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CAHIER SPÉCIAL ALUMNI



GALA

07-12 2018

France Alumni Cambodge 20ème anniversaire de la CCIFC

600 participants

Ambassade de France au Cambodge

Afin d’honorer les alumni cambodgiens titulaires d’un diplôme français ou issus d’une filière francophone et à l’occasion du 20ème anniversaire de la Chambre de commerce et d’industrie France-Cambodge, l’Ambassade de France au Cambodge et la Chambre organisent un Gala exceptionnel dans les jardins de l’Ambassade. Cet événement unique vous offre l’opportunité, au cours d’une soirée festive, d’aller à la rencontre des alumni, des communautés d’affaires et des représentants institutionnels.

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INTERVIEW

S.E. EVA NGUYEN BINH : IL NOUS FAUT MIEUX CONNAÎTRE ET VALORISER LES ALUMNI texte et photographie par Christophe Gargiulo

« Il y a de nombreux alumni au Cambodge. C’est important car les alumni sont d’excellents relais entre leur pays d’origine et la France »

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C’est en mars 2018 qu’avait lieu la première conférence publique, à la CCIFC, dévoilant les projets de l’ambassade de France pour largement promouvoir le réseau alumni au Cambodge. À quelques semaines du dîner de gala alumni qui mettra à l’honneur ces Cambodgiens proches de la France, S.E. Madame Eva Nguyen Binh, Ambassadrice de France au Cambodge a accepté de répondre à quelques questions sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur. CM : Pourriez-vous nous donner la définition d’un alumni ? Un alumni de France, c’est quelqu’un originaire d’un pays étranger qui a étudié en France. Par extension, nous appelons Alumni de France quelqu’un qui a poursuivi ses études en France, ou dans son pays d’origine en ayant suivi un cursus dans une filière francophone. Nous avons donc une vision large de l’alumni. CM : Pourquoi ce concept vous semblet-il important au Cambodge ? Il y a de nombreux alumni au Cambodge. C’est important car les alumni sont d’excellents relais entre leur pays d’origine et la France. Ils ont une bonne connaissance du Cambodge et de la France et, très souvent, ils pratiquent notre langue. Finalement, de par leur connaissance des deux pays, ce sont les meilleurs ambassadeurs de la relation entre la France et le Cambodge. C’est une communauté sur laquelle il faut capitaliser, qu’il faut mieux connaître et surtout valoriser. CM : La langue française est relativement considérée comme un atout professionnel au Cambodge, qu’en pensez-vous ? Il faut être réaliste, si la langue française n’est pas l’atout principal pour la vie professionnelle, c’est souvent une forte valeur ajoutée. Beaucoup d’entreprises concèdent qu’à l’ouverture d’un poste, la langue française n’est pas forcément le critère recherché, mais qu’en revanche, à compétences égales, cela peut faire la différence. La langue française est également la clé pour accéder à un certain type d’études

de qualité. Généralement, il s’agit d’études de haut niveau, la médecine par exemple, en est un exemple flagrant. Nous avons au Cambodge des jeunes qui poursuivent des études de médecine en même temps qu’ils apprennent le Français. Dans ce cas, notre langue est une clé pour accéder à des études de qualité en France. CM : Depuis quand la France a-t-elle décidé de mettre en valeur les réseaux alumni ? Le concept d’alumni est déjà très important chez les Américains. En France, au niveau institutionnel, dans les grandes écoles par exemple, des réseaux d’alumni dédiés se créent depuis longtemps. M. Laurent Fabius, lors de son mandat de ministre des Affaires Etrangères (2012-2016) a donné une impulsion extrêmement forte. Il est à l’origine de la création d’un outil, la plate-forme France Alumni, un réseau mondial sur le net qui rassemble aujourd’hui environ 120 000 personnes. Le ministre a ensuite demandé aux ambassades de décliner cette plate-forme au niveau local. La plateforme France Alumni Cambodge a été lancée au Cambodge en novembre 2015. L’intérêt pour les alumni est ancien. Mais ce n’est pas un sujet toujours simple. Au Cambodge, qui compte plusieurs milliers d’Alumni, il nous faut les identifier, les rassembler, et les engager dans une démarche active. Il n’est pas évident que l’ensemble des alumni adhère à cette démarche active, tout simplement pour des raisons de manque de disponibilités familiales ou professionnelles. Si les Cambodgiens se regroupent facilement lorsqu’ils sont à l’étranger, ils en ressentent moins le besoin lorsqu’ils sont de retour au pays. Ils ont aussi parfois déjà leur propre réseau. CM : Vous étiez intervenue lors de la conférence sur les alumni organisée en mars de cette année par la CCIFC, quelles sont les avancées aujourd’hui ? Depuis notre conférence à la CCIFC, la Chambre de Commerce a créé en son sein une commission alumni. C’est une bonne initiative car l’une des motivations principales des alumni consiste aussi à s’intégrer dans un réseau professionnel. Nous avons également établi un plan d’action avec la CCI, permettant de mieux connaître les alumni pour mieux les valoriser et pouvoir les appuyer dans la structuration du réseau. Cela a débuté avec l’envoi d’un questionnaire à plusieurs milliers d’alumni pour identifier leurs parcours, leurs objectifs et leurs attentes. Nous avons eu un taux de réponse très satisfaisant (plus de 700). Nous analysons actuellement les résultats, cela nous permettra de dégager les grandes tendances. Nous partagerons ces résultats lors du gala alumni.

Ce gala, que nous organisons le 7 décembre, sera une excellente occasion de les mettre à l’honneur. Il y a donc des étapes très concrètes déjà réalisées et à venir pour le développement du réseau des alumni au Cambodge. CM : Pouvez-vous déjà nous dévoiler une tendance ? Nous avons déjà pu dégager un résultat important : plus de 50 % des personnes interrogées ont poursuivi leurs études en France. C’est intéressant car cela montre qu’il y a aussi un fort pourcentage d’entre eux qui a suivi une filière francophone dans le royaume. C’est une tendance assez particulière du Cambodge. CM : Un fort pourcentage de Cambodgiens francophones est au gouvernement et dans la fonction publique, avez-vous discuté de votre projet avec eux ? Oui, bien sûr, nous avons discuté avec certains d’entre eux. C’est effectivement un élément très frappant au Cambodge. Je parle de la quantité des alumni, mais aussi de la qualité. Beaucoup occupent de hautes fonctions. J’ajouterais également que le français parlé est aussi d’une très grande qualité. Lorsque nous avons discuté de nos ambitions avec eux, j’ai pu aussi constater beaucoup d’attentes de leur part. C’est un élément très encourageant. CM : La France et le Cambodge ont une relation historique et émotionnelle assez intense, considérez-vous cela comme un atout pour le développement du réseau alumni ? L’histoire du Cambodge fait que de nombreux Cambodgiens ont passé beaucoup d’années en France. Ce fut une terre de refuge, beaucoup se sont installés, ont fait leurs études et ont même acquis la nationalité française. Bien que l’on s’éloigne ici un petit peu du concept d’alumni, effectivement, cela crée une relation humaine très forte et assez unique. Le retour de la diaspora permet aussi une synergie intéressante, car ce sont des gens qui souhaitent contribuer au développement du pays et restent très ouverts aux deux cultures. CM : Quelques mots sur le gala alumni le 7 décembre ? Le gala alumni sera une soirée que je souhaite assez festive et amicale. Nous aurons donc une soirée dansante ainsi qu’une exposition par l’artiste alumni Yim Maline. Je souhaite mettre les alumni à l’honneur et pouvoir donner également d’autres bonnes nouvelles liées à la mobilité étudiante et au développement du réseau des alumni de France au Cambodge. Enfin, nous espérons avoir au moins 500 personnes pour cet évènement unique.

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INTERVIEW

SOK VOLEAK : DANS MON PARCOURS, LE FRANÇAIS EST UNE CHANCE texte et photographie p a r A d è l e Ta n g u y

Sok Voleak est aujourd’hui représentante nationale de France Volontaires Cambodge. La Cambodgienne fait aussi partie de la commission France Alumni car, ayant découvert le Français pendant ses études à l’Institut National de l’éducation, elle veut partager son expérience et aussi ce qu’elle considère comme une chance.

