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CQFD Ce qu’il faut désirer, découvrir...

TITOUAN LAMAZOU Carnet de route d’un artiste voyageur

SAID TAGHMAOUI Acteur sans frontières

MARRAKECH EXPRESS Les plus belles adresses de la ville

MODE & DESIGN Des créateurs de talent

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CHOPARD BOUTIQUE CASABLANCA - Rue Ain Harrouda, Résidence El Manar - Tél. +212 (22) 39 20 20 DIAMONTRE - Rabat Marjane Hay Riad - Tél. 037 71 70 62


Éditorial

Cosmopolite, chic et contemporain Comme un être follement aimé que l’on ne peut oublier, le Maroc cristallise irrésistiblement l’attention. Désirs d’ailleurs, d’art de vivre, de douceur, de fureur, de foisonnement culturel et humain, de contrastes temporels, qui font se croiser sur la même avenue une robuste limousine et une carriole chargée de paniers… Le Maroc retient admirablement l’hier et l’aujourd’hui. Le Maroc est sans âge, il est “maintenant” mais aussi “autrefois”. Il est l’ici et l’ailleurs. Si constant, si changeant. Vous l’aurez compris, le Maroc et Marrakech nous captivent, ils sont inscrits au plus profond de notre cœur. Nous avons voulu vous le dire au fil des pages de ce nouveau magazine, qui porte fièrement le trio de chiffres reliant le pays entier au reste du monde. Ce qui résume parfaitement notre souhait. Creuser l’immense créativité nationale tous azimuts, et en retenir les formes et les témoins actuels les plus frappants, étendre cette même curiosité au reste de la planète, être à l’écoute des phénomènes culturels, stylistiques et sociologiques qui scandent régulièrement les nouvelles manières de vivre, scruter les lieux et destinations du Globe qui, à l’image du Maroc, ont une singulière personnalité. Sans limites aucune, l’être et le paraître nous importent, dès lors qu’ils s’adossent à un savoir-faire, un talent, une originalité. 212 se veut la sentinelle d’un pays, d’une ville et d’un monde en mouvement créatif. A travers ce premier numéro de ce qui deviendra, nous l’espérons, votre magazine nous sommes heureux de partager nos découvertes, notre enthousiasme.

Jean-Jacques Fourny directeur de la publication Mouna Anajjar directrice générale et rédactrice en chef

212 MAGAZINE : Publication éditiée par la Sarl Another éditions Maroc - R.C. 26 171 - Patente : 45191132 - I.F. 06520612 - CNSS : 7399464 - Bureaux : 7, rue de la Liberté, Guéliz, Marrakech, Maroc - E.mail : info@anothereditions.com - Tél. : 024 42 02 49 - Fax : 024 42 21 18 - Directeur de la publication : Jean-Jacques Fourny. E-mail : jjf@anothereditions.com Directrice Générale et Rédactrice en chef : Mouna Anajjar. Tél. : 024 44 97 09. E-mail : mouna@anothereditions.com - Rédaction : Yamina Benaï, Véronique Bruez, Christian Debois-Frogé, Fred Haffner, Béatrice Nouveau, Corentin de Penanster, Hélène Zemmour - Publicité : Constance Thiollier. Tél. : 024 42 02 49. E-mail : constance@anothereditions.com - Conception graphique : Jacques Plé - A collaboré a ce numéro : Zineb Semlali Photographes : Robert Diadul, Georg Wendt - Impression : Direct Print, Casablanca - Dossier de presse : 07/14 - Dépôt légal : 2007/0119 ISSN : En cours - Tous droits de reproduction réservés (titres, textes et photos). La rédaction décline toute responsabilité pour tout matériel photographique, iconographique ou rédactionnel, qui lui serait parvenu sans demande expresse de sa part.


Magazine 212 novembre 2007 n° 1

04 212 Culturoscope : CQFD

66 Créateurs : Designers marocains

10 Littérature : Livres et beaux livres

70 Shopping : Joaillerie & horlogerie

14 Interviews : Plumes inspirées

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18 On line : Second life

84 Shopping : Accessoires

22 Vibrations : Youssou N’Dour

88 Mode : Elisabeth 1

24 Techno : Ipod maniac

94 Beauté : Les pierres précieuses

28 Rencontre : Saïd Taghmaoui

96 Shopping : Beauté

32 Festival : Festival de Fès

98 Regard : L’oeil de Jean- Bernard Yaguiyan

34 Escales : Titouan Lamazou

108 Balade : Marrakech Express

44 Univers : Ich & Kar

112 Saveurs : Un boeuf en cuisine

48 Formes : L’architecture selon KO

116 Passion : Le golf de Dar Es Salam

52 Design : Made in Italy

120 Tourisme : Quand hôtelerie de luxe rime avec écologie

56 Lignes : Anouchka Hempel

126 212 News express : Restez branchés

60 212 Observatoire : Tendances

128 Carnet d’adresses : Balade à Marrakech

Mode : Hôtel-style


212 Culturoscope CQFD

CQFD ICI

04 05 ENRICO NAVARRA ET L’ORIENT...

Ce Qu’il Faut Découvrir MILOS FORMAN, UN PRESIDENT POUR LE FESTIVAL DU FILM DE MARRAKECH C’est de source officielle : pour la 7è édition du Festival international du Film de Marrakech, placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la présidence du jury est confiée à Milos Forman. Deux fois primé aux Academy Awards en tant que Meilleur Réalisateur pour ”Vol audessus d’un Nid de Coucou” et ”Amadeus”, Milos Forman a su combiner et assimiler le meilleur de la tradition du cinéma américain et européen. Né en Tchécoslovaquie, il est parmi une poignée de réalisateurs étrangers à rencontrer un succès international, sans être catalogué dans un genre ou une nationalité spécifiques. Ses films célèbrent avant tout l’individu, et décryptent les comportements humains. Cette année, le FIFM prévoit de nous transporter en Egypte en rendant hommage aux 100 ans du cinéma égyptien. Une cinématographie qui a fortement contribué à la définition d’une identité culturelle arabe contemporaine, à travers la richesse de ses œuvres. Une rétrospective d’une quarantaine de films sera projetée, en présence des grands noms de ce cinéma. ■ Du 7 au 15 décembre 2007 à Marrakech. Infos sur www.festival-marrakech.com

Le sens aigu des relations humaines, l’inventivité, l’audace et le flair artistique d’Enrico Navarra ont permis à l’Italien de Paris de faire résonner son nom de par le monde, auprès des plus grands collectionneurs. Ses cimaises ont accueilli, entre autres, les premiers émois de la peinture chinoise au début 2000, ou encore les toiles de Jean-Michel Basquiat, qu’il avait acquises au bon moment… Galeriste sans frontières basé à Paris, où il expose dans son lieu lumineux, Navarra a su fort habilement associer air du temps, sensibilité artistique personnelle et sens des affaires qui lui permettent, aujourd’hui, de mettre en œuvre les projets les plus ambitieux. Après avoir publié une somme sur la production artistique indienne contemporaine, il s’attache à l’univers du monde arabe via un ouvrage de la même collection ”Made by”, qui explore en trois volumes reliés sous coffret et quelque mille et une pages, une créativité multiple et passionnante... Avant de décliner ce principe d’exploration sur l’Asie.

PIAF : UNE VIE EN ROSE ET NOIR L’évènement de l’automne de Marrakech bientôt à Casa Un décor en toute sobriété, une interprète de grand talent —Nathalie Lhermitte—, un excellent accordéoniste —Aurélien Noël—, et un grand auteur narrateur —Jacques Pessis. Quatre ingrédients auxquels se sont ajoutés un zeste de nostalgie… et la magie a opéré le 1er novembre dernier au Théâtre Royal de Marrakech. “BlueGreen Entertainment” a choisi comme première production au Maroc un spectacle de qualité dédié au grand public, thème hybride entre concert et pièce de théâtre, qui nous transporte immédiatement dans le monde de la Môme pour n’en atterrir qu’au bout de 90 minutes d’émotions intenses. Après avoir ému le public Français pendant deux ans, “Piaf : une vie en rose et noir” a offert au public Marrakchi sa 350è représentation mondiale, et souhaite bientôt faire vibrer les Casablancais au son de “l’hymne à l’amour”. ■ Date prévue : le 26 janvier 2008 Renseignements sur l’Infoline : 015 647 563

UN FESTIVAL À NE PAS MANQUER Pendant sept jours, la 2ème édition du Festival des Arts de Marrakech (AiM) promet de nous offrir une plateforme de débat sur la création contemporaine dans le monde et la région, illustrée par des expositions de peintures, photographies -dont une de photographies contemporaines d’Afrique du Sud au Musée de Marrakech-, projections de films d’art, débats littéraires et discussions animées sur l’écriture du scénario. Comme invités, on attend, entre autres, le célèbre John Boorman (réalisateur primé à Cannes), le talentueux Stephen Frears (réalisateur du film ”The Queen”), ou encore le Marocain Faouzi Ben Saidi ( ”What a Wonderful World”)... Les événements auront lieu dans des espaces éclectiques et remarquables de la ville : le ”boutique hôtel” Riad El Fenn, Ksour Agafay -un Riad du XVIè s. devenu club social-, le fameux restaurant Dar Yacout, le centre culturel Dar Cherifa, les galeries d’art Rê, 127, Light et Matisse, l’ESAV (Ecole Supérieure des Arts Visuels de Marrakech, le Théâtre Royal, et le Musée de Marrakech. ■ Du 23 au 30 novembre 2007 à Marrakech. Plus d’infos sur www.aimfestival.org


CQFD AILLEURS Ce Qu’il Faut Découvrir

L’ART MAROCAIN À L’HONNEUR AUX ETATS-UNIS La plus grande manifestation consacrée à des plasticiens marocains aura lieu aux Etats-Unis, à la Faucolner Gallery, située dans le Grinnell College à Grinnell dans l’Iowa. Kay Wilson, commissaire de cette exposition, a arrêté son choix sur sept artistes : Hicham Benohoud, Mohamed El Baz, Hassan Darsi, Mounir Fatmi, Saffa Erruas et Ikram Kabbaj. Cette exposition montre des travaux d’artistes produits spécialement pour l’événement et vise à ouvrir les portes des galeries américaines aux artistes marocains. ■ Jusqu’au 16 décembre 2007 à la Faucolner Gallery, de Grinnell, Iowa (USA)

Tête du père, plate I, vers 1927-1930 Plâtre, 28,4 x 22 x 14,6 cm Coll. Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris, © Adagp

”TOUT SUR GIACOMETTI” Tel est le nom de l’exposition que le Centre Georges-Pompidou nous présente en collaboration avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti. Une rétrospective inédite de l’œuvre d’Alberto Giacometti (1901–1966) et la présentation, pour la première fois, de toutes les facettes de la création de l’artiste : son espace de création, son atelier, et des œuvres rares souvent inconnues du grand public. Plus de 600 œuvres qui mettent en valeur la force créatrice de cet artiste majeur du XXè siècle et sa méthode de travail, composante essentielle de son œuvre. ■ Jusqu’au 11 février 2008 à Paris, au Centre Georges-Pompidou. www.centrepompidou.fr

La National Portrait Gallery de Londres nous invite à découvrir une superbe galerie de portraits façon Pop Art. Véritable passerelle entre le Pop Art américain et britannique, cette exposition mêle les œuvres de 28 artistes Pop des années 50 et 60 : Andy Warhol, Peter Blake, Richard Hamilton, et bien d’autres… La cerise sur le gâteau : une section spéciale dédiée à Marilyn. ■ Jusqu’au 20 janvier 2008 à Londres, à la National Portrait Gallery. www.npg.org.uk © Allen Jones

©The Estate of Ray Johnson at Richard L. Feigen & Co

UNE VIRÉE POP ART À LONDRES

À gauche : Oedipus (Elvis Johnson #1) by Ray Johnson, 1956-57 et à droite : Interesting Journey by Allen Jones, 1962.


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CQFD AILLEURS Ce Qu’il Faut Découvrir L’ŒUVRE D’UN AS DU DESIGN ”Small Talk”, une exposition inédite dédiée à l’un des Designers les plus intéressants du moment, l’Allemand Konstantin Grcic. Élu créateur de l’année au Salon Maison & Objet de 2007, son œuvre s’inscrit dans la filiation de Jasper Morrison, avec une écriture rigoureuse et minimaliste. A l’invitation du musée, Grcic a choisi d’établir un dialogue entre ses propres créations et certaines œuvres des collections anciennes du musée. ■ Jusqu’au 27 janvier 2008 à Paris, au Musée des Arts décoratifs. www.lesartsdecoratifs.fr

3 000 CHEFS-D’ŒUVRE DE L’ART ISLAMIQUE Le musée des Arts décoratifs possède et expose une collection riche de 3 000 œuvres d’art de l’Islam. Exceptionnelle, tant par le nombre des objets que par leur qualité, elle comprend plusieurs chefs-d’œuvre uniques au monde (tapis, tissus, céramiques, miniatures...) ■ Jusqu’au 13 janvier 2008 à Paris, au musée des Arts décoratifs. www.lesartsdecoratifs.fr

MUSIQUE Les grands come-back du moment LED ZEPPELIN, le groupe british légendaire revient avec un concert unique à L’Arène 02 dans l’est de Londres, 27 ans après sa dissolution. Plus de 20 millions de fans ont tenté d’obtenir leur billet pour voir les trois membres survivants du groupe : le guitariste Jimmy Page, le chanteur Robert Plant et le bassiste John Paul Jones. Le batteur John Bonham, mort en 1980, sera remplacé par son fils Jason. Les bénéfices du concert seront reversés à la fondation pour l’éducation musicale créée après la mort du fondateur du label Atlantic Records, Ahmet Ertegun, grand découvreur de talents : Ray Charles, Aretha Franklin, les Rolling Stones, Abba… Sans oublier Led Zep sur qui il avait misé sans les connaître, et qui ont ensuite révolutionné le rock&roll. ■ Le 26 novembre 2007 à Londres, à L’Arène 02. Après trois ans d’absence, le grand retour de BRITNEY SPEARS sur la scène des MTV Video Music Awards à Las Vegas a fait événement. Après une saga de déboires médiatiques, le calme semble être revenu

pour le plus grand plaisir de ses fans… Elle prévoit en plus la sortie d’un nouvel album, ”Gimme More”, en novembre 2007. ■ Infos sur www.myspace.com/britneyspears FAUDEL aussi fait son come-back avec son premier best off L’essentiel. Un opus de 15 titres dans lequel on retrouve ses titres phares comme Tellement je t’aime, Je veux vivre ou encore Abdel Kader mais également deux inédits comme J’ai chaud et Encore une fois. On est content de savoir que ce petit prince du raï qui a remarquablement marqué l’année 2006 —disque d’or avec Mundial Corrida (plus de 200 000 albums vendus), disque de platine sur le single Mon pays, sonnerie d’or Mon pays, nominé aux NRJ Awards dans les catégories ”Artiste francophone de l’année” et ”Chanson de l’année”— est de retour.


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CINÉMA Tendances sur la toile

LAGERFELD SUR GRAND ÉCRAN Rodolphe Marconi a suivi et filmé Karl Lagerfeld pendant deux ans pour faire son nouveau film ”Lagerfeld Confidentiel”. Portrait intimiste et touchant, ce film montre les deux faces de Karl, côté public et côté privé. Seulement 20 secondes sans ses fameuses lunettes de soleil mais 1h30 d’un Lagerfeld somme toute méconnu.

AL GORE & LEO DI CAPRIO : MÊME COMBAT L’ancien vice-président américain Al Gore est connu pour son engagement pour la planète. En 2006 il a filmé ses conférences pour en faire un documentaire, ”Une vérité qui dérange” afin de rendre son message accessible à tous. Il a co-oragnisé cet été ”Live Earth” : sept concerts dans sept villes du monde réunissant notamment Madonna, Red Hot Chilli Peppers, Alicia Keys, Gwen Stefani et bien d’autres. Plus de 2 milliards de personnes ont vu les retransmissions de ce show planétaire. Prochain relais, le docu ”La 11e Heure, le dernier virage” produit par Leonardo Di Caprio, sorti en août aux Etats-Unis, au cinéma début janvier en Europe. Le but de la star d’Hollywood est le même : nous convaincre qu’il est urgent d’agir pour limiter le réchauffement climatique.

UN MANGA 100% FASHION Né du créateur de “Ghost in the Shell” avec Le génialissime John Woo à la production et une héroïne dont la garde robe est entièrement signée Miucia Prada “Appleseed : ex machina”, est le nouveau Manga branché à ne pas manquer. www.appleseed.fr


10 11 Littérature

Dans la peau d’un autre Pèlerinage insolite au Maroc avec les mages Regraga, de Manoël Pénicaud Editeur : Presses de la Renaissance Non loin de Marrakech et d’Essaouira, très loin pourtant du Maroc des clichés touristiques, les confréries Regraga accomplissent un rituel millénaire de quarante jours pour rendre hommage aux saints ancêtres, parmi lesquels les sept fondateurs, chrétiens d’origine, qui auraient importé l’islam au Maroc à l’époque du prophète Mohammed. Manoël Pénicaud les a accompagnées et nous révèle au fil de ce pèlerinage ancestral une autre réalité de la foi musulmane, haute en couleurs, festive, profonde. Grâce à son humilité mais aussi à son humour, l’auteur, cet étranger dont on se méfie au départ, parvient peu à peu à se faire accepter par ces pèlerins rustres mais rayonnants d’une grâce particulière.

Au secours, pardon, de Frédéric Beigbeder Éditeur : Grasset Un homme se croit libre comme la Russie, et va s’apercevoir que la liberté n’existe pas. ”C’est l’année de mes quarante ans que je suis devenu complètement fou.” A Moscou, Octave Parango est chargé par une marque de cosmétiques de trouver la plus jolie femme du monde. Lena a la détermination boudeuse des jeunes filles et la beauté d’un ange démoniaque. On se damnerait pour la sauver ou se perdre avec elle. A Moscou, puis à Saint-Pétersbourg, Octave fera les deux. Dans la cathédrale récemment reconstruite, il confesse ses turpitudes à un pope qui hoche la tête avec compassion. Lequel des deux sauvera l’autre ? Lequel des deux périra le premier ?

Avant les hommes, de Nina Bouraoui Éditeur : Stock C’est l’histoire d’un garçon qui vit seul avec sa mère dans un petit pavillon non loin d’une cité. C’est l’histoire d’un été, saison dangereuse et violente. C’est l’histoire de Jérémie qui s’ennuie et de son obsession pour Sami. L’histoire d’une désertion aussi. Il n’y a aucun espoir amoureux dans ce

livre, parce que le corps prend tout, il est invasion de tout. C’est le feu, c’est l’attente, c’est la frustration. C’est le vide et le vertige. La jeunesse est un état sauvage où tout peut arriver, tout peut se détruire, parce que tout tient sur une seule force : le désir.

Echo Park, de Michael Connelly Éditeur : Seuil En 1993, la jeune Marie Gesto disparaît à la sortie d’un supermarché d’Hollywood. L’affaire est confiée à l’inspecteur Bosch, qui ne peut la résoudre, la victime n’ayant jamais été retrouvée. Treize ans plus tard, soit en 2006, Bosch reçoit un appel lui signalant qu’un suspect accusé de deux meurtres de femmes particulièrement ignobles, dont celui de Marie Gesto, est prêt à passer aux aveux moyennant un recours à la procédure du “plaider coupable” qui lui éviterait la condamnation à mort. La tâche de Bosch consiste donc à recueillir ces aveux et à vérifier si l’assassin n’est pas en train de blouser l’appareil judiciaire afin d’éviter la piqûre.

Istanbul, souvenirs d’une ville, d’Orhan Pamuk Éditeur : Gallimard Souvenirs de jeunesse, souvenirs en noir et blanc, un peu austères, un peu tristes. Photographie panoramique d’une cité légendaire, théâtre de grands événements et objet de maintes convoitises, à mi chemin entre le roman initiatique et le récit de voyage —bien que de voyage, ici, il n’y eut pas—, l’Istanbul de Pamuk dessine surtout le parcours littéraire du plus emblématique des écrivains turcs contemporains. Vagabond, disert, l’homme arpente les couloirs de la mémoire, des sensations fugaces et des moments forts pour dire l’amour qui le lie à Sa ville. Istanbul, son terrain de jeu, le berceau de son sang, le fief du cocon familial tentaculaire qui l’a vu grandir. Jamais ville n’aura autant participé à l’éducation d’un homme que ce diamant du Bosphore, rarement hommage plus sensible aura été rendu à la terre nourricière.


12 13 Beaux-livres

Andy Warhol : Portraits Phaidon Réalisés du début des années 1960 jusqu’à sa mort, en 1987, les portraits d’Andy Warhol constituent la plus grande partie de son œuvre. Des figures de Marilyn Monroe et Liz Taylor, à celles de Debbie Harry et Michael Jackson, en passant par Alfred Hitchcock et Jean Cocteau, Warhol est fasciné par les célébrités de son époque. Il les dépeint en reprenant la technique de la photographie en noir et blanc et coloriée artificiellement avant d’être reproduite en série sur la toile. Des présidents, des industriels, des acteurs de cinéma et chanteurs de rock se sont ainsi vus immortalisés par ce ”peintre de cour” des temps modernes.

Méditerranée moderne, de Dominic Bradbury Thames & Hudson

Prenez soin de vous, de Sophie Calle Actes Sud

Qu’ont en commun ces vingt-cinq maisons d’architectes du sud de l’Espagne, de la Côte d’Azur ou du nord de l’Afrique ? Elles reflètent toutes littéralement la mer et l’art de vivre propres aux régions méditerranéennes. Chaque villa possède sa propre personnalité, mais toutes se caractérisent par la pureté des lignes, l’équilibre des volumes et une manière originale d’abolir les frontières entre espaces intérieurs et monde extérieur. Des photos superbes, une dominante bleue qui apaise, des formes pures et un véritable sens des volumes.

Voici la dernière réalisation de Sophie Calle, associant narration et images, autour d’échanges épistolaires qui construisent son œuvre. Depuis plus de trente ans, le travail de cette artiste consiste à faire de sa vie, notamment les moments les plus intimes, son œuvre, en utilisant tous les supports possibles (livres, photos, vidéos, films, performances...). ”J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par ces mots : Prenez soin de vous. J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre. J’ai demandé à cent sept femmes —dont une à plumes et deux en bois— , choisies pour leur métier, leur talent, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel.”

