Issuu on Google+

revue astronef

dessins poĂŠsie photographies

histoires graphiques

2

matières

obliques


.


.


le terrain est un laboratoire

ĂŠdito


.


ici

des poussières d'étoiles partout sur la planète

la lune est à la pointe du f o u r

ou là

plante de pied et t e r r e mouillée

a

r

c

t

e

e

r

a

c

i

n

empreintes


Anti racine 1 S’attendre à ça, à être là. Tu es né, ne bouge pas, tu es mort, on le savait déjà, tu n’as pas bougé, tu es là, là où tu étais, tu y es resté. Bien fait pour toi.

Anti racine 2 Mon beau réel, ma tendre éponge, Cartographie extra moelleuse Du monde et de mes songes.

Anti racine 3 J’ai voulu dessiner des racines d’herbes vives. C’est joli, les racines, c’est sale et c’est fragile, ça ne demande qu’à être dégagé, agité, nettoyé. Je les ai arrachées au gravier, à la terre, et le soleil m’a montré leur ombre, caricature de carte routière.

Anti racine 4 Entre tes dents Dans mes cheveux, J’entre mes yeux Dans tes os blancs. Y voir des noms, des mots mouvants, Passants hésitant, en déplacement. Un radical s’est momifié en solitaire, En manque de déclinaisons étrangères. Tu penses au sens seul et le sujet ? N’en as-tu jamais rien eu à faire ? Friction des conjugaisons à terre.


Anti racine 5 : ensauvagé, errant ou simplement divaguant Indécent, déçu, décevant, le loup s’en allant, chien errant, dominé, dominant, le loup hurlant, de mémoire, mêlant l’homme au chien errant. Mille-feuilles, mémorial, curieux, s’emmêle l’animal, en quête, proie qui fête le grand retour du loup, à tue-tête. Hurlé, assis, assis, je te dis, cours, va chercher, donne et reviens, parler au loup comme à un chien. Les animaux courent, en nos contrées reculées, toujours plus vite que nous, mieux vaut le savoir, enraciné, déraciné, on s’en fout, à chaque homme un paysage, un souvenir, hirsute tel un coquillage, quelque chose comme : « Ah, oui, je me souviens, c’était à la montagne ou à la mer, il neigeait, il neigeait, tu avais si froid... » Tremble, carcasse, dit le loup - au vent - trrreembllleuh, carrcaasseuh, dit le loup indécent. A chaque homme, un paysage, à chaque loup, le passage. Manger l’espace avant l’espèce, échappe, échappe-toi, manger les frontières, emmerder les intimes, pire que trois chiens unis, mal dressés, méchants, presque ensauvagés, enrageant, mauvaise pensée. Si tu ne veux plus rire, pense à moi, parle de moi, ça te fera du bien, je n’entendrai rien, déjà parti, courant, je suis déjà si loin. M’as-tu vu, l’invisible décevant, l’indicible tremblant ? Tremble, carcasse, dit le loup - au vent - trrreembllleuh, carrcaasseuh, dit le loup indécent. Méchant, méchant, de l’air, Cœur en fleur, fleur en terre, Montrer les dents, peur, Poils sur le cœur. Comme cils et sourcils sauvent les yeux, Mes dents, mes oreilles et ma queue, Braver les braves, faible, on t’abat, trop tard. Abandon, détourner le regard, Attention, attention, colère, Fuir et fuir et pour finir. A mort et sauf qui peut Du loup, on ne voit pas que la queue, Pas forcément, loup forcené. Tremble, carcasse, dit le loup - au vent - trrreembllleuh, carrcaasseuh, dit le loup indécent. Les a priori sans, les sans répit poursuivis, les aimer, les animés et désaimer les dégonflés. Tout de suite après, on est foutu, un peu après, dans tout espace, dès tout petit. Je t’aime, je ne t’aime pas, tu me fais peur, as-tu un cœur ? Courir la forêt ne sert à rien, ne plus y croire, danger, danger, le loup, on ne fait qu’en rêver pour mieux le brûler. Feu le loup revient. Feu.


