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McGill assise sur un magot de 800 millions page 8

Le seul journal francophone de l’Université McGill.

Volume 95, numéro 3

Le mardi 27 septembre 2005

www.delitfrancais.com

Pas de nouvelle fusillade depuis 1977.


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xLe Délit • 27 septembre 2005

Le courage de poser des questions

éditorial

Le seul journal francophone de l’université McGill

Où l’auteur s’étonne de la complaisance d’une certaine relève journalistique au Québec.

L

bureau publicitaire 3480 rue McTavish, bureau B•26 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone: (514) 398-6790 Télécopieur: (514) 398-8318 daily@ssmu.mcgill.ca rédacteur en chef david.drouinle@delitfrancais.com David Drouin-Lê chefs de pupitre-nouvelles nouvelles@delitfrancais.com Laurence Bich-Carrière Jean-Philippe Dallaire chef de pupitre-culture artsculture@delitfrancais.com Agnès Beaudry rédacteur-reporter Marc-André Séguin coordonnateur de la production production@delitfrancais.com Alexandre de Lorimier coordonnateur de la photographie Philippe G. Lopez coordonnateur de la correction Pierre-Olivier Brodeur

de fixer ses priorités! Ce n’est pas ce genre de questions qui sert l’intérêt public en ce moment. C’est une chose de vouloir passer l’éponge sur son passé. C’en est une autre de ne pas même vouloir le confronter une seule fois par crainte de sa réaction. Serait-ce par sympathie à son égard? Plutôt que d’insister devant le manque de clarté de M. Boisclair quant à ces années troubles –ce qui permettrait à la population de savoir s’il a la teneur d’un chef– les journalistes présents ont cherché à lui faciliter la tâche. Par exemple, Le Délit pose une question: «M. Boisclair, vous vous présentez comme un candidat jeune, mais responsable. Lorsque vous étiez ministre sous Lucien Bouchard, vous étiez jeune, certes, mais étiezvous responsable?» La réponse: «J’ai commis des erreurs. Je m’en suis excusé». Voilà qui n’est guère satisfaisant. On s’attendrait à ce que le journaliste suivant cherche à en savoir plus devant une réponse aussi évasive. Or, on lui demande plutôt quelque chose à propos de la Journée sans voiture… L’ironie sublime a voulu que M.

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Élections municipales

Volume 95 Numéro 3

rédaction 3480 rue McTavish, bureau B•24 Montréal (Québec) H3A 1X9 Téléphone : (514) 398-6784 Télécopieur: (514) 398-8318 redaction@delitfrancais.com

MARC-ANDRÉ SÉGUIN

e rôle d’un journaliste est de poser les vraies questions. Carl Bernstein –l’un des journalistes ayant révélé le scandale du Watergate– écrivait dernièrement que «trouver la meilleure version possible de la vérité reste le but essentiel de la bonne recherche journalistique». À cet égard, si l’on se fie à l’expérience d’une récente conférence de presse destinée aux médias étudiants, la qualité de la relève journalistique québécoise est loin d’être assurée. C’était à l’Université de Montréal (U. de M.) qu’André Boisclair rencontrait jeudi dernier quelques médias étudiants. Sept journalistes étaient réunis autour de la table –six en provenance de divers médias de l’U. de M. et un représentant du Délit. C’était une bonne occasion pour les médias étudiants de poser leurs questions à un des favoris dans une course au leadership loin d’être terminée . Les journalistes pouvaient ainsi évaluer le caractère d’un des aspirants au poste de chef de l’État québécois, voire d’une éventuelle République québécoise. À bien des égards, le rendez-vous fut lamentablement manqué. L’actualité est inondée de questions relatives au passé de M. Boisclair. Il a avoué avoir pris de la cocaïne à l’époque où il était ministre. Il n’est pas nécessaire de rappeler que la simple possession de cocaïne est un acte criminel, ce qui peut soulever certaines interrogations. D’autant plus que l’ancien chef de cabinet de M. Boisclair, M. Luc Doray, a récemment plaidé coupable à des accusations de fraude totalisant 30 000 $, gestes entraînés par sa dépendance à la cocaïne au moment des faits. Or, en dépit de la gravité des événements et malgré les réponses vagues, pas une seule question –à l’exception de celle du Délit– n’a été posée concernant le passé obscur de M. Boisclair. Pis encore, les questions des autres journalistes semblaient chercher à maintenir M. Boisclair dans un certain confort, voire à le mettre en valeur. Cela a donné lieu à des questions faciles à aborder et sans conséquence sur un hypothétique Québec souverain: armée québécoise, relations avec l’Afrique, élargissement du Conseil de sécurité de l’ONU, etc. En principe, il n’y a rien de mal à traiter de ces sujets, mais il est important

xLe Délit

Boisclair se soit lui-même interrogé sur la pertinence des questions posées: «Réalisezvous… j’apprécie toutes les questions que vous me posez sur ce qui va arriver dans un Québec souverain, je vais y répondre. Mais pour moi, ma première job, c’est de gagner une élection!». Tristement, le message a été à peine reçu. Il est vrai que la première job pour M. Boisclair est de gagner sa course. Et pour la gagner, il devra répondre aux questions qu’on lui pose. Sachant que le commerce de cocaïne est géré par le crime organisé, comment s’en procurait-il? Juge-t-il qu’il était responsable dans ses fonctions de ministre? Compte tenu de son passé, pourrait-il faire l’objet de chantage s’il devenait chef d’État? Sans chercher à faire la morale à nos collègues du milieu journalistique étudiant, il est important de rappeler qu’un journaliste n’est pas là pour défendre une cause ni pour plaire à certaines gens. Son rôle est plutôt de trouver la vérité et de poser les questions nécessaires pour y arriver. Aussi dures soientelles. x

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Controverse à l’AÉUM

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Pop Montréal

Vive les perroquets!

Le Délit vous appelle. Réunion avec les collaborateurs mardi dès 16h30 au Shatner B•24.

chef illustrateur Pierre Mégarbane collaboration Arnaud Decroix Lucille Hagège Karin Lang Hugo Lavallée Mathieu Ménard Maysa Pharès Thomas Pokoïk David Pufahl Clémence Recoux Jean-François Sauvé Anaïs Suchail couverture Philippe G. Lopez Mathieu Ménard Pierre Mégarbane gérance Pierre Bouillon publicité Boris Shedov photocomposition et publicité Nathalie Fortune the mcgill daily editors@mcgilldaily.com Joshua Ginsberg conseil d’administration de la société de publication du daily Julia Barnes, David Drouin-Lê, Joshua Ginsberg, Rebecca Haber, Mimi Luse, Rachel Marcuse, Jeffrey Wachsmuth L’usage du masculin dans les pages du Délit français vise à alléger le texte et ne se veut nullement discriminatoire. Le Délit français est publié la plupart des mardis par la Société de publications du Daily. Il encourage la reproduction de ses articles originaux à condition d’en mentionner la source (sauf dans le cas d’articles et illustrations dont les droits avaient été auparavant réservés, incluant les articles de la CUP). Les opinions exprimées dans ces pages ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université McGill. L’équipe du Délit n’endosse pas nécessairement les produits dont la publicité paraît dans ce journal. Imprimé par Imprimerie Quebecor, St-Jean-sur-Richelieu, Québec. Le Délit est membre fondateur de la Canadian University Press (CUP) et de la Presse universitaire indépendante du Québec (PUIQ). Imprimé sur du papier recyclé. ISSN 1192-4608

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xLe Délit • 27 septembre 2005 La voix de la raison

Du côté de l’étrange et de la bêtise humaine

Les fanatiques de l’indépendance

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JEAN-PHILIPPE DALLAIRE

l y a de cela quelques semaines, le ministre canadien des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, exprimait sa crainte de voir le Québec assumer un rôle accru sur la scène internationale. En entrevue avec la Presse canadienne, M. Pettigrew justifiait son refus d’accéder aux demandes de Québec en affirmant: «Je dois m’assurer que je ne ferai pas de précédents avec lesquels on sera obligé de dire: “on ne peut pas revenir là-dessus”, même quand on va avoir un fanatique de l’indépendance du Québec au gouvernement, éventuellement». Monsieur Pettigrew a probablement raison de craindre l’utilisation qu’un fanatique de l’indépendance pourrait vouloir, au plus profond de son âme, faire des pouvoirs de l’État. Tout doute à cet égard peut être dissipé en se référant à la stratégie des gestes de rupture illégaux avancée par certains «purs et durs» de l’aile radicale du Parti québécois. Il serait aussi difficile d’affirmer que ceux que M. Pettigrew qualifie de «fanatiques de l’indépendance» n’existent pas. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les «patriotes» troubler les festivités de la fête du Canada en défilant, drapeau tricolore à la main, à chaque année. Là où il semble douteux que la population suive le raisonnement de M. Pettigrew, c’est lorsqu’il affirme que sa crainte justifie la ligne dure qu’il adopte face aux revendications du gouvernement Charest, pourtant résolument fédéraliste. En effet, on peut se demander où s’arrête l’argument avancé par M. Pettigrew. Lors de la dernière campagne référendaire, Jacques Parizeau avait déjà sensibilisé les réseaux diplomatiques à la cause souverainiste sans disposer des pouvoirs supplémentaires réclamés par M. Charest. Si M. Pettigrew redoute ce que certains «fanatiques de l’indépendance» pourraient faire avec plus de pouvoirs, on peut se demander s’il ne craint pas l’utilisation qui pourrait être faite des pouvoirs actuels du Québec. La ministre des Relations internationales du Québec, Monique GagnonTremblay, affirmait ainsi récemment: «Si le gouvernement fédéral décide de ne pas donner suite à ce que nous demandons, alors nous continuerons à faire ce que nous faisons maintenant.» On peut se demander où s’arrêtera la guerre préventive de M. Pettigrew: quels pouvoirs peuvent être laissés sans aucun danger entre les mains d’un «fanatique de l’indépendance»? Dans les faits, il serait étonnant de voir un vrai «fanatique de l’indépendance» utiliser l’État québécois comme levier pour son option politique sans pouvoir compter sur un appui solide et indéfectible à la souveraineté au sein de la population québécoise. Ce n’est qu’après une «majorité claire à une question claire» qu’il serait réaliste de penser que les ressources de l’État québécois pourraient être affectées à la cause souverainiste sans causer un certain émoi dans la population. Les positions tranchées de M. Parizeau suscitaient une certaine crainte au sein de l’électorat. En confiant un rôle de premier plan à Lucien Bouchard en pleine campagne référendaire, M. Parizeau reconnaissait implicitement l’impossibilité de rallier les Québécois avec l’image de «pur et dur» qui lui collait à la peau. En fait, la crainte de M. Pettigrew peut se résumer ainsi: la peur que plus le fédéral en donnera au Québec, plus ce dernier en réclamera. On pourra juger aux prochaines élections fédérales si les Québécois partagent cette peur.

