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1 /  2011 Les ressources naturelles en Suisse

environnement

La Suisse des parcs

Des régions modèles > Des chances pour la nature et le paysage > Vacances au parc > Des initiatives régionales > Labels et économie > Apprendre dans la nature > Un réseau global


Sommaire > Dossier Parcs d’importance nationale

> Hors dossier 41 Climat La Suisse se prépare au réchauffement.

03 Editorial de Willy Geiger, sous-directeur de l’OFEV

44 Le cerf Bienvenue, roi des forêts!

04 Les anciens et les nouveaux

48 Forêt Au service de tous

De la réserve totale à l’espace de vie

52 Biodiversité Entretien avec Christian Körner, 10 Un plus pour la biodiversité

professeur de botanique

Vipère péliade et orchis globuleux

55 Hydrologie Un nouvel instrument pour mesurer 14 Des produits très demandés

les débits

Fromages et saucisses typiques de Thal

20 Espoirs pour le tourisme proche de la nature Vers une nette augmentation des nuitées

24 Education à l’environnement En classe dans le parc de Sihlwald

28 Le parc Adula, futur parc national? Vingt communes, deux cantons, trois langues et la Greina

34 Perspective internationale Les aires protégées couvrent 14 % de la Terre

Vivre dans un parc: 9 La collaboratrice du parc et mère de famille 18 L’aubergiste 19 Le tavillonneur 32 Le guide de montagne et l’artisane 33 L’agricultrice

> Abonnement gratuit / commandes environnement, Swissprinters St. Gallen AG service lecteurs, 9001 Saint-Gall tél. +41 (0)58 787 58 65 fax +41 (0)58 787 58 15 umweltabo@bafu.admin.ch www.environnement-suisse.ch/magazine

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> Rubriques 38 40 57 58 60 61 62 63

A notre porte En politique internationale Filières et formations Du côté du droit / Paru récemment Faits et gestes Impressum A l’office Portrait

> En couverture Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut (FR/VD) Photo: Marcus Gyger/swiss-image.ch/Suisse Tourisme – OFEV

> Infos pratiques A part les rubriques, le contenu de ce numéro est également disponible sur Internet: www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1 Les articles sont pour la plupart accompagnés d’une liste de liens et de sources bibliographiques. L’OFEV sur Internet: www.environnement-suisse.ch

> Dans le prochain numéro Le numéro 2/2011, qui sortira à la mi-mai, sera consacré à l’économie verte. Le dossier mettra en évidence la nécessité d’abandonner le gaspillage actuel de matières premières et d’énergie au profit de mo­ dèles de production et de consommation durables. A long terme, notre prospérité dépendra fortement de la qua­lité et de la stabilité de nos ressources naturelles.

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Pommiers en fleurs près de la Staffelegg, dans le parc naturel du Jura argovien « Jurapark Aargau » (AG/SO). Photo: Renato Bagattini/swiss-image.ch/ Suisse Tourisme – OFEV

Tout le monde y gagne Avez-vous déjà prévu vos vacances cette année? Si

systèmes. Elle dispose aussi de différents instruments

ce n’est pas le cas, ce magazine pourrait vous don-

pour préserver cette richesse: inventaires des biotopes,

ner des idées. Pourquoi ne pas réserver quelques ­nuits

réserves naturelles, zones protégées ou inventaires

dans l’hôtel historique Ofenhorn, au cœur du futur parc

paysagers. En cours d’élaboration, la stratégie natio-

­naturel régional du Binntal (VS)? Ou s’offrir une ran-

nale pour la biodiversité poursuit les mêmes buts. Elle

donnée dans la plaine de la Greina, qui fera bientôt

se fonde notamment sur les déci­sions prises à Nagoya

partie du parc national Adula (GR)? Autre option, en

(Japon) en octobre 2010.

Suisse romande: partir sur les traces des anabaptistes

Les parcs d’importance nationale complètent ces

– une minorité religieuse autrefois persécutée – dans

outils de manière idéale: ils n’introduisent pas de nou-

le futur parc naturel régional du Chasseral (BE).

velles prescriptions mais offrent bien plutôt une chance

Les parcs qui voient le jour dans tout le pays ouvrent d’innombrables possibilités de découvrir la ­

à ces régions de se développer durablement, de ma­ nière autonome.

Suisse. La procédure d’examen conduisant à leur re-

Dans ce domaine, la Suisse n’innove pas vraiment.

connaissance en tant que parcs d’importance natio­

Partout dans le monde, des parcs permettent déjà de

nale garantit que ces territoires font partie de nos plus

concilier des intérêts écologiques, économiques et so-

beaux joyaux.

ciaux. Il faut pourtant souligner la philosophie profon-

Il incombe à la population qui y réside de veiller à

dément démocratique qui, chez nous, préside à toute

les protéger. Consciente de la valeur esthétique, cul-

la démarche: chaque projet repose sur une initiative

turelle et biologique de ce patrimoine, elle peut égale-

régionale et sur des décisions prises à la majorité par

ment en profiter, grâce au tourisme en particulier. C’est

la population directement concernée.

donc aussi dans son intérêt qu’elle doit l’entretenir et le conserver. Sur ses 41 293 kilomètres carrés, la Suisse ­abrite une diversité impressionnante de paysages et d’éco­

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Willy Geiger, sous-directeur de l’OFEV www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-01

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PARC NATIONAL, PARC NATUREL RÉGIONAL, PARC NATUREL PÉRIURBAIN

Des régions modèles Cent ans après la création du Parc national en Engadine, de nouveaux parcs voient le jour partout en Suisse. Ils associent conservation et valorisation de la nature et des paysages à des modèles de développement durable, tant pour l’économie que pour la société des régions rurales.

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environnement 1/2011 > Dossier Parcs


Nous sommes au début du XXe siècle, c’est la « Belle Epoque ». Les villages grisons de Scuol et de Saint-Moritz se transforment en stations de cure huppées à la vitesse grand V. Le village de Zernez, lui, ne voit pas un centime de l’argent que les beaux et les nantis dépensent à la montagne. La proposition de Paul Sarasin, de la Commission suisse pour la protection de la nature, arrive donc à point nommé: « La faune et la flore de l’arc alpin doivent retrouver un havre intact dans une région bien délimitée; on devrait ainsi, au fil des ans, reconstituer un règne animal et végétal pareil à celui qui faisait des Alpes une perle de la nature avant l’arrivée de l’homme », écrit l’érudit bâlois en 1908 dans une lettre adressée au Conseil communal de Zernez. Il pense au Val Cluozza, proche du village, et offre un bon fermage pour cette vallée difficile à exploiter. On se met rapidement d’accord: le contrat établissant la création d’une « réserve naturelle » est signé en 1909. Le Parc national suisse est né. Le parc fait œuvre de pionnier. Il n’a son pareil nulle part en Europe centrale. Dès les débuts, il est entièrement laissé à sa dynamique naturelle. L’homme s’y cantonne au rôle d’observateur. Une « expérience grandiose », selon Paul Sarasin, qui se poursuit aujourd’hui: avec ses 172 kilomètres carrés, le parc reste un champ d’étude passionnant (voir page 31).

Parc national suisse (GR): vue de l’Alp la Schera sur le Val del Gallo où le lac de Livigno se cache sous les nuages. Photo: Roland Gerth/swiss-image.ch/ Suisse Tourisme – OFEV

Dossier Parcs > environnement 1/2011

Nouvelle disposition. Depuis, les interventions se sont multipliées en vue de créer d’autres parcs nationaux, mais elles se sont généralement heurtées à des conflits d’utilisation. Pro Natura reprend l’initiative en l’an 2000: l’association offre un million de francs à titre d’aide initiale à la région qui créera un nouveau parc national. Six régions se mettent sur les rangs, deux d’entre elles sont encore dans la course. Le parc national Adula (GR/TI) est en bonne voie (voir pages 28 à 31). Le Parco nazionale del Locarnese reste lui aussi d’actualité: si le projet initial a perdu sa validité depuis le retrait de la commune de Cevio, les autres communes poursuivent le processus. Une version révisée de la demande a été déposée à l’OFEV en janvier 2011; elle est en cours d’examen. Quand Pro Natura lance sa campagne, deux interventions sont en suspens aux Chambres fédérales, visant toutes deux l’ajout d’une disposition sur les nouveaux parcs dans la loi sur la protection de la nature et du paysage (LPN). Le Conseil fédéral s’attelle sans tarder à un projet qui ne prévoit encore aucun soutien financier de la Confédération. Le Parlement

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Trois catégories dans la LPN. Le chapitre « Parcs d’im-

l’homme est exclu, comme le voulait Paul Sarasin; l’objectif est plutôt de préserver les valeurs naturelles – riche biodiversité, beaux pay­sages, écosystèmes remplissant leurs fonctions – et les biens culturels d’une région tout en améliorant leur utilisation au bénéfice de son développement économique et social.

portance nationale » de la LPN entre en vigueur fin 2007. Il repose sur un nouveau modèle: il n’est plus question d’une perle de la nature dont

La LPN distingue trois catégories, décrites dans l’ordonnance sur les parcs:

est d’un autre avis: il décide à une forte majorité – absolue au Conseil des Etats – de confier à la Confédération la tâche d’octroyer un label aux parcs d’importance nationale et de les encourager financièrement.

Parcs suisses*

PN: parc national PNR: parc naturel régional PNP: parc naturel périurbain

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1 Parc national suisse (GR)

3

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Parcs en création (candidats) 6 PN Parc Adula (GR/TI) 7 PNR Beverin (GR) 8 PNR Landschaftspark Binntal (VS) 9 PNR Chasseral (BE/NE) 10 PNR Diemtigtal (BE) 11 PNR du Doubs (NE/JU/BE) 12 PNR Parc Ela (GR) 13 PNR Gantrisch (BE/FR) 14 PNR Gruyère Pays-d’Enhaut (FR/VD) 15 PNR Jurapark Aargau (AG/SO) 16 PNR Jura vaudois (VD) 17 PNR Pfyn-Finges (VS) 18 PNR Thunersee-Hohgant (BE) 19 PNR Val d’Hérens (VS)

6

4

9

Parcs reconnus d’importance nationale 2 PNR Biosphäre Entlebuch (LU) 3 PNR Thal (SO) 4 PNP Wildnispark Zürich-Sihlwald (ZH) 5 PNR Biosfera Val Müstair (GR)

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2 7

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8

6

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1

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Parcs en création (candidats) Parcs d’importance nationale Parc national suisse (GR) * Figurent ici tous les projets de parc dont les demandes d’attribution du label ou d’aides financières à la création sont soutenues par l’OFEV. Etat en décembre 2010.

environnement 1/2011 > Dossier Parcs


• Un parc national comprend une zone centrale et une zone périphérique. Dans la zone centrale, qui doit couvrir au moins 100  kilomètres carrés dans les Alpes, la nature est livrée à elle-même. L’ordonnance autorise toutefois une « exploitation pastorale tradi­ tionnelle sur des surfaces clairement limitées » et la « régulation des espèces pouvant être chassées et causant des dégâts considéra­ bles ». Les visiteurs ne sont admis que sur des chemins balisés. Dans la zone périphérique, le paysage rural est exploité dans le respect de la nature. Cette zone comprend des villages et tout le territoire qu’ils dédient à des activités agricoles, forestières ou touristiques. • Un parc naturel régional est une zone rurale qui se distingue par son patrimoine naturel et ses paysages. Elle recèle une grande diversité d’espèces et de biotopes, ainsi que des sites et des localités largement intacts. On y travaille à la conservation de ces biens, mais aussi à leur mise en valeur, par la promotion du tourisme vert, la transformation et la commercialisation de produits locaux ou l’éducation à l’environnement. • Un parc naturel périurbain offre à la faune et à la flore indigènes, dans sa zone centrale, un milieu naturel préservé et permet au public, dans sa zone de transition, des activités de découverte de la nature. Il se situe dans un périmètre de 20 kilomètres du centre d’une agglomération et est facilement accessible par les transports publics. Une nouvelle catégorie? La discussion porte au-

jourd’hui sur la nécessité de créer une catégorie supplémentaire. L’initiative provient du canton d’Argovie, qui souhaiterait créer un parc dans la région dite du château d’eau. L’Aar, la Reuss

Dossier Parcs > environnement 1/2011

et la Limmat s’y rejoignent dans un paysage alluvial attrayant, offrant un magnifique spectacle naturel. Mais la région ne remplit pas les conditions fixées par l’ordonnance pour un parc naturel périurbain: elle ne permet pas de créer une zone centrale de 4  kilomètres carrés où la nature puisse être livrée à elle-même, et les utilisations devraient être limitées. La situation est la même pour d’autres milieux précieux sur le plan écologique, mais de petite taille, situés au sein des agglomérations ou dans des régions exploitées de manière intensive. Un groupe de travail réunissant les principaux acteurs politiques impliqués examine actuellement par quels instruments il serait possible de répondre aux vœux des cantons. Des critères et une charte. Dans l’appréciation des

projets de parcs par la Confédération, les biotopes de valeur tels que les marais, les zones alluviales, les prairies sèches ou les sites de reproduction des batraciens, mais aussi les paysages d’importance nationale et les sites construits intacts sont des atouts, tandis que des atteintes graves ont un impact négatif. Paysages et villages doivent en outre avoir gardé leur caractère régional typique. D’autres critères sont d’ordre structurel. Il faut un organe responsable opérationnel et un plan de gestion, pour garantir que tout se déroule dans le sens souhaité. Il faut aussi une charte définissant les objectifs du parc et les mesures à prendre: que faire concrètement pour encourager la biodiversité, valoriser le paysage, renforcer une économie durable et limiter les atteintes? Les communes concernées doivent montrer comment elles entendent se développer pour atteindre les buts visés. La population partie prenante. Tous les parcs re-

posent sur des initiatives régionales et sont por-

Parcs candidats, de gauche à droite: Chevaux paissant dans le val de Réchy, au cœur du Parc naturel Val d’Hérens (VS). Lac de retenue de Biaufond (JU) dans le Parc naturel régional du Doubs (NE/JU/ BE). Dans le parc naturel du Gantrisch (BE/FR), vue du Selibüel sur les Préalpes avec les sommets de Chrummenfadenflue, Nünenenflue, Gantrisch, Bürglen et Ochsen. Lac de Seeberg dans le parc naturel du Diemtigtal (BE). Le village de Lohn et son église de style gothique tardif, bâtie entre 1460 et 1500, dans le parc naturel Beverin (GR). Photos: Marcus Gyger (1 et 5 à partir de la gauche), Gerry Nitsch (2), Lorenz Andreas Fischer (3), Roland Gerth (4)/ swiss-image.ch/Suisse Tourisme – OFEV

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tés par la population, les décideurs politiques et les milieux économiques. Le volontariat et la participation sont à la base de la politique suisse en la matière. « C’est seulement si la grande majorité de la population et les principaux acteurs concernés soutiennent le parc qu’il peut fonctionner et avoir du succès », insiste Bruno ­Stephan Walder qui, fin 2010, aura suivi le dossier pendant sept ans en tant que chef de la section Paysages d’importance nationale de l’OFEV. Excepté pour les zones centrales des parcs nationaux et des parcs naturels périurbains, les parcs d’importance nationale n’imposent pas de réglementation fédérale ou cantonale supplémentaire et rien n’exige que de nouvelles surfaces soient protégées. « L’idée est que les régions prennent conscience des valeurs naturelles et paysagères dont elles ont la responsabilité, qu’elles préservent ce capital de leur propre initiative et puissent en tirer profit », souligne Willy Geiger, sous-directeur de l’OFEV.

où se trouvent les parcs sont donc appelées à faire des efforts et à s’améliorer constamment », dit Bruno Stephan Walder. Les visiteurs doivent percevoir que l’attitude adoptée ici envers l’environnement, les biotopes, le paysage et le sol est différente, et qu’on leur propose quelque chose de spécial: une expérience authentique de la nature et de la culture, des animaux et des plantes; des rencontres avec les habitants de la région; un hébergement agréable; des produits frais savoureux en provenance de la ferme voisine. Et ils doivent pouvoir repartir avec la certitude d’avoir laissé une empreinte écologique acceptable et d’avoir dépensé leur argent au profit de la région. C’est à cette condition qu’ils reviendront, ou seront incités à visiter un autre parc dans une autre région du pays. Développer et entretenir la marque commune PARCS SUISSES exige un travail de réseautage et de coopération. C’est pourquoi les organes responsables des différents parcs et projets de parcs se sont réunis au sein du Réseau des

Le label « Parc » garantit un paysage attrayant, une grande diversité d’espèces et de milieux naturels ainsi qu’un programme séduisant permettant aux habitants et aux visiteurs de les découvrir. 10 millions par an. La Confédération octroie des

aides financières globales pour l’encouragement des parcs. En 2010, elle a engagé un total de 7,5  millions de francs dans ce secteur. Elle compte débloquer 10  millions de francs par an d’ici à 2012. Le montant des subventions fédérales versées à un projet donné dépend de l’ampleur et de la qualité des prestations. Pour en juger, l’OFEV a mis au point un système d’évaluation qui livre des résultats vérifiables. Plus l’offre d’un parc est étendue, plus le soutien financier sera élevé. Pour les années 2008 à 2011, la fourchette de l’aide pluriannuelle s’étend d’un peu moins de 300 000 à plus de 1,4  million de francs. Le label « Parc » garantit un paysage attrayant, une grande diversité d’espèces et de milieux naturels ainsi qu’un programme séduisant permettant aux habitants et aux visiteurs de les découvrir. L’organe responsable à qui il est accordé obtient le droit de munir du label « Produit » les biens fabriqués sur place selon les critères qualitatifs fixés. Ce label donne aux producteurs régionaux un avantage commercial (voir pages 14 à 17). La marque PARCS SUISSES. Les labels fonctionnent lorsqu’ils tiennent leurs promesses. « Les régions

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parcs suisses. Cette association faîtière défend les intérêts de ses membres et les aide à créer et ­gérer leurs parcs. Pro Natura est-elle satisfaite du résultat obtenu par son initiative? « Dans l’ensemble, l’évolution est positive », dit Silva Semadeni, la présidente de l’association. « Les choses ont bougé depuis le lancement de notre campagne. Il est évident que la population doit soutenir les projets. Mais les parcs doivent aussi apporter une plus-value à la nature. Le naturel ne doit pas se borner à l’étiquette. » Bruno Stephan Walder partage son avis, mais il ajoute: « Les prestations attendues ne peuvent être fournies toutes immédiatement. Il faut donner aux habitants des nouveaux parcs le temps nécessaire pour pouvoir réaliser leurs visions. » Hansjakob Baumgartner www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-02

CONTACT Simone Remund Responsable des parcs d’importance nationale Section Qualité du paysage et services écosystémiques OFEV 031 322 80 62 simone.remund@bafu.admin.ch voir aussi l’entretien aux pages 36 et 37

environnement 1/2011 > Dossier Parcs


OFEV/AURA, E. Ammon

VIVRE DANS UN PARC

« On s’intéresse davantage à nous » Ursula Hilfiker-Tenisch, mère de famille, « Landschaftspark Binntal » (VS), candidat parc naturel régional « Le Binntal est une vallée paisible. On s’y sent en sécurité mais ce n’est pas un autre musée du Ballenberg. C’est un lieu de tradition vivante, habité par de nombreuses familles. Pour voir le monde, je profite des vacances. L’horizon est tout proche, ici, la vue est limitée par les montagnes de tous les côtés. Mais n’en tirez pas de conclusions sur la mentalité des habitants. Je crois que nous respirons la joie de vivre. Je le vois chez ma grand-mère, qui a mis dix-huit enfants au monde tout en tenant le restaurant Jägerheim à Ausserbinn. Les bals du dimanche après-midi au restaurant étaient célèbres et j’aime l’entendre raconter ses souvenirs. Je sens aussi combien la cohésion est importante dans la vallée. De nos jours, avec la mobilité, on devient plus facilement des étrangers les uns pour les autres. Une vallée comme la nôtre a donc besoin d’un projet ouvrant des perspectives. Le parc paysager du Binntal, qui doit devenir un parc naturel régional, était juste ce qu’il nous fallait. Il y a longtemps que les habitants ont cons­ cience de la valeur de leur environnement. Ils l’ont prouvé en 1964 quand ils ont passé avec Pro Natura un accord sur la protection de la vallée,

Dossier Parcs > environnement 1/2011

qui a évité l’exploitation des cours d’eau pour la production énergétique dans la région de Mässera et du Geisspfad. Je me suis impliquée assez vite dans la création du parc paysager du Binntal. Nous avons constitué des groupes de travail thématiques pour débattre des stratégies. Ils existent encore. Je suis fascinée par la façon dont le projet a évolué, comme un enfant qui grandit. Il s’est enraciné dans l’esprit des gens, qui y voient un espoir pour l’avenir. Pas tous, bien sûr, il y a toujours des mécontents. Jusqu’en 2007, je travaillais à l’administration du parc. Aujourd’hui, je m’occupe de mes trois enfants, mais je reste en contact avec les membres de la coopérative ‹ Pro Binntal ›, qui a repris l’hôtel Ofenhorn. Cet hôtel, membre des ‹ Swiss Historic Hotels ›, est très précieux pour le parc. Comme la vallée, il attire de plus en plus de visiteurs. Nous remarquons qu’on s’intéresse davantage à nous. »

Propos recueillis par Martin Arnold www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-03

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BIODIVERSITé

Le Jura vaudois attentif à ses trésors Le Parc naturel régional Jura vaudois, candidat au label, abrite des paysages et des espèces de grande valeur. C’est d’ailleurs son capital. Mais que faire pour qu’il produise des intérêts? Et quelle est l’utilité de la création d’un tel espace pour les plantes et les animaux qui y vivent?

