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Creativity has its place Fall 2016 Issue 13 / La créativité a sa place Automne 2016 Numéro 13

The Impresario Inside Moment Factory / Building with Felt / In Praise of Clutter Immersion dans Moment Factory / Jeu de feutrine / Vive la pagaille


Contents

The Starting Block . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7

Block de départ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7

Contributors . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

Nos collaborateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

Sylvie Fortin, artistic director of La Biennale de Montréal, finds inspiration on a local studio visit . . . . . . . . . . . . . 11

THE MOMENT

En pointe: inside the workshop of the National Ballet of Canada’s wardrobe coordinator, Grant Heaps . . . . . . . . . . . . . . . . 15

MON ESPACE

With his whimsical construction toy, Feltro, Sam Kennedy reinvents the playroom . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16

LE CRÉATEUR Sam Kennedy réinvente la salle de jeu avec Feltro, son jeu de construction insolite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16

ARTIST’S BLOCK

Jeremy Laing’s op art . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19

Entertainment studio Moment Factory has transformed its Montreal offices into a hub of outside-the-box thinking . . . . . . 20

ART EN BLOCK

L’illusion d’optique de Jeremy Laing . . . . . . . . . . . . . 19

L’espace de travail évolutif du studio de divertissement multimédia montréalais, Moment Factory . . . . . . 20

THE INTERIOR

L’INTÉRIEUR

THE BUSINESS Power of attorney: King Law Chambers is changing where, and how, law is practised . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

L’ENTREPRISE King Law Chambers s’octroie le droit de révolutionner l’exercice du métier d’avocat . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

The Well, a new collaborative, mixed-use development project remakes downtown Toronto . . . . . . . . . . . . 30

LE CHANTIER The Well, le nouveau complexe immobilier à usage mixte au centre ville de Toronto . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

WORK-IN-PROGRESS

What’s a person to do in an age of cultural overabundance? Three experts weigh in . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38

THE CONVERSATION

MADE

A local, delicious take on sweet vermouth . . . . . . . . . . . . . . 42

Montreal’s Mural Festival; Winnipeg, before and after work; a lesson on enhancing creativity . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

NOTEBOOK

NOW & THEN RETHINK

A historic Toronto hotel hosts a new tech hub . . . . . . . 48

In praise of clutter . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

FILL IN THE BLANK

Monika Aichele’s urban infill . . . . . . . . . . . . . . . . 50

Available urban office & retail environments at your fingertips. alliedreit.com

L’atelier torontois de Grant Heaps, costumier du Ballet national du Canada . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

MY SPACE

THE CREATOR

Use our web-based leasing tab to view availabilities in over 9 million square feet of office & retail space across Canada.

Sylvie Fortin, directrice artistique de la Biennale de Montréal, s’inspire auprès des artistes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

LE MOMENT

ON THE COVER / EN PAGE COUVERTURE PHOTO: LM CHABOT

Que faire en période de surabondance culturelle? Trois experts discutent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38

LA CONVERSATION

FABRIQUÉ

Une délicieuse réinterprétation artisanale du vermouth . . . 42

Le festival Mural de Montréal; Winnipeg avant et après le boulot; la créativité en une leçon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45 NOTEBOOK

D’HIER À AUJOURD’HUI REPENSÉ

Un célèbre hôtel accueille un pôle techno . . . . . 48

Vive la pagaille! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

VEUILLEZ COMBLER L’ESPACE

La dent creuse de Monika Aichele . . . . . . 50


The Starting Block duetshoes.ca

The informal sharing of ideas and information creates vibrant cities. / L’échange informel d’idées et d’informations permet de dynamiser une ville.

J ILL

SA ND E R

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R A C HE L C O M E Y | SE E BY CH L O E | U N I TED N U DE | SCH U TZ J O IE

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ADI DAS

In the debut issue of Block, back in the summer of 2013, we referenced Jane Jacobs’ notion of “knowledge spillovers,” the informal sharing of ideas and information that creates vibrant cities. Three years on, Jacobs’ concept remains at the heart of this magazine. In this issue, we consider knowledge spillovers in a range of contexts. First, we visit the King Law Chambers (The Business, page 26), a remarkable law office that introduces the quintessential qualities of Allied Properties REIT’s buildings—human scale, brickand-beam design, a collaborative environment—to a profession that has long been relegated to the world of cubicles. Montreal’s Moment Factory (The Interior, page 20) expedites idea-sharing by keeping skateboards around its new Mile-Ex office. So far, it’s been a smooth ride: The company, which started out producing raves and now focuses on immersive, multimedia experiences, recently helped shape a Jay Z and Justin Timberlake tour and components of the Los Angeles International Airport. Knowledge spillovers reappear in our feature on The Well (pictured above; Work-in-Progress, page 30), a mixed-use development in downtown Toronto that Allied is leading, along with RioCan and Diamond Corp. We go behind the scenes on the creation of the master plan—really, a vision for building a vibrant community from the ground up. The process is a fascinating case study in the ways in which complex, creative thinking is shaping cities today. 

Le tout premier numéro de Block, à l’été 2013, mentionnait la notion de « diffusion du savoir » selon Jane Jacob, un échange informel d’idées et d’informations qui permet de dynamiser, d’animer une ville. Trois ans plus tard, cette notion est toujours au cœur de notre magazine. Ce numéro examine les retombées potentielles du savoir dans une variété de contextes. D’abord chez King Law Chambers (L’entreprise, p. 26), un cabinet juridique hors des sentiers battus, qui présente les caractéristiques essentielles des immeubles d’Allied Properties REIT, à savoir échelle humaine, murs de brique et poutres apparentes, milieu coopératif. Exit le cubicule où l’on travaille tout seul sous son néon ! Chez Moment Factory dans le Mile-Ex à Montréal (L’intérieur, p. 20), l’échange des idées se fait par… planche à roulettes. Et ça roule pour ce studio de divertissement qui est passé d’organisateur de raves à producteur d’expériences multimédia immersives, tant sur les tournées de Jay Z et de Justin Timberlake qu’à l’aéroport international de Los Angeles. La diffusion du savoir réapparaît dans The Well (Le chantier, p. 30), un nouveau complexe immobilier à usage mixte, s’étendant sur 7,5 acres au centre ville de Toronto et réalisé par Allied, RioCan et Diamond Corp. On visite les coulisses de cette communauté dynamique qui est en train de sortir de terre, littéralement. On en découvre les plans, la vision d’ensemble et le processus de réflexion – dense, créatif et fascinant –, qui conduit à modeler la ville d’aujourd’hui. BLOCK / 7


Contributors EDITOR-IN-CHIEF / RÉDACTEUR EN CHEF

Benjamin Leszcz

CREATIVE DIRECTORS / DIRECTRICES ARTISTIQUES

Whitney Geller, Yasemin Emory

MAGAZINES ADVERTISING TYPOGRAPHY COOKWARE GIFTS DESIGNER TOYS DECOR ARCHITECTURE BOOKS GRAPHIC DESIGN URBAN

Home of all things design.

EDITOR / RÉDACTION

Jason McBride

ASSISTANT EDITOR / ASSISTANTE DE RÉDACTION

Hannah Siklos

Catherine Dean

01

ASSISTANT DESIGNER / ADJOINTE À LA DIRECTRICE ARTISTIQUE

Rachelle Lajoie

TRANSLATOR / TRADUCTRICE

Catherine Connes

COPY EDITORS - PROOFREADERS / RÉVISEURES - CORRECTRICES

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ALLIED PROPERTIES REIT

Lisa Rundle is a producer at CBC Radio. She sometimes writes for magazines, including Toronto Life, Maclean’s and The Walrus. In Rethink (page 49), she ponders the underappreciated value of clutter. / Lisa Rundle est productrice à CBC Radio. Elle écrit de temps

| swipe.com

PHOTOS BY / PAR 1. LISA RUNDLE 2. MONIKA AICHELE 3. DASHA TOLSTIKOVA 4. STACEY BRANDFORD

1.

| 416 363 1332

Suzanne Aubin, Emilie Dingfeld, Lesley Fraser

03

(Your distraction destination)

401 Richmond Street West Mon-Fri 11am-7pm, Sat 11am-6pm

PHOTO & ILLUSTRATION EDITOR / ICONOGRAPHE

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en temps pour des magazines, dont Toronto Life, Maclean’s et The Walrus. Dans Repensé, p. 49, elle fait l’éloge de la pagaille.

134 Peter Street, Suite 1700 Toronto, Ontario M5V 2H2 Canada (416) 977-9002 INFO@ALLIEDREIT.COM ALLIEDREIT.COM

WHITMAN EMORSON

Monika Aichele is a Munich-based illustrator and designer and a contributor to The New York Times and Frieze. She designed this issue’s Fill in the Blank (page 50). / Monika Aichele est graphiste-

688 Richmond St. W., Ste. 302 Toronto, Ontario M6J 1C5 Canada (416) 855-0550

illustratrice à Munich, et collaboratrice du New York Times et de Frieze. Elle a illustré Veuillez combler l’espace, p 50.

INQUIRY@WHITMANEMORSON.COM WHITMANEMORSON.COM

2.

Dasha Tolstikova is an author and illustrator who lives in Brooklyn with her dog. She has been a fan of Freddie Mercury since she was 11. She illustrated the Conversation on page 38. / Dasha Tolstikova est

3.

auteure et illustratrice. Elle vit à Brooklyn avec son chien et est fan de Freddie Mercury depuis ses 11 ans. Elle a illustré La conversation, p. 38. 4. Eric Vellend is a Toronto-based writer and recipe developer and a regular contributor to Food & Drink, Ricardo and The Globe and Mail. In Made (page 42), he writes about Dillon’s new sweet vermouth. /

Eric Vellend est rédacteur et créateur culinaire à Toronto. Il travaille régulièrement pour Food & Drink, Ricardo et The Globe and Mail. Dans Fabriqué, p. 42, il nous fait découvrir le vermouth artisanal de Dillon’s.

