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SCULPTRICES

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SCULPTRICES

Vous ne m’avez pas invitĂ© dans votre galerie, mais, cette nuit je suis entrĂ© par effraction. Solitaire.

Je vois tout, je sens tout, j’entends tout dans l’obscuritĂ©.

J’ai marchĂ© doucement entre les sculptures.

Ils Ă©taient tous lĂ  ! Ceux que j’ai coursĂ©s, ceux que j’ai dĂ©vorĂ©s, ceux que j’ai attendus des heures entiĂšres, ceux qui m’ont attaquĂ© et perdu, ceux qui m’ont blessĂ© mais que j’ai vaincus, ceux que j’ai aimĂ©s tout en les tuant.

Ah ! Revoir le lion, le tigre, la panthĂšre, revivre nos combats irrĂ©ductibles sans me cacher, admirer certain de mes adversaires, contempler leur beautĂ©, sourire devant ces lapins, ces chats qui croyaient que leur fourrure les sauverait, m’approcher du canard, de la poule, de l’oiseau avec le souvenir de nos luttes mortelles mais excitantes.

Tous, ici, ont le goĂ»t de l’attente. Moi aussi je sais attendre.

Je suis tĂ©mĂ©raire et fataliste, je regarde, j’écoute, je respire.

Je respecte quiconque m’affronte, c’est ma violence contre la vître.

Parce que toute différence exclut et que je fais les choses autrement, vous avez peur de moi.

Bouc Ă©missaire de vos villages, je suis l’hĂŽte aimĂ© de la splendeur des forĂȘts, de la puissance de la nature.

Je suis l’artisan de la rumeur qui court sur moi, je suis celui qui refuse de se conformer aux lois et qui doit ĂȘtre Ă©liminĂ©.

Je nourris mon clan, je le protÚge, je ne prends rien par avidité mais par nécessité.

Vos sculpteurs font comme moi. Ils passent des heures pour faire vivre une partie d’eux. Ces animaux, vous les avez capturĂ©s dans la pierre, immobiles dans leur course et leur envol.

C’est le prix des hommages d’arrĂȘter l’image, de simplifier et d’honorer ! N’est-ce pas ?

Je suis restĂ© longtemps au milieu de vos sculptures, comme si j’étais le prince d’un royaume perdu oĂč il n’y aurait plus de lutte, monarque dĂ©chu de cette envie de vaincre pour ne rien possĂ©der mais juste vivre l’éblouissement de l’autre.

J’ai pris mon temps, je les ai caressĂ©s, j’ai laissĂ© mes traces partout car je veux que vous sachiez que je suis venu.

Si, demain, quand vous ouvrirez votre galerie, vous entendez un chant, comme une supplique, comme un appel, comme un feu de forĂȘt : Ă©coutez-moi !

Sauvages sont mes rĂȘves et je chante pour vous remercier de ne pas m’avoir sculptĂ©, de me laisser Ă  ma nature indomptable, Ă  ma rĂ©putation dangereuse pour la sociĂ©tĂ©, de respecter mon horreur d’ĂȘtre conquis, civilisĂ©, domestiquĂ©, et qu’ainsi je reste magique pour tous ceux qui disent non.

Le Loup.

Notrepropos n’a pas la prĂ©tention d’ĂȘtre ni scientifique ni exhaustif, nous avons dĂ©cidĂ© de traiter le sujet des sculptrices animaliĂšres de la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle, et de fait de leur place dans la crĂ©ation, comme nous savons le faire depuis de nombreuses annĂ©es, en prĂ©sentant une exposition thĂ©matique Ă  la galerie.

Faire un Ă©tat des lieux grĂące Ă  des ouvrages de rĂ©fĂ©rence, Ă©tablir une chronologie sĂ©lective et comparĂ©e nous a semblĂ© Ă©difiant et se passe de tout commentaire. La problĂ©matique est Ă©vidente, elle pourrait ĂȘtre empruntĂ©e Ă  Linda Nochlin (1931-2017), pionniĂšre de l’histoire de l’art fĂ©ministe, pourquoi n’y-a-t-il pas de grandes sculptrices animaliĂšres des annĂ©es 1920-1930 ? Cette question nous intĂ©resse depuis plusieurs annĂ©es, mĂȘme si aujourd’hui le thĂšme choisi ne paraĂźt pas original, il n’en reste pas moins actuel, car l’invisibilisation des sculptrices animaliĂšres des annĂ©es 30 dit quelque chose de ce que nous sommes.

“For most of history, anonymous was a woman.” 1

Il ne fut pas aisĂ© de rassembler tout d’abord des Ɠuvres, mais aussi des informations, si banales soient-elles, un portrait, une date de naissance, de dĂ©cĂšs. Nous tenions particuliĂšrement Ă  remercier toutes celles et ceux qui nous ont aidĂ©s dans nos recherches, souvent infructueuses, pour le temps qu’ils nous ont accordĂ©, leur sympathie et l’espoir partagĂ©.

VARIATIONS SÉMANTIQUES

Sculptrice sculpteure sculpteuse sculpteresse sculpteurice ou la pĂ©riphrase femme sculpteur ? La fĂ©minisation de la langue française Ă©tait dĂ©jĂ  au cƓur des prĂ©occupations, et mĂȘme des revendications, des femmes artistes au dĂ©but du XXe siĂšcle.

Le dictionnaire de l’AcadĂ©mie française ne possĂšde pas l’entrĂ©e sculptrice « on rencontre parfois le fĂ©minin Sculptrice » peut-on lire tout au plus sous la dĂ©finition de Sculpteur, alors que la pĂ©riphrase est utilisĂ©e en exemple « Camille Claudel, Germaine Richier Ă©taient des femmes sculpteurs». Le LittrĂ© ignore le mot sculptrice : « Une femme sculpteur, comme on dit une femme auteur». Dans ses articles sur la sculptrice Marie-Anne Collot publiĂ©s entre 1923 et 1931, l’historien de l’art Louis RĂ©au (1881-1961), emploie le mot sculpteuse, dont il fait remonter l’usage au XVIIIe siĂšcle2, alors que sculpteur serait utilisĂ© depuis le dĂ©but du XVe ou du XVIe siĂšcle, selon les sources. Au XIXe siĂšcle, on trouve le mot sculptrice, mais la pĂ©riphrase femme sculpteur domine. En 1938, Louis Vauxcelles rappelait la proportion moindre du « bataillon de sculptrices » que forment ses contemporaines. Hubertine Auclert (1848-1914), la suffragiste française3, militait en faveur des droits politiques des femmes, quand ses consƓurs revendiquaient d’abord l’égalitĂ© des droits civils. Ardente partisane de la fĂ©minisation des noms de mĂ©tier et de fonction, elle revendiquait la nĂ©cessitĂ© de fĂ©miniser la langue afin de dĂ©noncer l’exclusion des femmes de la sphĂšre publique. « L’omission du fĂ©minin dans le dictionnaire contribue,plus qu’on ne croit,Ă  l’omission du fĂ©minin dans le code (
).L’émancipation par le langage ne doit pas ĂȘtre dĂ©daignĂ©e.N’est-ce pas Ă  force de prononcer certains mots qu’on finit par en accepter le sens, qui, tout d’abord, heurtait ? La fĂ©minisation de la langue est urgente, puisque, pour exprimer la qualitĂ© que quelques droits conquis donnent Ă  la femme, il n’y a pas de mots. »

Les mots ne sont pas neutres et traduisent une Ă©volution du statut des femmes artistes Ă  la fin du XIXe siĂšcle : « Cette histoire commence Ă  peu de chose prĂšs en 1881, avec les premiĂšres revendications pour l’ouverture aux femmes de l’École des Beaux-Arts (le moment oĂč les femmes accĂšdent aux outils de la crĂ©ation et Ă  l’institution qui les symbolise). »4

INSTITUTIONS, LIEUX D’EXCLUSION

La professionnalisation des femmes Ă©tait empĂȘchĂ©e officiellement par l’interdiction d’entrer Ă  l’École des Beaux-Arts. FondĂ©e en 1648 Ă  la demande de Le Brun, l’AcadĂ©mie royale de peinture et de sculpture inaugura le dessin d’aprĂšs le modĂšle vivant et obtint le monopole de l’enseignement des beaux-arts. Les femmes en furent exclues jusqu’à la fin du XIXe siĂšcle. C’est seulement en 1663 que la premiĂšre femme peintre, Catherine Duchemin, fut acceptĂ©e ; en 1706 on comptait 7 femmes dont une seule sculptrice, DorothĂ©e MassĂ©-Godequin. Le nombre d’AcadĂ©miciens n’étaient pas limitĂ©, contrairement Ă  celui des AcadĂ©miciennes, en effet, il fut dĂ©cidĂ©, en 1783, qu’elles ne pourraient pas ĂȘtre plus de 4. Mais surtout, en 145 ans d’existence (1648-1793), sur plus de 700 AcadĂ©miciens, on compte 14 ou 15 AcadĂ©miciennes, selon les sources, soit environ 2%. Ainsi, les acadĂ©mies privĂ©es se dĂ©veloppĂšrent, non sans mal, car le surintendant du roi, le comte d’Angiviller, ordonna Ă  Jean-Louis David en 1787 de renvoyer les femmes de son atelier, la prĂ©sence fĂ©minine Ă©tant intolĂ©rable au nom de l’ordre et de la biensĂ©ance.

