, journalistes, hommes politiques, inconnus ou bannis des débats conventionnels qui ont acquis un statut et une légitimité grâce à la Toile. Sans le côté accessible, et avant-gardiste d’Internet, cette minorité qui s’exprime n’aurait jamais pu

émerger et diffuser sa simpliste pensée faussement polémique. Pour les adeptes du «choc des civilisations», la symbolique de l’entente sino-grecque devrait être signifiante. Pour d’autres, il semble que l’événement importe peu dans un système internationalisé où le mot libéralisation tient toute sa place. Dans le contexte de la mondialisation, notre psyché contemporaine paraît moins sensible à tout ce qui touche l’héritage culturel et sa préservation; il est pourtant intéressant de se dire que, il n’y a pas si longtemps, on aurait perçu ces faits comme une véritable catastrophe pour la culture occidentale. Deux hypothèses pourraient expliquer cette situation. Peut-être n’avons-nous que faire de nos cultures ancestrales et de leur survivance, ou peut-être avons-nous appris, à raison, à passer au-dessus de ces luttes de civilisations, luttes qui ont autrefois mis le monde à feu et à sang. x

Elizabeth-Ann Boulanger / Le Délit

Les grands ballets de l’univers En ce début de millénaire, la tradition commune est issue du monde scientifique, dans lequel la religion et la mythologie perdent du terrain... jusqu’à être relégué au statut de tabou? Augustin Chabrol Le Délit

L

e mythologue Joseph Campbell a passé ses deux derniers étés à discuter avec le journaliste de télévision Bill Moyers à propos de mythologie. Le résultat: un documentaire et un livre d’accompagnement intitulé Joseph Campbell et le pouvoir du mythe, qui tente d’explorer la nature des grands principes, des idées et des mystères dans lesquels l’humain a toujours vécu. Cette œuvre, explique Monsieur Campbell dans l’entretien, a trait aux «problèmes internes profonds, les mystères internes, et les seuils internes du passage». Campbell décrit la mythologie comme «la chanson de l’univers» au rythme de laquelle nous dansons tous, même si nous ne nous en rendons pas nécessairement

compte. Nous faisons tous partie de la mythologie; c’est une manifestation naturelle de l’expérience humaine. S’il est vrai que la mythologie imprégnait plusieurs facettes du quotidien des anciennes civilisations et cultures, est-elle toujours présente dans les rouages de la société moderne? Le monde change à une vitesse étonnante, et l’innovation technologique est sans répit. Face à ces changements, l’Homme peut-il encore danser? La mythologie est-elle en voie de devenir taboue  dans notre société moderne, ou l’est-elle déjà? «La mythologie est un puits de réponses, de la même façon que la religion ou la science le sont» rapporte Whiteside, étudiant à McGill et à Concordia. «En même temps, du point de vue de la mythologie en tant qu’histoires, je pense que c’est une manière valide d’y penser et de divor-

xle délit · le mardi 19 octobre 2010 · delitfrancais.com

cer avec l’abstrait de la réalité.» À McGill, Whiteside passe ses heures d’études à traduire des œuvres grecques et latines. Il explique également que la mythologie est une source d’inspiration pour ses gravures. «Je ne crois pas personnellement que les réponses apportées par la technologie entrent en contradiction avec celles issues du monde mythologique», explique Margaret Palczynski, professeur d’études classiques à McGill, dans une entrevue par courriel. «Le mythe est une expression naturelle de notre humanité, tandis que la technologie est une conséquence naturelle de notre capacité humaine. Cette première contribue de plusieurs façons à la création, la préservation et la dispersion des mythes, anciens et modernes.» Depuis 15 ans, Madame Palczynski dispense le cours Introduction to Classical Mythology à des étudiants qui viennent de tous département

académiques. Récemment, elle a décidé de mettre davantage l’accent sur l’exploration de l’origine des mythes et de leur importance dans certaines sociétés: comment sont-ils reçus, compris et intégrés. «À mon avis, explique Palczynski, la mythologie est un phénomène qui nous permet non seulement de nous exprimer, de comprendre, et d’apprendre beaucoup sur la signification du fait humain à travers les âges et les sociétés.» Le professeur ajoute que la mythologie y est aussi pour nous en apprendre sur le vivre-ensemble. De cette ère globale, des nouveaux mythes émergeront-ils, demandait Monsieur Moyers en concluant l’entretien? Joseph Campbell répond que, sans doute, si un nouveau mythe avait à naître, il aurait assurément trait à la nouvelle imperméabilité des frontières, et à l’union de toutes les nations. x

Cahier spécial Tabous

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Tous les chemins mènent à Sodome

Tous les chemins m

Ou

Des mythes ausCULtés

«Sexe Anal Non Censuré», «Les joies de la sodomie», «ECLATEANUS.COM», voici les premiers sites qui apparaissent sur le moteur de recherche Google s

«Sexe Anal Non Censuré», «Les joies de la sod miers sites qui apparaissent sur le moteur de Anabel Cossette Civitella et Étienne Cossette-Lefebvre Le Délit Cette pratique est-elle encore taboue? Que Anabel Cossette Civitella Le Délit pénètre a Les Étienne Cossette-Lefebvre mythes entourant le sexe anal demeurent fondés sur l’incompréhension de cette pratique longtemps associée à l’ho Le Délit

L

La jouissance pour tous

Propreté 101

e s tous m ythes entourant l e s ex e La jouissance pour Croyance: un des grands mythes associés au sexe Croyance: Le sexe anal allie douleur et absence de jouissance pour la perRéalité: Il est vrai q anal demeurent f o n d é s s u r Croyance: un des grands mythes associés au sexe anal allie douleur et absence de jouissance pour la personne pénétrée. sonne pénétrée. n’ont rien de bien romantiq Réalité: L’anus et le rectum sont pourvus d’une des pratiques comme «2 gi l ’ i ncom pr éhension de cet Réalité: L’anus et le rectum sont pourvus d’une grande quantité de nerfs, grande ce qui quantité en fait une importante région érogène, tant chez les que chez de nerfs, ce qui en fait une importante en hommes tête que le rectum n’estle p région érogène, tant chezune les hommes que chez les toutefois possible t e lors pratique longtemps a s s le o cmassage i é e àde la prostate stimulé de la pénétration. Quant aux hommes, peut engendrer forte sensation defemplaisir sexuel,qu’il et lasoit pénétration anal le rectum demeure un orga pour éviter tout désagrément (voir l’encadré pour un protocole détaillé). mes. Les sensations demeurent subtiles pour la femme, mais, le vagin et le rectum partageant une même paroi, tulences, quant à elles, peuv l ’ h o mo se xualité, un sujet qui s us certaines voient leur plaisir stimulé lors de la pénétration. d’air emprisonné dans le re Quant aux hommes, le massage de la prostate peut engenbon moyen d’éviter les emb c i t e en cor e bien des m al ai s es. drer une forte sensation de plaisir sexuel, et la pénétration duire un doigt dans le rectu Propreté 101 anale reste l’unique moyen d’atteindre directement cette aura ainsi l’opportunité de s D écryptons quelques u n e s d e s glande. Pour ce qui est du mythe entourant la douleur, il simplement bien s’y pubo-coccygien, prendre pour éviter tout l é gendes urbaines les plu s o u v de e nKegel t visents’agit Croyance: Le sexe anal est sale et dégoûtant. Lessexercices à renforcer ledemuscle quidése situe entre l’os pubien et le cocc sagrément (voir l’encadré pour un protocole détaillé). augmentation substantielle du plaisir sexuel. Les hommes bien entraînés sont capables d’orgasmes non éjaculatoires, par stimulation de la prostate, et a s so ciées à la sodom ie. lorsque l’on essaie de retenir un jet d’urine), il suffit d’appliquer la méthode «serrez, retenez, relâchez». Pratiqués assidûment, les exercices de Kegel vo Les sept merveilles du sexe anal (Kuoto) (à mettre en encadré)

C’est le grand soir: vous voulez élargir vos horizons.

Quand la religio

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a sodomie, associée à l’h accusations de 1) Rincer le rectum et l’anus à l’aide, par exemple, d’une poire à lavement. Cette étape est facultative: elle n’est d’obligatoire! Gardez jusqu’aux en tête, d’ailleurs, q associe tabou sexuel et p relation, suffit.  portent préjudice à la soci sonne qui s’est rend la suite la c 2) Lubrifiant! À base d’eau de préférence. Il en faut beaucoup! Utilisez vos doigts pour l’appliquer; commencez à détendre et à élargir l’anus.par Votre parte fait brûle n 3) Si vous vous sentez à l’aise, vous pouvez introduire un jouet sexuel à ce stade-ci. Allez-y doucement, et retirez-le immédiatement si vous ressentezceun

mouvements trop brusques. Faites vous-même le mouvement de va-et-vient pour commencer, puis demandez à votre partenaire d’y participer. Plus ces premières étapes seront longues et bien exécutées, plus l’anus sera détendu, et plus l’expérience en sera agréable. 4) Utilisez un condom! Commencez doucement, avant de laisser déferler la vague de vos passions. 5) Sentez-vous à l’aise en tout temps de demander à votre partenaire de se retirer. Post-Rectum:

6) Très important de na pas passer du rectum au vagin sans d’abord changer le condom! 7) Allez aux toilettes pour évacuer le lubrifiant.