Entre l’urne et la bornefontaine Nom: Toby. Sexe: Masculin. Âge: 28 ans. Profession: «exterminateur de rongeurs». Empreinte digitale d’une patte, pâté d’encre en guise de signature et fissa! Peter Rhodes de Queenstown, Nouvelle-Zélande, rigolait bien en complétant une demande de statut d’électeur pour son jack-russell terrier. Le problème, c’est que la demande a bel et bien été acceptée par le directeur des élections. C’est ainsi que Toby est devenu le premier électeur canin de Nouvelle-Zélande. Son maître fait présentement face à des accusations de fraude et de fausse déclaration. (Otago Daily Times). Entre cigare et préservatif Après avoir défrayé la manchette pour leurs «fréquentations» dans le Bureau ovale, Bill Clinton et Monica Lewinsky font une entrée remarquée dans la vie sexuelle des Chinois. La compagnie Guangzhou Haojian vient de déposer une demande d’enregistrement des noms «Clinton» et «Lewinsky» pour des condoms. Alors que les condoms frappés à l’effigie de la stagiaire sont destinés à un public plus large, ceux qui portent l’image que l’ex-président américains ciblent les consommateurs plus riches (ils coûtent presque le double). Chaque paquet contient aussi une blague à saveur pornographique. (China Daily) L’argent des New-yorkaises La vedette de Sex and the City, Sarah Jessica Parker, 40 ans, serait la femme la plus riche de New York, grâce à un salaire annuel de plus de 40 millions de dollars (soit environ le double du salaire annuel d’actrices de la trempe de Nicole Kidman). Suivraient Kimora Lee Simon, épouse de Paul Simon et propriétaire de la ligne de vêtements Baby Phat, et Gisele Bundchen. À défaut de faire le bonheur, l’argent fait la nouvelle (TVA.com) N’embrassez pas la mariée! La scène aurait pu être touchante. Le jeune couple israélien avait décidé de se marier à Pushkar, au Rajasthan, «pour faire exotique». Au beau milieu de leur cérémonie, pendant que le prêtre brahmaniste psalmodiait quelque chant védique, ils se sont discrètement embrassés. Résultat: le prêtre absolument furieux de ce qu’il considère comme une «intolérable pollution culturelle» a arrêté la cérémonie et a dénoncé le couple aux autorités pour «obscénité publique». Bonne nouvelle, l’amende s’élevait à 1000 roupies, soit environs vingt-cinq dollars. (MSNBC/Reuters)

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nouvellesinsolite

En trois vitesses En hausse Le flat tax Évidemment, il serait étonnant qu’une taxe ne soit pas en hausse, soupire le contribuable brimé qui sommeille en vous. Mais ce qui est en hausse ici, c’est l’intérêt soulevé par le principe de taux d’impositition fixe. Le Business Week de cette semaine présentait un reportage sur les retombées de ce choix fait par la plupart des ministères du Revenu de l’Europe de l’Est. Résultat: l’évasion fiscale, qui était un sport national, a fortement diminué. Assez pour que la mesure se retrouve dans le programme électoral de certains pays d’Europe de l’Ouest, à commencer par la conservatrice allemande Angela Merkel qui en avait fait l’un des chevaux de bataille de sa campagne. (Business Week)

Au neutre Les naissances en Chine En moins de six mois cette année dans un canton de la province de Shandong, plus de 7000 femmes auraient été astreintes à l’avortement ou à la stérilisation. Les responsables locaux chargés de l’administration de la politique nationale de contrôle des naissances auraient décidé d’adopter de telles mesures, draconiennes, après de fortes critiques du gouvernement lors de l’année précédente parce que le nombre de naissances dépassait les cibles établies. (Time)

En baisse La qualité de vie de Michael Jackson Le pauvre roi de la pop, traîné dans la boue par certains à la suite de diverses allégations de pédophilie, a en effet déclaré à un journaliste que «c’était la chose la plus dure qu’il avait eue à supporter de sa vie». Le hic, c’est qu’il ne parlait pas de l’entièreté du procès très médiatisé qu’il a dû subir, mais bien des bancs en bois sur lesquels il a été forcé de s’asseoir pendant les audiences (La Presse).

La citation conne de la semaine

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cceptez-vous la proposition selon laquelle «être vivant» est le contraire d’«être mort»?

Question posée par Tom Coburn, sénateur républicain de l’Oklahoma ardemment anti-avortement, à l’audience de John G. Roberts, dorénavant juge en chef de la Cour suprême des États-Unis. La réponse du juge qu’on dit glissant comme une anguille: «Oui.» Et d’ajouter face à un public hilare: «Et je ne cherche pas à être prudent dans ma réponse».


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xLe Délit • 27 septembre 2005

Quand la haine cessera-t-elle? NDLR: À la demande de son auteur, le texte suivant a été traduit à partir de l’anglais par la Rédaction en respectant l’esprit de la lettre.

À

qui de droit, Au nom de la MRA, j’aimerais saisir cette occasion pour tirer les choses au clair en ce qui a trait à nos origines ainsi qu’à notre présence à Activities Night. Premièrement, nous ne sommes pas la McGill Rifle Association, mais bien la McCord Rifle Association. Le mot «McCord» fait référence à l’histoire canadienne et constitue un signe de l’amour de la MRA envers notre grande nation, amour qu’elle tente d’insuffler à tout ce qu’elle fait. Deuxièmement, nous ne sommes pas un groupe politique, et nous n’avons pas de lien avec la NRA [National Rifle Association], hormis la ressemblance entre nos

acronymes. Toute référence faite à Charlton Heston, de vive voix ou sur pellicule vidéo, n’avait pour seul but que d’attirer l’attention; nous faisions ainsi un peu comme le Club de ski qui présentait des films sur le ski extrême dans les montagnes rocheuses sans toutefois offrir de telles activités à ses membres. Troisièmement, le point le plus important est que notre présence à Activities Night visait à offrir un environnement sécuritaire et dépourvu de jugement pour que les amateurs de fusils puissent parler ouvertement de la sécurité et de l’histoire des fusils au Canada. La nécessité d’un tel club a été démontrée par le comportement injurieux des gens qui passaient devant notre table devant l’édifice Shatner. Les gens nous ont traités de tous les noms, que ce soit de «cochons de bourgeois», de «meurtriers» ou de «racistes».

courrierdeslecteurs

Aucune de ces allégations n’était fondée dans les faits; elles l’étaient plutôt dans l’ignorance et la haine. C’est exactement pour cette raison que la MRA est si importante pour la communauté mcgilloise: afin de permettre aux étudiants de vivre leur vie et de développer leurs intérêts sans crainte aucune. Sincèrement vôtre, Alex Kitz, Président et membre fondateur de la McCord Rifle Association. Cher amant de fusils, La rédaction tient à vous remercier des pertinentes précisions que vous avez apportées. Par ailleurs, votre lettre nous a émus au point que notre mascara a collectivement coulé pendant la lecture de votre message. Ne manquaient plus que les violons pour nous pousser à nous doter nous-mêmes d’un aussi puissant

symbole de notre patriotisme. La Rédaction voudrait aussi profiter de l’occasion pour ne pas compatir avec les victimes de l’usage innaproproprié de ces objets de défense et d’expression artistique. Citons entre autres celles des écoles primaire et secondaire de Littleton, de Richmond, de Flint, de Savannah, de

Cold Sping, de Red Lake, de Cara, de Gary, de Granit Hill, de Williamsport, de Santee, de Lake Worth, de Mount Morris Township et de toutes les autres n’ayant pas eu lieu aux États-Unis. L’armement vôtre, La Rédaction.

Prétérition 101

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Sans commentaire

A

LAURENCE BICH-CARRIÈRE

h, l’ironie du sort! L’autre jour, une collègue à moi réclamait plus d’intégrité de la part des politiciens (sans remplacer la langue de bois par la gueule de bois comme l’avait fait Boris Elstine, ni l’honnêteté par l’insignifiance comme l’avait fait Kim Campbell). Soudain, comme elle rugit: «Je veux qu’ils se mettent à nu!», le tableau défilant nous fait l’aumône de la singulière histoire de ce candidat néo-zélandais défait qui a fait un quasi-nu-vite (il portait tout de même un string) sur la pelouse du gagnant. Ça vous coupe une inspiration. Elle a d’ailleurs assez radicalement changé de sujet, mais je crois qu’à force de se faire rabattre les oreilles avec cette course à la chefferie du PQ, elle s’attendait à voir un candidat surgir devant elle et la féliciter pour son franc-parler. Elle pensait probablement au volubile, à l’ineffable André Boisclair lorsqu’elle disait «mettre à nu» (elle a toujours eu un faible pour les hommes un peu plus âgés). Personnellement, je n’ai rien à dire sur André Boisclair (dont la plate-forme électorale pourrait avantageusement jouer le fils de Kevin Bacon dans la suite de Hollow Man). Je ne l’aime pas vraiment (mais que vaut mon amour dans la masse de ses supporters,

à commencer par sa propre personne –ça me rappelle d’ailleurs ces mots de Bernard Landry le lendemain de son inauguration: «j’étais si content de moi-même que je me serais applaudi», je le soupçonne d’ailleurs de l’avoir fait): il ne m’interpelle pas et il me semble glissant comme, sous la douche, une savonnette au moment critique. La seule chose qu’il m’inspire est le commentaire suivant: c’est le genre de gars qui sera à l’Assemblée jusqu’à sa mort. Et après, bien, dommage, le Sénat a été aboli au Québec. En ce qui concerne la cocaïne, l’histoire tragique de Kate Moss est beaucoup plus édifiante (et en parler respecte la volonté de certains de «passer à autre chose», même si elle coupe abruptement cette chronique en deux). Au sommet de sa carrière, le mannequin en forme de cintre vient brusquement de perdre tous ses contrats pour s’être fait prendre la main dans le sac ou plus exactement le nez dans la poudre. Pauvre petite Kate Moss! Il faut payer pour avoir eu l’impudence de montrer ton vice en face de quelques bien-pensants pharisaïques qui croyaient que porter des œillères aurait le même résultat que fermer hypocritement les yeux! Pauvre brindille! Fétu de paille! Comme le disait Sting du temps qu’il sauvait la forêt amazonienne, avant de se vendre à Compaq, «la coke, c’est le signe que Dieu t’envoie pour te dire que tu as trop d’argent» (d’ailleurs, il y aurait des traces de cocaïne sur plus d’un billet de vingt dollars sur dix). Au-delà du jugement moral que poseraient vos mères, le problème de la cocaïne c’est qu’elle évoque irrésistiblement ce à quoi nous fait carburer la publicité: jeunesse et minceur, éternel éveil, geste leste, œil perçant (et nez percé au finish, mais ça, c’est une autre histoire). La cocaïne, ç’a encore assez d’attrait pour que j’aie un pote qui me dise: «Ouais, p’têt qu’un jour, je vais essayer, juste pour voir si ça ne peut pas me rendre plus concentré». En tout cas, c’est encore beaucoup plus noble que le crystal meth et toutes ces cochonneries de bas étage (autant au sens de fond de ruelle que d’étage du bas avec la poudre à récurer sous l’évier, d’ailleurs) qui vous défoncent le portrait en moins de temps qu’il ne faut pour se trouver un dealer. N’était-ce pas Renaud qui chantait «je prends mon job, un rail de coke, un café»?

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La course à la mairie est lancée

xLe Délit • 27 septembre 2005

nouvelleslocal

Aperçu des plates-formes électorales des candidats à la mairie de la Ville de Montréal. HUGO LAVALLÉE

S

igne inexorable que la campagne électorale est maintenant bel et bien enclenchée à Montréal, les principaux partis municipaux ont commencé à installer leurs affiches sur les lampadaires et autres poteaux électriques des rues de la ville. Près de quatre ans après la fusion municipale de Montréal, et plus de deux ans après les référendums qui conduiront à son démembrement le 1er janvier 2006, l’heure est au bilan. Si le maire sortant Gérard Tremblay juge avoir réussi à créer une métropole forte et unie, le chef de l’opposition, Pierre Bourque, estime qu’elle n’a jamais été en aussi mauvais état. Richard Bergeron, le troisième aspirant à la mairie, déplore de son côté que ses deux adversaires ne trouvent rien de mieux à proposer à leurs concitoyens que de boucher des nids-de-poule.

