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Spécial théâtre

Le mardi 2 février 2010 - Volume 99 Numéro 16

en pages 12 & 13

le délit Le seul journal francophone de l’Université McGill Se la joue depuis 1977.

les francos fêtent > 3 guerre épistolaire > 5 Publié par la société des publications du Daily, une association étudiante de l’Université McGill.

décroissance économique > 8


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2 Nouvelles

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CAPSULE JURIDIQUE

Moi? Tricheur?

La Clinique d’information juridique de McGill nous entretient sur l’importance de garder ses yeux sur sa propre feuille. L’équipe de la CIJM

L

a majorité des étudiants accusés de tricherie sont surpris et rapides à proclamer leur innocence. Malheureusement, même si l’étudiant se défend d’avoir eu de mauvaises intentions, l’article 16 du Guide des droits et obligations de l’étudiant stipule que l’étudiant est réputé d’avoir agi dans l’intention de tromper jusqu’à ce qu’il démontre le contraire. Ceci rend encore plus important le fait de comprendre ce que McGill entend réellement par «tricherie». 16(a) Un cas de tricherie typique L’article 16(a) couvre probablement les types de tricherie que tout étudiant connait: les cas où l’étudiant amène à l’examen un objet interdit et l’utilise durant l’examen, lorsqu’un étudiant tente de copier l’examen d’un autre, ou encore lorsque deux étudiants ou plus décident de tenter de s’aider pendant un examen. Cependant, l’article 16(a) a une étendue beaucoup plus large que les cas typiques que les étudiants connaissent bien. Par exemple, dans un cas où l’étudiant possède du matériel non autorisé en plein examen, le seul fait de posséder cet article peut mener l’étudiant à être accusé d’avoir enfreint l’article 16(a). Alors, si vous avez votre cellulaire sur vous alors que vous faites votre examen, vous vous exposez à une accusation de tricherie, même si vous ne l’utilisez pas.

16(b) N’essayez même pas... Les infractions prévues par l’article 16(b) –qui interdit à l’étudiant de demander à une autre personne de passer l’examen à sa place– sont beaucoup moins fréquentes dans les situations d’examen, car McGill requiert généralement des étudiants qu’ils présentent leur carte d’identité étudiante lorsqu’ils entrent dans la salle d’examen. Cependant, cela peut arriver très facilement lors de présentations orales ou d’examens oraux. Si le recours à une autre personne peut avoir

Jimmy Lu/Le Délit

l’air avantageux au moment de l’évaluation, l’étudiant et l’ami en question peuvent tous deux avoir des ennuis si le subterfuge est découvert. Alors, pour éviter des ennuis avec cet article, ne demandez jamais à une autre personne de se faire passer pour vous. Jamais! Même si vous êtes vraiment mauvais en espagnol et que votre meilleur ami vient du Nicaragua et ADORERAIT faire votre pré-

������������������������������� ������������������ �� La séance couvrira les points suivants: La séance couvrira les points suivants : • Le meilleur moment pour commencer votre recherche • Le meilleur moment pour commencer votre recherche • Quand, comment et où faut-il commencer votre Quand, comment et où commencer votre recherche • recherche La loi loi sur sur la la Régie Régie du du logement logement au au Québec Québec • • La Le formulaire d’application, le bail, la sous-location, la la • • Le formulaire d’application, le bail, le sous-location, cession,d’un le renouvellement et l’annulation d’un bail cession bail, renouvellement et annulation d’un bail Quoi faire faire quand lors d’un it avec le avec propriétaire ou le ou • • Quoi onconfl n’a un conflit le propriétaire le co-locataire. colocataire • • Comment Comment refuser refuser une une augmentation augmentation abusive abusive de de loyer loyer

Présenté par le service de logement hors campus � � ������������������������������������������������ ������� ��������������������������������������� � �������������������������� (La session se déroulera en anglais) ������������������������ ����������������������� � www.mcgill.ca/offcampus

16(c) Qui l’aurait pensé? Vous avez déjà fait la recherche et l’effort nécessaire pour rédiger un bon travail, vous avez reçu une bonne note, et voulez soumettre votre travail de nouveau dans un autre cours où le sujet est similaire? L’article 16(c), peu connu des étudiants, stipule clairement qu’il est interdit de remettre le même travail à différents professeurs, à moins d’avoir l’approbation d’un professeur pour un cours et un travail particuliers. Autrement, ne recyclez pas vos travaux: ces cas de tricherie sont très faciles à prouver, une fois détectés. 16(d) Soyez plus intelligents que cela... L’article 16(d), enfin, explique qu’il est interdit de soumettre un travail basé sur de fausses affirmations ou une fausse source ou référence –alors ne perdez pas votre temps à créer de fausses données sur Wikipedia aux fins de supporter vos arguments... N’oubliez pas qu’en cas de problèmes, vous pouvez toujours nous joindre par téléphone au (514) 398-6792 ou passer à notre local situé au premier étage du Shatner: il nous fera plaisir de vous donner de plus amples informations. x

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LE FRANÇAIS À McGILL

C’est la Francofête! Les festivités battent leur plein sur le campus cette semaine malgré une francophonie qui bat de l’aile. Elizabeth Boulanger Le Délit

U

n autre mois de janvier frisquet s’abat sur McGill. Pour la plupart des étudiants, c’est le retour aux bonnes vieilles habitudes sur le campus, tandis qu’un groupe de dix personnes s’affairent à régler les derniers préparatifs de l’édition 2010 de la Francofête. Sarah Masolais-Ricard et Alexandre Forest, commissaires des affaires francophones au sein de l’Association étudiante, le confirment: cette année, la Francofête est plus présente que jamais à McGill et il y a des activités pour tous les goûts. Les deux

semaines de festivités faisant la promotion de la francophonie sur le campus seront comblées par des conférences autant en anglais qu’en français, un match d’improvisation, un débat politique, un vin et fromage et une cabane à sucre mobile. Le tout sera conclu par une tournée des bars. Plus que des festivités La Commission des affaires francophones (CAF) a vu le jour en 2007, mais les festivités de la Francofête sont bien établies à l’université depuis 2004. Les raisons d’être du comité n’ont pas changé depuis ses tout débuts, comme l’explique Sarah Marsolais-Ricard: «On souhaite

célébrer la culture francophone, tout en [encourageant] le bilinguisme à McGill.» Avec la possibilité de remettre les travaux en anglais et en français et avec des conférences bilingues sur le campus, peut-on dire que la situation des francophones est encore précaire? Selon la commissaire du CAF, oui, sans hésitation. Elle déplore même la baisse de la clientèle francophone à McGill depuis les dernières années: «Ça montre qu’il y a vraiment un effort à faire de ce côté.» Mais attention, la CAF se défend bien de vouloir créer une université totalement bilingue. Pour Alexandre, il est hors de question de changer la tradition de McGill,

l’objectif étant plutôt de donner l’opportunité aux étudiants francophones de pouvoir participer à des activités données sur le campus dans la langue de Molière: «On considère que tout le monde sortirait gagnant et que McGill deviendrait vraiment un carrefour d’échange francophone-anglophone, ça ferait en sorte de bonifier l’offre de cours et d’augmenter le nombre d’étudiants provenant des cégeps francophones.» Est-ce que la célébration de la francophonie dérange? Parce qu’il faut bien se l’avouer, les étudiants francophones ont fait le choix de venir étudier en anglais, n’est-ce pas un peu paradoxal de revendiquer le droit au français? Selon

David Zuluaga, étudiant albertain de deuxième année, nous devons célébrer notre héritage français peu importe la langue d’enseignement à McGill: «Je suis de l’Alberta et même dans notre province, nous avions une semaine pour célébrer la francophonie. Et je crois qu’en habitant à Montréal, plusieurs étudiants vont devoir acquérir une connaissance de la langue française.» *** Ne vous inquiétez pas si vous avez manqué la première semaine de festivités, car il reste encore plusieurs activités à venir. Pour connaître leur horaire, consultez le: www.ssmu.ca/CAF x

L’avenir du fait français au canada

Le bilinguisme canadien a du plomb dans l’aile Vendredi dernier, dans le cadre de la Francofête, une table ronde réunissait Josée Legault, Joseph-Yvon Thériault et Justin Trudeau autour de la question de l’avenir du français au Canada. Mai Anh Tran-Ho Le Délit

É

vénement fort attendu dans le cadre de la Francofête, la table ronde réunissant trois intervenants d’envergure a ouvert le débat sur la question du français au Canada. «Les Québécois se sont désintéressés de la question linguistique canadienne», affirme le sociologue Joseph-Yvon Thériault. Selon l’expert, ceci résulterait de deux faux postulats: qu’il n’y a plus de francophonie hors du Québec et que le français est une affaire strictement québécoise. Sur ce, la politologue Josée Legault ajoute que si désintéressement il y a, c’est surtout depuis que le premier ministre Lucien Bouchard a reculé devant le renforcement de la loi 101 en 1996. Peu importe la cause de ce désintéressement, une chose semble certaine pour ces spécialistes réunis autour de la table ronde: le Québec recule de plus en plus devant la question de la langue française. Les trois invités s’accordent sur l’idée que le français doit être la langue, pour reprendre les termes de la loi 101 de 1977, «normale et habituelle» au Québec. Et pour préserver et développer une langue, il faut créer «des institutions, un imaginaire, une littérature, un récit national», explique M. Thériault. Il faut «faire

société». «Ce n’est pas naturellement que les langues coexistent, poursuit-il. C’est par une mobilisation politique.» M. Thériault remarque que la législation québécoise de promotion du français, qui passe par une politique d’aménagement (loi sur l’affichage, intégration des immigrants, francisation des entreprises), fonctionne mieux que celle qui protège les francophones minoritaires du Canada, qui est de nature juridique et qui se limite à la protection des droits linguistiques. L’esprit de la Loi 101 s’oppose donc à celui du bilinguisme canadien, car, dans un contexte bilingue, le français n’est pas reconnu comme langue minoritaire, et la lutte pour sa préservation ne se fait dès lors plus. Comment donc aider à préserver et à promouvoir la langue française hors Québec? Justin Trudeau, député fédéral dans la circonscription de Papineau, déclare qu’il faut que le Canada parvienne à se créer une identité aussi forte que celle du Québec. La province possède une fierté par rapport à sa culture et à ses créations que le pays n’a pas. Pour «vivre dans une langue, ditil, il faut la consommer» (par la télévision, les films, les programmes d’échange comme Katimavik, etc). En d’autres mots, il faut aller au-delà des commissions scolaires. La survie du français résiderait selon Monsieur Trudeau

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dans «un Québec fort, avec une langue française forte au Québec et qui veut s’épanouir hors du Québec». Les discordances entre les trois orateurs consistent pour l’essence en les moyens pour parvenir à garder ce statut de «normalité» du français au Québec. Madame Legault explique que ce n’est qu’au Québec que «la langue de la majorité est placée en situation de concurrence directe avec la langue minoritaire» qui est majoritaire au pays et sur le continent. Cette «guérilla lin-

guistique» n’existe pas dans le reste du Canada. La survie du français ne résiderait-elle pas plus dans la francophonie internationale, demande alors Lucas Roux, un étudiant en sciences politiques? Les trois invités s’exclament qu’il existe bel et bien une francophonie forte et qu’il faudrait davantage s’y sensibiliser, sans plus développer, faute de temps. Enfin, sur la question du rôle qu’ont les universités anglophones montréalaises dans la promotion de l’utilisation du

français, M. Thériault soutient que les celles-ci possèdent un «mandat particulier et une grande responsabilité», et qu’elles «devraient ainsi avoir la décence de s’intéresser à la société dans laquelle [elles] sont. [Celle] qui les finance», rajoute le sociologue. x Pour écouter les meilleurs moments de la table ronde, nous vous invitons à visiter la rubrique «Exclusif Web» sur le site du Délit. www.delitfrancais.com

Justin Trudeau, Josée Legault et Joseph-Yvon Thériault s’attaquent au tabou de la loi 101. Stéphanie Dufresne / Le Délit

Nouvelles

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POLITIQUE NATIONALE

Vent de changement... conservateur L’analyste politique renommée Chantal Hébert était en visite au Cercle Universitaire de McGill pour discuter des causes et des conséquences de l’ascension des conservateurs au fédéral. Julie Leroux Le Délit

«E

n octobre 2003, il était tentant pour nous [les journalistes] d’assumer que les choses reprendraient leur cours normal. Mais avec du recul, c’est clair qu’il y a eu un changement de direction [dans la politique fédérale].» Ces mots songés de Chantal Hébert donnent le ton de la conférence que l’analyste politique et chroniqueuse au Toronto Star et au Devoir a donnée le 27 janvier dernier au Club Universitaire de McGill.