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environnement 1/2011 > Dossier Parcs


Grande photo: mur de pierres sèches dans la combe des Amburnex, au sein du Parc naturel régional Jura vaudois (VD). Petites photos (de gauche à droite): fourmilière de fourmis rousses, vipère péliade et hermine. Photos: Roland Gerth/swiss-image.ch/ Suisse Tourisme – OFEV (grande photo), Parc naturel régional Jura vaudois (petites photos)

Les marais d’importance nationale qui couvrent un tiers de la Vallée de Joux s’associent pour former un site ­marécageux impressionnant. Rivière intacte, l’Orbe serpente dans la plaine tandis que, sur les hauteurs, alternent forêts clairsemées et pâturages fleuris. Le Grand Risoux, l’une des plus grandes forêts de Suisse, s’étire sur toute la vallée. Une zone prioritaire pour la conservation des oiseaux (« Important Bird Area ») s’étend autour du Mont-Tendre, point culminant du Jura suisse. Et dans le marais des Amburnex fleurit la plus grande population de saxifrage bouc (Saxifraga hirculus) d’Europe centrale (voir environnement 3/2006, pages 13 et 14). Entre espèces rares, habitats à protéger et paysages variés, la richesse du Jura vaudois ne fait aucun doute. Des efforts réels. C’est justement en raison de sa valeur

naturelle que le PNR Jura vaudois, d’une superficie de 522 kilomètres carrés, envisage de devenir un parc naturel régional d’importance nationale. Il est d’ailleurs officiellement candidat depuis 2009 et bénéficie d’aides financières de l’OFEV à hauteur de 600 000 francs pour la phase de création, de 2009 à 2011. Mais le label « Parc » ne signale pas seulement une grande valeur naturelle; il indique aussi des efforts plus soutenus qu’ailleurs pour la promouvoir. Selon Evelyne Marendaz, cheffe de la division Espèces, écosystèmes, paysages à l’OFEV, « un parc naturel régional peut apporter une contribution importante à la conservation de la biodiversité, pour autant qu’il se fixe des objectifs ambitieux. » En d’autres termes, la création d’un parc doit bénéficier à la flore et à la faune. Qu’en est-il dans le PNR Jura vaudois? La gestion intégrée des pâturages du Mont-Tendre, par exemple, est plus liée à la biodiversité qu’elle n’en a l’air. L’alpage de 280 hectares sur lequel paissent les vaches allaitantes et les veaux des éleveurs de Mon­ tricher, une commune du parc, est un pâturage boisé. Les pâturages boisés à préserver. Les pâturages boisés sont

typiques des paysages jurassiens: les vaches paissent entre deux groupes d’arbres ou près d’épicéas dont les branches pendent jusqu’à terre. Ce mode d’exploitation traditionnel est largement répandu dans le monde. Les agriculteurs font paître leur bétail et coupent leur bois d’œuvre et de chauffage sur le même terrain. Au fil des siècles, cette double utilisation a façonné des écosystèmes complexes où forêts et pâturages s’entremêlent. Fabrice Gibaud, ingénieur paysagiste, chef de projet pour la nature, l’agriculture et le tourisme au sein du parc, parcourt les hauteurs accidentées du Jura. De temps à autre, il se penche pour signaler une plante caractéristique: orchis globuleux, campanule en thyrse ou chardon décapité, des espèces adaptées aux stations calcaires plutôt sèches. Même si les précipitations sont abondantes dans le Jura, les prairies d’altitude ne sont pas humides: dans les sols karstiques, l’eau gagne rapi-

Dossier Parcs > environnement 1/2011

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dement les profondeurs. « Ici, une grande partie des pâturages boisés sont donc des pâturages secs », explique Fabrice Gibaud. Or ces paysages sont en péril. L’équilibre entre exploitation forestière et pastorale est de plus en plus menacé. L’alternance d’arbres isolés ou regroupés et d’herbages ne facilite pas une uti­lisation rationnelle. Alors que les terrains maigres et difficiles d’accès, de moins en moins pâturés, cèdent la place à la forêt, on abat des arbres sur les surfaces plus fertiles pour y intensifier le pacage. Création d’abreuvoirs naturels. Pour contrer cette tendance, il faut développer des systèmes de gestion intégrée qui soient économiquement viables tout en préservant le paysage. Les mesures sylvicoles doivent être combinées avec une

Une longue expérience. En matière de gestion

intégrée des pâturages, le PNR Jura vaudois dispose déjà de bonnes bases, puisqu’il existe, sous une forme rudimentaire, depuis 1973. Pro Natura Vaud avait alors passé un accord avec treize communes pour créer un parc d’une superficie de 50 kilomètres carrés sur le modèle des parcs naturels régionaux français. La conservation des pâturages boisés fut une priorité dès les débuts. Depuis lors, des plans de gestion intégrée ont été élaborés, principalement par Fabrice Gibaud, pour 1500 hectares d’alpages. Les responsables entendent optimiser cette forme d’exploitation et l’appliquer à long terme à toutes les sur­faces pâturées du parc, soit plus de 10 000 hectares.

Les pâturages boisés sont en péril. L’équilibre entre exploitation forestière et pastorale est de plus en plus menacé.

utilisation agricole extensive. Suivant la densité et l’âge des peuplements d’arbres, on peut préconiser des coupes apportant plus de lumière au sol et favorisant le rajeunissement, exclure provisoirement le bétail pour permettre aux jeunes arbres de pousser ou encore encourager le pacage afin de limiter le recrû. Ces mesures dépendent notamment de la répartition judicieuse des points d’eau. Selon Fabrice Gibaud, les veaux et les vaches s’éloignent rarement de plus de 500 mètres des abreuvoirs. Mais l’eau est rare sur les crêtes du Jura. Il n’y a pas de sources, il faut donc collecter l’eau de pluie. Les abreuvoirs en plastique utilisés en général ne sont ni esthétiques ni écologiques. Les pâturages du Mont-Tendre seront donc bientôt équipés d’un abreuvoir semi-naturel qui, en plus de sa fonction première, servira aussi d’habitat à des libellules telles que le leste fiancé et le sympétrum jaune d’or ou au triton alpestre.

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Restauration des murs de pierres sèches. Autre

élément caractéristique des paysages jurassiens, les murs de pierres sèches ont pour la plupart été construits entre le XIXe et le début du XXe siècle pour délimiter pâturages et propriétés. Leurs interstices et leurs niches offrent un abri à de nombreux animaux tels que l’hermine, la vipère péliade ou le lézard vivipare. Ils constituent en outre un réseau très dense d’habitats linéaires dans le paysage. Pour préserver ce réseau, quelque 12,5 kilomètres de murs ont été remis en état depuis 1989, avec l’aide du Fonds suisse pour le paysage (FSP), qui finance la sauvegarde de paysages traditionnels proches de l’état naturel. La création du parc devrait permet­ tre d’intensifier ces travaux et d’augmenter considérablement la longueur des tronçons restaurés chaque année. Car il reste beau­ coup à faire: le territoire comprend environ­ 500 kilomètres de murs de pierres sèches.

De gauche à droite: orchis globuleux, rhagie mordante – une espèce qui vit dans le bois mort – et pâturage boisé. Photos: Parc naturel régional Jura vaudois

environnement 1/2011 > Dossier Parcs


Une région de marais. Le Jura vaudois abrite de

nombreux hauts-marais. On trouve dans le péri­mètre du parc vingt et un hauts-marais d’importance nationale ainsi que seize basmarais et trois sites marécageux. Le suivi de la protection des marais en Suisse a révélé bien des insuffisances. Si la superficie des marais d’importance nationale est restée pratiquement constante depuis vingt ans, leur qualité s’est largement détériorée. Le taux d’humidité et la quantité de tourbe diminuent, les apports en substances nutritives augmentent et de nombreux sites s’embroussaillent à vue d’œil. Il manque notamment des zones tampon suffisamment larges. Les marais ne devraient-ils donc pas être eux aussi au centre des préoccupations du PNR Jura vaudois? « La mise en œuvre de la protection des biotopes relève des cantons », explique Oli­vier Schär, directeur du bureau du parc à Saint-­ George (VD). « Nous pouvons toutefois leur donner des idées et participer à la sensibilisation des personnes concernées. Nous sommes aussi à leur disposition, en tant que centre de compétences, pour trouver les solutions appropriées. » Mesures ciblées. Pour Sarah Pearson, cheffe de la

CONTACTS Sarah Pearson Perret Cheffe de la section Espèces, milieux naturels, réseaux écologiques, OFEV 031 322 68 66 sarah.pearson@bafu.admin.ch Pierre Galland Section Qualité du paysage et services écosystémiques OFEV 031 322 83 67 pierre.galland@bafu.admin.ch

section Espèces, milieux naturels, réseaux écologiques à l’OFEV, on pourrait faire plus: « Les richesses naturelles – notamment les marais avec leurs zones tampon – pourraient être prises en compte dans les plans de gestion intégrée. On serait aussi en droit d’attendre des cantons qu’ils remplissent dans ces espaces la totalité des tâches qui leur sont confiées par la loi sur la protection de la nature et du paysage. Les parcs devraient au moins essayer de convaincre les communes et les autorités compétentes de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre en œuvre les inventaires de biotopes et de paysages d’importance nationale. » « Préserver et encourager la diversité biologique est l’une des missions centrales des parcs », continue Sarah Pearson. « Il faut qu’ils se distinguent des autres paysages. Pour tirer le meilleur parti de ses atouts et fixer les bonnes priorités, chaque parc devrait établir une liste des écosystèmes et des espèces qu’il veut encourager plus spécialement », propose la biologiste. La mission du parc du Gantrisch. Le « Naturpark

quents sur son territoire qu’ailleurs, soit vraiment typiques. Selon ces deux critères – exclusivité et représentativité –, Christian He­dinger a sélectionné vingt-cinq espèces prioritaires et en a recommandé plus particulièrement sept à l’organe de gestion du parc: un escargot, une chauve-souris, deux lichens et trois plantes. Il a en outre désigné deux biotopes à encourager tout spécialement: les potamaies, qu’on peut admirer notamment sur les rives du lac Noir, et les groupements fontinaux riches en calcaire, spécifiques aux nombreux fossés de la région. Veiller en priorité sur ces espèces et ces écosystèmes, telle est la véritable mission du parc du Gantrisch, une mission dont profitent des biocénoses entières. Ce parc est en effet le ­mieux placé en Suisse pour le faire, en raison de ses conditions naturelles. A la recherche des espèces emblématiques. La ­liste

de Christian Hedinger a provoqué quelques remous parmi les responsables. Mis à part le petit rhinolophe, une chauve-souris dont le Gantrisch abrite 8 % des effectifs suisses, elle ne comprend que des espèces discrètes et peu at­trayantes. Qui a déjà entendu parler de la grande brillante? Ou du sphérophore à fructifications noires (Sphaerophorus melanocarpus)? Du point de vue scien­tifique, leur protection est légitime: on ne trouve plus la grande brillante, un escargot, qu’en trois points du pays, notamment au lac de Dittlig, dans le parc. Quant à la deuxième espèce, un lichen menacé d’extinction, une forêt du Gantrisch abrite sa principale population en Suisse. Mais ces deux espèces sont trop peu con­nues pour devenir l’emblème du parc et la vitrine des projets de conservation de la biodiversité. A la demande de l’organe de gestion, Chris­tian Hedinger a donc dressé une deuxième liste d’espèces typiques des lieux, plus populaires celles-ci: les mesures en faveur du chevalier gui­ gnette, un petit échassier, du tétras lyre ou du cuivré de la bistorte, un papillon, se justifient également dans la région du Gantrisch et seront nettement mieux accueillies par le grand public. Aux autres parcs, maintenant, de définir leurs espèces prioritaires en utilisant la même méthode. Hansjakob Baumgartner www.environnement-suisse.ch/magazine2010-4-04

Gantrisch » (BE/FR), candidat au statut de parc naturel régional d’importance nationale, a demandé à Christian Hedinger, du bureau de conseil environnemental UNA, d’élaborer des bases à cet effet. « Chaque parc abrite des mi­lieux et des espèces qui lui confèrent son caractère unique », explique celui-ci. Ils sont soit plus fré-

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PRODUITS LABELLISÉS

De parfaits ambassadeurs

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Quatorze denrées alimentaires originaires du parc naturel régional de Thal (SO) ont déjà reçu le label « Produit » des parcs suisses. Les acteurs concernés sont tous satisfaits. La nature et le paysage profitent indirectement des chiffres de vente en progression. « Thal est arrivé chez Coop », se réjouit Michael Bur, responsable des produits régionaux du parc naturel régional « Naturpark Thal », dans le Jura soleurois. Depuis janvier 2010, le grand distributeur propose dans ses rayons sept articles portant le label « Produit » des parcs suisses. Ces spécialités aux noms originaux tels que « Hosenlupf » – un fromage – ou « chaîne du Jura » – une saucisse – sont disponibles dans soixante-­sept magasins Coop du nord-ouest du pays. « Elles ont conquis les marchés urbains de Bâle, Aarau, B ­ aden, O ­ lten, Langenthal et Soleure », dit Bur. Un succès inattendu. Si Bur avait dû prédire début 2009

Grande photo: le Guldental, dans le parc naturel régional de Thal (SO). On aperçoit au loin le village de Mümliswil. Petites photos (de gauche à droite): Passwang-Mutschli, saucisse de Thal, pain complet de Thal et huile de colza de Thal pressée à froid. Photos: Roland Gerth/swiss-image.ch/ Suisse Tourisme – OFEV (grande photo), « Naturpark Thal » (petites photos)

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combien de produits agricoles du parc seraient certifiés en deux ans, il aurait prudemment tablé sur deux ou trois. La réalité a largement dépassé ses attentes: en mars 2009, Coop frappe à la porte – neuf mois avant que la région de Thal soit officiellement reconnue parc naturel régional d’importance nationale par l’OFEV. « Nos études de marché ont démontré que les consommateurs suisses sont de plus en plus nombreux à vouloir des produits régionaux », dit Philipp Allemann, responsable des achats de viande chez Coop. « Ils sont un gage de fraîcheur, de qualité et de proximité. » Les négociations commencent trois mois plus tard et en septembre 2009, le grand distributeur décide de compléter son assortiment par des produits du parc de Thal. Début 2010, les premiers fromages et saucisses munis du label « Produit » et du logo du parc apparaissent dans les rayons. Depuis, d’autres denrées en vente dans les petits commerces et chez les détaillants de la région ont été certifiées. Selon Michael Bur, ces produits ont une importance capitale pour le parc: « Ils lui confèrent un visage au-delà de son périmètre et véhiculent son image à l’extérieur », explique le géographe. « Ce sont des ambassadeurs. La saucisse de Thal est notre Roger Federer à nous: élégante, sympathique, du terroir. » L’appréciation est la même dans les autres parcs. François Margot, chef de projet du Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut (FR/VD), en cours de création, souligne que les produits certifiés renforcent l’identité collective des communes concernées, tissent des liens entre les acteurs et jettent des ponts, par exemple entre l’agriculture et le tourisme. L’accent est surtout mis sur divers fromages. Comme ceux-ci ne sont souvent livrables qu’en quantité limitée et que la chaîne de valeur ajoutée doit si possible se dérouler intégralement dans la région, la vente se fait

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Le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut (FR/VD) produit de nombreuses sortes de fromage. En haut: fromagerie d’alpage de Paray Charbon, au pied du Vanil Noir (à gauche); bétail paissant près de Gérignoz, dans le Paysd’Enhaut (VD), avec à l’horizon la chaîne de la Gummfluh (à droite). En bas: vue de l’alpage Rodosex-Dessus (VD) vers l’ouest (à gauche); l’alpage de Sonlomont, à la frontière entre la Haute-Gruyère (FR) et le Pays-d’Enhaut. A l’arrière-plan, la Dent de Jaman (à droite). Photos: Parc naturel régional Gruyère Paysd’Enhaut; en bas à gauche: Marcus Gyger/ swiss-image.ch/Suisse Tourisme – OFEV

Les expériences faites dans le parc naturel régional de Thal démontrent que le label consolide effectivement les chaînes de création de valeur aux alentours. surtout dans le parc et les villes avoisinantes. « Mais nous examinerions avec intérêt les demandes d’un grand distributeur », dit Margot. Un instrument idéal pour le développement régional durable. Le label est à la disposition de tout

organe responsable d’un parc d’importance nationale, qui pourra l’attribuer à des denrées alimentaires, des articles non alimentaires ou des services. Les exigences ont été fixées par l’OFEV d’entente avec l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) et le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO). « Elles s’inspirent des directives en vigueur pour les marchés régionaux, reconnues par l’OFAG », explique Patrik Aebi, chef du secteur Promotion de la qualité et des ventes à l’OFAG. Les biens et services certifiés doivent essentiellement être produits et fournis dans le périmètre du parc et les matières premières principales provenir des environs. Pour Simone Remund, responsable du dossier à l’OFEV, le label « Produit » est un instrument essentiel pour le développement durable d’une région. « Il doit contribuer à conserver la

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nature et le paysage ainsi que les valeurs culturelles typiques, et à renforcer l’économie. » Les expériences faites dans le parc naturel régional de Thal démontrent que le label consolide effectivement les chaînes de création de valeur aux alentours. La fromagerie Reckenkien à Mümliswil (SO), par exemple, qui produit entre autres le « Hosenlupf » et le « Passwang-Mutschli », écoule maintenant beaucoup plus de marchandise. « Nous sommes très contents des ventes », dit le fromager Hansjörg Stoll. « Le parc a répondu à nos attentes.  » L’augmentation de la demande bénéficie aussi aux agri­culteurs. « Le lait utilisé pour le fromage provient exclusivement des fermes environnantes », continue Stoll. « Comme nous pouvons transformer davantage de lait frais des montagnes, son prix augmente et les paysans en profitent. » Saucisse à succès. Pour ses saucisses certifiées,

Robert Stübi, boucher au village de Matzendorf (SO), s’approvisionne en viande auprès de quatorze fermiers. « Je tiens à collaborer avec les

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producteurs locaux », dit-il. « Je sais ainsi d’où viennent les animaux et comment ils ont été élevés. De plus, les bêtes ne doivent pas subir de longs trajets jusqu’aux abattoirs. » Il dresse un bilan très positif de sa collaboration avec Coop, qui a débuté il y a un an. Parfois, il a même été en rupture de stock. Entre-temps, la demande s’est stabilisée à un niveau fort satisfaisant dans les magasins Coop et sa boucherie a accru ses chiffres de vente. Les emplois de ses dix collaborateurs sont garantis. Deux apprentis sont venus renforcer l’équipe. Comme le label « Produit » ouvre de nouveaux débouchés aux exploitants agricoles, l’idée des parcs séduit également l’Union suisse des paysans (USP). « Outre la protection et la conservation des paysages naturels et cultivés, nous attendons des parcs qu’ils améliorent les conditions socio-économiques dans les zones structurellement faibles », explique Julia Zuberbühler, du groupe consultatif Label Produit de l’USP. Ce genre d’impulsion vient à point nommé pour la région de Thal, qui risque de perdre plus de 18 % de sa population d’ici à 2030 selon les prévisions. La valeur ajoutée générée par le parc devrait permettre d’enrayer cette évolution. Une plus-value certaine. Le parc de Thal a joué

un rôle de pionnier ces deux dernières années en matière de produits labellisés. « Nous recevons régulièrement des demandes provenant de parcs en phase de création », dit Michael Bur. D’autres produits seront vraisemblablement labellisés dans un avenir proche, si possible aussi dans les catégories non alimentaires. Mais les responsables ne pourront plus assister complètement les producteurs comme ils l’ont fait pour les quatorze premiers. « Les démarches administratives sont considérables. Nous conseillons les producteurs et les transformateurs, organisons et suivons la certification, aidons à commercialiser et à lancer le produit », explique le chef de projet. Le parc élabore à cet effet un catalogue de prestations définissant le soutien qui peut désormais être apporté aux producteurs et prestataires intéressés par le label. En raison du travail nécessaire et des coûts qui en découlent, le label « Produit » n’est en général rentable que pour les transformateurs artisanaux de taille moyenne. Les agriculteurs qui vendent leurs produits à la ferme n’en ont pas besoin, car les clients voient tout de suite que la marchandise provient du voisinage. En outre, seuls les transformateurs artisanaux peuvent garantir des denrées de qualité égale en quantité suffisante.

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Et pourtant, une plus-value accrue est assurée pour toute la contrée. « Ces exploitations sont implantées ici, elles créent des emplois, forment des apprentis, transforment les matières premières locales et sont étroitement intégrées dans les chaînes de valorisation », insiste Michael Bur. « Elles contribuent donc au dynamisme de la région. » Des bonus pour la nature et le paysage. Mais quels

avantages la nature et le paysage retirent-ils de la vente croissante de fromage et de saucisses? Ils en profitent indirectement et à longue échéance. « Le partenaire soutient les efforts entrepris par le parc pour inciter les fournisseurs de viande à préserver leur environnement ­au-delà de la simple preuve des prestations écologiques », précise par exemple l’accord de partenariat entre le parc naturel régional de Thal et la boucherie de Matzendorf. « Le programme pluriannuel Nature et paysage du canton de Soleure (accords concernant les lisières, les pâturages d’estivage, les prairies naturelles ou les haies), les activités de protection locales et régionales ou les projets de l’organe responsable du parc offrent des possibilités dans ce sens. » Il n’existe aucune prescription. « Obliger les paysans à choisir un mode de production biologique ou à appliquer des mesures spécifiques pour encourager la biodiversité irait clairement à l’encontre de la philosophie du parc », estime Michael Bur. Il est pourtant convaincu que les accords conclus sont aussi tout bénéfice pour la nature et le paysage. « Si les gens constatent que le parc leur apporte des avantages économiques, ils seront prêts à soutenir ou même à lancer des projets de conservation et de valorisation de la biodiversité. » Gregor Klaus www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-05

CONTACTS Carlo Ossola Section Qualité du paysage et services écosystémiques OFEV 031 322 93 73 carlo.ossola@bafu.admin.ch Simone Remund voir page 8

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OFEV/AURA, E. Ammon

VIVRE DANS UN PARC

« Des produits de saison et de la région » Esther Keller-Hegi, hôtelière, « Jurapark Aargau » (AG/SO), candidat parc naturel régional « Notre région abrite des trésors méconnus: une nature généreuse, une situation paisible et une longue tradition viticole. Ce sont des atouts pour le développement du tourisme vert. En fait, tout a commencé bien avant le projet de parc. Mon mari (à gauche sur la photo) a participé à la création du chemin des flotteurs, un sentier thématique le long de la voie empruntée autrefois par les flotteurs pour rentrer chez eux après avoir laissé le bois à Laufenburg. Comme l’offre d’hébergement pour les randonneurs était réduite, mon mari et moi avons transformé en dortoir une ancienne grange que nous avions achetée quelque temps auparavant. Mais à l’époque, la seule auberge du village, le ‹ Bären ›, était encore fermée le week-end. Quand les hôteliers ont décidé de la remettre, nous l’avons reprise. Nous sentions que nous pourrions faire quelque chose de ce bâtiment historique. Notre philosophie? Des produits de saison et de la région. Tout ce que nous servons est frais, y compris les soupes, les sauces et le pain au feu de bois; nous utilisons pour cela des légumes d’été ou d’hiver et des variétés traditionnelles parfois oubliées. Je confectionne beaucoup de compotes

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et de conserves avec les spécialités du parc, les cerises et les poires. Nous avons un réseau de fournisseurs pour les produits locaux: fruits et légumes, lait, pain ou viande. Et en automne, le gibier n’est pas servi avec des airelles, mais avec de la gelée de raisins. Une telle offre ne sert toutefois pas à grandchose si personne ne sait qu’elle existe. Notre petite entreprise n’est pas en mesure de faire de la publicité à grande échelle. Nous espérons que le parc pourra nous aider: il fera connaître le Jura argovien dans toute la Suisse. Nous profitons déjà de la collaboration avec ‹ Dreiklang ›, l’association responsable du parc, puisque nous avons conclu un partenariat pour plusieurs activités. Le ‹ Bären › fournit le gîte et le couvert aux personnes participant à la randonnée des herbes, qui découvrent pendant deux jours les plantes comestibles dans les prés du Jura argovien. Nous sommes aussi sur le parcours du chemin des flotteurs et de la randonnée des vins. » Propos recueillis par Beatrix Mühlethaler et Hansjakob Baumgartner www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-06

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OFEV/AURA, E. Ammon

VIVRE DANS UN PARC

« Soigner notre patrimoine architectural » Colin Karlen, charpentier, Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut (FR/VD), candidat au label « Je suis menuisier-charpentier indépendant depuis 1994. Mon entreprise est basée à Châteaud’Oex et s’est spécialisée dans la couverture en tavillons. Je suis d’ailleurs le seul tavillonneur professionnel du Pays-d’Enhaut. 15 à 20 % de nos activités sont liées à cette pratique. Par année, cela représente entre 800 et 1200 mètres carrés de surface. Les tavillons sont fabriqués en épicéa, une essence locale. Nous utilisons des arbres de­ 150 ans environ. Les fines planchettes se posent sur les toits, mais aussi sur les façades. C’est un véritable travail d’artisan, voire d’artiste, spé­ cialement quand il s’agit de recouvrir les bornes, les arêtiers, les noues, les cheminées, les avanttoits ou d’effectuer des habillages de velux et d’ouvertures. Les tavillons sont très décoratifs en soi; de plus, on peut effectuer diverses découpes pour orner les façades et les bordures de toitures. Quand ils prennent une forme ronde, on les appelle ‹ tavillons ronds › ici. Nous nous occupons aussi de rénovation, nous avons dernièrement regarni le clocher de l’église de Château-d’Oex. 95 % du ma-

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tériau et des montants générés par le tavillonnage proviennent de la région et y restent. Le bois est coupé dans les forêts avoisinantes et on travaille avec les gens du coin. Seuls les clous et les moyens de transport viennent de l’extérieur. Notre activité est donc durable dans tous les sens du terme. Le seul problème est que couvrir un toit de tavillons coûte relativement cher, plus du double d’un toit traditionnel, en tôle par exemple. Mais il existe un réel intérêt pour les maisons d’habitation et de vacances typiques. Je fais partie de la commission des tavillonneurs du parc. L’idée est de promouvoir cet artisanat dans la région, de soigner le patrimoine architectural original dont nous disposons et de l’augmenter. Un paquet de tavillons fait d’ailleurs partie du sigle du parc. Valoriser cette ancienne technique, permettre un développement à la fois touristique et économique de la région, cela me motive. » Propos recueillis par Cornélia Mühlberger de Preux www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-07

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TOURISME

Un tourisme à la fois doux et riche Le label « Parc » peut apporter une réelle plus-value économique aux contrées concernées. Mais pour cela, les candidats doivent développer des offres touristiques crédibles et de qualité qui permettent aux visiteurs de découvrir la variété de la nature, la beauté du paysage ainsi que les valeurs culturelles de l’endroit.