Peter Beard Art Edition, de Peter Beard Taschen Ses œuvres se vendent aujourd’hui entre 5 000 et 200 000 dollars. Artiste inclassable, Peter Beard expose aujourd’hui dans le monde entier ses tirages qu’il retravaille comme ses célèbres carnets. Photographe, collectionneur, écrivain, Peter Beard a modelé sa vie en un art. Il fut spectateur de l’explosion démographique du Kenya, de l’appauvrissement des ressources et du déclin animal, qu’il a retranscrits sur ses journaux, photographies et collages. Ses ouvrages parfois choquants, sont illustrés crûment, annotés à la main,

ProDesign, de Jacques Bosser Éditions de la Martinière A l’origine, le design se définit par la création d’objets, d’environnements ou d’œuvres graphiques à la fois fonctionnels et esthétiques. Pourtant, aujourd’hui il s’apparente plus à un label de mode ou de style. Le mot ”design” a-t-il été vidé de son sens ? Est-il devenu un vague concept de marketing et de communication ? Il existe pour Jacques Bosser un design utile, fondé sur l’innovation, l’ergonomie et la responsabilité. En refermant cet ouvrage, vous ne regarderez plus le moindre objet de la vie courante de la même façon...

parfois avec du sang. Recouvrant les pages de ce volumineux ouvrage, les collages de Peter Beard sont reproduits pour la première fois à la taille pour laquelle ils avaient été prévus. Voici un livre cathédrale disponible en édition artistique avec couverture en cuir et reproductions signées de la main de l’artiste, et en édition collector numérotée. Une œuvre d’art en soi : attention il n’y en aura pas pour tout le monde...!


GRAND CAFÉ RESTAURANT DE LA POSTE Angle boulevard El Mansour Eddahbi et avenue Iman Malik Guéliz - Marrakech Tél. : 00 212 (0) 24 43 30 38 Resa@grandcafedelaposte.com www.grandcafedelaposte.com


Interview

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Rencontres

Mohamed Nedali

Abdellah Taia

My Seddik Rabbaj

PLUMES INSPIRÉES géographie mentale de la nouvelle Trois écrivains marocains, Mohamed Nedali (“Morceaux de Choix, Les Amours d’un apprenti boucher”, son premier roman paru en 2003 chez les éditions Le Fennec, récompensé par le prix Grand Atlas en 2005, puis réédité par les éditions de l’aube en 2007, “Grâce à Jean de La Fontaine” en 2004), Abdellah Taia (“Mon Maroc”, éditions Séguier en 2000, “Le Rouge du Tarbouche”, éditions Séguier en 2005, et “L’Armée du salut”, éditions le Seuil en 2006), My Seddik Rabbaj (“Inch’Allah”, Ubu éditions en 2006), trois voix caractérisées par leur liberté de ton, qu’ils vivent à Paris, comme Abdellah Taia, ou à Marrakech; trois regards acérés, ironiques sur la société de leurs contemporains, dans une langue à la fois étrangère et familière.

Quelle est votre langue maternelle et pourquoi avoir choisi le français pour écrire ? Mohamed Nedali : Ma langue maternelle est le berbère. Issu d’un milieu paysan démuni, j’ai rarement eu l’occasion de choisir dans ma vie. J’ai d’abord étudié le français. Par la suite, j’ai aimé cette langue grâce notamment à ceux et à celles qui nous la dispensaient. Je me suis retrouvé professeur de français ; je voulais améliorer ma connaissance de cette langue par une formation d’autodidacte à travers l’initiation à la littérature française. Ce faisant, je suis tombé amoureux de la langue et de la littérature. Ce curieux cheminement me rappelle, à bien des égards, les mariages forcés de chez nous, lesquels commencent toujours par la contrainte et finissent parfois dans l’amour ; on disait aux mariés : “mariez-vous d’abord, l’amour viendra après”. C’est donc à travers la découverte de la littérature française, ou plutôt francophone, que j’ai fait par la suite le choix de l’écriture en français. Cela dit, rien ne m’empêcherait d’écrire un jour un texte en arabe, voire en berbère. Abdellah Taia : Ma langue maternelle est l’arabe. C’est une langue qui est en moi à jamais. Je la maîtrise très bien, je crois, mais

en même temps elle me dépasse, elle est entrée en moi sans mon autorisation. C’est la langue de mes tripes, de mon chaos intime. C’est la langue de ma mère. Quant au français, je ne l’ai jamais choisi comme langue d’écriture. Adolescent, j’aimais le cinéma, et pour avancer un peu vers cet art, cet autre monde, la seule langue où cela était possible pour moi, c’était la langue française. Longtemps j’ai rêvé, grâce aux livres et aux revues en français que possédait mon grand frère, à un destin cinématographique. Ce rêve est toujours d’actualité. C’est lui qui m’a amené à l’écriture. My Seddik Rabbaj : Je suis natif de Sidi Youssef Ben Ali (à Marrakech), quartier resté pour longtemps marginalisé à cause de sa situation géographique. J’ai dû, pour éviter toute clabauderie, faire des études scientifiques et m’éloigner des lettres où le français occupe une place exceptionnelle. J’ai arrêté mes études en mathématiques à l’université à cause de certaines circonstances matérielles et me suis inscrit au centre de formation des instituteurs. Au bout d’une sommaire formation, je me suis trouvé à l’autre bout du monde, seul et en plein désert. Pour meubler le silence qui me narguait et com-


génération d’écrivains marocains battre la solitude et l’isolement, je n’ai trouvé que le livre comme compagnon. Je me suis intéressé à la littérature française pour deux raisons : D’abord pour me perfectionner en cette langue que j’étais appelé à enseigner même s’il s’agissait de notions élémentaires, ensuite pour échapper au poids du temps qui m’écrasait au fil des jours. J’ai découvert mes penchants littéraires avec les classiques français et les marocains d’expression française. J’ai vaqué durant plusieurs années à la lecture d’une manière boulimique. L’idée de revenir à la fac m’a tenté et j’ai passé un bac en tant que candidat libre que j’ai réussi sans problème. Je me suis inscrit clandestinement au département de langue et littérature française. Clandestinement, parce qu’il n’était pas possible pour un fonctionnaire de s’inscrire en études supérieures sans autorisation. Donc, je n’ai pas choisi le français c’est plutôt le français qui m’a choisi. Avez-vous un rapport d’étrangeté avec cette langue ? M.N. : André Gide disait : “le français est une langue très difficile, pleine de menus traquenards”. Cette constatation est encore plus vraie pour les étrangers. En s’exprimant, un étranger a souvent l’impression de ne pas trou-

ver le mot juste. A.T. : Le français pourrait partir de moi un jour. Je pratique le français comme je pratique presque quotidiennement le sport, la natation. Avec, en plus, ce sentiment qu’il ne m’appartient pas. Il est pour les riches du Maroc. Il est pour ceux qui écrasent, friment, se la jouent. Je suis, au fond, constamment en conflit, en ”guerre”, avec cette langue. Dans l’étrangeté. Et j’aime cela. J’aime que le français ne soit pas pour moi une langue confortable. Une langue de salon. S.R. : A l’école, on était cinquante par classe ; tous des mômes pauvrement habillés et émerveillés de cet instituteur marocain capable de s’exprimer en français, langue des nantis. On essayait de seriner, au sein de la classe, les mots et les expressions français que le maître nous expliquait sans pour autant oser les répéter à l’extérieur de l’école. C’était mal vu d’user de locutions étrangères. On croyait que c’était une manière de s’éloigner de sa classe sociale pour en singer une autre située à mille lieues. On tournait en dérision tous ceux qui essayaient d’émailler leur discours de mots français. Si on disait à quelqu’un ”au revoir” on s’appellerait dorénavant ”au revoir”.

Le choix de cette langue influence-t-il les sujets que vous voulez traiter ou viceversa ? M. N. : Certes, il est souvent moins difficile pour moi de dire les choses en français qu’en arabe. En français, l’autocensure existe moins car je suis sûr que mon lecteur francophone a suffisamment d’ouverture d’esprit pour recevoir certaines de mes idées, sans se sentir offusqué. A titre d’exemple, si la revue arabophone “Nichane” avait traité le sujet des blagues sur les tabous en français, cela n’aurait sûrement déclenché aucune réaction d’envergure. A.T. : Non. Jamais. J’écris ce qui s’impose à moi. Ce qui me dépasse. Me hante. Des histories courtes. Des fragments autobiographiques. Des lumières. Des moments. Votre choix de vivre au Maroc vous fait-il choisir les mêmes sujets que si vous habitiez dans un autre pays ? La géographie de l’écriture existe-t-elle pour vous  ? Votre écriture est-elle liée au lieu ? M.N. : L’écriture est très peu liée à l’espace ; la preuve en est que les écrivains marocains en exil, volontaires ou involontaires, ont


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A.T. : Quand je vivais au Maroc, la France c’était Marcel Proust, Isabelle Adjani. Le cinéma, la littérature. La France, c’était une idée, un musée. Une odeur. J’étais convaincu que j’allais y vivre un jour et pouvoir ainsi vérifier mes rêves français... être déçu, tomber, se relever pour construire un autre rapport avec ce pays libre malgré tout.

continué à écrire sur le Maroc même si, pour bon nombre d’entre eux, ils n’y avaient pas mis les pieds depuis des décennies. A.T. : Comme Michel Foucault, je crois qu’on écrit toujours à partir d’un lieu précis. Pour moi, même à Paris, ce lieu ne peut être que ma ville corsaire Salé, mon quartier Hay Salam, où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 25 ans. Je crois que cela ne changera jamais. Je porte en moi partout ce premier monde, mon premier regard conflictuel et poétique. S.R. : Tous mes personnages évoluent dans des lieux que je connais parfaitement et je ne crois pas qu’un écrivain puisse parler des endroits qu’il ignore. Le théâtre de mes deux romans (“Inch’Allah” et “Exil” qui paraîtra très prochainement) est le Maroc. Les deux histoires peuvent témoigner de certaines choses qu’on considère banalement quotidiennes alors que leur gravité se dévoile après la lecture des romans. “Inch’allah” s’est intéressé à la vie des gens de peu, aux puisatiers, aux bergers, aux bonnes, aux Haddaouis (troubadours)… On écoute leur voix, leurs sentiments, leurs battements de cœur même. Je ne m’imagine pas loin de cet univers marocain où la douleur sévit toujours, et où le bonheur n’est à la portée que d’une minorité. L’écriture est, pour moi, un produit pur du lieu. Par rapport à la génération de vos aînés, qu’est-ce qui a changé dans l’expression de la littérature marocaine contemporaine ? M.N. : La littérature marocaine d’expression française contemporaine se focalise sur l’individu alors que celle des pionniers parlait au nom d’un peuple, d’une classe, d’un groupe. Autrement dit, on est passé d’une littérature

engagée à une autre plus individualiste, ce qui n’est pas toujours une bonne évolution A.T. : Je dois avouer que les écrivains marocains des autres générations ne m’ont pas influencé. Mohamed Choukri peut-être : je le considère comme un père, un père littéraire. Abdelfattah Kilito aussi. Mais, au fond, pas tant que ça. J’ai l’impression (fausse sans doute) que j’écris vierge. Je n’écris pas en réaction à, contre... Je n’écris pas pour me rattacher. J’écris pour me dire, tout dire. Tout révéler. Le faire en français m’aide, ne serait-ce que pour avoir la bonne distance. Mais cela n’est jamais évident. Jamais acquis. S.R. : Je ne crois pas beaucoup à cette question de génération dans la littérature marocaine d’expression française. On écrit quand on ressent le besoin d’écrire, quand l’écriture devient vitale, quand on ne peut plus rester soi-même sans écriture… la plupart des écrivains marocains ont écrit quand le besoin de dévoiler certains traits de la société s’impose, quand le désir de projeter les phares sur les zones obscures devient nécessité… L’acte d’écrire est le même, mais ce qui varie, c’est la société à démasquer puisque cette dernière est en perpétuel changement. Quand je pense à l’écriture, je ne cherche pas à me démarquer ou m’éloigner des sujets abordés ou de la manière d’écrire de mes aînés écrivains, je ne pense même pas à eux. Je pense plutôt à la manière de dire sans choquer, d’exprimer la douleur avec la douceur. Depuis le Maroc, comment voyez-vous la France ou vice-versa ? M.N. : Comme une femme belle mais qu’on n’ose pas aborder parce qu’elle est triste et déprimée.

S.R. : Je connais la France depuis bien longtemps, mais, seulement une France livresque. Une France que j’ai découverte dans mon lieu de ”réclusion solitaire”, tout d’abord avec les classiques et redécouverte avec les écrivains contemporains. Je connais les mentalités des Français, leurs manières de vivre, un peu la géographie… C’est pour moi un pays de liberté, un pays où on reconnaît la valeur de la culture, un pays de lecteurs, un pays de démocratie… Je vis au Maroc, pays que j’aime beaucoup et que je ne changerais pas pour tous les trésors du monde, mais je garde l’espoir de faire des escapades de temps à autre. Quand vous n’êtes pas au Maroc, comment voyez-vous votre pays ? M.N. : Comme une terre où tout peut vous arriver, le meilleur comme le pire. A.T. : Le Maroc est un pays qui doit évoluer, changer de mentalité, libérer enfin son peuple. Il y a des signes positifs qui indiquent que c’est en train de se faire… On va prier pour que ça dure. Comment vivez-vous dans votre pays aujourd’hui ? M.N. : Avec le mince espoir que les mentalités changeront un jour. A.T. : Je vis à Paris. Je vais très souvent au Maroc. Ce pays me ravit et m’inquiète à la fois. Il est beau et étouffant. Il est poétique et vulgaire. Il est surtout très fou. ■ Propos recueillis par Véronique Bruez


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JI


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212 musique Phénomène

SECOND LIFE

décryptage d’un buzz Par Hélène Zemmour

Le nouveau dada 100% internet s’appelle ”Second Life”. Un jeu de plus ? Non, mais un phénomène de société où l’on joue pour de faux à faire fortune pour de vrai. L’engouement est tel que les plus grandes marques cherchent à exister dans ce deuxième monde, et qu’une partie du Maroc y est modélisé… Contrairement à d’autres jeux en ligne, ici pas de quêtes du Graal, ni combat de super héros. Second Life, c’est en fait une simulation de société, permettant de vivre une ”seconde vie” sous la forme d’un personnage virtuel. Plus de six millions de joueurs vivent déjà dans cet univers.

Je consomme donc je suis Les personnages virtuels —ou ”avatars” dans le jargon du jeu vidéo— se rencontrent et discutent en temps réel. Une fois votre double créé, vous lui achetez des vêtements, la toute dernière voiture, bref tout le confort nécessaire à son épanouissement. ”On fait semblant, un peu comme lorsque l’on était petit”, explique Mehdi, un jeune Marrakchi de 25 ans récemment inscrit. Le but du jeu ? Aucun, justement, et c’est là que réside toute l’originalité du concept. Aucun, si ce n’est l’accumulation de richesses et la consommation.

”Comme dans la vraie vie, chacun peut acheter des vêtements, sortir, aller au restaurant”. En un mot, consommer. Vrais ou faux dollars ? Le génie du jeu, c’est son économie, calquée sur celle du marché. Car à l’intérieur du jeu, il existe une monnaie interne, le ”Linden dollars”, que l’on peut convertir en vrais dollars. Puisque tout utilisateur peut ouvrir un magasin, créer et vendre des objets ou services, il est potentiellement un micro-entrepreneur. Il n’en fallait pas plus pour exciter les internautes du monde


Page de droite : La boutique Nike Page de gauche : la Mosquée Hassan II à Casablanca

entier. Si certains sont avant tout attirés par les interactions sociales avec plus de 6 millions d’habitants du monde entier, d’autres sont happés par l’appât du gain ou la recherche d’une vitrine pour promouvoir leurs créations. Un univers de pixels donc, mais un business bien réel. Certains ont créé des business tellement lucratifs qu’ils ont abandonné leur travail ”du monde réel” pour fructifier leur filon on-line, comme cette Allemande d’origine chinoise, du nom de Ailin Graef, qui a amassé plus d’un million de dollars grâce à son entreprise immobilière virtuelle !

Un marché à prendre Ils seraient ainsi plus de 3 000 à travers le monde à se faire de l’argent sur Second Life. Plusieurs gouvernements envisagent même de taxer ces revenus qui n’ont plus rien de virtuel… Devant l’essor de cette communauté et l’argent qu’elle génère, les marques n’ont pas tardé à s’y intéresser. American Apparel vient d’ y ouvrir sa première boutique virtuelle, et la 21th Fox y a diffusé X-Men 3 en avant-première. De grandes enseignes comme Adidas, Dior, Toyota sont tombées amoureuses de ce nouveau paradis consumériste, affichant des cam-

pagnes de pub en ligne. Si Second Life représente un vaste laboratoire marketing, les politiques ne sont pas en reste. Des candidats aux récentes présidentielles françaises y ont installé leur QG. La Suède y dispose d’une ambassade et l’agence Reuters y a ouvert une rédaction. Quant au Maroc, il vient à son tour de faire une entrée remarquée dans l’univers du jeu. ”Virtual Morocco” Ce Maroc virtuel est l’œuvre d’une équipe d’enseignants et d’étudiants américains, en parte-


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En haut : le CafĂŠ Morocco En bas : ambiance Souk


En haut : la concession Ferrari En bas : la Mosquée Hassan II à Casablanca

nariat avec le ministère du Tourisme marocain. Second life sert d’outil de promotion pour le Maroc. Au menu, un condensé de quelques monuments et lieux emblématiques de Casablanca, Rabat et Marrakech. ”Nous avons voulu reproduire une sorte de best of du Maroc, dans le but de faire connaître le pays aux utilisateurs de SL et, avec un peu de chance, les inciter à visiter le pays”, explique-t-on. L’équipe se rencontrait en ligne pour travailler et a également visité le Maroc pour mener à bien le projet. Et

quel projet ! Une réplique exacte de la mosquée créée pour les 60 ans d’Hassan II, dans ses moindres détails. Souci du réalisme oblige, un petit souk y propose des épices et des tapis. La médina a elle aussi été reconstituée. Pour y entrer, les visiteurs sont priés de retirer leurs chaussures. ”Il y a même un terrain de football, une galerie de peinture, et un jardin qui conduit au café Morocco” s’émerveille Mehdi. Un café décoré de peintures typiques de l’artisanat marocain où l’on fait des rencontres en sirotant un

thé à la menthe, ou en fumant le narguilé. Dès l’arrivée du visiteur, un tarbouche parlant, baptisé ”Info Fez”, lui est remis pour servir de guide. Et les Marocains n’échappent pas à la fièvre globale. À fin mars 2007, ils étaient plus de 3 100 Marocains à posséder un ”second moi” cybernétique, plaçant ainsi le royaume à la tête des pays arabes et africains en nombre de ”résidents”. Vous vous y mettez quand ? ■


Vibrations

22 23 Musique

Youssou N’Dour revient avec un nouvel album et une tournée mondiale qui débute en novembre par les Etats-Unis. Fred Haffner l’a rencontré en exclusivité pour 212, ils parlent ensemble de voyages, de musique, d’engagement… et du Maroc, un des pays préférés du griot sénégalais.

YOUSSOU N’DOUR ”J’aurais aimé vivre au Maroc” Interview Fred Haffner LES VOYAGES DE YOUSSOU Vous voyagez beaucoup… Je voyage toutes les deux semaines au minimum. Quand j’arrive dans un pays, il faut que j’entende, que je vois quelque chose qui me parle beaucoup plus que le trajet. Le voyage c’est très intéressant, surtout le ”voyage sonore”. Un proverbe dit chez nous ”Celui qui ne voyage pas ne pourra jamais découvrir la beauté”. Vos voyages sont essentiellement professionnels. Où partez-vous en vacances ? Comme je pars tout le temps, je préfère passer mes vacances chez moi, à Dakar. Je m’enferme parfois pendant une semaine pour avoir la paix, me reposer. Je vais aussi parfois à l’intérieur du Sénégal, vers M’Bour où j’ai une maison, dans les villes du Saloum aussi, à Saint-Louis… Quels sont vos pays préférés ? L’inde et la Grèce sont deux pays que j’adore. Le Maroc aussi. J’y suis allé plusieurs fois, j’ai visité beaucoup d’endroits. Par exemple à Essaouira, le contexte musical me touche énormément. J’y suis allé une fois pour jouer au festival, une autre pour visiter. Fès me plaît pour son côté spirituel. Je ne suis pas sûr que j’aurais choisi d’y vivre… mais la ville est magnifique. Marrakech, je signe tout de suite car il y a tout : la beauté, le désert, le côté moderne aussi… j’aime beaucoup ! J’ai aussi visité Rabat, une ville avec des endroits magnifiques, Casa, la ville moderne qui incarne la proximité du Maroc et de l’Occident… Vous l’avez compris, j’aime beaucoup le Maroc, j’aurais pu y vivre. Enfin, j’aime Le Cap vert, le Sénégal —où je vis— bien sûr et les pays du Sahel. LES GOUTS DE YOUSSOU Playlist Bob Marley : ”Kaya” ■ Prince : ”Purple Rain” Kouyaté Kanja (Guinée) ■ Bembeya Jazz : ”10 ans de succès” (groupe Guinéen) ■ L’épopée de Soundiata (Mali)

Livres Je suis plus oral que littéraire, mais Amadou Hampaté Ba est un écrivain qui me touche beaucoup. J’ai aussi apprécié les bios de Fellah et de Mandela. LES ENGAGEMENTS DE YOUSSOU Vous avez été maintes fois récompensé, sacré… Vous avez plusieurs affaires, êtes mondialement connu et semblez malgré tout rester simple, avoir les pieds sur terre. Avez-vous une recette ? C’est une question très difficile. Je fais de la musique, je suis un militant du monde pour les causes justes. Les honneurs viennent après le travail. Ce que je gagne financièrement, les prix… je les prends comme un encouragement à rester ce que je suis. Je n’oublie pas d’où je viens : je suis né dans une famille modeste, mon père m’a bien éduqué et m’a toujours appris à penser aux autres et ne pas apparaître comme quelqu’un qui incarne une réussite. Et LE NOUVEL ALBUM ”Rokku Mi Rokka” (Prendre et Donner) est sorti le 19 octobre dans le monde entier. Les onze titres de ce nouvel album studio parlent beaucoup de l’Afrique, enchaînant différentes thématiques comme l’indépendance du Sénégal, l’ethnie Peul, les femmes, les voyages, le sport et l’amour. Un seul titre en anglais, ”Wake Up”, chanté en duo avec Neneh Cherry (avec qui il avait déjà fait le tube ”7 Seconds”) : ”Cette fois, nous disons ”L’Afrique appelle, réveille-toi”. L’Afrique a un message à transmettre au reste du monde, un message positif. Ce continent, ce n’est pas uniquement la guerre, la pauvreté ou le sida, nous essayons d’avancer. Le reste du monde nous donne certaines choses, nous lui en donnons également.”

je n’ai jamais couru derrière les honneurs. J’ai l’impression que ça fait surtout plaisir à mon entourage, plus qu’à moi. Comment choisir ses engagements humanitaires quand on est sollicité de toutes parts ? Au sein de la fondation que j’ai créée, des gens réfléchissent et me conseillent, m’orientent vers les causes prioritaires. J’ai rencontré, il y a quatre ans, des gens engagés dans la lutte contre le paludisme, ils m’ont donné des chiffres, ça m’a beaucoup touché et suite à cela, nous nous sommes engagés dans la lutte contre le paludisme parce qu’il y a trois millions de personnes qui en meurent chaque année en Afrique, dont plus de la moitié sont des enfants et des femmes enceintes. Il faut sensibiliser les gens, mettre la pression pour qu’ils s’équipent de moustiquaires : c’est la seule possibilité pour diminuer cela. Vous semblez considérer que vous avez un devoir de transmission ? J’ai toujours pensé que ma musique et ma réussite ne m’appartenaient pas. Parce que je chante aussi des chansons du terroir, de la tradition. Redistribuer, être le pont, le traitd’union, c’est presque une obligation, un devoir. On doit aider, se donner la main, encourager, revendiquer. ■ Youssou N’Dour est… ■ Ambassadeur de l’Unicef ■ Fondateur de la Fondation Youssou N’Dour ■ L’un des plus grands chanteurs au monde (New York Times) ■ Une des 100 personnalités dont les convictions changent le monde (Time) ■ Il a reçu de nombreuses récompenses tout au long de sa carrière en Afrique, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs.