«

Stephen Harper partira peut-être, mais les conservateurs sont là pour rester.»

L’exposé de Mme Hébert –intitulé «The Shifting Canadian Political Landscape»– présentait les causes et les conséquences de la montée au pouvoir stratégique du Parti conservateur du Canada (PCC). L’union fait la force Qu’est-il donc arrivé en 2003? Certains lecteurs se rappelleront sans doute la fameuse poignée de main entre Stephen Harper, alors chef de l’Alliance Canadienne, et Peter MacKay, chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, qui a marqué l’union de deux partis pour former

le Parti conservateur du Canada. «C’est cette poignée de main qui signale le début du changement du paysage politique au Canada», affirme Mme Hébert. En effet, devant un Parti Libéral de plus en plus divisé, les tenants de la droite canadienne en ont profité, après des mois de négociation et de planification, pour se rassembler sous une seule bannière. Si les conservateurs sont défaits face aux libéraux emmenés par Paul Martin aux élections fédérales de 2004, leur stratégie, ainsi que la popularité toujours réduite des libéraux suite au scandale des commandites, leur vaut une victoire (minoritaire) en 2006. Mais pourquoi parler d’un changement profond au niveau de la politique fédérale canadienne? Les autres partis dans de beaux draps Selon Mme Hébert, les conservateurs sont en train de remplacer définitivement les libéraux en tant que parti «naturel» au pouvoir. «Il est impossible de réduire l’importance des dommages que Paul Martin a laissé derrière lui. (…) Depuis le départ de Jean Chrétien, les libéraux ont perdu 20 points au Québec», et il ne suffira pas d’un changement de chef pour les sauver, explique-t-elle. De plus, le programme politique des libéraux ressemble de plus en plus, selon la journaliste, à la position des conservateurs –que ce

soit sur les sables bitumineux ou la présence militaire canadienne en Afghanistan– et peine donc à convaincre les électeurs que les libéraux représentent une alternative intéressante et crédible. Selon Mme Hébert, ce sont à la fois le PCC et le Nouveau Parti Démocratique (NPD) qui ont bénéficié de cette chute de popularité; cependant, le NPD peine à avoir de l’influence au Parlement et «s’affaire à garder le gouvernement en vie en profitant en échange des miettes que lui redonne

Harper». «L’échec de la coalition [entre les Libéraux, le NPD et le Bloc Québécois] a marqué la fin de l’espoir de [Jack] Layton», explique la journaliste. Quant au Bloc, un parti habituellement solitaire, on le voit de plus en plus miser sur des ententes avec les autres partis dans le but de déloger les conservateurs. «Avant, on n’aurait pas entendu Gilles Duceppe dire qu’un parti fédéral était meilleur qu’un autre. Puis, on l’a vu serrer la main de Stéphane Dion», raconte Mme

Hébert. «[Le Parti conservateur n’a pas] perdu son temps», affirme la journaliste. Il recrute des candidats et des penseurs. (…) Bientôt, ce seront l’Ouest canadien et l’Ontario qui seront en charge. (…) Il sera prochainement possible [pour les conservateurs] d’obtenir une majorité [des votes] sans le Québec», poursuit-elle. «Stephen Harper partira peutêtre, mais les conservateurs sont là pour rester», pronostique Mme Hébert. x

La journaliste politique Chantal Hébert présente son analyse de la montée au pouvoir des conservateurs. Ben Ngai/ The Corcordian

CRISE ÉCONOMIQUE

Récession au Québec: un gouffre sans issue? Trois experts se prononcent sur la crise économique lors d’un débat animé par Bernard Derome. Si les diagnostics semblent faire consensus, les pronostics divergent. Cycle naturel ou occasion ratée? Amélie Lemieux Le Délit

L

e journaliste de renom Bernard Derome a jonglé habilement avec les opinions émises par ses trois compères, le chroniqueur à La Presse Alain Dubuc, le stratège financier chez Scotia Capitaux Vincent Delisle, et le professeur de sociologie à l’UQAM Éric Pineault, lors d’une table ronde sur les impacts de la crise économique organisée le 27 janvier dernier par l’Institut d’Études Internationales de Montréal (IEIM). «Sombre-t-on davantage dans la crise économique ou en commence-t-on une autre?» fut la première question posée aux panélistes. Nouvellement élu président de l’IEIM, M. Derome n’y est pas allé de main morte pour animer la discussion.  Une crise tenace Alain Dubuc a d’abord pris la parole pour expliquer que la crise

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économique résultait d’un crédit déraisonnablement accessible. Il a déploré l’attitude de l’administration Bush à cet égard, selon lui, cette dernière «a permis aux Américains d’être propriétaires alors qu’ils n’en avaient pas les moyens. C’était un crédit illusoire». Selon le chroniqueur de La Presse, ces prêts accessibles décou-

«

aussi dévastatrices que la crise ellemême. En effet, selon M. Dubuc, «au lieu de [nous aider à nous en] sortir, la baisse des taux d’intérêt a produit l’effet contraire: on s’est enlisés dans un gouffre dépourvu d’issues tangibles.» Pour Éric Pineault, les répercussions se font davantage sentir d’un point de vue sociologique. En 2009, 212 millions de per-

Nous n’avons pas profité de la crise pour questionner la nature du système» -Éric Pineault laient des attaques de 2001, événement ayant causé des dommages irréparables aux Bourses new-yorkaise et internationale. Toutefois, ce n’est pas la période suivant immédiatement les attentats qui a été la plus affectée par la récession: «L’épicentre de la crise s’est plutôt situé entre 2003 et 2006. Nous en subissons encore les conséquences aujourd’hui», explique Vincent Delisle. Cette situation précaire s’explique également par des solutions

sonnes étaient au chômage, soit 34 millions de plus qu’en 2007, d’après le spécialiste. Repartir à zéro: certes, mais comment? La remise en question de l’architecture de notre système économique doit primer, selon M.  Pineault. «Nous n’avons pas profité de la crise pour questionner la nature du système», regrette-t-il. Aux yeux du professeur, la solution serait d’abord de redéfinir le type

d’économie désiré et ensuite de choisir les moyens appropriés pour reconstruire un système. M. Delisle renchérit les propos de M. Pineault en accusant Obama de taire les conséquences de la récession et de négliger les solutions à entrevoir pour sortir de la crise. M. Dubuc, plus sceptique, est d’avis que le président est prudent et qu’il est beaucoup plus modéré côté réforme. En ce qui concerne la relance de l’économie, une solution se démarque du lot: le professeur Pineault est persuadé qu’il est nécessaire d’élargir le débat de société. M. Delisle approuve cette idée, tout en demeurant sceptique  quant au succès potentiel de cette démarche: «J’aimerais l’adoption d’un tel projet, mais je doute que ça se produise parce que les individus jouissent d’un trop grand confort en tant que consommateurs.» Qu’en est-il, alors, de l’économie québécoise actuelle? «[Elle roule] sous un feu vert… dans une zone limite de 30 km/h», estime Dubuc.x

Entrevues exclusives En entrevue exclusive avec Le Délit, Bernard Derome est resté fidèle à lui-même, confirmant que la récession était «l’événement [majeur] de 2009 qui a affecté tous les secteurs et qui se prolongera encore en 2010». Éric Pineault résume sa pensée sur l’issue à la crise financière. Pour lui, elle repose plutôt sur un «choix de société et l’analyse de la nature de la crise» que sur un retour à la recette qui a causé cette crise. Christian Pépin, secrétaire à la coordination de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), a assisté au débat et en conclut qu’on devrait plutôt envisager «d’autres modes d’organisation des sociétés humaines que le capitalisme, défaillant aux plans sociaux et environnementaux».

xle délit · le mardi 2 février 2010 · delitfrancais.com


DROITS DE L’HOMME ET DÉMOCRATIE

La justice selon Rosalie Abella Mme Rosalie Abella, juge à la Cour Suprême du Canada, était de passage à McGill pour faire un plaidoyer en faveur d’une application plus démocratique et plus humaine des lois. Emma Ailinn Hautecoeur et Marie-France Barrette Le Délit

C

’est mardi soir dernier qu’a eu lieu la conférence annuelle de la Revue de droit de McGill. Mme Rosalie Abella, juge à la Cour suprême du Canada, a été invitée à se prononcer sur le thème du droit international et des droits de la personne. À travers un exposé intitulé Le pouvoir et la pitié, la juge a soutenu que l’application des droits humains dans le monde est lacunaire et que «la démocratie et ses lois représentent la meilleure possibilité pour la justice». En tant que première femme juive à être élue juge à la Cour suprême du Canada, cette survivante de l’Holocauste a présenté un discours judiciaire et politique qui était à la fois lucide et ponctué d’expériences personnelles. La juge Abella a certainement permis aux spectateurs de se forger une image différente du rôle que peut tenir une juge de la Cour suprême, rôle qui n’est pas uniquement celui d’une stricte interprétation des lois, mais également celui d’un être humain qui applique ses valeurs à son travail. La conférencière a critiqué l’approche positiviste de la notion d’État de droit. Au Canada, nous avons l’habitude d’exempter de tout jugement moral les lois du Parlement et les jugements des

cours, explique-t-elle sous prétexte qu’elles suivent la procédure légale préétablie. Pourtant, soutient Mme Abella, nous devons aspirer à plus et «nous devons cesser de promouvoir cet euphémisme qu’est l’État de droit» qui permet à certains chefs d’État à travers le monde de manipuler la justice

«

Ce n’est pas la position que l’on prend qui compte, mais celle pour laquelle on se lève.»

