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Followed - art de vivre - sport et loisirs -

Les plus belles montres du SIHH de Genève

Les Blues Brothers Une amitié brisée

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ÉDITO

e-sport e-quoi ? I

ls étaient plus de 40 000 ce jour-là dans le stade, et plus de cent millions devant leur écran de télévision. Pas pour écouter Justin Timberlake leur chanter du Prince à la mi-temps d’un Super Bowl joué dans la ville du Kid, mais pour assister à une compétition de « e-sport », à Pékin, en Chine. Alors que la finale du championnat de football américain n’a jamais enregistré d’audience aussi basse de son histoire, l’e-sport bat des records. C’est Yannick Borel, champion olympique d’escrime, qui m’en parlait il y a quelques semaines, lors de notre entrevue. Et avant lui, Vivien, un ami, qui me disait : « C’est un truc de fou, c’est l’avenir, mec... » Même si les courbes se croisent, entre un Super Bowl dépassé et une finale mondiale de la « League of Legends » sur-médiatisée, je ne peux m’imaginer célébrer ces champions du virtuel dans Followed. Pourtant, ces joueurs professionnels ont dorénavant le statut de sportifs à part entière, ils s’entraînent comme des athlètes – paraît-il – et commencent même à avoir des fans... ces gens derrière leur smartphone qui « likent » une photo qu’ils auront probablement oubliée dans cinq minutes. J’en sais quelque chose, ça m’arrive. Déjà, parce qu’il est convenu que les « e-sportifs » – rien que ce nom me donne des boutons –, ont entre 15 et 25 ans, ce qui fait d’eux des individus que l’envie de lire Followed n’a sans doute pas encore effleurés. Un jour, qui sait... Et puis, surtout, parce que la seule valeur véhiculée par cette activité (je n’arrive plus à la nommer) est la compétition, gagner à tout prix, en étant le premier... ou celui qui a tué le plus d’ennemis. L’activité physique, indissociable du sport comme beaucoup de gens l’entendent, qui permet de le concevoir aussi bien en loisir qu’en compétition, n’y a pas sa place. Alors, s’il vous plaît, n’appelez plus ça du sport. Christophe Boulain

Couverture : photo Bernard Rouffignac, maquillage Gilles Ketir

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Sac : CABINE I Photographie : Yves Mourtada


SOMMAIRE

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14 ➜ C ontributeurs : ce sont les artistes, les sportifs ou les artisans que nous avons rencontrés pour réaliser ce magazine Événement 16 ➜ F estival automobile international : certains l’appellent la « fashion week » automobile. Immersion aux Invalides Futur 20 ➜ U n monde sans fil : avec la recharge à distance, on nous promet un monde différent, toujours plus pratique Tendance 22 ➜ I ntersaison : sélection de produits pour mieux vivre la montagne, entre la fin de l’hiver et le début de l’été Culture 24 ➜ B énabar : rencontre avec un chanteur bourré d’humour et pratiquant l’autodérision comme personne. À quelques semaines de la sortie de son nouvel album, le 30 mars

34 ➜ H ugh Coltman : de retour de La Nouvelle-Orléans où il vient d’enregistrer un album, il s’est posé quelques heures avec nous pour discuter des influences particulières que les artistes vont chercher ailleurs ➜B lues Brothers : une histoire d’amitié incroyable, racontée par Alain Gardinier

40 Mode et objets 52 ➜ H orlogerie : les nouveautés les plus marquantes du Salon international de la haute horlogerie de Genève 62 ➜ S ur-mesure : immersion dans le quartier de Savile Row, à Londres, où travaillent les tailleurs les plus réputés du monde. Une balade entre élégance et raffinement

Art de vivre 68 ➜ F romage : de l’arrivée du lait, frais du jour, au vieillissement en cave, tout comprendre de la fabrication ancestrale du roquefort artisanal auprès de la maison Carles

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SOMMAIRE

Sport & Loisirs 76 ➜ Y annick Borel : champion d’Europe, du monde et olympique, le tireur de Levallois-Perret est l’un des meilleurs 82 90

épéistes du monde. Nous l’avons rencontré à l’INSEP, où il s’entraîne ➜F ranck Piccard : il y a trente ans, le skieur des Saisies a décroché la première médaille d’or olympique française en super-géant. Il nous raconte SES jeux de Calgary ➜A nvers : si proche des Pays-Bas qu’on la croit parfois hollandaise, Anvers est belge et fière de l’être. Une ville créative, douce et romantique qu’il ne faut pas résumer à ses seuls diamants

Mécanique 100 ➜ A lpine A110 : ça y est, l’iconique marque de voitures de sport française est ressuscitée. Avec pour premier résultat

l’arrivée en fanfare de la nouvelle A110. Est-elle au niveau de son illustre aînée ? Réponse en essai ➜ L exus LS 500h : la nouvelle limousine japonaise est une invitation au voyage. Visite du sultanat d’Oman à son bord ➜V olvo XC40 : le tout nouveau petit SUV suédois pourrait faire de l’ombre à ses rivaux allemands et anglais

110 118 Bien-être 124 ➜ C erveau : comme le reste de votre corps, il faut bien le nourrir 126 ➜ C ontacts : retrouvez ici les coordonnées des personnes et sociétés citées dans nos sujets 130 ➜ R endez-vous : dans le prochain numéro de Followed, retrouvez l’essai du dernier SUV haut de gamme signé Infiniti, venez visiter un atelier d’artisan à Laguiole pour tout comprendre de la fabrication des fameux couteaux, et partez en balade en Jordanie, entre Pétra et le désert du Wadi Rum

Abonnement 127-128 ➜ Recevez Followed directement chez vous, dans votre boîte aux lettres. C’est facile ! Suivez les indications

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CONTRIBUTEURS

Bénabar Alors qu’il vient de terminer son nouvel album, le huitième après Inspiré de faits réels en 2014, Bénabar, ou Bruno Nicolini de son vrai nom, nous a accordé un déjeuner haut en couleur et en saveurs, chez son ami JeanFrançois Piège.

Yannick Borel Juste avant le début d’une nouvelle saison mondiale d’escrime, le tireur de Levallois-Perret nous avait donné rendez-vous dans la grande salle d’entraînement de l’INSEP, à Paris. On y a parlé des jeux Olympiques, d’épée évidemment, et des douanes.

Delphine Carles Son grand-père avait créé les roqueforts Carles. Son père avait repris la maison familiale. Puis ce fut au tour de Delphine de perpétuer la tradition de ce fromage artisanal produit uniquement à Roquefort.

Hugh Coltman C’est avant l’heure du thé que Hugh, de retour de La Nouvelle-Orléans où il a enregistré son nouvel album, nous a reçus, dans l’un de ses QG de Montreuil. Rencontre avec un artiste complet.

Marc Girard Ce designer français est en charge du style des futurs modèles de la marque BMW. Nous l’avons rencontré à Paris lors du Festival automobile international, aux Invalides. Il a été notre guide.

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Franck Piccard Il y a trente ans, déjà, Franck nous faisait rêver en remportant la descente des jeux Olympiques de Calgary, au Canada. Il revient pour nous sur cette épreuve devenue mythique depuis son fief des Saisies.


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ÉVÉNEMENT

La fête du design Le 33e Festival automobile international a eu lieu aux Invalides, à Paris. Nous y étions, pour admirer les plus beaux concept-cars du moment et assister à cette célébration du design automobile. Textes et photos C. Boulain

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endant quatre jours, les amateurs de belles voitures ont pu admirer quelques-uns des plus beaux concept-cars de la planète automobile, à l’hôtel national des Invalides, à Paris. Depuis onze ans, le Festival automobile international, créé par Rémi Depoix et Franz Hummel en 1986, y pose ses tentes pour accueillir le gratin du design roulant. Pour beaucoup, cette manifestation est devenue la « fashion week » de l’automobile, une manifestation où l’on célèbre le design. Cela commence par une soirée où un public trié sur le volet vient applaudir, en dînant, les lauréats de prix aussi prestigieux que celui de « la plus belle voiture de l’année » (vote du public), de « la plus belle photo », du « jeune designer » (prix remis par BMW) ou la « palme d’or », décernée

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cette année à Carlos Ghosn, l’emblématique président du groupe Renault-NissanMitsubishi, récompensé pour l’ensemble de son travail. Avec, parmi les invités, plus de quarante designers de toutes marques, réunis pour l’occasion. À propos d’occasion, ce fut celle, saisie par Anne Asensio, iconique designeuse qui a révolutionné le monde automobile avec la première Twingo par exemple, de rappeler que dans ce milieu d’hommes il est compliqué d’exister pour une femme. D’ailleurs, quel drôle de mot que designeuse, quand on est tellement habitué à l’employer au masculin. Elles n’étaient que deux sur la scène, à la fin, entourées par une quarantaine d’hommes, de collègues de travail. La fête passée, les tables débarrassées et rangées, place aux voitures.


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Pour la onzième année consécutive, le festival se tenait aux Invalides. Une partie de l’exposition rendait hommage au design automobile français d’hier.

LE DESIGN EST ENCORE ET TOUJOURS LE PREMIER ÉLÉMENT DIFFÉRENCIANT DANS L’AUTOMOBILE

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Carlos Ghosn, Renault

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ÉVÉNEMENT

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UN CONCEPTCAR N’EST PAS UN DÉLIRE DE DESIGNER. DANS LA MAJORITÉ DES CAS, IL ANNONCE UN MODÈLE À VENIR RAPIDEMENT

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Marc Girard, BMW

BMW exposait son concept Z4, proche à 80 % de la série selon Marc Girard (photo). À droite, la Mazda Concept Vision, jugée la plus belle. L’horloger suisse Roger Dubuis est le partenaire de l’événement.

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Dès le lendemain, les amateurs pouvaient se presser pour visiter le festival. Et y admirer celle qui a été élue plus belle voiture, la nouvelle Alpine A110 (voir essai page 100), ou le concept Vision Mazda, célébré lui comme plus beau concept. Il y en avait d’autres, des œuvres d’art roulantes, comme le BMW Z4 Concept, que le designer français Marc Girard confiait comme très proche de la série, ou les Kia Proceed et Lamborghini Terzo Millennio Concept, une supercar du futur que les passionnés de sport auto ont adoré admirer sur tapis rouge. Tous ces modèles, si élégants et avant-gardistes, préfigurent des voitures réelles, qui seront commercialisées dans les années à venir. Mais le festival célèbre aussi le futur automobile, avec des prototypes plus visionnaires, comme la Renault Symbioz, présentée par le grand patron du design de la marque, Laurens van den Acker

lui-même, comme une illustration de ce que pourrait être la voiture dans dix ans, un prolongement de sa propre maison, un véhicule autonome mais aussi particulièrement habitable. Ou encore l’incroyable Italdesign Airbus Pop Up, cette citadine volante que certains voient peupler – qui a dit polluer ? – nos villes dans moins de vingt ans. Et si l’anticipation n’est pas votre passion, il y avait aussi aux Invalides une exposition en hommage au design français automobile d’antan, avec une Mercedes Pagode dont une partie de la ligne est due à Paul Bracq, ou encore une magnifique Delahaye de l’entre-deux-guerres, sublimement restaurée et présentée par son heureux propriétaire. Pour ceux qui auraient loupé l’occasion de venir admirer toutes ces beautés, il ne reste plus qu’à prendre rendez-vous pour l’année prochaine. Même endroit, même période. On vous le dit, ça vaut le coup.

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FUTUR

UN MONDE

sans fil À la fin des années 1990, un opérateur de téléphonie mobile nous vendait un monde sans fil. Aujourd’hui c’est acquis, les téléphones filaires ayant disparu des foyers. Pourtant, il reste un fil à couper, celui de la recharge. Lors du dernier Consumer Electronics Show de Las Vegas, on a promis de nous en débarrasser. Comment ? Textes C. Boulain

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a taille compte. Ou plutôt la distance. Tout l’enjeu de la recharge sans fil est dans la distance exploitable, entre le chargeur et l’appareil à recharger. Depuis quelques années, on voit proliférer des systèmes à induction (comme les plaques chauffantes). Au début, il s’agissait de socles de bureau sur lesquels nous pouvions déposer, sans le brancher, notre téléphone pour le recharger. Puis ces chargeurs ont investi nos voitures, évitant le disgracieux câble sortant de la console. Cela dit, la recharge par induction en voiture implique une connexion entre le téléphone

et la voiture par Bluetooth ou par wi-fi... alors que le câble faisait les deux, recharge et connexion. Mais la question n’est pas là. Les industriels l’ont bien compris et développent différents systèmes pour recharger nos accessoires à distance. Et cette distance fait toute la différence. Qi, c’était la recharge par induction nécessitant un contact, ou au mieux de laisser l’appareil à moins de 4 cm du chargeur. Puis est arrivé Pi, le même système mais qui peut recharger un appareil qui se trouve dans un rayon de 30 cm. Imaginez une borne sur un bureau, rechargeant les batteries des

PAS DE DANGER SI C’EST LÉGAL 20 Followed Magazine


RÉCUPÉRER L’ÉNERGIE DES ONDES appareils se trouvant dans les parages, même dans une poche et toujours par induction. Une société américaine, WiTricity, annonce même étendre le rayon d’action de sa borne à 80 cm, mais avec un système exploitant les résonances magnétiques et des débits d’électricité bien plus élevés. Pour nous « rassurer », ils expliquent que c’est ce type d’ondes qui permet à certains chanteurs ou chanteuses de casser un verre à distance. Energous, lors du dernier Consumer Electronics Show (CES), a montré une solution différente, exploitant les ondes radio pour recharger un smartphone jusqu’à 5 mètres de distance. On y vient doucement... Toujours au CES, la société Wi-Charge, quant à elle, a affirmé pouvoir assurer la recharge de tous les appareils mobiles dans une pièce de 70 m2, avec un seul chargeur placé au plafond. Leur solution : les ondes infrarouges. Avec comme contrainte de placer les appareils à recharger dans le faisceau lumineux, pas derrière un obstacle, la lumière ne les traversant pas, contrairement aux ondes radio. Quelle que soit la solution technique retenue, la recharge sans fil promet un futur différent. Dans nos appartements, où placer un téléviseur sur un mur ou des enceintes aux quatre coins de la pièce (ou plus) ne sera plus un problème. Le pilotage de ces accessoires, via Bluetooth ou wi-fi, est déjà possible. Demain, ils n’auront plus besoin de batterie ou de câble d’alimentation. Et cela sera la même chose dans nos voitures. Aujourd’hui, on ne s’en sert que pour séduire les accros aux smartphones. Mais les ingénieurs y voient des possibilités infinies, allant jusqu’à la conception de modèles sans les kilomètres de câbles nécessaires aujourd’hui. Moins de poids, moins de coûts. Pourtant, tout cela a quelque chose d’inquiétant. Sensation que confirment les travaux de la société

Nikola Labs. En 2015, cette société promettait de prolonger l’autonomie de nos précieux smartphones de 30 %... en récupérant l’énergie contenue dans les ondes inutiles. Comprenez qu’un smartphone émet des ondes pour se connecter au réseau et qu’une grande partie de celles-ci ne servent à rien, sauf à pomper dans la batterie. Grâce à une puce de leur conception, les ingénieurs de Nikola Labs (un nom évidemment en lien avec Nikola Tesla, dont les travaux ont révolutionné la production et le transport de l’électricité) captent ces ondes et en récupèrent l’énergie. Car il faut bien comprendre que toutes ces ondes, de téléphone, wi-fi, Bluetooth ou magnétiques, transportent de l’énergie. L’idée de la capter pour ne pas la gaspiller, plutôt que d’en produire encore davantage, est excellente. Mais elle met en lumière une vérité inquiétante : nous sommes exposés en permanence à ces énergies. Une étude récente de chercheurs, basés à Toulouse et travaillant pour le compte d’un équipementier automobile, a montré la dangerosité de l’exposition humaine à ces ondes, avec des valeurs bien plus élevées que celles tolérées pour l’émission des téléphones portables (le fameux DAS). Il y a quinze ans, lors de la présentation de prototypes Chrysler à la presse, des travaux similaires, d’électrification de composants à distance (une lumière de plafonnier, par exemple, alimentée sans fil) avaient été montrés par un chercheur du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il réussissait à alimenter des accessoires dans l’habitacle en récupérant l’énergie transportée par des ondes wi-fi. Nous lui avions demandé si c’était dangereux. Il avait répondu, avec un petit sourire : « C’est légal. » Alors, pour le monde sans fil qu’on nous promet, aussi fabuleux soit-il, il serait bon de veiller à ne pas autoriser n’importe quoi.

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TENDANCE

Pour s’occuper en montagne

Q

uand on aime la montagne, on l’aime toute l’année, en hiver comme en été. Mais pour cela, il faut les bons jouets. Pour les amateurs de ski, de piste ou de poudreuse, ou les passionnés de VTT, « mollets » ou assistés, voici de quoi vous occuper. Belle montagne à vous.

FACTION Prime 3.0 UN PEU DE CANDIDE On connaît la marque Faction au travers des vidéos déjantées de leur ambassadeur, le skieur freeride français Candide Thovex. Mais Faction ne propose pas seulement des skis de fous. On a aussi dans la gamme ces Prime 3.0, avec lesquels on se sentira bien sur les pistes et dans la poudreuse, en descente comme en montée avec une paire de peaux. Noyau ultraléger en balsa et lin, couches intégrales de carbone pour assurer une belle rigidité, ces planches assurent aussi quand il s’agit de tracer des lignes franches en virage ; bref, une belle polyvalence. Ils sont vendus au prix conseillé de 699 €.

PRODUCTION PRIVÉE Shan n° 5 S’EN FOUT LA MODE Au départ, ce sont deux potes, Damien et David, passionnés de VTT, qui ont lancé leur propre marque de vélos, Production Privée, avec une idée claire : ne pas céder aux modes. Pas d’alu, pas de carbone dans leurs productions, que des cadres aux tubes d’acier sélectionné, fins, élégants et tellement séduisants. Le Shan n° 5 est leur premier « tout suspendu », le premier aussi à être proposé monté, dans une livrée Fox Factory magnifique ici. Prix de ce VTT très haut de gamme, délivré en 4 tailles : 4 499 € sur www. productionprivee.com

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COMMENÇAL Meta Power Race Fox

NOUVEAU SPORT Combien de sports s’électrifient ? Un seul aujourd’hui, le VTT. On peut dire que c’est pour les feinéants, pour ceux qui n’ont plus la « caisse »... ou juste pour essayer et en acheter un. Car aussi bien pour aller grimper en montagne, là où personne ne va tellement ça monte, ou pour la descendre comme un malade, ce Meta Power nouvelle livrée, avec ses suspensions Fox de compétition, sait tout faire. On peut même régler les paramètres de son moteur Shimano depuis son smartphone pour l’adapter à ses envies. La révolution est en marche. On en profite contre un chèque de 5 499 €. Sur www.commencal-store.com

ROSSIGNOL Hero Elite Short Turn TI

DES CUISSES ET DES SENSATIONS Parmi les nouveautés 2018-2019 dévoilées par le géant Rossignol le mois dernier, nous avons retenu ces Hero Elite ST TI. Pour faire simple, il faut comprendre ST par Short Turn, autrement dit « virage court ». Avec 68 mm au patin et un rayon de 13 m, ces skis sont faits pour tailler des courbes serrées dans la neige damée à haute vitesse, à condition d’avoir un bon niveau tout de même et les cuisses qui vont bien. Pour assurer un excellent retour d’énergie, ces planches disposent d’un rail métallique central intégré au noyau sur toute la longueur et d’une construction Titanal Sandwich dérivée de celle des skis de coupe du monde. Au moins, on sera prévenu : ils ne sont pas faits pour tricoter en terrasse. Disponibles avec deux fixations au choix au prix de vente conseillé de 749,99 € (et 799,99 €).

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CULTURE

Bénabar À déguster...

bien chambré

À quelques semaines de la sortie de son huitième album studio, Bénabar nous a conviés à sa (prestigieuse) table, chez JeanFrançois Piège. Au menu ? Dégustation de souvenirs, drolatiques ou émouvants, servis avec un effeuillé de recul et d’autodérision... et un chutney de bonnes vannes ! Propos recueillis par A. Bloch, photos B. Rouffignac

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CULTURE

B

énabar (Barnabé, en verlan), ou Bruno Nicolini de son vrai nom, est un fin gastronome. Rendez-vous fut donc pris au Grand Restaurant, chez le chef étoilé et accessoirement bon ami Jean-François Piège. Touche-à-tout, Bruno n’est pas que chanteur : il fut tour à tour technicien dans le cinéma, scénariste (notamment pour H, la sitcom hospitalo-foutraque de Canal+), mais aussi réalisateur (de courts-métrages)... et même acteur. À l’affiche, notamment, d’Incognito, d’Éric Lavaine (2009), une comédie sur le « syndrome de l’imposteur » d’un chanteur à succès. Il a aussi coécrit (et joué) une pièce de théâtre vaudevillesque et pas franchement tendre avec les psys, Je vous écoute (2016) : mise en scène par sa grande copine Isabelle Nanty, elle a tourné en France jusqu’à l’an dernier. Aujourd’hui, il vient de recevoir le premier mastering de son huitième album studio (à venir au printemps), tandis que le

De ce que j’en sais, l’histoire de votre famille rappelle le fameux bouquin de Cavanna Les Ritals (1978)... Tout à fait ! Ma mère est née à Thiais – moi aussi, d’ailleurs –, dans un coin où beaucoup d’immigrés italiens sont arrivés. Ma mère était petite pendant la guerre, elle a donc beaucoup souffert du racisme anti-Italiens. C’est une vraie blessure, qu’elle a encore aujourd’hui. Comme beaucoup d’immigrés, elle a voulu que ses enfants soient des « petits Français », même si elle le regrette un peu aujourd’hui. Elle n’a pas voulu qu’on apprenne l’italien, mais on avait la grandmère qui le parlait, qui cuisinait les pâtes, tout le barnum... Ça, c’est du côté de ma mère, parce que mon père est corse. Et ancien technicien dans le cinéma... Oui. D’ailleurs j’ai quelques souvenirs d’enfance, comme quand j’ai croisé Alain Delon sur le plateau de Zorro (Duccio Tessari, 1975), ou plus tard Lino Ventura et Michel Piccoli, qui tournaient Espion, lève-toi (Yves Boisset, 1982). Mais ce sont des souvenirs assez confus. Mon père ne nous emmenait pas souvent, parce qu’il avait du boulot, tout simplement. Et quand on y allait, on côtoyait plutôt les techniciens que les vedettes...

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premier single, Feu de joie, vient tout juste de sortir. Éternel superstitieux (en témoignent les innombrables médailles portebonheur qu’il porte en permanence autour du cou), il aborde pourtant cette dernière ligne droite en toute décontraction... ou alors, il fait bien semblant. Midi, les photos sont dans la boîte, et ça tombe bien, parce que Bruno a les crocs. Et il n’est pas le seul. À peine installé à table, on comprend qu’on ne va pas s’ennuyer car le garçon a sous le coude une sacrée réserve de vannes. Sur une carrière imaginaire dans le porno (« Je vais arrêter le X, pour ne pas faire le film de trop : je ne suis plus au niveau, ce serait gênant pour tout le monde ») ou comme danseur au Lido, ou bien sur son fameux pseudo (« Personne ne m’appelle Bénabar, à part mes enfants et ma mère »). D’ailleurs, comment conclure ce déjeuner sublime, arrosé comme il se doit à l’eau minérale ? D’une pirouette : « L’interview était nulle, mais au moins, on a super bien mangé... »

Vous avez exercé le même métier pendant une dizaine d’années... Oui, j’ai commencé stagiaire régie, pour terminer régisseur adjoint. J’ai adoré ce boulot, qui est très formateur pour un gamin de 18 ans : conduire des camions, charger, décharger, faire des repérages pour les tournages...

les musiques, mais il ne les a pas vraiment écrites, alors je m’en suis chargé. Puis il était censé chanter, mais il ne s’y est pas vraiment mis, alors on a monté un duo... Tout a démarré comme ça.

Était-ce en plus une bonne formation pour la scène ? Je pense, oui. Ça permet de ne pas être dans une bulle, ce qui arrive parfois quand on est chanteur et que tout le monde est aux petits soins... Avoir été de l’autre côté, à pousser des caisses, ça donne une autre vision des choses. Même sur les tournages, quand je « fais l’acteur », j’ai toujours une tendresse particulière pour le stagiaire qui vient me chercher. Je l’ai tellement fait !

