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Le seul journal francop

rs brisés depuis 1977.

éro 18 • Restaure tout sauf les cœu

di 13 février 2007 — Volume 96 Num hone de l’Université McGill • Le mar

Métro, resto, fl amenco Une sélection de sorties pour la relâche

Le cinéma québécois en vedette page 13


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Les Nouvelles reprendront leur réunion hebdomadaire le mercredi 28 février prochain à 18h chez Gert’s. Bonne relâche!

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Ciné-conférence Le jeudi 1er mars 2007 à 19 h À la Maison Théâtre

Élections du Printemps

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Elections McGill

accepte les nominations pour : _ _ _ _ _ _

Président de l’AÉUM Vice-président (Affaires universitaires) Vice-président (Communications) Vice-président (Finances) Vice-président (Externe) Vice-président (Interne)

Elections McGill accepte des pétitions pour : Première du documentaire Quand les scientifiques s'intéressent à la

spiritualité

Un film d’Isabelle Raynauld Produit par Colette Loumède

Suivi d’une conférence avec le philosophe et auteur Daniel C. Dennett sur le thème “La religion, comme phénomène naturel”. Activité gratuite organisée dans le cadre d’un partenariat entre le Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal et l’Office national du film du Canada. Réservation 514-496-6749

_ Questions référendaires initiées par des étudiants

Ramassez un dossier de nomination ou de pétition au bureau d’Elections McGill (bureau 405, édifice Shatner), ou visitez notre site web: www.electionsmcgill.ca Toute question référendaire doit être soumise au bureau d’Elections McGill au plus tard à

Les dossiers de nomination doivent être soumis au bureau d’Elections McGill au plus tard à

MIDI, le VENDREDI 16 FÉVRIER 2007.

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Éditorial

xle délit | 13 février 2007 www.delitfrancais.com

Volume 96 Numéro 18

Ressentiment linguistique campus Alexandre de Lorimier Le Délit Je vous suggère de prendre connaissance de la lettre ouverte en page 5 avant de lire cet éditorial.

J

e concède d’ores et déjà que la place des francophones à McGill est quelque peu bancale. Bien que nous vivions dans l’un des plus importants pôles de la francophonie mondiale, nous avons choisi d’étudier dans une université anglophone. La combinaison d’un parcours personnel et du choix d’une discipline nous met dans une position fragile, tant envers les francophones qu’auprès des anglophones. Nombreux sont nos amis des universités de langue française qui questionnent notre appartenance même à la société québécoise, concevant ce choix comme une déloyauté envers notre patrimoine, une trahison à la mémoire de nos ancêtres. La lettre de M. Burton (en page 5) touche une corde sensible du jeune montréalais francophone bilingue que je suis. Oui, j’admets en général passer à l’anglais lorsque mon interlocuteur semble avoir un accent. Mais ce n’est pas par égoïsme ou par snobisme, comme le prétend M. Burton. C’est à la fois un réflexe et une solution de facilité. La politesse et une certaine gêne me paraissent aussi de bonnes raisons pour cette transition. Après tout, les francophones de McGill sont en général parfaitement bilingues donc pourquoi imposer leur propre langue à leur interlocuteur? Ces traits de caractère, si québécois, m’apparaissent comme le bagage de notre histoire. Il y a trente ans, la langue anglaise

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faisait figure de maître dans la métropole. Les francophones ont, de peine et de misère, réussi à faire reconnaître leurs droits grâce à la loi 101. L’application de cette loi n’est cependant pas encore universelle et plusieurs montréalais ne parviennent toujours pas à s’exprimer en français. L’anglais est devenu une langue mondialement véhiculaire. Les jeunes Québécois veulent s’ouvrir vers le monde entier et l’apprennent donc pour communiquer avec le plus grand nombre possible. Comment dis-

tinguer, dans ce cas, cet effort d’ouverture d’un manque de patriotisme linguistique? Je comprends que la situation puisse être frustrante pour une personne en apprentissage de la langue. Ceux qui veulent pratiquer le français ne se promènent pas avec un panneau autour du cou. Quoi qu’on en pense, ils ont donc droit au même automatisme que tous les autres. Rien ne les empêche, toutefois, de demander à leur interlocuteur de continuer à parler en français. La conversation devrait alors avoir lieu sans

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encombre si, bien sûr, les deux personnes parviennent à se comprendre. Cette ambiguïté de la langue n’est pas nouvelle. Les difficultés d’une société bilingue sont nombreuses et peuvent être interprétées comme un manque d’ouverture de la part des Québécois francophones. Il est également certain que cette attitude engendre un certain laxisme chez les anglophones qui ne voient jamais la nécessité d’apprendre le français. La primauté du français, un soi-disant acquis de la Révolution tranquille, n’a jamais complètement imprégné la société montréalaise. L’apparition des nouveaux médias et l’arrivée au pouvoir d’une génération moins militante que celle des années 70 ont contribué à une régression de la langue, surtout dans la métropole. M. Burton fait toutefois fausse route lorsqu’il attaque Le Délit pour son apparent manque de compréhension. Je suis convaincu que le journal, que nous publions chaque semaine à la sueur de notre front et avec la plus grande rigueur, est un outil précieux pour ceux qui apprennent le français. Ceci étant, nous accueillons et continuerons d’accueillir avec plaisir les personnes dont le français n’est pas la langue maternelle. Nous nous attendons toutefois, à juste titre, à ce que nos collaborateurs puissent fonctionner en français sans aide. Les contraintes d’une production hebdomadaire, ainsi que les limitations de personnel inhérentes à un organisme étudiant, nous empêchent de consacrer le temps nécessaire à la formation linguistique des journalistes. Cela n’est pas notre rôle et ne l’a jamais été. x Réagissez à la lettre de M. Burton et à cet éditorial à redaction@delitfrancais.com.

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Le seul journal francophone de l’Université McGill RÉDACTION 3480 rue McTavish, bureau B•24 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6784 Télécopieur : +1 514 398-8318 redaction@delitfrancais.com Rédacteur en chef rec@delitfrancais.com Alexandre de Lorimier Chefs de pupitre–nouvelles nouvelles@delitfrancais.com Maysa Pharès Morgane Lapeyre Chefs de pupitre–arts&culture artsculture@delitfrancais.com Pierre-Olivier Brodeur Laurence Martin Rédacteur-reporter Marc-André Séguin [+ 1 poste vacant et disponible] Coordonnateur de la production production@delitfrancais.com [Poste vacant et disponible] Coordonnateur visuel visuel@delitfrancais.com Mathieu Ménard Coordonnatrice de la correction Laurence Bich-Carrière Collaboration Antoine Boudet, Vanaka Chhem-Kieth, Laurence Côté-Fournier, Catherine Côté-Ostiguy, Paul-André Gilbert, Louis Melançon, Jacob Nerenberg, Véronique Samson, Jennifer Wu Couverture Mathieu Ménard BUREAU PUBLICITAIRE 3480 rue McTavish, bureau B•26 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : +1 514 398-6790 Télécopieur : +1 514 398-8318 daily@ssmu.mcgill.ca Publicité et direction générale Boris Shedov Gérance Pierre Bouillon Photocomposition Jack Sanford The McGill Daily • www.mcgilldaily.com coordinating@mcgilldaily.com Rishi Hargovan Conseil d’administration de la Société de publication du Daily (SPD) Alexandre de Lorimier, Kelly Ebbels, Joshua Ginsberg, Rishi Hargovan, Peter Lipsombe, Erika Meere, Joël Thibert, Jefferey Wachsmuth, Aaron Wright

L’usage du masculin dans les pages du Délit vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire.

Y s’les gèlent pour l’dégel: la manif

Femmes musulmanes: Vieux Farka Touré: à Musique ludique et dévoilez votre CV malin, Malien demi classique: c’est chic!

Le Délit fait relâche jusqu’au mardi 27 février prochain. Ne vous perdez pas dans vos lectures.

Le Délit (ISSN 1192-4609) est publié la plupart des mardis par la Société de publication du Daily (SPD). Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et d’illustrations dont les droits avant été auparavent réservés, incluant les articles de la CUP). Les opinions exprimées dans ces pages ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université McGill. L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal. Imprimé sur du papier recyclé format tabloïde par Imprimerie Quebecor, Saint-Jean-sur-le-Richelieu (Québec). Le Délit est membre fondateur de la Canadian University Press (CUP) et du Carrefour international de la presse universitaire francophone (CIPUF).

www.delitfrancais.com redaction@delitfrancais.com


délit | 13 février 2007 04 xle www.delitfrancais.com

Brèves bêtises Une annonce de MasterCard Très populaires aux Émirats arabes unis, les courses de chameaux génèrent une forte demande pour ces camélidés, dont le prix atteint parfois les centaines de milliers de dollars. Si un chameau de course a été acheté pour 680 000 dollars lors d’une vente aux enchères, une chamelle ayant reçu le titre de championne dans ce sport national aurait pu être acquise par un ressortissant des Émirats pour la somme de 350 000 riyals, soit près d’un million de dollars. Le propriétaire de cette chamelle, un cheikh d’une province au sud-est de Mascate du nom de Abdallah ben Nasser Al-Hachemi, a en effet décliné cette offre et préféré garder sa belle qui, pour lui, n’a pas de prix.(TV5/AFP)

Quel cochon-tirelire! Le gouvernement norvégien va donner 5 millions$ pour la construction d’un coffre-fort géant installé à même la paroi d’une montagne sur une île dans le cercle polaire. Le coffre accueillera une banque de semences de toutes les espèces végétales cultivées. Le Fond pour la diversité globale, dont la mission est de «préserver la diversité agricole pour assurer la sécurité alimentaire de la planète», veut s’assurer que les semences seront préservées s’il advenait un événement catastrophique telle une montée subite des océans ou une guerre nucléaire. Le coffre opérera avec le minimum d’intervention

Sans sucre ajouté Maysa Pharès

humaine. À vous maintenant de trouver l’ironie de ce coûteux herbier. (BBC).

Bistouri et inflation La chirurgie plastique est si populaire en Espagne qu’elle devient, à en croire les économistes, une composante essentielle du panier d’épicerie moyen de ses citoyens. Avec l’homéopathie et les cures d’amincissement, la chirurgie esthétique sera bientôt ajoutée aux calculs mensuels de l’inflation. Les rhinoplasties, les abdominoplasties et les produits amincissants viendront ainsi rejoindre l’électricité et l’immobilier dans l’indice d’inflation. L’Espagne est un des plus grands marchés de chirurgie plastique du monde, avec les entreprises locales offrant des consultations sans rendez-vous et des crédits de paiement. (Reuters)

La plus belle histoire d’amour Un couple chinois a remporté le prix de la plus belle histoire d’amour du pays. L’homme, un septuagénaire, aurait taillé de ses propres mains plus de 6000 marches pour permettre à sa femme de 80 ans de gravir une montagne. Pour récompenser cette prouesse, les autorités locales ont décidé de relier au réseau électrique la grotte dans laquelle le couple vit depuis 50 ans. (courrierinternational.com)

Controverses Citation de En trois la semaine vitesses «Si je menais les opérations d’AlQaïda en Irak, [...] je prierais très fort pour que Barack Obama et les démocrates emportent l’élection.» Voilà ce que le premier ministre australien John Howard pense du candidat à l’investiture démocrate Barack Obama. Du moins, c’est avec cette «rhétorique de cowboy» qu’il a critiqué l’appui d’Obama à la proposition de retrait des troupes américains en Irak lors d’une entrevue accordée à la télévision australienne. (BBC/ Times)

L’ATTENTE Ce n’est pas exactement une bonne nouvelle, mais les listes d’attente dans le système de santé entier, particulièrement en matière de chirurgie, ne cessent de s’allonger. En conférence nationale, quelques ministres provinciaux ont souligné que le parti conservateur avait promis «une garantie nationale d’accès à des soins en temps opportun». Oui, mais pas nécessaire pour le premier mandat, a répliqué le ministre fédéral de la santé Tony Clement. Foutez vos cagoules, mes amis. (SRC/AP).

