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43ème année volume 2 - septembre 2015 - Tishri 5776

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Heures d’ouverture au public Lundi au jeudi: 7h30 à 16h30 Vendredi: 8h00 à 12h00

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Le Centre Cummings se penche sur la question des francophones Depuis quelques mois, un changement de cap a été amorcé par le Centre Cummings. Mme Pauline Grunberg, nouvelle directrice générale, poursuit l’excellent travail de son prédécesseur M. Herb Finkelberg en se penchant sur les besoins changeants et grandissants de notre communauté. Fruit d’une longue réflexion, l’équipe du Centre Cummings a décidé de donner un souffle nouveau aux services existants en ajoutant des programmes spécialement pensés pour et par des Sépharades. Un comité de personnes influentes Pauline Grunberg, Directrice générale Centre Cummings et intéressées par la question s’ est réuni à plusieurs reprises pour discuter de la meilleure façon de toucher cette clientèle importante et quelque peu délaissée. «Nous avons beaucoup travaillé pour déterminer quels sont les besoins et les goûts de notre clientèle. Nous sommes confiants que cela se reflète dans la programmation de notre Centre communautaire, un Centre ouvert à toute personne de plus de 50 ans» affirme la directrice générale, Mme Pauline Grunberg.

À la tête du programme francophone, Mme Nadine Azoulay, gestionnaire des programmes, enthousiaste et motivée, prend à cœur tout ce qui a été mis en place pour conquérir le cœur de ses confrères. En créant des partenariats avec des synanogues et d’autres associations francophones, le Centre Cummings espère faire parler de lui auprès de la communauté dont les besoins sont spécifiques tant sur le plan culturel que religieux. Concrètement, depuis quelques mois, une superbe programmation a été pensée pour les francophones Sépharades et non transposée de celle existant déjà pour les anglophones. Dès l’automne, un atelier de bridge, des cours de yoga, de la danse israélienne (le tout en français bien entendu), des conférences d’intérêt tant pour les parents que leurs enfants telle que celle portant sur la question du testament et de la succession seront proposés. Des sorties au musée, des cours d’art, de langue, des ateliers sur le bien-être, des sorties champêtres en dehors de Montréal seront également au programme. À cela s’ajoute les services de soutien à la population de plus de 50 ans, toujours à la fine pointe de ce qui se fait dans le domaine de la santé. Un secret bien gardé Saviez-vous que le Centre Cummings est un centre à but non lucratif qui touche plus de 10 000 personnes ? Que l’ on peut en devenir membre et

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que plus de 3 500 personnes le sont déjà ? Que 167 personnes y travaillent, en plus de 800 bénévoles très dévoués ? Inutile de souligner la complexité de faire avancer une telle organisation qui se veut un lieu innovateur, ouvert aux idées nouvelles, se distinguant des autres par son expérience et par la panoplie de services offerts. Situé au 5700 Westbury, sur 3 étages, avec un stationnement payant, une chouette boutique cadeau, des salles d’ordinateurs, de jeux et un vestiaire, le Centre Cummings est certainement le secret le mieux gardé de la communauté ! De plus, le Centre s’étend sur 5 sites en dehors de celui de Montréal, dont celui de Ville St Laurent, de l’Ouest de l’île et de Laval, pour n’ en nommer que quelques uns. «Nous sommes une grande famille et j’apprécie la confiance que l’on me donne depuis mon arrivée en juin. Le Centre Cummings est reconnu comme un centre d’excellence pour les personnes de plus de 50 ans. Nous voulons offrir des services à tous, voilà mon message» conclut Mme Pauline Grunberg. Pour renseignements et inscription : cummingscentre.org, Nadine Azoulay, responsable des programmes (514) 342.1234 poste 7221. — Emmanuelle Assor

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Que se passe-t-il si je n’ai pas de testament? Quels sont les avantages d’un testament notarié ? Qui détient l’autorité ? Quels sont les régimes de protection et qui prend les décisions en fin de vie ?

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Voici entre autres quelques-uns des sujets qui seront débattus par trois conférencières spécialisées dans les questions de droit et de politiques relatives aux ainés.

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PANÉLISTES : Ann Soden Médiatrice et Présidente fondatrice de la section nationale du Droit des aînés de l’Association du Barreau canadien (CBA)

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Cindy Thériault Travailleuse sociale, SAPA (Soutien à l'autonomie des personnes âgées) NDG

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En ces jours solennels, où nous demandons tous à D.ieu:

DONNE-NOUS: UNE BONNE ANNÉE Pour nous, pour nos enfants, et pour tous ceux qui nous sont chers Et D.ieu, à Son tour, nous demande:

DONNEZ-MOI: UNE BONNE ANNÉE ...pour mes enfants... Hachem dit:

”Les orphelins et les veuves sont Mes enfants bien-aimés. Si à l’occasion des jours de fêtes, vous apportez de la joie à Mes enfants, alors à mon tour, Je vous apporterai de la joie, à vous et à vos enfants ”

Ethan est un enfant de D.ieu!

Son père a quitté ce monde il y a quatre ans, alors qu’Ethan avait à peine 2 ans. Sa mère, la jeune Pnina, se retrouva alors veuve, avec quatre enfants à sa charge. Seule dans sa douleur, dans une insoutenable pauvreté et une terrible détresse. Depuis ce jour tragique, le Fonds Diskin d’aide à l’Orphelin en Israël, accompagne Ethan et toute sa famille, jour après jour, d’année en année. De tout son cœur, avec discrétion, dans la dignité et avec énormément d’amour. Ses vêtements, ses repas chauds, ses soins dentaires, ses célébrations, un éducateur attitré, il obtient tout de Diskin! Tout ce qui est nécessaire pour permettre à cette famille de ne pas chanceler, tout ce qui est susceptible de permettre à Ethan, ainsi qu’à ses petits frères et sœurs, de vivre, de sourire et de grandir, à peu près ”comme tout le monde” ! Le Fonds Diskin d’aide à l’Orphelin en Israël

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EXPÉDITION POSTALE TP Express Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs. La rédaction n’est pas responsable du contenu des annonces publicitaires. Toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, en tout ou en partie, du présent magazine, sans l’autorisation écrite de l’éditeur, est strictement interdite. Reproduction in whole or in part, by any means, is strictly prohibited unless authorized in writing by the editor. Convention Postale 40011565 Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée à : 5151 Côte Ste-Catherine, bureau 216 Montréal, Québec, Canada H3W 1M6 Le présent numéro est tiré à 6 000 exemplaires et acheminé par voie postale au Québec, en Ontario et aux É-U. Des exemplaires sont également déposés dans différents endroits stratégiques à Montréal.

magazine LVS | Septembre 2015

27 28 30 34 36

Mot du président

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Entretien avec Michael Etinson

42

Les Juifs de Montréal se distinguent par leur joie de vivre et par leur joie d’être Juifs

44

Éditorial La communauté sépharade en quelques chiffres

48 52

Identité Sépharade en 2015 : Table ronde Être un Sépharade fier à Montréal Crise de croissance ou d’identité ? Pourquoi beaucoup de sépharades sont-ils devenus des Hassidim ? Être jeune sépharade aujourd’hui à Montréal

Identité et Organisation entre sauvegarde et mutation

54 56

Les Juifs sépharades de Montréal : l’Association Sépharade Francophone et le début de l’École Maimonide

58 L’art musical andalou 60 Perdurance identitaire

Une intégration réussie ou une communauté désintégrée ?

68 Carnet

La mémoire sépharade L’identité musicale des Sépharades

Quel futur pour les Juifs ?


«

Mot du président Une civilisation est le mode le plus élevé de regroupement et le niveau le plus haut d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces. Elle se définit à la fois par des éléments objectifs, comme la langue, l’histoire, la religion, les coutumes, les institutions, et par des éléments subjectifs d’auto identification - Samuel Huntington Samuel Huntington termine en faisant mention de l’institution qui elle, est mon point de départ, car celle-ci doit être forte pour assurer et assumer son rôle de garant et de promoteur de l’identité sépharade. C’est pour cette raison que dès le début de mon mandat, je me suis attelé à assainir la situation financière en adoptant une série de mesures très douloureuses certes, mais qui nous ont permis de mieux planifier et structurer nos initiatives. Cette action a été jumelée à un examen en profondeur de chaque programme, de chaque poste budgétaire et de chaque ressource. J’ai le privilège de vous confirmer que l’équipe de la CSUQ a réussi le tour de force d’atteindre ses objectifs financiers tout en assurant une programmation qui, non seulement a été maintenue mais a été élargie et ce, avec des performances de succès qui ont dépassé nos prévisions les plus optimistes. La Communauté est le bassin dans lequel l’identité s’épanouit. À cet effet, nous nous sommes attelés à poursuivre notre collaboration avec l’Agence Ometz et à renforcer nos liens avec le Centre Cummings. Je me dois de mentionner l’appui sincère de sa Présidente, qui a très bien compris les besoins des aînés sépharades en leur offrant de services de soutien les plus adaptés. Dans ces deux agences, nous avons fait des progrès considérables tant auprès d’une clientèle vieillissante administrée par le Centre Cummings, qu’aux plus vulnérables dirigé par l’Agence Ometz. Le Festival Sefarad de Montréal, qui est la vitrine de notre expression culturelle et identitaire, a eu deux années record tant du point de vue financier que du nombre impressionnant de participants. Nous nous sommes concentrés sur un éventail bien équilibré d’événements allant du culturel, au musical en passant par la comédie. Nous avons eu le privilège d’avoir le père du Ministre Steven Blaney, ministre de la Sécurité publique du Canada qui s’est produit sur scène avec son accordéon à l’événement de la chanson française. Nous avons introduit des nouveautés avec l’ouverture de notre culture à la communauté québécoise. Toujours dans le domaine culturel et historique, nous avons mis sur pied un projet conjoint avec le Musée des Beaux-Arts de Montréal dans le cadre de l’exposition sur l’orientalisme et notamment des peintures représentant la vie juive au Maroc. Cette exposition a attiré plu-

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sieurs milliers de visiteurs qui, à travers les différents aspects du programme, ont appris à connaître la communauté sépharade. Notre identité se définit aussi par notre attachement à Israël. Le Festival du Cinéma Israélien a pris de l’expansion avec des films sous-titrés en français et en anglais. Les films israéliens sont la meilleure façon de présenter la société israélienne et démontrent clairement les valeurs communes avec la société québécoise que nous nous sommes attelés d’attirer. Cela restera notre prochain objectif. Ce festival a connu la plus grande participation de son histoire. Des félicitations vont à l’endroit de l’équipe de bénévoles dirigée par ma grande amie Dolly Mergui qui, année après année, continue de se surpasser. Avec une structure financière adaptée, nous avons pu faire face à certains événements non prévus et qui ont été organisés avec la même approche. Nous avons pu ainsi organiser très rapidement le « screening » du film produit par Dan Almagor sur la guerre de Kippour telle que vécue par une poignée de soldats israéliens faisant face à de milliers de soldats syriens. Dan est venu à Montréal accompagné de son épouse Taly pour apporter une touche personnelle sur ces événements qu’il a lui-même vécus. Notre identité se transmet aussi par le magazine de la Voix Sépharade. Sous le leadership de Joseph Amzallag qui fait un travail exceptionnel et grâce à la créativité artistique et talentueuse de Danielle Glanz et de son équipe, nous avons produit une revue de très haut niveau qui a atteint ses objectifs. Nous avons démarré un projet pilote avec le CJN à travers lequel notre magazine est distribué comme une insertion à plus de 17 000 foyers juifs de Montréal. L’analyse des résultats nous indiquera les prochaines étapes à suivre. Notre identité s’exprime aussi à travers des réflexions philosophiques et intellectuelles que le programme Aleph réussit avec brio. Je me dois de souligner le travail exceptionnel du Dr. Sonia Sarah Lypsic. Les différentes conférences organisées par Dr. Lipsyc sont de très haut niveau et répondent à un appétit d’un grand nombre de membres de notre communauté. L’aide aux plus démunis est et restera un pilier fondamental pour notre population car nous allons chercher ceux qui ne s’adressent pas aux mécanismes d’aide traditionnels mais qui plutôt, passent par leurs institutions religieuses. Le programme Hessed, sous la tutelle de Yossi magazine LVS | septembre 2014 19


Suissa et Michael Goodman, réussissent année après année à recueillir des fonds pour les plus démunis. Le gala annuel Hessed a eu lieu dans un cadre magnifique, le Musée des Beaux-Arts. Le spectacle de musique classique a offert une performance de très haut niveau. Je voudrais aussi féliciter son président d’honneur, M. Daniel Assouline.

Tous nos dossiers de répresentation ont été gérés par Raphael Assor et je le remercie pour son dévouement et sa qualité d’écoute et d’analyse. Avec lui et Robert Abitbol, nous avons passé de nombreuses heures de discussion pour qu’il intègre la ligne générale de notre stratégie et je ne peux leur dire que bravo.

Dans un cadre qui combine l’aide aux vulnérables et Israël, la mission des Bar mitzvot dirigée depuis 13 ans par mon grand ami Marcel Elbaz est devenue un modèle exceptionnel d’exécution et d’accomplissement. Grâce à ce projet, 70 enfants de Beer Sheva peuvent célébrer leur bar mitzvah. Les participants de cette mission reviennent chaque année chargés d’émotion et du sens du devoir accompli.

J’ai débuté par les finances et je finis mon analyse sur le même volet. Si nous avons restructuré nos finances, nous avons aussi pensé à l’avenir et à la pérennité de certains de nos programmes. La Fondation CSUQ — Banque Nationale a rencontré tous ses objectifs de ramasser 500 000 $ en cinq ans qui ont été jumelés avec un don de 500 000 $ sur 5 ans de la Banque Nationale. Cette Fondation est gérée par la Fondation Communautaire Juive et les revenus annuels de 5  % seront utilisés pour la jeunesse. Encore une fois, nous devons ce fier succès à un homme de talent, en l’occurrence mon grand ami Armand Afilalo, Président de la Fondation. En fait, Armand s’est engagé à dépasser ses objectifs et à continuer à bâtir cette Fondation.

Les événements de collecte de fonds et sportifs avec une touche sépharade ont connu un fier succès tout en rencontrant leurs objectifs stratégiques et financiers. Je voudrais débuter par notre traditionnel tournoi de golf qui a toujours lieu dans un cadre magique et qui allie l’esprit sportif tel que promu par le Baron Pierre de Coubertin qui dit que l’essentiel est de participer à la joie de vivre, aspect très sépharade. Ainsi lors des parcours, nos joueurs ont pu se délecter de plats typiques et être invités à trinquer avec moi. Je me dois de féliciter Simon Librati et Dan Derhy, nos deux derniers présidents et souhaiter un grand Mazal Tov à notre prochain président Jacki Golbert qui agira de concert avec Dan Derhy. Comme tous nos programmes, celui-ci nous a permis d’identifier de futurs leaders et a été un franc succès financier. Le tournoi de Tennis & Squash, une activité de levée de fonds délaissée depuis quelques années, a été reprise de façon professionnelle par un comité présidé par Frédéric Dayan. Si les événements sportifs nous aident à préparer la relève, il nous faut aussi considérer la génération des plus jeunes. Après une diminution constante d’inscriptions pour le camp d’été pour les jeunes, nous avons revu notre stratégie et nous nous sommes rapprochés des structures communautaires. Ainsi, le camp Benyamin s’est installé sur les deux campus de l’école Maimonide et a connu une fréquentation record. Nous préparons aussi la relève avec un voyage en Israël pour les adolescents. Ce voyage tisse des liens entre eux et avec des Israéliens de leur âge. Le dernier voyage a eu lieu en pleine guerre de Gaza et nous avons dû avoir une programmation élastique pour leur assurer une sécurité maximale. Je me dois de saluer les parents qui nous ont fait confiance et avec qui nous étions en relation constante. Personnellement, cela me remet en mémoire les nombreux courriels et conversations téléphoniques avec des parents inquiets alors que j’étais en pleine Shiva pour ma mère. Assis sur le sofa qu’elle utilisait quotidiennement, j’étais au téléphone avec Israël, la sécurité, le consulat et les parents. Je ne peux imaginer plus noble mission pendant une Shiva que celle-ci. Une communauté ne peut se bâtir sans une relève et sans un programme de recrutement de leadership. Le programme de leadership, fleuron de la CSUQ, reste très actif avec les co-présidents Patrick Bensoussan et David Ohayon par leurs activités de formation, d’activités sociales et le voyage retour aux sources en Espagne et au Portugal. Un voyage identitaire qui a permis aux 20 participants de remonter aux sources de leur identité sépharade. Nos relations avec les instances politiques n’ont jamais été aussi bonnes et ce, sur les trois paliers gouvernementaux. Avec le gouvernement fédéral, nous avons travaillé sur des programmes de vivre ensemble et qui se sont traduits par une annonce faite par le Ministre Jason Kenney, ministre de la Défense nationale et ministre du multiculturalisme, nommant la Communauté Sépharade comme un acteur majeur dans le vivre ensemble. Au niveau municipal, la CSUQ a participé à une table de concertation à huis clos avec le maire de Montréal, M. Denis Coderre sur le combat contre l’antisémitisme et je me dois de remercier et féliciter M. Lionel Perez, conseiller municipal et membre du comité exécutif pour son travail et son professionnalisme.

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magazine LVS | Septembre 2015

La résidence Salomon, institution destinée aux personnes âgées continue à être une priorité pour son président Marc Kakon. Celui-ci, homme dévoué à la cause, assurera sa pérennité avec la création de la Fondation Salomon. Après avoir passé en revue nos différents programmes, j’aimerais partager avec vous certaines réflexions et analyses basées sur mon expérience de communautaire qui a eu la chance d’être impliqué dans les plus grands dossiers. La communauté sépharade est en ébullition et en métamorphose. Plusieurs membres de notre communauté ont réussi brillamment dans beaucoup de domaines et ce, en moins de 50 ans. Que ce soit dans les affaires, les professions libérales, les sciences, la médecine, l’économie qui nous illumine, la littérature, la politique, les arts, nous sommes présents. Cela est excitant et présente un défi en même temps car il va nous falloir mieux comprendre ce qui motive cette génération née ici et qui représente 50 % de la population sépharade. Les pages que vous allez lire dans cette édition ont essayé d’aborder cette problématique de l’identité et de sa transmission d’un modèle nord-africain à un modèle nord-américain. Il va nous falloir investir dans des études sociales très pointues pour nous préparer à une vision de la communauté sépharade dans 20 ans et quel rôle elle jouera. Il ne fait aucun doute dans ma tête que l’identité sépharade doit être conservée, développée et transmise car elle apportera beaucoup par sa richesse à la communauté « at large ». Les deux dernières années m’ont beaucoup apporté et je remercie du fond du cœur tous ceux avec qui j’ai travaillé. Comme vous le savez, les événements de fin de mandat n’ont pas mené à une nouvelle présidence et ont étendu mon mandat de 6 mois. Je souhaite à la prochaine équipe deux autres années aussi excitantes, performantes et enrichissantes que les deux dernières l’ont été pour moi. Je profite donc de ce moment pour remercier les membres de mon exécutif et de mon C.A. qui m’ont supporté dans des moments difficiles et pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux membres du C.A. Je leur demande la même objectivité et l’esprit d’analyse non partisan que l’équipe précédente car l’avenir ne réside pas dans le statu quo, mais dans le courage de prendre des décisions difficiles. Je voudrais remercier toute l’équipe de la CSUQ et ayant déjà mentionné Danielle et Sonia, je voudrais souligner le plaisir que j’ai eu de travailler avec Agnès et son sourire, Charlie et son multi tasking, Toby et ses chiffres, Michaela à l’administration, Christina au graphisme, Sarah dans les comptes, Benjamin l’homme-orchestre, Sabine la chef de mission, Chantale à la réception et Éric à la jeunesse. Pour couronner le tout, un grand merci à un homme qui a pris son envol et qui a navigué plusieurs tempêtes sans jamais perdre le cap, mon ami Robert Abitbol. Sylvain Abitbol Président, CSUQ


La Communauté Sépharade Unifiée du Québec, son comité du tournoi GolfSwing 2015 ainsi que ses co-présidents Dan Derhy et Simon Librati adressent leurs plus sincères remerciements à tous les donateurs, les commanditaires, les participants ainsi qu’aux nombreux bénévoles qui ont fait de cet évènement un succès sans précédent. En effet, grâce à la générosité de vous tous, nous avons pu dépasser nos attentes. Votre soutien continu permet aux enfants de notre communauté, à participer à nos camps (d’été et d’hiver), et nous permet aussi d’assurer la continuité et le développement des programmes récréatifs, culturels, sociaux, éducatifs et artistiques.

The Communauté Sépharade Unifiée du Québec, the 2015 GolfSwing tournament committee and its co-chairs, Dan Derhy and Simon Librati, extend their most sincere thanks to all of the donors, sponsors, participants and the many volunteers who made this event an unprecedented success. Thanks to your support and generosity we were able to exceed our goals. Your continued support allows the children of our community to participate in our summer and winter camps, and enables us to ensure the continuity and development of recreational, cultural, social, educational and artistic programs.

Dan Derhy et Jacques Golbert vous invitent au Golf Swing 2016, le lundi 20 juin 2016 au Club de Golf Hillsdale.

Dan Derhy and Jacques Golbert cordially invite you to the Golf Swing 2016 tournament on Monday, June 20, 2016 at the Hillsdale Golf & Country Club.

Au plaisir de vous compter parmi nous !

Hope to see you there!

Le Camp Benyamin 2015 c’est / is :

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JEUNES ÉPANOUIS THRILLED CAMPERS

2015

COMMANDITE OFFICIELLE • OFFICIAL SPONSOR

COMMANDITES PLATINE • PLATINUM SPONSORS

Maytal & Michael Goodman COMMANDITES ARGENT • SILVER SPONSORS

Derhy LIVRET SOUVENIR • SOUVENIR BOOKLET

Michel Assouline Fréderic Dayan

Mikael Giardina Cohen

GROUP LIFESTYLE DISTRUBUTION INC.

Gérard Librati

L e x Group Gr oup Lex roup A v o c a t s

COMMANDITES DE LA JOURNÉE • SPONSORS OF THE DAY

Autobus Seguin Charcuterie Amsellem Club de Golf Hillsdale Curage

Derhy | Trusts & Estates Hector Larivée Holland Automotive Dr Joel Abikhzer

Karen Gozlan Marvid Poultry PADJ.ca Pajar

S&M Café Salon Adva Tomapure Waff

SACS CADEAUX • GIFT BAGS

Steeve Benarroch Curage

Derhy | Trusts & Estates Lifestyle

Metsuyan Sushi MyPrinterShop.ca

Natalie Revah Natural

Pajar Salon Adva

TOMBOLA ET ENCHÈRE • RAFFLE & AUCTION

Alex Trafikant Amir Corcia Armand Afilalo

Club de Golf Hillsdale Curage Ilan Amgar

Lifestyle Natural Prostident

Ryan & Rose Save the Duck Simon Librati

Tip Top Hockey Academy Victoria Park Waff

MERCI POUR VOTRE SOUTIEN ET GÉNÉROSITÉ • THANK YOU FOR YOUR SUPPORT & GENEROSITY


Entretien avec Michael Etinson Président de la Fondation communautaire juive de Montréal Michael Etinson va devenir le président de la Fondation communautaire juive de Montréal lors de sa 44e assemblée annuelle le 17 Septembre. Il s’agit pour lui d’une progression naturelle de ce qu’il a accompli pendant des années dans ses rôles de leader dans le cadre de son engagement au sein de la Fédération. Michael Etinson Qu’est-ce qui vous a attiré au service communautaire ? Tout a pris naissance suite à ma participation à une mission en Israël dans les années 90. Comme beaucoup de gens d’ailleurs, je suis revenu avec le désir de m’impliquer au sein de la communauté, et la Fédération m’a accueilli à bras ouverts. Mon parcours au sein de la communauté m’a permis de vivre des expériences personnelles extraordinaires. Quels projets ont été particulièrement gratifiants ? Je me suis tout d’abord impliqué au sein du Comité de planification et d’allocation communautaire (CPAC) où j’ai œuvré au niveau des allocations et des budgets, ce qui m’a permis d’ailleurs de m’initier à l’éventail des besoins de la communauté. En tant que membre de l’exécutif, j’étais chargé de superviser la création de l’Agence Ometz, née de la fusion de nos agences de services sociaux — JVS, JFS et la JIAS — qui a permis de renforcer l’extraordinaire réseau de services fondé il y a des décennies par nos bâtisseurs communautaires. Ensuite, j’ai eu l’occasion de couronner le tout en assumant la présidence de la campagne 2008 de la Fédération CJA, une expérience qui s’est révélée enrichissante à plusieurs niveaux. Qu’est-ce qui vous a conduit au Conseil d’administration de la Fondation communautaire juive ? Un des aspects des plus intéressants de mon mandat à titre de Président de la campagne se rattache aux gens que j’ai rencontrés, en l’occurrence, nos donateurs. Une fois que j’ai gagné une meilleure compréhension des besoins de la communauté et participé à la campagne annuelle, j’ai réalisé que la FCJ est la future référence en matière de philanthropie. En fait, l’important est d’adopter des mesures percutantes pour l’avenir afin d’assurer une base solide pour notre communauté, pour nos enfants et petits-enfants et garantir un avenir meilleur aux générations futures. Comment la Fondation assure-t-elle la continuité de cette tradition de générosité lors des prochaines années ? Nos détenteurs de fonds s’associent à la Fondation parce qu’ils désirent laisser un héritage qui reflète leur identité et les préoccupations qui leur tiennent à cœur. Nous sommes ici pour les aider à réaliser leurs objectifs de bienfaisance de manière rentable et efficace sur le plan fiscal, tout en visant à répondre au mieux à leurs besoins philanthropiques. Qu’ils fassent un legs testamentaire ou qu’ils profitent d’outils stratégiques de planification philanthropique au cours de leur vie, le résultat est le même — davantage de Tzedakah. Qu’est-ce qui surprendrait les gens à propos de la FCJ ? À quel point c’est facile et rentable et que ça ne prend pas des millions pour transmettre un héritage. Si vous créez, par exemple, un fonds orienté par le donateur, vous avez l’avantage de centraliser vos dons — plus besoin alors d’écrire des chèques pour les causes qui vous tiennent à cœur. On s’occupe de tout! Vous décidez de quand et où va l’argent et vous avez l’esprit tranquille sachant que vos fonds sont pris en charge et sont judicieusement gérés par notre comité d’investissement. En fait, j’ai découvert grâce à ma propre expérience en tant que détenteur de fonds, que la Fondation est un incroyable moyen pour faire des dons et gérer sa planification fiscale, en plus d’offrir des conseils

d’experts et de la gestion de fonds. Voilà ce que nous devons partager avec notre communauté. La Fondation constitue également une ressource importante pour nos organismes communautaires — nos écoles, nos agences de soins de santé et nos synagogues, qui peuvent compter sur la FCJ pour leur apporter le soutien nécessaire dans la gestion de leurs placements en vue d’assurer leur pérennité. Nous jouissons également d’une relation étroite avec des conseillers professionnels qui ont l’occasion de discuter de la planification philanthropique et successorale avec leurs clients. Nous offrons d’ailleurs des séminaires enrichissants et un flux régulier d’informations sur les dons de philanthropie. La Fondation est très spéciale et nous sommes incroyablement chanceux de compter sur des individus de talent qui siègent au sein de notre conseil d’administration, nos comités, ainsi que sur notre équipe de professionnels. Je doute qu’il existe ailleurs une formule semblable à celle de la FCJ. Quels sont plus précisément certains des outils offerts par la FCJ qui pourraient intéresser les gens ? Il y a plusieurs façons d’appuyer les causes qui vous tiennent le plus à cœur tout en réalisant d’importantes économies sur le plan fiscal. Par exemple, en faisant don de vos valeurs mobilières, vous serez exonéré d’impôt sur les gains en capital. Des règles fiscales avantageuses s’appliquent également lors de la vente d’un actif.