Continuer sur la même lancée Fort d’avoir réussi à convaincre les dirigeants de la Fédération internationale de l’automobile (FIA) de même que ceux de la Fédération internationale de natation amateur (FINA) de garder leurs événements respectifs à Montréal, le maire sortant, Gérald Tremblay, promet de poursuivre ses efforts pour accroître la renommée internationale de la ville. S’il est réélu, le chef de l’Union des citoyens et citoyennes de l’Île de Montréal organisera notamment de grandes missions commerciales pour attirer des investisseurs étrangers et créera le Bureau de marketing de Montréal, qui aura pour mandat de coordonner le travail des organismes faisant la promotion de la ville à l’échelle internationale. Mais c’est surtout sur le plan local que portent la plupart des engagements du maire Tremblay, qui entend hisser Montréal au palmarès des dix villes offrant la meilleure qualité de vie en Amérique du Nord. «Maintenant que l’organisation de la nouvelle ville […] est consolidée, nous allons pouvoir concentrer plus que jamais l’ensemble de notre action vers les besoins quotidiens des citoyens», indique la plateforme de son parti. Pour ce faire, le maire mettra sur pied après sa réélection éventuelle des «Brigades de la propreté», qui seront formées de cols bleus vêtus d’uniformes distinctifs ayant pour mission de nettoyer la ville. Cinq cents millions de dollars seront également investis dans la réfection de la voirie et dix millions le seront pour accroître la

quantité de verdure dans la ville. La famille, le logement et les transports en commun seront également en tête de liste des priorités de l’administration municipale. Par exemple, les familles avec enfants qui acquérront une nouvelle propriété principale à Montréal recevront une subvention de 10 000 $. Quinze mille logements sociaux ou abordables seront également construits d’ici à la fin du mandat. On prévoit de plus la construction de nouvelles infrastructures visant à augmenter la qualité des transports collectifs. Finalement, notons que 100 000 nouveaux livres seront achetés pour regarnir les rayons des bibliothèques de quartier. Faire le ménage De son côté, le chef de l’opposition et ancien maire de la métropole Pierre Bourque entend concentrer tous ses efforts à l’embellissement et au nettoyage de la ville, qu’il juge n’avoir jamais été «si sale». Pierre Bourque a cependant été critiqué par le maire Tremblay pour avoir laissé tomber Montréal au cours des quatre dernières années, notamment durant son bref et infructueux passage au sein des troupes de Mario Dumont lors des élections générales de 2003. M. Bourque prétend plutôt en avoir profité pour écouter les préoccupations des citoyens, qu’il dit avoir apprises «par cœur». Lors du lancement de sa campagne le 18 septembre dernier, il a promis de faire de l’embellissement de Montréal sa première priorité. S’il est élu, le candidat de Vision Montréal consacrera 200 millions de dollars en quatre ans aux arrondissements afin qu’ils améliorent la qualité des services de proximité qu’ils offrent. L’administration centrale assurera, quant à elle, la plantation annuelle de 10 000 arbres et d’un million de fleurs. Elle considérera de plus la possibilité de rendre piétonnières les rues de certains quartiers. Sur le plan financier, Pierre Bourque promet d’abolir la surtaxe imposée sur l’eau et de geler les tarifs du transport en commun pour les quatre prochaines années. En outre, les familles comptant au moins trois enfants ainsi que les personnes de l’âge d’or devraient recevoir gratuitement la carte Accès Montréal, qui permet à ses détenteurs d’obtenir des services municipaux sur tout le territoire de la ville. On prévoit également offrir à tous les enfants de la municipalité des activités gratuites dans les centres de loisir et les établissements

Pour remédier à la saleté endémique des rues de la métropole, qu’il impute à l’incurie de l’exmaire Pierre Bourque, Gérald Tremblay compte mette sur pied des «Brigades de la propreté».

scolaires après la fin des classes. Le candidat à la mairie promet aussi de faire en sorte que 50 % des emplois municipaux auxiliaires et 33 % des postes permanents soient occupés par des membres des communautés culturelles de la ville, communautés dont il entend du reste se servir pour assurer le rayonnement de la métropole à l’échelle internationale. L’environnement d’abord Pour le candidat à la mairie et chef du parti Projet Montréal, les engagements des deux autres partis tournent en rond et relèguent l’environnement et le développement durable au bas de la liste des priorités. Une fois élu, Richard Bergeron entend diminuer de 2,5 % par année le volume de la circulation automobile sur le territoire de la ville, abaisser à 30 km/h la limite de vitesse dans les quartiers résidentiels et diminuer le

nombre d’espaces de stationnement disponibles afin de réduire l’offre. Contestant la «suprématie des droits des automobilistes», l’aspirant maire réaménagera les rues afin de faire la part belle aux piétons et lancera un ambitieux projet de nouveau tramway, qui permettra aux citoyens de voyager sur les principaux axes routiers de la ville. Le candidat promet aussi de protéger le patrimoine architectural de la ville et de faire en sorte que le français demeure «la langue de la vie collective». L’élection municipale aura lieu le 6 novembre prochain. Chaque électeur sera appelé à voter pour un maire de ville et un maire d’arrondissement ainsi que pour un ou deux conseillers. En plus des trois partis principaux, certains candidats se présenteront sous une même bannière dans certains arrondissements. Ce sera le cas dans Ville-Marie (arrondissement

à l’intérieur duquel se situe l’Université McGill), où Louise O’Sullivan, élue en 2001 sous la bannière du parti de Gérald Tremblay, dirigera l’Équipe VilleMarie. x Pour plus de détails sur les partis, vous pouvez visiter leurs sites Internet respectifs aux adresses suivantes: • Équipe Tremblay/Union des citoyens et des citoyennes de l’Île de Montréal (Gérald Tremblay): http://www.ucim. ca/ • Équipe Bourque/Vision Montréal (Pierre Bourque): http://www. visionmtl.com/ • Projet Montréal (Richard Bergeron): http://www.projetmontreal.org/ Pour des renseignements généraux sur le vote lui-même, incluant la procédure à suivre pour être inscrit sur la liste électorale, vous pouvez visiter le site de la Ville de Montréal au: http://www. ville.montreal.qc.ca/elections.


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xLe Délit • 27 septembre 2005

Le paradis du sexe sûr ouvre ses portes à McGill

nouvellescampus

Les Services de santé aux étudiants de McGill ouvrent la Boutique coquine sur le campus de l’Université. ANAÏS SUCHAIL

Pas une boutique de sexe, mais une boutique de sexe sûr La Boutique coquine est financée par

les Services de santé aux étudiants et le profit n’est pas son objectif premier. Au contraire, l’accent est mis sur l’information, grâce à des dépliants visant à éduquer et à des étudiants spécialement formés pour répondre aux préoccupations des visiteurs au sujet des MTS, de la sexualité ou de la grossesse. Prenez garde de ne pas commettre cette erreur commune: la Boutique coquine n’est pas une boutique de sexe, mais une boutique de sexe sûr. Une nouvelle approche pour un meilleur service C’est Marius Wolfe, agent de promotion de la santé à l’Université, qui a eu l’initiative d’ouvrir un tel lieu sur le campus. Son objectif est d’engager le dialogue entre étudiants sur les pratiques sexuelles sans danger. M. Wolfe a participé à la formation d’étudiants volontaires, les sexe-perts, afin que ces derniers puissent répondre aux questions de leurs collègues. Et des questions, il y en a de toutes sortes: elles vont du fonctionnement de la pilule et du timbre contraceptif à l’utilisation d’une digue dentaire permettant de réduire les risques de transmissions des infections de

nature sexuelle. «On a évité les adultes, les moralisateurs, pour que les étudiants puissent parler de sujets confidentiels en toute convivialité», affirme le Dr Pierre-Paul Tellier, directeur des Services de santé aux étudiants de McGill. «Travailler avec des gens qui ont une approche non médicale est très enrichissant parce qu’ils ont des idées non traditionnelles», continue-til. La boutique cherche à offrir un meilleur service en mettant l’étudiant à l’aise en le faisant interagir avec d’autres étudiants. Une foule d’articles La Boutique coquine offre une large gamme de produits pour assurer une expérience sexuelle agréable et sécuritaire. En promotion: une boîte de douze condoms coûte 2,99$, taxes comprises! Les digues dentaires et les lubrifiants aromatisés font partie des articles les plus populaires. Des huiles corporelles et des produits de santé élémentaires, comme des thermomètres, des brosses à dents et des trousses de premiers soins, sont également disponibles. x

Philippe G. Lopez

P

our la première fois au Québec, l’Université McGill crée un lieu où les étudiants peuvent en apprendre sur les pratiques sexuelles sans danger et discuter de leurs préoccupations à cet égard. Située au croisement des rues Peel et Docteur-Penfield, la Boutique coquine (Shagalicious Shop) est conçue pour ressembler à un «nid d’amour» du 21e siècle. Elle se trouve dans le centre des Services de santé aux étudiants de McGill, tout en ayant sa propre entrée sur la rue Peel. Ainsi, les étudiants n’ont pas besoin de passer par le centre de santé pour rejoindre la boutique, mais peuvent y accéder directement en venant de la rue Peel. L’entrée est moins intimidante pour les étudiants et le service, plus abordable. Le local lui-même est accueillant et invite le passant à s’y arrêter un moment. Les lumières tamisées rendent l’ambiance intime, mais le fun n’est pas en reste, grâce aux murs aux couleurs pastel et à des décorations rétro.


