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Rencontres internationales de Caux

RAPPORT 2012

www.caux.ch

Rencontres     

Apprendre à vivre dans un monde multiculturel Forum de Caux pour la sécurité humaine Confiance et intégrité dans une économie mondialisée Explorer le lien entre le personnel et l’universel Devenir initiateur de changement


SOMMAIRE Les Rencontres internationales sont organisées chaque année à Caux sur Montreux par CAUX-Initiatives et Changement et Initiatives et Changement International (I&C). CAUX-Initiatives et Changement, fondation suisse, est propriétaire du centre des rencontres de Caux et responsable de son fonctionnement. Elle est membre fondateur d’I&C. Ce rapport couvre toutes les rencontres et les ateliers de la saison 2012. Vous trouverez des informations complémentaires, ainsi que les discours, des podcasts, des vidéos et des photos sur le site

www.caux.ch/2012 Editorial

Un été qui inspire à aller de l’avant

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Apprendre à vivre dans un monde multiculturel Apprendre à vivre avec «l’autre» Le «nouveau nous» demande un «nouveau moi» Les jeunes, acteurs de la société civile Dialogue pour tous

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5ème Forum de Caux pour la sécurité humaine Peut-on guérir les mémoires ? Restaurer la terre, restaurer les vies Les excuses australiennes à la génération volée De nouvelles directions pour la société

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Confiance et intégrité dans une économie mondialisée Au-delà de la concurrence: pouvons-nous changer ? M. Heffernan sur la concurrence dans le monde des affaires Rétablir la confiance dans les banques Susan Rice parle de l’évolution des valeurs dans la finance Intégrité et rentabilité – un modèle indien

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Explorer le lien entre le personnel et l’universel Transformer les motivations et les comportements Un voyage initiatique – Interview avec Khalil El-Masry

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Devenir initiateur de changement Formations par Initiatives et Changement Une semaine interculturelle Les motivations d’un organisateur

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Journée officielle de la Fondation Caux

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Caux Scholars Program

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Autour des rencontres de Caux Dans les coulisses: les bénévoles et les interns Paroles de bénévoles

Quelques chiffres sur les rencontres de Caux 2012

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Initiatives et Changement International 19 Caux 2013

2 RAPPORT DE CAUX 2012

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Editeur: Fondation CAUX-Initiatives et Changement Textes: Adriana Borra, Marion Bouvier, Chris Breitenberg, Juerg Eberlé, Dorothea Endres, Louisa Meury, Andrew Stallybrass, avec d’autres soutiens Traductions: Elodie Bamowongo, Geneviève Beauregard, M. Bouvier, Maud Glorieux, Caroline Pollet-Gadenne, Daniel Wermus Photos: A. Borra, M. Bouvier, Paul Briggs, D. Endres, Hiroshi Ishida, Mbindyo Kimanthi, L. Meury, Pierre-Yves Moret, Dmitriy Pritulenko, Charlotte Sawyer Mise en page et impression: Brunner AG, Druck und Medien, 6110 Kriens, Suisse, Octobre 2012


EDITORIAL

Un été qui inspire à aller de l’avant Lorsque l’ancien Premier ministre australien Kevin Rudd a quitté le centre d’I&C cet été, il a affirmé: «Je pense que l’esprit de Caux est bel et bien comme je le vois dans le visage et dans la vie des gens ici. C’est cette thématique constante de l’évolution personnelle qui permet d’apporter des changements sociaux et mondiaux - facile à dire, difficile à faire ! Mais si on n’est pas rafraîchi comme par une oasis dans cette quête, on perd de vue à la fois l’esprit et la puissance de cette mission.» Chaque été, Caux offre au monde une oasis pour ceux qui veulent tisser le lien vital entre changement intérieur et global. Cet espace offre une combinaison unique de réflexion personnelle, de service et de discussion sur les enjeux mondiaux. Tout cela dans un milieu varié. Cet été, Caux était nourri d’histoires d’évolutions individuelles débouchant sur des transformations plus vastes. Beaucoup de ces histoires sont inclues dans le rapport.

Mais à Caux, il ne s’agit pas seulement d’être inspiré par les histoires remarquables des initiateurs de changement, par la communauté multiculturelle ou par le décor des Alpes suisses. Comme I&C, Caux cherche à inspirer, mais aussi à équiper, à connecter les gens pour qu’ils puissent répondre aux besoins mondiaux. A Caux, j’ai rencontré un groupe de femmes qui développent des compétences d’artisans de paix. J’ai vu des banquiers et des investisseurs européens partager de nouvelles idées pour une croissance durable. J’ai entendu une délégation sud-soudanaise forger des plans de bonne gouvernance. J’ai observé une équipe intergénérationnelle qui peaufinait les outils de changement. Tout cela n’aurait pas été possible sans des partenariats - nouveaux et anciens – avec le Gouvernement suisse, la Convention de l’ONU sur la lutte contre la désertification, des entreprises, des universités du Royaume-Uni ou des USA. Rien n’aurait été possible sans les partici-

pants, les bénévoles et les donateurs. Nous nous réjouissons de vous accueillir à bord de cette aventure. Quand je repense avec gratitude à ce nouvel été à Caux, c’est un encouragement pour aller de l’avant. Avec la vision des pionniers suisses, qui ont donné leurs biens pour offrir un espace de réconciliation à l’Europe et au monde après la Seconde Guerre mondiale. Puisse Caux toujours rester à la hauteur de leur vision et de leur sacrifice, en s’appuyant sur le travail accompli dans le passé. J’espère vous y rencontrer l’an prochain.

Dr. Omnia Marzouk Présidente Initiatives et Changement International

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APPRENDRE À VIVRE DANS UN MONDE MULTICULTUREL

Apprendre à vivre avec «l’autre» Cette rencontre était consacrée à quatre domaines prioritaires, tous dans la ligne des rencontres précédentes: repenser les attitudes et les motivations individuelles, questionner les déséquilibres du pouvoir, explorer le rôle de l’éducation et de l’apprentissage, et enfin renforcer les relations au-delà des frontières.

