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Chana Tova B o n n e

a n n é e

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45e année volume 2 – Septembre 2017 – Tichri 5778

ISSN 074-5352

LVSMAGAZINE.COM DOSSIER SPÉCIAL LE COUPLE JUIF DANS TOUS SES ÉTATS ÊTRE JUIF ET QUÉBECOIS CULTURE SÉPHARADE VIE COMMUNAUTAIRE

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UNE 100E CAMPAGNE DE L’APPEL JUIF UNIFIÉ, ÇA COMPTE C’est en 1917 que la première campagne de l’Appel juif unifié a vu le jour. Depuis cent ans, la Campagne demeure la source de financement de la Fédération CJA et de son réseau d’agences, qui constituent un filet de sécurité sans pareil pour la communauté juive montréalaise. Depuis cent ans, aucune autre organisation n’a aidé autant de Juifs. Depuis cent ans, la campagne de l’Appel juif unifié trouve sa force dans ses leaders, des femmes et des hommes qui y consacrent énergie et passion. Trois des leaders de la Campagne 2017 nous livrent leurs impressions. Nous vous rapportons ici les propos de Jimmy Alexander, président de la Campagne générale, de Frédéric Dayan, président de la Campagne de la Philanthropie sépharade et d’Albert Arazi, président de la Campagne YAD.

Monsieur Alexander, vous présidez la 100e campagne de l’Appel juif unifié. Pouvez-vous nous expliquer ce que ce rôle signifie pour vous et comment il s’inscrit dans l’histoire et dans l’avenir de notre communauté?

JIMMY ALEXANDER : Je suis fier d’être président de la 100e campagne de l’Appel juif unifié. Cette année est

historique. À l’image de nos ancêtres, en contribuant à la Campagne de cette année, nous avons tous la chance de faire notre marque dans l’histoire de notre communauté. J’ai accepté de présider cette Campagne, parce que je voulais rendre hommage à deux travailleurs acharnés, mes grands-parents qui ont enseigné à leurs enfants et à leurs petits-enfants l’importance de la communauté. Quand je pense à 1917, je pense à l’année où mon arrière-grand-mère a ouvert son premier magasin sur la Main. Quand je songe au Montréal juif de cette époque, je suis impressionné par l’envergure que la Fédération a prise depuis ce temps-là. Je me dis aussi que nous devons nous projeter dans le prochain siècle pour nous assurer que nous lèguerons aux futures générations une communauté aussi saine et forte que celle qui nous a été léguée.

JIMMY ALEXANDER | Président de la Campagne générale

Monsieur Dayan, la communauté juive de Montréal est aujourd’hui plus unie que jamais : un constat mis en évidence par l’Édition du Centenaire de la Méga Mission Montréal de la Fédération CJA, à laquelle vous avez participé en mai 2017. Pouvez-vous nous donner des exemples de ce qui vous a fait réaliser la puissance de notre communauté?

FRÉDÉRIC DAYAN : Il ne fait aucun doute que la communauté juive montréalaise est réellement unie. À preuve, la délégation de 900 personnes qui ont pris part à la Méga Mission organisée par la Fédération CJA. Nous étions tous liés par un solide sentiment d’appartenance à Montréal, bien sûr, mais aussi à Israël. Où que nous allions, que ce soit à Jérusalem, à Tel-Aviv ou à Beer Sheva, entre autres, les Israéliens admiraient la force de notre communauté. Par ailleurs, ma famille a toujours pu compter sur les services de la Fédération CJA quand elle en a eu besoin. Je veux donc m’assurer que la Fédération CJA continuera d’être présente et bien vivante à Montréal pour aider tous ceux qui feront appel à elle. Je veux aussi être certain que les leaders sépharades joueront un rôle important dans cette continuité.

FRÉDÉRIC DAYAN | Président de la Campagne de la Philanthropie sépharade

Monsieur Arazi, à titre de président de la Campagne YAD, vous savez à quel point l’engagement des jeunes adultes de 18 à 40 ans est primordial pour l’avenir de notre communauté. Dans cette perspective, quel est le rôle de la Fédération CJA?

ALBERT ARAZI : Dans la communauté juive de Montréal, il est essentiel de continuer à cultiver le

sentiment identitaire et à préserver une vie juive de qualité. Ces tâches incombent en grand partie à notre génération. Durant cette période de notre vie, nous subissons de nombreux changements (fin des études, mariage, famille…) et avons à relever de grands défis. Pour nous rejoindre, la Fédération CJA s’adapte à notre rythme de vie qui est de plus en plus rapide. La technologie change, mais la Fédération CJA demeure l’organe de la communauté qui vient en aide aux personnes vulnérables. Venir en aide peut prendre la forme de dons en argent ou en temps (comme le projet du Club « Bon appétit » auquel j’ai participé). La Fédération CJA nous offre aussi des occasions de créer des liens solides. Il ne faut pas oublier que l’avenir se joue aujourd’hui, et que c’est à nous d’y voir.

ALBERT ARAZI | Président de la Campagne YAD

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Armand Afilalo

À vous tous, merci pour l’intensité de votre soutien et la force de votre engagement.

Président de la Fondation CSUQ

T N E M E T R A P DÉ J E U N E SS E DE L A C S U Q

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MOT DU PRÉSIDENT

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DOSSIER SPÉCIAL

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MAGAZINE LVS

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ÉDITORIAL

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LE COUPLE JUIF DANS TOUS SES ÉTATS

Katy BisraorAyache, Le Mariage. Tout sur le mariage juif...   Par Sonia Sarah Lipsyc Rencontrer son âme sœur : garder la foi ! Par Carine Elkouby Les ketoubot (actes de mariages) enluminées Par David Bensoussan Un couple, deux rabbins Par Sylvie Halpern De l’accord prenuptial au divorce juif religieux (guet)  Par Sonia Sarah Lipsyc Familles juives de Montréal. Entre tradition et changement  Par Annie Ousset-Krief Quand le judaïsme devient poison, un antidote existe: Le Cantique des Cantiques Beth Din, quand tu nous tiens... Par Maurice Chalom

Par David Isaac Haziza

VIE JUIVE CANADIENNE La Mission économique en Israël du Premier ministre Couillard donne un nouvel élan aux relations Par Eta Yudin Un philanthrope au service de la cause Yazidi. Rencontre avec Steve Maman Entretien par Annie Ousset-Krief Naïm, Emmanuel Kattan : un dialogue père-fils passionnant Entretien par Elias Levy

ÊTRE JUIF ET QUÉBECOIS La culture juive dans la toponymie québecoise Par Eric Yaacov Debroise Premiers Juifs de Nouvelle France Par David Bensoussan

COUP DE PROJECTEUR SUR NOUS AUTRES L'historienne Yolande Cohen et le scientifique Yeshoua Benjio

Par Sylvie Halpern

CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE Entrevue avec la grande romancière israélienne Zeruya Shalev

Par Elias Levy

CULTURE SÉPHARADE El Mazal de los pobres / La chance des pauvres : un roman en jaketia 

Bonne feuilles d'Elie Benchetrit

JUDAÏSME Janine Elkouby, Chroniques talmudiques au féminin

Entretien par Sonia Sarah Lipsycc

ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS Mémoires d’un sous-doué

Par Bernard Bohbot

rs plus Et toujou recettes euses de délici 75 ! page

MONDE JUIF « Patrie c'est fini ! » pour les Juifs de Turquie...  

Par Elie Gerson

Recettes

VIE COMMUNAUTAIRE Découvrir les professionnels, bénévoles et constituantes de la CSUQ Département jeunesse Projets Communauté Sépharade Unifiée du Québec (CSUQ) Associations CSUQ Elles et Ils ont publié SEPTEMBRE 2017

.com: Articles disponibles sur notre site LVSMAGAZINE.COM


MOT DU PRÉSIDENT

Il est temps que notre communauté se prenne en main !

Chers amis, Les leaders sépharades à travers le monde qui nous visitent sont toujours émerveillés de voir une communauté sépharade vibrante avec ses institutions, ses programmes, ses écoles. Ils remarquent que nous sommes la seule communauté sépharade structurée dans le monde. Ailleurs, y compris en Israël, il y a des organisations sépharades, mais pas de communauté structurée.

Si l’on mettait nos priorités en ordre, je dirais qu’il y a urgence de renforcer notre réseau scolaire (Maïmonide, Yavné) : de leur assurer un financement adéquat et stable; d’aller chercher une partie des quelque 1 500 enfants sépharades qui ne fréquentent pas l’école juive. Notre réseau scolaire se doit de viser l’excellence et l’accessibilité pour préparer nos enfants à l’économie de demain.

La vision de nos premiers leaders était remarquable : ils ont mis en place une école, des programmes, un centre communautaire desservant tous les âges, de la garderie aux aînés, des constituantes régionales, un Rabbinat pour assurer le leadership spirituel et bien plus.

Miser sur notre jeunesse, c’est investir dans notre avenir. Le département jeunesse a repris de l’ampleur : le nombre de participants a augmenté pour le voyage en Israël Yahad, les camps d’été Benyamin et d’hiver Kif Kef, la relâche scolaire. Ce succès s’explique par la qualité des activités, du personnel et des animateurs. Ces activités fournissent aux jeunes un cadre propice pour leur épanouissement personnel.

Cette vision d’une communauté structurée demeure centrale, tout le potentiel est là et il ne tient qu’à nous de renforcer nos institutions et de bâtir une communauté à notre image. Nous représentons plus de 25 % de la communauté juive de Montréal, et nous avons un rôle clef à jouer dans son avenir. Il faut voir dans la mission de la CSUQ, un complément plutôt qu’une duplication.

Le programme Hessed, sous le leadership de Sam Cohen Scali et de Marc Kakon, fournit plus d’aide comparativement à l’an passé. La commission des affaires sociales se penchera sur les impacts de la pauvreté, particulièrement quand elle touche les enfants et les adolescents. Notre défi est de briser le cycle de la pauvreté pour leur assurer un avenir meilleur.

Après quatre générations, nous voulons connaître la vision de la jeune génération quant à l’avenir de la communauté et à la façon dont elle veut contribuer à son édification. Un forum se tiendra en septembre pour traiter de cette question. Au cours des douze derniers mois, nous nous sommes attelés à renforcer les assises de la communauté, sa gouvernance, l’assainissement des finances, à remettre des programmes en marche, à augmenter le nombre de participants ainsi que la qualité et la satisfaction des usagers. Une bonne gouvernance et ses comités de travail sont essentiels pour toute organisation. Elle doit inclure des leaders visionnaires et déterminés à mener notre communauté vers des sommets plus hauts. Nous poursuivons nos efforts pour mobiliser les jeunes, pour porter et passer le flambeau aux futures générations. Notre comité de planification a jeté un nouveau regard sur les recensements canadiens de 2001 à 20111. Parmi les conclusions qui attirent notre attention, 40 % des enfants sépharades ne fréquentent aucune école juive. Un fort pourcentage de jeunes familles habitent les municipalités de Verdun, Lachine, LaSalle, de la Rive-Nord et de la Rive-Sud, loin des écoles et des institutions juives. Plus de 18 % de notre population vit sous le seuil de la pauvreté. 37 % de familles monoparentales dirigées par des femmes vivent également sous le seuil de pauvreté. Notre population est vieillissante : aujourd’hui, la moyenne d’âge des Sépharades est supérieure à celle des Ashkénazes. Or, le vieillissement s’accompagne parfois du drame de l’isolement et de la vulnérabilité des personnes âgées vivant seules.

Au niveau culturel, le Festival Sefarad et celui du cinéma israélien ont connu un succès sans précédent grâce au leadership de Dave Dadoun, ainsi que de Chantal et Gérard Buzaglo. Au total, plus de 7 000 personnes ont participé à ces deux évènements. Notre magazine LVS/La Voix Sépharade est de plus en plus apprécié par nos lecteurs grâce à notre rédactrice en chef Sonia Sarah Lipsyc qui a également organisé toute une série de conférences destinées au grand public. La CSUQ est une belle réalisation et nous avons encore bien du chemin à couvrir. Cependant, une réalité nous interpelle tous : la FCJA a coupé 20 % de notre allocation de base, et nous anticipons à l’avenir d’autres coupures. La CSUQ ne reçoit qu’une fraction du montant collecté par l’Appel Juif sépharade. Si on pense aux besoins de nos écoles, de nos jeunes, des personnes vulnérables, de nos aînés qui vivent dans l’isolement, n’est-il pas temps que la Communauté Sépharade du Québec se réinvente et s'organise en fonction de ses intérêts pour assurer la pérennité de ses traditions, une éducation de qualité, la préservation et l’épanouissement de notre culture et de nos valeurs juives et sépharades ainsi que la pérennité de la langue française ? Pour ce faire, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Tahel shana oubirkhoteha, que la nouvelle année commence avec ses bénédictions pour vous et vos familles. Je souhaite que notre travail porte fruit, nous rapproche les uns des autres et forge des amitiés durables et solides. Faisons en sorte que toutes nos énergies soient canalisées vers le bien au service de notre communauté.

Henri Elbaz

1 Voir Charles Shahar, « Enquêtes auprès des ménages. 2001-2011 », http://www.jewishdatabank.org/Studies/downloadFile.cfm?FileID=3248

MAGAZINE LVS

SEPTEMBRE 2017

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LVS PRÉSIDENT CSUQ Henri Elbaz

PRÉSIDENT LVS

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Joseph Amzallag

DIRECTEUR GÉNÉRAL Daniel Amar

DIRECTEUR GÉNÉRAL ASSOCIÉ Benjamin Bitton

RÉDACTRICE EN CHEF Sonia Sarah Lipsyc

COLLABORATEURS David Bensoussan Maurice Chalom Eric Yakov Debroise Carine Elkouby Sylvie Halpern Elias Levy Annie Ousset-Krief Martine Schiefer

RÉVISION DES TEXTES Martine Schiefer

lvsmagazine.com Wei Song

PUBLICITÉ ET VENTE Sabine Malka

ABONNEMENT Agnès Castiel

DESIGN ET GRAPHISME Élodie Borel

Prix de vente par numéro : 2 $ IMPRIMEUR/ PRINTER Accent impression Inc. 9300, boul. Henri Bourassa O. Bureau 100 Saint-Laurent H4S 1L5

DOSSIER SPÉCIAL MONDE JUIF VIE JUIVE CANADIENNE ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE DÉCOUVERTE DES FIGURES DU MONDE SÉPHARADE JUDAÏSME VIE COMMUNAUTAIRE COUP DE PROJECTEUR SUR NOUS AUTRES CULTURE SÉPHARADE RECETTES DE CUISINE POUR TOUS LES JOURS ET JOURS DE FÊTES

EXPÉDITION POSTALE TP Express Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs. La rédaction n’est pas responsable du contenu des annonces publicitaires. Toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, en tout ou en partie, du présent magazine, sans l’autorisation écrite de l’éditeur, est strictement interdite. Reproduction in whole or in part, by any means, is strictly prohibited unless authorized in writing by the editor. Convention postale 40011565 Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée à : 5151, Côte Ste-Catherine, bureau 216 Montréal, Québec, Canada H3W 1M6 Le présent numéro est tiré à 6 000 exemplaires et acheminé par voie postale au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Des exemplaires sont également déposés dans différents endroits stratégiques à Montréal.

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ÉDITORIAL Merci. Vous êtes nombreux à nous dire attendre avec impatience chaque numéro du LVS dans sa nouvelle formule avec son dossier spécial, ses différentes rubriques et la vie communautaire. Nous poursuivons notre effort en lançant une campagne de soutien à laquelle vous pouvez vous associer par un don de 36$ donnant droit à un abonnement au LVS. N’hésitez pas à offrir en cadeau un abonnement à l’un de vos amis ou membre de votre famille1. La qualité d’un magazine dépend de son équipe – et nous avons eu la joie d’être primé en avril dernier par l’Association des Médias Communautaires du Québec (AMECQ) en recevant le premier prix de la conception graphique pour le travail d’Elodie Borel – mais, vous vous en doutez également, des moyens dont il dispose pour mieux informer notre communauté et le monde environnant de la vie juive francophone au Québec. Toute contribution de votre part sera grandement appréciée. Et je me tiens à votre disposition pour tout échange au sujet de notre magazine 2. Le couple juif dans tous ses états est le titre de notre dossier spécial dont certains articles sont uniquement disponibles en ligne. Il aborde le mariage juif, de l’étape de la rencontre, à la cérémonie du mariage, en passant par la recherche de l’équilibre du couple. Mais il donne aussi à réfléchir sur les impasses de l’union et les moyens alors de s’en sortir pour poursuivre dignement sa vie dans le respect de la loi juive. Nous continuons à souligner la vie juive canadienne avec notre nouvelle rubrique Être Juif et Québecois. Pas moins de trois rubriques sont consacrées au monde sépharade avec Culture Sépharade, Itinéraires de jeunes sépharades d’ici et d’ailleurs et Coups de projecteurs sur nous autres. Elles côtoient nos rubriques Judaïsmes et Monde Juif avec un article d’Elie Gerson sur les Juifs de Turquie. Et bien sûr, la Vie Communautaire a une large place avec là aussi, une nouvelle rubrique « Découvrir les bénévoles, professionnels et constituantes de la Communauté Sépharade Unifiée du Québec (CSUQ). » En plus des plumes que vous connaissez de David Bensoussan, Maurice Chalom, Elias Levy et de la mienne, nous avons, au cours de l’année, accueilli quatre nouveaux collaborateurs :

l’universitaire Annie Ousset-Krief, l’historien Eric Yakov Debroise et les journalistes Sylvie Halpern et Carine Elkouby. Notre correctrice Martine Schieffer s’implique également dans la rédaction de quelques articles communautaires. Et nous continuerons dans la mesure de nos moyens à étoffer cette équipe paritaire pour mieux refléter et servir notre communauté. Vous recevrez ce magazine la veille de la nouvelle année hébraïque 5778. Et pour rester dans le ton de notre dossier spécial, un vers des Cantiques des Cantiques me revient à l’esprit : « Entraine moi à ta suite, courrons ! » (1; 4). Il s’agit du désir qu’exprime la bien-aimée à son bien aimé. Mais la littérature rabbinique le lit comme l’appel de l’Assemblée d’Israël vers le Créateur. Elle lui demande de faire le premier pas afin qu’elle puisse revenir à Lui, en écho de ce verset des Lamentations 5; 21 : « Ramène nous vers Toi, D.ieu et nous reviendrons ». Or, dans la tradition juive, les portes du ciel s’ouvrent au Nouvel An à Rosh Hashana : le premier pas est fait. Le reste nous appartient. Nous revenons sur le déroulement de l’année écoulée, nos tentatives, nos réussites, nos dérapages, nos questionnements. Un compte de l’âme (‘heshbon nefesh) comme le dit si bien l’expression hébraïque. C’est un moment de recueillement, de demande de pardon, de prières. Un moment où l’on demande la santé, la prospérité, la sécurité et tout ce que l’on souhaite pour soi, ses proches, sa famille, ses amis, sa communauté, la ville, la Province, le pays où l’on vit, et le reste de l’humanité avec une pensée tout particulière pour un pays qui nous est cher, l’État d’Israël. À titre personnel, j’ajouterai que se renouvelle cette année pour notre communauté, soucieuse de la pérennité de son identité sépharade et francophone, une réflexion féconde dans un esprit d’ouverture et d’inclusion. « Chana Tova ou metouka », bonne et douce année à nos lecteurs/trices réguliers ou furtifs !

Sonia Sarah Lipsyc

1 Contactez Agnès Castiel au 514 733-4998 ou à acastiel@csuq.org, ou encore directement en ligne à http://lvsmagazine.com/donation/ 2 slipsyc@csuq.org

MAGAZINE LVS

SEPTEMBRE 2017

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DOSSIER SPÉCIAL

LE COUPLE JUIF DANS TOUS SES ÉTATS

Katy Bisraor Ayache, Le Mariage. Tout sur le mariage juif…

KATY BISRAOR

Par Sonia Sarah Lipsyc

Dans un ouvrage à la fois grand public et érudit, Katy Bisraor, journaliste et « toenet rabbanit », avocate auprès des tribunaux rabbiniques, nous propose un voyage dans les sources et le déroulement d’un mariage juif. Elle répond aux questions les plus fréquentes sur le mariage juif en prenant soin de présenter les coutumes sépharades et ashkénazes voire hassidiques. Avec son aimable autorisation, nous publions les « bonnes feuilles », des extraits, de cet utile ouvrage, paru aux Edition Pardes, Marseille, 2016 et disponible sur Amazon1.

La date du mariage Pourquoi le mardi est-il particulièrement favorable au mariage ? Pour décrire le mardi, troisième jour de la Création, la Torah emploie à deux reprises l’expression : « (…) D.ieu considéra que c’était bien (….) »2. Si D.ieu a considéré par deux fois que le troisième jour de la semaine était « bien », les fiancés d’aujourd’hui voudront, comme les fiancés d’hier, bénéficier des bénédictions du mardi 3. Pourquoi le quinze du mois est-il favorable ? Le quinze du mois lunaire juif est jour de pleine lune; le croissant lunaire devient rond comme le cycle de la vie, entier, achevé, parfait, lumineux : tous les attributs d’un mariage réussi. « La chose la plus triste au monde, c’est lorsque les mariés cessent d’être fiancés ». Rabbin Shlomo Carlebach4.

Se préparer au mariage

Pourquoi la mariée est-elle habillée de blanc ? (…) On lit dans la Michna (Talmud ndr) : (…) Il n’y a jamais eu de plus beaux jours pour Israël que ceux du Tou Beav (15 du mois d’Av) et du jour de Kippour, où les jeunes filles de Jérusalem vêtues d’habits blancs… sortaient danser dans les vignobles (à la recherche de leur bien-aimé) »6. (…) Dans la tradition juive, le blanc est symbole de pureté et d’élévation spirituelle. C’est vêtu d’habits blancs que le Cohen Gadol, le grand pontife, entrait le jour de Kippour (fête du grand pardon) dans le Saint des Saints, le Temple de Jérusalem.

« La chose la plus triste au monde, c’est lorsque les mariés cessent d’être fiancés.  » Rabbin Shlomo Carlebach. »

Dans la tradition juive, la fiancée et le fiancé, suivent des cours de préparation au mariage auprès d’une « madrikhat kala » (guide de la mariée) pour la jeune femme ou de rabbins pour le jeune homme (ndr). Pourquoi les cours de préparation au mariage abordent-il les sujets les plus intimes de la vie du couple ? (….) Cette sanctification des relations entre l’homme et la femme exige un apprentissage, et les écrits juifs traitent abondemment de la question. La liberté de ton du Talmud, les détails précis et intimes peuvent surprendre au premier abord. Pourtant depuis deux millénaires, les Sages parlent des relations intimes du couple avec une simplicité déconcertante et une ludité témoignant d’une compréhension profonde de la psychologie et de la physiologie de l’homme et de la femme. Voici quelques conseils que l’on peut lire dans ces ouvrages (de préparation au mariage) : Pardonner sans cesse. Faire l’éloge de son conjoint(e). (…) Ne pas être paranoïaque car « personne ne connait les pensées d’autrui »5. (…) Eviter de tomber dans la routine, inventer, oser perpétuellement. Etre d’accord de ne pas être d’accord. Chez les Yéménites, selon une coutume ancestrale disparue de nos jours, une semaine avant le mariage, on nouait autour de la taille du fiancé une ceinture de soie que la fiancée dénouait la nuit de noce. 26

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Que symbolise la fête du henné ? 7 (…) Le terme hébraique du 'hennéh est formé par l’acrostiche des trois commandements : la ‘hala (commandement qui consiste à retrancher un morceau de la pâte à pain avant de la cuire), (…) nida est le commandement de la pureté et hé première lettre de hadlakat nérot, est le commandement de l’allumage des bougies de shabbat.8 (…) Le henné symbolise aussi (…) le charme. ‘Hen, le charme en hébreu, est la première syllabe du mot henné. (…) Le henné est également synonyme d’abondance et de richesse, très certainement en raison de la nature prolifique de l’arbuste. Ses ramifications, très fournies en petites fleurs blanches engendrent sans cesse de nouvelles pousses. Pourquoi jeûner le jour du mariage ? (…) La plupart des décisionnaires askénazes l’exigent; quelques communautés sépharades le respectent. L’explication la plus courante (…) est l’analogie entre le jour du mariage et la journée de Kippour. Le jour du mariage est en quelque sorte le Kippour des mariés, le jour où toutes les fautes leur sont pardonnées. Comme le jeûne de Kippour, le jeûne du mariage est une expiation.


LE COUPLE JUIF DANS TOUS SES ÉTATS Pourquoi le talith (châle de prière) du fiancé peut-il servir de ‘houpa (dais nuptial) ? À l’origine, le dais nuptial était une simple tenture tendue au-dessus des futurs époux ou parfois un talith. L’usage du châle de prière du fiancé tenu par quatre jeunes gens s’est répandu au cours des siècles; il a toujours cours dans certaines communautés sépharades et hassidiques. Pourquoi les fiancés bénissent-ils leurs invités avant l’entrée sous la ‘houpa ? Parce que la cérémonie de la ‘houpa est un moment de sha’at ratson. Cette très belle expression hébraique décrit un espace de temps où les portes des Cieux s’ouvrent pour entendre les vœux et les prières (…). Pourquoi dans (certaines) communautés orthodoxes, la fiancée tourne-t-elle autour de son fiancé ? (…) Le Talmud écrit : « Un homme qui vit sans femme, vit sans protection » 9. En tournant autour du futur époux, la fiancée lui construit une protection, un rempart, l’enveloppe de sa présence, et érige les murs du nouveau foyer (…). Hakhnassat kala ou faire entrer la fiancée sous la houpa; (…) Cette mitsva (commandement) est si importante que « l’on arrête l’étude de la Torah pour accompagner une kala (fiancée) à sa ‘houpa » écrivent les Sages 10. Pourquoi la ketouba est-elle l’une des pierres angulaires du mariage juif ? (…) Contrat du mariage juif, le texte de la ketouba est une énumération des devoirs de l’époux. Il inclut des garanties financières et des dispositions matrimoniales d’origine biblique et rabbinique, principalement les obligations de l’époux vis-à-vis de son épouse pendant la durée du mariage et au-delà, en cas de rupture par divorce ou veuvage (…) . (…) En vertu de la loi biblique, le mari a trois devoirs envers son épouse. Ces trois devoirs sont cités dans Exode 21 ;10. « (…)il ne devra point la frustrer de sa nourriture, de son habillement, ni du droit conjugal ». Quel est le thème majeur des sept bénédictions (que l’on récite sous la 'houpa) ? Les sept bénédictions abordent de nombreux thèmes, mais la joie est le motif majeur. Ses multiples expressions y sont rappelées : l’allégresse, la liesse, l’exultation, la gaité, la quiétude, l’amour et la fraternité, la paix et l’amitié… (sasson, sim’ha, guila, rina, dits, ‘hedva, shalom, ré’out…) (…)

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Pourquoi le marié brise-t-il un verre sous la 'houpa ? (…) Selon la tradition, le fiancé brise un verre sous la houpa pour commémorer le souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem, cœur spirituel de la Nation. Ainsi bien qu’ils soient tout à leur joie, les mariés rappellent ostensiblement le deuil millénaire. « Rav Nahman bar Isaac a dit : réjouir le 'hatan et la kala c’est comme reconstuire l’une des ruines de Jérusalem. » 11 Comment doit-on réjouir les mariés ? (…) D’abord, dit le Talmud, il faut danser devant le ‘hatan (le marié) et la kala (la mariée) 12. Et il convient de les louer et de les gloirfier comme on le fait pour le roi et la reine. On doit aussi leur donner à manger et leur verser du vin; (…) frapper des mains en leur honneur (…) » Pourquoi récite t-on les sept bénédictions à la fin du repas de fête ? La fin de la cérémonie de la ‘houpa marque le début de la semaine de fête, égalament appelée semaine des shéva’ brakhot, du nom des sept bénédictions qui sont récitées pendant sept jours. Le premier de ces repas est le festin du mariage dont la fin est marquée, dans les communautés orthodoxes et traditionnalistes, par les sept bénédictions (…). Les discussions dans les cieux au sujet du second mariage Les kabbalistes racontent que parfois dans les cieux, les malakhim, les anges hésitent. Untel est destiné à une telle disent certains et d’autres, untel est destiné à une telle ;Le premier mariage et le second mariage seraient donc le fruit d’une discussion entre malakhim ! Doit-on reporter un mariage en raison d’un deuil ? Beaucoup de familles reportent le mariage, mais du strict point de vue de la halakha (loi juive) un mariage peut avoir lieu (….).Par contre si le marié ou la mariée sont eux-mêmes en deuil, s’ils ont perdu un père, une mère, un frère ou une soeur, le mariage est interdit dans les sept premiers jours de deuil. Le report ou non du mariage, après la fin de la période du deuil juif d’un mois et d’un an, dépend de nombreux facteurs (…). Sur ces sujets très complexes un avis rabbinique est toujours nécessaire.

1 Les passages ci-dessous sont extraits des pages 66, 70, 99,114-115, 156, 118-119,

133-134, 164-165, 194, 209, 247, 251, 258, 311, 332, 352, 369, 395, 423, 436, 449.

2 Genèse 1 ; 9-13. 3 La semaine hébraique commence à l’issue du shabbat soit samedi soir, le dimanche

est donc le premier jour et le mardi le 3ème (ndr).