Au neutre

Laisse mon prophète tranquille

IL EST BIEN DES CAUSES qui méritent que l’on aille se geler les miches en brandissant fièrement des pancartes bariolées. En voici une. À l’heure ou nous défilions, engourdis et frileux, dans les rues un peu crasseuses de notre fraîche métropole pour –douce ironie– le «gel» des frais, il s’ouvrait à Paris un procès dont la portée réfrigérante devrait également faire réfléchir la jeunesse, et peu- être même lui faire baisser ses pantalons par moins trente degrés. Le 7 février, donc, l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo se faisait titiller la verve au tribunal correctionnel de Paris pour avoir publié en 2006 des caricatures représentant le prophète Mahomet. L’un des dessins avait pour auteur le Cabu national. Les autres étaient extraits de la série non moins fameuse des «caricatures danoises». L’affaire, vous ne le savez que trop, avait soulevé un tollé à l’époque, faisant pousser les hauts cris aux organisations musulmanes un peu partout et baver l’encre médiatique jusqu’en nos contrées lointaines. Le Danemark en a, pour le coup, pris pour son grade, passant pour un bastion de fascistes en puissance, après avoir été celui du saumon fumé (enfin, pour moi). Le rédacteur en chef du journal France-Soir avait quant à lui été bravement mis à la porte pour avoir reproduit la série dans ses pages. Quant aux actionnaires de Charlie Hebdo, ils tremblaient du portefeuille en apprenant que leur publication ferait la même chose.

En hausse

Et pour cause, ni une ni deux, la Grande Mosquée de Paris et l’Union des organisations islamiques de France ont sauté sur l’occasion, jugeant opportun de poursuivre en justice, ce qu’ils savent très bien faire, notre hebdomadaire Charlie. Le journal, en la personne de son rédacteur en chef Philippe Val –personnage du reste peu sympathique–, risque aujourd’hui une amende de plus de vingt mille euros et six mois de prison. Le tribunal a pourtant déclaré la relaxe du journal et la décision sera rendue le 15 mars. L’accusation? Injure à l’Islam et incitation à la haine raciale. Rien de moins. Certes me direz-vous, dessiner le prophète avec une bombe dans le turban n’est pas d’une finesse à toute épreuve. Pas plus que de le dépeindre, comme le fit Cabu, «débordé par les intégristes» et s’écriant «C’est dur d’être aimé par des cons». Reste que l’attaque visait clairement le terrorisme pratiqué au nom de l’Islam et non l’ensemble des musulmans. Il fallait être mal luné pour ne pas le saisir, et aucun lecteur, quelle que soit sa confession, ne l’était. Comme tout travail d’écriture et d’information, les caricatures s’adressent à l’intelligence du lecteur, pas à son racisme primaire. Dans cet exercice difficile où, en se moquant, on prend le risque du mauvais goût et de la diffamation, la religion est un sujet délicat. La religion musulmane l’est d’autant plus en France où elle compte en ses rangs une considérable portion de la population. Mais la religion n’est pas immunisée

contre les critiques. Elle ne doit pas l’être. La liberté d’expression ne veut pas dire la négligence. Cela dit, qu’on le veuille ou non, le trait sera toujours grossier, par définition. S’en offusquer, c’est oublier que les gens ne sont pas des cons. Reprocher à une publication d’avoir fait passer un message erroné, c’est nier au lectorat l’esprit critique dont toute démocratie devrait être garante. Le procès qui s’est déroulé témoigne à cet égard d’une inquiétant démarche. Après tout, le premier politicien a avoir apporté son soutien au journal n’est autre que le fiévreux Nicolas Sarkozy qui, pourtant, après son élection à la tête du plus grand parti de droite français, s’était fait dépeindre par Cabu dans une position si peu flatteuse que même ma liberté d’expression rechigne à vous la décrire en ces lignes.

HÉROUXVILLE D’accord, sept, huit ou neuf (ça dépend de votre source d’information matinale) femmes musulmanes voilées sont débarquées à Hérouxville et ont discuté avec les habitants qui ont fait preuve d’une maladresse timide et touchante dans leur ouverture («belles de même, m’a les marier»). N’empêche, le conseiller Drouin a décidé que visite culturelle ou pas, il le garderait en place son code de vie. (SRC/LaPresse)

En baisse

L’IMPÉRIALISME DE MONTRÉAL C’est la faute à la métropole si le Bloc québécois a perdu des plumes aux dernières élections. En effet, la concentration médiatique dans l’île a eu l’effet pervers de faire croire au Bloc que le Québec entier n’était qu’un immense plateau Mont-Royal. C’est du moins la conclusion de Ni mystère, ni énigme, un rapport de la vice-présidence nationale du BQ, Hélène Alarie. C’est pas gentil pour les Beaucerons qui recyclent, ça. (La Presse)


Controverses

xle délit | 13 février 2007 www.delitfrancais.com

En français, s’il vous plait lettre ouverte

I

l y a presque un mois, j’ai gagné un concours du Délit et à l’heure convenue, je me suis rendu au bureau pour récupérer mon prix. Un membre de l’équipe du journal était là, alors je me suis expliqué en français. Bien que l’anglais soit ma première langue et que j’aie bien sûr un accent, mon français est au moins compréhensible. Après quelques échanges, mon interlocutrice a commencé à me parler en anglais. J’ai essayé encore une fois de continuer notre conversation en français, mais elle a persisté. Et ce, au bureau du seul journal francophone de l’université McGill. Cette scène se passe à tous les jours à Montréal. Les francophones de cette capitale de la francophonie nord-américaine refusent de laisser les autres pratiquer leur français. Ils préfèrent conduire les affaires en anglais s’ils remarquent même le plus petit indice d’un accent. D’origine américaine, j’ai appris le français par mes propres moyens et je me retrouve souvent confronté à des situations semblables à celle que je viens de décrire. En fin de compte, je voulais dire à ce membre du Délit qu’elle incarne parfaitement la raison pour laquelle je ne travaillerai jamais pour son journal. On sait que Le Délit est toujours à court de personnel, mais malgré mon expérience journalistique et mon désir de participer, les pages du Délit ne porteront jamais mon nom dans la colonne grise à la page trois. Le traitement que j’y ai reçu là m’a convaincu que les personnes

en apprentissage du français ne sont pas les bienvenues. Malgré cela, je n’ai pas complètement perdu espoir par rapport à la ville. Le problème de l’interaction entre les francophones et les apprenants est grave et peu compris. Pourquoi les Montréalais agissent-il ainsi ? La raison qu’on m’a donné, c’est la politesse. Certains disent que les Montréalais, généralement bilingues, ne veulent pas incommoder les étrangers et les anglophones, alors c’est plus simple de parler en anglais; ça rend les choses beaucoup plus faciles. C’est peut-être vrai que c’est plus efficace, mais à quel prix ? En fait, ce changement de langue est tout simplement impoli. Normalement, la personne qui lance une conversation choisit la langue; changer pour l’anglais si votre interlocuteur l’a commencée en français équivaut à dire: «Votre français ne suffit pas; je ne veux pas gaspiller mon temps en vous aidant, alors changeons de langue.» C’est une gifle. Qui plus est, cette impolitesse implique aussi de la paresse. Les francophones, en général, ont une meilleure maîtrise de l’anglais que les anglophones en français. Mais les francophones se trouvent être entourés par des anglophones, à deux pas du plus grand pays du monde anglo-saxon. L’apprentissage de l’anglais devient bien plus facile si on voit cette langue de tous les côtés. Mais les anglophones qui veulent améliorer leur français ont besoin d’un environnement francophone. Bonne chance s’ils viennent à Montréal, la deuxième ville de la francophonie et la moins accueillante pour les

La réunion hebdomadaire de la section Arts&culture n’aura pas lieu cette semaine. Rendez-vous le mardi 27 février prochain dans le local du Délit.

apprenants. La tendance des francophones à nous parler en anglais met leur langue en péril. Elle diminue les chances du français d’étendre son influence. Ici à Montréal, la langue française n’est pas la langue internationale qu’elle est en Afrique ou en Europe, mais plutôt le code secret d’une élite née et éduquée dans un foyer francophone. C’est un outil pour l’exclusion. Et ces actions mettent en danger les bienfaits de la Révolution tranquille. Les Québécois du passé ont lutté afin que la vie quotidienne des Québécois, nouveaux arrivés ou de souche, puisse se dérouler en français. Les lois linguistiques, bien que controversées, sont des grandes réussites des années 60 et 70, mais on risque de les oublier, et ce faisant, de les perdre. J’admets que ce risque est une hypothèse un peu tirée par les cheveux. Mais il n’en demeure pas moins que cela soulève un problème plus contemporain: l’internationalisme. Les citoyens de Montréal sont fiers de la diversité des cultures dans leur ville. Est-ce que cet internationalisme doit être semblable à celui qu’on voit à Londres, à New York, à Boston ou à Sydney, tout en anglais ? Ou est-ce que Montréal se présente comme une alternative au monde anglo-saxon ? Les actions des francophones ici limitent la langue française à l’outil d’une in-crowd, et cette désignation-là ne vaut pas le français. Il fut une époque à laquelle les artistes, les diplomates et les hommes d’affaires parlaient tous la langue de Molière, dans une grande partie du monde. Et, même affaiblie par

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l’hégémonie de l’anglais, la langue française peut conserver sa fierté passée. Cette langue se parle dans un petit coin de l’Amérique du Sud et dans les jungles de l’Afrique, elle donne la parole aux pensées des vieillards au Viêt-Nam et des plus petits enfants en Suisse. C’est une langue vivante et moderne qui a tant à offrir au monde contemporain. Mais les Montréalais ne veulent pas partager leur français. Comme l’enfant égoïste, les francophones de cette ville gardent la langue chez eux, craintifs que quelqu’un ne puisse maîtriser leur trésor. Mais une langue est un trésor du meilleur genre, celui qui peut se partager sans perdre sa richesse. Il ne faut pas la restreindre aux gens de souche francophone. Si les Montréalais veulent non seulement sauver leur langue de l’anglais mais aussi la laisser s’épanouir, il faut un esprit ouvert aux nouveaux locuteurs et un peu de patience afin de les aider. Montréal resplendit d’une culture unique et d’une vivacité incomparable. Mais la ville demeure inaccessible à ceux et celles qui veulent s’immerger dans le français. Pourquoi ? Elle doit accueillir et encourager ceux qui veulent partager sa langue et sa culture, car c’est avec leur aide que le français étendra son influence. Avec une langue à ce point pleine d’histoire, de culture, de vie, pourquoi être égoïste? Allez, ce n’est pas difficile. Partageons-la. — William Burton

Le Délit est à la recherche de contributions pour un dossier conjoint avec le McGill Daily sur . Envoyez vos idées et vos commentaires à redaction @delitfrancais.com.


délit | 13 février 2007 06 xle www.delitfrancais.com

Nouvelles

Unis contre le dégel! Près d’un millier d’étudiants surchauffés ont bravé un froid glacial pour s’opposer au dégel des frais de scolarité. campus Vanaka Chhem-Kieth Le Délit

C’

est dans l’optique d’empêcher un éventuel dégel des frais de scolarité, éviter une éducation à deux vitesses et permettre aux étudiants de familles défavorisées d’avoir accès à l’université que la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCÉÉ) a organisée sa journée d’Action pancanadienne. À McGill, un rassemblement était prévu au pied des portes Roddick ce mercredi 7 février. À peine le temps pour la centaine de mcgilloises et mcgillois de

Un manifestant enthousiaste est bien prêt à jouer du porte-voix pour faire valoir son opposition au dégel. Mathieu Ménard/Le Délit

sortir les pancartes, de faire quelques pas de danse au rythme des battements de tambours, histoire de se dégourdir les membres, que la petite troupe se mettait déjà en marche. Direction: le bureau du premier ministre Jean Charest de l’avenue McGill College, situé à

quelques enjambées du lieu de rendez-vous. Des étudiants de Concordia, de l’UQÀM, ainsi que de divers cégeps comme Dawson, Rosemont, Ahunstic ou le Vieux-Montréal, sont venus grossir les rangs. La fanfare de tambours donnait la

mesure et une poignée d’étudiants improvisaient quelques chorégraphies dans un style plutôt postmoderne. Au même moment, deux ou trois de leurs collègues avaient enlevé leur pantalon, une manière originale de protester contre le dégel des frais.