En 1791, les artistes femmes constituaient 9% de la population exposante au Salon, seul lieu oĂč les artistes pouvaient faire connaĂźtre leurs Ɠuvres, les vendre Ă  l’État ou Ă  des collectionneurs privĂ©s et ainsi vivre de leur travail. AprĂšs sa crĂ©ation en 1789, la SociĂ©tĂ© populaire et rĂ©publicaine des Arts eut pour premier acte d’exclure les femmes de ses rĂ©unions (1793) ; seules les Ă©pouses d’artistes pouvaient participer aux salons rĂ©volutionnaires. Il en fut de mĂȘme pendant la Restauration (1830-1848), seules les aristocrates – comme Marie d’OrlĂ©ans (1813-1839), fille du roi Louis-Philippe ou FĂ©licie de Fauveau (1801-1886), proche de la duchesse de Berry – s’imposĂšrent du fait de leur rang, sans remise en cause de leur milieu.

« CHOISIR LA CAUSE DES FEMMES » 5

Dans leur ouvrage de rĂ©fĂ©rence, Gonnard et Lebovici citent la date de 1881, qui fait Ă©cho Ă  la crĂ©ation de l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs (UFPS) par la sculptrice HĂ©lĂšne Bertaux, premiĂšre sociĂ©tĂ© de femmes artistes en France, et qui fut Ă  l’origine de l’ouverture aux femmes de l’École des Beaux-Arts, aprĂšs une vingtaine d’annĂ©es de revendications, et dans un contexte d’hostilitĂ© assumĂ©e : « la plupart des Ɠuvres de femmes portent une marque Ă©vidente de faiblesse et d’infĂ©rioritĂ© cĂ©rĂ©brale [parce que] le rĂŽle de la femme n’est pas de guider les peuples mais bien celui de guider les enfants. Elle-mĂȘme est une espĂšce de grand enfant nerveux, incapable de juger les choses Ă  froid, avec justesse et bon sens ». 6 HĂ©ritiĂšre de l’AcadĂ©mie et instaurĂ©e en 1819 par une ordonnance royale, l’École des Beaux-Arts n’avait aucunement l’intention d’intĂ©grer les femmes en son sein. Les femmes artistes frĂ©quentaient les acadĂ©mies privĂ©es qui leur Ă©taient accessibles, ainsi l’AcadĂ©mie Julian créée en 1868 et ouverte aux femmes en 1880 ou 1881, l’AcadĂ©mie Colarossi dite la Grande ChaumiĂšre fondĂ©e en 1870. Le dessin d’aprĂšs le modĂšle vivant et donc le nu y Ă©tait enseignĂ©, cependant les femmes payaient deux fois plus cher que les hommes, « la raison Ă©voquĂ©e Ă©tait que les femmes ne resteraient que des amateurs qui payaient un loisir, alors que les hommes se formaient Ă  un mĂ©tier.»7 Ainsi, Ă  la fin du XIXe siĂšcle, malgrĂ© leur combat pour crĂ©er, apprendre, exposer, ĂȘtre reconnues pour leur travail et leur talent, les femmes artistes restaient considĂ©rĂ©es comme des non-professionnelles par la sociĂ©tĂ©. Anne RiviĂšre rapporte les propos du journaliste Octave Uzanne, qui Ă©crivait en 1894 : « [l’augmentation des femmes artistes] menace de dĂ©chaĂźner Ă  courte Ă©chĂ©ance sur l’art un vĂ©ritable flĂ©au, une confusion affreuse, un rĂšgne de mĂ©diocritĂ© qui Ă©pouvante. » 8 Cette mĂȘme annĂ©e, Rosa Bonheur devint pourtant la premiĂšre femme promue au grade d’Officier de la LĂ©gion d’Honneur.9

En 1889, lors du CongrĂšs français et international du droit des femmes, la sculptrice Elisa Bloch (1848-1905) prononça un discours intitulĂ© « Quelques considĂ©rations sur diffĂ©rents rĂŽles de la femme dans la sociĂ©té», dont cet extrait qui cite Montesquieu, dĂ©crit si l’on ne peut mieux la place des femmes artistes, mais pas seulement, de toutes les femmes, d’hier et d’aujourd’hui.

Dans ses considĂ©rations sur les Causes de la Grandeur et de la DĂ©cadence des Romains, Montesquieu commence ainsi son ouvrage : « Tel qu’on voit un fleuve majestueux miner lentement et sans bruit les digues qu’on lui oppose »,telle la femme depuis un siĂšcle renverse une Ă  une les barriĂšres qu’on lui oppose ; ainsi petit Ă  petit, elle conquiert l’égalitĂ© devant la loi,sa place Ă  l’instruction,sa place au travail.Il faut que la femme dans toutes les classes de la sociĂ©tĂ© puisse gagner honorablement sa vie.Aussi, consciente de la faiblesse de ses forces physiques, c’est par le travail intellectuel, c’est par l’instruction qu’elle a entrepris de briser tous les vieux prĂ©jugĂ©s,de conquĂ©rir cette indĂ©pendance et cette Ă©mancipation qui la rendront l’égale de l’homme.

A L’AUBE DU XXe SIECLE, UN ESPOIR D’ÉGALITE

Il fallut prĂšs de 80 ans pour que les femmes soient autorisĂ©es Ă  passer les examens et puissent assister aux cours thĂ©oriques (1897) de l’École des Beaux-Arts - dans des salles sĂ©parĂ©es des hommes et seulement de 8h Ă  10h. C’est seulement en 1900 que furent créés deux ateliers, peinture et sculpture, rĂ©servĂ©s aux femmes. 240 ans aprĂšs la crĂ©ation du Prix de Rome, les femmes purent concourir (1903). 8 ans plus tard, en 1911, Lucienne Antoinette Heuvelmans (1881-1944) fut la premiĂšre femme Ă  recevoir le Grand Prix de Rome de sculpture et Ă  ĂȘtre admise Ă  la Villa MĂ©dicis ; cependant le jury offrit un lot de consolation aux hommes, comme pour se faire pardonner d’avoir choisi une femme Grand Prix de Rome, ainsi celui qui Ă©tait arrivĂ© second eut lui aussi une mĂ©daille. En 1923, tous les ateliers furent ouverts sans distinction de sexe, mais Ă  la condition que les femmes fussent cĂ©libataires. Cependant, « en 1923, la Femme endormie de Jane Poupelet ne sympbolise que trop bien la situation des femmes dans la culture française. Elles ont le droit d’avoir des visions et de produire des idĂ©es, mais Ă  condition de ne pas dĂ©ranger l’ordre social rĂ©gnant. »10 AprĂšs des annĂ©es de revendications fĂ©ministes, les derniĂšres Ɠuvres de Poupelet tĂ©moignent de ses dĂ©sillusions. Poupelet fut au demeurant reconnue, primĂ©e et dĂ©corĂ©e. En effet, malgrĂ© la conquĂȘte par les femmes artistes de l’accĂšs aux institutions et aux honneurs, la Grande Guerre marqua un recul des droits des femmes avec le rejet de la loi pour le droit de vote aux femmes (1919), et alors mĂȘme que plusieurs pays europĂ©ens, comme la Grande-Bretagne, Ă©tendirent le droit de vote Ă  toutes les femmes anglaises ĂągĂ©es de 21 ans (1928), aprĂšs trente ans de combat menĂ© par les suffragettes.11 Un an plus tard, en 1929, Virginia Woolf publiait son essai fondateur Une Chambre Ă  soi, duquel la citation mise en exergue est tirĂ©e « Le plus souvent dans l’histoire,« anonyme » Ă©tait une femme » ; Virginia Woolf y dĂ©nonçait l’empĂȘchement des femmes Ă  accĂ©der Ă  la crĂ©ation littĂ©raire et artistique, leur invisibilisation.

