

LE CRÉATEUR L’ENQUÊTE LEE STROBEL

Un journaliste recherche les arguments scientifiques qui conduisent à Dieu
© 2007, éditions Vida
CLC–BP 9 – F-26216 Montélimar Cedex vida@clcfrance.com – www.vida-editions.com
© 2026, éditions revue.
ISBN : 978-2-38391-259-0 (papier) / 978-2-38391-962-9 (epub)
Responsable éditoriale : Claire Trestour
Titre original : The Case for a Creator © 2004 by Lee Strobel
Requests for information should be addressed to : Zondervan, 3900 Sparks Dr. SE, Grand Rapids, Michigan 49546.
Traduit de l’anglais par Philippe Montuire, Positive Connexion
Sauf indication contraire, les textes bibliques sont tirés de la version Louis Segond révisée, dite « à la Colombe ».
Diffusé en Belgique par la Centrale Biblique
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Tous droits réservés. Toute reproduction ou transmission, totale ou partielle, par voie électronique, mécanique ou autre, ainsi que tout enregistrement ou photocopie, sont interdits sans le consentement préalable de l’éditeur.
Couverture : Jennyfer Val Katende
Dépôt légal : février 2026
Impression n° xxx (janvier 2026) • IMEAF • F-26160 La Bégude de Mazenc www.imeaf.com
Mots-clés : 1. Science. Preuves. Enquêtes
2. Foi. Création. Évolution
3. Intelligence. Cosmologie
LE CRÉATEUR L’ENQUÊTE LEE STROBEL
Un journaliste recherche les arguments scientifiques qui conduisent à Dieu
1.
TABLE DES MATIÈRES
4.
5.
6.
7.
8.
Chapitre 1
SCIENCE VS FOI
Scientifiques en blouses blanches contre prédicateurs en robes noires
L’heure fatidique du bouclage de l’édition de l’après-midi du Chicago Tribune était imminente, et le débordement d’activités dans la salle de rédaction rendait l’atmosphère électrique. Le cliquetis des téléscripteurs résonnait derrière les parois de plexiglas. Les stagiaires se précipitaient d’un bureau à l’autre. Les journalistes, penchés sur leur machine à écrire, redoublaient de concentration. Les rédacteurs aboyaient dans leur téléphone. Et sur le mur, imperturbable, la grosse horloge égrenait irrémédiablement les minutes.
Un stagiaire déboula dans l’immense pièce et jeta au milieu du bureau des nouvelles locales, trois exemplaires du Chicago Daily News tout juste sortis de presse. Les assistants des rédacteurs locaux se précipitèrent et, d’un coup d’œil, passèrent la première page en revue pour voir si la concurrence avait été plus performante sur un sujet ou sur un autre. Un d’entre eux laissa échapper un grognement. D’un geste, il déchira un article, tourna sur lui-même, et l’agita sous les yeux d’un journaliste qui avait le malheur de passer par là.
« Reprends-moi ça ! » ordonna-t-il. Sans un regard, le journaliste se saisit du morceau de papier et se dirigea vers son
bureau pour passer rapidement quelques coups de téléphone qui pourraient lui permettre de rédiger un article sur le même sujet.
Les journalistes en poste à l’Hôtel de ville, au tribunal, au quartier général de la police ou au bâtiment d’État, appelaient les assistants des rédacteurs pour « doper » leurs articles. Dès que les journalistes avaient réussi à dresser un tableau général de la situation, les assistants demandaient à leur patron, le rédacteur en chef des nouvelles locales, en prenant bien soin de placer leur main sur le combiné téléphonique, quelle décision il prenait au sujet de l’article proposé.
« Les flics poursuivaient une voiture qui est rentrée dans un bus, raconta l’un d’eux. Cinq blessés légers.
– Un bus scolaire ?
– Non, un bus de la ville. »
Le rédacteur en chef fronça les sourcils.
« Un article sur trois colonnes, finit-il par ordonner. – Trois colonnes » répéta l’assistant dans le téléphone. Puis, en pressant sur un bouton du poste téléphonique, il mit le journaliste en relation avec un rédacteur qui allait rassembler les détails de l’histoire et, en quelques minutes, en tirer un texte sur sa machine à écrire.
