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- art de vivre - culture - sport et loisirs -

Ferrari

Découverte de la Roma Prise en main de la F8 Tributo

Manu Dibango Il fête ses 60 ans de carrière

Nelly Korda Elle va changer le golf féminin

Bollinger

Des raisins et du savoir-faire

PIERRE GAGNAIRE

« La cuisine doit avant tout procurer des émotions »

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ÉDITO

Du vent et des idées P

roduire davantage d’électricité éolienne en France rendrait notre pays moins propre ! C’est un comble. Tout simplement parce que la filière éolienne est dépendante des conditions climatiques (du vent), donc ne produit pas en continu et nécessite d’être adossée à une autre source d’énergie... des centrales à charbon ou à gaz aujourd’hui (voir page 24). Or, en France, une très grande partie de notre électricité provient du nucléaire, qui ne rejette quasiment pas de CO2 dans l’atmosphère. Car si nous raisonnons en gaz à effet de serre, le nucléaire, c’est de l’électricité propre. Et réduire cette part pour la remplacer par de l’énergie générée à partir de vent obligerait à utiliser ponctuellement des centrales thermiques, donc à rejeter davantage de CO2 qu’aujourd’hui. C’est le serpent qui se mord la queue. Le problème, c’est que nous sommes le reptile. Si nous avions vraiment envie de mâchouiller autre chose, nous nous poserions la question différemment. L’éolien, comme le solaire, est une source d’énergie gratuite et réellement propre si nous excluons la fabrication des systèmes de captation et leur entretien. Qui sont aussi à prendre en compte dans toute autre chaîne de production d’énergie. Aussi, tout ce qu’il est possible de prendre gratuitement et sans polluer, il faut le prendre. La question est donc simple : comment stocker cette énergie gratuite ? Des barrages pour faire du relevage d’eau, des batteries de toutes sortes, de l’hydrogène à base d’électrolyse de l’eau, la production de méthane... des solutions existent et ne seront vraiment exploitables et exploitées que si nous nous posons les bonnes questions. Nous avons le vent, maintenant place aux idées. C. Boulain

Couverture : Pierre Gagnaire par Christian Berg

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É T E R N I T É

F I A B I L I T É

Crédit Photo : L’AFFAIRE EDITH

Xavier PINCEMIN - Doria DUCLOCHER (Photos retouchées)

L I B E R T É

www.michel-herbelin.com #michelherbelin

Newport Chronographe


SOMMAIRE

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16

14 ➜ C  ontributeurs : découvrez quelles sont les personnalités que nous sommes allés rencontrer pour vous Naissance 16 ➜ Ferrari Roma : c’est dans la Cité éternelle que la Scuderia a présenté sa nouvelle GT, baptisée Roma bien évidemment. C’était le cinquième lancement en un an pour Ferrari. Nous y étions

Futur 24 ➜ É olien : produire de l’électricité avec du vent, ce n’est pas une plaisanterie. Ça pourrait même avoir de l’avenir Tendance 28 ➜ A  près les fêtes : trois idées de cadeaux à s’offrir – ou se faire offrir – après les excès des fêtes de fin d’année Art de vivre 32 ➜ P  ierre Gagnaire : rencontre avec le chef aux deux restaurants trois étoiles Michelin. 44

Et retour sur sa carrière fabuleuse et sa vie bien remplie ➜C  hampagne : explications chez Bollinger des champagnes millésimés et récemment dégorgés. Vous ne boirez plus de la même manière après

Mode & Objets 52 ➜ C  annes : c’est par hasard que Pierre Vanherck a commencé à travailler le bois. Et même à produire des cannes.

Mais c’est par passion qu’il en a fait des œuvres d’art ➜M  ontres : dernière rubrique horlogère de l’année, avec une sélection des plus belles nouveautés de l’automne 2019

60 Culture 68 ➜ M  anu Dibango : pour ses soixante ans de carrière, le « négropolitain », comme il aime s’appeler, part en tournée avec pas moins de cinquante musiciens. Entre deux concerts, il a pris le temps de nous raconter sa vie

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Une boutique de plus de 600m2 dédiée à l’univers du cigare. Un choix inégalé de vitoles disponibles à la vente dans le plus grand walk-in humidor d’Europe.

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Amateurs de cigares, Genève compte enfin un lieu pensé pour vous. Autour du plus grand walk-in humidor d’Europe avec un choix inouï de cigares, la maison Grauer vous propose une sélection d’accessoires, une cave à vin et spiritueux d’exception ainsi qu’un voyage intemporel dans le cigar Lounge.

Cigar lovers, Geneva finally has a place designed with you in mind. The largest walk-in humidor in Europe has an unrivalled choice of cigars. The House of Grauer shop also offers a wide selection of accessories, an exceptional wine cellar and spirits as well as the cigar lounge where you will be transported to Havana.

Where time stops and passions thrive Route des Jeunes, 9 - CH-1227 Genève / T +41 22 552 2799 www.houseofgrauer.com


SOMMAIRE Sport & Loisirs 74 ➜ N  elly Korda : avec son swing que beaucoup jugent parfait, elle ne va pas tarder à révolutionner le golf féminin. 80 86

Rencontre avec cette fille de tennisman sur le golf du Médoc ➜K  évin Tillie : véritable star du volley-ball mondial et membre de l’équipe de France, ce gentil géant nous a fait rêver lors des derniers championnats d’Europe. À un saut de trop ➜L  ondres : en généralisant le péage urbain pour toutes les voitures, sauf les 100 % électriques, Londres nous a motivés à aller la visiter... avec la nouvelle Renault Zoe. Road-trip urbain au pays de la « branchitude »

Mécanique 100 ➜ F errari F8 Tributo : essai de la nouvelle bombe signée Ferrari : 720 ch bien dressés, entre la piste de Fiorano et les routes escarpées de la région

108 ➜ A  udi A6 Allroad : prise en main du dernier break Allroad en version 50 TDI. Et si un diesel pouvait être agréable à mener, finalement ?

Bien-être 114 ➜ P  réparer le ski : un programme de remise en forme à la maison pour briller sur les pistes Contacts 118 ➜ A  dresses : retrouvez ici les coordonnées des marques citées dans nos sujets Abonnement 119-120 ➜ Recevez Followed directement chez vous, dans votre boîte aux lettres. C’est facile ! Suivez les indications C

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L’abus santé. AÀ consommer avec modération à lala santé. dangereuxpour est dangereux L’abus d’alcool est

BADIE Bordeaux

DUCLOT LA CAVE Paris

CHATEAUNET Paris Nord et Paris Sud

MILLESIMA.fr


CONTRIBUTEURS

Denis Bunner C’est dans les cuveries de la maison Bollinger que Denis Bunner, diplômé d’œnologie et chef de cave adjoint, nous a tout expliqué des champagnes millésimés et des dégorgements récents.

Manu Dibango Pour fêter ses soixante ans de carrière sur lesquels il est revenu pour nous, Manu Dibango s’est offert une série de concerts, accompagné d’une cinquantaine de musiciens. Normal, ça se fête.

Pierre Gagnaire Il est l’un des chefs cuisiniers les plus connus et respectés. Nous l’avons rencontré dans son restaurant trois étoiles parisien, entre deux avions. Mais avec le sourire, et sans se forcer.

Kévin Tillie Avec ses potes de l’équipe de France, il nous a fait rêver lors des derniers championnats d’Europe de volley. Jusqu’à sa cascade sur les bancs des photographes. Mais rien n’arrête Kévin Tillie. Rencontre avec un globetrotteur du sport.

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Nelly Korda La fille du tennisman Petr Korda aurait pu faire comme son frère, du tennis. Mais elle a préféré marcher sur les traces de sa sœur aînée... et faire du golf. Bien lui en a pris : elle fait partie des meilleures mondiales.

Pierre Vanherck C’est presque par hasard que Pierre s’est mis à tourner des pièces de bois. Pour devenir aujourd’hui un artisan renommé pour son savoirfaire et pour ses cannes fabuleuses. Nous l’avons observé dans son atelier de la région de Bruxelles.


ROMA

NAISSANCE

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Encore plus attendue que les naissances royales anglaises, l’arrivée d’une nouvelle Ferrari est un événement planétaire, surtout quand la dernière née vient jouer dans un nouveau jardin, celui des « petites » GT. Et c’est à Rome, ville emblématique de l’art de vivre transalpin, que l’heureux événement a été célébré. Followed y était. Textes et photos C. Boulain

Followed Magazine 17


NAISSANCE

Pour séduire clients et journalistes, la marque jouait à fond l’art de vivre italien et avait aménagé un bar romain, avec boissons alcoolisées ou pas... et café, bien sûr.

Sous tous les angles, cette nouvelle GT 2+ est sublime. Elle reprend beaucoup d’éléments techniques du coupécabriolet Portofino.

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C’

est juste à côté du stade olympique de la Ville éternelle que Ferrari avait dressé une immense structure éphémère pour accueillir le lancement de son nouveau modèle. Une naissance en trois actes, avec deux soirées réservées aux clients de la marque transalpine, 1 300 chanceux venus du monde entier baptiser – et sans doute commander – le nouveau-né, et une journée presse intercalée, à laquelle seulement quelques médias privilégiés avaient été conviés. Des escaliers recouverts d’un tapis rouge, un immense bar tout en couleur, des fauteuils et des canapés confortables pour assister au spectacle, tout était réuni pour faire vivre aux invités ce qu’il convient d’appeler la nouvelle Dolce Vita. Il faut dire que la Scuderia commence à savoir faire, puisque c’était ce 14 novembre le cinquième heureux événement de l’année 2019, après les arrivées festives des F90 Stradale, F8 Tributo (essai page 100) et des deux cabriolets F8 et 812, révélés lors du Salon « privé » Universo de septembre dernier (voir Followed 28). Cinq naissances dans l’année pour une marque aussi exclusive que Ferrari, il n’en fallait pas moins pour surprendre aussi bien les fans que les concurrents. Selon Enrico Galliera, le grand manitou du marketing à Maranello, c’est voulu : « Ferrari doit rester imprévisible, nous devons proposer des modèles que l’on n’attend pas, comme cette Roma. Le monde entier s’attendait à voir une Portofino Coupé... vous le voyez, ça n’est pas le cas. » Même si l’on peut trouver pas mal de points communs, principalement techniques, entre le coupécabriolet Portofino, qui servait jusqu’à présent de porte d’entrée dans l’univers Ferrari, et la nouvelle Roma dévoilée aujourd’hui, force est de constater que ces deux modèles ne se ressemblent pas. Il suffit de garer cette nouvelle « petite » Ferrari à côté de son aînée au toit rétractable pour voir le travail accompli par les équipes de Flavio Manzoni, patron du design maison depuis maintenant bientôt dix ans. Plus proche par son regard de la supercar F90, cette Roma rappelle aussi sous quelques angles le dessin de certaines de ses rivales, comme l’Aston Martin Vantage ou la Jaguar F-Type, diront les plus observateurs. Il y a pire ressemblance. Selon Flavio Manzoni, cette ligne plus galbée que celle des autres Ferrari modernes, avec ce mini porte-à-faux arrière, cet imposant mais très fin museau et ses hanches marquées doit suggérer l’envie de bien vivre, comme avec les 250 GT qui lui ont servi d’inspiration. Mieux, l’envie de revivre la Dolce Vita romaine des années 1950 et 1960, incarnée depuis des décennies par le film de Fellini, chef-d’œuvre porté par un Marcello Mastroianni oisif et une Anita Ekberg sublime. Et Enrico Galliera d’ajouter que ce nouveau modèle s’adresse à des amateurs de belles voitures qui ont envie de goûter les plaisirs de la vie en s’achetant leur première vraie sportive. On l’aura compris, à des gens qui viennent à Ferrari pour la première fois. Il fallait pour cela que la Roma soit belle, élégante, mais aussi pratique au quotidien et ultra-performante. Pari réussi. Reprenant le châssis de la Portofino, avec le même empattement (la distance entre les roues avant et arrière), mais avec des réglages différents, ce coupé Roma exploite le même V8 biturbo 3.9 litres, mais modifié pour compter dorénavant 620 ch à 7 500 tr/min (+ 20 ch), malgré l’adoption forcée d’un filtre à particules réglementaire. Ce qui, combiné à une transmission robotisée à 2 embrayages et 8 vitesses plus légère (comme sur la F90 Stradale) et à une masse contenue (1 472 kg à sec), donne à la fois l’un des meilleurs rapports poids/puissance du marché avec 2,37 kg/ch et des performances époustouflantes. Une fois de plus, ceux qui attendaient une « petite » Ferrari avec un six-cylindres suralimenté et des performances dans la moyenne seront surpris. En tout cas, pas déçus même si, pour une entrée de gamme, le prix d’environ 200 000 € (hors options) peut calmer. Mais il ne faut à cette propulsion que

LA DOLCE VITA RÉINTERPRÉTÉE SELON FERRARI Followed Magazine 19


NAISSANCE

Instrumentation entièrement numérique, capable d’afficher la carte du GPS sur toute la largeur, nouveau volant, écran tactile central, mais aussi côté passager, l’intérieur est moderne et vraiment bien présenté.

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PLUS QUE JAMAIS, FERRARI CAPITALISE SUR SES ORIGINES 3”4 pour passer de 0 à 100 km/h, 9”5 pour atteindre les 200 km/h, pour une vitesse maximale qu’il sera compliqué de vérifier ailleurs qu’en Allemagne. Avec 320 km/h en pointe, cette Dolce Vita moderne est du genre énervé. Et pour assurer une stabilité irréprochable à ces allures, la Roma dispose de ce qu’il convient d’appeler une aérodynamique active, avec un aileron rétractable logé à la base de la lunette arrière, qui adopte deux angles d’inclinaison différents... en fonction de la vitesse justement. Pour réduire la traînée davantage que pour générer de l’appui aérodynamique, assuré, lui, par le guidage du flux d’air sous la voiture : comme quoi, cela peut servir de concevoir des supercars depuis des décennies. Pourtant, comme aime à le souligner Enrico Galliera, la Roma est à la fois une véritable sportive, comme le sont toutes les Ferrari, mais aussi une voiture taillée pour le quotidien, facile à vivre pour mieux rouler sur les plates-bandes rivales. Avec, dorénavant, cinq positions sur le manettino (pour ajuster le comportement de l’engin aux envies du conducteur depuis le volant), deux – microscopiques – places arrière, justifiant l’appellation coupé 2+, un vrai coffre et un habitacle sublime et pratique. Il se compose de trois cellules, deux devant, réservées à chaque passager, bien séparées et délimitées, et cette sorte d’alcôve derrière les deux baquets, pour le transport d’enfants ou d’adultes très complaisants. Ou de sacs de voyage, tout simplement. Avec, devant les yeux des passagers avant, des écrans numériques : de 16 pouces pour le pilote (appelons-le comme ça), avec la possibilité d’y afficher la carte du GPS en – très– grand sur toute la largeur, de 8,4 pouces au centre, tactile bien évidemment, et plus petit pour le passager de droite, histoire de l’impliquer totalement dans le voyage. Une bonne idée, sauf pour ceux qui aimaient bien mentir sur la vitesse de croisière sur autoroute, quand il (ou elle) s’en inquiétait. Ça ne sera plus possible. Enfin, sublime et discrète touche de l’équipe design de Flavio Manzoni : le sélecteur de vitesses de la transmission automatique qui reprend l’aspect des grilles en alu brossé des vieilles boîtes manuelles à 5 rapports. Marcello Mastroianni aurait adoré. Vive la Dolce Vita.

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NAISSANCE

AUJOURD’HUI, PRÈS DE QUINZE MODÈLES AU CATALOGUE FERRARI

Pour présenter cette nouvelle Ferrari, Enrico Galliera et Flavio Manzoni, respectivement vice-président et directeur du design, étaient sur scène. Ils ont enchaîné deux soirées clients et une journée presse.

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Lafite Rothschild 1945 Format impériale, 6 litres Pièce de la collection privée Marquet Pas d’autre exemplaire connu Mis en bouteille par Monsieur Revelle, maître de chai au Château Lafite Rothschild, en 1947 Fut la propriété du Général Montgomery du début des années 1950 jusqu’en 1976 Acquise par Jordi Marquet, créateur de Marquet, en 1977 Rebouchée au Château par Monsieur Revelle en 1981, contre-étiquette signée de sa main Cette bouteille n’a pas de prix

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FUTUR

Éolien

UN FUTUR IMPARFAIT, MAIS COMPLÉMENTAIRE Pendant que la jeunesse défile dans les rues, smartphone en poche et neurones en émoi, des ingénieurs inventent et développent l’avenir de notre société avec un objectif : produire de l’énergie sans polluer davantage notre planète. Parmi les solutions les plus en vue, l’éolien semble séduisant, créant de l’électricité de jour comme de nuit contrairement à la filière solaire. Alors, est-ce que la solution à nos problèmes, c’est vraiment du vent ? Textes F. Montfort

S

avez-vous pourquoi on dit machine électrique et non moteur électrique ? Parce que, contrairement à un moteur thermique, qui transforme l’énergie fossile contenue dans le carburant en énergie mécanique, pour faire avancer une voiture par exemple, la machine électrique va non seulement faire la même chose en transformant de l’électricité en énergie mécanique – on dit d’elle que c’est un moteur dans ce cas –, mais aussi travailler dans le sens inverse, comme un générateur. Elle transforme alors de l’énergie mécanique en électricité. C’est comme cela que les voitures électriques ou hybrides rechargent leurs batteries dans les phases de décélération ou de freinage, en récupérant l’énergie cinétique du déplacement pour la

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transformer en électricité via leur machine réversible, en mode générateur. Et c’est aussi comme cela que les éoliennes produisent de l’électricité grâce au vent qui fait tourner leurs rotors.