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anuja Thurairajah (Suisse/Sri Lanka) a évoqué le manque de confiance parmi les quelque quarante-sept mille Tamouls vivant en Suisse aujourd’hui. Elle envisage de créer un récit à partir de témoignages. Angelo Barampama, (Suisse/ Burundi) professeur à l’Université de Genève a abordé l’histoire des migrations sur des milliers d’années en Afrique australe et centrale, et a donné son expérience de ressortissant à la fois Africain et Suisse: «Nous devons d’abord nous tourner vers l’autre, reconnaître qu’il existe et lui

parler. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons maintenir le multiculturalisme», a-t-il déclaré. Pascale Steiner a parlé des différents projets, mis en œuvre par la Commission fédérale pour les questions de migration, et destinés à favoriser l’intégration des migrants: en particulier les projets Speak out, Nice communes et la création du Forum sur l’intégration des migrant(e)s. Corinne Ziegler, présidente de la Fédération suisse des clubs pour l’UNESCO a parlé

des différentes initiatives locales que soutient son organisation. Des programmes tels que Quartiers academy et Mixvox dans lesquels elle a travaillé, visent à favoriser la participation de la société civile dans les domaines sociaux, culturels, professionnels et politiques. Saliou Gueye, responsable des questions d’intégration à Ludwigsburg (Allemagne), a déclaré: «Les migrants doivent prendre une part active dans ce processus d’intégration, pour que d’autres migrants puissent s’identifier à eux et suivre leur exemple.»

Le «nouveau nous» demande un «nouveau moi» Combattre les clichés de l’immigration en instaurant un dialogue multiculturel calme et constructif. Mohamed Sini

M

ohamed Sini est vice-président de l’Association néerlandaise pour les organisations de volontariat et anc. membre de la Commission nationale pour l’UNESCO. Arrivé aux Pays-Bas comme immigrant, il s’est retrouvé confronté à des conflits intenses entre travailleurs migrants turques et marocains et la communauté d’accueil. La globalisation, a-t-il remarqué, a mené à une suspicion et à une attitude conservatrice encore plus grande envers les immigrants.

Denzil Nurse

Il a souligné le besoin de chacun de développer son sens des responsabilités, d’apprendre le néerlandais et d’aider sa communauté à surmonter les barrières linguistiques. En contrepartie, le gouvernement doit apporter une meilleure éducation aux migrants, clé pour une bonne intégration. Mais le plus important a été la responsabilité de la société civile à «combattre l’image noire et blanche de la migration», de garder le dialogue interculturel effectif, constructif et calme, d’aborder la peur de l’inconnu en se concentrant sur le développement d’une compréhension mutuelle.

Denzil Nurse, citoyen britannique originaire des Antilles et qui a travaillé avec I&C Royaume-Uni dans le programme Espoir pour nos villes, a critiqué le rôle des médias. Selon lui, ils répandent souvent des stéréotypes, construisant ainsi des murs au lieu de rapprocher les communautés: «Musulman n’est pas synonyme de terroriste et tous les demandeurs d’asile ne mendient pas auprès de l’Etat.» Nous devons rechercher personnellement les circonstances détaillées des incidents et ne pas accepter les informations transmises par les médias comme des faits avérés,

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a-t-il suggéré, pour conclure: «Ce que vous avez à dire compte, aussi insignifiant que vous vous sentiez. Sortez de votre zone de confort et grandissez.»

En bref La rencontre Apprendre à vivre dans un monde multiculturel: cultiver le potentiel de la société civile a eu lieu du 1er au 6 juillet. Il s’agissait du quatrième volet de ce cycle qui s’inscrit dans la riche expérience d’I&C dans le domaine de la transformation des relations, de la facilitation du dialogue et de l’instauration de la confiance. Ce cycle s’intéresse en particulier à la contribution des diasporas dans la construction de la paix. La rencontre a abordé les défis actuels à travers des présentations et des modules de formation.


Les jeunes, acteurs de la société civile La rencontre de cette année a été l’occasion pour une vingtaine de jeunes, reflétant la diversité culturelle en Europe, de participer à un atelier sur le dynamisme de la jeunesse.

T

rois jeunes, Hakan Tosuner (Allemagne/Turquie), Asma Soltani (France/ Tunisie) et Joël Hakizimana (Suisse/Burundi), ont animé l’atelier autour des thèmes du pouvoir, de la participation à la citoyenneté et de l’identité. Chaque jour, les participants ont pu échanger sur les activités de leurs associations et sur leurs expériences en tant que membres de la société civile. Les membres de JUMA (Jeunes musulsmans actifs) ont évoqué le rôle que leur association joue dans le cadre du dialogue interreligieux et interculturel à Berlin et dans les médias allemands. Les membres de la section suisse du réseau ADYNE ont, quant à eux, présenté un projet visant à encourager la participation et l’intégration des jeunes d’origine africaine en Suisse. Au terme de cette expérience, il a été proposé d’organiser d’autres ateliers de ce genre et de poursuivre en même temps cette coopération à travers la nouvelle plate-forme des jeunes créée à Caux.

Dialogue pour tous Lancement du kit pour le dialogue interculturel du Conseil de l’Europe

D

enzil Nurse, de la Grande-Bretagne, et Christoph Spreng, de la Suisse, ont présenté un nouveau kit pour le dialogue interculturel, lancé lors de la conférence du Conseil de l’Europe des Organisations Non Gouvernementales Internationales. Denzil Nurse et Christoph Spreng, représentants d‘I&C au Conseil de l’Europe, sont deux des auteurs de ce kit.

L’objectif de ce projet est de «fournir un manuel pratique et facile à utiliser». Face à la xénophobie montante, le kit s’efforce «d’introduire la cohésion sociale et propose une approche sur les questions de diversité basée sur les droits humains». Il décrit d’abord une méthode pour établir le dialogue, puis fournit une liste de références pour des recherches plus poussées sur le sujet. RAPPORT DE CAUX 2012 5


FORUM DE CAUX POUR LA SÉCURITÉ HUMAINE

Peut-on guérir les mémoires ? Cette question était sous-jacente durant tout le Forum de Caux pour la sécurité humaine. Jackie Huggins, Daphrose Barampama et Janet Jerulo ont tenté d’y donner une réponse en l’abordant sous l’angle du pardon, lors d’une session plénière matinale.