Nous étions en 1974 et j’étais un bleu, fraîchement sorti de l’école de journalisme de l’université du Missouri trois mois plus tôt. J’avais travaillé pour de petits journaux depuis l’âge de quatorze ans, mais cette fois-ci, j’étais dans le grand bain et déjà accroc à l’adrénaline !
Ce jour-là pourtant, je me sentais étranger à l’activité ambiante. Je marchais tranquillement vers le bureau des « locales » pour jeter négligemment dans la corbeille des entrées, le petit article que je venais d’écrire. Rien de bien extraordinaire, une « brève » selon le terme approprié, au sujet de deux explosions qui avaient eu lieu dans la banlieue sud de la ville. Mon article devait paraître dans les « brèves locales », dixième page, section trois. Mais mon sort allait soudainement changer.
L’assistant du rédacteur en chef passa la tête en dehors de son bureau aux parois vitrées et m’interpella.
« Viens ici !
– Quoi de neuf ?
– Regarde ça » me lança-t-il, en me tendant une dépêche. Mais il n’attendit pas que je la lise pour me dire l’essentiel. « Il se passe des choses bizarres en Virginie. Des gens se font tirer dessus et des cocktails Molotov explosent dans des écoles, simplement parce qu’une poignée de personnes sont en colère contre les manuels scolaires imposés.
– Tu rigoles, dis-je. C’est un bon sujet. »
Je parcourus la dépêche de l’Associated Press et remarquai qu’il s’agissait de pasteurs qui, ayant décrété que les manuels scolaires étaient « anti-Dieu », rassemblaient leurs fidèles dans les églises pour protester. Je réagis immédiatement avec ironie.
« Des chrétiens ! Si prompts à aimer leurs prochains et à ne juger personne ! »
L’assistant me fit signe de le suivre jusqu’au coffre qui se trouvait le long du mur. Après l’avoir ouvert, il attrapa deux liasses de billets de vingt dollars.
« Va voir en Virginie ce qui se passe, me dit-il en me tendant six cents dollars pour les frais. Et ponds-moi un article pour la première édition de dimanche. » Nous étions mardi après-midi et je n’avais pas de temps à perdre.
Je tournai déjà les talons quand il me rattrapa par la manche.
« Fais attention à toi, me lança-t-il.
– Que veux-tu dire ? lui demandai-je, l’air interdit.
Il pointa du doigt la dépêche de l’AP.
– Ces types détestent les journalistes. Ils en ont déjà passé deux à tabac. Le terrain est miné : sois prudent. Impossible de dire si la décharge émotionnelle qui me traversa était due à la peur ou à l’excitation, et pour tout dire, je ne m’en souciais guère. J’étais prêt à tout pour faire mon article. Mais l’ironie de la situation ne m’échappait pas. Les disciples de celui qui avait déclaré « Heureux ceux qui procurent
la paix » m’étaient présentés comme des menaces dont je devais me méfier.
« Les chrétiens… » murmurai-je en reprenant mon souffle. N’avaient-il pas encore compris ce qu’un athée avait fort bien exprimé en ces termes : « La science moderne a déjà dissous le christianisme dans un bain d’acide nitrique1 ! »
Est-ce la faute de Darwin ?
J’arrivai sur place le lendemain. Des buildings étincelants du centre-ville de Charleston aux hameaux tristes et isolés du Comté de Kanawha, la situation était tendue. Je me mis à la recherche d’informations pour alimenter mon article. De nombreux parents gardaient leurs enfants à la maison et refusaient de les envoyer en classe ; des mineurs s’étaient mis en grève et menaçaient de faire chuter l’économie locale ; des bus scolaires vides avaient été la cible de tirs ; des cocktails Molotov avaient été jetés dans des salles de classes inoccupées ; des manifestants défilaient en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Même les péquenauds ont des droits constitutionnels ! » Les violences avaient déjà fait deux blessés graves, et l’intimidation ainsi que la peur s’infiltraient partout.