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xLe Délit • 27 septembre 2005

Riche… sur papier

nouvellescampus

Avec un fonds privé de près de 800 millions de dollars, l’Université McGill serait l’une des trois plus riches universités au Canada. MARC-ANDRÉ SÉGUIN

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’Université McGill est une des universités les plus riches au Canada. Avec un fonds privé évalué l’an dernier à près de sept cent soixante millions de dollars et qui devrait, d’ici au 31 mai 2005, totaliser huit cents millions de dollars, elle se situe au deuxième ou troisième rang au Canada, derrière l’Université de Toronto et possiblement l’Université de la Colombie-Britannique. Dans le contexte nord-américain, elle se situerait autours du soixantième rang, loin derrière Harvard, qui possèderait un fonds privé de près de vingt-deux milliards de dollars. Cependant, selon Thomas B. Thompson, conseiller senior pour le développement et employé à McGill depuis 1961, cette richesse n’existerait que sur papier: « McGill est, dans les apparences, une institution riche. Mais alors que nous avons des actifs orientés vers l’avenir, le problème est que nous devons maintenir des édifices dont certains sont âgés de cent soixante dix ans. Il n’y a pas beaucoup d’universités qui peuvent dire ça. En fait, plusieurs des universités qu’on connaît au Canada ne se sont développées qu’au cours des trentecinq dernières années. Nous avons donc une infrastructure vieillissante à maintenir, ce qui implique des coûts plus élevés. Aussi, McGill n’est pas située dans un seul édifice de dix étages […]. Nous avons environ cent édifices sur ce campus et près de cent autres édifices de toutes sortes sur le campus Macdonald, ce qui implique des frais importants », notamment de chauffage, d’entretien général ainsi que d’entretien paysager. Ces importantes sommes d’argent sembleraient aussi entrer en contradiction avec les propos venant de l’administration de McGill voulant que cette dernière ait des difficultés financières. Sur le sujet, cependant, M. Thompson répond que cet argent n’est pas accessible pour les activités quotidiennes de l’Université: «C’est un moyen par lequel des donateurs peuvent faire des dons à l’Université qui continueront à apporter des appuis financiers pour l’avenir. Et puisque ces dons sont dans un fonds spécifique qui est investi avec précaution, on pourra maintenir la valeur relative de ce fonds. Par exemple, si la valeur relative d’une bourse d’étude aujourd’hui est de cinq mille dollars, nous voulons nous assurer qu’en l’an 2030, cette même bourse ait un montant équivalent [en termes de valeur relative] ». Selon M. John Limeburner, trésorier

de McGill, ces fonds sont donc un moyen d’obtenir «un revenu optimal et assuré pour les bénéficiaires du fonds» à chaque année. Ces bénéficiaires incluent notamment les récipiendaires de bourses, les chaires, les facultés et départements, les projets de recherche ainsi que les bibliothèques de l’Université. Une longue tradition Ainsi, il semblerait que, conformément à la tradition de McGill, cet argent soit consacré au maintien d’activités extérieures à celles touchées par le budget annuel de l’Université. M. Thompson précise: «Les anciens élèves font des dons privés à McGill depuis 1857. […] L’an dernier, l’Université a reçu près de cinquante-cinq millions en appuis privés. Certains diront que nous devrions prendre cet argent et le dépenser où nous en avons besoin. Mais cet argent est donné avec des conditions de la part du donateur. Alors ces dons ne sont pas dédiés au budget opérationnel [de l’Université], mais sont plutôt dédiés à aller plus loin que le budget opérationnel, afin d’enrichir l’Université». Il faut aussi préciser que seule une partie des intérêts sur le capital est réinvestie annuellement pour les bénéficiaires et qu’il est dans la tradition de McGill de ne pas dépenser le capital des dons, ce qui, d’ailleurs, n’est pas nécessairement la pratique courante dans toutes les universités. Cela expliquerait d’ailleurs en partie l’importance du fonds aujourd’hui, qui grandit graduellement depuis plus d’un siècle. D’ailleurs, selon M. Thompson, il resterait même toujours le capital provenant des dons les plus anciens faits à l’Université: «Si on regarde attentivement, on s’aperçoit encore qu’il y a un impact [des premiers dons]». Une partie de l’argent légué par James McGill serait donc toujours dans ce fonds. Dans les années trente, on retrouvait encore environ trois cents mille dollars provenant du don initial de McGill. Selon les renseignements obtenus par Le Délit, une liste à jour des donataires –la dernière liste remonte à 2001-2002– devrait être disponible prochainement. Le mystère des gestionnaires La gestion du fonds privé, appelé «fonds de dotation», dont le coût a été, pour l’année 2004, de trois cents sept mille dollars, est qualifiée de relativement conservatrice. Alors que plusieurs universités nordaméricaines, et plus spécifiquement aux États-Unis, ont vu leurs fonds de

dotation subir d’importantes pertes en raison de mauvais investissements sur les marchés boursiers, il semble que celui de McGill soit resté relativement stable. Selon M. Thompson, c’est attribuable à la priorité qui est mise sur des investissements aux risques limités. Sa gestion est confiée à 95% à des gérants externes, sur l’approbation du Conseil des gouverneurs de McGill. Il fut cependant impossible de savoir précisément où cet argent était investi. La Trésorerie s’est limitée à préciser que 65% des fonds étaient investis sur les marchés boursiers sous forme d’actions, et que 35% étaient investis sous la forme d’obligations comme des bons du trésor. Il semble qu’il n’est donc pas possible de connaître les compagnies dans lesquelles les quelques sept cent quinze millions de dollars en actions on été investis, quoique la Trésorerie ait néanmoins précisé que les actions sont toutes achetées sur les marchés boursiers nord-américains et que McGill possède une petite proportion d’actions de compagnies privées

ainsi que certains investissements dans le secteur immobilier. L’Association des étudiants de l’Université McGill n’a pas non plus pu donner davantage d’informations sur ces investissements. Selon Adam Conter, président de l’AÉUM, «le SSMU ne reçoit pas de comptes sur les détails financiers de McGill. Le comité exécutif de la Trésorerie a toute l’information. […] Le Board of Governors [est celui qui a un mot à dire sur les investissements], et son membership se réserve à des gens comme le président de la CIBC, le président de la Banque de Montréal, les présidents de grandes compagnies de Montréal et plus internationales. Les adultes n’écoutent pas les idées des étudiants en ce qui concerne le financement de l’Université McGill». Il se montre toutefois confiant que les investissements sont conformes aux principes d’éthique. «J’espère que McGill va investir dans les compagnies qui ne violent pas les droits de l’homme, et je crois que dans les années récentes, McGill a revu ses politiques d’investissement». Il faut rappeler que dans les années soixante-dix, McGill avait investi

dans des pays comme l’Afrique du Sud, au moment du régime d’apartheid. Une contribution à «l’expérience McGill» Cependant, M. Thompson insiste sur l’importance et les bénéfices d’un tel fonds. Il explique que ce fonds, qui finance plusieurs bourses d’études pour les étudiants, peut les aider en allégeant une partie du fardeau financier lié à leurs études et ainsi leur permettre de s’impliquer davantage dans la vie étudiante. «Cela peut être une expérience enrichissante pour un étudiant. Nous espérons que l’Université est vue [comme souhaitant encourager cette implication] et qu’elle puisse offrir des opportunités pour les étudiants de construire ce que nous appelons l’expérience de McGill. Et l’argent du fonds de dotation ainsi que les dons aident à faire en sorte que ces choses se réalisent». x


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xLe Délit • 27 septembre 2005

AÉUM 2005-2006: vaste programme!

nouvellescampus

Un président à mi-mandat mobilise ses troupes. MAYSA PHARÈS Une grande année pour l’AÉUM!» C’est ainsi qu’Adam Conter envisage les prochains mois à son poste de président. Si le mois qui s’achève atteste d’une rentrée réussie, inaugurée comme il se doit par l’incontournable FROSH (initiation), l’équipe exécutive se réserve une année laborieuse: rénovations, négociations, lobbying, rien ne fait défaut à l’agenda de l’AÉUM. Organe central de décision de l’AÉUM, le «Conseil», qui rassemble deux fois par mois des représentants du corps étudiant, cherche à augmenter son efficacité. À cet effet, l’équipe exécutive s’est récemment imposé des délais plus courts afin de soumettre ses rapports assez longtemps à l’avance pour que chaque membre du Conseil puisse

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se prononcer en connaissance de cause sur les affaires en cours. Services aux étudiants: combattre les déficiences Le groupe d’étude de la principale sur la vie étudiante et l’acquisition de connaissances à l’Université McGill sera le terrain prioritaire d’un lobbying acharné. Destiné à recueillir des «recommandations sur le moyen d’augmenter l’efficacité des services et aides aux étudiants ainsi que d’améliorer l’expérience étudiante en général à McGill», ce projet recevra de l’AÉUM une contribution de 6000 mots exposant ses principales résolutions. Parmi ces résolutions, l’AÉUM se fait une priorité de remédier à la carence en personnel au bureau des

affaires étudiantes, principalement en matière de conseil pédagogique (advising) où les chiffres sont frappants: seuls six conseillers pédagogiques (advisors) sont qualifiés pour conseiller et guider dans leur choix de cours les quelques 4000 nouveaux étudiants qui franchissent les portes de McGill chaque année. Politique externe: négociations à l’échelle provinciale L’équipe exécutive s’arme dans l’optique d’une série de réunions avec la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), le plus haut organe de représentation des étudiants du Québec. Leur but sera de contribuer au plan de développement de la Fédération pour les cinq prochaines années. La question de l’augmentation des

Dieu, les armes à feu et l’AÉUM!

frais de scolarité sera à l’ordre du jour lors des négociations. L’AÉUM compte par ailleurs poursuivre ses pressions sur la FEUQ au sujet du sous-financement systématique de McGill par le gouvernement provincial. Les prises de position de l’AÉUM en termes de politique extérieure sont à présent groupées dans son Manuel de politique externe. Dernièrement mis à jour, ce guide s’attache à définir le processus décisionnel de l’association et regroupe toutes les positions prises par l’AÉUM au nom des étudiants de premier cycle. Le Shatner revu et corrigé Le bar Gert’s se met quant à lui à l’heure artistique, accueillant actuellement la McGill Improv’ tous

les mardis à 16h30 dans le cadre d’un projet destiné à consacrer le mardi soir au théâtre. Le succès de la soirée jazz, qui rassemblait mercredi dernier plus d’une centaine d’étudiants dans le bar du Shatner, a conforté l’AÉUM dans son initiative musicale. Désormais, chaque mercredi soir, des étudiants de la faculté de musique se produiront au Gert’s. Enfin, les jours qui viennent verront s’achever l’installation du restaurateur libanais Al Taïb au Gert’s. Aussi, après une période de travaux, la tabagie Sadie’s a rouvert ses portes mardi dernier. À plus long terme, des travaux de rénovation de l’étage principal du Shatner sont au programme, ainsi que le déménagement des locaux de TV McGill. x

nouvellescampus

L’association étudiante octroie le statut de club intérimaire à deux groupes controversés. MAYSA PHARÈS a tension était palpable jeudi soir dernier au Conseil de l’AÉUM. Les conseillers devaient en effet trancher la question du statut à accorder à deux clubs étudiants à la vocation controversée, soit le CRU (le chapitre mcgillois de l’organisme Campus Crusade for Christ Canada) et la McCord Rifle Association (MRA). C’est non sans tergiversation que le statut de club intérimaire a finalement été octroyé aux deux groupes. Ce statut est la première étape du processus d’accès au statut de club permanent. Accordé pour trois mois, il constitue une période d’essai au cours de laquelle l’association postulante est tenue d’organiser au moins trois événements et de démontrer qu’elle suscite un intérêt assez important auprès des étudiants pour demeurer à titre permanent.