à leur discrétion en poursuivant des politiques qui enfreignent les droits humains. L’État de droit doit lui-même être soumis au «droit substantiel» c’est-à-dire aux normes éthiques et morales universelles. Le cas d’Omar Khadr Ce discours théorique s’intègre bien dans un débat qui touche les Canadiens depuis juin 2009, le cas d’Omar Khadr. Bien que la cour fédérale ainsi qu’un vaste nombre d’ONG aient jugé pressante l’obligation du gouvernement Harper de rapatrier Khadr au pays, le gouvernement fédéral a fait appel de la décision. Vendredi, la Cour suprême du Canada a rendu son jugement à l’unanimité stipulant que bien qu’un refus de «libérer» le dernier ci-

toyen canadien captif de la baie de Guantanamo représente un viol des droits constitutionnels (issus de la Charte) de l’individu, elle ne pouvait dicter la politique étrangère du Canada et ordonner de faire pression sur les États-Unis. Ce jugement met en évidence non seulement les limites de l’État de droit, il peut nous pousser à remettre en question l’affirmation de la Juge Abella: la démocratie et ses lois représentent-elles vraiment le moyen de faire justice? L’opinion publique sur le cas Khadr reflète bien la dissonance entre les valeurs démocratiques à la base de la société civile et le système démocratique en soi: 64% de la population était en faveur du rapatriement. Comme l’explique l’étudiant en droit et éditeur de la revue, Michael Bookman, «toute démocratie possède une Charte  qui préserve les libertés négatives de l’individu et protège ce dernier de l’État. [Cette]  base de respect pour l’individu est essentielle à toute société juste, bien que souvent insuffisante.» Depuis soixante-cinq ans, le droit international essaie de combler cette insuffisance. Mais comme le note Filippo Sabetti, professeur de science politique à McGill, la question fondamentale que soulèvent de nombreux cas de violation des droits humains est celle de «la tension inhérente entre les lois domesti-

ques et les lois internationales». Étant consciente de cette réalité, la juge Abella est convaincue que nous devons aspirer à plus que seulement «des lois internationales que les gouvernements

mettent en place pour ne jamais plus les exécuter par la suite». Le mot de la fin: «Ce n’est pas la position que l’on prend qui compte, mais celle pour laquelle on se lève.» x

Mme Abella présentait la semaine dernière les limites de l’État de Droit. Philippe Landerville/Collection de la Cour suprême du Canada

LETTRE OUVERTE

Les chimères de Monsieur Mayer

Dans ses dernières chroniques, Daniel Mayer a défendu l’invalidation de la Loi 104 par la Cour Suprême. Sa position nous paraît irrecevable.

D

ans deux textes publiés dans Le Délit [les 17 novembre 2009 et 12 janvier 2010, NDLR], M. Mayer suggère que lorsque les francophones de l’Ontario se donnent des protections législatives, ils acquièrent des droits, tandis que lorsque les francophones du Québec font la même chose, ils enlèvent des droits aux minorités. Une situation sociodémographique différente Nous sommes pour la promotion des droits des minorités au Québec. Or, comparer la situation des francophones du Québec à celle des anglophones de l’Ontario, c’est oublier le statut continental du français, qui est parlé par moins de 2% des NordAméricains. Pour assurer la protection et la survie de la seule majorité francophone d'Amérique, le Québec a besoin de mesures législatives solides et efficaces. Les succès de la Loi 101 quant à l’in-

tégration des immigrants au cours des dernières décennies sont une preuve de l’utilité de ces mesures. En 2001, toutefois, 1379 élèves non-anglophones ont profité d'une faille dans cette loi pour s'acheter le droit à une éducation en anglais au Québec en fréquentant l'école privée de langue anglaise pour une année et ensuite demander un transfert au public. Cette brèche avait été colmatée par la Loi 104. C'est maintenir l’esprit de la Loi 101 et promouvoir l'équité que de mettre fin à une faille qui permettait de monnayer un droit linguistique. Nous jugeons que la vitalité de la francophonie passe surtout par le rayonnement du français à partir de son lieu phare nordaméricain. Ce rayonnement nous apparaît nécessaire pour établir l���harmonie entre francophones, si chère à M. Mayer. C'est la raison pour laquelle nous réaffirmons le bien fondé et la nécessité de mesures législatives protectrices.

xle délit · le mardi 2 février 2010 · delitfrancais.com

Le gouvernement des juges Ce jugement pose également la question fondamentale de la place qu'occupe le droit au sein de la société canadienne et celle du pouvoir imparti à la Cour suprême. Le citoyen se demandera, avec raison, sur quelle légitimité s'appuient les sept juges qui ont rendu le jugement, nommés à vie par le gouvernement fédéral, pour invalider une loi adoptée à l'unanimité par un parlement provincial démocratiquement élu. Nous pensons que le judiciaire empiète ainsi sur le législatif, ce qui a pour effet de court-circuiter le débat démocratique. Depuis l'avènement de la Charte des droits et libertés, le Canada accorde à ses juges d'immenses pouvoirs politiques, ces derniers prenant trop souvent la place des élus.  La Cour suprême se voit engagée dans la définition des «valeurs fondamentales de la société canadienne» et, conséquemment, dans l'élaboration des

politiques publiques. Les élites canadiennes, avec leur propension au libéralisme et à la primauté du droit –que seules les autorités fédérales sembleraient en mesure de préserver– perpétuent l'idée malheureuse que les droits et libertés au Québec vivent sous la menace constante d'illégalités et d'abus d'autorité, complotés par des nationalistes ethnocentriques. Nous nous  devons de mettre fin à la perception erronée qui veut que les mesures législatives entreprises par l’Assemblée nationale du Québec constituent un exercice abusif du pouvoir législatif sous le voile de la souveraineté parlementaire. À notre avis, il s’agit plutôt de mesures justifiées qui respectent le cadre constitutionnel canadien et l’esprit démocratique qui en découle.

Réplique

Julien Adant, Jean-Thomas Brière et Raphaël Girard, étudiants à la Faculté de droit

Daniel Mayer, étudiant à la Faculté de droit et ex-chroniqueur pour Le Délit

D

es différences existent sûrement entre les francophones hors Québec et les anglophones minoritaires au Québec. Néanmoins, la dialectique constitutionnelle quant à la protection des minorités linguistiques veut que les minorités anglophones et francophones soient protégées également. Alors, les francophones hors Québec ont intérêt à maintenir la dialectique constitutionnelle pour assurer la protection de leurs droits linguistiques. Rappelons-le, c’est le nationalisme québécois, au détriment de l’identité canadienne-française, qui a participé au morcellement des francophones hors Québec et, par conséquent, les a circonscrits en tant que «minorités». x

Nouvelles

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Controverses rec@delitfrancais.com

Citation de ÉDITORIAL dette, le beurre et le pot au lait la semaine La Qui paiera la dette du Québec? «J’imagine que le iTampon sera la plus petite version [du iPad] qui sortira cet automne?» - un tweeter utilisant le pseudonyme de sTOOJ.

Le iPad, nouveau produit de Apple dont le lancement est prévu en Mars 2010, suscite déjà l’hilarité sur Twitter à cause de son nom renvoyant –involontairement– aux produits menstruels féminins. Des tweeters ont déjà demandé si le modèle venait avec ailes, alors que d’autres se demandent sincèrement comment l’allusion a pu échapper aux responsables du marketing de chez Apple. AFP.

Insolite Sauvons les furets!

Le Mont Avatar

Vous prévoyez visiter la Chine? Vous voulez rapporter des photos d’autre chose que la fameuse grande muraille de Chine? N’ayez crainte, car le grand pays asiatique a maintenant une nouvelle attraction, la Avatar Hallelujah Mountain. Autrefois nommé «Heaven and Earth Pillar» ou «South Sky Pillar», le fabuleux sommet situé dans la province de Hunan a été renommé par le gouvernement de la ville de Zhangjiajie, sous prétexte que le mont avait sans aucun doute inspiré la montagne flottante que l’on voit dans le film Avatar. Serez-vous parmi les nombreux touristes attendus par la municipalité? AFP.

6 Controverses

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milliards de dollars… C’est le montant de la dette publique nette que les Québécois devront rembourser dans les années à venir. Il équivaut à plus de 16 000$ par tête de pipe. Et tout le monde devra ouvrir son portefeuille pour payer, nous dit le comité consultatif sur l’économie et les finances publiques mis sur pied par le ministre des Finances Raymond Bachand. Aussi déplaisante que cette pensée puisse être, le problème de la dette est criant pour la société québécoise. Le déficit démographique à venir fait en sorte que nous devrons –et le mouvement s’amorce progressivement– payer une facture publique plus salée qu’aujourd’hui. Conjuguez à cela les coûts de santé reliés au vieillissement de la population avec le déclin du nombre de travailleurs qui seront là pour payer la note. Voilà un scénario peu reluisant pour l’avenir fiscal de notre génération. Et soit dit en passant, nul besoin de questionner le fait que dans ces circonstances, tout le monde panique à propos du décrochage scolaire. Si les travailleurs seront de moins en moins nombreux à cotiser à l’État, il faudrait qu’ils soient au moins qualifiés! Néanmoins, le comité consultatif ne fait pas que constater des faits que tout le monde connaît plus ou moins. Il pointe le doigt vers le présumé coupable: le secteur public et ses dépenses trop élevées et inefficaces. Compressons, réduisons, privatisons, haussons les tarifs... Vraiment? Oui, le remboursement de la dette est un problème qui ne peut être balayé sous le tapis. Mais il n’est pas productif de se confiner à une seule «solution» pour résoudre un problème qui sous-tend des choix de société ayant d’importantes implications. Il ne s’agit pas seulement d’équilibrer des colonnes de chiffres, mais de définir le modèle de société et d’État que nous voulons pour l’avenir.

En trois vitesses

Vous êtes las des sempiternelles histoires de poursuites de char qui se suivent –en quantité industrielle– et se ressemblent toutes? Nous aussi! C’est pourquoi nous avons été surpris de lire dans un récent article que la police mexicaine avait sauvé 150 furets de contrebande d’une poursuite à grande vitesse, après que les ravisseurs ont heurté un arbre et se sont sauvés à pied. On pourrait rire du concept même de la contrebande de furets ou de l’idée d’une high speed chase impliquant non pas des diamants ou un enlèvement mais des furets, bon sang –mais nous, au Délit, on aime les animaux et on ne trouve pas ça drôle. Pauvres p’tits furets! AFP.

Stéphanie Dufresne Rédactrice en chef

en hausse LA FACTURE POUR LES ÉTUDIANTS INTERNATIONAUX À L’UQTR L’Université du Québec à TroisRivières (UQTR) vient de faire bien des malheureux en augmentant de 10% les frais de scolarité des étudiants étrangers, ce qui représente «une hausse allant de 347,75$ à 395,39$». 130 étudiants ont d’ailleurs manifesté pour protester contre la hausse. Selon Gidiard Mabouama, porte-parole des manifestants, plusieurs étudiants africains seront maintenant dans l’impossibilité de venir étudier à l’UQTR, d’autant plus que les bourses facilitant les études à l’étranger se font de plus en plus rares en Afrique. Le Nouvelliste/ Cyberpresse.