« Je suis très enthousiaste à l’idée de collaborer avec la CSUQ alors qu’elle met sur pied sa fondation et je suis honoré du fait que la FCJ soit chargée de la tutelle de leurs fonds. Ce partenariat entre la CSUQ, la Banque Nationale et la FCJ me permet d’envisager l’avenir de notre communauté avec grand optimisme. ».

Les gens peuvent parfois détenir des polices d’assurance-vie acquittées d’une valeur réelle. Lorsque vous faites don de ces polices d’assurance, vous recevez immédiatement un reçu aux fins de l’impôt. Il existe une multitude d’outils JUDICIEUX – j’encourage d’ailleurs les gens à venir en discuter avec nos professionnels dans le cadre d’une consultation gratuite. Vos dernières réflexions alors que vous entamez votre mandat de président ? La FCJ joue un rôle important dans la relève des défis auxquels notre communauté devra faire face. Notre mandat est donc simple – il s’agit d’assurer la continuité de notre mission. Nous offrons en effet, une gamme de services incroyables et une organisation remarquable. Je suis donc impatient de partager tout notre savoir-faire avec notre communauté. Je veux que chacun sache qui nous sommes, quelles sont nos aspirations et comment nous pouvons inspirer les gens et promouvoir une philanthropie judicieuse lors de la planification de leur Tzedakah. Chag Sameach! Michael Etinson magazine LVS | Septembre 2015 23


« Les Juifs de Montréal se distinguent par leur joie de vivre et par leur joie d’être Juifs. » — Barry Pascal, président, Appel juif unifié 2015 Qu’ils aient été inspirés par l’histoire de leur famille, par une mission en Israël ou par l’avenir de leurs enfants et de leurs petitsenfants, Barry Pascal, Karen Soussan et Danielle Rouimi-Rogozinsky donnent de leur temps sans compter et mettent leurs diverses expériences au service d’une cause commune : la campagne de l’Appel juif unifié 2015. Dans le cadre de l’Appel juif unifié 2015, Barry Pascal est président de la Campagne générale, Karen Soussan est présidente de la Campagne de la Philanthropie des femmes et Danielle Rouimi-Rogozinsky est présidente de la Campagne des femmes sépharades. Leur pouvoir de conviction ne laissant personne indifférent, ils peuvent compter sur l’appui indéfectible de leur famille et de leur entourage. Laissons-les nous parler de leur motivation et de leur vision de la communauté juive montréalaise de demain.

Barry Pascal

Karen Soussan

Danielle Rouimi-Rogozinsky

La Voix Sépharade — Pourquoi avezvous accepté cette responsabilité ?

mitent pas à l’emploi, à la pauvreté ou à l’éducation. Ils couvrent toutes les facettes de la vie. Nous devons donc nous assurer que la Fédération a les moyens d’atteindre ses objectifs.

qui se distinguent par leur joie de vivre et par leur joie d’être Juifs. Ce qui nous rend uniques !

Barry Pascal – J’ai accepté sans hésiter, car l’engagement communautaire fait partie de ma vie. Ma mère a survécu à la 2e Guerre mondiale. Après avoir séjourné dans des camps de travail, elle s’est réfugiée à Montréal. À son arrivée, elle n’avait même pas suffisamment d’argent pour s’acheter un manteau. C’est la JIAS qui l’a aidée… et qui lui a procuré son premier manteau. La communauté a été là pour ma famille. C’est, entre autres, pour elle que je fais du bénévolat pour la Fédération CJA depuis plusieurs années. Je me suis d’abord engagé auprès de la Fédération en faisant des appels pour le Super dimanche avec ma femme. Puis, j’ai occupé différentes fonctions dans plusieurs divisions. J’ai participé à de nombreux programmes. Alors, quand on m’a approché pour m’offrir la présidence de la Campagne de l’Appel juif unifié, j’ai été très honoré et j’ai accepté. Je connais l’organisme et je sais tout le bien qu’il fait. Karen Soussan – Au-delà de tout, j’ai accepté cette fonction, parce que je crois au travail de la Fédération CJA. Je suis engagée auprès de la Fédération depuis une quinzaine d’années. Plus jeune, je la connaissais à peine. Je participais à des événements de temps en temps. Puis, après une mission en Israël où j’ai vu de mes propres yeux les résultats du travail de la Fédération de Montréal, j’ai compris à quel point je pouvais être utile à la communauté. Et à quel point, chacun de nous peut l’être, peu importe le temps que l’on peut y accorder. La Fédération CJA est le seul organisme qui touche la vie de tous les Juifs et répond à l’ensemble de leurs besoins. Ses champs d’activité ne se li-

Danielle Rouimi-Rogozinsky — Je suis très attachée à la communauté et j’y ai toujours été active. Quand on me demande d’aider la communauté juive, je refuse rarement, car je sais que les besoins sont grands. Par ailleurs, aucun de ces besoins n’est plus important qu’un autre. En collectant le maximum de fonds, nous pourrons soutenir le maximum de membres de la communauté. Une personne démunie, qu’elle soit jeune ou âgée, demeure une personne à qui il faut venir en aide. Nous avons une responsabilité les uns envers les autres, quel que soit le service qu’on nous demande, petit ou grand. Pouvoir aider les gens est un privilège qui n’est pas donné à tous. LVS – Comment la Fédération CJA peutelle contribuer à façonner la communauté juive montréalaise de demain ? B. P. – La Fédération CJA contribue à unir la communauté juive montréalaise. Elle doit continuer à promouvoir le succès des jeunes adultes et des gens d’affaires. Elle doit être capable d’encourager l’engagement des familles et de faire en sorte que la communauté demeure l’une des plus généreuses au monde. Elle doit continuer à favoriser la collaboration de différentes générations sans oublier que, si l’on veut faire pousser un arbre, il faut des racines. Et les racines de notre communauté sont à Montréal. Pas seulement celles des adultes, mais celles de toutes les générations. Nous formons un seul peuple  : nous sommes Juifs. Des Juifs de Montréal

K. S. – Même si les fonds amassés pendant la Campagne de cette année serviront à combler les besoins immédiats de la communauté, le plus important pour moi est de travailler pour l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Ce que nous voulons, c’est une communauté forte. Une communauté qui a une voix. Une communauté qui se défend. Une communauté au sein de laquelle l’un protège l’autre. Aujourd’hui comme demain. Et ça, la Fédération CJA peut nous aider à y parvenir. Dans cet esprit, il faut déjà veiller à regarnir et à renforcer la base de donateurs de la Fédération, car notre communauté prend de l’âge, et les besoins risquent de demeurer les mêmes si ce n’est d’augmenter. Pour atteindre notre objectif, nous devons attirer vers la Fédération ceux qui ne la connaissent pas ou la connaissent peu. Nous devons les informer et leur faire comprendre ce que font la Fédération et tous ceux qui sollicitent des dons en son nom. D. R.-R. – Je vois la communauté juive comme UNE communauté. Je suis sépharade et je suis mariée à un ashkénaze. J’ai pris le meilleur des deux mondes. J’aimerais, un jour, voir les deux communautés plus proches l’une de l’autre, et je crois que nous y arrivons. Au cours des trente dernières années, nous avons appris à nous respecter. À la Fédération CJA, je trouve que nous travaillons bien ensemble. C’est ce qui me permet de croire que la Fédération CJA jouera un rôle important dans la communauté de demain. Cet objectif est à la base de mes décisions et de mes actions. magazine LVS | Septembre 2015 25


DOSSIER SPÉCIAL

Être sépharade à Montréal 26

magazine LVS | Septembre 2015


ÉDITORIAL Ce dossier « Être sépharade à Montréal  » est le premier d’une série que le LVS consacrera à l’identité sépharade dans le monde. La présence sépharade au Québec date déjà de quelques siècles comme en témoigne la première synagogue «  Sheerit Israël. Spanish and Portuguese Congregation » créée en 1768 dans la Belle Province. Et même si, depuis lors il y eut des Sépharades et non des moindres comme le rabbin Abraham de Sola (1825-1882), également professeur d’hébreu et de littérature à l’Université McGill, la venue importante des Sépharades au Québec date de la seconde moitié du XXème siècle. Elle commença vers les années cinquante par la venue de Juifs d’Égypte, d’Irak, de Turquie, du Liban, d’Iran, des Balkans avant celle des Juifs du Maroc qui constituèrent la large majorité de cette communauté. Plus de cinquante ans plus tard, soit déjà trois générations, il est légitime de s’interroger sur la condition des Juifs sépharades à Montréal, leurs contributions, leur héritage, la pérennité de leur identité et culture dans cette partie de l’Amérique du Nord. Et ce d’autant plus, que la communauté sépharade de Montréal est l’une des plus importantes après celles d’Israël et de la France. Vous trouverez dans ce dossier, loin d’être exhaustif comme vous pouvez vous en douter dans le cadre d’un magazine, des contributions très diverses. Le résumé de l’analyse sociologique de l’étude du démographe Charles Shahar et celle de Robert Abitbol, portant sur les tendances, les orientations et le devenir de notre communauté. Pour savoir où l’on va, il faut d’abord savoir d’où l’on vient, l’adage est bien connu, c’est pourquoi

nous publions un témoignage de Jean-Claude Lasry, l’un des fondateurs de cette communauté à Montréal ainsi que l’extrait d’un texte de l’universitaire Esther Benaim-Ouaknine. Nous avons organisé une table ronde avec des membres de sensibilités diverses, Sylvia Assouline, Michaël Cohen et Amnon Suissa en les interrogeant sur les caractéristiques de l’identité sépharade, l’évolution et le devenir de la communauté sépharade à Montréal. Nous avons également sollicité deux jeunes adultes, la relève en quelque sorte, Patrick Bensoussan et Karen Aflalo à ce sujet. Nous publions aussi un article du rabbin Ronen Abitbol, qui interpelle les Sépharades montréalais sur leur rapport à la loi juive telle qu’elle a été transmise par les maitres de la tradition sépharade. En ce qui concerne la riche production culturelle de la communauté sépharade de Montréal, nous avons dû faire un choix et porter notre attention sur certains aspects de la création musicale. Que les artistes et créateurs des autres domaines (littérature, théâtre et peinture) ne nous en tiennent pas rigueur, nous aurons l’occasion de revenir sur leurs créations comme nous reviendrons sur tout autre domaine qui aurait pu être négligé dans cette première livraison. Nous songeons notamment aux Sépharades qui ont choisi de suivre les traditions hassidiques des mouvements Loubavich ou Breslav souvent mentionnés au fil des articles et à qui nous souhaiterions aussi donner prochainement la parole. Enfin, afin d’étayer votre réflexion, nous avons introduit et publié l’extrait d’un texte du philosophe juif contemporain Shmuel Trigano, sur les critères de définition de l’identité sépharade ainsi que des réflexions de deux penseurs de notre communauté Maurice Chalom et Léon Oiknine. Il ne reste plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture et surtout une bonne année 5776. Dr Sonia Sarah Lipsyc

magazine LVS | Septembre 2015 27


ÊTRE SÉPHARADE À MONTRÉAL | DOSSIER SPÉCIAL

La communauté sépharade en quelques chiffres En 2011, Charles Shahar démographe de la Fédération CJA a entamé son étude démographique et sociologique de la communauté juive de Montréal. La précédente enquête datait de 2001. L’étude sur la communauté sépharade représente donc le 7ème volet de son « Enquête nationale auprès des Ménages de la Communauté juive de Montréal  ». Les résultats de cette dernière partie sur la communauté sépharades ont été mis en ligne en avril 20151. Nous reprenons ci-dessous les faits saillants de cette étude tels qu’ils ont été présentés en ajoutant quelques précisions tirées de l’ensemble de l’étude sans faire figurer cependant, par commodité de lecture, les guillemets propres à des citations de textes. Les conclusions de cette étude, quant aux défis à relever qu’elle souligne, seront exposées dans une deuxième partie lors d’une prochaine parution du LVS. Nombre de Sépharades à Montréal et leur catégorie d’âge La région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal compte 22 225 Sépharades parmi lesquels 50,2 % de femmes et 49,8  % d’hommes. Les Sépharades représentent donc 24,5 % des 90 780 membres de la communauté juive montréalaise. Ce chiffre est en hausse par rapport à l’enquête de 2011 puisqu’à l’époque on recensait 21 215 Sépharades soit 22,8 % de la communauté juive de Montréal. La communauté sépharade établie dans la région de Montréal est répartie comme suit : 3 755 enfants de moins de 15 ans, 3 045 adolescents et jeunes adultes de 15 à 24 ans, 5 315 personnes âgées de 25 à 44 ans, 5 570 personnes âgées de 45 à 64 ans et 4 540 personnes âgées de 65 ans et plus. Le plus important groupe d’âge chez les Sépharades est celui des adultes d’âge moyen (45-64 ans). Environ une personne sépharade sur cinq (20,4 %) fait partie des aînés. Étant donné qu’un nombre important de personnes d’âge moyen approchent de l’âge de 65 ans, la proportion des personnes âgées chez les Sépharades devrait augmenter sensiblement.

Où habitent les Sépharades dans la RMR de Montréal ? Le quartier de Côte-Saint-Luc (CSL) compte la plus importante communauté sépharade de la RMR de Montréal (5 580 personnes). Cependant les Sépharades n’y représentent que 28,8 % des 19 395 Juifs qui y résident, bien que leur augmentation y soit plus importante (…). Les Sépharades sont également nombreux à Ville Saint-Laurent (3365) où l’on trouve la plus forte proportion de Sépharades, car ils représentent 47,7 % de la population juive. Il y a aussi une forte proportion de Sépharades à Mont-Royal (39,6 %) et à Chomedey (36,8 %).

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Magazine LVS | Septembre 2015

Le quartier Snowdon affiche le déclin le plus important du nombre de Sépharades (- 805). Les pertes dans Snowdon et Côte-des-Neiges sont d’autant plus préoccupantes que la plupart des services pour la communauté sépharade sont situés dans ces quartiers ou du moins à proximité.

Origines des Juifs sépharades d’aujourd’hui Parmi les Sépharades vivant dans la RMR de Montréal, 9 735 sont nés au Canada, ce qui représente 43,8  % de la communauté sépharade. Le reste de la population sépharade, 56,2 % est composé d’immigrants parmi lesquels plus du quart (28,3 %) sont nés au Maroc. Viennent ensuite, par ordre décroissant, les personnes nées en France (1 690) et en Israël (1 415)  ; 575 sont nés en Égypte, 430 en Iraq, 410 sont des Sépharades nés en Europe de l’Ouest notamment en Espagne, Portugal et Grèce, 335 sont natifs d’Algérie/ Libye/Tunisie, 290 du Liban, 230 Sépharades sont nés en Europe de l’Est, soit en Bulgarie ou dans l’ex-Yougoslavie, 220 en Turquie, 105 en Iran, 35 en Syrie, etc.

Langues parlées par les Sépharades à Montréal En ce qui concerne la langue maternelle, de toute évidence, le français domine (73 %). L’anglais est la langue première de 9,2 % des Sépharades et l’hébreu, de 7 % d’entre eux. Une plus faible proportion (4 %) indique l’arabe comme langue maternelle et 3,8 %, l’espagnol. Pour ce qui est de la langue parlée : 62,3 % des Sépharades disent parler français, tandis que 30,7  % disent parler anglais. L’usage de l’anglais au foyer a connu une augmentation puisqu’en 2001, elle était utilisée par 26,5 % des Sépharades. L’utilisation du français au foyer a diminué, passant de 67,8 % à 62,3 %. Cette tendance


Situation familiale des Sépharades La grande majorité des Sépharades (73,8 %) vit en couple soit 16 395. Cependant le pourcentage de personnes divorcées ou séparées est un peu plus élevé chez les Sépharades que dans le reste de la communauté juive (respectivement 7,6 % et 6,6 %). Une personne sépharade sur dix (10  %) vit dans une famille monoparentale soit 2  215 personnes. Ce nombre a augmenté durant la dernière décennie car il y avait 1  920 familles monoparentales en 2001. (…) Les familles monoparentales sont plus nombreuses chez les Sépharades que dans le reste de la communauté juive (respectivement 10  % et 7,7  %) même si on trouve moins de familles monoparentales chez les Sépharades que dans l’ensemble de la population de Montréal . Il y a dans cette communauté 15  % qui sont des personnes seules soit 3  330 (vivant seules ou avec des personnes non apparentées). La proportion de personnes seules est plus faible chez les Sépharades que dans le reste de la communauté juive (respectivement 15 % et 16,9 %). Il faut cependant relever que près du tiers (30,5 %) des Sépharades âgés de 65 ans et plus sont des personnes seules, ce qui représente 1385 personnes. Ces personnes âgées constituent un groupe particulièrement vulnérable, surtout si elles n’ont pas de familles ni autres soutiens sociaux, et si elles ont difficilement accès à des services.

Quelles sont les professions que les Sépharades exercent ? Les professions libérales regroupent le plus grand nombre de Sépharades (3 270); suivent les travailleurs du secteur de la vente et des services (2 665), les cadres supérieurs et intermédiaires (2 155), le personnel technique et para professionnel (1 905) et le personnel de secrétariat et de bureau (1 055). Les Sépharades sont bien représentés dans les diverses catégories professionnelles.  Par rapport au reste de la communauté juive, les répartitions sont sensiblement semblables. Les Sépharades sont un peu plus nombreux dans la catégorie des cadres supérieurs et intermédiaires, du secrétariat et du personnel de bureau, ainsi que dans le secteur de la vente et des services. Alors que l’on trouve dans le reste de la communauté juive une proportion légèrement plus forte de membres de professions libérales et de travailleurs techniques (…).

Niveau de vie des Sépharades 47,2 % des Sépharades se situent dans les tranches de faible revenu (moins de 25  000 $), chiffre en baisse comparativement au 55,1 % de 2001. Ce pourcentage est légèrement plus élevé que dans le reste de la communauté juive (46,1  %). Mais leur proportion est légèrement inférieure à celle de l’ensemble de la population de Montréal (48,4 %). Le revenu médian des Sépharades (29  790  $) est quelque peu inférieur à celui des Ashkénazes (31  148  $) mais plus élevé que celui de l’ensemble de la population de Montréal (28 306 $). 17,8 % des Sépharades se situent dans les tranches de revenu élevé (70 000 $ et plus), soit une augmentation sensible par rapport à 2001 (10,4 %). Ce pourcentage est légèrement inférieur à celui du reste de la communauté juive (19,7  %) mais supérieur à l’ensemble de la population de Montréal (11,6 %).

Niveau d’étude des Sépharades

Le taux de pauvreté des Juifs Sépharades :

Le pourcentage de Sépharades adultes titulaires d’un diplôme universitaire a sensiblement augmenté : de 35,7 % en 2001, il est passé à 45,7 % en 2011. Comparativement au reste de la communauté juive, le pourcentage des titulaires d’un diplôme de premier cycle (29,7  %) est plus élevé que dans le reste de la communauté juive (28,4 %) ainsi que le pourcentage de diplômés Sépharades d’un Cégep ou d’une école de métiers (respectivement 24,2 % et 19,2 %). Cependant les titulaires d’une maîtrise sont en plus faible proportion chez les Sépharades (12,7 % et 13,7 %), ainsi que les titulaires d’un doctorat ou d’un diplôme de médecine (3,3 % et 4,2  %). Le pourcentage de titulaires d’un diplôme universitaire est beaucoup plus élevé chez les Sépharades que dans l’ensemble de la population de Montréal (respectivement 45,7 % et 29,1 %).

On compte 4 080 Sépharades pauvres dans la région de Montréal, ce qui représente 18,4 % de la population sépharade. Ce taux a augmenté durant la dernière décennie, puisqu’il était de 17,8  % en 2011. Cette augmentation est toutefois plus faible que celle que l’on constate dans le reste de la communauté juive : de 18,6 % en 2001, elle est passée à 20,5 % en 2011. Le taux de pauvreté chez les Sépharades est inférieur à celui de l’ensemble de la communauté juive ainsi qu’à celui de l’ensemble de la population de Montréal (20,5 %). Les Sépharades les plus vulnérables sont les personnes âgées vivant seules (47,7 %), les adultes de 15 à 64 ans vivant seuls (47,3 %) et les membres d’une famille monoparentale dirigée par une femme (32,7 %) Sonia Sarah Lipsyc

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Pour l’ensemble de l’enquête et plus particulièrement l’étude sur la communauté sépharade voir http://www.federationcja.org/media/mediaContent/2011%20Montreal_Part7_Sephardic%20Community_Final-F.pdf

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peut tenir en partie au fait que les Sépharades d’âge scolaire ayant immigré durant les années 1960 et 1970 ont fréquenté les écoles anglophones protestantes ou juives, parce qu’ils ne pouvaient fréquenter les écoles francophones catholiques, et ont par la suite inscrit leurs enfants dans le même type d’écoles. La langue parlée à la maison serait influencée par la langue à laquelle les Sépharades ont été exposés durant leurs études. Seulement 3,4 % parlent hébreu au foyer, 1,2 % parlent espagnol et 0,7 % parlent arabe.


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Identité et Organisation Entre sauvegarde et mutation

Il nous paraissait nécessaire, depuis quelques années, de comprendre l’évolution des structures communautaires en place, les nouvelles formes d’adhésion et de comportements collectifs de la communauté sépharade à Montréal. Nous croyons qu’après plus de cinquante ans de présence d’immigrants juifs d’Afrique du Nord à Montréal, les leaders et les décisionnaires des institutions communautaires devraient entamer un long processus de réflexion sur « l’état des lieux  » ainsi qu’une analyse sur la construction de la mémoire et de l’identité de leurs membres. Nous présumons que, le temps et à la rencontre des sociétés nord-américaines (juive et non-juive), le foisonnement de reconstructions identitaires de ces immigrants et des générations subséquentes, donneraient lieu à une réinvention du modèle organisationnel communautaire. Ce processus prend plusieurs voix et notamment celle de la recherche et de la compréhension des motivations premières de la construction d’une société juive sépharade au sein de la grande communauté juive montréalaise. Vous trouverez, dans le texte qui suit, quelques éléments de cette recherche.

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C’est au cours des années 50 que des Juifs venant des pays du Maghreb, plus particulièrement du Maroc, affluent à Montréal. Ils sont confrontés, tout de suite, aux défis de leur installation et de la rencontre avec la communauté juive locale. Conscients et concernés par la transmission de leur mémoire et de leur identité, ces hommes et femmes participèrent sans relâche à la mise en place de structures communautaires : des organisations qui leur seraient propres et qui garantiraient l’épanouissement de ses membres dans un environnement aux aspects identitaires et culturels faisant référence aux contrées d’origines, à leurs mémoires et à leurs vécus. Ainsi, l’ensemble des traits distinctifs de la collectivité — spirituels, intellectuels et affectifs — seront mis alors à contribution. Ils englobent les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les rituels religieux, les valeurs, les traditions, les croyances et plus particulièrement, le fait français. On se mit alors à bâtir, des centres communautaires, des institutions culturelles, éducatives et scolaires, des synagogues, des institutions rabbiniques et autres. À titre d’exemple : La Communauté sépharade du Québec, le Rabbinat du Québec le Centre Communautaire Juif, le Centre Hillel, l’École Maimonide, le réseau des synagogues sépharades, l’Institut de la Culture sépharade, le Congrès sépharade, la Fédération sépharade du Canada... Ces chantiers furent la preuve d’une grande vitalité et permirent de ralentir l’élan de l’assimilation et l’érosion des traditions. Ces immigrants favorisèrent ainsi la création d’une conscience sépharade, héritière d’un judaïsme traditionnel aux rites, aux cultures et aux observances venus de leurs contrées natales. Depuis, toutes ces institutions travaillent en adhérant au principe d’une société ouverte et démocratique et, non sans difficulté, pour un travail de continuité d’une conscience identitaire sépharade passée, présente et à venir. La CSQ fut la principale organisation, reconnue par les instances communautaires et publiques, porteuse d’une mission de préservation, d’épanouissement et de représentation de cette diversité linguistique et culturelle. À partir des années 2000, un rapprochement avec la Fédération CJA — tant sur le plan de la localisation (déménagement des locaux) que structurelle — facilite une intégration et ouvre de nouvelles perspectives pour une reconnaissance de cette diversité dans l’ensemble du réseau communautaire juif. En 2003, la CSUQ nait de la fusion CCJ-CSQ et interpelle diverses agences communautaires pour la mise en

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place d’une conscience et d’une ouverture à des changements d’approche pour une offre de services adaptés aux Sépharades. Cette nouvelle entité gagne en autonomie et favorise un plus grand rapprochement avec la Fédération et ses agences œuvrant dans les domaines social et culturel.

Entre sauvegarde et mutation Considérés comme un groupe d’émigrants aux valeurs et mémoires communes pendant les périodes d’immigration et d’installation à Montréal, les Sépharades ont formé tant bien que mal une plateforme culturelle bien identifiée au sein la communauté juive. Cependant, à partir des années 90, les membres de la communauté sépharade ont entamé une dynamique interne et des processus pluriels qui ont généré des transformations dans plus d’une direction. Certains éléments de préservation de la permanence de l’identité sépharade font l’objet de mutation par rapport à la conception originale de l’appartenance collective.

