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48 23 - 29 ao没t 2013

Une semaine


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La ligne rouge de l’inertie

Deux ans et demi. Deux ans et demi à décompter les victimes jour après jour. Deux ans et demi, 100 000 morts et deux millions de réfugiés… au moins. Puis un matin d’été, entre vacances et reprise molle, nos yeux ahuris ont été pris de court : recouverts d’un linceul blanc, les corps alignés occupaient tout l’écran ; image immaculée, glaciale… froide comme ces centaines de cadavres d’enfants livides, gazés. La “ligne rouge” a donc été franchie, ce 21 août 2013.

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Depuis lors, sur fond d’appels au secours étouffés par le bruit des bottes, les puissants de ce monde s’invectivent, se menacent d’une action décisive, promettent les pires fléaux. L’agitation est donc à son comble dans les chancelleries. On compte ses sous, ses avions, ses munitions. On promet une punition exemplaire… Puis, le ballon se dégonfle, le doute s’impose : qui est responsable et pourquoi sont-ils morts ? Quelles conséquences nécessairement tragiques aura cette intervention ? Est-on prêt à la flambée des cours du brut ? A-t-on réellement envie de tenir tête au géant gazier russe qui a fait de l’opposition à l’Occident, la ligne directrice de sa diplomatie ? Doit-on aussi, appuyer une opposition syrienne dont on sait qu’elle est largement infiltrée par des combattants djihadistes auxquels on ne saurait se fier et qu’elle est incapable de former un éventuel gouvernement provisoire ? Bref, dans quel engrenage pénètre-t-on et pour quel résultat ? Alors, pendant qu’on attend le résultat des analyses conduites par les enquêteurs de l’ONU pour lever les derniers doutes, ça et là, des navires de guerre se tiennent prêts. Sur les ondes, chacun annonce haut et fort les forces déployées : les grandes puissances jouent leur haka ; il s’agit d’impressionner l’ennemi avant d’engager le combat… ou pas !

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Nos va-t-en-guerre sont en effet très isolés et ont bien du mal à trouver le soutien du peuple : sceptique, celui-ci ne sait plus si la cause est juste et craint le cynisme de ceux qui veulent se partager les richesses de cette Terre.Triste héritage que nous auront laissé les mensonges de l’administration Bush et qui ont ouvert une autoroute de falsification, tant pour les conspirationnistes que pour les propagandistes. L’information ne passe plus et l’on est bien en peine de savoir qui, des médias occidentaux, russes ou syriens, dit la vérité. Mais on ne peut s’empêcher de penser que les preuves présentées cette fois sont plus difficilement manipulables qu’une petite fiole brandie à la tribune de l’ONU et qu’on ne peut pas, moralement, laisser perpétrer de tels massacres. Je crains Munich autant que la guerre et j’avoue : je fais davantage confiance aux médias des pays démocratiques qu’à ceux des dictatures ! Toujours est-il que la crise syrienne aura été l’occasion de renouer avec l’ambiance délétère de la guerre froide : massacres impunis, division des opinions publiques manipulées, surenchère de menaces et d’ultimatums… population mondiale sous tension, rivée à ses écrans, guettant les premières bombes d’un conflit étendu bien au-delà des frontières syriennes… On évoque à mots à peine couverts le risque d’une guerre mondiale… en espérant se tromper !

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C’est qu’il est bien tard pour réagir : depuis deux ans et demi, l’ONU est paralysée. Malgré le massacre de Houla (voir page suivante), malgré les crimes de guerre et contre l’humanité maintes fois dénoncés par les ONG sur place, l’ONU n’a pas pu protéger les civils : les résolutions condamnant la répression en Syrie ont été rejetées par les vetos russes et chinois et même l’option de la mise en place de corridors humanitaires n’a pu être adoptée. Mais n’accusons pas les seuls Russes ou Chinois de la tragique inertie de l’ONU. Les responsabilités sont multiples et le fiasco systématique. Car oui, c’est bien le système — plus précisément le mode de fonctionnement du Conseil de sécurité — qui est en cause, une fois encore. Ce systéme est injuste et le droit de veto que se sont accordées quelques puissances est antidémocratique. Il est contraire aux principes mêmes de la charte des Nations Unies. À ce titre, il condamne les ambitions pacifistes et humanistes de l’ONU à n’être que des vœux pieux : il maintient en place un (dés)ordre mondial d’un autre âge. Il offre aux tenants de ce veto, une suprématie indue sur la planète toute entière. La règle démocratique ne peut souffrir d’exception : « one vote, one person », c’est mon credo. Alors oui, tant que sera maintenu ce droit de veto, le déséquilibre mondial perdurera par la seule volonté de cinq dirigeants : le déséquilibre, le désordre… Et finalement, quoi ? Le chaos 

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Diptyque réalisé pour illustrer le massacre de Houla fin mai 2012. Ce jour-là, le monde découvrait une méthode d’épuration systématique : phase 1 : pilonnage du village par l’aviation, phase 2 : fouille des maisons et exécution des survivants.

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Avant les vacances J’avais consacré un numéro de la Semaine ARySQUE au calvaire subi par les femmes du Kivu (RDC). Une pétition pour la création d’un tribunal spécial international circule sur la toile. Pour la signer, c’est par là : http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/stop-au-viol-comme-arme-de-guerre-pour-un-tribunalp%C3%A9nal-international-pour-la-r%C3%A9publique-d%C3%A9mocratique-du-congo

Tous les numéros d’Une Semaine ARySQUE sont sur

www.arysque.blogspot.fr

Une Semaine ARySQUE n°48  

Chaque vendredi l'actualité de la semaine passée à l'encre et au vernis à ongles. N°48 : 23-29 août 2013

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