N’hésitez pas à discutez avec votre partenaire. L’expérience ne sera que meilleure et vous pourrez exploiter toutes les possibilités!

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xle délit · le mardi 19 octobre 2010 · delitfrancais.com


mènent à sodome

si vous tapez «sexe anal». Cette pratique est-elle encore taboue? Quelle importance a la sodomie aujourd’hui? Le Délit pénètre au cœur du sujet.

domie», «ECLATEANUS.COM», voici les pree recherche Google si vous tapez «sexe anal». elle importance a la sodomie aujourd’hui? au cœur du sujet. omosexualité, un sujet qui suscite encore bien des malaises. Décryptons quelques unes des légendes urbaines les plus souvent associées à la sodomie. Pas plus gay qu’un autre

Incontinence?

anal est sale et dégoûtant. Croyance: Les hommes hétérosexuels qui s’adonCroyance: S’adonner régulièrement à la sodomie que les selles ou les flatulences nent au sexe anal refoulent des tendances homosexuelles. risque d’affaiblir le sphinctère anal et les tissus rectaux, par que (à moins d’être des adeptes Réalité: Tous les homosexuels ne pratiquent pas la effet d’étirement excessif, ce qui est susceptible d’engenirls, 1 cup»...). Or, il faut garder sodomie, tandis que nombre de couples hétérosexuels adodrer des problèmes d’incontinence. es femmes. Les sensations pour la femme, mais, vagin et leunrectum partageantRéalité: une même paroi, certaines voient lorsqu’on leur plaisir pas un organe de stockage. Bien demeurent rentsubtiles cette activité. La pratique du sexe anal le trouve parfois L’anus, au contraire, se raffermit des résidus s’y retrouvent, intérêt dans sa fonction contraceptive. Josy Lév, «l’exerce» régulièrement. Il existe même de des bien exercices vileque reste l’unique moyen d’atteindre directement cette glande. PourJoseph ce qui est dupromythe entourant la douleur, il s’agit simplement s’y prendre ane relativement propre. Les flafesseur de sexologie à l’UQÀM, s’intéresse aux dimensions sant à rejoindre vos idéaux de fermeté anale! vent être produites par la sortie culturelles associées à la prévention des MTS et du SIDA. Les exercices de Kegel visent à renforcer le muscle puectum lors de la pénétration. Un Il nous apprend que 40% des hétérosexuels qui se livrent bo-coccygien, qui se situe entre l’os pubien et le coccyx. barras de ce genre reste d’introau sexe anal le feraient par soucis de contraception dans Les bénéfices de ces exercices sont multiples, du maintien um lors de la pénétration. L’air le cas d’un partenaire occasionnel. En revanche, seulement de la santé de la prostate à la prévention de l’incontinence, sortir. 8% des couples hétérosexuels monogames s’adonnant à en passant par une augmentation substantielle du plaisir cette pratique le font pour les bénéfices contraceptifs. Or, sexuel. Les hommes bien entraînés sont capables d’orgasil reste primordialdu de se protéger, car, femmes mes non éjaculatoires, par stimulation de la prostate, et ce, cyx. Les bénéfices de ces exercices sont multiples, maintien de silales santé dene lapeuprostate à la prévention de l’incontinence, en passant par une vent tomber enceintes, elles peuvent, comme les hommes, dans certains cas, à de multiples reprises! Ces exercices ce, dans certains cas, à de multiples reprises! Ces exercices sont simples: après avoir bien identifié votre muscle pubo-coccygien (celui qui travaille contracter des infections, dont bien sûr le VIH. La croyance sont simples: après avoir bien identifié votre muscle puboous permettront de constater une augmentation de votre sexuel au bouta de que les homosexuels n’ont plaisir pas besoin de se protéger fait quatre à six semaines! coccygien (celui qui travaille lorsque l’on essaie de retebien des ravages depuis les années 1980. Par exemple, une nir un jet d’urine), il suffit d’appliquer la méthode «serrez, règle qui interdit aux homosexuels encore aujourd’hui de retenez, relâchez». Pratiqués assidûment, les exercices de donner leur sang est justifiée par un taux de contamination Kegel vous permettront de constater une augmentation de par le VIH plus important que chez les hétérosexuels. votre plaisir sexuel au bout de quatre à six semaines!

on s’en mêle

homosexualité, est condamnée par la Bible. Du mythe de Sodome et Gomorrhe e pédérastie qui en ont mené plus d’un au bûcher au Moyen-Âge, la sodomie que des lavements trop fréquents risquent d’abîmer les tissus rectaux, car le rectum serait trop sec. Un simple bond aux toilettes, juste avant la peur de l’Autre. Un juriste écrit sur le sujet, au XVIIIe siècle: «D’autres crimes iété, mais [la sodomie] porte atteinte à son existence, car il est rare qu’une perdue coupable d’un abus de ses facultés génératives à ce point contre nature ait considération convient d’accorder aux femmes.» Pour d’autres, Dieu aurait enaire peutqu’il vous y aider. er la ville de Sodome pour cause de mauvaises mœurs. Pourtant, il est prouvé que n’est qu’une mauvaise interprétation descroyances écritures. Sodome aurait effectivement ne douleur. Contrairement aux populaires, le sexe anal est tout à fait possible sans douleur. Il suffit de prendre son temps, et d’éviter les été punie par Dieu mais pour une raison qui ne semble pas trouver d’accord parmi les érudits.

Les sept merveilles du sexe anal

C’est le grand soir: vous voulez élargir vos horizons. 1) Rincer le rectum et l’anus à l’aide,par exemple,d’une poire à lavement.Cette étape n’est pas obligatoire! Gardez en tête, d’ailleurs, que des lavements trop fréquents risquent d’abîmer les tissus rectaux en asséchant cette partie sensible. Un simple bond aux toilettes juste avant la relation suffit.  2) Lubrifiant! À base d’eau de préférence. Il en faut beaucoup! Utilisez vos doigts pour l’appliquer; commencez à détendre et à élargir l’anus.Votre partenaire peut vous y aider. 3) Si vous vous sentez à l’aise, vous pouvez introduire un jouet sexuel à ce stade-ci. Allez-y doucement, mais retirez-le immédiatement si vous ressentez une douleur. Contrairement aux croyances populaires, le sexe anal est tout à fait possible sans douleur.Il suffit de prendre son temps,et d’éviter les mouvements trop brusques.Faites vous-même le mouvement de va-et-vient pour commencer, puis demandez à votre partenaire d’y participer. Plus ces premières étapes seront longues et bien exécutées, plus l’anus sera détendu, et plus l’expérience en sera agréable. 4) Utilisez un condom! Commencez doucement, avant de laisser déferler la vague de vos passions. 5) Sentez-vous à l’aise en tout temps de demander à votre partenaire de se retirer. Post-Rectum: 6) Très important de na pas passer du rectum au vagin sans d’abord changer le condom! 7) Allez aux toilettes pour évacuer le lubrifiant. N’hésitez pas à discutez avec votre partenaire. L’expérience ne sera que meilleure et vous pourrez exploiter toutes les possibilités! x

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Donne-moi ton poing! Maya Riebel Le Délit

O

n pense au fist-fucking comme à une pratique d’exception, marginale, un de ces «trucs du porno». Aucunement selon les principaux intéressés;  et nombreux sont les adeptes du fisting, comme on le dit en anglais. Tous le font: lesbiennes, homosexuels, mères de familles, couples quinquagénaires. En revanche, la réputation de cette activité est victime encore plusieurs mythes. Les internautes qui en ont déjà fait l’expérience l’apprécient énormément, et tentent de faire disparaître la réputation perverse du fist-fucking. Ils le rappellent souvent, «ce n’est pas du tout comme dans le porno.» Alors de quoi s’agit-il ? Le fist-fucking est associé à deux mythes en particulier. Premièrement l’acte est douloureux. Pas forcément, les adeptes ne vous le diront jamais assez  : DU LUBRIFIANT! Le rectum ne produisant pas son propre lubrifiant, comme le vagin, il faut utiliser beaucoup de lubrifiant, et à tous les stades de l’acte. Certains utilisent des lubrifiants

aqueux tandis qu’autres, plus aventureux, utilisent du Crisco. On raconte aussi que le fisting est dangereux. Comme tout, s’il est effectué correctement, il n’y a pas à priori d’effets indésirables sur la santé. Dans le rejet ambiant de cette pratique par les traditionalistes sexuels se cache aussi une peur secrète différente de celle de la douleur: « Mais est-ce que le fisting n’étire pas la femme au point que lors de la pénétration votre pénis… se perd  à l’intérieur?» La question de cet internaute fait sourire, mais le mythe qu’il évoque, celui de l’étirement permanent, est plus prévalent qu’on ne le croit. Ce n’est évidemment pas vrai car les muscles vaginaux, comme anaux, sont capables d’une grande élasticité. Les bénéfices seraient nombreux, parmi lesquels le sentiment d’une intimité intense, comme le décrit celui-là: «c’était une des expériences sexuelles les plus puissamment intimes de ma vie […] Le sentiment d’intimité venait du fait que j’étais réellement à l’intérieur d’un autre être humain…» Cet internaute avait en fait réussi à s’insérer jusqu’au coude dans son partenaire!