De l’énergie gratuite en quantité

Aussi, alors que l’on cherche sans cesse des moyens de produire de l’énergie sans polluer, l’éolien s’impose logiquement, comme le solaire qui exploite les rayons incidents du soleil arrivant sur terre sans la moindre taxe ni émission de CO2. Le vent, c’est pareil, il y en a, en plaine comme en montagne, et encore plus à la surface des océans où de nombreuses sociétés voient des débouchés très intéressants pour la filière éolienne. D’autant que les progrès techniques permettent aujourd’hui


de commencer l’exploitation de systèmes à trois pales (moins sensibles aux vibrations engendrées par des vents violents que les éoliennes à deux pales) dès 3 m/s de vent, soit à partir de 11 km/h de vent environ. Et jusqu’à 25 m/s (90 km/h) sans détérioration ni perturbations aérodynamiques trop importantes. Ainsi les puissances délivrées par les éoliennes vont en moyenne de 1 à 3 MW, éoliennes qui, rassemblées en fermes de plusieurs mats, peuvent représenter une puissance installée de 200 MW. C’est sensiblement équivalent à ce que proposent les fermes solaires, dont le record est de 247 MW. Mais cela reste très loin de ce qu’offrent les centrales thermiques (jusqu’à 800 MW), nucléaires (jusqu’à 1 600 MW) ou hydroélectriques (plus de 10 000 MW). Avec, comme contrainte induite à ce mode de production d’énergie, le fait que le fonctionnement de l’éolienne dépende du vent, donc des conditions climatiques. Même si le vent souffle aussi la nuit, en opposition aux rayons du soleil sur la face ombragée de la Terre la moitié du temps, il ne souffle pas de manière constante toute l’année. C’est pour cela que l’on parle de puissance installée, en opposition à la puissance nominale des éoliennes (ou maximale, quand il y a du vent et qu’il est de la bonne force).

Mais disponible de manière intermittente Ainsi, il est convenu aujourd’hui en Europe que les éoliennes fonctionnent entre 2 000 et

2 500 heures par an, sur les 8 760 heures composant une année non bissextile. Et qu’elles produisent, sur ces périodes, une quantité d’énergie moyenne nettement inférieure à leur puissance maximale, qui est obtenue généralement avec des vents d’environ 50 km/h. C’est ce que l’on appelle le facteur de charge, un coefficient à appliquer à la puissance nominale d’une éolienne, ou d’une ferme, comme on le fait avec tous les systèmes de production d’énergie. Entre les variations climatiques et les opérations de maintenance sur l’année, une ferme éolienne a, en moyenne en Europe, un facteur de charge de 20 %. Il faut toutefois le nuancer, car il est plus élevé pour des éoliennes off-shore (en mer) que terrestres. Au Danemark, par exemple (1), il est de 25 % sur terre mais de 45 % en mer (37 % en moyenne pour l’Europe). Si 20 % semblent peu, il faut les comparer aux 10 % d’une ferme solaire... et aux 80 % d’une centrale nucléaire. Décrié par les antinucléaires justement pour ses positions favorables à ce type de source d’énergie, Jean-Marc Jancovici, ingénieur, consultant et enseignant, s’est amusé à calculer la surface d’éoliennes nécessaire à alimenter la France en électricité (2). En prenant en compte aussi bien les facteurs de charge que la taille des éoliennes (plus elles sont grandes, plus elles produisent d’électricité... mais moins vous pouvez en mettre au km2), il arrive au résultat de 25 000 km2, soit 5 % de la surface

UNE BIEN MEILLEURE EXPLOITATION DES ÉOLIENNES EN MER Followed Magazine 25


FUTUR

du pays : c’est énorme. Mais cela ne représente « que » 125 000 éoliennes terrestres finalement, pour produire les 500 TWh que consomment les Français en moyenne par an. À condition toutefois que nous ne consommions ces mégawatts qu’au moment où les éoliennes les génèrent.

Qui nécessite des moyens de stockage

Car c’est un autre – gros – frein au système éolien : il produit par intermittence, donc soit ne doit être vu que comme une énergie d’appoint à une autre source constante, non dépendante des conditions climatiques et rapide à mettre en marche, ou associé à un système de stockage de grandes quantités d’électricité. Car en 2 000 heures de fonctionnement, ces 125 000 éoliennes produiraient toute l’électricité nécessaire pour 8 760 heures dans l’année. Imaginer des usines de batteries pour stocker cette énergie est impensable. Là encore, Jean-Marc Jancovici s’est essayé à la simulation. La solution hydrogène semble plus réaliste, même si aujourd’hui le rendement de l’électrolyse de l’eau (voir Followed n° 27) doit encore faire des progrès. Mais l’idée d’utiliser l’électricité renouvelable des éoliennes pour séparer l’hydrogène et l’oxygène de l’eau permet d’envisager des stockages importants d’énergie à long terme. Énergie qui peut ensuite être utilisée telle quelle, sous forme d’hydrogène gazeux ou liquide, ou recombinée avec de l’oxygène via une pile à combustible pour produire... de l’électricité. Cette dernière solution fonctionne, mais avec un rendement aujourd’hui assez moyen. Le meilleur système de stockage semble

être, à date, le remontage d’eau dans des barrages d’altitude. Mais les capacités en France sont assez réduites et peu extensibles, rendant l’écosystème hydrogène plus intéressant à moyen terme.

Ou d’autres sources d’énergie

L’autre solution, c’est d’envisager l’éolien comme une source d’énergie d’appoint, complémentaire d’une autre source plus constante au long de l’année. C’est ce qui se fait en Espagne avec une puissance installée constante mais assez faible via des centrales nucléaires et le fonctionnement en alternance, en fonction du vent, d’éoliennes et de centrales thermiques à gaz, faciles à redémarrer en quelques heures, chose impossible avec du nucléaire. En effet, nos centrales, si elles sont arrêtées soudainement, souffrent d’un empoisonnement au xénon qui retarde la remise en route. Autrement dit, en France, il faudrait remplacer une partie de la puissance développée par les centrales nucléaires (avec très peu d’émissions de gaz à effet de serre induites) par des mégawatts thermiques... produits les jours de grand vent par des éoliennes. Et donc créer, en absence de vent, une pollution qui n’existe pas aujourd’hui. On l’aura compris, la solution éolienne est intéressante, si on sait stocker l’électricité. Continuons à chercher. (1) Wind Power in Denmark, Germany, Ireland, Great Britain, France and Spain, 2012 (2) jancovici.com/transition-energetique/ renouvelables/pourrait-on-alimenter-la-france-enelectricite-uniquement-avec-de-leolien/

IL RESTE LE PROBLÈME DU STOCKAGE DE L’ÉLECTRICITÉ 26 Followed Magazine


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L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération. Followed Magazine 27


TENDANCE

BONNES

RÉSOLUTIONS... C’

est la fin de l’année ! Le moment des cadeaux, des festins et des bonnes résolutions. Aussi, pour ceux qui voudraient la jouer bons élèves, avec des cadeaux utiles pour, par exemple, retrouver la forme après cette période (ou pas), voici quelques idées.

NOHrD BIKE

Quand on sait à l’avance que les fêtes vont déraper, que la dinde ne sera pas la seule à prendre du poids et que les quantités d’alcool absorbées seront équivalentes au débit d’un petit cours d’eau en amont de la Seine, rien ne vaut l’idée d’un cadeau lié à la remise en forme chez soi, à la pratique du sport en salle, celle de la sueur contrôlée à quelques mètres de la salle de bains : bref, celle d’un vélo d’appartement. Mais ne cédons pas à la facilité, optons pour un modèle en bois épuré, avec une position entièrement ajustable et une résistance au pédalage réglable magnétiquement comme sur le Bike de la société allemande NOHrD, extension de l’américain WaterRower. Il sera sublime dans votre salle de sport personnelle, ou même dans un coin de la chambre, taillé dans des essences de bois nobles comme le noyer, le merisier, le hêtre ou le chêne, avec des parties métalliques noires et des accessoires comme le porte-bidon, le support de tablette ou les cale-pieds parfaitement adaptés. L’app NOHrD pour bien pédaler est gratuite et le vélo facile à déplacer grâce à ses roulettes. Prix de vente hors accessoires : de 2 495 à 3 295 € en fonction du bois choisi.

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MOUSTACHE DIMANCHE 29.5 Encore mieux pour justifier tous les excès de fin d’année, jouer la remise en forme en forêt ou sur la route, avec un beau vélo. Ça ne peut pas se refuser, même s’il ne décorera cette fois que le garage et non la chambre. Selon nous, l’idéal n’est pas un VTT car cela reste inutilisable sur la route, mais un « gravel », cette nouvelle catégorie de vélos de route, montés avec des pneus un peu plus gros, des accessoires capables d’encaisser quelques chocs et un guidon évasé bien plus facile à tenir... sur un chemin. Et comme nous sommes pour l’effort accessible, le Dimanche 29.5 de Moustache, avec son assistance électrique Bosch, répond à toutes nos attentes : il est beau, peut à la fois rouler sur route, en ville, en forêt et même en montagne, ne pèse pas trop lourd mais bénéficie des 250 W et 75 Nm de son moteur électrique pour vous accompagner n’importe où. La batterie amovible est intégrée dans le tube diagonal, peut se charger sur le vélo ou à la maison, et propose 500 Wh de capacité. Avec, pour compléter le programme, des freins à disques hydrauliques, une tige de selle télescopique et un groupe 11 vitesses. Vélo assisté vendu 4 499 €.

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TENDANCE

... OU PAS ELIE BLEU

CAVE À CIGARES « CHE » Si jamais les arguments « remise en forme de début d’année » ou « là j’abuse, mais après je suis sérieux » n’ont pas fonctionné, nous vous proposons d’assumer votre goût pour les bonnes choses, sans arrière-pensée. Et, pour cela, de choisir comme cadeau cette magnifique cave à cigares Elie Bleu, une marque française spécialisée dans la tabletterie et basée en région parisienne. Comme tous les produits de cette société, la cave « Che », en hommage à l’illustre homme (qui n’était pas cubain mais argentin), profite d’une finition main exceptionnelle et d’une étanchéité parfaite pour la conservation de vos plus belles vitoles. Faite dans un bois de sycomore ondé teinté, elle accueille 75 cigares et coûte 2 509 €. Dans cette collection « Che », il existe aussi des versions 25 ou 110 cigares, de différents motifs ou couleurs. Mais à chaque fois, fait main à l’unité.

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ART DE VIVRE

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APPELEZ-MOI

SIMPLEMENT

PIERRE

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Il est l’un des chefs français les plus étoilés, mais aussi l’un des plus appréciés, pour son talent comme pour sa bienveillance. Récemment auréolé, pour la troisième fois de sa vie après Saint-Étienne et Paris, d’une troisième étoile pour son restaurant de Londres, Pierre Gagnaire continue de régaler les papilles de ses clients à presque 70 ans. Retour, avec lui, sur une carrière bien remplie. Mais commencée dans la douleur. Textes C. Boulain, photos Mitchell

l s’est posé la veille au soir, de retour d’Asie. S’il avait préféré se reposer de son décalage horaire, le rendez-vous aurait pu sauter. Beaucoup l’auraient fait. Pas Pierre Gagnaire. Il est de ces gens respectueux, des autres comme des engagements pris. Nous avions rendez-vous avec lui à 14 h 30, prévoyant deux heures avant pour goûter sa gastronomie, à une table de son restaurant trois étoiles Michelin, 6 rue Balzac, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Aussi, quand il pénètre dans la salle à manger, en sortant des cuisines où il ne cesse d’officier dès qu’il met un pied dans la capitale, nous voilà rassurés. Le chef est là, en avance même, car nous venons à peine de commencer notre déjeuner. Il s’approche en souriant, comme il le fera ensuite aux autres tables. Les cheveux blancs éclatants, la mine avenante malgré la fatigue et le discours si bienveillant. Il s’inquiète de savoir si nous sommes bien installés, si les premiers mets étaient à notre goût. Il nous ressert de l’eau lui-même et promet de revenir au dessert nous rejoindre pour discuter. Ce premier contact avec l’un des plus grands chefs de la planète s’est passé comme annoncé par l’agence qui gère ses relations presse : bien, simplement bien. Pourtant, ils sont moins de 140 dans le monde à pouvoir exhiber leurs trois étoiles, une poignée de chefs dont la gastronomie est officiellement célébrée par le Guide rouge. Qui, quoi qu’on en dise, est une vraie garantie de qualité, à défaut d’être la seule à exister. Et ils sont encore moins nombreux à avoir reçu plusieurs fois le Graal, qui plus est sur la même période. Aussi, quand le Sketch, restaurant londonien de Pierre Gagnaire, s’est vu triplement étoilé il y a moins de deux mois, le cuisinier originaire de Saint-Étienne est entré dans le cercle très fermé des chefs d’exception. Mais ceux qui le connaissent, qui avaient déjà goûté sa cuisine, qu’il qualifie poétiquement d’émotionnelle, le savaient déjà. Nous, nous allions le découvrir.

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ENTRETIEN Vous venez de recevoir une troisième étoile à votre restaurant de Londres. Que cela représente-t-il pour vous ?

Vous savez, la première fois que j’ai eu trois étoiles, c’était en 1993, à Saint-Étienne. Il y a presque vingt-sept ans. Trois ans plus tard, rattrapé par l’argent, je fermais boutique et j’ouvrais peu de temps après à Paris où j’ai récupéré ces étoiles rapidement. En fait, je vis avec cela depuis plus de vingt-cinq ans et ça n’est pas déplaisant. Car si beaucoup pensent que cette distinction met une sorte de pression, et qu’il est parfois bon de ne pas en avoir, quitte à les rendre, moi je trouve génial d’avoir des étoiles. Il ne faut juste pas en devenir l’otage. La pression, c’est de bien faire tout le temps. Cette distinction, c’est un passeport qui vous permet de vivre des aventures exceptionnelles, tant humaines que professionnelles. Et puis il y a de très bons chefs sans étoile. Selon moi, avoir trois étoiles, c’est s’engager à ce qu’il se passe quelque chose d’unique à la dégustation. Pas seulement par les plats servis, mais dans l’ensemble, comme une véritable expérience. Et si les gens du guide Michelin disent que le cadre ne joue pas, que seule l’assiette est jugée, je ne le crois pas. Tout participe à l’expérience vécue.

Vous n’avez pas vraiment fait vos armes dans de grandes maisons avant d’ouvrir votre restaurant à Saint-Étienne. Comment avez-vous débuté ?

Dans la douleur. Cela peut paraître étonnant, mais je ne me destinais pas à la cuisine jeune, même si je savais comment ça allait finir. Je suis l’aîné de la famille, avec deux frères et une sœur, dans un milieu rural, à Apinac, dans la Loire. Et je suis de cette génération où l’aîné reprenait l’affaire du père sans discuter. Mon sort était scellé. Aussi, je me suis accordé du temps avant de plonger, j’ai fait un grand voyage formateur, dont la traversée du nord au sud du continent américain, avant de rentrer en France pour reprendre le restaurant de mon père. Au début, j’ai fait ce métier contraint et forcé, sans l’aimer. De plus, au restaurant, rien n’était organisé, rien n’allait : j’en suis

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« JE VEUX PROPOSER UNE CUISINE ÉMOTIONNELLE, UNE EXPÉRIENCE QUI NE SE RÉSUME PAS À LA DÉGUSTATION D’UNE ASSIETTE, AUSSI RÉUSSIE SOIT-ELLE »

Une des entrées proposées au menu du déjeuner à Paris : pressé de betterave rouge et poireaux au raifort. Avec un peu d’agrumes et beaucoup d’émotion.

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« LES TROIS ÉTOILES SONT UN PASSEPORT QUI VOUS PERMET DE VIVRE DES AVENTURES TELLEMENT EXCEPTIONNELLES » Selle d’agneau de Lozère farcie, parfumée à l’origan, velouté vert au parmesan, gousses d’ail de Lautrec confites, légumes racines : bon appétit.

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parti au bout de trois ans, après avoir prévenu mes proches de mon départ. Mais, entre-temps, j’ai découvert que la cuisine, ça peut être plein de choses, que cela permet de créer des liens avec les gens, de donner de l’amour. Pendant presque vingt ans, j’ai vécu la cuisine comme une thérapie. En me disant : ce métier, tu vas en faire quelque chose qui ait de la valeur. Et, est-ce à cause ou grâce à mes racines chrétiennes, catholiques, j’ai été choqué un jour de voir dans un journal la photo d’un enfant qui mourait de faim. Ça m’a véritablement traumatisé. Nous ne roulions pas sur l’or, mais nous mangions évidemment à notre faim. Du coup, pour rendre ce métier acceptable à mes yeux, il fallait que j’en fasse une petite œuvre d’art.

Pourquoi dites vous que vous avez été rattrapé par l’argent à Saint-Étienne ?