La dette du Québec: impossible d’avoir le beurre, l’argent du beurre, le bébé, l’eau du bain, Perrette, son chum et son pot au lait. Jimmy Lu et Claudine Benoît-Denault / Le Délit

Il est commun d’entendre que la politique québécoise est fade et qu’elle suscite peu la mobilisation. Alors pourquoi ne pas saisir l’opportunité de mettre à contribution tous les groupes sociaux et toutes les générations pour que chacun mette l’épaule à la roue? Certes, rembourser la dette n’est pas un projet politique très trépignant. À nous de lui donner un sens! En effet, voilà l’opportunité de marquer une rupture dans la politique québécoise. Pourquoi ne pas en profiter pour mettre en chantier différents projets sociaux d’envergure? Par exemple, voulons-nous toujours vivre dans un Québec où nous gaspillons

l’eau et l’électricité –nos ressources les plus précieuses? Pourquoi ne pas envisager des tarifs croissants lorsque l’on franchi certains paliers de consommation quotidienne? Et pourquoi ne pas en profiter pour créer Pharma-Québec? Et ces fameux 88 milliards qui se dorent la couenne dans les paradis fiscaux dont on parle tant: qu’attend-t-on pour les récupérer? Et pourquoi ne pas légaliser la prostitution, le crystal meth et le crack? Je voulledemandesti!!?!? Le problème est collectif. Il appelle donc à des solutions collectives. Imaginons, que diable! x

-Avec François-Xavier Charlebois.

en baisse

au neutre LE CAS CHOOSE LIFE: TOUJOURS PAS RÉGLÉ

FIRST NATIONS UNIVERSITY: FINANCEMENT MENACÉ

Après avoir vu son statut de club suspendu par l’Association des étudiants de l’Université McGill (AÉUM), le groupe «pro-vie» Choose Life a fait un retour sur le campus après avoir reçu de l’aide financière du groupe Conservative McGill. Bien que ce dernier ait le droit de réserver un espace sur le campus pour une cause qu’il juge justifiable de défendre, la VP Clubs et Services Sarah Olle déplore les tactiques de Choose Life, qu’elle juge empreintes de mauvaise foi. The McGill Daily.

L’Université des Premières Nations du Canada se retrouve dans une situation précaire après que le gouvernement de la Saskatchewan a menacé de mettre fin au financement de l’institution dans les prochains jours. Divers problèmes soupçonnés par le gouvernement seraient à l’origine de cette déclaration, notamment, la gestion douteuse de l’établissement et l’interférence politique possible de la Fédération des Nations indiennes de la Saskatchewan. Ce sont 4 à 5M$ de dollars qui sont en jeu. Pour l’instant, l’université doit attendre un rapport du gouvernement. Macleans.ca.

xle délit · le mardi 2 février 2010 · delitfrancais.com


CHRONIQUE

Volume 99 Numéro 16

le délit

En chute libre Fortune Cookie

Guillaume Doré

La période de crise financière que nous connaissons actuellement affecte de nombreux secteurs de notre société. Le Japon a quant à lui été frappé par une crise économique au début des années 1990 et ne s’en est jamais vraiment relevé depuis. L’impact le plus dramatique de cette crise? Probablement le haut taux de suicide chez les Japonais. Les statistiques pour 2009 sont désolantes. Pour une douzième année consécutive, plus de 30 000 personnes se sont enlevé la vie dans l’archipel, faisant du Japon l’un des pays industrialisés au taux de suicide le plus élevé. Il ne faut pas commettre l’erreur de croire que le suicide est une pratique ancrée dans la culture japonaise, en se basant sur la tradition des samouraïs et des kamikazes. La cause principale du suicide

de nos jours n’est pas une question d’honneur, mais réellement une question reliée à la santé économique du pays. La récession a touché un nombre important de Japonais qui ont perdu leur emploi ou leur stabilité financière, mais ces personnes doivent toujours soutenir leur famille, et payer les frais liés à l’éducation de leurs enfants. Avec un système de prêts nécessitant l’engagement des proches pour garantir le paiement de leurs mensualités, plusieurs Japonais tombent dans le désespoir et la culpabilité face à leur famille. Dans certains cas, le suicide est même perçu comme une solution pour aider la famille, qui touchera alors une prime d’assurance. Un grand nombre de personnes accumulent des dettes qu’ils sont incapables de payer lorsqu’ils perdent leur emploi, situation qui est de plus en plus fréquente chez les jeunes, qui sont les premiers à être licenciés. Il est alors difficile de vivre avec la pression de devoir payer ses dettes: une personne endettée peut être harcelée par ses prêteurs, qui exigent un paiement et qui peuvent même acheter une prime d’assurance en cas de suicide, sans même à avoir besoin du consentement du client. Si les problèmes financiers peuvent mener au suicide, le problème principal du Japon est de ne pas avoir assez de programmes de prévention ou d’aide pour les personnes en détresse. La ville de Kurihara, dont le taux de suicide était presque le double de la moyenne nationale a réussi, en deux ans, à faire baisser ce chiffre de

moitié. L’initiative qui a été lancée consiste à aider les personnes en difficulté en leur offrant un prêt moins contraignant, afin qu’ils soient en mesure de rembourser leurs dettes. Dans toute cette histoire, qui doit-on blâmer? Les institutions financières qui imposent des règles trop contraignantes aux demandeurs de prêts? Le gouvernement qui n’aide pas à combattre le suicide? Ou la société qui ne s’efforce pas de soutenir les personnes en détresse? Il y a définitivement une lacune à ce niveau au Japon, car il n’y a pas que les personnes qui sont dans des situations financières précaires qui se suicident. Nous pouvons entre autres penser à de nombreux cas de suicide chez des jeunes qui fréquentent des écoles primaires. La cause de ces suicides est souvent reliée à des cas de harcèlement et de persécution qui ont lieu en raison de la «différence» de la victime. Dans un pays où le conformisme et l’esprit de groupe sont des valeurs clé, il est n’est donc pas surprenant que les problèmes d’ordre individuel puissent passer inaperçus. Le fortune cookie de cette semaine: «Un héros est une personne ordinaire qui trouve la force de supporter et de persévérer en dépit d’obstacles écrasants.» - Christopher Reeve x Ne passez pas sous silence. On vous écoute au : www.delitfrancais.com ou à nouvelles@delitfrancais.com

CHRONIQUE

Gouvernement cherche consortium pour hôpital mcgillois Le loup-garou du campus

Vincent Bezault

Depuis des années, un projet immobilier fait régulièrement la une des journaux montréalais. Le projet des deux «méga-hôpitaux» de l’Université de Montréal et de McGill offre une suite de rebondissements largement rapportés par les médias. Ces hôpitaux sont presque devenus des légendes, tant on en parle sans que personne n’en ai encore vu la première pierre malgré les millions déjà dépensés. Des débats interminables sur l’emplacement, le mode de financement ou le choix des consortiums chargés de la construction et de l’entretien jalonnent la fastidieuse progression de ces titans. Il est vrai que le futur centre universitaire de santé McGill (CUSM) avance plus vite que

le projet de centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Mais notre belle université est encore loin d’accueillir le premier patient dans son nouvel hôpital. Le gouvernement provincial a opté pour un partenariat public-privé (PPP) pour la construction du CUSM et du centre de recherche du CHUM. L’idée est que des consortiums privés investissent la plupart du capital nécessaire à la construction, en échange d’un contrat d’entretien et de gestion des bâtiments pour trente ans. Le PPP est sensé faire porter par les consortiums le risque que les travaux dépassent le budget prévu, soulageant ainsi le gouvernement de cette incertitude. Divers scandales entachent pourtant le choix du PPP. Le plus important remonte à novembre 2009: le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, avait trouvé l’analyse de l’agence des PPP irréaliste. L’agence, chargée de déterminer si le PPP est effectivement moins coûteux, aurait surévalué le risque d’une augmentation des frais de construction. Cela donnait au PPP l’apparence d’une alternative préférable au financement habituel. L’agence des PPP suscitant donc des suspicions après ce scandale, un nouvel organisme, Infrastructures Québec, décidera à l’avenir du mode de financement et supervisera les grands projets d’infrastructure du gouvernement. Malgré tout, Québec n’a pas l’intention de remettre en cause le choix du PPP pour le CUSM. Il faut dire que du sim-

xle délit · le mardi 2 février 2010 · delitfrancais.com

ple fait de l’inflation, chaque jour de discussion supplémentaire coûte 100  000$, d’après Arthur Porter, directeur exécutif du CUSM. Il reste donc au gouvernement à déterminer quels consortiums se verront accorder le contrat de PPP. Le budget prévu par le gouvernement était à l’origine de 1,13 milliard de dollars, mais toutes les offres reçues étaient supérieures à ce montant. Le mandat avait été promis au consortium de SNCLavalin, Verreault et Pomerleau, malgré un prix dépassant de 300 millions l’objectif. Cependant, une entreprise espagnole a menacé le gouvernement de poursuites, estimant avoir été injustement éliminée. Québec a alors fait marche arrière et a annoncé, le 13 janvier dernier, que toutes les offres étaient trop coûteuses. Le gouvernement s’est alors laissé soixante jours pour déterminer à nouveau la meilleure offre. Il ne faut cependant pas y voir un geste fort du gouvernement face aux prix des consortiums. En effet, le 30 janvier, Québec a décidé d’élever l’objectif de 1,13 milliard à 1,343 milliard, désormais très proche de l’offre initialement acceptée. Une fois le contrat de PPP signé, les travaux devraient théoriquement pouvoir commencer. Il ne reste plus qu’à espérer que la construction soit plus paisible que les négociations. x Vous voulez refaire la coupe de cheveux de Vincent en PPP? production@delitfrancais.com

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Les opinions exprimées dans ces pages ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université McGill. Le Délit (ISSN 1192-4609) est publié la plupart des mardis par la Société des publications du Daily (SPD). Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et d’illustrations dont les droits avant été auparavent réservés, incluant les articles de la CUP). L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal.Imprimé sur du papier recyclé format tabloïde par Imprimeries Transcontinental Transmag, Anjou (Québec). Le Délit est membre fondateur de la Canadian University Press (CUP) et du Carrefour international de la presse universitaire francophone (CIPUF).

Controverses

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Société societe@delitfrancais.com

Penser l’impens et la simp Depuis le siècle dernier, les ressources de la Terre s’épuisent; un nouveau mode de vie s’impose. Deux mouvements qui tentent de remodeler nos mœurs œuvrent pourtant en sourdine depuis plusieurs années: la décroissance et la simplicité volontaire. Dessins: Claudine Benoit-Denault & Jimmy Lu / Le Délit

Geneviève Lavoie-Mathieu Le Délit

«L

es humains sont méchants et la terre est cruelle». On pourrait croire, en écoutant les nouvelles, que les vers qu’écrivaient Leloup en 1996 étaient prophétie: crise économique, crise environnementale, crise du système de l’éducation, la santé qui flanche, le taux de dépression, de suicide, d’obésité qui montent en flèche, le décrochage scolaire, les horreurs de la guerre et les missiles nucléaires. Tout est en hausse, en chute libre, en voie d’extinction, les jeux sont faits et rien ne va plus. Dans ce tumulte, plusieurs mouvement ont émergés en réponse à cette crise de société, l’un d’eux, encore marginal, est le mouvement de la décroissance. Le Délit a rencontré Serge Mongeau, objecteur de croissance et militant actif pour le mouvement de la décroissance conviviale au Québec.

