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Animateur de l’atelier d’écriture : Christian Cession Animatrice de l’atelier de peinture : Roxana Alvarado Co-animateur et dessin de couverture: Giorgos Sapountzoglou Graphisme : Carolina del Valle Rodriguez Direction : Viviane Wansart


Introduction Passé présent J’y pense et puis j’oublie … Quelques artistes l’ont chanté (Claude François, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc et Johnny Halliday). Mais celles et ceux qui ont participé à l’atelier d’écriture de Côté Cour paraissent n’avoir rien oublié ou presque. L’écriture arpente la mémoire et la mémoire charpente l’écriture, peut-être. L’une habite et peuple l’autre, lui ouvre de nouveaux territoires. Et réciproquement. Les bonheurs d’écriture en sont le signe. Pour celles et ceux qui écrivent, ce sont des expériences actuelles qui, parfois, mettent dans une nouvelle lumière le centre de gravité de leur vie, le questionnent, le remettent en jeu ou en renouvellent l’accès. Derrière ces mots, il y a des expériences. A moins que ce ne soit simplement une trace, la griffe, la petite musique, l’entame ou les arriérés confus d’une expérience. Dans tous les cas, l’expérience est première et l’écriture est seconde. Seconde en ce qu’elle vient après l’expérience. Mais pas secondaire. Parce que l’écriture, me semble-t-il, est à son tour expérience et qu’elle relance, explore, approfondit l’expérience première en la réfléchissant (dans les deux sens du mot), en la refeuilletant, en en retravaillant le sens. L’écriture peut ainsi faire bifurquer l’expérience, la réorienter, parfois la chiffonner, la recomposer, en renouveler le thème, donner à l’histoire une autre conclusion. Tout en emmenant ailleurs le lecteur, c’est l’écrivant même qui fait un voyage « Quelque part où les vers de terre régnaient en maîtres de cérémonie. Où coccinelles et cochenilles se partageaient un thé de menthe fraîche. Où l’escargot baveux prenait tout son temps pour déménager … ». L’écriture du souvenir emploie tous les temps qui signifient le passé mais ils résonnent au présent.

Christian CESSION Animateur


Giorgos Sapountzoglou


avec les textes de: Amrouche B. Marianne Colson Lionel d’Hoop Catherine Domken Christiane Dooremont Axel Geeregat VÊronique L. Claudine Meurisse Olivier Timmermans Aude Van Diest Yma


Fanny Brassinne


MÉéEMOIRE


Sans souvenir Sans souvenir. Jusqu’au jour où tout remue autour de moi. J’ai mis ma veste verte. On court, on monte à travers des couloirs blancs. Et parmi tous ces adultes, je vois enfin le visage de ma mère ; son beau, tendre et doux visage. Elle est couchée tout de blanc vêtue, mais il y avait une poupée et là, le silence ! Elle me tend la main, je suis timide, je ne me sens pas bien du tout. Je n’ose pas toucher cette main tendue et puis le silence revient. Maman tenait un vrai bébé ! Je ne comprenais pas, les adultes me font asseoir dans un fauteuil. Pourquoi maman ne m’as-tu rien dit. J’étais triste, perdue, mon cœur saignait de douleur; c’était le noir total. Oh, une voix, deux, trois, quatre… « Qu’il est beau, magnifique ». Mais tout était noir et je pleurais. En une fois, une voix, dure et sèche, se fâcha sur moi : "Tu n’as pas honte ?» Je n’oublierai jamais cette phrase que je ne comprenais pas. Tu n’as pas honte, tu n’as pas honte ? et là le silence, le noir et là, ils réapparurent… la famille. Tous me regardaient sans rien dire. Le silence complet.