Nous faisons un commerce de proximité. J’aime dire que nous sommes des aubergistes, avec des clients que l’on doit respecter. Mais vous ne pouvez pas faire vivre un restaurant trois étoiles là où il n’y a pas la clientèle pour cela. C’est le sens de ma pensée, ce restaurant ne pouvait rester où il était, surtout ou à cause de ses trois étoiles. Ainsi, je suis monté à Paris, dans ce quartier magnifique, cette sorte de triangle d’or de l’art de vivre, proche de la place de l’Étoile et des Champs-Élysées, dans un Paris où des milliers d’avions amènent tous les mois des centaines de milliers de touristes en quête de cet art de vivre dont la gastronomie n’est qu’une facette. Il s’est passé dix-huit ans de vie entre la reprise de l’affaire paternelle et l’explosion de mon affaire trois étoiles à Saint-Étienne. Ce fut une expérience constructive mais extrêmement douloureuse. Et quand j’arrive à Paris, il y a vingt-six ans, je ne suis pas inquiet. À la fois très torturé, mais très sûr de ce que je faisais dans mon travail, même si j’ai toujours le doute en moi... S’il n’y a plus de doute, il n’y a plus de création.

Justement, vous parlez de création. Qu’est-ce que le style Gagnaire ?

Je ne pense pas qu’il y ait un style Gagnaire dans mes restaurants, et encore moins dans mes assiettes. Je parle davantage d’une expérience, d’un tout, d’une émotion même. Je pense faire une cuisine émotionnelle, dans laquelle on retrouve parfois un peu d’amertume, un goût que j’aime même si je ne le recherche pas. Vous savez, pour cuisiner, il faut comprendre la cuisine, avoir les bases, ce que je reproche à beaucoup de

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« JE N’AI PAS D’INGRÉDIENT FÉTICHE, J’ESSAIE DE PROPOSER QUELQUE CHOSE DE DOUX, D’ÉLÉGANT ET SINCÈRE » critiques gastronomiques qui ne les ont pas. Quand les gens viennent dans un restaurant trois étoiles, ils attendent quelque chose d’un peu particulier. C’est pareil chez moi, c’est ma vie, mon identité, mon honnêteté au jour le jour. Je n’ai pas d’ingrédient fétiche, j’essaie de délivrer un moment émotionnel, une attention, que les choses soient douces, tendres, élégantes et sincères. J’aime beaucoup la phrase d’un philosophe dont j’ai oublié le nom : son chemin, on le trouve en marchant. Je suis certain de cela, on trouve beaucoup de choses en avançant... Il faut arriver à accepter le destin que la vie vous a apporté.

Pas de formation dans les grandes maisons et pourtant quelques inspirations. Quelles sont-elles ?

Frédy Girardet, un chef suisse, m’a beaucoup influencé. Alain Chapel aussi, car, comme Girardet, il cuisinait différemment et mettait beaucoup de lui-même dans ses assiettes, de l’émotion, des sentiments même. Difficile de ne pas citer Paul Bocuse, chez qui j’ai débuté en 1965. Mais j’ai surtout admiré l’homme, son charisme et son sens de l’amitié, d’autant plus qu’on se connaissait bien sur la fin de sa vie. Ces inspirations sont multiples, de la manière de cuisiner, de présenter ses assiettes, de communiquer avec les clients. Par exemple, la qualité de la carte chez Chapel, le choix des mots, l’épaisseur du papier, même la typo m’avait impressionné. Je n’ai en effet jamais travaillé dans des grands établissements, mais pendant dix ans, de 15 à 25 ans, avant de reprendre l’affaire de mon père, j’ai « œuvré » dans différents endroits, dont certains un peu bancals. Je me souviens, à Lyon, du restaurant Chez Juliette,

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Un dessert doux et élégant : ananas et fruits de la passion sur une marmelade d’angéliques du Marais poitevin. Un pas de plus vers le repos...

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« LA CUISINE, JE LA RÊVE AVANT DE LA FAIRE. ELLE DOIT VOUS AMENER AU REPOS, ÊTRE APAISANTE » avec ce vieux monsieur aux fourneaux, un ex-cuisinier à la cour de Suède, resté à Lyon car il était tombé amoureux de cette femme, que je pensais un peu excentrique. Bancal, je vous dis.

Vous avez des restaurants partout dans le monde : est-ce qu’un pays vous a plus influencé que les autres ?

L’Asie sans doute. D’ailleurs, je devrais dire les Asie tant elles sont nombreuses. Ma première fois au Japon, en 1984, j’ai découvert que je n’avais jamais mangé un tempura. Le mot me fascinait. D’ailleurs, j’aime les mots plus que tout. Pour moi, les mots sont capitaux, ils sont au-dessus de tout. Et c’est le problème de notre société, notre langue qui s’est délitée. Il y a un truc qui déconne selon moi. Mais revenons au tempura. En fait, sans l’appeler tempura, j’en avais déjà mangé. Je suis assez proche dans ma cuisine de ce que les Japonais proposent, de cette précision rare. La cuisine doit délivrer un message, quelque chose qui vous amène au repos, elle doit être apaisante... et les Asiatiques l’ont bien compris. La cuisine française était totalement maltraitée, pas belle. Je pense qu’elle va mieux, qu’elle tend vers ça. Vous savez, la cuisine, je la rêve avant de la faire.

Alors vous aviez dû faire un beau rêve pour imaginer notre menu. Merci, chef. Et, au fait, comment devons-nous vous appeler ?

Pierre, simplement Pierre. Vous savez, je ne suis plus vraiment chef, il y a longtemps que je ne suis plus chef. J’ai une relation tellement étonnante avec les gens avec qui je travaille, que cela soit ici ou dans mes autres restaurants. Je ne joue pas un rôle, ça m’évite les cancers et les ulcères.

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Pierre Gagnaire dans les cuisines de son restaurant parisien, avec sa blouse blanche et sa signature brodÊe : une table de salle à manger.

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MILLÉSIMÉ ET DÉGORGÉ S’il est un vin reconnu dans le monde entier, c’est bien le champagne. Mais être mondial n’empêche pas de rechercher l’exclusivité et la perfection. Avec ses cuvées millésimées et récemment dégorgées, la maison Bollinger s’en approche. Depuis maintenant plus de cinquante ans.

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Textes et photos F. Montfort

Quand Madame Bollinger, en 1967, a sorti cette première cuvée R.D. [pour récemment dégorgée, NDLR], c’était quelque chose de complètement nouveau. Elle avait eu l’idée de laisser vieillir plus longtemps une cuvée millésimée, celle de 1952 en l’occurrence, pour laisser encore plus le vin s’exprimer. C’était tellement innovant. Et surtout, elle avait fait apposer sur l’étiquette la date de dégorgement, une information indispensable selon moi. » Si Denis Bunner, adjoint du chef de cave de la maison d’Aÿ-en-Champagne, nous raconte cela, ce n’est pas pour rien. Peu d’amateurs de ce breuvage le savent, mais le champagne est généralement un assemblage de différents vins blancs, de différentes années. Avec comme seule vraie règle imposée, d’avoir vieilli au moins un an et demi sur lie, en bouteille pendant la « prise de mousse », avant dégorgement. Pour résumer, c’est un vin blanc assemblé à partir de différents cépages de raisins, de différentes années, de différents crus, qui va devenir pétillant lors de la prise de mousse obtenue par ajout d’une liqueur sucrée et de levures au moment de la mise en bouteille. La prise de mousse une fois terminée, après un mois généralement, les lies se déposent et vont interagir avec le vin. Après cette phase de vieillissement, les bouteilles sont remuées, en les tournant régulièrement à la main sur des pupitres, puis dégorgées. Le dégorgement est une opération qui permet d’éliminer les lies, de réaliser le dosage et de mettre le bouchon final dit « d’expédition »... celui que le consommateur a le plaisir de faire sauter ! Ça, c’est la règle, mais les bonnes maisons vont plus loin. Beaucoup plus loin. Ainsi, chez Bollinger, tous les champagnes passent au moins trois ans de vieillissement en cave avant l’étape cruciale du dégorgement. « Et encore, c’est pour les bruts sans année, nos premières bouteilles. Pour les bruts millésimés, baptisés La Grande Année, nous les conservons sur lie sept années minimum, en fonction de l’évolution de chaque vin. Si je

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L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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ART DE VIVRE « DANS LES CHAMPAGNES MILLÉSIMÉS, NOUS NE POUVONS PAS MÉLANGER LES ANNÉES, MAIS NOUS POUVONS ASSEMBLER LES PARCELLES » prends le 2008 par exemple, qui a été très long à développer ses arômes, nous ne l’avons dégorgé qu’après une décennie en cave. » Outre les classifications par dosage de sucre (brut, extra-brut ou nature, voir Followed numéro 6), il existe deux univers de champagnes chez Bollinger. En premier lieu, les « bruts sans année », assemblages de vins tirés de cépages différents (il en existe sept en champagne, mais les plus courants sont le pinot noir, le chardonnay et le pinot meunier), d’années différentes avec l’ajout de vins de réserve conservés en cave par la maison pour garantir un goût constant, vins qui ont vieilli parfois jusqu’à dix ans en magnums de réserve. Ensuite, les cuvées de prestige dites « millésimées » qui, elles, ne peuvent pas contenir de vins de réserve d’années antérieures, mais peuvent être de cépages et de crus différents. Ainsi chez ­Bollinger, ils sont faits à partir de chardonnay et pinot noir, de 15 à 25 villages différents, tous Premier ou Grand Cru. Les R.D. vont encore plus loin que les « millésimés » Ce sont des champagnes millésimés arrivés à maturité, mais dont le profil aromatique détecté par les chefs de cave après ce premier vieillissement de sept ans laisse envisager une autre étape. « C’est là, pour moi, que la date de dégorgement compte et doit être affichée. On sait qu’un millésimé doit passer au moins sept ans en cave, mais pour le

L’une des spécificités de la maison, un élevage des millésimes en barriques de plus de vingt ans (en moyenne), pour donner un goût vineux très apprécié.

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Tous les champagnes millésimés Bollinger vieillissent en bouteilles à bouchon de liège... et tournées, manuellement et régulièrement pendant des années.

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L’exercice du dosage est toujours quelque chose de particulier, même pour Denis. Il participe à l’identité du champagne. Il est fait d’une liqueur composée de champagne millésimé (pour les millésimes) et de sucre de canne.


« POUR LA PRISE DE MOUSSE, NOUS UTILISONS DU SUCRE DE BETTERAVE PRODUIT LOCALEMENT. MAIS POUR LE DOSAGE, DU SUCRE DE CANNE » R.D. c’est au minimum douze ans, voire quinze à vingt ans qu’il a vieilli… et ça n’est pas pareil. Durant ce temps, le vin développe différents arômes, le champagne devient plus vineux, ce qui correspond bien à notre philosophie chez Bollinger. » On retrouve ce concept dans d’autres très grandes maisons, avec l’appellation Plénitude chez Dom P ­ érignon par exemple. « Vous savez, tous nos millésimes, donc aussi nos R.D., sont élevés en barrique de chêne et pas en cuve, avec des bois anciens de vingt ans en moyenne pour révéler les terroirs tout en évitant d’apporter des notes boisées. Et ensuite, ils sont mis en bouteilles et bouchés avec du liège et une agrafe quand les autres champagnes sont généralement capsulés. En plus, nos millésimes ne contiennent que du chardonnay et du pinot noir de la même année, à l’exception des Vieilles Vignes Françaises et de la série Bond 2011 que l’on vient de sortir et qui est un 100 % pinot noir. » Ce dégorgement, dont le R.D. tire son nom, doit être spécifié. Imaginez le R.D. 1952 commercialisé en 1967... il aurait pu être dégorgé et mis en vente dès 1955. Et si le R veut dire récemment, il est évident que cinquante ans plus tard, seule la date inscrite sur la bouteille a gardé son sens. Plus ronds, plus vineux que les champagnes millésimés dont ils sont dérivés, ces récemment

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ART DE VIVRE « LA DATE DE DÉGORGEMENT EST QUELQUE CHOSE DE TRÈS IMPORTANT DANS LE CHAMPAGNE, MÊME SI ELLE N’EST FINALEMENT QU’ASSEZ RAREMENT PRÉCISÉE » dégorgés bénéficient d’un dosage adapté. Une fois la bouteille débarrassée de ses lies mortes, donc vidée d’un petit volume de vin lors du dégorgement, les techniciens en cave vont compléter les bouteilles d’une liqueur d’expédition. On appelle cela le dosage. Si pour la prise de mousse, la liqueur Bollinger est à base de sucre de betterave locale pour des raisons écologiques (on en met 24 grammes par litre), celle d’expédition est un mélange de champagne (millésimé pour du millésimé, brut pour du brut...) et de sucre de canne. Plus fin, mais aussi nettement moins présent en volume lors du dosage, ce sucre va classer le champagne et légèrement arrondir son goût. C’est pourquoi, alors que les bruts sans année et La Grande Année sont tous des bruts (dosés en sucre entre 6 et 8 grammes par litre après dégorgement), les R.D., dont le vieillissement a enrichi le vin, l’a arrondi, sont dosés entre 3 et 4 grammes. « Avec ces champagnes, nous parlons de vins gastronomiques, de produits d’excellence. Même si ce sont des champagnes, ce sont avant tout des vins. On y tient. » Message passé.

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L’œnothèque de la maison Bollinger à Aÿ-en-Champagne. Tous les meilleurs crus depuis 1829 y sont stockés, dont le premier « dégorgement récent », un 1952 dégorgé le 6 juin 1967. Après quinze ans en cave.

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L’ÉLÉGANCE

EN MARCHE Dans le Brabant wallon, au sud de Bruxelles, officie l’un des doux dingues dont la Belgique a le secret. Venu sur le tard au tournage sur bois, Pierre Vanherck s’est mis en tête de remettre au goût du jour l’accessoire ultime de tout dandy qui se respecte : la canne.

Textes et photos A. Bloch

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resque à la limite entre Flandre et Wallonie, le fameux Plat Pays de Brel se plisse en de vagues c­ ollines. C’est sur l’une d’elles, au sous-sol d’un pavillon propret, que se niche l’atelier de Pierre V ­ anherck. Au mur, des rayonnages croulent sous d’hétéroclites débits de bois multicolores. Un de ces jours, ils se transformeront en pommeaux ou en fûts (c’est-à-dire en corps) de cannes. Avant d’être s­ ertis d’or, d’argent, de rubis ou de diamants, suivant une technique que Pierre a, ici même, patiemment imaginée puis mise au point. Et pourtant, rien ne prédestinait cet électromécanicien à devenir artisan d’art !

Comment êtes-vous passé de l’informatique au travail du bois ?

J’ai longtemps travaillé dans un centre de recherche : je concevais des programmes pour mesurer les coefficients de dilatation des matériaux de construction. J’adorais ma vie, mais je me suis mis à détester cette ambiance professionnelle. Je me suis pris de passion pour le bois il y a une trentaine d’années, après plusieurs grosses tempêtes qui avaient couché des millions d’arbres du nord de l’Europe. Je me suis fait passer pour un bûcheron dans un château près d’ici, et je me suis retrouvé à entretenir une forêt : je voulais juste me vider la tête du stress du boulot ! Mais je trouvais dommage que tout parte en bois de chauffage : j’ai commencé à en faire sécher et, quatre ans plus tard, je me suis construit un grand lit avec. Les amis en ont voulu, puis les amis d’amis, et c’est comme ça que j’ai commencé à construire des meubles. Dans les années 2000, j’ai quitté mon travail et, pendant mon p­ réavis, je me suis mis à en faire vraiment toute la journée. Un jour, une cliente m’a demandé de restaurer une table LouisPhilippe, avec des pieds tournés. Je suis allé acheter un tour à bois, je me suis lancé et... ç’a été une vraie révélation. Moi qui n’avais jamais tenu une gouge, j’ai tourné le pied en à peine deux jours. Avant de voir, sur Internet, qu’on pouvait faire plein de choses amusantes en bois tourné : des saladiers, des stylos, des champignons...

Ou des cannes ?

Oui, mais je n’ai pas eu l’idée tout de suite. Quand j’ai voulu acheter de vraies machines stationnaires, professionnelles, j’ai trouvé un ancien professeur d’ébénisterie, près de Namur, qui vendait les siennes. Avec, il y avait un stock de bois, qui ne m’intéressait pas du tout... mais c’était tout ou rien. Je me suis retrouvé avec un bon mètre cube de ce que j’appelais simplement « du bois de couleur », parce que je n’y connaissais rien. Des carrelets de trois centimètres par trois, sur un mètre de long, dont je ne savais pas quoi faire. Lorsque j’ai loué un stand sur un Salon d’artisanat d’art, je me suis dit que j’allais en faire des petites choses, notamment des stylos, pour les exposer. J’ai réglé la toise à dix centimètres, j’ai mis la scie circulaire en route, et je m’apprêtais à tout couper. Mais une petite voix me disait : « Pierrot, tu es en train de faire une énorme connerie ! » J’ai arrêté, et je suis retourné voir le vieux monsieur qui m’avait tout

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Avec une gouge (tout à gauche), Pierre enlève patiemment de la matière des carrelets de bois (carrés comme leur nom l’indique) pour en faire un fût de canne rond. Des machines peuvent le faire, mais ce ne serait pas du jeu !