LUTTER CONTRE L’EFFACEMENT

OĂč sont les femmes ? La reprĂ©sentativitĂ© des femmes est le reflet de leur histoire. Sur un total de 511.979 notices relevant de prĂšs de 35.000 artistes, les femmes artistes sont au nombre de 2.304, avec 20.575 Ɠuvres. Elles reprĂ©sentent donc 6,6 % des artistes de la base de donnĂ©es Joconde12, avec 4 % du nombre d’Ɠuvres (juillet 2021).

A peine 25 % des expositions de la Tate Modern sont consacrĂ©es Ă  des crĂ©atrices. Au MET, moins de 5 % des artistes de la section Art moderne sont des femmes, alors que 85 % des nus sont des femmes. Au MoMa, seulement 7 % des Ɠuvres exposĂ©es ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par des femmes. « Les femmes doivent-elles ĂȘtre nues pour entrer au musĂ©e ? » 13 Depuis la crĂ©ation du Prix Nobel en 1901, 59 femmes sur 885 ont reçu le Prix Nobel14, soit moins de 6%, mais seulement 2% dans le domaine des sciences (5 femmes sur 183 hommes pour la chimie). Marie Curie fut la premiĂšre femme Ă  remporter le Nobel de chimie, Ă  deux reprises, en 1903 et 1911, voici quelle fut sa rĂ©ponse Ă  la question d’un journaliste qui lui demandait :

« - Qu’est-ce que cela fait d’épouser un gĂ©nie ?

- Allez donc demander à mon mari ? »

Aurélie Pagot

MICHELINE Bablot

1920-2017

La littĂ©rature manque sur Micheline Bablot pour en faire un portrait complet ; aucune photographie ne semble ĂȘtre conservĂ©e dans les fonds des bibliothĂšques spĂ©cialisĂ©es. Le Dictionnaire des Sculptrices d’Anne RiviĂšre est l’une des seules sources Ă  nous renseigner sur Bablot, malgrĂ© l’absence de ses dates de naissance et de dĂ©cĂšs. Ainsi, c’est son avis de dĂ©cĂšs, relativement rĂ©cent, qui prĂ©cise les dates que nous pouvons avancer avec certitude. Fille du notaire Pierre Bablot et de Suzanne Raynal, elle Ă©pousa en 1939 Jacques Masson, ingĂ©nieur aux armĂ©es. Elle suivit les cours de Jean Camus (1877-1955) et du mĂ©dailleur Henri Dropsy (1885-1969), et exposa au Salon des Artistes français.

MARGUERITE de Bayser-Gratry

1881-1975

La dĂ©couverte de l’art Ă©gyptien en 1920 mena l’artiste sur la voie de la stylisation des formes et de l’art animalier dont notre TĂȘte de chat persan est un exemple. 1925 fut l’annĂ©e de sa consĂ©cration. Elle reçut le Grand Prix du Salon des Artistes DĂ©corateurs et son travail fut remarquĂ© par François Pompon.

Elle collabora dĂšs lors avec Pompon, Despiau et Mateo Hernandez, qui l’initia Ă  la taille directe. Sa prĂ©sence aux Expositions de 1931 et 1937 fut saluĂ©e par des prix et des commandes d’État. TrĂšs liĂ©e aux artistes animaliers du Jardin des Plantes, elle fit Ă©galement partie du groupe des Femmes Artistes Modernes aux cĂŽtĂ©s de Jane Poupelet.

Une importante exposition personnelle lui fut consacrĂ©e Ă  la Galerie Charpentier en 1938 ; elle rencontra un vif succĂšs critique. Quelques annĂ©es plus tard, en 1960, la Galerie Bernheim Jeune organisa une rĂ©trospective. Par ses recherches artistiques, Marguerite de Bayser-Gratry appartient au cercle Ă©troit des meilleurs reprĂ©sentants de la sculpture des annĂ©es 1930. Ses Ɠuvres sont conservĂ©es en grande partie par la famille de l’artiste.

TĂȘte de chien, «Biba»

TĂȘte de chat persan

Plñtre d’atelier Avant 1937

JANET Clerk

1878-1966

Une difficultĂ© se pose d’emblĂ©e concernant nos recherches sur Janet Clerk ; il est inhĂ©rent Ă  ce travail entrepris sur les grandes oubliĂ©es de l’histoire de l’art, pour reprendre une expression consacrĂ©e. Dans son ouvrage de rĂ©fĂ©rence et qui fait autoritĂ©, Anne RiviĂšre15 n’indique pas de dates pour Janet Clerk (Britannique, XXe siĂšcle), et prĂ©cise que son nom de naissance est Cleveley. Or, nos recherches nous ont permis de dĂ©couvrir que Janet Clerk ne serait pas nĂ©e Cleveley mais Whitwell, Ă  Barton en 1878 et dĂ©cĂ©dĂ©e Ă  Londres en 1966, mariĂ©e Ă  Sir George Russel Clerk Ă  Yarm en 1908. Bien que trois de ses oeuvres soient conservĂ©es au MNAM, et qu’elle ait portraiturĂ© des personnalitĂ©s Ă©minentes de son temps, Marc Chagall et Paul Claudel notamment, la littĂ©rature fait dĂ©faut concernant sa vie et son Ɠuvre. Quelques articles parus dans les annĂ©es 30 ne traitent que de sa peinture, car Lady Clerk Ă©tait avant tout peintre. Elle exposa une toile au Salon des Tuileries en 1933, ainsi qu’au Salon des Artistes français entre 1929 et 1939. Cependant, elle rĂ©alisait Ă©galement des sculptures en taille directe et notamment un chat datĂ© de 1938 exposĂ© Ă  la galerie AndrĂ© Schoeller, l’un des marchands et expert les plus influents du Paris des annĂ©es 30. « (
) parmi ses sculptures en taille directe, une figure de chat sauvage mĂ©rite une mention particuliĂšre tant en raison de la qualitĂ© spirituelle de l’observation que de la sensible finesse de l’exĂ©cution. »16 En 1949, l’État acquit une sculpture en marbre, Oiseau imaginaire, conservĂ©e dans les collections de MNAM17. Deux toiles, le Portrait de Chagall peignant et le ManĂšge y sont Ă©galement rĂ©pertoriĂ©es. Le ManĂšge fut prĂ©sentĂ© en 1937 Ă  l’Exposition des Femmes Artistes d’Europe au Jeu de Paume, qui ne regroupait pas moins de quatre-cents femmes artistes18. Femme du monde, Clerk n’en Ă©tait pas moins une « artiste consciencieuse et vraie »19. Avec son mari, Sir George Russell Clerk (1874-1951), ambassadeur de Grande-Bretagne en France entre 1933 et 1937, elle parcourut toute l’Europe, et Ă©volua dans un milieu intellectuel aisĂ© ; c’est sans doute une des raisons pour lesquelles Chagall mais aussi Claudel, diplomate comme son mari, posĂšrent pour elle. Le gavial que nous prĂ©sentons illustre les liens et les influences de ce milieu artistique mondain ; il a appartenu Ă  Madeleine Luka, peintre, amie de Francis Jammes, et qui exposa dans le monde entier dĂšs 1920.

Un article dithyrambique d’AndrĂ© David, paru dans la revue La Renaissance en 1935 souligne la renommĂ©e de cette artiste Ă  la fois peintre, sculptrice, philosophe et musicienne, grande voyageuse et ayant dotĂ©e la plupart des capitales d’Europe de ses Ɠuvres. « Lady Clerk fait Ă  Paris une double conquĂȘte : celle de la sociĂ©tĂ© et celle des artistes. (
) Depuis longtemps dĂ©jĂ , bien avant qu’elle n’occupĂąt l’hĂŽtel de l’ambassade d’Angleterre, ses Ɠuvres avaient retenu l’attention des peintres, des critiques et du public français. »20

Gavial du Gange

Granit noir

MARGUERITE Delage

1887-1954

ÉlĂšve du sculpteur animalier Edouard Navellier (1865-1944), comme Anne-Marie Profillet, elle produisit de nombreuses Ɠuvres animaliĂšres de 1913 Ă  1940, dates qui correspondent Ă  ses annĂ©es d’exposition au Salon des Artistes français.

