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C'est pas moi, c'est le GrudĂźl !

Mais qui est ce GrudĂźl !


Vanina Noël

C'est pas moi, c'est le Grudül !

CreerMonLivre.Com Histoires et livres personnalisés


©2020 Editions CreerMonLivre.Com – 462 Rue Benjamin Delessert - BP83 77552 Moissy Cramayel Cedex « Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que se soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»


Joyeux anniversaire !


— Mais ce n'est pas vrai ! Qui a encore déréglé mon réveil ? Tous les matins, chez Alcyone, c'est la méga ambiance, et l'écolière a pris l'habitude de se réveiller avec les grognements de papa et maman. C'est qu'à la maison, les réveils ont une maladie contagieuse : ils ne sonnent jamais à la bonne heure, comme si un petit lutin venait les dérégler pendant la nuit. Parfois, ils ne sonnent pas du tout, et quand on les ouvre, on découvre qu'il manque une pile. C’est incompréhensible et très énervant. Alors, comme le font souvent les adultes quand ils ont besoin d’un coupable, papa et maman accusent tour à tour Alcyone évidemment. Maman est allée jusqu’à vérifier si les jours où les enfants arrivaient en retard à l’école n’étaient pas justement des jours de gymnastique ou de contrôle d'éducation civique. Mais non, les pannes de réveil arrivent même pendant les vacances, ce qui n’a aucun intérêt ni pour Alcyone ni pour sa soeur Oriane! Au lieu de les innocenter, on s'est demandé si l'une ou l'autre n'était pas somnambule. 8


Alors papa a fait un test : il a caché son réveil rose dans un endroit connu de lui seul, pour être bien sûr que ni Alcyone, ni Oriane, ni maman (on ne sait jamais) ne pourraient y toucher. Eh bien le matin venu, abracadabra, il n’a pas sonné : les piles étaient à l’envers. Alcyone a suggéré que c’était peut-être papa le somnambule, mais bizarrement personne n’y a cru. S’il n’y avait que ce problème, ce serait déjà pénible. Mais c’est beaucoup plus grave, car le réveil n’est pas le seul à débloquer ; pour les chaussettes, c'est la même histoire : on a beau les acheter par paires, il est impossible de les assortir. Dès le premier lavage, on voit sortir de la machine à laver des tas de chaussettes de couleurs différentes, et jamais deux pareilles. Jamais. Et que dire des clés, qui se cachent au moment où l’on doit partir, ou des rouleaux de papier toilette qui se vident à une vitesse inexpliquée ? Des tubes de dentifrice Colgate dont le bouchon disparait ? Bref, on n’en finirait pas de faire la liste de toutes les choses énervantes du quotidien. Depuis quelque temps, enfin, papa et maman commencent à accepter l’idée qu’il se passe des choses étranges dans la maison, des phénomènes qui n’ont pas d’explication, et qui ne sont pas forcément de la faute d'Alcyone ou de sa soeur. Ce qui ne les empêche pas de les regarder de travers de temps en temps. Alcyone, ce qui la contrarie le plus, c’est qu’elle n’a le droit d’accuser personne, et quand ses affaires

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disparaissent (c’est-à-dire : tous les jours) on lui conseille simplement de mieux les ranger. Alcyone a une idée sur la question, la seule plausible : la maison est hantée. Même que si elle était courageuse, elle se lèverait la nuit pour surveiller. D’ailleurs, elle EST courageuse. Mais elle n’a pas le temps de s’en occuper, parce que la nuit, elle dort – et bien même, parce qu’elle n’est pas somnambule justement. Pourtant, ce qu’elle va découvrir pourrait lui faire passer de sacrées nuits blanches…