Le fait français La langue française fut un véhicule de cohésion et d’intégrité indispensable à la construction de projets communautaires des Sépharades dès leur arrivée à Montréal. Elle fut un paramètre d’affirmation et de démarcation incontournable avec la société d’accueil « juive  » anglophone et par ce fait même un frein (entre autres) à l’intégration des Sépharades dans les différentes structures communautaires existantes. Langage de communication, elle est présentée comme «  mortier  » de la cohésion sociale des Sépharades au Québec. Longtemps reconnu comme « langue maternelle », le français de nos jours (bien que langue unique de communication des instances sépharades) semble sensiblement décliner comme langue d’usage pour les nouvelles générations1. Cependant, dans sa majorité, le bilinguisme est un acquis précieux. Il participent à la vie communautaire et publique en faisant valoir tant sur le plan professionnel que bénévole leurs capacités d’intégration dans des groupes et cultures diverses au Québec.

L’école distincte L’École Maimonide fut dès sa création considérée comme l’école de la continuité et de la préservation de la culture sépharade à Montréal. Une institution communautaire « relais » qui s’inscrit dans le déploiement de structures sépharades et dans la continuité des services communautaires aux sépharades. De nos jours les enfants issus de familles sépharades se retrouvent sur l’ensemble du réseau scolaire juif (anglo-

Entre 2001 et 2011, l’usage de l’anglais parlé à la maison est passé de 26.5 % à 30.7 % et l’usage du français parlé à la maison est passé de 67.8 % à 62.3 % (étude de Charles Shahar 2015 sur http://www.federationcja.org/media/mediaContent/2011%20Montreal_Part7_Sephardic%20Community_Final-F.pdf)

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Le contexte


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phone et francophone, traditionnel et religieux) 2. Cette réalité a pour conséquence, entre autres, une diminution de l’appartenance aux institutions communautaires sépharades de la part de ces familles et des nouvelles générations. Cette réalité met à profit des dispositions de rapprochement individuel (ashkénaze/sépharade) ainsi qu’aux différentes structures et institutions communautaires juives « at large ».

Les études postsecondaires Les campus francophones montréalais (cégep et universitaire) furent jusqu’aux années 2000, la principale destination des étudiants sépharades. La langue française d’usage sur les campus fut un élément essentiel à la cohésion d’une entité « compacte  » estudiantine sépharade et reconnue par toutes les instances communautaires. Le Centre Hillel, par son foisonnement d’activités – social et culturel – apporta un dynamisme sans pareil dans le paysage des institutions sépharades. Depuis une dizaine d’années, les étudiants sépharades ont délaissé les campus francophones aux profits des institutions postsecondaires anglophones et hors de Montréal. Ce qui a eu pour conséquence la disparition d’une vitalité estudiantine-sépharade porteuse d’avenir.3 Cependant les organisations estudiantines juives, tel que Hillel, Jewish Expérience, Birthright, actives dans ces institutions, bénéficient de plusieurs leaders sépharades, de leur engagement et de leur savoir-faire.

Les sensibilités religieuses Dans la communauté sépharade, l’émergence d’une sensibilité et d’une affirmation religieuse portée par une jeunesse en rupture avec ses bâtisseurs, se dessina dès les années 90. Nous assistâmes alors à une renaissance d’une certaine identité juive. Une jeune génération voulut passer par la contestation de la transmission parentale, en se fondant sur une fidélité envers un judaïsme orthodoxe aux pratiques rigoureuses. Ce phénomène fut suivi d’un rejet de tous les éléments de type traditionnel véhiculés jusque-là par les institutions communautaires. Nous avons vu apparaître une harédisation, à savoir une ultra orthodoxisation de l’observance religieuse de type lithuanien ou hassidique. Voire aussi l’apparition de jeunes Rabbins, dynamiques et engagés dans leur communauté, soutenus par leur Kahal ainsi que la création d’institutions propres à leur orientation et à leur développement. (École, synagogue, centre d’étude, mikvé, caisse d’entraide…) 4

Il faut admettre que des individus, leaders ou membres de la famille qui assistèrent à ces transformations, les qualifièrent d’étrangères, voire de dangereuses et néfastes pour le modèle traditionnel véhiculé jusque-là et qui s’inscrivait dans la continuité. Sans pour autant poser un jugement de valeurs sur ces nouvelles pratiques, nous relevons donc ici, le souci d’une polarisation et d’un clivage communautaire (déjà en marche) qui aurait pour conséquence une fracture d’un collectif cohérent, voire harmonieux.

La culture Les manifestations culturelles sont des éléments incontournables à l’affirmation et au rayonnement de la communauté juive. Elles véhiculent les différentes expressions qui définissent la façon d’appartenir à un milieu. La communauté sépharade au Québec, forte de la richesse de son patrimoine et de ses spécificités, s’est positionnée dans le paysage culturel montréalais à travers ses différentes manifestations  : Le Festival Séfarade, le Festival du Cinéma Israélien et le Centre Aleph sont parmi celles-là. Cependant, les organisateurs de ces manifestations sont confrontés aux mouvements des nouvelles générations, aux rapports à la mémoire d’un passé lointain, aux défis du présent et des environnements immédiats. Ces événements reposent sur des contributions financières provenant d’institutions communautaires, publiques et privées. Tous ces éléments ne sont pas toujours aux rendez-vous, au risque de mettre en danger ces manifestations.

Le leadership Le leadership sépharade fut caractérisé dès les années 60 par un leadership fondateur, engagé et visionnaire. Il représentait une certaine homogénéité et était soucieux de sa continuité. Aujourd’hui, les 25 à 40 ans représentent un univers socio-professionnel économique et pouvant créer des changements positifs au sein même de la communauté. Ils évoquent une force de proposition et un creuset d’idées nouvelles. Ainsi, chaque 2 ans, par le biais de programmes de formation de la CSUQ, une cohorte gradue et bénéficie d’un voyage identitaire (Espagne, Maroc, Portugal, Israël) afin de créer en eux un fort sentiment d’appartenance. Par contre, nous les retrouvons principalement impliqués dans des activités socio-récréatives et de collectes de fonds ainsi qu’à des positions séniors de volontariat à la Fédération CJA 5. Celle-ci déploie d’importantes ressources et stratégies afin de rallier l’ensemble des forces vives du jeune leadership et son développement.

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En 2009 on dénombrait 1 060 élèves sépharades qui se retrouvaient dans le réseau scolaire juif (autre que Maimonide, 544). Ne sont pas comptabilisés les élèves de Yavné (étude Charles Shahar 2010)

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« … Le Centre Hillel est devenu le point de chute des étudiants juifs francophones étrangers… » CJN Nov 2010. Elias Levy, « Le centre Hillel ».

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On dénombre dans ce milieu plus de 10 nouveaux centres d’étude/synagogues ouverts les 15 dernières années (décompte interne 2014)

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En 2014 sont sépharades, 4/7 des présidents de l’AJU (Appel Juif Unifié) et 48 % des employés de l’AJU (décompte interne)

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Cependant, la CSUQ tarde à intégrer cette nouvelle génération. Il apparait de grandes carences dans la capacité d’attirer et de retenir les personnes de talent qui lui conviennent afin d’explorer une nouvelle vision aux côtés des dirigeants actuels. Si les leaders « fondateurs  » témoignent d’une certaine présence, un grand nombre, non négligeable, de leaders sépharades sont engagés dans plusieurs institutions communautaires et font valoir leur savoir-faire (religieuse, caritative, pédagogique...). Ceux-ci s’enrôlent pour des projets locaux et ponctuels. Peu d’entre eux porte une vision à long terme des structures communautaires sépharades.

La situation économique En 2003, le CCJ propose de défaire son affiliation avec le YMHA et se joint à la CSQ, pour former l’entité CSUQ, reconnue par Fédération CJA ainsi que son réseau d’agences. Le leadership sépharade fusionne alors, pour constituer une seule gouvernance. C’est une nouvelle aire de relations harmonieuses et d’étroites collaborations avec les agences culturelles et sociales de la communauté juive. Le budget d’opération de la CSUQ dépasse 3 M $. Cette fusion des institutions procure une énergie propice au développement et à la croissance ; manifestations culturelles d’envergure, record des collectes de fonds, implantation de programmes sociaux avec soutien financiers aux démunis, développement de nouvelles entités (Centre Aleph, FCIM, Hessed, Résidence Salomon…). Cependant cette croissance peine à se maintenir. Depuis 2011, une diminution des revenus mettent en difficulté l’essor de la CSUQ. Ce qui a pour conséquence un endettement et des difficultés à maintenir ses opérations au niveau souhaité. Néanmoins, la volonté d’un redressement fiscal à moyen terme semble se concrétiser ainsi que la nécessité de créer un patrimoine collectif sépharade (fondations, fonds pérennes…) a émergé depuis deux ans. Nous pouvons envisager aujourd’hui avec certitude la création de fonds en capital de 5  M$ à très court terme ainsi que la reprise du contrôle fiscal de la CSUQ.

Synthèse Faut-il rappeler que l’afflux des Sépharades à Montréal depuis les années 60 et leur présence permanente dans la collectivité juive constituent un apport incontournable, une contribution forte, un rôle dynamique et une revitalisation de la société juive montréalaise.

Mais, à la lumière de l’évolution de cette présence et si les membres de la communauté sépharade sont soumis à ces différentes mutations, ils restent cependant profondément attachés à une certaine culture propre qui se reflète dans des pratiques et sensibilités particulières (linguistique, artistique, familiale, rituel, pratiques religieuses, etc.). Elles apportent un fondement solide à l’autonomie et à l’identité avec des conséquences sur les comportements individuels suivants : -

Moins d’attache aux structures communautaires traditionnelles

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Plus grande participation aux programmes communautaires « at large »

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Moins d’appartenance aux institutions sépharades

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Plus proche de la majorité juive

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Rejet d’éléments de type « traditionnel »

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Plus grande religiosité dite « rigoriste »

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Capacité d’enrôlement réduite

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Engagement dans les institutions dites« at large »

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Plus grande autonomie

L’évocation de ces évolutions est une façon de rendre compte du sens et de l’ampleur des transformations au cœur des institutions sépharades. Cependant, le désir de préserver une appartenance à une culture et de l’enrichir, n’exclut pas les interactions avec la majorité, pour autant qu’elles ne s’inscrivent pas dans le cadre d’un rapport de pouvoir inégalitaire. Sans remettre le droit inhérent à se gouverner, l’esprit de clocher décline à mesure que les individus deviennent plus intégrés à la majorité. Ainsi, ces transformations sociologiques et culturelles suggèrent fortement un renouveau et une redynamisation des structures communautaires. Peut-on entrevoir que l’identité sépharade s’épanouisse à travers « toute » la collectivité et insister sur la nécessité que l’ensemble des structures communautaires participe au renouveau et à la créativité d’une culture qui converge vers une identité juive porteuse d’avenir ? Robert Abitbol, directeur, CSUQ

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À partir des années 2000, un rapprochement avec la Fédération CJA — tant sur le plan de la localisation (déménagement des locaux) que structurelle — facilite une intégration et ouvre de nouvelles perspectives pour une reconnaissance de cette diversité dans l’ensemble du réseau communautaire juif.


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Les Juifs sépharades de Montréal

l’Association Sépharade Francophone et le début de l’École Maimonide Dr Jean-Claude Lasry nous livre, dans ce témoignage que nous avons sollicité, les débuts institutionnels de la Communauté sépharade à Montréal. Dans ce texte dont nous publions de larges extraits, il raconte les différentes étapes de l’Association Sépharade Francophone et le début de l’École Maimonide. 1 Nous étions la deuxième famille juive d’Afrique du Nord à émigrer au Canada : mon père, mon frère et moi sommes arrivés à Montréal, le 24 janvier 1957, en plein hiver.

Au plan religieux, le mémoire souligne le coût de l’éducation dans les écoles juives, impossible à soutenir pour de nouveaux immigrants. À la fin du mandat du président, une certaine lassitude et l’absence d’un Comité des Élections font que les activités du Groupement Juif Nord-Africain cessent.

Devant le gouffre qui sépare les immigrants juifs nord-africains des autres montréalais (juifs anglophones et québécois de souche), tant par la culture que par Dr Jean-Claude Lasry la langue ou la religion, la nécessité de nous regrouper devint impérieuse. Dès 1959, une Association Juive Nord-Africaine est créée, dont Baruk Aziza devient le président. Le comité rencontre le Dr Kage, directeur général de la JIAS (Jewish Immigrant Aid Society), qui offre son aide en détachant un employé pour faciliter l’organisation d’activités socio-récréatives : sorties, bals, pique-niques… Ainsi, le lendemain de la Mimouna, à la fin de la fête de Pessah (17 mai), trois autobus pleins emportent près de 200 personnes pour une sortie au Lac Lafontaine, dans les Laurentides, par un soleil d’été. La veille, le comité avait tenu un bal pour la clôture de la Semaine de la Citoyenneté, sous le patronage du juge René Deguire, président de la Cour de la Citoyenneté de Montréal. Le Canadian Jewish Chronicle rapporte la présence de plus de 250 nouveaux arrivés d’Afrique du Nord (3/07/1959).

Le ferment du regroupement reprend à l’automne 1964. Une commission de travail convoque une assemblée générale le 29 novembre, en réponse à un article paru dans Dimanche Matin, où le directeur de la JIAS, Dr Kage, affirmait : «  Ces immigrants de langue française… veulent à tout prix conserver leurs traditions, et c’est un des problèmes de la Communauté Juive de Montréal ». Cette même commission organise un bal de fin d’année qui accueille plus de 700 personnes dans la salle de fêtes d’une synagogue à Outremont. En février 1965, la Congrégation des Juifs de Langue Française élit un Comité Directeur, qui choisit l’un de ses membres comme président, Guy Teboul. Ce dernier s’adresse directement au Congrès Juif Canadien, en assemblée plénière triennale à Montréal, ce qui mécontente profondément le directeur de la JIAS, habitué à agir comme représentant de notre communauté. Le Dr Kage convoque alors d’anciens membres de l’Association Juive Nord-Africaine et du Groupement des Juifs Nord-Africains à une réunion du Comité directeur de la Congrégation, qui tourne alors au scrutin. André Amiel est élu président d’une nouvelle organisation, la Fédération Sépharade de Langue Française.

Les réunions de l’association se tiennent au Y Davis, sur la rue Mont-Royal, au coin Esplanade. En 1961, l’association change de nom pour devenir le Groupement Juif Nord-Africain, dont Ralph Lallouz assume la présidence. Le rapport moral et financier des années 1960-1961 souligne diverses activités réunissant de 150 à 400 personnes : bal sous la présidence d’honneur du consul d’Israël de l’époque, M. Pinhas Elias ; distribution de jouets lors d’une fête enfantine pour Hanoucah ; soirées dansantes ; bal de fin d’année… Le vice-président du Congrès Juif Canadien, Saul Hayes, invite le comité exécutif du Groupement à une rencontre, qui conduit à l’accréditation de l’organisme et à la délégation de 4 représentants à l’Assemblée triennale du Congrès, qui eut lieu en juin 1962 à Toronto. Le nouveau président du groupement, Pinhas Ibghy, élu en juillet, doit affronter les problèmes rencontrés au niveau de l’éducation des enfants qui ont été obligés « d’interrompre leurs études françaises pour adopter une éducation purement anglaise. » Un mémoire est présenté au Congrès Juif Canadien déplorant l’absence «  d’action visant à l’intégration de notre groupement au sein de la communauté [juive] ». 1

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À venir : La CSQ, la CSUQ, le CCJ, les relations avec les Québécois, l’avenir..

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Lors des fêtes solennelles, en octobre 1965, le président souligne l’augmentation marquée des immigrants nordafricains, qui à cette époque sont pratiquement tous de religion juive (étude de Berman, 1970). Sur le conseil de son avocat, la Fédération, qui cherche à se doter d’une charte provinciale, change de nom, en mai 1966 : l’Association Sépharade Francophone, (ASF) dont l’objectif est de regrouper les Juifs immigrants d’Afrique du Nord parlant français. À partir de ce moment, la structuration de la communauté sépharade est établie et va évoluer avec le temps, en fonction de la communauté elle-même. À cette époque, diverses synagogues sont actives, notamment dans Côte-des-Neiges, mais aussi à Ville St-Laurent et à Chomedey. En attendant la création de la grande synagogue sépharade, cet impossible rêve souhaité depuis les premiers jours, des contacts sont entrepris avec la Spanish and Portuguese Synagogue, de rite sépharade mais de clientèle achkénaze vieillissante. Un statut de membre associé est négocié permettant d’assister aux offices réguliers, aux assemblées générales avec droit de parole mais sans droit de vote, et de bénéficier des droits de sépulture.


« …  Nous sommes et resterons Francophones, nous sommes et resterons Sépharades, dans le cadre d’une simple association ethnique ; de plus, nous sommes et resterons Juifs, liés de façon indissoluble à notre seule et unique communauté juive. » Deux conséquences suivirent le mémoire : la création d’un Département Francophone à l’AJCS (qui dura deux ans) dont le responsable fut Haim Hazan, et l’engagement d’un professionnel francophone au YMHA pour s’occuper de la jeunesse sépharade. À la suite de plusieurs réunions avec professionnels et bénévoles du Y, James Dahan fut engagé, pour devenir rapidement le directeur du Département Francophone du Y. Son équipe de chefs scouts, le «  District », encadrait des activités de type scout des jeunes de 8 à 20 ans. Une chorale naquit au sein de l’équipe des chefs ; fondée et dirigée par Solly Lévy, la chorale Kinor prit vite de l’expansion jusqu’à compter une cinquantaine de choristes. Lors de son 4e gala annuel, le ministre Dr Victor Goldbloom déclare  :«  … nous sommes fiers de vous et de la richesse que vous avez apportée au Québec. » En 1967, Montréal accueillait l’Exposition Universelle « Terre des Hommes » où 70 nations arboraient leurs cultures et leurs savoir-faire. La Communauté juive de Montréal y présentait aussi son pavillon, où la chorale Kinor allait donner un récital. Lors d’une répétition, un incident malheureux révéla l’hostilité marquée de certains dirigeants de la communauté ashkénaze, lorsque l’un d’eux, croyant nous insulter, interpella le maitre de chœur en le traitant d’arabe. Cependant, la plupart des organisations juives de Montréal (JIAS, Baron de Hirsch, Congrès Juif, Jewish Vocational Services…) cherchaient à trouver des sépharades pour leur conseil d’administration. Les premières réunions de l’ASF avaient souvent lieu au restaurant Brown Derby, dans le Centre d’achats Van Horne, puis au domicile de la secrétaire (bénévole comme tous les autres), Mme Denise Elofer. Grâce au président Malka, un grand espace fut loué en 1969, sur la rue Lucerne, qui devint le siège social ; ce lieu accueillit pendant un an, la première classe maternelle de l’école. À la suite de négociations avec AJCS, une habitation duplex inoccupée, au coin de la Côte-Ste-Catherine et la rue Victoria, nous était prêtée, jusqu’à notre déménagement dans le bâtiment de la Fédération, en 2000. Une demande de subvention faite en 1970, dans le cadre d’un programme d’emploi fédéral, ayant été approuvée, un premier salarié est engagé, le directeur administratif de l’ASF, Robert Lévy, suivi de la secrétaire, Mme Esther Elkaïm. Les réalisations qui auront lieu sont dues en partie aux apprentissages que les membres du conseil de l’ASF ont faits, en suivant les cours de formation de cadres (leadership

training) que l’AJCS avait élaborés au début des années 70. Cette remarque permet au soussigné de rendre hommage à la sagesse des leaders de la communauté juive, qui avaient compris, il y a bien longtemps, que la pérennité de la communauté passe par la transmission de savoirs particuliers aux plus jeunes. Merci ! Le problème de l’éducation des enfants juifs francophones devenait de plus en plus aigu. Les écoles catholiques francophones acceptaient les immigrants non-catholiques dans la mesure où ils assistaient aux cours de catéchisme, tandis que les écoles protestantes, moins dogmatiques, enseignaient dans la langue de Shakespeare. Une délégation de l’ASF se rend, en mai 1968, à Toronto, à l’assemblée triennale du congrès, pour y présenter une résolution sur l’éducation, basée sur l’enseignement en langue française de la culture juive, des traditions et de l’histoire du judaïsme en général et sépharade en particulier, et un enseignement adéquat de la langue anglaise. Cette assemblée de plusieurs centaines de Juifs canadiens anglophones a accepté à l’unanimité cette résolution. De retour à Montréal, il incombait au président de la Commission sur l’éducation de l’ASF (le soussigné) de mettre en application cette résolution. Diverses rencontres ont ainsi eu lieu avec le sous-ministre de l’Éducation, M. Yves Martin, qui propose une relation avec la Commission des Écoles Catholiques de Montréal (CECM). Le Dr Gérard Barbeau, directeur général de la CECM, accueille favorablement notre projet et l’École Maïmonide occupe en septembre 1969 une classe de 14 élèves à l’École St-Antonin, sur la rue Queen Mary, avec Judah Castiel comme directeur et Dr Jean-Claude Lasry comme président. L’année suivante, le directeur reçoit 40 élèves pour les deux classes (1e et 2e). Des tensions naissent dès le début de cette deuxième année, car ces deux classes sont perçues comme menaçantes pour la directrice de l’École StAntonin. Ayant démontré notre bonne foi, nous retournons à Québec renégocier un statut différent pour l’École Maïmonide : celui d’école privée indépendante, qui sera reconnue d’intérêt public en 1973, par le Ministre de l’Éducation, le Dr François Cloutier. À l’heure actuelle, l’École compte deux campus, à Ville St-Laurent et à Côte-St-Luc, avec les niveaux préscolaire, primaire et secondaire, et entreprend sa 46e année avec environ 750 élèves. Les anciens de Maimo se retrouvent aujourd’hui dans les professions libérales, la santé, la finance, le marketing… avec un réseau social aux liens très étroits, qui facilite leur réussite et leur bien-être. Comme l’ont déjà écrit plusieurs, l’École Maïmonide est le fleuron de notre communauté. Il me faut aussi souligner que les réalisations de l’ASF, qui se sont poursuivies à travers la CSQ puis la CSUQ, ont un impact qui a largement débordé les frontières du Québec et du Canada. Que soit en France, en Israël ou en Californie, la communauté sépharade de Montréal est montrée en exemple. Jean-Claude Lasry, Ph.D. Professeur titulaire, Département de psychologie, Université de Montréal

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En décembre 1967, lors de l’assemblée générale de l’ASF, tenue à la Spanish, un nouveau conseil d’administration est élu (incluant le soussigné) qui élit, à sa première réunion, Elias Malka comme président. Une ère nouvelle débute propulsée par l’énergie, le dynamisme et l’audace de M. Malka. Un mémoire est présenté à l’organisme fédérateur des services communautaires juifs, the Allied Jewish Community Services (AJCS) en 1968. L’introduction, de Salomon Benbaruk, explicite le changement de nom :


ARCHIVES

1980

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Une intégration réussie ou une communauté désintégrée ? Nous reproduisons ci-dessous des extraits de l’article de l’auteure Dr Esther Benaïm-Ouaknine, Sociolgue et professeur à l’Université de Montréal. paru dans l’ouvrage « Juifs du Maroc. Identité et dialogue. » Édition La pensée sauvage, Grenoble 1980. (Pages 359-370).

Du vécu au mythe Que savait-on du Québec dans le Maroc des années 1950 ? Peu de choses : qu’il se situait au nord des États-Unis (mieux connus, quant à eux), qu’il y faisait froid et, à la rigueur, qu’on y parlait français). Ce que tout le monde savait, en revanche, c’est que le Québec se trouvait au Canada et que le Canada c’était déjà l’Amérique : immense, généreuse et opulente, où richesse et liberté sont le lot de tous et de chacun ! Pays-continent aux inépuisables promesses ; autre grand mythe, auquel ont cru tant de générations d’immigrants ? Or, les États-Unis des années 1950 avaient fermé leurs portes alors que le Canada les maintenait bien larges, il était donc facile d’y immigrer, du Maroc comme d’ailleurs. Les Juifs marocains vinrent donc au Canada et comme ils parlaient français plutôt qu’anglais, ils choisirent le Québec. La majorité, immigrée dans les années 1960, avait fait un choix plus conscient. Elle optait délibérément pour Montréal, métropole francophone et commerciale du Canada. Ils ne pouvaient pas se douter qu’il y aurait méprise : venus au Canada dans une société pluraliste où le « melting pot » devait, dans leur esprit, avoir les mêmes effets bénéfiques qu’aux États-Unis, les voici au Québec dans une province, dont l’éveil de son identité ne devait commencer réellement que vingt ans plus tard au moment même où cette génération d’immigrants croyait s’être insérée dans la quiétude et l’oubli. La terre de promesses pouvait-elle à nouveau devenir un symbole d’inquiétude ?

Du mythe à l’analyse La perception et les attentes de l’immigrant correspondent rarement à la réalité. Les Juifs marocains immigrés au Canada ont donc dû se forger une nouvelle vie, faite de réajustements et d’adaptations diverses. Dans la plus grande ville francophone, la connaissance de l’anglais s’avérait primordiale ; dans cette métropole d’abondance, l’instabilité des emplois et l’absence d’un système social pour les travailleurs, faisaient déchanter. Dans ce pays libre, enfin être juif n’était pas chose commode : « Pour les Juifs anglais, nous n’étions pas juifs, pour les chrétiens, rigoureusement chauvins à l’époque, nous étions juifs… » constate une personne interrogée. Vingt années passent qui leur permettent de connaître leur nouveau milieu, mais aussi de s’y inscrire. La société nord-américaine, dans laquelle ils voulaient s’insérer, leur offrait les moyens de maintenir et d’améliorer le statut social et économique qui était déjà le leur au Maroc.

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Identité collective En 1969-1970, de jeunes responsables communautaires, qui avaient perçu cet attachement indicible à une manière d’être, se sont exercé à lui donner une forme concrète (et de ce fait, reproduisaient le modèle de la communauté anglaise), en comblant le vide entre les deux lignes de force assimilatrices. Ils avaient compris que la volonté du groupe de perdurer dans sa spécificité et de préserver ainsi l’équilibre culturel originel résidait dans la combinaison de ses allégeances : la judéité demeurait le noyau de sa personnalité ; la sépharadité lui octroyait le sens communautaire ; la francité lui donnait les moyens de se reconnaître dans son environnement social. La communauté sépharade du Québec fut alors fondée et son action porta sur la création ou le renforcement du système scolaire (fondation de la première et seule école juive de langue française, école Maimonide) ; d’un réseau d’activités socio-récréatives à la suite de la réorganisation du centre communautaire juif ; d’un rabbinat qui devait regrouper les différentes synagogues existantes et satisfaire aux exigences d’ordre spirituel et religieux. Parallèlement, la Fédération sépharade canadienne participait, à l’échelle nationale, au mouvement d’éveil des Sépharades du monde et aux actions de solidarité avec ceux-ci. Les conséquences d’une telle action communautaire sont désormais visibles : Dans le milieu juif anglophone, l’apport culturel sépharade et un judaïsme francophone dans une Province où le français reprenait ses lettres de noblesse, étaient alors perçus comme un enrichissement ; Dans la société québécoise, la présence de cette communauté a sensiblement modifié l’image du juif, qui n’était pas dénuée de préjugés ; les Québécois découvraient une judéité nouvelle et somme toute moins étrangère . Enfin, les Juifs marocains accédaient, par leur francophonie, à certains milieux officiels (éducation nationale, professions libérales, administration provinciale) et ils étaient reconnus indispensables, par leur différence culturelle, dans les organismes juifs comme l’A.J.C.S., le Congrès juif ou, plus récemment, le Conseil des Fédérations juives nord-américaines. Dans cette tentative de synthèse entre les différents éléments de leur passé, ils redonnent un sens à leur existence juive et ouvrent une phase nouvelle de leur histoire.