De 1928 Ă  1939, elle exposa pour l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs (UFPS), la premiĂšre sociĂ©tĂ© de femmes artistes en France, créée par la sculptrice HĂ©lĂšne Bertaux (1825-1909) en 1881 et qui a perdurĂ© jusqu’en 1994.

AprĂšs l’effervescence des premiers combats pour l’accĂšs des femmes Ă  l’Ecole des Beaux-Arts (1896), aux concours comme le Prix de Rome fondĂ© en 1663, mais accessible aux femmes en 1903, ainsi qu’aux jurys des expositions, l’UFPS sembla se laisser aller Ă  partir des annĂ©es 1920 Ă  une douce somnolence que viendront bousculer quelque peu les annĂ©es trente avec notamment la crĂ©ation de la sociĂ©tĂ© des Femmes Artistes Modernes (1930).

Marguerite Delage rĂ©alisa de nombreuses compositions d’animaux domestiques et d’animaux sauvages, notamment un Condor exposĂ© au Salon de 1930, et c’est elle qui rĂ©alisa en 1928 la sĂ©pulture familiale au cimetiĂšre du PĂšre Lachaise (89e division) et qui se compose d’un pĂ©lican monumental, d’un crucifix et des portraits de ses parents en mĂ©daillon.

MADELEINE Fabre

active entre 1930 et 1955

Proche de Madeleine Fabre, l’écrivaine Colette (1873-1954) a prĂ©facĂ© l’une de ses expositions en 1930, et se passionnait elle aussi pour les animaux, notamment les bouledogues, qui Ă©taient ses compagnons de vie. Dans cette prĂ©face, Colette raconte que son propre bouledogue est tombĂ© en totale admiration devant le modĂšle que nous prĂ©sentons, et dont un autre exemplaire, acquis par l’État en 1962 pour le musĂ©e du Luxembourg, est conservĂ© au Palais de l’ÉlysĂ©e.

En 2009, paraissait Colette et ses bouledogues, un recueil de textes Ă©crits par Colette, l’écrivaine y relate son amour pour les bouledogues français. « Le Bouledogue, libre Ă  vous d’y retrouver, comme moi, la gueule en tirelire d’un crapaud, un front bossu de dauphin au-dessus de deux trous d’évent pour chasser l’eau, et ces yeux de cochon, futĂ©s, bridĂ©s. » TĂȘte de

MARIE Gautier

1867 ou 1890 -1960

En mai 1899, eut lieu l’Exposition fĂ©ministe de gravures Ă  Dresde. Aux cĂŽtĂ©s de Rosa Bonheur (1822-1899), Marie Gautier, y reprĂ©senta la France et exposa une eau-forte en couleurs, Étude de grenouilles, prĂ©paratoire au modĂšle que nous prĂ©sentons, formant trĂšs probablement un presse-papiers21. À l’occasion de cette exposition, le journal La Fronde publia une tribune, le 12 mai 1899, signĂ©e Mart( ?) de Komar, probablement un pseudonyme fondĂ© sur l’anagramme Marguerite Durand (1864-1936), fondatrice du journal. En 1897, La Fronde fut le premier journal fĂ©minin et fĂ©ministe en France, il Ă©tait entiĂšrement conçu et dirigĂ© par des femmes, et le deuxiĂšme dans le monde aprĂšs le journal de la journaliste et activiste afro-amĂ©ricaine JosĂ©phine St. Pierre Ruffin, The Woman’s Era. En 1896, alors qu’elle Ă©tait journaliste au Figaro, Marguerite Durand fut envoyĂ©e au CongrĂšs International des Droits de la Femme, elle dĂ©cida alors de fonder La Fronde, offrant ainsi une tribune, Ă  la fois politique, sociale et culturelle, pour la dĂ©fense des droits des femmes.

Marie Gautier fut l’élĂšve de son pĂšre, le peintre Armand Gautier (1825-1894) ainsi que d’Alfred Stevens (1823-1906). En 1887, elle rencontra Samuel Bing, « on n’a pas oubliĂ© cette curieuse figure de marchand, au visage si fin et si intelligent de vieil Asiatique, qui Ă©tait, en mĂȘme temps, un esprit avisĂ©, Ă©rudit et trĂšs artiste.»22 S’en suivit alors un style empreint de la dĂ©couverte de l’art japonais, « elle y vit un art plus conforme Ă  la condition de son sexe, un art qui demandait plus de finesse, de vivacitĂ©, de subtilitĂ© que de rĂ©flexion et de force et qui, par nature, se prĂȘtait mieux aux travaux de dĂ©coration que l’on considĂšre comme formant l’apanage spĂ©cial de la femme. »23, Ă©crivait le critique LĂ©once BĂ©nĂ©dite en 1908. Ainsi donc, les influences artistiques entre l’Orient et l’Occident Ă©taient rĂ©duites Ă  un prĂ©jugĂ© sexiste. C’est pour y Ă©chapper que les femmes artistes dissimulaient leur genre par l’emploi de pseudonymes, citons Jane Poupelet, qui, pendant trois annĂ©es (1899-1901), se fit appeler Simon de La Vergne. Cependant, Monsieur BĂ©nĂ©dite ne tarissait pas d’éloges sur le travail de Marie Gautier et son article, est dithyrambique, bien que partant du prĂ©supposĂ© du genre « L’un des principaux mĂ©rites de l’art de Mme Marie Gautier, c’est que c’est bien un art de femme. »24 À l’automne 1906, Marie Gautier participa Ă  l’Exposition coloniale de Marseille, lors de laquelle lui fut attribuĂ©e une bourse de voyage, elle partit alors pour Alger, oĂč elle rencontra le peintre Louis Ferdinand Antoni, qui devint son mari l’annĂ©e suivante. Anne RiviĂšre25 prĂ©cise qu’aprĂšs son mariage, elle continua Ă  signer ‘Marie Gautier’, bien qu’elle fut Ă©galement connue sous le nom de Marie Antoni-Gautier.

LOUISA Haerens-Robelus

1884-1961

NĂ©e Ă  Gand dans un milieu intellectuel aimant les arts, Louisa Robelus fut encouragĂ©e par sa mĂšre Ă  dessiner. Les chats devinrent sa principale source d’inspiration, elle aimait leur mystĂšre et aucun de leurs comportements n’échappa Ă  ses talents de sculptrice. En 1914, alors qu’elle exposait ses dessins au parc du Cinquantenaire Ă  Bruxelles, ses Ɠuvres furent remarquĂ©es par la critique mais surtout par la reine Elisabeth (rĂšgne 1909-1934), elle-mĂȘme sculptrice, qui devint son mĂ©cĂšne. D’une grande culture, mĂ©lomane, violoniste, passionnĂ©e d’Egypte ancienne, humaniste et anticonformiste, la reine Elisabeth s’intĂ©ressait Ă  la vie artistique et intellectuelle de son pays, son chĂąteau de Laeken devenant le centre d’une vie culturelle intense. Elle suscitait l’admiration des savants et des artistes, Ă  tel point que Jean Cocteau disait d’elle : « En Belgique, il n’y a qu’une reine, de petite taille et d’ñme grande, qui sut toujours mettre sa modestie de reine Ă  dire : “Je ne suis qu’une artiste” et sa modestie d’artiste Ă  dire : “Je ne suis qu’une reine”. » Elle Ă©tait Ă©galement l’amie de Colette, AndrĂ© Gide, des violonistes EugĂšne YsaĂże, Yehudi Menuhin et du violoncelliste Pablo Casals.

C’est aux cĂŽtĂ©s du sculpteur belge Albert Hager (1857-1940) que Louisa Haerens-Robelus perfectionna son art, apprenant les techniques de modelage et Ă©liminant le superflu afin de ne conserver que l’essentiel du point de vue de la forme et du volume. Elle participa Ă  de nombreuses expositions, notamment l’Exposition d’Art animalier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1937 et le Salon Quadriennal en 1939. À sa mort, son atelier fut lĂ©guĂ© Ă  la commune d’Uccle.