Block is published twice a year. / Block est publié deux fois par an.


Mon. 23 May 4:45 PM

The Moment / Le moment

LEANING AGAINST a paint-speckled table in the Mile End studio of artist Valérie Blass, Sylvie Fortin smiles widely. The 53-year-old executive and artistic director of La Biennale de Montréal, a contemporary art event launched in 1998 by Le Centre international d’art contemporain de Montréal, has been back in her hometown for almost three years. “I’m here because this is an interesting city, full of interesting people who do interesting work.” No one’s more interesting than Blass, a darkly funny sculptor with a fondness for junk-shop items whom Fortin hails as “one of the most important Canadian artists working today.” /

ACCOUDÉE À UNE TABLE tachetée de

Made from reclaimed steel rebar from the former Garrison Road Bridge, the Garrison is made of material steeped in history. Developed in collaboration with Rebart. View our full collection at stacklab.ca

peinture dans l’atelier de Valérie Blass, Sylvie Fortin affiche un grand sourire. Âgée de 53 ans, la directrice générale et artistique de la Biennale de Montréal (BNLMTL), lancée en 1998 par le Centre international d’art contemporain de Montréal, est de retour dans sa ville natale depuis trois ans : « Je suis ici parce que c’est une ville intéressante, remplie de gens intéressants qui font du travail intéressant. » Et personne n’est plus intéressant en ce moment à ses yeux que Valérie Blass, une sculptrice à l’humour noir et accro aux brocantes, « une des artistes canadiennes les plus importantes à l’heure actuelle ». BLOCK / 11


The Moment / Le moment

With Montreal artists like Valérie Blass (right), Sylvie Fortin makes studio visits. For other cities, there are Skype sessions and occasional fly-ins. / Sylvie Fortin suit les artistes de près : visites en personne dans leur atelier, comme ici à Montréal avec Valérie Blass (à droite), ou par Skype.

The former editor and executive director of Art Papers, Fortin has a critic’s mind and a project manager’s wherewithal. Brought on in 2013, she’s in the final months of executing her second edition of the Biennale in October. In collaboration with Philippe Pirotte, the Belgian-born curator, Fortin is in frequent contact with more than 45 artists hailing from 23 countries. Providing guidance to the young is a priority; Blass, who’s contributing 10 new pieces to the Biennale, “doesn’t need the back-and-forth” says Fortin, but the erstwhile curator truly loves discussing concepts, materials and sites. “We want to provide the artists with opportunities to take risks.” For now, Fortin is focused on cementing Montreal’s international position as a global art capital. “After a third edition in 2018, we’ll be a ‘can’t miss’ on calendars around the world,” she says. “That’s the goal. We shouldn’t be afraid to take up space.” / Et d’esprit

W W W. DAV I D S F O OT W E A R . C O M

critique, cette ex-rédactrice en chef d’Art Papers n’en manque pas, ni de compétences en gestion. Épaulée par l’éminent commissaire européen Philippe Pirotte, elle termine les préparatifs de sa deuxième BNLMTL, qui ouvrira ses portes en octobre et regroupera plus de 45 artistes de 23 pays. Guider les jeunes créateurs est sa priorité : Valérie Blass, qui exposera 10 nouvelles sculptures cette année, « n’a pas besoin des mes conseils » lance-t-elle, mais l’ancienne commissaire d’exposition qui sommeille en elle ne peut s’empêcher de parler concepts et matériaux. « On veut donner aux artistes l’occasion de prendre des risques. » L’autre priorité de Sylvie Fortin? Cimenter la position de Montréal en tant que capitale mondiale des arts. « Après l’édition de 2018, ma troisième, on deviendra l’étape obligée, le rendez-vous à ne pas manquer. C’est le but. On ne doit pas avoir peur de prendre de l’ampleur. »

NOW OPEN

S H E R WAY G A R D E N S

La Biennale de Montréal runs from October 19, 2016–January 15, 2017. / La Biennale de Montréal a lieu du 19 octobre 2016 au 15 janvier 2017. BY / PAR STÉPHANIE VERGE PHOTOS / PHOTOS LM CHABOT 12

B AY & B LO O R

YORKDALE

B AY V I E W V I L L AG E

S H E R WAY G A R D E N S


At home with perfection. Created with simple, clear forms.

My Space / Mon espace

BY / PAR JASON MCBRIDE PHOTO / PHOTO REGINA GARCIA FOR 22 YEARS, Grant Heaps has been a wardrobe coordinator

at the National Ballet of Canada, a job that requires the skills of a tailor, therapist and Tetris expert. His workshop, in a sunny room at the ballet’s waterfront headquarters, serves as both an atelier and an archive of Canadian dance history. / DEPUIS 22 ANS, Grant Heaps est l’un des costumiers du Ballet national du Canada, un travail qui demande des compétences de tailleur, de thérapeute et d’expert en Tetris. Son atelier, une pièce ensoleillée donnant sur le bord du lac à Toronto, fait également office d’archives canadiennes de la danse.

02/ Elastic / Les bandes élastiques 01/ Fox headdress / La coiffe de renard “We’re always working on The Nutcracker. And this has been in every performance— it’s been worn by a couple dozen dancers at this point.” / « On travaille toujours sur Casse-noisette. Cette coiffe est de tous les spectacles. Elle a déjà été portée par deux douzaines de danseurs. »

Bulthaup Toronto Inc. 280 King Street East Toronto, ON M5A 1K7 phone +1 416 361 9005 www.toronto.bulthaup.com 05/ Music system / Le système de son “My iPod is 10 years old, but it’s got 40,000 songs on it. I’m loving the new Drake.” / « Mon iPod a 10 ans et contient 40 000 chansons. J’adore le dernier Drake. »

“It holds ballet costumes together. It makes movement possible but keeps things where they’re supposed to be.” / « Elles tiennent les pièces du costume ensemble. Elles permettent le mouvement tout en gardant chaque chose bien en place. »

03/ Tackle kit / La trousse de couture “This has everything I might need when working on a costume: needles, thread, tape and a pencil sharpener.” / « Elle a tout ce dont j’ai besoin quand je travaille sur un costume : aiguilles, fil, ruban, taille-crayon. »

04/ Sugar Plum Fairy tutu / Le tutu de la fée Dragée “It’s heading into its 21st year and still being used.” / « Il entre bientôt dans sa 21e année et sert toujours. »

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The Creator / Le créateur

The Creator / Le créateur

Building Blocks With Feltro, a stylish new construction toy—or is it furniture?—industrial designer Sam Kennedy reinvents the playroom. / Avec Feltro, son nouveau jeu de construction design – ou serait-ce un objet déco ? –, Sam Kennedy réinvente la salle de jeu. INTERVIEW BY / ENTREVUE PAR NAOMI SKWARNA PHOTO / PHOTO DEREK SHAPTON

I STUDIED ANTHROPOLOGY AT MCGILL UNIVERSITY and industrial design at OCAD University (formerly the Ontario College of Art and Design). And in between those two degrees, I worked at a small ultimate-frisbee clothing company, doing screen printing and things like that. For years, I feverishly played ultimate around the world with the Toronto touring team. But I felt I wasn’t making enough with my hands. That’s why I went back to school. Feltro was my thesis project at OCADU. I decided to look at the importance of play and how we do it. All my research led me to create something that would merge the kids’ play space with the adult living space—maybe a toy or a piece of furniture that came apart— something that kids could have fun and play with in different ways, timelessly. Lego is the ultimate construction toy that a lot of us relate to. Feltro is born out of that same mentality, but it is more of a playful object than a toy, and has the potential to become part of the design decor of the house. The way it works is that there are five magnets embedded in colourful felt trapezoids, divided and stitched into equilateral triangles. You can make forts; you can make costumes. Making and selling jerseys at ultimate games allowed me to travel and keep playing, but I also developed a taste for visiting factories and understanding what went into making a garment: material ordering, speaking in terms of yield and yardage. Feltro really came out of my passion for processing materials. Growing up in Toronto, my family home was full of art—cool, weird stuff. And puzzles! I love puzzles. I’ll draw one out on a piece of paper and cut it up: It’s a puzzle. In my parents’ house, if you want to get away from the family? Go to the puzzle room. 16

J’AI UN DIPLÔME D’ANTHROPOLOGIE de l’université McGill et un de design industriel de l’université OCAD [anciennement école d’art et de design de l’Ontario]. Entre les deux, j’ai travaillé pour une petite entreprise de maillots d’ultimate, en sérigraphie. Pendant des années, j’ai fait partie de l’équipe torontoise d’ultimate et j’ai joué dans le monde entier. Mais je trouvais que je n’utilisais pas assez mes mains, donc retour à l’école. Feltro est mon projet de thèse de l’OCADU. C’est en examinant le jeu sous toutes ses coutures, son importance, ses pratiques, que m’est venue l’idée de créer un objet qui réunirait la salle de jeu des enfants et l’espace où vivent les adultes, un jouet ou un meuble modulable, bref, quelque chose avec lequel les enfants s’amuseraient longtemps et de diverses façons. Lego est le jeu de construction par excellence; tout le monde ou presque connaît. Feltro est dans le même esprit sauf que c’est plus un objet ludique qu’un jouet et qu’il peut faire partie de la déco de la maison. Comment ça marche ? Cinq aimants sont intégrés dans des trapèzes de feutrine multicolores, chacun étant cousu en trois triangles équilatéraux. On peut s’en servir pour construire un château fort ou se déguiser. L’impression et la vente de maillots aux compétitions d’ultimate m’a permis de voyager, de jouer au Frisbee mais aussi de me découvrir un nouvel intérêt : la fabrication des vêtements, les différents tissus, le métrage. Feltro est né de cette passion pour la confection textile. De plus, j’ai grandi à Toronto dans une maison remplie d’objets d’art – des trucs cool et bizarres. Et des casse-têtes! J’adore les casse-têtes. Il suffit de faire un dessin, de le découper en morceaux et le tour est joué. Si je suis chez mes parents et que je veux être tranquille, direction la salle des casse-têtes! BLOCK / 17


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The Interior / L’intérieur

The Interior / L’intérieur

BEST IN SHOW With its new Mile-Ex headquarters, pioneering Montreal multimedia entertainment studio Moment Factory expands its horizons even further. / En s’installant dans le Mile-Ex, Moment Factory, un studio de divertissement multimédia montréalais pionnier en son genre, élargit ses horizons. BY / PAR STÉPHANIE VERGE PHOTO / PHOTO GABRIELLE SYKES

In the main corridor, a display of Moment Factory’s many awards and highlights from various shows and experiences. / Les multiples prix obtenus par Moment Factory et les souvenirs de spectacles et d’événements s’affichent sur le mur du couloir principal.