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CM : Parlez-nous de votre enfance... J’ai grandi à Phnom Penh. Au lycée, je voulais devenir pharmacienne. Mais, pour entrer à la faculté de médecine, je devais maîtriser le Français. J’ai donc décidé de prendre des cours à l’Alliance Française, pendant deux ans. Entre temps, pour tester mon niveau de langue, j’ai passé l’examen d’entrée à l’Institut National de l’Éducation, qui propose une formation de deux ans pour devenir professeur de Français dans les collèges… J’y suis donc entrée. J’ai ensuite obtenu un poste de fonctionnaire au collège. Pour tester de nouveau mon Français, j’ai décidé de tenter le concours d’entrée au département d’études francophones (DEF), pour la licence ès-Lettres Françaises de l’Université Royale de Phnom Penh. Et je l’ai obtenue ! CM : Avez-vous continué le Français par plaisir, par nécessité professionnelle ? Pendant mes deux ans à l’Institut National de l’Éducation, j'ai appris le Français de manière intensive, sans vraiment pouvoir découvrir la beauté de la langue. Ayant obtenu de bons résultats, j’ai décidé de poursuivre dans cette voie. Je souhaitais ne rester que trois mois au DEF, le temps de pouvoir repasser le concours de médecine. Je me suis alors prise de passion pour le Français, la culture et la civilisation… Au bout des trois mois, j’ai décidé d’abandonner la médecine ! CM : Avez-vous eu l’occasion de découvrir la France ? À la fin de mes études à l’Université Royale, j’ai obtenu une bourse pour effectuer un stage d’été à l’Université de Besançon. Je rêvais ensuite de préparer un Master en France ou au Canada, mais j’ai trouvé un travail après mes études, en 2004. CM : Qu’est-ce qui vous a le plus surprise, en France ? Pas grand-chose, car à l’Université Royale, nous avions déjà beaucoup appris sur les traditions

et les habitudes françaises... jusqu’à savoir ce qui se mangeait au petit déjeuner. La seule difficulté a été le rythme de conversation des Français qui est parfois très rapide. Ça m’a particulièrement impressionnée, quand je suis arrivée pour la première fois à l’aéroport. CM : Quel est cet emploi que vous avez trouvé, en 2004 ? J’ai travaillé dans une petite ONG cambodgienne Sovann Phoum. Elle a été créée par une ONG française, Enfants & Développement. J’ai été recrutée car je parlais Français. L’une de mes tâches était justement de rédiger des rapports en français. Ensuite, je me suis occupée du projet de créer Enfants & Développement Cambodge. En 2010, j’ai finalement rejoint France Volontaires, d’abord en tant qu’adjointe puis comme représentante nationale de cet organisme en 2014. CM : En quelques mots, pouvez-vous présenter France Volontaires et votre mission ? C’est un organisme français qui envoie des volontaires à l’international depuis 1963. Il existait auparavant sous le nom d’Association Française des Volontaires du Progrès. Depuis 2010, l’appellation, mais aussi le concept, ont évolué. Nous avons mis en place des « Espaces volontariats » dans différents pays, comme celui dans lequel je travaille. Nous y mettons en relation les Français à la recherche de missions et ceux qui cherchent des volontaires. En fait, nous aidons à l’insertion. CM : Quelles évolutions voyez-vous dans le volontariat au Cambodge depuis 2010 ? Les volontaires sont rassurés sur la sécurité et les démarches, ce qui a permis d’en attirer plus. Nous développons aussi en ce moment un programme de réciprocité, à travers lequel nous envoyons des volontaires cambodgiens en France. Cela fait partie d’une démarche d’encouragement de la francophonie initiée par l’État français. Au Cambodge, France Volontaires permet de mieux appréhender et de mieux implanter le concept du volontariat. CM : Vous faites également partie de la Commission Alumni… Le français m’a permis d’être embauchée à mes différents postes. Faire partie de la commission Alumni, c’est pour moi une démarche de reconnaissance, c’est aussi l’envie de partager cette expérience. Au sein de France Alumni, je m’efforce de porter la voix des étudiants du département d’études francophones, mais aussi et surtout de ceux qui sont partis en tant que volontaires en France. CM : Des projets pour le développement de ce réseau ? Certains réseaux alumni organisent des galas, des rencontres pour partager témoignages, expériences et informations. Au DEF, il manque encore cela. Avec la commission France Alumni, nous avons aussi pour objectif de trouver un référent par domaine afin de proposer des programmes !


ENTRETIEN

COMMISSION FRANCE ALUMNI, RÉPONDRE À UN BESOIN DE STRUCTURATION texte et photographie par M a r i e S r e y - Ly s J o a n n y

La commission France Alumni L’objectif est d’avoir un réseau complètement approprié et piloté par les Cambodgiens issus de diverses filières d’études francophones ou ayant suivi des études en France. Cette commission a ainsi été créée par la Chambre de Commerce et d’Industrie France Cambodge - CCIFC afin d’accompagner l’autonomie du réseau France Alumni mais aussi afin de créer des liens entre les Alumni et le secteur privé. La CCIFC est donc missionnée par l’Ambassade de France comme commission temporaire qui sera ensuite remplacée par un comité de pilotage des Alumni au Cambodge. Fondée en avril 2018, la commission est composée de représentants de la coopération française : l’Ambassade de France au Cambodge, France Volontaires, CCI France Cambodge, Campus France et l’Institut Français. « La CCIFC et la communauté d'affaires que nous représentons voient d'un œil très favorable la structuration du réseau France Alumni. Celui-ci peut devenir un partenaire, les entreprises françaises ne pourront que bénéficier d'un rassemblement organisé des Cambodgiens ayant étudié en France. Nous pourrons discuter avec eux de problématiques communes, échanger sur le développement du Cambodge, mais aussi bien sûr recruter et démarcher au sein de ce réseau », explique Soreasmey Ke Bin (photo ci-joint), représentant de la commission France Alumni. Il ajoute : «  C'est dans ce sens que nous avons choisi d'appuyer la structuration des Alumni au Cambodge et que nous continuerons à être à leurs côtés s'ils nous sollicitent par la suite, nos deux communautés ont vocation à se croiser, à se rejoindre si ce n'est à se confondre  ».

« […] nos deux communautés ont vocation à se croiser, à se rejoindre si ce n'est à se confondre  » Les objectifs de la commission En plus de la mission principale de structuration du réseau dans une logique d’appropriation du projet par les Alumni, la commission prévoit aussi de lancer un Comité de pilotage France Alumni Cambodge pour désigner en plusieurs chapitres sectoriels les différents acteurs du réseau. Les différents chapitres seraient ainsi divisés en domaines d’études ou secteurs d’enseignement : • Arts, Lettres, Langues, Civilisation • Droit et Sciences politiques • Sciences Économiques, Gestion, Commerce • Sciences de la santé • Sciences de l’ingénieur (STEM) • Sciences humaines • Défense et sécurité La première action de la commission a consisté à lancer une enquête en août 2018 auprès des acteurs concernés avec deux objectifs : mieux connaître les alumni et mieux comprendre leurs aspirations vis-à-vis d’un tel réseau. Ce questionnaire a été envoyé à plus de 3000 personnes. Parmi elles figureront les futurs candidats dans le projet de création du Comité de pilotage France Alumni Cambodge. D’organisme directeur, la commission deviendra membre collaborateur du réseau France Alumni suite à l’élection de délégués pour chaque chapitre. Les sept délégués élus viendront proposer d ’autres événements dans leurs propres secteurs, en dehors des événements officiels de l’Ambassade de France. L’élection de ces délégués permettra également des interactions et mobilisations plus simples entre chaque chapitre et les membres du réseau.

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INTERVIEW

GUILLAUME NARJOLLET, AU CŒUR DES ALUMNI texte et photographie par Christophe Gargiulo

Guillaume Narjollet est Conseiller de coopération et d'action culturelle et Directeur de l'Institut Français du Cambodge. à ce titre, à travers les programmes de coopération, c’est à lui et ses équipes de générer de futurs alumni, se posant ainsi au cœur de « l’écosystème Alumni ». CM : Pouvez-vous nous préciser le rapport de votre service avec les Alumni ? C’est généralement le Service de Coopération et d'Action Culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France qui est en charge de tous les programmes de mobilité (différents types de bourses), d’attractivité et d’aide au départ des étudiants car il représente l’opérateur national Campus France. L’animation du réseau des Alumni est également une attribution du SCAC et de l’Institut en lien avec les orientations du chef de poste diplomatique. CM : Donc très concrètement quelle est votre mission auprès des Alumni, vous les détectez, vous leur proposez des programmes ? Nous sommes le service ressource. Nous envoyons les étudiants en France, gérons les partenariats universitaires. Nous sommes donc en première ligne pour savoir qui sont les Alumni. Ce sont le Service de Coopération et d’Action Culturelle, et également l’Institut Français, qui gèrent ces dossiers en permanence. C’est donc nous qui sommes le plus à même de les identifier, c’est à nous que revient la