Le nouveau sentier de la Crête du Chasseral est un excellent exemple de cohabitation pacifique entre préservation de la nature et tourisme. Le sentier didactique consacré à la flore alpine jurassienne est parsemé d’espaces protégés dans l’idée de sauvegarder les plus beaux spécimens. Ces parcelles sont délimitées par des poutres posées au sol et en général bien respectées par les randonneurs. Le chemin de crête est très visité, même si le promeneur lambda ne cherche pas forcément à se munir de la brochure spéciale qui informe sur le site. Le problème est que ce genre d’offre apporte relativement peu de plus-value économique à la région, étant donné que l’activité peut facilement être réalisée en une journée ou moins. Cela se présente tout autrement pour le chemin des Anabaptistes inauguré au printemps dernier, au Chasseral toujours. Il s’agit d’une randonnée de deux jours qui permet aux participants de revivre l’histoire mouvementée des dissidents protestants venus se réfugier sur les hauteurs jurassiennes il y a trois cents ans. Ce parcours, qui allie la raison historique à la découverte de la nature et des produits du terroir, remporte la palme des propositions combinées pour l’affluence en 2010. « La nature, le paysage et les biens culturels de grande qualité sont le capital d’un parc », affirme Simone Remund, responsable du dossier au sein de la division Espèces, écosystèmes, paysages à l’OFEV. « Il s’agit à la fois de les conserver et de les mettre en évidence. » Selon elle, cette valorisation passe par des offres touristiques spécifiques et adaptées qui peuvent contribuer de manière significative au développement économique des régions hôtes. De grandes attentes. Les visiteurs de parcs naturels

souhaitent expérimenter les lieux et leurs particularités; ils sont en quête d’authenticité, désirent avoir des contacts avec la population. « L’idée n’est pas forcément d’aller de A à B, mais de découvrir quelque chose de spécial en chemin, quelque chose

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En route dans le Parc régional Chasseral (BE/NE): sur le sentier de la Crête entre l’émetteur et l’hôtel Chasseral, en ski de fond le long de la piste des Quatre Bornes, en calèche, confortablement, ou à pied sur le chemin des Anabaptistes. Photos: Parc régional Chasseral

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qui conjugue plusieurs dimensions », souligne Andreas Weissen, directeur du Réseau des parcs suisses et président de la coopérative propriétaire de l’hôtel Ofenhorn à Binn. Les bases légales pour la promotion des parcs ne sont en vigueur que depuis fin 2007. Il n’existe donc pas encore de chiffres au niveau national pour juger du tourisme qu’ils génèrent. L’OFEV a mandaté une étude qui estime le potentiel dans ce secteur. Selon des expériences faites à l’étranger, en Autriche notamment, il est considérable. Andreas Weissen se montre confiant: « On devrait pouvoir augmenter de 10 à 20 % en moyenne le nombre de nuitées dans les parcs naturels », affirme-t-il avant d’ajouter que la donne est bien sûr différente pour chaque parc et qu’il est difficile

seral, candidat au statut de parc d’importance nationale. Seront encore développés les séjours « ferme et terroir » et « treks et lamas ». Le chemin des Anabaptistes sera, lui, amélioré en 2011 par la plantation d’arbres et la remise en état des murs de pierres sèches. Sont aussi au programme une nouvelle « nuit de la chouette », la collaboration avec « l’espace abeilles » à Cernier (NE) ou encore le développement d’activités en allemand pour répondre à la demande des touristes venant de Suisse alémanique et d’Allemagne. Rester crédibles. Les parcs naturels ne visent

pas un tourisme de masse, mais un tourisme de qualité qui va au-delà de la simple visite. « Proposer une grande palette d’offres ne suffit

Le parc doit être crédible, des activités qui semblent contradictoires sont mal perçues par les habitants et les visiteurs.  

d’évaluer la relation réelle entre le programme proposé et l’affluence effective. « Le client luimême n’est souvent pas capable de nommer l’élément qui le fait venir ou partir. C’est un savant amalgame entre nature, qualité de l’hébergement, gastronomie et offre culturelle », explique-t-il. Une chose est par contre évidente: « Un parc ne peut avoir de succès à long terme que s’il répond aux attentes des habitants et des visiteurs », observe Simone Remund. La qualité plutôt que la quantité. Au Chasseral, à

l’avenir, l’idée est de continuer à améliorer le capital naturel en orientant les touristes vers certaines activités, tout en protégeant les habitats sensibles. Les propositions propres à la région et axées sur un savoir à retransmettre ainsi que sur une sensibilisation à la nature vont donc être privilégiées. « Nous souhaitons également que les visiteurs restent plus longtemps », dit Fabien Vogelsperger. Il est directeur de projet du Parc régional Chas-

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pas, il faut que les valeurs qualitatives attendues soient au rendez-vous », ajoute Simone Remund. Le parc doit être crédible, des activités qui semblent contradictoires sont mal perçues par les habitants et les visiteurs et peuvent nuire à son image. Il faut par ailleurs que les gens trouvent des habitats naturels exceptionnels ou des paysages d’une beauté unique, qu’ils aient facilement accès aux produits du terroir et qu’ils puissent venir en transports publics. Dans le futur parc naturel régional « Land­ schaftspark Binntal », on s’évertue ainsi à proposer des excursions spéciales, à mettre en avant les plats régionaux, à informer un maximum et à soigner l’accueil, raconte Andreas Weissen. A l’hôtel Ofenhorn, les nuitées ont presque doublé en cinq ans, il en est fier. Les raisons, selon lui? La nouvelle visibilité due au parc, mais aussi une rénovation conséquente de l’hôtel qui est par ailleurs devenu membre des « Swiss Historic Hotels ». Et de remarquer

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Vacances actives dans le parc paysager du Binntal (VS): après la randonnée (à droite), les promeneurs se procurent eux-mêmes le lait de chèvre (à gauche). Le sentier qui mène au val Devero (Italie) par le col de l’Albrun débute au fond de la vallée dans le hameau de Fäld (au milieu à gauche). Au milieu à droite: le village de Binn. Photos: Brigitte Wolf (1 et 4 à partir de la gauche), Lorenz Andreas Fischer / swissimage.ch/Suisse Tourisme – OFEV (2), « Landschaftspark Binntal » (3)

qu’il existe un réel potentiel pour les personnes qui veulent se profiler dans le créneau nature et se montrent entreprenantes. Luimême a lancé le tourisme d’hiver à Binn, alors qu’a priori, c’était difficile dans une vallée peu ensoleillée et éloignée de tout. « En fin d’année, nous organisons deux semaines avec des événements culturels, de la bonne cuisine, des activités raquettes, et nous ne désemplissons pratiquement pas. » Ce genre de prestations renforce les chaînes de valeur ajoutée dans un parc et lui donnent une plus-value. Elles aident aussi à y maintenir des emplois et à générer de nouvelles activités. Un travail d’équipe. Les parcs ne peuvent donc

pas se contenter de vendre nature et paysage. Ils doivent élaborer des produits authentiques, adaptés au marché et proposer des services qui reposent sur des infrastructures touristiques et l’implication de partenaires. Le programme doit privilégier l’événementiel, être adapté à un ou plusieurs publics cibles et bénéficier d’un marketing spécifique. « Pour créer de telles offres, il faut la motivation des habitants, des artisans et des agriculteurs ainsi que des hôteliers et restaurateurs », complète Simone Remund. Il est en outre capital d’entretenir une collaboration durable avec tous les prestataires établis dans le parc – agriculture, artisanat, restauration, hôtellerie … Egalement incontournable: un bon travail d’équipe entre les organisateurs et les structures touristiques de la région. « Les parcs ne remplacent pas ces structures », remarque Fabien Vogelsperger. Il s’agit d’utiliser au mieux les synergies, d’inciter les prestataires à s’adapter aux exigences d’une certaine clientèle et à mettre en valeur leurs produits, tout en restant en phase avec l’image véhiculée par le parc. Il est également important de rechercher toutes les formes de collaboration possibles avec les partenaires touristiques des destinations voisines. Les cerises d’Argovie. La gestion du parc, de son côté, doit contribuer à faire connaître les activités proposées et assurer la coordination entre les différentes personnes impliquées. C’est à elle aussi de mettre en place une stratégie pour le tourisme, comme vient par exemple de le faire le bureau du parc naturel du Jura argovien, le « Jurapark Aargau », également candidat au label (voir page 18). Ce dernier a analysé les faiblesses et dangers rencontrés par le tourisme dans le site et développé une vision pour l’an 2016. Il en ressort que l’offre existante est à améliorer au niveau des produits régionaux et de la gastronomie et que les prestations liées

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aux domaines de prédilection du parc, à savoir les cerises et les arbres fruitiers, la santé et la géologie, sont à renforcer. Par ailleurs, il est question de développer de nouvelles propositions pour les « 50 ans et + » avec les partenaires touristiques, les producteurs régionaux ainsi que les entreprises de transports publics. Vitrines et aides extérieures. Le tourisme dans les parcs n’est pas seulement soutenu de l’intérieur par les responsables et leurs partenaires régionaux, mais également encouragé au niveau national. Grâce au Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), Innotour, un programme de la Confédération en faveur de la promotion du tourisme, a ainsi été lancé. Ce projet est déployé en étroite collaboration avec la nouvelle politique régionale (NPR): son troisième volet, qui se déroule sur 2010 et 2011, donne un coup de main aux parcs pour développer des offres touristiques diverses liées à leurs spécificités. Si des lacunes sont constatées, un coach élabore des propositions modèles avec les responsables concernés. « Il s’agit d’un travail de longue haleine. Très souvent, il faut investir trois à quatre ans pour obtenir un résultat », dit Andreas Weissen. L’OFEV a également un partenariat avec Suisse Tourisme, qui fait connaître les parcs en devenir par le biais de sa plateforme nationale. Chacun des candidats y est présent. Pendant l’été 2011, le Réseau des parcs suisses sera par ailleurs « partenaire A » de Suisse Tourisme; ses membres bénéficieront donc de la même visibilité et des mêmes prestations que des régions bien établies comme le Valais et les Grisons, tant en Suisse qu’à l’étranger. L’OFEV contribue financièrement à l’obtention de cette vitrine auprès de l’organisation faîtière du tourisme suisse.

Cornélia Mühlberger de Preux www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-08

CONTACT Simone Remund, voir page 8

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ÉDUCATION À L’ENVIRONNEMENT

Voir, sentir, toucher Transmettre aux habitants d’une grande aggloméra­ tion des connaissances sur la nature par la décou­ verte: tel est l’objectif du parc naturel périurbain « Wildnispark Zürich-Sihlwald » et d’autres parcs de ce type en Suisse.

« Nous allons quitter la civilisation pour entrer dans la vie sauvage! » C’est ainsi qu’Urs Hofstetter attire les enfants loin de l’automate à sucreries. Le responsable des programmes proposés aux écoles dans le parc naturel périurbain situé à la limite sud de la ville de Zurich vient d’accueillir une classe de sixième primaire de l’agglomération à la gare de Sihlwald. Les élèves ont traité en cours le thème des arbres et passent aujourd’hui quelques heures en forêt pour une leçon pratique. Dans une clairière bordée de grands hêtres et de sapins se déroule un jeu qui prélude à la découverte de la forêt: les enfants sont répartis en quatre groupes dont chacun reçoit un cerceau de plastique de couleur différente. Des cartes sont disposées face cachée au centre du terrain. Il faut ramener le plus vite possible toutes les cartes de sa couleur dans son propre « nid ». Mais comme les enfants ne peuvent retourner qu’une carte à la fois, plusieurs trajets sont parfois nécessaires avant que le trésor soit en sécurité. De découverte en trouvaille. L’action et la concentration

ont éveillé l’attention des enfants. Le moment est venu de réfléchir au contenu des cartes, qui représentent des buissons, des feuilles et des fruits. Les élèves s’élancent à la recherche des feuilles représentées. « Une grenouille! » s’écrie soudain un garçon. Tous ses camarades ont tôt fait de le rejoindre pour admirer l’animal qu’Urs Hofstetter a habilement attrapé. La grenouille rousse est bientôt relâchée. Et les feuilles rapportées sont identifiées: si les terminaisons sont pointues et les sinus arrondis, on a affaire à une feuille d’érable plane; si, au contraire, les dents sont obtuses et les sinus aigus, il s’agit d’un érable

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Jeu de groupe (à gauche) et observation de la nature (à droite) dans le parc naturel périurbain près de Zurich. Ensemble, les garçons viennent à bout des plus grosses branches (en bas). Photos: « Wildnispark Zürich-Sihlwald » (en haut), Beatrix Mühlethaler (en bas)

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syco­more. Contrairement aux branches de résineux ramassées, la pomme de pin trouvée par un élève ne provient pas d’un sapin blanc mais d’un épicéa. En effet, apprennent les enfants, les sapins blancs ne laissent pas tomber des pommes de pin entières mais uniquement des semences isolées. La discussion tourne aussi autour des dangers de la forêt: comment se protéger contre les tiques? En portant des pantalons longs glissés dans les chaussettes. Et contre l’échinococcose? En ne mangeant que les baies qui poussent à plus d’un mètre du sol, car elles n’entrent pas en contact avec les excréments du renard. Un enfant voudrait savoir si la mousse se mange. « Essaie », répond Hofstetter en ajoutant: « Mais sans l’arracher! »

un petit tronc d’arbre coincé dans une fourche. En sautant dessus à l’unisson, ils réussissent enfin à le rompre en deux morceaux, ce qui les incite à faire de même avec de gros branchages trouvés dans le coin. Après le repas, les écoliers ont le temps d’inventer d’autres jeux, ce qui tient très à cœur au pédagogue. Car c’est l’occasion pour les enfants de découvrir eux-mêmes tout ce que leur offre la forêt et d’apprendre à aimer la nature. Rendre la nature accessible. Les enseignants peuvent aussi se rendre au parc de Sihlwald seuls avec leur classe, sans réserver de visite guidée. De même, les familles et les individus choisissent s’ils veulent participer à l’une des nombreuses manifestations proposées ou dé-

Après l’introduction, la classe suit le pédagogue à travers la forêt en quête d’empreintes d’animaux. Eveiller la soif de savoir. L’offre du parc de Sihl­ wald repose sur la conception pédagogique de l’éducation au développement durable. Les écoliers doivent acquérir une compétence créatrice qui leur permette de déceler les enjeux essentiels d’un monde durable, et ils doivent apprendre à appliquer leurs connaissances. Pour les jeunes citadins, dont les facultés motrices sont souvent médiocres, la forêt est un espace d’activité riche en enseignements, estime Urs Hofstetter. Rien que d’escalader des branches en dehors des chemins peut déjà être une aventure. Dans la zone centrale du parc naturel périurbain, il est interdit de quitter les sentiers, mais la zone de transition, librement accessible, offre un vaste environnement d’apprentissage. Après cette introduction, la classe suit le pédagogue à travers la forêt en quête d’empreintes d’animaux. Une trace discrète conduit à un terrier de blaireau. A proximité se trouvent de petites cavités dans lesquelles les animaux déposent leurs excréments. « Le blaireau creuse plusieurs fosses de ce genre et les utilise les unes après les autres comme toilettes », explique Hofstetter. Pause active. Maintenant, le chemin se fait raide. Lorsque le sol argileux devient glissant, une corde installée là facilite le passage. Arrivés sur la crête, les enfants peuvent se reposer sur un sofa de branches. Mais la faim se fait sentir. Il faut récolter du bois pour griller les saucisses du pique-nique. Les garçons ne se contentent pas de brindilles: ils s’évertuent à tirer sur

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couvrir par eux-mêmes la nature sauvage. Les expositions du centre de visiteurs, le bassin des loutres et des castors ainsi que des équipements permanents en forêt complètent l’apprentissage. « Les habitants de l’agglomération sont des citadins à qui la nature est devenue étrangère », dit Christian Stauffer, directeur du parc. La forêt de Sihl contraste à merveille avec leurs expériences quotidiennes: on n’y coupe plus de bois, la forêt peut se développer sans intervention humaine. Cette nature sauvage est un véritable défi pour petits et grands. « Nous aussi avons la tâche difficile: nous devons réveiller les sentiments des visiteurs pour la nature », continue Stauffer. Mettre en avant les spécificités du parc. L’éducation à l’environnement est la mission principale d’un parc naturel périurbain. Mais elle est aussi importante dans les parcs qui ne font pas partie de cette catégorie. « Mettre en place une offre de sensibilisation et d’éducation de la population locale et des visiteurs fait toujours partie des objectifs fondamentaux », explique Ulf Zimmermann, collaborateur à l’OFEV. « Il s’agit de prendre en compte les aspects de l’éducation au développement durable, de mettre en avant les particularités du parc, d’élaborer des offres authentiques et interactives et de les développer constamment à un niveau élevé. » L’équipe de gestion du parc naturel PfynFinges (VS), par exemple, dispose d’une grande expérience dans le domaine. Le tronçon sauvage du Rhône traverse ce parc, candidat au statut de

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Offres ludiques et éducatives dans le parc naturel Pfyn-Finges (VS): voir le monde à travers une passoire (à droite), être une fois dans sa vie charmeur de serpent − avec une couleuvre d’Esculape découverte au cours d’une excursion sur le thème des reptiles (à gauche). En bas: lors d’une promenade dans le parc de Sihlwald (ZH), un miroir aide à observer les couronnes des arbres sans attraper de torticolis. Photos: parc naturel Pfyn-Finges (en haut) / « Wildnispark ZürichSihlwald » (en bas)

Des fonds pour l’éducation parc naturel régional d’importance nationale. Son périmètre s’étend jusqu’aux sommets culminant à 4000 mètres d’altitude. Pas étonnant donc que des habitats variés – steppes sèches et zones alluviales, rivières et glaciers, vignobles et pâturages – fassent de la région un haut lieu de la biodiversité. Un phénomène géologique unique en Suisse vient s’y ajouter: l’entonnoir d’érosion de l’Illgraben et ses imposantes coulées torrentielles. L’éducation à l’environnement entend sensibiliser habitants et touristes à ces valeurs naturelles. « Nous veillons spécialement à ce que les gens puissent vérifier eux-mêmes ce que nous leur disons », dit Peter Oggier, le directeur du parc. Le but est que les visiteurs respectent et ménagent leur environnement au quotidien. Selon lui, la diversité culturelle à la frontière linguistique et les saveurs culinaires font l’attrait particulier de son parc. Les programmes annuels proposent donc des thèmes tant naturels que culturels. Il est aussi possible de déguster des produits régionaux dans le cadre d’arrangements individuels. CONTACT Ulf Zimmermann Section Qualité du paysage et services écosystémiques OFEV 031 323 03 29 ulf.zimmermann@bafu.admin.ch

Comme pour toutes les prestations des parcs, la Confédération peut octroyer des aides financières globales pour l’éducation à l’environnement. Le montant dépend de la qualité, de l’ampleur et de l’efficacité des prestations prévues. Elles sont évaluées par l’OFEV sur la base d’un catalogue d’indicateurs lors de l’examen de la demande, et garanties pour quatre ans sous forme d’une convention-programme conclue entre le canton et la Confédération. L’OFEV vérifie notamment si la mise en œuvre choisie permet d’atteindre les objectifs fixés dans la charte, si les offres correspondent aux publics visés et si les collaborateurs impliqués disposent de la qualification nécessaire.

Beatrix Mühlethaler www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-09

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PARCS NATIONAUX

L’Adula sur les rangs Le projet de deuxième parc national suisse vient de franchir une étape décisive: en août 2010, la Con­fédération a accepté la demande d’aide financière pour la création du Parc Adula. S’il voit le jour, ce dernier fonctionnera selon des règles tout autres que le parc national de l’Engadine.