JOSETTE Hébert-Coëffin

1906-1973

Sculpteur et mĂ©dailliste rouennaise, Josette HĂ©bert-CoĂ«ffin fut la premiĂšre femme française Ă  rĂ©aliser la mĂ©daille officielle du PrĂ©sident RenĂ© Coty, ainsi que celle du PrĂ©sident Charles de Gaulle. Sa plus grande rĂ©ussite fut probablement sa mĂ©daille de Jean Cocteau26. Une lettre autographe, reproduite dans l’ouvrage de Robert Rey en 1954, montre les liens entre les artistes en cette premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle.

« Pour Monsieur Jean Cocteau, grĂące Ă  la gloire duquel j’aurai peut-ĂȘtre un nom dans l’histoire
des mĂ©dailles. Avec l’assurance du souvenir que j’ai gardĂ© de la magie de son accueil. »

Les deux tĂȘtes de lama que nous prĂ©sentons, l’une en grĂšs, l’autre en bronze, sont impressionnantes par leur taille et leur modernitĂ©. Leur hiĂ©ratisme est au service de la simplification et de la gĂ©omĂ©trisation de la forme. Ces deux exemplaires sont rarissimes, comme toutes les Ɠuvres animaliĂšres de Josette HĂ©bert-CoĂ«ffin.

« (...) Son Lama en bronze, qui se trouve au MusĂ©e de Rouen offre une synthĂšse de ces qualitĂ©s. La bonne bĂȘte, si utile et si chĂšre aux Indiens de l’AmĂ©rique du Sud, Ă©rige, Ă  l’extrĂ©mitĂ© de son cou souple et fort, sa tĂȘte aux grands yeux, ses longues oreilles, son museau tout frĂ©missant. »27

Couple de chouettes

GrĂšs de SĂšvres

TĂȘte de lama

GrĂšs de grand feu, manufacture de SĂšvres

TĂȘte de Lama

ANNA VAUGH Hyatt Huntington

1876-1973

Éminente sculptrice amĂ©ricaine reconnue dans le monde entier par ses contemporains, Anna Hyatt est la premiĂšre femme Ă  avoir rĂ©alisĂ© une statue Ă©questre monumentale. En 1910, dans l’atelier de Jules Dalou (1838-1902), elle sculpta en plĂątre une statue Ă©questre monumentale de Jeanne d’Arc et la prĂ©senta au Salon. Sa rĂ©ception fut entachĂ©e par l’incrĂ©dulitĂ© du jury quant Ă  la capacitĂ© d’une femme Ă  produire une Ɠuvre aussi grandiose ; elle ne reçut qu’une mention honorable. Elle n’avait jusqu’alors jamais exposĂ© de figure humaine, ses travaux antĂ©rieurs Ă©tant essentiellement des sculptures animaliĂšres. Ce sont ces derniĂšres, d’une prĂ©cision anatomique parfaite et appuyĂ©es sur de trĂšs nombreux dessins prĂ©paratoires, qui lui permirent de se faire rapidement un nom. AmĂ©ricaine, fille d’un palĂ©ontologue, professeur de zoologie Ă  Harvard et d’une peintre de paysage, Anna Hyatt Ă©tait issue d’un milieu intellectuel aisĂ©. Sa vocation prĂ©coce et son amour de la nature furent encouragĂ©s et nourris par les membres de sa famille. Hyatt, largement autodidacte, Ă©tudia briĂšvement avec Henry Hudson Kitson Ă  Boston, puis Ă  l’Arts Students League de New York. Elle travailla avec sa sƓur Harriet, sculptrice elle aussi ; dans son Dictionnaire des sculptrices, Anne RiviĂšre dĂ©crit les deux sƓurs crĂ©ant ensemble, Harriet se chargeant des figures humaines, Anna des animaux. Leur collaboration cessa en 1902 Ă  la mort de leur pĂšre, concomitante au mariage d’Harriet. Anna Hyatt partit alors en Europe, en Italie en 1908 puis en France l’annĂ©e suivante, oĂč elle s’installa Ă  Auvers-sur-Oise. Peu aprĂšs le Salon de 1910, oĂč Hyatt exposa sa Jeanne d’Arc, la ville de New York lui commanda le mĂȘme modĂšle en bronze pour le Riverside Park, la premiĂšre sculpture monumentale publique de New York reprĂ©sentant une femme. Ce fut un triomphe lors de l’inauguration en 1915 ; Hyatt fut cĂ©lĂšbre dans le monde entier28. En 1921, Hyatt rencontra Archer Milton Huntington, riche mĂ©cĂšne, intellectuel, entrepreneur et fondateur de la Hispanic Society of America Ă  New York29. Deux ans plus tard, ils se mariĂšrent, Anna Hyatt se consacra principalement Ă  l’amĂ©nagement de sculptures monumentales sur la terrasse devant la SociĂ©tĂ© hispanique. Depuis sa Jeanne d’Arc, Hyatt ne cessa les projets monumentaux ; quelques annĂ©es avant sa mort, elle offrit Ă  l’universitĂ© de Columbia sa statue Ă©questre d’Abraham Lincoln (1961-1965), qui fut placĂ©e sur le campus des sciences de la terre en mĂ©moire de son pĂšre, Alpheus Hyatt, et de son mari, Archer Milton Huntington.

JEANNE Itasse-Broquet

1865-1941

Jeanne Itasse fut entourĂ©e toute sa vie d’artistes ; elle suivit les cours de son pĂšre, Adolphe Itasse (1829-1893), sculpteur. Sa mĂšre, Marie-FĂ©licitĂ© Arnaud (1839-1900) Ă©tait peintre et Jeanne Itasse Ă©pousa en 1911 Ă  Paris le sculpteur Gaston Broquet (1880-1947). DĂšs 1912, elle signa Jeanne Itasse-Broquet.

Alors qu’elle n’avait que quinze ans, en 1881, Jeanne Itasse commença Ă  exposer au Salon des Artistes français. Son talent fut mondialement reconnu, et dix ans plus tard, elle reçut une bourse de voyage pour son Harpiste Ă©gyptienne, ainsi qu’une invitation du vice-roi d’Égypte. En 1893, alors qu’elle exposait Ă  l’Exposition Universelle de Chicago, cette Ɠuvre fut trĂšs remarquĂ©e.

Jeanne Itasse rĂ©alisa de nombreux bustes de personnalitĂ©s cĂ©lĂšbres, Marie SallĂ© danseuse Ă  l’OpĂ©ra, RenĂ© Falconnier comĂ©dien, des mĂ©daillons de Balzac et de Berlioz. Elle collabora Ă©galement avec Guimard pour des Ɠuvres funĂ©raires, qu’elle rĂ©alisa en grand nombre, la plus reproduite Ă©tant le buste de son pĂšre, dont un exemplaire compose sa sĂ©pulture au cimetiĂšre du PĂšre Lachaise.

Ses Ɠuvres sont conservĂ©es dans de nombreux musĂ©es Ă  Paris et en province, le musĂ©e d’Orsay, le musĂ©e Carnavalet, le musĂ©e de l’ArmĂ©e, le Conservatoire national de musique de Paris, le Palais Garnier, et le musĂ©e Calvet Ă  Avignon.

BERTHE Martinie

1883-1958

Berthe Martinie Ă©tudia Ă  l’Ecole des Beaux-Arts de Paris de 1906 Ă  1908, dans l’atelier du peintre Humbert, ouvert aux femmes.

À la fin des annĂ©es 1920, Berthe Martinie se consacra pleinement Ă  la sculpture, et accĂ©da ainsi Ă  une certaine notoriĂ©tĂ©. Autodidacte, elle maĂźtrisa trĂšs rapidement les techniques du modelage et de la taille directe. Elle frĂ©quenta alors les milieux artistiques et son travail fut saluĂ© par la Critique. Elle participa Ă  de nombreux salons, Salon des Tuileries, Salon d’Automne, aux Expositions Universelles de 1937 Ă  Paris et de 1958 Ă  Bruxelles.

Au Salon des Tuileries en 1933, l’État lui acheta une biche et un taureau ; en 1949, l’État lui commanda un sanglier, installĂ© dans le parc Wilson Ă  Thionville et diffĂ©rents reliefs pour la fauverie du Jardin des Plantes Ă  Paris. Elle est l’auteur de sept peintures murales encore visibles dans la salle du rĂ©fectoire de l’ancien couvent des Dames de Sainte-Elisabeth, qui accueille aujourd’hui le Conservatoire national supĂ©rieur de musique et de danse de Lyon, situĂ© au 2 quai Chauveau.