Une lente émergence Contrairement à la France, où le mouvement de la décroissance est mieux connu et y forme d’ailleurs un parti politique depuis 2005, au Québec, il reste un mouvement ignoré des médias et peu connu du public. On nous rebat plutôt les oreilles avec des expressions telles que reprise de croissance au sortir de la récession, croissance du PIB, indice de croissance, etc. Croissance, croissance, croissance... Alors pourquoi la décroissance? Le mouvement québécois pour une décroissance conviviale dont Serge Mongeau est l’un des membres fondateurs et signataire du manifeste, défini le mouvement ayant comme but de «provoquer dans la population du Québec la prise de conscience de l’impossibilité de poursuivre

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la croissance économique et travailler à la mise en place d’une société équitable, autonome, solidaire et frugale». À l’ère du développement durable, de l’économie verte et du progrès technologique le discours sur la décroissance s’inscrit en marge, avec des arguments qui vont à l’encontre de ces concepts sur-utilisés en politique.

Qu’est-ce que la décroissance? Le mouvement de décroissance repose sur quatre principes, explique Mongeau: la justice sociale, la production locale, la notion de collectivité et la sobriété. En d’autres termes, la diminution du gaspillage qui passe entre autre par l’adoption de la simplicité volontaire, un mode de vie qui valorise le bien-être plutôt que le paraître. Concrètement, on y prône une réduction de la consommation pour diminuer la pollution. Mais ceci nécessite aussi d’être jumelé à une prise de conscience, une démarche de (re)définition de la société, de nos buts individuels et collectifs. Pour reprendre les mots de Serge Latouche, économiste et penseur du mouvement de la décroissance en France, il faut «décoloniser notre imaginaire» et repenser ces mythes du productivisme, de la surconsommation, du développement, du progrès et de la technologie. La notion de qualité doit surpasser notre désir insatiable pour la quantité et les efforts devraient être mis sur la coopération plutôt que la compétition.

Produire moins aujourd’hui ou mieux demain? Toutefois, le professeur Chris Green du département d’économie de l’Université McGill, affirme que contrairement à ce

xle délit · le mardi 2 février 2010 · delitfrancais.com

que le mouvement cautionne, un manque de compétition et une tendance vers la décroissance mènerait assurément vers une économie défaillante, moins efficace et à une perte d’emplois certaine. En ce sens, M. Green, à l’instar du discours populaire et politique de la droite comme de la gauche, voit la solution à la crise écologique ailleurs: la promotion de la croissance économique au service des nouvelles technologies dites vertes, de même que la stimulation du marché de l’emploi.

Mais le mouvement pour une décroissance remet en question cette idée reçue. En effet, selon eux, l’économie actuelle est irrationnelle et hors de toute logique, puisqu’elle prend appui sur la promotion d’une impossible croissance infinie dans un monde fini. D’un autre côté, comme l’explique le professeur Green, la recherche en nouvelles technologies et les possibili-

tés qu’offrent l’imagination et la capacité humaine à s’adapter et se renouveler est elle infinie. La technologie arriverait ainsi à combler le manque, et même la disparition de certaines ressources et à diriger l’économie vers un avenir durable.

Préparer la transition Les inquiétudes sont légion du fait que la récession se fait ressentir et les emplois viennent à manquer. Selon Mongeau, il existe deux alternatives. Soit, le changement peut être effectué en douceur, de manière démocratique, d’un mouvement de masse et non par l’imposition de mesures gouvernementales. Soit, le changement pourrait être forcé en réaction à un épuisement des ressources naturelles. On peut penser, argumente Mongeau, au cas du pétrole. En effet, l’épuisement de cette ressource mènerait selon lui les consommateurs à un brusque changement dans leurs habitudes de vie, de consommation, leur mode de transport, etc. La clé du succès, selon les objecteurs de croissance, se trouve dans la décroissance économique jumelée à une réforme sociale. Celle-ci faciliterait la transition et minimiserait la perte d’emplois, en favorisant une économie axée sur l’entreprise locale, à petite échelle, artisanale et qui prévient le gaspillage. Il faudrait aussi réapprendre à payer les biens et services que nous consommons à leur juste prix, c’est-à-dire un prix qui reflète leurs coûts environnementaux et sociaux. En bref, la décroissance ce n’est pas un retour en arrière, ce n’est pas un pas à reculons mais pourrait plutôt être décrit selon les signataires du manifeste pour la décroissance conviviale comme étant le cheminement logique vers une société équitable, solidaire, où le partage règne dans une communauté


sable: la décroissance plicité volontaire tissée serrée. C’est une société dans laquelle les semaines sont moins chargées pour les travailleurs, puisqu’on ne rêve point de biens matériels ou d’un voyage dans le Sud, mais de temps pour se remplir l’esprit, pour aller voir un concert, peindre, être présent dans sa communauté, jardiner, être avec les enfants, prendre le temps de vivre. Une grande question s’impose: à quand l’action jumelée aux idées? Le manque de cohésion est un obstacle. Il manque cette force, ce lien qui unit tous ces groupes qui forment la société civile: le coeur de la démocratie. C’est ce qui explique que des mouvements comme celui de la décroissance ou de la simplicité volontaire soient encore marginaux, méconnus ou souvent victimes de préjugés. Si on reconnaît le problème, il faut aussi savoir que «[l]’on ne le résout pas [...] avec les modes de pensées qui l’ont engendré» comme l’avait dit Einstein. Décroissance ou pas, il est temps d’une mise au point, d’un souffle nouveau au Québec comme ailleurs. Les jeux sont faits mais la roulette n’a pas finit de tourner. Il est temps d’abattre de nouvelles cartes. Mouvement québécois pour la décroissance: www.decroissance.qc.ca

La simplicité volontaire: moins de possession, plus de bonheur? Marie-Odile Samson Le Délit

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a simplicité volontaire est un mode de vie animé par deux principes fondamentaux. Telle qu’expliquée par Louis Chauvin, président du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV), celleci consiste, au départ, à privilégier le temps plus que l’argent, et ensuite, à privilégier les relations –avec soi-même, ainsi qu’ avec les autres. Professeur à la faculté de gestion de l’Université McGill, M. Chauvin présente une vision différente de l’économie de marché, et précise que la simplicité volontaire, en mettant l’accent sur le développement personnel, permet à l’individu la pratiquant de s’armer des moyens nécessaires pour résister aux désirs qui nous poussent à consommer. Le système économique mondial est basé sur l’idée de croissance continue. Mais la Terre n’a pas les capacités pour supporter un tel système. Notre planète

s’essouffle: nous sommes aux prises avec une population constamment grandissante dans un contexte de ressources limitées. La survie ne serait possible qu’en réduisant de manière significative la consommation des ressources. La simplicité volontaire vise à atteindre une vie «matériellement plus simple et intérieurement plus riche» explique M. Chauvin. C’est un changement qui se fait graduellement chez un individu qui réalise l’importance de développer les côtés spirituel et psychologique de sa vie, avant le côté matériel. Le Réseau québécois pour la simplicité volontaire fête cette année ses dix ans. Auparavant, on pouvait y trouver plus de 560 membres, mais on n’en compte aujourd’hui que 200. Ce sont les groupes régionaux et locaux, dont deux sont montréalais, qui sont à la base de cet organisme. Selon le président du RQSV, le Québec est la province la plus active en ce qui concerne des moyens d’action développés et accessibles, mais le Canada pourrait très bien être parsemé de «simplicitaires anonymes» tels que les décrit M. Chauvin, c’est-à-dire quiconque pratiquant le mode de vie sans se joindre à un organisme. En Belgique, le mouvement est présent à travers l’association environnementale Les amis de la Terre, parrainée par le RQSV, et qui a réussi à former au-delà de quarante groupes dans les dernières années. Qu’en est-il de la simplicité volontaire face au contexte actuel? Crise économique, déceptions face à l’environnement, et surconsommation flagrante: ces facteurs, combinés, influencent-ils les adeptes de la simplicité volontaire? «Le XXe siècle a été un siècle de développement et d’amélioration des conditions matérielles dans le monde, mais celles-ci ne sont qu’une facette de ce qu’est une bonne qualité de vie» soutient Iowa Hirose, professeur au département de philosophie de McGill.  «Le nouveau siècle doit voir de grandes améliorations dans les conditions non-matérielles de la vie. La simplicité volontaire pourrait bien nous aider à réussir ceci.» On ne peut nier que le matériel et le superficiel sont au centre de notre mode de vie actuel: les individus sont poussés à construire leur identité à travers ce qu’ils possèdent. Se détacher volontairement des surplus et des excès semble être un mal non-nécessaire, surtout lorsqu’ils nous sont aussi facilement accessibles. Mais c’est l’aspect moral, au-delà du bienêtre matériel, que les simplicitaires tentent de développer, soutient M. Chauvin. Pour lui, réduire la consommation ne contribuerait donc pas à la perte de l’identité, mais représenterait une manière autre de se définir et d’exploiter la bonne volonté et le potentiel des humains. Un retour à l’état de nature, dirait Jean-Jacques Rousseau.

M. Hirose croit qu’il doit y avoir un effort commun. «La société –c’est-à-dire le gouvernement, la communauté, les employeurs– se doit de créer une situation dans laquelle les gens peuvent choisir facilement une vie simple et réduite en consommation», explique-t-il.