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Située dans le périmètre du Parc Adula, le « Plaun la Greina » (à gauche) est une plaine alluviale alpine d’importance nationale. Le village de Vrin (GR), au fond du Val Lumnezia, bénéficie du même statut dans la catégorie des sites construits. L’architecte Gion A. Caminada y a réalisé depuis 1991 quelques bâtiments qui ont déve­loppé les techniques tradi­ tionnelles de la construction en bois. Photos: Roland Gerth/swiss-image.ch/Suisse Tourisme – OFEV

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Un pont étroit renforcé par un câble d’acier franchit le Rein da Sumvitg. Juste après, le petit cours d’eau paisible se transforme en rivière sauvage et plonge de sept cents mètres dans la gorge de Camona vers le Val Sumvitg: une force libre de la nature telle qu’on n’en trouve presque plus en Suisse. Non au barrage. C’est là que devait se dresser un barrage de quatre-vingt mètres de haut, dont le lac de retenue se serait étendu jusqu’à la source du Rein da Sumvitg à six kilomètres de là. Le haut plateau sédimentaire « Plaun la Greina », large de plusieurs kilomètres et situé à 2200 mètres d’altitude, aurait disparu sous les flots. La concession avait été octroyée en 1958 et l’inauguration était prévue pour 1991. Mais le projet déclencha une vaste et opiniâtre levée de boucliers qui aboutit à l’abandon définitif des plans de construction

en 1986, signifiant le salut d’un des derniers cours d’eau alpins de Suisse. Les communes qui avaient renoncé à la manne des redevances hydrauliques furent dédommagées par l’introduction du « centime du paysage », versé par la Confédération aux collectivités locales qui abandonnent leurs projets d’exploitation de la force hydraulique pour préserver les paysages dignes de protection. Aujourd’hui, la Greina fait l’objet d’un véritable culte et accueille des milliers de touristes à la belle saison. La cabane Terri du CAS, l’une des quatre de la zone, a enregistré à elle seule plus de 6000 nuitées durant l’été 2009. Pourtant, l’atteindre n’est pas un jeu d’enfant: il faut compter trois à quatre heures de marche selon l’itinéraire et, depuis le Val Sumvitg, ­escalader un escarpement difficile. En revanche, une fois qu’on arrive, la découverte du haut plateau est une promenade facile. Le site ne présente quasi-

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ment aucune déclivité et s’étend sur un sol mou et marécageux par endroits, qui ressemble plus à une peau de mouton pour bébé qu’à une prairie de montagne parsemée de rochers. Le Rein da Sumvitg y dessine d’étroits méandres, que viennent grossir les ruisseaux parfois imposants des vallées latérales. Même lorsque la Greina est plongée dans le brouillard et les nuages, l’immensité du lieu et le sentiment d’être loin de tout qui enchantent tant de visiteurs restent perceptibles. Oui au projet de parc national. A peine un quart de siècle après avoir été sauvé, le haut plateau de la Greina est destiné à devenir le joyau du ­deuxième parc national suisse, baptisé Adula, du nom du pic qui culmine à 3402 mètres au sud. D’une superficie d’environ mille kilomè­ tres carrés, le parc s’étendra du flanc sud de la vallée du Rhin antérieur entre Disentis et Trun jusqu’à la Mesolcina et à la vallée tessinoise du Blenio, et englobera la Greina et ses alentours en direction du Rhin postérieur.

Le cadeau de Pro Natura. Pro Natura contribue

pour un million de francs à la couverture des frais. Sa présidente, Silva Semadeni, assure que cette aide de départ promise en l’an 2000 à la région qui créerait un nouveau parc national (voir également pages 4 à 8) sera versée. La proposition reste d’ailleurs valable pour d’autres candidatures: « Tout projet de parc national reconnu par la Confédération recevra le même montant », dit-elle. « Je continue à croire qu’il y a assez de place en Suisse pour accueillir plusieurs parcs nationaux. » En contrepartie, Pro Natura exige que cet argent bénéficie à la nature, même si le projet n’aboutit pas. L’échec reste en effet possible, car c’est l’électorat des communes concernées qui aura le dernier mot. Bien que la majorité unanime ne soit pas nécessaire, un refus des communes du district de Surselva, de la vallée du Blenio ou encore du Val Calanca, dont le territoire devrait abriter des parties essentielles de la zone centrale du parc, pourrait signifier la mort du projet.

« Je continue à croire qu’il y a assez de place en Suisse pour accueillir Silva Semadeni, Pro Natura plusieurs parcs nationaux. »

De gauche à droite: près de Hinterrhein (GR), le chemin qui mène au col du San Bernardino traverse le pont historique « Landbrugg ». – Bouquetin. – Le Val di Campo, dans la partie tessinoise du Parc Adula. Photos: Roland Gerth / swiss-image.ch/ SuisseTourisme – OFEV (à gauche), Anne Lise Ray Arnaboldi (au centre), Luigi Siclari (à droite)

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Le projet réunit vingt communes de quatre régions, de deux cantons et de trois cultures linguistiques. Il fait l’objet d’un plan de gestion, document passionnant de 280 pages. En août 2010, l’OFEV a accepté la demande de création du parc et accordé, pour 2010 et 2011, 686 000 francs prélevés dans les caisses de la Confédération. Pour la phase de création, qui durera jusqu’en 2014, les responsables ont prévu un budget de 5,5 millions de francs au total. Ces fonds sont destinés à la mise en place des infra­ structures du parc et au financement de trente projets, qui vont de l’éducation à l’environnement à la recherche en passant par la promotion touristique. La phase initiale se terminera par la rédaction et l’adoption d’une charte commune qui entrera en vigueur pour dix ans.

Au travail. « C’est maintenant que le travail

commence vraiment », déclare Sep Cathomas, membre du comité de pilotage. Il s’agira principalement d’informer, car l’image du premier parc national suisse, où l’activité humaine est réduite à la randonnée sur des itinéraires définis, domine dans bien des esprits. Or cette restriction ne s’appliquera qu’à la zone centrale du parc national Adula, et là encore, des exceptions seront possibles: le bétail continuera à pâturer sur la Greina et le ravitaillement héliporté des cabanes CAS restera assuré; mais il faudra renoncer à prospecter des cristaux et à sortir des sentiers balisés. Les membres de la direction, du comité de pilotage et de l’association Parc Adula partiront bientôt en tournée pour tenir des conférences

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et convaincre les sceptiques. Les votations décisives auront lieu en 2014. Le projet régional du siècle. L’ouverture du parc national est prévue en 2015. Sep Cathomas s’accommoderait d’un prolongement du délai ou de la défection de l’une ou l’autre des communes situées dans la zone périphérique du parc. « Pour la région, il s’agit du projet du siècle et s’il prend un peu plus de temps, cela ne fait rien. Je suis convaincu qu’à moyen ou long terme, ce parc national recèle un énorme potentiel de développement et qu’il permettra surtout à la population d’une contrée reculée de mieux prendre son destin en main. » Martin Hilfiker est optimiste. Certaines au­ torités communales réticentes se sont laissé convaincre, tout comme les exploitants d’une carrière du Val Calanca, qui craignaient de devoir abandonner leur activité. « C’est tout le contraire », dit Martin Hilfiker. « Le parc national représente une opportunité de valoriser les produits régionaux en les labellisant. » Il sait aussi rassurer les propriétaires de chalets d’alpage qui croyaient ne plus pouvoir les utiliser: « Pourquoi ne pas les transformer en logements de vacances

Un laboratoire en plein air Depuis 1919, le bétail ne paît plus sur l’alpe Stabelchod, dans le Parc national suisse en Engadine. Lorsqu’elles sont délaissées, les prairies situées en dessous de la limite de la forêt se reboisent généralement très vite, mais jusqu’à présent, les arbres ne sont pas revenus à Stabelchod. L’herbe y est si courte à certains endroits qu’on pourrait croire qu’un jardinier entretient là un gazon anglais. Selon les calculs de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), il ­faudra attendre encore cinq à six cents ans pour voir ici une forêt fermée. Les cerfs qui ont remplacé le bétail sont-ils responsables de la lenteur du repeuplement forestier? Pas forcément, a constaté il y a quelques années un groupe de chercheurs du WSL. Même s’ils sont nombreux dans le Parc national, la population de cerfs est inférieure à ce que peut nourrir la nature. Au contraire, les trous creusés par leurs sabots dans l’épaisse couverture herbeuse permettent à des graines d’arbres d’y germer. Les premiers pins à crochets ont pris racine çà et là il y a plusieurs décennies déjà, et depuis plus rien. Pourquoi? Personne ne le sait. Il reste encore à étudier de nombreux processus dynamiques de la nature où l’être humain n’in­t ervient pas. Dans ce domaine, les parcs nationaux constituent de précieux laboratoires en plein air. De l’avis d’Heinrich Haller, directeur du parc, la recherche est l’un des piliers de la stratégie des parcs nationaux. Il en sera de même dans la zone centrale du Parc Adula. Le Pizzo Coroi, au-dessus du col de la Greina; marmotte Photos: Luigi Siclari

à louer dans la zone périphérique? C’est également une option. » Malgré ces perspectives réjouissantes, il ne faut pas oublier que la réalisation du parc national Adula s’accompagnera de nombreux changements, qui nécessitent une large volonté d’innover au sein de la population. Pour Sep Cathomas, qui vit à Brigels (GR), la démarche a dès maintenant des résultats positifs: « Je ne connaissais quasiment aucun de mes concitoyens de l’autre côté du Lukmanier, car nous n’avions que peu d’intérêts communs. Travailler ensemble au ­projet de parc nous a rapprochés et fortifiés. »  Urs Fitze www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-10

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Réorganisation interne A l’OFEV, la politique des parcs relève désormais de la nouvelle section Qualité du paysage et services écosystémiques, dirigée par Matthias Stremlow. Cette section fait partie de la division Espèces, écosystèmes, paysages, créée au début de l’année. Issue de la fusion des deux anciennes divisions Gestion des espèces et Nature et Paysage, la nouvelle entité est placée sous la direction d’Evelyne Marendaz Guignet. Bruno Stephan Walder, jusqu’ici chef de section responsable des paysages d’importance nationale, est maintenant membre de la direction de la division et coordonne les activités internationales dans les domaines de la biodiversité et des paysages. CONTACT Carlo Ossola, voir page 17

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OFEV/AURA, E. Ammon

VIVRE DANS UN PARC

« Il faut savoir saisir l’occasion » André Georges et Rosula Blanc, guide de montagne et artisane d’art, Parc naturel Val d’Hérens (VS), candidat parc naturel régional

André Georges est né à La Sage. « La Dent Blanche veillait sur mon berceau », dit-il. Quant à Rosula Blanc, depuis toute petite, elle a passé ses vacances dans le Val d’Hérens. Elle est revenue il y a quelques années pour s’y installer. Ensemble, ils élèvent des yaks et font de l’artisanat. Il sculpte le bois, elle travaille le feutre et fabrique des objets en céramique. Ils tiennent une petite boutique, organisent des randonnées avec les yaks ainsi que divers cours. Ayant freiné son activité en tant que guide de montagne pour cause de problèmes de genou, André restaure également de vieilles bâtisses. Tous deux constatent qu’avec le projet de parc, un certain dynamisme s’est mis en place. Les produits locaux sont mieux valorisés; il est question de lancer une maison du terroir, de terminer un chemin reliant des possibilités d’hébergement dans les fermes et les alpages sur toute la vallée. Ils aimeraient que les gens puissent vivre ici, y rester et s’y adonner à des activités liées au lieu. « Un telle initiative stimule l’ouverture et la créativité », assure Rosula. Avant, chacun faisait des choses dans son coin. Maintenant, on se met en

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réseau, on se donne des coups de main. « Il faut ­savoir saisir l’occasion », renchérit André, qui attend beaucoup de la future collaboration transfrontalière avec la Valpelline dans le val d’Aoste en Italie. La course du Mont-Collon réunit déjà les deux régions. « Nous parlons les mêmes dialectes », affirme-t-il. Rosula est persuadée que le parc va permettre de rendre les gens plus conscients de la valeur du paysage et de la nature qui les entoure. « S’ils ar­ rivent à y vivre, ils détruiront moins », pense-t-elle. On pratique un tourisme de montagne doux ici. Il y a des saisons où il pourrait pourtant y avoir plus de monde. La région est surtout visitée en hiver et en été, plus particulièrement entre le 15 juillet et le 15 août. Mais le printemps et l’automne sont aussi très beaux. Rosula et André rêvent que le parc amène des touristes supplémentaires.

Propos recueillis par Cornélia Mühlberger de Preux www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-11

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OFEV/AURA, E. Ammon

VIVRE DANS UN PARC

« Il ne tient qu’à nous d’être plus qu’une région périphérique » Karin Streit, agricultrice, « Naturpark Gantrisch » (BE/FR), candidat parc naturel régional « En 1995, avec un groupe de travail, nous avons passé des nuits entières à nous demander comment sortir de la spirale qui nous enfermait dans le statut de région périphérique entre les villes de Berne, Thoune et Fribourg. Il y avait eu beaucoup de départs et les pendulaires étaient nombreux. Bien sûr, la pauvreté dramatique du XIXe siècle était passée depuis longtemps, mais il demeurait une sorte de léthargie, comme un sentiment collectif de résignation. Une étude scientifique a alors révélé qu’il nous manquait une identité commune, même si nous avions les mêmes problèmes et les mêmes soucis. C’est là que tout a commencé. Dans les années qui ont suivi, nous avons essayé de proposer des activités, de commercialiser des produits et d’encourager les manifestations culturelles. C’étaient des petites choses: une pièce de théâtre par-ci, un magasin à la ferme par-là, et beaucoup de réflexion et surtout de discussions. Aujourd’hui, nous avons un nom: parc naturel du Gantrisch. Et les habitants de la région ont compris que c’était à eux de jouer. Ce changement

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de mentalité ne s’est pas fait tout seul. Il a fallu toute la force de conviction d’une équipe, de plus en plus nombreuse, de personnes qui voulaient prendre leur destin en main. Nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers. Soyons honnêtes: nous n’avons pas plus de subventions qu’avant pour réaliser tous nos projets. Mais nous savons désormais qu’il ne tient qu’à nous d’être plus qu’une région périphérique. C’est une bonne base pour construire quelque chose. Et peut-être qu’un jour, pas trop lointain, nous disposerons aussi de plus d’argent pour le parc. L’évolution a été tellement positive ces quinze dernières années que tout me paraît possible. J’espère que, dans dix ans, le parc naturel du Gantrisch évoquera pour les Suisses autre chose que le service militaire ou de rares excursions dans ce qu’ils imaginent être un petit paradis. » Propos recueillis par Urs Fitze www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-12

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PERSPECTIVE INTERNATIONALE

De Yellowstone à l’Entlebuch Quel est le point commun entre le plus ancien parc national du monde, créé en 1872 aux Etats-Unis, et la réserve de biosphère des Préalpes lucernoises? Tous deux font partie d’un réseau mondial d’espaces naturels et de paysages préservés, qui vise, entre autres, à freiner la perte en biodiversité. En haut, de gauche à droite: l’alpage de Flix, au-dessus de Sur, dans le Parc Ela (GR); la rivière Rom, près de Fuldera, dans la réserve de biosphère Val Müstair (GR); le parc national de Yellowstone, dans le Wyoming (Etats-Unis). En bas: le paysage karstique de la Schrattenflue, dans la réserve de biosphère de l’Entlebuch (LU). A l’arrièreplan: Tannhorn; Eiger, Mönch et Jungfrau tout au fond. Photos: Roland Gerth/swiss-image.ch/ Suisse Tourisme – OFEV (en haut à gauche et au centre), Free-extras.com (en haut à droite), « Biosphäre Entlebuch » (grande photo)

La surface de la Terre est composée à 14 % d’aires protégées telles que les définit l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN): cela va de la réserve intégrale, d’où l’homme s’est totalement retiré, à des régions rurales qui, bien qu’habitées et exploitées – ou peut-être justement grâce à cela – sont de précieux écosystèmes. Des écosystèmes vitaux pour des milliards d’êtres humains. Ces 14 % de superficie ne sont pas seulement déterminants pour la sauvegarde de la diversité dans le monde. Ils fournissent aussi des prestations à des milliards d’êtres humains, que ce soit sous forme d’eau potable, d’aliments, de sécurité contre les dangers naturels ou de lieux de détente. Ils contribuent également de manière non négligeable à la sauvegarde du climat. Selon les estimations de l’UICN, ces aires bénéficiant d’un statut spécial retiennent en effet 15 % du carbone terrestre. Sans compter qu’elles sont aussi un instrument de lutte contre la pauvreté puisqu’elles permettent l’exploitation durable des ressources naturelles et une juste répartition des gains qui en découlent. Les surfaces protégées se sont beaucoup étendues ces dernières années. Ainsi, sur l’ensemble des forêts tropicales humides, leur part a passé de 9 à 23 % entre 1997 et 2003. Lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992, un pas décisif a été fait dans cette direction. La Convention sur la diversité biologique qui y a été approuvée oblige notamment les Etats signataires à collaborer à ce réseau mondial d’écosystèmes préservés en lui consacrant des zones de leur territoire. La convention lie la protection d’une ressource naturelle à son exploitation, chose que l’UICN fait depuis longtemps déjà. En 1978, cette organisation a en effet abandonné la philosophie de la réserve, fondement des premiers parcs nationaux. Aujourd’hui, elle distingue six catégories d’aires protégées en fonction de leur situation et de leurs objectifs. Les trois catégories suivantes ont inspiré la politique suisse en matière de parcs:

• Les réserves intégrales (catégorie I) sont des régions dans lesquelles les processus naturels sont mis sous protection absolue. Le Parc national suisse, en Engadine, est un des

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plus anciens exemples de ce type (voir pages 4 et 5). • Les parcs nationaux (catégorie II) couvrent de grands espaces naturels ou semi-naturels. Ils abritent une large variété d’espèces souvent spécialisées. Seule leur zone centrale fait l’objet d’une protection stricte. Le projet de Parc Adula (GR/TI) relève de ce groupe (voir pages 28 à 31). • Les paysages protégés (catégorie V) sont des surfaces où l’action conjointe de la nature et de l’homme crée et préserve des paysages de grande valeur naturelle et culturelle. C’est le cas de nos parcs naturels régionaux. Ces dernières années, de nombreuses aires protégées de catégorie V ont été créées, en Europe notamment. On les appelle « Naturpark » en Allemagne et en Autriche, « parco naturale regionale » en Italie et « parc naturel régional » en France. En Allemagne, où elles sont déjà plus de cent, elles couvrent un quart du territoire. Quant à la France, elle compte une quarantaine de parcs naturels régionaux, dans lesquels vivent près de trois millions de personnes. Dans les pays limitrophes, la catégorie II de l’UICN, soit celle des parcs nationaux, est également déjà très répandue. Depuis 2007, cette catégorie a fait son entrée dans la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN). En Autriche, six zones, équivalant à 3 % de la superficie du pays, ont le statut de parc national. Biosphères et sites Ramsar. L’UNESCO, l’Organi-

sation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, participe elle aussi à ce réseau mondial. Elle a décerné jusqu’ici le statut de réserve de biosphère à 564 paysages ruraux représentatifs des différents écosystèmes de la planète: massifs montagneux, zones de forêts, côtes, zones alluviales, steppes. La Suisse en compte deux: la « Biosphäre Entlebuch » (LU) et la « Biosfera Val Müstair – Parc Naziunal » (GR). Dans la législation suisse sur les parcs, elles entrent dans la catégorie des parcs naturels régionaux. Enfin, une convention a été adoptée dans la ville iranienne de Ramsar il y a quarante ans déjà, en 1971. Son but est de protéger sur tout le globe des zones humides dans lesquelles les oiseaux aquatiques peuvent nicher, se reposer et hiverner. Aujourd’hui, 1910 zones humides sont classées sites Ramsar, dont onze en Suisse. Réseaux européens. Trois plateformes veillent à la

cohérence de la politique des Etats européens en matière d’aires protégées:

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• Dans le cadre du programme Emeraude du Conseil de l’Europe, auquel la Suisse participe, tous les pays sont tenus de protéger les espèces et biotopes menacés pour lesquels ils ont une responsabilité particulière. La Suisse a présenté en 2009 une liste de trente-sept sites candidats. L’Union européenne mène un programme similaire, Natura 2000, dont les sites forment le noyau européen du réseau Emeraude. • Le Réseau alpin des espaces protégés (Alparc) rassemble les surfaces protégées des Alpes. Son but est d’appliquer la Convention alpine dans les domaines de la protection de la nature et de l’entretien des paysages (www. alparc.org). • La Fédération Europarc se veut la voix et le centre de compétences des espaces protégés d’Europe. Elle réunit des professionnels des parcs provenant de trente-six pays (www.europarc.org). Hansjakob Baumgartner www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-13

CONTACTS Bruno Stephan Walder Coordinateur des activités internationales au sein de la division Espèces, écosystèmes, paysages OFEV 031 322 80 77 bruno.walder@bafu.admin.ch Simone Remund, voir page 8

Entretien avec Simone Remund, responsable des parcs d’importance nationale à l’OFEV

environnement: Les pays qui nous entourent comptent déjà de nombreux parcs naturels régionaux. Quelles sont les caractéristiques de ces parcs en Suisse?

Simone Remund: Il y en a trois. Premièrement, une forte conscience des particularités locales et régionales, c’est-à-dire tant des richesses de la nature et du paysage – dont font partie les sites construits – que de la culture: spécialités culinaires, artisanat et musique. Deuxièmement, une vision et une stratégie communes pour une région qui se développe de manière durable, qui sauvegarde et valorise ce patrimoine. Et finalement, la volonté politique de faire avancer des projets novateurs qui poursuivent ces objectifs.

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Une vision qui prend racine La nouvelle politique suisse des parcs a cela de particulier qu’elle est l’expression de volontés ­locales et d’une vision nationale. Le Parc national suisse, le plus ancien de son type en Europe centrale, a longtemps été le seul parc du pays. Aujourd’hui, la Suisse a décidé de jouer à nouveau un rôle de pionnier en matière de protection de la nature et du paysage dans les Alpes. L’ordonnance sur les parcs emprunte une nouvelle voie, d’un pragmatisme typiquement helvétique: on mise sur ce qui a déjà fait ses preuves et on ne craint pas de s’inspirer des autres. Ainsi, notre législation reprend les principes du système français des parcs naturels régionaux: le développement durable, la valorisation d’une nature encore relativement intacte, à grande valeur paysagère, ainsi que l’instauration d’une charte pour fixer des normes. En créant trois catégories de parcs – parcs nationaux, parcs naturels régionaux, parcs naturels

périurbains – la Suisse s’est dotée d’un système de protection moderne, mais aussi autochtone. Elle a innové notamment en faisant dépendre les aides financières des prestations fournies. Une manière de faire jouer une saine concurrence entre les parcs. Il faut également relever une autre caractéristique suisse, la démocratie de base. Même si dans les autres pays alpins, la création d’espaces protégés se fonde aussi la plupart du temps sur des initiatives locales ou régionales, ce processus est bien plus complexe en Suisse. Chaque commune concernée doit donner son accord, ce qui devrait être un gage de réussite à long terme. Ce n’est que lorsque la population adhère à un projet que celui-ci a un avenir.