Claudine Meurisse


Je pense et puis j'oublie J'y pense et puis j’oublie. Je pense aux gronderies de maman et puis j'oublie les méchancetés de papa. Nous sommes si petits devant tout cela, je pense et puis j'oublie. Maman, papa ne criez pas si fort. Car je pense et puis j'oublie. Si peu d'amour dans le cœur de papa et maman. Je me sens toute petite. C'est pourquoi j'y pense et puis j'oublie. Mon dieu, aidez-moi, tuez-vous, battez-vous mais ne me faites pas du mal. Car moi j'y pense et puis j'oublie. Un jour peut-être on oubliera tant de méchancetés, ainsi je prie et puis j'oublie.

Christiane Dooremont


Souvenir d'une soiréee La soirée commence On entend le bruit du feu qui crépite Soirée familiale ou amicale Nous ne sommes pas du tout dépités. Nous ne nous amusons pas de façon banale C'est le début du règne animal Les corps s'échauffent, l'alcool dégrise, Nous nous retrouvons face à nous-mêmes. Nous lisons des textes, la façon de faire est apprise. Lui et elle, les deux mêmes, Comme deux âmes sœurs Se lèvent et iront se coucher Quand viendra l'heure Dans le même lit évidement Par amour finalement.

Axel Geeregat


Le souvenir d'une surprise J'ai été enfant et ma gencive me faisait un peu mal, une dent bougeait et je l’ai chipotée. Mes parents me disaient que c'était une dent de lait. Elle finit par se détacher, on m'a dit de la mettre sous l’oreiller le soir et que le lendemain je recevrais une surprise, un petit cadeau qu'une souris apporte. Je me suis endormi avec cette histoire de mes parents qui m'a bercé dans mon lit. J'ai reçu un petit cadeau mais je ne me souviens pas de ce que c'était. Je me souviens que j'étais tout content et enthousiaste. D’où est-ce qu'elle venait cette souris ? En tout cas, j'avais hâte de le recevoir. J'ai été content. Il y quelques années, j'ai retrouvé une ou deux dents de lait dans un coffret en mettant de l'ordre dans mon appartement. Je me suis rappelé... la voilà, la tradition et la douceur de mes parents.

Olivier Timmermans


Noir et gris - Poivre et sel Il avait une barbe incroyable, indomptable, mêlant noir, gris, blanc et reflets roux dus, je pense, au tabac … Il fumait en effet énormément. Ses yeux bruns-noirs, quand il était en colère, qu'il voyait rouge, viraient subitement au gris et l'iris se cernait alors de bleu. C'était impressionnant Fulgurant comme un orage !... Cela arrivait malheureusement fort souvent... Je me souviens... Je n'ai pu lui fermer les paupières. Mais aujourd'hui, je n'ai plus envie de me souvenir. Il s'est éteint, il y a plus de cinq ans... redevenu cendres...

Véeronique L.


Fallait pas toucher sa poule Je me souviens de cette fin de matinée, lorsque mon père récupéra la cocotte en fonte qu'il avait mise à refroidir la veille dans la cour, sur l'appui de fenêtre. Je me rapprochai pour comprendre la raison de ses fulminations et découvris que ce midi, nous mangerions végétarien ! La nuit passée, un chat errant avait festoyé et n'avait laissé de notre poulet rôti qu'un squelette décharné ! Je me souviens de la satisfaction de mon père lorsqu'il termina la confection de sa catapulte à l'intention vengeresse des prédateurs de volailles, ayant l'air de dire d'un geste altier du menton : « Qu’il viennent maintenant ! ». Je me souviens de mon père saisissant son lance-pierre et se précipitant dans la cour, mettant en joue le chat noir qui marchait nonchalamment sur le mur au fond du jardin. Il se figea, le chat pas mon père, le coup parti à une vitesse telle que je ne pus que deviner qu'il avait fait mouche. Le chat détala dans un miaulement de détresse sans demander son reste. Sorti victorieux de cette escarmouche, mon père regagna l'intérieur satisfait, l'air de dire : « Reviens seulement ! ». Je me souviens d'avoir vu un chat noir, se promener nonchalamment sur le mur du jardin. Je sortis pour voir le félin, qui se figea à ma vue. Je n'avais pas l'air menaçant et il prit le temps de me dévisager de son unique œil valide (il avait l'œil gauche vitreux) !

