Followed #35

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Followed - art de vivre - culture - sport et loisirs -

LANVIN

Gérard et Manu chantent ensemble

Jean Sulpice

Gastronomie et nature Total se renomme Les explications de

Patrick Pouyanné BMW M4 Competition Ils sont fous ces Bavarois

Skieur et marin

Aurélien Ducroz

se lance un nouveau défi

Road-trip

entre montagnes et lacs dans le Jura

TADEJ

POGACAR prêt pour un second

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ÉDITO

Quel monde merveilleux

C’

est l’histoire d’une girouette, ce truc qui change de direction en fonction du vent, qui ressemble souvent à un coq prêt à chanter, fier et arrogant. Et qui doit, maintenant j’en suis sûr, se dire musk en afrikaans. C’est la langue parlée en Afrique du Sud, où est né le fier Elon, avant de se faire naturaliser canadien avant sa majorité, puis américain il y a presque vingt ans. Drôle de pirouette du fabuleux entrepreneur en mai dernier quand, après avoir adoubé le bitcoin en y investissant 1,5 milliard de dollars, fit marche arrière en découvrant son potentiel polluant. Car c’est un fait, Elon, pour miner de la cryptomonnaie, autrement dit valider les transactions, il faut des superordinateurs de plus en plus puissants, qui sont généralement installés dans des pays où l’électricité est peu chère comme l’Inde ou la Chine, là où l’on brûle du charbon pour la produire ! Il faudrait l’équivalent de la consommation en électricité de l’Argentine sur une année pour miner douze mois de cryptomonnaie. Oups, ça commence à compter... C’est en s’en rendant compte qu’Elon Musk aurait changé de direction. Telle la fameuse girouette. Mais tout cela, c’est du vent. Le souffle qui l’a fait tourner n’est pas écologique, mais financier. Tesla n’est une marque rentable que parce qu’elle revend ses précieux crédits carbone aux autres constructeurs en retard sur les objectifs de réduction d’émission de CO2 fixés par les gouvernements. Juste parce que Tesla, qui ne vend que des voitures électriques, n’émet pas ou peu de gaz à effet de serre... tant qu’elle reste éloignée de la cryptomonnaie. Il fallait donc faire marche arrière avant de perdre cette manne qui a quand même rapporté à Tesla 518 millions de dollars sur les trois premiers mois de l’année, la maintenant rentable artificiellement. On l’aura compris, l’écologie est un business, et toutes les sociétés gagneront à être neutres en carbone, comme le veut Patrick ­Pouyanné pour le géant TotalEnergies. Mais pour que tout cela ait du sens, il faudra jouer avec les mêmes règles sur la planète entière et, par exemple, unifier le prix du carbone et sans doute de l’électricité. Je ne sais pas vous, mais ça me fatigue rien que d’y penser. Là, tout de suite, j’ai davantage envie de sortir, de prendre l’air, d’aller faire du vélo ou déjeuner à une bonne table. Si vous manquez d’idées, lisez les pages suivantes : ça peut vous aider. Allez, bonne liberté. C. Boulain

Couverture : Tadej Pogacar par Ulysse Daessle

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SOMMAIRE

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68 14 ➜ C ontributeurs : découvrez les personnalités que nous sommes allés rencontrer pour vous Naissance 16➜ Crosscall Sailing Team : nous avons suivi de Chamonix à Caen Aurélien Ducroz, ancien champion du monde de ski freeride devenu marin, dans son nouveau projet : la conception d’un bateau en Class40

Futur 24 ➜ L a métamorphose de Total : pour s’adapter au changement de notre société, le géant du gaz et du pétrole Total se transforme en un fournisseur d’énergie au sens large. Son PDG, Patrick Pouyanné, nous a tout expliqué

Tendance 30 ➜ F ête des pères : si vous n’avez pas eu ce que vous souhaitiez, n’hésitez pas à regarder ces pages de près 36 ➜ A uto : retrouvez ici les dernières nouveautés automobiles, qu’elles soient électriques, hybrides ou thermiques Art de vivre 38 ➜ J ean Sulpice : c’est l’un des chefs étoilés français les plus en vue, avec sa cuisine à la fois naturelle et d’émotion. Nous l’avons retrouvé sur les rives du lac d’Annecy, chez lui à l’Auberge du Père Bise

Mode & Objets 46 ➜ H orlogerie : découvrez les nouveautés horlogères de ce premier semestre dévoilées dans les Salons virtuels 54 ➜ S ara Bran : c’est en faisant des trous dans du métal que Sara a inventé un art qu’elle appelle la dentellerie sur or Culture 60 ➜ G érard Lanvin : son premier album de musique, l’acteur l’a fait avec son fils Manu. Nous les avons rencontrés dans le studio du second, à Paris

68 ➜ A ntoine Stevens : immersion dans l’univers d’un peintre qui monte, dans son atelier lillois

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PRENEZ PLACE POUR LE FUTUR LE POUVOIR DE L’HYDROGÈNE. Déjà emblématique, la nouvelle Mirai entre dans l’histoire. Sa technologie Hydrogène vous permet de ne rejeter que de l’eau, pour concevoir un futur plus responsable, essentiel à tous. La révolution est en route et vous y êtes bien évidemment conviés.

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Gamme Nouvelle Mirai : consommations en mixte combinée (kg/100 km) et émissions de CO2 (g/km) selon norme WLTP : de 0,80 à 0,89 et 0. Pour plus de détails, voir toyota.fr


SOMMAIRE Sport & Loisirs 74 ➜ J eux Olympiques : nous avons rencontré trois athlètes françaises, toutes parmi les favorites pour une médaille 82 86 94

dans leur catégorie aux Jeux de Tokyo... s’ils ont lieu et qu’elles y vont. Sinon, ça sera pour Paris, en 2024 ➜P erformances : alors que le Tour de France débute, et que les meilleurs cyclistes du monde iront ensuite se disputer une médaille au Japon, nous nous sommes fait expliquer comment un simple casque de vélo pouvait changer la donne ➜T adej Pogacar : rencontre avec le favori du Tour de France, déjà vainqueur l’an passé pour sa première participation ➜R oad-trip dans le Jura : c’est au volant du dernier Land Rover Defender que nous avons parcouru les routes (et chemins) du Jura français, entre Arbois et Saint-Claude

Mécanique 104 ➜ T oyota GR Yaris : essai de la dernière représentante d’une espèce presque disparue : les GTI. Mais en mieux 110 ➜ B MW M4 Competition : le col des Aravis avec 510 ch aux seules roues arrière, nous l’avons fait. Au volant de la nouvelle BMW M4, jaune qui plus est

Bien-être 116 ➜ M ieux vivre à la maison : quelques conseils pour mieux vivre les longues semaines de télétravail chez soi 118 ➜ C ontacts : retrouvez ici les coordonnées des marques citées dans nos sujets Abonnements 119 ➜ Recevez Followed directement chez vous en édition papier ou en numérique sur votre smartphone ou tablette

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CONTRIBUTEURS CAMILLE DROUIN SARA BRAN Avec sa scie, Sara découpe de l’or pour en faire des bijoux d’artiste. Et s’amuse de la lumière pour souligner les formes. Rencontre avec une dentellière sur or dans son atelier du Gard.

Camille est l’une des étoiles montantes du rugby féminin. Elle devrait défendre les couleurs de l’équipe de France aux jeux Olympiques de Tokyo cette année, puis de Paris en 2024.

AURÉLIEN DUCROZ Cet ancien skieur est passé sur l’eau. Nous l’avons suivi dans son nouveau projet, la conception et la fabrication de son propre bateau, un Class40 qu’il engage sur la Transat Jacques-Vabre.

KOUMBA LARROQUE AXELLE ÉTIENNE Véritable phénomène de la planète BMX, Axelle sera l’une des favorites dans cette discipline aux prochains Jeux, si elle se qualifie en juin. Rencontre, à trois, avec ses copines Camille et Koumba.

Son truc, c’est la lutte. Après un gros pépin physique, Koumba est revenue à son meilleur niveau pour pouvoir défendre le maillot français aux Jeux. À Tokyo en 2021 et Paris en 2024.

TADEJ POGACAR Après avoir battu tous les records de précocité, remporté le Tour de France cycliste 2020 et fait son meilleur début de saison cette année, Tadej pourrait bien recommencer cet été. Rendez-vous pris.

ANTOINE STEVENS PATRICK POUYANNÉ Le monde change, Total avec lui. À force de répéter qu’il ne veut pas que sa société soit le Kodak de l’énergie, Patrick Pouyanné, PDG de Total, lui dessine une nouvelle feuille de route : explications.

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Peintre, graffeur à ses heures, Antoine est avant tout un artiste, qui s’est révélé au grand public avec des portraits de femmes magnifiques. Rencontre avec un gars du Nord bien inspiré.

JEAN SULPICE Chef doublement étoilé, grand sportif et amoureux de la nature, Jean a posé ses couteaux sur les rives du lac d’Annecy, à l’Auberge du Père Bise, où il nous a reçu et, bien évidemment, régalé.


Etre viticulteur aujourd’hui, c’est autant être producteur de vin que protecteur de la nature.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération


NAISSANCE

Un bateau sur mesure pour la Route du Rhum Après avoir été l’un des meilleurs skieurs extrêmes du monde, Aurélien Ducroz s’est piqué de navigation. Pour son prochain défi, la Route du Rhum 2022, il a décidé avec ses partenaires de partir d’une feuille blanche pour développer son propre bateau en Class40. Nous l’avons suivi dans ses préparatifs, entre Chamonix, en Haute-Savoie, et Caen, en Normandie. Texte C. Boulain, photos E. Gachet, C. Boulain, Crosscall

Sous cet angle, l’étrave dévoile sa forme si particulière de scow. Une forme qui a nécessité deux moules au lieu d’un... À droite, Aurélien nous montrant à quoi va ressembler son Class40.

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C’

est d’abord dans les Alpes, près de Chamonix où il vit, que nous avons rencontré Aurélien Ducroz pour parler de son nouveau projet. Ce Chamoniard de 38 ans, longtemps considéré comme le meilleur skieur freeride du monde, ayant remporté deux fois le Freeride World Tour et quatre fois l’Xtreme de Verbier, continue de skier pour produire des webséries à travers le monde, mais passe dorénavant plus de temps sur l’eau que sur la neige. Depuis 2011 et sa première course à la voile, la Mini Transat en l’occurrence, il s’impose comme un véritable navigateur. Déjà trois « Jacques-Vabre » à son compteur, en 2013, 2017 et 2019, et un objectif affirmé : prendre de départ de la Route du Rhum 2022 avant d’espérer s’aligner en 2023 pour un Vendée Globe, le tour du monde en solitaire dont rêvent tous les grands marins. Mais cette quête ne se fait pas en un jour. Il faut du temps pour acquérir l’expérience nécessaire et briller dans une épreuve de ce genre, pour son comportement de navigateur bien sûr, mais aussi pour sa connaissance du bateau et des éléments. Et c’est pour cela que, pour la première fois de sa vie de marin, Aurélien et ses partenaires, la marque française de téléphonie mobile Crosscall, l’horloger franc-comtois Michel Herbelin, la société de

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NAISSANCE

À Caen, lors des derniers préparatifs avant la mise à l’eau, la décoration mais aussi l’installation des appareils de bord, du moteur, des ballasts...

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L’étape de l’infusion de la coque est cruciale. Comme très souvent depuis le début de l’aventure, Aurélien était là, plus pour apprendre que pour superviser.

construction Myla et le fabricant de vêtements techniques norvégien Helly Hansen, ont décidé de construire leur propre bateau de Class40, un monocoque de 40 pieds, soit 12,19 mètres de long pour 19 mètres de haut, qui sera mis à l’eau dans quelques jours (nous avons croisé Aurélien en février dans les Alpes puis en mai en Normandie). « C’est à la fois très compliqué et super exaltant, cette aventure, de partir de rien, d’une feuille blanche, de choisir l’architecte qui va dessiner le bateau, le chantier qui va le construire », explique le montagnard avec des étoiles plein les yeux. Le bateau, c’est un plan Lombard, avec une forme de coque vraiment spécifique, une forme d’étrave baptisée scow. « Des plans Lombard, il y en a déjà pas mal qui naviguent et je voulais un bateau dessiné par cet architecte exclusivement, Marc Lombard. Mais là, dans le genre scow, on est allés assez loin en reculant le plus possible le mât et la quille, explique Aurélien. L’idée du scow, c’est de naviguer avec davantage de puissance quand tu gîtes car l’étrave est plus large. Mais nous, on va avancer avec le nez en l’air, posé sur l’arrière du bateau pour réduire les contacts entre la coque et l’eau et aller encore plus vite. Tu vois, posé comme ça, derrière, sur un coin, en filant à plus de 25 nœuds... » Aurélien regarde au loin, sourire en coin. Il sait que ses choix sont les bons. D’autres architectes croient en cette forme de coque, comme David Raison. Mais avec Marc Lombard ils poussent la réflexion encore plus loin. D’ailleurs, ils ne doivent pas avoir tort : lors de notre visite à Caen,

« Suivre le projet de la conception du bateau à la course, c’est enivrant »

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NAISSANCE

Les partenaires de l’aventure CROSSCALL : SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE TÉLÉPHONIE MOBILE FONDÉE EN 2009 PROPOSANT DES SMARTPHONES ET TABLETTES ÉTANCHES ET ANTICHOCS. APRÈS LA SNCF, ELLE VA ÉQUIPER LA POLICE ET LA GENDARMERIE NATIONALE GREENWEEZ : SPÉCIALISTE FRANÇAIS DU BIO EN LIGNE, FONDÉ EN 2008 ET RACHETÉ PAR CARREFOUR EN 2016, GREENWEEZ

SE DÉVELOPPE EN ESPAGNE ET EN ITALIE DEPUIS DEUX ANS

HERBELIN : HORLOGER FRANÇAIS, BASÉ À CHARQUEMONT, EN FRANCHE-COMTÉ, ET FONDÉ SOUS LE NOM MICHEL HERBELIN EN 1947, LA SOCIÉTÉ PROPOSE DEPUIS DES ANNÉES DES MONTRES LIÉES À L’UNIVERS DU NAUTISME

MILA : SOCIÉTÉ ALLEMANDE SPÉCIALISÉE DANS LES CLOISONS MODULAIRES POUR SALONS ET EXPOSITIONS MONT-BLANC NATURAL RESORT : SOCIÉTÉ CHAMONIARDE, FILIALE DE LA COMPAGNIE DU MONT-BLANC, ELLE PROPOSE DES BILLETS DE REMONTÉS ET DES EXCURSIONS DANS LA RÉGION, DE CHAMONIX À MEGÈVE EN PASSANT PAR ARGENTIÈRE.

HELLY HANSEN : SPÉCIALISTE NORVÉGIEN DES VÊTEMENTS DE TRAVAIL, POUR LA MER OU LA MONTAGNE.

Ça y est, le Class40 du Crosscall Sailing Team est achevé, prêt à prendre son premier bain d’eau salée pour un programme de courses assez chargé.

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le chantier naval qui avait fabriqué la coque d’Aurélien, sur ses moules et ses cotes, préparait un autre Class40 de même forme pour un concurrent. « Le budget de fabrication du bateau, c’est à peu de chose près 800 000 euros, sans son exploitation. Pour s’y retrouver, l’une des solutions est de louer nos moules à d’autres marins, pour qu’ils se fassent le même... à peu de chose près même s’ils n’ont pas tous nos secrets. C’est ce qui se passe ici. Après, même si on échange beaucoup entre nous, pour partager nos expériences, bonnes et mauvaises, c’est toujours hyper important de mettre à l’eau le plus tôt possible. » Quand il s’est su qu’Aurélien préparait son nouveau bateau, d’autres marins naviguant sur des plans Lombard l’ont appelé, pour lui faire part de leurs impressions. « C’est comme ça, la mer, les marins sont des gens formidables. En plus, ces bateaux sont faits pour durer, donc de l’expérience, il y en a un paquet à partager. Imagine un peu, le numéro du bateau donne son ancienneté. Le mien, c’est le 166, donc le 166e Class40 produit. Le numéro 1 naviguait encore lors de la dernière Jacques-Vabre, il y a deux ans. » Pour aller dans le sens de l’histoire, le monde de la voile s’approprie les valeurs de durabilité et d’écologie. Pour son bateau, dans lequel le règlement lui interdit d’utiliser de la fibre de carbone, Aurélien a choisi des fibres de lin biodégradables partout où c’était possible, là où les contraintes mécaniques permettent d’éviter la fibre de verre, très compliquée à recycler. « Nous sommes contraints

« L’idée, c’est quand même d’être à fond tout le temps »

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NAISSANCE

en taille et en masse pour le bateau. Mais avec 4,5 tonnes minimum, on peut construire un bateau super solide mais assez léger pour en mettre un maximum dans le bulbe [comprenez la quille, NDLR]. C’est ce qu’on a fait, en utilisant le plus possible des fibres naturelles. Car ce bateau doit être écologique et durer longtemps : le but est de le vendre si possible avant le départ de la Route du Rhum en 2022. » Pour partir sur le projet suivant, évidemment. Mais avant cela, Aurélien doit mettre son Class40 à l’eau en juin, et l’amener en Bretagne, sa base pour l’année à venir, d’ici au Rhum. Le temps de l’apprivoiser et d’en connaître les limites. « Nous avons tout un programme de courses, avec entre autres la Transat Jacques-Vabre à l’automne, qui n’ira pas au Brésil mais dans les Antilles françaises, sans passer par le Pot au Noir, ce qui change tout. Tout cela pour apprendre le bateau, savoir jusqu’ou le pousser. Car ce que les gens ne savent pas, c’est que dans ces courses au large, on est à fond tout le temps, du début à la fin. Que cela dure deux jours ou quatre-vingt. » Bon vent, Aurélien.

« Maintenant, j’ai un an pour le développer, le connaître »

Dans quelques semaines, le marin Aurélien Ducroz prendra la mer à la barre de son propre bateau, conçu et développé selon ses souhaits pour briguer la victoire de la prochaine Jacques-Vabre, puis du Rhum en 2022.

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AT E L I E R D ’ H O R L O G E R I E F R A N Ç A I S E

PERFORMANCE & DISTINCTION se conjuguent dans le modèle Newport, une montre marine de caractère

manufacturée avec précision en France, dans nos ateliers de Charquemont.