CrĂŠdit photo : Galilea Min


Techno-tend 24 25

Tendance

Ipod

maniac ▲ ▲

L’iPod nano, en cinq coloris tendance, disponible en modèles 2 Go, 4 Go et 8 Go, vous met jusqu’à 2 000 chansons dans la poche Blackberry 8800, messagerie électronique, SMS et MMS, messagerie instantanée, agenda, navigateur Internet et fonctions téléphoniques avancées.

Par Hélène Zemmour Impossible d’échapper à la nouvelle tendance en matière de nomadisme : le baladeur est mort, vive l’Ipod ! Le plus petit lecteur de musique au monde ne cesse d’évoluer, tandis que la marque Apple s’est hissée au rang de leader incontesté du marché. Jusqu’où ira l’Ipodmania ? Souvenez-vous du walkman où les cassettes avaient deux faces, du lecteur CD qu’il ne fallait pas secouer, et du minidisc rapidement remplacé, dans les années 2 000, par le lecteur mp3. Aujourd’hui, on ne parle plus que de l’Ipod, au point que —signe de son succès planétaire— le baladeur d’Apple a imposé sa

marque comme un nom commun. Ne dit-on pas ”podcast” pour désigner le moyen de diffusion de fichiers audio sur Internet ? Reconnaissons la réussite technologique et esthétique de l’objet. L’Ipod Nano, un des derniers nés de la collection, est de la taille d’une carte de crédit, brillant comme un miroir, ergonomique et fiable. Un vrai bijou high-tech que l’on personnalise avec un étui customisé à souhait. Côté stockage 8 giga et 2 000 chansons pour le plus petit Ipod, et jusqu’à 80 gigas pour l’Ipod vidéo, soit 20 000 chansons et 100 heures de vidéo. Fille ou garçon, jeune ou vieux, l’essayer c’est l’adopter ! Une révolution numérique qui

se chiffre : plus de 100 millions d’Ipod vendus dans le monde depuis le lancement du baladeur en 2001, vient d’annoncer par communiqué de presse la maison mère. Objets nomades Et si l’Ipodmania n’était que la partie émergée de l’iceberg du ”nomadisme” en matière d’objets technologiques ? Appareils photo numériques, ordinateurs ou téléphones (trans)portables, les dernières trouvailles de la high-tech doivent répondre à deux demandes des utilisateurs du XXIè siècle : être communicants et nomades. L’homo Ipodus souhaite en effet bouger, voya-


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Un design plus fin pour l’iPod nano (ici, modèle argent).

a permis leur utilisation itinérante. Sans a priori de distance, car quitter son bureau pour continuer sa tâche à la cafétéria, c’est déjà du ”nomadisme”, une tendance sociologique lourde qui ne se limite pas au bureau. Dans l’habitat par exemple, on parle désormais de ”meubles nomades” pour désigner le mobilier à roulettes qui

ger et emporter son petit monde avec lui. “J’ai du mal à me rappeler comment je faisais avant” explique Mary J. Blige, chanteuse lauréate des Grammy Awards. ”iPod est plus qu’un simple lecteur de musique : c’est une extension de votre personnalité et un moyen idéal d’emporter partout vos musiques préférées.” Quant à Lance Armstrong, sept fois vainqueur du Tour de France, il déclare emporter ses chaussures de jogging et son iPod partout où il va : ”J’écoute de la musique en courant. Avoir ma propre musique avec moi me motive vraiment.” Et c’est d’abord la miniaturisation des objets qui

Disponible en cinq coloris l’ iPod shuffle 1 Go vous permet de porter jusqu’à 240 chansons accrochées à votre manche ou au revers de votre veste.

Walkman Sony Série NW-E010, Equipé de 2 technologies Clear Audio qui restituent un son d’une grande pureté, ce walkman nouvelle génération intègre un écran LCD couleur.

se déplace d’une pièce à l’autre. ”Nomade” aussi la déco qui emprunte aux métissages des cultures, aux traditions ancestrales des tribus reculées, aux matériaux bruts en provenance réelle ou fantasmée des quatre coins du monde. Construire une yourte dans son jardin, poser un tapis afghan dans son salon, porter des bottes inuites ou un bonnet péruvien dans les rues de Paris relève de la même nécessité : transporter ”l’ailleurs” chez soi. En ce qui concerne la hightech, c’est son chez-soi que l’on transporte ailleurs, à l’image des enceintes mobiles, des clés USB et autres lecteurs nés de la technologie


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Bluetooth (sans fil). Voilà tout l’enjeu du ”smartphone” : ce téléphone intelligent est un téléphone mobile couplé à un PDA. Il permet une meilleure gestion du temps grâce à des fonctionnalités agenda/calendrier mais également de la navigation web, de la consultation de courrier, une connectivité à un client de messagerie instantanée, la navigation GPS. Le dernier né d’Apple ”iPhone” est simplement qualifié par la marque de ”révolutionnaire” : il se synchronise avec votre PC et vous permet entre autres d’appeler un ami en touchant du doigt son nom. Son écran tactile, sa petite taille, et sa faculté à intégrer un dictionnaire entier qui s’enrichit en permanence de vocabulaire. Sa mise en vente

aux Etats-Unis en juin dernier s’est accompagnée d’une ouverture exceptionnelle des boutiques Apple jusqu’à minuit : pas plus de deux produits autorisés par acheteur ! Autant dire, une véritable émeute. La sortie en Europe est elle aussi très attendue, d’autant que des iPhones s’arrachent déjà sur le Net. ”Internet in your pocket” dit la publicité. Les technologies nomades ne conduisent-elles pas à ne plus bouger ? Mondialisation oblige, le réseau global est désormais à portée de main, dans la poche. On consulte ses mails sur un téléphone portable nouvelle génération, qui permet aussi de feuilleter l’album photo des vacances, ou de regarder un film en vidéo. La convergence des média nous permet de fu-

Disponible en cinq coloris l’ iPod shuffle 1 Go vous permet de porter jusqu’à 240 chansons accrochées à votre manche ou au revers de votre veste. (ici, modèle argent). Le très attendu iPhone d’Apple, téléphone portable, PDA, baladeur multimédia, appareil photo, écran tactile… le tout en un seul appareil! iPod nano, modèle rouge, et ses écouteurs.

sionner nos appareils photo, téléphones, Ipod…en un seul et unique appendice personnalisé qui contient l’essentiel. A l’image des groupes nomades africains ou asiatiques, le voyageur sans bagage peut faire escale dans une oasis qui le relie au reste du monde. Sauf que cette oasis-là tient dans la poche. Le numérique du futur Conjugués au futur, les objets high-tech seront design ou ne seront pas. Avant d’être commercialisés par les marques de l’électronique grand public, les téléphones et autres gadgets technologiques passent entre les mains d’experts : un ”bureau de designers”. En véritables anthropologues, ces couturiers du numérique


Le Sony Ericsson P1i vous offre un accès permanent aux emails de votre entreprise, à votre agenda et à vos contacts. Téléphone 3G et … … appareil photo 3,2 millions de pixels. (P1i vu de dos)

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Le petit dernier de Nokia, un téléphone quadribande Nokia 8600, avec port micro-USB, écran 16 millions de couleurs, appareil photo 2 mégapixel, lecteur de musique Bluetooth stéréo…

▲ ▲ Le dernier ”concept phone” de l’agence BenQSiemens, à l’état de prototype : il s’enroule autour du bras comme un serpent… Rêve ou réalité technologique ?

sont en permanence à l’affût des nouvelles tendances. Sociologues et designers travaillent ainsi main dans la main pour plonger au cœur des tendances. Mais impossible de se projeter dans vingt ans : comme dans la mode, la tendance évolue trop vite, et l’on prépare les modèles pour l’année suivante. Sony veut être là où le monde bouge, à Tokyo, à Paris, à Londres, là où tourbillonne la crème du cosmopolitisme. Jim Wicks, le designer de Motorola, reconnaît quant à lui s’inspirer autant des cérémonies du thé au Japon que des rappeurs dans les rues de Chicago. ”Pour le high-tech, les sources d’inspiration sont nombreuses. Cela va de la joaillerie au monde de l’aviation”, explique Stefano Marzano, big boss du design

chez Philips. Le Snaked (de l’anglais ”serpent”) de BenQ-Siemens ressemble à un long ruban de gomme ivoire cranté de rouge fluo, mi-bracelet, mi-serpent, qui s’enroule autour du bras, mais ce n’est pour l’heure qu’un prototype. ”Les produits high-tech sont aujourd’hui froids et rigides”, constate le jeune designer français Ora-ïto. “On peut imaginer que demain ces objets seront plus humains.” Le défi est lancé. ■


Rencontre Par hélène Zemmour

SAÏD TAGHMAOUI Un acteur franco-marocain à Hollywood Gamin d’une banlieue parisienne, Saïd Taghmaoui a grandi loin du Maroc de ses parents, entre lignes de RER et tours HLM. Un visage émacié, dominé par un regard déterminé. Il quitte l’école à 14 ans pour s’adonner à la boxe, qu’il pratique au niveau national. Lorsqu’on lui propose de figurer dans un clip, il accepte, y voyant un moyen facile de gagner de l’argent, sans se douter que cela le mènerait vers le métier de comédien. Le succès se profile en 1995 avec La Haine, le film quatre fois césarisé de Mathieu Kassovitz, dont il co-écrit le scénario et où il interprète un jeune beur aux côtés de Vincent Cassel. Ambitieux, passionné, travailleur, le jeune acteur prend des cours de théâtre et de langues - il est aujourd’hui quadrilingue ! Trop à l’étroit dans un monde qui ne lui propose que des rôles de jeune beur de banlieue, il s’expatrie en Italie, en Allemagne, au Maroc. Hollywood lui ouvre bientôt d’autres horizons. Là-bas, il tourne avec George Clooney dans Les Rois du désert, Nick Nolte ou encore Kate Winslet. A partir de 2000, les choses s’accélèrent et il enchaîne les rôles sous la direction de Jonathan Demme, Neil Jordan, Olivier Dahan, Alexandre Arcady.... Si Saïd vit à Paris, il passe régulièrement d’un décor à l’autre : Los Angeles, Mexico, l’Afghanistan, la

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Chine et dernièrement Essaouira pour participer à la 10è édition du Festival Gnaoua, musiques du monde. Il était l’année dernière à l’affiche de Ô Jerusalem, un film d’Elie Chouraqui qui raconte la création de l’État d’Israël. Entre sa fascination pour le cinéma américain et son attachement pour une culture européenne, Saïd Taghmaoui trace sa route, sûrement, avec détermination et ambition. Les années ne semblent pas marquer cet autodidacte rebelle, toujours aussi passionné dans ses engagements. Engagé, il l’est notamment dans son ardeur à promouvoir le cinéma marocain. Être parrain du Panorama Des Cinémas du Maroc en France fut pour lui l’occasion de porter le flambeau de ses deux amours, le cinéma et sa terre d’origine. Quand Saïd Taghmaoui déclare qu’il ”veut tout jouer”, et pas uniquement des rôles ”ethniques”, il faut le croire. L’acteur est entré dans la peau d’un commandant de police dans le feuilleton Suspectes diffusé sur M6, et du demi-frère de Saddam Hussein pour le tournage de Between Two rivers : une mini-série de quatre épisodes produite par l’américaine HBO et la britannique BBC. Au cinéma, tout juste sorti de son rôle de chauffeur afghan dans Kite Runner, adaptation signée Marc Forster de l’excellent Cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini (sortie février 2008), le voilà qui renoue avec son passé de boxeur pour le film français de Pierre Aknine, consacré à l’ex-champion du monde de boxe Victor Young Perez. Taghmaoui incarnera ce sportif juif tunisien, star du Paris des années 30 et victime d’Auschwitz. Un rôle qui, on l’imagine, doit résonner particulièrement dans le cœur de Saïd, lui-même ancien boxeur, et doté d’une force de caractère qui n’a pas fini de faire parler d’elle, à Hollywood et ailleurs. ■

Il débute son métier d’acteur dans Frères : la roulette rouge d’Olivier Dahan, puis fait la rencontre de Mathieu Kassovitz avec qui il co-écrit le scénario de La Haine, un long-métrage dans lequel il joue également et qui reçoit quatre Césars ainsi que le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1995. Après ce film à grand retentissement qui le révèle au public français, il étudie les langues pour devenir un comédien de renommée internationale. Il a ainsi tourné, depuis, en Italie une dizaine de long-métrages parmi lesquels : I Giardini dell’Eden d’Alessandro D’Alatri, Prima Del Tramonto de Stephano Incerti, en Allemagne, le téléfilm Urlaub im Orient - Und niemand hört dein Schreien et au Maroc, Ali Zaoua de Nabil Ayouch. Saïd Taghmaoui fait par d’ailleurs partie des rares acteurs français qui ont réussi à percer à Hollywood. On l’a notamment vu aux côtés de George Clooney et Mark Wahlberg Les Rois du désert (Three Kings) de David O. Russell, L’Homme de la Riviera (The Good thief) de Neil Jordan avec Nick Nolte, Marrakech Express (Hideous Kinky) film anglais de Gillies MacKinnon

avec Kate Winslet, Room to rent de Khalid AlHaggar avec Juliette Lewis, Hidalgo de Joe Johnston, produit par Walt Disney avec Viggo Mortensen et Omar Sharif. En 2004 : Spartan de David MAMET avec Val KILMER, I love Huckabees avec Dustin HOFFMAN, Jude LAW, Noemie WATTS, et Marc WAHLBERG, Le pain nu de Mohammed RACHID BEN HADJ. Côté français , il s’ est aussi imposé en enchaînant de nombreux films de qualité tels que : Héroïnes de Gérard Krawczyk, La Taule d’Alain Robak, Nationale 7 de Jean-Pierre Sinapi, Gamer de Zak Fishman, Confession d’un dragueur d’Alain Soral, Absolument Fabuleux de Gabriel Aghion, Le Petit Poucet d’Olivier Dahan, Wanted de Brad Mirman avec Johnny Hallyday et Harvey Keitel, Entre chiens et loups d’ Alexandre Arcady, O JERUSALEM d’ Elie CHOURAQUI, en 2006, Vantage Point de Pete Travis, sortie 2007.


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Par Hélène Zemmour. Photographies de Catherine Bendayan & Hicham Tazi

Fès

© C.B.

Festival de musique de les clefs du succès

© H.T.

Au début du mois de juin de chaque année, Fès vit à l’heure du festival des Musiques sacrées du monde, un festival dont le rayonnement a dépassé les frontières du Maroc. Durant toute une semaine, un bouquet de chants et de musiques spirituelles est proposé, tandis que des films, conférences et expositions s’ajoutent au programme culturel des rencontres. Analyse de cet événement incontournable de la vie culturelle marocaine, où il est bon de voir et d’être vu. Fès, capitale spirituelle et intellectuelle du pays, ne se livre pas facilement. Pour y accéder, il faut rentrer par la grande porte, à la fois visible et voilée, du sacré. Car Fès est un sanctuaire. C’est ainsi d’ailleurs que les Soufis, ces initiés de l’Islam, l’ont toujours appelée : la Zaouïa. Sans doute une des raisons qui donnent sa légitimité depuis treize ans déjà au Festival des Musiques sacrées du monde. Cet événement, qui attire des milliers d’amateurs, de musiciens et de journalistes marocains et étrangers, est aujourd’hui devenu un rendez-

vous classique de l’agenda culturel marocain où se bousculent les festivaliers. Les moments forts du Festival 2007 Pour la 13è édition du Festival en juin dernier, les confréries soufies turques ont rendu un hommage vibrant au poète et guide spirituel musulman Jalaleddine Roumi —dont on célèbrait cette année le 800è anniversaire de la naissance— au cours de séance de dhikr, de sma’a et d’appels à la prière. Le nombreux public venu assister plusieurs jours durant aux


Festival, mode d’emploi Fès, c’est d’abord un festival ”off”, gratuit, dans la journée : le Festival dans la ville. Il contribue à l’animation culturelle et donne un air de fête à Fès pendant plus d’une semaine. Mais c’est surtout pour le festival “in”, où l’on ne compte plus les têtes d’affiche, que le public se déplace massivement. Il y a quelques années, certains journalistes ont pu critiquer le côté un peu élitiste de l’événement : ce n’est plus le cas aujourd’hui. De Johnny Clegg le ”zoulou blanc” sud-africain à la béninoise Angélique Kidjo, en passant par la célèbre diva Barbara Hendricks ou le London Community Gospel Choir, Fès voit défiler chaque année les artistes de la scène musicale internationale. Un événement aux rouages bien huilés, donc. Un festival d’envergure au succès incontesté,

Les coulisses Côté organisation, on trouve tout d’abord la fondation ”Esprit de Fès”, créée en 2005. Elle a pour but d’initier, de coordonner et d’accompagner, en prenant la culture pour levier, l’ensemble des activités favorisant le développement humain de la ville. Intervenant tant au niveau national qu’international, la Fondation contribue à promouvoir l’image de Fès comme centre de paix, et surtout comme destination culturelle au niveau national et international. C’est elle qui organise de façon professionnelle le Festival, présidé par Mohammed Kabbaj, anciennement conseiller du roi. En interne, on distingue un pôle communication, marketing et sponsoring qui siège au Maroc, et un pôle international qui coordonne des responsables presse basés dans différents pays d’Europe. Le succès incontesté du Festival de Fès réside dans cette expérience musicale unique vécue dans une ville elle-même sacrée, qui conjugue soirées artistiques de qualité et spectacles populaires, énergie spirituelle et challenges intel-

© C.B. © C.B.

qui repose nécessairement sur une organisation et un financement étudié de près. Mais qui finance un tel événement ? Le budget du festival est constitué à 70% des produits du sponsoring, et alimenté pour le reste par des subventions publiques, du ministère de la Culture notamment. Parmi les partenaires et les sponsors officiels, en grande majorité marocains, on compte l’Office national marocain du tourisme, de nombreuses banques parmi lesquelles l’Attijariwafa bank marocaine et la Caisse d’Epargne française, sans oublier la compagnie Royal Air Maroc. Ce sont en fait les ambassades des pays concernés qui financent chacune leur soirée et prennent en charge la venue de leur artiste. ”Une prise en charge de plus en plus indispensable pour le festival, car les plus gros postes de dépenses sont les cachets des artistes et les aménagements nécessaires à leur performance”, précise Fabrice Villain, un des attachés de presse du Festival. ”Cette année, pour le spectacle du célèbre cavalier Bartabas, du théâtre Zingaro, c’est la ville de Fès qui a contribué à 100% aux frais nécessaires”, précise-t-on.

© H.T. Johnny Clegg

© C.B. SM La Reine Rania de Jordanie

© C.B. London Community Gospel Choir

concerts intimistes qui se déroulent sous le grand chêne dans les jardins du Batha, a aussi pu découvrir les spectacles montés dans l’enceinte du palais de Bab Makina, splendeur des nuits arabes. On retiendra entre autres les moments de grâce artistique offerts par la chanteuse iranienne Parissa, et par toutes ces traditions musicales représentées par des voix si particulières. Evénement musical, certes, mais aussi intellectuel, puisque Fès devient pendant le festival un lieu de rencontres et d’échanges. Les Rencontres de Fès, sous le patronage de l’Unesco, rassemblent depuis sept ans politiciens, universitaires, savants et leaders religieux, pour débattre des problématiques urgentes de notre temps, comme la résolution des conflits, le changement climatique, le renouveau urbain ou l’injustice sociale. Dirigés par Nadia Benjelloun, ces débats contribuent à élargir le champ de la réflexion autour des musiques sacrées, et permettent aux festivaliers de s’interconnecter. Tout l’intérêt des rencontres repose sur la qualité des intervenants sélectionnés. Cette année, on pouvait y compter entre autres Michael Barry consultant en Afghanistan auprès des Nations Unies et professeur à l’université de Princeton, ou le photographe Reza Deghati qui se bat pour la formation des femmes afghanes aux métiers de la presse.

lectuels. C’est aussi l’accueil des expressions culturelles et artistiques du monde, auxquelles le public marocain et occidental est réceptif. Il y a deux ans, le Festival proposait de la musique classique japonaise de la cour impériale. Elitiste ? Peut-être. N’empêche qu’il a su aujourd’hui s’adapter aux exigences d’un public plus nombreux, en offrant notamment des événements off où les artistes du festival officiel —Johnny Clegg ou Salif Kheita— se produisent à titre gracieux. En juin dernier, partenaires médias inclus, 350 journalistes du monde entier ont couvert l’événement. ■


Escales

34 35 Voyage


Titouan Lamazou

D’ICI & D’AILLEURS Par Yamina Benaï

Depuis le Maroc, où il est né, Titouan Lamazou, marin, artiste, écrivain, a promené son regard azur sur tous les continents. Carnets, gouaches et appareil photo témoignent de sa vision du monde. Nous l’avons rencontré, quelques jours avant l’inauguration de sa dernière exposition parisienne, dans la fièvre des ultimes préparatifs…


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Double page précédente et ci-dessus : le campement de Zeynabou et des siens, dans le désert.