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— Ce n'est pas possible ! J'en ai assez ! Les jours se suivent et se ressemblent. Pourtant, on est dimanche, personne n’est en retard (c’est d’ailleurs parce qu’on est dimanche que le réveil a sonné à six heures), et ce n’est pas papa qui vient de grogner. Cette fois, c'est maman qui a laissé tomber sa tartine. Et comme d'habitude, elle est tombée du côté du beurre. Parce que ça aussi, ça arrive tout le temps. Et maman, ça l’agace ! — Pourquoi, mais pourquoi ça n’arrive qu’à moi ? Il faut dire que si maman déjeunait à table, comme tout le monde, cela n’arriverait peut-être pas. Mais elle mange debout, et fait mille choses en même temps. C’est qu’elle a tellement l’habitude d’être en retard, qu’elle ne se souvient même plus comment on fait d’habitude. Alcyone la regarde tourner en rond dans la cuisine, et ça lui donne le tourni ! — Chérie, assieds-toi s’il-te-plaît ! — Je cherche les clés de la Citroën DS7 ! — Mais enfin, on ne travaille pas aujourd’hui ! Viens t’asseoir et détends-toi ! 11


Quand Alcyone arrive dans la cuisine avec ses chaussettes dépareillées et une seule pantoufle Cars (l’autre a disparu pendant la nuit), il y a déjà une ambiance du tonnerre. Seule Rose a l’air détendue, toute absorbée qu’elle est par le jeu au dos de son paquet de Cornflakes/la lecture du dernier Picsou. Alcyone s'assied, se sert son bol de lait… qui, sans raison apparente, glisse du bord de la table, se fracasse au sol tandis que le lait se répand entre les carreaux du carrelage. — Alcyone ! Tu ne peux pas faire attention ! s'écrient en chœur papa et maman. Décidément, ce n'est vraiment pas juste. La jeune fille ne dit rien, et se contente d'attraper le rouleau de papier pour éponger le sol. Il y en a partout, sans parler du beurre de la biscotte de maman qui fait une grosse tache toute grasse à côté des débris de porcelaine. Alcyone est sur le point d’essuyer quand soudain une petite bestiole, grosse comme un pouce, dérape sur la graisse, parcourt en glissant quelques centimètres avant de s’étaler de tout son long. Médusée, la fillette remarque avec stupéfaction que la bestiole est coiffée d'un chapeau et chaussée de longues babouches recourbées. Quelque chose lui dit que ce n’est pas une araignée. Ni une ni deux, l'enfant l'attrape entre ses doigts, la glisse dans la poche de son pull gap gris, finit rapidement son nettoyage et file dans sa chambre. Là, elle sort la créature et la dépose sur son bureau en fer forgé, en prenant bien soin de retourner sur elle son

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pot à crayons transparent pour éviter qu'elle ne s'échappe. La petite bête commence par se recroqueviller sur elle-même, puis, quand elle comprend qu’il est inutile de se cacher, elle lève timidement la tête… C'est vraiment un animal étonnant ! Dans son petit chapeau de paille recourbé, deux trous ont été pratiqués pour laisser passer de longues oreilles tombantes. Il a de grands yeux en amandes, de petites mains de rongeurs avec des ongles crochus, et il porte un pantalon de toile vert et une petite tunique rouge. Alcyone n'en croit pas ses yeux verts. Elle l’observe longuement à travers le pot à crayons, puis elle se dit que la bestiole peut peut-être parler, qui sait ? Elle tente : — Qui es-tu ? L’animal hésite un peu avant de répondre : — Je m'appelle Paprika. Alcyone sourit, mais ne fait aucun commentaire. — A quelle espèce d'animal appartiens-tu ? — Je suis un grudül, pardi ! — Un quoi ? Le grudül ouvre de grands yeux tout ronds. Comme s’il était impossible qu’Alcyone ne connaisse pas son espèce. — Comment ? Tu ne sais pas ce qu'est un grudül ? Pff ! Je vais t'expliquer, mais sors-moi de là-dessous. Alcyone soulève le pot, tandis que Paprika fait quelques pas sur le bureau, cherche un endroit où s’asseoir, et finit par grimper sur une gomme, sur laquelle il s'installe confortablement. — Les grudüls sont des petits êtres des campagnes, 13