Après un premier échauffement au pied des bureaux de Jean Charest, le cortège des manifestants s’est dirigé vers les hauteurs du campus et le pavillon d’administration James, qui abrite les quartiers de la rectrice, Heather Munroe-Blum. Quelques slogans ont été scandés: «Étudiants unis, nous ne seront jamais vaincus!», «L’éducation est un droit, défiez-nous et nous lutterons! », ou encore le classique «So-so-so-solidarité». Le groupe est ensuite redescendu vers l’avenue McGill College pour une dernière démonstration, avant de se disperser vers 15h. En quelques minutes, la foule de manifestants avait laissé place à un vide glacial de février, quelques-uns s’étant précipités vers les cafés les plus proches, histoire de se réchauffer un peu, d’autres ayant pris la direction du métro. Les poubelles laissaient dépasser des bâtons de bois, vestiges des pancartes de la mobilisation étudiante. On retiendra de ce 7 février, la volonté inébranlable de la position étudiante d’empêcher le dégel des frais de scolarité et leur désir d’une éducation accessible pour tous. Une lutte à suivre. x

Les faits des frais de scolarité

Le gel des frais, le pourquoi du comment.

annonce par le gouvernement provincial d’opérer, dans l’hypothèse d’un prochain mandat, un retour sur sa promesse de maintenir le gel des frais de scolarité des étudiants québécois et les demandes répétées des recteurs d’universités auprès de la commission parlementaire de l’éducation de financer plus amplement l’éducation post-secondaire, ont sonné l’alarme des dirigeants et militants étudiants. C’était dans la perspective de maintenir coûte que coûte le gel des frais que des étudiants ont manifesté dans les rues des grandes villes canadiennes le 7 février dernier.

frisant les 85 millions$ pour l’exercice 2006 d’après Statistique Canada. Un bien piètre résultat comparé aux 56 millions$ de profit du voisin ontarien ou aux 98 millions$ des établissements albertains pour la même période. Jusque-là, pour ce qui est de résoudre le problème du manque à gagner québécois, les masses étudiantes et les gourous de l’éducation n’étaient pas en désaccord. Les affaires se sont corsées lorsque le projet du dégel des frais de scolarité, mis en place au Québec depuis près de treize ans, a été mis de l’avant par les recteurs des établissements universitaires de la province pour combler ce déficit. Le récent discours de Heather MunroeBlum devant l’Assemblée nationale se voulait largement alarmiste. La rectrice y mettait en garde son auditoire contre une «détérioration de la qualité de l’éducation» et réclamait une remise à niveau des frais de scolarité au Québec à la hauteur de la moyenne canadienne dans les trois ans à venir.

La petite histoire Ces dernières années, les recteurs des universités québécoises sont montés au front pour réclamer des fonds afin de combler le sous-financement des institutions postsecondaires de la Belle Province. Chiffres à l’appui, personne ne saurait les contredire. Le Québec est en effet le mauvais élève canadien, avec un déficit budgétaire

Réactions étudiantes Ses propos ont profondément indigné une partie considérable de la population étudiante de McGill et fini de mettre le feu aux poudres. Interrogé lors de la manifestation de mardi dernier, le porte-parole du Groupe d’action pour la sensibilisation du pouvoir étudiant (GRASPé),Fred Burrill, a discrédité les paroles de Munroe-Blum, affirmant que

campus Vanaka Chhem-Kieth Le Délit

L’

«son discours n’est pas légitime, car elle ne désire pas réellement une éducation accessible». Le point de vue de l’association militante est relayé par l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM). Son président Aaron Donny-Clark assure que prôner l’augmentation des frais de scolarité comme moyen de combler le sous-financement de l’éducation «n’a rien à faire avec la réalité historique car bon nombre de juridictions, particulièrement le Québec, n’ont jamais eu de problème de financement de l’éducation postsecondaire». D’après lui, le manque à gagner serait «une cause directe des coupes dans les [rétributions] fédérales». Les étudiants campent donc sur leur position, malgré les promesses de la rectrice de réinvestir 30 p.cent d’une éventuelle hausse des frais de scolarité dans les bourses et autres aides financières. L’initiative, selon elle, bénéficierait à la classe étudiante la plus désavantagée financièrement. Un concept dénoncé par le président de l’AÉUM, qui qualifie d’irrationnel le fait que l’aide financière soit financée par les frais de scolarité. Le porte-parole de GRASPé affirme quant à lui que «les provinces et les universités n’ont jamais tenu leurs promesses d’augmenter les frais étudiants et les bourses en même temps».

rer l’accessibilité de l’éducation. Le matin du 7, la presse annonçait que la commission jeunesse du parti Libéral travaillait à une proposition en faveur du dégel. Le même jour Stéphanie Gibeau, présidente de l’Association étudiante de l’école des sciences de la gestion de l’UQÀM (AÉÉSEG), expliquait en entrevue radiophonique la position de son association en faveur d’une indexation des frais. Gibeau a déclaré au Délit vouloir «nuancer». Il n’est en effet pas question d’un dégel sans limites. «Le but, livre-t-elle, n’est pas de rejoindre la moyenne canadienne, mais d’opérer une indexation sur le coût de la vie.» Elle préconise donc qu’un dégel soit prévu dans les limites d’une loi-cadre réglementant les frais de scolarité afin que les universités arrêtent d’augmenter les frais afférents. Cette vision est partagée au sein de la communauté étudiante, comme pour le Regroupement étudiant des facultés d’administration de l’est du Canada. Le mot d’ordre reste la réciprocité. Car s’il est nécessaire, comme l’exprime Stéphanie Gibeau, que les étudiants fassent leur part du travail, «il est impensable que les étudiants contribuent plus si le gouvernement aussi ne contribue pas plus.» x

Étudiants contre le gel Reste que la jeunesse n’est pas unanime sur la manière la plus souhaitable d’amélio-

— avec la collaboration de Maysa Pharès


délit | 13 février 2007 10 xle www.delitfrancais.com

xle délit | 13 février 2007 www.delitfrancais.com Sala Rosa/Casa del Popolo

Laurier

4848 boul. Saint-Laurent Tél.: 514-284-0122 - casadelpopolo.com

Seul musée consacré à l’architecture et au design urbain au pays, le Centre canadien d’architecture abrite régulièrement des expositions à l’avant-garde de ces arts qui définissent notre environnement de tous les jours. Agencement de l’ancien et du moderne, le bâtiment du CCA est une merveille en soi. Et la librairie est une des mieux garnies dans le domaine. À visiter!

Centre Clark

Le petit Medley

6206 rue Saint-Hubert Tél.: 514-271-7887 - lepetitmedley.ca

Musée McCord

690 rue Sherbrooke O. Tél.: 514-398-7100 musee-mccord.qc.ca

Les soirées Entre le Rouge et le Noir (5$), les lundis, sont l’équivalent musical de la boîte de chocolats de Forrest Gump: on ne sait jamais si l’on va tomber sur des jeunes loups de la relève ou sur des vieux blasés de la chanson. La qualité est extrêmement variable, mais le divertissement (hôte surprenant aidant) est garanti.

McGill

Le Musée McCord fait partie de ces établissements qui sont trop près du campus pour qu’on leur prête attention. Les expositions permettent d’apercevoir Montréal sur un autre angle ou d’en connaître plus sur la culture québécoise et amérindienne. La carte étudiante permet d’obtenir un prix plus avantageux.

Côte-desNeiges

McGill

3505, rue Durocher, coin Milton Tél.: 514-285-2157 - balletdivertimento.com

Vendôme

Que vous cherchiez à apprendre le ballet jazz ou le flamenco, à bougez votre ventre en baladi ou à monter sur des pointes, l’école de danse Divertimento vous concerne. Son corps professoral est très réputé, de même que la qualité des classes qu’elle propose. Le seul hic: le prix des cours est élevé et il n’existe pas de prix étudiant malheureusement !

Médiathèque du Musée d’art Place contemporain de Montréal des Arts 185 rue Sainte-Catherine O. Tél.: 514-847-6906 - media.macm.org

Beaubien

Rosemont

Depuis 1987, ce disquaire indépendant offre dans un fouillis ordonné toute musique qui ne se retrouve pas dans les grands magasins. Perdus? Jetez un coup d’œil à la liste des meilleurs disques établie par chaque vendeur. L’Oblique, c’est aussi l’endroit exclusif où se retrouveront les billets de concert de ces artistes un peu moins connus mais toujours à connaître.

Si le musée est bien connu, la médiathèque du MACM semble réservée aux initiés. Accessible du mardi au vendredi, ce centre de documentation possède une collection impressionnante de bouquins et de microfiches sur les phénomènes artistiques d’hier et d’aujourd’hui. Un endroit excellent pour mener des recherches ou pour assouvir sa curiosité.

1195 boul. Saint-Laurent Tél.: 514-844-2033 - sat.qc.ca

St-Laurent

Si le musée est bien contenu, la médiathèque du MACM semble réservée aux initiés. Accessible du mardi au vendredi, ce centre de documentation possède une collection impressionnante de bouquins et de microfiches sur les phénomènes artistiques d’hier et d’aujourd’hui. Un endroit excellent pour mener des recherches ou pour assouvir sa curiosité.

Sherbrooke

Be

1390 rue Sherbrooke O. Tél.: 514-285-1600 mbam.qc.ca/fr/services/boutique.html

Atwater

Guy-Concordia

Peel

Square Victoria

Musée Redpath

845 rue Sherbrooke O. Tél.: 514-398-4086 - mcgill.ca/redpath/ Au nombre de fois où votre kulturkalendar favori vous envoie écouter les conférences qui sont données dans son auditorium, il est honteux que vous n’y ayez pas encore mis les pieds (même si les marches étaient en rénovation cet été). La prochaine fois que vous aurez un gros trou laid dans votre horaire et pas d’examen de mi-session pour lequel étudier, passez voir les collections offertes par ce musée d’histoire naturelle: minerais (lire: gros diamants), merveilles paléontologiques (lire: fossiles) et artefacts ethnologiques (lire: beaux masques africains). Soyez scientifiquement curieux!

McGill

PdA Placed’Armes

118 rue Saint-Pierre Tél.: 514-845-6108 - museemafortin.org

Pour un prix modique (tarif étudiant de 3$), ce musée ouvert du mardi au dimanche permet de découvrir l’un des plus importants peintres de la modernité artistique au Québec. Au menu: arbres surnaturels et condamnation de la ville avec des traits expressionnistes. En prime, le musée organise des expositions temporaires sur des thématiques locales.

Place

Que l’on soit néophyte ou expert, le magasin de musique Steve’s, véritable institution, a quelque chose de sympathique. L’immense panoplie d’instruments (des guitares à perte de vue, assez de violons pour créer quelques ensembles de musique de chambre) et les performances spontanées, tandis que les musiciens mettent à l’épreuve les instruments permet de réjouir autant l’ouïe que la vue.

Sherbrooke

Pour les amateurs de musique, BeatNick est un incontournable. Spécialisée dans les disques vinyles, cette boutique, située au 3770 St-Denis, offre à ses visiteurs un choix impressionnant d’albums de toutes sortes. À des prix raisonnables, les propriétaires d’une table tournante pourront donc se procurer les titres qui manquent à leur collection.

