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FHM : Eddie Murphy, le fric de Beverly Hills

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DEPUIS DES ANNÉES, IL NE FAISAIT PLUS RIRE QUE LES ENFANTS. IL REVIENT EN FORCE DANS DREAMGIRLS APRÈS AVOIR TOUCHÉ LE FOND…  PAR BERTRAND ROCHER

our qu’un âne reprenne du poil de la bête, la meilleure solution est encore de lui donner du son. Et c’est bien le bon gros son Tamla Motown de Dreamgirls – où il joue une star déclinante de la soul — qui permet à Eddie Murphy, alias l’âne de Shrek, de redorer son étoile sur Hollywood Boulevard, ternie par plus d’une décennie de flops, de films crétins et de scandales. Carburer au son plutôt qu’aux navets ? Judicieux changement de régime.

Eddie Murphy

4 FHM

Saturday Night Live

© DR - GALLO/RETNA US/STARFACE

Le fric de Beverly Hills

Faire l’âne, donc. Depuis son enfance, le comédien n’a jamais fait que ça. Mais ça ne lui a pas toujours rapporté un cachet de plus de 28 millions de dollars comme le futur Shrek le troisième... Edward Regan Murphy est né le 3 avril 1961 à Brooklyn (New York). Ses parents divorcent trois ans plus tard. Papa, agent de police, est assassiné par sa nouvelle compagne quand Eddie a 8 ans. Maman, standardiste, a refait sa vie avec un boxeur recyclé contremaître dans une usine de crème glacée. En 1971, la famille

Avec l’ex-Spice Girls Mel B, à l’hôtel Four Seasons d’Hawaï, en août 2006

(Eddie a un frère, Charlie) déménage à Roosevelt, un peu plus loin sur l’île de Long Island. A l’école, Eddie passe pour brillant, mais fait l’andouille à plein temps. Il trimballe une mallette pleine de recueils de blagues et amuse la galerie en imitant Gros Minet, Elvis Presley ou Stevie Wonder. Les professeurs l’envoient souvent

chez le proviseur les larmes aux yeux. “Je n’ai jamais eu besoin qu’on me dise que j’étais marrant, je le sais. Je l’ai toujours su”, dira plus tard le comique avec sa franchise désarmante. Entre deux répétitions de son groupe de R’n’B (qui trimballe son matos d’un local à l’autre dans des Caddie® volés), Eddie écume  FHM 5


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les clubs de jeunes et les boîtes locales dès l’âge de 15 ans. A son premier manager, il assure qu’il sera une star avant de souffler ses 19 bougies. Intuition flippante. Malgré un répertoire à forte connotation homophobe et scato, le bouche à oreille lui permet de conquérir les clubs de Manhattan puis, à force d’acharnement, de forcer la porte des studios de l’émission comique culte de l’époque, Saturday Night Live. Influence majeure des Nuls, cette pépinière de talents marrants a lancé toute une génération, de Bill Murray (SOS Fantômes) à John Belushi (Les Blues Brothers). Eddie Murphy n’y joue pas longtemps les utilités et impose des personnages délirants comme Raheem Abdul Muhammad, le critique ciné d’extrême-gauche, Tyrone Green, le taulard poète, ou Velvet Jones, l’arnaqueur à deux balles. A la faveur d’un changement d’équipe, le loustic devient l’un des piliers du programme au point d’accueillir un jour les spectateurs par un “Bienvenue au Eddie Murphy Show !” qui ne choque personne… excepté ses partenaires. Mais il est trop tard pour protester : fort du succès de l’enregistrement de ses spectacles, Murphy est déjà intouchable.

Avec Nick Nolte, son partenaire de la saga 48 heures

jeune homme se montre appliqué. Coupé de la rue depuis longtemps, il accepte même qu’un coach (David Proval, futur taulier des Soprano) le “désembourgeoise”. Et, un jour, il prend la mesure de Reggie Hammond, son personnage de truand ramenard. Qu’il braille le Roxane de Police au fond de sa cellule ou qu’il exhibe une plaque de policier dans un bar de ploucs blancs, Eddie crève l’écran. La critique applaudit, le public suit. Dans la foulée, il enchaîne avec Un fauteuil pour deux, sorte de Vis ma vie où un clochard black prend la place d’un millionnaire à l’instigation de ses oncles qui entendent tester leur héritier. En SDF qui découvre les joies de la high life, Murphy fait à nouveau merveille. Ajoutez à cela la drôlerie de Dan Aykroyd et les seins de Jamie Lee Curtis, vous avez un carton. Désormais, la Paramount – qui se l’est attaché par un contrat en or massif – bâtit des films pour et sur lui. Plus tordu, elle le charge de faire gambader des films boîteux… déjà tournés. Pathétiques rustines, les

Un fauteuil pour deux (1983)

scènes greffées avec le comique n’empêchent pas Une défense canon de faire pschitt. “Si on vous avait payé ce qu’ils m’ont payé, vous auriez dit OK”, argumente Eddie pour justifier le sauvetage de ce qu’il qualifiera du “pire film de l’histoire de tout”. Déjà très cash le lascar, pour qui l’argent est un incontestable alibi.