L

a mémoire est par essence peu fiable, déclarait la responsable aborigène australienne Jackie Huggins. Selon elle, nous avons des souvenirs collectifs, certains heureux et d’autres qui témoignent de notre expérience, commune, de la perte et de la rédemption. Mais les souvenirs sont toujours liés au présent et leurs

contours sont constamment redéfinis. Pour comprendre où nous allons, nous devons d’abord savoir d’où nous venons. Ainsi, le fait qu’un gouvernement s’excuse, comme l’a fait le gouvernement australien lors de la journée d’excuses nationale en 2008 pour le tort causé aux «générations volées», est «un acte de reconnais-

sance, de justice et de guérison des mémoires qui est fondamental pour les aborigènes mais aussi pour l’ensemble des Australiens». «Une fois que les individus appréhendent leur vérité, un vrai dialogue est possible,» a-t-elle ajouté. Daphrose Barampama, d’origine burundaise et devenue suissesse, a rappelé que pardonner est un processus. Les Cercles de paix, qui réunissent les victimes et les agresseurs pour les faire dialoguer, fournissent, selon elle, un moyen de surmonter la haine et la colère qui divisent les individus. Un jour, une participante d’un cercle lui a dit: «Je suis réellement soulagée que vous reveniez pour nous aider à nous libérer de ce qui pèse tellement lourd sur nos cœurs». Selon Janet Jerulo, avocate des droits humains présente lors des soulèvements post-électoraux au Kenya en 2007-2008, le pardon est crucial pour la guérison des mémoires. «Ce n’est que par le pardon que l’on considère l’autre comme son égal». Elle est convaincue que des excuses, comme celles du gouvernement australien, auraient changé la donne au Kenya. Elle a conclu: «Des excuses peuvent transformer toute une société».

En bref Janet Jerulo (à gauche) et Daphrose Barampama

Le 5ème Forum de Caux pour la sécurité humaine, du 8 au 15 juillet, a rassemblé 300 personnes du monde entier – politiques, diplomates, scientifiques et responsables d’ONG. L’objectif de cette session est de mettre en place un cadre d’apprentissage focalisé sur les besoins humains fondamentaux et de promouvoir des collaborations entre la société civile, les institutions multilatérales et les gouvernements. Elle a mis en avant les relations entre les cinq aspects de la sécurité humaine: la bonne gouvernance, le travail de mémoire, le développement durable, l’économie inclusive et le dialogue interculturel. Un groupe de discussion 6 RAPPORT DE CAUX 2012


Restaurer la terre, restaurer les vies Luc Gnacadja, secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies contre la désertification, a orchestré la journée intitulée Restaurer les terres, restaurer les vies. «Nous devons augmenter la production alimentaire de 50% d’ici 2030.» a-t-il déclaré. Selon lui, il n’y a qu’une solution possible: «Nous pouvons restaurer plus de deux milliards d’hectares de terres dégradées. Nous pourons le faire si nous investissons dans les individus, particulièrement dans les zones arides du monde.» Des responsables politiques, des scientifiques, des agriculteurs, des représentants des Nations Unies et des ONG, ainsi que des militants de tous les continents ont participé à cette discussion pour partager leur expérience. Des activistes de tous les continents

Le pardon d’Australie à la «génération volée» Kevin Rudd, député et ancien premier ministre australien s’est exprimé aux côtés de deux représentants des aborigènes australiens. Ils sont revenus sur les excuses publiques présentées en 2008 aux générations volées d’enfants aborigènes séparés de force de leurs familles. «Parfois, dans l’histoire d’un peuple, la vérité n’est pas une mauvaise stratégie», a déclaré M. Rudd. En faisant référence aux autres processus de guérison des blessures de l’histoire dans lesquels Caux a été impliqué, il a ajouté: «Tout est possible si l’on sait ce que l’on veut. Ce lieu est une source d’inspiration. Ne sous-estimez pas le pouvoir que vous avez en tant que membre de la société civile. Avec le temps, vous pouvez soulever des montagnes.» Daryle Rigney, doyen de l’initiative Indigenous Strategy and Engagement à la Flinders University, Jackie Huggins, qui était co-présidente de Reconciliation Australia et Kevin Rudd MP (de gauche à droite).

De nouvelles directions pour la société Mohamed Sahnoun, fondateur et président du Forum de Caux pour la sécurité humaine. «Une des contributions significatives du Forum de Caux est le concept de coalition des consciences. Celle-ci peut rassembler dans des partenariats des personnes intègres et qui ressentent de la compassion pour combattre l’impact corrupteur de la convoitise et les luttes de

pouvoir. Elle est capable de donner une autre orientation à la société, de nouvelles directions, dans l’objectif de créer des politiques créatives et novatrices.»

Mohamed Sahnoun RAPPORT DE CAUX 2012 7


CONFIANCE ET INTÉGRITÉ DANS UNE ÉCONOMIE MONDIALISÉE

Au-delà de la concurrence: pouvons-nous changer ? «Nous sommes tous rassemblés ici sous l’égide d’I&C. Je ne trahis pas un secret en affirmant Yes we can ! Après tout, si nous ne croyions pas au changement, nous ne serions pas là», affirmait Margaret Heffernan.