Les pays voisins ont créé des dizaines de parcs nationaux. Existe-t-il des normes communes?

exclusivement d’initiatives régionales. La Confédération ne les reconnaît que s’ils bénéficient du soutien de la population. Avec un tel principe, les parcs sont très bien acceptés, car si ce n’était pas le cas, ils n’auraient pas été créés. Une autre particularité est l’utilisation optimale des instruments déjà existants, comme l’aménagement du territoire. En Suisse, les parcs figurent dans les plans directeurs cantonaux. Les objectifs définis sont donc aussi contraignants pour les cantons et la Confédération.

Les bases légales suisses de soutien aux parcs se fondent sur les critères de l’UICN. La Suisse a pu profiter des expériences faites à l’étranger pour élaborer ses catégories de parc et ses instruments d’application. L’OFEV encourage la collaboration entre les parcs suisses, réunis au sein du Réseau des parcs suisses, et les parcs et réseaux ailleurs en Europe. Se doter de normes communes est l’un des objectifs de ces contacts.

Guido Plassmann, directeur d’Alparc (Réseau alpin des espaces protégés)

« La Confédération n’accorde le statut de parc qu’aux sites soutenus Simone Remund, OFEV par la population. »  L’OFEV vise à établir des parcs qui se distinguent en comparaison internationale par leur qualité. Qu’ont-ils de si particulier?

La politique suisse des parcs se caractérise notamment par sa démarche « bottom-up »: chez nous, les parcs d’importance nationale naissent

Dossier Parcs > environnement 1/2011

Le système de financement par la région, le canton et la Confédération pousse à utiliser les fonds disponibles de manière efficace et judicieuse. De plus, il permet d’encourager de manière ciblée des prestations étendues soignant la qualité.

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A notre porte

provenance et de transplantation, de tester son adaptation génétique locale ainsi que sa capacité d’adaptation à un nouvel environnement.

> Prof. Christian Körner, Institut de botanique, Université de Bâle, 061 267 35 10, http://pages.unibas.ch/botschoen/treelim

l’éventail des sujets traités est large. Le guide peut aussi être téléchargé.

> www.achats-responsables.ch

JU Déchets de forêt revalorisés

VD Radeau pour les oiseaux Les sternes pierregarins doivent être contentes. La Fondation des Grangettes, qui entretient et gère le site marécageux de Noville, un secteur

GE Ça roule aux TPG Le 12 décembre 2010, l’offre des Transports publics genevois s’est accrue de 9 %. Ce bond constitue la première étape de la hausse de 35 % prévue pour leurs prestations entre 2011 et 2014. L’augmentation se fait par différents moyens. Sur huit lignes de bus et de trolleybus, les passages sont plus fréquents, surtout aux heures de pointe. Une nouvelle ligne de tram, le 18, a été mise en service et plusieurs parcours de bus ont été modifiés ou prolongés. Enfin, dès ce printemps, les TPG vont installer progressivement quelque 720 nouveaux distributeurs.

> Philippe Anhorn, responsable communication et affaires publiques des TPG, 022 308 34 11, www.tpg.ch

VD/GR Arbres et altitude Une importante expérience de transplantations végétales est actuellement en cours en Suisse. L’objectif est de trouver les éléments qui déterminent les limites climatiques pour les feuillus. Le projet appelé Treelim est mené parallèlement dans le canton de Vaud, dans la commune de Lavey-Morcles, et aux Grisons, à Falera et Haldenstein, près de Coire. Il permet de comparer les comportements d’une même espèce d’arbre pour différentes altitudes de

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mise à disposition

mise à disposition

d’importance internationale pour les oiseaux d’eau et les migrateurs, leur a fait construire un nouveau lieu de nidification sous forme de radeau. Pour cette espèce, qui figure sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de Suisse, les dérangements étaient devenus trop importants dans les dernières zones naturelles du Léman. Ce radeau vient en rejoindre deux autres installés il y a vingt ans et double la surface à disposition des sternes.

> Olivier Epars, 021 968 10 25, www.lesgrangettes.ch

GE Achats responsables Les collectivités publiques et les entreprises du canton de Genève disposent d’un nouveau guide leur permettant de réaliser leurs achats professionnels en tenant compte des critères du développement durable. Utilisation d’eau, papier, labels, bois, mobilier, matériel électrique et électronique, vêtements, mobilité...

Valoriser les rebuts de coupes forestières en les transformant en combustible est intéressant du point de vue écologique et économique. Le forestier Yann Flück tire les conséquences de ce constat à Peu-Péquignot, au Noirmont: il achète les déchets de coupes aux collectivités publiques et aux propriétaires pour les déchiqueter avant de les vendre, sous forme de copeaux, à des institutions, des collectivités, des particuliers et des producteurs de pellets de la région. Son entreprise produit aujourd’hui 15 000 m3 de copeaux par an, ce qui équivaut à plus d’un million de litres de mazout.

> Yann Flück, 079 224 50 78, www.yann-fluck.ch

CH Terrasses aménagées pour visiteurs huppés Le vanneau huppé est menacé d’extinction en Suisse: on ne trouve plus qu’une centaine de couples nicheurs, alors qu’ils étaient encore un millier vers 1970. L’urbanisation et l’agriculture intensive expliquent ce déclin. Parfois, l’espèce se rabat sur les toits végétalisés. Ces surfaces, si elles protègent contre les ennemis, sont cependant très sèches et n’abritent que peu de plantes et presque pas d’insectes, si bien que les jeunes meurent souvent de faim. environnement 1/2011


En effet, le vanneau est nidifuge et les poussins cherchent seuls leur nourriture dès les premiers jours. Ainsi, jusqu’en 2008, toutes les couvées connues ont échoué. Sur mandat de l’OFEV, la Haute école zurichoise de sciences appliquées (ZHAW) a cherché à déterminer les conditions permettant la survie des petits sur les toits. Elle a découvert qu’en augmentant la couche de terre et en créant de petites mares, on pouvait améliorer nettement l’offre en eau et en aliments. Depuis, dans les cantons de Berne, Zoug et Lucerne, de jeunes vanneaux huppés nés sur trois toits différents sont parvenus à prendre leur envol.

> Nathalie Baumann, ZHAW Wädenswil,

VD Electricité verte Depuis janvier 2011, les Services industriels de Lausanne (SIL) proposent à leurs clients une énergie électrique d’origine 100 % renouvelable baptisée nativa, composée à plus de 95 % d’énergie hydraulique. Pour ceux qui veulent s’engager davantage, il existe nativa plus, certifiée par le label « naturemade star »; la part d’éolien y est de 45 %, celle de solaire de 2 %, le reste étant produit par des centrales mini-hydrauliques.

> Services industriels de Lausanne,

021 315 81 21, www.lausanne.ch/electricite

Pronostics pour le pollen de bouleau d’abord  mise à disposition

lens de l’air. Les premiers pronostics se limiteront au bouleau, mais d’autres espèces importantes s’y ajouteront ces prochaines années.

058 934 55 83, nathalie.baumann@zhaw.ch,

> MétéoSuisse, 044 256 91 11,

www.zhaw.ch

pollen@meteoswiss.ch, www.pollenetallergie.ch

CH VS

Manger, un acte culturel

Immeuble prototype

Le mouvement « Slow Food », censé réagir à la progression de l’alimentation sur le pouce, fait de plus en plus d’adeptes. Pour ceux-ci, l’alimentation doit être locale et pleine de goût, en harmonie avec la nature. Dans une bonne centaine de pays, plus de 100 000 personnes se sont déjà réunies au sein d’associations. C’est aussi le cas en Suisse, puisqu’on y trouve dixhuit « conviviums » – ou structures régionales – dont trois en Suisse romande.

> Slow Food Suisse, 056 222 89 15, mise à disposition

Un immeuble en bois de six appartements respectant de très hautes exigences d’efficacité énergétique – du début à la fin de son cycle de vie – est en train de pousser à Fully. Pour abaisser la consommation d’énergie grise, on y a fait le choix du bois indigène comme matériau principal. L’ossature a été fabriquée dans un atelier de charpente de Troistorrents, l’assemblage des parois s’est effectué à Monthey et le montage final du gros œuvre sur place. L’immeuble baptisé Insarce est équipé d’un chauffage à pellets avec filtre, de panneaux solaires thermiques ainsi que d’un puits canadien. Il satisfait aux labels Minergie-P et Minergie-Eco tout en étant parasismique.

> Leonard Bender, 079 790 44 11, www.atlb.ch

environnement 1/2011

info@slowfood.ch, www.slowfood.ch

CH Après-demain, rhume des foins L’Office fédéral de météorologie et de climatologie (MétéoSuisse) s’est fixé un objectif clair: fournir de meilleures prévisions aux quelque 1,4 million de personnes qui, en Suisse, souffrent de rhume des foins. Dès le printemps 2011, un nouveau modèle numérique sera utilisé pour anticiper la diffusion des pollens sur une durée de trois jours, dans l’ensemble de la Suisse. En effet, l’évolution de la situation dépend fortement de la météo: la chaleur accélère la floraison, une brise fraîche favorise la dissémination et les vents forts assurent le transport. Quant à la pluie, elle élimine les pol-

SO Coopérer pour mieux protéger En matière de protection de l’environnement, le canton de Soleure mise sur la responsabilité des entreprises. Le Département des constructions et de la justice vient ainsi de signer une nouvelle convention de coopération avec Stryker Trauma SA, une société sise à Selzach et spécialisée dans le secteur médical. Il s’agit du quatorzième accord de ce type signé par le canton depuis 2000. Après discussion entre les deux partenaires, des objectifs environnementaux sont définis; les négociations permettent aussi d’éviter les doublons lors des contrôles et des mesures. Les entreprises ayant introduit avec succès un système de management environnemental (SME) sont les plus susceptibles de bénéficier de ce type de contrat.

> Martin Würsten, Office de l’environnement,

Soleure, 032 627 28 06, martin.wuersten@bd.so.ch

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En politique internationale

La conférence sur la biodiversité s’est ouverte à Nagoya avec le discours de Ryu Matsumoto, ministre japonais de l’environnement. Photo: ASPO/BirdLife Suisse

Biodiversité: après le succès de la conférence de Nagoya Dans la ville japonaise de Nagoya, la conférence sur la biodiversité a débouché sur un succès inattendu. Il s’agit maintenant de préparer la mise en œuvre concrète de ces résultats. La ­Suisse compte s’y impliquer fortement. La Convention sur la diversité biologique est entrée en vigueur en 1993. Elle poursuit essentiellement trois buts: conserver la biodiversité, assurer une utilisation durable des éléments qui la composent et garantir une répartition équitable des avantages tirés des ressources génétiques. Les 193 Parties contractantes à la convention se réunissent tous les deux ans. Leur dernière conférence, tenue à Nagoya à la fin octobre 2010, a été considérée comme un grand succès pour la communauté internationale. Par sa manière de procéder courageuse, le pays hôte est parvenu à assouplir les positions les plus rigides. En fin de soirée du dernier jour de négociation, les Parties ont adopté la solution d’ensemble espérée, après des discussions longues et ardues. Les décisions prises comprennent d’abord le Protocole de Nagoya, qui règle l’accès aux ressources génétiques ainsi que le partage juste et équilibré des avantages monétaires et non monétaires qui en résultent. Ces ressources sont utilisées en particulier par la recherche et l’industrie pour la production des substances actives des médicaments. Le protocole contribue donc sensiblement à la réalisation du troisième objectif de la convention. La conférence de Nagoya a en outre approuvé un nouveau plan stratégique. Celui-ci exige des mesures efficaces et urgentes pour juguler le recul de la diversité biologique et assurer, d’ici à 2020, la capacité de résistance des écosystèmes. Le cœur du plan est constitué de vingt objectifs – par exemple la mise sous protection de 17 % des surfaces terrestres ou la conservation des espèces menacées – auxquels pourront se référer toutes les organisations internationales s’occupant de questions liées à la biodiversité. Sur le modèle du GIEC

A Nagoya, on a également discuté des sommes destinées à financer l’application des décisions prises. Les pays en développement, notamment, tenaient à ce que des moyens supplémentaires soient prévus. Il s’agira dans un premier temps d’établir les besoins. A l’échelle mondiale, la mise en œuvre du nouveau plan stratégique devrait bénéficier du soutien d’un organe international qui – comme le GIEC pour le climat – recueillera et évaluera les résultats scientifiques. La Suisse souhaite jouer un rôle actif dans ce contexte. Elle devra également tenir compte des fruits de Nagoya dans sa stratégie nationale et ratifier le protocole.

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Andreas Obrecht section Conventions de Rio OFEV 031 322 11 63 andreas.obrecht@bafu.admin.ch Robert Lamb section Conventions de Rio OFEV 031 324 49 89 robert.lamb@bafu.admin.ch www.ch-chm.ch

environnement 1/2011


ADAPTATION AU RÉCHAUFFEMENT

Stratégie en préparation Pays alpin vulnérable, la Suisse doit s’adapter aux effets des changements climatiques. Les travaux destinés à élaborer une stratégie nationale sont en route. Il est d’ores et déjà certain que notre pays devra faire face à d’énormes défis organisationnels, techniques et financiers.

Le climat évolue, c’est une réalité. Reste à savoir comment nous adapter le mieux possible aux modifications prévisibles. Que faut-il faire pour que la société, l’économie et l’environnement puissent supporter le réchauffement global? Voilà des questions qu’on se pose de plus en plus souvent, aussi en Suisse où des spécialistes élaborent à ce sujet une vaste stratégie. Il n’y a pas si longtemps, la politique climatique de la Suisse visait avant tout à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais on sait désormais qu’il est impossible d’enrayer les transformations à court terme. En 2007, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a clairement montré que le système climatique ne réagit pas au quart

de tour. Le dioxyde de carbone (CO2), par exemple, de loin le principal gaz à effet de serre, séjourne pendant plusieurs siècles dans l’atmosphère. Même si nous parvenons à diminuer radicalement les émissions mondiales au cours des décennies à venir, le réchauffement global est inévitable. La Suisse mise dès lors sur une double tactique: d’une part, elle entend atténuer les changements climatiques en réduisant comme prévu les émissions de gaz à effet de serre; d’autre part, elle doit se préparer malgré tout aux conséquences que ces changements peuvent entraîner. Cinq départements fédéraux et neuf secteurs impliqués. Cinq départements fédéraux,

placés sous la houlette du DETEC (Département fédéral de l’environnement, des

transports, de l’énergie et de la communication), élaborent actuellement une « Stratégie suisse d’adaptation aux changements climatiques » qui devrait être soumise au Conseil fédéral d’ici à fin 2011. La stratégie vise à diminuer les risques pour notre pays et à accroître sa faculté de faire face à la nouvelle donne. A ce titre, elle entend non seulement protéger la population, les infrastructures et les ressources naturelles, mais aussi exploiter les possibilités inhérentes à la situation. Ce document de base se fonde sur l’analyse de neuf secteurs particulièrement touchés. Ceux-ci vont de la gestion de l’eau et de l’agriculture à la prévention des dangers naturels en passant par la santé et le tourisme. La stratégie cerne les difficultés et révèle divers moyens

Le lac glaciaire nouvellement formé au-dessus de Grindelwald (BE). Une galerie d’écoulement a conjuré le danger d’une vidange soudaine. Photo: www.gletschersee.ch

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Déjà, dans beaucoup de régions suisses, les paysans sont contraints d’arroser leurs cultures en dehors du plein été. d’agir. Lorsqu’elle aura été adoptée, un plan d’action pourra proposer des mesures pratiques. Les bases scientifiques faisant encore défaut dans certains domaines, les chercheurs se sont mis au travail: ils conçoivent de nouveaux scénarios climatiques régionaux, étudient l’impact probable sur l’environnement et l’économie, élaborent des modèles de crues et analysent les risques et les opportunités de ces circonstances pour notre pays. Régime des eaux et dangers naturels en point de mire. Nombre d’études montrent

que les modifications du climat n’auront pas les mêmes effets partout dans le monde. A quels grands problèmes la Suisse sera-t-elle confrontée? Et quand? « Ce sont l’exploitation de l’eau et les dangers naturels qui présenteront pour nous les difficultés principales », affirme Roland Hohmann, de la section Rapports climatiques et adaptation aux changements de l’OFEV, qui préside à l’élaboration de la stratégie. Selon le domaine, des mesures s’imposeront à des moments différents: « Un paysan peut réagir rapidement, car il peut changer de culture d’une année à l’autre. La protection contre les crues doit, elle, prévoir la situation qui prévaudra dans un siècle, car les grands ouvrages que nous construisons ou rénovons aujourd’hui seront encore là dans cent ans. » Ces prochaines décennies, l’offre et la demande d’eau dénoteront de grandes variations. En été, les vagues de chaleur vont s’accentuer, et les pluies tendront à diminuer. De plus, les réserves d’eau stockées dans la neige et la glace vont s’amenuiser avec l’élévation de la limite

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d’enneigement et la fonte des glaciers. Par périodes, l’or bleu sera donc rare même dans le château d’eau de l’Europe. La pénurie touchera avant tout les régions karstiques comme les Préalpes et le Jura, arrosées par des cours d’eau dépourvus de bassin versant alpin, de même que les vallées alpines sèches, le Valais en particulier. Les conflits d’utilisation seront à l’ordre du jour, car c’est pendant les périodes chaudes et arides qu’un approvisionnement suffisant joue un rôle crucial pour les ménages, l’agriculture, l’industrie, la production d’énergie et l’environnement. Conflits autour de l’or bleu. Déjà, dans

beaucoup de régions suisses, les paysans sont contraints d’arroser leurs cultures en dehors du plein été, et leurs besoins en eau vont sans doute augmenter fortement à moyen terme. Les producteurs d’électricité ont eux aussi besoin d’eau: de celle des barrages et de celle des rivières, pour actionner les turbines des usines hydroélectriques et pour refroidir les centrales nucléaires. Or les autres pays situés sur le Rhin et le Rhône utilisent l’eau des montagnes suisses à des fins identiques, et la navigation fluviale européenne en dépend également. La Suisse se verra donc tôt ou tard confrontée en outre à des intérêts étrangers. L’eau n’est toutefois pas qu’un facteur économique, elle influence aussi nos loisirs. Une rivière à sec, comme la Venoge durant la canicule de 2003, n’offre pas la fraîcheur escomptée, ni l’attrait d’un lieu de détente. Enfin, il est essentiel pour la faune et la flore aquatiques que le volume d’eau soit suffisant et que sa température reste en

deçà des seuils critiques. Ces dernières années, il a régulièrement fallu interdire les prélèvements dans les ruisseaux pendant les longues périodes sèches. Les pompes d’irrigation abaissaient à tel point le niveau de l’eau que les poissons risquaient de périr. Voilà l’exemple typique d’un épineux conflit d’intérêts: d’un côté la récolte, de l’autre les poissons. Or de telles situations vont se multiplier à l’avenir. Qui décidera alors de l’utilisation de l’eau? « Il s’agit en fin de compte d’un problème politique. La stratégie en préparation peut cependant fournir des bases de décision utiles », déclare Roland Hohmann. « La définition d’objectifs d’adaptation et de protection est un processus qui implique toute la société. » Engagements parallèles. La Confédération n’est pas seule à se préoccuper des effets des changements climatiques. Les cantons et des particuliers se préparent aussi à relever les défis qui s’annoncent. Dans la vallée de Saas, par exemple, l’initiative « Réseau de l’eau dans les régions de montagne » collabore avec le WWF, hotelleriesuisse et l’Association suisse d’assurances pour mener une étude sur la disponibilité future de l’eau. Cette étude doit identifier les mesures qui permettront aux secteurs concernés de tenir compte des nouvelles conditions. A Schaffhouse, l’office cantonal de l’agriculture a récemment mis en évidence les conséquences que les mutations du climat pourraient entraîner pour certains types d’exploitation, comme la viticulture et la culture fruitière. Ici comme ailleurs en Suisse, les maladies de la vigne telles que le mildiou ou le bois noir devraient se faire plus fréquentes avec la hausse des températures, tandis que des fruits trop tendres risquent de poser problème

environnement 1/2011 > Climat


dans les vergers. L’une des solutions consiste à cultiver des fruits à chair plus ferme et des espèces tardives. L’aménagement du territoire sous contrôle.

Pour ce qui est de l’utilisation des terres, les débats s’orienteront rapidement sur les dangers naturels. « En Suisse, les effets du réchauffement global se font déjà sentir, en particulier dans l’espace alpin, où les glaciers et les zones de pergélisol sont visiblement touchés », explique Hans Peter Willi, chef de la division Prévention des dangers à l’OFEV. On ignore toutefois encore comment l’évolution modifiera les dangers naturels. Les spécialistes pensent que la maîtrise de ces dangers, à la différence de

intempéries d’août 2005 ont causé de terribles dégâts, les propriétaires d’immeubles endommagés situés à proximité immédiate du Trachtbach et du Glyssibach n’ont pas été autorisés à les reconstruire. Huit familles ont ainsi été déplacées. « Il est difficile de dire dans quelle mesure les changements climatiques accroissent les risques des dangers naturels », estime Hans Peter Willi. « Les nouveaux systèmes de protection sont donc conçus de manière à pouvoir évoluer. Notre objectif est de mieux maîtriser les incertitudes et d’être préparés à affronter des événements extrêmes. »

2005 près de Grindelwald (BE; voir photo page 41), mais sa vidange soudaine pouvait provoquer une catastrophe. La galerie d’écoulement qui, depuis fin avril 2010, élimine le risque en mettant le régime du lac sous contrôle a coûté 15 millions.

Organiser l’adaptation. La « Stratégie suisse d’adaptation aux changements climatiques » doit servir à coordonner les efforts présents et futurs entrepris au niveau fédéral. Elle se concentre donc sur les domaines les plus importants et distingue entre les besoins créés par l’évolution météorologique et les autres. Digues et barrages de prévention. Partout Les offices impliqués veillent aussi à où cela sera possible, on continuera à uni­formiser la démarche dans tous les construire des ouvrages afin d’atténuer secteurs et à l’appuyer sur des bases identiques (scénarios climatiques, éva­ lua­tion des risques et analyse des effets), afin de garantir l’utilisation ciblée et efficace des moyens disponibles. « Chaque degré supplémentaire rendra l’adaptation plus urgente », conclut RoHans Peter Willi, OFEV land Hohmann. « Beaucoup n’ont pas encore compris que cette question pourles risques, par exemple là où la fonte rait constituer un enjeu de taille aussi du pergélisol rend la montagne in­ pour la Suisse au cours des prochaines stable. Les fondations de leurs stations décennies. » de téléphérique étant menacées, plusieurs compagnies de remontées mécaKaspar Meuli niques ont été contraintes ces dernières www.environnement-suisse.ch/ années à consentir de gros investisse- magazine2011-1-14 ments pour garantir la sécurité. Pour se protéger, la commune de Pontresina (GR) a même dû construire une digue de retenue qu’elle a payée 8 millions de francs. Le barrage de Giandains préserve aujourd’hui le village engadinois aussi bien des avalanches qui dévalent du fameux Schafberg que des effets de la fonte du pergélisol. Le CONTACT Roland Hohmann dernier ouvrage en date est l’exutoire Section Rapports climatiques et artificiel d’un lac de glacier. Résultat de adaptation aux changements, OFEV la fonte des neiges et d’un éboulement 031 325 58 83 roland.hohmann@bafu.admin.ch sur l’Eiger, ce lac ne s’est formé qu’en

« Il est difficile de dire dans quelle mesure les changements climatiques accroissent les risques des dangers naturels. »  l’exploitation de l’eau, ne requiert pas de nouveaux instruments: le besoin d’intervention est connu et des programmes régissant le comportement face aux risques – tel un aménagement approprié du territoire – ont été élaborés. La gestion intégrée des risques repose pour l’essentiel sur les cartes des dangers, qui recensent de manière systématique les risques environnementaux, indiquent où des ouvrages de protection sont nécessaires et délimitent les zones particulièrement dangereuses. Dans celles-ci, toute construction est désormais interdite: aucun permis n’y est accordé et on ne rebâtira pas les maisons qui auront été détruites par les éléments. A Brienz (BE), où les flots et les laves torrentielles provoquées par les

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CERF NOBLE

Le roi des forêts désiré, mais surveillé Le cerf doit reconquérir tous les habitats appropriés en Suisse, y compris au nord de l’arc jurassien. Pour que son expansion ne porte pas préjudice à la forêt, une gestion intercantonale de l’espèce est nécessaire.