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charge de générer de futurs Alumni. Nous sommes au cœur de l’écosystème Alumni. Ensuite, concernant l’animation et la structuration, du réseau France Alumni, nous sommes en première ligne. La stratégie est définie avec l’Ambassade qui donne des impulsions, des instructions mais cela se fait en étroite collaboration avec le Services de Coopération et d’Actions Culturelle et l’Institut Français. CM : Prenons un exemple pour illustrer… Je suis un jeune cambodgien, j’ai 16-17 ans, je viens de passer mon bac et je veux partir en France pour faire des études, est ce que là vous intervenez aussi ? Nous allons d’abord vous conseiller en fonction de votre intention de préparer un master 1 ou un master 2, voire un doctorat… Nous avons d’abord un rôle de conseil et d’information : les espaces Campus France sont aussi des endroits à partir desquels il est possible de recueillir tout type d’information pour partir étudier en France. Même si c’est avant la préparation d’un master ou d’un doctorat qui sont des niveaux sur lesquels nous envoyons des boursiers. CM : Je vais passer donc mon doctorat, je reviens ici 4 ou 5 ans après et là, quelle est votre possibilité d’intervention directe ? D’abord du conseil et de l’orientation car nous avons les contacts avec les établissements supérieurs, avec l’opérateur Campus France et, nous connaissons bien les filières. Ensuite pour ceux qui le désirent, et qui ont des dossiers éligibles, il y a les Bourses du Gouvernement Français (BGF) mais également d’autres programmes (Bourses EIFFEL, DFMS/DFMA, etc.). CM : Mais au niveau inférieur, vous n’intervenez pas ? Quelqu’un qui a un bac ou un bac+2 et qui vient nous voir, nous l’informerons des possibilités qui lui sont offertes. Sur l’aide à la mobilité ou sur les bourses, nous intervenons après les niveaux de licence. Il y a des choix stratégiques pour nous mais aussi pour les autorités cambodgiennes. Aujourd’hui, par exemple, le Ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports du Cambodge, cherche à former en priorité des doctorants. Donc, nous sommes dans une démarche de coopération et nous cofinançons d’ailleurs des bourses pour doctorants avec le MEJS. CM : Il y a donc une politique globale… Tout à fait, nous avons une réflexion globale, qui se traduit par ce qu’on appelle le plan d’action de l’Ambassade. Ce plan d’action est un document qui définit un certain nombre d’indicateurs, de priorités et des actions très précises. CM : Avez-vous beaucoup de demandes par rapport à l’offre ? Oui, la demande est repartie à la hausse sur ces deux dernières années. Je crois que nous avons effectué un bon travail de promotion. Au-delà de la promotion, il y a le travail que

nous essayons de mener en direction du français comme langue dans l’enseignement supérieur. Et pour qu’il soit dans le supérieur, il faut qu’il existe aussi à minima, dans le secondaire. Et aujourd’hui au Cambodge en formation initiale, dans le supérieur, nous avons seulement l’Université Royale de Phnom Penh avec le département d’études francophones. CM : Mais ça c’est obligatoire, il y a forcément des étudiants francophones. Justement, ce qui est intéressant c’est que nous essayons aussi de nous adapter au monde moderne. Nous actons du fait que l’anglais est la grande langue internationale. Nous envoyons aussi des gens en France pour poursuivre des cursus en anglais dans quelques domaines spécialisés. Toutefois, on peut imaginer que de toute façon, étudiant en France, ils parleront français. C’est aussi un pari et la volonté du Président de la République, d’attirer des chercheurs, des étudiants, dans des domaines d’excellence. CM : Quel est le pourcentage de réussite ? Sur la centaine de boursiers que nous finançons il est plutôt bon. On se rend quand même compte que dans les filières scientifiques, on observe généralement un taux de réussite qui s’avère excellent. À rappeler qu’il y a une sélection assez poussée au moment de l’attribution des différentes bourses avec un jury spécialisé, cela minimise largement les risques d’échecs. CM : Suivez-vous les boursiers ? Vous vous inquiétez un peu des notes, des conditions de vie ? Nous avons des agents qui sont en prise directe et qui sont assez souvent sollicités, des étudiants leur écrivent, leur posent des questions… CM : Le sens profond de la démarche est de créer une valeur ajoutée au pays. Mais si la France investit pour former des gens de qualité, elle peut être aussi tentée de les garder… Il y a une authentique démarche de coopération, je crois qu'il est inutile de rappeler ce qu’a vécu le Cambodge, il est important de permettre à ce pays d’avoir des gens de haut niveau, pour qu’eux-mêmes puissent, dans tous les secteurs, faire bénéficier leur entourage de ce qu’ils ont appris. Ensuite, il est important pour nous de maintenir le contact car, audelà de l’aspect professionnel, il y a des liens particuliers qui se sont créés avec notre pays, des gens avec qui nous allons collaborer, des gens sur lesquels nous pourrons nous appuyer et aussi peut-être travailler. CM : Quelque part vous voulez bâtir des racines pour l’avenir… Exactement. Dans la coopération, notre objectif est de travailler sur le long terme. Nous vivons dans une époque où tout va très vite mais nous essayons de nous inscrire dans cette logique de coopération. Nous travaillons ainsi parfois pour un horizon que nous ne verrons peut-être pas.


CM : Justement, à titre personnel, cela n’est-il pas un peu frustrant de participer à l’avenir de gens que vous ne croiserez peut-être plus ? Oui, bien sûr…Mais, par exemple, quand j'étais consul général au Kazakhstan, nous avons envoyé des étudiants en France et le contact a été maintenu. Il y a, par exemple, une étudiante qui est maintenant journaliste en France et qui est venue nous rendre visite récemment. Oui, c'est vrai qu'on s'attache à des gens. Et, ce qu'il y a de bien dans cette mission, c’est de travailler avec l’humain. On arrive quand même à sortir du cadre formel de notre mission et à faire des rencontres. Ça, c'est quand même enrichissant, et nécessaire. CM : Enfin, si je comparais les réseaux alumni américains très actifs et ceux de la France ? Le lien entre les universités américaines et le marché du travail est plus ténu, plus efficace, plus opérationnel que celui qui existe dans les universités françaises, et surtout plus ancien. Les choses évoluent cependant positivement en France mais il faut encore un peu de temps.

SOCHEATA OU, LES ALUMNI DOIVENT PARTAGER LEUR EXPÉRIENCE texte et photographie par A d è l e Ta n g u y

Socheata Ou a préparé une licence d’économie à Phnom Penh, à l’URDSE, et un Master à l’université Lyon II avant de travailler en France. De retour depuis deux ans, elle est aujourd’hui responsable des ressources humaines à la Bred Bank Cambodia. CM : Dans quelles circonstances avezvous commencé à étudier le français ? J’ai commencé quand je préparais une licence d’économie, à l’Université Royale de Droit et des Sciences Économiques (URDSE). En première année, j’avais entendu parler de la bourse Eiffel pour les meilleurs étudiants. Il fallait, pour l'obtenir, parler français. C’est cela qui m’a motivée. J’ai intégré le parcours francophone. Ça a été très difficile au début… mais ce n’était rien comparé aux cours que j’ai suivis en France. J’ai finalement obtenu la bourse à la fin de ma 4e année de licence. Au début, j'étudiais le français dans un objectif purement professionnel. Mais je me suis rendu compte que cette langue m’offrait aussi la chance de voir autre chose, de découvrir d’autres pays. CM : Comment se sont déroulées vos études en France ? J'ai passé mon Master à l’université Lumière Lyon II. Je me souviens des difficultés rencontrées, la première année. Au Cambodge, les professeurs français nous donnaient les supports à la fin du cours alors qu’en France, si je n’arrivais pas à suivre, je ne disposais d’aucun document pour m’aider à travailler ! Le premier semestre, je n’ai pas obtenu la moyenne… Ça a été très décourageant. CM : Un message à faire passer ? Le message que j’aimerais faire passer aux autres étudiants cambodgiens se rendant en France est qu’il faut savoir adapter sa méthode de travail : j’ai pour ma part compris que je devais travailler tous les soirs les cours de la journée. Par ailleurs, j’ai eu beaucoup de mal à remplir les dossiers administratifs, pour rester en France, après mes études. Toutefois, lorsque que j’ai franchi toutes ces étapes, la vie est devenue agréable. J’ai visité Grenoble, Montpellier, Paris, Rouen le Pays de la Loire… J’ai adoré les provinces françaises et leurs paysages. J’espère y retourner en vacances ! CM : Quelles étaient vos attentes, en allant en France ? Projetiez-vous d’y travailler ?

