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JANVIER/FEVRIER/MARS


ALPHABET(E)A(M)

Matthieu Marchal Musique @matthieumarchal

Jehanne Moll Photographie + Illustration @molljehanne

Florence Vandendooren Agenda Liège

Victoire de Changy LittĂŠrature + Ecriture @victoirecdc


Axelle Minne Coordination Générale @axellemnn

Sébasien hanesse Culture + Agenda Bruxelles @sebhanesse

Aurélia Morvan Journaliste @blackcherry

Elli Mastorou Cinéma @cafesoluble


Des pér i ples cultur els E dito - A xelle

Ça fait longtemps non ? Et un récit des trois derniers mois, ça vous dit ? Victoire, guidée par des torrents de sirop d’érable, a rendu visite à Ta Mère au pays des écureuils pas farouches pour un sou, profitant de cette escapade canadienne pour passer un peu de temps en famille. Elle nous raconte, thé citrouillé sur la table et éclats de rire sur les murs, la grande complicité de ses Soeurs et l’innocence tendre de Lizzy. Et, si vous vous attardez au milieu de ses souvenirs écumés, vous trouverez des bouts de croquis pro(u)digieux et puis des récits et aussi des cartes de son Monde, évidemment ! De son côté, Sébastien, a préféré enfiler son sac à dos d’explorateur et partir, jumelles en main, à la découverte de la faune et la flore culturelles qui nous entourent. C’est qu’il ne faut pas spécialement traverser l’océan pour s’étonner ! Que ceux qui n’ont pas froid aux yeux n’hésitent pas à suivre le guide : il vous emmènera à quelques années sauvages d’ici et vous montrera comment apprivoiser la biche. Tout est une question de séduction ! Ambiance WWW assurée ! Comme a son habitude, c’est dans une virée musicale que Matthieu s’aventura. Exil au coeur de la montagne, grands feux de bois et chant du coucou au petit matin, c’est un véritable retour aux sources que le premier homme d’Alphabeta exécuta durant ces trois derniers mois. De loin, ça ressemble à une virée entre hommes qui s’asseillent sur des packs de bières pour refaire le monde mais de près, on vous promet, y’a de la place pour chacun d’entre vous !


Il était temps que l’on vous informe, les cheveux dorés de Jehanne ne sont pas ordinaires ! En effet, ses bouclettes improbables sont en fait un véritable radar à paysages photographiques. Reine capillaire par excellence, elle vogue partout, d’un cimetière à un catwalk, le son du déclencheur entre les mains, s’aventurant même au coeur d’une Fashion Week à retardement. Un peu de repos Jeje ? Pas maintenant ! Florence, quant à elle, se chargea d’éparpiller nos lettres dans les nouveaux endroits à la mode, assurant la présence de l’équipe sur tous les fronts. L’oeil rivé sur le Cadran, elle décela avec charme et attitude tous ces nouveaux concepts dont vous raffolerez dans les mois qui viennent. Et vous, vous y étiez ? Elli, princesse des salles obscures, a elle aussi revêti son costume d’investigatrice tout-terrain pour une mission aux multiples facettes. Observation hors les murs, périple au coeur des Alpes et immersion en famille grecque... Il faut dire que notre experte n’a pas lésiné sur les moyens pour vous ramener un rapport détaillé sur les prédictions cinématographiques pour ces 12 prochains mois. On ne vous dévoilera pas ses tactiques de persuasion mais on peut vous dire que cela implique beaucoup de pop-corn bien chaud ! Ensuite, Aurélia, fraîchement débarquée à Bruxelles, n’a pas attendu longtemps avant de fouler le sol pavé de notre capitale belge et, ce qui devait arriver arriva : notre nouvelle recrue mit exactement quatorze jours pour tomber en amour... deux fois. Et puisque de tracas il ne faut pas s’encombrer, elle décida de s’embarquer dans deux love affairs à la fois. Bien vu, Poupée ! Et pour ma part, j’ai profité de quelques semaines au bercail, récoltant les cartes postales de tout le monde et les redistribuant à qui voulait des nouvelles et archivant les colis de souvenirs dans nos grandses boîtes à inspiration. Pour la première fois, je gérais l’éclosion de nos 26 lettres depuis le QG, laissant ma petite troupe se heurter aux éventuels tracas de bourlingueurs culturels. Et c’est non sans surprise que je vis mes 7 (si ce n’est pas un signe, ça ?) copains rentrer sains et saufs de leurs divers périples, les yeux remplis de récits et autres anecdotes à raconter autour d’un menu 3 services que l’on nous avait concocté...


LET’S BE FRI EN DS !

www.alphabetamagazine.be www.twitter.com/alphabetamag www.facebook.com/alphabetamagazine alphabetamagazine@gmail.com


Alphabetable des matièr es 8 - Entre les mains d’Anne Fontenelle 14 - Fashion Week 28 - Graphic portraits with pride 32 - Hot list 34 - Inventer/composer/jouer 38 - Juste .... 40 - Koukou la muzik 46 - Le Malaise vous va si bien 50 - Mon monde, évidemment 52 - Not Now 62 - On y était 66 - Poupées Ru(e)sses 74 - Queen D. 84 - Rencontre dans les Murs 90 - Sur le fil du hasard 96 - TA MERE ! 102 - United colours of Oli-B 110 - Vivre en contact avec la rupture 122 - What, When, Where ? X 124 - YummyTime 130 - Z/A 132 - A pas de Biche 140 - Bouh ! Les soeurs ! 146 - C


entr e les mai ns d’anne fontenelle I nterview - J ehanne


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Qui se cache derrière Anne Fontenelle ?

Il y a-t-il des illustrations que tu rêverais de faire ?

Je m’appelle Anne Fontenelle, je suis graphiste

Etant donné que j’ai déjà réalisé des pochettes

et illustratrice. J’ai bientôt 30 ans, et je viens d’un

d’albums pour différents groupes, notamment

petit village situé près de Florenne.

pour Amen Ra et Jean DL, mon rêve serait d’illustrer celle d’un artiste que j’admire. Réaliser

Comment définirais-tu ton style ?

celle de Mélissa Auf der Maur serait un rêve à rajouter à la liste des travaux que je souhaiterais réaliser.

Mon style est plutôt épuré: je dessine au bic, je fais du trait. Mes illustrations comportent peu

Comment gères-tu ton travail personnel et celui que tu réalises pour Bellerose ?

de travail au niveau des ombrés, mon trait étant plutôt figuratif. J’essaie de faire du réel, de faire sentir et ressentir des choses dans mes dessins, et dans les différents éléments qui les composent. J’essaie d’aérer certains espaces de mes dessins

Je suis ambivalente. Je dois pouvoir montrer

pour mieux me concentrer sur d’autres.

que je suis capable de réaliser plusieurs types de travaux. Par contre, je suis attentive à scinder

Où puises-tu ton inspiration ?

mon travail de celui que je fournis pour Bellerose. C’est essentiel, afin que je n’y glisse pas trop

Je puise mon inspiration dans la vie de tous

d’affect et de sentiments. Actuellement, je suis

les jours: je suis fascinée par le rapport entre

la seule graphiste à travailler pour cette marque,

les corps et les gens entre eux, les animaux qui

et mes illustrations habillent toutes leurs vitrines

traduisent un état d’esprit par rapport aux gens.

de notre pays.

Je communique énormément par l’illustration, simplement parce que je ne suis pas très bavarde, et que je maîtrise mieux le trait que les mots.

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Est-ce que tu à l’occasion de gérer d’autres projets en parallèle de Bellerose ? Non, car c’est une activité qui prend tout mon temps. Les collaborations me manquent beaucoup ! L’illustration ne représente qu’une partie de mon travail: j’ai notamment pris part au projet de la galerie Walls. J’aimerais faire des bouquins photos, pour dire aux gens ce que j’ai à dire, mais je préférerais les diffuser à petite échelle.

Quels sont tes projets pour le futur ? Je vais commencer par essayer de prendre un peu de temps pour moi parce que les travaux pour Bellerose commencent doucement à se calmer. J’ai aussi l’intention de reprendre des projets personnels et des collaborations, que j’avais un peu laissés de côté. J’aimerais aussi explorer de nouvelles choses en dessin: croquer autre chose que des mains et des animaux et créer de nouveaux croquis pour des inconnus qui découvrent mon travail et me choisissent comme illustratrice.

Voir le site / 13 /


FASH ION WEEK P hotographie - Q uentin

de

W ispelaere


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Images © Quentin De Wispelaere, propriété de Dazed Group Ltd


g raph ic portraits with pr i de I nterview - V ictoire

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Pour l’édition D d’Alphabeta Magazine, on a eu la chance d’être « croqués » par la talentueuse Carole Stolz. Quelques mots supplémentaires sur la demoiselle.

Luxembourgeoise d’origine, j’ai cherché et trouvé mes inspirations artistiques surtout à l’étranger: J’ai fait mon bac+3 en graphisme à Bruxelles et je me considère vraiment chanceuse d’avoir fait cette expérience puisque j’étais quête d’expériences dans un tas de domaines artistiques afin de pouvoir définir mon propre style. Actuellement, je suis à Hambourg pour essayer de récolter des influences différentes et nouvelles ainsi que pour finir mon master en toute liberté créative.

On remarque sur ton tumblr une tendance prononcée pour la réalisation de portraits. Comment t’y prends-tu pour réaliser ceux-ci? Te bases-tu de prime abord sur des photos? Je pense que le portrait est l’image la plus intime qu’on puisse faire d’une personne. On prend


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Un top 5 d’illustrateurs à conseiller ?

du temps pour l’observer en détails, avec tous les traits marquants qui la caractérise, pour ensuite les retracer de manière la plus fidèle au personnage et les rapprocher de son individu. Je me base surtout sur des photos par moyen de simplicité (et parce que Bill Murray n’avait plus de rdv libre...) mais là aussi j’essaye de retrouver une prise plutôt naturelle qui montre l’individu en pleine action physique ou psychique. Ce que tous mes portraits ont en commun c’est le traitement des cheveux, des lèvres ainsi que des paupières. En ce qui concerne le processus, je commence toujours pas les contours, symboliques pour le cadre, suivi des petits points fait à la main de manière précieuse. Le buste est porté par “un socle” de blanc qui crée l’entourage et qui s’entremêle de plus en plus avec des couleurs douces souvent pastels, y ajoutant un air ironique.

Miguel Endara, il a tout mon respect pour sa patience. Chan Hwee Chong, pour les mêmes raisons. J’adore le côté enfantin et personnel de John Broadley. HelloVon est probablement mon préféré pour l’instant, de même que... Rosemin Hendricks qui est plutôt artiste qu’illustratrice mais qui m’a fortement inspirée!

Peux-tu nous conseiller la musique et la boisson idéales à écouter et siroter en regardant tes dessins? Mon conseil: “Pure” de Blackbird Blackbird, accompagné d’un léger Hugo pétillant.

“Proud illustrations”, ce n’est pas un nom laissé au hasard, si ? Tu nous racontes cette fierté? Le nom “Proud Illustrations” s’est construit tout simplement par mon nom de famille “Stoltz” qui signifie “fier” en allemand. Et, enfin, je me suis dit…un peu de fierté ne nuit jamais !

Où t’imagines-tu dans quelques années? Comment envisages-tu la suite ? J’aimerais continuer de faire mes dessins graphiques! Je suis curieuse de voir comment ils se développeront et se modifieront au fil du temps. Mais surtout, je pense qu’il faut rester ouverte et savoir prendre les possibilités qui s’offrent à soi, alors on verra bien ce qu’il y aura dans 5 ans.

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HOT LIST Les 12 films les plus attendus de 2013 ou un apercu

à Bruxelles : dire qu’on se roule par terre d’impatience serait un euphémisme.

de ce que l’année naissante nous réserve dans les salles obscures ! Promis, on a levé le pied sur les spoilers.

MAI

Gatsby le Magnifique de Baz Lurhmann C hronique - E lli

JANVIER

Django Unchained de Quentin Tarantino Tarantino s’attaque au western spaghetti, avec un casting qui fait frétiller : Christoph Waltz (le méchant nazi d’Inglourious Basterds) manie la gâchette aussi bien que Jamie Foxx et Leonardo DiCaprio.

MARS

The Master de Paul Thomas Anderson Le réalisateur de Magnolia revient avec une fresque ambigüe entre un maître et un élève, incarnés par des acteurs au talent confirmé : Philip Seymour Hoffman et Joaquin Phoenix.

FEVRIER AVRIL

Hitchcock de Sacha Gervasi Anthony Hopkins incarne le maître de l’angoisse, et vous voudriez qu’on rate ça ? Même Scarlett Johansson est de la partie !

L’Ecume des Jours de Michel Gondry Le réalisateur de La Science des Rêves qui adapte Boris Vian, c’était quasiment une évidence. Le casting réunit Audrey Tautou, Gad Elmaleh et une ribambelle d’autres stars, et en plus il a été tourné

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Au vu de son Roméo et Juliette (avant que DiCaprio prenne de l’âge et que Claire Danes gobe des cachets dans Homeland) et de son Moulin Rouge, on devine que cette adaptation de Fitzgerald par Baz Lurhmann sera kitschissime ou ne sera pas. Rendez-vous en mai pour confirmer. Di Caprio en sera aussi.

JUIN

After Earth de M.Night Shyamalan Le réalisateur du Sixième Sens part explorer des planètes lointaines, avec à bord de son vaisseau Will Smith… et son fils. A Will Smith, pas au réalisateur.

JUILLET

World War Z de Marc Forster Adaptation du livre de Max Brooks, avec un des créateurs


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de Lost au scénario, et Brad Pitt en tête d’affiche. En un mot : intriguant.

AOUT

The End of The World, de Seth Rogen

foutu volcan islandais dont l’éruption en 2010 avait réduit à néant l’espace aérien ? Ben ils en ont fait un film. Ouais. Même qu’y a Dany Boon dedans.

NOVEMBRE

En Solitaire de Christophe Offenstein

Avec son pote James Franco, l’acteur Seth Rogen imagine ce que donnerait la fin du monde six mois après tout le monde. En même temps, avec leur consommation industrielle de THC, pas étonnant que ces deux-là aient un train de retard : vous avez vu Pineapple Express ?

C’est l’histoire d’un mec (François Cluzet) qui part faire le Vendée Globe. Sauf qu’évidemment, tout ne se passera pas aussi bien que prévu... Avec aussi Guillaume Canet et Virginie Efira.

SEPTEMBRE

DECEMBRE

World’s End d’Edgar Wright Le réalisateur de Shaun of the dead, Hot Fuzz ou encore Scott Pilgrim retrouve ses potos Simon Pegg et Nick Frost pour leur version perso de la fin du monde (encore elle, décidément) .

OCTOBRE

Eyjafjallajökull d’Alexandre Coffre Vous vous souvenez de ce

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Hobbit : The Desolation of Smaug de Peter Jackson Sans vouloir trop m’avancer, je crois que c’est le second volet d’une trilogie qui parle de hobbits. Et qu’il y a Elijah Wood dedans. Et que le troisième volet sort en 2014. Mais je ne suis pas complètement sûre.


Inventer/ composer/jouer I nterview & P hotos - V ictoire

C’est qui, Lizzy & the Orca ? Lizzy and the Orca c’est moi, Lizzy, et mon copain Sébastien qui est « the orca ». Il est guitariste, et c’est lui qui a réalisé l’album. Moi j’ai composé les chansons, je chante et puis je joue beaucoup de petits instruments : le ukulélé, la guitare, le violoncelle, ...