« J’AI FAIT LA CANNE DE BENOÎT XVI »

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« LE BOIS SE TOURNE EN UNE FOIS, CAR IL SE TORD EN LIBÉRANT SA TENSION » vendu. Il m’a expliqué que c’était du bois précieux de la fin du XIXe siècle, destiné à faire des cannes de prestige. Il a ajouté : « Parce qu’un tourneur sur bois qui a la maîtrise doit être capable de tourner un fût de canne. » Alors j’ai essayé.

Une autre révélation ?

Oui, mais j’y ai passé six mois ! Il faut dire que je n’ai jamais eu de tour copieur [qui duplique le diamètre d’un modèle, NDLR], ni d’avancée automatique [système qui fait se déplacer l’outil à vitesse constante sur le morceau de bois à tourner, NDLR]. C’est vraiment moi qui tiens la gouge, posée sur le porte-outil. Quand j’ai montré la canne au vieil ébéniste, il n’a pas cru que je l’avais faite moi-même, mais m’a dit que, si par hasard c’était le cas, il fallait que je l’expose. Ça tombait bien, mon stand m’attendait sur le fameux Salon. C’est là que ma vie a changé, deux heures après l’ouverture.

Pourquoi ?

Un monsieur tiré à quatre épingles s’est arrêté devant ma canne, et m’a demandé combien je la vendais. Je n’étais pas du tout préparé, mais, croyant faire l’affaire du siècle, je lui ai répondu 300 euros : c’était le prix de la location du stand. Quelques heures plus tard, il est venu me dire qu’il avait des remords : « Une canne de cette facture se négocie entre 1 500 et 2 000 euros. » Je n’ai même pas fait attention au prix, je n’ai entendu que le mot « facture » : je tournais le bois depuis moins d’un an ! Je lui ai demandé de n’en parler à personne, pour ne pas que tous les tourneurs sur bois du coin se mettent à faire des cannes, et je me suis enfermé dans mon atelier pendant une année entière. Je voulais faire encore plus fort : trouver une technique pour sertir des métaux précieux dans le bois.

Qu’y a-t-il de si compliqué ?

Lorsque la température varie d’un degré, le métal se contracte ou se dilate environ dix fois plus que le bois ! Mais il le fait de manière homogène, alors que le bois subit plusieurs déformations distinctes : parallèle aux fibres, perpendiculaire aux fibres, et dans l’épaisseur. Il est impossible d’empêcher les matériaux de bouger... mais on peut faire en sorte qu’ils ne s’influencent pas l’un l’autre. L’idée, c’est de laisser de l’espace dans le bois pour que le métal puisse se dilater à un endroit où ça n’a pas d’importance, et où ça ne se voit pas. Ça semble simple, mais j’ai fait... six mois de copeaux, une vraie galère ! D’autant que j’avais repris les mêmes essais de vieillissement et de choc thermique que ceux que je faisais subir aux matériaux de construction : j’ai mis mes pommeaux au congélateur, à – 20 °C, puis au bain-marie, à + 40 °C. Les inserts en argent finissaient toujours par sortir. Puis j’ai trouvé un autre truc, qui est vraiment secret, et comme ça fonctionnait dans du hêtre, je me suis un jour senti capable de risquer un morceau d’ébène. Plus tard, j’ai découvert la noix de banksia [comme sur la photo d’ouverture, NDLR], la hampe florale d’un arbuste australien qui comporte naturellement des trous. C’est dans ces trous que je coule, le plus souvent, un alliage d’argent et d’étain. Quels autres bois utilisez-vous ? Uniquement des bois précieux : que vous passiez trente heures à faire une belle canne en chêne, ou trente heures à faire une belle canne en palissandre, les gens préféreront toujours mettre dix fois le prix et avoir du palissandre, il n’y a rien à faire. Je cherche d’abord des essences qui ont un nom « scintillant », c’est important. Ensuite, je choisis en fonction des couleurs. Pour vous donner une idée, prenez cette canne, que j’ai appelée « Tour du

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MODE&OBJETS monde », parce qu’elle est composée de bois de tous les continents : du macassar (Indonésie), du palissandre des Indes, mais aussi du pernambouc et de l’amarante (Amérique du Sud), du cocobolo (Amérique centrale), du padouk (Asie du Sud-Est) et de l’afrormosia (Afrique centrale). Je peux aussi utiliser du satiné rouge de Guyane, de l’ibirapita d’Uruguay... ou de « l’african blackwood ». Si on tape dessus, il sonne plus comme de la pierre que comme du bois, et il coule dans l’eau, car c’est l’un des bois les plus denses qui existent : 1 200 kilos par mètre cube ! C’est dans ce matériau que j’ai fait, par exemple, la canne du Pape Benoît XVI, en 2009.

Vous sertissez aussi parfois des pierres précieuses...

Oui. J’ai fait par exemple une canne pour les vins de Champagne : le pommeau ressemble à une flûte, avec une rivière de diamants représentant les bulles. Une autre, pour le Japon, comporte des cylindres d’or et d’argent, mais aussi quatorze diamants prélevés et taillés indépendamment les uns des autres, puis sertis (à l’échelle !) pour représenter les constellations de la Grande et de la Petite Ourse. C’est fait ici même, à la main, au dixième de millimètre.

Il existe aussi des « cannes-systèmes ». C’est quoi ?

Outre les cannes-épées (j’en ai une, mais c’est sûr qu’on ne peut pas vraiment se promener dans la rue avec !), on peut imaginer plein de choses. Par exemple, en visitant le musée Hermès, à Paris, je suis tombé sur la canne favorite d’Émile Hermès, son fondateur : le pommeau comporte un vaporisateur, qui permettait à cet homme à femmes de se reparfumer discrètement avant d’aller en aborder une. J’ai eu l’idée de faire ma propre version, avec une céramique spéciale qui se dilate à température ambiante. Je l’ai saturée de mon parfum, et lorsque je sors avec ma canne, la température de ma main chauffe la céramique, dilatant les pores et libérant le parfum. Et donc, le vrai dandy que je suis, sans même avoir besoin de se reparfumer, a une ambiance autour de lui rien qu’en tenant sa canne. Ça le fait, non ? J’ai fait plusieurs autres cannes-systèmes, dont les pommeaux renferment une montre, un cigare de luxe, une fiole de whisky, ou encore un stylo-plume tourné en ébène. Je travaille aussi sur une canne truquée, pour un magicien, avec un système pyrotechnique dissimulé dans le pommeau. Il y a aussi le pommeau de levier de vitesse, que l’on peut démonter de sa voiture, puis clipser sur un fût de canne pour le garder avec soi. J’en ai parlé avec les gens d’Aston Martin Bruxelles : il se pourrait bien que ce soit une option sur un prochain modèle...

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Pierre passe ensuite des dizaines de couches d’huile... et non de vernis, qui craquellerait lorsque le bois « bouge » à cause des variations de température. Certaines cannes sont « seulement » magnifiques ; d’autres renferment en plus d’ingénieux, utiles et amusants systèmes.


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Merci petit

Papa Noël VICTORINOX I.N.O.X. Carbon Mechanical Quel est le point commun entre cette montre mécanique à remontage automatique et la navette spatiale américaine ? C’est une histoire de matière, de carbone composite chargé en fibre, qui sert de protection thermique pour la première, en supportant jusqu’à 1 200 °C lors de la rentrée dans l’atmosphère, ou de boîte pour la seconde. Recouverte de ce carbone si particulier, la boîte en titane d’un diamètre total de 43 mm dispose d’un verre saphir triple traitement antireflet et d’un fond vissé transparent pour laisser admirer le mouvement mécanique à remontage automatique Sellita SW-200. Le cadran guilloché affiche la date à 16 h 30 et les aiguilles sont traitées Superluminova pour bien briller la nuit. L’ensemble, étanche à 200 m, est monté sur un bracelet caoutchouc imprimé guilloché et livré dans une boîte résistant aux chocs avec un couteau suisse exclusif et un « bumper » de protection amovible pour la montre. Prix de vente : 1 090 €.

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S

i vous êtes en retard dans vos cadeaux, ou que vos proches le sont et que vous n’êtes pas contre leur donner une petite idée, voici huit solutions pour vous tirer d’affaire. Huit montres remarquables, par leur mouvement, leurs matériaux, ou leur inspiration. Joyeuses fêtes.


HAMILTON

Khaki Pilot Pioneer Mechanical Avant de faire partie du giron (suisse) du groupe Swatch, Hamilton était une marque horlogère américaine. Et, dans les années 1940 à 1970, sans doute celle qui a fourni le plus de montres aux pilotes d’avion, de l’US Air Force bien sûr, mais aussi de la Royal Air Force britannique. Avec, comme fleuron, la fameuse W10, produite ente 1973 et 1976. C’est ce modèle qui a inspiré cette nouvelle Khaki Pilot Pioneer Mechanical, une montre dotée d’un petit boîtier en acier, de 33 mm de large et 36 mm de haut. Traité mat pour éviter les reflets, potentiellement meurtriers lors d’un combat aérien, ce boîtier dispose d’un cadran rappelant dans sa couleur un vieil appareil photo et de glaces antireflet sur les deux faces. Avec, bien au chaud, le mouvement mécanique H-50 à remontage manuel offrant 80 heures de réserve de marche. Cette montre étanche à 100 m est proposée avec un bracelet NATO textile gris ou cuir brun au prix de 745 €.

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TISSOT

Alpine On Board Automatic

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Si vous voulez vraiment profiter de cette nouvelle montre Tissot, il faudra avant tout passer par une concession Alpine. Pour acheter la superbe A110 dont nous sommes fans à Followed, ou, si c’est déjà fait, juste le support de montre qui vient sur le côté de l’écran digital intérieur. Car cette Tissot est non seulement une montre-bracelet mécanique à remontage automatique, mais aussi un chrono/montre intérieure pour une A110. Il suffit de détacher la boîte de 45 mm de diamètre en acier inoxydable 316L à fond transparent du bracelet (en cuir ajouré) pour la fixer dans la voiture et garder un œil sur le temps qui passe. Pour animer cette drôle de montre, nous retrouvons sous la glace saphir un mouvement Valjoux A05.H31 proposant 60 heures de réserve de marche. Pour l’anecdote, les poussoirs de la fonction chronographe rappellent des pistons de moteur thermique. Amusant. Prix de vente : 1 950 €.


FREDERIQUE CONSTANT Slimline Perpetual Calendar Manufacture

Quand on est jeune, on veut faire ses preuves. Pas étonnant donc que la maison Frederique Constant, fondée en 1988 seulement, se soit dotée d’outils de recherche et développement ainsi que de production rares dans l’horlogerie grand public suisse. De quoi rapidement proposer des choses neuves et innovantes, mais bien moins chères que ce à quoi on s’attend. La preuve avec cette version Calendrier Perpétuel Manufacture de la collection Slimline. Calendrier Perpétuel, que l’on appelle aussi Quantième Perpétuel, parce que cette montre mécanique indique la date, le jour de la semaine et les phases de Lune sans erreur malgré les mois de 28, 30 et 31 jours. Elle tient même compte des années bissextiles. Et Manufacture car le mouvement à remontage automatique FC-775 est développé et fabriqué chez Frederique Constant. Cette montre de 42 mm de diamètre, proposée en acier ou en or rose sur bracelet cuir, offre 38 heures de réserve de marche. Et, contrairement aux idées reçues, elle ne dépasse pas les 20 000 €. Prix de vente : de 8 400 à 8 700 €.

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CARL F. BUCHERER

Patravi Scubatec BlackManta Special Edition Les deux silhouettes jaunes sur le cadran sont celles de deux raies mantas noires, une espèce en voie de disparition que l’association anglaise Manta Trust veut défendre. C’est en partenariat avec elle que l’horloger suisse Carl F. Bucherer a lancé cette seconde montre (après une première série limitée de 188 pièces), la Patravi Scubatec BlackManta Special Edition. Une montre de plongée étanche à 500 m, dotée d’une boîte de 44,6 mm de diamètre en titane traitée DLC noir à lunette céramique unidirectionnelle et valve hélium automatique. Le tout est animé par le mouvement maison mécanique à remontage automatique CFB 1950.1, certifié COSC et offrant 38 heures de réserve de marche. Cette montre est accompagnée d’un bracelet caoutchouc naturel surpiqué orange et doublé, côté peau, d’un revêtement tissu fait d’un fil en plastique recyclé de bouteilles d’eau récupérées dans la Méditerranée. L’ensemble est vendu 6 400 €.

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OMEGA

Diver 300M Co-Axial Master Chronometer « James Bond » Limited Edition

Si Mourir peut attendre, pas Noël ! Alors que la diffusion du 25e opus des aventures de James Bond a été retardée à avril 2020, pour la dernière apparition de Daniel Craig dans le rôle de l’agent double zéro, la nouvelle Omega, hommage au tueur de vilains, a été dévoilée cet été. C’est une série limitée à 7 007 pièces de l’inévitable Diver 300M Master Chronometer, avec pas mal de petits rappels à l’agent. Le cadran ressemble au canon d’un pistolet, que l’on aperçoit à chaque générique, on retrouve les armoiries de la famille Bond à 12 heures, le 7 de la date reprend la typo caractéristique 007 et les index dorés répondent à la plaque apposée sur le flanc de la boîte de 42 mm de diamètre, dorée elle aussi et marquée du numéro de la montre dans la série. Le mouvement est le calibre 8800 maison, mécanique à remontage automatique certifié chronomètre. L’ensemble, proposé avec deux bracelets, un acier et un caoutchouc noir, est évidemment livré dans une boîte exclusive numérotée. Cette montre coûte 6 100 €.

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ULYSSE NARDIN Hourstriker Phantom

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Il est dit que le hasard fait bien les choses. En tout cas, quand ça nous arrange. Aussi, on trouvera la signification de son choix dans l’anecdote. Alors qu’ Ulysse Nardin développait une montre sonnerie avec le spécialiste de la hi-fi français Devialet, les Suisses se sont rendu compte que l’un des fondateurs de la marque française, Emmanuel Nardin, est un des descendants des fondateurs de la société suisse : amusant. Bref, cette réunion de famille avait d’autres raisons, comme de combiner le savoir-faire des deux marques, pour créer cette montre qui sonne les heures quand son aiguille passe sur l’index correspondant (au passage/passant). Avec une force rare de 85 dB, comme les 85 unités produites. Tout cela grâce à une meilleure propagation des ondes, via une membrane au fond de la boîte, et au fond ajouré. Et, ce qui ne gâche rien, le dessin de l’ensemble est superbe. Son prix aussi : environ 66 000 €.


PHENOMEN Axiom Hybrid Carbon

Marque française, installée à Besançon, dans le Doubs, Phenomen est née de l’inspiration d’Alexandre Meyer, ancien designer auto. Pas étonnant donc si les formes de cette montre surprennent un peu au premier coup d’œil. En plus d’un design « disruptif » comme disent les jeunes (ou faux jeunes du marketing), cette Axiom dispose d’un mouvement mécanique à remontage manuel incroyable, implanté sur plusieurs étages, avec deux barillets pour offrir plus de 100 heures de réserve de marche. Il propose des heures sautantes et des minutes glissantes, mais toutes les deux rétrogrades (les aiguilles reviennent en arrière après 12 heures ou 60 minutes), et exhibe son organe réglant majestueusement, tout en haut de la pyramide. Nouveauté de cette fin d’année, cette Axiom est proposée dans une version hybride, mêlant le carbone brut au titane ou à l’or rose (comme ici). Sur un bracelet tissu fabriqué à l’unité chez Jean Rousseau. Prix de vente : 71 000 €.

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CULTURE

Manu Dibango Une histoire « négropolitaine »

Il fut à l’avant-garde de ce que l’on appelle parfois la « world music ». Lui se définit plus volontiers comme « négropolitain ». Celui que ses fans surnomment « Papa Manu » refait avec nous le trajet de sa vie, et de ses soixante ans de carrière Un voyage qui passe par trois continents, des faubourgs de Douala au Grand Rex. Textes A. Bloch, photos L. Vincent et J.-L. Dolmaire.

P

lace de la Nation. Manu a tenu à ce que nous nous retrouvions dans cette brasserie qu’il affectionne. C’est, semble-t-il, réciproque : en plein service, le patron condamne de lui-même l’accès à une bonne moitié de la salle, pour nous bricoler une sorte de carré VIP où nous pouvons discuter tranquillement. Claire, sa fidèle cousine imprésario, s’installe également à l’écart. Nous nous retrouvons quelques jours après le passage à l’emblématique Grand Rex parisien de son grand « Safari symphonique », qui célèbre ses soixante ans de carrière, avec pas moins de cinquante musiciens sur scène. Manu commence justement à nous raconter le concert, alors on lui rappelle à toutes fins utiles qu’on y était. Il marque un temps d’arrêt, puis reprend le plus sérieusement du monde : « Tiens, c’est marrant, moi aussi ! » Grand éclat de rire. C’est bon, on ne va décidément pas s’ennuyer. Parce qu’on a tout de même trois bons quarts de siècle à passer en revue !