4 Rabbin orthodoxe (1925-1994), appelé aussi le rabbin chantant. 5 Traité Pessahim 54 a du Talmud de Babylone (T.B.). 6 Michna Ta’anit 4, 8 du T.B. 7 De l’arabe ‘hinna. 8 Le mot en hébreu de henné se termine par un h (et s’écrirait plus justement‘hennéh

permettant ainsi l’acrostiche ‘h, n et h. Il s’agit ici des trois commandements habituellement accomplis par les femmes. Nida faisant référence aux règles à suivre durant les mentrues de la femme. 9 Traité Yebamot 62b du T.B. 10 Traité Ketouvot 17a du T.B. 11 Traité Berachot 6b du T.B. 12 Traité Ketouvot 17a du T.B.

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CARINE ELKOUBY

Rencontre : garder la foi ! Par Carine Elkouby

« Chaque pot a son couvercle. » C’est ainsi que ma grand-mère voyait les choses. Pourtant, force est de constater qu’il est de plus en plus difficile de rencontrer l’âme sœur de nos jours. Dans la grande région de Montréal, près de 13 000 juifs vivent seuls 1. Carine Elkouby est journaliste, réalisatrice de documentaires et scénariste. Elle travaille principalement pour la télévision, sur des sujets de société, notamment liés à la santé et la justice. L’histoire est jolie. Et c’est Sonia Sarah Lipsyc, notre rédactrice en chef, qui la raconte. Fièrement. Elle se déroule sur une période de six mois, en 2012, au sein d’Aleph, le Centre d’études juives contemporaines qu’elle a fondé trois ans auparavant. Jérémy, la cinquantaine, fréquente Aleph et il assiste à des cycles d’études ou des conférences. Amicalement, un jour, il confie à Sonia Sarah qu’il souhaite aider son frère, qui habite en Israël et qui est célibataire, à rencontrer sa future épouse. Les shidourim (mise en relation en vue d’un mariage) ne sont pas vraiment sa spécialité, mais Sonia Sarah ne rejette pas sa demande. D’une part, parce qu’elle connaît ce frère, avec qui elle a elle-même étudié des années auparavant à l’institut Mayanot de Jérusalem, sous l’égide du rabbin Léon Asknénazi (1922-1996). D’autre part, parce qu’elle a observé qu’à Mayanot, des couples pouvaient se former durant l’année d’études. Alors, grâce à Aleph… pourquoi pas ? Sans y réfléchir formellement, un mois plus tard, une idée lui vient presque comme une évidence : elle pense à une femme, Rébecca, Israélienne installée à Montréal, qui fréquente le centre Aleph occasionnellement. Sonia Sarah lui décrit le tableau : le profil humain de la personne, un professeur d’université, la cinquantaine, installé à Jérusalem, avec de la famille à Montréal. Rébecca est attentive et quand Sonia lui révèle le nom de cet homme, elle reste interdite. Et elle s’explique. Une dizaine d’années auparavant, alors qu’elle habitait encore en Israël, sa sœur l’avait contactée à l’issue d’un cours qu’elle suivait à l’Université, pour lui dire qu’elle était convaincue que le professeur qui donnait le cours qu’elle venait de suivre était fait pour elle. En résumé, l’âme sœur de sa sœur ! Déconcertante situation. À l’époque, Rébecca n’avait pas donné suite, mais là, elle accepte le shidour que lui propose Sonia Sarah. La rencontre se passe à Montréal. Lors d’un shabbat que Jérémy et Sonia Sarah organisent chez des amis en l’honneur de son frère Daniel qui a fait le voyage. Pour ce dernier, aucun doute. Dès qu’il voit Rébecca, il sait intimement qu’elle est sa moitié. Pour Rébecca, les choses sont moins évidentes. Il y a la question de la différence d’âge et surtout son nouveau travail et l’immigration au Québec qu’elle vient d’accomplir, et que cette union remettrait en question. Mais Daniel ne lâche pas. Il revient à Montréal. Rébecca se rend également en Israël. Et au bout de trois allers-retours et divers échanges, la connexion se fait. Le mariage a lieu en Israël quelques mois plus tard. Sonia Sarah y assiste. Et une forte émotion s’empare 28

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d’elle quand elle évoque la naissance, peu après, d’un enfant dans le couple. « Le mérite de cette rencontre revient d’abord à Jérémy qui est venu vers moi pour aider son frère. Mais il y a une intuition, une sorte d’étincelle que je n’explique pas quand j’ai pensé à Rébecca. Toute inspiration doit être d’origine divine. C’est à la naissance de leur enfant que j’ai mesuré le chemin entre cette intuition et ses conséquences », précise-t-elle, reconnaissante de ne pas avoir écarté l’idée qui s’imposa alors à son esprit.

Mal de cœur Des histoires comme celle-ci ont le don d’injecter de l’espoir dans les cœurs écornés par de trop nombreuses désillusions. Il faut les chérir et les transmettre à une époque qui a la peau dure et les laisse rarement percer. Car le mariage n’a pas la cote. Et la communauté juive de Montréal n’échappe pas à cette réalité. En 2016, au Québec, seulement 21 950 mariages ont été célébrés, selon les données provisoires de l’Institut de la statistique du Québec. Un chiffre qui ne cesse de rétrécir comme peau de chagrin, d’année en année. Trois décennies de baisse continue ! Si l’on se réfère aux chiffres du dernier recensement 2, 41,9 % des Juifs de la grande région de Montréal sont célibataires ou n’ont jamais été mariés. Cette proportion est d’autant plus vertigineuse qu’il y a peu de couples hors mariage dans la communauté, seulement 3,9 %. Cette tendance, Yisroel Bernath, le rabbin de la communauté Chabad de Notre-Dame-de-Grâce, la constate tous les jours. Depuis son installation à Montréal en 2005 et la fondation de sa communauté en 2008, il est connu sous le nom de « rabbin de l’amour ». Tous les jours, il rencontre des jeunes pour les conseiller. « Je reçois des membres de la communauté juive qui viennent d‘horizons très divers. Ce qu’ils partagent quand je les vois, c’est une forme de découragement. Ils ont besoin de parler parce qu’ils traversent souvent des moments difficiles dans leur recherche de l’âme sœur. Le problème c’est que les jeunes veulent de moins en moins se marier », explique-t-il. Un de ses objectifs, c’est de les inspirer à nouveau, d’offrir des repères à ces jeunes qui n’ont pas eu souvent de modèle de mariage réussi a tour d’eux. « Parfois, ils sont issus de familles divorcées, parfois il y a pu y avoir des conflits à la maison, des ruptures traumatisantes. Chacun a son histoire qui justifie une peur de s’engager. Je ne juge pas. Moi, je tente de leur expliquer que le mariage, c’est avant tout un projet de vie commun et de leur en donner le goût », précise-t-il.


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Pour la vie ou pour une nuit ? Pour les célibataires de Montréal, le problème majeur, c’est de rencontrer une personne avec qui ça colle et qui veuille s’engager dans une relation à long terme. « La communauté est très fragmentée et dispersée. C’est un phénomène que j’observe à Montréal et que je ne comprends pas : les groupes ne se mélangent pas et les jeunes ont du mal à sortir de leur zone de confort. Ce n’est pas en restant chez soi, dans son lit, la tête sous les couvertures qu’on peut faire une rencontre. Il faut sortir et pas toujours avec les mêmes amis, participer à des activités communautaires, mais pas toujours au même endroit ! Il n’y a pas de secret ! », souligne le rabbin Bernath. L’autre constat qu’il fait, c’est que les jeunes sont à la recherche du plaisir immédiat et ne savent plus se rencontrer. Et pour cela notre société les a outillés : sites Internet qui proposent de trouver son « mazal », littéralement son étoile ou sa chance, c’est-à-dire la personne qui vous est destinée, en trois clics et un prélèvement

automatique sur votre carte de crédit, applications qui réduisent les individus à des profils, parfois agrémentés de photos, qu’on balaye de l’index pour occuper ses soirées, depuis son canapé, jusqu’à s’en provoquer une tendinite. « Il n’y a rien là qui puisse favoriser une rencontre qui débouchera sur une relation sérieuse et durable », selon le rabbin Bernath. Ces sites et applications, Gaëlle les a pratiquement tous essayés et à la manière dont cette célibataire de bientôt 40 ans lève les yeux au ciel, il semble clair qu’elle n’a plus d’espoir ou ne veut plus en avoir. « Soit tu rencontres des gars qui ne ressemblent absolument pas à leur description et tu regrettes de t’être déplacée. Soit tu tombes sur un type qui te plaît… mais lui, il n’est pas là pour une rencontre sérieuse et parfois ils te le disent clairement. C’est décourageant », s’indigne-t-elle !

À trois, c’est mieux ! En 2010, le rabbin Yisroël Bernath a donc décidé de créer un site Internet, Jmontreal3, pour aider les couples à se former. Ici, pas de photos, pas de profils à consulter. Le rabbin fait les choses à l’ancienne. Il se voit comme un intermédiaire même s’il refuse l’étiquette de shadkhan (marieur). Pour lui, il y a une recette et la première étape, c’est d’apprendre à se connaître et à cibler le bon partenaire. « Il faut déjà savoir qui on est parce qu’on cherche son complément », précise-t-il. Quand le rabbin estime qu’il y a des points communs entre deux personnes qu’il connaît, il les met en contact pour un rendez-vous : « je leur donne très peu d’information, parce qu’on ne rencontre pas une photo, une idée. » Sur son compte Instagram, le rabbin Bernath affiche ses succès : 58 mariages depuis la création de Jmontreal. Pour lui, ce qui fait la différence, c’est une approche personnalisée et humaine. Le rabbin Éphraïm Cremisi, de la synagogue Beit Yossef Meir à Côte-Saint-Luc, prône une approche semblable. Pour lui, l’erreur que font les jeunes, c’est de se plonger dans une relation, de laisser les sentiments s’installer avant de connaître vraiment la personne. « Les sentiments faussent notre jugement », souligne-t-il. Il y a donc une nécessité de préparer les rencontres en amont, par l’entremise d’une tierce personne, neutre. Discret, il assure à « ses jeunes », comme il les appelle, des mises en relation en vue de mariage et surtout, il les accompagne : « On fait un bilan après chaque rencontre, mais on ne va jamais intervenir pour pousser ou forcer. La décision appartient aux jeunes. » Pivot de sa communauté, il vit sa position comme une vocation et non comme un métier. D’ailleurs, il ne se fait pas payer, comme le font certains marieurs professionnels : « il ne faut pas qu’une personne ait un intérêt à marier des gens. On doit rester dans le domaine du hessed (bonté ou générosité). Parce qu’en réalité, on ne fait rien. Dieu nous donne une idée et on la met en place. » 1 Charles Shahar, Randal Schnoor, « Enquête nationale auprès des ménages de la communauté juive de Montréal, basée sur les chiffres du recensement de 2011 (avril 2015) ».

https://www.federationcja.org/fr/la-vie-juive-a-montreal/donnees-demographiques/

2 Ibidem 3 https://www.jmontreal.com/

www.jmontreal.com MAGAZINE LVS

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La tradition des ketoubot (actes de mariage) enluminées.

DAVID BENSOUSSAN

Par David Bensoussan

David Bensoussan est ingénieur, écrivain et blogueur sur Huffingtonpost et Times of Israel, en version française. Ancien Président de la CSUQ, il est notamment récipiendaire du prix Haïm Zafrani (2012). Certaines ketoubot étaient dans un triste état de conservation. Il suffisait de les toucher du doigt pour qu’elles tombent en poussière et deviennent du sable. Les tiroirs qui contenaient ces ketoubot furent emballés dans des sacs en plastique et transportés à la Bibliothèque nationale du Canada qui fit un travail de restauration exceptionnel. Par la suite, une autre partie des ketoubot fut restaurée par des experts de la Bibliothèque nationale du Québec. Puis vint l’étape de la photographie qui fut faite à la Bibliothèque nationale du Québec. Ce travail fut laborieux, délicat et le résultat fut admirable. À cette époque, le Dr Maimaran se trouvait à Montréal et nous passâmes plusieurs nuits en compagnie du collectionneur Jacob Oliel pour déchiffrer les textes rédigés en script judéo-marocain (kolmos), et notamment les signatures élaborées des témoins officiels de l’acte de mariage qui, à elles seules, pourraient constituer un ouvrage en soi, car elles sont accompagnées d’ornements sophistiqués.

Lors du Festival Sefarad en l’an 2000, une exposition de manuscrits se tint à la Bibliothèque nationale du Québec. La qualité et la quantité des documents recueillis furent impressionnantes : on découvrit des manuscrits et des livres en hébreu, en judéo-arabe, en arabe, en judéo-espagnol, en araméen et en berbère. Ces manuscrits couvraient de nombreux domaines : exégèse, philosophie, humour, science et poésie. La cueillette fut si impressionnante que, pour la première fois dans l’histoire, la Bibliothèque nationale du Canada se joignit à l’exposition en l’enrichissant d’incunables de la collection Lowy. De plus, j’eus l’occasion de découvrir au sein des familles montréalaises des manuscrits enluminés qui furent également présentés à l’exposition intitulée : L’héritage sépharade d’Afrique du Nord (des échantillons de l’exposition peuvent être vus sur la toile 1. La présence de l’Orchestre andalou d’Israël au Festival fut heureuse, car son président Asher Knafo, Israélien d’origine mogadorienne, lui-même artiste et connaisseur en matière de ketoubot (contrats de mariage) enluminées proposa de préparer un ouvrage conjoint sur les ketoubot de Mogador. Ainsi, une nouvelle cueillette de documents commença à Montréal et en Israël. Une centaine de ketoubot furent réunies au sein des familles originaires de Mogador, la première remontant à 1789. 30

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Le travail graphique fut également assidu : Daniel Martel, puis Avraham Elarar s’y attelèrent avec grande compétence et sans compter leurs heures. Le projet s’étala sur plus de cinq ans. L’ouvrage   Mariage juif à Mogador , trilingue (français, anglais et hébreu), aux éditions Bimat Qedem, 2004, fut enrichi de textes explicatifs d’Asher Knafo et de moi-même avec un poème sur les coutumes traditionnelles du mariage des Juifs de Mogador. Le lancement du livre se fit à la Congrégation Spanish-Portuguese de Montréal et au Matnas d’Ashdod en Israël. Les Ketoubot comprennent en leur centre l’acte de mariage en langue araméenne, selon la tradition castillane (megorashim) ou locale (toshavim) 2. Y figurent généralement de nombreuses citations tels des extraits du livre des Proverbes (18; 22), du livre de Ruth (4 ; 11 à 4;12) ainsi que la bénédiction traditionnelle du grand-prêtre (Nombres 6;24). Les décorations font appel à des motifs bibliques ou symboliques, deux colonnes évocatrices d’un portique et du verset : « Ils loueront ses actes (de la femme vertueuse) aux portes. » (livre des Proverbes 3131). Des mains qui se joignent avec une bague bien visible, symbole de l’entente par l’union du nouveau couple. Des tentures et des banderoles contribuent à la majesté de l’enluminure. Les initiales des époux sont généralement mises en valeur. La couronne avec l’inscription Keter Torah (Couronne de Torah) vient placer le mariage sous le signe de la loi mosaïque et honore les époux à l’instar d’un roi ou d’une reine.


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La couronne avec l’inscription Keter Torah (Couronne de Torah) vient placer le mariage sous le signe de la loi mosaïque et honore les époux à l’instar d’un roi ou d’une reine. Daniel Benlolo 2016.

Les premières ketoubot étaient très ornées et appartenaient à de riches commerçants (Tajer el soultane) de la ville. Beaucoup d’entre eux étaient des représentants consulaires et arboraient le drapeau du pays qu’ils représentaient dans les ketoubot. Mais cet art devint fort populaire et quasiment toutes les ketoubot de la ville étaient ornées. R. David Elkayam

La signature du rabbin David Elkayam (première moitié du XXe siècle) est reconnaissable : portiques majestueux avec une couronne au sommet, des motifs floraux et des textes traditionnels d’une grande qualité graphique. Il proposa également un drapeau juif. David Elkayam fut poète, artiste peintre, ébéniste et mélomane. Il faisait partie d’un cercle qui ne s’exprimait qu’en hébreu au début du XXe siècle. Ses travaux n’ont pas fini d’être étudiés. Isaac David Knafo, auteur de saynètes théâtrales, fit usage de sa liberté d’artiste pour représenter des décors champêtres ou floraux. Joseph Seraf, Waish Oizana, Nessim Benchabat, Albert Bensoussan, et Asher Knafo firent également partie des premiers artistes de Mogador. La tradition s’est perpétuée et on retrouve dans le monde plusieurs signatures d’artistes descendants des natifs de Mogador. À Montréal, la tradition des ketoubot enluminées se perpétue avec les artistes Hasdaï Elmoznino, Daniel Benlolo, Henry Bohadana, Haim Sherf et bien d’autres. L’ouvrage préfacé par le regretté professeur Haïm Zafrani a connu un franc succès. Il est épuisé, mais aura permis de préserver un patrimoine qui autrement aurait été perdu : les conditions climatiques au Canada sont différentes et il ne faut guère croire que les ketoubot se conserveront sans traitement et encadrement professionnel. J’espère que ceux qui sont en possession de ketoubot anciennes prendront soin de bien les préserver.

1 http://www.editionsdulys.com voir exposition. 2 Les Juifs venus d’Espagne en 1492 étaient désignés les expulsés ou megorashim.

Ils s’ajoutèrent aux communautés juives du Maroc désignées toshavim.

R. David Elkayam

Une ketouba, artiste : R. David Elkayam, 1905

Une ketouba (avec des anges); artiste inconnu, 1868 MAGAZINE LVS

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Un couple, deux rabbins

SYLVIE HALPERN

Par Sylvie Halpern

Il n’y a pas que les conseils épicés de Madame Ruth, la célèbre sexologue new-yorkaise ! Les rabbins aussi en ont long à dire sur l’amour. La preuve, Joseph Ifergan et Nissim Haddad* qui soulignent ici combien le couple est au fondement de la vie juive. Sylvie Halpern a été toute sa vie journaliste en presse magazine, notamment pendant 20 ans à L'actualité. Elle a récemment créé Mémoire Vive, une entreprise de rédaction d'histoires de vie: à la demande des familles, elle rédige des livres en publication privée racontant la trajectoire de leurs parents.

LVS : Qu’est-ce qu’il a de particulier, le couple juif ? J. Ifergan : Pour construire leur couple, chacun des conjoints doit apprendre à donner plus qu’à recevoir. Et justement, à nous Juifs, c’est ce qu’on nous a enseigné depuis Moïse, depuis que la Torah existe. Que c’est en donnant, en faisant des efforts tout au long de la vie à deux, qu’on se met à aimer. Qu’il faut sans cesse travailler sur ce que chacun des deux est, sur ce que l’on a en main, au lieu de rêver d’autre chose. C’est comme cela qu’une solide union se construit, il n’y a pas de rencontre magique comme à Hollywood ! N. Haddad : Notre responsabilité, c’est de faire passer le message divin de génération en génération et c’est dans le quotidien du couple juif qu’elle s’exerce. Voilà deux êtres que à première vue tout oppose et qui passent leur vie à apprendre à être complices. Et il s’agit d’une véritable union dans un projet divin, pas d’une cohabitation. C’est parce qu’on parvient à s’unir à sa femme qu’on peut se rapprocher de D’, car la présence divine réside dans le couple et c’est d’abord à travers ma femme, puis mes enfants, que je découvre Hachem (D’). D’ailleurs, est-ce qu’il existe un texte plus sensuel que le Cantique des cantiques dans la Bible qui célèbre la relation d’amour entre l’homme et la femme et que les rabbins ont interprétée aussi comme le lien d’amour entre D’ et le peuple juif ?

LVS : C’est pour cela qu’il est si important que les Juifs se marient entre eux ? J.I. : D’après notre Torah, l’identité juive, notamment éthique, psychologique, ne se construit qu’à partir du couple, de la cellule familiale. C’est pourquoi il est essentiel que les deux conjoints aient été abreuvés à la même source. Sinon, la chaîne se casse et la transmission ne peut pas se faire. N.H. : Ce n’est pas que les Juifs soient meilleurs que les autres ! C’est qu’ils ont un autre rôle qui remonte au tout premier couple humain. Quand D’ a voulu créer Ève à partir de la côte d’Adam, il a pris soin de l’endormir pour qu’Ève ne se sente pas dévalorisée. À son réveil, Adam a eu une belle femme devant lui, prête à se laisser découvrir. Cette attente – qui revient d’ailleurs chaque mois –, ce respect de l’autre – qui date d’il y a 5777 ans ! - est toujours une valeur essentielle dans le couple.

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LVS : Comment les jeunes Juifs se préparent-ils à leur vie à deux ? J.I. : Ils le font d’abord à la maison. Chaque famille transmet à ses enfants des idéaux et des valeurs qu’ils absorbent et dont chaque nouveau couple se nourrit. S’ils ont eu sous les yeux un couple réussi – avec une morale, de belles valeurs, du respect mutuel, de la reconnaissance pour ce que l’autre apporte –, il y a de grandes chances que les jeunes réussissent le leur à leur tour. Cette formation est complétée à la yeshiva, école talmudique, pour le garçon, et au séminaire pour la jeune fille. Sans compter l’inspiration que procure l’enseignement des maîtres. Maimonide (1135-1204) a, par exemple, écrit sur le désir; plus près de nous, le rabbin Eliyahu Dessler (1892-1953) ou le rabbin Avigdor Miller (1908-2001) ont beaucoup écrit sur l’amour. Ce ne sont pas les textes qui manquent, c’est leur compréhension! N.H. : Oui, dans l’ordre talmudique Nashim qui regroupe plusieurs traités, il y a, par exemple, tout un passage sur la façon dont l’homme et la femme doivent se comporter lorsqu’ils sont ensemble. Il en est aussi question dans le Pélé Yoets , dans les ouvrages du Hazon Ish (1870-1953) et le Hafetz Haïm (1839-1933) en a parlé, notamment dans son œuvre le Michna Beroura... Il n’y a aucun tabou. Avant le mariage, le rabbin du hatan (le fiancé) tout comme la rabbanit, la femme du rabbin qui s’occupe de la kala (la promise) leur enseignent les lois de la pureté familiale qui entourent les menstrues et la relation intime. Dans les yeshivot, écoles talmudiques, il y a des experts en matière d’amour et d’ailleurs, de grandes personnalités juives comme Maimonide ou le rabbin Yaakov Yisrael Kanievsky, dit le Steipeler (1899-1985), ont écrit de beaux textes sur le couple. Dans le Talmud qui est lu depuis 2000 ans, Rav Hisda conseillait déjà à ses filles de ne pas manger d’ail ni de pain avant de rencontrer leur époux parce que ces aliments dégagent des odeurs; et de laisser ces derniers découvrir leurs bijoux avant de s’emparer de leur trésor… Au fait, si les parents peuvent bien être à l’origine de la plupart des chidoukhim (les rencontres arrangées), au final ce sont les jeunes qui ont le dernier mot. Ils s’assurent de leurs choix de vie et beaucoup de leur attirance physique. LVS : Pourquoi le shalom bayit (la paix du foyer) compte-t-il tant ? J.I. : Le shalom bayit, c’est bien plus que la paix : c’est l’atteinte de l’équilibre, de l’harmonie. Dans tout mariage, il y a des hauts et


LE COUPLE JUIF DANS TOUS SES ÉTATS des bas, et les sentiments, c’est seulement ce qu’on a décidé de se mettre dans la tête. Si on souhaite aimer, on peut trouver quelque chose à aimer chez tout être humain et prendre le temps de construire avec lui. N.H. : La force du shalom bayit, c’est que chacun des deux comprend que plus il donne de la place à l’autre, plus il existe à travers lui; que plus l’autre est épanoui, plus il va lui-même se réaliser et qu’ensemble ils vont gagner. Trois fois par jour, au travers de nos prières, nous célébrons Ôsé chalom bimromav (Celui qui a fait la paix dans ses hauteurs) : en faisant la paix dans le ciel, D. y a donc réuni deux éléments pourtant complètement contradictoires – le feu qui évapore l’eau et l’eau qui éteint le feu. Pourtant, il y existe une harmonie tellement forte que ça marche, qu’aucun des deux n’écrase l’autre pour exister. Et quand c’est ce que chacun des deux conjoints ressent, ensemble ils arrivent à former le ciel ! C’est aussi d’ailleurs ce chalom; cette paix céleste que chacun de nous doit parvenir à adapter à sa vie personnelle, entre sa neshama (son âme) et son corps : c’est ce difficile équilibre qui est le garant de l’unité essentielle. LVS : Pourtant, comme tout le monde, les Juifs ont leur lot de divorces ! J.I. : Hélas oui, et j’en vois tous les jours les conséquences sur les enfants : il y en a tant qui souffrent de ces ruptures et je ne suis pas toujours certain que les couples séparés soient plus heureux après. Bien sûr, si un foyer est tellement acide que la vie y est insupportable, il faut y penser. D’ailleurs la Torah n’interdit pas les vrais divorces, ceux qui s’appuient sur des raisons valables. Mais aujourd’hui, on divorce pour rien, nous n’avons peut-être pas, dans notre communauté, assez de conseillers pour aider les couples en détresse et les ramener vers le judaïsme. Ce n’est pas parce qu’en se mariant, on a construit du rêve sur certaines bases que ces bases sont perdues quand le rêve s’enfuit : on ne les a tout simplement pas travaillées, on a oublié tout ce qui est beau et bien chez l’autre et qui au départ nous a fait aller vers lui. N.H. : Quand on te fait un tel cadeau que la vie à deux, il faut savoir le préserver. Nous les Juifs, nous savons au fond de nous que nous avons le devoir de réparer ce qui est cassé pour ne pas prendre le risque de laisser passer quelque chose. Chacun a son niveau de conscience morale, de limite à ne pas dépasser, de responsabilité. Pourquoi par exemple, des gens qui ne mangent pas cacher et qui ne célèbrent pas Yom Kippour (fête du Grand Pardon) n’hésitent-ils pas quand il s’agit de faire la brit milah (la circoncision) de leur fils? Parce que pour eux, ce serait aller trop loin et qu’ils refusent d’y aller. Dans le couple qui va mal, c’est ce même sentiment de responsabilité qui est à l’œuvre : quelque part, on sait pertinemment qu’on est le seul à vraiment pouvoir aider l’autre. Son autre.

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LVS : Le judaïsme considère la sexualité comme un élan vital. Mais où les couples peuvent-ils obtenir de l’aide quand ils ont des difficultés d’ordre sexuel ? J.I. : Effectivement, la Torah veut que le couple soit un, cela fait partie de notre judaïsme. En cas de difficultés, les conjoints ne doivent pas hésiter à poser les bonnes questions, même les plus directes : il y a des psychologues, des rabbins qui peuvent les aider dans ce domaine. Il existe aussi beaucoup d’écrits pour les inspirer et leur permettre de traverser cette épreuve. Mais je crois que dans notre communauté, nous devrions plus réfléchir en général à la préservation du couple juif, je ne pense pas qu’on le fasse assez. Ce qui est certain, en tous cas, c’est que les conjoints ne doivent pas se faire de fausses idées – le pré du voisin est toujours plus vert – et croire que la solution est à l’extérieur d’eux : c’est cette union au niveau le plus sacré que le couple doit travailler. N.H. : Donner du plaisir sexuel à sa femme, c’est pour chaque Juif la mitzvah essentielle, le pourquoi du mariage. La sexualité, c’est avant tout une chaleur humaine qui rapproche le couple, qui lui donne sa sécurité. Et comme c’est un extraordinaire manuel de vie, la Torah l’aborde avec la plus grande liberté du monde.