Vanneur et dragueur Prototype du gros machin taillé sur mesure, Le Flic de Beverly Hills, comédie policière sympatoche, explose le box-office. Et fait passer la star du rang d’acteur à celui de

HALLE, NAOMI, WHITNEY... IL ENCHAÎNE LES BEAUTÉS PEOPLE BLACK

Le taulard et le clochard Enfin, pas si intouchable que ça : quand le cinéaste Walter Hill (Les guerriers de la nuit) a l’idée de l’associer à Nick Nolte pour former le tandem explosif de 48 heures, la Paramount tique. Au vu des premières prises, le studio exige carrément son remplacement. Il faut que le réalisateur et son acteur vedette mettent tout leur poids dans la balance pour éviter la trappe à Murphy. Conscient que le cinéma n’est pas encore son élément, le 6 FHM

Avec sa femme Nicole et leurs enfants, en 2003, à la première du Manoir hanté et les 999 fantômes

Le flic de Beverly Hills (1984)

produit calibré sans suprise pour le meilleur et pour le pire. Désormais, comme Coca usine du Coca, Eddie Murphy produit du Eddie Murphy, rit comme un cheval hennit et joue les blacks sûrs d’eux-mêmes, vanneurs et dragueurs. Le drame est que le public, fasciné, avale sans tousser L’enfant sacré du Tibet, Le flic de Beverly Hills 2, Un prince à New York, 48 heures de plus, Boomerang, Monsieur le député et autres nanars oubliés. Qu’il choisisse des tâcherons pour le diriger ou qu’il rende médiocres de bons réalisateurs, le comédien devient le spécialiste des suites inutiles, plombées par son comportement de diva capricieuse, fâchée avec les horaires. Personne n’ose plus rien dire à Eddie “tiroir caisse” Murphy. Du moment que les spectateurs gloussent, peu importe que les collaborateurs rient jaune. “Son comportement imprévisible ? Disons que c’est la juste taxe que nous payons sur son génie”, soupire le producteur Brian Grazer. Le premier rappel à l’ordre vient des Nuits de Harlem en 1989. Voulant tester son pouvoir, l’acteur a décidé d’empiler les casquettes de scénariste et de réalisateur pour cette évocation de la pègre black d’avantguerre dans laquelle il invite ses héros comiques, Richard Pryor et Redd Foxx. Le film n’est pas totalement nul, mais sa mégalomanie ulcère les critiques et son propos échappe aux fans. Premier gros bide pour le futur Professeur Foldingue. Côté vie privée, le natif de Brooklyn perd aussi allègrement les pédales. Après être sorti avec une étudiante en biologie, il enchaîne les relations avec des femmes qu’il plaque comme un mufle. Certaines lui collent d’embarrassants procès en paternité.

Un prince à New York (1988)

L’une d’elles, Tamara Hood, fait même reconnaître un petit Christian. En 1988, Murphy rencontre la sublime Nicole Mitchell, qui lui donne une fille Brea. Mais il continue à fricoter avec l’intégralité des beautés people black, de Halle Berry à Naomi Campbell, en passant par Whitney Houston. Jusqu’à ce que, premiers revers aidant, il regagne son bercail à 20 millions de dollars de Bubble Hill dans le New Jersey (neuf salles de bains, une piscine, un studio d’enregistrement, un auditorium et une piste de bowling) et étoffe son foyer avec Nicole.

Money pénible

© DR - PARAMOUNT - DREAMWORKS - UNIVERSAL - UIP - CHRIS DELMAS/VISUAL

Pochette de son premier album Eddie Murphy, 1982

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Agacé par les poursuites de managers éconduits, de femmes bafouées et les ruineuses accusations de plagiat (le scénario d’Un prince à New York aurait été “emprunté”), Paramount s’inquiète d’autant plus que les flops de son protégé s’accumulent. Malgré une sortie contre le “racisme” des Oscars, Murphy soufre notamment d’un désamour chez les blacks qui – Spike Lee en tête – lui reprochent son arrivisme crasse (il est surnommé Money) et sa couardise politique. A Saturday Night Live, l’émission qui fit sa gloire, un successeur pointe sa photo : “Oh, regardez, une étoile filante… Vite, un vœu !” Devenu aussi susceptible qu’il fut jadis insolent, Eddie ne pardonnera jamais l’affront. Has been millésimé, Eddie Murphy est devenu un objet de risée quand on lui propose en 1996 de tourner le remake d’un succès de Jerry Lewis, Dr Jerry & Mr Love. Le Professeur Foldingue est un énorme hit. Lors de sa promotion, les médias vantent la patience de l’acteur qui a dû endurer des heures de maquillage quotidiens et supporter d’étouffantes prothèses. Plus que reconquérir ses anciens