D’autre part, chez les femmes, le fisting peut mener à un orgasme explosif, à en croire certains et certaines. Dans tous les cas, l’intimité provient de l’immense besoin de communication, de la patience, de la confiance envers l’autre et de la lenteur de l’acte lui-même. Le fisting peut nécessiter de l’entraînement; ainsi un internaute souligne: « allez lentement tous les deux sur le moment et pendant tout le processus; cela peut prendre des jours ou des semaines pour que les partenaires apprennent à bien jouer leur rôle.» Souvent, ceux qui ont été fistés en sont dingues et l’incorporent ensuite dans leur vie sexuelle régulièrement. Ils le considèrent comme «l’événement principal» de l’acte sexuel. Le fisting est une pratique incomprise. Ce n’est pas, comme le croient souvent les gens, une pratique violente qui entretient un rapport de domination. Il fait en réalité partie des actes sexuels les plus intimes, comme le sont souvent considérés tous les rapports anaux. Finalement, le fistfucking est vraiment un acte ayant de multiples facettes. Bon fisting! x

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L’art d’être une escorte

La série télévisée Secret Diary of a Call Girl aborde avec succès le sujet de la prostitution de luxe. Emilie Blanchard Le Délit Adaptée du roman Intimates Adventures of a London Call Girl, l’émission Secret Diary of a Call Girl révèle que, pour devenir escorte, il ne s’agit pas seulement d’avoir une apparence soignée et un physique impeccable: il faut également être éduquée et cultivée. «The first thing you should know about me is that I’m a whore.» voici comment débute le roman écrit par le Dr Brooke Magnanti, sous son nom de plume Belle de Jour. Hannah Baxter alias Belle, y est susceptible de briser plusieurs préjugés. Elle possède un baccalauréat en anglais et a choisi ce métier de plein gré. Elle n’est dépendante ni à l’alcool ni à la drogue, n’a pas d’enfants et n’est pas une victime d’abus. Loin d’être une fille facile, elle aime simplement l’argent et le sexe. Véritable professionnelle, elle a pour priorité le plaisir du client, peu importe le fantasme. Intimates Adventures of a London Call Girl ouvre les portes de la prostitution de luxe: les clients sont filtrés par une agence et les tarifs sont d’environ 300£ de l’heure. Les escortes doivent contacter leur agence avant et après le rendez-vous, et ce afin que celle-ci puisse assurer leur sécurité. La romancière, qui a décidé de dévoiler sa véritable identité avant qu’un ex-conjoint ne le fasse, a travaillé comme escorte de luxe à Londres le temps de payer ses études de doctorat avant de se lancer dans l’écriture d’un blogue et de romans. La série surprend par la présence excessive de nudité, qui n’est pas exclusive-

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ment féminine. Les fantasmes et désirs des clients sont explicitement mis en scène et Belle (Billie Piper) explore différentes expériences comme les orgies, le sadomasochisme ou the girlfriend expérience (passer la nuit complète avec un client, pour la modique somme de 1,500£). La prostitution est présentée comme un système simple et facile: beaucoup d’argent en peu d’effort. On ne parle pas des clients à l’apparence peu attrayante ou des infections transmissibles sexuellement. Les descriptions détaillées de Belle dans les romans peuvent choquer les plus sensibles. Belle parle très ouvertement et en détail de sexualité et de ses multiples expériences, personnelles ou professionnelles. Elle explique comment elle a commencé à se prostituer, donne plusieurs conseils pour être une escorte, qui vont du type de condoms à utiliser au fist-fucking et à la sodomie, le tout dans un langage souvent très cru. Pourtant, aimer Secret Diary of a Call Girl n’a rien de pervers. Bien au contraire, les livres comme la série tentent d’éduquer et d’ouvrir l’esprit de ses amateurs à diverses facettes de la sexualité. Peu importe les préférences et aussi étranges qu’elles puissent paraître, que ce soit le voyeurisme ou les orgies, l’important c’est d’avoir du plaisir ou, comme le dirait Belle de Jour: «pleasure is her business». x Les deux premières saisons de la série sont disponibles au Canada. La troisième saison devrait être retransmise d’ici quelques mois. Le casting est présentement en tournage de la quatrième et dernière saison à Londres.

Gracieuseté de Showcase Television

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Une toute petite nuisance Les punaises de lit, qui ont été éradiquées dans les années 1970, font un retour en force dans les grandes villes du monde entier. Si les gouvernements crient à l’épidémie, les victimes, elles, endurent très souvent en silence. Laure Henri-Garand Le Délit

«T

out logement, maison ou immeuble peut servir de logis à des punaises. Vous n’avez pas à avoir honte si ces insectes se retrouvent chez vous.» Voilà les mots de l’Office municipal d’habitation de Montréal dans un pamphlet produit en janvier 2009, alors que la crise des punaises de lit était en plein essor. Il n’y a aucune honte, donc, à avoir des punaises de lits puisque celles-ci s’attaquent tant aux logements bien entretenus qu’insalubres, tant aux riches qu’aux pauvres. Les punaises ne font aucune discrimination. Pourtant, rares sont les gens qui osent parler de leur expérience. C’est que cette invasion demeure un sujet tabou. Une recherche rapide sur Internet nous permet de comprendre pourquoi. Petites pattes brunes, corps translucides gonflés de sang, antennes gluantes virevoltant sur le matelas… La punaise de lit est dégoûtante,

surtout lorsque l’on sait que la durée moyenne de ses repas oscille entre dix et quinze minutes. Des images montrent des lits infestés de dizaines de petites taches brunes rampantes ou des bras couverts de tâches rougeâtres. Ces piqûres sont-elles suffisantes pour justifier le tabou qui entoure la punaise de lit? Elles doivent certes jouer un rôle, mais le véritable problème se situe au niveau de sa «transmission». Celle-ci se fait principalement par le voyagement. Valises, souliers, sacs à main, tout est propre à héberger une punaise, et sa multiplication est une des conséquences de la mondialisation. La punaise se propage également par l’entremise de meubles usagés. Il faut éviter de ramasser les meubles et matelas qui traînent sur le trottoir et laver le linge acheté dans une friperie avant de le porter. Un peu comme pour une maladie transmise sexuellement, les victimes d’infestations sont très souvent rongées par la culpabilité et conséquemment,

Université d’Ottawa

la honte d’avoir «attrapé» un tel parasite. Plusieurs personnes hésitent à avertir leur propriétaire, de peur de se faire expulser de leur logement ou même d’avoir à payer l’extermination du bloc complet, laissant ainsi le temps aux punaises non seulement de se multiplier, mais également de se propager à d’autres logements. Ce sentiment de honte s’étend jusqu’à la sphère sociale: les gens infestés ont souvent tendance à s’isoler, de peur d’infecter les autres, mais aussi d’être jugés. Les reportages parlent même de «détresse psychologique majeure» comme l’un des effets les plus graves de l’infestation. Que ce soit sur les sites de la ville de Montréal, du gouvernement du Québec ou du Canada, les consignes sont les mêmes: agir rapidement, ne pas tenter de régler le problème par soimême et, surtout, ne pas avoir honte d’avertir les gens autour de vous, afin d’éviter la contamination. Plus facile à dire qu’à faire… x

Études supérieures

Marie McCulloch / Le Délit

Explorez avec les meilleurs chercheurs au pays

Votre expérience

part d’ici. uOttawa à l’Université McGill Visitez-nous à la Foire des études supérieures et professionnelles 2010 (volet arts), le 20 octobre 2010, à la salle Shatner du Centre universitaire.

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» Cahier spécial Tabous

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L’ultime tabou

1,5-1,5, titre pour le moins énigmatique, signifie «corps» dans le langage des sujets qui participent au projet de Christophe Jivraj. Bienvenue dans un monde où même la communication s’avère différente.