J’avais présenté un projet professionnel pour obtenir ma bourse. J'y avais écrit que je désirais partir en France et y acquérir plus de compétences mais que mon objectif était de revenir par la suite au Cambodge pour les y mettre en application. Je suis finalement restée cinq ans de plus ! À la fin de mon diplôme, mon titre de séjour se prolongeait encore quelques mois, j’ai donc cherché un petit boulot. J’ai d’abord travaillé à la Gare du Nord, à Paris, puis je me suis rapprochée de Pôle Emploi et des cabinets de recrutement. En 2013, j’ai trouvé un emploi dans une entreprise d’audit, KPMG, en tant qu’assistante chargée de la paie. J’y suis restée presque trois ans. Entre temps, je me suis mariée avec un Cambodgien que j’ai rencontré à Paris. Quand il a voulu rentrer, en 2016, je l’ai suivi. CM : Le fait d’être partie en France vous a-t-il alors offert plus d’opportunités professionnelles ? En fait, trouver du travail a été plus difficile que je ne l’avais imaginé car beaucoup de jeunes diplômés, dont certains étaient aussi partis à l’étranger, entraient sur le marché du travail. Or à mon retour, j’étais déjà diplômée depuis cinq ans. J’ai tout de même décidé d’orienter mes recherches du côté des entreprises françaises au Cambodge. J’ai trouvé du travail chez COFIBRED, représentant de la Bred Bank au Cambodge avant qu’ils n’obtiennent une licence. J'ai d'abord été cadre supérieure RH, avant d’être promue manager RH au début de l’année ! CM : Quels sont vos projets, pour le futur ? Je pense rester à la Bred Bank Cambodia. Je crois qu’il faut vraiment aimer la manière de travailler d’un pays et décider de s’y installer durablement. Et j’aime la manière de travailler au Cambodge, elle est beaucoup moins stressante qu’en France. CM : Avez-vous aujourd’hui le sentiment d’appartenir à un réseau d’anciens étudiants francophones ? Bien sûr, je me suis créé mon propre réseau, mais les anciens étudiants sont souvent partis travailler pour des entreprises anglophones…Cependant, je pense qu’il est vraiment intéressant de développer un réel réseau d’anciens élèves francophones. Pour moi, l’opportunité d’avoir eu la bourse Eiffel a été une grande chance et je pense que nous pouvons œuvrer pour offrir cette chance à d’autres en multipliant les événements permettant aux Alumni de partager leur expérience. CM : Avez-vous un conseil pour les étudiants en économie, notamment intéressés par la francophonie ? Aujourd’hui, l’Anglais prend beaucoup plus d’importance. Mais je pense que les étudiants ont encore tout intérêt à apprendre aussi la langue française : il y a toujours un avantage à savoir parler le plus de langues possible !

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INTERVIEW

YIM MALINE : LA FRANCE EST MA DEUXIÈME MAISON… p a r M a r i e S r e y - Ly s J o a n n y photographies fournies par l'artiste

Yim Maline est diplômée de l’école d’Arts Phare Ponleu Selpak. Ambitieuse, cette jeune Cambodgienne décidera de s’envoler pour la France afin de préparer les Beaux-Arts. En travaillant pour financer ses études, elle reviendra dans le royaume diplômée, fière, et artiste accomplie. Elle se confie : CM : Parlez-nous de votre formation J’ai commencé par des études d’art à Battambang, une école française qui initie des enfants et jeunes adultes de la région aux arts et aux métiers du cirque. J’ai commencé à l’âge de 14 ans. Cela a duré neuf ans. Ensuite, je suis partie en France poursuivre des études d’art. J’ai passé tout d’abord un an à Beauvais, où j’étais en classe préparatoire. Et après cela, j’ai étudié le Français à la Faculté de Caen. Ensuite j’ai passé le concours d’entrée aux beauxarts dans cette même ville où j’ai obtenu en 2010 ma licence avec les félicitations du jury. Je n’ai pas voulu continuer au-delà car je ne souhaitais pas rester deux ans de plus en France. J’avais envie de revenir au pays. CM : Vous avez dû travailler pour financer vos études… Je n’avais pas pu obtenir de bourse pour financer mon séjour. Je travaillais donc durant l’été. Je récoltais des légumes dans les champs. D’ailleurs, cet épisode de ma

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vie fut un souvenir marquant. Travailler tout l’été fut vraiment une expérience intense car c’était très difficile et il fallait tenir le coup. Je passais mes journées sous le soleil brûlant, et à certains moments du soir il faisait très froid. Je gagnais environs 1600€ et, avec mon copain, nous pouvions vivre avec ça pendant un temps (rires)… De temps en temps un Français, Jean Obaton, nous aidait à financer nos études. Jean est un peu comme ma famille, c’est un vieux retraité qui habitait à Caen à l’époque. Je crois qu’il a 93 ans maintenant. Je l’ai connu quand j’étais à l’école d’art de Battambang. Je suis partie en France grâce à lui. Il m’a aidée pour mes démarches administratives. Un jour, au terme de ma scolarité là-bas, il m’a demandé : « Maline, veux-tu poursuivre tes études en France ? » J’ai tout de suite répondu : « Bien sûr ! ». CM : Avez-vous de bons souvenirs de la France ? Je n’oublierai jamais cette partie de mon passé. Je suis vraiment très fière de ce que j’ai accompli en France car j’ai connu la difficulté, et j’ai persévéré. J’ai travaillé vraiment dur lorsque j’effectuais mes études et ce n’est pas un hasard si j’ai obtenu des bonnes notes à l’école. J’avais aussi dans l’idée qu’étant la seule cambodgienne dans cette école, je devais montrer l’exemple. CM : Vous êtes-vous bien adaptée en France ? J’y aurais passé six ans au total. Tout était difficile au début, mais j’étais là avec un objectif : je voulais réussir mes études. À cette époque,changer de culture était compliqué. Aujourd’hui il y a au Cambodge des supermarchés, des restaurants occidentaux, tout a vite évolué. À mon époque, il n’y avait rien de tout cela. Quand je suis partie vivre en France, ce fut comme un choc. C'était un nouveau pays, une nouvelle culture, tout était vraiment nouveau. Donc, les premières années ce n’était pas facile. Je ne savais même pas comment manger du fromage, du jambon, tous ces petits détails… Puis, je me suis bien adaptée à la vie française, au climat, à la culture, à la nourriture. C’est un peu mon deuxième pays à présent et il me manque beaucoup. C’est bientôt Noël et cela me rappelle la France. Je me souviens de l’odeur des crêpes dans la rue, du chocolat, de la sangria… (Rires). CM : Que pensez-vous avoir appris de la France ? J’y ai appris beaucoup de choses : l’histoire de l’art, les techniques, l’esthétisme. Mais, j’y ai surtout compris l’essence de l’art, comment l’appréhender, trouver des références et s’inspirer. Si je n’étais pas partie en France, je n’aurais peut-être pas pu comprendre tout cela et m’accomplir comme artiste. CM : Êtes-vous en contact avec des alumni ? J’ai gardé le contact avec beaucoup d’alumni, notamment ceux de mon milieu professionnel. Je les vois de temps en temps, mais j’aimerais

pouvoir avoir plus de contacts avec des artistes francophones. Après mon départ vers le Cambodge, j’ai gardé de très bons contacts avec mes anciens professeurs. Certains sont même venus me voir au pays. Inversement, quand je fais des expositions en France, je leur rends visite et je les invite à mes expositions. C’est important de garder des contacts. CM : Quelle a été votre activité lors de votre retour dans le royaume ? J’ai ouvert mon atelier à Siem Reap en 2010, j’ai fait quelques expositions au Cambodge, au Canada et en France. J’ai également participé à des résidences autour du monde : Japon, États-Unis, Afrique du Sud. J'organise aussi des expositions dans mon atelier de Siem Reap assez régulièrement. CM : Des projets ? Récemment, Madame l’Ambassadrice de France au Cambodge est venue me rencontrer dans mon atelier à Siem Reap. Cela a conduit au projet d’exposition de mes œuvres lors du gala Alumni. CM : Quels seraient les conseils que vous pourriez donner aux jeunes générations ? Par rapport à mon expérience en France ? Je ne sais pas (rires). Je leur conseillerais d’être prudents, d’envisager un travail alimentaire au moins au début. Mais, le meilleur conseil que je pourrais leur donner c’est de bien parler le français avant de partir vers l’Hexagone. Il faut avoir des contacts avec des familles françaises et constituer son propre réseau, c’est indispensable et, bien sûr, il faut bien travailler.