FUTUR

De pétrolier à

MULTI-ÉNERGIES En février dernier, lors de la publication de ses résultats annuels, le géant Total, par l’intermédiaire de son président Patrick Pouyanné, annonçait changer de nom pour devenir TotalEnergies. Attention, énergies est au pluriel. Une évolution commencée depuis des années sur laquelle l’iconique PDG a bien voulu s’expliquer. Propos recueillis en avril 2021 par C. Boulain, photos DR

P

our certains, c’est du « greenwashing », une manière habile de repeindre d’un vert à la mode le monstre qui a souillé en décembre 1999 les côtes françaises de 250 000 tonnes de déchets, échappés de la coque éventrée du supertanker Erika. Total, géant français du pétrole et du gaz, souffre depuis cette époque d’un énorme déficit d’image en France. Une sorte de bête noire qui cristallise les haines de beaucoup de gens, des écologistes évidemment, mais aussi d’activistes en ce moment pour ses liens présumés avec la junte birmane, mais qui permet à la France de continuer à jouer un rôle important sur l’échiquier énergétique mondial. Or cet échiquier, justement, est en plein changement. Alors que l’on s’inquiétait il y a dix ans de la possible pénurie de pétrole, risquant de ralentir le développement économique de nombreux pays, c’est aujourd’hui pour des raisons écologiques que l’on cherche à en réduire la consommation. Le dérèglement climatique dicte sa loi : ainsi toute énergie fossile est mauvaise pour la planète et doit, à court terme, être remplacée par des énergies renouvelables. En réaction à ces évolutions, il y a un an, le président-directeur général de Total, qui répète qu’il ne veut pas que son groupe devienne le Kodak de

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l’énergie, avait annoncé son ambition d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Dans trente ans, date à laquelle l’activité de Total aura sans doute beaucoup changé, avec 40 % d’électricité (essentiellement renouvelable), 40 % de gaz (dont 20 % de biogaz et d’hydrogène vert) et seulement 15 % de pétrole et 5 % de biocarburants. Une transformation du groupe déjà entamée, et réussie selon les pays pour le scope 1 (neutralité carbone des émissions de gaz à effet de serre directement liées à la fabrication du produit), mais pas encore sur le scope 2 (les émissions de gaz à effet de serre comprenant aussi les consommations d’énergie nécessaires à la fabrication du produit) et scope 3 (intégrant toutes les émissions de gaz à effet de serre qui ne sont pas liées directement à la fabrication du produit, mais à d’autres étapes du cycle : approvisionnement, transport, utilisation, fin de vie...). Pour comprendre la métamorphose profonde d’une des sociétés les plus influentes de notre pays, qui de pétrolier veut devenir une compagnie multi-énergies, nous avons donné la parole à son dirigeant pour qu’il nous donne quelques éclaircissements. Parce qu’une transformation de ce genre, si elle peut se décider d’un coup de tête, ne se fait pas d’un claquement de doigts.


Entretien avec Patrick Pouyanné Vous dites que le point de bascule, quand vous avez décidé d’inscrire Total dans cet objectif de neutralité carbone en 2050, est septembre 2019 lors du sommet des Nations unies sur le climat. Mais cela n’a pas marqué les débuts de Total dans les énergies vertes. Que s’est-il passé pour votre société entre le rachat de SunPower en 2011 et ce sommet ? C’est vrai que notre entrée dans le capital de SunPower, en 2011, a été un premier jalon important qui nous a permis de découvrir et de comprendre les tenants et les aboutissants de secteurs relativement nouveaux pour Total, ceux du solaire, de l’électricité et des renouvelables. Puis il y a eu l’année 2015, qui a constitué une première étape en ce qui concerne l’apparition de l’enjeu climatique dans la stratégie de Total. L’accord de Paris a clairement relancé un sujet qui s’était un peu ensablé lors des conférences précédentes. Et comme cette conférence se passait en France, les patrons français ont été sollicités et cela nous a obligés à réfléchir. En 2016, nous avons créé une nouvelle branche d’activité dédiée aux renouvelables, à l’électricité et au gaz. Depuis ce moment-là, nous avons élargi le portefeuille de nos actifs solaires, nous avons investi dans des batteries, nous sommes entrés dans la production et la distribution d’électricité avec Lampiris en Belgique ou Direct Énergie en France. Enfin il y a eu 2020, avec

notre stratégie vers la neutralité carbone après le « déclic » du sommet annuel de l’ONU à New York. 2020 constitue en effet une année charnière. En mai d’abord, avec l’annonce de notre ambition de neutralité carbone malgré la crise du Covid. Puis en septembre, lorsque nous avons traduit ces objectifs en une stratégie à dix ans de transformation en une compagnie multi-énergies. Et en mai 2021 nous nous renommons TotalEnergies pour ancrer cette transformation dans notre nom. Depuis une décennie maintenant, nous nous frottons à ce nouvel univers. Le moment est venu d’accélérer, massivement. TotalEnergies sera dans le top 5 mondial des renouvelables, parce que nous avons le savoir-faire et des moyens humains, technologiques et financiers importants.

En 2011, Total achetait le numéro deux mondial du panneau solaire Beaucoup réservent la transition écologique aux seuls acteurs verts, comme les électriciens. En quoi Total a – plus – son rôle à jouer dans cette mutation énergétique ? D’abord, nous avons des capacités financières importantes, ce qui n’est pas un détail dans une industrie aussi capitalistique. Nous avons un meilleur bilan que les électriciens, nous sommes moins endettés qu’Enel ou Iberdrola, ceux que l’on

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FUTUR

présente comme les champions de la transition énergétique. Total peut par ailleurs s’appuyer sur de très nombreux ingénieurs et, sur ce terrain-là aussi, nous sommes en train de mener une vraie transformation organisationnelle : à l’avenir, ils ne seront plus affectés à tel ou tel métier spécifique, mais seront au service de toutes les énergies. Électricité comprise. Enfin, l’empreinte mondiale du groupe est un atout essentiel. Elle nous permet de saisir des opportunités partout sur la planète, notamment grâce aux liens tissés depuis des années, sur nos métiers traditionnels. Certains semblent penser que seules les entreprises vertes sont capables d’assurer la transition énergétique. Regardez ce qui se passe dans le secteur automobile, confronté lui aussi à des mutations profondes : pensez-vous vraiment que Tesla va réaliser à lui seul la révolution du véhicule électrique ? Évidemment non. La production de masse et le vrai changement d’échelle dépendront de groupes comme Daimler, Volkswagen, Stellantis ou Renault, qui relèveront ces défis parce qu’ils sont plus gros, et parce qu’ils dominent des pans entiers du marché. C’est cela qui fera la différence. Et je pense exactement la même chose pour la transition énergétique : il y a de la place pour tout le monde, bien sûr. Mais exclure par principe un groupe comme Total, refuser d’admettre que l’argent que nous générons à partir des hydrocarbures peut servir la mutation énergétique, c’est se tirer une balle dans le pied. Sans la force d’entraînement et la capacité d’investissement des entreprises comme la nôtre, la transition risque d’attendre longtemps. Les pétroliers ont habitué leurs actionnaires à des rendements importants. Pensez-vous pouvoir les rassurer en investissant massivement dans les énergies renouvelables que beaucoup pensent peu rentables ? Les projets dans les renouvelables peuvent être aussi rentables que dans le pétrole ou le gaz, voire plus. En réalité, tous les investissements que nous faisons en ce domaine affichent une rentabilité sur capital d’au moins 10 %. Je peux vous dire que depuis 2015, nos activités pétrolières n’ont pas dégagé 10 % de rentabilité. En 2020, ce n’est pas glorieux, mais on était plutôt proche des 4 %. Par ailleurs, alors que le marché pétrolier est toujours plus volatil, les renouvelables se développent aujourd’hui principalement à travers des contrats d’achat garantis. Cela nous permet

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d’ajouter dans notre business model une couche de revenus stables. Je crois que les analystes et nos actionnaires commencent à comprendre les vertus de cette stratégie. Reste à les convaincre que nos ambitions nouvelles ne nous amèneront pas à faire du volume à tout prix, sans nous préoccuper de la rentabilité intrinsèque des projets. Cela suppose d’être sélectifs, de savoir dire non à certains dossiers, ce que nous faisons. Vous parlez souvent du gaz comme le levier indispensable de la transition énergétique, en parallèle des énergies renouvelables. Pourquoi ? Le gaz est une énergie clé de la transition énergétique. Il faut bien voir que le gaz et les renouvelables sont complémentaires. Le gaz est la réponse à la saisonnalité de la demande en énergie et à l’intermittence des énergies renouvelables. Car les clients veulent une énergie fiable et disponible tout le temps. Et stocker de l’électricité, ce n’est pas facile et cela coûte cher. Alors oui, le gaz est une énergie fossile, mais une centrale à gaz émet deux fois moins de CO2 qu’une centrale à charbon et elle ne pose pas de problème de qualité de l’air dans les villes. Je suis donc convaincu que sans gaz, on ne réussira pas la transition énergétique notamment dans les pays émergents. Car c’est la grande question du changement climatique : comment allons-nous convaincre des puissances comme l’Inde ou la Chine d’abandonner le charbon, moins cher, qui représente encore 27 % de l’énergie mondiale et 58 % de l’énergie chinoise ? C’est un vrai challenge de les convaincre de prendre le changement climatique à bras-le-corps, et pour cela il faut leur fournir une énergie bon marché qui leur permette de continuer à développer leur économie : c’est le gaz ! Sans eux, on ne réussira pas la transition énergétique... Car c’est bien là-bas que ça se joue. Selon le scénario Développement durable de l’Agence internationale de l’énergie, la consommation de gaz naturel augmentera de manière significative d’ici à 2040 : elle devrait alors représenter un quart de la demande mondiale en énergie, et nous serons là pour répondre à cette demande. Le gaz est donc une énergie sur laquelle il faut miser, tout en travaillant à la décarboner, via le biométhane et l’hydrogène propre qui sont des sujets sur lesquels nous investissons chez Total. Et aussi en maîtrisant les émissions de méthane liées à son cycle de production.


« Je ne veux pas que la plus grande entreprise industrielle française devienne le prochain Kodak parce qu’elle n’aurait pas su s’adapter » Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies

Ici, l’usine pilote SAFT de Nersac, où TotalEnergies veut produire des batteries européennes pour voitures électriques. À droite, une borne de recharge rapide, pour voiture électrique.

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Plus d’infos

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The electric Adventure Neo by Cannondale Bicycles

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C’est le moment de changer ! Une voiture de moins sur la route

Il s’en soucie également. L’Adventure Neo électrique par Cannondale Bicycles

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TENDANCE

FÊTE DES PÈRES

C’

est la magie de la fête des pères : fournir à tous les grands enfants que nous sommes une bonne excuse pour s’offrir ou se faire offrir l’objet ultime. En voici une sélection si vous manquez d’idées.

VILLACAMPA

Pintail

Basée dans les Pyrénées-Atlantiques, à Garlin, la société Villacampa fabrique à la main, dans le respect du travail bien fait, des skis en bois et des skateboards. Parmi ces derniers, des longboards vintage magnifiques, dont ce pintail bicolore en chêne et noyer massif de 125 cm de long. Doté d’un flex rigide, il est destiné à la balade, genre cruising sur le front de mer, en mode promeneur mais pas touriste. Large de 24 cm, il est équipé de trucks Caliber 2 Fifty et de roues ABEC11 zigzag de couleur rouge. Ce longboard, vendu 375 €, existe aussi en version longtail et cruiser au même tarif. Pour les amateurs éclairés, notons que Villacampa propose aussi des planches de skate plus compactes (vendues 100 €). villacampa-pyrenees.com

DJI FPV

Après avoir révolutionné le monde du drone particulier, le chinois DJI met les pieds dans le plat du drone FPV, comprenez First Person View. Jusque-là, ces drones étaient réservés à des amateurs entraînés qui les pilotaient en immersion avec des casques de VR entre les arbres, pour s’amuser ou lors de compétitions. DJI, en mêlant habilement les capacités de vol de ses drones Mavic au dynamisme d’un modèle FPV de compétition, vient de sortir le compromis idéal. Baptisé FPV, ce modèle peut aussi bien faire du vol stationnaire, du vol pour débutant en profitant de tous les capteurs anticollision habituels, mais aussi du vol de course jusqu’à plus de 140 km/h... Équipé d’une caméra 4K, associé à un casque VR haute résolution, ce drone FPV offre de nouvelles perspectives aux cameramen avertis, après quelques heures d’entraînement quand même. Il est vendu à partir de 1 349 €. dji.com

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Alpha

7C

Les amateurs de photo en ont rêvé, Sony l’a fait. Avec ce nouvel Alpha 7C, la marque japonaise propose un boîtier compact à objectif interchangeable doté d’un capteur plein format 24x36. Bref, 24,2 Mpx, une sensibilité allant de 100 à 51 200 ISO, une monture E et moins de 500 g (sans objectif) sont les caractéristiques principales de ce Sony, résistant à la poussière et à l’humidité, selon son concepteur. L’écran tactile est monté sur rotule, évidemment la connectivité est complète (wi-fi, Bluetooth, NFC, USB-C...) et l’autofocus maison de la partie. La vidéo n’est pas en reste avec de la 4K en 30 images par seconde ou du full HD en 120 images par seconde pour faire de beaux ralentis. Côté objectifs, on peut piocher dans l’offre Sony, très complète, mais aussi chez Sigma, Tamron ou les Samyang ou Laowa compatibles. Le boîtier, proposé en coloris noir ou argent (comme ici) est vendu 1 990 €. sony.fr/electronics/

ROYAL ENFIELD Meteor On connaissait les Classic, Bullet ou Continental GT de la marque indienne Royal Enfield, il faudra maintenant s‘habituer à la Meteor 350, un roadster compact motorisé par un monocylindre de 350 cm3 refroidi par air et développant 20 ch en bout de bielle. Avec sa bouille sympa, sa hauteur de selle réduite (les femmes vont adorer ce détail), ses moins de 200 kg en ordre de marche et son système de freinage à disques ventilés, cette petite moto n’est pas la plus performante, mais n’en est pas moins totalement dans l’air du temps. Aussi, si vous cherchez une petite moto marrante pour les balades du week-end, elle est à considérer. D’autant que son prix est contenu : 4 099 €. royalenfield.com/fr/

S’AMUSER

SONY

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TENDANCE

Le Cigare

s Édition

EPA

Que vous soyez un consommateur averti ou juste un amateur curieux, prenez le temps de feuilleter et de lire ce superbe livre signé de Mortern Ehrhorn et Justin Hummerston et sobrement baptisé Le Cigare. En 328 pages et 250 illustrations, il retrace l’histoire de cette plante aromatique dont les feuilles enchantent des millions de fumeurs à travers le monde (mais dont la consommation est dangereuse pour la santé), sa culture, sa récolte mais aussi l’élaboration des cigares et leur choix. Prix public conseillé : 49,95 €. www.editionsepa.fr

DEVIALET Reconnu depuis des années pour la qualité de ses amplificateurs audiophiles, la marque française (et parisienne) Devialet investit depuis quelques mois de nombreux foyers avec son enceinte connectée Phantom, aussi ronde que puissante. Elle ne va pas s’arrêter en si bon chemin avec la sortie imminente de ses écouteurs intra-auriculaires connectés dotés de micros intégrés pour passer des appels ou dialoguer avec les assistants vocaux Apple ou Google et de la fonction réduction de bruit (qui peut être désactivée). Ces écouteurs étanches, baptisés Gemini, sont livrés dans un boîtier doté d’une batterie additionnelle de recharge rapide, qui autorise 16 heures d’écoute en plus des 6 heures assurées par les écouteurs euxmêmes. Pour fournir une restitution sonore des plus fidèles, les écouteurs Gemini embarquent chacun un transducteur de 10 mm de diamètre assurant une restitution linéaire de 5 à 20 kHz. Enfin, pour assurer un bon maintien dans les pavillons de chacun, ils sont livrés avec quatre paires d’embouts en silicone, taille XS, S, M et L. Prix d’une paire d’écouteurs : 299 €. devialet.com/

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Gemin


PRO 2

Que cela soit pour accompagner un cigare, ou boire après un repas, un bon café, c'est la base. Mais on peut choisir de ne pas céder au Nespresso ni investir dans une de ces machines italiennes chromées, chères et volumineuses. Dans ce cas, Flairespresso a peut-être la solution pour vous, une machine manuelle, capable d'extraire le meilleur des cafés de spécialité en quelques secondes, en tirant sur un levier. Il faut avant cela moudre ses grains dans un moulin adapté, comme pour une machine expresso, chauffer son eau (entre 92 et 94 °C) et positionner sa mouture dans le porte-filtre en inox. Ensuite, la poussée exercée sur le levier va infuser le café, à une pression de 6 à 10 bars visible sur le manomètre intégré (attention, au-dessus, votre mouture est trop fine), pour donner un expresso crémeux et savoureux. Un conseil, pensez à peser les grains utilisés (entre 16 et 20 g pour un double expresso) et le liquide qui coule dans la tasse pour vérifier un rapport de 1/2 (autrement dit 32 à 40 g de café liquide dans la tasse à la fin, toujours pour un double). En respectant cela, vous obtiendrez un café aussi bon, si ce n'est plus, qu'avec les meilleures machines de bar, vendues dix à quinze fois plus cher. Prix de la Pro 2, disponible en blanc ou en noir : 309 €. flairespresso.com

CAR RACING 1968 Après les volets 1965, 1966 et 1967, débarque l'année 1968, le nouveau bijou des Éditions Cercle d'Art. Exploitant les archives de l'agence DPPI, fondée en 1965 par une poignée de passionnés de sport automobile, cet ouvrage publie des images fabuleuses de ces courses mythiques. Photos de Manou Zurini, dépoussiérées sous l'impulsion de Richard Mille, pour sortir sous la forme d'un livre magnifique (240 pages) imprimé par les Éditions Cercle d'Art, jadis propriété de Pablo Picasso luimême. Tarif de ce cadeau sublime : 95 €. cercledart.com/boutique/

SE DÉTENDRE

Flairespresso

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TENDANCE

Ce vélo à assistance électrique n’est pas comme les autres. Sous l’appellation Speed Dual, Moustache propose un VAE homologué pour rouler jusqu’à 45 km/h sous assistance, donc doté d’une plaque d’immatriculation, d’un éclairage, d’un rétroviseur et d’un avertisseur sonore adaptés, et de deux batteries pour assurer une belle autonomie (1 125 W combinés) et des performances étonnantes. Essayé entre La Défense et le château de Versailles, ce VAE nous a bluffés, permettant de s’insérer dans le trafic sans crainte, d’autant qu’il est doté de freins à disques dignes d’une petite moto (avec fonction feu stop). Suspendu devant et derrière pour assurer un excellent confort, disposant d’un compteur Bosch Nyon dernier cri avec connexion smartphone et GPS, il serait la solution idéale pour circuler si la réglementation en France ne lui interdisait pas les pistes cyclables. Drôle d’idée, Messieurs les législateurs ! Tarif : 7 199 €. moustachebikes.com

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2 Friday

CIRCULER

MOUSTACHE

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WRV CHRONOGRAPHE AUTOMATIQUE «TACHYMÈTRE» Témoin des belles années de la course automobile, le nouveau Chronographe Automatique WRV transcende les codes et marie avec élégance courbes lisses et satinées, mouvement traditionnel et précision actuelle, acier chirurgical et cuir matelassé. Chronographe Automatique WRV, une éloge de la vitesse et du temps. Mouvement chronographe mécanique à remontage automatique - Boîtier en acier chirurgical 316L satiné et poli Verre saphir bombé traité antireflets - Bracelet en Nubuck anthracite motif diamant cousu main - Série limitée à 100 pièces Fabriquée en France.

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TENDANCE AUTO

FERRARI

812 Competizione

Dans la famille série limitée, je voudrais... la 812 Superfast. Chez Ferrari, on ne fait pas les choses à moitié, avec pas moins de deux nouvelles éditions en série limitée, baptisées 812 Competizione, la berlinette à gauche, et 812 Competizione A (pour Aperta), la version découvrable à droite. Au programme, un V12 6.5 atmosphérique poussé à 830 ch, un régime culminant à 9 500 tr/min grâce à un travail de fond sur les bielles, désormais en titane, les culasses et la distribution (merci l’expérience de la F1), quatre roues directrices et un allègement de près de 40 kg par rapport à la déjà fabuleuse Superfast. Évidemment, les retouches esthétiques sont nombreuses pour distinguer ces séries limitées des 812 « normales », avec un riche programme de personnalisation pour assurer aux acquéreurs l’exclusivité qu’ils recherchent. Prix : plus de 500 000 €.

FIAT

500 3+1

Quand Fiat a présenté sa nouvelle 500, 100 % électrique, ce qui fait sens vu sa fonction principalement urbaine, la firme italienne nous a réservé une belle surprise : cette version 3+1. Avec une porte arrière à ouverture antagoniste, côté droit, là où il y a le trottoir, les mères (pères) de famille vont l’adorer. En plus de son design « revival » modernisé, cette nouvelle 500 bénéficie d’une motorisation électrique de 118 ch associée à une batterie de 42 kWh, lui assurant d’excellentes performances et une belle autonomie. De plus, elle peut être chargée très vite. Elle est vendue 2 000 € de plus qu’une 500 berline et débute à 29 500 €.

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HONDA HR-V

Dévoilé en statique en février, puis un peu plus en détail en avril dernier, le nouveau ­Honda HR-V n’arrivera en concessions qu’en fin d’année 2021. Sans proposition 100 % ­thermique comme l’a promis la marque japonaise, qui ne proposera à l’avenir que des modèles ­hybrides ou 100 % électriques. Ainsi, ce nouveau SUV concurrent des Renault Captur et Peugeot 2008, même s’il est un peu plus grand que les deux français, sera motorisé par un ensemble moteur essence 1.5 atmosphérique associé à deux moteurs électriques pour délivrer 131 ch et 252 Nm de couple sur ses seules roues avant. Évidemment, en plus d’un habitacle promis plus vaste que celui de son prédécesseur, ce nouveau modèle bénéficiera de la connectivité moderne, avec par exemple le système Apple CarPlay sans fil. Le prix de vente devrait débuter sous les 30 000 €.

MERCEDES EQS Après avoir renouvelé son iconique Classe S, Mercedes vient de dévoiler celle qui pourrait lui faire de l’ombre, la berline 100 % électrique EQS. Reposant sur une nouvelle plate-forme dédiée à cette propulsion « propre », cette EQS mesure 5,22 m de long, dont plus de 3 m d’empattement. Autrement dit, l’habitabilité y est exceptionnelle, tout comme la dotation en équipements électroniques connectés. Mais on retiendra surtout les deux offres de motorisation, 450+ avec 333 ch et une batterie de 90 kWh (107,8 kWh en option plus tard) et 580 4Matic+ qui, avec un moteur de plus sur le train avant, développe 524 ch et n’est proposée qu’avec la grosse batterie. Dans sa version la plus économe, l’EQS annonce 770 km d’autonomie selon les cycles normalisés, ce que la future version AMG de plus de 760 ch ne pourra atteindre. Mais ce n’est pas grave car, quelle que soit la version, on nous promet des charges ultrarapides. Disponible à l’automne prochain, cette EQS débutera autour de 130 000 €.

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ART DE VIVRE

RECEVOIR ET TRANSMETTRE UN SAVOIR Chef doublement étoilé, entrepreneur et sportif accompli, Jean Sulpice se nourrit de son environnement savoyard, entre le lac d’Annecy et ses montagnes natales, pour ravir ses convives et former de jeunes cuisiniers plein d’avenir. Texte C. Boulain, photos T. Delhemmes et N. Maheus

L

a nuit n’a pas encore cédé sa place au jour, l’aiguille des heures n’a toujours pas entamé sa remontée vers la gauche du cadran, que nous sommes déjà sur le ponton de l’Auberge du Père Bise, prêts à monter à bord du bateau de Jean. Ce matin, le chef nous emmène, son stagiaire de troisième et moi, rejoindre Florent, l’un des deux pêcheurs du lac d’Annecy, pour remonter de la féra, le fameux poisson d’eau douce qu’il propose à sa carte selon les saisons. Vingt minutes de navigation plus tard, le semirigide, dont se servent aussi les clients de l’auberge pour se déplacer rapidement d’une rive à l’autre, rejoint la barque de Florent. Ses caisses en plastique sont déjà bien remplies. Il commence ses journées deux heures avant le lever du soleil, et remonte inlassablement les filets tolérés par les autorités locales pour en libérer les poissons avant de les déposer dans le fond de son embarcation. Selon lui, il y en a davantage qu’il y a quelques années, grâce

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sans doute à l’amélioration de la qualité de l’eau du lac. En fonction de la demande des grands restaurants voisins – celui de Jean est l’un de ses principaux clients –, Florent « fait » de la féra, de l’omble chevalier, du brochet ou de l’écrevisse. Ce ne sont ni les mêmes filets, ni les mêmes coins, il faut choisir et s’adapter. « C’est super important de venir voir ça, explique Jean. Pour toi comme pour mon stagiaire. Moi, c’est lors d’un stage de troisième, comme lui, que j’ai su ce que je voulais faire de ma vie : cuisinier. Aussi, depuis, je leur montre toutes les facettes de ce métier fabuleux, dont le but est de magnifier ce que nos producteurs nous proposent, comme les poissons de Florent par exemple. » Savoyard de naissance et petitfils de restaurateurs, Jean Sulpice n’était pas le meilleur élève de sa classe, loin de là. Les bancs d’école, comme il le dit sans honte, il les a usés sans volonté. Son truc, c’était de vivre avec la nature, dehors si possible, dans ces montagnes qu’il adore. « Rester dans un


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ART DE VIVRE

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Jean, sur le lac à pêcher avec Florent, emmitouflé dans sa doudoune Millet dont il est ambassadeur. C’est avec une veste de cette marque française qu’il avait fait son premier mont-Blanc. Comme il dit : c’est sentimental. L’hôtellerie de luxe, ce sont plein de petits détails qui font la différence. Comme cette tarte praline maison qui vous attend en chambre, accompagnée d’un cocktail sans alcool frais et plein de saveurs.

LA CONSTRUCTION D’UN CHEF, ÇA PREND DU TEMPS. ON VA D’ABORD APPRENDRE DES TECHNIQUES, À MARIER DES INGRÉDIENTS, PUIS COMMENCER À COMPRENDRE QUI ON EST AVANT DE SAVOIR CE QUE L’ON VEUT PROPOSER. AU DÉBUT, ON FAIT LA CUISINE DES AUTRES bureau, derrière un écran, ça n’aurait pas été possible. Jusqu’à ce fameux stage, je me voyais paysagiste, peut-être même travailler dans une exploitation forestière. » Et puis patatras... Un peu par hasard, le jeune Jean Sulpice intègre pour son stage de troisième les cuisines d’un Novotel de Chambéry, pas loin de chez lui. D’habitude, les cuisines, il y passe en coup de vent. Là, il va y rester huit heures de suite. Et le coup de feu se transforme en coup de cœur. « J’ai adoré. Tout ! Même si je n’ai fait que des salades ou des omelettes, comme tout jeune ­stagiaire, j’ai aimé cette montée en cadence de ­l’expression du service, comme je le dis, jusqu’au coup de feu, quand les bons tombent et qu’il faut envoyer ce qui a été préparé. C’est intense, palpitant, c’est vraiment ce qui m’a plu immédiatement. » À 15 ans, il en est sûr, sa vie sera en cuisine. De retour à la maison, il en avertit sa famille. Cela tombe bien, un de leurs clients les informe que Jean-Michel Bouvier, étoilé star de Chambéry, aux manettes du restaurant gastronomique L’Essentiel, pourrait sans doute le prendre en stage, pour une semaine. Jean fonce à Chambéry. « Et là, tout prend du sens, c’est un gastro, pas le restaurant d’une chaîne hôtelière, il y a des casseroles partout en cuisine, un vrai piano, des frigos remplis de lapins, de champignons, de ce que la

nature nous offre de meilleur. Je tremblais d’émotion avant d’aller travailler, j’étais émerveillé dès que j’entrais dans cette cuisine. » Non seulement Jean veut devenir cuisinier, mais il veut faire du gastronomique, de l’excellent, de l’étoilé même s’il ne se l’avoue pas. À la fin de son stage, il prend son courage à deux mains et va voir le chef au passe, qui vérifie chaque plat avant l’envoi. Il lui dit qu’il veut devenir un grand cuisinier, qu’il veut continuer à apprendre. Encore une fois, ça tombe pas mal. Le beau-frère du chef, restaurateur de l’autre côté du lac du Bourget où il tient le Lamartine, cherche un apprenti : ça sera Jean Sulpice. De ces deux années d’apprentissage dans cette maison magnifique, il ne retiendra que du bon. Il y a appris des techniques, à manier des aliments nobles et sans doute un peu d’histoire de la cuisine. Mais un ovni culinaire affole le monde de la gastronomie dans les années 1990, il s’appelle Marc Veyrat et tient un restaurant non loin de là. « Il était tellement inventif pour l’époque, se souvient Jean. Je voulais aller chez lui, travailler avec lui, apprendre de son goût pour l’innovation, essayer de le surprendre. J’avais vu dans un reportage à la télé qu’il avait une maison bleue. Ni une, ni deux, je pique à mon frère un papier dégradé de cette couleur pour y coucher mon

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ART DE VIVRE

J’AIME CUISINER LES POISSONS ET LES LÉGUMES, MAIS J’APPRÉCIE AUSSI CERTAINES VIANDES, COMME LE GIBIER EN FONCTION DE LA SAISON. C’EST PLUS FIN QU’ON NE CROIT, CAR IL N’EST PLUS MACÉRÉ DANS LE VIN COMME CE FUT LE CAS PENDANT LONGTEMPS CV, pour tenter de faire remonter ma candidature sur le haut de la pile. Ma mère me disait que cela ne se faisait pas... mais il m’a appelé. Et j’ai passé cinq années chez lui. » Pour comprendre la cuisine du chef, Jean apprend d’abord à comprendre l’homme Marc Veyrat, sa passion pour la nature, pour les produits de son terroir et pour l’innovation. « Des fois, je me dis que c’est Veyrat qui s’est vraiment posé en premier les questions essentielles, comme “est-ce la bonne façon de cuire cela, peut-on associer tel et tel aliment ?”... Avant, on cuisait tous les poissons en marinière, au beurre. Avec lui, j’ai appris à me demander comment faire. Aujourd’hui, je sais enfin cuire une féra du lac. Mais il m’a fallu faire un paquet d’essais. » Au bout de cinq ans à apprendre et à s’inspirer, Jean Sulpice veut développer sa propre cuisine, sa propre identité. « Il ne faut pas se le cacher, quand on est second chez un grand chef, on fait la cuisine du chef. On est là pour apprendre et se construire, mais aussi pour recevoir un héritage qu’il faudra ensuite passer aux générations suivantes. Un peu comme du parrainage. » Son premier chef lui dit qu’une place se crée pas très loin, dans les montagnes des Trois Vallées, à Val Thorens. C’est à 2 300 mètres d’altitude. L’occasion rêvée pour cet amateur de cols d’aller poser ses valises.

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Mais avant cela, il veut achever sa construction et son apprentissage auprès des chefs qu’il admire, les Klein, Jeffroy ou Loubet. Il prend sa voiture pour un mini tour de France, Chez les uns il ne fera que manger, chez les autres travailler, une semaine ou un mois. Pour, à 23 ans, s’installer à Val Thorens. « L’altitude, la montagne, j’adore. À force de bosser comme un forcené chez Veyrat, j’avais beaucoup trop donné. Et c’est le sport qui m’a permis de retrouver un véritable équilibre, en faisant ma première ascension du mont Blanc. C’est à ce moment que j’ai commencé à faire des cols à plus de 4 000 mètres. Alors, à Val Thorens, j’étais chez moi... mais je ne m’attendais pas à ça. » Ça, ce sont des services à zéro, un restaurant que le chef veut gastronomique, avec sa casquette Veyrat, mais des clients qui débarquent les chaussures de ski aux pieds dans l’espoir de manger une saucisse frite améliorée. Mais la cuisine, c’est comme gravir un sommet : tu ne veux pas t’arrêter à 10 cm du haut. Jean vise les étoiles, il le sait. Depuis son stage, il veut de l’excellent : il va y arriver. Il crée le plateau du skieur, avec un pot-au-feu au foie gras, un velouté de courge avec milkshake de lard, une polenta crémeuse aux herbes et lard fumé pour finir avec une crème brûlée à la chartreuse accompagnée d’une

Cueillaison de printemps, avec légumes croquants, fraises et morilles. Omble chevalier infusé au beurre maître d’hôtel à l’épicéa ou matelote du lac, avec des produits pêchés par Florent. Jean au passe, en plein service. Durant la pandémie, quand il a pu, il a proposé à ses convives de l’Auberge un service « deux étoiles » en chambre. Presque comme au restaurant.


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UN CUISINIER DOIT S’INSPIRER DE SON ENVIRONNEMENT. TU NE FAIS PAS LES MÊMES RECETTES ICI, SUR LES BORDS DU LAC D’ANNECY, QU’À VAL THORENS, À 2 300 MÈTRES D’ALTITUDE OU À PARIS. CE QUE TU ES, CE QUE TU VIS, ÇA DOIT SE RETROUVER DANS L’ASSIETTE L’Auberge du Père Bise profite d’une situation magnifique sur la rive sud-est du lac d’Annecy, à Talloires. Avec un nouveau spa qui venait d’ouvrir lors de notre venue. Classé cinq étoiles, l’hôtel appartient au réseau Relais & Châteaux et propose des chambres grand luxe dont certaines donnent directement sur le lac. Comme celle-ci.

madeleine au chocolat. Tout cela sur un plateau. Et ça cartonne. Il fait évoluer le truc, remplace le plateau par un tavaillon, cette tuile en bois utilisée sur les maisons du coin, et embarque tout le monde avec lui. « Ça a été super dur. Mais j’ai essayé des choses, pris le temps nécessaire pour appréhender mon environnement, adapter ma cuisine à cet endroit, à ces 2 300 mètres d’altitude. Tu ne cuisines pas partout de la même manière, on s’imprègne de notre environnement. Mais j’ai lancé un hameçon et ça a fini par mordre. » En 2006, il vient de fêter ses 28 ans et reçoit sa première étoile. Pas celle de l’ESF, la Michelin. Il décroche la seconde quatre ans plus tard, toujours dans sa station de ski de Val Thorens. Comme quoi, c’était possible. Avec sa femme Magali, ils vont rester quinze années là-haut, avant de revenir sur les bords du lac d’Annecy, où ils ont commencé et se sont rencontrés. En 2017, ils reprennent l’historique Auberge du Père Bise à Talloires, refont tout et ouvrent dans la foulée avec une classification cinq étoiles et une appartenance au réseau Relais & Châteaux. Deux étoiles au guide Michelin viennent récompenser tout de suite la cuisine que Jean développe sur place, dorénavant centrée sur les produits du lac et des environs. « J’aime depuis toujours cuisiner poissons et légumes, je suis dans mon élément. Je fais du sport dans les

montagnes voisines, je cours, je fais du vélo, je m’inspire de la nature environnante. Ma cuisine aussi... C’est quand même un endroit incroyable : plonge dans le lac et regarde autour de toi, c’est merveilleux, et je dois retranscrire cela dans une assiette. » Mousse de beaufort, à la fois aérienne et puissante, œuf parfait souligné d’un tartare d’écrevisses du lac, cueillaison de légumes, tous cuits indépendamment et assaisonnés d’une crème de camomille (avec fraises et morilles), ou encore agneau de Pâques à la pistache, fumé à la flouve des prés voisins et rehaussé d’une sauce au serpolet, les plats respirent l’environnement magnifique du lac d’Annecy. Si Jean ne vise pas l’excellence technique, un titre de Meilleur Ouvrier de France ne l’émeut pas plus que cela, il ambitionne d’accrocher un troisième astre à la porte de son Auberge. Ça serait comme poser ses crampons en haut du K2 ou de l’Everest. Et il préfère, pour cela, employer des techniques jadis développées pour la conservation des aliments, à l’époque où la chaîne du froid et les réfrigérateurs n’existaient pas, pour donner goût et saveurs à ces produits locaux et miraculeux. « Parce que mon rôle, c’est de sublimer les poissons de Florent, les fromages de Caroline, pour faire que mes convives s’émerveillent en découvrant mon univers. » Pour nous, ça a marché.

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MODE&OBJETS

REPARTIR DE

L’AVANT

En pleine pandémie, le monde de l’horlogerie a (re)trouvé son souffle en Asie. Avec des ventes reparties à la hausse en fin d’année de ce côté du globe, les maisons suisses ont pu repenser à l’avenir. En voici quelques preuves pas banales.

Arnold & Son LUNA MAGNA

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Marque britannique historique de la haute horlogerie fondée en 1764, passée sous pavillon neutre helvétique dans les années 2000 après le rachat par La Joux-Perret, puis dans le groupe Citizen très récemment, Arnold & Son demeure l’une des maisons reconnues pour leur savoir-faire. Cette Luna Magna y fait honneur, avec la représentation des phases de Lune astronomique (correction d’un jour tous les 122 ans) en trois dimensions, avec cette superbe sphère formée de deux demi-lunes, une en marbre blanc, l’autre en verre aventuriné bleu. Ce verre, chargé de particules métalliques (cuivre), offre des reflets magnifiques et se retrouve aussi sur le cadran. Le mouvement mécanique à remontage manuel offrant 90 heures de réserve de marche A&S1021 est logé dans une boîte en or rouge 18K de 44 mm de diamètre, doté de verres en saphir des deux côtés. L’ensemble, monté sur un bracelet en cuir d’alligator et boucle en or est limité à 28 exemplaires. Prix du bijou : 40 000 € (HT).


RICHARD MILLE RM 40-01

Il y a collaboration et collaboration. Là, c’en est une vraie, le genre qui a du sens. Imaginez : pour honorer son partenariat avec la marque automobile britannique McLaren, dont le modèle emblématique est l’incroyable Speedtail qui, avec sa forme de goutte d’eau et sa motorisation hybride de 1 070 ch, dépasse les 400 km/h, la manufacture Richard Mille a développé cette RM 40-01 dans l’esprit de la supercar. Cela veut dire aussi bien pour le design en forme de goutte, donc asymétrique dans la largeur comme dans l’épaisseur, que pour la mécanique, un mouvement CRMT4 doté d’un tourbillon à remontage automatique développé et assemblé par les équipes Richard Mille (rotor à inertie variable, 50 heures de réserve de marche)... que pour le nombre de montres proposées, 106 comme les 106 Speedtail McLaren. D’ailleurs, les chanceux clients qui ont déjà une voiture sont prioritaires et peuvent faire matcher le numéro de leur McLaren avec celui de leur Richard Mille, au prix de 820 000 € (HT). C’est environ la moitié de celui de la voiture neuve, qui n’est pas loin de doubler en ce moment en occasion...

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MODE&OBJETS

ANGELUS

U30 Black Titanium

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Cela fait 125 ans que cette maison suisse, basée à La Chaux-de-Fonds, régale les amateurs de mouvements des plus compliqués. Et ça va durer... même si seulement cinq passionnés pourront acquérir cette nouvelle Angelus U30 Black Titanium. Une série ultra-limitée donc, qui repose sur un mouvement développé, fabriqué, assemblé et réglé à la manufacture, et doté de 350 composants traités DLC pour offrir un tourbillon et un chronographe retour de vol à rattrapante. La rattrapante permet de mesurer le temps de deux événements distincts, mais débutant au même moment, le retour de vol servant, lui, à associer dans le même poussoir la remise à zéro et le démarrage d’un nouveau chrono. Si vous pensez que ça ne sert à rien, vous n’avez pas vraiment tort. Mais pour les horlogers à qui vous montrez cet objet, ça veut juste dire que vous êtes un génie de la mécanique. D’autant que ce mouvement à remontage automatique totalement squeletté, donc ajouré, propose 45 heures de réserve de marche et bat à la fréquence (rare) de 4 Hz : un véritable bijou qui propose en plus un affichage de la réserve de marche. Il est associé à une boîte en titane grade 5 traitée DLC de 47 mm de diamètre sur 15 mm d’épaisseur, étanche à 30 m et montée sur un bracelet en alligator recouvert de caoutchouc avec boucle déployante en titane. Prix de l’excellence : 60 000 € (HT).


