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L’architecture épurée, un espace sensible et un outil de développement territorial

Sous la direction de Ümmühan ÖZTÜRK et Mougib ELRAHMAN ABOAMER Enseignement sous la responsabilité de : Théa MANOLA

Rapport d’études Gaël BONNET Année universitaire 2017/2018 Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble


Avant propos Très jeune, dessiner à la main des maisons, des immeubles, des quartiers est devenu mon passe-temps favori. Ce goût paternel du dessin m’emmène à entreprendre des études en architecture. Curieux de connaitre qui sont les grands bâtisseurs de l’environnement qui nous entourent, comprendre leurs sources d’inspirations afin d’accroitre ma culture artistique et technique, l’architecte fait la symbiose entre l’imagination et la concrétisation dans le temps. Conscient des défis à venir, ce métier permet d’exprimer notre expression des choses, comme une extension de nous-même, être un acteur de la société.

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Table des matières

Pages 3 - 4

Introduction. De la pensée à l’acte créateur

Pages 5 - 9 1. La forme pour l’expérience sensible dans le territoire 1.1 Le dialogue entre l’architecture et son contexte territorial 1.2 La pureté du minimal 1.3 La réflexion de l’espace jusqu’au détail Pages 10 - 17 2. La qualité spatiale recherchée découlant de la matérialité 2.1 L’ambiance par les qualités matérielles 2.2 La poésie par les qualités immatérielles 2.3 L’approche sensible avec le Land Art 2.4 Le confort dans l’appropriation de l’espace Pages 18 - 20

Conclusion et ouverture. Vers une architecture régionaliste

Pages 21 - 23

Bibliographie

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Introduction. De la pensée à l’acte créateur

Intervention de Gilles Marty en studio de projet Julie Martin, Semestre 4, L2, 2017. Durant le processus de projet, Gilles Marty est venu nous présenter sa vision de l’architecte. Ce dernier est un créateur et sa création vient de son imaginaire. Puissant, son inspiration vient du site et du paysage où il intervient, dans le territoire, mais aussi à partir de sa culture et de sa philosophie. La finalité est d’agir en pensant faire du bien à la société et aux hommes.

Dès l’entrée à l’École, ma vision était celle d’une architecture en tant qu’édifice avec peu de dialogue avec le site, l’environnement urbain ou naturel qui l’entoure. A la fin de mon cycle de licence, je comprend que l’architecture est l’aboutissement d’une profonde recherche, d’analyses, d’idées… formant au final un édifice soigneusement implanté dans un environnement. L’architecture est une forme de création à partir d’un imaginaire développé par l’architecte depuis sa genèse jusqu’à sa réalisation, dans un contexte environnemental, historique et social précis. Son imaginaire se transforme en création de sens afin d’édifier des idées, c’est à dire jusqu’où nous pouvons pousser la bâtisse pour que cette dernière devienne un symbole fort dans le paysage, dans l’histoire. L’empreinte humaine, son utopie et son idéal, on la retrouve dans l’expression artistique, pour véhiculer un message intemporel, figer dans le temps. La belle architecture reste dans ce registre de marqueur temporel . « L’art, c’est la seule chose qui résiste à la mort1» pensait André Malraux. L’Acropole d’Athènes, Machu Pichu, l’Abbaye de Sénanque… Tous ces lieux riches culturellement racontent une histoire, un concept, une idée de société à un moment précis. Aujourd’hui, l’architecture doit réfléchir aux défis du XXIème siècle, aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux, tout en gardant la force idéologique des références architecturales anciennes. La forme tend à être simple, s’inspirant du modernisme avec une géométrie pure, sans superflue pour ainsi créer des espaces à la hauteur de la demande et pour le confort de l’homme. La gestion de la matière, l’impact environnemental et l’ambiance recherchée nous ramènent à l’idée de penser de manière minimale mais extraordinairement réfléchie et qualitative dans les espaces de vie, créant un dialogue entre le bâti et ce qui l’entoure. La qualité de l’espace résulte de l’intelligence mise sur le détail, la sophistication, c’est ainsi que nous faisons la différence entre une architecture et un bâtiment standard. « La simplicité est la sophistication suprême. » déclara Léonard de Vinci. La prise en compte culturelle, sociale, géologique, géographique et environnementale d’un site parfois fragile, est l’étincelle qui commence la réflexion du projet. Chaque architecture est unique, dissociable par sa conception et sa réflexion en lien avec le site. Accepter le modèle unique à dupliquer autour du monde est une forme de refus de l’environnement bâti ou naturel qui compose la richesse, la différence d’un lieu, de son passé et de sa projection future. L’architecte doit avoir en tête que son projet sera visible par tous et que celui-ci intègre la place de l’homme dans la nature. C’est en respectant ces deux piliers fondamentaux que l’équilibre entre l’intégration au site, minimisant l’impact environnemental et la volonté de faire une forme géométrique simple, forte de sens, amène l’homme dans un sentiment de bien vivre.