Petit Papa Noël Flash-back. Dans les années 1940, le port de Douala est la porte d’entrée des musiques occidentales au Cameroun, ancien protectorat allemand placé sous tutelle franco-britannique à l’issue de la Première Guerre mondiale. Installés sur les hauteurs de l’estuaire alambiqué qui termine le fleuve Wouri, les N’Djocké Dibango sont donc en première ligne. Fonctionnaire, le père du jeune Emmanuel a même investi dans un coûteux Gramophone, commandé chez Manufrance, comme à peu près tout ce qui se trouve à la maison. Outre des 78-tours de musique cubaine, moissonnés dans les Caraïbes par les marins en campagne, ce qui cartonne à l’époque au Cameroun, comme d’ailleurs dans la quasi-totalité de l’Afrique francophone, ce sont... les chants de

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Noël de Tino Rossi : « On n’a pas de neige chez nous, mais la voix de ce mec a toujours charmé les Africains. D’ailleurs, beaucoup de musiciens se prénomment Tino. » Reste que, dans la famille, la musique conserve une dimension essentiellement religieuse : « Contrairement aux Africains de l’Ouest, plus musulmans, nous étions chrétiens baptistes, et nous avions donc la même littérature musicale que les États-Unis protestants. Nous écoutions donc beaucoup Bach ou Haendel. Le temple était vraiment un endroit fascinant pour celui qui aimait la musique, avec les harmonies, les voix... D’autant que mon oncle était organiste, et que ma mère dirigeait la chorale. » Les autres occasions d’écouter de la musique restent rares, d’autant qu’à l’époque, il n’y a pas de radio au Cameroun : « De Gaulle a fait installer un émetteur à Brazzaville, qui était la première capitale de la France Libre, avant Londres. Mais bien sûr, on ne la captait pas depuis Douala. Il a fallu attendre Radio Congo Belge, de Léopoldville [devenue depuis Kinshasa, NDLR], dont les émetteurs étaient très puissants et, surtout, ne se coupaient qu’à 4 heures du matin. Tous les Africains, en tout cas francophones, se branchaient dessus... c’est aussi ce qui explique le grand succès de la musique congolaise ! »

Quelques kilos de café En attendant, entré à « l’école des blancs », Manu est mis en compétition avec son demi-frère : leur père enverra en Europe le premier qui décrochera son certificat d’études. Au printemps 1949, le précieux sésame en poche, c’est Manu qui s’apprête à embarquer sur un vieux paquebot. Dans ses malles, qui renferment notamment deux costumes sur mesure (un pour l’été, un pour l’hiver) et trois paires de chaussures, le paternel glisse des paquets de café : en France, le rationnement touche à sa fin,


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CULTURE

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mais c’est encore un bien assez précieux pour couvrir au moins deux ou trois mois de pension. Lors d’une escale en Guinée, Manu ajoute lui-même quelques cadeaux pour ses hôtes, dont un régime de bananes. Au débarquement, à Marseille... personne ne l’attend. Livré à lui-même, il ne comprend qu’au bout de plusieurs heures que son correspondant en a loupé une, de correspondance. Il se pointe finalement en fin de journée : le temps de sécher ses larmes, Manu prend le train, pour Paris, puis un village de la Sarthe. Il y fait ses premières années de collège, avant de poursuivre ses études à Chartres, notamment. En colonie de vacances, du côté de Granville ou ailleurs, il côtoie d’autres jeunes « négropolitains », comme il dit : notamment des Ivoiriens, des Congolais et des Sénégalais, avec lesquels il bricole une certaine vision, encore informelle, du panafricanisme. « On se connaissait seulement à travers un manuel scolaire colonial, Mamadou et Bineta, qui nous avait donné une vague idée de la géographie africaine. Mais c’est ici qu’on a compris qu’on venait du même continent, parce qu’on ne s’était jamais posé la question tant qu’on était dessus. » C’est également pendant l’un de ces étés qu’il a son premier grand choc musical, en écoutant Louis Armstrong : « J’ai toujours particulièrement admiré les instrumentistes qui sont aussi chanteurs parce que, du coup, ils ont deux instruments... ou deux voix, d’ailleurs, ça dépend comment on voit les choses. C’est aussi le cas de George Benson, Nat King Cole ou Ray Charles, par exemple. Mais naturellement, ça ne m’empêche pas d’aimer aussi beaucoup Miles Davis ou John Coltrane. » C’est encore au cours d’une autre de ces colonies que Manu, alors essentiellement pianiste, découvre le saxophone : « J’aimais beaucoup l’instrument, mais je n’avais pas les moyens d’en avoir un. J’aurais aussi bien pu faire de la trompette ou du trombone, mais c’est le destin qui a décidé pour moi. Un ami m’a prêté le sien, que je ne lui ai jamais rendu... et jamais acheté non plus, d’ailleurs ! »

La tête et les pieds Manu emménage à Reims pour passer le bac, mais tape surtout assidûment le bœuf dans les boîtes du centre-ville, et même à Paris tous les dimanches. Ce qui devait arriver arriva : il se rétame en philo, et redouble. Son père lui coupe les vivres. Il termine tout de même l’année, et s’intéresse de plus en plus au jazz. Mais pas en l’intellectualisant, comme beaucoup, parce que ça le rase : « C’est quand même une musique qui est née dans les bordels, pas à Pleyel. Elle s’écoute autant avec les pieds qu’avec la tête. » Rapidement, il s’installe à Bruxelles, dans un quartier prisé des artistes. « C’est là que j’ai réellement appris le métier. À Bruxelles, le Plan Marshall avait mieux fonctionné qu’à Paris, on avait vraiment tout ce qui venait des États-Unis, et beaucoup de musiciens américains s’y arrêtaient. » Manu tourne un peu à Anvers ou Charleroi, mais prend surtout ses quartiers dans plusieurs boîtes de son quartier : notamment au Tabou. C’est là qu’une jeune artiste, un jour de 1957, lui tire le portrait : Marie-Josée devient « Coco », et restera sa compagne et son ange gardien jusqu’à son décès, au mitan des années 1990. Rapidement, c’est le processus d’indépendance du Congo belge qui agite la métropole. En même temps que les premiers rapatriés, débarquent ainsi les récits des émeutes, des morts et

des exactions. Un électrochoc pour Manu, qui se fait dès lors un devoir de renouer avec le continent qui l’a vu naître, notamment en posant ponctuellement ses valises en Côte d’Ivoire.

Retour au pays Mais c’est justement dans l’ancien Congo belge qu’il s’installe plus durablement. Plus exactement dans la capitale, qui porte alors toujours provisoirement, et fort curieusement, le nom de Léopoldville : il renvoie au roi Léopold II, qui considéra un temps le pays entier comme sa propriété personnelle ! Toujours est-il que Manu y prend un premier club en gérance, avant de monter le sien, avec Coco : le Tam Tam. La vie peut sembler douce au quotidien, mais le pays n’en reste pas moins en quasi-guerre civile. Car une immense région du sud tente de faire sécession : « Il y avait des Casques bleus partout, et surtout des aviateurs qui allaient bombarder le Katanga la journée, et venaient se détendre au Tam Tam le soir ! Enfin, ça marchait bien quand même... du moins jusqu’au moment où mes parents sont venus nous voir. D’abord parce qu’ils ont rencontré ma femme, et donc réalisé qu’elle était belge : les couples mixtes, ce n’était pas évident à ce moment-là. Ensuite, parce qu’ils m’ont dit que je ferais mieux d’ouvrir un club au Cameroun. Dans ma grande naïveté, je me suis laissé convaincre, et c’est là que les problèmes ont commencé. » La ville de Douala ne ressemble pas vraiment aux souvenirs de gosse de Manu, ni par conséquent à l’idée que Coco s’en faisait. Tracas administratifs, tentatives d’extorsion, incidents et descentes de police se multiplient. Tous colportés, amplifiés et déformés comme il se doit par la rumeur, que les locaux surnomment fort joliment « radio t­ rottoir ». Bref, le retour tourne au vinaigre. « Ce n’était tout simplement pas le moment. À l’époque, tout le monde est rentré au Cameroun avec ce qu’il avait appris en Occident, mais la musique, les arts, n’étaient vraiment pas une priorité. On a des musiciens exceptionnels au Cameroun, notamment des bassistes, mais on n’a toujours aucune infrastructure pour sublimer cela. » Toujours est-il que le Tam Tam met la clé sous la porte avant la fin du semestre. Au bout du rouleau, les tourtereaux prennent finalement, en douce, l’avion pour Paris.

Dick et Nino En France, Manu collectionne les cachets les plus improbables. « Beaucoup de plans à deux balles ! Comme il n’y avait pas encore de DJ, c’est l’accordéon qui mariait les gens. J’ai aussi joué à Pigalle, au milieu des entraîneuses. » Il s’installe un temps à Montparnasse, et fréquente assidûment un club du quartier : La Bohême. « J’ai remplacé au pied levé un saxophoniste baryton qui était tombé malade, et finalement je suis resté deux ans. Par les militaires américains, qui étaient encore assez nombreux à Paris, on a découvert avec presque vingt ans d’avance sur tout le monde la soul music, et donc la révolution de la musique binaire. Puis, par un copain trompettiste, j’ai su que Dick Rivers remontait un orchestre pour un énième come-back, et qu’il avait besoin d’un pianiste rock. » Rapidement, les musiciens comprennent que Dick leur a survendu sa grande tournée : les dates se comptent finalement sur les doigts d’une main. Qu’importe, ils continuent

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CULTURE l’aventure sans lui, assurant un peu partout des premières parties. Dont celle de Nino Ferrer. Ce dernier cherche justement un organiste. Non sans culot, Manu saute sur l’occasion. Il n’a que trois jours pour faire connaissance avec l’immense orgue Hammond, ce qui est finalement suffisant pour faire illusion. De fil en aiguille, Manu passe au saxophone, et devient même le chef d’orchestre de Nino. « On a travaillé ensemble pendant quatre ans. Il était à la fois très sympathique et complètement caractériel. Il n’en pouvait plus de chanter Mirza et Les Cornichons, et il en cassait parfois les guitares de fureur. En même temps, il nous payait à déjeuner, et quand on avait des jours off, on allait faire des grands méchouis dans les bois. Je suis extrêmement fier d’avoir joué avec lui, mais c’était quand même une expérience bizarre. »

Soul Makossa À la même époque, Manu arrive sur le petit écran, en maître de cérémonie de l’émission Pulsations, sur l’ORTF. « Elle était produite par Gésip Légitimus, un oncle de Pascal. Naturellement, il avait commencé par voir avec des Antillais, mais il y avait un problème : le budget ne permettait pas de payer le chef d’orchestre plus cher que les musiciens. Moi, ça m’allait, et je me suis retrouvé à avoir mon big band. J’en revois des extraits de temps en temps, j’avais encore des cheveux. » Les archives de l’INA permettent de se repaître de l’entêtant générique joué live au début de chaque numéro, dérivant imperceptiblement vers un morceau plus ou moins inédit, balancé selon l’humeur du jour, avant l’entrée des invités sur le plateau. Quant à Manu, il joue parfois de l’orgue Hammond ou de l’harmonium... clope au bec. Toute une époque ! « Pendant que les gens jetaient des pavés dehors, en mai 1968, nous on était à la télé, avec Claude Nougaro, qui était un peu le parrain de l’émission... » Dans les années 1970, Manu vend au gouvernement camerounais le principe d’un hymne, pour encourager l’équipe nationale de foot dans une compétition africaine. Mais n’a aucune idée pour la face B. Il repense alors à un morceau qu’il joue parfois sur scène. Il commence à peu près comme ça : « Mamako mamassa mako makossa... » Manu ne bégaie pas, mais y met en musique un genre de javanais qu’il s’amusait à parler quand il était petit, au grand dam de son père. C’est ainsi que Soul Makossa, qui deviendra par la suite un tube planétaire, se retrouve pour la première fois pressé dans le vinyle. Manque de bol, les Camerounais se font sèchement sortir par les Congolais, et des hordes de supporters en furie réduisent en morceaux quasiment tous les exemplaires. Manu n’est pas mécontent pour autant : il vient d’empocher un million de francs... CFA c’est vrai, mais tout de même.

De Paris à Harlem Miraculeusement, un disque survit tout de même, dans les archives de la maison de disques Decca, où des producteurs américains viennent un jour farfouiller. « Les noirs américains cherchaient leurs racines, on était en pleine période “­blaxploitation”, et le morceau correspondait sûrement à leur vision de l’Afrique. Du jour au lendemain, on s’est retrouvé à New York, baladés en limousine, pour aller jouer à l’Apollo Theater, à Harlem. Des gens comme Mohammed Ali ou Aretha Franklin

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étaient venus m’écouter, c’est quand même étourdissant ! Le morceau marche toujours là-bas, il fait un peu partie des standards américains. » À tel point que plusieurs stars américaines se mettent à le copier, le sampler, le repatouiller, sans rien demander. À commencer par Mickael ­Jackson, dans la chanson Wanna Be Strartin’ Somethin’, du mythique album Thriller (1982). Manu s’en rend compte un peu par hasard, en recevant une carte de vœux d’outre-Atlantique, par laquelle une amie lui souhaite comme il se doit une bonne année 1983, avant de le féliciter pour sa collaboration avec le « King of Pop ». Manu n’en revient pas. « Je pense qu’il savait que la chanson appartenait à quelqu’un, mais il a dû se dire que j’habitais dans un cocotier. Ou alors que ce n’était pas grave, parce qu’on était “frères”. C’est vrai que certains Américains sont noirs comme moi, mais on ne sera jamais “frères”. Parce que si un jour, pour une raison ou une autre, les Américains font au Cameroun ce qu’ils ont fait en Irak ou ailleurs, eux seront Américains avant tout, et on ne sera donc pas du même côté. Alors il faut arrêter avec ça. » Manu était encore en procès avec Jackson jusqu’à la mort de ce dernier, et une autre procédure est toujours en cours avec Rihanna pour le sample qui se retrouve dans Don’t Stop The Music. Des millions sont en jeu et, cette fois, il ne s’agit pas de francs CFA. « Ce n’est pas de la musique, juste des histoires d’avocat. Mais c’est visiblement courant avec les Américains : Beyoncé et Shakira aussi ont des problèmes avec des artistes africains, en ce moment. »

Manu le panafricain Manu s’installe ensuite un temps en Côte d’Ivoire, pour doter d’un orchestre l’ORTI naissante : encore une expérience calamiteuse. Il va ensuite enregistrer un album en Jamaïque (Gone Clear), où il côtoie Bob Marley. Puis, requinqué, il se réinstalle au Cameroun, où il remonte un club, qui coule une nouvelle fois en moins de six mois. Manu insiste, et en ouvre un second à Yaoundé, la capitale administrative du Cameroun. Comme Coco l’avait pressenti, le retour aux sources tourne encore plus mal que la fois précédente, sur fond de sorcellerie, de serpents et d’accident de voiture. Épuisé, Manu quitte donc une troisième fois le Cameroun pour la France. Il enregistre ensuite quasiment un album par an. Pour n’en citer qu’un, retenons Wakafrika (1994), construit autour des musiciens africains les plus en vue (Salif Keita, Papa Wemba, Bonga, Touré Kunda, Youssou N’Dour, Geoffrey Oryema...) et donne alors lieu à une tournée mondiale, sur fond d’élection de Nelson Mandela à la tête de l’Afrique du Sud. C’est dans cette même optique que, depuis le début de ce millénaire, il coanime inlassablement, chaque dimanche matin sur Africa Radio, une émission de deux heures : « Je veux faire comprendre qu’il existe, non pas une, mais des musiques africaines (on ne parle pas de “musique européenne”), et retracer leur histoire pour les générations qui ne la connaissent pas. Expliquer comment la musique latino est entrée dans le cœur des Africains, comment le makossa est arrivé... Le plus vieux disque qu’on a, à la radio, est ghanéen, et date de 1926, il est donc quasiment centenaire. » Ce n’est pas encore le cas de Manu, mais du haut de ses soixante ans de carrière, il est assurément un monument : bon anniversaire, Manu !


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SPORT&LOISIRS

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Nelly Korda

L’avenir

devant

elle En moins de trois saisons sur le circuit professionnel américain, la golfeuse Nelly Korda a déjà intégré le top 10 et remporté son premier titre majeur, cette année en Australie. Rencontre avec une jeune femme qui va rendre le golf féminin encore plus intéressant. Textes C. Boulain, photos R. Corlouer, D. Gourdon

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SPORT&LOISIRS Nelly Korda au putting, dans son avant-dernier tour du Lacoste Ladies Open 2019, sur le parcours du golf du MĂŠdoc.

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A

vec un birdie et deux pars consécutifs, Nelly Korda conclut son dernier tour du Lacoste Ladies Open 2019 en tête, avec une carte à – 15, laissant la pourtant excellente française Céline Boutier à huit coups. Pour une première participation à la compétition bordelaise, l’Américaine de 21 ans et 1,78 m a déjà marqué les esprits, avec son swing que beaucoup d’observateurs ont qualifié de modèle de perfection pendant ces quatre journées passées à taper des drives sur le magnifique parcours du golf du Médoc. Seconde fille de l’ancien pro du tennis Petr Korda, Nelly a suivi les traces de sa grande sœur Jessica en devenant elle aussi golfeuse professionnelle il y a trois ans. « C’est venu assez naturellement je dois dire. J’ai commencé le golf alors que je savais à peine marcher, j’avais à peine plus d’un an, avec de petits clubs en plastique, explique-t-elle

en souriant. En fait, après sa carrière pro de tennis [Petr a remporté l’open d’Australie 1999, l’année où il a pointé à la deuxième place du classement ATP, NDLR] mon père s’est mis au golf. Et comme ma sœur aussi... c’était une suite logique. » Son petit frère, lui, fait du tennis.