VULCAIN

50s Presidents’ 1947 Édition limitée

En sommeil depuis quelques années, la manufacture suisse Vulcain se relance avec deux nouvelles Cricket de la collection 50s Presidents’, une version dotée d’un cadran blanc vernis (cidessus) et l’autre d’un fond argent velouté soleillé (à droite). Pour l’histoire, cette Cricket fut la première montre-bracelet réveil qui, grâce à une masselotte venant frapper l’intérieur de la boîte, émet durant quelques dizaines de secondes à l’heure choisie une sonnerie dont le bruit rappelle celui de l’insecte. C’est Eisenhower qui se la serait appropriée en premier, pour se réveiller lors de ses déplacements, avant que les autres présidents américains n’en reçoivent une en dotation. Pour l’anecdote, seuls deux d’entre eux depuis n’ont pas eu la leur : George Walker Bush et Donald Trump. Parfois, le hasard... Notons que cette montre bat au rythme d’un mouvement totalement maison, le calibre V-11, mécanique à remontage manuel, tant pour l’heure que pour la fonction réveil qui s’ajuste après avoir appuyé sur le bouton à 2 heures puis tourné la couronne pour amener l’aiguille à pointe bleue sur l’horaire de sonnerie désiré. Ce mouvement compte 199 composants, et offre une réserve de marche suffisante grâce à son double barillet (un pour l’heure, l’autre pour le réveil). Montée sur un bracelet en cuir d’alligator de Louisiane miel ou brun sur boucle ardillon (déployante en option), cette montre de ville de 42 mm de diamètre est vendue 6 350 €.

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MODE&OBJETS

BELL & ROSS BR 03-93 GMT C’est comme un retour à ses premières amours que cette BR 03-93 GMT pour la marque française Bell & Ross, un retour aux instruments de bord de l’aviation moderne auxquels la manufacture a longtemps fait référence dans ses différents modèles emblématiques. Mais même si les codes couleurs sont immuables, les génies du design maison ont fait des merveilles en poussant la lisibilité au-delà des limites admises. Cadran soleillé noir, index et chiffres énormes, en relief et photoluminescents blancs, rehaut de la même non-couleur et lunette deux tons noire et rouge achèvent d’en faire une montre à la fois traditionnelle et moderne. Nous retrouvons bien évidemment les trois aiguilles (heures, minutes, secondes), mais avec une quatrième propre à la fonction GMT, avec sa pointe en flèche de couleur rouge. Ce qui, avec la lunette tournante graduée sur 24 heures, permet d’afficher l’heure de trois fuseaux en même temps. Dans la boîte étanche à 100 m en acier poli satiné de 42 mm de large bat un calibre BR-CAL.303, mécanique à remontage automatique affichant la date à 4 h 30. Cette montre est livrée d’origine avec deux bracelets, un en cuir de veau couleur noire (ici) et l’autre en toile synthétique, sur boucle ardillon acier poli satiné. Elle est vendue 3 800 €.

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SPRINGER & FERSEN RANGIROA

WORLD DIVER GMT C’est l’histoire d’un passionné de luxe qui a plusieurs fois fait le tour du monde dans sa vie d’avant, et qui décide de lancer une marque de montres inspirées de ses voyages dans celle d’aujourd’hui. Lui, c’est Axel Grivory, entrepreneur voyageur et diplômé de HEC. La marque Springer & Fersen, dont le nom provient des deux Axel dont ses parents se sont inspirés pour le baptiser (Springer, grand pape de la presse, et von Fersen, un diplomate suédois sous Louis XVI, qui aurait été l’amant de Marie-Antoinette, ça promet). Et son premier modèle, la Rangiroa World Diver GMT. Pourquoi l’atoll polynésien ? Parce que c’est un véritable symbole pour les grands voyageurs : c’est de l’autre côté de la terre, 36 heures au départ de Paris et le décalage horaire de 12 heures y est maximal. Pour lui rendre hommage, le dessin de la boîte rappelle la forme d’une raie manta, emblématique de la Polynésie, le poisson étant même frappé sur le fond acier du boîtier de 44 mm. Le mouvement, mécanique suisse à remontage automatique, est logiquement doté de la fonction GMT qui permet d’afficher l’heure dans trois fuseaux différents en même temps, grâce au rehaut gradué 24 heures qui tourne via la couronne à 10 heures. Évidemment, l’ensemble, monté sur un bracelet cuir comme ici (ou acier recouvert de silicone) sur boucle déployante, est étanche à 300 m pour séduire les plongeurs les plus téméraires. Une attention parmi tant d’autres, comme les couronnes vissées et finies de petites touches de silicone noir. Cette Rangiroa WD GMT existe en quatre coloris au prix de 2 600 €, mais aussi en finition DLC ou même bronze.

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FORTIS

AMADEE-20 Fondée en 1912 par Walter Vogt, mais rachetée en 2017 par Jupp Philipp, la marque suisse Fortis connaît une seconde jeunesse. Cette superbe Amadee-20 en est une preuve évidente. Entièrement en titane, un matériau plus léger que l’acier, mais aussi antimagnétique et antiallergique, ce chronographe de 44 mm de diamètre rend hommage à la mission de préparation à la venue de l’homme sur Mars qui s’est tenue dans le désert israélien de Néguev en octobre dernier : la fameuse mission Amadee 20. L’idée était d’observer le comportement des astronautes et de leurs équipements dans des conditions proches de celles rencontrées sur la planète rouge. De par son histoire avec la conquête spatiale, Fortis ayant fourni des montres aux cosmonautes russes pendant des années, il était logique de retrouver un modèle de la manufacture basée à Granges lors de l’expérience. Pour l’occasion, Fortis a développé une montre spécifique, avec une lunette dotée d’un repère supplémentaire à dix minutes pour symboliser le temps moyen pour qu’une communication émise sur Mars parvienne au centre de commande sur Terre, sachant qu’en fonction de son orbite, la planète rouge est distante de la nôtre de 54,6 à 401 millions de kilomètres. Étanchéité à 200 m, bracelet titane (un second en tissu est livré d’origine) et mouvement chronographe mécanique à remontage automatique offrant 48 heures de réserve de marche sont aussi au programme. Pour une montre d’aventurier vendue 3 800 €.

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DÉCOUPER POUR DIALOGUER AVEC LA LUMIÈRE À l’heure de l’impression 3D, certains artisans font de la résistance, quand le progrès technologique ne parvient pas encore à remplacer la main. Sara Bran est de ceux-là, façonnant patiemment quelques centimètres carrés d’or pour en faire un bijou unique, adaptant des techniques de dentellière textile à ce métal aussi sublime que précieux. Rencontre avec une artiste qui ne compte pas ses heures. Texte et photos F. Montfort

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Sara Bran, concentrée devant son plan de travail, dans son atelier du Gard. Là où elle produit des bijoux uniques, à base d’or ou d’argent, toujours découpés à la main.

D’abord faire un trou, minuscule, puis y passer la lame de la scie. Ensuite, lentement, découper cet or pour y faire passer de la lumière.

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Une étude en argent, représentant le pôle Nord. Entièrement ciselée à la main.


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e dit-on pas qu’il faut apprendre de ses erreurs ? C’est sans doute parce qu’elle a, un jour, fracturé le marbre d’une de ses sculptures monumentales que Sara Bran est devenue dentellière sur or. Un drôle de métier, dont elle a d’ailleurs inventé l’intitulé, qui consiste à découper minutieusement de petites plaques de ce métal précieux et ductile pour en faire des bijoux uniques et rares. Mais comment en est-elle arrivée là, elle qui jusqu’alors peignait sur papier et sculptait la pierre ? Née au Cameroun, Sara a longtemps voyagé avec ses parents sur le continent africain, entre la Côte d’Ivoire, le Mali et le Congo, puis en France pour atterrir dans les Pyrénées. Les grandes étendues, elle s’y est toujours bien sentie, la flore, la faune, la nature tout simplement est son élément. Elle l’observe, l’imagine, la dessine et la peint. Elle n’entre finalement pas aux Beaux-Arts, trop conceptuels pour elle, mais cultive sa fibre artistique en parallèle d’une formation scientifique en biologie. Comme elle le dit : « Mon cursus n’est pas commun, j’ai appris sur le tas. » Elle en vit, vend ses tableaux, dessins et peintures, en même temps qu’elle apprend la sculpture auprès d’un voisin, dans son village pyrénéen. Elle apprécie cet art, qui lui permet de transformer la matière, de lui donner une forme, de jouer avec les ombres qui viennent

COMME DE LA DENTELLE, MAIS SUR DE L’OR OU DE L’ARGENT suggérer l’œuvre. « Un de mes professeurs m’avait dit un jour que pour dessiner une forme, il faut regarder ce qui se passe autour. S’intéresser au vide. Ce travail de la lumière sur les ombres m’a toujours passionnée. » Et puis, surtout, la pierre est une matière dense, que l’on peut travailler, malmener, tailler et fendre, dans le but d’en chercher les limites. Sauf qu’à vouloir obtenir une arête d’un centimètre d’un bloc de marbre de plus de deux tonnes, on peut faire une boulette et casser ladite arête. « Je me suis retrouvée avec ce petit morceau de marbre par terre. Je ne voulais pas le jeter, j’en ai fait un pendentif que j’ai offert à une amie. Ça a plu, si bien que pour mon exposition de peintures et de sculptures suivante, j’ai fait une petite série de dix bijoux de ce genre. » Un jour, à la fin de l’exposition, un galeriste passe devant le stand de Sara. Il regardera à peine les toiles, sa spécialité étant les bijoux d’artistes. Il lui commande une petite collection pour le mois suivant. « C’était de petits bouts de pierre sculptés à la main, très fins, avec un trou pour passer un lien. » Puis des collections complètes de quarante pièces. En parallèle de ses peintures et de ses œuvres monumentales en pierre, Sara commence une carrière de bijoutière. Elle travaille la pierre, mais aussi l’ivoire, l’ambre et le bois précieux. Et très vite, évolue vers l’argent et l’or. « Faire un trou pour passer un lien ne me suffisait pas, je voulais une bélière, cette petite attache métallique que l’on vient mettre sur le bijou pour y passer une chaîne. Mais je ne savais pas la faire à l’époque. » Elle va aller se former auprès d’un de ses amis, Laurent Ivanoff, Meilleur Ouvrier de France et glypticien. Il est précis, exigeant, a travaillé pour les plus grandes marques de haute joaillerie place Vendôme et va partager son savoir. Après les Pyrénées, Sara s’est

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Dessiner des oiseaux sans vraiment les dessiner, en laissant la lumière et les ombres les suggérer. Ici des grues, sur une étude de cadran de montre.

Sara ne fait pas de moulage, elle fait des trous, des découpes, partant toujours d’une pièce monobloc de métal pour en faire une œuvre d’art ou un bijou. Ou les deux.

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installée dans le Gard : elle va se partager entre son atelier et celui de Laurent le temps d’apprendre les techniques de base, notamment la découpe. Cela va durer deux années, pour savoir souder, former et découper, auprès de cet artisan capable de passer cinq cents heures de travail sur deux centimètres carrés de pierre. « C’est un travail minutieux qui demande du temps. On parle de bijoux d’artistes, pas de grande série. » Au début, Sara travaille l’argent, découvre cette matière qu’elle peut évidemment tailler et découper, mais aussi forger, former et souder. Mais les ombres l’attirent, la lumière et sa capacité à souligner les formes lui parlent. Là où, en bijouterie, on fait un trou pour mettre une pierre, elle préfère y faire passer de la lumière. Et c’est la découverte de l’or, ce métal ductile, comprenez souple et malléable, qui permet tellement plus de choses que son éloigné cousin l’argent. S’engage alors un véritable dialogue entre l’artiste et ce métal aux propriétés si subtiles, une discussion à trois dans laquelle la lumière vient ponctuer chaque phrase. Son premier bijou 100 % en argent, Sara l’avait réalisé en 2002. En or, c’était l’année suivante. Et c’est en 2005 qu’elle s’installe réellement bijoutier fabriquant, avec son poinçon de maître, sa signature d’orfèvre. Elle arrête les expositions de sculpture un peu après, son dernier symposium se tenant en 2006, pour se consacrer à 100 % à sa

DES BIJOUX SUR MESURE, MAIS AUSSI DES CADRANS DE MONTRES nouvelle activité. Elle repousse les limites techniques à chaque réalisation, creuse toujours un peu plus son sillon vers ce qu’elle va appeler de la dentellerie sur or. « J’ai passé tellement de temps à rechercher des techniques sur tissu, à comprendre ce que la dentelle belge avait de différent de la française, ou d’ailleurs. Et à chercher ce que je pouvais transposer sur le métal, avec mes outils, mes ciseaux, mes forets et mes scies. » Sara va travailler sous son nom bien sûr, mais aussi pour de grandes marques de luxe, dans la haute joaillerie comme dans l’horlogerie. D’ailleurs, lors de notre visite dans son atelier du Gard, elle travaillait sur un prototype de cadran de montre, représentant des grues, ces oiseaux magnifiques, suggérés par des découpes dans un disque d’argent. « Un de mes amis relance une marque iconique de haute horlogerie, et veut y associer des métiers d’art comme le mien, pour proposer autre chose. Là, je fais des recherches... » Un travail minutieux : pour chaque découpe, Sara doit d’abord faire un trou minuscule, puis y passer la lame de sa scie, et découper sans écart un peu de cette matière rare. Les déchets, microscopiques, tombant rarement par terre, plus souvent dans le tablier en cuir tendu sous l’établi, seront ensuite récupérés et refondus par une société spécialisée. « Un jour, pour me rendre service, mon mari s’était mis en tête de faire le ménage dans mon atelier. À la vue de l’aspirateur, j’ai eu envie de crier... On ne passe pas l’aspirateur dans un atelier, on balaie », s’amuse Sara. Un des deux principes qu’elle applique au quotidien, l’autre étant qu’une découpe parfaite, celle qui va sublimer la lumière, est l’œuvre d’une scie guidée par une main humaine. « Car un laser, par exemple, laissera toujours un bord légèrement arrondi, moins net. Pas ma scie. Et c’est primordial. »

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Gérard et Manu LANVIN

UN ALBUM ENTRE PÈRE ET FILS Connu pour ses rôles de flics et de truands « à l’ancienne », mais aussi pour son franc-parler hors des plateaux de tournage, l’acteur sort ces jours-ci un album de chansons (Ici-bas) avec son fils Manu, musicien de blues-rock reconnu. Retour sur une carrière hors du commun. Texte A. Bloch, photos P. Swirc et GML

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D

ans les années 1960, Gérard passe ses vacances à bosser dans les fêtes foraines, avec son grand-père maternel : « Un vrai aventurier, qui m’a élevé dans le jazz manouche et les caravanes. Aujourd’hui encore, quand je vais sur un tournage, mon plus grand plaisir, c’est de faire la route avec mon camion. » En 1968, il est forain à son tour : « Toute la semaine, je faisais la tournée des marchés et des foires. » Le week-end, il fourgue des fripes américaines aux Puces de Saint-Ouen. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Coluche : « Il s’est arrêté sur mon stand parce que j’avais garé ma Harley devant. » Rapidement, il traîne avec la bande du Café de la Gare : Patrick Dewaere, Romain Bouteille, Renaud... Un jour, Martin Lamotte lui demande s’il a un plan pour dégoter un camion. Gérard lui répond que oui, et, ensemble, ils construisent un autre café-théâtre : La Veuve Pichard, maison sérieuse, devenu Le Point Virgule. Au même moment, il joue dans Ginette Lacaze, comédie musicale de Coluche avec la troupe du Splendid : « Après le spectacle, Coluche venait jouer au café-théâtre avec nous, parce que faire partie d’une troupe lui manquait. On louait des ambulances pour traverser Paris plus vite et enchaîner les deux. » Avec le même Coluche (et Anémone), il endosse l’improbable costume du Chevalier blanc dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine (1977) : « C’était un rôle important et, contrairement aux autres acteurs, qui ne faisaient que passer, je suis resté deux mois et demi sur le tournage. Mais quand j’ai voulu retourner au café-théâtre, Lamotte avait dû me remplacer, par Renaud. » Qu’à cela ne tienne, Coluche lui propose de continuer à travailler

avec lui : Gérard s’installe même dans sa maison, en face du parc Montsouris, et abreuve son hôte de vannes et de brèves de comptoir, qui se retrouvent ensuite dans ses spectacles, ou dans son émission (quotidienne puis hebdomadaire) sur Europe 1 : « À la maison, on avait souvent la bande de Charlie Hebdo, mais aussi Jacques Dutronc, Serge Gainsbourg, Jack Nicholson, les Stones... Et puis Coluche s’est barré en sucette avec ses histoires de politique, et il a commencé à prendre des trucs too much pour moi, alors je me suis arraché... » Il sera resté sept ans. « J’avais perdu ma troupe, qui n’avait plus besoin de moi. J’avais perdu Coluche, qui était

« J’ai habité pendant sept ans chez Coluche » Gérard

ma famille... et je me suis retrouvé dans le truc solitaire de l’acteur. » Il traîne souvent à Montparnasse, et c’est dans un bar du quartier qu’il est repéré : « À 2 heures du mat’, je vois un mec qui me regarde. Je vais le voir, et je lui demande : “Tu as un souci avec moi ?” Il me répond que non, mais qu’il est metteur en scène, et que j’ai le profil d’un de ses personnages. » Ce réalisateur, c’est Jacques Bral, né à Téhéran (Iran), et mort au tout début de l’année 2021. Et ce film, c’est Extérieur nuit (1980). Sur le tournage, Gérard côtoie un grand chef opérateur, Pierre-William Glenn : «  Il a parlé de moi à plein de réalisateurs, et je suis rentré dans un cinéma plus écrit,

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un cinéma d’auteur. » En trois ans, Gérard joue pour Bertrand Tavernier, Georges Lautner, Alain Corneau, Pierre Granier-Deferre, Yves Boisset, et il est nommé deux fois aux César. Mais il n’a jamais aimé le concept du meilleur acteur : «  Meilleur, on ne l’est jamais. Quand on est bon, c’est grâce à l’autre... » De fait, Gérard a toujours affectionné les duos : avec Michel Blanc (Marche à l’ombre, 1984), Bernard Giraudeau (Les Spécialistes, 1985), Jacques Villeret (Les Frères Pétard, 1986)... Ou, plus récemment, Artus. Et pour en revenir aux César, il en a décroché deux depuis... qu’il n’est pas allé chercher. Pour deux films réalisés par des femmes : Le Fils préféré (Nicole Garcia, 1994) et Le Goût des autres (Agnès Jaoui, 2000). Sa filmographie recèle pas mal de rôles de truands (ou de flics), toujours à l’ancienne, avec un code d’honneur comme on n’en fait plus : « On ne peut pas jouer un truand d’aujourd’hui, ou alors ce serait une vraie ordure, un petit voyou de merde, un sale mec. » Il a notamment incarné Charlie Bauer, l’un des comparses de Mesrine, dans L’ennemi public n° 1 (2008) : « Je l’ai rencontré, Charlie, et on est restés très liés jusqu’à sa mort. J’ai une affinité avec ces mecs-là. J’aime leur rigueur et leur droiture, même s’il ne faut pas déconner avec eux. Ça change des hommes du cinéma français qui, parfois, n’ont aucun souvenir de ce qu’on a fait pour eux. Je regrette l’époque de Lino Ventura, Jean Gabin, Bernard Blier... C’était vraiment des Messieurs. » Rebelote pour Les Lyonnais, d’Olivier Marchal (2011), dans lequel il prête ses traits au braqueur Edmond « Monmon » Vidal. « Monmon, je le

connaissais parce que j’avais déjà joué son rôle dans une série. Je l’ai retrouvé trente-cinq ans après, comme si on s’était quittés la veille... » Il a désormais une soixantaine de longsmétrages au compteur : « Acteur, ce n’est pas un métier, pas un choix que j’ai fait. Mais aujourd’hui, sans prétention, quand je vois mon CV à 70 balais, je me dis “ah putain, quand même”. Il y a tous les metteurs en scène importants de chaque époque, et j’ai rencontré tellement de putains d’acteurs... » Reste que, si on sirote un whisky japonais avec Gérard aujourd’hui, dans ce studio d’enregistrement