Amrouche B.


Ma grand-meère paternelle On m’avait dit, enfin surtout ma cousine Lucie : « Attention, il faudra bien te tenir. Pas sautiller d’un pied sur l’autre. Pas regarder dans tous les sens. Pas te gratter le nez : Bonne-Maman est très sévère. Et elle remarque tout !» Je n’en menais pas large. C’était la première fois que je rencontrais ma grand-mère. L’attente insoutenable me donnait des maux de ventre. Cette première semaine de mon arrivée dans la maison de ma tante, je l’avais vécue comme dans un brouillard, où l’accueil pourtant affectueux de celle-ci n’avait pas réussi à effacer mon désarroi. Ni à me faire apprécier mon nouveau foyer chaleureux. Le bruit sec d’une canne sur le carrelage de la cuisine me fit sursauter. Puis je vis apparaître une silhouette toute en longue jupe et long tablier. Je n’osais pas lever la tête. Je gardais le regard fixé sur les petites fleurs blanches qui parsemaient le tissu gris amidonné de cette tenue austère. J’aperçus dans mon champ de vision restreint un signe discret de ma Tante Georgia. Un sourire encourageant aux lèvres, elle soulevait légèrement un doigt posé sous son menton. Oui mais voilà, le mien était en béton. Une main un peu tremblante se posa alors sur ma tête penchée. Qui donc était venu avec Bonne-maman ?... Ce geste apaisa ma tension et j’entendis les mots comme dans un rêve : « Et alors ma petite-fille, on ne veut pas me saluer ? » Cette voix chantante et douce, c’était elle ? Mais alors, Lucie m’avait menti. Elle avait voulu me faire peur ! Mon front n’at


tendit plus pour se soulever et satisfaire sa curiosité. J’eus devant moi un visage aux joues ridées comme une pomme bien conservée, un chignon argenté haut perché sur la tête. Des yeux pétillants de malice me scrutaient sans méchanceté. A partir de ce moment, j’eus maintes fois l’occasion d’apprécier les qualités de ma chère aïeule.

Yma


Ma Nona Durant les bonnes saisons, dès le premier rayon de soleil, Nona sortait par la petite porte de bois donnant directement sur son jardin fleuri. Connue pour sa bonne humeur et son incroyable énergie, les proches voisins attendaient chaque matin le moment du « grand déballage » : outils de jardinage, chaise pliante dont le tissu rayé gardait à tout jamais une forme de fatigue, carafe d’eau fraîche et, parfois, une petite radio portative à grande antenne, le tout déposé dans la vieille brouette qui amenait ce petit monde vers le potager. Rayonnante et impatiente de se dérouler les articulations pleines d’arthrite, Nona enfilait sa tenue de travail. Un tablier au couleurs délavées de soleil et bien serré sur ses hanches rebondies par la gourmandise, un chapeau de paille sur la tête, le vieux pantalon usé de son homme parti trop tôt après la guerre, et, surtout, les sabots de bois toujours au rendez-vous : la voilà fin prête pour la matinée. Nona savait très bien comment s’y prendre pour donner de belles couleurs aux tomates, aux céleris, aux choux. Légumes, fruits et fleurs ne résistaient jamais aux mots doux qu’elle leur chuchotait entre deux soupirs et un craquement de genou. Elle les touchait avec douceur, palpait leur consistance, les encourageait à prendre de l’ampleur et une bonne réserve de vitamines ! Tout en passant des poireaux aux pommes de terre, Nona s’inventait déjà de prochaines recettes de potages bien épais pour l’hiver et délicieusement légers pour l’été. A genoux ou assise avec l’aisance de toute sa rondeur, elle arrachait les herbes mauvaises, grattait la terre pour la faire respirer, creu-