Professeur Foldingue (1996)

Shrek (2001)

fans, la star déchue drague un nouveau public juteux. Ou plutôt morveux : les enfants. Dr Doolittle les séduit. Mulan les emballe. Dans ce cartoon Disney, Murphy explore un nouveau marché : le doublage. Il prête au dragon nain Mushu sa dinguerie copyrightée avant de la revendre à l’âne de Shrek en 2001. Le studio Dreamworks ne sait pas encore que, triomphe oblige, ce n’est plus 3 millions de dollars qu’il faudra offrir à Eddie pour faire l’âne dans les suites des aventures du géant vert : Shrek 2 lui rapportera 10 millions et Shrek le troisième… plus que le tarif d’un Brad Pitt ou d’un Will Smith pour un “vrai” film ! Un regrettable incident manque de faire foirer ce hold-up de tirelires : en mai 1997, la star est arrêtée sur Santa Monica boulevard à 4 h 45 du matin. Il vient de faire monter un travesti dans son 4 x 4. Pis que des midinettes, les flics du LAPD goberont l’alibi de Murphy. Emu par cette prostituée à la dérive, il venait de lui proposer de la ramener chez lui… Ben voyons. Son nid de Bubble Hill (New Jersey) à 20 millions de dollars

Dreamgirls (2007)

ARRÊTÉ AU PETIT MATIN À SANTA MONICA, AVEC UN TRAVESTI... Tandis que la presse à scandale récupère une vidéo de l’incident, le tapineur vendra une autre version : l’acteur l’aurait fait monter, aurait posé deux billets de 200 $ sur ses genoux et lui aurait demandé quels étaient ses fantasmes. C’est quand Shalomar — son nom – lui faisait part de son côté “open” que les policiers sont arrivés. Comble du malheur pour la star : d’autres prostituées offrent leur témoignages rémunérés aux torchons à sensation. Murphy les attaque en justice, puis laisse tomber. Un sketch de Saturday Night Live fait se bidonner l’Amérique : on y voit un Murphy au grand cœur conduisant un bus de ramassage de transsexuels. La chute de cette pantalonnade est moins drôle : Shalomar meurt défenestré, un an plus tard.

Chasseur de gazelles Comme Hugh Grant, plus courageux, Eddie s’en tire sans bobos. Mais tout n’est pas rose pour sa carrière. Des incursions malheureuses dans le cinéma pubère (dont Les aventures de Pluto Nash, catastrophe financière intergalactique qui manque de plomber la Warner, son nouveau studio) lui confirment qu’il ferait bien de se cantonner à la cour de récré, où ses simagrées font recette. “Au cinéma, je facture chaque grimace. Mon visage est mon fonds de

commerce. Il n’y a que mes enfants que je fais rire gratuitement.” Ironie du sort, le cynique king des bacs à sable n’entend plus retentir le rire de ses quatre rejetons dans sa propre maison, transformée – comme son film — en Manoir hanté : déchirant un contrat de mariage de treize ans, Nicole est partie en 2005 avec Brea, Miles, Shane Audra et Zola Ivy. Le blues causé par ce divorce, Eddie en aurait nourri Jimmy “Thunder” Early, son personnage touchant de Dreamgirls, d’abord adoré, puis oublié du public. Si elle autorise la star à faire son habituel numéro de showman explosif, cette adaptation d’une pièce de Broadway lui permet surtout de rappeler qu’il ne sait pas faire “que” ça. Regardez-le sniffer de la coke pour soigner un amourpropre en berne… Tchao pantin ? Voire… Même honoré d’un Golden Globe, Eddie reste Eddie. Un chasseur de gazelles, capable d’emballer Mel B, l’ex-Spice girl, de se faire tatouer son prénom sur la hanche puis de la jeter quatre mois après, quand elle lui révèle être enceinte. Groggy et outrée, la tigresse a juré de lui faire rendre gorge par avocats d’élite interposés. Et si ça ne suffit pas, une marabout qui lit dans la fumée de cigares aurait promis à Mel B de le ramener à la raison si elle urinait dans un vase contenant des vieux caleçons de la star ! Côté cinéma, il reviendra dès avril sur nos écrans dans Norbit, un film plein de finesse à côté duquel Sexy Movie ressemble à du Alain Resnais : l’histoire d’un gringalet cherchant à se débarrasser d’une épouse obèse et tyrannique. Il va de soi qu’Eddie joue les deux rôles. Nouvellement installé à Beverly Hills, Murphy est à nouveau un poids lourd d’Hollywood. Très lourd. FHM Dreamgirls, sortie le 28 février. FHM 7


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