« Je lui disais souvent de monter un groupe punk »

Manu

de Pigalle, ce n’est pas pour un nouveau film, mais pour un album. Marié depuis quarante ans à la chanteuse disco Jennifer, il a toujours traîné avec des musiciens : « La maison, à l’époque, c’était un rendez-vous pour tous les musicos, Trust, Téléphone, Paul Personne... C’était grâce à Jennifer, et à sa personnalité, parce qu’elle aime la vie et la fête. Moi, je suis plus introverti, c’est peut-être pour ça que je fais l’acteur... » Gérard ne s’est jamais mis sérieusement à un instrument, sauf... au tambourin : « Il faut quand même savoir suivre le rythme, je m’éclate avec ça ! » Mais leurs deux fils font carrière dans la musique. Léo, le cadet, est DJ, tandis que Manu, l’aîné, s’est fait une place

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sur la scène blues-rock. C’est ce dernier qui, au départ, a lancé ce défi à son paternel : « Depuis longtemps, il déballait des trucs très marrants sur l’actualité, à table, en famille. En déconnant, je lui disais qu’il fallait qu’il monte un groupe de punk. » Et puis, le premier confinement « dur » est arrivé. Enfermé dans son studio, Manu a composé sept musiques d’un coup, en une nuit : « J’ai dit à Gérard de reprendre ses calepins, et de construire des textes de chansons. C’est super ludique, parce qu’une chanson, c’est trois minutes, deux ou trois couplets, une idée forte pour le refrain. On voulait faire un projet accessible, populaire, pas aller dans un truc trop obscur ou intellectuel, parce qu’on aurait perdu les gens. » Gérard avait déjà écrit pour plusieurs musiciens, notamment Calvin Russell, monument texan du blues dont Manu a composé et produit l’ultime album studio, en 2009. Ainsi sont nées dix chansons : « c’est un constat social, dû à l’année passée. J’ai eu envie de parler des problèmes qui m’avaient percuté dans l’année ». Une chanson évoque par exemple les « gilets jaunes » : « Je les ai eus en bas de chez moi, c’est vrai qu’ils ont tout pété. Mais j’ai vu en face le mépris de ce jeune président qui dit : “Si tu veux un boulot, mets un costume et traverse la rue.” Un mec qui n’a plus rien, qui n’a pas de quoi payer un nounours à Noël à son gosse, on ne peut pas lui parler comme ça. » Une autre narre l’incompatibilité fondamentale entre un baby-boomer et la superficialité des nouvelles technologies : « Avec mon portable, je galère tous les jours pour savoir comment ça marche... » Une autre encore parle de religion : Ici-bas, qui donne son titre à l’album. Sur cette chanson, Abd al Malik est venu en voisin apporter une sorte de contrepoint. Manu

explique : « Quand on s’est penchés sur un texte sur la spiritualité, et que Gérard a pris le chemin de défendre son point de vue là-dessus, je trouvais intéressant qu’on ait aussi celui d’un pratiquant. J’ai demandé à Malik quel message il pouvait délivrer aux mômes qui décanillent et qui vont vers les extrêmes et la barbarie. C’est chouette, ce dialogue intergénérationnel qui s’installe entre eux au milieu de la chanson. » Un autre morceau raconte l’histoire d’une femme battue : « Parce que j’ai eu la chance de tomber sur des femmes fortes et exceptionnellement construites. C’est aussi un peu pour ma pote Marie Trintignant, qui

« En fait, c’est l’histoire de deux mecs qui s’estiment » Gérard

venait souvent à la maison et qui nous manque aujourd’hui. » Quand on lui fait remarquer que la chanson à message, surtout lorsqu’elle entre ainsi en résonance avec l’actualité, c’est un choix un peu casse-gueule pour une première, Gérard objecte : « À partir du moment où tu le fais avec ton cœur, ta sincérité, il n’y a rien de casse-gueule. On peut me baver dessus, moi je sais qui je suis. » Gérard espère maintenant reprendre le volant de son camion, ou pourquoi pas découvrir l’ambiance d’un « tourbus ». « Nous serons en tournée au printemps prochain, et à l’Olympia en mai 2022. Nous aurons ce souvenir en commun, celui d’une formidable aventure de deux mecs qui s’estiment, qui sont liés par le sang, mais surtout intellectuellement et vibratoirement. »

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DES MURS EN TOILE Antoine Stevens, peintre lillois qui monte, aime jouer avec les supports et les techniques. Il associe souvent la bombe à l’acrylique, pour travailler ses toiles un peu comme des fresques urbaines, desquelles ressortent des visages féminins. Rencontre dans son atelier, dans les faubourgs de la métropole nordiste. Textes A. Bloch, photos A. Stevens

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n périphérie de Lille, planté au milieu d’un quartier comme il se doit total look briques, un grand hangar. Une demi-douzaine d’artistes se partagent l’espace ; parmi eux, un peintre qui monte (fort) : Antoine Stevens. Si vous tapez son nom sur un moteur de recherche, ne soyez pas surpris par l’association de ses toiles à la biographie d’un obscur peintre du XVIe (siècle, pas arrondissement) :

au graffiti, en tombant sur des mecs qui en faisaient et en les accompagnant. J’étais plutôt naze en lettrage, ce n’était pas mon truc, donc assez vite, j’ai fait les personnages des fresques. » Progressivement, il expérimente toutes sortes de techniques (comme le feutre Posca), sur toutes sortes de supports : « C’était la grande époque de la customisation. » Puis il se dégote un atelier, dans une ferme du voisinage : « Je suis allé taper à la

Le côté artiste maudit ne m’intéresse plus « Aucun lien, mais il me pique la deuxième ligne sur Google. J’ai fait quelques recherches, je n’ai pas l’impression qu’il ait particulièrement marqué l’histoire de l’art... » Sans remonter aussi loin dans le temps, Antoine dessine tout de même assidûment depuis l’école primaire : « J’ai eu la chance d’avoir un instit passionné de peinture ; j’adorais ça. Et quand je retrouve les dessins que mes parents ont gardé, je me rends compte que je ne me débouillais pas trop mal. » Pour autant, il ne suit pas une voie académique : « J’ai juste continué à dessiner comme passe-temps au collège. Et au début du lycée, je me suis intéressé

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porte pour demander s’ils auraient un espace pour moi. Tous les week-ends, j’allais peindre là-bas, c’est arrivé comme ça. » À l’en croire, le lycée était « absolument laborieux », mais par la suite, il a rejoint brièvement les bancs de l’école Saint-Luc, à Tournai, dans la proche Wallonie belge : « Je dirais que tu as à peu près la moitié des artistes lillois qui ont fait un passage làbas. Je faisais du graphisme et de l’illustration, mais il y a aussi de la photo, de l’archi, du design... » Rapidement, il a dû faire un choix entre sa scolarité et ses premières expos collectives, et choisi les secondes. Et depuis, « je continue à apprendre


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Antoine Stevens expose dans le cadre du festival Lille Art Up!, du 24 au 27 juin 2021. Plus largement, il travaille avec les galeries Perahia et Outsider.

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tous les jours », ce qui explique qu’on le taxe régulièrement d’autodidacte. Sa technique se resserre progressivement sur un mélange de bombe et d’acrylique. Depuis, la première s’est un peu estompée derrière la seconde : « Maintenant, pour le fond, je viens travailler [...] quelques graffitis pour essayer de retrouver comme un mur dégueulasse sur lequel, ensuite, je vais peindre. C’est vraiment ça, le concept, mélanger ce côté un peu street, trash, avec des détails de peinture dite classique. » Les premières toiles qui le font vraiment connaître constituent en fait une longue série : Le Cri. À côté du « spray », on y trouve les coulures de peinture (faites sur l’instant, et non après coup) qui feront sa patte. Chaque toile repose sur une décomposition d’un même visage, le sien. Lequel se retrouve en trois à dix « exemplaires », poussant des cris, qui ne sont d’ailleurs pas tous de colère : « C’est le cri d’une génération », expliquait-il à l’époque. Désormais, quand on lui demande comment c’est venu, il répond en se marrant : « C’est venu de ce que je n’étais pas bien ! C’était une petite rébellion de mec de 20 ans et quelques, qui a des incertitudes, des galères, et un gros besoin d’exister. Ma mère y a vu de gros problèmes psychologiques, c’était compliqué de lui expliquer qu’en fait ça allait quand même à peu près, et que, justement, c’était une manière de sortir ce que

alternance, pour ne pas dire un grand écart, entre du gros rap français et de la musique classique, ou au moins classiquement instrumentale. « Quand je travaille les fonds, que ce soit à la bombe ou à la brosse, j’écoute des trucs un peu en colère, pour une histoire de mouvement et de côté brut. Ensuite, c’est un travail de détail, et je ne suis pas du tout dans les mêmes conditions. » Il travaille à partir de photos, « mais je ne cherche pas forcément à avoir le rendu exact, et parfois j’en mixe plusieurs, parce qu’un regard m’intéresse, mais pas une autre partie du visage ». Le regard, justement, est souvent le point de départ d’une toile. Il est parfois un peu égaré, nostalgique ; à l’inverse, il peut dans d’autres toiles se planter vigoureusement dans celui du spectateur. Dans les deux cas, pour des raisons différentes, il a souvent un petit quelque chose de fascinant. Mais revenons-en au processus : « J’y vais vraiment par couches successives, avec au départ une esquisse très basique et beaucoup de transparence, puis le relief arrive au fur et à mesure, et il se passe des choses. Il y a un côté... assez maîtrisé quand même, mais un peu aléatoire, notamment avec les coulures. » En principe, Antoine attaque plusieurs toiles de front : « Le fond et les teintes sont les mêmes, je les travaille avec la même palette, et pour moi, c’est un peu comme si c’était un seul grand tableau

Le confinement m’a sauvé d’une putain de période j’avais sur le cœur. D’ailleurs, ça a bien fonctionné. Enfin pas en termes de ventes, mais j’ai eu une petite reconnaissance d’artistes que moi, je respectais à fond. » C’était sans doute également, rétrospectivement, une forme d’exercice de style : de même que certains ont écrit quatre-vingt-dix-neuf fois la même histoire, comme dans l’ouvrage du même nom (de Raymond Queneau), Antoine peignait ainsi plusieurs fois le même visage. Et puis, à un moment, il a pris un tournant, en plusieurs temps. Sur le principe, déjà : « Le côté artiste maudit ne m’intéressait plus... » Surtout, les derniers « cris » laissent de plus en plus de place à la couleur. Puis le visage devient celui d’une femme : « Et je suis revenu au portrait, sans jamais l’avoir vraiment quitté, d’ailleurs. » Pour détailler son processus de création, en tout cas certaines étapes, Antoine a parfois évoqué le « flow », cet état de conscience altéré, quasiment dissociatif, que décrivent surtout, habituellement, des sportifs de haut niveau (parfois sous le nom de « zone »). Il explique : « J’ai été sportif à une époque, je faisais du karaté en plus de la peinture, et à un moment, il n’y a plus eu de place pour les deux. Peut-être que ça vient de là, parce qu’il y a un peu le même focus. Beaucoup de réflexion avant, plus vraiment pendant. Une fois que je suis à l’atelier, les heures ne comptent plus, impossible d’être déconcentré. » Tout au long du processus, il reste porté par la musique. Pas celle de la playlist familiale, sur laquelle il tombe involontairement sur les musiques de dessins animés pour enfants. Mais une

avec plusieurs portraits dessus. » Il a commencé par les bosser deux par deux, qui pouvaient se répondre, ou pas vraiment. Désormais, il les entame régulièrement quatre par quatre : « Il n’y a pas si longtemps, j’en avais une dizaine en cours. Et le dernier vraiment grand format que j’ai fait, je l’ai laissé dormir, si je ne dis pas de bêtise, pendant quasiment une année. » Il y a deux ans, Antoine s’est retrouvé un peu rincé, une sale période : « Et puis, l’année dernière, confinement. Il m’a sauvé la vie, sauvé de la putain de période dans laquelle j’étais. Je me suis retrouvé avec mes enfants, avec ma femme, à la maison. Il faisait super beau, et d’un seul coup, tout allait mieux. » Antoine retombe sur de la vieille encre et des plumes de calligraphie, avec lesquels il dessine sur papier : « Des petites expériences. » Il ressort des craies, des brosses, fait de l’aquarelle. Et même de l’huile, moins spontanée, ne serait-ce qu’en raison des temps de séchage. Sur ses dernières toiles, le fond intègre des éléments végétaux, comme des empreintes de fougères. Les cadrages évoluent aussi, laissant parfois apparaître des mains, cauchemars de nombreux peintres. D’autres paramètres bougent : « Aujourd’hui, je vais avoir tendance à laisser l’esquisse très légère, et à travailler les ombres et les coulures. Je me laisse plus de liberté, quitte à ce que les toiles ne sortent pas d’ici. » Et de conclure : « J’ai tendance à changer pas mal de direction, et je passe sans doute pour un mec qui ne sait pas encore tout à fait où il va... Mais en même temps, ce n’est pas complètement faux ! » Un artiste à suivre, donc.

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FAITES VOS JEUX Caroline, Koumba et Axelle ont en commun d’avoir la vingtaine, et de pratiquer des sports féminins qui passent trop souvent sous les radars. Mais aussi et surtout d’être « médaillables », peut-être dès les JO de Tokyo, et en tout cas à ceux de Paris en 2024. Pour Followed, elles reviennent sur leurs débuts, leurs meilleurs souvenirs, leurs coups durs et, bien sûr, leur préparation olympique. Texte A. Bloch, photos J.-P. Loyer

Nos trois athlètes portent des vêtements Claudie Pierlot et des montres Michel Herbelin.

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RUGBY Caroline Drouin

ertains m’ont vue arriver dans le rugby un peu avant mes 20 ans, et gravir rapidement les échelons. Ce dont ils n’avaient pas conscience, c’est que j’avais commencé beaucoup plus jeune, à 6 ans ! C’est là que tout s’est joué : sinon, je ne pense pas que je pourrais être à ce niveau aujourd’hui. À l’époque, je jouais avec les garçons, et c’est un meilleur niveau, on ne va pas se le cacher. Mais c’est aussi la raison pour laquelle j’ai arrêté à l’adolescence, pour me tourner vers le handball : comme jeune fille, j’avais besoin de me retrouver dans une équipe exclusivement féminine. Avec le hand, j’ai retrouvé beaucoup d’aspects du rugby, qui m’ont permis de me sentir super bien, et d’avoir des facilités. J’ai fait en sorte de continuer à progresser sur certains secteurs, comme les appuis, la lecture du jeu... Mais il y a une chose qui me manquait, c’est le contact : il y en a aussi au hand, mais ça n’a rien à voir avec un plaquage ! Plus tard, pour mes études, je suis « montée » à Rennes... qui a un club de rugby féminin. Je joue au rugby à sept et à quinze. Un seul sport, mais deux disciplines complètement différentes [il existe aussi le rugby à dix, NDLR]. À sept, c’est moins stratégique, et ça laisse plus de place à l’instinct : on peut prendre le ballon et jouer pour soi. Mais c’est aussi plus exigeant physiquement : il faut enchaîner plus de tâches, ce qui est logique, puisqu’il y a moins de postes. Plus collectif, le quinze est rude aussi, mais la fatigue n’est pas du tout la même. Cette année, il devait non seulement y avoir les JO (à sept), mais aussi la coupe du monde (à quinze), qui a été reportée à l’année prochaine, ce qui me laisse cette fin de saison avec le sept, puis le temps de travailler le quinze. Sauf qu’en 2022, il y aura aussi la coupe du monde à sept. Au final, ça ne changera donc rien au challenge de basculer d’une discipline à l’autre ! En équipe de France, mon meilleur souvenir jusqu’ici reste sans aucun doute la coupe du monde (à sept) à San Francisco, en 2018.

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Un super tournoi, l’osmose dans le groupe était incroyable, on avait un peu l’impression de survoler le terrain. On a terrassé le Canada sur le dernier ballon, et l’Australie, pareil. Pour la finale, contre la Nouvelle-Zélande, on n’était pas les favorites, mais on n’avait rien à perdre. Le score a été ce qu’il a été (0-29), mais on a décroché la médaille d’argent et, émotionnellement, c’était incroyable. Et puis, quelques mois plus tard, pendant la tournée d’automne (à quinze, cette fois), on a remporté la toute première victoire française contre les Black Ferns [l’équipe féminine néo-zélandaise, NDLR]. On a eu la chance, dans un stade archiplein, avec une ambiance folle, de jouer ce qui se faisait de mieux au monde. Et de gagner ! Le contexte sanitaire n’a pas été simple à gérer pour moi. Tous nos tournois ont été annulés, on était à la maison, on avait l’impression de perdre notre temps, et on ne savait pas si les JO allaient avoir lieu ou pas... Cette pause a fait réfléchir tous les sportifs, à commencer par moi ! On se rend compte que le sport peut disparaître, et ça m’a mis un petit électrochoc sur l’importance de l’après-carrière, alors j’ai pris le temps de travailler là-dessus. Finalement, on a quand même pu s’entraîner correctement, parce qu’on a eu des dérogations. Mais ce qui rend les choses compliquées, et occasionne une certaine frustration, c’est que les Jeux vont arriver très vite, et qu’on aura très peu « matché » à l’international : depuis dix-huit mois, on n’a pas pu jouer contre un certain nombre d’équipes, notamment de l’hémisphère Sud. En ce moment, on entre dans la dernière phase d’entraînement physique, qui est vraiment l’aboutissement de la préparation : on essaie de se muscler au maximum, pour être plus fortes et plus légères, et donc plus puissantes et explosives. Mais d’abord, il faut qu’on décroche un ticket pour Tokyo : le dernier tournoi de qualification olympique (TQO) aura lieu le 20 juin à Monaco. Il reste deux places à prendre...