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The Interior / L’intérieur

The Interior / L’intérieur

Above: The lunch room vibe is somewhere between “cafeteria” and “home.” Right: The second-floor work area uses plants to muffle sound and purify the air. / Ci-dessus : la salle à dîner et son ambiance mi-café pour étudiants mi-comme à la maison. À droite : les plantes disposées ici et là au second étage étouffent le bruit et purifient l’air.

MADONNA’S MDNA TOUR. Jay Z’s Legends of the Summer. Atlantic

City’s Boardwalk. The Parc de la Gorge in Coaticook, Quebec. These are just a handful of the international shows and locations that Montreal production company Moment Factory has transformed into immersive, eye-popping live experiences using its singular blend of lighting, video, sound and special effects. For the first 15 years of its operation, however, the entertainment studio toiled out of the new-media equivalent of a suitcase. Its Mile End headquarters were industrial, square and simple, and hardly commensurate with the scale of the company’s ambitions. “We were testing projects in a small black box,” says artistic director Mareike Lenhart. “We were missing conference rooms. We had four bathroom stalls and one kitchen table for 170 people.” In July 2015, that all changed. Moment Factory moved a few blocks north into Mile-Ex in an Allied Properties REIT–owned two-storey, 46,000-square-foot space at 6300 Avenue du Parc. In collaboration with Sakchin Bessette, Moment Factory’s co-founder

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and executive creative director, Lenhart went to work on figuring out how to keep what was great about their previous headquarters and expand upon it. The keyword was practicality, and that extends to the budget-friendly furniture—almost entirely Ikea-sourced. “There are very few design elements here. When we gave MU Architecture the project, we warned them that it wasn’t going to be a good portfolio piece,” says Bessette. “We wanted this to be a canvas for the teams living and working here, and for the space to continuously evolve and expand to meet our needs.” What they also needed were functional common areas, ones in which people could work, hang out and gather. A grassy nook on the second floor is strictly a no-meeting zone. “This is to relax, be quiet,” says Lenhart. “People can look over the design and photography books and get inspired.” During a party, when an employee applied polka dots to the lunch room columns, they decided to keep them. “Our space is something that grows organically. There’s a sense of mess because of it, of chaos, but we kind of like that,” says Bessette.

LES TOURNÉES MDNA de Madonna et Legends of the Summer de Jay Z, l’illumination du Boardwalk Hall d’Atlantic City et Foresta Lumina au parc de la Gorge de Coaticook ne sont que quelques-unes des réalisations de Moment Factory, qui par ses jeux singuliers de lumière, d’images, de sons et d’effets spéciaux transforme spectacles et sites en expériences immersives inoubliables. Des réalisations qui, pendant les 15 premières années, ont été conçues dans un espace plus que réduit : les bureaux du Mile-End ne reflétaient guère les ambitions de l’entreprise. « On testait les projets dans une pièce noire de la taille d’une boîte à chaussures, se rappelle la directrice artistique Mareike Lenhart. On n’avait pas de salles de conférence et seulement quatre toilettes pour 170 personnes. » Puis, en juillet 2015, la délivrance. Direction le Mile-Ex, quelques coins de rue plus au nord. Moment Factory emménage au 6300, avenue du Parc, dans un espace de 4 300 m2 répartis sur les deux étages d’un immeuble appartenant à Allied Properties REIT. En collaboration avec Sakchin Bessette, cofondateur et directeur de

création, Mareike Lenhart repense alors l’agencement des bureaux avec un seul mot d’ordre : la fonctionnalité. Tout se doit d’être pratique, jusqu’au mobilier, acheté en majorité chez Ikea. « Il y a très peu d’éléments de déco. Quand on a confié le projet à MU Architecture, on les a averti qu’on ne ferait sûrement pas partie de leur portfolio, précise Sakchin Bessette. On ne voulait qu’une toile de fond, capable d’évoluer en fonction des besoins de l’entreprise et de ceux de nos équipes qui vivent et travaillent ici. » Parmi ces besoins, on trouve des parties communes utiles, dans lesquelles on peut à la fois travailler et se détendre. Toute réunion est interdite sur le carré de gazon du second étage : « C’est un coin pour souffler, pour être au calme, explique Mareike Lenhart. Ici, on se laisse inspirer par le design et les livres de photo. » Quand, à l’occasion d’une fête, un employé a orné de pois les colonnes de la salle à dîner, ils ont décidé de les garder. « Notre espace de travail évolue naturellement. Il y règne du coup un certain désordre, un certain chaos, qui n’est pas pour nous déplaire », ajoute Sakchin Bessette.

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The Interior / L’intérieur

“Our space grows organically. There’s a sense of mess, of chaos, but we like that.” / « Notre espace de travail évolue naturellement. Il y règne un certain chaos, qui n’est pas pour nous déplaire. »

Moment Factory grew out of Montreal’s rave and after-hours scene, and while the kinds of parties it throws have changed, the desire to facilitate fun hasn’t. On the main floor, on any given weekend, Moment Factory might be hosting a staff member’s birthday bash or, a cocktail party for the city’s arts council. According to Bessette, he and his fellow partners (chief innovation officer Dominic Audet and executive producer Éric Fournier) feel a sense of responsibility to Montreal’s cultural community. “Sometimes, we’re so focused on our stuff outside of the city. This way, we’re still contributing in some small way.” These days, on the large-yet-local scale, Moment Factory’s most chattered-about contribution is the interactive illumination of the Jacques Cartier Bridge, slated for Montreal’s 375th anniversary in 2017. Details remain hush-hush, but a maquette of the iconic structure has pride of place in the office, waiting for its own moment to light up. / Moment Factory s’est éloignée des nuits montréalaises et de ses événements branchés. Pourtant, même si elle n’organise plus le même style de fêtes, son désir d’enchanter les foules n’a pas diminué. Et le nouveau plancher a vite fait de se transformer en dance floor pour l’anniversaire d’un de ses employés ou en soirée cocktail, à titre gracieux, pour le Conseil des arts de Montréal. Sakchin Bessette et ses partenaires, Dominic Audet, chef de l’innovation, et Éric Fournier, producteur exécutif, se sentent une responsabilité envers le milieu culturel de leur municipalité : « Parfois, on est trop concentré sur nos réalisations à l’extérieur. Ce genre de gestes est une façon d’apporter notre petite contribution. » En ce moment, la contribution locale à grande échelle dont tout le monde parle est l’illumination interactive du pont Jacques Cartier pour le 375e anniversaire de Montréal en 2017. Moment Factory passe les détails sous silence, mais une maquette du célèbre pont trône dans les bureaux, attendant sagement son heure pour s’embraser.

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“The skateboards aren’t a design element. Having them lying around started out as a practical thing and now it’s become habit,” says Bessette, of the staff’s preferred mode of in-office transportation. / Le mode de transport préféré chez Moment Factory ? La planche à roulettes. « Ce n’est pas un élément décoratif. On a d’abord pensé que ce serait pratique, et c’est vite devenu une habitude », explique Sakchin Bessette.

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“THIS IS HOW LAW WILL BE PRACTISED IN THE FUTURE.” / « CE SERA LA NOUVELLE FAÇON D’EXERCER LE MÉTIER D’AVOCAT. »

King Law Chambers founder, Toronto criminal lawyer Sean Robichaud / Sean Robichaud, criminaliste torontois et fondateur de King Law Chambers.

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The Business / L’entreprise

Power of Attorney King Law Chambers, a new co-working space, transforms where—and how—law is practised. / Cotravail : avocats et professionnels du droit mettent en commun savoir et savoir-faire au King Law Chambers. BY / PAR DANIELLE GROEN PHOTO / PHOTO VANESSA HEINS

WHEN TORONTO CRIMINAL LAWYER Sean Robichaud first pocketed the keys to King Law Chambers’ new home last February, in an 1875 heritage building at 43 Front Street East, the Allied Properties REIT space was the very definition of a blank slate. It had been stripped to its bricks and pillars, and a disused fireplace remained behind, with a few old logs still stuck inside. That suited Robichaud just fine; he was after a flexible new kind of work environment, one that would attract young lawyers from many different fields. “The practice of law does not have to be done in cramped and dusty offices with drop ceilings and fluorescent lighting,” he says. It doesn’t have to be practised in silos, either. Like other advocates of the ever-growing sharing economy—Breather, say, or WeWork— King Law Chambers provides a communal office space that keeps costs down and, more importantly, encourages collaboration. The 40-odd members of KLC, nearly all of whom are under the age of 45, practise independently or in small boutique firms. With Allied’s help and design input, the blank slate became a stylish open-work environment, complete with a Netf lix-equipped lounge and boardrooms that transform weekly into event spaces. The lawyers share receptionist services, amenities and secretarial support. Evening bourbon tastings at the bar downstairs are not uncommon. And a Lego shark named Mr. Chompers, Esq., makes periodic appearances on the chambers’ Instagram account. “It resembles a mix between a law firm and a tech start-up atmosphere,” says Daniel Perlin of Guardian Legal Consultants, a member.