Berthe Martinie participa Ă©galement Ă  des expositions collectives en galerie et dans des institutions publiques en France (musĂ©e du Petit Palais, musĂ©e Rodin) et Ă  l’étranger (États-Unis, Italie, Pays-Bas, SuĂšde, AmĂ©rique du Sud). Les galeries parisiennes organisĂšrent rĂ©guliĂšrement des expositions personnelles ; la premiĂšre eut lieu en 1925 chez Weil. Comme sa contemporaine Jane Poupelet, ses sujets de prĂ©dilection furent le nu fĂ©minin et les animaux.

JEANNE Piffard

1892-1971

D’abord Ă©lĂšve Ă  l’AcadĂ©mie Julian, puis Ă  l’AcadĂ©mie de la Grande ChaumiĂšre, Jeanne Piffard termina sa formation avec le sculpteur animalier Édouard Navellier, dont l’influence est notoire dans ses premiĂšres sculptures, notamment les chevaux et l’Ânon couchĂ© exposĂ© au salon de 1913, oĂč Piffard Ă©tait la seule femme artiste exposant30. Ses dĂ©buts furent fulgurants, elle exposa dans les salons les plus prestigieux31, et participa Ă  la SociĂ©tĂ© des Artistes Animaliers d’Armand Dayot, ainsi qu’à la SociĂ©tĂ© Nationale des Beaux-Arts, dont elle devint secrĂ©taire en 1931. Ses rencontres avec les sculpteurs Mateo HernĂĄndez et AndrĂ© Abbal, maĂźtres de la taille directe, eurent un grand retentissement sur son processus crĂ©atif ; Jeanne Piffard prĂ©fĂ©ra cette technique au modelage. On note qu’il n’est pas rare pour les sculptrices du dĂ©but du XXe siĂšcle de crĂ©er en taille directe, citons Sebir, Josette HĂ©bert CoĂ«ffin, Janet Clerck. Cependant, Jeanne Piffard alla encore plus loin, tout en maĂźtrisant avec maestria la technique de la taille directe, elle y apporta la polychromie32. L’État acquit, probablement en 1933, son groupe de chevaux sauvages en pierre polychrome pour le musĂ©e du Luxembourg33. À la suite de cette acquisition, elle fut contactĂ©e par la Manufacture nationale de SĂšvres pour Ă©diter des Ɠuvres en grĂšs, et plus gĂ©nĂ©ralement en cĂ©ramique34. Le bronze ne fut pas son matĂ©riau favori, c’est pourquoi ils sont rares aujourd’hui, les cĂ©ramiques et les terres cuites Ă©tant plus nombreuses, ainsi que quelques plĂątres. Jeanne Piffard triompha en 1937, lorsqu’elle obtint le Grand Prix de Sculpture Ă  l’Exposition Universelle. AprĂšs la guerre, elle dĂ©laissa la sculpture animaliĂšre pour se consacrer principalement Ă  l’art religieux, probablement Ă  la suite d’évĂšnements personnels douloureux. On ne peut s’empĂȘcher de se demander pourquoi ces sculptrices animaliĂšres sont absentes de la scĂšne artistique, qu’elle soit musĂ©ale ou autre, alors mĂȘme que, de leur vivant, elles ont Ă©tĂ© reconnues, admirĂ©es et triomphantes. Il est ardu de trouver un portrait, une date prĂ©cise, de vĂ©rifier des faits, de trouver une documentation fiable les concernant. Pourquoi cet ostracisme ? Tant et si bien que la maison de la famille Piffard Ă  Vernouillet dans les Yvelines, oĂč Jeanne vĂ©cut, et qui appartient aujourd’hui Ă  la ville, abrita pendant plusieurs dĂ©cennies un commissariat de police, avant d’ĂȘtre abandonnĂ©e. Il y a quelques annĂ©es seulement, en 2017, le musĂ©e municipal Camille Claudel ouvrait ses portes Ă  Nogent-sur Seine. L’Ɠuvre de Piffard est abondante dans les collections publiques, en province et au MNAM, elle a elle-mĂȘme fait don Ă  la paroisse de Vernouillet d’une sculpture en tĂŽle dans les annĂ©es 50, un projet de musĂ©e Jeanne Piffard dans la maison familiale de Vernouillet ne serait-il pas opportun ? Lionceau assis

Terre cuite patinée

JANE Poupelet

1874-1932

La vie et l’Ɠuvre de Jane Poupelet sont fort bien documentĂ©s grĂące au travail d’Anne RiviĂšre35. Poupelet fut la premiĂšre femme admise Ă  l’École des Beaux-Arts de Bordeaux. CĂ©lĂšbre de son vivant, elle fut nommĂ©e Chevalier de la LĂ©gion d’Honneur36 ; ses Ɠuvres furent achetĂ©es par l’État, comme cet Ânon que nous prĂ©sentons et dont un exemplaire est conservĂ© dans les collections du musĂ©e d’Orsay37. Elle fut mĂȘme invitĂ©e Ă  la table du PrĂ©sident FalliĂšres (1911). Poupelet fut de surcroĂźt la plus internationale des sculptrices animaliĂšres françaises, reconnue outre-Manche et exposant dans le monde entier. Tout au long de sa fulgurante carriĂšre, Poupelet rĂ©alisa conjointement des Ɠuvres animaliĂšres et des figures humaines38. AprĂšs les Beaux-Arts de Bordeaux et l’AcadĂ©mie Julian, elle suivit les conseils de Rodin et Bourdelle, mais surtout du sculpteur bordelais Lucien Schnegg (1864-1909). « Dans le Paris de l’aprĂšs Rodin, elle rallie la bande Ă  Schnegg, pour lequel elle posera et qui deviendra son mentor, qui prĂ©conise « le retour aux cadences architecturales de la sculpture. »39 Poupelet fut aussi la plus fĂ©ministe des sculptrices animaliĂšres du dĂ©but du XXe siĂšcle40. Le pseudonyme masculin Simon de La Vergne, qu’elle argua pendant trois ans (1899-1901), lui permit d’obtenir une mĂ©daille de bronze au salon de 190041. Co-fondatrice du salon des Tuileries, du Groupe des XII avec Pompon (1931), elle n’eut de cesse de mettre son art au service de ses engagements. C’est trĂšs certainement grĂące Ă  son travail aux cĂŽtĂ©s des mutilĂ©s de guerre qu’elle passa Ă  la postĂ©ritĂ©42. Avec la sculptrice Anna Coleman Ladd (1878-1939), elles ouvrirent un atelier de reconstruction faciale43 pour redonner un visage aux « gueules cassĂ©es » de la Grande Guerre. « AprĂšs cette expĂ©rience, peut-on faire de la sculpture “comme avant“ ? »44. Il semblerait que, vers 1925, elle abandonna la sculpture pour le dessin, n’exposant plus de crĂ©ations nouvelles ; elle Ă©tait malade, mais aussi trĂšs affectĂ©e par la parenthĂšse de conquĂȘte des femmes qui, pendant la guerre, prirent une place qu’elles n’avaient jamais eue. Sur les photographies d’archives, Poupelet fait face aux mutilĂ©s, fumant, fixant l’objectif d’un regard assurĂ©, dans une position d’égalitĂ© face Ă  l’homme soldat. Les femmes crurent avoir conquis le droit de vote, qui leur fut refuser aprĂšs la guerre, malgrĂ© leur rĂŽle au sein de la Nation, leurs revendications et les promesses. Ce fut pour Poupelet une grande dĂ©ception. EngagĂ©e socialement, fĂ©ministe, indĂ©pendante, assumant ses choix, vivant de son art, voyageant, mais aussi empathique et permĂ©able au monde, Poupelet est une femme d’aujourd’hui.

ANNE-MARIE Profillet

1898-1939

Anne-Marie Profillet fit deux rencontres fondamentales dans sa vie, celle du sculpteur animalier Edouard Navellier (1865-1944), qui lui enseigna la sculpture aprĂšs ses cours de peinture, puis celle de François Pompon (1855-1933). Tous deux se rencontrĂšrent en 1928 au Jardin des Plantes, alors qu’ils y venaient observer leurs modĂšles vivants. Profillet exposa au sein du Groupe des XII, une nouvelle sociĂ©tĂ© d’artistes animaliers fondĂ©e en 1931 par Pompon et Jane Poupelet. Il n’y eut que deux expositions Ă  l’HĂŽtel Ruhlmann, la premiĂšre en 1932 et la seconde en 1933, Ă  l’occasion d’un hommage rendu Ă  Pompon par ses confrĂšres. En effet, les dĂšcĂšs de Poupelet en 1932 et de Pompon en 1933 mirent fin prĂ©maturĂ©ment Ă  cette association, qui nĂ©anmoins insuffla une Ă©mulation parmi les artistes animaliers, ainsi qu’une reconnaissance critique et publique.