Sur les traces de sa grande sœur Jessica, l’aînée de cinq ans, a vite pris les choses au sérieux : cours intensifs, entraînement, elle se qualifie pour le LPGA Tour, le circuit pro féminin américain, en 2011. Nelly a 12 ans et n’envisage pas autre chose que de l’imiter. Ainsi, deux ans plus tard, elle se qualifie à son tour pour jouer l’US Open. « C’est à ce moment que j’ai vraiment compris ce que je pouvais faire : j’ai 14 ans, mais je veux devenir pro, comme ma sœur. » Elle ne va rien lâcher et s’entraîner quotidiennement pour passer pro en 2017, à 18 ans. Un an plus tard, elle

Parmi les compétitions du tour européen, celle du Médoc est l'une des plus cotées. Avec, régulièrement, la présence de joueuses du top 10 LPGA.

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SPORT&LOISIRS À 21 ans seulement, Nelly, fille du tennisman Petr Korda, s'est déjà imposée parmi les meilleures joueuses mondiales sur le circuit américain.

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Première participation au Lacoste Ladies Open, première victoire intègre le LPGA et termine l’année à la 47e place. Assez loin de sa grande sœur, classée 26e cette saison. Celle qui justement cite sa sœur Jessica comme sa seule vraie source d’inspiration dans le golf, à l’exception de Tiger Woods à qui elle voue un véritable culte, enchaîne dès 2018 avec une saison pleine couronnée d’une 13e place générale... et de plus d’un million de dollars de gains.

LPGA devant, les autres loin derrière On est assez loin des sommes glanées par les golfeuses européennes, dont le circuit n’est pas aussi coté que le LPGA, mais qui profite de temps en temps des piges de joueuses américaines ou asiatiques pour gagner en notoriété, comme cette année avec Nelly. Certes, le golf professionnel masculin vit bien tout autour de la planète, mais ce n’est pas encore le cas de son homologue féminin. Si l’on se réfère aux retombées médiatiques et aux gains en tournois, nous avons dans l’ordre le LPGA américain qui domine, le tour japonais qui vit correctement et seulement ensuite l’européen, dont fait partie le déjà réputé Lacoste Ladies Open. Pourtant, les compétitions de golf féminines, avec la présence de professionnelles de qualité comme ce fut le cas cette année dans le Médoc, valent le déplacement. La seule vraie différence entre hommes et femmes se fait sur la distance des coups, mais qui est en partie compensée par des départs moins lointains chez les femmes. Le spectacle se révèle au moins aussi passionnant qu’avec des garçons aux clubs. D’autant que le niveau féminin

ne cesse de monter, et l’avènement de jeunes joueuses talentueuses va encore le faire grimper.

Nouvelles jeunes joueuses talentueuses D’ailleurs, cette année 2018 aura vu l’éclosion d’une autre perle, asiatique cette fois, en la personne de Ko Jin-Young, qui, pour sa première saison, s’est attribué la 10e place du LPGA. Plus âgée d’un an que Nelly, la Coréenne a enchaîné 2019 sur les mêmes bases, avec depuis cet été la place de numéro 1 du classement américain, quand Nelly pointe au 8e rang. Avec pour l’Américaine d’origine tchèque une victoire significative à l’Open d’Australie en début d’année, vingt et un ans après celle de son père au même endroit (mais en tennis). Égérie de la marque horlogère Richard Mille, dont elle porte la montre même en compétition alors que les vibrations remontant dans le manche du club à l’impact ont la réputation de détruire tous les mouvements mécaniques, Nelly a tout compris de la compétition de haut niveau. Tant pour le rythme de vie qu’elle induit, réclamant six jours sur sept d’entraînement hors compétition pour seulement trois semaines de vacances en hiver, que pour la disponibilité pour les médias. Pour une interview entre deux tours et (ou) une séance photo, en action sur le green ou hors des parcours. Élégante, disponible et ambitieuse, Nelly Korda sera à coup sûr l’une des meilleures ambassadrices de ce sport raffiné et particulièrement visuel. On en reparle dans deux à trois ans. D’ici là, nous allons suivre ces athlètes plus régulièrement.

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KÉVIN TILLIE

Objectif jeux Olympiques Fils et petit-fils de volleyeur, Kévin Tillie a repris le flambeau et officié en clubs aux quatre coins du monde. Ou presque : sur trois continents. Avec l’équipe de France, il tente de décrocher un billet pour les JO de Tokyo de 2020. Nous l’avons rencontré à Paris. Textes A. Bloch, photos J.-P. Loyon, FFVolley/J. Crosnier

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évin se trouvait trop petit pour continuer le basket, premier sport qu’il a pratiqué à bon niveau. Pourtant, il culmine à 1,98 mètre du plancher foulé par les vaches, et peut même dans un bon jour smasher une balle à pas loin de 3,50 mètres de haut ! Après une fin de saison en club à Modène (Italie), il en attaque une nouvelle à Varsovie (Pologne). Il s’attend donc à se faire gentiment vanner par la même occasion : certains de ses coéquipiers, ceux qui jouent également dans leur équipe nationale, sont d’ores et déjà qualifiés pour les Jeux. Ce qui n’est pas (encore) le cas de la France. Tout en croisant les doigts, comme il se doit, nous sommes revenus avec lui sur ses meilleurs souvenirs d’une carrière déjà sacrément bien remplie.

Tu es issu d’une « dynastie » de sportifs...

Mes parents sont tous deux d’anciens volleyeurs pros et, avant eux, c’était aussi le cas de mon grand-père paternel : il jouait pour Alger, club qui évoluait à l’époque en championnat de France. En débarquant sur la Côte d’Azur, il a créé le club de Nice (qu’il a longtemps présidé), où mon père a ensuite commencé sa carrière. Je pense que ces « dynasties » sont plus courantes dans le volley que dans les autres sports, mais je ne sais pas trop pourquoi. Avec mes frères, quand on était petits, on jouait pas mal au volley sur la plage, mais on s’est tous mis... au basket !

Eux en font toujours ?

Oui, avec un certain succès, qui m’étonne d’autant plus que personne ne leur a montré la voie. Moi, j’ai arrêté à 14 ans, notamment parce que j’étais le plus petit de mon équipe. Certains de mes potes d’école jouaient au volley à l’époque, alors je m’y suis mis aussi : on a joué en club pour s’amuser, et finalement, j’ai adoré. J’ai joué un temps au Canada puis aux États-Unis. Mais en Amérique du Nord, il n’y a pas de championnat professionnel (ce ne sont que des universités), alors je suis rentré en Europe.

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Tu as toujours la bougeotte ?

La meilleure preuve, c’est que récemment, j’ai joué à Pékin, en Chine. C’était incroyable : j’étais parti pour une saison, mais j’ai tellement adoré que j’en ai fait une de plus. J’aime beaucoup voyager : j’ai aussi fait presque deux saisons en Italie, et une en Turquie. Cette année, je suis de retour en Pologne, un pays où j’avais déjà joué [cette fois-ci à Varsovie, NDLR]. En fait, c’est simple : comme professionnel, je n’ai jamais joué en club en France !

Tous ces pays ont des cultures du volley différentes ?

En Asie, les joueurs sont beaucoup plus petits, donc leur jeu se base surtout sur la technique, alors que celui des Européens est plus physique. Il y a un pays un peu à part, qui est le Brésil, car les joueurs y sont super-forts en tout : ils sont à la fois très grands, très physiques et très techniques.

En quoi consiste ton « poste » ?

Je suis « réceptionneur-attaquant », et tout est dit : je réceptionne ET j’attaque. C’est le poste le plus polyvalent [on l’appelle aussi parfois le « complet », NDLR]. Il y a aussi le « central », dont le rôle n’est pas beaucoup plus mystérieux : il bloque et attaque au centre. Le « passeur »... fait les passes, c’est donc une sorte de meneur de jeu. Le « pointu » est toujours sur l’aile, du côté droit, et ne fait quasiment qu’attaquer. Et le « libero » est à l’arrière, en défense.

Tu joues en équipe de France depuis 2012...

Oui, j’ai commencé juste avant que mon père n’en devienne l’entraîneur. J’ai eu beaucoup de chance, parce que ça aurait très compliqué dans l’autre sens : je pense qu’il ne m’aurait jamais pris [rires].

Tu gardes un souvenir particulier de la saison 2014-2015...

Oui, à commencer par la Ligue mondiale 2015. C’est une compétition qui se tient chaque année, pendant


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environ six semaines, ce qui est super-long ! Chaque semaine, tu arrives dans un nouveau pays, tu fais trois matchs, puis tu changes de pays. C’est une compétition très dure, et quand on gagne, on n’est même pas champions du monde. On reçoit une petite coupe, mais surtout un chèque d’un million de dollars à partager ! Cette année-là, on avait fait des tournois en Corée du Sud, au Japon, en République tchèque, en France et en Bulgarie. On avait remporté tous nos matchs, on était sur une série de 14 victoires ! Dès le lendemain du tournoi bulgare, on a fait un voyage de 25 heures pour le tournoi final, à Rio, au Brésil.

Et alors ?

Tout le monde était complètement décalé, et certains d’entre nous n’ont même pas eu leurs bagages, ce qui voulait dire pas de short, pas de chaussures... On avait un très bel hôtel sur la plage de Copacabana, mais les entraînements ont été catastrophiques. Puis est arrivé le premier match : contre toute attente, on a gagné 3-1 contre le Brésil, champion olympique et champion du monde en titre ! On a aussi passé les États-Unis après avoir eu un peu peur, puis on a gagné 3-2 contre la Pologne, et on s’est retrouvé en finale, qu’on a remportée (3-0) contre la Serbie. C’était irréel. À nous la victoire, et à nous le fameux chèque d’un million ! On n’a même pas eu le temps de faire la fête sur place, alors on a acheté des bouteilles à l’aéroport. On a bien failli ne pas pouvoir embarquer d’ailleurs, parce qu’on était tous un peu... bref. Finalement, une amie hôtesse de l’air nous a même surclassés en business parce qu’on était champions ! Dans la foulée, c’est-à-dire deux ou trois mois plus tard, il y a eu l’Euro. On a remporté la finale contre les Bulgares, en Bulgarie, un match mémorable qui nous a donné notre deuxième médaille d’or de l’été. La France n’avait jamais fait ça auparavant !

Puis sont arrivés les JO de Rio, en 2016...

On était dans une poule de six pays, avec le Brésil, les États-Unis et l’Italie (qui ont fait respectivement or, argent et bronze). Il y avait aussi le Canada et le Mexique, qu’on a battus. On aurait donc dû passer

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en quarts, mais les Italiens ont fait exprès de perdre contre le Canada : ils n’ont pas mis les joueurs aux bons postes, et ils ont fait jouer les remplaçants, pour ne pas fatiguer les titulaires. Depuis, on déteste les Italiens. Mais c’est le sport, on aurait peut-être fait la même chose à leur place, d’ailleurs.

Comment s’est passé le championnat d’Europe 2019 ?

C’était encore un moment à part, parce que c’était en France. Ça faisait plus de trente ans qu’il n’y avait pas eu de compétition majeure (monde ou Europe) ici, c’était donc exceptionnel en soi. Il y a eu pas mal de petites blessures avant la compétition, mais on a gagné tous nos matchs 3-0 ou 3-1, ce qui est une très grosse performance pour nous. Malheureusement, je me suis blessé en quarts, en sautant au-dessus des pubs pour avoir un ballon. J’ai atterri sur un banc de photographes que je n’avais pas vu : élongation des ischio-jambiers, terminé. L’équipe a quand même pu jouer la demi-finale à Bercy (contre la Serbie), puis la troisième place (contre la Pologne), mais on a terminé juste au pied du podium. Décevant, mais on était quand même contents de notre parcours, d’être arrivés jusqu’à Paris et d’avoir eu du monde qui nous suivait.

Où en sont les qualifications pour les JO 2020 ?

Pour le moment, l’Italie, la Pologne et la Russie sont qualifiées. Il reste une quatrième et dernière place à prendre, au tournoi de Berlin, en janvier. Ça va être dur, car en face, il y aura la Serbie, la Bulgarie, la Hollande, la Belgique, l’Allemagne, la Slovénie... que des bonnes équipes ! D’autant qu’on n’aura eu qu’une semaine pour s’entraîner : nos clubs ne nous lâchent pas avant la toute fin du mois de décembre. C’est particulier, les Jeux, parce que les qualifications sont continentales, et qu’il faut donc commencer par s’entre-tuer entre Européens. Ensuite, on se retrouve face à certaines équipes, comme le Mexique ou la Tunisie, qui ne se qualifieraient même pas pour un championnat d’Europe si elles étaient européennes. Le plus dur aux JO... c’est vraiment d’y aller !


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LONDRES Cette étrange

forteresse Longtemps ville la plus peuplée du monde, place financière incontournable depuis des années, mais aussi haut lieu de la culture rock, pop ou hipster, Londres est sans doute la capitale européenne la plus observée. Car cette vieille dame de plus de deux millénaires reste à la mode, sans doute parce qu’elle les lance elle-même. Nous sommes allés la visiter, en Renault Zoe 100 % électrique. Textes A. Poupin, photos C. Boulain

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Avec les nouvelles règles de circulation, il y a de plus en plus de voitures électriques à Londres. Mais tout le monde continue de rouler du mauvais côté...

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our beaucoup, Londres, c’est Big Ben (en travaux actuellement), Westminster, le Tower Bridge ou encore Picadilly. Des monuments ou des quartiers réputés qui représentent, il est vrai, assez bien cette capitale britannique dont l’existence remonte à près de deux mille ans. Mais Londres n’est pas qu’une collection de beaux et vieux bâtiments, pas seulement cette ville historique, pratiquement détruite durant le Blitz allemand de septembre 1940 à mai 1941. C’est aussi et surtout une ville branchée où naissent les modes qui seront ensuite reprises par les autres mégalopoles du monde entier. Dans la musique bien sûr, dans la mode aussi et, qui sait, pourquoi pas dans l’écologie. Ici, depuis des années, il existe un péage urbain les jours de semaine, dont il faut s’acquitter à l’avance pour avoir le droit de circuler dans le centre-ville : on l’appelle la Congestion Charge, appliquée par des caméras de surveillance et destinée à réduire la circulation des véhicules motorisés. Ce péage est depuis quelques semaines gratuit pour les seules voitures 100 % électriques. Hybrides et hybrides rechargeables, qui bénéficiaient encore d’exemptions, sont maintenant affichés comme les thermiques. Et, depuis avril dernier, ce péage est doublé d’une zone à très faible émission ULEZ qui, elle, s’applique tous les jours de la semaine. Bref, pour savoir comment cela se vit, sachant que Paris et les autres capitales vont suivre, nous avons décidé de venir à Londres en voiture 100 % électrique. Par le tunnel sous la Manche, qui propose des bornes de recharge gratuite et avec la plus vendue d’entre elles, la Renault Zoe, dont la dernière version profite d’une batterie de 52 kWh. Tout cela... avant le Brexit.

Recharge à Calais, avant de traverser. Avec une borne rapide, nous avons récupéré 90 % de charge en 1 h 10. À gauche, les panneaux avertissant que les voitures thermiques ne sont plus les bienvenues à Londres.

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Derrière Regent Street, il y a Savile Row, le temple du costume sur mesure, et plus loin New Bond Street. Le quartier de Mayfair, où se trouvent tous les magasins de luxe.

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ui ne se demande pas si la voiture électrique va remplacer nos bonnes « vieilles » thermiques ? Ou plutôt quand elle va la remplacer. Ce qui semble évident, c’est que les différentes solutions vont cohabiter, entre 100 % électriques, hybrides ou thermiques, pendant encore pas mal d’années. En revanche, et Londres en est la preuve, seuls les modèles 100 % électriques seront bientôt tolérés en ville. Qu’on se le dise. Aussi, nous avons voulu voir ce que cela donne, la ville en Zoe, poussant le bouchon jusqu’à venir par la route depuis la capitale française. Avec une batterie de 52 kWh, la nouvelle Renault peut vraiment faire plus de 300 km avec une seule charge. Il y a environ 310 km de Paris à Calais, ça passe. Sauf que, si vous ne voulez pas recharger avant le tunnel, il faut alors rouler à moins de 100 km/h de moyenne, la voiture électrique n’aimant pas l’autoroute. Ensuite, en à peine plus d’une heure sur une borne 44 kW, le « plein » est fait, direction Londres et son trafic. Soyez prévenus, le vendredi, c’est l’enfer. Mais après, on y circule comme dans une ville de province. Premier vrai arrêt, Regent Street, l’artère qui sépare Mayfair d’un côté et Soho et Carnaby de l’autre, et qui se termine en partant vers le sud par Picadilly Circus. Derrière Regent, parallèle, Savile Row, qui accueille sur moins de 500 mètres de long les tailleurs les plus réputés du monde, de Huntsman à Gieves and Hawkes, en passant par Henry Poole ou le plus récent Joseph. Allez y faire une balade, mais ne vous garez pas dans la rue, les places y sont réservées aux résidents. Heureusement, les parkings souterrains pullulent dans le coin, mais sont hors de prix. En fait, ils sont accordés aux magasins locaux qui, dans la rue suivante de New Bond, s’appellent Dior, Bulgari ou Cartier. Vous êtes à Mayfair, dans l’un des endroits les plus huppés du monde où, pour déjeuner, nous vous proposons d’aller chez Pierre Gagnaire, son étoilé Sketch étant à moins de deux minutes à pied. Et si vous souhaitez prendre une bouffée de street culture et de pubs branchés, traversez Regent vers l’est pour entrer dans Soho et Carnaby Street. C’est plus coloré et vivant, certains diront différent. Jusqu’à présent, pas la peine de recharger, le niveau de la batterie de notre Zoe est encore à plus de la moitié. Mais il va falloir y penser.