Anabel Cossette Civitella Le Délit

L

’œuvre de Christophe Jivraj aborde la sensualité et le rapport au corps des personnes handicapées, atteints de dysfonctions physiques mais cognitivement lucides. Les peurs associées au sujet proviennent de l’«anormalité» supposée de la chose. «Pourtant, assure Jivraj, leur corps, leur nudité, tout ce qui les entoure est tout à fait normal. Ils sont fiers de leur corps et se savent normaux, humains.» Le travail photographique de Christophe Jivraj sur les tabous de la sexualité et du corps dysfonctionnel pertube, et dérange.

Un visiteur commente: «Moi, [...] des personnes dans de telles positions, avec de tels corps, ça me met vraiment mal à l’aise.» Les réactions du public face à la sexualité des personnes handicapées n’ont pourtant rien de surprenant. Christophe Jivraj, qui avait travaillé auprès d’eux avant d’initier son projet, d’abord comme soignant, puis comme artiste, explique qu’il a lui-même émis quelques réserves avant d’accéder à la demande des patients. «Il m’a fallu beaucoup de temps avant de me lancer dans ce projet, et cinq ans avant d’être à l’aise avec eux.» Pourquoi l’artiste avait-il cette réticence à montrer ces corps lourdement handicapés? «J’avais peur, répond sans gêne Christophe Jivraj, les réactions des

gens, entre autres, m’intimidaient. Je savais qu’en exposant des clichés de corps comme ceux-là dans des positions équivoques, certaines personnes allaient me prendre pour un fou ou tout simplement éviter l’exposition.» Le photographe pense maintenant prendre une pause: «Une partie de moi a envie de recommencer le même genre d’expérience, mais une autre part de moi est fatiguée.» En effet, Jivraj, dans le cadre des expositions, avait constamment besoin de justifier ses clichés et ses idées. Des commentaires comme : «Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi?», l’ont épuisé. «Je suis extrêmement satisfait de mon projet, mais je suis las de me défendre… Peut-

être vais-je me mettre aux paysages pour un petit bout de temps, et on verra après!», s’exclame l’artiste en riant. Après cinq ans de travail, Christophe Jivraj a de quoi être fier de son œuvre. Dans sa tentative de montrer ce que l’on ne veut pas voir, peut-être même ne pas imaginer, il sait livrer le paradoxe d’un corps déstructuré et sensuel, placé pour séduire dans un environnement réfractaire à toute avance. L’exposition a le mérite de traiter et de glorifier un tabou qui a de quoi troubler même les esprits les plus ouverts! x Pour en savoir plus sur Christophe Jivraj, rendez-vous sur le site web de l’artiste : christophejivraj.com

Gracieuseté de Christophe Jivraj

Immigration et homophobie: une menace mal ciblée «Le problème de l’immigration homophobe présente, à première vue, une incompatibilité entre l’intégration de différentes communautés culturelles et la conservation des droits des gays.» Édith Drouin Rousseau Le Délit

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n mars dernier, le gouvernement fédéral a retiré toute référence aux droits des communautés lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) dans le guide de l’immigration. Suite aux protestations soulevées par cette décision, le ministre de l’immigration Jason Kenney a annoncé que le passage serait réintégré au guide. Le problème de l’immigration homophobe présente, à première vue, une incompatibilité entre l’intégration de différentes communautés culturelles et la conservation des droits des gays. Les représentants des communautés LGBT répliquent toutefois que ce problème doit être vu sous un angle différent. Au lieu d’adopter une attitude hostile envers les communautés culturelles, les communautés LGBT se veulent modérées. Ryan Thom, co-administrateur de Queer McGill, soutient que considérer les immigrants comme une menace envers les droits des homosexuels est discriminatoire. «Cela suppose que la culture dominante au Québec n’est pas homophobe», réplique-t-il tout en ajoutant que la doctrine chrétienne est homophobe au même titre que plusieurs autres religions. Bien entendu, l’intégration de nouvelles cultures comporte des défis, mais ceux-ci ne sont pas strictement liés à l’homophobie. «Les personnes issues des communautés culturelles minoritai-

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Marie McCulloch / Le Délit

res sont souvent elles-mêmes victimes de discrimination au sein de la société», explique Steven Foster, président directeur général du Conseil Québécois des Gays et Lesbiennes (CQGL). C’est ce que pense également Aliénor Lemieux, représentante des élèves de première année pour Queer McGill. Elle affirme que le racisme devrait être traité de la même façon que la discrimination envers les communautés

LGBT, c’est-à-dire comme un phénomène inacceptable. En ce qui a trait au passage concernant les droits des homosexuels dans le guide de l’immigration, tous s’accordent à dire que son retrait est inadmissible. Il s’agit d’un choix qui empêche les nouveaux arrivants d’avoir un portrait représentatif de la diversité présente au sein de la population canadienne. «Les cultures

ne doivent pas être invisibles et l’interaction entre celles-ci ne doit pas l’être non plus» s’indigne Ryan Thom. Un dialogue doit s’établir entre les cultures et pour cela, celles-ci doivent être visibles. D’un autre côté, Foster associe ce geste à l’idéologie d’extrême-droite, selon lui, du gouvernement Harper. «Honnêtement, si on avait à demander lequel [entre l’immigration homophobe et le gouvernement] risque d’avoir le plus d’impact sur nos droits, le gouvernement conservateur serait considéré comme plus dangereux que les personnes issues des communautés culturelles», soutient-il. Les représentants de Queer McGill et du CQGL ne s’accordent pas quant à la conscientisation des immigrants. La première organisation prône une sensibilisation uniforme de la population, en mentionnant toutefois que des ateliers offerts dans différentes langues pourraient favoriser la compréhension des immigrants face aux réalités sexuelles au Québec. Le CQGL est, lui, en faveur d’un discours tenant compte des réalités culturelles et religieuses des minorités. Steven Foster justifie son approche en expliquant que les campagnes de sensibilisation doivent représenter la réalité des nouveaux arrivants afin qu’ils se sentent interpellés. Le CQGL a d’ailleurs lancé une campagne de 18 000 cartes postales nommée «Si amoureux/euse de toi» en août dernier mettant en scène des couples gays et lesbiens inter-raciaux. x


L’économie sociale: oser créer

Société societe@delitfrancais.com

Comment Mohammed Yunus a révolutionné le concept du développement. Et si l’on prêtait aux pauvres? Une idée simple et concrète, qui, pourtant, est restée largement inexploitée tant elle paraissait en décalage par rapport à l’objectif universel de maximisation des profits. Mohammed Yunus, alors jeune professeur d’économie à l’Université de Chittagong au Bangladesh en fait son principal combat dès 1976. Lassé de n’être qu’un simple témoin devant la misère accablant le pays et l’urgente gravité de la situation, il a décidé d’agir et de balayer les dogmes économiques occidentaux afin de venir en aide à ceux qui avaient été laissés de côté. Benoit Gautier Le Délit

Le progrès économique pensé autrement Animé par une volonté de fer, Yunus a voulu se rendre utile au développement de son jeune pays indépendant depuis seulement 1971 et ravagé par la guerre et la famine. Pour cela, il a remis en cause le système de crédit traditionnel qui marginalisait alors une partie importante de la population, jugée financièrement trop faible et instable. Il fait ainsi le choix de croire que les plus pauvres sont eux aussi capables de créer des richesses et de contribuer au développement de leur pays même si ce n’est qu’à une petite échelle. Contrairement aux autres, il pense que l’accès au crédit est un droit fondamental pour tous. Ainsi, il crée la Banque Grameen (qui signifie «village» en bengali) en 1976 afin que les plus démunis puissent avoir accès au microcrédit et démarrer une activité économique. Au fil des années, cela a encouragé un véritable élan de «micro-entreprenariat», permettant à des artisans et à de tous petits entrepreneurs de pouvoir enfin prendre des initiatives pour établir leur propre commerce au lieu de mendier. L’impact du microcrédit au niveau local ne se limite pas seulement au développement économique: de fortes améliorations sociales peuvent être notées, notamment en termes d’alphabétisation. Face à des résultats porteurs d’espoir, les projets de microcrédit vont alors se multiplier au cours des années 1990 dans le monde entier.

