Followed #37

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Followed - art de vivre - culture - sport et loisirs -

VILLA D’ESTE

Retour sur le concours d’élégance 2021

CIGARES

Rencontre avec Litto Gomez

FERRARI & MCLAREN Essai des SF90 et 720S Spider

CHRISTOPHE BACQUIÉ

Chef trois étoiles au Castellet L 11742 - 37 - F: 7,90 € - RD

ARTHUR H Poète et musicien, ou tout simplement artiste








ÉDITO

U

Portés disparus

ne cinquantaine de voitures, parmi les plus belles du monde. Des anciennes de l’entre-deux-guerres, mais aussi quelques modernes de la fin des années 1990, des italiennes évidemment, mais aussi pas mal d’allemandes, quelques anglaises et deux françaises. Toutes amenées ici, dans les jardins de la villa d’Este, par des collectionneurs de bon goût venus de la planète entière rendre hommage de la plus belle des manières à l’art automobile. La fête se promettait superbe. Elle fut gâchée. Pour moi en tout cas. Car aucune d’elles, ni l’Alpine M64 ou la Delage D8-120S, pourtant bien nées françaises, n’avait été inscrite au concours par un collectionneur hexagonal. L’espèce collectionneur français serait-elle en voie de disparition ? Pourtant, on sait dormir dans quelques domaines de notre beau territoire des collections fabuleuses d’objets roulants stupéfiants. Ce n’est donc pas la disparition des passionnés d’automobile en France la cause de cette absence. Un des nombreux amateurs suisses présents à Cernobbio, venu en anglaise pour sa part, me confirmait que les « confrères » français se faisaient de plus en plus rares sur les événements de ce genre. Sans doute « parce qu’il n’est plus aussi facile d’assumer son goût pour les – très – belles autos chez vous », disait-il. Comprendre, en français, d’afficher sa richesse. Je ne sais pas vous, mais quand je vois passer une Ferrari 250 GT Tour de France, le premier sentiment à m’empreindre est l’envie, pas la jalousie. Et je ne vois pas pourquoi un millionnaire vociférant un français approximatif tout en exhibant sa nouvelle Ferrari moderne sur Youtube est plus respectable qu’un amateur de bon goût dégourdissant les douze bielles de son ancienne sur une petite route. Aussi, j’espère qu’en avril prochain, pour la 31e édition du Tour Auto, qui reliera Paris à Andorre, les collectionneurs français seront bien représentés, et célébrés comme il se doit. Sous vos applaudissements, comme disait Michel. Je croise les doigts. C Boulain Couverture : Arthur H par Yann Orhan

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Résultats de consommation de carburant et de CO2 pour la Ferrari Roma en mpg (L/100 km) : entre 29,1 (9,7) et 15,9 (17,8). Émissions de CO2 : entre 220 et 404 g/km. Les chiffres ne sont indiqués qu’à des fins de comparaison. Ne comparez les résultats de consommation de carburant et de CO2 qu’avec d’autres voitures testées selon les mêmes procédures techniques. Il est possible que ces chiffres ne reflètent pas les résultats obtenus en conditions de conduite réelles car celles-ci dépendent d’un certain nombre de facteurs, notamment les accessoires installés (après l’immatriculation), les conditions météorologiques, le style de conduite et le chargement du véhicule.

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OURS

Directeur de la rédaction Luc Augier

redaction@followed.fr

Rédacteur en chef

et directeur de la publication

Christophe Boulain

chboulain@followed.fr

Ont participé à ce numéro Rédaction

A. Bloch, B. Chalon, F. Montfort, A. Poupin, D. Saint-Aubin

Photographes

A. Bloch, Y. Orhan, F. Martin, Mitchell, F. Montfort, A. Poupin

Conception

FLD Studio, L. Hériau

Fabrication

SIB Imprimerie, Boulogne-sur-Mer Imprimé en France Dépôt légal à parution ISSN : 2427-0881 Diffusion ProPress, ISSUU.com, cafeyn.co, epresse.fr et viapresse.com Diffusion certifiée OJD 2021 : 42 000 exemplaires

Publicité

publicite@followed.fr

Tél. +33 (0)6 62 46 64 72 Followed Magazine est édité par Followed SAS SIREN : 808 701 569. Capital de 20 000 €. Président C. Boulain Tél. +33 (0)6 62 46 64 72 212, avenue des États-Unis, 31200 Toulouse, France

www.followed.fr Followed Magazine

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LA QUINTESSENCE DU WHISKY Seuls les fûts les plus rares de distilleries ancestrales sont suffisamment précieux pour entrer dans la composition de Blue Label. Un travail de sélection minutieux qui, associé au génie du Maître Assembleur, font de Blue Label un whisky à la profondeur et la complexité aromatique rares… et lui confèrent son statut d’icône internationale.

L’A B U S D ’A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R A V E C M O D É R A T I O N.




SOMMAIRE

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36 20 Contributeurs : découvrez les personnalités que nous sommes allés rencontrer pour réaliser ce magazine, qu’ils soient artistes, artisans, designers, sportifs ou cuisiniers

Événement 22 Concours d’élégance de la villa d’Este : immersion dans un monde de luxe et d’élégance automobile, grâce au concours qui revit sur les rives du lac de Côme

Futur 28 Les sondages doivent-ils guider nos décisions ? Sont-ils fiables, comment sont-ils faits ou orientés ? Peut-on leur confier notre avenir ?

Tendance 32 Joyeux Noël : si vous manquez d’idées cadeaux pour cette fin d’année, que cela soit pour vous ou vos proches, prenez le temps de parcourir ces pages. Il y en a pour tous les – bons – goûts

Culture 36 Musique : rencontre avec l’artiste français Arthur H, fils, frère et lui-même père d’artiste. Pour mieux comprendre sa musique et sa carrière

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SOMMAIRE

Art de vivre 44 Gastronomie : Christophe Bacquié, chef trois étoiles au Castellet et Meilleur Ouvrier de France, nous a reçus dans sa cuisine. Rencontre délicieuse et ordonnée

50 Cigares : Litto Gomez, le fondateur de la marque dominicaine de cigares La Flor Dominicana, nous a tout expliqué de ses vitoles puissantes et élégantes aujourd’hui réputées dans le monde entier 56 Vin : quand l’un des meilleurs œnologues lance un vin pétillant bio, blanc de noirs, millésimé et non dosé en Dordogne, nous devenons curieux. C’est à Montbazillac que nous sommes allés le goûter

Mode & Objets 62 Made to order : il y a ceux qui ne savent pas comment s’habiller, et ceux qui savent se faire conseiller. Pour comprendre leur démarche, nous sommes allés chez Berteil, à Paris, suivre une formation accélérée

68 Nouveautés horlogères : 2021 aura été l’année de la reprise pour les horlogers, après une saison précédente un peu morose. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas chômé. La preuve en images

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SOMMAIRE Sports & Loisirs 76 Rallye Aïcha des Gazelles : Stéphanie et Léa, dont c’était la première participation, nous ont raconté leur aventure dans les dunes marocaines. De vraies gazelles

82 Cyclisme : retour sur cinquante ans de vélo avec la marque américaine Cannondale 86 Voyage : découverte de la vallée de Chamonix-Mont-Blanc en Kia EV6 100 % électrique. De l’aiguille du Midi aux meilleures tables et hôtels de la région

Mécanique 98 McLaren 720S Spider : essai énervé de la supercar anglaise, sur les routes escarpées – et froides – des Pyrénées, entre la France et l’Espagne

108 Ferrari SF90 Assetto Fiorano : leçon de conduite par Marc Gené, au volant d’une Ferrari de 1 000 ch sur la piste italienne de Fiorano pour laquelle elle a été développée

Bien-être 114 Clinique du Bien-Être : expérimentation de la cure Rebalance de la Sha Wellness Clinic Retrouvez les adresses des marques citées page 118 et le formulaire d’abonnement pages 119 et 120

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CONTRIBUTEURS CHRISTOPHE BACQUIÉ Un col bleu-blanc-rouge, trois étoiles au fronton de son restaurant, à l’hôtel du Castellet, Christophe Bacquié fait partie des grands chefs français. Il nous a reçus dans sa cuisine.

BRUNO BILANCINI Avec son ami Serge Lockert, Bruno a lancé un tout nouveau vin pétillant haut de gamme près de Bordeaux. Rencontre avec cet œnologue réputé pour comprendre sa démarche engagée.

STÉPHANIE CARAMICO Avec Léa, sa collègue de chez Goodyear, Stéphanie s’est engagée sur le rallye Aïcha des Gazelles 2021. Et en a partagé l’expérience pour que toutes les femmes que ça tenterait sachent ce que c’est.

JACQUELINE FATTIER LÉA CAUSSE Même si elle a adoré son aventure, et qu’elle compte bien la refaire, Léa comme sa coéquipière Stéphanie était éprouvée à l’arrivée du rallye des Gazelles. Elle nous a tout raconté quelques jours après.

Aux commandes de la maison Fattier, chocolatier à Chamonix, Jacqueline rend hommage à sa vallée et au mont Blanc dès qu’elle le peut. Avec, entre autres, sa création, le chocolat 4810.

LITTO GOMEZ Celui qui se voyait gagner les plus grands matchs de foot est devenu l’un des meilleurs fabricants de cigares. Rencontre avec Litto et son chapeau, à Santiago de los Caballeros.

VIANNEY HOUETTE ARTHUR H Depuis trente ans, Arthur H, fils de Jacques Higelin, promène sa nonchalance dans le monde français de la musique. Nous l’avons capté à Paris, le temps d’une interview passionnante.

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C’est le chef d’orchestre de la maison Berteil depuis qu’il a repris l’enseigne en 2016. Avec Guy, un des vendeurs, il nous a donné une leçon de savoir s’habiller dans sa boutique de la Madeleine.

ADRIAN VAN HOOYDONK Depuis 1992, après avoir commencé sa carrière en design industriel pour General Electric, le Hollandais a intégré le design de BMW. Pour en devenir le patron en 2009.


+INFO & PARTNERS

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ÉVÉNEMENT

Concours d’élégance de la villa d’Este Depuis 1999, le concours, créé soixante-dix ans plus tôt, a repris vie. Après un coup d’arrêt l’an dernier, le ballet de sublimes autos dans les jardins des villas d’Este et Erba a pu reprendre en octobre dernier. Followed était là. T�te et phot� C. Boulain

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C

ernobbio est une petite commune de Lombardie bordant le Lario, sur la rive nord à moins de 2 kilomètres de Côme la sublime. Avec, quand vous regardez l’eau d’un bleu profond, le mont Bisbino dans le dos, culminant à 1 325 mètres d’altitude. C’est là que fut construite la villa d’Este en 1568, un palace et 25 hectares de jardins à l’italienne qui ont fait le bonheur de générations de religieux de haut rang, d’aristocrates transalpins et même d’une reine. Mais c’est surtout là, dans cette villa, qu’est né l’un des plus beaux concours automobiles en 1929, où se mariaient à l’aristocratie européenne la belle voiture, la mode et l’art de vivre. Interrompu durant la seconde Guerre mondiale, puis balbutiant en 1947 avant de s’éteindre une seconde fois en 1951, il

LE CONCOURS D’ÉLÉGANCE A PU REVOIR LE JOUR EN 1999 GRÂCE AU GROUPE BMW Dans les jardins, les visiteurs côtoient de superbes voitures, comme une Ferrari 400 Superamerica de 1961 (ici au fond) ou une Bentley MK IV.

ne sera relancé qu’en 1986 pour une édition unique. Puis en 1995, mais pour trois ans seulement. Des soubresauts attendus par les passionnés de belles mécaniques du monde entier qui auraient pu rester sans suite, sans le groupe BMW qui décida en 1999 de relancer le concours sous son nom et sa formule originale. Et même si la pandémie l’a une fois de plus contrarié l’an dernier, l’illustre concours d’élégance de la villa d’Este est bien reparti de l’avant, pour une édition 2021 tenue le premier week-end d’octobre, avant de retrouver ses marques l’an prochain en investissant les jardins

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ÉVÉNEMENT

d’Este fin mai, sous le soleil. Règles sanitaires obligent, nous n’étions pas très nombreux à fouler les allées. Les collectionneurs avaient eu la possibilité de n’inviter qu’un nombre restreint d’amis... en plus de leur voiture. Au total, nous avions pour nous rincer les rétines une cinquantaine de modèles, répartis en huit classes, allant de la Rolls-Royce Silver Ghost 40/50 High Speed de 1920 au CLK GTR de 1998, sans oublier les cinq concept-cars classés hors catégorie. Toutes rutilantes, toutes roulantes, ou presque car certaines ont eu de petits problèmes pour rejoindre la parade, refusant de démarrer quand c’était leur tour. Mais on ne peut pas demander à une vieille dame d’être toujours à l’heure. Après le dîner de gala du vendredi, où participants, organisateurs et partenaires (et même quelques journalistes) prirent part, le concours démarrait vraiment le samedi matin. Début octobre, sur le lac de Côme, c’est quitte ou double côté météo. Mais ce jour-là, les dieux du ciel furent cléments, accordant même quelques beaux rayons de soleil aux photographes présents. En plus d’un jury très pointu, connaissant à la fois les modèles exposés et l’histoire automobile sur le bout des doigts, chaque visiteur avait un badge doté d’un QR code qui lui permettait de s’identifier pour voter. C’est à la mode, le QR code. Et il fallait voir jury et passionnés s’arrêter devant les divas mécaniques pour discuter avec leur propriétaire qui, à chaque fois, se faisait un plaisir d’en raconter l’histoire. Aussi bien la sienne, celle de la voiture, ou celle de l’achat, parfois aux enchères, disputées

TROIS HEURES DE PARADE POUR ADMIRER CES BEAUTÉS ROULANTES DANS LES ALLÉES évidemment selon les récits, parfois par hasard, au détour d’un voyage à l’étranger... mais ça c’est secret. Surtout quand on aborde le montant de la transaction. Il faut dire que pas mal de modèles dépassent le prix d’un loft à Paris, plus proches d’un penthouse à Manhattan sur la cinquième. Surtout dans l’état de restauration de ces voitures, exposées comme neuves bien qu’une bonne partie d’entre elles soient plus vieilles que n’importe quel visiteur avec quand même quatorze voitures d’avant-guerre (la seconde). De quoi, parfois, rendre « abordable » la nouveauté présentée par Rolls-Royce, marque du groupe BMW, une superbe Tail Boat qui faisait sa première apparition publique depuis sa révélation. Un exemplaire unique, sublime et tellement chic, que son propriétaire a acheté 20 millions de livres sterling, faisant de cette anglaise la voiture contemporaine la plus chère, nettement devant la Voiture Noire de Bugatti. Sans doute une histoire de rivalité entre BMW et VW... qui s’étaient disputé l’acquisition de Rolls et Bentley il y a quelques années. Pendant que les badauds se pâmaient devant l’anglaise, nous en avons profité pour papoter avec Adrian van ­Hooydonk, le patron du design de BMW, observateur privilégié des évolutions du monde automobile. « Quand vous regardez ces incroyables voitures, vous comprenez que le design est lié à une époque. Et qu’à chaque révolution technologique, il doit s’adapter. L’électrification nous amène à concevoir les formes différemment, mais la connectivité et l’autonomie des voitures vont nous permettre de totalement repenser les habitacles. Aujourd’hui, nous les imaginons à 360°, car le conducteur aura des moments où il ne regardera plus la route... » Comme le spécifie Adrian, en 1920, on en était loin. Après une matinée à les observer, à les jauger et à se faire son idée, il était l’heure de passer à table, soit dans les salons du palace, la villa d’Este étant devenue un superbe hôtel depuis 1873, soit dans l’allée devant le bâtiment principal où étaient dressées des tables sous les arbres. L’endroit idéal pour voir passer la parade. Et c’est à l’heure du digestif, quand on a choisi son camp entre limoncello et cognac, que les premiers moteurs furent réveillés. Déchirant la tranquillité du lac et des convives, faisant même parfois vibrer l’eau, quand l’Allemand Alexander Rittweger fit craquer le V12 de sa Ferrari 512 BB LM de course ou, pire, quand l’Autrichien Andreas Mohringer tenta (vainement plusieurs fois) d’allumer la turbine de sa Howmet TX de 1968, le son de ces centaines de cylindres (et une turbine donc) pouvait réconcilier n’importe quel écolo avec le

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Ici, la Ferrari 250 GT TDF de 1956 qui a remporté le prix du jury. Elle est motorisée par un V12 de 3 litres. Son propriétaire venait de faire l a traversée des États-Unis à son volant. Une Steyr 220 Sport-Kabriolett de 1939, à gauche, à côté de la sublime Delage D8-120 S du suisse Fritz Burkard. Un modèle de 1938 motorisé par un huit-cylindres en ligne de 4,7 litres.


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ÉVÉNEMENT

moteur à explosion. Parfois, l’essence et l’huile font très bon ménage. Le défilé, à vitesse réduite cela s’entend, entre les tables de convives et devant la scène du jury dure trois bonnes heures. Le temps pour le très éloquent Simon Kidston de présenter, à chaque fois dans un anglais et un italien parfaits, la voiture et son propriétaire aux spectateurs et d’annoncer le prix éventuel qui leur était attribué des mains du jury. Nous retiendrons la star de l’événement, prix du jury, une Ferrari 250 GT Tour de France de 1956 amenée en Italie par Brian Ross, magnat de l’immobilier de l’Ohio qui possède l’une des plus belles collections de voitures au cavallino, ou encore la Lancia Dilambda Série 1 de 1930 que les spectateurs lui ont préférée. Mais comment ne pas applaudir Ian Maxwell-Scott, sujet de Sa Gracieuse Majesté venu de son île en voiture, au volant de son

LE DESIGN ÉVOLUE AVEC LES ÉPOQUES. AUJOURD’HUI, ÉLECTRICITÉ ET CONNECTIVITÉ Aston Martin DB5 de 1965, récompensée par le prix de l’Automobile-Club de Côme, ou encore le Suisse Fritz Burkard et sa sublime Delage D8-120 S. Juste parce qu’elle est sublime. Pour ceux qui n’en avaient pas encore pris suffisamment plein les yeux, les mêmes voitures et parades se tenaient le lendemain, malheureusement jour de pluie en Italie. Pour un programme similaire, seuls les énoncés des prix variant. Le cadre était si beau que nous avons remis le couvert. Histoire de pester une fois de plus sur la seule déception de ce concours, l’absence de collectionneurs français, à côté des belges, suisses, hollandais, anglais, italiens, américains, japonais ou moyenorientaux. Aurions-nous perdu la passion de l’auto ? Prions que cela ne soit pas le cas.

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À gauche, une BMW 507 dans laquelle Jeff Koons a fait la parade. À côté, le chef du design de la marque allemande, hôte de choix du concours.