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Le CRU en croisade? En étudiant la demande du CRU, le Conseil a fait état de ses nombreuses craintes liées à la question du prosélytisme. Sommée de clarifier sa position à ce sujet, une représentante de l’association a soutenu qu’«il est impossible de convertir qui que ce soit». Le CRU se réclame d’une volonté de discussion et d’échange, non d’une politique de recrutement de fidèles, et définit sa fonction en ces termes: «fournir à des étudiants non

chrétiens un forum pour envisager l’existence de Dieu et la possibilité de vivre en relation avec lui». La connotation historique de «CRU», réduction de crusade, a soulevé la question du caractère offensant de ce nom. Ce à quoi les représentantes de l’association ont répondu qu’il ne s’agissait nullement d’une référence à l’histoire, mais plutôt au sens étymologique du mot, désignant «une quête passionnée». Deux clubs remplissant la même fonction ne sont pas autorisés à coexister au sein de l’AÉUM. C’est pourquoi le CRU a aussi dû définir sa différence avec le McGill Christian Fellowship (MCF). La présidente, Jessica Zeztman, a déclaré avoir une cible plus large que la MCF, cette dernière ne s’adressant qu’aux chrétiens. La MRA, ou l’éthique du port d’armes C’est devant un Conseil non moins perplexe que la MRA, qui a pour but «la représentation des usagers et passionnés d’armes à feu», a écarté toute affinité avec une quelconque mouvance politique de droite et rejeté toute similitude avec la National Rifle Association aux États-Unis (NRA). Le débat a porté sur le rôle qu’endosserait l’AÉUM en soutenant l’existence d’un tel club. Le vice-président aux clubs et

services, Leon Mwotia, a tenu à affirmer son «soutien absolu à tout club dont l’activité ne porte pas atteinte aux autres personnes», ce qui est selon lui le cas de la MRA

(et du CRU). À cet égard, la MRA a tenu à assurer son souci de légalité, de sécurité et de prévention. Comme le CRU, la MRA a reçu le statut de club intérimaire. Une condition lui a cependant

été imposée, soit l’organisation annuelle de deux événements; l’un portant sur l’usage d’armes à feu à l’encontre des femmes, l’autre traitant des armes à feu chez les jeunes.x


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xLe Délit • 27 septembre 2005

Les Francos ne sont plus aphones

nouvellescampus

La première réunion informelle du Réseau des francos se tenait mercredi dernier au Gert’s.

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nouveau départ après deux difficiles années d’existence? Francophones ou francophiles? En 2003, Sophie Zhang participe à la création du Club des francophiles. Initialement conçue pour réunir les francophones de McGill, l’association s’ouvre rapidement aux non-francophones désireux de pratiquer leur français:

«Juste avec les francophones, on n’y arrivait pas», explique Sophie. L’année suivante, l’association devient un «réseau», déserté par les francophones: seule Marie-Pierre Dallaire les représente. Démissions, arrêt des activités… le Réseau des francophiles se décompose progressivement. Actuellement, le mouvement cherche un nouveau souffle. Un consensus semble se former sur l’appellation «Réseau des francos». En revanche, des visions différentes quant à la vocation de l’association s’expriment. Le spectre de la grève Une certaine amertume n’est pas étrangère à la renaissance du Réseau. Les cicatrices laissées par la grève de l’année dernière ne sont pas

Philippe G. Lopez

THOMAS POKOÏK Un succès!» Le 4 à 7 organisé par le Réseau des francos n’est pas achevé que le mot fuse déjà de l’assistance. Une bonne trentaine de personnes ont répondu à l’appel convivial. La bière coule à flots, les langues se délient et les projets pour l’association foisonnent: un weekend au ski, des sorties dans Montréal, etc… Des franco-ontariens, des Montréalais, des Français, des anglophones sont présents. Un

Plus de trente personnes étaient présentes au premier 4 à 7 du Réseau des francos.

encore refermées. «Les francophones ne se sont pas sentis représentés», estime Marie Gagné, commissaire francophone à l’AÉUM.

Même son de cloche chez un autre commissaire, Alexandre Faguy, qui indique que les services donnés aux étudiants étrangers représentent «une manne» pour McGill. En clair, ces services seraient privilégiés par l’Université, soucieuse de sa réputation internationale, au détriment des services procurés aux francophones. Alexandre Faguy souhaite donc donner un tournant politique au Réseau qui deviendrait chargé de représenter les francophones de McGill. Rappelons que ceux-ci forment 21% de la population de l’établissement. Reste à savoir si une politisation du mouvement est réaliste: les deux tiers des inscrits sur la liste de diffusion du Réseau ne sont pas francophones. Un manque de visibilité La communauté francophone de McGill semble manquer de visibilité. «Le monde nous perçoit comme une minorité excentrique, à Montréal!», maugrée Alexandre Faguy. De son côté, Sophie Zhang résume les limites de l’implication associative des francophones: la plupart des Québécois possèdent déjà un cercle d’amis et viennent étudier à McGill pour des raisons pratiques. Cependant, certains membres du Réseau souhaitent développer des liens avec les autres associations francophones de McGill (Le Délit, le théâtre de la Grenouille, l’Association des étudiants français). «Si on travaille ensemble, on peut réunir tous les francophones», indique Marie Gagné. L’association s’ouvre à la francophonie du monde entier. Des étudiants d’origine française en briguent d’ailleurs la direction. La réactivation du Réseau serat-elle un feu de paille? Prévue lundi, la première assemblée générale de l’année est consacrée à l’élection des responsables. La réunion s’annonce décisive pour entretenir la flamme rallumée lors de ce 4 à 7. x


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xLe Délit • 27 septembre 2005

Une explosion de saveurs

cultureartsvisuels

Pop Montréal envahit la ville du 28 septembre au 2 octobre. JEAN-FRANÇOIS SAUVÉ fanaticpromotion.com

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ue ceux qui croient que les gros festivals n’ont lieu que l’été se détrompent! La programmation du festival Pop Montréal, qui en sera à sa quatrième édition, est tout à fait impressionnante. Des chiffres? Environ 260 groupes dans plus de cent concerts, soit une moyenne de vingt concerts par nuit en plus des trois autres volets (Cinéma, Pop&Politique et Puces Pop), pour un total de trente-six lieux concentrés majoritairement des deux côtés de la rue St-Laurent. Le tout commencera le 27 septembre avec le concert de la Norvégienne Annie au Théâtre Plaza, et se terminera le lundi suivant avec le Français Gonzales. Alors que le Centre Bell sera mis à profit pour le concert de Beck le 28 septembre, d’autres lieux plus intimistes tels le Main Hall ou le Jupiter Room seront utilisés. C’est justement dans cette dernière salle qu’Interpol, qui sera au Métropolis le lendemain du concert de Beck, avait joué devant cinquante personnes lors de la première édition du festival en 2001. Il est à noter que le prix

L’octuor australien, Architecture in Helsinki, sera au Cabaret le 2 octobre.

des billets est souvent aussi dérisoire que la capacité des salles. Pop Montréal est un festival de découvertes avec des spectacles comprenant plusieurs groupes émergeant en majorité de l’Amérique du Nord. On y va les yeux fermés, mais avec l’esprit ouvert, en espérant découvrir de nouveaux horizons musicaux. Parmi

la panoplie de groupes et d’artistes en concerts, plusieurs proviennent de la Belle Province, tels les Ghislain Poirier, Champion, Geneviève et Mathieu, et Et Sans. Plusieurs concerts sont à ne pas manquer. Outre les grosses pointures, on note Malajube et Gwenwed au Quai des Brumes le 28 septembre, les Breastfeeders

le lendemain à la même salle, Plywood ¾ et Navet Confit le 30 septembre. Le côté anglophone de la ville sera représenté entre autres par Melissa Auf der Mar le premier octobre au Main Hall et Pony Up le même soir à L’Escogriffe. De son côté, Julie Doiron sera parmi ceux qui joueront au O Patro Vys le 28 septembre. De plus, la liste des concerts contient une myriade de noms obscurs que l’on peut trouver sur le site web du festival. La portion cinéma présentera quelques premières ainsi qu’une soirée vouée à l’activiste Ron English. L’événement consacré à cet artiste multidisciplinaire aura lieu le 30 octobre au Cinéma du Parc. Le volet politique offre, quant à lui, des tables rondes, des conférences, ainsi que des concerts sur l’alliance entre la musique et la politique, qui se dérouleront au MAI sur la rue Jeanne-Mance. Cette série tombe à point après la prestation de Céline Dion en réaction à l’ouragan Katrina, ainsi qu’aux mobilisations américaines comme la tournée « Vote for Change ». Toutefois, la politique ne se limite pas qu’aux

Mise au monde d’un ‘zine

questions électorales, comme en font foi les tables rondes sur la place des femmes dans la musique ainsi que sur l’influence des majors dans l’industrie musicale. Le tout est complété par deux volets gratuits : un marché aux puces de la culture indépendante, les 1 et 2 octobre, et une exposition réunissant les œuvres d’une douzaine d’artistes-afficheurs. Ceux-ci proviennent d’ici et d’ailleurs et produisent des affiches de concert qui seront exposées du 22 septembre au 16 octobre à la galerie Madame Edgar sur StHubert. Voilà qui devrait satisfaire la plupart des amateurs de musique jusqu’au Montreal Electronic Groove à la mi-octobre. Visitez le site de Pop Montréal, www.popmontreal.com, pour l’horaire complet des spectacles. Le guide du festival, qui peut simplifier vos recherches sur les artistes en concert, se trouve un peu partout dans la ville.

culturemagazine

Lancement du septième numéro du fanzine stationæry, une création de Ilya Zaychik et Daniel Spitzberg. LUCILLE HAGÈGE

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a Sala Rosa, mercredi soir, à l’heure où les lumières se tamisent. Les deux éditeurs, quelque peu nerveux pour ce fanzine (ou ‘zine), attendent impatiemment la venue du public, de leur public, pour commencer le show. La performance de Lil’Andy (guitare, voix de contrebasse et chapeau de cow-boy) et de John Lennox (quatuor puissant et tranquille) est l’excuse pour mettre au monde le septième numéro d’un petit magazine littéraire appelé stationæry. En effet, disposé en piles minutieuses à l’entrée, près de la caisse, on découvre le travail splendide de deux étudiants de McGill, Ilya Zaychik et Daniel Spitzberg qui, il y a une année de cela, décidèrent de publier, sur quelques pages brochées, des textes, des photos, des dessins, des poèmes, ou tout ce qui faisait vibrer leur petit monde d’étudiants inconnus. Né dans l’obscurité d’une cuisine, sationæry s’est peu à peu étoffé au fil des numéros, a pris des couleurs et se distribue maintenant, par les voies souterraines du monde littéraire, dans des librairies

d’occasions à travers le continent. Le contenu de ce septième numéro tourne autour d’un thème, « Le dernier coursier à vélo du MidWest », mais à l’intérieur, on rencontre une prose dépouillée, brusque et vivide qui expose des vérités bien plus cinglantes. Ce sont ici les voix mises à nues de notre génération, de nos poètes urbains qui rôdent dans les rues vides de la nuit et qui trouvent dans la lumière blafarde de la modernité des choses à dire sur la vie. On y rencontre un jeune bavard qui laisse ses mots sur les sièges d’un train de banlieue avec l’aide d’un feutre noir, une jeune fille qui se transforme en arbre dans un moment de désespoir, un autre encore qui entrevoit dans les nuages de la drogue un petit bout de réel. À travers tout cela, la ville revient constamment, toujours décrite avec un amour rêche et une fatalité empreinte de poésie : l’odeur de graisse dans un diner au petit matin, le MacDonald au détour d’un rêve, un cycliste qui apprend la liberté au milieu des embouteillages… Et puis, des questions, incessantes, omniprésentes: quel est le sens des

mots? Qu’est-ce que la simplicité? Qu’est-ce que l’amour ? Au tournant d’une page, on est soudain pris à la gorge par la sincérité et le courage austère de ces révélations, si intimes parfois, offertes au grand jour sur ces pages un peu maladroites de papier grossier. Le ‘zine, ce genre souterrain et impalpable, se veut ici le réceptacle des confessions nocturnes d’une population d’étudiants un peu paumés, un peu poètes. C’est la réponse des anonymes face au néant d’une vie absurde, la chronique de ces autres à qui on ne pense plus parler, ces jeunes, nous enfin, qui croyions encore pouvoir être entendus. Les éditeurs de ce fanzine, tout amateurs qu’ils soient, font preuve dans ce nouveau numéro d’une maturité surprenante et d’une sensibilité étrange et vraie. Alors que la foule quelque peu éclectique commence à s’accumuler au creux des ténèbres rouges de la Sala Rosa, le show commence et les musiciens mêlent leurs voix rocailleuses à cet événement sans grande presse et sans grande prétention, mais qui assure, à mon

stationæry : des pages maladroites de papier grossier.

avis, la relève artistique de notre génération. x Pour contribuer au magazine stationæry, envoyez vos soumissions à stationaery@gmail.com. Pour en savoir

plus, connaître les dates des prochains lancements ou lire les numéros précédents, visitez le www.stationaery. com.