Dans ce numéro de duettistes, il y avait un côté clownesque. Un rêve d’enfant ? Je ne sais pas trop. Je traînais un peu dans les cirques, c’est vrai, et c’est sans doute pour ça que je me suis mis à jouer de la trompette tout petit... J’en joue encore, d’ailleurs : terriblement mal, mais bon. Je pense que c’est surtout l’imaginaire autour qui m’attirait, et que je retrouve aujourd’hui dans les tournées : il y a un côté forain, vraiment, puisqu’on se déplace de soir en soir avec des camions... Mais mon ambition depuis toujours, c’est essentiellement d’écrire des textes de chansons...

Vos premiers pas dans la musique, c’était en parallèle ? Oui, j’ai commencé vers 1995 à faire de la musique dans les bars : sans ambition aucune, juste pour le plaisir de chanter. Au départ, je devais écrire des textes pour un copain qui habitait chez moi : il était venu pour quatre jours... et il est resté six mois. Lui devait composer

Et des scénarios ? Oui, j’ai écrit deux longs-métrages et une pièce de théâtre... qui ne se sont pas faits. J’ai même réalisé deux courts-métrages. L’un des deux a très bien marché : un truc autour d’une mécanique infernale qui amenait au suicide d’un mec... et qui avait été interdit aux moins de 16 ans ! Heureusement, Frédéric Dard


Également scénariste de sitcoms et de vaudeville, Bruno voue un authentique culte à la vanne, « même un peu conne ».

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CULTURE

Entre deux blagues, Bruno réussit à rester sérieux pour nous parler de ses passions, de ses phobies et de son nouvel album.

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“Je jette beaucoup de textes, je ne suis pas amoureux de

mes mots” Bénabar, chanteur

avait beaucoup aimé le film, et quand il en a touché un mot à Mitterrand, qu’il connaissait bien, l’interdiction est descendue miraculeusement à 12 ans ! LA SERVEUSE : « Pour commencer, des biscottes de saint-jacques, accompagnées de betteraves... » Et puis il y a eu la période « Canal »... Sur la sitcom H, oui. On s’est fait lourder par le producteur dès la fin du premier épisode... mais il nous a rappelés après, parce que manifestement ce qu’on avait pondu n’avait pas trop mal marché. On a fait les quatre saisons, et en tout j’ai dû participer à une cinquantaine d’épisodes. On était nombreux à écrire, mais on bossait en binôme, pour trouver des intrigues, des sous-intrigues, ajouter des vannes... C’est très amusant de chercher des situations propices à la comédie. Pensez-vous justement que vous écrivez des « chansons de scénariste » ? Oui, je m’en rends compte, vraiment. C’est très structuré, avec un début, un milieu, une fin, et je pense que ça vient de cette période-là. En même temps, c’est une façon d’écrire très académique dans la chanson française, si l’on exclut des gens comme Alain Bashung ou Hubert-Félix Thiéfaine, qui sont plus dans la poésie, les sensations... Je soigne vraiment mes personnages, en essayant de savoir ce qui a pu leur arriver avant, ce qui leur arrivera après... Au point que je reprends parfois mes personnages dans d’autres chansons. Je viens même d’écrire un

film à partir du personnage d’une chanson... que je n’ai jamais terminée ! Il est pour quand, ce film ? En principe, on devrait le faire cet été, avant la tournée [à partir de novembre 2018, NDLR]. Enfin, si tout va bien, parce que ça peut très bien ne jamais se faire : c’est le cinéma, c’est comme ça ! Mais je suis assez tranquille, parce que mon boulot, c’est la chanson, alors les films ne m’empêchent pas de dormir. Je suis même étonnamment philosophe, ça me surprend beaucoup, parce que ce n’est pas vraiment mon style : je suis plutôt stressé de nature, pas du tout serein comme mec... LA SERVEUSE : « Messieurs, voici pour vous les œufs de pigeon en croûte meurette, à déguster en une seule bouchée... » Le statut « d’artiste » vous a toujours laissé perplexe. Pourquoi ? Parce qu’il est galvaudé. Dans les maisons de disques, dans les médias, on nous appelle « artistes » dès qu’on fait deux chansons... et beaucoup « d’artistes » y croient ! Personnellement, je pense que ce n’est qu’à la fin qu’on peut se retourner et se demander si on a eu une carrière d’artiste : comme on dit, « c’est à la fin du concert qu’on paie les musiciens ». Mais vous utilisez sans problème ce terme pour les cuisiniers. Pourquoi ? Ce que fait Jean-François Piège, c’est ce que j’aimerais faire dans la musique. C’est un virtuose, mais il y a un côté évident. On comprend très bien ce qu’il veut dire, alors que souvent, avec la cuisine, on ne

sait pas trop. Et puis, il y a la fameuse simplicité des vrais artistes. C’est comme un grand pianiste, quand il joue un truc très compliqué mais qu’on a l’impression qu’on pourrait le refaire chez soi... alors que pas du tout ! J’ai remarqué depuis longtemps qu’avec Jean-François, on parlait souvent de nos boulots respectifs avec les mêmes mots. Rien d’étonnant, parce que dans les deux cas, il faut le tour de main pour prendre une idée et la réaliser concrètement, mais aussi bosser en harmonie avec des gens. En plus, on s’adresse tous les deux à un public, qui est dans la salle pour à peu près deux heures... Vous avez aussi du mal avec le concept « d’artiste engagé » ? Plus que du mal : ça me terrifie. Un bon artiste engagé, comme Boris Vian qui fait Le Déserteur (1954), c’est magnifique. Mais Toto le chanteur du dimanche qui dit s’il faut voter à gauche ou à droite, ce côté donneur de leçons... Puisqu’on est dans un restaurant, disons que pour moi un « artiste engagé », c’est comme le mélange sucré-salé : quand c’est bien fait, c’est sublime, mais quand c’est raté – et c’est souvent le cas –, c’est tout bonnement dégueulasse. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas laisser s’exprimer une vision du monde, ou parsemer un peu de conscience sociale sur une chanson... Avec Le Dîner (2005), que l’on a entendu partout, avez-vous attrapé le « syndrome Charlélie », qui ne peut plus voir Comme un avion sans ailes (1994) en peinture ? Pas du tout. Au contraire, j’ai beaucoup de reconnaissance et de tendresse pour

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“je suis plutôt stressé de nature, pas du tout

serein comme mec” Bénabar, chanteur

cette chanson. C’est vrai que, typiquement, je refuse la plupart du temps de la chanter à la télé, parce que je me retrouverais dans une espèce de truc un peu morbide vis-à-vis de mon travail. Mais je la chante toujours sur scène, et je la fais volontiers au piano aux copains.

studio. J’ai une grande liberté avec ça, et c’est vraiment un avantage : je ne suis pas amoureux de mes mots. Sur le moment, j’ai toujours un petit pincement au cœur, et puis je m’aperçois que ça ne change pas grand-chose. En tout cas, je ne pense pas avoir déjà viré un tube.

Je rêve, ou vous venez de toucher du bois ? Quelque chose a dû me traverser la tête, je ne sais pas trop. Je suis terriblement superstitieux !

LE SERVEUR : « C’est notre célerirave des jardins, cuit au four, avec noisettes, parmesan, beurre battu... »

LE SERVEUR : « Voici le Fontainebleau, crumble d’oignons frits, servi avec un pain au sarrasin et une ficelle parisienne... » Comment écrivez-vous vos chansons ? C’est très laborieux : je passe beaucoup de temps à tourner autour, à noircir des fichiers Word... et puis à un moment je trace sur la chanson... et c’est là que les ennuis commencent. Le pire, c’est quand une chanson est moyenne. Si elle est pourrie, la question ne se pose pas : je la vire direct. Si elle est bonne, tant mieux. Mais une chanson moyenne, c’est un calvaire, parce que je m’acharne dessus... et il manque toujours un truc. Il m’est arrivé de traîner une chanson pendant trois ou quatre ans ! Il paraît que votre passé de scénariste vous a appris à jeter ? Exactement. Si quelqu’un a un doute, si je ne suis pas content, je peux virer un couplet et m’y remettre, même en

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Quelle était l’idée de départ de cet album, réalisé avec Mark Daumail, du groupe Cocoon ? Je voulais un album optimiste, lumineux, entraînant et divertissant. Parce que j’aime beaucoup le divertissement qui, comme pour le cirque dont nous parlions tout à l’heure, n’est pas forcément incompatible avec un peu de profondeur, voire quelques ambitions artistiques. Je voulais raconter quelque chose, mais sans que ce soit une prise de tête, même s’il y a aussi des chansons « concernées ». Lui fait de la pop, et en plus il chante en anglais, donc on n’était pas voués à travailler ensemble, mais on y a pris beaucoup de plaisir. Sur l’album, vous avez un peu laissé de côté votre marque de fabrique vocale, cette « scansion » qui rappelle un peu les comptines de notre enfance... Effectivement, j’ai toujours eu une façon de chanter très... « chanson française », et Mark m’a fait changer ça.

Heureusement, parce que des morceaux comme le single Feu de joie, si on les chante à l’ancienne, ils sont par terre. Depuis l’album précédent, vous prenez plus de risques en termes de technique vocale, non ? Je ne pense pas qu’on m’écoute pour mes capacités vocales ! Mais c’est vrai : j’ai pris pas mal de cours de chant ces derniers temps, et puis le théâtre apporte aussi beaucoup pour la voix. Donc j’ai plus de technique : il ne faut pas que les gens s’attendent à entendre Florent Pagny, mais je progresse... C’est votre huitième album : la pression commence-t-elle à monter ou est-ce devenu la routine ? Je suis étonnamment serein. Pas parce que je suis sûr que l’album est bien et qu’il va marcher, mais parce que maintenant, je ne peux plus rien faire. Là où on est mal, c’est quand on a fait les choses un peu malgré soi, pour l’argent par exemple... Dans ce cas, si ça ne marche pas, c’est vraiment moche. Mais quand on assume le truc, ça va. Bon, il n’est pas impossible que j’aie quand même une petite insomnie la veille de la sortie de l’album... Vous ne concevez jamais vos tournées en fonction de l’album précédent, c’est bien ça ? Non ! La tournée est vraiment importante pour moi, parce que j’ai commencé à faire de la scène avant de faire des disques. Alors je ne l’ai jamais conçue


Avec Jean-François Piège, ils sont copains depuis une dizaine d’années... Alors Bruno a « l’impression de venir déjeuner dans [sa] famille ».

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“je respecte la muraille de chine, mais je n’ai aucun besoin d’aller

marcher dessus” Bénabar, chanteur

comme le service après-vente d’un album. Parfois, je n’ai même joué que deux ou trois des derniers titres sur scène. Mon idée, c’est que l’on puisse venir me voir en concert sans jamais avoir entendu l’une de mes chansons. LE SERVEUR : « Votre cabillaud, confit puis effeuillé, poudre de moutarde, épinards de Viroflay et tripettes fondantes... » Je ne savais pas que vous étiez aussi « fine gueule »... Bien manger, c’est central, je ne pense qu’à ça : je crois même que je préfère la bouffe à mes gosses ! [Rires.] Je suis un gastronome, mais pas dans le sens où je ne me régale que de caviar ou de homard : une bonne salade de tomates avec juste un filet d’huile d’olive, ou même un jambon-beurre avec une bonne baguette, ça me va ! Vous aimez aussi les tocantes, visiblement... Les montres ? À fond ! Je suis un grand malade. D’ailleurs, je corrige ce que je viens de dire : c’est la bouffe d’abord, c’est vrai, mais ensuite il y a les montres. Et loin, mais alors très loin derrière : mes gosses ! Blague à part, ça me rend complètement ouf... Ce que je lis le plus, dans la presse, ce sont les dossiers montres. Je commence par un truc pointu quand même, genre le PIB de la Chine, j’essaie de m’accrocher un peu... et puis je fonce dans les pages montres ! Et votre peur de l’avion, ça s’arrange ? Pas vraiment. J’ai fait des stages Air

France : ça m’a un peu débloqué. Mais je ne prends pas l’avion plus de trois à quatre fois par an. Pour être franc, je ne suis pas du tout dans le délire autour des voyages, même si je sais que c’est un peu tabou de dire ça par les temps qui courent. Moi, je respecte à fond la Muraille de Chine, mais je n’éprouve absolument pas le besoin de marcher dessus pour prendre un selfie... Tout me gonfle dans les voyages : faire les vaccins, boucler les valises, prendre l’avion, avoir une autre monnaie, me faire arnaquer par les taxis... Le seul truc qui pourrait me faire voyager, c’est encore et toujours la bouffe, mais comme on est à Paris, on a les gastronomies du monde entier sous la main ! LE SERVEUR : « Mijotés sur des coquilles de noix, vos ris de veau de lait, chou cabus d’Île-de-France braisé au jus d’échalotes... » À propos de votre pseudo, d’où vient-il ? Si je devais commencer la musique maintenant, je ne prendrais pas de pseudo, je pense. Mais c’est parce qu’on était en duo, et que je voulais des noms de clowns. Ça a donné « Patchol et Barnabé », et puisque Patchol était censé parler tout le temps en verlan, il m’appelait Bé-na-bar. Et puis c’est resté. Aujourd’hui, je l’aime bien, ce nom qui ne ressemble à rien. On comprend bien que je n’ai pas passé des jours à chercher un nom un peu sexy, un peu viril, et tout ça. Au contraire, quand on m’en parle, c’est pour me demander, en substance : « Mais pourquoi as-tu choisi ce drôle de nom ? »

Vous aimez beaucoup Jacques Higelin, d’où certainement ces petits sketches en interlude sur scène... Sauf que les vôtres sont écrits à l’avance, n’est-ce pas ? Oui, tout est écrit. Je me fais même aider, à chaque fois. Par les copains des Guignols, puis Olivier de Benoist... J’ai commencé à en faire dès mes débuts, dans les bistrots : comme les gens ne venaient pas pour moi, il fallait que je fasse en sorte qu’ils restent, et puis je voulais faire marrer les musiciens qui m’accompagnaient, souvent gratos. Au départ, je passais un temps inouï sur mes vannes, j’y consacrais même la moitié de mes journées ! Ça n’est plus le cas aujourd’hui.

UN HUITIÈME ALBUM POP ET OPTIMISTE Plus pop, mais aussi vocalement plus ambitieux qu’à l’accoutumée, Le Début de la suite (enregistré dans la région de Bordeaux et dont la sortie est programmée le 30 mars) porte bien la marque du groupe Cocoon et de son leader Mark Daumail, avec ses gimmicks à base d’instruments rigolos comme le tambourin, l’ukulélé et le glockenspiel. Optimistes, les textes suivent un fil rouge, celui du temps qui passe, avec des détours par des thèmes plus terre à terre comme la frousse en bagnole de Bénabar... On appréciera aussi les deux chansons qui, se répondant, font intelligemment se percuter deux points de vue sur une même scène.

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HUGH COLTMAN Voyage aux sources du jazz Auréolé d’une Victoire du jazz, le Franco-Britannique lance actuellement un nouvel album enregistré (pour de vrai !) à La Nouvelle-Orléans. Nous en avons longuement discuté dans l’un de ses QG parisiens.

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Photo Cristal Rock

Textes A. Bloch, photos M. Obin


WHO’S HAPPY ? De Hugh Coltman (Sony/Okeh) Sortie le 2 mars 2018

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CULTURE

C’

« Il n’y a qu’à La NouvelleOrléans qu’on croise des fanfares de 120 personnes »

est sans savoir qu’il habiqui, comme lui, gravitaient autour tait justement dans ce de Radio Nova (notamment Spleen). coin de Montreuil que Il a ensuite fait, un peu par hasard, nous lui avons donné ses premiers pas « sérieux » dans rendez-vous dans ce club-bar-cantine le monde du jazz, à l’invitation du Hugh Coltman, aménagé « à la berlinoise » dans une pianiste belge Éric Légnini, puis a ancienne usine. À peine descendu de auteur-compositeur-interprète enchaîné sur un album de reprises sa moto, il caresse longuement, en bon du grand Nat King Cole, en 2015. British, l’idée de commander une tasse de thé. Mais il Un virage finement négocié, puisqu’il a décroché n’est pas encore tout à fait 5 heures : pas d’autre à l’automne 2017 une Victoire du jazz, catégorie choix que de se rabattre sur un truc un peu plus fort « voix de l’année ». Avec ce nouvel opus enregistré pour patienter jusque-là. Du houblon et des bulles à La Nouvelle-Orléans, on avait vu venir la maison feront l’affaire. On s’en grille une ou deux avant de disques avec ses gros sabots : encore le fameux de se mettre à table et d’entrer dans le vif du sujet : coup du made in Motown, New York, Chicago, l’occasion de disserter sur des sujets aussi incongrus Cuba, Kingston... (rayer les mentions inutiles), que les whiskys français ou les guitares japonaises... après une escapade au pas de course pour bidouilAu commencement était The Hoax : un groupe ler le clip promo qui va bien. Mais on n’a pas mis de blues, mâtiné de rock, formé dans un patelin longtemps à manger notre chapeau, d’autant que paumé du sud-ouest de l’Angleterre, et qui a pas Hugh est à la tête de son propre label : sa major le mal tourné, notamment aux États-Unis. Un coup distribue sous licence. « Au début, explique-t-il, d’Eurostar plus tard, Hugh a atterri à Bagnolet, puis je me suis dit que, comme tous mes autres disques, signé deux albums en solo, à mi-chemin entre pop j’allais le faire en France. Mais j’aime vraiment trop et folk, tout en tapant allègrement le bœuf avec ceux cette couleur musicale qui donne la patate tout en

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hérissant les poils, avec juste une petite pointe crado et bordélique. Alors, je suis allé une première fois à La Nouvelle-Orléans, pour rencontrer des musiciens et visiter des studios. » Lorsqu’il y est retourné pour de vrai, quelques semaines plus tard, il a pris ses quartiers dans un Airbnb, avec deux musiciens dans ses valises : « J’avais besoin de copains “in my corner”, comme on dit en anglais, c’est-à-dire pour m’encourager depuis mon coin du ring de boxe. » Une résidence d’une douzaine de jours, dont une petite semaine consacrée aux enregistrements : « Je voulais qu’on puisse découvrir la ville et s’en imprégner avant, puis décompresser après. » Il y a assurément des vibrations particulières dans ce haut lieu historique des traites négrières, dont beaucoup de noms de rues sont en français, et qui porte toujours, douze ans après, les stigmates du ravageur ouragan Katrina (plus de 1 500 morts pour la seule Louisiane). « En plus, on est vraiment dans le Sud. Lors de ma première visite, les gens commençaient seulement à trouver bizarre que le drapeau confédéré flotte toujours sur le parvis de l’université ! » Cela change-t-il vraiment quelque chose à

l’âme du disque ? « Sûrement. D’abord, parce qu’on a joué certains morceaux de plus en plus lentement au fil des prises : entre la chaleur et l’humidité, on comprend vite d’où provient le côté chaloupé et transpirant de cette musique. » Et la voix éraillée qui va souvent avec puisque, comme l’ensemble de leurs compatriotes, les Louisianais débloquent complètement avec la clim’ : on passe donc en permanence de + 40 °C à l’air libre à quelque chose comme – 17 °C ressentis à l’intérieur. « J’avais la voix tellement cassée que je chantais avec les mecs seulement pour leur donner la vibe : je pensais devoir refaire les voix à Paris. Finalement, après avoir écouté les morceaux à tête reposée, je n’en ai repris que deux. » L’album comporte d’ailleurs peu d’overdubs, comprendre de pistes enregistrées séparément, littéralement par-dessus les autres. La raison est simple : presque toutes les prises ont été faites avec tous les instruments (y compris une batterie et une section de cuivres, dont un imposant soubassophone) installés dans la même pièce de l’ancienne église presbytérienne reconvertie en studio, ce qui rend ce genre de tripatouillage cauchemardesque pour

Hugh a pris le temps de traîner dans la ville, pour s’imprégner de son atmosphère... contradictoire : d’un côté une histoire pour le moins chargée, et, de l’autre, une ambiance plutôt « punk ».

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« La NouvelleOrléans est le seul canton de Louisiane à ne pas avoir voté Trump. »

un ingénieur du son. En amont, il a je n’ai compris que beaucoup plus fallu apprivoiser les musiciens : « Ce tard à quel point il avait assuré. » n’était pas forcément gagné. Mais après le Au tout début de l’aventure The premier morceau, ils avaient l’air de s’être Hoax, autour de ses 18 ans, fan de bien amusés. Puis le deuxième (Sugar la première heure de Radiohead, Hugh Coltman, Coated Pill), qui parle entre autres d’un il a entamé une licence de théâtre mec ruiné par son crédit, leur a vraiment auteur-compositeur-interprète qu’il n’a jamais terminée, à cause parlé. Au point que le pianiste, qui était des tournées : « Je m’étais lancé sur un autre projet en parallèle, a fini par me proposer là-dedans en pensant à ma mère, qui avait écrit de revenir gratuitement si j’avais besoin d’un beaucoup de poésie, mais avait dû abandonner truc ! » Au final, onze pistes qui passent en revue pour nous, en trouvant un job de secrétaire dans l’éventail des sous-styles du jazz, même s’il a du un hôpital. » D’emblée, il s’est mis à composer, et à mal avec les classifications. Dont une reprise, écrire des textes, mais il n’osait même pas montrer d’un morceau méconnu du non moins méconnu quoi que ce soit aux autres membres du groupe. Charles « Mad Dog » Sheffield (It’s Your Voodoo C’est avec à l’esprit cette idée tenace de devenir Working), ainsi qu’une chanson (partiellement) auteur-compositeur qu’il a traversé le Channel, en français dans le texte (Hand Me Down), à 27 ans. Il a d’abord écumé les scènes ouvertes, ce qui sauf erreur constitue une première. notamment à la Flèche d’Or (qui a baissé le rideau Si l’on remonte le temps, Hugh a grandi dans la l’an dernier) et dans des petits bistrots de quartier campagne anglaise, avec sa grand-mère écossaise (« devant des gens qui s’en foutaient totalement... »). venue, à la mort de sa mère (lorsqu’il avait 8 ans) Puis joué dans le métro, ce dont il garde un s’occuper de lui, de son frangin... et aussi un peu excellent souvenir : « Pas besoin de planifier quoi que de leur père : « C’était horriblement dur pour lui, et ce soit, il suffit de monter dans une rame au hasard

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pour jouer devant des gens qui n’attendent rien de toi. Alors, à chaque fois que quelqu’un dit que c’est super, ça tasse un peu plus le terrain de la confiance. » Puis est arrivé le jazz, sans le choc des cultures redouté : « Je m’attendais à ne rencontrer que des gens coincés, avec leurs petites lunettes sur le bout du nez et qui passeraient des heures à chipoter sur la justesse d’un fa dièse... mais pas du tout ! » Il s’est alors rapidement affranchi du côté archi-millimétré de la pop, « une musique qui ne peut pas être généreuse, parce qu’elle n’est pas conçue pour être jouée, mais pour être répétée à l’identique », pour commencer à vraiment se lâcher. Sans pour autant partir dans des délires de 12 minutes : « C’est bien de se laisser emporter, quitte à ce que certains tombent dedans, et d’autres passent à côté. Mais à un moment, il faut aussi se demander si on ne fait pas chier les gens. » Il s’est ainsi frotté à un certain nombre de virtuoses (lui préfère parler de « bestioles »), dont il a tout de suite admiré la dextérité, tant physique que mentale : « C’est génial de maîtriser un outil, une machine, au point de s’exprimer avec comme si on parlait. » Curieusement, il marque toujours un temps d’arrêt,

presque imperceptible, au moment de parler de lui-même comme d’un musicien : il se qualifie plus volontiers, tout au plus, de « musicien frustré ». Il joue du piano (mais se considère comme « pas très bon »), de l’harmonica aussi, depuis qu’il a découvert Little Walter, harmoniciste en vue dans le Chicago des années 1950 et 1960. Et, à l’en croire, il n’aurait commencé à « vraiment bosser la guitare » qu’il y a un an, alternant comme jamais il ne l’avait fait gammes et travail au métronome, pendant pas moins de deux à trois heures quotidiennes. Pour conclure, avant de commander le thé puisque c’est l’heure, il rebondit sur une autre des chansons de l’album (Civvy Street) : «  Elle parle de cette vie, que j’ai un peu eue parce que j’ai passé sept ans à faire des boulots horribles à côté de la musique, et qui consiste à se lever tous les jours à 8 heures, faire la même chose jusqu’à 17 heures... Je trouve les gens qui arrivent à faire ça fabuleusement courageux. Moi, j’emmène les enfants à l’école le matin, mais ensuite je bois mon café au bistrot et je rentre retrouver ma guitare. Et, sans être Lady Gaga, j’ai la chance de bien vivre d’un truc que j’adore faire ! »

À quelques rues de l’ancienne église accueillant le studio, on remarque encore les stigmates de la crise des subprimes, voire de l’ouragan Katrina (qui date pourtant de... 2005 !).