1. DELEUZE, Gilles. Extrait de la conférence orale. Qu’est-ce que l’acte de création ? 17 mai 1987.

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Toutes ces idées fortes de sens pour créer un projet commence par la connaissance d’un territoire, d’une réflexion personnelle à partir de notre culture, notre pensée, puis par le dialogue entre les acteurs de ce territoire qui seront les premiers témoins de son évolution dans le temps, qui veuilleront à sa perrenité dans l’histoire. La pensée du projet est un processus de manipulation, d’essais, afin de trouver au bout la pureté du concept choisi. Je conçois le mot concept comme une ligne de force, une ligne de pensée. Cette pensée du projet très épurée où s’articulent autour les intentions, les qualités à mettre, c’est comme la colonne vertébrale du projet d’architecture, elles supportent tout, rien ne tient sans les idées. Il est donc intéressant de développer ce que crée une architecture qui est minimale et épurée, par ses formes, et quelles sont les qualités de cet édifice ? Ainsi, dans un premier temps, nous étudierons la forme pour l’expérience sensible dans le territoire avec un travail sur plusieurs échelles, commençant par le dialogue entre l’architecture et le territoire puis avec l’architecture en elle-même par les formes pures. Nous pousseront la réflexion jusqu’au détail qui sera le point d’orgue du travail sur la géométrie. Puis dans un second temps, cet édifice par ses matérialités, forme la qualité spatiale avec la matérialité comme créateur d’ambiance. Pour cela, nous verrons deux approches, matérielle et immatérielle. Ensuite nous ferrons un parallèle la démarche du Land Art et qu’au final le confort résulte de l’appropriation de ces espaces étudiés, réfléchis, par la forme et les ambiances. L’architecte aujourd’hui ne crée rien, il réinvente les fondamentaux, pour les besoins de l’homme aujourd’hui et demain.

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1. La forme pour l’expérience sensible dans le territoire La beauté de l’architecture dans le paysage passera par le dépouillement et la notion du minimal qui crée un sentiment de purisme. Cette architecture permettra un dialogue avec l’environnement avoisinant par ses formes. 1.1 Le dialogue entre l’architecture et son contexte territorial Semaine intensive avec M. Vettorello, Semestre 6, L3, 2018. Travaillant dans le territoire tessinois, plusieurs architectes ont été présenté tel Luigi Snozzi, architecte suisse. Cet architecte montre à partir de ses réalisations la beauté de l’efficience à travers ses géométries visuellement simples mais qui sont dans le détail très recherché et dimensionné en utilisant le béton dans un cadre souvent de montagne. Ses architectures dialoguent avec leurs environnements par un travail d’orientations et d’ouvertures vers l’extérieur. Il en ressort l’idée que le brutalisme dégagé par le béton peut en effet s’articuler avec un milieu de montagnes.

Cours théorique de M. Dellinger, Semestre 6, L3, 12/02/2018. Le but de son cours était de comprendre l’environnement urbain et naturel qui nous entours en les définissant avec les bons mots. Montrer la diversité de la flore, de l’environnement qui nous entoure m’a rappelé qu’à la montagne, le défi est d’agir de manière sensible et de respecter le site où nous agissons.

L’architecture est un élément qui participe au territoire, à sa visibilité. Dans ce respect mutuel entre le projet et le site, la question des ouvertures est primordiale afin d’approcher l’idée de transparence et d’ouverture vers l’extérieur. Le choix du cadrage de vue joue pleinement le rôle de dialogue intérieur et extérieur. Ce cadrage peut être une baie très large ou alors juste une faille montrant une chose précise qui guide le regard. L’architecture ne doit pas être un bloc fermé sur lui-même mais ouverte vers l’extérieur jusqu’à parfois même se poser la question, qu’est-ce que l’intérieur, qu’est-ce que l’extérieur ? Une architecture doit être un ouvrage qui est né grâce aux territoires mais tout en le servant. Même si cette dernière est petite, elle doit rayonnée dans le paysage. Ce territoire est souvent celui de la ruralité, proche de la nature. Luigi Snozzi, Savioz Fabrizzi, Reiulf Ramstad architects, Peter Zumthor comme dans la Fig.1.1 et Kengo Kuma sont quelques repères de ce que j’aperçois comme une maîtrise de l’insertion dans le paysage urbain ou naturel par un rapport intérieur et extérieur poussé, avec une architecture qui améliore le contexte. « Nous avons gagné une réputation de créer l’architecture audacieuse, simple, avec un rapport fort au contexte scandinave2» pense l’agence Reiulf Ramstad architect, un groupe qui appuie sur l‘environnement où l’architecture s’implante. Épouser les pentes des montagnes, les rives d’un lac, une plaine forestière ou encore un espace désertique, la forme de l’architecture découlera de l’environnement qui l’entoure. Cependant l’intégration au site n’est pas un camouflage, l’architecture est là pour être montrée. Rappelons nous que l’architecte pense une conception qui doit être visible par tous, la camoufler serait la cacher, la dénigrer comme si l’architecte n’était pas fier de proposer dans le paysage une intervention architecturale. L’architecture dessine, révèle le paysage et elle doit créer un ensemble cohérent, en harmonie pour ne pas créer un choc, une appréciation négative de l’oeuvre construite. Au final nous avons vu que l’architecte par son choix, détermine ce qu’il lui semble être bon pour le territoire avec une approche sensible avec le site. Voyons comment l’architecte travail la forme pour s’intégrer au territoire.