Oeuvre de Yim Maline ©Yim Maline


LUCILE SEGUIN, UNE MISSION GRATIFIANTE… Pr o p o s r e c u e i l l i s p a r Christophe Gargiulo

Arrivée depuis un an dans le royaume, Lucile Seguin est celle qui supporte la gestion et l’animation des deux entités Campus France et France Alumni. Pour comprendre un peu mieux son rôle, Lucile donne quelques détails sur son implication avec les alumni, une mission qu’elle ne manque pas de qualifier d’extrêmement intéressante et gratifiante. CM : Quelle est exactement votre fonction au sein de la représentation française ? Je suis chargée de mission universitaire et responsable de l’espace Campus France – France Alumni. CM : Vous avez donc une double casquette… Oui. En fait c’est dans ma casquette Campus France, qu’il y a la casquette France Alumni. La logique est de se dire que ceux qui partent vont un jour faire partie de France Alumni. L’espace Campus France est au centre de langues de l’Institut français, mais je me rends aussi dans les universités. Nous allons ouvrir un espace France à l’Université des Sciences de la Santé d’ici la fin de l’année. Il y aura des informations sur les études en France, sur les cours de langue à l’Institut, sur la programmation de l’Institut. Et nous projetons d’en ouvrir un à l’Alliance française de Siem Reap. Et en tant que Chargée de Mission Universitaire au SCAC, je m’occupe aussi de toute la campagne des Bourses du Gouvernement

Français. J’ai un rôle d’information et d’animation. Il y a tout le travail administratif, l’étude et la sélection des dossiers, après il y a les commissions, c’est une mission très prenante. CM : Quelle est votre définition de l’alumni… Nous avons une lecture assez large. Nous considérons par exemple que ceux qui ont étudié dans les filières francophones, qui ont obtenu des diplômes délocalisés font partie des Alumni. Nous allons également inclure dans les Alumni ceux qui ont été élèves du lycée René Descartes. CM : Donnez-nous un peu plus de détails sur le fonctionnement de Campus France et de France Alumni J’ai été recrutée pour apporter un soutien à ces deux entités qui sont très liées. Campus France est un opérateur sous cotutelle du ministère des Affaires Étrangères et du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Dans le réseau extérieur de l’État il y a des personnes dédiées ou des correspondants de l’opérateur Campus France dans les services de coopération et d’action culturelle. Campus France est chargé de la mobilité, de la promotion, de l’accueil des étudiants et de l’accompagnement des étudiants étrangers avant et pendant leur séjour en France. La structure est aussi chargée de l’animation du réseau des anciens. Par contre, France Alumni est plutôt une marque, un concept, un nom de réseau international qui est décliné dans beaucoup de pays par ses représentants. CM : Vous intervenez donc aussi au niveau des boursiers, ce sont des gens qui se déracinent pour quelque temps, y a-t-il des problèmes ? Pour certains, ce n’est pas toujours évident. Quand on débarque de Kampong Cham et qu’on arrive dans le nord en plein hiver, cela peut surprendre. Mais, il y a peu de problèmes, même si les premiers mois sont difficiles, cela finit par bien se passer. Les éventuels problèmes concernent plus des étudiants partis sans financement, et qui doivent travailler à côté. Pour les boursiers, nous essayons à la base d’évaluer leurs capacités à s’adapter et nous les aidons à se préparer. Et, l’opérateur Campus France est aussi en charge de l’accueil et de l’accompagnement des étudiants sur place. Il y a des gens qui prennent le relai en France et qui s’occupent aussi du suivi. CM : France Alumni est plutôt un site qui essaie de regrouper, d’enregistrer le maximum d’alumni et, ensuite, d’initier des actions…dites-nous en plus. En fait c’est une plateforme, avec ses avantages et ses défauts. Nous avons lancé une page Facebook France Alumni et avons déjà organisé un certain nombre d’événements. Le Gala de cette année est un peu un événement de prestige pour marquer le coup, donner un signal, montrer qu’il se passe quelque chose, que la communauté Alumni est en train de se structurer. Nous travaillons également avec la Chambre de Commerce et d’Industrie France Cambodge. Ils ont créé une commission Alumni en interne.

L’idée est d’avoir un réseau d’anciens, qui serait aussi un réseau social, un réseau professionnel, un réseau de contact, et l’objectif est de le construire avec ces alumni. À terme, il est souhaitable que ce soit les alumni eux-mêmes qui donnent une impulsion, et que nous ne soyons là qu’en termes d’appui. Nous en sommes à la phase de structuration, nous commençons par rencontrer les gens, par les connaître… CM : Quels sont les premiers résultats ? En huit mois, nous sommes passés de 0 à presque 900 personnes qui suivent la page Facebook donc cela se construit petit à petit. Cette page dédiée rencontre plus de succès que la plateforme. Nous avons des réponses, des retours, des sollicitations, des gens qui veulent participer à cette initiative. CM : Dans ce travail avec les alumni, qu'est-ce qui est motivant, qu'estce qui est intéressant ? Nous rencontrons des gens qui ont des parcours absolument incroyables. Ils montrent aussi un réel amour pour la France et une envie de s’investir. Mais, le plus important, c'est avant. Quand ils partent en France, on voit que leur vie change. Une année de mobilité à l’étranger change une carrière, change une vie, change une façon de voir le monde. Et, chez les Alumni, on le ressent encore plusieurs années après. Se dire que, 20ans après, ils sont encore reconnaissants de l'expérience que leur a apporté la France, c'est assez gratifiant CM : Dans quel sens ? Les Alumni ont un vrai discours construit que les jeunes Français n'ont pas toujours. Ceux avec qui j'ai échangé m’ont parlé de l'importance de l'éducation à la française, du système français dans le supérieur. Pour être plus précise : quand on a une bibliothèque pleine on se rend moins compte de la chance qu'on a d'avoir des livres. Ainsi, quand on est étudiant français, on ne se rend pas forcément compte de la chance qu'on a. Les étudiants cambodgiens que j’ai rencontrés sont beaucoup plus conscients de cela. CM : Avez-vous un exemple ? Parmi ceux avec qui j’ai pu échanger, il y en a un qui m'a dit que le regard qu'il a sur son pays actuellement n’est plus le même, du fait qu'il soit parti deux ans en France préparer son Master. C’est quelque chose qui m'a touchée. Ils ont tous un point de vue différent sur l’expérience qu’ils ont eue. On a tout de même régulièrement des discours qui se recoupent sur la France et sur ce qu’elle leur a apporté. Beaucoup dans leur démarche se demandent aussi comment ils vont tirer profit de leur expérience française pour aider leur pays. CM : Pour vous sont-ce de bons ambassadeurs de la qualité de l’enseignement supérieur en France ? Ce sont d’excellents ambassadeurs, de l’enseignement français, tout en étant assez critique. Toute personne qui va vivre à l’étranger ne revient pas en disant que tout est merveilleux. Ils nous aident aussi à prendre du recul sur notre mission.

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INTERVIEW

BÉATRICE KHAIAT, NOUS FAISONS LE PARI QUE CHAQUE ÉTUDIANT CAMBODGIEN QUI AURA SÉJOURNÉ EN FRANCE DEVIENDRA UN AMI ET UN AMBASSADEUR DE LA FRANCE AU CAMBODGE p a r Fr a n c e A l u m n i p h o t o g r a p h i e p a r C a m p u s Fr a n c e

Entretien avec Béatrice KHAIAT, Directrice générale de Campus France, qui explique le fonctionnement de l’Agence Campus France, et rappelle aussi combien la France est restée une destination attractive pour les étudiants étrangers.

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CM : Pouvez-vous nous dire ce qu’est l’Agence Campus France en quelques mots ? Campus France est l’agence française pour la promotion de l’enseignement supérieur, l’accueil et la mobilité internationale des étudiants et des chercheurs. Il s’agit d’un établissement public sous tutelle des ministères français de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. L’Agence s’appuie sur l’expérience de 220 personnes en France et ainsi que sur 256 Espaces et Antennes dans le monde, présents au sein des Ambassades de France dans 123 pays. L’Agence a cinq missions principales1 : - Valoriser et promouvoir l’enseignement supérieur français et la recherche par l’organisation de salons en France et dans le monde, la valorisation de l’excellence française et l’amélioration de la visibilité de l’enseignement supérieur français sur les médias numériques. - Encourager et faciliter la mobilité internationale des étudiants et des chercheurs par la mise en place et la gestion de programmes de bourses ou la mise en œuvre de programmes, par exemple européens. - Accueillir et accompagner les étudiants et chercheurs internationaux en France. - Animer et fédérer les réseaux de partenaires, en particulier les 350 établissements d’enseignement supérieur et de recherche membre du Forum Campus France, instance de réflexion et d’orientation de l’Agence. - Enfin, analyser et observer les tendances et les évolutions de la mobilité internationale des étudiants et des chercheurs pour accompagner les décisions des ministères et des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Nous sommes au service et en lien permanent avec les écoles et universités françaises, les ambassades de France et Instituts français, les gouvernements étrangers et bien évidemment avec les étudiants et chercheurs internationaux qui viennent en France. Au total nous gérons la mobilité de 30 000 personnes par an. 200 000 étudiants et jeunes professionnels participent au réseau social France Alumni. 650 000 personnes nous visitent sur les salons et 1,5 millions nous suivent sur les réseaux ou naviguent sur plus de 80 sites internet, dans 32 langues. Notre souhait au quotidien consiste à informer, orienter, accompagner et faciliter la venue des 340 000 étudiants internationaux qui se sont inscrits dans une formation diplômante en France l’an passé.