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L’histoire fantastique des

Blues Brothers

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Le grand maigre et le petit gros. Le Canadien d’Ottawa et le Yankee de Chicago. Ils étaient frères d’humour et d’amitié. Rien ne pouvait les séparer, sauf l’attrait du petit pour les drogues. Le troisième volet du film Ghostbusters sortant cet été, c’est l’occasion d’effectuer un retour sur une camaraderie unique, entre John Belushi, devant initialement interpréter le rôle de Peter dans Ghostbusters, et Dan Aykroyd, soit Jake et Elwood Blues, alias The Blues Brothers. Textes A. Gardinier

À

la mi-septembre, tous les New-Yorkais, colonisateurs estivaux, désertent la petite île de Martha’s Vineyard et reprennent le ferry blanc en direction de Woods Hole, le village portuaire du Massachusetts, juste en face sur le continent. À la mi-septembre, c’est aussi le vent doux qui se lève, les homards qui réapparaissent, les baleines à bosse qui croisent au large, le calme revenu... La mi-septembre, c’est le paradis pour les résidents de la petite île, en particulier pour les deux barjots qui se trimbalent dans une vieille Jeep sur le chemin caillouteux qui borde Skull Beach. Le plus grand pousse une vieille cassette dans le lecteur et les guitares bourdonnent comme des abeilles en rut : « Hey ! Danny, c’est quoi ce truc ? » « The Two Thousand Pound Bee par les Ventures. Un classique », répond la grande tige au petit gros qui, soudain, se met à réfléchir : « Danny, tu imagines ce morceau lors d’une messe funéraire, ce son cradingue qui voltigerait au-dessus de tous ces pleureurs ? Trop classe ! » Dan Aykroyd rigole et redevient aussitôt sérieux, aussi sérieux que peut l’être un Canadien de Toronto réfugié sur une île de la Nouvelle-Angleterre : « Écoute, John : si je venais à disparaître avant toi, promets-moi de passer ce titre à mes obsèques. » « Et inversement », souligne son pote grassouillet. « Gimme a five ! » Le pacte fut signé d’une poignée de main, comme tous les VRAIS pactes entre potes. TROIS ANS PLUS TARD. Il fait encore frisquet début mars à Martha’s Vineyard. Sur le chemin du cimetière d’Abel’s Hill, le méchant sentier qui borde Skull Beach, les pêcheurs se retournent sur l’étrange cortège : un corbillard Cadillac, suivi d’imposantes limousines noires et, devant, ouvrant la marche, une moto. Sur la BSA vintage, un grand échalas en jeans, bottes de moto et blouson de la police de Chicago orné sur l’épaule droite de l’emblème de la ville. À sa boutonnière un œillet et, en écharpe autour du cou, le drapeau des confédérés. John Belushi était un rebelle et Dan Aykroyd tient à le faire savoir dans son dernier hommage. Les milliers de fans rassemblés près de l’église ont reconnu, derrière le corbillard, la Bluesmobile du film The Blues Brothers. Les rares malins qui réussirent à s’infiltrer dans la nef purent également apercevoir Aykroyd seul au fond, assis sur un banc de bois, se demandant si John aurait voulu qu’il soit là. Tous écoutèrent James Taylor, autre habitué des automnes du Vineyard, interpréter son magnifique Lonesome Road et reconnurent parmi les invités des

dizaines de superstars venues rendre un dernier hommage au frère Blues. Trois jours plus tard, aucun ne fut convié à pénétrer dans la cathédrale où se tenait une messe privée au cœur de Manhattan. Dan avait apporté une cassette audio et la poignée d’intimes de John quitta le lieu le cœur lourd sur un son de guitares ressemblant à un essaim d’abeilles en rut. Quelques-uns reconnurent The Two Thousand Pound Bee des Ventures.

Les débuts « Je ne suis pas homo, lui non plus que je sache, mais quand il est entré pour la première fois dans ma loge, j’ai eu ce “rush” d’adrénaline, cette décharge que tu reçois quand tu rencontres une superbe nana. Belushi et moi, ça s’est passé comme lors d’un contact électrique : tziifff ! » C’était il y a quarante-quatre ans. Daniel Edward Aykroyd, 20 ans tout rond, était un jeune « acteur branleur » d’Ottawa qui, à Toronto, tentait de refaire le monde en se produisant chaque soir au Club 505, un rade de la ville, ainsi qu’au sein d’une troupe de théâtre d’improvisation, la Second City Comedy Troupe. Belushi, de Wheaton, Illinois, plus âgé de quatre ans, était un autre branleur, qui venait de refaire une partie du monde au sein de la version chicagoane de la Second City Comedy Troupe. Un branleur mondialement connu dans la banlieue de la ville (y compris La Grange, Joliet et Schaumburg) grâce à son imitation de Joe Cocker dans With a Little Help from my Friends, à tel point que le National Lampoon, la revue satirique qui faisait se tordre de rire l’Amérique, l’engagea afin de s’occuper de son heure de radio franchisée sur les ondes de l’Illinois. Comme le décrit si bien Aykroyd, quand Belushi apparut dans les coulisses du théâtre de Toronto où se produisait Second City, cela fit « tziifff ». Belushi était à la recherche de nouveaux talents pour nourrir son émission de radio. Aykroyd refusera le job mais les deux compères ne se quitteront plus. Durant les dix années suivantes, Dan Aykroyd, le fils de l’assistant-député au ministère des Transports de Toronto, et John Belushi, rejeton d’un immigrant albanais tenancier d’un boui-boui à Wheaton, Illinois, feront se tordre de rire des dizaines de millions d’individus, deviendront des stars et s’éclateront ensemble sans aucune limite. À l’époque, l’Europe ne connaissait que le film The Blues

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CULTURE Brothers et les trois 33 tours qui en découlèrent, sans se douter que Belushi et Aykroyd, déjà impressionnants dans ce long-métrage de John Landis, étaient des personnalités exceptionnelles, un tandem magique, des virtuoses du poil à gratter mâtiné de poésie et de quatrième degré. Malheureusement, un vendredi matin de mars 1982, dans le bungalow n° 3 de l’hôtel Château Marmont à Hollywood, une seringue emplie de speedball a mis fin au duo, à l’amitié et à la rigolade. PAS UN SHOW COMIQUE sur la planète télévision, et ce depuis une bonne trentaine d’années, n’a omis de piller Saturday Night Live. En direct, comme son nom l’indique, tous les samedis soir sur la chaîne NBC depuis octobre 1975, avec ses sketches interprétés par la troupe résidente et ses invités, le SNL est plus qu’une institution : un mythe, une machine à pleurer de rire, une usine à inventions déjantées ponctuée de (bonne) musique. Tous les plus grands rois de la déconne made in USA s’y sont révélés : Chevy Chase, Bill Murray, Eddie Murphy, Billy Crystal, Dana Carvey, Tina Fey, Ben Stiller, Mike Myers, Chris Rock ou encore Adam Sandler. Cependant, le vrai booster de ce show de trois heures sans aucun temps mort sera le duo Belushi-Aykroyd. Pourtant, a priori, le SNL, créé par le scénariste Lorne Michaels suite à une demande des pontes de la NBC, ne branchait pas le duo, qui fêtait deux années de vie presque commune sans accroc, faites de moments épiques de radio, de sketches délirants dans des clubs en sous-sol et (surtout) de bonnes bouffes. Lorsque Michaels, un vieux copain de théâtre d’Aykroyd, l’appelle afin de renforcer, à New York, l’équipe de scénaristes du nouveau show télé qu’il va produire, Danny hésite longuement. Les émissions de télé en direct lui semblent faire partie d’un monde révolu, celui des présentateurs d’un autre temps comme Johnny Carson ou Merv Griffin. Quand Danny joint Belushi, celui-ci non plus n’est pas enthousiaste : « Je pense que nous sommes à l’apogée d’une grande carrière, pourquoi pas les futurs Laurel et Hardy ? On ne va pas gâcher ça en se torpillant dans un show télé ringard, de plus avec un nom stupide ! Laissons tomber... À moins que... On ne le fait que si ton pote de la télé nous assure qu’on aura carte blanche... » Lors de leur rendez-vous à New York, Lorne Michaels est persuasif : son émission va inaugurer une nouvelle forme de télévision et NBC, qui veut absolument rajeunir son audience, est prête à laisser les acteurs inventer à leur guise. Aykroyd s’imagine déjà sur la petite scène du studio du Rockefeller Plaza. Son imagination farfelue, résultant d’études poussées de psychologie et criminologie appliquée à l’université de Toronto, conjuguée à la force comique de son copain chicagoan, devrait faire des étincelles... Ce qui fit la force de ce fabuleux tandem fut d’abord cette extraordinaire amitié. Une communion parfaite basée sur une admiration profonde et réciproque. À longueur de journée, Aykroyd disait de Belushi : «  C’est un Dieu, un véritable Dieu de la comédie. » Judy Jacklin, la femme de Belushi, qu’il connut au lycée et avec qui il se maria le 31 décembre 1976, ne chercha même pas à lutter contre cette osmose amicale qui se développait sous ses yeux. Elle fut

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plutôt une confidente, un soutien pour ce « couple », l’âme sœur à qui se confier et l’amie devant qui on pouvait tester les nouveaux sketches. La fascination qu’ils exerçaient l’un sur l’autre fut telle que toutes les personnes qui les approchèrent eurent envie de la raconter. Aykroyd dira un jour : « Aucune dimension de l’amitié ne resta inexplorée entre nous, excepté sous sa forme sexuelle. » Leur passion commune pour les cols-bleus de l’Amérique moyenne ainsi que pour la musique scella encore plus leur complicité. Leurs sketches sur ce qu’ils nommaient la « blue-collar low rent romance », certainement les plus percutants de leur carrière, dérivaient d’histoires vécues. Avant de connaître une relative notoriété grâce à ses premiers sketches, Aykroyd fut employé dans un entrepôt, serre-frein à la Canadian National Railway, facteur, inspecteur de travaux routiers, vendeur par téléphone. Belushi a œuvré en tant que concierge, employé de magasin, nettoyeur et chauffeur de minibus. Ce qui les amuse par-dessus tout, c’est de magnifier la chose, faire de tous ces paumés de la vie des héros de fantasy comics. Leur autre lien, c’est la musique.

Fous de blues Dan sait martyriser un harmonica. Et Muddy Waters, avec qui il « jammait » dans les clubs de Toronto, en témoigna. Quant à John, il sait donc imiter Joe Cocker à la perfection mais, en plus, avec deux baguettes, une caisse claire et une paire de cymbales, il vous fait les Tambours du Bronx ! Si Belushi aime un peu tout, y compris et surtout le heavy metal, Aykroyd est définitivement un cinglé de blues. Adolescent, il passe ses nuits au Hibou, un club de blues d’Ottawa où il assiste aux concerts des plus grands noms du genre tels Howlin’ Wolf, James Cotton, Pinetop Perkins, Buddy Guy, Junior Wells ou encore Muddy Waters. Comble de l’ironie, c’est le Canadien qui va peaufiner l’éducation musicale blues du natif de Chicago, la capitale du genre ! En déboulant sur le plateau de l’émission new-yorkaise du samedi soir, c’est tout de suite vers cela qu’ils vont s’orienter. Leur show sera bourré de rhythm’n’blues, de « blue-collar jokes », ces vannes visant les cols-bleus qui peuplent la véritable Amérique et les pavillons de banlieue qui vont avec. Un spectacle peuplé de monstres, de mysticisme, de flics, de guerriers, de pirates, de fantômes, de gags puants et encore et toujours de blues. C’est de là que découla leur idée de former un duo de chanteurs de blues. LORS DE LEUR PREMIÈRE « blues apparition » en direct, le 17 janvier 1976, c’est déguisés en... abeilles qu’ils interprètent le classique de Slim Harpo I’m a King Bee. Ce soir-là, leur nom de scène sera Howard Shore and his All-Bee Band en hommage au directeur musical du show, lui aussi de Toronto. John introduit la chanson et fait la roue et diverses cascades, Dan se charge des parties omniprésentes d’harmonica : le public apprécie. Aidés au début par le groupe du plateau et par Paul Shaffer, qui en a la direction, ils vont petit à petit donner du son, du vécu et de la chair à leurs deux personnages Plus tard viendront les


costards aussi sombres que leurs lunettes et leurs chapeaux, ainsi que leur nouveau (et définitif ) nom de scène, soufflé par Howard Shore : The Blues Brothers. Aykroyd est le plus jeune des résidents, écrivant et jouant au maximum, appuyé par les cinq autres comédiens et les techniciens qui respectent cette colossale puissance de feu comique et cette imagination tendant au génie. Il recevra d’ailleurs dès 1977 un Emmy Award pour la qualité d’écriture de ses sketches. Quant à John, il peut se plier à n’importe quoi. Ainsi, l’un des numéros les plus célèbres est celui de Samurai Futaba qui, supposé exister dans la Chine antique, se bat au sabre avec les invités du show. Le premier sketch de la série, mettant en scène Samurai Belushi et l’immense comique Richard Pryor dans l’hôtel où ils officient en tant que garçons d’étage, est irrésistible. Ce duo de notables pékinois du Moyen Âge était si hallucinant que l’on finissait par oublier que Pryor était noir et Belushi blanc de descendance albanaise ! New York craque et, chaque samedi soir, les rues se vident des jeunes qui ont compris que le plan branché du moment c’est de rester chez soi à regarder ces deux cinglés à la télé. Le New York Times est dithyrambique, au point que l’attaché de presse de la MaisonBlanche accepte de venir se faire cuisiner en direct par la troupe.

Le succès Début 1976, au cœur de la première saison, NBC décide de diffuser SNL, toujours en live, simultanément dans les cinquante États de l’Union. Les deux faux frères sont hallucinés mais se demandent quand même s’ils touchent ceux qu’ils veulent toucher : la ménagère de moins de 50 ans de Sylacauga, Alabama, l’ouvrier à la chaîne de Flint, Michigan, ou encore le fermier de Springfield, Missouri. C’est alors qu’ils décident de mettre à profit le break estival pour réaliser ce qui sera, selon eux, la plus grande aventure de leur vie : la découverte de leur public. La voiture : une Oldsmobile 98 Sedan de 1974. Les bières : Budweiser et Schlitz. Les lunettes : Ray-Ban modèle 5022 G15. La destination : Ouest-Sud-Ouest. Le matériel : un lecteur de cassettes et une CB longue portée. Et en route pour la mission. Car c’est une mission. Danny conduit. Danny conduit TOUJOURS. Il peut s’agripper au volant des journées entières, alors que John ne fait pas dix miles sans se payer une borne kilométrique. Danny s’occupe de tout, John n’ayant qu’à se laisser bercer par la musique de Joe Tex, James Carr, Solomon Burke, Johnny Ace, Bobby Byrd, James Brown, Ray Charles, ainsi qu’Otis Redding avec le groupe qui l’accompagnait sur ses disques : Booker T And The MG’s. De toute façon, Danny s’occupe TOUJOURS de tout. C’est lui qui conserve les papiers, y compris le portefeuille de John, ses clés et ses pilules contre la toux. Et pas de gêne. Ils se tuent à le répéter : des PARTENAIRES ! La lumière céleste frappera le pare-brise de l’Olds quand Danny appuiera sur le bouton de la CB. Tout d’un coup, des centaines de voix de cols-bleus, de ménagères,

de paysans et de routiers empliront l’habitacle. Leur public ! Ce sont eux les Américains purs céréales, forts de leur langage, de leur argot, de leurs manières et habitudes. Et le meilleur moyen de tester l’humour, de prendre la température de ces Américains « profonds », c’est de les écouter et aussi de leur répondre. Le feedback est instantané, ce n’est pas comme à la télé ! Les deux faux frères ne connaissent rien aux codes de la CB, mais ils s’en contrefichent et encombrent les canaux avec leurs blagues à deux dollars cinquante. Et ça marche ! Les gars du Midwest se prennent au jeu, et même les truckers, ces camionneurs barbus qui détestent d’habitude qu’on leur brouille l’écoute, en redemandent. L’Oldsmobile avale du freeway et le micro passe de main en main, dans un irréel ping-pong verbal. Le soir, les frangins cherchent le motel le plus glauque de la plus petite ville signalée par la carte, celui dont le néon rose et bleu illumine le parking bourré de vieilles Pontiac et de breaks Chrysler immatriculés en Alabama ou au Dakota du Nord. Dans leur chambre minable, ils jouent à se faire peur, à trouver de nouveaux gags... Deux gamins. Au bout de trois semaines de périple, le duo déboule par hasard en Arkansas. Ils craquent : les jokes fonctionnent à merveille sur la CB, mais est-ce que les gens ont une simple idée de ce à quoi ils ressemblent ? Le SNL a-t-il été adopté par l’Amérique des Rocky Mountains ? Un beau matin ensoleillé, ils s’arrêtent devant le campus de l’université de Little Rock alors en pleine session d’été et décident de le traverser. Il est évident que parmi tous ces étudiants, certains vont les reconnaître. Mais c’est le bide ! À peine quelques regards ironiques. Personne ne vient leur demander le moindre autographe. Ils se décident finalement à arrêter un groupe de boutonneux sortant de cours : « Hé ! les mecs, vous aimez le Saturday Night Live Show ? » Le Saturday quoi ? Manifestement, juste un boulot de fonctionnaires du rire pour les citadins, sans plus... DE RETOUR DANS LA GROSSE POMME, le duo se remet au boulot. Ose tout. Et même pire. Et ça marche. La soirée spéciale blues fait un véritable malheur et la superstar de l’émission, Chevy Chase, est étouffée sous la puissance de feu des frangins, au point qu’il annonce son départ. L’ambiance ne fut jamais au beau fixe entre le duo Aykroyd-Belushi et Cornelius Crane « Chevy » Chase, ce dernier ne supportant pas de partager quelques parcelles de gloire, surtout depuis que son imitation du président Gerald Ford est considérée comme le summum du talent. Mais, justement, Ford est remplacé à la Maison-Blanche par Jimmy Carter et ça, Aykroyd sait le faire. Ajoutez la drôlissime interprétation de Henry Kissinger par Belushi et l’Amérique est de nouveau secouée de quintes de rires. Seul petit souci : Belushi commence à se la jouer. Son salaire plus que décuplé et ses 100 000 dollars annuels lui permettent de vivre la dolce vita new-yorkaise et de louer à la journée les limousines qui servent à aller chercher les doses de son nouveau péché mignon : la cocaïne. Bientôt, il ne peut plus exister sans sa chère poudre blanche et disparaît des heures entières en compagnie de nouveaux amis de défonce, au grand dam de Michaels, de Danny et de Judy, qui voit son

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CULTURE mari passer du côté obscur de la barrière. Que faire ? Elle-même apprécie également d’en absorber de manière festive mais n’a aucun contrôle sur la consommation massive de John. Elle décide même de le mettre à la porte, espérant un sursaut. L’acteur quitte leur appartement de Bleecker Street pour aller s’installer chez sa consœur et amie, la comédienne Penny Marshall. Sa seule obsession est de devenir célèbre mais surtout aimé dans tous les États-Unis, et la cocaïne l’aide à surmonter le poids que représente cette quête. Des consultations chez un médecin addictologue, le docteur Rosenbluth, n’y changeront rien. Après avoir demandé à John d’énumérer « honnêtement » ses diverses consommations, il en sortira cette liste : « Trois paquets de cigarettes par jour. Consommation d’alcool : “sociale” Valium : de temps en temps. Marijuana : quatre à cinq fois par semaine. Cocaïne : tous les jours. Mescaline : régulièrement. Acides : dix à vingt “trips”. Quatre sortes d’amphétamines et des quaaludes consommés régulièrement. Pas d’héroïne. » Quand le médecin lui demande pourquoi il en consomme autant, Belushi lui répond : « Je donne tellement de plaisir à tellement de gens : pourquoi n’en aurais-je pas aussi moi-même ? » Il ne voit pas pourquoi il arrêterait, tout du moins la cocaïne : il ne prend pas (encore) d’héroïne, il ne s’injecte rien...Pourquoi stopper ? « Parce que vous êtes en train de vous tuer », répond le spécialiste.

Le cinéma Au sein de l’émission, l’ambiance devient également tendue, John laissant Dan et Michaels se débrouiller de plus en plus pour l’écriture des sketches. Ce dernier va d’ailleurs virer plusieurs fois « sa » star, qui revient chaque fois en assurant à son entourage qu’il va définitivement arrêter les drogues. Un autre personnage va entrer dans le schéma Aykroyd-Belushi-Michaels : il s’agit d’un jeune réalisateur de 27 ans qui vient de sortir un long-métrage à sketches ayant très bien fonctionné, Hamburger Film Sandwich. John Landis veut absolument engager Belushi pour le rôle principal de son second film, American College, au scénario concocté par les auteurs du magazine satirique préféré des Blues Brothers, National Lampoon. De toute façon, ce rôle de Bluto a été écrit POUR Belushi et les studios Universal ne se lanceront pas dans la production sans sa présence sur l’affiche. Belushi adore le projet et aimerait bien instaurer un tandem comique avec Dan, mais ce dernier conseille à son partenaire de foncer en solo : il leur reste le SNL pour s’amuser en duo. En attendant, Belushi, qui intéresse soudain le monde du cinéma, est également engagé pour un petit rôle dans le nouveau film de Jack Nicholson, En route vers le sud, qui se tourne à Durango, au Mexique. Là-bas, il va vivre sa première vraie crise de paranoïa consécutive à sa trop grosse consommation de drogues et il faudra faire venir Judy sur place pour le calmer. Puis ce sera l’éprouvant tournage d’American College sur le campus de

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l’université d’Eugene, en Oregon. Par la force de son interprétation, il porte en entier le film qui raconte les tribulations d’une fraternité d’étudiants barrés, les Delta. Ensuite, il enchaînera les phases de promotion pour ses longs-métrages déjà en boîte et les préparatifs d’Old Boyfriends de Joan Tewkesbury, la scénariste du beau Nashville de Robert Altman. Il y joue le rôle d’Eric Katz, un éternel adolescent, en compagnie de Talia Shire, la jeune comédienne qui jouait la fameuse Adrian, la petite amie de Sylvester Stallone dans Rocky. C’est elle qui a suggéré son nom aux producteurs et à la réalisatrice. John doit se rendre à Los Angeles pour des essais de costumes et, à son retour, il se fait chambrer par ses amis du SNL, qui trouvent qu’il consacre de moins en moins de temps au show. Ils finissent par lui coller un pseudo, Kevin Scott et, lors d’un show de la fin mars, Aykroyd l’appelle ainsi sur le plateau. Belushi rit jaune, d’autant plus qu’il doit repartir en Californie : le tournage d’Old Boyfriends démarre. Cependant, John revient rapidement retrouver Dan et le reste de l’équipe pour la routine de la troisième saison du SNL jusqu’à la fameuse émission du 22 avril 1978. CE SOIR-LÀ, dans leurs loges personnelles du show, équipées entre autres de couchettes (ils y passent la plupart de leurs nuits), Aykroyd peaufine son personnage dans les moindres détails : costume noir, cravate noire, chapeau mou noir, chemise blanche, montre Timex au poignet et surtout les lunettes : RayBan 5022-G15 désormais indispensables à leurs personnages. De son côté, Belushi fait de même, hormis pour le chapeau, qui sera marron. Ce soir, ils vont tester en direct les deux personnages qu’ils ont rodés une année durant en chauffant la salle avant la prise d’antenne : ces deux frères bluesmen en solde, ridicules et décalés, Joliet Jake et Elwood, alias The Blues Brothers. Quand les musiciens du chef d’orchestre Paul Shaffer entonnent les premières notes du classique de Floyd Dixon Hey Bartender, Dan et John deviennent deux incroyables showmen, plus que jamais loufoques et habités. John est quasiment en transes, la sueur dégoulinant de son front. Soudain, il se met à danser, pivotant sur sa jambe et glissant sur ses pieds, bien avant le Moonwalk de Michael Jackson. Leur prestation est un triomphe auprès des dix-huit millions de spectateurs habituels du show. Le lendemain, lors des brunchs et des barbecues dominicaux à travers tout le pays, on ne parle que de la prestation désopilante du tandem. Cependant, au sein de la NBC et de la direction de l’antenne, vu que de grandes stars du rock sont régulièrement invitées à se produire, personne ne prend trop cela au sérieux. George Harrison, Paul Simon, Joe Cocker, The Band, Prince, Santana, Chuck Berry sont tous venus jouer en direct sur le plateau, alors la prestation des comiques du show ne peut être prise que comme un one shot, une parenthèse amusante. Néanmoins, quelqu’un prend tout cela très au sérieux : Belushi. Le blues est devenu sa passion et il sent que ce duo peut faire un véritable carton. De plus, c’est un truc qu’il partage avec son vieux pote Dan, que son emploi du temps surchargé et sa vie avec sa femme Judy


ont quelque peu éloigné. Justement, pourquoi n’iraient-ils pas plus loin et ne sortiraient-ils pas un album de reprises de blues ? Atlantic est intéressé. Le label fondé par les frères Ertegun est leur préféré, celui qui abrite ou abrita leurs artistes favoris comme Ray Charles, Aretha Franklin, Donny Hathaway, Wilson Pickett ainsi que les meilleurs groupes de Doo-Wop tels The Coasters ou The Drifters. Cependant, la maison de disques ne veut pas investir un gros budget dans ce projet et la décision est prise de sortir un album live. Ce n’est pas pour déplaire à John et à Dan, qui misent avant tout sur leur spontanéité et ne se voient pas demeurer en studio des mois durant. Il ne reste plus qu’à monter un vrai groupe et, là-dessus, les deux frères Blues vont se régaler.