Le service des dépêches pouvait rendre compte des derniers développements de la crise et je choisis donc de rédiger un article de fond qui expliquerait les enjeux de la situation. Je téléphonai aux personnes clés du conflit pour les rencontrer. Dans ma voiture de location, j’allai de maisons en salles de restaurants et d’écoles en bureaux, pour interviewer les protagonistes de l’affaire. Je me rendis compte assez vite que le simple fait de prononcer les mots « manuels scolaires » suscitait des opinions et des sentiments forts et contrastés.
« Les livres veulent pousser nos enfants à rejeter l’amour de Dieu, à honorer les révolutionnaires et les contestataires et à perdre le respect qu’ils doivent à leurs parents » insistait une femme de pasteur aux cheveux noirs et épais quand je l’interrogeai sur le
seuil de sa maison. Elle venait d’être élue au conseil d’établissement et menait la campagne contre les manuels scolaires.
Une autre femme, tout aussi véhémente, était d’une opinion diamétralement opposée : « Pour la première fois, me dit-elle, ces manuels sont le reflet de la véritable Amérique et pour moi, c’est extraordinaire. Pour moi, être Américaine, c’est être ouverte à toutes sortes de voix, et pas seulement à l’opinion des protestants blancs anglo-saxons. »
Le directeur de l’école, qui avait démissionné au plus fort de la crise, secoua la tête avec dédain quand je lui demandai ce qu’il pensait. « Les gens sont devenus fous, dit-il dans un soupir. Ils ont tort des deux côtés. »
Pendant ce temps, quatre-vingt seize mille exemplaires de trois cents manuels différents avaient été retirés des salles de classes et mis dans des cartons dans un entrepôt de l’Ouest de Charleston. Parmi ces ouvrages, il y avait la série sur les galaxies de Scott Foresman, la série de manuels d’étude des êtres humains, de McDougal et Littel, la série sur les grandes découvertes de Allyn et Bacon, ainsi que des classiques comme Sa Majesté des mouches, Servitude humaine, Moby Dick, Le vieil homme et la mer, La ferme des animaux et La République de Platon.
D’où venait cette colère ? Beaucoup se disaient outragés par « l’éthique de situation » mise en avant dans certains de ces ouvrages. Un des manuels relatait l’histoire d’un enfant qui vole un centime à un commerçant. La question posée ensuite aux élèves était la suivante : « La plupart des gens pensent qu’il est mal de tricher. Pensez-vous qu’il existe des situations où tricher pourrait être justifié ? Citez ces situations en précisant pourquoi vous pensez que, dans ces circonstances, tricher est juste. » Les parents soulignaient que de tels propos cherchaient à déstabiliser les valeurs chrétiennes qu’ils essayaient d’inculquer à leurs enfants.
« Nous essayons d’éduquer nos enfants correctement, me dit un parent d’élève qui manifestait beaucoup de frustration, et ces livres viennent tout casser en prétendant que parfois, ce qui est
mal peut devenir bien. Ce n’est pas ce que nous croyons : les Dix Commandement restent les Dix Commandements ! » Il y avait aussi un mouvement sous-jacent plus subtil, une crainte naissante de l’avenir, du changement, des nouvelles idées et de l’évolution culturelle. Je ressentais chez certaines personnes, une frustration latente causée par le modernisme et son effet destructeur sur les fondements de leur foi. « Un grand nombre de manifestants, pouvait-on lire dans les colonnes de la Charleston Gazette, protestent contre un monde qui change. »
Une conversation avec un homme d’affaires me confirma qu’il en était bien ainsi. Attablé avec lui devant des hamburgers dans un restaurant local, je lui demandai pourquoi il était si remonté contre ces manuels scolaires. Il fourragea dans sa poche et en tira une coupure de presse.
« Écoutez ce que le manuel Dynamiques du langage inculque à nos enfants, dit-il en citant un extrait du livre : “Lisez la théorie de l’origine divine et l’histoire de la Tour de Babel telles qu’elles sont racontées dans la Bible. Préparez-vous à expliquer une ou plusieurs manières dont ces histoires peuvent être interprétées”. »
Reposant l’article sur la table avec dégoût, il déclara : « La théorie de l’origine divine ! La Parole de Dieu n’est pas une théorie. Enlevez Dieu de la création et que reste-t-il ? L’évolution ?
Les scientifiques veulent enseigner à nos enfants que la création divine n’est qu’une théorie acceptée par des ignares, alors que l’évolution est un fait scientifique. Eh bien non ! Et c’est le fond du problème ! »
Je secouai la tête.