Entre Kestenholz et Niederbuchsiten (SO), rien ne passe plus depuis des années dans le corridor faunistique suprarégional SO 9. La route des longues migrations du cerf qui mène du nord du lac de Brienz vers le Jura en passant par l’Emmental et la Haute-Argovie (BE) s’achève abruptement contre le grillage de l’autoroute A1. En 2004, Ornella, une biche capturée deux ans auparavant près de Giswil (OW) et équipée d’un collier émetteur (voir encadré page 47), était arrivée jusque-là. Ne pouvant poursuivre son chemin, elle s’est établie dans la forêt bernoise de Längwald, au sud de Kestenholz. De nombreux animaux ont suivi sa trace. Aujourd’hui, deux bonnes douzaines de cerfs vivent dans cette forêt située sur une moraine entre l’Aar et le pied sud du Jura. Et de nouveaux individus ­viennent régulièrement les rejoindre. Cette affluence dans le Längwald n’est qu’une étape d’un processus engagé voilà cent cinquante ans. Au milieu du XIXe siècle, le cerf noble (Cervus elaphus) avait été exterminé en Suisse. Son habitat s’était réduit comme peau de chagrin en raison de l’exploitation à outrance des forêts, et les populations déjà décimées avaient été achevées par la chasse qui, à l’époque, n’était guère réglementée. Des éclaireurs venant de l’est. A partir de

1870, de premiers animaux venus du Montafon, en Autriche, s’installèrent

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dans le Prättigau grison et la vallée de Schanfigg. Les forêts s’étant rétablies, le cerf, protégé par la loi fédérale sur la chasse édictée en 1875, reconquit peu à peu le terrain perdu. Les phases de ce retour sont typiques de l’espèce. Généralement, ce sont de jeunes mâles qui partent en éclaireurs. Ils surgissent soudain dans une région parfois éloignée de plusieurs douzaines de kilomètres des populations les plus proches. Les biches les rejoignent seulement lorsque le cheptel d’origine s’est tellement accru qu’il y a concurrence pour la nourriture. Entre l’apparition des premiers mâles et le début d’une colonisation

loin d’être terminée, car l’espèce est encore presque inexistante dans des régions aux forêts étendues et tranquilles qui lui seraient très favorables. C’est le cas de certaines parties de l’ouest des Alpes, mais aussi de maintes zones de collines sur le versant nord, sans oublier le Jura, où elle ne se trouve que dans la région du Mont-Tendre (VD). Le cerf n’est pas l’unique responsable de la lenteur de cette expansion. Le plus grand herbivore indigène a longtemps été indésirable dans de nombreuses forêts. Il est vrai que feuilles, aiguilles et pousses d’arbres figurent en toute saison à son menu, et surtout en hiver, où elles constituent une ressource

Le plus grand herbivore indigène a longtemps été indésirable dans de nombreuses forêts. durable, des années voire des décennies peuvent s’écouler. Ainsi, des chasseurs avaient déjà abattu un cerf à Oberhasli (BE) en 1914, mais il a fallu attendre les années soixante pour que les premiers animaux s’installent définitivement sur le sol bernois. Ils avaient migré de Suisse centrale où cette espèce s’était entretemps établie parmi la faune locale. Le retour se poursuit. Aujourd’hui, quelque 28 000 individus vivent à nouveau en Suisse, dont la moitié dans le canton des Grisons. Et l’évolution est

alimentaire importante. A cela s’ajoute dans certaines régions son habitude d’écorcer les troncs. En été, les mâles se frottent en outre contre les jeunes arbres pour ôter le velours de leurs nouveaux bois. Si les populations sont importantes, tout cela peut compromettre le rajeunissement naturel des forêts. Quant aux agriculteurs, ils n’apprécient pas non plus la présence de ces hôtes voraces. L’extension de l’espèce a donc souvent été empêchée par la chasse. En 1977, le canton de Berne publia un « Concept

environnement 1/2011 > Gestion des espèces


D’ordinaire, ce sont de jeunes mâles qui partent en éclaireurs. Entre l’apparition des premiers animaux dans un nouveau territoire et le début d’une colonisation durable, des années voire des décennies peuvent s’écouler. Photo: Christian Siegenthaler

Gestion des espèces > environnement 1/2011

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Quelque 28 000 cerfs nobles vivent actuellement en Suisse, dont la moitié dans le canton des Grisons. Mais l’espèce est encore loin d’avoir colonisé tous les habitats adéquats du pays.

‹ Cerf noble › » qui divisait le territoire en trois catégories: zone peuplée de cerfs, zone tampon, zone non peuplée de cerfs. L’objectif premier était d’éviter que l’animal ne colonise le Plateau. Il s’agissait aussi de stabiliser les effectifs. Une expansion compatible avec la forêt.

Un changement de politique est intervenu en 2006. Depuis, l’objectif est de permettre au roi des forêts de réinvestir tous les habitats appropriés du canton. Outre les zones déjà colonisées, le Jura bernois, l’Emmental et la région de Schwarzenburg sont également considérés comme propices au cerf. Pour que ce développement ne nuise pas à la forêt, les populations doivent être régulées par la chasse en tenant compte des spécificités du terrain. Le Service cantonal des forêts a fixé des seuils de tolérance pour les dégâts de gibier. Dans les forêts protectrices importantes, ce seuil est placé très bas: on ne saurait prendre le risque de compromettre le rajeunissement des essences dominantes par l’abroutissement. Ailleurs, une intervention ne s’impose qu’en cas d’aggravation des dégâts. C’est ainsi qu’en automne 2010, cinq animaux ont été abattus dans la forêt

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de Längwald suite aux plaintes des propriétaires. Le nouveau « Concept ‹ Cerf noble › » bernois correspond au point de vue adopté au niveau fédéral. Nicole Imesch, de la section Chasse, pêche, bio­diversité en forêt de l’OFEV, le résume ainsi: « Lorsque des biotopes adéquats existent, ils doivent pouvoir être peuplés. L’ob­ jectif de conservation de la diversité des espèces inscrit dans la loi sur la chasse s’applique sans restriction géographique. » Gare au loup. Le canton de Berne n’est pas le seul à avoir reformulé sa politique concernant le cerf noble. Ses voisins de l’arc jurassien poursuivent des objectifs similaires. Le loup a beaucoup contribué à cette nouvelle approche. Si sa présence n’est pas encore attestée dans cette partie du pays, ce n’est qu’une question de temps. Le moment venu, il faudra qu’il ait assez de gibier pour se nourrir, faute de quoi il s’en prendra au petit bétail. Or, dans les Alpes, sa principale proie naturelle est le cerf. Pour coordonner leur gestion, les cantons impliqués ont formé un groupe de travail dans lequel la Confédération

Christian König, Agence Sutter

est représentée. Soleure joue un rôle stratégique important pour les migrations depuis les Préalpes. Lorsqu’elle sort de la forêt de Längwald, la biche Ornella voit le Weissenstein sur le flanc sud du Jura soleurois. Elle y trouverait d’excellents habitats, mais ce site lui est pour l’instant inaccessible. Les nombreux obstacles – autoroutes, voies ferrées et zones habitées – sont une autre raison qui explique pourquoi le cerf n’a pas encore colonisé toutes les régions appropriées de Suisse. Cette espèce est particulièrement concernée par le problème dans la mesure où ses quartiers d’hiver sont souvent très éloignés des lieux où elle se tient en été. Elle a besoin d’une voie libre pour ses migrations saisonnières. Passages et transferts. Des passages ont

désormais été construits en divers endroits pour surmonter les obstacles sur les routes des longues migrations qui vont des Préalpes au nord du Jura en traversant le Plateau. Les cerfs peuvent franchir l’autoroute A1 et le tracé de Rail 2000 par le passage à faune de Birchiwald près de Kirchberg (BE) et par celui de Neu-Ischlag près d’Utzenstorf (BE), tout comme ils franchissent l’A5

environnement 1/2011 > Gestion des espèces


Chasse régulée

grâce au passage de Nennigkofen (SO). Mais le chemin le plus rapide, celui du Längwald, restera encore bloqué quelques années, la construction d’un ouvrage sur l’A1 n’étant prévue qu’en 2019. Cela dit, les cerfs du Längwald ne devront pas attendre si longtemps. En effet, il a été décidé de capturer quelques animaux pour les transférer dans le Jura soleurois. Ils seront équipés de colliers émetteurs qui permettront de suivre leurs déplacements. Une première capture a eu lieu dans la nuit du 21 janvier 2011. Hansjakob Baumgartner www.environnement-suisse.ch/ magazine2011-1-15

CONTACT Nicole Imesch Section Chasse, pêche, biodiversité en forêt OFEV 031 324 70 18 nicole.imesch@bafu.admin.ch

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Aider le cerf à coloniser de nouveaux territoires exige une planification raffinée de la chasse. Car l’expansion souhaitée n’est possible que si la pression des populations atteint un niveau suffisant dans les régions d’origine. En même temps, pour que ce développement reste compatible avec la forêt, il faut veiller à ce que le cheptel ne dépasse pas une certaine taille. Trouver le bon équilibre cynégétique représente déjà une tâche délicate en soi. Elle est rendue plus difficile encore par le fait que la chasse est réglementée au niveau cantonal, alors que le cerf ne connaît pas ces frontières. Ses quartiers estivaux et hivernaux sont parfois situés dans des cantons différents. Il peut ainsi arriver que dans un canton où les populations sont considérées comme excessives en raison des dégâts causés aux forêts en hiver, le cerf ne soit pas encore présent lorsque la saison s’ouvre. A l’inverse, il se pourrait qu’un canton décime une population extérieure qui, normalement, devait être protégée dans son lieu d’origine pour pouvoir s’agrandir et s’étendre. Une planification intercantonale de la chasse s’avère donc indispensable. Mais pour cela, il faut connaître les déplacements saisonniers des cerfs et savoir si les animaux établis dans plusieurs cantons forment ou non une population commune. Dans la zone des Préalpes entre les lacs de Brienz et des Quatre-Cantons, des individus se répartissent sur les cantons de Berne, d’Obwald, de Nidwald, de Lucerne et d’Uri. Entre 1999 et 2006, onze d’entre eux ont été capturés et équipés d’un collier émetteur dans le cadre d’un projet intercantonal. Ces recherches ont permis de constater que les animaux de la partie est de l’Oberland bernois, ceux de la partie ouest d’Obwald et les cerfs lucernois constituaient une même population. Un projet similaire soutenu par l’OFEV a été lancé au début de 2010 dans les Préalpes occidentales. La zone étudiée recouvre des régions de Berne, de Fribourg et de Vaud. Une demi-douzaine de cerfs sont suivis actuellement par satellite.

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LES FONCTIONS DE LA FORÊT

Les multiples services des bois de Möhlin La forêt, ce n’est pas seulement du bois. Outre cette matière première renouvelable, elle fournit encore bien d’autres services à la société, qui en profite tout naturellement. Urs Steck, qui travaille comme forestier à la bourgeoisie de Möhlin (Argovie), en sait quelque chose. Urs Steck connaît les forêts de Möhlin comme sa poche depuis son enfance. A l’époque, son père dirigeait l’entreprise forestière communale. A présent, c’est lui qui occupe ce poste depuis dix ans. Il se rappelle qu’au début, il a souvent demandé conseil à son père. Pour une activité dont les effets se mesurent sur une centaine d’années voire plus, la continuité est un facteur important. Urs Steck examine un peuplement d’âge moyen dans la zone d’« Oberforst », au sud du Rhin. Erables, tilleuls, frênes, chênes et autres feuillus se côtoient, entrecoupés de quelques épicéas et sapins douglas. Le sol est parsemé de glands, une nourriture dont raffolent les san­-

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g­liers. Leur présence nocturne est attestée par une souille dans des ornières remplies d’eau. Ici, le terrain est piétiné et boueux. Près de là, un épicéa a été blessé par le frottement des animaux. Revalorisation du bois assurée. Bientôt la paix du site sera troublée aussi pendant la journée. En effet, une coupe d’éclaircie est nécessaire. Le forestier a signalé en rouge les troncs à abattre. Il s’agit surtout d’arbres déformés, malades, secs ou devant être éliminés pour faire place à des individus sélectionnés. Marqués d’un point blanc, ceux-ci fourniront plus tard du précieux bois de grume.

La coupe est en grande partie mécanisée. Tous les vingt-cinq mètres, des passages aménagés des deux côtés de la piste s’enfoncent dans la forêt. Une récolteuse les empruntera l’un après l’autre pour façonner les arbres. Le bois sera ensuite transporté jusqu’au bord du chemin par une débusqueuse. Les travaux ont été confiés à un entrepreneur forestier, car l’entreprise de Möhlin ne possède pas ce genre de machine. Selon les estimations d’Urs Steck, environ 800 mètres cubes de bois seront récoltés: quelques grumes qui seront achetées par des scieries de la région, un peu de bois à papier tiré de billes de

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Services de la forêt détente

L’entreprise forestière de Möhlin (AG) que dirige Urs Steck réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,5 million de francs. La moitié seulement provient des ventes de bois. Le reste est dû aux travaux hors forêt et à l’indemnisation de services collectifs. Toutes les photos: Franca Pedrazzetti

eau potable forêt protectrice

production de bois protection de la nature et du paysage

Surface forestière suisse selon ses fonctions prioritaires (estimation des forestiers conformément au but premier de l’exploitation) Source: WSL, IFN 2010

résineux, mais surtout du bois déchiqueté destiné à une valorisation énergétique. Production de chaleur. « Le bois d’énergie est l’une de nos sources de revenu », souligne Urs Steck. Plus de la moitié de la récolte est déchiquetée puis utilisée comme combustible. La commune argovienne a commencé très tôt à encou-

Forêt > environnement 1/2011

rager cette forme d’énergie. A l’heure actuelle, cinq grandes installations chauffent ainsi les écoles, la mairie et plusieurs pâtés de maisons. L’écoulement étant assuré, l’intervention d’entretien dégagera un bénéfice. La plupart des forêts de Möhlin appartiennent à la bourgeoisie. L’entreprise forestière – le chef, cinq fores­ tiers-bûcherons et trois apprentis – gère non seulement les forêts bourgeoisiales (463 hectares), mais aussi 175 hectares de forêt du canton. Enfin, 28 hectares de forêt privée aux mains de dix-huit propriétaires viennent compléter le triage. Le boisement est dominé par les feuillus, les résineux ne représentent que 30 %

de toutes les essences. Et cela ne devrait pas changer, l’objectif étant une forêt mixte, proche de la nature et donc riche en espèces. Le

chêne favorisé. Chaque année, quelque 5900 mètres cubes de bois sont abattus. C’est moins qu’il n’en repousse, car il faut encore compenser les arbres couchés fin 1999 par la tempête Lothar. Aujourd’hui, les surfaces rasées ont cédé la place à de jeunes et vigoureuses forêts. On a surtout planté du chêne, qui bénéficie ici d’un encouragement particulier. L’entreprise commercialise ellemême son bois. Pour les feuillus, une

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A qui la forêt appartient-elle? Confédération 1 % vente aux enchères est organisée en fé­- cantons 5 % v­rier. « Cette journée est devenue une tra- corporations propriétaires dition chez nous, les clients y tiennent et coopératives privés 27  % 10 % beaucoup », explique Urs Steck. Lorsque tout le monde s’est approvisionné, on s’assied ensemble autour d’une collation et d’un verre de vin. Beaucoup d’acheteurs viennent de France et d’Allemagne. Mais ils seront sans doute moins communes politiques intéressés cette année, car en raison de bourgeoisies 28 % 29 % la faiblesse de l’euro, le bois suisse est devenu beaucoup plus cher pour eux. En prévision de cette situation, le vo- Surface forestière suisse selon ses propriétaires lume de coupe a d’ailleurs été réduit à Source: OFEV, Rapport forestier 2005. 4500 mètres cubes. Faits et chiffres sur l’état de la forêt suisse

Une grande palette d’activités. Pour au-

tant, l’entreprise forestière, qui réalise des bénéfices depuis des années, ne risque pas de se retrouver en difficulté. Elle est en effet bien diversifiée: un tiers environ de ses recettes proviennent de

de détente joue aussi un rôle important pour la société et l’économie publique. Près de dix mille personnes vivent dans cette commune périphérique de l’agglo-

L’objectif sylvicole est une forêt mixte, proche de la nature et donc riche en espèces. travaux hors forêt. A la demande de la bourgeoisie, l’équipe assure l’entretien des bosquets riverains et du site de la centrale électrique sur le Rhin, fauche les abords des voies ferrées ainsi que les prairies du domaine public, et effectue des travaux de bûcheronnage dans les jardins de particuliers. En forêt aussi, la production de bois n’est pas la seule ressource, même si elle constitue l’activité centrale. Parmi les nombreux services fournis, la fonction

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mération bâloise. Par beau temps, elles sont des centaines à se promener en forêt, à pied, en vélo et de plus en plus souvent à cheval – deux cents montures les attendent dans les écuries des environs. En raison de cet afflux d’amoureux de la forêt, l’entreprise est sous contrôle permanent. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’interventions grossières, par exemple des coupes de gros bois à la machine », explique Urs Steck. « Il y

aurait tout de suite une avalanche de réclamations. » Le gros bois est donc abattu à la tronçonneuse. Mais les loisirs forestiers génèrent aussi des recettes: l’équipe accomplit diverses tâches rémunérées par la commune, comme l’entretien des places de pique-nique, des abris et des sentiers pédagogiques ainsi que celui des chemins dans la mesure où il dépasse les besoins de la sylviculture. Pédagogue à temps partiel. Même l’éducation à l’environnement figure au programme. Une cabane en forêt a été transformée en salle de classe. Depuis, elle est souvent utilisée par l’école locale. Urs Steck, qui s’est perfectionné en pédagogie forestière, propose chaque fois une visite guidée d’une demi-journée. En Suisse, il est plutôt rare qu’un propriétaire de forêt soit indemnisé pour les prestations fournies aux personnes en quête de détente. La commune de Möhlin se montre plus ouverte, souligne Urs Steck. Les 45 000 francs qu’elle verse chaque année ne sont rien par rapport au profit qu’en retire la population. Urs Steck estime que ces services de la forêt devraient toujours être rémunérés. Le modèle appliqué actuellement à Soleure pourrait être une solution: le canton paie aux propriétaires une participation forfaitaire aux salaires des forestiers. Le montant dépend de la taille de la forêt, de l’utilisation durable maximale du bois et de la densité de la population. Möhlin boit l’eau de sa forêt. Deux stations

de pompage en forêt alimentent la com-

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2011, Année internationale de la forêt

mune en eau potable. Celle-ci est puisée dans le courant souterrain qui longe le Rhin à huit mètres de profondeur. Cette autre prestation ne rapporte pas d’argent, même si les restrictions qu’elle implique limitent par endroits l’exploitation sylvicole: les environs immédiats des installations doivent toujours être occupés par une forêt mixte, et il est interdit de traiter le bois au sol avec des produits chimiques. Quand Urs Steck a besoin de changer d’air, il se rend au Breitsee, un bas-marais situé en forêt, avec un étang bordé de nénuphars, de roseaux et d’aulnes dont les racines plongent dans l’eau. Surnommé « les Everglades de Möhlin » par le forestier, le site est prot��gé en raison de sa végétation de tourbière et parce que divers oiseaux aquatiques viennent y nicher. Urs Steck y passera bientôt à titre professionnel, car il va falloir intervenir pour dégager un peu la forêt marécageuse et l’étang.

46 hectares, la forêt est laissée à sa dynamique naturelle. Un autre programme vise à favoriser le développement du sonneur à ventre jaune, qui fraye dans de petites mares, dégagées de préférence, à l’intérieur et à l’extérieur de la forêt. Ces travaux sont partiellement payés par le canton, et donnent droit au label de qualité FSC. Il distingue les forêts gérées de façon naturelle, socialement acceptable et respectueuse de la biodiversité, et impose une certaine proportion de réserves forestières. Les forêts de Möhlin remplissant sans problème ces exigences, la certification n’a été qu’une simple formalité. Hansjakob Baumgartner www.environnement-suisse.ch/ magazine2011-1-16

Programmes de protection. Au nombre

des prestations fournies par la propriétaire des forêts de Möhlin figurent aussi la protection de la nature et la promotion de la biodiversité. Sur les bords du Jura, la magnifique réserve naturelle du Sonnenberg s’étire sur 271 hectares. On y dénombre plus de neuf cents chênes protégés, dont certains sont bicentenaires. De jeunes chênes repoussent sur une partie de la surface. Dans une réserve particulière, des peuplements clairs sont créés, d’anciennes carrières débroussaillées, des bosquets diversifiés entretenus de manière ciblée. Et sur

Forêt > environnement 1/2011

CONTACT Daniel Landolt-Parolini Section Politique forestière et conservation des forêts, OFEV 031 324 78 56 daniel.landolt@bafu.admin.ch

Après la biodiversité en 2010, l’ONU a déclaré 2011 Année internationale de la forêt. Il s’agit de sensibiliser la popu­ lation à la nécessité de conserver cet écosystème pour le bien des générations présentes et futures. « Les forêts et leur gestion durable peuvent contribuer de façon sensible au développement durable, à l’élimination de la pauvreté et à la réalisation des objectifs de développement convenus sur le plan interna­ tional », a constaté l’Assemblée générale de l’ONU. Selon les recensements de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, Food and Agriculture Organization), la surface forestière de la planète a diminué de 73 000  kilomètres carrés par an entre 2000 et 2005. Le recul des forêts, qui abritent deux tiers de toutes les espèces dans le monde, est la principale cause de la perte de biodiversité. En raison du déboisement des forêts tropicales humides, une centaine d’espèces animales et végétales disparaissent chaque année. En outre, la déforestation génère 20 % des émissions de gaz à effet de serre. En collaboration avec des organisations de l’économie forestière, de la protection de la nature, de la chasse et de la formation forestière, l’OFEV a créé un site internet pour l’Année interna­ tionale de la forêt (www.foret2011.ch).­ Le 21  mars, une conférence de presse aura lieu en la présence de la Conseillère fédérale Doris Leuthard.