Ci-dessus, de gauche à droite : Solange (18 ans), Françoise (34 ans), Fazilla (15 ans), violées par des policiers et des soldats. Silhouette fine, légèrement voûtée, comme prête à lutter contre les éléments. Titouan Lamazou porte en lui son passé maritime. Vingt et une années sur les mers. A l’heure où d’autres se perdent dans les entrelacs périlleux de l’adolescence, Titouan Lamazou décide de partir à la recherche du monde pour réaliser un carnet de voyage. Il a 17 ans et choisit le bateau. ”Dans ma dernière année scolaire, vers 15 ou 16 ans, j’ai fait une rencontre décisivež: mon professeur de dessin. Il était artiste et navigateur. Je me suis reconnu dans cette démarche.” Lamazou se fait donc équipier sur les bateaux en escale. C’est ainsi qu’en 1975 il embarque à bord du Vendredi 13 d’Yvon Fauconnier, puis rencontre Eric Tabarly dont il sera l’équipier sur Pen Duick VI pendant deux ans. Plus tard, il arme son propre navire et participe à toutes les épreuves du circuit international des courses au large. En 1990, il remporte le Vendée Globe, première course autour du monde en solitaire sans escale. Il est ensuite victorieux en monocoque dans la Route du Rhum. Cette même

année, il est sacré Champion du monde de course au large pour la période 1986-1990. S’il met un terme à sa carrière de navigateur professionnel en 1993, c’est pour mieux renouer avec ses activités artistiques, qu’au fond, il n’a jamais délaissées. Antoine Lamazou naît à Casablanca en 1955. Les Marocains ne l’appellent pas de son véritable prénom, mais choisissent Titouan (alors prononcé Titouane), variante de Tetouan, ville du Maroc septentrional. Ses parents décident de garder ce surnom, gravant en lui l’identité de son pays natal. Dès lors, tout le monde l’a appelé Titouan. Ce qui n’a pas manqué de lui causer quelques difficultés lorsque, devenu adulte, il lui a fallu collecter, par exemple, des envois en recommandé ou, plus fâcheux encore, quand il s’est agi de récupérer des voiles neuves aux douanes de Sydney, lors d’une escale de la course autour du monde. Son passeport ne mentionnant alors que son prénom officiel, les douaniers n’ont accepté de délivrer le précieux

Ci-dessous : gouache de Fatis, électromécanicienne à la mine de Zouerate en Mauritanie.


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Durant environ trois ans, Blessing, migrante, a parcouru des milliers de kilomètres, depuis Nouadhibou, en Mauritanie, dans l’espoir de rejoindre les Canaries en pirogue, à près de 600 milles des côtes mauritaniennes. Après son interminable périple, elle est revenue à la case départ.


40 41 chargement qu’après réception, une semaine plus tard, d’un nouveau passeport portant les deux prénoms. Ainsi était officialisée l’empreinte marocaine.

Ci-dessus : gouache de Mana, comptable à la mairie de Zouérate en Mauritanie. Ci-dessous : photo-tableau de Bneita, vendeuse de pièces détachées à Noukchott en Mauritanie.

Voyage initiatique ”Il n’y a rien de plus beau que de découvrir un endroit par la mer” déclare l’ex-grand navigateur. La première expérience d’un tel émerveillement se situe, pour lui, à Essaouira. Embarqué à 15 ans comme apprenti-équipier sur le bateau d’un ami de la famille en partance pour l’Afrique du Sud, Titouan Lamazou découvre la ville du littoral marocain lors de la première étape de la traversée. ”C’est un moment marquant. Nous sommes arrivés au petit matin dans un port complètement désert, seuls quelques hommes enveloppés dans leur burnous dormaient tranquillement. Nous avons mis le bateau à quai, et comme Essaouira est fort jolie, nous avons décidé de nous y promener. On a regagné le port vers 11žh du matin et là une surprise nous attendait ! Tous les sardiniers étaient rentrés, le port était plein de monde et d’embarcations. Pour les besoins de leur acti-

vité, les pêcheurs avaient largué les amarres de notre bateau qu’ils avaient relégué au bout du port. Par politesse, par gentillesse, chacun de ceux qui nous avaient décroché avait versé un seau de sardines sur notre pont, si bien que nous nous sommes retrouvés avec un monticule de sardines à bord ! C’est le premier souvenir amusé et émerveillé qui m’a donné l’envie de partir et d’arriver dans des endroits comme ça.” Un hiver dans le Haut Atlas Alors que Titouan Lamazou secondait Tabarly durant un tour du monde, le bateau fait escale à Mohammedia. Là, le jeune homme rencontre un Français très lié avec les Berbères du Haut Atlas. L’idée de les rencontrer germe peu à peu. Après son tour du monde avec Tabarly, soit deux ans plus tard, il se rend donc dans le Haut Atlas au début de l’hiver, pensant y rester trois semaines. Les fortes tempêtes de neige le contraignent, ou l’invitent, à rester trois mois. ”J’aurais pu marcher cinquante kilomètres dans la neige pour rejoindre une route qui m’aurait mené à Marrakech, mais j’ai trouvé là


un bon prétexte pour rester.” Séduit par l’environnement naturel et le mode de vie des Berbères. Titouan Lamazou décide d’y revenir, cette fois-ci pour une année entière. Il y restera effectivement d’un ramadan à l’autre, en compagnie de son amie, qui avait appris la langue berbère, tachleuhit, à l’école des Langues orientales de Paris. Sans le parler couramment, Titouan Lamazou se débrouillait alors assez bien. L’emprise avec le lieu et ses habitants n’étant que plus prégnante. Il sillonnait les villages de deux vallées, décorant de motifs peints les plafonds des maisons en échange du gîte et du couvert. Ce travail donna lieu à un livre de photographies, Sous les toits de terre, et bientôt un deuxième ouvrage, Un hiver berbère écrit par sa compagne, et abondamment illustré par Titouan. Et enfin un troisième, Le Trésor de l’Atlas, un roman, le seul jamais écrit par l’artiste navigateur. Une escale marocaine particulièrement inspirante et féconde donc. ”Ma fille Zoe a été conçue là-bas, cette même année” dit-il en souriant. L’art sans frontières Puis, l’homme sans attaches, comme il aime à se qualifier, est reparti en mer, a poursuivi sa

route. Mais cette relation particulière avec le Maroc demeure, elle est inscrite en lui. Ses peintures, dessins et photographies ont ensuite donné lieu à des publications et des expositions. Celle aujourd’hui consacrée aux femmes du monde rassemble six ans de travail. Titouan s’est rendu dans de nombreuses régions du monde, et y a rencontré beaucoup de femmes. Il les a dessinées, peintes, photographiées. A toutes, il a posé vingt questions. Qu’elles s’adressent à un ministre au Brésil ou à une prostituée au Timor, les questions étaient identiques. Elles finissaient invariablement par ”Que faites-vous ce soir ?” Certaines femmes souriaient ou partaient d’un grand éclat de rire à l’écoute de cette dernière question, mais beaucoup, dans leur impassibilité, reflétaient un quotidien chargé de difficultés. Le soir, c’est encore plusieurs heures de travail à accomplir, ou un coucher précoce qui permettra de trouver la force d’un réveil avant l’aube. Les réponses de ces femmes traduisent des modes de vie, des modes de pensée, des façons d’être très différentes. Leurs réponses, reflet de vérité ou au contraire cousues de mensonges, disent un peu de leur identité. ”Ce qui m’intéresse, ce ne sont ni les nations, ni les

Jacqueline et une des ses amies à Butempo, la ville des sept collines.


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religions, même pas les peuples mais les gens. D’ailleurs, les femmes que j’ai choisi de montrer ne sont identifiées que par leur prénom et pas leur pays. Chacun de nous possède une identité propre, issue de la culture, de l’endroit où il a grandi, des événements… C’est cela qui me passionne, le fait qu’il y a plusieurs personnes dans la personne.” Titouan Lamazou ne possède rien, à part une maison héritée de sa mère, et qu’il s’est empressé d’hypothéquer pour réaliser ce projet. Qui aujourd’hui prend magnifiquement forme sur les cimaises du Musée de l’Homme. Que souhaiter à un homme de mer, artiste multiple ? Traverser sans encombre toutes les tempêtes, sans jamais se départir de ses gouaches, appareil photo et carnets à noircir. Et aussi de conserver les liens affectifs puissants qui l’unissent à ses deux frères, nés à dix-huit mois d’in-


A gauchež: Zeynabou, nomade. En basž: Zanouba, réfugiée du Darfour. Ci-dessousž: croquis d’un camp de réfugiés.

tervalle. Le premier est pilote de ligne sur longcourrier. Pour ses Femmes du monde, Titouan a fait en sorte de pouvoir voyager sur des vols assurés par son aîné. Le plus jeune se charge, depuis une vingtaine d’années, de tous les aspects administratifs, juridiques et financiers des projets de Titouan. Ça aussi, c’est une belle réussite humaine. ■ A voir : ”Zoe Zoe, Femmes du monde”, œuvres de Titouan Lamazou. Exposition jusqu’au 30 mars 2008 au Musée de l’Homme, Palais de Chaillot, 17, Place du Trocadéro, 75016 Paris, tous les jours sauf mardi, 10h-17h, vendredi 17h-minuit, samedi, jusqu’à 18h. L’exposition est accompagnée d’un coffret grand format rassemblant deux volumes (992 pages), et d’un catalogue broché (368 pages), publiés par les éditions Gallimard, ainsi que


44 45 Créateurs

Le regard neuf

D’ICH&KAR

Son nom sonne comme cette formule mémotechnique, que les écoliers se plaisaient à répéter pour apprendre leurs conjonctions… Le ”mais, ou, et, donc, or, ni, car” , avec son énergie, sa précision et son humour, sied à merveille au couple phare de la création graphique française actuelle, Ich&Kar. Talentueux touche-àtout de l’image, les Parisiens Helena Ichbiah et Piotr Karczewski sont issus d’écoles d’art vidéo et d’art graphique. Riches d’une culture photographique, artistique et graphique, ils interviennent dans de nombreux domaines en véritables créateurs d’univers. Au fil du temps, ces quarantenaires ont apprivoisé et assimilé, pour mieux les réinventer, les caractéristiques et les contraintes de la mode, de la publicité et de la

musique, dont ils ont fait leurs terrains d’expression complémentaires. Parfaitement à l’aise avec les techniques de travail actuelles, ils utilisent toutes les ressources des technologies les plus pointues en s’adossant à leur riche terreau de connaissances, celui des grands classiques du graphisme, que les enfants de l’ordinateur possèdent rarement. La nouvelle créativité née dans les années 1990-2000 est leur tremplin d’exploration et de réalisations. L’envol des musiques électroniques, le sacre des installations vidéo, l’entrée de la photographie contemporaine sur le marché de l’art, l’émergence de stylistes décalés et l’enrichissement des logiciels de graphisme et de l’image participent de cette dynamique.

Ils interviennent ainsi, tant dans le monde raffiné du luxe que pour les bonbons Kiss Cool, créant de l’identité visuelle, des films publicitaires ou des pochettes de disques. Peu soucieux des effets de mode et autres fioritures, ils préfèrent se mesurer à la réalité et à la difficile question de la représentation, en optant, notamment, pour des approches parallèles. Alors, lorsqu’il est question d’imaginer des invitations aux défilés de Xuly Bët (1994), Ich&Kar observe que les créations du styliste sont fondées sur le recyclage, la proposition graphique sera donc bâtie sur le même concept : récupération de cartons d’emballage, réimpression sur des feuilles de magazine découpées. Un regard parallèle qui intéresse et amuse, créant des pas-

PORTRAIT © JEAN-LUC GUERIN

Par Yamina Benaï


Page de gauchež: ”Mister Spaghetti”, 2007ž; ”Sunshine”, 2007ž; ”Ramy Heart”, 2005, stickers muraux (éditions Domestic). Cidessusž: création, en 2005, de l’ensemble des outils de communication (lettrages de portes, boîtes d’allumettes, site Internet, papier à en-tête, logo, typographie...) pour l’hôtel Condesadf, situé au cœur de la ville de Mexico.


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A gauchež: livrets, carnets de notes, bible de chambre, brochures réalisés pour l’hôtel Condesadf de Mexico. Ci-dessousž: pochette du disque ”Made in Medina” de Rachid Taha, 2000. En basž: ALG Bar alimentation génerale (64, rue JeanPierre-Timbaud, Paris 11e) pour lequel Ich&Kar a conçu la façade et dessiné un programme inédit : l’Algenda, outil de commerce équitable (2005).

serelles inattendues. Ainsi, pour le dossier de presse Tati (1994), célèbre enseigne de vêtements et produits à bas prix, les créateurs optent pour une visionneuse dotée de cinq diapositives : le géant vu à la loupe. ”Si je n’avais pas travaillé avec Xuly Bët, je n’aurais pas travaillé avec Tati. Si je n’avais pas travaillé avec Tati… Les rencontres sont aussi déterminantes dans la vie que dans le travail. Un parcours est fait de toutes ces rencontres. Elles créent les étapes qui façonnent votre personnalité, aiguisent votre vision. Un échange pour la vie…” déclare Helena. Slalomant intellectuellement d’un support à l’autre, ces dix dernières années, le duo officie pour le très hype Momo’s de Mourad Mazouz, à Londres, India Madhavi et son catalogue de mobilier et objets design, l’agence BETC, Rachid Taha dont il réalise une couverture de disque, Givenchy, Chanel Joaillerie, Yves Saint Laurent pour qui il conçoit invitations aux défilés, dos-

siers de presse, packaging pour collants… Bon nombre des travaux d’Ich&Kar ont reçu des distinctions. ”Le luxe est un domaine où se côtoient des gens attentifs à l’expression esthétique, et avides de visions autres. C’est aussi celui des savoirs ancestraux, des fabrications spéciales. Les savoirs s’agencent, tendus vers un même objectif : la perfection du résultat” observent-ils. Ainsi, de la réalisation de films au travail photographique en passant par la composition graphique, Ich&Kar a su mettre au point un langage original, subtil et attentif aux valeurs de la griffe. C’est pourquoi le binôme est si souvent présent sur le tableau d’honneur des créateurs les plus demandés de la décennie. ■ Exposition ”Ich&Kar, Curiosités”, jusqu’au 28 décembre, Galerie Anatome, 38, rue Sedaine, 75011 Paris. T +33 (0)1 49 06 98 81, du mercredi au samedi 14h-19h et sur rendez-vous.


De haut en basž: création de l’identité et illustration des parfums ”Etat libre d’Orange”. Stickers muraux ”Peas”, 2006, (éditions Domestic). ”Romance Surface”, vase cylindrique en porcelaine blanche muni d’un couvercle qui permet de le transformer en soliflore et contenant (16žxž18cm), 2007, (éditions Domestic).


Formes

48 49 Architectes

L’architecture selon

KO Page de gauche, l’escalier monumental du ”Grand Café de la Poste” au Guéliz. Page de droite, à Marrakechž: en haut, magie nocturne dans le jardin du ”bô-zin”. En bas, leur première villa contemporaine faite de terre de béton et de métal.

Par Béatrice Nouveau

Quand on leur demande quels sont leurs maîtres à penser, ils répondent Jean Nouvel ou John Pawson, bien sûr. Mais surtout, ils vouent une sincère admiration à Andrée Putman, ”une grande dame, une véritable référence”. Et c’est une autre femme qu’ils citent ensuite, Gae Aulenti, tout encore impressionnés par la force de caractère de cet immense designer italien qui leur a beaucoup enseigné.

A Marrakech, ils ont collaboré avec elle à la villa Agnelli dans la Palmeraie, plus qu’une expérience, une leçon. Depuis qu’ils se sont rencontrés, il y a onze ans sur les bancs de l’Ecole des Beaux-Arts, alors jeunes étudiants en architecture, Karl Fournier et Olivier Marty ne se sont plus quittés. En commun, une même passion pour l’art et l’architecture contemporaine et, surtout, une même

vision… C’est en janvier 2000, tout jeunes diplômés qu’ils inaugurent leur première agence, à Paris, ”Studio KO”. Un nom qui frappe fort et vite, tel un coup de poing… les demandes ne tardent pas à se faire pressantes, entre demeures privées et lieux publics. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, c’est cette même année qu’ils tombent définitivement sous le charme du Maroc, lors d’un séjour esti-

PAGE DE GAUCHE : PHOTOS YANN DERET, PAGE DE DROITE, EN HAUT : PHOTO PIERRE RESTOUL, EN BAS : PHOTOS DAN GLASSER.

Karl Fournier et Olivier Marty


Page de gauche, Karl Fournier et Olivier Marty En haut, à Paris, la table d’hôtes du restaurant ”les Princes”. En bas le restaurant ”le Quinzième” du jeune chef Cyril Lignac.

val au cœur de la Médina de Marrakech. ”Ce fut pour nous l’occasion de découvrir la ville de l’intérieur. Nous ne nous sommes jamais vraiment remis de ce choc.” Coup du destin, en revenant à Paris, Patrick-Guerrand-Hermès leur propose un projet au Maroc. L’occasion est trop belle et les voilà repartis, mais pour le nord cette fois, à Larrache et Asilah. A partir de là, tout s’enchaîne… Le premier Relais & Châteaux de Marrakech, ”La Villa des Orangers” les contacte dans le cadre de son agrandissement. Puis Robert Azoulay leur confie la réalisation intégrale de son sublime hôtel ”L’Heure Bleue” à Essaouira, pour lequel ils s’inspirent de l’esprit colonial des anciens comptoirs marchands de la cité fortifiée… et enchaînent avec le restaurant ”bô-zin”, sur la Route de l’Ourika, et ”Le Grand Café de la Poste”, à Guéliz. Pour cet ancien relais postal édifié dans les années 20, ils ne se sont pas contentés de simples croquis. Fascinés par cet immeuble central, Karl et Olivier ont voulu avant tout proposer aux nouveaux propriétaires, de récréer l’atmosphère qui y régnait au siècle dernier. Ils leur ont adressé un voyage sonore… un CD qui laisse imaginer, sur fond d’orchestre de jazz et de tintement de verres, l’esprit déco-rétro-cosy des lieux. Une bande son que l’on retrouve aujourd’hui dans les lieux. Alors qu’en France, on les (re)connaît surtout pour leur style contemporain —les restaurants parisiens “Le Quinzième” ou “Les Princes”, c’est eux—, les architectes aiment au Maroc jouer avec la riche histoire du Royaume. Mais mariant toujours, où qu’ils se trouvent, les contrastes, comme matériaux pauvres et matières luxueuses. Modernité et héritage culturel. Et c’est sans doute à cela que se distingue la ”KO’s Touch”. ■ STUDIO KO 7, rue Geoffroy L’Angevin 75004 Paris Tél. : 01 42 71 13 92 koparis@studioko.fr STUDIO KO MARRAKECH 127, avenue Mohammed V Guéliz-Marrakech Tél. : 00212 (0) 24 43 76 78. komarrakech@studioko.fr PHOTOS DR

PAGE DE GAUCHE, EN BAS : PHOTO YANN DERET; EN HAUT, À GAUCHE (PORTRAIT) : PHOTO DAN GLASSER, À DROITE : PHOTO YANN DERET

Page de droite à Marrakech, Elégance marocaine au Relais & Château ”La Villa des Orangers”.


52 53 Italien

Berceau du design, l’Italie a offert à l’univers du quotidien – mobilier, objets, luminaires – et du luxe – automobile –, les pièces les plus emblématiques, issues du cerveau incroyablement bien fait des grandes figures transalpines. L’intérêt grandissant du public et des collectionneurs, depuis ces dix dernières années, est illustré par des expositions, comme celle que le musée des Arts décoratifs de Paris a récemment consacrée à Joe Colombo, et par des ventes aux enchères pointues dont les prix adjugés excèdent généreusement les estimations, à l’instar de la vente orchestrée au début de l’été par la grande maison parisienne Artcurial, autour, notamment, d’Enzo Mari. Petit voyage illustré. Par Yamina Benaï

Made in

ITALY


Page de gauche, en hautž: ”Il Piede UP7”, 1969, par Gaetano Pesce (né en 1939), polyuréthane expansé verniž; en bas, de gauche à droitež: fauteuil ”Fiocco”, 1970, par le Gruppo G14, tissu élastique tendu sur une structure tubulairež; chaise ”P”, et lit ”M”, créations d’Enzo Mari, en pin naturel, 1974. Ci-contrež: Fauteuil de théâtre, par Carlo Mollino (19051973), structure en bois, velours.