sait des petits trous pour les nouvelles graines ou les bulbes qui attendaient de fleurir. Souvent, son esprit semblait voguer ailleurs alors que ses mains aux veines bleues s’activaient sans relâche. Une sorte de magie aux pouvoirs secrets l’emmenait plus loin, ailleurs... Quelque part où les vers de terre régnaient en maître de cérémonie. Où coccinelles et cochenilles se partageaient un thé de menthe fraîche. Où l’escargot baveux prenait tout son temps pour déménager, alors que la limace ne se privait pour aucune raison de grignoter une belle feuille de salade verte. Quelques pies rieuses s’embrouillaient les plumes dans l’eau de pluie du vieux puits. Le matou noir aux poils lustrés jetait un œil paresseux sur tout ce joli monde : pourquoi chasser guêpes et mouches des champs alors qu’il était si plaisant d’écouter le bourdonnement de leurs ailes ? Il arrivait souvent que Nona somnole durant un court instant de repos bien mérité. Au risque de perdre l’équilibre, les yeux lourds et le dos courbé par ce moment de relaxation potagère, rien ni personne ne cherchait à troubler l’enchantement du tableau. Le facteur faisait taire la sonnette de son vélo et le laitier déposait six bouteilles fraîches dans un petit panier de fer toujours présent à cette heure précise. Si une elfe ou un crapaud en quête de compagne apparaissaient, comme sortis de nulle part, l’émotion arrivait au sommet de sa parade. Le temps s’arrêtait là, au bout de trois petits points... Juste trois petits points...

Aude Van Diest


Morceaux du quotidien Une caravane abandonnée dans un bois. Elle avait quelque chose de lugubre et d'inquiétant. La végétation et la moisissure l'avaient envahie. J'avais peur d'elle mais en même temps, j'étais attirée par elle. La cabane de mon enfance... Nous grimpions sur le toit pour nous lancer dans un tas de foin. C'était magique ! Un rêve récurrent un peu angoissant. Il me réveille à chaque fois : je suis au volant d'une voiture et pourtant je ne sais pas conduire. L'arôme du café frais qui me rappelle les petits-déjeuners. Notre cabine de plage où régnait une odeur particulière : une odeur de bois surchauffé et confiné. On y rangeait pelles, seaux, transats et le fauteuil de ma grand-mère. Mon chien qui se réfugiait dans la salle de bain, terrorisé par les orages...

Marianne Colson


TRANSMISSION


Jocelyne Bidart


Arbres Je suis rentrée dans ce bois humide et ensoleillé, les couleurs allaient de vert clair à vert foncé, rougeâtre. Me vînt une idée folle, celle de me coucher dans une clairière à l’odeur rafraîchissante. Je me noyais à présent de toutes ces odeurs boisées et là une autre idée folle me vînt. Je pris un arbre dans mes bras. Il était magnifique et son odeur m’enivrait. Je le serrais encore plus fort. Seul l’arbre existait. J’entendais presque son cœur battre. Rêvais-je? Je pris un autre arbre et je ressentais toute sa chaleur. Je le serrais plus fort et ça y est, cela recommençait, son cœur battait. Cela voulait-il dire que toute cette nature était vivante ? Alors je me mis à courir, respirer, envahie de senteurs et puis à nouveau tentée, je repris un arbre au cœur battant avec le mien, je me suis mise à lui parler. Peut-être pouvait-il me comprendre ? Allez un autre, le tout premier. Ça sentait si bon et plus je le serrais et plus nos cœurs s’unissaient. Je me sentais si bien. Peut-être ressentait-il la même chose ? Jamais, je n’avais été aussi calme, aussi heureuse. Je ne t’oublierai jamais, lui dis-je. Comme s’il pouvait me répondre. Le plus beau moment de ma vie.