qui sont essentiels à la survie de l'univers. — Ah oui, rien que ça ! Et qu'est-ce que vous faites de si important ? — Nous sommes peintres. Peintres de la nature. Comme Alcyone l'observe en silence, mi-étonnée, miincrédule, le grudül poursuit : — Tu ne t'es jamais demandé comment la nature pouvait être si belle ? Les arbres si verts, les fleurs si colorées, les blés si blonds ? Eh bien c'est grâce à nous ! Toutes les nuits, tous les jours, sans relâche, nous peignons. Chaque jour, les grudüls montent sur leurs drapillons… — Leurs quoi ? — Ne m’interromps pas, s’il-te-plaît. Je disais donc : ils montent sur leur drapillon, armés de leurs pinceaux et de leurs seaux de couleurs, et patiemment ils peignent, encore et encore. Chacun a une attribution. Ma mère, par exemple, est spécialisée en primevères, au printemps. A l’automne elle peint des colchiques. Mon père est un spécialiste des fruits des bois. Quant à mon frère, il ne fait que les feuilles d'automne : il est saisonnier. Le reste du temps, il suit une formation "végétation tropicale" parce que, plus tard, il veut partir travailler à l'étranger, pour peindre des bananes. C’est son rêve. — Et toi, alors ? Paprika baisse la tête et pousse un profond soupir. — Moi… je voudrais me spécialiser dans les champignons, mais c'est très, très mal parti. J’ai été banni de la Communauté de l'Arbre creux pendant deux ans. A cause d'une blague stupide. — Du genre ? 14


— J'ai peint des amanites phalloïdes en amanites tuemouche en bolets à pied rouge. Alcyone est interloquée. Elle manque de s’étrangler. — Tu as fait QUOI ? Tu te rends compte de la gravité de ton geste ? Des gens auraient pu mourir à cause de toi ! — Je ne voulais pas faire de mal ! Je trouvais juste que le champ était un peu tristounet, et que quelques couleurs l'égaieraient… Bref, j'ai été banni. Je ne pourrai plus retoucher un pinceau avant l'année prochaine. C'est pourquoi j'ai quitté ma forêt à la recherche d'un foyer sympathique. Mais en attendant, ma formation est suspendue, et je ne pourrai pas me présenter à l'examen. Alcyone est perplexe. — Cela fait donc plusieurs mois que tu es ici ? Mais qu'est-ce que tu fais de tes journées ? — Devine ! Je m'amuse comme je peux. J'en profite. Parce qu'une fois de retour chez moi, je n'aurai plus jamais le droit de faire des bêtises, tu comprends ? D'un mouvement vif, Paprika se précipite vers le bord du bureau, saute sur le parquet et court jusqu'à la plinthe, celle juste derrière la grande bibliothèque noire. Là, il fait glisser un morceau de bois détaché du mur, et, fièrement, montre à Alcyone sa cachette, tout en commentant : — Tu vois, c'est là que je cache tous mes trésors… Alcyone n’en revient pas. Il y là son livre 3D, le livre de Liane Moriarty que maman et papa lui avaient offert pour Noël, les cinq dernières gommes qui avaient

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mystérieusement disparu, un morceau de son équerre (l’angle droit, évidemment), une montagne de chaussettes dépareillées, trois bouchons de Colgate, la clef minuscule qui ouvrait son journal intime, et même la corde à sauter que sa soeur lui avait prêtée ! Alcyone aperçut aussi une petite tige métallique. — C'est quoi, ça ? interroge Alcyone en montrant la tige. — C'est mon levier. Celui que j'utilise pour retourner les tartines qui ne tombent pas du côté du beurre, ou pour renverser les bols de lait… Alors, voilà, tout s'explique ! Alcyone savait bien qu'elle n'y était pour rien ! Elle n'est ni somnambule ni folle ! Et, bonne nouvelle : la maison n’est pas hantée ! Mais si elle raconte à sa famille que c'est une petite bestiole, peintre de la nature, qui a fait le coup, elle va se faire enfermer chez les fous, c'est sûr ! Alcyone réfléchit à un plan pour occuper le grudül à faire autre chose que des bêtises. Mais avant, elle a pris soin de s'emparer du petit levier métallique qui fait tant de dégâts sur le carrelage de la cuisine. — Il te reste combien de temps à attendre pour pouvoir retourner chez toi ? — Encore exactement huit mois. — Parfait ! Cela nous laisse largement le temps de parfaire ta formation. Sans plus attendre, Alcyone attrape un gros livre sur la nature, parcourt la table des matières, puis annonce solennellement : — Tu vas commencer par là. Voici une première liste de champignons, une boîte de couleurs et une feuille de papier. Je veux que tu révises les couleurs de 16