Tél.: 514-987-3395 - centrededesign.com

Beaudry

Papineau

Champ-

de-Mars 350 rue St-Paul E. Tél.: 514-872-7730 - marchebonsecours.qc.ca d’Armes 51 rue Saint-Antoine O. Tél.: 514-878-2216 - stevesmusic.com

Sherbrooke

La rue Saint-Denis est, entre MontRoyal et Sainte-Catherine, le quartier des librairies usagées. Mona Lisait se démarque du nombre par l’éventail varié que la boutique propose, autant pour ce qui est de la fiction populaire que pour les livres un peu plus rares.

Champ-deMars

Magasin de musique Steve’s

Chez Beat Nick

Centre de design de l’UQÀM BerriUQAM 1440 rue Sanguinet

Marché Bonsecours Musée Marc-Aurèle-Fortin

2054 rue Saint-Denis Tél.: 514-849-09

SaintLaurent

Square Victoria

Caché dans le Mile-End (tout près des bureaux d’Ubisoft!), ce centre d’artistes organise une variété d’expositions de créateurs actuels ou de la relève artistique. Dessin, peinture, photographie, vidéo, performance – l’espace de la galerie est modeste mais tous les médiums sont possibles. Entrée gratuite, ouverture du mardi au samedi.

3770 rue Saint-Denis Tél.: 514-842-6944 - beatnickmusic.com

Mont-Royal

Société des arts technologiques

Boutique du musée des Beaux-arts

McGill

MontRoyal

4333 rue Rivard Tél.: 514-499-1323

Librairie Mona lisait

Peel

On aurait pu choisir celle du musée d’art contemporain ou celle du musée Pointe-à-Callières mais c’est la boutique du MBAM qui est la plus grande. Ce n’est pas donné, mais on y trouve des beaux livres, lourds des œuvres d’art qui y sont reproduites, des catalogues d’exposition ( du Louvres, du Guggenheim, du British Museum), des reproductions, une belle collection d’affiches, des bijoux signés par des créateurs d’ici ou importés de Taxco, des vases en verre de Murano, des accessoires de cuisine, des jeux pour enfants, des cravates et des foulards «artistiques» et de nombreux gogosses esthétiques. En bref, un joyeux bric-à-brac sur le thème de l’Art.

L’oblique disquaire

Laurier

Ballet Divertimento

Rosemont

5455 av. de Gaspé Tél.: 514-288-4972 - clarkplaza.org

JeanTalon

Snowdon

Villa-Maria

n

Un des plus célèbres clubs vidéos de répertoire de la ville, Vidéo Beaubien posséde une très vaste sélection de courts et de longs métrages de toutes les époques et de tous les pays.

Située dans le tranquille quartier NotreDame-de-Grâce, cette brûlerie est reconnue pour ses cafés biologiques et équitables. Le Shaïka accueille la Galerie V où sont exposées des œuvres méconnues de partout dans le monde. Aussi, à 21h la plupart des soirs de semaine, les lumières se tamisent et une partie du café se transforme en scène pour des musiciens blues et folk.

Côte-SainteCatherine Centre canadien d’architecture 1920 rue Baille GuyTél.: 514-939-7026 - cca.qc.ca Concordia

Vendôme

5526 rue Sherbrooke O. Tél.: 514-482-3898 - shaikacafe.com

UQ AM

Bâti en 1899 dans le plus pur style néoTudor, il passe au feu. Rebâti en 1924, il affiche depuis fièrement ses arcs surbaissés, ses tours crénelées, ses oriels et ses fenêtres à meneaux de pierre. Audelà de l’intérêt architectural de l’édifice (que l’on pourra creuser dans la collection de livres d’art de la bibliothèque de Westmount, adjacente), il renferme une galerie d’art aux expositions variées (du projet communautaire au photographies de guerre), une grande salle (qui accueille concerts, danses et conférences), une serre exotique et jouxte le parc Westmount.

Shäika Café

Métro, expo, flamenco

Je a

Vendôme

4626 rue Sherbrooke O. Tél.: 514-989-5226 - westmount.org

Beaubien

750 rue Beaubien E. Tél.: 514-273-6428

rri -

Victoria Hall

nTa lo

Vidéo Beaubien

Cette salle historique, associée à la Casa del Popolo, est un melting-pot où se côtoient d’un soir à l’autre des concerts de musique, des spectacles de danse, des soirées de poésie, des visionnement de films, enfin rien de conventionnel pour représenter ce coin multiculturel de la ville.

07

Le site du métro Champ-de-Mars est simplement propice à la photo et (au cas où vous n’auriez pas eu la joie de faire un rallye dans le Vieux-Port dans le cadre de votre cours d’histoire Canada-Québec de 4e secondaire) à l’histoire. Mais plus que la maison du Calvet ou la gare-hôtel Viger, le château Ramezay et l’hôtel de ville, c’est le marché Bonsecours qui retient notre attention: expositions et galeries sont de la partie, mais également boutiques de métier d’art, une salle de bal et un restaurant thématique!

Après tout, le Centre de design, né en 1981, s’est donné pour mission d’illustrer «les tendances, historiques et actuelles, dans les domaines du design graphique, industriel, urbain, de l’architecture et de la mode». Cela signifie autant faire appel à des expositions prestigieuses que laisser place à la relève (le centre expose longuement les créations des finissants de divers programmes ou des lauréats de divers concours). L’expo du moment est une rétrospective des moments forts du design graphique québécois, à partir du magazine Grafika, référence en art graphique au Québec.

L’écomusée du fier monde

Berri-

UQAM 2050 rue Amherst Tél.: 514-528-8444 - ecomusee.qc.ca L’écomusée du fier monde propose une collection d’artéfacts rappelant l’histoire industrielle de Montréal. Centre-sud, le quartier dans lequel le musée est situé, était en effet le cœur de l’activité industrielle dans la métropole. Ne manquez pas également le bâtiment lui-même, un ancien bain rénové en 1995 par Felice Vaccaro pour abriter les collections du Fier monde.


délit | 13 février 2007 08 xle www.delitfrancais.com

Cracovie

Côte-desNeiges

5349 rue Gatineau Tél.: 514-731-3388

Quartier perse

En plus d’une claire homonymie avec votre journal préféré, le Déli Snowdon offre un charme d’un autre âge (fondé en 1946!) sans avoir à faire la file de chez Schwartz et en offrant un peu plus d’intimité (mais je soupçonne les serveuses d’écornifler). Smoked meat, pastrami, cherry coke et compagnie vous seront servis, «here you go honey» en sus. Attention, le restaurant est fermé pendant le Sabbat, allez-y tôt les vendredis soir d’hiver (genre avant votre séance au cinéma Dollar admission), de risque de vous heurter à une porte close.

Bien sûr, il y a Isakaya sur Du Parc, Bleu caramel sur le Plateau, le et encore Kaïzen, Zenya, Mikado. Mais il y le MoushiSushi, un all-you-can-eat où le concept est celui d’un combat avec des rounds de sushis. Les combinaisons sont inégales (choisissez des makis et apportez votre saké, ça fera passer les cornets bang-bang), mais le spécial le mardi soir et le patron qui se plaît à vous expliquer que «moushi» signifie «client trop soûl pour finir son assiette» sont une attraction en eux-

Pub McCarold

Copoli

5181 boul. de Maisonneuve Tél.: 514-483-0000

Vendôme

À ceux qui reconnaissent la supériorité de Dilalo sur Dic Ann’s, qui ne craignent pas de venir chercher leur hamburger bien juteux dans un lieu étroit qui ne paie guère de mine et qui estiment qu’un hamburger tellement gros qu’on doit le servir coupé en quatre vaut mieux qu’un hambourgeois de foie gras, nous n’avons qu’une enseigne à suggérer: Copoli, autoproclamée maison des «plus gros et plus délicieux burgers à Montréal». Ils n’ont pas tout à fait tort.

Côte-SainteCatherine

Côte-desNeiges

Snowdon

Villa-Maria

Vendôme

Guy-Concordia

Peel

Vendôme

Commandez tranquillement un barbecue coréen (la viande est très tendre), des bibimpa, du kim chi incendiaires, des nouilles udons ou des teriyakis. En attendant votre plat –qui peut arriver très rapidement ou se hâter lentement selon l’achalandage de ce resto petit mais fréquenté où les amis de la maison défilent à une vitesse folle–, la maison vous offre soupe miso, salade et diverses entrées (qui seront également vos accompagnements). Si vous désirez des précisions qui dépassent ce qui est écrit sur le menu, vous devrez peut-être avoir recours à l’anglais ou à la langue des signes, par contre.

McGill

Vasco de Gama Bangkok 2

Guy1824 rue Sainte-Catherine O. Concordia Ce restaurant sympathique s’est vu consacré meilleur restaurant thaï trois fois en cinq ans par le quotidien The Gazette. Prix très abordables, nourriture authentiquement thaïe (attention aux épices) et service sympathique font de Bangkok 2 un incontournable de la gastronomie asiatique.

L’express

1472 rue Peel Tél.: 514-286-2688 - vascodegama.ca

Laurier

McGill

Au cœur du ghetto, ce sympathique petit resto végétarien (biologique et parfois végétalien) nourrit la communauté mcgilloise depuis quelques années déjà, de 11h30 à 21h. Service chaleureux, décoration dense et internationale (nappes provençales, coussins moyen-orientaux, fauteuils mexicanisant), musique agréable. Pour toute carte un grand tableau où un trait de craie expert vous propose un menu varié et intéressant. Vous n’avez qu’un petit creux? Partagez les nachos spécial maison...

302 rue Ontario E. Tél.: 514-842-2040

Niu Kee

Beaudry

Papineau

Le Sainte-Élizabeth

1412 rue Sainte-Élizabeth Tél.: 514-286-4302

Champ-deMars

1163 rue Clark Tél.: 514-227-0464

BerriUQÀM

La paryse vous offre, dans un décor décontracté et à tendance quelque peu rétro, rien de moins que le meilleur hamburger en ville, que votre choix se porte sur un style plus traditionnel ou sur une de leur nombreuses créations originales.

SaintLaurent Maison Kam Fung

Champ-

1111 rue Saint-Urbain de-Mars Tél.: 514-878-2888 - lamaisonkamfung.com

Lola Rosa

545 rue Milton Tél.: 514-287-9337

Vous y entrez comme dans une maison et vous vous y sentez comme chez vous. Le restaurant familial est minuscule (les équipes du Délit et du Daily y ont tenu un staff party privé et il n’y avait pas beaucoup d’espace pour passer), la carte mexico-brésilienne est limitée, le service est plus chaleureux qu’expérimenté, mais les mets sont frais (particulièrement les pétoncles) et la soirée est jeune. Réservez et apportez votre vin.

Institution montréalaise, L’express est un des meilleurs restaurants de cuisine française de la métropole. Ambiance brasserie et service efficace accompagnent des plats toujours exquis et jamais surfaits. Adresse plutôt recherchée, les réservations y sont fortement recommandées.

Sherbrooke

Placed’Armes

Place d’Armes

Niu Kee est certainement un des meilleurs restaurant du quartier chinois. Ses spécialités pékinoises sont très bonnes et abordables, bien populaires chez les habitants du coin. Attention, il est situé au deuxième étage d’un petit immeuble et peut être difficile à trouver. Petit plus culturel: la proprio est une ancienne star de l’opéra de Pékin.

Mont-

70 rue Marie-Anne E. Royal Tél.: 514-849-6649 - leledacuca.com

Sherbrooke

La paryse

Peel

Dire du Vasco de Gama qu’il s’agit d’une sandwicherie n’est pas inexact, mais ce n’est pas rendre justice à ce chic café-restaurant du centreville (nous refusons également le jeu de mot de la «découverte» du Vasco de Gama). Carte agréable et sympathique, décoration riche mais simple. Service parfois un peu raide, mais le succulent du pastel de natas et des tartelettes portugaises fait oublier tout ça. Fêtez une mi-session particulièrement victorieuse en faisant appel au traiteur (et courez la chance de gagner un voyage pour deux en Tunisie) ou passez au café Ferreira, son grand cousin, non moins excellent mais beaucoups plus cher!