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xLe Délit • 27 septembre 2005

culturethéâtre

Spectacle volant non identifié Léon le nul: un spectacle qui peine à trouver sa place. ARNAUD DECROIX Yves Renaud

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epuis quelques temps, une nouvelle tendance théâtrale consiste à ce que le comédien attende son public sur scène avant le début du spectacle. Ainsi, le printemps dernier, le Théâtre Prospero nous donnait à voir Ce fou de Platonov d’Anton Tchekhov où les comédiens s’appropriaient allégrement la scène avant que les spectateurs ne viennent s’asseoir et que les trois heures de cérémonie ne débutent. Avec Léon le nul, mis en scène par Gill Champagne, le même procédé est utilisé. Pourtant, malgré cet accueil réservé au public par le comédien Martin Dion, occasion de surprendre et d’établir une complicité, la rencontre se fait attendre. En effet, durant les cinquante minutes que dure le spectacle, en dépit de son talent personnel et de sa maîtrise incontestable des subtilités de l’école du mime, Martin Dion peine à trouver sa place. Il est juste de reconnaître la difficulté que représente le monologue pour tout comédien, alors contraint de réaliser un véritable one man show. La performance du

Le malaise est palpable dans la salle lors de la présentation décevante de Léon le nul.

comédien, incapable de s’appuyer sur le jeu des autres pour donner vie à la pièce, repose donc directement sur la qualité du texte. Lorsque ce dernier nous est livré par un comédien charismatique, la tentative peut réussir. Il suffit de songer ici à Francis Huster dans la Peste (de Camus) ou dans la Ville dont le Prince est un enfant (de Montherlant). Ainsi, malgré les tentatives désespérées de Martin Dion, le texte de Francis

Monty (ce dernier ayant pourtant obtenu l’an passé le Masque du texte original, prix accordé par l’Académie québécoise du théâtre, pour Romances et karaoké ) manque sa cible, et avec raison puisque celle-ci reste à déterminer. Oscillant constamment entre burlesque et absurde, la pièce ne parvient pas à donner le ton et à s’affirmer en dépit de quelques phrases savoureuses comme : « Ma mère est folle ou elle fait semblant d’être folle, mais

pour faire semblant il faut être un peu folle ». Le Théâtre d’Aujourd’hui, où à lieu le spectacle, reconnaît luimême qu’ « à la première lecture de Léon le nul une question a jailli : à qui s’adresse le texte ? Aux enfants ? Aux adultes ? ». Pour y répondre, trois compagnies théâtrales ont collaboré : le Théâtre Bouches Décousues, créé en 1986 et orienté principalement vers le jeune public, le Théâtre de la Pire Espèce, qui depuis 1999 se veut expérimental et novateur et, enfin, le Théâtre d’Aujourd’hui qui favorise l’expression de la diversité culturelle. Mais cette collaboration, loin d’être parvenue à rendre plus identifiable l’objet narratif, aurait même eu tendance à brouiller encore plus, s’il le fallait, les schémas de compréhension. Vendredi soir dernier, une sorte de malaise était palpable parmi les spectateurs à la fin du spectacle, que beaucoup pensaient être un entracte. Il faut dire que, de même que la pièce n’a pas de début en raison de la présence continue du comédien sur scène, elle ne paraît pas avoir de fin tant par sa longueur

Le monde dans votre assiette

(ressentie davantage que réelle) que par l’éclairage permanent de la salle. Qu’en auront retenu les quelques enfants présents? Qu’il y a des balles à l’intérieur des boulettes de papier jetées sur Léon le nul… Ici, il convient de relever que les accessoires contribuent à créer une ambiance minimaliste et l’ampoule perchée au bout d’un mat tournant, soutenu par une chaine de vélo, n’aide visiblement pas à l’éclairage de l’ensemble. Après la déception qu’a été la présentation de Ma mère chien (voir le numéro du 20 septembre), Marie-Thérèse Fortin, qui assure la direction artistique du Théâtre d’Aujourd’hui depuis le mois d’août 2004, ne réoriente donc pas cette lancée. x Léon le nul de Francis Monty, mis en scène par Gill Champagne, est présenté jusqu’au 29 septembre au Théâtre d’Aujourd’hui, 3890 rue Saint-Denis. Pour plus d’information, appelez au (514) 282-3900 ou visitez le www. theatredaujourdhui.qc.ca.

cultureresto

Un restaurant pas comme les autres à deux minutes de McGill. KARIN LANG végétarien ne veut pas dire fade et ennuyeux. Bien au contraire, les plats, tous faits maison, sont d’une incroyable saveur, mêlant autant l’exotisme culinaire que la beauté de la présentation. Afin de mettre la clientèle dans l’ambiance, le décor répond aux exigences du menu : le multiculturalisme. Sitôt entré, des couleurs chaudes nous entourent et des tables accueillantes attendent que l’on s’y asseye. Des voiles tapissent le plafond pour représenter le Moyen Orient, des nappes aux couleurs de la Provence rappellent les origines des propriétaires, les couleurs des murs font penser à l’Amérique latine. L’heureux client voyage ainsi autant par la nourriture que par le décor. Un bon restaurant ne l’est pas sans de bons serveurs. Là encore, Lola Rosa sait comment s’y prendre. De charmants serveurs (dans tous les sens du terme!) sont là chaque jour pour servir la clientèle, sourire aux lèvres. Ne vous étonnez pas s’ils vous

Clémence Repoux

«

Où pourrais-je aller manger ce midi ? » Telle est souvent la question que l’on se pose lorsque l’heure du déjeuner (ou dîner selon le français utilisé) approche. La question pourrait sembler absurde si l’on considère le fait que l’université se trouve en plein centre-ville où il devrait normalement y avoir une profusion de petits restaurants et endroits destinés aux étudiants. Toutefois, aussi étrange que cela puisse paraître, la question est bien réelle. Il y a certes d’innombrables fast food ou cafés de chaînes commerciales, mais trouver un endroit chaleureux reste un vrai défi que certains étudiants finissent par abandonner. Heureusement que le restaurant Lola Rosa existe ! Ce restaurant, au coin de University et Milton, est un vrai petit paradis pour tous ceux qui cherchent l’exotisme, l’amabilité et la bonne nourriture. Le menu est végétarien, mais attention, pas de fausses idées :

Après avoir refait sa décoration, Lola Rosa prolonge ses heures d’ouverture.

reconnaissent après quelques visites. Les trois propriétaires, amis de longue date, aiment leur travail et cela se sent ! Certains d’entre vous auront peut-être déjà goûté aux délicieux

plats et desserts que l’endroit propose.Vous serez ravis d’apprendre que le restaurant va diversifier ses services dans les mois qui viennent en proposant des plats à emporter. Ceux qui craignent un manque

de places pour n’auront désormais aucune raison de ne pas y aller. L’ambiance chaleureuse continuera d’être le mot d’ordre pour ce restaurant si particulier. Rien ne le laissera devenir un de ces endroits où les ventes à la chaîne risquent de perturber le calme et l’atmosphère si agréables d’aujourd’hui. Une dernière bonne nouvelle est la prolongation des heures d’ouverture. Très bientôt vous pourrez venir prendre votre petit déjeuner tous les jours de la semaine et des brunchs le week-end. On attend avec impatience les mets du nouveau menu qui seront, on en est certains, à la hauteur des plats qui y sont déjà inscrits ! x Lola Rosa, 545 rue Milton, (514) 287 9337, est ouvert de 11h30 à 21h, 7 jours sur 7. Les plats sont environ 12$ et les portions sont généreuses.


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xLe Délit • 27 septembre 2005

Visiter sa propre ville

cultureurbanisme

Un organisme local permet aux Montréalais de (re)découvrir les merveilles architecturales de la métropole. ALEXANDRE DE LORIMIER Alexandre de Lorimier

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l nous arrive tous, lors de nos activités quotidiennes, de nous arrêter, enfin, et d’admirer le paysage. Ce n’est pas vraiment difficile grâce au superbe campus qui est mis à la disposition de tous les Montréalais et dans lequel nous, étudiants, évoluons pendant quelques années. Même à l’extérieur des murs de l’université, la diversité de l’urbanisme de Montréal est impressionnante. Les différents quartiers de la ville marquent l’évolution organique de la métropole, et ce depuis l’arrivée de Jacques Cartier il y a de cela maintenant 470 ans. Aurait-il cru que toute l’île serait bâtie comme elle l’est aujourd’hui, du Vieux-Montréal aux secteurs industriels de l’est en passant par les banlieues cossues et les quartiers multiethniques du centre? Sous l’appellation «Architectours», Héritage Montréal offre, jusqu’au 16 octobre, des visites de Montréal à saveur architecturale. J’ai participé il y a quelques semaines à une visite guidée du Quartier international de Montréal (QIM), une merveille d’urbanisme qui m’était jusqu’alors inconnue.

Paris à Montréal : le Square Victoria présente une des rares bouches de métro Art nouveau créées par Hector Guimard. Il ne manque plus que la Seine et les Champs-Élysées...