Un vrai « band » Déjà, ils ont les idées bien arrêtées sur deux personnages, Steve Cropper et Donald Dunn. Ce guitariste et ce bassiste blancs ont composé, avec Booker T. Jones et Al Jackson Jr, les fameux Booker T and The MG’s, le groupe instrumental auteur du tube Green Onions que Dan et John aiment se passer en boucle. Ce quatuor mixte, un phénomène unique au cœur du Tennessee ségrégationniste, est aussi connu et respecté pour avoir façonné le son du fameux label Stax. Bill Withers, Sam & Dave, Carla et Rufus Thomas, Wilson Pickett ou encore Albert King se sont appuyés sur leur talent pour créer leur identité. Mais, surtout, ces musiciens, dont les Beatles sont des fans, ont été derrière la fulgurante carrière de celui que Dan et John considèrent comme le génie ultime de la soul music : Otis Redding. Outre le fait d’avoir coécrit les tubes intemporels que sont Knock on Wood et In the Midnight Hour, Steve Cropper fut le conseiller musical et le producteur exclusif du chanteur légendaire de Macon, Géorgie. Il est également celui qui terminera, à la mort de Redding en 1967, le superbe (Sittin’ on) the Dock of the Bay. Dunn et Cropper ne sont pas vraiment chauds pour collaborer avec deux comiques qui se la jouent chanteurs, mais d’un autre côté leur carrière est quelque peu au ralenti. La touche 100 % blues du futur concert et donc du futur disque sera apportée par un second guitariste venu de Chicago, Matt Murphy. Al Jackson Jr, le batteur des MG’s, étant malheureusement décédé en 1975, Dan et John vont engager le tout jeune batteur du SNL, Steve Jordan, ainsi que la section de cuivres qui officie en direct tous les samedis soir : le tromboniste Tom « Bones » Malone, le saxophoniste Lou Marini et le trompettiste Alan Rubin. Le directeur musical du show, Paul Shaffer, vient compléter cette fine équipe qui répète, dans un studio new-yorkais, des reprises des plus grands standards de la soul et du rhythm’n’blues. Puis, la saison du SNL étant terminée, chacun profite de l’été pour aller se ressourcer ou vaquer à d’autres occupations. Judy arrive à traîner John jusqu’à l’île de Martha’s Vineyard. Aussitôt, il tombe amoureux du lieu, si proche de New York et si loin de tout, surtout après qu’il a eu droit à une visite de deux

résidents habituels, James Taylor et sa femme Carly Simon. Le troubadour folk vient de sortir son septième album, JT et Carly savourent le succès de Nobody Does it Better, le thème du nouveau James Bond qu’elle interprète, L’Espion qui m’aimait. Tout semblait aller si bien si ce n’était ces addictions à la drogue qui sèment le trouble dans les deux couples. Si Judy est inquiète pour John et ses prises continuelles de cocaïne, Carly doit composer avec un autre souci : James est tombé dans l’héroïne et ses excès l’ont déjà amené à effectuer quelques courts séjours en hôpital psychiatrique. En tout cas, en rentrant à New York, le couple Belushi se promet de revenir bientôt sur Martha’s Vineyard (ils y achèteront une maison, tout comme Dan Aykroyd). Pour le moment, un autre projet occupe l’esprit de John : Dan a eu l’idée de monter un long-métrage sur leurs personnages des Blues Brothers et Universal est d’accord ! Belushi exulte : « On va écrire ça tous les deux, ça va être génial ! », mais chacun sait que, comme d’habitude, le Canadien sera le seul à s’isoler dans les bureaux qu’ils ont loués en bas de la Cinquième Avenue, seul à se poser devant sa machine à écrire afin de rédiger le scénario, et seul pour développer les gags. Mais c’est comme cela que fonctionne la paire : John est trop fou, trop débordant d’énergie pour se poser devant un clavier. Avant tout, il faut déjà passer un cap : le concert qui servira à l’enregistrement de l’album prévu chez Atlantic. Cropper et Dunn se rendent compte du chemin à parcourir, surtout pour Belushi, qui ne sait pas vraiment comment poser sa voix. Les répétitions reprennent deux semaines durant. Le groupe et surtout les deux apprentis chanteurs seront-ils à la hauteur ? Lors du show du 9 septembre 1978 à l’Universal Theater de Los Angeles, en première partie de leur copain comédien Steve Martin, la machine tourne à plein régime et les spectateurs sont hystériques. Surtout quand, pendant I Can’t Turn you Loose d’Otis Redding, Dan déboule avec un attaché-case que John vient ouvrir. Dedans se trouve l’harmonica du Canadien, qui s’en saisit pour un poignant solo. Les musiciens et les deux chanteurs se sont régalés et, même si le disque ne marche pas, ils se seront bien amusés ! PUIS SORT SUR LES ÉCRANS American College pour lequel les critiques s’arrêtent sur la prestation de Belushi. Les commentaires élogieux abondent et l’intéressé est aux anges surtout qu’il reçoit, quelques jours après, un coup de téléphone de Steven Spielberg. Le jeune réalisateur en vue, qui vient d’enchaîner trois succès (Sugarland express, Les Dents de la mer et Rencontres du troisième type), a un rôle en or pour lui dans 1941, son prochain film produit par Universal : un pilote de bombardier cinglé durant la Seconde Guerre Mondiale. Génial ! D’autant plus que, outre le cachet plus qu’important qu’il va recevoir pour être Wild Bill Kelso, le chasseur de Japs kamikazes, il a facilement convaincu Spielberg de donner un rôle à Dan. C’est la première fois que son alter ego va apparaître dans un long-métrage, qui plus est dans le même que lui. Les deux compères viennent aussi de racheter un vieux bar dans le bas de Manhattan, qu’ils ont retapé, rebaptisé le Blues Bar et qui leur sert de refuge pour jouer de la musique,

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CULTURE inviter les copains et picoler tranquilles. Quand sort au même moment En route vers le sud, le premier film qu’il a tourné un an auparavant, les critiques dézinguent Jack Nicholson et regrettent par contre que Belushi, la vraie découverte, y apparaisse si peu. Cerise sur le gâteau, sa tronche est en gros plan sur la couverture de Newsweek du 16 octobre ! Tous les kiosques à journaux des États-Unis affichent son visage surmonté d’une couronne de lauriers et du slogan : « L’humour potache est de retour. » Tout va plus que bien pour celui qui, trois ans auparavant, végétait encore dans une troupe d’improvisation et qui, en cet automne 1978, est l’un des acteurs américains les plus demandés. Sans oublier la quatrième saison du SNL qui démarre, ainsi que la carrière des Blues Brothers. Dans sa nouvelle maison de Morton Street, au cœur de Greenwich Village, que Judy a trouvée et aménagée, il tente de hiérarchiser tout ça. Déjà, il s’agit de conforter sa position d’acteur bankable et, avec Bernie Brillstein, son redoutable agent, ils vont obtenir un énorme contrat qui lui garantit la somme de 1,8 million de dollars sur trois films, dont 1941 et le projet sur les Blues Brothers à l’écran qui est désormais acté. John Landis, le réalisateur qui lui a fait confiance pour American College (107 millions de dollars de recettes pour un coût de fabrication de 2,7 millions), sera aux manettes. Bien sûr, John est beaucoup plus sollicité que Dan mais il sait que ce dernier est avant tout fier de son pote.

Futurs projets Tout va bien ? En fait Belushi vit plutôt mal cette célébrité dont il rêvait mais qui lui tombe dessus et le secoue. Quand ce ne sont pas certaines personnes qui lui font des courbettes et lui parlent avec déférence parce qu’il est désormais une star, ce sont les autres qui l’apostrophent dans la rue en le prenant pour Bluto, son personnage de crétin dans American College. Au SNL, hormis bien sûr Dan qui (dehors) joue très souvent un rôle de protecteur et garde du corps pour son copain, ses amis comédiens prennent leurs distances : John est devenu tellement populaire qu’il écrase à la fois le show et ses congénères. De plus, tout cela ressemble à une imposture : au fond de lui-même, ce que voulait John, c’était devenir musicien et chanteur, pas acteur ! De toute façon, il quitte momentanément l’équipe du SNL pour se rendre à Los Angeles sur le tournage de 1941. L.A., le paradis des fans de cinéma mais également des amateurs de cocaïne. Et John est de ceux-là. Plus qu’hier et moins que demain. La coke est désormais présente dans sa vie du lever au coucher. Tout le monde s’en rend compte, y compris Spielberg, mais comment l’en empêcher ? Même Dan, qui représente son équilibre et son garde-fou, et qui est venu le rejoindre pour son séjour sur le plateau, se fait rembarrer. Cela va même se terminer par une petite bagarre dans la loge. L’altercation est oubliée quand les deux amis se retrouvent à New York pour parler de leurs projets futurs et en particulier du film (sur leurs personnages) des Blues Brothers. Et si Briefcase Full of

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Blues, dont la sortie est imminente, ne plaisait pas aux fans de musique ? Ils vont rapidement être rassurés : les 50 000 disques mis en place le mardi 28 novembre seront tous vendus en cinq jours et il faudra en presser des dizaines de milliers d’autres en urgence. Deux mois plus tard, l’album atteindra même la première place du classement du Billboard et il s’écoulera au total à trois millions et demi d’exemplaires. Dans l’euphorie du succès, la troupe n’a qu’une envie : remonter sur scène. Justement, le légendaire promoteur de rock Bill Graham les contacte : il a décidé de fermer son fameux Winterland, le théâtre de San Francisco qui vit naître tant d’artistes majeurs (Santana, Jefferson Airplane, Janis Joplin...) et qui fut le lieu de tant de concerts mémorables, dont beaucoup furent gravés dans le vinyle (Jimi Hendrix Live at Winterland, Peter Frampton Frampton Comes Alive !, Cream Wheels Of Fire, the Band The Last Waltz...). Pour cette soirée du Nouvel An qui s’annonce mémorable, Graham a déjà invité ses amis de Grateful Dead ainsi que le groupe de country-rock New Riders of The Purple Sage. Les Blues Brothers accepteraient-ils de faire partie de la fête ? John et Dan ne vont pas se le faire dire deux fois : sur scène après les New Riders, les frères Blues vont mettre le feu à 5 400 fans déjà totalement acquis. À la fin de leur passage, avant que Grateful Dead n’occupe la scène pour un show de huit heures, c’est un joint de trois mètres de long, accroché à une tyrolienne et habité par un personnage lançant des cadeaux, qui traverse la salle. Une soirée vraiment mémorable, surtout pour John, qui touche pour la première fois au LSD, une drogue qu’il trouve aussitôt à son goût. CHACUN A SA FAÇON et ses raisons de consommer des drogues. Pour Belushi, outre leurs effets euphorisants, elles avaient la qualité essentielle de lui permettre de tenir le rythme. Bien sûr, John est un fêtard et les joints, comme l’alcool et les bonnes bouffes, ont toujours fait partie de son attirail de bon vivant. La découverte de la cocaïne a coïncidé avec l’accélération de son emploi du temps et des multiples sollicitations dont il a soudain fait l’objet. Que John ait tendance à tout faire dans l’excès n’arrange pas la situation. Dan, qui préfère de loin une bonne bière et une soirée entre amis à toute la folie du show-business, tente sans cesse de le raisonner. Jim, le jeune frère de John, et surtout Judy auront également tout essayé pour lui faire ralentir, sinon arrêter sa consommation de poudre. Plusieurs fois, elle va le sermonner, lui hurler dessus, tenter un chantage au divorce, mais rien n’y fera, d’autant plus qu’une consommatrice occasionnelle (mais une consommatrice quand même) semble mal placée pour tenir ce genre de discours. Elle fera appel à un psychiatre pour s’en sortir totalement et mieux aider son mari. Le 24 janvier 1979, pour ses 30 ans, John doit annuler la soirée qu’il avait prévue. Dix jours plus tard, il faudra faire venir un médecin en urgence sur le plateau du SNL (il finira par quitter l’émission à la fin de la saison). Pour Judy, l’enfer c’est Los Angeles où il est à chaque fois attendu comme le Messie par les cadors locaux de l’entertainment qui voient en lui le noceur noctambule toujours disponible. Ces allers-retours entre les côtes est et ouest, où il


est de plus en plus sollicité, ont aussi le défaut de dévorer son énergie petit à petit. Viennent s’y ajouter les dizaines de navettes qu’il effectuera entre New York et Chicago où se fera le film The Blues Brothers. Belushi est toujours en surpoids, sujet à des douleurs d’oreilles ou musculaires qu’il combat avec des doses massives de Percodan, un antidouleur très addictif. Côté films, même si 1941 est un flop, le premier (et le dernier) de Spielberg, The Blues Brothers va casser la baraque. Contre l’avis de tous les critiques qui qualifient le film de « naufrage même pas drôle », la « mission pour le Seigneur » d’Elwood et Jake Blues à bord de leur Bluesmobile pour sauver leur orphelinat et sa mère supérieure, la « pingouine », ravit les spectateurs. Quant au duo, il s’est régalé à jouer en compagnie des musiciens et de toutes ces idoles qui l’accompagnent dans cette aventure déjantée : Aretha Franklin, James Brown, Ray Charles, John Lee Hooker, Pinetop Perkins, Chaka Khan... Sorti dans la foulée, le 33 tours de la bande-son affole lui aussi les compteurs. Une satisfaction supplémentaire car, à ce moment-là, tous ces monuments de la musique noire sont au chômage, balayés par la folie du disco. Le duo les remet au goût du jour. C’est une énorme fierté pour le tandem d’avoir réussi à monter ce projet, d’autant plus que le script (son premier) est signé Dan Aykroyd. Le seul souci viendra du fait que le film a été tourné durant l’été et l’automne précédents à Chicago, dans le fief de Belushi. Les soirées seront animées et le plateau fréquenté par tous les dealers de la région. Presque tous les matins, avant chaque premier tour de manivelle, il faut trouver où John a échoué, aller le chercher et le remettre en condition. Le 27 octobre, après avoir mis en boîte la scène de la station-service qui explose, l’équipe au complet prend l’avion pour Los Angeles. C’est là que sera filmé, entre autres, le grand concert final avec l’apparition en préambule du grand crooner de jazz Cab Calloway interprétant son célèbre Minnie the Moocher. La sortie du film coïncidera avec une tournée du Blues Brothers Band et quel meilleur environnement pour se défoncer qu’une tournée musicale ? D’eux-mêmes, les participants vont nommer cette suite de 22 concerts The Road to Ruin. Belushi a finalement dû accepter la présence continue à ses côtés d’un garde du corps, engagé par son agent et ses proches, censé veiller avant tout à limiter la consommation de drogues de son client. Richard « Smokey » Wendell, c’est lui, va passer son temps à déjouer les ruses de John pour trouver toujours plus de substances illicites. Tentant de comprendre pourquoi ce dernier se détruisait ainsi, il se verra répondre : « C’est à cause de la pression que je subis. Tout le monde dans ce business a besoin de drogues pour rester alerte et surtout patient. » MÊME LE FAMEUX BILL « Superfoot » Wallace, multiple champion du monde de karaté full-contact, sera également engagé pour remettre John sur pied, afin qu’il puisse honorer ses contrats filmographiques à venir : Continental Divide, une comédie romantique (ratée) de Michael Apted, puis Neighbors (Les Voisins) de John G. Avildsen, dans lequel il campe Earl Keese, un

banlieusard de la classe moyenne qui voit sa vie bouleversée par l’arrivée de son nouveau voisin, Vic, joué par Dan Aykroyd. Aucun de ces deux tournages ne sera une sinécure pour un Belushi de plus en plus angoissé et oppressé par les aléas de ce métier. Le premier va se dérouler dans le Colorado. Il n’aime pas l’endroit (peu de dealers disponibles), ne supporte pas Blair Brown, l’actrice choisie pour être sa partenaire, et trouve qu’il a commis une erreur en acceptant ce rôle qui ne lui ressemble pas du tout. Dans le second, hormis le fait qu’il a imposé Dan pour jouer son alter ego, il n’aime ni le scénario ni, surtout, Avildsen qui, à part le fait d’être né lui aussi dans la banlieue de Chicago, n’a rien pour mériter sa sympathie : il déteste le rock, les drogues et, vu sa mise en scène minable, l’Oscar qu’il a reçu pour Rocky a certainement dû lui être remis par erreur. Avildsen, qui ne possède pas une once d’humour, est aussi doué pour réaliser une comédie que John pour cacher son addiction. Pour tenir, l’acteur conjugue la cocaïne, les excitants, dont le Dexamyl contenant des amphétamines, sans omettre les anti-inflammatoires qu’il ingurgite sans arrêt afin de soulager ses voies nasales totalement bouffées par la cocaïne. Quand il en trouve, il apprécie aussi le LSD, qu’il goûta à San Francisco et dont il aime le pouvoir calmant.

Troisième album À Los Angeles, où il continue à se rendre pour les doublages, la promotion des films ainsi que la carrière discographique des Blues Brothers (leur troisième album Made in America y sera enregistré live), de « gentils amis » vont lui faire goûter au crack et à l’héroïne. Ceux-ci gravitent dans l’entourage du groupe de punkhardcore Fear. John est tombé raide dingue de ce groupe qu’il a découvert dans The Decline of Western Civilization, le sulfureux documentaire de Penelope Spheeris qui s’est immiscée en 1979 et 1980 dans le monde interlope des punk bands de Los Angeles. Son amitié avec Derf Scratch, le guitariste, va l’amener à tenter d’imposer le groupe à participer à la bande-son de Neighbors que Tom Scott, le compositeur et saxophoniste venu consolider la section de cuivres lors des concerts des Blues Brothers, est en train d’enregistrer. Le Chicagoan ira jusqu’à louer le prestigieux studio Cherokee, où les Blues Brothers ont l’habitude de répéter quand ils sont à Los Angeles, afin que Fear donne libre cours à son avalanche de décibels et produise des morceaux qui, évidemment, n’ont absolument rien à voir avec l’ambiance générale du film. Dans un état quasi second, têtu et obstiné, défoncé nuit et jour, John se fâchera avec Scott puis avec les deux producteurs du film, Richard Zanuck et David Brown qui, jusque-là, en avaient déjà pas mal supporté de la part de leur acteur. Ils ne céderont pas et finiront par écarter Fear du projet, tout en appuyant le montage d’Avildsen que Belushi déteste. Écœuré par l’attitude de celui qu’il croyait être son ami et son blues brother, Scott est malgré tout considéré comme « complice » de Belushi et viré comme

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CULTURE un malpropre par la production. John, abasourdi qu’on ait pu le contredire et lui résister, veut avoir le dernier mot à propos de Fear. Il appellera Lorne Michaels, le producteur du SNL, pour que celui-ci programme les punks dans l’émission du soir d’Halloween 1981. Entourés d’une équipe de furieux slammers dans laquelle s’est glissé John, ils joueront trois morceaux (dont le subtil Beef Bologna) avant de casser pour 20 000 dollars de matériel. OÙ VA JOHN BELUSHI ? À la catastrophe, c’est certain. Dan ne sait plus quoi faire et se concentre sur ses imitations et personnages dans le SNL, en particulier celui de Beldar, le père d’une famille d’aliens (à l’origine du film Coneheads). John est le premier à se gondoler quand il regarde l’émission à la télé. Dans la mémoire de Dan, l’été 1981 fut une période inoubliable : les deux couples vont se retrouver à Martha’s Vineyard. Les deux potes ont décidé de ne pas parler des galères avec Neighbors et de prendre du bon temps. Selon un rite quotidien qui va se révéler quasi immuable, ils vont pêcher, nager, se promener dans la Jeep de Dan puis déjeuner chez Sandy’s Fish and Chips sur State Road avant de rentrer chez Dan où John va s’allonger sur le canapé du salon et piquer son roupillon. Comme chaque jour, dès qu’il s’est assoupi, Dan le recouvre d’un plaid. En fin d’après-midi, comme de vrais beach boys, ils partent surfer sur le spot de Lucy Vincent Beach, juste en contrebas de leur maison, une plage qu’ils ont baptisée Skull Beach (la plage du crâne). Quelquefois, ils s’arrêtent prendre un verre chez le grand écrivain William Styron, qui vit tout au nord de l’île. John est presque clean jusqu’à ce que les sollicitations redémarrent. Il veut éviter d’être stéréotypé et cherche des films dans lesquels il ne joue pas le crétin de service, mais c’est dans ce rôle à la façon d’Animal House que le public veut le voir. Il a plusieurs chantiers en vue pour l’année 1982, dont le personnage de Max Bercovicz dans Il était une fois en Amérique de Sergio Leone au côté de son nouvel ami Robert De Niro.