Avant de se consacrer au design, l’Italien Joe Colombo, né en 1930 à Milan, étudie la peinture, la sculpture puis l’architecture. Membre du Mouvement de peinture nucléaire, il réalise des dessins qui préfigurent déjà ses visions fantastiques et futuristes que l’on retrouvera dans les meubles et objets qu’il commence à concevoir dans les années 60. Ainsi, le fauteuil Elda (1963), à la structure autoportante en fibre de verre garnie de coussins de cuir, et dont le dossier haut et enveloppant crée un espace pour celui qui s’y assoie ; les lampes Acrilica (1962) et Alogena (1970) sont devenus de

célèbres classiques. Visionnaire et avant-gardiste, Colombo est le premier à utiliser le plastique moulé en un seul bloc, comme dans la chaise Universale (1965-67). Avec le Tube Chair, composé de quatre cylindres de diamètres divers pouvant se combiner de différentes façons, et le Multichair, le designer illustrait son intérêt pour la modularité et la flexibilité de la forme. Attentif à répondre à toutes les fonctions quotidiennes, il a également mis au point de vastes et complexes cellules d’habitation ainsi que des unités d’habitation totales censées contenir tout ce que nécessiterait l’ap-

partement du futur. L’ensemble du travail de Colombo apparaît aujourd’hui d’une incroyable modernité, et a profondément marqué la jeune génération de créateurs. La crise cardiaque qui l’emporte prématurément, en 1973, plonge l’univers du design dans un grand désarroi. Né en 1932, Enzo Mari est l’un des plus grands provocateurs du design italien de la seconde moitié du XXe siècle. Celui pour qui ”le projet, la créativité sont des actes de guerre” n’a eu de cesse, via ses créations simples et évidentes, de transcender le temps par des collaborations avec les plus grandes maisons d’édition –


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En haut, à gauchež: Portemanteau ”Cactus”, 1972, par Franco Mello et Guido Drocco (nés en 1945 et 1942), structure en acier, mousse verniež; à droitež: Joe Colombo assis sur la chaise ”Universale”, 1965, Colombo sera le premier à utiliser le plastique moulé en un seul bloc pour le mobilier. Ci-dessusž: dans ”Visiona I”, 1969, Colombo généralise le concept de ”cellule d’habitation” autonome répondant à chaque besoin de l’individu (bain, nuit, cuisine, unité centrale). A gauchež: Fauteuil ”Dalila”, 1980, par G. Pesce, polyuréthane moulé recouvert de résine epoxy. Ci-dessousž: ”Tube Chair” de Colombo, 1969 (PVC, mousse, métal, caoutchouc, toile). Page de droite : étagère ”Gritti”, 1981, par Andrea Branzi (né en 1938), stratifié, verre, métal et boisž; plat ”Op”, 1966 par Luciano Gaspari, 1966, verre.


Alessi, Artemide, Olivetti, Driade, Zanotta, Danese… L’utilité de l’objet est, pour ce designer engagé, le critère premier de sa légitimité, il doit donc être abordable par tous. Ainsi, l’Autoprogettazione, présenté pour la première fois à Milan en 1974, et dont Artucrial a présenté dixhuit pièces signées, est fondé sur l’idée de donner accès aux particuliers à une série de planches de dessins et de plans permettant de réaliser soi-même aisément son mobilier. Ce véritable manifeste instaurait un rapport direct entre le créateur et le destinataire final. ”J’ai

pensé que si les gens étaient encouragés à construire de leurs mains une table, ils étaient à même alors de comprendre la pensée cachée derrière celle-ci” affirmera le designer. Un cabriolet, un coquetier, un téléphone, une batterie de cuisine, un canapé, un portemanteau… côté Péninsule, tout objet peut aujourd’hui porter allègrement en lui une forte créativité associée à une stricte fonctionnalité. Ce mélange de fantaisie et de rigueur conceptuelle vaut à l’Italie une réputation indétrônable. Ce qui fait converger vers elle de nouvelles

générations créatives. Le design transalpin à décidément de beaux jours devant lui… ■■ Le catalogue de l’exposition ”Joe Colombo”, qui s’est tenue jusqu’au 19 août dernier, au musée des Arts décoratifs de Paris (+33 (0)1 44 55 57 50) est toujours disponible. Artcurial organise deux ventes annuelles de design, précédées d’une exposition des pièces quelques jours auparavant. 7, RondPoint des Champs-Elysées, 75008 Paris, T +33 (0)1 42 99 20 20.


Lignes

56 57 Portrait

© Jean-luc Guerrin

Avec le Blakes, ouvert dans les années 80, Anouska Hempel, figure éminente de la High Society londonienne, lançait la vogue des boutiques hôtels, peuplés d’objets d’art et de mobilier chiné. Dix ans plus tard, elle s’intéressait au minimalisme monochrome pour donner vie au remarquable hôtel Hempel. Entre temps, et depuis, elle a signé l’architecture intérieure de boutiques et de restaurants, aménagé des bateaux anciens et des yachts, conçu des jardins, imaginé des packagings pour la cosmétique, crée sa griffe de couture…

Par Yamina Benaï

Aujourd’hui, celle qui, en quelques opus, a forgé son propre style, achève un hôtel situé au cœur d’une réserve naturelle du Brésil, peaufine le I-Shy Restaurant, établi dans une immense structure de verre en Indonésie, et compose une identité neuve à l’Île Seguin, via un hôtel contemporain. A 65 ans, la belle lointaine, devenue Lady Weinberg après son mariage avec le financier, n’a rien perdu de sa flamboyance. Rencontre. Vous êtes née en Papouasie Nouvelle-Guinée mais vivez à Londres depuis de nombreuses années, que retenez-vous de l’esthétique et de l’esprit de la période ”Swinging London” ? Londres conserve beaucoup de la force créative des années 70, tout en cultivant l’atmosphère et l’héritage architectural urbain. Je suis arrivée à Londres dans les années 70, mais je dirais que tout a commencé avec la création du Blakes, à South Kensigton, en 1981. Ce lieu est un incroyable refuge qui semble capturer le temps. Depuis son inauguration, de nombreux amis et clients y sont fidèles. Ils appré-

cient, je pense, son éclectisme, son atmosphère et également la cuisine du restaurant ”’East meets West”. Le Blakes est ma vie, j’aime le moindre de ses recoins ! Parlez-nous de votre quatrième hôtel, actuellement en cours d’aménagement à Itacare, au Brésil, quel en est le concept ? Ce projet est très enthousiasmant, c’est un lieu minimaliste sur le plan décoratif et architectural. Il comprend une structure hôtelière et un spa qui émergent majestueusement de la forêt tropicale, offrant des vues époustouflantes sur l’océan. Le concept est fondé sur l’idée d’une construction linéaire massive, où les lignes horizontales et verticales sont brisées par des diagonales surplombant les collines et l’édifice principal, lui-même surmonté d’une longue piscine d’eau de mer. Les couvertures sont une structure complexe de toits ouvrants et de toiles. Les installations du spa sont conçues pour tirer profit au maximum de la nature environnante. L’ouverture du resort, composé de quarante villas, est prévue pour 2008.

Quelle est votre approche des marques, comment se déroulent vos collaborations avec des griffes telles que Van Cleef & Arpels, Louis Vuitton, Bloomberg ou encore Malo, spécialiste du cashmere, pour lesquelles vous avez réalisé des aménagements de boutiques et créé des objets et du mobilier ? Quel que soit le projet, il est forcément centré sur le design, la création d’une image et d’un style de vie. Le voyage a toujours occupé une place de choix dans mon existence. Ce penchant a donné à mon expérience professionnelle une dimension internationale, a attisé ma passion du design dans une expression intemporelle. Chacun de mes projets est donc enrichi par mon expérience dans la création de lieux et d’objets. J’utilise ce matériau de départ pour donner vie, dans le cadre de ces collaborations, à une idée autour de la manière la plus harmonieuse de mettre en valeur la marque, la recréer, et asseoir son image. Votre passion pour la mer vous a amenée à acquérir, restaurer et aménager Beluga I, une


L’entrée du Blakes appelle le regard à chaque pas. Souligné par des panneaux de rayures, motifs chers à Anouska Hempel, tout un univers d’évasion immobile illustré par des fauteuils chinois, des malles griffées Vuitton, sans oublier l’escalier qui mène, en basement, au restaurant de saveurs asiatico-européennes...

ANOUSKA HEMPEL

© Jean-luc Guerrin

Lady des temps modernes


© Jean-luc Guerrin

Ci-dessusž: la forme géométrique du resort qui émerge de la jungle d’Itacare, au Brésil, associe minimalisme architectural et sophistication technologique. A découvrir courant 2008... Autres facettes du talent hempelienž: la demeure privée de la créatrice, à Holland Park (en haut à droite) et blanc pur et rayures dans les suites du Blakes.

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goélette turque de 28 mètres, est-elle destinée à votre seul usage personnel, avez-vous d’autres expériences d’aménagement intérieur de bateau ? Les bateaux ont toujours fait partie de ma vie, j’ai voyagé sur toutes les mers. J’éprouve une réelle attirance pour l’eau. J’ai acquis Beluga I pour mon usage personnel et également recevoir quelques amis. Le réaménager m’a beaucoup plu, je l’ai rempli de menus objets et de paniers. A l’opposé de cela, le San Lorenzo, un yacht de 27 mètres, est très sobre et contemporain. A l’image de la parabole vitesse-eau. Le mobilier raffiné, le sens du détail, les écrans coulissants, les lignes strictes et son confort ultra-moderne en font un vrai petit bijou italien. Je travaille actuellement sur un Benetti de 38 mètres dans un esprit Hempel très minimaliste. ■


© Jean-luc Guerrin

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Mahina XXL (82 x 42 x 29 cm) en Cuir Monogram Perforé gris clair © Louis Vuitton Philippe Jumin Auteur : Jumin, Philippe Droits : Tous droits

VOIR LA VIE CÔTÉ SOURIS Deux modèles Marc by Marc Jacobs, toutes poilues, toutes douces avec leurs moustaches et leurs petites oreilles en cuir, qui semblent vous supplier de les acheter de leurs petits yeux noirs. ■ Ballerines en vente sur l’E-shop de la fashion boutique parisienne Colette : www.colette.fr (275 euros)

DES P’TITS TROUS Il s’appelle Mahina et c’est le dernier-né de la maison Vuitton. Sa taille oversize et son cuir doux perforé du célèbre monogramme en font un sac pile dans la tendance. Tradition oblige, on retrouve sur ce modèle les clous dorés et un fermoir vintage. Ce nouveau it bag existe en gris clair ou en noir. ■ Sac Mahina Louis Vuitton, à partir de 24 500 dhs, aux boutiques Louis Vuitton de Marrakech (Hôtel Sofitel) ou de Casablanca (Hôtel Hyatt Regency). www.louisvuitton.com

MADEMOISELLE COCO Envie de sophistiquer votre bureau ? Optez pour les fauteuils du designer Philippe Starck qui continue de créer pour la marque Kartell des modèles furieusement tendance. Le dernier en date s’appelle Mademoiselle, et a été habillé par les plus grands créateurs. La version 100% Starck s’habille de croco ultra fin. Avec ses pieds transparents, il allie luxe ostentatoire et rigueur formelle. Le pied pour relooker un resto, une salle de réunion, ou rajeunir n’importe quelle table !

BULLES COLORÉES Ces boissons pétillantes sont réalisées à base d’eau purifiée et sans arôme artificiel. Liv Tyler et Jamie-Lynn Sigler adorent le Soda ”Tarte aux airelles” de Stirrings. ■ Plus

d’infos sur www.stirrings.com

■ Fauteuil ”Mademoiselle Coco”, Stark pour Kar-

tell, 495 euros. www.kartell.it

LUTTER EN CUISINANT Afin d'aider la recherche contre le cancer du sein, la marque KitchenAid se mobilise en proposant aux femmes son célèbre robot multifonction “Artisan” édité en série limitée rose, couleur officielle de la lutte contre le cancer du sein. Pour chaque robot vendu, KitchenAid reverse 100 euros à l’association. Un cadeau doublement utile ! ■ Robot "Artisan" de KitchenAid, renseignements : www.kitchenaid.fr

LA FORMULE 1 DE VOS CAFÉS Nespresso, le top en matière de machine à expresso design, propose une machine chic à affichage digital en 8 langues. Automatique, programmable, elle vous propose aussi cappuccinos à gogo et autre café Latte… ■ Nespresso

Siemens by Porsche Design, 999 euros, commande sur Nespresso.com.


* La paix est un combat. M+FG soutient Seeds of Peace.

www.seedsofpeace.org

www.girbaud.com

Marrakech

Casablanca • 8, rue Jbel Bouiblane • tél : +212 22 26 26 20 20, rue du Draâ (à côté du café la flamme et Acima), Guéliz • tél : +212 65 12 20 11


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Tendances

FASHION FOR RELIEF

DITES LUI ”OUI” ! Mais seulement s’il vous fait sa demande avec cette jolie création de Victoire de Castellane pour Dior. Cette bague en or jaune surmontée d’un diamant de 0,03 carat est on ne peut plus... didactique ! Un bijou original, griffé et à tout petit prix ! On aurait tort de ne pas craquer... ■ Bague ”Oui” de Dior, 6 200 dhs (500 euros), dans les boutiques Dior (Dior Casablanca -221 Boulevard d’Anfa) ou sur www.diorboutique.com

COMME SUR DES ROULETTES Une lampe pour deux usages : fixé au mur grâce à un petit crochet, ce drôle d’objet en papier signé Ikea devient une applique. Au sol, monté sur roulettes, il se transforme en un lampadaire de près d’un mètre de hauteur. Disponible en bleu, jaune, violet, rouge, vert ou tout simplement blanc, il mettra un peu de couleur dans votre intérieur cet hiver. ■ Appliques-lampadaires ”Marek” d’Ikea, 17,95 euros www.ikea.com

Lorsque mode et humanitaire vont de pair, plus question de résister. Le designer de la marque Burberry a créé une édition limitée d’un T-shirt graphique en plein dans la tendance. Son plus ? La totalité des bénéfices des ventes dudit T-shirt sera reversée aux familles des victimes d’inondations catastrophiques en Grande-Bretagne. Le top anglais Naomi Campbell soutient la cause sur les podiums. Si ça c’est pas la classe… ■ Liste d’attente sur www.burberry.com

GAGA D’AGA Il y a celles qui ont une cuisinière Aga, et les autres. La légendaire marque suédoise fête ses 80 ans : l’occasion de proposer des séries limitées ”rouge British”. Une fois que vous aurez découvert la cuisson par la chaleur rayonnante indirecte émise par les fours et les plaques de cuisson en fonte, selon le procédé unique inventé par Gustaf Dalen, vous ne jurerez plus que par elle. ■ Modèle Aga So Red, à partir de 5 500 euros, renseignement : + 33 1 34 48 52 37

PAS TOUCHE ! Écran tactile, accès à Internet sans fil, lecture de vidéos : le nouvel iPod d’Apple comblera ceux qui, cet hiver, n’auront pas pu se procurer le tant convoité iPhone. Pas de molette sur ce modèle : c’est au doigt, directement sur l’écran tactile que tout se commande… Et la musique se fait plus sensuelle. ■ iPod Touch d’Apple, à partir de 309 euros. Et bientôt chez Diagone (Casablanca, Rabat et Marrakech ) : version 8 Go à 4 308 dhs, 16 Go à 5 640 dhs. www.diagonemaroc.com


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SQUELETTIQUE, C’EST CHIC !

GOÛT DE LUXE FAÇON BILLECART-SALMON

La marque de bagagerie Samsonite et le couturier Alexander McQueen se sont associés pour lancer ”Samsonite Black Label by Alexander Mc Queen”, une collection d’articles de voyage aux formes originales et aux matières haut de gamme. La création de cet ancien costumier de théâtre ? Plutôt théâtrale, au vu de cette étonnante valise ”squelette humain”. En noir ou en blanc os, la valise ”Hero” protège vos vêtements comme une cage thoracique protège les organes vitaux…. ■ Samsonite Black Label by Alexander Mc Queen, à partir de 449 euros. www.samsoniteblacklabel.com

HOMME À REPASSER Enfin une table à repasser design ! Après des années de morosité, le repassage devient beau et astucieux avec ”Ironman”. Pensée par un designer néo-zélandais, cette table prévoit un espace pour faire passer le fil du fer, et s’ajuste entre 70 et 90 cm pour monsieur et pour madame. Avec son look humain, vous n’aurez même plus besoin de la cacher. ■ Table Ironman de MyIdbox, 149,90 euros, à commander sur: www.myidbox.com

Griffe remarquable s’il en est, les champagnes BillecartSalmon mettent le palais et les yeux pareillement à la fête, avec la création d’un coffret d’exception que les fêtes de fin d’année et autres festivités amoureuses de février placent particulièrement à l’ordre du jour… Ce coffret en teck noir laqué tapissé de cèdre abrite la cuvée 1998 Nicolas François Billecart, appréciée des gourmets pour sa subtilité. Une fois le nectar dégusté, le délicat contenant devient une boîte à cigares munie d’une clef et d’un système d’hygrométrie qui assure une parfaite conservation du précieux tabac. Mesdames à vos agendas donc, car le bel objet est en édition limitée… ■ Disponible au prix de 15 500 dhs chez “Vin Sur Vin”, Marrakech, Tél. : 024 33 59 03.

MANGER ROSE … avec ce riz rose nacré issu du commerce équitable : sa couleur rose garantie sans colorant est uniquement le fait d’un polissage sur meule de pierre, selon une technique traditionnelle. Les grains polis retiennent toute la richesse en minéraux d’un riz complet, mais restent légers et faciles à digérer. ■ Riz rose nacré Alter Eco, 2,95 euros les 500 g. www.altereco.com

CHACUN SA TAILLE ”Je vous en mets combien, de mon écharpe ?” C’est ce que l’on peut entendre dans la boutique Sonia by Sonia Rykiel, qui a eu labonne idée de vendre sa célèbre écharpe rayée au mètre. Cet hiver, chaque cou sera paré d’une écharpe à son goût ! ■ Echarpe Sonia Rykiel, 35 euros le mètre soniarykiel.com


drinking and fooding

bo zin.com Marrakech Royaume du Maroc TĂŠl : 212 (0) 24 388 012


Créateurs

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MAROC Vous avez dit design ? Très vivante mais jusque-là discrètement représentée sur la scène médiatique, la création artistique marocaine connaît cette année un élan spectaculaire, célébrée lors de l’édition de septembre 2007 du salon parisien international de décoration et design, Maison&Objet. Après la Russie, les pays asiatiques, le Brésil et la Thaïlande, le salon Maison&Objet a mis en lumière, sous la bannière ”Talents à la carte”, six créateurs marocains sélectionnés en partenariat avec la Maison de l’Artisan du Maroc, établissement public chargé de la promotion de l’artisanat national. Quel est l’objectif des ”Talents à la carte” ? Selon Véronique Thouvenin, Directrice de la communication du salon, il s’agit d’”offrir la possibilité à des créateurs internationaux émergents et ’pointus’, de se faire connaître du public du salon (médias, prescripteurs, acheteurs)”. Tous ont un point commun : ils puisent largement dans le registre des savoir-faire et de l’artisanat traditionnels, qu’ils revisitent brillamment à l’aune contemporaine pour offrir à leur travail une légitimité dans les intérieurs actuels, aux quatre coins de la planète. Si l’on considère l’affluence autour des stands nominatifs qui leur furent consacrés, la sensibilité et le regard marocains millésimés 2007 ont largement séduit… Tour d’horizon en six noms à retenir. ■

Par Yamina Benaï

Amina Agueznay Diplômée d’architecture à Washington, Amina Agueznay a exercé sa profession à New York durant sept ans. Le temps nécessaire au mûrissement de sa réflexion : retourner au Maroc, plus précisément à Casablanca où elle a, depuis, ouvert son showroom, afin d’y développer sa passion, la création de bijoux. Sa démarche a d’abord consisté à détourner les éléments du bijou traditionnel berbère en les associant à diverses pierres. Cristal, quartz blanc, turquoise, calcédoine, améthyste, cornaline sont ainsi rassemblés dans des boîtes qui, au fil des pérégrinations de Amina Agueznay, se sont enrichies de nombreux matériaux hétéroclites. Galets, papier, morceaux de bois, boutons de djellabas… sont ainsi mis en valeur dans des créations poétiques, où l’imagination et la fantaisie sont toujours adossées à une rigueur des lignes qui hissent ces bijoux au rang de véritables architectures. aagueznay@gmail.com


Yahya Rouach Londonien né de père juif, Yahia Rouach découvre la dinanderie à la faveur de voyages au Maroc, et se convertit à l’Islam. Littéralement embrasé par son art, qu’il débute professionnellement en 2004, il ne tarde pas à se faire remarquer. Sa boutique de Gueliz, au centre-ville de Marrakech, offre un florilège de ses remarquables créations. Objets, luminaires, panneaux décoratifs extrêmement raffinés expriment sa maîtrise du travail du métal adapté à des lignes très contemporaines. Pureté des formes, graphisme parfait des motifs dentelés font de chaque objet, de taille modeste ou monumentale, une œuvre d’une grâce hypnotisante. www.yahyacreation.com

Soumiya Jalal Mikou Après son diplôme de l’école d’architecture de Paris, Soumiya Jalal Mikou s’intéresse à une autre forme d’architecture : le tissage. Au sein d’une école montréalaise, elle apprend à tisser. Et en fait son métier. Aujourd’hui, depuis son atelier de Casablanca, elle crée de somptueux textiles composés de matières chinées qu’elle associe à loisir. Crin de cheval, fibre de bananier ou de palmier, raphia, lacets de chaussures… Dès lors que le matériau lui plaît, elle en explore toutes les possibilités. ”La matière a toujours pour moi un vécu, une histoire qui naît bien avant le tissage, le but est d’en transcender le sens”. Clientèle privée internationale, hôtels et restaurants occupent largement son cahier de commandes. Actuellement, elle peaufine un travail sur la lumière, en créant des étoffes en fils de cuivre aux fortes propriétés réfléchissantes. Soumiya Jalal Mikou a reçu le prix de l’Innovation au salon Maison&Objet 2001. Soumy20022000@yahoo.fr


Hicham Lahlou Installé à Casablanca, Hicham Lahlou est sans doute le plus en vue des designers marocains : sa théière en métal Koubba a été l’un des premiers objets de design ”Made in Morocco” à occuper la scène internationale. Minimalistes et luxueuses, ses créations sont empreintes du style des années 30. Arts de la table, luminaires, mobilier constituent son principal champ de réalisations, mais il s’est également mesuré à une plus vaste échelle en créant une ligne complète de mobilier urbain pour la station balnéaire d’Agadir, inaugurée en janvier dernier. h.lahlou@menara.ma

Karim Tassi Diplômé de l’Institut international de stylisme et de modélisme de sa ville natale, Casablanca, Karim Tassi complète sa formation à la Chambre syndicale de la Couture de Paris. Il mène alors des missions de stylisme pour des industriels du prêt-à-porter, et répond à ses premières commandes de créations sur mesure pour une clientèle privée. Le boucheà-oreille ne tarde pas à se manifester, faisant de lui, l’un des couturiers-phares. Maniant avec dextérité et harmonie le vestiaire classique marocain et le vocabulaire stylistique occidental, il a su créer une griffe jouant sur la mixité des cultures. Djellabas, caftans, burnous, sarouals, motifs inspirés des dessins au henné côtoient tendances urbaines, servis par le lin, la laine, la soie. Tassi a également appliqué son inspiration sur des tissus d’ameublement qui ornent sa ligne de mobilier de style Louis XVI, présentés, au même titre que ses autres créations, dans son showroom de Marrakech. www.karimtassi.com


Maison&Objet a salué l’originalité des créateurs marocains Zid Zid Kids, auxquels a été décerné le Prix de la Découverte. La griffe est l’œuvre d’un couple : Ahmed Essakalli, le marocain, et Julie Klear, l’américaine. Tous deux, inspirés à la fois par leurs propres enfants et l’atmosphère de Marrakech, se sont consacrés à l’univers des jouets et objets de décoration pour enfants. Originales, ludiques et élégantes, leurs créations, exportées principalement aux Etats-Unis et au Canada, sont fabriquées à Marrakech par des artisans qui associent leur savoir-faire ancestral au design contemporain. www.zidzid.com

Le salon a mis en lumière d’autres créateurs, tous installés à Marrakech : 1. Nihal, tissage sur mesure réalisé à la main, de linge de maison, rideaux, tentures murales… (atelier.nihal@hotmail.fr)

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2. Fan Wa Nour, luminaires, vaisselle et objets de décoration en terre cuite. (fanwanour@hotmail.com) 3. Akkal, objets décoratifs en terre cuite, façonnés à la main. (www.akkal.net)

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4. Loun céramique, objets et mobilier. (www.lounceramique.com) 5. Fata morgana, luminaires, sièges, sofas, tables. (www.amar.fr)

Feyrouz Jalal Cette scientifique de formation, spécialiste du génie cellulaire, a d’abord exercé ses talents au Canada avant de s’établir à Marrakech, où elle réside toujours, et de se pencher sur le potentiel phyto-cosmétique des algues du littoral marocain. Résultat : en 2004 elle fonde ”En d’autres Thermes”, une gamme de cosmétiques naturels et écologiques composée de gommages, d’enveloppements et de masques pour le visage et le corps. Ces produits, abrités dans des pots en terre, sobres et élégants, répondent non seulement à l’engouement grandissant pour la tradition de soins et bienêtre typiquement marocains, mais aussi aux préoccupations écologiques : ”La sélection d’ingrédients naturels et traçables est la base de notre méthode de développement des produits” affirme-t-elle. sealeads@menara.ma

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Amira, bougies artisanales et objets de décoration. (www.amirabougies.com) Via Notti, linge de maison brodé main. (vianotti2@yahoo.fr)

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Joaillerie

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&Horlogerie Shopping

Objets

PRÉCIEUX Pour adoucir la fin d’année et son implacable cortège d’obligations, quoi de plus irrésistible que de se parer de remarquables montres et bijoux des plus grandes maisons. Porter ces beautés précieuses, souvent d’une sophistication extrême, c’est aussi partager le savoirfaire exceptionnel des grands noms de l’horlogerie et de la joaillerie.

