STORY
Petit, comme tout serial killer qui se respecte, Quentin Tarantino cognait la tête de son chien contre les murs. Et puis, heureusement, il a fait des films...
d
es GI’s juifs qui sillonnent l’Europe en guerre pour scalper les nazis, une mariée vengeresse qui découpe tout ce qui bouge au katana, un gangster qui tranche l’oreille d’un collègue ligoté… Ces scènes cultes démentes ont en commun d’être sortie du même cerveau : celui de Quentin Tarantino, pape du cinéma cool et violent. A 46 ans, le réalisateur fait la pluie et le beau temps à Hollywood : les producteurs se battent pour financer ses délires d’adulescent. Au péril de leurs finances, parfois, puisque Harvey et Bob Weinstein jouent la survie de leur compagnie sur le destin de Inglorious Basterds, le film de guerre baroque qui a divisé le festival de Cannes. Mais comment diable le cinéma américain en est-il arrivé à remettre une partie de son destin entre les papattes d’un chien enragé?
UN JEUNE GARÇON LIMITE PSYCHOPATHE
© CHRISTIAN WITKIN/CPI/ART DEPT/ACTE 2
• PAR BERTRAND ROCHER
Quentin Jerome Tarantino naît le 27 mars 1963 à Knoxville, dans le Tennessee. Sa mère Connie a tout juste 14 ans. Le père, Tony Tarantino, acteur new-yorkais, l’a plaquée avant même que la grossesse ne soit avérée. Loin de se laisser abattre, Connie se fait embaucher dans une entreprise de la région. L’inconvénient est que ce travail est loin de ses bases. Alors, dans la semaine, elle confie baby Quentin à sa mère, qui vit dans un mobil-home. La cohabitation n’est pas aisée. Alcoolique invétérée, Grand-Ma chahute l’enfant quand elle est trop imbibée. Deux ans plus tard, Connie déménage en Californie,
trouve un emploi dans un cabinet médical et escalade les échelons hiérarchiques. C’est là qu’elle rencontre son second mari, Curtis Zastoupil, musicien de bar. Rapatriant Quentin, elle mesure les dégâts et le reprend en main… à sa façon. En lieu et place des contes de fées, elle lit au mouflet (qui n’a pas encore 5 ans) des polars et des faits divers. “Je voulais, dira-t-elle, lui donner conscience de la dure réalité de la vie, pas le chloroformer avec des histoires niaises avec de petits animaux mignons.” En fait d’animaux mignons, un incident résume l’alarmante pathologie de Quentin. Inquiète de voir son fiston de 7 ans se murer dans la solitude, Connie décide de lui offrir un gentil chien-chien. L’initiative semble porter ses fruits. Quentin ne se lasse pas de câliner le dénommé Baron. Mais, quelques jours plus tard, Maman pousse des cris d’effroi: son garçonnet est en train de cogner la tête de son chien sur le mur du jardin. Et il ne semble avoir aucune idée du mal qu’il lui fait! Vous avez dit sauvageon? Quentin est un Robinson sur son île mentale. Les seuls amis auxquels il daigne parler sont… les héros des cartoons et feuilletons télé dont il se gave. Quand il ne se prend pas pour Satanas ou Daffy Duck, le gamin met en scène ses jouets préférés, des Action Joe, dans d’effroyables batailles où chacun possède ses propres lignes de dialogue, saturées de “Fuck” et assimilés qui fleuriront plus tard dans ses films. “Je passais une bonne partie de mes soirées à quatre pattes, tâchant de ramasser et de réassembler les membres des soldats que Quentin avait arrachés”, contera Connie. A l’école, l’enfant épate avec son QI évalué à 160, mais ulcère par son »»
tino tara n Itinéraire d’un enfant malsain
108 FHM
FHM 109