Ghosbusters Cependant, deux autres projets l’intéressent beaucoup plus car ils impliquent Dan. Le premier est un film de Louis Malle qui, après le succès de Atlantic City, s’est installé aux États-Unis. Intitulé Moon over Miami, le film doit confronter un agent du FBI incorruptible (Aykroyd) à une racaille, un rôle que John sent parfaitement à sa portée. Leurs personnages sont à l’opposé, comme cela semble également être dans leur vie : d’un côté Otis Presby-Dan Aykroyd, tout en contrôle, qui mène une vie sage et sait apprécier l’autorité (Dan confiera avoir rêvé de devenir policier comme son grand-père, ex-membre de la police montée). De l’autre Shelley Slutsky-John Belushi, un type tout en excès et rapidement hors de contrôle. Le tournage est prévu pour mai 1982, avant que les deux copains n’embarquent pour une autre aventure, une histoire de trois amis destructeurs de

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fantômes que Dan vient d’écrire avec Harold Ramis, un ex de la troupe de Second City. Le titre est déjà trouvé : Ghostbusters, et les trois personnages seront évidemment joués par le trio Aykroyd-Ramis-Belushi. Tout en se réjouissant de ses deux prochaines aventures avec Dan, John s’épuise à monter un autre projet dans lequel il semble jouer sa vie. Il vient d’écrire un script avec son ami Don Novello, connu pour son personnage de Father Guido Sarducci, un prêtre catholique quelque peu déjanté. Noble Rot (Pourriture noble) raconte l’histoire des deux frères Glorioso, Johnny (Belushi) et Sal (Novello) à la tête d’un vignoble et plongés, lors d’un concours de dégustation, dans le monde cruel et superficiel de New York. Le sujet se situe bien loin de National Lampoon’s The Joy Of Sex, une pochade que lui propose la Paramount, avec laquelle ses agents ont signé un contrat juteux, et où il doit figurer portant une couche pour bébé. John veut bien se ridiculiser à condition que ce soit dans une histoire qui l’intéresse. Mais cette histoire de Joy of Sex est vraiment de la merde ! Malheureusement le premier jet du scénario de Noble Rot ne convainc personne et la Paramount, avec qui Bernie Brillstein l’a désormais lié, ne veut pas s’y risquer. Afin de fuir la pression, l’hiver new-yorkais et retrouver Don Novello pour revoir le script de Noble Rot, il s’envole le 8 janvier pour Los Angeles. Judy et Dan, qui sentent que la ville est encore une fois de plus prête à le happer, imposent de nouveau la présence de Bill Wallace, officiellement son garde du corps et coach particulier, officieusement chasseur de drogues et de mauvaises fréquentations. Ils s’installent dans l’hôtel Château Marmont et John entame son parcours du combattant. Les après-midi sont consacrés à l’écriture avec Novello et une secrétaire débordée, les nuits à la tournée des clubs et autres lieux de « détente » : le Hot Tub Club sur Santa Monica Boulevard et le On The Rock au-dessus du Roxy Club, propriété de Lou Adler (producteur des albums de Johnny Rivers, The Mamas and the Papas, Carole King...), sans oublier le fameux manoir Playboy où Hugh Hefner lui a offert une carte d’invitation permanente. Au petit matin, John refait le monde avec son copain d’adolescence, le comédien Tino Insana, les membres de Fear, De Niro et quelques autres amis d’un soir. Il fricote avec quelques playmates, pour la plupart des jeunes actrices en devenir, et se ruine en cocaïne, en crack et en héroïne. Quand, le 23 janvier, Judy le rejoint afin de fêter avec lui son 33e anniversaire, John tente de masquer tous ses excès. Elle va repartir quelques jours après et John va replonger dans la moiteur d’Hollywood, Bill Wallace ayant rendu les armes. LE 23 FÉVRIER, la nouvelle mouture du scénario déposée sur les bureaux de Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg, les deux pontes de la Paramount, John monte dans un avion pour New York. Après une soirée au Blues Bar en compagnie de Dan, il rentre chez lui au petit matin. Judy trouve dans la poche de son pantalon assez de cocaïne pour un régiment. Elle détruit la poudre. Au réveil de John, les nouvelles ne sont pas bonnes. L’avis est général : le scénario de Noble Rot n’est pas drôle. Même ses deux célèbres agents, Bernie Brillstein et Michael Ovitz, qui


l’ont lu la veille, n’ont pas du tout envie de le défendre auprès de la Paramount. D’ailleurs, Eisner et Katzenberg sont du même avis. Il appellera aussitôt leurs secrétaires, quémandant un rendezvous pour le lendemain. Les deux producteurs ne veulent pas de ce film, mais ils ont signé un contrat avec ce phénomène et ne veulent pas le laisser partir vers la concurrence. Bons pères de famille, ils ne se voient pas non plus passer, comme il le suggère, le week-end en sa compagnie. Rendez-vous est pris pour le lundi suivant. Belushi va attendre de repartir à Los Angeles en faisant le rappel de ses amis new yorkais. Laissant Judy seule à la maison, c’est dans l’appartement de Carly Simon qu’il va d’abord échouer, avant de retrouver Mitch Glazer, scénariste du SNL et rédacteur des notes de la pochette de l’album des Blues Brothers, puis Dan Aykroyd dans leur Blues Bar. Quand tout va mal, John sait que Dan sera toujours là pour l’écouter, le conseiller, le consoler.

La chute Il écume de rage. D’ailleurs, il vient de virer par téléphone ce crétin de Michael Ovitz qui a eu l’audace de lui dire que le scénario de Noble Rot était nul. Danny tente de dissuader John de repartir sur la côte ouest, sachant que rien, là-bas, n’est vraiment bon pour un simple gars de Chicago nommé John Belushi : « Allez, John, partons à Martha’s Vineyard. On ira pêcher, faire les crétins avec la Jeep, glander : on en a besoin tous les deux. » Mais John a ce rendez-vous avec la Paramount afin de défendre son scénario. Novello, qui vit à San Francisco, sera également présent. Dan insiste : « Laisse Don se démerder avec ça et reste ici : Hollywood est pourri. » Belushi prendra quand même l’avion pour Los Angeles le lendemain. Le mercredi 3, Danny lui téléphone : « John, je viens de recevoir un coup de fil de la Navy : ils nous invitent à monter lundi sur un navire de la Septième Flotte qui part en manœuvres dans le Pacifique. Une semaine à se remettre en forme. C’est exactement ce qu’il nous faut ! » Belushi est prêt à craquer, mais il a ce foutu mal de mer et il est vraiment trop « stone ». De plus, la veille au soir, le rendez-vous qu’il avait donné à Eisner et Katzenberg au On The Rock, son bar préféré, s’était assez mal passé. Malgré une prestation inopinée durant laquelle il leur avait joué quelques scènes de Noble Rot, les producteurs avaient de nouveau refusé le script et remis sur le tapis The Joy of Sex. Il faut qu’il demeure ici afin de les convaincre. Il refuse la proposition de son ami et raccroche. Il sait que, de toute façon, Dan le rejoindra quelques semaines plus tard car ils doivent remettre ensemble le prix des meilleurs effets spéciaux aux Oscars. Il passera la journée suivante à se mettre minable avec Cathy Smith, rencontrée à New York du temps du SNL. Ex-chanteuse n’ayant jamais percé, ex-petite amie des musiciens Gordon Lightfoot et Rick Danko du groupe The Band, elle est devenue accro à l’héroïne et dealeuse attitrée de Ron Wood et Keith Richards, des Rolling Stones. Elle possède les réseaux pour trouver de la came sur Hollywood et ses environs. Après

avoir sillonné la ville dans la Mercedes Benz 380 SL de location de John, ils vont finir par dénicher de l’héroïne chinoise quasi pure. Au téléphone depuis New York, Judy sent que John va très mal mais il refuse qu’elle vienne le rejoindre. Elle appelle Smokey Wendell, son ex-garde du corps qui avait réussi, pendant un certain temps, à l’éloigner de la coke. Si elle arrive à persuader John du bienfait de sa présence, pourra-t-il prendre l’avion le lendemain et se rendre directement au Château Marmont ? Smokey, qui réside à Washington, accepte. Il a beaucoup d’affection pour ce type étrange qui l’a pourtant tellement fait tourner en bourrique. De plus, il a parlé à Dan Aykroyd, qui est très inquiet. John lui a juré au téléphone de revenir à New York. Aykroyd, qui dîne avec Judy, lui assure que si John ne tient pas promesse, ils se retrouveront tous les deux là-bas : « On le menottera s’il le faut et on le mettra dans l’avion. » Dan sent que le fossé entre John et lui se creuse, que son meilleur ami s’éloigne de plus en plus, peut-être d’une façon définitive. LE SOIR, LIVRÉ À LUI-MÊME, John ira écumer ses bars préférés du Sunset Strip dont, bien sûr, le On The Rock. Il chantera deux chansons a cappella dans les cuisines avec Johnny Rivers, ira faire la bise à son copain Leroy Jones, leader du groupe rock satirique The Tubes, et terminera la nuit dans son bungalow en compagnie de Robin Williams, Robert De Niro et quelques-uns de leurs copains. Croyait-il, comme on l’a souvent dit, que le seul moyen d’être accepté par les résidents du rock show d’Hollywood était de se défoncer à longueur de journée ? Quelques heures auparavant, la Paramount avait joint Bernie Brillstein pour lui annoncer que, finalement, moyennant beaucoup de modifications (à venir), le scénario de Noble Rot était accepté. Bernie tentera à maintes reprises de l’appeler pour lui annoncer la bonne nouvelle, tout comme Louis Malle, qui est en ville et veut lui parler de Moon Over Miami. Il ne répondra jamais au téléphone. Lui qui avait une peur bleue des seringues sera retrouvé le lendemain midi par Bill Wallace avec une demi-douzaine de marques sur chaque bras. Cathy Smith avouera plus tard lui avoir injecté onze speedballs, un mélange de cocaïne et d’héroïne. Dévasté, Aykroyd se rendra quand même aux Oscars faire le job et déclarera sur scène que John aurait adoré être là pour remettre ce prix, étant lui-même un effet spécial. Plus tard, à la sortie de Ghostbusters dans lequel il confiera le rôle de John à Bill Murray, Dan dira que Slimer, le fantôme vert et visqueux du film, était en fait celui de John. Belushi, un type simple, un bon vivant, mais Hollywood était définitivement trop compliqué pour lui. Au cimetière d’Abel’s Hill à Martha’s Vineyard, sur sa petite pierre tombale surmontée d’un crâne et de deux os gravés dans le marbre, on peut lire cette phrase : « Je suis peut-être parti mais le rock’n’roll n’est pas mort. » Au moment où le cercueil fut déposé dans la fosse, Danny s’approcha et lui glissa ces derniers mots : «  Tu seras bien ici, mon pote John. Tu es avec les indiens, les pirates et les contrebandiers. Beaucoup de fantômes rôdent aussi par là. Beaucoup de bons os. Tu verras, tu vas être avec de bons os. » Ils étaient PARTENAIRES.

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SIHH de Genève P

our faire simple, il existe deux salons de l’horlogerie en Suisse. La foire de Bâle, en mars, et le SIHH en janvier. Voici une sélection, non exhaustive mais assumée, des nouveautés dévoilées lors du premier de l’année, celui de la haute horlogerie. C’est historiquement un salon consacré aux produits du géant Richemont, mais qui s’ouvre de plus en plus aux autres horlogers. Et c’est tant mieux.

PANERAI

Luminor 1950 Tourbillon GMT Cette PAM00767 est une nouvelle version de l’étonnante Lo Scienziato, dotée d’une boîte titane imprimée en 3D à partir de poudre de titane et accueillant un mouvement GMT squeletté (comprenez ajouré pour mieux voir les différents composants) à tourbillon. Rappelons que le tourbillon permet à l’organe régulateur de tourner sur lui-même pour ne pas souffrir des effets néfastes de la gravité. Une véritable démonstration de ce que sait faire la manufacture née en Italie mais suisse depuis son rachat par Richemont. Cette montre de 47 mm de diamètre, étanche à 100 m, est proposée sur un bracelet en veau à boucle ardillon. Prix de chacune des 100 pièces : 139 000 €.

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RICHARD MILLE RM 53-01 Tourbillon Pablo Mac Donough

C’est la deuxième fois que la manufacture dévoile un modèle au nom de son ambassadeur, le joueur de polo Pablo Mac Donough. La première était protégée par une coque métallique. Pour cette nouvelle version, c’est une glace saphir feuilletée qui se charge de servir de bouclier. Elle est formée de deux couches de verre séparées d’un film synthétique. Pour encore mieux protéger le mouvement à tourbillon des coups de maillet, Richard Mille a développé une double platine : la première est fixée au boîtier et supporte la seconde et le tourbillon via un système de câbles tendus, assurant une résistance aux chocs parfaite à l’organe régulateur. La tension des câbles est déterminée lors du montage et des entretiens par l’horloger qui est en charge de la montre. Elle s’ajuste grâce à de petites vis spline. La boîte est en carbone et le bracelet en caoutchouc sur boucle déployante. Une série limitée à 30 pièces, vendues au prix de 941 500 €.

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ZENITH

Pilot Cronometro Tipo CP-2 Flyback Hommage au modèle Cairelli des années 1960, cette Pilot est animée par un mouvement Zenith El Primero 405B à remontage automatique et fonction Flyback. Rappelons que cette fonction, dite aussi retour de vol, permet la remise à zéro du chronomètre sans l’arrêter, d’une seule pression sur le poussoir. Une fonctionnalité très appréciée des pilotes d’avions du siècle dernier. Ce mouvement réputé, de 254 composants dont 31 rubis, offre une cinquantaine d’heures de réserve de marche. Il est logé dans une boîte en bronze de 43 mm de diamètre sur presque 13 mm d’épaisseur à lunette tournante dont la patine devrait évoluer avec les années. L’ensemble est monté sur un bracelet en cuir vieilli marron et vendu 7 900 €.

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BAUME & MERCIER

Clifton Baumatic C’est l’événement du SIHH pour Baume & Mercier : l’arrivée d’un mouvement mécanique maison. Baptisé Baumatic, ce mouvement à remontage automatique est fabriqué à la manufacture ValFleurier et propose des caractéristiques alléchantes, comme ses 120 heures de réserve de marche (5 jours), une belle résistance aux perturbations magnétiques, une précision rare avec – 4/+ 6 secondes et des intervalles de révision importants (tous les cinq ans). Il débarque dans une Clifton, une montre élégante de 40 mm de diamètre à fond saphir, cadran blanc finition porcelaine et bracelet alligator noir sur boucle ardillon. Elle existe aussi en cadran noir et en boîte acier et or. À partir de 2 600 €.

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CARTIER Santos

W2SA0007/ Vincent Wulveryck © Cartier

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Les amateurs de la Santos verront tout de suite les évolutions de cette nouvelle version. Les autres devront être guidés, apprendre que cette montre, hommage à l’illustre aviateur brésilien Santos-Dumont, fut l’une des premières montres-bracelets de l’histoire. Que cette déclinaison dévoilée au SIHH adopte une lunette plus fine se prolongeant vers le bracelet, l’intégrant davantage qu’avant. Le bracelet, justement, reçoit les plus gros changements. Il comprend un astucieux système, côté boîte, qui permet de le démonter sans outil, pour adopter au choix le métal ou le cuir, les deux étant livrés d’origine. Et de l’autre côté pour la version métallique, un autre système de réduction de taille, toujours sans outil. Très pratique pour prêter sa Santos à sa femme ou à un de ses enfants. Ou quand on a grossi... Proposée en acier, en or jaune, or rose ou acier et or, cette Cartier à mouvement mécanique et remontage automatique débute à 6 000 €.


HERMÈS Carré H

Ce n’est pas une première, c’est une renaissance. Lancée en 2010 en série limitée, cette montre Carré H signée du designer Marc Berthier revient au SIHH 2018. Cette fois, ce n’est plus une série limitée, elle a légèrement grandi (38 x 38 mm) et arbore une boîte acier poli et microbillé jouant élégamment avec la lumière du moment. Le cadran guilloché, soit anthracite avec aiguille des secondes jaune, soit noir avec aiguille des secondes rouge, est protégé par une glace saphir légèrement bombée. On peut voir au travers du fond saphir le mouvement Hermès H1912, manufacturé en Suisse. Il est à remontage automatique, comprend 193 composants offrant 50 heures de réserve de marche. L’ensemble est monté sur un bracelet en veau (marron ou noir) et boucle ardillon. Prix de vente : 5 900 €.

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AUDEMARS PIGUET

Royal Oak RD#2 L’homme vit de défis. Chez Audemars Piguet, on en a relevé un du genre compliqué : faire rentrer un mouvement mécanique à quantième perpétuel dans 6,3 mm d’épaisseur, glaces comprises. C’est un record. Ce nouveau mouvement à remontage automatique qui, comme l’indique sa fonction de quantième perpétuel, est capable d’afficher la date en fonction des mois et des années bissextiles, sans intervention humaine (genre fin février...), ne fait que 2,89 mm d’épaisseur. Il offre 40 heures de réserve de marche et loge dans une boîte en platine de 41 mm de diamètre dont le fin saphir permet d’admirer la masse oscillante ajourée. Le tout est étanche à 20 m. Mais c’est pour l’anecdote. Prix non communiqué.

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SINGER REIMAGINED Track 1 Geneva Edition

L’aventure est lancée. Dévoilée dans le dernier numéro de Followed, lors de notre visite dans les ateliers Singer Vehicle Design et la rencontre avec Rob Dickinson, en Californie, la marque horlogère Singer Reimagined a lancé sa gamme au SIHH. Après la Track 1, imaginée par Rob Dickinson, Marco Borraccino et Jean-Marc Wiederrecht, voici la Track 1 Geneva Edition dans sa livrée or jaune. Elle exploite le même mouvement fabriqué en Suisse chez Agenhor, avec la fonction chronographe au centre et l’affichage des heures et des minutes sur deux disques périphériques. Comme toutes les Singer Reimagined, cette montre n’est vendue que sur Internet, sur le site de la marque. Cette édition est disponible en précommande au prix (hors taxes) de 72 000 francs suisses.

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MB&F

MoonMachine 2 Pour cette seconde collaboration entre Max Büsser (MB&F) et l’horloger finlandais indépendant Stepan Sarpaneva, c’est le clair de lune qui a servi d’idée de base. Contrairement aux croyances, le clair de lune n’est que la projection de la lumière du Soleil sur la Terre reflétée par la Lune, cet astre ne produisant pas sa propre lumière. La MoonMachine 2 en reprend l’idée, exploitant un prisme optique taillé dans la masse pour projeter ses informations à la verticale, heures, minutes et phases de Lune bien sûr. Le mouvement mécanique, signé MB&F mais dérivé d’un Girard-Perregaux, dispose d’heures sautantes et de minutes traînantes, est constitué de 293 composants et offre 42 heures de réserve de marche. Cette montre est proposée en trois finitions, chacune produite à 12 exemplaires. Prix (hors taxes) : 88 000 francs suisses.

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HYT H2O

Une fois de plus, les fous de HYT dévoilent une montre hors du commun. Et encore une fois, le fluide en est la raison d’être, servant comme toujours chez HYT à indiquer l’heure. C’est un fluide teinté de bleu qui, en avançant dans le minuscule capillaire de borosilicate périphérique, et en repoussant l’autre fluide transparent, va indiquer le temps, marquant les heures en s’arrêtant devant les index en 3D. Plus squelette que jamais, cette H2O exhibe son mouvement si particulier, avec les deux pompes pour faire circuler les fluides. Le mouvement mécanique à remontage manuel est exclusif à la marque HYT, transformant une énergie mécanique circulaire en une force de poussée pour actionner les pompes. Cette H2O est proposée en deux versions, translucide et bleue comme ici ou noire et verte, et est limitée à 25 pièces au prix de 95 000 €.

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MODE & OBJETS

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LE « BESPOKE » OU LE RETOUR DE L’ÉLÉGANCE DISCRÈTE Depuis deux siècles, les plus beaux costumes sur mesure sont taillés dans ce quartier de Mayfair, à Londres, dans cette rue que les Beatles ont rendue célèbre pour y avoir installé en 1968 leur QG et studio d’enregistrement : Savile Row. Suivez-nous pour une plongée dans l’univers du luxe discret dont les Britanniques ont le secret.

A

Textes et photos J. Chassaing-Cuvillier

boutissement extrême du luxe ou désir hédoniste d’individualistes forcenés, le sur-mesure revient en force dans de nombreux domaines. Le désir exacerbé de ne pas s’afficher avec les mêmes vêtements, les mêmes chaussures ou la même automobile que leurs voisins poussent les hommes vers cette nouvelle tendance. Plus que le goût de la perfection, les adeptes du bespoke, le mot anglais qui résume l’accord passé entre le tailleur et son client, la commande, recherchent l’exclusivité et la discrétion. Seul le choix d’un tissu ou d’une coupe parfaite sera ainsi visible du quidam. Le reste ne sera qu’élégance. Le sur-mesure ou bespoke est une conception rare de l’achat qui, depuis quelques années, a les faveurs des amateurs d’objets d’exception. Certains constructeurs automobiles tentent d’apporter à leurs clients l’illusion de ce service. En réalité, hormis quelques carrossiers, il s’agit juste d’un catalogue d’options qui est proposé, davantage une personnalisation qu’une réalisation unique. Des cuirs, des coloris, des aménagements spécifiques, voilà ce qu’offre Ferrari à ses clients, mais pour autant il ne s’agit pas d’exclusivité. Quelques malletiers et selliers de haute volée comme Hermès, Amoruso ou Moynat ont cette capacité à dessiner des modèles qui ne seront jamais repris pour un autre client. Un choix que les tailleurs du Golden Mile, le quartier de Savile Row, derrière Regent Street, comme Henry Poole, Hunstman, Anderson & Sheppard, Kent & Haste ou Meyer & Mortimer pratiquent régulièrement. Dans leurs boutiques de Savile Row, de Old Bond Street ou de Sackville Street à Londres, ils offrent le meilleur et l’unique. Choisir de s’habiller sur mesure revient à entrer en religion.

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MODE & OBJETS

Une religion dont La Mecque, depuis deux siècles, se situe dans un petit périmètre du quartier de Mayfair à Westminster : Savile Row. Une fois la décision prise de se faire confectionner un costume bespoke, qu’on appelle aussi grande mesure de notre côté du Channel, le voyage à Londres s’impose. Aller et retour dans la journée ou prétexte à y rester deux jours, les deux options sont permises. Le tour des boutiques de Savile Row, Old Bond Street et Sackville Street est obligatoire, même si, pour gagner du temps, une visite des sites Internet de chacun d’entre eux permet d’effectuer une bonne présélection. La modernité est ici au service de la tradition, Internet et la grande mesure en ménage, tout arrive. Parler avec le coupeur, voir quelques réalisations et demander ce qu’il vous conseille font partie des bases de la première entrevue. Connaître la façon dont l’épaule est construite est sans doute le détail le plus important. C’est là que résident la particularité et la personnalité d’un tailleur. Vient ensuite la souplesse de la coupe. Sans, bien sûr, qu’il s’agisse d’un vêtement déstructuré, chaque maison possède un style plus ou moins rigide. L’emmanchure est aussi primordiale, elle doit combiner souplesse du mouvement et tenue de la veste. Là, c’est votre goût qui doit primer tout en conservant à l’esprit le confort. Connaître quelques clients importants peut vous aider dans votre choix. Savoir que Lord March, Charlie Watts, Nick Foulkes, ont choisi Kent & Haste, ou que Bill Clinton ou David Beckham ont préféré Gieves & Hawkes, permet de visualiser la coupe d’une maison.

Ne pas négliger le choix du tissu Autre point important, le choix d’un tailleur qui se déplace à Paris n’est pas à négliger. En effet, à partir de la prise de mesure, trois essayages successifs sont nécessaires. Il faut savoir que bien souvent une épaule ou une hanche est plus basse que l’autre. Des détails qui demandent de nombreuses corrections afin d’effacer ces défauts, ou au moins de les masquer. Cela implique des déplacements chronophages en dépit du plaisir de passer un moment à Londres. Avoir la possibilité de faire ces essayages à Paris est d’un grand confort. Meyer & Mortimer, Dege & Skinner ainsi que Henry Poole font partie des belles maisons qui se déplacent régulièrement en France. Les essayages se font alors dans une suite d’un grand hôtel parisien, souvent situé dans le VIIIe arrondissement. Si votre choix se porte sur une autre maison, des voyages réguliers s’imposeront. Dans les deux cas, il conviendra de calculer

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Trois essayages vont suivre la prise de mesure. Certains tailleurs de Savile Row se dĂŠplacent Ă Paris Followed Magazine 65


MODE & OBJETS

Chaque tailleur, chaque maison a son style, sa manière de faire une Êpaule, une emmanchure 66 Followed Magazine


entre les trois essayages obligatoires et les déplacements à Paris du tailleur. À titre d’exemple, pour disposer d’un costume pour le prochain été, c’est lors de la venue du tailleur en novembre ou décembre que la première prise de mesure et le choix de l’étoffe devront être réalisés. Et il ne faut pas négliger le temps nécessaire au choix d’un tissu, car ce n’est jamais aisé. Il peut être difficile de visualiser à partir d’une liasse l’effet d’un costume fini. Le choix pourra se faire parmi les marques anglaises Porter & Harding ou Holland & Sherry, qui proposent de superbes tweeds, tandis que les italiennes Caccioppoli et Vitale Barberis ont dans leur catalogue de magnifiques tissus légers, parfaits pour l’été. Nous n’irons pas jusqu’à dire que sauter le pas de la grande mesure est délicat, mais cela demande plus d’attention que de céder aux sirènes du prêt-à-porter. Posséder une veste sur mesure, comme une véritable seconde peau, est un plaisir qui demande quelques sacrifices. Dans tous les sens du terme.

LES ADRESSES

Gieves & Hawkes : 1 Savile Raw. Également du ready-to-wear. Deje & Skinner : 10 Savile Raw. Une maison de tradition qui se déplace à Paris. Connue pour ses uniformes de cérémonie. Une silhouette près du corps. Des tailleurs dynamiques et une clientèle jeune. Hunstman : 11 Savile Raw. Bespoke, made to measure et ready-to-wear, coupe cintrée et épaules larges évoluant vers une certaine fluidité. Henry Poole : 15 Savile Raw. Maison crée en 1906. Une coupe identifiable et affirmée, épaule naturelle et revers maison. Welsh & Jefferies : 20 Savile Raw. Une maison classique. Ede & Ravenscroft : 8 Burligton Gardens. Ready-to-wear, bespoke. Prix raisonnables. Anderson & Sheppard : 32 Old Burlington Street. À la différence des autres maisons, Anderson n’a jamais fait d’uniformes militaires. Une épaule naturelle et drapée. S’adapte à la silhouette du client avec souplesse tout en étant structurée. Peut-être trop d’ampleur. Meyer & Mortimer : 6 Sackville Street. Paul Munday, le directeur de cette vieille maison fondée en 1790, se déplace à Paris quatre fois par an. Une coupe structurée qui efface le poids des ans. Affiche le Royal Warrant d’Elisabeth II pour ses uniformes militaires. Kent & Haste : 7 Sackville Street. Une maison jeune créée par des coupeurs passés par les plus grandes maisons de Savile Row. Une ligne près du corps, structurée avec un galbe de poitrine souligné. Dashing Tweeds : 26 Sackville Street. Une maison qui utilise les tweeds les plus débridés avec des coupes qui sacrifient aux codes de Savile Row.