Par Yamina Benaï

BULGARI Bague or blanc, onyx et diamants. Elle sait se faire élégamment discrète tout au long de la journée et attirer tous les regards lors de festivités nocturnes...

IWC Da Vinci Chronographe dans un boîtier tonneau avec mouvement automatique manufacturé et indication analogique en temps synchronisé des temps d’arrêt additionnels. Avec indication de la date et arrêt des secondes. La version platine est en édition limitée à 500 exemplaires.


BOUCHERON Bague en or jaune à jupons de diamants, collection ”Exquises confidences”. Impertinente et spirituelle, cette bague ornera parfaitement la main de l’audacieuse qui n’oublie pas de rester féminine jusqu’au bout des ongles.

VAN CLEEF & ARPELS Montre ”Secret Etincelles”, cadran de nacre blanche, révélé lorsque l’on tire sur le motif fleur en bélière, bracelet de satin noir. Une merveille inspirée du style Art Déco, à réserver aux soirées d’exception...

GUCCI Montre ”Signoria”, or blanc, diamants. Le célèbre motif mors de cheval, emblème de la griffe, est réinterprété de manière contemporaine.

RICHARD MILLE Montre ”RM007”, or rouge, medium sertissage. La première montre femme de la collection abrite les innovations techniques comme le rotor en or 18 carats à conteneur, et un mouvement très sophistiqué.


VAN CLEEF & ARPELS Bracelet ”Necklace”, or blanc et diamants, de la collection ”Une Journée à Paris”. La célèbre maison parisienne fête son centenaire en célébrant la ville Lumière, où elle est née. A cette occasion, elle a créé des pièces exceptionnelles qui puisent leur inspiration dans les jardins, les miroitements de la Seine, l’architecture magnifique et le charme de la place Vendôme.

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VAN CLEEF & ARPELS Pendentif cœur, collection ”Lucky Alhambra”. Simplicité, raffinement pour un pendentif gracieux qui fréquente avec le même bonheur le quotidien et les moments de festivités amicales ou plus formelles. En un mot, c’est le compagnon d’une vie.

BULGARI Montre ”Assioma D”, or blanc et bracelet pavé de diamants. Inspirée des années 50, elle affiche une pureté des lignes et toute la splendeur des diamants. Elle rend hommage aux Divas qui ont tant aimé les créations de la maisonž: Ava Gardner, Audrey Hepburn...

BOUCHERON Montre ”Tourbillon” Girard-Perregaux. Cette montre de poche de grande précision, munie d’une cage de tourbillon, présentée en 1867 par Girard-Perregaux est aujourd’hui réeditée par Boucheron,


CHANEL Collier “Fil de Camélia”, collier flexible en diamants et émeraudes, monté sur or blanc. Prouesse technique et finesse du motif font de cette création une remarquable pièce de haute joaillerie.

CARTIER Montre ”La Doña”, grand modèle en or gris et diamants. Une féminine qui ne dédaigne pas le rapport de force... petites natures s’abstenir.

Montre Cartier : photo G. Imhof © Cartier

CHANEL Montre ”J 12”, boîtier 42 mm, boîte et bracelet en céramique et acier, cadran en laque serti de 12 index diamants, lunette sertie de 120 diamants. Pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit...

CHOPARD Montre ”L.U.C., or jaune. Une sobriété des lignes et une élégance qui résume tout le savoir-faire et l’esprit d’une maison née à la fin du... XVIIIe siècle.


Mode HOTEL-

style

74 75 Motel


Robe Marc Jacobs, gants noirs en daim H&M, ceinture Vintage et collants Wolford


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Chemisier nouĂŠ et robe noire Blumarine


Robe en soie Blumarine


Cape façon fourrure en laine noire Kaufman Franco, chapeau en laine et feutre Marc Jacobs, gants en daim Hermès, collants Wolford


Caftan Vintage en cashmere Halston, collants en laine MiuMiu, lunettes Ray-Ban


Tailleur en laine noire Kaufman Franco, ceinture Vintage, sac Gucci, collants Wolford, chaussures Guess, foulard H&M

Photographe : Robert Diadul Assistant photo : Holger Geffken Editeur : Sarah Norwood Modèle : Allie Rizzo/Next Coiffure et maquillage : Brett Jackson


84 85 shopping

Des objets

QUI FONT DU BIEN Marcher, voyager, nager, regarder, se farder, autant de verbes du 1er groupe qui ne souffrent compagnie que de premier ordre. Matières exquises, formes sublimes, confort exceptionnel, originalité garantie, vous trouverez sans aucun doute de quoi chausser votre tempérament mode à travers ce choix d’accessoires et d’objets amis.

GUCCI Elle est tellement au firmament des griffes actuelles que l’on oublie parfois que la maison Gucci a fêté ses 80 ans. Et autant de créativité et d’humour avec ce jeu d’échecs qui élargira votre notion du voyage, puisqu’il se glisse aisément dans une valise.

Par Yamina Benaï

JIMMY CHOO Chic alors, un fourre-tout en veau velours pour sauter d’un avion à l’autre, munie de tout le nécessaire de survie de la globe-trotteuse.

ARMANI Cuir noir brillant, cambrure affolante, lacets et bride pour être sûre de garder le secret, et une ronde folle de perforations argentées : il n’en faut pas plus pour que le pied devienne objet du désir.


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MAISON CANOVAS Guère plus grand qu’un étui à lunettes, et pourtant si astucieusement agencé, le Poudrier Eternity, qui évoque le principe des minaudières années 30, abrite tout le nécessaire à maquillage. Ou comment le beau épouse l’utile. Vente en lignež: www.maisoncanovas.com

ERES La griffe reine de lingerie et maillots de bain continue de nous éblouir avec des une-pièce aussi sensuels qu’un champ de coquelicots.

FENDI Blanc, noir et or, des lunettes bijoux que l’on imagine sur le nez charmant de Sophia Loren ou de Faye Dunaway, époque ”L’Arrangement”. Silhouette altière recommandée.

ARMANI Porté épaule ou main, il attire irrésistiblement par son duo mat-verni, ses liens à pompons qui se referment à la façon d’une bourse et, comment dire, son aplomb.


PRINCESSE TAM TAM I Il a un peu du deux-pièces et beaucoup du une-pièce. il est noir, original et affine la silhouette. Et en plus, il sait nager.

VUITTON L’inventeur d’un certain art de voyager excelle aussi dans les formats plus classiques avec ce porté épaule d’une simplicité désarmante.

JIMMY CHOO Chaussée de ces sandales à brides croisées en cuir et python marine culminant à 11 cm du sol, inutile de vouloir passer inaperçue. Mais bienvenue sur la piste muy caliente.

PERSOL L’Italien passé maître en rendu de couleurs et protection irréprochables s’est aussi ”encanaillé” avec des modèles de lunettes tendance, tout en gardant son quant-à-soi. Very British pour un Transalpin !


Mode

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I

ELISABETH

by Georg Wendt

Collier, ĂŠpaulette et bijoux, Vintage, perles blanches H&M, soutien-gorge, Sonia Rykiel, corsage et gants, Boutique Bizzare, cape noire, Rosenbaum Mode, jupe, Ann Demeulemeester, parure de tĂŞte, Rosenbaum Mode


À gauche : Perles noires, H&M, collier ”tête de mort”, DSquared, corsage, La Perla, jupe moirée, Rosenbaum Mode, manchettes, Wolford, robe rouge une épaule dénudée, Vintage, chaussures, Azzedine Alaia Paris Ci-dessus : Parure de tête (oiseau) et fraise blanche, Vintage, bijoux dorés, H&M, veste rose, Christian Lacroix


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Ci-dessus : veste noire, Chanel, robe noire, Rosenbaum Mode, perles, Bijou Brigitte Page de droite : Fille en noire, robe noire, Rosenbaum Mode, Bottes or, Freelance, perles, Bijou Brigitte, fraise noire, Vintage. Fille en beige, corsage, Catwalk Collection London, jupe, Catwalk Collection London, manteau noir Ă plumes, Rosenbaum Mode, Bottes noires, Pura Lopez, colliers, Vintage


Photographe : Georg Wendt c/o Olivier Rozet RĂŠalisation Assistants photo : Darren Carter & Benjamin Lamberty Models : Karolina Babczynska c/o Modelwerk Catharina Ehlebracht c/o Modelwerk Coiffure & maquillage : Enzo Laera c/o Bigoudi Stylisme : Jani Savolainen c/o Production Lab Assistants stylistes : Anna Schumacher & Christian Brach Production & Postproduction : Vanessa Wendt


Beauté

94 95 Soins

L’élixir longue vie

LES PIERRES PRÉCIEUSES Une pierre précieuse est à la fois un gage d’amour et l’emblème de sentiments forts et passionnés ; elle scelle les étapes d’une vie passée ensemble. Une gemme renferme la beauté et la perfection, la passion et l’incorruptibilité, l’offrir ou se l’offrir signifie emprisonner le germe du bonheur et de la chance. La tradition veut que les bijoux soient de puissants talismans puisque qu’ils contiennent la force de la nature. Le joyau est resté l’un des rares objets magiques de notre civilisation contemporaine et il emprisonne les merveilleuses couleurs de la nature et émet des vibrations bénéfiques pour l’organisme. En effet, les propriétés des pierres précieuses ne sont pas uniquement les propriétés extérieures, ornementales et esthétiques, mais également celles curatives et protectrices. Depuis toujours, “porter” des bijoux permet de s’approprier de leur essence vitale et c’est pour cette raison qu’aujourd’hui ils sont transformés en poudres et deviennent le précieux ingrédient des traitements du visage et du corps. Saphirs élégants, rubis mystérieux, perles lumineuses sont les nouveaux principes actifs

qui contrastent les signes du temps et donnent splendeur à la peau. Des propriétés bénéfiques des pierres précieuses naît une nouvelle génération de produits de beauté. Bulgari Gem Essence est une formule exclusive, contenant quatre extraits de gemmes: saphir, tourmaline, citrine et malachite, qui stimulent la microcirculation en donnant une luminosité extraordinaire. Ces gemmes, outre à donner de l’énergie, sont riches en oligoéléments comme le zinc, le cuivre, le magnésium et le fer, qui sont des nutriments fondamentaux parce qu’ils préservent le tonus et la santé de la peau. Rubino Cosmetics choisit, en revanche, l’hématite, un extraordinaire anti-rides naturel qui améliore l’élasticité des tissus et détend les rides, et la magique poudre de rubis qui fait resplendir le visage d’une précieuse lumière. Pour continuer cet enchantement, une fois la crème terminée, le vrai rubis serti dans le pot deviendra un bijou à porter. Giorgio Armani, en s’ispirant à son aimée île Pantelleria, crée la Crema Nera, un traitement régénérateur très précieux à base de obsidienne, un vitre vulcanique qui se forme pendant le refroidissement de la lave. L’obsidienne est un vrai concentré d’énergie, riche

en silicium, sodium, fer et potassium qui stimule le métabolisme cellulaire favorisant la fonctionnalité de la peau… à toutes âges ! Et enfin, les créateurs maquillage de la maison Chanel, s’inspirant de la passion de Gabrielle Chanel pour la beauté et la splendeur des pierres précieuses, amulettes et talismans, créent une collection exclusive très raffinée de rouges à levres, produits en édition limitée et avec le captivat nom de “Rouge Allure pierres précieuses”. Grâce aux pigments irisés qui le recouvrent, Rouge Allure dévoile sur les lèvres de véritables bijoux étincelant de lumière et il devient un accessoire de mode, un objet de désir et une subtile arme de séduction.

"L’essence vitale, la magie des pierres précieuses dans les nouveaux cosmetiques."


Beauté Temps

RADIEUX Après les petites folies d’un automne, toujours sous le signe du sable et du soleil, le corps a ses raisons que la raison ne saurait ignorer. Hydratation et protection de la peau et des cheveux seront les garants d’une mine réjouissante. Ajoutez quelques gouttes de parfum choisi, rehaussez d’un soupçon de fard, et voilàž! Par Yamina Benaï ANNICK GOUTAL Flacon boule Papillon, eau de parfum ”L’Eau d’Hadrien” : citron de Sicile, pamplemousse, touches de cédrat et mandarine verte, bois de cyprès, baie de carvi, basilic... une fragrance magique pour chaque heure du jour et de la nuit.

CAUDALIE Concentré essentiel énergisant. Destiné plus spécifiquement aux peaux sensibles, ce concentré s’applique la matin sous une crème de jour, pour raviver l’éclat de la peau. Effet anti-fatigue garanti.

DARPHIN Crème Arovita C, Premières Rides onctueuse, veloutée, elle lisse les premières rides et améliore l’élasticité, de la peau. Riche en Oméga 6, Vitamine E, elle hydtare et stimule la production naturelle de collagène.

96 97 Shopping


LIERAC Mat-Chrono, Matité anti-âge, crème régénérante. Renforcée en extraits végétaux, (riz et alfalfa), cette crème non-grasse favorise la régénération cellulaire. A utiliser le soir pour une peau mate et un teint reposé au réveil.

ACQUA DI PARMA Colonia en flacon prestige verre de Murano soufflé à la bouche et travaillé la main, édition limitée à 1 100 exemplaires.

GUCCI Pour Homme II. Une fragrance fraîche, épicée et boisée, aussi élégante que contemporaine (bergamote, fleurs de violette, piment, thé noir, cannelle, feuilles de tabac, musc et myrrhe).

MARY COHR Ice Lift, masque redensifiant fraîcheur et jeunesse immédiates. On connaît les bienfaits de la glace appliquée sur le visage pour retendre les traits. Ce masque onctueux adopte cette méthode avec, en plus, des principes qui redensifient les traits fatigués.

HELENA RUBINSTEIN ”Wanted gloss”. L’elixir de Gelée royale associé à l’huile Crystal génère une brillance éclatante et non-collante, pour ces gloss aux teintes gourmandes.


Regard

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POR TRAITISTE D’OBJETS L’œil du photographe Jean-Bernard Yaguiyan

Par Hélène Zemmour

Déjà sept ans que Jean-Bernard Yaguiyan vit à Marrakech, où il photographie les plus belles demeures du Maroc. Le regard tri dimensionné par des études d’architecture, il sait ce qui fonctionne et ses photos plaisent… Oui mais voilà, c’est le détail qui obsède notre homme. Ce qui lui plaît, c’est la peinture d’un mur qui s’effrite, les aspérités d’une chaise qui a ”vécu”, l’imperfection en gros plan, jusqu’à rentrer dans la matière. Du coup, chez Yaguiyan, il y a la photo qui le fait vivre, ”alimentaire”, et la photo pour laquelle il vit, celle qui le fait vibrer et le libère. Une photo d’art qui témoigne d’une approche très picturale ; et pourtant, Jean-Bernard Yaguiyan s’interdit de tricher : ”je ne retouche jamais la scène que je photographie, je cherche l’angle. Après, je compose, j’inverse.” Ses prises de vue —collées sur un support en bois que l’artiste vient accrocher sur place —esthétisent l’objet le plus courant, lui offrent la douceur du pinceau, dans une mise en scène où la lumière du Maroc joue tout son rôle. Une lumière aux reflets rouges comme la pierre, qui lui rappelle Toulouse où il a appris la technique de la photo : ”trois ans d’école, poussé sans doute par ma mère”. Ses compositions jouent avec l’ordre de lecture de l’image, pour rendre abstraite et unique une mobylette abandonnée, une carriole d’âne, sublimée par un triptyque à connotation mystique. A l’ère de la consommation de masse, Yaguiyan redonne à une chaise de jardin son identité propre, marquée par les gestes répétés, les caresses et les accidents qui constituent son histoire propre. Transcendé, l’objet est humanisé. La photo lui rend hommage, avec humilité. Comme pour un portrait, frontalement, l’artiste vibre devant ces détails qui l’attirent. Voyageur, en Inde ou aux Antilles, Jean-Bernard contemple ce que nous ne voyons plus, pour restituer l’énergie qui émane du quotidien. Et ses clichés commencent à se vendre : une exposition à Agadir, une autre à Marrakech. Des images ”plein pot” qui ne ressemblent à aucune autre. Reste le doute d’un artiste qui hésite à lâcher le reste pour s’engager totalement dans son art. Au vu du talent nécessaire pour faire d’une nature morte un portrait sur le vif, le doute est superflu. ■


P.C.B. Formats : 105x255, 80x180, 53x120


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Celle du C.I.L. Formats : 105x255, 80x180, 53x120


W.W.SQ 80. Format : 105x255, 80x180, 53x120

Premières Attentions. Formats : 105x255, 80x180, 53x120


Menara Blue. Formats : 105x255, 80x180, 53x120

Gris, Bleu... Formats : 105x255, 80x180, 53x120


L’Art Bidon. Formats : 105x255, 80x180, 53x120


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Ombres et Traces. Formats : 105x205, 80x150, 53x100


Chaise du Gardien. Formats : 105x255, 80x180, 53x120


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Azzemour Mon Amour. Formats : 105x255, 80x180, 53x120

Mobyleete S51 Leimoon. Formats : 105x340, 80x240, 53x160


Bleu Epice. Formats : 105x255, 80x180, 53x120


Balade

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Par Yamina Benaï

A côté de chez vous, la trépidante Ville Rouge collectionne les occasions de s’évader : shopping, gastronomie, boîtes, bars, visites culturelles, piscines branchées… Elle exauce tous vos vœux ! Inutile de résister, voici à la carte votre programme des meilleures adresses à découvrir en 48 heures chrono, du petit matin jusqu’au bout de la nuit…

MARRAKECH Par Béatrice Nouveau

express

1 des souks autour de la Place Jamaâ el Fna (qu’il ne faut pas manquer à la nuit tombante sur fond de cracheurs de feu et de charmeurs de serpents), tour des remparts, promenade à la Ménara… Déjà vu ? Poussez plus loin la découverte direction le superbe jardin du peintre Majorelle et son musée des Arts islamiques, les Palais Badi et Bahia, chefs-d’œuvre d’architecture, ou encore Dar El Bacha, l’une des “merveilles” de la ville. Les amateurs éclairés seront quant à eux certainement plus intéressés par un tour des galeries et leur présentation des artistes contemporains. Parmi elles, Noir sur Blanc, un espace récent du Guéliz dédié aux créateurs marocains mais aussi ouvert à d’autres nationalités, la Light Gallery, dans la casbah, qui propose un trip éclectique et “spatio-temporel” entre Orient et Occident ou encore la Galerie 127, consacrée à la photographie, et la Galerie Rê, dans le Guéliz, devenue le temple de toutes les créations actuelles .