3927 rue Saint-Denis Tél.: 514-845-5333

Mont-Royal

PdA

Square Victoria

La maison de Séoul

5030 rue Sherbrooke O. Tél.: 514-489-3686

Rosemont

Métro, bistro, resto Atwater

Les amateurs de poutine connaissent bien cette adresse du Plateau-MontRoyal. Qu’il soit classique, au bacon, ou au canard, le plat national québécois y est toujours bien représenté. En plus, le restaurant est ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Beaubien

Be

À deux pas (littéralement) du métro Villa-Maria, le «QP» pour les intimes, offre à notre humble avis le meilleur rapport qualité/prix des restaurants iraniens à Montréal (meilleur que le Saffron, sur Ste-Catherine, moins cher que Téhéran, à côté du métro Vendôme), régalez-vous de leur entrée ménage à trois en attendant vos brochettes de koubideh ou de djoudjeh, servies sur un (royal) lit de riz. Service charmant et compréhensif.

MontRoyal

994 rue Rachel Tél.: 514-525-2415

La semaine de relâche arrive bientôt et avec elle l’éternelle question de ceux qui comptent en profiter au maximum: «où est-ce qu’on sort?» Le Délit vous propose d’explorer mille saveurs de la ville, toutes à moins de dix minutes à pied d’un métro.

Depuis que le McCarold a doublé sa superficie, l’année dernière, il s’est imposé comme « le » pub de la communauté étudiante de Côte-desNeiges. Une cuisine honnête proposant les incontournables plats de irish pub (le ragoût irlandais et fish’n chips, pour ne nommer qu’eux), et une carte diversifiée, autant du côté des bières que des scotchs.

VillaMaria

4241 boul. Décarie Tél.: 514-488-6367

Lele da Cuca La banquise

Côte-desNeiges

3725 av. Lacombe Tél.: 514-738-2971

n

5265 boul. Décarie Tél.: 514-488-9129 - snowdondeli.ca

Au coeur de la Petite Italie, ce bar offre une variété impresionnante de bières artisanales et de microbrasseries, dont une fabriquée sur place. Le décor aussi est particulièrement réussi. Si ça vous tente, vous pouvez également grignoter sur place.

nTa lo

Ce n’est pas très beau: la décoration est pour ainsi dire absente, à l’exception des deux télés qui projettent de succulents films bollywoodiens. Vous serez probablement les seuls clients dans la salle (le restaurant vit très manifestement de ses commandes à emporter), mais le menu est copieux. Et préparez-vous à perdre votre rhume: quand le serveur d’un resto de cuisine sudindienne et sri lankaise vous dit que c’est piquant, c’est piquant.

Déli Snowdon

Snowdon

Bortsch et pierogi, évidemment, mais aussi soupe à l’orge, zurek (soupe aigre) tripes mijotées, saucisses, choucroute, escalopes et jarret. Cracovie offre l’essentiel de la cuisine polonaise, dans des portions généreuses et à un prix plus qu’abordable. Assurez-vous d’y aller en groupe ou le samedi soir, car sur soir de semaine, Cracovie représente l’idée qu’on se faits d’un restaurant d’apparatchiks soviétiques: les murs sont gris et nus, il n’y a personne et l’ambiance est aussi excitante qu’un bulletin de circulation de la radio (lorsque ce n’est pas le bruit de fond).

5193 boul. Décarie Tél.: 514-369-8860 - sushimoushi.ca

UQ ÀM

5495 av. Victoria Tél.: 514-733-3388

Snowdon

Sushi Mou-Shi

09

Je a

Côte-SteCatherine

JeanTalon

6631 boul. Saint-Laurent Tél.: 514-272-2498 - vicesetversa.com

rri -

Restaurant Jolee

Vices & versa

xle délit | 13 février 2007 www.delitfrancais.com

Le spot à dim sum du Quartier chinois à l’heure du lunch. Hélez les serveuses alors qu’elles poussent leur chariot rempli de ces délicieuses boules de pâtes fourrées entre les tables, choisissez au hasard (dumpling, boulettes de riz, pattes de poulet) et jouez du lazy Susan pour tenter de vous empiffrer plus que vos compagnons de bonne chère. Livraison (via le service À la carte express). Mention honorable dans le même genre à Lotte Furama (1115, Clark; 514-393-3838). Nous vous encourageons particulièrement à essayer un brunch dominical de dim sums, mais la cuisine séchouanaise et les mets cantonnais du soir sont également fort recommandables.

St-Laurent

Situé au coin de la rue Sainte-Catherine entre les métros Berri et Saint-Laurent, ce bar très prisé des étudiants de l’UQÀM a, comme principal attrait, une des plus belles terrasses de a ville. Un incontournable de la saison estivale.

L’amère à boire

2049 rue Saint-Denis Tél.: 514-282-7448

BerriUQÀM

Une charmante microbrasserie qui vous propose une ambiance dynamique dans laquelle déguster les nombreux et très variés produits de la maison. Si vous vous sentez perdus devant le choix de bières, un des sympathiques membres du personnel se fera un plaisir de vous conseiller.


Nouvelles

xle délit | 13 février 2007 www.delitfrancais.com

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L’Islam, les femmes et le travail Femmes musulmanes et carrière professionnelle: un oxymore? société Morgane Lapeyre Le Délit

L

e vendredi 9 février, le Service de carrières et placements de McGill (CAPS), le Centre de recherche et d’enseignement sur les femmes (MCRTW) et l’Association des étudiants musulmans (MSA) ont concerté leurs efforts pour organiser une réunion-débat sur les défis auxquels se trouvent confrontées les femmes musulmanes au cours de leur carrière professionnelle. Le débat, orchestré par Cindy Manusco, conseillère au CAPS, a également soulevé les problèmes d’incompréhension et de mésinterprétation entre collègues de différentes cultures ou religions. La modératrice, Cy-Thea Sand, coordinatrice des événements et des stages au MCRTW, a donné tour à tour la parole à quatre intervenantes afin qu’elles fassent part de leurs expériences à un public majoritairement féminin. Dans une salle au troisième étage du pavillon Shatner, la conférence a rassemblé pour l’essentiel des étudiantes musulmanes, soucieuses de leur avenir et curieuses

d’entendre le récit de femmes partageant les mêmes croyances et traditions, mais aussi les mêmes obstacles. Des parcours erratiques Sheema Khan, Safia Merabet, Nuzbat Jafri et Chelby Daigle ont toutes fait face à un parcours semé d’embûches. Obligations familiales, professions inaccessibles aux femmes ou intolérance vis-à-vis du port du hijab sont parmi les obstacles qui ont ponctué leurs carrières professionnelles. À l’exception de Chelby Daigle, convertie à l’islam à l’âge de douze ans et encore étudiante aujourd’hui, les invitées ont évolué dans des emplois à cols roses, concentrés essentiellement dans les secteurs de la communication, du développement et de l’éducation. Sheema Khan, docteure en physique diplômée de l’Université Harvard, a longtemps hésité avant de s’engager dans un domaine scientifique, historiquement réservé aux hommes, mais n’en a pas fait sa carrière. Si la responsabilité première d’une femme musulmane est

de soutenir sa famille et d’élever ses enfants, les quatre intervenantes ont toutefois insisté sur l’importance d’être financièrement indépendantes et de ne pas négliger leur carrière professionnelle. La religion: un handicap? «Sur mon lieu de travail, on m’a déjà demandé d’une manière très directe: Êtes-vous vraiment obligée de porter cette chose sur votre tête?», a expliqué Sheema Khan. Outre l’incompréhension qu’il suscite, le port du hijab lui a parfois valu de se voir refuser un emploi. Safia Merabet, directrice du développement à SAP Labs Canada, a toutefois ajouté que ce sont plus généralement les caractéristiques propres aux pratiques et interdictions préconisées par l’islam qui expliqueraient la réticence des employeurs. Les quatre intervenantes ont rappelé que les femmes musulmanes doivent «se distinguer des autres par des résultats académiques excellents et […] faire [leurs] preuves» pour être choisies parmi d’autres can-

didats de religions «moins visibles» mais de qualifications égales. Deux atouts: adaptabilité et compréhension Conscientes que certains aspects de leur religion peuvent sembler contraignants aux yeux de non-musulmans, comme les cinq prières quotidiennes ou encore les restrictions alimentaires, elles ont expliqué qu’il est essentiel de comprendre leur réticence ou leur malaise et de faire preuve de flexibilité dans les relations entre collègues. Safia Merabet a ainsi avoué serrer la main de certains hommes qui ne savent pas que la religion musulmane proscrit ce geste aux femmes. «Je leur serre la main quand même parce que je ne veux pas les offenser ou les mettre mal à l’aise», a-t-elle expliqué. Chelby Daigle a ajouté que si chaque musulman interprète et applique sa religion comme il l’entend sur son lieu de travail, «il faut s’assurer que les comportements plus souples de certains ne donnent pas une mauvaise image de l’islam et ne créent pas des tensions entre collègues musulmans». Les intervenantes se sont cependant entendues sur la nécessité de faciliter la communication entre collègues et d’éluder toute tension en levant les tabous souvent issus d’une ignorance. Pour Safia Merabet, l’important est de «leur montrer que notre religion ne nous empêche pas d’être un atout au sein de leur entreprise ou de leur organisation». x

La maison de demain Des étudiants montréalais élaborent une maison autonome dans le cadre d’un concours international. local Maysa Pharès Le Délit

S

i l’énergie solaire est l’énergie de l’avenir, Montréal ne ratera certainement pas l’appel. Samedi matin, comme tous les samedis depuis maintenant plus d’un an, un groupe de jeunes gens s’active autour d’une ample table, dans un local de l’École de technologie supérieure (ÉTS), au coin de Peel et Notre-Dame. Il y a des étudiants d’architecture, de design et de génie de l’Université de Montréal, de McGill, et de l’ÉTS. Les commentaires fusent. Il est question de devis, de collectes de fonds, mais aussi des inquiétudes des uns et des autres. Principal sujet de conversation: le vin et fromage du jeudi 15 février, où l’équipe présentera son projet dans les locaux de l’École d’architecture de McGill. Équipe Montréal est la seule

équipe canadienne a avoir été sélectionnée pour participer au Décathlon solaire, un concours organisé par le Département américain de l’énergie. L’équipe présentera son projet final l’automne prochain, parmi les réalisations de leurs concurrents dans ce qui sera un véritable village solaire. En attendant, Équipe Montréal s’active à coordonner les travaux de ses quelque quarante participants et planifier la suite du projet. La concurrence est rude, puisque vingt équipes rivales du monde entier se disputent la victoire. L’objectif du concours est de concevoir et de construire une maison moderne, dont le fonctionnement repose uniquement sur l’énergie du soleil. Le défi est de taille, d’autant plus que la maison doit être transportable, et que les exigences combinées de l’énergie solaire et du restpect de l’environnement sont telles qu’elles nécessitent un choix bien particulier de matériaux.