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ART DE VIVRE

Appellation

d’origine protégée Véritable symbole de la gastronomie française dans le monde, reconnu pour ses couleurs et ses saveurs, le roquefort est produit uniquement dans l’Aveyron, de novembre à juin. Visite, pour en comprendre tous les secrets, chez l’un des derniers artisans producteurs de Roquefort-sur-Soulzon : la maison Carles. Textes et photos F. Montfort

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ART DE VIVRE

Une fois le lait du jour récolté, il est mis en bacs pour cailler. Puis il faut le découper en petits cubes et le brasser régulièrement (ici en photo). Ensuite seulement, ces cubes seront moulés et ensemencés de Penicillium roqueforti.

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On saupoudre de Penicillium au moment de la mise en moule. Tout est fait à la main. À gauche, des pains démoulés à l’égouttage. Dans quelques jours, ils partiront en cave, si Delphine Carles estime que c’est le bon moment en examinant ces prélèvements.

Nous travaillons avec le lait du jour pour avoir un roquefort doux et typé

Delphine Carles

N

ovembre, à Roquefort-sur-Soulzon, à quelques kilomètres de Millau et de son viaduc : la saison débute à peine. Les brebis de la région ont mis bas il y a moins d’un mois et commencent à donner du lait : dans quelques semaines, les caves de la ville vont se remplir de ces pains qui vont bleuir doucement pour donner ce fromage si particulier, à la pâte persillée et au goût prononcé : le roquefort. « La production de fromage est contrainte par la période de production de lait des brebis, explique Delphine Carles. Le roquefort n’est fait qu’avec du lait cru, ce qui nous vaut quelques problèmes pour exporter dans des pays comme les États-Unis, où on préfère des fromages pasteurisés. Et nous, chez Carles, nous ajoutons une autre contrainte : nous ne travaillons qu’avec le lait du jour, collecté le matin même. C’est un lait frais, vivant, avec tout ce qu’il faut dedans pour donner un fromage de caractère. »

On l’aura compris, ici, on ne donne pas dans l’industriel. Fondée par François Carles en 1927, la fromagerie n’a jamais quitté la famille depuis. Le fils, Jacques, la reprend trente ans plus tard. Puis c’est la petite-fille, Delphine, notre hôtesse, qui lui succède en 1997. Avec la même envie : faire un roquefort artisanal, avec du lait cru et frais du jour, collecté dans les mêmes seize bergeries depuis près de 90 ans, avec les mêmes méthodes. Justement, ces méthodes, quelles sont-elles ? « Pour résumer, il y a deux étapes de fabrication : la première se passe à la laiterie, où arrive le lait collecté dans la matinée. On va le mettre dans des bacs, le chauffer à une trentaine de degrés, je ne peux pas vous dire combien exactement, c’est un secret, ajouter une pincée de ferments et de la présure, un coagulant d’origine animale qui va permettre au lait de cailler. Puis on va découper ce caillé en petits cubes, le brasser de nombreuses fois, puis le mettre en moule

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ART DE VIVRE

Nous cultivons le Penicillium roqueforti là où vieillissent nos roqueforts

Delphine Carles

en même temps qu’on l’ensemence de Penicillium roqueforti. » Le Penicillium, un micro-champignon cultivé dans les caves de vieillissement, va donner en se développant ce bleu si caractéristique. Chez Carles, on produit son propre Penicillium roqueforti, qui n’a rien à voir avec de la pénicilline. « Toute la saison, on va faire brûler du pain jusqu’à avoir 100 °C au cœur. À ce moment, on fait des trous dans la croûte dans lesquels on met des souches de Penicillium puis on rebouche et on laisse reposer dans les caves. Tant que la température reste élevée, c’est que ça se développe. À la fin, une fois broyé, on obtient une poudre bleue avec laquelle on ensemence les pains de fromage lors du moulage », explique Delphine. Cet après-midi, comme chaque jour, tout va très vite dans la laiterie, une fois que le chef d’équipe a donné le feu vert. Avant, on attend que ça soit prêt. Et tout d’un coup, on doit tout mettre en œuvre pour arrêter les fermentations et former les fromages. À trois autour du bac, les petits cubes de caillé sont agglomérés, ensemencés et moulés en quelques minutes seulement, à la main comme depuis 1927. Puis ils sont mis de côté pour un égouttage, démoulés et régulièrement retournés pendant plusieurs jours puis salés, au sel sec et non pas à la saumure, avant d’être stockés dans une chambre tempérée. Régulièrement, Delphine ou ses chefs d’équipes viennent contrôler la texture, la densité et l’humidité des fromages afin de décider du moment où ils vont partir en cave. C’est à ce moment seulement que le Penicillium roqueforti va se développer, se propager pour teinter le roquefort, s’insinuant dans les espaces laissés entre les cubes, mais profitant aussi des trous réalisés avant la mise en cave, quand les fromages sont piqués. « Les pains descendent en cave environ deux semaines après moulage. Et ils vont y rester le temps nécessaire pour ce que le bleu et les arômes se développent bien. » La règle dit qu’un roquefort doit rester ensuite au

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Sous le bâtiment, des caves sur trois niveaux, toutes aérées par un courant d’air naturel. Ces courants viennent des fleurines et on n’en trouve qu’à Roquefort. Cela offre des conditions parfaites pour le vieillissement des fromages.


À gauche, une culture de Penicillium roqueforti. Le pain est préalablement brûlé afin d’atteindre 100 °C à l’intérieur. Ensuite, on pratique des trous dans lesquels on insère du Penicillium, puis on les rebouche avec de l’alu. Enfin, on attend en contrôlant la température, preuve de la prolifération du Penicillium. Le tout sera transformé en poudre, pour ensemencer les pains de fromage lors du moulage. Ci-dessus, des pains vieillissent : la culture du « bleu » donne une indication.

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ART DE VIVRE

On produit du roquefort entre novembre et juin. Ni avant, ni après

Delphine Carles

moins quatorze jours en cave. C’est parfois plus... Cette période en cave, c’est l’affinage. Car un roquefort est vendu affiné par son producteur, sans qu’il soit nécessaire de le faire encore vieillir, contrairement à d’autres sortes de fromages. « Nous avons eu le problème avec un affineur assez connu du sud de la France. Il voulait affiner nos roqueforts... alors que lorsque nous les délivrons, ils n’évoluent plus. Il a attendu, attendu encore... jusqu’à avoir un fromage sec et moins bon qu’à l’origine. » Si l’affinage se fait si bien à Roquefort, c’est à cause des fleurines. Ce sont des fissures naturelles dans la roche sous la ville qui assurent une ventilation parfaite des caves. Ici, la température et l’hygrométrie sont presque constantes toute l’année, garantissant des conditions idéales de vieillissement. Rangés sur des étagères en chêne, dont certaines ont parfois plus de cinquante ans, les pains bleuissent doucement, tirant parfois sur le gris et exhalant une odeur incroyable dans les trois étages de caves. « Quand on décide que l’affinage est terminé, on remonte les fromages et on les emballe dans une feuille d’étain. Ainsi, on ralentit le vieillissement, d’autant qu’on entrepose ces roqueforts dans des chambres froides. Ce n’est qu’au moment de l’expédition qu’on va les déballer, les racler pour enlever le jus qui se sera formé, puis les couper et les mettre dans une feuille d’aluminium à nos couleurs. À ce moment-là, les fromages sont envoyés à leurs acheteurs, aux quatre coins de l’Europe. Nous conseillons alors de les consommer dans les trois mois. » C’est pour cela, alors que la production s’arrête à la fin de l’été, qu’on peut avoir du roquefort toute l’année. « Mais ne perdez jamais de l’esprit que c’est un fromage au lait frais, lait qui change en fonction du moment de l’année, du régime alimentaire des brebis. Bref, qu’un roquefort de février n’a pas le même goût qu’un autre de juin ou de septembre. C’est un produit de saison qu’on a toute l’année. » Profitons-en.

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Après l’affinage en cave, les pains de roquefort sont emballés dans une feuille d’étain pour le stockage. Puis déballés, raclés du jus qui s’est échappé lors du stockage et enfin enveloppés dans de l’alu.


Un pain pèse environ 2,7 kg. Il est vendu entier, en demi, en quart ou en huitième. Dans ce cas, il est préalablement coupé dans l’épaisseur, puis en quatre. Une fois emballé dans une feuille d’alu, il peut se conserver quelques mois.

Des règles strictes

UNIQUEMENT DU LAIT CRU. Pour mériter son appellation, un roquefort doit être fait avec du lait cru de brebis, respectant moins de 48 heures entre la traite et la fermentation. Chez Carles, c’est du lait du jour. Enfin, le lait peut être filtré, mais pas microfiltré. AFFINÉ DANS LES CAVES DE LA VILLE. Réglementairement, le fromage est affiné dans les caves de Roquefort-sur-Soulzon, caves naturellement ventilées par les fleurines. UN PRODUIT DE SAISON. Les brebis produisent du lait de novembre à juin. La fabrication des fromages est donc limitée entre fin novembre et juillet, l’affinage poussant jusqu’en septembre. La qualité du lait détermine le goût du fromage, surtout avec un lait frais du jour. LE FROMAGE N’EST PAS VEGAN. Pour faire cailler le lait, les artisans fromagers utilisent une présure animale, souvent de la caséine prélevée sur les bêtes, des brebis pour le roquefort, des vaches pour d’autres fromages. Des essais ont été faits avec des présures végétales, donnant souvent des fromages amers.

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SPORT&LOISIRS

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Yannick Borel

«  Je rêvais d’être

champion

olympique  » Même s’il n’est pas champion du monde en individuel, Yannick Borel reste l’un des meilleurs épéistes du monde. Sa médaille d’or par équipes aux Jeux de Rio et son deuxième titre européen en individuel le rappellent. Rencontre avec ce monument de l’escrime française. Textes C. Boulain, photos A. Bizzi/FFE

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SPORT&LOISIRS La touche de Yannick qui permet à la France de remporter le titre mondial en 2017 par équipes, après les JO à Rio (à droite).

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roiser le fer. L’expression n’est pas anodine. Mais pour la comprendre, il faut entrer dans une salle d’entraînement d’escrime. Depuis quelques minutes, les lames se frôlent, s’esquivent puis s’entrechoquent. À voir, le ballet des escrimeurs impressionne déjà. Mais le plus fort émotionnellement, c’est le bruit, ces éclats métalliques à chaque coup de lame. Lors d’une compétition, où deux tireurs donnent l’assaut, c’est déjà prenant. Dans une salle d’entraînement, avec une dizaine d’épéistes bien chauds, c’est incroyable. On prend alors conscience

de la violence et de la rapidité de ce sport, dominé, à l’épée, par un Français : Yannick Borel. Malgré son large sourire, l’homme de près de 2 mètres en impose. Fort de cinq titres par équipes, aux championnats d’Europe, du monde et aux Jeux, et deux en individuel (Europe), le tireur licencié à Levallois-Perret a terminé l’année 2017 à la première place mondiale, à 29 ans à peine. À quelques heures de la première compétition de l’année, nous l’avons rencontré à l’INSEP, là où il s’entraîne régulièrement, pour faire le point sur ce sport connu, mais peu médiatisé, et sur sa carrière.

« Être numéro un mondial n’est pas mon objectif »

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Comment vient-on à l’escrime ? Avec l’école, pour moi. Je suis né en Guadeloupe, j’y ai grandi puisque je ne suis arrivé en métropole qu’en septembre 2007. Et c’est donc à l’école que j’ai découvert ce sport, grâce à une maîtresse d’armes cubaine, qui est devenue depuis ma belle-mère. Elle sortait d’équipe nationale, elle parlait à peine français à l’époque. On a une grosse culture de l’escrime sur l’île, même avant Laura Flessel, avec Franck Pommier par exemple. Et aujourd’hui, on a des jeunes excellents, qui viendront peut-être jusqu’à l’INSEP. La Guadeloupe est un bon vivier pour ce sport.

Vit-on de l’escrime en France ? Pour ma part, je suis sous contrat avec les douanes françaises. Pour faire simple, la Fédération française d’escrime peut proposer le nom d’un tireur, capable de représenter les couleurs de la France au meilleur niveau mondial, pour cette place. C’est la fédération qui est en contrat avec les douanes. C’était Boris Sanson avant moi, champion olympique au sabre. Je ne me prédestinais pas à une carrière de douanier

plus jeune, même si j’y pense de plus en plus pour l’après. J’ai fait des études de STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) et ce n’est qu’après deux titres internationaux que j’ai pu bénéficier de ce contrat. C’est assez confortable, je peux m’entraîner quasiment tous les jours ici, à l’INSEP, et me libérer pour les 16 à 18 compétitions annuelles. Mais nous ne sommes pas professionnels de l’escrime, en tout cas pas en France.

C’est différent ailleurs ? Si on prend l’Italie par exemple, des contrats comme le mien, il y en a plein. Ici, aujourd’hui, dans la salle d’entraînement, il y a les quatre meilleurs Français à l’épée. Seuls trois ont des contrats aménagés [un seul aux douanes, NDLR]. Le quatrième, il est autoentrepreneur, travaille pour gagner sa vie et essaie de se ménager du temps pour progresser dans le sport où il défend les couleurs de la France... En Russie, le nouveau président de la fédération est un milliardaire qui aide les tireurs nationaux. Je ne vais pas me plaindre, la prime de l’État

pour notre victoire aux JO était la bienvenue. Mais si on prend la Russie, elle était dix à vingt fois plus importante.

Quelles sont les qualités requises pour briller en escrime ? La taille ? Pas forcément. Ça peut aider, moi par exemple, je mesure 1,96 m et je bénéficie d’une allonge importante. Mais un tireur plus petit peut avoir la même s’il utilise une poignée droite [qui donne un peu plus d’allonge, NDLR] au lieu d’une poignée cross comme moi. En fait, la qualité principale, primordiale même, c’est l’explosivité. C’est la base de l’escrime moderne, plus encore que l’allonge ou la vitesse.

Qu’est-ce qui différencie l’épée des autres armes en escrime ? C’est une arme non conventionnelle, comprendre qu’il n’y a pas de priorité. Celui qui touche marque. Au sabre comme au fleuret, il y a une convention : seul celui qui attaque peut marquer. Sinon, il faut d’abord parer pour prendre la priorité, puis riposter.

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SPORT&LOISIRS

« Je veux être champion olympique en individuel »

Ensuite, à l’épée, on peut toucher toutes les parties du corps, des pieds à la tête, et on doit toucher avec la pointe. C’est ce qu’on appelle une arme d’estoc. Au sabre, on touche avec la lame, mais pas tout le corps. Au fleuret, c’est juste avec la pointe, une arme d’estoc, mais seulement le buste et le dos... Pour faire simple, l’épée est plus facile à comprendre.

L’escrime est un sport individuel, pourtant la France excelle par équipes. Comment est-ce possible ? Contrairement au tennis, par exemple, ce ne sont pas des joueurs qui font chacun leur match, qui marquent un point par victoire... et on compte les points à la fin. En escrime, il n’y a qu’un seul match, durant lequel on tire chacun à notre tour. Si l’un de nous accumule beaucoup de retard, encaisse des touches sans en mettre, il ne perd pas son match. Il creuse juste un déficit qu’on peut combler ensuite. Il n’y a qu’une victoire, à la fin. C’est une vraie compétition par équipes.

Tu étais un peu individualiste à tes débuts. Ton surnom de Zlatan viendrait d’ailleurs de là. Comment est-ce possible dans ce système ? Cela a été mal interprété. À l’entraînement, quand on jouait au foot ou au tennis-ballon par exemple, je la jouais perso, j’aimais bien marquer sans passer la balle. Justement, en escrime par équipes, la jouer perso est assez dur... même si c’est possible. Quand on n’est pas en forme, qu’on est face à un tireur contre qui on n’a pas la solution, qu’on

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en prend deux ou trois de suite, on peut choisir d’y retourner avec son orgueil en bandoulière, quitte à creuser son trou. Ou alors, on joue la montre, au contraire, pour éviter de cumuler trop de retard pour son partenaire. C’est vrai que j’étais un peu perso à mes débuts en équipe. Mais ça n’est plus le cas. Il y a une super ambiance entre nous.

Parce que vous vous entraînez tous ensemble ? Ça doit jouer, bien sûr. Les meilleurs tireurs français sont tous là, on se connaît, on a un projet commun, en tout cas tant que dure cette structure. L’INSEP devient cher, et il se pourrait que des athlètes décident un jour de sortir de cette structure pour évoluer de leur côté, comme dans beaucoup de sports. Aujourd’hui, ici à l’INSEP, il y a beaucoup de tireurs (et tireuses) pour peu d’entraîneurs. Mais pour l’instant, ça tient et la cohésion est excellente.

Quel est le meilleur souvenir sportif de Yannick Borel ? J’en ai pas mal. En individuel, je dirais ma deuxième victoire au championnat d’Europe. La première, je l’avais sortie de mes tripes. Il y avait un enjeu pour les sélections aux Jeux de Rio, c’était un peu spécial. Mais la seconde, alors que j’aurais dû subir la pression, j’étais le tenant du titre... mais j’étais dans le lâcher-prise, tout rentrait, j’étais facile, bien. Et pourtant, les Europe, c’est une compétition compliquée car les meilleurs tireurs sont Européens. Je pense que sur les 16 meilleurs mondiaux, 10 ou 12 viennent d’Europe. Un mini championnat du monde en quelque sorte. Par équipes, ce sont les

Jeux de Rio, bien sûr. Première médaille d’or olympique, c’est un truc fort. Je me suis toujours rêvé en champion olympique...

Et son pire souvenir ? De loin, les jeux Olympiques de 2012, à Londres. Mes deux premiers matchs sont difficiles. Je sors le numéro deux mondial au deuxième tour et, du coup, m’ouvre un peu le tableau pour la suite. Mais au troisième tour, face à un autre challenger qui devait être à ma portée, je me loupe. Je mène rapidement, mais je m’endors. Et je perds. C’est dur, mais ça m’a énormément servi pour la suite. J’ai 24 ans à l’époque, il n’y a pas de compétition par équipes pour se rattraper à Londres... c’est super dur. La France ne prend aucune médaille, malgré une vraie culture des JO en escrime. Plus qu’une culture, une tradition, c’est ça. Ça a été très dur.

Qu’est-ce qui te reste à gagner ? Les championnats du monde en individuel, mais surtout les JO en individuel. La médaille d’or, elle aura une saveur différente, même si celle par équipes a été une émotion très forte. Depuis mes débuts, je ne pense qu’à ça, c’est une part importante de mon double projet : devenir champion olympique, être le meilleur aux Jeux, et préparer mon après, car on ne gagne pas assez en escrime pour imaginer prendre sa retraite après sa carrière sportive. Nous n’avons pas la médiatisation du judo, du foot ou même de l’athlétisme. Il faut vraiment, tout le temps, penser à ce double projet, sportif et professionnel.


Avec près de 2 mètres sous la toise, pour 102 kg actuellement, Yannick possède une allonge remarquable. Mais sa plus grande force est son explosivité.

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FRANCK,

RACONTE-NOUS

TA DESCENTE

EN OR AUX JEUX

OLYMPIQUES DE CALGARY 82 Followed Magazine


Franck Piccard Followed Magazine 83


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En 1988, trente ans avant les jeux Olympiques de Pyeongchang, les meilleurs skieurs alpins du monde s’élançaient sur les spectaculaires pistes tracées autour de la ville de Calgary, dans la partie canadienne des montagnes Rocheuses. Parmi eux, Pirmin Zurbriggen, Alberto Tomba, Peter Müller... mais aussi et surtout Franck Piccard, qui a décroché le bronze en descente, puis l’or en super-géant. Dans cette dernière discipline, il fut d’ailleurs le premier champion olympique français... et reste toujours le seul à ce jour ! Dans son fief savoyard des Saisies, non loin de Beaufort, il s’est replongé dans ses souvenirs incroyablement précis, pour nous faire revivre avec force détails les folles épreuves de cette année-là. Propos recueillis pas A. Bloch, photos Rossignol Archive

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u milieu des années 1980, j’avais déjà obtenu plusieurs titres... mais quand je suis arrivé au niveau coupe du monde, de retour après des blessures (genoux, dos...), je n’avais plus de repères, et tout restait à faire ! Alors, avec mes potes (Luc Alphand, Jean-Luc Crétier et Denis Rey), nous avons constitué une petite équipe dans l’équipe, que tout le monde appelait le « groupe Top Gun », en référence au film qui venait de sortir [Tony Scott, 1986, NDLR]. À force de travail, nous avons commencé à nous aligner en coupe du monde avec de réels espoirs : j’ai décroché mon premier podium en janvier 1988, quelques semaines avant le début des jeux Olympiques. Tout est alors devenu possible, parce que nous étions enfin arrivés à ce que nous recherchions depuis que nous étions gamins, c’est-à-dire aller décrocher un titre olympique. L’idée est vraiment née cette saison-là, grâce

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à ce contexte favorable. Pour travailler sur Calgary, nous sommes partis tous les quatre à Panorama, une station qui se trouve, elle aussi, dans les Rocheuses canadiennes. Là, on a vécu en commando, et il y a eu une vraie émulation, qui était née un peu auparavant, mais a commencé à vraiment s’exprimer. Commando, parce que nous avons travaillé de manière intensive, en groupe resserré, et surtout isolé de toute pollution externe. Nous piquions le bus pour aller faire des drifts sur un lac gelé, nous allions dans la forêt couper du bois pour faire du feu dans la cheminée, ou à la décharge au soleil couchant pour voir les ours qui venaient y manger... Et puis, bien sûr, nous allions skier ! Nous connaissions bien Panorama, parce que la station était une étape de la coupe du monde, et que nous avions une piste extrêmement belle et difficile, pas du tout au rabais, qui donnait aux entraînements une vraie


EN ME VOYANT,

LE PRÉPARATEUR M’A DIT INSTANTANÉMENT :

« AUJOURD’HUI,

T’AS PAS BESOIN DE MOI. » EFFECTIVEMENT

J’ÉTAIS AU TOP,

JE N’AVAIS BESOIN

DE PERSONNE Followed Magazine 85


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valeur. Nous y sommes restés dix jours. Et puis, les Jeux sont arrivés, et nous avons dû migrer dans la grande marmite olympique. Enfin presque, parce que nous n’étions pas logés au village olympique principal, mais dans un petit motel, à côté des fondeurs et des biathlètes, à Canmore. C’était un camp retranché, un refuge extraordinaire. Sont arrivés les premiers entraînements sur la piste, que nous connaissions bien puisque nous avions fait une course dessus l’année précédente. On nous avait alors dit que pour les JO, la piste de l’épreuve de descente partirait d’encore plus haut que d’habitude, du sommet d’une barre rocheuse, et nous ne l’avions pas cru. Mais nous avions tort : ils avaient bien dans l’intervalle tracé une nouvelle piste, et installé un petit téléski. C’était extrêmement raide, une vraie grosse piste, et nous nous sommes tout de suite dit que la course allait être balèze. Pourtant, au fil des entraînements, nous nous y sommes tous sentis à l’aise, particulièrement moi. Le haut du parcours se passait très bien, en revanche je perdais régulièrement du temps en bas, où la piste louvoyait dans la forêt, parce que je n’étais pas sûr de ma trajectoire. En parlant de Top Gun, nous faisions beaucoup de visualisation mentale, comme les pilotes de chasse. C’est une part essentielle du métier de skieur, particulièrement de descendeur ou de supergéantiste. Il faut être capable de mémoriser le parcours de A à Z, la moindre inclinaison, la texture de neige, la qualité d’éclairage, le positionnement des portes... et quand une courbe est mauvaise, savoir rembobiner le film pour recommencer. C’est un travail qui demande beaucoup d’énergie, beaucoup de concentration.

Le chinook avait tout changé Il m’a manqué un ou deux entraînements pour être vraiment au top sur cette piste, parce que nous avions fait toutes nos descentes dans des conditions très similaires : un grand ciel bleu, des trajectoires lumineuses.