JOUR 1 10 heures… un bon petit déj’ Une envie d’orange pressée ou de petit cahoua à déguster en ville vous prend ? Normal, Marrakech est une ville terrasse qui égrène ses cafés typiques un peu partout. Une belle occasion de prendre le pouls des humeurs de votre quartier juste en regardant les passants. Les stressés du wifi préfèreront eux se rendre dans trois institutions plus cosy et européennes situées dans le Guéliz : le Kechmara, rue de la Liberté, et son look seventies revisité, Le Grand Café de La Poste, sous ses varangues ombragées rehaussées de ventilateurs, ou encore Le Café du Livre qui, à deux pas, situé derrière l’ancien marché central dans le patio de l’hôtel Toulousain, dévoile un cadre sobre et chic sur un étage. En prime, la presse du jour à consulter ! Trois bons spots à retenir également à toute heure de la journée, pour un thé ou un sandwich… 11h30… Allez, on part visiter ! Première fois à Marrakech ? Même si vous êtes Marocain, tous les guides vous poseront la question… Si c’est le cas, n’hésitez pas à jouer le jeu : balade en calèche ou en bus rouge, visite

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13h : et si on déjeunait sur le pouce ? Là, vous n’avez que l’embarras du choix. Mais tout dépend de l’endroit où vous vous trouvez. Côté Guéliz, ça se complique tant de jolies tables


1 : Hôtel Amenjana 2 : Le Ksar Char Bagh 3 : Le bô&zin 4 : La Light Gallery 5 : Un nid de cigogne, place des Ferblantiers

s’y sont installées. Nous vous conseillons néanmoins Le Chat qui rit pour son ambiance riad sympa et ses plats du jour inspirés de la méditerranée à prix doux ; Chez Pascal avec son côté bistrot parisien où l’on peut déjeuner africain sur fond de musette ; Les jardins du Guéliz, l’espace idéal pour savourer un tartare de saumon frais à se damner ou encore en terrasse du Grand Café de la Poste et son atmosphère néo-coloniale. Ce dernier endroit étant encore plus magique à découvrir à partir de 18 heures… “Lost in Palm Spring ?“, (traduisez par “vous vous la jouez cool dans la Palmeraie ?”), pas d’hésitation ! C’est au Leroy’s Kfé que vous devez vous rendre. Dans l’enceinte du PGP (Palmeraie Golf Palace), le chef français Christophe Leroy, qui avait déjà créé La table du Marché au sein de l’hôtel Hivernage, vous propose 1 000 m2 de bonheurs culinaires. Un cadre frais et élégant où la carte multiplie les surprises et les mariages audacieux. L’autre très belle table, toujours dans le PGP, est d’inspiration japonaise : le Kiotori. Ses plateaux de Sushis raviront les amateurs les plus éclairés.

plus grandes références en antiquités de la ville. OU... Cap sur la route de Safi vers la zone industrielle ! Cela fait déjà quelques années qu’elle existe, et pourtant, c’est aujourd’hui qu’elle fait parler d’elle… Sidi Ghanem est devenu “the place to do shopping”. Une fois que vous y aurez goûté, vous ne pourrez plus vous passer de ce centre où artisans et show-rooms de créateurs se côtoient, le long de bâtiments dignes des entrepôts de “sappeurs” d’Aubervilliers. Nous y aimons le fer forgé design pour la maison et le jardin de Métiers d’Hier, les services en verre et le mobilier de Léon l’Africain, les cadres sur mesure imaginés par De Bouche à Oreille, les objets contemporains de Akkal, l’univers mille et une nuit de Amira Bougies, le textile revisité par Chez Zoé ou encore les somptueuses découvertes de Artes Mundi qui vient d’inaugurer une galerie d’art…

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Photo Gilles Lhote

15h et comme une envie de shopping ! Là encore, plusieurs options s’offrent à vous… Downtown, les grands classiques des fashionistas ! Pour le cuir, Place Vendôme, au coin de la rue de la Liberté, et la Galerie Birkemeyer, juste derrière : si vous ne trouvez pas le sac de vos rêves chez l’un, vous le trouverez forcément chez l’autre. Pour les chaussures, ciblez l’incontournable Atika, à deux pas. Envie de déco ? C’est à Côté Sud ou Scène de lin qu’il vous faudra dénicher objets et linge de maison que vous attendiez. Sinon, L’Orientaliste ou encore Darkoum vous séduiront sûrement grâce à leur choix de meubles, tapis et bibelots façonnés version ethnique chic. Tout neuf, Marrakech Plaza est un centre commercial en face de la grande poste centrale accueillant quelques grandes marques de la mode. Pratique quand on ne veut pas se prendre la tête. Pour la beauté, c’est chez Naturelle d’Argan qu’il faudra aller dénicher ses produits miraculeux, conditionnés par de grands laboratoires et présentés avec le meilleur goût. Sinon, pour vous offrir le caftan ou les babouches que personne d’autres ne portera, rendez-vous dans la médina, chez Warda la Mouche ou encore chez Akbar Delights. Deux lignes qui fusionnent les cultures dans un esprit moderne très créatif. Enfin, on ne saurait quitter la vieille ville sans aller rendre visite à Mustapha Blaoui, l’une des

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Photo : Pierre Restoul

Carnet d’adresses en page 128

19h… ouf, une petite pause apéro ! Quand le jour décline, rien de tel que de s’installer confortablement dans un fauteuil club, sur fond de musique lounge, pour y siroter un drink. Dans la médina, sur la célèbre place des ferblantiers, se dresse l’un des must de la Ville Rouge : Le Kosybar. Entièrement relooké cet été, le lieu, dont la terrasse supérieure ouvre sur le typique quartier du Mellah, vaut vraiment le détour. Sinon, depuis le printemps dernier, l’incontournable des before “in” demeure le Salon du Grand Café de la Poste au premier étage. Vous vous y projetterez aisément au


début du siècle passé, quand les voyageurs débarquaient dans cet ancien relais postal, sur une ambiance jazzy et conviviale, le tout agrémenté de canapés en cuir, de velours rouge et de “corners” intimes. Enfin, le Chill Out du Pacha, un immense complexe resto-bar-boîte du boulevard Mohamed VI, est également l’endroit actuel pour faire une pause, entre ambiance tamisée et groupes live.

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En tête à tête avec les étoilés Il est des lieux sur la planète où l’on est certain de bien se restaurer. Et Marrakech en fait véritablement partie avec son lot de grands chefs. Parmi les arrivées récentes, citons notamment les célèbres frères Pourcel, double “macaronés” pour leur Jardin des Sens à Montpellier, qui viennent d’investir brillamment les cuisines du Crystal, le select restaurant du Pacha. Deux étoiles Michelin également pour le jeune Fabrice Vulin qui, après avoir oeuvré aux Eaux Vives de Genève, officie désormais à Dar Ennassim, dans le Pavillon du Golf de la palmeraie. Non loin de là, le sublime Relais&Châteaux Ksar Char Bagh vous proposera une autre très grande table sous la houlette de Hadrien, un magicien des saveurs et des senteurs. A un vol d’oiseau, vous pourrez également vous laisser séduire par l’Abyssin, restaurant aux lignes pures du Palais Rhoul qu’il n’est plus besoin de citer parmi les best de la palmeraie. Notons encore un joli moment pour les papilles avec le Dar Ambre, un palais d’hôtes dont la carte dévoile tout le talent et l’originalité de Xavier Mathieu, une jeune étoile Michelin, oeuvrant aussi à l’Hostellerie Le Phébus dans le Lubéron. Saveurs du Maroc Pour un dîner couleur locale, nous ne saurions que vous conseiller trois lieux cultes, temples de la gastronomie marocaine : Al Fassia, le célèbre restaurant de femmes, où vous savourerez d’excellents couscous et tagines inspirés de la cuisine typique de Fès ; Le Tobsil qui, dans un élégant riad traditionnel de la médina, est devenu un grand classique à la qualité toujours égale. Le Dar Moha, enfin, tenu par Moha Fedal, chef de file de la nouvelle cuisine marocaine, où vous dînerez magistralement dans le jardin magique de l’ancienne demeure de Pierre Balmain, autour d’une piscine en forme de porte au coeur de la vieille ville. Sans oublier le Marrakchi et son incroyable vue sur la place Jamaâ El Fna ainsi que le Tanjia, une brasserie marocaine revisité version contemporaine à proximité du Palais Bahia.

Photo : Pascal Lattes

20h30 Un dîner inoubliable… Version tendance ! Indétrônable depuis trois ans, le bô&zin est sans aucun doute le rendez-vous des Beautiful People. Un cadre contemporain et cosy à la fois, une carte très nouvelles saveurs et une ambiance branchée smart qui vous empêche de rentrer trop tôt chez vous. Le tout sous l’oeil avisé de Cyril, le maître des lieux. On connaissait La Villa Rosa, ancienne version. Mais le lieu s’est récemment métamorphosé. Désormais, on se croirait rue du Faubourg SaintHonoré ! Velours noirs et rouges, patio intérieur, fauteuils empires… avec une cuisine des plus appréciées. Très sympathique aussi, Le Loloquoi, qui vient de changer de main, la joue feutré et carte branchée, le long du boulevard Hassan II. Près de là, Le Jardin des Arts new look, vous offrira toujours l’occasion de profiter de sa rafraîchissante terrasse et de ses plats faisant la part belle à la gastronomie française. Route de l’Ourika, Le Touggana est enfin un délicieux resto-bar-lounge raffiné qui vous proposera un tour du monde des plus grands mets.

Photo : Yann Deret

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23h30 La nuit sourit aux audacieux ! L’art de la fiesta, ça ne s’improvise pas ! Les grands noctambules et clubbers passent forcément plusieurs week-ends de folie par an dans la Ville Rouge. Deux restaurants l’ont bien compris offrant à leurs clients des “afters” musique à l’ambiance garantie : Le Jad Mahal qui, dans un somptueux cadre à l’orientale façon tendance, propose tous les soirs à partir de onze heures un


concert live, généralement rock, qui n’a rien à envier à ceux des salles parisiennes. Et le Comptoir Darna, of course, fer de lance des nuits marrakchies, qui vous entraîne toujours dans le rythme, avec ses sublimes danseuses orientales. Côté boîte, Le Pacha, encore une fois indétrônable, mais aussi Le Théâtro, situé dans l’Hivernage au sein de l’hôtel Es Saadi, égrenant bar cosy et dance floor endiablé. Juste à côté, les aficionados des bandits manchots ou des tables de jeu ne manqueront pas le casino… à moins qu’ils ne préfèrent celui flambant neuf de la Mamounia.

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16h humm un petit massage A chaque hôtel son spa. Mais si, par hasard, vous n’en n’étiez pas satisfait ou si vous séjournez chez des amis, voici trois adresses à découvrir de toute urgence avec zéro stress à la clé : on connaissait sa piscine tranquille, découvrez désormais le nouvel institut du Beldi Country Club déclinant toute une gamme de produits issus de l’aromathérapie 100% naturels, nés de leur jardin. Du côté de la médina, Les Bains de Marrakech, bien sûr, font figure d’institution, avec sa gamme de soins classiques et exotiques à apprécier en solo ou en duo. Pensez seulement

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Photo : Gabriel Martel

Quel hôtel choisir ? JOUR 2 12h Offrez-vous une plage chic et cool ! Ah ! Une journée consacrée au farniente sous le soleil… Ici, il n’y a peut-être pas la mer mais on a créé le royaume des piscines. Au choix, La Plage Rouge, sur la route de l’Ourika, qui, avec ses 80 mètres de long pour 40 de large, saura vous séduire le temps d’une journée détente le long de ses sun beds balinais, avec en prime déjeuner buffet ou dîner à la carte, bar lounge et boutiques trendy. Les fans de Nikki Beach, célèbre label de lifestyle décliné sur toute la planète festive, ont quant à eux déjà appris l’ouverture début décembre, d’un tout nouveau domaine dans la Palmeraie. Sous la houlette de Norredine Fakir, déjà propriétaire de quelques adresses parmi les plus hype de la ville, les lieux promettent de sublimes évasions, sur fond d’ambiance zen et blanche, très “Nikki Beach’s style”, à l’instar de ceux de Saint-Trop’, Saint Barth’ ou Miami. Plus sereins, les belles piscines du Beldy Country Club, sur la route du Barrage, du Pacha ou encore du Bled, route de l’Ourika. Enfin, comble du chic, Le Murano Oriental qui vient d’ouvrir ses portes, accueille autour d’une formule piscine les visiteurs de passage en veine de bronzage. Ne loupez pas le brunch du dimanche !

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12 à réserver à l’avance tant le lieu est victime de son succès… Enfin, à Guéliz, Les Secrets Hammam & Spa sauront quant à eux vous entraîner dans un voyage des sens, avec leur gamme clasique de produits et de massages à l’orientale. ■

Difficile en effet de s’en sortir dans cette jungle d’hôtels et de riads de plus en plus hauts de gamme… Si vous rêvez de palmeraie chic, n’hésitez pas à séjourner à l’Amanjena, route de Ouarzazate, sublime domaine composé de 35 pavillons et six maisons pour “happy few” qui, dès l’entrée, magistrale, vous plonge dans les splendeurs de l’Alhambra de Grenade. Autre joyau, le Ksar Char Bagh, un Relais et Châteaux où le comble du luxe se marie à l’aspect monacal et impressionnant des lieux. Les “design addict” ne manqueront pas eux de choisir le très récent Murano Oriental. Frère cadet du sélect Murano Paris, ce dernier étire ses villas et ses piscines le long de quatre hectares de jardin. Et si les extérieurs se fondent dans l’architecture typique, la déco des suites, chambres, bars et restaurant se veut résolument contemporaine, avec des astuces high-tech à faire pâlir nombre de Japonais… Dans ce même secteur de Douar Abiad, le très élégant Jnane Tamsna séduira plus volontiers les voyageurs “bobo” en quête d’endroits d’exception et de cadres particulièrement soignés. Côté médina, La Villa des Orangers, premiers Relais & Châteaux du Royaume, cultive grand charme, confort ultime et professionnalisme dans chacun de ses moindres détails. Une adresse désormais légendaire. Un peu plus loin, dans la casbah, vous trouverez également votre bonheur à La Sultana, une somptueuse demeure d’inspiration mauresque où la qualité du service est véritablement égale à la beauté des lieux. N’oublions pas non plus le cachet fou des riads Lotus (Ambre, Perle, Privilège et Savinio, le dernier-né dans la Palmeraie), tous différents, mais tous d’un goût extrêmement sûr, en plein cœur de la ville. Avec un plus petit budget en poche, vous tomberez sûrement sous le charme des Jardins de la Médina, avec sa piscine entourée d’orangers, du Dar One, et ses chambres très actuelles et son ambiance maison de famille, ou encore de l’Hôtel du Trésor, un riad créé par un designer italien dont l’intérêt est de présenter d’incroyables collections d’époques diverses sur un mode très actuel. Enfin, pour les nostalgiques de la mythique Mamounia, notons la réouverture au printemps prochain de l’institution hôtelière de Marrakech.

Photo : Laurent Pons

6 : Le Grand Café de la Poste 7 : La Villa Rosa 8 : Le pavillon du golf de la Palmeraie 9 : Le spa du Beldi Country Club 10 : Reflet de la koutoubia 11 : Al Fassia 12 : Le Crystal 13 : Le Murano


112 113 Gastronomie

UN BŒUF EN CUISINE Une partition culinaire à quatre mains signée Fabrice Vulin et Myriam Cherkaoui Par Corentin de Penanster Photographies : Pascal Lattes


114 115 Elle s’appelle Meryem Cherkaoui, il s’appelle Fabrice Vulin, ils sont chefs et ils nous l’ont fait savoir de concert, les 26 et 27 octobre derniers chez lui, au Dar Ennassim à Marrakech, et chez elle, les 9 et 10 novembre derniers à La maison du gourmet à Casablanca. Un match culinaire aller-retour sans autre enjeu que la volonté de régaler nos palais. Une partition à quatre mains qu’ils ont savamment étudiée au coin du fourneau. ”Je vais travailler sur l’acidité”, annonce Meryem la verve fougueuse, les petits doigts agités. ”Moi je suis sur la rondeur”, ose Fabrice, passionné, le sourire charmeur… La note de Fabrice est française, mais avec des produits du cru… Il est vrai qu’après avoir ”séjourné” chez Pic à Valence, et monté avec Alain Ducasse le Parc des Eaux vives en Suisse et obtenu deux étoiles au Michelin en quatorze mois… Son talent n’est plus à démontrer. De son côté, Meryem assemble des humeurs d’enfance avec des saveurs de France… Je salive ! Surtout lorsqu’on sait qu’elle a été formée au Crillon et en Bretagne,

près de Lorient, chez un ancien chef de Ducasse… Et de cette combinaison d’experts, une chose est certaine, la note était francomarocaine, ...ou maroco-française ! Leur rencontre ? Fabrice, désireux de se mesurer à la concurrence, faisait une tournée gastronomique marocaine. ”Il y a beaucoup de chefs qui sont confortablement installés dans leurs acquis. Ils ne paraissent pas se mettre en quête de nouveautés”, annonce-t-il l’air désolé. ”En revanche Meryem” poursuit-il enjoué, ”C’est une femme qui a beaucoup de caractère… Elle veut être à la tête du meilleur restaurant de Casa. On partage la même quête !”. Fabrice est marrakchi depuis un an, le temps de créer le Dar Ennassim et d’allumer ses fourneaux. De la cave au grenier, il a tout pensé, ”Hicham Berada —Président du Palmeraie Golf Palace— m’a donné carte blanche. Je suis directeur de salle et chef de cuisine… ”, ajoute-t-il encore, un sourire satisfait. Et de cette carte ? Il nous a sorti

un bel endroit cosy dans les tons rouges et noirs, en plein cœur de la palmeraie. Même les tableaux, qui représentent tout ce que l’on peut trouver de fruits et légumes sur un marché, sont à dominante vermillon. Cette ambition ? Fabrice l’a puisée chez son père, ancien champion de ski couvert de coupes et de médailles. ”Je passais mon temps dans les cuisines du Club Med, là où mon père bossait… Comme il voulait être le meilleur, j’ai fait la même chose dans le domaine culinaire”, lâche-t-il avec aplomb. ”Fabrice est venu dîner un soir. Il a particulièrement apprécié ma cuisine ! il s’est présenté à la fin du repas… On a sympathisé tout de suite. Notre coopération sonnait l’évidence”, glisse Meryem la moue gourmande, avant d’avouer, ”Notre cuisine est très différente, mais vraiment complémentaire. Je qualifierais celle de Fabrice plutôt classique et élaborée avec de très bons produits marocains. Une cuisine bourgeoise ! ”. Meryem est née au Maroc. Sa mère, passionnée


par les grandes tables européennes, a toujours mis celle de la France en priorité. ”Tous les week-ends, on passait notre temps chez nous à la ferme, à sélectionner de bons produits du terroir, et à inviter du monde… Simple prétexte pour se plonger les mains dans la farine et en concevoir les meilleures pâtisseries qui soient ! ”. Le Bac en poche, cette pétillante brune débarque en France. C’est en faisant du tourisme avec des amis qu’elle découvre le château école de Paul Bocuse, près de Lyon. ”Ce fut une sorte de révélation”, lance-t-elle encore ébahie. Le Majestic lui donne sa première expérience deux ans plus tard, ainsi que la chance de rencontrer Philippe, son futur mari et futur associé au sein de La Maison du Gourmet. ”Il voulait créer un lieu. Moi aussi. Je lui ai suggéré le Maroc, il a dit banco. Je me suis mise en cuisine et lui en salle. Tout va bien !”. En quinze jours ils dégottent l’endroit et commencent les travaux, ”je suis une grande impatiente”, s’excuse-t-elle pleine de malice. Et ce match à quatre mains, quel était son défi ? ”Pour connaître la clientèle de Casablanca et

pour que Meryem ait le même genre de retour sur Marrakech”, confie Fabrice pragmatique, avant de préciser, ”Au-delà de toute considération commerciale, c’est tout simplement sympathique…”. ”Chacun fait ses spécialités… On s’envoie nos fiches techniques, on s’élabore réciproquement la mise en place, pour que nos équipes soient opérationnelles… Et en voiture ! ” éclate Meryem tout excitée. Le menu était composé de huit plats différents, très équilibrés et parfaitement sains. ”J’extrais énormément le jus des légumes pour en faire des émulsions, des sauces sans matière grasse. Je travaille davantage à l’huile d’olive plutôt qu’au beurre”, précise Meryem telle une laborantine zélée annonçant le résultat de ses recherches, avant de préciser encore, ”Cette carte a donné aux gens le sentiment de n’être jamais pleinement rassasiés, chaque mets était une découverte… ”. Leurs projets ? Fabrice est en train d’ouvrir de nouveaux lieux à Marrakech. Meryem se tâte… L’idée de développer du fooding haut de gamme à grand échelle lui trotte dans la tête. En attendant, à table ! ■

LA MAISON DU GOURMET Meryem Cherkaoui 159, rue Taha Houcine, ex-rue Galilée quartier Gauthier – Casablanca Tél. : 022.484.846 www.lamaisondugourmet.ma DAR ENNASSIM Fabrice Vulin Palmeraie Golf Palace / Le pavillon du Golf Circuit de la Palmeraie – Marrakech Tél. : 024.334.308 www.pavillonfabricevulin.com


Passion

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Par Christian Debois Photographies : Sagny

DAR ES SALEM

de Rabat,


L’entrée du Blakes appelle le regard à chaque pas. Souligné par des panneaux de rayures, motifs chers à Anouska Hempel, tout un univers d’évasion immobile illustré par des fauteuils chinois, des malles griffées Vuitton, sans oublier l’escalier qui mène, en basement, au restaurant de saveurs asiatico-européennes...

un parcours mythique... Ci-dessus : ce superbe jardin chargé de couleurs et de parfums où le joueur se promène au milieu des cyprès, des palmiers, des eucalyptus est Le jardin d’Eden. À gauche : Le plaisir de jouer dans le ”Temple du Golf”... un Temple de la beauté et de la perfection dans chaque détail du parcours.

