036/ZOOMPLANTEMAGIQUE
Par Nathalie Rigoulet
Après le Boum de l’Argan, la figue de Barbarie à l’Affiche ! Appelée Karmouss nssara (“figues des chrétiens” en Darija), et Akermus, ou encore Tahendit en tamazight, on la voit partout au Maroc et on se demande toujours comment cueillir ce fruit hérissé de glochides, ces petits aiguillons pas sympas et irritants pour la peau dont il faut se débarrasser pour goûter l’intérieur ! En les frottant avec une brosse, à sec ou dans l’eau, il semblerait que ce soit possible !
C
es dernières années la communauté scientifique a enfin reconnu les propriétés incontestables de la figue de Barbarie ; et depuis, c’est l’euphorie ! La précieuse huile trône en tête des rayons cosmétiques à côté de la non plus fameuse huile d’Argan. Si le grand public découvre seulement aujourd’hui les bienfaits de cette plante, elle appartient depuis toujours à la pharmacopée des Indiens d’Amérique, les populations précolombiennes la considérait au même titre que l’Agave, le Chocolat, le Maïs, le Cereus et le Peyotl, comme une plante sacrée. Tout-à-fait à son aise dans les régions les plus arides, cette plante, présente au Maroc depuis trois siècles, est traditionnellement utilisée dans la pharmacopée ancestrale des Berbères de l’Atlas pour ses propriétés thérapeutiques et cosmétiques. Mais d’où vient cette plante si vertueuse ? La figue de Barbarie (Opuntia ficus-indica) fait partie de la famille des Cactaceae, emblématique du Mexique dont elle est originaire. Il faudra attendre les voyages de Christophe Colomb pour découvrir en Europe ce fruit à l’allure étonnante. Le figuier de Barbarie se diffuse rapidement dans le bassin méditerranéen et dans l’hémisphère sud (Afrique du Sud, Madagascar, La Réunion, Ile Maurice, Inde, Sri Lanka, Australie, Nouvelle-Calédonie) jusqu’à devenir un véritable fléau.
Toutefois, les choses ont bien changé, car cette plante est aujourd’hui cultivée dans de nombreux pays. Le figuier de Barbarie est cultivé principalement pour la production de ses fruits et, plus marginalement, pour ses pousses consommées comme légumes au Mexique, et pour l’élevage de la cochenille pour la production d’un colorant rouge aux Iles Canaries. La figue de Barbarie -ou poire cactus- est une baie charnue dont le poids varie entre 50 et 400g. Ce fruit au goût très doux est aujourd’hui devenu un fruit précieux ! Il faut environ une tonne de figues pour obtenir 1 litre d’huile de ce fameux cactus. Obtenu par pression à froid des graines, ce précieux liquide regorge de vitamines C, E anti-oxydantes et d’acides gras essentiels qui nourrissent en profondeur et tonifient la peau, agissant contre le vieillissement cutané. Reconnue aussi pour ses vertus réparatrices, elle semble efficace pour atténuer les cicatrices, boutons d’acné et diminuer les vergetures, de quoi séduire évidemment ! Elle pénètre rapidement dans l’épiderme et convient à tous types de peaux : grasse, sèche ou mixte. Des bruits courent que les pouvoirs de cette huile dépasseraient ceux de l’huile d’Argan ! Hydratante, nourrissante et adoucissante, l’huile de figues de barbarie possède, entre autres, 65 % d’acides gras poly-insaturés (nourrissants) (contre 33 % pour l’Argan), ainsi qu’un taux de vitamine E (anti-oxydante) supérieur à 100mg /
100g (contre 65mg pour l’Argan). La figue de Barbarie est aussi un puissant anti-diarrhéique qui aurait un effet notoire de réduction des taux de glucose sanguin, de cholestérol et de triglycérides sanguins. Une expérience locale de la culture de cette plante qui pique ! Nous avons rencontré Redouane Stoti, directeur de l’entreprise Inkubia, installée dans la région de Rhamna (50km de Ben Guerir) qui, depuis 4 ans, travaille en collaboration avec les familles locales pour récolter et transformer ces figues “on récolte les graines, on les sèche et on extrait l’huile. Un travail long et difficile, mais qui donne au final une huile végétale naturelle 100% bio certifiée Ecocert, très demandée au Maroc et sur le marché international”. Spécialisée dans la fabrication d’huiles végétales et huiles essentielles, Inkubia surfe sur l’engouement pour les vertus uniques de la figue de Barbarie. Redouane annonce même la mise au point de crèmes et autres serums pour 2014. L’Etat marocain et l’INDH (Initiative nationale pour le développement humain) ont bien compris le potentiel économique prometteur de ce précieux cactus, ils subventionnent sa culture et le matériel nécessaire pour sa transformation. Plante à suivre !