Or, le jour prévu pour la course, nous l’avons découverte sous un autre angle : le vent (le fameux chinook) avait tout chamboulé, et l’éclairage était moins bon. Comme il faisait mauvais, justement, la course a été annulée et reportée. J’avais le dossard n° 1, ce qui peut être très bien, parce qu’on fait juste sa course, il n’y a pas à réfléchir. Mais, pour le coup, je n’étais pas très sûr de moi, et m’élancer en premier m’aurait certainement pesé. Le lendemain, il faisait toujours mauvais, mais l’organisation n’avait plus le choix et nous avons dû courir. Cette fois, j’avais le dossard n° 15. Nous avons pris le petit téléski pour faire une dernière reconnaissance de la piste, qui était en mauvais état. Nous avions une heure pour tout absorber, mais cela suffisait pour compléter notre base de données avec les conditions du jour. À ce moment-là, j’ai commencé vraiment à sentir qu’il allait se passer quelque chose, mais j’ai essayé de faire comme si tout était normal. Moi, j’aimais bien arriver en haut assez tard, pour ne pas avoir le temps de cogiter : quinze à vingt minutes avant, pour m’échauffer et prendre les dernières informations des coachs. Il m’arrivait parfois de ne pas les écouter, voire de demander à couper la radio, mais je ne l’ai pas fait ce jour-là. J’ai assemblé ces tout derniers paramètres avec tout ce que j’avais déjà dans la tête, et j’ai fait une dernière visualisation mentale du tracé.

Je ne me suis pas affolé Le quatorzième s’est élancé, et il s’agissait de Pirmin Zurbriggen, le favori. Je l’ai vu partir le couteau entre les dents, et je me suis dit que j’allais faire pareil. J’en ai peut-être un peu trop rajouté, d’ailleurs, parce qu’avoir été extrêmement agressif sur cette première partie que j’avais toujours réussie à la perfection m’a fait commettre quelques fautes, notamment dans un double S de la fameuse barre rocheuse, puis dans un enchaînement de quatre virages. Je ne me suis pas affolé, je me suis dit qu’il restait la fin de course, sur laquelle je

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n’avais pas été très bon les jours précédents, mais que je sentais particulièrement bien... et j’ai effectivement, cette fois-ci, trouvé la bonne trajectoire. C’est ainsi que j’ai pris la médaille de bronze en descente : un rêve de gosse qui se réalisait. Ce n’était pas l’or, mais c’était déjà pas mal ! Le lendemain, il y a eu la descente du combiné, c’est-à-dire une manche de descente et une de slalom, dont les temps sont ensuite additionnés. Cette fois-ci, je ne me suis pas raté en haut, j’ai fait ma vraie descente, et j’ai gagné, devant Zurbriggen ! Est arrivé le slalom, et j’ai vraiment très très bien skié, je n’en reviens toujours pas... Mais à dix portes de l’arrivée, j’en ai enfourché une. Je m’entends encore hurler dans la forêt : il y avait une médaille pour moi, et elle m’est passée bêtement sous le nez.

J’étais sûr de ma trajectoire Immédiatement, et je dis bien immédiatement, nous nous sommes tous tournés vers le super-g, qui se courait une semaine plus tard. Pendant cette semaine, je me suis vraiment focalisé sur la course, à un point dingue : encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu être aussi pointu, aussi affûté. Pendant les entraînements, je ne suis jamais sorti de mon extrême concentration. Nous avons fait la dernière reconnaissance, il faisait encore une fois un temps assez moyen. J’ai repéré chaque mètre de la piste pour la faire défiler mentalement, j’étais absolument sûr de ma trajectoire. Arrivé en bas, je suis allé au resto, où se trouvait le préparateur qui prenait soin de nous : une sorte de magnétiseur, qui faisait aussi un peu d’ostéopathie. Il m’a vu, et m’a dit instantanément : « Aujourd’hui, tu n’as pas besoin de moi. » Effectivement, je n’avais besoin de personne. Pendant la remontée, puis au départ, je ne voyais que ma trajectoire : je ne sais même pas qui est parti avant moi ce jour-là, tout ce dont je me souviens, c’est que j’étais le cinquième au départ. Le portillon s’est ouvert, et je suis entré dans une sorte de tunnel. La piste était assez dure, avec des conditions

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un peu tournoyantes. Dans le grand mur, à force de tirer sur mes skis pour avoir de plus en plus de vitesse et de puissance, j’ai commencé à être légèrement en retard sur la trajectoire. Je me retrouvais de plus en plus bas, je commençais même à sortir de la trace, mais je n’ai jamais mis les skis en travers, et j’ai maintenu ma trajectoire coûte que coûte. Est arrivé le plat, et toute la traversée s’est faite avec cette vitesse. Il y avait un dernier saut avant l’arrivée, et je suis arrivé pile sur le truc. Mais en passant la ligne, je me suis dit pendant un instant que je venais encore de « bouffer » une médaille, à cause de ce petit retard. Je me souviens m’être retourné, puis avoir tapé mon bâton par terre ! La course a continué, et j’ai entendu une clameur dans la foule : ce n’était pas pour moi, mais parce que Markus Wasmeier, le grandissime favori du super-g, venait d’enfourcher la première porte. Une chose qui n’arrive absolument jamais, qui d’ailleurs ne peut même pas arriver : c’est tout simplement impossible ! Ensuite, il y a eu Alberto Tomba, qui n’était pas vraiment dangereux dans cette épreuve, puis Zurbiggen, qui est arrivé à plus de deux secondes de moi. J’avais alors une seconde et demie d’avance sur le deuxième. J’ai attendu jusqu’à Luc Alphand, parce qu’à l’entraînement, on était très proches et on se tirait particulièrement la bourre : il a terminé septième. À ce moment-là, je me suis dit : « Ça y est, tu es champion olympique ! », et je suis sorti de ma bulle. Je venais de décrocher l’or, avec une seconde trois d’avance [sur l’Autrichien Helmut Mayer, NDLR]. Je ne peux pas dire que je m’y attendais, mais disons que j’étais prêt. J’ai appelé mes parents depuis l’aire d’arrivée, avec un énorme GSM de l’époque, et j’ai enchaîné sur la conférence de presse. Je me suis entendu parler en anglais et en italien, en mode automatique : je ne sais même pas ce que j’ai raconté. J’en rigole encore parce que l’italien, j’en avais fait un peu au collège, mais je n’avais jamais eu l’occasion de le parler. J’étais quelqu’un d’autre, il n’y a pas à dire ! Et j’étais champion olympique.


J’AI ENTENDU UNE CLAMEUR DANS LA FOULE.

UN ALLEMAND GRANDISSIME FAVORI

DU SUPER-G VENAIT D’ENFOURCHER

LA PREMIÈRE PORTE.

ÇA N’ARRIVE

JAMAIS

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Anvers Le bijou flamand

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À deux heures de train de Paris, Anvers n’est pas seulement le paradis des bijoutiers et amateurs de jolies pierres. C’est le second port d’Europe, l’une des plaques tournantes de la mode et un vivier incroyable d’artistes. La destination parfaite pour un week-end.

Textes et photos A. Bourdeau


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On peut aisément se perdre en se baladant autour de la cathédrale. Le soir, ces ruelles recèlent autant de bars que de restaurants, tous accueillants.

Pour s’y perdre

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uand on dit qu’Anvers est une place incontournable de la mode en Europe, où ont grandi des talents comme Martin Margiela, tout droit sorti de l’Académie royale des beaux-arts, cela peut faire peur. Pourtant, il ne faut pas. Anvers n’est pas une de ces villes branchées et élitistes, c’est une cité créative où il fait bon vivre. Il n’y a pas, ici, la frénésie d’un New York, ni l’attitude un peu hautaine que peut parfois revêtir Milan. Anvers c’est avant tout un énorme port marchand, au nord, le second d’Europe derrière le voisin Rotterdam, mais aussi une vieille ville au centre avec ses ruelles pavées, ses places bordées de restaurants ou de bars, et avec, partout, des musées magnifiques. L’histoire de la cité, ballottée entre Espagnols et Allemands durant des siècles, disputée pour son accès à la mer par l’Escaut, ce fleuve qui la traverse du sud au nord, en a fait, jadis, l’une des places commerciales les plus importantes d’Europe. Elle fut aussi le point de départ de milliers d’émigrants pour les Amériques. Aujourd’hui, c’est l’une des plus créatives.

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On y trouve beaucoup de toiles des contemporains de Rubens, mais finalement assez peu de ses propres œuvres.

La maison de Rubens, côté cour, lors d’une de ces journées grises, fréquentes entre septembre et mars.

Derrière nous, la gare centrale. Devant, l’entrée du quartier chinois, marquée par cette porte.

La maison du peintre Pierre Paul Rubens, qui mérite quelques heures de visite. Mais les amateurs de peinture lui préféreront sans doute le musée Mayer van den Berg.

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SPORT&LOISIRS La gare centrale, ouverte depuis 1905, se veut beaucoup plus moderne sur les quais.

Autour de la Grand-Place, les belles maisons des guildes (associations de marchands).

Le nouveau palais de justice, signé de l’architecte Richard Rogers, qui avait auparavant travaillé sur le centre Pompidou à Paris, avec Renzo Piano.

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Le Museum aan de Stroom, du haut de ses 62 mètres, accueille des expositions sur l’histoire de la ville. Un peu plus au nord se trouve la capitainerie, un bâtiment en forme de diamant signé de l’architecte Zaha Hadid

Le bonheur des architectes

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uand on parle de créativité, on pense mode, bien sûr. Mais à Anvers, cela va plus loin, cela touche aussi – et surtout – l’architecture. Qu’il s’agisse de vieux bâtiments parfaitement conservés ou récemment restaurés et même repensés parfois de fond en comble, ou de toutes nouvelles constructions, le design est partout. Au nord, avec la capitainerie dont la partie supérieure rappelle la forme d’un diamant, la spécialité d’Anvers, ou le Museum aan de Stroom (sur le cours d’eau), au sud avec le tout nouveau palais de justice et ses toits pointus signés Richard Rogers, en passant par le moindre magasin de vêtements épuré et tellement élégant. Si vous aimez cela, prévoyez du temps, de la place sur les cartes mémoire de votre appareil photo... et un objectif grand angle. Et pour faire une pause entre deux monuments, arrêtez-vous chez un des nombreux parfumeurs d’Anvers, capables de créer une fragrance spécialement pour vous, sous la forme d’une eau de parfum... ou d’une bougie odorante. Ou, mais c’est plus coûteux, chez un bijoutier qui vous vendra une pierre d’une pureté rare, taillée deux rues plus loin dans la fameuse Pelikaanstraat, en plein quartier des diamantaires.

Même d’insignifiants bâtiments de briques, prolongés ici par des structures métalliques, font la part belle à l’architecture.

Vues de l’intérieur, les vitres forment des vagues étonnantes, qui permettent de s’isoler du reste pendant quelques instants. On peut aussi monter sur le toit pour admirer la ville entière.

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(Bien) boire et (bien) manger

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ntre visites de musées et de monuments, rien de mieux qu’une pause gastronomique. Si la cuisine belge n’est pas la plus réputée, les restaurants d’Anvers, en revanche, le sont. Avec un mot d’ordre, la créativité des plats et l’originalité des lieux, comme chez The Jane, dans une vieille chapelle avec un chef hollandais étoilé (mieux vaut réserver), ou au Het Pomphuis, une halle gigantesque sur le port, à côté du MAS. On peut aussi préférer une bonne vieille brasserie, comme l’Appelmans à quelques pas de la cathédrale, où la cuisine sera moins innovante mais toujours excellente. Tout comme

Des vélos, des biscuits, le résumé d’une belle balade à Anvers.

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l’accueil et l’ambiance. N’hésitez pas à vous arrêter dans une de ces petites boutiques itinérantes de gaufres, où vous pourrez souvent choisir entre une liégeoise pas vraiment rectangulaire, mais avec du sucre caramélisé à la cuisson, dans la pâte, ou une bruxelloise qu’il faut tartiner de confiture, de chocolat ou de chantilly. Les amateurs de produits locaux pourront aussi craquer pour ces gâteaux baptisés Mains d’Anvers, qu’on peut accompagner d’une boisson chaude, d’un verre de bière locale ou d’Élixir. Mais n’abusez pas de ce dernier, même s’il a, paraît-il, des vertus médicinales : c’est du costaud.

À gauche, la gaufre de Liège, avec du sucre caramélisé dans la pâte, à droite celle de Bruxelles.


Développé en 1863, à base d’alcool pur et de trente-deux plantes et épices, l’Élixir d’Anvers existe aujourd’hui sous plusieurs variétés aromatisées. Certains bars en proposent des dizaines à goûter.

Trois exemples de bières belges, (il en existe une centaine).

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SPORT&LOISIRS Y aller, se loger Le plus pratique, sans aucun doute, est de choisir le train. En deux heures seulement, le Thalys relie Paris à Anvers, avec des départs toutes les heures depuis la gare du Nord. La voiture est aussi une bonne idée, avec 350 km d’autoroute du début à la fin en passant par Bruxelles. Le choix d’hôtels est immense, quelle que soit la catégorie visée, de l’auberge de jeunesse au cinq étoiles. Évitez d’être sur le Meir, l’artère commerçante... un peu trop commerçante. Mieux vaut choisir la vieille ville, non loin de Grote Markt.

Que faire ? Boire un verre chez Appelmans, une brasserie typique de la vieille ville et y rester pour une carbonade flamande à la bière De Koninck. Dîner chez The Jane. Goûter le menu huit plats (sur réservation). Et se délecter neuf fois, d’un repas délicieux... dans un lieu incroyable. Visiter la maison de Rubens, tôt le matin avant la foule, pour profiter de l’endroit paisiblement, et s’imaginer le croiser entre deux portes. Monter sur le toit du MAS, dans le port, pour admirer la ville et l’Escaut au coucher du soleil. Déambuler sur Pelikaanstraat, la rue des diamantaires, et admirer en vitrine ces pierres aux mille éclats.

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ALPINE A110

La plus belle des renaissances Cinquante-cinq ans après, Renault relance Alpine et son modèle iconique, l’A110, dont l’originale avait été dévoilée en 1962. Un héritage lourd à porter que la nouvelle venue assume sans complexe. Explications dans l’arrière-pays aixois. Textes C. Boulain, photos D. Meunier

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MÉCANIQUE

C’

est une fille de, maugréeront certains ! Personne ne pourra dire le contraire. D’ailleurs, chez Renault, propriétaire d’Alpine, on ne s’en cache pas. On le revendique même haut et fort : la nouvelle A110 est la digne descendante de son aïeule, presque six décennies plus tard. Jusqu’à aujourd’hui, date à laquelle nous pouvons enfin essayer l’héritière dans les lacets d’Aix-en-Provence, on pouvait croire à joli coup de communication. Il faut dire que l’ancêtre avait du bien, un pedigree comme aucun autre petit coupé, Porsche Cayman et Audi TT comptés. Une histoire sur laquelle il est bon de capitaliser. L’originale, la « vraie », comme l’appellent dorénavant les vieux, avait redonné ses lettres de noblesse à la voiture de sport française en remportant le titre tant convoité de championne du monde des rallyes en 1973, au nez et à la barbe des Ford, Porsche et Lancia des seventies. Avec son gabarit de fourmi, sa carrosserie composite et son agilité diabolique, l’Alpine A110, fabriquée en France, était la sportive absolue de son époque. Eh bien, cocorico, nous pouvons dorénavant écrire cette phrase au présent. Tout est encore vrai, du gabarit à l’usine de production, toujours à Dieppe, sauf la carrosserie, faite d’aluminium léger et résistant et non plus de fibre de verre cassante. Mais, surtout, la nouvelle Alpine est redevenue la sportive absolue de son époque, comprenez d’aujourd’hui. Il est 8 heures du matin, dans le froid d’un mois de décembre apocalyptique pour le sud de la France. La neige est annoncée pour demain, il va falloir en profiter tout de suite, même si le thermomètre hésite encore à reprendre des valeurs positives. Devant nous, l’un des

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Ça valait de coup d’attendre. Déjà, lors de sa présentation au Salon de Genève 2017, en mars dernier, la nouvelle Alpine nous avait plu. Elle nous a carrément emballé lors de l’essai en décembre.

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MÉCANIQUE 1 955 exemplaires numérotés de cette A110 Première Édition, une série limitée hommage à l’année de création de la marque qui devait permettre à Alpine de tester sa capacité à séduire à nouveau les amateurs de voitures de sport, orphelins pour certains depuis des décennies. Chez Alpine, ils savaient ce qu’ils avaient fait, mais ils ne savaient pas si cela plairait. Entre l’annonce par Carlos Ghosn du retour de la marque en 2012 et ce mois de décembre 2017, première prise en main de la nouvelle Alpine, il s’en était passé des choses. Un mariage improbable avec le bricoleur anglo-malaisien Caterham, le départ de Carlos Tavares, bras droit de Ghosn et véritable passionné de sport automobile qui œuvrait pour la renaissance de cette marque iconique, qu’était devenu le projet Alpine ? Cette série limitée allait être un bon test. En interne, certains pensaient qu’il faudrait un mois pour tout vendre, d’autres, moins optimistes, pariaient sur deux, parfois sur six... Tous ont perdu leur mise : les 1 955 exemplaires ont trouvé preneur en quelques jours. La passion est toujours là, soyons rassurés. Au moins 1 955 amateurs de voitures de sport vont donc pousser le bouton rouge de mise en route. Ils auront tous le sourire. Même si le petit quatrecylindres 1.8 litre turbo à injection directe, logé au chausse-pied derrière les baquets, est né chez le cousin Nissan, il sait chanter. En tout cas, nettement plus que sous le capot d’une familiale. On le sent vibrer dans le dos, le temps qu’il monte gentiment en température. Avec la météo du jour, ça prend un peu de temps, justement. Juste ce qu’il faut pour découvrir l’environnement.

Petit volant à grosse jante, à déconseiller aux petites mains, palettes de sélection des vitesses solidaires de la colonne de direction, comprenez qui ne tournent pas avec le volant comme en rallye, trois boutons-poussoirs pour engager le mode de transmission (drive, neutre et marche arrière) et deux pédales sont au programme. L’A110 est dotée d’une boîte robotisée à double embrayage et 7 rapports d’origine, transmission que l’on peut utiliser en mode automatique ou manuel depuis les palettes. Pour le reste, il y a évidemment les commandes habituelles, clignotants, phares, radio, tellement banales qu’elles ont été reprises d’autres modèles du groupe RenaultNissan. Dommage, mais est-ce franchement important ? On préférera s’attarder sur le bouton rouge placé à droite de la branche verticale du volant. En bas à droite. Il commande les modes de conduite. Mais on va y revenir. Le moteur a pris quelques degrés, il est temps d’y aller.

Écrire une page d’histoire Calé dans le siège baquet hyper-léger signé Sabelt, qui ne se règle qu’en profondeur sur ses glissières, il suffit d’appuyer sur D avec le pied sur le frein pour engager les hostilités. On relève le pied gauche pour appuyer du droit et on écrit un bout d’histoire. Passionné ou pas de la marque, cela ne laisse pas indifférent de conduire la toute nouvelle Alpine. Cette renaissance historique, on y participe un peu. Les premiers kilomètres sont surprenants. La transmission égrène ses rapports en douceur, la direction légère sert la maniabilité et le duo sièges baquets à peine rembourrés

UNE VRAIE SPORTIVE POUR TOUS LES JOURS DE LA SEMAINE 104 Followed Magazine


Un logo chargé d’histoire ne suffisait pas à faire de la nouvelle A110 une sportive exceptionnelle. Il fallait autre chose... Maintenant on peut le dire, elle a tout pour séduire les amateurs.

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MÉCANIQUE

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et suspension sport étonne en ménageant un confort véritablement acceptable. Au fil des cahots, on en vient même à se demander si Alpine ne s’est pas loupé, développant un coupé pour aller faire les courses et pas pour faire la course : c’est presque trop bien au quotidien. C’est louche. On accélère un peu plus : ça pousse un peu plus. Mais ça reste finalement assez discret et plutôt confortable. Puis on se souvient du petit bouton rouge, en bas à droite. Un appui court suffit à libérer les décibels. Tout, des stratégies de commande du moteur, de pilotage de la boîte à air qui débouche dans l’habitacle pour le remplir des râles du 1.8 litre, d’assistance de direction ou de fonctionnement des aides à la conduite, se commande depuis ce petit bouton rouge, en bas à droite. L’A110 semble soudainement plus nerveuse, plus sonore – ou musicale, selon les cultures –, plus sportive. On a quitté les grands axes pour plonger dans l’arrière-pays, les routes se font plus étroites, plus sinueuses aussi.

Son secret, c’est son poids

Le seul reproche qu’on puisse faire concerne le poste de pilotage, avec ses commandes reprises de modèles Renault. Et encore, il faut vraiment pinailler...

Jean Rédélé, le fondateur disparu il y a dix ans, qui avait appelé sa marque Alpine car c’était, selon lui, le meilleur terrain de jeu pour une voiture de sport, doit regarder chacune de ces nouvelles A110 avec fierté. Dès que ça tourne, l’Alpine devient l’usine à sourire qu’elle promettait d’être. Sans jamais devenir tape-cul, grâce à une recette miracle suivie à la lettre par les ingénieurs maison : la légèreté. Dans le cahier des charges établi dès le début du projet, il était écrit : pas plus de 1 100 kg. Dans cette version Première Édition bien dotée, seuls trois kilogrammes dépassent de l’ordonnance : merci docteur. 1 103 kg pour 252 ch, un meilleur rapport poids/puissance que son aînée, mais surtout une masse contenue qui permet de rester dans ce que les ingénieurs appellent le cercle vertueux. Une caisse légère permet de mettre des freins plus petits, donc plus légers. Un moteur plus petit et moins puissant, donc plus léger encore... et de réduire les consommations. Et, surtout, d’utiliser des ressorts de suspension moins durs tout en garantissant

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Données constructeur

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Le fond plat génère suffisamment de charge aérodynamique pour se passer d’aileron arrière. Tant mieux, la ligne intemporelle en aurait souffert.

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ALPINE A110 Moteur : 4 cylindres, essence, turbo, 1 798 cm3 Puissance (ch à tr/min) 252 à 6 000 Couple (Nm à tr/min) 320 à 2 000 Transmission : propulsion, robotisée, 7 rapports Masse (kg) 1 103 Long.xlarg.xhaut. (m) 4,18x1,80x1,25 0 à 100 km/h (s) 4“5 Vitesse maxi (km/h) 250 Conso moyenne (l/100 km) 6,1 Émissions de CO2 (g/km) 138 Prix version Première Édition 58 500 €


CETTE A110 DÉVOILE UN COMPORTEMENT ROUTIER FABULEUX un excellent maintien de caisse, donc de parfaire le comportement routier. Pour cela, à Dieppe, siège de l’usine historique, a été installé un atelier d’emboutissage et d’assemblage pour l’aluminium, afin de réaliser cette A110 dans ce matériau léger mais compliqué à industrialiser. L’idée de départ a été suivie jusqu’au bout, ce que Jean Rédélé lui-même n’avait pas réussi à faire à son époque, bricolant des Alpine avec des bouts de Renault, non sans un certain génie. Reste que cette nouvelle Alpine va plus loin que n’importe laquelle de ses ancêtres. Sur route déjà, la démonstration est évidente. Mais sur circuit, c’est encore plus flagrant. Quand vous vous perdez derrière Aix, au bout d’une route étroite et entretenue à la pioche, vous pouvez tomber sur un circuit, celui du Grand Sambuc, par exemple. Un terrain de jeu parfait pour nous, même si les alentours ne valent pas certaines plaines alpines.