Le QIM s’étend sur une demidouzaine de blocs encadrés par les rues Saint-Urbain, Saint-Antoine, University et Viger. C’est au début des années 2000 que les trois paliers de gouvernement ainsi que l’entreprise privée ont initié le projet d’un pôle des affaires modernes, intercalé

entre le Vieux-Montréal et le centre-ville commercial. L’accent était mis sur l’aspect international des entreprises installées dans le quartier. De fait, on y retrouve le siège permanent de l’Organisation de l’aviation civile internationale, un organisme onusien qui s’y est établi en 1995. Auparavant une

Espace pour artistes bioniques

boîte de béton lugubre et exiguë, le Palais des congrès de Montréal a été le premier à recevoir une cure de jouvence. Le mur de verre coloré qui donne sur la Place Jean-Paul-Riopelle est maintenant une attraction touristique prisée. Il a bien fait parler de lui lors de son inauguration, nombreux étant ceux qui trouvaient la façade kaléidoscopique trop festive et colorée. Un autre élément important du QIM, l’édifice CDP-Capital, abrite les bureaux de la Caisse de dépôt et placement du Québec, un organisme gouvernemental qui gère les fonds de retraite des Québécois. L’immeuble est un des plus élégants de Montréal et montre que nos architectes peuvent réaliser des merveilles lorsqu’on leur donne carte blanche. En avance sur leur temps, les ingénieurs ont intégré au bâtiment des techniques de développement durable en matière de circulation d’air, de consommation d’énergie et d’utilisation de l’espace. Un grand hall, surnommé le Parquet, reflète toute la prestance de l’ouvrage et la qualité des matériaux utilisés. Il

est plutôt rare de voir à Montréal des immeubles conçus avec autant de détails et de précision, souvent parce que les promoteurs manquent de moyens. Le QIM, tout comme la Grande bibliothèque inaugurée il y a quelques mois, remplissent un rôle important. L’individualisme urbain des années 60 et 70 est peu à peu remplacé par un semblant de communautarisme qui rend les quartiers bas plus respectables, plus sécuritaires et tout simplement plus beaux. Pendant de nombreuses années, le paradigme architectural était basé sur des modèles impersonnels et peu chaleureux. Nous ne vivrons jamais dans le monde dont rêvaient les urbanistes des années 60. La crise actuelle du pétrole le démontre. x La prochaine visite du QIM aura lieu le dimanche 9 octobre. Elle coûte 10$ pour les étudiants et 12$ autrement. Six autres Architectours sont offerts à travers Montréal jusqu’à la mi-octobre. Visitez le www.heritagemontreal.qc.ca ou appelez au 286-2662 pour plus de détails.

cultureartsvisuels

Au Centre d’exposition Circa, Diane Morin et Paméla Landry présentent des installations à mi-chemin entre la vie et la machine. MATHIEU MÉNARD

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arfois, un détour en dehors du brouhaha urbain peut être grandement bénéfique. À cet effet, le Centre d’exposition Circa offre actuellement la possibilité d’entrer dans l’univers des artistes Diane Morin et Paméla Landry. Avec Articulation, Diane Morin s’approprie l’espace de la première galerie. Au premier abord, on remarque les cordes tendues à travers la pièce et le ronron étouffé de petits moteurs. Au sol, un enchevêtrement de fils, de tuyaux et de systèmes articulés se complètent d’embouts de douches téléphones. Parfois, ces curieuses créatures rampent péniblement, laissant une impression de vie précaire et délicate. À cette mécanique animée s’ajoute un travail de dessin accompli directement sur les murs de la pièce. Suspendant les objets aux cordes, l’artiste utilise un système de projection pour dessiner leur silhouette sur les murs. Le résultat est un tracé délicat auquel la répétition et la déformation

La suspension est un trait d’union entre les expositions de Paméla Landry et de Diane Morin.

des silhouettes donnent un aspect mobile. Les interventions dessinées continuent au cours de l’exposition, donnant un aspect work in progress à

l’installation. Entre le mouvement des machines, les dessins contre les murs et l’ambiance sonore légère, le

visiteur a l’occasion de plonger dans un autre monde. Comme l’indique Jake Moore, l’oeuvre n’est pas une interrogation sur la cybernétique, mais carrément sur l’être. On y reconnaît différentes parties mécaniques, mais cela n’empêche pas le visiteur d’y apercevoir la vie. Dans l’autre pièce du centre d’exposition,Paméla Landry propose l’installation Aires d’apaisement. Ses créations sont séparées en trois groupes. On les distingue aisément selon les formes des objets. Ici, l’artiste préfère travailler avec des matériaux souples : textiles, plastiques, etc. La suspension est un autre trait d’union entre les créations présentées. Les formes des objets laissent apercevoir une qualité organique. Des ballons semblent percer le tissu comme des gouttes d’eau, tandis que d’autres objets rappellent un aspect embryonnaire. Encore une fois, la mécanique intervient dans l’installation: des moteurs font tressaillir ou balancer légèrement les créations.

Si la souplesse des matériaux employés, les formes, le mouvement et la disposition espacée contribuent à la tranquillité d’Aires d’apaisement, le choix des couleurs a un effet tout autre. Ironiquement, la coloration plutôt vive a davantage tendance à exciter le regard. En somme, même si les deux artistes empruntent des voies plutôt différentes, leurs créations se rejoignent dans l’emploi de la mécanique pour accentuer la qualité vivante des objets. Diane Morin renforce grandement son propos par l’intervention du son et du dessin, tandis que Paméla Landry mélange le jeu et la poésie. Voilà l’occasion, pour quelques minutes, de voyager gratuitement dans un autre monde. x Les installations Articulation et Aires d’apaisement sont présentées au Centre d’exposition Circa (372, rue Sainte-Catherine Ouest, #444), du mercredi au samedi entre 12h00 et 17h30, et ce jusqu’au 8 octobre.


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xLe Délit • 27 septembre 2005

Ces temps-ci l’inspiration vient de la nature

culturecinéma

Le film The Wild Parrots of Telegraph Hill de Judy Irving joue au Cinéma du Parc. CLÉMENCE REPOUX e ne sais pas si vous aussi vous avez remarqué, mais ces derniers temps plusieurs documentaires sont sortis dans les cinémas avec un certain succès. Ce qui était impensable il y a quelques années est devenu presque normal. Plus personne n’est surpris quand on raconte que le dernier film qu’on a vu parlait d’ours ou de pingouins. Je ne sais si cette nouvelle mode reflète un désir généralisé d’échapper un peu à notre univers bétonné et aseptisé, ne serait-ce que pour quelques heures, ou une envie commune de retomber en enfance, quand on savait reconnaître un panda d’un chameau ou d’un zèbre, mais qu’on ne savait pas encore nouer nos lacets. En tout cas, un nouveau film de ce genre vient de sortir. Si vous ressentez le besoin de vous évader un peu et de retrouver, pour quelques heures, la simplicité de la vie vue à travers les yeux des animaux sauvages, alors The Wild Parrots of Telegraph Hill est pour vous. L’histoire de ce film est particulièrement intéressante et je pense qu’il est d’autant plus agréable à regarder quand on en connaît un peu le contexte. Tout commence avec Mark Bittner. Élevé dans l’état de Washington,

mongrelmedia.com

J

Les perroquets de Telegraph Hill donne son sens à la vie de Mark Bittner.

il rêve de devenir un grand écrivain, mais s’oriente en musique. Il part pour San

Francisco, bien décidé à percer dans le milieu pour poursuivre une carrière d’artiste.

Il était

Comme pour tant d’autres, les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu et il finit par vivre dans la rue pendant une quinzaine d’années, à la recherche d’un but, d’un sens à donner à sa vie. Il en est ainsi jusqu’au jour où il rencontre des perroquets sauvages. Le film raconte cette rencontre. Judy Irving, la réalisatrice, produit différents films sur les oiseaux sauvages à San Francisco. Plusieurs de ses amis lui parlent de l’homme aux perroquets qui vit sur Telegraph Hill. Elle le rencontre et commence à le filmer. Elle ne sait pas encore ce que cela produira, mais filme simplement tout ce qui se passe, jusqu’à ce que le tout prenne forme de soi-même. Le film prendra quatre ans et demi à réaliser. C’est ce qui m’a le plus plu dans The Wild Parrots of Telegraph Hill. Le message vient de lui-même. C’est à travers des petites histoires que Mark Bittner raconte sur la vie de ses perroquets que l’on comprend le sens que cette rencontre à donné à sa vie. Ça fait du bien de voir un film qui laisse à chacun la possibilité d’en interpréter le message à sa manière. C’est là la beauté de ce film, sa simplicité. x

Le mardi 20 février 1979

une fois

dans Le

Délit...

Calendrier McGill Semaine du 27 septembre au 3 octobre Cinéma • Stranger Than Paradise – 2e film du cycle de Jim Jarmuch présenté par le Student Cinema Network (SCN) – mardi 27 septembre – 19h30 – Pavillon des Études Culturelles (3475 Peel) – $2 la représentation, $5 pour une carte de membre – www.ssmu. mcgill.ca/scn Lectures publiques • Seymour Mayne – lecture de son oeuvre suivie d’une réception – mercredi 28 septembre – 13h30 – McGill University English Department, salle 100 (3715 Peel) – entrée libre – www.arts.mcgill. ca/programs/english/english.html • Parental Translation, a Primer: On Translating Life of Pi to French par Nicole et Émile Martel– mercredi 28 septembre – 17h30 – bibliothèque McLennan, 4e étage

– (415) 398-4681 • Women in the University par Suzanne Staggenborg (Département de Sociologie, McGill) – MCRTW Seminar Series – jeudi 29 septembre – 16h – Pavillon Wilson (3506 Université) – (514) 398-3911 ext. 3 – www.mcgill.ca/mcrtw • Plato’s Political Philosophy and the Interpretation of Judaism, Christianity,and Islam as Philosophical Religions par Pr. Carlos Fraenkel (suivi de rafraîchissements) – McGill Medievalists – jeudi 29 septembre – 18h – Pavillon des Arts, salle 230 – entrée libre – www.arts.mcgill.ca/programs/ english/english.html • How Canadians Find a Place in a World of Extremes par Michael Ignatieff (Carr Center for Human Rights Policy, Harvard) – MISC Lunch ‘n’ Learn – lundi 3 octobre

– 12h30 – McGill Institute for the Study of Canada, salle 201 (3463 Peel) – apportez votre dîner – (514) 398-8346 ou www.misciecm.mcgill.ca Musique • McGill Jazz Orchestra – avec le chef d’orchestre Joe Sullivan en invité – McGill Jazz Ensembles – jeudi 28 septembre – 19h – Pavillon de Musique Strathcona, salle Polack – $10 – (514) 3984547 • Die Walkure (Acte 1) – Jane Eaglen (soprano), Alexis Hauser (chef d’orchestre) – McGill Symphony Orchestra ��� vendredi 30 septembre – 19h30 – Place des Arts (260 de Maisonneuve, W), salle Wilfried Pelletier – 15 à 30$ – (514) 842-2112

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xLe Délit • 27 septembre 2005

Nouveauté d’antan

culturecinéma

Avec Corpse Bride,Tim Burton retourne à ses sources : l’animation. DAVID PUFAHL

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epuis quelques années, le réalisateur américain Tim Burton n’a pas eu beaucoup de succès avec ses films. Planet of the Apes était lourd et sans intérêt, Big Fish était divertissant mais convenu et Charlie and the Chocolate Factory était imaginatif mais parfois bizarre. Il aura fallu qu’on lui offre la coréalisation d’un film d’animation ressemblant à The Nightmare Before Christmas, qu’il avait coécrit et produit en 1993, pour qu’il revienne à ce qu’il sait faire le mieux. Après tout, il avait commencé dans l’industrie du cinéma en tant qu’animateur chez Disney. Avec la collaboration de Mike Johnson, un autre animateur, il a créé Corpse Bride, un chef-d’œuvre d’animation. Victor Van Dort (voix de Johnny Depp), un jeune homme rêveur, doit se marier bientôt à Victoria Everglot (voix d’Emily Watson). Bien que ce soit un mariage de convenances, ils finissent par se plaire l’un l’autre. Malheureusement, lors de la répétition du mariage, Victor a quelques difficultés à réciter ses vœux. En revenant chez lui, dans une forêt lugubre, il parvient à les dire sans anicroche et insère son alliance dans ce qu’il croit être une branche d’arbre. Il se rendra compte bien assez tôt qu’il s’agit du doigt d’une mariée cadavérique (voix de Helena Bonham Carter) qui se réveillera et entraînera Victor dans le royaume des morts. Le procédé utilisé dans ce film s’appelle l’animation image par image. Cela veut dire qu’une fois que le décor et les marionnettes sont en place, la caméra enregistre une image, les animateurs déplacent les personnages un tout petit peu, la caméra en enregistre une autre et ainsi de suite. Le résultat est