Etre viticulteur aujourd’hui, c’est autant être producteur de vin que protecteur de la nature.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération


FUTUR

Faut-il se méfier

DES SONDAGES ? En cette aube d’année électorale, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’intérêt et l’impact des sondages qui parfois façonnent notre futur. C’est notamment le cas d’un certain nombre de médias qui, jusqu’ici, les commandaient ou les commentaient volontiers, comme les quotidiens Ouest-France et Le Monde. Petit résumé des données du problème. Texte B. Chalon

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n les accuse de se tromper, de peser sur les élections, de favoriser ­l’abstention... Bref, on aime les détester. Mais peuton se passer des sondages ? Comme (é)lecteurs, comme auditeurs... et aussi, parfois, comme sondés ? Ce n’est pas gagné, si l’on en croit un drolatique micro-trottoir d’Antenne 2 tourné en 1986. Stéphane Collaro y faisait un sondage, auprès de quidams hostiles aux sondages, qui lui répondent bien volontiers, et le plus sérieusement du monde... que jamais ils n’accepteraient de répondre à un sondage. Et le journaliste-humoriste de conclure ainsi son reportage : « 100 % des personnes interrogées ont répondu qu’elles refuseraient de répondre à un sondage. » Comme quoi, ce phénomène d’attraction-répulsion pour les enquêtes d’opinion ne date pas d’hier ! Plus sérieusement, pour bien cerner les enjeux, il faut comprendre comment sont menés les sondages. Et, notamment, comment sont administrés les questionnaires. Longtemps, les sondages ont essentiellement été réalisés par téléphone, voire en face-à-face. Certains partis ou candidats

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faisaient alors l’objet d’une sur-déclaration, d’autres d’une sous-déclaration, et les instituts de sondage devaient procéder à d’importants « redressements » des données brutes, selon des formules qui demeuraient le plus souvent confidentielles. Désormais, beaucoup d’enquêtes d’opinion se déroulent par Internet, ce qui peut sembler plus fiable : dans cet isoloir virtuel, les sondés ne craignent notamment pas d’être jugés par leurs interlocuteurs. Sauf que rien n’empêche de répondre tout et n’importe quoi au plus grand nombre possible d’enquêtes en ligne, entre deux questions sur des pâtes à tartiner, passe-temps favorisé par les systèmes de gratification (par exemple sous forme de points cadeaux). Au moins, le coût évidemment moindre de ces enquêtes permet d’augmenter la taille des échantillons, sachant qu’il est couramment admis qu’ils doivent compter au minimum 1 000 personnes pour avoir une valeur statistique. Ces échantillons doivent aussi être un minimum représentatifs. C’est pourquoi les sondages sont en principe réalisés, non pas de manière plus ou moins aléatoire (comme le serait un micro-trottoir,


par exemple), mais selon la méthode des quotas. Autrement dit, les sondeurs reconstituent ce qu’ils qualifient couramment de « pays en miniature », sur la base, pour la France, des données de l’INSEE. Le dernier recensement complet en date (2018) implique par exemple de constituer un panel comportant environ 52 % de femmes, 31 % de diplômés du supérieur, 12 % d’ouvriers, etc. Mais il est impossible de mettre la main sur chacune des millions de combinaisons possibles, et des profils manquent donc nécessairement. Et quand bien même, on se doute que les électeurs font aussi leur choix en fonction de paramètres que l’on ne peut pas saisir du seul point de vue de ces statistiques. C’est notamment pour cela qu’un sondage comporte toujours une marge d’erreur, même si leur nécessité est discutée dans le cas de cette fameuse méthode des quotas. Les intentions de vote, surtout, devraient ainsi être présentées sous forme d’intervalles. La marge d’erreur est souvent comprise entre 1 et 3 points, en plus ou en moins : ainsi, lorsqu’un candidat « pèse » 20 % des intentions, mais avec une marge d’erreur de 2,5 points, il se situe en fait quelque part entre 17,5 et 22,5 %. Cet intervalle est lui-même assorti d’un niveau de confiance, qui va en principe de 90 à 99 % : s’il est de 95 %, par exemple, cela signifie que le véritable poids du candidat dans l’opinion a 5 % de chances (tout de même) de se situer au-delà des limites de la marge d’erreur. Or, si l’écart entre deux candidats est inférieur à l’intervalle de confiance, ce qui est courant, il se peut parfaitement que « l’ordre d’arrivée » ne soit pas le bon. À noter que, plus l’échantillon est grand, moins la marge d’erreur est importante : lorsqu’on multiplie la

taille d’un échantillon par dix, on divise la marge d’erreur, non pas par dix, mais par trois environ. Reste que même les grands « défenseurs » des sondages politiques relativisent l’intérêt des seules intentions de vote, qui donneraient de plus en plus aux campagnes électorales des faux airs de « courses de petits chevaux ». Ils leur préfèrent souvent d’autres volets des enquêtes d’opinion, par exemple les grandes préoccupations par profils d’électeurs (pouvoir d’achat, chômage, sécurité, etc.). Sauf qu’avec la perte d’influence des partis, qui avaient le mérite de proposer des programmes de campagne d’un bloc plus ou moins cohérent, à prendre ou à laisser, les candidats ont désormais tendance à élaborer leurs lignes politiques « à la carte ». En fonction, précisément... des enquêtes d’opinion. Les sondages pèseraient donc désormais à la fois sur les programmes et sur le choix de ceux qui les incarnent. La question des sondages pose en outre celle d’un certain nombre de biais cognitifs. Par exemple, le biais de cadrage, qui fait que la formulation des questions a une incidence sur les réponses. Comme, plus largement, la tonalité globale du questionnaire. Sur ce chapitre, on cite souvent le cas des enquêtes d’opinion sur le nucléaire, qui ne donnent pas du tout le même pourcentage de sondés favorables à cette technologie selon que les questions sont plutôt orientées sur le prix de l’énergie ou sur la sécurité des installations. S’ajoutent d’innombrables autres tendances naturelles. Par la suite, ces mêmes biais se retrouvent dans la présentation qui peut être faite de ces sondages. Pour reprendre ce même exemple du biais de cadrage, on peut s’interroger sur la pertinence

Si 10 % pensent que..., 90 % pensent le contraire Followed Magazine 29


FUTUR

Nous devons nous demander si les sondages mesurent nos opinions ou les façonnent d’un gros titre selon lequel « 10 % des électeurs pensent que... », alors même que, logiquement, l’écrasante majorité est de l’avis contraire. Se pose également la question de l’effet des sondages sur l’opinion (du moins ceux qui sont rendus publics, car tous ne le sont pas). Autrement dit : et si, au lieu de mesurer l’opinion, les sondages avaient tendance à la façonner ? Cette influence peut sembler évidente, mais la recherche peine à la démontrer et à la quantifier précisément. Pour ne citer qu’une poignée d’effets possibles, certains se demandent si l’abus de sondages ne favoriserait pas l’abstentionnisme, en donnant l’impression que « les jeux sont faits ». D’autres, s’ils ne conduiraient pas à surestimer le poids des idées forcément bien arrêtées, donc potentiellement plus proches des extrêmes. Ou encore, s’ils ne provoqueraient pas une démobilisation parmi les partisans du candidat qui caracole en tête, etc. Quoi qu’il en soit, ils ont assurément un poids, ne serait-ce que sur la distinction entre « grands » et « petits » candidats, ou encore sur la définition de ce qu’est un vote « utile » ou, au contraire, « inutile ». Reste que le principe même du sondage « à l’ancienne », encadré en France par des dispositions qui remontent pour l’essentiel aux années 1970, peut sembler un peu désuet, pour ne pas dire anachronique, à l’ère du big data et de l’intelligence artificielle. Car des profils sur les réseaux

30 Followed Magazine

sociaux ou des historiques de navigation en disent certainement plus sur l’opinion que des réponses à des questionnaires. Ils permettent de constituer des échantillons d’une taille considérable, et les données qu’ils permettent de recueillir et de compiler sont d’autant plus fiables qu’elles le sont dans notre intimité, et à notre insu. Ce qui accentue au passage le risque de manipulation. Comme dans le cadre du scandale Cambridge Analytica, autour de l’élection présidentielle américaine de 2016. Cette société londonienne avait alors aspiré les données de dizaines de millions de profils Facebook, notamment pour adresser à certains électeurs décisifs des États clés des messages ciblés sur leurs centres d’intérêt (religion, armes, etc.), afin de favoriser, avec succès, la candidature de Donald Trump. Des chercheurs s’inquiètent au passage du phénomène de « privatisation de la donnée », à laquelle la recherche pourrait finir par ne plus pouvoir accéder librement pour la décortiquer à sa guise. D’autres en viennent à craindre que nous ne remettions un jour prochain l’ensemble de nos décisions (sociales, politiques, judiciaires...) à des systèmes d’analyse automatisée de « données massives », dont la séduisante rationalité pourrait ensuite empêcher toute remise en cause : ce que certains universitaires appellent la « gouvernementalité algorithmique ». Ça promet.


Professeure Alicia Dickenstein

Professeure Kyoko Nozaki

Professeure Françoise Combes

Professeure Catherine Ngila

Professeure Shafi Goldwasser

Mathématiques

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Astrophysique

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Sciences informatiques

Lauréate 2021 Amérique latine et les Caraïbes

Lauréate 2021 Asie et Pacifique

Lauréate 2021 Europe

Lauréate 2021 Afrique et États Arabes

Lauréate 2021 Amérique du Nord

AUJOURD’HUI, PLUS QUE JAMAIS, LE MONDE A BESOIN DE SCIENCE ET LA SCIENCE A BESOIN DES FEMMES. Forte de cette conviction, la Fondation L’Oréal récompense chaque année depuis 23 ans, au travers de son Prix international L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, 5 éminentes femmes scientifiques issues du monde entier. En 2021, ces chercheuses d’exception, sélectionnées par un jury d’experts renommés, sont mises en lumière pour leurs contributions remarquables aux sciences de la matière, mathématiques et informatique.


TENDANCE

BONS VOYAGES

C’

en est fini de 2021. Pas encore de la pandémie, mais presque, les aéroports rouvrent, les avions volent, les trains roulent, les voitures et les vélos aussi. Il est temps de repartir en voyage. Mais avec classe.

ALPINE Élégance

Fait d’un véritable cuir noir pleine fleur, juste surpiqué de fil bleu rappelant celui des A110, ce sac Élégance de la marque automobile Alpine saura vous accompagner lors d’un week-end en amoureux. Les poches intérieures sont en polyester et coton et l’ensemble mesure 55 x 35 x 25 cm, parfait pour tenir dans un rangement de cabine. Ou dans le coffre arrière d’une berlinette. En plus des deux anses faciles à prendre en main, on peut l’attraper par la sangle d’épaule taillée dans une ceinture de sécurité. Les amateurs de belle automobile vont apprécier. Prix de vente : 450 €.

TECHNICS On ne présente plus la marque Technics, réputée pour la qualité de ses produits hi-fi depuis maintenant plus de 55 ans. Et quand elle décide de proposer des écouteurs intra-auriculaires Hi-Res, les amateurs de belles musiques se frottent les mains. En plus d’une chambre acoustique où le flux d’air est optimisé pour garantir des basses de qualité, de haut-parleurs de 8 mm où se trouvent des diaphragmes en biocellulose, à la fois solide et flexible, et d’un harmonisateur recalibré pour obtenir des aigus doux, ces écouteurs proposent des micros... pour téléphoner ou assurer des visioconférences confortables. Ils intègrent évidemment la technologie de réduction de bruit JustMyVoice et sont configurables à l’envi via l’app smartphone maison. Enfin, grâce à leur boîtier de transport doté d’une batterie de forte capacité, ils se rechargent rapidement (70 minutes d’écoute en 15 minutes de charge). Proposés en argent ou noir, ils sont vendus 229 €.

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Z EAH-A


907X RY ERSA ANNIVION KIT EDIT

ORBE NOVO Céleste

EN AVION

HASSELBLAD

Pour célébrer les 80 ans (tout de même) du lancement de son fameux HK-7, en 1941, la marque suédoise d’appareils photo Hasselblad propose ce 907X en édition limitée (800 exemplaires). Un boîtier moyen format digital, composé d’un dos CFV II 50C développant 50 Mpix, d’un boîtier de 907X, d’une poignée de contrôle, d’un viseur additionnel et d’un grand-angle XCD 3,5/30 qui fera des merveilles au quotidien. Évidemment, ceux qui goûteront aux fichiers d’une telle merveille jetteront immédiatement leur iPhone ou P40, devenus soudainement indignes d’immortaliser la moindre scène de vie. Et ils auront raison. Une véritable pépite vendue 15 500 €.

L’idée était de redonner vie à des matières déclassées. Pour sa première collection, la jeune marque française Orbe Novo a choisi de la toile de montgolfière, à la fois légère et résistante, associée sur ce sac cabas Céleste à de la gomme et de la bâche PVC. Proposé en noir ou en bleu et gris (comme ici), ce sac dispose de trois poches plaquées intérieures pour y mettre téléphone, clés ou étui à lunettes, et un grand compartiment intérieur. Tablette ou petit ordinateur portable, mais aussi appareil photo ou trousse de toilette y seront parfaitement protégés. Ce sac matelassé, pour tous les jours ou pour voyager léger en cabine, mesure 35 cm de large, 41 cm de haut sur 2 cm d’épaisseur et ne pèse que 840 grammes. Il est fabriqué en France et s’échange contre 289 €.

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MET

S

MIP o n e l e V

Que cela soit pour aller rouler en forêt, sur route ou de la Bastille aux Halles, le vélo est l’engin idéal. Mais, surtout s’il est assisté et évolue régulièrement entre 20 et 25 km/h, mieux vaut se protéger la tête avec un casque homologué et doté des dernières évolutions pour le pratiquer. C’est le cas du nouveau Veleno de chez MET Helmets, une marque italienne basée non loin du lac de Côme qui s’est spécialisée dans le haut de gamme. En plus d’une visière amovible, d’une coque en polycarbonate recouvrant totalement la mousse EPS, il dispose de 26 aérations pour guider l’air frais dans le casque et permettre une excellente ventilation. Mais surtout, il possède un système de serrage 360° exclusif pour éviter les points de pression et, dans cette version, du système MIPS qui réduit les contraintes sur le cerveau en cas de choc en rotation. Il pèse 300 g et est proposé en trois tailles et six couleurs pour 130 €.

FLYER E-BIKE

et2

Upstre

OU À VÉLO

TENDANCE

La ville se réinvente avec les vélos à assistance électrique. Plus de problème de ligne de métro saturée ou arrêtée, abondance de pistes cyclables, possibilité de se garer sur le trottoir ou, mieux, de le monter chez soi ou au bureau avec un modèle pliant comme ce Flyer Upstreet2. Développé par la marque allemande Flyer, avec des équipements électriques locaux signés Bosch (Active Line Plus doté d’un couple de 65 Nm et d’une batterie intégrée de 500 Wh), ce vélo dispose de freins à disque, d’une transmission par courroie crantée et de roues de 20 pouces chaussées de pneus résistant aux crevaisons (à la majorité d’entre elles). Trois modèles sont proposés de 4 199 à 4 699 €.

L’Upstreet2 se replie d’un tournemain. Une fois replié, il tient droit sur la béquille et les deux roues et n’occupe que 93 x 85 x 40 cm. Et, comme d’habitude, l’assistance électrique se coupe au-dessus de 25 km/h.

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CULTURE

ARTHUR H NOSTALGIE DU FUTUR Fils, frère et père d’artistes, Arthur H promène sa silhouette nonchalante, sa poésie punk et sa voix rocailleuse de scène en scène depuis plus de trente ans. Sa musique se veut un point de rencontre entre l’acoustique d’hier et celle de demain. Rencontre hors du temps, à Paris. Texte A. Bloch, photos Y. Orhan et A. Bloch

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O

n aurait tôt fait de le voir comme un enfant de la balle. Mais de son père, Jacques Higelin, Arthur raconte avoir peu de souvenirs d’enfance : « J’étais sans doute trop petit, et puis il y a une période où je l’ai très peu vu. J’étais dans une espèce d’attente perpétuelle, de manque. J’écoutais un peu ses disques, mais ça s’arrêtait là. » En revanche, Brigitte Fontaine et Barbara se sont penchées sur son berceau : « Ça me touche que ces deux êtres absolument fabuleux, ces créatures mythiques, d’une sensibilité extrême, aient pu me regarder avec tendresse. Malheureusement, je ne pense pas qu’elles m’aient transmis de don particulier... » C’est avec le nouveau compagnon de sa mère Nicole qu’il découvre la musique : un artiste plasticien prénommé Pierre, surnommé Piotr, ancien du service d’ordre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). « J’ai vraiment grandi dans un écosystème très gauchiste », se remémoret-il, allant jusqu’à comparer l’ambiance qui régnait alors parfois dans le salon familial à un film de Romain Goupil. Tout gamin, il dévore d’ailleurs tous les bouquins qu’il trouve sur la Commune de Paris, ce qui n’est tout de même pas... commun. « Et puis, à un moment, mon beaupère s’est éloigné de ce milieu politique, parce qu’en vrai, disons qu’artiste et militant, ce n’est pas très compatible. » À la maison, Piotr écoute beaucoup de musique en travaillant, notamment Bob Dylan, et particulièrement Desire (1976), « un disque vraiment sublimissime ». Arthur découvre ensuite les Beatles, pour lesquels il a « réellement une vraie passion, une espèce de nostalgie intense », avant de bifurquer sur Téléphone, « un groupe de rock gentil et créatif ». Et puis, « ma belle-mère a fait l’erreur dramatique de m’offrir le premier LP des Clash. Ce jour-là, Téléphone s’est évaporé dans un nuage de vapeur, comme les Beatles. Je les ai repoussés un peu comme on repousse son enfance. Les Clash ou les Sex Pistols, c’était une nourriture tellement plus substantielle, qui parlait tellement plus de mes sentiments et de la vraie vie ». Ce n’est que vers 12 ans qu’Arthur commence à s’incruster sur les tournées de Jacques : « Et là, j’ai beaucoup plus de

souvenirs ! Le plus clean de tous, c’est sûr, c’était mon père. Il buvait beaucoup d’alcool, fumait pas mal de joints, mais ne touchait pas du tout aux drogues dures. » Contrairement à l’essentiel des musiciens, techniciens et autres roadies qui gravitaient alors autour de lui. Parmi eux, Sergio, prince de la gouaille et homme à tout faire, avec qui Arthur passe le plus clair de son temps : « C’était un personnage très marrant, un vrai rockeur à l’ancienne, que Jacques avait récupéré en banlieue. Il était héroïnomane et, quand on parlait, une fois sur deux, il s’endormait au milieu d’une phrase. » Ce n’est pas cette ambiance déglinguée qui lui donnera par la suite envie de se lancer à son tour. Mais traîner avec cette drôle de bande aura été une forme d’initiation : «  La musique est avant tout une langue, et à leur contact, c’est devenu complètement naturel pour moi que les gens parlent cette langue. » Au chapitre des rites initiatiques, il y a aussi les toutes premières vacances passées avec Jacques, en Guadeloupe. Nous sommes en 1982, Arthur a 15 ans. Deux jours avant le vol retour pour la métropole, ils grimpent ensemble jusqu’à la maison où Coluche, lui aussi en villégiature, organise l’une des bacchanales dont il a le secret. Là, « on » fait ingurgiter à Arthur, à son insu, des champignons hallucinogènes. S’ensuit une longue errance au clair de lune, au cours de laquelle le fils met d’abord ses pas dans ceux de son père, à peu près dans le même état que lui. Au cours de cette déambulation foutraque et poétique, qu’Arthur a fort joliment relatée dans un livre à tiroirs (Fugues, 2019), il s’immobilise finalement, et décrète : « Je ne pourrai jamais trouver ma voie si je reste derrière toi. Il faut que je trouve ma propre route. Laisse-moi partir. » Ce à quoi son père répond en substance : « OK, fais gaffe à toi. » Juste avant de prendre l’avion, Arthur remet ensuite à son petit frère Kên un mot annonçant qu’il ne rentre pas avec eux. Désemparé mais rassuré par Coluche, Jacques décide d’embarquer tout de même. Arthur reste plusieurs semaines seul aux Antilles. Il vadrouille dans les îles, puis embarque lui aussi, mais comme mousse sur un bateau. L’année suivante, c’est vers Boston (Massachusetts) qu’il met les voiles : « J’ai quitté l’Éducation nationale, pour mon plus grand bonheur, et je suis allé au Berklee College of