Profillet pratiquait aussi bien le modelage que la taille directe, qu’elle affectionnait plus particuliĂšrement, travaillant des matĂ©riaux divers, et crĂ©a Ă©galement quelques modĂšles pour la Manufacture nationale de SĂšvres.

Le musĂ©e des Beaux-Arts de Rennes et le musĂ©e La Piscine Ă  Roubaix conservent la plupart de ses Ɠuvres, dĂ©pĂŽts du MusĂ©e national d’art moderne – Centre Pompidou.

ANNA Quinquaud

1890-1984

Anna Quinquaud est probablement la moins mĂ©connue des sculptrices que nous prĂ©sentons, la littĂ©rature ne manque pas concernant cette exploratrice, pour reprendre le sous-titre de la monographie parue en 201145. Chez les Caillaux-Quinquand, la sculpture est une affaire de femmes, tout comme l’amour pour la Creuse, et particuliĂšrement le village de Lafat, oĂč ThĂ©rĂšse Caillaux, la mĂšre d’Anna Quinquaud, fit installer un atelier pour elle et sa fille. Anna Quinquaud reçut le prix de sculpture du Salon des Femmes Peintres et Sculpteurs, organisĂ© par l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs (UFPS), fondĂ©e par HĂ©lĂšne Bertaux (1925-1909) Ă  Paris en 1881. L’UFPS est la premiĂšre sociĂ©tĂ© de femmes artistes en France, et l’une des associations artistiques qui perdura le plus longtemps (1994). En 1924, Anna Quinquaud fut laurĂ©ate du Grand Prix de Rome, mais elle prĂ©fĂ©ra l’Afrique Ă  la Villa MĂ©dicis. C’est encore grĂące Ă  l’action militante de la sculptrice HĂ©lĂšne Bertaux que les femmes purent concourir au Prix de Rome Ă  partir de 1903 ; rappelons que les grands prix de peinture et de sculpture furent créés en 1663 sous le rĂšgne de Louis XIV.

Comme le souligne sa petite-niĂšce, Carole Bennett, Anna Quinquaud « a toujours su saisir les opportunitĂ©s pour faire connaĂźtre son travail et s’imposer dans un monde artistique pas toujours facile. »

La jeune Ramatoa ou La Robe de paille

PlĂątre d’atelier, patinĂ© 1932-1934

SEBIR née Antoinette Champetier de Ribes

1892-1972

Antoinette Champetier de Ribes / Sebir, comme Jane Poupelet / Simon de la Vergne, ou encore Aurore Dupin / George Sand un siĂšcle plus tĂŽt, utilisaient des pseudonymes masculins. La rĂ©ception de l’Ɠuvre n’est pas indĂ©pendante de l’artiste qui la crĂ©e. Le critique d’art LĂ©once BĂ©nĂ©dite Ă©crivait en 1908, Ă  propos de la sculptrice Marie Gautier : « L’un des principaux mĂ©rites de l’art de Mme Marie Gautier, c’est que c’est bien un art de femme. » Marie Gautier n’avait pas pris de pseudonyme masculin.

Sebir est l’anacyclique - cas particulier d’anagramme qui se lit dans les deux sens mais dont la signification diffĂšre - de Ribes. Dans le Paris des annĂ©es 20, les Champetier de Ribes formaient un milieu ; ils Ă©taient des reprĂ©sentants de l’élite politique, intellectuelle, religieuse et militaire. Charles Christofle, le fondateur de la Maison Ă©ponyme, Ă©tait l’arriĂšre grand-oncle de Sebir ; elle travailla notamment pour cette maison.

ÉlĂšve de Maillol et de Landowski, Sebir maĂźtrisait parfaitement la technique de la taille directe, comme en tĂ©moigne l’Ɠuvre, en granit, que nous prĂ©sentons, et qui fut exposĂ©e en 1932 Ă  la galerie Brandt lors du Salon des Artistes Animaliers. Cinq ans plus tard, Sebir participa Ă  la premiĂšre exposition au Jeu de Paume, consacrĂ©e aux femmes artistes contemporaines et internationales, Les Femmes artistes d’Europe (1937).

Chatte et ses chatons

EUGÉNIE Shonnard

1886-1978

« Cette exposition, sa premiĂšre, qui rĂ©unit une soixantaine d’Ɠuvres, va enfin permettre d’apprĂ©cier Ă  sa valeur le grand talent de cette artiste. » Ces mots Ă©crits en 1926 par le cĂ©lĂšbre critique d’art Henri Saulnier Ciolkowski, dans la prĂ©face du catalogue de la premiĂšre exposition personnelle d’EugĂ©nie Shonnard, peuvent ĂȘtre repris stricto sensu aujourd’hui, un siĂšcle plus tard. Tout reste Ă  faire. Cependant, Shonnard travailla aux cĂŽtĂ©s de Rodin et Bourdelle, passĂ©s eux Ă  la postĂ©ritĂ©. Elle fut reconnue par ses pairs dĂšs son premier envoi au Salon en 1911, elle en devint sociĂ©taire, et fut encensĂ©e par la critique : « Robuste sans lourdeur, sensible, intelligent et mesurĂ©, son art est toujours plein de style et de grandeur. »46

De nationalitĂ© amĂ©ricaine, EugĂ©nie Shonnard arriva Ă  Paris en 1911, aprĂšs avoir suivi les cours de Mucha (1905-1911) pour le dessin et la peinture, ainsi que de James Earl Fraser pour la sculpture. Sa mĂšre, EugĂ©nie Smyth, nĂ©e Ă  Paris, l’accompagnait pour parfaire son art auprĂšs de Rodin et Bourdelle. Toutes deux quittĂšrent Paris en aoĂ»t 1914 par le dernier paquebot en partance pour les États-Unis, prĂ©cise Anne RiviĂšre dans son dictionnaire47. Ce n’est que plus tard, dans les annĂ©es 20, que Shonnard revint en France, probablement Ă  Paris et en Bretagne, Ă  l’occasion de ses participations aux salons français. Elle ne consacra pas toute sa carriĂšre Ă  la sculpture animaliĂšre, nourrissant une passion pour la culture Pueblo qu’elle dĂ©couvrit au Nouveau Mexique en 1925. Deux ans plus tard, elle s’installa dĂ©finitivement Ă  Santa Fe et son travail fut largement influencĂ© par les arts traditionnels indiens, comme en tĂ©moigne son Chef Ohayesa en communion avec le Grand-Esprit exposĂ© en 192648

Le Lapin accroupi aux oreilles couchĂ©es créé en 1923, probablement exposĂ© en 1926 Ă  Paris, fut acquis la mĂȘme annĂ©e par l’État français. AttribuĂ©e au musĂ©e national d’Art moderne [n. INV. JP 151 S], en dĂ©pĂŽt au musĂ©e national de la CoopĂ©ration franco-amĂ©ricaine du chĂąteau de BlĂ©rancourt (Aisne) depuis 1962, cette Ɠuvre est une variante du bronze que nous prĂ©sentons et qui figure sur la photographie d’archives montrant Shonnard dans son atelier, notre lapin prĂ©sent au fond Ă  droite.

JEANNE MARIE Van Rozen

1876-1948

NĂ©e Ă  Bruxelles, d’un pĂšre nĂ©erlandais et d’une mĂšre belge, Jeanne van Rozen eut une enfance ponctuĂ©e de multiples dĂ©mĂ©nagements, son pĂšre architecte cherchant en vain un travail ; il fut dĂ©clarĂ© ruinĂ© en 1881. La famille van SluĂżters finit par s’installer Ă  Paris en 1889. Fait rare, van Rozen divorça de l’historien Marcel SouliĂ© en 1911, dix ans aprĂšs son mariage. AprĂšs avoir Ă©tĂ© supprimĂ© en 1816 sous la Restauration, lorsque la religion catholique redevint religion d’État, le divorce avait en effet Ă©tait rĂ©tabli sous la IIIe RĂ©publique, le 27 juillet 1884 par la loi Naquet, qui n’y voyait qu’une sanction Ă  l’égard de la faute commise par l’un des conjoints. De plus, en 1908 fut instaurĂ©e la conversion automatique de la sĂ©paration de corps en divorce, sur la demande de l’un des exconjoints, trois ans aprĂšs le jugement de sĂ©paration de corps. Ainsi, au moment oĂč van Rozen divorça, la procĂ©dure Ă©tait facilitĂ©e, d’autant plus qu’elle vivait dĂ©jĂ  en concubinage avec le romancier AndrĂ© Mycho lorsqu’elle l’épousa en secondes noces en 1915.

