FHM Brève rencontre avec Benabar

Page 1

BRÈVE RENCONTRE

BÉNABAR

Bruno Nicolini, dit Bénabar, 37 ans, n’aime pas l’avion. Mais, à part ça, ça plane pour lui. Tu dis ça parce que je tourne tout l’été ? C’est vrai, les vacances, c’est pas trop mon truc. Je m’ennuie vite…

Et vous l’expliquez comment, ce curieux rapport aux vacances ? Mon père était régisseur de cinéma, donc intermittent du spectacle. Quand il était en vacances, c’était un peu contraint et forcé, parce qu’il n’avait pas été embauché… J’en ai gardé cette notion : vacances = chômage. Ça me rassure d’avoir un planning bien rempli. Sinon, j’ai l’impression que ça marche plus pour moi et je flippe !

Donc l’idéal, c’est d’avoir un agenda surbooké à long terme ?

Non, pas à long terme non plus. Ça me stresse de savoir que dans huit mois à 20 h 30, je chante à Quimper !

Vous êtes hyperangoissé !

Ça surprend, hein ? Mon psy aussi est étonné ! Je n’arrête pas de penser que tout ça est trop beau pour être vrai. Que je vais devoir rembourser d’une façon ou d’une autre…

Vous irez voir Vol 93, le film sur l’avion d’Al Qaeda qui s’est écrasé sur Washington ?

Non. D’abord, le principe me gêne. Ensuite, j’ai une trouille bleue de l’avion. C’est la honte, hein ? Un jour, je me suis posé la question à la con : comment ces tonnes d’acier arrivent à défier la gravité ?

Vous avez essayé de vous soigner ?

J’ai fait des stages Air France et tout… Rien à faire. N’empêche l’an passé, on m’a fait comprendre que chanter au Québec était incontournable. J’ai dû me faire une raison.

Et alors ?

Ça a été. Faut dire que j’avais tellement forcé sur les calmants et les mignonnettes que j’étais défoncé. Entre le décalage horaire et la gueule de bois, j’ai passé plusieurs jours dans un état second.

Ça vous frustre de ne pas connaître beaucoup de pays étrangers ?

En fait, enfant, j’ai beaucoup pris l’avion, sans problème. Mais bon, c’est clair que j’ai des lacunes…

Que vous avez l’honnêteté d’avouer…

Comment pourrais-je les cacher ? Il y a plein de trucs en littérature où je suis nul ; la musique classique, j’en connais 0,01 %… Oui, j’aimerais être plus beau, moins con. Je ne comprends pas qu’on soit fier d’être inculte. En même temps, je refuse de me punir pour rattraper mes retards. 2 FHM AOÛT 2006

Il y a des dimanches soirs où je suis ravi de m’enfiler les deux films de TF1 plutôt qu’un DVD de Pasolini.

Plutôt Arnaud Desplechin ou Arnold Schwarzenegger ?

Desplechin, quand même, faut pas déconner ! Stallone, par contre…

Vous avez un train de vie élevé ?

Non. J’ai aucun délire de thunes. Mon luxe, c’est de faire vivre les miens, de bien bouffer, de payer des coups, de me lâcher dans les brocantes. Point. Par exemple, je n’ai pas de voiture. J’ai peur de conduire. Pour l’auteur de Monospace, avoue que c’est ironique !

Qu’est-ce que vous pensez des soirées gloubiboulga ?

Alors là, c’est pas du tout mon truc, ces plans régressifs avec fraises Tagada… Je sais même pas pourquoi on m’associe à ça. Peut-être à cause de ma chanson sur les Carpentier. J’apprécie une certaine variété populaire des années 70, mais je n’ai aucune nostalgie de cette époque.

Vrai ou faux : vous vous êtes pris une veste avec Johnny.

Vrai ! Universal avait demandé à la jeune génération d’auteurs de plancher pour Hallyday. L’idée m’avait amusé. J’avais écrit un titre,

Vous étiez déjà en couple quand le succès est arrivé… Question groupies, quel gâchis ! Tu m’étonnes ! En plus, pour celles qui n’auraient pas été au parfum, un de mes premiers succès s’appelait Y a une fille qui habite chez moi. Idéal pour choper ! Sérieusement, je suis content de ne pas avoir cartonné trop tôt, ça m’a évité les conneries usuelles. J’ai jamais trop été dans le catéchisme sexe, drogue et rock’n’ roll… Avec mes musiciens, c’est plutôt pétanque, Ricard et ping-pong !

Vous avez une table ?

Oui, on la trimballe partout… Un de mes grands souvenirs est d’avoir mis une branlée à Miossec en double, lors d’un festival ! Au moins un domaine où je suis plus fort que lui !