La musique, ça reste avant tout l’art des silences

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CULTURE

Music. C’est là, paradoxalement, que j’ai découvert la culture française. Je me suis rendu compte qu’en fait, on avait en France l’équivalent du punk, de la coldwave, des Doors... mais sous forme littéraire, et pas musicale. J’ai compris que je pouvais m’exprimer intimement par l’écriture. » Berklee, c’est avant tout une fameuse école de jazz, seulement voilà, « moi je détestais ça, je trouvais que c’était une musique totalement vaine, la plus chiante de la terre ! Et puis, je n’étais pas du tout au niveau pour que ce soit intéressant. Les autres écrivaient des énormes scores d’arrangements qu’ils faisaient jouer par des big bands. Moi, j’étais bon à rien et à moitié autiste. Mais c’était une expérience passionnante, à la fois en termes de solitude et de rencontres ». Arthur s’y éprend pêle-mêle de la plume surréaliste d’Antonin Artaud, de la post-punk du groupe londonien Public Image Limited, et des concerts de Laurie Anderson, performeuse d’avantgarde qui fut la compagne et muse de Lou Reed. De retour en France, Arthur prend ses quartiers dans un vieux cabaret, celui où Jacques avait lui-même fait ses débuts, en compagnie de Brigitte Fontaine et Rufus. Il est alors accompagné par le Britannique Brad Scott, à la contrebasse : « J’ai eu beaucoup de chance de commencer là, parce que c’était vraiment à l’ancienne. Sur scène, il y avait juste une vieille radio qui clignotait dans le noir, et deux mecs bizarres qui jouaient des musiques un peu absurdes. On y a passé un mois, et la plupart du temps, il n’y avait personne, mais alors littéralement personne. Il y avait quelque chose d’informel qui était très agréable ; et qui, malheureusement, ne serait plus du tout possible aujourd’hui. » Depuis lors, il gratte des textes à la vitesse de la lumière, le syndrome de la page blanche lui étant totalement étranger : « J’ai compris assez vite qu’écrire pouvait être facile, et je pense que c’est simplement parce que j’ai un rapport très libre avec mon subconscient. Notre culture repose sur des idées assez fausses, comme l’opposition entre la chair et l’esprit, la raison et l’imagination. En vrai, un commissariat, c’est un endroit aussi imaginaire qu’un tableau de Magritte. » Parfois, il y a entre ses chansons des « correspondances secrètes à la Baudelaire », des dates ou des personnages récurrents. Comme Lily Dale, apparue originellement sur l’album Négresse blanche (2003). Sur une ritournelle guitare-basse multi-samplée depuis, Arthur lit en fait un poème de John-Antoine Nau (premier prix Goncourt de l’histoire), qui fait lui-même référence à une chanson traditionnelle américaine. Depuis, cette femme

mystérieuse, chimérique, passe de temps en temps une tête ou une ombre dans une autre chanson. Mais revenons un peu en arrière. En 1990, à 24 ans, il sort un premier album, simplement baptisé Arthur H, pseudo dont le chanteur et romancier Yves Simon lui a soufflé l’idée. Un clin d’œil à une tradition afro-américaine commencée par Malcolm X qui transforme en onomatopée tranchante une initiale même pas aspirée, juste muette. Donc phonétiquement dispensable, au point que son paternel, lorsqu’il avait le même âge, l’omettait parfois, se surnommant donc « Igelin ». Un peu comme si, à un quart de siècle d’intervalle, père et fils s’étaient inconsciemment réparti leur patronyme. Sauf que Jacques a rapidement changé d’avis. À de rarissimes exceptions près, ses pochettes ne portent jamais de prénom : simplement Higelin, comme s’il n’y en avait qu’un. Arthur explique que « ce n’était pas vraiment de sa faute, mais ça peut être assez destructeur dans une famille, parce qu’un nom, c’est finalement assez peu personnel. Tu en hérites, tu le transmets si tu as des enfants, et il appartient donc à plein de gens très différents. Si une personne est connue, elle en absorbe toute l’énergie, c’est de l’ordre du vampirisme. Et quand on est privé de son propre nom, c’est compliqué de savoir qui on est. Il m’a fallu beaucoup de temps pour le récupérer ». Suivent une petite vingtaine d’autres albums, au fil desquels des morceaux réorchestrés ressurgissent parfois, de manière plus ou moins aléatoire : « Parce que le plus important, c’est de rester toujours le plus incohérent possible », se marre Arthur. D’abord en live, bien sûr : « Quand tu sors un disque, que tu fais un an et demi de tournée et que tu le réécoutes, ça fait souvent mal au cœur. Tu as l’impression, sans doute pas tout à fait juste, d’être passé à côté des morceaux. Parce qu’au moment de les enregistrer, tu ne sais pas encore les chemins qu’ils pourraient prendre. Alors que sur scène, tu explores, tu essaies, tu te trompes, et ça ouvre beaucoup de nouvelles portes. » Arthur compare un morceau à un costard de moins en moins étriqué ou, pourquoi pas, à une paire de pompes qui se fait progressivement aux pieds en même temps que son brillant se patine. Ponctuellement, toujours dans un savant désordre, ces morceaux reviennent en version piano solo : « C’est un désir que j’ai toujours en moi, et je pense que je l’aurai toujours. Une espèce de nostalgie de la simplicité, du dépouillement. Parce que la musique, en vrai,

J’ai compris assez vite qu’écrire pouvait être facile

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ça reste l’art des silences. Et puis, ce fameux costume dont on parlait, à un moment, il commence à peser trop lourd. Tu as envie de le balancer et de courir tout nu sur la plage. C’est un peu ça, le piano solo. » Lorsqu’il compose, Arthur utilise souvent « un petit synthé tout pourri. Ça marche bien, parce que ça met tout de suite dans une atmosphère, tu as l’illusion d’un morceau. Ça me rappelle la seule fois que j’ai vu Leonard Cohen en concert, à Montréal, dans une salle immense. Il a regardé son clavier, enlevé ses lunettes, et puis il s’est penché et il a appuyé sur un bouton... Et là, tu as le rythme le plus cheap du monde qui s’est mis à résonner. C’était absolument poétique, parce que c’était impossible que ce genre d’instrument soit joué dans ce genre d’endroit ». Pour sa part, Arthur réserve les claviers à deux balles à ses maquettes. La suite des opérations consiste souvent à étoffer le plus possible ce squelette avec ses arrangeurs, dont sa compagne Léonore Mercier, artiste visuelle et sonore. Puis à en retirer le maximum avec ses ingénieurs du son : « Le pire ou le meilleur exemple, pour moi, c’est le disque Trouble-fête (1996). On avait mis beaucoup de samples, et puis des cordes superbes mais... vraiment beaucoup aussi. Sur chaque morceau, on avait une centaine de pistes, c’était plein à ras bord ! Alors il a fallu beaucoup, beaucoup en enlever, même si ça reste très riche, parce qu’il se passe tout le temps des trucs. Depuis ce disque-là, qui reste mon préféré, ç’a a toujours été ma façon de faire. » Ces derniers temps, même si cela peut surprendre, Arthur parsème volontiers du vocoder, et même de l’auto-tune : « J’écoute beaucoup de musique d’aujourd’hui, avec des voix trafiquées. Quand tu es artiste, tu dois utiliser les couleurs de ton époque. Je trouve que dans le son contemporain, il y a en germe un futur qui, au lieu d’être comme d’habitude apocalyptique ou dystopique, serait au contraire merveilleux. » Dans le même esprit, son prochain album, prévu en septembre 2022, sera sans doute conçu (et surtout mixé) dans une démarche ambisonique. Ce mot un peu barbare renvoie à une technique encore largement expérimentale de spatialisation du son : « Inscrire la musique dans l’espace, je pense que c’est le grand sujet du futur, parce que c’est une bonne illustration de cette tension perpétuelle entre notre sphère intime et un espace extérieur de plus en plus contrôlé par la matrice. Est-ce qu’on sera capable de garder une part de liberté, ou est-ce qu’on finira dépouillé de toute intimité ? Je trouve que la musique a un rôle à jouer dans ce questionnement... » Pour autant, il voue toujours

un culte à la chaleur d’un instrument acoustique ou à la compression naturelle d’un enregistrement analogique. Et ne voit là aucun paradoxe : « Avoir un pied dans le passé et l’autre dans le futur, ça reste la grande leçon sonore de Tom Waits. Sur son disque Swordfishtrombones (1983), par exemple, ça donne une musique dissonante, chaotique, bordélique, mais d’une créativité folle, urbaine et moderne. Il était le seul à faire ça, parce qu’à l’époque, c’était le règne du synthétiseur Yamaha DX7, au son très froid, que je n’aimais pas du tout. Ce qui est marrant, c’est qu’ensuite, avec des groupes comme Portishead ou Massive Attack, on est complètement revenu au son chaud d’avant. Grâce à tous ces plug-ins qui recréent le matériel mythique des studios des années 1970... en numérique ! » Pour Arthur, cette tension entre le passé et le futur agite toute l’industrie musicale, qui serait elle-même prise dans une sorte de boucle temporelle : « Le vieux monde n’en finit pas de mourir, mais il est toujours vivant ; le nouveau n’arrête pas d’arriver, mais n’arrive jamais vraiment. Et ça ne donne pas grand-chose, un peu comme si ça s’annulait. » Lui qui signe toujours des albums construits dans la longueur, parfois même des doubles albums qui se répondent, est donc en décalage croissant avec les modes de consommation culturelle du commun des mortels : « Le concept de l’album, c’est vrai qu’il est sans doute obsolète. Sauf que, là encore, il disparaît, mais en fait, il est toujours là, il n’est remplacé par rien. » La longueur de certains morceaux, elle non plus, ne rentre pas toujours dans le moule : « Parfois, en radio, ils coupent après le pont, comme ça, bam. Ils ont peur que les gens décrochent, c’est une espèce d’angoisse existentielle. Parce que le système, c’est un peu un canard sans tête, ou un lapin sous amphétamines, qui veut toujours aller plus vite. Même sur Internet, où fondamentalement ça ne change rien qu’un morceau fasse trois minutes trente ou quatre minutes dix, on retrouve cette espèce d’anxiété paranoïaque. Une musique, elle doit t’emmener, tu dois te laisser traverser par elle, t’y abandonner. Et ça demande du temps. Je ferai toujours des morceaux longs, et des albums longs, pour qu’on ait le temps d’entrer dans quelque chose. » Même si Arthur est autrement moins lessivé que le rockeur has been qu’il y incarne, Alice, ces questionnements sur l’industrie culturelle traversent aussi son dernier disque, qui constitue en fait la bande originale de la pièce musicale coécrite avec Wajdi Mouawad. Son titre ? Mort prématurée d’un chanteur populaire dans la force de l’âge.

J’écoute beaucoup de musique d’aujourd’hui

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ART DE VIVRE

OUI, CHEF BACQUIÉ ! Moins de cent quarante chefs cuisiniers dans le monde ont décroché les trois étoiles. Sans doute parce que le challenge n’a rien d’évident. Pour le relever, il faut travailler, imaginer, créer et même, parfois, se renouveler. Christophe Bacquié, le chef du restaurant triplement étoilé Michelin de l’hôtel du Castellet le sait. Il nous l’a rappelé. Texte C. Boulain, photos Mitchell

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hristophe Bacquié pénètre dans ses cuisines de l’hôtel du Castellet, d’un pas rapide et décidé. Nous suivons comme nous pouvons, avec trépied et sac photo en bandoulière. Il est à peine plus de 9 heures du matin, le service n’a évidemment pas commencé, mais plusieurs cuisiniers sont déjà là, certains à s’affairer sur les petits déjeuners servis aux clients de l’hôtel, d’autres à préparer des légumes ou à lancer des préparations particulièrement longues. On entend, en fond, une radio locale annoncer la météo de la journée. « Vous me baissez ça, OK ! », lance le chef Bacquié. Ce n’est pas une question, évidemment : c’est un ordre. En même temps qu’il pose son couteau, un des cuisiniers répond « oui chef » et baisse immédiatement le volume. Puis, sans changer d’attitude, nous dit bonjour avec un large sourire. Quand on n’est pas habitué, les cuisines d’un étoilé font toujours le même effet : c’est strict, presque militaire, mais terriblement bien organisé. Ce n’est pas pour rien si, depuis Escoffier et la fin du XIXe siècle, on y parle de brigade, de sous-chef et de chef... Avec son col tricolore, le chef s’assoit à cette table qui lui sert aussi de bureau et qu’il partage de temps en temps avec certains clients : une baie vitrée donne sur les cuisines, comme un mirador sur une prison. Drôle de comparaison. Il s’amuse de voir notre mine et, comme s’il lisait dans nos pensées, ajoute immédiatement : « Vous savez, ça ne m’empêche pas de les aimer, tous à leur manière. On travaille ensemble tellement d’heures par jour qu’on se connaît parfaitement. C’est comme ça, les cuisines... Et puis ce n’est pas parce qu’on est dur avec quelqu’un qu’on ne l’apprécie pas. Au contraire, je crois. C’est pour l’aider à progresser. » Aux couteaux ce matin, mais aussi préposé à la radio, le second du chef prépare un concours du genre relevé. Et quand il a terminé sa préparation, l’avis de Christophe semble aussi important que le serait celui de ses propres parents : c’est vrai qu’ils ont l’air de s’apprécier. Son col trois couleurs, le chef Bacquié est allé le chercher. Comme il n’hésite pas à le rappeler,

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ART DE VIVRE

Christophe Bacquié dans la préparation de son aïoli moderne, avec du poulpe cuit à basse température, une douzaine légumes différents et un aïoli allégé monté en siphon.

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« J’AIME LA PRÉCISION, MÊME SI J’EN SUIS UN PEU SORTI DANS MA CUISINE. J’AIME AUSSI LA MÉCANIQUE, LE VÉLO SURTOUT. DONC RIEN D’ÉTONNANT À CE QUE JE SOIS AUSSI FAN D’HORLOGERIE ; DE TRÈS BELLES MONTRES MÉCANIQUES » le travail paie. « À l’époque, je suis second à La Villa, en Corse. Je suis remonté à Paris le temps de la préparation, pour m’entraîner dans les cuisines de Yannick Alléno, en 2004. C’était la seconde fois que je présentais le concours du Meilleur Ouvrier de France. Ce fut la bonne. » Dans les faits, c’était la troisième fois de sa carrière que le chef Bacquié était derrière les fourneaux d’une cuisine parisienne. La première, au tout début pour y travailler, n’avait pas duré. Son Sud lui manquait, lui qui était né en banlieue parisienne, mais qui avait grandi sur l’Île de Beauté, sa région Méditerranée. Il était revenu à la capitale quelques années plus tard retenter sa chance chez Prunier, le temps de travailler avec Gabriel Biscay, son autre mentor avec Louis Outhier de Mandelieu-la-Napoule. « Ce sont des gens comme eux qui m’ont aidé à devenir le cuisinier que je suis. Ils m’ont appris la rigueur, la discipline, j’ai travaillé la précision et j’ai cultivé mon amour pour ma région. » Christophe n’est pas corse mais, comme il le dit, ça ne l’aurait pas dérangé de l’être. Il aime cette île autant que la Méditerranée, aussi bien pour ses paysages que pour ses habitants, et aussi pour ses produits. Trois ans après l’obtention de son col bleu blanc rouge, le chef Bacquié, entre-temps passé aux commandes de La Villa, y avait décroché une seconde étoile. Ce passionné de sport, de rugby mais surtout de vélo, qu’il pratique dès qu’il a quelques heures pour un tour de parfois 140 km dans l’arrière-pays, aime aussi la compétition. Et en cuisine, elle s’exprime principalement dans le classement du Guide rouge. Or deux c’est bien, mais trois c’est mieux… En 2009, avec sa femme Alexandra, Christophe traverse la Méditerranée dans l’autre sens pour poser ses valises et ses couteaux entre Toulon et La Ciotat, reprenant l’hôtel 5 étoiles du Castellet et son restaurant. C’était il y a onze ans. Ils vont prendre douze mois pour recréer une vraie cuisine gastronomique, avec sa brigade, ses commis, chef et sous-chef. La cuisine de Christophe,

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ART DE VIVRE

« LA CUISINE, SURTOUT DANS UN TROIS ÉTOILES COMME ICI, C’EST UNE EXPÉRIENCE. POUR QU’ELLE SOIT PARFAITE, J’AI VOULU UNE SALLE ÉPURÉE, UNE TABLE NETTOYÉE DE TOUT LE SUPERFLU ET DES PLATS INSPIRÉS DE MA RÉGION, LA MÉDITERRANÉE » colorée comme la mer que l’on aperçoit depuis la terrasse, s’y exprime parfaitement. C’est là qu’il crée son fameux aïoli moderne, une réinterprétation d’un plat familial local, avec plus de dix légumes différents, tous cuisinés individuellement, un poulpe parfait, cuit à basse température à la seconde et au degré près, et cet aïoli monté en siphon, à la fois savoureux, aérien et mousseux. « Quand je suis arrivé ici, je voulais m’approprier le truc, refaire une recette locale, mais l’amener à un niveau gastronomique, avec de la technique, de la précision... mais aussi de l’émotion. La bouillabaisse, c’était déjà fait, et très bien en plus. Pas l’aïoli. » Dressée à la pince, avec une minutie incroyable, l’assiette est sublime. Et savoureuse, même quand le poulpe n’est pas votre tasse de thé (croyez-moi). Pas étonnant qu’il y a trois ans, le restaurant Christophe Bacquié au Castellet a obtenu sa troisième étoile, faisant de son chef l’un des 140 heureux élus dans le monde. « Cette troisième étoile, j’en suis fier. Parce que c’est la reconnaissance d’un travail, de mon travail mais aussi celui de mes équipes. Je ne fais pas de distinction entre les membres de la brigade cuisine et celle de salle. Vous savez, l’excellence à laquelle nous aspirons, elle débute dès la réservation. Si, quand vous appelez, ça se passe mal, si à l’accueil ça se passe mal... nous pouvons vous servir la meilleure assiette du monde, elle ne sera pas appréciée à sa juste valeur. C’est un travail d’équipe, une rigueur et une précision sans faille. Car si neuf assiettes sont parfaites, mais que la dixième est ratée, le client de la dernière sera déçu. Car lui, il n’aura pas goûté les autres... » C’est sans doute ce côté exigeant et passionné du travail bien fait qui a réuni Christophe et Richard Mille. Fan d’horlogerie, de mécanique et de précision depuis longtemps, le chef a retrouvé dans la marque iconique une philosophie proche de la sienne, devenant quelques mois après sa rencontre avec son fondateur un ambassadeur de la marque. Depuis, il ne quitte plus sa RM 67-01, sauf pour faire du vélo. « Il m’arrive de tomber... je préfére éviter de l’abîmer. »

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Le chef dans l’entrée du restaurant trois étoiles de l’hôtel du Castellet. Il avait demandé de refaire entièrement cette entrée, pour créer une vraie rupture dans les ambiances, entre hôtel et restaurant. Comme une préparation à ce qui nous attend.