Claudine Meurisse


La Parole aux muettes Tu te camouffles alors que je ne porte rien pour couvrir mes mains. Je te vois bouger, ivre et pourtant tu prends le large. C’est dommage que tu m’aies laissé sur le rivage car mes yeux sont voilés par les languettes de mon sarcophage. Depuis que nous venons à toi, le blanc de tes yeux me trompe, ce que je trouve dommage. Après tout, il n’y a pas d’horizon ni de bordures à ce pliage. Entre, arrête-toi au sommet de cette crête et mets le cap sur une nouvelle page. Je t’aborde et t’éclaire comme un mage, je suis un mirage. Mes côtes flottantes se brisent. Il me reste les grains d’une poussière. Le vent de ton souffle. Sois d’abord sage. Car la lune se lève et dit au soleil : brille puisque tu viens d’arriver ici, alors prends place. Tu connais déjà la planète sphère, celle qui éclaire de ces phares et oriente le sel de nos plages. Ni mer ni amertume, tu débutes une ascension faisant face aux lames de fond. Ta maison s’appelle Terre, ta posture donne une direction, ton encre m’écrit ce doux rêve, celui d’une clôture, celle de mon voisin, celui de mon équipage.

Lionel d'Hoop


Le soleil Un jour le soleil se levait, un jour le soleil se couchait. J'aimais ce soleil. J'aimais cette lumière dense. J'aimais ce soleil, le vent. J'aimais ce soleil couchant. J'étais consternée. J'étais les yeux clos. J'avais le soleil dans le dos, ouvert à ce soleil. Je tremblais de chaud. Le soleil était là. Faisons place à sa comparse, la lune. Accompagnant la prière du soir des petits enfants.

Christiane Dooremont


Monologue sur mes mots perdus Mes mots se diluent dans le trouble du confinement. Rien ne les a préparés à un tel changement. On leur a ordonné de quitter la plume ou l’encrier et de s’éloigner des charmes envoûtants de Dame Grammaire. Tout contact avec le papier est interdit. De quoi nous accuse-t-on pour nous priver ainsi de notre respiration ? Garder une distance de protection virale. Ne plus s’habiller de majuscules puisqu’il faut se faire tout petit. Une phrase s’interroge sur le sens de sa réalité lorsque le vide blanc s’installe. Comment exister lorsqu’elle ne peut plus s’unir aux mots placés les uns contre les autres ? Même les virgules se sont effacées, trop dangereuses par leur proximité. Il ne reste que le point. Un simple point qui arrête tout. Inertie. Immobilité. Emprisonnement.

Aude Van Diest


Un jeu d enfance Une vieille dame s’est arrêtée devant une cour de récréation. Les enfants qui jouent la fascinent avec leurs rires et leurs voix pleine d’énergie. L’émotion l’étreint quand elle réalise que les jeux que les enfants jouent sont ceux de son enfance : la marelle... le saut à l’élastique.... et le saut de mouton... Quelques larmes perlent. Les souvenirs heureux de son enfance la submergent d’émotion... C’est ça le bonheur.

Marianne Colson


La Belle au bois dormant

Il était une fille, Agnès, qui vivait chez elle. Un soir, elle sort faire la fête, un peu ivre, elle rendre chez elle et décide de mettre une pizza au four mais dans la pizza se trouvait un somnifère glissé par sa sœur pour qu’elle s’endorme pour longtemps. Sa sœur est un peu jalouse. Le voisin du palier s’étonne de ne plus dire bonjour à Agnès. Il avait cette habitude chaque matin avant d’aller travailler. Il sonne à sa porte, personne ne répond, à part la sœur d’Agnès qui nie tout. Un soir, Agnès dort tandis que le voisin essaie d’ouvrir sa fenêtre pour savoir ce qui se passe. Il réussit et prépare une potion à Agnès afin qu’elle se réveille. Voyons la situation, se dit-il, un breuvage magique lui fera du bien, donc trois centilitres de citron, cinq centilitres de fleur d’oranger, du thym et du laurier. Cette potion déjà testée aura des effets bénéfiques sur Agnès et puis il discuta avec sa sœur pour qu’elle ne fasse plus cela. Agnès repris conscience, émerveillée, retrouvant des visages familiers et fut surprise des rêves qu’elle avait pu faire pendant ce long moment d’absence.