chaque champignon de notre région. Moi, je vais voir sarah, je lui ai promis que je passerai la voir aujourd’hui pour manger des gâteaux. Mais quand je reviendrai, tu auras une interrogation !

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Hélas, quand Alcyone rentre ce soir-là, c'est elle qui subit l'interrogatoire de Maman : — Qu'est-ce que c'est encore que ces bêtises Alcyone Guillevic ! Quand vas-tu enfin arrêter ? La jeune fille ne comprend pas tout de suite. Pourtant, il lui suffit d'entrer dans le salon pour que tout s'éclaire… Les plantes vertes de Maman, celles qu'elle arrose avec amour un jour sur deux, et dont elle frotte les feuilles délicatement avec un petit chiffon doux, ont un bien drôle d'aspect… Chaque feuille est peinte d'une couleur différente : blanc crémeux, jaune ou rouge à pois blancs, camaïeu de marron, d'orangé… Alcyone bredouille : — Mais, ce n'est pas moi, je t’assure ! … mais c'est peine perdue, Maman ne le croira jamais si elle dit la vérité. Quand, furieuse, elle arrive dans sa chambre, Paprika ne comprend pas les reproches qui lui sont faits. Lui qui a passé toute sa journée à travailler et à faire des essais de couleurs ! Dessiner sur du papier, bien sûr qu'il y a pensé ! Il a même essayé de dessiner sur les 18


murs beiges de la chambre d'Alcyone mais les couleurs ne rendent pas du tout pareil. C'est sur des végétaux qu'il doit s'entraîner ! — Je vois… Alors pour l'instant contente-toi d'apprendre. Les travaux pratiques, ce sera pour plus tard, quand tu seras devenu raisonnable. Pour le moment, je confisque les couleurs, à part le vert. Si tu veux te faire pardonner, tu dois repeindre les plantes de Maman. Le plus vite possible ! Tu n’auras qu’à le faire pendant le repas, on ne te verra pas faire, et Maman sera calmée. Alcyone ne le précise pas, mais c’est aussi une façon d’être sûr qu’aucune bêtise ne sera commise pendant le dîner. Et en effet, à table, tout se passe bien : aucun verre de sirop de grenadine ne se renverse, aucune fourchette ne tombe de la table, la salière n’a même pas disparu, le hachis parmentier ne bouge pas. Que du bonheur ! Une fois couchée, Alcyone fait venir près d'elle le petit bonhomme et l’installe confortablement sur le dos de sa peluche Doudou. — Parle-moi de ta communauté. Comment se déroule la vie chez les grudüls ? Alors, gentiment, Paprika raconte. Il parle de sa famille, de l’organisation des grudüls dans la Communauté de l'Arbre creux. Et c’est fascinant. La société est gouvernée par le doyen, un grudül très sage d’au moins cinq cents ans. Chaque enfant reçoit à sa naissance un œuf de drapillon. C'est un petit insecte volant qui grandit en même temps que le bébé