QUAND SEAN ROBICHAUD a eu les clés de son nouvel espace de travail, la King Law Chambers, situé au 43, rue Front Est dans un édifice patrimonial appartenant à Allied Properties REIT, tout était à construire. L’endroit était vide, les murs nus, dépouillés de leurs briques, seule une vieille cheminée et ses quelques bûches avaient subsisté. Une situation qui convenait à ce criminaliste torontois, à la recherche d’un environnement de travail flexible, capable d’attirer de jeunes avocats exerçant dans des domaines variés : « On n’est pas obligé de pratiquer le droit dans des bureaux exigus et poussiéreux à la lumière des néons. » À la manière des autres défenseurs de l’économie participative, comme Breather ou WeWork, King Law Chambers (KLC) offre un espace de travail commun, permettant de diminuer les coûts, certes, mais surtout de favoriser la collaboration. Ses 40 et quelques cotravailleurs exercent en tant qu’indépendant ou dans des cabinets boutiques, et ont presque tous moins de 45 ans. Avec l’aide d’Allied, en design d’intérieur notamment, l’espace abandonné s’est transformé en aire ouverte chic, comprenant un salon équipé de Netflix et des salles de réunion, conçues aussi pour accueillir des événements. Les avocats se partagent les services de réception, de secrétariat et d’équipement. Leur mascotte ? Un homme-requin Lego, nommé Mr. Chompers Esq., qui apparaît régulièrement sur le fil Instagram de KLC. « Il illustre bien l’ambiance qui règne ici, entre cabinet juridique et jeune entreprise », commente Daniel Perlin, cotravailleur et cofondateur de Guardian Legal Consultants.

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The Business / L’entreprise

The Business / L’entreprise

KLC provides an environment that’s responsive to lawyers’ various needs while also growing alongside their practices. / KLC offre un environnement de travail évolutif, qui s’adapte aux divers besoins et pratiques des professionnels du droit.

Guardian’s co-founder, Jasdeep Bal, adds that KLC, with its volume of lawyers and range of practices, can offer the same breadth of experience as a much larger firm. “Consulting with a family, criminal or immigration lawyer is as simple as stepping into the office next door,” he says. The ecosystem also assists lawyers at the very start of their careers. Newbies can take advantage of what KLC calls its “collaborative rates,” a month-to-month contract that provides all the services of the chambers without a designated office. Sanja Mavrak, a criminal and civil lawyer called to the bar two years ago, works on a laptop at a large communal table adjacent to a cozy reading nook. She can hold meetings in one of four boardrooms named after national parks—the intimate Terra Nova has plush chairs for prepping clients, while the sprawling Algonquin has a dynamite view of the Flatiron building—and can retreat to a private phone room for confidential calls. “When you’re starting on your own, there’s a lot to think about, a lot of overhead,” Mavrak says. “KLC is a great option not only financially, but because there is room for mentorship if you are ambitious and hard-working.” Robichaud wanted an environment that could be responsive to lawyers’ various needs and grow alongside their practices. And since the chambers moved to its new address in April, the number of affiliated lawyers has doubled. But Robichaud sees one of KLC’s most radical achievements to be the culture it has created: “Lawyers are starting to realize that they can actually enjoy coming to work, and they don’t have to pay a fortune to do it.”

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Pour Jasdeep Bal, autre cofondateur de Guardian Legal Consultants, KLC offre une expertise aussi vaste qu’un gros cabinet, grâce à son large éventail d’avocats et de domaines juridiques. « Prendre conseil auprès d’un avocat spécialisé en droit de la famille, pénal ou de l’immigration est aussi simple que de passer d’un bureau à l’autre », affirme-t-il. KLC aide aussi les avocats en tout début de carrière, en leur faisant bénéficier de « tarifs collaboratifs » : les jeunes avocats profitent, sur une base mensuelle, de tous les services sans bureau attitré. Sanja Mavrak, avocate en droit pénal et civil, admise au barreau en 2014, pose chaque matin son ordinateur portable sur une grand table commune, adjacente au coin lecture. Elle peut utiliser au besoin l’une des quatre salles de réunion, baptisées du nom d’un grand parc – fauteuils somptueux pour l’intime Terra-Nova ou vue saisissante sur le Flatiron Building torontois pour l’immense salle Algonquin –, et passer ses appels confidentiels depuis une pièce privée. « Quand on débute à son compte, il y a tellement de choses auxquelles on doit penser, explique-t-elle. KLC est une excellente option, non seulement financièrement mais aussi pour se trouver un mentor, à condition d’être travaillant et ambitieux. » Sean Robichaud souhaitait un environnement de travail qui répondrait aux divers besoins des professionnels du droit et évoluerait grâce et avec eux. Depuis avril, date de l’emménagement de KLC dans ses nouveaux locaux, le nombre de cotravailleurs a doublé et surtout, une culture d’entreprise a vu le jour : « Les avocats commencent à prendre conscience qu’ils viennent au boulot avec plaisir, et ce, sans débourser une fortune. » Pari réussi jusqu’à présent.

IT’S LIKE A MIX OF A LAW FIRM AND A TECH START-UP. / UNE AMBIANCE ENTRE CABINET JURIDIQUE ET JEUNE ENTREPRISE. BLOCK / 29


Work-in-Progress / Le chantier

Game Plan BY / PAR SARAH LISS

In downtown Toronto, thanks to an innovative master plan, a sprawling, new mixed-use development is coming to life. Here, an exclusive sneak preview of The Well. / Grâce à un plan directeur innovant, un complexe immobilier tentaculaire et à usage mixte prend vie en plein cœur de Toronto. Voici, en exclusivité, The Well.

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Work-in-Progress / Le chantier

Work-in-Progress / Le chantier

How can something new feel familiar? For The Well, the trick involves replicating King West’s narrow, historic alleyways (pictured) and sustaining the neighbourhood’s human scale. With all parking underground, the development will have alleyways but no roads. / Comment rendre familier quelque chose de nouveau ? Pour The Well, l’idée est de reproduire les ruelles étroites de King West (photos) et de conserver l’échelle humaine du quartier. Le complexe n’aura que des allées, pas de routes, le stationnement étant entièrement souterrain.

American architect Daniel Burnham introduced the world to the City Beautiful Movement, a philosophy which held that the secret to harmonious cities was beautiful, functional architecture. City Beautiful was among the first movements aimed at creating a comprehensive city plan, integrating infrastructure, architecture and community into its vision. The movement’s ideas have long since fallen out of favour, but its ambition endures as an urban ideal. Still, most urban growth today happens outside of a real master plan. Developers arrive, build a condo or an office tower on a site and hope that it integrates into the surrounding neighbourhood. Cities, after all, are mostly already built: It’s rare to design not just a building but an entire community and to shape the relationship between office, retail, residential, parks and sidewalks within it. That, however, is precisely what Hariri Pontarini Architects is doing for The Well, a seven-and-a-half acre site bounded by Front Street West, Wellington Street West, Spadina Avenue and Draper Street in downtown Toronto. According to the firm’s principal, David Pontarini, developing this master plan is “a high-level positioning exercise, one that establishes the principles that will help guide future developers.” A core challenge of master planning, he says, is “thinking about how you organize a number of different uses on a single site, and

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then harmonizing that with city regulations and community demands.” Making this even trickier, Pontarini also has to balance the wishes of the project’s three developers: retail specialist RioCan REIT, residential experts Diamond Corp., and Allied Properties REIT, which is focused on the office component and on the King West community at large. “Balancing partnerships, even when they’re just internal ones, is a process in and of itself,” says Hugh Clark, Allied’s VP of development. “But when you have three different groups who represent different uses, that’s probably the most difficult thing.” The name, The Well, suggests a deep reservoir or good health, but it’s actually aspirational (as in “properly”). So, too, is the vision for the site, which includes a 36-storey office tower, extensive retail, 1.5 million square feet of residential space, and a network of lush public walkways. Also essential to the project’s master plan is integrating the development into the fabric of the neighbourhood. Those walkways, for example, were inspired by the narrow paths that surround many of King West’s heritage buildings. The new promenades will echo the old mews in scale and character to ensure the new build is consistent with its context. The parkettes that comprise the area’s modest green space will be connected by tree-lined thoroughfares; the historic brick workers’ cottages on Draper Street will be preserved; and >> (Continued on p. 36)

À L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1893 à Chicago, le monde entier

PHOTO BY / PAR KRISTINA RUDDICK

AT THE 1893 WORLD’S COLUMBIAN EXPOSITION, in Chicago, the legendary

découvrait un nouveau concept urbanistique : le mouvement Beautiful City, mené par le célèbre architecte américain Daniel Burnham. Le principe ? La beauté d’une ville passe par une architecture harmonieuse et fonctionnelle. City Beautiful a été l’un des premiers à proposer une planification urbaine intégrant infrastructures, architecture et communautés. Les idées de ce mouvement ont beau avoir disparu, son ambition, un aménagement urbain reposant sur une vue d’ensemble, demeure un idéal. La plupart des développements immobiliers actuels sont conçus sans réel plan directeur. Les promoteurs arrivent sur un site et y construisent des condos ou une tour à bureaux en espérant qu’ils s’intégreront à l’environnement existant. Après tout, Rome ne s’est pas faite en un jour : il est rare d’avoir à bâtir toute une collectivité et à organiser les liens entre logements résidentiels, bureaux, commerces, espaces verts et voies de circulation. C’est pourtant ce que le cabinet d’architecture Hariri Pontarini est en train de réaliser pour The Well, un site de 7,5 acres au centre ville de Toronto, bordé par l’avenue Spadina et les rues Draper, Front O. et Wellington O. Comme l’explique David Pontarini, directeur du cabinet d’architectes, concevoir un plan directeur est « un exercice de haut niveau, puisqu’il s’agit d’établir les principes qui guideront les futurs promoteurs ». Ici, le principal défi à relever est « de réfléchir à l’organisation de différents

usages sur un même site , puis de les harmoniser avec les règlements municipaux et les demandes des communautés ». Plus délicat encore, il faut trouver le juste équilibre entre les souhaits des trois promoteurs du projet : RioCan REIT, spécialisé en développement commercial, Diamond Corp, en résidentiel, et Allied Properties REIT, chargé de la partie bureaux et de la collectivité de King West. « L’équilibre des partenariats, même internes, constitue déjà tout un processus en soi, explique Hugh Clark, vice-président du développement chez Allied. Et quand on a trois groupes différents, représentant trois secteurs et donc trois usages différents, c’est encore plus difficile. » Le terme anglais « well » signifie à la fois le puits et le bien; mais c’est l’adjectif ambitieux qui lui convient le mieux. Aspirer à une situation meilleure, telle est la vision du projet, qui comprend une tour à bureaux de 36 étages, de très nombreux commerces, 140 000 m2 de logements résidentiels et un dédale d’allées luxuriantes. L’intégration du projet dans le tissu urbain du quartier fait aussi partie du plan directeur. Pour les allées, par exemples, les architectes ont puisé leur inspiration dans les ruelles étroites qui longent les immeubles patrimoniaux de King West. Elles auront le cachet et les mêmes dimensions que les anciennes venelles, assurant à la nouvelle construction une bonne incorporation dans son environnement. Les mini-parcs qui composent les modestes espaces verts seront reliés par des voies arborées; les maisons ouvrières en brique de la rue Draper seront préservées; et le... (suite p. 36)