M

argaret Heffernan, entrepreneure et auteure renommée, a ouvert la rencontre. Elle a appelé à «construire un univers parallèle dont la créativité, l’honnêteté, l’énergie et l’attitude bénéfique seraient si convaincants qu’il exercerait une attraction sur tout le reste.» L’argent avait le potentiel pour rompre le contrat social, a-t-elle averti. «Lorsque nous attachons de l’importance aux personnes, l’argent passe au second plan – et lorsque nous attachons de l’importance à l’argent, c’est le contraire.» Elle a ensuite abordé la question de l’excès de pouvoir. «Les structures qui le concentrent à leur sommet, créent des conditions dans lesquelles tout le monde porte le regard vers le haut, tandis que peu regardent autour», a-t-elle expliqué. Margaret Heffernan avec un participant japonais

Elle a ensuite fait le constat que «la concurrence influence notre sens de l’interdépendance et des liens que nous entretenons. L’hyper-concurrence crée des conditions qui favorisent la fraude et tuent la coopération. Si la valeur de référence d’une institution saine allait de pair

avec les personnes qui disent la vérité, beaucoup de choses changeraient. La qualité de la dissidence qu’une organisation provoque serait alors une garantie de bonne santé.» Mme Heffernan a conclue: «Nous devons réfléchir comment susciter

le meilleur des autres. Pas pour les inquiéter, ni pour nous donner bonne conscience, mais pour réparer notre monde. Le problème n’est pas l’ignorance, mais la cécité volontaire.»

En bref L’objectif de la rencontre Confiance et intégrité dans une économie mondialisée (TIGE), qui s‘est déroulée du 17 au 23 juillet, est de restructurer l’économie pour la recentrer sur l’éthique et les valeurs plutôt que sur le profit. La rencontre a abordé ces thèmes selon différentes perspectives et à travers d’exemples concrets d’initiatives commerciales basées sur des valeurs. Les orateurs ont rappelé que la construction d’un monde durable et équitable repose sur la responsabilité personnelle, l’éthique et la transparence.

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Rétablir la confiance dans les banques «Nous avons perdu de vue nos valeurs, – au pluriel – au moment où l’accent est mis sur les valeurs financières», a déclaré Lady Susan Rice, directrice générale du Lloyds Banking Group en Ecosse. Elle est la première femme en Grande Bretagne à diriger une banque nationale, la plus grande du Royaume-Uni.

S

elon Susan Rice, l’avenir du secteur bancaire repose sur la capacité à rétablir la confiance, l’intégrité et la probité. Le Chartered Bank Institute en Ecosse, le plus ancien institut bancaire du monde, a récemment réalisé et promu l’initiative Professional Standards Board, présidée par Susan Rice. Début juillet a été lancée la Norme pour les banquiers professionnels, qui établit les valeurs, les attitudes et les comportements fondamentaux, ainsi que les compétences et les connaissances que doit posséder toute personne travaillant dans le secteur bancaire. Selon la responsable du groupe Lloyds, il s’agit d’un «signal fort, émis au plus haut niveau, au sujet des changements qui devraient avoir lieu» et ce, dans le but de restaurer la confiance, la sécurité et la fierté. «Nous estimons que la confiance devra passer aussi bien par les individus que par des changements structurels», a-t-elle conclu.

Lady Susan Rice

Intégrité et rentabilité – un modèle indien Le patron de Transasia Bio-medicals, leader sur le sous-continent dans l’industrie du diagnostique, a fondé son entreprise sans mettre de côté ses principes.

S

uresh Vazirani a grandi dans un camp de réfugiés. Il a créé Transasia, une des grandes entreprises indiennes en technologie médicale. Le capital de départ de l’entreprise était de 250 roupies, le montant minimum nécessaire pour l’inscription au registre du commerce. Depuis lors, Transasia est devenu un modèle. Par exemple, la législation indienne ne prévoit pas de rappels de produits, mais Transasia en a rappelé certains malgré le coût que cela engendrait. Les clients ont montré, par leur confiance et leur fidélité, que cette gestion basée sur des principes forts était gratifiante. La philosophie de Transasia se reflète aussi dans les relations avec les employés,

qui bénéficient de la sécurité sociale, tout comme leurs familles. Ils peuvent obtenir des crédits étudiants, ce qui contribue à lutter contre le système de caste. Suresh Vazirani souhaite suivre le principe de Mahatma Gandhi: «Vivre simplement et élever son esprit». Selon lui, les entreprises doivent se considérer comme étant les garantes de la richesse de la société et non comme les propriétaires. Sa mission est de fournir des soins de santé abordables. Transasia offre des produits technologiques simplifiés à moindre coût de main d’œuvre. «Peut-être que je ne le verrai pas de mon vivant, mais le commerce honnête est possible en Inde.

Je suis convaincu que nous arriverons un jour à éradiquer la corruption», a-t-il déclaré.

Suresh Vazirani RAPPORT DE CAUX 2012 9


EXPLORER LE LIEN ENTRE LE PERSONNEL ET L’UNIVERSEL

Transformer les motivations et les comportements Depuis plus de 70 ans, I&C est convaincu que la transformation des motifs et des attitudes personnels est un ingrédient essentiel pour l’évolution du monde. Les participants ont examiné ce que cela signifie dans la société actuelle.

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haque matin, des individus présentaient un moment vécu qui les a incités à entreprendre une action avec un impact global. Un père a eu la force de protester sur la place Tahrir, car il s’était débarrassé de sa peur de la politique lors d’une bataille juridique pour la garde de son fils. Une jeune Canadienne a raconté comment elle s’est libérée en pardonnant à son expetit ami abusif; ce lui a permis de s’engager activement dans la promotion du commerce équitable au Népal. Tous ont été capables de briser les barrières de peur et de transformer le jugement en curiosité.

L’intimité de petits groupes a permis aux participants de sonder en profondeur des sujets personnels. Au cours de la séance plénière de clôture, une jeune Rwandaise a parlé de la honte qu’elle a vécu avant de venir à cette rencontre parce qu’elle en

voulait tellement à Dieu et à ses compatriotes rwandais pour le génocide qui a fracturé son pays. Grâce au dialogue et la possibilité d’entendre et d’être entendue, elle a trouvé la force de pardonner.

Au début de la semaine, les participants se sont penchés sur l’histoire de Caux et d’I&C. Puis, ils ont proposé des ateliers et des dialogues, qui se transformaient l’après-midi en petits groupes de discussion sur des projets individuels. Le format très souple de la rencontre lui a conféré un caractère unique. Les ateliers couvraient une grande variété de sujets: musique, richesse, situation économique, homophobie, préjugés ...