Anti racine 6 Pensée hors sol, l’anti racine est ton engrais. Anti racine 7 J’ai rêvé que les arbres volaient. Frondaisons et racines au vent en un chuintement frémissant. Elégance des raies manta, quasi silence de soie, rien d’inquiétant, pas de colère, seul le soulèvement de la terre. Les arbres s’appelaient, se rejoignaient, sans heurts, sans fracas de branches qui s’entrechoquent et se cassent. Ils tournoyaient en houle légère, s’éloignaient et se retrouvaient, revenaient et se séparaient. Des courbes ascendantes puis descendantes, des replis, des éclatements, du proche au lointain, les arbres inventaient leur envol. Leurs racines majestueuses et graciles se nettoyaient de leur long chemin terreux, de leurs appartenances souterraines. On voyait dans leur soudain élan ce qu’elles cachaient depuis des années en murmurant. Les feuilles bruissantes leur répondaient : je suis là, ne t’inquiète pas, l’air est bon, aussi bon que la poussière, tu verras. Fertile pollen des cent racines allégées. Sans revendication ni exagération, plus la peine de surjouer mais une évidence douce et pleine : les arbres enfin savaient voler. Anti racine 8 Sable Grains

ici


.


.


racines dedans relier cacher en bas ailleurs invisible multiple génération nombreuse sans fin coquillage cailloux enfoui “enfouilli” empreintes ?

(...) Époque ou instant d’où on commence à compter les mouvements des planètes. (...) P.E Littré, Dictionnaire de la langue française, Ed. du Cap, Monte-Carlo, 1957.


Racines, arbre. (L’empreinte d’une racine, l’écriture d’une idée.)

Racines, coquille. Empreintes, bigorneau.

Racines, betteraves. Empreintes, creux. Racines, cheveux. Empreintes, impressions. Racines, intérieur. Empreintes, marques. Racine, origine. Empreintes, pieds, Racines, poils. Empreintes, relief. Racines, sol. Empreintes, sol. Racines sourdes. Empreintes, Traces. Racines, veines. Empreintes, racines... Racine. Origine d’un humain, d’un arbre, d’un animal, d’un paysage... Empreinte. La trace qu’ils laissent derrière leur passage, devant leur passé.

D’où je viens , d’où part ce que je laisse.


Racine, montagne. Empreinte, ĂŽle.


Racines, nervures. Empreintes, feuilles. Racines, sous terre. Empreintes, doigts. Racines, mĂŠmoire. Empreinte, mimosa.

Empreinte ĂŠcologique. Racines, soubassements. Empreintes, moments. Racines, socle. Empreintes, pas. Racine, archives. Empreintes, monument...


"(...)Racine d'une langue / Maintenant racine signifie le monosyllabe irréductible auquel on parvient en dépouillant les mots ( dans notre système de langues) de leurs préfixes, suffixes et flexions./ Racinesprédicatives ou verbales. / Racines pronominales ou démonstratives, racine indiquant les êtres individuels et la place qu’ils occupent ; de là sont nés les pronoms, les articles et, en partie, les prépositions, les adverbes et les conjonctions. / Le mot de racine reste appliqué exclusivement à la racine proprement dite, c'est à dire à l'élément irréductible ; celui de radical s'applique à la racine déjà munie de son suffixe de dérivation et prête à recevoir la flexion. / (...)" P.E Littré, Dictionnaire de la langue française, Ed. du Cap, Monte-Carlo, 1957.

Dimensions réelles et techniques : Bigorneau / diapositive numérisée, 25x35 mm Île / carte, dessin à la mine de plomb, 20x19 cm Mimosa / dessin à l’encre de chine, 21x21 cm Monument / carte postale belge, dessin au stylo feutre, 10x15 cm


.


.


.


.


.


.


.


terre Ă  terre

terre Ă  terre


huit pots


1 terre (pot de terre) cuite 2 terre Ă  terre terre Ă  pot pot de terre 3 pot de terre sans la terre 4 pas de fleur pas de tige pas de feuille pas de plante ni racine pot de fleur sans la fleur 5 pas de pot rien que terre nue rien que terre meuble rien que terre vague