Au plan culturel, un formidable retour aux sources s’est opéré. Ils reconnaissent la richesse de la terre arabe et historique et recréent dans leur vie familiale les structures qui régissaient leur mode de vie au Maroc. Cessant de mettre en avant ce que leur différence avait de plus ostensible (son folklore ou l’âge d’or de l’Andalousie musulmane), ils optent désormais pour l’affirmation de soi et regardent leur culture d’origine avec étonnement. Au sein de la communauté, se manifestent des signes de renouveau : sous l’égide d’universitaires de plus en plus nombreux, institutions et enseignements juifs sont revalorisés ; par ailleurs, manifestations culturelles, contributions artistiques et vocations d’érudition laissent présager que la communauté du Québec s’inscrira dans le cadre de la renaissance actuelle du judaïsme maghrébin. Au plan politique et institutionnel  : il se développe par-delà les frontières une forme de solidarité qui rattache les Juifs marocains à leurs autres frères d’Israël. Cette solidarité n’est pas seulement conceptuelle, elle s’inscrit dans les différents projets de renouveau et de réhabilitation des collectivités défavorisées d’Israël. Ils ont désormais trouvé une voie dans le cheminement et l’éveil d’une judéité trop longtemps méconnue et souvent dépréciée. Par sa forte personnalité, son intégration économique et son insertion politique dans des organismes solides, la communauté sépharade du Canada est assurée d’une évolution dynamique et de pouvoir conduire des actions importantes. Si les discordes internes qui surgissent périodiquement et qui ont pris très récemment la forme d’une situation conflictuelle entre religieux et laïcs, sont résolues, la désintégration qui pouvait résulter de la multiplicité des allégeances de la communauté, pourrait faire place à une réussite originale. En quittant le Maroc, le Juif ne perdait pas seulement un climat et une histoire, mais les assises d’une vie globale inscrite dans la structure religieuse et familiale. En ayant fait l’apprentissage de l’émiettement européen, le Juif marocain a aujourd’hui une conscience lucide de tout ce qu’il était, parce qu’il a une conscience historique de ce qu’il a perdu. En ayant rassemblé les facettes de son identité, il a rejoint la philosophie pluraliste et fondamentale du pays qui est devenu le sien. Et c’est ce parcours qui lui permet d’interroger le réel. Dr Esther Benaïm-Ouaknine

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Dans la société québécoise, la présence de cette communauté a sensiblement modifié l’image du juif, qui n’était pas dénuée de préjugés . Les Québécois découvraient une judéité nouvelle et somme toute moins étrangère .


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Identité Sépharade en 2015 TABLE RONDE

avec Sylvia Assouline, Amnon Suissa et Michael Cohen Nous avons demandé à trois membres de sensibilités diverses, de participer à cette table ronde autour de l’identité sépharade à Montréal en 2015. Nous les remercions d’avoir répondu par écrit à nos questions.

Sylvia Ayelet Assouline Enseignante à la retraite, elle est l’auteure de manuels scolaires, de pièces de théâtre et d’un roman. Elle représente la CSUQ auprès du DJCM (Dialogue Judéo-chrétien de Montréal).

Dr Amnon J Suissa Est professeur à l’École de travail social de l’UQAM où il enseigne des cours touchant au phénomène des dépendances comme problème social ainsi que la méthodologie de l’intervention auprès des familles. L’un de ses derniers ouvrages portait sur Le monde des Alcooliques Anonymes : déprimés, gamblers, narcotiques Presses universitaires du Québec  (2009).

Michaël Cohen Est passionné d’histoire. Il exerce la profession d’avocat en pratique privée. Ses domaines de prédilection restent le droit civil et commercial, le litige étant perçu comme le dernier recours. Il tente de concilier sa pratique privée avec ses études talmudiques et la vie du Beth Hamidrash (lieu d’études juives)

Comment définiriez-vous l’identité sépharade à Montréal ? Y-a-t-il selon vous une différence d’incarnation de cette identité selon les générations ? Si oui lesquelles ? Sylvia Assouline La communauté juive au Maroc comptait ceux dont la présence dans ce pays remonte à des siècles avant la conquête de l’Afrique du Nord par les Arabes et ceux qui sont d’authentiques descendants de juifs expulsés d’Espagne (Spharad). Les uns et les autres, néanmoins, étaient identifiés comme Juifs marocains. Rendus en Israël pour être juifs comme tout le monde et espérant mettre fin à la dichotomie entre l’appartenance religieuse et nationale, ils se sont trouvés qualifiés de Marocaïm. Arrivés à Montréal, une autre épithète les attendait. Ils étaient désormais des Sépharades.Chose curieuse, cette nouvelle identité ne faisait pas référence au passé glorieux des Juifs expulsés d’Espagne et qui se sont répandus dans tout le bassin méditerranéen et ailleurs, ni à leurs illustres ancêtres, ni aux différentes connotations que le terme sépharade véhicule, mais à un groupe d’individus juifs venant d’un pays arabe et parlant français par opposition aux Juifs ashkénazes anglophones venus d’Europe. Amnon Suissa Difficile de répondre à cette question complexe et multifactorielle. Il n’y a pas qu’une identité sépharade, à Montréal ou ailleurs, mais bien des identités. Au plan historique, depuis la destruction du Temple, les lieux communautaires (synagogues) ont occupé une place prépondérante dans le processus identitaire. Ils ont permis la survie et le renouvellement démographique des familles/communautés sépharades et du peuple juif en général. N’ayant pas de terre où poser les pieds, l’identité s’appuie alors sur sa résilience

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dans son exil, ou comme dirait le psychiatre et psychanalyste juif français Boris Cyrulnik son « merveilleux malheur ». En reprenant la métaphore de l’arbre et ses racines, on peut dire qu’il existe plusieurs couches à l’identité sépharade. D’abord, les feuilles et les branches, cette première manifestation visible (habillement, langue, folklore, nourriture, comportements) comme si celle-ci suffit à définir l’identité entière et globale. Creusant un peu, on aperçoit la deuxième couche : le tronc (famille, éducation, santé, travail) soutenant une partie importante de l’identité. Enfin, les racines. Invisibles à l’œil nu, cette troisième couche est la base de nos valeurs profondes, de notre vision du monde, du vrai soi identitaire. Déracinée des lieux où elle est née, l’identité sépharade ne peut être qu’en mutation, un continuum. Parfois, elle s’exprimera davantage via son appartenance à Israël, au Maroc, à la France, à Montréal ou ailleurs. À d’autres moments, elle sera plus universelle, plus citoyenne, plus interculturelle. L’essentiel de notre identité sépharade se retrouve dans un certain Patrimoine culturel : les livres de nos bibliothèques, les œuvres de nos écrivains, philosophes, artistes, scientifiques, artisans. Comme des milliers de sépharades avant nous, nous transportons dans nos valises cette incarnation de l’ici et de l’ailleurs. L’identité sépharade, c’est aussi cet exercice de l’autre qui nous permet de partager ce que nous sommes et de mieux connaître nos racines ou comme dirait Tobie Nathan, ethnopsychiatre juif français d’origine égyptienne, «  notre source ».


Michaël Cohen

Mais à Montréal il y a une spécificité. Les juifs sépharades qui ont fraichement débarqué ici n’ont pas eu à se mesurer à une société d’accueil dont le modèle d’intégration exigeait l’assimilation. Bien au contraire! Le modèle d’intégration au Québec est souple. Il relève plus du multiculturalisme où il est de bon aloi de préserver et d’exposer son particularisme communautaire. Je crois que l’identité sépharade à Montréal devrait se définir à l’aune de cette réalité. La principale différence d’incarnation que je vois entre les générations sépharades à Montréal est linguistique. La première génération sépharade nouvellement arrivée en terre québécoise était typiquement francophone et arabophone. La génération d’après, nait ici, a, bon gré mal gré, favorisé l’anglais et délaissé le français. Or le changement linguistique est hautement révélateur : il va de paire avec l’émergence de vecteurs culturels, scientifiques et artistiques inédits. On suit bien le mouvement allant du déracinement à la transmutation qui, pour les sépharades de Montréal, s’est surtout cristallisée par l’avènement du changement linguistique.

En deux mots : déracinée et transmutée. Or cette brève définition est tout aussi valable pour rendre compte de l’identité sépharade des communautés établies à Paris, Bruxelles ou Genève.

Considérez-vous que le monde sépharade qui vous entoure a changé depuis votre arrivée ici ? Si oui, en quoi ? Sylvia Assouline Lorsque je suis arrivée au Canada en 1969, beaucoup de Juifs marocains y étaient déjà bien établis. Par esprit grégaire, ils cherchaient à se retrouver lors d’activités sociales, culturelles et cultuelles. Ceux qui avaient été des leaders au Maroc ont continué à œuvrer dans leur champ d’action. Certains dans le domaine cultuel; ils avaient fondé des synagogues de fortune, souvent des gymnases d’écoles étaient aménagés pour les services religieux du Shabbat et jours de fête avec des bénévoles bien versés dans la liturgie marocaine. D’autres organisaient des fêtes sociales très courues telles que le réveillon du Jour de l’An. Les enseignants s’occupaient de l’éducation, l’école Maïmonide était alors embryonnaire. Les artistes avaient créé la Semaine Sépharade devenue La Quinzaine Sépharade puis Festival Séfarad. C’est dire le chemin parcouru. La communauté sépharade prenait racine, forme et constitution au point de devenir la CSUQ dûment instituée. On peut affirmer, sans exagération, que l’on vibrait dans cette merveilleuse terre d’accueil, d’une identité commune, d’une foi puissante dans l’ignorance totale de la signification des textes de Torah que l’on ânonnait dévotement dans les synagogues. Cette situation a énormément changé. Nos jeunes, filles et garçons, reçoivent l’enseignement de notre patrimoine dans les écoles juives. Les adultes, eux-mêmes, élargissent leurs connaissances grâce aux conférences, aux sermons des rabbins, aux diverses études dispensés çà et là. La Torah n’est plus l’apanage des hommes, les femmes s’y intéressent de plus en plus et leur présence à la synagogue est devenue chose normale. Mais… d’autres éléments sont entrés en jeu. Notre jeunesse a été attirée par d’autres mouvances

religieuses. Elle se tourne de plus en plus vers les groupes hassidiques Chabad, Breslev et autres. De jeunes couples, les femmes tête couverte de foulards, les hommes arborant barbe et chapeau noir font désormais partie du décor. Ils ont leurs propres écoles et lieux de culte. Une véritable désertion de la communauté sépharade. Amnon Suissa Je suis arrivé à Montréal l’été 1974, il y a maintenant un peu plus de 40 ans, pardon 40 hivers. Ce qui a changé depuis mon arrivée, c’est, entre autre, la disparition d’un lieu de rassemblement et de renforcement de l’identité de la jeunesse juive sépharade, soit celui du Centre Hillel. Depuis 1975, Hillel a joué un rôle de tremplin de premier plan dans le processus d’appartenance et d’intégration à Montréal pour la plupart d’entre nous. Hillel offrait des services concrets en accueillant les jeunes universitaires sépharades mais aussi les nouveaux arrivants (accompagnement, bourses, activités intellectuelles, soutien à Israël, défense des droits, soirées culturelles), cela servait de « ciment social ». J’ai été un membre actif durant mes études et directeur durant 2 ans. Aujourd’hui, on ne peut que réaliser ce grand vide pour nos jeunes, Hillel est mort de sa grandeur, comme les dinosaures. J’ai appris que Le Cercle, local pour jeunes cadres sépharades, a fermé ses portes dernièrement faute de fonds. Michaël Cohen  Je suis arrivé à Montréal en 1999. J’ignore si le monde sépharade qui m’entoure a changé depuis lors. Il me semble surtout que le fossé linguistique intergénérationnel s’est accentué ces dernières années. Magazine LVS | Septembre 2015 39

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En lien avec la question de l’incarnation de l’identité sépharade selon les générations, force est de constater que les premières et deuxièmes générations des cohortes de Sépharades à Montréal continuent d’incarner l’identité dans les lieux d’appartenance les plus divers. À mon avis, il n’y a que des réponses subjectives à cette incarnation. Selon le statut social et économique et des trajectoires personnelles, on peut trouver des membres affiliés à des synagogues, à des regroupements de retraités « snow birds » en Floride ou en Israël, à des groupes golden age ou à des clubs. Si la majorité incarne son identité collective via les rituels familiaux du shabbat, de la nourriture, des fêtes, il n’en demeure pas moins qu’on peut incarner son identité à distance tout en partageant ces occasions sur une base plus ponctuelle. Pour les plus jeunes, ils incarnent leur judaïté de manière plus ouverte au monde et souvent à travers la société d’accueil et Israël. Hormis un certain pourcentage qui a épousé un judaïsme à saveur orthodoxe, voire ultra-orthodoxe, la plupart de nos jeunes souvent bilingues et trilingues, baignent dans un judaïsme pluriel, social et culturel.


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Ce phénomène va se poursuivre avec le temps. Je connais suffisamment de juifs sépharades de mon entourage personnel et professionnel, jeunes et moins jeunes d’ailleurs, qui au mieux chantent un franglais rythmé « switchant » à souhait de la langue de Molière à celle Shakespeare et qui, au pire, ne savent tout simplement plus parler français. Ou presque.

Même si l’arabe est le lien linguistique premier du sépharadisme, la perte du français et la prédominance de l’anglais chez les juifs sépharades montréalais demeure significatif. L’apparition subséquente d’idées et valeurs nouvelles, propres à la culture nord-américaine, reflète le changement structurel du sépharadisme montréalais.

Quelles seraient d’après vous les valeurs propres au monde sépharade qui seraient importantes de poursuivre ici à Montréal (en matière de traditions religieuses, d’éducation, de culture, etc.) ? Et les écueils qu’il serait tout aussi important d’éviter ?

Sylvia Assouline Nous sommes pieux sans verser dans l’orthodoxie extrême ni l’intolérance. Sous le Protectorat français nous avons acquis une culture occidentale à tous les niveaux. Elle s’est rajoutée à notre propre culture musicale, liturgique, sociale dominée par notre prédisposition à la joie de vivre, à la générosité, au partage. La synagogue est une extension de la famille avec toutes ses analogies et différences. Il n’y a pas d’austérité dans le monde sépharade. Autant de valeurs à conserver. Malheureusement, nos dirigeants communautaires n’ont pas su œuvrer pour garder bas les frais de scolarité des écoles juives. Beaucoup se sont tournés vers les écoles publiques et ont suivi d’autres mouvances religieuses comme signalé précédemment. De plus, le Festival Séfarade qui devrait être notre fierté et lieu de rassemblement, néglige souvent nos artistes locaux et aliène une grande partie de la communauté par le prix exorbitant des productions. L’écueil majeur demeure celui de n’avoir pas impliqué les jeunes dans toutes les instances de la communauté, de les avoir tenus trop longtemps à l’écart, alors qu’ils sont nés ici et ont une autre vision de la réalité. Notre communauté est vieillissante et nos leaders aussi. Il faut lâcher les rênes et responsabiliser les jeunes, leur faire confiance, les encadrer au besoin et assurer la relève. Amnon Suissa Au-delà des traditions religieuses et spirituelles qui se portent, toute proportion gardée, assez bien (Centre Aleph, synagogues, divers lieux de culte et services), il serait utile d’explorer des programmes et des activités qui tiennent compte des conditions et des réalités plus contemporaines. Au plan de l’éducation, les Écoles juives sépharades, dont Maimonide et d’autres, ont prouvé, hors de tout doute, que ce type d’éducation conciliait bien l’identité sépharade avec les défis d’intégration à Montréal et à la société. Au plan culturel, les initiatives ne manquent pas. Les festivals du cinéma israélien ou Festival sépharade et/ou d’activités intellectuelles qui visent à développer des liens avec le monde extérieur sont une très bonne formule. Le hic est que les jeunes y sont rarement présents et cela pose problème dans le ici et maintenant, mais aussi et surtout pour le futur. Dans la mesure où les nouvelles générations de Sépharades sont nées dans un environnement où la technologie et les médias/réseaux sociaux sont la norme, il s’agit de les rejoindre sur des thèmes « plus sexy ».

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Dans la colonne des écueils à éviter, la recrudescence de la place de la religion dite ultra orthodoxe au sein de plus en plus de jeunes familles juives sépharades. Selon toute vraisemblance, ce phénomène semble être généralisé à travers le monde. Devant l’ampleur de l’hyperindividualisme grandissant et du consumérisme à outrance, on peut comprendre le recours à des valeurs comprises comme « plus sûres  » pour sauvegarder un certain équilibre personnel, familial et social. Alors que depuis des siècles, le judaïsme sépharade, compris comme traditionnel , a réussi à partager ses lettres de noblesse en travaillant sur le comment puis-je être juif tout en étant avec l’autre, ce judaïsme ultra orthodoxe sépharade nous propose une idéologie du repli sur soi. Ce n’est pas seulement la distinction physique et vestimentaire qui produit cette division du dehors/dedans, il y a aussi l’isolement qui se manifeste par une absence quasi totale de liens sociaux alors qu’ils sont vitaux pour réussir son inclusion à la société et exercer pleinement son droit et devoir de citoyen. Inquiets de cette tendance lourde auprès des jeunes sépharades, certains rabbins n’hésitent pas à parler de menaces pour l’identité et la pérennité. La mise sur pied d’un groupe d‘échanges pour les familles vivant ces crises familiales, serait un pas dans la bonne direction et répondrait à un besoin important pour dénouer cette détresse bien réelle. Michaël Cohen  La question des valeurs propres au monde sépharade est, en soi, une question fondamentale. Elle dépasse de loin la communauté sépharade de Montréal. Au risque de généraliser, je dirais que les idées et les valeurs propres au monde sépharade sont en péril partout et depuis longtemps. Le génie du sépharadisme est sérieusement menacé. Des auteurs comme Serge Trigano ou Émile Moatti s’interrogent avec force sur la crise actuelle. Peut-on parler d’élites sépharades capables d’assumer la transmission et la continuité d’un « âge d’or » perdu? Que nous reste-til authentiquement du vécu politique, philosophique, littéraire, mystique, poétique ou compassionnel du monde sépharade? Quelles solutions apporter, face à l’archaïsme, à la nostalgie du passé et au folklore dominants? Les idées et les valeurs sépharades n’ont pas été modelées et remodelées de manière innovatrice, voire audacieuse, pour être transmises et reçues avec authenticité. Or les enjeux de déracinement et de la transmutation n’en


Parlons des Yeshivot sépharades. On y retrouve un regroupement d’individus qui partagent une origine commune. Le limoud qui y est prodigué ne procède pas de la tradition sépharade, mais de la tradition et de la méthode d’étude lituaniennes. La tenue vestimentaire en est une illustration saisissante : le sépharadisme authentique n’imposait certainement pas le port de la chemise blanche et du chapeau noir. Je crois que ce constat vaut mutatis mutandis pour la plupart des autres aspects de la vie intellectuelle, spirituelle ou culturelle du sépharadisme. Ce qui reste, par une curieuse inertie, c’est la conscience (ou la simple revendication?) d’être sépharade. Mais cette conscience est plus folklorique qu’authentique : elle ne s’abreuve malheureusement pas aux sources de l’héritage spirituel et de l’originale production littéraire, philosophique, mystique et poétique du monde sépharade. Et les sources risquent de se tarir…

Au delà de cette conscience, on assiste à la désertion du monde sépharade vers d’autres mouvements spirituels qui sont aux antipodes de sa tradition. Les Bouzaglo, Benhamou et autres Chétrit « devenus » Loubavitch, Breslev ou autre ne manquent pas à l’appel. Manifestement, le corpus d’intellectuels et de penseurs de haut niveau, d’artistes, de chefs de fil, de chefs spirituels et de responsables communautaires et institutionnels ne semble pas globalement capable d’assumer la mission de transmettre l’héritage du sépharadisme. On a sans doute perdu la trace de cet héritage ou du moins on ne sait comment le ressusciter. La désertion du monde sépharade vers d’autres mouvements spirituels qui sont aux antipodes me semble par conséquent assez logique. L’héritage spirituel et l’énorme production littéraire, philosophique, mystique et poétique du monde sépharade ne sont pas relayés. Le corpus d’intellectuels et de penseurs de haut niveau, d’artistes, de chefs de fil, de chefs religieux et de responsables communautaires et institutionnels ne semble pas globalement capable d’assumer la mission de transmettre l’héritage du sépharadisme. On a sans doute perdu la trace de cet héritage ou du moins on ne sait comment le ressusciter.

Quel pourrait être l’apport de la communauté sépharade à la communauté juive at large de Montréal ainsi qu’au monde juif en général ? Sylvia Assouline Servir de pont avec les Québéquois de souche qui croient encore que les Juifs sont tous anglophones, riches et fédéralistes. Le Consul d’Israël en a fait l’expérience récemment…Il nous a relaté durant la dernière Assemblée Générale de la CSUQ, que lors d’un déplacement au Québec , des personnalités québécoises avec qui il s’est entretenu croyaient dur comme fer que tous les Juifs au Canada étaient anglophones, riches et fédéralistes. Il invitait donc la CSUQ à démystifier ces croyances, à se faire connaître davantage au Québec, à montrer la non-uniformité des Juifs, à faire valoir le côté francophone de la communauté sépharade, toutes les belles choses accomplies par la CSUQ au niveau social, culturel et autre, bref à servir de pont entre la communauté juive at large et les Québécois de souche. Démystifier ces croyances en nous impliquant partout. Le Comité des Femmes Juives francophones faisait un excellent travail d’outreach. Des activités de ALEPH au Musée des Beaux-Arts, comme ce fut le cas récemment est aussi une bonne initiative et il y en a sûrement d’autres qu’il faut amplifier. Quant au monde juif en général, c’est une grande symphonie et notre partition n’est pas des moindres. Il faut continuer à la faire vibrer dans l’unisson. Amnon Suissa Le concept d’équifinalité nous rappelle que plusieurs chemins peuvent mener à un même but et vice-versa, plusieurs buts peuvent être atteints par le même chemin. Il n’y a donc pas une façon unique d’être juif sépharade, au contraire, multiplier des ponts avec la diversité, c’est un

plus et non un moins. Dans cette optique, et en termes d’apport, il y a lieu d’explorer plus d’échanges intellectuels, artistiques, scientifiques avec les communautés et la société d’accueil, sans oublier nos confrères ashkénazes qui ont une certaine expérience et un long passé à ce chapitre. Dans la mesure où l’histoire du judaïsme et du sépharadisme démontre que les plus grandes contributions universelles passent par la diversité et le pluralisme, on peut très bien concilier le singulier et l’universel et féconder nos pensées individuellement et collectivement. Il n’y a pas d’incompatibilité à transmettre notre identité aux jeunes générations sans tomber dans la « monomanie » religieuse et identitaire. L’histoire de notre jeune communauté sépharade à Montréal est riche en réalisations extraordinaires grâce à plusieurs leaders dévoués et aux actions de ses membres. Dans la mesure où l’on ne reproduit que ce que l’on connait, les repères, rituels et valeurs de ce nous sommes, aux générations futures, ces éléments sont précieux pour notre identité et méritent d’être chéris. Peut-on poursuivre dans cette voie vers un judaïsme pluriel et démocratique ? Michaël Cohen La communauté sépharade doit d’abord sortir de son inertie et se remettre en mouvement. Elle doit trouver les moyens de se redonner une forme nouvelle et innovatrice pour qu’émerge, ou plutôt ré-émerge, le génie du sépharadisme. Sans cela, le sépharadisme n’a rien de fondamental à offrir à la communauté juive de Montréal. Le sépharadisme est comme suspendu entre ciel et terre. Il est à un carrefour entre la mémoire et la régénérescence.

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exigeaient pas moins. Peut-on prétendre que les valeurs sépharades sont si bien portées qu’on puisse y puiser les caractères culturels et spirituels propres au sépharadisme?


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Être un Sépharade fier à Montréal

Rabbin Ronen Abitbol Au XVIe siècle, lorsque le Rabbin Yossef Karo écrivit son livre d’Halakha (de loi juive), le Choul’han Âroukh, d’inspiration et d’influence séfarade, il prit comme références principales des rabbins d’Espagne et d’Afrique du Nord comme le Rav Yits’hak Elfasi (le Rif) de Fès, Maimonide ( le Rambam) et Rabbi Acher (le Roch), tous deux d’Espagne. À la même époque, un grand érudit polonais, Rabbi Moshé Isserlich, écrivait aussi un livre de halakha selon la tradition des rabbins d’Allemagne et de France comme les Tossafot, les petites enfants de Rachi. Cependant lorsque le Choul’han Âroukh parut, Rabbi Moshé Isserlich le prit comme livre de base et y ajouta des alinéas lorsque la tradition achkénaze était différente des décisions du Choul’han Âroukh.

Qui sommes-nous ? À l’instar des deux grandes écoles de pensée, Bet Chamai et Bet Hillel, naissant il y a plus de 2 000 ans, il faut comprendre qu’il existe deux méthodes d’investigation de la Halakha, une sépharade et une achkénaze, et qu’il y a beaucoup de divergences en ce qui a trait aux traditions. Ce n’est pas une critiqu mais juste une constatation, comment se fait-il qu’à Montreal certains rabbins sépharades aient adopté un système d’enseignement typiquement achkénaze? Certains même avec une influence hassidique? Peut-être pourra t-on dire que beaucoup de Sépharades ont étudié dans des yéchivot (écoles talmudique) achkénazes et ont donc adopté certaines façons de faire. Mais que dirions-nous à propos de ceux qui viennent de faire techouva de revenir à la pratique juive ? Un très grand nombre d’entre eux sont devenus de fervents adeptes de plusieurs mouvements hassidiques ou achkénaze et ont renié la tradition sépharade.