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RÔLE DE LA BIODIVERSITÉ

Un gage de sécurité aussi Entretien avec Christian Körner, professeur de botanique, sur la valeur de la biodiversité, les arguments éthiques et économiques en faveur de sa protection et la place de la science dans la formation.

environnement: Pourquoi attribue-t-on une valeur positive à la biodiversité?

Christian Körner: La diversité est à la base de toute évolution, mais elle est aussi son résultat. La biodiversité est donc synonyme de vie. Elle constitue de plus un dispositif de sûreté, car elle garantit qu’il y aura toujours des organismes pour s’adapter à toutes les conditions de vie imaginables. Après un épisode difficile, comme une gelée en mai, une sécheresse en été ou une tempête en hiver, les écosystèmes conserveront ainsi leurs fonctions. Avec la diversité s’accroît dès lors la probabilité qu’une ou plusieurs espèces survivent à un événement extrême, pour continuer à fournir un rendement ou à stabiliser les pentes. Auriez-vous des exemples?

A mes yeux, l’un des exemples les plus frappants est la tempête Lothar, qui a balayé le pays après Noël 1999. Dans les forêts mixtes, elle a surtout fait des victimes parmi les épicéas, qui offraient une plus grande prise au vent. L’écosystème a survécu, car les feuillus, dépourvus de feuillage en hiver, ont tenu bon. Le principal élément fonctionnel de la forêt, l’arbre, a été préservé, même si des individus adultes d’une espèce ont été déracinés. Une monoculture d’épicéas sur le même site aurait tout bonnement été rasée. La tempête a ainsi mis en évidence l’importance de la diversité. Est-ce à dire que la diversité agit en général à notre insu?

Oui, il faut souvent y regarder de près pour reconnaître le dispositif de sûreté. Dans le Caucase, j’ai remarqué que des

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touffes à tiges raides poussaient à la lisière des surfaces d’érosion. Ayant examiné le phénomène, une étudiante a constaté qu’il s’agissait de la fétuque du Valais; elle subsiste après que toutes les autres plantes de prairie ont disparu et préserve le sol contre les progrès de l’érosion. Cette plante possède un système radiculaire particulièrement dense et une structure foliaire complexe, qui lui permettent de supporter chaleur et sécheresse. En temps normal, la fétuque du Valais passe inaperçue dans le peuplement végétal, elle ne révèle sa vraie valeur qu’en situation extrême. Nous avons d’ailleurs démontré qu’en Valais aussi, elle protège les bords des surfaces d’érosion. Quelle est l’importance de la diversité pour la Suisse?

nir l’érosion du sol. Une telle végétation dépend du bon fonctionnement d’écosystèmes riches en biodiversité. Et je ne parle pas seulement de diversité d’habitats et d’espèces, mais aussi de diversité génétique. Dans les Alpes, les changements d’affectation touchent de vastes surfaces. On abandonne les terrains difficiles à exploiter, qui se couvrent de forêt. Est-ce un bienfait pour le fonctionnement des écosystèmes?

En voyant ces nouvelles forêts, beaucoup pensent que la nature a repris ses droits. Or ce reboisement n’a souvent rien de naturel. Sur nombre de parcelles inexploitées sises dans la zone des forêts de montagne, une essence, l’aulne vert, prend le dessus et s’installe pour des décennies. L’aulne croît en effet rapidement et en abondance, ne laissant au-

« La Suisse est un pays montagneux, dont de vastes portions ne sont habitables que si les pentes sur­plombant les agglomérations et les voies de communication demeurent stables. » 

Enorme! La Suisse est un pays montagneux, dont de vastes portions ne sont habitables que si les pentes surplombant les agglomérations et les voies de communication demeurent stables. Ce n’est possible qu’en présence d’une couche de végétation à même, par exemple, de retenir les eaux pluviales et de les restituer lentement, afin de préve-

Christian Körner, Université de Bâle

cune chance aux jeunes plants d’autres essences. Il entrave ainsi une succession naturelle qui aboutirait à la réimplantation d’une véritable forêt de montagne. On assiste donc à l’apparition d’une monoculture anthropique, dont les prestations environnementales sont bien inférieures à celles d’un herbage. Les prairies qui attirent le tourisme

environnement 1/2011 > Diversité biologique


disparaissent et la qualité des eaux se détériore. Il faut savoir que l’aulne vert a la propriété de fixer l’azote atmosphérique pour le stocker dans le sol, d’où la surfertilisation d’habitats entiers. Dans l’eau du sol, une de mes collaboratrices a déjà mesuré des concentrations de nitrate qui dépassent les valeurs limites légales. L’absence de coordination dans la réaffectation des sols pourrait donc coûter cher à la société…

Exactement. Les prés et les pâturages riches en espèces constituent un système qui fournit de précieuses protéines et de l’eau potable propre, et que la majorité d’entre nous trouvent « beau ». Ces fonctions ne sont plus remplies lorsqu’on laisse l’aulne vert occuper le terrain. Et il faudra ensuite des siècles avant de voir réapparaître une forêt de montagne naturelle et stable. De plus en plus de chercheurs tentent d’exprimer la valeur de la diversité en monnaie sonnante et trébuchante. La fonction protectrice et productrice d’un hectare de mangrove est ainsi estimée à 14 000 dollars américains.

Ces chiffres me laissent sceptique. La science peut certes attirer l’attention sur les diverses fonctions de la nature, mais cette vague de monétarisation risque de conduire à attribuer une valeur à toute chose, même à l’effet égayant des papillons. En toute logique, nous devrions aussi nous évaluer nousmêmes, estimer la valeur de nos cheveux par exemple. Une grande partie de la biodiversité n’a pas d’utilité directe

Diversité biologique > environnement 1/2011

Christian Körner est, depuis 1989, professeur à l’Institut botanique de l’Université de Bâle. Ses travaux de recherche visent surtout à comprendre la vie des plantes en altitude. La Suisse possède en lui un spécialiste mondialement reconnu de la biodiversité en haute montagne. C’est à ce titre qu’il a pris part, en octobre 2010 à Nagoya (Japon), à la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique. Jusqu’à fin 2010, Christian Körner a par ailleurs présidé le Forum Biodiversité Suisse, le centre de compétences national pour la recherche sur la biodiversité.  Photo: Gregor Klaus

pour l’homme. Malgré ma bonne volonté, je ne parviens pas à déterminer la valeur monétaire d’une tulipe sauvage poussant dans les vignes. Elle fait partie de notre culture, et la préserver constitue une tâche noble. Je n’essaie pas non plus de savoir ce que vaut une sonate de Beethoven. Où se situent donc les limites d’une évaluation économique?

Il y a longtemps, on m’a demandé de réaliser une expertise scientifique sur la valeur d’une vieille allée dans une ville. J’ai refusé. J’aurais bien entendu pu évoquer sa contribution au microclimat, au bilan hydrique ou à la production d’oxygène. Mais tout cela n’aurait été que de la poudre aux yeux pseudo-scientifique, car toutes ces prestations sont marginales. L’allée avait été plantée par une société pour qui les arbres faisaient par-

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Après l’Année, la Décennie Commentant la cérémonie organisée en janvier 2010 pour marquer le début de l’Année internationale de la biodiversité, un animateur de la Radio Télévision Suisse alémanique trouvait encore que la biodiversité était « un mot affreusement compliqué ». Depuis, les médias du pays ont publié plus de 3000 articles sur les espèces d’animaux, de plantes et de champignons menacées en Suisse, les habitats dont elles disposent encore, le rôle des écosystèmes dans la garantie de la vie et de la sécurité sur notre planète ou l’importance de la diversité, aussi bien des plantes cultivées que des animaux de rente, pour notre alimentation. La biodiversité a trouvé sa place dans notre vocabulaire quotidien et beaucoup ont compris à quel point elle est essentielle. A Nagoya, au Japon, la communauté internationale est parvenue, en octobre 2010, à s’entendre sur un accord qui attribue à chaque pays des tâches et des objectifs mesurables pour la période allant jusqu’en 2020. Grâce à ces progrès, l’année écoulée fut vraiment l’Année de la biodiversité. Mais elle a aussi montré tout le chemin qui reste à parcourir. Voilà pourquoi il a été décidé à Nagoya de déclarer les années 2011 à 2020 Décennie de la biodiversité. CONTACTS Kathrin Schlup Cheffe de la section Conseils en communication, publications et Internet OFEV 031 323 38 97 kathrin.schlup@bafu.admin.ch Sarah Pearson Perret, voir page 13

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tie de la structure urbaine, et il devait en rester ainsi. Vous plaidez en faveur d’une argumentation éthique et culturelle afin de préserver la biodiversité.

La plupart des efforts consentis jusqu’ici pour maintenir et promouvoir la biodiversité s’appuient sur le principe éthique selon lequel il faut respecter la nature. Tout organisme a le droit d’exister, et d’exister dans de bonnes conditions. A ce stade, la science ne peut pas intervenir. Il ne me viendrait jamais à l’idée d’expliquer à des personnes engagées dans la protection de la nature pourquoi elles doivent le faire. La science peut toutefois souligner diverses fonctions et fournir des arguments supplémentaires pour préserver la biodiversité. Il ne faut cependant pas trop miser sur les aspects fonctionnels et économiques. Les motifs économiques vérifiables resteront en effet l’exception et tout ce qu’ils ne sauraient justifier risquerait de passer pour superflu. Préserver et entretenir la diversité doit plutôt faire partie intégrante de la culture humaine. Que se passe-t-il lorsque la société humaine perd le contact avec la nature?

C’est là que la science peut s’avérer fort utile. Elle peut aider les hommes à mieux comprendre les écosystèmes naturels, susciter leur enthousiasme et leur étonnement. La nature comporte une foule d’associations fascinantes. L’azuré de la croisette pond par exemple ses œufs exclusivement sur les boutons de la gentiane à feuilles courtes. Au bout d’une période donnée, les larves se laissent tomber sur le sol et émettent des phéromones afin de se faire passer pour les larves d’une certaine sorte de

fourmis. Si elles ont la chance d’être découvertes par ces fourmis, elles seront aussitôt emportées à la fourmilière. A l’instar des autres larves de la colonie, elles seront nourries pendant dix mois avant de muer et de s’envoler au printemps. La plupart des associations ne sont pas aussi spectaculaires.

Ce n’est pas mon avis. Lors de nos excursions, les associations fonctionnelles – le fait, par exemple, que les limaces déterminent au cours de leur petit déjeuner les essences que l’on trouvera dans une pelouse sèche – suscitent toujours étonnement et respect. Il y a des années, des représentants du gouvernement uranais ont visité notre station de recherche au col de la Furka et je leur ai expliqué comment fonctionne un alpage. Comprenant la stratégie subtile des plantes pour survivre, les politiciens ont ressenti un profond respect pour la nature en haute montagne. C’est cette prise de conscience qui empêchera les hommes d’abandonner à la légère des écosystèmes entiers. L’ignorance de ces collaborations et de ces symbioses conduit souvent à rabaisser la protection de la nature au rang d’une entreprise romantique. La science doit servir de moteur à la formation et les écoles participer à la transmission de notre savoir. Il ne suffit pas que les élèves apprennent à calculer, ils doivent aussi comprendre les fondements de la vie et ressentir leur importance. Le respect de la nature ira alors de soi. Propos recueillis par Sarah Pearson Perret et Gregor Klaus www.environnement-suisse.ch/ magazine2011-1-17

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MESURE AUTOMATISÉE DES DÉBITS

MOSES, le dernier-né de l’OFEV Les stations hydrologiques de mesure des grands cours d’eau suisses ont vieilli. Pour les remettre au goût du jour, la division Hydrologie de l’OFEV a développé une grue à câble motorisée équipée d’éléments de sécurité qu’elle a baptisée MOSES.

Depuis la terrasse du restaurant du jardin zoologique Dählhölzli à Berne, on aperçoit sur la rive opposée de l’Aar un petit bâtiment en béton barbouillé de tags. Son aspect négligé est trompeur, car il abrite une technologie de pointe flambant neuve. Sur le mur arrière, des écrans affichent pour les profanes intéressés – principalement des baigneurs – la température de l’eau, le niveau de la rivière et son débit actuel. En revanche, le contenu de la station hydrologique n’est accessible qu’aux professionnels. Il s’agit d’une grue à câble motorisée permettant de mesurer le débit d’eau, que ses créateurs ont appelée MOSES (pour « Motorisierte Seilkrananlage mit Sicherheitselementen »), Moïse en français. Comme un poisson dans l’eau. Le réseau national géré par l’OFEV compte aujourd’hui quelque trois cents stations hydrologiques qui consignent le niveau de l’eau et, pour la plupart, son débit. Soixante d’entre elles sont situées au bord des grands cours d’eau et équipées d’une grue à câble. Le flotteur mesurant la vitesse du courant est suspendu à un chariot roulant sur le câble qui le transporte ainsi comme une benne de téléphérique, l’amène au-dessus de l’eau et l’immerge en de multiples endroits bien définis. La plupart de ces installations datent des années soixante et sont aujourd’hui obsolètes. Les câbles sont actionnés au moyen d’une manivelle à main, un exercice extrêmement long et pénible selon la largeur du cours d’eau. C’est là qu’intervient MOSES: son moteur et un système intégré de mesure de déplacement permettent de positionner le flotteur très précisément. Les manœuvres

Hydrologie > environnement 1/2011

assistées par ordinateur sont effectuées au moyen d’un écran tactile et d’un joystick relié au flotteur par un câble de commande intérieur, qui transmet directement les mesures pour en garantir la fiabilité. Un système plus sûr. Le nouveau système est aussi plus sûr pour les utilisateurs. En cas de crue surtout, il pourrait arriver que des arbres déracinés se prennent dans l’appareil de mesure et l’arrachent, et même que le câble de transport se rompe et blesse le techni­

Le technicien de mesure Fabian Stoller vérifie le flotteur (jaune) que le chariot transportera sur le câble porteur et plongera à des endroits définis. A gauche, le moteur qui a remplacé la lourde manivelle.  Photo: Mirella Wepf

cien. Plus de risques avec MOSES: dès que des branches s’accrochent au flotteur, le chariot revient automatiquement vers la rive, entraînant l’arbre avec lui. La force du débit et donc la traction exercée sur le câble porteur diminuent à mesure qu’il s’approche du bord. Souvent, le bois flottant se libère alors tout seul. Pour les cas où cela ne fonctionne pas, MOSES dispose d’un autre mécanisme: le câble porteur se déroule entièrement lorsqu’il subit une traction trop importante. Il part alors à vau-l’eau avec le flotteur, mais personne n’est blessé. Une technologie sur mesure. Le projet a été

lancé il y a près de vingt ans. « Au milieu des années quatre-vingt-dix, nous nous sommes mis en quête d’installations motorisées », explique Bernhard Luder, chef du projet MOSES à l’OFEV. « Nous en avons acheté une en Ecosse et une autre en Allemagne, mais force a été de constater qu’aucune ne répondait à nos besoins. » Les mesures étaient désormais informatisées, ce qui provoquait des problèmes d’interface. « Nous nous se­rions placés dans une situation de dépendance qui nous semblait délicate », ajoute-t-il. « En cas d’urgence, nous n’avons pas le temps de prendre le téléphone pour expliquer une panne à un service technique situé à l’étranger. Au cours de l’évaluation, nous avons pris conscience qu’il nous fallait posséder nous-mêmes ce savoir-faire. » En 2006, la décision fut prise à l’OFEV de développer une installation pilote avec un bureau d’ingénieurs. Au terme de l’appel d’offres, cette tâche revint à l’entreprise ACD Engineering AG de Steffisburg (BE). Le prototype

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Les stations de mesure en Suisse

Le réseau hydrologique national géré par l’OFEV compte aujourd’hui quelque trois cents stations installées au bord des cours d’eau (en vert) et des lacs (en noir). Elles consignent le niveau de l’eau et, pour la plupart, son débit. Les soixante futures grues à câble sont indiquées en rouge. Source: OFEV

« Il n’y a pas deux cours d’eau pareils. Il était donc indispensable de faire des tests à plusieurs endroits avant de se lancer dans la véritable production. » Bernhard Luder, OFEV 

pour la plupart, ont fabriqué vis, tôles, pièces tournées et commandes électriques qui attendent maintenant dans un entrepôt de Bienne. Progressivement, des collaborateurs de la section Hydrométrie de l’OFEV et de l’Office fédéral de métrologie (METAS) – qui assurera désormais la mise en place et l’entretien des appareils électroniques dans les stations de mesure sur mandat de l’OFEV – assembleront et installeront les équipements jusqu’à ce qu’en 2016, MOSES numéro 60, la der­ nière des grues prévues, entre en service au bord d’un cours d’eau suisse. Mirella Wepf

fonctionnait bien, et une fois corrigés quelques défauts de jeunesse, une présérie de six exemplaires fut produite. Ils sont installés sur les bords de l’Aar à Berne et à Murgenthal (AG), de la Sarine à Fribourg, du Rhône près de Chancy (GE), du fleuve Tessin à Bellinzona et du Rhin à Diepoldsau (SG). « Il n’y a pas deux cours d’eau pareils. Il était donc indispensable de faire des tests à plusieurs endroits avant de se lancer dans la véritable production », raconte Bernhard Luder.

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MOSES relance l’économie. Lorsque l’évaluation toucha à sa fin, la crise financière était à son sommet et la Confédération lança un programme conjoncturel pour stabiliser l’économie. Le projet de remplacement des soixante installations à câble arrivait à point nommé. En février 2009, il fut décidé d’anticiper et de produire immédiatement l’ensemble des équipements pour un montant de quelque 1,5 million de francs. Durant les mois écoulés, plus d’une douzaine d’entreprises, suisses

www.environnement-suisse.ch/ magazine2011-1-18 CONTACTS Bernhard Luder Chef du projet MOSES division Hydrologie OFEV 031 324 76 56 bernhard.luder@bafu.admin.ch Beat Sigrist Chef de la section Hydrométrie OFEV 031 324 76 39 beat.sigrist@bafu.admin.ch

environnement 1/2011> Hydrologie


Filières et formations Le paysage rural à l’école secondaire On assimile souvent la biodiversité à la richesse des espèces. Or les différents habitats et écosystèmes en font tout autant partie. Le magazine semestriel Pick-up a donc décidé de consacrer son numéro 22 au paysage rural en tant qu’espace de vie. Cette problématique est traitée sous différents aspects. Pour les enseignants, un dossier thématique est disponible sur le site de l’Agence d’information agricole romande (AGIR). Les numéros précédents et leurs supports pédagogiques peuvent aussi être téléchargés. Le but de Pick-up est de sensibiliser les élèves du secondaire à l’agriculture, à l’alimentation, au marché et à l’environnement.

> AGIR, Joëlle von Ballmoos, 021 613 11 38, info@agirinfo.com; www.agirinfo.com > Enseignement > Pick-up

En toute saison: Animatura L’hiver est idéal pour faire certaines observations dans la nature. Les traces d’animaux, par exemple, sont souvent plus faciles à déceler. Avec son programme Animatura, Pro Natura propose d’accompagner les enfants d’âge scolaire dans leurs découvertes. Des spécialistes aident les élèves à la recherche d’indices. L’animation « Castor », par exemple, permet d’inspecter des arbres abattus par ce rongeur, d’emprunter les chemins qu’il suit et même d’examiner ses réserves d’hiver. Autres thèmes proposés en fonction des saisons: « Grands prédateurs », « Rivières », « Fourmis », « Papillons » et « Abeilles sauvages » (voir aussi environnement 4/2010, pages 4 et 5).

> Pro Natura, Pierre-André Varone, 024 423 35 60, education.environnement@pronatura.ch; www.pronatura.ch/education > Animatura

Un « projet Rainette » à Barbengo Grâce à la ténacité d’un de ses enseignants, l’école secondaire du quartier de Barbengo à Lugano dispose de son propre site de reproduction de batraciens d’importance cantonale. Utilisée tout d’abord comme zone d’entrepôt, cette friche d’environ 4000 mètres carrés s’est transformée au cours des ans – grâce à quelques interventions mineures – en un habitat riche en espèces qui sert de support aux cours de sciences naturelles. Depuis 2007, on y rencontre même la rainette d’Italie (Hyla intermedia), raison pour laquelle ce petit joyau écologique bénéficie désormais de la protection du canton. En 2010, le « progetto raganella » a obtenu le Grand prix WWF de la biodiversité.