2. REIULF RAMSTAD ARCHITECTS. «We have earned a reputation for creating bold, simple architecture with a strong connection to the Scandinavian context.» <http://www.reiulframstadarchitects. com>

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Fig.1.1, Zinc Mine Museum, Peter Zumthor © Arne Esperland

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1.2 La pureté du minimal Le minimal n’est pas un sentiment de vide, mais c’est celui où nous mettons le nécessaire. La finesse de l’architecture montre l’idée de la pureté, de la qualité. Le minimal permet de contrôler la quantité de matière requise, de placer l’intelligence dans le dessin, sans surcharge. « L’architecture en tant que configuratrice d’espace crée, comme ce qui lui est propre, comme ce qu’aucun autre art ne parvient à réaliser, des enveloppes de nous-mêmes, dans lesquels l’axe médian vertical n’est pas corporellement érigé mais reste vide, n’agit qu’idéalement, et est déterminé́ comme lieu du sujet3.» Le manifeste Less is More de Ludwig Mies Van Der Rohe est certainement un des aboutissements de la pensée minimaliste dans l’architecture. Les objets révèlent un espace, un petit bâtiment pour un grand rayonnement. Le purisme et le dépouillement jusqu’à retenir l’essentiel et la force d’un projet, tel un concept. Le Pavillon de Barcelone dans la Fig.2 en 1929 reflète ce qu’est le modèle minimaliste et plaçant la poésie au coeur du projet. «(…) j’ai abandonné le principe habituel des volumes clos à une série de pièces distinctes. J’ai substitué une suite d’espaces ouverts. La paroi perd ici son caractère de clôture et ne sert plus qu’à l’articulation organique de la maison4.» Dans le projet architectural, le travail de la forme n’est que l’aboutissement d’un processus de pensée, de réflexion sur la qualité d’usage, de lumière. « La forme n’est pas première dans notre démarche, elle est pour nous un point d’arrivé et non un point de départ 5. » La forme dessine l’usage et la lumière. Ce processus peut être pensé à l’inverse, il y a une mutualité entre ces deux chemins. Lorsque le projet commence, dans le but de concevoir un habitat, une gare, un lieu de culte… Tout est une question de réglage, de perfectionnement. Ce perfectionnement vient de notre imaginaire, contrairement à une conception assistée par ordinateur basée que sur des algorithmes et des programmes prédéfinis, répétitifs, à contrario de notre volonté à penser une ambiance particulière mais cette réflexion n’existe que si le réglage de la forme, son dimensionnement, ses proportions dans l’espace, le site, le contexte sonore, visuel, aérien sont étudiés et expérimentés. Cela montre donc un basculement entre l’imaginaire et la forme désirée. L’architecte par son analyse doit enrichir le projet par une réflexion subtile sur le rythme, les proportions, les lumières et l’ordonnancement, passant par une organisation méthodique du travail. L’architecte, en lien avec l’approche sensible au site, amène dans la réfléxion une approche quantitative par le dimensionnement et qualitative par la forme. Ainsi, le projet ne joue pas sur le superflu, sur la décoration, mais par l’esthétique du nécessaire. Cette notion de qualité architecturale par le dépouillement est aussi réfléchie à une échelle plus fine.

3. GALLAND-SZYMKOWIAK, Mildred. L’engendrement de l’espace architectural : trois modèles (Wölfflin, Schmarsow, Lipps). p. 93 4. NEUMEYER, Fritz. Mies van der Rohe, Réflexion sur l’Art de bâtir. p.X 5. PERRAUDIN, Gilles. Dialogue sous une Palme. p. 112

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Fig.1.2, Pavillon de Barcelone, Mies Van Der Rohe. Š Gili Merin

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1.3 La réflexion de l’espace jusqu’au détail

Cours théorique de M. Grosso, Semestre 5, L3, 2017. Étudiant l’intelligence de la mise en oeuvre de ceux qui ont construit une architecture. Pour perrenisé un projet dans le temps, éviter les fissures, réduires l’impacts des aléas climatiques, la qualité de fabrication est primordiale.

Stage chez l’agence d’architecture COTTIN Architecte, Juillet 2017, Montélimar. Pendant un relevé de site, il a été interessant de constater la difficulté d’un architecte à agir sur un bâtiment qui tombe en ruine avec des iniquités dans la construction.

Cours théorique de M. Thépot du 29/03/2016, L1, sur Charles W. MOORE. « Il me semble en fait que la surprise, l’étonnement, le plaisir de l’inattendu sont les manipulations les plus stimulantes que nous, architectes, sommes amenés à opérer. » Charles W. MOORE. L’architecte doit créer à travers ses réalisations un sentiments d’enthousiasmes aux gens et de surprise.