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Work-in-Progress / Le chantier

Work-in-Progress / Le chantier

Master-planning a 7.5-acre blank slate has its challenges: Balancing programmatic requirements, community wishes and city regulations. Hariri Pontarini Architects revised the sketches and plans (shown above, and on page 31) many times. “Most architects are terrified of complexity,” the Toronto Star ’s Christopher Hume wrote, “and this is a rare project that actually embraces it.” / La planification d’une ardoise vierge de 7,5 acres compte son lot de défis : équilibrer les exigences relatives à la programmation, les demandes de la communauté et les règlements municipaux. Le cabinet d’architectes Harini Pontarini a étudié les dessins et les plans (illustrés ci-dessus, p. 31) à plusieurs reprises. « La plupart des architectes sont terrifiés par la complexité, écrivait Christopher Hume du Toronto Star. Ce projet se distingue en ceci qu’il en profite, littéralement. » 34

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Work-in-Progress / Le chantier

parking is underground, while pedestrian access to the site will be increased on all sides. Hariri Pontarini’s Michael Conway, the project’s lead architect, says that his team studied the neighbourhood’s alleys and avenues. “We wanted to look at how you can get around off of the main streets, which is key,” he says. “The neighbourhood itself is vibrant, because it’s very pedestrian-friendly. We’re taking our cues from that.” They also took guidance from a number of UK communities—Belfast’s Victoria Square, Bristol’s Cabot Circus and Birmingham’s Bullring, among them. International inspiration was important because, simply put, Toronto lags in building true mixed-use projects. “There aren’t that many examples from the past 15, 20 years,” Pontarini says. “Developers either like to build offices, residential or retail, and they stay out of each other’s hair. That’s what’s unique about this project: You have three leading developers in each of those sectors who’ve decided to come together to get the biggest things done.” The team behind The Well hopes their project will help spur a revival of master planning—or, at least, more holistic thinking about development. The City of Toronto does, too: its Design Review Panel, a team of private sector design professionals, called the proposal “enlightened urbanism.” Says Clark, “I think, and I hope, we’ll see more of it in this city.”

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stationnement sera souterrain, tandis que les accès piétons seront multipliés tout autour du site. Michael Conway, architecte en chef du projet, a examiné avec son équipe les rues et les allées du quartier : « On souhaitait savoir comment contourner les axes principaux, un point essentiel. Ce quartier est vivant, car il est très piétonnier. On s’en inspire. » Ils ont également étudié certains quartiers du Royaume-Uni : Victoria Square à Belfast, Cabot Circus à Bristol et Bullring à Birmingham, notamment. Aller voir ce qui se fait ailleurs était très important, car, pour tout dire, Toronto est à la traîne côté complexes à usage mixte. « On a très peu d’exemples datant de ces 15 ou 20 dernières années, affirme David Pontarini. Les promoteurs aiment construire soit des bureaux, soit du résidentiel, soit des commerces, et pas question de marcher sur les plates bandes de l’autre. Ce qui est unique dans The Well, c’est d’avoir trois promoteurs, provenant de chacun de ces secteurs, qui ont décidé de travailler ensemble afin de réaliser les plus grandes étapes de ce projet. » Toute l’équipe espère que The Well relancera la vision d’ensemble en planification urbaine, ou du moins, qu’il conduira à une réflexion plus globale. La ville de Toronto partage ce souhait de tout cœur : son Design Review Panel, un groupe de professionnels de l’architecture du secteur privé, a qualifié la proposition « d’urbanisme éclairé ». Et Hugh Clark de conclure : «Je crois, et j’espère, qu’on verra plus de projets comme celuici dans cette ville. »

PHOTO BY / PAR KRISTINA RUDDICK

Work-in-Progress / Le chantier

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Art Attack

DAVID SAX IS THE AUTHOR OF THE

CARL WILSON IS SLATE ’S MUSIC CRITIC AND THE

DIRECTOR AT 88 CREATIVE, A FULL-SERVICE

TASTEMAKERS , SAVE THE DELI AND THE

AUTHOR OF LET’S TALK ABOUT LOVE. / CRITIQUE

DIGITAL AGENCY IN TORONTO. / DIRECTRICE

UPCOMING REVENGE OF ANALOG . / AUTEUR

MUSICAL DE SLATE ET AUTEUR DE LET’S TALK

ARTISTIQUE DE 88 CREATIVE, UNE AGENCE DE

DE THE TASTEMAKERS , SAVE THE DELI ET THE

ABOUT LOVE - POURQUOI LES AUTRES ONT-ILS SI

I don’t think we really can say whether more art is being made. There are more people in the world, but I don’t know that more art is being made per capita. It’s really that we have access to more of it; more of it is coming at us faster and faster all the time, too fast for us even to guess which parts are art and which aren’t. It’s not a senderbut a receiver-based problem. So maybe the issue is how you make or consume culture when you’re having an ongoing panic attack. / Il est difficile de dire si

COMMUNICATION NUMÉRIQUE TORONTOISE.

REVENGE OF ANALOG (À PARAÎTRE).

MAUVAIS GOÛT ?

on produit plus d’art qu’avant : il

CW

Today, there are too many TV series to watch, too many songs to hear, too many articles to read. What’s a person to do in an age of cultural abundancy? / Aujourd’hui, il y a trop de vidéos à regarder, trop de chansons à écouter, trop d’articles à lire. Que faire en période d’abondance culturelle?

GABRIELLA RACKOFF IS THE CREATIVE

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y a plus de gens dans le monde, mais, à ma connaissance, la production artistique par habitant n’a pas augmenté. On a simplement élargit l’accès à la culture de façon générale. La question est plutôt de savoir comment on fabrique ou comment on consomme la culture dans un état d’angoisse permanent.

I feel like I have to know every meme, every cool designer. There’s just so much more to be aware of if you want to be considered knowledgeable and in tune with what’s current in

GR

the world. At least for what I do in my day-to-day life, there’s a fear of not knowing something. / Mèmes, designers cool…, j’ai l’impression que je dois tout savoir. Pour être synchro avec le monde actuel, on doit se tenir au courant de bien trop de choses. On a toujours peur de passer à côté d’une info, quelle qu’elle soit.

DS The FOMO, as the kids call it. When I was in Nashville for my next book, talking to people who run studios that use only reel-to-reel tape and 1970s technology, I asked if it was

about the sound quality. They said, “Yeah, kinda,” but that it was more about limiting the options available to an artist’s workflow. Because nowadays, they have infinite options to change sounds, pull in samples and work with beats. Analog forces them to just hit record and say, “Give us your best take and we’ll work with what we have.” Increasingly, accepting limitations is becoming a necessary tool to avoid distraction, the fear you’re going to miss out on something. / La FOMO [Fear Of Missing Out ou la

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The Conversation / La conversation

peur de manquer quelque chose], comme disent les jeunes. Dans le cadre de mon dernier livre, je suis allé à Nashville dans des studios d’enregistrement qui se servent uniquement de bandes magnétiques et de la technologie des années 1970. Je leur ai demandé si c’était une question de qualité sonore. Ils m’ont répondu que oui, mais que c’était surtout pour limiter les options à leur disposition. Aujourd’hui, ils ont la possibilité de créer mille et un effets, d’échantillonner et d’arranger à loisir. L’analogique les force à n’appuyer que sur un seul bouton, « enregistrer », et à travailler avec la meilleure prise. Il devient de plus en plus nécessaire de se limiter volontairement afin d’éviter de s’éparpiller et de s’affoler, d’éloigner cette peur de passer à côté de quelque chose. CW There’s a danger in that feeling of needing to keep up with that meme or needing to be part of the remix of everything. The real problem is pace. In some ways we need some sort of slow-

WE NEED SOME SORT OF SLOW-ART CONSUMPTION CONCEPT. / IL NOUS FAUT UN MOUVEMENT RALENTI DE LA CONSOMMATION CULTURELLE.

art-consumption concept to get beyond that hamster wheel. Working with constraints can be a good idea. / Le problème, c’est le rythme, bien trop rapide. Il nous faudrait un nouveau concept, genre slow movement, pour ralentir notre consommation culturelle.