La mariée cadavérique apparaît sur nos écrans…

simplement magique. L’animation est tellement fluide qu’on a de la misère à croire que ce n’est pas fait par ordinateur. Des caméras numériques spécialement conçues pour filmer des images fixes ont été utilisées, mais cela n’enlève rien du tout au spectacle. Bien entendu, tout cela ne voudrait rien dire si le scénario n’était pas irréprochable. Dans ce cas-ci, il a répondu à mes attentes. L’intrigue se déroule dans une époque indéterminée, ce qui renforce son côté universel. En fait, j’ai beaucoup apprécié le fait que pratiquement aucune référence contemporaine ne soit venue me distraire du récit. D’autres films d’animation ou dessins animés comme Shrek ou Family Guy construisent leur humour en faisant des

références à des phénomènes d’aujourd’hui (parcs d’attractions, Hollywood) d’une manière anecdotique. Bien que j’adore ce genre de dessins animés, cela m’a fait du bien de me faire raconter une histoire qui aurait tout aussi bien pu m’être racontée il y a vingt ou cinquante ans. Du côté musical, Burton a encore une fois fait appel aux services de Danny Elfman, qui a composé la musique et les chansons de pratiquement tous ses films. Seulement quatre chansons ont été composées, mais vu la courte durée du film (76 minutes), c’est tout à fait normal. Elles sont entraînantes, amusantes et ne font pas halte au récit inutilement. Quant à la trame sonore, elle est du même ton que les chansons. Pour la plupart des comédiens impliqués dans ce projet, il s’agissait d’une première parution dans les films d’animation. Malgré cela, ils réussissent tous à s’imposer, à commencer par Johnny Depp, un habitué de Tim Burton qui réussit à faire oublier son imitation de Michael Jackson dans Charlie and the Chocolate Factory. Emily Watson et Helena Bonham Carter sont tout aussi efficaces. En résumé, Corpse Bride signifie le retour sous les feux de la rampe pour Tim Burton. Il ne reste plus qu’à espérer que son charme soit revenu pour de bon après la petite accalmie qu’il a subie aux débuts des années 2000. x

culturebrève

Mystère au Théâtre de Quat’Sous Du 30 septembre au 2 octobre

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ascal Brullemans, Hughes Fortin et Eric Jean présentent le feuilleton les Mystères des Quat’Sous en cinq épisodes théâtraux. Le récit s’inspire de l’histoire du Théâtre des Quat‘Sous, débutant avec la mort de Baudelaire à Paris pour se terminer beaucoup plus tard dans la synagogue de l’avenue des Pins à Montréal. Il raconte la vie d’une jeune femme sauvée des eaux par un monstre. C’est un récit oscillant entre réel et fantastique, explorant les limites entre l’imaginaire et le possible. Les directeurs du théâtre ont souhaité rendre hommage au lieu, ancienne synagogue qui devint un théâtre en 1965, avant sa rénovation prochaine en présentant les Mystères des Quat’Sous qui raconte un peu son histoire. Pour plus d’informations visitez le www.quatsous. com. Billetterie: (514) 845-7277.

delitfrancais.com

Un grand texte fondateur?

PIERRE-OLIVIER BRODEUR

C

e qui m’a toujours fasciné dans le domaine littéraire, c’est la quantité incroyable d’âneries qui se disent et se répètent, sans que personne ne songe à réfléchir sur le bien-fondé de ces absurdités. Ma plus récente découverte concerne la Bible, qui serait supposément un (pour ne pas dire «le») grand texte fondateur de la littérature occidentale. Voici approximativement le raisonnement qui pousse la

plupart des intellectuels de notre époque à gober ce cliché sans réfléchir : la Bible a été écrite il y a 4000 ans (vous me permettrez certainement un peu de laxisme dans les dates), elle est encore lue aujourd’hui, donc il y a plusieurs milliers d’années qu’elle influence la littérature occidentale. D’abord, mettons une chose au clair : la Bible n’est pas le plus ancien texte de l’humanité. Cette palme revient aux Chants de Galgamesh, conte en vers perse datant d’environ 6 000 ans, et si quelqu’un songe à m’objecter que la Perse n’est pas en occident, je lui rétorquerai simplement d’aller voir où se situe exactement la Palestine. De plus, notre culture judéochrétienne nous biaise en faveur de la Bible : nous oublions que même si elle fut écrite il y a 4 000 ans, elle ne fut diffusée, à travers le christianisme, qu’à partir de l’an 400 environ. Mais plus important encore : jusqu’à récemment, un fidèle n’avait pas le droit de lire la Bible seul, sous peine d’être taxé d’hérésie. En effet, seul un berger de Dieu pouvait guider le peuple

à travers les mystères théologiques divins. N’oublions pas que Luther s’est fait excommunier pour, entre autres, avoir mis sur le marché une traduction des textes sacrés. J’ai de la difficulté à concevoir qu’un texte qu’une infime partie du monde pouvait lire puisse avoir influencé à ce point toute la littérature. Ce sentiment se trouve renforcé à la lecture du texte. Qu’est-ce que la Bible? Un ramassis de courts récits rédigés dans une langue lourde et pompeuse et qui se présente sous la forme d’une narration historique afin de ne pas donner le choix au lecteur de croire ou non ce qu’il lit. Les nombreuses «informations factuelles» (l’âge des patriarches, le nom de leur descendance, etc.) qui nous sont données ont pour but de construire un récit historique, auquel le lecteur adhérera sans réserve. Nous ne sommes donc pas dans le domaine littéraire, régi par l’impératif aristotélicien de la mimèsis, mais bien dans le domaine historique, où tout le style narratif est évacué au profit d’une plus grande apparence de réalisme.

Mais la Bible est riche de par son contenu moral et spirituel, n’est-ce pas? Que quelqu’un m’explique en quoi consiste la moralité d’un texte qui ne prône, en substance, rien de plus que la soumission aux dogmes religieux dictés par un Dieu « parfait », vengeur, violent, cruel et égoïste. Comment peut-il être question de moralité dans un univers où le péché originel, le grand crime que nous expions tous, est d’avoir voulu s’approprier la connaissance du bien et du mal, de l’éthique? Prenons l’exemple de Job, un être humain juste et irréprochable qui se voit plongé dans un tourbillon de malheurs, simplement parce que Dieu veut prouver au Diable sa grandeur (on voit déjà ici les limites de la «perfection» divine). Et comment réagit le pauvre Job? En se soumettant à son sort, car il ne peut en aucun cas questionner la justice divine. Il me semble que nous sommes ici bien plus dans le domaine de l’amoralité que dans celui de la moralité. Et la Bible bascule souvent du côté de l’immoralité la plus

complète, comme en témoigne cet extrait tiré de la Genèse : « Et les deux filles de Lot devinrent enceintes de leur père (après lui avoir donné du vin). » À moins de tomber en plein délire eugéniste, il est dur de concevoir comme moral le fait de coucher avec son père après l’avoir saoulé. Ceci n’est pas un extrait isolé, la Bible est parsemée de ces histoires de tromperies, de ruses, de cruauté et de guerre. À tel point, qu’on en vient à trouver normales toutes les horreurs faites en son nom à travers les siècles. *** En guise de bémol, permettezmoi d’ajouter que, comme certains l’auront sans doute remarqué, je me suis basé sur l’Ancien Testament pour rédiger cet article. De plus, je ne conteste en rien que la Bible fasse partie de notre imaginaire collectif, au même titre que la peur du noir. Est-ce à dire que cette dernière est un «grand texte fondateur de la littérature occidentale »?

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xLe Délit • 27 septembre 2005 Marjorie Fair Self Help Serenade (Capitol Records)

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es attentes étaient grandes lors du lancement nordaméricain de Self Help Serenade, premier album du groupe américain Marjorie Fair. Ayant paru en Angleterre voilà déjà un an, on peut difficilement dire que l’album était inconnu lors de sa parution.Acclamé par la presse britannique qui le traitait d’épique (magasine Q ) et annonçait sa candidature comme « debut of the year » (magasine Mojo), l’album nous arriva non sans réputation. Ce qui saute à l’esprit lors de l’écoute de cet album, c’est avant tout ce à quoi on peut le comparer. Lorsqu’on entreprend les comparaisons, travail peu flatteur, on pense à un mélange de l’ancien et du contemporain. À ses meilleurs moments, Serenade rappel Breathe de Pink Floyd interprété à la Flaming Lips sans l’acide. Objet de la riche production de Rob

Schnapf (Beck, Elliot Smith), possiblement son plus grand atout, l’album fait parfois penser à Pet Sounds des Beach Boys, ou bien aux plus récents albums de Wilco en démontrant une impressionnante enveloppe sonore qui fait emprunt au psychédélique. Sous ce voile emportant, Evan Slamka, le chanteur et principal compositeur du groupe, se révèle être à mi-chemin entre Steven Malkmus et Neil Young, n’ayant pas tout à fait atteint la maturité dans son art. Bien qu’il nous offre de nombreux moments précieux, l’album peut devenir répétitif et n’est certainement pas sans faiblesses. «Empty Room» et «Stare», les deux premiers singles composant le milieu de l’album sont, ironiquement, les morceaux les plus faibles. Anodins, ils trouveraient facilement leur place dans le top 40 britannique sans vraiment se faire remarquer. Ils éveilleront l’excitation chez les passionnés de la radio pop, voir de la musique insipide. C’est dommage qu’un groupe aussi intéressant montre de telles faiblesses, mais le reste de l’album nous les fait rapidement oublier. Enfin, même si il n’est pas essentiel à votre collection de disques, Self Help Serenade en serait certainement un digne ajout. x JACQUES CORMIER

dredg Catch Without Arms (Interscope)

À

la première écoute, on retrouve mal le dredg d’antan sur Catch without Arms. On pourrait même dire que le groupe a complètement changé de voie depuis les efforts précédents. Alors que Leitmotiv était très aggressif et rempli d’escapades soniques instrumentales, le nouvel album est plus calme, plus posé. Le groupe a laissé tomber l’influence hardcore qui était évidente sur le premier titre. Serait-ce une marque d’évolution ou une requête de la maison de disques ? Difficile à dire. Dès «Ode to the Sun», la voix du chanteur Gavin Hayes semble douce et enthousiaste. Les mélodies sont travaillées et l’instrumentation parfaitement réussie. Le nouvel album ne suit pas son prédécesseur, el Cielo, un album-concept, mais garde une certaine répétition de riffs et de paroles. Ne soyez donc pas surpris d’entendre les mêmes

couplets sur différentes chansons. Le groupe alterne les chansons lentes et rapides de façon efficace. «Zebraskin», une balade flottante, est suivie de «The Tanbark Is Hot Lava», un titre rythmé par une batterie cinglante et des riffs bien entraînants, pour en faire la chanson la plus réussie de l’album. Placer dredg dans une catégorie musicale serait un exercice complexe. Le groupe jongle avec de nombreux genres. Les quatre musiciens créent un rock sec et agressif à la Deftones (probablement influencé par le producteur Terry Date), des ambiances et des tons qui rappellent The Mars Volta, le tout en gardant une base pop solide. Si vous aimez le rock fusion à la fois rythmé et mélodique, Catch without Arms devrait vous plaire. Je ne peux que recommander les deux albums précédents, d’une sonorité bien différente mais tout aussi (sinon plus) réussis. x dredg repassera par Montréal en première partie du concert de Coheed and Cambria le 10 novembre au Métropolis. ALEXANDRE DE LORMIER


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