Le nom empruntĂ© par les sculptrices n’est pas anodin, et l’usage du pseudonyme est frĂ©quent, l’emprunt d’un nom masculin Ă©galement. Van Rozen n’échappe pas Ă  cette constatation. Elle prend pour pseudonyme van Rozen en 1912, alors qu’elle modĂšle des poupĂ©es de caractĂšre, sous la marque van Rozen ; elle continua Ă  signer ainsi lorsqu’elle devint une sculptrice animaliĂšre reconnue. Cependant, on la retrouve Ă©galement sous le nom de son second mari AndrĂ© Mycho nĂ© Desboutin, fils du peintre et Ă©crivain Marcellin Desboutin (1823-1902).

Van Rozen exposa au Salon des Artistes français de 1912 Ă  1936 ainsi qu’au Salon d’Automne de 1928 Ă  1932. Elle connut un certain succĂšs et reçut plusieurs rĂ©compenses, dont la mĂ©daille d’or Ă  l’Exposition Internationale des Arts dĂ©coratifs et industriels modernes en 1925. L’annĂ©e suivante, elle fut nommĂ©e Chevalier de la LĂ©gion d’honneur.

Van Rozen semble avoir eu un mode de vie inhabituel en ce dĂ©but de siĂšcle, libĂ©rĂ© des convenances sociales, une vie moderne. Il en est de mĂȘme par exemple pour Jane Poupelet mais Ă©galement Rosa Bonheur au XIXe siĂšcle. Ces femmes artistes / artistes femmes, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici, Ă©taient aussi avant-gardistes dans leur maniĂšre de vivre leur vie de femme.

1.« Le plus souvent dans l’histoire, « anonyme » Ă©tait une femme », Virginia Woolf, A Room of One’s Own, 1929

2. Louis RĂ©au, « Une femme-sculpteur française au XVIIIe siĂšcle, Marie-Anne Collot », Bulletin de la SociĂ©tĂ© de l’Histoire de l’Art français, p. 229, 1924

3. Steven C. Hause, Hubertine Auclert, The French Suffragette, Yale, 1987

4. Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici, Femmes artistes / artistes femmes, éd. Hazan, Paris, 2007, p. 6

5. Simone de Beauvoir et GisĂšle Halimi, 1971

6. Victor Joze (1861-1933), La Plume, n. 154, 15 septembre 1895

7. Anne RiviÚre, Dictionnaire des sculptrices, éd. mare & martin, 2017

8. Octave Uzanne, La Femme Ă  Paris. Nos contemporaines, 1894

9. En 1865, l’impĂ©ratrice EugĂ©nie la dĂ©cora elle-mĂȘme Rosa Bonheur au rang de chevalier de la LĂ©gion d’honneur et dĂ©clara : « Vous voilĂ  chevalier, je suis heureuse d’ĂȘtre la marraine de la premiĂšre femme artiste qui reçoive cette haute distinction ».

10. Anne RiviÚre, Dictionnaire des sculptrices, éd. mare et martin, 2017

11. Un suffrage censitaire pour les femmes de plus de 30 ans existait depuis 1918.

12. Catalogue collectif des collections des musées de France

13. Guerrilla Girls, 1989

14. Ainsi que 28 organisations

15. Anne RiviÚre, Dictionnaire des sculptrices, éd. mare et martin, 2017

16. L’Art vivant, n. 222, Juin 1938, p. 36

17. NumĂ©ro d’inventaire AM 893 S

18. Le Figaro artistique, Mars 1837

19. Art. « Lady Clerk », in La Renaissance, 1935

20. Ibidem

21. Art et Décoration, art. « Marie Gautier », Juillet 1908

22. Ibidem

23. Ibidem

24. Ibidem

25. Anne RiviÚre, Dictionnaire des sculptrices, éd. mare & martin, 2017

26. Médaille de 1951 conservée à la National Gallery of Art de Washington

27. In Le Courrier graphique, n.58, mai-juin 1952, « Josette HĂ©bert-CoĂ«ffin ou la conquĂȘte d’un art Ă©quilibrĂ© », GĂ©o-Charles

28. Il existe quatre rĂ©pliques de la statue Ă©questre de Jeanne d’Arc, Ă  Blois, QuĂ©bec, Gloucester, San Francisco, ainsi que des rĂ©ductions

29. La Hispanic Society of America fut fondée à New York en 1904.

30. Art et Décoration, février 1913

31. Salon des Peintres orientalistes en 1913, deux plĂątres, ZĂ©bu de Madagascar et Chevreaux de Malte ; le Salon des Artistes Français en 1924 ; le Salon d’Automne Ă  partir de 1928 ; le Salon des Artistes DĂ©corateurs et le Salon des Tuileries

32. Deux lapins Ă  la grappe de raisin, 1932, Granit rose, Xavier Eeckhout, Tefaf Maastricht 2019

33. Attribué à la Ville de Maubeuge en 1962

34. Cheval sauvage, 1934-1942 ; 1938 : Antilope, Cheval couché, Cheval marin, notamment

35. Anne (dir.), Jane Poupelet : 1874-1932 : « la beautĂ© dans la simplicitĂ© », cat. expo., La Piscine, Roubaix ; musĂ©e des beaux-arts, Bordeaux ; MusĂ©e Despiau-WlĂ©rich, Mont-de-Marsan (2005 –2006), Ă©d. Gallimard, Paris, 2005

36. En 1928, 34 ans aprĂšs Rosa Bonheur, premiĂšre femme promue au grade d’Officier de la LĂ©gion d’Honneur

37. Sous le numĂ©ro d’inventaire RF 3401

38. « Elle ne va pas au Jardin des Plantes : ce n’est point la surprise de la ligne qui la tente, ni ce romantisme de l’exotique et ce dramatisme des sculpteurs de fauves », Gustave Kahn, 1927

39. C’est-Ă -dire le canon des proportions du corps humain inspirĂ© de celles de l’architecture. C. Gonnard et E. Lebovici, Femmes artistes / artistes femmes, Hazan, Paris, 2007

40. Poupelet fut introduite dans les milieux féministes américains par la sculptrice Janet Scudder (1869-1940) et rencontra, à la fin des années 1890, la suffragiste française Hubertine Auclert (18481914).

41. « Sans savoir que c’est une femme le jury lui dĂ©cerne une mĂ©daille de bronze pour une fontaine dĂ©corative en 1900 », Anne RiviĂšre, Dictionnaire des sculptrices, Ă©d. mare et martin, 2017.

42. France Culture, émission Une Histoire particuliÚre, documentaire de Lila Boses, réalisé par François Teste

43. 1918-1920, Atelier des masques, 86 rue Notre-Dame-desChamps, Paris

44. Gonnard et Lebovici, 2007

45. Anne Doridou-Heim, Anna Quinquaud. Exploratrice. Sculptrice. Voyage dans les années 30, éd. Somogy, Paris 2011

46. Galeries J. Allard, EugĂ©nie Shonnard, catalogue d’exposition, Paris,1926

47. Anne RiviÚre, Dictionnaire des sculptrices, éd. mare & martin, 2017

48. Galeries J. Allard, boulevard des Capucines, Paris

Remerciements

Je tiens à exprimer ici mes sincÚres remerciements à toutes celles et ceux qui ont contribué à la réalisation de ce catalogue, Fanny Ardant, pour son merveilleux poÚme en prose, Michaël Cohen, pour son amitié indéfectible, Aurélie Pagot pour la rédaction et la coordination, Annabelle Pegeon pour la conception, Bénédicte Lemoine et Charlotte Moreaux pour les recherches, ainsi que les bibliothécaires, documentalistes et libraires pour leur disponibilité.

Crédits photographiques

Ânon par Jane Pouplet : Galerie Malaquais, Paris/photo : FrĂ©dĂ©ric Fontenoy-Alkama

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