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ART DE VIVRE

LITTO GOMEZ LA FLOR DOMINICANA

L’EXIGENCE COMME MODE DE VIE En moins de trente ans, les cigares de La Flor Dominicana sont entrés au panthéon des meilleures vitoles. Derrière cette réussite, il y a celle d’un Espagnol émigré en Uruguay, au Canada puis aux États-Unis avant de rejoindre l’île d’Hispaniola, Litto Gomez, que tous les amateurs de cigares reconnaissent à son chapeau légendaire. Entre deux bouffées, il nous a raconté sa vie et sa vision.

Texte et photos C. Boulain

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Andalusian Bull fut célébré comme le meilleur cigare de 2016 selon le site spécialisé et mondialement reconnu Cigar Aficionado. Avec quelques cigares signés Davidoff et Arturo Fuente, c’est l’un des rares modules de République dominicaine à avoir reçu un tel hommage, devant cette année-là toutes les vitoles roulées à Cuba. Et, de l’avis de tous ceux qui ont pu goûter ce cigare signé La Flor Dominicana, c’était mérité. Pas seulement pour son module gordo, sorte de double toro depuis devenu à la mode, mais pour ses saveurs et sa puissance. Pourtant, vingt ans plus tôt, la manufacture d’où il sort n’existait pas vraiment. Car si en 1996 Litto Gomez fonde bien sa marque de cigares baptisée La Flor Dominicana, ce n’est en fait qu’en 1997 qu’il commence réellement son activité telle qu’on la connaît aujourd’hui. La production de cigares puissants mais élégants, caractérisés par des saveurs épicées que beaucoup d’amateurs pensent réservées à des tabacs d’autres terroirs. En tout cas pas aux plants qui poussent aux alentours de Santiago de los Cabaleros, où s’est installé Litto il y a vingt ans. C’est là-bas, pour comprendre comme La Flor Dominicana parvenait à produire des cigares comme l’Andalusia Bull à partir de feuilles 100 % locales, que nous sommes allés rencontrer Litto et son chapeau. Rencontre avec un homme aux nombreuses vies qui, à bientôt 70 ans, vient de se faire faire son premier tatouage, un portrait de lui sur l’épaule, rien que ça. Le début d’une longue série, selon lui.

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Fumer est dangereux pour la santé.

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ENTRETIEN Vous êtes Espagnol, vous avez grandi en Uruguay entre les années 1960 et 1970, êtes passé par l’Amérique du Nord avant d’atterrir ici, en République dominicaine. Que s’est-il passé durant tout ce temps ? Beaucoup de choses. Je suis né en Espagne certes, en Galice, mais je n’y ai pas grandi. Je devais avoir 1 an à peu près quand mes parents ont émigré en Uruguay. J’y ai grandi, jusqu’à ma majorité. Dans un milieu modeste, où j’ai rapidement compris que j’étais bon avec un ballon. De foot, je précise. Si bien qu’à 17 ans j’étais pro. En Uruguay, à l’époque, ça arrivait assez souvent. Je me voyais même superstar pour être honnête, lorsque je jouais contre l’Argentine [deux ans avant qu’elle soit championne du monde en 1978, NDLR]. Puis je me suis gravement blessé, restant presque un an loin des terrains. C’est juste après que je suis parti au Canada. Au début, j’ai enchaîné les jobs dans des usines, mais à chaque fois loin de chez moi. Pour un Sud-Américain, les heures de trajet, en transport en commun et à pied, dans la neige et le froid, ce n’est vraiment pas évident. J’ai finalement accepté de travailler dans un restaurant voisin, à la plonge au début. Puis, de fil en aiguille, sans doute parce que je ne comptais pas mes heures, je suis passé manager. C’est durant cette période, je me souviens, que j’ai expérimenté pas mal de choses, le cigare, le rhum, mais aussi l’armagnac. Mais le Sud me manquait et, quand j’ai eu assez d’argent de côté, je suis allé poser mes valises à Miami.

Ici, un artisan pose la capote qui vient finir la fabrication du cigare (avant la bague). Cette petite pièce est taillée dans la même feuille que la cape, pour avoir une cohérence de goût et de couleur.

C’est là que vous ouvrez une bijouterie et que cela tourne mal, avec un braquage qui vous fait, une fois encore, changer de vie ? Dans l’ordre, j’ouvre une boutique d’alcool, puis une seconde avant de tenir une boîte de nuit. Mais même si c’est sympa, Miami commence à devenir dangereux, nous sommes en 1982 ou 1983 je crois. Je décide d’abandonner le monde de la nuit pour commencer une autre activité... en travaillant pour un prêteur sur gage. Rapidement, j’ouvre ma propre enseigne. C’était un business intéressant et vraiment nouveau pour moi. J’ai eu jusqu’à deux boutiques,

avant de décider de changer – encore un peu – de métier et d’ouvrir une bijouterie. C’est là que ça s’est mal passé. Deux hommes m’ont braqué avec des armes à feu et sont partis avec 400 000 dollars de bijoux. On ne les a jamais retrouvés, ni les bijoux d’ailleurs. Le comble, avec le recul, c’est de penser que rien ne m’était arrivé dans le quartier mal famé où j’avais ma boutique de prêteur et là, dans l’une des plus belles rues de Miami, ça tourne mal. Et vous décidez ne venir vous installer en République dominicaine pour y monter une manufacture de cigares avec votre femme... Ce braquage a été un déclic pour me lancer dans autre chose. Je voulais créer. En 1994,

« Les meilleures feuilles étaient achetées par les grandes marques » nous étions trois dans l’affaire de cigares, ma femme Ines et moi, mais aussi un investisseur venu de l’immobilier. Nous avons monté une marque qui n’existe plus, dissoute après le départ de cet investisseur. C’était compliqué de produire de bons cigares à l’époque, car toutes les bonnes feuilles étaient achetées par les grandes marques historiques et nous n’y avions pas accès. J’étais un amateur très éclairé, je savais ce que j’aimais... et quand j’ai goûté nos propres cigares, c’était atroce. Mauvais manager, mauvais assemblages. Pour être franc, nous avons tout détruit. Et quand nous avons décidé avec Ines de lancer La Flor Dominicana en 1996, il était évident qu’il nous fallait tout maîtriser, de la culture des plants de tabac à la fermentation et au façonnage des cigares. Je devais m’impliquer du début à la fin de la chaîne. On a acheté une

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ferme en 1997, La Canela, avec des terres où nous allions faire pousser notre tabac comme on le voulait, pour obtenir les feuilles nécessaires à produire les cigares que je voulais. Vous ne pouviez pas acheter ces feuilles ? Vous deviez les cultiver vous-même ? Oui, même si quand je dis moi-même, je veux dire selon mes souhaits. La puissance et les arômes d’un cigare dépendent selon moi de deux choses : la manière dont vous cultivez votre tabac et le récoltez, et la fermentation. D’une même graine, on peut avoir des feuilles très différentes lors de la récolte, et encore plus après fermentation. Chez nous, nous avons peu de plants par hectare, pour qu’ils bénéficient du maximum de nutriments. Nous les protégeons du soleil selon ce que l’on veut faire des feuilles et nous coupons très

« Nous cultivons nos plants pour obtenir les cigares que nous voulons »

tôt les premières feuilles, celles du bas, pour les laisser sur le sol. Toujours pour que celles qui restent bénéficient du meilleur de la terre. Allez dire à un fermier qui vend ses feuilles au poids qu’il doit en sacrifier une bonne partie ! Ainsi, à La Canela, nous récoltons une grande proportion de ligero, ces feuilles savoureuses que tout le monde recherche. Nous n’utilisons que nos propres feuilles pour faire la tripe, soit l’intérieur du cigare. Vous dites que la fermentation est également primordiale. Comment ? Souvent, quand vous achetez des feuilles ailleurs, vous les récupérer déjà un peu sèches, ou partiellement fermentées. Nous, nous maîtrisons tout de A à Z, de la graine à la fermentation des feuilles. Il faut savoir que plus vous

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laissez de temps à cette étape, plus vous allez adoucir le goût du tabac et le rendre moins épicé. Nous sommes réputés pour notre cigare double ligero, particulièrement puissant. Il est réalisé à partir de ligero [les feuilles du haut du plant de tabac, les plus fortes en saveur, NDLR] dont on a arrêté la fermentation plus tôt que pour les autres. On a un peu moins de saveur, mais plus de puissance. Mais pour ça, on peut encore jouer sur les associations de feuilles pour constituer la tripe. Je passe tous les jours dans les chambres de fermentation pour toucher et sentir les feuilles. J’adore ça. C’est lors de ma première visite dans une manufacture, à sentir les piles de feuilles en fermentation, que je suis tombé amoureux du tabac. Ces odeurs sont incroyables, on y trouve du chocolat, du café parfois, des épices. J’invite tous les amateurs à en faire l’expérience. Comment avez-vous développé ces connaissances ? Sans doute pas dans votre bijouterie ou sur un terrain de football ? Quand je vivais à Miami, j’ai beaucoup voyagé dans les pays voisins. Je fumais déjà et j’étais curieux. Je suis allé voir comment les Cubains faisaient, mais aussi ailleurs comme au Nicaragua, une contrée réputée pour ses feuilles de capes. J’en utilise d’ailleurs, comme d’autres venant d’Équateur. Faire un cigare dépend de tellement de choses. Le choix des feuilles, comment elles ont fermenté, mais aussi l’assemblage, entre le seco qui va donner la vitesse de combustion [les feuilles du milieu du plant de tabac, moins savoureuses et plus épaisses, qui brûlent différemment, NDLR], le viso et le ligero qui vont donner les arômes. Contrairement à beaucoup de gens, je ne pense pas que la cape, même une maduro très forte, change beaucoup le goût. C’est une histoire d’équilibre, entre la tripe et la cape, qui doivent se balancer. J’adore cuisiner et je compare souvent les deux. Quand vous choisissez vos ingrédients, la cuisson, l’assaisonnement, vous cherchez un équilibre, pas à ce que l’un prenne le pas sur les autres, les efface. C’est pareil pour un bon cigare. Sa consommation est essentiellement liée au plaisir : rien ne doit venir le perturber.

Litto, dans une des chambres de vieillissement de cigares de sa manufacture, nous montre des éditions spéciales, aux formes et aux couleurs étonnantes.


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L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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NAISSANCE D’UNE BULLE PAS COMME LES AUTRES Des cépages bordelais, une méthode champenoise et une bulle différente, voilà le pari de Bruno Bilancini et Serge Lockert, deux amis de 40 ans qui ont décidé de produire un succulent vin effervescent haut de gamme en Dordogne. Ils nous ont expliqué comment et pourquoi.

Texte et photos F. Montfort

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obert Parker n’a jamais fait l’unanimité. Mais force est de reconnaître que ce dégustateur américain hors norme, que beaucoup surnomment encore aujourd’hui à 74 ans le wine advocate, fait autorité dans le monde des vignerons. Et qu’ils sont rares les élus notés 100/100 dans le guide éponyme. Bruno Bilancini en fait partie, lui dont la cuvée Madame, un liquoreux de Monbazillac fait de muscadelle et de sémillon, reçut l’évaluation suprême du maître des dégustateurs. Aussi, quand cet œnologue français a décidé de s’associer à un vieux copain designer, Serge Lockert, pour produire un pétillant hors du commun, selon leur expression, nous devions en savoir davantage. Direction la Dordogne, à Monbazillac, au Château Tirecul La Gravière pour quelques explications et dégustations. « Ici à

Tirecul [nom du lieu-dit et du château repris par Bruno et son épouse Claudie, NDLR] nous faisons du blanc, du vin tranquille non pétillant, du liquoreux dont la cuvée Madame très appréciée et bien d’autres, mais aussi des effervescents. C’est quelque chose que j’ai toujours aimé faire, avec nos cépages locaux. Je suis très attentif à ce que les cépages peuvent nous permettre de faire », explique Bruno Bilancini. Mais visiblement, cela ne lui suffisait pas. Ce passionné de cépages et de challenges techniques avait une autre idée. « Il y a six ans environ, j’avais acheté une parcelle non loin d’ici, une pièce de 6 hectares toute plantée en rouge, avec du merlot et du cabernet franc, mais sur un terroir calcaire à champagne. Par endroits, il n’y a pas deux centimètres de terre au-dessus de la pierre. D’ailleurs, quand on pense au terroir de champagne, on pense bien à ces sols calcaires... que l’on retrouve aussi

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En haut, Serge (à gauche) et Bruno posent dans le chai du château Tirecul La Gravière où fermentent les jus de cette année. Pour faire du pétillant, mais aussi des liquoreux ou des vins tranquilles, à partir des raisins du domaine.

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100 % DE CÉPAGES DE GRANDS BORDEAUX ROUGES POUR FAIRE UN VIN BLANC PÉTILLANT BIO, UNE DRÔLE D’IDÉE dans la région de Cognac, où les meilleures parcelles sont d’ailleurs classées en Grande et Petite Champagne. Bref, c’est de là que nous est venue, à Serge et moi, l’idée de faire un pétillant blanc avec des raisins typiques des rouges de Bordeaux. » Bruno le sait, son vin ne s’appellera jamais champagne, car à l’exception de Vladimir Poutine qui décrète que seuls les pétillants russes pourront s’appeler ainsi sur son territoire, l’appellation est vraiment reconnue et protégée dans le monde entier. Ce ne peut pas plus être un crémant ou un cava, mais quelque chose d’autre. Justement, c’est l’autre qui intéresse les deux amateurs. « Notre idée est de faire un vin pétillant, comme un champagne, mais très vineux, avec un goût de vin assumé et un potentiel de garde très élevé, des caractéristiques que l’on doit aux deux cépages utilisés, mais aussi à leur maturité avancée lors des vendanges, avec des arômes très concentrés dus au sol très pauvre en eau. C’est un vrai challenge technique. » Présenté comme cela, on n’en doute pas. Des raisins de vin rouge, merlot et cabernet, signatures du Bordelais voisin avec lequel Bergerac et Monbazillac partagent le climat et une partie des sols contrairement au classement qui les met plus dans le Sud-Ouest, pour donner un vin blanc pétillant : c’est osé. « En plus, ce ne sont pas des pinots noirs, comme les blancs de noir de champagne, nettement moins pigmentés.

Nos merlots et cabernets, quand on les presse, teintent le jus très vite. C’est pourquoi nous ne conservons que 70 % du jus au pressoir, le reste partant pour des rouges de notre production. » Une fois pressés, ces raisins vont partir en fermentation alcoolique en cuves. Sans faire la transformation malolactique qui donnerait trop de gras au jus, selon Bruno. « Pour la prise de mousse, ce qui va donner les bulles à l’ouverture, nous travaillons comme en champagne, avec l’ajout d’une liqueur faite de sucre de canne et de levures. Celles-ci, en mangeant le sucre, vont créer le CO2 nécessaire à l’effervescence. Là, à ce moment, cela se passe dans les bouteilles, sur lattes comme on dit, pendant au moins deux ans. Nous réfléchissons, pour creuser encore plus le sillon de l’exclusivité et du bio que nous prônons déjà, en utilisant comme sucre pour la liqueur les vins liquoreux bio de notre production. Ça serait tellement meilleur que du sucre roux, même sourcé et bio. » C’est sûr, le garçon aime la difficulté. Serge, son associé, s’en amuse en nous racontant les différents essais qu’ils ont déjà réalisés. Avec, pour but, faire de cette bulle « bordelaise » un vin exclusif et bio. « Ici, nous sommes en bio depuis pas mal de temps, explique Bruno. Et notre French Bulle, comme nous l’avons appelée, est totalement bio aussi. Pas de collage avec de l’œuf ou du poisson, pas de traitement au charbon, qui enlèverait certes les impuretés,

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Une bouteille dans le présentoir imaginé par Serge, avec le calcaire du terroir juste derrière. C’est là-dedans que poussent les ceps de merlot et cabernet.

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POUR ALLER ENCORE PLUS LOIN DANS LE BIO ET L’EXCLUSIVITÉ, BRUNO VEUT SE PASSER DU SUCRE NÉCESSAIRE À LA PRISE DE MOUSSE mais aussi la couleur et beaucoup de molécules aromatiques que nous voulons garder. Du bio, du bio, du bio... ce qui est très rare dans les pétillants. » Et pas de sucre ajouté, ajoute Serge. Comme pour les champagnes, une fois la prise de mousse faite, après au moins neuf mois de vieillissement (même si les bonnes maisons prolongent celui-ci largement plus longtemps, de deux à sept ans), les bouteilles sont dégorgées. Comprendre, débouchées pour évacuer les impuretés tombées par gravité dans le col, bouteille à l’envers. Et normalement, avant de la reboucher avec un beau bouchon en liège et le muselet en métal pour bien le tenir, il faut refaire le niveau de la bouteille, avec une liqueur de dosage. C’est un cocktail de vin et de sucre, la teneur finale en sucre donnant la catégorie du champagne. Extra-brut pour moins de 6 g/l, brut jusqu’à 12 g/l, sec jusqu’à 32 g/l et ainsi de suite. Les natures sont ceux dont le complément n’est fait que de vin, sans ajout de sucre. « Souvent, le sucre sert à adoucir, voire à masquer les défauts des vins. Nous, nous n’ajoutons rien, juste le même vin, d’une autre bouteille, pas de sucre », annonce Bruno. Donc maintenant, nous avons toutes les données en main : c’est un vin pétillant de garde, bio, blanc de noirs car fait à 100 % de raisins rouges, et sans sucre ajouté. Et comme pour ajouter au CV, c’est un jus millésimé fait à 100 % de raisins d’une seule vendange. Il ne manque plus aux deux

associés de faire des cuvées récemment dégorgées, donc vieillies plus longtemps, pour avoir le CV des très grands champagnes. « Je ne vous cache pas que nous y pensons, mais nous n’avons pour l’instant que trois cuvées en production, et pas encore assez de recul. Là, maintenant, nous proposons à la dégustation notre première bulle, vendangée en 2018. Mais nous avons conservé quelques centaines de bouteilles pour des essais », explique cette fois Serge. Moins de 1 500 bouteilles de cette première cuvée seront proposées à la vente. Un peu plus de la seconde, dans un à deux ans. Avec, selon les deux amis, un maximum de 3 000 à 4 000 cols par an ensuite. C’est que la parcelle de 6 hectares est plantée large, avec une faible densité et, surtout, des ceps qui donnent peu, le rendement étant de moins de 20 hectolitres de jus par hectare, quand on dépasse souvent les 40 dans le Bordelais, et les 70 en champagne. Carafé quelques instants, si possible dans une carafe glacée pour le conserver entre 10 et 12 °C car, comme dit Bruno, « il est plus facile de réchauffer un vin dans le verre que l’inverse », le vin des deux associés se révèle assez rapidement. Une fois aéré, on apprécie à la fois sa pureté et sa vinosité, avec ses arômes de raisins matures qui font le bonheur des grands vins rouges de la région bordelaise, nous laissant imaginer immédiatement ce que ce type de jus pourrait donner dans le temps. Vivement les prochaines années.