Équipe Montréal ne s’est d’ailleurs pas facilité la tâche. Conscient des difficultés inhérentes au climat québécois, le groupe est fermement décidé à prendre en compte les défis posés par l’environnement dans son projet. «Avoir une maison qui s’adapte au climat du Canada et du Québec fait partie de nos engagements architecturaux», nous livre Isabelle Vallières, étudiante en architecture représentant McGill auprès des comités administratifs. La maison solaire sera donc fonctionnelle dans le rude climat montréalais. Elle ne pourra toutefois pas y être autonome à cent pour cent et devra être branchée sur Hydro-Québec. Le compteur fonctionnera cependant dans les deux sens, ce qui permettra à la maison de reposer sur l’énergie de la compagnie en hiver, et de lui revendre ses surplus en été. L’enjeu de cette compétition internationale est particulièrement actuel, au moment où l’environnement se faufile au rang des priorités nationales de nombreux gouvernements, au point où des publications comme le National Post en viennent à demander si l’environ-

nementalisme ne deviendrait pas la prochaine religion. C’est pourquoi l’équipe montréalaise se trouve à l’avant-garde d’une tendance émergente dans les domaines du design et de l’architecture, allant vers la conception de bâtiments énergétiquement autonomes. L’équipe se veut à cet effet complète et pluridisciplinaire, obéissant au modèle du design intégré, qui veut que des individus de compétences diverses travaillent de concert pour un produit final. Bien que la maison solaire puisse être envisagée pour l’avenir, il reste que le projet est extrêmement coûteux, assure Isabelle Vallières. Le prix des panneaux solaires à lui seul ne permettrait pas encore de rendre les maisons solaires accessibles pour les particuliers. Le mandat de la compétition est donc plutôt «sensibiliser» les gens et de leur présenter des alternatives qui, d’après Isabelle, «seront rentables à long terme». x Équipe Montréal (www.solarmontreal. ca) invite les curieux à un vin et fromage, jeudi 15 février à 18h, dans le pavillon Macdonald-Harrington, salle 114.


délit | 13 février 2007 12 xle www.delitfrancais.com

Rire facile et déléature

Arts&Culture

Avec Au-delà du rire, le théâtre du Rideau vert prétend, en première mondiale en français, à un divertissement à saveur orientale sur la valeur profonde de la comédie. théâtre

Complices de longue date, les comédiens Luc Guérin et Martin Drainville incarnent respectivement l’auteur Tsubaki et le censeur Sakisaka. Suzanne O’Neil

Laurence Bich-Carrière Le Délit

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apon, guerre sino-nipponne. Hajime Tsubaki (Martin Drainville), auteur attaché à une petite troupe, se présente au Bureau de la censure pour faire approuver sa dernière création, une parodie de Roméo et Juliette. Un nouveau censeur l’attend et il est manifeste que l’obtention du permis de représentation ne sera pas une partie de plaisir: l’impitoyable Mutsuo Sakisaka (Luc Guérin), ancien superviseur des camps de travail en Mandchourie, affirme d’entrée de jeu n’avoir jamais ri de sa vie et ne pas s’en porter plus mal. Pis, la première modification qu’il demande à l’auteur, c’est de réécrire la pièce pour qu’elle prenne modèle sur Hamlet, «cette leçon de courage», plutôt que sur Roméo

et Juliette, car «les histoires d’amour, ce n’est pas convenable en ces temps troublés». Pourtant, pendant sept jours, Tsubaki parviendra à utiliser chacune des demandes de Sakisaka –qui semble vraiment avoir une dent contre la comédie– comme un tremplin pour ajouter encore plus d’humour à sa pièce. D’ailleurs, jusqu’à ce que l’auteur désarme complètement le censeur, ils auront chacun leur côté de scène: l’inévitable rapprochement se traduit par une poursuite absolument délirante autour d’un pupitre, poursuite qui brouille la ligne invisible de la hiérarchie, des rôles et des convictions. Du reste, tous les codes de retenue, de politesse et de conventions raides que l’Occident impute au Japon sont présents dans les courbettes sobres (sauf quand Drainville

s’époumone) et sèches des deux comédiens. Le décor participe également à cette sobriété: parchemins calligraphiés, cerisiers en fleur, un peu de J-pop même, les touches nippones sont simples mais claires. De ce côté, c’est plutôt réussi, mais il flotte l’impression que le metteur en scène Carl Béchard a voulu pousser le caractère japonais de la pièce pour masquer certaines faiblesses de l’ensemble, comme une longueur un peu didactique. Le problème, c’est le message. La pièce n’est pas une rébellion contre l’autorité, elle n’a vraisemblablement pas été écrite comme condamnation de la concentration des médias. Au contraire, plutôt qu’un obstacle à l’expression, le censeur y devient une contrainte constructive pour l’art et se révèle attachant à force de n’y rien

comprendre et de remettre en question les gags conventionnels. Pourtant, j’ai cette désagréable impression qu’on aurait eu la prétention de dire «proposer une réflexion» tout en enfonçant bien profondément une conclusion grosse comme le bras dans les gorges déployées des spectateurs. Car pour être déployées, elles le sont plutôt. C’est une comédie après tout, pourquoi ne pourrait-on pas rire de l’opposition entre la candeur de Tsubaki-san et la rigidité de Sakisaka-san? Parce qu’au-delà du résultat du rire, il y a la manière dont il est suscité. Et il y a quelque chose de forcé dans la façon qu’on a d’exposer au public les mécanismes des vieux gags pour éveiller chez lui un rire automatique, alimenté par le réflexe de «rire en canne». De l’excellent théâtre d’été au mois de février, en somme. L’auteur Koki Mitani, dont la célébrité est bien assurée dans son pays natal, a déjà dit avoir été inspiré par Woody Allen et Billy Wilder. Aurait-il aussi lu Le rire du philosophe français Henri Bergson qui expliquait que si le rire est le propre de l’homme, c’est qu’il châtie tout ce que la mécanique et le machinal ont plaqué sur le vivant, le naturel? x La pièce Au delà du Rire de Koki Mitani, adaptation de Minoru Tsunoda, est présentée du 6 février au 3 mars 2007 au théâtre du Rivdeau vert (4664, rue Saint-Denis, 514-844-1793 ou passez au www.rideauvert.qc.ca. Billets jeunesse (25 ans et moins) à 31$.

Tel père tel fils? Boureima Farka Touré, fils du célébrissime Ali Farka Touré, est le créateur éponyme d’un album varié et prometteur. musique Antoine Boudet Le Délit

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ançant en février 2007 son tout premier album Vieux Farka Touré, assorti d’une tournée d’une vingtaine de dates aux États-Unis et au Canada, Boureima «Vieux» Farka Touré (il a 25 ans) veut s’imposer d’emblée comme l’ambassadeur d’une musique malienne à la fois moderne et ancrée dans la tradition. Entouré du Canadien Éric Herman à la basse et du new-yorkais Tim Keiper aux percussions, le fils du Lion de Niafunké fait renaître à sa manière, par la voix et la guitare, l’âme de la musique mandingue et songhaï. Le cheminement qui a mené à cet album n’a pas été des plus simples. Vieux Farka Touré est le seul des douze héritiers du roi du blues africain à s’être lancé sans hésitation dans une carrière musicale, et ce, initialement, contre l’avis de son

père. Ali, que le public international a mis plus de 40 ans à reconnaître, imaginait pour Vieux une carrière de soldat dans les traces de son grand-père. Mais la détermination et le talent incontestable de son fils ont fini par mettre l’artiste devant le fait accompli. Symbole de son approbation, Ali confie Vieux à son ami Toumani Diabate, grand maître de la kora, qui va parfaire son sens musical et sa connaissance des styles traditionnels. L’album fait en effet la part belle à la tradition mandingue; les morceaux Touré de Niafunké et Diabaté bénéficient de la fluidité extraordinaire de la kora du grand Toumani lui-même. La musique de Vieux Farka Touré est extrêmement riche, imprégnée d’une multitude de sensibilités et d’influences différentes, dont la plus évidente est bien sûr celle de son père, figure presque écrasante du blues malien. Par instants, les accents langoureux, les silences savants, rappellent à l’auditeur cette puissance apaisante, cette calme élégance qu’Ali

Boureima «Vieux» Farka Touré allie tradition et modernité dans sa musique d’inspiration malienne. DR

Farka Touré a érigée en style et qui a été son génie. Vieux y ajoute sa voix jeune et ses accords plus vifs, plus rythmés, plus sophistiqués, ainsi que de nombreuses parties chantées. Issa Bamba, désigné par beaucoup comme le successeur de Salif Keita, est d’ailleurs invité sur l’album pour un duo vocal, signe très prometteur de la relève de la

musique malienne. Car si, suivant les conseils de son propre père, Vieux s’oriente «au compas de la tradition», il est loin de dédaigner les styles plus modernes correspondant à sa génération, comme le prouvent certains morceaux aux accents rock qui donnent aux concerts une énergie électrisante.

Surprenante, la chanson Ana mêle le blues malien au reggae d’une façon nouvelle et réussie, à en croire les applaudissements de la salle. Sur scène, Vieux dialogue littéralement avec une guitare qu’il maîtrise parfaitement, fait pleurer ou chanter les cordes au gré du rythme sec de la calebasse. Les percussions sont assurées de main de maître par un Tim Keiper inspiré, autant à l’aise en concert qu’en studio. Le tout se fond en un mélange harmonieux extrêmement agréable, même s’il n’égale certes pas la profondeur des mélodies d’Ali Farka Touré. Cet album est plus qu’un simple passage de flambeau du père au fils. C’est aussi l’acte de naissance d’un musicien à part entière, qui doit encore se faire une place dans le difficile circuit de ce que l’on appelle vaguement la «musique du monde». Réussira t-il à trouver sa voie? Au vu du potentiel de Vieux Farka Touré, on ne peut en tout cas qu’approuver le célèbre critique Banning Eyre: «This is a very good start». x Vieux Farka Touré est en spectacle mardi 13 février à La Tulipe (4530 avenue Papineau). Tél.: 514-5295000 ou vistez le www.latulipe.ca.


Arts&Culture

Noces d’argent pour les RVCQ Les vingt-cinq années de liens entre le cinéma québécois et son public seront célébrées en grande pompe aux RVCQ. cinéma Laurence Côté-Fournier Le Délit

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haque année, les Rendezvous du cinéma québécois (RVCQ) invitent le public à venir découvrir et redécouvrir la cuvée cinématographique de l’année dans une perspective unique. Avec le fringant Paul Ahmarani comme porte-parole, les RVCQ permettent de se mettre sous la dent plus de deux cents films de tout acabit, dans une atmosphère de grande proximité entre le public et les artistes du septième art. Bien que l’année 2006 se soit vue couronnée «année de la débandade» après le triomphe de

2005, il n’en reste pas moins que le Québec a produit plusieurs films dignes d’intérêt durant cette période. Si à première vue, hors de Congorama, unique véritable succès critique, ou de Bon cop, bad cop, unique véritable succès populaire, point de salut, les RVCQ permettent de rectifier le tir en offrant une nouvelle chance à des films qui, sortis dans une relative indifférence (La belle bête) ou encore éclipsés par le battage médiatique les entourant (Cheech), n’ont pas toujours trouvé leur public. Mieux encore, ce festival se veut un lieu d’échange privilégié entre artisans et spectateurs et, à ce titre, invite les réalisateurs à assister aux projections de leurs films. Les discussions qui suivent permettent aux spectateurs d’appréhender d’une nouvelle manière le processus créatif qui a mené au résultat final. Si elles ne rendent pas forcément un film meilleur, ces discussions n’en sont pas moins une fascinante porte d’entrée vers le milieu cinématographique et ses enjeux. Bien évidemment, un des principaux intérêts des RVCQ réside dans la quantité absolument gargantuesque de courts et moyens

Ma fille, mon ange est le film d’ouverture de l’événement. gracieuseté Remstar

métrages projetés, films dont la diffusion est généralement des plus hasardeuses. Des programmes spéciaux, tant de films étudiants, de films d’animation que de films expérimentaux, sont ainsi fins prêts à être dégustés par les spectateurs friands de ce type de production. Une projection spéciale des courts métrages mis en nomination au gala des Jutra a de même été mise au programme. La section consacrée aux documentaires est aussi

très riche. Beaucoup de primeurs mondiales y seront dévoilées, dont le film Panache de la fort talentueuse André-Line Beauparlant (Trois princesses pour Roland, Le petit Jésus), qui clôturera le festival avec un portrait de chasseurs passionnés par ce sport en voie de disparition. Aussi dignes d’un coup d’œil sont les Chroniques afghanes de Dominic Morissette, dont la pertinence semble indiscutable dans la conjoncture politique actuelle.