Il est néanmoins fondamental que ce changement dans les habitudes de consommation vienne de l’intérieur de l’individu. Si le changement spirituel ne se fait pas avant le changement matériel, la société ne pourra pas s’en voir fondamentalement améliorée, avance M. Chauvin. «Partir d’un endroit de paix de l’intérieur pour se donner les moyens de réduire les émotions négatives» dit-il, est la base d’une vie menée simplement. À partir d’une transformation individuelle, l’action collective pourra donc être menée à bien. Prendre conscience de l’impact de tous les actes posés, c’est la clef de la simplicité volontaire. Elle serait la seule réponse aux malaises contemporains, affirme M. Chauvin. Par contre, même avec tout l’optimisme du monde, on ne peut s’attendre à une prise de conscience généralisée dans le monde occidental. La simplicité volontaire est un mouvement graduel, une transformation qui prend place avec, au tout départ, un constat de la nécessité de changer. Ce constat est omniprésent. On sait qu’on veut changer, mais on ne sait pas quoi, comment, et par où commencer. Gandhi l’aura bien expliqué: il faut commencer par changer en soi ce que l’on veut changer autour de soi. x

Société

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Arts&Culture artsculture@delitfrancais.com

BRÈVES CINÉMA

Pour un instant la liberté Rosalie Dion-Picard Le Délit

A

Gracieuseté les ilms du Losange

vec Pour un instant la liberté, Arash T. Riahi livre un film touchant, qui donne un visage humain à la situation de l’immigration clandestine en Europe. On y suit le parcours de deux enfants iraniens, que leur cousin Merdad et son ami Ali (excellents Navid Akhavan et Pourya Mahyari) font passer en Autriche pour rejoindre leurs parents. En transit en Turquie, ils rencontrent d’autres émigrants iraniens, qui tous se battent au quotidien pour obtenir le statut de réfugiés qui leur permettra de passer en Europe. Un couple de réfugié politiques et leur fils côtoient deux hommes, un Kurde et un Iranien, compagnon de désespoir et surtout de coups pendables. «Pour moi, l’humour est la meilleure technique de survie et si on ne garde pas un minimum de sens de l’humour dans des situations aussi extrêmes, on est voué

à être anéanti. Après tout, à quoi d’autre peut-on se raccrocher?», renchérit Arash T. Riahi. Meilleur film au festival de Vienne, Zénith d’or du premier long métrage de fiction au FFM, meilleur premier film au festival de Zurich, et d’autres encore, les prix internationaux ont salué ce premier opus du réalisateur. Une direction photo irréprochable et intimiste, un scénario impeccable, et surtout le jeu étonnamment convaincant des deux enfants, Kamran Rad et Payam Madjlessi, font de l’ensemble un chef d’oeuvre. Riahi explique: «J’ai voulu faire un film universel en parlant d’êtres humains qui aspirent à une vie meilleure loin de chez eux, que ce soit pour des raisons politiques ou humanistes. Je pense que nous devrions tous avoir le droit de vivre là où bon nous semble. D’ailleurs, dans des conditions normales, on ne quitte son pays ou sa famille que lorsqu’on n’a pas le choix de faire autrement.» x

Rachel

Gracieuseté Les Films du Paradoxe

Émilie Bombardier Le Délit

R

achel (2008), de la documentariste Simone Bitton, explore les circonstances nébuleuses entourant le décès d’une jeune pacifiste américaine, Rachel Corrie. En mission sur la bande de Gaza avec d’autres étudiants, celle qui aspirait depuis l’enfance à améliorer le sort des victimes de conflits armés serait disparue à 23 ans après avoir été écrasée par un bulldozer devant lequel elle s’était placée pour empêcher que la mai-

10 Arts & Culture

son d’une famille palestinienne soit démolie. Constitué comme une enquête qui présente les témoignages de toutes les parties impliquées ou touchées de près ou de loin par l’événement, le film tente d’éclairer ce qui a été ignoré autant par les journalistes que par les autorités israéliennes et américaines. La série de révélations qui semblent parfois toutes se contredire trace graduellement un portrait d’ensemble du conflit israélo-palestinien tout en provocant une réflexion

sur toute la cruauté et l’injustice qu’il engendre. La thématique avait déjà été explorée par la cinéaste dans Le Mur, paru en 2004, qui relatait la construction par Israël d’un gigantesque mur qui délimite son territoire. Usant du cinéma comme d’un objet de «médiation dans le conflit», Rachel est donc un documentaire tragique qui porte un regard personnel et particulier sur la façon dont la guerre peut dépouiller bon nombre de gens de toute humanité. x

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CHRONIQUE

Choquer pour ne rien dire Le billet de la Bombe

Émilie Bombardier

Au milieu de la scène se trouve un homme, seul, le regard distant et l’air mélancolique. Son silence baigne la salle dans une délicieuse attente. La «magie du théâtre» est bien installée. Le public espère un monologue, une quelconque tirade qui donnera à la pièce l’essence de son propos. Il se lance. On écoute  : «Ah ben fuck!», sont les seuls mots qu’ils prononcera et répétera pendant toute l’heure et demie de la représentation. Plusieurs rient, sans

pourtant cacher une certaine perplexité. Voilà ma première expérience avec une de ces pièces qui se veulent, comme le disait ma prof de CEGEP trop enthousiasmée, «tellement jeune, tellement contemporaine et teeeellement percutante». En une seule session ont alors défilé devant moi bon nombre d’œuvres qui partaient du principe qu’il fallait absolument montrer pour pouvoir dénoncer. Les scènes de sadisme, de torture et de viol ont alors côtoyé la mise en scène de fantasmes sexuels déjantés et de complaintes ô combien «profondes» d’adolescents perturbés. Étais-je soumise à la férule d’un professeur exaltée par la perversion? C’est fort possible. Mais quelques années plus tard, force est d’admettre que choquer est devenu très tendance au théâtre. Je vous entends déjà répondre que je ne suis que trop prude et probablement nostalgique du

temps où l’on ne mettait en scène que des classiques bienséants. Disons plutôt que peu de pièces ont la force d’assumer entièrement le coup qu’elles veulent porter. La Charge de l’orignal épormyable, de Claude Gauvreau, présentée la saison dernière au TNM était, par exemple, un tableau juste et sombre qui dépeignait la violence sous toutes les formes possibles. Mais il semblerait parfois que la transgression est devenue convention et que de suggérer plutôt que d’en mettre plein la vue n’est plus considérée comme une démarche pertinente.

«Ah ben fuck! » J’ai longtemps pensé que la «magie» n’opérait simplement plus sur moi, que j’étais devenue immunisée face à la mise en scène de toutes les perversions. Mais le problème est que le dé-

sir de choquer à tout prix recélait souvent un grand vide, comme si dramaturges et metteurs en scène avaient mis assez d’efforts à repousser les limites du présentable pour en oublier tout le reste. Le «Ah ben fuck!» n’avait alors pour but que de faire résonner ce qui ne devrait pas être prononcé. Il y aura toujours exception à la règle, mais je suis quand même bien contente de constater que le vent commence à tourner. On semble maintenant faire de la technologie et des nouveaux médias une béquille incontournable. Tous y vont de leur projection vidéo pour souligner un désir d’évasion qui n’est parfois pas du tout nécessaire. Mais tendance ou pas, les pièces qui se démarquent et qui frappent seront toujours celles qui font confiance à ce que le théâtre peut apporter, même dans sa plus simple expression: un grand texte, une mise en scène juste et une interprétation réellement poignante.x

Photos, dessin, textes ... Vous avez du talent à revendre ?

BRÈVE MUTIDISCIPLINAIRE Tant d’assemblages pour Temps d’images Émilie Bombardier Le Délit

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ondé en Europe il y a huit ans et présenté à l’Usine C pour une cinquième édition, le festival internationalTemps d’images exploite la fructueuse rencontre entre arts de la scène et arts visuels. Projections, concerts, ateliers et installations artistiques ne sont que quelques formes à travers lesquelles se manifeste la symbiose des disciplines que célèbre l’événement. il y a donc de quoi attirer ceux qui cherchent à découvrir ce que les artistes contemporains font de plus éclaté. Les plus chanceux y auront vu Misteur Valaire, la coqueluche de l’électro montréalais, le 30 janvier. Mais les autres ne sont

pas en reste, puisque Le Délit vous propose une sélection de quelques événements à venir, qui sauront charmer l'amateur d'art contemporain... et de surprises.

Gracieuseté de Stéréoptik

Festival Temps d’images Où: Usine C 1345 Lalonde Quand: jusqu’au 6 février Nico Goldberg

Cubes à sons/bruits/babils La création Cubes à sons/ bruits/babils du tandem formé par Catherine Béchard et Sabin Hudon confectionne à partir d’échantillons sonores divers, une trame narrative et un vocabulaire nouveau qui incite le visiteur à reconstituer des anecdotes à partir de bribes et de points de vue hétéroclites.

Étiquette À mi-chemin entre l’installation et le théâtre expérimental, les artistes anglais Ant Hampton et Silvia Mercurali incitent le visiteur à la performance dans Étiquette. Celui-ci est y invité à s’installer à table devant un étranger pour suivre des instructions dictées par un enregistrement audio qui lui permettront d’entrer en contact avec autrui de façon tout à fait innédite.x

Stéréoptik Avec Stéréoptik de JeanBaptiste Maillet et Romain Bermond, on assiste à une création musicale et visuelle qui s’articule sous nos yeux. Inspiré des premiers temps du cinéma muet, le spectacle saura faire découvrir tout le dynamisme qui peut émaner du jumelage spontané du dessin, du clavier, de l’harmonica et de nombreux autres instruments. Avec onze productions qui s’annoncent pour le moins très variées, chacun saura y trouver leur compte. C’est donc un rendez-vous à ne pas manquer pour tous ceux qui seront prêts à repousser les limites des genres. x

Le Délit vous ouvre ses pages lors de son

spécial création! Communiquez dès maintenant avec nous.

Les visiteurs d’une intallation de Cubes à sons/bruits/babils Gracieuseté de Catherine Béchard et Sabin Hudon

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Arts & Culture

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Spécial théâtre THÉÂTRE

Une partition nuancée Le Théâtre du Rideau Vert présente Une musique inquiétante de l’américain Jon Marans, un savant mélange de théâtre et de musique classique allemande mis en scène par Martin Faucher. Francis Lehoux Le Délit

L’

Jean-François Hamelin

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action se déroule à Vienne en 1986. Un vieux professeur de musique (Jean Marchand), penché sur son piano, répète l’accompagnement d’un lied de Schumann. Un nouvel élève entre brusquement sans frapper: jeune pianiste prodige venu des États-Unis pour étudier avec le professeur Schiller, Stephen Hoffman (Émile Proulx-Cloutier) se retrouve ainsi face à face avec Joseph Mashkan, professeur de chant. La situation inattendue révèle toute l’arrogance et l’opiniâtreté du jeune musicien. Il ne veut pas rester. Pourquoi étudierait-il tout à coup le chant alors qu’il cherche désespérément à reconquérir son instrument? Tout a été arrangé ainsi par Schiller. Ainsi se profilent malentendus, conflits et dialogues enlevés. Mashkan prétend lui enseigner l’art de l’accompagnement en lui donnant des leçons de chant. Pour bien accompagner le chanteur, soutient-il, il faut d’abord le comprendre. Il faut aussi bien comprendre le lied, dialogue harmonieux entre le piano, le texte et la voix. C’est ici que le troisième personnage fait son entrée: le Dichterliebe (Les amours du poète), un cycle de lieder du compositeur romantique Robert Schumann. L’interprétation de cette œuvre nécessitera ouverture, écoute et émotion de la part du jeune musicien, mais là est le véritable problème: Hoffman est un technicien virtuose du piano. D’esprit cartésien, il ne connaît pas l’émotion. Et Mashkan sera là pour lui montrer la voie. Ainsi, au fil des leçons de chant –donnant lieu à des interprétations musicales remarquables– les deux protagonistes s’affrontent, chantent et jouent du piano tandis que peu à peu, l’Histoire s’immisce dans le récit pour s’interposer entre les personnages. La visite du jeune musicien dans un ancien camp de concentration nazi viendra le bousculer et transformer à jamais sa relation avec le professeur. À la recherche de son passé, Hoffman découvrira peu à peu celui, bien plus lourd, de Mashkan. Et c’est lors du der-

nier lied du cycle, dans lequel la partie de piano se détache de la ligne vocale pour ensuite ne faire qu’un avec elle, qu’ils trouveront un terrain d’entente, un lieu de communion et de réconciliation. À l’image des pièces de Schumann, les dialogues de Jon Marans (traduits en français par Maryse Warda) sont empreints d’ironie, oscillant toujours entre la joie et la tristesse, sous-tendant une émotion constante. La mise en scène qu’ils habitent se fait, quant à elle, classique et soutenue sans jamais trop attirer l’attention sur elle-même. Subtile et efficace, elle met en valeur les prodigieux talents d’acteur et de musicien des deux comédiens qui, manifestement, semblent taillés sur mesure pour interpréter ces deux personnages hauts en couleurs. Jean Marchand, acteur chevronné et pianiste accompli (d’ailleurs accompagnateur à l’École de musique Schulich), incarne avec finesse et profondeur un Mashkan énergique, passionné et attachant. Pour sa part, le jeune premier Émile Proulx-Cloutier surprend par sa maturité, son aplomb et sa sensibilité musicale en se glissant dans la peau du jeune virtuose impétueux. Si les comédiens offrent des performances remarquablement poignantes, on en vient tout de même à se demander si cette énième variation sur le thème de l’Holocauste peut encore trouver sa pertinence (et sa résonance) aujourd’hui. Sans doute cette partition à trois voix entrelacées –celles de l’homme, de la musique et de l’Histoire– justifie son existence et son succès en permettant au public de découvrir (ou de redécouvrir) la musique sublime, intemporelle et inquiétante de Schumann.x

Une musique inquiétante Où: Théâtre du Rideau Vert 4664 St-Denis Quand: 26 janvier au 27 février Combien: 30$ (étudiants) *Cette coproduction avec le Centre Segal sera présentée en version anglaise du 14 au 27 mars 2010 au Centre Segal des arts de la scène.