Olivier Timmermans


ÇCa fera un treès bon bouquet Je me suis assoupie et là commence mon rêve. C'est bien moi, Clémence et me voilà à nouveau dans la maison de repos Les Eaux Douces où je travaille. Les lieux ont changé : c'est la nuit mais je distingue toutes sortes de plantes dont un joli rosier aux bourgeons prêts à éclore. Je cherche les résidents, mes collègues, il semble que je sois seule... J'entends le tic-tac de l'horloge du palier d'en haut. Je m'aventure dans la cuisine où nous discutions hier de la disparition d'Ariette, notre douairière de presque 100 ans. Tout à coup, je l'entends chantonner mon nom. Ce chant doit venir du jardin. Il fait nuit, j'ai un peu peur et je frissonne. C'est alors que me décidant à sortir, je fais appel à ma sorcière bien aimée, ce personnage de mon enfance ayant le pouvoir de faire arriver les choses les plus improbables rien qu'en faisant frétiller son nez. Je pense très fort à mon vœu qu'il ne fasse plus entre chien et loup mais que ce soit la fin d'une jolie après-midi de printemps. Mon vœu est exaucé et voilà le jardin caressé d'un soleil doux... Je respire avec délice l'odeur des lilas. Je choisis le banc en pierre bleue pour m'asseoir un moment. J'écoute le chant des oiseaux en attendant d'entendre Ariette fredonner mon nom. Je me sens trop seule. Ma sorcière bien aimée a dû devancer mon deuxième vœu car j'entends enfin mon nom chantonné par Ariette. Quelques secondes plus tard, Ariette apparaît de derrière la maison. J'ai envie de courir, de la prendre dans mes bras mais, confinement oblige, je la laisse arriver jusqu'à moi, admirant son sourire doux ...


« Madame Clémence, venez, faisons le tour du jardin, j'ai tant de choses à vous raconter : je me suis échappée des Eaux Douces pour retourner voir ma fille et rester, si possible, vivre chez elle. Je savais que j'allais inquiéter tout le monde mais c'était plus fort que moi... » Elle garde le silence pendant quelques instants puis se met à nouveau à me raconter : « Je lui en fais voir de toutes les couleurs à ma fille, vous savez, je ne sais pas si elle va pouvoir me garder. Je ne dis pas un mot et suis difficile à vivre... Oh, que ce lilas est beau, je vais lui en faire un bouquet, un peu de blanc, un peu de mauve... ». « Mais Ariette, pourquoi refuser de parler à votre fille et pourquoi l'enquiquiner si vous tenez tant à être près d'elle ? » - « Voilà, cela fait un beau bouquet », ai-je eu en guise de réponse. Pendant un long moment, nous sommes restées silencieuses... Soudainement, Ariette se mit à chantonner : « Je vais quitter ma Clémence et me cacher dans mes absences.... Et qui sait là-bas, je trouverai peut-être ma démence ? » - « Mais pourquoi Ariette, pourquoi bon sang ? - « Je ne sais pas... Je vous dis au revoir maintenant, je me sens fatiguée mais je reviendrai et si jamais j'oublie, appelez ma sorcière bien aimée, elle vous aidera, mais non, ne pleurez pas. »

Catherine Domken


ÇUne seéparation Tu aimais le café Je préférais le thé A toi les films d’action Pas du tout ma passion Tu aimais trop les filles En oubliais ta mie Au détour d’un chemin Tu me laissais souvent Avec le lendemain Un sourire repentant Un jour, à un carrefour, Je me suis réveillée Te laissant tout pantois Ta casquette de guingois Dans le bus prêt à partir Je me suis engouffrée Sur la route devant moi Chantait l’asphalte joyeux Libérée dans ma tête, Me vint cet air heureux « Je te laisse, te délaisse, mais laisse sur la porte, ma clé. Je n’en ai plus besoin, tu pourras la lui donner. »

Yma


sin: Des ca Pas le Je on ans Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Commission communautaire française et la commune d’Etterbeek.

www.ateliercotecour.be

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Recueil 2020 de l'Atelier d'Écriture de l`Atelier Côté Cour

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