Nouvelle forme d’aide au développement à l’échelle mondiale La Banque mondiale recense aujourd’hui plus de 10  000 institutions de micro-finance réparties dans quatrevingt-cinq pays. Elles ont pu venir en aide à 300 millions de personnes de manière directe et indirecte, et tout cela pour un encours de 42 milliards de dollars. Si la plupart des projets sont concentrés dans le tiers monde, le microcrédit se dévelop-

Mohammed Yunus: Prix Nobel de la paix 2006 et fervent défenseur du microcrédit Eliana Rodrigues

pe également dans les pays riches, contredisant ainsi la croyance selon laquelle le modèle ne peut que fonctionner dans les régions défavorisées de la planète. À Montréal, des associations comme Les Cercles d’Emprunt de Montréal oeuvrent afin de développer l’autonomie financière des personnes souhaitant entreprendre des affaires. Cette nouvelle forme de crédit a une telle progression que l’Organisation des Nations Unies (ONU) a proclamé 2005 «Année internationale du microcrédit». Koffi Annan, alors secrétaire général de l’ONU, a de même déclaré que «l’accès durable au micro financement contribue à atténuer la pauvreté en générant des revenus, en créant des emplois, en donnant la possibilité aux enfants d’aller à l’école, en permettant aux

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familles d’obtenir des soins médicaux et en donnant les moyens aux populations de faire les choix qui répondent le mieux à leurs besoins». Ainsi, en osant dépasser les interdits économiques que la société s’était imposée à elle-même, les limites de création et de développement continuent alors à s’estomper peu à peu.

Une nouvelle mesure: le social business  

Cet état d’esprit se reflète à travers cette intervention de Yunus auprès du quotidien français Le Monde en 2008: «Pourquoi n’intègre-t-on pas la dimension sociale dans la théorie économique? Pourquoi ne pas construire des entreprises ayant pour objectif de payer

décemment leurs salariés et d’améliorer la situation sociale plutôt que chercher à ce que dirigeants et actionnaires réalisent des bénéfices?» De cette approche, le prix Nobel de la paix 2006 fait naître un nouveau concept: le social business. Là encore, il remet en cause l’essence même de l’entreprise en affirmant que la maximisation des profits n’est plus l’objectif tant recherché mais que ce sont bien le bien-être et le développement social qui importent. En effet, si l’entreprise doit être rentable et dégager des bénéfices, les actionnaires ne touchent pas de dividendes et récupèrent seulement leurs investissements de départ. Il s’agit ainsi de permettre à l’entreprise d’étendre ses activités et de se focaliser sur son objectif: la résolution d’un problème social. Ce concept a déjà fait ses preuves au Bangladesh, où Grameen Danone Foods vend des yaourts à faible prix dans les bidonvilles. Le social business se doit d’être un nouveau moteur pour l’économie mondiale. Hans Reitz, fondateur de Grameen Creative Lab (fondation affiliée à la Banque Grameen qui va à la rencontre des gouvernements, entreprises et universités pour promouvoir et développer le social business) et entrepreneur allemand, explique qu’après la crise de 2008, c’est le «moment d’ouvrir de nouvelles portes». Il avance que le social business nécessite une «autre manière de penser» et que nous devons faire usage de toute notre créativité afin de soutenir l’innovation. Il s’agit selon lui de favoriser l’essor de cette nouvelle forme d’entreprise qui se focalise durablement sur nous et non sur la maximalisation immédiate des profits afin de poursuivre le développement à l’échelle mondiale. On peut approuver ou non l’action menée par Mohammed Yunus, mais l’essentiel n’est pas là. Il s’agit plutôt d’oser remettre en cause nos acquis afin de libérer notre créativité. Lors de ses conférences autour du monde, à McGill le 1er octobre dernier, Yunus répand un message très clair: remettre la notion d’entreprendre au coeur des choses afin de contribuer véritablement au développement socio-économique. x

Société

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Arts&Culture artsculture@delitfrancais.com

CINÉMA

Eric Hoziel et Élise Guilbaut partagent l’écran dans La Donation, le plus récent film de Bernard Émond

Le 7 art et les dix commandements e

Gracieuseté de Séville Films

Le Délit s’est entretenu avec le cinéaste québécois Bernard Émond à la veille de son passage à McGill. Émilie Bombardier Le Délit

A

vec La Femme qui boit, 20h17 Rue Darling et la trilogie que forment La Neuvaine, Contre toute espérance et La Donation, peu s’aventureront à dire que Bernard Émond est un optimiste. Bien loin du divertissement, et des récits «hop la vie», ses œuvres campent dans des espaces isolés et parfois lointains des personnages en perte de repères. En apercevant un roman de Michel Houellebecq qui traîne sur la table lors de l’entrevue, le cinéaste cherche toutefois d’emblée à faire une distinction. Loin de lui le souhait de représenter une société qui se complait dans sa déchéance, avec pour toute morale celle des lois du marché: «Le néolibéralisme n’a pas encore éradiqué la bonté, mais le monde dans lequel on vit est de plus en plus invivable. Ce qui n’empêche pas des élans fous de générosité. Il m’arrive de faire des films noirs, mais ce ne sont pas des films pessimistes. Il y a une foi derrière ces films. Je regarde le livre de Houellebecq et je me dis que je ne suis résolument pas du même bord que lui. On sent [dans ses romans]

une attraction du vide. Ça me rebute beaucoup. Je me dis qu’il faut faire un acte de volonté pour ne pas sombrer.» Anthropologue de formation, Bernard Émond s’initie au cinéma en réalisant plusieurs documentaires. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’il se lance dans l’univers de la fiction avec La Femme qui boit. Le choix s’avère pour lui évident, entraîné par un malaise grandissant face aux mutations de la pratique, et par son grand amour de la littérature: «La forme artistique dont je suis vraiment amoureux c’est le roman. […...] Quand j’étais jeune, c’était la grande époque du documentaire québécois, et j’ai été amené à faire des documentaires pour toutes sortes de raisons. Mais il fallait que je fasse de la fiction. Ça me démangeait; et je pense que je fais maintenant ce que je fais le mieux. Je ne souhaiterais pas retourner au documentaire, entre autres parce qu’il n’y a plus d’innocence et que tout le monde joue maintenant devant une caméra.» Toujours investi d’un certain devoir de réalisme dans ses représentations du monde, Bernard Émond dénonce au passage ces documentaires qui «esthétisent» la

misère, ces cinéastes qui ne se font qu’observateurs devant l’horreur. «Dans plusieurs documentaires, la limite entre le regard empathique et le voyeurisme n’est plus claire.» Pour un cinéma responsable Plus de dix ans après avoir délaissé la pratique documentaire, sa conception du cinéma n’a pourtant pas changé. Selon Bernard Émond, pour que le réalisateur devienne cinéaste, d’abord faut-il qu’il soit attentif au monde: «Je ne fais pas du cinéma pour faire du cinéma. Je fais du cinéma parce que je pense qu’il y a des choses importantes dont il faut parler. On voit quotidiennement des tragédies sans vraiment les voir. La tâche d’un cinéaste est de faire en sorte que quelque chose de beaucoup moins terrible [que ce qu’on voit à la télévision] nous indigne, nous engage moralement. C’est pour cela que je fais des films de la façon dont je les fais, parce que je sais à quel point il est facile de manipuler le spectateur au cinéma. C’est bien autre chose d’essayer de l’engager en lui laissant toute sa liberté. Et c’est pourquoi mes films sont très sobres, sans effets de montage, sans effets par la musique.»

Avec La Neuvaine, Contre toute espérance et La Donation, c’est à la perte des valeurs théologales que le cinéaste a porté attention, non pas par ferveur religieuse, puisqu’il s’avoue athée, mais pour souligner l’état d’une société où celles-ci se font de plus en plus rares. Son expérience dans le Grand Nord canadien à former des réalisateurs inuits teinte ici ses impressions. Le cinéaste n’hésite pas à apparenter ce qui a anéanti la population qu’il a fréquentée avec ce qui menace, selon lui, le Québec. «Je me suis rendu compte que les problèmes dans le Nord étaient liés à la désagrégation d’une culture. Quand les repères culturels disparaissent, que reste-t-il comme rempart contre la barbarie, comme rempart contre l’horreur? Cela nous guette aussi. C’est pour ça que je me préoccupe de la survie de la culture québécoise, du rapport aux racines et au passé.» Si la tradition a son importance, pas question, toutefois, de prôner un retour en arrière. Les trois films, avec leur rythme lent et leur fin ouverte, cherchent à réinstaurer ces interrogations auxquelles la religion répondait naguère. «On doit

réinventer maintenant ces vieilles questions auxquelles il n’y a pas vraiment de réponse, mais sans lesquelles on ne peut pas vivre. Je pense que ça ne vaut pas la peine de vivre sans se poser des questions comme «Pourquoi vivre?» et «Qu’est-ce qui est bien?» Je pense aussi qu’on ne peut jamais y répondre de façon catégorique parce que le réel est complexe.» Sans être appréciées et connues par tous, les œuvres de Bernard Émond ont certainement trouvé un public fidèle, malgré les craintes que le cinéaste et sa productrice ont parfois pu éprouver. Sa création est-elle nourrie par ce souci? Oui et non, répond-il. «Je ne fais pas des films pour le public, je fais des films pour le spectateur. Je refuse de faire ce qu’il faut pour attirer les gens dans les salles, mais ceux qui y sont, je veux leur parler; je veux engager un dialogue avec les spectateurs.» Bernard Émond accompagnera la projection d’un de ses films dans un cours de cinéma canadien le 20 octobre prochain. Cette rencontre posée sous le thème de ce qui distingue le cinéma d’ici. Gageons que les échanges seront pour le moins féconds. x