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OSONS LA COULEUR 62 Followed Magazine


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Ces ciseaux ne servent pas de décoration. Ils coupent des mètres de tissu depuis des décennies. Un cadeau d’un client dont le père était tailleur au siècle dernier. Ci-dessous, Memet travaille à ajuster un pantalon pour un client qui a pris un peu de poids récemment.

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Pour avoir du style, mieux vaut porter des vêtements qui vous vont. Et si, en plus, ils sont bien taillés et colorés, vous avez vraiment gagné. Savezvous que pour y arriver, vous pouvez vous faire aider par des gens dont c’est le métier ? Nous sommes allés l’expérimenter dans l’une des belles maisons parisiennes, Berteil, à côté de la place de la Madeleine. Texte et photos F. Montfort

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ous nous sommes tous, un jour, retournés dans la rue sur un homme superbement habillé. Un de ces dandys élégants, avec cette petite touche de folie, cette pointe de couleur vive ou ce tweed désuet, mais si bien porté que nous avons rêvé de lui ressembler. Et d’avoir envie de pousser la porte d’une boutique spécialisée pour aller essayer les mêmes vêtements en imaginant que cela nous aille, la porte d’une de ses boutiques ou les couleurs attirent le regard. Et finalement ne pas le faire, se répétant le fameux « de toute façon, ça ne m’ira jamais ». « Des clients qui entrent en nous disant “j’aime beaucoup votre veste Mountbatten en

porte, pour les guider, parfois les motiver, d’autres les tempérer. Avec un œil et une expérience tellement précieuse. Cette discussion avec le vendeur-tailleur, c’est ce que beaucoup appellent le bespoke anglais. Ça ne veut pas du tout dire sur-mesure. Ça veut juste dire que vous allez papoter avec un professionnel qui va vous guider, vers du prêt-à-porter, de la mesure parisienne, pourquoi pas du sur-mesure ou du made to order comme nous en faisons beaucoup. En fait, bespoke c’est papoter. Et c’est bien de papoter et se laisser guider. » Surtout quand c’est avec des gens qui savent adapter la tenue à l’occasion, à l’endroit et à la population. Une tenue habillée pour un dîner à l’Élysée ne sera pas celle qu’il faut pour

NE PAS CONFONDRE BESPOKE, MADE TO ORDER, MESURE PARISIENNE ET GRANDE MESURE tweed bleu ou votre Alphonse en velours vert, mais je ne sais pas si ça m’irait”, ou encore “j’ai envie d’un manteau, mais je ne sais pas trop ce que je veux, en fait”, on en a tout le temps », s’amuse Vianney Houette, patron de Berteil, à Paris, une maison née dans la première moitié du XIXe siècle, qu’il a repris avec des investisseurs passionnés comme lui de ce savoir-faire en 2016. « C’est à ce moment précis que notre travail débute, explique Vianney, dans une discussion entre ce client hésitant et l’un de nos vendeurs. Ils ont une expérience incroyable pour jauger les envies des messieurs qui passent notre

une soirée officielle au Festival de Cannes. « Un costume cravate sera indispensable dans le premier cas, pour ne pas se sentir décalé. Pas obligatoirement noir, en fait surtout pas noir. Le noir, c’est déprimant. Ça ne doit être là que pour mettre en valeur le reste. Pour les hommes comme pour les femmes. On dit bien qu’une femme doit toujours avoir une petite robe noire dans son dressing. Parce que cela sert tout le temps. Oui, c’est au service des autres couleurs, pour des chaussures rouges, un foulard bleu ou un vert à lèvres. Bref, pas noir. Dans le second, on peut tout tenter, même un smoking en velours

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violet. L’habit doit vous permettre de vous sentir bien, que cela soit dans votre tête, dans votre corps ou au milieu de l’assistance », explique Vianney. Si le vêtement sert à travailler, il devra être adapté à votre métier, pas trop raide ni trop souple. Si c’est pour aller chasser, il sera sans doute plus robuste, mais pas moins élégant. Si c’est pour un mariage, il devra être fabuleux, mais en ayant toujours en tête qu’on ne danse pas dans une veste trop ajustée. Là vient le problème de la taille, car la taille mannequin n’existe pas. Il est convenu dans l’habillement qu’un homme normalement constitué à un drop de 8. S’il fait du 52 en veste, il fera du 44 en pantalon. Pourtant, dame nature ne nous a pas tous faits ainsi et il faut parfois compter 4, 6... ou 10 selon les carrures. C’est pourquoi, en fonction de votre gabarit, le vendeur va vous conseiller un prêt-à-porter ou une mesure. « Si c’est juste une question de drop, il est assez facile de reprendre un

atelier « in house », Berteil répond à beaucoup de demandes. « Pourtant, il y a quelques clients qui veulent carrément du sur-mesure. Ce que nous savons faire, mais moins bien que d’autres maisons. Notre spécialité, c’est le made to order, autrement dit la personnalisation d’un de nos modèles selon les souhaits du client. Sur des vestes, des blousons, des manteaux ou des gilets, que nous produisons nousmêmes, vous pouvez demander le tissu que vous voulez parmi plus de 2 000 échantillons sélectionnés avec soin, les boutons, la couleur du fil, mais aussi la forme des poches ou leur nombre. Ce n’est pas du sur-mesure car on part d’un modèle existant, mais cela s’en approche. » Du coup, toutes les fantaisies sont possibles, comme de faire poser une poche arrière sur un blouson Jimmy, inspiré du Harlington de Steve McQueen avec la poche pour la balle de golf, ou de choisir un col en velours sur une veste en tweed Harris, avec des poches où vous

ON PEUT TOUT SE PERMETTRE, À CONDITION DE RESPECTER QUELQUES RÈGLES ÉLÉMENTAIRES pantalon. Il y toujours de la réserve à la couture et Memet, un des couturiers de l’atelier du magasin, fait des merveilles en suivant les aiguilles mises par nos vendeurs. Mais s’il s’agit de modifications plus profondes, nous allons orienter le client vers de la mesure. » Depuis quelques années, Berteil et Vianney ont inventé la mesure parisienne, qui est le fait de retoucher une pièce de prêt-à-porter. Là, il est possible de reprendre des manches, car nous n’avons pas toujours les bras de la même longueur, mais aussi des jambes. Sauf que, comme le dit Guy, un des vendeurs formé au métier de tailleur, « le problème quand on reprend les jambes, c’est qu’il faut surtout retoucher le bassin. Car, sinon, tout sera de travers puisque les pieds sont à plat sur le sol ». Pas faux. Avec la mesure parisienne, et grâce à son

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voulez. Et dans la taille que vous voulez puisque tout est fait maison. « Le made to order ouvre des champs immenses de créativité, mais il faut guider les clients tellement les choix sont importants. Nous venons de développer sur notre site en ligne la possibilité de modéliser ces choix, ça va pas mal aider. Après, que l’on fabrique une Mountbatten en tweed ou en daim dans notre atelier de fabrication, à 30 kilomètres de Paris, pour nous c’est pareil. Et l’on peut évidemment ajuster les tailles, que vous soyez une crevette ou un immeuble. Bref, que cela soit pour les tailles ou les couleurs, tout est possible. Et depuis que l’on sait qu’on peut mettre une cravate à pois avec une chemise à rayures à condition que les couleurs aillent ensemble, il y a de quoi se faire plaisir. » On n’en doute plus.


Monsieur Guy, cherchant la cravate qui ira parfaitement bien avec une veste en tweed Harris. L’expérience des vendeurs de ces boutiques spécialisées est précieuse et permet de guider les clients. Ci-dessous, le même Guy posant des aiguilles pour ajuster une veste au centimètre.

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BIEN PLUS QUE DES MONTRES

RICHARD MILLE RM 60-01 VOILES DE SAINT-BARTH

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Il n’est pas nécessaire de porter une horrible montre connectée pour avoir autre chose que les heures, minutes et secondes au poignet. La preuve en – belles – images.

On ne présente plus Richard Mille, cette société française, du nom de son fondateur, qui propose des montres mécaniques de haut vol. Comme cette RM 60-01 édition des Voiles de Saint-Barth en hommage à l’événement nautique dont la marque horlogère est partenaire. Comme toujours, les matériaux utilisés sont exceptionnels : ici, titane grade 5 et carbone TPT se mélangent, autant pour la boîte de 50 mm de diamètre que pour le mouvement. Il s’agit d’un calibre manufacture RMAC2 à remontage automatique avec heures, minutes, secondes à 3 heures, mais aussi grande date, mois et fonction chronographe flyback avec compteur secondes au centre, compteur des minutes et décompteur à 9 heures, compteur 24 heures à 6 heures et affichage UTC. Une montre à la pomme n’a qu’a bien se tenir. Étanche à 100 m et montée sur un bracelet en caoutchouc noir et boucle déployante, cette montre n’est proposée qu’à 80 chanceux. Et le prix est sur demande.


KRAYON Anywhere or gris

Parce qu’il dit traduire toutes ses inspirations à la pointe d’un crayon, en dessinant la pièce de ses rêves ou le mouvement auquel il pense, Remi Maillat a appelé sa marque horlogère Krayon. Une marque atypique qui propose des montres compliquées (comprendre mécaniquement) à quelques happy few éclairés. Après avoir marqué les esprits en 2017 avec ses modèles Everywhere puis Everywhere Horizon, il propose une version légèrement simplifiée baptisée Anywhere. L’idée est de donner évidemment les heures et les minutes, mais aussi la date, le mois... et les heures de lever et de coucher du soleil, où vous le souhaitez. Ce peut être là où vous êtes, mais aussi ou vivent vos proches ou n’importe où sur terre. Une montre romantique de 39 mm de diamètre, mécanique à remontage manuel proposant 86 heures de réserve de marche, montée dans une boîte en or gris ou rose, sur bracelet cuir d’alligator et boucle ardillon. Pièce vendue 126 000 €.

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JAEGER LECOULTRE Reverso Tribute Duoface

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Depuis de XIXe siècle, Jaeger-LeCoultre fait battre le cœur des amateurs de belle horlogerie. Toujours basée au Sentier, dans le comté de Vaud, la manufacture cultive ses traditions avec amour et savoir-faire même si elle fait aujourd’hui partie du tentaculaire groupe Richemont. Ainsi, rien d’étonnant à ce qu’elle produise encore sa Reverso (qui veut dire « je tourne sur moi-même » en latin), dévoilée en 1931 et caractérisée par une boîte réversible qui permet de retourner le cadran pour afficher le fond. Normalement pour le protéger des coups de maillet dans une partie de polo. Cette nouvelle version Tribute Duoface ne s’adresse pas aux poloïstes puisqu’elle propose deux cadrans sur la même montre, un de chaque côté. Son mouvement mécanique à remontage manuel anime ses deux cadrans, offrant ainsi deux fuseaux horaires ainsi qu’un indicateur jour/nuit fort utile. Son bracelet en cuir a été spécialement dessiné par la Casa Fagliano. Cet objet, car c’est bien plus qu’une montre, toujours emblématique de l’esthétique Art déco, est vendu 11 200 €.


BLANCPAIN Fifty Fathoms

Bathyscaphe titane

Les plongeuses, chez Blancpain, s’appellent Fifty Fathoms. Une famille dans laquelle se retrouvent différentes fratries, comme la Bathyscaphe, née en 1956 et dont descend la montre présentée ici. Proposée en titane, un matériau noble que la marque du groupe Swatch travaille depuis le début des années 1960, lors de la production d’une série spéciale de modèles MIL-SPEC II destinée aux équipes de déminage de la Marine américaine. De quoi donner encore plus de cachet à cette montre de 43 mm de diamètre, étanche à 300 m, dont la fonction est quand même de rendre hommage à l’équipement de plongée inventé par le suisse Auguste Piccard pour explorer les abysses. Dans cette boîte bat un mouvement manufacture 1315, mécanique à remontage automatique, proposant 120 heures de réserve de marche. Cette Fifty Fathoms, disponible sur bracelet titane et boucle déployante ou toile de voile et boucle ardillon est vendue (sur bracelet tissu) 13 180 €.

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MICHEL HERBELIN CAP CAMARAT

AUTOMATIQUE GMT Comme un clin d’œil aux montres produites par la maison dans les années 1970, Michel Herbelin a dévoilé en 2018 une Cap Camarat automatique très séduisante. La marque française lui adjoint aujourd’hui une fonction GMT Worldtimer. L’heure du second fuseau horaire est indiquée par l’aiguille centrale rouge, sur une échelle de 24 heures par tour de cadran. De plus, la couronne vissée à 3 h 30 permet de faire pivoter le rehaut intérieur tournant, lequel précise les différentes villes de référence des 24 fuseaux horaires, pour donner l’heure dans une troisième localité. Les voyageurs seront comblés. Notons que ce rehaut indique le jour (en bleu) et la nuit (en argent), visibles d’un coup d’œil. Monté dans une boîte en acier de 42 mm de diamètre, ce mouvement suisse Sellita, calibre SW330-2 mécanique à remontage automatique, offre 56 heures de réserve de marche. Le bracelet, lui aussi en acier 316L, est intégré à la boîte et se ferme par une boucle double déployante. L’ensemble, proposé en série limitée de 500 exemplaires, est étanche à 100 m. Cette montre française est vendue 1 490 €.

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ORIS

BIG CROWN POINTER DATE Marque suisse indépendante, et fière de l’être, à la fois suisse et indépendante, Oris dévoile en cette fin d’année sa nouvelle Big Crown Pointer Date dotée du calibre maison 403. Icône de la marque depuis son lancement en 1938, ce modèle bénéficiait d’une couronne surdimensionnée pour être manipulée avec des gants d’aviateur et d’une aiguille centrale pour indiquer la date sur le rehaut marqué de 31 pas. C’est toujours le cas. Mais la grosse nouveauté, pour une montre de 38 mm de diamètre, est ce mouvement mécanique à remontage automatique de la série 400, offrant cinq jours de réserve de marche et une garantie de dix ans. Ce n’est pas courant. Il faut dire que, autre spécificité de la marque, Oris ne propose que des montres mécaniques. Ici pas de quartz ou encore de piles écologiquement néfastes et de connexions Bluetooth mauvaises pour la santé : mille mercis. Cette montre, emboîtée dans une carrure acier, profite d’un verre saphir bombé côté aiguilles et d’un fond acier vissé, est étanche à 50 m et profite d’un bracelet cuir noir doté d’un système de rechange rapide. Elle est proposée à 2 900 €.

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MODE&OBJETS

ANONIMO Militare Chrono Vintage

Vingt ans, ce n’est pas rien. Pour son anniversaire, la Militare d’Anonimo est déclinée en différentes versions, dont cette superbe Vintage Kaki Mat, dotée de la fonction chronographe. Lancée en 2001, cette montre militaire, à l’époque italienne, possédait sa couronne de remontage à 6 heures (soit le bas de la photo). Ce n’est que seize ans plus tard, à sa presque majorité, que les designers maison ont décidé de la faire migrer au nord, à 12 heures comme c’est le cas ici. Toujours bloquée par le Crown Vanishing Locking Device, un système inédit et breveté d’articulation et de protection de la couronne intégré à la boîte (et au bracelet). C’est lui qui assure l’étanchéité en empêchant le dévissage inopiné de la couronne. Depuis passée en Suisse, Anonimo n’en a pas oublié ses origines et traditions transalpines avec un design fort et assumé, comme ce fond de cadran vert mat, quelques touches de rouge sur l’aiguille des secondes du chrono et pour indiquer les minutes (de ce même chrono) ou par des surpiqûres sur le bracelet en toile et une pastille... sur le poussoir qui déclenche le chrono. Animée par un mouvement Swiss Made SW 300 mécanique à remontage automatique, et étanche à 120 m, cette Militare Vintage de 43,5 mm de diamètre est vendue 3 900 €.

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ALPINA

Alpiner4 automatique Cousine de Frédérique Constant au sein du groupe Citizen auquel ces deux marques suisses appartiennent depuis 2016, Alpina propose depuis des années des montres sportives au caractère affirmé. La nouvelle Alpiner4 n’y déroge pas avec sa boîte en acier inoxydable de 44 mm de diamètre sur plus de 13 mm d’épaisseur lui garantissant une belle résistance aux ondes magnétiques (jusqu’à 4 800 A/m) ainsi qu’aux chocs (jusqu’à des chutes de 1 m sur le sol selon le manufacturier). De quoi vérifier que cette nouvelle Alpiner4 fait siens les quatre piliers du modèle originel lancé en 1938 : la résistance aux chocs, l’antimagnétisme, l’étanchéité (100 m) et la tenue à l’oxydation. Grâce à son mouvement mécanique à remontage automatique AL-525, elle propose aussi l’affichage de quatre données, les heures, les minutes, les secondes et la date dans un guichet à 3 heures. Enfin, elle existe dans cette version cadran vert sapin et bracelet acier ou cadran gris et bracelet cuir (1 250 €). Notre préférence va à l’acier, vendue 1 350 €.