When we’re creating content for a client, we try, of course, to put as much thought and care into it as we can. We want to create things people will love, rather than easy clickbait. But the speed that the industry and the consumer demands and our clients expect is such that we can’t do it the way we’d like to ideally. So we end up in this state of constant creation: make it, put it out there, get the reaction, repeat. You can create something that breaks the Internet today, but then you’re back to square one. How can we create something for a brand that is special and has longevity? That’s something we’re always trying to figure out. / Quand on

GR

crée du contenu pour un client, on essaie, bien entendu, d’y apporter le maximum de réflexion et d’attention. Notre but n’est pas d’aguicher pour faire du clic, mais de créer quelque chose qui plaît vraiment. Sauf que la vitesse exigée par l’industrie et les consommateurs, et à laquelle nos clients s’attendent, est telle qu’on ne peut pas prendre le temps qu’on souhaiterait. Vous pouvez créer quelque chose de novateur sur le Web aujourd’hui, mais tout est à refaire dès le lendemain. On finit par entrer dans un état de création constante : on fait, on met en ligne, on laisse réagir et on recommence. Comment peut-on créer un contenu pour une marque, qui soit original et durable ?

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The Conversation / La conversation

Do you think you’re doing that because that’s actually what the mass audience needs and wants, or do you think this is more driven by your client’s fear—the same fear of missing out we’ve been talking about. I have similar experiences with editors wanting instant content, and part of me thinks that’s a false imperative—that, in fact, one substantial thing that makes an impact is better than 25 things. / Penses-tu que

dispose aujourd’hui de tout au plus 24 heures pour me faire une idée. Auparavant, les critiques avaient du temps avant la sortie d’un album, et souvent plusieurs semaines pour s’y attarder, y réfléchir, avant de réagir. Voilà ce qui s’appelle un numéro de disparition!

CW

c’est la satisfaction des besoins et désirs du consommateur qui te pousse à agir de la sorte ou la peur de ton client, cette peur de louper un truc dont on parle depuis le début de cette discussion ? Je vis la même chose avec des chefs de rubrique qui veulent du contenu instantané, et je ne peux m’empêcher de penser que c’est un faux besoin; qu’en réalité, un article fouillé aura de l’impact, et en vaut 25. GR Maybe we do need to take a step back and ask, “Why are we doing this again? And what are the original goals of what we’re trying to communicate?” / Il faut

peut-être prendre du recul et se demander pourquoi on fait ça comme ça finalement, revenir aux buts premiers du message qu’on cherche à faire passer. DS Part of that’s inherent in the economic model of digital communication. Your costper-impression rate does not change if you publish an awardwinning long-form feature or if it’s 19 cats dressed as Freddie Mercury. The imperative is to churn, churn, churn, but you can’t create consistently good things at a mass scale. I think we’re seeing that with the financial and structural issues that Mashable and

DS I’ve never done as much newsy stuff, thankfully. I focus on writing books because you get the luxury of time to explore an idea. / Heureusement que

BuzzFeed are now having. There’s a pendulum swing back toward quality. / Une partie de tout cela est propre au modèle économique des communications numériques. Le coût pour mille impressions ne change pas, que ce soit une publication longue et primée ou 19 chats déguisés en Freddy Mercury. Mais il est impossible de créer en permanence du contenu de qualité à grande échelle. Je pense que les problèmes financiers et structurels que rencontrent Mashable et BuzzFeed en sont une preuve. Il y a un retour vers la qualité. CW I’ve been thinking about this a lot because there have been so many major music events lately. I’m getting maybe 24 hours to think about something. And that’s at a moment when some artists are putting out music on a similar instantaneous model. Before, critics would be able to take time with something before it came out and possibly would have several weeks to contemplate it before they had a reaction. That’s disappearing. /

La multitude de gros événements musicaux qui ont eu lieu récemment m’a fait réfléchir. Je

je ne fais pas autant d’actu. Je préfère les livres : on peut prendre son temps pour explorer une idée; un vrai luxe! GR Then you know the person consuming it is the person who wants to spend that time as well. You’re finding each other. I’ve never really liked e-books; I prefer paper. But people didn’t make paper books because they were so great; it was just the best way to produce and distribute content. Same with the newspaper. It was just the most efficient, cost-effective, convenient way of getting news into as many hands as possible. I wonder if it’s just about nostalgia. / Et puis, tu

sais que ton consommateur veut également prendre ce temps : c’est une rencontre idéale en quelque sorte. De mon côté, j’ai toujours préféré le papier aux livres numériques. Sauf qu’à l’époque, on n’a pas choisi les livres papier parce c’était mieux, mais parce que c’était le meilleur moyen de produire et de distribuer du contenu. Même chose avec les journaux : c’était le moyen efficace, rentable et pratique de diffuser les nouvelles. Je me demande si ce n’est pas une question de nostalgie tout simplement…

DS But that’s what we often say: “Oh, it’s just nostalgic baby boomers,” or “it’s millennial hipsters.” But no one expected that sales in paper books would grow the way they have over the past couple years. Everyone thought the e-book would kill off paper. Now e-book sales are flat and, on the music side, there’s the growth in vinyl sales. And the fastest-growing group buying records are people in their teens, who have no memory of records whatsoever. /

C’est ce qu’on dit souvent : « Oh, ce ne sont que des baby boomers nostalgiques » ou des hipsters de la génération Y. Sauf que personne ne s’attendait à ce que les ventes de livres papier augmentent ces deux dernières années. Tout le monde croyait que le livre numérique signerait l’arrêt de mort du papier. Aujourd’hui, les ventes de livres numériques stagnent et, côté musique, celles de vinyles sont en hausse. Chez les acheteurs de disques, le segment en plus forte progression est celui des ados, donc celui qui n’a pas connu les disques. CW In some ways that analog retrenchment is a reaction to the perceived ephemerality of contemporary culture. Cultural snobbery dictated that the ultimate value question was whether anyone would care about something in 20 years. But people’s forecasts of what will last are proved wrong most of the time. There are so many pop singles from 40 years ago that people still love, while nobody would waste their time now on some turgid prog-rock album that everyone once claimed was this great new statement. The pleasure that emerges from that sense

of ephemerality turns out to be more lasting than we think it is. I think we all want a cultural ecology where there are both of those things, and so the question is whether digital culture is moving us to a place where there might be only the one. And that’s something to be concerned about. / D’une certaine manière, ce retranchement analogique est une réaction au caractère éphémère, ou perçu comme tel, de la culture contemporaine. Selon le snobisme culturel, la valeur de quelque chose était déterminée par l’intérêt qu’on lui vouerait dans 20 ans. Mais la plupart du temps, les gens se trompent en prédisant ce qui va durer. Il y a tant de singles populaires des années 1970 qui plaisent encore, tandis que personne n’irait aujourd’hui perdre son temps sur un album de rock progressif indigeste, même s’il a été la nouveauté à ne pas manquer à sa sortie. Le plaisir qui naît de cette impression de fugacité s’avère plus durable qu’on ne le pense. Je crois qu’on veut tous un environnement culturel qui comporte un peu des deux; la question est de savoir si la culture numérique nous entraîne vers une chose unique. C’est de cela dont on doit s’inquiéter. DS Maybe the next Justin Bieber or EDM single will become what we’re listening to in 200 years. / Peut-être que le prochain

Justin Bieber ou le prochain morceau d’EDM sera ce qu’on écoutera dans 200 ans?

MAYBE WE’LL BE LISTENING TO THE NEW BIEBER IN 200 YEARS? / PEUT-ÊTRE QU’ON ÉCOUTERA LE PROCHAIN BIEBER DANS 200 ANS ? abundance. There’s this delightful thing of eating all the peanuts and coming away sated. But the question increasingly is whether we can cultivate more contemplative space in our lives and have room for the kind of art that speaks to that contemplative space. / Toutes ces modes dont on parle aujourd’hui – le visionnage en rafale, la culture du remix, l’écoute de la musique sur YouTube – sont des réactions naturelles à cette abondance culturelle dans laquelle on vit. Comme cette agréable sensation de satiété qui nous envahit après s’être avalé un plein sachet de croustilles. Mais la question qui revient de plus en plus est de savoir si nous sommes capables de prendre le temps de la réflexion, et de faire de la place dans notre vie aux formes de productions artistiques qui nécessitent qu’on y réfléchisse, qu’on s’y attarde.

INTERVIEW BY / PAR CHRIS FREY ILLUSTRATION / ILLUSTRATION

All these things we talk about now—bingewatching, remix culture, listening to music on YouTube—are natural reactions to living in this condition of cultural CW

DASHA TOLSTIKOVA

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Made / Fabriqué

Sweet Child of Wine A long-overdue local take on a classic spirit: vermouth. / Une réinterprétation artisanale d’un grand classique de l’apéritif, le vermouth.

ILLUSTRATION / ILLUSTRATION : LAUREN TAMAKI

BY / PAR ERIC VELLEND

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THE MODERN COCKTAIL RENAISSANCE has spawned dozens of Canadian micro-distillers producing premium, award-winning spirits. But one key cocktail ingredient has long eluded them: vermouth. It’s complicated to make, for one thing; it doesn’t sell that well; and the market is dominated by big brands. But for Geoff Dillon, co-owner of Dillon’s Small Batch Distillers, location is everything. Being in the heart of Niagara’s wine country made the spirit a natural fit for his company’s growing lineup: “We’ve got the grapes. We’ve got all these botanicals. We better make some vermouth.” Vermouth is a fortified and aromatized wine that dates back to the Shang dynasty in 1250 B.C. Modern wine-based vermouth was first developed in the 18th century as a medicinal tonic. By the late 1800s it had evolved into a popular aperitif in Europe and an essential modifier in American cocktails such as the Manhattan. It was Dillon’s love of Manhattans that inspired him to first take a crack at sweet vermouth to pair with his three-year-old Canadian rye whisky, which will be released later this year. After they developed 60 different formulas over the course of 12 months, Dillon and his team finally settled on a recipe. Even though sweet vermouth is often called “red,” “rossi” or “rouge,” it’s made from white wine, in this case a local single-vineyard Sauvignon Blanc. It’s fortified with a neutral grape-based spirit, then coloured and sweetened with caramel. This vermouth is aromatized with tinctures of, among other things, sarsaparilla, bitter orange, vanilla and wormwood. The latter ingredient is grown on-site by Geoff’s father, Peter, a scientist, professor and the chief botanist at Dillon’s. “Wormwood is mainly used to add bitterness,” says Geoff. “We find it also gives ours an herbal, earthy undertone and adds to the mouth feel.” A final, semi-secret ingredient uses the leftover fruit from Dillon’s Strawberry Gin. The macerated berries, from