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grudül, et qui doit l'accompagner toute sa vie, comme un fidèle compagnon. Sans drapillon, un Grudül ne pourrait pas travailler, car il ne pourrait jamais se déplacer assez vite pour parcourir les surfaces énormes que l’on trouve dans la nature. Les drapillons volent très vite, ils ont deux grandes ailes transparentes et scintillantes. Drapillons et grudüls forment de supers équipes, et sont les meilleurs amis du monde. En cas de faute grave, ils sont séparés le temps de la punition. Paprika reconnaît que c'est ce qui lui a semblé le plus difficile et le plus injuste lors de son bannissement. De grosses larmes commencent à couler sur ses joues. Pour lui changer les idées, Alcyone lui raconte comment se déroule une journée d'école. Il arrive vers sept heures cinquante-cinq dans la cour, et joue un peu à la corde à sauter avec Sarah, Laeken Et Chrystelle si elle en a le temps avant que la cloche ne sonne et que leur maîtresse, Benayoun, les appelle pour aller en classe. Là, les élèves enchaînent les exercices de sauts de petites haies, les leçons d'éducation civique et d’histoire (sa matière préférée, le meilleur pour la fin). Heureusement qu’il y a la récréation de 10h et les parties de cache-cache avec les copains pour se défouler ! Le midi, elle mange à la cantine. Le mieux, c’est quand il y a frites au menu ! L’après-midi passe en général plus vite que la matinée. Parfois ils font du sport – elle adore ça, surtout quand il y a danse –, ou des sorties comme lorsqu'ils vont à la bibliothèque municipale De Moissy à côté de l’école. L’école, c’est plutôt chouette. Alcyone promet à Paprika de l’y emmener en cachette dès que 20


celui-ci lui aura prouvé qu’il est capable de se tenir tranquille pendant toute une journée. Autant dire que ce n’est pas pour tout de suite.

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Quelques jours plus tard, les choses commencent déjà à s’arranger. Paprika est très studieux, il connaît à présent les noms de tous les champignons et est capable de citer toutes les teintes de chacun, au pigment près. Il est plus sage aussi. Les plantes sont à nouveau vertes, quelques chaussettes sont réapparues dans les tiroirs, et, miracle, le réveil a sonné à l'heure pour la première fois depuis des mois ! L'ambiance est beaucoup plus détendue, papa ne râle plus dès qu'il se lève, Maman un peu, mais c'est juste parce que les mauvaises habitudes se perdent difficilement. Alcyone doit cependant rester vigilante, car on n'est jamais à l'abri d'une nouvelle bêtise de grudül. Mais dans l’ensemble, on peut dire que Paprika fait des efforts. La preuve : quand il utilise son petit levier, c'est uniquement pour faire tomber les tartines, et si elles tombent du bon côté, il arrive à s'empêcher de les tourner du côté du beurre. Il n'a plus volé une seule chaussette, n'a pas caché le bouchon du tube de Colgate. Alcyone sent que le grudül est sur la bonne 22


voie, et veille à l'encourager quotidiennement. Durant le mois qui suit, Alcyone et Paprika finissent par mettre au point une organisation du tonnerre : tous les soirs, le grudül révise ses leçons, tout comme Alcyone révise ses cours d’histoire, la matière qu’il préfère, et le matin, avant de partir à l’école La Mare Carrée, Alcyone laisse sur son bureau une petite enveloppe, à l'intérieur de laquelle se trouve le défi du jour. Paprika y trouve en général toute une liste de petites étiquettes portant des noms de champignons divers et variés, des plus communs aux plus improbables. Il va alors s'installer dans la maison Barbie d'Alcyone, où il a installé son petit atelier. Là, se trouvent un bloc de pâte à modeler, de petits outils et des couleurs. Car non seulement il apprend à peindre, mais Alcyone l'a convaincu d'apprendre également à sculpter, afin de faire des modèles parfaits. La vérité, c'est que de cette façon, Alcyone est certaine d'occuper l’animal pour la journée, et de ne lui laisser aucun temps mort qu'il utiliserait pour faire autre chose. Parfois, quand Paprika sent qu’il a vraiment besoin de se détendre, il se faufile à l’extérieur et va faire quelques bêtises… chez Aline Et Jean Luc. Alcyone ne le sait pas, et Paprika ne se fait pas disputer. Mais le grudül doit rester prudent, car on dirait qu’Alcyone commence à se douter de quelque chose depuis que Aline Et Jean Luc ont proposé de la déposer au gospel, et qu’ils n’a pas pu car ils ne retrouvaient pas leurs clés de voiture.