En bref La première rencontre Explorer les liens entre le personnel et l’universel a eu lieu du 25 au 31 juillet. Une équipe internationale et intergénérationnelle a permis aux participants d’embarquer pour un voyage de découverte, d’exploration des processus et des pratiques de transformation – à travers les expériences des individus, de leur communauté, de leur lieu de travail et de leurs sociétés. La rencontre s’est articulée autour de réflexions personnelles, de sessions plénières quotidiennes, d’expériences individuelles, de discussions de groupes et d’ateliers menés par les participants.

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Un voyage initiatique Pourquoi avez-vous choisi de participer ? Il était très important pour moi d’apprendre à connaître l’approche d’I&C, ses méthodes et son influence.

Khalil El-Masry, Egyptien, est venu à Caux pour la troisième fois. Il a expliqué son combat pour obtenir de droit de visite de son fils.

Vous avez partagé votre expérience. Pourquoi était-ce important pour vous ? Je pense qu’il est important de montrer que des expériences perçues comme négatives peuvent s’avérer être les plus belles choses qui puissent nous arriver ! Je voulais aussi permettre aux autres de mieux me connaître. Cela m’a permis de créer des liens forts et de me sentir intégré dans le réseau d’Initiatives et Changement.

Quel est le lien, selon vous, entre changement personnel et changement universel ? Je pense qu’il s’agit d’un voyage initiatique, qui peut commencer par intérêts personnels, visant à atteindre des objectifs individuels. Ce voyage passe par la prise de conscience que le personnel et l’universel sont intimement liés et que le changement personnel se répercute sur l’universel. Où ce voyage vous a-t-il mené pendant la rencontre ? J’ai appris à connaître d’autres personnes qui cheminaient à mes côtés. Chaque histoire individuelle est une source d’inspiration et nous renforce dans nos divers combats.

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DEVENIR INITIATEUR DE CHANGEMENT

Formations par Initiatives et Changement Cette semaine a proposé une palette d’ateliers organisés par les animateurs des programmes d’I&C à travers le monde.

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ette session était probablement la plus multilingue de l’été, puisque l’espagnol et le portugais étaient à l’honneur sur le podium et que l’Afrique francophone était largement représentée. Lors de la soirée de clôture, 18 Australiens se sont rassemblés sur la scène pour chanter à l’unisson ; puis l’un d’entre eux, un aborigène, nous a offert un aperçu de sa culture avec son instrument traditionnel. L’équipe était composée de 12 personnes provenant de 11 pays. Les Artisans de paix, un réseau mondial de femmes travaillant dans divers continents à travers les Cercles de paix, organisaient deux ateliers. Ces Cercles sont un outil simple mais efficace pour discuter du rôle

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des femmes dans la résolution de conflits, dans leur foyer aussi bien que dans leur communauté. Le second module a formé de nouvelles animatrices, venues d’Australie, du Burundi, de Colombie, d’Israël, de Nouvelle-Zélande, d’Ukraine, de la Suisse, de Suède et du Zimbabwe. L’atelier intitulé Renforcer les liens entre les communautés s’est basé sur le travail d’I&C à Richmond, en Virginie (USA). Il encourage des conversations honnêtes sur la question raciale, la réconciliation et la responsabilité. Au cœur du leadership était tiré d’une formation offerte depuis sept ans aux dirigeants d’entreprises à Asia Plateau, en Inde.

Fondations de la liberté s’inspirait des méthodes développées par cette ONG, basée en Ukraine, pour encourager l’implication sociale des jeunes au RoyaumeUni ainsi qu’en Europe orientale. Le cours Life Matters (questions de vie) a construit depuis 15 ans un réseau de jeunes dans la région Asie-Pacifique. Les membres du réseau Renewal Arts (Arts pour le renouveau) ont exploré le rôle des arts pour renforcer la paix à travers des ateliers créatifs et des conversations. Les animateurs ont aussi agrémenté les plénières avec de la musique et des dessins.


Une semaine interculturelle Les motivations d’un organisateur Jose Carlos Leon Vargas, originaire du Mexique, est le coordinateur de la semaine de formation. Quels ont été les moments forts de cette semaine ? Grâce à la fabuleuse équipe d’interprètes et encouragés par les organisateurs, les participants ont pu parler dans leur langue et partager leurs idées et leurs expériences avec plus de confiance et d’émotions. Les plénières matinales étaient fantastiques. Les orateurs avaient une grande expérience dans la stimulation du changement et l’instauration de la paix. Ils ont partagé avec le public certains éléments clés pour qu’il puisse devenir initiateur de changement. Etes-vous satisfaits de la participation et des résultats ? Les participants ont établi des liens entre les initiatives du monde entier. Nous

avons réuni 130 participants venant de plus de 30 pays, âgés de 20 à 93 ans. Dans un monde où la diversité est toujours remise en cause, cette rencontre était un bel exemple de convivialité intergénérationnelle, inter-religieuse et internationale. Qu’ont appris les participants lors de ces formations ? Les participants ont été formés sur les techniques, les outils et les méthodes utilisées au sein d’I&C pour promouvoir la transformation des conflits, le leadership, et le changement personnel, le dialogue interculturel et l’éthique. Avez-vous un message à transmettre à nos lecteurs ? J’aimerais encourager les militants et les artisans de paix et du développement à venir aux Rencontres de Caux en 2013. C’est à Caux qu’ils pourront voir un lien plus clair entre le changement personnel et le changement universel, un élément

Jose Carlos Leon Vargas

qui est actuellement absent de la plupart des politiques internationales. Tout effort visant à améliorer la qualité de vie doit replacer l’individu au centre. C’est à travers le changement dans les cœurs et des comportements que l’on peut envisager un développement durable. A Caux, cet aspect qualitatif existe et rend les politiques publiques, les initiatives privées et les projets sociaux plus humains.

En bref

Angela Starovoytova (Ukraine) et Anna Pozogina (Lettonie), modératrices de l’atelier donné par Fondations pour la liberté. Il promeut la gouvernance responsable et renforce l’engagement social de jeunes au Royaume-Uni et en Europe de l’est.