CM : Quels sont les atouts de la France pour poursuivre des études (qualité du cursus, conditions matérielles et financières, francophonie, débouchés, contexte européen)  ? Nous avons mené, à trois reprises, une enquête à dimension internationale2 pour recueillir le ressenti des étudiants et jeunes professionnels qui ont fait le choix de venir en France pour leurs études. Les conclusions sont très positives et font ressortir les atouts de la France. En effet, en 2017, sur les 15 000 personnes interrogées dans le monde, il apparaît que 97 % sont satisfaits de leur séjour d’études en France et 92 % recommandent la France comme destination d’études. À 90 % ils soulignent la valeur des diplômes et à 88 % la qualité de l’enseignement et en particulier le suivi pédagogique (88 %) et le contact avec les enseignants (78 %). La qualité de notre enseignement supérieur est ainsi plébiscitée, comme la valeur des diplômes et l’accueil reçu dans les établissements. Joue également un grand rôle, la réputation de notre pays pour sa culture et son économie. Le sondage montre également que la France bénéficie souvent de la francophonie des étudiants étrangers tout en offrant, chaque jour davantage, la possibilité de cursus partiellement ou totalement en anglais. Ainsi 57 % d’anciens étudiants non-francophones déclarent parler couramment le français à l‘issue de leurs études en France. Campus France est également très active comme agence au niveau européen parmi les autres agences que sont le Nuffic, le DAAD, le British Council… Nous gérons actuellement huit projets européens dont deux comme chef de file. Nous avons ainsi organisé en mai 2018, au lendemain de la Conférence interministérielle internationale de Paris à l’occasion des 20 ans de l’Accord Sorbonne-Bologne, et dans le cadre du programme européen SHARE3 (European Union Supporte to Higher Education in Asean Region), une conférence à Phnom Penh sur le thème « Boosting Asean student mobility 4 ». CM : Quels sont les différents programmes d’attractivité de l’Agence ? Ils sont nombreux et sont souvent le fruit de la collaboration de l’Agence avec les différents acteurs de la diplomatie et de l’enseignement supérieur et la recherche. Ils répondent aussi à une certaine vision de la place de la France. Le Président de la République

Emmanuel Macron, lors de la conférence des Ambassadeurs en 2017, déclarait que « notre stratégie doit être plus offensive ». En janvier 2018, à Davos, il soulignait « France is back ». Un programme comme « Make Our Planet Great Again », initiative lancée en juin 2017 par le Président de la République, incite étudiants et chercheurs à venir en France pour contribuer à la recherche sur le réchauffement climatique. Des chercheurs du monde entier ont répondu à l’appel à candidature et rejoignent les centres de recherche français. 154 lauréats, des étudiants et des chercheurs internationaux ont été sélectionnés par un jury international réuni les 11 et 12 juin à Campus France. Ils arrivent en France depuis septembre 2018 pour y effectuer leurs travaux de recherche en sciences du changement climatique et du développement durable, en transition énergétique et en sciences du système Terre. Ils suivent un cursus en master, doctorat, post-doctorat, ou effectuent un court-séjour dans un établissement en collaboration avec des chercheurs français. Le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation financent à hauteur de 4 millions d’euros (2018-2020) ce programme géré par Campus France. Les établissements d’accueil cofinancent en partie les séjours d’études et de recherche, notamment pour les volets Doctorat et Post-Doctorat. Les lauréats viennent d’universités comme Columbia University, Princeton, Cornell, UC Berkeley, UBC (Canada), IIT Bombay, Durham (UK), National Institute of Environmental Studies (Japon), Humbolt (Allemagne), etc. Ce sont actuellement 67 scientifiques qui effectuent des recherches en sciences du changement climatique et de la durabilité (45 %), 50 en sciences du système terrestre (32 %) et 36 en transition énergétique (23 %). Ces lauréats viennent s’ajouter à la communauté française « Make our planet great again » de 32 lauréats MOPGA Long Séjour gérés par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS). CM : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la mobilité étudiante au cœur de l’action de coopération ? La France est actuellement le troisième pays d'accueil des étudiants cambodgiens, après la Thaïlande et l'Australie. Près de 800 étudiants cambodgiens (source : MESRI)

sont inscrits dans les universités et les grandes écoles françaises, ils sont près de 1200 en Thaïlande et près de 900 en Australie, selon les données de l’UNESCO. Ces chiffres positifs sont le reflet du travail régulier mené par l’Ambassade de France au Cambodge en faveur de l’attractivité universitaire de la France, et par des actions de promotion mises en place par l’Espace Campus France, installé au sein de l’Institut français de Phnom-Penh. Cette mobilité est essentielle pour l’attractivité de la France au Cambodge. La francophonie est active au Cambodge et constitue un socle précieux pour développer les relations universitaires entre nos deux pays, mais les étudiants aujourd’hui sont dans un environnement très concurrentiel et nous devons accentuer nos efforts pour conserver cette troisième place. Nous faisons le pari que chaque étudiant qui aura séjourné en France deviendra un ami et un ambassadeur de la France au Cambodge, quel que soit son domaine d'études et quel que soit son univers professionnel. C'est pourquoi nous accordons une importance si particulière au développement du réseau mondial France ALUMNI, dont les membres sont de puissants vecteurs de l'attractivité de la France. Je me réjouis que ce réseau soit désormais étendu au Cambodge et forme le vœu que de nombreux étudiants cambodgiens rejoignent rapidement cette communauté des Alumni, riche de près de 200 000 membres.

www.campusfrance.org/fr/ressource/ rapport-d-activite-2017-epic-campus-france 2 www.campusfrance.org/fr/ressource/ image-et-attractivite-de-la-france-aupres-desetudiants-etrangers-principaux-resultats-1 3 www.share-asean.org/ 4 Pour mémoire, le programme SHARE, d’une durée de 4 ans (2015/2019) et financé à hauteur de 9,8 millions d’euros par l’UE, est mis en œuvre par un consortium européen composé du British Council, de Campus France, du DAAD allemand, du Nuffic néerlandais, de l’Association européenne des universités (EUA) et de l’Association européenne pour l’assurance qualité dans l’enseignement supérieur (ENQA). SHARE a pour objectif d’initier et d’accompagner la création d’un espace universitaire commun aux pays membres de l'ASEAN. 1

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HISTOIRE

DESCARTES, UN LYCÉE DIFFÉRENT texte et photographie par G a ë l l e Ro g a t i o n s

« Nous ne sommes pas comme les autres… nous ne sommes pas comme toutes les écoles internationales ici… nous avons une identité… une histoire. Notre Lycée… c’est comme un monument historique » (Lay Prohas Hanuk Ream, en 1ère au Lycée Descartes). Le Lycée Français René Descartes de Phnom Penh, en effet, est plus qu’un simple lycée. C’est un monument, une véritable institution. Tous les Phnom Penhois connaissent « Sala Barang » ou le « Lycée Descartes ». Niché au cœur de l’ancien quartier français et d’un futur quartier des affaires, c’est vrai qu’il a un côté vintage, le Lycée Descartes, et une sacrée allure. Histoire C’est en 1950 que le Lycée Français René Descartes ouvre ses portes à des élèves pour la première fois : il y a alors 252 élèves répartis en 2de, 1ère et terminale dans ce que l’on appelle le « Grand Lycée », aujourd’hui, bâtiment de la faculté des sciences du management. Le Lycée est officiellement inauguré au mois de mars 1951, en présence du président de l’Assemblée de l’Union française, Albert Sarrault. Parmi les premiers élèves, Monique Izzi… devenue Norodom Monineath Sihanouk. Puis plus tard, Sa Majesté le roi Norodom Sihamoni.