En effet, le processus de conceptualisation du projet trouve sa force dans l’étude du détail, mettant en avant la qualité de l’architecture conçue. Par son apprentissage rigoureux, son enrichissement culturel, l’architecte est le maître d’orchestre d’une construction pour à la fin la rendre esthétique et gracieuse. C’est par les formes, les poésies, les messages, le contexte historique, culturel et environnemental que l’architecte fait le choix sur les cadences sur les façaces, les espaces à l’intérieur, les ouvertures, leurs dispositions, leurs formes, leurs encastrements jusqu’à la technologie employée pour l’installation et la mise en oeuvre de ses ouvertures par exemple. Cela permet de penser au perfectionnement à toutes les échelles. Comme exemple, on peut voir la massivité et le brutalisme d’’une colonne et en se rapprochant on peut voir la finesse de la mise en oeuvre et la délicatesse de la gravure de l’artisan. La perception est personnelle et très sensible, c’est cette qualité que l’architecte doit s’efforcer à développer afin de sortir du formalisme pur et radical sans poésie. Le vide créé est un espace positif dans l’esprit, une ouverture autour de nous, autour de la verticalité représenté par l’homme. « L’architecture en tant que configuratrice d’espace crée, comme ce qui lui est propre, comme ce qu’aucun autre art ne parvient à réaliser, des enveloppes de nous-mêmes, dans lesquels l’axe médian vertical n’est pas corporellement érigé mais reste vide, n’agit qu’idéalement, et est déterminé comme lieu du sujet 6.» Dans le dessin d’une ébauche, l’importance de l’échelle humaine est primordiale. Sa verticalité, sa morphologie, ses gestes sont des indicateurs pour le dimensionnement de la géométrie et de l’espace. Dans le dessin, l’humain nous sert a dimensionner l’espace jusqu’au détail. Le détail architectural retrouve son importance et sa grandeur : « God is in the details ». Ce slogan de Mies Van Der Rohe montre que la perfection est dans le détail. C’est lui qui montre le savoir-faire avec l’intelligence de l’architecte et de l’artisanat pour la mise en oeuvre. Les prouesses d’une architecture tendent pour la qualité de la finition pour une pérennité dans le temps. En effet c’est dans ce dépouillement que l’essentiel est visible, rien n’est caché, rien n’est rajouté, pas de surcharge baroque. Comme un monolithe, l’exercice de style doit dialoguer visuellement, tactilement avec le détail. Le détail peut être un système technique innovant, une jointure parfaite, un assemblage, un calepinage maitrisé ou juste un geste de l’architecte pour l’usager, pour l’homme. Tel une signature, le détail peut se retrouver dans le dessin d’une poignée de porte adaptée et au souhait de la demande, en lien avec la forme globale du projet. Ça peut être aussi un pommeau de douche avec une matérialité unique, sur-mesure, les possibilités sont nombreuses, l’architecture devient customisée. L’extravagance et la surprise sont sûrement les mots les plus appropriés à cette approche du détail. Au final, le détail est l’élément central dans la définition de l’architecture. Elle rassemble la technicité de la forme, ses qualités et dirige la pensée du projet vers les qualités matérielles et immatérielles jusqu’à proposer un sentiment de bien-vivre aux personnes. 6. GALLAND-SZYMKOWIAK, Mildred. L’engendrement de l’espace architectural : trois modèles (Wölfflin, Schmarsow, Lipps). p. 93

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2. La qualité spatiale recherchée découlant de la matérialité L’architecte, théoricien, compose le projet par un travail minutieux sur la forme, jusqu’au détail mais aussi sur la matière qu’il compte utiliser, étroitement lié avec la finesse d’éxécution. Créant l’ambiance recherchée avec la matérialité avec une approche sensible, cette ambiance se transforme en bien-être afin que les personnes s’approprient l’espace. 2.1 L’ambiance par les qualités matérielles L’ambiance définit la perception visuelle, sonore, tactile que l’architecte souhaite mettre en place dans un projet. Tout d’abord, il est nécessaire de comprendre qu’est-ce qui définit la matérialité avec la matière et les matériaux. La distinction entre ces mots est importante. Ainsi, d’après l’article « La matérialité comme récit » du Bulletin des Bibliothèques de France, chaque mot à sa propre définition. La matière est l’élément naturel qui compose un site, sous différents états, solides, liquides, gazeux. C’est le début d’un chaînon qui conduit à la matérialité. Les matériaux c’est simplement l’utilisation dans la construction de la matière, un assemblage avec des propriétés spécifiques amenant à des objectifs de construction. Parlons maintenant de la matérialité qui est l’élément matériel et immatériel qui compose la pensée du projet architectural. Matériel car la matérialité a un caractère plutôt concret, elle apporte tactilement de la qualité au projet par la transformation de la matière pour créer au final des effets extraordinaires. RCR Architectes, récemment récompensé à l’échelle mondiale, travaillent beaucoup la notion du sensible et de la poésie par la matière comme avec le Musée Soulage en acier corten laissant l’empreinte du ruissellement de l’eau par oxydation, le temps qui passe et la nature qui devient visible grâce à l’acier. Le Musée Kolumba de Peter Zumthor joue avec les ruines existantes pour créer une continuité architecturale saisissante avec un travail sur la perforation qui nous révèle en fait la finesse des murs, à l’inverse de l’impression brute et épais depuis l’extérieur. Pour ajouter, l’intervention humaine extérieure sur la matière apporte un nouveau langage pour l’architecture. La matérialité, travaillée dans les cours lié aux matériaux, peut changer de sens dès lors que l’homme veut la personnifier. La Fig.2.3 avec l’exemple de la gravure qui prend tout son sens, avec un travail minutieux de perforation, le message change, et c’est ainsi que le discours que l’homme veut donner a un matériau varie. Qu’est-ce que nous verrons de la pierre sans les hiéroglyphes ? Qu’est-ce que la pierre véhicule comme message depuis la gravure ?

Semaine intensive avec M. Grosso, Semestre 5, L3, 2017. Travaillant la matérialité, la même matière peut être traité, perçu, dessiné de différentes manières pour que celle ci dégage un autre message. Les poteaux en acier brut peuvent parler du monde métallurgique mais l’acier a section fine peut raconter une légèreté et laisser passer la lumière comme si ces poteaux n’existaient plus. La matérialité raconte aussi l’intelligence de la mise en oeuvre de ceux qui ont construit cette

architecture,

comme

les

briques avec leurs valeurs sociales.