La rencontre Devenir initiateur de changement, qui a eu lieu du 2 au 8 août, s’appuie, à travers des ateliers et des sessions plénières, sur les meilleures initiatives et les meilleurs formateurs du réseau international d’Initiatives et Changement. Partant de la longue expérience d’I&C pour créer des réseaux dans le monde entier, la rencontre a mis l’accent sur les éléments qui sont au coeur d’un réel changement : la vocation, le caractère, les capacités et l’engagement. Cette rencontre a réuni les formateurs les plus expérimentés d’I&C et s’est articulée autour de formations qui ont fait leurs preuves au fil des années.

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JOURNÉE OFFICIELLE DE LA FONDATION CAUX

Un accueil chaleureux pour les invités d’Initiatives et Changement Dimanche 8 Juillet, la Fondation Caux a invité ses partenaires et amis à la traditionnelle Journée officielle, avec des orateurs remarquables.

L

a Dr. Omnia Marzouk, présidente d’Initiatives et Changement International, a accueilli les invités et les visiteurs, en déclarant: «I&C est un mouvement mondial réunissant des personnes de cultures et d’origines très diverses, qui se sont engagées à transformer la société par des changements dans les mobiles et les comportements humains. A commencer par les leurs.» Antoine Jaulmes, président de la Fondation, a retracé l’histoire du centre et le rôle joué dans plusieurs processus de réconciliation. Il a également décrit certaines initiatives nées à Caux, en rappelant que les efforts faits par I&C et les personnes présentes pouvaient aller très loin: Caux offre des clés pour les indispensables changements, a-t-il affirmé. Les hôtes étaient ensuite invités à participer à une étude de cas, à écouter une présentation du Forum de Caux pour la sécurité humaine, ou à une visite guidée de l’ancien Caux-Palace. La deuxième partie de la journée a été introduite par l’ambassadeur Claude Altermatt, au nom du Département fédéral suisse des Affaires étrangères (DFAE). Il a remercié le Forum et I&C pour leur coopération avec le DFAE, qui a débuté en 2005 avec un projet au Burundi et qui

Un public conquis 14 RAPPORT DE CAUX 2012

Micheline Calmy-Rey, professeure et anc. présidente de la Confédération, parle avec des participants du Myanmar

continue depuis lors. Il a décrit Caux comme «un havre de paix et d’inspiration» et a salué «la coopération fructueuse» entre son ministère et «l’approche interpersonnelle et de terrain» d’I&C. Micheline Calmy-Rey, professeure et ancienne présidente de la Suisse, a ensuite donné une conférence sur le dialogue au

service de la sécurité humaine. Elle a expliqué que la diplomatie suisse était restée fondée sur le dialogue dans tous ses efforts à travers le monde, et que ce dialogue était indispensable dans la recherche de solutions pacifiques dans les conflits. «La confiance est un facteur clé, a-t-elle conclu, et dans la confiance, j’inclus les relations interpersonnelles, la discrétion et la tradition.»

L’ambassadeur suisse Claude Altermatt avec un invité


CAUX SCHOLARS PROGRAM Le directeur académique du Caux Scholars Program (CSP) est M. Carl Stauffer, professeur assistant d’Études du développement et justice à l’Eastern Mennonite University (USA). Il a travaillé dans le domaine de la justice réparatrice et de la réconciliation. Il a passé 16 ans en Afrique, vécu dans 20 pays et dispensé de nombreuses formations. Pourquoi avez-vous accepté le défi de devenir directeur académique ? J’ai quitté le terrain dans le but d’enseigner, poussé par la profonde conviction et la volonté de former l’opinion et le cœur d’étudiants à l’excellence en matière d’édification de la paix. La découverte du CSP et de d’I&, et l’espace qu’ils accordent à la transformation personnelle et universelle, était une occasion que je ne pouvais pas laisser passer. Selon vous, quel rôle la transformation personnelle joue-t-elle dans l’édification de la paix ? L’apprentissage transformateur n’a lieu que lorsque l’expérience personnelle atteint notre être intérieur, et que nos passions, nos motivations et nos désirs les plus profonds sont exaltés. C’est ce que nous visons à renforcer. En fin de compte, notre pratique ne sera qu’à la mesure de la vision personnelle et de l’espoir que nous entretenons. Sans force morale profonde au niveau personnel et spirituel, les personnes animées des meilleures intentions

se brûlent les ailes et abandonnent cette mission vitale. Si nous souhaitons que notre impact dure sur plusieurs générations, nous, bâtisseurs de paix, devons faire preuve d’une constante capacité d’adaptation. Êtes-vous satisfait de l’évolution du programme ces dernières années ? Le CSP a mûri et étendu sa vision et sa mission. Il a conservé son précieux melting-pot d’étudiants brillants, énergiques, ayant l’envergure de meneurs. Nous avons un groupe étonnant d’anciens élèves qui poursuivent des entreprises sociales transformatrices aux quatre coins de la planète. Quels sont les défis du programme ? Le financement reste notre plus gros défi. Il limite la diversité et les mises en situation que nous aimerions proposer aux étudiants. Il serait également extrêmement utile de pouvoir accorder davantage de bourses à des étudiants n’ont pas les moyens d’y participer.

Carl Stauffer avec une étudiante indienne

Qu’est-ce qui vous a marqué cette année ? Ma mission était de veiller à ce qu’une communauté cohérente et unie d’apprentis se forme. Ils ont bien réussi en tant qu’équipe – que ce soit lors des exercices de confiance, du réseautage lors du Forum pour la sécurité humaine, ou préparer une soirée de divertissement. A leur arrivée, ils avaient soif d’apprendre et de repousser leur horizon. Trente jours plus tard, c’est une nouvelle série de jeunes leaders pacifistes qui est «descendue de la montagne» pour regagner le monde. Nous les saluons !

Les Caux Scholars dans les médias 24 heures | Jeudi 26 juillet 2012

Riviera - Chablais Rencontres internationales

L’Indien Nikhil Vazirani (21 ans) veut rapprocher son pays et le Pakistan.