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Mais que serait un tel festival sans une foule d’événements spéciaux pour rajouter une touche de prestige? L’innovation la plus intéressante cette année consiste en la création de «Leçons de Cinéma», ateliers offerts par des invités de marque sur les aspects les plus importants de la création d’un film. Au prix d’une projection normale, il est notamment possible d’entendre François Girard, réalisateur du Violon rouge, parler de son métier, ou encore Denise Robert dévoiler les grandeurs et misères de la production de films. La vingt-cinquième édition des Rendez-vous du cinéma québécois propose un menu cinématographique alléchant pour les cinéphiles. Pour ceux que les célébrations attirent, des soirées festives seront aussi organisées tous les soirs à la Cinémathèque québécoise. x Les Rendez-vous du cinéma québécois ont lieu du 15 au 25 février. La billetterie principale est située à la Cinémathèque québécoise, au 335, boul. de Maisonneuve E. L’entrée est de 7$ pour les étudiants. Pour tout renseignement, appelez au 514-790-4595 ou consultez le www.rvcq.com.

Retrouver sa dignité La Dignidad de los Nadies, de Fernando Solanas, retrace le parcours de ces milliers d’Argentins laissés pour compte dans un pays ruiné. cinéma Jacob Nerenberg Le Délit

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ême si le documentaire politique dénonciateur n’est pas un phénomène nouveau, ce n’est pas tous les jours qu’une expérience cinématographique nous plonge dans un univers de pauvreté, de misère, de bouleversements sociaux tout en laissant au spectateur un sentiment précieux d’espoir et d’inspiration. C’est ce que réussit à faire Fernando Solanas avec La dignité du peuple. Fernando Solanas est un cinéaste qui s’est donné une mission claire: mettre son art au service du peuple argentin dans la lutte qu’il mène pour améliorer son sort face aux menaces tangibles posées par les manigances du Fonds monétaire international et par l’avarice des classes dirigeantes du pays. La dignité du peuple fait suite à Mémoire d’un saccage, qui offrait un regard profond sur la crise économique et

l’éruption populaire conséquente, qu’a vécu l’Argentine en 2002. Le titre espagnol du film –La Dignidad de los Nadies- se traduit mal en français. «Nadie» signifie personne, au sens négatif, comme dans l’anglais «nobody». Le peuple, c’est donc les «nadies», ces ouvriers, fermiers, professeurs, jeunes militants et autres Argentins qui sont laissés par la crise, sans accès à leur compte de banque, sans emploi, sans terre. Nous voyons les images terrifiantes de villes entières de chômeurs, d’hôpitaux débordant de malades incapables de payer leurs médicaments, de paysans devant céder leurs terres par incapacité de payer leurs dettes. Surtout, nous voyons dans toute sa brutalité le résultat inévitable de l’inflation massive en absence de mesures de protection sociale, ce phénomène qu’a identifié et dénoncé Karl Polanyi dans The Great Transformation comme moteur nécessaire de la commodification du travail humain: la faim d’une classe entière. Cependant, Dignité s’intéresse surtout aux mesures construc-

tives que mène ce peuple en face de ces difficultés. Le film procède par anecdotes, nous racontant des histoires de gens courageux qui affirment leur volonté de survivre et de défendre leur communauté face aux ravages. Plus d’une de ces anecdotes concerne des projets de cantines communautaires, instaurées en réponse à l’insécurité alimentaire totale qui prend d’assaut tout un pays. Il y a le vaillant professeur d’école Toba qui laisse envahir sa modeste cuisine par une armée de femmes de son village, qui s’occupent également du jardin permettant de nourrir 70 enfants à la fois. Il y a aussi ce groupe de paysannes qui parvient à lancer un véritable mouvement de résistance civile face à la perte de leurs terres, en chantant l’hymne national en pleine session de vente aux enchères. Le succès de ce mouvement est inspirant. Le cinéaste nous amène directement dans la salle de vente pour témoigner du courage de ces gens qui surmontent leurs craintes pour affirmer leur droit à la dignité face à la collusion des pouvoirs politique et économique. Solanas nous plonge dans le soulèvement populaire des piqueteros, ces milliers de sans-emploi qui convergent sur Buenos Aires pour porter leurs revendications, bloquant rues et ponts, et inspirant la sympathie et la solidarité des com-

Solanas donne la parole aux victimes du néolibéralisme économique. gracieuseté Ad Vitam

merçants de la capitale. Nul spectateur ne pourra rester insensible à l’histoire tragique du jeune militant Dario, assassiné par la police lors d’une manifestation paisible. Ou encore de cette femme âgée qui insiste que, en dépit de sa faim, ce n’est pas l’assistance sociale qu’elle cherche, mais bien du travail, un travail qui pourra lui redonner sa dignité. Ou encore aux ouvriers de l’usine de céramique qui, ayant relancé l’usine sur un modèle coopératif et équitable, se livrent à une défense acharnée contre les forces de l’ordre qui tentent de remettre la production industrielle pleinement

entre les mains de l’élite affairiste. Certains critiques reprochent à Solanas son biais gauchiste. Ce qu’il parvient à montrer, c’est que les ravages néolibéraux demandent justement de prendre position, et de saluer et d’appuyer l’esprit créateur de ce peuple argentin qui œuvre pour transformer leur société, pour que la coopération remplace l’avarice comme force motrice du progrès. x La dignité du peuple est présenté au cinéma Ex-Centris jusqu’au 15 février. De plus amples renseignements au www.ex-centris.com.


délit | 13 février 2007 14 xle www.delitfrancais.com

Arts&Culture

Virtuoses du violon

Vendredi dernier avait lieu à la salle Pollack l’épreuve finale du concours de concerto classique de McGill, catégorie des instruments à cordes. musique Louis Melançon Le Délit

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ssus d’une ronde préliminaire où se sont confrontés treize participants, les cinq finalistes, quatre violonistes et un altiste, ont présenté vendredi soir leur concerto, accompagnés au piano. Le gagnant de la soirée obtenait la chance de jouer l’année prochaine avec l’Orchestre symphonique de McGill, ainsi qu’une bourse de mille dollars octroyée par la Société Radio-Canada. Il s’agit d’une nouvelle formule pour ce concours, où par le passé les musiciens se présentaient à une même finale, toutes catégories instrumentales confondues. «C’est dans le but de souligner le grand talent des élèves de McGill dans chaque famille d’instruments que celles-ci sont dorénavant séparées», explique Tom Williams, coordonnateur de l’événement. Alors que le concours met en scène cette année les cordes et les

vents, les cuivres et le piano seront à l’honneur l’année prochaine. La première concurrente de la soirée, Mira Benjamin, a interprété le concerto en ré d’Igor Stravinsky. Dès les premières notes, on a tout de suite reconnu les accords dissonants et la rythmique complexe si caractéristiques du compositeur russe. À des notes martelées se succédaient des lignes mélodiques bien senties, le tout dans un cadre rythmique très riche et complexe. Benjamin a offert une performance chargée d’émotion, soulignant avec brio autant les passages plus agressifs et violents de la toccata que les longues lignes mélodiques des deux arias. Une performance somme toute bien réussie de cette œuvre exigeante et très technique. Le second concurrent, Jeffrey Dyrda, a joué la fantaisie écossaise en mi bémol majeur du compositeur allemand Max Bruch. Cette pièce de l’époque romantique offrait un contraste frappant avec la performance précédente, crue et agressive. L’introduction et l’adagio étaient tout particulièrement marqués par de longues et douces

Jun-Yuan Lambert Chen maîtrise son instrument avec brio. Louis Melançon/Le Délit

mélodies, rendues avec calme et maîtrise par Dyrda. Ce dernier a pu, dans la dernière partie du concerto, montrer sa virtuosité dans les montées et les descentes particulièrement rapides de la finale en allegro. Le troisième morceau au programme était le concerto en ré mineur de Jean Sibélius, interprété par Alexander Read. Le fait que cette pièce soit un des concertos les plus connus et joués du répertoire représentait un défi supplémentaire pour Read. «Les musiciens qui doivent jouer cette pièce savent qu’elle a déjà sûrement été jouée

de toutes les manières possibles et il y a définitivement une certaine pression à s’approprier l’œuvre et à l’interpréter de façon originale», nous confiait Read dans une entrevue avant le concert. Ce dernier s’est d’ailleurs très bien acquitté de cette tâche, jouant de façon précise et juste les longues lignes très expressives de cette autre grande pièce de l’époque romantique. Après un court entracte, ce fut au tour de Jun-Yuan Lambert Chen, étudiant de niveau doctoral, de jouer le concerto pour alto de Béla Bartok. Musicalement à mi-chemin entre les pièces ro-

mantiques et celle de Stravinsky, plus contemporaine, ce concerto posthume comprenait à la fois des mélodies lyriques et des accords mordants. On a tout de suite senti la grande expérience de Chen dans le son pur et profond que ses gestes posés tiraient de son instrument. Il a su conserver musicalité et nuances même dans les passages les plus rapides de l’œuvre. Le cinquième et dernier participant a été Aaron Schwebel qui présentait le concerto opus 47 de Samuel Barber. Dès les premières notes, nous avons été marqués par la richesse et la justesse du son. Si l’interprétation de Schwebel a été sans faille et très expressive, la composition elle-même n’en était pas moins magnifique, rappelant le célèbre Adagio du même compositeur. Après la finale d’une telle vitesse qu’on aurait juré que l’instrument allait s’enflammer, Schwebel a reçu les applaudissements les plus nourris de la soirée. Après quelques minutes de délibération, le jury a conclu la soirée de belle façon en décernant le grand prix à Aaron Schwebel, visiblement ému et ébranlé. Ce concert fut une très belle expérience: les participants étaient talentueux, le répertoire diversifié et le coût d’entrée, zéro! Que demander de plus? x

Un homme bon La vie des autres explore à travers ses personnages les rapports entre la liberté d’expression des artistes et la censure des régimes totalitaires. cinéma Paul-André Gilbert Le Délit

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our les habitants des pays de l’ancien bloc de l’Est, la liberté, notamment de parole, était un caprice que peu pouvaient se permettre. C’est ce thème que le cinéaste allemand Florian Henckel von Donnersmarck traite dans son premier long métrage, La vie des autres. Le film raconte l’histoire d’un dramaturge est-allemand dont l’appartement est mis sous écoute par la Stasi, la police secrète du ministère de la Sécurité d’État de l’ancienne République démocratique d’Allemagne (RDA), ainsi que celle de l’officier chargé de le surveiller. Georg Dreymann (Sebastian Koch), est un dramaturge talentueux, mais surtout prudent. Il

est le seul écrivain «non subversif» dont les pièces sont jouées à l’Ouest. Il partage un appartement dans Berlin-Est avec sa petite amie, l’actrice Christa-Maria Sieland (Martina Gedeck). Celle-ci est une femme magnifique, et lors de la représentation d’une de ses pièces, elle tombe rapidement dans l’œil du ministre de la culture Bruno Hempf (Thomas Thieme). Ce dernier, décidé à avoir Christa-Maria, décide de faire mettre Dreymann sous surveillance par la Stasi afin de se débarrasser de lui. Cette délicate mission est confiée à Gerd Wielser (Ulrich Mühe), officier de la Stasi reconnu pour sa compétence et son orthodoxie et enseignant à l’université du ministère. C’est un homme terne, vivant seul et dont la vie affective n’est comblée que par les quinze minutes chronométrées de chaleur que lui offre une prostituée. Il s’acquitte de sa mission avec rigueur jus-

qu’au jour où Dreymann, ébranlé par le suicide d’un ami réalisateur, laisse sa prudence de côté et décide d’écrire un article sur le taux de suicide scandaleux de la RDA. Écrire un tel article est illégal parce qu’il sera publié en Allemagne de l’Ouest et écrit sur une machine à écrire fournie par l’hebdomadaire Der Spiegel. Épiant les faits et gestes de l’écrivain, Wielser possède avec l’article la preuve d’une infraction assez grande pour faire incarcérer Dreymann. Mais les mois passés à suivre le quotidien d’une vie qui, contrairement à la sienne, semble heureuse font de lui un homme plus humain. C’est ainsi qu’il décide de protéger Georg et ChristaMaria en falsifiant les rapports d’écoute. La trame du film La vie des autres débute en 1984. Les liens avec le titre du célèbre roman de Georges Orwell sont évidents. En effet, tout au long du film, on n’oublie jamais que les personnages vivent dans un état totalitaire, ce que le réalisateur parvient à rappeler tant dans le récit que dans les décors. Les bâtiments gris, les rues désertes ainsi que le dénuement matériel des personnages rendent

Légende gracieuseté Ocean Films

très bien compte de l’atmosphère soviétique de l’Allemagne de l’Est des années 80. C’est dans ce monde désespérant que naît la bonté. Florian Henckel von Donnersmarck fait avec ce film un parcours sans fautes qui lui a déjà valu plusieurs honneurs en Europe. De plus, La vie des autres est en nomination pour le prix du meilleur film étranger au

Golden Globe et pour l’oscar du meilleur film en langue étrangère. C’est un film magnifique qui montre que même dans les conditions les plus difficiles, il est possible de changer. x La vie des autres, de Florian Henckel von Donnersmarck, est présenté au cinéma Ex-Centris, 3536 boul. SaintLaurent, Montréal, (514) 847-2206.