Studio de projet Julie Martin, Semestre 4, L2. Ce semestre avait comme programme un lieu de culte. Chaque étudiant à proposé par la forme, les ambiances, la matérialité, les structures... des projets très contrasté les uns des autres, malgrès un programme commun.

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Le choix de la matière est donc primordial pour travailler la qualité spatiale par le bâti, c’est ce qu’on touche. Le matériau doit avoir du sens dans sa conception architecturale, un sens avec le site, prendre la matière proche du territoire (minimiser l’empreinte carbone) pour l’intégrer et indirectement faire vivre une économie locale telle l’artisanat. Cette force spirituelle incite l’architecte à réfléchir sur le nécessaire, et non le superflu. C’est toute une réflexion sur la question environnementale et de l’impact du projet qui se met en place. La gestion de la matière, prendre en compte la manière dont est elle est traitée avant de la transformer pour ainsi composer son projet. C’est une succession d’étape à tenir en compte jusqu’à la fabrication et la mise en place des matériaux. Chaque matière a sa signification, le bois, la pierre, le béton, l’acier… chacune a son propre message à transmettre dans la composition d’ambiance. L’acier aurait tendance a évoquer la métallurgie, le verre aurait la vertûe de démultiplier l’espace par le reflet, le bois et la pierre susciteraient l’aspect vernaculaire, la solidité dans la temps et la maîtrise par l’homme depuis qu’il construit des architectures. Ainsi, l’architecte pense l’atmosphère qu’un projet doit exprimer. Il essaye de concrétiser des prouesses matérielles afin de créer un espace bâti de qualité. Une approche plus sensible encore, appelant l’inconscience, la magie, l’immatériel, se met en place pour finaliser un choix d’ambiance propre à l’architecture.

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2.2 La poésie par les qualités immatérielles Pour répondre à l’envie de créer une architecture de qualité, il est important de développer une approche sensible, donner à l’édifice une poésie par l’immatériel, la vue, l’ouïe, l’odorat. Dans la Fig.2.4, Peter Zumthor avec Les Thermes de Vals en Suisse, avait l’objectif de créer une grotte dans un cadre de montagne, où l’ambiance minérale avec l’écoute de l’eau est omniprésente, la géologie travaillée par la vue et le temps long comme temporalité recherchée. Le but de l’immatérielité est de donner de la richesse à la lecture du programme mais aussi des paradoxes étonnants que l’imaginaire et le savoir-faire met en place. Cela peut se concrétiser comme créer un effet de transparence avec un matériau opaque ou encore un effet de légèreté avec un matériau brut. Cette transformation de la matière convoque la culture de l’architecte, ses savoirs, ses affinités. Deux architectes répondant à un programme avec des matériaux similaires peuvent créer des matérialités totalement différentes selon le processus de transformation appliqué à la matière et propose ainsi des projets totalement différents spatialement. Les approches s’affrontent car la compréhension d’un programme et d’un site varient selon les personnalités, inconsciemment. « Ceci prouve bien que la lecture souhaitée objective du contexte comme du programme est moins déterminés par une analyse à prétention scientifique que par des projections culturelles des architectes eux-mêmes. »7. C’est là où intervient le dialogue, le discours entre le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre afin de s’assurer de créer l’ambiance souhaitée. L’architecte s’implique à ressortir du sens dans ses idées et évoquer autres choses que la qualité intrasèque de la matière. « Donner à l’espace construit une atmosphère où nos sens puissent s’enflammer », « Unifié par son revêtement en gneiss, une pierre locale - posée en étroits bandeaux, telles des strates successives -, cet intérieur est conçu pour convoquer les cinq sens.»8. L’impact d’un matériau est non négligeable pour la création de l’ambiance. Pourquoi faut-il prendre en compte les ambiances dans la conception du projet dès le départ. L’ambiance est ce que l’homme recherche, s’identifie, se protège. Dans ce monde de basculement et de mutation économique, sociale, où l’instabilité peut se produire, l’être humain quand il rentre chez soi ou quand il veut aller travailler, se divertir, souhaite maîtriser son environnement, avec sa place dans la société en montrant sa différenciation. La sensibilité de l’homme se traduit par une volonté d’avoir à partir de sa culture, son environnement d’enfance… une envie de montrer ses sensibilités et de ne pas rentrer dans l’ambiance universelle, uniforme dans une architecture internationale. Je crois à la pensée de l’architecture « régionaliste », remettre au centre de la réflexion de projet le principe du lien avec le site parfois fragile, à l’échelle d’un territoire et avec la matière qui l’a compose. Le tout est de proposer entre chaque édifice des distinctions d’ambiance par le bâti et le non bâti. C’est donc un aller-retour entre la prise en compte de l’ambiance crée par la matérialité et l’immatériel qui permet de créer l’espace unique et sensible souhaité. L’architecte s’intéresse à l’espace construit par l’approche matériel du bâti et l’approche immatériel de l’atmosphère dégagé. Nous verrons que Land Art convoque la sensibilité que l’ambiance générale apporte à l’humain. 7. HIS, Ghislain. La matérialité comme récit. p. 42 8. WESTON, Richard. Architectes visionnaires. p.269

Cours théorique de Mme. Coste du 06/10/2015, L1. « Ainsi, dans les climats désertiques chauds et secs, l’approche stéréotomique tendrait à dominer sur l’ensemble des structures, alors que dans les régions tempérées ou alpines riches en bois, l’approche tectonique serait privilégiée.» Mme. Coste. Les technologies employés s’adaptes à l’environnements et aux aléas du site mais les approches peuvent aussi être choisi selon les ambiances et les qualités de l’espace que nous cherchons.