La Morgienne Lucy Linder (25 ans), première Suissesse aux «Caux Scholars».

Amir Kanergi (24 ans) s’attelle à rétablir la démocratie en Tunisie, son pays.

Ils apprennent à résoudre les conflits dans le monde Caux-Initiatives et Changement va diplômer vingt nouveaux artisans de la paix. En vingt ans, la fondationa formé 400 étudiants

les organisations internationales, les universités et l’économie, entre autres.» A Caux, les vingt étudiants qui achèvent ces jours leurs cours appliqués de résolution des conflits rêvent de marcher sur les pas de Kahlil. Ils proviennent de 15 pays, de la Colombie à la Birmanie, en passant par la Bosnie ou le Kenya.

fuir le Pakistan. Aujourd’hui, nos deux peuples ont gardé une culture identique, mais nos deux Etats s’obstinent à faire de nous des ennemis. A mon retour en Inde, j’entends agir auprès de notre gouvernement et des médias.» Dans ce but, Nikhil Vazirani appliquera ce qu’il a appris à Caux, grâce à des méthodes de réconci-

pulation, à Tunis. C’est là qu’il a puisé sa motivation à venir à Caux, afin de pouvoir travailler plus efficacement au rétablissement démocratique en Tunisie. «Après vingt-trois ans de dictature, notre nouveau gouvernement manque d’expérience. Il faut lui laisser le temps d’apprendre.» Le Tunisien veut donc s’acti-

En bref Depuis 1991, plus de 320 étudiants venus de quelque 86 pays ont participé au Caux Scholars Program qui a lieu chaque année. Le programme offre aux étudiants des outils d’analyse et des compétences en résolution de conflits à travers de cours théoriques, l’interaction avec les étudiants venus d’autres horizons et la participation aux rencontres de Caux. Ils se concentrent sur la dimension éthique et spirituelle de la construction de la paix et sur les relations entre la transformation individuelle et les changements dans le monde. Pour plus d’informations: www.cauxscholars.org.

Cet article (24heures du 26 juillet 2012) peut être lu sur www.caux.ch RAPPORT DE CAUX 2012 15


AUTOUR DES RENCONTRES DE CAUX

Dans les coulisses: les bénévoles et les interns Les rencontres de Caux fonctionnent presque intégralement grâce aux bénévoles et aux interns. Bien que les participants rencontrent les organisateurs et les responsables des équipes de travail, ils n’ont pas nécessairement conscience du nombre de personnes qui travaillent en coulisse. Au total, 16 départements contribuent au bon fonctionnement du centre.

C

ette année, 65 jeunes de 27 pays différents sont venus à Caux pour préparer les repas, faire les lits, travailler à la réception et aider dans les bureaux tout en suivant une formation. Ils ont entre 18 et 30 ans. Certains sont étudiants à l’université, d’autres sont de jeunes professionnels; parmi les interns de 2012, il y avait un médecin et un employé de banque qui a quitté son poste dans la finance pour travailler bénévolement auprès d’I&C. Les interns font partie intégrante de Caux depuis des années mais ce n’est qu’en

16 RAPPORT DE CAUX 2012

2009 que la formation a été intégrée. Depuis lors, environ 240 jeunes l’ont suivie, ce qui les a encouragé à revenir comme bénévoles, organisateurs de rencontres, comme assistants des chefs de départements ou comme coordinateurs du programme. Rob Lancaster, qui a rédigé la proposition et qui a joué un rôle actif dans son organisation depuis, souligne qu’il s’agit d’une première expérience unique au sein d’I&C. «C’est un environnement multiculturel où l’on peut approfondir les valeurs et les principes sur lesquels reposent les relations de confiance,

leur contour et leur fonctionnement. Je pense qu’il est rare d’avoir l’occasion de tisser des liens avec autant de personnes, et de poser des questions que l’on a très rarement l’occasion de poser». Rob Lancaster a une vision à long terme pour le programme: «Nous voulons passer à l’étape suivante, essayer de soutenir activement ceux qui ont suivi ce programme pour leur donner plus d’occasions d’approfondir cette expérience et pour leur donner les outils qui les aideront à mettre en œuvre leurs propres initiatives.»


Paroles de bénévoles: Pourquoi je viens à Caux Lynley Brophy est coordinatrice opérationnelle adjointe

Lynley s’engage avec Initiatives et Changement depuis 1992 et est assistante sociale en Nouvelle-Zélande.

Comment êtes-vous arrivée à Caux ? Je suis venue pour la première fois il y a vingt ans. J’étais à un carrefour sur le plan professionnel et un membre de ma famille m’a conseillé d’y aller. J’ai fait des études et acquis de l’expérience dans le domaine du travail social. Je pouvais comprendre le lien entre changement personnel et social. J’étais donc intéressée par les rencontres, mais je souhaitais aider. Ces trois dernières années, j’ai été chargée de veiller à ce que les départements qui participent au fonctionnement de la maison disposent de ressources suffisantes et accomplissent bien leur mission.

Pourquoi revenez-vous ? Caux a un rôle déterminant à jouer et je m’engage pour qu’il puisse le poursuivre, en prenant des responsabilités. J’aime servir et, pour moi, la continuité des services contribue au fonctionnement de Caux. Comment Caux vous a-t-il changée ? Je suis davantage sensible aux réalités et situations dans différents pays. C’est pourquoi je soutiens les initiatives de plusieurs amis que j’ai rencontrés à Caux. C’est un privilège et une expérience enrichissante.

Simon Nelson est le plus jeune bénévole Norvégien de 17 ans, Simon travaille dans l’équipe technique qui s’occupe de son et lumière dans les salles de conférence. Comment es-tu arrivé à Caux ? Mes parents se sont rencontrés ici. Je ne sais pas combien de fois je suis venu: 6 ou 8 fois, peut-être. Je n’avais rien à faire quand j’avais 13, 14 ans, alors j’ai demandé à mon père ce que je pouvais faire et il m’a répondu de demander à aider à Caux. J’ai ainsi participé pour la première fois aux activités de l’équipe technique. L’année dernière, je me suis engagé à revenir trois ans de suite.