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Plus qu’une institution, une véritable légende dans le monde de l’art de vivre anglais : Savile Row, la rue des tailleurs.

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La tour de Londres, bâtie il y a près de mille ans sur la rive nord de la Tamise, vaut le détour et une visite guidée. Vous y comprendrez tout du royaume britannique, de son histoire, de ses rois et de ses reines.

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ur la même rive nord de la Tamise, le fleuve qui coupe Londres en deux, comme la Seine à Paris, se trouve l’un des endroits à visiter absolument : la tour de Londres (photo d’ouverture : un garde en faction). Bâtie il y a presque mille ans, cette forteresse raconte à elle seule l’histoire du royaume britannique, de ses rois et reines. Prenez le temps d’y faire un tour guidé par un de ces artistes en costume dont le but sera de vous éduquer tout en riant. Et partez ensuite à pied vers le Tower Bridge voisin qui enjambe la Tamise, dont le niveau varie avec les marées de la mer du Nord dans laquelle elle se jette. Évidemment, le palais de Westminster avec Big Ben, ou l’abbaye voisine, ou encore celui de Buckingham valent aussi le détour, mais sur un weekend, il faut faire des choix. L’horloge en travaux, nous avons opté pour les Chambres du Parlement, là où en cette période de fin 2019, le Brexit se joue. Mais rien n’a filtré... Nous avons repris la Zoe pour filer au sud et ainsi apprécier la visite de l’Impérial War Museum, gratuit contrairement aux autres monuments et expositions, qui retrace les deux conflits mondiaux avec une force rare. Si la Première Guerre est davantage décrite chronologiquement, la Seconde, en revanche, est réellement montrée au travers d’expériences de Londoniens qui, rappelons-le, ont vécu le Blitz, la famine et la peur. Vous n’en ressortirez pas indemnes. La chapelle Saint-Jean, dans la tour blanche, où priaient les monarques.

L’Imperial War Museum, qui retrace les deux grands conflits vécus par les Anglais, est un bâtiment magnifique dont la visite (gratuite) ne laisse pas indifférent.

Le palais de Westminster, également connu sous le nom de Chambres du Parlement, avec Big Ben en travaux à droite, domine la Tamise depuis 1097. Et s’admire en traversant le fleuve à pied.

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À gauche, une fin de journée sur Portobello, dans Notting Hill. Et ici, une balade dans Covent Garden Market, un dimanche, jour d’affluence.

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avantage d’être en voiture, c’est de pouvoir circuler sans se soucier d’où partent et arrivent les lignes de métro ou de bus, d’autant qu’il y a beaucoup de places de stationnement dans les rues, que l’on paie le plus souvent via des applications pour mobile ou par téléphone. Londres est beaucoup plus étendue que d’autres villes d’Europe, dont Paris bien sûr, et passer du nord au sud, ou de l’est à l’ouest, peut prendre beaucoup de temps en transports en commun. Mais répétons-le, si la voiture électrique semble parfaite à Londres, cela reste valable les samedis et dimanches, quand le trafic ne souffre pas des innombrables camionnettes de livraison. Justement, les week-ends, place aux marchés. Il y a bien évidemment les réputés Covent Garden Market (ouvert toute l’année, tous les jours de la semaine) et Notting Hill (sur Portobello Road), sur la rive nord de la Tamise. On y trouve à la fois des restaurants ouverts presque à toute heure, des snacks et des magasins, plus haut de gamme à Covent Garden que sur Portobello. Mais aussi des maraîchers et des commerces de proximité, car les Londoniens y font réellement leurs courses. Au sud du fleuve, en dessous de l’impressionnante tour Shard, allez voir le marché du quartier de Borough, lui aussi très bien fourni en stands de nourriture, de fruits et légumes, mais aussi en pâtissiers vegan sans gluten ou en échoppes de falafels. L’endroit, sous la voie ferrée, est vraiment sympa, tout comme le reste du quartier d’ailleurs. Prenez le temps d’y flâner, de partir sur Borough High Street vers le sud (en direction du soleil à midi... quand il y en a), de bifurquer dans Tabard Street ou Marshalsea Road et de visiter une boutique de vêtements, un coffee-shop (souvent excellent) ou un petit restaurant. Et si le cœur vous en dit, continuez vers l’est pour rejoindre le nouveau coin à la mode, le Maltby Market. Là aussi, ce sont les arches sous la voie ferrée qui ont été investies, par des restaurants éphémères faisant face à des stands improbables de cuisine, là mexicaine, ici jamaïcaine ou encore d’un autre pays lointain qui fait rêver, parfois vegan, souvent bio. Car, on l’oublie souvent, si la nourriture anglaise ne fait pas partie des meilleures du monde, on mange quand même très bien à Londres.

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Même si les bus à impériale ont été modernisés (ici un hybride), ils conservent leurs deux étages. Pratique si les ponts sont assez hauts...

Deux marchés très différents : à gauche le Maltby de Bermondsey, très street food branché, limite hipster, à droite le réputé et huppé Borough Market. On y trouve les mêmes stands, pas la même population.

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près presque 120 km pour rallier Londres depuis la sortie du tunnel sous la Manche, et deux jours en ville à tourner dans tous les sens, du mauvais côté de la chaussée et en évitant autant que possible les sens interdits fréquents ici, notre Zoe a soif. D’autant plus qu’il faudra repartir et que les stations de recharge ne sont pas nombreuses sur l’autoroute anglaise. Un coup d’œil sur l’application ZapMap nous donne un bon aperçu des bornes proposées... mais nous ne les avons presque jamais trouvées. Jusqu’à comprendre que beaucoup d’entre elles, du réseau Ubitricity, sont intégrées aux lampadaires, sans gros chargeur ni affichage. Il suffit de se garer, de scanner le QR code ou de se connecter via l’application et de brancher la voiture. Avec un coût de 0,24 £ par kWh pour un débit moyen de 5,5 kW, cela permet de recharger totalement en une nuit, ou de faire un petit complément le temps d’un déjeuner ou d’une visite : très pratique. Il faut juste avoir le câble dans son coffre. Notre week-end touche déjà à sa fin. Un tour en haut de The Shard pour admirer la vue depuis le 72e étage, qui ne sera pas de 40 miles car la météo hésite entre pluie et brouillard, et nous reprenons la route de Paris. Comptez, en fonction de l’endroit d’où vous partez dans Londres, 1 h 30 à 2 heures pour rejoindre le tunnel, une autre de recharge (cette fois sur une borne rapide et gratuite), puis trente minutes de traversée et 300 km jusqu’à Paris. Au retour, nous nous sommes arrêtés mettre un coup de charge sur une aire de repos... car 100 km/h de moyenne, c’est trop lent. Les chargeurs comme nous les connaissons à Paris ne courent pas les rues. En revanche, il existe des centaines de bornes comme celle-ci, de Ubitricity, qui développent environ 5 kW et se paient sur Internet.

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Harrods, l’un des plus beaux magasins du monde, incarne le luxe depuis le XIXe siècle. Incontournable à Londres.


The Shard, la tour dans les nuages, ce qui arrive souvent à Londres. Elle dépasse les 300 mètres de haut et délimite le nord du quartier branché de Borough. De l’autre côté, la Tamise et la City.

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SPORT&LOISIRS Nos adresses À visiter : La tour de Londres, www.hrp.org.uk/tower-of-london/ The Shard, www.the-shard.com Imperial War Museum, www.iwm.org.uk Savile Row, pour ses tailleurs Harrods, pour son histoire et ses produits Covent Garden Market, pour son folklore

Pour manger : Sketch par Pierre Gagnaire, pour le tea time, www.sketch.london Pachamama, restaurant péruvien, www.pachamamalondon.com Passione vino, pour un verre de vin italien, www.passionevino.co.uk Maltby Market, pour une portion de street food Borough Market (et son quartier), pour flâner et manger Sabor, pour des tapas étoilées, www.saborrestaurants.co.uk The Anchor and Hope, un pub gastronomique, www.anchorandhopepub.co.uk

Londres en voiture Pour circuler dans Londres, prévoyez un bon GPS. Waze ou Google Plan fonctionnent bien et vous guident dans les rues à sens unique. Attention au sens de circulation, les Anglais roulent du mauvais côté... Il existe beaucoup de prises de recharge, sur le réseau Ubitricity par exemple. Intégrées aux lampadaires, à 0,24 £ (0,28 €) par kWh. Mais il faut fournir le câble.

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Retrouvez Followed en digital

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MÉCANIQUE

Vers l’infini et au-delà Quand il est question de suprématie, on ne rigole plus. Surtout pas quand on s’appelle Ferrari. Bousculée par d’arrogants Anglais sur son terrain de jeu favori, la firme italienne réplique avec cette F8 Tributo, célébration fantasmagorique du V8 biturbo italien, sacré meilleur moteur des deux dernières décennies. Nous l’avons essayée autour de Maranello, entre la piste de Fiorano et Madonna di Puianello. Textes et photos C. Boulain

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MÉCANIQUE

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ans certaines cultures, ce sont des offrandes, de la nourriture, des bijoux, parfois même un sacrifice humain. Mais plus généralement, nous nous contentons d’ériger une statue, haute et lourde, en signe de reconnaissance. En fonction des cultures et des sociétés, la célébration des héros peut prendre différentes formes. Chez Ferrari, pour rendre hommage au V8 biturbo maison, sacré meilleur moteur quatre années de suite, mais surtout meilleur moteur de ces deux dernières décennies, ils lui ont construit... une voiture. En tout cas, c’est comme cela que Maranello justifie l’arrivée subite d’une remplaçante de la 488 GTB née à peine quatre ans auparavant. Les mauvaises langues diront que c’est la naissance de la McLaren 720S qui a poussé l’Italie à répliquer. Dans tous les cas, réjouissons-nous de cette riposte, ou de cet hommage en fonction des points de vue, car nous lui devons la F8 Tributo. Ils n’y sont pas allés de main morte, à Maranello, côté hommage et clins d’œil. Le magnifique V8 biturbo placé entre les roues arrière, un peu en avant des roues d’ailleurs, pour assurer une bonne répartition des masses, s’admire au travers d’une

glace en Plexiglas ajourée, comme c’était le cas sur la F40, sans doute la Ferrari V8 biturbo la plus emblématique de l’histoire de la S­ cuderia. Qui, quand nous y pensons, ne faisait « que » 478 ch. Cette fois, le moteur suralimenté en développe 720 à 7 000 tr/min, avec la capacité d’ajouter un petit millier de rotations par minute quand c’est nécessaire, avec un couple maximal de 770 Nm dès 3 250 tr/min. Pour une voiture annoncée à 1 330 kg (à vide), avec deux roues arrière motrices, une transmission robotisée à double embrayage capable de tomber plusieurs rapports en même temps et d’en monter une paire en moins d’un dixième de seconde, il doit y avoir de quoi s’amuser. Ou se faire peur d’ailleurs, pour ceux qui connaissent les routes aux alentours de Fiorano, la piste d’essai de Ferrari. Avant d’en prendre le volant, plus petit que sur la 488 GTB (de deux millimètres en diamètre, mais ça se sent), terminons notre petit tour du propriétaire. Dérivée de la 488, dont elle reprend sans changement les portes uniquement, la F8 s’en distingue franchement esthétiquement. Devant, mais surtout derrière, avec une aérodynamique nettement plus poussée, mise en évidence par son aileron intégré qui, en combinaison avec le F-Duct avant,

La F8 Tributo pose devant l’ancien bureau d’Enzo Ferrari, au milieu de la piste de Fiorano. Pendant que son V8 biturbo chauffe gentiment au soleil, sous sa glace en Plexiglas, comme sur la F40.

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MÉCANIQUE

Nouveaux aérateurs, volant plus petit, écran pour le passager, les retouches à l’intérieur sont légères. Et l’essentiel est préservé : une ambiance luxueuse et sportive... et le manettino.

cette ouverture dans le capot qui vient expulser l’air capté dans le museau pour générer un meilleur flux aérodynamique sur la voiture, offre plus de 200 kg d’appui à 200 km/h : ce n’est pas rien, d’autant que Ferrari annonce avoir en plus réduit la traînée. Bref, ça doit pas mal marcher. Les nostalgiques remarqueront surtout les quatre petits phares ronds, hommage cette fois à la 355 (ainsi qu’aux 308 et 328 historiques). Il n’y a pas que les motoristes qui se sont amusés pour concevoir cette F8, designers et aérodynamiciens y ont aussi mis du leur. Dans l’habitacle justement, les stylistes ont modifié les aérateurs, quelques lignes par ci, d’autres par là... et ajouté un petit écran devant les yeux du passager, au cas où il s’ennuierait. Rien de radical, juste ce qu’il fallait pour moderniser l’intérieur d’une sportive déjà magnifique. Ce sont quand même les motoristes, qui, bien que le V8 semble repris sans modification de la 488 Pista, ont dû se cracher dans les mains. Ils tirent de ce 3.9 litres la même puissance que du bloc de la Pista. Ne dites pas « et alors, c’est le même ! », cela ne ferait que confirmer que ce n’est pas votre métier. Car entre ces deux voitures sont passées les nouvelles réglementations européennes qui imposent, même à ce genre de bolide, un filtre à particules. Et pour ceux qui ne le savent pas, ce filtre est une sorte de bouchon à l’échappement, bouchon

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dont les motoristes font des cauchemars car il crée des contrepressions terribles, gomme le bruit autant que les particules, freine la sortie des gaz d’échappement et détruit le rendement. Pourtant, le héros développe toujours ses 720 ch : alléluia. Et merci aux gentils dingues qui ont presque tout revu pour cela. Une pression sur le bouton rouge Start au volant, car tout est sur le volant dans une Ferrari, même les clignotants, et sa majesté se réveille. Au début, sans faire de vague. Les amateurs de vocalises, qui avaient vibré aux montées en régime d’une 458, seront déçus. Pour qui connaît les V8 suralimentés de chez AMG, il y a de quoi demander davantage. Mais chez Ferrari, ils ont une autre culture cinématographique, préférant sans doute Vers l’infini et au-delà à Beaucoup de bruit pour rien. Vous allez comprendre pourquoi. Manettino sur Sport pour démarrer, la position Wet étant quand même pour les poules mouillées, les premiers kilomètres en F8 donnent déjà le ton. La voiture ménage un confort de suspension exceptionnel, avec son système magnétique qui modifie en quelques millièmes de seconde la viscosité du fluide dans les amortisseurs via un champ magnétique. La transmission donne l’impression de fonctionner comme un variateur de vitesse tant elle est douce, et les freins, un peu plus assistés qu’auparavant, se dosent comme ceux d’une berline familiale. Mais la réponse


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MÉCANIQUE

Seules les portes ont été reprises de la 488 GTB que la F8 remplace. Pour le reste, tout a été repensé, principalement pour profiter à l’aérodynamique, incroyablement léchée.

du train avant, qui réagit au moindre degré d’angle imprimé au volant, celle du V8 à qui un millimètre de pression supplémentaire sur la pédale de droite fait le même effet et cette sensation qu’il suffit d’un rien pour changer de dimension titillent le cerveau. Qu’ont-ils bien réussi à faire ? La voiture parfaite ! La route tourne de plus en plus. Le fameux levier rouge basculé d’un cran vers la droite, sur Race, et la F8 se dévoile encore plus. Tout va plus vite, mais tout reste si facile. Il paraît que la boîte compte 7 rapports, mais dans ce mode qui conserve le V8 sur sa plage de rendement idéale, entre 3 250 et 7 000 tr/min, elle oscille entre la seconde, la troisième et la quatrième vitesse. Nous ne dirons pas à combien cela permet de rouler. Disons que c’est déjà très nettement au-dessus des vitesses tolérées en Italie, même pour une Ferrari. De l’arrêt à 100 km/h, comptez moins de 3 secondes. Pour amener le compteur à la centaine supérieure, ajoutez-en moins de 5 : les performances sont phénoménales, les sensations aussi, exigeant soit un sang-froid de reptile, soit d’aller réchauffer les pneus de 20 pouces de diamètre sur le bitume d’une piste. Ça tombe bien, Fiorano est à quelques kilomètres, soit quelques minutes à ce rythme. Il nous reste deux ou trois choses à vérifier ; ça sera parfait. Toujours en mode Race, sur cette piste qui a servi au développement du châssis et de son système de contrôle

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électronique (ne l’appelons pas antipatinage, il est bien plus que cela), la F8 confirme ce que nous avions observé sur route : elle sait tout faire, même donner l’impression à son pilote qu’il peut s’engager en compétition et viser le podium. L’électronique veille, jugule le couple moteur sur les rapports inférieurs pour ne jamais surcharger les pneus arrière, autorise quelques très légères dérives et abat des temps à rendre jaloux un pilote professionnel. Une 488 GTB en était incapable, laissant ça à l’exclusive Pista. La F8 combine les deux, une facilité au quotidien à réjouir les béotiens, et une efficacité sur circuit magnifique. Il nous reste deux tours, juste le temps de goûter aux deux derniers modes : CT Off et ESC off. Dans le premier, le contrôle électronique coupe – presque – totalement l’antipatinage, laissant cette fois la F8 dériver largement, mais gardant tout le monde en rang. C’est grisant, bluffant même tant le système laisse ce qu’il faut de liberté pour s’amuser, sans jamais laisser le pilote trop s’égarer. Et puis nous avons sélectionné ESC Off. Histoire de voir à quoi la F8 se chauffe. Maîtriser 720 ch aux roues arrière n’est vraiment pas donné à tout le monde, même avec des pneus chauds, un bitume lisse et bien large et un train avant tranchant comme un coupe-choux. Le problème, c’est derrière. Enfin, quand le derrière reste derrière justement. Qui a dit qu’au-delà, c’est juste après le vibreur ?