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SPORT&LOISIRS

Rallye Aïcha des Gazelles

L’aventure, c’est l’aventure Reporté l’an dernier pour sa trentième édition, le rallye Aïcha des Gazelles s’est déroulé fin septembre dernier dans le désert marocain. Avec 320 participantes motivées comme jamais, pas mal de péripéties et beaucoup d’émotion. T�te C. Boulain, phot� F. Martin

C’

est une course d’orientation, pas une course de vitesse. Pour autant, le rallye Aïcha des Gazelles du Maroc reste une course, avec des points de contrôle à trouver et à rejoindre dans un temps donné. Quand on peut rouler, il faut rouler, aiment à répéter les gazelles. Crée en 1990 par Dominique Serra, qui en est toujours trente ans plus tard l’organisatrice, ce rallye d’un autre genre, qui prend son départ à Nice avant de rejoindre le Maroc, repose sur des principes simples : écoconduite, car le but est de faire le moins de kilomètres possibles, navigation à l’ancienne, sans GPS ni téléphone, régularité, mais aussi entraide et solidarité. Pour faire simple, à chaque départ de spéciale dans le désert marocain vers 5 heures du matin, les gazelles reçoivent le premier point de passage de la journée, la balise, qu’elles vont placer sur une bonne vieille carte papier. Puis, à la boussole, elles vont devoir la rejoindre pour « ouvrir » la balise suivante. Si elles loupent un point de passage, les pénalités tombent. Et si elles font trop de détours aussi puisque des pénalités leur sont ajoutées pour les kilomètres parcourus au-delà du chemin idéal... la ligne droite. Or, quand on se perd, on en fait, des kilomètres. Bref, même si la notion de sprint ou de vitesse ne fait pas partie de l’ADN du rallye, quand on peut rouler, il faut rouler. L’autre pilier

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de cet événement pas comme les autres est la solidarité. Au sein du rallye, entre gazelles, puisque si un équipage en vient à solliciter l’assistance technique, ce sont de nouvelles pénalités qui viennent grever le classement, ce qui n’est pas le cas si deux équipages s’entraident. Une attitude défendue par les 320 gazelles, si bien que cette année le partenaire Goodyear avait décidé de récompenser les plus solidaires, chaque participante votant, tous les matins au bivouac, pour la gazelle ou l’équipage le plus solidaire. Et ce sont deux habituées du rallye, mises hors course dès le début sur problème technique, qui furent récompensées. Logique, elles ont passé le reste des étapes à rouler pour aider leurs copines en galère, prêtant un cric, une roue, donnant un coup de main pour pelleter alors qu’elles auraient pu rentrer tranquillement à la maison. Mais c’est ça, le rallye Aïcha des Gazelles, une épreuve sportive certes, mais avec des valeurs défendues par toutes les participantes. De la même manière, tous les ans depuis vingt éditions, l’association Cœur de Gazelles accompagne la caravane sur le parcours pour délivrer des soins médicaux aux locaux (voir encadré). Tout cela fait du rallye des Gazelles une épreuve dure et intense, mais avec des valeurs fortes comme nous l’ont très bien expliqué Stéphanie Caramico et Léa Causse, deux néophytes engagées en catégorie 4x4 et soutenues par Goodyear, leur employeur, partenaire de l’épreuve.


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Entretien avec deux gazelles Ce 30e rallye Gazelles était votre premier [fini 35e sur 141] et votre première compétition automobile. Qu’en retenez-vous ? Stéphanie : pour moi, c’était même ma première fois en tente, donc je partais de loin. C’était dur, physiquement et mentalement, par le rythme soutenu du début à la fin, avec des journées qui débutent entre 4 heures et 4 h 30 le matin pour finir au mieux à 23 heures, les températures de parfois 40° auxquelles nous ne sommes pas habituées et par des moments de doute très forts. Je me dis que l’on n’a pas fait une course de voitures, mais vécu une aventure. Léa : c’est cela, une aventure. C’est dur, c’est long, c’est loin, mais c’est ce que je venais chercher. Je connaissais le ­rallye car des copines l’avaient déjà fait, et je savais que nous allions en baver. Le challenge, l’idée du dépassement de soi, c’est ce que je suis venue chercher dans le désert. Je l’ai eu. Ce sont les motivations des gazelles pour s’engager dans l’aventure ? Léa : pour moi oui. Après je me suis demandé pour quelles raisons les autres filles étaient là, toutes différentes dans la même galère. L’aspect dépassement de soi doit évidemment compter pour beaucoup, comme l’attrait du désert, de cet autre monde pourtant si près de nous. Et puis je pense aussi le côté convivial, solidaire, l’entraide qui est un des fondements du rallye. Stéphanie : quand nous nous sommes engagées début 2020, toutes ces valeurs de dépassement de soi faisaient écho avec ce que je mettais en place au travail avec mes équipes, c’était ancré en moi et cela m’a évidemment motivée. Et comme Léa, tout ce que défendent le rallye et l’association Cœur de Gazelles, j’y adhère et c’est un moyen de partager ces valeurs. Le départ de cette 30e édition a été reporté d’un an. Comment avez-vous géré cela ? Stéphanie : pas toujours très bien. Le premier report a été annoncé juste avant le départ en 2020, tout était prêt et là tout s’arrête. C’est assez compliqué à gérer. Je crois que mon sac est resté dans ma chambre pendant neuf mois, prêt au cas où, même si moi je ne l’étais pas tout le temps. Il s’en est passé des choses, en un an et demi. Léa : ça n’a pas tout le temps été facile à gérer. Nous avons eu dans l’intervalle tellement de changements, nous travaillions ensemble en 2020. Depuis je suis partie et Stéphanie a dû recruter pas mal de monde : s’il avait fallu prendre le départ à ces moments-là, peut-être que cela aurait été encore plus dur. Mais finalement, est-ce que cela aurait été vraiment pire ? Je venais pour être bousculée dans ma vie et mes certitudes, j’y allais pour cela. Deux néophytes qui se lancent dans le désert, comment se préparent-elles ? Stéphanie : nous avons eu au total trois sessions de préparation. Une sur la navigation, car sans GPS, tout à la boussole, ce n’est pas évident. Une seconde sur la mécanique avec Bosch, pour

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nous former aux rudiments. Et une troisième de conduite, car tu ne pilotes pas dans les dunes comme tu circules sur la place de l’Étoile. Léa : ces trois formations sont vraiment indispensables pour des néophytes comme nous. Nous laissons nos téléphones à l’organisation au début du rallye pour nous guider uniquement avec la boussole, sans aide : il vaut mieux savoir le faire. Pour la mécanique, pour être franche, on sait parfaitement changer une roue mais c’est tout. Si je repars dans le désert, peut-être vais-je approfondir le sujet. Enfin la conduite, c’est quand même un truc fou de monter une dune sans savoir ce qu’il y a derrière. La technique de passage n’a rien d’inné et mieux vaut l’apprendre.

Quels ont été les moments forts de votre aventure ? Stéphanie : quand on se retrouve dans la voiture et que l’on arrive dans les premières dunes. On se dit : là on y est. Bon, on s’est fait très peur en décollant sur une d’elles, mais c’est ça ce rallye, des hauts et des bas, tout le temps. Le truc le plus dur pour moi est de me rendre compte que je ne maîtrisais pas tout, l’environnement tellement différent de mon quotidien, la conduite, le fait de devoir avancer en faisant confiance à l’autre : c’est un stress supplémentaire. Évidemment, je retiens aussi notre journée de grosse galère. Je me suis sentie à bout de forces, physiquement et mentalement... et Léa était là, elle a assuré. C’était bien de l’avoir, elle avait l’énergie que je n’avais plus, une vraie équipe. Ah oui, et puis la joie de trouver les balises. C’est débile, mais à ce moment-là c’est une joie sans fin. Léa : c’est dur de ne retenir qu’un moment. Ce rallye, c’est une palette d’émotions, et on passe par chacune d’elles. Ce premier moment dans la voiture, quand après les reports on roule enfin, on avance ensemble. À chaque péripétie, et le rallye nous en réserve plein, même quand tout se passe bien, on rentre et on se dit qu’on est des championnes. Avec des moments très forts, comme cette journée pourrie, l’avant-dernier jour sur l’étape marathon. Quand Stéphanie a eu son coup de mou, je l’ai reboostée. Et ça a été l’inverse juste après : on s’est serré les coudes. Quels conseils donneriez-vous à de futures gazelles hésitantes ? Léa : de se faire confiance et d’y aller. Comme nous le disait Dominique Serra tous les matins au bivouac, « vous en êtes capables ». C’est vrai. Et de voir, après ces deux semaines éprouvantes, toutes ces filles danser le dernier soir, toutes différentes, mais toutes heureuses, c’était génial. Stéphanie : je suis d’accord avec Léa, c’est assez incroyable de voir des filles de 20 à 73 ans s’aligner sur le rallye, sans doute avec des profils très différents, et se retrouver autour de ces valeurs de solidarité et d’effort. Mais je voudrais ajouter une chose : si vous partez en duo, assurez-vous d’avoir le même objectif pour éviter les confits. On peut venir faire le rallye et cocher des CP... ou essayer de le gagner. Ou encore pour se promener. Or il vaut mieux bien s’entendre dans la voiture, donc définir son objectif. Heureusement, avec Léa, nous avions le même. Et on a fini 35es.


En haut, Stéphanie (à gauche) et Léa (à droite) lors de la mission de Cœur de Gazelles, avant le départ. En dessous, des moments de galère dans le désert, surtout durant l’avant-dernière journée où elles se sont plantées dans le sable cinq fois de suite. Avant de s’en sortir, à bout.

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Le désert marocain est magnifique, mais il recèle quelques pièges, surtout lorsque vous l’abordez seules, avec votre 4x4. Stéphanie et Léa l’ont expérimenté de très nombreuses fois, sortant la pelle pour désensabler leur monture. Sous 40 °C, c’est dur.

Cœur de Gazelles

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ondée par Marina Vrillacq, l’association Cœur de Gazelles accompagne le rallye Aïcha des Gazelles depuis vingt ans maintenant. Avec pour but, en bénéficiant de la logistique du rallye, d’apporter des soins médicaux, aussi bien en dentisterie, ophtalmologie, gynécologie, dermatologie ou même quelques actes de chirurgie légers, aux populations rencontrées sur les étapes du rallye. « Pour une édition normale, nous mettons sur pied à chaque bivouac un dispensaire mobile pour les consultations, et une partie de nos médecins suivent le parcours pour délivrer des soins à ceux qui ne peuvent nous rejoindre, explique Marina. Nous avons maintenant quasiment la parité entre les médecins français et marocains, avec quelques sages-femmes locales pour nous aider avec la langue. » Mais en 2021, à cause des mesures sanitaires strictes mises en place par le Maroc, la caravane n’a pas pu suivre le parcours. « Cette année, nous avons dû nous concentrer, juste avant le départ avec les gazelles, sur l’inauguration d’une salle de classe pour les élèves et la fourniture de vingt vélos pour vingt jeunes scolarisés qui n’avaient pas les moyens de se rendre à l’école. J’espère qu’en mars 2022, nous pourrons repartir à la rencontre des populations. » Soutenue par quelques partenaires, l’association compte surtout sur les dons d’anciennes gazelles pour se financer. Et pour assurer ce que Marina appelle le suivi des patients. « Quand vous décelez une tumeur dans le sein d’une patiente, vous prenez un rendez-vous à l’hôpital de Casablanca pour elle. Mais très souvent, quand il faut y aller, elle n’en a pas les moyens. C’est à nous de financer son déplacement pour suivre son traitement, ce qui coûte environ 30 000 euros par an. » Tout simplement.

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Si vous sentez battre en vous un Cœur de Gazelles, n’hésitez pas à nous soutenir. www.coeurdegazelles.org Cœur de Gazelles est une association reconnue d’intérêt général. Don déductible à 66%.


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Cinquante années à (ré)inventer la roue Si nos vélos sont comme ils sont en 2021, c’est parce que certaines marques n’ont cessé de les faire évoluer depuis leur apparition, comme Cannondale, marque américaine emblématique qui souffle ses cinquante bougies cette année. Retour sur un demisiècle d’inventions à deux roues. Texte F. Montfort, photos DR

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Comme dans tous les contes de fées, il y a de bons moments, des drames et une fin heureuse. L’histoire de Cannondale débute en 1971, quand Joe Montgomery lance avec deux amis une petite société de fabrication d’accessoires « outdoor ». Passionné de sport, de cyclisme, mais aussi de randonnée, bref de tout ce qui se pratique dans la nature, Joe veut proposer des sacoches de vélo, des sacs, des lampes, des réchauds à gaz, tout ce qu’il faut pour s’éclater dehors. Et c’est par hasard qu’il nomme sa boîte Cannondale. Alors qu’il est au téléphone avec un service administratif qui lui demande le nom de sa société, nom qu’il n’a pas encore déposé ni même imaginé, il lève les yeux au ciel et tombe sur l’enseigne de la gare ferroviaire sise de l’autre côté de la rue, Cannondale Metro North, à Wilton dans le Connecticut. En tout cas, c’est comme cela que Joe racontera l’histoire. Le premier modèle roulant de la marque sort l’année suivante. Il a deux roues, mais pas dans le bon sens pour un vélo : c’est une remorque, pensée pour transporter les gros sacs qui ne tiennent pas sur la bicyclette. C’est le Cannondale Bugger : une révolution dans le monde du cycle, qui restera au catalogue pendant vingtdeux ans avec de nombreuses évolutions. Le premier véritable vélo n’arrive qu’en 1983, un modèle orienté cyclotourisme qui va faire couler beaucoup d’encre. Pas pour son design, mais pour sa technologie, faisant appel à des tubes en aluminium surdimensionnés quand

la plupart des concurrents en sont encore aux tubes acier de petit diamètre. L’inventif Joe Montgomery voit là un bon moyen de démarquer sa jeune société de ses rivales : la créativité. Dès l’année suivante, Cannondale sort son premier VTT (vélo tout-terrain), en aluminium évidemment, mais sans suspension à l’époque. Ce modèle, baptisé SM500, dérive d’un vélo de route, mais il est doté de pneus de plus grosse section à crampons, d’une géométrie et de freins adaptés. Il faudra attendre 1991 et l’arrivée du premier vélo sus-

Associé à Volvo et Saeco, Cannondale gagne tout pendu pour vraiment y voir le VTT comme aujourd’hui. Il y a trente ans, avec le système S.E. de suspension arrière (qui deviendra Delta V), et un an plus tard la fourche télescopique HeadShok. L’histoire va s’accélérer. Le VTT devient tendance, la marque automobile suédoise Volvo s’associe à Cannondale pour former un team de « tueurs » qui, lors de la saison 1994, va remporter sept médailles aux championnats du monde, dont quatre en or. En 1997, Cannondale dévoile le Raven, « un modèle conçu autour d’un squelette en aluminium et magnésium pris en sandwich entre deux coques de carbone, comme l’explique Guillaume Koch, responsable marketing France-Belgique pour la marque. Un véritable collector encore aujourd’hui ». C’est également cette année-là que l’équipe de cyclisme sur


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route Saeco-Cannondale remporte le Giro avec Ivan Gotti et l’inimitable Mario Cipollini, star mondiale de la pédale qui a réinventé le sprint. Tous les yeux sont tournés vers l’expetite marque du Connecticut. Surtout quand elle invente la première fourche télescopique à blocage électronique et, juste après, l’ovni Lefty. Une fourche de vélo suspendue, mais asymétrique, avec un seul plongeur, côté gauche. Plus légère, plus simple à entretenir

Une incursion malheureuse dans le monde de la moto et facilitant les changements de roue, elle révolutionne le petit monde du VTT, encore aujourd’hui. Joe Montgomery ne voyage plus qu’en jet privé, le succès est énorme. Grand fan de motocross, comme beaucoup de pratiquants de VTT, le patron jusque-là visionnaire va embarquer sa marque dans une aventure dangereuse : devenir – aussi – fabricant de motos tout-terrain. Il embauche 600 personnes pour cette division, propose des motos à fort contenu technologique (400 cm3 quatretemps à cadre aluminium) mais 2 000 dollars plus chères que leurs concurrentes... et se voit vite rattrapé par les dettes. C’est la faillite en 2003, suivie du rachat par le groupe Pegasus Capital Advisors. Il faut dire que même si, sur ce coup-là, Joe s’est trompé, la société a encore de quoi séduire, d’autant que le cyclisme intéresse de plus en plus de monde outre-Atlantique avec les exploits sur route, contestés depuis, de l’idole Lance Armstrong. Les États-Unis se sont pris d’amour pour la bicyclette. Ce n’est pas près de s’arrêter, le monde entier va faire pareil. Concentrée et recentrée sur son cœur de métier, le vélo, Cannondale va relever la tête. En 2009, sous la coupe cette fois de l’américain Dorel Industries, qui possède aussi Bébé Confort ou Maxi-Cosy, mais via sa filiale Dorel Sports, la marque, qui jusque-là produisait tous ses cadres localement en apposant fièrement sur ses cadres le fameux sticker « Handmade in

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USA », se délocalise en Asie. C’est là que quasiment tout le monde fait fabriquer ses vélos (sauf quelques faiseurs proches de l’artisanat). Avec une présence dans les secteurs route, cyclotourisme, urbain, VTT et extrême, Cannondale continue de séduire ses clients passionnés dans le monde entier. En 2010, Ivan Basso et Vincenzo Nibali remportent, respectivement, le Giro et la Vuelta sur le nouveau Super Six Evo. En 2013, le français Jérôme Clementz est sacré champion du monde de VTT enduro sur son Cannondale Jekyll. Et pendant ce temps-là, dans les bureaux de Cannondale, des ingénieurs mettent au point le premier vélo à assistance électrique de la marque, le E-Series Electric-Assist motorisé par des accessoires Bosch qui sort en 2010. Cette gamme de vélos urbains va vite devenir l’une des plus grosses sources de revenus de la société américaine, et inspirer beaucoup

Des modèles pour tous les types de pratiquants d’autres modèles, même chez les concurrents. Avec l’émergence de pratiques quotidiennes, comme le désormais répandu « vélotaf » pour ceux qui vont au travail à bicyclette, une pratique en très forte hausse depuis la pandémie... et les limitations de vitesse en ville à 30 km/h qui réduisent les risques d’accidents avec les vélos, mais aussi la livraison à la maison par coursiers à vélo (parfois cargo) ou encore tous les circuits touristiques par pistes cyclables qui voient le jour partout en Europe, l’avenir des marques cyclistes semble pavé d’or. Pour Cannondale aussi, d’autant plus que depuis cette année, l’ex-petite marque sise face à la gare de Wilton vient d’intégrer Pon.Bike, le géant hollandais du cycle qui, en rachetant Dorel Sports, et donc Cannondale, GT, Schwinn, Mongoose et Caloi, devient le plus gros fabriquant de cycles du monde devant le taïwanais Giant (avec 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 2,1). La petite roue n’est pas près de s’arrêter de tourner.


VTT ou gravel sans assistance (à gauche), ou vélo de ville assisté électriquement en affichage sur les murs de San Francisco (à droite) ou encore vélo de route orienté compétition, en carbone et aérodynamique, Cannondale est sur tous les fronts du cyclisme. Depuis cinquante ans.

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Chamonix Mont-Blanc sans polluer

Avec cinq domaines skiables autour de la ville, Chamonix est l’une des destinations favorites des sportifs en hiver. Mais la vallée du Mont-Blanc mérite que l’on s’y attarde pour beaucoup d’autres choses. Nous l’avons parcourue dans tous les sens pour en découvrir – quelques – trésors, au volant d’un nouveau Kia EV6 100 % électrique. Texte D. St-Aubin, photos A. Poupin

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SPORT&LOISIRS Avec 229 ch délivrés aux roues arrière, notre Kia EV6 n’est pas une sportive. Mais lorsqu’on engage le mode Sport (il existe aussi Normal et Eco), il sait s’amuser des routes de montagne. Tant mieux, il y en a dans le coin.