– Vous voulez dire que toute cette crise, c’est la faute de Darwin ?
Il s’empressa de répondre à ma question.
– Je dirais que si Darwin a raison, alors, nous ne sommes que des singes sophistiqués, la Bible est fausse, Dieu n’existe pas, et sans Dieu, il n’y a ni bien ni mal. Nous pouvons donc décider nous-mêmes de nos valeurs morales au gré des circonstances. Le fondement de ce que nous croyons est détruit. Et voilà pourquoi
notre pays court à sa perte. La faute de Darwin ? Je vais vous dire ceci : les gens doivent choisir entre la science et la foi, entre l’évolution et la Bible et entre les Dix Commandements et une éthique qu’ils se fabriquent eux-mêmes selon leurs goûts. Nous, nous avons choisi, et nous n’en démordrons pas.
Il avala une gorgée de bière.
– As-tu vu le manuel du professeur ?
Je secouai de nouveau la tête.
– Il dit que les élèves doivent comparer l’histoire biblique de Daniel dans la fosse aux lions à cette fable avec un lion. Vous savez bien ce que je veux dire ?
– Androclès et le lion ? » demandai-je. Il s’agissait de la fable d’Ésope mettant en scène un esclave en fuite qui enlève une épine de la patte d’un lion qu’il rencontre dans les bois. Plus tard, l’esclave est repris et condamné à être dévoré par un lion pour distraire le public romain du Colisée. Mais le lion chargé de le manger se trouve être le même qu’il a soigné précédemment. Au lieu de se jeter sur lui, le lion vient gentiment lui lécher la main. L’empereur impressionné affranchit finalement l’esclave.
– Oui, c’est celle-là ! s’écria l’homme d’affaire. Que veulent-ils dire à nos enfants en leur demandant de comparer cette histoire à la Bible ? Que la Bible est juste une série de contes ? Que c’est un mythe ? Et que l’on peut interpréter la Bible comme on veut, même si le sens en est complètement tordu ? Je ne laisserai pas une bande d’intellos détruire la foi de mes enfants. »
J’avais le sentiment de toucher au cœur du problème. Je notai rapidement les paroles de cet homme d’affaires sur mon carnet. Mais en mon for intérieur, j’aurais bien voulu débattre avec lui. Ne savait-il pas que l’évolution est un fait prouvé ? Ne comprenait-il pas qu’à notre époque, ère de la science et de la technologie, le fait de croire de vieux mythes qui dépeignent un Dieu créant le monde et formant les hommes à son image était tout simplement irrationnel ? Voulait-il vraiment que ses enfants s’appuient sur ces idioties religieuses, contredites de manière évidente par la cosmologie, l’astronomie, la zoologie, l’anatomie
comparative, la géologie, la paléontologie, la biologie, la génétique et l’anthropologie ?
Je résistai à la tentation de lui dire : « Mais quelle différence entre Daniel dans la fosse aux lions et Androclès et le lion ? Ce sont deux fables, tout simplement ! » Je n’étais pas là pour débattre mais pour rendre compte des événements – et quels drôles d’événements !
Nous étions dans la seconde moitié du vingtième siècle, à une époque où l’on avait réussi à séparer l’atome, à envoyer des hommes sur la lune et où l’on avait découvert des fossiles qui apportaient la preuve de l’évolution… et une poignée de zélotes paralysaient tout un comté parce qu’ils refusaient d’abandonner leur folklore religieux. Cela défiait tout bonnement la raison.
Je réfléchissais un instant avant de poser une dernière question : « Avez-vous parfois eu de doutes ? »
Il agita sa main comme pour me montrer tout l’univers.
« Regardez le monde autour de vous. Dieu a mis son empreinte partout. C’est pour moi une conviction. Comment pouvez-vous expliquer la nature et l’être humain autrement ? Et Dieu nous a également montré comment nous devions vivre. Si nous l’ignorons, le monde court à sa perte.
– Merci pour votre opinion » lui dis-je finalement en payant l’addition.