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Mais, ce qui est intéressant de relever c’est qu’en certaines circonstances, « tout le monde revient à la source ». Ainsi l’on sait que les lois ashkénazes sont beaucoup plus strictes à plusieurs niveaux à l’exemple de l’école de Bet Chamai. Par exemple, à Pessa’h, les kitniyots (légumineuses) sont interdites, tout comme le Coke, les légumes congelés, ou l’huile régulière, etc. Les prix des produits de Pessa’h augmentent d’une façon exorbitante d’une année à l’autre, et ce, à cause de ces restrictions qui, en fait, ne s’appliquent pas aux Sépharades. Et là on est témoin d’un phénomène: tout le monde « redevient Sépharade » et suivent les lois et coutumes de Pessa’h selon les rites sépharades. Selon la loi achkénaze, il est interdit de chauffer un aliment sec (ex. la ’halla, le pain de Chabbat) sur la plaque chauffante de Chabbat, et là encore il y a un «  retour aux sources ». Et la liste d’exemples est grande. Ce qu’il faut comprendre c’est que la création de la halakha n’est pas un système fondé sur des déductions logiques, rationnelles et accommodantes, c’est un mode de vie qui prend en compte la Messorah, c’est à dire la chaîne de la transmission d’un maître à son élève, d’un père à son fils, dans un village, une ville ou un pays. Comme nos Sages l’ont si bien dit: Fais toi un maître (Maximes de pères Chap. 1, 6). Pourquoi, par exemple, les Juifs yéménites suivent jusqu’à aujourd’hui les indications halakhiques de Maïmonide? C’est parce qu’après Maïmonide, ils n’ont pas été en contact avec les décisionnaires ultérieurs, notamment le Choul’han Âroukh et que de génération en génération, ce sont les gloses de Maïmonide qui ont fait force de loi. Au point que pour nous, poser de l’eau - qui a bouilli mais qui a ensuite refroidi - sur une plaque chauffante est strictement interdit pendant Chabbat, ce qui ne l’est pas pour les Juifs yéménites qui suivent l’avis du Rambam c’est-à-dire Maimonide qui l’a autorisé.


»

En cela, même les plus stricts fidèles de la Halakha reconnaissent que la pratique yéménite est complètement conforme à la pratique de la Halakha, du moment qu’on se base sur un décisionnaire prestigieux et qu’il s’agisse d’une tradition millénaire. Ainsi, on reste bien dans l’essence même de la pratique des Mitzvots. Quelques questions se posent : pourquoi voit-on des rabbins Achkénazes enseigner la Halakha - dans des « endroits qui se disent sépharades » - et, de surcroît, enseigner à nos jeunes sépharades la « voie achkénaze »? N’existentils plus à Montréal des rabbins sépharades? Ne sont-ils là seulement que lorsqu’on a besoin d’un assouplissement halakhique sépharade, ou pour une question de cacheroute? Il serait peut-être temps d’ouvrir un kollel (lieu d’études à plein temps pour adultes) purement sépharade ?

Un exemple à suivre Pour notre génération, c’est le Rav Ôvadia Yossef qui a eu cette volonté de donner systématiquement le primat au Choul’han Âroukh sépharade, ce qui est révolutionnaire. Mais, pour certains, dans le mauvais sens du terme puisque cela conduit à annuler parfois des traditions halakhiques centenaires. La gélatine, comme chacun le pense, n’est pas cachère. Et en cela, la croyance populaire suit les décisions du Rav Aharon Kotler, du Rav Moché Feinstein et de l’ensemble de la communauté orthodoxe américaine. Le Rav Ovadia Yossef dans son ouvrage Yabiâ Omer, vol.8, Yoré Deâ n°11) a tranché que la gélatine est permise, y compris celle qui provient du porc ! En cela, il ne fait en réalité que suivre l’opinion de Rachi, mais il s’agit tout de même d’une révolution. Il a également autorisé, sous certaines conditions, l’utilisation d’un seul lave-vaisselle pour le lait et la viande (Yabiâ Omer, vol.10, Yoré Deâ n°4). Donner une hachga’ha (surveillance rabbinique) à un restaurant qui servirait de la viande (cachère bien sûr...) et proposerait des desserts lactés en France ou aux États-Unis est vraiment quelque chose d’inimaginable, non? Or le Rav Ôvadia l’a autorisé (Yabiâ Omer, vol.4, Yoré Deâ n°7) ! L’idée était de limiter au maximum certaines transgressions encore plus graves de cacheroute. En effet, si ce restaurant n’avait pas de hachga’ha, il pourrait en effet aller jusqu’à proposer de la viande non cachère. Ce sont des décisions bien accommodantes pour tout le monde… Ainsi, beaucoup de monde possède ce livre de Halakha Yalkout Yosef écrit par le fils du Rav Ôvadia, et le consulte pour avoir les assouplissements halakhiques. Mais le suit-on aussi pour ses décrets plus stricts? Par exemple, selon le Choul’han Âroukh, on ne peut pas manger

dans un restaurant dans lequel le feu des fours a été allumé par le machguia’h (surveillant en matière de cacherout) et le processus de la cuisson a été assumé par un non juif. Le machguia’h doit également poser la marmite sur le feu ou la rentrer dans le four. Est-ce que tous les traiteurs qui préparent une fête « sépharade » font attention à cette procédure? Autre remarque: pour les ’hallots (pains) de Chabbat qui sont trop sucrées, leur bérakha (bénédiction) est mezonot selon l’opinion sépharade; donc, pour s’acquitter du repas de Chabbat, il faudra manger au minimum une tranche et demie de ces ’hallots. Le fait-on? Et la liste est grande encore.

Solution Depuis mon arrivée à Montréal en 1981 jusqu’aujourd’hui, j’ai constaté que Baroukh Hachem, grâce à D., la communauté sépharade de Montréal est grandissante à tous points de vue, en quantité et en qualité, surtout chez les jeunes qui s’intéressent de plus et plus à la religion. Et je crois que c’est ici la source du problème : nos jeunes sont convaincus que ce n’est que lorsqu’ils se joignent à des mouvements de souche ashkénaze qu’ils ont « réellement découvert le vrai judaïsme ». Dans le passé, ils pratiquaient un judaïsme «  folklorique  », des concerts de musique arabo-andalouse, des récitals d’Enrico Macias et des conférences sur la nostalgie de la cohabitation judéo-musulmane dans l’Andalousie médiévale! Mais ce genre d’événements culturels ne les intéressent plus. Ils ont repris le « bon chemin », mais on a besoin de les guider. La Communauté devrait organiser plus de conférences autour des thèmes de la Torah avec une orientation sépharade. Aider nos rabbins sépharades à propager l’opinion du Choul’han Aroukh sépharade. Une fois que nos jeunes seront revenus à leurs sources, ils réaliseront que c’est eux les prochains leaders de la Communauté sépharade, et qu’il est temps de s’unir avec un seul drapeau « Nous sommes Sépharades ». Ceci nous aidera à ouvrir notre propre Bet-Din (tribunal rabbinique) sépharade, à avoir notre propre Chéchita (abattage rituel) séfarade, à avoir une yechiva avec les valeurs et un système d’étude sépharades, etc. Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’une guerre entre Achkénazes et Sépharades. En effet, le Talmud nous raconte que les élèves de Bet Chamai mariaient leurs enfants à ceux de Bet Hillel malgré leurs nombreuses divergences dans leurs traditions. Là est la force du peuple juif: rester tous unis, Sépharades et Achkénazes, mais sans perdre ni négliger ses propres. Rabbin Ronen Abitbol

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La Communauté devrait organiser plus de conférences autour des thèmes de la Torah avec une orientation sépharade.


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Crise de croissance ou d’identité ? Depuis qu’elle a posé ses valises dans ce coin de pays pour y prendre racines, elle n’a eu de cesse de trimer ; moins tant pour elle – elle n’est pas du genre égoïste — que pour assurer un avenir à sa progéniture. Dans son cas, la progéniture c’est au sens africain et moyen-oriental qu’elle l’a toujours entendu. Généreuse de nature, elle a inventé et étendu avant l’heure le concept de la famille élargie : époux, enfants, petits-enfants, cousins, grands-parents, oncles, tantes, belle-famille, les proches, ceux qu’elle connait et tous les autres. Ne laisser personne en carafe. Et penser à l’avenir, c’est mettre toutes les chances de son côté et ne rien laisser au hasard. Avoir l’ambition de voir grand. Autant dire qu’elle a été au taf sans répit durant un demi-siècle. Toute une vie. Trouver du travail, avoir un métier, pour mettre du pain à table et un toit sur la tête. Devant l’urgence de la nécessité, certains devinrent commerçants, artisans ou se lancèrent en affaires. D’autres optèrent pour une profession libérale, sans doute pourquoi il y a autant de toubibs, de dentistes et d’avocats. Pour la plupart d’extraction modeste, ils s’installèrent dans Côte-des-Neiges, entre Vézina et Queen-Mary, Décarie et Darlington. Le petit Maghreb avant l’heure. Vivre ensemble, pour survivre au déracinement, à l’exil. Au fil du temps, bon nombre migrèrent vers des quartiers plus rupins et de cossues banlieues. À regarder dans le rétro, cette génération, l’un dans l’autre, s’en est plutôt bien tirée ; une génération de notables et de bâtisseurs. Et pour ce qui est de bâtir, disons qu’ils n’avaient pas les deux pieds dans le même sabot. Comme quoi, patience et volonté font des miracles.

Maurice Chalom

Sans prétendre réécrire l’histoire, n’ayant rien du révisionniste, ni en faire le panégyrique, j’aime à penser, cependant, que ces notables bâtisseurs, persuadés qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, avaient à cœur l’intégration sans l’assimilation, la volonté farouche de maintenir vivantes mémoire et identité collectives, d’en pérenniser la distinction dans ce coin de pays, et l’ambition de tisser des liens entre cette communauté nouvellement établie, la grande sœur ashkénaze et la société d’accueil. Cimenter l’identité et bâtir des ponts. Pour se faire, il fallait, avant toute chose, un interlocuteur légitime, une instance représentative : l’ASF qui deviendra la CSQ avant de devenir CSUQ même si, incorrigible sceptique, je suis loin d’être convaincu que celle-ci est plus unifiée aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 20, 30 ou 40 ans. Mais ça, c’est une autre histoire. Cinquante ans, au cours desquels on assiste, après la brève existence du collège Hillel, au développement de l’école Maïmonide, la première école séfarade francophone pur jus et au rayonnement du centre communautaire, avec ses différents départements qui offrent des activités de l’enfance à l’âge d’or, en passant par son mouvement de jeunesse, le District, sa chorale Kinor, son département culturel qui dès la fin des années soixante-dix organisera, entre autres, la fameuse semaine séfarade qui deviendra quinzaine avant de devenir Festival, ses colos de vacances, ses séjours à Wildwood et que sais-je encore. Côté cultuel, ce demi-siècle a vu l’éclosion d’une kyrielle de synagogues, dans les quartiers et banlieues où se sont établies les familles séfarades. Du fin fond de Kirkland, en passant par Laval, DDO, VSL, CSL Hampstead et Snowdon, les synas sefs font florès. Synagogues, mais aussi Mikvaot, cercles d’études et salles des fêtes. Une communauté bénie de Dieu, aux dires de plusieurs.

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...ces notables bâtisseurs, persuadés qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, avaient à cœur l’intégration sans l’assimilation, la volonté farouche de maintenir vivantes mémoire et identité collectives, d’en pérenniser la distinction dans ce coin de pays, et l’ambition de tisser des liens entre cette communauté nouvellement établie, la grande sœur ashkénaze et la société d’accueil. Cimenter l’identité et bâtir des ponts.

Quant à l’« institutionnel  », la CSQ/CSUQ s’est donné au cours de ces années plusieurs missions à commencer par les affaires sociales et dispenser une aide immédiate aux plus démunis, ainsi qu’un accompagnement vers d’autres services communautaires. En effet, qui mieux qu’elle pour venir en aide à une « clientèle » fragilisée, dont elle connait la culture, la mentalité, les valeurs et la langue ; « clientèle » qui de surcroit n’irait pas d’elle-même demander de l’aide, pour tout un tas de raisons ? Les relations/ affaires publiques, outre le mandat de publier La Voix Sépharade, LE magazine de la communauté, avaient également celui de défendre les «  intérêts  séfarades  » auprès des pouvoirs publics et des instances politiques. La culture, vecteur du sentiment d’affiliation et d’appartenance s’il en est, avec ses moult tables rondes, conférences et colloques, et ses évènements prestigieux dont, entre autres, l’incontournable Festival Séfarade et celui du cinéma israélien, a contribué à ce que les Séfarades, surtout ceux de première génération, ne soient pas (trop) coupés de leurs racines. Jusque dans la mort, quand on pense à la Hevra Kadisha ou aux démarches pour l’obtention d’un carré séfarade dans les cimetières. On peut dire, sans trop délirer, que tout au long de ces années, l’institution représentative des quelque dix-sept mille Séfarades, a rempli pour l’essentiel sa mission de maintien et de promotion d’une identité collective distincte, de la Brit Milah au Kaddish, du couffin au cercueil. Je sais, rappeler à grands traits un demi-siècle d’une histoire communautaire ne rend guère justice au

chemin parcouru ni au travail accompli par ceux-là même qui ont écrit cette histoire. En effet, cette épopée, diront certains, mérite d’être creusée, approfondie, avec d’avantage de nuances, de précisions et d’exhaustivité. Une histoire en demi-teintes. Mais je suis chroniqueur, pas historien. Cela dit, ce travail reste à faire ; que ce soit sous la forme d’un documentaire comme l’avait fait, si intelligemment, Jacques Bensimon (ZL) ou d’un colloque. Les deux tant qu’à faire ! « Séfarades à Montréal, 60 ans après ». On a tout ce qu’il faut pour réaliser un tel projet  : archives, témoignages, sociologues, historiens, intervenants communautaires, leaders spirituels, vidéastes, jusqu’aux budgets, grâce à la Fondation de la CSUQ. Faudrait quand même faire fissa, les notables bâtisseurs ne sont pas immortels. Durant toutes ces années, les plans tirés sur la comète ont été de bon augure  : les Séfarades faisant corps avec leurs institutions emblématiques. Une adéquation, une connivence, une communauté d’esprit et de destin, entre les aspirations et les besoins d’une population et les services offerts par lesdites institutions. Mais est-ce encore le cas ? Ces institutions fondatrices sont-elles toujours en phase avec leur communauté ? Rien n’est moins sûr. Au plan éducatif, par exemple, Maïmonide n’a plus le monopole d’une éducation juive, séfarade et francophone. Depuis belle lurette, pour des questions de survie ou par clientélisme, plusieurs écoles ashkénazes se sont doté de sections françaises et, au fil du temps, ont réussi à attirer une clientèle séfarade.

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Que cela plaise ou non, l’offre s’est diversifiée et Maïmo n’est plus l’unique dépositaire de l’identité séfarade, qui se décline selon les modèles de SSA, Hebrew Academy, UTT, Herzliah et Yavné. Un phénomène similaire s’observe du côté des synagogues. Rabbins et leaders religieux doivent composer avec la force d’attraction charismatique des mouvements Habbad et Breslev. Ces mouvements attirent toujours davantage de jeunes séfarades qui s’y sentent plus à l’aise que dans la synagogue de leurs parents. Est-ce la façon dont ces mouvements abordent et embrassent le judaïsme, dont ils appréhendent le Texte, leur démarche à l’égard de la spiritualité et de la mystique juive ? Allez savoir. Il n’empêche. Ces mouvements attirent et séduisent des franges de plus en plus larges d’individus en quête de spiritualité. Dans quelle mesure rabbins et autres leaders religieux s’inspirent-ils de ces mouvements pour remettre en question ou du moins adapter leurs enseignements et leur pédagogie ? Au plan de l’identité juive, quelles leçons peut-on en tirer ? Il faudra bien qu’un jour ces questions et d’autres encore, trouvent écho, si ce n’est réponses. Quant au centre communautaire, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Entre ses murs, seuls résonnent encore les chants liturgiques des fidèles de la synagogue et les comptines des enfants du CPE. Que le dernier sorti, éteigne la lumière. Quant à la CSUQ, elle se remet de lendemains de veille. Après quelques années de bringue, elle a la gueule de bois. Telle une Cougar, cette femme mature, épanouie et indépendante qui après avoir assumé son rôle de mère et d’épouse, et réussi sa carrière pro-

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fessionnelle, décide de croquer la vie à pleine bouche ; la vénérable institution, bientôt sexagénaire, a eu envie de se lancer dans d’ambitieux projets, de gouter au festif et à l’évènementiel glamour. Pour ce qui est des projets, trois en particulier ont suscité son engouement. Le premier, répondant à une réelle nécessité et un besoin véritable, a été la création de la résidence Salomon pour ainés. Il s’agissait d’offrir, dans un environnement séfarade et francophone, toute une gamme de services et de soins à des personnes âgées en perte d’autonomie. Compte tenu du vieillissement de la population séfarade, ce projet avait tout pour réussir d’autant que dans la communauté juive organisée, outre les résidences pour personnes âgées ashkénazes, il n’y avait rien pour les Séfarades. Ouvert il y a quelques années, grâce à un prêt de plusieurs millions (!) Il semble que la résidence s’apprêterait à passer sous contrôle d’investisseurs chinois. C’est ce qui bruisse et se chuchote en haut lieu. À cette étape-ci, prudence et conditionnel s’imposent. Mais si la rumeur s’avérait et que le deal se concrétisait, il est à souhaiter que nos séniors n’auront pas à se mettre au mandarin ! Une résidence pour personnes âgées séfarades dans la mire de chinois, ça a tout d’un gag de « Juste pour rire ». Puis, il y eut celui du Cercle, club privé de rencontres pour professionnels séfarades âgés de 25 à 35 ans. Après deux années d’opération, ce sélect club privé a mis la clé dans la porte et déposé le bilan, en laissant une ardoise de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Et dire que les études de faisabilité avaient démontré la pertinence et la viabilité de cette initiative. Allez comprendre. À ma connaissance et jusqu’à présent, on ne sait toujours pas ce qui a coincé ni pourquoi cette initiative, supposément viable et pertinente, s’est retrouvée pliée et remisée, en laissant une ardoise, après deux ans d’opération. Quelqu’un, quelque part, peut-il éclairer nos lanternes ? Le dernier projet en date est celui de la Fondation de la CSUQ, en partenariat avec la Banque Nationale et la

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Fondation Communautaire Juive. Aux dires de ses responsables, les fonds recueillis et gérés par cette fondation permettront d’assumer les couts, toujours plus élevés, des divers programmes et services dispensés par la CSUQ. Après douze mois d’opération, il semblerait que les objectifs prévus soient atteints voire dépassés. Reste à voir les chiffres. Côté évènementiel glamour, la CSUQ s’est surpassée. Au traditionnel tournoi de golf, dont la réputation n’est plus à faire, d’autres évènements de levées de fonds se sont mis en place ; tant il est vrai que les besoins sont criants, multiples et variés. Tournoi de tennis, squash et babyfoot, et concerts bénéfices de la caisse d’entraide Hessed sont autant d’évènements courus pour financer la campagne des fêtes de Tishri, destinée à offrir des repas de fêtes aux plus démunis, les camps de vacances, les activités parascolaires et le soutien scolaire destinés aux enfants ayant des troubles d’apprentissage afin d’améliorer leurs chances de réussite. Ne laisser personne en carafe. Pour ce qui est du festif, disons que ces dernières années ont été des années d’exubérance au cours desquelles la communauté s’est payé la traite et fait bombance. De fait, les récentes éditions du Festival Séfarade de Montréal ont été pour le moins fertiles, pour ne pas dire prodigues, limite outrancières. En invitant les grandes pointures séfarades du show biz d’Enrico Macias à Michel Boujenah, en passant par Dany Brillant, Gad Elmaleh, Oum, Ishtar Alabina, OktoEcho, les chantres de la musique judéo-andalouse (pour l’exhaustivité, allez sur csuq.org), la CSUQ a offert à la population le nec plus ultra, la quintessence Orientalo-Méditérannéo-Judéo-Séfarade – la vérité si je mens — et fait le plein de paillettes et de bulles de champagne, pressentant des années de vaches maigres. Pendant ce temps, la Fédération observe, avec effarement et d’un œil dubitatif, ces agissements pour le moins éthérodoxes. En effet, au sein de la Fédération, chaque agence a une mission claire et

précise. Dans son giron, tout est normé et tiré au cordeau. Rien d’étonnant que dans un tel environnement « spick and span  » la CSUQ fasse tâche. Une agence qui a sa propre planification stratégique, qui conçoit, développe et implante ses programmes et ses activités, lève ses propres fonds, dispense des services directs à sa population, publie son magazine, promeut son identité et sa culture, entretient des liens avec la communauté arabo-musulmane (quelle honte !), affirme sa spécificité et revendique sa distinction ; assurément, cela fait désordre, limite subversif. L’inquisition n’est pas loin avec «  fusion  » pour mot d’ordre. Du point de vue de la Fédération c’est de bonne guerre, vu l’état général de la communauté juive. Une communauté vieillissante qui retrecit comme peau de chagrin et dont les forces vives s’expatrient vers de meilleurs cieux. Une communauté qui doit répondre à des besoins sociaux toujours croissants et qui doit faire preuve d’inventivité et d’imagination pour se maintenir à flots. C’est, à son échelle, exactement ce que vit la communauté séfarade et ce sont les mêmes enjeux auxquels est confrontée la CSUQ. Quand le fric se fait rare, il est difficile de ne pas revoir sa mission, couper des postes et des services, et mettre fin aux dédoublements. Fusionner fait sens avec cette idée d’une seule et même communauté ; quoique unité et diversité n’aient rien d’incompatibles. Fusionner, c’est cohérent dans une logique de rationalisation et d’économie d’échelle. Dilemme. Dans le monde animal, c’est toujours le petit qui se fait bouffer par un plus gros. Il en va de même dans le monde des organisations. Au risque de plomber l’ambiance, mais tant pis, je suis loin d’être convaincu que les agences de la Fédération soient intéressées, désireuses et en capacité d’offrir aux Séfarades la même qualité de services et prendre en considération leur spécificité culturelle et linguistique. Aucune méchanceté, simplement une interrogation. Le fait séfarade, comme on dirait le fait français, malgré sa présence d’un


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Le fait séfarade, comme on dirait le fait français, malgré sa présence d’un demi-siècle dans le paysage communautaire, ne fait toujours pas parti des habitus des agences ni de l’ADN des instances dirigeantes et décisionnelles...

demi-siècle dans le paysage communautaire, ne fait toujours pas parti des habitus des agences ni de l’ADN des instances dirigeantes et décisionnelles de la Fédération. Il reste d’un charmant exotisme, périphérique et, quand nécessaire, sert de faire-valoir. Les rares expériences de collaboration/intégration/fusion, appelons ça comme on veut, avec la bibliothèque publique juive pour la culture, Ometz pour les affaires sociales ou le centre Cummings pour les cinquante ans et plus, ne semblent pas faire preuve d’engouement pour le fait français et les gestionnaires ne démontrent pas un enthousiasme débordant pour le fait séfarade. La dimension francophone/ séfarade est encore bien timide et sa place ressemble à celle d’un strapontin : inconfortable. Il est vrai que ces expériences sont encore jeunes, d’où les timides résultats. Il n’empêche. Ça suinte déjà la frilosité et l’inconfort. De part et d’autre, ça tergiverse dans le genre tu veux ou tu veux pas ?. Vraiment rien pour appréhender sereinement les (inévitables  ?) fusions. En même temps, difficile d’être serein quand on sait qu’on va se faire bouffer. Mais le plus étonnant, c’est la réaction de l’autre, du plus gros qui, lui non plus, n’est pas fou de joie devant sa proie. Sans doute la trouve-t-il indigeste et anticipe reflux gastriques et ulcères d’estomac. Allez savoir. Est-ce à dire que le temps de la CSUQ est révolu ? Sans doute dans sa forme actuelle, avec les missions et les mandats qu’elle s’est attribué au fil des ans. En d’autres termes, la CSUQ a livré ce qu’elle avait à livrer, tout a long de sa phase de construction communautaire, du récréatif au social en passant par le culturel, l’éducatif et le religieux. C’est fait. Qu’en est-il de demain ? Les écoles et les synagogues fleurissent en banlieue et les familles séfarades suivent et y reconstruisent une vie communautaire. Là-dessus, la CSUQ a peu à faire, si ce n’est de déployer ses programmes socio-ré-

créatifs au plus près des collectivités locales, en lien avec les écoles et les synagogues ; programmes et activités financés grâce à l’argent récolté lors des évènements tournois. La mission sociale et celle du bienêtre des ainés sont tranquillement transférées aux agences dont c’est la raison d’être. Et d’ici quelques années, ce processus sera complété. Quant à la relève, malgré les multiples cohortes de formation au leadership de la continuité séfarade, force est de reconnaitre que le CA de la CSUQ est toujours composé des mêmes têtes grisonnantes. On y retrouve peu ou pas de bénévoles de trente-cinq ans et moins. Ironie du sort, parmi ceux qui ont suivi une de ces formations, plusieurs se retrouvent sur les CA de diverses agences de la Fédération. Trouvez l’erreur. Quant à l’Advocacy communautaire, une chasse gardée, la CSUQ n’a jamais vraiment eu son mot à dire. Quand tout fout le camp, il reste la culture. À ce sujet, la CSUQ joue sur du velours. Au fil des ans, elle a démontré, hors de tout doute, son expertise et son savoir-faire dans la conception et la réalisation d’évènements culturels d’envergure. Il suffit de penser au FSM, à celui du cinéma israélien ou au tout récent festival du film juif. Outre les festivals, et toujours en phase avec les réalités du monde juif, la CSUQ réalise depuis ses débuts conférences, colloques, séminaires, tables-rondes et cafés littéraires avec, comme conférenciers invités et personnes ressources, tout ce que le monde juif francophone compte d’universitaires, d’intellectuels, d’écrivains et de penseurs. Question culture, la CSUQ fait l’unanimité et son avenir est radieux. Par contre, en ce qui concerne La Voix Sépharade, elle a du mouron à se faire. Après quarante années d’existence, LVS ne parait que trois fois par année. Alors qu’on a tout ce qu’il faut, annonceurs, collaborateurs, chroniqueurs, graphistes, que le monde juif

ne cesse d’être en ébullition, qu’il se publie à foison romans et essais, et qu’il y a suffisamment de matière pour publier un mensuel digne de ce nom, comme cela se fait dans toutes les communautés juives à travers le monde ; ici, on rapetisse et on s’amoindrit. Seule innovation en deux ans : un partenariat avec le CJN. Sur la planche à dessin, un recto-verso à paraitre huit fois par année. Deux ans de cogitation et de consultation pour, in fine, s’entendre sur deux encartages de LVS dans la livraison du CJN. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Pourquoi cette institution, qui réalise des évènements exceptionnels, est-elle incapable de publier sa revue sur une base mensuelle ? Pourtant, ce n’est ni le talent ni l’enthousiasme ni les collaborations ni le fric qui font défaut. Je le répète, nous avons tout pour produire un mensuel de qualité, au contenu solide et intéressant, et de belle facture. C’est d’autant plus incompréhensible que LVS est, supposément, la carte de visite de la communauté séfarade du Québec. Allez comprendre. Dans une perspective de fusion, un rôle, nouveau celui-ci, pourrait être assumé par la CSUQ 2.0  : celui de défenseur ou de protecteur de la « condition séfarade », appelons ça comme ça pour l’instant. Concrètement, il veillerait à ce que les agences appliquent le principe d’équité dans la prestation des services dispensés à la «  clientèle  » séfarade et celui de la représentativité dans la composition de leur CA et à tous les niveaux hiérarchiques de leur organisation, du personnel de soutien et de première ligne à celui de la haute direction. Bref, la CSUQ 2.0 a encore un bel avenir. Sur ce, je vous souhaite Shana Tova Oumétouka, santé, joie et bonheur. Maurice Chalom

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ÊTRE SÉPHARADE À MONTRÉAL | DOSSIER SPÉCIAL

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ÊTRE SÉPHARADE À MONTRÉAL | DOSSIER SPÉCIAL

« Pourquoi beaucoup de Sépharades sont-ils devenus des Hassidim ? » Elias Levy

Une entrevue avec un grand penseur du judaïsme, le professeur Armand Abécassis

Éminent exégète de la Bible et spécialiste renommé de la Pensée juive et de la Pensée chrétienne, Armand Abécassis est l’un des grands penseurs du Judaïsme. Docteur d’État en Philosophie, certifié de langues sémitiques et d’arabe, Professeur émérite de Philosophie de l’Université Michel-de-Montaigne de Bordeaux et, depuis 2012, Directeur des Études juives et de la Formation des enseignants à l’Alliance Israélite Universelle, ce brillant intellectuel et éducateur est l’auteur de nombreux livres très remarqués sur la Tradition juive, la Tradition chrétienne et le Dialogue interreligieux. Son dernier livre: Les Derniers jours de Moïse, vient de paraître aux Éditions Flammarion. Dans cet essai remarquable et d’une grande limpidité, Armand Abécassis nous livre une réflexion iconoclaste et très stimulante sur la destinée du peuple juif. Armand Abécassis nous a livré son point de vue sur le monde sépharade orthodoxe et l’identité sépharade au cours d’une longue entrevue qu’il nous a accordée lors de son dernier passage à Montréal. Rencontre avec l’un des penseurs les plus éclairants du Judaïsme francophone.

ashkénaze qui est aussi valable que le monde religieux sépharade-, c’est le début d’une dérive identitaire grave. Désormais, dans le monde religieux sépharade, particulièrement en Israël, nombreux sont ceux qui sont foncièrement convaincus que les Ashkénazim sont les seuls et vrais détenteurs de la Halakha et que les Séphardim n’ont qu’une seule option, incontournable: se plier au monde ashkénaze. J’ai eu dernièrement une querelle avec des membres de ma synagogue quand on m’a informé que ces derniers sortaient durant l’office religieux pour aller dans une autre salle faire Moussaf une deuxième fois. Je leur ai rappelé que les Séphardim ont toujours fait Moussaf qu’une seule fois. Quand vous remplacez une Loi ou un Minhag sépharade par une Loi ou un Minhag ashkénaze, vous remettez en question la capacité des Rabbins Sépharades des pays d’Afrique du Nord. Ça veut simplement dire que ces derniers n’ont pas compris la Loi juive. Ça, c’est inadmissible! Force est de rappeler que c’est grâce à ces Rabbins, quels que soient les reproches qu’on peut leur adresser, que l’identité sépharade s’est perpétuée depuis 2000 ans.