Joseph Ifergan

* Pour avoir longtemps enseigné, le rabbin montréalais Joseph Ifergan sait bien les ravages causés par le mal de vivre des couples juifs sur leurs enfants. Avec son épouse, Nathalie Myara Ifergan qui est professeur en psychopédagogie à l’Université de Montréal, il a créé il y a six ans Banav, un centre d’aide à ces jeunes Juifs qui vivent des difficultés de vie et d’apprentissage et souvent, un malaise identitaire… Le rabbin Nissim Haddad vit près de Jérusalem, mais son expertise de conseiller conjugal s’est étendue à la francophonie. Surtout depuis la parution, l’an dernier, de Shalom Bayit, une alliance éternelle, édition Torah Box, Jérusalem, un livre qui s’est imposé comme manuel de préparation au mariage et de soutien aux couples en passe difficile. Nous l’avons rencontré lors de l’un de ses passages à Montréal. Nissim Haddad

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LE COUPLE JUIF DANS TOUS SES ÉTATS

De l’accord prénuptial au divorce juif religieux (guet)

SONIA SARAH LIPSYC

Par Sonia Sarah Lipsyc

Dr Sonia Sarah Lipsyc est rédactrice en chef du LVS et directrice de Aleph - Centre d'études juives contemporaines

L’importance d’avoir un guet La possibilité de dissoudre une union existe dans le judaïsme depuis les temps bibliques. Il s’agit, en fait, d’une répudiation de la femme par l’homme 1. Au fil du temps, les maîtres du Talmud et les rabbins ont balisé les conditions de cette répudiation. Ainsi, ils ont autorisé, depuis les temps talmudiques, la femme à demander à être répudiée tout comme ils ont exigé son consentement pour toute répudiation (voir notammant la takana ou l’édit de Rabbenou Gershom Ben Yehudah (950-1028). Dès lors « la répudiation biblique unilatérale prenait ainsi la forme d’un divorce par consentement mutuel et ce, avant la lettre » 2. Il reste que dans la Loi juive (halakha), c’est l’homme qui, accorde de son plein gré, le divorce religieux (guet) à sa femme et non point un tribunal religieux (beth din) qui le prononce. Sans cet octroi, la femme, à qui on a refusé le guet, acquière le statut d’agouna (littéralement ancrée à son statut de femme mariée) et se voit alors dans l’impossibilité de se remarier religieusement. Si, durant cette période d’attente du guet, elle connaît un autre homme au sens biblique du terme, par exemple en union libre ou en se remariant civilement, elle est considérée comme une femme adultère. De plus les enfants qu’elle pourrait avoir avec cet autre homme, seraient désignés comme illégitimes (mamzérim) et ne pourraient se marier qu’avec d’autres personnes ayant le même statut qu’eux et ce durant des génération. À l’inverse, au cours de cette même période, le mari récalcitrant à donner le guet peut avoir une relation avec une femme non mariée sans être considéré comme adultérin et sans que les enfants nés de cette union ne soient mamzerim. Sa liberté en la matière reste la même si la femme refuse d’accepter le guet, situation nettement moins courante. Cette situation dissymétrique suscite des souffrances morales pour les femmes agounot privées de toute intimité durant des mois, souvent des années, et limite voire les empêche d’avoir des enfants si tant est – et elles sont plutôt nombreuses – qu’elles soient soucieuses de respecter la loi juive. Elle entraîne des abus de toute sorte, communément appelé « chantages au guet » et qui défrayent régulièrement la chronique ici et là. Les femmes en sont parfois réduites à acheter leur guet ou renoncent à des biens ou pensions accordées par le tribunal civil. Car rappelons, une femme divorcée civilement ne l’est pas religieusement tant qu’elle n’a pas reçu son guet. 34

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L’homme également reste religieusement marié à son épouse tant qu’il n’a pas donné le guet ou tant que celle-ci ne l’a pas accepté. Mais comme nous le relevions, l’immense majorité des cas concerne des femmes en attente de leur guet. Or de tout temps, les rabbins ont tenté de limiter cette prérogative donnant lieu à des abus. Il existe, dans ce sens, toute sorte de dispositifs dans la loi juive mais ils requièrent la volonté de les mettre en application 3. L’un d’entre eux semble actuellement trouver un certain concensus même si ce n’est pas encore le cas, aux yeux de tous 4. Il s’agit de l’accord prénuptial juif. C’est un accord de respect mutuel signé avant le mariage qui stipule «que si le mariage se termine par un divorce, les deux conjoints s’engagent à coopérer pour le guet et ne refuseront pas de participer à la libération de leur conjoint pour quelque raison que ce soit» 5. L’accord prénuptial juif existe sous différentes formes dans de nombreux pays comme les Etats-Unis, Israël et le Canada. Depuis septembre 2016, l’importante association du R.C.A. (Rabbinical Conseil of America) qui regroupe des rabbins orthodoxes, exige que chaque rabbin demande au couple de la signer avant de se marier. Du point de vue de la loi juive, des décisionnaires aussi importants que le rabbin Moshé Fenstein (1895-1986) ou le Grand Rabbin Ovadia Yossef (1920-2013) l’ont autorisé 6. Il est d’ailleurs remarquable que « les premiers accords prénuptiaux ont été mis en place par le Rav Shalom Messas au Maroc dans les années 1950 » au cours d’un rassemblement annuel du Conseil rabbinique 7.

Qu’est-ce qu’un accord prénuptial juif au Québec ? Un rabbin est tout particulièrement attentif, à Montréal, à cette problématique, et à la situation dramatique des femmes agounot, c’est le rabbin Michael Whitman de la Congrégation Adath Israël Poale Zedek Anshei Ozeroff. « Etre coincée dans une relation morte, sans pouvoir passer à autre chose, est une terrible forme d’abus domestique (…) En incitant à signer cet accord, c’est une manière de dire à toute femme souffrante comme agouna : « vous n’êtes pas seule. Toute la communauté fera tout ce qu’il faut pour s’assurer que ce cauchemar finira » 8. Comme il l’exprime encore , avant de proposer un accord prénuptial propre au Québec: « Pendant plusieurs années, j'ai consulté un large groupe d'experts en loi juive (…) des experts juridiques, y compris des professeurs de droit, des juges à la retraite


LE COUPLE JUIF DANS TOUS SES ÉTATS et des avocats à Montréal (…) ». Il s’agit d’une entente privée et civile, signée par les deux conjoints et deux témoins 9. Cet accord qui ne comporte au Québec aucune pénalité financière, de sorte qu’il n’y ait pas de risque que le guet soit considéré comme forcé (meoussé), et donc être invalide au regard de la loi juive, peut être utilisé à la fois par les cours rabbiniques comme par les cours civiles. Pour les tribunaux rabbiniques (baté din), il s’agit d’un engagement moral sur lequel s’appuyer pour inciter fortement les conjoints et notamment le mari récalcitrant à donner le guet en lui rappelant qu’il s’agit d’un commandement (mitsva). Pour les cours civiles, il doit être transmis au juge, qui, l’incluant dans le dossier, peut refuser d’entendre les doléances du conjoint récalcitrant pour le divorce civil tant que le guet n’est pas réglé. Il s’appuie pour ce faire sur l’article 21.1 de la Loi sur le divorce qui considère le refus de recevoir ou de donner le guet comme une intention de nuire et une entrave au bon déroulement du divorce civil. Cet article 21.1 a été intégré en 1990 à la loi canadienne grâce notamment à l’action de la Coalition canadienne des femmes juives pour le Guet, menée par la professeure Norma Joseph, soutenue par d’autres associations juives 10. Evelyn Brook Becker, l’actuelle présidente de la Coalition canadienne des femmes juives pour le Guet, qui aide et soutient les femmes en attente de guet, considère « que l’accord prénuptial est efficace si les avocats sont au courant de son usage et les utilisent correctement 11 ». Elle rappelle qu’il y a actuellement au Québec plus de « vingt femmes agounot et combien d’autres qui ont abandonné l’espoir d’avoir un guet ? ». Pour le rabbin Whitman, « si l’accord prénuptial est correctement utilisé, il peut empêcher presque tous les cas d’agouna. (…) ». C’est pourquoi à ses yeux « les parents ne devraient pas accompagner leurs enfants sous le dais nuptial (houpa) à moins qu’un accord prénuptial ne soit signé. Les amis du couple ne devraient pas les laisser se marier à moins que cette entente n’ait été signée au préalable ». Et à celles ou ceux qui s’étonneraient que l’on parle de divorce au moment du mariage et qui craindraient que cette évocation n’éveille le « mauvais œil », le rabbin Whitman rappelle que la ketouba (acte de mariage), signée juste avant la cérémonie du mariage, mentionne notamment la somme que le mari versera à son ex-épouse, en cas de divorce. Même si de nos jours, il s’agit d’une somme symbolique, le principe est présent dans la ketouba.

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1 Voir Deutéronome 24 ; 1. 2 Gabrielle Atlan, Les Juifs et Le Divorce: Droit, Histoire et Sociologie du Divorce

Religieux, Edition Peter Lang Gmbh, Internationaler Verlag Der Wissenschaften, Berne, 2002, p. 39. 3 Cf. Janine Elkouby, « Quelle solutions pour les messorevot guet (femmes à qui les maris refusent de donner le guet - ndr) ? Blog moderne orthodoxe, 7 mai 2014 http://www.modernorthodox.fr/quellessolutionspourlesmessorevotguetparjanineelkouby 4 Voir par exemple pour Israël, les accords soutenus par les rabbins Stav, HNi.

Media, « 44 Orthodox Rabbis Attack Tzohar Prenuptial Get: If You Support It You’re Not Orthodox », JewishPress, July 12, 2017. http://www.jewishpress.com/news/ israel/religious-secular-in-israel-israel/44-orthodox-rabbis-attack-tzoharprenuptial-get-if-you-support-it-youre-not-orthodox/2017/07/12/ 5 Définition donnée par le rabbin Michael Whitman, « FAQ – Halachic Prenup/ Postnup for Canada ». http://www.adathcongregation.org/pdf_doc/HalachicPrenupPostnupFAQ.pdf. 6 Voir respectivement « Even Haezer 4; 107 » dans Igros Moshe et Yabia Omer, 3;18. 7 Voir à ce sujet Gabriel Abensour, « Guide du mariage juif et des accords prénuptiaux », Blog moderne orthodoxe, 25 août 2016 : http://www.modernorthodox.fr/ guidemariagejuif. Cf. également Rachel Levmore, « Rabbinic responses in favor of prenuptial agreements » dans Tradition 2009 n° 42;1 p.31 : http://traditionarchive.org/news/ pdfs/0029-0049.pdf et Gabrielle Atlan, Les Juifs Et Le Divorce: Droit, Histoire Et Sociologie Du Divorce Religieux, op cité p 225-229. 8 Les citations du rabbin Whitman dans cet article sont tirées des questions les plus fréquentes sur l’accord prénuptial rédigées par lui (voir note 5) ou d’autres textes sur ce sujet sur l’item de son site http://www.adathcongregation.org/page_prenup. html ; elles sont également extraites d’un entretien accordé à l’auteure de cet article le 21 août 2017. 9 Voir http://www.adathcongregation.org/pdf_doc/HalachicPrenupforCanadaFR.pdf. 10 Voir Pierre Bosset et Paul Eid, « Droit et religion : de l’accommodement raisonnable à un dialogue internormatif ? », Avril 2006, Commission des droits de la personne et de la Jeunesse, Québec. http://www.cdpdj.qc.ca/publications/droit_religion_ dialogue_internormatif.pdf. 11 Entretien du 21 août 2017. Pour se mettre en contact avec la Coalition canadienne des femmes juives pour le Guet, vous pouvez appeler au 514-343-8706 où sont régulièrement relevés les messages ou écrire un courriel à agunahfree@gmail.com. Il existe également un « guide du divorce juif » que vous pouvez obtenir sur demande. 12 Pour plus d’informations, contactez le rabbin Whitman en lui écrivant : rabbi@adath.ca www.adath.ca ou par teléphone : 514-482-4252. 13 Voir Janice Arnold, « Couples sign innovative postnup agreement at mass event », CJN, 14 septembre 2016. http://www.cjnews.com/news/canada/httpwww-cjnewscomnewscanadapostnup-signing-montreal.

Toutes les synagogues modernes orthodoxes soumettent l’accord prénuptial aux futurs mariés, à Montréal 12 comme par exemple les Congrégations Adath Israël, Spanish and Portuguese, Tifereth Beth David Jerusalem, Beth Zion, Beth Tikvah, Adath Israël, etc. D’autres congrégations, d’autres sensibilités, comme Shaar HaShomayim la propose également. Il existe même un accord post nuptial pour les couples qui n’auraient pas eu l’occasion de signer l’accord prénuptial. En septembre dernier, soixante-quinze couples de Montréal l’ont signé 13. Le rabbin Michaël Whitman a pour projet maintenant de se tourner vers l’ensemble du monde orthodoxe de Montréal - des congrégations sépharades aux lieux hassidiques - pour les convaincre de généraliser l’usage de l’accord prénuptial. Une action remarquable qui permettrait enfin de mettre fin à ce que certains considèrent comme le scandale du judaïsme contemporain. Affiche du film Guet

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MAURICE CHALOM

Beth Din*, quand tu nous tiens… Par Maurice Chalom

Essayiste, romancier et directeur de publications, Maurice Chalom est titulaire d'un doctorat en éducation de l'Université de Montréal. Depuis une trentaine d'années, ses domaines d'expertise sont les mouvements migratoires, les relations interculturelles et la gestion de la diversité.

Juif au pays des Soviets Elle est née à Moscou, en Union soviétique, comme ses parents et ses grands-parents. Elle est juive, comme ses parents et les parents de ses parents; juive, comme sa mère et ses grands-mères. Ainsi en a statué le soviet suprême. Sur sa carte d’identité, à la case nationalité, il n’est pas inscrit Caucasien, Géorgien, Tadjik ou Russe, mais Juif. Ainsi en ont décrété les gardiens de la Révolution. Mais pour les tribunaux rabbiniques, c’est loin d’être une preuve de judéité. Qu’est-ce, aux yeux des gardiens de la Loi, qu’un tampon sur une pièce d’identité soviétique ? Du-nul-et-non-avenu. Pour ces doctes juges, il faut de l’indiscutable, de l’indéniable, de l’hors-detout-doute : la Ketoubah, maternelle 1. Seulement voilà, au pays des Soviets il n’y avait ni rabbin, ni ketoubah. Ses parents se sont mariés devant un commissaire du peuple, sans houppah, ni verre brisé 2. Et puis, au pays de l’égalitarisme, exprimer, de quelque façon que ce soit, sa judéité, c’était aller au-devant des emmerdements : tracasseries administratives, visites impromptues des nervis du régime, déclassement professionnel, perte d’emploi, séjour en Sibérie, etc. Seule ligne de conduite possible : se taire, ne rien laisser paraître et faire comme si. Marranos in USSR, auraient pu chanter les Beatles 3. Ses parents et grands-parents ont été Juifs sans l’être. Elle fut Juive sans le savoir, jusqu’à son arrivée à Montréal et son insertion au sein de la communauté juive. Au fil du temps et tout au long de son implication bénévole, elle découvre son judaïsme, renoue avec sa judéité et se ressent totalement et authentiquement juive. C’est à l’occasion d’un évènement communautaire de réseautage pour jeunes professionnels qu’elle rencontre l’âme sœur avec qui, pour une première fois, elle se voit faire route ensemble et partager le quotidien. Après plusieurs mois de fréquentation, ils parlent mariage. Et qui dit mariage, dit mariage juif; une évidente évidence pour les deux tourtereaux. Mais qui dit mariage juif, dit obligation de montrer patte blanche, en fournissant l’incontournable ketoubah maternelle. Le « chemin de croix » de cette jeune femme, à la judéité nouvellement éprouvée, commence. Voici donc une jeune femme, « estampée » juive par un régime totalitaire qui, des années durant, fut contrainte de faire fi de sa judéité et qui se voit aujourd’hui dénier une part fondamentale de son identité par un tribunal rabbinique montréalais, au prétexte qu’elle ne peut, faute de ketoubah maternelle, faire la preuve de sa filiation au peuple juif.

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Autrement dit, aux yeux des gardiens de la Loi, histoire d’ajouter l’outrage à l’offense, elle n’est pas juive, tout simplement. Deux voies s’offrent à elle, aussi inacceptables l’une que l’autre. La première, recourir aux services d’une filière d’avocats et de rabbins spécialisés dans la recherche des origines juives de citoyens russes et de leur appartenance au peuple du Livre. Une filière glauque, coûteuse et sans garantie de succès. La seconde, suivre le processus classique de la conversion. Processus long, ardu, complexe et sans assurance de réussir l’examen de passage. Et, dans son cas, un processus profondément injuste, voire insultant. Pourquoi rechercher ses origines ou se convertir alors que depuis au moins trois générations, son père, sa mère et ses grands-parents savent mieux que quiconque qu’ils sont Juifs ? Chacun d’eux pouvant témoigner des soucis et de la stigmatisation que leur judéité leur a valus pendant des décennies sous le joug communiste. Leur quotidien, leur sentiment d’appartenance et l’ostracisme vécu des années durant valent-ils moins qu’une « recherche en paternité » et pèsent-ils moins que la décision arrêtée d’un tribunal rabbinique ? N’est-il pas ironique de penser que, si cette jeune femme était née en Allemagne dans les années 30, elle aurait été soumise aux lois de Nuremberg, aurait été inscrite comme non-aryenne, du fait de son ascendance juive, aurait porté l’infamante étoile jaune et n’aurait pu épouser un Allemand ? N’est-il pas ironique de penser que, si cette jeune femme était née à Paris dans les années 30, elle aurait été obligée de s’enregistrer au Commissariat aux questions juives et aurait été contrainte de porter l’étoile jaune? N’est-il pas ironique de constater que cette jeune femme, considérée comme Juive par des régimes totalitaires, alors que pour sauver sa peau elle aurait tout fait pour passer pour chrétienne, se voit dénier sa judéité revendiquée par un tribunal rabbinique, à Montréal, en cette année 2017 ? Ce qu’une dictature lui aurait reconnu, une institution juive orthodoxe, et non la moindre, lui dénie. Trouvez l’erreur. Aux dernières nouvelles, la jeune femme et son âme sœur sont membres d’une synagogue libérale et suivent assidument les cours dispensés par son rabbin. À les entendre, le judaïsme libéral prône un judaïsme ouvert à tous les Juifs, indépendamment de leurs convictions ou de leurs origines, et qui désirent rejoindre le klal Israël, la communauté d’Israël. Il y a du kidouchin dans l’air 4…


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Divorce au pays de Herzl Elle est née à Bruxelles au sein d’une famille juive laïque, ou plutôt, comme dit son père, dans une famille juive libérale. Dès son plus jeune âge, elle fréquente le Dror Habonim, un mouvement de jeunesse sioniste socialiste, et c’est tout naturellement qu’elle fait son alyah, sa montée en Israël, après avoir complété ses humanités. Lui, est né à Tel-Aviv dans une famille juive proche du mifleget ha avoda, le parti travailliste. Des Juifs du Kippour, comme dit son père, c’est-à-dire une famille non-pratiquante, sauf pour les incontournables célébrations du Nouvel An, le jeûne du Grand Pardon, la fête des Lumières et celle de la sortie d’Égypte; autant d’occasions de se retrouver en famille. Sans oublier le Yom Hazikaron et le Yom Hatzmaout; journées commémorant les soldats tombés au combat et l’indépendance de l’État d’Israël. Après son baccalauréat et trois ans d’armée passés dans une unité d’élite, il commence ses études en droit à l’université hébraïque de Jérusalem, la même année où elle amorce, elle aussi, ses études en droit. Il y a quarantecinq ans, ils ont lié leurs destinées lors du cours « Fondements du droit israélien ». Dès la fin de leur première année de fac, ils emménagent ensemble, enchaînent les petits boulots et esquissent leur futur à deux. Ils décident de se marier, moins par bienséance que par confort matériel. En effet, en tant qu’étudiants mariés, et lui ayant rempli ses obligations militaires, ils ont droit à une aide au logement. Dès lors, pourquoi se priver; le mariage n’étant qu’une formalité. Tout baigne : parents aux anges, date et lieu arrêtés et, pour leur voyage de noces, les futurs tirent des plans sur la comète Europe. Seul point noir : la préparation au mariage et la cérémonie nuptiale. Hors de question de subir, des mois durant, les prêches d’un rabbin sur le respect des lois alimentaires, l’importance de la prière, la paix du foyer et l’observance du shabbat; des cours for Women only sur le rôle de l’épouse juive et les lois de la pureté familiale, sans oublier l’incontournable bain rituel pour la future qui devra prouver sa judéité en brandissant la ketoubah maternelle. Uff ! Vraiment pas leur tasse de thé. Ce sera donc un mariage civil. Interdit au pays de Theodor Herzl, LE visionnaire de l’État des Juifs, le khozeh haMedinah, ils convoleront en justes noces à Chypre. Diplôme en poche, cœur au ventre et elle sur le point d’accoucher, ils ouvrent leur cabinet-conseil deux mois avant la guerre du Liban. Les cieux auraient pu être plus cléments pour le jeune couple en passe de fonder famille. Depuis, et pour faire dans le cliché, ils ne virent pas le temps passer. En vrac et à grands traits : naissance d’un premier garçon; inflation galopante hors de contrôle et dévaluation de la devise; étiolement du mouvement kibboutsique; crise de la trentaine; guerre du Golfe et pluie de Scuds sur Israël; masques à gaz en bandoulière et calfeutrage des fenêtres; déliquescence de la gauche et du mouvement La paix maintenant; droitisation de la société et retour en force du religieux; première intifada; assassinat de Rabin; seconde naissance et second garçon; période annuelle de réserve pour lui; Intifada deux; attentats dans

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les bus, dans les rues, à la voiture bélier, à la ceinture explosive, au couteau; la Judée et la Samarie toujours plus colonisées; vagues d’immigration russe et éthiopienne; racisme tous azimuts, anti-noirs, anti-Arabes et anti migrants; nouveau Shekel israélien, augmentation du coût de la vie et fins de mois dans le rouge; crise de la quarantaine; augmentation des impôts; haredisation (ultra orthodoxisation) de Jérusalem et embourgeoisement de Tel-Aviv; endettement pour les études universitaires de leurs fils; conscription de l’aîné, inquiétudes et angoisses parentales; la bande de Gaza en ébullition; intrusions par tunnels contre guérilla urbaine, tirs de missiles contre dôme de fer, terreur aveugle du Hamas contre frappes chirurgicales; crise de la cinquantaine; tensions entre laïcs et religieux, entre possédants et les autres; magouilles, scandales et dévoiement de la classe politique; populisme rampant et cynisme généralisé; désillusion d’une nation sentimentale en quête d’idéal, comme le chanterait Souchon. Les garçons partis, ils se retrouvent comme aux premiers jours, la passion en moins. L’amour a fait place à la tendresse, la tendresse, à l’habitude et elle, à l’indifférence. L’usure du temps, la rudesse du quotidien, comment savoir, les ont éloignés l’un de l’autre, perdus l’un l’autre. Il ne leur reste qu’à divorcer. Mais dans cet état, pourtant séculier et pluriel, au pays de Herzl, seul un Beth Din, un tribunal composé de trois rabbins, est habilité à valider le divorce. Dans ce pays, un couple marié n’est délivré du lien matrimonial qu’à travers la transmission d’un acte de divorce de l’homme à la femme. Le fameux guett, libelle de répudiation, écrit en araméen et qui, impérativement, doit tenir en douze lignes, est seul à acter le divorce. Dans ce pays, le divorce civil n’existe pas. Le visionnaire de l’État juif ne reconnaîtrait plus son rêve. Pourquoi un couple israélien juif et laïc, devrait-il se soumettre à l’autorité d’un tribunal rabbinique? Pourquoi le libelle de répudiation n’appartiendrait-il qu’au seul époux? Pourquoi, encore aujourd’hui, ce couple doit-il divorcer, sans autre possibilité, dans le cadre d’un système remontant à l’Empire ottoman, en passant par des rabbins dont les décisions sont basées sur la loi juive, la halakha ? Ce n’est qu’en 2011, après des décennies de domination masculine, que la Cour suprême de l’État d’Israël a ordonné à la commission de nomination des juges rabbiniques de compter en son sein des femmes. Changement pour le moins salutaire, car les rabbins orthodoxes, « experts en divorces », ont été vertement critiqués ces dernières années pour ne pas en faire assez pour les agounot, ces femmes enchaînées à qui le guett était refusé. Bien qu’il s’agisse d’une percée, ceci est loin d’être suffisant. Dans ce pays séculier et pluriel, dans cet État de droit, il est temps que tout citoyen ait la possibilité de se marier et de divorcer selon ses valeurs, ses principes et ses convictions. Il est temps que mariage et divorce civil soient instaurés et, de ce fait, soustraits à l’exclusif religieux. * Tribunal rabbinique.

1 La ketoubah est l’acte de mariage religieux que l’épouse garde. 2 La houpah est le dais nuptial sous lequel se tiennent les futurs époux. À l’issue de la cérémonie du mariage religieux, l’homme brise un verre en souvenir de la destruction

du Temple de Jérusalem. 3 Les marranos ou marranes étaient ces Juifs espagnols ou portugais qui, contraints de s’être convertis au christianisme au 15e siècle, gardaient en secret certains rites juifs.

L’auteur fait ici référence au titre des Beatles « Back in USSR » (ndr). 4 Prières qui sanctifient le mariage juif.

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La Mission économique en Israël du Premier ministre Couillard donne un nouvel élan aux relations

ETA YUDIN

Entretien par Eta Yudin, vice-présidente du Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec Eta Yudin est vice-présidente du Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec, CIJA.

Le thème de notre réception était le centenaire de la Fédération CJA qui fut souligné plus tôt dans la journée par une motion unanime de l’Assemblée nationale. Aussi, comme la réception coïncidait avec le Jour de la commémoration de l’exode des juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, Monsieur Benoit Charrette, député de la Coalition Avenir Québec pour Deux-Montagnes, a tenu à faire une déclaration à l’Assemblée nationale pour rappeler que « dans la foulée du conflit israélo-arabe, les Juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont été contraints de fuir l’exclusion, les spoliations, la persécution, la déchéance de nationalité et les violences. »

Premier ministre du Québec, Philippe Couillard

Longtemps, l’État d’Israël a souffert d’une représentation médiatique unidimensionnelle qui jetait dans l’ombre sa vitalité culturelle, scientifique et entrepreneuriale pour réduire l’État juif à la seule dimension du conflit israélo-palestinien. De même, les relations bilatérales qu’entretenait Israël étaient surtout de nature politique. Au Québec, la ratification en 1997 des premiers accords de coopération entre les gouvernements du Québec et d’Israël allait asseoir les relations bilatérales entre les deux sociétés sous le signe de la coopération scientifique, culturelle et éducative. Le Québec et Israël s’ouvraient l’un à l’autre dans toute leur profondeur sociale sur la base de valeurs et d’objectifs partagés. La communauté juive québécoise a toujours joué un rôle de premier plan dans le développement de la relation israélo-québécoise en tant que pont naturel entre les deux sociétés. Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (CIJA-Québec), l’agence de représentation de la Fédération CJA, avait encouragé la reconduite et l’élargissement des accords Québec-Israël en 2007 et participé à la programmation de la première mission économique québécoise en 2008. Il était donc naturel que le Premier ministre Philippe Couillard ait choisi l’occasion de la réception annuelle de CIJA-Québec à l’Assemblée nationale en novembre 2016 pour annoncer son intention de se rendre prochainement en Israël pour promouvoir les échanges commerciaux et la coopération scientifique entre le Québec et Israël. 38

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Fort de son expertise en matière de missions économiques en Israël, CIJA-Québec a été invité à siéger au comité consultatif de planification de la mission économique du Premier ministre. Notre rôle dans la planification de la mission nous a notamment permis d’organiser un inoubliable et convivial souper de Shabbat à Jérusalem en l’honneur du Premier ministre Couillard. Ce rôle m’a personnellement permis d’apprécier à quel point les relations israélo-québécoises avaient mûri depuis 1997 et combien l’émergence d’Israël à titre de leader mondial en matière d’innovation technologique n’est pas passée inaperçue de la classe politique et du milieu entrepreneurial québécois. À la suite de plusieurs mois de préparation, j’ai eu le plaisir de me joindre à la mission économique du Premier ministre en Israël du 20 au 25 mai derniers. Outre la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation Dominique Anglade, le député pour D’Arcy-McGee David Birnbaum et le Consul général d’Israël à Montréal Ziv Nevo Kulman, la délégation était composée d’une centaine d’entrepreneurs et de dirigeants universitaires. Les principaux secteurs économiques représentés étaient les sciences de la vie, les technologies médicales, de l’information et du numérique, ainsi que l’industrie aérospatiale. La mission de cinq jours s’est déroulée à un rythme effréné en raison d’une programmation exigeante et fort pertinente qui a transporté la délégation de Jérusalem à Ramallah, à Tel Aviv, où le Premier ministre a reçu le Prix du Président de l’Université de Tel Aviv et assisté à la pose de la pierre angulaire de l’École d’architecture de la Fondation Azrieli dans ce même établissement. L’entretien entre les Premiers ministres Couillard et Netanyahou à Jérusalem représente certainement l’un des faits saillants les plus significatifs de la mission. Non seulement cette rencontre au sommet traduit-elle la valeur qu’attache Israël à sa relation avec le Québec, mais elle a accouché d’une des plus importantes retombées du voyage, à savoir le projet d’un partenariat sur l’intelligence artificielle et les mégadonnées, deux secteurs économiques névralgiques au Québec et en Israël.


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Parmi les autres retombées prometteuses, il convient de souligner l’entente de coopération bilatérale entre le gouvernement du Québec et l’Autorité israélienne de l’Innovation, le partenariat en cybersécurité entre Hydro-Québec et la Corporation électrique israélienne et l’annonce du Premier ministre Couillard de plans pour ouvrir un bureau commercial du Québec en Israël, une idée préconisée par CIJA-Québec lors de la consultation publique sur la nouvelle politique internationale québécoise. De même, l’importante couverture médiatique accordée à la mission aura exposé des milliers de Québécois à des facettes méconnues d’Israël et aux bénéfices mutuels qui découlent de la relation Québec-Israël. Le moment le plus émouvant de la mission fut très certainement la visite de Yad Vashem. À peine atterris, le rabbin Reuben Poupko, coprésident de CIJA-Québec et moi-même y avons accompagné le Premier ministre qui y a rendu hommage à la mémoire des victimes de la Shoah. Le rabbin Reuben Poupko, coprésident de CIJA-Québec, s’est dit impressionné par la profonde connaissance de la Shoah démontrée par M. Couillard qui, visiblement ému par la visite, a écrit dans le livre d’or du mémorial que la Shoah est une « tragédie unique qui a montré le pire de la nature humaine ». En tant que Juive québécoise, je suis fière d’avoir fait partie de la première visite officielle d’un Premier ministre du Québec en Israël. Les retombées de cette mission historique sont impressionnantes. Elles ont revitalisé la relation Québec-Israël et promettent de l’étendre et de l’approfondir à court et moyen termes. CIJA-Québec a toujours cru que le Québec et Israël sont des partenaires naturels. La mission économique du Premier ministre, celle du maire de Montréal Denis Coderre en 2016, l’ouverture de nouvelles liaisons directes entre Montréal et Tel Aviv, témoignent d’un vif désir de rapprochement entre les deux sociétés. Et notre communauté continuera de former un pont naturel dans ce rapprochement mutuellement bénéfique à ces deux sociétés à la fois si éloignées et si proches.