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« Depuis 65 ans, plusieurs générations d’élèves forgées à Descartes se sont succédées, des Français, des Cambodgiens, mais aussi bien d’autres nationalités… Anonymes ou célèbres, hommes de sciences ou des affaires, hommes politiques, commerçants, artistes, humbles ou plus fortunés… qui ont rayonné ou rayonnent encore à travers le monde ». (Norodom Monineath Sihanouk, préface d’Il était une fois… Le Lycée français René Descartes de Phnom Penh) Soixante-cinq ans, c’est un sacré morceau d’histoire que le Lycée a traversé. Les années 50-60, une sorte de belle époque : le lycée compte plus de 2000 élèves. La vie des Cartésiens est marquée par les compétitions sportives, les nuits olympiques que le lycée organise, les pièces de théâtre… les pauses déjeuner au Cercle Sportif Khmer : il suffit alors de traverser la rue pour aller se baigner à la piscine. Le lycée a même un internat situé derrière le terrain de sport. Mais en 1974, la guerre gronde déjà… le 14 janvier, un obus explose devant l’école. Il y a un mort et une blessée : un gardien qui s'apprêtait à sonner la cloche pour annoncer le début des cours et une professeure. L’école est fermée, la plupart des professeurs quittent le pays, et ceux qui restent s'arrangent pour continuer l'enseignement aux élèves par petits groupes, chez eux. Le 17 avril 1975, Phnom Penh tombe aux mains des Khmers rouges. Le Lycée devient K33. K était la première lettre du mot Khmer associé à Propagande, ឃោសនា (Khosanea). Ainsi étaient faits tous les noms de code. Le lycée fait partie du ministère de l’information. Renouveau Quand le lycée rouvre ses portes en 1991, il a perdu son bâtiment principal « Le Grand Lycée » … de toute façon… il n’y a que 17 élèves. Mais petit poisson redeviendra grand. En 1999, il y a déjà 240 élèves. La période de 2000 à 2018 a été marquée par de grands changements au sein du lycée. Le nombre d’élèves a considérablement augmenté, doublant quasiment entre 2010 et aujourd’hui : 1153 élèves ont fait leur rentrée en septembre 2018, faisant du Lycée français René Descartes de Phnom Penh, un des plus gros lycées de la zone Asie-Pacifique en termes d’effectifs. On a poussé les murs, modernisé la structure, ouvert une maternelle, construit une piscine. Descartes a su faire peau neuve, en gardant le charme de l’ancien.


SPONSORS

À PROPOS DES PRINCIPAUX SPONSORS propos recueillis par M a r i e S r e y - Ly s J o a n n y & Christophe Gargiulo

Champagne Lutun, distribué par KBS

Entretien flash avec deux des principaux sponsors du dîner de gala alumni. Avec Kattia Huy, Franco-khmère et directrice de l’entreprise de distribution de sirupeux KBS et Laurent Morel, Directeur régional pour le célèbre groupe Moët Hennessy. CM : Pouvez-vous en quelques mots présenter votre activité ? Kattia Huy  : J’ai une entreprise de distribution de vins biologiques et champagne au Cambodge. Je distribue aux particuliers, restaurants, hôtels et supermarchés. Parmi quelques-unes de mes marques, citons : Vinsobraise, Château Canet, Château Le Gardes, Côtes du Rhône, Diamant noir et quelques Bordeaux. Je précise que la moitié des bénéfices sont reversés à mon ONG United for Cambodia’s Children. Laurent Morel : Je suis Président et Directeur régional Moët Hennessy pour l ’A sie du Sud-est, le Pacifique et le Japon de Moët Hennessy (le « MH » du groupe LVMH). Ce groupe est le leader des vins, champagne, et spiritueux de prestige. Nous produisons et distribuons dans le monde nos marques. Nos principales marques sont : Moët & Chandon, Veuve Clicquot, Mercier, Ruinart, Krug, Dom Pérignon pour les champagnes ; Hennessy pour le cognac ; Glenmorangie, Ardbeg pour les malts Belvedere ; Volcan pour la téquila, Chandon (Australie, Inde, Chine, Argentine, Brésil, Californie) pour les mousseux. Et enfin, nous distribuons les marques de vin Cloudy Bay (NZ), Cape Mentelle (Australie), Terrazas (Argentine), Newton et Colgin (California), Bodega Numanthia (Espagne), Ao Yun (Chine) et les vins de LVMH Château d'Yquem, Cheval Blanc, et Clos des Lambrays.

Bouteille de Champagne de Moët Hennessy Laurent Morel : Moët Hennessy est présent au Cambodge avec ses marques phares (n o t a m m e nt H e n n e s s y) g r â c e à n o t r e distribution opérant dans le royaume depuis près d’une trentaine d’années. CM : Quels sont vos rapports avec les alumni ? Kattia Huy : La France m’a permis d’avoir accès à l’éducation. Pour moi, c’est un pays de référence. Et retrouver des gens qui ont comme moi connu l’exode et le retour au pays est très émouvant. Laurent Morel : En tant que représentant d’une entreprise française qui promeut des produits de qualité, pour la plupart typiquement français, il est naturel que nous soyons proches des alumni, qui connaissent bien la France. Je suis sûr que les alumni cambodgiens apprécient autant que moi le Champagne et les bons vins ! CM : Pourquoi avoir choisi de sponsoriser ce gala des alumni ? Kattia Huy  : Pour remercier la France de ce qu'elle me donne depuis 40 ans. La France m’a aidée à avoir une vie riche dans tous les sens du terme, et je tiens à montrer ma reconnaissance. Laurent Morel : L’ambassadrice de France au Cambodge m’a fait l’éloge de cette opération, et j’ai voulu appuyer la démarche. Ce sera pour moi une formidable opportunité d’aller à la rencontre des alumni cambodgiens.

CM : Quel est votre lien avec le Cambodge ? Kattia Huy : Mon pays de naissance est le Cambodge mais, suite à la prise de Phnom Penh en 1975, la France est devenue mon pays d'accueil et de cœur.

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LES ALUMNI DE CAMBODIA AIRPORTS

CAMBODIA AIRPORTS : ENTRE FRANCE ET CAMBODGE, UNE HISTOIRE DE PARTAGE DE CONNAISSANCES p a r M a r i e S r e y - Ly s J o a n n y

Focus sur trois Cambodgiens travaillant chez Cambodia Airports qui relatent leurs choix de vie. Leur dénominateur commun ? L’amour du Cambodge et l’envie de contribuer au développement du pays. Soif de connaissance et volonté de partager leurs acquis sont des valeurs qu’ils tentent d’appliquer dans leur travail.

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HÉLÈNE, MISSION, IDÉES ET PROFESSIONNALISME Hélène est responsable de la communication digitale au sein de Cambodia Airports depuis plus d’un an. Franco-cambodgienne, elle avait déjà eu des expériences professionnelles dans les deux pays avant d’être recrutée dans la filiale cambodgienne de Vinci Airports. Avec 18 années dans le domaine de la communication derrière elle, le fil conducteur de sa vie a toujours été la promotion de l’image du Cambodge et la formation des Cambodgiens dans le pays. En retour, elle en apprend beaucoup de son pays d’origine : « Les Cambodgiens m’ initient à la sagesse et à la patience, j’ai appris à me calmer et relativiser ». La seule de sa fratrie à vouloir partir travailler au Cambodge, Hélène est née pendant la guerre à la frontière cambodgienne. Avec sa famille, elle passa une partie de son enfance dans des camps de réfugiés avant de partir habiter en France : « J’ étais très bien intégrée en France mais déjà depuis que j’avais huit ans, je savais que j’allais revenir vivre au Cambodge ». Tout en gardant un fort attachement à la culture khmère, elle poursuivra ses études littéraires en France. « Je suis très curieuse et je pense que c’est ça la formation française, cela nous apprend à être curieux », confie-t-elle. Après ses études supérieures, elle travaillera quelques temps à Paris. D’abord pour une agence de relations presse, puis dans une société de services informatique où elle fut amenée à diriger une équipe d’informaticiens cambodgiens. Elle fonda ensuite sa propre agence de communication où elle dirigea une équipe de Cambodgiens. Elle reprit ses études à l’âge de 35 ans pour obtenir un MBA dans une école de management audiovisuel et fut embauchée chez France 4. Après l’accouchement de son deuxième enfant, elle retourna au Cambodge. Le poste qu’elle occupe actuellement en communication digitale est en harmonie avec ses idéaux personnels : « J’ai besoin de donner du sens à ce que je fais ». D’après elle, trois critères fondamentaux lui sont nécessaires afin de pouvoir travailler au sein d’une entreprise. Tout d’abord, c’est d’avoir une mission qui passionne. Sa mission au sein de Cambodia

Airports pour la promotion de l’image du Cambodge rejoint sa passion pour le pays. « Quand on prend l’avion, l’aéroport est la première et la dernière image que l’on garde du Cambodge », dit-elle. « Cambodia Airports est une entreprise rigoureuse ». Le professionnalisme est son deuxième critère. Quant au troisième, cela concerne la possibilité de proposer ses idées dans une entreprise, qu’elle applique d’ailleurs dans l’autre sens en valorisant les propositions des salariés de l’entreprise. Pleine d’énergie, elle poursuit sa volonté de transmission du savoir au Cambodge en devenant prochainement mentor pour une association de femmes entrepreneurs ou en formant l’équipe de communication de la Commission du Film du Cambodge. Et cela, en plus de nombreux autres projets personnels et de l’éducation de ses jeunes enfants.