> Marco Martucci, Scuola media, 6917 Barbengo, marco.martucci@ticino.com environnement 1/2011

BLOC-NOTES

La bourse aux emplois verts Le service-environnement met désormais en ligne des offres d’emploi liées aux métiers de l’écologie. Service civil ou poste à long terme, administration, économie privée ou monde associatif: la palette proposée est vaste. Les annonces peuvent être triées en fonction de différents critères. > www.service-environnement.ch

Mieux connaître pour mieux protéger La Suisse manque de spécialistes de ses nombreux groupes faunistiques et floristiques indigènes. Pour inciter les personnes intéressées à se former, un site internet présente l’offre de cours dans ce domaine, selon une classification à cinq niveaux allant de la simple sensibilisation aux cursus destinés aux futurs experts de la détermination des espèces. > www.connaissances-especes.ch

Nature insolite en ville de Lausanne Equiterre et la Ville de Lausanne organisent un concours de photographie pour montrer comment la nature s’épanouit sur le territoire urbanisé de la capitale vaudoise. Chaque cliché devra intégrer des éléments naturels et construits. Les dossiers doivent être remis jusqu’au 31 mars 2011. > www.equiterre.ch

Milieux créés par l’agriculture Agridea propose une formation continue de quatre jours pour tout savoir sur la flore et la faune sauvages des prairies, jachères, vergers et autres milieux liés à l’agriculture. Ce cours s’adresse avant tout aux exploitants, de même qu’aux enseignants, aux accompagnateurs en randonnée, etc. L’objectif est aussi d’apprendre à partager ces connaissances. > www.agridea-lausanne.ch > Formation > Cours 2011

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Du côté du droit

Un site contaminé forme un tout Le canton de Zurich doit procéder à une investigation au sens de l’OSites sur l’ensemble du terrain concerné. Dans une commune zurichoise, des pollutions relevant de l’ordonnance sur les sites contaminés (OSites) ont été constatées sur le terrain d’une ancienne usine à gaz. La surface concernée est divisée en deux parcelles: l’une appartient à une entreprise, l’autre au canton de Zurich. L’autorité cantonale a ordonné aux deux propriétaires de procéder, sur leur bien-fonds, à une investigation de détail au sens de l’OSites. La société privée s’est toutefois opposée à cette décision en arguant que la contamination de son sol provenait principalement de l’affectation antérieure de la parcelle détenue par le canton. Il incombait donc à ce dernier, selon elle, de prendre les mesures appropriées. Ce raisonnement n’ayant trouvé grâce ni devant le Conseil d’Etat, ni devant le Tribunal administratif cantonal, l’entreprise a porté l’affaire devant le Tribunal fédéral (TF). Dans l’avis qu’il a rédigé pour le TF, l’OFEV arrivait à la conclusion qu’en obligeant les deux propriétaires à procéder chacun de leur côté à une investigation sur leur parcelle, le canton ne permettait pas d’évaluer la situation de manière appropriée et à moindres frais. En tant que propriétaires d’une partie du site pollué, l’entreprise et le canton étaient tous deux susceptibles de mener les recherches pour l’ensemble du secteur. L’OFEV précisait qu’il était possible que les deux parcelles se polluent l’une l’autre. Le TF a suivi l’argumentation de l’OFEV. Dans son arrêt, il constate qu’un site pollué ne peut être contenu par des limites de propriété. Lorsque les substances nocives s’étendent sur plusieurs parcelles, il est judicieux – dans l’optique d’un traitement efficace des sites contaminés – d’exiger d’un des détenteurs qu’il procède aux investigations pour toute la zone concernée. Comme le canton de Zurich est responsable de la mise en œuvre du droit de l’environnement et qu’il est en outre propriétaire d’une grande partie du site pollué, la cour suprême fédérale estime qu’il est idéalement placé pour effectuer ces travaux. Sibylle Dillon, division Droit, OFEV, 031 234 93 07, sibylle.dillon@bafu.admin.ch; Tribunal fédéral: ATF 1C_374/2007

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Paru récemment

Téléchargement ou commande Toutes les publications de l’OFEV sont disponibles sous forme élec­ tronique; les fichiers pdf peuvent être téléchargés gratuitement sous www.environnement-suisse.ch/publications Certains ouvrages existent également en version imprimée; ils peuvent être commandés à l’adresse suivante: OFCL, Diffusion des publications fédérales, CH-3003 Berne tél. +41 (0)31 325 50 50, fax +41 (0)31 325 50 58 verkauf.zivil@bbl.admin.ch

www.publicationsfederales.ch www.environnement-suisse.ch/publications N’oubliez pas le numéro de commande de la publication souhaitée! Vous trouverez un bulletin de commande inséré dans ce numéro. Des frais de port sont prélevés pour les grandes quantités, sauf si la publication est gratuite. Sous www.environnement-suisse.ch/newsletter, vous avez la possibilité de vous abonner à une lettre d’information électronique ou à un flux RSS qui vous tiendra au courant des nouvelles publications de l’OFEV. Indications bibliographiques: Titre. Sous-titre. Editeur (autre que l’OFEV). Nombre de pages; langues disponibles; prix (pour les versions imprimées); numéro de commande (pour les versions imprimées); lien pour le téléchargement gratuit du fichier pdf.

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Air

Nature et paysage

Emissions polluantes du trafic routier de 1990 à 2035. Mise à jour 2010. 130 p.; F, D, E; 28 francs; numéro de commande de la version impri-

L’état du paysage en Suisse. Rapport intermédiaire du programme Observation du paysage suisse (OPS). 64 p.; F, D; 15 francs; numéro

mée: 810.300.119f; commande et téléchargement: www.environnement-suisse.ch/uw-1021-f

de commande de la version imprimée: 810.200.007f; commande et télé­ chargement: www.environnement-suisse.ch/uz-1010-f A l’aide de différents indicateurs, la publication documente et évalue l’état et l’évolution du paysage suisse.

Versauernde Luftschadstoff-Deposition auf der Alpensüdseite. Beurteilung des Trends von 1988–2007. Résumé de la publication « Acidifying Deposition in Southern Switzerland ». 2 p.; D, I; E 82 p.; pas de version imprimée; téléchargement: www.environnement-suisse.ch/uw-1015-d

Biodiversité Liste rouge oiseaux nicheurs. Espèces menacées en Suisse, état 2010. Publié par l’OFEV et la Station ornithologique suisse de Sempach; 53 p.; F, D, I; résumé E; gratuit; numéro de commande de la version imprimée: 810.100.088f; commande et téléchargement: www.environnement-suisse.ch/uv-1019-f

Eau Gestion par bassin versant. Idées directrices pour une gestion intégrée des eaux en Suisse. Publié par Agenda 21 pour l’eau, l’OFEV, l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) et l’Office fédéral du développement territorial (ARE); 20 p.; F, D, I, E; gratuit; numéro de commande de la version imprimée: 810.400.049f; commande et téléchargement: www.environnement-suisse.ch/ud-1032-f ou www.wa21.ch Orientation générale destinée aux acteurs cantonaux, régionaux et commu­ naux de la gestion des eaux.

Méthodes d’analyse et d’appréciation des cours d’eau en Suisse. Macrozoobenthos – niveau R (région). 61 p.; F, D; gratuit; numéro de commande de la version imprimée: 810.100.089f; commande et téléchargement: www.environnement-suisse.ch/uv-1026-f

Observation de l’environnement Swiss Environmental Domains. A new spatial framework for ­reporting on the environment. 71 p.; E; pas de version imprimée; télé­ chargement: www.environnement-suisse.ch/uw-1024-e

Parcs Parcs d’importance nationale: Manuel de la marque – 1re et 2e partie. Communication de l’OFEV, autorité d’exécution, aux requérants. 1re partie: Instructions sur la communication de la marque. 2e partie: Manuel de la marque. 25 p.; F, D, I; pas de version imprimée; téléchargement: www.environnement-suisse.ch/uv-1020-f

Sites contaminés Indemnités OTAS pour les assainissements. Conditions et étapes de la procédure. Communication de l’OFEV, autorité d’exécution, aux cantons en tant que requérants d’indemnités OTAS. Aide à l’exécution électronique (sur Internet et en version pdf); F, D; pas de version imprimée; téléchargement: www.environnement-suisse.ch/uv-1022-f

Sol / Produits chimiques Interdiction de l’utilisation des herbicides sur et aux abords des routes, chemins et places. Enquête sur l’état de la mise en œuvre. Résumé de la publication « Umsetzung des Verbots von Pflanzenschutzmitteln ». 2 p.; F; D 54 p.; pas de version imprimée; téléchargement: www.environnement-suisse.ch/uw-1014-f

Etude de l’impact sur l’environnement (EIE) Liste de contrôle Environnement pour les installations ferroviaires non soumises à l’EIE. Mise à jour 2010. Publié par l’OFEV et l’Office fédéral des transports (OFT); 50 p.; F, D, I; pas de version imprimée; téléchargement: www.environnement-suisse.ch/ud-1033-f

Faune sauvage Pour le bien de la faune. Campagne « Respecter c’est protéger ». Dépliant. Publié par l’OFEV et le Club Alpin Suisse (CAS); 14 p.; F, D; gratuit; numéro de commande de la version imprimée: 810.400.047f; commande et téléchargement: www.environnement-suisse.ch/ud-1027-f La liberté et la tranquillité à l’écart des pistes sont attirantes. Mais il faut respecter certaines règles simples pour éviter de déranger les animaux sauvages.

Forêts La forêt et le bois en Suisse. Dépliant, édition 2010. 16 p.; F, D, I, romanche, E; gratuit; numéro de commande de la version imprimée: 810.400.040f; commande et téléchargement: www.environnement-suisse.ch/ud-1016-f Sous forme de graphiques, de chiffres clés et de brefs commentaires, ce dépliant mis à jour donne un aperçu rapide de la forêt suisse et de la ressource bois.

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Faits et gestes

mise à disposition

Les narcisses sont les plantes emblé­matiques d’un patrimoine alpestre menacé. Elles méritent donc une attention particulière. L’Association pour la sauvegarde et la promotion des narcisses de la Riviera préconise d’ailleurs d’emprunter les parcours balisés des Pléiades, des Avants, de Glion et de Caux pour les découvrir. Elle organise aussi des excursions dans ces régions ainsi que du côté du MontPèlerin, de Haut-Intyamon en Gruyère, du col de Jaman ou encore près de Château-d’Oex.

> www.narcisses.ch

Potagers urbains

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> www.potagersurbains.ch

permet aux citadins de se jardiner ensemble dans un cœur des quartiers, ouvert aux besoins de chacun. De

d’exposants dans les domaines des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, du traitement et de la prévention des pollutions, ainsi que de la mise en œuvre du développement durable. .

> www.energissima.ch

Un bâtiment à énergie positive

Nature en fête dans les villes Genève. Le leitmotiv de la journée Nature en ville organisée le 16 mars prochain dans la cité de Calvin sera « l’action ». Les Genevois, notamment les habitants des Acacias, sont appelés à y participer afin de rendre leur quartier plus vert. La journée, qui se déroulera dans le parc des Acacias, est mise sur pied par equiterre et le Département de la cohésion sociale, de la jeunesse et des sports, en lien avec les partenaires du quartier. Courez-y pour verdir votre environnement proche!

Neige de mai

Un jardin urbain rencontrer et de espace situé au à tous et adapté

nombreux potagers urbains ont déjà vu le jour partout dans le monde. En Suisse, il en existe à Lausanne, Genève et Vernier. Grâce au soutien de la Loterie romande, l’association equiterre accompagne plusieurs communes dans cette démarche, dont celle du Grand-Saconnex (GE), qui inaugurera son premier potager au printemps. L’idée est aussi de jardiner de façon écologique.

Lausanne. Le 14 mai 2011, la capitale vaudoise accueillera également une journée festive sur la nature en ville. Equiterre et le Service des parcs et promenades proposent de nombreuses activités pour l’occasion: une place végétalisée au centre-ville, un brunch d’ouverture, de nombreux stands et activités ludiques ainsi qu’un jeu de pistes. Les gagnants du concours photo « Nature insolite en ville de Lausanne » seront dévoilés lors de la manifestation.

> www.equiterre.ch

La maison de Simone Niggli-Luder, championne du monde de course d’orientation  adarchitekten

Victorieuse à dix-sept reprises en championnat du monde de course d’orientation, Simone Niggli-Luder sait qu’il est capital de bien gérer son énergie. A Münsingen (BE), elle s’est fait construire une maison particulièrement efficace. Réalisée en bois, isolée à l’aide de laine de mouton suisse et équipée de panneaux solaires sur toute la surface de son toit, elle produit davantage d’énergie qu’elle n’en consomme pour le chauffage, l’eau chaude et le ménage. Le logement peut ainsi se transformer en petite centrale de production.

> www.leprogrammebatiments.ch, www.minergie.ch > A propos de Minergie > Services cantonaux de l’énergie, www.energie-cluster.ch

Energissima Cette année, Energissima aura lieu du 13 au 16 avril à Forum Fribourg. Pour sa cinquième édition, cette foire sera organisée parallèlement à Greentech, le salon de la gestion des déchets, des ressources et des technologies de l’environnement, et à ecoHome, le salon de l’éco-construction et de l’efficacité énergétique. L’événement réunit une importante offre

En train ou en bus, foncer vers les cimes L’Association Transports et Environnement (ATE) vient de publier un guide de 36 pages à l’intention des amateurs de sports d’hiver souhaitant privilégier les transports publics. Intitulé « Ride & Glide », il fournit des informations concrètes sur les meilleurs itinéraires, la fré-

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La biodiversité au format poche

quence des trains et des bus, ainsi que la distance à parcourir à pied jusqu’aux remontées mécaniques. Pour l’ensemble de la Suisse, 140 stations de ski de piste et 90 destinations de ski de fond sont présentées.

> www.ate.ch > « Ride & Glide »

Hêtre et autres essences De nombreuses espèces de feuillus croissent en grandes quantités chez nous, mais l’utilisation de cette ressource n’est pas très aisée. Le concours de création en bois de feuillus, organisé par l’OFEV dans le cadre de son plan d’action bois, a pour objectif de mettre en valeur des applications remarquables de ce matériau dans la construction, l’aménagement intérieur et les produits.

> Informations: www.environnement-suisse.ch/ plandaction-bois; délai de remise des projets: 11 avril 2011. Les résultats seront présentés en

automne 2011 dans le cadre de la foire Maison et Energie à Berne.

Torcol

Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel

ments utiles à leur survie) se déplace pour renseigner les personnes intéressées sur la meilleure façon de poser un nichoir ou encore sur le choix d’arbustes propices à la faune avicole.

> Blaise Mulhauser, 032 724 36 75, www.sorbus-oiseaux.ch

Les dangers naturels et moi Parmi les dangers naturels, lesquels me concernent directement? Et comment m’en protéger? Les réponses à ce type de questions sont disponibles sur le site internet de la Plate-forme nationale « Dangers naturels » (PLANAT). Destiné aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers, ce portail présente clairement l’origine des dangers naturels et montre quelles mesures peuvent être prises pour réduire les risques.

Votre téléphone portable ricane-t-il comme une hyène lorsque votre chef vous appelle? Et qui tente de vous joindre lorsque chante le grandduc ou la grue cendrée? Plusieurs sites internet proposent des sonneries reproduisant des cris d’animaux. Le téléchargement est gratuit ou récompense un don. Des liens permettent aussi d’accéder à des informations sur le recul des espèces et de la biodiversité.

> www.biodiversite2010.fr/sonneries Le tri en s’amusant

Pour apprendre à bien trier les déchets, autant commencer petit. Le Département de l’environnement urbain et de la sécurité de la Ville de Genève a conçu un jeu informatique à cet effet. Destiné en premier lieu aux enfants des écoles primaires, il aborde la thématique du recyclage des déchets – compost, piles, alu, PET, verre, papier, carton, vêtements, etc. – et du bon geste en matière de propreté.

> www.habilitri.ch

Nichoirs bienvenus Observer hirondelles et martinets depuis sa fenêtre est un grand plaisir. Mais comment faciliter leur venue? La ville de Neuchâtel a lancé un service de conseil à l’attention de tout citoyen de la commune désirant aménager son toit ou son jardin pour mieux accueillir les oiseaux. Un ornithologue de l’association Sorbus (Sauvegarde des oiseaux rares et des boise-

> www.dangers-naturels-suisse.ch

Impressum 1/11, février 2011 / Le magazine environnement paraît quatre fois par an; l’abonnement est gratuit; n° ISSN 1424-7135 | Editeur: Office fédéral de l’environnement

(OFEV). L’OFEV est un office du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) | Direction du projet: Bruno Oberle, Thomas Göttin | Conception, rédaction, production: Georg Ledergerber (direction), Kathrin Schlup (suppléante); Simone Remund et Flavia Rivola (dossier Parcs d’importance nationale), Hansjakob Baumgartner (dossier et articles hors dossier), Luc Hutter (version en ligne), Beat Jordi, Gregor Klaus, Cornélia Mühlberger de Preux; Valérie Fries (secrétariat de la rédaction) | Collaborations ­externes: Martin Arnold, Urs Fitze, Kaspar Meuli, Beatrix Mühlethaler, Mirella Wepf; Peter Bader, text-atelier.ch (rubriques); Danielle Jaurant (coor­ dination et rédaction linguistique de la version française) | Traductions: Anne Anderson, André Carruzzo, Nadine Cuennet, Stéphane Cuennet (éditorial, rubriques), Milena Hrdina, Tatiana Kolly, Christian Marro, Stéphane Rigault, Catherine Trabichet | Réalisation et mise en page: Atelier Ruth Schürmann, Lucerne | Délai rédactionnel: 7 janvier 2011 | Adresse de la rédaction: OFEV, Communication, rédaction environnement, 3003 Berne, tél. 031 323 03 34, fax 031 322 70 54, magazine@bafu.admin.ch | Langues: français,

allemand; italien (extraits) uniquement sur Internet | Publication sur Internet: sauf les rubriques, le contenu du magazine se retrouve sur www.environnement-suisse.ch/magazine | Papier: Cyclus Print, 100 % de vieux papier sélectionné | Tirage: 17 500 environnement, 46 000 umwelt | Impression et expédition: Swissprinters St. Gallen AG, 9001 St-Gall,

www.swissprinters.ch | Abonnement gratuit, changement d’adresse et commande de numéros supplémentaires: environnement, Swissprinters St. Gallen AG, service l­ecteurs, 9001 St-Gall, tél. 058 787 58 65, fax 058 787 58 15, u­ mweltabo@bafu.admin.ch, www.environnement-suisse.ch/magazine | Copyright: reproduction du texte et des ­graphiques autorisée avec indication de la source et envoi d’un exemplaire justificatif à la rédaction.

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A l’office Cinq priorités actuelles pour l’OFEV Pour 2011, la direction de l’OFEV a défini cinq thèmes auxquels elle souhaite accorder une attention particulière.

Limitation des changements climatiques

Prévention des dangers naturels

Il faut agir avec détermination contre l’élévation de la température qui menace la société et l’économie. La Suisse entend réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à 1990 d’ici à 2020, voire de 30 % si d’autres Etats partagent cet objectif. Un montant annuel de 200 millions de francs provenant de la taxe sur le CO2 est alloué à l’assainissement des bâtiments (près de 400 millions sont reversés à la population et à l’économie). La Suisse cherche par ailleurs à s’associer au système européen d’échange de quotas d’émission et milite pour que les mesures d’adaptation des pays en développement soient financées selon le principe du pollueur-payeur. www.environnement-suisse.ch/climat

Les dangers naturels ne peuvent jamais être totalement écartés. La prévention est donc essentielle. La solution la plus efficace est d’en tenir compte dans l’aménagement du territoire. Parfois, cette approche ne suffit pas à elle seule. Il faut alors envisager des mesures de construction ou d’organisation supplémentaires pour éviter les risques ou réduire les dommages. Les infrastructures de sécurité doivent être entretenues et adaptées si nécessaire. Il est donc indispensable d’assurer leur financement à long terme. www.environnement-suisse.ch/dangersnaturels

Economie verte Les technologies, processus et produits efficaces doivent permettre de réduire les atteintes écologiques tout en renforçant la compétitivité du secteur de l’environnement en Suisse. Sur mandat du Conseil fédéral, l’OFEV élabore les fondements d’une économie nationale moins gourmande en ressources. L’office vise notamment à améliorer le cadre général de l’innovation, en particulier dans le domaine des technologies propres. Il souhaite aussi augmenter la transparence pour les acheteurs en élaborant des normes internationales pour évaluer la consommation de ressources naturelles et les effets des produits et services sur l’environnement. www.environnement-suisse.ch/economie

Conservation de la biodiversité La diversité naturelle des écosystèmes, des espèces et des individus est la base de la vie. Elle rend d’innombrables ser­vices indispensables: fertilité des sols, substances actives dans les médicaments, stockage du CO2, protection contre les glissements de terrain ou pollinisation de plantes sauvages et agricoles par l’intermédiaire des insectes, par exemple. La Suisse s’est engagée sur le plan international à réaliser des mesures pour mettre fin au recul de la diversité biologique. Sur mandat du Conseil fédéral, l’OFEV élabore une stratégie pour maintenir à long terme une biodiversité et des services écosystémiques aussi riches et aussi réactifs que possible face aux divers changements. www.environnement-suisse.ch/biodiversite

Protection du sol Le sol constitue la ressource non renouvelable la plus rare en Suisse. Il est essentiel à l’homme en raison de ses multiples fonctions économiques et écologiques: il produit de la nourriture, de la biomasse et de la chaleur, accumule et purifie l’eau, et sert de support à la biodiversité. Il témoigne également de l’histoire naturelle et culturelle, et forme la base sur laquelle reposent bâtiments et voies de communication. L’OFEV s’engage pour que toutes ces fonctions soient conservées afin que la Suisse dispose à long terme d’un sol permettant de satisfaire à toutes les utilisations. www.environnement-suisse.ch/sol

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Quelques chiffres Pour remplir ses tâches, l’OFEV compte, en 2011, environ 450 collaborateurs. Il gère un budget de près de 1,4 mil­ liard de francs, ce qui représente environ 2,9 % des dépenses de la Confédération. De cette somme, 41 % sont alloués aux cantons, 50 % à la population (redistribution des taxes d’incitation) et 9 % sont consacrés aux dépenses de personnel, à l’achat de biens et services et aux frais d’exploitation. environnement 1/2011


Portrait

Partie supérieure d’un sol de hêtraie à Othmar­singen (AG). L’humus issu de la dégradation des feuilles et des aiguilles des arbres donne au sol sa couleur foncée. 

Photo: Marco Walser, WSL

Eloge du sol forestier Le sol qui amortit discrètement nos pas dans la forêt est un système naturel des plus précieux. Il emmagasine l’eau et fournit aux végétaux les éléments nécessaires à leur croissance. Il sert aussi d’ancrage aux racines. Sans lui, il n’y aurait pas de bois. Lorsqu’on abat un arbre et qu’on emmène son tronc, l’écosystème ne perd que peu de substances nutritives: la couronne, les branches, la souche, les feuilles ou les aiguilles qui restent sur place y sont décomposées et transformées en nouveaux aliments par les organismes qui peuplent l’humus. Ce recyclage referme la boucle empruntée par les sub­s­tances – si on fait abstraction des pluies acides. En effet, la forte teneur en polluants de celles-ci accélère les processus naturels d’acidification dans le sol. Sa fertilité di­ minuant en conséquence, certains éléments essentiels viennent à manquer et les conditions de vie des arbres et de la petite faune qu’il abrite – comme les vers de terre – se dé­gradent elles aussi. Le sol forestier fonctionne comme une éponge. Un réseau de racines long de plusieurs kilomètres – associé à divers organismes – ameublit ses différentes couches. Il en résulte un système d’interstices finement ramifié capable de capter même l’eau d’un puissant orage. Un environnement 1/2011

terrain profond peut retenir plus de 250 litres d’eau par mètre carré et réduire ainsi le risque de crue. Pour éviter de le compacter, les lourdes machines de récolte du bois ne doivent être utilisées que lorsqu’il est suffisamment ressuyé. Le sol de nos forêts filtre également les précipitations qu’il reçoit: en Suisse, les eaux souterraines ainsi épurées peuvent être transformées en eau potable à moindre coût. Il stocke en outre de grandes quantités de carbone et limite ainsi – tout comme les arbres – la concentration de CO2 dans l’atmosphère, ce qui ralentit le réchauffement climatique. Enfin, le sol forestier accueille d’innombrables organismes. Sur un mètre carré et pour une profondeur de trente centimètres, on y compte environ un milliard de bactéries, dix millions de champignons, un million d’algues et autant de vers microscopiques, 100 000 acariens, 300 myriapodes, 100 coléoptères, 80 vers de terre et 50 araignées. Ensemble, ces être vivants assurent la dégradation, la transformation et la remise à disposition de la substance organique. Pour le bien de nos contrées boisées en cette Année internationale de la forêt. Georg Ledergerber www.environnement-suisse.ch/magazine2011-1-19

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> site Internet de la Suisse consacré à l’Année internationale de la forêt 2011 www.foret2011.ch avec agenda des manifestations


Magazine «environnement» 1/2011: La Suisse des parcs