LVS : L’ «  orthodoxisation  » du Judaïsme sépharade vous inquiète-t-elle?

LVS : Les Sépharades qui considèrent que l’unique modèle d’un Judaïsme authentique et valable est le modèle orthodoxe ashkénaze auraient-ils renié le riche Héritage religieux que leurs ancêtres leur ont légué ?

Armand Abécassis: Énormément. Je suis exaspéré de voir qu’en Occident le modèle sépharade du Judaïsme est en train d’être enterré par le modèle polonais ashkénaze, surtout par les Hassidim. Aujourd’hui, en France et en Europe, 90% des Hassidim sont des Sépharades Nord-Africains. C’est un phénomène organisé et systématique qui me préoccupe beaucoup. En Israël, l’intrusion du politique dans le monde sépharade a eu des conséquences très néfastes sur l’identité sépharade israélienne. Pour se distinguer dans l’arène politique israélienne, les Sépharades ont été contraints de céder sur un certain nombre de mœurs, de coutumes et de lois plurimillénaires sépharades. Ce qui est le plus révoltant, c’est qu’en Israël et en Europe, j’ignore si ce phénomène délétère sévit aussi au Canada et aux ÉtatsUnis, les Rabbins Sépharades ont un complexe d’infériorité par rapport aux Rabbins Ashkénazes. Il est vrai qu’un grand nombre de Rabbins Sépharades ont été formés dans des Yéchivot ashkénazes. Mais quand un Sépharade se met à singer, consciemment ou inconsciemment, le monde ashkénaze -il ne s’agit pas là de critiquer le monde religieux

A.A.: Aujourd’hui, un grand nombre de Sépharades s’habillent et prient comme les Ashkénazes polonais orthodoxes. Sincèrement, je ne comprends pas pourquoi ils s’escriment à remettre en question 2000 ans de culture sépharade maghrébine? Pourtant, le modèle sépharade du Judaïsme est aussi valable que n’importe quel autre modèle. Je ne peux pas accepter que le modèle sépharade disparaisse parce que celui-ci est porteur d’un message spirituel et humaniste extraordinaire qui a fait ses preuves tout au long de l’Histoire du peuple juif. Le modèle sépharade du Judaïsme laisse une place importante à la Kabbalah, à la métaphysique, au sens et pas simplement à l’obéissance. Dans les Yéchivot, on étudie la Guémara. Ce qui prime avant tout dans l’enseignement dispensé à la Yéchiva, c’est l’obéissance à la Loi juive. Initialement, la Yéchiva a été créée pour former des Juges pour qu’ils s’occupent de l’application des Lois juives. Toutes les modalités d’application de la Loi juive sont explicitées dans la Guémara. Cependant, les Séphardim ne peuvent pas lire la Guémara sans l’éclairage de la Kabbalah, c’est-à-dire sans l’éclairage du sens. C’est indéniable

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LVS : Donc, les Rabbins Sépharades, particulièrement en Israël, qui devraient être les principaux hérauts de la radition spirituelle sépharade, ont été fortement séduits par le modèle religieux ashkénaze. A.A.  : Oui, regrettablement. Bon nombre de Rabbins Sépharades sont complexés par rapport aux Rabbins Ashkénazes. À tel point que plusieurs d’entre eux, notamment l’ancien Grand R abbin Sépharade d’Israël, feu Ovadia Yossef, ont adhéré à l’idée barbare et révoltante, scandée dans les milieux rabbiniques orthodoxes ashkénazes, que Dieu a infligé la Shoah au peuple juif pour le punir. Vous vous rendez compte dans quelle pathologie délirante ces Rabbins Sépharades sont empêtrés! Je le dis et je le répète : si jamais Dieu a envoyé la Shoah au peuple d’Israël pour le punir alors ce n’est pas un Dieu, mais un diable, que je quitterai tout de suite. D’autres Grands Rabbins Sépharades ont claironné aussi sans ambages que Dieu a «  provoqué justement » des Tsunamis destructeurs en Asie parce que ce « continent dépravé est pourri par les vices et la drogue ». Ces propos sont délirants et pathétiques! LVS  : Réhabiliter le modèle religieux sépharade, aujourd’hui en pleine déliquescence, ce ne sera pas une sinécure. A.A. : Le modèle religieux sépharade, qui s’est toujours caractérisé par sa tolérance, son esprit d’inclusion et son ouverture au dialogue avec les autres cultures et religions, est aux antipodes du modèle religieux orthodoxe ashkénaze, dont la principale caractéristique est son hermétisme. Le modèle religieux ashkénaze est la résultante de 2000 ans d’Histoire tragique jalonnée de persécutions, de massacres et de pogroms. Ce modèle religieux, exclusionniste et renfermé sur soi, rejette tout dialogue avec les Goyim. Bien que leur vie n’a pas toujours été clémente en Terre d’Islam, les Sépharades n’ont jamais eu peur de dialoguer avec les non-Juifs. C’est pourquoi le modèle sépharade est fondamental à une époque où le vivre ensemble est une grande priorité dans les sociétés occidentales. Quand j’étais étudiant à Strasbourg, j’ai proposé un jour au grand Rabbin de cette ville d’Alsace d’organiser un dimanche d’étude au cours duquel on examinerait la manière dont les Ashkénazes et les Sépharades ont réfléchi à des questions spécifiques de Halakha. Il refusa catégoriquement en arguant : «  Armand, il n’est pas question d’organiser ce type de

journée d’étude. Vous voulez déclencher une guerre entre Ashkénazes et Sépharades ? » Sa réponse abrupte me sidéra. Ce Rabbin avait peur qu’on montre que les Séphardim ont réfléchi d’une autre manière à la Halakha. C’est ahurissant! LVS  : Selon vous, dans la Tradition rabbinique sépharade nord-africaine, la Halakha n’était pas figée, comme c’est le cas aujourd’hui dans le monde orthodoxe ashkénaze.

Armand Abécassis

A. A.: La Halakha n’a pas toujours été fixe et immuable. Elle a souvent évolué au gré des circonstances sociales et historiques. L’essentiel c’est d’expliquer ce que veut dire la Halakha et quel est son sens. Une fois qu’un Juif a compris le sens de la Halakha, il faut le laisser se débrouiller avec sa situation. C’est ça l’esprit de la Halakha. Quand le Shoulkhan Aroukh a été écrit par Rabbi Yossef Caro au XVIe siècle, des kabbalistes ont jeûné pour protester car ils étaient persuadés qu’il ne fallait pas que la Halakha devienne fixe car celle-ci se transformerait en un instrument de pouvoir. Il faut rappeler que la Halakha n’a pas été révélée sur le Mont Sinaï. À l’instar de la Michna et de la Guémara, la Halakha a été aussi écrite par des hommes. La Halakha a toujours été ouverte aux interprétations. C’est pourquoi on l’appelle Torah Ché Bal Pé : la Loi orale. Il est dit dans le Talmud qu’on n’a pas le droit d’exprimer de manière orale ce qui est écrit et vice versa. Chaque fois que vous mettez par écrit un enseignement qui est transmis oralement, c’est la preuve que vous voulez exercer un pouvoir. Dans la Tradition juive, la Mitzvah c’est Dieu qui l’a dictée. Et tout ce que le Tout Puissant dicte devient une Loi absolue. Et, comme Dieu est infini et absolu, ce qu’il dicte est impossible à réaliser. On a ainsi une Loi absolue qu’on doit interpréter pour déterminer quel est l’aspect de la Mitzvah qui est humain et auquel on peut obéir. C’est ça la Halakha. La Halakha, c’est l’homme chez les hommes et la Mitzvah, c’est Dieu. Il y en a qui confondent la Halakha et la Mitzvah. C’est pourquoi la Halakha devient alors un absolu. Quand on l’applique, on exerce un pouvoir. Être fidèle à la Tradition juive, c’est la Torah. Être créateur, c’est la Halakha.

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qu’il est impératif d’obéir aux injonctions de la Loi juive, sinon le peuple juif disparaîtrait. Mais il faut comprendre aussi qu’il ne suffit pas d’obéir à la Loi pour être quitte.


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LVS : Donc, la Halakha a toujours été très créatrice ? A.A. : Oui. Dans le monde sépharade, la Halakha a toujours été très créatrice. Un des Maîtres les plus illustres du Judaïsme, Hillel, a contourné très subtilement la Halakha en inventant le «  prosboul  », un ingénieux règlement qui a pour but de ne pas défavoriser les gens généreux qui seraient abusés par des escrocs à l’approche de l’année de Chémita. Il a exclu de l’abolition des dettes celles qui seraient établies avant l’année sabbatique par un contrat conclu devant le Béit Dine, Cour rabbinique de Justice. Dans le monde sépharade, les grands décisionnaires rabbiniques en matière de Halakha ont toujours fait preuve d’ingéniosité pour trouver des solutions à l’intérieur du cadre de la Loi juive afin de surmonter des problèmes humains qui n’auraient jamais été résolus si la Halakha était demeurée fixe. Cette riche et très importante Tradition halakhique sépharade a été marginalisée au fil du temps. Nous devons absolument la réhabiliter. Ce qu’il faut enseigner à chaque Juif, c’est le sens de la Halakha. Une fois qu’un Juif connaît le sens de la Halakha, il faut le laisser l’appliquer à la situation qu’il vit. La Halakha, qui a été créée pour unir le peuple juif, est devenue aujourd’hui une source de divisions et de litiges. LVS : L’enseignement religieux sépharade est-il lacunaire? A.A.  : Oui. Les Rabbins Sépharades doivent cesser d’enseigner la Torah d’une manière infantile. Il est temps que les Séphardim se débarrassent des superstitions qui nourrissent leur Judaïsme. Tant qu’on n’enseignera pas aux jeunes Sépharades le vrai sens d’une conduite, d’une Halakha ou d’une Mitzvah, on continuera à remplir le crâne de ces derniers de superstitions farfelues. Il faut mettre fin une fois pour toutes à ces discours puérils. Par exemple, il faut arrêter de persuader nos jeunes qu’ils doivent respecter le Shabbat parce que Dieu se repose aussi ce Jour-là parce qu’il est fatigué. Ce type d’enseignement est ahurissant! Il faut enseigner aux jeunes que le Shabbat ce n’est pas le passé ou le présent mais l’avenir. Que le Shabbat est une réponse à la relation que l’homme entretient avec le monde. Il faut cesser de raconter aux Sépharades d’énormes bêtises sur la religion. Dieu ne veut pas des béni-oui-oui! Il veut des Juifs qui comme Abraham et Moïse discutent avec lui, et lui font même changer d’avis. Abraham a échoué dans cette audacieuse entreprise. Moïse a réussi plusieurs fois à faire changer d’avis Dieu. D’après la Guémara, Dieu a répondu à l’homme : « Tu m’as appris quelque chose que j’ignorais ». Dans quelle autre religion peut-on trouver des hommes qui apprennent des choses nouvelles à Dieu? C’est celle-là la force du discours biblique. Ça veut dire qu’un Juif est un être parfaitement libre qui construit le monde avec Dieu. L’Éternel a besoin de la collaboration de l’homme pour continuer à perfectionner le monde. Le Judaïsme nous rappelle sans cesse que l’homme n’est pas une marionnette. C’est ce discours que les jeunes Juifs veulent entendre aujourd’hui. Il faut que la Torah soit devant la Hokhma -la Sagesse et l’intelligence du monde non-juif. C’est pourquoi j’ai suggéré à l’ancien Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, que les Rabbins des Communautés aient absolument deux diplômes: un diplôme d’études rabbiniques et un diplôme universitaire.

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LVS : Que devrait-on faire dans le monde sépharade pour favoriser un retour à un enseignement du Judaïsme plus judicieux et affranchi d’une kyrielle de superstitions? A.A. : Les Juifs ne doivent pas avoir peur de confronter la Hokhma à la Torah et de les faire dialoguer. Les Juifs apprennent beaucoup de choses de la Hokhma des nations. Quand un Juif orthodoxe aura une crise d’appendicite ou cardiaque, ce n’est pas la Guémara qui le sauvera! Il devra demander à un médecin Goy de faire usage de sa Hokhma pour lui sauver la vie. Les Sépharades doivent éviter de sombrer dans le piège d’un Judaïsme nourri par la peur et les superstitions. C’est déplorablement la voie trompeuse que le Judaïsme sépharade a empruntée. La foi devient alors un faux remède psychothérapeutique visant à calmer nos angoisses. Mais la Torah n’est pas un antidépresseur! Quand un individu souffre d’angoisses, il doit consulter un psychiatre et non la Torah! Là, on est carrément dans la psychanalyse et dans le marxisme le plus échevelé. Le Judaïsme ce n’est pas un fantasme! Sinon, on revient à un Judaïsme infantile prônant une morale à quatre sous du style «  Si Dieu l’a dit, c’est qu’il a raison  »! Quand on tient un discours aussi simpliste, on finit par enterrer le Judaïsme dans l’esprit de celui qui nous écoute. LVS  : L’orthodoxie est-elle une notion étrangère au monde sépharade? A.A.  : L’orthodoxie est une invention du monde religieux ashkénaze. Les Juifs du Maghreb n’ont jamais été orthodoxes mais très traditionalistes. Certains d’entre eux vivaient même un Judaïsme très paradoxal: le Shabbat, après avoir assisté à la Téfila, ils allaient s’asseoir dans un café ou se détendre l’après-midi au bord d’une plage. Pourtant, ces Juifs étaient très attachés aux Traditions juives. Le Judaïsme sépharade n’a jamais connu les extrêmes qui existent dans le monde ashkénaze: des Juifs très orthodoxes versus des Juifs laïcs, très éloignés de la Tradition juive. LVS : Si on suit votre raisonnement, l’orthodoxie très pointilleuse de certains Rabbins sépharades serait donc une incongruité? A.A. : Si ces Rabbins pouvaient être orthodoxes, ce serait formidable! Le terme «  orthodoxe  » est un dérivé du mot grec « ortho », qui signifie « droit », et du mot grec «  doxa  », qui signifie «  la pensée  ». Or, les Rabbins orthodoxes ne sont pas « orthodoxes » mais plutôt « orthoprax » -mot grec signifiant « pratique ». Ces derniers sont plus des adeptes de la « pratique juive » que de la « pensée juive ». Ces Rabbins insistent sur l’application de la Loi juive -ils ont raison de le faire car il faut absolument que la pratique religieuse soit rigoureuse-, mais ils ne sont pas orthodoxes parce qu’ils ne pensent pas véritablement le Judaïsme, comme ils devraient le faire. Pour preuve: quand vous leur posez une question sur une Loi juive, ils se mettent à faire de la logique. Or, on ne leur a pas demandé de nous expliquer une logique -cette explication on pourra la trouver dans la Guémara. On veut simplement savoir si la Loi en question préconise des solutions concrètes quand un problème humain spécifique se pose? Les Rabbins orthodoxes font fi d’une réalité fondamentale  : dans le Judaïsme, la transmission n’est pas un dépôt, à l’instar d’un dépôt juridique qu’on ne peut pas toucher tant que le juge ne donnera


pas son aval. La Torah n’est pas un dépôt! Dans le Judaïsme, la Tradition est nourrie par la créativité. Le père transmet à son fils la Tradition en espérant que ce dernier enrichira celle-ci avec ce qu’il aura appris dans le monde où il vit, qui est bien différent de celui où son père a vécu. C’est la raison pour laquelle il y a autant de commentaires talmudiques et midrashiques dans le Judaïsme. À chaque génération, il y a de nouveaux commentaires parce que les grands Maîtres du Judaïsme rouvrent la Torah pour l’interpeller au sujet de grands problèmes qui se posent dans une société.

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LVS : Votre regard sur le Judaïsme du XXIe siècle est-il optimiste ou pessimiste ? A.A.  : Plutôt pessimiste. Les schismes profonds qui lacèrent le peuple juif assombrissent les perspectives d’avenir de celui-ci: religieux-non religieux; sionistesantisionistes; Glatt Casher-Super Casher; Massorti, Réformé, Conservative… Si Moïse revenait sur terre, il se suiciderait! Ce n’est certainement pas le Judaïsme dont il rêvait! Les Juifs orthodoxes, très réfractaires à la diversité qui prévaut dans le peuple juif, fustigent les Juifs non orthodoxes. Ils refusent d’admettre qu’un Juif massorti ou libéral est aussi Juif qu’un Juif orthodoxe. Un Juif libéral n’est pas un Goy! Moi, je ne prierai jamais dans une synagogue libérale parce que mon Judaïsme ne m’a pas été transmis dans ce cadre cultuel, mais je donne des conférences dans des congrégations libérales. Les Juifs libéraux font autant de travail que les Juifs orthodoxes pour transmettre le Judaïsme. Il est impératif d’établir une distinction, fort importante à mes yeux, entre le mouvement juif laïc et le mouvement juif libéral ou réformé. Les Juifs libéraux ou réformés n’œuvrent pas contre l’unité du peuple juif. Ils ont tout simplement accueilli au sein de leurs institutions des milliers de Juifs que les synagogues orthodoxes ont refusé d’accepter. Les Juifs libéraux prônent l’unité du peuple juif. Ce qui n’est pas le cas des Juifs laïcs. Les Rabbins du mouvement libéral vont chercher des Juifs là où les Rabbins orthodoxes ont peur d’aller les chercher, parfois même jusqu’au parvis de l’Église, dans le cas des Juifs qui s’apprêtent à se convertir au christianisme. Les Juifs libéraux font un travail remarquable au chapitre de la préservation et de la transmission de la Tradition juive. Pourquoi les Juifs orthodoxes veulentils exclure les Juifs libéraux ou réformés alors que ces derniers font aussi partie intégrante du peuple juif ? Un grand Maître du Judaïsme, feu le Rav Léon Ashkénazi -«  Manitou »- disait toujours avec son humour décapant : « Quand je suis avec des Juifs orthodoxes, je peux manger mais je ne me sens pas bien. Mais quand je suis avec des Juifs libéraux, je me sens bien mais je ne peux pas manger !» C’est la triste réalité dans laquelle le peuple juif vit aujourd’hui. LVS : Quel est le plus grand défi auquel le peuple juif est confronté aujourd’hui? A.A. : Durant des siècles, le Judaïsme orthodoxe ashkénaze s’est renfermé sur lui-même pour des raisons historiques que nous venons d’évoquer. Cette attitude défensive était compréhensible. Aujourd’hui, le manque d’ouverture

qui caractérise toujours ce courant du Judaïsme n’est plus la résultante de facteurs socio-historiques mais de facteurs psychologiques. Le Judaïsme orthodoxe ashkénaze vit désormais dans un monde illusoire et non dans le monde réel, dans lequel le Juif est confronté à de grands problèmes humains et de société. Le grand défi d’un Juif à notre époque est d’être en même temps fidèle à l’Héritage que lui ont légué ses ancêtres et créateur. Le rôle des parents Juifs, c’est la fidélité. Le rôle d’un fils Juif, c’est la créativité. Il faut que les parents lorsqu’ils transmettent à leur enfant le sens de la fidélité à l’Héritage juif encouragent celui-ci à enrichir ce précieux Patrimoine spirituel et culturel. C’est ce que nous dit le dernier Prophète, Malachie : «  Shiv levavot halvanim velebanim halabotam » -« Quand Élie viendra pour annoncer l’arrivée du Messie, il ramènera le cœur des enfants aux parents et le cœur des parents aux enfants ». Les parents accepteront par fidélité à l’Héritage juif que leurs enfants aillent beaucoup plus loin qu’eux et les enfants, qui seront des créateurs et non des anarchistes survoltés, aimeront et respecteront leurs parents et les remercieront de leur avoir transmis ce magnifique Patrimoine spirituel qu’ils s’évertueront à enrichir chaque jour. C’est ça le Messianisme. LVS : Que devraient faire les Sépharades pour préserver et perpétuer leur Héritage religieux et culturel?

A.A.: Dans les domaines culturel et éducatif, les Sépharades doivent prendre exemple de leurs frères Ashkénazes. Ils doivent faire connaître l’immense grandeur et richesse de la culture sépharade qui, regrettablement, est encore très méconnue. Nous devons retrouver dans les pays du Maghreb où les Sépharades ont vécu, au Maroc, en Tunisie, en Algérie… des livres, des manuscrits, des Traités talmudiques… écrits par des grandes figures rabbiniques Sépharades. Nous devons déterrer dans ces pays les Guénizot, comme ça a été fait au Caire. Nous sommes les derniers à pouvoir entreprendre ce travail de Mémoire capital et très nécessaire. Nous devons republier les œuvres magistrales des grands Maîtres des prestigieuses dynasties rabbiniques du Judaïsme sépharade nord-africain. Ces illustres Rabbins étaient les hérauts d’un Séphardisme créateur et très prolifique. Les Sépharades doivent aussi créer des Instituts d’enseignement de la culture sépharade. Pourquoi dans les écoles juives en Israël et dans la Diaspora on n’enseigne que les commentateurs rabbiniques Ashkénazes et très rarement les commentateurs rabbiniques Sépharades? Maïmonide est le seul grand penseur Sépharade dont les œuvres sont enseignées dans les écoles juives non sépharades. Nous, Sépharades, avons l’obligation de ressusciter et perpétuer le Judaïsme sépharade. C’est un modèle culturel et spirituel absolument fondamental, surtout à une époque où l’extrémisme fondamentaliste est en forte progression dans les Communautés juives. Propos recueillis par Elias Levy

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Les schismes profonds qui lacèrent le peuple juif assombrissent les perspectives d’avenir de celui-ci: religieux-non religieux; sionistesantisionistes; Glatt Casher-Super Casher; Massorti, Réformé, Conservative…


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Être jeune sépharade Je suis diététiste de formation et Gestionnaire de Territoire chez Mead Johnson Nutrition pour la division des ventes médicales à temps plein, mais le bénévolat est ma seconde nature. Soucieuse et concernée par la relève communautaire, je suis impliquée dans plusieurs comités au cœur de la communauté, autant à la CSUQ qu’à la Fédération CJA. Pour moi, il n’y a ni clivage, ni préjugé valable quand on doit aider sa communauté au sens large du mot. Je représente la nouvelle génération de juifs Canadiens/Québécois motivés par le partage et soucieux de perpétuer la culture juive sous toutes ses facettes.