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THÉÂTRE

Jouer contre la mort Jusqu’au 13 février, L’Amour incurable rempli l’Espace libre de son univers merveilleux. Rosalie Dion-Picard Le Délit

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l y a le père (Robert Lalonde), dont le caractère autoritaire de vieux grincheux se fissure par moment, et laisse entrevoir une affection immense pour ses trois fils et leur mère décédée. Le père vieillissant ordonne à ses fils de jouer, mais de jouer sérieusement: son héritage ira à celui qui réussira une quête... Ou trois. On entre dans un univers invraisemblable et délicieux, où des mains agissent sans corps et où les chattes parlent. D’une scène à l’autre, on suit les voyages et les retours de Jean (Étienne Pilon), Jacques (Sébastien Gauthier) et Pierre (Jean Turcotte). Deux princesses à la voix d‘or, Sarah Dagenais-Hakim et Olyvia Labbé, habitent l’espace avec leurs chants et leurs danses. L’autre personnage féminin, la chatte (Annie Berthiaume) qui habite un château, est le personnage qui donne le ton merveilleux du récit. Au centre de l’intrigue, la rencontre entre Jean et la mystérieuse chatte. C’est le seul frère dont on verra les aventures: alors que les

autres racontent, avec l’aide des princesses, leurs aventures rocambolesques. Le jeune acteur sait jouer la naïveté avec subtilité, et forme un duo excellent avec Annie Berthiaume, dont la gestuelle féline mérite d’être remarquée. Robert Lalonde livre une excellente performance, en faisant du personnage grincheux du père un vieil amoureux nostalgique et terriblement attachant. Le décor, résolument moderne, est minimal et efficace. De longs poteaux font office de forêt, et trois tables sont tantôt autant de chemins, tantôt un lit. Le tout s’assemble pour créer une fable délicieuse, drôle et touchante, sur la mort, la famille, et l’amour. Avec cette production hors du commun, l’Espace Libre réaffirme sa misson d’exploration, et surtout sa polyvalence. Un spectacle qui plaira à coup sûr. x L’Amour incurable Où: Espace Libre 1945 Fullum Quand: jusqu’au 13 février Combien: 21$ (étudiants)

Pierre, le père, Jean, Jacques Gracieuseté du Théâtre les Trois Arcs

THÉÂTRE

Mieux vaut en rire La Licorne propose Au champ de Mars, une création de Pierre-Michel Tremblay dans laquelle on ose éviter de se prendre trop au sérieux. Catherine Côté-Ostiguy Le Délit

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Josée Deschênes interprète avec brio Rachel Rolline Laporte

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l ne suffit pas de quitter la guerre et de rentrer au bercail pour que la guerre, elle, vous laisse en paix. C’est ce qu’apprend malgré lui Éric, un jeune soldat qui a connu Kandahar et qui essaie tant bien que mal d’oublier ce qu’il y a vu. Guidé par sa psychiatre, il tente de se défaire de ses démons et de construire une nouvelle vie. Mais la partie ne sera pas si facilement gagnée… Ce qui étonne avec Au champ de Mars, c’est la fraîcheur avec laquelle le sujet est traité. Il n’est pas évident de faire du nouveau avec un thème mille fois ressassé, et surtout un thème aussi grave, mais c’est là que l’auteur PierreMichel Tremblay parvient à surprendre. Ce qui aurait pu donner une pièce dramatique et grave est en fait complètement transformé par l’approche humoristique avec laquelle la question est abordée. Alors que le spectateur s’attend à être assommé de clichés et à plonger dans la lourdeur d’un débat éthique, c’est tout le contraire qui se produit: Tremblay, qui donne souvent dans l’humour, choisit

judicieusement de nous faire rire plutôt que pleurer. La pièce repose d’abord et avant tout sur des personnages sympathiques, incarnés par des acteurs de talent. Si Éric (Mathieu Quesnel) peut d’abord nous paraître difficile d’approche, on finit par s’attacher à lui et à voir au-delà de son air de dur à cuire. Rachel (Josée Deschênes) est sa psychiatre, une femme au bord de la crise de nerf et de l’épuisement professionnel, qui tente tant bien que mal de briser la carapace de son jeune patient. Deux personnages déjantés viennent se mêler à l’affaire: Antoine (Justin Laramée), un musicien disjoncté et pacifiste qui donne dans «l’électro-acoustique» et Marco (David Savard), un réalisateur égocentrique qui rêve de faire un film de guerre. Ajoutez à cela le fantôme d’un sergent dur et peu sympathique qui s’obstine à hanter le subconscient d’Éric, et vous verrez se profiler un amusant chassé-croisé. Chaque comédien maîtrise son personnage à la perfection et sait s’approprier son langage, sa gestuelle et son caractère. Josée Deschênes fait sourire, Justin Laramée est irrésistiblement drô-

le, et David Savard, armé de son charisme habituel, séduit tout de suite. La mise en scène, que l’on doit à Michel Monty, est plutôt simple et traditionnelle, mais Au champ de Mars demeure assurément efficace. Il y manquerait peut-être un petit quelque chose pour que la pièce soit véritablement marquante, un je-ne-saisquoi qui la rendrait mémorable, mais ses mécanismes sont bien articulés et, entre les acteurs et le public, le courant passe. On se serait passé de la conclusion un brin moraliste sur «les blessures qui ne se voient pas», mais tout ne peut pas être que rigolade. Une fois de plus, le Théâtre de la Manufacture parvient à nous convaincre de sa pertinence et de son originalité et continue d’offrir une programmation de qualité. On ne s’attendait pas à moins. x Au champ de Mars Où: La Licorne 4559 Papineau Quand: jusqu’au 6 mars Combien: 17$ (étudiant)

Arts & Culture

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CHRONIQUE

Un Grammy pour une Granny La capsule sonore

Amélie Lemieux

Q u e l q u ’ u n p o u r r a i t- i l m’instruire et me dire qui est ce Justin

Beiber dont s’éprennent toutes les fillettes avides de MTV? À bien y penser, il ne m’est pas utile de le savoir: je ne fais pas partie de ce public cible qui revêt des fringues roses, la morve au nez, quêtant des 10$ ça et là pour se pâmer devant les derniers flops d’Hollywood. Suis-je trop vieille?  (roulement de tambours) Non. Enfin, pas aux yeux de mes géniteurs. Est-ce pour eux une conviction de rajeunissement? Sûrement. Mais le début de la vingtaine, chers lecteurs, est-ce vieux? Je refuse. Vieille ou non, je n’écouterai pas ce kid aux allures de Zac Efron (lui, je sais, malgré moi, qui il est). Je compte même m’aventurer chez un disquaire et cacher les albums de Justin Beiber derrière mes deux derniers coups de cœur, Contra de

Vampire Weekend et Battle Studies de John Mayer. Il y a maintenant près d’un siècle, lorsque je sombrais dans l’enfer de la préadolescence, ma cousine de dix ans mon aînée s’est certainement sentie comme moi face à ce gino de Justin Beiber. «Amélie, c’est quoi *NSYNC? Une association étudiante?», ou encore «All Saints, c’est un nouveau groupe gospel?». Suite à ces questions, je levais les yeux au ciel, consciente du simili-sérieux de ma cousine. Je prenais ensuite une respiration fébrile, discrète, et j’expirais de manière à ce que chaque adulte de la pièce soit surpris de m’entendre. Je brandissais ensuite ma revue aux pagesde-papier-glacé-envahies-de-posters-decollection. «Tu liras», avais-je l’habitude de lancer. Bien sûr, je ne lui passais pas ma

bible, cette revue sacrée, le fruit de mon argent de poche hebdomadaire. «Y’en vendent au dep.» Dix ans plus tard, dans sa peau, ou presque, je sais à quoi renvoie ce discours. Je vais donc rester dans mon ignorance et refuser de comprendre. P.S.: A tous ceux qui, comme moi, n’ont maintenant plus honte de leur âge, Uffie et You Say Party! We Say die! lancent un album cette semaine. À trouver dans le rayon nouveautés dans lequel Justin Beiber -croyez-moi- restera introuvable. x Tu veux savoir à quel disquaire Amélie fait allusion? Au lieu de fouiller la ville de Montréal au grand complet, écris-nous à: artsculture@delitfrancais.com

BRÈVES MUSICALES

La Roux en spectacle Émilie Bombardier Le Délit

L

e duo électro-pop britannique formé par la chanteuse et claviériste Elly Jackson et par le coécrivain et coproducteur Ben Langmaid, a fait fureur sur la scène musicale avec les titres In for the Kill et Bulletproof, pour ne nommer que ceux là. La voix quelque peu métallique de l’interprète, voilée de rythmes accrocheurs d’inspirations eighties a d’abord séduit le public anglais pour ensuite devenir une nouvelle sensation tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Évoquant grogne, amour et déceptions sur des mélodies légères et dansantes, La Roux a su s’attirer

un vaste auditoire qui rassemble autant les fans des Lady Gaga de ce monde que les adeptes d’Osheaga, auquel le groupe a participé en août dernier. Après une tournée où ils ont assuré la première partie de leur compatriote Lily Allen, le groupe, qui se flatte parfois d’être comparé aux Eurythmics, est reparti de plus belle et s’arrêtera au Métropolis le 5 février prochain pour un concert d’une simplicité efficace et assurément entraînante, comme ils savent si bien le faire. x La Roux Où: Métropolis 59 Ste-Catherine Est Quand: 5 février