« Participer à des Jeux, c’est le Graal » Followed Magazine 77


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« Mon point fort, c’est l’explosivité » 78 Followed Magazine


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LUTTE Koumba Larroque

9 ans, j’ai suivi l’exemple de mes deux grands frères : j’allais souvent les récupérer après l’entraînement, avec ma mère, et ça m’a plu. Les hommes ont le choix entre la lutte gréco-romaine (qui limite les prises au haut du corps) et la lutte libre. Ce qu’on appelle la lutte féminine équivaut à la lutte libre, c’est-à-dire qu’on a le droit aux attaques aux jambes. Il y a des catégories de poids : les plus légères sont plus rapides, alors que dans les plus lourdes, ça se joue beaucoup à la force. Dans ma catégorie olympique, il faut peser au maximum 68 kg. Longtemps, mon poids de forme était de 72 kg, donc je devais faire des régimes avant les pesées et, forcément, j’étais fatiguée. Maintenant, 68 kg, c’est devenu mon poids de forme. Et je sens vraiment la différence : j’ai beaucoup plus d’explosivité. Ma plus grosse année, c’était 2018, parce que je luttais dans plusieurs classes d’âge en parallèle. J’ai été championne d’Europe en moins de 23 ans, championne du monde junior, etc. Puis il y a eu les championnats du monde senior. J’ai remporté tous mes matchs, jusqu’à la finale. Là, je suis montée à 4-0, puis 6-1, mais l’Ukrainienne m’est passée derrière et m’a enchaînée au sol : je me suis cassé un truc dans le genou, et elle est remontée à 6-15. Contre l’avis des médecins et de mon entraîneur, j’ai continué, et j’ai terminé à 10-15. Vice-championne du monde senior, c’est ma meilleure performance jusqu’ici, sauf que le lendemain, j’étais en fauteuil roulant. J’ai dû me faire opérer et, en plus, j’ai fait une allergie à l’anesthésie, donc j’ai mis encore plus longtemps à m’en remettre. Six mois après mon opération, j’ai recommencé très doucement la lutte. Je suis partie en stage à Cuba, mais j’ai dû me faire rapatrier, parce que ça n’allait pas du tout. Il m’a fallu presque deux mois de plus avant de reprendre la compétition. Et je n’ai pas réussi à me qualifier pour les JO lors des championnats du monde. Après l’annonce du report, je me doutais fortement qu’il y aurait de

nouveaux tournois de qualification, alors, malgré le confinement, je n’ai jamais arrêté la préparation. Donc, pour moi, la crise sanitaire est plutôt bien tombée : elle m’a permis de récupérer un peu et de me préparer au mieux. Et ça a marché, puisque je me suis qualifiée pour les JO en mars dernier [à Budapest, dans la salle où elle s’était blessée, NDLR], avant de redevenir championne d’Europe. En ce moment, je suis en plein stage de préparation physique, six jours sur sept. Ensuite, je partirai en stage à l’étranger, comme je le fais une ou deux fois par mois ces derniers temps, parce que je n’ai pas beaucoup d’adversaires féminines en France. Un combat, c’est deux périodes de trois minutes, avec une pause de trente secondes au milieu. Sachant que, dès qu’il se passe une minute sans point, il y a un avertissement de passivité pour une des deux. Généralement, je suis celle qui marque le point en premier : si ce n’est pas sur une action, c’est sur cette fameuse passivité. Ensuite, si je mène à la pause, je vais être beaucoup plus défensive qu’en première période. Globalement, c’est dans la préparation des attaques que je suis forte, plus que dans les attaques elles-mêmes. Et puis, je suis rapide et explosive pour ma catégorie de poids. C’est sur l’endurance que j’ai encore un peu de travail. Mo n e nt r a î n e u r, No d a r Bokhashvili [un lutteur géorgien, NDLR], est comme un membre de ma famille. Après ma blessure, c’était super compliqué, et il y a même un moment où j’ai pensé à arrêter. C’est vraiment lui qui m’a soutenue dans cette période de déprime et de galère, qui a quand même duré presque un an : je pense que c’est la seule personne qui a cru en moi tout du long. Je m’isole beaucoup avant une compétition, je suis dans mon coin et je ne parle à personne, donc c’est lui qui dit à chaque fois : « Avec elle, il faut que tu fasses plus attention à ci ou ça... » Ça marche super bien, parce qu’il me donne seulement les informations indispensables, sans me dire trop de choses : sinon, ce serait un peu relou !

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BMX Axelle Étienne

uand j’étais toute petite, je faisais de la danse, mais j’en ai eu marre, et à 8 ans, j’ai voulu faire du BMX, comme mon frère. Je crois bien que je suis la seule fille à avoir décroché les trois titres juniors [la même année, NDLR], de championne de France, d’Europe et du monde. Maintenant, je suis en catégorie élite, la plus haute, et on roule sur un format dit Supercross : ça va vite, c’est dangereux, et la grosse particularité, c’est que le circuit comporte une butte de 8 mètres de haut. Dans le BMX, il y a ceux qui font des courses, comme moi, et ceux qui font du freestyle [des figures, NDLR]. On se suit parfois un peu sur les réseaux sociaux, mais il n’y a pas plus de liens entre les deux BMX qu’avec le VTT, par exemple : ce sont vraiment des disciplines totalement différentes. L’année 2018 a été très compliquée pour moi. Je me suis blessée une première fois à l’épaule et, en voulant revenir trop vite, je suis retombée sur la même épaule. Je pense que c’était une erreur, parce qu’au final, c’était une saison gâchée : je n’ai fait que le championnat de France, et encore, j’arrivais à peine à lever le bras. Ensuite, le processus pour m’en remettre a été très compliqué parce que, comme j’étais tombée en saut, j’avais des séquelles au niveau mental : mon corps ne voulait plus sauter, il tremblait tout seul en entraînement. Jusqu’au championnat du monde 2019, en Belgique. Au début de la course, c’était un peu dur, mais au fur et à mesure des tours, ça allait de mieux en mieux. J’avais moins de stress, je me faisais super plaisir sur la piste, je n’avais vraiment que des bonnes sensations. Et ça a marché. J’ai fini troisième. Vu les moments par lesquels j’étais passée, c’était incroyable. Je pense que je n’ai jamais été aussi heureuse après une course. C’est vraiment difficile de gérer le risque de blessure, d’autant plus que ce n’est pas forcément de notre faute : on est huit sur la piste, donc quelqu’un peut nous faire tomber ou tomber juste devant

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nous. C’est déjà un sport dangereux en général, mais en plus, il y a des filles très agressives, qui ont tendance à accélérer fort, à donner des coups de coudes... Tous les coups sont permis. Mon profil à moi a évolué avec le temps. J’ai toujours eu des bonnes fibres musculaires, mais j’ai progressé sur la souplesse. Ça m’a rendue encore meilleure niveau puissance, dans la poussée de mes bosses. Techniquement, j’ai beaucoup progressé, et ma peur des sauts a beaucoup diminué. Le confinement m’a laissé un an de plus après ma grosse blessure, et donné l’occasion de travailler plein de petits détails. Ça m’a fait beaucoup de bien ! Maintenant, il faut encore que je travaille la tactique, le placement par rapport aux adversaires. C’est compliqué à travailler, parce que les pistes sont toutes complètement différentes. Les bosses changent tout le temps, comme les virages, la longueur des lignes droites, et même le revêtement. Les fameuses buttes réglementaires de 8 mètres ne sont jamais les mêmes non plus, parce qu’elles n’ont pas toutes la même inclinaison. Entre deux compétitions, je fais deux entraînements par jour, toute la semaine. J’alterne entre les sprints, la musculation en salle, les séances techniques sur piste, et les entraînements énergétiques, pour avoir plus de cardio et d’endurance. Progressivement, je vais faire un peu moins de musculation, puis ce sont les entraînements qui vont être un peu moins intenses, pour être plus en forme. Quand on me dit que je serai surtout au top pour les JO de Paris, je trouve ça un peu bizarre, parce que je me sens prête. C’est vrai qu’il y a forcément un âge où ça doit marcher, mais si on peut marcher plus tôt que prévu, autant gagner du temps ! D’autant plus que c’est un sport dangereux, intense, et qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. J’ai encore beaucoup de belles années devant moi en BMX, mais en ce moment, je me sens vraiment bien. Après, je ne suis pas encore qualifiée pour Tokyo, alors on verra bien ce qui va se passer. Ou pas, du coup !


« En course, tous les coups sont permis » Followed Magazine 81


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Quand rien n’est laissé au hasard Quand Tadej Pogacar remporte le Tour de France, il est seul sur son vélo. Mais que cela soit pour sa monture ou son équipement de cycliste, des dizaines d’ingénieurs travaillent pour l’y aider. Et quand cela compte un peu pour lui, ça peut compter beaucoup pour vous. Démonstration chez son fournisseur de casques, MET. T�te F. Montfort, phot� MET Helmets

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dmettons que vous soyez un bon cycliste, le genre bien entraîné, nourri à la viande et au lait, bref affûté comme une dague pour reprendre Benoît Poelvoorde dans Le Vélo de Ghislain Lambert. Il est admis que, dans ce cas, vous devez développer une puissance de 4 W/kg soit, pour un énergumène de 78 kg, environ 280 W, alors qu’un cycliste non entraîné ne va, lui, développer qu’environ 150 W. Mais comme toute puissance, elle doit être exprimée en fonction d’une durée. Si vous pouvez développer 280 W de moyenne, vous devez sans doute, lors d’un sprint entre copains, atteindre les

1 000 W durant quelques secondes. Bravo. Mais ne faites pas le fier, un pro va dépasser les 400 W sur plus de trente minutes d’ascension et les meilleurs pistards, tel Chris Hoy, maintenant retraité, sont capables de tordre des pédaliers en leur infligeant plus de 2 500 W de puissance durant quelques secondes. Vu comme cela, le cyclisme est un drôle de sport, où la performance peut réellement être quantifiée et où le moindre gain est recherché. Aussi, quand votre vélo ou votre casque peut vous faire gagner quelques unités du watt tant souhaité, tout le monde fonce. Et, croyez le ou non, dans cette quête, un casque peut jouer un rôle non négligeable.

L’idée est que les gains aérodynamiques ne soient plus marginaux Followed Magazine 83


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La majorité des utilisateurs ne soupçonne pas tout le travail réalisé pour développer un casque de course cycliste Nous avons profité du lancement du nouveau casque route de chez MET, le Manta, pour comprendre comment un équipementier pouvait participer aux succès de ses athlètes professionnels, et donc améliorer les performances de ses clients.

Deux objectifs : protéger le cycliste et améliorer la performance La priorité d’un casque de vélo, c’est de protéger la tête en cas de chute sur le bitume. Car le bitume, c’est dur ! Pour cela, le casque doit proposer une structure rigide qui va répartir l’énergie résultant du choc sur la plus grande surface possible, doublée d’une zone de déformation assurée par la mousse intérieure en EPS. De la sorte, le crâne du cycliste ne va pas subir l’impact à un seul point, mais uniformément sur la plus grande surface possible pour lui éviter de céder. Dans cette version Manta MIPS, MET ajoute une dernière couche, une fine calotte entre la tête et le casque, pouvant bouger sur environ 10 mm afin de réduire l’accélération transmise au cerveau en cas de glissade. C’est le fameux système MIPS, qui ne joue aucun rôle sur les chocs directs mais préserve l’intégrité du cycliste en cas de choc dit rotationnel. Selon les tests réalisés pendant le développement du casque, sur un impact ne devant pas transmettre plus de 250 g de décélération selon la réglementation, le mannequin n’en subit finalement qu’une centaine. Mission remplie. L’autre objectif d’un modèle de route que beaucoup de coureurs vont utiliser aussi en compétition, c’est d’assurer d’excellentes performances. On y vient. Il faut donc qu’il soit le plus léger possible, tout en assurant sa première mission, être aussi suffisamment aéré pour garantir un confort correct à son porteur,

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sans dégrader sa capacité à dissiper l’énergie, si possible doté de fentes pour y glisser les branches des lunettes de soleil... et bénéficier d’une finesse aérodynamique idéale pour ne pas freiner l’effort. Et c’est là que les choses sont très intéressantes. Entre la prise d’air NACA supérieure, reprise de l’aviation et de l’automobile, les évents frontaux et l’extracteur arrière, le Manta offre la meilleure aérodynamique du moment.

Chaque watt gagné aide Tadej... et vous Développé dans la soufflerie du laboratoire Newton à Milan, ce casque de route a ainsi bénéficié de toutes les attentions nécessaires pour remplir ses différents objectifs, et surtout des modélisations et des calculs informatiques adaptés. Pour faire simple, son aérodynamique, aidée par le dessin de sa coque, la forme de ses canaux de ventilation et aussi par des sangles de maintien qui doivent être les plus fines possibles et surtout positionnées au plus près des joues (grâce aux passages dans le casque), permet de gagner de 3 à 4 W par rapport au modèle précédent, en fonction de l’inclinaison de la tête, donc de la position du coureur. Les mêmes gains ont aussi été mesurés par rapport à la moyenne des modèles concurrents déjà bien profilés, aux vitesses de 33, 50 et 80 km/h, sans vent latéral. Ce qui correspond aux moyennes relevées pour une allure normale, un peloton un peu énervé et un sprint de tarés. Mais attention, ce gain est permanent, que l’effort dure trente secondes ou quatre heures. Sur une sortie d’un après-midi, cela peut représenter jusqu’à 2 % de la puissance moyenne requise. C’est ce qui rend le gain non négligeable, pour vous comme pour Tadej Pogacar. L’énergie, comme on le sait tous, ça ne se gâche plus de nos jours.


La forme du casque est primordiale pour assurer de bonnes performances aérodynamiques, mais il ne faut rien négliger. Les aérations, les trous pour loger les lunettes et, surtout, les sangles de maintien, qui doivent toujours être au plus près des joues.

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DÉJÀ UNE LÉGENDE

En remportant en même temps, sur les Champs-Élysées, les trois maillots du meilleur jeune, coureur et grimpeur, soit les tuniques blanche, jaune et à pois, Tadej Pogacar est entré dans la légende du cyclisme moderne. Le jeune Slovène, qui vient de faire son plus beau début de saison cette année, sera l’un des favoris à sa succession le 18 juillet prochain à l’arrivée du Tour de France 2021. Avant de s’envoler pour Tokyo briguer un titre olympique sur route. Le surdoué est descendu quelques instants de sa selle pour répondre à nos questions. Propos recueillis par C. Boulain, photos U. Daessle

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ous les amateurs de cyclisme s’en souviennent. Il faut dire que l’avant-dernière étape du Tour de France 2020 aura été du genre marquante, de celles que ni les spectateurs, devant leur téléviseur ou sur place, ni les protagonistes du drame, ne peuvent oublier facilement. Comme le contre-la-montre final de l’édition 1989, quand l’Américain Greg Lemond coiffait le Français Laurent Fignon, pour ne le devancer finalement de seulement 8 secondes au classement général. L’an dernier, l’écart était plus important, mais la dramaturgie aussi intense. Favori, le Slovène Primoz Roglic, numéro un mondial et ancien sauteur à skis, aborde cette avant-dernière étape avec près d’une minute d’avance sur son seul vrai rival pour la plus haute marche de la boîte, le lendemain sur les Champs : son jeune compatriote Tadej Pogacar. Celui-là même qui, depuis trois semaines, régale les amateurs pour sa première grande boucle. Cela fait dix-huit mois que Tadej est passé pro et beaucoup voient en lui la future star du cyclisme mondial, le jeune parmi les jeunes, celui qui fera passer les trentenaires pour des has been. Et ce contre-la-montre va le confirmer : Roglic dévisse, casque de travers, changeant comme il peut de vélo au pied de la Planche des Belles Filles, quand Pogacar le fait sereinement, sans s’affoler, développant son art sans accroc, sans s’inquiéter ni même forcer. À ceux qui crient au loup à l’arrivée, son entraîneur répliquera que, ce jour-là, Tadej n’a même pas délivré la puissance moyenne dont il est capable : ça fait mal. Avec, à l’arrivée, un minot de 21 ans mettant plus d’une minute vingt à Tom Dumoulin, grand spécialiste du contre-la-montre, et près de deux minutes à Roglic, le favori éreinté. Les connaisseurs l’avaient prédit, ils ne s’étaient trompés que de quelques années, Pogacar devenant le plus jeune vainqueur du Tour d’après guerre. Dans un cyclisme moderne en pleine révolution, avec de jeunes stars en pleine ascension de toutes les nationalités, colombienne (Egan Bernal), hollandaise (Mathieu Van Der Poel), belge (Wout Van Aert) ou anglaise (Thomas Pidcock), Tadej Pogacar sort du lot, même s’il ne se pense pas vraiment supérieur. Sauf que depuis sa victoire en jaune en 2020, le natif de Komeda, en Slovénie, né il y a vingt-deux ans maintenant, a accumulé les victoires. Alors qu’il n’avait gagné que deux courses en 2019 pour sa première saison pro, le Tour de Californie et celui de l’Algarve, il en a déjà remporté trois en 2021, sur les seuls quatre premiers mois. Vainqueur du Tour des Émirats arabes unis (pays de son sponsor titre), de la Tirreno-Adriatico devant Van Aert, Landa et Bernal, puis de Liège-Bastogne-Liège devant notre Julian Alaphilippe national, Tadej pointe à la seconde place mondiale derrière Roglic, à quelques semaines de ses deux grands rendez-vous de l’année, le Tour de France et les jeux Olympiques, qu’il pourrait bien remporter. Rencontre avec un cycliste humble et passionné, qui veut avant tout s’amuser sur un vélo. Rafraîchissant.

Entretien Qu’est ce qui vous a poussé à devenir coureur cycliste professionnel ? C’était pour ressembler à vos idoles ? Pas vraiment, tout simplement parce que je ne suis pas comme cela, à admirer des sportifs, à être fan. Je respecte la performance et le travail, mais ce n’est pas pour cela. En fait, j’aime l’idée de rouler à vélo tous les jours, dehors, dans des paysages variés, au grand air. Même quand il pleut. De rencontrer des gens aussi, plein de gens intéressants. Et ce métier me le permet toute l’année. Quand vous avez gagné le Tour de Californie, l’an dernier, alors que vous n’aviez même pas 21 ans (l’âge légal pour boire de l’alcool dans cet État américain), vous vous êtes vu remettre un ours

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en peluche plutôt qu’une bouteille de champagne. Est-ce que le fait de battre tous les records de précocité a toujours un effet négatif ? Toute cette histoire est fausse, en fait. L’ours a toujours été donné aux vainqueurs, comme une bouteille de vin et quel que soit leur âge. Mais je ne pouvais pas la conserver car je reprenais l’avion tout de suite après : donc je l’ai laissée. Cela dit, j’ai ramené l’ours, qui plaît beaucoup à ma petite amie. On vous compare parfois à votre compatriote Primoz Roglic, qui est en fait plus âgé que vous (de neuf ans). Où vous voyez-vous au même âge, à 30 ans ? Je ne sais pas vraiment, je ne me pose pas la question. Je vis juste l’instant présent, je cours


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« LE DOMAINE DANS LEQUEL JE VAIS LOGIQUEMENT LE PLUS PROGRESSER ? C’EST LE MENTAL » toujours comme je le peux, tant que j’ai l’envie. En fait, tant que je m’amuse, je me vois sur un vélo. Je n’ai pas de plan de carrière ou d’objectifs à atteindre, ni même de coureurs à battre. Devancer Primoz Roglic, Slovène comme vous, n’était pas un but ? Je prends le départ de courses cyclistes pour les gagner, que cela soit devant Primoz ou un autre coureur. Même si je n’ai pas grandi avec des idoles, Roglic fait évidemment partie de ceux auprès de qui on s’étalonne, que l’on veut battre parce que cela veut dire que vous faites partie des meilleurs. Après, nous sommes tous les deux slovènes, nous sommes rivaux, mais pas ennemis. Je pense même que l’on peut avoir des amis dans le peloton, même si vous ne courez pas pour la même équipe. Notre job est de gagner, de défendre les couleurs de notre équipe ou de notre pays, mais on peut quand même aller boire une bière ensemble après. Et le Tour de France, ce n’était pas un objectif ? Le Tour est le Tour. Mais il y a tant de courses à faire, tant de courses que je veux gagner... On va dire que

le Tour est la plus importante de toutes les courses cyclistes, mais il n’y a pas que lui. Par exemple, je n’ai jamais couru le Tour de Lombardie dans la catégorie reine. Je n’en ai pris le départ qu’une seule fois, en moins de 23 ans. Donc cette course est la première qui me vient en tête et sur laquelle je veux m’aligner en visant la victoire. Tout simplement. Après, le Giro est aussi une course que j’aimerais faire, et remporter évidemment. Beaucoup de cyclistes de mon pays roulent en Italie, il y a même une étape cette année qui passe par la Slovénie, alors j’ajoute le Giro. Mais je ne le fais pas cette année, il n’est pas à mon programme. Dans quel domaine pensez-vous avoir le plus à gagner dans les années à venir, la puissance, le physique, ou bien la stratégie, le mental ? Tout ce que vous citez est important. Dans le cyclisme moderne, tout compte. Mais je dirais que mentalement, il y a beaucoup à gagner. Nous apprenons tous les jours, de la vie, de nos erreurs, donc nous progressons tout le temps. Une fois cela admis, mentalement, c’est évident, je vais continuer à progresser, ce qui va me servir particulièrement sur les épreuves de contre-la-montre. Pour me motiver,

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« POUR LE TOUR 2021, NOUS SOMMES UNE BONNE DIZAINE À JOUER LA GAGNE » trouver et garder le bon rythme. L’autre domaine dans lequel je vais et je dois m’améliorer est la descente, car je ne suis vraiment pas le meilleur dans cette partie. Je perds trop de temps dans les descentes, temps que je dois récupérer ensuite en montée. Il y a toute une génération de jeunes coureurs qui émergent en ce moment, vous évidemment, mais aussi Van Der Poel, Van Aert, Pidcock, qui viennent jouer avec les favoris, les Roglic, Yates, Alaphilippe... Qui sera votre principal rival sur le Tour 2021 ? On le voit depuis le début de l’année, beaucoup de coureurs sont en forme, et vous en avez cité une bonne partie. Je serais bien incapable d’en sortir un du lot, surtout sur cette épreuve si longue et délicate. Je dirais qu’une dizaine de coureurs peuvent aujourd’hui prétendre à la victoire finale. Nous verrons le 18 juillet sur les Champs-Élysées. Dans le cyclisme moderne, tout compte, même ce qui peut faire gagner une petite seconde sur une étape de 200 kilomètres. Comment travaillez-vous avec vos partenaires, vélos (Colnago) et accessoires (MET, Scicon), pour optimiser cela ? En effet, tout est important, et pas seulement le vélo. Il y a beaucoup à gagner sur les vêtements, les lunettes et le casque ; tous ces accessoires jouent un rôle sur la performance. Et j’ai la chance que tous mes sponsors s’impliquent à fond pour

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me donner les meilleurs produits en fonction de l’épreuve, de la température et du parcours. Vous êtes souvent sur un vélo. Mais que faites-vous quand ce n’est pas le cas ? Je lis des livres, mais malheureusement pas assez selon moi. Je regarde aussi des films et des séries sur Netflix, mais là encore je dois avouer que ça n’arrive pas souvent, surtout en ce moment. En fait, je passe beaucoup de temps sur le vélo. J’aime évidemment voir mes proches, avec ma petite amie. Mais entre les entraînements, les déplacements, les courses et les contraintes liées au protocole Covid, les occasions sont rares [deux tests positifs au Covid, sur un coureur et un encadrant, ont obligé l’équipe Team UAE à annuler sa participation à la Flèche wallonne cette année, même s’ils se sont ensuite révélés négatifs, NDLR]. Quels sont vos rêves ? De faire partie d’une équipe pro cycliste, de faire des courses de vélo dans le monde entier, et de gagner le Tour de France. Mais vous avez déjà accompli tout ça. Que reste-t-il ? S’améliorer tous les jours, rouler à vélo tous les jours, et prendre le départ de courses avec l’envie et les capacités de les gagner. C’est bien, non ?