Karen Aflalo

Je suis issue d’un environnement familial qui m’a permis de baigner dans l’esprit communautaire. Cette fibre a grandi en moi et a bénéficié des encouragements de la CSUQ pour se développer. Je me suis ainsi, progressivement, retrouver dans plusieurs comités, aussi motivants les uns que les autres, en plus de mon travail à plein temps. J’ai développé mon tempérament de leader au cœur de la CSUQ avec fierté, car j’ai pu voir et organiser des projets incroyables grâce à une équipe compétente de professionnels et dévouée pour m’aider à aboutir à de superbes résultats. Cette implication communautaire est une vraie satisfaction, car je crois en une communauté plus homogène où les aprioris s’atténuent avec la nouvelle génération. La nouvelle génération est bilingue, fréquente les mêmes universités, les mêmes lieux de distraction et défend les mêmes causes. Je ne ressens plus le clivage connu par mes parents, car la plupart des différences n’en sont plus. Seule la motivation d’aider notre communauté pour la faire perdurer est essentielle pour les bénévoles ou professionnels de la CSUQ et la Fédération CJA. Ma richesse héréditaire sépharade est une partie de moi et mon ouverture d’esprit me permet de naviguer entre tous pour créer une équipe cohérente qui suit le même objectif : aider la communauté juive à prolonger ses traditions culturelles quelle que soit l’origine de chaque famille. La clôture du cursus du Programme de Leadership par le voyage « Retour aux Sources » est une prise de conscience pour beaucoup qui se sont rendu compte de l’histoire des Sépharades dans l’histoire juive. Je pense que c’est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va et ce genre de voyage est un moyen de connaître profondément son identité. En tant que femme sépharade en 2015, je suis comblée et fière d’être une membre de la communauté à part entière. Il est évident que de plus en plus les femmes se rendent disponibles pour les causes qui leur tiennent à cœur et je suis au milieu de cette évolution épanouissante et inspirante. Karen Aflalo

Patrick Bensoussan

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Se définir comme sépharade aujourd’hui demeure certainement pertinent alors que les différences culturelles qui nous ont étaient transmises agissent sur notre comportement et notre vision à plusieurs niveaux. Cependant, la définition de cette culture pour notre génération s’en tient souvent qu’à la langue, la liturgie et la gastronomie! Pourtant, il est évident que notre éducation formelle et informelle a été grandement influencée par cette culture sépharade.

nombrables amis sépharades depuis mon tout jeune âge. Mes parents ont tout fait pour instaurer à la maison les plus belles valeurs tout en mettant les chances de leur côté au niveau de la culture alors que j’ai grandi à l’école Maimonide, passé les fêtes à la Congrégation Or Hahayim et pratiquement tous mes dimanches soirs au restaurant El Morocco!! C’est peut être drôle, mais c’est bien autour de la table que la grande partie de notre patrimoine nous est transmis.

J’ai eu la chance de grandir dans un quartier entouré principalement d’ashkénazes alors que l’école Maimonide m’a gâté d’in-

Notre voyage en famille au Maroc pendant un mois en 1994 a également fait lumière sur ma culture et mon héritage.

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La nouvelle génération est bilingue, fréquente les mêmes universités, les mêmes lieux de distraction et défend les mêmes causes. - Karen Aflalo

Les camps de notre communauté (Igloo et Benyamin) ont eu une grande influence sur mon apprentissage en tant que communautaire alors que les sports ont plutôt véhiculé des influences culturelles mixtes. Entre autres, les Jeux des Maccabiades m’ont permis de passer trois étés à côtoyer les deux grandes cultures juives montréalaises mais aussi les saveurs juives des quatre coins du globe.

Plus tard, mes fonctions de bénévole au Centre Hillel et les collaborations étroites avec le Hillel House pendant mes études post-secondaires m’ont réellement ouvert vers la culture ashkénaze. De surcroit, ayant une meilleure compréhension des différences, c’est alors que j’ai compris que notre génération devait absolument collaborer et échanger plus étroitement si nous voulions grandir davantage en tant qu’une communauté juive. Le but étant le même, la culture peut et doit être préservée si nous voulons tirer les avantages de chacune et aller de l’avant en force face à l’adversité mais surtout face au beau défi de vivre à Montréal en tant que Juif, dans un bain multiculturel ou chacun veut et doit prendre sa place. Issu de parents d’un mariage mixte d’un père sépharade et d’une mère convertie au judaisme, j’ai eu la chance inouïe d’absorber le meilleur de la culture française de ma mère et de mes grands-parents (qui ont également joué un rôle si important dans mon éducation) ainsi que de la culture judéo-marocaine de mon père et sa famille. Il est certain que je vis mon sépharadisme bien différemment que les générations qui m’ont précédé. Nos parents ont tout d’abord vécu dans un milieu entièrement sépharade au Maroc alors que le sépharadisme que je vis aujourd’hui n’est qu’une partie de ma vie, de mon environnement. Je suis influencé par tant d’autres cultures au quotidien dont la culture québécoise qui influence grandement mes valeurs, mes opinions, mes loisirs, mes activités professionnelles et même culturelles. L’histoire et l’environnement joue énormément sur une personne et donc sur une communauté. Lorsqu’un peuple change d’environnement, il essaye en général de garder l’essentiel et le plus beau de sa riche culture mais en perd certainement une grande partie alors qu’il doit s’adap-

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Je vois donc difficilement comment mes enfants ou du moins leurs enfants feront la distinction entre sépharades et ashkénazes, alors que les générations à venir seront d’après moi de plus en plus Canadiens… Juifs Canadiens. - Patrick Bensoussan

ter à sa nouvelle patrie. Tel est donc le cas pour nos parents. Il est évident qu’en tant que Canadien, des nouveaux intérêts ont pris la place ou même le dessus sur ceux tant bien que mal transmis par mes parents et ma communauté. Les valeurs changent également alors que socialement et politiquement notre monde change continuellement. Je vois donc difficilement comment mes enfants ou du moins leurs enfants feront la distinction entre sépharades et ashkénazes, alors que les générations à venir seront d’après moi de plus en plus Canadiens… Juifs Canadiens. Malheureusement, la langue française qui est un atout important pour les Sépharades du Québec semble elle aussi se perdre avec le temps dans notre communauté à travers surtout les mariages et écoles mixtes (ashkénazes et sépharades). De nos jours, les influences religieuses participent également à la dissolution du sépharadisme mais je ne rentrerais pas là-dedans! J’ai eu la chance de participer plus d’une fois au voyage « Retour aux Sources » organisé par les jeunes professionnels de la CSUQ. La chance inouïe de parcourir et revivre les traces de nos ancêtres en Espagne, au Portugal, au Maroc et même en Israel. Le succès de cette prise de conscience de l’importance de notre culture vient en premier lieu du guide touristique, spirituel, philosophique et religieux que nous avons eu lors de ces voyages : Le grand Rabbin Garzon. Cette expérience a certainement changé ma perception sur l’importance de notre riche culture et de la perpétuer. Malheureusement, peu de gens auront la chance de revisiter le passé de cette façon et nous risquons donc de manquer de motivation pour investir les efforts nécessaires pour garder cette culture bien en vie et influente sur les générations à venir. Pour terminer, il serait important de préserver certains aspects de notre culture sépharade au fil du temps même si le temps lui-même ira à l’encontre de cette volonté.

Patrick Bensoussan Ingénieur de formation et gestionnaire de projets de construction dans ma vie professionnelle, j’ai grandi dans les classes de l’école Maimonide et ai toujours participé activement à notre belle communauté depuis tout jeune.

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aujourd’hui à Montréal


ARCHIVES

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La mémoire sépharade Les cadres incertains de la mémoire sépharade « Une fois que la mémoire sépharade trouvera sa voie, de quoi sera-t-elle faite  ? La mémoire, en effet, n’est pas uniquement un rapport au passé mais aussi un rapport au présent, ce qu’il faut comprendre non seulement dans le sens de la temporalité immédiate mais aussi dans celui de la présence continue à soi et au monde. C’est l’effet même du rapport de mémoire que de préserver la permanence d’un être et d’une identité, malgré le temps qui passe et la cassure d’un passé que le changement de temps et de lieu a matérialisée. Or, cette question se pose avec une grande acuité pour les Sépharades : que reste-t-il de permanent, de constant, de solide alors que tout leur monde a disparu et sombré à jamais, les laissant dans une nudité radicale ? De quoi peut être faite leur identité alors qu’ils ont perdu les bases matérielles habituellement essentielles à une culture et à une identité : le terroir, la langue, l’environnement humain ? »

Dans un article passionnant, « La Mémoire du peuple disparu » 1, le penseur juif contemporain Shmuel Trigano propose, tout en les interrogeant, quatre critères qui pourraient servir à définir les cadres de la mémoire sépharade pour circonscrire l’identité «  sépharade  ». Le premier, les terroirs où ont vécu et vivent les Sépharades, le deuxième, l’influence du monde arabe dans la constitution de cette identité, le troisième une spécificité dans la sphère religieuse du judaïsme, le quatrième la dimension d’une ethnicité folklorique. Nous présentons ci-dessous des extraits de ses réflexions à partir de ces critères et les questions que se pose le philosophe juif sur l’avenir d’une identité sépharade.

Shmuel Trigano

Les terroirs sépharades sont-ils objets de mémoire ? « Que reste-t-il en effet des terroirs pour la génération des déracinés et pour les générations nées dans « l’exil » ? La génération des déracinés porte encore en elle le souvenir des terres d’origines ; de leur atmosphère, de leurs odeurs et de leurs bruits, tout ce à quoi ses enfants ne peuvent accéder, pour ne l’avoir pas connu (…) Que transmettre de spécifique, alors que les Juifs nord-africains, Turques et Caïques, proche-orientaux se retrouvent indistinctement mêlés dans l’anonymat des grandes villes ou des banlieues de l’occident ? La question plus large qui se pose à ce propos est de savoir si la conscience juive nait d’une inscription dans un terroir. (…) Dans cette perspective, on peut évoquer la vague des « retours au pays et autres pèlerinages de certains Sépharades (Maroc, Tunisie, Égypte) (…) d’où ils reviennent souvent déçus pour avoir découvert que le monde qu’ils recherchaient est un monde humain, irrémédiablement disparu (…). Passée la génération charnière, il ne resterait donc rien des terroirs d’origine sépharades si ce n’est un ensemble de comportement, d’habitudes d’expressions langagières dans lequel la vie commune du passé se sera déposée. La dénomination de ‘sépharade’ se retrouve ainsi encore plus justifiée car il ne pourra plus y avoir dans la pro-

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chaine génération des Juifs de Tunisie d’Égypte du Maroc. Il ne restera que l’éther dans lequel toutes ces appartenances ont baigné. Si ce n’est donc le terroir qui a forgé et forgera l’identité des Sépharades, qu’est-ce donc ? »

Le dénominateur commun arabe « Serait-ce la culture arabo-islamique qui déciderait de la personnalité sépharade ? (…) L’idée du peuple juif, l’idée du judaïsme, ont été des fédérateurs bien plus puissants pour les Sépharades bien plus que la culture araboislamique. Que faire également de l’épisode sépharade en Espagne chrétienne et hispanophone, très important lui aussi (….) ? Que faire enfin des deux derniers siècles de francophonie, période de divorce avec l’arabité ? (…) Aujourd’hui on peut avancer sans erreur que les arabophones ne sont plus qu’une minorité dans le monde sépharade (…) On ne peut retenir, pour le présent et l’avenir, l’arabité et encore moins l’Islam (avec le succès du fondamentalisme en son sein comme il le précise ailleurs dans son texte ndr), comme critère déterminant de la sépharadité, et certainement pas pour l’avenir , car cette dimension est vouée à la caducité. On retrouve donc le judaïsme au cœur de la personnalité culturelle sépharade. »


« La ‘composante’ judaïque fut centrale dans son histoire. (…) De quelle nature est donc ce judaïsme traditionnaliste dont l’identité est restée floue et peu clarifiée pour les contemporains ? (…) Ce qui faisait la singularité des Sépharades dans le monde juif – par rapport aux Ashkénazes – tenait avant tout à cette spécificité religieuse spirituelle et intellectuelle, ce rapport éthique à la vie marqué par le hessed, la clémence gracieuse, plutôt que par le din, la rigueur. Cette qualité pénétrait toutes les manifestations de l’existence en lui conférant une dimension baroque et chatoyante. Le judaïsme sépharade est un judaïsme qui chante. (…) Mais les Sépharades qui sont allés frapper à la porte de la synagogue lithuanienne et de l’ultra orthodoxie en général  2 (…) ont opté pour une version du judaïsme très opposée à l’esprit classique du séphardisme. (…). Dans cette perspective, on peut penser qu’en adoptant le modèle de l’ultra orthodoxie ashkénaze, les Sépharades ont négligé leur âme la plus profonde et provoqué un déséquilibre spirituel dans l’âme mystique d’Israël… Ainsi l’élément du judaïsme dans la mémoire sépharade, tout en ayant conservé sa centralité, est-il devenu incertain et flou, car le néo-judaïsme auquel une partie importante de la population sépharade s’identifie est très profondément éloigné du modèle sépharade classique. (…) Le judaïsme du courant Shass  3 est un judaïsme lituanien étiqueté sépharade dont on ne peut même pas dire qu’il est en habit sépharade puisque ses adeptes ont opté pour l’habit noir des ultra-orthodoxes ! La confusion est donc maximale ; C’est justement à ce niveau-là que l’on peut craindre pour la continuité sépharade, car c’est à cette aune-religieuse- qu’elle s’était déterminée à son époque classique comme sépharade et qu’elle se déterminera à l’avenir » 4.

L’ethnicité folklorique « C’est cette culture ‘locale’ qui plus est le plus souvent mise en avant lorsqu’il est question de l’identité sépharade. On évoque alors un art de vivre, de cuisiner, de se parer, un ensemble de comportements qui concentreraient en eux la quintessence de la sépharadité  ! (…) Ces éléments ethnico-culturels ont, certes, leur importance car l’ambiance de l’existence est aussi précieuse que le message et les valeurs qu’elle véhicule  », mais précise l’auteur à condition que ces

valeurs habitent en profondeur les personnes qui les incarnent au risque sinon que « la réalité matérielle qui, seule, devrait être préservée et transmise (…) reste une demeure vide de présence. Or, c’est de présence qu’est en quête la mémoire. »

En conclusion… « (…) À la lumière des exigences de la situation vécue aujourd’hui, dans la perte des terroirs, du milieu arabophone et de l’effacement de la tradition religieuse, l’enjeu le plus important nous semble concerner le judaïsme et le peuple juif. Car il commande le rapport des Sépharades au monde juif global qui est devenu son monde, son hinterland identitaire par excellence, si tant est que cette identité est et se veut juive. C’est cela la nouvelle donne à laquelle la disparition des terroirs a conduit. Un réajustement doit se faire au monde juif aussi reconstitué, alors que les supports extérieurs de la sépharadité se sont effondrés et ont profondément changé. (…) À travers leur histoire intellectuelle, les Sépharades ont montré également une ouverture intellectuelle qui les a conduits à développer la philosophie (à travers le dialogue de la pensée juive et de la philosophie grecque) et la kabbale, alors que le monde ashkénaze fut surtout centré sur le Talmud (mais en produisant aussi les philosophes judéoallemands et le hassidisme, qui furent – consciemment et pratiquement-une sorte de reprise de la philosophie médiévale et de la kabbale). C’est ce milieu noétique (du monde de la pensée ndr), en général totalement oublié, qui importe pour le présent et l’avenir bien plus que l’ethnicité folklorique. Or, ce milieu est en prise directe sur le judaïsme, conçu comme culture et système de valeurs ouvert au monde. C’est dans une approche, une vision et une pratique de cette mentalité, de cet univers intellectuel – et donc un rapport au monde original – que consiste la spécificité du monde sépharade. Ses chances de continuité, d’avenir, de création dépendent ainsi de la réponse à cette question. C’est en effet autour de son rapport au judaïsme conçu comme culture globale et vision de l’universel, que cette identité se reconstituera au sortir du traumatisme du déracinement car c’est cette reconstitution qui lui permettra de se réajuster à son nouvel environnement tant israélien que diasporique. ‘Réajustement’ ne signifie pas uniquement conservation mais avant tout, création et invention. »

Shmuel Trigano

1

Dans La Mémoire Sépharade, Pardès 28, Paris, 2000 p11-56.

2

L’ultra orthodoxie est composée du courant hassidique et du courant non hassidique appelé également lithuanien car il prit sa source en Lithuanie ou rationnaliste car il s’opposa au courant hassidique.

3

« Shass » vient des initiales de Sefaradim Shoméré Tora (Séfarades orthodoxes pour la Torah), il s’agit d’un parti politique créé en 1984 dont le rabbin Ovadia Yossef (1920-2013), ancien Grand Rabbin sépharade de l’État d’Israël, fut le leader spirituel.

4

Sur le sujet, on se reportera à l’ouvrage du sociologue israélien, Yaacov Loupo, Métamorphose ultra-orthodoxe chez les Juifs du Maroc. Comment les Sépharades sont devenus Ashkénazes, Préfacé justement par Shmuel Trigano, Ed. de l’Harmattan, Paris, 2006.

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Quel judaïsme ?


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L’identité musicale des Sépharades Nous ressentons un sentiment de bien-être intérieur quand nous chantons ou écoutons de la musique liée à notre héritage musical. Elle nous fait vibrer parce qu’elle est associée à notre enfance, ou à des moments qui se sont gravés dans notre mémoire collective. L’ethnomusicologue français, Yves Defrance1, a distingué deux catégories d’identité musicale  : l’identité personnelle et l’identité de groupe. L’identité personnelle est rivée à un grand nombre de paramètres  : (sexe, âge, position sociale, environnement familiale et d’autres). Cette identité se construit tout au long de notre vie dès l’enfance, et évolue en fonction de notre personnalité, notre Dina Sabbah apprentissage, notre éducation, notre monde émotionnel, et nos valeurs esthétiques. Cette identité musicale varie chez chacun d’entre nous. La deuxième catégorie d’identité musicale, est celle d’un groupe, qui peut opérer dans un clan, une tribu, au sein d’une communauté, d’une religion. Elle fait l’objet de mon article : l’identité musicale d’un groupe, en l’occurrence de la communauté sépharade de Montréal, laquelle se réfère au même système esthétique, et au même monde sonore. Ce monde sonore se compose des catégories musicales suivantes : •

La musique liturgique associée à la religion

La musique paraliturgique associée à la religion et aux cérémonies religieuses (différents piyutim c’est-à-dire des poèmes à caractère religieux chantés au cours de diverses cérémonies familiales et fêtes du calendrier liturgique.)

La musique judéo espagnole (Romanceros) associée aux événements d’ordre social et religieux

La musique de concert qui est composée essentiellement de la musique andalouse et de Romanceros

Toutes ces différentes catégories de musique sont définitivement liées à notre héritage musical et font partie de notre identité de groupe.

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En écrivant ces lignes je pense notamment à plusieurs moments que nous vivons ensemble, et où l’émotion est palpable : À Rosh Hashana, nouvel an juif, à l’heure de la sonnerie du shofar, ou encore quand la pièce liturgique «  Et Shaare Ratson2  » est chantée par toute la congrégation. Je vous rappelle que ce texte évoque d’une manière magistrale la « Akedat Itshak » (l’épisode biblique de la ligature d’Isaac). Je voudrais mentionner également le moment de la Ne’ila, de la prière finale à Kippour, au cours de laquelle ou la pièce liturgique «  E-L Nora Alila3 » est entamée par tous les membres. Un autre genre d’émotion est celui ou le rabbin interprète en cantillation biblique les dix commandements durant la fête de Shavuot. Toute l’assemblée, se tenant debout, suit chaque mot de ce texte. Dans un autre registre, j’évoquerai aussi les lamentions chantées à l’unisson le jour de jeûne du 9 Av, comme par exemple la lamentation «  Bore Ad Ana 4  ». Tous les membres de la Synagogue, assis par terre, et chantent dans une salle peu éclairée. L’émotion de tristesse contribue aussi à renforcer l’identité musicale du groupe en question. J’arrive inévitablement à la conclusion que plus la communauté participe activement à son héritage musical, et plus le degré de son identité musicale — en tant que groupe — sera ressentie avec une grande intensité. En assistant à un concert de musique andalouse, ou à un concert de chant en judéo espagnol, de quoi s’agit-il exactement ? L’identité musicale du groupe passe par les événements historiques vécus ensemble, et par le pays de résidence dans lequel nous avons vécu, notamment l’Espagne et le Maroc, ou d’une manière générale, les pays d’Afrique du Nord. Bien que pour un grand nombre d’entre nous, l’Espagne soit quelque chose de mystique et lointain, il demeure un attachement émotionnel, difficile à décrire. C’est la raison pour laquelle ces mélodies nous font vibrer, même si on ne comprend pas toujours leur contenu thématique.


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J’arrive inévitablement à la conclusion que plus la communauté participe activement à son héritage musical, et plus le degré de son identité musicale — en tant que groupe — sera ressentie avec une grande intensité.

Le besoin d’identité se caractérise par le besoin de se distinguer de l’autre. C’est ce qui arriva notamment en Israël. Les Juifs marocains éprouvaient fortement le besoin de se distinguer des autres par le biais musical. Ils ont donc créé un orchestre pour valoriser la musique et le chant andalou, notamment les chants des piyutim. La création de l’orchestre andalou à Ashdod en 1994, a bouleversé toutes les données de la musique israélienne, et a contribué à son enrichissement. Son grand exploit, c’est d’avoir réussi à rendre le chant des piyutim et la musique andalouse comme une parcelle intégrante de la musique israélienne. Son second exploit est le fait que cet orchestre est composé à la fois de musiciens qui lisent la musique, et d’autres qui jouent uniquement à l’oreille ce qui se transmettait d’une génération à une autre. L’interaction sociale et musicale entre les deux groupes issus de différents pays et cultures, fut très fructueuse. En me mettant à la place du chef d’orchestre, je me demande comment fait-il durant les répétitions ? Il s’adresse à deux cultures différentes, et le point de référence de chaque groupe est distinct. Pourtant, ce miracle a lieu et l’orchestre arrive à fonctionner à merveille. C’est pour toutes ces raisons que le prix d’Israël leur fut discerné en 2006. En consultant la programmation de l’orchestre, on constate qu’il y eut avec les années quelques changements. Au tout début, la vocation de l’orchestre était, semble-til, d’accompagner des chanteurs de piyutim c’est à dire des paytanim comme le rabbin Hayim Louk, Emile Zrihen, et d’autres, pour faire renaître ce répertoire de musique andalouse. Mais avec le temps l’orchestre a diversifié son répertoire et a accueilli aussi de nombreux chanteurs et chanteuses d’Israël et d’ailleurs, ainsi que divers groupes musicaux aux différents styles.

l’orchestre andalou de Ashdod fut tel, que dans plusieurs villes d’Israël, des orchestres andalous ont vu le jour et fonctionnent sur ce même modèle. Cet orchestre se déplace en Israël et à l’étranger, en y apportant son parfum unique. À Montréal, nous sommes tombés sous son charme durant leur visite qui eut lieu en juillet 2006. Mais nous n’étions pas en mesure de poursuivre cette voie, en créant ici un orchestre similaire sans doute par manque de recrues qualifiées ou à cause d’impératifs budgétaires. Heureusement toutefois qu’à Montréal, les écoles juives francophones, Maimonide et Yavné, assurent la transmission de ce répertoire traditionnel, qui inclut la liturgie des fêtes, les piyutim, la lecture à la manière sépharade de la Haggadah de Pessah. Tout cet apprentissage fait partie du programme des Études Juives. Radio Shalom aussi a le mérite de diffuser sur les ondes la musique traditionnelle de source judéo marocaine, judéo espagnole et andalouse. Quant aux concerts de piyutim, il semblerait qu’il y ait une certaine lassitude puisque que ces dernières années le public n’a pas manifesté le même engouement qu’autrefois. Cependant, dans toutes les cultures on remarque cet effort afin de promouvoir la musique de tradition orale, même chez les grands musiciens. Pour illustrer mes propos je vous donne l’exemple du grand violoncelliste espagnol, de Catalogne, Pablo Casals5, qui ouvrait chaque concert par une chanson catalane, « Le chant des oiseaux », par amour au répertoire traditionnel qu’il chérissait tant. J’espère que notre communauté continuera à oeuvrer à la promotion de notre identité musicale de groupe, car elle est indispensable à notre sentiment «d’être Sépharade ». Dina Sabbah, Ph.D Musicologue

Quel est le public de cet orchestre andalou? Des milliers de personnes qui vivent dans les différentes villes d’Israël, mais aussi les écoliers de tout âge, allant de la maternelle aux écoles élémentaires et secondaires. Le rayonnement de

1

L’article en question traite des identités musicales et fut publié à Genève en 2007 dans la revue « Cahiers d’ethnomusicologie ».

2

Ce poème liturgique fut écrit par Rabbi Yehuda Ben Shmuel Iben Abbas qui a vécu 12ème siècle.

3

Piyut écrit par Rabbi Moshe Ibn Ezra qui a vécu au 11ème siècle.

4

Seul le prénom du poète est connu, Binyamin, il apparait en acrostiche. Cette lamentation est chantée dans toutes les communautés de rite Sépharade, il est donc probable que le poète soit originaire d’Espagne.

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Pablo Casals était également chef d’orchestre et compositeur, décédé en 1973.

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L’art musical andalou une identité pérenne et florissante à Montréal Autour de 1490, « une légende qui ne manque pas d’une certaine saveur dit que lorsque les Espagnols avaient commencé leur attaque contre Grenade, l’un des habitants, entrant chez lui tout effaré, demanda à sa femme d’aller lui chercher son fusil. Le voyant si bouleversé, celle-ci lui demanda la raison : « L’ennemi est à nos portes ! » s’était-il écrié. – « Tu m’as fait peur, lui répondit sa femme ; j’ai pensé un moment que tu avais rompu les cordes de ton luth. »1

Éléments de contexte historique Les historiens soutiennent que l’Andalousie médiévale représente le précurseur principal de la renaissance européenne et que sans l’Andalousie, le monde ne serait pas devenu tel qu’on le connaît aujourd’hui. Des avancées marquées de nature technologique, commerciale, architecturale Khalil Moqadem et culturelle ont vu le jour sur le sol andalou. En effet, depuis l’occupation de la péninsule Ibérique par les phéniciens (1000 av. J.-C.), par les Wisigoths (4e siècle A.D.), puis par les musulmans (8e siècle), jusqu’à la chute de Grenade en 1492, le terme qui décrirait le mieux cette civilisation composée de peuples d’ethnies diverses est la convivencia (qui pourrait se traduire par cohabitation et harmonie transreligieuses). Chaque peuple a apporté, à sa façon, sa touche culturelle à cette civilisation, devenue commune et collective. Certes, l’époque finale (du 8e au 15e siècle) n’a pas manqué de périodes de crises, mais la cohabitation et les enrichissements mutuels sont les qualificatifs sur lesquels beaucoup d’historiens s’accordent pour désigner le mode de vie social qui régnait entre ces Andalous. Il en résulte la création d’une identité andalouse dont les prolongements sont présents jusqu’à nos jours partout au pourtour méditerranéen, surtout au Maghreb. Pourtant, les frontières géographique dessinées par la Méditerranée ont toujours été jusqu’à une certaine mesure restrictives puisque la culture

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andalouse s’étend là où les descendants maures et sépharades s’établissent. Ainsi, les aspects culturels, représentés notamment par le style de vie et par la musique andalouse sont demeurés vivants jusqu’à nos jours. Après ce bref aperçu historique qui trace les grandes lignes des principales sources de la musique andalouse, la question à laquelle cet écrit tente de répondre se décline en deux volets : l’évolution de cet art auprès des communautés juive et musulmane et son état à l’heure actuelle à Montréal.