6 sur la terre ferme de la terre crue 7 terre en pot sans le pot sans la terre (qu’est pas cuite) 8 pas de fleur pas de pot pas de terre un peu d’eau un peu d’air un plein seau d’atmosphère un morceau et encore un morceau sans le seau


petits tas


1 tout un tas tout un tas de tas tout tas petit a a un’ fin

2 tout un tas de terr’ tout-un tas de tas de terr’ tout-en-un

3 tout un tas de sel fin tout a l’air de fair’ tas

4 tout est par terr’ tout est par tas tout est en terr’ tout est en tas


5 sur le tas ah la la y’a un tas flagada qui recou vre le tas là où la lumi-èr’ tralala n’entre pas 6 terr’ partout terr’ retournée à la terr’ tourn’ tout retourn’ petit b bon ben c’est bien beau sauf que c’est sans fin 7 par le tas le pourtour la partie pour le tout pir’ que ça pir’ que tout un tas rond tel un’ sphèr’ terr’ triée sur le tas ou fraction arbitrair’ terr’ extrait’ de la faç’ rien ne chanj’ de la terr’


8 tout a l’air d’êtr’ à l’air libr’ et livré tout en tas dans la cour à la terr’ sous le ciel clair ou bien bas 9 petit c c’est petit rien à fair’ c’est-à-dir’ c’est à dir’ qui dira tout est clair c’est dit là c’est tout dir’ tout est là 10 des petit d petits dés déportés de terreau de terrain de terroir détachés découpés dépotés mis en vrac mis à part mis en tas


.


.


K o n t a k t h o f . Created

by

Kontakthof is a meeting place, a market place for love but where the sexes are somewhat kinder to each other than in the earlier work of Pina Bausch. The dancers begin simply enough; walking in a flirtatious way, trailing their hands through their hair - they want to be loved, something that has not changed whether they are adolescents or people over 65. But then they show their teeth - the better to sell themselves, like horses or ancient slaves. The once strolling couples eventually begin to pinch each other and twist each other's arms, a sort of humdrum sadism through which they continue s m i l i n g . Kontakthof is out of time, perhaps because Bausch belonged to a generation that needed to

uproot itself from the past. The clothes suggest the fifties; and then there is the lazy, sexy dancehall music of the thirties which is so full of promises. It seems to be playing from far away, leaving the trace of something familiar adrift in the air, and an even greater longing for that splendour which we

dream of recapturing.

Pina

Bausch

1978

Kontakthof est un lieu de rendez-vous, un marché dédié à l'amour, mais où les rapports entre les deux sexes sont plus cordiaux que dans les œuvres précédentes de Pina Bausch. Les danseurs se mettent tout simplement en mouvement, marchent en flirtant, passent une main lascive dans leurs cheveux : ils ont cette soif d’être aimés, celle-là même qui habite les adolescents comme les plus de 65 ans.

Mais soudain, ils exhibent leurs dents - incommodante référence au commerce des chevaux ou à la traite des esclaves. Se mouvant en couple avec nonchalance, chaque danseur, le sourire figé, commence alors à pincer son partenaire, à lui tordre le bras, évoquant un genre de train-train sadique.

Kontakthof est comme hors du temps, peut-être parce que Bausch appartient à une génération qui éprouve le besoin de se déraciner du passé. Leurs vêtements suggèrent les années cinquante ; et puis il y a cette musique indolente et sexy du music-hall des années trente, si pleine de promesses. Elle semble provenir d’un rêve lointain, laissant flotter dans l’air des traces reconnaissables, et provoquant dans notre certitude d’une magnificence à venir, une encore plus grande langueur. Texte Ruth Adam Trad française / Isabelle Marty


Planches

NOUVEAU ROMAN

L’enjeu était de taille : construire un spectacle autour de figures marquantes du Nouveau roman à partir d’improvisations

réalisées avec les acteurs. Et ne retenir qu’à partir de ce travail les traits saillants qui donneront le corps du spectacle. Un travail d’élagage d’environ 8 mois durant lesquels les comédiens se sont investis totalement en recherchant des informations mais également en travaillant à partir de documents engrangés par l’équipe de Christophe Honoré.