Pour les amateurs de golf, Dar Es Salam, c’est la légende ! Ses 45 trous font rêver les golfeurs du monde entier... Classé dans le Top 50 des meilleurs parcours au monde, il est le plus grand d’Afrique et du monde arabe. Le Trophée Hassan II qui s’y déroule chaque année en a fait un golf de renommée mondiale. Il faut dire que l’architecte Robert Trent Jones a laissé libre cours à son génie. Façonnant d’éblouissants fairways parmi les parterres de fleurs et une orchestration d’essences diverses, cyprès, palmiers, eucalyptus, chêneslièges, sapins, bananiers, papyrus, rosiers, mimosas... Un parc resplendissant où évoluent canards et flamants roses. Le parcours rouge où l’architecte dicte sa loi. Ce par 73, une forteresse ! descendre sous le score de 70 est un exploit que peu de professionnels réussissent ! Indispensable de bien placer son drive, les arbres et le sable ne pardonnent pas la moindre faute. C’est la perle du Royal Golf de Dar Es Salam, né pour la compétition en 1971. Son tracé a été désigné comme

le plus difficile du circuit européen, auquel il appartient désormais grâce à l’Open du Maroc. Très long, il court sur 6 702 mètres ! Un parcours très technique qui oblige à penser et planifier avec exactitude chaque coup, pour le grand bonheur des stratèges qui trouvent là un adversaire de taille ! Son trou numéro 9 est célèbre dans le monde entier : un grand lac, un green juste au milieu et 172 mètres à jouer entièrement sur l’eau ou, mieux, au-dessus des nénuphars ! Parcours Bleu Distrayant et varié, le Parcours Bleu cache souvent ses greens rapides après l’angle d’un dog-leg ou derrière le mouvement d’un fairway. Sur les tracés du Parcours Bleu dessiné par Trent Jones, l’improvisation n’a pas sa place ! Si le Parcours Rouge est particulièrement long, le Bleu sait aussi l’être. Par exemple, le onze est un par 4 de 405 mètres, captivant tant par sa beauté que sa difficulté. Arbres et ronces rétrécissent le fairway courant le long d’un lac agrémenté de deux

grands mimosas qui n’arrêteront pas la balle, manifestement destinée à finir dans l’eau ! Parcours Vert. Ce neuf trous a été pensé pour un tour rapide à l’heure du déjeuner ou une leçon sur le parcours, pour un golf moins compétitif et plus distrayant entre amis. Son tracé est certes construit sur des concepts plus simples, mais sans pour autant se départir de la variété et du mouvement. Ici, pas de place aux par 5, mais quatre par 3 offrent une longueur de 130 à 180 mètres avec des solutions diverses et ludiques, au sein d’une nature généreuse qui accueille de gracieux pique-bœufs, de petits oiseaux blancs aux longues pattes et au bec orange… Le Trophée Hassan II, une compétition d’envergure internationale Le Maroc est sans conteste un pays où le golf a atteint une renommée internationale grâce notamment à l’organisation du Trophée Hassan II, une compétition qui attire à chaque édition des golfeurs venant des 4 coins du monde. Il associe


Le Parcours Rouge a le rare privilège de figurer parmi les “plus beaux parcours du monde”.

outre les meilleurs joueurs professionnels du moment, les people, les célébrités du monde de la culture, des affaires, etc. Payne Stewart, Severiano Ballesteros, Jose Maria Olazabal, Bernhnard Langer, Nick Faldo, Tom Lehman ou Gary Player ont tous marqué ce tournoi de leur empreinte. Cette manifestation, qui a dépassé le cadre strictement sportif, est devenue au fil des années un événement économique et touristique. ■

À gauche : quelques très belles colonnes d’un temple romain appartenant à la ville de Volubilis observent le jeu austère et impassible. À droite : chaque coup doit être pensé et planifié avec exactitude, la stratégie est essen-


R E S T A U R A N T

PALMERAIE GOLF PALACE

G A S T R O N O M I Q U E

Restaurant Dar Ennassim, Le Pavillon du Golf. Circuit de la Palmeraie - Marrakech RĂŠservation infoline : +212 24 33 43 08 Site Web : www.pavillonfabricevulin.com


Tourisme

120 121 Vert

Quand


hôtellerie de luxe rime avec

ÉCOLOGIE

Avant, il y avait l’écotourisme pour les aventuriers roots qui se contentaient d’un confort spartiate. Voici venu les écolodges et les écoresorts : des établissements à la fois respectueux de l’environnement et luxueux, portés par de grandes chaînes hôtelières. Parce que l’on peut vouloir du bien à la planète sans pour autant renoncer au confort. Et la clientèle haute gamme apprécie…

Photographies : © Six Senses Resorts & Spas


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Par Hélène Zemmour

L’histoire d’amour entre hôtellerie et écologie a naturellement commencé avec des établissements ”écologiquement corrects”. L’architecture de ces hôtels impose l’usage de matériaux naturels pour la construction, et intègre le recyclage de l’eau ou l’économie d’énergie dans son fonctionnement. Avec les écolodges, un pas de plus est fait vers la nature : c’est le cas en Australie, par exemple, où le magique Daintree Ecolodge & Spa offre un concept unique de lodge sur la Daintree River. Les aborigènes locaux Ku Ku Yalanji proposent une interaction culturelle et éducative à travers l’art, l’histoire, la culture, la musique, la danse et des promenades d’interprétation. Le summum de l’éco tourisme. Mais depuis quelques mois, une nouvelle catégorie vient compléter la gamme des établissements écolo : l’écoresort. Autrement dit, un hôtel soucieux de préserver son environnement naturel et social tout en offrant des prestations haut de gamme à ses clients. En Chine, le ”Crosswaters”, dessiné par Hitesh Mehta de l’agence Edsa, est le premier écoresort 5 étoiles de l’empire du Milieu. Il a ouvert ses nids de bambou, perchés dans les arbres de

Guangdong, fin 2006. La différence avec son cousin écolodge ? D’après l’architecte, le terme d’écoresort s’appplique à un établissement de plus de soixante chambres. L’écolodge, lui, peut se contenter d’être une tente, une hutte, un bâtiment de pierre ou de verre et d’acier, mais peut quand même facturer ses nuits 1 000 euros, tant qu’il satisfait aux principes de l’écotourisme. Le resort Soneva Fushi & Six Senses Spa, temple de bien-être construit dans l’archipel des Maldives, propose quant à lui un concept unique : ”no news, no shoes”, pieds nus, loin de tout. Ici, on joue les Robinsons dans le respect total de l’environnement sans négliger le luxe et le raffinement qui conviennent à un 5 étoiles vraiment particulier. Tout contribue à l’écologie et au plaisir véritable des sens : fruits et légumes bio, matériaux recyclés, panneaux solaires, soins aromatiques aux herbes naturelles. Une véritable philosophie, qui se définit comme du ”luxe intelligent” et un retour aux choses simples. ”Les clients peuvent laisser leur montre et leurs chaussures dans leur valise pendant tout le séjour, et se contenter de tenues légères et décontractées”, peut-on lire dans la brochure. Le


Le bar Ă champagne, du Soneva Fushi & Six Senses Spa, aux ĂŽles Maldives.


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vaillé pour répondre à la norme Feng Shui, avec pour seul mot d’ordre le ”zen”. Cet art chinois nous enseigne comment équilibrer les énergies qui nous entourent dans nos habitations, nos lieux de travail, en nous inscrivant dans la globalité du cosmos. De plus en plus d’hôtels font ainsi appel à des consultants Feng-shui afin d’harmoniser les couleurs ou l’espace d’un lieu. Le confort reste là, mais il tâche de se faire oublier : le sèche-cheveux est planqué dans une noix de coco, la télé dans un panier rempli de fleurs… Même souhait pour l’île hôtel de Tsarabanjina, à Madagascar. Le groupe Constance a acheté cette île pour permettre à ses clients de se ressourcer, hors du temps. Sans télévision ni téléphone, sans contrainte vestimentaire autre que le paréo, sans autre fond sonore que le bruit des vagues et des oiseaux : ”une île avec une petite maison à soi”, devenu le véritable idéal de retour aux sources d’une clientèle qui a déjà tout vu ou presque. L’hôtellerie de luxe souhaite donc bâtir vert, beau, branché et cosy. Parce que c’est tendance,

et surtout parce que cela fait vendre. Les “babyboomers”, qui ont de l’argent, sont prêts à payer cher s’ils sont convaincus de l’authenticité d’un produit. Ces générations du monde entier, nées après la Seconde Guerre mondiale et bercées par la télévision et le rock ont en commun ce même désir de liberté individuelle, de nouvelles expériences, de consumérisme, sans oublier des préoccupations écologiques que n’avaient pas leurs parents. Une génération qui n’a manqué de rien et où les femmes ont accès au travail, ce qui a permis aux couples de baby-boomers de doubler leurs revenus. Rien d’étonnant donc à ce qu’ils constituent une cible privilégiée pour ce nouveau type de tourisme. Argument marketing, le développement durable ? Peut-être. Reste que l’écologie a fait son entrée dans le monde de l’hôtellerie de luxe et lui a imposé ses normes. Les labels ”verts” fleurissent, et l’offre touristique écolo augmente chaque année, modelant de façon durable les habitudes de consommation du luxe. ■


Villa Rosa

64 Avenue Hassan II - GuĂŠliz, Marrakech RĂŠservations : 024 44 96 35 villarosamarrakech@yahoo.fr - www.villa-rosa.blogspot.com


212 News Express Restez branchés

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FADILA EL GADI APPOSE SA GRIFFE À TANGER ET MARRAKECH FASHION STAR, UNE CARTE QUI RÉCOMPENSE NOTRE FIDÉLITÉ Avec un design pailleté ultra fashion, la carte multimarques ”Fashion Star”, devient notre meilleur compagnon shopping. Avec elle, chaque achat effectué dans l’une des enseignes marocaines Morgan, Women’Secret, Bettyflowers, Orchestra et Springfield nous permet de cumuler des points et de bénéficier de nombreux avantages et cadeaux : des réductions exclusives, des promotions inédites et des chèques cadeaux à gagner deux fois par an. Il suffit de la demander, elle est gratuite et sans frais d’adhésion. Pour tout renseignement, appeler le 022 70 00 15/16.

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Après avoir séduit Rome, Milan, Positano, Naples et New York, Fadila El Gadi, l’une des créatrices de mode les plus courues du moment, joue maintenant la carte marocaine. L’été dernier, c’est à Tanger qu’elle a ouvert sa boutique en nom propre, puis plus récemment, c’est Marrakech qui accueille son nouvel espace show room. On y trouve des collections intemporelles jouant sur les contrastes —soyeux, brut, blanc, noir—, et des lignes contemporaines aux finitions parfaites, ornées de broderies qui leur confèrent cette touche Couture, marque de fabrique de la styliste. On craque aussi pour les vestes militaires revisitées et les accessoires en tout genre. ■ Tanger (2) : 29, Place du 9 avril (à côté du cinéma Rif) — grand socco — Tél. : 039 37 39 04 ■ Marrakech (1) : Rue Imam Ali (2è étage) - Résidence Rose des Sables. Sur RV - Tél. : 015 74 01 85 / 061 43 68 70

ARMANI CASA : CHANGER DE DÉCO C’EST POSSIBLE La célèbre marque du créateur italien, déjà présente dans 35 pays, vient d’ouvrir sa première boutique marocaine à Casablanca. Une ambiance raffinée qui abrite une sélection riche et soignée, où formes, matériaux et couleurs se marient harmonieusement pour nous offrir une large palette d’objets et nourrir notre inspiration. On y trouve du linge de maison, des objets de décoration, mais aussi du mobilier et des accessoires… ainsi que des éditions limitées signées Giorgio Armani telles le ”Bar Riesling”, ou encore le célèbre canapé” Turandot”. De quoi réveiller nos envies de changer de déco. ■ Rue Essaanani et rue du Phare – Résidence Hamza. Casablanca.

MANGO À LA MODE PENÉLOPE ET MONICA CRUZ Actrice espagnole tant remarquée dans les films d’Almodovar, star hollywoodienne que l’on ne présente plus, égérie des produits l’Oréal, Pénélope Cruz n’en finit pas de cumuler les casquettes avec charme et brio. Cette fois, c’est à la mode qu’elle s’attaque. Avec sa sœur Monica, elle a imaginé une ligne de 25 modèles, ainsi qu’une sélection d’accessoires, pour la marque Mango. Une collection automne / hiver exclusive, dans toutes les boutiques Mango.


”L’ART EST BIEN TROP VIVANT POUR RESTER ENFERMÉ DANS UN MUSÉE ”

CURVES S’ADAPTE AUX COULEURS LOCALES ! Le mastodonte américain de la remise en forme, dédié exclusivement aux femmes, démarre des ateliers de danse orientale dans ses enseignes Marocaines. Ils ont débuté en novembre et sont animés par une danseuse orientale professionnelle. Curves propose également des machines à système hydraulique ultraperformantes qui sont adaptées à la morphologie féminine, à travers des séances de remise en forme qui combinent force musculaire et entraînement cardiovasculaire. Après une séance de 30 minutes de bienêtre du circuit minceur, vous pourrez désormais, dans un cadre dynamique et convivial, vous adonner au plaisir d’une initiation à la danse orientale.

C’est avec cette profession de foi que Mehdi Qotbi, artiste peintre de renom international et citoyen du monde engagé, a puisé toute son inspiration pour se lancer aujourd’hui dans l’univers de la mode. Une collection d’accessoires de mode et de bijoux, à conjuguer au féminin et au masculin, sur laquelle Mehdi Qotbi appose sa griffe. C’est sa façon de raconter, tel un carnet de voyage, la magie de ses rencontres et ses impressions rapportées des quatre coins du monde. A la croisée de deux parcours, celui de l’artiste et celui de l’homme, la collection Mehdi Qotbi Signature trace les contours d’un art nomade qui part à la rencontre de l’autre. Prenant son point de départ dans une ligne d’accessoires de mode et de bijoux, la collection Mehdi Qotbi Signature, devrait bientôt explorer l’univers des cosmétiques et de la bagagerie. ■ Chez Mystère 12, rue Aïn Harrouda Casablanca

AGENDA EXPRESS SHOPPING

LE DESIGN MAROCAIN A SON SITE WEB www.darenart.com c’est le nom d’un nouveau site Web qui rend hommage à la création marocaine contemporaine en France et au Maroc. On peut se procurer en ligne, grâce à un paiement sécurisé, du mobilier, des luminaires, des miroirs, des objets de l’art de la table et de nombreux accessoires de décoration. Côté créateurs, le site propose des noms comme Sophia tazi, Hicham Lahlou, Younes Duret, ou encore Réda Bouamrani. En référençant les signatures de ces créateurs sur le Net, darenart inscrit indéniablement le Design marocain dans une belle vitrine sans frontières.

A Casablanca * Bientôt, la célèbre enseigne de bagagerie de luxe, Lancel, va ouvrir ses portes sur le boulevard d’Anfa.

* Avant la fin de l’année 2007, Kookai fera son entrée dans le quartier trendy du triangle d’or.

A Marrakech * L’énorme bâche qui recouvrait la façade du futur Zara Home, situé boulevard Mohammed V, dans le quartier du Guéliz, vient d’être retirée. L’heure de l’ouverture est imminente. * Bettyflowers, marque Italienne de chaussures pour Femme ouvre enfin à Marrakech. Tél. : 024 42 17 27

KITEA GEANT, UN NOUVEAU CONCEPT IMAGINÉ ET AMÉNAGÉ PAR KITEA On connaissait les magasins Kitea, puis nouvellement les K Shop, et maintenant c’est le Kitea Géant que l’on découvre depuis quelques jours au Marjane Square de Marrakech, le magasin chef de file de ce nouveau concept. De quoi s’agit t-il ? D’énormes espaces qui s’étendent sur des surfaces allant de 4 000 à 6 000 m2, avec des thématiques qui se déclinent en 7 univers aménagés sur des espaces différents : chambres, salon-séjour, cuisine et SDB, rangements, espace entreprises, jardin et extérieurs décoration. Le tout, entièrement dédié à l’aménagement et la décoration d’intérieurs. ■ Parc d’activité commercial ”Marjane Square” (en face du centre commercial Marjane) Route de Casablanca, Marrakech.


Balade Tourisme

Marrakech express (p.108)

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Carnet d’adresses

RESTAURANTS Le KosyBar 47, place des Ferblantiers, Médina. Tél : 024 38 03 24/024 38 65 03. Jad Mahal Avenue Haroun Errachid, Hivernage. Tél. : 024 43 69 84. Comptoir Darna Avenue Echouada, Hivernage. Tél. : 024 43 77 02/10. comptoirdarna@menara.ma www.comptoirdarna.com Grand Café de la Poste Angle Bvd El Mansour Eddahbi et avenue Iman Malik, Guéliz. Tél. : 024 43 30 38. Resa@grandcafedelaposte.com www.grandcafedelaposte.com Le Kechmara 3, rue de la Liberté, Guéliz. Tél. : 024 42 25 32. Le Café du Livre 44, rue Tarik Ben Ziad, Guéliz. Entrée : patio de l’Hôtel Toulousain. Tél. : 024 43 21 49. www.cafedulivre.com Le bô&zin Route de L’Ourika (km 3,5). Tél. : 024 38 80 12. www.bo-zin.com Leroy’s Kfé Hôtel Palmeraie Golf Palace. Tél. : 024 30 10 10. www.christophe-leroy.com La Table du Marché Hivernage Hôtel & Spa, Angle Avenue Echouada et Rue des Temples, Quartier Hivernage Tél. : 044 42 41 00. www.christophe-leroy.com Dar Moha 81, rue Dar el Bacha, Médina. Tél. : 024 38 62 64. darmoha@menara.ma. www.darmoha.ma Le Chat qui rit 92, rue de Yougoslavie, Guéliz. Tél. : 024 43 43 11. Chez Pascal 6, rue Mohamed El Bequal, Guéliz. Tél: 024 44 74 15. Les jardins du Guéliz Rue Oued Makhzine, Guéliz. Tél. : 024 42 21 22. Dar Ennassim Circuit de la Palmeraie, Palmeraie Golf palace. Tél. : 024 33 43 00. L’Abyssin Palais Rhoul, Route de Fes km 4, dar Tounsi. Tél. : 024 32 85 84. Al Fassia 55, bd Zerktouni, rés. Tayeb 1er, Guéliz. Tél. : 024 43 40 60. Le Tobsil 22, derb Abdellah Benhssaien, bab Ksour. Tél. : 024 44 40 52. Le Loloquoi 82, avenue Hassan II, Guéliz. Tél. : 072 56 98 64. La Villa Rosa 64, avenue Hassan II, Guéliz. Tél. : 024 43 08 35. Le Jardin des Arts 6-7, rue Sakia El Hamra. Tél. : 024 44 66 34. Le Touggana Km 9 Route de l’Ourika. Tél. : 024 37 62 76

BOITES, BARS Le Théâtro Hôtel es Saadi, avenue Qadissia, Hivernage. Tél. : 024 32 95 95. mdhfer@iam.net.ma

Le Pacha Bvd Mohammed VI. Tél. : 061 10 28 87/89. www.pachamarrakech.com

SPAS Le Beldi Country Club Km 6 Route du Barrage, Cherifia. Tél. : 024 38 39 50. Les Bains de Marrakech 2 derb Sedra, bab Agnaou, kasbah. Tél. : 024 38 14 28. Les Secrets Hammam & Spa 62, rue de la Liberté, Guéliz. Tél. : 024 43 48 48.

RIADS ET HOTELS Le Dar One Derb Jamaa el Kabir n°19, hay salam, médina. Tél. : 065 22 95 51. riad-dar-one@hotmail.com. Compter à partir de 1000 dh la nuit en chambre double et petit déjeuner. Les Riads Lotus Réservation Riad Lotus Ambre, 22, Hay Zefriti, Quartier Leksour, Médina. Tél. : 024 44 14 05. A partir de 2250 dh la nuit en chambre double et petit déj. www.riadlotus.com Le Bled Douar Coucou, Rte de l’Ourika (km 3). Tél. : 024 38 59 39. www.lebled-marrakech.com. A partir de 600 dh la nuit avec petit déjeuner. Ksar Char Bagh Dinan Abiad, Palmeraie. Tél. : 044 32 92 44. www.ksarcharbagh.com. info@ksarcharbagh.com. A partir de 6000 dh la nuit en suite avec jardin ou terrasse. Dar Ambre La Palmeraie. Tél. : 044 32 88 93. www.darambre.com. darambre@darambre.com Compter partir de 3050 dh la nuit en chambre double et petit déjeuner. Murano Oriental Resort Douar Abiad, Palmeraie. Tél. : 024 32 70 00. www.muranoresort.com A partir de 1600 dh la nuit en chambre double. Jnane Tamsna Douar Abiad, Palmeraie. Tél. : 024 32 94 23. meryanne@jnanetamsna.com www.jnanetamsna.com A partir de 2200 dh la nuit en chambre double et petit déjeuner. L’Hôtel du Trésor Tél. : 024 37 51 13. Compter de 380 à 900 dhs la nuit.

PISCINES & LOUNGES La Plage Rouge Route de L’Ourika, km 10. Tél. : 024 37 80 86/87. laplagerouge@menara.ma. Nikki Beach Circuit de la Palmeraie. Tél. : 024 36 87 27. www.nikkibeach.com Le Pacha Bvd Mohammed VI. Tél. : 061 10 28 87/89. www.pachamarrakech.com

De Bouche à Oreille N°280. Tél. : 024 33 66 55. souleymane@wanadoo.net.ma Amira Bougies N°277. Tél. : 024 33 62 47. www.amirabougies.com. amirabougies@menara.ma Akkal N°322. Tél. : 024 33 59 38/39. www.akkal.net. akkal@menara.ma. Via Notti N°322, 1er étage. Tél. : 024 35 60 24. vianotti2@yahoo.fr Chez Zoé N°510. Tél. : 024 33 61 44. chezzoe@menara.ma Artes Mundi N°29. Tél. : 024 35 62 72. artesmundi@menara.ma

GALERIES Galerie Noir sur Blanc 48, rue Yougoslavie, Gueliz, Marrakech Tél. /fax 024 42 24 16. Light Gallery 2 derb Chtouka, Kasbah. Tél. : 024 38 45 65. Galerie 127 127, avenue Mohammed, Guéliz. Tél. : 024 43 26 67. Galerie Rê Angle rue de la Mosquée et rue IbnToumert n°3. Tél. : 024 43 22 58.

SHOPPING Place Vendôme 141, avenue Mohammed V. Tél. : 024 43 52 63. Galerie Birkemeyer 169-171, rue Med el Beqal, Guéliz. Tél. : 024 44 69 63. Atika 34, rue de la Liberté, Guéliz. Tél. : 024 43 64 09. Ou : 212, av. Mohamed V, résid. Elite n°4. Tél. : 024 43 24 52. Côté Sud 4, Rue de la Liberté, Guéliz. Tél. : 024 44 81 30. Scènes de lin 70, rue de la Liberté. Tél. : 024 43 61 08. L’Orientaliste 15, Rue de la liberté, Guéliz. Tél. : 024 43 40 74. Darkoum 5, rue de la Liberté, Guéliz. Tél. : 024 44 67 39. Naturelle d’Argan 5 rue Sourya, Guéliz. Tél. : 024 44 87 61. Warda la Mouche Rue Kennaria, Médina. Tél. : 024 38 90 63. Akbar Delights Im 42 C, appt 47, rue de la Liberté, Guéliz. Tél. : 071 66 13 07. Mustapha Blaoui 142-144 Bab Doukkala, Médina. Tél. : 024 38 52 40.

ATELIERS ET SHOWROOMS DE SIDI GHANEM Léon L’Africain N°24. Tél. : 024 33 61 32. leonlafricain@menara.ma Métiers d’hier N° 532/533. Tél. : 024 33 58 29.

Office du tourisme de Marrakech Tél. : 024 43 61 79. www.tourisme-marocain.com


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Vin sur Vin - TÊl. : 024 33 59 03 - Marrakech. Plus d’informations sur www.champagne-billecart.fr


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magazine 212 n°1

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