Agile et rassurante à la fois Et là, le fameux bouton rouge, celui qui est en bas à droite, on l’adore ! En fonction du mode engagé (Normal, Sport ou Track), l’A110 gagne en agilité, en efficacité, mais sans jamais se départir de son équilibre rassurant. Avec son moteur central arrière, une répartition des masses très légèrement sur l’arrière, ses freins Brembo, ses suspensions à doubles triangles superposés et ses excellents pneus Michelin, elle régale son pilote. Elle peut même lui donner un petit coup de pouce quand ce dernier, grisé par les sensations, aborde trop vite un virage qui se resserre. Grâce à une fonction du différentiel électronique, elle va automatiquement freiner la roue arrière

intérieure au virage pour revenir à la corde, sans que le pilote ne s’en rende compte, lui laissant même croire qu’il est un dieu du cerceau. Et lui évitant un bac à sable au passage. Au fil des tours, on découvre que l’A110 sait tout faire, aligner les tours chrono le plus efficacement possible, sans glisser, ou partir dans de grandes dérives assez faciles à entretenir pour qui a passé sa première étoile de contre-braquage. Pour développer leur bébé, les ingénieurs Alpine avaient pris comme référence les Porsche Cayman, Audi TT et Alfa Romeo 4C. Ils ont fait mieux que les copier... Reste que vendre une série limitée attendue par tous les passionnés est finalement assez aisé. Surtout quand le produit s’avère aussi abouti. Il va falloir maintenant séduire les autres, moins passionnés, moins pressés de signer le bon de commande. Pour eux, Alpine va proposer dans les semaines à venir deux finitions, baptisées Pure (moins richement dotée mais pesant 1 080 kg) et Légende (plus haut de gamme, dont les baquets seront même réglables en tous sens...). Mais alors qu’elles ne seront pas numérotées, alors qu’elles ne seront pas les premières Alpine du renouveau, elles seront étonnamment un peu plus chères que notre modèle d’essai avec lequel les spéculateurs de tout poil vont pouvoir s’en donner à cœur joie. Une stratégie étonnante de la part d’Alpine et de son directeur Michael van der Sande, qui trahit bien la timidité de la démarche, cette peur primaire de ne pas réussir à séduire à nouveau, à peut-être prendre l’héritage comme un fardeau. Pourtant, aujourd’hui on peut le dire : cet héritage, la nouvelle Alpine n’en souffre pas. Au contraire, elle lui fait honneur.

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LEXUS LS 500H

Voyage en classe affaires 110 Followed Magazine


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Devant comme derrière, la Lexus LS 500h ménage un confort de roulage hors norme dans un raffinement exceptionnel.

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UN SENS DE L’HOSPITALITÉ TYPIQUEMENT NIPPON Avec sa nouvelle limousine LS 500h, Lexus invente le road trip en business class. Découverte du sultanat d’Oman, petit pays coincé entre le Yémen et les Émirats arabes unis, dans l’un des plus beaux vaisseaux roulants du moment.

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Textes C. Boulain, photos B. Rouffignac

n descendant de l’avion, à l’aéroport de Mascate, la capitale du sultanat d’Oman, quel spectacle étourdissant. D’un côté, des montagnes au bout du désert et, de l’autre, le golfe d’Oman, séparant ce sultanat de l’Iran voisin. Et puis il y a, là, garée devant nous, cette nouvelle Lexus LS, offrant un spectacle différent mais non moins impressionnant. Qu’elle est loin, la mollassonne copie d’allemande, nommée LS 400 et lancée en 1989 aux États-Unis à la création de la marque. Dorénavant, le style est acéré, plus affirmé que jamais, davantage même que celui des rivales d’outre-Rhin qu’elle veut bousculer. Pour la première partie de notre découverte du pays, un peu sonné par le décalage horaire et la courte nuit dans l’avion, c’est à l’arrière que nous nous installons. Au Japon, l’art de recevoir s’appelle omotenashi, une tradition respectée par Lexus. Cela commence dès l’accès à bord, avec une voiture qui se relève de 30 mm pour le faciliter, si elle est dotée, comme la « nôtre », des suspensions pneumatiques. On ne rigole pas avec l’hospitalité au pays du Soleil-Levant. Et une fois lové dans l’un des deux sièges arrière, capable de vingt-deux positions de réglage différentes pour garantir la qualité de l’accueil, il ne reste qu’à profiter du paysage en se faisant masser. Développés en collaboration avec des spécialistes du shiatsu, ces programmes touchent le dos mais aussi les jambes, avec la possibilité de chauffer certains points de pression pour mieux détendre. Assis, c’est déjà fabuleux, mais allongé, en position Relax dans le siège de droite, avec les pieds surélevés et le siège avant droit complètement rabattu et avancé, c’est mieux que l’avion en classe affaires. D’autant qu’il n’y a pas le bruit des réacteurs pour perturber l’écoute de la symphonie qui joue sur le système audio Mark Levinson à 23 haut-parleurs, offrant un son limpide, presque cristallin, bien plus agréable dans cette ambiance feutrée que les basses surdimensionnées de certaines hi-fi concurrentes. Les notes s’envolent, le temps s’arrête : on est comme hors du temps. On laisse alors traîner sa main sur le cuir des sièges, on découvre la qualité des habillages, qui peuvent marier la peau sélectionnée au bois noble ou même au verre. Il existe dans cette LS une option à 10 000 € qui ne sert à rien. Juste à prouver qu’au Japon vivent des artisans incroyables.

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MÉCANIQUE

LA LIMOUSINE D’AUJOURD’HUI. MAIS EST-CE CELLE DE DEMAIN ? À ce prix, les portes se parent de cuir plié façon origami, à la main comme le veut la tradition, avec pour ornement une pièce de verre Kiriko aux mille facettes : qu’on aime ou pas, c’est tout bonnement exceptionnel. La route défile, le massage commence à faire son œuvre, la sieste est proche. Une pression sur un bouton de la contre-porte relève les rideaux pare-soleil latéraux et arrière : à plus tard... Tous les clients LS n’ont pas de chauffeur. Dommage pour eux. Ou pas. Car s’ils doivent prendre le volant de leur vaisseau roulant au lieu d’en profiter en passager, ils ne seront pas malheureux pour autant. Pour notre seconde journée de roulage, on ne peut pas dire conduite après avoir somnolé deux heures aux places arrière hier, c’est derrière le cerceau que cela se passe. Et tout commence de la même manière. Omotenashi, a-t-on dit : la voiture s’élève afin d’atteindre la hauteur jugée par Lexus comme la plus adaptée, qui est de 55 cm pour que le bassin tombe parfaitement sur le siège, puis le soutien latéral gauche dudit siège s’ouvre pour toujours plus de facilité d’accès. À peine installé derrière le volant, tout revient en place, la hauteur pour assurer une tenue de route optimale et une consommation mesurée, et le flanc du siège pour parfaire le maintien en virage. Comme à l’arrière, ces fauteuils bénéficient d’une quantité de réglages proprement hallucinante qui rend les mémoires de position nécessaires, et bien évidemment des fonctions de chauffage et de ventilation. Tôt le matin, dans les montagnes d’Oman, à presque 2 000 mètres d’altitude, un peu de chaleur ne se refuse pas. Contact... et rien. Comme son nom l’indique, la LS 500h est un véhicule hybride. Sauf si le niveau de charge de la batterie est trop faible (la batterie se charge automatiquement en roulant ou en décélération), le moteur thermique, un V6 3.5 litres atmosphérique en l’occurrence, ne démarre pas immédiatement. Bref, c’est en douceur que l’on décolle, juste sous l’impulsion du gros moteur électrique. De fait, dans le système hybride Lexus, on a un moteur essence et un gros moteur électrique pour la propulsion, et un second moteur électrique, plus petit, pour faire fonctionner la transmission à variation continue. Dans la LS 500h, comme dans le coupé LC 500h dévoilé en fin d’année dernière, cette transmission à variation continue est associée à une boîte de vitesses à 4 rapports. En combinant ces vitesses aux rapports « virtuels » de la transmission CVT (elle en a trois, mais pourrait mécaniquement en avoir dix ou vingt), Lexus annonce dix vitesses au total. Dix rapports que l’on peut sélectionner manuellement depuis les palettes au volant ou laisser à la discrétion de la transmission automatique. Et franchement, c’est mieux comme ça. Décollage dans la ouate, passage des vitesses en douceur,

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Au sultanat d’Oman, Lexus est la marque de luxe la plus représentée. Tous les gens croisés connaissaient la LS.

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MÉCANIQUE

souplesse de la motorisation hybride, tout participe à une conduite apaisée. Même les commandes sont souples ou délicatement assistées, comme la direction, que certains pourraient même trouver trop légère. Tout dépend de ce qu’on veut faire avec sa LS. Pour se balader, son confort de conduite, la douceur de sa motorisation et le luxe raffiné qu’exhale son habitacle font merveille. Or, avec 359 ch de puissance cumulée (V6 + électrique) et quatre roues motrices pour notre voiture d’essai (elle existe aussi en propulsion), on peut lui en demander davantage. Côté performances, avec 5”5 pour passer de l’arrêt à 100 km/h, la LS s’en sort honorablement, surtout au regard de ses 2,3 tonnes à vide. Et même si les derniers km/h se méritent, elle peut aller taquiner les 250 en pointe comme toute grande berline qui se respecte, même si ce n’est pas très conseillé à Oman, avec une multitude de radars de vitesse sur autoroute. Entre un centre de gravité assez bas, une répartition des masses avant/arrière équilibrée et une bonne suspension pilotée, le comportement routier ne souffre d’aucune critique. En fait, le seul point faible de cette limousine est la sensation qu’elle délivre dans des conditions de roulage plus extrêmes, lorsqu’on lui chatouille un peu trop l’accélérateur. Alors qu’elle ménage un silence fabuleux en utilisation normale, elle devient bruyante sous forte accélération, son V6 montant en régime plus que de raison, le point faible de cette motorisation hybride à variation continue. C’est aisément pardonnable sur un coupé LC, moins sur une limousine de ce rang. Il y en a un autre, point faible. Le propriétaire n’en souffrira pas, en tout cas pas tout de suite. Il est d’ordre philosophique. À l’heure où même la meilleure hybride, cette LS 500h, doit s’acquitter d’un malus écologique (2 940 €), beaucoup de chefs d’entreprise, de société ou d’hôtel de luxe, clients potentiels de cette Lexus, risquent de se tourner à court terme vers des propositions rechargeables qui évitent cette taxe. Donc vers des modèles allemands. Mais c’est une question de philosophie.

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Données constructeur

LEXUS LS 500H Moteurs : V6 essence 3 456 cm3 + moteurs électriques alimentés par des batteries Li-ion 650 V Puissance cumulée (ch) 359 Transmission 4x4, auto., 10 rapports Masse (kg) 2 290 Long.xlarg.xhaut. (m) 5,24x1,90x1,46 0 à 100 km/h (s) 5˝5 Conso moyenne (l/100 km) 7 Émissions de CO2 (g/km) 161 Prix de base 97 000 € Prix version Executive AWD 135 000 €

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V OLVO

MÉCANIQUE

XC40

CHARME SCANDINAVE 118 Followed Magazine


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MÉCANIQUE On ne peut pas être un acteur majeur du secteur des SUV haut de gamme et rester absent de celui des petits 4x4 urbains de luxe. Fort de ce constat, le suédois Volvo lance en ce moment même son petit XC40, un concurrent des Audi Q3, BMW X2 et Mercedes GLA. Avec l’ambition de faire aussi bien que ses grands frères XC60 et 90, qui postulent, chacun dans leur catégorie, au titre de « best-seller ». Textes et photos C. Boulain

Agréable à conduire, même avec les grandes roues de 20 pouces qui pénalisent un peu le confort de roulement, performant grâce aux 247 ch de son 2.0 turbo, le XC40 T5 n’a qu’un défaut : son appétit pour le SP95.

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Q

uand on pense à la Suède, ce sont toujours les mêmes images qui nous viennent à l’esprit : les jolies filles, les saunas, les meubles Ikea et les voitures Volvo. Et quitte à donner dans les idées reçues, on associe toujours aux Volvo celles de la sécurité des passagers, d’un sens de l’accueil particulier, d’une chaleur qu’on ne retrouve pas ailleurs, et d’une alternative aux marques haut de gamme allemandes, Audi, BMW et Mercedes pour les citer. C’est exactement ce qui nous vient à l’esprit en regardant le tout nouveau XC40. Fort d’un design qui se veut suédois, mélange de force, de douceur et d’une stature imposante (sans doute due aux 165 cm sous la toise), ce « petit » SUV vient jouer avec les grands, dans une cour déjà bien garnie. Outre les trois allemands déjà cités, il faut aussi compter sur les représentants de la perfide Albion que sont les Mini

Countryman, les Land Rover Evoque et nouveau Jaguar E-Pace. Cela fait du monde, et du beau. On ne pourra pas dire que Volvo inaugure le créneau... Quand on arrive après les autres, on a deux possibilités : on se la joue discret, on baisse la tête, on ne dit bonjour à personne, on rase les murs ou, au contraire, on apporte du champagne et on fait sauter le bouchon pour plaire à l’assemblée et se faire remarquer. Sans doute aidée par les Chinois de Geely, propriétaires de Volvo depuis 2010, la marque suédoise ne vient pas grappiller les miettes du festin. Qu’on se le dise, le plus petit des XC a de quoi séduire. Dehors, c’est déjà évident. Mais dedans, c’est encore plus criant. Déjà, avec cette planche de bord très haute, presque envahissante, on a l’impression de s’asseoir dans un SUV du segment supérieur. Sensation que la finition, vraiment soignée, vient confirmer. Pour retomber sur terre,

Deux sensations prévalent dans l’habitacle : celle d’être au volant d’un gros SUV avec cette planche de bord très haute, et luxueux qui plus est avec une très bonne qualité de finition.

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MÉCANIQUE

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Données constructeur

VOLVO XC40 T5

il faut aller s’asseoir derrière : en effet, le XC40 n’est pas très grand. Mieux vaudra balader les copains du petit que les beaux-parents. Au moins, le XC40 bénéficie d’un coffre suffisant et facile à fractionner grâce à un plancher mobile, diront ceux qui sont déjà conquis et qui piaffent d’impatience d’aller juger le petit dernier sur la route. Les autres prendront quand même le temps de détailler les équipements de sécurité pour se rassurer : système de lecture des panneaux de signalisation, check, alerte de franchissement de ligne avec correction de la trajectoire, check, régulateur de vitesse adaptatif, check, système de freinage automatique, check... on trouve tout ce qui fait l’attrait des gros SUV dans ce XC, surtout dans la finition haute First Edition proposée au lancement. Les mélomanes préféreront s’attarder sur la hi-fi Harman Kardon à treize haut-parleurs et 600 W, sur le système de vision panoramique à 360° par caméra, tellement utile pour manœuvrer dans un mouchoir, sur le hayon motorisé ou encore sur les superbes sièges électriques chauffants recouverts de cuir. On joue avec les grands ou pas !

En mode Confort ou Dynamique Et pour cela, il faut en avoir sous le capot. Comme le diesel est à bannir – et le sera dans un avenir proche –, c’est sur le seul moteur essence disponible au lancement que nous avons jeté notre dévolu, un T5 doté d’un quatre-cylindres turbo à injection directe associé à une transmission automatique à 8 vitesses et 4 roues motrices. On a vu pire pedigree. Au ralenti, ce moteur de 247 ch ne se fait guère remarquer. En mode Confort, avec une transmission qui privilégie la douceur, on décolle dans la ouate. Direction très – trop – légère, passage des rapports à bas régime, niveau sonore réduit et suspension pas trop raide malgré les roues de 20 pouces de cette finition, on profite de la balade tranquillement. Pour ceux qui aiment rouler plus vite, nous conseillons de passer en mode Dynamique, la direction devenant soudain plus lourde et plus facile à sentir, la transmission devenant plus rapide et réactive, répondant aux moindres sollicitations de l’accélérateur. Certes,

Moteur : 4 cylindres, turbo, essence, injection directe, 16 soupapes, 1 969 cm3 Transmission : intégrale, boîte automatique, 8 rapports avec palettes au volant Puissance (ch à tr/min) 247 à 5 500 Couple (Nm à tr/min) 350 dès 1 800 Masse (kg) 1 684 Long.xlarg.xhaut. (m) 4,42x1,86x1,65 Diamètre de braquage (m) 11,40 Volume du coffre (l) 460 à 1 336 Vitesse maxi (km/h) 230 0 à 100 km/h 6”5 Consommation mixte (l/100 km) 7,1 Émissions de CO2 (g/km) 164 Prix de la version de base : 45 950 € Prix de la version First Edition : 52 000 €

cela se paie par un peu plus de bruit dans l’habitacle, mais du coup nul besoin de jouer des palettes au volant pour toujours être sur le bon rapport. Bref, on commence à s’amuser et à profiter des 247 ch du petit 2 litres turbo. D’autant que la toute nouvelle plate-forme sur laquelle repose le petit SUV Volvo, et qui servira aussi aux autres modèles de la gamme 40, dévoile un bel équilibre. Mais la physique est ce qu’elle est. Et même si la masse totale de près de 1 700 kg ne pénalise pas l’agrément de conduite, les consommations en souffrent. Difficile, dès qu’on roule un peu vite, de rester sous les 10 l/100 km.

Une nouvelle façon de consommer Vendu au lancement dans des finitions hautes, très bien équipées mais chères, le XC40 sera proposé avant l’été dans des versions plus accessibles, avec des moteurs plus petits et des transmissions 2 roues motrices. Cela permettra d’abaisser le ticket d’entrée à environ 30 000 €. Mais le prix de vente n’est plus d’actualité, plus en 2018. Plus que jamais, on nous parle de loyer, de location longue durée, de location avec option d’achat ou de leasing. Les voitures, surtout celles des constructeurs haut de gamme, ne s’achètent plus : elles se louent. On ne parle plus d’un coût, mais d’une charge mensuelle. Volvo l’a intégré et propose pour son XC40 une formule tout compris, entretien et assurance inclus, baptisée Care by Volvo. Ce n’est que le début d’une nouvelle façon de consommer l’automobile. La prochaine sera, à n’en pas douter, le partage. Ça aussi, Volvo l’anticipe en proposant dès maintenant une troisième clé, de couleur rouge, qui est inopérante tant que le propriétaire ne l’a pas activée (via une application). Il peut ainsi la laisser dans la voiture verrouillée. Et, à sa demande, déverrouiller la voiture à distance et rendre la clé rouge active pour un temps donné. Idéal pour prêter son XC40 à des amis... ou pour une nouvelle génération de loueurs de voitures. Ça, on ne le sait pas.

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BIEN-ÊTRE

Photo DR

Mieux nourrir son cerveau

D

Le cerveau, comme l’ensemble du corps humain, a besoin d’une alimentation adaptée. Quelle est-elle ?

e tout temps, l’homme a cherché à améliorer ses performances et le domaine cérébral n’y échappe pas. Existe-t-il donc des possibilités d’amélioration du fonctionnement cérébral à partir de l’alimentation ? Il semblerait que oui. Nos capacités cérébrales ne dépendent pas uniquement d’apprentissage ou d’entraînement. La santé du cerveau est aussi liée à la nutrition. Une alimentation équilibrée en est la pierre angulaire, et optimiser certains apports permet d’agir sur nos fonctions cognitives et nos facultés d’apprentissage.

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Améliorer l’intelligence

Tomates, oranges, pamplemousses, poivrons, fruits rouges, légumes verts, carottes... les fruits et légumes orangés et rouges apportent du bêtacarotène, qui est transformé en vitamine A une fois absorbé par l’organisme. Cette vitamine est antioxydante au même titre que les vitamines C et E et les polyphénols que l’on retrouve dans ces aliments. Ces antioxydants neutralisent les radicaux libres, ces espèces chimiques instables qui possèdent un à trois électrons libres sur leur couche externe et qui vont altérer les neurones. Les produits laitiers, sources de vitamines


B2 et B12, participent au développement et au bon fonctionnement cérébral. Les huiles végétales, d’olive, de noix ou de colza, sont indispensables au bon fonctionnement du cerveau. Riches en oméga 3 et en vitamine E, elles protègent notre cerveau en neutralisant là encore les radicaux libres. Les céréales complètes que l’on retrouve dans le pain complet, les flocons d’avoine ou le riz complet contiennent sucres complexes, vitamine B, fer et zinc : un véritable cocktail pour stimuler le cerveau. Méfions-nous, en revanche, des pâtisseries et biscuits industriels. Ils sont bourrés de graisses saturées, ennemies numéro un de la mémoire.

Améliorer la mémoire

Noix, noisettes, amandes, raisins et abricots secs, haricots, épinards et brocolis sont gorgés de minéraux et d’oligoéléments, tels que le zinc (une carence en zinc peut être à l’origine de troubles de l’apprentissage, de la mémoire et de l’attention). Ils contiennent aussi des oméga 3 et de la vitamine B9, qui combattent l’accumulation d’homocystéine toxique pour nos neurones en tant que produit de dégradation (déchet). Les poissons gras tels que saumon, thon, sardine, maquereau ou hareng regorgent d’oméga 3 (DHA et EPA) indispensables au fonctionnement neuronal, en particulier pour les facultés de mémorisation. Les abats, viandes et volailles, boudin noir, rognons, foie, sont riches en fer qui sera mieux absorbé et utilisé que celui des légumes. Celui-ci permet le transport de l’oxygène jusqu’au cerveau. Et le cerveau fonctionne grâce à l’oxygène.

UNE BONNE HYDRATATION EST NÉCESSAIRE Améliorer la concentration

Le cerveau a besoin de sucre (glucose). Il faut donc en consommer intelligemment. Riche en théobromine et en théophylline, le chocolat est un stimulant cérébral de choix. C’est aussi un très bon antistress. Plus le chocolat est riche en cacao, meilleure sera la concentration de ces deux composés. Le thé vert contient beaucoup de catéchines et des flavonoïdes (on en trouve aussi dans le romarin), des antioxydants puissants. Consommé avec modération, il a des effets bénéfiques sur la vigilance, la concentration et la mémoire. Le miel est source de minéraux, d’oligoéléments (magnésium, potassium, cuivre...), de vitamines (B et C) et de sucre. Enfin, une hydratation insuffisante nuit aux capacités physiques et cérébrales avec sensation de fatigue et difficultés de concentration. Buvez de l’eau et variez les eaux que vous consommez. Au final, il est amusant de constater que ce qui est bon pour le système cardio-vasculaire l’est aussi pour le cerveau. Textes Dr J.-C. Miniot Plus d’infos sur mmsportplus.com

LES ALIMENTS NOCIFS POUR LE CERVEAU L’alcool est un extraordinaire tueur de neurones et perturbateur des fonctions cognitives (regardez l’ivresse de certains et leurs capacités d’équilibre, motricité, élocution et mémorisation...). Les graisses saturées (d’origine animale, beurre...) favorisent l’hypercholestérolémie. L’excès de sucre, qui peut entraîner un diabète. Autres substances : le tabac, qui empêche le transport d’oxygène au cerveau à cause du monoxyde de carbone qui se fixe préférentiellement sur le fer des globules rouges. Toutes les drogues, du cannabis à la cocaïne, et la plupart des polluants industriels et ménagers que l’on peut retrouver dans nos assiettes.

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CONTACTS Festival automobile international Site Internet

festivalautomobile.com

Nikola Labs Site Internet

nikola.tech

Energous Site Internet

energous.com

Wi-charge Site Internet

wi-charge.com

Faction Skis Site Internet

factionskis.com

Production privée Site Internet

production-privee.com

Skis Rossignol Site Internet

rossignol.com/fr/

Commençal Bikes Site Internet

commencal-store.com

Bénabar Site Internet

benabar.com

Hugh Coltman

Site Internet

hughcoltman.com

SIHH Genève Site Internet

sihh.org

Roquefort Carles

Adresse 6, avenue de Lauras, 12250 Roquefort-sur-Soulzon Site Internet roquefort-carles.fr/

Yannick Borel Sur Twitter

@YannickBorel

Office de tourisme d’Anvers Adresse Grote Markt 13, 2000 Anvers, Belgique Site Internet visitantwerpen.be/fr/home

Alpine

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Lexus France Site Internet

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Volvo France Site Internet

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Rédaction

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Photographes

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Conception

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Publicite@followed.fr Tél. +33 (0)6 62 46 64 72 Followed Magazine est édité par Followed SAS SIREN : 808 701 569 Capital de 20 000 € Président C. Boulain Tél. +33 (0)6 62 46 64 72

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Ce petit pays, coincé entre Israël et l’Arabie saoudite, recèle tellement de trésors qu’une visite s’imposait. Balade en Jordanie, entre l’incroyable Pétra, Amman l’effervescente et le coloré désert du Wadi Rum. Avec, bien évidemment, une pause méritée sur les bords de la mer Morte.

La coutellerie est un art que quelques Aveyronnais défendent encore. Visite d’un atelier d’artisan à Laguiole pour comprendre tous les secrets de ces couteaux fabuleux, aux lames inox, acier ou de Damas.

Infiniti, la marque de luxe du géant Nissan, vient de commercialiser son nouveau SUV haut de gamme. Essai, d’un genre exclusif, du QX50 dans les rues de Los Angeles, en Californie.

Et beaucoup d’autres surprises

dans le numéro 19

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