La grande qualité du metteur en scène est de toujours parvenir à éviter l’hommage solennel pour faire entrer la vie dans le spectacle. Grâce à des gestes et des préoccupations qui pourraient être ceux de n’importe qui. Alain et Catherine Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Robert Pinget, Claude Mauriac, Michel Butor, Marguerite Duras et Claude Ollier (auxquels s’ajoutent Beckett - non incarné dans le spectacle - et Sagan - dont il est rapidement question) deviennent ainsi très proches des spectateurs. Avant que ne débute une réunion dont le but est de faire le tri entre ce qui « fait » Nouveau roman et ce qui doit être exclu, Nathalie Sarraute annonce qu’elle ne pourra pas rester longtemps. Un peu avant, s’étant éloigné du groupe qui lui tapait un peu sur les nerfs Michel Butor frappe sur la machine à café qui ne répond pas assez vite à sa commande, histoire de revendiquer mine de rien sa présence parmi eux. Et lorsque

Marguerite Duras c h a n t e « India song » c’est avec les accents d’une jeune actrice d’aujourd’hui : Anaïs Demoustier.

Elle n’est pas la seule à nous étonner dans cette fresque théâtrale. Car l’intelligence du casting consiste à distribuer les comédien(ne)s dans des transpositions infidèles : Annie Mercier joue l’éditeur Jérôme Lindon avec les lunettes noires et l’autorité requise.

Brigitte

Catillon, sidérante de charisme, est un formidable Michel Butor en talons aiguilles (qui

parle de son chien à la télévision alors qu’il vient de recevoir un prix littéraire ) et Ludivine Sagnier une Nathalie Sarraute inattendue et totalement crédible. On est ému lorsque Alain Robbe-Grillet (génial Jean-Charles Clichet) avoue qu’il est souvent dans l’affectif. Et lorsque Robert Pinget (Mathurin Voltz), qui se plaint de ne pas être considéré comme un écrivain, se fait tendrement caresser la joue par un Michel Butor cherchant à le consoler c’est sublime. Parce que ce geste arrive au bon moment. Intelligence de la mise en scène.

>


Le spectacle durait 3h30 (entracte compris) lorsqu’il a été présenté à Avignon (cours du Lycée Saint-Joseph). Il durera peut-être moins lorsqu’il arrivera au Théâtre National de Toulouse car Honoré tient à cette idée d’un « work in

Les écouter s’engueuler, se fâcher plus ou moins longtemps, s’aimer et s’animer lors d’attachantes guerres d’égo est un bonheur qu’elle que soit la durée du spectacle. Marguerite dit

progress

».

qu’elle est le plus grand écrivain français. Mais Nathalie pense la même chose à propos d’elle même ! Et Claude (Simon) et Alain (Robbe-Grillet) n’en pensent pas moins…à leur sujet bien sûr ! Avec ses cassures (chansons, chorégraphies, vidéos) qui enrichissent toujours le récit,

« Nouveau Roman » est un spectacle pop, rock, solaire, déluré, spontané, direct et pudique. Une déclaration d’amour un peu vacharde mais toujours sincère, sensible et respectueuse à cette littérature et à ses auteurs. On les quitte avec le désir de tous les lire et de les aimer. Merci Christophe Honoré

Mise en scène : Christophe Honoré. Avec : Brigitte Catillon, Jean-Charles Clichet, Anaïs Demoustier, Julien Honoré, Annie Mercier, Sébastien Pouderoux, Mélodie Richard, Ludivine Sagnier, Mathurin Voltz, Benjamin Wangermee.

Au Théâtre National de Toulouse du 23 au 26 octobre 2012.

Cédric

Detheux

Juillet

2012


COMBIEN Y A t'IL DE TRIANGLES DANS CETTE FIGURE?

réponse sur http://k.marco.free.fr/revue HUIT n°2


.


.


Jérémie Logeay Nadia Schoeni

photographies Emilie Régimbeau Gaëlle Dubois

es xt e t

Ana Tot

Golnaz Behrouznia dess Fabien Granet ins Karine Marco Tazasp ro Océane Moussé [Benja ject min A Coralie Seigneur rmel-G Beina t-Jéré Jacques Tison my De uillaume lhuven ne-Oz e Taja da] Ru Linogravures Cé th Ad dri c D am Ariane Boisson et h eu po x u

r le ss

est une revue astronef palace 8 rue de l’étoile 31000

TOULOUSE

ing uli ère s

ch ron iqu es s

ur pla nc he s

IPNS/Toulouse - 2012


.


.


Numéro 2 - deux mille douze - poetry, pictures & matières obliques - IPNS Toulouse/France


HUIT revue astronef