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Le temps passe, et, même si elle ne le dit pas, Alcyone est impressionnée par les progrès du grudül. Ses sculptures sont incroyables ! Non seulement les formes sont superbes, mais les couleurs sont éclatantes, tout en nuances, et, il faut bien le reconnaître, Alcyone n'a jamais rien vu d'aussi joli en matière de champignons. Peu à peu, la fillette et la créature deviennent les meilleurs amis du monde, et même s'il est difficile de garder le secret, Alcyone est contente d'avoir un petit ami rien que pour elle, et dont tout le monde ignore l'existence. Parfois elle a vraiment envie d’en parler à sarah, et plusieurs fois elle a été sur le point de le faire. Mais Paprika l’a supplié de garder le secret. — Pourquoi ? a demandé Alcyone. sarah est très gentille, tu sais. Et très discrète… — Personne ne doit connaître notre existence. Jusqu’ici, tout le monde croit que nous ne sommes que de petits êtres merveilleux qui n’existent que dans les contes préférés des enfants… Alcyone n’ose pas lui avouer qu’en réalité, personne n’a jamais entendu parler des grudüls. Elle hoche la tête comme si de rien n’était, tandis que Paprika poursuit : — Si le doyen de la Communauté de l’Arbre creux apprenait que nous sommes amis, il ne serait pas content, il serait même furieux. Nous ne devons pas prendre de risques, car plus il y aura de gens au courant de notre existence, et plus nous serons en

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danger. Imagine, si quelqu’un se mettait dans la tête de nous capturer ? Ce serait épouvantable pour tout le monde ! — Tu as raison, je n’y avais pas pensé. Tu es quand même toujours d’accord pour venir à l’école ? Je te cacherai dans ma poche, tu ne risqueras rien ! — Bien sûr ! Malheureusement, il n'en aura pas le temps…

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Un soir, Alcyone entend un tout petit bruit au-dehors, comme si un insecte grattait à la vitre. Elle jette un coup d'œil, et aperçoit une drôle de bestiole, un genre de papillon avec une petite queue de dragon, des écailles et deux petites ailes scintillantes de toutes les couleurs. — Mon drapillon ! s'écrie Paprika. Il est venu me chercher ! — Incroyable, se dit Alcyone, il existe vraiment des trucs bizarres sur cette planète ! Elle ouvre la fenêtre, et l’insecte entre dans la pièce. Elle virevolte dans la chambre, semant sur son passage de toutes petites paillettes. C’est magnifique ! Alcyone ne se lasse pas de l’observer. Puis il se pose délicatement sur le bureau. Paprika se jette au cou de son insecte, qui lui fait une vraie fête, puis, sans perdre une minute, il attrape son minuscule baluchon et saute sur le dos du drapillon. — Vous partez déjà ? s’étonne Alcyone. — Oui, le doyen l’a envoyé me chercher, c’est qu’il veut que je rentre immédiatement, je ne peux pas 26


trainer. Alcyone n’insiste pas, elle a compris : sa famille lui manque, c’est bien normal. Même si sa gorge est un peu nouée, qu’elle a un peu envie de pleurer. Elle savait que ce jour viendrait, mais elle n’imaginait pas que ce serait aussi brutal. Le drapillon s’est approché de la fenêtre et s'élève de quelques centimètres dans la nuit, Paprika bien installé dans sa selle miniature. Au moment où ils vont disparaître tous les deux, le grudül se retourne et fait un geste d'adieu à la jeune fille. — Au revoir, Alcyone, et merci pour tout. Je ne t'oublierai jamais, tu sais. Peut-être qu'on se reverra… Alcyone les regarde s'éloigner, et quand elle referme la fenêtre, elle a les yeux qui piquent un peu. Elle a perdu un ami. Elle est tellement triste qu'elle a envie de voler les piles du réveil, et le bouchon du tube de dentifrice, de faire tomber à l'envers toutes les tartines de la terre, et… Non, elle doit penser à autre chose. C'est le début des vacances, elle part en Bretagne, c’est l'occasion de profiter du soleil, de tourner la page, d'ajouter un an de plus au récit de sa vie et de se préparer pour sa rentrée prochaine en sixième. — Au revoir, Paprika, murmure la jeune fille en regardant le ciel. Content de t’avoir rencontré.