dis que Tommy (Andrew Garfield) et Ruth (Keira Knightley) vivent au rythme de leurs ébats amoureux. Jusqu’à ce qu’ils découvrent la possibilité d’obtenir, peut-être, un sursis... Dans son œuvre, Romanek instaure le suspense en mettant en scène un univers toujours entre l’ombre et la lumière, et le laisse planer en ne révélant que progressivement les informations clés du récit. Il privilégie également une esthétique minimaliste qui vient tempérer le drame en l’empêchant de sombrer dans le pathétisme. Cette esthétique de la sobriété caractérisant autant la réalisation que le jeu des acteurs ne parvient que davantage à donner de la profondeur au récit et à susciter l’émotion. C’est à travers la perspective de Kathy H., interprétée avec justesse et grande retenue par Carey Mulligan (jamais n’aura-t-on vu un

regard aussi expressif au cinéma), que l’on assiste à la grande tragédie qu’est l’existence de ces jeunes êtres à la fois créés et condamnés par la science. Au sortir de la projection, ce n’est pas tant la réalisation maîtrisée de Romanek, ou encore le jeu sobre et inspiré des trois acteurs principaux qui reste en mémoire, mais bien la force de cette histoire fictive née sous la plume d’Ishiguro. Une rétro-fiction qui pourrait bientôt trouver son pendant dans la réalité, une œuvre qui, avant de constituer une réflexion sur le clonage humain, s’avère avant tout une inspirante métaphore de l’existence. Si ce n’était de l’amitié, de l’amour et de l’Art, qui nous permettent de nous élever au-dessus de notre existence banale et de lui donner sens, ne serions-nous pas, nous aussi à notre manière, de simples mortels donneurs d’organes? x

CHRONIQUE

Auprès de moi toujours Coup de plume

Francis Lehoux

J’ai longuement hésité à vous parler de Never Let me Go, le dernier film de Mark Romanek (One Hour Photo) inspiré du roman de Kazuo Ishiguro. Pourquoi? La crainte de paraître un peu fleur bleue en abordant un drame au titre sentimental, la peur de ne pouvoir maintenir une certaine distance critique face à une histoire bouleversante, l’effroi, surtout, de

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verser dans l’hypersubjectivité et le cliché avec des formules éculées et surutilisées comme «Un film déchirant porté par des acteurs lumineux. J’ai pleuré, j’ai adoré. Courez voir ce film!» Devant la rareté des critiques rédigées sur l’œuvre et le peu d’attention qu’elle semble obtenir en comparaison des films plus commerciaux à la distribution ronflante, je compte rendre justice à une œuvre originale, déroutante et profondément émouvante, qui mérite toute l’attention du public. À la fin des années 1970, Kathy H., Tommy et Ruth grandissent à l’écart du monde dans un pensionnat de la campagne anglaise appelé Hailsham, où, sous la tutelle de gardiens dirigés par la magnanime Miss Emily (Charlotte Rampling), ils reçoivent une éducation rigide les préparant à un destin exceptionnel. Les images

aux teintes édulcorées, les situations douces et amères et l’ambiance quasi post-apocalyptique ne sont qu’un sobre prélude à l’annonce de ce destin secret qui est pour le moins troublant: jeunes clones, ils vivront une brève existence de donneurs d’organes, avant de s’éteindre à l’aube de la trentaine. Pourtant, dans ce monde sans effusions de sentiments, une histoire d’amour naît entre Kathy H. et Tommy, et s’épanche au son de la langoureuse ballade rock ‘n’ roll «Never Let Me Go». Vers l’âge de 18 ans, les protagonistes quittent Hailsham pour aller vivre dans des chalets désaffectés, où ils passeront une dizaine d’années en attente de leur premier don. L’amitié enfantine entre les trois comparses fait alors place au triangle amoureux. Perdante au change, Kathy H. (Carey Mulligan) tente d’apprivoiser la solitude, tan-

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ARTS VISUELS

Chicago: d’espoir et d’humanité Après 28 ans d’absence au Québec, Judy Chicago présente l’exposition Chicago in Glass/en Verre au Musée des maîtres et artisans du Québec. Véronique Martel Le Délit

C

inq bustes de la série Toby Heads (2009-2010) représentant un personnage androgyne occupent le centre de la salle. Ces têtes sans cheveux, violettes, jaunes et oranges, ou blanches avec des détails argentés ou dorés sont des variations du moulage de la tête de Toby Shor, un ami de Chicago qui, au moment de la création, combattait un cancer. La main de l’artiste se fait si habile qu’elle arrive à capter la lumière de l’être: si l’expression du visage apparaît dévastée, les couleurs des sculptures restent vives et claires. L’humanité que dégagent les différents bustes renvoie à une réflexion sur l’esprit humain et sur sa représentation matérielle. Une deuxième série présente une dizaine de mains aux couleurs éclatantes. Placées dans différentes positions, ces mains sont autant de petits monuments louant leurs différentes capacités et faisant référence, entre autres, à la pratique de l’artisan ou de l’artiste dont les mains sont l’outil premier. Le professeur Norman Cornett, docteur en histoire et en sciences religieuses, et traducteur du catalogue de l’exposition, affirme que «la main est emblématique de la condition féminine puisque la femme est appelée à vaquer à tellement de tâches. Donc, pour [Judy Chicago], c’est devenu un symbole de tous les devoirs des femmes». La pièce maîtresse de l’exposition est le grand vitrail Rainbow Shabbat: A Vision of the Future (1992), idéalement placé dans le chœur de l’église (le Musée des

Rainbow Shabbat de Judy Chicago (1992) Donald Woodman

maîtres et artisans du Québec est situé dans une ancienne église catholique adjacente au CÉGEP de Saint-Laurent). Une dizaine de personnages d’origines, de cultes, de sexes et de tranches d’âges différents sont, dans Rainbow Shabbat, assemblés autour d’une même table, en communion. Le message est clair: Judy Chicago rêve d’un monde où la diversité ne serait plus motif de séparation, mais d’union. Malgré l’idée quelque peu naïve, la fresque se marie si bien aux vitraux originaux de l’église que le message d’espoir véhiculé par les pièces de l’artiste est en parfaite harmonie avec les objets sacrés encore présents sur l’autel. De plus, l’atmosphère sereine et silencieuse de l’église est propice au recueillement et à l’in-

trospection nécessaire à l’appréciation de Rainbow Shabbat. Norman Cornett croit, au contraire, que «ce qui frappe chez Judy Chicago c’est qu’elle ne souffre pas d’illusion. Elle garde ses idéaux, mais elle est consciente de la réalité sur terre. […] Voir ces gens bien différents, autour d’une seule et même table, c’est ce qu’il nous faut viser. […] Je crois que Judy Chicago fixe magistralement ce cap dans son œuvre.» Judy Chicago est connue pour The Dinner Party (1979), une gigantesque installation composée d’une longue table décorée de trente neuf couverts où chacun est associé à une personnalité féminine oubliée par l’Histoire. À partir de cette installation, elle est devenue une référence en matière

d’art féministe, même si elle s’intéresse aussi à la condition humaine en général. Reconnue pour son éclectisme, Chicago est toujours en quête de surpassement, comme en témoignent sa représentation de l’accouchement à travers une série de tricots, ou celle du cycle menstruel de la femme par des cabinets d’aisance. Ne reculant devant rien, Judy Chicago décide, pour Chicago in glass/en verre, de faire tomber le mur qui sépare traditionnellement l’artisanat de l’Art et d’explorer le verre. Pour ce faire, elle a travailé comme stagiaire chez les maîtres-verriers Ruth et Norm Dobbins à Santa Fe ainsi qu’à la Lhotsky Glass Foundry de Prague. En résulte une vingtaine de pièces colorées et magnifiquement réussies.