«  J’étais très bien intégrée en France mais depuis l’âge de huit ans, je savais que j’allais revenir vivre au Cambodge  »

SREYMOM, OUVERTURE D’ESPRIT ET INDÉPENDANCE Ancienne étudiante partie réaliser son master en France, Sreymom Te travaille au département des ressources humaines. Elle travaille depuis dix ans à Cambodia Airports. « Je pensais rester seulement deux ou trois ans dans la compagnie mais cela fait dix ans maintenant », dit-elle. Sreymom dirige une équipe entièrement cambodgienne. Mais elle est souvent amenée à travailler avec des collègues de nationalités et de cultures différentes : Anglais, Français, Portugais, Malaysiens, Philippins,

Américains… une pluralité de cultures dont elle a l’habitude. « Je pense que c’est grâce à l’opportunité que j’ai eue d’avoir pu étudier en France et d’avoir réalisé des études francophones », explique-t-elle. En effet, elle avait intégré un programme bilingue qui proposait la pratique du français depuis le lycée. Elle a ensuite continué sur cette lancée en obtenant un double diplôme franco-cambodgien en licence, puis un master en ressources humaines à Lyon au travers d’une bourse du gouvernement français. Sreymom réalisa son stage de master RH à Cambodia Airports et fût embauchée dans l’entreprise directement à la sortie de ses études. En tant que cambodgienne, elle trouve que l’opportunité de partir dans un autre pays permet tout d’abord un enrichissement : « Certains restent en France après leurs études supérieures effectuées là-bas. Pour ma part, j’ai un sentiment d’appartenance au Cambodge, je voulais y habiter et surtout participer à son développement », déclare Sreymom. Travailler à Cambodia Airports permet de contribuer à la formation des jeunes cambodgiens lors des campagnes de recrutement de stagiaires, mais également lors des formations qu’elle dispense en interne dans l’entreprise. Appréciant le standard d’études en France et le fait d’avoir pu découvrir une nouvelle culture au travers de ses études, Sreymom considère avoir aussi beaucoup appris en ayant voyagé: « J’ai découvert l’ indépendance, j’ai appris à me remettre en question et j’ai découvert d’autres modes de vie ». Au niveau professionnel, être partie étudier en France l’a aidé à avoir un état d’esprit orienté sur la performance et le résultat. Sreymom a également pris l’habitude de toujours écouter les idées de son équipe, contribuant ainsi à la valorisation de chaque individu. Une philosophie qu’elle retrouve chez Cambodia Airports lors de programmes d’échanges d’expériences avec d’autres aéroports du groupe: « L’année dernière, il y a eu un programme d’ échange où des employés cambodgiens sont partis étudier les pratiques de l’aéroport de Lyon ». Sreymom félicite l’initiative et constate un retour positif avec des nouvelles idées qui se sont mises en places suite à ce programme. Cambodia Airports propose aussi à ses employés des formations dans tous les domaines, un moyen pour eux de se développer et viser des évolutions de carrière. « C’est important pour moi afin de pouvoir rester dans une entreprise », ajoute-t-elle. Lorsqu’elle communique auprès de son équipe, Sreymom considère ses directives comme des propositions ouvertes. Elle souhaite qu’il n’y ait pas de hiérarchie comme il peut en avoir parfois dans les entreprises cambodgiennes qui vouent parfois un culte au supérieur hiérarchique. « Nous avons tous nos échelles de décision », expliquet-elle. Dans son niveau décisionnel, elle va inciter ses collègues cambodgiens à remettre en question les directives dans un esprit d’amélioration et de partage de savoirs. La plupart du temps au Cambodge, l’autorité, comme les parents par exemple, a tendance à imposer ses idées. « Je pense que j’ai acquis cette façon de penser et cet esprit indépendant depuis que j’ai commencé à participer au programme bilingue », conclue-t-elle.

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LES ALUMNI DE CAMBODIA AIRPORTS

SUNDAY, APPRENTISSAGE ET TRANSMISSION DE SAVOIR Sunday Sen est le directeur des opérations aéroportuaires de la branche Cambodia Airports de Siem Reap. Parti du Cambodge à cinq ans après la période des Khmers rouges, il découvrit son pays lors d’un voyage 20 ans après. Il voue une passion unique pour la connaissance depuis sa plus tendre enfance : « Les seuls jouets que nous avions étaient des livres, les économies de mes parents passaient dans l’achat de livres et d’encyclopédies car ils voulaient investir dans l’ éducation de leurs enfants », explique Sunday. Il débuta ses études supérieures en obtenant une licence d’Histoire, « cela m’a formé dans l’ouverture d’esprit et j’ai pu bénéficier de connaissances en culture générale ». Il effectua ensuite son service militaire puis fut recruté à l’aéroport d’Angers, qui était l’un des premiers en France sous la direction d’un gestionnaire privé. Il occupa en parallèle plusieurs postes opérationnels dans la sûreté, la sécurité, le service pompier, le service avitailleur et le service assistance piste. Cette expérience professionnelle lui a inculqué des connaissances dans divers aspects de métiers aéroportuaires. Au retour d’un voyage avec ses parents en 2000, Sunday quitta le poste qu’il occupait à l’aéroport d’Angers pour pouvoir retourner au Cambodge. En attendant son départ, il reprit des études dans une école d’ingénieur pour obtenir un certificat de responsable informatique. Il effectua son stage de fin d’études à l’aéroport de Phnom Penh et repartit au Cambodge avec un aller simple : « Je suis né au Cambodge, et ayant bénéficié d’une éducation solide en France, il était évident pour moi d’y revenir pour contribuer au développement du pays ». Sunday commença ses débuts professionnels au Cambodge dans le service des opérations de l’aéroport de Siem Reap dansle département de sécurité et de sureté nouvellement créé. « Au poste

où j’ étais, je souhaitais contribuer à l’ élévation des standards, au savoirfaire de nos compatriotes locaux et donc il y avait une valeur ajoutée », indique-t-il. Pour lui, la formation de ses collègues est un enrichissement personnel, valeur qu’il retrouve dans Cambodia Airports avec leur politique de formation interne rigoureuse. Non seulement exigés par les autorités locales et internationales (Aviation Civile Cambodgienne, OACI, IATA…) pour certaines compétences et certifications métiers, la formation interne est déterminante au sein du groupe pour valoriser le capital humain. Le groupe instaure des programmes comme Vinci Academy & E-Learning et des conférences et séminaires professionnels. Tout au long de son parcours chez Cambodia Airports, Sunday a poursuivi des formations diverses pour acquérir des compétences professionnelles spécifiques au fil de ses évolutions de poste. « Cela m’a permis d ’ être plus productif au travail. Je cherche toujours des challenges et comme il y a beaucoup de problématiques liées aux besoins constants de formation, le but était d’améliorer le standard opérationnel de nos services », explique-t-il. Il a ainsi intégré plusieurs masters français et cambodgiens en Économie, Ingénierie du Management, Gestion Publique, Droit Privé et Droit Public. Démarches qu’il a pu financer pour la plupart grâce à la coopération française à l’URDSE, et au soutien de Cambodia Airports. « Les formations académiques ou professionnelles que j’ai reçues en sus de ma double culture cambodgienne et française, m’ont permis de continuer à contribuer au développement des aéroports cambodgiens. Mais aussi de travailler en phase avec nos compatriotes et autres collègues internationaux pour l’avenir du pays et des futures générations, ce qui est à mon sens le plus important », résume-t-il.

«  Au poste où j’étais, je souhaitais contribuer à l’élévation des standards, au savoir-faire de nos compatriotes locaux »

18 - CAMBODGEMAG | Cahier Alumni | Décembre 2018




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