Tribunal sauvage en Virginie
J’avais de bons arguments pour mon article, mais il me fallait quelque chose d’autre. Les leaders que j’avais interrogés avaient dénoncé les faits de violence comme des actions isolées de quelques fanatiques. Mais pour rendre compte de toute l’histoire, il me fallait aussi rencontrer ceux qui avaient préféré la violence aux débats. Et l’occasion ne se fit pas attendre.
J’entendis parler d’un rassemblement prévu pour le vendredi soir, au sein de la communauté isolée de Campbell’s Creek. Les parents en colère devaient se rencontrer pour voter pour
la poursuite du mouvement ou pour son arrêt. Les sentiments étaient exacerbés et l’annonce avait été clairement faite que les journalistes n’étaient pas les bienvenus. Ils avaient apparemment été choqués par la manière dont les grands journaux avaient traité la question, les faisant passer pour une poignée de péquenauds ignares. Ils voulaient être sûrs de pouvoir s’exprimer clairement sans que leurs propos soient rapportés et déformés dans la presse.
C’était pour moi la chance à saisir. Je décidai de me glisser au milieu du rassemblement et de me faire ainsi une idée objective de la situation. À ce moment-là, je pensais qu’il s’agissait d’une bonne idée.
Je fixai rendez-vous à Charlie, un excellent photographe dépêché par la Tribune pour saisir sur pellicule cette « guerre des manuels scolaires ». Nous avons mis au point notre stratégie qui consistait simplement à nous mêler aux centaines de personnes qui allaient s’agglutiner sur les gradins du gymnase de cette école rurale. Je prendrais des notes à la dérobée et Charlie essaierait de prendre discrètement quelques clichés. Nous imaginions pouvoir nous fondre dans la masse.
Grossière erreur !
Notre voiture de location flambant neuve contrastait d’une manière trop évidente avec les pick-up poussiéreux et les voitures rouillées qui remplissaient déjà le parking. Nous faisions de notre mieux pour passer inaperçus au milieu des retardataires qui se dirigeaient vers le gymnase de l’école. Charlie dissimulait bien son appareil photo sous sa veste mais par contre, il ne pouvait rien faire pour cacher ses longs cheveux noirs.
Pourtant, au début, j’ai bien pensé que nous réussirions. En passant les portes du gymnase, nous étions au milieu de la foule et d’un bruit assourdissant. Les deux rangées de gradins étaient déjà pleines et tout le monde parlait en même temps dans une belle agitation. Quelqu’un installait un haut-parleur à même le sol. Nous étions arrêtés après les portes d’entrée, avec tous ceux qui cherchaient du regard un endroit pour s’asseoir. Personne ne semblait se soucier de notre présence.
Un gars assez costaud se saisit du micro et souffla dedans pour voir s’il fonctionnait. « Votre attention s’il vous plaît, nous allons commencer. » Le calme se fit progressivement. Et j’eus soudain la désagréable impression que tous les yeux étaient tournés dans notre direction.
« Attendez un peu, il y a des intrus parmi nous » dit le gars au micro en nous montrant du doigt. Tout le monde se tourna dans notre direction et un silence lourd remplit la salle.
« Partez d’ici ! cria l’homme en joignant le geste à la parole. Qui êtes-vous ? Vous n’êtes pas les bienvenus ici ! »
Au milieu des sifflets et des huées, nous étions, Charlie et moi, dans le doute complet quant à la conduite à suivre. J’avançai, hésitant, vers l’homme au micro. J’avais l’impression que toute la colère contenue jusqu’alors se focalisait sur nous.
Je pensai alors que la dernière chose que je désirais, c’était devenir partie prenante dans cette histoire. Puis, j’imaginai qu’ils allaient nous traîner jusqu’à notre voiture et nous tabasser tant qu’ils voulaient. Enfin, je me dis que ma formation à l’école du journalisme ne m’avait pas du tout préparé à ce genre de situation.
« Qu’est-ce qu’on va faire d’eux ? » criait le type dans son micro en haranguant la foule. L’excitation était maintenant à son comble. J’avais vraiment le sentiment d’être jugé par un tribunal sauvage. Je croyais auparavant que lorsque quelqu’un, pour exprimer sa peur, disait que ses genoux s’entrechoquaient, il s’agissait d’une figure de style. Mais à ce moment-là, mes genoux s’entrechoquaient réellement !