Tigchelaar Berry Farms, are pressed to extract every drop of boozy juice, which gives the vermouth a subtle fruity sweetness with just a hint of gin. The final product is delicious in a Manhattan, of course, or a Negroni. Better yet, it can be sipped neat. “It’s really nice just on its own,” says Dillon. “Ice cold, served in a tulip glass. That’s how we’re drinking it.” / LE COCKTAIL REVIENT EN FORCE et avec lui, des spiritueux de première qualité produits par des dizaines de microdistilleries canadiennes. L’un d’entre eux manquait pourtant à l’appel : le vermouth. Pourquoi? Parce que compliqué à fabriquer, peu vendeur et entre les mains de quelques marques dominant le marché. Compliqué sauf pour Geoff Dillon, copropriétaire de Dillon’s Small Batch Distillers, qui a su tirer parti de sa situation géographique, au cœur de la région viticole du Niagara. Le vermouth est venu s’ajouter tout naturellement à la production de cette distillerie en pleine expansion : « On a le raisin. On a toutes ces plantes aromatiques. Autant faire du vermouth. » Ce vin fortifié et aromatisé remonte à la dynastie Shang, 1 250  ans avant J.-C. Sa version moderne date, quant à elle, des 18e et 19e siècles, qui l’ont vu passer de boisson tonique aux vertus curatives à apéritif populaire européen et exhausteur de goût des cocktails américains, tels le Manhattan. C’est ce dernier, le préféré de Geoff, qui a poussé notre distilleur à créer un vermouth doux à associer à son Rye de trois ans d’âge, un whisky de seigle 100 % canadien qui sera commercialisé d’ici la fin de l’année. Douze mois ont été nécessaires à l’élaboration de la recette finale. Bien que souvent appelé rouge ou rossi, le vermouth doux est à base de vin blanc, un Sauvignon blanc d’origine locale dans ce cas, qui a été fortifié par un alcool de raisin neutre, puis coloré et sucré avec du caramel et, enfin, aromatisé à la salsepareille, à l’orange amère, à la vanille et à l’armoise, notamment. Cette dernière plante aromatique est cultivée sur place par Peter, père de Geoff et botaniste en chef de la distillerie Dillon’s. « Si l’armoise sert principalement à donner de l’amertume, on a trouvé qu’elle apportait un plus en bouche, une saveur herbeuse, terreuse », explique Geoff. Un autre ingrédient semi-secret de la recette des Dillon? Des fraises, qui proviennent du producteur de petits fruits local Tigchelaar et entrent dans la composition de leur gin à la fraise. Une fois macérées, elles sont pressées pour en extraire un jus alcoolisé qui donne au vermouth une douceur fruitée, mêlée d’un soupçon de gin. Délicieux dans un Manhattan, of course, ou dans un Negroni, ce vermouth artisanal signé Dillon’s peut se siroter tel quel : « Il se suffit à lui-même. Nous, on le boit glacé et servi dans un verre tulipe. »

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TITLE TYPOGRAPHY / TYPOGRAPHIE DU TITRE : ANDREW KIDDER; PHOTO COURTESY OF / AVEC L’AIMABLE: FESTIVAL MURAL

WALL FLOWERS BY / PAR LUC RINALDI SIX YEARS AGO, Yan Cordeau and André Bathalon, a pair of Montreal-

bred arts entrepreneurs, embarked on a world tour with Cirque du Soleil. Every time they arrived in a new city, the duo enlisted a local street artist to create a poster for the troupe’s show. Before long, they had established a worldwide network of designers, graffiti artists and muralists—and stumbled upon dozens of vibrant underground art festivals. “We have great artists in Montreal,” they told themselves. “Why don’t we do one of these in our own city?” So, in 2013, they rounded up arts impresarios Alexis Froissart and Nicolas Munn Rico and founded the Mural Festival. Since, it has become an annual 11-day bacchanal that fills Boulevard Saint-

IL Y A SIX ANS, André Bathalon et Yan Cordeau partaient en tournée avec le Cirque du Soleil. Chaque fois que les deux entrepreneurs de Montréal arrivaient dans une ville, ils demandaient à un artiste de rue local de réaliser l’affiche du spectacle. Leur carnet d’adresses s’est vite étoffé : graphistes, graffeurs et muralistes du monde entier, sans compter les dizaines de festivals artistiques indépendants croisés en chemin. Et puis, une idée : « On a des artistes géniaux à Montréal. Pourquoi on n’y monterait pas un événement? » Le festival Mural était né. Deux imprésarios, Alexis Froissart et Nicolas Munn Rico, embarquaient dans l’aventure et tous les quatre lançaient la première édition en 2013. Depuis, c’est un rendez-vous annuel : 11 jours de festivités BLOCK / 45


Notebook / Notebook

Laurent with music, food and, of course, street art: Every year, artists paint about 20 murals on buildings along the drag. “At first, it was tough finding walls to use,” says general manager PierreAlain Benoît. “There are a lot of misconceptions about street art,” that it’s ugly or downright illegal. The Saint-Laurent Boulevard Business Development Board, however, didn’t need convincing: a few members owned a restaurant in a building with a mural on it and knew what kind of business a bright, bold fresco could attract. They convinced other owners to let their walls become canvasses, and Allied Properties REIT, a partner of the fest, helped to do the same. This past June, dozens of artists from as near as Montreal (for instance, artist Stikki Peaches) and as far away as Spain (multimedia master Pantone) filled those walls with murals spanning all styles and sizes. So far, the fest has yielded about 80 murals—a dozen of which have covered up older works—and, in the process, attracted about a million festival goers every year. “Our goal is to democratize urban art,” Benoît says. “People know big names in music—the Eminems, the Red Hot Chili Peppers—but even if they can appreciate a mural, they probably don’t know the big names of street art. We want to help them discover that universe.”

Notebook / Notebook

THE ENDORSEMENTS /  MENTIONS SPÉCIALES

pendant lesquels musique, gastronomie et art urbain se déploient sur le boulevard Saint-Laurent; les festivaliers assistent à la réalisation d’une vingtaine de murales. « Les murs étaient difficiles à trouver au début, explique le directeur général Pierre-Alain Benoit. Les fausses idées sur l’art urbain sont légion » : c’est laid ou c’est illégal. En revanche, peu d’efforts ont été nécessaires pour convaincre le conseil d’administration de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent : certains membres, propriétaires d’un restaurant situé dans un immeuble orné d’une magnifique murale et parfaitement au courant du pouvoir d’attraction de celle-ci, ont persuadé les autres d’offrir leur mur comme toile de fond. Allied Properties REIT, partenaire du festival, en a fait tout autant. En juin, la 4e édition accueillait des artistes locaux, comme le roi de la culture pop Stikki Peaches, ou venus d’aussi loin que l’Espagne, comme Felipe Pantone, et attirait un million de visiteurs. « Notre but est la démocratisation de l’art urbain, conclut Pierre-Alain Benoit. Les gens connaissent les grands noms de la musique, Eminem ou Red Hot Chili Peppers, mais rarement ceux des muralistes, même s’ils apprécient leur travail. On est là pour leur faire découvrir cet univers. »

WHAT’S INSPIRING JEANNIE BAXTER, MANAGING DIRECTOR, TORONTO IMAGE WORKS / JEANNIE BAXTER, DIRECTRICE GÉNÉRALE DE TORONTO IMAGE WORKS, SE LAISSE INSPIRER.

REVISIONIST HISTORY

I’m a big Malcolm Gladwell fan; his perspective is so interesting. His podcast re-examines historical events that were originally misinterpreted. / Je suis une fan de Malcolm Gladwell. Ce balado réexamine des événements historiques, mal interprétés à l’origine. THE LITTLE PARIS BOOKSHOP

Such a beautiful story, with equally beautiful writing. I love magical realism—this book really takes you to another world. / Une histoire magnifique

MY BLOCK / AUPRÈS DE MON BLOCK Declan McDonald, co-founder of Pricerazzi, on his favourite pre-, post- and mid-work spots in Winnipeg. / Avant, pendant et après le boulot, les bonnes adresses de Declan McDonald, cofondateur de Pricerazzi, à Winnipeg.

et magnifiquement écrite. J’aime

ILLUSTRATION / ILLUSTRATION : NIK NEVES

CIBO WATERFRONT CAFÉ It’s in an old pumphouse over the river. Nothing’s better than a drink on their patio. / Rien ne vaut un verre sur le patio de cette ancienne station de pompage qui surplombe la rivière.

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ORPHAN BLACK

People think it’s really sci-fi, but this show is just as engrossing as House of Cards. It’s amazing to see one woman playing all of those parts! / Pure SF, peut-être, mais cette série est tout aussi captivante qu’House of Cards. C’est formidable de voir une femme jouer tous ces rôles!

HEATHER TREMAIN

CEO, Options for Homes / PDG d’Options for Homes

The Problem: David Gluzman, co-founder and president of BlackSquare, found his team forming and sticking to cliques. / Le problème : David Gluzman, cofondateur et président de BlackSquare, trouvait que ses employés formaient des petits groupes fermés.

STEPHEN JUBA PARK If I need to get out, it’s a nice place to relax. There’s dog-watching, too. / Idéal pour prendre l’air et me détendre. Il y a aussi un service de promenade pour chiens.

BRONUTS A doughnut place with amazing flavours, like scarlet crème brûlée. Everyone loves them. / Que des beignes aux saveurs incroyables, comme la crème brûlée.

le réalisme magique : ce livre vous donne rendez-vous dans un autre monde.