Malheureusement, l’envoûtement s’évanouit lorsque le visiteur se rend compte qu’après une quinzaine de minutes sa visite est déjà terminée. En effet, les pièces de Judy Chicago, réalisées en collaboration avec Bob Gomez, Dorothy Maddy, Ruth et Norm Dobbins, sont si remarquablement effectuées, si lumineuses que l’on est extrêmement déçu qu’il n’y en ait pas plus. La technique d’exploitation du verre de Judy Chicago a le défaut de laisser le visiteur sur sa faim. x Chicago in glass/en verre Où: Musée des maîtres et artisans du Québec 615 Sainte-Croix Quand: Jusqu’au 9 janvier Combien: 7$

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Arts & Culture

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LITTÉRATURE

Écologie, secte et bacchanales

Avec Comment appeler et chasser l’orignal, Sylvain Houde signe un polar à saveur masculine dans un décor typiquement québécois Eve Léger-Bélanger Le Délit

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a plume précise de Sylvain Houde fait mentir la réputation des polars souvent écrits d’une main paresseuse. Le récit se déroule principalement à Shawinigan, une petite ville industrielle de la Mauricie adjacente à un parc national: Le Domaine des orignaux. L’orignal sert de trame de fond au livre. Que ce soit à travers un groupe de personnes nommé ORIGNAL (L’Organisation révolutionnaire d’intervention guerrière de nuisance anticapitaliste libertaire), un documentaire à la télévision ou un camp de chasse, le lecteur fait constamment face au roi des forêts. Simon Brisebois, le protagoniste, est journaliste pour une firme dénommée Polar Police et enquête sur le regroupement l’ORIGNAL. Ce groupe écolo-terroriste fait notamment sauter des véhicules utili-

taires sport énergivores. Il se révèle cependant plus proche d’une secte rassemblant des reclus de la société qui vivent selon certains principes, dont plusieurs ancestraux, et appliquent leur propre vision du monde à l’ensemble de la société, Comment appeler et chasser l’orignal s’apparente ainsi au fameux récit Le Maître des illusions de Donna Tartt dans lequel un groupe restreint d’individus rassemblés autour d’un grand maître effectue des rituels primitifs, le tout sur fond de bacchanale. Dans le roman de Sylvain Houde, l’aspect primitif de l’orignal, lié notamment à la sexualité, est présent à travers les rites de ses adorateurs. L’érotisme bestial est peut-être ici trop mis en l’avant, ce qui crée une certaine rupture au sein de l’intrigue. Malgré tout, l’activisme écologique du groupe l’ORIGNAL soulève une question intéressante sur les limites des actions accomplies pour faire changer

une situation, telle que celle de la conscience écologique. En outre, les diverses incursions dans l’étymologie de certains mots tels  que «triskaidékaphobie» ou «curcubitacée» sont autant de pauses didactiques littéralement savoureuses. Les didascalies créent enfin un mélange des genres différent et novateur. Par ailleurs, l’expérience de l’auteur en tant que DJ aux Foufounes électriques se reflète dans son roman, puisque de nombreuses scènes se déroulent dans une boîte de nuit. Le lecteur découvre ainsi le monde de la nuit sous un angle original voire expert. Comment appeler et chasser l’orignal, qui mériterait une seconde lecture afin de saisir dans son intégralité la complexité et les enjeux du récit, est donc un polar dans lequel se mélangent regroupements écologistes et sectaires sur fond de sexualité débridée centrée sur l’imaginaire masculin. x

CHRONIQUE

Bavardages Tant qu’il y aura des livres

Rosalie Dion-Picard

Quelque part entre huit et onze ans se trouve l’âge ingrat de l’enfance. Plus personne ne s’extasie sur les petites joues rouges ou l’usage fautif de la langue. Cette période s’avère particulièrement pé-

nible pour la famille de l’individu, qui se voit constamment bombardée de longs récits sans intérêt sur la cour d’école ou la dernière émission de télé. Tout à fait naturel, voire même essentiel au développement de l’expression orale, ce phénomène provoque chez l’interlocuteur au mieux un ennui complaisant, au pire un agacement manifeste. Une fois que l’enfant réussit à manier l’humour et le récit, son discours reflète des préoccupations qui ne sont plus uniquement centrées sur son expérience personnelle. Et pourtant. Qu’un peu de ce babillage monotone teinte nos conversations dans l’intimité peut se comprendre, on ne peut constamment être de grands esprits. Le problème, c’est lorsque ce

genre de monologue sert de trame de fond à une proportion impressionnante de la production littéraire; à bien d’autres médias aussi, dont peut-être certaines chroniques, dont celle-ci. C’est donc fort à-propos que j’éviterai habilement la comparaison inter médiatique. Comparaison qui mettrait en valeur les autres chroniques de cette section -évidemment je ne parle pas de la mienne (c’est bien ça le problème). Parce que dans les pages culturelles, les billets réussissent à présenter des informations bien construites et élégamment rédigées. Ces chroniqueurs écrivent de leur plume si délicate des textes qui sont un ravissement stylistique et informatif. En contraste, cette chronique littéraire a souvent des airs de clown

sur un monocycle dans un spectacle des Grands Ballets Canadiens, ou encore un éléphant dans un magasin de porcelaine, un chien dans un jeu de quilles, etc. Position fort inconfortable s’il en est une. Vous lisez donc ma chronique, eh, on fait avec ce qu’on a, comme dirait l’autre. Imaginez lire un roman sur ce même ton, où un narrateur raconterait ses déboires sentimentaux, scolaires, professionnels, avec moults états d’âme et transcription de dialogues. Vous pensez, bien sûr, à l’autofiction la plus banale, mettant en scène un ou une jeune trentenaire à la recherche de l’amour, d’un sens à la vie et du meilleur 5 à 7. Et vous n’avez pas tort, pourtant. À l’occasion, des fictions qui explorent la psyché d’un

individu, qui en suivent les circonvolutions et détours, s’avèrent fortes sans être brutales, intelligentes sans être arides et révoltées sans faire de prosélytisme. C’est le cas de Du Mercure sous la langue, paru aux Allusifs en 2001 . Ce qui fait la force du roman, c’est la voix de Frédéric, personnage principal et narrateur qui, de son lit d’hôpital, déploie devant la perspective de sa mort prochaine tous ses griefs contre l’humanité et son incurable hypocrisie. Quelque part entre Cioran et Ducharme -si c’est possible- Trudel livre là une histoire qui ressemble étrangement à une de ces radiographies que subit Frédéric, à la fois terriblement exacte et humainement impitoyable. x

L’EXCELLENCE À VOTRE PORTÉE VENEZ NOUS VOIR

Des responsables des admissions en médecine seront sur place pour répondre à vos questions.

JOURNÉE PORTES OUVERTES DE MCGILL

LE DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 SÉANCE D’INFORMATION SUR LE PROGRAMME M.D.,C.M À 12 H 00 Faculté de Médecine

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Visitez notre site Web: www.mcgill.ca/medadmissions/fr Courriel : admissions.med@mcgill.ca Dates limites de dépôt des demandes : 15 novembre (non-résidents du Québec) 15 janvier (résidents du Québec) (l’examen MCAT optionnel pour les citoyens et résidents permanents bacheliers d’universités canadiennes) Université McGill, 1200, avenue des Pins Ouest (entre Peel et Drummond) Station de métro Peel

xle délit · le mardi 19 octobre 2010 · delitfrancais.com


L’ÉDITO CULTUREL

COUP DE CŒUR

Cinéma: Les nouvelles La tête en règles du métier friche Emilie Bombardier Le Délit

Bien des cinéastes avoueront que les sommes dédiées au cinéma sont dérisoires, ce qui est loin d’être faux. Entre le scénario et le grand écran s’impose souvent une lutte de longue haleine afin de se voir attribuer le financement nécessaire à la production d’un film. Et pourtant, ce manque de moyens n’a pas que des désavantages, si l’on en croit la presse américaine. Spider-Man 4, une suite à Meet the Fockers ou un autre X-Men? Voilà les choix qui s’offrent désormais aux cinéastes indépendants les plus talentueux d’Hollywood. Un article du Los Angeles Times publié la semaine dernière révélait que de plus en plus de jeunes réalisateurs américains choisissaient d’abandonner ou d’interrompre leurs nouveaux projets de films afin de se lancer dans la très prospère entreprise des franchises de studios. Le Hollywood de 2010 n’est plus celui du début de la décennie, conclut le journaliste, et les exemples à l’appui ne manquent pas. On apprend notamment que Darren Aronofsky, à qui l’on doit The Wrestler et Requiem for a Dream, aurait préféré à un scéna-

rio original intitulé The Gangster Squad la réalisation de Wolverine 2. On peut aussi lire que Marc Webb, que l’on connaît pour son très populaire (500) Days of Summer «chercherait quant à lui une manière de rendre Tom Cruise cool lors d’un quatrième volet de Mission Impossible». Tony Gilroy, en nomination pour deux Oscars en 2008 avec son film Michael Clayton, se consacrerait pour sa part au prochain film mettant en vedette le célèbre espion Jason Bourne (incarné par Matt Damon). Et la liste s’étire… Les règles pour se tailler une place dans le milieu auraient changé selon le L.A Times. Tout cela à cause de Christopher Nolan, que toute une génération de cinéastes aspire maintenant à imiter. En réalisant The Dark Knight et Batman Begins, qui ont tous deux obtenus un énorme succès commercial tout en étant acclamés par la critique, Nolan aurait prouvé aux autres artisans d’Hollywood qu’il n’était plus nécessaire de choisir entre la reconnaissance du milieu et les bonnes grâces des grands studios. Il serait maintenant possible de faire d’une pierre deux coups, salaires faramineux inclus. Que ce soit par pur carriérisme ou par manque de choix, conclut

le quotidien, les conséquences entrainées par ce changement de cap chez les réalisateurs sont néanmoins préoccupantes. Bien qu’elle n’ait jamais été considérée comme la capitale du cinéma indépendant, Hollywood a toujours assuré une production d’œuvres originales et intéressantes. Le contraire ne pourra résulter qu’en un appauvrissement de la production cinématographique. S’il est vrai que les méthodes d’Hollywood influencent énormément les cinémas nationaux, il est probable que le Québec comme le Canada ne connaîtront jamais une telle situation. Sans empêcher totalement la création de franchises et de blockbusters «maisons», les petits budgets du milieu cinématographique font en sorte qu’il sera toujours plus facile de faire des œuvres inédites, du scénario à la musique. Exit les histoires de super héros, les films d’actions à grand déploiement et la science-fiction, nous n’en avons (heureusement) pas les moyens. Les contraintes financières seront-elles bientôt la seule manière d’imposer aux cinéastes une certaine intégrité artistique? Attendons de voir ce que sera le Hollywood de 2020. x