Premier ministre du Québec, Philippe Couillard et Eta Yudin, CIJA

Vers une représentation permanente du Québec en Israël À la conclusion de sa mission économique en Israël, le Premier ministre Philippe Couillard a annoncé qu’il comptait ouvrir un bureau commercial du Québec en Israël. En octobre 2016, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (CIJA-Québec) avait soumis au gouvernement, dans le cadre de sa Consultation publique concernant une nouvelle politique internationale du Québec, un mémoire plaidant pour l’ouverture d’une représentation permanente du Québec en Israël. Extraits :

La coopération entre le Québec et Israël remonte à 1949 avec l’ouverture à Montréal de la première mission diplomatique israélienne au Canada. Depuis, les relations Québec-Israël se sont développées au gré des visites fréquentes et réciproques d’élus québécois et israéliens, d’échanges culturels et de partenariats commerciaux et scientifiques. Le maire de Montréal dirigera d'ailleurs une mission économique et scientifique en Israël au mois de novembre prochain. Des ententes de coopération entre le Québec et Israël furent signées à l'Assemblée nationale en 2007, ainsi qu'à Jérusalem en 2008, à l'occasion d'une délégation commerciale et scientifique d'envergure sans précédent en Israël. À cette dernière occasion, le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, avait alors déclaré : « Le Québec doit non seulement maintenir, mais également accroître ses relations et ses collaborations avec ce pays dont les expertises sont variées et étonnantes. » Nous croyons qu'il est aujourd'hui temps pour le Québec de passer à l'étape suivante et de considérer l'ajout d'une représentation permanente à Tel Aviv. Le Québec compte aujourd’hui près d’une trentaine de délégations, de bureaux et d’agents locaux, mais ne compte aucune représentation permanente en Israël. Nous croyons que cette absence nuit aux opportunités d'affaires entre le Québec et Israël et que l'ajout d'une telle représentation permettrait de soutenir plusieurs objectifs de la politique internationale du Québec de 2006, soit la promotion de l'identité et de la culture du Québec, le renforcement de la capacité d'action et d'influence de l'État québécois, et finalement, la stimulation de la croissance et de la prospérité du Québec. Avec plus de 700 000 francophones, soit près d'une personne sur dix dans le pays, la vivacité de la Francophonie en Israël ne fait aucun doute et fait du pays un partenaire de choix pour le Québec. Pour que ce partenariat puisse atteindre son plein potentiel cependant, il est nécessaire d’établir une représentation permanente pour que les outils soient disponibles afin de soutenir les projets futurs entre Québec et Israël. Nous croyons que l'avenir de la politique internationale québécoise passe par le renforcement des relations bilatérales entre Québec et Israël, et que ce renforcement doit se traduire par une présence permanente du Québec à Tel Aviv. Nous croyons que le Québec a tout à gagner à y être représenté.

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Un philanthrope au service de la cause Yazidi Rencontre avec Steve Maman STEVE MAMAN

ANNIE OUSSET-KRIEF

Entretien avec Steve Maman par Annie Ousset-Krief

Il y a trois ans, le monde découvrait le sort tragique des Yazidis, minorité ethnique non musulmane du nord de l’Irak1: plus de 10 000 personnes massacrées, jeunes filles et enfants kidnappés et vendus comme esclaves sexuels – les exactions commises par l’État islamique laissaient les pays occidentaux sans voix. À Montréal, un homme décidait de lutter pour sauver cette population , Steve Maman, Juif d’origine marocaine, créait une fondation pour venir en aide aux Yazidis : CYCI – The Liberation of Christian and Yazidi Children of Iraq. Cet homme d’affaires, âgé de 44 ans, père de six enfants, a consacré, avec détermination et passion, deux ans et demi à cette cause humanitaire. Un journaliste américain le surnomma « le Schindler juif », et ce qualificatif est resté, même si Steve Maman considère que son œuvre est insuffisante et inférieure aux accomplissements d’Oscar Schindler durant la Shoah – homme qui demeure pour lui une référence en matière humanitaire. L’action de Steve Maman a été reconnue et saluée au Canada et dans de nombreux pays. Il revient pour nous sur les circonstances qui l’ont amené à s’engager pour la cause des Yazidis. Annie Ousset-Krief est Maître de conférences en civilisation américaine à l’Université Sorbonne Nouvelle à Paris.

La Voix Sépharade – Quel a été l’élément déclencheur dans la fondation du CYCI ? En fait, j’ai commencé ma mission humanitaire début 2014, avant le terrible massacre d’août 2. J’étais sensibilisé au sort des chrétiens d’Irak avant même l’avancée militaire de Daech 3. J’étais alors en Irak pour affaires 4, et fus informé de la présence des cinq derniers Juifs présents à Bagdad. Ils étaient sous la protection d’Andrew White 5, vicaire de l’église anglicane St Georges de Bagdad. J’ai développé des contacts avec lui et j’ai rencontré Dawood B. Jajju, son fils adoptif. Ce dernier est devenu mon aide principale sur le terrain. Lorsque Daech a commencé son offensive militaire et menacé le village d’Al Qosh, où se trouve le tombeau du prophète hébraïque Nahum, nous sommes venus en aide aux trois familles chrétiennes assyriennes qui gardaient ce lieu saint. Ces neuf personnes ont pu quitter le pays et être relocalisées à Ankara. J’ai personnellement financé leur installation et les ai soutenues matériellement jusqu’à ce qu’elles puissent être autonomes. Cela a duré presque deux ans pendant lesquels j’ai mis en place le processus pour les faire venir. Aujourd’hui ces familles chrétiennes vivent à Toronto, après une année passée à Montréal. C’était donc ma première mission. Et puis il y a eu cette vidéo du pilote jordanien, brûlé vif dans sa cage par Daech, ces photos d’enfants vendus pour une centaine de dollars… On a découvert les exactions commises par Daech, les massacres d’innocents, les décapitations, les enlèvements d’enfants, l’esclavage sexuel. Certaines de ces fillettes avaient à peine 8 ans ! Je ne pouvais rester sans rien faire. Mon éducation juive, ma foi, tout me poussait à agir. « Qui sauve une vie, sauve l’humanité tout entière », nous enseigne le Talmud. Six millions de Juifs ont péri dans les camps d’extermination parce que les nations s’étaient tues, indifférentes, et l’aide ne venait pas. Mais il y eut des Oscar Schindler, des Sir Nicholas Winton, et d’autres, qui ont bravé le danger et sauvé des centaines, des milliers de Juifs. Ces Justes des Nations sont ma source d’inspiration. Et mon épouse et ma fille aînée m’ont tout de suite rejoint dans ce projet. Nous avons rassemblé ici à Montréal et ailleurs dans le monde une trentaine de volontaires qui ont œuvré à nos côtés. 40

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LVS – Combien de jeunes filles et d’enfants avez-vous libérés depuis le début de votre entreprise ? S.M. – Nous avons libéré 140 enfants et jeunes filles. Mais notre travail ne s’est pas limité à ces libérations. Nous avons fourni une aide humanitaire à 25 000 personnes au Kurdistan (vêtements, nourriture, tentes, chauffage…), et nous avons aidé au bon fonctionnement d’un camp de réfugiés ouvert par le gouvernement grec, le camp de Petra (sur l’île de Lesbos), où vivent 1 400 Yazidis. Cette mesure s’est révélée indispensable, car les Yazidis qui avaient été hébergés dans les autres camps avec des réfugiés du monde entier subissaient à nouveau viols et attaques. Il fallait les rassembler au sein d’un même camp pour les protéger. Maintenant le but est d’aider ces milliers de personnes à retrouver une vie normale, dans un pays où ils pourront vivre en sécurité. Nous espérons que les Yazidis pourront être accueillis en Allemagne, où demeure la plus large communauté yazidi hors d’Irak.

LVS – Avez-vous travaillé avec d’autres organisations, par exemple la Yezidi Human Rights Organization ? S.M. – Je connais très bien Mirza Ismail, fondateur et directeur de la Yezidi Human Rights Organization, qui réside à Toronto. Stephen Harper m’avait demandé de travailler avec lui. Je lui ai remis 300 000 dollars récoltés par la fondation pour qu’il procède à des libérations. Et nos équipes ont travaillé ensemble en Irak.

LVS – Comment avez-vous opéré sur le terrain ? S.M. – Dawood Jajju a été la cheville ouvrière du réseau. Nous avions deux équipes, l’une au Kurdistan et l’autre dans le Califat. Dawood gérait le bureau du Kurdistan. Il travaillait avec des « courtiers », ces négociateurs chargés de racheter les esclaves. Parfois les jeunes filles enlevées parvenaient à contacter leurs familles, qui à leur tour contactaient notre association. L’équipe se chargeait alors d’exfiltrer ces jeunes filles et les remettait à l’équipe du Kurdistan qui les rendait à leur famille.


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Jeunes filles et femmes yazidis

LVS – L’une des critiques portées contre vous est que, en payant des rançons, vous avez financé indirectement l’État islamique, et que peut-être vous avez encouragé d’autres enlèvements. Que répondez-vous à ces accusations ? S.M. – Ces accusations sont infondées et mensongères. Il est regrettable qu’on ait donné crédit à un article calomnieux de la presse locale. Le reste de la presse internationale a été extrêmement positif, nous avons eu quelque 550 articles consacrés à notre mission, de Hong Kong à Paris en passant par l’Australie et les pays arabes, qui ont fait l’éloge de notre action. Ma photo a fait la une du journal de Bagdad !Et je récuse formellement le terme de rançon. Jamais nous n’avons traité avec l’État islamique. Soit les enfants ont été libérés selon le mode décrit précédemment, soit ils ont été rachetés à des Irakiens qui n’étaient pas des membres de Daech. En effet, parfois, après avoir été abusés pendant des semaines ou des mois, des enfants avaient été revendus par Daech à des civils, et nous les avons rachetés à ces civils. Souvent les voisins repéraient ces enfants et nous les signalaient. C’est alors que nous pouvions intervenir, en indemnisant les informateurs et en « remboursant » les hommes qui avaient acheté les enfants. C’est un travail de longue haleine, mais qui a fonctionné. Et je le répète, penser que nous avons pu financer le terrorisme est une aberration.

LVS – L’ensemble de ces opérations a nécessité de grosses sommes d’argent, j’imagine ? S.M. – Oui. Mais la solidarité a été immense. Nous avons pu collecter des fonds importants par les réseaux sociaux : plus d’un million de dollars récoltés auprès de 5 000 donateurs dans le monde. Nous avons eu également de gros donateurs privés, notamment – et je suis fier de le dire – dans la communauté sépharade de Montréal.

LVS – Avez-vous eu le soutien du gouvernement canadien ? S.M. – Oui. L’ancien Premier ministre, Stephen Harper, était très sensible à cette cause et m’a apporté son soutien. Je l’ai rencontré

à Ottawa lors de ma première mission avec les chrétiens d’Irak. J’en avais profité pour lui parler de mon projet de sauvetage des enfants yazidis. Nous avions eu de nombreux contacts avec les différents ministres, en particulier le ministre de la Défense, Jason Kenney, et le ministre de l’Immigration. Barbara Pisani, conseillère régionale principale au cabinet du ministre de l’Immigration, a suivi la mission de bout en bout. J’avais notamment besoin de cet appui au niveau de l’Immigration pour permettre le bon déroulement de la mission : Dawood Jajju avait depuis 2014 le statut de réfugié politique et ne pouvait plus voyager en Irak. C’est grâce à l’intervention des services de Stephen Harper qu’il a obtenu les documents nécessaires pour pouvoir se déplacer en Irak et rentrer au Canada sans problème. Sans l’appui du gouvernement canadien, rien n’aurait pu se faire. Ce sont les dessous secrets de la mission que je peux aujourd’hui révéler !

LVS – Est-ce que votre mission est finie ? S.M. – Sous cette forme, oui. Notre mission a abouti. Nous avons réussi à faire sortir 2 500 réfugiés de Grèce vers l’Allemagne, il reste encore 1 400 réfugiés dans le camp de Petra, qui devraient être transférés en Allemagne par le gouvernement grec. Notre association n’a plus de fonds, c’est aux différents gouvernements de prendre le relais. Il leur appartient maintenant d’agir et de libérer les milliers d’esclaves encore aux mains de Daech (plus de 3 000 femmes). L’armée irakienne a d’ailleurs effectué des opérations de libération. Mais il y aura une suite : je vais poursuivre mon travail humanitaire autrement, avec une ONG. Mais je n’en dirai pas plus pour l’instant… 1 Les Yazidis étaient environ 600 000 au Kurdistan irakien. 2 Du 3 au 15 août 2014, l’État islamique lança une offensive contre la population yazidi

à Sinjar au nord de l’Irak : plus de 1 500 personnes furent tuées, des milliers de femmes et jeunes filles furent enlevées et réduites en esclavage. 3 Daech : acronyme arabe désignant l’État islamique. 4 Steve Maman est négociant en voitures de collection. 5 Andrew White a dû quitter l’Irak en novembre 2014 à cause des menaces de mort lancées contre lui par Daech.

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Naïm, Emmanuel Kattan : un dialogue père-fils passionnant

ELIAS LEVY

Entretien avec Elias Levy

Figure marquante des paysages littéraires québécois et canadien, ayant à son actif une œuvre importante, l’écrivain Naïm Kattan vient de publier, à 88 ans, aux Éditions du Boréal, un livre d’entretiens passionnant avec son fils, Emmanuel Kattan. Témoin privilégié des transformations culturelles majeures qui ont façonné le Québec depuis les années 50, Naïm Kattan relate son parcours, depuis son arrivée à Montréal en 1954, et nous livre ses réflexions sur une foule de sujets toujours d’une brûlante actualité : le Québec et sa mémoire, l’avenir de l’identité culturelle québécoise, le Québec et la langue française, le rôle de la culture et des politiques culturelles, les écrivains migrants, la construction des identités collectives, les grands défis du multiculturalisme canadien… Ce livre est une radioscopie remarquable de l’histoire culturelle et intellectuelle du Québec contemporain. Né à Montréal, Emmanuel Kattan est l’un des écrivains les plus prometteurs de la scène littéraire québécoise. Détenteur d’un doctorat en philosophie de l’Université de Montréal et lauréat de la prestigieuse Bourse Rhodes, qui lui a permis de poursuivre des études postdoctorales à l’Université d’Oxford, en Grande-Bretagne, il est l’auteur de trois romans encensés par la critique. Il est directeur du British Council à New York, où il vit depuis 2010. Nous nous sommes entretenus avec le père et le fils au sujet de leur livre en commun. Elias Levy est journaliste à l’hebdomadaire The Canadian Jewish News (CJN).

Évoquer les moments les plus marquants de la vie de votre père, Naïm Kattan, à travers de longs entretiens, ça a été un exercice intellectuel aisé ou fort exigeant ? Emmanuel Kattan : Ces entretiens avec mon père ont été pour moi une expérience passionnante. Mon père a toujours été pour moi une grande source d’inspiration et de découvertes intarissables. Je le connaissais jusqu’ici dans ma vie quotidienne et intime, mais j’ai eu, à l’occasionde ces échanges très stimulants, l’opportunité de découvrir des moments charnières de sa vie publique. Par exemple,l’amitié étroite qu’il a nouée, dans les années 50 et 60, avec des personnalités intellectuelles majeures du paysage culturel québécois que je n’ai pas connues, n’étant pas encore né, telles qu’André Laurendeau, directeur du journal Le Devoir, René Lévesque, alors journaliste à Radio-Canada, le père GeorgesHenri Lévesque… Ça a été aussi une véritable découverte pour moi d’imaginer ce jeune Juif irakien francophone débarquant dans une société très homogène, celle du Québec des années 50, très curieux des autres et qui tisse des amitiés avec un riche échantillon de la culture québécoise de l’époque : des universitaires, des écrivains, des personnalités religieuses… Lors de son arrivée au Québec en 1954, en plein hiver, il fallait un bon cran de courage pour aller à la rencontre de l’autre, dont mon père ignorait tout. Par ailleurs, je trouve tout à fait remarquable la manière dont la société québécoise des années 50, dont on dit encore aujourd’hui qu’elle était très fermée, a accueilli cet immigrant juif irakien. Ce que j’ai découvert à travers le témoignage de mon père, ce n’est pas une société hermétique et réfractaire aux étrangers, mais, au contraire, une société beaucoup plus ouverte 42

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et curieuse des nouveaux immigrants que celle qu’on dépeint dans les livres d’Histoire du Québec. On y retrouve, avant la Révolution tranquille, des intellectuels, des prêtres et des artistes qui avaient soif de connaître d’autres cultures et de s’ouvrir au monde.

Quels sentiments avez-vous ressentis en revisitant avec votre fils Emmanuel des épisodes clés de votre vie intellectuelle et citoyenne au Québec et au Canada ? Naïm Kattan : J’entretiens avec Emmanuel une correspondance intime depuis de nombreuses années. Mais une génération nous sépare. Cette différence de génération est très importante parce qu’elle a contribué, d’une manière déterminante, à construire le Québec et le Canada d’aujourd’hui. Ce fut une période de bouillonnement culturel extraordinaire, dont j’ai eu le privilège d’être le témoin. Quand je suis arrivé au Conseil des arts du Canada en 1967, j’ai eu la pleine latitude pour mener à terme plusieurs projets ambitieux qui ont favorisé l’essor culturel du Québec. On me confia la direction de la section des lettres et de l’édition. J’ai institué un fonds pour la traduction du français à l’anglais des œuvres d’écrivains canadiens-français — à mon arrivée, seulement quatre ou cinq livres de ces derniers avaient été traduits en anglais — et un fonds de bourses pour les écrivains, créé un programme d’aide à l’édition, un programme de lectures publiques à l’échelle Canada… À la fin des années 60, le Conseil des arts du Canada était devenu un foyer culturel incontournable où tout pouvait se faire. Emmanuel n’a pas connu cette époque d’effervescence culturelle inouïe. Je lui ai raconté ces années mémorables au cours de nos entretiens.


VIE JUIVE CANADIENNE

Naïm, vous avez toujours revendiqué avec fierté vos racines identitaires juives et irakiennes dans le Québec très catholique des années 50. N. Kattan : Absolument. Quand je suis arrivé au Canada en 1954, je ne connaissais personne. J’ai trouvé mon chemin parce que je n’ai jamais caché que j’étais un Juif de Bagdad. C’est ce qui m’a permis d’être un homme libre. S’ils ne voulaient pas de moi, ou s’ils voulaient de moi, ils savaient qui j’étais. On me suggéra de changer de nom pour mieux m’intégrer socialement. J’ai refusé catégoriquement. On m’a aussi encouragé à me convertir au catholicisme. J’ai refusé aussi obstinément. Je me suis intéressé à la culture canadiennefrançaise sans rien demander en contrepartie. Ma démarche était sincère et sans aucun a priori. Mes interlocuteurs québécois ont apprécié ma sincérité. C’est ainsi que je suis devenu le proche ami de figures intellectuelles et de personnalités religieuses influentes du Québec des années 50 et 60, que j’ai invitées à donner des conférences au Cercle juif créé par le Congrès juif canadien. Le père Georges-Henri Lévesque, directeur de l’ordre des Dominicains, m’invita un week-end dans son séminaire pour parler du judaïsme. C’était un fait rarissime dans le Québec des années 50 de l’ère Duplessis. E. Kattan : Ce qui est assez unique dans le parcours de mon père, c’est qu’il a été l’un des premiers Juifs sépharades francophones à émigrer au Québec. Dans les années 50, l’immigration sépharade était quasi inexistante. Les Juifs marocains ne commencèrent à émigrer en grand nombre au Québec qu’à partir de 1967. Donc, en tant que Juif irakien francophone, il avait un statut assez unique parce qu’à cette époque les immigrants du Moyen-Orient n’étaient pas légion. Il a été aussi un passeur de cultures et d’histoire dans une société québécoise monolithique.Ce n’est qu’à partir de la Révolution tranquille, au début des années 60, que le Québec commencera à s’ouvrir sur le monde. Mon père a embrassé progressivement les identités québécoise, montréalaise et canadienne, et n’en a refusé aucune. Pour lui, ces identités multiples sont des voies de passage qui lui permettent d’être libre puisqu’il considère qu’il appartient pleinement à ces différentes cultures.

E. Kattan : Durant toute sa vie, mon père aura été un passeur de cultures et d’idées. C’est ce qui le caractérise particulièrement. Ce qui me saisit le plus, c’est qu’il n’arrête pas de se questionner et de questionner le monde. Sa curiosité intellectuelle est intarissable. C’est toujours fascinant d’avoir des conversations avec lui sur la politique, l’avenir de la culture et de la littérature, les défis de la langue française au Québec et au Canada… Mon père a maintenu vivace la flamme qui exacerbe sa curiosité intellectuelle et sa soif de connaître et de comprendre. Il ne commence jamais une conversation en disant : « je sais », mais toujours en disant : « je ne sais pas, je veux en savoir plus, je veux comprendre ». Comment expliquer que Naïm Kattan, qui n’a jamais caché son attachement au fédéralisme canadien, soit devenu l’ami d’écrivains et de figures intellectuelles québécoises prônant l’indépendance du Québec ? E. Kattan : Mon père s’est toujours tenu à l’écart des engagements politiques. Pour lui, la politique est secondaire par rapport à la culture. Ce qui compte pour lui vraiment, c’est l’engagement des cultures qui, à ses yeux, subsume le politique parce que les cultures incarnent avant tout les individus dans toute la richesse de ce qu’ils sont et pas simplement dans la caractérisation de leur statut de citoyens d’un pays. C’est pourquoi il a réussi à maintenir toutes ces amitiés et affinités intellectuelles avec des personnalités de l’intelligentsia québécoise qui avaient des positions politiques différentes, et parfois très divergentes des siennes. Cher Naïm nous te souhaitons de longues et belles années de vie. Mais ce livre n’est-il pas une sorte de testament intellectuel ? N. Kattan : Ce que je souhaite, c’est qu’on lise ce livre comme les Mémoires d’un Juif de Bagdad qui a réussi son intégration dans les sociétés québécoise et canadienne. Je bénis cette province généreuse qu’est le Québec et ce pays merveilleux qu’est le Canada, qui m’ont accueilli à bras ouverts et m’ont permis de devenir un être libre. Je souhaite ardemment que d’autres immigrants juifs ne nient jamais leur identité première, car celle-ci est une richesse inouïe pour le pays qu’ils ont choisi pour rebâtir une nouvelle vie.

Porteur de plusieurs racines culturelles, quelle est celle qui définit le mieux Naïm Kattan l’écrivain ? N. Kattan : Je suis avant tout un Juif natif de Bagdad. Pour moi, cette identification est essentielle. Dans mon livre Les Villes de naissance, j’explique que je suis né dans trois villes : Bagdad, Paris et Montréal. C’est dans cette dernière ville que j’ai accompli ma vie d’adulte. Ma mémoire des deux autres villes demeure entière et dénuée de nostalgie. Je suis un Juif de Bagdad invétéré et un écrivain québécois et canadien. J’ai toujours affirmé mon judaïsme et n’ai jamais nié ma culture arabe, dont je suis aussi très fier. Cette identité multiple me permet d’appartenir à la francophonie. C’est le cas de tout écrivain, de tout artiste du Québec. La francophonie est une spécificité qui ouvre sur l’universel. Depuis une cinquantaine d’années, j’ai été le témoin de l’éclosion au Québec d’une culture multiple, qui se libère de ses ornières et permet à un immigrant de se proclamer Québécois tout en demeurant foncièrement attaché à son origine identitaire.

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ÊTRE JUIF ET QUÉBECOIS

La culture juive dans la toponymie québécoise

ÉRIC YAAKOV DEBROISE

Entretien avec Éric Yaakov Debroise

Éric Yaakov Debroise. Maître en science de l’information de l'Université de Montréal (UdeM), candidat à la maîtrise en histoire de la criminalité et la justice (UdeM) et candidat à la maîtrise en gestion à l'École Nationale d'Administration Publique (ENAP), il publie régulièrement dans le Huffington Post Québec et France et le Times of Israël.

D’Hochelaga-Maisonneuve à Yamachiche ou encore Québec, Wendake, Maskinongé et bien d’autres localités, les sonorités amérindiennes drainent la topographie québécoise. Mais au-delà des résonances amérindienne, française et anglaise, nombre de localités, quartiers et villes résonnent familièrement à l’oreille juive. Matane (cadeau, en hébreu) dans le Bas-Saint-Laurent, Disraeli, Lévis et Zacharie en Chaudière-Appalaches ou encore Amos en Abitibi autant de noms d’origine hébraïque qui interpellent par leur récurrence dans la topographie québécoise. Pour mieux comprendre d’où ces noms d’origine hébraïque proviennent voici un bref retour sur l’histoire du Québec.

En Nouvelle-France Après l’édit de 1627, en Nouvelle-France n’est tolérée que l’immigration catholique jusqu'à la Conquête britannique en 1759. Durant cette période, l’usage de prénoms bibliques est suspicieux pour le clergé catholique. C’est un signe d’accointance avec la croyance des protestants français et une remise en cause –somme toute symboliquede l’autorité ecclésiastique. Pourtant, au cœur de la ville de Québec non loin du Bois-de-Coulonge, se trouve le parc des Plaines d’Abraham. Beaucoup pensent que les Plaines ont été nommées ainsi en l’honneur des Franks, ces juifs britanniques qui aidaient la Couronne britannique dans le ravitaillement des troupes à l’instar des Gradis pour la monarchie française. Il n’en est rien ! Les actes notariés des XVIIe et XVIIIe siècles font déjà référence à la côte d’Abraham. Dans les journaux du Chevalier de Lévis, marquis de Montcalm, il est aussi fait mention des hauteurs d’Abraham. Cette toponymie tire son origine du propriétaire terrien Abraham Martin dit l’Écossais. En face de Québec se trouve la ville de Lévis anciennement orthographiée Lévy. Elle tire son nom de la famille du Marquis de Montcalm, famille française d’ancienne noblesse avec une affiliation Lévite revendiquée. Sont-ils d’origine juive ? Fort probablement non ! Les Lévis commençaient la prière Ave Maria de la manière suivante : « Je vous salue Marie, ma cousine, pleine de grâces… ». La revendication lévite était un moyen pour cette famille de renforcer leur position sociale par l’ancestralité de leur nom et leur proximité supposée avec Jésus de Nazareth. En ce qui concerne Matane, utilisée dès 1603 par Samuel de Champlain, les historiens sont en désaccord sur son origine. De quel dialecte amérindien provient-elle ? Il y a des différends. L’origine la plus populaire vient du micmac mtctan signifiant « vivier de castors ». La supposition juive ne serait qu’une agréable homophonie.

Phare de Matane (Québec) Ne sont exposées ici que quelques anecdotes d’une période où la présence juive était interdite et la culture biblique autre que catholique réprouvée. C’est pourquoi la période des Juifs et la Nouvelle-France est très peu documentée. Rien ne nous permet d’affirmer que la culture juive a pu influencer les colons français de la Nouvelle-France dans leur imaginaire social et encore moins, au point d’influencer grandement la topographie. 44

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ÊTRE JUIF ET QUÉBECOIS

Léa Roback (1903-2000) syndicaliste et féministe juive, peinture murale à l’intersection de l’avenue du Mont-Royal et de la rue Saint-Dominique (Montréal). Artiste : Carlos Oliva. 2014.Source. Ville de Montréal

En 1759, la Conquête permet aux Juifs de normaliser leur présence. Toutefois, la faible importance numérique des Juifs au Canada jusqu'au XIXe siècle ne leur permettra pas non plus d'influencer la topographie d'une population canadienne divisée entre la survivance française et l'affirmation britannique.

La concurrence religieuse entre protestants et catholiques À la fin du XIXe siècle, la démographie francophone est exponentielle, c’est ce que l’on a nommé la Revanche des berceaux. Par une forme de destinée manifeste canadienne-française, l’Église catholique favorise la colonisation des terres du Nord-Québec, de l’Estrie ou encore du Centre-Québec pour faire concurrence aux anglophones protestants. Cette concurrence religieuse transparait dans la topographie. Les protestants utilisent plus favorablement des références bibliques pour nommer leurs paroisses et villages à l’instar du village Disraeli, en l’honneur du Premier ministre du Royaume-Uni Benjamin Disraeli (19ème siècle). Quant aux catholiques, l’augmentation fulgurante du nombre de paroisses les force à faire référence à la martyrologie chrétienne ancienne ou la tradition catholique comme Saint-Zacharie et à de rares exceptions des références bibliques comme Gédeon devenu Saint-Gédéon dans l’appellation chrétienne. Dès lors, la culture juive se diffuse indirectement par les différentes traditions chrétiennes.