La musique andalouse, un héritage commun Actuellement, aussi bien les Chrétiens espagnols, les Séfarades d’Israël ou de l’Amérique du Nord, que les Musulmans maghrébins s’identifient, avec raison d’ailleurs, comme étant des héritiers de cet art musical élaboré par leurs ancêtres qui vivaient sur la péninsule Ibérique pendant des siècles. La musique andalouse ne s’écrivait pas, elle a toujours été basée sur l’oralité, c’est-à-dire apprise par les disciples en côtoyant les maîtres. Sa maîtrise requiert des conditions strictes et un cheminement ardu. D’abord, de par sa vastitude, il faut en apprendre le maximum. De plus, respecter les maîtres et les façons traditionnelles de l’exécution de cette musique, assimiler ses normes littéraires ; et, avec la pratique constante, maîtriser l’essence de ses règles mélodiques qui diffèrent selon le style. Ce dernier peut être classé globalement en trois catégories : l’Andalou marocain, le gharnati algérien et le malouf tunisien et libyen. Ainsi, pendant plusieurs siècles, la musique andalouse est restée un art oral, jusqu’au début du 20e siècle quand le musicologue français Jules Rouanet et le musicien Edmond-Na-


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On ne peut pas parler de la musique andalouse sans souligner l’importance que cette musique a jouée dans le façonnement des cérémonies religieuses juives et musulmanes.

than Yafil (mort en 1928) ont transcrit en notation moderne une grande partie de la musique andalouse algérienne dans le seul but de la sauver de l’oubli. Parallèlement au Maroc, 6 des 11 noubas (chapitres) de la musique andalouse marocaine ont récemment été transcrites par des musiciens et des musicologues. Les paroles de cette musique sont certes en arabe, une langue que les Juifs et les Musulmans maîtrisaient sans difficulté au temps de l’Andalousie et continue de l’être au Maghreb, mais des traductions et des créations de paroles quasi complètes de ces textes en hébreu existent aussi.

La musique andalouse et la religion On ne peut pas parler de la musique andalouse sans souligner l’importance que cette musique a jouée dans le façonnement des cérémonies religieuses juives et musulmanes. En un mot, les chants religieux de la synagogue et de la mosquée sont en grande majorité basés sur les structures mélodiques andalouses. Le judaïsme marocain a adopté les mélodies andalouses aux cérémonies religieuses et au chant des Piyoutim (poèmes liturgiques juifs). Parallèlement, à la mosquée et à la Zaouïa2 maghrébines, les bases mélodiques de la récitation du Qoran et du samaâ3 sont andalouses dans leur essence. L’explication est bien simple : ces adaptations remontent à l’époque de l’Andalousie où les concepteurs, les connaisseurs et les adeptes de l’art andalou étaient de grands religieux.

À Montréal, depuis quelques décennies jusqu’à nos jours Depuis quelques décennies, des musiciens montréalais, à leur tête Samy al-Maghribi, ont pratiqué et promu cet art. Les soirées de différentes natures consistaient à chanter des morceaux de musique tirés des deux styles de la musique andalouse, algérien et marocain et des styles dérivés de ces deux musiques, connus au Maroc sous le nom de « Chgouri » et en Algérie sous le nom de « Chaâbi ». Sans oublier les manifestations artistiques à connotation andalouse, animées par d’autres musiciens comme le célèbre Haim Louk lors de leurs passages, notamment à Montréal. Ces musiciens n’ont fait que suivre les traces de leurs ancêtres qui ont su préserver jalousement cet art ancestral. À titre d’exemple, les deux grands poètes, Ibn Ezra de Grenade (1055 – 1138) auteur de plusieurs livres dont le « livre de la conversation et de la délibération  » écrit en langue arabe et Ibn Sahl al-Israeliy de Séville (1212 – 1251), les deux

ont composé de nombreux poèmes chantés en musique andalouse, notamment les poèmes d’Ibn Sahl dans la ‘Nouba de qoddam Rasd’, un chapitre musical bien convoité par les mélomanes. Au 16e siècle, Âllal al-Batla al-fassi (m. 1553, Maroc) a été l’un des derniers à partir du Maroc pour passer un long séjour en Andalousie, période durant laquelle il a élaboré toute la nouba d’al-Istihlal. Pendant les derniers siècles, mentionnons la contribution substantielle de Rabbi David Bouzaglo (1903 – 1975) aux pyoutim, les travaux des derniers grands maîtres el-Brihi (1877 – 1944) et el-Mtiri (1876 – 1946) qui ont, à leur tour, passé le flambeau aux fondateurs des quatre grandes écoles marocaines, celle de Fès, représentée par Abdelkrim Rais (1912 – 1996), celle de Tétouan (Ben Larbi Temtamani : 1918 – 2001), de Tanger (Ahmed Zaytouni : 1929 - ) et celle de Rabat (Ahmed Loukili : 1909 – 1988), le fondateur de l’orchestre de la radiotélévision marocaine. À l’heure actuelle, la musique andalouse connaît au Maroc et en Algérie un essor remarquable par l’entremise de nombreuses associations qui pratiquent cet art lors des festivals internationaux de musique. En 1998, l’orchestre andalou de Montréal fut fondé par des musiciens et mélomanes juifs et musulmans. Il a existé pendant trois ans pour reprendre ses activités en 2011 sous le nom de l’Association Soleil de l’Andalousie de Montréal (ASAM). Parallèlement, un groupe de musiciens algériens a commencé en 2008 des répétitions amicales pour fonder de façon officielle en 2010 l’Association des Amis de la Musique Andalouse à Montréal (AMAM). Ces deux associations ont pour principale mission le partage et l’enseignement de cet art et sa promotion en Amérique du Nord. Elles pérennisent la tradition par l’entremise de soirées bien convoitées par les deux communautés musulmane et sépharade montréalaises. Comme on dit, l’histoire se répète. Ces deux orchestres sont composés de membres des deux confessions et qui s’identifient pleinement dans cet art comme le leur. Encore une fois, l’identité andalouse est bien présente en chacun des membres et constitue la plateforme commune à la réussite de cette ramification nord-américaine de l’entreprise andalouse. Avec ces deux organismes à vocations culturelle et artistique, et par l’entremise de leurs activités soutenues, la musique andalouse connaît un renouveau marqué à Montréal et représente un succès qui s’annonce durable. Khalil Moqadem Directeur artistique de l’Association Soleil de l’Andalousie de Montréal

1

Abbou, I. D. (1953). Musulmans andalous et judéo-espagnols. Casablanca : Antar, p.69.

2

Terme employé pour désigner le coin d’un espace. Il s’agit d’un centre spirituel, généralement attenant à la mosquée où des adeptes qui partagent les mêmes convictions religieuses se rencontrent pour prier, s’instruire sur la religion et pratiquer des chants soufis, parfois accompagnés de quelques instruments, chose interdite dans la mosquée.

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Chant religieux.

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Perdurance identitaire Quel futur pour les Juifs ? La question des mariages mixtes au sein des communautés juives ressemble un peu à la question juive qui taraudait tant les chancelleries des divers pays occidentaux aux dix-neuvième et vingtième siècles. Chacune étant un objet détestable dont on ne savait pas comment le faire disparaître. Léon Ouaknine

Pour situer du point de vue du leadership des institutions juives, ce que signifie le mariage mixte entendu ici comme mariage entre juif et non juif, je me référerais aux trois vignettes informatives suivantes : 1

The Jewish People Policy Planning Institute, un institut de recherche fondé en 2002 à Jérusalem par le gouvernement israélien, l’Agence Juive et d’importantes organisations juives de la diaspora, a publié une série d’études sur l’avenir démographique du peuple juif. En ce qui concerne la communauté juive nord-américaine, 27% des Juifs nord-américains modérément pratiquants se marient avec des non-juifs (The American religious identification Survey, 2001), les proportions sont massivement plus élevées en Europe occidentale et encore davantage pour les Juifs russes. 50 à 80% de ces mariages mixtes mènent à l’assimilation des descendants.

2

En septembre 2009, MASA, une organisation parrainée par le gouvernement israélien, a produit des spots publicitaires contre le mariage mixte. Sur la vidéo de 30 secondes, on voit des affichettes placardées aux angles de rues, dans le métro et sur les cabines téléphoniques, montrant les photos de jeunes juifs avec au-dessus la mention « Perdu pour le peuple juif ». Cette campagne publicitaire fut arrêtée au bout de 3 jours, devant les protestations, jugeant raciste et insultante cette publicité contre les juifs ayant marié un non juif.

3

Dans les années quatre-vingts, le National Jewish Welfare Board, organisation Nord-Américaine de coordination de la vie juive institutionnelle devenue en 1990 le JCC, Jewish Community Centers of North-America, concluait que les 5.7 millions de Juifs nord-américains de l’époque ne seraient plus que 4 millions en 2060, du fait des mariages mixtes.

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Ces trois vignettes résument aux yeux des gardiens du peuple juif le dilemme confrontant les Juifs vivant dans la diaspora occidentale, où l’antisémitisme n’est plus le mur d’airain qu’il était, martyrisant mais maintenant vivace la condition juive. Les communautés juives, tant ses leaders que ses simples quidams s’interrogent, « Comment faire perdurer l’identité juive ? Comment assurer le retour du même ? ». Avant de pouvoir répondre à ces questions, il nous faut revisiter la notion d’identité. D’après Cyrulnik, «  Toutes les identités sont le produit de l’héritage d’un père, d’une mère et d’une religion que chacun interprète selon son contexte culturel ». Le Moi est enfanté par un Nous composite et complexe. L’identité renvoie clairement à une nature dynamique et duelle  : elle a un versant individuel, mais également un versant collectif. Il n’y a pas d’identité qui ne soit que l’un ou l’autre de ces versants. C’est pourquoi sur le plan identitaire, le Moi est indissociablement lié au Nous. Il y a ici un lien manifeste qui relie le sujet individuel au sujet collectif – ou peut-être devrait-on inverser les termes et dire le sujet collectif au sujet individuel, tant il est vrai qu’au cœur de l’individu le Nous social forge l’armature du Moi. L’identité est bien une pièce avec deux faces. Tant que le Nous social était entièrement façonné par une communauté enclose, le Je demeurait résolument juif, il y avait harmonie entre l’individuel et le collectif. Lorsque les idées et le doute commencent à ronger ce qui fonde les rituels - gardiens de l’identité - mais que la société ambiante maintient son ostracisme à l’égard du juif, celui-ci revendique ses rituels même s’il ne croit plus très fort, parce qu’il n’a pas d’autre option que sa reproduction avec lui-même. Mais que la société ambiante lève l’ostracisme, alors le Je, par petits ruisseaux, succombe à la tentation du Nous sociétal. Le fondement religieux vacillant


...les 5.7 millions de juifs nordaméricains de l’époque ne seraient plus que 4 millions en 2060...

n’étant plus suffisant pour empêcher la transgression du mariage mixte. Dès lors le Nous communautaire devient en partie un reflet du Nous général, au point d’adopter les coutumes et les pratiques de celui-ci, souvent aux dépens des siennes, ne conservant de sa propre identité que quelques rituels devenus des occasions de festivité. Le Je identitaire juif est alors transmué de l’intérieur, il glisse naturellement vers l’assimilation, parce que l’attrait de la société ouverte devient plus fort que ce que lui proposent les gardiens de traditions désormais perçues comme limitatives et obsolètes. L’illustration en est assez simple, de l’aube du judaïsme à la fin du XVIIIème siècle, la continuité juive

s’appuyait sur les 6 éléments suivants :

Premier élément : Avoir une mère juive puisque selon la Halacha, le droit canon juif, ne peut être Juif que celui qui naît d’une mère juive.

Deuxième élément : L’orthopraxie, l’obéissance scrupuleuse aux rituels et commandements religieux dont la croyance au dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Être juif sans croire en dieu aurait été un oxymore, une contradiction dans les termes. Spinoza qui ouvrit l’ère du rationalisme, fut expulsé de la communauté juive d’Amsterdam, pour cause d’hérésie, sa conception naturaliste du monde étant totalement incompatible avec les textes sacrés. Troisième élément  : L’impossibilité d’une vie juive individuelle. Imaginez un hassid, vivant seul avec sa famille dans un petit village de l’Abitibi  ; l’idée même est saugrenue, parce que la spiritualité juive, à l’instar de toute spiritualité abrahamique, ne peut survivre longtemps sans la minutie des pratiques religieuses – dont la prière commune - et les rituels ancestraux qui appellent incessamment au retour du même. Être un juif pratiquant hors d’une vie communautaire, est quasiment impensable.

Quatrième élément : Le poids de l’héritage. Lorsqu’on a été élevé dans une culture dont la trame est un dialogue millénaire entre rabbins s’interrogeant sur la signification spirituelle des textes sacrés et de leurs com1

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mentaires, quitter cette tradition est presque synonyme d’asphyxie spirituelle et il faut des circonstances excessivement brutales ou passionnelles pour y procéder.

Cinquième élément : Le rempart identitaire qu’assure l’hostilité du milieu ambiant.

Sixième élément : Le refus du mariage mixte si le non juif ne se convertit pas. Auparavant, le mariage mixte était l’équivalent d’une apostasie puisque le juif était perdu pour sa communauté. Même aujourd’hui, est-il possible d’imaginer un mariage mixte entre deux personnes très religieuses, une chrétienne et un juif, chacune respectueuse de la religion de son conjoint ? Impossible, parce que pour ce juif comme pour cette chrétienne, leur Dieu personnel serait nécessairement au centre de chaque aspect quotidien de leur vie. Or l’une et l’autre religion s’affirment comme l’unique dépositaire de la plénitude du message divin. Être juif, c’est refuser radicalement un dieu trinitaire, être chrétien, c’est affirmer avec certitude que l’ancienne alliance a été abolie. Dans leur cas, le mariage mixte est impensable, conséquence du fondement religieux originel de leur identité respective. Or aujourd’hui, ces 6 éléments ne sont plus des conditions sin qua non à l’identité juive :

1.

Mère juive. Pour beaucoup de Juifs non religieux,

ce n’est plus nécessaire ; s’ils le veulent, ils se définissent comme juifs même si leur mère n’est pas juive. Certains mouvements religieux juifs tels le reconstructionisme ont même officialisé cette position.

2. Croyance obligatoire. Pour la plupart des gens, tant dans la société chrétienne qu’à l’intérieur des communautés juives, le sacré s’effrite peu à peu, puisqu’il n’existe plus de territoires interdits d’examen, depuis l’avènement des Lumières. Comment maintenir la fiction du sacré lorsque la croyance en une transcendance absolue comme noyau incandescent de l’être a de facto disparu. Dieu ne fonde plus la cohérence du tout, le fil conducteur du monde,

Ce point mérite d’être révisé. L’antisémitisme réapparaît de façon inquiétante en Europe et risque de remettre en question la dynamique d’assimilation.

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En vérité, les communautés juives qui ne sont pas ultra orthodoxes se fichent éperdument que le juif croit ou pas, ce qui les intéresse, c’est qu’il reste juif en affichant son allégeance à une communauté de destin.

il n’est plus le métarécit de la civilisation occidentale et en vérité il ne l’est même plus aux yeux d’une part croissante des Juifs orthodoxes, qui feront inconsciemment plus confiance au médecin qu’à la prière en cas maladie grave. Les courants majoritaires des chrétiens (principalement protestants) comme des juifs, ayant gommé les aspérités fâcheuses ou gênantes de ce qui constituait leur singularité fondatrice, assistent à une lente convergence de leurs visions spirituelles respectives, particulièrement en Amérique du Nord. Les deux Dieux sont définis comme deux versions du même, chacune estimable, chacune porteuse d’une vision de la vérité. A la limite, Les deux religions convergent vers ce que j’appelle « le judéo-christianisme  », la religion de l’accommodement au monde, celle qui n’exige rien, la religion BCBG, bon chic, bon genre. Dans ces conditions, le Juif ne se considère plus comme profondément autre, la religion n’est plus une barrière, alors que son objectif premier était de séparer le Juif du non-Juif.

»

Les conversions de pure forme des non-juifs sont bien acceptées, même en Israël ; combien de rabbins se laissent doucement convaincre de la soif de judéité du nouvel aspirant avant son mariage ; on ne questionne que rarement le mensonge reconnu d’utilité publique. Aujourd’hui, la religion n’a plus grande force de traction hors des milieux ultra-orthodoxes. Croire à son retour comme marqueur identitaire prééminent, comme croire à la venue prochaine du Moshiah (Messie) ne fait plus saliver que les lubavitch. En vérité, les communautés juives qui ne sont pas ultra orthodoxes se fichent éperdument que le juif croit ou pas, ce qui les intéresse, c’est qu’il reste juif en affichant son allégeance à une communauté de destin.

3.

L’hostilité du monde ambiant. Il n’y a plus de vrais ghettos pour les juifs en occident, ceux-ci sont généralement bien intégrés dans la société1. En fait hors de leurs rituels religieux, il est devenu impossible de les distinguer de leurs compatriotes occidentaux sauf pour les ultra-orthodoxes. 4.

Les générations venues après la fin de la deuxième guerre mondiale ont été essentiellement scolarisées dans des écoles laïques ou culturellement juives mais leurs pratiques éducatives n’ont plus aucune commune mesure avec celles que leurs ancêtres ont connues. Il leur est alors relativement facile de sortir d’une tradition religieuse lorsque celle-ci se fendille et ne constitue plus un des piliers incontournables de l’identité. La Torah et le Talmud sont alors juste deux ouvrages parmi d’autres et non plus la source vivante et irremplaçable de ce qui donne sens à votre vie.

5. L’identité juive ne requiert plus impérativement un enracinement communautaire total. On peut se dire juif et s’assimiler. Cela ne requiert plus un rejet dramatique de son identité. La transformation est plus insidieuse. Être juif qui renvoyait dans les temps anciens à une modalité unique, est aujourd’hui vécu sur un mode cafétéria, chacun choisissant ce qui lui plaît. L’éventail des possibles est vaste, depuis le juif athée intégral jusqu’au nétouré karta. En Europe comme en Amérique du Nord, comme en Russie, les Juifs laïcs sont largement majoritaires, la communauté étant perçue au mieux comme une famille étendue, plus généralement comme un club social ou inconsciemment comme une sorte d’assurance ultime face à un destin collectif dont la cruauté ne pourra jamais être totalement éradiquée.

6. Le mariage mixte. On peut demeurer juif dans un mariage mixte, il n’y a plus de rejet ni d’expulsion hors de la communauté, par ce que l’acte n’est plus considéré comme un reniement. Mais s’il n’existe presque plus de prérequis pour une personne à se définir comme juive hors des milieux orthodoxes, il faut reconnaître que la disparition graduelle des six conditions d’appartenance à la communauté mène doucement vers l’affaiblissement de celle-ci.

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Au final, sur ces chemins de traverse, beaucoup de Juifs prennent insidieusement la porte de sortie, si ce n’est pour eux-mêmes, du moins pour leur descendance. J’en suis moi-même un bon exemple. Je suis un juif accidentel, mais cette identité juive, je l’ai toujours revendiquée, parce que la refuser aurait été interprétée comme un acte de lâcheté. Mon mariage mixte a fait que mon fils Joël est certainement bien au fait de la problématique juive dans son extrême complexité, mais il n’a pas du tout cet engagement viscéral qui est le mien. Son mariage avec une non juive parachève la sortie identitaire de mes petits-fils. Ceux-ci vogueront sur d’autres substrats existentiels. Cela ne me gène en rien, parce que mes petits-fils sont viscéralement plus importants pour moi que toute affiliation identitaire ou toute communauté. Les communautés juives sont consternées par ce type d’évolution, mais que peuvent-elles y faire ? La campagne de MASA a démontré la folie des institutions qui veulent stigmatiser l’individu rétif aux diktats communautaires et religieux. La société d’aujourd’hui a fait de l’individu son propre maître quant à son destin, du moins en apparence. Ce n’est plus la tribu, ni même la famille qui clôt irrémédiablement l’identité de l’individu, mais plutôt lui et son inconscient. La notion d’identité juive est toujours là, mais elle exhibe une couleur de plus en plus pâle. Espérer en diaspora, hors des milieux orthodoxes, une plus forte prégnance culturelle et identitaire du Nous communautaire sur le Nous ambiant de la société, est illusoire. Croire par exemple qu’à Montréal, le Nous séfarade va pouvoir pleinement répondre à la quête existentielle de sens et d’identité des jeunes

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juifs montréalais d’ascendance séfarade, c’est croire que le mythe et le folklore sont plus forts que les attraits de la société ouverte. Qu’on le regrette ou qu’on y soit indifférent, partout les communautés juives diasporiques sont sur une trajectoire descendante, en proportion directe du degré d’ouverture de la société à leur égard. On objectera qu’à Montréal c’est faux, vu le succès des écoles juives, plus de 50% des enfants juifs montréalais y sont inscrits, en plus grande proportion aujourd’hui que dans les années 70 et davantage que dans toute autre grande métropole américaine. Je crois que ce phénomène montréalais est influencé en bonne partie par les facteurs suivants : la volonté de beaucoup de parents ignorants de la vie juive de confier à d’autres le maintien d’un modicum d’identité juive, le désir d’écoles privées de qualité à un coût très supportable, allant jusqu’à la gratuité pour les plus démunis, ce qui attire nombre de parents essentiellement indifférents à la religion mais désirant maintenir un certain ancrage communautaire. Le leadership communautaire dans toutes les grandes métropoles nord-américaines investit beaucoup d’argent pour renforcer l’identification juive des jeunes particulièrement avec Israël, le plus puissant lien fédérateur bien avant la religion, tout ceci pour maintenir la continuité juive en évitant au maximum les mariages mixtes. Il est vrai qu’avec le regain marqué d’antisémitisme qu’on observe depuis quelques années dans les pays occidentaux à l’exception des États-Unis, antisémitisme massivement propulsé par les minorités musulmanes grandissantes dans ces pays, la trajectoire d’intégration du Juif pourrait s’infléchir. On note au sein des communautés juives tant en Europe qu’ Amérique du Nord, que la proportion d’orthodoxes et d’ultra-orthodoxe, s’accroît sensiblement du fait de deux facteurs concomitants, d’abord un taux élevé de natalité, ensuite parce que les mouvances conservatrices et libérales du judaïsme se vident lentement des deux bords d’une partie de leurs membres qui migrent soit vers plus d’orthopraxie, soit carrément vers la sortie douce. On verra si dans les prochaines décennies, Montréal échappera à la tendance générale d’accroissement des mariages mixtes. Léon Ouaknine

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Croire par exemple qu’à Montréal, le Nous séfarade va pouvoir pleinement répondre à la quête existentielle de sens et d’identité des jeunes juifs montréalais d’ascendance séfarade, c’est croire que le mythe et le folklore sont plus forts que les attraits de la société ouverte.

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Le mariage mixte, si la conversion de l’autre n’est pas à l’ordre du jour, devient alors dans la plupart des cas un facteur d’assimilation, le plus puissant de tous. C’est aussi devenu une migraine permanente de toutes les communautés juives occidentales. L’assimilation mène inéluctablement à l’affadissement de l’identité juive et mécaniquement au déclin démographique des communautés. Affadissement de l’identité parce qu’un mariage mixte, à quelques exceptions près, correspond d’abord à un métissage culturel qui se transforme avec le temps et les générations en hybridité identitaire. Déclin démographique parce que tous ceux qui s’engagent dans un mariage mixte n’amènent pas nécessairement une âme de plus dans la communauté.


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Carnet

Décès Dr. John S. Baker TROUTMAN, N.C. Dr. John Steven Baker, 65, died on March 24, 2015, in the Baptist Hospital in Winston-Salem, N.C. after a short illness. Dr. Baker was born in Rock Hill, S.C. on October 24, 1949, the son of the late Dr. John William Baker and the late Ruth Stevenson Baker. John W. Baker was a music professor and later a dean at Winthrop College. Ruth Baker was organist at Oakland Avenue Presbyterian Church as well as a teacher. John Steven Baker was a graduate of Rock Hill High School, received a B.A. from Wake Forest University, an M.A. from the University of Wisconsin and a Ph.D. in English Literature from the University of North Carolina at Chapel Hill. He was a member of Phi Beta Kappa. Dr. Baker was a staff reporter for the Florence Morning News and taught English at Francis Marion College in the early 70’s. He taught English literature at the University of Mississippi in Oxford, at Iowa State University in Ames, at the University of California at Davis and at Morehouse College in Atlanta. Most recently he was retired and

living in Troutman, N.C. He was predeceased by his first wife, Jane Howell Baker and his second wife, Olivia Wax Baker. Surviving are his stepmother, Alice Coleman Baker; brothers, James Stevenson Baker and David Raymond Baker of Spartanburg; a sister, Rebecca Ruth Baker (Élie) Benchetrit of Montreal, Quebec; two nephews, Jonathan William Benchetrit of Montreal, Quebec and Jos‚ David Benchetrit of Gatineau, Quebec; two nieces, Kimberly Hutchins (Brett) McLain of Vidalia, Georgia and Leyna Stevenson Baker (Hunter) Hanson of Charleston and a great niece and a great nephew, Allison and Chase McLain. He is also survived by several aunts and cousins. Memorials may be made to the John William Baker Memorial Scholarship, Francis Marion University, Post Office Box 100547, Florence, S.C. 29501-0547.

HEVERA KADISHA de Rabbi Shimon bar Yohaï Confrérie du dernier devoir

Maklouf (Adolphe) Chriqui (Laval) et ses enfants Ruth Chriqui-Franklin (Montréal), Natalie Chriqui-Dubner (Miami) ainsi que Moshé Chriqui (Laval). Remercient toutes les personnes qui se sont associées à leur deuil lors du décès de : Elie Chriqui, Z’L survenu en Israël le 3 juin dernier à l’âge de 63 ans et les prient de trouver, ici, l’expression de leur gratitude et leur reconnaissance pour les nombreuses manifestations d’amitié.

Nous informons la population que la Communauté Sépharade Unifiée de Québec possède un cimetière communautaire à Beaconsfield avec des lots à prix très abordables.

URGENCE ?

Appeler M. David Benizri 514-824-7573

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magazine LVS | Septembre 2015

Pour toute information appelez 514-733-4998


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LVS Septembre 2015  
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Dossier spécial: Être Sépharade à Montréal

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