« Débarrassons-nous d’eux ! » déclara l’homme.
L’issue était bloquée. Il n’y avait nulle part où s’enfuir. Au moment où quelques gars s’avançaient vers nous pour nous attraper, un homme, chauffeur de poids lourds et prédicateurs en même temps, arracha le micro et leva la main pour les arrêter.
« Un instant ! cria-t-il. Calmez-vous cinq minutes ! » Cet homme jouissait visiblement d’un certain respect. Le bruit s’estompa. « Écoutez-moi, dit-il. J’ai vu ce journaliste dans la ville ces derniers jours. Il interviewait des gens des deux camps. Je
crois que ce qu’il veut, c’est raconter l’histoire telle qu’elle est. Je pense qu’il veut être honnête. Je pense qu’on doit lui laisser une chance et lui permettre de rester parmi nous. »
La foule était hésitante et murmurait. Le prédicateur se tourna vers moi. « Tu vas être honnête, n’est-ce pas ? » me demanda-t-il. J’acquiesçai d’un signe de tête en essayant d’être le plus convaincant possible.
Le prédicateur s’adressa de nouveau à la foule. « Comment allons-nous faire connaître toute l’histoire ? Laissons ces gars faire leur boulot et faisons-leur confiance ! »
Ces dernières paroles semblèrent convaincre tout le monde. L’atmosphère changea d’un coup. Il y en eut même quelquesuns pour applaudir. Au lieu de nous jeter dehors, nous fûmes escortés vers le premier rang et Charlie put prendre des photos. Je saisis mon carnet et commençai à prendre des notes.
« Nous gagnerons, d’une manière ou d’une autre »
Le prédicateur prit les choses en main. Il fit face à la foule en montrant un livre intitulé La vérité sur les maladies vénériennes. « Ce que je vais vous dire va vous rendre malades, dit-il avec son accent particulier, mais voilà le genre de bouquins que lisent vos enfants. »
Des soupirs d’indignation s’élevèrent de la foule. « Retirons ces livres de l’école ! » cria quelqu’un. « Ouais, virez-les ! » renchérirent plusieurs ; ces interventions étant ponctuées par quelques « Amen ! » comme dans une réunion de Réveil.
Le prédicateur commençait à marcher de long en large et la transpiration faisait de larges auréoles sur sa chemise blanche. Tout en continuant d’agiter le livre dans les airs, il poursuivit : « Vous allez tous devoir vous forcer à regarder ces livres pour que vous compreniez bien de quoi il est question. Vos enfants ont peut-être déjà lu ces livres. Ce n’est pas comme cela que nous avons l’habitude de leur parler de la sexualité. Ces livres abordent ces questions en les séparant de Dieu et
de toute moralité. C’est pour cela que nous devons poursuivre notre action et ne pas envoyer nos enfants à l’école pendant encore une semaine, pour boycotter ces livres infâmes, antiAméricains et anti-Dieu. »
Un tonnerre d’applaudissements salua les paroles du prédicateur. Pendant ce temps, une corbeille circulait dans les rangs pour recevoir l’obole de chacun afin de poursuivre la lutte.
La rencontre se poursuivit sur le même ton pendant environ trente minutes. Par moment, le discours du prédicateur faisait écho aux propos de l’homme d’affaires que j’avais rencontré quelques jours plus tôt. « Nous ne descendons pas d’une algue, déclara-t-il fièrement. Nous sommes créés à l’image du Dieu tout-puissant. Et il nous a donné le meilleur manuel qui soit pour nous enseigner la bonne manière de vivre ! » La foule rugissait d’approbation.
« La seule victoire que nous accepterons, c’est une victoire totale, déclara-t-il ensuite. Nous gagnerons, d’une manière ou d’une autre ! »
Lorsque la poursuite du boycott pendant une semaine supplémentaire fut mise aux voix, le « oui » l’emporta largement. Le but de la rencontre était atteint et, après avoir salué tout le monde par un bref « Que Dieu vous bénisse tous ! », le prédicateur leva la séance.