Tu chantes en français et en anglais. Dans un contexte linguistique parfois houleux entre les francophones et les anglos du Québec, qu’est ce que ça signifie pour toi ? J’ai grandi dans une famille bilingue, ma mère est anglophone de l’Ontario, mon père est québécois d’un petit village près de Rimouski, un francophone pur de dur. J’ai grandi en chevauchant sans cesse les deux langues, j’ai fait mon primaire/secondaire en français, mes études post-secondaires en anglais, j’avais des colocs anglophones,... Quand j’ai commencé à écrire des chansons, c’était juste naturel pour

moi d’écrire en anglais. J’ai commencé à écrire des chansons ado, au moment où j’écoutais beaucoup de chansons en anglais. J’ai ensuite ressenti le besoin et la responsabilité d’écrire en français.

La pochette de ton EP est ce qui m’a attiré au premier coup d’œil, avant même de connaître ta musique. Est-ce toi qui l’a réalisé ? C’est moi, mais les illustrations de la pochette sont de Joseph Baril qui BDiste. C’est moi qui ai mis le tout ensemble, qui ai fait le design final, mais les illustrations d’animaux sont de lui.

Justement, ton EP contient aussi un album de dessins d’animaux à colorier. Tu nous racontes ? Ça fait longtemps que j’avais l’idée de faire un album à colorier collectif. dans les arts


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J’ai un backround dans les arts visuels, j’ai fait mes études dans ce domaine. J’aime beaucoup l’idée de faire des choses. Ce n’est pas tant le résultat final qui compte à mes yeux, j’aime l’idée du processus de création, et encore davantage quand il s’agit de créer avec d’autres personnes. Par ailleurs, à côté de la musique, mon travail consiste à coordonner un atelier d’art pour les gens qui habitent dans la rue ; ils ont accès à un atelier d’art qui fait partie d’un centre qui leur donne différents services, nourriture, douche, ateliers, ... Je suis là quatre jours semaine pour les accompagner dans leurs désirs de s’exprimer en tant qu’individus. Ce sont des gens très très créatifs, de vrais artistes, je vois ça un peu comme une communauté d’artistes qui travaillent

visuels, et je passais mon temps à ramasser des dessins d’un peu tout le monde. Ca faisait longtemps que j’avais cette idée là. Quand Sébastien et moi avons décidé ensemble du thème « animal material » de notre EP, j’ai décidé d’organiser une soirée de dessins d’animaux avec mes amis, on était une douzaine, et j’ai chipé leurs dessins par la suite pour réaliser le livre à colorier.

Tu as un très chouette blog où, selon tes dires, tu t’attaches à Inventer/ faire semblant/ dessiner/ composer/ collaborer/ jouer. Mis à part la musique, dans quels contextes appliques-tu ces actions ?

ensemble.

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Comment t’y prends-tu pour composer tes chansons ?

J’ai le sentiment qu’au Québec l’espace des possibles est beaucoup plus étendu pour les artistes que par chez nous, je me trompe ? De quelle manière se fait-on une place dans le monde artistique québécois ?

Pour les chansons qui sont sur l’EP, c’est parti pour beaucoup de « gratouillages » de guitares, en faisant des tests, en trouvant une mélodie. J’ai tout le temps des mélodies qui me viennent en tête. Ensuite je pose dessus des paroles qui ne veulent rien dire, et puis par la suite j’essaie de trouver des paroles qui ont le plus un sens pour moi... Mais c’est l’étape qui m’est la plus difficile.

Je connais pas la situation en Europe, mais Montréal est différent du reste du Québec parce qu’à Montréal c’est un tel un pôle culturel que tous les artistes viennent s’installer ici. On est entourés constamment de culture, d’art, d’artistes. Alors c’est vrai que c’est facile de faire de l’art, mais on est tellement nombreux à le faire qu’en vivre vraiment, c’est une autre histoire. En musique, c’est vrai qu’il y a beaucoup d’occasions : que ce soit des festivals ou des espaces de diffusions pour jouer, il y en a à la tonne. Si tu veux faire de l’art ici, il est évident que tu as accès à une panoplie de ressources, de gens, d’endroits.

Quels sont les projets à venir pour Lizzy & the Orca ? Et pour toi en particulier, Lysanne ? Pour Lizzy & the Orca, cette année le but est surtout de promouvoir l’EP et de jouer quand les occasions s’y prêtent. En même temps, je compose quelques nouvelles chansons en français parce que j’aimerais que mon prochain album ne soit qu’en français. Je réalise que mon public est plus souvent francophone. Quand je fais mes chansons en français je ressens davantage une connexion avec le public. Quant à moi, j’ai commencé des études supérieures en art visuel, je vais voir où ça va me mener. Je ne peux pas vraiment planifier ma vie pour le moment, j’ai un projet de musique et j’essaie dans un même temps de me perfectionner davantage en arts visuels, et je vais voir où ces deux choses là vont me mener.

La tradition veut que je te demande conseil quant à la meilleure ambiance et la meilleure boisson à siroter pour écouter ta musique... Pour certaines chansons que j’ai composé, j’ai trouvé les paroles en roulant à bicyclette... Si tu fais de la bicyclette relax dans un parc, même si c’est un peu ilégal de rouler avec des écouteurs, écoute ma musique. C’est un mood candide, assez léger. Moi personnellement, si je devais écouter Lizzy & the Orca, ce serait un samedi après midi entrain de jardiner, pour écouter « ton manteau rouge » je boirais du thé, et pour « material » un daikiri aux fraises.

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JUSTE QUELQUES JOURS A ATTEN DR E,

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CERTAI NS AI M ENT SE FAIR E DESIR ER

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KOUKOU * LA M UZI K C hroniques - M atthieu

TAG // COUP DE COEUR

The unplugged version of Canopy Great Mountain Fire Vous l’aurez compris, Canopy premier du nom est un disque solaire (et un brin juvénile) fort apprécié dans l’équipe d’AlphaBeta. Après avoir rencontré les cinq gars aux Ardentes et une deuxième fois sur le plateau de Cinquante Degré Nord je pense que

l’on peut affirmer qu’ils sont le genre de groupe que l’on aime à reçevoir ici, entre nos oreilles et nos plumes. Encore plus lorsqu’ils se dénudent pour une réadaptation, un retravail décharné mais d’autant plus charnel ; The Unplugged Version of « Canopy », second du nom donc. Si le disque débute avec une version up-tempo d’Antiparos à la voix plus ‘garage’ ce n’est que pour plonger avec une infinie grâce dans les délicieux premiers accords d’ « It’s Alright ». Les carillons de la première track cèdent dans le souffle des riffs de guitares usées et de nouvelles font leur apparition sur la seconde piste, plus rondes, un peu plus tremblantes aussi. Les images se construisent en un récit, accoudé au comptoir avec de vieux amis ; les pieds qui courent sur des pavés humides, les coudes qui se frôlent dans l’air dense, nuque contre

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nuque sous la pluie. Mais tout va bien maintenant, l’ivresse monte depuis les pieds avec « If A Kid » , d’abord un peu insolente, les rires se font taquins et l’humour pointu. La chaleur continue de monter, dans le ventre, les poumons ; les yeux brillent et la piste s’éteint dans une dernière minute instrumentale. Et d’instrumental on en est servi avec « Canopy », toujours épique et presque ésotérique qui cache dans ses dernières mesures un « Cinderella » de feu de camp, quelques cuivres en doux troubadours. Le plus grand risque avec un unplugged c’est de se perdre dans les méandres de la traduction simple et de livrer un résultat trop homogène. Risque écarté avec brio puisqu’entre les références bossa nova et les bruits de travaux on découvre un piano-voix électrisant et une conclusion parfaite. Mystique et fiévreuse, «  A Gipsy Father…  » nous apparaît comme une hallucination, les corps cambrés dans une danse circulaire, les ombres vivaces sur les murs et la respiration qui s’essoufle dans le rythme. Beau et inédit, Great Mountain Fire nous livre un unplugged nécessaire et nous confirme tout le bien que l’on pensait d’eux en attendant un deuxième album.


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TAG // TRIP MYSTIQUE

Wake -

Albert Swarm Grésillements, tintements, grincements. Spectres, courants d’air, présences. Ce n’est pas un endroit, ce n’est pas vraiment un moment non plus ; invisible, impalpable et diffus c’est une énergie ou peut-être une atmosphère qui se déploye et s’étend. Les schémas de batterie sont complexes, l’esprit est constamment percuté par des bois, des cloches et autres cymbales tandis que les lignes de basse maintiennent la pression dans le ventre. Des voix fantomatiques errent en entitées stellaires mais jamais ne s’échouent ; jonglant entre les pistes de deep house et celles d’ambiant « Wake » d’Albert Swarm est un album profond de ceux qui ne laissent pas une image précise en tête mais plutôt une sensation brumeuse et sanguine. Vérita-

ble expérience sensorielle où les rythmes répandent dans leur sillon des milliers de petits détails qui crispent légèrement les sourcils et font frémir les épaules, Pietu Arvola de son vrai nom nous réserve le meilleur pour la fin. « Moths and Moth Catchers » s’éveille lentement et entraînés par une voix diaphane jusqu’au première vibrations notre sang commence à gonfler les artères à l’apparition de la seconde voix qui récite un mantra, en transe et en feu dans les tempes. Le son sature en notes cristallines, en percussions tribales et des spirales de basses nous engouffrent dans ce fameux brouillard sanguin. Magique. TAG // AVANT DE DORMIR

Music For Tourists Chris Garneau Chris Garneau est un grand garçon élancé, un peu mince mais ça passe bien, vêtu

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d’amples pulls en laine. Avec sa voix haut-perchée et légèrement pincée, il délivre de jolies balades au piano comme un oiseau fait son nid, branche par branche, le bruissement des ailes dans les feuilles et l’envol. C’est avec une fragilité et une innocence déstabilisante que Music For Tourists se déroule devant nous, théâtre de marionnettes où la voix, le piano, les cordes et l’harmonium nous joue de petites scénettes tantôt doucement mélancolique (« Relief  » et sa valse en demi-larme), tantôt intriguante comme un conte d’enfant (« First Place !!! », ses monstres d’ombre et ses géants de lumière). De fil en aiguille, il nous raconte ses amours impossibles dans des envolées furieuses d’humilité (Black & Blue), il ramène magistralement à la vie Elliott Smith et sa pop maniérée dans « Baby’s Romance » et il nous couve. Dans le cocon, dans l’ouate, dans les draps, il murmure dans le creux de l’oreille et son souffle réconforte d’un bonheur triste et fatigué. Par ce contraste qui met en exergue la beauté du triste, la douceur du mélancolique, Chris Garneau accouche d’un disque intime, incroyablement doux dans l’ensemble et comportant ses moments d’intensité dramatique. Ne ratez pas la dernière piste cachée et son piano qui parcoure la moëlle jusqu’à l’échine.


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TAG // CULTE

Here Comes Everybody -

The Wake Derrière les disco-hits, les chevelures crépues et les culottes taille-haute les années quatre-vingt recèlent de petits disques trésors ; héritages de New Order et Joy Division dont ils puisent l’accent postpunk et soumis à la tendance contemporaine (à l’époque) de l’indie synthétisée, la New Wave apparaît. Surfant allégrement sur le courant, les écossais de The Wake sortent leur deuxième véritable LP en 1985, condensé de l’époque on y retrouve les Fenders métalliques, la voix reverbée et les vagues de nappes synthétisées. Plein de cette sorte d’ivresse un peu kitch et acidulée, presque dramatique et délicieusement romantique propre aux années quatre-vingt, « Here Comes Everybody » débute avec la géniale « O Pamela ». On y voit les mèches blondes et ondulées, le regard insistant

et fuyant tour à tour de la belle et froide qui court au loin et t’appelles pour mieux s’enfuir à nouveau. Le drame de crocodile se fait plus conflictuel, plus tendu dans « Send Them Away » avec sa basse groovy qui te force à te mouvoir doucement, les pieds nus et les yeux humides. Toujours bercé par les mêmes gimmicks sonores, les pistes s’enchaînent dans un spleen homogène aux milles variantes, que ce soit un l’apparition d’un harmonica, d’une chanteuse ou d’une atmosphère plus ténue et sinueuse (Torn Calendar). « Gruesome Castle » est le single le plus connu du disque et un retour direct aux vestes en jeans portées bien cintrées ; il ne reste plus qu’à sauter dans la décapotable et faire voler les deux dés accrochés au rétroviseur. Virée folle dans la contrée des cheveux déteints et des foulards de gang au coup de jeunes filles en salopette et ray-ban de soleil, les cigarettes ne coutaient rien et les lollipop faisaient fureur. Belle époque (Pale Specte). Ovni dans l’album, « Furius Sea » porte bien son nom ; les arpèges en ressacs, la batterie en pluie qui se perd à la surface de l’eau et la montée furieuse mais pourtant calme. Inéluctable et naturelle. « Here Comes Everybody » est un disque culte qui condense en informations sensorielles tout un pan de la culture des ’80. Ca fait plaiz.

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aiguille, il nous raconte ses amours impossibles dans des envolées furieuses d’humilité (Black & Blue), il ramène magistralement à la vie Elliott Smith et sa pop maniérée dans « Baby’s Romance » et il nous couve. Dans le cocon, dans l’ouate, dans les draps, il murmure dans le creux de l’oreille et son souffle réconforte d’un bonheur triste et fatigué. Par ce contraste qui met en exergue la beauté du triste, la douceur du mélancolique, Chris Garneau accouche d’un disque intime, incroyablement doux dans l’ensemble et comportant ses moments d’intensité dramatique. Ne ratez pas la dernière piste cachée et son piano qui parcoure la moëlle jusqu’à l’échine.


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TAG // FURIEUX & EXPERIMENTAL

Allelujah! Don’t Bend! Ascend! Godspeed You! Black Emperor Ce n’est pas la première fois que je parle de Godspeed You! Black Emperor dans AlphaBeta : je vous ai déjà conté leur immensité dans le domaine du post-rock, la complexité de leur travail et les sommets épiques qu’ils nous font atteindre en combinant larsens, noise et instruments à cordes. J’ai déjà mentionné leur influence (anti-)politique, leur anti-capitalisme manifeste ; cette colère qui grondait comme l’eau bouillante sous le couvercle et qui explosait dans des instants d’absolu. Les deux batteries construisaient depuis les années nonante des ryhtmes martiaux qui contrastent avec des plages plus calmes et d’une grande célérité. Jusqu’à aujourd’hui voilà ce qu’était GY!BE.

