UNE HEURE AVEC… stéphane guillon
Stéphane Guillon Chroniqueur poil à gratter à la radio et à la télé, il manie l’humour noir et porte la barbe poivre et sel.
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Envoyé Spécial vous a consacré un reportage dans lequel on voyait que votre chronique de France Inter vous pompait temps et énergie… Je confirme : ça crame bien. En même temps, le direct est un shoot d’adrénaline formidable. Le papier est terminé le soir et je dors comme un bébé. Quand je ne suis pas très content de moi, c’est plus dur de prendre la route de Radio France. Mais, inversement, quand j’ai du lourd, je glousse dans ma bagnole comme un sale gosse qui prépare une farce. Pour en arriver là, que de souffrances, visiblement… Je suis un laborieux. J’ai vu Palmade torcher un texte génial en dix minutes sur une nappe en papier. Hors de ma portée. En général, une chronique de quatre minutes me demande huit heures. Mais il m’est arrivé de suer sang et eau pendant quasiment vingt-quatre heures ! Comment vos proches composent-ils avec ce côté torturé quand vous êtes en “gestation”? J’ai appris à ne plus faire payer mes angoisses à mon entourage. Je m’enferme à clé dans la cave de ma maison. Ma compagne (Muriel Cousin, exchroniqueuse du Fou du Roi et 20 h 10…) m’est
devenue indispensable : elle me calme, me recadre, m’inspire. Sans me faire de cadeaux. D’où vient cette angoisse? Elle a toujours été là. La conscience de la mort m’est venue très jeune. A 9 ans, je pensais déjà avoir accompli 10 % de ma vie. Je faisais des calculs genre 9 x 10… Parce que je pensais vivre 90 ans (rire). Vous êtes du genre cigale ou fourmi? Ni l’un, ni l’autre… J’ai toujours eu des rapports tendus avec mes banquiers. Je me souviens avec amertume de celle qui m’avait puni d’avoir acheté un magnétoscope à l’époque de la galère. Toutes ces humiliations sont encore présentes. La lenteur à mettre la main au portefeuille, très répandue dans le show-biz, est l’un des défauts que je supporte le moins désormais. Vous gagnez combien? Sur France Inter, chacune de mes douze chroniques mensuelles est payée 350 €. Pour le reste, moins que ce qui a été écrit dans Le Point (agacé). Le journaliste avait les bons chiffres. Il a choisi de les multiplier par deux. Je suppose que c’est la rançon du succès… Comme de parler de mes voitures de course. Vous voulez la réalité ? Je possède deux
S. G. en 12 sketches
© PASCALITO - DR
A
lors, comme ça, 2009 était votre année? J’ai dit ça ? J’ai le sentiment de confirmer avec ce nouveau spectacle. Jouer devant des salles pleines, c’est un vrai bonheur. Mais personne n’est à l’abri de la dégringolade. Regardez Bigard. L’humour est un art difficile. Il faut coller à un certain air du temps. A un moment, tu fais des références à Cloclo ou Mike Brant que plus personne ne pige, à part les vieux… Ça vous hante d’être un comique périmé? Non. Si je ne fais plus marrer, je tenterai de vivre comme acteur. Vous parliez de vos vaches maigres. Il m’a fallu attendre vingt ans avant que ça commence à rigoler… Je me revois collant mes affiches la nuit, distribuant mes flyers aux gens qui étaient venus voir la tête d’affiche, alors que j’avais fini ma première partie dans l’indifférence… Donc, quand j’ai envie de râler, je me raisonne. Comment avez-vous survécu? Sans le soutien financier de mes parents, je n’aurais jamais pu persister. Ce métier est un luxe…
▶ 1963. Naissance à Neuilly, le 6 décembre. ▶ 1980. Quitte définitivement l’école après quatre renvois. ▶ 1982. Suit les cours de théâtre de Jean-Laurent Cochet. ▶ 1986. Part un an pour Los Angeles où il vit comme serveur. ▶ 1990. Premier one-manshow dans une salle minuscule, le Movies, à Paris. ▶ 1991. Première apparition au cinéma dans La neige et le feu de Claude Pinoteau. ▶ 1994. Premier spectacle au Point-Virgule, à Paris. ▶ 2002. Petites horreurs entre amis en off à Avignon. ▶ 2003. Chroniqueur du Fou du Roi et de 20 h 10 pétantes. ▶ 2005. Spectacle En avant la musique. ▶ 2006. Naissance de sa fille Violette, dont la mère est Muriel Cousin. Ils ont trois enfants chacun de leur côté. ▶ 2008. Chronique matinale sur France Inter.