Au-delà de la concurrence entre protestants et catholiques, les Juifs font leur place à Montréal. De 1850 aux années 1930, la population juive est en très nette augmentation passant de 450 individus à plus de 50 000. Le yiddish devient la troisième langue en importance à Montréal. De nombreuses institutions juives font leurs apparitions telles que la Jewish Public Library ou le General Jewish Hospital. Cette forte présence juive a influencé certains quartiers montréalais au point que certaines institutions sont aujourd’hui des incontournables dans l’univers montréalais.

Période contemporaine Dans le Québec contemporain, c’est moins la religion ou le poids démographique qui dicte la toponymie que l’influence sociale et culturelle des groupes ethnoculturels. À titre d’exemple, l’homme d’affaires Maurice Pollack (Québec), les Bronfman (Montréal); la féministe Léa Roback (Québec) ou la dramaturge Dora Wasserman (Montréal) autant de noms connus qui ont laissé leur trace au Québec. Par le rayonnement intellectuel et culturel, artistique et social, les Juifs québécois s’enracinent petit à petit dans l’histoire du Québec. Riche d’un patrimoine francophone catholique, anglo-protestant et juif, le Québec gagnerait beaucoup à valoriser ces patrimoines interconnectés à une période où le tourisme des racines (root tourism) gagne en popularité en Amérique du Nord. Cela contribuerait-il à la prise de conscience historique de la diversité québécoise ?

Dans la même période, la ville d’Amos est créée. Ainsi nommée en l’honneur de lady Gouin, née Alice Amos, épouse de sir Lomer Gouin, Premier ministre du Québec 1905 à 1920. MAGAZINE LVS

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ÊTRE JUIF ET QUÉBECOIS

Premiers Juifs de Nouvelle France Par David Bensoussan

Un peu d’Histoire La Nouvelle France était interdite aux non-catholiques. L’histoire d’Esther Brandeau qui se déguisa en mousse pour venir s’y établir en 1738 est bien connue : son identité juive fut démasquée ; elle refusa la conversion au catholicisme et fut rapatriée à Bordeaux en France un an plus tard. Malgré leurs relations commerciales importantes avec la nouvelle France, les armateurs juifs de Bordeaux tout comme les Gradis ne pouvaient légalement y débarquer. Les premiers Juifs arrivèrent au Canada avec l’armée anglaise en 1760. Il faut savoir que l’Angleterre avait expulsé les Juifs en 1290. Ce fut le rabbin Manassé Ben Israël de Hollande qui, en 1656, convainquit Cromwell d’autoriser la présence des Juifs, argumentant que le retour du messie qui devrait s’accompagner du retour des Juifs de tous les pays en Terre promise serait retardé tant qu’il n’y aurait pas de Juifs en Angleterre… Les Juifs de Hollande étaient essentiellement des Juifs portugais dont la plupart avaient fui l’Espagne pour le Portugal ou ils vécurent en marranes avant de s’enfuir en Hollande. Ce furent ces Juifs qui constituèrent le judaïsme britannique depuis le XVIIe siècle et qui fondèrent par la suite plusieurs congrégations hispano-portugaises dans le monde, y compris au Bas-Canada . La première synagogue, la Congrégation hispano-portugaise, fut fondée en 1768 à Montréal et continue d’exister de nos jours. On y fit des sermons en langue portugaise jusqu’au milieu du XIXe siècle. Elle était située à la rue Chénier avant d’être transférée à la rue Stanley puis à la rue St-Kevin . Malgré leur faible importance numérique, un bon nombre de Juifs s’illustrèrent au Bas-Canada. De nombreux documents historiques se trouvent aux archives juives canadiennes Alex Dworkin (anciennement Archives du Congrès juif canadien), au musée McCord ainsi que dans les archives familiales d’Ann Joseph que je tiens à remercier de même que Janice Rosen, directrice des archives Alex Dworkin. Nous citerons ci-dessous des Juifs qui se sont illustrés principalement au Québec. 1 Marrane : Juif converti au catholicisme professant le judaïsme en secret. 2 Après la bataille de Québec en 1763, la Nouvelle-France est incorporée à l’Empire britannique sous

le nom de Province du Québec. En 1791, cette dernière devient colonie du Bas-Canada, le Haut-Canada correspondant à l’Ontario actuel. 3 Voir article de Sharon Gubbay-Helfer «  À la découverte de la plus ancienne synagogue au Canada », LVS Sept.2016 http://lvsmagazine.com/2016/09/a-la-decouverte-de-la-plus

-vieille-synagogue-au-canada/

QUELQUES FIGURES CÉLÈBRES AARON HART

(1724-1800) fut à l’origine de la communauté juive au Canada. Arrivé avec l’armée du général Amherst, il s’installa à Trois-Rivières où il devint marchand et ministre ou responsable des Postes (Postmaster).

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Son fils ÉZÉCHIEL HART (1770-1843) fut élu à Chambre du Bas-Canada (l’Assemblée législative du Bas-Canada) en 1807, mais n’y put siéger, car il refusait de prêter serment sur le Nouveau Testament ce qui était alors obligatoire. Il fut néanmoins réélu et c’est ainsi qu’en 1831, on permit aux Juifs du Bas-Canada d’être légalement éligibles à l’Assemblée législative, une première dans l’histoire de l’Empire britannique. Ce même droit ne sera accordé aux Juifs d’Angleterre que vingtcinq ans plus tard !


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JACOB FRANKS

ABRAHAM JOSEPH

AARON HART DAVID

(1768-1840)

(1815-1886)

(1812-1882)

Entrepreneur, fut marchand de fourrure. Il établit la première scierie industrielle au Canada en 1805.

fut capitaine dans la marine canadienne. Installé dans la ville de Québec, il y développa le trafic maritime. Il fut président de la banque Stadacona, du Debating Club de Québec, membre fondateur de la Bibliothèque de Québec et viceconsul de Belgique au Québec. Il fut également président de la Chambre de commerce de Québec et membre actif dans de nombreuses associations.

fut le premier médecin juif au Canada. Il fut le doyen de la faculté de médecine du collège Bishop à Montréal et secrétaire de l’Association médicale canadienne. Il fut président de la congrégation Shéérith Israël et membre de la société d’histoire et de littérature de Québec.

HENRY JOSEPH (1774/75-1832)

neveu d’Aaron Hart fut un armateur prospère des liaisons transatlantiques et du trafic maritime sur le Saint-Laurent.

JESSÉ JOSEPH

ABRAHAM DE SOLA

(1865-1904)

(1825-1882) rabbin de la congrégation Shéérith Israël, se maria avec Esther, la fille de Henry Joseph. Responsable de l’École juive et fondateur de la société philanthropique juive, il fut professeur de littérature hébraïque et d’espagnol à l’université McGill qui lui décerna un doctorat honorique. Il est l’auteur de nombreux livres en langue anglaise : Inscriptions sinaïques, Numismatique hébraïque, La vie de Shabetai Tsvi, Histoire des Juifs de France, Histoire des Juifs de Pologne et Cosmogonie mosaïque. Il fit imprimer un recueil de prières bilingue (anglais et hébreu) en 6 volumes. Sa renommée fut grande et il fut appelé à dire des mots de sagesse lors de l’inauguration de la Chambre des représentants américaine après la guerre de Sécession en 1872.

fut un industriel et un philanthrope. Il fut président de la Compagnie de télégraphie, de la Compagnie de gaz de Montréal, du tramway de Montréal. Il développa le commerce avec la Belgique et fut nommé Chevalier et médaillé de la Décoration civique par le roi de Belgique. À sa mort, il était président de la congrégation Spanish & Portuguese.

La présence de Juifs originaires du Maroc dans les Amériques remonte au règne tumultueux de Moulay Yazid en 1790. Bien des Juifs allèrent s’établir dans les Caraïbes et en Floride. Trois familles originaires du Maroc vinrent s’établir au Canada au XIXe siècle:

SABAG-MONTEFIORE

ANNETTE PINTO

DAVID CORCOS

s’installa à Montréal (le philanthrope Moses Montefiore n’ayant pas eu d’enfant, légua sa fortune à sa nièce Sarah qui avait épousé Joseph Sabag natif d’Agadir). Lorsque la majorité des Sépharades perdirent leur fortune durant le krach boursier de 1929, ce fut cette famille qui subvint aux besoins de la congrégation Spanish & Portuguese de Montréal.

(1856-1921)

(1872-1926) Le rabbin fut cinéaste et historien. Il fut rabbin de la congrégation Spanish & Portuguese en Jamaïque pendant 10 ans, chantre à la congrégation Shéérith Israel pendant 10 ans à New York avant d’arriver à Montréal. Il fut poète, cinéaste et historien de l’inquisition. On lui attribue la composition de la chanson Bendigamos, chanson fort populaire auprès des Sépharades d’expression judéo-espagnole.

fut la première membre de la branche des Pinto de Mogador qui avait auparavant vécu à La Havane avant de s’installer à Montréal; les descendants de cette famille ont conservé des liens épistoliers et un arbre généalogique impressionnant.

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COUP DE PROJECTEUR SUR NOUS AUTRES

L’historienne Yolande Cohen et le scientifique Yeshoua Benjio Par Sylvie Halpern

Rien de moins que l’Ordre du Québec pour elle, l’Ordre du Canada pour lui! En juin dernier, l’historienne Yolande Cohen et le cerveau de l’intelligence artificielle Yoshua Bengio ont fait briller la communauté montréalaise. Coup de cœur et de fierté assurés pour nous tous1.

Yolande Cohen entourée de Marcel Fournier et de leur fille Sarah Cohen Fournier Elle, elle raffole du couscous sucré; lui, il se gavait de la dafina de sa grand-mère. Elle, elle est née à Meknès; lui, sa famille vient des environs de Tanger. Yolande Cohen a depuis longtemps choisi la réalité des sciences humaines et sociales, Yoshua Bengio virevolte dans le monde de l’abstraction et des algorithmes. À première vue, tout les sépare. Sauf l’essentiel : la passion de leur métier, la force de l’engagement, le besoin d’être utile. « La justice sociale m’a toujours importé, dit Yolande Cohen, je crois que ça me vient de mai 68 : j’ai réagi au traditionalisme ambiant dans lequel ma famille vivait comme les autres au Maroc. À part mon travail de professeur et de chercheuse en histoire (depuis 40 ans à l’UQAM), la politique est mon autre grande passion : j’ai toujours été très engagée – dans les mouvements féministes, écologistes... » Au point d’avoir consacré sa thèse de doctorat, soutenue à Paris, aux mouvements de jeunesse socialistes au tournant du (dernier) siècle. Et, bien des années plus tard, en 1994, d’avoir sérieusement songé à devenir la première mairesse de Montréal. Yoshua Bengio n’a pas eu ces ambitions politiques, mais il est animé des mêmes convictions : « L’important, c’est de travailler à l’avancement de la science, pour l’humanité en général et pas seulement pour le profit de quelques-uns. » Sommité dans son domaine, il a évidemment participé en juin dernier au premier sommet organisé 48

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par l’ONU à Genève pour voir comment les nouvelles technologies de l’intelligence artificielle pourraient contribuer à solutionner la pauvreté et la faim, améliorer la santé, l’éducation, ou la protection de l’environnement. Et que toute la planète en profite… C’est d’ailleurs dans cet esprit que, contrairement à tant d’autres chercheurs attirés par les sirènes du secteur privé – américain –, il préfère rester à l’Université… de Montréal où, depuis 1993, il enseigne au département d’informatique et de recherche opérationnelle, a fondé un institut et est titulaire de deux chaires de recherche. En plus, Yoshua Bengio a cofondé l’an dernier Element AI, une sorte de plaque tournante créée pour faire le pont entre les entrepreneurs, les grandes entreprises et les chercheurs du domaine de l’intelligence artificielle. Avec l’idée de garder et même de rapatrier le talent au Québec et de faire de Montréal une ville-phare dans ce domaine. « À l’université, dit-il, on n’est pas contraint par des objectifs financiers de court terme, on peut voir plus loin et on est son propre patron. Et puis c’est un lieu de débats intellectuels, d’innombrables discussions. C’est enrichissant et c’est important. » Ça l’est d’autant plus quand il s’agit de ces nouveaux outils qui, sans contrôle ou presque, s’immiscent de plus en plus dans nos vies : en battant déjà l’homme aux jeux d’échecs et de go, en s’emparant de nos voitures pour autonomiser leur conduite, en animant des robots qui explorent les eaux profondes ou vont parcourir la lune et qui ressemblent à des humains pour mieux interagir avec eux… Toute une révolution qui pose d’innombrables questions éthiques autant aux chercheurs qu’aux gouvernements : « On a vraiment besoin de sociétés fortes, qui ne vivent pas sous la loi de la jungle, pour s’assurer que ces avancées soient pour le bien de tous, dit Yoshua Bengio. N’importe quelle puissante technologie peut être utilisée à bon ou à mauvais escient et il est nécessaire de l’encadrer. Quand on connaît tout de vous, par exemple, on peut aisément vous manipuler. Et dans le domaine militaire, les robots tueurs, ces armes autonomes capables de sélectionner leurs cibles, me soucient évidemment. » Dans son panthéon philosophique personnel, Yoshua Bengio a placé bien en vue Spinoza. Non pas parce qu’il était juif : « Je lis les auteurs sans tenir compte de leur religion! C’est plutôt parce qu’il a été l'un des premiers philosophes à aborder la démocratie et le sens de la vie, en sortant du schéma classique de la religion et en donnant une place plus importante à la connaissance, à la logique et à la nature. » Tout récemment, il a trouvé « génial » Sapiens, une brève histoire de l’humanité, le best-seller de l’historien israélien Yuval Noah Harari. Pendant que cet été, à son chalet, Yolande Cohen


COUP DE PROJECTEUR SUR NOUS AUTRES

«Yolande Cohen a depuis longtemps choisi la réalité des sciences humaines et sociales, Yoshua Bengio virevolte dans le monde de l’abstraction et des algorithmes. »

se délectait avec 4 3 2 1 – le dernier roman-fleuve de Paul Auster – et avec la biographie d’Einstein. Tout au long de sa vie, des auteurs juifs l’ont accompagnée : Bashevi Singer, Philip Roth… ou de grands historiens comme Saul Friedlander ou Carlo Ginzburg. Plus jeune, elle se souvient avoir été happée par le Guide des égarés de Maimonide, et elle a été imprégnée de ses lectures de Freud et de sa rencontre avec Simone Weil. « Mais quant à dire quelle est la personnalité du monde juif qui m’a le plus marquée, dit-elle, c’est difficile. C’est comme si je découvrais après coup, par hasard, que les gens qui m’inspirent sont juifs. Mais est-ce que c’est vraiment le hasard ? » En juin, la nouvelle chevalière (oui, le titre a été féminisé !) de l’Ordre du Québec a été ravie d’être reconnue par son pays d’adoption le même jour que Gad Elmaleh : « Comme bien du monde, je le trouve génial et c’était un bon compagnonnage! ». Parmi ses nombreux travaux de recherche, Yolande Cohen a beaucoup travaillé sur l’itinéraire des Sépharades, manière pour elle de rester encore attachée au Maroc et à la communauté. Manière intellectuelle : cet automne, avec ses étudiants, elle sort un livre sur le sujet, Les Sépharades du Québec. « La communauté, c’est comme une extension de la famille, surtout en émigration : du coup, pour se préserver dans son puits d’identité, elle a tendance à se refermer sur elle-même. Je sais combien la communauté est une référence essentielle. Aussi bien du côté de mon père que de ma mère, il y a toujours eu des gens très impliqués, soit comme présidents de communauté, soit comme activistes ou rabbins. Et même après avoir quitté le Maroc, à Paris une bonne partie des dirigeants communautaires actuels sont de ma famille… Mais le communautaire, ça peut aussi devenir un ghetto qui vous enferme et moi, c’est ce qui me dérange le plus. »

Si E.T. débarquait de sa soucoupe ici, sans absolument rien connaître des Sépharades, elle lui dirait d’emblée ce qui les caractérise : « Leur ouverture à l’autre et une résilience devant l’adversité. » Mais elle qui, tout comme Yoshua Bengio, est arrivée à Montréal dans les années 70, c’est envers le Québec qu’elle se sent aussi redevable : « Je ne crois pas que j’aurais pu avoir cette carrière ailleurs qu’ici. En France, j’étais déjà passionnée par l’histoire et très tôt, j’ai voulu en faire mon métier. Mais comme étrangère, je ne pouvais pas passer l’agrégation et envisager d’obtenir un poste à l’université. Si j’étais restée à Paris – ce qui ne m’aurait pas déplu, j’étais très parisienne ! –, je me serais sûrement retrouvée dans l’import-export, dans l’entreprise de conserves alimentaires de mon cousin à Rungis. J’y travaillais quand j’étais étudiante et j’étais d’ailleurs assez bonne pour acheter et pour vendre ! Mais quand mes parents ont émigré du Maroc à Montréal en 1974, je les ai vite rejoints. Et très peu de temps après, j’ai eu mon premier poste de chargée de cours à L'Université du Québec à Rimouski. » Quand Yoshua Bengio est arrivé au Québec, lui, il avait 12 ans, adorait la science-fiction, les robots. Et s’est très vite mis à se passionner pour les sciences. C’est leur père, qui était biologiste, qui les a poussés, son frère Samy et lui, à faire de la science. Aujourd’hui, Samy Bengio fait d’ailleurs lui aussi de la recherche en intelligence artificielle, mais en Californie, pour Google… Le temps de s’adapter (vite) au système scolaire québécois à l’école Saint-Luc, de dépasser (un peu plus lentement) le premier choc linguistique (Yoshua Bengio l’a d’ailleurs si bien fait qu’il parle aujourd’hui avec un léger accent québécois!) et de s’essayer (un peu plus laborieusement) au hockey, il s’est vite senti chez lui : « Le Québec pour moi, c’est un lieu où les valeurs de la société sont plus en accord avec les miennes, un endroit où j’ai élevé ma famille, où je me sens bien. » Des rapports fréquents avec la communauté juive de Montréal ? Yoshua Bengio n’en a jamais eu beaucoup. Même si jusqu’à récemment, son père, Carlo Bengio, s’est longtemps occupé de la mise en scène de pièces de théâtre au sein de la communauté sépharade de Montréal. « Mes parents n’étaient pas religieux et mon seul vrai souvenir de fête, ce sont ces repas où le plus jeune de la famille devait poser des questions. » Quant à Yolande Cohen qui, elle non plus, n’a pas reçu une grande éducation religieuse, elle pense avec tendresse à Rosh Hashana : « Parce que contrairement à beaucoup d’autres, c’est une fête de liesse. Pessah aussi c’est triste, même si on s’en sort à la fin avec la mimouna ! » Et à l’occasion, il lui revient à l’esprit un de ces beaux proverbes judéo-arabes que sa grand-mère utilisait souvent. De ces proverbes inimitables comme : « Il vient pour l’embrasser, il l’aveugle ». Comme quoi parfois, malgré les meilleures intentions du monde, on peut faire du mal.

1 Au cours de l’entretien, nos deux interlocuteurs ont répondu aux questions suivantes du « mini questionnaire

à la Proust à la sauce juive et… sépharade » : Parmi tous les textes de la littérature juive, de la Bible en passant par le Talmud jusqu'aux auteurs contemporains, quel est le texte ou l’auteur qui vous inspire et pour quelle raison ? La personnalité du monde juif, tous siècles confondus, qui vous a le plus marqué? Y a-t-il une citation de la culture juive qui vous viendrait à l’esprit ? Quelle est la fête juive qui vous touche particulièrement  ? Le trait de la culture sépharade que vous mettriez en avant ? Après les nourritures spirituelles, les nourritures terrestres... Quel est votre plat préféré de la cuisine juive ? (ndr)

Yeshoua Benjio

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CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE

Entrevue avec la grande romancière israélienne Zeruya Shalev Par Elias Levy

Zeruya Shalev est l’une des plus célèbres écrivaines d’Israël. En 2014, elle a obtenu l’une des plus prestigieuses distinctions décernées par la littérature française, le Prix Fémina étranger, pour son magnifique et bouleversant roman « Ce qui reste de nos vies », publié aux Éditions Gallimard. Elle est la première écrivaine israélienne à avoir obtenu ce prix littéraire francophone fort renommé. Les romans de Zeruya Shalev ont été traduits en vingt et une langues. Née en 1959 au Kibboutz Kinneret, en Galilée, Zeruya Shalev a grandi au sein d’une famille où l’écriture et la littérature étaient grandement valorisées. Son père, Mordehaï Shalev, est un critique littéraire renommé. Son oncle est le poète Itzhak Shalev et son cousin est le célèbre écrivain Meir Shalev. Mariée à l’écrivain Eyal Megged et mère de trois enfants, elle vit depuis ce printemps à Haïfa après avoir vécu à Jérusalem pendant vingt-cinq ans. Dans son nouveau roman, « Douleur », dont la version française, très finement traduite de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, est parue récemment aux Éditions Gallimard, Zeruya Shalev explore de nouveau avec brio ses thèmes de prédilection : la lente déliquescence d’un couple, le passage de l’amour à la haine, la complexité des liens familiaux, les défis de la féminité, les séquelles que le passé laisse sur le corps et l’esprit… Il y a dix ans, Iris a été gravement blessée lors d’un attentat terroriste à Jérusalem. Elle a surmonté peu à peu le profond traumatisme et la grande souffrance physique que ce drame abominable lui a infligés. Mariée à Micky, un époux compréhensif qui l’a toujours protégée, elle mène une vie monotone. Tout bascule le jour où elle reconnaît dans le hall d’un hôpital de Jérusalem le médecin qu’elle est venue consulter, Ethan, le grand amour de sa jeunesse, qui l’avait brutalement quittée lorsqu’elle avait dix-sept ans. Des réminiscences douloureuses rejaillissent alors avec force. Peut-on revivre une passion amoureuse qu’on croyait éteinte? Iris devrait-elle saisir cette seconde chance que la vie lui offre au risque de faire imploser sa famille ? « Douleur » est un roman magnifique. Un récit poignant narré avec une grande maestria littéraire. Entretien avec une figure incontournable de la scène littéraire israélienne.

Les lecteurs et lectrices de vos romans vous reprochent d’écrire des récits « noirs » et « très fatalistes ». Que leur répondez-vous ? Le but de la littérature n’a jamais été d’embellir la vie. Je rappelle souvent à mes lecteurs qui me reprochent que ma vision du monde et de la vie est trop noire que la vie réelle est bien plus lugubre que celle que vivent les personnages de mes romans. Par ailleurs, mon but comme écrivaine n’est pas seulement de dépeindre les difficultés existentielles quotidiennes auxquelles des femmes et des hommes sont confrontés, mais aussi d’explorer le processus de résilience par le biais duquel ces êtres humains aux abois parviennent parfois à se dépêtrer des situations les plus désespérantes. Mais vous ne pouvez pas nier que dans tous vos romans vous projetez une vision sombre et conflictuelle des relations entre les hommes et les femmes. Dans mes romans, les femmes caressent, à tort, l’illusion qu’un homme finira par les sortir de l’abîme noir dans lequel elles se sont engouffrées. À leurs yeux, seul l’amour pourra les sauver. Je prouve le contraire dans mes romans, à savoir que l’amour n’est pas la panacée miracle qui mettra un baume sur leurs souffrances existentielles. L’amour n’est pas systématiquement synonyme de bonheur. Pour moi, l’amour est la grande histoire de la vie. Mais la chose la plus difficile à réussir dans une vie, c’est certainement sa vie de couple. Mes romans regorgent de douleur parce qu’aimer, c’est être exposé à souffrir. L’amour ressemble souvent à une attaque terroriste. La douleur provoquée par une peine d’amour peut être aussi forte et insupportable que la douleur qui afflige un corps meurtri par une attaque terroriste.

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« La chose la plus difficile à réussir dans une vie, c’est sa vie de couple. »

À l’instar de l’héroïne de Douleur, Iris, vous avez été aussi victime d’un attentat terroriste palestinien. Le 29 janvier 2004, à Jérusalem, j’ai été grièvement blessée suite à l’explosion d’un bus — l’attentat a fait onze morts. Ce sinistre matin-là, en revenant à pied de l’école où je venais d’accompagner mon fils, un bus plein à craquer fut pulvérisé à proximité d’où je me trouvais. Pendant six mois, je suis restée cloîtrée dans mon lit. Pendant cette longue période d’inactivité, j’ai cru que je n’allais plus jamais être capable d’écrire. Ma passion pour les mots s’était éteinte. J’étais si traumatisée que je n’arrivais plus à me concentrer. J’étais incapable d’écrire, et même de lire. Après six mois d’intenses douleurs, d’angoisse et de colère, j’ai pris conscience de la fragilité de l’existence d’un être humain. C’est ce qui m’a motivée à me remettre à écrire pour continuer à explorer, par la littérature, non pas la réalité extérieure de la société israélienne, qui est de plus en plus violente, mais la réalité intérieure, celle qui me permet de mieux cerner l’âme humaine, universelle, qui parle de la guerre des sexes et non de la guerre des peuples.


CULTURE JUIVE ET ISRAÉLIENNE Pourtant, en 2014, lors d’une entrevue que vous m’avez accordée à l’occasion de la parution de votre roman Ce qui reste de nos vies, vous m’avez dit que vous n’aborderiez jamais sous un angle romanesque cette douloureuse épreuve de votre vie. Il est vrai que je refusais jusque-là de faire de cet événement tragique que j’ai vécu dans ma chair un objet romanesque. L’explosion de la bombe, qui a grièvement blessé Iris, l’héroïne de Douleur,que je décris dans le premier chapitre du livre, s’est imposée à moi je dirais presque contre ma volonté, tout naturellement. Je réalise à quel point un romancier est totalement l’esclave de ce maître exigeant, et souvent implacable, qu’est l’écriture. Seule celle-ci décide de ce que feront, ou ne feront pas, les personnages d’un roman. L’idée de ce roman germa dans ma tête quand j’ai constaté à quel point plusieurs de mes amis étaient hantés par des événements qu’ils ont vécus dans le passé. Je voulais explorer ce phénomène fascinant. C’est pourquoi j’ai décidé de raconter l’histoire d’une femme quadragénaire, Iris, dont la vie est profondément bouleversée le jour où, après avoir été victime d’un attentat terroriste, elle retrouve par le plus grand des hasards son grand amour de jeunesse, Ethan, médecin spécialisé dans le traitement de la douleur dans un hôpital de Jérusalem. Dépeindre cette scène d’horreur a été un exercice littéraire éprouvant, car j’ai toujours été horripilée par l’idée d’évoquer des épisodes de ma vie dans mes romans. Dans Douleur, vous abordez frontalement la problématique du conflit israélo-palestinien. Pourtant, jusque-là, vous avez toujours dit que l’idée d’introduire des questions politiques dans vos romans vous rebutait. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ? La politique israélienne est tellement omniprésente dans ma vie quotidienne que j’ai toujours essayé d’éviter que celle-ci ne prenne le contrôle de mes livres. En Israël, la politique est un bulldozer impitoyable qui finit par tout écraser. Jusqu’ici, ne pas aborder dans mes livres des sujets politiques, c’était ma façon de protester contre l’atmosphère de guerre et de violence qui a toujours régné en Israël. C’est une situation désespérante que je n’ai jamais voulu transposer dans mes livres. Mais j’ai fini par réaliser à quel point dans la société israélienne vie privée et vie politique sont deux réalités inextricables. C’est pourquoi depuis mon précédent roman, Ce qui reste de nos vies, j’ai introduit quelques éléments narratifs de nature politique. Les personnages de mes livres sont tous victimes des décisions fatales prises par les hommes politiques israéliens et palestiniens.