Arts&Culture

Du changement à l’École de musique Schulich Dans le but d’en apprendre plus sur la faculté de musique et ses étudiants, Le Délit a rencontré cette semaine trois des finalistes du concours concerto de McGill ainsi que son coordonnateur.

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kulturkalender

compilé avec amour par Pierre-Olivier Brodeur

Mercredi 13 février Réfugiés tibétains en transition: la non-violence et les droits humains Présentation d’un documentaire suivi d’une période de discussion avec Thubten Samdup, du Comité Canada-Tibet et Innovations Tibet. Où? Salle 216 de la Faculté de l’éducation, 3700 rue McTavish. Quand? 16h. Entrée gratuite. Plus d’infos? 514-483-0592.

Mercredi 13 février Récital de piano Des oeuvres de Liszt, Chopin, Mendelssohn, Beethoven, Rachmaninoff, Brahms, Prokofiev, Haydn, Barber seront jouées par la classe de Richard Raymond. Une présentation de l’École de musique Schulich. Où? Salle Tanna-Schulich du Nouveau Pavillon de musique, 527 rue Sherbrooke O. Quand? 19h. Entrée gratuite. Plus d’infos? 514-398-5145.

campus Louis Melançon Le Délit

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a faculté de musique de McGill est en pleine période de changement. Depuis une dizaine d’années, sous l’influence de l’évolution de la musique elle-même et grâce au généreux don de 20 millions$ par Seymour Schulich, elle a subi d’importantes modifications. La plus importante de ces nouveautés est sans aucun doute la construction du nouveau bâtiment de musique, inauguré en septembre dernier. Ce bâtiment abrite notamment la bibliothèque de musique Marvin-Duchow, comportant autant des partitions musicales que des enregistrements de tous genres, la salle de récital Tanna-Schulich et un plateau d’enregistrement à la fine pointe de la technologie. «En termes de taille et de possibilités, il s’agit du plus important centre d’enregistrement en Amérique du Nord à l’extérieur d’Hollywood», affirme Thomas Williams, professeur à McGill. Cette nouvelle construction, qui met l’accent sur les nouvelles technologies et la recherche, est particulièrement représentative du virage qu’a pris la musique dans les dernières années à son avis. «C’est là que se situe le futur de la musique. Ici à McGill, avec notre département de performance renommé, nous allons donc avoir le meilleur des deux mondes, et pouvoir continuer à jouir d’une place enviable en Amérique du Nord.» Qu’est-ce qui pousse certaines personnes à se consacrer à plein temps à la musique? Aaron Schwebel, étudiant de première année, explique que la musique a toujours fait partie de sa vie, et en est rapidement devenu une partie essentielle. «Plus je m’investissais dans la musique, physiquement et monétairement

Jeudi 14 février Le nouveau Pavillon de musique de McGill. Louis Melançon/Le Délit

[rires], plus je savais qu’elle allait occuper une partie importante de ma vie, que j’en fasse une carrière ou non. Puis, petit à petit, grâce aux nombreuses occasions qui m’ont été offertes, que ce soit des camps d’été, des compétitions ou autres, j’ai commencé à penser sérieusement à en faire mon sujet d’étude», affirme-t-il. Pourquoi avoir choisi McGill dans ce cas? Alexander Read, étudiant de deuxième année au programme honours performance, explique que c’est un ensemble de facteurs qui influence cette décision. Tout d’abord, la faculté de McGill jouit à son avis d’une excellente réputation et la qualité de l’enseignement qu’on y donne est élevée. Ensuite, on peut choisir McGill pour suivre un professeur en particulier, Tom Williams dans son cas. Le choix d’un professeur est primordial pour un étudiant en musique, et il n’est pas rare que des étudiants partent à l’étranger afin de recevoir l’enseignement des meilleurs interprètes de leur instrument. La proximité de l’école (il vit en Ontario) ainsi que son coût raisonnable sont également des facteurs qui ont influencé sa décision. Pour ce qui est des perspectives de carrières, les étudiants sont unanimes: il faut rester ouverts et flexibles. Le milieu de la musique peut être très compétitif, notamment dans le domaine de la performance, et il est important pour les musiciens de rester polyvalents. Jun-

Yuan Lambert Chen, étudiant au niveau doctoral, est un bon exemple de cette polyvalence: pour lui, qui a déjà joué avec des ensembles aussi prestigieux qu’I Musici, l’objectif principal reste l’enseignement. Il est possible, pour ceux qui voudraient faire de la musique tout en continuant leur curriculum original, de s’inscrire à des cours de base ou même d’entreprendre une mineure en musique. Tous les autres étudiants peuvent aussi profiter de la collection de disques compacts de la bibliothèque MarvinDuchow, ainsi que de ses nombreuses stations d’écoutes et de ses quelques pianos électroniques. De nombreux concerts sont également présentés chaque semaine dans les salles de récital de la faculté. La plupart sont gratuits et les grandes productions tels que les opéras peuvent coûter de cinq à dix dollars. En plus des prestations de l’orchestre symphonique de McGill, des nombreux groupes de musique de chambre, de jazz, de chorale et de certains examens finaux des étudiants des cycles supérieurs ouverts au public, plusieurs ensembles professionnels louent les salles et y donnent des représentations chaque semaine. Renseignez-vous! Les dernières semaines de chaque session sont toujours particulièrement généreuses en concerts. x

Concert de l’orchestre symphonique d’instruments à vent de McGill Le chef d’orchestre invité Nicholas Francis interprétera A Child’s Garden of Dreams, de David maslanka et Symphonie no 3, opus 89 de James Barnes. Où? Salle Pollack du Pavillon de musique Strathcona, 555 rue Sherbrooke O. Quand? 20h. Entrée: 5$. Plus d’infos? 514-398-4547.

Dimanche 18 février Super documentaires scientifiques: A Life Among Whales Projection du film de Bill Haney (2006),relatant la vie du bilogiste marin Robert Payne et sa passion pour les mamifères marins. Où? Auditorium du Musée Redpath, 859 rue Sherbrooke O. Quand? 16h. Entrée : gratuit avec don au musée. Plus d’infos? 514-398-4086, poste 4094.

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xle délit | 13 février 2007 16 www.delitfrancais.com

Sous la thématique Ingénieux3, le Musée d’art contemporain de Montréal introduit une programmation hivernale aux visées diverses et intéressantes.

arts visuels Mathieu Ménard Le Délit

A

vec le lancement simultané de trois expositions, le Musée d’art contemporain (MACM) met de l’avant trois artistes qui s’intéressent au quotidien. Deux d’entre eux (Jean-Pierre Gauthier et Jérôme Fortin) sont québécois; ils utilisent respectivement la sculp-

ture et le collage pour réinvestir l’habituel et le familier. Le troisième (Guy Ben-Ner) alterne entre New York et Berlin. Favori de la Biennale de Venise de 2005, il fait un arrêt à Montréal pour y présenter Treehouse Kit. x Les trois expositions sont à l’affiche au MACM (185, rue Sainte-Catherine O.) jusqu’au 22 avril. Entrée gratuite le mercredi à partir de 18 heures ou le 3 mars dans le cadre de la Nuit blanche.

Jérôme Fortin

Malgré les sources d’inspiration multiples et changeantes, on peut trouver un trait d’union dans les productions sculpturales de Jean-Pierre Gauthier. En effet, ce dernier combine fréquemment les objets trouvés et son expertise mécanique en des assemblages qui paraissent vivants. Rien n’est caché dans le bric-à-brac automate de cet artiste québécois: les fils pendouillent et les consoles ou les circuits imprimés sont autant d’organes à vif. Cela dit, les œuvres ne prennent leur sens qu’avec la participation du spectateur. En activant les détecteurs de mouvement, on déclenche la valse des balais de Remue-ménage ou la musicalité perturbante (Échotriste) ou animale (Rut) de constructions élégantes. Il y a un émerveillement enfantin dans les installations de Gauthier. C’est le plaisir interdit de dessiner sur les murs et la fascination pour les bulles de savon. L’utilisation d’objets familiers dans les créations de Gauthier a un double effet: elle perturbe les sensations en déformant, en transformant et en amplifiant ces compagnons du quotidien familiers et habituellement invisibles (bouteilles, crayons, sacs de plastique…) mais ces objets rendent aussi les installations apprivoisables.

Les huit murales de la série Écrans représentent l’aboutissement d’un an de travail minutieux pour finaliser cette installation in situ pour le MACM. Ces œuvres, en continuité avec celles aperçues en 2005 dans l’exposition L’envers des apparences, s’intéressent au passage du temps et à la philosophie zen des jardins japonais. De fait, il y a certainement une grande patience dans ces gigantesques formats, où des bandelettes de papiers sont pliées et tressées en suivant un motif régulier et méticuleux. Le matériel d’origine (bottin téléphonique, magazine artistique, prospectus promotionnel, carte géographique, etc.) se perd parfois en un monochrome chatoyant, parfois en une vibration visuelle hallucinante. En considérant les matériaux choisis, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les obsessions et les manies qui peuvent s’emparer des loisirs. Ainsi assemblés en bruit visuel inintelligible, les Écrans rappellent des télévisions sans syntonie. Il ne faut pas rater cette exposition unique, puisque les œuvres seront détruites au terme de celle-ci.

gracieuseté l’artiste

Jean-Pierre Gauthier

Richard-Max Tremblay

Captiver par le savoirfaire

Arts&Culture

Guy Ben-Ner

DR

L’homme peut-il dominer la nature au point de s’en extraire? Son savoir-faire devenant toujours plus spécifique, parviendrait-il à survivre hors de la civilisation? Le sculpteur et vidéaste d’origine israélienne Guy Ben-Ner s’arme d’un bon sens de l’humour pour s’attaquer à ces questions. Avec Treehouse Kit, Ben-Ner se déguise en un Robinson Crusoë (barbe postiche et bermuda fleuri inclus) devant se réapproprier son mobilier Ikea transformé en arbre durant la nuit. Le spectateur a simultanément droit à la sculpture mobilière et à la vidéo-performance de l’artiste. Esthétique et ingéniosité se côtoient, alors que le visiteur parvient graduellement à isoler les composantes de l’arbre. À ne pas manquer: dans une salle adjacente, Guy Ben-Ner réinterprète l’histoire de Moby Dick avec la collaboration de sa progéniture. Ce film muet, vaudeville à petit budget tourné dans une cuisine, se révèle aussi accessible qu’hilarant. Pour ceux qui trouvent que postmodernisme et hermétisme vont de pair, cette production est rafraîchissante.


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