CINÉMA

Cinéastes recherchés L ’Office national du film (ONF) lançait tout récemment la 20e édition de son concours Cinéaste recherchés, qui offre aux artistes francophones l’occasion de réaliser un tout premier film d’animation professionel. Le lauréat se verra offrir un contrat de réalisation lui permettant de travailler avec un producteur de l’ONF et ce, à toutes les étapes de conception de son œuvre. Seront également mis à sa disposition toutes les ressources du studio d’animation de l’institution, située à Montréal. La 18e édition du concours avait permis à Marie-Hélène Turcotte, une architecte de formation, de réaliser La formation des nuages. Présenté d’abord à Zagherb et à Madrid, le film se retrouvait il y a quelques jours parmi la sélection internationale du Festival du nouveau cinéma et fera partie de la pro-

La formation des nuages de Marie-Hélène Turcotte Gracieuseté de l’ONF

grammation du Festival international d’animation d’Ottawa qui donnera son coup d’envoi le 20 octobre prochain. Les artistes amateurs de tous les horizons ont jusqu’au 22 décembre pour

s’inscrire. Pour connaître les critères d’admissibilité et les éléments à inclure dans le dossier de candidature, rendez-vous sur le site: ONF.ca/selection/cineasterecherche. x

Gracieuseté de Métropole Films

Mai Anh Tran-Ho Le Délit

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l y a de ces films qui vous marquent non par une aventure rocambolesque ou une esthétique novatrice, mais par une sincérité qui ne manque pas de vous toucher. La Tête en friche, le dernier film de Jean Becker (Les Enfants du Marais), fait partie de ceux-là. Adapté du roman du même titre de Marie-Sabine Roger par Jean-Loup Dabadie et Jean Becker, La Tête en friche est l’histoire d’une rencontre. Une rencontre entre deux personnages bien différents l’un de l’autre et une rencontre avec les mots. Germain Chazes (Gérard Depardieu), un homme dans la force de l’âge, illettré ou presque, et la risée de sa petite ville, développe une relation avec Margueritte (Gisèle Casadesus), une dame âgée de 86 ans, très érudite. Le lien se crée d’emblée par le plaisir qu’ils ont à prendre le temps, et à savourer les petites choses du quotidien, comme de compter et nommer les pigeons du parc. Avec une mère (Claire Maurier) qui ne lui a jamais témoigné d’affection et un instituteur qui à l’école se moquait de ses difficultés d’apprentissage, Germain s’était fait à l’idée que les lettres n’étaient pas ses amies, et n’a pas cultivé sa tête, laissée «en friche». Le monde de Germain n’est pas toujours drôle: son ami, veuf depuis quelques années, menace de se suicider et sa mère ne manque pas de lui rappeler qu’il est un fardeau et un bon à rien. Cependant, à travers les lectures à voix haute que lui fait Margueritte, Germain voyage, car «avec un dictionnaire [...] d’un mot

à l’autre, on se perd, comme dans un labyrinthe, on s’arrête, on rêve». Germain possède une imagination candide que Becker parvient à illustrer magistralement dans les séquences où il s’émerveille devant un passage de La Peste de Camus ou du Vieux qui lisait des romans d’amour de Sepúlveda. Le monde s’embellit alors qu’il possède enfin les mots pour le décrire. Il ne «baisera» plus sa copine Annette (Sophie Guillemin), mais lui «fera l’amour». Les livres et le dictionnaire ne renferment toutefois pas tous les mots pour décrire la réalité de Germain, par exemple toutes les sortes de tomates qu’il cultive dans son potager. Ce n’est alors pas seulement le plaisir de lire que développe Germain, mais surtout le plaisir de communiquer et de partager. Lui qui refusait de donner un enfant à sa copine, car il ne voyait pas ce qu’il avait à offrir, conçoit petit à petit les relations différemment. Malgré peut-être des dénouements prévisibles, La Tête en friche est une réussite par la simplicité du traitement du sujet. L’histoire, remplie de tendresse et d’espoir, est très simple, l’action au sens propre est quasi absente, et c’est plutôt sur le jeu des acteurs et un dialogue authentique et émouvant que repose la beauté de ce film. Il peut sembler difficile d’imaginer Gérard Depardieu, ce Cyrano de Bergerac, en grand sot, mais l’acteur fait preuve ici d’une de ses meilleures interprétations. Après avoir vu La Tête en friche, on a indéniablement le goût des mots et des émotions que peuvent initier la lecture d’un livre. Et ce pari-là, Jean Becker l’a gagné. x

Retrouvez notre dossier sur le 39e Festival du nouveau cinéma et une critique de Cloak de Georges Stamos au www.delitfrancais.com! xle délit · le mardi 19 octobre 2010 · delitfrancais.com

Arts & Culture

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Clayton Laframboise Le Délit

LE DÉLIT AIME...

Mange ta ville Catherine Côté-Ostiguy Le Délit

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voilant leurs multiples facettes. Et elle le fait, à chaque fois, avec intelligence et pertinence. L’animation de Catherine Pogonat nous emmène dans un monde légèrement décalé mais authentique, atypique mais fascinant. Sa présence à l’écran est unique. Elle orchestre l’émission avec doigté, sans donner dans le cliché de l’animatricevedette qui cherche la lumière des projecteurs. Les entrevues sont nombreuses et toujours intéressantes, même lorsqu’elles mettent en vedette d’illustres inconnus. Le ton est particulier et unique, et le propos, toujours

intelligent. Pogonat n’anime pas, elle guide Mange ta ville jusque dans les moindres recoins d’un monde à découvrir. La signature visuelle unique du magazine y est pour beaucoup dans la réussite de l’émission. Le look très cinématographique de celle-ci lui va à merveille, et transforme les fragments qui la composent en autant de scènes indépendantes mais inextricablement liées entre elles. Qu’on y parle de la joie, de l’irrévérence ou du désir, les images sont toujours fortes, comme des clichés en mouvement. Les vues de Montréal

sont magnifiques et parviennent à capturer l’essence de la ville, à aller au-delà de ce que l’on est habitué à voir tout en nous présentant un paysage tout à fait familier. Il semble que l’équipe de Mange ta ville ait un don: celui de créer de magnifiques moments de télévision. Car chaque fragment de l’émission est comme un tableau qu’on voudrait conserver, chaque épisode comme une exploration.x La sixième saison de Mange ta ville débutera mercredi le 20 octobre, à 23h30, sur les ondes d’ARTV.

par Et-Anne Moinsourath

La bd de la semaine

es magazines culturels, la télévision nous en propose de toutes sortes. Des prétentieux, des artistiques, des «populaires». Depuis quelques années, ils se multiplient à une vitesse folle, menaçant de saturer les ondes télévisuelles. Mais un, tout particulièrement, se démarque et s’impose par sa vision originale et, ma foi, incomparable: c’est Mange ta ville. Tout est parfait dans Mange ta ville. Le choix des thèmes, la manière de les traiter, l’anima-

tion, les images, le côté juste assez underground. L’émission a maîtrisé, semble-t-il, l’art du magazine culturel comme peu d’autres arrivent à le faire et l’a porté ailleurs, un ailleurs qui nous plaît beaucoup. Chaque semaine, un thème différent est exploré, dérivé, apprêté selon différentes variations. Parmi les thèmes des émissions passées figurent l’absurde, le sexe, la révolte, l’image, le romantisme, le danger. Tant de mots qui évoquent des idées incroyablement vastes, voire universelles, mais que l’équipe de Mange ta ville observe avec précision, en dé-

Gracieuseté de ARTV

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