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A

urélien Ducroz est catégorique : « Tu ne peux pas venir à Cham’ sans monter à l’aiguille du Midi. La vue là-haut, c’est un truc de barjot. Tu vois tous les géants. » Quand c’est un skieur qui a sans doute vu toutes les plus belles montagnes du monde qui dit cela, on doit le croire. Et donc emprunter les téléphériques de la Compagnie du Mont-Blanc, pour passer en vingt minutes de Chamonix (1 038 mètres) au plan de l’Aiguille (2 317 mètres), puis au piton nord de l’aiguille situé à 3 777 mètres. Et de là, circuler dans et autour du pic, prendre le tube métallique pour aller poser ses pieds dans la cage de verre, où vous aurez la sensation de flotter dans l’air, à plusieurs milliers de mètres de sol, ou l’ascenseur pour monter sur la terrasse panoramique à 3 842 mètres et admirer les fameux géants. Tous les sommets de plus de 4 000 mètres d’altitude

En quelques minutes, après deux téléphériques, vous vous retrouvez à 3 842 mètres, en haut de l’aiguille du Midi, la plus haute des aiguilles de Chamonix. Avec une vue imprenable sur les sommets à plus de 4 000 mètres voisins, Cervin, Grandes Jorasses, Goûter (4 304 mètres) et, évidemment, le mont Blanc et ses 4 808 mètres d’altitude.

sont visibles d’ici, français, suisses ou italiens, qu’il s’agisse du Cervin, du mont Rose, des aiguilles de Chamonix dont fait partie celle du Midi, des Grandes Jorasses (4 208 mètres), de l’aiguille Verte et des Drus, du dôme du Goûter (4 304 mètres) et du mont Blanc (4 808 mètres). Mais couvrez-vous, car on perd en moyenne 1,5 °C tous les 100 mètres d’altitude et que par grand vent ça décoiffe sérieusement, et pensez à mettre de l’indice 50 sur le front, car vous aurez rarement été aussi près du soleil. Avec un départ tous les quarts d’heure, la balade prend en moyenne une heure et demie à deux heures. Un peu plus si vous décidez de déjeuner sur place, soit sur le pic (deux restaurants) ou à la gare intermédiaire (un restaurant avec une terrasse sublime), avant de redescendre à Chamonix profiter des trésors de cette cité coincée dans l’une des plus belles vallées.

L’aiguille du Midi

Aurélien Ducroz, l’enfant du pays aux deux titres mondiaux de ski freeride et quatre victoires sur l’Xtrem de Verbier, depuis devenu un navigateur émérite, nous a indiqué quelques lieux à voir absolument à Chamonix-Mont-Blanc. À commencer par l’aiguille du Midi qu’il a descendue pour la première fois à 8 ans.

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L’auberge du Bois Prin

Emmanuel Renaut, Meilleur Ouvrier de France et 3 étoiles à Megève, a confié les cuisines de son auberge du Bois Prin à Xavier Aubel qui y propose une cuisine raffinée, succulente et abordable.

C

e qui fait – en partie – le charme d’une ville est sans conteste son offre de lits et de gastronomie. Dans le genre, Chamonix s’en sort très bien pour une cité de moins de 10 000 habitants, hors touristes. Et ils sont nombreux, les touristes dans la vallée, toute l’année, sauf peut-être en novembre, le mois le plus creux. Pour les amateurs d’hôtels de luxe « grande époque », il y a le Mont-Blanc, édifié en 1849, mais évidemment restauré et réaménagé pour en faire aujourd’hui un cinq étoiles, spa Clarins (250 m2) et piscine extérieure chauffée toute l’année à 29 °C. Dans la même catégorie d’étoiles, certains lui préféreront le Hameau Albert Ier, un peu excentré, mais intégré au réseau Relais & Châteaux et accueillant en plus un superbe restaurant étoilé tenu par Damien Leveau. Selon les locaux, si vous voulez manger savoyard, c’est là qu’il faut aller. Sur le versant du Brévant, exposé plein sud et surplombant la ville, se tient l’auberge du Bois Prin, récemment reprise par le chef triplement étoilé à Megève,

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Emmanuel Renaut. Classé quatre étoiles, l’hôtel offre une superbe vue, des chambres redécorées par Mme Renaut et modernisées, et surtout un restaurant raffiné tenu par le chef Xavier Aubel qui revisite la cuisine de son mentor à des prix très abordables. La tarte aux champignons nous aura laissé un souvenir impérissable, tout comme le soufflé à la noisette du Piémont : délicieux. Évidemment, le long de la rue du Docteur-Paccard, l’artère piétonne animée, d’autres restaurants proposent des spécialités locales. Mais si vous cherchez le farçon chamoniard, le seul vrai plat de la région, il faudra s’armer de patience puisqu’aucun restaurant ne l’a à sa carte. Dommage, un mélange de beurre, de lard, de pommes de terre et de fruits secs cuits pendant au moins six heures, ça doit valoir le déplacement. On se consolera dans l’un des très bons bars de cette petite ville qui bouge beaucoup, sous l’impulsion de touristes de l’Europe entière qui, après une journée en montagne, ne rechignent pas à passer un bon moment. Même en terrasse par 5 °C.


L’hôtel Mont-Blanc

Datant de 1849, mais entièrement rénové et proposant 41 chambres dont 21 suites, l’hôtel cinq étoiles Mont-Blanc est une véritable institution à Chamonix. Entre autres pour sa piscine extérieure chauffée à 29 °C.

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Couteaux Le Chamoniard

Créée par Didier Simond en 2007, la coutellerie Le Chamoniard s’est fait connaître avec ce modèle, dont le manche rappelle la forme du mont Blanc. La gravure représente l‘itinéraire de la première ascension du sommet par Jacques Balmat en 1786. Ici avec une lame damas inoxydable et manche en loupe d’arolle millénaire.

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L’

autre caractéristique de Chamonix, en plus de son offre hôtels et restaurants de qualité, est d’y trouver des savoirfaire remarquables. À l’entrée de la ville, au sud-ouest, se trouve l’atelier de Didier Simond. Depuis 2007, après avoir été un collectionneur avisé, il produit des couteaux localement, à partir de lames achetées à Thiers (pour l’acier 12C27) ou en Suède (pour le damas inoxydable) et de plaquettes en bois, comme du genévrier ou de l’arolle millénaire retrouvé dans la mer de Glace, en corne, en défense ou en dent de mammouth (sourcées et achetées légalement). Aidé de son fils depuis maintenant sept ans, il reçoit les clients de passage directement dans son atelier, où on peut les voir travailler à poncer et ajuster les plaquettes pour donner vie au manche en forme de mont Blanc, avant d’y graver l’itinéraire de la première ascension du sommet en 1786. En plus d’une gamme maintenant très riche, qui comprend des couteaux pliants comme le Chamoniard (en photo), mais aussi le Rize (pour couper les cordages) ou le Glacier en laiton, Didier propose aussi des couteaux de table,

de cuisine ou à pain. Avec, à chaque fois, l’assurance d’avoir une pièce unique, les manches étant tous différents, travaillés à la main, à Chamonix. L’attachement à sa vallée, Jacqueline Fattier le revendique. Mieux, elle l’expose, elle qui a créé un chocolat à la forme du mont Blanc, sobrement baptisé 4810 comme l’altitude (à l’époque) du sommet. Chocolaterie depuis 1987, la maison Fattier propose non seulement ce 4810, décliné selon les saisons en ganache, ganache aux fruits ou praliné aux noisettes du Piémont, mais aussi de superbes pâtisseries et maintenant des plats en bocaux, tous produits dans le laboratoire maison installé un peu plus bas dans la vallée. Et vendus en ligne ou dans l’une des deux boutiques, Aux petits Gourmands ou dans le Chalet 4810, sublime bâtisse où l’on peut aussi admirer une belle collection de cristaux, autre spécialité locale. Fermé lors de notre visite, le musée des Cristaux de Chamonix était en réfection. À son propos, Aurélien Ducroz et Jacqueline nous ont confié qu’à sa réouverture, ce sera le plus beau du monde. Chauvins, les Chamoniards ? Sans doute un peu.

Maison Fattier

Depuis 1987, la maison Fattier régale les amateurs de chocolat avec ses produits issus de son atelier dans la vallée. Mais on la connaît surtout grâce au chocolat 4810 (en hommage à l’altitude du mont Blanc) qui en reprend la forme. Une création de Jacqueline Fattier qui en appelle d’autres...

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SPORT&LOISIRS

Grâce à sa batterie 77,4 kWh haute tension, l’EV6 peut se recharger très vite (de 10 à 80 % en 18 minutes) sur le réseau 800 V. Ou plus lentement sur des bornes moins performantes.

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u total, lors de nos cinq jours dans la vallée, nous aurons parcouru plus de 300 km en EV6. En douceur, sans un bruit. Pas de quoi vider la grosse batterie de ce drôle d’engin 100 % électrique qui, comme il se doit, se recharge à chaque descente (quatre modes de récupération possible en roulant, en fonction de la manière de lever le pied de l’accélérateur. Ils s’engagent depuis les palettes derrière le volant). Il faut dire que sur ces routes parfois sinueuses et très vallonnées, nous avons consommé en moyenne moins de 17 kWh, soit un peu moins que les données officielles (parce que nous avons eu beaucoup de descentes). De quoi penser qu’il faut rouler en électrique à la montagne : là et en ville, cela a du sens. Surtout dans la vallée de Chamonix-MontBlanc, et toute la région Haute-Savoie, qui exploite de nombreuses centrales hydroélectriques pour produire de l’énergie verte. Mais vraiment verte, comme à la centrale

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de Taconnaz voisine. C’est la chute d’eau naturelle d’un torrent de montagne qui fait tourner une turbine, au fil de l’eau comme on dit, produisant de l’électricité toute l’année sans impacter l’environnement. En effet, ici pas de remontées de poissons selon les saisons, pas de stockage et de barrage, juste un cours d’eau alimenté par la fonte du glacier. De quoi nous laisser la bride sur le cou en mode Sport histoire de profiter, sans arrièrepensée d’écologiste raté, des accélérations suffisantes de cette grande propulsion de près de deux tonnes, vaste et habitable, plutôt bien présentée et très bien équipée. Qui, en plus, se recharge très vite sur des bornes superchargeur (800 V, 239 kWh) grâce à son architecture haute tension (comme les Porsche Taycan et Audi e-tron GT). Et de se dire que l’an prochain, nous reviendrons dans la vallée, mais avec le Kia EV6 GT, quatre roues motrices et développant la bagatelle de 585 ch 100 % électriques.


Centrale de Taconnaz

Exploitée par la société privée Voltalia, la centrale hydroélectrique de Taconnaz, juste à côté de Chamonix, développe 3,8 MW d’électricité « verte » toute l’année. Avec une prise d’eau sur le torrent 400 mètres au-dessus de l’unité de production (ici en photo), elle bénéficie d’une pression d’eau suffisante pour faire tourner sa turbine quasiment toute l’année (avec des pics en été tout de même, quand la glace fond le plus). Ici, pas besoin de lac de retenue ou de barrage car le torrent débite tout le temps. Ce type d’exploitation se révèle très rentable pour ces raisons. Il y en a d’ailleurs des centaines en fonctionnement en France, principalement dans les Alpes.

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SPORT&LOISIRS

Nos adresses RESTAURANTS Auberge du Bois Prin, 69, chemin de l’Hermine, 74400 Chamonix-Mont-Blanc Établissement d’Emmanuel Renaut avec Xavier Aubel en chef exécutif. www.boisprin.com/fr Hameau Albert Ier, 38, route du Bouchet, 74400 Chamonix-Mont-Blanc Restaurant 1 étoile Michelin de la famille Carrier avec Damien Leveau aux fourneaux. www.hameaualbert.fr/fr La Calèche, 18, rue du Docteur-Paccard, 74400 Chamonix-Mont-Blanc Restaurant traditionnel, ouvert 7 jours sur 7. www.restaurant-caleche.com HÔTELS Hôtel Mont-Blanc, 62, allée du Majestic, 74400 Chamonix-Mont-Blanc www.hotelmontblancchamonix.com/ Auberge du Bois Prin, 4 étoiles, sur le versant du Brévant, au soleil. Hameau Albert Ier, 5 étoiles, Relais & Châteaux, en ville. Heliopic, 610, route Blanche, 74400 Chamonix-Mont-Blanc Hôtel et spa, en plein centre-ville, devant le téléphérique de l’aiguille du Midi. www.heliopic-hotel-spa.com Un grand remerciement à l’Office de Tourisme Chamonix-Mont-Blanc pour son aide dans la réalisation de ce reportage. 85 Place du Triangle de l’Amitié, 74400 Chamonix-Mont-Blanc chamonix.com

Kia EV6 GT-line Le nouveau Kia EV6 est un crossover 100 % électrique vendu en France et proposé en deux définitions : deux ou quatre roues motrices, développant respectivement 229 et 325 ch avec une batterie haute tension de 77,4 kWh. Une version sportive, baptisée GT et forte de 585 ch, arrivera en 2022, mais ne proposera pas la même autonomie. En effet, notre version propulsion de 229 ch permet de couvrir plus de 450 km sans souci (528 km sur le cycle WLTP), et peut se recharger très rapidement si vous pouvez accéder à une borne haute tension (800 V). Très vaste, dotée d’un coffre arrière immense (et d’un autre d’une cinquantaine de litres devant en version 2WD), cet EV6 est vendu à partir de 55 790 €, avant bonus écologique de 2 000 €.

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THE ESSENTIAL ELEMENT OF LIFE

WORLD BIOSPHERE RESERVE CANNED AIR 1 0 0 % P U R E A N D O R R A N P Y R E N E E S M O N TA I N A I R

ESSENTIAL AIR C/ Santa Anna, 14, AD700 Escaldes-Engordany Principality of Andorra +376 328 985 info@ea-essentialair.com www.ea-essentialair.com

Product of the Principality of Andorra

Biosphere Reserve


MÉCANIQUE

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McLaren 720S

Avis de tempête Depuis dix ans maintenant, la firme anglaise McLaren peaufine ses supercars pour se faire une place au soleil entre Porsche, Lamborghini et Ferrari. Est-ce que the job is done, comme ils disent de l’autre côté du Channel ? Nous avons voulu le vérifier, lors d’un essai énervé sur les routes andorranes des Pyrénées. T�te C. Boulain, phot� Mitchell

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MÉCANIQUE

A

yrton, Alain, mais aussi Emerson, Mika et Lewis, autant de pilotes fabuleux qui ont écrit parmi les plus belles pages de l’histoire de la Formule 1 en remportant, au moins une fois, le titre suprême au volant de leur McLaren. Mais ça, c’est McLaren Racing, l’écurie montée par le pilote néo-zélandais Bruce McLaren en 1963, et qui se chamaille depuis avec l’iconique Scuderia Ferrari sur les pistes du monde entier. Comme la belle italienne, l’équipe de course anglaise a par la suite développé un, puis des modèles « grand public », homologués sur route. Devenant au passage McLaren Group, avec ses divisions course baptisée Racing et route répondant au doux nom d’Automotive. C’est de cette branche que la 720S descend, même si elle peut faire croire le contraire. Un peu comme son illustre aînée, la McLaren F1, drôle de nom de baptême pour une voiture de route, qui en 1993 avait fait tourner la tête de tous les amateurs de belles sportives et qui excite encore aujourd’hui celle des spéculateurs. Elle faisait mieux à l’époque que toutes ses rivales assumées, qu’elles fussent allemandes ou italiennes. Alors, est-ce que trois décennies plus tard la firme de Woking a reproduit cet exploit ? Nous avions dit aux gens de McLaren que l’idée d’un essai de 720S dans les Pyrénées nous plaisait. À la condition de le faire avant l’arrivée du froid, fin octobre. Car s’il est une chose sûre avant même d’allumer la mèche, c’est que pour ne pas prendre le pétard en pleine tête, mieux vaut avoir les chaussettes chaudes et sèches. Comprenez les pneus à température. 720 ch et 770 Nm de couple pour moins de 1 300 kg (à vide), le tout à transmettre aux seules roues arrière via une boîte robotisée à double embrayage et 7 rapports, ça donne quelques frissons. Il est tôt, le soleil perce à peine entre les nuages d’octobre et le photographe s’éclate depuis déjà presque une heure. Mais le caoutchouc des Pirelli P Zero Trofeo R, au contact du bitume à moins de 4 °C, commence à ressembler à du plastique dur. Le genre pneus en marbre qui n’accrochent rien : ça, ce n’est pas bien.

SE RETROUVER ASSIS « SUR » LES ROUES AVANT, AVEC UN V8 BITURBO DANS LE DOS

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L’intérieur est fabuleux, à la fois sportif et luxueux. L’écran derrière le volant vient se ranger à plat dans la planche de bord lorsque l’on sélectionne le mode Race. Le pilote n’a alors plus que le régime du moteur, matérialisé par des diodes de couleur, pour information. Grisant, comme les portes à ouverture en élytre.

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MÉCANIQUE

À gauche, les deux sièges baquets, sublimes, de cette version cabriolet qui se découvre en quelques secondes en roulant, sous 50 km/h. À droite, les informations cruciales sur le point d’être affichées, à côté de chaque petit rectangle symbolisant les pneus. La pression (sous 2.2, restez tranquille) ou la température (sous 20 °C, on ne fait pas joujou).

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Le dernier cliché dans la boîte, il va falloir se lancer. Le V8 biturbo, poussé à 4 litres de cylindrée sur cette 720S (il est né à 3.8 litres), s’ébroue derrière nos oreilles. Juste derrière, méritant plus que jamais son appellation « central arrière ». Comme pour le caoutchouc des pneus, il réclame un peu de temps pour monter en température. Suffisamment pour trouver sa position de conduite malgré un dossier qui n’est pas ajustable en inclinaison : c’est du baquet, du vrai. Mais avec son réglage en profondeur et ceux de la colonne de direction, tous les gabarits devraient s’en sortir. Contrairement à une Ferrari que l’on adapte à son envie en basculant le petit manettino rouge qui combine à lui seul toutes les fonctions, une McLaren laisse la possibilité d’ajuster séparément les caractéristiques châssis/direction d’une part et moteur/boîte de l’autre. Dans le dernier mode, l’écran numérique vient se ranger à plat devant vos yeux pour ne laisser apparaître qu’une rangée de diodes matérialisant le régime du moteur : on adore. Mais un conseil, en octobre, conservez l’écran à vue (faisable dans tous les modes)... car il vous indique la pression des quatre pneus, ou mieux leur température, individuellement. Et gardez bien en tête que sous 20 °C, il ne faut rien demander à des Trofeo R aux abonnés absents. En revanche, passé cette marque, et encore plus au-dessus de 30 °C, ils deviennent vos meilleurs amis, surtout sur une route de montagne. Alors évidemment, une 720S pousse fort. Très fort même, puisqu’elle est censée atteindre 341 km/h, ce que nous n’avons pas pu vérifier sur nos routes andorranes, et peut abattre de sang-froid le 0 à 100 km/h en 2”9. Des chiffres hallucinants, surtout quand on sait qu’il lui faut moins de 5” de plus pour afficher 200 au compteur. Ça, ça se vérifie plus facilement, même si facilement n’est pas franchement le bon mot. Dès les premiers kilomètres, la McLaren distille des sensations jusqu’alors inconnues. Pas pour sa polyvalence, même si elle se conduit tranquillement en mode auto dans la circulation, mais pour cette sensation étonnante de tourner en même temps que les roues avant à la moindre sollicitation du volant. Tout simplement parce que l’on est assis devant l’axe de la voiture, presque sur le train avant.