Apprécies-tu d’être le plus jeune bénévole de Caux ? La plupart des gens me traitent comme si j’avais leur âge, donc c’est une bonne chose. Ils pourraient recruter des personnes plus jeunes que celles qu’ils recrutent actuellement. A mon avis, commencer l’apprentissage plus jeune est une bonne expérience. Cela peut aider à trouver sa voie plus tard. Cette expérience restera toujours gravée en moi, c’est quelque chose qu’on n’oublie pas. Qu’est-ce qui t’a le plus touché à Caux ? Les gens – vous rencontrez des gens d’une multitude de pays. J’ai probablement ren-

contré plus de 50 nationalités. Entendre leur histoire aux réunions plénières, leur parler à table à l’occasion des repas, donne un point de vue différent sur tout.

Cleopadia Mohlaodi, responsable de la salle à manger Cleo est étudiante en développement de l’enfant à l’université en Afrique du Sud. Bien qu’elle se plaise à Caux, son travail auprès des enfants de son pays lui manque. Comment avez-vous rejoint Caux ? Je suis venue grâce au programme des interns en 2010, et j’ai commencé à travailler l’an dernier. Je suis bénévole pour I&C Afrique du Sud. J’y ai créé un Cercle de paix avec des adolescents en vue de renforcer leurs compétences.

Comment Caux vous a-t-il changée ? On rentre chez soi plein de résolutions, d’espoir ou de passion, grâce aux temps de réflexion. C’est ce qui change réellement une personne. Avoir une famille mondiale est très important; lorsque vous vivez dans une maison remplie d’amour et de communication, vous apprenez à vous adapter n’importe où. C’est ce qui m’a le plus changée.

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QUELQUES CHIFFRES

Qui est venu à Caux?

10%

46%

17%

54%

3%

Enfants

Femmes

Étudiants

Hommes

Retraités

Pourquoi sont-ils venus? Pour travailler dans le centre 171 Pour se former 95 Pour les rencontres 884 Pour les activités des organisations partenaires 115 Merci aux bénévoles qui totalisent plus de 9000 heures de volontariat!

83 nationalités différentes Europe: 62%

Langue maternelle

Afrique: 11% Amériques: 11% Asie Moyen-Orient: 10% Océanie: 6%

La Suisse est le 2ème pays le plus représenté après le Royaume Uni

Anglais: 39% Français 13% Allemand: 10%

Autres: 38% 59 interprètes ont permis à chacun de s’exprimer et de comprendre les intervenants

Séjour moyen: 10 0 nuits 13 3’943 943 nuitées en tout

Ces chiffres sont basés sur les formulaires d’inscription et ne prennent en compte que les personnes qui sont restées au moins une nuit à Caux.

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INITIATIVES ET CHANGEMENT INTERNATIONAL

I&C international: un nouvel élan Initiatives et changements (I&C) est un mouvement mondial rassemblant des hommes et des femmes de cultures et d’origines diverses, engagés dans une transformation en profondeur de la société, qui commence par eux-mêmes et repose sur le changement des motivations et des comportements.

Cet été, I&C a tenu une assemblée mondiale qui a réuni plus de 100 personnes représentant le mouvement dans 43 pays. Elle a approuvé un cadre stratégique, un document de consensus rédigé par le réseau I&C visant à guider les efforts de l’organisation. Le document éclaire et renouvelle les buts d’I&C: œuvrer pour un monde juste, pacifique et durable auquel chacun, en répondant à l’appel de sa conscience, apporte sa contribution personnelle; et sa mission: mettre en contact les gens pour qu’ils puissent répondre aux besoins du monde. Il concentre les efforts d’I&C sur trois thèmes:

 La paix et la cohésion sociale en renforçant la confiance et la réconciliation au delà des divisions;  La bonne gouvernance à tous les niveaux en développant une culture de leadership basée sur l’intégrité morale, la compassion et le service désintéressé;  La justice économique et la durabilité écologique en inspirant la transformation des mobiles et des comportements. Ces points constituent le fondement de la stratégie d’I&C depuis plus de 80 ans: une démarche personnelle (rechercher la

sagesse intérieure / commencer par soimême / dialoguer dans la diversité / agir de manière ciblée) alliée à des initiatives pour changer les situations critiques. Ils marquent aussi une volonté collective de rassembler les ressources mondiales d’I&C pour un maximum d’impact. On en saura davantage sur ces actions spécifiques durant l’année à venir, notamment en Inde et au Sud-Soudan. I&C International est une ONG. Elle jouit d’un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), et d’un statut participatif auprès du Conseil de l’Europe à Strasbourg.

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CAUX 2013 Rencontres Internationales de Caux 2013 29 juin au 3 juillet Bonne gouvernance 3 au 7 juillet Guérir les mémoires Dépasser le racisme, chercher l’équité, créer un un esprit collectif 7 au 11 juillet Dialogue sur la terre et la sécurité Partager des expériences et créer des partenariats pour restaurer la terre, les vies et la paix 13 au 19 juillet Confiance et intégrité dans une économie mondialisée Vers la justice économique et le développement durable 24 au 30 juillet Les enfants, acteurs de transformation de la société Le rôle des enfants et des jeunes comme citoyens du monde 1 au 6 août Apprendre à vivre dans un monde multiculturel 7 au 12 août Aux sources de l’inspiration Partager ce qui transforme nos vies Plus d’informations sur www.caux.ch CAUX-Initiatives et Changement Boîte postale 3909 CH-6002 Lucerne E-mail : info@caux.ch Web : www.caux.ch Tél. : +41 41 310 12 61 Fax : +41 41 311 22 14

Initiatives et Changement International 1, rue de Varembé, Boîte postale 3 CH-1211 Genève 20 E-mail : iofc-international@iofc.org Web : www.iofc.org Tél. : +41 22 749 16 20 Fax : +41 22 733 02 67


Rapport des Rencontres de Caux 2012