Je disposais maintenant de toute la palette de couleurs dont j’avais besoin pour mon article. Je retournai dans ma chambre d’hôtel et rédigeai mon texte, qui parut en première page de l’édition du dimanche sous le titre : « Bataille autour des manuels scolaires dans un comté ultra conservateur. » Il fut suivi d’un second article de fond qui fit aussi la première page de l’édition du lendemain2.
En m’installant dans le siège de l’avion qui me ramenait à Chicago, je réfléchissais à l’expérience que je venais de vivre et j’estimais avoir tenu ma promesse : j’avais été impartial et honnête. Mes articles s’étaient avérés équilibrés et responsables. Mais franchement, cela n’avait pas été facile.
Dans ce gymnase, j’avais eu l’impression d’être confronté à un christianisme primitif et de m’être trouvé en face d’un dinosaure. Comment ces gens pouvaient-ils garder leur tête dans le sable sans vouloir admettre l’évidence : la science avait mis leur
Dieu hors-jeu ! Les scientifiques en blouses blanches du monde moderne avaient pris le dessus sur les prédicateurs en robes noires des temps médiévaux. La théorie de l’évolution de Darwin – non, le fait absolu de l’évolution – prouve qu’il n’existe pas de morale universelle instituée par une divinité, seulement des valeurs culturelles variant d’un endroit à un autre et d’une situation à une autre.
Je savais de manière intuitive ce que William Provine de l’université de Cornell, un éminent biologiste favorable à l’évolution, déclarerait quelques années plus tard. Si le darwinisme est vrai, avait-il dit, alors de ce fait découlent cinq conclusions inévitables :
• Il n’y a aucune preuve de l’existence de Dieu.
• Il n’y a pas de vie après la mort.
• Il n’y a aucun fondement absolu pour le bien et le mal.
• Il n’y a pas de sens ultime à la vie.
• Les êtres humains ne jouissent pas vraiment du libre-arbitre3.
J’étais convaincu que cette controverse en Virginie n’était que le dernier soupir d’un système de croyance archaïque qui allait bientôt tomber dans l’oubli. Au fur et à mesure que des jeunes gens allaient apprendre ce qui constituait la preuve irréfutable de l’évolution, au fur et à mesure qu’ils allaient comprendre que les miracles n’existent pas, au fur et à mesure qu’ils verraient que la science est le chemin pour trouver l’explication de toutes choses dans l’univers, alors la croyance en un Dieu invisible, en des anges et des démons, en un rabbin des temps anciens qui marcha sur l’eau, multiplia des pains et ressuscita des morts, s’estomperait pour ne plus être qu’une superstition marginale confinée aux hameaux reculés comme celui de Campbell’s Creek en Virginie.
En ce qui me concernait, ce jour n’arriverait jamais assez vite.

QUI RÉVÈLENT LA MAIN D’UN
DIEU CRÉATEUR ?
« Mon chemin vers l’athéisme fut jalonné par la science… mais, de manière assez ironique, mon retour vers Dieu le fut aussi. » ‒ Lee Strobel
Pendant ses années d’études, Lee Strobel en était arrivé à une conclusion : Dieu était démodé.
Il croyait que la science moderne avait relégué la foi au rang des mythes anciens. Une opinion qui influença sa carrière de journaliste d’investigation. Il était convaincu que la foi et la science s’opposaient.
Armé de son esprit critique et de sa rigueur journalistique, il a entrepris une enquête approfondie pour tester cette idée reçue : l’univers et la vie peuvent-ils vraiment s’expliquer sans Dieu ? Au fil de ses entretiens avec des scientifiques, des astrophysiciens, des biologistes et des philosophes de renom, Strobel découvre que les avancées de la science contemporaine, de la cosmologie à la génétique, ne contredisent pas la foi, mais la confirment. Ce qu’il pensait être un combat entre raison et croyance devient une révélation : les preuves s’accumulent en faveur d’un Dieu Créateur.
Et vous, quel sera votre verdict : simple hasard… ou dessein divin ?

LEE STROBEL est un journaliste d’investigation, un pasteur et écrivain américain. Auteur de 24 livres qui ont conquis déjà des millions de lecteurs dans le monde entier dont son best-seller Jésus : l’enquête qui a inspiré le film du même nom sorti en 2017.

Vie chrétienne
ISBN : 978-2-38391-259-0