Dj Ephiks, son attitude et ses platines Gracieuseté Dj Ephiks

Pow-wow Rosalie Dion-Picard Le Délit

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Gracieuseté La Roux

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our ceux qui connaissent L’Inspecteur Épingle comme une sympathique brasserie de quartier, où on trouve de la bière pas chère et une table de billard, l’événement surprend: que font DJ Naes et DJ Ephiks, deux membres de Payz Play, dans ce sympathique mais plutôt tranquille troquet du Plateau? Eh bien, c’est ainsi. Les temps changent, et l’Inspec aussi. Les soirées Powwow, une véritable tradition pour les ad-

mirateurs des deux DJs, promettent à tout coup une ambiance survoltée, une piste de danse pleine, voire même surpeuplée et beaucoup, beaucoup de bon beat. On retrouve l’heureux mélange électro-hip-pop qui fait le charme de Payz Play, et qui sans nous jeter à terre par son originalité, sait toujours faire lever les gens de leur chaise... et le party. x Pow wow Où: L’Inspecteur Épingle 4051 St-Hubert Quand: Chaque premier samedi du mois Combien: Gratuit

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CINÉMA

Mal leur en prit Dans Le Ruban Blanc, le cinéaste Michael Haneke présente le sort de villageois secoués par des crimes énigmatiques et fait ainsi appel au jugement moral du spectateur. Letizia Binda-Partensky Le Délit

A

vec Le Ruban blanc, Michael Haneke a obtenu rien de moins que sa troisième Palme d’Or à Cannes. Le jury récompense ici une démarche esthétique jamais vue chez le cinéaste viennois: un film d’époque en noir et blanc. Le neuvième film du réalisateur s’enligne néanmoins avec les thématiques morales qu’il avait déjà abordées dans ses œuvres antérieures. Plutôt que de confronter le spectateur à des problèmes éthiques contemporains –chers à celui qui fut étudiant de philosophie et de psychologie–, Haneke remonte au début du XXe siècle pour dénoncer la rigidité des dogmes protestants. Cette fois, c’est dans un village d’Allemagne du Nord que sévit le crime, là où pourtant toute dérogation est sévèrement châtiée. Mais attention: que les adeptes d’ intrigues policières s’abstiennent. Si la prémisse est similaire, le traitement du sujet va toujours à l’encontre des trames narratives prémâchées des blockbusters américains. Ce que Haneke attend de la part du public, c’est une réaction à cette gifle que le film leur assène. Dans une narration qui évite de répondre à toutes les questions qu’elle soulève, l’expérience cinématographique à laquelle Haneke nous convie va au-delà du simple divertissement pour se faire moment de réflexion. Alors que le réalisateur égrène les indices auxquels il faudra tenter d’attribuer un sens, la caméra s’infiltre dans les cellules familiales, s’ajoutant à la narration d’un instituteur qui nous rapporte les

Gracieuseté des Films du Paradoxe

faits plusieurs années plus tard. Parmi la distribution irréprochable se distingue particulièrement Burghart Klaussne qui incarne un pasteur au stoïcisme déroutant, sous la férule duquel évolue le village. Imposant ses dogmes aux adultes et enfants confondus, celui-ci noue au bras et aux cheveux de sa progéniture un ruban blanc, couleur de l’innocence, pour les garder sur le droit chemin. Cette éducation portera-t-elle ses fruits? Le monde des enfants, qui semblent se déplacer en

un clan mené par l’aînée du pasteur, reste insondable. Les huis clos entre adultes et les scènes familiales abondent. Par contre, l’interaction entre les enfants reste largement reléguée à l’imaginaire. Le public demeure sur ses gardes tandis qu’avance l’intrigue, mais le coup de théâtre dont on sait Haneke capable ne viendra pas. Il se consacre à bâtir une atmosphère écrasante, palpable: il opte à cette fin pour un montage dénué d’artifices et une trame sonore se limitant au

bruitage naturel. Le récit émerge ainsi du noir et blanc et de la narration linéaire, auxquels s’ajoutent des procédés contemporains. Pour qui serait attiré par des crimes encore plus implacables, davantage de rebondissements et un portrait de la France d’aujourd’hui, Caché (2005) est à voir d’abord.  Le spectateur doit y scruter encore davantage l’image en quête de réponses, et qui s’est déjà prêté à ce jeu saura d’autant plus apprécier l’univers lugubre du Ruban blanc.x

Bang! Bang! Lucky Luke

Un Lucky Luke incarné par Jean Dujardin qui sait bien donner vie au personnage qui tire plus vite que son ombre. Anabel Cossette Civitella Le Délit

C

urieux mélange entre le Far West sale et poussiéreux du XIXe siècle et l’Europe d’aujourd’hui, le film fait rire et glousser dans le temps qu’il faut pour dire «BANG!». Reconstituant fidèlement l’univers deMorris et Goscinny dans une toute nouvelle aventure, celui à qui l’on doit notamment Brice de Nice et Hellphone nous entraîne dans les souvenirs de Luke, expliquant le pourquoi et le comment du cowboy solitaire, et ficelant solidement sa biographie autour d’une comédie western nouveau genre. Plusieurs années après qu’il ait vu mourir ses parents, fauchés par le plus redoutable gang de l’Ouest, Lucky Luke est invité par le président des États-Unis à débarrasser Daisy Town de méchants envahisseurs empêchant la construction du chemin de fer transcontinental. Le héros prend alors un tout nouveau visage: il abat le sheriff au cours d’un duel, lui qui s’était juré de ne jamais tuer. L’histoire dégénère en une véritable remise en question

pour le cowboy qui gère la situation en abandonnant le colt pour la fourche. La belle brochette de personnagesqui se donnent la réplique tout au long de l’histoire ajoute un air de fête à l’aventure. Calamity Jane (Sylvie Testud), la mec-femme aux sentiments blessés, Jesse James (Melvil Poupaud), l’acteur qui cite maladivement Hamlet, et Billy the Kid (Michael Youn), le gamin aux canons-jouets meurtriers, apparaissent tous lorsque Lucky Luke décide de jeter les armes et de changer de vie. Fidèle à son interprétation dans OSS 117, Jean Dujardin se prête particulièrement bien au jeu. Le choix des acteurs n’aurait pu être mieux orchestré. Toutefois, la liste des personnages semble, quant à elle, étonnamment succincte. Les Indiens et les incontournables Dalton, par exemple, ont malheureusement été tenus à l’écart tandis que Jolly Jumper, le bel étalon du héros, est insuffisamment exploité malgré le fait qu’il parle. L’humour décousu et absurde du film sera peut être difficile à gérer pour un fan de la bande dessinée. Comment rire sans craindre de ternir l’image du héros autrefois sans faiblesse, quand un Lucky étonnement humain prend la vedet-

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te dans cette adaptation? Et Lucky Luke fermier, vraiment, quelle honte! Il reprend heureusement ses esprits lorsqu’il s’écrie, faisant fi de tous les tabous de langage: «Putain, c’est chiant d’être fermier!». Impossible de passer à côté de l’accent et du burlesque bien assumé qui pourront parfois irriter le puritain et le maniaque de films de cowboys bien américains. Le grand souci esthétique du réalisateur est mis de l’avant par des prises de vue magnifiques et par les couleurs frappantes de l’Ar-

gentine, où se déroulait le tournage. Le montage cohérent, les décors fidèles aux bandes dessinées, la musique et les intentions dignes des longs-métrages de Sergio Leone: voilà ce que semble être la recette du nouveau genre cinématographique concocté par le réalisateur James Hunt. Ceux qui sauront apprécier ces scènes où des méchants se menacent en troquant fusils et couteaux pour sucettes et bananes retrouveront donc avec plaisir leur héros d’enfance.x

Gracieuseté de UGC Distribution

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LE ROMAN-FEUILLETON DU DÉLIT

Flagrant délit de tendresse Catherine Renaud Le Délit Épisode 15 Résumé de l’épisode précédent: Ayant mis une fois pour toutes fin à sa relation avec Richard, Elle, suivant les conseils d’Emma, se rend à une soirée de speed dating pour se changer les idées. Elle y rencontre une jeune femme attirante qui lui fait miroiter les plaisirs de Sappho. Elle ne peut toutefois se résoudre à tourner la page sur son bel étudiant…

A

yant constaté qu’elle était toujours profondément éprise de Lui, Elle décida, tard dans la nuit après un marathon de Jersey Shore, que ce qu’il lui fallait, c’était un plan d’attaque. «Confidence and a banging body», se répétait-elle comme un mantra en faisant les cent pas dans sa chambre. Elle se mit en sous-vêtements, devant le miroir. Elle se tâta la cuisse, mince, mais un peu molle, et soupira. C’était la première fois qu’elle entrait dans le pavillon Molson et, évidemment, elle aboutit à l’aréna

plutôt qu’au Fitness Centre, où se donnait le cours de spinning auquel elle s’était inscrite en hâte le matin même. Énervée, Elle retourna brusquement sur ses pas et entra en collision avec un jeune homme qui sortait du vestiaire. Elle laissa échapper son sac de sport et, en tentant de le récupérer, s’empêtra dans son sac à main, dont le contenu se déversa sur le plancher. «I am such a klutz, sorry», marmonna-t-elle. Elle releva la tête, et ce qu’elle vit lui coupa le souffle: un corps parfaitement découpé se devinait à travers son chandail de hockey. Il avait des cheveux bruns bouclés, le physique sensuel de Pierre Lambert et les yeux tristes de Marc Gagnon. Elle n’arrivait pas à reprendre le contrôle de sa respiration alors qu’elle inhalait l’aura sexuelle qu’il dégageait. Il lui décocha un sourire à faire fondre la calotte glaciaire et lui rendit son sac de sport. - I bet you don’t come here often, dit-il. - God no, dit-elle en riant, and now I’ve missed half of my spinning class. - Well… If you’ve already

missed half of it, it wouldn’t really make sense to go all the way up there and change for a 20-minute workout, would it? Elle sourit discrètement en secouant la tête. - Would you care to join me for lunch then? Elle lui emboîta le pas, les joues enflammées. Il se trouvait au même moment dans le vestiaire, enfilant ses patins pour une heure de patinage libre entre deux cours. Ouvrant la porte, Il la vit en conversation avec un des espoirs olympiques de McGill. Il referma un peu la porte et les épia. Une vague de jalousie déferla en Lui quand Il les vit s’éloigner, le visage radieux. «Un gars de l’équipe de hockey du Canada asteure! Câlice de crisse!» Il fit plusieurs tours de patinoire, puis passa sa rage sur une série de lancers frappés, imaginant son rival devant le but. Alors qu’il patinait tranquillement en direction des vestiaires, il s’arrêta subitement et, les yeux levés vers les bannières suspendues au plafond de l’aréna, il laissa échapper un profond cri de douleur  : « DELILAAAAAAAH». x

Rosalie Dion-Picard/ Le Délit

Rosalie Dion-Picard

Élections McGill accepte présentement les trousses de nominations pour les prochaines élections!

Appel aux nominations!

La période de nominations se termine le 1er mars 2010

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Postes exécutifs de l’AÉUM Sénateurs étudiants Soumission de questions référendaires

Obtenez vos trousses de nominations en ligne à : electionsmcgill.ca Date limite : 1er mars 2010

elections@ssmu.mcgill.ca

Bureau : 405 Shatner

16Arts & Culture

Téléphone : (514) 398-6474

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