A présent, après dix ans d’absence et motivés par les dernières révoltes au Canada, ils reviennent avec « ‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend! », le même refrain que celui scandé par la foule, pressée contre les barrières et hissant des hymnes sur tissu et des combats sur carton. Dans ce nouveau disque il n’y a plus de place pour la célérité, pas plus qu’il n’y en a pour le repos ou la paix. Construit en deux faces, la première chanson de vingt minutes au schéma narratif complexe se confronte à la deuxième piste de six minutes trente plus abstraite et composée d’un entrelas de noise et d’instruments à cordes. Il en va de même pour la troisième et quatrième piste. Si la première track de chaque face s’applique à nous raconter la révolte, par des progressions techniques et des riffs acérés, la deuxième s’applique, elle, à recréer l’ambiance, l’atmosphère générale du propos. On peut sentir l’odeur du souffre, toucher le métal froid, rugueux et se perdre dans la lutte des masses contre le vide, tous perdus et oubliés dans le gouffre des anonymes. Il faut vivre les cinq dernières minutes de « Their Helicopters’ Sing » en live pour se rendre compte, le corps à vif et les oreilles rudement menées, qu’encore une fois, par ses contributions pointues et dévouées à la musique,

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Godspeed You! Black Emperor marque le temps et produit un disque d’opinion fort et honnête.

TAG // OVNI

s/t Voices From The Lake Attention, nous entrons dans une partie très alternative de la musique contemporaine. Avant de tenter l’expérience, sachez que vos repères seront dès lors totalement obsolètes et que d’une part si l’expérience est ratée vous n’en ressortirez que frustré d’incompréhension : « Ah mais le bougre, ah mais le fourbe, il appelle ça de la musique ? C’est chiant comme la pluie.» D’autre part, si l’expérience est réussie, de possibles lésions cérébrales sont à prévoir mais, croyez-moi, ça en vaut largement la chandelle.


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Il est nécessaire d’écouter ce disque dans un endroit calme et familier, au casque ou avec un système son adéquat. Une fois que vous avez optimisé vos paramètres d’écoute pour une immersion totale il est temps de se laisser happer par Voices From The Lake. Après quelques premières minutes déstabilisantes, nécessaires pour remettre l’esprit à zéro, la musique commence à se tisser autour de nous, elle construit une immense forêt, refuge organique, chaud et humide qui bat dans son ensemble. Une unique pulsation, cyclique, qui fait trembler l’air. L’air est lourd d’ailleurs, il est en contact direct avec notre peau et possède une réelle consistance, chaque battement de la forêt véhicule d’innombrabres vibrations directement sous les couches cutanées. Ce qui était d’abord un ressenti complet où nous sommes le sujet se polarise sur « ST » laissant place à plus d’ouverture, plus de mouvements. Le regard se détourne pour passer de l’introspection intérieure à la contemplation. Les sons ne se servent d’aucun stimuli connu pour susciter l’émotion, ni rythme ni mélodie ici, il n’y a qu’une espèce d’entité vivante et inconnue qui subjugue juste par le déroulement de son entité, dans le temps et dans l’espace. Il y a une recherche fondamentale et une rencontre ex-

ceptionnelle dans ce disque qui relève plus de l’ouvrage. Tout ce que je viens de vous raconter, la forêt vivante et les pulsations, est véridique (aucun agent chimique dans mon organisme, je promets). La musique a une forte portée visuelle dans ce disque et presque une portée physique, palpable grâce à cette minutie et précision chirurgicale dont fait preuve le duo. Sans conteste un des meilleurs disque de deux-mille-douze.

TAG // ONIRIQUE

Invisible Chapelier Fou A l’écoute de la première piste (Shunde’s Bronx) on se forge très vite une identitée prémâchée de Chapelier Fou ; une fusion pop et adoucie des ryhtmes syncopés d’Aphex Twin avec l’utilisation des cordes de Venetian Snares. Heureusement que l’on embraye bien vite sur la chan-

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son suivante pour découvrir avec « Cyclope and Othello » qu’il n’en est rien. Du long de ses huit minutes cette dernière dépeint sur boite à musique et carrousel vétuste une légère couche de spleen qui s’éparpille un peu plus loin grâce à la voix - au groove un brin post-punk - de Gerald Kurdian. Chapelier Fou développe à travers « Invisible » des atmosphères hétéroclites qui ondulent entre la lumière ou l’ombre. Il y a ces moments comme dans « Fritz Lang » et « Le Tricot » où les sons perlent en infinité de goutelettes, délicates et miroitantes, le soleil sur la peau salée et une légère brise dans la nuque. Alors que parfois le plaisir se fait plus sourd, la saturation augmente, les beats apparaissent grésillements et portés par les violons ils deviennent plus bruts, physiques (L’eau Qui Dort & Protest). Double conclusion que nous réserve ce disque, d’abord avec condensé intrumental des différentes facettes découvertes jusque là et ensuite via une rencontre touchée par la grâce de Matt Elliott lui-même. Une belle façon de terminer.

* le titrage, c’est difficile.


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Le malaise vous va si bi en C hronique

cinématographique

- E lli

Qui a dit que tous les grecs étaient en crise ? Giorgos Lanthimos, lui, a une carrière qui va plutôt bien, même si faire du cinéma aujourd’hui dans une Grèce appauvrie relève plus de l’utopie que d’autre chose. Après avoir été récompensé par le prix “Un Certain Regard” à Cannes pour Canine en 2009, le réalisateur grec revient dans un nouvel opus qui confirme son talent de cinéaste, et surtout son regard cinématographique si particulier. A l’occasion de la sortie d’Alps sur nos écrans le 2 janvier, je te propose ami lecteur, un plongeon dans l’univers de Giorgos Lanthimos, à travers son parcours cinématographique.

K inetta (2005) Après des études à l’école Stavrakou d’Athènes, Giorgos (Georges en VF) se lance à partir de 1995 en tant que réalisateur. Il touche un peu à la mise en scène de théâtre, et réalise quelques clips musicaux. Après Uranisco Disco en 2001, son premier court-métrage, il accouche de Kinetta en 2005. Dans une interview accordée à Romain Le Vern pour LCI, il évoque ce premier long : « [c’est] une œuvre [...] dans laquelle un flic, une femme de chambre et un photographe sont condamnés à répéter les mêmes actes dans une station balnéaire. [...] J’aime essentiellement raconter des histoires sordides sur un ton très léger. C’est ce que je fais aussi dans la vie de tous les jours : je ne prends rien au sérieux. ». Un groupe de personnes rassemblé autour d’une activité commune, le ton faussement grave, l’aspect sordide : dès ce premier film, les bases du langage filmique du cinéaste grec sont posées.

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C anine (2009) Canine comme la dent, et canin comme le chien : le titre équivoque du second film de Lanthimos illustre bien la dualité et l’ambiguïté de son cinéma. Dans cet huis-clos anxiogène, une famille évolue selon des règles... un peu particulières. Disons qu’elles sont plus proche du dressage canin que de « J’élève mon enfant » de Laurence Pernoud. Mais c’est autant dans le fond que dans la forme que le réalisateur se révèle comme un spécialiste du malaise : silences, personnages figés, récitation théâtrale et monocorde, longs plans jouant avec la géométrie des espaces : rien n’est épargné pour déranger, provoquer chez le spectateur un questionnement, une réaction quelle qu’elle soit : « Qu’il [le spectateur] aime Canine ou pas ne m’importe pas, au fond : je ne cherche pas à séduire ni même à choquer, encore moins à donner de la chair à théorie aux intellectuels. Je cherche juste une émotion bizarre dans une gamme variée d’émotions. » Dans cet univers lourd, la tension palpable de laquelle la violence va naître par jets, faire irruption comme on fait tomber un vase, donne parfois envie de détourner les yeux. A l’instar de Michael Haneke, que le réalisateur cite comme une de ses références (on comprend vite pourquoi), Lanthimos ne donne pas toutes les clefs pour la compréhension de ses films, car c’est au spectateur de former ses propres théories. En tout cas si le film vous dérange, c’est qu’il a atteint son but. Et je peux vous dire ceci de source sûre : Michael Haneke a beaucoup aimé Canine. Le film de Lanthimos a d’ailleurs gagné à Cannes la même année où Le Ruban Blanc décrochait la palme. Y a pas de hasard, je vous dis. A lps (2011) Quelque part dans la banlieue d’Athènes, un groupe de personnes se retrouvent régulièrement pour accomplir une mission. Chacun d’entre eux a un nom de code, correspondant à un pic des Alpes. Omniprésence de l’importance du rituel, des règles à respecter, ton monocorde et intérieurs minimalistes : si vous suivez toujours, vous avez compris l’ambiance. Chez Lanthimos, dévier des règles est une erreur qui peut s’avérer mortelle. Comme pour le précédent, sous le calme apparent peut jaillir soudainement la violence, et le malaise est omniprésent. Moins percutant que Canine mais tout aussi maîtrisé, ce troisième film réunit notamment Aris Servetalis (qui jouait déjà dans Kinetta) et l’actrice franco-grecque Ariane Labed. A noter que le réalisateur avait déjà collaboré avec cette dernière en tant qu’acteur, dans le surprenant Attenberg d’Athina Rachel Tsangari, une autre cinéaste grecque en devenir. Mais ce sera pour un prochain article... Si l’univers dépeint vous intrigue, n’hésitez pas : la prochaine fois que vous voulez faire un geste humanitaire, au lieu d’acheter de la feta, évitez les clichés laitiers et courez voir Alps !

Alps¸de Giorgos Lanthimos : sortie le 2 janvier 2013 - Flagey Pour plus d’infos : http://www.lanthimos.com/

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© Amélie Timmermans


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Mon Monde ; Evi demment. Elle était là, sous la pluie – son ciré jaune fermement noué autour d’elle, son capuchon baissé; trempée. Elle me regardait avec ses yeux d’enfer, tout tremblait chez elle jusqu’au bout de ses paupières; et puis ses lèvres, pincées, serrées; elle se forçait à ne plus respirer et de la sorte, c’est moi qui étouffait. Seul son menton battait le rythme de ce qu’elle pouvait ressentir, il tressautait à chaque vague de colère qui lui prenait l’intérieur du coeur. J’ai jeté mon regard vers ses petites mains, elles s’accrochaient à un papier chiffonné. En y regardant de plus près, je pus deviner une carte, peut-être un planisphère, une carte de route, une carte de ville aux drôles de couleurs, une sorte de plan inversé. Je ne sais pas si c’était la pluie ou ses yeux qui balançaient du brouillard mais, d’un coup, j’ai vu les lignes de la carte s’emparer d’elle, elle serrait si fort le papier bleu que les frontières s’imprimaient sur sa peau, elle s’est mise à cracher l’érosion et les volcans, elle a pris toutes les teintes du ciel, a avalé tous les paysages et son ventre, minuscule, a pris des allures de planète. Elle était devenue mienne, monde, mon monde; évidemment.

M ots -

victoire

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NOT NOW P hotographie - Servan Edern Ilyne


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Photographe: Servan Edern Ilyne Modèle: Manon @ Imm Hair & make up: Angèle Caspar Styliste: Camille Wojnarowsky


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ON Y ETAIT C hroniques - F lorence

L’inauguration de la salle « Le Cadran » à Liège Et j’y étais même deux jours d’affilée, une fois pour découvrir la salle calmement en journée, et la seconde pour ressentir l’ambiance de la première soirée qui se donnait dans cette salle souterraine. Le Cadran c’est l’histoire de lieux oubliés, de couloirs abandonnés, d’espaces souterrains désertés au cœur même de la Cité ardente. De vastes espaces au cachet unique métamorphosés en un nouveau lieu d’exception dont la seule visite est une expérience en soi. Le résultat de ces travaux, ce sont trois espaces singuliers pouvant accueillir au total jusqu’à 1000 personnes. La déco est composée d’anciens affichages de gare, de panneaux lumineux modulables et même d’un escalator. Ce dernièr est bien évidemment très agréable à prendre lors d’un évènement ! La soirée d’inauguration ouverte au public a été une réussite, une file de 300 personnes à l’heure d’ouverture, dans laquelle je me réchauffais comme je pouvais. Et puis l’ouverture des portes, la découverte des salles éclairées, de la musique qui se répercute clairement tout le long de la galerie et des lumières pensées pour nous donner un sentiment de confort, même lorsque l’on est coincée entre deux personnes en train de danser. Liège connaît depuis quelques années un important renouveau économique porté par des projets phares tels que la nouvelle Gare des Guillemins (Gare Calatrava) et la Médiacité. Le projet Cadran s’inscrit dans cette dynamique positive et contribue à à rendre notre ville de plus en plus moderne et attractive. Rien que le lieux est une raison suffisante de venir, mais plusieurs évènements futurs vous donneront surement envie d’aller découvrir ce magnifique endroit dans les semaines qui suivent.

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Š Martin Mailleux

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Wattiitude Traverser une petite rue et tomber enfin sur l’affiche indiquant le magasin. Les trésors sélectionnés par Emmanuelle Wégria sont installés dans le charmant entrepôt de mobilier et d’objets vintage “Oh les Beaux Jours” (http:// ohlesbeauxjours.be). L’entrée est cachée par deux immenses rideaux de velours rouge, il faut donc les soulever pour accéder à la magie du lieu où tout est à vendre, tant le mobilier que les objets posés dessus. J’avais pris rendez-vous avec Emmanuelle pour qu’elle m’explique plus en détail le concept qu’elle venait de créer, quand je suis arrivée il y avait tellement de monde qui faisait la file devant elle que j’ai eu l’occasion de faire une longue visite dans sa boutique éphémère et de me faire mes propres cadeaux de Noël. Emmanuelle est architecte et scénographe de formation, c’est pourquoi elle a voulu que ce lieu ait une scénographie mouvante. Elle n’est est pas à ces débuts, elle a créé en 2009 sa marque d’articles pour enfants (www.MadameManu.be), elle se lance dans une toute nouvelle aventure cette fois-ci. Et ça fonctionne !

Quel est le concept de ce lieu ? C’est une boutique éphémère de produits et de créateurs wallons qui travaillent dans le domaine du design, de la mode, des produits de bouche, et des produits culturels aussi, comme la littérature, la bd, la musique. L’idée était de regrouper dans un même lieu plusieurs créateurs de la région, pour les mettre en valeur.

Comment vous est venue cette idée ? J’avais remarqué que les créateurs, ceux qui étaient un petit peu plus connus et déjà distribués, étaient souvent noyés dans des boutiques classiques. Je voulais pouvoir leur offrir un endroit particulier pour montrer leur travail. Je voulais remettre également en avant des créateurs déjà connus mais à qui je pouvais demander des créations originales qu’on ne voit pas partout. Par exemple Celine Pinckers, qui est une créatrice de lingerie, à qui j’ai plutôt demandé des accessoires et non pas de la lingerie. Ou Delphine Quirin qui crée des chapeaux pour adultes qui ici a fait toute une collection pour enfants. Ca me permet d’avoir des exclusivités. Et pour finir j’offre une visibilité aux créateurs moins connus.

Comment avez-vous fait la sélection de ce que vous exposez ? Je connaissais beaucoup de créateurs de réputation, je suis donc allée les trouver et leur ai parlé du concept. La plupart ont tout de suite accroché et étaient intéressés. Mais j’ai aussi fait de nombreuses recherches. La sélection fait évidemment partie de mes gouts personnels mais de façon assez large pour

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plaire à tout le monde. Je pense que le choix est assez varié. A terme il faudra que je réduise ma sélection car ici je suis à plus de 50 créateurs, tous domaines confondus. Du coup cela me permettra de faire beaucoup plus tourner les créateurs. Dans une boutique permanente il faudra un roulement important.

Comment voulez-vous faire évoluer votre boutique éphémère ? J’ai choisi le concept de boutique éphémère pour pouvoir me permettre de faire un test d’activité. Je suis maintenant à la recherche d’une surface commerciale pour effectuer cette activité de manière permanente. Je recherche un identitaire dans le centre ville, pour avoir du passage mais pas entre H&M et Zara ! (rires).

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Poupées r u(e)sses I nterview - A urélia


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Un mot sur ton parcours pour commencer ? Lupina, Sorpresina, Uccelina, Fiorellina, ... Autant de noms particuliers pour autant de poupées alambiquées. L’artiste urbaine Sara Conti, Italienne née en Belgique et vivant à Mons, décore les murs belges et étrangers, de ses collages de 2,60m sur 1,80m, avec pour seul fil rouge: la poupée russe.

Après mes humanités, je suis entrée dans un groupe de rock car mon but était d’être chanteuse. Je ne savais vraiment pas quoi faire comme études et puis finalement j’ai fait les beaux-arts. Au départ j’étais en spécialité sculpture mais ce n’était pas pour moi donc je suis allée en dessin. J’ai toujours cherché le moyen de m’exprimer mais je n’ai jamais eu en tête un métier, une vocation. Après ces six années d’études, j’ai créé, créé, créé. Entre temps il y a eu des années difficiles, j’ai perdu mon papa, donc il y a eu des années de... de rien.

Son goût pour l’art, elle le tient de son papa, sculpteur de passion, qui l’emmenait elle et ses deux sœurs dans les musées de Toscane quand elles étaient petites. Sara Conti travaille beaucoup : collages, sérigraphies, projet divers dont dernièrement “un artiste dans ma classe” en partenariat avec une école de la Louvière. Elle est aussi la seule Belge présente dans le livre “100 artistes du Street Art” de Paul Ardenne.

Tu exprimes ces accidents de la vie dans ton travail ? De part mes collages, je fais un grand travail mais ce dernier est éphémère, laissé à la rue. À part ce que l’on voit, la poupée russe sexuée, il y a aussi la disparition du travail que l’on ne voit pas. J’ai conscience de notre impermanence.

Cette impermanence de l’art urbain ne te dérange pas ? Toutes les disciplines de l’art urbain ne s’effacent pas. Moi j’ai vraiment été vers celle du collage parce que c’est ce qui me correspond le mieux. Ça ne me ressemblerait pas d’aller vers quelque chose qui dure.

14h, c’est dans un modeste café de la chaussée de Waterloo à SaintGilles-Bruxelles, par un jeudi froid de décembre, que nous retrouvons Sara Conti, joues rosées et large sourire, dont on n’apprendra pas l’âge mais beaucoup d’autres choses.

Quand as-tu commencé les collages ? J’ai commencé à travailler avec la poupée en 2006 et le collage deux ans après, en 2008. Je suis allée beaucoup à Berlin à un moment donné de ma vie, c’est là où j’ai découvert les premiers col-

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lages urbains, ça a été un flash, je suis tombée amoureuse. J’avais déjà fait des dessins dans la rue mais ce n’était ni des poupées ni des collages, et là, à Berlin, j’ai vraiment eu un coup de foudre.

Mes poupées je les relie aux Vénus de Willendorf, en toute modestie (rire), je dis qu’elles sont les Vénus de Willendorf de ce siècle. Ces Vénus sont des déesses qui datent de l’époque préhistorique, ce sont des femmes très rondes qui n’ont pas de visage, pas de bras, des petites jambes et d’énormes seins. Elles symbolisent la maternité, la fertilité et je suis sûre que la matriochka de la culture populaire a une symbolique qui découle de celle des Vénus de Willendorf. Pour mes poupées aussi je pense qu’il y à un côté maternel et sympa, elles génèrent ce qu’elles veulent, le monde entier, mais ce qui me plait aussi c’est de montrer une représentation du corps féminin qui n’est pas “à la mode”. Je n’ai pas d’enfant, je n’en veux pas, donc je ne suis pas moi-même une maman, mais je parle de moi dans ces poupées, je m’inspire de ce qu’il y a à l’intérieur de moi et puis parfois de choses qui se passent et qui me touchent.

“Elles sont les Vénus de Willendorf de ce siècle”

Pourquoi les poupées russes ? En 1977, ma maman m’a emmenée en Russie, c’est là-bas que j’ai découvert les poupées russes qui, à l’époque, n’étaient pas du tout à la mode. C’est un truc que j’ai vraiment adoré, on en a ramené et puis elles sont ressorties en 2006, quand j’ai été invitée dans un workshop en Italie par la communauté slovène. La Slovénie ayant été aussi communiste, cette partie de l’Italie ayant été Slovène et ma maman étant une Italienne parlant slovène, j’ai associé le tout à l’Est et donc à la poupée russe. J’avais alors demandé un mur dans le workshop pour mon tout premier projet avec ces poupées, et à partir de là, je n’ai plus arrêté de travailler avec elles. Ce qu’elles représentent pour moi est difficile à dire car l’art n’est pas une science exacte, les chemins sont tortueux mais j’associe probablement la poupée russe à l’image de la maman, de la féminité et au fait qu’on puisse s’ouvrir à l’infini. Et puis ayant perdu mon papa jeune, j’ai vécu avec mes soeurs et ma maman, dans une tribu de filles et donc c’est vraiment moi, c’est inscrit comme ça en moi.

“Tout était par terre, c’était vraiment ... Elle a vécu une heure.” Comment naît une poupée ? J’y passe vraiment beaucoup de temps, j’essaye de faire un collage par semaine. Il y a le temps de création, puis il faut envoyer les fichiers, les faire imprimer en noir et blanc à l’aide d’une machine qui tire les plans d’architecte, aller les chercher et les payer (rire). Ensuite, je colore à la peinture acrylique résistante à la colle et l’eau, ce qui prend du temps car je le fais à la main, et puis je commence seulement la découpe avec l’aide de ma maman. Les poupées sont ensuite collées

Renvoient-elles à autre chose qu’à la matriochka russe ?

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“petite”: “petite d’octobre” pour Ottobrina par exemple. Ce “-ina” au bout leur donne aussi un petit côté nunuche. Ce sont toutes mes filles en fait (rires).

dans la rue, elles sont en quatre pièces donc j’ai besoin d’aide pour faire les raccords et les photos pendant la pose.

Comment décides-tu de l’endroit où tu colles tes poupées ?

Si tu devais me parler d’une de tes filles ... ?

Pour l’étranger, où je n’ai pas assez collé à mon goût, je me dis “si je bouge autant coller” alors j’emmène une poupée avec moi. Je n’ai jamais eu de commande à l’étranger mais j’aimerais bien, au moins on me paierait le voyage (rire). En Belgique je vais dans la ville de mon choix parce que le pays n’est pas très grand. J’habite à 70km de Bruxelles, donc quand je colle ici, j’ai la poupée, la colle, l’échelle et la personne qui vient m’aider dans la voiture, et on tourne. Il ne faut pas trop réfléchir parce qu’après tu commences à avoir peur et tu n’oses plus, donc quand tu vois un mur, tu t’arrêtes, tu colles, tu prends la photo et tu t’en vas (rire). J’ai un bon feeling pour choisir les emplacements en général. Souvent je choisis des murs qui sont déjà tagués parce que ça me permet d’avoir un super fond et pour moi le fond, le contexte, est hyper important esthétiquement parlant, dans le sens où le résultat final va aussi dépendre de l’endroit où j’ai collé. En plus, mes poupées étant éphémères, les tagueurs ne vont pas râler, c’est pas comme si je venais dessiner sur leurs œuvres.

Y en a une que j’aime beaucoup mais j’ai été dégoûtée ... Je l’ai collée à Bruxelles, elle était magnifique, c’était un petit diable vert et noir: Diavolina 2. J’avais trouvé un fond rose vraiment merveilleux, c’était une palissade qui n’appartenait à personne. J’ai collé, c’était somptueux, je suis allée manger un bout, je suis repassée, il ne restait que la tête. Tout était par terre, c’était vraiment ... Elle a vécu une heure.

Et si tu devais me parler d’un(e) artiste ... ? C’est peut-être un peu bateau mais j’aime beaucoup le discours de Marina Abramovich. C’est une icône sans le vouloir, elle dépasse les limites de son corps et ses limites mentales en se mettant vraiment en danger. C’est une légende vivante dans l’art de performance. Pour elle, l’art et la vie sont intimement liés et pour moi aussi, même si, contrairement à elle, je fais des choses matérielles. C’est lié dans le sens où je mets beaucoup de choses dans une poupée et, même si ça me fait du mal, je la laisse mourir.

Comment choisis-tu leurs noms ?

“J’ai le respect de certains gros morceaux de l’art contemporain”

Au départ je crée, je suis une machine à créer des poupées, j’invente toujours mais je ne pense jamais au nom. Je fais le collage, je prends les photos puis je les mets sur mon ordinateur. Et souvent c’est quand je dois les publier que je me demande comment elle va s’appeler, j’ai rarement l’idée avant. Comme je suis d’origine italienne, il y a souvent le “-ina” au bout qui veut dire

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Te considères-tu comme une artiste urbaine pure et dure ?

J’avais déjà fait des Gillettes en petit format lors du dernier carnaval de Binche, que j’avais été coller. Et dernièrement j’ai donc été contactée par le musée car on leur avait envoyé une photo d’un des collages. Je n’en revenais pas parce que je les imaginais vraiment très obtus. En fait, c’est une directrice qui a envie de bousculer les idées établies. Ils m’ont commandé une Gillette en aluminium d’1,30m, huit Gillettes en papier pour l’intérieur qui seront chacune sur un panneau de 3m sur 1,65m, et une Gillette de 5m qui sera collée à l’extérieur. La directrice pense d’ailleurs que les puristes iront l’enlever, elle ne vivra sûrement pas très longtemps (rire).

Non, je ne m’identifie pas du tout au mouvement du street art en fait. J’ai du mal avec l’esprit, ça ne me ressemble pas, le fait que beaucoup d’artistes urbains se cachent, ça m’énerve même si je comprends, mais si on veut que ce soit enfin considéré comme une vraie branche de l’art contemporain, j’ai envie de dire : montrez-vous, ayez les couilles de vous montrer.

Aimerais-tu que ton art de rue soit transposé en galerie ?

Un projet plus général pour 2013 ?

J’adorerais qu’une galerie vende bien mon travail comme ça, ça me permettrait de mettre en place des travaux plus ambitieux au niveau du collage. J’aimerais bien donc, mais je ne veux pas m’associer à n’importe qui. J’aurais pu avoir de l’argent tout de suite mais je ne suis pas ici pour mille ans alors j’ai envie de travailler avec les bonnes personnes et faire ce que j’ai envie de faire. Cela dit, j’ai déjà participé à des projets en galerie, j’ai le respect de certains gros morceaux de l’art contemporain, mais je n’ai encore jamais vraiment été résidente dans une galerie, je suis encore vierge de ça (rire).

Je suis en train de préparer un livre sur mon travail de collage uniquement, pour le printemps prochain. Il ne sera pas destiné à la vente, ce sera un objet promotionnel qui sera envoyé aux professionnels de l’art, musées, galeries, commissaires, grands critiques. J’ai choisi de bons graphistes, un grand du milieu de l’art contemporain pour le texte. Ça va être un petit livre, tiré à 1000 exemplaires, mais un livre qui va coûter cher. J’aimerais bien qu’il puisse être d’actualité pendant deux années donc je dois faire un bon choix de travaux. Grâce à lui, j’espère que certaines portes vont s’ouvrir, que des galeries seront intéressées pour vendre mon travail. L’objectif c’est qu’ils se disent “waouw c’est génial ce qu’elle fait, j’ai envie de l’inviter”. Ce livre c’est vraiment mon projet le plus important, c’est un rêve.

Un mot sur ta future participation à l’exposition sur le Gille ? C’est une exposition sur la représentation du Gille qui aura lieu en février prochain au Musée International du carnaval et du masque de Binche. Les Gilles sont très traditionalistes et en général, leurs femmes s’occupent uniquement de faire les costumes. En Belgique c’est sacré. Les Gilles de Binche portent des grands chapeaux avec des plumes et ce sont uniquement des hommes, d’où l’intérêt de faire une Gillette.

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QUEEN D. P hotographie - J ehanne


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Photographe: Jehanne Moll Modèle: Lucie @ Flag Models Agency Hair & make up: Florence Bracaval Styliste: Anto Massoni Assistante: Florine Moll


r encontr e dans les m urs I nterview - E lli

C’est armée de mon enregistreur et d’une boîte d’aspirines que j’ai rencontré David Lambert un samedi frisquet de novembre dernier. L’enregistreur c’était pour lui, les aspirines c’était pour moi : mon vendredi soir avait été fatal. Mais en poussant la porte du Bar Béton, j’ai laissé ma migraine à l’entrée, parce qu’après être passé à Cannes, au FIFF ou encore au Festival de Locarno, Hors Les Murs sort enfin sur les écrans du plat pays le 23 janvier prochain, et qu’à Alphabeta, on est contents de pouvoir vous en parler. Parce que non seulement le film de David Lambert est émouvant et intense, il est aussi réussi d’un point de vue esthétique. Les cheminots cinéphiles de Cannes et le jury Cinevox du FIFF sont manifestement du même avis, puisqu’ils l’ont récompensé respectivement du Rail d’Or et du Prix Cinevox en 2012. Un joli parcours pour le premier long-métrage de ce diplômé de narratologie à l’ULG, qui a ensuite exercé en tant que scénariste (La Régate, Bernard Bellefroid) avant d’arriver à la réalisation. D’abord avec un court, qui a lui aussi connu son petit succès dans les festivals à travers l’Europe. Et ensuite avec un long, celui de l’histoire de Paulo et Ilir, qui vont se rencontrer dans les rues de Bruxelles. Pas très loin du Bar Béton d’ailleurs : le réalisateur belge a tourné notamment près de chez lui. C’est donc tout naturellement qu’on s’est retrouvés attablés là, entre un café et un jus de pamplemousse. Le café c’était pour lui, le jus c’était pour moi : c’est un de mes remèdes miracle contre la gueule de bois.


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Hors Les Murs est un projet qui est né il y a plusieurs années. Comment a-t-il évolué ?

parler d’amour et pas d’homosexualité, quoi. C’est vraiment très bizarre comme contrainte pour le coup, parce que si tu veux faire une histoire d’amour entre deux mecs, tu dois un peu surpasser le fait que c’est deux mecs parce qu’en fait les gens te disent que c’est un film gay. Alors que non. C’est assez injuste, parce qu’un réalisateur qui fait un film sur un homme et une femme, il parle tout de suite d’amour. Il ne parle jamais d’hétérosexualité. Moi je fais un film sur un mec et un mec, on tend à me dire que je parle d’homosexualité et pas d’amour. Je serais moins légitime à parler d’amour qu’un cinéaste qui fait un homme et une femme ? Même dans ma frontalité d’assumer cet amour dans le film, les gens me disaient : « Mais t’as pas peur d’être catégorisé ? » Mais catégorisé de quoi ?

J’ai écrit Hors Les Murs à 22 ans, à Berlin. C’est vraiment un scénario de jeunesse, et la maturation et la réécriture se sont construites au fil de 15 années de couches successives. Au final, le scénario de départ n’a plus rien à voir avec le premier jet berlinois. En fait à 22 ans tu as une sorte de naïveté à l’écriture, et beaucoup de pudeur. Tu sais que les choses se passent comme ça dans la vie, mais bizarrement tu les romances pour le cinéma... tu racontes des conneries en fait. Pour faire le lien entre les tripes, le réel de l’intimité, et ce que tu as envie de donner à l’écran, ça prend beaucoup de temps. C’est un exercice très bizarre. Même en collaboration, j’ai travaillé avec des auteurs qui généralement prennent la tangente : ils veulent raconter des choses très dures, et la manière dont ils le font est aux antipodes ce qu’on écrit. Parce qu’on devient pudique, on oublie... il faut recentrer.

On est tous catégorisés dans ce cas-là ! Tu n’allais pas filmer un homme et une femme pour parler d’amour si cela ne te représente pas. Ben oui. C’est ce qui me correspondait, comme tout cinéaste fait des histoires d’amour qui lui correspondent.

Le film raconte une histoire d’amour entre deux garçons. On aura peut-être trop vite tendance à lui coller une étiquette « film gay » alors qu’en fin de compte, Hors Les Murs est un film qui parle d’amour plus que d’homosexualité...

En fait en regardant ton parcours, la narratologie, puis l’écriture, et aujourd’hui la réalisation apparaissent comme des façons différentes de raconter qui ont évolué. Est-ce que la réalisation cinéma est l’étape finale, ou tu penses encore évoluer vers autre chose ?

C’était le but : raconter une histoire d’amour entre deux mecs - qui reste en même temps très spécifique, qui ne censurerait rien de ce que ça peut être - mais en même temps d’arriver à un niveau émotionnel qui peut toucher tout le monde. De

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Ce sont des moyens successifs de raconter quelque chose, et ça a pris des formes différentes dans mon parcours, ça complètement. Est-ce que ça peut évoluer, j’espère, sinon je serais très malheureux ! A l’intérieur de la réalisation il y a beaucoup de chemins à parcourir. J’aimerais refaire de la mise en scène de théâtre... mais je me vois aussi bien écrire un James Bond que faire une comédie musicale. En fait Hors Les Murs est davantage le commencement que l’aboutissement de quelque chose. De manière externe on peut le voir comme un aboutissement, parce c’est vrai que c’est un premier film à Cannes, c’est pas commun... Mais pour moi c’est une première pierre à un édifice que j’ai envie de faire évoluer, oui.

Joan Didion reprend cette idée d’état de choc, et de pensée magique qui s’installe.

On a parlé du passé, du présent...parlons du futur maintenant ! Ton prochain film, I am Yours est en cours de production. On peut en savoir un peusur l’histoire ? Ca parle d’un escort-boy argentin vivant dans une misère économique, qui rencontre la misère affective et sexuelle d’un ouvrier belge. Ils se rencontrent en ligne, et l’argentin va venir en Europe en imaginant arriver dans une richesse, que ça va être super... et au final c’est pas si super que ça, il va déchanter. Ici encore, ce sont des idées qui maturent longuement : la première idée est née il y a 5 ans. Peu à peu, je prends des notes, j’écris, je structure, je rajoute, je me documente... après l’écriture effective est courte en rapport avec la maturation. L’écriture c’est de la maturation difficilement quantifiable dans le temps.

Avant le long, il y a eu le court, qui est aussi inspiré d’une histoire personnelle. Peux-tu nous parler de “Vivre encore un peu” ? J’ai perdu quelqu’un dans un accident de voiture. Comme dans le film, il a quitté mon lit, il m’a dit au revoir, et je ne l’ai plus jamais revu. Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais en état de choc. Ce rapport-là à la mort, je ne l’avais jamais vu traité au cinéma tel que je l’ai expérimenté, le fait que l’on n’arrive pas à intégrer la nouvelle, le refus d’accepter l’information. Une fois le choc passé, j’ai essayé de contacter des gens pour leur dire, mais je n’arrivais pas à les joindre. Et en fait je me suis aperçu que si je ne livre pas l’information à quelqu’un d’autre, si je reste chez moi et que rien ne se sait, la personne n’est « pas morte » ; elle continue à vivre dans une sorte de monde quelque part. Je suis parti de là. Sur le fait qu’annoncer la mort de quelqu’un à quelqu’un d’autre concrétise l’événement. Le livre La Pensée Magique de

Pour conclure, un réalisateur qui t’a beaucoup influencé ? Fassbinder, dans les thèmes et la manière de raconter, dans sa façon de filmer les corps qui bougent dans une pièce. Notamment aussi pour son rapport à l’intimité, à travers laquelle rejaillit le politique, le social, mais c’est jamais politique à priori. C’est très intime, et j’aime beaucoup.

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Hors Les Murs - Le Pitch C’est une histoire d’amour musicale. Paulo rencontre Ilir, Ilir rencontre Paulo. Le brun joue de la basse, le blond fait du piano. Entre eux, l’amour s’installe. Pudiquement d’abord, passionnément ensuite. Mais bientôt, Ilir ne donne plus de nouvelles....On ne vous en dit pas plus, parce que dès le 23 janvier vous pourrez découvrir par vous-mêmes ce joli premier film, porté par deux interprètes émouvants, Guillaume Gouix et Matila Malliarakis. A leurs côtés, deux comédiennes dont le talent est égalementà signaler. La première, Mélissa Désormaux-Poulin, était en 2010 à l’affiche d’Incendies de Denis Villeneuve. La seconde, Flonia Kodheli, est présente à l’image mais aussiau son, puisqu’elle incarne la sœur d’Ilir mais a également composé une partie de la musique. Bref, ce film est un concentré de talents, et on vous le conseille vivement !

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sur le fi l du hasar d I nterview - J ehanne + M atthieu // P hotographies - J ehanne

C’est juste avant l’enregistrement d’un live acoustique pour l’émission Cinquante Degré Nord que l’on a eu la chance de discuter avec les cinq gars de Great Mountain Fire. Installés dans la loge, on était bien lancé pour trente minutes de discussion ; au point d’en oublier l’enregistreur et de se mettre à taper des percus pour expliquerle principe du phasing. Ce qui n’était pas exactement le but de l’interview, avouons-le.

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Cela fait déjà un moment maintenant que l’on vous suit, on a beaucoup aimé le premier album, on s’est vu pour une autre interview aux Ardentes et l’arrivée de cet unplugged nous a beaucoup plu. Parlons d’ailleurs de ce dernier !

sique, on va se mettre dans la sensation avant de la poser en musique. C’est comme ça que l’on a travaillé les instants et c’est ainsi pour tout. Pour Breakfast, c’était en matinée, on a ouvert la porte et il faisait beau. Un produit lié à une humeur et à son exploration.

Il y a quand même dans ce nouvel album une teinte plus minimale, dépouillée et parfois mélancolique. Etait-ce voulu cette intimité ou est-ce une conséquence de l’acoustique ?

En gros, ça a commencé sur base de différentes adaptations que l’on a dû faire lors de la sortie de notre premier album « Canopy ». Adaptations pour des radios, il fallait faire de petits sets acoustiques et d’une part le travail était intéressant –il fallait évidemment se défaire de pas mal d’arrangements et aller à l’essence même des morceaux- et d’autre part des opportunités comme celle des Nuits Botaniques acoustiques ont suscité l’envie d’enregistrer. On a troqué l’aspect financier de ce nouvel album unplugged contre trois lives. On a vraiment pris un chemin, puis un autre à droite et le suivant à gauche et au final par hasard on s’est retrouvé à enregistrer dans un espèce de centre scolaire avec des dortoirs. Un peu flippant, c’était une vielle baraque avec ses grincements, les bruits du grenier et tout.

On sent que ce coté intimiste vient du fait que l’on a voulu retravailler les morceaux et capter leur essence en une journée ou au mieux en une prise. Bien sûr, l’unplugged force à aller au cœur des choses mais c’était intime. On était juste nous cinq plus notre ingénieur.

On découvre également de nouvelles teintes de voix, ça s’est passé comment cette recherche ?

Vous pouviez percevoir l’histoire qui est passée là avant vous...

Ahah, il n’y a pas que nous ! Il y a des voix de filles pour la première fois pour les notes très hautes afin de recréer l’unisson par rapport aux cuivres, truc que l’on a entendu dans des prod’ de twist italien des années soixante que l’on trouvait super bien. Mais effectivement il y avait une recherche pour l’instant où certaines sont plus douces ou à l’inverse pour Antiparos plus…

Ouais on sentait l’atmosphère de l’endroit et du coup on a travaillé plus sur le moment de la prise plutôt que le comment. On se disait un jour, tiens on va travailler sur Cinderella acoustique ; ah il faut un bon repas et il faut boire des coups avant. Pourquoi ? En fait on a envie de retranscrire ce bon moment, point. Donc on ne va pas le jouer et travailler à interpréter une sensation en mu-

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…Garage ! Vous avez pas mal fouillé du côté instrumental aussi ?

Et ça créé l’instant. En parlant live, vous avez donné un concert à Liège il y a un mois, vous avez laissé de la place à l’improvisation dedans ? C’était une sorte de test ?

Exactement ! Oui, on s’est bien marré ; on s’est armé de tout ce que l’on pouvait en récupérant des instruments à droite à gauche et on jouait avec, on les essayait. On les triait par pièces, une pour les mélodies, l’autre pour les percus et on se promenait d’une à l’autre.

Oui c’était expérimental ! A la base on était sur la date du Cirque Royal avec du temps pour se préparer et le concert au Fiacre s’est placé comme ça et a donné quelque chose de plus intime, on jouait sur la communion avec le public, réagissant l’un à l’autre. Maintenant on est prêt pour le Cirque Royal, avec un super orchestre, on se réjouit vraiment !

Deux faces à cet album ; la première plus minimale, presque un peu triste comme « It’s Alright », « Late Lights ». La deuxième plus fiévreuse et possédée avec « If A Kid » ou « A Gipsy Father », un joli contraste, était-ce travaillé ? Ton interprétation est juste mais ce n’était pas voulu. Si ça s’en dégage, c’est que l’on a bien bossé oui, mais tout est venu naturellement. En fait, en les mettant ensemble c’est devenu évident.

Après une grosse tournée électrique, de l’acoustique c’est facile à mettre en scène ? Non, c’est chaud ! Après comme on a bien vu cet unplugged comme un fait exclusivif qui ne va arriver qu’une fois dans notre vie, on s’est dit c’est maintenant que ça se passe, on y va et on donne tout.

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ta mèr e ! I nterview - V ictoire

Les pérégrinations pas piquées des vers d’une stagiaire belge chez Ta Mère. Le prélude à cette histoire se situe il y a exactement un an, quelque part au milieu d’un courriel joyeusement amorcé par un “salut maman ! ”. J’entamais alors un master en édition & littérature au plat-pays-qui-est-le-mien, et cherchais à l’occasion d’un stage l’exil d’un Montréal à l’espace des possibles bien plus étendu que par chez moi. Douze mois et maintes batailles administratives plus tard, je traversais l’Atlantique par les airs et atterrissais au pays de la Poutine, du beurre d’arachide et des écureuils intrépides qui, d’un air dégagé, se servent à l’aise dans ton bagel. C’est là que j’ai commencé à squatter Ta Mère. Entretien avec Max, un des fondateurs de la maison.

Comment sont nées les éditions de ta Mère ? Tout a commencé avec des amis d’école. On étudiait dans le même domaine au Cégep (ndlr : prépa avant l’université) et on devait créer une revue littéraire. On a voulu faire quelque chose dont on était fiers, sortir des carcans et faire une sélection de textes rigoureuse, faire appel à des auteurs qu’on aimait bien (et faire des références sexuelles partout, accessoirement). Il s’agissait vraiment là du « proto-TaMère », l’idée d’emballer de la littérature sérieuse dans un emballage amusant existait déjà. On écrivait un petit peu, on s’est lancés et on a fait un livre pour pouvoir s’autoéditer et lancer les éditions de Ta Mère.

Pourquoi le choix d’un tel nom ? Les noms sérieux des maisons d’éditions sont souvent tellement emmerdants. Quand on réfléchissait au nom, on a pensé à cette joke là. Dire Ta Mère, ça inclut de vouloir faire différent. Ce nom crée toujours un effet : les gens sont surpris, ils aiment ou pas mais ça laisse une place infinie aux jeux de mots en tout genre.


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Quelles sont les particularités d’un livre de ta Mère ?

Ne publiez-vous que des auteurs québécois ?

Je pense que ça commencé par des livres dont on affectionnait les textes et qu’on avait la possibilité de faire, et puis au fur et à mesure des publications, la ligne directrice s’est dessinée. Aujourd’hui on pourrait parler de récits étranges, qui sortent de l’ordinaire, de visions singulières du monde et beaucoup de choses funky. Et puis de plus en plus, on accorde une grande place à la réalité : c’est vraiment de la littérature vivante.

Pour le moment oui, mis à part une fois : on a publié un auteur belge, figure toi  : Christophe Géradon. On ne l’a jamais rencontré pour de vrai mais on aimait trop le livre donc a décidé de le faire. N’en reste pas moins vrai que c’est vraiment difficile pour nous de faire la mise en marché d’un livre étranger dont personne, forcément, ne connaît l’auteur.

La meilleure et la pire expérience avec Ta Mère ?

Comment une telle maison d’édition peut-elle survivre à côté des géants de l’édition québécoise et française ?

Les pires expériences ce sont les salons où il n’y a pas un chat qui vient nous voir, une personne passe à l’heure, regarde à peine le livre et le repose, c’est vraiment platte. Concernant la meilleure expérience, je dirais la première fois où on a eu une critique à une grosse émission de radio... Dans ce milieu tellement incestueux où il est tellement difficile de rentrer c’est déjà le fun, mais quand en plus c’est un critique que tu respectes et que pour couronner le tout la critique est bonne... !

Comme il n’y a pas vraiment de marché de l’édition au Québec, il y a vraiment possibilité de se faire sa place et son public. C’est comme pour un groupe de musique, tu commences par faire les petites salles, jouer dans ton garage, puis tu évolues étapes par étapes sans investir trop d’argent à la fois, tu te fais connaître et tu avances si le public est au rendez-vous. On est pas payés donc est-ce qu’on peut vraiment dire qu’on survi ? On ne perd pas d’argent mais on en gagne pas vraiment non plus. On reçoit depuis deux ans des subventions du conseil des arts du Canada mais la maison existe depuis quatre années de plus, c’était donc envisageable sans cette aide mais ça nous permet d’avancer sans craindre de nous retrouver sur la paille.

Comment tu vois Ta Mère dans cinq ans ? Si ça va bien j’aimerais pouvoir me payer un salaire avec, le faire à temps plein (note de Victoire : et m’engager s’il te plait?). j’aimerais avoir la notoriété et l’argent pour pouvoir faire des trucs encore plus extravaguants, prendre des risques pour de vrai, que ce soit pour publier des auteurs des livres qui sont tombés dans l’oubli, aller rechercher des trucs internationaux, des traductions, ...

Si Ta Mère avait un slogan, ce serait quoi ? Advienne que fuck off  !

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Š Benoit Tardif / 99 /


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Ta mère s’exporte t’elle en Europe ?

C’est quoi ton fantasme d’édition ?

Oui on vient de céder les droits de « Ménagerie, » à la maison française « Naïve ». C’est un livre avec une langue vraiment québéboise qui montre qu’on peut avoir un langage de chez nous vraiment affirmé sans tomber dans les clichés de Michel Tremblay et du campagnard dans sa cabane en bois rond. C’est un faux livre pour enfant. Et puis c’est l’occasion d’aller faire la fête à Paris et d’en profiter.

C’est de faire au moins un livre dont vous êtes le héros, pour adultes. On a aussi le fantasme de publier de la pornographie de vampire pour madame histoire de faire des millions de dollars.

Tradition : l’ambiance idéale et la boisson à siroter en lisant un ouvrage de Ta Mère ?

Vous avez une identité graphique très forte, tu nous racontes ?

Pour la boisson, sans hésiter : la bière. Si on ne faisait pas de livres on se lancerait dans une brasserie. Pour l’ambiance... Dans les transports en commun ! On aime les livres rythmés qui sont fait pour l’effervescence urbaine, il y a quelque chose qui a un bon rapport dans la société avec lesquels ils sont créés, c’est pas du Balzac, tu vois ?

La réponse va se situer en trois volets. Premièrement on a la chance d’avoir un directeur artistique qui est un artiste absolument hallucinant (Benoît Tardif mon amour). Deuxième chose : dans la même idée que le nom veut s’éloigner de ceux trop sérieux des maisons d’éditions, on voulait s’éloigner du livre blanc à la Gallimard et des livres avec des peintures dessus qui nous emmerdent, c’était vraiment un objectif de faire différent, de voir si on peut amener le livre ailleurs, faire quelque chose de plus festif et délirant. Dernière chose : on est vraiment des fans de design en général, que ce soit pour le site web ou pour les livres on a vraiment à cœur de produire des objets de design. Ce sont des objets « à regarder », de beaux objets parce qu’au delà du texte le livre est un objet physique qui peut être exploré autant que n’importe quel autre chose de la vie de tous les jours. Le site de Ta Mère est vraiment ambitieux, il y a un désir d’être osé, que ça ne soit pas consensuel. Par exemple nos portraits des auteurs ne sont pas des photos mais des gravures sur bois...C’est différent mais ça remplit tout aussi bien sa fonction.

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un ited coloUrs of oli-b I nterview - A urĂŠlia


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C’est l’hiver, il fait froid et votre corps vous réclame des vitamines ? Chez AlphaBeta, on vous propose mieux que ça : A love affair with colours. Olivier Binamé, Bruxellois connu sous le pseudo Oli-B, est street artist et artiste peintre. Petit, il recopiait des dessins de Disney, des mangas puis il a commencé à faire ses propres dessins comme un grand. Jusqu’au 18 janvier 2013, il expose ses toiles au RoseStudio, situé au 97 rue SaintGeorges à Ixelles-Bruxelles. C’est dans cet espace de travail, égayé par ses œuvres multicolores, qu’Oli-B, Air Max aux pieds, jean et chemise enfilés, nous accueille.

Oli-B, peux-tu nous raconter ton parcours ?

du graff. Une fois que tu atteins l’âge adulte, tu acquières une certaine maturité, tu es amené à rencontrer d’autres formes d’art, tu t’ouvres un peu à la vie. Ce n’est pas du tout quelque chose que je renie, ça m’a permis de développer beaucoup de choses au niveau sensibilité par rapport aux formes et aux couleurs, mais j’ai décidé de sortir de cette “secte” qui s’adresse beaucoup aux même gens et de n’en garder que l’essentiel: le plaisir de la gestuelle, la combinaison de couleurs, la recherche graphique au niveau composition.

J’ai toujours été attiré par l’art d’une manière générale: le graphisme, la communication, la peinture. J’ai un parcours scolaire plutôt classique. J’ai étudié les langues et les sciences, puis en secondaire j’ai entamé des études de graphisme à l’école Saint-Luc de Bruxelles, d’où je suis sorti gradué en art visuel et de l’espace. J’ai appris la peinture en autodidacte et j’ai commencé à faire des collages avec deux autres potes. On avait un collectif qui s’appelait “La fine équipe”, qui est toujours vivant d’ailleurs mais inactif pour le moment. Voilà comment j’ai atterri dans le monde de l’art.

“ Je mets en scène un univers organique, vivant, coloré, positif et généreux”

Tu n’as pas commencé par un domaine en particulier alors ? Adolescent j’ai fait du graffiti, pendant 4-5 ans, puis vers l’âge de 18-19 ans j’ai tout arrêté parce que je trouvais que le jeu n’en valait pas la chandelle, je trouvais que c’était très sectaire et voulais m’ouvrir à autre chose. J’avais fait le tour

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participation à Brusselicious XXL 2012 ©Numbi / 106 /


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Warsaw, Poland / Hand painted poster, acrylics on paper ŠNumbi

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Tu collabores régulièrement avec le rappeur et graffeur français Grems, comment ça a commencé ?

Comment définirais-tu ton travail en quelques mots ? Je mets en scène un univers organique, vivant, coloré, positif et généreux (rire).

Il a débarqué à Bruxelles il y a quelques années, il m’avait laissé un commentaire sur Internet pour me proposer de peindre ensemble. On s’est rencontré une première fois sur un mur à Bruxelles puisque nos styles avaient l’air de bien s’accorder. D’ailleurs quand on peint à deux, on brouille vraiment les pistes. D’entrée de jeu c’était naturel et cool, autant au niveau humain qu’au niveau

Quelles sont tes influences ? L’envie de peindre est venue de manière naturelle, de l’intérieur, et puis après, en analysant, on comparant, en faisant des recherches, j’ai fait des parallèles entre ce que je faisais au niveau pictural et ce qui avait déjà été fait. Je me suis rendu compte qu’il y a des gens qui ont fait des choses dans le même esprit, le même goût, mais qui l’ont fait il y a 60-70 ans voire même plus encore. J’ai beaucoup de respect pour des gens comme Dubuffet, Matisse ou Fernand Léger. En fait, je suis branché par les précurseurs, les artistes d’avant. Sans prétention, j’ai l’impression que les gens qui sont dans le même bac à sable que moi, ce sont des compagnons de jeu, donc peut-être que je m’en inspire mais je ne le ressens pas vraiment.

artistique.

Sur quel support préfères-tu travailler ? Le mur ? La toile ? J’accorde une bonne importance aux toiles parce que pour moi, ça reste le support par excellence pour s’exprimer en peinture. Cela dit, je suis ouvert à toutes formes de supports. D’ailleurs j’ai pleins de visions qui me viennent en ce moment pour exploiter des nouvelles choses. Je voudrais travailler avec du plexiglass, avec des matières plastiques déjà colorées par exemple, que je pourrais découper à ma guise pour en faire des sculptures ou des installations un peu comme ce que l’on peut voir à l’entrée de l’exposition. J’aimerais bien aussi investir des sculptures nobles, qui vivraient déjà par elle-même ou collaborer avec d’autres artistes sculpteurs. Je suis assez branché par ce que faisait Niki de Saint Phalle. C’est une artiste qui a réalisé toute une série de sculptures dont les plus connues sont “Les grosses nanas”, des femmes à poitrines et à formes généreuses, peintes de manière très colorées, et vernies. C’est brillant, c’est vraiment comme un bonbon. Elles sont un peu dans l’idée d’Olga au niveau du rendu, même si avec Olga on est dans un volume moins important, une 3D en aplat, avec plusieurs étages qui forment comme des strates.

“ Si je n’avais jamais investi les lieux publics, est-ce qu’on dirait que je fais de l’art urbain ici ? ”

“A love affair with colours” est visible chez RoseStudio / 108 /


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jusqu’au 18 janvier 2013. C’est ta première exposition ? Peux-tu nous en dire plus ?

dessin. Ça montre aussi une partie du processus puisque tout ce que qui est exposé a d’abord été tracé au crayon sur le support, avant d’être peint. C’est la base, le fondement. Ce portrait, c’est une façon de me présenter.

J’ai déjà fait plus de 20 expositions collectives mais c’est ma première exposition seul. Ici, on est chez RoseStudio, un bureau de designer qui sert aussi d’espace à voir. Un jour, il y a 2 ans environ, ma compagne a donné ma carte à Julie et Robert, les propriétaires, qu’elle connaissait. Ils ont trouvé mon travail intéressant, on s’est rencontrés et on a eu un feeling. Je faisais mes réunions de travail ici ensuite, et à force de venir et de voir les murs blancs, j’ai dit à Robert qu’il y avait peut-être un coup à jouer. Et puis on a eu ce projet commun de meuble: Olga. Ça s’est fait de manière assez naturelle. Moi je cherchais de toute façon à faire une exposition parce que je considérais que j’avais les épaules et la maturité pour m’imposer en tant qu’artiste solo. J’ai beaucoup travaillé en 2010-2011 et j’avais envie de clôturer ces deux années par un petit feu d’artifice.

La galerie t’apporte quelque chose de plus par rapport à la rue ? Dans la rue c’est du street art, en galerie c’est de l’art. Pour moi, “A love affair with Colours” n’est pas une exposition d’art urbain. Une “exposition de street art” c’est un non sens selon moi, sauf si tu vas débloquer des morceaux de murs comme certain l’ont déjà fait, et que tu les portes en galerie. J’ai une activité de street artist et une autre d’artiste peintre. Pour cette exposition, il y a 1 an de peinture, pas tous les jours car je travaille aussi comme graphiste à côté… Je dirais qu’il y a de 40 à 120h de travail pour les plus grandes toiles car je travaille par couches successives pour avoir des aplats, des formes de couleurs, homogènes. Quand tu travailles la peinture comme ça, tu as de la matière mais c’est propre, les angles sont bien peints, les courbes sont nettes. Je me pose alors la question: si je n’avais jamais investi les lieux publics, est-ce qu’on dirait que je fais de l’art urbain ici ? Je ne sais pas.

Il y a ce portrait en noir et blanc qui tranche avec le reste de tes œuvres très colorées, tu nous en parles ?

Pour conclure, un mot sur tes projets pour 2013 ?

Alors il s’appelle “Just Black ink” (“Juste de l’encre noir”, ndlr) et il est jumelé en deux parties, son homologue est d’ailleurs juste à côté, en papier coloré découpé. C’est un autoportrait, pour dire à quel niveau je me situe par rapport au réalisme. C’en est un dans la mesure où ça représente un visage, ça c’est la première lecture. La deuxième lecture c’est tout ce monde complexe et organique qui mélange beaucoup de choses et de personnages. C’est comme si on me voyait moi et ensuite mon intérieur, le tout donnant tout le reste de l’exposition. On pourrait imaginer que chaque toile est un petit bout de ce

Pour l’instant je lève le pied parce que ça a été un beau feu d’artifice ici. Pour 2013, il y a des collaborations en cours mais je ne peux pas trop en parler encore. Je vais aussi travailler des visuels pour des musiciens, je l’ai déjà fait et j’aime bien. Tout ce que je peux dire c’est qu’il y aura toujours beaucoup de couleurs, de la 3D et de la matière, ça c’est mon projet (rire).

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VIVR E EN CONTACT AVEC LA RUPTUR E I nterview - S ébastien

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Pour commencer, il faut tenter d’apprivoiser l’animal, d’apprivoiser l’homme. Thomas Cartron vit dans son propre monde, une nature à la fois mystérieuse, vierge et bestiale.Il faut ensuite se confronter à la bête, la domestiquer et la laisser nous séduire grâce à l’incroyable talent que cachent ses photographies. Il nous questionne sur notre nature et ses racines, sa magie ainsi que sur notre passé, notre présent et notre avenir. Bienvenue dans cet univers, n’ayez crainte, laissez-vous emporter, et observez cet animal dans son milieu naturel.

Quels sont les grands moments de ton parcours artistique ?

nant. Depuis, tout cela a grandi, et a pris la forme d’une publication en trois parties, sur une thématique intrinsèque à l’homme : sa part animale. Chaque numéro approfondit la réflexion à partir de photographies, d’illustrations, de textes commandés à des artistes et la publication d’œuvres de jeunes créateurs. Cette édition éphémère se veut être un outil d’étude de la nature de l’homme aussi bien qu’un reflet de la jeune création plastique. La publication sous sa forme papier prend fin en janvier, mais d’autres projets sont déjà en cours...!

J’ai commencé à faire de la photographie au lycée, pendant ma formation en arts graphiques. Après ça, j’ai rejoint l’école des Beaux-Arts de Rennes où j’ai fait tout mon cursus, jusqu’en 2011. Durant ma quatrième année, je suis venu à Bruxelles pour un séjour d’études à l’Académie Royale des Beaux-Arts, où j’ai été accueilli dans l’atelier photo de Chantal Maes. C’était une période assez marquante, qui m’a amené par la suite à faire des choix plus radicaux dans ma pratique. Depuis, je continue mes projets en édition et en photo. J’ai exposé un peu en Bretagne, je travaille de temps en temps pour le théâtre, je donne des cours de photo...

Quel sens profond que veux-tu donner à tes photographies ? Qu’est-ce que ces travaux t’apportent sur le plan personnel ? Est-ce une manière de remplacer les mots ?

Nous avons adoré ton projet « Nos Années Sauvages » ! Quel était le but de ces images ?

Je crois que tout mon travail est principalement motivé par une peur de la disparition, la perte, l’oubli. Je trouve fascinante notre capacité à garder en mémoire, ou à oublier, les instants marquants de notre existence, et la fiabilité des images en tant que trace dans ce processus d’effacement. Si je fais de la photographie, c’est certainement dans cette tentative, si vaine soitelle, de palier à ces disparitions et au douloureux sentiment qu’elles infligent lorsque l’oubli fait son œuvre. Probablement une manière de rem-

C’est vrai que nous avons présenté le deuxième volet du projet à Bruxelles en octobre dernier pendant ma résidence au Recyclart. Au tout début, avant même que le projet ne naisse, les images produites n’avaient pas d’autre but que de présenter le travail de Sylvain Wavrant, collègue et ami styliste avec qui je dirige ce projet mainte-

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Où trouves-tu ton inspiration ?

placer les mots, ou de les faire renaître. Des images entre fragilité et tension. Des images en rupture. Rupture avec le temps, entre passé et présent, réalité et fiction. Rupture de l’espace, du corps. Rupture avec soi-même, avec l’autre. Raconter des histoires qui nous rendent mieux capables de saisir le monde qui nous entoure.

Dans mes voyages principalement. Dans les récits de Jack Kerouac aussi. Dans les peintures de paysage d’Edward Hopper, et celles de l’Allemagne romantique. Dans les films de Wim Wenders. La danse m’inspire beaucoup aussi, même si cela ne se voyait pas forcément dans mes premières images, où il y avait peu de présence humaine. Mais cela est en train de changer... Dans la mode aussi bien sûr, pour les images de « Nos Années Sauvages ». Le magazine REVS, créé en Finlande, nous a beaucoup inspiré, dans sa forme et sa démarche, située à mi-chemin entre art et mode.

L’ensemble de ton projet est principalement axé sur des thèmes comme la nature, la forêt, le monde animal. Pourquoi ces choix? Quel est ton rapport avec ces univers ? La notion du paysage, et du coup celle du voyage, sont particulièrement présentes dans mes différents travaux, depuis longtemps. Je tente de questionner notre place et notre rapport à l’espace. J’arpente des lieux à la recherche d’endroits propices à l’intériorisation. Une problématique du déplacement qui me conduit souvent vers des espaces hors du temps que rien ni personne ne vient perturber, comme pour faciliter cette tentative de faire le vide autour de soi. J’essaie de retranscrire ces expériences à travers la photographie, tout en gardant en tête ces interrogations : quel regard peut-on encore porter sur les choses et que signifie même l’idée du voyage aujourd’hui ? Une partie de réponse est peutêtre là, comme le dit Thierry Girard, dans « cette expérience de la traversée du paysage, lorsque les images qui adviennent sont autant de failles par lesquelles l’imaginaire s’engouffre ». Le thème de l’animal, même s’il est finalement inhérent à celui de la nature et du paysage, n’est apparu que très récemment dans mon travail, avec ce projet collectif “Nos Années Sauvages”. C’est un sujet très riche, qui nous a servi de miroir pour renvoyer à un questionnement plus universel sur la nature de l’homme.

Comment se déroulent tes séances ? Es-tu du genre à te balader avec ton appareil partout pour capturer l’instant ou plutôt de mettre en scène et de créer l’instant ? Je fonctionne très différemment suivant le travail à réaliser. Quelques fois cela se passe en studio, mais la plupart du temps je fais les prises de vues en extérieur. Donc j’ai souvent un appareil dans mon sac mais je fais peu de photo au jour le jour. Cela fonctionne plus par période, pendant un voyage par exemple. Par contre je fais rarement de mise en scène. J’ai tendance à prendre ce qui se présente, ce qui vient à moi, même lors des shooting avec des modèles, je les dirige peu, je tente de rester attentif à ce que le hasard fera survenir. J’utilise parfois le numérique, mais je travaille plus souvent en argentique. Depuis quelques temps je m’intéresse au sténopé et aux techniques anciennes, et je détourne aussi les nouvelles techniques du numérique, afin d’aller plus loin dans ce questionnement sur le statut de l’image photographique, son processus de

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Quels sont tes projets pour les mois à venir ?

fabrication, son existence, et sa disparition. Je travaille aussi avec des photographies trouvées, que je détruis ou réactualise. Tester les limites de ce médium, de cet outil qu’est la photographie, pousser jusqu’au bout la capacité des images à résister, à persister.

Je reviens m’installer à Bruxelles fin février, afin de préparer une exposition à la galerie 10/12. C’est un espace qui est tenu par une équipe assez géniale, très accueillante. Plusieurs personnalités pleines d’enthousiasme et d’envies sincères. J’ai vraiment hâte de préparer cette expo, parce que je vais présenter pour la première fois un projet qui me tient à cœur, avec les images de la dernière série que j’ai réalisé qui s’intitule “Ce qui sépare le nuit du jour”. J’ai aussi quelques idées en tête pour un nouveau projet d’édition. “Nos Années Sauvages” m’a donné goût à cette forme périodique et participative. Ce n’est pas encore très défini, mais ça sera sûrement très axé sur la photographie, et sur la promotion de jeunes artistes...

Qui sont tes mentors dans le domaine de la photographie ? J’ai été formé par deux photographes aux pratiques assez différentes mais qui m’ont respectivement beaucoup apporté : Tom Drahos et George Dupin. Ensuite j’ai une fascination pour l’ensemble de la démarche de Wolfgang Tillmans. J’aime aussi beaucoup les travaux de Jüergen Nefzger, Rinko Kawauchi, Elina Brotherus, Thierry Girard..

Dans quelques jours, tu présentes ton travail « Nos années Sauvages», Comment te sens tu ? Qu’attends-tu de cette soirée de lancement ? On présente l’épilogue, ainsi que les deux premiers volets, le 17 janvier à Rennes. Le projet touche à sa fin donc c’est un peu stressant... On espère avoir du public pour présenter cette aventure dans son ensemble, et faire la part belle aux artistes qui ont travaillé avec et pour nous. On a déjà quelques contacts pour représenter les éditions ou les photos dans d’autres espaces plus tard, mais cette soirée marque quand même un tournant, presque un an après les premières séances photo.

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WHAT / WH EN / WH ER E ? BRUXELLES 4X4. 4 visions autour de la jonction Nord/Midi @ BOZAR Jusqu’au 27/01 “Roots” Harry Gruyaert @ Botanique Jusqu’au 03/02 “Portrait Portrait of of a a Generation Generation“ Matias Faldbakken @ Wiels Jusqu’au 03/03 “La Serva Amorosa” Carlo Goldoni @ Théâtre Le Public Du 15/01 au 02/03 -

“Cave/Construction/ Ruin” E. Van des Auwera @ Wiels Du 17/01 au 03/02

“Yves Saint-Laurent Visionnaire” @ Espace ING Du 30/01 au 05/05 -

“Vive la Fête” @ Ancienne Belgique 18/01

ART TRUC TROC 2013 @ BOZAR Du 01/02 au 03/02 -

“Focus sur des odyssées personnelles et intimes” @ Beurschouwburg Du 18/01 au 22/01

“Tout le monde, ça n’existe pas” @ Théâtre de Poche Du 08/02 au 26/02 -

“Air Guitar Contest” @ Beurschouwburg 23/01

“La Leçon de Musique” Antoine Watteau @ BOZAR Du 08/02 au 12/05

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Isabelle Huppert lit Sade “Justine & Juliette, le vice et la vertu” @ BOZAR 27/01

Olivia Ruiz @ Ancienne Belgique 15/02 “Sortie de Scène” Nicolas Bedos @ Théâtre Royal des Galeries Du 19/02 au 10/03

“King Lear 2.0” J-M Piemme et R. Ruëll @ Théâtre Les Tanneurs Du 15/01 au 26/01

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An Pierlé @ Botanique 22/02

“Les Deux Gentilshommes de Vérone” @ Théâtre Le Public Du 16/03 au 27/04

“Savoir-vivre” Pierre Desproges @ Varia Du 23/02 au 03/03 “Changing states : Contemporary Irish Art & Francis Bacon’s Studio” @ BOZAR Du 28/02 au 19/05 “ABBota 2013” Roscoe - Montevideo Leaf House - The Peas Project - Joy Wellboy @ Ancienne Belgique 01/03 Museum Night Fever 02/03 Lily Wood & the Prick @ Botanique 06/03 Two Door Cinema Club @ Ancienne Belgique 14/03

IAMX @ Ancienne Belgique 28/03

Lièg e “Les TransArdentes” @ Halles des Foires 26/01 Your Dressing for my Shopping - Vide-Dressing @ Halles des Foires 03/02 “Les Monologues du Vagin” @ Centre Culturel de Seraing 08/03 EXIST @ Théâtre de la Communauté Du 18/02 au 29/03 Images à Conviction @ Grand Curtius Du 11/01 au 29/03

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FFWD/REW, aller retour entre l’art vidéo belge d’hier et la création vidéo actuelle @ Chiroux - CC de Liège Du 25/01 au 02/03 “BATES MOTEL” @ Space Jusqu’au 07/02


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Yummy ti me ! P hotographie & R ecettes - S arah G olbaz www . mymoodfood . de

Millefeuilles hivernaux

// Ingrédients - 8 figues - 4 tranches de jambon de parme - 8 tranches de pain d’épices - Vinaigre balsamique // Entourer les figues d’une moitié de tranche de jambon et déposer sur une tranche de pain d’épices. // Servir avec un soupçon de vinaigre balsamique.

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Coq au vin & chocolat

// Ingrédients -1 coq ou 4-6 cuisses de poulet - 100 gr de lard fumé maigre - 2 oignons blancs moyens émincés - 1 gousse d’ail - 1 bouquet garni (frais) - 1l de bon vin rouge - 100 g de champignons de paris - 4 carottes - 1 c. à soupe d’huile - 100 g de chocolat noir (85%) - poivre - sel

// Faire dorer les morceaux de coq dans un peu d’huile et les mettre les morceaux de côté. // Peler et émincer les oignons et l’ail. Eplucher les carottes et coupez-les en rondelles. // Dans une cocotte, faire revenir les oignons, les carottes, les champignons et le lard. // Ajouter la viande, le bouquet garni et l’ail. // Saler et poivrer. // Couvrir de vin rouge et laisser mijoter tout doucement pendant 3 heures. // Ajouter le chocolat noir à la sauce. //Servir avec de la polenta.

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Poires au vin rouge

// Ingrédients - 4/6 poires (Doyenné de Comice ou Conference) - 1 orange bio - 500 ml de vin rouge - 3 batons de cannelle - 3 anis etoilées - 4 clous de girofle - 200 g sirop de date (ou d’érable)

// Éplucher les poires en conservant la queue et retirer les pépins par le fond avec un vide -pomme. // Dans une grande casserole, porter à ébullition le vin avec le sirop, des tranches d’orange et les épices et ajouter les poires. // Cuire environ 30 minutes à feu doux en surveillant la cuisson car les poires doivent rester légèrement fermes. // Égoutter les poires délicatement en gardant le vin. // Faire épaissir le jus si nécessaire en le laissant bouillir doucement dans la casserole jusqu’à la consistance désirée ! // Arroser les poires avec le vin et servir avec une boule de glace (cannelle, vanille, amande...)

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Reeeeeeeeeeeeks invites every week an illustrator or graphic designer to create their own E. With this contribution, they are part of the never-ending chain.

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a pas de biche I nterview - S ébastien

Jean Biche dans son appartement aux allures de galerie d’art. Les étagères sont parsemées de photos et de bibelots en tous genres. Il sort de sa salle de bain, à la fois simple et sophistiqué. Son rire traverse la pièce. Il s’assied, un mug rempli de café à la main. Enfant, il se faisait déjà des films dans sa tête, il se retrouve aujourd’hui sur scène et jette son âme en pâture au public. A la fois toutes les femmes et toutes les failles, l’enfant charmeur se livre avec douceur et humour.

Tu es performer, transformiste, maquilleur professionnel,… Est-ce que j’ai oublié quelque chose ? J’ai commencé par faire Dj pendant mes études. Ensuite, j’ai suivi des cours de stylisme et de dessin. Après tout ça, je suis devenu illustrateur, j’ai également fait un peu de graphisme. C’était surtout aller au-delà de l’image et faire tout le packaging principalement pour des évènements et des soirées. J’ai développé pas mal de liens avec des marques de mode, des journaux, des bureaux de graphisme, mais ça c’était au début, ça c’est beaucoup calmé.

Comment te définis-tu parmi tous ces métiers ? Je n’y arrive pas, y a pas moyen (rires). Tu pourrais dire « touche à tout » mais ça fait genre le mec qui ne sait pas ce qu’il veut. J’ai eu assez de mal à me battre avec cette image là au début, ça me ferait mal de me remettre dans cette case.


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Š Jean-Baptiste Huong / 133 /


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Quelles sont tes inspirations ?

Aujourd’hui, les gens ne disent plus que Jean Biche est un « touche à tout », ils disent que c’est un mec qui sait tout faire, c’est déjà plus positif et moins hyperactif.

Pour être global, je pense que c’est un truc narcissique d’artiste, de voir un truc bien ficelé et de te dire « moi aussi j’ai envie d’être à sa place, moi j’ai envie de le faire ! ». Ca parait un petit peu négatif comme motivation mais quelque part c’est ce qui porte. Tu en prends conscience et à un moment donné ça résonne pendant que tu es en train de créer un truc, tu te dis « attention, ne soit pas que dans la frustration, développe un truc par toi-même ». Il y a un côté très jalousie au début mais il faut savoir bien le prendre à son avantage.

Comment devient-on Jean Biche ? Tu bosses comme un taré, tu ne t’arrêtes jamais. Je suis venu étudier à Bruxelles et j’ai très vite senti que c’était le bon endroit pour exploiter des choses, pour tester et expérimenter. Aujourd’hui, je me rends bien compte que ça pourrait prendre de l’ampleur ailleurs mais il y a une qualité de vie ici qui est imprenable. Déménager est encore inimaginable pour moi.

As-tu eu d’autres métiers avant de devenir artiste ?

Qu’est ce qui t’a donné envie de faire toutes ces choses ? As-tu eu un déclic ?

Je suis passé par tous les métiers (rires). J’ai tout fais artistiquement parlant comme professionnellement parlant. Si tu y vas par invitation ou juste pour le plaisir, tu n’as pas toujours l’argent derrière. Il y a des boulots alimentaires qui ont été nécessaires et là aussi j’ai fait tous les métiers du monde. J’en ai encore un pour payer mon loyer, ça se passe très bien et j’en ai besoin, parce qu’artistiquement j’ai besoin de me faire plaisir et je ne pense pas à la thune. Si je n’avais pas été artiste, j’aurais gâché mon potentiel à donner toute ma créativité à une marque qui ne l’aurait pas utilisée à bon escient. C’est le piège pour tous les artistes qui veulent une sécurité d’employé quelque part. C’est fastoche mais quand tu regardes ton book après quelques années tu te dis que tu as perdu ton temps.

Tu as plusieurs déclics qui te font passer par plusieurs médiums différents mais peut-être que la motivation était la même c’est-à-dire créer, porter un truc à maturation, le matérialiser et l’offrir à un public. Les formes étaient différentes mais la motivation était toujours la même. Au plus j’ai un moment déclencheur précis, au moins il arrive. Je fais tellement de choses que je n’ai plus le temps d’apprendre des nouveautés ou me dire que je vais me focaliser sur quelque chose de précis. Les gens t’appellent pour ce que tu sais déjà faire et je me laisse porter par les invitations. Mon grand luxe, c’est que je n’ai jamais démarché, je n’ai jamais posé de candidature, je n’ai jamais demandé de bourses. J’ai un peu galéré mais je n’ai fonctionné que par invitation, dans un mode « carte blanche ».

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Je remarque que trois thèmes reviennent régulièrement dans ton travail : un côté sombre, un côté diva et un côté enfantin...

leurs chanteuses préférée...ils ne voient pas la chanteuse, ils se voient eux en train de le faire ! Et c’est hyper facile de tirer sur cette corde là !

On dit qu’il n’y a pas de grand talent sans grande fêlure. En as-tu une ?

Je pense que quand j’étais petit je me suis fait des tonnes de films et je m’en fais encore beaucoup maintenant. Tu imagines des histoires, des situations, des scénarios, et du coup il y a toujours cette histoire de cinéma, il y a un côté très mise en scène et très dramaturge. Il y a quelque chose d’assez sombre parce que si c’est juste une histoire de joie et de légèreté, ça touche moins les gens. Mon côté enfantin relève d’un désir qui est très mignon. Il faut une sensibilité vraiment enfantine, un émerveillement avec le moins de moyens possibles, il faut avoir une certaine poésie avec un langage hyper minimal. Il faut pouvoir aborder des sujets très difficiles par des moyens très agréables. Il y a une séduction constante chez moi, je le sais. Je suis quelqu’un de très séducteur mais ce n’est pas voulu. J’aime la finesse et le glamour des choses, il faut que ça donne envie aux gens et que ça soit hyper agréable. Il faut que ça soit la surface, mais qu’il y ait un peu de pourriture à l’intérieur sinon c’est juste un clip vidéo. S’il n’y a pas de fond derrière ta forme, ton empire se casse la figure.