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À la découverte des trésors du Jura Depuis l’an dernier, nous sommes nombreux à redécouvrir les trésors français, ces régions plus ou moins reculées qui recèlent des paysages et des traditions qui valent la peine de s’y attarder. Nous avons choisi dans ce numéro de repartir visiter les contrées du Jura français, entre Dole, Arbois, Lons-le-Saunier et Saint-Claude, dans le parc naturel du Haut-Jura. En Land Rover Defender pour ne jamais hésiter à pousser l’exploration toujours un peu plus loin. Texte A. Poupin, photos C. Boulain

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À une vingtaine de kilomètres au sud de Lons-le-Saunier, les vestiges du château médiéval de Présilly.

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Les vignobles d’Arbois, comme ceux de Château-Chalon, produisent des raisins de qualité que l’on retrouve aussi bien dans des rouges que dans des blancs ou du vin jaune typique de cette région.

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epuis des mois, nous n’entendons parler que des vins du Jura, des jaunes, des blancs, des rouges et des sous voile, élevés du côté de Château-Chalon ou Arbois. Aussi, à l’heure de choisir quelle région de France allions-nous vous emmener visiter dans cette période troublée, le Jura s’est naturellement imposé. C’est dans le sens nord-sud, depuis Dole, l’ancienne capitale de la Franche-Comté où est né Louis Pasteur (fameux inventeur du vaccin contre la rage), que nous avons décidé de rouler. Au volant d’un nouveau Land Rover Defender, au cas où, faute de route, nous devions emprunter un chemin non carrossé. Parce que ce n’est pas une légende, un Defender ça passe partout, même cette nouvelle génération. Non loin de Dole, à moins de 15 kilomètres au sud-est, se dresse Arbois. Pasteur y a aussi vécu, mais ce sont surtout pour ses vignobles que la ville est réputée. Avec des cépages comme le melon à queue rouge, l’ancêtre du très réputé chardonnay dont les Bourguignons font des merveilles, des grappes de trousseau pour les rouges, le Jura produit des vins élégants qu’il vous faut goûter si vous êtes un amateur (avec modération bien sûr). Même le pinot noir, cépage favori de la Bourgogne voisine en rouge, donne des choses sublimes ici. Et osez associer un étonnant vin jaune, vieilli six ans en barrique, avec un fromage du coin, un peu fort en goût, comme un comté 36 mois ou un Morbier 150 jours. L’accord est tout bonnement fabuleux. Mais n’abusez pas des bonnes choses, car nous vous conseillons de reprendre le volant. À quelques kilomètres de là, par une route qui se termine en lacets au milieu des arbres, se trouvent Les Planches-près-Arbois, et sa superbe cascade des Tufs. Le Jura est une région vallonnée, montagneuse même plus au sud, et irriguée de dizaines de cours d’eau, comme ici la Cuisance. Et cela donne de très jolies cascades, comme celle-ci ou près de Clairvaux, les fameuses cascades du Hérisson, dont les chutes culminent à plus de 60 mètres. Six fois plus que celle des Tufs.

Notre Land Rover Defender First Edition dans un sous-bois jurassien, entre Dole et Lons-le-Saunier. Prêt pour une balade en forêt.

Une des caves de vieillissement du domaine Grand, à Passenans. Ici, des vins jaunes du Jura prennent de l’âge avant d’être embouteillés à côté et dégustés aux quatre coins du monde.

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SPORT&LOISIRS La ville de Dole, un très bon point de départ pour visiter le Jura en partant vers le sud, Arbois puis Lons-le-Saunier. On y apprécie ses canaux, rencontre du Doubs et du canal du Rhône au Rhin.

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ole est à la fois le bon point de départ, et le bon endroit pour faire une pause après une journée de dégustation à Arbois. Pour y dormir, mais aussi pour s’y restaurer, avec deux belles adresses étoilées, les restaurants La Chaumière et le Château de Mont Joly, à Sampans, à 5 kilomètres du centre-ville. Mais Dole, on peut aussi décider d’y flâner, de visiter la collégiale Notre-Dame perchée sur la place Nationale, une superbe église érigée au XVIe siècle et classée monument historique depuis 1910, puis descendre vers le Doubs et le canal des Tanneurs. Il fait bon s’y promener, même en été grâce à la fraîcheur de l’eau, rencontre du Doubs et du canal du Rhône au Rhin. Mais prévoyez de bonnes chaussures, car les ruelles sont souvent pavées et moins plates qu’il n’y paraît. Et puis reprenez votre voiture, si possible un Land Rover essence de 400 ch, c’est un conseil d’ami, pour prendre direction du sud et Lons-le-Saunier, là où Rouget de l’Isle a sa statue, hommage au compositeur de notre hymne national. Et si vous avez du temps, prenez rendez-vous aux thermes Lédonia du centre-ville, pour un bain de jouvence : qu’il soit pour le plaisir ou pour se soigner, ça fait toujours du bien. La tentation de refaire un tour par Arbois sera grande, histoire d’y acheter quelques quilles à vieillir en cave, ou des fromages à Poligny, le village voisin. À moins que ça ne soit, pour nous, une bonne excuse pour faire des kilomètres en plus au volant de notre anglais fort plaisant. Ce remplaçant de l’historique Defender en aluminium, que l’on conduisait collé contre la portière, est un compromis magique de modernité et de tradition, le mélange que tout constructeur automobile souhaite un jour réussir. Surtout dans cette définition 100 % essence, que les taxes françaises veulent faire disparaître au profit de modèles hybrides ou hybrides rechargeables, disponibles dans ce modèle... heureusement pour Land Rover.

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La cascade des Tufs, non loin d’Arbois. Elle fait environ 10 mètres de haut sur 15 mètres de large. Si vous aimez le genre, allez admirer les cascades du Hérisson, près de Clairvaux-les-Lacs. Elles se composent de sept sauts, dont le plus haut dépasse les 60 mètres.

Notre monture pour ce road-trip dans le Jura, un nouveau Land Rover Defender, dans sa version de lancement First Edition, forte de 400 ch... 100% essence.

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Dans le massif du Haut-Jura, coincé entre la France et la Suisse, les paysages sont superbes. Quelle que soit la saison.

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A

près Lons, poussons encore plus au sud, vers la région des lacs et de la petite montagne comme on l’appelle. Clairvaux et sa base de loisirs nous font de l’œil, pour s’y prélasser ou faire naviguer un petit voilier radiocommandé : quand il y a un peu de vent, c’est génial et les enfants adorent. Avec, non loin, les très réputées cascades du Hérisson, 13 kilomètres à l’est, vers la Suisse voisine : incontournables avec sept chutes d’eau, sur 3,7 km de long et 255 mètres de dénivelé. Mais quitte à s’attarder sur des lacs, continuez plus au sud et bifurquez vers Meussia puis prenez à droite, vers l’ouest cette fois pour rejoindre la retenue de Vouglans. Un lac artificiel de 16 km2, terminé par le barrage EDF du même nom, que l’on peut longer sur certaines de ses rives, surplombant l’eau verte ou bleue selon l’inclinaison du soleil. Ensuite, dans notre périple, partons à la découverte du parc naturel régional du Haut-Jura, entre la France et la Suisse. Notre point d’entrée sera SaintClaude, une ville longtemps reconnue pour ses fabriques de pipes artisanales, qui ne sont plus très nombreuses aujourd’hui, et pour son savoir-faire dans la taille des diamants. Un musée y est d’ailleurs dédié, juste à côté de la cathédrale Saint-Pierre. Puis partez en voiture vers les stations de ski de la région, vers Lamoura ou Les Rousses, à la frontière suisse, et découvrez ces montagnes et ces forêts magnifiques. Surtout si vous avez un baroudeur du genre de notre Land Rover, à qui aucune route ou chemin ne fait peur. À condition de respecter les marcheurs, les cyclistes et les panneaux : en France, et encore plus en Suisse, on ne peut pas rouler n’importe où.

La retenue artificielle de Vouglans, non loin de Clairvaux-les-Lacs, donne à cette région son appellation : lacs et petite montagne.

Saint-Claude, perchée de chaque côté de la vallée. Jadis spécialisée dans la taille des diamants, puis dans la fabrication des pipes, la ville dépérit aujourd’hui.

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Nos adresses Déguster du vin du Jura au domaine Grand, 139, rue du Savagnin, 39230 Passenans Cascade des Tufs, Les Planches-près-Arbois Visiter la collégiale Notre-Dame à Dole, place Nationale, 39100 Dole. Et se promener le long du canal des Tanneurs pour finir dans le jardin des Chevannes Se promener autour du lac du Vouglans avant d’aller piquer une tête dans le grand lac de Clairvaux-les-Lacs Sillonner le parc naturel du Haut-Jura, puis rejoindre Saint-Claude, ses fabriques de pipes et son musée du diamant Et, pour les courageux, pousser dans le massif, vers Morbier et ses fromages fabuleux. À accompagner d’un vin jaune acheté à Arbois

Land Rover Defender First Edition Pour ce road-trip dans le Jura, nous avions donc choisi un nouveau Defender de chez Land Rover. Dans sa version First Edition (HSE), motorisée par un six-cylindres suralimenté de 400 ch associé à une excellente transmission automatique à 8 rapports et évidemment quatre roues motrices. Contrairement aux idées reçues, les consommations sont restées raisonnables, entre 12 et 15 l/100 km selon que nous faisions de la route, de l’autoroute... ou du franchissement. Avec ses sièges chauffants, ses immenses places arrière et son coffre gigantesque, le Defender nouvelle génération fut le compagnon idéal, son seul véritable défaut étant sa hauteur de plus de 190 cm (même suspensions au plus bas) qui lui interdit l’accès à nombre de parkings souterrains. Nous n’en avons fréquenté aucun. Land Rover Defender First Edition (HSE) : 400 ch, 91 200 €

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TOYOTA GR YARIS

MÉCANIQUE

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ÉTAT FIÉVREUX Les plus pessimistes prédisaient la fin des petites sportives avec l’arrivée du malus écologique. Les Peugeot 208 GTI, Renault Clio RS ou Volkswagen Polo GTI, c’était fini. Ils avaient raison, ces trois sportives emblématiques ont bel et bien disparu. Mais pas l’espèce, grâce à Toyota, qui a dévoilé en fin d’année dernière le plus beau spécimen du genre, la GR Yaris. Et franchement, s’il fallait n’en garder qu’une, c’est bien celle-là. T�te C. Boulain, phot� Mitchell

U

n léger picotement derrière les yeux, juste assez pour vous brouiller la vue. La nuque raidie, à vous rendre pénible le moindre mouvement de la tête, d’un côté comme de l’autre. Et des douleurs dans les articulations, avec cette impression de sentir battre son cœur entre ses tempes. Ça sent la fièvre, le mal de tête. Sauf que cette fois, ce ne sont ni JoeyStarr ni la police qui nous l’ont mise, comme le vociférait NTM dans les années 1990, mais une petite route normande pleine de virages, attaquée au volant de la nouvelle Toyota, la GR Yaris. Pourtant, généralement, ce ne sont pas 261 ch qui nous font cet effet. Le double, à la limite. Moins de trois centaines de têtes, c’est un cheptel à réserver à un SUV diesel, pas à une sportive. D’autant que les édiles de notre belle capitale française ont fait tellement de lobbying que le barème du malus « écologique », permettez que je l’écrive entre guillemets tant cela me fait mal d’associer ce mot à l’idée qu’ils s’en sont fait, a tant grandi qu’il est venu à bout de ces légères bombinettes, celles qui savaient nous émouvoir avec aussi peu d’étalons sous le capot. Logique, ces voitures se vendaient moins de 40 000 €, un montant que la taxe peut vite faire grimper de 25 %. C’est plus digeste sur des Ferrari ou des Lamborghini à 250 000 €. Bref, je ne croyais plus l’espèce en vie. Jusqu’à cette petite route normande.

Gazoo ne veut pas dire gazouiller Donc quand Volkswagen, Peugeot et Renault quittent le navire, non sans raison cela va sans dire, Toyota y monte. Et pas seul, puisque cette Yaris est baptisée GR pour Gazoo Racing, la branche sportive du géant nippon qui engage des voitures aux 24 Heures du Mans en catégorie hypercar, en championnat du monde des rallyes WRC et même dans le désert au Dakar. Ce ne sont pas des oisillons, chez Toyota GR : leur interprétation de la petite sportive ne fait pas dans la demi-mesure. D’accord, c’est une base de Yaris, mais avec un train arrière de Corolla pour y greffer un différentiel (c’est une

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quatre roues motrices) et pas mal d’équipements qui rappellent méchamment les monstres du WRC. Sébastien Ogier a d’ailleurs remporté son septième titre mondial des rallyes sur une Yaris l’an dernier. Mais n’allez pas croire que cette GR a vu le jour pour permettre au talentueux Gapençais d’homologuer sa nouvelle monture en course pour la saison 2021. Une évolution du règlement permet dorénavant de ne pas avoir à commercialiser une version dérivée de la compétition pour s’y aligner. Une simple Yaris hybride assemblée en France, à Valenciennes, suffisait pour cela. Donc Toyota l’a fait pour son plaisir. Et pour le nôtre ! Avec des recettes connues des amateurs de rallyes, comme les quatre roues motrices précédemment citées, des différentiels à glissement limité sur les deux trains (Torsen de série sur cette version Track), une répartition de couple entre les essieux variable grâce à une transmission centrale par embrayage multidisque piloté et un petit moteur suralimenté à l’ancienne, avec un gros turbo qui fait « pschitt » comme une canette de Coca à l’ouverture quand on lui tire sur les bielles. Qui sont au nombre de trois pour information, ce bloc étant un trois-cylindres 1.6 litre 100 % essence associé à une boîte manuelle à 6 rapports.

Une recette connue et éprouvée Pas mal de voitures de rallye des années 2000 avaient le même pedigree. Avec, évidemment, des voies élargies, de grandes jantes en alu forgé pour gagner quelques kilogrammes de masse non suspendue, des freins surdimensionnés avec des disques avant entrés au chausse-pied dans les jantes et pincés par des étriers à quatre pistons que l’on réserve généralement à des voitures capables de dépasser les 300 km/h, alors que la GR est limitée à 230 km/h, une vitesse qu’elle atteint rapidement avec ses rapports de transmission ultracourts. Et tout cela pour une masse totale sous la tonne trois, grâce entre autres à des ouvrants en alu et un toit en plastique renforcé par de la fibre composite carbone. Dans leur voiture, les Loeb, Ogier ou Tänak avaient à peu près la même chose. Avec, aussi, un frein à main relié à des tambours arrière spécifiques qui, quand on l’actionne, désaccouple la transmission aux roues arrière pour éviter de caler dans la glissade : ça fait mauvais effet. Ma fièvre a encore pris quelques degrés rien que d’y penser. Déjà, au démarrage, cette drôle de Yaris m’avait annoncé la couleur : un son grave, presque rauque, sortant de ses échappements, et un message au tableau de bord indiquant que tant que le trois-pattes n’est pas chaud... on ne peut pas lui chatouiller les soupapes. 261 ch dans 1.6 litre garantis trois ans ou 100 000 km, ça nécessite quelques précautions : Toyota les prend pour nous. Une fois à température, le moteur ne change pas de bruit, il change de comportement. Là, on peut enfin lui envoyer de l’air dans la turbine et voir de quel bois il se chauffe. Et ça devient géant.

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SUR AVIS ÉCLAIRÉ DU « DOCTEUR », LA BONNE POSOLOGIE

MÉCANIQUE


À part la position de conduite trop haute pour la majorité des conducteurs, cette GR Yaris est irréprochable. Les plus extrêmes trouveront juste qu’elle ne fait pas assez de bruit. Tant pis.