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Les vacances sont terminées, les fournitures scolaires sont bien rangées dans le sac à dos d'Alcyone, et elle a beau vérifier, il n'y manque rien. Pas un bouchon de stylo n'a disparu, pas un coin d'équerre, pas une gomme. Tout y est. Et il n'y a pas besoin d'être madame Soleil pour prédire que le réveil sonnera à l'heure demain matin. La rentrée des classes est morose, sarah a plein de choses à raconter, mais Alcyone n’a pas envie de l’écouter. Elle se souvient avec nostalgie de ses dernières semaines de classe, au printemps, quand elle avait si hâte de rentrer le soir pour jouer avec son grudül. L’été lui avait fait oublier sa peine, mais le retour à l’école lui rappelle beaucoup trop de choses. Un soir, pendant le repas – de la brandade de morue, au grand bonheur d'Alcyone –, Maman propose : – Et si nous allions aux champignons à la forêt de Rougeau dimanche matin ? Tout le monde est très enthousiaste, même s’il fallait faut se lever tôt. Quand le réveil sonne dimanche 28


matin ce matin-là, Alcyone se lève d’un bond – c’est beaucoup plus facile de se lever tôt quand ce n’est pas pour aller à l’école. Elle enfile son jogging kaki, son pull en laine, saute dans ses bottes en caoutchouc grises, passe devant la chambre de sa soeur qui a un peu de mal à émerger, et court rejoindre Maman qui range le pic-nic pique-nique dans la glacière jaune. Son papa fait déjà ronronner le moteur de la Citroën DS7. Quelques minutes plus tard, toute la famille est prête pour partir à la cueillette. Une fois dans la forêt, Alcyone aime sentir sur ses joues la fraîcheur du matin et piétiner de ses bottes l’herbe couverte de rosée. Elle avance d’un pas rapide sur le sentier, saute à l’occasion dans une flaque de boue… – ce qui fait un peu râler maman : elle va encore revenir toute crottée ! Elle ne peut pas s'empêcher de soulever un peu les feuilles tombées à terre, de passer sa main doucement entre les brins d'herbe, au cas où… au cas où quoi ? La forêt est magnifique, mais elle n’y trouve aucun arbre creux, aucun animal étrange. Le souvenir de Paprika est devenu tellement irréel, et toute cette histoire est tellement étrange, qu’Alcyone a fini par se dire qu'elle avait dû s'inventer, sans le vouloir, un ami imaginaire. De retour à la maison, Maman vide le sac de leur récolte sur la table. Et là, à la lumière du grand jour qui filtre par la fenêtre, c'est l'émerveillement ! — Eh bien ça alors ! s'exclame papa en attrapant un champignon, c'est bien vrai ce qu'on raconte partout

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au sujet des champignons : cette année, la nature s'est surpassée ! Alcyone ne comprend pas tout de suite. Et pourtant, il n'y a aucun doute : aussi bête que cela puisse paraître, il faut bien reconnaître qu'elle n'a jamais vu des champignons aussi beaux ! Finement ciselés, un vrai travail d'orfèvre ; quant à leur couleur, toute en nuances, on la croirait faite au pinceau avec une délicatesse de grand maître. L'écolière ne peut s'empêcher d'admirer longtemps un cèpe, absolument parfait, tellement beau qu'on le croirait en pâte à modeler : pas une éraflure, pas une déchirure. En le faisant rouler doucement entre ses doigts, Alcyone remarque un tout petit détail que personne n'a vu, à la base du pied : un minuscule "P" tracé au pinceau, comme une signature d'artiste… — Tu vois Alcyone, ajoute papa, ce que la nature est capable d'accomplir, aucun être vivant ne le pourra jamais ! Alcyone sourit. Elle sait bien, elle, que dans les sousbois se cache un drôle de petit bonhomme aux oreilles pointues dont le métier est de rendre les choses plus belles. Et l'enfant n'est pas peu fière de se dire que si les champignons sont si beaux cette année, c'est un peu grâce à elle…

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Derniers ouvrages du même auteur : Le magicien d'Oz, CreerMonLivre.Com, 2020 A la recherche de la dent perdue, CreerMonLivre.Com, 2020 Ecrire ses mémoires, CreerMonLivre.Com, 2020 Un vampire dans les Everglades, CreerMonLivre.Com, 2020 Le cercle de feu, CreerMonLivre.Com, 2020

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Voici L’histoire du

Mais qui est le Grudül ? C’est un petit être de la nature occupé à peindre les moindres recoins de notre environnement… Issus de la Communauté magique et secrète de l’Arbre Creux dont le grand chef est âgé de plus de 500 ans, les Grudüls ont chacun une tâche bien précise à exécuter chaque jour. Certains sont saisonniers et s’occupent de peindre les feuilles mortes à l’automne, d’autres peignent les bourgeons des fleurs à l’arrivée du printemps ! D’autres encore peignent chaque brin d’herbe d’une nuance délicate. Lorsque tu te lèves chaque matin et que tu aperçois cette nature flamboyante, parsemée de nuances de couleurs en tout genre, tu pourras avoir une tendre pensée pour nos amis les Grudüls. Afin d’aller plus vite, car la Nature est immense, ils ont chacun un fidèle compagnon : un drapillon. Grâce aux drapillons, les Grudüls parcourent des milliers de kilomètres pour que partout sur Terre, à chaque lever du soleil, la Nature reprenne toutes ses couleurs. Tu ne regarderas plus jamais l’environnement qui t’entoure de la même manière, n’est-ce pas ?


La nature fléchée

Remplis la grille suivante en t’aidant des des illustrations et des définitions que tu trouveras sur la page suivante. Une fois la grille remplie, remets dans l’ordre les lettres des cases colorées. Tu trouveras alors le nom de la Communauté à laquelle appartient le

.

1 F

9

R 1

P 3

6

F

S

O

2

R 6

L

5

H

7

P

G 4

3

D S

S

S

N 8

U

S

10

U

4

5

2

P

T

7


La nature fléchée

Voici les définitions qui te permettront de remplir la grille.

1

Ce sont les animaux de compagnie des ils peuvent atteindre toutes les végétations.

2

Les

3

Ce sont les 4 périodes de l’année qui durent chacune 3 mois.

4

Nom donné à l’ensemble des êtres vivants, animaux et végétaux, ainsi que le milieu où ils se trouvent (minéraux, mers, montagnes, continents).

5

C’est le métier du

6

La couleur du

7

Le

ont pour mission de le peindre.

l’est au toucher.

appartient à la Communauté de 1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

Solutions : L’arbre creux

Le

L’

, grâce à eux,


Le quizz de la forêt 1- Lequel de ces champignons n’est pas vénéneux ? A- La trompette de la mort B- L’amanite tue-mouches C- L’ergot du seigle

2- Quels animaux peut-on trouver dans la forêt ?

(plusieurs réponses possibles) A- Le loup B- L’ours

C- La girafe

D- Le hibou

E- Le Chameau 3- Quels sont les animaux qui voient dans le noir ? (plusieurs réponses possibles) A- Hibou B- Loup C- Chat

D- Abeille Solutions : 1/ A - 2/ A, B, D - 3/ A, C, D


L’arbre Creux en couleurs Deviens peintre de la nature toi-aussi et colorie l’Arbre suivant !


L’ombre Grudülesque Trouve l’ombre qui correspond à celle du

1

3

Solutions : L’ombre n°2

2

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