À aucun moment Iris et sa famille ne blâment le kamikaze qui a perpétré l’attentat terroriste, ni les Palestiniens. Croyez-vous réellement que les Israéliens sont aujourd’hui aussi indulgents envers ceux qui veulent les tuer ? Vous avez raison. Je ne crois pas que la majorité des Israéliens réagiraient de la même manière que la famille d’Iris. Mais, chose certaine, beaucoup d’Israéliens sont fatigués de la politique et de l’interminable conflit qui les oppose aux Palestiniens. Les membres de la famille d’Iris ne ressentent aucune haine envers les Palestiniens. Ils ne blâment pas le terroriste palestinien qui a commis cet attentat, mais seulement eux-mêmes. Face au fatalisme, la colère des victimes israéliennes d’attentats terroristes ne trouve souvent un écho que dans la sphère familiale. Croyez-vous que les femmes israéliennes peuvent jouer un rôle de premier plan dans la recherche de la paix ? Je suis résolument convaincue qu’aujourd’hui les femmes israéliennes et palestiniennes peuvent jouer un rôle important, et déterminant, dans la quête d’une paix réelle et viable entre nos deux peuples qui s’affrontent sans merci depuis plus de cent ans. Depuis trois ans, je suis membre d’un mouvement qui s’appelle « Women Wage Peace ». Celui-ci regroupe des femmes juives et arabes israéliennes ainsi que des femmes palestiniennes vivant à Hébron et à Naplouse. Notre objectif : mettre en avant ce que nous avons en commun et créer un nouveau langage d’empathie mutuelle et de compréhension aux antipodes du langage de haine qui prédomine aujourd’hui dans les sociétés israélienne et palestinienne. En décembre 2016, nous avons organisé une grande marche commune à laquelle ont participé un millier de femmes juives et arabes. C’est un début fort prometteur. Comment envisagez-vous l’avenir d’Israël ? Je crois que nous sommes à la veille de l’éclatement de la troisième Intifada. Les attaques contre des civils israéliens ne cessent de se multiplier. À l’instar de beaucoup d’Israéliens, j’ai de nouveau très peur et suis très angoissée. J’ai surtout peur pour l’avenir de mes enfants. Je suis très critique de la politique de l’actuel gouvernement d’Israël. Mais Israël sera toujours mon pays, mon cauchemar et ma passion. Je n’ai jamais envisagé de vivre ailleurs, même après avoir été sévèrement blessée lors d’un attentat terroriste. Je continuerai à me battre farouchement pour tout ce en quoi je crois profondément. Quitter Israël, ce serait la fin de l’espoir du peuple juif. C’est ce que je ne cesse de répéter tous les jours à mes enfants. Souhaitons-nous des temps meilleurs…

« Israël sera toujours mon pays, mon cauchemar et ma passion. » Zeruya Shalev

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CULTURE SÉPHARADE

El Mazal de los pobres / La chance des pauvres : un roman en jaketia*

ELIE BENCHETRIT

Hebraica Ediciones (Madrid) Par Elie Benchetrit

Un domingo en torno a la fuente Hoy domingo, la lucha de cada semana empezaba de nuevo. Rubén friendo buñuelos y Jola preparando los frojaldes, fijuelas, pastas reales ytortitas saladas y dulces, que habían adquirido tanta fama que hasta lasseñoras del bulevar venían a comprarlas. Jola tenía unas manos de oro yen varias ocasiones la llamaban para cocinar en las fiestas. La mañana iba haciéndose más clara y las mujeres iban llegando poco a poco a la fuente con cubos y cántaros para recoger el agua, ya que lagran mayoría de las casas de aquel barrio no disponían de agua corriente. Todo esto ocurría en un alegre desorden coloreado con dichos, comentarios y un sinfín de maldiciones que iban cayendo como granizo sobre aquel o aquella que no se conformaba con los códigos establecidos, que no tenían nada que envidiar a la ley de la jungla. En torno a la fuente estaban Azigüena Boaicha, reputada por sus maldiciones desde la Fuente Nueva hasta el callejón del Huerco, Rahel Belilti famosa por su ojo preto y que sembraba dolor y discordia en cualquier casa o familia. Se comentaba este respeto que varios hombres y mujeres habían enfermado misteriosamente sin que se pudiera determinar a ciencia cierta el origen del mal y que terminaron su carrera en el cementerio nuevo.

sefarim. Tammo era intima amiga de Jola y se visitaban casi a diario, siempre llevando chismes sobre lo que ocurría en las casas ajenas. Jola siendo cocinera y Tammo costurera, sobra decir que mucho tenían que contar sobre las familias judías o francesas que vivían el bulevar. − No traes buena cara hoy día, amendrá, contame cual es el ma’asé, Jola, así me quedes tú. Seguro que el mal.logrado ma’al.lem del forno te shueó la oriza. Igualito que a mí la semana pasada, no sepas de mal, a la basura fe a parar. Así se los qlee la vida a los del farrán, les venga algo que les badree a todos ellos de una vez, les entre... − Güeno está, Tammo, no es nada de oriza, se trata de algo más importante, cosas de familia, otro baydabber, ya sabes... kahhrás y postemas es lo único que mos traen los hijos. No sepas de mal lo que estoy pasando. En fin más vale no immentar esto, bastante mal ya lo estas pasando con la mehná que le entró a tu marido Naftalí, que el Dió le haga tawil y remedio y que le veas sano y bueno con refuá shelemá ¡amén! Tammo estaba bastante intrigada por el problema de Jola y no pensó ni un solo instante en su marido Naftalí, medio paralizado desde hacía unos meses. A este respecto se comentaba que Rahel le había echado el mal de ojo después de haber tenido una gran discusión con él.

A Rahel la temían todos en la Fuente Nueva, y enfrentarse a ella resultaba una verdadera maldición. El temor que esta buena señora inspiraba a todo el mundo hizo que nunca tuviera necesidad de trabajar, pues cada h cual la traía comida, dulces caseros y hasta a veces dinero, todo ello León Cohén Mesonero Entre dos aguas. Antología de relatosNo había casa judía, para no ser víctima de aquel terrible mal de ojo. y cuentos. 2013. Jacobo Israel Garzón musulmana o cristiana en la Fuente Nueva que no tuviera colgado en Jaquetía, dialecto judeo-español del Norte de Marruecos - Gramática Elemental -. 2013. el umbral una mano de cinco, una herradura de caballo o cualquier otro Alejandro Rubio San Román y Martínez Carro hierbajo o amuleto que se suponía queElena neutralizaba de alguna manera Juan Bautista Diamante y su familia judeoconversa. 2013. el maleficio de tan potente mirada. Rahel, además de todos Novela lostierna agasajos José Cruz Díaz y y dramática de los judíos de Tánger al final de los años cincuenta Rafael Rodríguez Prieto (eds.) y primeros años sesenta del pasado siglo, constituye en si misma un capítulo de la En las fronteras del antisemitismo. Viejos y que se le hacían, tenía en su casa una consulta, igual-la que historia contemporánea descomposición de la antigua ciudad internacional y la nuevosverdadera espacios en la sociedad de Internet. 2014. diáspora judía del moderno Marruecos- y un fino análisis de la lengua utilizada por Jacobo Israel Garzón los judíos tangerinos en las tres clases sociales principales: la clase baja de la un médico, con la diferencia de que ella a sanos en vez de Cuentosenfermaba del destierro. 2014. Fuente Nueva, la clase media de la calle Tetuán y la clase más acomodada del Boulevard Pasteur y del Marshán. José-Ramón López García y Mario curar a enfermos. Completa y penetra más profundamente en la idiosincracia de esa población Martín Gijón (eds.) Últimos títulos de

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que aquel primer esbozo del judaísmo tangerino que fue la obra Juanita Narboni, del desaparecido Ángel Vázquez.

También estaba allí Rahma, la esposa deGermán Haim Bleiberg el cambista, una matrona La rosa negra. 2015. con un fenomenal apetito, que no paraba de ni de día ni de noche Jacobo Israelcomer Garzón Soliman Salom, ese desconocido. 2015. y que no andaba lejos de los ciento treinta kilos. Mónica Manrique Escudero Todas las ganancias Los judíos ante los cambios políticos en España en 1868. 2015. de su desdichado esposo apenas servían para saciar su colosal apeti-

El Mazal de los pobres ELIE BENCHETRIT

Judaísmo y exilio republicano de 1939. 2014.

Etty Corcías Cora. 2015.

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ISBN: 978-84-945152-0-0

Haím-Vidal Séphiha El judeo-español. 2017.

El Mazal de los pobres

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to. Jola, la esposa de Rubén, acaba de llegar acompañada por Hebraica Tammo Ediciones ARCA DE SEFARAD hebraica.davar@gmail.com la costurera, quien además de coser vestidos de señora a domicilio, se dedicaba igualmente a bordar bolsas de tefelimes y fundas para los Jacobo Israel Garzón Lengua y literatura oral del judeo-español de Marruecos o jaquetía. 2017.

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Elie Benchetrit nació en Tánger, fue alumno de la Escuela de la Alianza y del Lycée Regnault. Curso estudios en Relaciones Internacionales en el Instituto de Estudios Políticos de Aix-en-Provence en donde graduó en 1969. Es igualmente titular de un diploma en Estudios Superiores en Ciencias Politícas e Historia moderna del Cercano Oriente de la Universidad de Amsterdam y fue becado del Consejo de las Artes de Canadá en la Universidad de Montreal en 1976 en el marco de un programa de doctorado en Ciencias Políticas. El autor vivió en Francia, Suecia y Holanda y reside desde 1988 en Montreal donde fue durante varios años director de Relaciones públicas de la Comunidad Sefardí de Quebec e igualmente director de la revista La Voix Sépharade.

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* Dialecte judéo-espagnol parlé par les Juifs du nord du Maroc où l’espagnol est prédominant et comprenant des mots et des expressions en hébreu et en arabe.

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« Ce roman est l’aboutissement d’un projet initié il y a plus de 40 ans afin de garder un tant soit peu vivante cette langue vernaculaire, la jaketia, utilisée pendant des siècles par les Juifs du nord du Maroc et dont il ne reste malheureusement que quelques expressions conservées par la première génération de ces familles qui ont quitté le Maroc, il y a plus d’un demi-siècle. Ce récit est également le témoignage, subjectif j’en conviens, d’une époque de ma vie ayant pour décor une ville mythique, Tanger, à un moment charnière de son histoire. Souvenirs d’adolescence, amours de jeunesse, évocation de personnages emblématiques avec également une certaine dose de fiction s’y sont donnés rendez-vous pour relater l’histoire de la vie et de l’exode d’une communauté éparpillée aux quatre coins du monde et qui, contre vents et marées, a tenu à garder vivante la mémoire d’un « paradis perdu ». Le roman a été présenté à Montréal, Madrid et Tel-Aviv, et le sera prochainement à Toronto. » Elie Benchetrit

Un dimanche autour de la fontaine En cette journée de dimanche, la lutte quotidienne reprenait son cours, Réouven faisant frire ses beignets et Jola son épouse confectionnait les crêpes marocaines, fazuelos et gâteaux divers dont la renommée était telle, que même les dames de la haute société tangéroise venaient les acheter. Jola avait des mains en or et il n’était pas rare que l’on fît appel à ses services pour être aux fourneaux lors des nombreuses célébrations communautaires. La clarté du jour s’installait peu à peu sur la place et les femmes arrivaient avec seaux et carafes pour s’approvisionner en eau, car la plupart des foyers de ce quartier ne disposaient pas d’eau courante. Tout ceci se déroulait dans une ambiance désordonnée et bon enfant pimentée de bons mots et de commentaires tranchants, à double sens et parfois des malédictions qui s’abattaient comme de la grêle sur celle qui ne se conformait pas aux codes en usage dans le quartier qui s’apparentaient souvent aux lois de la jungle. Lors de cette journée, se trouvaient autour de la fontaine, Aziguena Boaicha, renommée au quartier pour ses malédictions, Rahel Belilti, fameuse jeteuse de sorts grâce à la puissance de son mauvais œil qui, dit-on, semait douleur et discorde partout où il se posait. La rumeur courait que plusieurs hommes et femmes victimes d’un mal mystérieux dont on ignorait l’origine avaient rejoint précipitamment l’au-delà au grand dam de la médecine. Dans le quartier, tout le monde craignait Rahel et la confronter relevait d’un dangereux défi. La terreur que cette dame ténébreuse inspirait au voisinage avait fait qu’elle n’avait point besoin de travailler pour gagner sa vie. En effet, la plupart de ses voisines lui lui apportaient à manger des plats cuisinés, des gâteaux faits maison et parfois même de l’argent afin d’éviter d’être la prochaine victime de son mauvais œil perfide. Il n’y avait pas dans le quartier de famille juive, musulmane ou chrétienne qui n’accrochait pas sur la porte d’entrée de sa demeure, soit une main de Fatma, soit un fer à cheval et parfois même des herbes dotées de pouvoirs magiques, le tout destiné à neutraliser de quelque manière le maléfice de ce puissant regard. Précisons que Rahel en plus de toutes les offrandes qu’on lui faisait, disposait à son domicile d’un véritable cabinet de consultation à l’instar d’un médecin à la seule différence qu’elle rendait malades ceux qui jouissaient auparavant d’une bonne santé au lieu de soigner les vrais malades.

Rahma, l’épouse de Haïm, le changeur de devises, se trouvait également là ce dimanche. Cette matrone dont le poids dépassait les 130 kilos, avait un appétit hors du commun qui la poussait à manger à tout moment de la journée et parfois même de la nuit. Tous les gains de son malheureux époux étaient à peine suffisants pour satisfaire sa faim insatiable. Jola, l’épouse de Réouven venait d’arriver en compagnie de Tammo la couturière qui, en plus confectionner à domicile les habits pour dames de la haute société, brodait également les bourses pour les téfilim (les phylactères) et les parures pour les sifrés Torah (les rouleaux de la Torah). Tammo et Jola étaient des amies intimes et elles se rendaient visite au quotidien, en colportant les potins et ragots à propos d’autres familles, qu’elles fussent du quartier ou des endroits plus huppés. Jola la cuisinière et Tammo la couturière avaient donc beaucoup de choses à se raconter à propos des familles juives ou françaises qui faisaient appel à leurs services. Jola mon amie, tu n’as pas bonne mine aujourd’hui. Qu’y a-t-il donc ? Quelle est donc la raison de ceci ? Je t’en conjure dis-le moi. Je suis sûre que ce maudit soi-disant maître du four communautaire a laissé ta dafina cuire à grand feu et a fini par la brûler. J’ai eu le même problème la semaine dernière, un vrai désastre elle a fini à la poubelle. Puisse-t-il brûler de tous les feux de l’enfer, qu’il soit maudit à tout jamais ! Arrête Tammo, il ne s’agit nullement de cela, c’est au contraire une tout autre histoire, des problèmes de famille, tu sais ce que cela signifie, des tragédies et des chagrins, c’est le lot de misères que nous procurent nos enfants. Puisses-tu ne pas connaître ce que je vis en ce moment. Il vaut mieux ne pas en parler. Tu as assez de soucis avec la méchante maladie qui affecte ton mari Naftali, puisse l’Éternel lui faire retrouver sa santé amen ! Tammo était assez intriguée par l’attitude de Jola et l’idée ne lui effleura pas un seul instant d’avoir une pensée pour Naftali son époux, à moitié paralysé et dont on murmurait que Rahel lui avait jeté un sort lors d’une altercation qu’elle avait eue avec lui.

Pour toute information concernant l'ouvrage et pour achat, contacter : ebenchetrit@sympatico.ca MAGAZINE LVS

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JUDAÏSME

Chroniques talmudiques au féminin

JANINE ELKOUBY

Entretien avec Janine Elkouby par Sonia Sarah Lipsyc

Janine Elkouby est agrégée de lettres classiques. Elle est l’auteure de trois romans dont Trois femmes et un siècle, édition Le Verger, 2012 qui a obtenu plusieurs prix. Elle a codirigé avec Sonia Sarah Lipsyc, Quand les femmes lisent la Bible, Pardès n° 43, In Press, 2007. Elle était l’un des invités de l’événement Fémina dans le cadre du Festival Sefarad de Montréal en 2008. Elle répond à nos questions au sujet de son dernier livre Chroniques talmudiques au féminin, Éditions L’Harmattan, 2017.

Dans votre précédent et remarqué ouvrage, Chroniques bibliques au féminin, édition Albin Michel, 2013, vous imaginiez ce que différentes femmes de la Bible, Ève, Hagar, Dina, la fille de Jephté ou d’autres, avaient à dire de leurs propres histoires. Dans votre dernier livre Chroniques talmudiques au féminin, vous avez choisi, à propos des femmes du Talmud, une autre modalité d’écriture ? Laquelle et pourquoi ? Dans les Chroniques bibliques au féminin, mon propos était, en effet, de donner la parole aux femmes de la Bible et de leur faire raconter, de leur point de vue, les événements auxquels elles avaient été mêlées ou dont elles avaient été les protagonistes principales. Les héroïnes bibliques sont les personnages d’un texte fondateur, un texte auquel se sont entrelacés, au fil des siècles, des commentaires innombrables, qui l’éclairent et l’enrichissent prodigieusement. J’ai donc, pour évoquer ces femmes, puisé dans le Midrach1, et plus généralement dans les enseignements de la Tora orale, qui comblent merveilleusement les blancs du texte et, ouvrant des perspectives de sens infinies, offrent des éclairages inédits et riches sur ces femmes. Par ailleurs, les héroïnes bibliques sont connues, elles sont, pour beaucoup d’entre elles, très présentes, elles parlent, elles agissent, elles prennent des initiatives, elles ont un caractère souvent bien trempé. Dans les Chroniques talmudiques, l’enjeu était d’une autre nature : je braquais le projecteur sur des personnages en quelque sorte historiques, dont la vie, réelle ou fictive, faisait partie de l’histoire juive. J’ai donc choisi de dialoguer avec les femmes du Talmud, de les interpeller, de les interroger, de nouer avec elles, par-dessus les siècles, une relation faite d’empathie, de questionnements, parfois d’incompréhension. C’est que le « matériau », si je puis dire, est ici très différent. Le Talmud est, ce n’est un secret pour personne, un monde d’hommes. Si l’on excepte les quelques « happy few » que sont Brouria, la femme savante, Yalta, la féministe, ou Rachel, l’épouse de Rabbi Aquiba, la femme indépendante, elles sont le plus souvent inconnues, même du public juif. Peu nombreuses, elles n’ont pas de nom, elles apparaissent au détour de textes brefs et ne retiennent guère l’attention des Sages. J’ai voulu, d’une certaine façon, réparer l’injustice faite à ces femmes, les tirer des oubliettes du temps où elles sont depuis si longtemps ensevelies. En scrutant au plus près les sources talmudiques, j’ai tenté de reconstituer leur univers, de comprendre leur rapport au monde des hommes, de donner vie et expression à leurs sentiments, leurs peines et leurs joies. Je les questionne, j’essaie de m’identifier à elles, j’interprète leurs histoires, j’émets des suppositions quand les réponses se dérobent. Et, interrogeant ces femmes 54

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– et ces hommes – d’un autre temps, j’interroge en fait celles et ceux de notre époque, et je m’affronte à ma propre condition.

Comment avez-vous procédé pour faire votre choix parmi celles qui étaient connues ou d’autres qui, comme vous venez de le relever, ne portent même pas de nom et n’apparaissent que comme fille de, femme de, sœur de, petite fille de ? J’ai d’abord commencé par les femmes connues, ensuite il m’a d’abord fallu partir à la recherche des autres, les inconnues, les méconnues, les sans nom. C’est dans un article de l’Israélienne Hanna Kehat, paru dans le livre collectif Pirqé Imahot 2, publié en 2004 sous la direction de Yaël Michali, que j’ai trouvé mes premières et précieuses références. Puis, de fil en aiguille, au détour d’un texte ou d’un commentaire, j’ai glané d’autres références, et j’ai peu à peu constitué un corpus de textes consistant. Je me suis donc attelée à ces textes : je les ai traduits, je me suis documentée sur le contexte historique et géographique, et… j’ai laissé parler mon imagination et ma sensibilité. Certaines des femmes évoquées dans le Talmud m’ont immédiatement intéressée, je les « voyais », je parvenais sans difficulté à m’identifier à elles : la femme de Rav Reh’oumi (« Pour l’amour d’un rabbin »3), la femme de Rech Laqich (« Une femme entre deux hommes »), Yalta la révoltée (« La colère d’une femme »), par exemple. Pour d’autres, j’ai éprouvé dans un premier temps quelques réticences, qui se sont ensuite dissipées quand j’ai réussi à aller au-delà de la littéralité du texte : cela a été le cas pour la bru de Rabbi Aquiba (« La lampe ») et pour quelques autres. Je me suis limitée à l’évocation de 20 femmes, mais à vrai dire, le choix a été plus aisé que pour les Chroniques bibliques, car l’éventail était plus restreint.

On le sait, les femmes ont été, durant des siècles, et dans leur immense majorité, écartées de l’étude du Talmud, notamment de son versant halachique (discussions autour de la loi juive), comment avez-vous rencontré, et appris à mieux connaître ces figures de femmes dans le Talmud ? La Halakha ou Loi juive et la Aggada, ou ensemble des textes non juridiques, constituent en effet les deux versants du Talmud. L’étude du Talmud, telle qu’elle se pratique dans les yéchivot, les écoles talmudiques, est essentiellement l’étude de la Halakha. La Aggada le plus souvent ne constitue qu’un aspect secondaire du texte


JUDAÏSME

« J’ai voulu, d’une certaine façon, réparer l’injustice faite à ces femmes, les tirer des oubliettes du temps où elles sont depuis si longtemps ensevelies.»

talmudique aux yeux des étudiants. Elle a cependant été réhabilitée vigoureusement par certains auteurs, en particulier par le Maharal de Prague (16e siècle), qui l’interprète de façon symbolique. Cela dit, rien n’empêche quiconque, femme ou homme, d’aller s’intéresser à la Aggada ou à la Halakha d’ailleurs. Si la France est une fois de plus à la traîne, en particulier en ce qui concerne le thème des femmes, il existe en revanche de très nombreux ouvrages en anglais ou en hébreu qui traitent de ce sujet. Outre le livre Pirqé Imahot, déjà évoqué, je citerai A bride for one night, de Ruth Calderon (en anglais). On trouve aussi de nombreux articles sur Internet. Ma quête des femmes du Talmud s’inscrit dans un désir de rendre justice à toutes ces femmes de jadis, nos lointaines ancêtres, qui ont sombré dans l’oubli, et qui sont pourtant, comme le dit le Midrach à propos de Rachel et de Léa, les poutres maîtresses de l’histoire juive !

La galerie de ces portraits de femmes est riche et vous participez à les rendre visibles et à montrer leur apport dans la vie juive. Pouvez-vous nous donner quelques exemples ? Je suis partie des textes talmudiques, comme je l’ai expliqué. Ces textes sont souvent laconiques, ils constituent une ossature; je me suis donc efforcée de donner corps et chair à ces embryons de récits, en décrivant un mariage, une séparation, en exprimant les pensées des personnages. D’autre part, certains d’entre eux m’interpellent, me posent problème : j’intègre alors le questionnement qu’ils induisent dans le dialogue que j’établis avec les femmes que j’évoque. Un exemple : dans « La lampe  », je reprends la brève histoire de la bru de Rabbi Aquiba, qui, à la demande de son mari, passe sa nuit de noces à tenir une lampe pour éclairer la page que son époux étudie. Texte qui m’a tout d’abord choquée : j’ai donc pris le parti d’interroger la jeune femme sur ce qu’elle a pu penser et je lui fais exprimer ainsi mes réticences. « Protestes-tu, dans ton for intérieur, et t’indignes-tu que ton mari, la nuit de ton mariage, t’assigne le rôle de porte-lampe, qu’il fasse de toi, en somme, un simple meuble ? Peut-être penses-tu aussi, en cet instant, à Brouria, la femme de Rabbi Eliezer ? Elle, à coup sûr, n’aurait pas accepté d’être réduite à un porte-lampe. » Puis, dans un second temps, je me suis avisée que « tenir la lampe », loin d’être un geste de soumission, pouvait être lu comme un acte signifiant et valorisant : en lui demandant de l’éclairer tout au long de cette nuit, le jeune mari, ai-je pensé, avait peut-être voulu partager avec sa jeune femme son étude et lui dire que son éclairage lui était nécessaire…

Autre exemple : dans « Une femme si puissante », le Talmud évoque un homme et une femme pieux qui divorcent et se remarient avec de méchants conjoints : la méchante femme fait de son pieux mari un méchant homme; et l’homme méchant devient sous l’influence de sa pieuse femme un juste. « Tout dépend donc de la femme ». Propos ambigu : une femme toute-puissante, et donc une femme seule responsable quand les choses tournent mal. Dans le récit que j’ai construit sur ce texte, c’est la femme elle-même qui met en doute le bien-fondé de ce principe et le nuance. « Cependant, est-il possible, est-il acceptable, t’interroges-tu, de rendre responsable de ce désordre uniquement la femme ?... Et lui, n’a-t-il donc aucune part dans tout ce qui est arrivé ? N’est-il pas trop facile et injuste de faire retomber le poids des événements, bons et mauvais, sur les seules femmes ? »

1 Interprétations rabbiniques portant sur l’aspect narratif et éthique de la Bible (ndr)

regroupées dans des corpus datant de l’Antiquité ou du Moyen Age (ndr comme toutes les notes en bas de page). 2 Littéralement « Maximes des mères » en référence au traité talmudique « Maximes des pères » (Pirqé Avot). 3 Les titres, entre parenthèses, renvoient à l’ouvrage de l’auteure.

Pour lire de bonnes feuilles de cet ouvrage, voir avec l’aimable autorisation de l’auteure, le texte « Une femme entre deux hommes » sur notre site Internet 

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ITINÉRAIRES DE JEUNES SÉPHARADES D'ICI ET D'AILLEURS

Mémoires d’un sous-doué

BERNARD BOHBOT

Par Bernard Bohbot

Bernard Bohbot est étudiant en histoire à l'UQAM. Il est également membre des Amis canadiens de La Paix maintenant.

Difficile de parler de soi quand on n’a rien accompli d’exceptionnel. Je suis né à Montréal, en 1987, de parents nés au Maroc. Rien de très original jusque-là, hormis le fait que mon éducation antiautoritaire et areligieuse m’a rapidement mis en décalage par rapport aux autres Sépharades de mon âge. Je l’ai rapidement ressenti dans les écoles juives où le mécréant que j’étais ne s’est jamais adapté à la dévotion des lieux. Après une adolescence qui s’est éternisée, j’ai poursuivi des études de science politique et d’histoire. Je rédige actuellement un mémoire sur les Juifs soixante-huitards et la question palestinienne à l'UQAM sous la direction de Yolande Cohen. Mon ambition est de comprendre pourquoi ces jeunes Juifs furent si nombreux à avoir souhaité la destruction d’Israël. Pourquoi s’intéresser à eux ? Peut-être est-ce à cause de mon propre passé gauchiste – l’antisionisme en moins. À l’adolescence, j’ai eu la très mauvaise idée de devenir marxiste. À l’époque, l’idée d’une parfaite égalité entre les hommes me subjuguait. Ce fut donc le début d’une longue idylle avec l’extrême gauche qui allait durer jusqu’au tournant de la vingtaine. Et comme la littérature que je consommais émanait essentiellement de cette gauche radicale, j’aurais dû, en toute logique, me retrouver du côté des « alter-juifs » — comme les nomme le penseur Shmuel Trigano—, qui vomissent Israël. Étonnamment, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, je me disais instinctivement (par désir mimétique pour citer le philosophe René Girard) que tous les peuples ont droit à un État. Et dans le cas d’un peuple sans patrie comme les Juifs, je trouvais qu’il était juste qu’il puisse récupérer une partie de sa terre d’origine. Je comprenais toutefois que les Palestiniens aient refusé d’être les seuls à devoir sacrifier une partie de leur terre pour permettre aux Juifs d’en avoir une. Le monde est ainsi fait que rares sont les conflits où toute la justice se trouve d’un seul côté. Heureusement d’ailleurs ! Néanmoins, alors que je voyais le partage de la Palestine comme une redistribution des richesses, mes « camarades » de gauche y voyaient une injustice coloniale. Au début des années 2000, je pouvais encore fermer les yeux sur ce différend, car, grâce aux Accords d’Oslo, la gauche radicale avait fini par accepter (sans enthousiasme) l’existence d’Israël comme un fait accompli. Mais avec la montée à gauche du mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) qui réclame la destruction d’Israël, c’en était trop. J’ai alors définitivement rompu avec cette ultragauche qui avait pourtant forgé mon identité. 56

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Mon sionisme ne découle donc pas du récit biblique qui aurait conféré aux Juifs un quelconque droit divin sur la Terre d’Israël. Quant à l’argument de l’ancien propriétaire, invoqué par certains, pour récupérer la totalité du territoire sans en laisser la moindre parcelle aux Palestiniens, il est tout aussi irrecevable sur un plan universaliste. Mon sionisme découle plutôt de l’idée selon laquelle tous les peuples ont droit à l’autodétermination (en particulier un peuple persécuté comme l’étaient les Juifs). Mais si ce droit est universel me disais-je, il s’applique également aux Palestiniens. Ainsi, en défendant le droit des deux peuples à disposer d’eux-mêmes, je me suis retrouvé tout naturellement du côté des sionistes de gauche. J’ai finalement rejoint la section montréalaise des Amis canadiens de La Paix maintenant (la branche canadienne du mouvement israélien Shalom Akhshav) créee par le Dr Frank Guttman, ancien chef de service de l’Hôpital de Montréal pour enfants. Je sais bien que mon parcours est atypique. Je sais fort bien aussi que nombreux sont ceux qui acceptent mal la critique à l’encontre de la droite israélienne. Ils ont tort. La gauche sioniste reste la meilleure ambassadrice d’Israël. Je ne surprendrai personne en disant que le mouvement BDS a acquis une notoriété inégalée dans les campus universitaires et au sein de l’intelligentsia. Pour citer l’universitaire israélien Denis Charbit, l’antisionisme est aujourd’hui un véritable « code culturel ». Cela m’inquiète au plus haut point. Les étudiants d’aujourd’hui seront les leaders de demain. Et malheureusement, ils sont nombreux à avoir assimilé l’idée selon laquelle le sionisme relève du délit d’opinion. Les seuls qui disposent encore d’une réelle crédibilité pour défendre l’existence d’Israël sont les sionistes de gauche, en raison de notre engagement contre la colonisation de la Cisjordanie. Que les sceptiques se rassurent. Je n’ignore pas que les Palestiniens sont eux aussi largement responsables de la persistance du conflit. Il n’y a qu’à penser à leur rejet du plan de paix de Kerry en 2014 pour s’en convaincre1. Mais faut-il pour autant poursuivre la colonisation de la Cisjordanie alors même que 85 % des généraux retraités de Tsahal regroupés autour du CIS (Commanders for Israel’s Security) s’y opposent 2? L’irrédentisme et le messianisme mènent Israël à sa perte. Plus que jamais, il faut renouer avec les idéaux généreux de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme !

1 http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.794292 2 http://www.peacenowcanada.org/michael-koplow-at-congregation-darchei-noam-

toronto-may-16-2017-transcript-of-speech/


MONDE JUIF

« Patrie, c’est fini ! » pour les Juifs de Turquie

ELIE GERSON

Par Elie Gerson

Né à Istanbul. Elie Gerson, journaliste Web, a été correspondant en France pour le journal Shalom (Turquie) de 1980 à 1982. Membre fondateur et ancien responsable d’antenne de Radio Judaïca à Strasbourg, il a été également collaborateur du journal en ligne ProcheOrient.info de 2002 à 2006. Il est actuellement Web éditeur d’un Media Watch sur la Turquie.

Les manifestations violentes des groupuscules ultras islamonationalistes turcs devant les synagogues de Neve Shalom et d’Ahrida (l’une des plus anciennes synagogues d’Istanbul) du 20 et 22 juillet dernier, sont, sans doute, un tournant dans l’histoire de cette communauté juive de Turquie qui est l’une des rares survivantes du monde arabo-musulman. On ne sait pas réellement combien il y a de Juifs aujourd’hui en Turquie. Les responsables communautaires annoncent entre 15 000 et 17 000 alors qu’ils étaient 77 000 en 1945 et 46 000 en 1948, année de la fondation de l’État d’Israël. Ils sont de moins en moins nombreux au fil des ans. Pas loin de la célèbre Tour de Galata, ancien quartier juif, les assaillants ont tenté de défoncer la porte d’entrée et jeté des pierres devant la synagogue de Neve Shalom. Ensuite ils ont déclaré : « Si vous empêchez notre liberté de culte, nous empêcherons votre liberté de culte ici ». Pourtant les synagogues, prises pour cible par les islamistes et autres terroristes en Turquie par le passé, sont sous l’étroite surveillance des forces de l’ordre. Le 6 septembre 1986, un shabbat, 22 personnes ont été tuées par les hommes du Palestinien Abou Nidal à Neve Shalom. Le 1er mars 1992, le Hezbollah libanais a échoué dans sa tentative, une attaque à la grenade, déjouée par le personnel de sécurité. Mais le 16 novembre 2003, deux voitures piégées, déposées par Al-Qaïda, explosent devant la synagogue Neve Shalom, puis quelques minutes plus tard devant la synagogue Beth Israël. Cette double attaque fait 23 morts. La « menace » des islamo-nationalistes visait la décision prise par Israël concernant la mise en place de détecteurs de métaux, après un attentat terroriste meurtrier, à l’entrée du Mont du Temple, aussi connu pour les musulmans sous le nom de Haram al-Sharif. Les autorités turques ont sans doute fermé les yeux en voulant donner un avertissement aux « Juifs du monde entier ». La Turquie a été l’un des plus fervents opposants aux détecteurs de métaux. Un porte-parole du gouvernement a affirmé les jours précédant les manifestations que ces installations étaient un « crime contre l’humanité » (!). Le 21 juillet des milliers de Turcs répondant à l’appel de l’ONG turque IHH, se sont rassemblés sur la place Beyazit pour affirmer « leur soutien à la mosquée al-Aqsa ». Pour mémoire, l’IHH est l’organisateur de l'expédition dramatique de Mavi Marmara, l’incident de la flottille de 2010 au cours duquel des activistes propalestiniens et des troupes de l’armée israélienne s’étaient affrontés à bord du navire Mavi Marmara qui faisait cap vers Gaza. Depuis 2009, Erdogan a dévoilé au grand jour une rhétorique anti-israélienne dont il fait l’un des axes essentiels de sa politique. Ce n’est plus seulement Israël et sa politique à l’égard des Palestiniens

qu’il dénonce, mais aussi le « lobby juif » ou la « diaspora juive ». À chaque fois qu’il se trouve dans une position délicate, Erdogan réagit en s’en prenant à Israël ou en invoquant un supposé complot du « lobby juif ». De cette façon, il détourne l’attention et adopte une tactique plutôt payante en termes de popularité dans le monde musulman, au risque d’un amalgame dangereux. Récemment, le Qatar, en crise avec les autres pays du Golfe, s’est trouvé soumis à une pression extrême. La Turquie d’Erdogan, qui est sur la même ligne que le Qatar pour ce qui concerne les Frères musulmans et le Hamas s’efforce de soutenir celui-ci. Erdogan a appelé les musulmans à venir en Israël pour « protéger » la mosquée Al-Aqsa après l’installation de détecteurs de métaux. « Dans la mesure où la Mecque est une moitié de notre cœur et que Médine est l’autre moitié, avec al-Quds tel un drap en gaze légère posé sur eux, nous devons défendre ensemble al-Quds (nom arabe de Jérusalem ndr). Défendons al-Quds comme si nous défendions la Mecque et Médine », a-t-il dit aux membres de son parti de l’AKP durant une réunion du Parlement à Ankara. C’est dans cette logique des « guerres de religions » que se placent les « incidents » qu’ont laissé faire les autorités turques devant les synagogues d’Istanbul. « Le danger de dérapage comme lors des pogroms du 6 et 7 Septembre 1955 est réel »1, s’inquiétait l’éminent journaliste Murat Yetkin dans sa chronique du 21 juillet dans le quotidien Hürriyet. À Istanbul, le consul général d’Espagne, Pablo Benavides, reçoit en moyenne dix candidats par jour. 2 600 juifs turcs ont entrepris des démarches, dont beaucoup avant même la promulgation de cette loi. Les juifs de Turquie ont conscience du danger. Malgré leur attachement à leur pays, « Patrie, c’est fini ! » pensent-ils. « Plus que jamais tous ont en poche un visa en cours de validité : pour les États-Unis, l’Espagne, l’Italie ou Israël... Malgré cela, ils sont encore nombreux à vouloir minimiser les risques », souligne la journaliste Ariane Bonzon et d’ajouter : Nora Seni (historienne française d’origine juive stambouliote) confirme mon impression. Elle a, me dit-elle, sa petite idée sur le pourquoi de cette tendance à minorer : « Les Turcs n’ont pas vécu la Shoah; ils ne sont pas vraiment sensibles aux signes avant-coureurs du totalitarisme... »2. 1 Pogroms contre les communautés grecques, juives et arméniennes ayant entraîné

la mort d’une douzaine de personnes.

2 Voir « Être juif en Turquie », Slate, 06.08.2013

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Une (si belle) histoire d’amour israélienne Par Sylvie Halpern

Le FCIM (Festival du Cinéma Israélien) a 12 ans et il vient de sauter dans la cour des grands ! À la plus grande joie de ses bénévoles, fous de cinéma et d’Israël, qui travaillent dans l’ombre pour faire de cet incontournable rendez-vous de la communauté un événement de plus en plus remarqué de la scène culturelle montréalaise. À l’été 2016, quand Montréal barbotait dans ses piscines, Chantal Buzaglo a oublié qu’elle avait pris sa retraite d’enseignante en mathématiques et s’est sérieusement mise au travail. Elle a plongé dans les nombreux sites des festivals de cinéma israélien du continent – New York, Atlanta, Miami… il y en a quasiment un dans chaque ville ! Elle a visionné toutes les bandes-annonces, cherché le maximum de détails sur les plus récents films. Et est revenue avec 60 titres vers le comité organisateur du Festival du cinéma israélien de Montréal (FCIM) qui, après moult discussions, en a retenu la moitié. Pendant des mois, chacun est parti les regarder de son côté, a donné ses notes et fait son tri, pour en arriver à la sélection finale des 13 films qui ont été présentés en juin dernier. « On voulait montrer le meilleur de ce qui se fait en Israël, dit-elle, atteindre un bon équilibre entre les sujets sociaux et les divertissements, les longs-métrages et les documentaires. » Mission largement accomplie : de l’avis de tous, le FCIM cuvée 2017 a été magnifique. Et quand les écrans se sont éteints au bout de deux semaines haletantes, on avait tous envie de hurler, comme le petit bonhomme vert des galas Juste pour rire : « Maman, c’est fini ! » Bien sûr, ils ont bénéficié de la logistique indispensable de la CSUQ et Daniel Amar, son directeur, n’a pas manqué une seule réunion. Mais il faut souligner le travail remarquable du comité organisateur, tous des bénévoles. Outre Chantal Buzaglo, nous avons rencontré son mari Gérard enseignant à Polytechnique et Georgette Bensimon, la sœur de Jacques Bensimon qui dirigeait l’ONF (Office national du film du Canada), une sympathique dame qui est, entre autres, guide au musée de l’Holocauste et les a rejoints à l’automne. « Ça prend énormément de temps, reconnaît Chantal Buzaglo. Les deux derniers mois, j’ai bien consacré 10 à 15 heures par jour au festival. Mais j’adore le cinéma et j’ai eu de tels coups de cœur ! » À commencer par Past Life (l’histoire vraie de deux sœurs qui tentent d’élucider le mystère entourant le passé de leur père pendant la Seconde Guerre mondiale) et par The Wedding Plan (ou comment, faute de fiancé, préparer seule son mariage, en comptant jusqu’au bout sur l’aide de Dieu pour découvrir l’élu de son cœur), les deux films qui ont été présentés en séances d’ouverture et de clôture. « Nous ne sommes pas des professionnels, dit Gérard Buzaglo, mais nous y avons mis tout notre cœur. » Quitte à avoir de ces coups 58

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de sang qui ne sont que routine pour les producteurs d’événements chevronnés, mais pas pour les néophytes mathématiciens ! Par exemple avec A quiet Heart (où la musique agit comme rempart contre le fanatisme). Quelques jours avant sa diffusion, l’équipe apprend que ses deux versions française et anglaise souffrent d’un problème technique. « La panique ! raconte Gérard Buzaglo, en en riant maintenant. D’autant plus que le réalisateur Eitan Anner venait spécialement d’Israël pour la projection ! J’ai filé dans l’Est pour les faire réparer, mais ça ne marchait toujours pas. J’ai téléphoné je ne sais pas combien de fois en Israël en pleine nuit, mais il leur fallait trop de temps. Finalement, tout s’est réglé à midi, le jour même de leur diffusion : la copie anglaise est arrivée de New York et la française de Paris ! » Pourquoi tous ces tsoures (ces soucis, ces emmerdes, comme les chante Aznavour) ? « Faire un film, c’est comme mettre un bébé au monde! Moi, j’ai un profond respect pour les réalisateurs », dit Georgette Bensimon, qui a une prédilection pour les documentaires et se définit comme une ardente sioniste : « J’ai été très émue de voir des grands-parents regarder Ben-Gurion (un documentaire consacré à la vie du tout premier Premier ministre de l’État hébreu) avec leurs petits-enfants. Et je ne suis pas prête d’oublier Mr Gaga (le film consacré à Ohad Naharin, le directeur artistique de la Batsheva Dance Company, qui a d’ailleurs travaillé avec les Grands Ballets canadiens). Le qualificatif d’israélien a hélas trop souvent une connotation sulfureuse au Québec, c’est important de faire connaître toute la richesse et la diversité de leur cinéma. Et je crois que cette année, on a amené le FCIM à un autre niveau ». En respectant le budget en dégageant même un profit, en multipliant les commandites, en le mettant sur la map et en concevant pour la première fois tout depuis Montréal. « Ils ont gagné leur pari », dit Robert Abitbol qui était directeur de la CSUQ et se souvient, il y a 12 ans, quand Brigitte Danino, responsable de la culture, est entrée un jour dans son bureau : « On suit tout ce qui se crée en Israël. On a du théâtre, de la musique, des arts plastiques, de la danse… Et le cinéma ? Pourquoi pas un festival du cinéma israélien à Montréal ? » L’idée, séduisante, a vite fait son chemin : « le cinéma israélien prenait son envol et intéresserait sûrement les 25 000 Juifs francophones de Montréal. Alors un partenariat a été développé avec le Festival de Paris : ici, les bénévoles n’étaient pas du tout experts en cinéma et là-bas, ils avaient déjà fait tout le travail. » Du coup, pendant des années le FCIM a tenu tout entier dans une valise déposée sur un tapis roulant à Roissy, direction Dorval. Copie conforme du Festival du cinéma israélien de Paris, il arrivait


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VIE COMMUNAUTAIRE

Daniel Amar, Dolly Mergui, Ziv Nevo Kulman, Consul général d'Israël à Montréal, Gérard et Chantal Buzaglo, Michel Zgarka, Georgette Bensimon, Sam Edery

de « métropole », ficelé et programmé, prêt à l’emploi. Sauf qu’au change, le dollar ne tient pas toujours la route face à l’euro. Et puis, les années passant, le décalage s’est fait de plus en plus sentir : Montréal n’est pas Paris, les sensibilités et les intérêts du public ne sont pas nécessairement les mêmes. « Il fallait développer une programmation qui nous ressemble et qui, du coup, nous permette d’attirer d’autres Québécois ». C’est là que le FCIM a pris son indépendance, quand les Dolly Mergui (la présidente sortante qui a encore été très présente cette année), Maurice Chalom (et déjà Chantal et Gérard Buzaglo qui les ont rejoints il y a trois ans) ont rapatrié le choix des films au Québec. Mais jusqu’à présent, cette première esquisse était envoyée à une fondation britannique qui vérifiait si les versions sous-titrées – en anglais et, surtout, en français – de chaque film retenu étaient disponibles. Cette année, par souci d’autonomie et d’économie, c’est le mini-comité montréalais du FCIM qui a tout pris en main et contacté directement producteurs et réalisateurs.

Le FCIM est le seul festival de films israélien d’Amérique du Nord à présenter des films sous-titrés. Mais depuis peu, il a élargi son offre en présentant également sa programmation sous-titrée en anglais. D’ailleurs, le public anglophone est au rendez-vous et vient plus nombreux que le public francophone. Le défi de cette année était donc d’attirer plus de francophones. Un maximum de Québécois francophones. Objectif atteint. Cette année, les films ont attiré de 120 à 150 spectateurs francophones par séance et les Québécois hors communauté n’ont pas été en reste. Car la force du mini-comité du FCIM, c’est d’avoir su chercher de l’expertise – toujours gratuite – au bon endroit. À l’instar de Sam Édery ou du journaliste Charles Barchechat qui, grâce à son carnet d’adresses et son inimitable port de voix, a été depuis mars le héraut de l’événement dans une ville qui déborde pourtant de festivals : « Le FCIM montre une autre image d’Israël que celle qu’on véhicule habituellement, alors je me suis fait un bonheur de le mousser. Et moi-même, j’y ai découvert des côtés que je ne connaissais pas, comme la communauté gay (par le documentaire Who’s Gonna Love Me Now ?) ou l’univers de la mafia (dans Our Father, dont le principal protagoniste, Moris Cohen, a d’ailleurs gagné le prix du meilleur acteur). » Mais l’une des grandes recrues du FCIM cette année, c’est le producteur de cinéma, de séries télévisées et de films d’animation, Michel Zgarka : « C’est la première fois que je participe à un événement communautaire et je ne suis même pas Sépharade, dit-il. Mais j’ai accepté avec plaisir, à condition de faire sortir le FCIM de la communauté. »

C’est comme ça que ce printemps, le Festival du cinéma israélien a vraiment fleuri dans Montréal. Fini les marges, Ville Saint-Laurent ou le cinéma du Parc ! C’est en plein cœur du centre-ville que, grâce à un solide travail de communication fait par Katia Dahan, il a établi ses quartiers au Forum et au Quartier latin. « Il y a des similitudes entre les cinémas québécois et israélien, dit Michel Zgarka, peu de financement, un tout petit marché… J’espère que le FCIM va de plus en plus faire partie des festivals qu’il faut suivre. » Pour dérouler le tapis rouge, le producteur a même eu l’idée de créer un jury, dont les membres sont majoritairement en dehors de la communauté et il a demandé à Laurent Zeitoun (le producteur des Intouchables) de le présider. Du coup, des gens qui comptent à Montréal ont découvert une filmographie qu’ils ne connaissaient pas. Comme Nathalie McNeil, la directrice du Festival international du Film sur l’Art, qui a adoré l’expérience et a été emballée par Bar Bahar, le film qui a remporté – on est au Québec ! – le premier Lys d’or au monde : « Un premier film courageux sur trois jeunes Israéliennes arabes et un film de femme. Ce festival est vraiment le signe d’un décloisonnement culturel, d’une ouverture aux autres, dans les deux sens. C’est sûr, je vais continuer à le suivre. » Nous tous aussi !

Public du FCIM

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L’AJOE, Association des Juifs originaires d’Égypte, active et passionnée Chargée de rédiger un article sur l’AJOE, en ce 5 juillet, je ne m’attendais pas à trouver des membres d’une association aussi nombreux et surtout si passionnés et volubiles au sujet de l’existence de leur groupe, de leur histoire, de celle de leurs parents et de leur exode. Exode… pour ne pas dire carrément expulsion d’une terre qu’ils portent dans leur cœur. Irène Buenavida le déclare elle-même : « On a quitté l’Égypte, mais l’Égypte ne nous a jamais quittés ». En effet, alors que cette communauté comptait près de 80 000 personnes en 1922, il ne restait plus en 2012 que 75 Juifs en Égypte. L’AJOE a été fondée en 2002 par Irène Buenavida, sa première présidente, et parmi ses initiateurs : Benjamin Melamed, Mireille Galanti, Adèle Mardoche, Moshé Sadeh, Asher Cohen. L’association compte actuellement environ 500 familles. Ses objectifs ? Réunir tous les Juifs égyptiens résidant au Canada, reconstituer le patrimoine, se souvenir de l’exode, transmettre l’héritage à la jeune génération et surtout… ne pas oublier l’Égypte, la terre où ils sont nés. Outre ses réunions épisodiques, l’AJOE mène durant l’année différentes activités qui réunissent jusqu’à 200 personnes. Ainsi, deux ou trois conférences thématisées comprennent des groupes de discussion sur différents sujets et des rencontres avec des auteurs présentant leurs livres, leurs films ou leurs créations. D’ailleurs, la culture fait intrinsèquement partie du groupe qui compte dans ses rangs plusieurs écrivains. Cet après-midi-là, trois d’entre eux participaient à la réunion. C’est ainsi que j’ai découvert et que vous pourriez découvrir : 42 Keys to the Second Exodus écrit par Vivianne M. Schinasi-Silver publié en 2007 et Montreal’s Other Museums de Rachelle Alkallay, paru en 2013 et Départ sans retour écrit par Irène Buenavida, un livre lancé en septembre 2015. J’ai donc rencontré ce jour-là Roland Harari, Rachelle Alkallay, Vivianne Schinasi-Silver, Esther Dana Weber, Albert Herscovitch, Eddy Cohen, Albert Hamaoui, et les coprésidentes de l’AJOE Rose Simon-Schwartz et Irène Buenavida. Sabine Malka, collaboratrice de la CSUQ était aussi invitée puisqu’elle s’occupe pour l’AJOE de la logistique, de la publicité et de toute l’information en lien avec leurs activités.

Un passé millénaire L’histoire des Juifs d’Égypte s’étend sur plusieurs siècles, d’ailleurs Albert Herscovitch souligne : « Quand Moïse est sorti d’Égypte, seulement 25 % des Juifs l’ont suivi ». Les autres sont restés, se sont fort probablement intégrés à la population et ont certainement contribué à l’évolution et à la culture de ce pays. Ainsi, de nos jours même si la communauté a été complètement ou presque effacée, cinquante-deux synagogues existent encore au Caire et une autre à Alexandrie. Elles sont maintenant toutes fermées, à l’exception de trois d’entre elles que les Égyptiens ont conservées en tant que musées. La communauté ne compte plus là-bas en Égypte qu’un homme et trois ou quatre femmes. Ceux qui sont sortis sans espoir de retour ont essayé à maintes reprises de récupérer sinon leurs biens, du moins les actes officiels de leur présence en Égypte (actes de naissance, 60

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de mariage, etc.), mais les autorités les leur ont toujours refusé. Même les objets cultuels sont restés là. La communauté juive égyptienne comprenait des Ashkénazes, des Sépharades, et même des Karaïtes. C’est ainsi que la plupart des membres du groupe ont tous des origines diverses, et que leurs parents leur ont donné, par une intuition probable ou mesure de sécurité éventuelle, une double nationalité : italienne, turque, grecque ou autre.

1948 – 1956 – 1967 – 1973 Ces quatre années sont de véritables jalons dans l’histoire de l’exode des Juifs égyptiens. Paradoxalement, lorsque le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame la naissance de l’État d’Israël, c’est le déclin de la communauté juive égyptienne qui s’amorce et qui se poursuivra après le coup d’État et la prise du pouvoir de Nasser en 1952. Les premiers signes de l’exode se font sentir et leurs difficultés ne font que commencer. La crise du canal de Suez en 1956, le conflit entre l’Égypte qui avait nationalisé le canal et l’alliance secrète formée par la France, le Royaume-Uni et Israël accentuera le rejet qui peu à peu s’installe. La guerre des Six Jours en juin 1967 et la guerre du Kippour en 1973 sont autant d’événements qui s’ajoutent et condamnent les Juifs à s’en aller. Ainsi la bonne entente qui régnait dans la population égyptienne, peu importe la religion, s’effrite au fil de ces quatre événements marquants. Dorénavant, la complicité n’existe plus, les relations sont loin d’être tendres. Tous racontent chacun à leur tour des épisodes émouvants et relatent leurs départs angoissants vers des ailleurs incertains, incluant souvent des séparations familiales déchirantes : l’Italie, la France, Israël, plus tard les États-Unis et le Canada. La police frappait aux portes en pleine nuit, internait les hommes pendant des mois, voire des années sous prétexte qu’ils étaient sionistes. Tous étaient « invités » à quitter l’Égypte en laissant tous leurs biens derrière eux, avec 25 livres égyptiennes (environ 25 $ canadiens) en poche qui ne leur servaient absolument à rien une fois arrivés ailleurs. Sur leurs passeports, le fatidique tampon « Départ sans retour » (devenu l’intitulé du livre d’Irène Buenavida) était apposé, leur fermant à jamais les portes.

Vers un avenir meilleur Comme le dit Albert Hamaoui : « Bien sûr on se rappelle de l’Égypte, de notre exode généralement en bateau avec nos maigres effets, mais ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que peu importe où nous sommes arrivés, en Israël, en France, aux États-Unis, au Canada ou ailleurs, nous nous sommes tous reconstruits. » L’AJOE fait partie des plus importantes associations de Juifs originaires de pays arabes et participe à tous les événements internationaux traitant de ce sujet, notamment aux États-Unis, au Canada, en France et en Israël. Elle est très présente lors de « la journée commémorative des réfugiés juifs des pays arabes et d’Iran » que la CSUQ (communauté Sépharade Unifiée du Québec) commémore tous les ans en novembre depuis qu’elle a été instituée par l’État d’Israël en 2014.


DÉCOUVRIR LES BÉNÉVOLES, PROFESSIONNELS ET CONSTITUANTES DE LA CSUQ

VIE COMMUNAUTAIRE

Sabine Malka,

professionnalisme, polyvalence et sourire unique Par Sylvie Halpern

Native de Paris où elle a terminé ses études universitaires en commerce, communication et relations de presse, Sabine est depuis 10 ans le point de contact de la CSUQ. Quel que soit le renseignement que vous cherchez, elle saura toujours répondre aimablement à vos questions. Si son poste la dit « Coordonnatrice des collectes de fonds », elle est surtout polyvalente et multitâches : la logistique est son point fort. Dès qu’une soirée ou un gala doit s’organiser pour une collecte de fonds, Sabine est là pour penser aux moindres détails : repas, organisation de la salle, matériel, décor, sans oublier le bien-être des bénévoles.

Passionnée, elle déclare elle-même : « Les événements que j’organise pour des collectes de fonds afin que l’argent soit distribué pour des enfants orphelins ou issus de familles nécessiteuses en Israël sont un bienfait unique qui me procure une joie et une satisfaction énorme. » Parmi ses nombreuses autres tâches, Sabine assure la vente de pages publicitaires pour le LVS, coordonne chaque année le déroulement de la Mission de solidarité avec Marcel Elbaz, son président. Elle est aussi chargée de projet dans l’organisation pour le Festival Sefarad de Montréal et s’occupe notamment du contact avec les artistes.

Éric Choukroun,

dynamisme et dévouement au service des enfants et des jeunes Par Sylvie Halpern

Directeur du département jeunesse de la CSUQ, Éric a de l’énergie à revendre et des idées plein la tête pour occuper les bambins et les plus grands pendant leurs congés. Vous cherchez Éric ? Vous devrez attendre un peu. Il est probablement sous une tente dans le Nord, occupé à coordonner les moniteurs, le matériel et les activités du camp en cours. Ou bien parti sur la route pour dénicher la nouvelle sortie originale et dynamique qui saura ravir et passionner vos enfants. Réalisateur communautaire hors pair et énergique, il met sur pied et assure la réussite des camps Benyamin pour les 5 à 14 ans (qui ont eu lieu cette année du 26 juin au

11 août), du voyage Yahad en Israël pour les 15 à 17 ans (qui a eu lieu cette année du 21 juin au 10 juillet), la semaine de relâche scolaire en février et de bien d’autres activités. Mais il coordonne également le Camp Kif Kef, une semaine d’activités au rythme effréné pour les 8 à 16 ans. Durant ce séjour, tous les moyens sont bons et toutes les idées bienvenues pour que le séjour des jeunes soit mémorable : soirées animées, jeux de lumière, feux d’artifice… l’ambiance est à la fête et Éric déploie toute son énergie pour donner à vos enfants des souvenirs extraordinaires.

Toute l'équipe de la CSUQ se fait un plaisir d'être à vos côtés, tous les jours, en tout temps.

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SEPTEMBRE 2017

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par Sonia Sarah Lipsyc

Qu’est-ce qui vous a poussé à venir au Canada ? Après plusieurs périodes de vie au Québec, notamment en concert aux côtés de Catherine Lara pour la chanson « La Craie dans l’encrier » enregistrée en duo un an auparavant en Angleterre, en 1974, j’ai eu le plaisir d’être en première partie du groupe légendaire Harmonium au Centre Paul Sauvé. Dès le milieu des années 80, j’ai eu le bonheur d’être interprété maintes fois par des artistes talentueux québécois, tels que Martine St-Clair, René Simard et sans oublier Mario Pelchat pour qui j’ai beaucoup d’amitié. Il était donc grand temps pour moi de répondre à l’offre de M. Patrick Levy, de découvrir enfin le fameux Olympia de Montréal et ainsi d’avoir la joie de rencontrer le public québécois pour la première fois sur scène, vu mon attachement à cette terre que j’ai faite mienne depuis longtemps déjà et au fait que l’un de mes enfants y réside.

Comment se poursuit votre carrière musicale ? J’ai la chance de côtoyer le public depuis 46 ans et je savoure ce bonheur tous les jours. Je me produis dans de nombreux pays comme dernièrement lors d’un concert mémorable à Tel Aviv, et ce, pour la 3e fois. La scène, c’est vraiment ce que je préfère !

Quelle est votre actualité ? J’ai eu le plaisir de sortir fin 2016, ce très bel album « Gilbert chante Bécaud » un artiste avec lequel j’avais de profonds liens d’amitié. Je viens de finir le tournage du nouveau film de Thomas Langmann « Stars80 la Suite » qui sortira en Europe en décembre 2017. Je prépare actuellement un single qui figurera sur mon prochain album.

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UNE PRODUCTION AMIR Amir Haddad présentera, en grande première nord-américaine, son spectacle inspiré de son nouvel album « Au cœur de moi ». Artiste très connu en France, il est une étoile montante sur la scène artistique internationale. Amir est un auteur-compositeur-interprète franco-israélien, le fruit d’une culture plurielle, française et méditerranéenne. Après avoir participé à la finale de la troisième saison de The Voice, la plus belle voix, il a été désigné pour représenter la France au concours Eurovision de la chanson 2016, où il s’est classé en 6e position avec le titre J'ai cherché. Un évènement haut en couleur et en émotions grâce à ce chanteur qui nous séduit, nous fait danser et nous émeut.

AVEC LE SOUTIEN DE

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SYMPHO N IE D E S M I L L E E T U N ACCO R D S

AMIR

Fondé par la compositrice et chef d’orchestre Katia Makdissi-Warren, qui agit comme directrice artistique, l’Orchestre Andalou de Montréal est constitué de 14 musiciens originaires du Canada et du Moyen-Orient. Cet ensemble maîtrise un large éventail de styles musicaux et nous offre des créations originales et des fusions musicales inédites. Lors de cette soirée, Leila Gouchi (Maroc) et Benjamin Bouzaglo (Israël) interprèteront des chants andalous. Deux voix au service de la création, de la conservation et de la transmision de notre patrimoine musical. Une expérience inoubliable mettant en vedette les nombreux métissages entre les cultures et les styles musicaux.

LEILA GOUCHI


26 NOV AU 10 DÉC 2017

• Rencontre avec des entrepreneurs inspirants • Concert Adam Ben Ezra (Israël) • Soirée ladino • Colloque : « Engagement citoyen et diversité culturelle » • Conférence Pr. Simon Serfaty (États-Unis) • Chabatton

... ET BIEN PLUS ENCORE !

