Cultures
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maginez le scénario. Vous plantez des pommes de terre. Quelques semaines après, pour évaluer le développement de vos champs, vous faites prendre des photos aériennes à l'infrarouge. Le lendemain, quand vous recevez les photos, vous y distinguez une zone dans un champ où le développement foliaire apparaît nettement moins avancé. C'est une zone assez étroite qui s'étend sur quelques centaines de mètres. Bon, c'est une surprise et ce n'en est pas une. A !'oeil, en parcourant le champ à pied, vous aviez déjà noté la présence d'une anomalie, mais il vous était difficile d'en évaluer l'ampleur avec précision. Avec la photo à l'infrarouge, la situation est claire, et le problème paraît plus sérieux que vous le pensiez. Reste à trouver la cause du problème. Après avoir parcouru le champ et discuté, le représentant de votre coopérative et vous-même en arrivez à la conclusion que c'est le sol qui est en cause; vous écartez la possibilité qu'il s'agisse d'une maladie, d'un insecte ou d'un autre facteur. Vous faites analyser des échantillons de sol et constatez que le pH du sol dans cette zone est beaucoup plus élevé qu'ailleurs. Il faudra donc en tenir compte lors du prochain épandage de chaux. Fiction? Pour le moment, oui. Mais cela pourrait un jour devenir réalité. Aux États-Unis et dans certains pays d'Europe, la photo à l'infrarouge est déjà employée dans certaines cultures, notamment pour évaluer les rendements. Chez nous, des essais sont en cours. C'est le cas notamment chez Nutrinor où, avec le support financier du gouvernement fédéral, un projet de recherche a été entrepris. La photo qui apparaît ci-contre a d'ailleurs été prise chez l'un des trois producteurs de pommes de terre qui collaborent au projet. Ce projet vise essentiellement à explorer le potentiel de ce nouvel outil. Un potentiel qui va de l'optimisation de l'usage des fertilisants à la détection des maladies en passant par l'évaluation des populations d'insectes nuisibles.
Cinq fois plus d'information
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Très vastes, donc, les applications possibles des ondes infrarouges. «C'est que, explique l'agronome Thérèse Munger, représentante chez Nutrinor et responsable du projet, alors que les ondes lumineuses ont une réflectance de huit pour cent, les ondes infrarouges en ont une de 40 pour cent. En termes simples, cela revient à dire que les infrarouges fournissent cinq fois plus d'information que
Pour y voff clair
Des champs de pommes de terre photographiés à l'infrarouge avec une caméra vidéo.
PAR ANDRÉ PIETTE
les ondes lumineuses.«D'un point de vue agronomique, cela signifie que le stre!s subi par une plante est détectable beamcoup plus tôt et plus clairement. Quelle que soit la cause de ce stress: insecte ravageur, carence minérale, maladie, sécheresse, etc. C'est en lisant un article sur le sujet dans un magazine agricole américain qJ e Mme Munger a eu l'idée de s'y intéressdr. Elle a contacté un chercheur de l'Unive'rsité du Québec à Chicoutimi qui travaillait déjà sur l'infrarouge. René Verreault te~~tait d'en faire un outil utile dans l'aménagement des bleuetières. M. Verreault est propriétaire, par ailleurs, d'une entreprise spécialisée dans la télédétection aériennk. L'approche de ce chercheur a ceci de particulier qu'elle mise sur l'emploi d'urie caméra vidéo plutôt que sur la prise de photos proprement dites. L'avantage, c'est qu'il n'y a pratiquement pas de délai de développement. Car le délai est le taidn d'Achille de la photo à l'infrarouge. 11.e développement en laboratoire demande plusieurs jours. Avec la caméra vidéo, dn ramène ce délai à une seule journée, le temps simplement de traiter la pellicule par ordinateur. «La vidéographie infrkrouge n'est pas un outil parfait, reconnaît Thérèse Munger. Mais elle est bien plilis pratique que la photographie infrarougL 1
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Au stade initial
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Le projet, qui doit durer trois ans, n'en est encore qu'au stade initial. Un montaht total de 122 000 dollars y sera investi, lès deux tiers provenant des gouverneme9ts et le dernier tiers, de Nutrinor. «La coopérative croit qu'elle peut aider à développer un outil utile aux producteurs«, déclare Mme Munger.«
Trois producteurs apportent leur support au projet. Ces producteurs de pommes de terre de semence fournissent des informations sur les 350 hectares qu'ils cultivent. Ce n'est pas par hasard s'il s'agit de producteurs de pommes de terre . «La télédétection, explique Mme Munger, présente un intérêt plus marqué dans les cultures intensives.« Le projet que mène cette agronome avec l'aide d'un autre représentant, Russel Bouchard, débute et ses objectifs se précisent. Ainsi, c'est d'abord au plan de la fertilité et de la conservation du sol qu'on espère en retirer des bénéfices. Les maladies et les insectes viennent pour le moment au second plan. «Les maladies sont importantes, juge Mme Munger, mais les producteurs de pommes de terre de semence ont déjà des moyens de les prévenir et de leur faire la lutte; il est plus important de travailler sur la conservation du sol: érosion, compaction, etc.« Concrètement, l'équipe de Mme Munger doit multiplier la prise de photos et les observations au champ afin de développer une grille d'interprétation des images. Mais tout d'abord, il s'agit d'apprendre à maîtriser la vidéo. «Présentement, ditelle, les résultats obtenus avec la caméra vidéo ne sont pas parfaits, mais ils sont excellents pour une première année d'essai.« Pas de doute, donc, que l'infrarouge est un outil prometteur. Ses possibilités paraissent multiples. Où Mme Munger et son équipe en seront-elles rendues après trois ans de travail? ,Je ne me risquerais pas à le prédire, répond celle-ci. Mais on aura fait un bout de chemin.« o Le coopérateur agricole/juin-juillet 1991