Qu’est-ce que vous réclamez dans votre loge ?

du fantasme de l’institutrice, un truc œdipien sur la mère. Politiquement, c’est autre chose… Ma famille, c’est les socialistes, mais le truc sur les militaires pour encadrer les jeunes de banlieue, je trouve ça aussi absurde que confier le manche d’avions de chasse à des profs de français.

Qu’est-ce qui vous dégoûte ?

L’odeur du pain mouillé. Je sais pas trop pourquoi… Je pense que ça me rappelle des trucs confus, des souvenirs d’hôpitaux.

La rumeur vous dit bon cuisinier, avec des fixettes momentanées. Qu’est-ce que vous mitonnez en ce moment ? J’ai eu une longue période bœuf bourguignon. Là, je suis en quête de la pizza ultime. J’ai même acheté un super-four spécialisé…

Pour votre appart parisien ?

Vin rouge et blanc, fruits, cacahuètes et gâteaux d’apéritifs… On n’est pas chiants. Quand t’as dormi longtemps à six dans une chambre de Formule 1, tu prends des habitudes modestes.

Non, quand même… Pour la campagne. Remarque, j’aurais pu acheter douze mobylettes et usiner de la pizza au tofu à 50 € pour les bobos du XXe !

Hum… Quelques centimètres ? Non ? On me croit plus petit que je ne le suis : je fais quand même 1,77 m.

Il y a quelques mois, j’ai failli en venir aux mains avec le videur d’une boîte… Je crois qu’il m’a reconnu,

Si vous pouviez changer quelque chose à votre physique ?

C’est quand la dernière fois que vous vous êtes battu ?

Qu’est-ce qui vous dégoûte ? L’odeur du pain mouillé. Mais je ne sais pas trop pourquoi... une histoire de copains qui se retrouvent à un enterrement. Pas de nouvelles, jusqu’à ce que je lise une interview de Johnny pestant contre sa maison de disques, coupable d’avoir voulu lui fourguer de la “merde” (rire). Je peux comprendre…

Vous êtes assez respectueux avec les aînés. Déjà, quand Souchon vous a mis au piquet…

(il coupe) Il me reprochait mes musiques un peu convenues ; des suites d’accords éculés qu’on appelle des anatoles dans le métier. Pas faux ! J’ai pris sa remarque comme un encouragement à m’améliorer. Souchon reste un modèle de carrière, pour moi comme pour Delerm et les autres. On a beaucoup de respect pour les aînés. On est un peu la génération fayots !

J’ai longtemps flippé salement sur la calvitie. Aujourd’hui, je m’y suis résigné. Je m’en fous un peu. En fait, ce que j’aimerais avoir, c’est une belle barbe, une pilosité épanouie !

Chez les filles, vous avez dit regarder “le visage et les fesses dans la même seconde”. Techniquement, c’est balèze ! Oui, faut faire gaffe. On peut se blesser si on manque de métier !

Votre plus grand fantasme serait de laisser la lumière pendant l’amour. Madame est pudique ? Euh, en fait, c’est moi qui n’aime pas trop ça ! En matière de sexe, je ne suis pas un aventurier. Les partouzes, l’amour fougueux où on déchire les fringues de l’autre, tout ça, très peu pour moi. Plus plan-plan, tu meurs.

Votre idéal de mec, il ressemble à quoi ?

Ségolène Royal, sixième femme la plus sexy dans notre sondage du mois dernier, ça vous étonne ?

Gérard Lanvin, ce genre ténébreux et viril. Tout ce que je suis pas !

Non, c’est carrément une belle femme. Je crois que ça relève beaucoup

sinon je serais encore la gueule dans le caniveau, vu comme j’étais torché.

Sur scène, vous avez connu des moments embarrassants ?

L’an dernier, au Trianon, à Paris, j’ai ressenti une délicieuse sensation d‘air frais au niveau de mon derrière. Mon pantalon avait craqué…

Vous auriez aimé faire les podiums d’été des radios périphériques ?

Tu rigoles ! J’aurais adoré ! Cette ambiance de kermesse populaire, les flonflons, c’est tout ce que j’aime ! Il y a quelques années, j’ai intrigué comme un malade pour embarquer sur une tournée Ricard. En vain… Dans un genre différent, ça me brancherait de faire le chanteur sur des croisières, avec le costard, et tout… Piquer le marché à Pascal Sevran ! Propos recueillis par Bertrand Rocher En tournée jusqu’au 17 août. Dates et lieux sur www.benabar.com.

© DENIS ROUVRE/CORBIS

Avez-vous entendu parler d’un truc qui s’appelle les vacances ?

Le professeur de mime est vraiment très fort !


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook