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coup de projecteur sur nous autres

Joseph Elfassi et Ariel Ifergan ont accepté de répondre à notre mini questionnaire à la Proust à la sauce juive et… sépharade 1. Nous les remercions de ce « baptême » pour cette rubrique que nous retrouverons régulièrement. Parmi tous les textes de la littérature juive, de la Bible en passant par le Talmud jusqu’aux auteurs contemporains (Albert Cohen, Philippe Roth, Bob Dylan, par exemple), quel est le texte ou l’auteur qui vous inspire et pour quelle raison ? J.E - Définitivement Philip Roth. Dans ses premières œuvres, je reconnais mes angoisses et mon héritage culturel, et dans sa série sur son personnage Nathan Zuckerman (American Pastoral, Human Stain), il établit avec brio une histoire lucide et inusitée de l’Amérique. Un géant auquel je reviens toujours. A.I - Marek Halter m’a diverti et fait rêver. Primo Levi m’a bouleversé. Mais j’ai une immense admiration pour Albert Cohen. Il a une plume tellement théâtrale de par sa démesure, son opulence et ses personnages. Il consacre son immense talent littéraire, son érudition et son intelligence à nous peindre une critique de la petitesse des hommes face à l’immensité des sentiments qui les submergent, en particulier la peur et l’amour. La personnalité du monde juif, tous siècles confondus, qui vous a le plus marqué ? J.E - C’est un mix : Leonard Cohen, Woody Allen et Jerry Seinfeld. A.I - J’aime Jacob pour l’épopée de sa vie comme symbole positif pour toutes les diasporas du monde. J’aime Albert Einstein pour sa capacité à faire cohabiter les sciences, la mystique et l’imaginaire. Avec la mise en scène de la pièce Le Visiteur de Éric-Emmanuel Schmitt, j’ai eu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur Sigmund et Anna Freud au sujet desquels j’entretenais, sans m’en rendre compte, certains préjugés. La vie de Freud, son œuvre et son rôle de pionnier me sont apparus tout à fait admirables. Y a-t-il une citation de la culture juive qui vous viendrait à l’esprit ? J.E - « Vivre bien. C’est la plus grande vengeance. » Ça vient du Talmud, et ça me semble assez sage. A.I - Euh... Les brillantes citations sont très nombreuses, mais difficiles à retenir, à vérifier et à contextualiser. Tel un verre d’eau qui fait tant de bien lorsqu’on a soif, les citations me font du bien sur le coup, mais je trouve difficile de les transporter avec moi et de les resservir par la suite.

Quelle est la fête juive qui vous touche particulièrement ? J.E - J’ignore si on peut la qualifier de fête en soi, car il s’agit d’une célébration hebdomadaire, mais le shabbat reste un moment de communion festive et de festin commun. C’est pour moi la rencontre familiale, et la célébration de ce qu’on a de plus glorieux :   le quotidien. A.I - Kippour pour l’automne, la solitude, l’introspection, les résolutions... une petite mort et un renouveau. Pessah pour le printemps, la collectivité, la famille, les questions. La traversée du désert ressemble à la traversée de l’hiver avec ses beautés et ses défis, et Pessah arrive comme une promesse. Le trait de la culture sépharade que vous mettriez en avant ? J.E - Juste un ? A.I - Ce qui me plaît et me fascine de notre communauté, c’est certainement sa complexité et sa diversité. Diversités au pluriel, car elles sont linguistiques, religieuses, culturelles... Cette complexité est partie intégrante de l’identité juive et de l'identité sépharade : française, hispanique, arabe, moyen-orientale... Malgré certains épisodes difficiles, la cohabitation harmonieuse des communautés juives dans les pays musulmans représente un fait historique d’une grande valeur, car porteur d’espoir. Dans toute culture moyen-orientale ou nord-africaine, la part de l’oralité est très importante. C’est touchant, c’est magnifique mais c’est aussi très fragile. Je crains que de grands pans de mémoire de la vie juive en terre musulmane soient menacés de disparition, par l’islamisme radical, mais également, par un penchant global à vouloir tout simplifier. Après les nourritures spirituelles, les nourritures terrestres... Quel est votre plat préféré de la cuisine juive ? J.E - Le couscous de ma mère ! A.I - J’ai le bonheur de compter dans ma famille de somptueux cuisiniers et cuisinières qui font des merveilles. Je pourrais citer plusieurs grands classiques  : dafina, artichauts farcis, mais pour être original, je pense que je vais choisir l’assortiment d’entrées et de salades cuites tout à fait remarquables, parfois parfumées à l’huile d’argan. Joseph Elfassi, Le prix de la chose

1 Ce questionnaire rendu célèbre par Proust fut

remis au goût du jour par le journaliste français Bernard Pivot pour son émission littéraire « Bouillon de culture » et par James Lipton, l’animateur de l’émission télévisée « Inside the Actors Studio ».

Ariel Ifergan, dans Z comme Zadig MAGAZINE LVS

hannouca 2016

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LVS Décembre 2016  
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