IL EST POSSIBLE D’ADAPTER LES PARAMÈTRES CHÂSSIS ET MOTEUR SÉPARÉMENT

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MÉCANIQUE Lamborghini avec sa Gallardo (puis l’Huracán) ou Ferrari avec sa F8 sont aussi allés dans ce sens... mais pas autant. Si bien qu’entre des performances stratosphériques, un freinage évidemment carbone et céramique dont le seul défaut est de réclamer un peu plus de pression que partout ailleurs et un amortissement piloté superbement maîtrisé, la 720S joue les enchanteresses. Avec ce qu’il faut de petits détails pour achever de vous envoûter, comme cet aileron qui se déploie façon aérofrein lorsque l’on shoote dans la pédale de gauche, adaptant son inclinaison à la violence du freinage. Pour la stabilité, elle compte sur son vrai extracteur arrière, ce plancher en carbone qui guide l’air et plaque la voiture au sol en l’aspirant. On le sent à haute vitesse, et on le voit sous la pluie, tant il assèche la chaussée en soulevant à plus de cinq mètres de haut des gerbes d’eau : hypnotique. Et que dire du Variable Drift Control qui permet, sur circuit et une fois l’ESP déconnecté, de programmer l’angle de dérive autorisé par le système, afin que la fée électronique vous fasse passer pour le roi du contre-braquage. Toit ouvert, électriquement en moins de 30 secondes jusqu’à 50 km/h, et en dérive, il y a de quoi se faire plaisir. Alors on peut le dire, McLaren a fait le job, proposant avec cette 720S, mais aussi avec les 765 LT ou GT, de véritables concurrentes aux italiennes de renom. Pourtant, la firme anglaise a failli passer à la trappe pendant la pandémie, ses ventes ayant été divisées par plus de trois. Sans doute parce qu’en temps de crise, on se réfugie toujours vers les valeurs refuges. Ce que McLaren n’est pas... encore.

DES PERFORMANCES ET UNE EFFICACITÉ EXCEPTIONNELLES

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Données constructeur

MCLAREN 720S SPIDER Moteur : 8 cylindres en V à 90°, turbo, essence, 3 994  cm3, 32 soupapes, distribution variable Transmission : propulsion, 7 rapports, automatique, double embrayage Puissance (ch à tr/min) 720 à 7 500 Couple (Nm à tr/min) 770 à 5 500 Masse à vide (kg) 1 229 Long.xlarg.xhaut. (m) 4,54x2,16x1,19 Vitesse maxi (km/h) 341 0 à 100 km/h 2”9 0 à 200 km/h 7”9 Freinage 100 km/h à 0 (m) 30 Consommation mixte (l/100 km) 12,2 Émissions de CO2 (g/km) 276 Prix en France : à partir de 288 000 € Malus écologique : éco quoi ?

Comme souvent avec les supercars modernes, on est autant surpris par leur facilité de prise en main aux allures usuelles que par leurs performances ou leur efficacité. Pour tout cela, un grand bravo aux ingénieurs de Woking. Job is done.

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MÉCANIQUE

Ferrari SF90 Assetto Fiorano

Lui faire confiance Comme si cela ne suffisait pas, Ferrari a poussé le bouchon encore un peu plus loin que sa fabuleuse SF90 hybride rechargeable de 1 000 ch avec cette version Assetto Fiorano, plus affûtée, plus légère et plus chère. SF90 que nous avons eu la chance d’essayer sur la piste du même nom, guidé par un instructeur de renom, le pilote espagnol Marc Gené. Texte C. Boulain, photos DR

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N

ous nous étions échauffés quelques tou r s ave c u n e « petite » Ferrari F8 Tributo de 720 ch. Histoire de nous rappeler les courbes, le pont, les deux virages à 180° et l’adhérence du bitume italien. C’était déjà bien. Il y a ceux qui savent et les autres, ceux qui ont déjà mené 700 chevaux énervés sur une piste et les autres. Bref, c’est déjà un truc de fou. Point barre. Puis Marc Gené, dans sa combinaison rouge de pilote de développement et instructeur Ferrari, ancien pilote d’essai de la Scuderia en F1 et vainqueur des 24 Heures du Mans (avec Peugeot), est venu nous chercher pour

recommencer. Mais cette fois avec 1 000 ch. On peut se répéter mille fois qu’il y a des bacs à graviers, se dire que cette SF90 Assetto Fiorano pèse 240 kg de plus qu’une F8 et balance ses 1 000 ch et 1 070 Nm de couple aux quatre roues (jusqu’à 190 km/h, ensuite les moteurs avant sont désactivés), on le sait : ça va être du sport. Batterie de 7,9 kWh chargée (il ne sera pas nécessaire de la rebrancher de la journée), cette SF peut rouler jusqu’à 25 km sans bruit, juste tirée par ses deux machines électriques avant, une par roue. Avec, dans cette configuration, une vitesse maxi de 135 km/h. Autant le dire, ça n’intéresse pas Marc. Non pas qu’il soit allergique à l’écologie, mais c’est un pilote. Et il

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MÉCANIQUE

Un appui aérodynamique revu à la hausse, disparition de la suspension pilotée pour abaisser la masse totale et réglages spécifiques permettent à cette Assetto Fiorano d’être encore plus efficace sur circuit qu’une SF90 « normale ».

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semble vraiment curieux de voir si nous pouvons le suivre. « On va faire une première séance durant laquelle tu vas essayer de me suivre, puis nous reviendrons aux stands décortiquer ta télémétrie, histoire de voir où tu peux t’améliorer. C’était pas mal en F8, mais je crois que tu vas être surpris par la Fiorano », explique Marc. Voilà le contexte : 1 000 ch sous le pied, un ancien pilote de Formule 1 à suivre et tout cela surveillé par les ingénieurs Ferrari et la télémétrie : qui a dit pression ? Dès les premières accélérations, il faut oublier tout ce que l’on sait. Deux secondes et demie de pleine charge et vous êtes passé de l’arrêt à 100 km/h. Sans patinage, sans problème. Ça va vite, trop vite. Avec son V8 biturbo remanié et poussé à 780 ch et 800 Nm de couple, associé à trois machines électriques, deux devant et une derrière entre le V8 et la transmission, les performances sont ahurissantes. Il ne lui faut que six secondes et demie pour atteindre 200 km/h, et la poussée semble ne jamais s’arrêter. La vitesse maxi, impossible à atteindre à Fiorano, est annoncée à 340 km/h. Mais le pire, ou le mieux, ce sont les relances, instantanées, et le comportement

de cette version à l’appui aérodynamique augmenté (390 kg à 250 km/h, 50 km/h plus tôt que la SF90) et aux amortisseurs non pilotés mais dotés de ressorts en titane. Les courbes s’enchaînent à une vitesse folle et si l’on fait presque illusion à chaque entrée de virage, grâce à des freins titanesques faciles à doser malgré la combinaison du freinage régénératif électrique et freins carbone et céramique (même du pied gauche, de toute façon c’est à fond), on se fait irrésistiblement distancer dans les virages, perdant à chaque fois ou presque une bonne vingtaine de mètres sur le maître, avant de reprendre de rythme en sortie. Retour aux stands et explications. « Tu vois ces courbes, ce sont celles de la charge pédale accélérateur, quand tu accélères, pareil pour la pédale de frein et ton angle volant : bref, comment tu conduis. En dessous, il y a les paramètres de la voiture, accélérations longitudinales et latérales, angle de dérive, action des moteurs avant, séparément, et recharge batterie. Et enfin, la même chose pour moi. On va comparer... » Là, on s’attend au pire, à ce ridicule qui vire au cocasse, avec cette irrésistible envie de s’excuser. « Non, non, c’est

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” ]

MÉCANIQUE bien. Tu freines aussi fort que moi dans tous les virages, même un peu plus là, juste avant le pont [Marc, tu ne le sais pas, mais je voulais absolument rattraper le temps perdu dans les deux courbes précédentes] mais tu tardes à chaque fois à mettre full gaz. En fait, cette voiture, il faut lui faire confiance. Regarde mes angles volant et position de pédale d’accélérateur. Dès que je l’ai inscrite dans le virage, c’est à fond. » Il est drôle, le pilote, mais ce sont quand même 1 000 ch qui déboulent. « En fait non. Déjà parce que les deux machines électriques à l’avant vont tirer la voiture en appliquant ce que l’on appelle du torque vectoring (répartition vectorielle du couple) qui va permettre d’accélérer une roue plus que l’autre pour garder la corde. Et aussi parce qu’en cas de patinage des roues arrière, le surplus de couple moteur issu du V8... est transmis à la batterie pour la recharger via la machine électrique arrière. Et fait, tu ne te poses pas de question, tu mets gaz à fond. En tout cas dans les modes Race ou Track. En ESP Off, il faut quand même faire un peu plus attention. » Une supercar qui ne gaspille pas une once d’énergie, cela va plaire à Anne Hidalgo. Trêve de

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plaisanterie : nous avons essayé la méthode Marc Gené, et ça marche. Jamais Fiorano ne nous avait semblé si court. Pourtant, malgré tout cela, malgré des tours d’entraînement et les conseils avisés de Données constructeur Marc et des ingénieurs, il a bien FERRARI SF90 ASSETTO FIORANO fallu se rendre Moteur : 8 cylindres en V, turbo, essence, à l’évidence : on 3 990 cm3 (780 ch) + moteur électrique (220 ch) ne peut le suivre Batterie Li-ion 7,9 kWh Transmission : intégrale, 8 rapports, automatique, que s’il le veut double embrayage bi e n . D ans l e Puissance cumulée (ch) 1 000 dernier tour, il a Couple cumulé (Nm) 1 070 lâché les chevaux Masse (kg) 1 549 et, que cela soit Long.xlarg.xhaut. (m) 4,71x1,97x1,19 en entrée, dans Vitesse maxi (km/h) 340 0 à 100 km/h 2”5 ou en sortie de 0 à 200 km/h 6”7 virage, nous a Consommation mixte (l/100 km) 6,1 collé une petite Émissions de CO2 (g/km) 154 valise à chaque Prix en France : à partir de 493 500 € fois. Avec cette Malus écologique : aucun voiture exceptionnelle qui a effacé des tablettes l’incroyable LaFerrari, jusque là détentrice du record de la piste. Chapeau bas.


Les possibilités offertes par l’électronique sont infinies. Quand on pénètre dans l’habitacle de la SF90, on commence à en prendre conscience. Puis quand on écoute les ingénieurs et pilotes maison, on en a la preuve.

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BIEN-ÊTRE

À la découverte de la Sha Wellness, nouveau temple du bien-être La Sha Wellness Clinic promet de nous remettre en forme par la nutrition, la médecine traditionnelle chinoise et l’activité physique, tout cela dans un cadre magnifique. Nous avons voulu le vérifier avec le programme Rebalance de quatre jours. T�te A. Poupin, phot� A. Poupin et DR

L

a Sha Wellness Clinic propose une méthode intégrative alliant une alimentation saine, des thérapies orientales ancestrales aux toutes dernières avancées de la médecine occidentale. Un savant cocktail pour détoxifier votre organisme et vous remettre en forme, dans un cadre somptueux sur les hauteurs de Benidorm face à la mer Méditerranée où le climat doux et agréable est réputé comme le meilleur au monde selon l’OMS. Une cure à la Sha commence dès la réservation de votre séjour. Quel que soit l’objectif à atteindre (bien-être, perte de poids, sommeil, arrêt de la cigarette, etc.), on vous oriente grâce à un questionnaire élaboré vers un

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programme de cure adapté à vos besoins. Quelques jours avant votre arrivée, vous recevez votre agenda intégré à l’appli de la Sha. Pratique, cela vous permet de voir en un clin d’œil vos horaires, vos soins, vos heures de repas. Et aussi de réserver des traitements ou activités supplémentaires (yoga, randonnée, circuit hydrothérapie, cours de cuisine, etc.) à votre programme déjà bien chargé. Dès l’arrivée, l’agenda-planner revoit avec vous votre emploi du temps pour les jours à venir et vous explique le fonctionnement de la clinique ainsi que les différents soins aux noms parfois complexes. On poursuit ensuite avec une consultation médicale obligatoire (où l’on prend vos constantes, taille, poids,


tension, antécédents médicaux...) pour définir des objectifs réalisables. Vient après le rendez-vous avec le nutritionniste qui, selon les préceptes de la médecine traditionnelle chinoise, va vous orienter vers une alimentation adaptée avec un programme personnalisé (détox ou régénérant). La nutrition est l’un des piliers fondamentaux de la méthode Sha. Elle repose sur une alimentation saine et alcaline en privilégiant les aliments locaux, biologiques et de saison. Les trois repas quotidiens ainsi que le goûter sont pris au restaurant Shamadi surplombant la baie d’Altea. Trois menus y sont proposés : Kushi, le plus strict, favorisant la perte de poids ou la détoxication intensive ; Biolight, le menu intermédiaire qui introduit huiles, poissons et fruits secs en petites quantités ; et enfin Sha, le menu santé gastronomique avec entrée, plat, dessert ! Avec cette dernière option, c’est de la haute cuisine où le goût est au centre de l’assiette. Les portions sont certes loin d’être XXL, mais les céréales complètes, les légumes de saison et les poissons y sont sublimés, comme le poulpe au four sur son lit de patates douces, les raviolis de betteraves et leur sauce lait de coco-agrumes, ou encore l’espuma coco sur son crumble avoine-noisettes et glace vanille. Sans oublier les tisanes thérapeutiques servies après chaque repas (gingembre-citron ou pomme-kuzu) pour leur goût savoureux et leurs vertus spécifiques sur la digestion, le sommeil, etc. Pour parfaire vos connaissances en nutrition et découvrir les secrets d’une alimentation saine, rien de mieux que de participer aux cours de cuisine du Chef ’s Studio, dont le module sur la pâtisserie saine (­brownie, cookie, carrot cake...), à savoir vegan, sans gluten et même sans sucre, est à la fois facile à suivre et à reproduire ! Vos journées sont rythmées par les séances d’activité physique, les divers soins adaptés à votre cure et à vos objectifs et les activités à la carte de la Healthy Living Academy proposées chaque jour. Le but est de vous guider et vous aider à mettre en place de nouvelles habitudes saines. L’objectif de toute cure est de réactiver l’intelligence du corps et ses facultés d’autoguérison parfois bloquées ou affaiblies par des habitudes inappropriées. Aussi, pour redynamiser votre organisme, une équipe de médecins et thérapeutes internationaux s’occupe de vous en s’appuyant sur un éventail très large de soins et de techniques naturelles et/ou ultramodernes : massages détox ou régénérants, drainage lymphatique, acupuncture, ostéopathie, bain d’huiles essentielles, ozonothérapie, hydrothérapie du côlon, etc. Nous avons pu tester deux des trois soins iconiques développés par la clinique (massage Sha détox, massage subaquatique, massage hydro-énergétique détox). Le massage hydro-énergétique est un soin en trois étapes : tout d’abord, on se relaxe dans

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BIEN-ÊTRE

un bain massant aux huiles essentielles ; ensuite, on profite d’un enveloppement d’algues agréable tout en étant sur un lit flottant et massant ; pour finir par un rinçage sous un jet d’eau sous pression qui redonne énergie et vitalité. Au-delà de leur visée thérapeutique (physique), la plupart de ces traitements vous aident à relâcher les tensions et à calmer votre esprit. Et c’est aussi cela, la Sha ! Apprendre ou réapprendre à prendre du temps pour soi, lâcher (son téléphone) prise, se détendre, et profiter. Le bien-être passe aussi, beaucoup, par la gestion de notre stress et l’équilibre corps-âme-esprit. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’accent est mis sur l’activité physique, essentielle pour améliorer notre santé. La session d’évaluation de la forme physique avec l’un des coachs sportifs est un super outil pour qui souhaite prendre de nouvelles (bonnes) habitudes. La Wellness Clinic fait figure de référence mondiale aussi bien par son caractère unique et innovant que par son offre et ses installations dignes de palaces 5 étoiles. Le spa de 6 000 m2 a d’ailleurs été élu meilleur spa médical international et meilleure clinique internationale. Vous serez hébergé dans l’une des 93 suites (de 70 à 320 m2) disposant toute d’une grande terrasse ou dans l’une des 11 somptueuses résidences (de 300 à 500 m2). À la décoration moderne et épurée se mélangent jardins, piscines et cascades pour en faire un véritable refuge permettant de prendre soin de soi. Vraiment.

TROIS QUESTIONS À ALEJANDRO BATALLER Comment est née la Sha Wellness Clinic ? L’idée est venue quand mon père, Alfredo Bataller Parietti, fondateur de la clinique, a dû lui-même lutter contre une maladie grave que la médecine ne savait pas traiter. Il fut assez chanceux qu’un docteur initié à la nutrition et aux médecines naturelles puisse l’aider. À partir de là, il a voulu partager ces connaissances et permettre à d’autres d’en profiter, mélange de médecine traditionnelle, de nutrition, mais aussi de médecine moderne préventive, de génétique et de thérapies anti-âge. Quelles sont les motivations de clients pour venir à la Sha ? Jusqu’à présent, beaucoup d’établissements proposaient des cures basées sur l’activité physique et anti-âge, presque holistique. Mais ce n’est qu’une partie de l’expérience car aujourd’hui les clients recherchent des thérapies qui englobent tout, à la fois leur santé mais aussi leur bien-être mental. Et c’est vraiment ce que nous proposons, des solutions pour être mieux, apprendre à mieux gérer le stress et l’anxiété. Allez-vous proposer ce type de clinique ailleurs dans le monde ? La Sha de Benidorm est ouverte depuis 2018 et elle ne suffit pas à répondre aux très nombreuses demandes du monde entier. C’est pourquoi nous allons en ouvrir une seconde au Mexique fin 2022, dans une zone protégée et naturelle, au nord de Cancún. Puis une troisième aux Émirats arabes unis en 2023, dans un parc où des milliers d’arbres ont été plantés depuis une décennie.

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CONTACTS

Hôtel de la villa d’Este

BMW Classic

Alpine (la boutique)

Technics

Hasseblad

Orbe Novo

MET Helmets

Flyer e-Bikes

Site Internet Site Internet

Site Internet

Site Internet

villadeste.com/en/

boutique.alpinecars.com

hasselblad.com/fr-fr/

met-helmets.com/en/

Arthur H

Site Internet

arthur-h.net

Site Internet Site Internet Site Internet

Site Internet

bmwgroup-classic.com/en.html

technics.com/global/

orbe-novo.com

flyer-bikes.com/fr-fr

Hôtel du Castellet

Site Internet

hotelducastellet.net/fr/

La Flor Dominicana

La French Bulle

Berteil

Richard Mille

Site Internet Site Internet

Krayon

Site Internet

laflordominicana.com

berteil.com/fr/

krayon.ch/index.php?lang=fr

Site Internet Site Internet

lafrenchbulle.com

richardmille.com/fr

Blancpain Site Internet

blancpain.com/fr

Jaeger-LeCoultre

Anonimo

Alpina

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