“POUR RÉUSSIR, ÉVITE DE TE FAIRE DENISOT, DRUCKER AND Co…”
Porsche de 1956 et 1964 et une seule belle montre à mon poignet. On m’a volé les trois autres. Puisqu’on en est aux reproches, celui de lâcheté vous colle à la peau… Ah, la fameuse fuite avant que mes “victimes” ne puissent me contredire… Est-ce si difficile de comprendre qu’il m’est indispensable de ne pas côtoyer les invités, pour éviter la dérive vers le copinage ? Les politiciens n’ont pas leur pareil pour se montrer charismatiques ou drôles. Si je m’arrête pour leur serrer la louche, c’est foutu. Diriez-vous à l’inverse que vous êtes courageux? Quand, à 20 h 10 pétantes, je faisais le portrait des invités en face d’eux, j’ai eu de grands moments de solitude ! Notez que certains invités ne se gênaient pas pour me couper la parole. Et personne n’était forcé de venir vendre sa salade. Depardieu refusait. Respect. J’ai l’impression qu’on passe plus de choses à Gerra ou Canteloup qui, au fond, prennent moins de risques que moi ! Quand vous tapez sur Frédéric Mitterrand, ne faites-vous pas le jeu de Marine Le Pen? Non, non… C’est trop simpliste. Je l’ai chargé parce que je trouvais ses explications un peu fauxcul. Même s’il ne se tapait pas des gamins, on évacue un peu vite le problème de la prostitution en Thaïlande.
La colère des puissants est-elle un brevet suffisant d’humour? Suffisant, je ne sais pas. Mais elle corrobore mon statut de sale gosse. Et quand Eric Besson vous reproche “de blesser inutilement des familles”? Pfff… C’est n’importe quoi. Si je dois faire gaffe à ne heurter personne, je suis paralysé… Le comique français est-il menacé par l’humour gentillet? Le problème des “gentils” est commercial : pour remplir des salles immenses, pour vendre tes DVD, il faut passer à la télé. Et pour passer à la télé, il faut limer ses griffes… C’est que vous n’aviez pas compris à vos débuts, quand vous faisiez partie de l’écurie du producteur de Jamel et Dany Boon? Disons que si c’était à refaire, je ferais gaffe à ménager des personnes qui comptent à la télé. Pour réussir, évite de te faire Denisot, Drucker and Co… Un de vos livres de chevet est Eloge de la fessée. Il est toujours en bon état? (Sourire) Mais oui… C’est un livre parfait pour les hommes qui aiment exclusivement leur femme et savent explorer les ressources de la sexualité. La dernière fois que vous vous êtes battu? Il y a longtemps. Un mec m’avait mal parlé dans le métro. J’ai eu le dessus. Ça sert d’avoir fait de la boxe… Bertrand Rocher
SON ACTU
Un enfant de chœur qui pique…
Stéphane Guillon sera sur la scène du théâtre Dejazet à Paris à partir du 12 janvier 2010. Sinon, il sévit sur France Inter du lundi au mercredi à 7 h 55 et le samedi sur Canal + dans Salut les Terriens. Il publie aussi On m’a demandé de vous calmer (Stock). FHM 35