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Fig.2.3, Gravure grecque. Š Sonya van Gelder

Fig.2.4, Les Thermes de Vals, Peter Zumthor. Š 2018 brennt

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2.3 L’approche sensible avec le Land Art Ligne artistique plaçant l’oeuvre dans le contexte paysager, naturel, il est plaisant de remarquer que les artistes ont une approche sensible avec la matière du site naturel, sur la notion de prendre soin d’un espace, de le sublimer. Je ferai une parenthèse sur un courant artistique tel que le Land Art qui apporte un nouveau regard entre le matériau d’origine, la fabrication par l’homme et son impact dans l’environnement puis l’ambiance et la forme créées. Richard Long, Robert Morris sont les artistes qui questionnent le rapport entre la création humaine et les éléments naturels utilisés par ces même artistes. Dans l’idée de la continuation entre l’architecture et le sol, l’utilisation de ressource locale est intéressante. Cette ressource apporte du sens à l’édifice, comme l’utilisation de la pierre de manière minutieuse. « Pour autant, agencer les pierres les unes sur les autres en tenant compte des usages appartient au savoir faire de l’architecte. La maîtrise des proportions, rythmes, de l’harmonie, voilà ce qui donne du sens à notre travail 9.» Ce qui est intéressant de voir c’est la relation qu’on ces artistes du Land Art avec la notion d’exposition, du temps qui passe de l’oeuvre in-situ, où l’oeuvre se montre dans le site en faisant vivre une expérience aux visiteurs, inviter les spectateurs a se déplacer, découvrir par eux-mêmes les dimensions, le dispositif. L’architecture peut être perçu de la même manière, comme une agréable découverte in situ. C’est ainsi que la forme permet une approche sensible dans le territoire. S’inspirant du Land Art qui réinterroge la matière, l’action humaine et l’exposition, le projet se dessine par des formes simples, épurées, dépouillées de l’inutile. Dans cette approche efficiente, l’architecture contemporaine se base sur un travail à toutes les échelles afin de penser le projet dans la globalité, apporter du sens, de la cohérence à l’ensemble, afin de concrétiser un projet dans le moindre détail. Cette architecture de qualité n’est pas isolé de son environnement, elle est en constant dialogue avec le contexte territorial, par une intégration au site étudiée. En plus du vide crée, l’architecture c’est aussi un rapport au plein, sa composition crée une expérience. Toutes ces attentions sur l’approche sensible de l’espace, du bâti jusqu’au détail et du non-bâti, amène l’être humain dans un sentiment de confort qui est un pilier fondamental dans la conception archi-

9. PERRAUDIN, Gilles. Dialogue sous une Palme. p. 118

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2.4 Le confort dans l’appropriation de l’espace L’appropriation de l’espace se passe par la création des hommes après que l’architecte conçoive un plan, un dessin d’idée mais aussi par l’adaptation d’un plan entièrement pensée à l’avance. Le confort des personnes allant d’un temps court comme le hall d’une gare, à un long comme une maison est important. Chaque instant vécu par l’humain doit être un moment de plaisir, de confort, de qualité visuelle et sonore pour créer un sentiment de bien-être, d’enthousiasme. L’architecte pense l’espace mais ne dicte pas la manière d’habiter, il guide les gens à s’installer confortablement, dans une ambiance étudiée permettant la plénitude. L’espace doit être vu comme un lieu de liberté, influençable et permettant le changement. Cette appropriation de l’espace des usagers provient de ce négatif dégagé par l’absence de cloison inutile de l’architecture minimale, la présence de hauteur sous plafond élevée et d’un choix d’ouverture adéquate vers l’extérieur bien pensée. La lumière naturelle est la priorité face à la lumière artificielle. La lumière du jour marque les saisons, la météo, les journées et elle met ainsi en place une notion de temporalité dans le projet. Au final, le projet doit avoir une dimension sociale pour réussir à intégrer la notion de bien-vivre, améliorer les conditions des gens et rapprocher de plus possible l’homme de son cycle et espace naturel. On voit dans la Fig.2.5 le projet Quinta Monroy conçu par Alejandro Aravena qui pense le projet dans ce même registre. Cette construction montre ce qu’il me semble être une des deux appropriations culturelles et sociales de l’espace qu’un architecte peut imaginer. Le dessin simple, géométrique, répétitif comme référence d’origine, disparait par l’accomodance des résidents amenant à l’idée de l’architecture vernaculaire et régionaliste. Ce qui est intéressant de voir c’est qu’aucune habitation ne se ressemble au final. Cette assimilation des habitants au projet architecturale est synonyme de confort, de bien-être, de se sentir chez soi. Dans un contexte où l’économie n’est pas favorable à de grands projets couteux, rien n’empêche l’architecte d’agir pour une architecture réfléchie et de qualité. Je ne conçois pas que l’architecte ne se réduit qu’à la conception de projet pharaonique. Même une architecture très limitée économiquement doit avoir l’exigeance d’un édifice confortable et bien fini. Au final, le projet peut être vu comme un commencement d’espace de vie, une trame, et laisser les gens se l’approprier entièrement. Mais, l’architecte peut aussi proposer une façon d’habiter déjà dessiné en plan.

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On peut conster dans la Fig.2.6 qu’Henry Jacques Le Même, figure de l’architecture au XXème siècle, arrive à promouvoir l’adaption dans l’appropriation de l’espace dans une approche différente. Ce concept s’introduit dans un cadre naturel particulier, avec ses architectures en chalets à Megève. Cette dernière est passée de la villégiature à une station de ski touristique, sportive et aisée. «Cependant il conserve les éléments saillants de l’architecture locale des fermes comme la volumétrie, les dimensions et l’inclinaison des pentes de toits à 22 degrés.»10. Henry Jacques Le Même recherche a s’assimiler par la typologie architecturale déjà existante. Mais, en dehors de la forme, il réinvente une manière d’habiter, une nouvelle façon de vivre pour l’époque dans ce territoire profondement agricole mais qui a basculé dans l’ère de l’or blanc. «Ainsi il s’approprie la silhouette de l’architecture vernaculaire mais réinvente totalement l’intérieur en proposant un mode d’habiter moderne, raffiné et adapté à la pratique des sports d’hiver»11. Rappelons que l’architecture «régionaliste» permet une cohésion dans le territoire proche, une intégration par la typologie et les matériaux. Dans l’approche de l’appropriation de l’espace, l’approche vernaculaire est une piste de réflexion afin de proposer cette liberté de vivre dans un espace entièrement pensé. En s’avançant sur la notion de l’habiter, il est important dans l’architecture d’organiser l’espace intérieur intelligemment pour des questions d’usage et de qualité de vie. L’architecte est à l’écoute de l’homme dans ce qu’il entreprend et ce que l’architecture peut lui offrir, un lieu de détente, de travail, de retrouvaille ou alors un espace plus protecteur, spirituel… L’architecte fait donc une analyse sociologique afin de répondre aux mieux à la demande, aux choix d’approches sur la manière d’habiter, répondre aux programmes, apporter une attention aiguë à la finalité du projet et juger l’architecture qualitativement sur le plan hygiéniste par exemple. En effet, la qualité d’habiter provient sur la maîtrise de lumière, une aération intelligente ou encore l’usage de matériaux nobles par leurs mises en oeuvre et leurs caractéristiques techniques, sensorieles. Le tout est traité dans le moindre détail pour créer au final des architectures uniques, identifiables.

Cours théorique de M. Thépot du 24/11/2015, sur Henry Jacques LE MÊME. Montrant des références architecturales, il est intéressant de voir la réflexion mise sur l’orientation de son architecture en chalet, respectant culturellement les typologies de grange. Afin de saisir le paysage extérieur jusqu’à le faire entrer dans ses chalets, Henry Jacques Le-Même travail les ouvertures en angles créant un dialogue entre l’extérieur et l’intérieur. Le travail se porte aussi sur la notion d’habiter prenant en compte le mode de vie de la famille Rothchild.

Travail dirigé sous la responsabilité de Mme. Bardagot, Semestre 4, L2, 2017. Mme.

Bardagot

rappelle

que

l’homme construit l’architecture avant tout pour lui-même et que l’appréciation d’un espace vient dès lors que l’architecture s’imagine des scénarios de vie simple, prenant en compte les moeurs, le voisinage, le site avec la course du soleil, l’économie en place et les activités périphériques.

L’architecture est donc un équilibre entre la forme, bien dessinée, étudiée dans le paysage, jusqu’à la qualité du détail et un travail sur la matérialité, les ambiances. Ces deux piliers dirigent le processus de projet architectural vers le confort. Ce leitmotiv est l’élément central qui ouvre sur le confort de l’habiter, provenant d’une recherche sur le contexte géographique et culturel.

10. VÉRY, Françoise, MANIN, Mélanie. Henry Jacques le Même, architecte. p. 35 11. VÉRY, Françoise, MANIN, Mélanie. Henry Jacques le Même, architecte. p. 35

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Fig.2.5, Alejandro Aravena, Quinta Monroy, Chili. © Design Other 90 Network

Fig.2.6, Henry Jacques Le Même, Chalet à Megève. © Fonds Documentation Le Même

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Conclusion et ouverture. Vers une architecture régionaliste L’architecte en tant que chef d’orchestre entre plusieurs corps de métier, paysagiste, urbaniste, géologue, ingénieur structure… doit par son savoir, sa culture, sa philosophie répondre à une commande, c’est à dire le programme du projet. Il est nécessaire de prendre en compte par l’analyse l’existant (le bâti, le non bâti, l’hydrographie, le milieu culturel, religieux, paysager…) et bien choisir les matériaux pour construire. La responsabilité d’un architecte aujourd’hui est donc de penser au confort des usagers dans tout les contextes, la neige, le froid, la canicule, l’humidité, le vent… Il est important de réintérroger l’usage des matériaux pour pouvoir réussir ce pari afin d’optimiser la faible acoustique, la faible thermicité tout en contrôlant la matière utilisée, son impact et son esthétisme. Il est donc intéressant d’inspecter les autres corps de métier afin de réaliser le projet architectural abouti. Pour accomplir les défis engagés dans la réflexion du projet, l’architecte ne devrait jamais être seul. Entouré par des corps de métier variés, le travail en équipe est primordial pour la concrétisation d’un dessin, d’une étude jusqu’à sa livraison. Il est nécessaire de créer une atmosphère de confiance et de bons dialogues entre les compétences. Mais l’architecte, en tant que théoricien, doit savoir les connaissances élémentaires afin de développer le projet. Son rôle est d’être l’interlocuteur entre les constructeurs, les analystes, et les humains qui vivront dans les architectures. Faut concevoir l’idée que l’architecte ne remplace pas les ingénieurs structurels, les géologues, les urbanistes, les paysagistes, mais il apporte aux sein de ces professions sa vision, ses réponses, ses idées afin de croiser les regards pour qu’à la fin une architecture soit de qualité. « Je crois que je suis le premier à avoir eu l’idée de transformer la profession - en France tout au moins - et de faire de l’architecte un homme responsable du coût de la construction, de la qualité de ses oeuvres, de la solidité et de la pérennité de ses bâtiments et également responsable devant les hommes de l’aspect et de l’ambiance dans lequel ils allaient vivre 12. » Ainsi, la qualité spatiale qui découle de la matérialité se construit par une architecture unique conçue avec une perception du site sensible et personnelle du concepteur. Cette approche, en plus de la pensée de la forme simple, cohérente, évite de rentrer dans le piège malheureux de la globalisation de l’architecture, un modèle sans valeur et répété autour du monde. Cette lutte du modèle préexistant à dupliquer permet de penser le projet à l’échelle de l’homme, à une échelle régionaliste. Partant de la pensée minimale, du nécessaire, du dépouillement de l’inutile, de la simplicité, j’estime que nous rentrons dans un cercle tendance et indispensable de l’écologie positive et non répressive, sans forcer la population mais l’accompagner dans cette démarche dans l’architecture. Cela est vital pour ne pas compromettre les besoins futurs en optimisant l’usage de la matière, travailler la relation au sol et construire des édifices peu énergivores.

12. POUILLON, Fernand. Fernand Pouillon, Mon ambition. p.269

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Ce rétrospectif de l’apprentissage acquis personnellement et comment je rebondis aux études choisies, m’envoie sur l’envie de m’aventurer dans le cadre de l’architecture unique proche de la ruralité, de la nature, dans un environnement montagnard. Dans ce milieu parfois difficile et abrupt, ce qui a de plus important c’est d’apporter un bagage rempli d’intentions simples par la forme, fortes par les idées et sensibles avec le site. Ce milieu que j’affectionne et qui est source d’inspirations et de réflexions, remettant la place de l’homme dans la société et la nature, a besoin qu’on s’intéresse à elle pour donner envie aux gens de bien vivre à la montagne. Ainsi je souhaite intégrer un Master Architecture Paysage Montagne. Ce territoire est en pleine mutation économique et la perception de la part de la population change. En effet, avec l’augmentation de la population, la pollution croissante, le bien-être qu’on a perdu dans des milieux extrêmement urbanisés, il y a un regard qui se porte sur ces cimes. La montagne était un territoire perçu comme incompatible avec le confort, un lieu hostile, de misère et de labeur. Les technologies d’aujourd’hui permettent de montrer le contraire et de créer des prouesses architecturales pour la montagne et l’humain. De nos jours, nous sommes capables de construire des refuges sur le Massif du Mont-Blanc, munir les stations de ski d’équipements publics fonctionnant pour plusieurs saisons... Cependant, il va falloir être conscient de l’impact que cet exode urbain pourrait avoir comme conséquence dans ce milieu si précieux, si fragile. En effet, je ne crois plus en l’étalement urbain mais plutôt à repenser l’existant, les bases de la construction existent déjà. La restructuration générale de l’intensité urbaine forte et contrôlée est une réponse qui peut se développer tout en pensant à la qualité de vie, les flux que ça impliquent, l’impact visuel et sonore… Le constat est que le monde agricole souffre d’un rétrécissement de leurs exploitations, les animaux manquent d’espace pour se reproduire et vivre sereinement, la forêt dans son rôle mondial pour l’air est réduite. Le climat a donc aussi sa place dans la considération du projet, changeant depuis des dizaines d’années, la réflexion du projet d’architecture en montagne est basée sur la mutation de l’économie déjà acquise dans ce territoire, la transformer, la recréer et pouvoir l’intégrer dans ce milieu unique. La montagne reflète pour cela un des défis du XXIème siècle, le travail de l’architecte est de penser le paysage, l’intégration au site, la densification pour éviter l’étalement, la forme adaptée et minimale pour ouvrir l’espace et créer des ambiances particulières, donner du sens à l’édifice. « Simplicity of shape does not necessarily equate with simplicity of experience13. » Au final, dans la Fig.3.7, Richard long retranscrit ce que je pense de l’architecture en faisant usage de la matière présente sur le site, mettre en place une forme pure jusqu’au détail, dans une ambiance recherchée, découlant de la matérialité. L’architecte doit aussi mettre en avant le confort à toutes les saisons, la qualité pour la pérennité dans le temps et le bien-vivre en prenant en compte les cultures, le milieu social, pour habiter. Maîtriser l’empreinte écologique et développer l’économie locale pour l’intérêt général, l’architecture est indéniablement reliée à la société humaine à un moment précis et pour une perspective future.

13. MORRIS, Robert. Artforum: vol. 4, no. 6. p.X

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Fig.3.7 © Richard Long.

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Rapport d'Études, Licence 3, ENSAG  
Rapport d'Études, Licence 3, ENSAG  
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