CREATIVE FIX / COMBINE CRÉATIVE

CORRIENTES A fun Argentine place with amazing empanadas. Two and a salad for $11—hard to beat! / L’Argentine et ses délicieux empanadas. Deux et une salade pour 11 $ : difficile à battre!

THE FAIRMONT HOTEL HEALTH CLUB This is sort of Winnipeg’s best-kept secret—so peaceful. / Le secret le mieux gardé, ou presque, de Winnipeg – super-tranquille.

THE LESSON / UNE BONNE LEÇON

THE CREATIVE FIX: “We decided to change up our seating plans every three months

so that every member of our team gets a chance to interact with people from all levels and groups. Each quarter we determine who sits where by drawing names, which is always a fun day.” / LA SOLUTION : « On a décidé que tout le monde changerait de place tous les trois mois, afin que chaque membre de l’équipe ait l’occasion d’interagir avec des personnes de niveau et de groupe différents. Chaque trimestre, on tire les places au sort : on s’amuse beaucoup ce jour-là. »

ALLIED NEWS / LES ACTUS D’ALLIED Allied’s QRC West development gets its close-up this fall at a photography exhibition held at Gallery 44. Work by Toronto’s Atia Pokorny tracks the site’s remarkable transformation from heritage building to the city’s most innovative office tower. “I was fascinated by this monumental space as it was changing, morphing into its current shape,” says Pokorny. The exhibition runs from October 21 to November 5. / Cet automne, une exposition photographique à la Gallery 44 clôture le projet immobilier QRC West. L’œil d’Atia Pokorny a suivi l’incroyable transformation de cet édifice patrimonial devenu l’immeuble de bureaux le plus innovant de Toronto. « La métamorphose de cet espace monumental m’a fascinée, de sa forme originale à sa forme actuelle » explique la photographe. Du 21 octobre au 5 novembre.

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Now & Then / D’hier à aujourd’hui

Rethink / Repensé

Grand Hotel

Bless This Mess

One of Toronto’s most historic lodging houses becomes host to a new tech hub. /

BY / PAR LISA RUNDLE ILLUSTRATION / ILLUSTRATION JASON LOGAN

Un illustre hôtel de Toronto accueille désormais un carrefour techno. BY / PAR HOWARD AKLER

WHEN SAMUEL RICHARDSON, a veteran of the British cavalry, hung his sabre in 1873, he settled in Toronto and built a two-storey Tudor house at 460 King Street West. Two years later, he added a third storey, topped by a trio of gabled windows and a mansard roof, and opened the Richardson House Hotel. Business boomed and a fourstorey brick annex was completed in 1887. After Richardson died in 1904, the hotel underwent several names changes before it became the Spadina Hotel in 1916. The structure was added to the city’s heritage list in 1985, though its significance was also historic; in the 1960s and ’70s, its bar was the epicentre of the city’s burgeoning punk and queer scenes. The hotel closed in 1997, was given a garish paint job and was renamed The Global Village Backpackers Hostel. In 2014, Allied Properties REIT purchased the building and began a full restoration. The mansard roof was repaired, a century of cladding was scraped away and everything inside was stripped to its brick-and-beam essentials. 460 King West is now home to both Quantum Coffee, a café, and BrainStation, a tech education hub. After 140 years of serving the weary and thirsty, the northwest corner of King and Spadina is now fully caffeinated and percolating with fresh ideas. / QUAND SAMUEL RICHARDSON, vétéran de la cavalerie britannique,

2016

raccroche son sabre en 1873, il s’installe à Toronto et s’y fait construire une maison de deux étages, style Tudor, au 460, rue King O. Deux ans plus tard, il en ajoute un troisième : une mansarde ajourée de grandes et belles lucarnes. L’hôtel Richardson House est né. Les affaires marchent tellement bien qu’en 1887, il ouvre une annexe : un bâtiment de brique adjacent de quatre étages. Après sa mort en 1904, l’hôtel change plusieurs fois de nom avant de devenir, en 1916, l’hôtel Spadina. Inscrit au patrimoine torontois depuis 1985, son architecture et son histoire sont d’égale importance. Dans les années 1960 et 1970, son bar est le lieu de rendez-vous des communautés punk et homosexuelle, alors en plein essor. L’hôtel Spadina ferme en 1997 et, après un coup de peinture haut en couleur, se transforme en auberge de jeunesse, The Global Village Backpackers Hostel. En 2014, Allied Properties REIT rachète l’édifice et le rénove du sol au plafond. Le toit mansardé est réparé et l’intérieur, complètement mis à nu pour ne garder que l’essentiel : poutres et murs de brique. Il accueille désormais les très high-tech Quantum Coffee et BrainStation, formant un pôle d’innovation technologique. Après 140 ans de service auprès des voyageurs, le 460, rue King O. est devenu une pépinière à idées, parfaitement caféinées.

IMAGINE WHAT IT WOULD MEAN IF WE EDITED OUR WORLD TO CATER TO JOY ONLY. IT’S TERRIFYING. PHOTOS, TOP / HAUT : JAMES VICTOR SALMON  / BOTTOM / BAS : KRISTINA RUDDICK

1954

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IT IS A TRUTH universally acknowledged that a space littered with objects is in need of a good tidy. Clean lines and unfettered surfaces reign supreme, not just in the design world, but in our very dreams. An organized home is an organized mind, a life in control. Declutter your life! It’s such a compelling fantasy—order, control, beauty—not to mention it cultivates a warming inner sense of superiority. And why wouldn’t you want to be able to find your keys at the same time you find your bliss?

One compact, well-known Japanese woman has built an empire out of the “life-changing magic of tidying up,” imploring us to ditch any object that doesn’t “spark joy.” Marie Kondo is such a diehard she was once hospitalized from overtidying. (I confess that sparks joy in my sadistic side.) While Kondo is a tidying hero, this narrative also has villains. What figure generates more horror and pity than the hoarder? The hoarder’s long shadow casts shame on the clutter of others, keeping us in our tidy places. But we lose more than we realize when we sacrifice to the

micromanage your life— control is an illusion, anyway. Learn to love the chaos. Now, where the hell are my keys? / LE RANGEMENT est un principe

gods of tidiness. One of those things is a lush creative space. Clutter is the archaeological result of our lives; it’s an oasis of tactility in a paperless world. This detritus holds memory, scent, feeling and the germs of innumerable ideas. (Maybe real germs, too.) Life is messy, and in that mess we find surprising connections and undeniable truths. That’s called creativity. We all need more of it, not less. Imagine what it would mean if, as Kondo implores, we truly edited our world to cater to joy only. The spectre of that emotional homogeneity is downright terrifying. I’ll take the mess. It’s proof I was here, that I struggled. That’s the stuff art is made of. Here’s the thing about clutter: no two people do it the same. And there is beauty in those personal ecosystems. Tidying away our lives creates a comforting, Matrix-like illusion. But artists, more than anyone, need to take the red pill; they need to see the world as it truly is so that they can envision what it can also be. Forget about trying to

universellement reconnu : une pièce en désordre se doit d’être remise en ordre. Ligne nettes et surfaces immaculées règnent en maîtres, dans l’univers du design comme dans nos rêves. Maison bien rangée rime avec tête bien ordonnée et vie bien en main. Désencombrer sa vie! C’est tellement tentant : l’ordre, la maîtrise, la beauté. Sans oublier un agréable sentiment de supériorité. Et puis, qui n’a pas envie de retrouver ses clés en même temps que son bonheur intérieur? La japonaise Marie Kondo, compacte et célèbre, a bâti son empire sur le pouvoir étonnant du rangement, nous implorant de nous débarrasser de tout objet qui ne nous procure pas de joie. Cette irréductible a même été hospitalisée une fois pour « sur-rangement ». (cela a procuré de la joie à mon coté sadique, je l’avoue). Comme dans tout bon scénario, on a une héroïne, Mme Blancheville, et des méchants : les accumulateurs compulsifs. Horreur, compassion et culpabilité nous envahissent alors, nous intimant de mettre fin à notre fouillis. Sauf que l’on perd plus qu’on ne croit en s’offrant en sacrifice sur l’autel du rangement. On perd notamment un endroit où la créativité foisonne. La pagaille est la preuve archéologique de la vie, une oasis tactile dans un monde sans papier. Ces

détritus sont porteurs de souvenirs, d’odeurs, d’émotions et de germes d’innombrables idées (de vrais germes aussi, sans doute). La vie est désordre, et c’est dans ce désordre que naissent les idées les plus étonnantes. C’est ce que l’on appelle la créativité. Et il nous en faut plus, pas moins.

FAIRE LE TRI DE NOTRE MONDE POUR N’EN GARDER QUE LA JOIE EST UNE PENSÉE TERRIFIANTE. Imaginons un instant la méthode KonMari appliquée à grande échelle : on trie notre monde pour n’en garder que la joie. Le spectre de ce sentiment unique est tout bonnement terrifiant. Pour moi, ce sera la pagaille, merci! C’est la preuve que j’étais là, que je me suis battue. Surtout que personne ne pratique l’art de l’encombrement de la même façon; et il y a là de la beauté. Ranger notre vie crée une illusion de sécurité à la Matrix. Mais les artistes, plus que quiconque, doivent choisir la pilule rouge; ils doivent voir le monde tel qu’il est de manière à pouvoir l’envisager autrement. Oubliez la microgestion : vouloir tout maîtriser est une illusion. Apprenez plutôt à aimer le chaos. Au fait, maintenant que j’y pense, vous n’auriez pas vu mes clés? BLOCK / 49


Fill in the Blank / Veuillez combler l’espace

THE CHALLENGE Every issue we ask a different artist: What would you do with your very own urban infill? / LE DÉFI Dans chaque numéro, nous demandons à un artiste ce qu’il ferait de sa propre dent creuse. ILLUSTRATION / ILLUSTRATION MONIKA AICHELE

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Sylvie Fortin, by LM Chabot. May 23, Montreal. / Sylvie Fortin par LM Chabot. Le 23 mai à Montréal.

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