Oui, elle se voit. Tu vois bien que c’est quelqu’un qui se bagarre entre dix milles personnalités et dix milles personnages. Le meilleur moyen de les exorciser c’est de leur donner vie, les donner en pâture aux gens tels quels, ça a un côté écorché à vif. C’est un risque, parce que du coup tu te mets vraiment à nu mais le résultat est vachement plus fort que si tu te mettais en position de pouvoir et juste de « regardez-moi, je suis la plus belle », ça n’intéresse personne. Les failles vont avec la créativité et la célébrité, ton besoin de reconnaissance va te pousser à t’exhiber et à faire des choses folles pour être reconnu. Ca ne répond pas à tes questions, et parfois ça peut même t’enfoncer encore plus. I faut savoir comment jouer avec le feu, mais si tu ne joues pas avec le feu il ne t’arrivera rien, c’est un doublon très sensible.

Comment te sens-tu quand tu es sur scène ?

As-tu des souvenirs de toi enfant ?

Tu travailles ta timidité quotidienne, tu travailles ton trac avant d’arriver sur scène. Entre les deux, tu as une balance. Tu as toujours besoin des deux, mais le but du jeu est d’avoir une moyenne sur tout. Mon but depuis très longtemps est d’être en harmonie avec tout ce que j’ai envie de développer, ce n’est pas facile parce que faire de la scène ce n’est pas rien car tu mets en valeur tes failles. « Bas Nylon » c’est fastoche car c’est du divertissement, il n’y a pas un moment où tu parles de

Je me souviens de moi enfant, je voulais constamment mettre des robes, je voulais être les femmes que je voyais à la télévision, leur ressembler et dire leurs mots. Il y a toujours ce travail de projection qui revient régulièrement, c’est un travail schizophrénique que tu dois contrôler pour pouvoir en parler et réveiller cette schizophrénie que les gens ont aussi vécue et qu’on vit encore aujourd’hui, surtout les gays. Tu leurs parles de

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choses graves, heureusement parce que je suis la reine du plombe l’ambiance ! Durant les perfo solo où on ne plaisante pas, ce sont des semaines où tu es remué, c’est difficile. Au moment de le faire tu es au bord des larmes, quand tu as finis tu es aussi au bord des larmes, mais tu as résolu un problème perso qui fait écho dans le public et qui te donne raison de l’avoir fait. Chaque projet a une implication différente. J’essaie d’être plus léger pour moi et pour les gens.

ficile mais le retour que j’ai de « Bas Nylon » est beaucoup plus gros que mes projets perso car c’est un travail de plusieurs personnes, c’est ce projet qui a ma priorité. Quand tu portes un projet seul, c’est beaucoup plus compliqué, tu es très fatigué. « Bas Nylon » est un projet qui te tire vers le haut, et même quand tu n’as plus de jambes à 2h du matin, tu es encore capable de faire d’autres numéros.

Les soirées « Bas Nylon » sont de retour depuis quelques semaines, connais-tu déjà le thème de la prochaine ? On commence un peu à brainstormer. On raconte énormément de conneries. On se réuni chez moi, on ouvre des bouteilles d’alcool et on commence à faire les cons et à raconter des bêtises. Des histoires commencent à se créer, on essaye de les mettre en liens et puis on prend un thème global pour les faire ensemble le même soir. Nous avons déjà des tonnes d’idées, le Beurschouwburg est génial, la réponse du public est folle, jamais nous n’avons eu des commentaires pareils auparavant. Nous touchons un plus large public, nous avons enfin une vraie scène, le chalenge a été réussi.

Comment vois-tu ton futur artistique ? « Bas Nylon » me prend plein de temps. J’ai énormément d’idées depuis très longtemps qui voudraient arriver à maturité, mais je n’ai pas le temps et j’ai aussi un job alimentaire pour payer mon loyer. Il faut prendre le temps pour tout, mais c’est le gros flou… J’ai un truc qui me tient à cœur, je voudrais essayer de le mettre en route mais ce n’est pas gagné. C’est un sentiment dif-

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© Maxime Dendraën

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Š Ange Le Micaux / 138 /


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Jean Biche, je dois t’annoncer une bien triste nouvelle : demain,tu vas disparaitre. Il me reste quelques questions à te poser avant ta mort... // Ton dernier gros mot ? Impossible, je les aime tous… // La dernière personne à qui tu dis « Je t’aime » ? Je les aime tous (rires) // La derrière personne à qui tu dis «  Je ne t’aime pas » ? Je les déteste tous (rires) // La dernière chanson que tu écoutes ? « Elegant Elephant » de Broadkast // Le dernier classique que tu n’auras toujours pas lu ? Tous ! Je ne lis pas. // Ta dernière position sexuelle ? Me faire bouffer le cul ! (rires) // Ton dernier tweet/texto ? Salut les cons. // Le dernier objet que tu serres très fort dans tes bras? Une paire de talons // La dernière chose que tu voles ? Un truc facile à piquer pour moi que j’offrirais à quelqu’un qui a du mal à le piquer. // Le dernier secret que tu révèles ? Je ne sais pas tenir ma langue, donc même de mon vivant aucun secret ne marche ! // Le menu de ton dernier repas ? Un truc que me prépare ma maman, n’importe quoi mais préparé par ma maman. // Le dernier endroit où tu veux aller ? Faire un dernier tour sur la plage à Margate, en Angleterre // Ta dernière blague ? J’ai envie que ça soit Angèle ou Hollywood qui me raconte une blague, ou une anecdote qui nous est arrivé pendant une soirée « Bas Nylon » // Ta dernière citation ? (rires) C’est un secret entre moi et les filles de « Bas Nylon » // La dernière drogue que tu prends ? Un verre d’alcool bien fort // La dernière personne que tu tues ? Je les aime tous et je les déteste tous. Je peux tuer Christine Boutin pour rendre service à tout le monde. // Le dernier conseil que tu donnes ? « Lavez mes fringues avant de les porter », si jamais ils me piquent mes fringues // La dernière phrase que tu veux voir sur ta tombe ? Tu ne nous as pas que cassé les couilles ! (rires)

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BOUh, les soeurs ! I nterview & P hotos - V ictoire

Les sœurs Boulay, c’est qui, c’est quoi, c’est né de où ?

nalement nous lancer dans nos propres compos et écrire ensemble. Mélanie - Les choses se sont emballées très vite à ce moment là.

Stéphanie - On vient de la petite ville de New Richmond, en Gaspésie. Mélanie a commencé à l’âge de six ans à chanter et à faire des concerts dans une salle du village, elle était un peu la petite prodige. Quant à moi, je faisais les vocalises de Mélanie en cachette ... Jusqu’au jour où j’ai osé en sortir ! On a alors commencé à chanter en duo dans cette même salle avec la chorale du village. Après ça nos routes se sont séparées un temps : moi je suis partie étudier au CéGEP (ndlr : collège d’enseignement général et professionnel, un système de formation après les secondaires et avant l’université, au Canada), Mélanie est restée en Gaspésie et on a fait nos projets chacune de notre côté avant d’emménager toutes les deux à Montréal. Un matin, il nous est pris l’envie de rechanter ensemble. On a monté une chanson de Simon & Garfunkel à deux voix, on en a fait une vidéo qu’on a mis sur les réseaux sociaux. Tout est parti de là, les gens nous ont écrit et encouragés, ils nous ont signifiés qu’ils aimaient ce concept de projet entre soeurs. On a finalement fait d’autres vidéos de reprise pour fi-

Stéphanie - Le point marquant a été le moment où Eric Goulet, un réalisateur très respecté au Québec, nous a proposé de nous enregistrer. On a enregistré l’EP avec lui. Mélanie - L’EP a été lancé à peu près au même moment où l’on a appris qu’on participerait aux Francouvertes (ndlr : concours vitrine de toutes les musiques, au Québec). On a gagné le concours et ça a été LE moment marquant, les maisons de disques nous ont suivis, les ont parlé de nous et on a eu une bourse pour réaliser notre album.

Avez-vous toujours fait de la musique ensemble ? Stéphanie - On savait dès le départ qu’on était fortes ensemble mais on avait besoin de se définir chacune de notre côté en temps qu’individu à

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part entière, parce qu’on est vraiment liées et très différentes en même temps.

tte manière là, mais dernièrement c’est comme si on avait pris de l’aisance dans les domaines qui ne sont pas les nôtres à la base... Quand Steph prend la guitare il en sort des mélodies auxquelles j’aurais pu penser, et moi je commence à me faire davantage confiance au niveau des textes.

Mélanie - l’une est un peu l’antithèse de l’autre, mes points forts sont les points faibles de ma sœur et vice et versa.

Au niveau des paroles justement, un thème de prédilection vous anime ?

Stéphanie - Il a fallu qu’on prenne conscience de ça avant de pouvoir retravailler pour de vrai ensemble.

Ça fait quoi de travailler entre sœurs ? Ça se donne la main plus souvent que ça se tire les cheveux ?

Stephanie - L’amour, c’est sûr. Et puis dernièrement : « le Printemps érable » (ndlr : grève étudiante québécoise) ; nous ne sommes pas des auteurs-compositeurs-interprète engagées à la base, mais cette grève a pris tellement de place ici que chaque matin on se sentait imprégnées de cette ambiance de crise. On a eu besoin d’en parler, il en est sorti deux chansons. Nos premières chansons sont plus centrées sur nous, du genre « gratte la blessure jusqu’à temps qu’elle saigne » mais aujourd’hui on essaye de parler davantage des gens et du monde qui nous entoure plutôt que de nous même. Notre quête au niveau des textes c’est de dire les choses de la façon la plus simple possible, la plus vraie, et puis pas nécessairement avec de beaux mots, parfois on peut utiliser des mots qui peuvent être choquants pour certaines personnes. On a à cœur de retravailler des combinaisons de mots pour créer des images qui n’ont jamais été vues.

Mélanie - Vraiment les deux ! On est vraiment directes l’une avec l’autre, on ne met pas de gants blancs pour se dire les choses. Autant c’est l’harmonie totale, autant lorsqu’on se dispute c’est pour de vrai. A la fois on a le privilège, en tant que sœurs, d’être au creux d’une relation inconditionnelle... C’est ce qui nous permet d’être aussi franches, ce qui en découle un travail beaucoup plus rapide et efficace. Stéphanie - Etant donné qu’on va toujours droit au but, on passe d’une étape à l’autre très rapidement. Tout est dit, il n’y a pas de cachette, pas de détour. C’est ce qui fait qu’en seulement une année on a réussi à monter le projet qu’on possède aujourd’hui en partant pourtant de zéro.

Mélanie - Nos textes sont vraiment teintés de mélancolie, parce qu’on a vraiment un pied à Montréal et l’autre en Gaspésie. Lorsqu’on se trouve dans un des endroits, on s’ennuie automatiquement de l’autre. Notre musique se rapporte aussi beaucoup à nos souvenirs, la musique country c’est celles qu’on écoutait quand on était toutes petites.

Qui de vous deux compose les mélodies ? Et les paroles ? Mélanie - On compose les deux ensemble, mais Steph est vraiment meilleure que moi au niveau des textes, c’est la vraie littéraire entre nous deux. Mon truc à moi c’est plutôt la musique... Mais on a toujours le nez dans le travail l’une de l’autre. On a commencé à se répartir les tâches de ce-

Vous chantez en français, avec un bel accent québécois / 142 /


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qui plus est. Est-ce important pour vous ?

qu’il fait. Comme nous, il est aussi auteur-compositeur et il a une culture musicale incroyable.

Mélanie - Non seulement c’est important, mais en plus cela va de soi.

Mélanie - Quand on s’est rencontré, ça a juste cliqué, on a réalisé qu’on parlait vraiment le même langage.

Stéphanie - Dans nos cours de chant, on devait apprendre à chanter en français « international ». Peu à peu on s’est détachées de ça, il s’agit d’un choix à la base parce qu’on est attachées à la culture québécoise et on voudrait alimenter cette dernière plutôt que d’essayer de copier la culture française. On a le goût de créer notre identité artistique et ça passe en premier par la langue qu’on parle. On utilise également beaucoup d’anglicismes parce que cette manière de s’exprimer fait partie de la réalité de Montréal, on ne voulait pas nier ça.

Stéphanie - On ne va pas enregistrer notre album dans un studio mais dans une maison, parce qu’on veut prendre le temps de se créer une bulle en dehors des distractions de Montréal.

Je vous ai découvert par une vidéo postée sur le « babillard » facebook de Pierre Lapointe. Ça vous a fait quoi de vous voir apparaître dans les favoris de ce grand de la chanson québécoise ? Et puis d’en voir découler de l’amour venu tout droit d’Europe ?

Mélanie - On se retrouve vraiment dans une quête de vérité, qui implique d’être le plus près possible de ce qu’on est réellement. Ca se ressent également dans la manière dont on s’adresse au public quand on est sur scène : on ne joue pas de personnages, on est vraiment qui on est dans la vie, on parle de choses qui nous anime pour de vrai avec l’accent qu’on a pour de vrai.

Mélanie - ON CAPOTAIT. C’était le jour de la finale des francouvertes, on était terriblement stressées. Juste avant qu’on parte on nous a écrit pour nous dire qu’il avait publié notre vidéo. Pierre Lapointe est un artiste qu’on admire énormément. Je trouve ça le fun que les artistes qui ont un certain pouvoir « médiatique » publient des petites vidéos pas connues. Du jour au lendemain, on a eu beaucoup plus de visibilité, et ça a été grâce à lui.

Votre EP est sorti en février dernier. Un album en préparation ? Mélanie - Oui ! Il sortira au Printemps 2013. On a fait une petite prod’ dans un chalet toutes les deux, seules, on a retravaillé les chansons, les paroles, les sons. Certaines chansons avaient déjà un an, on avait jamais pris de recul dessus, ce qui a été chose faite. . On vient de choisir notre réalisateur qui sera Philippe B.

Stéphanie - Tant qu’à avoir une voix publique, c’est vraiment bien d’en faire profiter les autres. C’est une petite attention niaiseuse qui peut changer bien des affaires, autant que le fait de s’associer à une cause peut faire bouger les choses. Un matin, j’ai constaté que nous avions 100 nouveaux fans... C’était Lisa Leblanc qui avait publié une de nos chansons !

Stéphanie - L’album de Philippe B est celui qui nous a le plus accompagner cet été, on adore ce

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Des concerts prévus hors Québec ? Mélanie - Aux Francofolies de Spa, en Juillet 2013 ! Il va surement y avoir une tournée autour en Europe dans le courant de cet été là. Stéphanie - On va jouer devant des diffuseurs européens, qui sait ce qui peut découler de là. On a vraiment pour projet de s’exporter aussi ailleurs en tous cas !

La tradition veut que je vous demande la boisson/ l’ambiance/le moment parfait pour écouter votre musique. Alors ? Mélanie - Pour la boisson, le Jägermeister ! On en boit toujours un shooter avant nos shows. Stéphanie - si tu veux rester sobre, tu peux boire du « Crush » rose, une boisson commercialisée au Québec qui goûte la barbe à papa. Quant à l’ambiance, notre musique est à apprivoiser, il faut prendre le temps de l’écouter. Mélanie - C’est de la musique dépouillée, c’est smood, c’est pas pour danser, il faut quand même s’arrêter pour écouter cette musique, prendre le temps d’écouter les paroles, peut-être dans une voiture. Stéphanie - Sinon une soirée avec des coussins, faut que ça soit relax en tout cas.

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Š Claire Duval

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PROCHAI N E EDITION

DIMANCHE 7 AVRIL 2013

ALPHABETA MAGAZINE #D - JANVIER/FEVRIER/MARS 2013  

ALPHABETA MAGAZINE #D - JANVIER/FEVRIER/MARS 2013

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