L E CO MÉ D IE CLU B Coup de Cœur du Festival Juste pour rire 2016, Eddy King prépare en ce moment la tournée de son deuxième One man Show. Québécois né en France, d’origine congolaise, montréalais depuis l’adolescence…Pour Eddy la diversité n’a plus aucun secret ! Neev débute comme première partie de Gad Elmaleh en France et à Montréal et cumule les présences dans les Galas Juste pour rire. Avec ses origines marocaines et son éducation nord-américaine, il voyage avec aisance à travers les cultures, les accents, les mœurs et les folies. Reda Saoui aime poser son regard malin sur la société, « gracieuseté » de son sourire moqueur. Première partie de Dominic & Martin en 2014-2015, de Gad Elmaleh en 2016, finaliste à En route vers mon premier gala en 2017, il cumule déjà plusieurs 60 minutes au Zoofest. Une occasion de juger du talent de ces vedettes de l’humour et de passer un moment où le rire et les émotions seront à l’honneur.

NEEV

BENJAMIN BOUZAGLO

REDA SAOUI

EDDY KING


2017 La CSUQ, le comité du tournoi GolfSwing 2017 ainsi que ses co-présidents Patrick Essiminy et Shlomi Levy adressent leurs plus sincères remerciements à tous les donateurs, les commanditaires, les participants ainsi qu’aux nombreux bénévoles qui ont fait de cet évènement un succès sans précédent. Votre générosité permet aux enfants de notre communauté, à participer à nos activités, voyages et camps (d’été et d’hiver), et nous permet aussi d’assurer la continuité et le développement des programmes jeunesses.

invitent au Golf Swing 2018 s vou nn ma Ma l nue ma Em et hat chic Bar l hae Rap le lundi 11 juin 2018 au Club de Golf Hillsdale

Au plaisir de vous compter parmi nous  !

Quatuor gagnant, Oren Sebag, Dr Yves Benabu, Guy Carbonneau — Capitaine des Canadiens de Montréal, Shlomi Levy et Patrick Essiminy — Co-presidents GolfSwing 2017

©Photos Roland Harari

De gauche à droite : Shlomi Levy — Co-presidents GolfSwing 2017, Raphael Barchichat et Emmanuel Mamann — Co-presidents GolfSwing 2018 et Patrick Essiminy — Co-presidents GolfSwing 2017

Notre équipe de bénevoles dévoués

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VIE COMMUNAUTAIRE Cet été, le voyage Yahad a battu son reccord avec 53 participants des secondaires 3 et 4. Leur séjour de 3 semaines était rempli d'activités en Israël. Accompagnés par 5 animateurs jeunesse bénévoles : Anaël Abitbol, Gabriel Benatar, Belle Benlolo, Alexandre Hazan, Claudia Ouaknine, nos jeunes ont découvert les splendeurs d'Israël en traversant le pays de Rosh Hanikra à Eilat et de Tel Aviv à la rivière du Jourdain. Parmi les nombreuses activités auxquelles ils ont été invités, ils ont participé à un échange avec des jeunes de leur âge de Beer Sheva. Ils ont fait des randonnées dans le désert du Neguev. Ils ont également vécu l'expérience de dormir dans une tente avec les Bédouins, de faire des balades en chameau, d'escalader Massada, de flotter dans la mer morte, faire du rafting et même de voguer sur une croisière à Eilat. Ils sont tous revenus à Montreal comblés après avoir vécu des moments mémorables et inoubliables. Nous remercions aussi les généreux commanditaires de ce programme, qui ont permis de réduire le prix du voyage de 1 500 $, ramenant le coût de celui-ci à 3 500 $. La CSUQ a aussi accordé des bourses supplémentaires à plusieurs des participants de Yahad 2017 grâce aux fonds recueillis par les programmes Hessed et Golfswing de la CSUQ. Le programme Partnership2gether, affilié à l'Agence Israël et outremer de la Fédération CJA, a aussi soutenu généreusement et financièrement ce voyage pour la portion de Beer Sheva et ses régions.

Suite à l'enthousiasme qu'a suscité le voyage Yahad cet été, le département jeunesse lance de nouveau Yahad pour l'été 2018.

Inscrivez-vous

DÉPARTEMENT JEUNESSE

de 15 À 17 ans

LE PLUS BEAU VOYAGE DE MA VIE ! « Tous les parents rêvent d'entendre ces mots sortir de la bouche de leurs enfants. J'ai décidé d'envoyer mon fils Eric, parce que mon autre fils, Gabriel, avait fait le même voyage en 2014. Il était revenu tellement excité de cette expérience (même si la guerre s'était déclenchée durant leur voyage), qu'il lui a dit : « Eric, si tu dois choisir entre MOL et Yahad, fais-moi confiance et va à Yahad. » Eric est revenu de ce voyage avec plus de 50 frères et sœurs. Ils sont devenus une famille. Il fallait voir les au revoir à l'aéroport, les larmes, les enlacements, les angoisses à l'idée de se quitter. Ils n'ont qu'une hâte aujourd'hui, c'est de faire leur réunion pour se revoir encore tous ensemble. Je sais que ces amitiés vont durer à vie, parce que tous les copains que Gabriel fréquente aujourd'hui faisait partie de ce voyage. Merci pour cette incroyable organisation, les photos, Facebook, les courriels, etc... Grâce à vous, tous les parents étaient tranquilles à Montréal. Je n'ai qu'une question aujourd'hui. Quand est-ce que je peux réserver la place pour mon Jeremy en 2021 ? Merci encore à toute l'équipe de Yahad. »

Valérie Chokron Dayan

« Bravo à toute l’équipe de YAHAD pour un voyage extraordinaire. Notre fils Gabriel est revenu épanoui. Il a été ébloui par les merveilles d’Israël et grâce à la richesse de votre circuit, il est désormais plus sensibilisé aux réalités et aux défis de la société israélienne. Notre fils s’est fait de nouveaux amis dans une superbe ambiance agréable et décontractée. Les madrichims ont été exceptionnels et nos valeurs sépharades étaient à l’honneur. Merci ! »

Yaelle et Steve Bouhadana

dès maintenant  sur www.voyage-yahad.com

Lorette Skierka

Valérie Chokron Dayan

« C'était la première fois que mon fils voyageait en Israël. Il a décrit son voyage comme étant INOUBLIABLE ! Il a eu l'opportunité de visiter les lieux privilégiés d'Israël avec un personnel incroyable et un groupe d'étudiants fantastique. On a pu vivre et partager les aventures de nos enfants àtravers les mises à jour que Sarah Mimran nous envoyait sur une base quotidienne, ce qui a rendu cette expérience pour nous non seulement excitante, mais extrêmement spéciale. Nous tenons à remercier toute l'équipe de YAHAD pour avoir créé un voyage exceptionnel, tout en gardant à l'esprit notre culture et Lorette Skierka traditions sépharades. »

Lorette et Peter Skierka

POUR TOUTE INFORMATION CONCERNANT LE PROGRAMME JEUNESSE, CONTACTEZ -NOUS AU :

514 733-4998 x-8135 ou x-8183

www.csuq.org

Fondation CSUQ

d’une génération à l’autre en partenariat avec la


DÉPARTEMENT JEUNESSE

VIE COMMUNAUTAIRE

de 7 À 16 ans de 5 À 14 ans

Cet hiver, préparez-vous à vivre une semaine de folie au

Cet été, le Camp Benyamin a battu tous les records et a affiché complet pendant plusieurs semaines.

Merci pour

ce bel été !

Du 26 juin au 11 août, 367 enfants ont participé aux deux Camps Benyamin à Côte Saint-Luc et à Ville Saint-Laurent. Sept semaines d'activités et de sorties les plus emballantes les unes que les autres - Parc Aquatique, St-Sauveur, Zoo de Granby, Île au Trésor, Sumo Soccer, La Ronde, Beach Club, Équitation, Atlantide, Kaytag, Plage Jean-Doré, Lapins Crétins, Super Aqua Club, Woo Hoo, Natatorium, Montréal Mystère, Dark Zone, Rafting et Camping au Parc d'Oka.

MERCI À NOS PARTENAIRES

Du 25 décembre au 1er janvier

les animateurs de Kif Kef vous attendent pour vous faire passer l'expérience de votre vie !

Informations et inscriptions sur www.camp-kifkef.com IBUILD

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VIE COMMUNAUTAIRE

PROJETS CSUQ

Dr Ariel Tolédano ALEPH a reçu le 20 avril et le 3 mai 2017, deux conférenciers israéliens, d’origine francophone, qui se sont exprimés sur différents aspects de la réalité israélienne. En partenariat avec la Congrégation Or Hayahim et dans ses locaux, Peggy Cidor, journaliste au Jerusalem Post, a présenté ce qui est convenu d’appeler « La Révolution sépharade dans la société israélienne ». Devant une centaine de personnes, elle a rendu compte notamment des préconisations de la Commission Bitton pour palier le manque de connaissance de la culture sépharade dans les écoles israéliennes. Elle a également mis en valeur, au travers d’événements significatifs, l’influence actuelle de l’effervescente culture mizrahite (sépharades du Maghreb et du Machrek) sur la société israélienne. En collaboration avec CIJA (Centre consultatif des relations juives et israéliennes) et de la branche montréalaise de l’Association « La Paix maintenant », le Dr Denis Charbit, Maître de conférences au département de Sociologie, Science Politique et Communication de l’Université Ouverte d’Israël, a donné une communication à la fois érudite et grand public sur « Israël et ses paradoxes : de la guerre des Six-jours et de ses conséquences, cinquante ans après ». A l’issue de sa conférence, l’auteur a signé son dernier ouvrage portant sur ce sujet (éd. Le Cavalier Bleu, 2015). Dr Sonia Sarah Lipsyc est intervenue sur « Betsalel ou l’art de l’interprétation de la Torah » au cours de la la nuit d’étude juive de la fête de Chavouot (30 mai), organisée par la Congrégation Spanish and Portuguese. Et le 19 juin, en partenariat avec la Campagne Sépharade du CJA, chez Claudi et Armand Zine, le Dr Ariel Tolédano (France) a donné une conférence sur « Médecine et kabbale », l’un de ses trois ouvrages portant sur Médecine et sagesse juive (éd. In Press, 2017) suivie d’une signature de livres. Deux événements ont été proposés dans le cadre du programme, « Pour une citoyenneté canadienne réussie entre Juifs, Berbères et Arabes originaires d’Afrique du nord au Québec ». Le premier, « Immigration au Québec : installation et intégration économique » réunissait le 15 mars, douze intervenants pour deux panels, et une conférence parmi lesquels des représentants d’associations ou d’institutions, Mohammed Barhone, fondateur de Racines, Soutien aux familles d’origine marocaine en difficulté, Danielle Germain conseillère, programme Interconnexion de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Monsef Derraji, président directeur général de Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec-RJCCQ, Laetitia Sellam, consultante du Projet Initiative-France de l’Agence Ometz, Mariama Zhouri, PDG et Associée chez HSCG et Présidente du Congrès Maghrébin au Québec (CMQ); une universitaire Valérie Leroux (UDM) ; des professionnels, Karen Aflalo, diététiste et gestionnaire de territoire, Mead Johnson nutrition, Mouloud Aouaz, ingénieur, Nacima Bouzerar, fondatrice de NeoFuse, organisation d’événements, Sam Edery, ingénieur et développeur d’affaires sur le marché international, Johanna Ohana, assistante de direction, Michel Ohayon, recherche de cadres supérieurs et de professionnels juridiques, Shore et Associés . La seconde activité de ce programme subventionné par le programme Inter-Action de Citoyenneté et Immigration Canada s’est déroulée au Festival du Cinéma israélien de Montréal après le film « Je danserai si je veux » de Maysaloun Hamoud. Il s’agissait du débat « Entre tradition, rupture et modernité : Parcours de trois femmes arabes palestiniennes à Tel Aviv » avec Khadija Darid, Espace femmes arabes du Québec, Dr Sonia Sarah Lipsyc, directrice de Aleph, centre d’études juives contemporaine, modéré par Anne Elaine Cliche, auteure et professeure en littérature à l’UQAM. Pour l’année à venir, ALEPH, s’inscrira de nouveau dans la programmation du Festival Sefarad en organisant notamment « la journée commémorative des réfugés juifs des pays arabes et d’Iran » avec Denis Cohen-Tannoudji, auteur et spécialiste de l’histoire des Juifs d’Afrique du Nord.

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PROJETS CSUQ

VIE COMMUNAUTAIRE

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Mission de Solidarité

Venez à la découverte de lieux inoubliables, faire du bénévolat et célébrer les Bar-Mitzvot. Une expérience unique !

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ANS D’EXISTENCE

600 PLUS DE

100 PLUS DE

BAR-MITZVOT CÉLÉBRÉES

BÉNÉVOLES ENGAGÉS ANNUELLEMENT

PLUS DE

754 000 $ DISTRIBUÉ EN AIDE FINANCIÈRE

ITÉES

PLACES LIM

Contactez Sabine Malka au 514 733-4998, poste 8230 ©Photos Roland Harari

a pour mission de :

• Soutenir les personnes de notre communauté prises avec des situations d’urgences ponctuelles • Palier aux demandes qui ne répondent pas aux critères d’assistance des organismes d’aide sociale.

Les fonds recueillis sont distribués à

100%

directement aux bénéficiaires.

Le 14 septembre 2017, Hessed distribue à plus de 1 000 personnes des bons d’achat d’IGA, lesquels font office de « Paniers de fête ».

Merci à Marc Kakon, pilier de Hessed, à Samuel Cohen-Scali, Président 2017 et à Rachel Elbaz pour leur efforts de sollicitation qui assurent à chaque fête le succès et surtout le bonheur des familles dans le besoin.

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VIE COMMUNAUTAIRE

ASSOCIATIONS CSUQ

BANAV* - L’initiative réussie d’un jeune de 13 ans pour une association d’aide scolaire aux enfants juifs « Bonjour, je m'appelle Ariel Antebi et je suis en secondaire 2. Je vais organiser une vente de pâtisseries le mardi 28 mars avant le début des classes et pendant les deux lunchs. Je vendrai des croissants, des biscuits, des gâteaux et des Cupcakes offerts par des traiteurs tels que La Marguerite, Blossom, Adar et Mimi Melon. Les prix varient de 1 $ à 3 $. Tous les fonds seront donnés à BANAV*, une organisation créée par Yosef Ifergan et son épouse, Dr. Nathalie Myara. Banav est un programme après l'école, conçu pour aider les étudiants juifs avec des défis comme la dyslexie, le déficit de l'attention, l'hyperactivité et l'autisme. Banav croit que chaque enfant a le droit d'apprendre et le pouvoir de réussir. Malheureusement, il n'y a pas assez de ressources pour ces enfants. Alors j'ai décidé que je voulais aider à lever des fonds pour cette grande cause.J'apprécierai vraiment que chacun d'entre vous fasse une mitzvah en achetant quelque chose. S'il vous plait, aidez-moi afin qu'aucun enfant ne se sente délaissé ! »

C’est ainsi que Ariel a ramassé 1500 $ intégralement versés à Banav grâce à la vente des gateaux dans l’école juive d’Herzlya et un donateur anonyme qui a doublé la somme ramassée. « C'est incroyable. Chaque personne qui a acheté une pâtisserie a contribué à une grande mitzvah (bonne action) » s’est exclamé le jeune homme. Une belle initiative qui mérite d’être soulignée et inspirera sans doute d’autres jeunes de notre communauté. *Banav est une association soutenue par la Communauté Sépharade Unifiée du Québec qui met gracieusement à sa disposition ses locaux pour ses activités.

Merci

Dr. Jacob Amnon Suissa

Sommes-nous trop branchés ? WEB qu’on s’en va ? Conférence sur la cyberdépendance Mardi 21 novembre 2017 20h00 Congrégation Or Hahayim 5700, ave Einstein, Côte Saint-Luc, QC H4W 1V3 Modérateur : Charles Barchechath

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Si l’Internet est un outil quasi indispensable dans nos relations sociales et économiques, son usage parfois abusif peut causer des problèmes psychosociaux. Que penser et que faire avec les jeunes et les moins jeunes qui passent trop de temps devant les écrans? Comment informer et sensibiliser les parents? L’avenir n’est pas dans les appels à la déconnexion, mais dans une nouvelle « hygiène des données ». Avec le regard du sociologue et du clinicien, et à travers des exemples concrets autour du téléphone intelligent, de Facebook et des jeux vidéo, Dr. Suissa partagera des pistes cliniques et préventives qui s’adressent aux jeunes et aux moins jeunes.

Conférence animée par

PR. GUILLAUME JOBIN Né en 1958, diplômé d’HEC, médecin, Guillaume Jobin est président de l’École supérieure de journalisme de Paris. Auteur de “Mohamed V, le Sultan”, il rappelle des faits peu connus, démonte certaines idées reçues et offre un éclairage nouveau sur de nombreux faits : - Lyautey a soutenu les nationalistes - Les luttes entre Français - La protection des Juifs marocains par Mohamed V L’indifférence de De Gaulle pour le Maroc - Le port de l’étoile jaune Le Sultan et les Allemands La tentative de coup d’état de 1942, etc….

LE SULTAN MOHAMED V ET LES JUIFS MAROCAINS Mardi 17 octobre 2017 20h00 Congrégation Or Hahayim 5700, ave Einstein, Côte Saint-Luc, QC H4W 1V3 Entrée libre Modérateur : Charles Barchechath Thé & gâteaux marocains offerts gracieusement


ELLES ET ILS ONT PUBLIÉ

VIE COMMUNAUTAIRE

YOLANDE COHEN (sous la direction) Les Sépharades du Québec. Parcours d’exils nord-africains, Del Busso Editeur, Montréal, 2017 Yolande Cohen est professeure titulaire au département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal et dirige l’équipe de recherche rassemblée au sein du groupe Histoire, femmes, genre et migrations. Elle est l’auteure de nombreuses études sur les Juifs du Maroc durant la période post-coloniale. Pour ce livre, elle s’est entourée d’une équipe formée de Olivier Bérubé-Sasseville, Antoine Burgard, Christine Chevalier-Caron, Steven Lapidus et Philippe Néméh-Nombré. Au Québec, les politiques migratoires font l’objet de débats récurrents, et pas seulement au sujet de la langue parlée. Les principes sont souvent malmenés lorsqu’il s’agit de définir les valeurs communes qu’on voudrait faire partager aux immigrants. Le cas des populations juives originaires du Maroc est particulièrement intéressant car, majoritairement francophones, on peut suivre leur cheminement pendant plus d’un demi-siècle. Ce livre présente une enquête sur ces populations à la fois à partir des études qui leur ont été consacrées et de la perception qu’elles ont elles-mêmes de leur insertion dans la société québécoise.

YAËL LIPSYC La comète. Matricule A390G7 – Tome 1, Bayard Canada, Montréal, 2017 Yaël Lipsyc signe ici son tout premier roman. Jeune auteure de 16 ans, résidant à Strasbourg en France, elle a des attaches familiales avec le Québec. Yaël avait 14 ans au moment de commencer la rédaction de La comète, roman de science-fiction pour adolescents. Grande lectrice, elle aime autant l’écriture contemporaine de John Green, J.K. Rowling et Pierre Bottero que celle, plus classique, de Zola, Corneille et cie. Isis, 16 ans, évolue dans une société contrôlée par la censure et la rectitude. Étudiante à l’école de Sauvetage, elle rêve de sauver des vies, mais aussi d’une société plus ouverte, plus créative. Passionnée par les étoiles, elle aimerait tout apprendre du monde qui l’entoure. Sa curiosité ne fait toutefois pas l’affaire des dirigeants, qui la voient comme un élément dangereux au maintien de l’ordre établi. Avec l’aide du beau et mystérieux Ethan, Isis tentera de lever le voile sur le passé et de comprendre la raison qui a poussé le gouvernement à implanter le système dans lequel elle vit.

LÉON OUAKNINE avec le concours du Dr Pierre Anhoury Les clés du bien vieillir, Paris, Ed. Dauphin, 2017 Léon Ouaknine a travaillé en France et au Québec, notamment en tant que directeur général d’établissements de santé et de services sociaux ainsi que de l’institut universitaire de gérontologie sociale du Québec. Il est l’auteur de « Il n’y a jamais eu d’abonné au numéro que vous avez appelé » et « Ni d’ici, ni d’ailleurs : le Québec, les Juifs et moi », aux éditions Grenier. Comment vieillissait-on il y a 50, 100, 300 ans ? Et aujourd’hui, comment vieillir paisiblement dans une société fondée sur le culte de la jeunesse ? La retraite marque-t-elle la fin d’une reconnaissance sociale ou le début d’une vie pour soi ? Comment se prendre en main dès 50 ans et tenir sur la durée ? Santé physique, stimulation cognitive, socialité de proximité, santé mentale, quête de sens, prudence et persévérance. Voilà les six piliers du bien-être en général, et du vieillissement réussi en particulier. Et pour parvenir à bousculer définitivement les mauvaises habitudes, l’auteur propose de suivre sa méthode « À tout-Âge », basée sur l’importance des liens avec les autres.

SERGE OUAKNINE ET MARC YCHOU Le nouveau serment d’Hippocrate. Le théâtre à la rencontre de la médecine, Editions le Manuscrit, Paris, 2017, Préface de Jean-Claude Carrière. Serge Ouaknine est docteur ès Lettres et sciences humaines, artiste interdisciplinaire et écrivain. Il a été initié au travail de l'acteur et à la mise en scène par Jerzy Grotowski. Il dirige des ateliers et créations à travers le monde. Marc Ychou est Professeur de cancérologie, directeur général de l’Institut Régional du Cancer de Montpellier et du SIRIC Montpellier Cancer (Site de Recherche Intégrée sur le Cancer). Cet ouvrage est d’abord l’histoire d’une rencontre. Celle de deux hommes, Marc Ychou, Professeur de cancérologie dont l’art consiste à sauver des vies, et Serge Ouaknine, metteur en scène. Ce livre est leur oeuvre conjuguée afin de réhumaniser une médecine technique qui a trop oublié les fondements de sa dimension humaine. Face aux écrans, le malade se sent devenir un sujet virtuel. Conscients d’un manque « tragique », dans la relation médecin-malade, les deux auteurs ont créé des ateliers destinés à de jeunes cancérologues, convaincus qu’une ponctuelle pratique théâtrale pouvait pallier le déficit de formation des médecins à la relation humaine. Depuis 2013, la Faculté de Médecine de Montpellier a rendu obligatoire cette formation à la relation humaine par le théâtre, pour les étudiants de 4ème année.

MAGAZINE LVS

SEPTEMBRE 2017

73


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RECETTES DE CUISINE POUR TOUS LES JOURS ET JOURS DE FÊTES

Paté de foies de poulet

Les sept legumes

Recettes

Tajine de veau, de pruneaux et de courge

Gâteau à la semoule et à la fleur d’oranger


Les sept legumes

Paté de foies de poulet

par Gilberte Cohen Scali **

par Gilberte Cohen Scali *

Bouillon de poulet Petits navets blancs Courge rouge Courge vert clair Petits oignons perles Petites courgettes Carottes Pois chiches trempés dans l'eau depuis la veille Raisins secs Poireaux 1/2 t. huile safran, sucre, cannelle en poudre, sel

15 foies de poulet 1 petit oignon émincé 2 oeufs durs 1 t. de bouillon de poulet Huile, Sel, poivre Arak (ou cognac) Passer les foies au gril quelques minutes, puis les rincer et les éponger. Faire revenir l'oignon émincé dans un peu d'huile. Y ajouter les foies et le bouillon de poulet, saler et poivrer. Laisser mijoter. En fin de cuisson, incorporer les oeufs durs écalés. Passer au robot culinaire. Parfumer au goût a l'arak ou au cognac. Mettre dans un joli moule de plastique et réfrigérer. Au moment de servir, démouler et décorer de quelques branches de persil ou de basilic.

* La cuisine sépharade marocaine des grands jours et du quotidien, édition Communauté Sépharade Unifiée du Québec, Montréal, 2011.

Gâteau à la semoule et à la fleur d’oranger

Éplucher, laver et faire blanchir les légumes séparément. Puis mettre les légumes dans un plat allant au four : les pois chiches au fond, les oignons, ensuite le reste des légumes, courge rouge et raisins secs en dernier. Ajouter l'huile, le bouillon de poulet, quelques brins de safran, le sucre et la canelle en poudre. Mettre au four et faire mijoter à feux doux jusqu'à ce que les légumnes soient confits.

Pour 4 pers.

Pour 4 pers.

Pour 4 pers. et plus

Pour 4 pers.

et du quotidien, édition Communauté Sépharade Unifiée du Québec, Montréal, 2011.

Pour le sirop : 1 tasse d’eau 1/3 tasse de sucre 1 cuillerée à café d’eau de fleur d’oranger

A l’aide d’un batteur électrique, fouetter les oeufs avec le sucre jusqu’à ce que le mélange double de volume. Réduire la vitesse du batteur et ajouter l’huile en filet, puis le lait d’amandes. A l’aide d’une spatule incorporer délicatement la semoule, la levure et la farine d’amandes moulues. Verser la pâte dans le moule huilé et lisser le dessus avec une spatule en caoutchouc. Cuire jusqu'à ce que le gâteau soit bien doré et ferme environ 45 à 50 minutes. 15 minutes avant la fin de la cuisson préparer le sirop. Placer les ingredients du sirop dans une petite casserole et porter a ébullition. Laisser bouillir à feu doux jusqu'à épaississement. Retirer le gâteau du four et à l'aide d’un cure dent, faire des incisions dans le gâteau chaud et y verser le sirop. Servir à temperature ambiante.

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Découpez et collectionnez vos recettes préférées

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Préchauffer le four à 350˚F avec la grille au centre. Huiler le fond et les côtés d’un moule de 9 pouces. Mettre de côté.

et sur : Thecraveboss.com

** La cuisine sépharade marocaine des grands jours

Tajine de veau, de pruneaux et de courge par Jennifer Bitton au cardamon

par Jennifer Bitton ***

3 oeufs 1 tasse de sucre 1/2 tasse d’huile 1/2 tasse de lait d’amandes ou d’eau 1.5 tasse de semoule de blé fine 1.5 tasse de farine d’amandes moulues 1 cuillerée à café de levure à gâteau

(version rapide)

1 kg de veau à ragout en cubes 1 onion rouge émincé 1 courge butternut moyenne épluchée et coupée en dés 1 tasse de pruneaux séchés 1 cuillerée à café de curcuma 2 graines de cardamome 2 tasse de bouillon de volaille ou d’eau Huile d’olive Sel et poivre Concasser à l’aide d’un mortier, les graines de cardamome et libérer les petits graines. Réserver. Dans une grande casserole ou dans un tajine, versez un filet d’huile d’olive à feu moyen. Ajouter les cubes de veau et l’onion émincé et faire revenir jusqu’a qu’ils deviennent bien doré. Ajouter les pruneaux, la courge, les graines de cardamome, le curcuma. Salez et poivrer et faire revenir environ 5 minutes. Ajouter le bouillon, fermer le couvercle de la marmite et mijoter à feu doux jusqu’à ce que le veau soit bien tendre et le liquide épaississe. Servir bien chaux accompagné de couscous !

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POUR PUBLIER UNE ANNONCE

Felicitations !

•naissance •mariage •décès... veuillez nous la faire parvenir par e-mail :

acastiel@csuq.org Nous nous ferons un plaisir de la partager !

M. et Mme Moshé Cohen ainsi que M. et Mme Max Elmaleh ont la joie de vous annoncer le mariage de leurs enfants Ortal et Patrick qui a eu lieu le 18 juin 2017 à Montréal.

Nous leur souhaitons un très grand mazaltov et tous nos vœux de bonheur.

ABONNEMENT L’équipe LVS vous remercie pour votre soutien et générosité Trois dollars seront affectés annullement à l’abonnement

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Nadav Cohen Z'L Nadav était très unique. Il aimait tout le monde autour de lui et il était toujours souriant. Il avait deux choses qu'il aimait le plus, Coca Cola et le T-Shirt du Camp Benyamin. Il dormait avec chaque nuit. Il serra toujours dans notre cœur ! Un fond a été crée à la mémoire de Nadav Cohen Z'L pour un accompagnement au Camp Benyamin pour des enfants ayant une limitation fonctionnelle afin qu'ils puissent participer au Camp Benyamin.

Pour faire une demande d'accompagnement au Camp Benyamin veuillez contacter : Eric Choukroun : 514-733-4998 poste 8135, ou pour faire un don : csuq.org/nadavcohen

HEVRA KADISHA

de Rabbi Shimon bar Yohaï Confrérie du dernier devoir

Nous informons la population que la Communauté Sépharade Unifiée de Québec possède un cimetière communautaire à Beaconsfield avec des lots à prix très abordables.

URGENCE ?

Appeler M. David Benizri 514-824-7573

Pour toute information appelez 514-733-4998


LES SERVICES OFFERTS PAR LA FAMILLE PAPERMAN

Visite dans les hôpitaux Visite dans les maisons de Shiva Visite aux cimitières (Shiva, Mois, Année, Nahala) Support religieux à la famille pendant le deuil

Emprunt de Sepher-Torah Siddurim Livre de Michnayotes Mehitsa (sur demande)

La famille Paperman souhaite à toute la communauté

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Raphaël Ouaknine

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Renny Bettan Directeur des ventes des véhicules d’occasion au 514 356-7777

LVS Septembre 2017  
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