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Alors oui, on est assis trop haut, même en réglant l’assise au plus bas. Et oui, entre le rétroviseur intérieur et l’écran central, la visibilité n’est pas idéale. Si c’est ce que vous retenez de cette GR, c’est qu’il ne fait pas bon être une mouche dans votre maison. Cette japonaise fabriquée là-bas, contrairement aux autres Yaris qui sortent souvent de Valenciennes, c’est de l’or en barre, de l’émotion pure. Les sensations à son volant sont celles que tout pilote devrait un jour connaître, avec cette direction à assistance électrique parfaitement calibrée, un peu lourde mais pas trop, précise mais pas trop directe, et cette boîte manuelle à la commande ferme mais rapide (bon, cela pourrait être encore un peu mieux, mais je reste l’ami des mouches), ce toucher de pédale de frein facile à doser, parfaitement proportionnel et qui donne l’impression que l’on en aura toujours assez : un bonheur. Et là, je ne parle que des sensations ressenties, pas de l’efficacité réelle. Jusque-là, nous frôlions la perfection. Maintenant, touchons au sublime... jouons avec le sélecteur de mode de transmission. Placé sur la console centrale, devant le levier de vitesse, ce bouton rotatif sert à adapter la répartition de couple entre l’avant et l’arrière. En temps normal, la GR Yaris délivre 60 % de son couple moteur, bien fourni rappelons-le, aux roues avant. C’est sain, équilibré, facile à piloter. Mais parfois, l’auto semble sous-virer, rechigner à venir lécher la corde alors qu’on la vise de toutes nos forces. Dans ce cas, le mieux est de basculer un peu plus de couple sur l’arrière. Pour cela, tournez la molette vers la droite pour engager le mode Track, qui équilibre parfaitement la répartition, 50/50 entre les deux essieux. La GR devient plus vive, donnant même parfois l’impression d’avoir un différentiel arrière actif pour améliorer encore sa vivacité. Il n’en est rien. Mais tournez la fameuse molette vers la gauche pour y goûter encore un peu plus, pour adopter une répartition de 70 % du couple sur l’arrière en mode Sport. Là, la GR devient joueuse, presque comme une vraie propulsion. Sa botte secrète ? Un rapport de transmission différent entre les deux essieux, avec un train arrière dont les roues tournent un peu plus vite que les avant. Et quand il supporte en mode Sport davantage de couple que le train directeur, il le devient aussi un peu, pour le plus grand plaisir des apprentis pilotes qui pourront, sur le sec comme sur le mouillé, faire glisser leur monture comme Ogier sa Yaris WRC. Jouer de virage en virage avec la GR devient alors vite addictif : sans doute le meilleur remède à la morosité, et peut-être à ma fièvre. La jauge a essence crie déjà famine. Et je vais devoir rendre mon jouet sous peu. Toyota France a déjà vendu tout son quota, la production de cette bombinette exaltante étant limitée. Mais on me dit que 500 voitures supplémentaires vont bientôt arriver : vais-je craquer ? Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas posé la question.

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TOUS LES JOURS, TROIS FOIS PAR JOUR MINIMUM

L’expression ultime du plaisir automobile


Données constructeur

TOYOTA GR YARIS Moteur : 3 cylindres, turbo, 12 soupapes, distribution variable, 1 618 cm3 Transmission : intégrale, 6 rapports, manuelle, différentiels Torsen Puissance (ch à tr/min) 261 à 6 500 Couple (Nm à tr/min) 360 de 3 000 à 4 600 Masse (kg) 1 280 Long.xlarg.xhaut. (m) 3,99x1,81x1,45 Volume du coffre (l) 174 Capacité du réservoir (l) 50 Vitesse maxi (km/h) 230 0 à 100 km/h 5”5 Consommation mixte (l/100 km) 8,2 Émissions de CO2 (g/km) 186 Prix en France (base) : à partir de 37 600 € Malus écologique : 7 851 €

Contrairement aux idées reçues, la GR ne reprend pas la carrosserie des autres Yaris. Ici, tout est spécifique (sauf les rétroviseurs et les optiques), avec des portes en alu et un toit en carbone.

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BMW M4 Competition

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Pour la sixième génération de Série 3 survitaminée par son département Motorsport, BMW n’a pas fait dans la demi-mesure. Tout est en hausse, des performances à la puissance, en passant par la masse et le gabarit. Visite guidée et essai. Texte et photos C. Boulain

P

our certains, une bavaroise est une mousse de fruits, un entremets, une sorte de flan aéré à la couleur pastel et au goût sucré. Pour d’autres, dont nous faisons partie, c’est une BMW, dont le nom ­Bayerische Motoren Werke veut quand même dire Manufacture bavaroise de moteurs. Et, si possible, une BMW flanquée d’un gros M pour Motorsport, autrement dit une sportive énervée dont l’une des principales compétences est de vous transformer en amoureux de la vitesse d’un tour de clé. Évidemment, quand il s’agit de la sixième génération du coupé M3, qui s’appelle M4 depuis que la Série 3 est une berline et la Série 4 sa déclinaison coupé, il n’est plus question de clé. Une grosse télécommande qui restera au fond de votre poche l’a remplacée. Dès qu’elle est détectée à proximité de la voiture, vous pouvez ouvrir la porte, sans encadrement de vitre évidemment, et vous glisser dans ce baquet en carbone tout bonnement exceptionnel, qui remplace les sièges sport de série quand vous avez coché le pack M Performance lors de la configuration de votre bavaroise (une option à 16 500 € comprenant aussi les freins en céramique, des jantes spécifiques

et l’affichage tête haute). Ceinturé par ce siège ultra-galbé, qui vous prend jusqu’aux épaules, avec ce volant à la jante épaisse au creux des paumes et du carbone à perte de vue, vous commencez à vous transformer en aficionado du chrono. Ne luttez pas, ça fait cet effet à tout le monde, comme s’il était écrit dans notre patrimoine génétique qu’un coupé M devait nous énerver. Au moins nous titiller les méninges, avec des palettes de sélection de vitesse en carbone brillant derrière le volant et ces deux petits boutons M rouge sang au-dessus des branches qui vous font le même effet que la muleta du matador sur la psyché du bovidé. Mais pas d’inquiétude, la fin sera différente...

Six cylindres en ligne gavés par deux turbos Le pied, gauche de préférence, vient appuyer sur la pédale de frein, l’index droit effleurer le bouton rouge de mise à feu : la métamorphose peut débuter. Le six-cylindres biturbo emprunté aux X3 et X4 M s’est réveillé. Il est encore froid, ce que confirme le comptetours digital dont la zone rouge va progressivement se réduire, pour ne plus démarrer à 4 000 mais à plus de 7 000 tr/min à mesure que la température du moteur monte. Ce genre de bijou, on en prend soin. C’est du

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donnant-donnant : vous le choyez, il va vous le rendre. Associé à une transmission automatique à 8 rapports, en remplacement de la boîte de vitesses à double embrayage des générations précédentes pour supporter les contraintes liées aux 650 Nm de couple (surtout dans la version à quatre roues motrices qui arrive cet été), ce moteur sait tout faire. Sélectionnez le mode Drive sur le petit levier de vitesse, doit-on encore l’appeler comme cela, et laissez vous conduire. Ça ronronne gentiment, ça répond sans temps de latence mais toujours poliment : c’est le coupé idéal pour se déplacer entre la maison et le bureau. Même les suspensions, fermes mais jamais dures, laissent croire que cette BMW M4 s’est embourgeoisée. Ce que la

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lecture de la fiche technique avait suggéré, avec son gabarit de 4,80 m de long et sa masse qui approche dorénavant les 1 800 kg toute mouillée, comprenez avec ses fluides. Un âne mort, diront les plus méchants. Parce qu’ils ne l’ont pas encore titillée. Déjà, dans ce mode, une franche pression sur la pédale de droite vous fait sursauter. Par une bonne tape dans le dos et une belle poussée de décibels perceptibles même par les malentendants. Osez engager le mode Sport sur la transmission, ou mieux le mode M2 via le petit bouton rouge de droite. Là, la M4 ne tient plus de l’équidé, herbivore, ongulé et décédé. Les 510 ch de cette version Competition (la M4 « normale » de 480 ch n’est pas importée en France), doublés d’un


Ces nouveaux « naseaux » ont beaucoup fait parler. Mais si la M4 se veut agressive dehors, elle l’est surtout dedans, avec ce poste de pilotage qui fera ressortir tout ce qu’il y a de « mauvais » chez le conducteur, énervant n’importe quel amateur de belles mécaniques.

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Rétroviseurs en carbone, sur un seul pied, étriers de freins de couleur (ici arrière) sur des disques en carbone et céramique gris, tout cela est magnifique. Mais rien ne vaut la vue, depuis les places arrière, sur ces sièges sublimes.

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couple de camion, transforment ce grand coupé en un missile sol-sol en un clin d’œil. Les lois les plus élémentaires de la physique semblent bafouées : on croyait jusqu’à présent qu’un kilogramme de plumes pesait aussi lourd qu’un kilogramme de plomb. Eh bien le kilogramme de BMW, lui, ne doit pas se conformer à ces règles. Même si elle approche les 1 800 kg, cette M4 se déplace comme une sporDonnées constructeur tive ultralégère : un comble. Ça pousse de BMW M4 COMPETITION 2 750 tr/min, quand Moteur : 6 cylindres, biturbo essence, 2 993 cm3, le couple débarque, à injection directe, distribution variable plus de 7 000 tr/min, Transmission : propulsion, 8 rapports, automatique à condition que les (version intégrale à venir) six gamelles soient Puissance (ch à tr/min) 510 à 6 250 bien chaudes et la Couple (Nm dès tr/min) 650 dès 2 750 zone rouge à son Masse (kg) 1 725 Long.xlarg.xhaut. (m) 4,79x1,89x1,39 apogée. Avec une Volume de coffre (l) 440 transmission égreVitesse maxi (km/h) 290 nant ses 8 rapports 0 à 100 km/h 3”9 aussi vite que le vent, Consommation mixte (l/100 km) 10,2 c’est magique. Le 0 à Émissions de CO2 (g/km) 230-233 100 km/h est avalé en Prix en France : à partir de 104 550 € moins de 4 secondes, Malus écologique : 30 000 € bien aidé par le système de launch control maison. La version xDrive à transmission intégrale fera sans doute encore mieux. On attend de voir.

Ajustable dans tous les sens Les performances de cette sixième génération de M4 se révèlent tout bonnement fabuleuses. Son efficacité aussi, même si nous avons moyennement apprécié son train avant, moins précis que celui de certaines de ses concurrentes. Quelques journalistes-essayeurs mettent cela sur le compte de l’assistance de direction, totalement paramétrable comme le reste de la voiture. Nous pensons que ce sont davantage les épures de train avant qui sont en cause, ces fameuses valeurs de pincement, déport, carrossage et chasse, sans doute mieux adaptées à la version intégrale qui arrive et

va représenter le gros des ventes. On ne fait pas un train avant à quatre roues motrices comme celui d’une propulsion... Mais ne gâchons pas notre plaisir, d’autant qu’avec le pack M Performance est compris le pack Expérience M qui permet d’enregistrer sur son smartphone toutes les données d’un tour de piste, des g encaissés aux valeurs de puissance exprimées, tour qu’il est même possible d’enregistrer en vidéo via la caméra embarquée et placée dans le rétroviseur central. Et prenons le temps d’adapter notre M4 à nos envies : en plus de la direction, évidemment de la réponse du moteur et de la transmission, il est possible d’ajuster la réponse des freins « by wire » comme la M8, c’est-à-dire sans liaison mécanique entre la pédale et les étriers, ainsi que les lois d’amortissement. Une usine à gaz pour ceux qui n’aiment pas jouer avec ces paramètres, un bonheur pour les autres. Ce dont tout le monde profitera, en revanche, c’est de la présentation de ce coupé luxueux qui n’a pas que son six-cylindres en ligne à double turbo à faire valoir. Comme toutes les BMW récentes, la finition se veut soignée et valorisante. La dotation, de série et en option, est à l’avenant avec tous les équipements que l’on est en droit d’attendre d’un coupé haut de gamme, aussi bien sur les équipements de confort, dont le sublime système audio Harmann Kardon optionnel (700 €), esthétiques (toit en carbone de série), ou de sécurité (régulateur de vitesse adaptatif en série, système anticollision...). Il est même possible d’ajouter le pack Innovation, qui intègre, entre autres, les phares laser anti-éblouissement. De quoi faire entrer ce coupé M4 dans une nouvelle catégorie, plus haut de gamme qu’auparavant, mais aussi moins accessible. Vendue plus de 100 000 € hors options, notre M4 jaune d’essai était valorisée à plus de 135 000 €. Sans compter le malus écologique qui, en 2021, culmine pour ce modèle à 30 000 €. Mais n’en parlons pas, ça nous énerve.

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BIEN-ÊTRE

Mieux vivre à la maison

Plus que jamais, après des mois de confinement et de couvre-feu, après avoir remplacé le fameux métro-boulot-dodo par le non moins fameux télétravail prôné par son altesse Jean Castex, la maison doit être l’endroit où l’on se sent bien. « Comme chez soi », même quand elle est à la fois la maison, le bureau et la salle de sport. Pour se concocter ce nid parfait, celui qui remplira ces trois rôles en même temps, il faut veiller à différentes choses : la qualité et l’humidité de l’air ambiant, le bruit environnant et la disponibilité d’un espace de remise en forme. Texte D. Saint-Aubin, photos DR

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epuis plus d’un an, il y a des chances pour que vous ayez passé plus de 80 % de votre temps chez vous. En temps normal, la majorité des Français partagent leurs journées de semaine entre la maison (ou l’appartement), les transports et le lieu de travail, pour environ 50 % du temps chez soi, 30 % au travail, 5 à 10 % dans les transports et le reste à faire des courses ou à pratiquer une activité de loisir, cinéma, sport... Avec les mesures imposées depuis avril 2020 en raison de la crise sanitaire, nous avons été nombreux à passer plus de 80 % du temps chez nous. À travailler mais aussi à regarder la télé, à lire ou à faire du sport. Et avec la généralisation du télétravail, il y a des chances pour qu’une partie de nous continue de travailler à la maison, faisant passer le fameux 50 % à plus de 60 % en moyenne. Donc, plus que jamais, être bien chez soi est important.

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TEMPÉRATURE ET QUALITÉ DE L’AIR

C’est une composante du bien-être souvent négligée à la maison : la qualité de l’air. La température, nous y pensons facilement même si nous n’appliquons pas toujours les recommandations établies, soit 19 à 20 °C dans les pièces de vie, comme le salon, la cuisine ou le bureau, et un peu moins pour les chambres. Il est en effet admis que l’on dort mieux avec 17 à 18 °C, quitte à se blottir sous une grosse couette pour les frileux. Mais tout aussi importants sont la qualité de l’air et sa pollution. Même dans une maison, les microparticules en suspension dans l’air peuvent causer des irritations pulmonaires. Des purificateurs d’air électriques peuvent vous garantir une bonne qualité d’air intérieur. Ils aspirent d’un côté, filtrent le flux d’air et le recrachent débarrassé de ses impuretés, qui peuvent venir de l’extérieur, en fonction du lieu où vous vivez (proximité


de routes et carrefours, usines...), mais aussi de votre activité dans la maison, surtout si vous fumez. Autre point à vérifier, l’hygrométrie de l’air ambiant, autrement dit son taux d’humidité. Il s’agit d’une expression de la présence d’eau à l’état gazeux dans l’air. Là encore, il est recommandé d’avoir entre 45 et 60 % d’humidité dans les pièces entre avril et octobre sous nos latitudes (davantage dans les pays tropicaux), et plutôt 35 à 50 % en hiver (avec le chauffage). Là aussi, des appareils électriques peuvent vous aider à maintenir ce taux dans les valeurs recommandées. Sachez qu’une humidité trop faible pourra causer des irritations pulmonaires, trop élevée de l’asthme et des allergies.

LES NUISANCES SONORES

En ville, c’est une véritable calamité : lui, c’est le bruit. Reconnu comme facteur aggravant dans des dépressions ou burn-out, le bruit est une nuisance dont il faut absolument se protéger à la maison, surtout quand on y passe 80 % du temps. Mais attention à ne pas verser dans la facilité avec des dispositifs antibruit électroniques, vendus comme la panacée dans cette lutte. Il faut comprendre que ces accessoires, dit casques à réduction de bruit active, vont en fait doubler le niveau de bruit perçu par vos tympans en générant une fréquence inverse pour annuler celle qui vous gêne. Bref, vous avez l’impression d’avoir moins de bruit, moins de nuisances, mais votre organisme en absorbe en fait davantage. Seule vraie solution, isoler votre maison... ou porter de banals bouchons d’oreilles, bien plus efficaces.

QUELQUES ÉQUIPEMENTS PEUVENT VOUS CHANGER LA VIE

GARDER LA FORME

Dernier point qui va changer votre perception de votre maison/bureau, l’aménagement d’un espace dédié à la forme. Si vous persévérez dans le télétravail, sans vous ménager de séance de sport avant ou après la journée de bureau, comme « avant », il faut la faire à la maison. Un simple tapis de yoga peut faire l’affaire, avec une de ces vidéos que l’on trouve sur Youtube par exemple, mais le plus pratique est sans doute un vélo d’appartement, à la fois peu bruyant pour vos colocataires et voisins, non traumatique pour vos membres et presque complet. En plus, vous pourrez combiner l’exercice physique avec le visionnage d’une série sur Netflix ou l’écoute de musique, ce qui sera moins facile avec un tapis de course (nettement plus sonore), un banc de musculation ou un rameur (position non statique). Si vous veillez à vérifier ces cinq paramètres, la température ambiante, la qualité de l’air, l’humidité, le bruit et la possibilité de faire du sport à la maison, vous êtes parés pour le prochain confinement. Nous plaisantons, bien évidemment.

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CONTACTS

Crosscall Sailing Team Site Internet

content.crosscall.com/objectif-route-du-rhum-2022/

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totalenergies.com/fr

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villacampa-pyrenees.com

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dji.com

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www.followed.fr Directeur de la rédaction Luc Augier

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Rédacteur en chef

directeur de la publication

Christophe Boulain

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Rédaction

A. Bloch, F. Montfort, A. Poupin, D. Saint-Aubin

Photographes

Auberge du Père Bise

A. Bloch, U. Daessle, T. Delhemmes, E. Gachet, J.-P. Loyer, N. Maheus, Mitchell, F. Montfort, A. Poupin

Arnold & Son

Conception

Richard Mille

Fabrication

Moustache Bikes

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RENCONTRER & DÉCOUVRIR - octobre-novembre 2020

Holland & Holland Un secret bien gardé

Vacances sur le

lac de Côme

Gastronomie responsable avec le chef Christopher Coutanceau

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Le peintre des stars

RENCONTRER & DÉCOUVRIR - janvier-février 2021

Stanley Rose

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La Roma essayée dans le Piémont

James Bond

Rétrospective des Omega de 007

Champagne de l’apéritif au dessert

Découverte de

Saint-Domingue

CAPITAINE PAUL WATSON

Sea Shepherd « Notre avenir passe par la préservation des océans »

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Numéro 31 Followed RENCONTRER&DÉCOUVRIR - juillet-août 2020

RENCONTRER&DÉCOUVRIR - Février-Mars 2020

MASERATI LEVANTE V8 Chic et sport

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OSLO en voiture électrique

SAGRADA FAMILIA Fin de chantier à Barcelone

HUNTSMAN L’élégance anglaise sur Savile Row

STEPHAN WINKELMANN

Bugatti est une marque française

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Cognac

Où l’art de bien vieillir

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F8 Spider Enfin l’essai

Week-end en Champagne

République dominicaine L’autre paradis du cigare

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LES YEUX OUVERTS

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Destination idéale pour un week-end RENCONTRER&DÉCOUVRIR - Décembre 2019-Janvier 2020

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Comprendre la

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Des poignées de main autour de la planète

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PINTURAULT Le skieur de Courchevel est prêt pour son nouveau défi L 11742 - 28 - F: 6,50 € - RD

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Découverte de la Roma Prise en main de la F8 Tributo

Manu Dibango Il fête ses 60 ans de carrière

Nelly Korda Elle va changer le golf féminin

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Des raisins et du savoir-faire

PIERRE GAGNAIRE « La cuisine doit avant tout procurer des émotions »

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RENDEZ-VOUS

Pour beaucoup, le vin du Jura est jaune, ou de paille. Il ne faut pourtant pas réduire les productions de la région à ces seules appellations. Rencontre avec deux vignerons jurassiens, autour de blancs et de rouges délicieux.

Rencontre avec Cédric Béchade, chef étoilé Michelin dont la cuisine savoureuse repose sur des produits presque exclusivement locaux. Et dégustation de ses préparations à la table de son Auberge basque.

La breakdance sera l’une des quatre nouvelles disciplines des jeux Olympiques de Paris en 2024. Star de ce sport, Junior Bosila Banya, également connu sous le pseudonyme de Bboy Junior, nous explique en quoi consiste une compétition de breakdance.

Et beaucoup d’autres surprises 122 Followed Magazine

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