Données constructeur

FERRARI F8 TRIBUTO Moteur : V8 essence, biturbo, 32 soupapes, 3 902  cm3 Puissance (ch à tr/min) 720 à 7 000 Couple (Nm à tr/min) 770 à 3 250 Transmission : propulsion, 7 vitesses, robotisée à double embrayage Masse (kg) 1 330 Long.xlarg.xhaut. (m) 4,61x1,98x1,21 Vitesse maxi (km/h) 340 0 à 100 km/h 2”9 0 à 200 km/h 7”8 Consommation mixte (l/100 km) 12,9 Prix hors options : 232 694 € Malus écologique : coûteux (trop)

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MÉCANIQUE

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Presque

parfaite Pour sa quatrième génération d’A6 Allroad, Audi a poussé le bouchon si loin que son nouveau modèle approche la perfection. Est-ce que, finalement, 20 ans ne serait pas l’âge de raison ?

Textes et photos C. Boulain

S

ur le papier, cette nouvelle Audi A6 Allroad demeure ce que l’on appelle un gros break, lourd et motorisé par un diesel d’autobus. Avec, en plus, un traitement esthétique de pseudo-baroudeur qui le ferait presque passer pour un SUV qu’il n’est pas. Ce qui, par les temps qui courent, vu que la chasse aux engins de ce genre est officiellement ouverte par les écolos et politiciens de tout poil, est plutôt une bonne chose. Car pour le reste, et énuméré comme cela, c’est quand même une accumulation de défauts, rédhibitoires pour beaucoup. Sauf qu’il ne faut jamais sous-estimer l’ingéniosité de l’homme. Surtout quand il est ingénieur et travaille dans le groupe Volkswagen pour Audi. C’est pour cette raison que nous avons quand même pris le volant de cette quatrième génération d’Allroad TDI, pour voir si, finalement, cette liste de points négatifs façon Prévert pouvait donner quelque chose de bien.

Déjà, entre sa garde au sol réduite à l’arrêt et ses magnifiques jantes de 21 pouces, notre modèle d’essai 50 TDI ne ressemble en rien à un break pour chasseur du dimanche. Sauf si c’est pour viser des meubles anciens de collection dans les brocantes huppées des beaux quartiers. Alors là, ça le fait. Il faut l’avouer, les proportions sont parfaites, les chromes présents mais jamais ostentatoires et les grandes roues remplissent parfaitement leur arche. Une fois à l’intérieur, le charme opère toujours. Encore plus, devrions-nous dire, avec un espace habitable digne d’une limousine, un coffre immense, une finition qui fait honneur à la réputation de la marque aux quatre anneaux (cinq, c’est les JO) et un design à la fois élégant et suggérant une profusion d’équipements... que l’on va découvrir progressivement. À la mise en marche, l’écran s’allume devant les yeux du conducteur en l’incitant à ne regarder que lui. Hypnotique,

Followed Magazine 109


MÉCANIQUE

Parfaite pour voyager loin... large et configurable à l’envi, il affiche tout ce que l’on veut et plus encore. Le plus dur, c’est de faire son choix. Et un coup d’œil à droite, sur la console, ne va pas vous aider à vous concentrer : entre l’écran central tactile et toutes les commandes, on se demande comment s’en sortir. Pourtant, tout est simple et intuitif, que cela soit pour sélectionner un morceau de musique, engager une aide à la conduite (il y a la totale à bord) ou configurer le comportement de la voiture (Drive Select). De plus, les boutons sont certes affleurant, comme s’ils étaient tactiles, mais réclament une pression (et un clic) pour chaque validation : bien pratique en roulant, quand le doigt ripe d’un centimètre sur une petite bosse. Et puis il y a la commande vocale, piochée chez Amazon (Alexa sur de plus en plus de modèles Audi), aussi facile à activer depuis le volant qu’à maîtriser. Avec tout ça, il y a peu de chances de remarquer le doux ronron du V6 TDI au ralenti. Pas plus que la suspension pneumatique qui vient de remonter de quelques centimètres la hauteur de caisse. Même s’ils se sont fait prendre les doigts dans le pot de confiture (qui a dit que les autres ont eu le temps de les retirer avant ?), les ingénieurs Audi continuent de croire dans le diesel. Pour un engin de ce poids, associé à une transmission intégrale à 8 vitesses, le V6 3 litres diesel est sans doute une excellente solution, il faut l’avouer. Dans cette version (il existe aussi en 45 et en 55 TDI, de respectivement

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231 ch/500 Nm et 349 ch/700 Nm), il développe 289 ch et la bagatelle de 620 Nm de couple, des valeurs qui effacent les deux tonnes de l’engin comme un souffle sur une plume d’oie. Et ça marche aussi avec du canard... Dès les premiers kilomètres, l’A6 semble légère, à la fois facile à conduire, agile, maniable, combinant des performances à rendre jalouse une petite GTI et des consommations très raisonnables. Il faut dire qu’elle est dotée d’un réseau de bord en 48 volts, autrement dit d’une forme d’hybridation légère, qui permet de récupérer plus facilement de l’énergie sur les phases de freinage et de ralentissement (la voiture en mouvement représente de l’énergie qu’elle dissipe en ralentissant, soit en chaleur dans les freins, soit en électricité comme ici), servant à recharger une petite batterie lithium additionnelle, pour être utilisée ultérieurement. Cela permet d’activer le mode roue libre bien plus fréquemment (le redémarrage du V6 est suffisamment rapide pour conserver le contrôle parfait du véhicule), et le système stop & start s’engage depuis 22 km/h, économisant ainsi pas mal d’énergie. Lors de l’essai, pourtant mené bon train, la consommation moyenne a tourné autour de 8 l/100 km. Elle aurait sans doute tutoyé les 15 avec le V6 turbo essence TFSI de 340 ch... pour « seulement » 500 Nm de couple. Et comme les A6 Allroad diesel embarquent 24 litres d’additif AdBlue pour aider au traitement des NO2 nocifs pour l’homme, force est


L’écran côté conducteur est une immense dalle numérique capable d’afficher tout ce que l’on peut souhaiter. L’écran central est tactile, contrairement aux commandes, qui nécessitent une validation... d’un clic, bien pratique en roulant.

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MÉCANIQUE

... mais aussi pour s’amuser de reconnaître que cette A6 50 TDI peut plaire. Surtout quand on aime conduire. Car si l’ingéniosité de l’homme trouve un magnifique terrain d’expression dans la motorisation, elle brille aussi côté châssis. Ainsi, non seulement le V6 TDI souffle sur le canard (tout le monde suit ?), mais aussi l’A6 vole comme une oie. Bref, il n’est jamais possible d’imaginer que cet engin pèse plus de deux tonnes, conducteur à bord. Entre la suspension pilotée pneumatique, qui ajuste non seulement la garde au sol aux envies de crapahuter du pilote, mais aussi à la vitesse, la direction à assistance et démultiplication variables en fonction du braquage (moins directe autour du neutre, plus dans les braquages importants pour limiter les mouvements au volant) et les roues arrière directrices, l’A6 virevolte de courbe en virage, d’épingle en lacet. Sur les kilomètres de route rectiligne, voire d’autoroute, les performances nous avaient étonnés. Mais entre la direction très démultipliée lors des petits mouvements au volant à haute vitesse et le braquage dans le même sens des roues arrière (au-dessus de 60 km/h), c’est la stabilité de l’A6 qui prévalait. Un peu comme si nous pilotions un train électrique, comme guidés par des rails invisibles. Mais sur les petites routes de montagne, au sud de Valence, en Espagne, davantage taillées pour les entraînements

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Données constructeur

AUDI A6 ALLROAD 50 TDI Moteur : V6 turbocompressé, diesel, filtre à particules, piège à NO2 + AdBlue, 2 967 cm3 Transmission : intégrale, 8 rapports, automatique Puissance (ch à tr/min) 286 dès 3 500 Couple (Nm à tr/min) 620 dès 2 250 Masse (kg) 2 020 Long.xlarg.xhaut. (m) 4,95x1,90x1,50 Volume de coffre (l) 565 Vitesse maxi (km/h) 250 0 à 100 km/h 5”9 Consommation mixte WLTP (l/100 km) 7,6 Émissions de CO2 (g/km) 199 Prix en France (finition Avus) : 79 810 € Malus écologique : 10 500 € (11 488 € en 2020)

de cyclistes professionnels que pour essayer un break de près de 5 mètres de long pour deux tonnes, l’Allroad a changé de visage. Dès que l’angle inscrit au volant approche du quart de tour, donc dans chaque virage serré, la direction devient ultra-directe. Le museau passe de gauche à droite presque instantanément et l’arrière, sans quasiment jamais glisser, se place au millimètre, bien aidé par les 5° d’angle que les roues arrière peuvent adopter dans le sens opposé des celles de devant. Généralement, c’est dans les manœuvres en parking que l’on apprécie ce système à quatre roues directrices. Là, c’est dès que ça tourne. On en vient même à souhaiter que ça tourne pour mordre la corde des virages à pleins pneus, pour aller taquiner les quelques sportives qui osent traîner dans le coin : incroyable. Il paraît que c’est encore mieux avec le différentiel arrière actif, capable d’accélérer la roue extérieure au virage pour encore accroître l’agilité en virage. Notre modèle n’en bénéficiait pas, nous n’avons pas pu le vérifier. Cela dit, comme nous n’avions pas le système qui permet de compartimenter le coffre pour éviter aux bagages de faire de violents allers-retours dans la malle à chaque changement de cap, nous nous en sommes bien passés. Et puis après, il aurait fallu admettre qu’un gros break diesel... c’est vraiment bien.


Proposé en V6 seulement, diesel (de 231 à 349 ch) ou essence (340 ch), l’A6 Allroad est une fantastique machine à rouler, de deux à cinq passagers, avec ou sans bagages.

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BIEN-ÊTRE

Se préparer pour le ski à la maison

L’hiver est là, et avec lui la neige et le ski. Mais quand on n’a pas fait de sport de l’année, la semaine de vacances à la neige ressemble souvent à deux jours de fun et cinq de souffrance. Pour éviter cet écueil, les blessures ou la fatigue excessive et profiter à fond de la saison, il faut se préparer. Voici quelques conseils.

P

artons du postulat que, quand on parle ici de ski, il n’est question que de descente et non de ski de fond, une discipline complète mais peu pratiquée dans les stations des Alpes et des Pyrénées. La descente, qu’elle soit pratiquée sur ou hors des pistes (vertes, bleues, rouges ou noires), est un sport mêlant endurance, souplesse et force musculaire. C’est pour cela qu’il faut absolument, durant les semaines précédant votre séjour à la montagne, travailler ces trois points.

L’endurance

Il faut s’y prendre le plus tôt possible. Si la saison de ski commence le 1er décembre et que vous prévoyez de vous

114 Followed Magazine

Textes G. Piqué, photos S. Laclef et DR

y rendre tôt, prenez les devants et commencez votre préparation dès la fin de l’été. Dans l’idéal, quand vous n’êtes pas un sportif régulier, il vous faut deux à trois mois pour développer l’endurance nécessaire à supporter la multiplication des journées de ski de 5 à 7 heures chacune. Pour profiter du beau temps, et de l’exercice en extérieur, l’idéal est de réaliser des séances de 30 à 40 minutes au minimum, deux à trois fois par semaine. Elles vont se composer de roulage à vélo, de marche rapide ou en montée, d’un peu de course à pied ou de natation. L’intensité de l’exercice doit être modérée à intense, soit en conservant un pouls entre 120 et 140 pulsations par minute en moyenne. Pour ceux qui ne pourront pas tout faire en extérieur et qui alterneront avec des exercices en


Semaine type Lundi

Mardi

Mercredi

Jeudi

Vendredi

Samedi

Dimanche

Vélo ou piscine 40 minutes

repos

repos

Course à pied ou marche rapide 30 minutes

repos

Sortie de marche ou vélo 1 à 2 heures

repos

Étirements 15 minutes

Étirements 15 minutes

salle ou chez soi, on peut combiner 20 minutes de course à pied et 20 minutes de vélo par exemple. Il est très important de bien s’étirer après chaque séance, une fois les muscles froids et pendant 15 à 20 minutes. Au début de la préparation, bien séparer les séances de travail de 48 heures minimum : cela permet de ne pas surcharger les muscles, et 72 heures maximum pour ne pas perdre l’effet cumulatif de l’entraînement. Cette fréquence de travail, qui ne vous laissera jamais plus de trois jours sans effort, sera particulièrement bénéfique lors du séjour au ski, surtout si vous accumulez les journées d’effort.

Étirements 15 minutes

La souplesse

Après chaque séance de résistance pour améliorer son endurance ou de travail musculaire, il faut s’imposer des étirements. Ils vont permettre d’étirer les muscles à froid pour éviter qu’ils ne se rétractent et peinent à reprendre l’effort par la suite. Ils vont aussi réduire les risques de courbatures et améliorer la souplesse des articulations. Ces mouvements ne doivent pas être réalisés avant l’effort, mais après, à froid. Enfin, il est primordial de respecter les temps d’étirement, au minimum 30 secondes pour chaque mouvement afin de faire

Followed Magazine 115


BIEN-ÊTRE

jouer les fibres musculaires et non l’élasticité des tendons. Prioriser les étirements des jambes, mollets et cuisses, mais ne pas oublier le dos, les cervicales et les bras.

La force musculaire

Une fois l’entraînement sur l’endurance accompagné des bons étirements pour la souplesse démarré, il convient avant de partir d’améliorer sa force musculaire (là encore, pour les non sportifs). C’est très important pour éviter les blessures sur les pistes. Ainsi, le skieur est plus efficace sur la technique, ce qui lui évite la fatigue musculaire, les erreurs et donc les chutes. Il faut faire travailler les muscles ou parties du corps de manière isolée, mais aussi pratiquer des exercices combinés qui servent à reproduire le mouvement de ski. Au début, les séances doivent être réalisées avec peu de poids ou charge musculaire mais plus de répétitions. Et, au fur et à mesure que l’entraînement avance, on va augmenter la charge et diminuer le nombre de répétitions. Par

exemple sur un exercice de jambes, on va débuter avec 10 kg de charge, 15 répétitions, le tout trois fois de suite. En progressant un peu toutes les semaines on arrive à 20 kg, 7 répétitions, trois fois. Tous ces exercices doivent démarrer par un échauffement sans charge : par exemple 10 minutes de vélo ou de marche rapide, ou reproduire le mouvement que l’on va réaliser pendant 1 ou 2 minutes, mais sans contrainte. Il est conseillé de vérifier le poids, le nombre de répétitions et la progression avec son moniteur de gym ou avec son kinésithérapeute habituel. Contrairement au travail d’endurance, les exercices de musculation peuvent être reproduits avec seulement 24 heures de repos, toujours sans excéder 72 heures sans activité. Pour parfaire la préparation, il faut y ajouter les exercices de travail d’équilibre. Ils permettent de travailler des muscles et des tendons que les exercices statiques laissent au repos. Ces séances fatiguent vite et ne doivent pas dépasser 10 minutes environ. Si vous faites tout ça, aucune piste ne vous résistera.

En résumé Lundi

Mardi

Mercredi

Jeudi

Vendredi

Samedi

Dimanche

Vélo ou piscine 40 minutes

Gym 1 heure Exercice de jambes et haut du corps

repos

Course à pied ou marche rapide 30 minutes

Gym 1 heure Exercice de jambes et haut du corps

Sortie de marche ou vélo 1 à 2 heures

repos

Étirements 15 minutes

Travail d’équilibre plus étirements 20 minutes

Étirements 15 minutes

Travail d’équilibre plus étirements 20 minutes

Étirements 15 minutes

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CONTACTS NOHrD Bike Site Internet

waterrower.fr/tous-les-produits-waterrower-nohrd/nohrd-bike-velo

Site Internet

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Moustache Elie Bleu Site Internet

eliebleu.com/index.php?p=Elie-Bleu-official-website

Pierre Gagnaire (restaurants) Site Internet

pierre-gagnaire.com

Champagne Bollinger Site Internet

champagne-bollinger.com

Pierre Vanherck (cannes) Site Internet

pierre-vanherck.com

Victorinox Site Internet

victorinox.com/fr/fr/Montres/cms/watches-main

Hamilton Site Internet

Tissot

Site Internet

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tissotwatches.com/fr-fr/

frederiqueconstant.com/fr/

Carl F. Bucherer Site Internet

carl-f-bucherer.com/fr

Omega Site internet

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Ulysse Nardin Site Internet

ulysse-nardin.com

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Ferrari (France) Site Internet

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Followed #29  

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